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Full text of "Affaires de l'Angleterre et de l'Amérique"

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N THE CUSTODY OF THE 

BOSTON PUBLIC LIBRÀRY. 




5MELF' N? 



11 



BOSTON PUBLIC LIBRARY 



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fv^ if- 







-•^-^-^^?'^j^Éftf^i^p<;;-^'>^'^TS°^^ 



1 



DE L'ANGLETERllE 
ET DE L'AMÉRIQUE. 



C O NTfNUATION DU JOURKAL. 
d' A M É K 1 Q U E. 

* ■ ' ■ — ^- ... 

N.° III. Extrait d^une lettre de Saint Vin- 
cent ^ en date du i j Mai. 

J^ E s Anglois ont fans doute oublié que ^/. ' 
cette Ifle exifte & qu'elle a befoin de pro- 
vifians. Les denrées y font aujourd'hui à un 
prix exorbitant; 5i fi l'on n'a pas plus d'exac- 
, titude à nous en envoyer \ il eft certain que 
nos Nègres fe fouîeveront : on les mec trop 
fouvent à la demi-ration. 

N.'' IV. Extrait de différentes lettres écrites 
de Vljle de Barbade ^ par le Capitaine S in- 
gleton , &* datées dui6 Mai, 

Le Capitaine Smith a apporté vos pro- 
N.IXXXL A 



Mai 
& 
Juin. 



2. Affaires de l^Angleterre 

"*"" — '^ — vifions Je voudrois que vous eufliez 

^11 ^^ auiîi envoyé du bœuf (aie pour votre habi- 
^^^ ration , il eO: prodigieuiement cher & vaut 
T - quatre pièces dix sheiinss le barril.On ne peut 
point s en procurer en échange du Kum, parce 
que cette denrée efl" dédaignée. Se qu'on 
l'offre en payement pour toutes fortes d'ar- 
ticles.. .... 

Quant au bœuf, au porc & à îa farine , 
quoiqu'ils foient à un prix exorbitant , on 
en trouve cependant ; mais non pas en affez 
grande quantité pour s'im.aginer qu'il fuffife 
à la nourriture de nos Nègres. Les Blancs 
nous quittent journellement & s'en vont, 
accompagnés non feulement de leurs propres 
Nègres ^ mais de tous les Efclaves qu'ils peu-' 
vent débaiicher. Plut à-Dieu que la querelle 
entre l'Angleterre & l'Amérique fût terminée 
de Façon ou "d'autre, & très-promptement; 
car ce pays - ci ne peut qu'y perdre im- 
menfement {\ le difiérenKi n'eft pas arrangé 
au plutôt «. 

La récolte du maïs ed fi douteufè, qu^il 
e(l impoQlble d'y compter. Si elle manque, 
les Blancs ainfi que les Nègres dô la Barb^'ade* 
n'auront d'autre nourriture que la farine ; 
& il faudra cent mille quartiers dô frome,nc 
pour la Barbade , à uu quartier pour cha- 
que' peïfonne. #. 

Cette efpece d'enfigration occafionnée pat 
la dilette du maïs ' & par là cherté de Ja 
farine , augmentera la dépopulation. Les Co- 
lonies Fran(^:o:fes à fucre , chez lefquelles ces 



• 2:T, D E L*A MÉRI QUE. 3 

Èmigrans fe réfugient , avec leurs propriétés 
& celle des autres ^ y gagneront , non feule- 177(5. 
inent par une augmentation d'habitansj mais j^^^^. 
encore par la fcience que ces Emigrans y & 
porteront j relativement, à la manière de faire Juin, 
le fucre ^ efpece de culture à laquelle les Ha- 
bitans des Barbades s'entendent autant que 
les François s'y entendent peu. Les Fran- 
çois auront aufii l'avantage de faire , avec 
l'Amérique , le commerce que les Ifles An- 
gloifes ont perdu fî malheureufement & (î 
injuftement. Les Ifles Angloifes fe trouvent 
réduites au même état de dérreffe où étoient 
celles des François dans la dernière guerre. 

, (iST. B. Les Marchands de Londres , faifant 
le commerce des Ifles de l'Amérique 5 ont ob- 
terîulapermiilîondy envoyer cent mille quar- 
tiers de farine. Ils ont fellicité cette permiflion 
pour le cas ou le prix des grains monteroit 
au taux ou l'exportation ceffe d'être per- 
mife*) 

Mefuns prifes par V Amiral Gayton à la Ja^ 
maique i ' pour empêcher le commerce Amé- 
ricain avec les Etrangers, 

Extrait d'une lettre dé la Jamaique , en 
date du 2 Mai- 

On ne peut donner trop d'éloges aux foins 
qvLQ prend l'Amiral Gayton pour furpxendre 
les vaîffeaux Américains. Il a fait équipée 

Aij 



"^ AfJ?aires de l*Angleterre 

\ — dans cette Ifle fept vaifleaux pour le Gou-' 

177(5. vernement ; ces vaifTeaux portent de 8 à 

Mai 12 canons & de 40 à 80 hommes. Chacun 

^^ de ces vaifleaux ell: commandé par un Lieu-' 

^^^' tenant. Les Ifles étrangères n'ont cefle de 

fervir de magaiîns aux Américains ; & c'eft 

pour tâcher d'obvier à cet inconvénient que 

ces vaifleaux ont été armés, attendu- que le 

nombre de frégates & de floops , dans cette 

flarion , ne fufliroit pas pour remédier à ce 

mal, 

ISLE DELA BaRBADF; 

Mefures prifes aux IjJes du Vent pour ajjlirer 
la mwigation Angloife contre les Corfaire^ 
Américains, 

A la féance de l'Aflemblée générale, du 
Mardi 177<5, conformément à l'ajourne- 
ment, en préfence de l'honorable Che- 
valier John Grey , Baronnet , Orateur, 

La Chambre étant informée^ que M. le 
Secrétaire attendoit en dehors de la part de 
Son Excellence & du Confeil, H a été in- ' 
troduit dans la Chambre , & a remis a M. 
rOrateur une lettre de M. l'Amiral Young 
pour Son Excellence, ôc un meflage par écrit 
du Confeil à la Chambre, après quoiJVI, 
le Secrétaire s'efl: retiré. 

Il a été ordonné qu'il feroit fait ledure 



\ ' 



ET DE l'Amérique y ^ 

de la lettre de l'Amiral au Gouverneur, la- 1776. 
quelle contenoit ce qui fuit: -^i^i 

Jïu Port Anglais à Antigoa le 7 Mai i77<^» juin. 
MONSIEUR, 

J'ai le plaifîr de vous informer que les 
Lords CommilTaires de l'Amirauté m'ont 
ordonné de donner des efcortes aux bâti- 
niens chargés de ces Ifles pour l'Angleterre. 
En conféquence je vous prie de vouloir bien 
le notifier dans votre Gouvernement , & d'an- 
noncer en même tems que je ferai partir 
les convois de l'Ifle de Saint Chriftophe aux 
époques faivantes : favoir, la première fe- 
maine de Juin : la première femainede Juil- 
let : la première femaine d'Août & la der- 
nière immédiatement après la première pleine 
Lune d'Odobre prochain ; & d'avertir les 
Propriétaires des bâtimens qui voudront pro- 
fiter de ces convois , de fe trouver à l'Ille 
de Saint Chriftophe aux époques ci-deffus. 
J*ai l'honneur d être votre très-humble de 
très-obéilTant ferviteur. 

James Y o u n g. 
AfonExcel. Thon. Ed. Hay , Gouverneur.^ 
Ajourné au 9 Juillet i']'j6^. 



Aii> 



'6 Affairesdêl Angleterre 

, SiViitzi de r expédition de Hopkins aux JJles de 
77. * Bahama^ 

& Extrait d'une lettré écrite de la Nouvelle 
Juin, Provide-iice, en date du 13 Mai. 

x> Les Américains font venus nous vifiter " 
& fe font emparés de notre artillerie , ca- 
nons , mortiers, & autres munitions de guerre ; 
ils ont fait prifonniers le Gouverneur & deux 
autres Employés de la- Cour ce, 

33 Si le Gouvernement ne nous envoyé pas 
un vaifTeau de 20 canons & quelques trou- 
pes , ceux d'entre nous qui lui font attachés- 
auront bien de la peine à tenir ferme : je 
crois que l'intention des Américains eft de 
revenir &^de réparer nos fortereffes , notre 
port étant on ne peut pas plus à la bien- 
féance de leurs bâtimens armés en courfe, 
pour intercepter nos vaifleaux qui reviennent 
de la Jamaïque «. 

Adhéjïon de la Ville de George y Town à la 
nouvelle forme de Gouvernement j dans la CcC^^^ 
roline Méridionale. 

A la Cour des feffions générales de paix, 
&c. tenue à George Town dans la Caro- 
line Méridionale, le 6 Mai 1776^. ^ 

Dénonciations du grand Juré du DijlriB 

de George -Toii'n, 

I. Lorfqu'un Peuple , toujours foumîs & 



E T D E l'A mérique. 7 

affedioné au fyftême de Gouvernement ,«- 



formé pour fon bonheur, de fous lequel il a ^77^^« 
long-tems vécu, trouve que par la baireffe Mai 
& la corruption de Tes AdminiRrateuis, les J^ 
loix dellinées au maintien de fes droits fa- ^^°' 
crés & inaliénables , fout perverties en inftru- 
mens facriléges d'oppreOion ; 3c qu'au mé- 
pris de tout Fade focial& des obligations gé- 
nérales de juftice, ceux mêmes qu'il a conf- 
titués pour le gouverner , êc ie protéger , 
cherchent tous les moyens de le mettre fous 
le joug & de le détruire , les loix divines 
& humaines l'autorifent à employer pout* 
le redreflement de fes griefs, ceijx que lui 
indique le défir de fa propre confervation, 
C'eft avec la joie la plus vive qae nous 
avons vu cette Province, jadis heureufe, 
' s'attacher, malgré tous les efforts criminels 
que. font fes ennemis Britanniques pour Faf- 
fujettir & l'opprimer , & tandifqu'elle eft en 
proie à toutes les horreurs de la guerre , 
à perfévérer dans ce fyftême de paix pour 
lequel elle eft armée , en formant la conili- 
turion de Gouvernement la plus équitable 
- & la plus déhrable que Tefprit humain puiîTe . 
imaginer, pour convaincre ainfî l'Univers 
de la juftice de fes intentions Se de fes égards 
pour les droits de rhucnanité. La Confti- 
. tution aduelle de Gouvernement formée par 
le dernier Congrès de cette Colonie , pro- 
met à fes Habitans tous les heureux effets 
qui peuvent réfulter de la fociété. Elle eft 

Aiv 



s Affaires de l'Angle ter rb 



~égale & jufte dans Tes piincipes autant qae 

.1776. fggg ^ vertueufe dans Tes fins. Ainfî toute 

^^^i efpérance de liberté, de fureté ôc de bon- 

, . heur futurs , font afifurés à nous mêmes 8c 
juin* N A ' • ' o r 

a notre poiterite ; ôc notre vertueule per- 

févérance en rendra la poileffion perpétuelle. 
Ces confidérations peuvent-elles manquer- 
d'infpirer la fatisfadion la plus douce à tout 
bon citoyen ? S'il fe trouve faire partie d'une 
. communauté oii la vertu feule eft fouveraine , 
cil la tyrannie ne trouve point d'afyle & 
oii tout fyftême d'opreffion eft regardé avec 
horreur , ne travaillera t - il pas de toutes 
fes forces, fans être arrêté par la confidé-. 
ration d'aucun danger, à maintenir ce glo- 
rieux avantage contre quiconque ofera y 
porter atteinte ? S'ir exiftoit quelque mi- 
lerable aflez dépourvu de tout -principe d'hu- 
nianité pour m.arquer le moindre méconten- 
tement de ces arrangemens ^ nous le regar- 
dons comme indigne de la fociété des 
hommes. 

I I. Nous ne pouvons nous empêcher 
d'exprimer notre (încere fatisfadion du choix 
des Officiers publics aduels qui ont reçu leurs 
titres de notre Conftitution, La forme de 
leur nomination eft fondée fur la juflice 
& l'impartialité la plus flride : la durée 
donnée à leur pouvoir ^efl conforme à €ous 
les principes de fureté pour le peuple ; & 
le mérite perfonnel de tous ceux qui font 



BT DE Amérique. 

en place, leur a attiré cette confiance figé-*"-^ 

nérale & fi méritée. 177^* 

III. Lorfque nous réflcchifTons à l'har- IVIai 
monie générale qui règne aduellement dans , , 
cette partie de la Colonie , & à la fenfa- 
tion aufli prompte qu'univerfelle que doivent 
produire les bons effets de notre Gouver- 
nement 5 nous nous flattons de voir cette 
Colonie , l'objet de tant de vexations & d'ou- 
trages, jouir bientôt d'un état de félicité ô: 
de liberté , dont jufqu'à préfent elle n'avoit 
eu aucune idée. 

Enfin , nous demandons la permiiîion de 
préfenter nos finceres remerciemens à M. 
le Juge Mathews pour le difcours patriotique 
&: vigoureux qu'il a prononcé à l'ouverture 
decettefeUionj&nousdéfîrons que cet arrêté, 
qui contient nos fentimens & nos remercie- 
mens , foit imprimé dans les papiers publics. 

Benjamin Young, premier Juré 

Or are du Congrès de la Nouvelle York pour 
rappeller les Hahitans qui ont quitté la Co- ' 
lonie* 

En Congrès Provincial à la^ Nouvelle- York , 
le lo Mai. 

' Arrêté & ordonné que tout Habitant mâle , 
de la Ville & Comté de New- York , au- 
delfus de l'âge -de feize.ans & au-delfous de 
celui de 5*0, qui fe feroic retiré j^^fdites 



^lo Affairesde l'A n g l e t e r re 



"T^VilIe & Comté , depuis le premier Juin de 
^lly l'année dernière (1775*) ioic requis parlé 
^ prélent ordre , comme de fait il e(l requis» 
Juin* de revenir fans délai avec (es arrmes & équi- 
pement v qu'il foit défendu , comme il 
eft défendu par le préfent <3rdre , à tout . 
Habitant mâle, de l'âge fufdit , de quitter 
cette Ville & Comté , & de s'en abfenter 
pour plus de vingt-quatre heures , fans la 
permiHîon du Colonel ou Oiïicier comman- 
dant du bataillon ou régiment auquel il ap- 
partient : ô: que les Comités des Villes & 
Comtés voifms , dans les diftrids defquels 
fe feroient- retirés iefdits Habirans de cette 
Ville & Comté , foient requis , comme ils 
le font par le piéfent , de prendre tous les 
moyens qu'ils jugeront les plus efficaces pour 
forcer leîdits Habitans qui ont ainfi quitté 
leur demeure ordinaire à y revenir : & il 
eft ordonné que cet arrêté foit publié dans - 
toutes les gazettes de cette Colonie. 

Extrait des minutes. - 

Signé , Robert B e N so N| Secrétaire* 

Le Con^/h général recommande aux Colonies '■ 
à^ établir de nouvelles formes de Goui^ernement, - 

Les Colonies- unies Américaines alTemKîées 
en Congrès, le ij Mai I77<^. 

Comme Sa Majefté Britannique , de con- 
cert avçc les Lords & Communes de la 



E T. D E l' Amer T QUE. ii 

Grande-Bretagne , a privé , par un Ade' ^ 
du Parlement , les Habitans de ces Colonies '' ^ * 
unies de toute proteâion de fa Couronne ; !^* 
& comme nulle réponfe n'a été ni ne fera j^^^^. 
vraifemblabiement faite aux humbles fuppli- 
ques des Colonies pour obtenir le redreffe- 
ment des griefs 8i une réconciliation avec 
la Grande-Bretagne, & qu'au contraire toute 
la puiiïance de ce Royaume , aidée de mer- 
cenaires étrangers , fera employée pour dé* 
truire le bon peuple de ces Colonies; & 
comme il paroîc abfolument contraire à la 
faine raifon & à une bonne confcience que 
le peuplô defdites Colonies prête ferment 
& donne des aifurances pour le maintien 
d'aucun Gouvernement fous la Couronne de 
la Grande-Bretagne, & qu'il efl: nécefTaire 
que l'exercice de toute autorité quelconque 
fous ladite Couronne , foit fupprimé, & que 
tous les pouvoirs du Gouvernement foient 
exercés fous l'autorité du Peuple de ces Co- 
lonies, pour l'entretien du repos & du bon 
ordre intérieurs , aufli bien que pour la dé- 
fenfe de nos perfonnes , de nos libertés Ôc^ 
de nos biens , contre les invafions hoftiîes 
& les déprédations cruelles de nos enne- 
mis. 

A cet effet , il a été réfolu de recomman- 
der aux Affemblées refpeétives des Colonies- 
unies , dans lefqueîles il n'y a point encore 
Jufqu'à préfent , de Gouvernement établi 
pour pourvoir aux befoins du pays> d'à- 



tïîi Affaires del'Angleterre 

dopter telle forme de Gouvernement qui, 

iij'j6. de l'avis des Repréfentans du Peuple , pourra 

Mai le mieux contribuer au bonheur & à la fureté 

& de leurs Commettans en particulier , & de 

Juin. l'Amérique en général» 

Par ordre du Congrès 

Signé j Jean Hancock ,'Tréfident. 

'Arrêté pris par la Convention de la Colonie 
du Maryland , pour difpenfer du ferment au 
Roi de la Grande-Bretagne les perfonnes em^ 
ployées dans Vadminift ration de la Colonie. 

Dans l'Affembîée d'Anapolis le i J Mai. 

D'autant qu'il ed néceffaire que la paix 
& le bon ordre foient maintenus dans cette 
Province autant qu'il efb pofllble , & l'Af- 
femblée ayant appris que les Officiers établis 
pour ces objets ont refufé de fe charger 
des fondions refpeâives des emplois auxquels 
ils ont été nommés, fous le prétexte que 
leur confcience ne leur permettoit point de 
prêter au Gouvernement les fermens ufités-, 
tant que dureroient les malheureux dif- 
férends avec la Grande-Bretagne , il a été 
arrêté ; ' 

Qu'on fera difpenfé de prêter les ferpens 
dont il s'agit , pendant la durée defdits dif- 
férends , & que les perfonnes déjà nommées 
ou qui feroient aommées par la fuite ^ pour- 
ront fe qualifier pour les emplois à elles 



feT DE L'AiaéRIQUE. 13 

confiés , en prêtant feulement le ferment ' > 

^ analogue à la nature de l'emploi dentelles ^77^« 

iont pourvues préfentement ou qui pourra ^^^ 

leur être donné par la fuite, t^ 

Juin 
Toutes les perfonnes placées dans l'admi- 

niftration , ou qui prêteront lefdits ferments 
d'Office , fans prêter ferment au Gouverne- 
ment , peuvent être affurées que fi les diffé- 
rends viennent à être accommodés , événe- 
nement que nous défirons avec la plus vive 
ardeur^ on prendra toutes les mefures né- 
ceflaires pour les mettre à l'abri de toute 
efpece de punition portée parles loix contre 
les perfonnes qui fe comporteront comme 
on vient de le dire j fans avoir prêté au- 
, paravant lefdits fermens. 



[ Comme nous fommes arrivés à Vépoque 

de la levée du Jiege de Québec ^ nous croyons 

.enrichir îiotre E.ecueil d^un morceau très-inté^ 

rejjant , en plaçant ici la relation que ï An nu al 

Résister de Ijj6 contient de la campagne 

des . Américains dans le Canada en 1JJ$» 

Cette partie de Vhijîoire de la guerre Améri" 

-caine fera ^ par ce moyen , aujji complette qvUil 

foit pojjible , étant terminée par les lettres du 

Général Carletonjlir la retraite des Américains 

vers ks frontières d^ la Fxovince* ] 



î4 Affaires de l'Angleterre 



^11^* Précis de la campagne des Américains dans le 

Ha{ Canada y commencée à la fin d^Aoât 117 \* 
& 
Juin. Les efpérances de réconciliation avec la 

Métropole , aux conditions demandées par 

les Américains , s'afroibliflant de jour en jour 

ils devinrent plus entreprenans dans leurs 

projets, & en s'occuqant des moyens im- 

méd.^aîs de poufler la guerre , ils portèrent 

encore leurs vues jufque fur les fuites éloignées 

quelle pourroit avoir.- L'objet vifibîe & avoué 

de l'Ad:e de Québec avoir déjà réveillé- 

leur attention & leurs allarmes par rapport 

aux dangers dont ils fe voyoient menacés 

du côté du Canada. Ces craintes produifirent 

l'adrelTe du Congrès aux Habitans François 

de cette Province. 

Le fuccès de l'expédition fur les Lacs, 
& la réduélion de Ticcndérago & de Crown- , 
Point , au commencement de l'Eté de 1775'*,; 
leur en ayant pour ainfi dire ouvert les portes, 
les affaires de ce pays leur devinrent extrême- 
ment. intérelTantes ;&: le Congrès fe fentit 
le courage de prendre un parti violent-, 
qu'en tout autre circonftance il n'auroit peut- 
être pas hafardé. 11 ne s'agiflbit pas moins, 
que d'envoyer des forces pour envahir &. 
réduire cette Province. 

Une expédition aulÏÏ extraordinaire exi- 
geoit les confidérations les plus férieufes. 
C'étoi: une entrqprife nouvelle & périlleufe 
que de commencer une guerre ofFenfive 



E T D E l'A mîIbîque, 2J 

tontre le Souverain. Une telle démarche, 
avoit l'air de changer totalement la nature du IJJÔ* 
principe duquel les Américains paroiflbient Mai 
être partis dans cette conteftation» Jufqu'à & 
cette époque ils n^avoient montré d'oppofi- Juin» 
tion au (gouvernement que fur l'objet appa- 
rent de conferver & de maintenir quelques 
droits èc immunités du peuple , qu'on fup- 
pofoit 3c qu'on prétendoit injuftement en- 
vahis. En pareil cas ^ & en admettant que 
ces privilèges foienr bien établis , il y a 
des gens qui tcroyent que roppoiition , ou 
même la réfiflance , s'accorde parfaitement 
avec les principes de la Conftitution Britan- 
nique, & qui appuyent leur opinion tardes 
exemples de la plus irupofante autorité. Au 
moins la queftion étoit de telle nature 

, qu'il pouvoit fe faire qu'on ne s'accordât 
jamais fur le droit ou le tort , le juAe ou 
l'injufte, l'opprefiion ou le bon Gouverne- 
ment. Mais que des Sujets fe rendent tout-» 

- à coup les agreffeurs : que non contents de 
défendre leur? droits prétendus ou réels , ils 
ofent s'élever ccTitre leur Souverain , por- 
ter la guerre dans les Etats 6c envahir une 
Province à laquelle ils n'avoient aucun droit, 
ni même aucune prétention ; c'étoit un ou- 
trage, qui non-feulement détruifoit tout ce 
qui auroit pu faire excufer la réfïftance , mais 
qui heurtoit les opinions y les principes & 
les fentlmens de tous les hommes en général. 
D'un autre côté le danger étoit preiTant 



& 

fuin. 



î 5 A î" F A I E ES D^ l' A N G L E T E R R ^ 

— & extrême. Les pouvoirs extraordinaires 

^77^» dont le Général Carleton, Gouverneur du 
^"'■^'^ Canada , venoit d'être tout récemment 
pourvu, écoient d'une efpece tout- à -fait 
nouvelle, & d'autant plus aliarmante .q.u'ils 
découvrolent vifiblement l'objet pour lequel 
ils avoient été accordés. Ces pouvoirs au-" 
torifoient le Général à affembîer & à'armer 
les Canadiens , à les mener hors du pays 
pour foumettre les autres Colonies , & à in- 
fliger même la peine de mort contre tous 
ceux qui ferolent réputés rebelles auxloix, 
quelque part qu'ils fe trouvaiTeni. Les grands 
'pouvoirs d'adminiftration dont il étoit pareil- 
lement muni pour l'intérieur de fa province, îie 
diiïeroient point de ceux des Monarques Eu- 
ropéens les plus arbitraires , 5c s'étoient 
déjà fait fentir fur les fujets tant Anglois 
que François. Ainfi , quoique jufques là les 
Canadiens eûiïent refufé de s'afFembler ou 
de marcher hors de la Province à quelque 
condition que ce fût, il étoit aifé de fen- 
tir qu'auflitôt que l'autorité du-Gouverneur' 
feroit foutenue de l'arrivée d'un corps do. 
forces Angloifes , ils feroient obligés impli- 
citement de lui obéir aulîi bien fur Cet 
objet que fur tout autre. D'ailleurs il avoic 
déjà engagé à fon (ervice un nombie conli- 
dérable de Sauvages Canadiens de auti'es ; 
t<c pour peu que fes armes euflent eu du 
fuccès , il étoit certain que la foif du butin 
& du carnage les* auroit attirés en foule des 

déferts 



etdel' Amérique. 17 

déferts les plus éloignés pour fe ranger fous 
fes drapeaux. De plus, les Américains con- ïjj6m 
noifIbient;paiTairemenr l'ardeur , l'ambition & Mai 
les talens militaires deCarleton, &: par con- ^. 
féquent ils avoient tout à craindre de ce Juin, 
Général » aulîi habile qu'entreprenant. 

Dans ces circonftances , confidérant îa 
guerre non feulement comme inévitable , 
mais même comme déjà commencée , ils 
crurent qu'il étoit contre la raifon èi la po- 
licique qu'ils fe laifTairent attaquer fur les 
derrières par des forces nombreufes, à l'inf- 
tant même oii ils feroient obligés de fidie , 
& peut-être envaia , les plus grands eftorcs 
pour défendre leurs cotes & leurs Villes 
principales contre le reilentiment de îa puifr 
fance formidable qu'ils avoient offenfée fi 

- grièvement , & avec laquelle- ils entroient 
dans une querelle fiépineafe 8c d'un genre li 
nouveau Ils fe perfuaderent que de ruiner les 
projets d'hoftilité d'un ennemi , en prévenant 

■ les deffeins avant qu'ils fuffenî: exécutés , 
n'avoit pour but que la confervation de 
foi-même, & qu'ils feroient bien plus blâ- 
, mables d'attendre que l'ennemi les attaquât 
avec toute forte d'avantages & lorfqu'il au- 
roitraflfemblé toutes fes forces. Ils ne connoif- 
foient aucu'ne loi naturelle , ou convention , 
en vertu de laquelle un homme fût contraint 
de refter fpeârateur tranquille & oifif, tan- 
dis que fon ennemi chargeoit un fufil pour 
. le tuer : & la crainte de palTer pour les 
N\XXKh B 



i8 Affaires DE l'Angleterre 

■ — agrefleurs, ne leur paroifloit pas fuffifa«te 

^11^* pour fe décider à attendre le coup. Ces 
Mai doutes de cafuiftes , édifiants fans doute, 
^ en d'autres occafions ^ n'avoient à leurs yeux 
"^^ rien de commun avec les circonftances donc 
dépend le deftin des Nations. Les Améri- 
cains dévoient- ils ne chercher du remède 
à leurs maux que quand les Sauvages au- 
Toient pénétré dans leur pays , & que la 
fureur des flammes qui dévoroient leurs ha- 
bitations ne pourroit être arrêtée que par le 
fang de leurs femmes & de leurs enfans ? 

Le Congrès ne fe dilTimuloit point qu'il- 
avoit déjà pouiïé les chofes à des extrémités 
qui ne pouvoient être juftifiées que par les 
armes. Ûépée étoit tirée , & Tappel étoit 
fait. II étoit trop tard pour reculer , & une 
deftrudion certaine étoit le réfultat de la 
moindre indécifion. Si un fuccès décidé n'au-. 
torifoit pas leur réliftance & ne difpofoit 
pas la Cour de la Grande-Bretagne à un 
accommodement amiable , non feulement les 
privilèges pour lefquels ils étoient alors en 
conteftation alloient être perdus ;* mais ils 
voyoient tous les autres à la merci, d'un Gou- 
vernement jaloux Ôc irrité. Dans cet état 
des chofes, il parut au Congrès que fa 
modération fur le feul objet du Carfàda, 
contribueroit bien foiblement à rendre la 
Cour plus indulgente ou pluscompatiflante. 

Làconnoilîance que les Américains avoient 
de la fituation préfente des affaires Ôc du 



1 T DE L' A M é R î Q U E. t^ 

cara<5lere des Canadiens ^ les encouragea — — 

aufli beaucoup à cette entreprife, lis favoient 177^» 
que les Habitans François , à l'exception Mai 
de la Nobleile & du Clergé, étoient en ^. 
général auflî méconcens que les Colons An- ^^^^* 
glois du renveifement des loix Angloires Se 
du fyftême aduel du Gouvernement. Ainfl 
il paroifToit probable que ce mécontente- 
mentdelapartdesColoniftes François, con- 
jointement avec la haine invétérée qu'ils 
portoient à la NobleiTe ou aux Seigneurs 
de terres , leurs fuperbes & anciens tyrans de 
leurs cruels oppreiTeurs , & la crainte mor- 
telle qu'ils avoient de retomber dans leur 
premier état de vafTelage féodal & mili- 
taire , les porteroientà regarder les Anglo- 
Américains plutôt comme des amis que comme 
des envahififeùrs, & à faifir une occaiion G. favo- 
rable d'obtenir une parc dans la liberté pour la- 
quelle ceux-ci combattoienc. Quoique ces Ha- 
bitans François ignoraiTent abfolument la 
nature delà querelle des Américains & qu'ils 
y fûiïent peu intérefles , elle paroiiToic erra 
en faveur delà liberté, & de la liberté Amé- 
ricaine ^ & ce mot feul devoit leur plaire. 
Elle étoit en faveur des Colonies, & la 
Canada étoit une Colonie. 

En conféquence, le Congrès réfoloc de 
ne pas laifTer perdre fheureux moment de 
tenter la rédudion du Canada , tandis que 
l'armée Britannique étoit foible & bloquée 

B ij 



'^6 Affaires DE L'ANGtETHRRE 

'dans Bofton. En conféquence , les Généraux. 
77^^ Schuyler & Montgomery furent nommés 
^^^ pour cette expédition avec deux régimens 
j . de milice de Nevz-Yoïk, un corps de 
troupes de la Nouvelle Angleterre & quel- 
ques autres , montant en tout à,,près de 3000 
hommes^ Un certain nombre de chaloupes 
ou de bateaux plats fut conftruit à Ticon- 
dérago & à Crownpoint , pour poiter les 
troupes par le lac Champlain à la rivière 
Sorel. Cette rivière forme l'entrée du Ca- 
nada :. elle reçoit le fuiplus des eaux des - 
Lacs qu'elle décharge dans le fleuve Saint 
Laurent; & elle fourniroit une heureufe: 
communication entre ce Fleuve & ces Lacs, 
s'il ne fe rencontroit pas quelques catarades 
qui obftruent la navigation. 

Il n'étoic encore arrivé que la moitié des 
troupes lorfque Montgomery , qui étoit à 
Crown point , reçut avis qu'un gros fenau - 
& quelques vaiflfeaux armés du fort Saint 
Jean fur la rivière Sorel , fe préparoient 
à entrer dans le lac & à lui fermer le paf- 
fage. En conféquence , il fe porta dans les- 
derniers jours du mois d'Août 1777 avec 
ce qu'il avoit de troupes , à l'île aux Noix, ; 
fituée à l'entrée ^e la rivière ; Se il prit les 
mefuies néceiïaires pour empêcher les v^jf- 
feaux ennemis d'arriver jufqu'au lac. Schuy- 
ler qui commandoit alors en chef, étant 
auffi arrivé dAlbany , ces deux Généraux 
publièrent une déclaration pour encourager 



ET DE l'A m ^ R I QU E. 21 

les Canadiens à fe joindre à eux ; Se dans 

cet efpoir ils dirigèrent leur m.arche fur le *77^* 
fort Saint Jean , à environ douze railles de l^ai 
l'île aux Noix. Le feu du fort de laréfiRance ^ ^ 
qu'ils craignirent ( 26 Septenribre ) les dérer- "^^ 
minèrent à débarquer à une diftance conlî- 
dérable dans un pays rempli de bois & de 
marais & coupé de criques. Ils y furent vi- 
goureufement attaqués par un corps nom- 
breux de Sauvages , qui profitèrent du de- 
favantJge où cette pofuion les mettoit. Ceux- 
ci voyant que le Fort étoit bien muni de 
foldats èc de provifions , ils jugèrent à pro- 
pos de retourner le lendemain à leur pre- 
mière ftation dans rifle; & ils différèrent leurs 
opérations jufqu'à l'arrivée de l'artillerie Se 
des renforts qu'ils attendoient. 

Après cette retraite Schuyler retourna 
à Albany pour conclure un traité , qui de- 
puis quelque tems fe négocioic avec les 
Sauvages des environs ; après quoi il fe 
trouva (i furchargé d^affaires ou en fi mau- 
vaife fanté , que tout le poids de tous les 
rirques de la guerre du Canada tomberen!: 
fur Montgomery , homme doué des qualités 
les plus éminentes pour toute efpece de fer- 
vice militaire. Sa première opératian fut de. 
débaucher les Sauvages qui s'étoienc joints 
au Général Carleton ; & dès qu'il eût reçu 
fes renforts & fon artillerie, il fe difpofa 
au fiege du fort Saint Jean, Ce Fort avoic 
pour garnifon la plus grande partie du 



'a2 Affaires del'Angletsbr b 

feptieme & du vingt-fîxieme régiments , qui 

^^ll^* compofoient prelque toutes les troupes re- 
^^i glées qui fulTent alors en Canada ; & il était 
^ abondament pourvu de munitions ^ de pio-» 
^"'^* vifions & d'artillene. 

Les partis Acriéricains étoienc répandus 
dans les terres adjacentes & reçus par tout 
à -bras ouverts par les Canadiens, -qui noa 
contents de fe joindre à eux en foule , leuc 
prëtolent encore toute i'aûîftance poifibleV 
les aidant à pouffer leJiege & à tranfpor- 
ter l'artillerie , Bc leur fourni (ï'ant des pro- 
vifions & tout ce dont ils avoient befoirU 
Telétoît l'état des chofes lorfqu^ raventu» - 
rier Ethan Allen , qui fans aucune commif- 
fion du Congrès , avoit joué un rôle prin- 
cipal dans la première expédition fur les 
Lacs & à îa prife des Forts , & qui depuis , 
fous le titre de Colonel , paroît avoir agi 
plutôt comme partifan que comme chargé 
de quelque commandement en forme , crut fe 
fignaîer & devenir un perfonnage important 
. en furprenant la Ville de Montréal. Il tenta 
une. enrreprife aufli téméraire à la tcte d'urî . 
petit parti I d'Anglo - Américains & de 
Canadiens à l'infû du Commandant. en Chef, 
& fans le fecoui;s qu'il auroit pu tirer de 
quelques-uns des autres partis détachés, 
L'iffue fut telle qu'on devoit l'attendre d'ifne 
tentative aufli extravag-inte. Ayant été ren- 
contré à quelque diflance de la Ville par 
de la milice que cdmii'^andoient des Ofliciers 



E T D E L*A M é R I Q U E, 23 

Anglo's 5 & qui fourenoient des troupes 
réglées qui étoient dans la Ville (25" Sep- ^11^* 
teiïibre ) il fut battu &: pris avec près de Mai 
40 hommes de fon détachement , le refte ^. 
s'étant fauve dans les bois. Allen & fes "^' 
compagnons d'infortune furent mis aux fers 
par ordre du Général Carleton , & dans 
cet état conduits fur un vaiffeau de guerre 
en Angleterre , d'où ils ont été cependant 
renvoyés en Amérique au bout de quelque 
tems. 

Les progrès de Montgomery furent d'abord 
retardés , faute d'avoir en quantité fuffifante 
les munitions nécefiaires pour pouffer le 
fiege : de toutes les opérations militaires , 
c'eft celle qui demande le plus de pou- 
dre & de boulets. Le fprt Saint Jean , 
qui commande l'entrée du Canada , ne pou- 
voit être réduit fans une provifion conve- 
nable de ces deûx articles. Un événement 
heureux \p tira d'embarras. Il y a plus avant 
dans le pays un petit fort appelle Chambly^ ^ 

& qui paroît couvert par celui de Saint 
Jean. Il étoit gardé par un petit détache- 
ment du feptieme régiment, & ne paroiffoit 
point être en bon état de défenfe. Ce fut 
vers ce Fort que Montgom^ery tourna fes 
vues; & y ayant mené un détachement, 
renforcé de quelques Canadiens , il s'en em- . 
para aifément. Il y trouva beaucoup de mu- 
nitions ; mais l'article le plus précieux pour 
lui, fut la poudre à canon, qui lui manquait 

B iv 



24 Affaires de l'Angleterre 

-ablblument » & dont il prit plus de i20' 



■^11^^ b^rrils. Cette acquifition facilita le fîege de 
^^^ Saint Jean , qui languifToit par le befoin 
1 . de poudre. 

La garnifon du fort Saint Jean , aux ordres 
du Major Prellon , montoit à fix ou fept 
cents hommes , parmi lefquels il y en avoit 
environ yoo de troupes réglées. Ee relie 
étoit compofé de volontaires Canadiens. 
Ils endurèrent , avec une confiance & ua 
courage fans exemple y les fatigues Ôc les 
travaux d'un très-long fie^e , rendu encore 
plus défagréable par la difette de proviiions. 
De fon côté le général Carleton travailloit 
avec une ardeur incroyable à lever afïcz de 
troupes pour venir au fecours decetre place. 
Depuis quelque tems le Colonel Mac Lean 
avoit entrepris de lever un régiment Ecof- 
fois, fous le titre de Royal Montagnards 
émigrants, lequel devoit étrecompoféd'Ecoi-., 
fois arrivés depuis peu en Amérique! , & qui 
à caufe des troubles n'avoient pas pu ob- 
tenir de conce^IiovTS. Ce Colonel fe pofla 
avec .eux & quelques Canadiens j,. formant 
en tout quelques centaines d'hommes, près 
de la jonélion de la rivière Sorel & du fleuve 
Saint Laurent. Le Général étoit à Montréal 
où-, après les plus grandes difficultés & par 
tous les moyens poiîibîes , il étoit parvenu 
à raflembler environ mille hommes, com- 
pofcs principalement de Canadiens , de queU 
qnes troupes réglées *&: d'Officiers &• voloit- 



ET DE l'Amérique; 'sj 

taîres Anglois. Avec cette armée il fe pro- • 

pofoit de joindre le Colonel Mac Lean , &: I77^« 
eniuite de marcher direclement au fecours Mai 
du Fort Saint Jean. Mais comme il alloit ^. 
fortir de l'île de Montréal , il fut rencontré 
à Longueil par un parti d'Américains, qui 
repoufferent fans peme les Canadiens & qui 
firent avorter Ton deffein. Un autre parti 
avoit repoude Mac Lean vers l'embouchute 
de îa rivière Sorel, où les Canadiens ayant 
appris la défaite du Gouverneur, ils aban- 
donnèrent tous le Colonel , & il n'en refta 
pas un feul auprès de lui , de forte qu'il 
fut obligé de s'en retourner à Québec , fai- 
fant la meilleure partie du chemin avec fes 
feuls Emigrans. ; 

Cependant Montgomery pouifoit le fiege 
du fort Saint Jean avec ia plus grande vi- 
gueur. Il avoir avancé fes ouvrages jufqu'au 
corps de la place , & il faifoit les difpoîî-- 
tîons pour un affaut général. Les alïiégés 
jTiontroient la même adivité dans la défeofe : 
le feu des bateries ne difcontinuoit pas. On re- 
çut alors aucamp l'avis du fuccès obtenu à Lon- 
gueil , confirmé par l'arrivée des prifonniers 
qui y avoienî éré faits. Auiîitôt Montgomery 
envoya l'un d'eux, en Parlementaire, au 
'Major Prefton , dans l'efpérance que toute 
attente de fecours étant détruite par la 
défaite du Gouverneur , ce Major confen- 
tiroit à rendre la piace , pour éviter l'éffulioa 



miM, 



^6 Affaires del'Angletekre 

«■«««-^'^•«■'^derang qu'une défenfe infriidueufe ^ obfti- 
1776. née ne pounoit manquer d^occafionner* 

Le Major eiïaya d'obtenir quelques jours 
de délai , dans refpérance d'êfre fecoura; 
mais ils lui furent retufes, fur ce que la fai- 
ion étoit déjà trop avancée & trop rigou- 
reufe. Il chercha aulli dans les articles de" 
la Capitulation à obtenir pour la^^arnifon 
îa liberté de partir pour la Grande-Bretagne; 
mais cela lui fut également refufé 5 & cette 
garnifon, après qu'on lui eut accordé les 
donneurs de la guerre en conGdératioti de 
la belle, dcfenfe ? fut obligée de mettre bas 
les armes & de fe rendre prifonniere de-; 
guerre (3 Novembre). Elle eut permiiïîon 
Remporter fes bagages & effets : les OîH- 
GÎers gardèrent leurs épées ; à l'égard de 
leurs auties armes, il fut convenu au'on les 
leur conferveroit juiqu'à la ceiFation des 
troubleSc Dans toutes fes alfaires avec les . 
troupes Angjbifes , î^viontgommery a écrit , 
parlé &, agi, vis--àvis des foidatS/& des 
Officiers » avec lattention ," les égards 
S: ■ la poliîefie qu'on devait atxendre d'un 
îiomme d'honneur & de méri-e , engagé dans 
Bne querelle malheureufe avec fes amis & • 
fes compatrioresi Tous les prifonniers furent 
envoyés aux Lacs & à Ticondérago ainjfi . 
c|ue dans les, parties intérieures des ^Co- 
îonies les plus propres à leur réception Ôc 
s leur furcié. i^es AîriCricains trouverenç 



E T D E l'A m i r I q F e. 27 

dans îa place uae quantité confidérable d'ar- ' 

tillei'ie & des munitions les plus néceflaires, ^11^* 

Lors de la retraite de Mac Lean à Québec , ^ai 
le parti qui l'avoit léduit à cette néceflité ^ . ^ 
éleva auflitôt des batteries fur une pointe 
de terre au confluent de la rivière Sore 
avec le fleuve Saint Laurent , pour fermer 
la route de ce Fleuve à un certain nombre 
de vaiffeaux armés que le Général Carleton 
avait à Montréal. Les Américains conftrui- ' 
firent aufîi Aqs radeaux armés & des batte- 
ries flottantes pour le même objet. Ces dif^ 
pofitions empêchèrent en eflet les vaiffeaux 
du Général Carleton de defcendre le Fleuve 
pour fe rendre à Québec. Ils furent même 
attaqués & obligés de couper leurs cables 
pour remonter la rivière ; & le Général 
Monrgommerys'étant approché de Montréal 
aufïiîôt après la prife de Saint Jean ^ la fi- 
tuation du Gouverneur devint également 
critique tant dans la Ville qu'à bord des 
vaiffeaux. 

Le danger augmenta bientôt par l'arrivée 
du Général Montgommery à Montréal. Les 
principaux Habitans François •& Anglois, 
propoferent une capitulation qui renfermoic 
un efpece de traité général. Montgommery la 
refufa , parce qu'ils n'étoient point affez en 
forces pour avoir droit à une capitulation; 
& qu'ils étoient d'ailleurs hors d'état d'en 
exécuter les articles. Il leur donna cepen- 
dant une réponfe par écrit, dans laquelle 



2.S Affaires de l'Angletekre 
^ 'il déclaroit que l'armée Continentale étant 
' ' • remplie d'un généreux dédain pour tout Adie 
& d'opprefTion 6c de violence, & étant venu 
Juin ^^'^^ l'unique deilein de donner la liberté 
& la fureté^ il promertoit fur fon honneur 
de maintenir dans la paifibie «polTeflion dô 
leurs propriétés de toute èfpece les indivi- 
dus & Comniijnautés Religieufes de la ville 
de Montréal. Il s'engageoit en outre à main- 
tenir tous lès Habitans dans le libre exer- 
cice de leur Religion , ne doutant point que 
îes droits- Civils & Religieux des Canadiens 
ne fûiTent établis fur la bafe la plus terme, 
par un Congrès Provincial. Il promettoît 
d'établir, le plutôt pollible , des Cours de 
Juftice , fur le pied le plus avantageux , dc 
confdririément aux Conftitutions Britan- 
niques ;^ enfin , il confentoit à tous Jés 
autres articles qui lui paroifFoient admifîibles , 
ou qu'il pouvoit accorder. Cette garantie 
ayant été donnée aux Habitans. le i 5 No- 
vembre , fes troupes prirent poiTeffion de 
la Ville. " 

S'il y avoit quelqu'efpérance -de confer- • 
ver la moindre partie du Canada , ce ne 
pouvoit être que par la circonftance de la 
faifon , qui étoit extrêmement avancée. Soie 
qu'une fi grande entreprife furpafTât les 
forces des Américains , foit qu'ils ne fuilenc 
pas d'accord entr'eux fur cette invafion , 
il ne s'étoient mis^ en devoir de l'exécuter 
que lorfquo le tems propre aux opérations 



tT DE l'Amérique, ^$ 

ïïiilltaires étoit prefque pafTé. Mais d'un autre jj^(^ 
côté il n'y avoit qu'une poignée de troupes j^^ ■ 
réglées dans le Canada ; & la prife du Gé- & 
néral Carleton qui parciflbit immanquable , Juin, 
devoir nécefTairement entraîner la perte de 
cette Province. La fortune cependant en 
ordonna autrement ; ôc dans le tems qu'on 
n'avoir plus aucun efpoir de faire defcendre 
le Fleuve aux vaifleaux armés , Ôc que 
Montgommery préparoit à Montréal des bar- 
reaux avec de Tartillerie légère , pour les at- 
taquer de ce côté' là & les forcer de fe por- 
ter fous le feu des batteries du confluent 
de Sorel ; le Général Carleton parvint à fe 
fauver des mains de fes ennemis. Il profita 
d'une nuit obfcure pour s'embarquer dans 
un canot qui nageoir avec des rames four- 
des ; il pafTa ainli devanr les gardes & les 
batteries des Américains & fe rendit fans 
accident à Québec. Mais à fon arrivée en 
certe Ville il la rrouva expofée au plus grand 
danger par une invafion du côté où on 
s'y^ attendoit le moins , & dont nous allons 
bientôt rendre compte. 

Comme il étoit impoffible de fauver les 
vaifleaux ^ le Général Prefcot fur obligé de - 
ligner , avec les Américains , une capitula- 
tion , au moyen de laquelle la rotalité des 
forces navales qui étoir dans la rivière , & 
qui confiftoiren ii vaifleaux armés , fe ren- 
dir aux Américains. Le Général eur le même 
fort avec quelques autres OiKçiers tanr ci- 



30 Affaires de l'Angleterre 

^vils que militaires, des volontaires Cana- 

j^^^f diens & environ 120 foldats , qui s'étoient 
,/,. ' réiugie's à bord de la flotte à l'arrivée du 
,^ Général Montgomtnery devant .Montréal, 
Juin* Tandis que les Américains pourfuivoient 
ainfi la guerre dans le haut Canada du côté 
de New- York & par la route des Lacs* 
connue depuis long tem^ , une expédition 
à jamais incomparable par fa nouveauté , par 
fa hardiefle, par les obftacles qui la traver- 
ferent & par la confiance avec laquelle 
elle fut fuivie, avoit été entreprife direde- 
ment contre la partie bafle de la Province &: 
contre la Ville de Québec , du côté de la 
Nouvelle Angleterre , par une route qui 
jufqu'alors n'avoit encore été prife par 
perfonne & qui éroit regardée comme im- 
praticable. L'Auteur & le Chef de cette ex- 
pédition étoit le Colonel Arnold. Vers la 
mi-Septembre. ^ cet Officier , à la tête de 
deux régimens , compofés d'environ i lOO 
hommes , fe mit en marche du camp près 
• de Eofton pour le port de Ne^-Bery , à 
l'embouchure de la rivière Merrimack , oii 
les bâtimens étoient prcts pour le tranipor- 
ter par mer à l'entrée de la rivière 
Kennebec dans la Nouvelle Hampshire i 
voyage d'environ 40 lieues. 

Le 22 de Septembre il embarqna fes mu- 
nitions &: fes troupes fur 2co batteaux , à 
Gardineito ;</n (ur^ la rivière Kennebec , & 
il remonta cette rivieie avec la plus grande 



Joaio» 



ET DE l'Amérique. 51 

difficulté, ayant à lutter contre un courant 

très-rapide avec un fond & des côtes de ro- ^77^' 
ches. 11 étoit d'ailleurs continuellement in- Mei 
terrompu dans (a route par des cataraéles , f^, 
des places de portage & une infinité d'autres 
obftacles. Il arriva fouvent que les bateaux 
furent remplis d'eau & quelque fois même 
renverféSj ce qui fut caufe que les Améri- 
cains perdirent une partie de leurs armes , 
munitions & provifions. Aux portages très- 
fréquens qu'ils rencontrèrent fur leur route, 
outre le travail de charger & de recharger, 
ils étoient fouvent obligés de porter les ba- 
teaux fur leurs épaules, : le grand portage 
avoit plus de douze milles de long. La partie 
du détachement qui n'étoit pas dans les ba- 
teaux , marchoic le long des bancs de la 
rivière : les bateaux & les hommes étoient 
difpofés fur trois divifions^ les corps de 
chaque divifion campoient enfemble toutes 
les nuits. La marclie par terre n'étoit pas 
plus aifée que par eau. On rencontroit al- 
ternativement des bois touffus ^ des marais 
profonds, des montagnes inacceiîibles , des 
précipices, èi on étoit fouvent obligé de 
s'ouvrir un chemin à travers les hallier^ 
pendant un efpace de plufieurs milles. Aux 
portages il leur falloit traverfer plufieuxs 
fois le même terrein avec des charges con- 
fîdérables. Une marche embaraHee par taQt 
d'obftacles ne pouvoit être que très-lente: 
î^urs journées ordinaires étoient de quatre 



52 Affaires de l'Angleterre 
1 fix milles ; & ils n'en faifoient jamais plus 



f-11^* de neuf ou dix (trois lieues au plus). L'excès 
^^^ de la fatigue occadona beaucoup de mala- 
I . dies , qui augmentoienc encore l'embarras de 
leur iîtuation ; ^ à la fm ils éprouvèrent 
une tetie difette de proviiions que plulieurs 
d'entrtiux mangèrent leurs chiens ^ & en 
générai toutes les fubftances dont ils pou- 
voient tirer quelque nourriture. 

Lorfqu'ils furent arrivés à la fource du 
Kenebeck , ils renvoyèrent leurs malades > 
de un des Colonels pronta de cette occafion 
pour retourner fur fes pas avec fa divifion^ 
îous prétexte du manque de provifions , fans 
le confentement & même à l'infçu du Com- 
mandant en Chef, qui avoit marché en 
avant. Au moyen de cette défertion & du 
départ des malades^ le détachement d'Ar- 
nold fe trouva réduit à près d'un tiers du 
inonde qu'il avoit d'abord. Il continua néan- 
moins fa route avec fa confiance ordinaire , 
& après avoir traverfé la chaîne de mon- 
tagnes qui fépare ce Continent , & d'où 
les eaux, tombant d'un côté & de l'autre, 
prennent des routes diredement oppofées ^ 
il arriva enfin à la fource de la rivière Chau- 
dière qui y traverfé le Canada & tombe dans 
la rivière Saint Laurent près de Québec. 
Les Américains touchoient alors au terme 
de leurs peines , &: ils ne tardèrent pas à 
s'approcher des parties habitées du Canada. 
Le 3 Novembre un parti qu'ils avoient en 

voyés 



ET DE L* A M É R I Q U E. 

Il . ■ ■ ■■ I II I — i——»——^— ■»—»—— — 

Lettre d'an Banquier de Londres , 
à M * * * à Anvers. 

De Londres le z Novembre 1777. 

Dans le cours d'une feirion du Parlement, 
il n'eO: gueres poHible , Moniieur, que je 
vous rende un compte bien luivi des gran- 
des affaires qui s'y traitent, &: dont les dé- 
tails ne font parfaitement connus que quand 
ils paroifTent dans les Recueils Parlemen- 
taires. C'eft feulement alors qu^on peut y 
donner une entière croyance , parce que 
leurs Editeurs s*attachent à vénner ce que 
la Gazette du matin ou du foir ne s'embac- 
raffe que de publier, & parce que les Orateurs 
eux-mêmes prennent fouvent la peine de 
retoucher les difcours donnés fous leurs 
noms : délicateffe à laquelle on ne peut 
qu'applaudir. Comme il eft d'ailleurs queU 
ques-uns de ces débats qui paroitroient 
dans votre Journal à une dîftance trop éloignée 
du rems où ils ont eu lieu , Telativement à 
l'importaî^ce des objets fur lefqueîs ils rou- 
lent , & que même vous ferez obligé, en 
général de les abréger beaucoup , je choi- 
firai ceux "qui me paroicront les plus efien- 
tiels à connoitre à caufe de leur liaifon 
avec les affaires du jour, & je les mettrai 
inextenfo fous vos ye'ox, coKune j'ai déjà 



ij Affaires de l'Angleterre 

fait de celui dans lequel on adifcuté le Bill 
pour lalevée des matelots. Vous allez en lire 
un aujourd'hui qui (ef a repris dès les premières 
féances de la feifion à laquelle nous touchons j 
ce qui ne permet pas d^en différer la leélure , 
& dont l'objet eft des plus intérelFans, puif- 
qu'il eft queftion d'une entreprife aufli dé- 
licate &: auflî importante que celle de mettre 
le commerce d'Afrique fur un nouveau pied, 
de d'en changer toute l'adminiftration , con- 
fé'^uemment à la nouvelle face que les luitjes 
de la guerre d'Amérique auront fait pren- 
dre .aux affaires générales du commerce. Ce 
n'ell: point de moi que vous apprendrez 
combien toutes les Nations Européennes , 
qui ont des Colonies , font intérellées àcon- 
noitre les deifeins &: les calculs des Anglois, 
lelativenient à toutes les branches d'induf- 
trie & de culture qui proviennent ou peuvent 
provenir du commerce propre à cette qua- 
trième partie du globe. Je me bornerai à 
vous donner une traduélion fidèle du dif- 
cours prononcé par M* Temple Luttrell dans 
les débats du 2^ Mai l'JJJ » concernant Us 
établi£cmms Anglais en Afrique, 

Ce difcours , par la vérité , l'étendue &: 
l'importance des faits, a eu les fulfrages des 
perfonnes quiconnoiiTentle mieux la matière, 
tant du parti des Minières que de celui de 
rOppofition, 

M. LuTTi\EL faififlant l'occafion des plain- 
tes portâtes contre les Direcletirs aduels du 



fe 1' D E L A M é F. r (^ a E. lij- 

Comité d'Afrique , & que le Bureau dos 
plantations venoit de mettre fous les yeux 
de la Chambre des Communes , a cenfuré 
d'abord les CommifTaires du Commerce de 
des Plantations , fur ce qu'ils rendoient un 
compte imparfait & partiel qui n'embrafloit 
gueres que le quart du commerce d'Afrique , 
condderé dans fon entier, relativement à 
l'étendue du territoire & de la côte, & aux 
profits , quoique la pétition du Parlement à la 
Couronne , pour avoir les éclaircilTemens 
nécelfaires à l'examen du commerce d'A- 
frique , fût conçue dans les termes les moins 
équivoques & les plus preifans. « Ce com- 
merce , pourfuivit-il , eft un objet de la 
première importance pour la Grapde'-Bre- 
ragne ; 8c ce n'efl" point la décadence de nos 
autres branches de commerce dans toutes 
les parties 'du monde qui doit nous le faire 
négliger. Lorfque je confidere cornbiea ce 
commerce eil: eifentiel à notre revenu natio- 
nal , à la venze de plufieurs articles de nos 
impartatiôns de l'Inde & de nos Manufâclures 
intérieures , à notre Navigation marchande , 
à notre PuifTance maritime , Se à i'exiftence 
de nos liles d'Amérique ; je ne puis affez 
m'étonner que nos Miaiilres n'aient pas déjà, 
depuis long-tems , apporté les plus lérieufes 
attentions à un objet de cette importance. 
C'efl: une négUgenceqai me paroît , non feule- 
ment une imprudei^içe , mais une faute im- 
pardonnable cr. 



ÎV A F F A I R E s D E l'A N GLETERRE 

» Le commerce d'Angleterre* en Afrique 
( en fuivant les Baies & les Caps fans nom- 
bre qui s'y trouvent) s'étend dans une ef- 
pace de trois mille lieues , depuis le porc 
de Salé dans les. Etats de Maroc, jufqu'au 
Cap de Bonne Erpérance. L'époque où nous 
avons commencé à traiter avec les Habitans 
de ce Pays , ne remonte pas plus haut que 
l-e règne d'Elizabeth. Il fut établi une Com- . 
pagnie au Sénégal & à Gambie , avec divers 
privilèges exclulifs , fous les règnes de Jac* 
quesl. ■& de Charles!. Pendant le Protec- 
torat, des Négocians particuliers furent en- 
couragés à y faire un commerce générale 
libre. Il fut conftruit un fort à Cormantine 
fur la Côte d'or , & un autre fur la rivière 
Gambie. 

Peu après la reftauration , il fe forma 
nne Compagnie fous le titre de Compagnie 
royale d'Afrique ^ dont le Duc d'Yorck fut 
nommé Gouverneur. Mais les défiances, les 
infultes & les déprédations des Hoilandois , 
firent le plus grand tort à la nouvelle Com- 
pagnie, (k ne contribuèrent pas peu à notre 
première rupture avec les Provinces-Unies. 
Iluyter, & d'autres habiles Marins de cette 
République , détruifîrent nos forts & nos 
établilTemens ; & les fuites de leurs hoftilités 
furent fi funefbés , que la paix de 1 66^7 , ne ré- 
para que trèj^ imparfaitement les dommages 
foufferts p^r nos Négocians, Lors de notre fe-^ 
couds gwerre avec La Hollande v çn 1^73. 



E T D H l'A m E R I Q.U ïï. V 

la Compagnie unie fe prefia d'abandonner 
fes droits & fes pofleflions à une nouvelle So- 
ciété de Marchands faifant le commerce d'A- 
mérique , qui étoit aufli foi.s l^s aufpices da 
Duc d'York , en qualité de Goi>/'er?îe«r. 

En 165)7 , le Parlement rendit Jibre le 
commerce d'Afrique à tous les fujets Britan- 
niques en général. La dernière Compagnie 
fe trouvant en 1730 dans des embarras pé- 
cuniaires , l'Adminiflration alloua une fomme 
de 10,000 liv. pour entretenir les forts & les 
factoreries. En 1749, de dans les deux an • 
nées fuivantes, au moyen d'an arrangement 
fait avec la Compagnie Royale d'Afrique , 
une Compagnie de Marchands libres y fous la 
diredion d'un Comité, fut mife eiipofierHon 
de fes effets & de fes forts, depuis le port de 
Salé jufqu'au cap de Bonne-Efpérance ; & ce 
commerce fut ouvert à tous les fujets Britiin- 
niques. 

La partie de la côte qui s'étend du Cap 
Blanc au Cap Rouge , a été cédée à la Cou- 
ronne par un Aéle du Parlement pafTé ea 
27(55 ; & du Cap Rouge au Cap de Bonne- 
Efpérance , tout ce qu'il y a de forts eft-redé 
fous la direélion du Comité. La loi ne fouffre 
point que fes membres faflent le commerce 
comme fociété unie ,& ils ne doivent pas non 
plus le faire en leur qualité diftinde de mem- 
bres du Comité, (bit diredement ou indirecr 
tement. Des neuf Membres qulcompofent le' 
Comité j il y en a trois pour Londres , trois, 

aiij 



V] Affaikes de l'Angietkske 

pour Brîftol , & trois pour Liverpool. Ces 
Villes font les (eiiles qui commercent dans 
cette partie du monde. Le commerce de Lan- 
cadre fe réduit à très-peu de chofe «. 

» L'Ade de 1745) ordonne que les Mem- 
bres de ceComité foient choifis annuellement 
par des perfonnes faifant le commerce , ou 
ayant intention de commercer en Afrique, En 
-vertu de cet Adle , tout homme iotereflé pour 
40 shellings dans le commerce, a le droit 
de donner fon fuifrage ; mais des artifices 
indireds & une influence vénale, font caufe 
que les Négocians réels , & ceux qui feroienc 
ie plus en état de faire un bon choix , n'ea 
ont pas la faculté. Ce choix dépend des fufFra- 
ges accidentels d'une clique de gens corrom- 
pus Se de vils mercenaires. Voilà pourquoi en 
1772 il n'y avoit pas moins de 145" noms fur 
le regiflre des Bourgeois de Londres faifant 
le com.merce en Afrique , parmi lefquels orï 
n'en auroit pas trouvé cent qui eufient ja- 
lïîais étéintérelfés à aucun vaifieau d'Afrique^ 
Encore fur ce nombre n'y en avoit-il pas 
cinquante qui eiiiïent la moindre part dans le 
commerce d'Afrique , au tems des éledions ce, 

33 En 1 77 1 , on ajouta , en un feul jour , à la 
irfte, io/|. bourgeois de Londres, dont pluileurâ 
étoienr Membres du Parlement , d'autre^ Di- 
reéleu.^s de la Compagnie des Indes , un allez 
bon nombre de Cabaretiers, Cordonniers, 
Bouchers , Barbiers , Allumeurs , Pâtilliers , 
Mineurs de autres gens ians réfidence de (ans 



ET DE l'Amérique. vij 

occupation connue , ce qui fait certainement 
un mélange curieux de commerçans «, 

33 Le commerce de la Côte d^Ivoire Se 
de la Côte d'Or , qui eft Tobjet le plus im-< 
médiat de l'Adminiftration du Comité, eft 
prodigieufement tombé depuis quelques an- 
nées , tandis que le commerce d'Afrique au 
Sud de la Côte d'Or , a hnguUerement prof- 
péré. Vers le commencement du règne actuel , 
& jufqu'à l'année 177 1 inclufivement , il s'efl; 
encore prodigieufement augmenté. A cette 
époque , le commercé général d'Afrique pro- 
duifoit à la Grande-Bretagne , environ deuxf 
millions flerl. par (a) an : il empioyoit , année 
commune» ^o,qoo tonneaux de bâtimens, qui 
faifoient plulieurs voyages dans l^année ; de 
il fournifibit à nos Colonies plus de 4-0,000 ef- 
claves. De 1 7 5 y à 1^6^ ^ il a étéen voyé de la 
Côte d'Or feule aux Colonies Angloifes , 
année moyenne, 13,000 nègres ; & en 175*2 
Liverpooi envoya 32 gros vaiflTeaux à la Côte 
d'Or. Il en écoit parti du même port jS pour 
tout le commerce d'Afrique; & ces 32 bâ- 
timens- ont tranfporté 8,230 nègres cr, 

« En 1 771 , notre commerce général d'A- 
frique étoit parvenu au plus haut point de 
prolpérité , 19J bâtimens y étoienc em- 
ployés de la Grande-Bretagne , outre 60 à 
70 du Continent de l'Amérique Septentrio- 
nale ; & quoique fur ce nombre il y en eût en- 

^r - I I I ■ 1 1 I II I "' 

' {a) Par la voie & a^ moyen des Illes à fucre, 

a iv 



vlij A F F AI RFs D t l'A n g l je tek r é 

viron io6 de Liverpooî , on n'en pur char- 
ger que 14 à la Côte d'Or ; & ces 14 bâ- 
timens ne procurèrent que 34400 efclaves. 
On peut évaluer à 6,000 , au plus , le nom- 
bre d'elclaves aue nous achetons tous les ans 
à la Côte d'Or , fans compter ceux de Bénin 
<èc de Callabar, qui font fouvent conduits 
vers le Nord- Oued pour en augmenter le 
prix ce. 

35 La quantité d'or tranfportée en Angle- 
terre , du tems de la Compagnie Royale d'A- 
frique . montoit à pics d'un demi million fterî, 
par an , pour 120 à i jo,ooo onces; mais 
les chofes font tellement changées ^ relative- 
ment à cet article , qu'aujourd'hui nous 
fonimes obligés de porter de l'or aux mar- 
chés d'Afrique. Le commerce d'Ivoire s'eft 
pareillement réduit à rien. En i 745> , lors 
de l'écâblilTement du Comité y l'or couroic 
fur la côte , m.oins de 42 shelîings Tonce ; 
il y vaut à préfent le double. Un bon Nègre 
Anamaboe étoit eftimé p â 1 o liv, {lerling , 
3c vendu dans les îiles de l'Amérique Britan- 
niques 29 à 30 liv. (ÏQïL L'année dernière 
lin pareil efclavecoutoit, de la première main , 
27 liv. 1 8 shellings , & il étoit vendu à U 
Jamaïque 69 à 70 liv. argent du pays (en- 
viron jo livres Herl. ) «, 

» Il y a on2e forts fur la Côte d'Or, entre 
le Cap i\polonia & la rivière Lagos. Suivant 
l'opinion de beaucoup de perfonnes feniées, 
trois de ces forts font abfolument inutiles , 



fi Ce n'efl: comme des marques de pofleniion ; 
& deux n'ont été, jufqu'à préfent , que trop 
nuilîbles à notre commerce. Ls Parlemeur 
odroye régulièrement, depuis plulieurs an* 
nées, 13,000 6c fouvent ïj.ooo liv. ft.paran, 
pour entretenir ces torts , qui, félon le der- 
nier rapport du Capitaine Cornwallis, con- 
tinuent d'être en ruine de hors d'état de dé- 
fenfe, queiques uns n^ayant ni artillerie, ni 
munitions , quoiqu'ils aient coûté à la nation , 
depuis la diifolution de la dernière Compa- 
gnie, plus de 560,000 liv. fterl.cf. 

î> Au lieu de nous attirer la confîdératioii 
Se le refpeâ; des Naturels du Pays & des' 
Européens rivaux qui ont des garniions5^d€S 
comptoirs à une portée de canon d,e ces 
établiiTemens , ils ne font pour eux qu*uR 
■objet de ridicule Se de mépris, îls ont été 
furtouc employés à fervir de magafins pour 
la pire efpece de monopole faite par les Offi- 
ciers publics de la Compagnie, fous !e volls 
de Tautorité légidatrice , 6i plutôt pour la deî- 
trudion- que pour la protedion & la fauve- 
garde du libre Négociant Britannique*. 

3vJe fuis très-fur qu'une dépenfe d'un peji 
plus de Î003 liv. fterl., par an , pour chaque 
fort ,1'un portant l'autre, montant à la (ointne 
de 7 à, 8000 liv. pour les feuls forts d'une 
néceiîité réelle, feroit plus que fuffifante , 
en raifon de leur ficuâtion & de leur gran- 
deur aâuelles. Je vois avec peine faire de 
«ouvelles avances d'argent qui 'doi'véîftt erre 



X Affaires DE l'Angleterre 

employées en marchandifes à la difcrétion 
de ces monopoleurs , & encourager de £ énor- 
mes abus. Ils n'ont jamais été autorifés à an- 
ticiper furies odrois annuels du Parlement, 
qui, à la vérité, auroit du , il y a long-tems, 
réprimer leur témérité , à moins qu'on ne 
lui eût produit des comptes plus fatisfaifans 
des dépenies précédentes. Les Employés du 
Comité prétendent avoir à réclamer un reli- 
quat de balance de près de 20,000 liv. fterl. 
Si vous leur remettez l'argent qu'ils foilicitent , 
il eft aifé de concevoir à quels objets il fera 
appliqué; il n'y aura pas un shelling d'em- 
ployé à l'entretien des forts & des établif- 
femens «. 

» Les Comités d'Afrique ( j'entens par le 
Comité les Direâeurs en général du com- 
merce d'Afrique , quels qu'ils aient été depuis; 
vingt- fix ans, & fans prétendre particulière- 
ment accufer , ni difculper aucun de ceux qui 
font aétuellement en place , de dont la con- 
duite eft maintenant foumife à l'examen de 
la Chambre, en conféquence du rapport qui 
eft fur le Bureau.) Les Comités d'i^frique, 
dis-je , ont agi contre les devoirs de leur 
place ; ils ont certainement été les fauteurs 
du mal» s'ils n'en ont pas été les principaux au- 
teurs ; ils ont mal qntendu la teneur & l'efprit 
de l'Ade , qui ét(|)it d'ailleurs niicwieme/zr/i- 
hellé. Ils ont dénaturé la véritable idée de 
la légiflation ; ilâ ont agi d'une manière di- 
reélement contraire aux intérêts réels de b 



E T D E l'A m é r I q u e. yj: 

Nation ; & ils ont prefque anéanti notre com- 
merce. Un fyilcme auffi deftrudif ne peut 
être trop toc abandonné «. 

3' Je croirois que ce que nous avons de 
mieux à faire aujourdhui , que nous touchons, 
à la fin'd'une felîion , feroit une motion pré-* 
paratoire , tendante àannuller l'année pro- 
chaine VAàlQ de 1749, & à préfenter un 
nouveau BîU au Parlement , pour établir le 
commerce d'Afrique fur des principes de po- 
litique qui puiilent- le rendre auiîi humain j 
aulli équitable que la nature de ce commerce 
peut le permettre , relativement aux Nègres , 
avantageux à l'Armateur & à notre com- 
merce général , & favm-able à la profpérité 
de nos îles de l'Amérique «. 

« Pour cet effet , je ne vois pas demeilleuc 
moyen que de créer & d'établir deux Com- 
pagnies diftindes qui commerceroient fuî! 
un fonds commun. Une Compagnie pour les 
Nations & les Diftrids du Nord qui fuiveno 
la Religion de Mahomet , celles fur-tout quir 
parlent certains Diale&s Morefques, dérivés^ 
tous de la Langue Arabe, & qui occupent 
une étendue de cote d'environ 2000 milles,'' 
depuis le port de Salé jufqu'à la rivière Saine 
Paul 'y l'autre Compagnie commenceroit de^ 
ladite rivière Saint PauL & s'étendroit jaf- 
qu'à la rivière de Lagos , qui comprend toute 
la côte d'Ivoire avec toute la côte d*Or , & 
qui renferme le plus Méridional de nos forts 
è Widah. Ce diftrid feroit peut-être la plu^ 



xîj Affaires de l*Angleterrs 

riche & la plus importante partie de notre 
commerce avec l'Afrique, & formerait une 
étendue de près de 2,000 milles de l'Oueft à 
l'Eft. A l'égard du refte de ce Continent, qui 
comprend Bonny, les deux CalabarsJa balle 
Guinée en général, & qui va iufqLi'au cap, 
formant encore une côte de plus de 4^000 
milles, il feroit entièrement libre, tel qu'ii 
l'eft aujourd'hui Cf. 

33 Par cet arrangement, il y auroit une 
émulation avantageufe eiitre les deux Com- 
pagnies créées pour le même obier; & la li- 
berté du commerce au Sud , ne feroit qu'ai- 
guillonner Tadivité de ces Compagnies , en 
même tems qu'elle ferviroit de frein à l'une 
d'elles ou à toutes les deux enfemble, en les 
forçant à fe contenter d'un profit raifonnable 
dans leur commerce. Je fuis certain que la 
faine politique nous portera à une réforme 
à peu-près fembîable à celle que je propofe> 
ou à une liberté de commerce indiflinde pour 
tous les Armateurs d'une extrémité à l'autre 
du vafte continent de l'Afrique , d'après l'état 
adiieldes contrées Septentrionales de la haute 
Guinée, confidérées , tant du coté de la po- 
litique que de la géographie. Je crois qu'on 
ne pourra relever jufqu'à un certam point 
notre commerce d'Afrique , qu'à force de tra- 
vail , d'induftrie & de grandes reflourcescol- 
leétives , ainfi que de proteâion & d'encoura- 
gement de la part du Gouvernement, Je fuis 
perfuadé que ce commerce, confidéré confti- 



ET DE L* Amérique, xiij 

tulîonellement , feroit bien plus furement & 
beaucoup mieux conduit pour l'intérêt 
public , s'il étoit lous la diredion d'une 
Compagnie commerçante , 'avec des fonds 
réunis , qu'en le mettant fous l'admi- 
niftration des Commiflaires du Commerce Se 
des Plantations , ou fous celle d'un Secrétaire 
d'Etat ; jamais on ne me perfuadera qu'une 
telle adminiftration ait amélioré ou étendu 
notre commerce du côté de Sénégambie, 
Auparavant nous avions des dations , des- 
magafins & des communications ouvertes pour 
beaucoup d'articles de commerce, jufqu'à 
200 lieues, en remontant la rivière de Gam- 
bie , avec dix-fept comptoirs* Ils font tom- 
bés avec la dernière Compagnie Royale d'A- 
frique , & je ne fâche pas qu'aucun d'eux 
ait été recouvré par les foins des Miniftres 
de la Couronne ««. 

3' Le commerce de Sénégambie eft bien 
loin de ce qu'il devroit être , après avoir 
coûcé à la nation , en établifTement civil & 
militaire, en extraordinaires , en artillerie, 
&c. &c. depuis iy66 (inclufivement) près 
de 180,000 liv. fterl. Sur la côte d'Or, & 
dans l'intérieur de ce pays, vous aviez autre- 
fois des routes de communication àc 6 dt 
2oo milWs de longueur, coupées dans des 
défilés & des bois très - épais. Ces, routes 
étoient au nombre de cinq , & à la fin de 
chaque journée de chemin (d'environ dix 
i dQUZe lieues ) om trouvoit des maifons oii 



XiV AFFAIRESDEL^ANGtETÊRRÉ 

• Ton pouvoir fe repofer & fe rafraîchir , & fui? 
lefquelks des pavillons Britanniques étoienc 
élevés. La plupart de ces routes font 
aujourd'hui rompues & les maifons abandon- 
nées tombent en ruine. Il n'y a prefque plus 
de communication entre les Européens 6^' les 
Naturels de l'intérieur des terres. Les guerres 
qui ont fubfifté les années dernières entre 

vies Etats Confédérés près la côte de la 
mer , & les Souverains des pays inté- 
rieurs ( guerres qui quelquefois auffi ont été 
fufcitées & aggravées par îâ mauvaife con- 
duite & la bafle politique des Facteurs An- 
glois Ôc Hoîlandois); ces guerres, dis- je , 
ont mis le commerce d'A.frique dans une po- 
rtion (i hazardeufe, qu'il ne peut être relevé 
que par un capital de fonds réunis , qu'il 
Éiudroit employer à mettre nos forts en bon 
état , & à rétablir dans cette partie du m-onde 
rfotre pouvoir di notre crédit , en même tenis 
qu'on perfuaderoit aux Hoilandois de con- 
courir avec nous à rendre libre le commerce 
avec les Africains , pour l'avantage mutuel 
de toutes les parties «, 

»On pourra alléguer que le commerce des 
Nègres eft contraire aux principes de la Re- 
ligion & de la nature ; mais confidérons que 
fi nous fommes obligés de conferver Se de 
maintenir nos Colonies, ce qui ne peut fe' 
faire que par des Nègres Africains . il vaut 
certainement mieux nous fournir nous- mêmej> 
de ces Nègres, que de les acheter par l'e^n- 



ET D E l'A m É R I Q U E. XV 

tremifè des Fadeurs François 5 Hôîlandoii 
^ Danois. Le nombre des Nègres doit na- 
turellement diminuer de beaucoup , fî nous 
ne nous fervons que de ceux qui naîfîent 
dans la (ervitude, & de Noirs déjà façonnés 
& établis dans nos îles à fucre. Cependant 
quelque dur que l'état d'un Eiclave Nègre 
puifTe paroître d'abord à un Anglois zélé 
pour la liberté , je le trouve beaucoup moins 
à plaindre (même en confidéranc Ton état 
de nature èc Ton droit de naiiTance local ) 
qu'un pauvre matelot preffé en Angleterre, 
La pdion du Nègre n'ef!: pas auiîî refferrée, 
fa diicipline n'efl: pas auili févére : il eft nourri 
tout aufîî bien , & Ton travail en général eft 
moins fatiguant; mais fans inOiler plus Jong- 
tems fur cet objet, vous ne feriez furemenc 
pas fâchés d'avoir de l'or , ô.es_ gommes , de 
l'ivoire, de la cire , des bois de tein:ure, 
&c. dans la plus grande abondance «. 

53 J'ai toujours vu que le commerce d'A- 
frique enlevoit une grande quantité de nos 
marcbandifes de l'Inde , des laines & des 
quincailleries d'Angleterre , &c. Il y a eu 
un tems où il circuloit dans la Grande-Bre* 
tagne ^00,000 guinées, provenait de l'or 
apporté ici par la Compagnie d'Afrique : 
je crois que c'eft de là que cette oionnoye 
a d'abord tiré fa dénomination. Elles étoient 
diftinguées dea autres gumées courantes pat^ 
Î4 figure d'un Eléphant «. . 
*» Loin que ao.us puiffions nous flatter que 



xvj Afj^airesd el'Angleterre 

le commerce d'Afrique fleurilTe jamais fous 
le régime adtuel , je fuis fur qu'il lui eft im- 
podîble de fubiiuer pluslong-tems fans une 
jéforme totale, La chute des Compagnies de 
fonds unis n'a été occafionnée par aucune 
imprudence de leur part. La dernière Com- 
pagnie Royale d'Afrique commença avec un 
peu plus que cent onze mille liv. ilerlmg, 6c 
les appeis qvii fuivinrent ne furent pas fort 
cpnfidérables ; cependant elle dépenfa en 
Afrique, de manière ou d'autre , & au grand 
avancement de Tes intérêts & de ceux de la 
Grande-Eretagne , plus de 1^^.00,000 liv. 
Lorfque le commerce fut rendu libre à tous 
les Armateurs , fous Guillaume Ili , la Com- 
pagnie donnoit un dividende de quarante 
pour cent fur fon premier fonds. Le com- 
merce d'Afrique eft trop compliqué, trop 
Volumineux , trop diffus pour être dirigé par 
des Miniftres. Dailleurs un Bureau Minifté- 
liel de CommiiTaire^ elt fujet à des Incerti- 
tudes & à des variations continuelles ; & notre 
Bureau de Commerce &z de Plantations a 
déjà pius d'affaires qu'il n'en peut fuivre «c. 
Les autres Etats civilifcs de l'Europe iont 
conftitucs très différemment du nôtre. Chez 
eux , un Gouvernement -central agit avec 
vigueur Si célérité jufqu'à Tes extrémités. Nul 
autre pouvoir coercitif n'y peut opérer dans 
les communications réciproques decommerce 
que celui des Secrétaires d'Etat ,' des Am- 
bafTadeurs , des Confuls , t^c. Pans les affaires 

de 



E T D H l'A m é R I q u e, xvij 

de la Grande-Bretagne , conduites d'après les 
principes du commerce avec nombre de Na- 
tions Sauvages de l'Afrique , il n'eft pas 
befoin de l'entremife des Mirnflres de la 
•Couronne. Ils doivent Te contenter d*étre 
les gardiens publics de nos droits contre l'ini- 
mitié & les empietemens des autres Etats 
de l'Europe, qui commercent en concurrence, 
& de protéger notre navigation fur mer. 
Examinons aâuellement à quel point les Mi- 
niftres d'aujourd'hui ont rempli ou négligé 
cette obligation a. 

Le fort d'Albreda, fur la rivière de Gam- 
bie , nous fut cédé par le Traité de Paris 
en 1763 , lorfque toutes les dépendances 
du Sénégal furent cédées à la Grande-rBre- 
tagne ; c'eft une pofTeffion qui nous appar* 
tient , ainfi que j'offre de le prouver à la 
Chambre, Ci le fait eft ( ^) nié. On a fouf- 
fert que les François continuâfTent à occu- 
per ce fort; & depuis ce tems là ils y font 
un commerce très- lucratif a. 

3> En i*^72 , un vailTeau fortit d'Albreda 
pour le compte de la France, avec une car- 
gaifon plus confidérable qu'aucun vaifTeaii 
Anglois n'en avoit jamais eu «, 



(<?) On fèroit curieux, de voir comment M. Lut- 
trel prouveroit cette aflertion.Tous les François qui 
ont fréquenté ces pays , ont toujours cru qu'Albrèda 
lur la rivière de Gambie , étolt une dépendance d* 
Gorée & non de la riyiere du iSénégal, 



xvHj Afipaires del'Anglïterre 

» Il paroît , par le rapport fait aujourd'hui 
à la Chambre , que les Hollandois ufent de 
violence pour empêcher notre commerce avec 
les PortîJgais, & ces mêmes Portugais qui 
pafTent pour nos alliés &■ nos bons amis , 
confifquent continuellement nos vaifTeaux de 
nos cargaifons lorfqu'ils touchent àleurséta- 
bliffemens. En 1773 , le floop V Aventure , 
Capitaine Windfor , fe trouvant près des 
attérages de Zingzing , & ayant quatre pieds 
d'eau à fond de calle , fit un fignal de dé^ 
trèfle. On lui permit de retirer Tes marchan- 
difes , & d'étancher fa voie d'eau ; mais auflî- 
tôt que les matelots defcendirent à terre, 
ils furent arrêtés & conduits en prifon » ou 
deux d'entr'eux moururent de mauvais trai- 
tèmens; le refte fut envoyé quelque tems 
après à Gambie ^ mais tous les effets des 
propriétaires ,qui montoient à plus de 2,000 
liv. , furent perdus fans retour «^ 
' 33 Un des vaifleaux de guerre de Sa Ma- 
jefté, mis en commiflion par notre Com- 
mandant en chef dans cette ftation , a reçu 
dernièrement fur ces parages un outrage en- 
core plus révoltant. Il fut contraint de tou- 
cher à un établiflement Portugais , où il 
fut pris , & tout l'équipage emprifonné ; le 
Capitaine qui ^ comme je l'ai appris , avoîc 
paiïe à ce pofte de celui de premier Lieu- 
tenant de la frégate du Roi la P allas j, eft 
arrivé depuis peu en Angleterre de Lifbonne; 
mais je crois que fon équipage eft toujours 



E t t) È ï}A M é tl t Q tj Ë. XÏJC 

prlfonnier en Afrique. Ce tait , pris dans toute 
fes circonftances , eft peut-être plus atroce 
encore que celui de la prife du Morning" 
Star par les ETpagnols à la côte de Mof- 
quito. On aflure que le prétexte a été à peu- 
près le même , & qu'on avoir pris ce vaifteau 
pour un Pirate , ou pour un Corfaire Amé» 
ricâin «, 

33 II eil: du devoir du Parlement de prendre 
fans délai quelques meiures pour l'accroifFe-^ 
ment du commerce général d\A frique , comme 
une reffource qui puiiTe fauver les débris de 
l'Empire Britannique , lorfque l'Amérique 
ne nous appartiendra plus. Si l'on approuve 
le projet de deux Compagnie?, tei que je 
l'aiexpofé, peut-être que nos Minières , en 
vendant les efclaves attachés aux forts , les 
forts , les étabîifTemens & les autres effets qui 
appartiennent au Public, pourront non feule-^ 
inent le foulager des octrois annuels pou£ 
l'Afrique , mais même faire un arrange- 
ment pour l'entière liquidation de l'arrérage 
aduel de la dette , vis-à-vis du Comité ôc 
de fes Employés, A tout événement, je de- 
ïnande la permiilion de faire cette motion que 
je regarde comme le feul projet falutaire qui 
puiife être adopti avant la prorogation du 
Parlement. Cependant fi dans l'état aduel 
des affaires, ma propofition pouvoir empê- 
cher la dilculpation des Membres du Comité 
aduel d'Afrique , je défire qu'on ne prenne 

b ij 



xx Affaires del'Angleterjlb 

une décifion fur ma propofition , qu'après 
que l'affaire du Comité aura éié terminée ^u 

Alors M. Luttrell porta fa motion qui 
étoic de fupplier Sa Majefté d'ordonner au 
Bureau du Commerce & des Plantations d'exa- 
miner les plans & projets , qui dans le cours de 
l'Eté ( 1777) » po^îi^ront lui être remis pour 
mieux entretenir les forts , & pour conferver , 
augmenter & étendre le commerce général 
d'Afrique, depuis le port de Salé, dans la Bar- 
barie Méridionale, jufqu'au Cap de Bonne- 
Efpérance, & de faire à la Chambre, au 
commencement de la prochaine fefTion , le 
l'apport des projets ou plans que lefdits Com- 
millaires* jugeront les plus propres à remplir 
cet objet. 

M. Viner fe leva , & après avoir fait le plus 
grand éloge de la defcription que M, Luttrell 
venoit de faire du commerce Angîois en Afri- 
que , il fut d'avis qu'on formât fur le champ un 
Comité fur le rapport ôc les pétitions remis 
à la Chambre & reçus par elle. Il ajouta que 
lorfque cette partie de l'information feroiç 
terminée , il auroit la fatisfaélion d'appuyer 
la motion de M. Luttrell, & qu'il ne dou- 
toit pas qu'elle ne fût reçue unanimement, 

M. Gafcoyne , quoique Commiflaire du 
Commerce, rendit tcmoignagede Texaditude 
avec laquelle M. Luttrell venoit de traiter 
les affaires de l'Afrique en général j & il ap- 



1 T t) E l'A m é r I q u e, xx) 

prouva fa propofition. Il efl: à remarquer que 
M. Gafcoyne a prodigieufement travaillé fur 
cette matière , & il eft peut-être le feul Mi- 
niftre ou Sous-Miniftre qui ait pris la peine 
de faire une étude approfondie du commerce 
de cette partie du monde. 

Jai V honneur à^ître , &rc. 

P. S, du s Novembre. 

On ATTENDoiT, Monfieur , une Gazette 
de la Cour qui confirmât les grands avantages 
remportés en Amérique par les diverfes 
armées Angloifes, & dont le bruit s'étok 
répandu depuis quelques jours. Enfin il en 
a paru une le famedi premier Novembre , 
chargée dedépêches de quatre à cinq Généraux 
Anglois dans lé Nord, & dans le Sud du 
Général Howe , du Vice-Amiral fon frère , 
du Général Burgoyne , ; du Général Carlton 
du Lieutenant-Colonel Saint-Léger, & du Gé- 
néral Macleane & cependant les longs détails 
qu'elles contiennent » n'ont fait qu'accroître 
les incertitudes , irriter la foif des nouvelles 
ainfi que l'humeur des Miniftres contre 
la lenteur des Frégates meflageres chargées 
de tout ce qu'ils ont de grand & d'important 
à apprendre à la Nation , & qui fe conten- 
tent de faire annoncer leur arrivée & les 
glorieufes nouvelles qu'elles apportent, pat 
les charettes matées qui les faluent en paffant* 

M Que nous apprennent les deux Frères 

h Hj 



xxij Affairesdë l'A n g l e t b k rie? 

par leurs lettres, dont la plus récente eft dit! 
-jo Août » ? 

» On voit dans celle du Général Howe, qu'il 
ne s'eft déterminé que le 3 o Juillet, au fîxieme 
jour de fà navigation , à chercher la Baye de 
Chéfapeak , <k lorsqu'il a été devant les Caps 
du Delaware où fans doute il n'a pas ofé 
entrer. — Qu'il a eu enluite une navigation 
longue & pénible, ô^ qu'il n'a atteint que le 25*, 
Août le lieu de fon débarquement^ l'ennemi 
étant alors près de Philadelphie. — Que vers 
le -jo l'ennemi avoir pris une pofition où 
il feroit difficile de le forcer à une aétion 
générale, même quand ce feroit pour fauvec 
Philadelphie : aveu qui fait voir que , fuivant 
M. How0 , les Amf^rlcains ne doivent pas 
4^garder la perte de Philadelphie comme le 
dernier des malheurs , 6c par où il prononce 
^lui-même la condarnnation de fon plan de 
Campagne' 3'. 

.] f II y joiiit une copie de la proclamation dont 
il s'eft fair précéder, comme ailleurs, & qui 
produira le même effet : prières qu'on n'écoute 
point , menaces dont on fe moque , de 
proîTiefTes décriées par l'indigne conduite de 
fes troupes par-tout où il a paflé» 

3.-» Le Lord Vice- Amiral donne le démenti 
dans la fienne ^u Général fon frère. Suivant 
celui ci , c'efl fur des apisreçus /e 30 , lorfqu'il 
éîoit entre les Caps du Delaivare qiCil a jii^é 
'plus à propos à! aller à la Baye de Chéfapeak*^ 
x^m au dire de l'Amiral , U deJUnation do 



E T D E l'A m É R I q u e. xxilj 

la flotte était pour les Caps de laVirginie , quoi- 
que Ton Frère n'ait pris cependant qu'après 
coup la réfolution de s'y rendre , & Vayant 
jugé plus à propos, — - Ileft vifible que cette va- 
riante nous décèle une première tentative 
manquée par le fleuve Delaware». 

Voilà tout ce que contiennent d'eflentiel 
les lettres des deux Frères , tandis que tout 
Londres retentit du bruit d'une défaite gé- 
nérale de Washington , & delà prife de Phi- 
ladelphie. Il eft vrai que les dates font 
différentes , puifque , fi l'on peut regarder 
comme authentique une lettre de Washing- 
ton au Congrès, l'événement, feulement d'une 
affaire de pofte, efl du 1 1 Septembre, Cette let- 
tre {a) qui efl: révoquée en doute par la çirconf- 
tance de lablefTure du Marquis de la Fayette 
que l'on afTureêtre à l'armée du Nord , n'an- 
nonce au furplus qu'un avantage préparatoire 
à la prife de Philadelphie qui , fuivant M. 
Hov/e , n'eft pas le revers que craignent le 
plus les Américains , & dont il ne réfuîte- 
roit que plus d'acharnement à la guerre de 
leur part. 

Tout ce que le Chevalier Howe mande 
donc d'agréable , c'eft qu'après les dépenfes 
énormes de cette troilieme campagne , après 

Ml I I ^1 ■!■■■» ■! —■■■1. I II . I,. — ■■ T^n 

{a) Milord Germaine vient de faire publier fès re- 
;merciemens au Maire de Liverpool , 'de qui il a reçu la 
Gazette de New -York où efl cette lettre de M. Was- 
.hington. Ainiî ii n'efl plus pofïible de croire cette let- 
tre fùppofée. 



xxlv Affaires de l*AngleteiiR2 

l'énorme ravage que les maladies du climat 
ont fait dans fon armée , & un voyage très- 
long & très-fatigant , de près de 35- jours, 
il a eu le bonheur enfin de débarquée fes 
troupes fans qu'elles aient été exterminées. 

La lettre du Général Burgoyne eft datée 
du Camp en face de Saratoga le 20 Août, 
Il débute par apprendre à Mylord Germaine 
qu'il a fait 18 milles en 16 jours. Chi va 
piano va fano ; mais malgré tout le fens qui 
abonde dans ce vieux didon Italien , ce piano 
là ne prendra point l'Amérique à revers. 
Tout a manqué à M. Burgoyne : tout l'a 
contrarié : tout a trompé fes calculs : les 
clémens même ont confpiré contre lui.— 
Vous avez lu , Monfieur , dans ma lettre 
du 18 Odobre dernier ( N°. XXIX) un 
tableau de la difficulté des marches en Amé- 
rique; c'eft exaâ:ement tout ce que M. Bur- 
goyne en écrit. Mais il fe garde de dire que , 
tandis qu'avec des- peines extrêmes, & après 
quinze jours du travail le plus opiniâtre , 
il avoir la douleur de voir qu'il n'y avoit 
que dix bateaux d'arrivés , on lui brûloit 
par centaines ceux qu'il a laifles fur les 
Lacs. 

Pour mieux décrire l'impoflibilité où il a 
été d'entretenir fa communication avec le 
Fort George , il convient que le cordon 
qu'il a formé eft beaucoup plus long que 
ne le comportoit la force de fon armée ; il voit 
des irnpojjibilités phyfîques , dont jufques-là il 
paroît qu'il s'ctoit peu douté 5 de enfin pour 



s T DE l'Amérique. xxv 

foutenir l'averfion qu'il a jurée aux marches 
rétrogrades , il fe décide à faire iurpiendre 
un pofte ennemi, oii abondent les provifions 
de tout genre , & qui lui permettra d'oublier 
des magafins un peu trop éloignés ( l'An- 
gleterre & l'Irlande^ par exemple) pour que 
fes fubfiftances foient régLjlièren:ient alTurées, 
Un détachement de cinq cônts hommes , bien 
compofé ^ bien commandé , bien muni d'ar- 
tillerie , marche à la découverte de cette terre 
promife appellée Bennington» Il fait lui- 
même un mouvement le 14 Août , pour 
féconder de loin cette tentative. On apprend 
que l'ennemi étoit plus fort à Benningtoa 
qu'on n'avoit cru d'abord ; il y envoyé un 
renfort de troupes d'élire. Mais le Comman- 
dant de fon détachement donne dans ua 
piège groffier , dans le même piège où fe font 
laifTés prendre tant de gens d'efprit , à la Cour 
de Londres fur-tout c'eft-à-dire, qu'il croit 
au retour fincere des Américains de qui on 
a extorqué des foumiffions Se des fermens 
de fidélité. Il e(\ traki par des guides qu'il 
avoit pris fur la roure , pour lui faire con- 
noître le pays & les gens; ii avoit eu VimprU" 
dence y c'eft" M. Burgoyne qui parle , de 
laiffèr en liberté ceux qui avaient prêté le fer- 
ment à^ allégeance. Sa crédulité & leur fcéléra^ 
iejjè cauferent fon premiermalheur. Ils [^engagent 
dans un chemin quHl ne pouvait pas connoître» 
Ils avertijfent de fa marche , les autres nou- 
veaux convertis leurs frères ; & ceux de qui 
a avoit reçu ks fermens ^ furent les premiers, qui 



xxvj Affairés del'Angleterrê 

tirèrent fur lui , cjui lui tuèrent beaucoup de 
monde , qui le firent prifonnier. D'un autre 
côté le Lieutenant'Colonel Breyman , à la 
tête du renfort , eft obligé de faire retirer yès 
troupes vi5îorieufes en laiffant deux piecesde ca- 
non derrière lui. Les Sauvages fe retirent de 
inême& auiîile Capitaine Frafer, avec une par- 
tie de fa compagnie , & beaucoup de Provin- 
ciaux & de Canadiens. Ce font tous ces 
honnêtes fuyards là , que M. Burgoy ne appelle 
Conquering - Troops , troupes viâ:orieufes. — 
Il fonge avec peine que l'ennemi appellera 
cette retraite une déroute, qu'il fera fonner 
bien haut la prife de quatre pièces de canon ; 
mais celj. misa ;?^rf , pourfuit-il , ils ont peu 
de fujet de fe féliciter ; car leur perte doit 
avoir été du double au rapport de ceux des 
babitans qui les ont vus enterrer leurs morts. 
On fait pourquoi fes troupes viElorieufes 
n'étoient pas reftées pour les compter elles- 
mêmes. Ce qui le défoie fur-tout , c'efl: de 
dépendre encore de fes magafins éloignés & 
de n'avoir pas pu enlever les troupeaux gras 
de Benningcon , n'ayant des fubfiftances que 
pour quatre jours. 

Tout cela ne l'empêche pas de. promettre 
des merveilles , comme s'il avoit encore deax 
ou trois mois de campagne devant lui , avec 
toute fécurlté pour fon cordon de cent lieues, 
& même de parler de l'aiîi (lance que peut 
lui donner le Général ITowe , qui femble 
l'avoir entièrement oublié, te qui je crois, 
auroit beaucoup plus facilité la jonélion des 



E T D E l'A m é r I q u i:. xxvîj 

deux armées, s'il eût continué d'occuper les 
Jerfeys & les plaines Blanches^ que cela na 
lui fera poQible , même quand il prendroit 
Philadelphie. 

Le Lieutenant-Colonel Saint-Léger, fur 
l'expédition collatérale de qui M. Burgoynç 
avoit tant compté^ lui écrivoit le 1 1 Août > 
pour le preffer de favorifer par une diverfion 
le defifein qu'il avoit de joindre Tune ou l'autre 
des grandes armées. Il lui vantoit le bonheur 
qu'il venoit d'avoir le 5 de remporter une 
vidoire cô-mpiecte dans laquelle il avoit tué 
400 ennemis , & daas ce nombre , prefque 
tous les principaux moteurs de la rébellion. Il 
craignoic cependant que fa jondiionavec M. 
Burgoyne ne fût coupée par des troupes re* 
glées. Il ne dit rien furfes progrès dans le fiege 
du fort Stanwix ou Schuyler ; mais le Général 
Carkon a pris la peine d'éclaircir tous lesdotites 
à ce fujet dans une lettie que les Miniflres 
ont reçue auHi de-lui. Il les informe qu'après 
avoir renoncé à ce fiege , M. de Saint- Léger 
a repris la route de Montréal pour vqnir fô 
joindre au Général Burgoyne par les lacs. 
Il pourra rencontrer en chemir: les Améri- 
cains qui ont enlevé près de Ticoadérago le 
16 Septembre une partie du cinquante- 
troifieme régiment , & qui ont brûlé au 
portage tous les batteaux du Général Bur- 
goyne. 

Enfin voici la grande nouvelle de l'armée 
du Général Burgoyne. Ce ne font plus fes 
défachemçns, qui fe font mefurés aveç^'ea- 



XSrvîîj ArîÂiKEs DE l'Angleterre 

nemi : ; c eft lui - même dans une adion du ip 
Sept, qui a duré depuis midi jufqu'à la nuit 
clofe , ce qui peut faire près de neuf heures. 
H y a bien du (ingulier dans les quatre 
mots de détail envoyés de Ticondérago le 
30 Septembre à M. le Chevalier Carltan 
par M. le Général Macleane , fur un rapport 
verbal. 

Il avoit reçu le matin du 30 la nouvelle 
de cette bataille du ip , par un exprès du 
Général Burgoyne qui la lui a racontée ;c'eft 
exadement la relation de Sozie dans Amphi- 
trion. Cette innovation dans les ufages de 
la guerre chez les Modernes , étonne ici tout 
le monde. On fe demande comment M. Bur- 
goyne , qui écrit avec une fi belle facilité , 
s'eft abftenu de le faire dans une occafion 
Il glorieufepour lui ? Si fon triomphe n'a pas 
été rendu avec toutes les nuances propres 
à en faire fortir l'éclat , c'efl: entièrement fa 
faute» Mais d'après l'expofé verbal de fon 
Courier , l'avantage ne peut pas avpir été 
auffi grand qu'on fe le feroit imaginé d'abord. 
On augure que fi le terrein étoit fi contraire 
aux troupes Britanniques, que trois régimens 
feulement aient pu déployer tout leur cou- 
rage , la perte des Anglois doit être de beau- 
coup plus que 350 tués & de lyoblefles. 

Le récit verbal dit que les Rébelles fe 

font retirés dam leur camp à une demi- lieue- 

du champ de bataille. Ils avoient donc fait 

ce chemin pour marcher à M. Burgoyne ; 

ils > l'ont attaqué fur un terrein défa-- 



E T D E l'A m É R I q u E. XXÎX 

vantageux , & le combat n'a cefiTé qu'après 
la fin du jour. Il a fait corfipter les fix cens 
morts des ennemis, quand il n'y voyoit plus 
aflez clair pour reconnoître les fiens propres* 
Oh , certainement la vidoire a été achetée 
bien chèrement parle Général Anglois; 3c 
c'eft la raifon pour laquelle Ton couriec 
n'avoit ni relation écrite , ni lifte de tués de 
de blelTés. 

Je fais une dernière obfervation fur les 
onze journées de route de ce MefFager qui 
étoit chargé de faire paffer en Angleterre la 
nouvelle d'un événement (i intéreffant.Si ,dii 
champ de bataille jufqu'à Ticondérago , il a 
voyagé onze jours , combien en faudra-t-iî 
au GénéraliBurgoyne , quand il aura renoncé 
à fa jondion , pour retourner lui-même à 
Ticondérago avec les débris de fon armée > 
Certainement ce fera pour lui une route de 
plus de vingt -cinq jours : on peut donc 
rabattre ce nombre de jours de la durée de 
fa campagne, dont le plus long terme feroit 
jufqu'au premier Novembre. Parconféquent, 
il eft impoffible qu'une fois le mois d'Odobre 
arrivé, il ait fongé à pourfuivre fon projet de 
jondion, Ainfi , à compter du ip Septembre» 
jour de l'adion , il n'avoit^lus que onze ou 
douze jours dans lefqu^ls il pût tenter d'agir; 
& à compter du premier ou du s Octobre , le 
jfyftéme défenfif de l'armée Américaine aura 
pu , en toute fécurité , devenir ofFenfif. pout 
le harceler d^ns unç marche rétjcograde dq 



xx^ Affaires DE l'Anglè'ïèkrïï 
près d'un mois de route au milieu de touteâ 
les difficultés donc il a fait lui-même un fi 
hideux tableau. 

Si le Miniftere Anglois, Monfîeur, n'eft 
pas très- afTuré que fon Général s'emparera 
de Philadelphie, il n'aura pu voir ^ ians 
une vive inquiétude , que la nouvelle qui 
s'en eft généralement répandue ait fait haulTer 
fur le champ les fonds publics de deux pour 
cent. C'efl: toute la faveur qu'il pouvoit 
efperer de l'événement le plus décifif de 
cette campagne & de la guerre , qui feroit 
bien plutôt la jondion des deux armées , que 
la prife même de Philadelphie. Cette prife 
ne fe confirmant point fous quelques jours ^ 
les fonds baifTeront beaucoup plus qu'ils n'ont 
hauffé, & ce défaftre arrivera précifémenc 
au moment oij il feroit le plus intérelfanc 
que leur crédit fe relevât pour faciliter le 
fuccès de l'opération de finances de Miîord 
North, Sans doute que Milord Germaine a 
fenti le danger de cette joie hâtive, car il 
n'a point voulu avoir l'air de donner de la 
confiftance à un efpoir qui n'efi: peut-être 
pas des mieux fondés , quelque plaifir qu'un 
certain parti paroifle trouver à s'en nourrir, 
Plufieurs Marchands de Londres fe font 
lendus le 4 au matin chez ce Lord, pour 
lui demander fi on pouvoit donner croyance 
au bruit répandu dès la veille, de la dé- 
faite de Washington. La réponfede ce Mi-, 
niftre a été: » qu'on n'en avoir point reçu 



E T D E l'A m É R I Q T7 E. XXX: 

de nouvelle (a) autentique , Se qu'ainfi il ne 
pouvoit point ailurer le fait ; mais qu'il 
croyoit qu'il pouvoit y avoir quelque chofô 
de cela: qu'au furplus on attendoitd'un mo- 
ment à l'autre des nouvelles du Général 
Howe «. Dans des circonftances où une jouif- 
fance prématurée fe pardonneroit aifément 
à des Miniftres en qui on n'a jamais repris, 
une modeftie excelîive , un langage Ci mo- 
déré décelé l'intérêt qu'ils attachent au main- 
tien du crédit public, de préférence même 
aux avantages momentanés qui pourroienc ac- 
célérer le fuccès de leurs futures opérations. 
Pour faciliter leurs recrues en Allemagne de 
en Angleterre , pour amortir le zèle des 
Etrangers pour la caufe Américaine, il eft 
bon qu'une nouvelle auflî importante que 
la prife de Philadelphie fe répande & s'accré- 
dite , dût-elle même ne fuWîfter que quinze 
jours; mais le défordre qui fe mettroit dans 
les fonds publics , lorfque l'artifice feroit dé- 
couvert j fur-tout le grand projet de finances 
d'où dépend la campagne prochaine étant 
prêt à éclore , porteroit à tout le fyftême 
de la guerre , un coup fî terrible qu'il feroit 
peut - être impoflîble de la remettre jamais 
fur pied. Voilà ce qui vous explique la mer- 
veilleufe circonfpedion de Milord Germaine 
dans fa réponfe aux Marchands, Sa fimpli- 

( a) Il n'en avoit connoiffance que par la Gazette 
4e New- York, 



xxxîj Affair esde^'Angletèriik 

cité convenoit parfaitement à un homme 
d'Etat , qui n'a que fa part dans le foin que 
prend le' Confeil en général pour mcriager 
le crédit. Vous allez voir à préfent , Montieur , 
comment le Miniftre de la finance , dont c'eft 
l'affaire principale , travaille à regénérer la 
confiance 6c à donner aux actions une &• 
veur indépendante du fort journalier des 
armes en Amérique. Le même efprit de fa- 
gefle infpire l'un & l'autre chacun félon 
la nature du département dont il eft chargé. 

Apologie de Milord North, 

95 Le Parti de l'Oppofition a voulu faire 
courir le bruit que le Lord North fongeoit 
à fe retirer ; quoique cette nouvelle n'ait pas le 
moindre fondement. Ce même Parti l'accufe 
auflî d'indolence & de négligence; mais il 
y a de i'injuftice dans ces reproches , & ils 
portent à faux» Ce Miniftre n'eft indolent 
que fur un point dont on ne peut pas lui 
faire un crime; c'efl: qu'il fe foucie fort peu 
de faîarier des Ecrivains mercenaires pour 
chanter fes louanges «. 

» Le Lord North a pris les rênes de l' Ad- 
itiiniftration dans un tems où la fadion fe 
palfionnant pour les vues d'intérêt perfon- 
nel de fes chefs , de échauffée par les pré- 
jugés du vulgaire , ne refpiroit que ven- 
geance & carnage. Ce Lord , par l'honnêteté 
de fes (entimens & par fon habileté dans 
les débats Parlementaires , a foutcnu avec 

fermeté 



fet DÉ L'AMÊRIQÙii. XXXÎÎj 

fermeté le fyftême Miniftcriel, lorfque ceux 
de Tes collègues , qui auiourd'hui cenfurent 
fôn indolence, eûilefir mieux aimé fe fouf- 
traire obfcurément au danger. L'efprit de 
la C?.oùr > ^w vQU alors dans l'y vrefie du faux 
pariicrihre , avoit laiflTé l'animoliré & la li- 
cence iirendre tant d'empire , qu'il n'y avoic 
que la modération , la patience & la pru- 
dence la plus loucenùe qui pûflent lauvec 
la Co'.ftirutiôn d'un naufrage univer-'^l La 
guerre Américaine , feinblable aux ért; rions 
d'une maladie dont ies germes onc été îong- 
tems cachée dans le fy^leme vital , po jrroîc 
bien n'être pas aufTi fatale à F Angleterre que 
nos Politiques atreélent ce l'appréhender. Il 
y eut un tems ( & ce tems n'efi: pas bien 
éloigné ) où le mal menaçoit de fe manifeC- 
ter beaucoup plus près du ccêur de l*Erat* 
lés auteurs de la guerre Américaine font 
ceux qui ont jette les premier^ germes de 
ce mal, & qui ont empêché le Miniftre dé 
l'extirper dès fonprincipe.il eft certain que 
le Lord North a fait tout ce qui étoit àii 
pouvoir d'un Miniftre habile Se zélé pour la 
Conftitution. AduellemenC il lui faut de là 
vigueur : aéluellemenr la Nation doit fentit 
ce befoin j 5c elle ne confotitdra pas la vi- 
gueur avec la tyrannie & la foif du fang* 
Le public peut donc être fur qu'il en fera 
mis dans toutes les opérations nécefTaires de 
l'Etat ce. : 

33 L'ordre que le Lord North a rétabli 
N^.XXXL « 



xxxîv Affaires de l'AiNgleterre 
dans les affaires de l'Inde , a confervé à la. 
Grande-Bretagne ce vafte & précieux pays. 
Il a fauve à la Compagnie la honte d'un 
fuicide , oc il a mis un frein aux emportemens 
défordonnés de l'efprit d'agiotage. Les ri- 
chelTes immenfes 4ue nous polîédons aduel-^ 
lement dans l'Inde en matières d'or & d'ar- 
gent , doivent nous caufer autant de furprife 
ëc de joie , qu'elles font capables d'étonner 
& d'inquiéter les étrangers. Trois millions 
flerling dans le Tréior de Calcuta , avec un 
revenu qui s'accroît fans ceffe & une armée 
de troupes réglées montant à 70,000 hom- 
mes dans rinde , indépendamment de la 
faculté de monopolifer tout le commerce de 
cette vafle contrée lorfque nous le voudrons, 
tels font les avantages dont la Grande-Bre- 
tagne a l'obligation au Lord North qu'on 
accufe de tant d'indolence. Ce font là les 
vraies raifons qui ont empêché jufqu'ici les 
Cours d^Efpagne de de France de fe joindre 
ouvertement aux Rébelles de l'Amérique. 
Avec de fi immenfes reflources , fi on fait 
les mettre à profit , l'Angleterre fera la loi 
aux Américains , & l'Etat fe^verra foulage de 
ies charges. 

x> Le public peut donc être certain que le 
Lord North , loin d'avoir intention de fe 
letirer, eft actuellement occupé d'un arran- 
gement qui, en donnant àl'Etat toute l'aifance 
& la fécurité défirables, confondra fes enne- 
mis par-tout où il peut en ^voir, & placera 



E T D E l'A m É R I Q U E. XXXV 

fon nom parmi ceux des plus grands Miniftres «. 
Je NE DOUTE nuellement, Monfieur, que 
ce morceau ne foit de Mylord North lui- 
même , puilqu'il ne permet point qu'on lui 
fuppofe des Ecrivains payés pour chanter 
fes louanges. Il feroic difficile qu'une plume 
parfaitement défintérefTée eût traité auflî 
difertement cette matière. Vous y aurez 
remarqué fans doute des vues de monopole 
du commerce entier de l'Afie, parfaitement 
aflbrties à celles de M. Luttrel fur celui de 
l'Afrique ^ qui ont fait le fujet de la première 
partie de ma lettre. La fadion miniftérielle 
d'aujourd'hui fe flatte de pouvoir chaffer de 
l'A fie toutes les autres Puiîïances. La fadion 
oppofée qui lui fuccédera, compte étendre fa 
domination fur routes les côtes d'Afrique, de 
en faire un nouvel Empire à l'Angleterre qui 
l'indemnife de la perte de celui d'Amérique. 
Voilà de raifonnables motifs de confolatioti 
pour nous tous , fi la faélion auidurd'hui do- 
minante , vient à être totalement chaffée 
d'Amérique , où nous pourrons au moins,nous 
réfugier quand il arrivera à l'une où à l'autre 
de fe perfuader qu elle doit auflî régner feule 
en Europe. 

P. 5. du 7 Novembre. % 

Je voudrois bien , Monfieur , avoir quel-^ I 

ques chofe de pofitif à vous mander fur ^ 

l'affaire du 1 1 Septembre entre le ChevaUei? 



>cxxvj Affatkes de l'Angleterre 

lîowe & M. Washington. La lettre de cO 
dernier , copiée de la Gazette Royaiifte de 
Ne\5^^-York du 2.2 Septembre, eft encore 
• la leuie autorité fur laquelle cette nouvelle 
foit fondée. Tout l'art de la critique a été 
^ déployé par le parti de l'oppofition , pour 
démontrer que cette pièce avoit été fabri- 
quée à Londres. Pour moi , je confens à 
la croire vraie, pourvu qu'il me foit permis 
de calculer les effets que le Gouvernement 
peut attendre de ce premier fuccès de fon 
armée , fur le nouveau théâtre où doivent 
briller les talens de M. le Chevalier Howe. 
J'ai déjà eu l'honneur de vous faire obfer- 
ver , d'après le jugement porté par ce Gé- 
néral lui-même j que M. Washington facri- 
fieroic jufqu'à la défenfe de Philadelphie, 
pour ne point fe laifTer forcer à une aélion 
générale. En conféquence, ainfi que le dé- 
bite le parti Miniftériel , M. Washington fe 
fera retiré fur German-Toii^n» Cette place 
eft fur la route qui conduit à Reading où 
font les magafins des Américains ; & elle lui 
affure fes cominunications avec la Virginie , 
le Maryland , la Penfylvanie & la Nouvelle- 
York. De ce quartier Général , où on peut 
imaginer qu'il fera auiïi bien retranché qu'il 
l'étoit au camp de Bound brook dans les 
Jerfeys, M. Washington verra fans inquiétude 
l'armée Angloife établie à Philadelphie, Il 
l'y tiendra bloquée pendant tout l'Hyver, 



E T D E l'A m é r î q u e. xxxvlj 

& dans des allarmes continuelles : il lui en- 
lèvera tous fes fourageurs , & harcèlera fans 
ceflTe ^ comme il l'a fait dans les Jerfeys , 
les partis que le Chevalier HoWe voudra 
mettre en campagne , pour procurer des fub- 
fiftaftces aux (ix ou fept milfé hommes avec 
lefquels il fera renfermé dans' Philadelphie. 
Vous concevez , Monfieur , que de pareilles 
forces ne fuffiront pas à M. fe Chevalier 
Howe pour agir ofFenfivement dans un pays 
où il eft entouré d'ennemis. Vous allez juger 
vous même s'il eft poiîîble qu'il en ait de 
plus confidérables. Il étoit déjà très afFoibli 
lorfqu'il a dû fe mettre en marche pour 
prendre la route de Philadelphie. On a vu 
parles rapports des Adjudants généraux, 
qu'il y avoit jufqu'à neuf cents hommes ma- 
lades de la dyflenterie après le débarque- 
ment, & qu'il en étoit mort deux cents des 
fatigues de la navigation de la Baye de Che- 
fapeak , qui a duré dix-fept jours. Joignez 
à ce nombre celui de fes tués & bleffés , tant 
dans fa marche, que dans l'adion du 1 1 
& dans celles qui font dû fuivre , avant qu'il 
ait pu percer jufqu'à Philadelphie. Joignez 
y encore ce qu'il doit lailTer de troupes de- 
puis le lieu de fon débarquement jufqu'à 
Philadelphie pour garder un cordon de vingt 
lieues; & vous verrez qu'à peine lui reftera t-il 
lix ou fept mille hommes pour occuper cette 
.Ville. ' 

e iij 



xxxvuj AffAirss îDE l'Angleterre 

Quant au Général Burgoyne , le parti même 
delà Cour frémit de l'embarras extrêmeoù 
il a du fe trouver par le manque de pro- 
vifions , indépendament de tout ce que fes 
arriéres-gardes & avant gardes ont fouffert 
dans des efcarmouches continuelles avec les 
Américains qui n'ont celTé de les harceler. 
Le bruit qui s'étoit répandu , & que plus 
d'un Ambafladeur Britannique avoit eiTayé 
d'accréditer en pays Etranger, de la dé- 
fedion du Général Shuyler avec Ij^oo 
hommes à fes ordres , s'eft trouvé n'être 
qu'une fauffeté inventée pour le fuccès de 
quelque opération d'agiotage. Les Miniftres 
n'en ont plus parlé, comme d'une nouvelle 
dont il attendiffent la confirmation, depuis 
qu'ils ont reçu une dépêche particulière du 
Général Howe, qui leur mandoit qu'il avoit lu 
une gazette , imprimée à Baltimore en date du 
a$ Août , dans laquelle étoient quatre lettres 
deM.Schuyler an Congrès , datées du 12 & 
du 16 Août. Suivant la dernière de ces lettres 
le Général Schuyler , aflifté de M. Conway , 
commandoit les deux mille Américains qui 
avoient fi heureufement défen du le 1 6 les ma- 
gafins de Bennington^ & c'eft à lui que font 
refilées les deux pièces de canon laiflees par 
les troupes viùiorieufes du Colonel Bremen. 
Dans cette occafion les Américains , ajoutent 
les mêmes lettres , ont fait des prodiges de 
valeur la bayonnette au bout du fufil. On 



ET DE l'A m é r I q u F, xxxîx 

afTure que dans l'affaire du pofte de Sdll^ 
Water avec le Général Burgoyne, qui doit 
être celle du ip Septembre , un certain Ar- 
nold voyant que Tes troupes fouffroient 
beaucoup du feu de y pièces de canon , fe 
mit à la tête de deux cents hommes de 
bonne volonté j & que marchant droit 
à la batterie , ils l'emportèrent Tépée à la 
inain. Le lixieme régiment d'infante/ie An- 
gloife, qui la défendoit, fut prefque entiere- 
menttailléen pieces.Toutes ces difgracesfont 
d'autant plus fâcheufes pour M. Burgoyne, 
que des fuccès eûffenr été inutiles pour l'objet 
de fa campagne. En effet , quand même il 
auroit réuilî à difperfer l'armée d'Arnold 
& à pénétrer plus avant par la rivière d'Hud- 
fon, non feulement cette même armée d'Ar- 
nold auroit été fe rallier for fa route à 
Pek'skill où fe trouvoit le Général Putnam 
avec quatre brigades , & dans un pays 
dont la * force naturelle a été augmentée 
par de prodigieux travaux ; mais à fori 
grand étonnement , il auroit vu au-def- 
fus des HiMands une nouvelle Marine 
Américaine qui s'y eft formée depuis que les 
Anglois font les maîtres de l'entrée de la 
rivière d'Hudfon. Les bois , les agrès , l'ar- 
tillerie, &c. y ont été conduits par terre de 
lanouvelle Angleterre, octrois gros vaifleaux 
conftruits fur le lieu même par les Améri- 
cains, y ont attendu tout l'été les troupes 

c iv 



^\ Affaires de l'Anglhterré 

qu'on fuppofoit que le Général Clinton dô~ 
voie envoyer de New York par la rivièr» 
d'Hudfon poui faciliter les progrès du Général 
Burgoyne. Les Miniftres ont eu ia première 
nouvelle de l'exiftence de cette; marine pat 
une lettre particulière du Lord Howe ; $c 
depuis ce tems-là , ils affeâtent de dire que 
le plus fage parti que M, Burgoyne puifTe 
prendre, efl de refter à Albany. Mais croyez- 
vous , Monfîeur , qu'il puiffe eipérer d'y pafler: 
un hiver bien tranquille ? Sa htuatious pendant 
huit grands mois, fera des plus déplorables. H 
îie pourra Te procuver du dehors ni une charge 
de bois pour chautFer fes foldats , ni les pro- 
vifions les plus indifpenfables , què par le 
moyen de dérachemens qui feront fans cefle 
harcelés par rennemi. Il ne fera pas en repo$ 
un feul inftant dans fes quartiers. Ses troupe? 
continuellement fur le qai-vive, feront rui* 
nées par les feules fatigues du fervice ayant 
le retour de la belle faifon ; & d'une brillante 
armée de fept mille hommes avec laquelle 
il eft parti du Canada, à peine lui enrefterat-^ 
il fept cents avec lefqueîs iî puiffe efpérer d'y 
retourner. Voilà les fruit5 merveilleux de lâ 
réfolution qu'on lui fnpcofe d'hiverner à 
Albany & dont les Miniftres fe montrent 
diipofés a lui lavoir gré. Mais s'il n'a pas 
réuffi , même à s'ouvrir une route jufqu'à 
Albany pour y trouver un (i funefte afyleL 
U n'eft. pas poffiblq de fe peiadi:e le§ dangers 



ET dW l'Amérique xlj 

Bc les maux qui l'aflailleront de toutes parts. 
Dans fa marche rétrograde il fera pourfuivî 
par une armée vidiorieufe ; de à chaque pas, 
arrêté par de nouveaux Corps de Milices de 
la nouvelle Angleterre qui accourront de 
toutes parts pour le tourmenter dans fa route. 
Il aura une marche de plus de cent milles 
( trentegdieues ) à faifre au milieu du feu de 
l'ennemi , dans un pays , oià fuivant fon propre 
aveu , il n'a pu faire que dix-huit milles; 
( fix lieues ) en quinze jours. Suppofez-le 
arrivé aux lacs avec ce qu'il aura pu fauvec 
d'hommes du milieu de tant de périls & de 
fatigues , dans quelle afFreufe perplexité ne 
fe trouvera-t il pas, s'il eft vrai que les Amé- 
ricains lui aient brûlé les i jo batteaux qu'il 
y avoit laifles , & que depuis cette expédi* 
tion qui doit être de la fin d'Août , toute 
communication fe trouve coupée entre Ticbn- 
dérago & le Canada f II eft très-douteux qu'il 
ramené en tout plus de y oo hommes à Québec. 
Tel fera le fort de la féconde expédition 
tentée , d'après les idées de Mylord Germaine ,' 
pour prendre l'Amérique à revers. 

J'ai vu dans une lettre d'Amérique que 
le Congrès voulant témoigner à M, de la 
Jloche - Fermoy, Colonel étranger (un de 
ceux qui ont figné l'arrêté du Confeil de 
guerre pour abandonner Ticondérago ) la 
fatisfadlion qu'il avoit de fes fervices , venoit 
de lui faire donner une gratification de huit 
Cents pi^flres , ^ que cet Officier a été élevé 



xlîv Affaires de L'ANGiEtERng 

agira avec un concert & des efforts dignes 
de l'uniformité des fentimens & des principes 
'des honêtes gens qui le compofent. Il vient 
de fe tenir à fVincheJîer une affemblée du 
même parti , préfidée par le Duc de Portland, 
& où ont aflifté le Duc de Bolton & plufîeurs 
autres perfonnages de diftindion. L'objet de 
raffembiée , étoit de célébrer Tanniverfaire 
de la naiffance de Guillaume III , reftaurateut 
de la liberté. On y a bû les fautes de tous les 
Membres de la minorité dans les deux Cham- 
bres; ainfi il faut efpérer qu'un fi beau vœu 
s'accomplilfant , aucun accès de goutte n'em^ 
péchera Mylord Chatham de faire retentir 
la Chambre des Lords du Tonnerre de fon 
éloquence & de fes prophéties, & que les 
Miniftres fouhaiteront vainement des enroue- 
mens & des Rhumes , à tous les autres valeu-j 
leux champions de la caufe Américaine. 

Je finirai ce dernier Pojîfcriptum par un 
article de politique. Un certain parti en porto 
les rafinemens à un excès qui ne fe peut con- 
cevoir. En Amérique il trouve le moyen de 
faire parvenir au Général Washington & au 
Congrès des lettres qui fuppofent des intelli- 
gences entre l'armée du Roi & ceux des Chefe 
Américains qui ont les plus grands droits fuc 
la confiance de leurs compatriotes, ainfi que 
cela vient encore d'arriver au Général Sulli- 
van. Ici , tandis que d'un côté , il affeéle d'être 
fatisfait des procédés généreux & honêtes de 
la Cour de France, il trouve le moyen de 



ET DE l'Amérique, xlv 

ïaîre remplir les papiers de Londres ^ d'Edim- 
bourg, &c. de plaintes de marchands Anglois 
contre le miniftere François au fujets des 
prifes Américaines ; afin que la Nation An- 
gloife ait toujours la France en vue , comme 
iui faifant indiredement la guerre , & qu'elle 
donne plus volontiers les fommes immenfes 
qui vont lui être demandées pour une qua- 
trième campagne en Amérique. Exciter fans 
cefle cette fourde fermentation parmi le peuple 
'Anglois comme le plus fur moyen de faire 
fes fonds pour la guerre , eft la grande occu- 
pation de ce parti ; il rapporte , il facrifie 
tout , à ce but , & jufqu'à fon propre honneur. 
iVous allez lire une lettre , prétendue écrite 
de Bordeaux , & que je copie mot pour mot 
d'un papier Anglois , où elle a été imprimée 
en Langue Françoife , pour qu'elle eût moins 
Tair d'une fidion. Il n'étoit pas poffible d'of- 
frir au peuple Anglois , un tableau des fenti- 
mens de fes émules , plus capable d'accroître 
& d'aîgrirToh ancienne animofîté contre eux. 
Il fert trop bien les vues intéreffées des amis 
dn miniftere , pour qu'on puifTe en cherchée 
ailleurs les auteurs. 

Lettre de Bordeaux en date du 2 OElohre 1777J 
d'après la copie en Langue Françoife , du 
LoNDON, EvENiNG , PosT yduii OBobre, 
iV^ 8,(^82. 

» La conduite préfente de notre Nation 
détçcrainera fa condition future. §i la France 



xlvj Affaires de l'Angleterre 

procure par Ton aide & fon adreflfe l'indépen- 
dance de vos Colonies maltraitées , fon pou- 
voir fera établi, l'Angleterre ne fera jamais 
plus en état de lui nuire. Pour nous aveugler 
& pour nous priver de cette occafion im- 
prévue, précieufe de étonnante ^ votre Minif- 
tere Anglois invente mille ftratagêmes ridi- 
cules , & une infinité de menteries & d'ex- 
pédiens ftupides. Jaloux de notre aggrandif- 
fement & de la perte de l'Amérique, dans 
fa frayeur, il nous menace d'une guerre qu'il 
n'ofe pas entreprendre ; il fe fert de l'argent 
& dé la flaterie ; il fait des remontrances & 
des promefTes. L'Ambafladeur d'Angleterre , 
fubtil & bien inftruit , careiïe des hommes 
& une Nation que votre cour voudroit facri- 
fier, & ce qu'il y a de plus plaifant Ôc de plus 
jnéprifable , il fait des proteftations d'une 
amitié perpétuelle. Mais fiez vous à moi , les 
François ne font pas des fous & des fots , 
& ne veulent pas être dupés êc. intimidés 
par votre Miniftere tremblant , téméraire 6c 
cmbarraffé «. 

Fin. 



AVIS. 

£y jv fécond & un troifieme Pcftfcrîp- 
tum dévoient fe trouver joints à la Lettre 
du Banquier N\ XXX, 

L'un eji daté du go Oàohre. 

Vautre du f rentier Novembre. 

Ils font chacun fur une feuille volante. 

Le Relieur doit avoir foin de les placer 
fuivant cette indication ^ fans s'arrêter 
aux numéros des pages: 

Celui qui porte pour titre Second 
Poftfcript. , eji bien numéroté ccvj 
ccw]y ccvîj, ccviij. 

L^ autre ^intituléTwiCiQvnQ Poftfcrîpt.' 
M eji mai II faut fubftituer ççix 6* ÇQÇ 
aux chiffres qui y font* 



ET DE l'Amérique. 53 

voyés à la découverte , revint avec des pro- 
vifions. Ils arrivèrent peu après à une mai- 
fon , la première qu'ils eûlîent vue depuis 
trente & un jours, ayant pafie tous ce tems 
dans des déferts affreux où on n'apperçoic 
aucune trace de créature humaine. 

Les Canadiens les reçurent avec la même 
cordialité que le Général Monrgommery 
avoit éprouvée dans les environs de Mont- 
réal. Ils leur fournirent abondamment des 
prpvifions U tout ce dont ils avoient befoin; 
& en général ils leur donnèrent tous les fe- 
cours qui étoient en leur pouvoir. Arnold 
publia aul:'î--tôt une proclamation hgnéQ du 
Général "^fasliingcon , de la même nature que 
celle qui avoit été publiée par Schay]er&: 
par Montgommery. Ce manifefte invitoit 
les Habïtans du Canada à fe joindre aux 
autres Colonies par une union indiiloiuble 
& à fe ranger fous les étendards de la li- 
berté. On leur difoic que ces forces avoienc 
été envoyées dans leur Province , non 
pour les piller ; mais au contraire pour 
les ^ protéger & les encourager j qu'il 
avoit été expreffément ordonné aux Amé- 
ricains de fe comporter & de fe regar- 
der comme dans le pays de leurs meilleurs 
amis. En conféquence les Canadiens étoienc 
invités à fte point abandonner leurs habita- 
tions: à ne point fuir leurs amis; mais au» 
contraire à leur procurer tous les fecours 
que leur pays fourniffoit 5 & Arnold leur 
N.' XXX IL G 




34 Affaires de l'Angleterre 

— promettoit toute efpece de fureté & des 

*77^* indemnités raifonnabies. 

Mai La Ville de Québec, dépourvue de dé- 

^ fenfe, & en proie à des diflentions inteftines , 

Juin, ^iQii alors dans une grande détrefïe. Il y 
avoir déjà long-tems que le mécontentement 
des Habicans Ôc des Marchands Anglois 
avoit éclaté, L'oppofition de ces derniers 
au Bill de Québec ,, & les pétitions qu'ils 
avoient envoyées en Angleterre à ce fujet , 
avoient exceffivement déplu àleur propreGou- 
vernemeni ; & depuis cette époque , fuivanc 
les propos des mécontents, non feulement 
ils avoient été négligés & traités avec dé- 
dain ; mais même on leur avoit marqué une 
forte de foupçon & de méfiance. Ils fe plai- 
gnoient de la politique Angloife , qui en 
voulant attacher les naturels du pays au 
Gouvernement, concentroit toutes les grâces 
& toute la f^iveur fur la NoblefTe Françoife 
& fur les Officiers civils , en négligeant to- 
talement les militaires Anglois, Ils murmu- 
roient de ce que les François , ayant bien- 
tôt pris le ton & les manières de tous les 
favoris , ils ne lailToient échapper aucune occa- 
fion de les infulter par Tâcreté de leur 2ele 
& l'afFcdation injurieufe de leur loyauté. 
Ils repréfentoient que ces nouveaux Cour-^ 
tifans élevoient exprès dans les fociétés des 
queftions lur les affaires publiques & fur le 
Gouvernement , & qu'ils cenfuroient en- 
fuite ccmme le langage de Sujets peu fi- 



ET DE l'A mérîque 35* 

àeles & mal intentionés , cette libeité de 

penfer dont la nature & l'habitude ont fait 177^. 
le caraélere diftinftif des Anglois , & que Mai 
leurs mécontentement adluel pouvoit encore ^\ 
fortifier. On avoit eu une preuve fenfible •^"'"' 
du peu d'eftime & de confiance du Gouver- 
nement pour les Anglois^ îorfqu'il fut quef- 
tion d'envoyer des troupes à Montréal & à 
Sorel pour s'oppofer aux Rebelles. Malgré 
la Situation critique des affaires, & quoique 
la Ville, avec les effets confidérables qu'elle 
renfermoit , reliât fans défenfeurs, le Gou- 
vernement , bien loin de permettre aux An- 
glois de former un corps de milice pour 
tenir lieu de garnifon , ne jugea pas même 
à propos de faire aucune réponfe à la de- 
mande qu'ils lui firent à ce fujet. Peut être 
au furplus cette demande même étoit elle l'ef- 
fet de leur mécontentement : c'efl ce que nous 
ne prétendons point décider. Il eft certain 
que lesjaloufies ôcfanimofité étoient portées 
au plus haut degré entre les Sujets civils \ 

Anglois èc le pouvoir militaire dans ce 
Gouvernement , & que l'ade de Québec 
n'avoit fervi qu'à irriter encore davantage les 
efprits. 

Il ne paroît pas non plus que l'on pûc 
slprs faire grand fond fur les Habitans Fran- 
çois pour la défenfe de la Ville» Plufieurs 
d'entr'eux étoient au moins indécis fur le 
parti qu'il dévoient prendre ; & il y en avoit 
quelques - uns très-déterminés à fe joindre 

Cij 



3^ Affaires de l'Angleterre 

aux Américains contre l'Angleterre. Il n'y 
avoir point de troupes d'aucune efpece dans 
la Ville , avant que Mac Lean arrivât de Sorel 



1776 

Mai 
& 
Juin, avec la poignée d'Emigrans qui venoient 

d'être levés. Quelques troupes de marine que 
le Gouverneur ^voit fait demander de la 
garnifon de Bofton,avoient été refufées par 
le Commandant de l'efcadre , après un Con • 
feil de guerre tenu à cette occafion. On 
lui avoit fait dire que la faifon étoit trop 
avancée & la navigation trop périlleufe pour 
lui envoyer ce renfort. Cependant la milice 
venoit d'être alTemblée par le Lieutenant 
au Gouvernement. 

Telle étoit la fituation des chofes à Québec , 
ïe p Novembre , lorfqu'Arnold parut avec 
fa troupe à la pointe de Levi, en face de 
la Ville. Heureufement il falloit qu'il tra- 
veifâtla rivière pour y arriver, & les bateaux 
étaient en fureté ; fans cela , il eft très-pro- 
bable qu'il fe feroit rendu maître de la Place 
dans ce premier moment de furprife & de 
çonfufion. Il eO: vrai que fous peu de jours- 
cette difficulté fut bien tôt levée par le zèle 
des Canadiens qui lui fournirent des canots; 
^ il profita d'une nuit obfcure pour tra- 
verfer la rivière , malgré la vigilance des 
bâtimens armés & des frégates de guerre 
qui la défendoient. Mais alors le moment 
critique étoit pafFé, Les méconrentemens 
cefferentjOU dumoins furent fufpendus lorf- 
qu'on s'apperçut que le danger étoit fi pref* 



E T D E l'A mékique. 57 

fant.Anglois, Canadiens, tous les partis fe ré 

unirent pour la défenfe commune, L'immenficé » 77 ^» 
des effets qui étoient renfermés dans Québec , Mai 
fit faire de férieufes reflexions. Les Habitans & 
furent tous armés & formés en corps , •^"^"•" 
conformément à leur demande. Les mare- 
lots étoient débarqués & on les avoit pla- 
ces aux batteries pour fervir les canons. Les 
Alliegés étoient en beaucoup plus grand 
nombre que les Affiegeans ; & Arnold n'avoic 
point d'artillerie. Dans cette circopftance , 
tont Ton efpoir étoit dans la défedion des 
Habitans'. Trompé dans cette attente , 
tout ce qu'il put faire fut de fermer toutes 
les avenues de Québec & d'intercepter tous 
les fecours qu'on pourroit envoyer, jufqu'à 
l'arrivée de Montgommery, En confcquence , 
il mit, pendant plufieurs jours, fes troupes 
en bataille fur les hauteurs qui font aux 
environs de la Ville ; & il envoya deux 
.Parlementaires pour fommer la Ville de fe 
rendre. Mais on tira fur eux , & l'entrée 
de la place fut feverement interdite à tous 
les meifagers qui venoient de fa part. Ea 
conféquence il prit le parti de faire rentrer fes 
troupes dans leurs quartiers. 

Pendant ce tems-là Montgommery qui 
avoit trouvé à Montréal une quantité con- 
sidérable d'étoffes de laines Ôc d'autres ar- 
ticles propres à faire des vêtemens , profita 
de cette occafîon pour renouveller les ha- 
bits de fes tioupes qui avoient prodigieufe- 

Cii| 



38 Affaires de l'Angleterre 

•ment foufFert de la rigueur du froid , de îa 



^11^* difficulté des chemins & fur- tout du défaut 
iV'ai de véteroens convenables. Malgré les efpé* 
^ rances flateufes que dévoient lui donner fes 
^^"* fuccès , la fituation de ce Commandant étoic 
des plus critiques. Obligé de lutter fans 
ceiTe contre des difficultés & des obftacles 
de toute eipece , il ne falloit rien moins que 
fon génie pour en triompher. li n'y a que 
les perlonnes inftruites à fond des détails 
inilitaires , qui puifîentfe former une jufte 
idée de la difficulté de conduire & de com- 
mander une armée compofée entièrement 
de nouveaux foîdats, & qui ont padé fubi- 
tement des occupations civiles au métier 
de la guerre ; quand bien même on fup- 
poferoit que ces foldatseûflent été levés en 
Europe & dans les pays où la fubordina* 
tion eft le mieux établie. Mais il n'y a pas 
dans le monde entier de peuples civilifésqui, 
par leurs principes , leurs moeurs , leurs ufages 
& leur manière de vivre, aient plus d'aver- 
iion pour toute idée de fubordination , & 
parconféquent foient moins propres à la dif- 
cipline , que les hommes qui compofoient 
les troupes de Montgommery. Il falloit les 
traîner au milieu des befoins & des contra- 
riétés de toute efpece à travers des déferts 
affreux & impraticables , & , lors qu'ils 
étoient enlîn parvenus au lieu de l'ac^iion , 
les armes à la main , & avec toute la fierté 
qu'infpire l'efprit militaire & un pouvoir 



E T D E L A MERTQUE. 39 

auquel on n'eft pas accoutumé, il falîoit les' 

plier au joug des privations & re'primer leurs ^77^» 
excès , dans la crainte d'aliéner refprit des ^^^^^ 
Canadiens , tandis que d'un autre côté il -^. 
étoit de la prudence du Général de fauver 
à fes troupes toutes les apparences d'une 
difcipline militaire exade èc dure , dans la 
crainte de leur défertion. 

D'ailleurs les Américains n'étoient enga- 
gés que pour un terme alTez court, félon 
Tufage des Colonies ; &: comme le tems de 
leur fervice étoit fur le point d'expirer , il 
n'y avoit que le nom de leur chef & l'af- 
feélion qu'ils portoient à fa perfonne , qui 
pût les retenir plus long tems fous fes dra- 
peaux. , 

Le Général Carleton arriva à Québec vers 
le tems où le détachement d'Arnold avoit 
quitté fes environs. Il prit au (11 tôt des me- 
fures, pour -la défenfe de cette place, qui 
^toient bien propres à foutenirla réputa- 
tip^n qu'il avoit acquife depuis long-terns 
dans les armes. Sa première démarche fus 
d'obliger] tous ceux qui reHjferent de s'armer 
pour la défenfe de la Ville , d'en fortir avec 
leurs familles. La garnifon , y compris tous 
les ordres d'habltans qui fervoient , fe mon- 
toit à environ lyoo hommes; ce nombre, 
en fuppofant même que ce fûflfent les meil- 
leures troupes , étoit entièrement incapable 
de défendre des fortifications aufîi étendues , 
il une pareille foibleffe n'eût exifté du côté 

C iv 



40 Aff AiREj! Dï l'Angleterre 

^■"'des Afuegeans. Parmi les premiers, il ctoic 
il^* difïicile de dire quM y eût quelques trou- 
^'"^^ pes ré.ruliereb ; le corps de Mac Leaii avoit 
j . été levé récemment, &: ia feule compagnie 
eu ftptisDie régiment qui eût évité d'être 
laite prifbnniere de guerre , étoit formée 
prîncipaîerrî^nt de recrlies : le rede étoit 
compofi de milices x^ngloifes ÔcFrançoifes, 
de qiiiîlques Gardes - Marine , & d'environ 
4C0 matelots appartenans aux frégates du 
Roi èi aux vaifleaux Marchands qui hyver- 
noient dans le Poic. Ces derniers accoutu- 
més a manœuvrer de gros canons ôc à d'au- 
tres violens exercices , étoient la vraie force 
de la garnifon. 

Montgommery , après avoir laiflTé quel- 
ques troupes à Montréal & dans les forts , 
bc après avoir envoyé des détachemens dans 
les différentes parties de la Province, pour 
animer les Canadiens , aind que pour accé- 
lérer l'envoi de nouvelles provifions , fe hâta 
de joindre Arnold avec le plus d'hommes 
qu'il put détacher , & avec l'artillerie qu'il 
put fe procurer. Leur marche étoit , en 
hyver , par de mauvais chemins & fous 
un ciel rigou^'eux , les neiges commen- 
çoient à tomber, & ils étoient par con- 
féquent expofcs à dé grandes fatigues » 
qu'ils foutinrenc néanmoins avec la plus 
grande fermeté. Ils arrivèrent avec une 
célérité incroyable à Québec. 

DèsqueMongomniery parut devantla Vil- 



E T D E l'A m ê r I <^ tr E, 41 

le , îl écrivit une lettre au Gouverneur , dans "" 

laquelle il lui groiTifToit fes propres forces , I77y* 
lui rapelloit la foiblelTe de fa garnifon ^ lui r^^ 
montroit rimpolTibilité d'être fecouru, & j^-^ 
l'exhortoit à fe rendre fur le champ , pour 
éviter les fuites terribles d'un affaut : piquées 
comme Tctoient, difoit-il , fes troupes vic- 
torieufes parles tiaitemens injurieux & cruels 
qu'elles avoient en diverfes cccafions reçus 
de lui. Quoique l'on fît feu fur l'enfeigne qui 
portoit cette lettre , ainfi qu'on Tavoit fait fur 
les autres , &c que toutecommunication fût dé- 
fendue expreffément • par le Gouverneur , 
Montgommery trouva une' autre voie pour 
faire arriver dans la Ville une lettre conçue 
de la même manière j mais ni les menaces 
ni les dangers ne purent ébranler la fermeté 
du Gouverneur. 

Il ne paroît pas que les forces de Mont- 
gommery ayent été beaucoup fupérieures en 
nombre ou en qualité à celles , quelles qu'elles 
fûiTent , qui défendoient la Ville. Sa feule 
efpérance de fuccès femble donc avoir été 
fondée fur la terreur que l'étalage de fes pré- 
paratifs & la chaleur de fes attaques pour- 
roient cauferàla garnifon; & en casque ce 
moyen n'eût pas réulïî , il vouloit les lafler 
par des mouvemens continuels & de faufles 
-ailarmes. Il commença donc un bombarde- 
ment avec cinq petits mortiers, qui tirèrent 
pendant quelques jours. On auroit pu fe 
flatter qu'ils auroient rempli le premier de 



42 Affaires de l'Angleterkh 

►ces objets , en jettant le défordre dans la 
^11^* garnifon ; mais l'intrépidité du Gouverneur ♦ 
Mai fécondée par la bravoure , l'induftrie infa- 
^ tigable & la confiance des principaux Offi- 
'^' ciers , ainfi que par le zèle des matelots & 
des Gardes-Marine , déconcertèrent le pro- 
jet de Montgommery. Nous devons donc 
rendre jullice à la garnifon en général , 
qui fuivit noblement l'exemple & qui fou- 
tint la bravoure de fes Commandans. Elles 
efluya les fatigues, la difette & les mal- 
heurs inféparables d'un (îege auiîîlong , avec 
une fermeté & un courage furprenans , & 
quoique foumife à une difclpline très-ri- 
goureufe & à un fervice continuel. 

Quelques jours après Montgommery ou- 
vrit une batterie de fix canons » à enviion 
700 verges des murs de la Ville , mais fes 
boulets étoienc d'un trop petit calibre pour 
produire un efifet confidérable. La neige étoit 
fi haute fur la terre ^ & les frimats {1 rigou- 
reux , que la nature humaine paroifToit in- 
capable de tenir en pleine campagne. Les 
fatigues ôc les incommodités que les Provin- 
ciaux foutinrent tant de la faifon que de 
leur petit nombre , paroilTent incroyables , 
& il n'y avoit que leur dévouement pour 
leur caufe , & l'amour & Teftime qu'ils avoient 
pour leur Général , qui pûfTent les leur 
faire endurer. Les maux s'accroiflant ou du- 
rant trop loog-tems , cette fermeté dévoie 
néanmoins Cuccomber. Le tems pour lequel 



& 

Juin. 



E T DE l'A m É R I Q U E. 45 ^ 

pluGeurs des foldats s'etoient engages , alloic 

expirer; & on éroic incertain s'ils ne de- I77"* 
manderoient pas leur congé pour s'en re- ^î^* 
tourner chez eux ; & fi un tel événement 
ne romproit pas fa petite arnnée. On dit que 
les troupes de la Nouvelle-York étoient trop 
fenfibles au froid , de qu'elles ne niontroienc 
pas la vigueur Se la conftance des Habitans 
de la Nouvelle-Angleterre , qui s'étoient en- 
durcis en traverfanc les déferts avec Arnold. 
Dans ces conjondlures , Montgommery 
crut qu'il ne pouvoir point différer d'en venir à 
quelque aétion décifive, ou que le fruit de 
fes fuccès paiTés feroit perdu en grande 
partie pour la caufe qu'il avoir époufée , 
& que fa propre réputation , qui brilloit alors 
de tout fon éclat , feroit affoiblie , fi elle 
n*en étoit même obfcurcie. Il favoit que 
les Américains regarderoient Québec comme 
pris , du mome'nt qu'ils apprendroient fon 
arrivée devant cette place; que plus leur at- 
tente étoient grande , plus ils feroient con- 
trariés fi elle étoit trompée. La confiance 
qu'ils avoient en lui , étoit fondée fur la haute 
opinion qu'ils avoient conçue de fon cou- 
rage & de fes talens. Il ne pouvoit lui ar- 
river rien de plus fâcheux que de la perdre. 
Cependant , comment livrer Taffaut à une 
Ville qui étoit pourvue d'une garnifon égale 
en nombre aux Ailiegeans : pouvoit- il corn* 
battre la nature en attaquant la haute Ville, 
qui était fi bien forcifiée par elle*^ qu'on 



44 Affaires de l'Angleterrie 
la regardoit comme imprenable ? C'étoit donc 
77. • une tentative qui ne pouvoit être infpirée 
^ que par un aveugle dérefpoir. Mais les 
Juin héros calculent, aflfez mal le danger; Se 
pourvu que la gloire qu'ils en attendent 
foit grande , ils n'examinent pas en détail 
les difficultés qu'ils rencontrent avant d'ar- 
river à leur but. En effet , les plus célèbres 
exploits ont dû , dans tous les fiecles , leur 
fuccès à un noble mépris des formes & 
des calculs ordinaires. Malgré Torgueil de 
l'homme , la fortune a toujours été & fera 
toujours le grand arbitre de la guerre. 
En un mot , Montgommery fe repofant trop 
fur la fortune ainfi que fur les forces & les 
difpofitions de la garnifon , prit la réfolu- 
tion dangereufe d'emporter la place par ef- 
calade. 

Tandis qu'il faifoit les préparatifs nécef- 
faires pour cet effet, on dit que la garnifon 
en reçut avis par quelques déferteurs : qu'il re- 
connut même à Tes mouvemens , qu'elle avoir 
non feulement appris fon plan général , mais 
qu'elle favoit les moyens particuliers qu'il 
avoit choifis pour fon mettre à exécution, 
& qu'elle fe préparoit en conféquence à lui 
faire une réfiftance vigoureufe & réglée. Ce 
contretems exigeoit un changement total 
dans fes premières dirpofîtions ; & il n*efl: 
pas impofïible que ce dérangement ait eu 
une influence confidérable fur les événemens 
qui fuivirent. Quoiqu'il en foit , dans la ma- 



ET DE l'Amérique. 4y 

tinée du dernier jour de l'année 1775* , de j^-^^ 
très-bon matin & par une neige abondante, ^^^.^ 
il procéda à certe entreprife hazaideufe. Il ^ 
avoit partagé fa petite atmée en quatre di- Juin. 
vifions , deux defquelles faifoient de faulles 
attaques à la haute Ville, tandis que lui de 
Arnold en conduifoient deux réelles contre 
les parties oppofées de la bafle Ville. Par 
ce moyen l'allarme étoit générale dans les 
deux Villes , & auroit pu déconcerter les 
troupes les plus aguerries : du côté de la 
rivière Saint Laurent^ le long du front for- 
tifié, & autour du baiîin , chaque partie fem- 
bloit également menacée , ii même le danger 
n'étoit pas égal par- tout. 

Vers les cinq heures, Montgomery s'avance 
à la tête des troupes de la nouvelle York vers 
la baffe Ville , à l'anfe de mer , fous le Cap 
Diamond ; mais par quelques difficultés qui 
furvinrentj le fignal d'attaque, avoit été donné, 
& la garnifon avoit pris l'allarme avant qu'il 
arrivât fur le lieu. Il fe hâta néanmoinsi^ en 
marchant fur une file ferrée dans un pafTage 
étroit , ayant d'un côté. la rivière dont les 
bords efcarpés formoient un précipice, & de 
l'autre un rocher qui menaçoit de l'écrafer. 
Il s'empara du premier pofle & le paiTa ; ac- 
compagné d'un petit nombre de fes braves 
Officiers & de fes meilleurs troupes ; puis il 
marcha fièrement à la tête du décachemenc 
pour attaquer le fécond. Cette barrière étoit 
beaucoup plus forte que la première^ On y 



4<î Affaires de l'Angleterre 
avoitplacéplufieurs canons chargés à mitrail- 
-„„^ les. Ce fui par cette artillerie, & par un feu de 
« . moufqueterie bien dirigé & foutenu que fe 
^ terminèrent tout à la fois les efpérances de cet 
Juin, Officier entreprenant, & le bonheur de foa 
parti dans le Canada. Le Général lui mênrje, 
avec fon Aide de Camp , quelques autres 
Officiels, de la plupart de ceux qui étoient 
près de fa perfonne furent tués. Le com- 
mandement pafla à M, Campbell qui fe retira 
fans faire d'autre tentative. Il eft impoffible 
à ceux qui ne favent pas de la première maiti 
les circonftances de cette action de jugçj 
s'il céda trop facilement à la première terreuc , 
comme l'allurent les Américains. 

En même-tems Arnold , avec un Corps 
de ces troupes qui l'avoient fuivi avec tant d^ 
courage dans le Canada , foutenu parquelque 
artillerie de la nouvelleYork , attaqga la partie 
de la Ville appellée le Saut au Matelot , de 
aprçs s'être ouvert un chem^in par Saint Rochj 
ils .marchèrent à une batterie petite en 
effet , mais bien défendue , qu'ils emportèrent 
après un combat très - animé qui dura unej 
heure , & dans lequel ils iirent une perte 
eonfidcrable. Ces troupes eurent aulîi le mal- 
heur dans cette occafion de refter fans com- 
mandant , car Arnold ayant eu la cuiffe 
fracaflee par un boulet, il fallut le trnnfporter 
au Camp. Il fut néanmoins bien remplacé 
par la bravoure de les Officiers 6c de fçs 



E T D E l'A m é r I q u e, 47 

foldats qui, ignorant le malheur de Mont- 

gomery, loin d'être abattus par le leur propre, ^77^'** 
continuèrent l'adion avec ardeur ik s'empa- Mai 
rerent de l'autre pofte. ^. 

La garnifon étant revenue de fa furprife , *'"^"* 
& n'ayant plus rien à craindre des divers 
autres côtés , elle eut le tems d'appercevoir la 
pofition du détachement d'Arnold , Se de 
reconnoître l'occafion qui fe préfentoit de 
l'exterminer. La pofition des Américains éloic 
telle, qu'en voulant fe retirer ,iisétoient dans 
la néceffité défaire une longue marche à la dif- 
tance de jo verges des murs , fous le feu de 
la garnifon. Pour rendre leur perte iné- 
vitable, un détachement confidérable, avec 
plufieurs pièces de campagne , fortit d'une 
des portes quidominoient ce paflage , & atta- 
qua avec fureur l'arriére garde , tandis qu'ils 
ctoient occupés à tenir tête aux troupes qui 
fe jetterent alors fur eux de tous les côtés. Dans 
cette fituation dtfefpérée , hors d'état de fe 
fauver, attaqués de toutes parts , ayant tous 
les défavamages du terrein ainfî que du nom- 
bre, ils fe défendirent opiniâtrement pendant 
trois heures , & à la fin ils fe rendirent prifon- 
niers de guerre. 

Les pnfonniers furent traités avec la plus 
grande humanité par le Général Carleton , 
conduite qui lui fait d'autant plus d'honneur 
qu'il avoit la réputation d'être dur à la guerre. 
Toute inimitié contre Montgomery ceffa avec 
fa vie , ôc l'eftime pouj: fes qualités perfon- 



4^ Affaires d e l'Angleterre 

'nelles l'emporta fur toutes autres confidéfa^ 



* ' ' tions. Son corps reçut toutes les marques de 
■^^ diftindion poflibles de la part des vainqueurs , 
Juin. ^ ^^^ enterré à Québec avec tous les honneurs 
militaires dûs à un brave homme. En compa- 
rant les diverfes circonflances qui précédèrent 
& qui fuivirent cette aâ:ion , on voit que 
les Rebelles en tués , blefles & prîfonniers 
ne perdirent pas moins de la moitié de leur 
nombre. Une lettre écrire par Arnold auflî- 
tôt après , fait monter le refle de leurs forces 
à environ fept cent hoîumes. 

Telle fut la fm de Richard Montgomery : 
il étoit d'une bonne famille établie dans le 
Royaume d'Irlande ; il avoit fervi avec hon- 
neur dans la dernière guerre, & il eft mort 
à la fleur de fcTn âge. Ses belles qualités & 
fes grands talens l'avoient fait généralement 
aimer & eflimer , & il n'y a probable- 
ment aucun homme de Ton parti, & très- 
peu dans l'autre , donc la perte ait été aufîî 
regrettée en Angleterre ou en VVmérique, 
C'éroit un partifan fincere & zélé de la li- 
berté ; s'étaut m.arié à la Nouvelle-York & 
y ayant fait l'acquifition d'un bien , il fere- 
gardoit comme Américain j il fut pouflé 
pat fes principes à renoncer aux douceurs 
d'une fortune aiCee , & à la jouifiance d'une 
vie champêtre que fa philofophie lui eût 
fait goûter , pour prendre une part adive 
à toutes les miferes & à tous les dangers 

des troubles aduels, 

II 



Il avoît, fans contredit , de grands taîens— « 



pour la guerre ; & il eft à regretter , qu'un 1776'. 
homme qui fembloit iî bien formé pour dé- Mai 
fendre les intérêts & la gloire de fa patrie ^. 
contre fes ennemis naturels» ait péri dans *'"^"* 
une II malheureufe querelle. En Améri- 
que il fut révéré comme un martyr qui avoit 
foufFert pour la caufe de l'humanité & de la 
liberté du genre humain. Ce qu'il y a de 
plus étonnant , c'eft que les plus célèbres 
Orateurs dans le Parlement Anglois , jet- 
terent des fleurs fur fa tombe; ils célébrèrent 
fes vertus &: pleurèrent fon fort. Un grand 
Orateur, qui avoit fervi avec lui dans la 
dernière guerre , verfa un torrent de larmes 
en rappellanc l'amitié folide qui avoit régné 
cnir'eux, lorfqu'ils fervoient.enfemble àcette 
époque qui érernifera la gloire & le cou- 
ï^ge de la nation AngloiféV Le Miniftre 
même rendit juftice à fes talens, tout en con-* 
damnant la caufe féditieufe pour laquelle 
il les avoit déployés, & les fuites fatales qu'a- 
voit produit leur mauvais ufage. 

La défenfe de Québec acquit avec raifon 
beaucoup de gloire au Gouverneur & aux 
Officiers , &la conduite de la garnifon mal 
difciplinéeauroit fait honneur à des vétérans. 
Elle peut fervir à prouver combien la con- 
duite & l'exemple de quelques Officiers braves 
& expérimentés, peut contribuer à rendre 
refpeàables les troupes les moins inftrui- 
tes ôc le plus mal exercées. L'émulation 
N\ XXXII, D 



yo AffaipvEs DE l^Ancîleterrs 

qui s'éleva entre les différens ordres d'hommes 
^77^« qui compofoient la garnifon , changea 
^ai probablement une foiblefTe apparente en une 
-? force réelle. 

"^^^^* Les Afliégeans quittèrent aufîî-tôt leuc 
camp & fe retirèrent à environ trois milles 
de la Ville , où ils fortifièrent leurs quartiers 
<lans la crainte d'être pourfuivis & attaqués 
par la garnifon ; celle-ci ^ quoique fupérieure 
en nombre , étoit hors d'érat de tenter une 
telle entreprife , & l'habile Gouverneur avec 
unefageffe & une retenue égales àfon intré-- 
pidité 6c à fa fermeté , fe contenta de l'avan- 
tage inattendu & de la fécurité qu'il avoir 
gagnés , fans vouloir expofer le fort de la 
Province & peut-être de l'Amérique, pat 
une entreprife téméraire. La Capitale étoit 
tout -à- Fait hors de danger, & les fecours 
qu'on attendoit ne pouvoient manquer de 
délivrer toute la Province. 

Par la mort de Montgommery , le corn- 
snandement de 1 armée Américaine étoit dé- 
volu à Arnold , qu€ fa bleiTure rendoic 
incapable de remplir un pofte aufli fca- 
foreux. La confiance de fes Soldats fut 
néanmoins furprenante dans les conjonc- 
tures où ils fe trouvoient. Outre leur Gé-; 
néral ( dans lequel on peut dire qu'ils avoient 
placé tout leur efpoir & toute leur 
confiance), ils avoient perdu leurs meilleurs 
Officiers & compagnons ^ avec une partie 
4e leur petite mûkkk, La perlpeclive de 



E T D E L*A M É R I Q t; Ê. jT 

tous fecours ctoit éloignée, & la marche des 
renforts , s'ils dévoient en recevoir , ne pou- rnp^r 
voit être que lente. On favoit parfaitement ,/.* 
que les Canadiens, outre leur légèreté ôc ^ 
îeur inconftance naturelles dans leurs réfolu- Juin, 
tions , étoient très • difpofés à pencher pour 
le parti victorieux ; ainfi leurs fecours de- 
venoient très - douteux. La rigueur d'un 
Ilyver-- du Canada éc,oit pire que tout ce qu'ils 
Qvoient jufqu'alors éprouvé ; la neige avoit 
quatre pieds de profondeur. Dans ces con- 
jondures il falloit beaucoup d'adivité Ôc 
d'adrefle pour les empêcher de fe difper- 
fer. Arnold j qui avoit montré de rares talens 
.dans fa marche du Canada ., (que Ton peut 
comparer aux plus grandes chofes faites en 
ce genre) fit voir en cette occafion toute 
la fermeté d'une grande ame & un génie 
plein de relTources. Quoique défait & blefle , 
il difpofa tellement fes troupes qu'elles étoienc 
encore foniiidables. Il dépêcha un exprès 
à Woofter , qui étoit à Montréal , pour amenée 
des fecours & pour prendre le commande- 
ment ; mais comme ceci ne pouvoir pas s'exé- 
cuter fur le champ, il fie tête , avec les 
forces qui lui reftoient, à toutes les difficul- 
tés qui l'environnoient. Depuis ce tems le 
fiege fut converti en un blocus ; & Arnold 

trouva des moyens efficaces jd'interceprer 
[l'arrivée de nouvelles provifions ôc-autrea 

envois pour la Ville» j 

D ij 



ya A F F Aï R È s DE l'An gl e t ë r r s 



.i775« Levée âujiege de Québec Gr état de ? armée 
'Mai Américaine du 6 au lO Mai* 

Juin, iV,** I. Extrait d'une lettre écrite au Con- 

g-rès ôc datée de Montréal le lo Mai. 

- ■ w 

Le Général Thomas étoit le 6 au foir à 

Déchambeau. Il fut décidé dans un Conr 
feil de guerre , qu'on fe retireroit à l'em- 
bouchure de la rivière Sorel. Le Général 
-Arnold doit s'y rendre aujourd'hui ; s'il peut 
avoir une connoilTance exaéte des forces de 
l'ennemi & qu'elles ne foient pas confidé- 
rables, le Confeil de guerre pourra fe déci- 
der à faire retourner l'armée jufqu'à Dé- 
chambault. Elle e(l renforcée par les régi- 
inens des Colonels Greaton, Eurrel & Sin- 
clair. Indépendamment des autres pertes que 
' Farmée a déjà faites, on a appris qu'un bateau 
<:hargé de poudre , à la quantité de 30 ba- 
rils , & un vailïeau arnié que l'équipage s'eil 
vii obligé d'abandonner , ont é:é enlevés 
|)ar une frégate des tnnemis. 

Publié par ordre. 

Signée Thompfon , Secrétaire." 

N** I L Lettre dhin Américain fur la levée du 
Jîege de Québec, 

Nous fommes informes par un exprès de 
notre armée (Américaine) en Canada , qui 
4&ft parti le p de ce mois de Mai de la pointe de 



ET DE l'A M é m QUE Jj' 

Déchambaulr, à environ do milles de Québec, ~IT7" 
qu'il y avoir eu dans l'armée devant cette J . * 
iVille un grand nombre de malades de la ^ 
petite vérole: que lerefte étoit difpetfé dans Juin.;, 
diffe'rens poftes pour îa commodité des quar- 
tiers., de forte qu'il ne reftoit plus que 
2.00 hommes efiedifs à notre quartier gé* 
néral , où il n^y avoit ni retranchemensr, 
ni parapet j ni aiTez d'ouvriers pour en élever » 
& feulement pour (ix jours de provifions. 
Dans ce trifte état des chofes, il avoit été 
décidé par un Confèilde guerre de quitter 
la Place fous deux ou trois jours. Le Gé- 
néral Woofter, avec tout fon bagage, le 
Capitaine Mott & plufleurs autres étoient 
partis un ou deux jours avant qu'on vttr 
paroître la flotte ennemie ] confiftante en fept: ' 
bâcimens. Il eft vraifemblable que le Gé^ 
néral Carîeton avoit fu par des efpions ou 
par des déferteurs » la réfolution où nous 
éâons d'abandonner le fiege, & qu'il avoiî: 
été informé de la fituation de notre camp ;, 
en conféquence il avoit réfoîa la fortie qu'il 
a faite le 6 au matin , ( au^ moment ou les 
vaiffeaux venolent d'arriver): avec environ 
î,200 hommes 3^ 6 pièces de campagne,^ 
A en juger par Thabillement , ces i,2oa 
hommes n'étoient point des troupes réglées j 
mais plutôt des Habitans, de îa Ville. Sur 
l'apparition inattendue des vaiffeaux & des^^ 
troupes 5 les narres fe font recirés avec beau? 
ÇQup de précipitation & de confufioa g^. 



^4 Affaires de l'Angleterre 
fihnndnnnant provlCons , bagages , canons 
J776'. & environ 200 naïades, enfin tout géné- 

jVîai ralèment. L'artillerie laiiïee confifte en z 
é: canons de 24 livies , 2 de 12, plufieurs 

'Juin, de 5 ôc de 4, quelques mortiers, cohorns , 
obufiers , tous de fonte, & plufieurs pièces 
en fer de différens calibres: on croit qu'en- 
viron 100 malades étoient partis , ayapt 
adueUement la petite vérole fur le corps ; 
'& même ce font ceux qui s'en font le mieux 
tirés. On n'a pas entendu un feul coup de 
fufil ; mais les nôtres côtoyant le rivage » 
les vaiifeaux de guerre les fuivirent jufques 
^près de la pointe de Déchambault. En con- 
"îequence de la rareté des vivres, de pour évi- 
ter les maladies , le Général Thomas n'a 
gardé avec Inique JOO hommes, avec lef-- 
quels il étoit réfolu de monter où de def- 
cendre la rivière , félon la force & l'état de 
fes troupes. Les Canadiens paroilToient très- 
bien difpofés en notre faveur. Un grand 
nombre de nos foîdats , avec leurs provi- 
sions de leurs munitions , avoient été retar-^ 
dés dans leur marche, pour l'armée devant 
Québec, par les mauvais chemins , qui , de- 
puis quelque tems , étoient impraticables. 

Le 10 Mai il fe fit un détachement de. 
140 hommes, aux ordres du Major Henri 
Shelburne pour le pbfte des Cèdres, à 45 
jïiiîes Sud-Oueftde Montréal. — (La Re- 
lation de l'affaire du pofte des Cèdres , arri- 
vée le 20 Mai , & de fes fuites i fe trouvera 
h h datQ du z6)^ 



m 



E T B s l'A m é r I q u e; y j^ 

La Ville de Montréal n'étant pas afTez- 



farti^îée pour pouvoir longtemps réljfttr, les ^77^* 
Américains ont refolu de l'abandonner & Mai 
de fe retirer à Saint Jean , où iLs paroiffent ^ 
déterminés à attendre les renfort^ envoyés ^^^' 
à leur fecours. 

N.° Il I. Extrait aune lettre au Congrès gé- 
nérai y datée de Montréal le i o Mai* 

^ Le Colonel Campbell , arrivé ici ce maria 
de Québec, nous apprend que deax vaif- 
^eauK de guerre , deux frégates & un allège » 
font arrivés le 5. Sur les onze heures les 
ennemis , à ce qu'on croit , au nombre de 
loao hommes, ont fait une (orties Nos 
troupes étoient rellement dilperfées qu'oiv 
n'a pu raffembler plus de 200 hammes aii: 
quartier général. Cette poignée de monde 
n'a pas pu réllfter à l'ennemi. Tout notre 
canon, 5*00 fufils , & environ deux cents 
malades » hors d'état de fe fauver , font tom- 
bés entre leurs mains.. La retraite s'eft faite 
avec beaucoup de précipitation & de confu^ 
fion. Cependant le Colonel Campbell nous 
apprend qu'il croit que nous n'avons giieres 
perdu que les {a) malades cl-deffiis rneti?*^ 
tionnés^. 

Par or art du Congrès 

Signée Charl.lfe Thompfon, Secrétairti. 

( a }. La relation de cette même affairepar M, Carlesr 

D. i% 



^5 AfFAI^ï:S DEI.'ANSI?ETERRt 



Juin». 



j -jn 5, N°. IV. Proclamation du Général Carlton après la 
j^,jj^- lepée du Jîegz de Q^uehec. 

^^_ Comme je fuis informé , que plufieurs des 
Sujets féduits de Sa. Ma], des Provinces voU 
fines , aduellement bleffés èc affligés de di- 
vers maux, (ont difperfés dans les Bois.& 
ParoiiTes adjacentes , & en grand danger d$ 
périr faute desfecours néceffaires ; il eft en- 
îoint par les préfentes à tous les Capitaines 
6c autres Officiers de Milice de faire une re- 
cherche exacte de toutes les Perfonnes , qui 
ie trouvent ainfi dans le malheur , de leuc 
xiônner tout le foulagement pofiible , & de 
les conduire à l'Hôpital général , où l'on pren* 
«ira convenablement foin d'eux. Toutes dé- 
penfes raifonnables , qu'on pourra faire , en fe 
conformant à cet ordre , feront reftituées paE 
le Receveur Général. 

Et afin que îe reproche que ces malheureux 
pourroient fe faire de leur anciennes fautes 
ne les empêche point de recevoir les fecours 
ique leur trifte fituation demande , je leur no- 
tifie & déclare , qu'aufîi-tot que leur fanté 
fera entièrement rétablie , ils auront pleine 
liberté de retourner à ievirs Provinces refpec- 
tiveso 
K ' »' ' I I II . I III I i ^ I I. 

ton, ( elle ; viendra ci - ^près ) n'ayant fait nullo 
mention des malades , il ' y a apparence qu'ils 
açoient trouvé moyen de fe fduver dans les bois » 
^ que cçû pour eux que lA» Carhou a publié fa 
fifçclauuuion dwîQ Mni* 



fer DE l'A m é r î q û 'É: yi 

Donné fous ma fignature & le cachet de 
mes Armes , au Château de S. Louis dans la ^71^' 

Mai 
& 



Ville de Queb«c, le lo Mai ijj6. 



Signé GuyCarleton, Juii^ 

N.° V. Précis (Tune lettre d'un Habitant ds 
Québec à un Particulier d^Ediinhourg , Jur la 
huée du fiege de Québec. 

Pendant fix mois d'une campagne d'hyvec 
extrêmement fatiguante, tous les Canadiens 
qui fe trouvoient dans la Ville, ont fait le 
même devoir que les fimples foldats. Dès 
notre premier enrôlement , qui a eu lieu le 
17 Novembre & qui a continué jufqu'au 
24 Mai , chaque homme étoit payé fur le 
pied d'un shelling par jour , & a eu des fublif- 
tances pour lui & pour fa famille pendant 
tout ce tems-là. Aujourd'hui nous avons la 
liberté de faire ce que nous voulons. Les 
Prêtres ont fait voir qu'ils étoient les fer- 
viteurs du Roi les plus zélés & les plus 
conftans; & les Eglifes n'ont cefTé de re- 
tentir des exhortations qu'ils faifoient aux 
Peuples pour la caufe du Roi. Les Sémi- 
nariftesmême ont porté les armes avec beau- 
coup d'exaélitude , & ils fe font bien mon^ 
très dans toutes les occafions. 

Les deux tiers des matelots qui défen- 
^oient la Place étoient Irlandois, & depuis 
que le fiege étoit formé , ils ne s'étoient ja- 
mais écartés de la difçipline févère qu'il falr 
ipit maintenir. 



yS Affaires? del''An(?èetbrk^ 
^-. 7 Enfin aux approches de la fête de Saint 
7.. * Patrice , qui arrive le 7 Mars , les Provin» 
^^'^ ciaux commencèrent à efpa'er qu'ils pour- 
Juin, l'oient tirer avantage de l'état d ivreÔe où 
ie trouveroit probablement ce jour - là une 
partie de la garnifon. Mais pour détruire 
ces efpérances , le Lieutenant Colonel Mac 
Lean affenibla les Irlandois & leur fit ap- 
prouver qu'on remit la célébration de ce 
Saint au 17 Mai, efpace de tems qui lui. 
ijaroifloit raifonnable pour attendre du fe- 
courii delà Grande Bjetagne. Encontéquencé 
^e cet arrangement, les deux ordres (uivans, 
furent donnés fous leurs dates refpeélives./ 

A Québec le 16 Mars 177'^^. 

Oi'danné par le Colonel Mac Lean, dti 
confenierfient du Général , que la fête de 
S. Patrice fera remife du 17 Mars auv iTT 

JVlai. ■ 

A Qitebec le 16 Mai îjj6o 

Ordonné, du confentemsht du Général* 
que les enfàtis de S. Patrice fe trouvent 
demain à la parade du Colonel Mac Lean 
à onze heures du matin , pour célébrer la 

fête à la manière du pays. 

* 

Le plan d'opérations que les Américains 
dévoient fuivre s'ils eûflTent réufli à pren-. 
dre Québec , étoit d'en détruire les forti- 
fications ^ de réduire même la VUle aut' 



5e T D ï: l'A mer i qu i^;' S0 
]polnt de ne pouvoir fervir dans la fuite dé' T" 
lieu de déFenfe aux troupes du Roi. ^^ , * 

L'armée qui avoit fait le fiege de Québec ^* 
n'écoit qu'un corps de troupes irrégulieres j^i^^ 
& fans difcipline , & les défordres qui s'y 
commettoient reftoient impunis , ou du 
moins on n'ofoit les punir qu'après en avoir 
reçu l'ordre du Général Washington.— 
( On a fû ces détails par les papiers pris 
avec le bagage du Major général Thompfoii 
à l'affaire de Sorel , dont II fera rendu compte 
fous la date relative. ) 

N.^' V. Lettre écrite de Qiielec par un An^ 
^ glois 3 le II Mai» 

Les Infurgens font aéluellement aux trois 
Rivières; une frégate, un floop de guerre 
de un fenaut armés les pourfuivent. Ces? 
vaifleaux , qui leur ont déjà caufé beaucoup 
de dommage, ont repris le Gaffée, ainfi 
qu'un autre vaiffeau chargé d'une grande 
quantité de provifions de guerre. Si notre 
renfort fût arrivé deux jours plus tard , il 
€ft probable que nous aurions eu un aifauc 
à foutenir , car les Provinciaux avoient été 
joints la veille par quatre cents hommes» 
hc ils avoient à leur difpofition d'autres corps 
alfez confidérables. Selon toutes les ap- 
parences 5 ils ne quitteront la Province 
que ïorfqu'ils y feront contraints par la force 
des armes. En effet , il y a lieu de croire 
qu'ils feroienc bien aifes de faire du Canada 



'"^ x- le théâtre de la guerre , pour la détournej^ 
■U . * de leur pays. Si le grand armement arrive 
. ^ bientôt ^ ils feront chafîes de la Province ; 
Juin, ^ais fi on leur donne le tems d'augmenter 
leurs forces , ce fei^a peut-être l'ouvrage da 
toute la campagne. Le renfort que nous 
avons reçu d'Angleterre, confifte en trois 
•vaifTeaux de guerre & en trois vaifleaux de 
tranfport , ayant à bord Ta plus grande 
partie du vingt-neuvième régiment. Celui 
qui nous eft arrivé d'HalliFax, confifte en une 
frégate & trois vaifleaux de tranfport, avec 
le quarante feptieme régiment. Ces forces font 
trop peu nom breufes pour donoer la chafle 
à nn ennemi dont l'armée , y compris les 
Tiouveaux renforts, eft dequatre miilehommes. 
Le Général a ordonné qu'on difpofât tout 
de manière à pouvoir pourfuivre les Pro- 
vinciaux aufïi tôt qu'on feroit en forces pouc 
marcher après eux. 

N.^ VII. Addrejfe des Hahitans' àe la Ville de 
Montréal au Général Carlton, 

•Nous, les fidèles Sujets de Sa Majefté J^ 
les Habitans de la Ville de Montréal , félici- 
tons Votre Excellence à l'occafion du fuc- 
cès remporté iur les Rébelles qui faifoient 
une invafion dans cette Province. Au 
moyen d'un petit nombre de Troupes du 
Roi , fécondé par les Habitans de Québec, 
aulîi courageux qu'obéilFans. Votre Excellence 
eft parvenue à expulfex les Rebelles de tou.i 



t T D E l' A M é R t Q IT ^. 6i 

tBS les Dépendances de la Vills, L'agrcable -jf* 

préfage , que donne cette vidone , excite en '' , * 
nous la joie avec laquelle nous vous en rap- ^^^ 
pelions le fouvenir, en voyant Votre Excel- j^jn^ 
îefjce à la tête d'une armée , qui eft difpofée 
adonner les mêmes marques de valeur & 
d'humanité. 

Avant que cette Rébellion j cette fource 
de miferes, nous le fit éprouver, nous étions 
déjà convaincus que notre bonheur dépen- 
doit de notre foumiffion à l'autorité du Roi 
S>c du Parlement. Nous n'avions pas befoin 
ds ce fléau pour nous donner à con- 
Boître qu'un Peuple ne peut être heu- 
reux qu'autant qu'il eft fidèlement & égale- 
ment attaché à fon Souverain. Ce feroit 
convertir en triftelTe & en plaintes ameres 
notre joie & nos félicitations , fi nous rap-' 
portions les injuftices & les cruautés com- 
mifes fous le faux prétexte de la liberté 
facrée ; nous fommes trop heureux d'en 
-être délivrés , & d'efperer d'en être 
îong'tems garantis fous la protedion de Votre 
JExcellence. Nous fupplions la divine Pro- 
vidence qu'elle daigne bénir les armes du 
Roi & les rendre invincibles. Plaife au Tout- 
PuilTant de fe fervir de vous comme d'un inf- 
trument pour le rétabliffement de la paix 
«ntre la Grande-Bretagne & fes Colonies. 

Nous prions Votre Ecellence d'informer 
îiotre gracieux Monarque de la fatisfadion 
^u@ nous avons de voir à prefent le boa 



^2 A FFA-iRKsDE l'Angleterre 

^776, ordre rétabli & de vouloir bien alTûrer lemeil- 
*,^' leur des Rois que rien n'eft capable de noua 
& induire à manquer à notre confiante fidé- 
jjuin. liié , ainfî qu'à notre attachement pour fa 
Perlonne , fa famille §c fon Gouverne- 
ment, 

Le Général Carleton fit à cette adrefTe 
ides Habitans de Montréal la reponfe fui- 
Ji^ante: 

Messieurs. 

Je vous remercie de votre humble adref- 
fe-y que j'aurai foin d'envoyer au Roi» 
Ceft avec la plus grande fatisfaétion que 
j'apprends que vous êtes affranchis de la tyran- 
nie des ennemis de nos loix, 3c rétablis fous la 
protedion de votre fouverain, qui n'em- 
ployé fon autorité qu'à alTûrer la tranqui- 
îité parmi fes fujets , à accroître leur bien- 
ctre, à maintenir leurs droits & leurs libertés, 
l>es malheureux^ divifés dans leurs opinions 3c 
qui en détournent le vrai fens , font effentiel- 
lement les ennemis du peuple. Ils font ceux, 
qui, aveuglés par leur avarice fordide,vou- 
idroient fruftrer leurs Concitoyens des mo- 
yens ineftimabîes que leur oftrentles faveurs 
paternelles de Sa Majeflé. Il ne manque plus, 
Meflîeurs, pour combler mon bonheur, que 
de pouvoir coopérer au rétabliflemeot du bon 
ordre & de la paix dans les provinces voifi- 
■iiej j 3c fans mettre la violence en ufage , les 



ET T> E l'Amérique. 6^ 

'Convaincre qu'elles ont perdu de vue leurs - 
\rais intérêts. La louable conduite des bra- i??^» 
ves habitans de Québec leur fait un hon- Mai 
neiT infini. Puille' leur exemple infpirer de ^ 
pareils fentimens à leurs vollins , & les enga- ^^'^ 
ger à profiter de cette favorable circonltancô 
pour fe fouftraire aux -calamités dans lefquel- 
îes ils fe font plongés par trop de crédulité I 



Des que les R ebelles furent retirés de Mon- 
tréal , on y publia une proclamation pouc 
dédommager tous ceux des habitans du lieu 
qui avoient foultert des pertes & dommages 
de leur part. Cette proclamation , drellée dans 
Ja Cour de la Jurifdiélion Civile duDiftriét 
de Montréal en préfence de Moniieur Pierre 
Liviers , Doéteur en Droit , Se de deux Juges 
de cette Cour , étoit conçue en ces termes; 

33 Comme il a plu au Roi de nous ordonnée 
îde recevoir un Etat général des comptes , 
îion feulement des perfonnes , qui par la fur- 
prife des Rebelles , ou des OMiciers àô 
SaMajeflé , ont (ouffert des dqmmages dans 
leurs biens ; mais ai (Il de celles qui ont été 
contraintes de fournir auxdits Rebelles de 
l'argent , des provifions ou autres efîi^ts , nous 
faifons favoir à tous ceux qui font dans ces 
circonftances,qu'ilsayentàdre(rsrdes]irtesde 
isurs dommages, lefquelles ils produiront 



ÎÎ4 AFÏ?Al"RESi>£L^AN6LÉfEBÎlÊ 
r"au Bureau des Clercs de notre Cour avant l£? 



"^11^" premier Odobre prochain ,&c. 

& Signé J. Bu£KE, Clerc. 

Juin» 

!N,° VlII. Ordres donnés par le Général CarU 

ton concernant ceux des Habitons de Québec 

qui av oient refujé de concourir à la défenfe.de 

la Ville, 

Extrait d'une lettre de Québec du 14 Mai. 

On a publié ici hier 13 une Proclamation 
très-lage. Quoiqu'on ait pu dire des Catho- 
liques Romains, nous éprouvons aujourd'hui 
que le Clergé de cette Religion nous a ren- 
du de grands fervices , & qu'il a empêché 
, beaucoup de Canadiens de fe joindre aux 
Rebelles » parce qu'il a effrayé de la damna- 
tion éternelle tous ceux qui s'oppoferoient 
aux forces du Roi. On travaille aduelle- 
ment aux bateaux & à tous les préparatifs 
nécefTaires pour remonter la rivière jufqu'à 
Montréal ; & les Habitans font au comble 
de la joie d'avoir aujourd'hui la liberté de 
paiïer de la ville à la campagne, & de ren- 
trer de la campagne à la ville:. permKïion 
qui leur avoir été refufée , parce qu'ils au- 
joient pu être rencontrés par les Provinciaux. 
[Voici la teneur de cette Proclamation : 

w Comme , par une proclamation datée du 
22 Novembre 1775" > concernant toute 

perfonne 



ï T D E l'A m i r iq tr e; (f/ 

perfonne quelconque en éiac de fervlr dans — 

la milice & réfidente à' Québec, qui avoic ^77^* 
refufé- ou éludé de s'y enrôler & de pren- Mai 
dre les armes conjointement avec les bons ^. 
fujets de Sa Majefté domiciliés dans cette '^^^"^ 
iVille , auflî bien qu'à ceux qui après avoit 
pris les armes , les ont enfuite quittées & ont 
refufé de les reprendre j je leur ai ordonné 
de q'jitter la Ville dans l'efpace de quatre 
jours avec leurs femmes & enfans «, 

33 Je défends aujourd'hui à toute perfonne 
qui, en vertu de cette première Proclama- 
tion ^ aura quitté la Ville de Québec , ou 
a toute autre perfonne qui , foit avant, foie 
après ladite Proclamation , auroit déferré ou 
quitté quelque corps où il fe feroit enrôlé , 
de rentrer dans ladite Ville fans une per- 
mifllion par écrit , fignée de moi ou du Lieu- 
tenant Gouverneur de cette Province jj. 

Donné , fous mon feing & le fceau d© 
mes armes , au Château de St. Louis dans 
la Ville de Québec, le 12 Mai 1^16. 

La Proclamation fuivante avoit été 
rendue par le même Général , pendant la 
durée du fiège. 

Ordres donnés par Son Excellence le Général 
Carleton , en faveur de ceux qui ont été 
forcés par la crainte , ou féduits par Us ar-z 
tifices du Congrès, 

Les Officiers fupérieurs des diiFérens corps . 
N^ XXXII, E 



Aff ai k î: s d e l'Anôl ete r r b 
•- — —auront foin d'informer ceux qui font fous 
2770. leurs ordres que les lettres ou mefîages de la 
^^1 part des Rebelles, des traîtres armés contre Sa 
Juin Majefté , des perturbateurs du repos public ^ 
maraudeurs , voleurs , aflaiTins , ou meurtriers, 
ne doivent être reçus fous quelque prétexte 
que ce (oit : li aucun de ces ennemis des 
loix ofe approcher de l'armée 3 foit comme 
parlementaire ou Ambafladeur , à moinsqu'il 
ne vienne implorer la clémence de Sa Majefté, 
x^u'il foit appréhendé au corps & configné 
dans les prifons pour être traité aiiifi que les 
loix ont pourvu contre de telles gens. Leurs 
papiers ou lettres adrelTées même au Com- 
mandant en chef feront remis entre les mains 
du Prévôt de Guerre , qui , fans les lire , 
même fans les ouvrir , les fera brûler par la^ 
main du Bourreau : cependant Son Excel- 
lence n'entend pas que ni l'aflaflinat, commis.- 
furla perfonne du Brigadier Général Gordon ; 
ni la mauvaife foi des Rebelles , décidés à 
retenir les prifonniers Canadiens, quoique, 
ceux des leurs qui étoient tombés entre les 
mains des Sauvages , aient été rachetés à 
grand prix Ôc renvoyés chez eux , ni autres 
traits auflî indignes foient imputés à toutel'ar-, 
mée du Congrès en général, mais feulement 
à quelques fcélérats qui ayant commencée 
féduirela multitude, l'ont entrainée par de- 
grés , ont ufurpé fur elle un pouvoir tyrannie 
que& infurpportable , & cherchent à prêtent 
par toutes fortes de moyens à faire couler le 



fe T D E l'A m é r r q a e. 6j 

fang de nos concitoyens , dans l'efpoir infenfé ■ 
de couvrir leurs propres crimes, & de fe ^77^* 
maintenir dans leur uTurpation par la rui- Mai 
ne entière de leur PaySv PuifTent les crimes ^ 
de ces hommes infidèles & altérés de fang , ' 

les pourfuivre par tout , & les punir d'avoir, 
par leurs machinations infernales, amené un 
fi grand nombre de leurs concitoyens au 
bord du précipice de ladeftruétion ; il eft du 
véritable Anglois de fe diftinguer autant par 
l'humanité que par la bravoure : il eft de 
l'honneur des Troupes de Sa Majefté d'épar- 
gner le fang de fes malheureux fujets , donc 
le plus grand crime eft peut-être celui dé 
s'être lailTés féduire : il eft de la dignité dé 
la Couronne ; & c'eft le devoir de tous les 
Sujets fidèles d'arracher à l'oppreffion & de 
rétablir dans la liberté les Habitans de ces 
contrées , jadis heureufes , libres & loyales; 
Ordonne à tous les prifonniers Améri^. 
cains qui voudront retourner dans leurs dif- 
férentes provinces, d'être prêts à s'embarquec 
au premier ordre. Le fieurMurray , Commif- 
faire , fera la vifité des bâtimens deftinés à 
les tranfporter ; avant un (oin particulier qu'ils 
y foient pourvus de bonne Se faine nourri- 
turre-, de vétemens , & que l'on prépare tout 
ce qui peut être néceftaire dans le paffage à 
ces infortunés. Ils doivent regarder leu^rs pro- 
vinces refped:ives comme leurs prifons, & y 
demeurer jufqu'à ce qu'ils aient la permidion 
d'aller ailleurs , ou l'ordre de fe préfentej^ 

Eij 



ïlî Affaires de l^Angleterre 

■devant le Commandant en Chef de cett^ 



.I77^* province. 
Mai 
& 



Lettres des Généraux de terre &" dz 
mer fur lalevée du fiège de Québec ^ publiées 
ipar la Galette de la Cour du ii Juiîu 

2^.° I. Du Bureau de l'Amirauté le 
îi Juin 1776". 

On vier.t de recevoir des lettres du Ca- 
pitaine Douglas , Command^ant du vaifleau 
de guerre VIfis de 50 canons, datées de 
Québec les 8 & ij Mai. Elles ont été 
apportées par le Capitaine HamiJton , Com- 
mandant ci- devant la frégate le Lifard de 28 
canons , qui eft arrivé de Québec fur la cor- 
vette le Humer de 12 canons. En voici le 
contenu : 

Uljïsy qui étoit parti de Portland le lî 
Mars avec des fecours pour Québec, a re- 
connu l'Ifle de S, Pierre le 1 1 Avril: il a 
pourfuivi fa route avec la plus grande dif- 
ficulté, pouHant fon vaifTeau à force de voiles 
pendant l'efpace de jo ou 60 lieues à tra- 
vers d'énormes montagnes de glace. Le 21 
Avril , étant forti des glaces , il vit l'Ifle 
d'Anticorté, & le foir il entra dans la ri- 
vière St. Laurent; le 30 il jetta l'ancre pen- 
dant une neige affreufe près des Illes Pii- 



ET DE t''AMéRIQUE, 6^ 

grîm , & la neige ceflant de tomber, il """"" ■ " « 
remarqua des fumées fuccefTives de cap en ^11^* 
cap portant vers Québec. Après avoir fur- Mai 
monté divers obftacles occaiionnés par les ^ 
brumes , .les calmes ou les vents contraires, ^^^* 
il arriva le 3 Mai pi es de l'Ifle aux Cou- 
dres où il fut joint. par la frégate la Surprifh 
de 24 canons , & là corvette le Alartin dz 
de 10 pièces de canons, qui avoient appa- 
reillé le 20. Mars de Plimouth , ayant pa- 
reillement des fecours à bord*., r 

Le Capitaine Douglas s'alTura en cet en- 
droit de tous les pilotes François > & les 
momens devenant de plus en plus précieux^, 
il ordonna le y Mai au Capitaine Liniecy 
Commandant la frégate Id^Surprife» démettra 
à la voile en toute diligence pour donner 
avis au Gouverneur Carleton de l'arrivée 
des fecours. Le Capitaine Linsec arriva à 
la vue de Québec le lendemain (5 iMai à 
fix heures du matin , & après avoir répondu 
aux fignaux particuliers de la garnifpn , il- 
mouilla dans le balîin de Québec, entre la 
batterie des Rebelles fur la pointe Levi as 
la baffe Ville , où VIJîs & le M(2rn*?2 mouil- 
lèrent aufîi peu.de tems après. Lesdifférenj 
détachemens qu'ils avoient à bord furenc 
débarqués fur le chump. 

Le Général profitant de l'imprefHon que 
l'arrivée des vaiiTeaux avoit faite fur les 
Rebelles, fe m.it en marche pour leur livrer 
bataille y mais ils fe retirèrent aufîitôt. E^^ 

Eii| 



75 Affaires de l'Angleteree 
"conféquence le Capitaine Douglas ordonna 



^77 "• au Capitaine Linzec & au Capitaine Harvey , 
Mai qui commandoit la corvette le Martin , de 
^, remonter la rivière jufqu'aux Rapides , dans 
Juin, l'efpérance d'inquiéter les Rebelles dans leur 
retraite. Cette opération produifit le meil- 
leur effet, en empêchant les détachements , 
qui étoient fur le bord oppofé de la rivière , 
^e fe joindre vers Montréal. Leur retraite 
doit avoir été très-précipitée, puifqu'ils ont 
laifle , non feulement leurs canons chargés , 
leurs munitions, leurs échelles de fiege, leurs 
outils de tranchée ; mais que même plufîeurs 
d'entr'eux ont abandonné leurs fuiils. 

La Surprife & le Martin ont pris en outre 
un fenau armé appartenant aux Rebelles , 
qui montoit 4 pièces de (> , & 6 de 3 ; mais 
lés gens de l'équipage fe font fauves dans 
jes bois. Ils ont auiîi repris la corvette le 
Gafpée dont les Rebelles s'étoient emparés 
î'Hyver dernier & qu'ils avoient coulée à 
fond; mais elle a été relevée aifément , & 
l'on a trouvé qu'elle n'écoit pas effentiel- 
lement endommagée. 

Le 8 Mai, la frégate le Niger , de 32 
canons , eft arrivée de Halifax à Québec avec 
trois bâtimens de tranfport qui avoient à 
bord le quarante-feptieme régiment , & le 
lio la frégate le Triton y de 2B canons , com- 
mandée par le Capitaine Lwu^'iige, eft arrivée 
d'Angleterre avec les bâtimens de tranfport 
le Lord Hoive ôc le Bute , ayant des troupeî 



E T D E l' A Jff iS R I Q U E. Jt- 

à bord; & les bâtimens vivriers le British 

Queen y V Agnès & le Beaver. ^17 ^» 

Le Capitaine Douglas rend un compte ^a» 
très-favorable de la conduite des Capitaines J^. 
& Officiers de vaifleaux employés à tranf- *^ 
porter les ferours, & de la perfévérance 
avec laquelle ils ont furmonté les grandes 
difficultés qu ils avoient rencontrées dans leur 
pafïàge à travers le golfe , & dans tous les; 
autres objets de ferviceé 

Le Major CaMwell, Lieutenant-Colonel ^ 
Commandant de la Milice Britannique au 
Canada , arrivé le lO Juin de Québec à bord 
du Huuîer , chaloupe du Roi , a apporté la 
lettre fuivante : 

N.° I f . Lettre du Général Carîton au Lorà 
Germaine j de Québec le i^ Mai ijj6\ 

La Ville de Québec, inveflie & ferrée de 

'très- près par les Rebelles depuis cinq mois» 

avoit rendu tous leurs efforts inutiles , lorf- 

que le 6 de ce mois la frégate Vljïs & lé 

fîoop le Martin fant entrés dans le baffin. 

La partie du vingt-neuvième régiment qui 
étoit à bord , & les foldats de marine , for- 
mant en tout 200 hommes , iî\e furent pas 
plus-tot débarqués , que ces troupes , aidées 
de la plus grande partie de la garnifon , bien?, 
exercée & pleine d'ardeur, fortirent par les;: 
portes de Saint Louis & de Saint Jeans, 
pour voir les vaillant champions à qui elles; 



71 Affaires DE l'Angleterre 
'avoient affaire. Elles les trouvèrent forte- 



^17^* ment occupés des préparatifs de leur retraite, 
^^i Après quelques coups tirés de part & d'au- 
^ . tre , notre ligne marcha en avant , & la plaine 
fut bientôt éclaircie & abandonnée par ces 
piilards, qui îaiflerent derrière eux leur ar- 
tillerie , leurs munitions de guerre , leurs 
échelles , leurs pétards , &c. La Surprife y le 
Martin & un autre vaiiTeau armé du pays , 
remontèrent la rivière au moment que les 
Rebelles abandonnoient auflî le Gafpée de 
laM^ry , fenault armé : l'arriére - garde des 
Rebelles a fait halte à Déchambault , & la 
Surprife , avec deux autres vaifleaux , eft un 
peu en de-çà des Saults de Richelieu. 

C'efI: ainfi que s'efl: terminé le fiege de 
Québec , pendant lequel la garnifon , com- 
pofée de Soldats , de Matelots , de Miliciens 
Anglois de Canadiens , ainfi que des travail- 
leurs d'Halifax & de Terreneuve , a donné 
les plus grandes preuves de zèle dans un 
fervice qui demandoit autant d'exaditude 
que de vigilance, puifque la place étoit ex- 
pofée à chaque inftant au danger de l'affaut » 
fans parler du travail continuel qui étoit 
jnéceffaire pour rendre impraticables toutes 
les tentatives de ce genre. 

Malgré la rigueur de la faifon, la garni- 
fon a confervé conflameiit fa fanté, & a con- 
tinuellement redoublé d'ardeur. Vous verrez 
dans la copie de ma lettre au Général Howô 



ET Ï5 E l'AmÉ R IQUS. 75' 

les détails de notre fituation , jufqu'à la dé- ' "^ 

faite des Rebelles, le 3 i Décembre. '77^» 

Pendant les trois mois fuivans , ils ont ^^î 
borné leurs opérations à nous empêcher de ^? 
recevoir aucun lecours , & a entreprendre ^ 

de brûler nos fauxbourgs & nos vailTeaux. 
Ceux-ci ont prefque tous échappé. Mais la 
plupart des maifons des fauxbourgs de Saint 
Roch & de Saint Jean ont été brûlées. 
Nous en avons tranfporté les décombres 
dans la Ville , oii ils ont fervi au chauffage 
dont nous avions le plus grand befoin. 
. Au commencement de Février ^ les Re- 
belles ont encore tenté d'entrer en correfpon- 
dance avec nous , en arborant un drapeau 
blanc; ils croyoient que nous y confentions, 
parce que nous leur avions permis de faire 
entrer le bagage de leur prifonniers dans la 
.Ville. Mais lorfque nous leur eûmes fait dire 
de (e retirer fur le champ , à moins qu'ils ne 
vînffent pour implorer la clémence du Roi , 
ils ne font plus revenus. 

Le 2y Mars , l'avant-garde d'un parti levé 
par M. Beaujeu , pour fecourir la Ville » 
fut défait & le refte difperfé. 

Le 31 , nous découvrîmes que les Re- 
belles prifonniers avoient formé un com- 
plot pour fe fauver , en fe faifi(fant du corps 
de garde de la porte Saint Jean , qui devoit 
leur fervir à introduire M, Arnold dans la 
yille. Nous en empêchâmes rexéeution. 

Le ^ Avril , les Rebelles montèrent deux 



74 Affaires DE l'Angle TER KB 
' "^ batteries , une de quatre canons & d'uît 
^11^» obufier, fur l'autre bord de la riviçre Saint 
^^^i .Laurent ^ & l'autre de deux canons & d'un 
j . obufier fur l'autre bord de la rivière Saint 
Charles. Leur projet était de brûler la Ville 
6c nos vaifleaux. Ils tiroient de ces deux 
batteries à boulets rouges. Le 23, ils ten- 
tèrent de jerterent quelques bombes dans 
la Ville, à^uvit batterie placée fur les hau- 
teurs qui font vis-à-vis du port Saint Louis v 
mais toutes ces batteries furent fort endom-* 
magées par notre artillerie. 
- Le 3 Mai , vers les dix heures du foir,' 
un brûlot entreprit de fe glifler dans le cul- 
de-fac où fe trouvoit la plus grande partie 
de nos vaiffeaux; mais il ne put y réufîîr» 
Ce brûlot fe confuma jufqu'à la flotaifon > 
fans nous faire le moindre tort. Il eft à pré- 
fumer que s'ils avoient réufTi à mettre le 
feu à nos vaiffeaux & à la bafle - Ville , ils 
auroient donné un affaut général. 

Je ne terminerai point cette lettre fans 
lendre juftice au Lieutenant - Colonel Mac" 
han^qni^ montré un 7ele infatigable pour, 
le fervice du Roi. Je )a dois également à 
fon régiment . où il a rafTembîé un nombre 
d'Officiers expérimentés qui fe font rendus, 
très utiles. 

Le Colonel Hamïlton , Capitaine du Lézard,, 

qui commandoit un bataillon de matelots^ 

^ fes Officiers & tout fon monde , ont tait 

leur devoir avec beaucoup de courage Ôc de 



etdêl' Amérique. 75 

îele. On doit en dire autant des Contre-Maî- 

très, des Officiers inférieurs & des Matelots ^11^* 

appartenans aux bâtiniens de tranfport du Roi M^* 

& des vaifTeaux Marchands qui ont été re- , . , 
• • o A A I • Ti 5 Juin, 

tenus ICI l Automne. dernière. Il n y a eu , 

pendant tout le fiege , qu'un feul matelot, 
qui ait déferté. Les Miliciens , tant Anglois 
que Canadiens^ fe font comportés avec une 
vigueur & une réfolution qu'on ne pouvoit 
gueres attendre de gens aulli peu exercés. 
Tous les Officiers du Gouvernement & des 
Tribunaux , ainfi que les Marchands , ont 
fupporté avec plaifir toutes fortes de fati- 
gues , & contribué à conferver la Ville ; 
tous ont eafin montré un courage & une 
perfévérance qui leur fait le plus grand hon- ' 
neur. 

Le quarante-feptieme régiment , venant 
d'Halifax, & la plus grande partie du vingt- 
neuvième, fonr-arrivés depuis le départ des 
Affiégeans. '- 

Le Major Caldwel, qui a commandé tout 
cet hyver la Milice Angloife , en qualité 
de Lieutenant-Colonel, & qui vous porte 
ces dépêches, s'eft comporté en fidèle fujec 
de Sa Majefté , & en excellent Officier. Il 
a , ainfi que tous les autres bons Sujets du 
Roi , beaucoup perdu , par l'invafion des 
Rebelles dans la Province» 

Je fuis j &c. 



7<5 A F F A IRE s DE l' A N G L E T H R K« 



177<5. N,o IIL Voici une autre lettre du Géne-^ 

^^i rai Carlton.y antérieure a- celle écrite au Lor£ 

Jiiin. Germaine , Gt' adrejfée au Général Hoivo, 

m date au 12 Janvier dernier , fur une 

entreprife des Américains cantre la Ville ie 

Québec^ 

Le y Décembre, M. Montgamery prk 
pofte à Sainte Croix, à deux milles de Québec»: 
ayant avec lui quelques pièces de campagne ^ 
tandis que l'on débarquoit fa grolTe artillerie 
au Cap Rouge. En même tems un certain Kt-' 
lîold coupa toutes les ilTues vers la Ville & fa 
communication avec le plat- pays. Le 7 , une 
femme fe glifla dans la place avec des lettres 
pour les principaux Négocians , par lef- 
ijueîles on leur confeilloit dé fe foumettre 
fous la promeife de grands avantages , au cas 
qu'ils prîffent ce parti. L'une de ces letrres 
en renfermoit une autre, conçue en termes 
afiez finguliers , &: qui avertiflbit de rendre 
la Ville. La MefFagere fut mife en prifon pen- 
dant quelques jours , ^ chaiïee de la place 
au fon du tambour. Pour donner plus de poids 
à ces lettres , on transfera à Saint Roch cinq 
petits mortiers & un obus , & on conftruific 
une batterie de cinq canons & d'un obus 
fur une hauteur à environ 700 verges du 
mur. Peu de tems après Arnold parut devant 
la Ville avec un drapeau blanc, difant q_u'i| 



^ T B "E l'A m é R ï Q u E, 77 

^Wit une lettre pour moi ( Gouverneur ). "^ 

On refufa de la recevoir & on lui ordonna ^11^" 
de fe retirer. Tous les artifices ayant été mis ^^i 
€0 ufage pour allarmer la malheureufe gar- ^^ 
nifon, comme la nommoit M.Montgomery^ ^ 
le 31 Décembre entre les quatre & cinq heures 
<la matin , il fe fit contre la Ville une attaque 
dans un neigeux orage de Nord-Oueft. 

L'allarme fut générale ^ & il ferabloit que 
Taflaut dût fe donner par- tout , du côté du 
fleuve Saint Laurent , le long des murs Ôi 
à la baye. En effet , il y eut deux affauts , 
l'un fous les ordres de Montgomery , & 
l'autre fous la conduite d'Arnold. Les enne- 
mis remportèrent d'abord quelque avantage; 
mais ils furent enfin repoufles. Le Capitaine 
Laws fie de la haute- Ville une fortie , s'em- 
para de quelques Affaillans , & étant fécondé 
par le Capitaine Daugan , ils pourfuivirent 
les Rebelles jufqu'à leurs poftes ; tellement 
que le corps d'Arnold fut entièrement dé- 
truit & lui-même bleffé. On amena dans 
la Ville leurs cinq mortiers ^ une pièce de 
canon. L'autre affaut eut le même fort, & 
Montgomery y perdit la vie. Les Rebelles 
eurent fix à fept cents hommes tués , & 
quarante à cinquante Officiers tant tués 
que bleiïes Ôc prifonniers. De notre côté , 
la perte fe réduifit à un Lieutenant de vaif- 
feau , qui fervoit comme Capitaine dans la 
garnîfon, à quatre foldats tués & treize 
blefîes. 



78 Afjpaikés DE l'Angleteree 

^ C ^^ f^^^^^ ^^ pièces que Von vient de lire, 
' ' . * forme le précis hijîorique ^ le plus complet quil 
8^ foitpojjîble de donner j de V expédition du Amé^ 
Juin, ricains contre Québec, Quil nous foit permis 
d^ ajouter ici une ohfervation fur la conduite qu^ 
les Canadiens ont tenue. Ils étoient liés par U 
ferment au Souverain à qui leur pays avoit 
été cédé ; ^ ils nav oient point à lui reprocher , 
commue les autres Américains ^ VinfraBion d'un 
PaBe mutuel» Dans cette difpofîtion il étoit in^ 
difpenfabk quHls devinfjent la conquête de leurs 
voifîns ^^ ils ne pouv oient point s^unir à eux. Pat 
une marche différente ^ ils feferoient expofés à la 
cerifure Gt* au mépris de tous les peuples civilifés ^ 
ainfi qu^aujufte refjmtimentde l Angltterre.Si l'A^ 
mérique parvient à faire reconnoîtrefon indépen" 
dance'^ fans que ce fait auprix d^un arrangement 
qui en excepte pour toujours le Canada , il efl à 
croire quelle fejera bientôt fournis cette Province i 
(f alor s V union mutuelle ^cimentée par Vefîlme au^ 
tant que par le befoin ^ fera plus agréable aux 
uns &• aux autres , que Ji les Canadiens fè 
fàffent d^abord moins refpeElés eux-mêmes* Si 
au contraire ? Angleterre triomphe de fes Colo-^ 
nies rebelles , combien le Canada n^aura-t-il pas 
lieu de s'' applaudir d'avoir été Jidel à fes de-> 
roirs / ] 



ET DE l'Amérique. yjr 



\éù cr n j^ ^ L de V Angleterre ^ depuis le 1 1 Juin 
Ijj6 y jufquau 24. Juin ^ date de la Ga-r 
^ette de la Cour qui a publié la lettre dte 
Général Carlton fur V affaire du fort aux 
Cèdres^ 

JL/ E vaiiïeau le Lecadert & le Mattys , ve-" T" 
nant de Stade avec quatre cents foldats ^' , ' 
Brunfwickois , a été jeté fur les fables de î^^ , 
Goodwin le 1 1 Juin au foir. Si le coup j- , 
de vent avoit continué , ce vaifleau auroic 
péri ; mais fecouru à temps par quelques ba- 
teaux , il n'a perdu que fa quille 5 on a été 
-obligé de le lailTer aux Dunes. 

Un Particulier a fait avertir, par la voie 
des Gazettes du même jour, les Citoyens 
honnêtes qui doivent s'aflembîer à i'Hôtet 
de Ville de Londres le jour de la Saine- 
Jean , d'y faire une motion pour remercier 
le Lord Pitt & le Colonel Miles, de la 
vertu patriotique qu'ils ont montrée dans la 
démiflîon de leurs places^ plutôt que d'obéir 
aux ordresbarbares d'un Miniftere EcoiTois , 
& de tremper leurs mains dans le fang 
d'hommes libres. Le Lord Chatham a écrit 
la démilîion de fon fils de fa propre main , 
pour marquer plus hautement combien il 
avoit ce fyftême fanguinaire en horreur. Il 



So^ Affaires de L'ANGtETKfiias 
a déclaré dans la Chambre des Lords que 



^11 y perfonne de fa famille ne coucourroit aune 
^^^ opération tendante à punir l'Amérique d'ar 
Juin ^'^^^ montré du courage & de la fermeté. 
' * Il a tenu parole, & le public doit fe féli- 
citer de ce qu'un fi grand homme laiflera un 
fils. On doit aulîi des remercimens au Co- 
lonel Miles , pour la conduite qu'il a tenue 
en d'autres occafions. Il s'ell fouvent dif- 
tingué dans les jours de combat comm« 
un très-brave & très- habile Officier, & il 
s'efl: acquis le nom de père de fes foldats. 
Ils ont tous répandu des larmes lorfqu'il 
a quitté le fervice. De tels hommes font 
honneur à une Nation; & ils ont droit aux 
remercimens d'un peuple honnête , jufqu'à 
ce que ce Peuple ait quelqu'autre récom- 
penfe à leur offrir. 

Le Duc de Gordon , nommé Membre 
du Confeil privé, y a prêté ferment & 
prit féance le i:^ Juin. 

William Gordon , ci-devant Miniftre Plé- 
nipotentiaire du Roi à Bruxelles , d'où il â 
été rappelle , a eu l'honneur de faire fa Cour 
à Sa Majefté le 12 Juin. 

Les Sieurs Caldwell , Major d'Infanterie ; 
8d Hamilton, Capitaine de vaiffeau , arrivés 
avec la nouvelle que les Provinciaux avoienc 
abandonné le blocus de Québec , ont été 
introduits au lever de Sa Majefté, qui leur 
a fait le plus gracieux accueil. 

Le fieur 



ET DE l'A m É K I q u e. ' xîvi^ 



tatmmam^a 



Lettre d'un Banquier de Londres 

"^'"' Af. *** à Anvers. 

DeLondresle 17 Novembre 1777.'; 

Vous n'avez point ignoré , Monfieur , 
l'événement des papiers volés à deux Députés 
Américains , dans un Hôtel de Berlin. -Il 1 
y a quelque tems .qu'il fut annoncé dans 
toutes les Gazettes ; & on en parla comme 
d'un fait que la Cour de Londres n'oferoic : 
point avouer. Pour moi , un peu inftruic 
par l'exemple du pafîé , je ne fais pas ce.: 
que certaines Cours n'avoueroient point,: 
quand elles y trouvent . leur avantage. La 
vérité efl que les papiers en queilion ne 
pouvoient être d'aucune utilité au Miniftere 
de Londres, & qu'ils ont été reftitués. Ce 
ne fut point dans un jardin qu'on les ra- 
maifa , comme le bruit en a couru : ils furent 
rapportés à l'Hôtel , environ une heure 
après le vol, & de la part, dit- on , du 
Miniftre Britannique , M. Elliot. On ajoute 
que cette reftitution a étéaccompagnée d'ex- 
plications & d'excuies , d'après lefquelles on 
auroit droit de croire que quelqu'un de -ces 
bandits de Cour » qui , fur un fimple mouve- 
ment de colère de Henri 1 1, .partirent 
pour aller mailacrer le Saint Archevêque 



xlviij Affaires de l'Angleterre 

Thomas Becket, fe feroient chargés , contre 
le gré du cœur honnête de M. Elliot, d'exé- 
cuter un vœu indifcret de fa bouche. Si 
jamais le parti de l'Oppofition peut forcer 
les Miniftres à produire au Parlement la 
lifte de leurs dépenfes fecrettes , vous vous 
fouviendrez de voir au chapitre de Berlin , 
pour l'année 1777, combien il a été rem- 
bourfé à M. Elliot pour payer un fèrvice 
qu'on a jugé lui être fi important ^ & dont 
fa Cour a tiré fi peu de profit. On m'a af- 
furé que cette demi-heure de ftérile jouif- 
fancô lui a coûté mille ducats. Quoiqu'il en 
foit , la reftitution de la totalité a été faite ; 
ou du moins c'étoit l'intention de M. Elliot, 
s'il eft vrai qu'un -Mémoire écrit en langue La- 
tine, donc vous allez lire ici une traduction , 
étoit du nombreJl vous eft indiftérent defavoir 
comment il fe fera échappé de la liafte : fi c'eft 
dans l'aller ou dans le retour; ou par quelle voie 
il m'eft parvenu. Sa teneur, qui feule peut 
vous intérefler , ne vous fera connoîcre qu'une 
chofe avec certitude ; c'eft que ce n'eft pas 
M. Elliot qui lui a donné cours fur la place. 
L'intitulé pourra .fvous intriguer avec plus 
de raifon : Rogitandum potentijjimœ. Il vous 
fait entendre que diverfes Princelfes ont 
demandé à l'Auteur, & même avec inftance» 
à être inftruites par lui de l'état actuel des 
troubles de l'Amérique , 3^ qive c'eft pour 
une d'entr'elles que ce Mémoire eft écrit. 
J'aurois de la peine à deviner pour laquelle , 



/ 



ET DE l'A M É JR î (iU E. xlix 

puirqueletitre;?arenf///zm^convientégalemenc 
à toutes les Téces couronnées, dans les pays 
de leur domination. J'imagine plus aifénienc 
à laquelle il ne s'adrefle pas. L'Auteur ref- 
pede trop ^ fans doute, les liens du fang, 
pour avoir cherché à émouvoir celui de 
Brunfwick en faveur d'un pa^^s qui a ce î.oni 
en horreur. Mais s'il n'efl: pas polîible qu'il 
ait eu en vue la Reine de PrufTe ou la i.\eine 
d'Angleterre, ce feraquelqu'autrePrincefieGU 
Reine fur le Globe r ce fera une Souveraine 
douée de trop d'efprit 6c de fens , pour 
croire que treize Colonies d'une Nation qui 
fe dit libre » s'en loient féparées fans quel- 

/que jufte fujet de mécontentement : une Sou - 
veraine qui fe fera lafTée d'entendre un Am- 
bafladeur ou Minlftre Britannique traiter de 
brigands & de canaille une fociété detrois mil- 
lions d*hommes: une Souveraine enfin, dont le 
cœur généreux & tendre aura été plus d'une 
fois déchiré par la joie mercenaire & barbare 
avec laquelle ce même Ambafiadeur feravenu 
lui annoncer l'inutile & déteftable carnage de 
fes femblables &de fes frères. Quelle que foit 
cette Perfonne Augufte, Eledrice , Princeiïe 
régnante , Impératrice ou Reine , qui aura 
voulu apprendre de la bouche d'un Député des 
Américains l'origine de leurs maux Ô^ l'étac 

' aduel de leurs affaires , c'eG: , à coup fur ^ une 
Princefle quia l'amefenfible& grande » & qui 
mériteroit les hommages de l'univers. Je me la 
repréfenre abaiflant du haut de fon trône un re- 

àij 



1 Affaires DE l'Angleterre 

gard encourageant & attentif fur un vertueux 
Enée qui poxte fa patrie dans fon cœur ^ 
& de qui je crois entendre ce début li naïf 
de (i touchant : 

Infandum regina jubés renopare dolorem. 

Mémoire demandé^ 

5j La querelle de la Grande-Bretagne avec 
les Etats unis de l'Amérique Septentrionale , 
dans fon origine & dans fes progrès , efl: 
le phénomène le plus extraordinaire & le 
plus intéreiTant des Annales du monde. Deux 
lîecles ne fe font pas encore écoulés depuis 
que les premiers Emigrans abordèrent à la 
Nouvelle-Angleterre , pour fe fouftraire à la 
tyrannie de la Puilfance avec ^ laquelle leyrs 
defcendans font aujourd'hui en guerre. Ils 
y achetèrent une étendue immenfe de terrein 
que leur vendirent les Propriétaires légitimes, 
quoique Sauvages , de ce pays ; & après des 
efforts incroyables de travail , de courage 
èc de perfévérancô , ils vinrent à bout de 
•défricher & de cultiver des déferts affreux 
malgré les difficultés 6c les dangers que leur 
oppofoient à chaque pas & la rigueur du 
climat , & l'éloignement des lieux , & fur- 
tout les incurfions d'un grand nombre d'en- 
nemis barbares contre lefqueîs la Grande- 
Bretagne ne leur a jamais donné la moindre 
alîiftance «. 

53 D'autres caufes amenèrent l'crablilîe- 
ment de nouvelles Colonies Britanniques dans 



E T D E l'A m E R I q u e. Ij 

Ja même partie du globe; & ces Colonies, 
ainfi que celles de la Nouvelle-Angleterre , 
abandonnées à leurs feuls efforts & à leurs 
propres reflources, eurent à furmonter tous 
les obftacles qui s'oppofoient à leur établif- 
femenc naiflant , n'étant nullement afîiftées 
par le Gouvernement de la Mere-Patrie , 
qui à peine fongeoic à elles. Il furvint quel • 
ques variations dans les Conftiturions civiles 
d;e pîuiieurs Colonies Angloifes en Amérique: 
elles s'accordèrent cependant en ce point, 
que chaque Colonie avoit fa légiflature par- 
ticulière^ ,& que chaque habitant, foit par 
lui-même,, foit par un Pvepréfentant , jouif- 
jCoitd'U privilège d'accorder une portion de 
fa propriété pour le (outien du Gouverne- 
ment. > & de participer au pouvoir de faire 
les loix par lefquelles il éîoir gouverné ; 
car ces droits étoient' regardés -comme la 
bafe 4e ^à Conftitution Ang'oife &; du pri- 
vilège que tout Angjois libre apporte en 
naiiïant* Il eft 4of^G bien certain que ce. 
n'étôit p4S pour perdre ces droits, mais 
pour fe les aflurer , que les nouveaux Colons 
,<ie.l*Amérique avoient quitté leur première 
patrie «, 

. 3> Quelques années s'écoulereat avant que 
l'accroiflement rapide des Colonises eût attiré 
l'attention du Gouvernement & excité fa 
jaloufie. Leur commerce , qui jufques là avolt 
^été libre avec toutes les Nations , fut aifujetti 
:à uQ monopole Anglois ; Ô: la Cour de 

d iij 



lîj Affaires de l'Angleterre 

Londres imagina d'y faire plufieurs reftric- 
tions àc innovations qui ne s'accordoient 
pas tout-à-faic avec îe^ privilèges dont le 
peuple d*Angkterre jouifToit. Néanmoins les 
Colonies fe fournirent à ces nouveaux regle- 
mens , pr.rce qu'ils paroilToient tendre au 
bien général , & que d'ailleurs leur attache- 
ment fans bornes pour la Métropole , & leur 
confiance entière dans fon adminiftration , 
ne I^Mt permettoieot pas de fufpeder là 
droiture de fes vues , ou de prévoir, les fuites 
de pareilles entreprifes» Elles regardoient 
codrime (acres les liens de confanguinité , 
de réciprocité , d'intérêts & de c<informité 
dans la Religion , i'idiome & les mœurs qui 
les unifloient à la Mere-Patrie , 6c elles ne 
cédèrent de rendre à la Nation Angloife 
tous les fervices que les enfans lel pks ref- 
pedueux ont coutume de rendre à là Mère 
la plus méritante. Elles achetoient la plus 
grande partie de fes diverfes Manufactures ; 
& en retour elles verfoient dans fon feirt 
tout le produit de leur agriculture , de leurs 
pêcheries & du commerce pénible & détourné 
qui leurétoit lailTé. Elles fupportoient toutes 
les dépenfes de leurs divers Gouvernemens 
civils: elles fe défendoient contre lés Sau- 
vages ennemis; & elles c-îfliftoient la métro- 
pole dans toutes fes guerres avec lés Puif- 
fances de l'Europe et, 

w En 1745' » ^^^^s conquirent Louifbourg , 
la feule place que la Grande Bretagne ait 



ET DE l' Amérique. liij 

eu à reftituer pour parvenir à la paix d'Aix- 
la-Chapelle». 

95 Les grands fervices qu'elles rendireat 
dans la dernière guerre, ont été plus d'une 
fois reconnus publiquement par le Roi & 
le Parlement de la Grande- Bretagne. Leuis 
Armateurs fur-tout ont contribué à ruiner 
le commerce de la France par mer : les ma- 
telots des Colonies ont équipé une partie 
confidérable de la Marine Angloife ; 6ù leurs 
troupes ontcompofé une portion importante 
des armées employées, non feulement fur 
le continent de l'Amérique , mais encore 
contre les Ifles des Indes Occidentales: ar-. 
mées qui fubfifterent principalement par les 
fecours de ces Colonies «, 

» La Grande•Brétagr^€ , ainfi fecourue , 
nourrie & enrichie, étoit devenue, à la fin 
de la dernière guerre, un objet de jaloufîe 
(k de terreur pour fes voifins ; mais bien- 
tôt enorgueillie de foa opulence & de fon 
pouvoir , elle prit hautement la réfolution 
de changer le fyftême de fa politique à l'égard 
de fes Colonies. Son Parlement , repréfentant 
le peuple de la Grande-Bretagne & non pas 
celui de l'Amérique , impofaune nouvelle & 
lourde tfixe fur les Coloniales , & prétendit 
hàuternent au droit de les lier dans tous les 
c(Ls quelconques , prétention defpotique 8ç non 
moins fatale aux libertés générales de la 
Conftîtution Angloife, qu'aux privilèges des 
Chartres Américaines «♦ 

d iV 



lîv Ari&AtREsbEt'ÀNGLËT^ERE 

• » Lés Coloniftes ayant nié ce prétendu droit, 
il s'enfuivit de nouveaux griefs & de nou- 
veMes infultes & provocations de la part 
du Gouvernement de la Grande-Bretagne. 
Ses Minières ayant' enfin employé des 

-'^troupes pour décider la querelle , & ayant 
comiriencé des hoftiiités contre les Co- 
loniftes 3 qui vivoient en paix & qui n'avoient 
I en à fe reprocher, ceux-ci ne trouvèrent 
de fureté pour eux que dans la réfiftanée. 
Mais ils y étoient ii peu préparés , & ils 
etoient fi éloignés de chercher à ie féparer 
de la Métropole , que ia poudre mânquoit 
entièrement à l'armée rallemblée fous les 
ordres du Général Washington , & que tout 
effentiel qu étoit cet article pour la guerre , 

âl ne fe trouva pas dans les magafins à 
poudre fîx coups à tirer pour chaque fol- 
dat. Le zeîeôc le courage fans exemple des 
Coloniftes triomphèrent néanmoins dé difficul- 
tés qui paroiffoient infurmontables; & quoi- 
que manquant de magafins ^ d'argent , de 
crédit , de munitions & d'alliances, ils 
tinrent l'armée Angloife aflîegée pendant 
près d'un ^an , ,& ils l'obligèrent -enfin à 
ëvlcuer la Ville de Bofton dont elle s'étoit 

'emparée par furprife ce. . 'itùoi'.- 

- jp Mais telle étoit la m.odération des Co- 
lonies , que toutes les miferes de la guerre 
ne les empêchèrent pas de refter fidelles à 
Sa Majefté Britannique & de lui adreffer de 



ET D E l'A M en I QUE. fv 

nouveau les pétitions les plus refpedueufes 
pour obtenir paix^ liberté & fureté «. 

Ces fuppiications ayant été rejettéesavec 
dédain, pluiieurs de leurs Villes, brûlées 
fans nécelFité, les Sauvages &: les Nègres 
excités aux déprédations & aux hoftilités 
les plus barbares, & diverfes efcadres I&: 
armées de troupes Britanniques 6c Alleman- 
des , envoyées pour porter le carnage & 
. la défolation en Amérique * &. réduire 
les Habitans aux horreurs d'une foumifllon 
fans reftriélions , les Coldnies fe virent alors 
forcées par la raifon , par la juftice 6c par 
la première de toutes les loix , la çonfer- 
vation de foi-même, de renoncer à toute 
bbéiffance envers une PuifTance qui au lieu 
. deles protéger, ne s'attachoit qu'aies détruire,^ 
& en conféquence elles fe déclarerentiEtats 
libres & indépeadaps <r. 

33 Depuis cette époque , le Général Hawe , 
fuivi des foldats & des vailTeaux ehafiés de 
Bofton , affifté des troupes qui avoient été 
défaites devant Charles-Town , .ainfi que 
de celles avec lefquelles le Lord Dunmore 
s'étoit retiré de la Virginie ^ èc encore avec 
un renfort confidérable d'Anglois :ôc d'Al- 
lemands ( formant en forces de terre & de 
mer un armement beaucoup plus redou- 
table qu'aucun . de. ceux que l'Angleterre 
eût, de miémoire d'homme , fait fortir de 
fes -ports ) s'empara de New-York & de 
Rhodê-Ifland, Profitant en fuite de l'expira- 



îvj Affaires DE l*Angletekbs 
tion des enrôlemens de l'armée Américaine , 
il prit le parti dangereux de s'éloigner de 
fes vaifTeaux & de marcher vers Philadelphie, 
Sa témérité lui coûta la perte de près de 
deux mille hommes, & il a été contraint d'a- 
bandonner toute la Province du Nouveau 
Jerfey , à l'exception des petits villages de 
Erunfwick & d'Amboy où les troupes An- 
gloifes , enveloppées par l'armée Américaine , 
fouffrent (a)la plus grande détrefie , n'ayant ni 
quartiers, ni provifions ^ ni bois de chauf- 
fage, &c. Il a auiÏÏ été obligé de rappeller 
de Khode-Ifland deux brigades de fes troupes , 
qui probablement n'auront pas tardé à être 
fuivies de toutes les autres a. 

Tel a dû être l'état de l'armée du Gé- 
néral Howe au premier Mars 1777. Les trou- 
pes levées par le Congrès , & montant à 
cent quatre bataillons d'Infanterie & à trois 
mille hommes de Cavalerie , étoient pour 
la plupart enrôlées , & la plus grande partie de 
ces troupes étoit déjà en marche pour join^ 
dre le Général Washington , ou l'armée qui 
devoit s'afTembler fous Ticondérago. Les fré- 
gates des Etats-unis étoient prêtes à être 
équipées & à appareiller : le Congrès s'étoit 
ajourné de Baltimore à Philadelphie ; enfin 
tout le peuple étoit unanimement détermi- 
né à défendre fa liberté c, 

oc Ain fi la Grande-Bretagne n'a pas à fe 
glorifier de fes fuccès fur terre Ôc errcore 

(à) Ce Mémoire doit avoir été écrit vers la fin de 
Février i777« 



ET DE l'Amérique. Ivlj 

aïolns fur mer > élément fur lequel on croyoit 
que rien ne pouvoir lui réfifter. Avec une 
flotte de près de cent vaifieaux de guerre 
dans les mers Américaines, Ton commerce 
â prodigieufement fouffert ; & les Arma- 
teurs Américains lui ont fait pour près de 
trois millions fterling de prifes dans le cours 
d« Tannée dernière a. 

33 Malgré cel^, le?? Américains manquent 
abrolument de quantité de chofes dont ils 
ont le plus grand befoin. Ils ont une côte 
Tnariîime de quinze cents milles d'étendue 
à défendre contre les attaques d'une flotte 
nonibreule & formidable, qui dirigera fes 
enrreprifes contre les places où «lie eft le 
moins attendue & où on peut le moins lui 
réfifter. La Grande-Bretagne eft en paix avec 
le refte du monde : elle a une infinité de 
:ïe{fourc€B & beaucoup de crédit : elle a déjà 
pris à fon fervice près de trente mille Al- 
lemands auxiliaires ; & il peut Te faire qu'elle 
en obtienne encore davantage, li eft Idonc 
impoOibie à un« Puilfance beaucoup inférieure 
Ae lui réfifter, d'autant plus que la guerre 
-peiat toraîner Mgn Jongueur pendant piuireurs 
années;, ^ que fa durée doit nécHiTaire ment 
mettre dans la* plus grande détreiTe les maî- 
heureufes Colonies qui font le. théâtre de 
cette guerre «. v- c 

35.Ain{i , è moins que quelque grande Puîf- 
fance de l'Europe n'ait la générofité de fe 
déclarer en faveur de la liberté èc du boa- 
heur des Américains , & de s'employer pour 



f iîviij Affaires dé 'l' A n gli^terre 

arrêter le dangereux pouvoir de la Grande- 
Bretagne „ & décider la querelle , il eft à 
craindre que les Coloniftes ne finiflentpar être 
fubjugués ; ou bien qu'eux mêmes ils ne 
trouvent qu'il eft plus fage de fe foumettte 
aux conditions que la Grande-Bretagne ne 
manquera par de leur propofer , que d'en- 
durer toutes les horreurs qu'enîraînê tou- 
jours une longue guerre». '. ' ' 

Je ne doute point , Monfieur , que vous 
n'ayez reconnu dans ce récit cette {implicite 
noble & cette lumineufe précifion qui , par- 
tout où elles fe rencontrent , conftituent le ca- 
ractère diftinéèif du vrai. Mais ce morceau n'a 
fait que vous rappeller les premières caufes de 
cette grande querelle; & il ne vous a donné 
qu'un limple apperçu de la lltuation aduelle 
du malheureux peuple 9 dont fon iflue fixera 
le fort. Je fui^ en état de vous faire voir 
la fcène de plus près, & de forte que vous 

• pui(îiez diftinguer lès uns des autres , ;îes 
groupes de; perfonnages qui y figurent. Dans 
les grandes révolutions , il n'y a rien que 

pî'xsii de l^obfervateur ne doive faifir , fur- 
tout de ce quipéut le mener à la connoif- 

• fance des premiers mobiles des événemens, 
cÔrj^ je n'en fâche point de plus capable d'y 

conduire que celle des diiférens partis en- 

-tre lefquels tout un pays (e partage , 8i des 

intérêts diftinds d'où ils font dérivés & par 

-lefquels ils fubfiftent. On en compte cinq 



ET DE L*A M é R I Q U E, lix 

en Amérique , qui s'y font maintetius juT- 
qu'à préfent j depuis la naiilance des troubles 
& fous lefquels on peut claûer tous les Ha- 
bitans en général de ce vaile Continent. 
Je regarde cette dividon comme un des 
coups de lumière les plus néceflliires à l'effet 
du tableau. Elle fervira autant au fpécula- 
teur pour percer aans l'avenir par les con- 
féquences qu'indiquent les difpolitions des 
efprits , qu'à l'Hiftorien , pour rapporter les 
faits à leurs plus véritables caufes. 

CaraBeres politiques des Américains ^ tracés par 
un des leurs, 

>3 Les Américains, relativement à leurs 
caraâ:eres politiques, peuvent fe divifer en 
cinq claiîes ; en Torys outrés : en Torys 
modérés: en Whigs chancellans : en Whigs 
furibonds & en Whigs réfléchis «, 

M I. Les Torys outrés prêchent une fou- 
miflion abfolue envers la Grande-Bretagne. 
Ils fe réjouifTent de tous les malheurs qui 
arrivent aux Etats unis. Ils forgent desmen- 
fonges pour tromper & intimider le peuple 
Américain. Ils accréditent l'argent frappé 
avec l'image de la Bête , & en même tems 
ils ufent de tous les artifices polîibles pour 
décrier les efpeces du Congrès & des Af- 
femblées. Ils ne peuvent, fans, frémir , en- 
tendre nommer le Congrès ou le Général 
Washington. Il n'y a point de manœuvres 



Ix Affaires DE l'Angleterre 
qui leur ^aroiflent trop viles dès qu'il s'agit 
d'outrager ou de trahir les partifans de T Amé- 
rique. Ils trouvent des charrrics à l'efclavage 
& ils ne fe forment pas la plus légère idée 
des douceurs de la liberté «. 

3> IL Les Tcry s modérés voudroient que 
les Colonies fuffent remifes dans l'état où 
elles étoient en ij6^. Ditlérents reiTorts les 
font agir*: les uns font en liaifon avec des 
gens placés par Tancien Gouvernement: 
d'autres font reftés attachés à la pompe &. 
à la hiérarchie de l'Egiife d'Angleterre : 
pluileur^ enfin ont confervé une palîipn dé- 
mefurée pour toutes les frivolités que notre 
commerce avec la Grande-Bretagne a in- 
troduites parmi nous. A cet égard , ils re'f- 
femblenî aux Enfans d'Ifrael » qui difoient : 
nous nous rejjbuj/mons des poijjons que nous 
mangions en tgipte : les concomb^eï , les melons ^ 
les poiremx , ks oignons C^ rdl nous rerien" 
nent dans Vefprit j &* maintenant notre âme eft 
dans la langueur , n^us ne voyons que manne 
fous nos yeux» Numb. XL y. 6. Ils croyent 
acheter trop cher la liberté lorfqu'il faut 
la payer de la privation paiTagcre du thé , 
du calTé , du fucre , du vin .& du rurn. Le 
mouton , le boeufs le pain ; 1^ bit , les fruits ; 
toutes ces produdions de notre pays, quoi- 
que excellentes , ne font rien du tout à leurs 
yeux* EnFiO , ce qui caradérife principaie- 
men: un Tory - modère , c*eft qu'il dételle 



E T D E l'A m é r i <i rr e Ixj 

le peuple de la Nouvelle Angleterre , te 
qu'il aime tous les Tory s outrés «. 

>î III. Les Whigs chancellans parlent du 
pouvoir de l'Angleterre, comme fi l'Ecre- 
Suprême eût délégué fa toute Puiflance à 
cette Ifle. Ils fe font fait une faufle idée de 
la puiffance & des relFources de l'Amérique, 
La perte de quelques chaiTeurs dans uneef- 
carmouche , ou d'un fort ou d'un village, 
leur fait croire auiTi-tôt que la querelle efi: 
décidée , & que l'Amérique efl fubjuguée. 
Ils trouvent fort bon que nous ayons ar- 
boré l'indépendance , pourvu que nous puif- 
fions la conferver. Ils fe lamentent conti- 
nuellement fur les dépenfes de la guerre. 
A-t-on perdu un village ou un fort, ils 
refufent de recevoir la monnoie Américaine, 
& ils courent fe cacher dans' quelque canton 
éloigné pour y trouver leur fureté; mais à 
la première nouvelle d'une vidloire, ils for^- 
tent de leurs tanières, ils font les braves, 
& ils fe montrent tout étonnés qu'on aie 
jamais pu redouter un feul inftant le pou- 
voir de la Grande-Bretagne. Un W^hig chan- 
celant ^ admis dans les Confeils d'Amérique, 
nuit plus à fes intérêts que dix Torys outrés: 
en général l'avarice eft le principe de cette 
irréfolution «, 

3t>IV. La violence des Whigs furibonds 
nuit tQut autant à la caufe de la liberté 
que les frayeurs des Whigs chancelans. Ils 



Ixij Affaires de l'Angleterre 

fe perfuadent que la deilrudion de Tarmée 
de Hoxve eft un objet de moindre impor- 
tance que la découverte & le châtiment du 
Tory le plus obfcur. Suivant eux les formes 
ordinaires de la juftice, ne doivent poinc 
être fuivies à l'égard d'un Tory criminel;^ 
Ôd un homme qui s'avife ieulement de par- 
ler contre notre commune défenfe , mérite- 
d'être haché , écorché ,; & brûlé vif. Enfin 
ce font tous des poltrons , qui fous le pré- 
texte de fondions à remplir ou d'une fa- 
mille malade , s'obftinent à refter dans leurs 
foyers lorfque l'honneur les appelle aux- 
champs de Mars pour faire face à Tennemi.^ 
Malheur à l'Etat ou à la République gou- 
vernée par de pareils hommes «. 

33 V. Le5 Whigs réfléchis défendent la caufe 
de la liberté par principe, Les dilgraces ne 
les abbatent point ^^ les avantages que^ 
nous remportons fur nos ennemis ne les ren-^ 
dent pas plus coniians. Ils nourrilTent une' 
Haine implacable pour la Cour de laGrande- 
Bretagne. Ils préféreroient l'anéantifiemenr 
du Continent à une réconciliation ; & ils 
re!2onceroient plutôt à leur éxiftence qu'à leur 
chère indépendance. Ils ont une confiance 
fans bornes dans la juftice divine , & ils 
croient fermement qu'il y a autant de folie 
que d'impiété à croire que la Grande-Bretagne 
puifTe jamais fubjuguer l'Amérique. Ils font 
amis de l'ordre ik d'une bonne adminiftra- 

tioii 



E T D i: l'A m É R I Q U E. Ixiij 

tion;ils font juftes & humains dans l'exer- 
cice du pouvoir ; enfin ils font perluadés que 
la perte des biens , des amis & mcme de la 
vie , n'eft rien en comparaifon de la perte 
de la liberté. Cette clafle d'hommes efl: la 
feule de qui l'Amérique doive attendre des 
fervices réels , & dans les Confeils & dans 
les armées: ©lie eft la (eule qui puifle opérer 
fon falut ce. 

Ce 2 1 Novembre» 

L'ouverture du Parlement vient de fe 
faire , quoique le Roi n'eût aucunes nou- 
velles d'Amérique à annoncer à fes peuples. 
Il s'eft rendu très- tard à la Chambre des 
Lords, fans doute pour attendre le plus 
) qu'il feroit poflible , & toujours dans l'efpQir 
qu'il arriveroit quelques dépêches des Géné- 
raux. On allure que Milord Mansfield , qui 
le ieul des. Minières a eu le courage de fe 
charger de ia compofition du difcours , en 
avoit fait approuver trois dans le Comité 
de la veille , & que le Roi les a apportés 
tous trois au Parlement. Il y en a^oit un 
arrangé pour les nouvelles favorables d'Amé- 
rique: un autre pour les mauvaifes , & un 
troifieme pour le cas ou il n'en feroit venu 
d'aucune efpece C'ell: ce dernier que le 
Roi a lu , & dont l'effet direda été une baiffe 
de deux pour cent des fonds publics. Je 
vous en envoyé une traduétion littérale , qui' 
fera accompagnée du précis d^s débats les 

N.2XXXÏI ê 



Ixlv Affaires de l'Angleterre 
plus intéreflans chez les Pairs 6c chez les 
Communes, 

Très "gracieux Difcours de Sa Majejlé aux 
deux Chambres du Parlement , le Jeudi 20 
Novembre 1 777. 

MiLORDS ET Messieurs, 

33 II eft bien fatisfaifant pour moi de pou- 
voir reclamer les confeils & l'appui de mon 
Parlement dans une conjondure où la con- 
tinuation de la rébellion en Amérique , 
demande la plus férieufe .attention de ma 
part. J'ai fait un fidèle &; vigoureux ufage 
des moyens que vous avez mis en mes mains 
pour réprimer & faire ceiler cette révolte ; 
de je fuis pleinement perfuadé , comme je 
le dois , que l'habileté 6c le courage de mes 
Généraux , ainfî que l'ardeur èc l'intrépidité 
de mes troupes , tant fur terre que fur mer, 
"aidés des fecours de la divine Providence ^ 
les mèneront à d'iraportans fuccès. Mais 
dans la confiance où je fuis que vous re- 
connoîtrez vous-mêmes que nous ne pou- 
vons pas nous difpenfer de nous préparer 
aux opérations ultérieures , que les événe- 
mens imprévus de la guerre de l'opiniâtreté 
des Rebelles pourront rendre nécelTaires , 
je m'occupe à cet effet de prendre lés me- 
fures convenables pour tenir mes forces de 
terre complcttes fur le pied de rétablifTe- 



i 



ET DE' l'A m É R I q u e. Ixv 

ment adluel ; & fî je me voyois contraint de 
les augn^enter , en faifant quelque nouveau 
Traité , je ne doute point que votre zeîe & 
votre efprit patriotique ne me mettent en 
état d'en remplir les engagemens». 

» J'ai reçu de la part des Puifl'ances étran- 
gères des allurances réitérées de leurs dif- 
pofîtions pacihques. Quoiqu'on ne puifle for- 
mer aucun doute fur les miennes , comme 
jdans les conjondures adueiles , les armé- 
niens continuent dans les Ports de France 
& d'Efpagne , j'ai cru qu'il étoit à propos 
de faire des augmenraiions confidérables 
dans mes forces navales , tant pour tenir 
mes Royaumes dans un état refpeétabte de 
fureté, que pour afiurer une procecTtion fuf- 
fîfante au grand commerce que font mes 
fujets 5 & comme d'un cocé , je fuis bien 
certain que la paix de l'Europe ne fera point 
rfoublée par moi, de l'autre aulîi , ]e veux 
toujours être le fidèle gardien de l'honneur 
de la Couronne de la Grande-Bretagne «, 

MeJJieiirs de la Chambre des Communes. 

s? J'ai ordonné de mettre fous vos yeuîc 
les eftimations relatives à l'année prochaine. 
Les, divers, objets de ;4épenfe, dont je viens 
de vous faire voir ia^,néce(Iité , demandent: 
indifpeiîfablement d'abondans fubfides. Rie-a 
ne peut adoiicir la peine intérieure avec 1^ 
quelle Je ^vois^que 'm 3s fidèles peuples au- 
ront de fortes charges à fuppôrter , (i C5 

eij 



Ixvj Affaires de l'Angleterre 

n'eft l'entière convîdion où je fuis , qu'elles 
font néceffaires à la profpérité & aux inté- 
rêts les plus eflentiels de mon Royaume <«• 

Milords &* MeJJîeurs. 

» Je fuivrai avec perfévérance & fermeté 
le plan de conduite dans lequel nous fommes 
engagés , pour parvenir au rétablifTement de 
Tefpece de fubordination conftitutionelle 
que Je fuis réfolu , Di^u aidant , de main- 
tenir dans les diverfes parties de mes Do- 
maines. Mais je n'en ferai pas pour cela 
moins attentif à faifir l'occafion de mettre 
fin à l'effufion du fang de mes fujets & aux 
calamités dont l'état de guerre eft in répara- 
ble ; & je perfiile à efpérer que des Peuples 
féduits & malheureux fe rangeront de nou- 
veau aux devoirs de leur allégeance ; que le 
fouvenir de leur bonheur pafle , le regret 
de ce qu'ils ont perdu , & le fentiment de 
leurs fouffrauces aâuelles fous le defpotifme 
& la tyrannie de leurs Chefs, rallumeront 
dans leurs cœurs une vraie & loyale affec- 
tion pour leur Souverain , & l'attachement 
qu'ils doivent à la Mère- Patrie ; & qu'avec 
. le concours & l'appui de mon Parlement ils 
me mettront en état d'accomplir ce que je 
regarderai comme le plus grand bonheur 
de ma vie & l'événement le plus glorieux 
de mon règne, lorque j'aurai réufli à faire 
rentrer mes Colonies Américaines dans h 



KT DE l'A m é r ï q ue; Ixvij 

jouîflance de la paix , de Tordre & d'une 
confiance mutuelle «. 

Précis des débats du 20 Novembre , jour de 
V ouverture de la fejjîon dans les deux Charnu 
bres du Parlement, 

Chambre des P^irs, 

Le Lord Percy porta la motion d'une 
adreiTe de remerciements au Roi , & de fé- 
licitations fur la naifTance d'une PrincefTe. 
Comme ce Seigneur eil: arrivé depuis peu 
de l'Amérique , &: que l'on a fuppofé qu'i/ 
avoit eu de vifs démêlés avec le Général 
Howe , il efl: vraifemblablè qu'il a été choifi 
par le Miniftere pour propofer l'adreffe , 
comme pouvant le plus en impofer au parti 
de l'Oppoficion. En effet , il s'eft attaché à 
faire le tableau le plus flatteur de l'état ac- 
tuel des affaires en Amérique , & il a fur- 
tout appuyé fur le mérite & les talens fupé- 
rieurs des Généraux , affurant qu'il n'héfitoic 
point à en tirer le préfage le plus infailli- 
ble d'une prompte & heureufe concluiion 
des troubles aduels. Sa motion fut fécondée 
par le Lord Chefterfield. 

Le Lord, Coventry répondit à l'un & à 
l'autre, en déclarant, qu'après avoir mûre- 
ment réfléchi fur la conduite & fur le plan 
des Miniftres , il étoit convaincu que la Cour 
pourfuivoit des fins criminelles par àtz 
voies encore plus criminelles , 6c qu'il ofoic 



fxvllj Affaires de l'Angleterre 
annoncer que l'Etat touchoi't à une ruine iné* 
virable. 

Après lui fe leva Milord Chatham, dont 
le début roula fur les infirmités qui réîoi- 
gnoienc malgré l'ji du fervice de fon pays. 
Bientôt il entama les affaires politiques dans 
un difcours dont voici les principaux traits : 
î» On vous propofe , Milords , de faire des 
remerciements au Roi ; mais ce font des avis 
qu'illui faut & non des compliments. — Le 
diicouvs que Sa Majefté vient de vous faire 
entendre , ne vous apprend pas la moindre 
nouvelle , ne vous donne pas la moindre 
lueur d'efpoir. — Les formidables prépara- 
tifs de la Maifon de Bourbon , la fanàion 
palpable qu'elle donne aux EmifTaires de 
l'Amérique, vous annoncent clairement feà 
intentions hoftiles. — Tout ce que le Roi 
peut nous dire pour nous raffurer fur ce point , 
c'eft qu'il efpere que cette Maifon ne nous 
fera point de mal. -—Si cependant la France 
de FEfpagne ont réfolu de nous attaquer , 
fommes-nous en érat de leur réfifter ? Nous 
n'avons pas adueîlèment plus, de cinq mille 
hommes de troupes effedives en Angle* 
terre : pas vingt vaifleaux de ligne armés : 
le port de Lifbonne qui étoit pour nous un 
afyle, nous eft fermé; enfin , je ne vois de 
toutes parts qu'une ruine inévitable. — Je 
voùdrbis^ favoir à quel fervice nos armées 
font Manuellement employées. Enfeignenc- 
elies'aux Américains Tart de la guerre. <* Ap- 



E T D E l'A m é R I q u e, Ixîx 
prennent-elles d'eux la morale ou bien des 
Bouchers Allemands leur métier? — Il y a 
fans doure des fadieux en Amérique , mais 
il y a aulîî des gens honnêtes qui font ani- 
més du plus pur patriotifme. — Si j'étois 
Américain , je ne poferois jamais les armes , 
tant que je verrois des Etrangers employés 
dans mon pays moins à le fubjuguer qu'à 
le détruire. — Aucun des Lords, qui com- 
pofent cette Chambre , n'eft plus pénétré 
que moi des principes de juftice & d^iuma- 
nité ; quoique j'infifte pour des mefures pa- 
cifiques , je fuis cependant d'avis que la 
fouminiion des Américains à l'Ade de 
navigation doit être la bafe de la réconci- 
liation. — Il conclut en demandant que 
radreffedefélicitationfût fuivie d'une adreile 
à^aids S* de fupplication au Roi de faire promp' 
tement cejjèr les hojTdités en Amérique «•. 

Le Lord Sandwich parla enfuite . & il fit 
voir à la Chambre toiit le vuide du difcours 
de Milord Chatham : » qui nous donne ici, 
dit-il , des mots pour des raifons. Il vous 
obferve , pourfuivit le Lord Sandwich , 
que la IViaifon de Bourbon eil: unie contre 
nous ; mais eft-ce une chofe qu'il nous foit 
poffible de favoir? Pouvons nous faire au- 
trement que d'en croire les Miniftres fur 
leurs paroles? Ils profeflenr hautement une 
amitié fincere pour notre Cour ; par quels 
moyens pouvons nous être aîTurés qu'ils 
penfent autrement qu'ils ne parlent ? Milord 

e iv 



Ixx Affaires de L'A'kcr eterrs 

Chatham prétend que nous ne rjéfifterions 
point à une invafion étrangère, parce que 
nous n'avons pas cinq mille hommes de 
troupes effectives . ni vingt vailTeaux de ligne 
armés, Ôc moi je puis aflurer à la Chambre 
qi'.e dans nos porrs adueîîemen: il n'y a pas 
moins de 42 vaifTeaux de ligne en commit- 
fion ou prêts à y être nriis : que 35' de ce 
nombre ont leurs équipages complets , Ôç 
que trois jours fuffirolent pour fuppléer aux 
autres ce qui leur manque» — Il ell: donc 
vifible , ce fut par où finit Miîord Sandwich » 
que défi frivoles préfages fur nos nouveaux 
dangers , ne partent que de gens mal inten- 
tionnés pour ce pays. 

Le Lord Sherley prenant la défenfe de 
Milord Chatham, obferva en réponfe , que 
plus d'une fois le Parlem.ent avoit été trompé 
par de faux expofés. Il rappella un exem- 
ple du tems de la Reine Anne , lorfque Ton 
époux, le Prince George deDannemark, 
grand Amiral d'Angleterre , ( dont Milord 
Sandwich remplit les fondions comme pre- 
mier Commiflaire du Bureau ) avoit été 
furpris affurant au Parlement une chofe 
contraire à la vérité , fans doute d'après les 
rapports trompeurs de fes fubalternes, My- 
lord Sandwich , ajouta-t-il , n'efl: pas exempt 
de la même erreur , ainfi on efl: libre de 
refufer une foi implicite à fes ailertions. (Le 
Lord Sherley eut l'honncreté de ne pas rap- 
peller à la Chambre que dans une des der- 



BT DE l'Amérique; Ixxj 

nîeres Sefîions Mylord Sandwich avoit lui- 
même ofé avouer qu'il avoit trompé le Parle- 
ment de delîem prémédité. On a trouvé 
très-adroit de fa part de s'être fervi de 
l'exemple du Grand Amiral époux de la 
Reine Anne ). 

Le Lord SufFolk, le Duc de Grafton , 
le Marquis deCarmarthen , & le Lord Camb- 
den , tous du parti de l'Oppofition , parlèrent 
auiïî , & la féance dura jufqu'à près de mi- 
nuit. Le projet d'adrefle fut approuvé pac 
S 6 voix conxre 26, Pluralité y 8. 

Ci/y^MBRE DES Communes. 

Là motion de l'adrefTe fut faite par le 
Lord Hyde , & fécondée pac le Chevalier 
Gilbert Elliolc , qui marqua un étonnement 
mêlé de la plus vive indignation contre ceux 
qui pouvoient époufer la caufe des Rebelles.—- 
Il finit en féhcitant l'Angleterre fur l'étendue 
de fes reflburces , bien capables , dit-il ^ d'ef- 
feduer complettement la réduélion de l'Amé- 
rique. Il alTura que les Manufaduriers An- 
glois étoient plus occupés que jamais ( mais 
il ne dit point en même-tems que c'efl qu'il 
travaillent dans tous les genres , pour les 
Rebelles , comme avant la guerre , par la 
voie de contrebande , & avec l'article des 
armes de plus) ; que les produits des Douanes 
n'étoient point diminués, (c'eft ce qu'on verra 
.par l'état du fonds d'amortiffement) & que 
les forces navales de l' Angleterre pourroîenc 



Ixxîj Affaires del'Angleterr2 

fe mefurer fans crainte avec celles de la 
France & de rEfpagne fi elles ofoient pren- 
dre part à la querelle Américaine, 

Le Lord Grainville ( neveu du Comte 
Temple ) Ce leva pour exhorter les Miniftres 
è s'occuper de former plutôt des liens d'amitié 
pour lèk cœurs des Américains , que des 
chaînes d'efclavage, li y joignit cette obfer- 
vation , que fi des Généraux d'un talent & 
d'une expérience reconnus, après trois années 
des plus feneux efforts ^ fe trouvoient encore 
aufîi éloignés du but défiré , de réduire l'Amé- 
rique , il falloit qu'il y eût quelque vice dans 
le plan de l'adminiftration , ou ce qui lui 
paroiffoit plus croyable, quelque obftacle dans 
la chofe même, qu'il fut impofiible de fur- 
monter. Il conclut en proposant pour modi- 
fication à l'adreffe, que le Roi feroit fupplié 
de faire celTer les hoftilités , comme le feul 
moyen de rétablir la paix, &: de faire claire- 
ment déterminer les droits refpedifs des 
deux pays. 

Cette motion fut fécondée par le Lord 
George Cavenàish , qui fit voir, combien peti 
s'accordoient ensemble les fentimens d'hu- 
manité du difcours du Roi , ^ la conduite de 
fes Miniftres* Il rappeila les vaines promeffes 
faites par le Roi il y a deux ans , en obfervanc 
que les Miniftres ne cherchoient -qu'à pallier 
les matix au lieu d'y porter, de vrais remèdes : 
que dans tout l'été dernier les Corfaires Amé- 
ïicains avoient infefté les côtes Britanniques^ 



E T D E l'A m é r t q u e. Ixxîîî 

jufqu'au point de fe faire redouter même par 
le gouvernement, & de faire regarder comme 
néceiïaires , les fortifications du port de 
Dublin , qui jufqu'ici n'avoien.t jamais fervi , 
même dans les guerres avec les ennemis 
naturels & invétérés de l'Angleterre. Il ajouta 
que chaque campagne ne faifoit que reculer 
la fin de la guerre , 62: qu'il lui répugnoit 
également d'apprendre les fuccès de l'un ou 
de l'autre parti , puifqu'ils n'amenoient jamais 
que la ruine de plus chers intérêts de la 
nation. 

Le Colonel Johnflon exhorta la Chambre 
à ne point porter le vote décifif de vaincre 
ou de mourir , avant que d'avoir reçu des 
Miniftres quelque lueur d'information fur 
l'état aâruel des aifaires. Il la pria de fe 
perfuader qu'il n'exiiloit point de factions , 
bc que des deux parts on ne devoit agir & 
parler que d'après fes vrais fentimens & fes 
principes. — Il fit un triile tableau de la 
dernière campagne en Amérique , & il in- 
fifta fur la défaite du Général Burgoyne. — 
Il alTura que les Américains avoient été pouf- 
fes à l'indépendance , par la néceffité où ils 
fe font vus de demander du iecours au'?i étran- 
gers. Il donna les plus graads éloges aux 
Généraux Anglois& fur-tout au LordHowe, 
"dont il peignit le courage & les fatigues dans 
la navigarion delà Baye de Chefapeak , fous 
des couleurs qui doivent faire rep;arder ce Lord 
comme leGénéral de mer le plus brave & le plus 
expérimenté. On a appris par-ià, que-Mylord 



ÏXXÎV AFFAIREâtoEL'ANGLETEBRE 

Hove , a fait dans les momens les plus cri* 
tiques de cette expédition le fervicede fimpie 
matelot, qu'on le voyoit toujours en avant, 
dans une Chaloupe, en vefte & en grandes 
culottes, la fonde à la main., — Si avec de 
pareils Généraux , ajouta-t-iL nous n'avons 
point de fuccès à efpérer , c'eft que noue 
cntreprife eft vicieufe par le fonds, & qu'il 
Y a des obftacles donc il eft impoflible de 
triompher. Ici il fit une courte digreffion 
pour s'appuyer de l'exemple de l'Elpagne , 
Bc de fa féparation d'avec les Provinces- 
Unies , par la mauvaife conduite du fils de 
Charles V. dont les conquêtes s'étoient 
étendus fur différentes parties du globe, & 
qui avoir porté fes découvertes jufqu'à fes ex- 
trémités les plus • reculées. Il rappeila que 
Fiiilippe ÎL étoit auiîi l'inventeur des em- 
prunts hypotéqués fur des droits à lever , &: 
qu'enfuite il avoit rompu fes engagemens. 
Il obferva à cette occafion qu'on pouvoit 
|îiger de la (ituation allarmaiite de l'Angle- 
terre par l'intérêt exhorbitant de l'argent , & 
que c'étoit le gouvernement qui faifoit ac- 
tuellement tout fon commerce. — Pour con- 
clufion il forma le vœu de voir les différens 
de l'Amérique s'accommoder ^ fur le pied où 
ctoient les chofes en 1760. 

M. ÎVdkes rappeila l'évacuation de Bofton , 
& compara le Chevalier Howe à" Mahomet 
fuyant de la Mecque. — Il déclara que les 
premières nouvelles qu'il comptoit recevoir 
d'Améiîque , feroienc que ce Général étoit 



E T D E l'A m é R I Q U ff. Ixxv 

prifonnier dans Philadelphie , qu'il ne tarde- 
roit pas à évacuer aufTi honteufement que 
Bofton. — Sur l'article des proteftations 
d'amitié de la France , il apprit à la Chambre 
comme un fait dont il pouvoit répondre , 
que les deux Corfaires qui ont livré combat 
au Corfaire le Druide, croient entrés pour 
fe ladouber dans le port de l'Orient oii oa 
leur avoir fourni , des magafins du Roi de 
France^ tout ce qui leur étoit néceffaire. — ■ 
Il ajouta que l'Angleterre ne conferveroit 
pas long - tems l'-amitié du Portugal , qu'il 
favoit être fur le point d'enti:er dans le pade 
de famille. — Il cenfura vivement la procla- 
mation publiée par le Général Burgoyne , 
qui ofoit parler de Charité Chrétienne, ea 
même-tems qu'il fe permettoit des atrocités 
•dont l'humanité devoit rougir. 

Le Colonel Johnfion , Tut appuyé par 
l'Alderman Bull & par le Chevalier Phi- 
lippe Jennengs , qui dit que vifiblement les 
Mioiftres vouloient continuer la guerre jus- 
qu'à ce qu'il ne reftât plus en Angleterre 
iine feule guinée, ni un feul Américain ea 
Arqérique. 

L'Avocat Adair, du même parti, obferva 
que fulvanc l'ancien ufage , le premier jour 
d^une Seliicn étoit celui où le Miniflre Infor- 
moit la nation de l'état de fes affaires. -^ 
Mais qu'aujourd'hui iî outrageoit la Cham- 
bre par un filence afredé , dont il ne pou- 
voit rendre aucune bonne raifon. 

Le Lqrd North , après ayoir fait entendra 



IXXV A F F A lïl E s ÛEl'A N GL E TER RE 
qu'il n'avoit pas compté être obligé de 
parier dès la première féance ^ déclara qu'il > 
s'y voyoit forcé par M. l'Avocat Adair ; 
mais qu'il fe contenteroit de lui répondre , 
que depuis vingt ans,qu'il venoit à la Chambre 
il ne fe fouvenoit point que jamais le Miniftre 
eût regardé comme fon obligation de faire 
un commentaire furie difcours du P.oi,— 
Il juftifia M. Burgoyne fur les accufations 
d'atrocités , avancées contre lui par M. Wil- 
kes , & il affura la Chambre que les Sauvages 
étoient commandés par des Officiers Anglois 
à qui i^l.étoit enjoint d'empêcher les excès 
dont on fe plaignoit. — - Il ajouta que fi on 
s'étoit décidé à employer le fecours de ces 
barbares , c'eft qu'on avoit vu les Américains 
occupés à fe les attacher pour le même ufage. 
Il répondit à la Chambre qu'elle feroit fure- 
ment (atisfaite, de la manière dont M. Bur- 
goyne fauroit lui faire envifager fa conduite, 
& fe défendre contre fes accufateurs, — Il 
protefta de fon defir fincere de la paix ; 
mais en ajoutant que le moment d'y fonger 
feroit celui de la vidoire— - Il fit voir qu'il 
feroit abfurde de commencer par faire cefier 
ks hoftilités, puifque ce feroit paiïer con- 
damnation vis-à-vis des Américains , à qui 
les Généraux avoient ordre d'accorder cette 
.fufpenfion lorfqu'ils le jugeraient nécelTaire.— 
Il avoua qu'on ne favoit rien de'certiain des 
.dernières opérations, aucune dépêche n'étant 
venue du. Chevalier lîoAye , • depuis celles 



E T D E l'A m é r I q u e, Ixxvlj 

datées après Ton débarquement aux fources 
de la rivière d'Elk. 

Relativement au^ Puilfances Etrange^'es , 
il-affLira la Chambre, qu'autant qu'il pouvoir 
en juger , & d'après les informations qu'il 
avoit prifes , ce n'étoit point rintérêt , 8c 
qu'il ne croyoit point que ce fût l'intention 
de la France ou de l'Efpagne d'entrer en 
guerre avec l'Angleterre. — Mais que ces 
Puiflances jugeant à propos de tenir de grands 
armemens en état dans leurs divers ports, i| 
avoit jugé qu'il convenoic de mettre l'An-f 
gleterre fur un pied égal de déftnfQ ^ pour 
fe. tenir en garde contre la poffibilité d'une 
attaque. — Que le langage de la Cour de 
l^rance n'étoit nullement celui de la guerre: 
que quand elle /étolt exprimée d'une manière 
équivoque, on avoit obtenu par de prefîantes 
remontrances , les explications convenables.— 
Que la France avqit dçnné les ordres les 
plus pofitifs pour défendre de prêter aucun 
appui aux Américains. -— Que dçux' prifes 
conduites à Nantes comme venant de Saint- 
Euftache avoient été rendus aux propriétaires 
Anglois, par Tordre de la Cour de France, 
& que de cette conduite du MiniPrere François 
il étoit réfulté, qu'il ne s'étoit plus commis 
depuis de nouvelles déprédations fur les Côtes 
Britanniques. M, Burke, iM.Fox, Ôc le Co- 
lonel Barré , du parti de l'oppofîtion , & le 
Lerd Germaine de celui des Miniflres , ont 
parlé auffi dans ces débats , dont l'ilTue a 



Ixxvilj Affaires DE L*ANGtETEÊRË 

été en faveur du Miniftere. On a compté 
243 voix pour l'adrefle contre 8(5, ce qui 
a donné une pluralité de^iyy. 

Je n'ai , Monfieur, qu'une courte obfer-»^ 
vation à vous faire , & fur le difcours du 
Roi , & fur les débats qu'il a occaCionnés. 
Le Roi fe montre dans les difpofitions d'aug- 
menter le nombre des troupes étrangères qu'il 
a fait pafler en Amérique. Mylord Chatham 
déclare que s'il étoit Américain , il ne pofe- 
roit jamais les armes que les troupes étran- 
gères n'euflent été retirées. Ce même Lord 
ne veut point qu'il foit queftion de récon- 
ciliation avec les Américains , qu'auparavant 
ils ne fe foient foumis à l'ade de navigation. 
ÎV1. le Colonel Johnfton borne fes vceux en 
leur faveur à les voir rétablis dans l'état où 
ils étoient en 1760. 

Ne vous paroit-il pas , Monfieur , d'après 
ce conflit d'opinions , que ni l'un ni l'autre 
parti en Angleterre ne juge fainement des 
difpofitions adudles des efprits en Améri- 
que depuis que l'indépendance y ell; déclarée , 
éc que même quand le Miniftere changeroit, 
la réunion n'en deviendroit pas plus prati- 
cable avec ceux qui voudroient les aftreindre 
à l'ade de navigation, qu'elie ne i'eft aujour- 
d'hui avec le parti qui a réfolu de les fou- 
mettre par le fecours des troupes étrangères ? 

Tai V honneur (Titre ^ ^c» 
■ F. I N^ 



ET DE L^AmÉ R iCt U E» «^St 

Le fieur Cook , Capitaine de la Réfolution.' 
VaifTeau du Roi , qui part pour fon troilleme ij'j6*' 
voyage dans la mer du Sud , a pris congé Mai 
de Sa Majeflé, devant faire voile inceiïa- & 
ment de conferve avec le fieur Clerk , Ca- -^"^^^ 
pitaine du Difcouery, 

Le Lieutenant Baikie a mouillé à Spl- 
thead le même jour , avec quatre bâtimens 
de tranfport fur lefquels étoit une partie de 
la féconde divifion des troupes de Brunf* 
Wick 

Le 13, on a procédé à Edimbourg dans 
le palais de Holyrod ^ à l'éleélion d'un des 
Pairs d'EcofTe , à la piace du feu Comte de 
Strathmore : le Comte d'Eglingtoun a été 
élu. 

Noms des Pairs préfens» 

Les Comtes de Crawford , CaithnefT, 
Home, Dumfries , Dalhoufie , Cundonald,. 
Bredalbane , Huyndford. Les Lords Forbes , 
Semple , Colville de Culfrofl , BanfFs , Ele- 
bank. 

Noms iei Pairs qui ont voté par écrit. 

Les Ducs de Buccleugh & de Gordon. 
Le Marquis de Lothian. Les Comtes 
d'Errol , Eglintoun , Caflillis , Abercron , 
Kelly , Galloway , Lauderdale , Loudon , 
Leven ,Northesk, Aboyne , Aberdeen , Mar- 
chmont, Rofeberry &;Hopeton. Le Vicomte 

N.'^XXXIIL F, 



22 Affairesde l'Angleterbe 

de Stormont. Les Lords Calthcart, Bel- 
'77^^- haven & Rollo. 

^ Le Lord Samuel Marsham efl: mort le 14. 

Juin, Il defcendoit du Chevalier John Marsham 
qui, fous le règne de Henry VI, fediftingua 
beaucoup par Ton courage& fes vertus fociales. 
Il écoic le fécond fils du premier Lord Mars- 
ham, créé en 171 1 , èc il avoit fuccédé au 
titre de fon père lors de la mort de celui-ci 
en 175*8. Quelque tems après il fut nommé 
Gentilhomme de la Chambre de Frédéric , 
Prince de Galles, & à la mort Auditeur 
du Roi aduel lorfqu'il étoic Prince de Galles , 
de enfin Lord de la Chambre de Sa Majefté 
à fon avènement au Trône. Ce Lord , marié 
deux fois , n'a point laiiïe de polléiité. 

Les Gazettes du i y ont publié une lettre 
de M. l'Alderman Wilkesau Comité chargé 
de prendre connoifTance de l'état de la 
Caiffe de la Ville de Londres, depuis ij6^ 
jufqu'à 1775* , & defe procurer des informa- 
tions fur les dépenfes probables attachées 
à la Mairie de cette Ville , ainfi que fur le 
revenu certain & les honoraires probables 
également attachés à cette place. Voici les 
paflages les plus remarquables de cette pièce. 

» Les occupations d'un Lord-Maire de cette 
grande Viile n'admettent point de vacances. 
Rarement les affaires publiques lui laiflTônc- 
elles un feul jour de repos. Après le tra- 
vail continuel de toute une année pour le 
fervice 4e la Ville , ui) premier Magiftrac 



ET DE l'AmKRIQUE. 8j 

doit-il encore faire le facrifice d'une par* — 



tiède fa fortune? Je fuis bien éloigné de l'JJ^* 
vouloir faire des comparaifons odieules en- Mai 
tre le revenu de votre premier Magiflrat & 
& les énormes appointemens de tous les J"^"* 
Officiers de la Couronne ; mais permettez- 
moi de dire qu'aucun d'eux n'eft obligé de 
foutenir la dépenfe réglée & le haut état 
de maifon d'un Lord .-Maire de Londres, 
ou de recevoir de la même manière les- 
Etrangers de diftinélion 

Je plaide la caufe de tous les Sheriffs & 
Maires à venir , & celle de la plupart de nos 
chers compatriotes. J'efpere qu'on étendra 
les pouvoirs du Comité, 3c que vous ferez 
autorifés à prendre également en confidé- 
ration la dépenfe de la charge pénible de 
SherifF. Cette dépenfe s'eft ipontée en 1772 
à plus de 1,800 livres fterling. Plus d'une 
fois nos chers compatriotes ont été forcés 
par des brigues indignes de des motifs de 
vengeance , à accepter cette place ou à payer 
une forte amende. 

Voici le réfumé des comptes de la Mairie i 

Dépenfes, > •• • 8,22(5 13 o. 
Recettes 4,889 o 6 ^; 



Balance 5-3 37 i^ 5 i» 

Dans ce compte ne font pas comprîfes 
les charités & diverfes menues dépenfes, 

Fij 



84 Affaires be l'Angleterkê 

"^ — ~ Il ell: arrivé à Spithead le 17 Juin huit 

^11^* bâcimens de tranfport de Bremerleh^ avec 

^^^ des troupes de Brunfwick ^ toutes celks de 

T ' Brunfwick & d^Haiiau font aduellemerit à 
Juin. Ti r L 
JrQîrimoutn. 

Affaires d'Irlande 

àa 1% au 20 Juin, 

L^ouverture du nouveau Parlement d'Ir- 
lande s'eil: faite le 18 Juin. Avant ià prenfiière 
féance , la Chambre des Communes prbcédaâ 
l'éieclion de Ton Orateur. Le Chevalier Jeaa 
.Eîaquière , s'adrefTanc au Secrétaire de la 
Chambre , dit : « qu'à la clôture du dernier 
Parlement il avoir propofé à la Chambre de 
témoigner par desremerGiemens à M. Edmund 
Scxton Pery combien ell€ «toit fatisfaite à 
tous égards de la conduite qu'il avoit tenue 
en qualité d'Orateur; que fa propofîtion 
avoit paflé unanimement : qu'ainiî, vu l'eK- 
périence que Ton avoit des éminentes qua- 
lités de M. Pery j il prenoit la liberté de 
propofer qu'il fût de nouveau revêtu de 
cette dignité «. Sa propofition fut fécondée 
par M. Jacques Fortefcue ; & M. Pery fut 
élu à la pluralité de 14.Î voix contre 5)8. 

M. Arthur Fomeroy propofa enfuite de 
prier M. l'Orateur de nommer un Chape- 
<îain de la Chambre : ce (^u'il fît d'abord en 
défignanc M» Pery fon fière. Le Dodear 
Thomas Carr , qui a rempli cette Place au 
4eïaier Parlement, fe préfenta clofS à l!» 



E T D E l'A MéRIQUE, S$ 



barre & (ce qui e(ï de forme ) jetta les cîefs du j^^^ 



Mai 



lutrin par terre dans la Chambre ; aprcs quoi 

le Chevalier Edouard Newenham propofa de '"^^ 

faire à ce Do^-eur des remerciemens pour les Juin, 

longs fervices qu'il avait rendus r ce qutfut 

agréé. 

Cette différence de 43, voix à l'avantage 
de la Cour, pour faire choilîr un Orateur 
à fa convenance, s'explique aifément, par. 
les grâces que le Minliîere a faicripandreen 
Irlande depuis le ly Avril 1775', dernier jour 
de la clôture de la précédente fedion» lî y 
a eu âes penfions nouvelles accordées pour 
plus de dix mille livres 'fterling fur l'éta- 
bliflement d'Irlande Se des promefies d'^nno 
vingtaine de PairiesIrland.oifeSj fans compter 
des avancemens en dignités pour iix ou 
fept de ceux qui font déjà Lords. 

Le nombre des Membres préfents étolt 
dé 24-2 j qui ne pouvoient paint former une 
Chambre que l'Orateur n'eût été préalable- ■ 
ment élu. Le plus redoutable de fes compé- 
titeurs étoient M. Ponfonby qui avoir rem- 
pli cette place dans un précédent Parlement. 

M, Ponfonby avoit le, ton d'avoir montré 
une opiniâtre réGftance aux. vues de la Cour, 
pendant plufieurs années qu'il avoir occupé 
cette place, dont il b'étoit détaché plutôt 
que de trahir fes fenti'meiis. On. ai] lire ce* 
pendant qu'il a obtenu, une penfîon de deux 
mille livies flerling pour 30 années. Ce 
choix fembloit décider que la Cour auro/u: 

iM3| 



85 Affaires de l'Angleterre 

.^ conftament l'avantage fur le parti de l'Oppo- 



i'J']6» fition. Mais dès le début on a vu qu'on 
Mai s'étoit trompé. 
Se Le nouvel Orateur ^ accompagné de toute 

Juin, ]^ Chambre , fut conduit au Vice-Roi qui 
approuva ce choix. 

Les Communes s'étantrendues une féconde 
fois à la Chambre des Pairs , fon Excellencô 
prononça le difcours de l'ouverture de la 
feilîon, contenant en fubftance qu'il avoic 
plu au Roi de les convoquer de bonne heure 
cette année, pour leur donner la facilité 
de vaquer aux affaires parlementaires , qui 
pour l'intérêt du fervice public dévoient 
être le plus promptement expédiées. 

Le î^, le Procureur -Général remit de* 
vant la Chambre deux Bills , que le Con- 
feil ' Privé avoit envoyés à Londres d'où 
ils étoient revenus avec l'approbation de 
la Cour , conformément à l'interprétation 
donnée par la Cour à la loi appellée de 
Poyning. L'un de ces Bills concernoit la 
continuation de l'Ade pour prévenir les 
fraudes, en fait de banqueroutes. Par l'autre 
il étoit établi certains droits , pour le 
payement de l'intérêt de quatre pour cent 
d'un emprunt ci - devant accordé par ^ le 
Parlement. Ces deux Bills eurent un fort 
différent. Le premier fut lu fur le champ; 
èc l'on en propofa la féconde ledure pour 
Je jour fuivant ; mais , fur ce que M. Barry 
repréfenta qu'il y auroit quelques change- 



ET DE L'AlVîéRIQUE 87 

mefis à y faire, M. le Procureur- Général— — 
confentit d'en renvoyer la féconde lecture 'VT*^» 
au 3 Juillet prochain. ^^'^ 

Quant à l'autre Bill ^ comme il entre j^ 
dans la matière du fubfide , M. Barry 
fut d'avis , qu'en conféquence d'un ordre 
non - révoqué de l'année 17 18, on ne 
pourroit en faire ledure , qu'après que le 
Comité pour l'examen des comptes Ôc 
celui des moyens de lever le fubfide au- 
roient fait leurs raports. Cette opinion , 
quoique fondée fur un exemple fuivi exac- 
tement depuis fa date , ne fatisfit point 
quelques Membres : M. George Ogle jugeoit 
que, fans confidération quelconque ,1e Bill 
devoit être rejette. 

M. Burg , craignant que les Membres 
indépendans ne s'oppofaffent à la leâ:ure 
de ce Bill , déclara que tant que l'on n'a- 
voit pas fait ledure de cet Ade , la Cham- 
bre ne pouvoir foutenir , avec cette fermeté 
défirabîe& qui étoit le but auquel il vifoiir, 
fon droit d'être dépofitaire des fonds de la- 
Nation. Car^ ajoutât il , fî on refufede lire 
ce Bill, il paroîrra qu'il a été rejette plutôt 
à caufe d'un ordre établi , que par ce qu'il 
a été fait dans un lieu illégal ; c'efi; pour- 
quoi i) feroit à propos de fupprimer fim- 
pîement ce Bill , par ce qu'il concern? le 
lubfide , fans avoir été drefle par les Com- 
munes, 

M. Bary infifla de nouveau fur la 

Fiv 



88 Affairesde l^Angleterre 
■force d'un ordre établi , qui s'oppofoità la 



Juin* 



^71^* première ledure^ quoiqu'à la vérité il fou- 
Mai haitât qu'on pût trouver un autre expé- 
r^._ dient qui marquât que la Chambre défap- 
prouvoit cet Aâe. M. Burg répliqua qu'on» 
pouvoir aifcment réfuter cette objeâiion. 
Puifqu'un Parlement , dit-il, n'eft pas à toute 
rigueur aftreint aux ordres d'un Parlement 
précédent, tant que de tels ordres n'ont pas 
été renouvelles, & puifque l'on n'a pas 
propofé de réfolution pour renouvelier 
l'ordre établi j la Chambre n'eft pas en- 
core dans l'obligation de le fuivre, M. 
Ponfonby fut de l'avis de M. Burg & foutint 
que tant que Tordre établi n'avoit pas été 
renouvelle , il n'emportoit aucune obligation. 
Le Procureur Général déclara alors que 
pour contenter les Membres > il vouloir re- 
tirer fa proportion de lire tout d'abord l'Ade 
& propofer de différer pour un certain 
temps toute délibération ultérieure fur ce 
Bill , mais c'eil: ce qui fut rejette. On opina 
donc pour la ledure , & dès qu'elle eut été 
faite , M. George Ogle renouvella fa pro- 
pofition de rejetter ce Bill, Il fut fécondé 
par M» Montgomery de Cavan , ce qui 
entraîna prefque tous les Membres. Ce 
point décidé , M» Burg crut que la con- 
jonclure étoit propre pour propofer le 
renouvellement de tous les ordres établis 
par les precédens Parlemens , ce qui fut 
approuvé. 



E T D E l'A m é r I q u e; 2ç 
Le :20 on a fixe par le fort les éledions 



conteftées : le nombre a été de 23. [ ce (ont ^77"^ 
des fujecs de procès ruineux pour les parties, Ma£ 
en Anclecerre comme en Irlande, mais dont ,^ 
les gens de loi favent tirer de gros profits. * 

Les éledions générales , pour former un 
nouveau Parlement , font ordinairement 
pour eux le moment d'une riche récolte. ] 
Les Communes appellées de nouveau à 
la Chambre des Seigneurs, le Lord Vice- 
Roi donna le confentement Royal au Bill 
qui accorde un plus long délai aux perfon- 
nes revêtues de charges ou d'emplois pour 
j<jfi:ifier de leurs titres, conformément à l'Ade 
pour prévenir TaccroilTement ultérieur de 
la Religion Catholique. Après quoi le Chan- 
celier, par ordre du Vice- Roi , prorogea 
l'Affemblée au 20 Août prochain. 

Le Comte de Harcourt , qui a rempli , 
fon terme en qualité de Vice-Roi , fe dif- 
pofe à retourner à Londres. Quelque foie 
fon fuccefleur, il efi: certain que le Comte 
de Harcourt lui îaiiTera une fufée afTez di-. 
ficile à démêler. L'Irlande qui afpiroit à voir 
diminuer le fardeau des penfions fur fon 
étabiifTement, le voit au contraire aggraver 
de jour en jour , ô: cela dans un tems que 
la plus grande partie des troupes deftinées 
à la garde de ce Royaume, efl: employée 
à une guerre peu goûtée par la plupart des 
Citoyens. Il femble auffi que la levée an- 
noncée; d'un Corps de 2 mille Volontaires a 



$)0 Affaires DE l'Angleterre 

■"■ ""qui ne feront point de la Religion dominante 
^11^* du Pays > donne de l'ombrage, fur-tout vu 
Mai j^ glande lupériorité du nombre des Catho- 
Juin liques- Romains en Irlandt;. Par un dénom- 
brement fait depuis peu de tous les Habi- 
tans de ce Royaume, il a été trouvé que la 
Province de ConnaugKt contient 25,718 
Proteftans , & 246,142 Catholiques- Ro- 
mains: celle de Lem^er 214,173 Proteftans, 
& 47^,863 Catholiques-Romains: celle de 
Miinfter 134^051 Proteftans, & 401^738 
Catholiques - Romains : & celle d'Ulfter 
37P^2 i7Proteftans,& 194,602 Catholiques 
Romains : de forte que le nombre des Ca- 
tholiques montant à 1.407,345' Habitans, 
furpalTe de 65 (j, 176 celui des Pfo;eftans , 
qui efl: de 1$ia6^\ & que le total de tous 
les Habitans ed de 2,i5'8,5'i4. 

Ce n'eft pas feulement parmi le peuple en 
général qu'il lemble régner un efprit peu 
favorable aux vues du Miniftere. Le nou- 
veau Parlement lui même a témoigné {es 
difpofitions dans le court espace de deux 
jours qu'il a été afTemblé , fur-tout par la 
manière dont il a rejette le Bill, par lequel 
la Cour avoit voulu pourvoir au payement 
des intérêts d'un emprunt , avant que les 
Communes eûflent entamé la matière du 
fubfide : & il n'a pas été difficile de fenrir 
que la prorogation imprévue &. fubite de 
l'AfTeînbîée n'a été caufée que par la crainte 
de voir ce procédé , peu flatteur pour l'Ad- 



ET DE l'A mtb;ri QUE, jpl 

inlniftration, fuivi d'autres encore plus dé- T 

fagiédbles. L'on efpere profiter de l'inter- '' ^ * 
valle pour radoucir les efprits & conferver ^ 
ou plutôt regagner cette prépondérance, que ^\xmi 
le Comte de Harcourt, appuyé par l'intel- 
ligence de Ton Secrétaire , le Chevalier Jean 
Blaquiere avoit jufqu'à prcfent habilement 
fçu ménager à Ton Parti. C'eft apparamment 
dans la vue d'augmenter celui-ci dans la 
Chambre des Seigneurs, & de recompenfer 
en même tems ceux qui ont bien mérité 
de la Cour que le Roi a fait une nombreufe 
création de Pairs d'Irlande. Cependant les 
accroiflemens fuccefïifs du nombre des Pairs 
caufant toujours de la jaloulie , il ne feroit 
pas étonnant que cette profufion même de 
grâces opérât contre fon but. Voici le tableau 
de cette promotion : 

* Vicomtes élevés à la dignités de Comte, 

Wlîmot Vaughan , Vicomte Lifburne »fous v 
le nom de Comte de Lijhurne- Edouard Vi- 
comte Ligonier (Comte Ligonnier^ Lord 
Ripley en Angleterre) fous le nom de Comte 
Ligonier de ClonmelL Jean Meade , Vicomte 
Clanwilliam, Lord Gillford , Chevalier-Ba- 
ronnet , fous le nom de Comte de Clamvïl" 
liam, Robert Nugent , Vicomte Clare , Lord 
Nugent , fous le nom de Comte de Nugent, 
dignité qui fera reverfible à M. George Nu- 
gent Grenville, au Comté de Buckingham. 
Guillaume Vicomte Crofbie, fous le nom 
de Comte de Glandore» 



^^ Affaires DE l'Angleters® 



i^77"' Barons élevés à la dignité de Vicomte, 

^ Thomas-George Lord Southwell , Che^ 

Juin* valier-Baronnet , fous le nom de Vicomte 
SouthjpelL Thomas Vefey Lord Knapton. 
fous le nom de Vicomte de Vefey. Guillaume 
Willoughby-Cole , Lord Mount - Florence > 
fous le nom de Vicomte Enniskillen^ François 
iVernon , Lord Orwell, fous le nom de Vi- 
comte OrivelL Jean Stradford Lord Baîtin- 
gîafT, fous le nom de Vicomte AldehorougK 
Guillaume-Henri Lord Clermont , fous le 
nom de Vicomte Clermont de Clermont ^ 
dignité réverfible à M. Jacques Fortefcue 
fon frère. Guillaume-Henri Lord Dawfon ,, 
fous le nom de Vicomte Càrîo^. 

Nouveaux Barons, 

Le Chevalier- Baronnet Thomas Maude» 
fous le nom de Lord Montait* M. Gearge 
Macartney , fous le nom de Lord Macartney* 
Le Chevalier-Baronnet Archibald Achefon > 
fous le nom de Lord Gosford, M. Ralph 
Howard , fous le nom de Lord Clonmore^ 
Tue Chevalier •» Baronnet Richard Philips , 
fous le nom de Lord Milférd, Le Chevalier- 
Baronnet Thomas Wynn , fous le nom de 
Lord Newhorough. Le Chevalier Charles Bing- 
ham , fous le nom de Lord Lucan, Le Che- 
valier Alexandre Macdonald, fous le nom 
de Lord Macdonald, Le Chevalier-Baronnet: 
Guillaume Mayne, fous le nom de Loicl 



fi T D Ê l'A ai é r I q u e. p^ 

Neivhaven, M. Jacques Agar , fous le nom 
^e Lord Clifden, M. Guillaume Edwardes, ^77^- 
fous le nom de Lord Kinjîngton. M, Guil- ^^ 
laume-Henri Lyrc^Uon , fous le nom de \^ , 
hoi d IVef cote. M, Robert Henley Ôngley , 
fous le nom de Loid Ongley. M. Molineux 
Shuldam ^ Vice Amiral de l'elcadre Bleue, 
( Commandant en Amérique , ) fous le nom 
tie Lord Shuldham^ M. Jean Boerke , fous 
le nom de Lord Naas. M. Sentleger , 
fous ie nom de Lord Doneraile^ M. 
Clotworthy Upton , fous le nom de Lord 
Templeton/n* M. Hugues MafTey , fous le nom 
de Lord Maffey. 

Les huit Membres dont le Roi a augmenté 
le Confeil privé de l'Irlande , font TArche- 
vêque de Tuam , le Comte de Mornington , 
îe Vicomte Valentia , les Chevaliers-Baron- 
îiets Robert Deanne & Capel Molyneux, 
ôcMefliôurs Richard Jackfon, Jofué Cooper 
Sl Agmondisham Vefay, 

Etat deja Pairie d^ Irlande avec fes 
accroijfemem. 

Sous George II. 

Comtes..... 38 

' Vicomtes •.... ... ^6^ 

Barons ,.•...*..,. 18 

Total p2 



- P4; Affaires de l'Angleterre 

^ . Sous George I II j ovant V augmentation au 
& mois de Juin 1776^. 

Duc #•••••• I 

Comtes jS 

Vicomtes ^^ 

Barons 37 

Toral. 140 



fgg^^HfgggggHg 



Le nombre étoit déjà . augmenté de qua- 
rante-huit. 

Voici le nombre auquel Ta porté l'aug- 
mentation qu'on vient de voir. 

Duc* • I 

Comtes.. . • 43 

Vicomtes 6y 

Barons •• .••••••• 5*5 

a—— ■■ ■!■■ ■■ 

TotaU 164 



George III en a ajouté vingt-quatre 
aux quarante-huit qu'il avoit déjà créés. Le 
nombre aâuel eft de foixante-douze de plus 
que fous George II. 

Ces foixante & douze nouveaux Lords 
ont été choilis parmi les plus dignes Mem- 



E T D E l'A m É R ï q u e. ()S' 

bre? ou faifeurs de Membres de la Chambre - ■ ■ 

àcs Communes (^). ^77^« 



(a) Ces détails fur la Pairie d'Irlande nous four- 
nllTent l'occafion de placer ici quelques nouvelles 
obfervations fur la création des douze nouveaux Pairs 
de la Grande-Bretagne, qui a eu i^eu le 14 Mai 
dernier. ( V oyez cette date Affaires de l'Angleterre 
Tome II.) 

Un Ecrivain anonyme, fous le prérexte de. rendre 
fèrvice au public , & en même tems aux perfon- 
nages élevés à cette • dignité , a formé un d.liique 
Anglois de leurs douze noms, afin, d't-il, qu'il foit 
plus aifé de fe les rappeller, & qu'ils ne tombent pas 
fî aifément dans l'oubli où (ont aujourd'iiui la plupart 
des Pairs créés par la Reine Anne. 

Hawke , Amherft , Southwell, Carmarthen Mount- 
ftuart , Argyle 

Cud, Onflow , Polwarth , Pitt, Ryder, ai^ue toleyi 

Cette création a excité beaucoup de murmures , 
iûr-tout relativement à deux Seigneurs Ecoffois qui 
font de ce nombre : le fils du Comte de Bu/e 8c 
le fils de Ton ami le Lord Marchmont, On a obfèrvé 
que l'A de d'union qui fixe à feize le nombre des 
Pairs d'Ecoife Hégeans dans le Parlement Britannique, 
le trouvant éludepar Téiévation desfilsoudes Femmes 
des Pairs d''ico{re à la dignité de Pairs de la Grande- 
Bretagne, le tems n'eft peuï-etre pas éloigné où il 
n'y aura plus aflez de Se'gneuts Ecoffois pour former 
le nombre requis des feize Pairs d'Ecoffe dans le Par^ 
lement, Ç\ on continue à les y faire entrer fous des 
titres de Pairies Angloifes. Dans cette nouvelle créa- 
tion le fils du Comte de Bute & celui du Lord 
Marchraont font en tête de la' Ufie, 



Max 
& 
Juin. 



5^ Affa 1RES D E l'Angleterre 

— ~ D'après Texamen que le Lord Lieutenant 

iî776^» d'Irlande a ordre de faire tous les ans d^ 

Mai 

& 
3^in, Voici celle des créations de Pairies par les divers 
Souverains qui Te font fuccédés depuis environ deux 
iiecles. 

Créés. Eteintes, 

Jacques Ler .... .» 6t , 17 

Charles Ler *.. $9 ... ..è.. 21 

Charles II 6d. 55 

Jacques II 8 . • • S 

Guillaume & Marie, é. ... . 30 21 

x\nne« ••«.•.•••ii. ••••.«• sO «...*•.». 2^ 

George I.^i^ •• z9 ••....... 16 

• George II.. *..... 38 .•....••. 41 

George III. ...• ....34 o 

Pairies éteintes fous le règne de George II In 

i Hatton ...«••••«..•..•• 17 (^0 

2 Anfôn . • . . • •.•• 1762 

3 Melcombe Régis. « 

4 Feversham o.,.., 1763 

5 Bath.. .«••.. ....•• 1764 

6 Foley.. •....•.••«..•• • \y6$ 

7 Hunfden, .,.,..,,•,.,.•, .,,• 

8 Cumberland ••...••.• 

9 York •...• 176^ 

10 Newcaille... ••«••.•.••. •••.. 176H 

1 1 Arundel •f«0»>«t«t«»tfi»«t«« 

l'état 



E T t> E l'A m é r I q u e. $7 

l'état des Manufadures de toiles dans ce- 



Juin. 



Royaume , il paroit qu'elles font dans une I77^« 
fituation plus floriflante qu'elles n'ont été Mai 
depuis long-tems. Cependant on efl: forcé ^^ 
d'obferver que cela n'eft guère poflible , 
car perfonne n'ignore que depuis quelques 



12 Delamer. •••••.• 1770 

1 3 Montague* 

1 4 Ligonicr • • • • . • 

1 5 Bottetourt ••• 

1 6 Ducie ...•..• 

17 Halifax...»,.,.,. ,. 1771 

18 Bingley, ..••.. 1773 

I ^ Berkley *••..,.. 

£0 Kingilon •• 

2 1 Cleveland e .... • 17] 

En réponfê aux diverses cenfùres que le Parti de 
rOppofition -s'en permis de faire fur cet accroifTe- 
ment du nombre des Pairs qui fèmble calculé pour 
étendre toujours de plus en plus l'autorité du Roi, 
on a obfêrvé que dans un grand Etat la liberté du 
Peuple ne pouvoit avoir trop de défenfêurs. On a 
cité pour exemple les Républiques de Gênes de Hol- 
lande , & quelque Cantons SuifTes où le Gouverne- 
tîient , quoique Républicain de nom , eft devenu 
réellement Ariftocratique ; & on a fait voir que cette 
affertîon ne s'étoit que trop vérifiée fous Charles I. 
lorsque l'abolition de la Chambre des Lords fut fijivie 
d'abord d'une Anarchie générale , & en fuite du de A 
potifme militaire , l'un & l'autre également funefies , 
par des voies différentes, aux droits & à la liberté 
des Sujets. 

N\XXXIIL G 



Mai 

& 
Juin. 



p8 Affaires db l'Angleterrs 

années plufieurs milliers de ces ouvriers 
^11^* paffent en Amérique, & qu'aduellement on 
trouveroit en Irlande à peine la moitié des 
ouvriers qui y étoient avant cette émigra- 
tion. En conféquence on fait une moindre 
(juantité de toiles , ce qui doit augmenter 
les demandes & rendre la vente beaucoup 
plus lucrative pour ceux qui font ce com- 
merce; mais très certainement le Gouver- 
nement tire moins d'avantage de cette pro- 
dudion naturelle de l'Irlande, qu'il n'a fais 
depuis ui\ demi-fiecle. 

Froment exporté du Port de Dublin depuis h 
4 Septembre 1775 ^jufqu^au 24 A%/ril ijyô* 

Barriques. 

Pon||||L.iverpool. 4>730 

Chefter & Londres....... 661 

Chepftow & Lancafter. .... 355' 

Oporto » _74^ 

Faro & Rouen .,. 400 

TotaU»,** 6^886 



Orgt exporté depuis le 5 Décembre 1775 > j"/^ 
quau 2 Mars iJ'jS» 

Barriques, 

Pour Liverpool. • • , . , 45*0 

Cadiz. . . . , , • • 25)0 

Total 740 



Juirta 



JEt D E l'Am é RI QUE» jpp 

Les fanaux qu'il y a ordre de placer fur—*, 
ies Smalls dans le Canal d'Irlande , feront 177^^ 
très-avantageux pour la navigation de ces Mai 
mers , d^autant plus qu'ils feront mis fur les ^, 
plus dangereux , & ils ferviront de guide pour 
aller à Dublin , au nord de l'Irlande , à i'Ifle 
de Man , à Liverpool & en Ecoffe. Les vaif- 
ïeaux allant à Briftoi & à Milford , pourront 
en les relevant^ ditiger leur courfe vers l'un ou 
l'autre de ces porcs , même dans les cems les 
plus incertains» / 

On lit ^article [uîvant dans le Journal de 
Freeman , imprimé m Irlande* 

Eien ne prouve mieux à quel point ce 
miférable royaume efl: méprifé par les Anglois, 
que de n'avoir placé perfonne ici pour 
changer les guinées pour le compte du Gou- 
vernement. C'efl: peut être parce qu'ils s'ima- 
ginent que nous n'avons d'argent que lé 
jufte nécefîaire pour payer les droits & re-* 
venus de la Couronne. Il faut que leshabitans 
de ce pays foient la proie des Changeurs ? 

Fin de V article d^Irlande^ 

Le refte de la féconde diviHon des troupes 
de Brunswick eft arrivé à Spithead le i8 
Juin ; tous les tranfports ayant la féconde 
divifion des Heffois à bord , font également 
arrivése 

Gij 



ïoo Afï^aîres del^Ancîle^erre 



i']']6 Affaires de laCompagnie 
jy^ai desIndes. 

^. ^ Le ip , il fe tint un aflemblée générale de 
quartier, dans laquelle il fut queftion de dé- 
dommager quelques-uns de fes Employés , 
condamnés à faire des reftitutions à des Pro- 
priétaires OrienrûM^r. Enfuite,on déclara un 
dividende de trois pour &nt pour la [demi- 
année d'intérêt , à échoir le 24 Juin. On 
informa auiîi fes intéreilés qu'à la fin de Sep- 
tembre i77<5^ la dette dont la Compagnie 
eft redevable au Gouvernement , feroit dimi- 
nuée de 300,000 livres fterling, & qu'à la 
fin de l'année cette dette feroit entièrement 
rembourfée.On infinua la néceffitéoùétoitla 
Compagnie de ne lailTer au Parlement aucune 
prife fur elle; que probablement fes affaires 
leroient l'objet d'une difculTion dans la pro- 
chaine féance , & qu'il importoit qu'elles 
fûflent conduites de manière à ménager les 
intérêts de la Compagnie avant que cette dif- 
cuflion eût lieu. 

On a pu remarquer dans ces difcuf- 
lions que la méfintelligence entre les Em- 
ployés de la Compagnie , va toujours en 
augmentant & ne paroîc promettre rien 
d'avantageux. 

I^.° I. Voici un détail plus cîrconjl. ne îé le ce qui 
s\ft pajjé dans cette aJJimbLëe. 

Après que le Secrétaire eut fait la leélure 



>tf. 



ET DE L*AmER r QUE. lOI 

des minutes de la précédente aflemblée , le 

Gouverneur Johnftone obferva qu'il s'étort i77^« 
déjà écoulé quelques femaines depuis que Mai 
l'afTemblée générale avoit décidé qu'on déli- & 
béreroit de nouveau fur la réfolution prife de *'^^'* 
demander au Roi que Meflieurs Haftings & 
Barwell fuffent rayés du Confeil de Bengale , 
d'autant; plus qu'il avoir été décidé par le 
fcrutin que les Direâeurs feroient inceflam-. 
ment à TaiTemblée le rapport de leurs procédés 
fur cet objet. 

Le Préfident informa les Aélionnaires que 
comme il étoit arrivé depuis la dernière affem- 
blée quelques dépêches du Bengale, & qu'on 
en attendoit encore d'autres par le Salifbury 
qui avoit relâché en Irlande , la Cour des 
Diredeurs avoit réfolu deremettre fon rapport 
fur cette affaire jufqu'à ce que ces dépêche^ 
fûOeat arrivées, ce qui pourroit aller à 15 
jours après qu'on les auroit reçues. 

Le Gouverneur Johnftone répliqua qu'il 
defiroit qu'on fixât un terme précis pour 
convoquer fur cette affaire une affemblée 
générale , & il ajouta qu'il fe flattoit en 
raême-tems que les Diredeurs ne prétendoient; 
point contefter la compétence de l'afTemblée 
générale tant dans cette affaire que dans toute 
autre quelconque relativement aux droits de. 
la Compagnie, & que s'ils avoient envie de 
le faire il les croiroit aflez honnêtes pour en^ 
informer les Adionnaires afin qu'on pût dif-^ 
cuter laqueftion, 

G iij 



ï62 Affaires DE l'Ângleterbe 

"^ T — Flufieurs des Diredeurs répondirent qu'ils 

' ' . * n'àttendoient que l'arrivée des dépêches du 

&^ SaiillDury donc ils avoient déjà reçu une 

Juin P^^^i^ pour fe mettre en état de mieux juger 

l'affaire , & que peu de jours après la réception 

de ces dépêches , ils convoqueroient une 

afTembîée générale. 

M. Pechell obferva que les Adionnaires 
avoient agi jufques-là avec modérarion: qu'il 
ne doutoic nullement qu'ils ne conunuâflent 
de même ; qu'ils ne s'oppofoii point à ce 
qu'on accordât un tems raisonnable pour faire 
la leâuredes dépêches qui pourroieiu arriver, 
pourvu qu'on fixât un jour certain , ôc qu'il 
ne croyoit pas qu*on cherchât des délais 
pour gagner du tems. Il dit qu'on ne pour- 
voit pas i'accufer de mettre trop de vivacité 
dans ia demande : Que les Direéleurs ayant 
demandé le rappel de Meilleurs Haftings & 
Barwell fur les papiers dont ils étoient 
alors en pofleffion » il ne voyoit pas quel 
droit ils avoient d'en attendre d'autres pout 
juftifier cette opération. Il finir ^ en difant 
qu'il confencoit à accorder huit jours ^après 
l'arrivée des paquets du Salifbury. 

Le Préfident propofa quinze jours , mais 
ayanr rencontré de Toppolition , il accepta 
la propofition de huit ]ours. 

On agîta alors de quelle manière raffemblée 
feroit convoquée. Le Préfident demanda 
qu'on lui laiflac ce foin ; mais les Adionnaires 
préférèrent de prendre uu aîjrêté à ce lujet, Ea 



ET DE l'Amérique, 103 

conféquence M. Crichton propofa «qu'on— — 
» tiendroit une aflemblée générale pour ill^* 
» entendre le rapport des Diredeurs huit Maî 
»> jours après l'arrivée des dépêches du Salif- ^. 
3> bury ». Il appuya fa motion en difant ^"*"* 
« qu'il étoit jufte que tout le monde fçût que 
3> l'afTemblée générale n'étoit pas moins atten- 
ae» tive à -la conduite des Diredeurs qu'à fes 
a* propres droits »• 

2 M. Pechell obferva que les affaires de la 
Compagnie devant , fuivant toute apparence , 
être portées bientôt au Parlement , il redou- 
toit d'autant plus , les délais qu'il croyoit 
qu'il étoit de la plus grande importance que 
le Parlement fût pleinement informé des fen- 
timens des Adionnaires fur lesjmatieresqui 
feroientmifes fous fes yeux. On alla aux opi- 
nions & il n'y eut qu'une voix contre la mo- 
tion , ce qui prouva combien tout nouveau 
délai répugnoit à l'aflemblée. 

Le Préfident informa enfuite l'affemblée 
que M. Vereift avoit préfenté une pétition 
au Comité de correfpondance dans laquelle 
il demandoit à être indemnifé d'une fomme 
de 4,000 liv. ft. qu'il ayoit été obligé par un 
jugement des Cours de Juftice de payer à 
deux Marchands Arméniens : il ajouta que 
le Comité de correfpondance ainfi que les 
Directeurs étoient convenus d'accorder cette 
indemnité , parce que M. Verelfl: avoit agi 
pour l'intérêt & par les ordres de la Com- 

G iv 



I04 Affaires del' Angleterre 

•^ pagnie & nullement pour fon intérêt per- 

^1770. fonnel , ou par haine contre ces Marchands 
^^i Arméniens. On remit la confirmation de cette 
1^ affaire à une aflemblée générale qui feroit 
tenue pour cet effet la lemaine prochaine. 

On fitenluite led:ure de quelques dépêches 
reçues tout récemment par le vaiiTeau le 
NorthumberJand, ainfi que d'une lettre du 
Lord Pigot, Gouverneur du Bengale en date 
du 17 Décembre 1775", ^^"^ laquelle il étoit 
dit qu'on venoit de conclure avec un Nabab 
un traité très avantageux pour la Compagnie » 
& qu'on avoit tout lieu de fe flatter de 
l'amitié d'un autre qui avoit amené fes fem- 
mes & fa famille à Madras pour y faire fa 
réfidence. 

.Toutes les affaires particulières pour lef- 
quelles l'affemblée avoit été convoquée étant 
terminées , on déclara le dividende pour les 
fîx mois fuivans , & il fui fixé à trois pour 
cent. Jl efl: d'ufage dans cette occafîon de 
faire la leélure du compte de Caille : l'affem- 
blée apprit que la dette de la Compagnie 
envers le Gouvernement n'étoit plus que 
de 500 000 liv. mais ce compte n'alloic 
que jufqu'au premier Septembre 1779» 
& conféquemment les ventes à faire pendant 
ce mois n'y étoient point comprifes. Si le 
compte eût été fait jufqu'au 25: Décembre * 
la balance auroit été bien différente. A cette 
occafion un Ecrivain a obfervé que l'hon-» 
neur de la Compagnie exigeant qu'on payât 



E T D E l'A m é r I q u je, lo;' 

\e plutôt poifible fa dette au Gouvernement , -^ 

il q[ï du devoir du Dired:eur de ne laider ^lly* 
aucun fujet aux Miniltres de prendre con- '^ 
noiiïance des affaires de la Compagnie fous j^i^ 
prétexte des créanciers de l'Etat , & qu'il ne 
falloit point qu'on pût foupçonner des ma- 
nœuvres pour faire paroicre la Compagnie 
endettée pendant qu'un vrai état de fes 
comptes prouveroit le contraire. 

Noms de ceux qui ont parlé dans les débats* 

LePréfident, M. Holford, M. Pechell ; 
M. Manship , le Gouverneur Johnftone , 
m. Lushington , M. Lous , M. Pinith, M» 
Gregory , M. Dodwell , M. Fitzgerald , 
M, Macleane , M. Elliot & M. Crichton. 

Les Gazettes du jour ont annoncé de la 
part des Diredeurs qu'il fe tiendroit une 
nouvelle affemblée générale le jeudi 27 Juin , 
pour délibérer ultérieurement fur la queftion 
de l'indemnité demandée par M. Werelft , 
relativement aux condamnations obtenues 
contre lui par les Arméniens Rafaël & Ger- 
mauld. 

N.*! 1 1. Nouvelles de VInde, 

On voit par des lettres de MadrafT inférées 
dans divers Gazettes du jour , que la Com- 
pagnie Angloife ne néglige rien pour augmen- 
ter fon commerce fur la côte de Coromandel 
& dans le Çarnate. — Les Angloîs font tou- 
jours perfuadés qu'il importe d'étaler dans 



& 

juin. 



106 Affaires del'Anqleterre 

•l'Inde un appareil de Paiflance qui détermine 
1770. les Souverains du pays à protéger efficace- 
Mai ment leur comptpirs & leurs achats. En effet ,• 
les marchés & les avances en argent fe font 
d'année en année; & fî les Nababs ne forcent 
pas leurs fujets à tenir les conditions des 
marchés faits entre eux & les Européens , les 
achats deviennent très-chers & ce commercel 
efl: infrudueux. 

Il circule des lettres de Bombay p^r lei- 
quelles on apprend que les troupes de la 
Compagnie commandées par le, Colonel 
Keating , ont eu une affaire le 18 Mai 1775*. 
avec les Marattes près de Ponnah , di que' 
huit Officiers & beaucoup de Soldats Angloi's* 
y ont été tués. 

N°. TII. Voiti un article qui avoit été publié 
dans le Galettes quelques jours avant Vajfem- 
hlée, 

» Les dernières lettres de Madr^fffont le 
tableau Je plus brillant de la fituation de nos 
affaires dans le Carnatique. On a établi avec 
le Lama du Thibet une communication très- 
avantageufe pour notre commerce qui s'ouvre 
fans céffe de nouvelles fources dans cette 
contrée. 

Le Nabab Mahamud-Ally Cawn étoit 
depuis long-tems foupçonné d'avoir été attiré 
au parti de la France par les intrigues du 
fieur Law, Commandant de Pondichery. Ce 



E T D E l'A m é R I q u e, Î07 

Nabab vient enfin de donner les preuves les 

moins équivoques delà (incérité de (es dif- I77^« 
polîtions à notre égard. Lorfque le Lord IVlai 
Pigoc a misgarnifon Angloifedans Tanjaour, -^ 
ce Prince Indien efl: venu avec toute fa Cour 
s'établir à Madraff exprès pour marquer à 
notre Nation la confiance qu'il avoit en elle. 
Les inquiétudes que nous avions de voir 
troubler la tranquillité de cette partie de 
l'Inde font entièrement diiïîpées par cet 
heureux événement. 

4JvSelon les mêmes nouvelles , les vaifleaux 
de l'Inde aduellement en route pour l'Europe 
y apportent les plus riches cargaifons donc 
on ait jamais eu connoiHance. 

Mais le défordre qui règne toujours entre 
le Confeil de Calcutta & la nouvelle Cour 
de Judicature diminue la joie que caufent 
généralement de fi heureufes nouvelles. 

N''. IV. Divers papiers avoient donné aujjî la 
pièce fuivante ou Von voit des détails curieux 
fur le nouvel arrangement avec le Lama du 
Thibet dont il efl parlé ci-dejpus. 

Relation delà guerre de Rohlll a qui eu. 
plus détaillée i Ôc qui paroît plus authentique 
qu'aucune de celles qui ont paru jufqu'ici. 
Comme la conduite de ceux qui ont le manie- 
ment des affaires dans le Bengale occupe 
à préfent les Adionnaires , cette relation 
dait leur faire le plus grand plaifir. C'^ft ua 



'io8 Affaikesde l'A n gleterrs 

^ 'extraie d'une lettre écrite par un Officier 
y, ' qui a iervi dans cette guerre , &^qui étoit 
^ chargé d'un commandement de diftinclion. 

."^" Au Cania àe3xùida Ghant ^ ce 19 Juillet 17 7 J. 

Ce fut après l'arrivée du Gouverneur Haf- 

îïngs à Bmares Tannée dernière, quela réduc- 
tion des Domaines de Rohilla fut arrêtée, 
entre lui & le Vifir. Elle fut tenue fi fecrette 
qu'il n'y avoit pas un feul homme de notre 
armée qui fçût notre deftination jufqu'ay. 
moment où nous entrâmes dans le territoii|p 
du Nabab, qui fe joignit à nous avec un puif- 
fant rePiiort. Nous nous mîmes aufiî tôt en 
- marche vers le pays de Hafi^^-Rhimut , l'unr 
des plus refpectables Princes de cette partie 
de l'Inde , & on nous fit l'honneur de nous 
donner pour Commandant le Vifir Sujah-al- 
Doidat (l'un des plus infignes coquins qui 
ayent terni la gloire des annales de l'Orient). 
Sous un tel chef que de fuccès ne devions 
nous pas attendre ? Nous entrâmes dans le 
pays de ce peuple outragé & dont la perte 
étoit jurée , menaçant de mettre tout à feu 
8c à fang. Pour notre début , trente Villages 
furent embrafés , le jour même que nous 
mîmes le pied fur leurs frontières; & dans 
pujj-îeurs endroits , les enfans de les vieillards 
périrent au milieu des flammes. Il faut avouer 
cependant que tout ce ravage fut commis par 
les troupes du Vihr feulement , mais nous 
étions à tous égards complices de leurs 



£T DE l'AmIÊRIQUE. lOp 



crimes. H^:;' raflembla fon armée d'environ j^^^ 
30,000 hommes. Nous en vînmes aux mainsle j\ , 
23 Avril 1775* (jour de Saint-George, & après ^ 
un combat d'environ trois heures ; nous les Juùu 
mîmes entièrement en déroute. Ils perdirent 
leur brave chef Ôc environ 3,000 homnries. 
Le nombre des tués & blefles de notre côté 
{q monta à-peu-prè-s à 700 hommes, 

Lorfque la famille d'Hafiz apprit la nou- 
velle de fa mort & la défaite de fon armée, 
fes deux fils prirent la fuite ; & l'opinion 
générale eft que fa femme & une de fes filles 
fe tuèrent ; l'autre qui étoit deftinée à orner 
k Sérail du Vifir , ayant brifé un de (es 
diamans l'avala dans un verre d'opium ; 
quoiqu'il en foit , il ne refte pas aujourd'hui 
le moindre veftige de cette famille non 
fnoins illullre qu'infortunée. Nous nous can- 
îonâmes quelque tems après fous la ville 
<îe Bafouley pour y pafler la faifon 
pluvieufe : mais l'irréfiftible éloquence de 
3'or , engagea notre Commandant en chef 
( le Colonel — ) à rentrer en campagne au 
commencement des pluies, pour fe mettre à 
la pourfuite du refte de l'armée ennemie 
qui étoit difperfée , & malgré les peines de 
les frais qu'il nous en coûta pour conftruire 
nous mêmes des bungelor (ou hangards) 
que nous n'habitâmes point , nous ne reçû- 
îiîes pas la moindre indemnité. Nous pour- 
fuivîmes l'ennemi à plus de deux cents miles. 
Quel fpedacle ! Pendant une marche de près 



îio A F Maires ïdel^Angle terre 
_^ d'un mois nous efïuiâmes la pluie des tropiques^ 



.--^^ Le pays étoit entièrement fubmergé , & nos 
\. . * tentes délabrées ne fourniflbientqu'un pauvre 
. ^ abri contre la rigueur du tems. Nous attei- 
Juin, gnîmes enfin les fugitifs : ils fe portèrent 
dans un fort retranchement fous les monta- 
gnes Stvaliques qui féparent le Thibet , 1@ 
Caflumere , & la Tartarie de l'Indoftan. Nous 
reftames environ fîx femaines à négocier* 
Ces négociations fe paflbient abfolument 
entre Faiouley-Khan (le chef aduel de Ro- 

hilla , & le Colonel par l'entremife de 

l'Enfeigne , M. . . , Secrétaire du Colonel, & 
on répandit généralement que le Comman- 
dant s'étoit fervi de cet Enfeigne ( fon très- 
refpedable compatriote ) au préjudice de 
M. R. fon interprête Perfan, que cela regar- 
doit , mais qu'il avoit voulu faire un traité 
perfonnel & fecret avec l'ennemi. Fazouley- 
Khan fît mine de vouloir tenir bon jufqu'à 
la fin des pluies, lorfqu'après une farce d'en- 
viron fix jours , & après avoir ouvert la 
tranchée , la paix fut tout à coup renouée. 
Les propriétés de tous les Chefs leur furent 
confervées ; mais quant aux pauvres Soldats, 
nous n'eûmes pas la générofité , à l'exemple 
des voleurs de grand chemin en Angleterre, 
de leur laifler même de quoi payer le palfage 
d'un bateau. Ils furent obligés. de pafîer le 
Gange en préfence de notre armée , dépour- 
vus de toute fubfiftance; ils firent leurs der« 
niers adieux à leur patrie , en conjurant le 



ET DE l'Amérique iîi 

Grand Alla de faire pleuvoir (es malcdic- --* 

rions , fur ces brigands Chrétiens dcRruéteurs ^77^* 
de leur pavs. ^^^* 

C'efl; ainli que nous avons fournis le j • 
territoire de Roliilla. Son étendue eit de 
près de quatre cent milles en tous fens. Il 
contient dix-fepc Capitales ^ & plufieurs cen- 
taines de Villages, Ses revenus fe montent 
à près de quatre cent mille livres ilerîing» 
On peut dire qu'il a été immolé à la for- 
dide ambition d-es Subahs Anglois , & il fut 
reconnu généralement dans le camp que les 
particularités de cette expédition nous avoient 
fait peu d'honneur comme Anglois, comme 
Chrétiens & comme hommes. 

Tandis que nous campions fous les mon« 
tagnes de la Tartarie , il y eut beaucoup 
de fièvres 3c de rhumes , qui provenoient de 
la chaleur exceffive des jours & de la fraî- 
cheur de l'air pendant les nuits: on peut 
attribuer cette fraîcheur aux vents froids qui 
fouiflent des montagnes du Thibet , toujours 
couvertes de glaces. Elles s'étendent vers 
le Nord , leur têtes chenues font couvertes 
d'une neige éternelle. C'étoit un fped:acîe 
bien étrange pour nous , après Svoir été 
grillés par les chaleurs ardentes des Tropiques. 
Dans l'intervalle que nous y reliâmes j'eus 
l'envie de grimper au fommet d'une des 
plus proches montagnes , d'où je découvris 
les premières catarades du Gange, à l'en- 
droit où on peut dire que ce Fleuve im- 



Ï12 Affaires de l'Angleterrk 

^^ menfe prend fa fource. Il eft formé de plu- 

'^77y« fleurs torrents qui fe précipitent avec bruit 

^^^ de ces montagnes, & qui tombent l'un danst 

j • l'autre à mefure qu'ils ferpentent à travers 

les vallées ; ils fe jettent enfuite dans le 

Fleuve. Il eft navigable pour des bateaux 

d'un port confidérable , dans l'efpace de 

près de trois cents milles, qui eft la diftance 

entre l'endroit que je viens de décrire & la 

mer. 

Les belles foirées^ le chant des oifeaux 
& le payfage pittorefque , pendant l'efpace 
de pîufieurs lieues , rappella à mon fouvenit 
plulieurs belles defcriptions des Saifons de 
iThomfoB. 

Vous pouvez croire que la fîngularîté des 
objets dont j'étois environné échaufFoient 
mon imagination. Je vous alTure que depuis 
mon départ de l'Angleterre je n'avois pas 
encore joui d'un fpedacle aufîi agréable & 
aufli riant. 

Nous venions de quitter Belgram où nous 
avions campé lorfque nous fîmes l'accomo- 
dement avec Fa^ouley - chan , & nous vînmes 
à Minda-ghaut d'où j'écris cette lettre. Ce 
lieu appartient au Vifir: quanta notre future 
deftination , je crois que même notre fameux 
Colonel ne la fait pas plus que nous. 

Fin de la lettre, 

La perfonne qui nous a communiqué 
cette lettre intéreifantei dans laquelle on voit 

les 



ET DE l'A m é r t q u e. Ixxîji 

fcÉMW— J—MMWMlili «I ^H»Ml ■ ■t Wl l . «llUi^»»HIJIWl»M IIN ..TTT J I.H Jl.lHl.M M.M — , ..^ 
^■— ~.lii I I » 

Lettre d'un Banquier de Londres 
à M". * * * à Anvers. 

DeLondresIe 9 Dccembre 177/* 

J^AI eu ce matin , ?vïotiiîeur , la vifîte d'un 
Boftonien , qui m'étoit àdreflé par mon Cor- 
refpondant d'Embden , & que j'ai régalé de 
quelques tafies de thé , avec tout le plaifir 
que vous pouvez imaguier , après l'avoir bien 
afluré que ce n'étoit point du thé acheté 
de la Compagnie Angloiie des Indes. Ce 
Voyageur eft parti de Bofton îe 24 Octobre ; 
il a fait une courte relâche à Embden , & il 
eft venu ici en toute diligence avec une G^-^ 
fetre extraordinaire de Bojïon , datée de la 
Veille de fon départ, Son premier foin, à 
peine entré chez moi, à éré de faire por- 
ter cliez un Imprimeur la Gazette en queftion ^ 
qui demain aura bien pullulé, je vous allure. 
Il en avoit un double exemplaire dont il a 
payé l'agréable déjeuner que j'ai eu le bon- 
heur de lui donner. Je vais fur le champ 
vous en traduire les principaux articles ; ôc 
j'efpere , par le zèle que j'y mecs , que vous 
les aurez reçus aCez • tôt pour entendre l'é- 
norme in-folio de détails des armées An* 
gloifes de Howe & de Clinton qui com- 
pofent la Gaiette extraordinaire de la Cour y 

N.^XXXlîL f 



IxxK Affairesdel'Angleterbe 

publiée ici le 2 de ce mois , & dont le Mi- 
niftère Britannique fera erilorte que l'Eu- 
rope ne perde pas une ligne. Il ne fera pas 
Il jaloux de l'inflruire, ni fi prolixe fur cer- 
tains autres événemens qui fe lont pafTés dans 
le Nord ; mais je veux vous faire lire la Ga- 
zette de Bofton ; ce fera comme fi vous 
-aviez aflifté à mon déjeuner Boftonien. 

Gazette extraordinaire de Bofton , du 24 
- Octobre 1777* 

N.** L Précis des opérations des armées ref' 
pzElives en Amérique en 1777» du mois de 
janvier au mois d'OBobre* 

M A la fin de la dernière campagne ( en 
Janvier 1777) le Général Howe voyant fes 
cantonnemens rompus , jugea néceffaire de 
rafTembler fon armée à Brunf^xick & aux 
environs. Retranché & couvert de tous côtés, 
il fut quelque tems inacceflible au Gé- 
néral Washington » qui fe contenta , pen- 
dant que fon armée fe recrutoit , de repouf- 
fer les fourageurs de M. Kowe , de harceler 
fes poftes extérieurs, &c. On croit générale- 
ment ici que le premier deflein de M. Howe 
etoit de pénétrer jufqu'à Philadelphie par les 
Jerfeys, & qu'il l'avoit tenté férieufement ; 
mais foit qu'il ait jugé dès le commencement 
que ce projet étoit impraticable , ou qu'à 
l'épreuve il s'en foit convaincu , le fait eft 
^u'il s'eft retiré à l'ifle de Staten, & que 



ET DE l'Amérique. Ixxxî 

vers le milieu de l'Eté il a embarqué Tes 
troupes. Tes munitions , &c. & qu'après une 
longue & fatigante navigation, il eft arrivé 
à la baie de Chéfapeak où il a débarqué dans 
la rivière d'Elk, & enfuite fait marcher fon 
armée vers la rivière Brandy wine 'c 

» M. lîowe a fait tous les efforts imagi- 
nables pour tromper fon antagonille; mais 
celui ci avoit travaillé de bonne heure à faire 
avorter fes projets ; & avec cette pénétration 
qui lui eft particulière , il avoit prévu que 
les bords du fleuve Deîaware feroient le 
futur théâtre de la guerre. C'efè dans ces 
environs que le Général Washington à mar- 
ché à l'ennemi & l'a combattu ; mais quoi- 
que nos troupes n'ayent point manqué de 
courage , ni nos Officiers de conduite, il eue 
été avantageux qu'elles eufTentplus d'emfena- 
ble & de fermeté en chargeant & de vi- 
vacité en fe formant, ce qu'aucunes troupes 
ne peuvent acquérir que dans une fuite de 
vraies allions. Ce défaut nous a fait perdr* 
un terrein qui a coûté cher aux Anglois , 
puifque d'après les comptes les plus nio- 
dérés , leurs tués & bkfTés fe font raontéi 
à deux mille, tandis que nos états ne por-»^ 
tent pas les nôtres au-delTus de la moitié. 
Quoiqu'il en foit , d'après la tournure qa^ 
les chofes avoient prife, il falloit que de 
M, Ho«^e & de M, Washington l'un reftât 
le maître du pays ^ l'autre fe maintint dans 
la Ville. Or , M. Washington a préféré d« 

/y 



Ixxxîj Affaires DE l'Angleterre 
poiréder le pays, & de ne point abandon- 
irer un pofte très-fort fur le Delaware , où 
le pafTage efl: ii bien défendu par les che- 
vaux de frife , que les Anglois y ont déjà 
perdu un vaifieau de 6^. canons, que deux 
autres ont été repoufles en s'efForçant de 
pénétrer julqu'à la Ville , & qu'enfin jufqu'ici 
la flotte entière n'a pas pu en approcher ce, 
» La féconde adion importante s'eft paffée 
à German - Town ou auprès : rennemi y 
avoit été attaqué , rompu & repouffé. Enfin 
les lauriers de la vidoire alloient couronner 
le héros Américain , lorfqu'un malheureux 
événement les lui arracha. Une divifîon qui 
formoit le corps de réferve de l'armée , eut 
ordre d'avancer plus près pour foutenir des 
compagnons vainqueurs ; mais elle s'égara 
dans un brouillard épais , augmenté de la 
fumée de l'artillerie & de celle de quelques 
chaumes auxquels le Général Howe avoit fait 
mettre le feu. Il s'enfuivit un défordre par- 
mi nos troupes qui les força à la retraite. 
L'ennemi en profita pour fe rallier ^ & ayant 
recouvré fon artillerie il rentra dans fes lignes. 
Il y eut de part & d'autre quelques Gé- 
néraux & Officiers fupérieurs tués de blefles. 
Cependant dans toute cette a<5lion , qui a 
duré plusde deux heures, nous n'avons perdu 
en Officiers ou foldats tués , blefles & man- 
quans , que fept cent hommes ; & c'efl: le 
fentiment de tous les gens capables d'en 
juger, qu'il ne faudroit pas plus de deux 



E T D E l'A m é r I q y e. Ixxxli; 

vidolres femblables encore au Général Howe 
pour déconcerter entierementtout fon plan. 
On fait que par le nombre des tués , des 
blefTés & des défertions, une armée qui n'a 
pas la facilité de fe recruter à mefure , 
s'épuife prodigieufement. Il en efl: tout au- 
trement de notre côté. Nos foldats , qui 
font dans leur pays, pleins de fanté & de 
réfolution , favent que fi un d'eux eft tué, il 
en viendra deux autres venger fa mort,& 
nos armées, en campagne, s'accroilTent par 
milliers *<•. 

» Il eft vrai que l'ennemi tire un grand 
avantage de fes vailTeaux. Nous venons de 
voir les Généraux Vaughan de Tryon remon- 
ter la rivière d'Hudfon, fuivis de quelques 
troupes Iriandoifes & Allemandes , & avec 
quatre mille hommes en attaquer cinq cent , 
avant qu'on eût pu envoyer à ceux-ci du 
renfort. Aux dépens de beaucoup de fang 
Anglois, ils ont emporté le fort Montgom- 
mery 6c un paflage fortifié fur cette rivière. 
D'après cet événement, nous avons été obli- 
gés de détruire deux gros bâtimens du Con- 
tinent. On dit aufli qu'ils ont pouflTé encore 
plus loin , & qu'ils ont enlevé ou entrepris 
d'enlever des beftiaux , & brûlé quelques mai- 
fons. Le Général Putnam , avec un nombre 
d'Américains égal aux leurs , arrive fur eux 
par derrière , tandis que le Général Gates , 
s'étanr débarrafle de fes prifonniers , & 
ayant déuché quatre mille homm.es pour 



IXXXlV Af FAITxES DE ÎL'ÂN (3 t ET ER?RE 

reprendre Ticondérago , eft en marche pour 
Albany. Il èft à croire qu'il ne fouffrira point 
que ces barbares échapent au châtiment qu*iU 
ttxt mérité. Pendant ce tems-là , le Général 
Pârfons a ordre d'inveftir la Ville de Nc\c^* 
York ; & d'un autre côté, huit mille hommes 
commandés par le Général Spencer , font 
arrivés à leur rendez-vous , d'où ils partiront 
pour aller reprendre Nèw-Port dans l'ifledô 
Rhodelfland, Les Etats du Sud , c'eft-à-dirfr 
les deux Carolines & la Virginie , jouiflent 
d'une parfaire tranquillité , n'étant nullement 
inquiétées par l'ennemi. Leur population 
s'accroît fenfiblemênt chaque année : elles 
font en état de recruter l'armée de ce côté-là ; 
de même que la ruche du Nord envoie des 
effaims de toutes parts , tant pour défendre 
nos propres frontières, que pour équiper nos 
vaifTeaux de guerre & nos Corfaires ; au point 
que fi nos marins ne s'occupoient que de là 
courfe, nous ferions un tort infini au com- 
merce dé la Grande Bretagne » tout en nous 
enrichiflant. Mais feulement dans l'état où 
font les chofes , il arrive des quantités de 
prifes très riches dans nos ports «. 

* Il eft vrai que les Etats du centre , ceux 
d'York , du Nouveau Jerfey , du Maryland de 
de Philadelphie, foufFrent aduellerhent de 
la préfence de deux Ou trois armées; mais 
ce font des pays jeunes, vigoureux & fer- 
tiles ; & lorfque nous aurons repouifés nos 
énvahiffeurs , comme nous ofons l'efperer 



BT DB l'Amérique. Ixxxv 

avec l'aide de Dieu , ces pays auront bierv 
tôt repris leur reflbrt cf. 

Après avoir ainfi promené nos regards 
fur tout le continent d'un bout à l'autre , & 
avoir apprécié la pofition des armées de Was- 
hington & de Howe dans le Sud » arrêtons 
notre attention fur le Nord refplandifïant 
aujourd'hui du nouveau luftre qu'y ont acquis 
les armes Américaines «. 

» Une armée Britannique ^ qu'on avoit 
été plufieurs années à former, afîiftée de 
fes Alliés , eft partie bien approvifionnée » 
du Canada , dès le commencement du Prin- 
tems, fans que nous eudions imaginé qu'il 
;y avoit des forces fi redoutables dans cette 
partie de l'Amérique. Elle a invefti notre 
forterefïè de Ticondérago , la clef des Etats 
de la Nouvelle Angleterre. Le tems & d'exac- 
tes recherches nous apprendront comment 
il s'eft fait que cette importante forterefle > 
où il y avoit une garnifon de près de cinq 
mille hommes, bien armés & équipés, aux 
oj^dres du Général Saint Clair, fe foit ren- 
due prefque fans avoir été attaquée ; & com- 
ment en un inftant , notre pays fe trouva 
ouvert à l'armée du Général Burgoyne de 
à fes cruels inftigateurs , tandis que nos braves 
foldats fe retiroient devant eux, au iïi cour- 
roucés contre leur propre Général que contre 
celui des ennemis. Mais la milice, compofée 
de la partie la plus riche du peuple , avoit 
confervé tout fon courage. Elle fe voyoic 



Ixxxvj Affaires de l'Angleterre 

menacée de perdre , fans retour , tout le 
bonheur qui pe/az attacher à la vie ; elle 
s'eft mife en campagne avec un redouble- 
fnerît de zèle & d'ardeur. Le Congrès a 
auflitôt rappelle le Général Saint Clair, de 
a nommé à fa place le Général Gates pout 
marcher à la cete de ccs braves combattans 
à qui il ne manquoit que de bons Officiers 
pour les conduire à la vidoirea. 

33 M. Gates rallia notre armée difperfée ,' 
& les troupes avoient mis une telle con- 
fiance dans cet habile Commandant , que 
quand il ordonnoit de s'arrêter dans le mo- 
ment oii l'on étoit le plus animé , tous les 
corps de l'armée Ôc de la milice devenoienc. 
immobiles. Pendant ce tems- là Burgoyne , 
enflé de Tes premiers fuccès , foufFroit que 
les Antiopophages & les Canadiens , fi même 
il ne les y excitoit pas , maiïacrailent les 
malheureux Habitans à mefure qu'il s'avan- 
çoit dans le pays , prenant les airs & le 
ton d'un conquérant, jufqu'au point de qua- 
lifier Groupes vicïorkitfes des corps de fe)n 
armée qui avoient honteufemenc lâché 
pied devant nous , en abandonnant leurs 
canons & leurs équipages. Le premier pré- 
fàge du iort qui l'attendoiî fe manifefta par 
l'échec qu'ilreçut au fort Schuyler (Stanwix) 
pofle important fur la rivière de Mohawk. 
Uncertain Colonel Saint Léger , fuivi d'un 
ramaflis d'Anglois , de Waldeckois & de 
Sauvages^ elïlîya une vive fortie^ & fes gens 



E T D E l' A M é R I Q U E. IxXXVÎj 

furent difperfés par cette garnifon peu nom- 
. breufe mais brave, aux ordres du Colonel 
Granfv;eldr , foutenu du Général Harker- 
man qui s'approchoit, La fuite de Saint Léger 
devoit faire rentrer en lui-même le Général 
Burgoyne, s'il eût été aflez fage pour pro- 
fiter de cet événement qui l'avertifloit du 
danger de fa fituation.tr. 

» P^u après un détachement d'environ 
deux mille cinq cent Anglois, &c. fut en- 
voyé par Burgoyne pour prendre pofte' à 
Bennington , avec des ordres conçus dans 
un ftile vraiment riCbîe , comme une occa- 
fion qui s'ofFroit de pénétrer dans le pays. 
Ces troupes bien armées, bien difciplinées, 
fe font arrêtées à plufîeurs milles de leur def- 
tination , & s'y font retranchées. Un parti 
de milice , aux ordres du brave Général 
Star/cs , aidé d'un corps de trois cent hommes 
des troupes continentales du bataillon da 
Colonel Warner, les a attaquées deux fois y 
leurs lignes ont été emportées, & ils ont 
perdu la moitié de leur monde , tant en tués 
qu'en prifonniers ; ( l'ennemi convient de 
mille hommes). Cette aftion a été fuivie 
d'une autre plus importante fur les hauteurs 
de Bémus, à quarante mille environ d'AI- 
bany, & la nuit feule empêcha les Améri- 
cains de remporter une nouvelle vidoire. Le 
dernier effort de l'armée déconcertée de Bur- 
goyne , a été d'attaquer les divifions de la 
gauche & du centre de l'araiée du Géaéral 



Ixxxviij Affaires de l'Ansleterrs 

Gates, {a) qui étoient coriimandées par les 
Généraux Lincoln & Arnold, Cette adion r 
quoique maiheureufement remarquable par 
là bleffure de ces braves Généraux, a mis le 
comble à la gloire des armes américaines ». 
car elle a coûté la vie au Général Fra\er , 
ainfi qu'à un grand nombre d'Anglais. La di- 
vifion compofée de Télite des troupes bri- 
'tanniques, s'eft recirée en défordre & avec 
une perte eonfidérable. Les ennemis ont été 
pourfuivis dans leurs lignes : leur hôpital 
compofé de trois cent malades & bleffés , 
eft tombé entre nos mains. On s'eft emparé 
pareillement du bagage d'un bataillon Alle- 
mand. Le camp a été détruit , & le régiment 
difperfé. ce 

» Nous ne devons point oublier de dire 
que , pendant toutes ces opérations , nos 
troupes légères ont continuellement harcelé 
l'arriére garde & les flancs de l'ennemi , in- 
terceptant fes convois , détruifant fes maga- 
fins, les repouffant tous les jours , & faifant 
prifonniers fes gardes, jufqu'au moment que 
voyant fes troupes haraflees & épuifées par 
le fervice le plus rude , par l'épée, la famine 
ou la captivité , ce fier conquérant de PAmé- 
TÎque a commencé à fentir les durs effets de 
fa témérité. Celui qui , peu de femaines au- 
paravant, avoitofé, dans un pompeux ma- 

( <« ) Gates eft le Commandant général : Arnold 
%i Lincoln font les Lieutenans généraux» 



ET DE L* Amérique. Ixxxîx 

nifefte, profcrire comme d'infâmes traîrres , 
les plus refpedables habiians du pays , s'eft 
vu enfin lui-même à leur merci. Il menaçoit 
de faire éprouver , avec la grâce, de Dieu j la 
force de fes armes , fur toute l'ctendue de 
l'Amérique. Il annonçoit le fer & le feu aux 
peuples livrés à fes brigandages. Ses menaces 
font retombées fur fa tête : de dix mille 
hommes partis avec lui du Canada , il n'y en 
a pas eu moins de quatre mille tués, pris ou 
difperfés avant la capitulation. Sa conduite 
imprudente a valu au refte de fon armée , 
l'humiliation àe mettre bas les arment comme 
il a remis lui même fon épée entre les mains 
de fon vainqueur. « 

3> Nous, avons lieu d'efperer que le Gé- 
néral Howe aura le même fort que foa 
Coadjuteur. Car l'Armée du Nord n'a plus 
rien qui l'empêche de partir pour traverfer 
les Jerfeys & fe joindre au Général Was- 
hington a. 

3' Que chacun fe demande à préfent com- 
ment il recevroit l'infinuation de traiter avec 
la Grande "Bretagne aux termes qui nous font 
prefcrits par ce Peuple orgueilleux & cruel. 
Non : l'Ânglaterre fût elle vidorieufe dans 
toute l'étendue de l'Amérique :, euiîîons- 
nous été chaffés des bords de l'Océan jus- 
qu'au monde Occidental, & delà repouiïes 
jufque daps les régions les plus reculées du' 
Nord ; quand toutes nos armées feroienc 
écrafées , toutes nos troupes réglées pri* 



se Affaires de l'A n gl et erre 

fonnieres de guerre , nos milices formeraient 
êe nouvelles armées; elles iroient attaquer 
les tyrans en bataille rangée, & elles expî- 
leroient avec la liberté dam les champs de 
f honneur y ou bien une vidoire complette 
affureroit à jamais leur exiftence , comme Peu- 
'pe indépendant. Ces généreux fentimens ne 
peuvent que s'exalter dans nos cœurs déplus 
en plus ulcérés de Tarrogance des* plus bar- 
bares des ennemis, quand nous voyons 
l'impreflion terrible que fait fur eux' le fuc- 
eès de nos armes accordé par le Ciel à fa 
juflice de notre caufe «. 

» Telle éft la vraie fituation des affaires dans 
l'Amérique Septentrionale.- Nous fommes 
furs de n'avoir point altéré la vérité des faits; 
■& fi l'on nous fait ce reproche relativement 
an- récit des événemens qui nous font favo- 
rables, ce fera plutôt pour les avoir atté- 
nués qu'exagérés «► 

N.'' 1 1. Aux en fans de la patrict 

» Que tous les vrais Américains fe félL- 
eltentfuF le plus important &: le plus glorieux 
fuccès de leurs armes dans le département 
.du nord! L'armée de Burgoyne n'ell: plus; 
du moins en tant qu'armée, elle a difparti 
de l'Amérique. Elle s'ef^ rendue |ufqu'au der- 
nier homme au Général Gates, tous les con- 
ditions portées dans la convention publiée 
par la préfente Gazette. Cette armée qak 



ET DE l'A m é R I Q U E, XC| 

d'abord étoit compofce de près de dix mille 
hommes, fe trouvoïc réduite au nombre d'en- 
virpn fix mille. Les conditions qu'on lui a 
faites font magnifiques & généreulès , fi l'on 
confidere qu'elle étoit abfolumenc & tota- 
lement en notre pouvoir , & fi l'on réfléchit 
lur la façon dont Burgoyne avoit fait la 
guerre. Mais ne vaut-il pas mieux que nous 
péchions par excès de bonté & de compafîion, 
que par trop de févérité , même lorfque la 
loi du talion de de la confervation de foi- 
méme , pouvoir paroître l'exiger ? a 

» L'hiftoire ne parle d'aucune nation qui 
Tait emporté fur l'Amérique, par le courage 
& la réfolution pour le maintien de fes droits, 
de même que par l'indulgence 3c la noblefife 
avec lefquelles , en tant d'occafions, elle a 
traité fes oppreiTeurs & fes meurtriers, lorf- 
qu'elle les a eu réduits. Une telk conduite 
au moins ne tournera point au c^élavantage 
de nos affaires , & elle ne donnera point une 
opinion défavorable de nous aux Puiflances 
Européennes, a 

w No^ fortereifes & toutes les chofes fur 
lefquelles nous fondions notre principal ap- 
pui^ nous avoient été enlevés avec une faci- 
lité furprenante , par l'ennemi , depuis le 
commencement de cette guerre, à l'exception 
de Bunkershill. Mais en revanche la divine 
Providence nous a foutenus 8c confervés par 
les fecours fur lefquels nous comptions le 
moins. Privés de nos , forterefles , il nous a 



xdj Affaires DE l'Angleterre 
fallu apprendre à rencontrer l'ennemi en 
pleine campagne ; & la plupart des grands 
avantages que nous avons obtenus , ont été 
précédés de la perte de ces mêmes forts. Lorf- 
que Ticonderago a été rendu à l'ennemi d'une 
manière fi étrange ^ ( oui, étrange^ & c'eft 
le terme convenable » jufqu'à ce que cette 
affaire ait été éclaircie par une autorité com- 
pétente) le peuple des Etats feptenrrionaux 
irvoit le cœur navré de ce trifte événement , 
mais fon courage n'en étoit point abbatu. 
Il a fenti l'effet que cette perte devoit pro- 
duire pour quelque tems en Europe ; & il 
favoit qu'une retraire aufîî précipitée , auto- 
riferoit une façon de penfer alTez équivoque 
fur l'armée la pius brave. Nous avons vu en 
même tems notre pays ouvert aux incurfions 
d'une armée de dix mille horames, enor- 
gueillie d'i^ne conquête (i aifée, prête à être 
augmentée des mécontens qui fe trouvoient 
parmi nous , de à être aidée de diverfes ma- 
nières par les Américains neutres & craintifs , 
ainfi que par les diflriéls qui avoifinoienc 
cette armée , & qui font tombes tout auflitôc 
eh fon pouvoir. Au milieu de tant de con- 
trariétés , Je peuple de cet Etat ne manquoit 
ni de réfolution ni de fermeté, non plus que 
ceux qui fe trouvoient à la tête des affaires. 
On ne s'occupa uniquement qu'à mettre en 
campagne la milice , pour faire face à l'enne-' 
mi. Ees vagabons & les pauvres avoient été 
enrôlés auparavant dans la milice continen- 



E T D B l'A m É R I q u h. xcilj 

talc : mais dans ce moment-ci on vit cette 
milice compofée des Propriétaires les plus à 
leur aife. Burgoyne crut que tout le pays lui 
étoit ouvert , ôc il mit en œuvre tous les 
moyens polîlbles pour profiter de l'occafion. 
Avec fon corps principal il dirigea fa marche 
vers Albany. Son aile droite commandée par 
Saint Léger , traverfa le lac Ontario & le 
pays de Mohawk , efpérant prendre d'emblée 
le fort Stanwix, ( Schuyler) & joindre Bur- 
goyne à Albany, Le Colonel Baum, avec 
l'aîle gauche . gagna le pays appelle les Grants. 
Le General Hackerman fut envoyé avec yoo 
hommes de milice, pour renforcer la garnifon 
de Stanwix. Il ne put point parvenir jufqu'au 
fort, mais fur la route il attaqua un corps 
coîîiidérable d'ennemis & de Sauvages, ^ en 
tua un fi grand nombre , qu'il afFoiblit con- 
fidérabiernent ce corps. Hackerman déploya 
autant d'habileté que de bravoure. Grains- 
welot qui commandoit dans le fort , en fit 
autant. Le courage de ces deux Officiers, 
fauva ce pofte itnportant, & rompit les de f- 
feins de l'aîîe droite des ennemis , qui fe 
retirèrent fur le lacOntaiio, avec perte 5c 
précipitation. L'Etat de la Nouvelle Hamp- 
shire ayant envoyé fon contingent à l'armée 
continentale , leva une brigade de milice» 
Stans , vieux militaire , qui s'étoit diftingué 
à Trentown & à Princetown, mais qui par 
une finguliere fatalité , avoit été oublié dans 
la diflribucion des grades, fut revêtu du 



xgîv Af:ë aires dé l'AnôleterrE 

Comm,an(iement. Comme il avoir peu de con- 
fiance dans les chefs qui commandoient alors 
l'armée feptentrionale , il demanda au Gou- 
vernement de cet Etat des ordres plus éten- 
dus, de qui lui permirent d'agir avec Tarmée 
continentale, ou indépendamment d'elle , fé- 
lon qu'il le croiroit plus à propos pour la 
défenfe des frontières du nord, Heureufemenc 
que cette permifliou lui fut accordée , quoique 
dans d'autres circoriftances cela eût pu avoir 
de mauvaifes fuites. Précifément avant que 
le Colonel Baum fût parti pour Bennington , 
Schuyler ou Saint Clair, ( ces deux Généraux 
ont été révoqués) ordonna à Starks de par- 
tir de Grants pour gagner Albany. 5carks 
prit fur lui de ne pas exécuter cet ordre ^ 
étant déterminé à défendre le pofte impor- 
tant de Bennington & les grands magafi'ns 
publics qui s'y trouvoient. On en porta des 
plaintes au Congrès ; mais avant qu'elles 
euffent pu avoir aucun effet , il remporta la 
vidoire la plus complette & la plus brillante s 
il tua ou prit aux ennemis huit à neuf cent 
hommes , & détruifit entièrement leur aile 
gauche. Il avoit été joint par le Colonel 
iWenner &: une compagnie de Découvreurs 
des Montagnes vertes , à la folde du Conti- 
nent. Tout ce corps faifoit plus de quinze cent 
hommes. Les ennemis, en y comprenant le 
renfort qu'ils reçurent, étoient en aulîi grand 
nombre. Ils étoient retranchés ôc avoient 
beaucoup d'excellentes pièces de campagne. 

Starks 



E T D E L A M é R 1 (^ iJ E* XCV 

Starks n'en avolt point, & cependant il ofa 
les attaquer dans un tems où l'armée conti- 
nentale ne favoit en quel endroit tenir ferme; 
il fît Tes difpofitions avec tout le fang froid 
& le jugement poflible , <k il les exccuta 
avec un courage & une ardeur qui lui feront 
un honneur immortel, a 

» Cet événement changea la face de nos 
affaires , & porta à Eurgoyne un coup donc 
il n'a pu fe relever. Dans une occafion fi heu- 
reufe , Gates avoit pris le commandement de 
J'armée du nord, à la place de Saint-Clair 
révoqué. Les milices accouroient vers lui de 
toutes parts, & montroient la plus grande 
ardeur. Un corps de ces milices prit plufieurs 
poftes voifins de Ticonderago , enleva à nos 
ennemis un grand nombre de nos prifonniers, 
en fit beaucoup fur eux, détruiiit leurs ba- 
teaux, &c, 

» Burgoyne commença alors à s'appercevoir 
qu il s'étoit trop avanturé dans un pays donc 
lous les habitans étoient foldats. li fe trou- 
voit avancé au-delà de Saratoga : il lui étoic 
impoffible de continuer fa marche jufqu'à 
Albany ; d>c c'écoit envain qu'il cherchoit à 
rétrogader y lui qui a publié avec tant d'em- 
phafe^ qu'il n'aimoit point les mouvemens 
rétrogrades. Cependant il fit un effort pour 
fortir d*embarras , & il trouva moyen de 
porter fes principales forces contre une feule 
aile de notre armée , commandée par rin- 
népide Arnold ; mais il fut repoufTé avec 

ir.XXXIIL ^ g 



xcv] Affaires DE l'AngletekrS 
une perte confidérable. Il fit une féconde 
tentative, dans laquelle Arnold fit des pro- 
diges d'habileté bL de valeur en entrant 
dans Tes lignes , qui furent emportées , & 
où (^) Burgoyr^^ eut beaucoup d'homnies 
tués & prefque tout fon bagage pris. L'eti- 
nemi fe relira dans un camp fortifié fur fes 
derrières. 

Arnold & Lincoln , autre excellent Offi- 
cier général de l'Etat de Mafladiufets, ont été 
bîefTés tous les deux à la jambe dans cette adtion; 
mais il y a lieu d'eipérer qu'ils guériront 
fans amputation » à la grande joie de tous 
ceux qui connoiffent leur mérite. Le camp 
de BuFgoyne ayant été invefti de toutes 
parts , ce Général fanfaron fe voyant dénué 
de pî ôvifions & fans aucun efpoir de (ecours , 
prit le parti de fe rendre. Quand fes yeux 
avoient commencé à s'ouvrir , & que la 
peur avoit challé la fierté de fon cœur , il 
avoir écrit une lettre au Général Clinton à 
New-York. Dans la réponfe qui eft tombée 
entre nos mains , Clinton lui dit : je ne puis 
pmnt prendre fur moi de donner aucun avis ni 
dt rien ordonner. Je fiuhaite de tout mon ccewr 
que vous aye^ le bonheur de vous en îirer ce, 

yy Cependant ce même Clinton fe doutant 
que nos pofies fur la rivière d'Hudfon dé- 
voient êire aiïbiblis par les détachemens en- 

ll ll I I — ^— ^ !■ 

{a) On a dit que Eurgoy ne avoit été blefle dans 
cxtte affaire. Ce fait ne s'eli point vérifié 



ET DE l' Amérique. xcvij 

Voyés aux deux armées, & ayant l'intention 
fans cloute de tenter quelque diveifion en 
faveur de Burgoyne , ies troupes, parties 
de New-York^ furprirent Peekshill, le fort 
Montgommery , &c. & brûlèrent & faccagerenc 
tout de la manière la plus cruelle fur les 
bords de cette rivière j pendant que Gates 
accordoit les conditions Iqs plus généreufes 
'à Burgoyne vaincu, & dédaignant d'abufer 
de la pofition défefperée où fe (gouvoit 
ce Général. — Mais à préfent on va (onger 
à arrêter ces incurlions , & Washington , s'il 
en a befoin , pourra recevoir ^ avant qu'il 
foit peu, des renforts confidérabîes de Vàt^ 
mée du Nord. Dans l'affaire de Brandy winé 
il a diminué l'armée de Howe de 3,000 
hommes. Dans l'attaque à Germain - Town 
contre un corps d'ennemis confidérable , 
nous étions fur le point de les envelopper tous ; 
Howe étoit prêt à donner ordre aux fiens 
de fe retirer à Chefter ; mais un brouillard 
épais s'étant élevé tout-à coup , la divifion du 
général Gréen ,quiarrivoit par derrière , aéré 
prife pour un corps d'ennemis, de ce n'eft 
que la confuilon occaiîonnée par cette mé- 
prife , qui a fauve les troupes du Roi. I! 
eft vrai que Howe, par des marches & contre- 
marches aux environs de Philadelphie , ëc 
faifanc femblant de vouloir en venir à une 
bataille générale , a trouvé le moyen de jet- 
ter un corps de troupes dans cette Ville. 
mais on s'attendoit à cet événement , Ik en 



xcvilj Affaires de l'Angleterre 

conféquence on en avoir retiré, quelque teras 
auparavant , prelque tous les effets de quel- 
que prix qu'il pouvoit y avoir, & le Con- 
grès s'écoit tranfporté à York-Town. Ce n'eft> 
que le 25* au foir que le Congrès eft parti 
de la Ville , de fans aucune précipitation , 
ce qui fait bien voir qu'il n'avoir pas grand, 
peur. Au furplus il eft difficile que Howe- 
conferve long-tems cette Place. Il n'a pas. 
çncore^u détruire les chevaux (a) de frife 
dans la rivière Delawarre , ni faire avancer 
les batteries dans la proximité de ces mèmei^ 
chevaux de frife. 11 a déjà vu périr un 
fort vaiffeau de guerre qui avoit efiayé dy 
paffer; on nous allure aujourd'hui que deux 
autres frégates , qui avoient fait la même 
tentative ^ ont éprouvé le même fort ^ & que. 
Howe paroifToic fe difpofer à une. retraite»- 
Il circule même des lettres , arrivées tout 
récemment du Sud, qui portent que renne- 
mi avoit perdu 17 vaiffeaux en tentant de 
s'ouvrir un paffage pour aller à Philadel- 
phie , &: qu'il étoit tombé entre nos mains , 
à cette occafion , une batterie flottante de 
8 canons , & plus de î 00 hommes. Si Ho\ve 
Be peut point ouvrir la rivière à l'armée na- 
yaie de fon frère, qui a quitté la baie de 
Chéfapeak pour venir le joindre à Philadel- 
phie parle Delawarre, il faudra abfolumenc 

( <ï ) Ceft le Do(5leiir Benjamin Franklin qui a 
donné le projet de ces chevaux de frilè. 



ET DE l'Amérique xcix 

qu'il fe retire. Son armce ne fauroit être 
approvifionnée par aucun autre canal. Mais 
quoiqu'il en foit , la ruine totale de l'armée 
du Canada ne pourra pas manquer de lui 
devenir fatale. Il faudroit qu'il eue un 
•bonheur tout particulier pour tenir long- 
lems contre les forces réunies de nos Etats. 
La fimple nouvelle du fort de Burgoyne 
conflernera ^ le Chevalier Howe & Ton 
armée ; elle répandra parmi eux tous des in- 
.quiétudes extrêmes pour trouver des quar- 
tiers d'hyver furs , en même tems qu'elle 
enflammera plus que jamais Tardeur ikle cou- 
rage de Washington & de Tes troupes. Quel 
effet ne produira pas aufli ce fuperbe événe- 
ment fur la Cour & la Nation Britannique ? 
Y fongera-t-on à envoyer une autre armée 
de dix mille hommes en Amérique? Quelle 
figure vont faire les Ambaffadeurs & Mi- 
niflres Anglois dans les différentes Cc^urs 
de l'Europe , où ils n'ant ceHe de nous 
décrier par les plus groffiers menfonges? 
Les drverfes PuilTances Européennes héfite- 
ront-elles à préfent à nous trouver dignes 
d'occuper un rang parmi elles ? 

Nous avons lieu de croire que le détail 
de nos fuccès confondra le Miniflere Bri- 
tannique y qu'il divifera la nation , qu il occa- 
fionnera de jaHies clameurs contre- les Pro- 
moteurs de la guerre , qu'il empêchera que 
:des forces plus conlidérables ne vienne^it 
ïemplacer l'armée de Burgoyne dont , aa 



it Affaires DE l'Angleterre 

farplus, le Miniftere Anglois peut faire ce 
qu'il lui plaira en Europe, Les Princes Alle- 
mands verront s'il leur convient d'épuifer 
leur pays & de s'expofer à mille dangers 
futurs dans leurs propres foyers , pour nous 
faire une guerre qui tourne fi peu à leur 
gloire. Ils n'auront pas grande peine à comp- 
ter les Soldats qui leur feront rendus chez 
eux avec la liberté de les fervir dans d'autres 
guerres. S'il s'en embarque un fur cent pour 
retourner en Europe, ce fera tout au plus. 
La Heife nous a envoyé des parens 6c des 
amis qui fe plaifent chez nous & qui y refl:&- 
ront pour nous aider à chaflerjufqu'au dernier 
Angiçii; <i' Amérique. '.: . : . a 

L'embarras où nous avons été piotir le 
crédir de notre; papier monnoye paroît être 
aujourd'hui' à fon terme, & j'efpere qu'il 
diminuera chaque jour. C'eft l'heureux & 
prompt -eitet que nous avons droit d'atten- 
dre de nos fuccès ; & notre, crédit va fe 
rétablir de même en Europe. Perfonne ne 
peut douter des reflources de ce continent 
pour, acquitter une dette, plus coafiderable 
que celle que nous avons contradée , & 
depuis que ^ grâces au Ciel ^ nous fommes 
.aujourd'hui plus que jamais dans le cas de 
faire de nouveaux efforts avec plénitude de 
<:onfiance , nous efpérons que les Etats Eu- 
ropéens qui trouveront leur intérêt à nous 
prêter de l'argent, nous en procureront ea 
abondance pour foutenir de fi glorieux çom^ 



E T D E l'A m é R I q u e. ' cj 

mencemens. Nous fommes dans un pays qui 
nous fournit d'excellens Spldats ; nous avons 
un cerrein immenfe de des fourcos de com- 
merce qui doivent s'augmenter continuel- 
lement : nous (ommes remplis d'honneur, 
^ nous l'avons prouvé en liquidant toutes 
nos dettes avec les particuliers Anglois. Eft- 
il une bafe de crédit plus folide que. celle-là ? 
P. S. Il arrive dans l'inftant des nouvelles 
fraîches des parties Méridionales. Dans l'ac- 
tion du 4 Od:obre , le Général Agnew de 
l'armée de Howe a été tué, — Le fieur Wil- 
liam Erskin blefle mortellement. Kniphau" 

ferit Commandant en chef des troupes Alle- 
mandes bleflfé à la main* -'- Les Anglois ont 
eu un grand nombre de tués & bleflTés.,— 
Leur perte en tout eft beaucoup plus grande 
que la nôtre* — Washingtop , par les renforts 
qu'il a reçus., eft plus fort qu'il ne Tétoit 
avant, la bataille , de forte que nous attea^- 
dons à chaque inftant la nouvelle d'une autre 
adion. 

Vous remarquerez , Moniteur , dans les 
dépcches dont la Gazette extraordinaire de 
la Cour a, donné des extraits , que le Général 
Hoj^e commençoit à douter le 2î Odiobre 
qu'on pût réuflir à retirer les chevaux de 
fd£e:qui obllruent leDela\Yare. Il dit à la fin 
du : cinquième alinéa ■ de la lettre de cett^a 
date : la difficulté £ approcher de Fort-îsland 
m rend -Iol. réduâion ^us diffioik quon m l'aw- 

g ^> 



cîj Affaibes de l'Angleterre 

voit cru quand nous fommes arrivés id. Il n^^jl^ 
pas poljîhle de retirer les chevaux de frife à^ri" 
haut j, qu auparavant on naît pris le pojîe dz 
-Fort'IJland qui gêne le pajjage fur la rivière» 

Le même Général, dans fa lettre du 2J 
Odobre, rend compte d'une tentative infruc^ 
-tueufe-qu'il a fait faire le 22 pour emporter 
xi'ailauc'le pofte de Redbank qui garde Fort- 
■J^Jland. Les deux Commandans de fon déta- 
chemePit y ont été grièvement bleiTés. Il 
convient d'y avoir perdu plufieurs braves 
Officiers'; le Colonel Linfing a ramené le 
lendemain les débris de ce corps à Philadel- 
phie , fans pouvoir emporter le Colonel 
::I/onop i non plus que beaucoup d'autres 
bleiTés, Il annonce audî la perte de [''Augujia, 
vaifleau'de 64 canons , ainfi que de la frégate 
le Merlin de i 8 , qyi s'eft échouée JJAuguftn 
:a fatiré en i'air;^ fon expîofion a du en 
-endommager beaucoup d'aurres.cs si ;::./..,. 
:;:;• ; Le. 'Lord Vice - Amiral * lîawe' !,: dans fa 
lettre du même jour, rend compte de fa 
pénible navigation du fond de la Baye de 
Che'fapeak jafqu'à' la rivière Delaware j de 
.ti20 jours de durée-,.& -des vains &: coûteux 
efforts qu'il a faits pour pâfler pârJa double 
ligne de chevaux, de frife , & fou tenir les 
attaques dirigées par fon frère* conCreTleFar^- 
rljïand de les pofles qui le défendent ;■ dedans 
une defquelîes ( celle du 22 )-ifn corps de 
HeiTûis a été/repou(lé. 
-i» 'Enfin , vous diiîinguerezdana.jce.. fatras 



ET DE l'A m É R I Q U F. cîij 

dVcrîtLires , une relation de l'expédition du 
Major-Général Vaughan fur la rivière d'Hud- 
fon, contre la ville {.VEfopus qu'il qualifie de 
repaire de toute la déteftable canaille de ce 
pays , 8^ qu'il fe vante d'avoir réduite en 
cendres fans laiffer une feule maifon fur 
pied. C'eft contre ce brûleur de villes que 
marche le brave Général Gates , plein de la 
plus ardente réfolution de le châtier comme 
il le mérite. 

Dans toutes les dépêches qui compofenc 
ce gros recueil , vous compterez quantité 
d'Officiers de marque Anglois ou Allemands 
tués ou blefles , & parmi les tués, le Briga- 

cdier général Campbell ; mais vous n'y: verrez 

. pas un feul mot fur le Général Burgoyne, 
Or\. comme il eft impoflîblQ que M. Howe 
n'ait pas eu occafion'd'en pâ-rler , ainfi que 
M. Clinton, vous en conclurez très^juftement 
que ce qui peut le concerner a été retranché 
ici par les Miniftres.' 

C'eft une preuve manifefte qu'ils n'igno- 
rent point le malheureux fort de ce général 
& de fon armée ; ils auront redouté l'effet de 
tout ce qui auroit pu être dit.de Burgoyne 
par fes Collègues , lorfque fon aventure fera 
.publique. Mais vous conviendrez qu'ils font 
bien mal adroits d'avoir lâché les relations 

' des avantages-remportés dans diverfe'^s autres 
pairties , &-ehtre autres de la prife de Phi- 

-iadelphre , avant les fâcheufes. nauvjeiles. de 
l'Armée daJBjUxgpyrne,, Ils eufÇeuc bien ipieux 



Civ A F F A I R E S B E t'A N G L E T E R Rfi 

fait, je crois , de commencer par avouer le 
mal , èç de garder les nouvelles favorables 
pour relever enfuite les courages abbattus; 
mais peut-être aufli qu'eux-mêmes , ils ne 
jugent pas la prife de Philadelphie comme 
fort importante , & qu'allarmés par le fort 
douteux de l'armée de Howe , ils ne mettent 
pas une trè? grande différence entre les deux 
événemens. 

Ne croyez pas cette dernière opinion aufll 
bifarre qu'elle le paroît. Les fonds publics 
auroient dû hauffer le 2 Décembre , par la 
nouvelle autentique que ks ;Miniftres ont 
donnée de la prife de Phiîa4elphie , appor- 
tée par le Major Cuyler ; & au contraire ils 
ont baiïTé ; ce qui eft bien une preuve que le 
public éclairé ne trouve pas q.ue ce triomphe 
ait mis les chofes d*ans une fituation fort 
réiouilîante. 



N**, III. Traduction littéirale de U lettre 
par laquelle le Général an^lms Hejvri Clin- 
TON ^ faîfoit f avoir au Général John 3v^^ 

.; GOYNE ^ qii^il ne pouvait point VaJJîJîer.ni de 
fesfecours , ni defes confiils.j ù". lui fouhakoit 
de fe tirer du mauvais pçis pà il le voyait^^ gc-i 

Du Fort Montgommery le $ Odqbre 1777» 

(^) » Nous y voici ^^,jlry.y a plusxiye 
Gates enttQ wons & moi., Je défee fincei:ement 



■ ,r 



Ça) Ces mots font en- latipiè 'FiSn^oift. 



E T D E L'AmÉ R IQUS. CV 

que ce petit fiiccès que nous avons obtenu, 
puifTe taciliter vos opérations. En réponfe à 
votre lettre du 2S (b) Septembre , par C. C. 
tout ce que je puis vous dire , c'eft que je 
n'ofe poinfcme hafarder à donner des ordres, 
ni ipême des avis , pour des raifons fénfibles» 
Je fouhaite de tout mon cceur que les chofes 
aillent bien pour vpus. (J ^aish y ou fuccefs»)^ 

Signé, Henri Clinton. 

Au Général Bargoyne. 

Lettre d'envoi de l'Oificier Américain 
George Clinton , au Généïdil Putnam. 

De Neir Windfor h 1 1 OBobre 1777* 

35 Mon cher Général ; 

3î Au moyen d'une forte dofe d'émétique 
que j'ai fait prendre à l'Efpion angiois , il a 
jrendu une petite olive d'argent ^ d'où j'ai tiré 
f^ijine lettre du Général Clinton au Général Bur- 
goym. Je vous en envoyé ci-joint une copie 
fidèle. Je fuis , &c. « 

,^ Vous voyez , Monfieur» qu'il n'efi: point 
;^2{^i5 défavantageux pour les Américains , 
qu'un certain parti avoit voulu le faire en- 

(^) C'étolt neuf jours après l'alFaire dans laquelle 
Arnoid, avoit remporté un R glorieux avaatage Cuv le 
Générai Burgoyne , & qui a été décifîve contre lui , 
en ie réduisant aux dernières extrémités. 



icv) Affaires del'Angleterrs 

tendre par de' plates ironies, d'avoir, parmi 
leurs Généraux, des Apoticaires. Il eft boa 
qu'un Général d'armée iache donner l'émé- 
tique à propos , ôc la dofe néceiTaire. Le 
ChapQÏiQT Banon a enlevé le Genoiral Prefcotty 
pour prendre à fon aile .la mefure de cette 
banne têie. Le Jacquet Arnold a démonté Bur- 
goyne. Nous fauroùs uîijouv de quelle pro- 
félïîonr ou méikr ell: le Général Gates» En 
attendant /vous allez le juger par fes œuvres. 
Je crois que des deux niéthQdes , c'eft lia plus 
fûre. 



nn^a: 



îî*, IV, Lettre du Général HoR^ir ro Gates ^ 
à ^honorable Préjîdent,du Confeil de VÉtat 
'de la; Baye de Majjaàhufets* ■ " 

D'Albany le ip^Ôaiobre 1777. ' 

Monfieur; 

:^5 Vous concevez aifément avec quel plaî- 
fir j'envôye à votre konorable Confeil h, 
copie ci- jointe d'une convention par laquelle 
le Général Burgoyne Veft rendu à moi avec 
toute fon armée , le 17 de ce mois. Cett^ 
armée' eft aéluellement en route pourBofton. 
Elle eft efcortée d'uqe garde fuffifante de 
milices, fous les ordres du Général Gfover & 
du Général Whipple, qui lui feront fournk 
toutes les lubfiftances nécelfaires pendant 
cette marche. Je fuis fi excefTivem en t oc- 
cupé de hâter le prompt départ de l'armée, 
pour arrêter dans leur cours , les attroces 



B T D E L 'A M É R I Q U K. cvî 

cruautés que le Général Vaughan exerce fur 
la rivière de Hudfon , que j'ai à peine le tems 
de vous faire lavoir que la jambe de mon ami 
le Général Lincoln, efl: en bon état, & de 
vous renouveller les alTurances du refpeél 
avec lequel, ècc. 

Signé, Horatio Gates. 

N^, V. Articles de convention entre le Lieutenant- 
QénéralBurgoyne Gr le Major-Général Gates^ 
fignés au Camp de Saratoga le 16 Oâobre 
1777. 

i^. Les troupes aux ordres du Lieutenant- 
Général Burgoyne fortiront de leur Camp 
avec les honneurs de la guerre & l'artillerie 
des retranchemens. Elles marcheront jufqu'au 
bord de la rivière à l'endroit on étoit l'ancien 
Fort : les armes & l'artillerie feront laiflees 
en cet endroit ; & fur l'ordre donné par les 
Officiers les armes feront mifes en taifceaux. 

2°, — Le palTage libre fera sccordé à 
Farmée aux ordres du Lieutenant-Général 
Burgoyne pour retourner dans la Grande- 
Bretagne fous la condition de ne plus fervir 
dans l'Amérique Septentrionale , tant que 
durera la conteftation aétuçlle ; & ce fera 
dans le port de Bofton qu'entreront les bâti-' 
xnens de tranfport deftinés à recevoir les trou- 
pes lorfque le Général Ho.we aura doïmé 
les ordres à cet effet. 

j°. S'il venoit à fe faire quelque cartel a« 



cvîij Affaires DE l*Angleterre 

moyen duquel l'armée aux. ordres du Général 
Burgoyne, ou partie d'icelle fût échangée, 
l'Article II, (eroit nul jufqu'à la concurrence 
de cet échange. 

^L \ L'armée aux ordres du Lieutenant- 
Général Burgoyne, fe rendra à la Baye de 
Mallachufets par le chemin le plus court , 
le plub facile & le plus convenable , & 
elle fera cantonnée , foit dans Bofton , 
foit aufli à portée qu'il fera pôfifible , 
pour qu'il n'y ait point de délai au départ des 
troupes, lorfque les bâtimens de tranfport 
feront arrivés pour les recevoir. 

j^. Pendant leur marche & dans leur can- 
tonnement , il fera fourni des fubfiftances 
auxdites troupes, par les ordres du Général 
Gates i au même prix la ration que pour fa 
propre armée ; & s'il efl: poflible , les chevaux 
des Officiers & ceux des charois &c. auront le 
fourage au prix ordinaire. 

6^ On laiiîera aux Officiers leurs voitures, 
chevaux de fomme & autres : il ne leur fera 
fait aucune moleftation ni vifite de bagages ; 
le Lieutenant Général Bargoyne donnant fa 
parole d'honneur qu'il n'y a point de muni- 
tions d'armée cachées dans iceux De fori 
côté auiii, le Major Général Gates prendra 
lés mefures convenables pour que le préfent 
article foit duement exécuté. Si dans la route 
il manquoic quelque voiture pour le tranf- 
port des bagages des Officiers , le pays leur 
en fournira s'il eft" poffible , au prix ordinaire. 
7". Pendant la marche de l'armée de dans 



ET D E l'A M iS R t Q U E. cî* 

fes cantonnemens dans la Baye de Mafïa- 
chufets , les Officiers, autant que les cir- 
conftances le permettront , ne fe fépareronc 
point de leurs foldats. Les Officiers feiront 
logés félon leur rang; & on ne pourra point 
les empêcher d'afîembler leurs Soldats, pouc 
les rôles , les appels & autres objets de dif- 
cipline. 

8^ Tous les Corps quelconques de l'armée 
du Général Burgoyne , compofés , foit de 
matelots & de mariniers , foit d'ouvriers & 
de voiiuriers , foit de compagnies franches , 
& tous gens fuivant l'armée , de quelque pays 
qu'ils foient , feront compris fans aucune 
reftridion & dans le fens le plus étendu , dans 
les articles ci-deiTus , & regardés à tous égards 
comme fujets britanniques. 

5)°. Tous les Canadiens & gens apparte- 
nans à l'établifTement du Canada , confiftans 
en matelots , bateliers , ouvriers , voituriers , 
compagnies franches , & tout ce qu'il peut y 
avoir , fans dénomination particulière , à la 
fuite de l'armée, auront la permiffion de re^ 
tourner au Canada. Ils feront conduits auflî- 
tôt par le chemin le plus court, au premien 
pofte britannique lur le lac George ; il leur 
fera fourni des provifîons de la même manière 
qu'aux autres troupes ; & ils feront aftreints 
aux mêmes conditions de ne point/ervir du- 
rant la préfente conteftation , dans l'Amé- 
rique feptentrionale. 

io°» Il fera donné fur le champ des paflfe- 



ex Affaires de l'Angleterre 

ports à trois Officiers qui ne pourront être 
d'un rang inférieur à celui 4e Capitaine, let 
quels feront nommés par le Général Bur- ^ 
goyn6 pour porter fes dépêches au Chevalier ' 
Howe, au Chevalier Guy Carlron, ainfi qu'à 
la grande Bretagne, par la voie de New- 
Yorck, Et le Major Général Gates promet» 
fur la foi publique , que leurs dépêches ne 
feront point ouvertes. Les Officiers partiront 
auffitôt après avoir reçu leurs dépêches : ils 
iront par le chemin le plus court, ôc de la 
manière la plus expéditive, 

II'', Pendant le féjour des troupes à la 
Baye de MafTachufets , les Officiers feront 
fur leur parole, ôi ils pourront porter leurs 
épées. 

12°. SI l'armée aux ordres du Lieutenanc 
Général Burgoyne , fe voyoit dans la nécef- 
lîté de faire venir du Canada les vêtemens & 
autres bagages qui y font reftés, il lui fera 
permis de le faire de la manière la plua con- 
venable, & les palTeports néceffaires feront 
accordés à cet effet. 

I3°' Ces articles feront fignés & échangés 
mutuellement demain matin à neuf heures;. 
& les troupes aux ordres du Lieutenanc 
Général Burgoyne , partiront de leur camp 
à trois heures. 

5igrte John Burgoyne," 
Au Camp de Saratoga, k i6 05iobre ^7j~% 



ET DE l'Amérique. cxj 

Troupes AneloifeS. , 2442 ^ ,1'oi'te l'armée 
* '^ ^^ i du General Bur- 

Brunfwikoifes 2198 >!T«%,f°^' "^^ 

y / 9.208 en partant 
/^ !• k du Canada, 

Canadiennes. •... • 1400 3 

6040 

S'y rnnonç } Quatre Membres du Parlement 
37 vanons. 3 au nombre des prisonniers. 

33 Aussi-tôt que cette capitulation a été 
connue du peuple de Bofton , ( le 23 Odo- 
bre ) il s'eft porté en foule aux Eglifes , pour 
rendre ks ad:ions de grâces au Dieu des 
Armées. Le Révérend Docteur Cooper , fut 
l'invitation de l'Affemblée , a prononcé dans 
la Chambre des Reprefentans , un difcours 
très-pathétique & des plus capables de fou- 
tenir le courage & le zèle de tous les défen- 
feurs de la patrie. « 

y» Le foir l'Jhôtel du Sénat a été illuminé 
par ordre de l'AfTemblée générale; & cha- 
cun s'efl: emprefTé de mêler fa joie à la joie 
publique, à l'occafion d'un événement au(îî 
merveilleux , & de la confolation que la di- 
vine Providence a daigné accorder à la Ville 
de Bofton , fi mal- à-propos mife en interdit 
par l'Angleterre : bienfait qui confifte en ce 
que deux puiffantes armées angloifes , dans 
une révolution de vingt mois , auront , du 
fein de cette ville, évacué l'Amérique. « 

N.'iXXXlîL h 



cxij AffaîPxEsdel'Angleterrs 

p. s» du 10 Décembre. 
3j Vols êtes parfaitement inftruît , Mon- 
{îeur , de tout ce qui s'eftpalTé en Amérique 
jufqu'au 22 Odobre. Mais des détails fi le- 
xieux n'ont- ils pas fatigue votre attention ? 
Après vous avoir fait lire cette longue & 
noire tragédie^ jufqu'au dernier aâ:e , pour- 
quoi n'efîayerois.je pas de vous amufer d'une 
petite pièce un peu gaye, pour diffiper les 
fombres vapeurs qui doivent envelopper une 
imagination où fe réflccbiflent les nuages de 
fumée qui s'élèvent de toute cette artillerie, 
de tous ces embrâfemens & de ces torrens de* 
fang dont la terre & l'onde font teintes au- 
jourd'hui en Amérique ? Il me fembîc que 
pour rétablir l'équilibre de î'efprit , c'eft une 
refTource qui n'eft point à négliger, & qui a 
été heureufement imaginée pour rappeller Iqs 
hommes aux utiles inflrudion? dont l'éra- 
blifTement des théâtres eft le premier objet.' 
Vous y confentez : le coup de fifîlet eft donné,- 
èc les décorations changées. « 

Vous ne favez peut-être pas , ou peut être 
favez-vous, qu'il exifte ici une fociété poli- 
tique appQWée Robïnhood j conftituée en tous 
points comme la Chambre bafle du Parlement. 
Les matières d'état les plus importantes , s'y 
difcutent avec la même chaleur & la même 
fuite que dans cette partie du Sénat britanni- 
que , à cette feule différence près, que Tordre 
èi les bienféances y font communément mieux 
obfervés. J'avois été averti qu'un Capitaine 



ET DE l'Ame RIQ.UE. cxiij 

de Milice anglois , qui perdit l'été derniec 
fon éledlion , Ôc qui avoit été promener fon. 
chagrin ou (on Jplesn aux courfes de chevaux 
en France , dont il étoit arrivant , avoir 
annoncé dans la dernière aflemblée du Robin- 
hood , que le lundi 8 Décembre, il feroit une 
motion des plus incérerTanres , a laquelle tous 
les membres étoient invités d'a(îi!l:er- On ne 
doutoit point que ce voyageur patriote , ce 
nouveau Slielburne n^eût fait dans fa tournée 
quelque découverte efTentielle aux intérêts de 
fa nation ; qu^il n'apportât de Fontainebleau 
une lifte exaCle des armemens François à Breft, 
Toulon Ôc Rochefort , ou les (ecrets du Mi- 
niftère des foyers de l'Opéra. Enfin il n'étoit 
bruit dans Londres, que de l'actenre où l'on 
étoit fur les importans avis qu'il alloic donner. 
J'ai eu au(îi le défir de les entendre , jugeant 
que j'en rapporterois au moins quelque amu- 
fement. J'ai donc été à i'aflemblée » comme 
auditeur bénévole ; ôc j'en arrive , l'idée bien 
remplie de tout ce que j'ai entendu , & que je 
crois pouvoir vous rendre ici mot pour mot. 

Apres que le Greffier eut lu les minutes 
de la dernière féance, & qu'on eut fatisfait 
à l'ordre du jour , je vis le lever un jeune 
homme d'afTez bonne mine, dans l'habit uni-- 
forme & peu impofant du Corps d'Artillerie 
de la Cité de Londres. Il tira de fa poche 
une brochure couverte en papier rouge , du 
format in«8^« 6^ s'adrefTant au Fréiideat , fui- 

h ij 



çxvj Affaires del'Angleterre 

blée ) L'Auteur n'a oublié aucune des cir- 
confiances de la malheareufecataftrophedont 
nous gémifTons : elles y font fi clairement 
dépeintes, que tout ce que nous étions 'là 
d'Anglois , nous n'aurions pu manquer de le 
comprendre , fan:, hs^ fatale perfuaîion dont 
nous étions aveuglés . que l'Amérique feroic 
totalement lubjuguée dans cette campagne. 
La Pièce en qucftion efl: intitulée M^troco ^ 
Drame buriefqae , dont j'ai vu rire toute la 
Gour de France , fans que \e pûile m.e douter, 
ni peut êcre elle-mêni'S , que c'étoit à nos 
dépens. Le héros du Drame eft Matroco^ 
Général fanfaron & bavard, homme à grands 
projets & de petite exécution , dont îe cafque 
eft furmonté d'un Dindon qui fait la roue. 
Comment n'ai je pas reconnu le Général 
Burgoyne fous cet emblème ? Comment le 
titre de Drame burlefque ne m'a-t-il pas mis 
fur la voie , en rappellant à mon idée notre 
guerre extravagante en Amérique? « ( Il lit) 

M Vous alki voir ^ MeJJîeurs ^ Mefdames , tout 
ï> ce que vous alle^ voir. « Cela vouloit dire : 
que ceux-là entendent qui ont des oreilles. 

53 La belle chofe que d'être Chevalier! M. Lau- 
jeon ( c'eft le nom de celui qui fe donne pout 
l'Auteur) n'ignoroit point queJohn Burgoyne 
étoit parti de Londres avec la promefTe d'être 
fait Chevalier s'il perçoit jufques à la Nouvelle 
York , ou au moins jufques à Albany , comme 
l'a été le Général Carlton pour s'être mainte-. 



E T D s l'A m É R I q u e, cxvîj 

nu dans le Canada , & le Général Howe pour 
avoir échangé la ville de Bofton contre celle 
de New York, fans avoir fait entre eux deux 
plus de feize millions fterling de dépenfes. ce 

33 Mais écoutez le vers qui fuit «c 
» Un Oiricier , deux Officiers , trois Officiers enfèmble; 

» Etquelques pages après ces trois Officiers 
chantent fur l'air : Nousfommes trois foux, « 

» Etoit-ce défigner alTez c^airemenr Carie- 
ton, Burgoyne & Howe , Généraux de nos 
trois principales armées? v 

?3 Suivons. — ont enlevé ma mie. ic 

35 Voyez comme il fe moque de nos vains 
projets de conquête. « 

» Et auflitôt cette outrageufe antiphrafe: 

MapuiJJance s^ étend au bout du monde, 

33 On voit qu'il a lu les Placards affichés en 
Allemagne pour les Recrues de nos Stipen- 
diaires , &; qu'il veut ridiculifer une Nation 
qui-yétoit qualifiée Souveraine du grand Em^, 
pire d^ Amérique y ne l'ayant déjà plus. « 

x> Je n'ai encore îû, Monfieur le Préfident, 
que quatre lignes de la première page ; 6c vous 
voyez qu'il n'y a pas un mot qui ne foit une 
fatyre amere de nos extravagantes opérations, 
L'Auteur de ce prétendu Drame burlefque veut 
pourtant faire croire dans fon AvertifTementj 
qu^il na eu d'autre but que celui de travejîir les 

h iv 



cxvU j Affaires i>e l'A n g l e t erre 
héros Qf héroïnes des Poëmes & Romans de Che" 
Valérie ; mais il nous montre du doigt , quel- 
ques lignes après , les êtres vivans qu'il avoic 
réellement en vue , quand il nous parle ie 
géants fanfarons ^ brutaux ^ ^ de héros langou- 
reux qui ne perdent jamais Voccajion de haran^ 
guer lorfquil faut agir ; d^ enchanteurs poltrons , 
que le moindre fonge effarouche ^ G* que détendue 
de leur puijfance ne peut jamais raffurer» Deman- 
dez à tous les Ecrivains que nos Miniftres ont 
lâchés depuis quelques mois, contre le Lord 
& le Général Howe, fi ce dernier trait ne 
peint pas merveilieufement la conduite des 
deux frères dans les Jerfeys , & de i'un d'eux 
il Bofton : dites- moi vous-même ii le premier 
îi'eft pas calqué fur le caraElère romanefque du 
Général Burgoyne, fur fes fentimens exaltés ^ 
{\it fes rodomontades y fur tout le tiffu enfin de 
chacune de fes nombreufes proclamations, 
dans lefquelles on a cenfuré jufqu'à VaffeEta" 
tion des jeux de mots que l'Auteui: nous fait re- 
trouver dans fa Pièce, a 

o> Je me contenterai de parcourir légère- 
ment cebel ouvrage, ne doutant point qu'il ne 
me foit demandé, par délibération delà Cham- 
bre, pour être laifle fur le Bureau où chacuri 
pourra l'examiner à loifir. Je paffe donc à la 
îcène féconde qui repréfente le Général Bur- 
goyne environné des Chefs des Antropopha- 
ges nos alliés en Amérique, M. Laujeon y a mis 
jufqu'à leurs vrais noms. Bombifer^ Engloutlfen 



i: T D E l'A m ê r I q u e. cxîx 

Sacafer , Grancomperemer» Le faux Burgoyne 
les a appelles dans ce vers delà première fcène i 

Fiers géans prouvez donc qu'à mon pouvoir tout cède. 

Ils paroiflTent ; il affede de ne les avoir point 
appelles ; Vousai-je appelles ? C'eft exadlemenc 
ce qu'a fait M. Burgoyne. Tour en employant 
leur affreux miniftere , il a nié qu'il eût voulu 
férieufement les mettre en œuvre. « 

» Dans la fcène IIP. Matroco voit Furion 
qui entre d'un air agité ; & il lui dit : 

Viens éclairer mon cœur du feu de ton génie. 

Il n'y a aucun desMembres de cette honorable 
afifemblée, qui ne foit en état de nommer le peLi>- 
fonnage que l'on veut cacher fous le mafque 
de Furion ; & je m'écrierai ici avec l'Auteur : 

Nous n'avons même pas Telpoir du qui-pro-quo. 

Ne vous fembîe-t'il pas entendre un de nos 
Lords Miniftres , & M, Burgoyne , qui fe difenc 
d'un ton lamentable 5 

Ah î ton longe efl le mien. Eh ! mon fônge efl le vôtre.' 

Ce fonge , Monfieur le Préfident, vous ne 
vous y méprenez pas , c'eft le fameux projet 
du Lord Germaine de prendre l'Amérique à 
jrevers , qui a échoué fi honteufement pour la 
Grande Bretagne. « 

M Je paflfe à la fcène IV^. Les Géans que 
Matroco avoit envoyés en Afie & en Afrique, 
ce qui nous indique que nos projets de con- 
quêtes dans toutes les parties du monde , ne 
font point ignorés de nos rivaux, cesgéâns. 



cxx Affaires DE l'Angleterre 

dis^e , reparoiiïent tout à coup , & Matro^o 
qui les a falués de ce compliment , Bonnes têth 
de mon armée , reçoit d'eux le confeil de faire 
un facrifice à la Lune , emblêm.e de tous les 
projets chimériques, comme celui de notre 
guene américaine. 

» La fcène VI du premier ade eft , fuivant 
moi , une des plus méchantes. M. Laujeon 
s'eft amulé à peindre l'impatience avec la- 
quelle l'Angleterre & l'EcofTe , qu'il baptife 
des noms de Vaporojine & de Gloriane^ ont 
attendu pendant pluiieurs mois des nouvelles 
d'Amérique, — Remarquez l'adreiTe de Tes 
déguifemens. Vaporojine pour défigner l'An- 
gleterre j Gloriane pour caradérifer TEcofle. 
Pouvoit-il mieux choifir pour fe faire devi- 
ner ! Ces noms valent fûrement bien Albion 
& Calédonie, On leur apporte la Gazette , & 
quelle autre gazette que celle de notre minif- 
tère? Vous allez en juger. Les deux Prin- 
ceflTes , qui font des perfonnes honnêtes , font 
du parti des Infurgens. « 

Ah! Princeiïe, c*eft la Gazette ! 
Nos fbnges vont être éclaircis. 
• ■ • • • . • • • »] 
Mettons-nous vite à la ledure : 
Voyons ces héros de nos cœurs. 
Soutenir dans chaque aventure , 
Notre devifê & nos couleurs. • • • . 
Mon cœur ! lifèz , je vous en prie ; • . • 
La peur me prend. 



E T D E l'A m É R I Q U E. CXX) 

Glori ANE. 

Eh maïs! pourquoi? 
Et puis d'ailleurs , ma chère amie , 
Vous £âvez mieux lire que mol, 

33 Trait ironique fur la rivalité desconnoiC 
fances entre les deux Nations , & contre 
l'Angleterre jaloufe de ce que les Lettres 
font cultivées avec plus de fuccès en EcofTe* ce 

Cet article dit peu de chofe; 
PafTons , il ne parle pas d'eux. 
Mais votre cœur, je le fùppofê » 
Les attend à l'article deux. 
Rien encor ! . , . 

Gloriane. 

Quoi rien? Je m'attrîlîe. 

Vaporosine. 

Mais ne fôngeant qu'à leur amour. 
Ils n'ont pas envoyé la llfie 
De leurs fuccès de chaque jour. 
Article trois ; rien , rien. Au quatre ! 
Nos deux Héros font-Ils perdus, 

» C'étoient Arnold & Washington «. 

Comment î quatre jours fans fë battre ! 
Non , je ne les reconnoîs plus. 

Gloriake, 

Article cinq* . , , Enfin , j'efpère : 
Voici ces noms tant attendus. 



txxîj Affaires de lAngleteess 

V A P O R O s I N E. 

Ah! parplaiiîr, comptons , ma chère. 

Les géans qu'ils ont pourfendus, 

( Elle lit, ) 
Tous deux réduits par la douce e(pérance 

De voir Tobiet de leur ardeur , 
Pnt réuni leurs forces , leur vaillance ,; . 

Pour triompher de l'Enchanteur, 

Mais leur défaite enfin leur ote 

Tout efpoir de troubler fôn choix :' 

£t 'quand ort compte fans fôn hôte. 

On s*expofè à compter deux fois» 

iES DEUX Princesses, 4!/2 .^leuransi 

Je ne lirai plus la Gazette , 
Elle m'a trop coûté de pleurs. 

M Vous conviendrez , fans doute , Mora»^ 
fieur le Préfident » que voilà une fcène en- 
tière qui a été faite fur notre pauvre ga- 
zette miniftérielle , & fur-tout quand je vous 
obferverai que cette gazette étoit faulTe d'un- 
bout à l'autre , par un artifice de l'Enchan» 
teur, qui avoLt dit à la fin de la fcène pré^ 
çédente : pour humilier la fierté y fai kfecours 
de la Galette. Voici comme il met le dernier 
Uàit à la relTemblance : 

Matroco àFuRiONj'à voix hajfèv 

Vois-tu TefTet de ma Gazette? 

FuRlON, d voix tfajfet, 

Y£>is^ l'effet de la Gasette, 



%T DE L'AMERîQUIf. CXXÎîf 
Matroco &Furion, avec U plus grande joie^ 
Que j*aime à voir couler leurs pleurs! 
Amu(bns-nous de leurs douleurs. 

38 Jamais on n'a peint avec des couleurs 
plus vraies , le déteftable abus qui fe fait fi 
communément en Angleterre de la crédulité 
pul)lique , par le moyen du papier public qui 
iemble avoir le plus de droits à la confiance 
de la Nation «, 

»> Admirez ces couplets -cî: 

Nous voilà donc vaincus ! que dira l'univers ? 
Sur les héros il a \ts yeux ouverts : 
De notre fuite il fait des gorges-chaudes. 

Je croîs voir à Tinflant cent caillettes badaudes â 
En pariilant , fe conter nos revers. 

Et cette chanfon qu'un Nain 
^hantoit , dit-on y d^un air malirim 

A vos Héros le j^d glifTe : 
I Dans peu (l'Amour) leur dira ^ 
L'on vous en ratifie , tifïe , 
L'on vous en ratiifera, 

» Si vous mettez Gates à la place de l'Amour; 
c'eft mot pour mot notre aventure «c, 

» Je vois encore une foule de vers , qui 
tfont jamais été faits que pour nous «. 

Jour de malheur 1 
Jour de douleur ! / 

Jour ou le jour nous bleffe ! 



CXXÎV Af F AI R E s D E L' A N G L E TERR E 

9» A quel jour ce verfec lamentable coa- 
vient-U mieux qu'au i6 Odpbre 1777? «. 

Je vous al dit que Matroco 
. Leur fait répéter par l'écho : 
Ils ont voulu , 
Ils n'ont pas pu. 

35 M. Laujeon fe mocque ici de la paf- 
îîon connue de M. Burgoyne pour les fpec- 
tacles, & des Drames burlefques qu'il a fait 
jouer plus d'une fois par fes troupes , dans 
fes divçrfes campagnes en Amérique. Il avoit 
une falle de fpedacle montée à Bofton , à 
Québec, &. Il a fait la clôture à Saratoga. 
Je pourfuis : 

Non je ne donneroîs pas ça 
D'un fier à' bras que Ton roffa. 

Que Ton chalTa, 

Qui nous laiiïk 
Son cafque & fà maîtrefle, 

»> Ailleurs , voici comme il dépeint l'armée 
de Burgoyne : 

Une partie a les menottes. 

Puis. celle du Colonel Saint Léger; 

Les autres ont gagné pays, 

» Il ne lui étoit gueres poflible de mieux 
caradérifer des troupes vitlorieu.jes , dans le 
ftile du Général Burgoyne. « 

93 ReconnoifFez , Monfieur le Pré/îdent , 
dans le couplet que je vais vous lire , le dif- 



E T D E L*A M é R I Q U E, CXXV ^ 
cours que M. Gates n'aura pas manqué de 
tenir aux Canadiens, fes prifonniers, en 
les congédiant «• 

Colonnes fans appui , vous devez reconnoître 
Le droit que j'ai de vous parler en maître ; 
Mais je tourne fur vous un regard de bonté: 
Voulez-vous échapper à la captivité ? 
Au lieu d'allarmer l'innocence , 
UnifTez-vous à nous pour prendre fa défenfê, > 

t» Etes -vous curieux de voir la lettre écrite, 
le 8 Odobre par le Général Clinton au Gé- 
néral Burgoyne , à qui il "Notifie clairement 
qu'il ne peut point le fecourir dans Ton em- 
b'arras , de qu'il lui fouhaite de pouvoir s'en 
retirer «. 

T'as rpied dans le margouillî) 
Tir'îen, tir'ten , tir'tentaine ; 
T'as rpied dans le margouilli , 
Tir'ten , Héros , mon ami. 

3' Je fuis fur-tout étonné de la juftefTe de 
l'application que voici : 

Gloriane s'écrie : Rendez-nous nos Héros» 

» L'Auteur met ce vœu dans la bouche 
de Gloriane , (l'Ecofle) parce que la plupart 
des Officiers dans les armées Angloifes ôc, 
dans tous les emplois en Amérique^ font 
des Ecoiïbis affamés , qui y ont été pren- 
dre du fervice fur l'efpoir qu'on leur diflri^; 
bueroit les terres des Américains «, 



cxxvj Affaires DE l'Angletekrs 

33 Enfin Burgoyne eft pris au moment ou, 
"Un poignard dans chaque main , il alloit im- 
moler à fa rage la sûreté & la liberté enchaînées. 

» On lui crie : - 

D'un triomphe apparent , te voîla tout bouffi : 

Sur l'air , le Port Mahon eft pris ; air qui n'a 
pas été choiG fans deflein, « 

» Une Fée fort d'un builTon au milieu 
d'une multitude allarmée du double facri- 
fice que Matroco fe prépare à faire j & elle 



e'écrie : 



Il eft pétrifié! 

V C'efi: le moment on Burgoy ne a rendu 
fon épée, & juré de ne plus jouer de farces 
^n Am.érique. « 

» Quelqu'un répond r 

Je le prends pour meubler 

IWon Cabinet d'hifloire naturelle, 

33 Ce dernier trait eft le plus malin de 
tous. Il eft dirigé contre un certain Lord 
cher à TEcofte , à qui on n'a point cefle ici d'aî-, 
tribuer le funefte projet de notre déteftable 
gueire d'Amérique, de qui a, comme cha- 
cun fait, un des plus riches cabinets d'hifr 
îoire naturelle qu'il y ait en Europe oc. 

07 Vous en avez aifez entendu, Monfieur 
le Préfident , pour ne pouvoir point douter 
que la pièce de Matroco ne foit un apo- 
logue f^ryrique fur le Général Burgoy ne & 
fes conforts. Je m'offre encore à prouver à 
l'honorable Affemblée , fi elle le defire , par 

les 



E T D E l'A JW Ê R I q. u e. cxxvij 

les règles les plus certaines de l'art étymo- 
logique & de la langue primitive appuyées de 
l'autorité de Ducange & de Spelman , & , s'il le 
faut , de Bérofe&r de Sanchoniaton , que Ma- 
troco & Burgoyne font un nom identique, feule- 
ment un peu changé par une crafe , une 
apocope , & deux ou trois Epi-anti- & 
métathefes. Mais l'honorable Aiïémblée 
trouve , fans doure , beaucoup plus furpre- 
nant que dans un incervale aufli court que 
vingt-neuf jours , la nouvelle de la réduc- 
tion de Burgoyne (oit venue de Saratoga à 
Fontainebleau, de^|rte que le vingt- neu- 
vième ce rillble e^nement ait pu y être 
mis fur la fcène françoife. Voici la folution 
de ce problème c . 

Premièrement, il efl: encore plus furpre- 
nant que nos Miniftres ayent été jufqu'à 
deux & trois mois dans l'incertitude fur des 
faits dont la nouvelle étoit parvenue dans 
toutes le-^ parties de l'Amiérique & de l'Eu- 
rope^ tels que le débarquement à la baye 
de Chefapeak , l'entrée de l'armée du Roi 
dans Philadelphie, & la défenfe des chevaux 
de frife du Delavrare, par Washington , que 
j'ai vu annoncés & affirmés fucceilivemènt, 
malgré lés doutes que le filence de nos 
Minîftres aurorifoit, dans une feuille fran- 
çoife qui s'imprime à Anvers, fous le^ titre 
d^ Affaires de l^ Angleterre Gr de V Amérique* (^) « 

C) N^ XXXI. P. S. du 12 Nov. 
N.". XXXIII. i 



Ckxviij A.FF AIRES DE l'AnGLETERRE 

rj En fécond lieu , je ne prétends point 
que la pièce aie été compoTée précifément 
à rini>ant d'être jouée. Eft-ce qu il n'y avoit 
pas déjà plufieurs mois que M. Burgoyne 
amufoit FEurope de (es proclamations ? 
Pour donner la perfeécion à fon tableau . 
l'Auteur n'aura eu que quelques traits à y 
ajouter, au moment de la repréfentacioir!» 
Mais vous allez trouver cette poiiîbilité en- 
core bien plus fendble [par la.* conjedure 
donc je vais l'appuyer. C'efl; que j'ai les 
plus fortes ralfons de croire que la pièce 
efl: de Benjamin FrankjÊÊ^ Ôc non pas du 
Poète Françoisqui y a mi^on nom, J ai enren* 
dtiîaifonner force drame Ce fur Ton prétendu 
Auteur. On n'imaginoit point ce qu'il avoit eu 
^n vue de critiquer dans les mœurs préfentes 
ou paiïees. C'étoit une énigme, diloit-on, 
dont lui feul pouvoit dire le mot. Gomment 
le charmant Auteur d'Eglé, de Sylvie <k de 
l'Amoureux de quinze ans ^ pouvoit-il avoir 
conçu un plan auPà bifarre ? Tout ce qui m'en- 
touroit enfin étoit à cent lieues de l'idée de 
l'Auteur, à l'exception , je me le rappelle très- 
bien, d'un Militaire François que je jugeai être 
Miniftre de fa Cour en Allemagne. Lui feul 
trouvoit tout Matroco délicieux, Il en rioic 
. aux éclats î II voyoic, il comprenoit ce qui 
€chappoit à tous les autres ; parce qu'il 
€toit membre de la politique , & fans doure 
dans le fecret. Il me vient encore une ré- 
aîinifcence. Le jout de Matroco les billets 



ET DE r* A M É R r Q. U E. CXxixT 

de fpediacle furent diftribués moins largement 
parmi la fuite deJa Cour. On les réferva pour 
les Etrangers , apparemment comme plus 
apts à faiiïr l'intention de cette folk dra- 
matique. De tout cela je conclus qu'elle a 
réellement pour Auteur l'AnibalTadeur 
Américain à Paris, qui l'a tracée de la ménrhe 
plume dont il a fabriqué i'Edit du Roi de 
PruiTe pour afTujettir Tes anciens Sujets en 
Angleterre aux mcmes entraves dont, notre 
Parlement a prétendu charger nos anciens 
• Sujets en Amériqu'e. Vous n'êtes plus fur- 
pris à préfent que la nouvelle de la réduc- 
tion de Burgoyne &:de foii armée foit ar- 
; rivée avec tant de rapidité à Paris. Tout ce 
qui me refte à dire fur cela, c'eft que le bon 
vent: fouffloit pour . lejs, .Américains , tandis 
que vos girouettes vous faifo Lent croire qu'il 
foufHoit pour vous ; & que fi vous faites bierh, 
vous changerez vos girouettes. « 

35 Je termine, Monfieur le Préfident, mi 
d'fcours que l'honorable AlTemblée aura 
peut-être trouvé trop long , quoique je n'aie 
traité que de nos intérêts les plus chers, 
pour leCquels je me fens animé d'un zeîe 
inrarriffable. Et enfin je propofe à FhonQ- 
rable Aflemblée qu'il foit écrit de fa ,part 
au Doéleur Benjamin Franklin^ Député des 
Américains à Paris , pour lui repréfenter 
très-humbîemeiit , au nom de la Société de 
Robinhood , qu'il eût été plus conformera fôs 
principes généreux & honnêtes, & qu^ii eut 

i ij 



CXXX AFFAIRES DE L'ANGtETERKK 
bien plus efficacement manifeflé fa ferme 
& confiante oppofition à ceux de nos Mi- 
niftres, qui ont oié faire ouvrir le Parlement 
ïans daigner nous donner la moindre no- 
tion fur l'état de nos affaires , s'il eût bien 
voulu faire parvenir diredement en Angle- 
terre la nouvelle qu'il a eue fi rapidement 
de l'anéantiffëment total de notre armée & 
de la métamorphofe de fon général , au 
lieu de chercher à nous l'apprendre par la 
voie détournée d'un dr^me énigmatique, 
dont toute l'expreflion de la mullque de Gré^ 
try ne pouvoit pas donner l'intelligence à un 
Auditoire où les (Edipes jpuoient les Daves ;'& 
auffi pour le fupplier deiious faire éprouver les 
gracieux effets de fes fentlriiçns d'humanité, 
^ en nous donnant avis, avec le plus de cé- 
lérité qu'il lui fera poflibîe , de toutes les 
catâftrophes fembiabîes à celles de M. Bur- 
goyne, dont fes conftituans lui feront par- 
venir la connoiflànce , afin que la Société 
avife aux moyens d'arrêter l'effufion ulté- 
rieure du fang anglois & américain , en ob- 
tenant de la Cour de cefïer au plutôt tout 
envoi de troupes en Amérique, puifqu'après 
l'avoir remplie de carnage& fouillée de crimes^ 
elles finiffent fucceflivement par être obligées 
de l'évacuer ce, 

John Pacificl ( c'efi: le nom du Membre qui 
vient de parler) ayant déduit fa motion , 
elle fut appuyée jpàr Innée Peace , qui. ajouta 



ET DE t'AMÉRIQUE- CXXJjj 

aux obfervations de fon collègue , que' le 
couplet , 

Ils ont voulu. 

Ils n'ont pas pu , 

pouvolt aufli fe rapporter à l'attaque infruc- 
tueufe du fort de Redbank , en avant des che- 
vaux de frife^ le 22 Odobre , fur la rivière 
Delaware; & il offrit de prouver qu'il étoic 
venu en vingt-trois jours en Europe, des avis 
de parties de l'Amérique plus éloignées 
encore. 

Sur le furplus du rapport de M. Pàcîfick» 
îl dit : » Je n'héfite point à croire comme 
mon digne confrère , que fon Excellence 
M. Benjamin Franklin , eft Tauteur de la pièce 
en queftion. On m'a écrit de France , que 
depuis peu , Piccini & Gluck y faifoient 
fchifme dans le corps diplomatique i & il me 
paroît tout fimple que Grétry ait voulu aufli 
avoir fon ambaffadeur. « 

Malchus IVaroffice fe leva pour s'oppofer 
à la motion. » Je ne puis point , dit-il , être 
de Tavis de l'honorable Membre qui fou- 
haite que nos Minières ceffent d'envoyer 
des. armées en Amérique , & qui veut qu'oa 
cherche Ae% moyens pour les en empêcher. 
Jl craint la continuation de la guerre ea 
'Amérique, fur des motifs frivoles. Pour 
moi , je penfe que nous réulîîrons dans 
ceue guerre ; & je ne crois point qu'il foit 
permis d'en douter, depuis que j'ai entendu^ 
le 20 du mois dernier dans la Chambre Haute, 
Mylord Suffolk , Tuo des principaux Séeré- 



cxxxij Affaires de l'Anglsterrf 

taires d'Etat de notre Souverain , & de fon 
Confeii le plus intime , déclarer fans détour, 
que les Allemands font d'au01 braves foU 
dats qu'on en ptiifTe trouver en Europe , & 
qu'il penfoit ^we pe-t de pcrfonnes endiroient 
autam des foldats François., ou préwidr oient 
perfudder qu\ils égalent en rien les ^'Ikmands» 
Quand un des premiers Miniilres d'un Roi 
Britannique tient publiquement un pareil 
langage , ce n'eit pas à nous à l'arrêter dans 
la glorieufe carrière où il a eu le courage 
de s'engager «, 

Mathe^vs Contraùîor prit en fuite la parole. 
a Je fuis , dit-il, de ce dernier avis, & avec 
d'autant plus de raifon , je crois , que nous 
devons la confiance la plus entière à l'ou- 
verture que Mylori Sandwich. , Miniftre 
Suprême de notre redoutable marine., a faite 
le même jcur & dans la même Chambre, eu 
difant , avec cette noble francliLfe par laquelle 
il fe fait toujours admirer, qu'il efpéroit bien 
que h tems vïendroit oîl Von pourroit obtenir 
de la, France if de VEfpagne une réparation 
complette des infulies que nous pourrions en avoir 
reçues. J'en conclus que nos Minières font 
fûrs de leur affaire , & qu'il faut les lailTex 
agii' avec pleine liberté 3'. , 

Hermes-Sly^ entreprit de combattre l'opi- 
nion des deux derniers Membres, et C'efl bien 
leftement , dit- il, donner carte blanche à 
des Minières qui jufqu'icl fe font montrés fi 
peu dignes de notre confiance. J'ai entendu 
é diftindement M. Temple- Luttrell , le/ .«26 



ÏT DE L*A MÉR IQUE. CXXxllj 

idu mois dernier , aflurer la Chambre des 
Communes que nos Minières ignorent le vrai 
état aduel de TECpagne : que cette Puiirance 
qui , à la vérité , n'a pas des forces conlidé- 
râbles au F^rrol, en a amaOe de prodigieufes 
à Cartagene ; & qu'il ne faudroit pas 

Ici, M. Sly fut interrompu brufquemenc 
par M, Contraclor qui s'écria ; je foutiens à 
l'honorable Chambre, d'après M. le Cheva- 
lier Hwgwej Pallifer , Commiflaire général de 
notre marine à Portsmouth , & qui doit s'y 
c-onnoître mieux que le CapiraineLuttrell, que 
ce n'eft point kCarthagêne , mais au Ferrol que 
les Efpagnols ont leurs principales forces. 

Ce Membre fe laifToit em.porter à fa bouil- 
lante vivacité , lorfque Temper Concord 
ouvrit gravement l'avis luivant. « Je demande 
que l'honorable Chambre faiTe mettre dans 
tous les papiers publics un avis patriotique 
a-ux voyageurs Anglois de l'un & de l'autre 
parti , pour engager ceux qui ont coutume 
d'aiier perdre leur tems & leur argent aux 
courfes de divers genres qui , 'depuis peu, fe 
font établies en France , de pouOer plutôt 
leurs exGuifions l'année prochaine jufqu'en 
Efpagne , pour reçonnoître par eux-mêmes , 
fi c'ePt à Canhagene ou au Ferro/ que font 
railembiées les principales forces navales de 
cette couronne» vu qu'il efl fouverainement 
edentiel qu'un pareil doute fbitéclairci pour 
guider les Miniftres deftinés à guider les futures 
lifolutions du Sénat Britannique. « 

Lorfqu'il eut fini, pluGeurs v^oix s'élève- 



cxxxîv Affaires DE l'Angleterkb 

rent en criant enfemble, la^Me/?wn, la quejîiorii 
Geia vouloit dire qu'on defiroit que le Préfi- 
dent prît les fufFrages fur la première motion. 
Mais un M, Scot limberaB, connu pour être 
Famé damnée d'un certain Miniftre , prit un 
autre biais pour faire échouer le projet du 
parti contraire. Il propofa qu'au préalable 
la Chambre s'afiurât s'il étoit quelHon de 
nouveaux envois de troupes en Amérique, 
alléguant que peut être le Miniftre n'avoit 
point cette intention, & que la Chambre fe 
compromettrôit par une démarche dont 
l'objet n'étoit pas alTez évident. Son artifice 
lui réuilît. On rejetta la motion du voyageur 
eflbulflé M. John-Pacifick. 

La négative paffa à la pluralité de I5'7 
voix, favoir 243 pour, 86 contre — exade- 
ment comme dans la féance du 20 Novem- 
bre à la Chambre des Communes. 

Je ne finirai point , Monfieur , fans répa- 
rer une grofliere faute dans l'extrait des 
débats des Communes du 20 Novembre. 
Je vous ai nommé M. Grenville , neveu du 
Comte Temple , comme l'Auteur de l'avis 
pour la modification du projet d'adreffe au 
Roi. C'eft le Marquis de Granby que j'aurois 
du y ( * ) mettre i cette démarche a faitd'autant 
plus d'honneur à ce jeune & illuftre Séna- 
teur, que c*efi: fon début dans le parti auquel 
il vient de fe réunir. 

Tai riionneur (Têtre^ 6rc. 

.. lî j 

( * ) il a échappé une féconde faute f en cç que 
M. GrenvUIe y eil qualifié Lord. 



ET DE l'Amérique 113 

les cruautés exercées par nos Gouverneurs ■ 

dans les Indes Orientales , remarque que ^77"« 
quoiqu'on ne puifle autrement rendre raifon i^^i 

de la conduite de & encore plus .^ 

de celle de qu'en l'attribuant aux 

principes de brigandages dont ils étoienc 
animés , & qui leur faifoit braver toutes les 
loix divines 6c humaines , il ne peut croire 
cependant le Général ou Tes AfTociés plus 
dignes de l'indulgence publique. Leur réfil^ 
tance opiniâtre Ôc déraifonnable aux projets 
les plus (impies de ceux entre les mains de 
qui ils avoient trouvé le Gouvernement , 3>c 
qui dévoient connoître à fond fa nature , 
prouve clairement qu'ils ont eu peu en vue 
le bien public. 

La raifon , ajoute t-il , pour laquelle le 
Général aduel a trouvé tant de défenfeurs 
parmi les Propriétaires , & plulieurs rnême 
d'entre les Minières , eft très- palpable. Ceux 
qui ont fait une fortune brillante dans les 
Indes & qui fe font établis ici, concluent 
naturellement que (î ce Général eft rappelle, 
fa conduite fubira un examen ftricSt & parle- 
mentaire; qu'on approfondira auffi les moyens 
par lefquels eux mêmes font devenus fi ri- 
ches. Cette crainte a agi avec tant de force 
fur eux j qu'ils ont fait jouer tous les 
refforts que leur fourniflent leurs richefles 
immenfes pour prévenir un fcrutin li re- 
doutable. Ils conjedurent très fagement que* 

Nrxxxiv. H 



^ |i4 Affaires DE l'Angleterks 
-fi ...... a la permiiTion de refter , il ter- 



^71^' minera fa carrière politique avec un peu 
^^^i moins de faite qu'il ne Fa commencée , ôc 
,^ qu'il aura quelque tems après la liberté de 
^^* revenir fans bruit en Angleterre^ & fans 
y faire le même éclat que Ion retour , dans 
les circonftances aduelles , auroit produit 
néceffairemenr. Si on avoit quelque égard 
à la juftice de aux droits de l'humanité , ii 
on fongeoit un peu plus aux intérêts de la 
Compagnie , le Parlement devroit employer 
fon autorité dans -cette occafion. Les deux 
parties devroient être rappellées ; & après un 
flrid examen de leur conduite , on devroit 
leur infliger des petnes proportionnées à leurs 
crimes. 6ans ijappui d'exemples publics , 
il fera impofllble de trouver des gens qui 
réfiftent aux tentations auxquelles ils doi- 
vent être en bute dans un pays où une 
vénalité & une corruption fans bornes 
- ont pris l'empire ; à moins que la crainte 
des châtimens aagiile avec force & ne 
vienne au fecours des principes naturels de 
l'honneuî. 

On APPREND par des lettres de Cork« , 
. que les Fourniffeurs qui s'étoient engagés à 
envoyer des vivres aux Royaliftes , ont eu 
beaucoup de peine à charger les derniers 
vaifl'eaux arrivés d'Angleterre à Corke pour 
paffer dans l'Amérique Septentrionale. La 
raifon en efl: que l'Irlande eft fi épuifée & 



>fe T D E l'A m é r I q u e. 115* 

fi dépourvue , que les pauvres y meurent de- 



faim. On y a cependant reçu des ordres ^^1^* 
pour faire une quantité confidérable de nou- Mai 
velle? fournitures ; mais on a averti les ^ 
fournifTeurs que s'ils fe difpofoient à faire •'"^"* 
de nouveaux enlevemens , le peuple fe fou- 
leveroit , que la révolte gagneroit tout le 
Royaume , & qu'enfin ils s'expoferoient à 
voir piller leurs maifons , & à être poi- 
gnardés eux & leurs familles. 

Les bâtimens qui tranfportent en Amé- 
rique les troupes de Waldeck , font arrivés 
îe 2.0 Juin à Spithead. 

Le Lord Stormont a pris congé du Roi 
le 20 Juin paur fe rendre à Paris 6c y re- 
prendre fes fondions d'AmbalTadeur. 

Le Roi étant en fon Confeil a rendu unô 
proclamation^ le 21 , pour prolonger k 
tems du payement des gratifications de 3 liv. 
pour tout bon matelot, & de 2 liv pout 
tout matelot ordinaire qui s'engagera fut. 
la flotte royale, depuis le 50 de ce mois 
jufqu'au 3 I Août , inclufivement. 

Le Majt>r Caîdwell, qui eft venu apporter 
la nouvelle delà levée du fiege de Québec, 
a eu l'honneur d'être préfenté au Roi. Cet 
Officier retournera dans peu nu Canada ou 
il fera avancé. Sa Majefté a récompenfé le 
Capitaine Douglas , Commandant la frégate 
^^^^ > ^^ ^^ veou aifez à tems pour fau- 

Hij 




ii6 Affaires de l'Angleterre 
ver Québec, en l'élevant au rang de Com- 
modore. 

La Cour a fait faire , dans le cours de 
ce mois , de nouvelles repréfentations à quel- 
ques Puiflances , fur ce que leurs fujets four- 
nillent des munitions de guerre aux Amé- 
ricains, 

Avertijjemmt , inféré dans les . Galettes , pour 
difpofer la Cité de Londres d choijir M. 
Wilkes pour Jon Tréforier ou Chambellan* 

» On eft fort impatient de favoir à qui , 
de la Bourgeoifie de Londres ou des Mi- 
niftres, appartiendra déformais la difpofition 
des grandes charges de cette^Ville , & c'eft le 
24 de ce mois (de Juin^ que cette queflrion 
doit être décidée. Mais lorfqu'on .confidere 
que les Minières ont engagé ce Royaum.e 
dans la guerre civile , pour exécuter leur 
projet de puiflance tyrannique^ & qu'ils ont 
par ce moyen anéanti une grande partie de 
la navigation & du commerce de Londres , 
on ne peut fuppofer que la généreute èi libre 
Bourgeoise de Londres , qui a toujours dé- 
fendu les droits & les libertés de la Grande- 
' Bretagne , puiÏÏe fe laiHer intimider par les 
ordres , ou corrompre par les artifices de 
ces defpotes , qui voudroient la mettre fur 
le pied des petits Bourgs dont les fuf- 
frages font à leur difcrétion» Cette ékdion 



ET DE l'AmÉKIQUE» II7 

décidera , comme on l'a déjà dit , fi les grandes y 

places de cette Ville font encore à la dif- ^'^7 • 
poiition de fes citoyens ou du Miniftere, ^^^^ 
c'eft-à-dire en d'autres termes , fi nous con- j^^^^ 
tinuerons d'être libres ou fi nous allons de- 
venir efclaves a. 



Journal àt VArnérique . depuis Ze 1 5 Mai 
jyj6 jufqu'au 25 Mai, date de la dépêche 
du Général Carleton Jur Va^aïre du pofte 
des Cèdres ^ publiée par la Gaietîe de la 
Cour du 24 Juin» 

Extrait d'aune lettre de Québec , datée du 
II Mai 

J_j E s Rebelles font à préfent aux Trois 
Rivières. Une frégate , un floop de guerre 
& un fenaut armé , ont été envoyés à leur 
pourfuite ; ces vaiffeaux leur ont déjà faic 
beaucoup de mal; ils ont repris h Gajpée ^ 
un autre vaifieau armé & quantité de mu- 
nitions. Si notre renfort tût arrivé deux 
jours plus tard , il eft probable que nous 
aurions eu un autre affaut à foutenir ; car 
la veille ilsavoient été joints par 400 hommes, 
fans compter les autres corps de troupes 
qui étoient à leur portée. Selon toute ap- 

H ii j 



& 

Juin, 



ii8 Affaires de l'Angleterre 

— parence ils ne vouloient quitter la Province 

^11^^* qu'après y avoir été contraints par la force 
^'^^^ des armes. Il eft vraifemblable qu'ils eûffent 
été bien aifes d'en faire le théâtre de la 
guerre pour la détourner de leur pays. vSi 
le grand armement arrive bientôt , ils l'aban- 
donneront tout à fait ; mais fi on leur laifle 
le tems de fe renforcer , cette évacuation 
pourra être l'ouvrage de tout l'Eté. Le fe- 
cours que nous avons reçu confifle en trois 
vaifieaux de guerre expédiés d'Angleterre. 
Le Général a ordonné de tout préparer pour 
aller à la pourfuite des Rebelles , s'eftiraant 
afTez fort , dans ce moment- ci , pour fuivre 
fes projets «, 



InJlruBions de la ville de Bojion à fes Délégués 
au Congrès général, ( Les papiers Angîois 
n'avoient publié qu'une portion de cette 
pièce : ce qui fuit s'eft trouvé dans les 
Gazettes d'Amérique). 

» Par rapport à la Police intérieure de 
cette Colonie , il eft eifentiellement nécef- 
. faire , pour conferver l'harmonie parmi nous , 
que le corps conftituant foit convaincu qu'il 
cft repréfenté pleinement & de bonne- foi. 
Originairement chaque Membre de la com- 
munauté avoit le droit de participer à lia 



E T D E l'A m é R I q u h. I jp 

légiflation.* Ce droit a toujours, été exercé 

dans l'enfance des Etats; mais lorfque les ^77^« 
habitans deviennent excellîveinent nombreux, ^'îai 
non-feulement il ne convient pas , mais même -^. 
il eft impolîible qu'ils aififtenr tous à une "'"' 
aiïemblée; & delà eft venu l'ufage de faire 
des loix par un petit nombre de perfonnes 
élues librement par la plus grande portion de 
la communauté. Lorfque ce choix eft libre 
& que chaque province ou diftrid: a un 
nombre proportionné de repréfentans , le 
peuple , s'il eft malheureux , ne doit s'en 
prendre qu'à lui même. Ainfi nous vous 
recommandons de chercher quelques moyens 
qui puiflent procurer cette jufte proportion 
de repréfentans du peuple de cette Colonie 
dans la légiflature ; mais il-faudroit avoir 
foin que raftemblée ne fiit pas trop nom- 
breufe, car cela ouvriroit la porte aux incon- 
véniens qu'on veut éviter par la repréfen- 
tation. Les alTemblées trop nombreufes ne 
font pas celles qui expédient toujours les 
afiPaires avec le plus de célérité , ou qui les 
dirigent avec le plus de fagefle. 

Il eft eiïentiel pour la liberté, que hs 
pouvoirs légiflatifs, judiciaires & exécuteurs 
de gouvernement foient , autant qu'il eft 
poftible , indépendans & féparés les uns des 
autres; s'ils étoient réunis dans les mêmes 
perfonnes ou dans le même nombre de pef- 
fonnes , on ne feroit plus éclairé par cette 
etnfure mutuelle qui donne tant de fureté 

Hiv 



120 Affaires de l'Angleterre 
7 contre l'etablilTement des loix aAitraires Sc 
^'77^* contre l'inutile exercice du pouvoir dans 
^^^^ l'exécution de ces loix. Il efl: au(îi de la 
j • plus haute importance que toute perfonne 
attachée à une place de judicature donne la 
plus grande partie de Ton tems & route fon 
attention aux devoirs de fa place. Ainfi nous 
vous recommandons de faire enforte qu'on 
établiffe une loi ou des loix quiempéehentab* 
folument que les mêmes perfonnes n'occupent 
dans le même temps diverfes places d^ns les 
départemens légiflatifs & exécuteurs du gou- 
vernement ; comime auiîi de favorifer les 
loix en vertu defquelles , dans tout Tribunal 
de Juftice de la Colonie, les Juges, pour 
être continués dans leurs places, ne dépen- 
dent point du caprice ou de la volonté de 
(Quelque corps fupérieur ; mais qu'ils ne 
puifTent y refter qu'autant qu'ils s'y feront 
conduits d'une manière irréprochable. Et 
pour prévenir la multiplicité d'offices dans 
les mêmes perfonnes , il eft à propos de leur 
affigner des honoraires qui puiffent les dif- 
penfer d'avoir recours à aucuns moyens 
collatéraux ou indireds pour vivre. Nous 
defirons qu'on évite de prodiguer fans befoin 
les finances publiques, pourvu qu^èn même- 
tems on ne rifque point de facrifier nos libertés 
à un vil efpric de parfimonie. Comme nous 
ne doutons point de vos taîens .& que nous 
connoiiTons le zèle qui vous anime pour la 
caufe commune de notre pays , nous nous 



ET DE l'Amérique. xit 

en rapportons à votre fagefle & à votre dif- " " 
cretion , relativement à toutes les opérations '77^» 
militaires que les circonflances préfentes l^^i 
peuvent néceffiter, & à tous les auties objers ^? 
qui intérelTent la nation & qui feront fournis 
à votre examen. 

Le 12 Mai le Général Howe , expédia 
d'Halifax la frégate le Glasgow , avec fes 
dépêches pour la Cour. 

Vers le milieu du même mois, le Géné- 
ral X^ashington fut averti qu'il y avoit un 
complot formé contre lui. Il donna aufli-tôt les 
ordres néceifaires , pour qu'on redoublât de , 
foin & de vigilance dans tous les détails de 
fon commandement. 

[On verra ci-aprèsque le projet de ce corn» 
plot avoit été (igné le 13 Mai.] 

Le Gongrès général ayant écrit à M. 
Washington une lettre , » pour le remerciei: 
des fervices importans , qu'il a déjà rendus 
^ux Colonies-Unies , & pour l'alTiirer de fon 
emprefTement à lui fournir tous les fecours 
qui feront en fon pouvoir ^ pour le mettre 
en état de conferver le dépôt précieux de 
la liberté Américaine, qui lui a été confié «c, 
M. Washington a répondu en ces termes. 

3j Meflieurs , je vous fuis très- obligé des 
fentimens favorables que vous voulez bien 
avoir au fujet de mes fervices , ainfi que de 
vos promeffes de me donner tous les fecours 



122 A FF Aï RB.^ DE l'Angle TE rbe 
^ poffibles , pour me mettre en état de remplir 
*77 • mes devoirs importans. Au refte vous pouvez 
*^^ être affûrés que je m'appliquerai conOam- 
Juin ^^"f à Tavancement du bien être & des 
intérêts des Colonies , auHi long-tems qu« 
j'aurai le commandement dont je fuis ac- 
tuellement revêtu «. 

Signé Washingt on 

La convention de la Virginie , cent 
douze Membres y prélens , a pris le ly 
Mai , un Arrêté aux fins de faire propofer 
jau Congrès général de déclarer les Colo- 
nies-unies, ^tats abfolument libres & indé- 
pendans. 

[ Cet arrêté fe trouve ^ en entier au Tome V» 
des Affaires de V Angleterre ^ de V Amérique , 
page iv &• Ixiv. Vourerture de la convention 
générale le 6 Mai , ^ les motifs pour former 
la nouvelle conflitution de la Province , dont les 
affemblées ont duré jufquau 6 Juillet , ainfi que 
la nouvelle conflitution fe trouvent aufli 
page Ixviij. ] 

De Boflon le ij Mai* 

» Notre Congrès a reçu la nouvelle que 
quelques habitans de Longifland contrefai*- 
foient les efpeces du Continent, ainfi que le 
papier de MafFachuiret , de Connedicuc & 



ET DE l'Amérique. 12^ 

de NeWyork. Or a envoyé à leur recherche -^ 

un parti de volontaires qui les a pris tous '^11 * 
avec les eTpeces qu'ils avoient frappées , leur ^^^ 
poinçon , leurs inflrumens ^ &c. Ils ont été j^-^^ 
conduits ici où ils font déienus >3. 

3j La plupart des habitans valides de cette 
ville s'étant engages volontairement pour 
travailler deux jours par femaine pendant 
quarante jours aux fortifications , celles du 
Fort Gill, de Noddie Ifland, de la pointe 
de Dorchefter & du Château , font prefque 
achevées ". 

On a appris que rarmée Angloife , ac- 
tuelleme.it raflemblée à Halifax étoit confia 
dérablement diminuée par la défertion. Les 
Soldats quittent leurs drapeaux par douzaines, 
avec armes & bagages. Les gens du pays en 
ont ramené quelques-uns au quartier ; mais on 
ne leur a pas fait fubir d'autre peine que de 
les embarquer fur le champ , & de les empê- 
cher de revenir à terre ». 

Extrait d^une lettre de Halifax dans la nouvzllz ^ 
Ecojfe h ip MaL 

La frégate de guerre le Greyhound , 
Capitaine Dickfon , eft arrivée iciîe i5, de 
Corke, en fix femaines de traverfée^ avec 
neuf bâtimens vivriers fous fon convoi ; 
la Rofe , Capitaine Wallace , a rî)is à la 
voile le même jour. 

Le bâtiment de tranfport VArgo eft arrivé 



t2'4 Affaires de z'Angleteres 
■le 12. Il avoit à bord le Colonel Enoch 



^77y* Markham & trois Compagnies du quarante- 



^^i fixieme répriment. 

j . On eft occupé à lever un régiment qui fera 

appelle les Volontaires Royaux de la Nou-^ 
velle EcofTe, & le Général Howe a rendu 
une proclamation , par laquelle il accorde 
le pardon à tous les déferteurs qui revien- 
dront avant le 24. Juin & s'enrôleront 
dans ce corps. 

On a tenu ici le 10 de ce mois une af- 
femblée particulière de feiîions , pour régler 
le prix des provifions devenues confidéra- 
blement plus rares & plus chères depuis l'ar- 
rivée des troupes. 

Les troupes de la garnifon de Bofton qui 
croient à Halifax , fe font rembarquées le 
.20 Mai. C'eft une mauvaiiTe faifon pour 
faire naviguer des troupes d'Europe : le qua- 
rante-fîxieme régiment a elTuyé des maladies 
aiguës qu'on attribue au climat. 

On aura peine à fe perfuader que le 17 
Mai le Général Clinton , qui étoit débarqué 
au cap Fear , n'étoit pas inftruit de l'éva- 
cuation de Bofton; & qu'il ne l'a apprife 
que par une Gazette d'Amérique. Avant de 
partir d'Halifax le Général Howe lui expé- 
dia un vaifTeau avec ordre de revenir au 
Nord pour le joindret 



ET DE l'Amérique. i^y 



Lettre de la Compagnie de Marchands de la ^11^* 
Havane , autorifés par le Roi d'Efpagne à Mai 
faire la traite des Nègres à la, Jamaïque ^ j^-^j. 
adrejjee au Jieur Ediuard Foorde , Agent de 
cette Compagnie à la Jamaïque ^ datée le t^ 
Mai, ( Cette lettre fut reçue a la Jamaïque 
le 28 Juin. ) 

Il efl: arrivé hier, 18 de ce mois, dans 
ce Port , vingt deux matelots Anglois fai- 
fant partie des équipages des vaifTeaux la 
Lady Juliana ^ Capitaine Stephenfon , le 
Reynolds^ Capitaine Burden , &la Juno» Ca- • 
pitaine Marfam » qui tous trois ont été pris 
^ux environs du port de Matanza , à l'em- 
bouchure du canal de Bahama , par deux 
lloops de Bofton , fi bien équipés de armés , 
à ce que nous ont rapporté les prifonniers > 
xju'ils auroient pu attaquer toutes fortes de 
vaiiTeaux. Ces trois bâtimens avoient ap- 
pareillé de votre Ifle pour Londres & avoienc 
des cargaifons très confidérabks. Leurs équi- 
pages bc leurs paffagers ont été faits prifon- 
niers pour la plus grande partie, & vingt- 
xleux hommes ont été envoyés à terre par 
les Corfaires, parce qu'ils ont mieux aimé 
venir ici que d'aller en Amérique. Les Cor- 
faires croifent toujours, dans le même lieu, 
c'eft à-dire, à l'embouchure même du Canal 
de Bahama ^ de foue (jue tout vaiffeau qui 



12$ Ajfaîbes de xJAnGLEtERÎ^n 

"^"^"~*prendra cette route, tombera rîéceffairement 

■^'7^ • entre leurs mains, parce qu'ils ne peuvent 

f^ être inftruits du danger ; & nous iaififlbns 

Juiru ^^ première occaGon pour vous en avertir, 

/' 

Extrait d'une lettre écrite de Saint Crijlopht 
le tio Mai, Gr adreffée à Dublin. 

Nous éprouvons ici la plus fâcheufe di- 
fette , & les Ifles voifines font dans le même 
cas, depuis que nous ne pouvons tirer au- 
cunes provilions ni de l'Amérique ni de 
l'Irlande , nos terres étant toutes employées 
aux cannes de fucre. Si Dieu ne met une 
prompte fin à nos malheurs» des milliers 
d'Habitans feront ruinés. La iituation de ces 
îles eft vraiement déplorable ; nos magafins 
font fermés faute de commerce , & nous 
n'avons que peu de numéraire : notre 
fubfiflance dépend abfolument des fecour^ 
précaires à& l'Angleterre. Nous fommes for* 
ces d'être les viâLmes d'une querelle à la- 
quelle nous n'avons nulle part. 

L'Amiral Shuldham , qui commande l'ef* 
cadre qui a efcorté le Général Howe à Ha- 
lifax 5 a écrit à la Cour , en date du 20 
Mai, que fes vaid'eaux avoient enlevé vingt- 
quatre bâtimens appartenans aux Américains 
ou à des Etrangers trafiquant avec eux , hor- 
mis ceux que fon efcadre avoit déjà 
précédemment interceptés y ainfi qu'il l'avoit 
«larqué par fa lettre du 2^ Avril , parmi 



ETDBL'AMéRIQUE, I27 
lefquels fe trouvoit le fenaut le Lion, qui 
faifoiî le trajet du Cap François à V lue de 177^* 
Rhode - Ifland avec un chargement d'armes ^^ 
& de munitions de guerre. ,^ 

L'efcadre Américaine, commandée par ' 

îe fieur Hopkins , ayant relâché à la Nou- 
velle Londres pour y prendre des vivres , 
elle y eu bloquée par des vaifieaux du Roi, 
qui prétendent l'empêcher de fortir de ce porc 
& d'inquiéter les bâtimensque la Cour envoie 
€n Amérique. 

Extrait d'une lettre de Bojicn le 20 MaL 

En vertu d'un ordre du Congrès ^ le Co- 
mité général de cette Ville & de la Pro- 
vince a fait mettre en prifon différentes 
perfonnes , pour n'avoir point voulu remettre 
îbus ferment toutes les armes , munitions 
êc équipages qui leur avoient été demandés ^ 
après avoir refufé de (igner une aiTociation 
pour défendre , les armes à la main , les Co- 
lonies-unies contre les entreprifes hoftiiesde 
la flotte & des armées Britanniques. 

Extrak d'une lettre de Harford dans le Con^^ 
n0icut 9 le 20 MaL 

Oîî a découvert , arrêté & émprifonné 
dans le voifinage de Fairfield, un certain 
nombre de Torys qui avoient des intelli- 
gences avec les ennemis de l'Amérique , & 
paï:-là oa a coupé la ligne de corratpon^ 



Mai 

& 

Juin* 



128 Affaires de l'A ngleterre 

7~~dance d'ici à Québec , au n.oyen de la- 
'1 • quelle tous nos mouveniens étoienc connus 
à nos ennemis. 

Le 20 Mai , le vaifTeau VUnité j Capitaine 
Watdle , efl: parti de la Géorgie pour l'An^ 
gleterre. A cette époque tout le fyftême du' 
Gouvernement étoit changé dans cette Pro- 
vince. Le Capitaine Wardle avoit été 
même quelques jours fans favoir s'il au- 
roit la permiiîion de partir. A Ja fin il ob- 
tint cette permifTion ; mais on le força à 
prendre plufieurs paiTagers bannis de la 
Province , & dont les biens venoient d'être 
confifqués. Un des premiers foins du nou- 
veau Gouvernement a été de condamnera 
une forte amende tous ceux qui refuferoient 
de prendre les armes ; & cette amende doit 
être levée tous les mois. 

arrêté de la Ville de JVatertown de la Nou^- 
veUe- Angleterre , pour promouvoir la déclcT" 
ration de l'indépendance. 

Les Francs-tenanciers & les autres Ha- 
bitans de cette Ville fe font aiïemblés le 
20 & ont agité la queftion fuivante. En cas 
que le Congrès, pour la fureté des Colonies, 
fe déclare indépendant du Royaume de la 
Grande-Bretag. , les Habitansde Water-Town 
s'engageront -ils lolemnellement , au rifque 
de leurs vies & de leurs biens ^ à foutenir 

le 



feT DE L^AmÉRIQUE. CXXXV 



•s 



Lettre d'un Banquier de Londres , 
^ M * * * à Anvers. 

De Londres le 12, Décembre 1777;' 

j E VOUS fais mes remerciemens , Mon- 
fîeur , de la prompte connoifTance que vous 
m'avez donnée de l'Arrêt du Confeil d'Etat 
du 7 de ce mois , pour un emprunt de vingt- 
cinq millions par voie de loterie. Indé- 
pendamment du plaifir que^-m'a fait cette opé« 
ration , fous le point de vue de la confiance 
qu'elle trouvera chez l'Etranger, & par con- 
féquent comme devant me fournir d'abon- 
dantes occafions d'tître utile à mes amis & 
à ma nation ; je l'ai admirée encore dans 
fes motifs qui m'ont paru mériter les applau- 
diiïemens de toutes les âmes nobles Rele- 
vées. Qu'il eft fatisfaifant de voir la vraie 
grandeur fe m^anifeiler par les feuls carac- 
tères qui lui foient propres , & d'embrafFei: 
d'un coup d'oeil toute la politique d'une 
nation puifTante dans un feul ade de fa fran- 
chi fe &: de fa fermeté ! 

Deux Souverains , dont les peuples ne fe 
font jamais obfervés avec plus d'anxiété 
qu'aujourd'hui , viennent enfin de s'expli- 
quer hautement fur les objets de leurs plus 
férieufes follicitudes.- Dans le court efpace 



cxxxvj Affaires de l'Angleterre 

de dix-fept jours ils ont appris fuccefîîve- 
ment à l'Europe à quelles réfolutions ils 
sVn tiennent par rapport à leurs vues ref- 
pectives. Le 20 Novembre , le Minif- 
tere Anglois , par l'organe de George 
III, après avoir comme défié l'Univers de 
former aucuns doutes fur fon défir de la 
paix, a donné pour raifon des augmenta- 
tions confidérables qu'il avoit arrêté de faixe 
dans fes forces navales , ceux qu'il ne pou- 
voit fe défendre d'avoir fur les difpofitions 
pacifiques de la France & de i'Efpagne , 
quoiqu'il convînt d'en avoir reçu de: leur 
part des aflurances réitérées. Comme daniles 
conjonBures acluelles , dit-il , les arméniens 
co.NTiNVENT de fc faite dans les ports dz 
France & d'Efpagne^ &c. Par ce mot (a) 
continuent , ie Monarque Britannique nous 
fait entendre qu'il s'étoit flatté vaine- 
ment de faire cefler les armemens ea 
queftion ; & il femble que ce foit l'effet at- 
tendu de la réfolution dans laquelle il fe 
montre, d'augmenter les fiens confidérable- 
ment de fon côté. Mais dans quelle erreur 
Miiord Mansfield , que l'on dit être l'au- 
teur de ce difcours . (e fera-t-il laifié in- 
duire , s'il a pu croire que cette déclaration 



(.t ) Ce mot important ne le trouve point dans toutes 
les traduâions qui ont paru de la Harangue ; mais 
c'eft fûrernent une omiffion de la prellè. Il eil bien 
articulé dans le texte Anglois, * 



E T D E L' fiiU É K I Q U E. CXXXvij 

menaçante juftifieroit aux yeux de l'Europe 
les murmures artificieufement fufcirés en An- 
gleterre contre la conduite des Puifîanœs 
de la Maifon de Bourbon à Fcgard de l'A- 
mérique : s'il s'eft figuré que par là il con^' 
valncroic la France de la duplicité dont plus 
d'un Ecrivain mercenaire de la nation, a 
ofé lui faire l'injufte reproche ? Ces arme* 
mens fe continuant, au rhilieu des prorefta- 
tions d^amitié, & fans que de la parc delà 
Fiance & de l'Efpagne on ofât les avouer , 
l'Angleterre , fans doute eût été fondée.dans 
fes défiances, quelqu'injurieufes qu'elles fûf- 
fent pour l'honneur^des deux Couronnes : 
leur politique prenoit aux yeux du monde 
entier la couleur faufle & terne qui con-r 
vient à l'ambition impuifTante; alors Milord 
North. acquéroit le dioic de s'applaudit 
d'avoir ofé dire dans la. Chambre des Com- 
munes le 20 Novembre , . quen prenant un 
certain ton avec la France ,lorfqu' elle s^exprl- . 
moit (Tune manière équivoque ^ on en obunoit 
des explications convenables* ::.;;.,.,. i. 

Mais le Miniftere Anglois , dansladétrefle 
qu'il éprouve , n'aura point la flérile con- ; 
folatioa de voir (es émules oublier ce qu'.ils . 
doivent à leur nation , ainfi qu'à eux-mêmes. 
Ce fera envain qu'il aura mis dans la bouche! 
de fon Souverain ,$t, que lui-même il aura 
ofé articuler des doutes offenfans fur la fin?- ; 
cérité des puilTances de la Maifon de Bour--,.' 
bon , & que par l'étalage de fes préparatifs 

kij 



cxxxvuj Affaires de l'Angleterrs 
ils aura prétendu les empêcher de continuer 
leurs armemens , ou les forcer de s'avilir 
par une diflimulation que fes motifs rendroient 
doublement honieiiie , puifque la nouvelle 
n'en eft pas plutôt parvenue en France , 
que le Confeil d'Etat du Roi y a publié la 
réfolution où eft Sa M^jefté de co^ttinuer 
encore, les dépenfes de précaution qu^elle avoit 
cru devoir ordonner ^ & qui font relatives aux 
armemens conjidérables que d'autres Puijfances 
fe voyent obligées de faire. Je ne puis point 
vous exprimer , Monfieur , avec quel plaifîr 
j'ai vu ce mot de continuer fi fièrement de'' 
fi fagement relevé dans l'Arrêt du Confeil 
du 7 Décembre. Cet aâ:e de fermeté de la 
part duMiniftère François , m'a rempli d'une 
admiration d'autant plus vive & plus douce, 
que j'y ai reconnu cette candeur & cett® 
dignité , qui mieux que toutes les protefta- 
tions ï garantiflent la fincérité de l'amour de 
la paix. C'eft à préfent qup les Miniftres 
Anglois , s'ils fe connoiflent aux vrais ca- 
radères de la haute politique , doivent être 
alTûrés que la France &rEfpagne n'ont point 
le projet de troubler le repos de l'Europe- 
Ils regretteront , fans douté , d'avoir arraché 
à la France cette déclaration publique fur 
desréfolutions dont elle s'étoit fûrementplus 
d'une fois expliquée en particulier , & qui , 
fans cet éclat , & fi leurs âmes eûiTent été 
moins agitées par les contrariétés du fort , 
eûiTent dû y porter la plus entière convie- 



ÏT d'e l'Amérique, cxxxîx 

tîon. Il nous fera aifé de juger (i ce coup 
de lumière les a réellement frappés , par les 
mefures qu'ils prendront pour l'exécution 
du projet d'augmentation annoncée par le 
Roi. Milord Sandwich a dit le 2 Décem- 
bre , dans la Chambre des Pairs , que le 
premier devoir d'un Chef de l'Amirauté 
étant d'avoir toujours une flotte fupérieure 
à toutes les forces que la France & l'Ef- 
pagne pouvoient mettre à la mer, il avoitfait 
armer en Angleterre , quand il avoit fû qu'on 
armoit en France & en Efpagne ; que les 
armemens de ces deux.Puiflances ayant été 
augmentés , ceux de l'Angleterre l'étoienc 
pareillement ; & que fi ces PuilFances vou- 
loient Continuer à armer , il continueroit aufîi 
de manière à garder toujours la fupériorité 
qu'il croyoit avoir. On lui a démontré que 
pour cela il faudroit qu'il eût dès à préfent 
les 90 valfleaux de ligne dont il venoit de 
convenir, que l'armement prendroit une an- 
née entière , quoiqu'il prétendît en avoir déjà 
54 en état de mettre à la voile. S'il per- 
fifté à laifler la Marine Angloife au degré 
ou elle efl; aujourd'hui , & qui furement ne 
s'élève pas au-deflfus des forces réunies de 
la Maifon de Bourbon , ce fera une preuve 
frappante qu'il renonce à fon projet d'aug- 
mentation proportionelle , quoiqu'il foit dans 
le cas de l'effeétuer depuis que la France 
a publié fi courageufement fa réfolution de 
continuer encore fes dépenfes' de précaution s 

k iij 



cxl Affaires de l'Angleteres 

il fera vifible que le Confeil Britannique 
fe voit forcé dé rendre juflicé aux Bif- 
pofitibns vraiment pacifiques dés cjelix 
Souverains. Voilà quel eft le point de vue', 
Mônfieur , fous lequel je voudrois vous iairè 
énvifager lés débars parlementaires dont vous 
avez pu voir de longues traduâions dans 
la plupart des papiers publics. Leur longueur 
«nuit à l'étude qu'il feroit utile d'en faire. Il 
tioit être plus frudueux de démêlei: les vraies 
intentions des deux partis dans; de courts 
extraits conçus diaprés un objet détermine j 
que dé proniener des regards incertains fur 
'e vague des propos bazardés ou bizarres 
qui remplilTent la plupart de ces dircours. 
Je vais léfiTerrer danS' l'efpace dé quelques 
pages la fubftance d'uri volume de traduc- 
tions , quepeut être vous n'auriez ni letems 
ni le courage de lire dans leur étendue. Je 
laiiTerai de côté les objets qui me paroîffent 
ne tenir nullement au' fond des affaires, 
tels que la difcuillon fur l'effedif aéluel des 
troupes Angloifes en Amérique : celle qui 
a donné Heu aux plus fcandaleux éclats 
concernant les ordres "émanés du Miniftere 
Angloisdans cette guerre & dans les précé- 
dentes pour fe faire urierefFource de l'appétit 
infernal des Sauvages, itqùe Milord Chatham, 
avec un peu plus de bonne foi , auroit pu 
terminer par ce feul mot : » j'ai fait manger 
vos ennemis , & vous faites manger vos frères «. 
Je ne m'étendrai pa3 davantage fur la quef-^ 



ET DE l'AmÉR I que, CXl) 

tîon de la durée de la fufpenfîon de l'Ade 
à^Habeas corpus relativement à l'Amérique» 
ni fur les emprifonnemens des Américains, 
Ce dernier point , eW celui de tous qui m'at- 
tacheroic le plus pour rendre hommage aux 
fentimens humains de Milord Shelburne, 
& à la générofité avec laquelle lui feul a 
daigné parler pour les Etrangers pris en 
Amérique , ou en route pour s'y rendre , 
& qui partagent toutes les horreurs & toute 
la mifere des cachots oà on laifTe périr les 
Américains. Je me permettrois d'obferver 
que l'Angleterre eût inliniment plus gagné 
à les renvoyer chez eux fur leur parole , 
& reconnoiflans d'un bon procédé , qu'à 
leur faire fi cruellement éprouver les bar- 
bares effets de fan refTentiment , efpece de 
martyre qui fait par-tout des milliers de nou- 
veaux profélytes à la caufe Américaine. Il 
eft de fait que l'Amérique compte plus 
d'Etrangers dans fes armées aujourd'hui , que 
Tannée dernière. D'abord , c'étoit l'ennui 
d'un trop long repos, feule maladie que 
redoutent les guerriers ; c étoit le goût do- 
minant des armes qui les pouffoit à cette 
réfoîution. Déformais ils auront une pafîion 
à fatisfaire leur vengeance. Celui qui eut 
cédé au défir d'aller en Amérique, fimple- 
ment pour faire la guerre , y volera pour 
la faire aux Angîoi?^ La querelle lui eft de- 
venue perfonnelle : fon idée s'efl exaltée : 
fonfeu s^eft communiqué ic'eft une croifade 



^xlij Affaires del'Angletehre 

pour l'honneur des militaires de l'Europe 
entière. Il en partira des eflains, de de toutes 
parts, qui feront plus forts par leurs motifs 
encore, que par leur nombre. Il en eût été 
tout autrement fi on eût vu revenir chez 
eux les Officiers pris par les Anglois ^ ne 
japportant de leur campagne que le remords 
d'avoir pu déplaire à une nation généreufe , 
ëc occupés de la craince qu'on ne s'avifât 
de dire à leurs oreilles; il a fait là une belle 
équipée. Ce feul mot, une fois lâché , réfroi- 
diiToit l'ardeur de tous ceux qui eûffent voulu 
s'embarquer dans une pareille entreprife. 
Elle étoit , de ce moment, décriée comme 
téméraire & romanefque; Ô<: l'idée n'en 
feroit plus venue à perfonne, C'étoit un 
moyen tout à la fois adroit & honnête 
d'éteindre dans les; principales parties de 
l'Europe l'ardeur qui s'y étoit manifeflée 
pour cette expédition^ d'outre-mer. Il eft 
manqué fans retour, par une gaucherie im- 
pardonnable , quoique fon efficacité fût plus 
îure que celle des prétendues lettres que 
font circuler certains Miniftres ou Ambafl'a- 
deurs Britanniques , par lefquelles il paroi- 
troit que le Congrès a mécontenté les Of- 
ficiers de marque qui font venus lui offrir 
• leurs fervices : artifice groflier , auquel per- 
ibnnene peut fe laiifer prendre. En effet, le 
JViiniftere de Londres n'a-t- il pas lui-mêmega- 
janti l'aurenticitéde la fameufe lettre de \^as- 
hingtcn du n Septembrej o\x il reconnok 



ET DU L'AMéRIQUB. cxliij 

que le Congrès a les plus grandes obliga- 
tions, à la valeur d^ à l'habileté des Offi- 
ciers érrangers ? Je le répète , l'Angleterre 
eût fait plus fagement en relâchant les pri- 
fonniers Italiens , Polonois , François & 
autres , pour qu'ils pûfïent faire leurs rapports 
eux-mêmes , qu'en leur prêtant une façon de 
penferdémenrie par le fait même de leur éter- 
nelle &duredéientioh, Les Anglois voyagent 
dans tocs les pays, & ils ne connoifTentpas 
les mœurs de ceux qu'ils fréquentent le plus, 
p '^ù l'arme du ridicule a été de tous les tems 
celle qui s'efl: tait le plus redouter , comme 
celle qui pv)rte les coups les plus fenfîbles 
-à i'ame : mens eji quœ. diros fentia ti5lus,ha, 
rduie captivité oii. ils retiennent leurs pri- 
foiiniers étrangers , occupera un rang diftin- 
rgué' fur la longue lifte des fauffes démarches 
.qui "feront reprochées aux Miniftres Anglois, 
'& par lefquelîes ils ont. fi mal commencé 
& conduit cette guerre. :. ' 

Relevé des p^Jfdges les plus remarquables des 
Débats Farlementaires , relativement aux in 
quiétudes de V Angleterre fur ks armemens ig 
la France 8" de fEfpagne» 

Chambre des, Pairs > le 2 . Décembre. 

•île Duc de Rickmond ouvrit l'avis de 
demander au Roi la-communication de divers 
papiers èc états des départemens des Minif- 



cxliv Affaires DE l'Angleterre 

très , pour que la Chambre pût difcuter le 
s. Février avec une parfaite connoiffance 
de caule , la vraie fituation de la Nations & 
ce Seigneur ayant mentionné, dans le nom- 
bre , les états des forces de terre , tant Bri- 
tanniques qu'étrangères, employées au fervice 
de fa Majefté dans l'Amérique Septentrio- 
nale avec les pertes qu'elles ont fouffertes 
dans le cours de ce fervice , fa propofitioa 
fut agréée par la Chambre. 

Le Comte de Chatham obferva qu'on négli- 
geoit quelques-unes despolTeilîons les plus pré- 
cieufes de la Couronne de la Grande Breta- 
gne : qu'il favoit que les importantes garni fons 
de Gibraltar & de Minorqueétoient très-foi- 
blés, quoique ces places fûffentdelajplus grande 
fconféquence pour l'Angleterre. .... »Nous 
n'avons , pour fuivoit-il, pour défendre notre 
propre pays, que vingt vaifleaux de ligne.. 
Quelques perfonnes veulent en compter vingt- 
cinq Mais efi: ce affez pour faire face aux 
forces navales de toute la Maifon de Bourbon > 
On vous avoit dit que nous avions affez de 
vaifleaux pour réfifler à toute attaque ino- 
pinée de la part de ces Puiflances. Mais 
quarante vaifleaux fuffifent-ils f Vous devriez 
avoir trente ou trente cinq vaifleaux de ligne 
dans la Méditerranée , & une flotte formi- 
dable dans les dunes , pour faire face aux 
Hollandois , s'ils venoient à rompre avec 
vous» . • . • . Je demande qu'on nous donne 



ST DB l'Amérique, cxlv 
auflî un érat des garnifons de Gilbraltar & 

/de Minorque. "1 

(Je vous demande , Monfieur , la permif- 
fion de rappeller ici que j'ai porté pareille* 
menr à trente vaifTeaux la force des efcadres 
que l'Angleterre , en guerre avec la Maifon 
de Bourbon, feroit obligée d'entretenir dans 
la Méditerranée , je me réfère à ma lettre 
du 1 2 Juin dernier , N^ XXIV ). 

Le Lord Sandwich, ... » Il y a maintenant 
vingt cinq vaifleaux de ligne complètement 
équipés , & déjà onze de ce nombre en 
mer; trente-cinq font tous prêts à faire voile, 
fept autres peuvent appareiller en très- 
peu de tems .... Nous n'avons pas befoin 
d'une efcadre dans les dunes , puifque nous 
ne devons rien craindre de la Hollande 
qui eft intéreffee à être l'amie de l'Angleterre 
& qui ne peut ni ne veut nous nuire. [J'inn 
terromperai ici , Mylord Sandwich par une 
courte obfervatipn , fur la fécurité qu'il mon- 
tre par rapport aux Hollandois.- S^ils font 
foupçonnés d'^ffi/ler les Américains dan» 
leur rébellion , l'Angleterre a d'autant plus 
de fujet de fe mettre en garde contre eux, 
qu'ils font liés envers elle par les traités, à deS/ 
i obligations de diverfes natures qui n'aflrei- 
gnent pas également les autres Puiffances. 
Uaâte de navigation , les a eu principalement 
en vue, en interdifant à TAmérique toute 
correfpondance avec les PuifTances de l'Eu* 



îcxlvj Affaires del^Angieterre 

Tope. Ils ont feuls obtenu , par un traité; 
le droit de pêcher fur les côtes' d'Angleterre. 
Les Anglois ont celui de vifiter tous leurs 
yaiiïeaux dans les Indes Occidentales , fans 
qu'ils puifTent s'en plaindre. Enfin ils font 
^enus à fournir des fecours en troupes & en 
vailTeaux en Angleterre dans les cas d'inva- 
fîon & de rébellion. Les fujets de plaintes 
que la France & l'Efpagne ont été injufte- 
ment fo.upçonnés d'avoir donnés à l'Angle- 
terre dans l'affaire préfente, font certaine- 
ment beaucoup moins graves, que de la part 
d'un état qui lui eft attaché par d'aufïl 
étroites obligations.] Nous ferions fortemba- 
raffés s'il nous falloit avoir dans la Méditer-, 
ianée vingt - cinq vailTeaux; nous n'y en 
^vons jamais eu autant pendant la dernierq 
guerre .ni depuis"^ le tems de Mathews 5c 
Leftock. Une efcadre auffi confidérable étbit 
fiéceffaire alors à caufô de la guerre d'Italie.^ 
A l'égard de la Maifon de Bourbon je ne 
fâche pas qu'elle ait.ri^n entrepris de nou- 
veau. '-Si' lie Lord Chatham croit que la, 
France foit fur le point. d!é^ nous déclarée 
la guerrèr je" puis le ràfturër.en lui annon- 
çant que nos forces navales font en ëtat,de 
réfifter à cette Puifl'ance. Mais eft- il à prOr-' 
pos de jetter la natioTi dans des dépenfe? 
extraordinaires pour des appréhenfions chi- 
mériques ? D'ailleurs il ne' faudrôit qu'une 
année pour augmenter notre marine àe 



Et D E l'A m é r I q u e; cxlvlj 

tînquante à quatre - vingt - dix vaifleaux de 
ligne. . k 

Le Lord Toirnshend ^ pour lever tous les 
doutes fur l'état de Gibraltar & de Minor- 
que , rendit compte des grandes augmenta- 
tions qui avoient été faites dans les ouvrages 
de ces deux fortereffes 

Le Marquis de Rockingham fit à ce fujet 
cette obfervation : » On n'a point répondu 
comme il convenoit aux obfervations du 
Lord Chatliam. Il a prétendu que l'état de 
foiblefle de Gibraltar provenoit du petit 
nombre de troupes qui le défendoient. On 
s'eft contenté de dire que plusieurs nouveaux: 
ouvrages avoient été ajoutés aux fortifica- 
tions. Mais cette réponfe, loin de détruire 
l'obiedion , ne fait que lui prêter une nou- 
velle force ; car plus il y a d'ouvrages dans 
une place , plus la garnifon enjdôit être forte. 
Pour la fureté de Gibraltar, il faudroit & plus 
de fortifications & un plus grand nombre 
de troupes • 

Le Duc de Richmond ajouta à fa motion 
la demande d'un état des troupes , tant 
Etrangères que Britanniques employées dans 
les garnifons de Gibraltar & de Minorque. • • •; 
» J'ai toujours , dit-il , montré beaucoup 
d'empreflement à accufer les Miniftres toutes 
les fois qu'ils ont paru vouloir refufer de 
doniier à cette Chambre les informations 
qu'on leur demandoit; mais aujourd'hui je 
leur fait mes très-Cnceresremercimensfur ce 



cxlvilj Affaires de l'Angleterre 

qu'ils ont acquiefcé volontiers à mes pro- 
^ pofitions qui ne tendent qu'à nous faire 

' obtenir ce que nous defirons tous , la paix 

I , avec l'Amérique. 

^ J'efpere que les papiers qui feront pro- 

duits , & que les informations qu'on va pren- 
dre fur l'état où fe trouve la nation , ouvri- 
ront les yeux du miniftere & de tout le 
royaume , & nous engageront à nous occu- 
per férieufement du foin de former une 
grande alliance avec l'Amérique dont l'af- 
fiftancé & la réunion nous mettront en état 
4e braver tous les pades de l'Europe. C'eft 
bien à jufte titre qu'on pourra donner à 
cette alliance le nom de PaBe de Famille. 

Le Duc de Bolton demanda qu'on mît 
fous les yeux de la Chambre un état des 
vaiffeaux en état de préparation pour le 
fervice , préfumant que le Lord Sandwich 
ne le refuferoit pas. 

Le Lord Sândirichs^Qn àékndk , attendu 
qu'il n'étoit pas convenable d'informer les 
Etrangers de tous les détails des chantiers 
Anglois; & il dit qu'il efpéroit que le Duc 
dé Bolton ne perfifteroit pas dans fa de- 
mande. 

Le Dtîc de Bolton adhéra à cette opinion. 
9> Il fe permit feulement cette obfervation. 
Le Lord Sandwich nous avoit déclaré que 
fi la marine étoit dans un état de foiblelTe 
il ne l'annoncerpit pas publiquement. :Jô? 
crois en ponféquence devoir retirer ma 



BT DE L* Amérique, cxlk 
propofitlon , car je regarde notre marine , 
non pas comme formidable , mais comme 
très-tbible, s'ileft vrai, comme nous venons de 
l'entendre de la bouche de ce Lord, qu'en 
cas de guerre avec la France , nous ne 
pourrions équiper une année que quatre- 
vingt dix vaifleaux de ligne , tandis qu'il 
nous en faudroit cent cinquante. 

Chambre des Communes j 2 Décembre* 

M, Fox , après avoir demandé les mêmes 
communications de papiers & d'états que 
le Duc de Richmond dans la Chambre des 
Pairs, attaqua ainfi le Lord Germaine : il 
n'y a pas une feule promefle » dit-il , une 
feule mefure , une feule prédi<5lion ou fpé- 
culation dans laquelle ce Miniftre ne fe (bit 
trompé» Il femble que le fort l'ait ainfi ar- 
rêté. Ce MiniRre n'a répondu à toutes les 
attaques de fes Antagoniftes que par ces 
roots : il faut tirer du fang : on auroit du tirer 
plus de fan^ i nous n^ avons pas encore ajfe^ de 
fc^g* Je le compare au Dodeur Sangrado 
dont les malades mouroient toas les jours 
entre fes mains pour être trop faigués , & 
auquel un de fes amis confeilla de ne plus 
tant faire ufage de la faignée. Non certes^ 
répartit Sangrado , f ai fait un livre pour 
prouver- V efficacité de la faignée dans tous les 
cas ; 6* Jr , aujourd'hui , je quittois cette me- 
thode , je fer ois obligé d"* abandonner mon livrer 
Non, quand toute la Ville devroit' ^érir [oiis 



ma lancette , il faut que je perfijh à foutenir 
les principes que j'ai aisances dans mon oui/rage «4 

Le Gouverneur Foîvnal condamna la coa- 
'duite de l'Amérique, mais il dit que les 
mefuires de coercition étoient impraticables: 
que tout ce qui reftoit à taire aujourd'hui , 
c'étoit de reconnoître Findépendance de ' 
l'Amérique , &: que ce que Ton devoit fou- 
haiter le plus ardemment étoit une union 
fondée fur des traités , une communication 
& une réciprocité d'mcérêts telle qu'il e'n 
exifte entre deux Etats Souveirains, 

Le Lord George Germaine ^ dans, fa ré- 
ponfe à M. Fox , convint qu'il y avoit peu 
de fuccès , ou plutôt qu'il n'y en avoit point 
à; attendre tant que l'Amérique rerteroit 
unie ôc qu'elle perfifteroit dans fa réfiftance. 
D'ailleurs, dit-il, quelque confidérabies que 
foient le pouvoir , la force & les reflburces 
de l'Angleterre , elle n'en a pas afiez pour 
rompre les projets de l'Amérique...., Il 
prétendit qu'on n'avoit échoué ou plutôt 
qu'on n'avoit manqué de réudir , que parce 
que le Miniflere n'avoit pas été informé 
comme il convenoir. Il affura que tout ce 
qu'il avoit avancé en diiïerences fois 9 fur 
les chofes de fait comme fur les chofes 
polfibles , étoit ftridement vrai , relative- 
ment aux avis qu'il avoit reçus , & que s'il 
avoit été mal informé , il n'y avoit point de 
fa faute. ..••. Le Lord Germaine conclue , 
fon difcours d'une manière fort étrange»' 

car 



E T D E l'A m É R I q u e» ^ clj 

car quoiqu'il convînt que la conquête de 
l'Amérique fût impoflible , il fe déclara contre 
la négociation, & il dit que fi l'Amérique 
devoit être regardée comme toute autre 
chofe qu'un Etat dépendant , il aimeroic 
mieux déclarer indépendantes les Colonies , 
que de traiter avec elles ou de leur per- 
mettre de prefcrire des conditions. 

Le 3 Décembre. 

Le Lord George Germaine.. .••. . pria 
la Chambre de ne point fe prefTer de blâmer 
la conduite du Général Burgoyne. 33 Car , 
dit ce Lord , qu'elle qu'ait été l'iflue de 
cette affaire , c'eft moi qui en fuis feul ref- 
ponfable. L'expédition a été fagement con- 
certée , & j'ai tout lieu de croire qu'elle a 

été habilement exécutée. Je fuil prêc 

à me foumettre à toutes les informations 
qu'il plaira à la Chambre de prendre fut 
ma conduite. .....& je fuis bien fur d'être 

en état de prouver, à la fatisfadion de la 
Chambre , que relativement aux nouvelles 
que j'ai reçues ici , l'expédition , dans fon 
lapport avec les autres opérations concertées , 
auroit certainement réufÏÏ , fi ces nouvelles 
eûflent été conformes au véritable état des 
chofes dans le pays «. 

M. James Luttrell parla beaucoup de la 
très-critique & très- alarmante fituation de 
l'Angleterre , de la perte inévitable de l'A- 
mérique , & de ce qu'il en regardoit comme 



cîij Affaires de l'Atngleterre 
la conféquence , la probabilité d'une rupture 
immédiate avec les forces unies de toute;js 
les branches de la Maifon de Bourbon. 

M. Burke 3> Que répond à tout 

cela le Lord Germaine ? Le Ge^eVû/ ^ dit-il, 
a fait [on devoir. Il s'eji trouvé dans une po- 
fîtion où toute réjijîance devenoit inutile* Mais 
il ne mérite aucun reproche* Toute la faute doit 
retomber Jur moi. Certainement le Lord Ger- 
maine , iorfqu'il s'eft ainfî aventuré , auroit 
dû aller aufli un peu plus loin , & nous com- 
muniquer les inftrudtions en vertu defquelles 
le Général a agi. ..... Si , comme Re- 

préfentans du Peuple , il efl: de notre devoiï 
de prendre des informations fur la conduite 
de nos Officiers & Commandans de terre 
& de. mer ; s'il eft vrai qu'ils aient été bat- 
tus, % fi les Miniftres prennent tout le 
blâme fur eux Se paroiffent répondre de tout, 
pourquoi ne nous fournit - on pas les moyens 
qui peuvent nous mettre en état de juger? 

Le Lord Nortk 3> Comm-e M. Fox 

a dit que jetois le p^rmer des torts du Lord 
Germaine , s'il y en a eu à donner de pareilles 
inftrùélions , je fuis prêt à être auffi \q partner 
des conféquences qui en réfulteroient 

M. Fox demanda les inftruétions don née 
par le Secrétaire d'Etat pour les Colonies 
au Général Burgoyne. Cette propofition 
fit naître un nouveau débat , qui dura juf- 
qu'à minuit & un quart, ocelle fut rejettée 
fans aller aux voix. 



ET DE L'AMéRîQUE. cîî!) 

Ledifcoursdu Lord Germaine avoir frappé 
îa Chambre d'étonnement , 6c à l'air ftupé- 
fait de chacun des Membres , on eût cru 
voir la contenance des 6'énateurs Romains 
lorfqu'on vint annoncer au Sénat la défaite 
de Cannes. 

Après quelques inftans de (ilence, le Co- 
lonel Barré prononça un difcouri^ plein d'in- 
dignation &- de mépris contre le Secréiaire- 
d'Etat. 

M. Burke remercia les Membres , qui 
avoient parlé avant lui , de lui avoir donné 
le tems de fe remettre du trouble où l'avoit 
jette la nouvelle donnée à la Chambre par 
le Lord Germaine. Puis il continua ainfi : 
» toute une armée forcée de mettre bas les 
armes & de recevoir la loi de fes ennemis! 
C'eft un événement fi nouveau , que je douté 
qu'on en trouve un fécond exemple dans les 
Annales de tous les tems. L'effronterie avec la- 
quelle cette nouvelle a été annoncée, n'ex- 
cite pas moins de furprife que d'indigna- 
tion. L'ignorance a conduit toutes les opé- 
rations qui ont été faites pendant le cours 
de cette expédition ; mais cette ignorance 
appartient au Miniflre du département d'A- 
mérique^ & ne doit point être imputée au 
Général Burgoyne ^ dont la bonne conduite 
la bravoure Ôc l'habileté , ne peuvent pas 
même être révoquées en doute. Le Lord Ger- 
maine dira peut-être pour fe juftifier qu'il 
n'a pas été informé comme il convenoic , 



t:Yrv Affaires del'àngletepvRE 

& que les nouvelles qu'il a reçues l'ont 
jette dans l'erreur ; mais la Chambre croira- 
t-elle qu'une pareille excufe puilTe diminuer 
ia faute ? Una faute qui entraîne après elle 
les fuites les plus funeftes pour l'honneur 
èc les intérêts de la Nation ! Le Lord Ger- 
maine dit : Jz quelquun a tort* Comment? 
fi quelqu'un a tort ? Quai 1 lorfqu'une ar- 
mée entière eft réduite à la néceflité de 
mettre bas les armes & de fe rendre pri- ' 
fonniere de guerre , on pourroit douter fi 
quelqu'un a tort? Quan-t au Général èc à 
fes troupes , je fuis perfuadé qu'on ne peut 
rien leur reprocher , & que tout le blâme 
doit retomber fur le Miniftre , dont l'igno- 
.rance fert plutôt à prouver fon crime qu'à 
le diminuer. Les Américains ont toujours 
été repréfentés comme des poltrons; mais 
rien n'efl: plus faux: j'en appelle à la con- 
duite de Gates à l'égard du Général Bur- 
goyne , 3c je la regarde comme une preuve 
^authentique de la bravoure Américaine. 
Notre armée étoit entièrement à la difpofi- 
tion des Américains; nous avions excité les 
Sauvages à les malTacrer , eux , leurs femmes 
& leurs enfans , de cependant ces mêmes 
américains ont pouffé la générofité jufqu'à 
donner à nos troupes la liberté de fe re- 
tirer . à condition qu'ils ne porteroient ja- 
mais les armes contre l'Amérique Septen- 
trionale. 

M, le Solliciteur général a répliqué ainfi 



E T D E l'A m é R T Q U E, cW 

i M. Burke : « On ne peut difconvenir que 
la reddition de notre armce ne Toit un grand 
malhear ; mais il ne faut pas en conclure que 
nos affaires foient défefperces. Nous avons 
reçu des échecs , cependant le courage na- 
tional nous a toujours rendus fupérieurs à 
nos difgraces. Un nouvel effort nous tirera 
infailliblement du danger où nous nous 
trouvons aujourd'hui. Les Angiois ont tou- 
jours montré de l'héroïfme dans l'adverfité , 
êc un triomphe alTuré doit être la fuite & le 
prix^de cette fermeté.. Je defire donc qu'on 
ne perde point courage. Plus d'une fois nous 
avons éprouvé de grandes difgraces dons 
nous avons tiré des avantages confidérabîesi 
A Brihuega s le Général Sranhope fut. con- 
traint de mettre, bas leS' armes & de fe ren- 
dre prlfonnier de «guerre avec fon armée , 
& cependant ce revers ne fervit qu'à donnes 
plus d*ardeur à la nation, qui bientdt fut 
réparé fa honte »♦ 

, M. Fox parla enfuite pour juftlfier Mi 
Burke au fujet de quelques exprefîions qui 
avoient échappé à M. le Solliciteur général ,. 
& pour menacer le Lord George Germaine 
de faire informer contre lui* 

Chambre, des- Pairs , 5 Déiremhre^ 

Le Duc de Richmond demanda qu'il fût 
préfenté une adrefTe au Roi , pour le fupplier 
de faire mettre fous les yeux de la Chambra 
une copie de^ réfolutions des divers-^Gonfeila. 

I iij. 



clvj AFFAIRES DE l'Angleterre 

de guerre afleniblés pour les Officiers fervans 
en Amérique, depuis ie premier Avril 1774^ 
jufqu'à la date des dernières dépêches reçues 
au Bureau de la Guerre. •••••• 

Le Lord Chatham appuyant cette motion , 
obferva que comme l'accident de Burgoyne 
devoit être imputé à ceux qui avoient donné 
Je plan de l'expédition ; il étoit du devoir 
des Miniftres , non-feulement de ne point 
niai recevoir FOfficier prifonnier lors de fon 
ïetxjur en Angleterre , mais encore de le 
traiter d'une manière encourageante. Dans 
le cours de mon Miniftere , ajouta-tril , j'ai vu 
de femblables défaftres ; & après m'être con- 
vaincu qu'il n'y avoit point de la faute des 
Officiers , j'ai toujours été le premier à leur 

donner appui 3c pcotedion Il conclut 

^, ce qu'il fût pafFé un Bill pour rappeller 
de l'Amérique jufqu'au dernier Soldat ^, . . . 

Le Lord Littleton co^iabattit vivemlnt les 
propositions du Lord Chathaiîî. Il fit voir 
cambien étoit abfurde celle de retire^: les 
troupes Britanniques des Colonies Rebelles , 
comme un préliminaire à la négociation & 
à la paix. » Bien loin j dit-il », qu'il produifît 
l'effet qu'on s'en promet , je fuis perfuadé 
que les Américains fe moqueroient de nous ; 
comment efpcrerôit - on qa'ils fe foumiflent 
à. notre ade de navigation après que nous 
leur aurons appris nous mêmes que nous 
n'avons pas la force de les contraindre f— 
J'ai entendu le Lord Chatham dire , que fi 



ET DE l'Amérique. clvi) 
les Américains perfiftoient dans leur projet 
d'indépendance , après le rappel » de nos 
troupes, il feroic le premier à fe déclarer con- 
tr'eux 3>. Que peur (ignifier un tel difcours, 
fjnon un. aveu de i'inipofllbilité de les fou- 
metcre en évacuant les poftes dont nous 
nous fommes emparés & qu'il feroit peut-être 
împollible de jamais reprendre? — Si on les 
laifibit ainfi les maîtres de fuivre leur plan , 
.non-feulement ils feroient indépendans de 
la Métropole , mais dans vingt ans d'ici , & 
lorfqu'ils auroient monté leur marine , l'Em- 
pire de l'Amériquedeyiç,ndï.Qk,uaePuifrance 
du premier ordre. •...'' ;;- /^ ■■/:', 

ao Vouloir abandonner le projet de foumet- 
trc l'Amérique , parce que nous avons reçu 
un échec ; c'eft une: idée qui ne peut man- 
quer de déplaire infiniment à la nation An- 
Igloife? Que penfera la Maifon de Bourbon 
d'une pareille pufillanimité ? N'en conclura-t- 
eîle pas que nous fommes une nation énervée, 
& que c'eft pour elle le moment favorable 
de nous faire éprouver Jes effets de fa ven- 
geance ? 

Le Lord Sufolk obferva qu'il falloit atten • 
dre la confirmation de l'événement du Géné- 
ral Burgoyne, avant de procéder à renquête 
demandée, & que d'ailleurs il y avoit un 
fi grand nombre de lettres Se de papiers à 
examiner , qu'il feroit impoflible de faire 
a,â;uellement cette enquête, quand bien même. 
on feroit convaincu de fa nécielîité* 



clvlij Affaires de l'Angleterre 

Le Lord Shelburne apprit àla Chambre que le 
bruit courroit que l'Amérique avoit réfolii 
de remettre fous la protediori de la France 
ôc de l'Efpagne. « J'efpere cependant, a t il 
ajouté, que cette' nouvelle efl: fauffe ; mais de 
toute manière l'Amérique eft irrévocablement 
perdue pour nous. La Maifon de Bourbon 
n'a plus à préfent autre chofe à faire qu'à 
mettre en mer fes efcadres pour prendre 
poiTeiTionde tous nos territoires dans l'Amé- 
rique & dans fes Ifles. Les Grandes-Indes 
auront bientôt le même fort. Je ne doute 
point que nous ne puiiîions défendre les deux 
petites Ifles de la Grande-Bretagne &tde 
l'Irlande, d'une manière qui étonnera toute 
l'Europe ; mais quel en fera le fruits' Nous 
n'en ferons pas moins un peuple mort & 
\rayé du nombre des PuilTances de la terre. 
Quant aux relations de la Gazette de la Cour, 
j'y crois moins que jamais , depuis que je vois," 
par des rapports inconteftables^ qu'un batail- 
lon de Grenadiers Heflais, l'élite des troupes 
Allemandes, avec vingt-deux Officiers , a 
été taillé en pièces devant un fort défendu 
par 600 Américains , fans que la Gazette 
en queftion ait dit un mot de cette nouvelle. 
Myloid Shelburne ajouta qu'il avoit lieu de 
croire que la France favoit depuis long-tems 
le défaftre du Général Burgoygne. 

[ Il ne fera pas difficile de perfuader à 
ce Lord & à fon parti , que le Drame Burlef- 
quc de Marroco , joué à Fontainebleau le 



E T D E l'A m é r r q u g; dix 

13 Novembre , étoit une repréfentation 
voilée de cet étrange 3c burlefque événe- 
ment. 

Le Lord Cardijf(^ls du Comte de Bute) 
cft convenu que les Américains n'avoient 
befoin que d'Officiers pour devenir des enne- 
mis formidables. La France, a-t-il dit, leur 
en a fourni , & Dieu feul fait ce qu'il en 
refultera» ] 

La France s'eft conduite de la manière 
la plus perfide en donnant du fecours à 
l'Amérique. Si les Ports de ce Royaume 
n'avoient point été ouverts aux Corfaires 
Américains , l'Amérique n'auroit pas été 
en état de pourfuivre avec tant de vigueuc 
fes hoftilités contre nous. Le tems approche 
où il fera nécelfaire de nous venger de ces 
infultes,,.. Il finit par dire qu'il ne feroît 
pas à propos dans le moment aduel , de mettre 
les inJîru5îions fous les yeux de la Chambre, 

Chambre des Communes y le 10 Décembre* 

M, Wilhs propofa la révocation de tous 
les ades palTés relativement à rAmériqué 
depuis l'année 176 ^\ Il s'étendit fur le Bill 
déclaratoire , & il fit' voir que ce Bill étoit 
le principe des aéles coercitifs qui l'avoient 
fuivi. Que rien n'étoit plus abfurde & plus 
inconféquent que de chercher à feréconcilier 
avec les Américains fans faire connoître au- 
paravant qu'on étoit porté à faprifier tout 
ce qui pouvoir s'oppofec au xétabliffemenc 



clx. Afp.airesdel'Angleterrh 

de la paix , puilque les Colonies avoient 
déclaré que cet ade étoit la définition la plus 
précife & la plus complette de la fervicude. 
Il finit par demander la révocation de toutes 
les autres loix coname provenant du même 
efprit 6: du même principe de tyrannie. 

Le Lord Beauchamp prix la défenfe de 
ces aéles parlementaires , en obfervant que 
la Grande-Bretagne avoir été oblig^ç^ dç 
donner une aÇertion déclaratoire de Tes 
anciens droits confiilans dans la fupréni^tie 
de la légifîation , & la dépendance & hùihov- 
dinatiqn civiles de fes Colonies. Ce Lord 
ajouta que fi quelque propofition de la nature 
de celle de M^ Wiikes pouvoit devenir nécet 
faire, ce n'écoic point là le moment de 
traiter cette queftion: que par conféquei^t il 
'demandoit qu'il fût préalablerpent décidéj, fi 
dans le moment aéluel il convenoit de déli- 
bérer fur la motion de M. Wilkes. 

Le Lord Nonh déclara qu'il étoic de l'avis 
du Lord Beauchamp. , . . s» S'il faut en croire 
les Américains, dit-il, fade de navigation Se 
tous les autres ades , portant reftridio^ ; 
doivent difparoître devant leurs extravagant 
tes prétentions »...• .Je. rie défefpere pas 
encore de gagner l'Amérique : je me fiatte 
. que j'aurai affez de forces d^ns le cour§ de 
la campagne prochaine pour pouvoir offrir 
des conditions qui ne nous feront point déro- 
ger à notre dignité, & que l'Amérique fera 
contrainte d^accepter, lî ne convient donc 



ET DE L'AlttéRIQUE. clxj 

pas de s'occuper dans ce momenr-cl de la 
morion de M. Wilkes ; & je prie la Chambre 
de fufpendre Ton jugement jufqu'à ce que 
la campagne foie finie , ou jufqu'à ce que 
nous ayons eu des nouvelles & des avis au- 
thentiques d'après lefquels nous puiffions 
régler nos délibérations. 

M. Fox, . • , 3> Nous avons été malheureux 
prelqu'en tout ; mais à entendre Mylord 
North, il paroît que nous n'avons pas encore 

éprouvé allez de difgraces 33 

, A fept heures , la propofition préalable 
du Lord Beauchamp pafTa à la pluralité de 
cent-feize voix contre dix. 

Le Lord Beauchamp propofa audi - tôt 
d'ajourner la Chambre au 20 Janvier pro- 
chain. 

M. T. Ton^nshend s^y oppofa fortement, 
èc foutint que , dans les circonftances ac- 
tuelles les ajpurnemens dévoient être extrê- 
çEiement courts ^Ôc^ s'il étoit poflible , d*un 
jour à l'autre. 

^ Le Lord Beauchamp répondit que jufqu'au 
^O Janvier il ne pouvoit rien arriver d'une 
Rature affez extraordinaire ou aflez preflee 
pour qu'on fût obligé de recourir fur le 
champ à l'avis du Parlement. 

M. Covemry parla vivement contre la 
propofition. » Il efl; bien fingulier ^ dit-il » 
que dans un tems de guerre civile , qui eft 
de toutes les guerres la plu3 déplorable , 
§f q^u'à la yeiUe à^m% rupture ^yex; toutes 



cîxîj Affaires de l'Angleterks 
les branches de la Maifon de Bourbon , notre 
ennemie invétérée , on- n'ait pas tenu le Par- 
lement aHemblé plus de vingt jours avant 
de l'ajourner pour fîx femaines ozr, 

M, Burh propofa de modifier la motiorr 
en fupprimant le 20 Janvier » & en y fubf- 
îituant à huitaine. Puis il ajouta : » je m'ap- 
perçois que le Lord North veut abfolument 
garder fa place , quelque chofe qu'il arrive i 
éc que Tes. batteries font toutes dreffées, foie 
que la Chambre fe détermine à continuer la 
guerre , foit qu'elle veuille entrer en négo- 
ciation. Mais malgré toute fa foupleffe 5 com- 
ment peut il fe flatter que l'Amérique veuille 
jamais traiter avec lui ou avec quelqu'u^n de 
ies Collègues ? Quand même l'Amérique 
feroit difpofée à négocier, quand même le 
Lord Nartlv & fes amis feroient tout prêts 
à facrifier & à céder ce qu'on- appelle le droic 
& la fuprême autorité de l'Angleterre ; je 
doute fort qùe.là négociation pût avoir aucun 
fuccès entre leurs mains. 
^Flufîëu-rs'aùî-rés Membres eu pa^ti de l'op- 
pofitîon alléguèrent qu'entre le 20 Janvier 
& le 2 Février il y auT-oit trop peu de tems 
pour examiner les papiers qui dévoient être 
lemis au Parlement : qu'il eût autant valu 
. ne les pas demander ; que d'ailleurs il y avoic 
d'autres papiers encore que la Chambre de- 
fireroit de voir ;& qu'elle avoit d'autres pro- 
pohtions importantes à faive, ce qui ne pou- 
voit pass'effeéluei fi l'ajournement avait iieu^ 



ET DE l'Amer t QUE, cixiij 
Ils obferverenc aullî que dans le cas de quel- 
tjue nouvelle fâcheufe de l'Amérique ou 
d'une rupture imprévue avec la France, ie 
Roi pouvoit avoir befoin de l'avis de Ton 
Parlement, dont les Membres feroient pour 
lors difperfés, & la plupart à la campagne 
pour y pafler les fêtes. 

Le Lord North répondit^ que toutes les 
affaires ordinaires étoient plus avancées que 
l'année dernière à pareil tems, & qu'à moins 
de quelqu'événement inopiné, elles feroienc 
finies beaucoup plutôt. Il ajouta relativement 
à l'Amérique , » je ne crains point qu'il fur- 
vienne quelque événement qui exige l'aflif- 
tance du Parlement dans le cours du peu 
de femaines que nous ferons féparés. Je ne 
crois pas non plus que la France ou l'Ef- 
pagne aient la moindre intention de nous 
molefter ; au furplus je me tiens fur wes 
gardes & je ferai préparé à tout, pendant la 
vacance du Parlement , comme s'il étoit 
évedivement afTemblé. Quant aux papiers 
qu^il faut examiner, je fuis bien fur que cette 
opération n'exige pas autant de tems que 
quelques perfonnes fe l'imaginent ». 

M, Fox infifta fur les intentions peu paci- 
fiques de la Maifon de Bourbon : il prétendit 
qu'elle n'attendoit qu'une occafion favora- 
ble pour fe déclarer, & qu'elle ne manque- 
rolt pas de l'avoir dans les premières nou- 
velles fâcheufes qui arriveroient d'Amérique. 

M. Lunrdl opina qu'il falloit bien avoir 



clxiv Affaires DE l'Angleterre 

le tems de fe livrer aux plaifirs domeftiques 
de la faifon, & manger à Joifir ^^les pâtés & 
le Pudding de Noël , & que cette confidéra- 
tion l'emportoit fur toute autre dans l'ajour- 
nement du Parlement, 

Le Lord North répondit qu'il n'avoît pas 
un appétit épicurien à contenter; que l'état 
âe la nation demandoit la plus férieufe con- 
fidération ; & qu'il lui faudroit beaucoup de 
tems pour préparer les papiers. Il continua 
en ces termes : » fi d'après des informations 
bien fûres je vois que la nation ne foit point en 
état de faire face aux dépenfes néceffaires pour 
la continuation de la guerre , je ne ferai 
point difficulté de faire aux Provinciaux quel- 
ques propofitions de paix , fauf toujours la 
dignité de la nation , pourvu que la Chambre 
m'autorife à cette démarche , & que pa£ 
cônféquent je ne puilTe point en être rendu 
refponfable. 

A dix heures la queflion pour l'ajourne- 
ment fut mile aux voix , & elle paffa par 
une majorité de 87 voix. Il y en eut 155"^ 
pour, éc 68 contre. ^ . 

En conféquence la Chambre fut ajournée 
au 20 Janvier 1778. 

Chambre des Pairs y le 11 Décembre» 

Il fut fait une motion d'ajournement juf- 
qu'au Mardi ao Janvier, qui fut combattue 
par le Lord Abingdon, Ce Lord ajouta que 
l'on avoit réglé les objets politiques, mais 



ET DE lA m É R I Q 17 E. cIxV 

que puifque la Chambre avoit donné fes 
foins aux affaires, il faiïoit auflî qu'elle s'oc- 
cupât des devoirs de l'humanité. On y a 
manqué pourfuivi t-il fur plufieurs points à 
l'égard des prifonniers Américains. Il en eft 
un entre autres qui porte le caractère de la 
plus horrible cruauté. Un préjugé religieux 
donne aux Américains une averfion invinci- 
ble pourla pratique de Tmoculation. Cepen- 
dant on n'a pas héfité de mettre cinq pri* 
fonniers Américains dans la chambre même 
oii une perfonne avoir' été inoculée. C'eO: 

un procédé affreux & révoltant , . 

Il finit par demander qu'il fût préfenté une 
adreffe au Roi pour le prier de faire mettre 
fous les yeux de la Chambre des copies 
de toutes les inftruélions données aux diffé- 
rens Geôliers , relativement à la détention 
des prifonniers Américains ; & aulîi dès états 
du nombre de ceux qui font aduellement 
en prifon & de ceux qui y font morts. 

La motion d'ajournement ayant été retirée; 
celle du Lord Abingdon a paffé d*une voix 
unanime". 

La motion pour l'ajournement fut alors 
renouvellée & combattue par le Lord Cha- 
tham, qui défaprouvahautement que l'on pen- 
fât à fe féparer dans des circonfiancés au{îî 
critiques. Il s'éleva avec beaucoup de 
chaleur contre Fitifouciance des Miniftres , 
relativement à l'état de la Métropole entiè- 
rement- dépourvue de défenfeurs. » Comme 



clxvj Apfairesdel'Angletekre 
rAmérique, dit- il , a épuifé l'Angleterre de 
fes troupes réglées , il eft néceflaire de les 
remplacer par la Milice. La guerre d'Amé- 
lique exigera de nouveaux renforts d'hommes 
qu'il nous fera impolîible de lever dans les 
trois royaumes. Delà les bruits qui fe font 
répandus quq nous nous adrefferions pour cec 
objet, à des PuifTances Etrangères. Mais 
quelles font celles qui nous fourniront des 
Troupes ? Quelques perfonnes ont parlé du 
Dannemarck Ôc de je ne fais quels autres 
pays ( c'eft ainfi que ce Lord ofa défigner 
le va/le & puifTant Empire de Ruflie), Ce- 
pendant il faudra envoyer en Amérique des 
renforts confidérables. L'Angleterre eft déjà 
tellement épuifée qu'elle manque abfolument 
de troupes réglées. 

Quant à fa Marine , dans quel état eft- 
elle ? Malgré toutes les vanteries du premier 
Lord de l'Amirauté , fommes nous feulement 
les maîtres dans la Manche ? La chofe eft 
aumoinsproblématique. Le Bureaude l'Ami- 
rauté prétend que nous avons 3 5vaifî~eaux de 
ligne en état de faire le fervice intérieur. 
En admettant la vérité de cette affertion , 
qu'eft-ce que cela en comparaifon de ce que; 
nous devrions avoir ? Le nombre de nos 
Matelots n'eftil pas infiniment au-deflbus de 
celui que nous avons employés autrefois. Il 
y en avoit 80000 au fervice aétuel fous le 
règne d'Elizabeth. 

Le Duc de Manchejîcr s'éleva auiÏÏ contre 

la 



E t D E L*A M é R I Q U E. clxvij 
la propofition d'ajournement, » Quant au 
moyen de veiller à la défenfe de la Métro- 
pole , il obferva qu'on devoit faire peu de 
fond fur la Milice. » Les Officiers qui com- 
mandent ce corps, ajouta-t-il, ne font plus 
animés du même efprit qui les diftinguoic 
autrefois* Mais la Milice a été négligée pat 
î'adminiftration, ôc voilà pourquoi ce corps 
a dégénéré 3>, 

» Où chercherons-nous des troupes pouc 
pourfuivre la guerre d'Amérique ? L'Alle- 
magne n'eft plus difpofée à en fournir, La 
Rulîîe efl: acâuellement engagée dans une 
guerre avec la Porte , ou va l'être inceflam- 
ment. Cette Puiflance, pendant la dernière 
guerre » a reconnu qu'elle n'avoit pas trop 
de toutes fes forces pour foutenir avec dignité 
la réputation de fes armes contre l'Empire 
Ottoman. Il feroit donc ridicule d'attendre 
du fecours de la Ruflie. 

Le Lord Suffolk appuya la motion d'ajour- 
îiement. 33 Je ne fuis pas furpris , dit-il, que 
le Lord Chatham infifte iur la continuatioa 
dssféances de cette Chambre ,puifque c^eflle 
feul endroit oùilpuifle fe faire entendre. . . • 
Le bon fins du public a engagé la nation à 
foutenir la guerre. Quant aux renforts, quoi- 
qu'il foit très-vrai que l'on nous a fufcité 
des obftacles , relativement à ceux que nous 
avons pu attendre d'Allemagne , ces obfla- 
tcles peuvent, encore fe kver. D'ailleurs la 
Métropole même n'eft point dépourvue de 

N\ XXXIV, m 



clxviij Affaires DE l'Angleterre 

troupes. Depuis deux jours le Gouvernement 
a reçu les (a) offres les plus fatisfaifantes 
relativement à des troupes nationales Comme 
l'objet de la guerre eft le maintien de la fu' 
prême autorité des droits fondamentaux de 
la Métropole , elle fera toujours foutenue 

. par la nation. Toutes les fois qu'il fe pré- 
fentera une occafion convenable de faire la 
paix , on doit s'attendre à voir le Gouver- 
nement offrir des conditions raifonnables. 
Mais ce n'eft point aduellement. Il faut qvîe 
la guerre (oit pourfuivie d'une manière à 
faire fentir à l'Amérique fon infériorité. 
Lorfqu'elle en fera convaincue & qu'elle 
aura été réduite à un état plus humble, 
c'eft alors qu'il fera tems de régler des con- 
,ditions compatibles avec la dignité de la 
Métropole. 

Jï ,Le Duc de Richmond combattit la mo- 
tion •• » On a befoin , dit-il, d'un 

renfort de raifon & de lumières , & û quel- 
que Miniflre j dans cette Chambre , ofe 
défigner aucun Lord dont Sa Majejîé n écoutera 
point les avis , ce Miniftre , en tenant un tel 
langage , fe rend coupable de la plus infokntQ 
préfomption* ...... Il fut de l'avis du Duc 

de Manchefter , relativement au peu de fe- 

• cours que l'on doit attendre de la milice : 
» pour ce qui eft, pourfuivit -il , des offres 

(^) La Ville de Manchefter a offert de lever à 
fes dépens un corps de raille V'olomaires Anglois, 



*" " E T D E l'A m é r I q u e. clxlx 

que le Lord SufFolk fait fonner (i haut , ce 
n'eft qu'un rofeau fragile jette à des mal- 
heureux qui fe noyent. Je fuis perfuadé que 
cet appui manquera au moment mcme où 
on en aura le plus grand befoin. A quoi fe 
font montées les Compagnies franches levées 
en 1745 par les Seigneurs ? A dix bataillons 
feulement , d'environ fept mille hommes. Ils 
furent levés lorfque l'enthoufiafme général 
des peuples étoit à fon plus haut point. 
Quelle différence de cette circondance à 
l'état aduel des chofes ?.«..•• Notre armée 
d'Amérique , qui étoit l'année dernière de 
cinquante-cinq mille hommes , a été réduite 
à vingt cinq mille. Voilà un événement ré- 
ellement défafîietrx : un malheur qui ne fera 
réparé par aucune 4e ces offres brillâmes qui 
ont été faites ou que l'on pourra faire au 
Gouvernement..... 

Il ne s'agit point de favoir ce que nous 
voudrions faire, maïs ce que nous pouvons 
faire. Sommes-nous en état de conquérir l'A-", 
mérique f Non affurément. Nous y avons 
échoué de la manière la plus pitoyable. 
C'éîoit avant que nous éprouvaflions de fi 
grands revers , que Ton pouvoit parler de 
moment favorable pour offrir des condi- 
tions d'accommodement. Nous avons autre- 
fois réclamé la fuprématie fur l'Ecoffe , pac 
un droit de conquête aufli raifonnabie que 
celui en vertu duquel nous foripons les 
mêmes prétentions îux l'Amérique. Cepen^" 
■ m ij 



tlx^ Afîfaîkes de l'Angieteri^ê 

dant nos droits ont été mis de côté & Vuniofl 
s'efl: faite» Si nous voulons traiter avec TA- 
inérique, il faut de même que nous renon^ 
çions à toutes prétentions de fuprématie. 
Il faut que nous abandonnions tout ce que 
3a tête exaltée de nos Dom Quichotte appelle 
les droits fondamentaux de la Métropole, L'in- 
dépendance des Colonies eft la bafe fur la- 
quelle- nous devons traiter avec elles. Le 
plus grand avantage qu'on puifle fe pro- 
mettre efl: une alliance ou un Paderd'union 
qui alTure le bonheur des deux Pays... a-. 

Le Lord Shelburne s'oppofa à l'ajourne- 
ment. La réduction de l'armée de Burgoyne 
ôc le déshonneur des armes Britanniques 
qui en a été la fuite , font , dit-il , des faits 
contre lefquels échoueront tous les fophifmes 

de nos Miniftres Cette cataftrophe a 

été certifiée par quelques perfonnes dignes 
de foi , qui ont fait la traverfée fur le War^ 
'ji'kh On a reçu une lettre du Général 
*Frafer, qui contient cette phrafe ijene fuis 
point fur un lit de rofes , cependant ce nejî 
'pas mon état particulier qui m'inquiette. Quel- 
ques uns des meilleurs Officiers avoient prévu 
'ce qui eft arrivé au Général Burgoyne , & 
ils lui avoient fait leurs remontrances ; mais 
il a continué d'aller en avant fans aucun 
égard pour leurs avis , & il s'eft perdu cr. 

Comment expliquer cette opiniâtreté à 
pourfuivre une opération aufli extravagante? 
Par cette raifon feule ; les ordres envoyés â 



ï T D E l'A m é r t qtte. cIxxJ 

M. Bui'gayne étoient pofitifs. Il devoit avan- 
cer à quelque prix que ce fût. Les ordres 
du Général Howe & ceux de M. Clinton » 
n'étoienc pas pofitifs , mais fubordonnés à 
leurs lumières. Les conféquences ont été 
telles qu'on devoit s'y attendre. Les inftruc- 
tions du Général Howe ne lui indiquant 
p^int pofitivement de féconder le Général 
Burgoyne ; il eft allé à Philadelphie. M, 
Clinton a envoyé à fon feopurs 2^000 
hommes , qui font arrivés après que l'armée 
eût mis bas les armes* Le Général Howe , 
depuis fon arrivée à Philadelphie , a fait 
demander à M. Clinton un renfort de 4,00a 
hommes. Il n'eft pas vraiiemblable que M, 
Clinton fe foit dégarni d'un corps au(îi 
confidérable. S'il ne l'a point fait, quel 
doit être H fort du Général Howe ? Si aa-^ 
contraire Clinton a envoyé le renfort , que 
deviendra- 1« il lui même? Le Général Vau- 
ghan a entrepris une expéditioa où il eft 
très-probable qu'il aura le même fort quet 
M. Burgoyne.. Mais quand il lui arriveroit 
pire^ on ne doit pas le plaindre. L'homme qui 
a eu la barbarie de réduire en csndres la Villa 
de Kingjlon d^Efopus , parce que , félon lui , 
c'étoit un repaire de lâches coquins ^ doit être 
puni de fes brigandages par la verges de là 
|ufl:icq. . ...» 

>3.Il eft évident que rignorance des Mi-î 
niftres a caufé le malheur de M. Burgoyne* 
C'eft fur eeîul c^ul a donné les ordres ,qu^ 



clxxij Affaires de l'Angleterre 
doit retomber le blâme : il doit être comptable 
de fa conduite. C'eft lui qui doit payer fa 
faute de fa têt& s'il eft trouvé coupable^ 
& il ne doit avoir fa grâce que fous la con- 
dition exprelTe de découvrir toutes les perfon- 
nés qui Vont appuyé de leur crédit pour le fairô 
entrer au fervice de fin Souverain, «c, 

«Quant à l'état des garnifons en AniS- 
rique , le Général Carleton n'a que trois 
légtmens à Québec. Les dernières nouvelles 
de Ticondérago ne parloient que des mala- 
dies cruelles qui regnoient parmi les troupes a, 

30 Comment les affaires ont-elles été con- 
duites ? La moindre harmonie a-t-elle régné 
parmi les Officiers ? Au contraire , M. Clin- 
ton s'eft montré jaloux du Général Burgoyne. 
Le Général Howe n'a jamais eu de confiance 
dans M. Clinton , & M. Clinton a marqué 
la plus profonde indifférence pour tous ces 
MeflîeurSe Xénophon attribue le fuccès de 
fa fameufe retraite des dix mille , à la bonne 
harmonie qui regnoit dans farmée , & aux 
égards que tous les Officiers & les Soldats 
avaient les uns pour les autres. Cet exemple 
eft exaâ:emenc i'oppofé de ce qui eft arri- 
vé en Amérique «. 

Quant aux termes de conciliation pour 
négocier la paix avec les Colonies , il ne 
doit point être queftion de la reconnoiffance 
de l'indépendance, comme de tout préam- 
bule de règlement, que le corps des condi- 
tions n'ait été arrêté Le malheur d\in« 



ET DE l' Amérique, clxxli} 
défaite peut produire un bien pour nous. Si 
l'Amérique n'eût point eu cesbrillans fucccs , 
elle fe feroit jettée dans les bras de la France. 
Elle auroit mieux aimé devenir une des 
pofTeiîions de nos ennemis, que de fe fou- 
mettre à notre tyrannie 



*••.•*• 



La motion, pour l'ajournement, a paffé 
à la pluralité de 47 voix contre 17. 

Le précis que vous venez de lire , Mon- 
fîeur , des débats des deux Chambres , dans 
les féances qui ont précédé rajournement ^ 
indique afTez les objets des délibérations fe- 
crettes du Cabinet, pendant les vacations ac- 
tuelles. Il eft vraifemblable qu elles ne font 
pas fort tranquilles : le renverfement total d*un 
fyftême politique, entraîne néceffairement de 
violens orages. De l'opinion dont le Confeil 
Britannique étoit parti d*abord, que trois 
Régimens de vieilles troupes pouvoient fuffire 
pour réduire l'Amérique , on ne pafTe pas aifè- 
ment à l'humiliant aveu qui vient d'être arra- 
ché à Milord Germaine , que l'entreprife eii 
impraticable , même pour une armée de foi- 
xante mille hommes. L'efpoir annoncé fi fière- 
ment par le Lord North , de voir l'Amérique 
à fes pieds , ne s'eft point changé, fans un fu- 
rieux effort de la nature , en une difpofition à 
faire des ouvertures d'accommodement , eom- 
ifee celle où. fe montre aéluellement ce Lord , 
fous la feule condition de fa fûrecé perfonnelle, 

miy 



çljcxiv Affaires de l'Anglet:errh 

Permettez-raQi, en pa{rant,rapplication d'un 
vers d'Ovide : 

Vœnitet injujîi num denique Phinea héllié 

Mais Phinée n'ouvre fon ame au repentir,' 
qu'après qu'une multitude des fiens a e'prouvé 
la redoutable vengeance de Perfée ; non fans 
que le fils des Dieux leur eût crié , auxilium , 
quoniam cogitis ipjîi 9 » » . ab hojîe petam. Je 
pourrois tirer grand parti de cette .allufion, 
dont la jufteiTe en tous points vous paroîtroit 
frappante; mais ma dîgrefîion eft déjà tVop 
longue. Peut-être aurai^je occafioq d'y rêve-- 
îiir , pour vous peindre , fous des couleurs plus 
vives , le jufte éc fier dédain avec lequel feront 
reçues les proportions de l'Angleterre , & la 
îXîétamorpnofe du nouveau Phinée , lorique 
pétrifié à fon tour, il n'exiftera plus que comme 
^in exemple qui doit prouver à jamais , que les 
intérêts de la fouveraineté feroient mieux en- 
tendus , fi le? droits de rhumanitéétoient plu5 
refpeftés. 

IlepréfenteE-vous le trouble qui doit régner 
dans le ConfeiUpar l'oppofition qui a éclaté 
entre la conduite de fes Membres dans les 
deux Chambres. Les communications de pa- 
piers , accordée avec aflez de facilité par 
cevix de la Chambre des Pairs , ont été vive- 
ment conteftées & refufées par Milord North , 
dans celle des Communes. Voilà une diverfi^é 
d'opinions tout-à-fait contraire à l'unité du 
lîftêmQ , §c d'où iî doit réfulter qu'il ne peut 



E T D E l'A m ]ê r I q u B. clxxv 

y avoir aucune efficacké dans (on exécution. 
Vous jugez bien que le parti de la minorité 
tirera le plus grand avantage de cette divifion , 
de que les Miniflres , s'ils gardent leurs places , 
auront de rudes afTauts à foutenir pendant le 
refte de la feiîion. On a déjà dreffé des bat- 
teries pour les attaquer j fur le rappel du Gé- 
néral Carleton , motivé principaleoient par 
un mémoire qu'il avoit envoyé pour démon- 
trer rimpofîibilité d'exécuter le pi^ojet qui a 
échoué entre les mains de Ton rival ,. §4 iur la 
carte blanche dont le Chevalier Ho>^e a iait 
un ufage (i fatal au fuccès des inftruâions limi- 
tées de M. Burgoyne» Le 20 Janvier, mais 
furtout le 2 Février , doivent être attendus de 
tous les politiques, avec la plus grandt: impa- 
tience. 

Quoiqu'il ne foit point arrivé de nouvel'es 
depuis celles de la tentative manquée le 2a 
Odobre, fur le Fort de Red-bankj cc qui a 
couteaux HelTois 600 hommes & 22 Offi- 
ciers , il a percé quelques détails que la gazette 
de la Gour avoit pareillement fupprimés , fur 
la pofition du Chevalier Howe daps Phila- 
delphie. Ce général a fait éclaircir ( c'eft-à-dire 
dévader) tous les environs de la ville , à plu- 
iïeurs milles à la ronde ; êc fes foldats tr^vail- 
lolent à une vafte enceinte qui les fatiguoit 
excefîivement. L'étendue des lignes iera , dit- 
on , con{îdérable;& on craint qu'il n'ait pas 
ie nombre d'hommes fuffifa^t pour garderdans 
rhiver un auffi grand nombre d'ouvrages. On 
CQHîpte que fon armée ne pouvoit plus guère^ 



clxxvj Affaires de l'Angleterre 

être que de neuf mille hommes, le 23 Odro- 
bre. Sur les Teize mille avec lefquels il eft conf- 
tant qu'il étoit parti de l'Ide Staten , on eft 
sûr qu'il en a perdu mille dans la navigation , 
qui a été des plus laborieufes.Dans les diverfes 
affaires qu'il a eues , aux approches de Phila- 
delphie, jufqu'au 26 Septembre , les calculs 
les plus modérés , portent fa perte à trois millle 
hommes : elle n'a pas été moindre dans la 
journée du 4 Octobre; & l'affaire de Red- 
hauK le 22, lui en a coûté mille de plus. Ses 
forces , en vieilles troupes, ne pouvoient donc 
plus être, à cette date, que de huit à neuf 
mille hommes. L'efcadre aux ordres de fon 
frère , s'eft^elle afTez approchée de lui , pour 
qu'il ait pu en tirer des corps de matelots , & 
' les faire fervir fur terre ? c eft ce que Ton ne 
fait point encore. Mais il y a apparence qu'il 
ne comptoit pas recevoir promptement ce 
fecours , puifqu'il a demandé à M. Clinton un 
renfort de quatre mille hommes , qu'il doit 
avoir été difficile à celui- ci de lui envoyer. 
Quant au refte des troupes angloifes dans l'A- 
mérique entière , il s'en faut que le nombre en 
foit formidable. Il ne doit pas y avoir plus de 
trois mille Anelois ou Allemands dans le Ca- 
nada, dont on prétend que les milices font 
très- favorablement difpofées pour les Amé- 
ricains. C'eft ce qui fait craindre ici que quel- 
que Partifan de la Nouvelle -Angleterre > ne 
tente la même entreprife qu'Arnold dans 
Tannée 177J , & avec un fuccès plus affuré, 
vu l'expérience acquife par tous les braves 



BT DE L'AMéRiQUfe; clxxvîj 

compagnons qui l'ont fuivi dans cette hafar- 
deufe expédition. Il ne peut pas y avoir plus 
de 3,000 hommes à Rhode-Ifland, fous les 
ordres du Brigadier général Pigot. On en 
compte 2000 à l'Ifle Scaten, 1000 dans 
rifle longue, 4000 au plus dans l'Ifle de New- 
York, & 2000 avec le Général (a) Vaug- 
han , dans les Highlandsy fur la rivière d'Hud- 
fon. Le tout ne fait pas plus de 12 mille 
hommes, qui, ainlî épars ^ pourront offrir 
autant de conquêtes faciles à Tarmée viélo- 
rieufe du Nord. Le nombre & le courage de 
cette armée, peuvent fe calculer diaprés feffet 
que la réduction de Burgoyne a dû produire 
dans des efprits exaltés & palîîonnés pour la 
liberté, comme le font tous ceux de cette par- 
tie de l'Amérique; c'ef|--à-dire qu'il efi: rai- 
fonnable de croire qu'elle fera devenue tout- 
à coup confidérable, & qu'on peut en attendre 
les plus grandes chofes. On en a vu un échan- 
tillon dans la défenfe âuFortRed-bancky fur 
la rivière Delaware , le 22 Odobre. Toute 
l'armée de Washington avoir fçu la veille que 
le Général Burgoyne s'étoit rendu au Général 
Gates, & elle avoit célébré ce glorieux évé- 
nement, par dès réjouilTances dont cette fu- 
perbe défenfe n'a pas fait la partie la moins 
intéreflTante. Joignez -y le reffentiment dont 
tous ces peuples font animés contre les An- 
glois , à caufe des^ barbaries atroces auxquelles 

{a) Il sVÛ replié fîir New-York, 



ckxvîij Affaires de l'Angleterre^ 

ceux-ci ont poulTé les Sauvages, ainfi que 
contre le Général Vaughan , pour avoir impi- 
toyablement brûlé la ville de Kingflon dans le 
diftriâ: d'Efopus, & défoié tout le pays, & vous 
concevrez avec quel acharnement la guerre fe 
fera continuée depuis les derniers événement 
dont nous avons eu connoifTance. Nous ne 
pouvons point tarder à en apprendre dq 
r-ouveaux. Plus ils fe font attendre , plus 
nous avons droit de croire qu'ils font défa- 
gréabîes au Gouvernement anglois ^ qui ne 
peut guères les ignorer. 

J'ai eu trop tard communication de deux 
lettres importantes des Généraux Américains, 
pour pouvoir vous les envoyer par le dernier 
ordinaire. Vous les lirez avec intérêt , à caufe 
de la connoifTance qu'elles donnent de Tefprit 
de réfiftance & de fermeté dont font animés 
les deux hommes fur qui roule aujourd'hui le 
fort de l'Amérique , celui de l'Angleterre , & 
peut-être aufïi celui de bien d'autres pays. 

I. h ET T R E à,Q Son Excellence le Général 
. W^ £ n I AT G T o N- au Congrès , adrejfée à 



Vhonorahle Jean H ^ n c o.k , Préjident^ 
(fur TaiFaire du ^ Odobre, à German- 
Town ). - 

Au Camp près le Moulin de Pembacker, le 5 Où, 1 777. 

Monsieur, 

»' Ayant été informé par deux lettres inter- 
ceptées a que le Général Ho^'^e avoit décaché 



B T D E l'A m ê r I q e, dxxlx 

une parcie de fes forces, dans le deiïein-de 
réduire Billingsfort & les Forts fur la Delà- 
ware , je communiquai ces nouvelles à mes 
Officiers généraux : ils furent unaniment 
d'avis qu'il s'ofrroit une occafion favorable 
d'atraquer les troupes qui étoient à German- 
Town & dans les environs, En conféquence 
il fut convenu que l'attaque fe feroit hier ma- 
tin; & l'on fit les difpofîtions fuivantes : Les 
divifions de Sullivan & de Wayne, foutenues 
par la brigade de Conway , dévoient entrer 
dans la Ville par le chemin du moulin Chef- 
nut, tandis que le Général Armftrong avec 
les milices de Penfylvanie, defcendroit le 
chemin de Maharewory par les moulins de 
,^ÎVandecring , & fe porteroit fur l'aîie gauche 
'èc les derrières de l'ennemi. Les divifions de 
Green & de Stephens , foutenues par la bri- 
gade de Mac Douglas , dévoient entrer en 
■faifant un circuit par le chemin du Four à 
chaux , dans les maifons du Marché , & atta- 
quer i'aîle droite de l'armée angloife. Enfin 
'les milices du Maryland& des Jerfeys, fous 
^îes Généraux Smallwod &Freeman , dévoient 
marcher par le vieux chemin d'Yorck , & 
tomber fiir les derrières de l'aile droite. Le 
Lord Stirling , avec les brigades de Nash & 
de Maxwell , dévoient former un corps de 
réferve. 

Nous nous itiîmes en marche à fept heures 
le foir précédent, & au lever du foleil le len- 
demain matin , un parti avancé du Général 



clxxx Affairesde l'Angleterre 

Sullivan, tiré de la biigade de Conway, 
attaqua à Mount-Ring, près de la maifon de 
M, Allen, le piquet des ennemis , qui plia fur 
le champ. Son corps principal , qui formoit 
l'aile droite , fuivant bientôt après , attaqua 
l'infanterie légère & les autres troupes cam- 
pées près du piquet, qu'il chafTa de leur pofte 
où elles laifTerent leurs bagages. Elles fe reti- 
rèrent à une difcance confidérable , ayant 
préalablement jette dans la maifon de M. 
Chew , un parti qui étoit dans une pofition 
à ne pas être aifément forcé , & qui pouvoit 
par les fenêtres, nous caufer beaucoup d'em- 
barras , & arrêter nos progrès. «« 

» L'attaque de notre colonne de la gauche; 
fous le Général Green , commença trois 
quarts d'heure après celle de la droite , & 
fut pendant quelque tems également heu- 
leufe ; mais je ne puis pas entrer dans le dé- 
tail de ce qui s'eft fait de ce côté , n'en étant 
pas encore informé d'une manière exaâe de 
certaine, a 

30 II y eut dans la matinée un brouillard 
épais, qui nous empêcha de profiter de nos 
avantages , autant que nous l'aurions fait fans 
cela. Cette circonftance , en nous cachant la 
véritable fituation de l'ennemi , nous obligea 
. d'agir avec plus de précaution & moins de 
célérité que nous n'euflîons défiré, & donna 
le tems à l'ennemi de fe remettre des effets 
de la première fecouffe que nous lui avions 
donnée s mais ce qui fut encore plus malheu- 



E T D E l'A m é r I q u e. clxxxj 
reux , elle fervic à tenir nos diftérens partis 
dans l'ignorance de leurs mouvemens refpec- 
tifs , & les empêcha d'agir de concert : elle 
fut aulîî caufe qu'ils fe prirent mutuellement 
pour ennemis; ce qui, plus que toute autre 
chofe, a, je crois ^ contribué au malheur qui 
a fuivi. Au milieu des plus belles apparences, 
lorfque tout donnoit les efpérances les plus 
flateufes de la vidoire, les troupes commen- 
cèrent foudain à fe retirer, 8c abandonnèrent 
entièrement le champ de bataille , malgré 
tous les efforts que l'on pût faire pour les 
rallier, ce 

» Cependant on peut dire que dans cette 
journée , il y a eu plus de malheur que de 
mal. ce 

X) Notre perte en hommes n'a pas été con- 
fîdérabie , & nous avons ramené toute notre 
artillerie , à l'exception d'une pièce qui étoit 
démontée. Cet événement ne rend pas la 
lîtuation de l'ennemi meilleure ; èc nos trou- 
pes qui ne font point du tout découragées, 
ont gagné ce que des troupes nouvelles ga- 
gnent toujours à voir combattre.^ Nous avons 
eu cependant plufieurs bons Officiers tués & 
furtout blefies. Le Général Nash eft au nom- 
bre des blelfés; & l'on défefpere de fa vie. 
Auiîîtôc qu'il fera poffible d'avoir l'état de 
notre perte, je Tenverrai. « 

« Pour rendre juftice au Général Sulli- 
van & à toute l'aile droite de l'airmée, dont 
f ai été à portée de voir la conduite , puiCs 



dxxxîj Affaires ®e i'AngleTerbê 

qu'elle agifToit précifément fous mes yeux ^ 
j'ai le plaifir de vous informer que tous en 
général, Officiers de Soldats, fe font conduits 
avec une bravoure qui leur a fait le plus 
grand honneur «. 

J'ai l'honneur d'être, avec beaucoup 
de xefpeâ:, &c. 

George Washington. 

P. S. Je n'ai point encore reçu , comme 
je l'ai marqué, l'état de notre perte ; mais 
par ce que je viens d'appi^endre du Géné- 
ral Green , je crains qu'elle ne foie plus 
confidérable que je n'avois penfé d'abord. 
On dit que la pièce de canon , dont j'ai parlé 
ci^deîTus , a été ramenée dans un chariot ce. 
' Une autre lettre du 8 Octobre s'exprime 
ainfi : les ennemis, dans l'adion du 4, ont 
perdu les Officiers dont voici les noms : le 
Général Agnew , tué i ainfi que les Colo- 
nels Abercombie, Bid Walcot^ & le fils du 
Général de (a) Heifter. Le Général Kni- 
phaufen (aduellement Général des Heffois ) 
à été bleffé à la main. Un Officier ^ qui a 
été laiOé dans la Ville, y a vu arriver entre 
deux & trois cents chariots chargés de bleffés^ 
Plufieurs Quakers , qui étoient à l'alfemblée 
annuelle , confirment les faits ci-defTus , 6c 

(a) Ce Général eft mort depuis peu dans fa. par 
trîe où il étoit retoutné» 

ajoutent 



ET DE l'Amérique ckxxîîs 
ajoutent que deux mille HefTois ont été en- 
voyés fur la Schuyjkill , vers Chefter, de- 
puis l'adion , probablement pour alTurerune 
retraite ; notre perte eft de fept cent hommes , 
& principalememt en blefles & pris. Le Gé- 
néral Nash, des troupes de la Caroline Sep- 
tentrionale , ell: mort de fes blefTures. Le 
fils du Dodeur Witherfpoon a été tué , deux: 
Aides- de-Camp blefles à mort» Witite & 
Sherburne , de la famille du Général Sul- 
livan. Les Colonels Hancock , 5tone , èc 
le Lieutenant - Colonel Parker , de la Vir- 
ginie, font compris auflî dans les blefles. 

II. "Lettre du Général G^ t e s au 
: Congrès , adrejfée à l'honorable Jean Han* 
cock , Préjident, 

Au Quartier Général le 28 Odobire 1777- 

[N, B. Il eft eflenriel d'obferver que Me 
Gates écrivoit cette lettre près de fept fe- 
maines avant la rédudion de l'armée de M* 
Burgoyne , & que cette lettre , tirée du Jour- 
nd de Penfylvanie , eft très-autentique. ] 

Monsieur,^ 

33 Votre Excellence trouvera dans le pa- 
quet que j'ai l'honneur de lui adrefler , ia 
copie d'une lettre que j'ai reçue hier au 
foir du Major Général Arnold. La honte 
dont l'ennemi s'eft couvert par fa retraite 

. iV." XXX ÎK n / 



clxxxiv Affaires de l'Angleterre 

forcée du fort Schuyler (Stanwix) ajoutée 
à la brillante & complette vidoire rempor- 
tée par le Général Srark & par le Colonel 
Warner à Bennington , répand le plus beau 
luftre fur les armes Américaines, & ternit, 
par l'opprobre le plus aviliffant , le nom des 
ennemis des Etats-unis. Les affreux mafîacres , 
payés aux Sauvages par le Lieutenant Gé- 
néral Burgoyne , avant fa défaite à Benning-» 
ton, fouilleront pour jamais l'honneur des 
armes Angîoifes. Dans une feule maifon , 
ces monftres ont fait une cruelle boucherie 
d'une famille entière , compofée du père , 
de la mère & de fix enfans; & cet élégant 
macaroni (polite macaroni , qu'on pourroit 
rendre en François , par farot du ion ton ) 
a donné dix piaftres aux Sauvages pour 
chaque tête. La vengeance céleftc ré(erve - 
fans doute à des forfaits fi atroces , le juftê 
châtiment qu'ils méritent. 

J'ai l'honneur d'être, avec beaucoup 
de refped , &c. 

Smné ^ Horatio Gates, 



'£>■ 



J'a I vu , Monfieur , dans des lettres , non 
fufpedes , écrites de Montréal , que les Sau- 
Vages s'y promènent par les rues, portant 
de longues perches d'où pendent jufqu'à foi- 
xante crânes américains enfiles , & la plu* 
part de petits enfans. Ils s'arrêtent , avec 
ces hideux trophées, devant les maifons^ 



Et t> E l'A m é r I q u e cIxxxv 
d'où ils efperent qu'on payera de quelques 
haillons les fimulacres de leurs Orgies infer- 
nales , ce qu'ils obtiennent Je plus fouvent 
par riiorreur même qu'ils infpirent» — Mais 
je devine que ce tableau vous fait recaler 
d'effroi. Dérournez les yeux de deifus les 
ferpens de Médufe, 11 n'appartient qu'à des 
rochers vivans de jouir d'un fi affreux fpec- 
tacle I Rabattons nous fur quelque ide'e qui 
en foit éloignée , toto cœlo , totà terra. Il 
m'en vient une tout à propos. Ne trouvez- 
vous pas très-fîngulier que le Général Gates, 
fept femaines avant la réducftion de M. Bur- 
goyne , ait qualifié de Macaroni ce Général 
Anglois , que vingt-neuf jours après fon 
aventure , on fembîerolt avoir joué à Fon- 
tainebleau (pus le nom de Matroco ? Voilà 
encore un rapprochement bien marqué à 
joindre aux preuves d^ l'identité des noms 
éc Matroco & de Burgoyne, 

Tai Vhonneur d'être^ ù'c. 

P. S, du i8 Décembre» 

Enfin, Monfîeur, les incrédules font 
convaincus : la réduction du Général Bur- 
goyne & de fon armée, eft un fait aujour- 
d'hui reconnu de toute la nation A ngloife, 
qui ne peut pas révoquer en doute une Ga- 
zette de la Cour , publiée hier , avec la dé- 
pêche du Général prifonnier à Milord George 
Germaine* 



cixxxvj Affaires DE l'Angleterre 

Cette dépêche eft datée d^Albany le 20 
Odobre; & M. Burgoyne n'y a point in- 
fifté fur le mérite de cette date , comme il 
l'avoit fait dans une précédente lettre , ea 
obfervant qu'il la datoit de la rivière d'Hud- 
fon , & que c'étoit ce qu'il croyoit y mettre 
de plus intérefiant. Celle-ci eft fort longue, 
& eût pu l'être infiniment moins. S'il faut 
en croire M. Burgoyne , il auroitbien voulu 
fans doute pouvoir fe borner à ces deux 
mots : tout eft perdu , hor mis V honneur ; mais on 
l'auroit peut être chicannéfur lamefure de cet 
honneurfauvéjcommefurcelledefontalent;^ 
c'eft pour cela qu*il a rapporté jufqu'aux plus 
minutieux détails de fa cataftrophe &des événe- 
irrentsqui,l'avoient préparée depuis les premiers 
jours de Septembre. Comme vous verrez 
cette première pièce tout au long dans les 
gazettes, je me contenterai de vous com- 
muniquer quelques obfervations qu'elles m'a 
donné lieu de faire. 

Après avoir retracé le tableau des obfta- . 
clés de tout genre qu'il a eu à furmonter 
dans fa marche , il fe plaint d'avoir été to- 
talement abandonné par les Sauvages , ainfi 
que par les Canadiens & les Provinciaux. 
C'eft ce qui donne beaucoup d'inquiétud^ 
ici fur les diipofitions aéî^uelles des Cana- 
diens.^ On eft dans la plus grande appréhen- 
fîon pour Québec , où on fait qu'il n'eft refté 
que trois régimens , qui font , je crois , le 
Tingt-neuvienîe , le trente- unième , le trente-t 



ET DE L'AnèRIQUE, clxxxvij 

quatrième & les Emigrans Royaux de Mac 
Lean. Le tout , fur le pied acfluel de l'effedif , 
ne le monte peut être pas à ijjToo hommes. 
On affure qu'il y en avoir autant dans Ticon- 
dérago, & que le Général Powel , qui y 
commandoit, a eu ordre d'en faire fauter les 
fortifications & de fe retirer par les Lacs 
à Saint Jean, Mais ce n*eft toujours que 
trois mille hommespour défendre la Province; 
& il faut favoir ce qui fe fera paflé à Ti- 
condérago , qui doit avoir été invefti par le 
Général Stark , détaché de l'armée de Gates. 
Mais revenons à M. Burgoyne. Il met la 
capitulation entièrement fur le compte d'un 
Confeil extraordinaire, compofé de tous fes 
Généraux & Chefs de corps ^ qu'il a affemblés 
le 13 Odobre. Il leur donne les plus grands 
éloges fur ce qu'ils ont courageufement re- 
fufé à M.Gates de mettre bas les armes dans 
leur propre camp. Ce Général ayant confenci 
que l'armée en lortiroit avec fes armes pour 
les aller pofer au bord de la rivière. M, 
Burgoyne en concludque dans fon malheur^ 
il a plutôt fait la loi à l'ennemi, qu'il ne 
Fa reçue de lui. Quant au projet qu'il avoit 
de palfer fur le corps des Américains pour 
gagner Aîbany^ il le prend en entier fur 
lui-même , ajoutant qu'il ne s'eft pas cru au- 
to'rifé à confulter à ce lujet^ ayant les 
or d fes les plus pojîdfs d'hyverner dans cette 
Ville. 
Ce font ces ordres-là qui ont étédeman-; 

niij 



clxxxvîi) Affaires DE l'Angleterre 

dés dans le Parlement avec tant d'inftance 
par- l'Oppofition. & quele Miniftre a refufé 
de communiquer. M. Burgoyne caradéri- 
fant Tes inftrudions d'ordres abfolus , le 
Parti contraire ne manquera pas de renou- 
veller Tes efforts pour les connoître , & de 
demander mêmes les inftrudions correfpon- 
dantes du Chevalier Howe , d'après lefquelles 
celui-ci a porté lé fiege de la guerre dans 
des parties d'où il étoit impofTible que Tes 
opérations fe concertaîlent avec celles de M. 
Burgoyne. 

Depuis le commencement du mois d'Août, 
M, Burgoyne n'avoit pas entendu parler du 
Chevalier Howe , & il ne lui étoit parvenu 
qu'une feule lettre du Général Clinton , datée 
du lo Septembre > pour l'informer que l'at- 
taque du fort Montgommery fe feroit vers 
le 20. C'eft ce Fort qui fut pris le 8 Odo- 
bre , & dont la prife n'eût pas beaucoup 
aidé M. Burgoyne , puifque dansla nouvelle 
que M. Clinton lui en donnoit le même jour , 
ce Général lui mandoit en réponfe à fa 
lettre du 28 Septembre, qu'il lui fouhaitoit 
de s'en tirer comme il pourroit. 

Ce même jour , 8 Odobre,M. Burgoyne 
avoit fait ime marche rétrograde pour re- 
gagner Saratoga , où il ne put être établi 
que le 10 avec fon artillerie. Le 12, il 
étoit informé , par des déferteurs & des 
prifonniers , de la prife du fort de Mont- 
gommery. La nouvelle qu'il en donna au 



ET DE l'Amérique, clxxxix 

Gonfell de guerre , ne rempêcha point de 
décider qu'il falloit regagner au plutôt le 
Jac George , fi on pouvoit feulement déro- 
ber une lieue de marche à la connoiffance 
de l'ennemi, ce qui fut reconnu impoflTible. 
Cette circonftanceeft très- aggravante contre 
les Minières qui ont donné les inftrudions. 
Il eft vifible que tout ce qu'il a été 
poflîble à M. Clinton de faire pour faciliter 
l'exécution des ordres àbfolus donnés à M. 
Burgoyne , ne pouvoit lui être d'aucune 
utilité 5 s'il ne lui venoit des fecours de l'ar- 
mée du Chevalier Ho we. Mais celui ci, au con- 
traire , auroit attiré à lui , s'il l'avoit pu , ceux 
que Clinton a hazardé de faire marcher du côté 
de M. Burgoyne, qui ne pouvoit les attendre 
que jufqu'au 12 Odobre. 

Cependant M, Burgoyne étoit principale- 
ment occupé de l'armée de M. le Chevalier 
Howe ; & on voie qu'il fe feroit peut être 
décidé à reprendre la route du Canada , s'il 
n'avoit craint qu'une armée auffi forte que 
celle du Général Gates , ne fe portât toute 
entière contre le Chevalier Howe. 

M. Burgoyne nfe pouvoit pas ignorer que 
toute l'armée du ChWalier Howeavoit quitté 
New-York pour aller à Philadelphie , par la 
Eaye de Çhéfapeak , puifqu'il n'a ceifè d'avoir 
des nouvelles de ce Général qu'au commen- 
cement d'Août , & qu'il a reçu du Géné- 
ral Clinton une lettre datée du lo Septeni- 



me Affaires de l'Angletirre 

bre. Ainfi il favoic très-bien que le Géné- 
tal Howe ne pouvoir pas lui envoyer de 
fecours. Cela ne l'a pas empêché -de tenir 
ferme tant qu'il Pa pu : il a même redoublé 
d'eftorts par cette confidération , ainfi qu'il 
le dit en ces termes : » dans l'ormne ^ le 
fuccès de mon expédition avoit été abandonné 
auha'^arddes cir confiances ; mais il pouvoit 
's en offrir quelqu'une oie elle ferait néceffaire à 
un feul objet, d^ jortt quelle dut s^y facrifier 
en entier. Far exemple ^ la réunion de V armée 
âe A4, Gates à celk de Washington^ dam un 
moment critique , pouvoit décider du fort de la, 
guerre ^ au lieu que fi je manquois ma jonêîion 
avec Clinton ou ma retraite dans le Canada \ 
il nen réfultoit qu'un mal partiel. 
. D'après un expofé (i clair de la pofitioti 
où s'eft trouvé M. Burgoyne^ il fera embar- 
raifant pour le miniftere de juftifier des ordres 
qu'un Général a'pu prendre fur lui d'inter- 
préter quoiqu'ils fuOent abfoîus , qui l'ont 
pouffé à une faùlle application de fes forces, 
pour avoir regardé îbn expédition plutôt 
comme collatérale que comme principale , 
Ôe d'après lefquels il a compté faire une 
diverfion favorable à celui même qui devoir 
lui prêter des fecours pour que la loi rigou- 
reufe^^qui lui étoit impofce de percer jufqu'à 
Albany, produidt quelque effet utile au fyf- 
tême général de la Campagne. Quand il a 
vu que le Général Howe s'éloignoit de lui » 
le projet de jonélion ne lui a plus paru qu'ua 



ET DE l' Amérique, cxcj ^ 

projet fecondaire ; & comme il étoit plein 
de l'idée que la perte même, de fon armée 
pouvoit être utile au Général Howe , il s'jeft 
fournis au rifque de la perdre , tandis qu'il 
eût pu la fauver en retournant au Canada, 
dès le moment où il avoit commencé à re- 
connoître l'impofTibilité de la jondion. Il 
efl: vifible que tout le mal efl: venu des inf- 
truâions, 

Il y a dans fa relation une mauvaife note 
fur un corps d'Allemands qui compofoit fa 
réferve à l'affaire du 7 Oâobre. Le retran- 
chement qu'elle défendoit , fut emporté 
par les Américains ; & jamais il ne fut pofli- 
ble d'obtenir de ces Allemands de le ïepren* 
dre. Ce fut dans cette circonftance que le 
fîeur Briemen , un de leurs Lieutenant-Co- 
lonels fut tué. Cette circonflance jointe à 
beaucoup d'autres de mêmg nature, donne 
clairement à connoître que les Allemands 
font las de cette guerre. — Il eft même cer- 
tain que ce n'eft qu'avec répugnance quMs 
quittent leur pays pour aller en: Amérique. 
Un détachement de recrues defcend'ânt le 
Wefer il y a quelques femaines , (ix hommes 
tentèrent de fe fauver en fe jattanr. dans la 
rivière ; mais ils eurenr le ma'heur de fe 
noyer : un féptieme alloit fuivre fes cama- ■ 
rades , s'il n^eût été arrêté par fon Officier 
qui lui pafla fon épée au travers du corps. 
M. Burgoyne fait beaucoup valoir qu'il s'eft 
rendu à des forces infiniment fupérieures. 



cxcij Affaires DE l'Angleterre 

& fa confolacîon eft que toute (on armée 
a pu compter celle des Américains , & qu'il 
â dans tous les compagnons de fon infortune 
autant de témoins que cette armée étoit de 
feize mille hommes. Il eût voulu ^ je crois 
que tous les feize mille l'efcortafTent jufqu'eii 
Angleterre, tant furent vives & preiïantes 
les repréfentations qu'il fit le 16 Octobre au 
Général G^*es , fur ce qu'on venoit de lui 
apprendre que pendant qu'on avoit traité de 
la capitulation , M. Gates avoit envoyé en 
détachement un corps confidérable de fou 
armée. Il prétendoit que c'étoit une viola- 
tion de la fufpenfion d'armes : & qu'on s'écar- 
toit des principes fur lefquelles le traité avoit 
été entamé ; puifqu'il paroîtroit s'être rendu 
à des forces moindres de feize mille hommes. 

Le Général Gates a répondu à cette puérile 
€hicanne , par une apoftille remarquable , fur 
la capitulation. Il y a fait ftipuler féparémenc 
que quoique le nom de IVl. Burgoyne ne s'y 
trouvât point , il devoit être entendu que ce 
Général y étoit compris aufli pleinement que 
fî fon nom y eût été exprefifément articulé. — 

Pour l'honneur de M. Gates , il falloit que 
le nom du Général Burgoyne fût porté tous 
au long au nombre des Anglois pleins de viô 
qui fe font fournis à la capitulation, Burgoyae 
cependant , dans fa dépêche à Milord Ger- 
maine, déclare qu'il ne faura s'il doit fe féli- 
citer de n'avoir point été compté parmi les 
morts , que quand fa conduite aura été jugée 



E T » E l'A m é r I q u e. cxciij 

par fon Souverain , par les gens de fa pro- 
feflion , & par un Public anglois impartial. 
En attendant , M. Gates a furement déjà bu 
plus d'une fois à fa fanté. Il efl: aufli eflentiel 
à fa gloire , que fon prifonnier arrive bien 
portant en Angleterre , qu'il l'étoit à celle de 
M, Burgoynede faire compter par fon armée 
entière , les feize mille hommes auxquels il 
s'étoit rendu. 

Cette dépêche de M. Burgoyne au Mi- 
niftre , eût été , Monfieur , bien plus difer- 
tement difcuté par les membres de l'oppo- 
fition , (i le Parlement fe fût trouvé affemblé 
le jour de la publication de la gazette , comme 
il devoit l'être , dans l'ordre naturel des cho- 
fes. Mais les Miniflres ont pris les devants, & 
même avec affez peu de fcrupule. D'abord 
ils avoient affedé de douter de l'événement ; 
& voyant que cette rufe manquoit fon effet, 
Milord Si^jfoÎK donna fa parole d'honneur que 
les Pairs auroient de lui tous les éclaircifle- 
niens qu'ils défireroient, aulTitôt que les dé- 
pêches qu'il étoit naturel d'attendre très- 
inceflamment de M. Burgoyne, feroient ar- 
rivées. Mais a-t'il pris feulement la peine de 
leur cacher qu'il n'avoir cherché qu'à les 
tromper ? Il n'a pas rougi de fe déclarer hau- 
tement dans la féance du ii décembre, pour 
l'ajournement qui tiendra le Parlement fé- 
paré pendant près defix femaines. Aufîi a-t-il 
été rudement tanfé,'en pleine Chambre des 
Pairs , par le Duc de Richemont , pour cette 



CXCIV A FF AIRE. « DE l'Angle TER KE 

baffe fuperchene , q'je ce Seigneur a qualifiée 
'haQternenc de JocAiy ship ^ ( tour de Jaquet). 
Je vous avoue que cetre mercuriale' parle- 
îTjenraire , a feché mon iiel contre ce Minif- 
tre , pour l'indécent èc injude propos qu'il nie 
aujourd'hui d'avoir tenu lur le Militaire 
François ; puifqu'à préfent on pourroic 
dire , dans le langage du Duc de Richemont, 
que c'écoit un propos de Jaquet. Sur ce pied- 
îà, qui efl-ce qui voudroit s'en fâcher^ ou même 
s'en fouvenir ? 

Comme vous favez très-bien, Monfieur , 
que le Miniilère anglois ne fe fait point de 
fcrupule d'arranger à fa guife les relations Se 
lettres de fes (jénéraux , qu'il eft obligé' de 
rendre publiques , vous ferez fans doute fur- 
• pris que celle de M, Burgoy.ne ait l'air d'avoir 
para dans fon intégrité:, avec des allégations 
t|ui tendent dired:ement à faire condamner 
les ordres qu'il avoit reçus. Il eft vrai que 
c'eft une eîpèce de phénomène : mais juf- 
qu'ici les Généraux n'avoient pas eu la pré- 
Caution d'avertir les Minifcres , ( comme on 
âiïure que i'ar fait Pvl. Burgoy.ne par une lettre 
féparée) qu'il envoyoit dé's duplicata de fa 
relation , à plufîeurs de fes amis , Se entre 
autres au Comte de Derby, à Londres, Se 
que ceux-ci ne manqueroient pas d'en refti- 
"tuer le texte , fur le champ, par la voie des 
gazettes, fr l'édition rmniftérielle n'étoit pas 
parfaitenienr conforme à la fienne. M. Bur- 
goyne feïoit à blâmer d'avoir manqué de 



E T D E l'A m É R I Q U E. CXCV 

prendre cette précaution ; car il ne pouvoit 
point ignorer quelles foinmes immenfes a 
coûté l'expédition dont il étoic chargé , de 
fembarras où fera le Minirtere pour faire les 
fonds d'une nouvelle campagne. Il n'étoic 
point encore parti d'Angleterre , lorfqu'on 
commençoit à voir que l'emprunt pour Tan- 
née 1777, ne feroit point rempli. En 
effet il s'en efl manqué d'un demi million , 
qu'on a été obligé de demander à la Banque» 
Il a dû juger de l'impoiîibilité ou on fe ver- 
roit, furtout après une campagne aufll dé- 
faftreufe , autant du côté dès frères Howe 
que du lien , ôc pour recruter les troupes 
étrangères , & pour en lever parmi la nation, 
& pour trouver de nouveaux crédits. Enfin 
il a pu imaginer aufli , ne fût-ce que d'après 
fa trifte expérience, que le Confeil ne poufiTe- 
roit pas l'obftination jufqu'à vouloir triom- 
pher d'une multitude de difficultés infur- 
jTîontabies, & que fa cataftrophe feroit la 
clôture de cette raalheureufe guerre : or, il 
avoit 5 dans toutes les hypothèfes, le plus 
grand intérêt à en repoufier le blâme loin de 
lui a 3c à prendre les mefures les plus cer- 
taines pour que les vrais coupables ne pûlfenc 
point efpérer de fe tirer d'affaire à (es dé- 
pens. On peut dire qu'il a très-bien deviné, 
puifque malgré l'air de défintéreflement , &: 
même de générofité, avec lequel Milord Ger- 
maine a affe.élé de le difculper dans la Cham- 
bre des Communes , & de prendre tout 



cxcvj Affaires de l^Angleterke 
fur fon compte , l'oppofition n'a point pu ob- 
tenir que les inftructions du Général fufl'ent 
communiquées à la Chambre ; d'où on peut 
conclure que le Miniftere trouveroit fort bon 
que les torts fulTent compenfés. Mais fi M. 
Burgoyne , comme il y a grande apparence, 
eft revenu dans fa patrie ^ avant la fin de la 
feflion , il fera furement lire , même au Par- 
lement , la demande de cette communication 
fi importante à fa gloire ; ôd il eft plus naturel 
d'attendre cette démarche de fa part , que de 
croire avec Milord SufFolk , qu'il pourra s'être 
chargé d'ouvertures de paix ^ de la part des 
Américains. Après ce qui lui eft arrivé , 
comment peut-on imaginer qu'il fe rendroic 
porteur de propofitions qui^ fi avantageufes 
. qu'elles pûflent être , dans les circonftances 
aduelles , feroient pour jamais le défefpoir 
& la honte de la nation , & lui feroient éter- 
nellement reprochés ? 

Quant aux dépenfes que cette campagne 
de Burgoyne a coûtées, elles font effrayantes. 
Le feul article des bateaux que les Améri- 
cains lui ont pris ou brûlé , eft de cent mille 
livres fterlings. On fait monter le tout à trois 
millions; ( environ 70 millions tournois ) 3c 
le compte n'en paroîtra point exagéré , fi on 
fonge aux efforts prodigieux qu'il a fallu faire^ 
aux nombreux tranfports des troupes , ^ une 
marine montée fur les lacs , aux difficultés de 
faire arriver fi loin des munitions'& des fub- 
iiftances, &c, &c» Uartillere en fonte^ qui 



ET DE l'Amer I QUE. cxcvij 

cil: reftée à M. Gates , eft la plus belle qui 
loir jamais fortie de la Tour de Londres. Il 
y a dans le nombre , des pièces de campagne 
ji ailées à tranTpcrter , que deux hommes peu- 
vent en traîner une a\ec la plus grande 
facilité ; celles-là , au moins ^ n'auront pas 
tardé à arriver à l'armée de Washington. 

Dans divers avions que M, Burgoyne 
a livrées ou foutenaes , il lui a été tué trois 
fois plus d'Officiers qu'il n'auroit dû en 
perdre , vu le nombre des Soldats. Jamais 
on n'a vu de guerre poufice de part & d'autre 
avec plus d'acharnement. Du côté des Amé- 
ricains , il y avoit quatre Régimens comman- 
dés par des Curés de la nouvelle Angle-* 
terre : ce font ceux^ qui fous la conduite 
d'Arnold , ont emporté les retranchemens 
que le bataillon Allemand de Briemen a 
retufé de reprendre. Il eR à croire que ïqs 
Evêques Anglois favoient cette anecdote , 
lorfque îe Duc de Richmond s'effc vaine- 
ment épuifé , le 20 Novembre j pour émou- 
voir leur pitié en faveur des pauvres Protef* 
tans Américains, Qc qu'illeur a Iî courageu- 
fement reproché que l'idée feule d'invoquer 
leur commifération , excitoit les rifées de 
toute la Chambre & leur paroifToit rifible à 
eux-mêmes. 

Cependant , Monfieur , ces Américains 
dont le fang" coûte fi peu à l'Angleterre , 
ont prévenu par les foins les plus généreux 
tous les befoins de leurs ennemis vaincus. 



CXCvili AfFA IRESDE l'^AnGLETE'rRË 
& qui depuis plus de douze jours ne vivoieiît 
que de la chaic de leurs chevaux morts ou 
mourans de befoin. Les malades & les bleffés 
ont été tr&icés avec toute l'humanité & les 
attentions poiTibles. M. Burgoyne n'a pas ^ 
pu s'empêcher de s'en louer avec l'expref- 
îion de h plus vive reconnoifTance dans fa 
lettre- à Mylord Derby. Le Chevalier Fran- 
cis V *arke , ion Aide - de - Camp , mort de 
fes bleilares dans la maifon de M. Gates , 
a fait un legs confidérable à une femme de 
confiance que ce Général avoit placée auprès 
de kn pour le foigner dans fa maladie. Le 
Major Acland a éprouvé les mêmes égards , 
& il circule des lettres dans Londres écrites 
par cet Officier & par Myladi fa femme , 
qui donnent les plus grands éloges à l'huma- 
nité & à la générofité des Américains. L'un 
&; l'autre étoient pourtant , entre tous les 
Officiers de l'armée de Burgoyne, ceux qui 
avoiént paru les pourfuivre avec la haine la 
plus implacable. Comment le cri delà recon- 
noifTance, fi ce n'eft pas le fentiment de ce 
qu'on fe doit à foi même , ne fait - il pas 
• adoucir ici le rigoureux fort que fubillent 
depuis fi long'tems les prifonniers dans les 
cachots d'Angleterre? Ilsy périlTent de froid, 
de mifere èc de faim ; & dans une feule prifon 
chaque mois on en voit mourir des centai- 
nes. Celle de Forton près de Gofport a été 
rompue le 2 Décembre au foir par trente- 
cinq de ces infortunés , donc une brûlante 

agonie 



£ T D E l'A m É R I Q U K, CXcÎJC 
(agonie avoit apparemment redoublé les forces 
& le délefpoir. Ils fe font répandus dans la 
campagne , fans fuivre de route certaine , 
fans chercher aucun afyle, au milieu du pays 
le plus peuplé d'Angleterre ^ comme s'ils 
euflent été au fond des deferts de l'Afrique, . • 
Mais que fais-je ici ? Une relation ! Lifez , 
Monfîeur , lifez la lettre. Elle eft imprimée 
dans tous les papiers publics de ce pays ci> 
& perfonne ne s'eftavifé delà contefter* 

Extrait d'une lettre de Brockhurjî près de Gof- 
port , le 8 Décembre* 

M Je n'ai autre chofe de nouveau à vous 
apprendre , finon que le 2 de ce mois au foir 
il s'efl: fait une chalTe dans notre voifinage 
telle qu'on n'en avoit jamais vu de femblable. 
Je veux dire une cbafTe d'Américains. Trente-» 
cinq prifonniers s'étoient fauves de la prifon 
de Forton à la brune & par une efpece de 
violence. Non-feulement les Soldats , mais 
même les Fermiers , leurs garçons & leurs 
chiens > fe font mis fur le champ à leur 
pourfuite : les fugitifs ont évité le g.rancî 
chemin, & après avoir traverfé deux ou 
trois plaines , ils ont été pris comme des 
lièvres dans un taillis. On les a cernés de & 
près ^ que vingt & un d'entre eux ont été 
repris & ramenés à Forton. La chajje dans, 
le bois étoit fort curieufe à voir. Plufieurs 
d'entre eux ont monté dans les arbres & n'en 
font defcendus qu'après qu'on a eu fait feu 

AVXXXIK 



^c Affaires del'Angleterre 
fur eux. Les chiens en ont arrêté plufieurs. 
.Vous faurez qu'il y a dans ces environs des 
chiens drefTés à cette chafle , parce que ceux 
qui faififTent des Américains prifonniers ont 
c liv. poutchaque homme. Quoique je n'aime 
point ces Américains Se que je fois outté de 
les voir battre , comme ils le font, les anciens 
Anglois ; je trouve néanmoins qu'il y a de 
la cruauté à les chaïïer avec des chiens. 
J'apprens que plufieurs d'entre les Fermiers 
fe plaignent de ce qu'on ne (eur a pas donné 
leur part de l'argent pour les prifes , & qu'ils 
font déterminés à ne plus fortir de chez eux 
pour pareille expédition , quoiqu'on aie 
compté loy liv. à ceux qui ont arrêté 21 
de ces prifonniers , tout déguenillés ; trois 
d'entre eux font grièvement bl elfes 6c 
on les a tous jettes dans un cachot ». 

' Je ne pourvois jamais vous décrire, Mon- 
fîeiir , l'état de mon ame , après la ledure 
de cette étrange lettre , où la pitié ôc la 
férocité font confondus dans un mélange il 
bizarre. Il faut efpérer pour l'honneur de 
notre fiecle que l'opprobre en fera effacé 
par la foufcription charitable que Mylord 
Shelburne a entrepris d'établir pour le fou- 
lagement dé tous les malheureux prifonniers 
tant Américains qu'Etrangers. — Je fuis 
fâché d'apprendre que ce ne fera point le 
Général Vaughan qui le premier, aura lieu, 
après M. Burgoyne , de reconnoître que les 
A«iéricains ont des fentimens & un fyftême 



ET DE l'A m é R I q u e. ccJ 

tout oppofé à ceux de fes barbares maîtreso 
J'ai vu des lettres particulières qui aflurent 
que cet incendiaire s'ell: retiré avec précipi- 
tation à New-York , aufli - tôt qu'il a fû 
l'aventure de M. Burgoyne , & fans doute 
au/îi la réfolution que M. Gates avoit ma- 
nifeftée de marcher droit à lui pour le châtier 
comme il le méritoit 

Puifque je fuis revenu à M. Gates, vous 
ferez peut-être bien aife de favoir qui eft 
ce brave Homme » dont le nom honorera 
les faftes de l'Amérique & fur-tout ceux de 
l'humanité.. Il avoit fervi en quaFité d'Aide- 
de-Camp auprès du Général Monckton en 
Amérique , dans la dernière guerre» A la 
paix, il s'eft marié Se fixé à New- York. 
Il eft né en Angleterre dans îe Comté de 
Derby , de parens aifés & honnêtes , qui 
l'ont fait élever pour les armes. 

M. Burgoyne , dont la lettre au Miniftre 
eft datée d'Albany le 20 Odobre ^ étoit 
îe 27 à Northampton , qui n'eft éloigné que 
de If y milles (environ ^o lieues) de Bof-» 
ton. On l'attendoit , le 20 Novembre , à 
Cambridge ^ viliq voifine , où le Confeil 
de Maffachufets a ordonné que feroient can- 
tonnées fes troupes 3 en féparant les Alle== 
mands des Angiois, & interdifant aux uns 
& aux autres toute communication avec les 
Boftoniens. Vous favez qu il eft arrêté dans 
le Confeil que M. Burgoyne fera remplace 
par îe Lord Amherftj & que ce nouveat^ 

ij 



ccîj AFFAIRES DE ^'Angleterre 
Commandant , qui a déjà fait la guerre en 
Amérique , partira inceflament pour Que- 
bec aTec le Général Haldimand. Celui-ci 
ne tardera pas à revenir de Ton voyage en 
SuilFe 3 où il a tenté inutilement , fuivanc 
ce qui a été dit dans le Parlement par pla- 
ceurs Membres de TOppolîtion , d'obtenir 
des treize cantons , des fecours qu'on n'ef- 
pere plus de trouver chez les Prince_s d'Alle- 
magne, & qui fe feroient trop long-rems at- 
tendre de Ruiîie j en fuppofant qu'il fût pof- 
fible à cette Puiflance, dans fa poîition ac- 
tuelle , d'en prêter à fon alliée. Voici en gros 
ça qui fe débite fur l'armée angloife de Phi- 
ladelphie , d'après diverfes lettres arrivées 
le î j de ce mois , par des bâtimens de renvoi. 
On reprochoit à M. le Chevalier Howe*, 
dans fo» armée même , d'avoir fait marcher 
les Hefibis à l'attaque du Fort de Mud-IJÏand , 
( rifle du margouillis ) fans s'être informé de 
la force des ouvrages intérieurs , contre lef- 
quels ont échoué les efforts du Colonel Do- 
îiop 5 qui efl: refté mourant fur la place , avec 
lîx cent de fes compatriotes. 

L'armée étoit confternée de la cataftrophe 
du Général Burgoyne , & elle murmuroit 
hautement contre M. le Chevalier lîowe, 
comme étant l'auteur de ce défaftre , pour 
n'avoir point envoyé des forces fuffifantesà 
fa rencontre. On fait remonter la caufe de 
tout le mal, à un principe de jaloufie , donc 
«OU Ti'a €U que trop louvent de funeftes 



ET DE l'AmÉriquï:. cclij 

exemples, de feuleinenr dans ce (îècle , entre 
le Comte de Peteiborough & Miloid Galway 
en Efpagne , ainli qu'entre Marlborough ^ 
les Gépcraux Hollandois en Flandres , dans 
les guerres de la Reine z\nne. 

On montre ici une lettre écrite par un 
Officier d'un vaiiTenu de la flocte du Lord 
Howe j & datée du 2C) Odobre , quatre 
jours après les dernières dépêches du Gé- 
néral. Cet Officier défefpere que les vaiC- 
feaux puillent s'approcher de l'armée, donc 
ils font encore à fept lieues , fi on ne vient 
point à bout de prendre i'Ifle de Mud , parce 
que ce Fort commande abfolument le paf- 
fage 'de la rivière » & que fes batteries 
peuvent couler bas tous les bâtimens qui 
tenteroient de la remonter. On avoit com- 
mencé à fentir des froids très-vifs le 2J 
Octobre, ôc dont paroilToient beaucoup fouf- 
frir les Soldats Anglois employés aux tra- 
vaux des lignes , à un quart de lieue des 
poftes avancés des Américains. La flott.e 
]^e communiquoit encore avec la Ville que 
par des bateaux plats & non fans de grands 
Rangers, parce quon étoit obligé de ran- 
ger de très- près les vaiffeaux Américains, 
La faifon des glaces qui approchoit , & îe 
danger où feroit la flotte d'être prife dans 
la rivière Delavare, faifoient croire géné- 
ralement que fi on échouoit dans une nou- 
velle tentative fur l'IUe de Mud , l'armée 
fcroit obligée d'évacuer Philadelphie ^ de 



cciv Afipaires de l'Angleterre 

faire !es fept lieues de marche pour venir 
fe rembarquer & aller pafler l'Hy ver à la 
Nouvelle York. Les troupes étoient prodi- 
gieufement fatiguées & diminuées. Le-lende- 
main de l'affaire de GermanToivn il étoic 
entré dans Philadelphie (ix cents chariots 
remplis de Soldats bieffés. Le quatrième ré- 
giment avoit fi prodigieufement fouffert dans 
les deux avions du ir Septembre & du 4 
Odobre , que le 24. de ce dernier mois, 
il fe trouvoit n'avoir plus que 113 hommes 
en état de fervir. 

Il eft vraifemblable que les premières nou- 
velles qui arriveront des Frères H owe, fe- 
ront apportées par le Lord Petersham , qui 
eft chargé du duplicata de la dépêche de M, 
Burgoyne , & que ce Général a expédié par 
la route de Philadelphie avec les pafleports 
de M. Gates. Le Capitaine Craig eft venu 
bien plus promptement par Québec, quoi- 
que la route foit beaucoup plus longue. Les 
mauvais plaifans prétendent que les Frères 
Howe auront attendu le plus qu'il leur aura 
été polTible pour donner d'agréable étrennes 
à Miiord Germaine, Je fais quelqu'im qui 
n'en feroit pas moins fati<»fait , fi elles étoient 
en effet plus réjouiffantes que les dernières , 
& qu'elles pûflent arriver avant le renou- 
vellement de l'année. C'ell le Poëte Lauréat 
de la Cour , le Scalde ^ le Troubadour Mi- 
niftériel , payé pour faire fur le Parnaffe » 
en l'honneur des Mmiftres, les vaines faiv^ 



]ET DE I.'AMÉRf(iUE, CCV 

faronades du champion au couronnement. Il 
avoit compofd, depuis quelques lemaines, 
VOde d'étiquette qu'il doit faire chanter au 
lever du Roi le premier jour de l'année; Ôc 
pour celle ci fa lyre avoir été m^tée au ton 
le plus élevé , quoiqu'il ne le fût point en- 
core trop au gré de fes Mécènes. Mais il 
a été obligé d'y faire de (î grands change- 
mens , d'ôter tant de Céfars , tant de lauriers, 
tant de triomphes , que fon Ode n'a plus 
l'air que d'un Elégie , & qu'on ne fait plus 
par quelle efpece de mufique en faire ac- 
compagner le chant lugubre. Il fera réelle- 
ment à plaindre fi on ne reçoit pas au plutôc 
la nouvelle de quelque fuccès de la première 
importance, pour qu'il puilTe rafTembler les dé- 
bris épars de l'édifice de fa joie. C'eft ce que 
feront, de leur côté, les Habitans de Taun- 
ton , Ville du Comté de Somerfet , qui ap- 
prenant le défaire de l'armée de Burgoyne, 
ont remporté , chacun chez eux , les fagots 
qu'ils avoient amafles fur la place publique 
pour célébrer la prife de Philadelphie , dont 
ils avoient reçu le rnatin l'agréable nou- 
velle. 

Quoique ce Pofcriptnm foit déjà très-long, 
je ne le terminerai point fans vous dire un mot 
du Congrès ; vous avez vu- avec quelle irré- 
vérence Mylord SufFolk s'eft permis d'en 
parier dans la dernière féance de la Chambre 
des Pairs. Il l'a qualifié d'aflemblée errante 
&en défordre, qui s'çtbit enfuie ou ne favoii 



ccvj Affaires DE L'Angleterre 

où , & qui probablement ç|Vxiftoit pluSà 
C'efl: avec la même légèreté qu'il a traité les 
Lords du parti contraire , en leur déclarant 
que le Roi n'avoit nul befoin de leurs avis, 
èi ne les prendroit point , quoiqu^il n'y ait 
iien de plus oppofé à la conftitution qu'un 
tel langage. Mais puifqu'ii s'agit ici du Con- 
grès j cette refpeélable affemblée lui a prouvé 
fon exiftence par un arrêté du 14 Odobre 
àâtê (^à) d^YorkToim y pays où n'atteindront 
jamais les armes Britanniques. Je vous le 
tranfcrirai tout au long , c'e(t un morceau 
curieux* 

En Congrès le 14 05lobre 1777. 

. » D'autant que la nation Britannique a 
îeçu dans Tes Ports , & déclaré de bonne prife , 
pluiieurs bâtimens & leurs cargaifons , appar- 
tenans aux Etats-Unis , que les Maîtres Se 
Equipages , infidèles à la confiance mife en 
eux , ont menés par craliifon dans les Ports 
Anglois», 

39 A ces caufes ^ arrêté, que tous vaifîeaux 
ou cargaifons apparrenans à des Sujets Bri- 
tanniques , non habitans des Ifles Bermudes 
ou Lucayes ^ qui feront amenés dans les 
Ports des Etats Unis , par les Maîtres ou 
Equipages , feront jugés de bonne prife 6C 
partagés entre les capteurs , fuivant les mêmes 

(»i) Au Nord de la Penl}lyanie. , 



\f: E T D E l'A m É R I vi U E. CCvij 

proportions , que s'ils avoient été pris par 
des vaifleaux de guerre du Continent ». 

Extraits des minutes. 
Signé Charles Thompson, Secrétaire. 

Ce même Congrès a élevé au grade de 
Major-Général M.Conway , 6c à celui de Bri-, 
gadier - Général le Chevalier de Borré ^ 
l'un &: l'autre Officiers étrangers & décorés. 
Il a donné auffi les plus grands éloges à la 
valeur , à l'adlivité &c au talent du Général 
Arnold , dont heureufement la blelTure n'étoit 
point mortelle , & qui , fuivant quelques avis 
particuliers , pourroit bien s'être chargé de 
faire une nouvelle tentative fur le Canada, 
dans l'abandon où il eft refté & avant qu'il 
foit poOible à l'Angleterte d'y faire parvenir 
des renforts. 

• Je viens de' lire un récit du dîner que 
le Général Gates a donné au Général Bur- 
goyne après la capitulation fignée. Tout s'y 
efl: très-bien paffé. Les Officiers Anglois ont 
paru feulement furpris de la frugalité du 
repas , d'autant plus remarquable que les 
provifions abondoient dans l'armée Améri- 
caine. La table conliftant en deux planches, 
fut dreflee fur des tonneaux: point de nappe : 
point de buffet. Tout le fervice s'efl: borné 
à quatre plats , fâvoir un jambon , une oye , 
Au. bœuf à: du mouton bouilli. Pour boiffbn , 
du rum de la nouvelle Angleterre ^ mêlé 
NA'XXXIK p 



0cvîii Affaîkes de l'Angleterre 

avec de l'eau & fans fucre ,. le pot alloit à la 
fonde : il n'y avoit de gobelets que pour les 
deux Généraux. Avec une telle fobriété où 
n'iroit on pas , & que ne feroiton pas? Cela 
devoit en effet paroître bien étrange au 
Çé iéral Anglois & à Ton armée, quiavoient 
fait une partie de la campagne au milieu 
d'un luxe afiatique , & avec laquelle mar- 
choient un immenfe bagage & quantité de 
femmes & d'en fans. 

Après le dîner, lorfque l'on fervit le vin 
M. Gates pria le Général Burgoy ne , de porter 
la fanté qu'il jugeroit à p[opos. Celui-ci 
lîéfita quelque temps , fe trouvant fort em- 
barrafféa Enfin s'étant levé, il porta d'une 
voix entrecoupée & foible , la fanté du 
;Général Washington. M. Gates y répondit 
en portant d'une voix haute Ik afTùrée la 
fanté de George IIL 

' Parmi les troupes » on fe félicitoit de parc 
& d'autre de la cefTation d'armes ^ avec la 
plus grande cordialité. Les Anglois expri- 
înoient le dcplailir qu'ils avoient reffenti en 
tombattant les Américains , difant qu'ils 
éufTeot voulu avoir tout autre ennemi à com- 
b'attre. Les Américains répondoient à ce 
corr piiment , que leurs -plus vrais ennemis 
étoient les Minières &: les EcofTois leurs 
créatures. Ils étoient bien vêtus, ils avoient 
de bons havrefacs, & des armes en bon état. 
Ils firent divers manœuvres qui furent ad-» 
toirées des Officiers Anglois , iur-tout pour 



ET DE l'AmT^RIQUH. Ccix 

Tordre & le filence. Ceux-ci donnèrent de 
grands éloges aux Généraux Whipple & 
Glover. — J'oubliois une chofe intérefTante. 
M. Gates ne put pas s'empêcher de parler 
de l'affreux dégât que les troupes Angloifes 
avoient fait dans leur marche rétrogade à 
Saratoga & fans aucune utilité , puifque c'étoit 
un pays qu'ils quittoient. Il ajouta que fure- 
ment ce n'éroit point M. Burgoyne qui en 
avoit donné l'ordre. » C'eil: moi qui l'ai or- 
donné , répondit le Général Anglois , mais 
c'efl que mes inftruélions y étoient précifes «. 

Les papiers publics vous apprendront en- 
core divers autres détails de ce genre. Je 
m'en rappelle un qu'il feroit fâcheux qu'on 
oubliât. C'eft que le Général Frafer fut tué 
à plus de cent pas en avant du corps àiAlk* 
mands qu'il commandoit , 6c dont il n'avoic 
jamais pu fe faire fuivre. 

Le bruit fe répandoit hier que le fort de 
ride Mai avoit été pris par les troupes du 
Pvoi le 5* Novembre; mais il n'y en a aucun 
avis autentique , & il n'a point produit d'effet 
fenfible à la bourfe. 



F ï N. 



ET DE L'AMéRIQtJE. I2p 

Je Congrès dans cette déclaration ? 

La queftion a pafTé unanimement à l'affir- ill^* 
mative. Mai 

& 

Véhats dans Vajemhlée de la ville de FhiladeU J"^"* 

jp/zie j concernant l^arrêté pris le quinie Mai 

par le.Congrès général. 

Le 20 Mai , les habitans de la ville & 
libertés de Philadelphie , fe (ont afTeaiblés 
en nombre confidérable à la falle des Etats, 
où ils avoient eu avis de fe rendre. 

Le Major John Bayard , en qualité de 
Préfident du Comité d'infpedion & d'obfer- 
vation de la Cité & banlieue de Philadel- 
phie, 6cc. informa l'afleiabiée qu'elle avoit 
été convoquée à la requête d'un grand nombre 
de Citoyens refpedtables. Le Colonel 'Daniel 
Roberdeaufut nommé à la place de Fiéfident; 
& en conféquence il prit le fauteuil,*— 
Il fut propofé que l'arrêté du Congrès du i/, 
du préfent mois de Mai feroit lu. — Cette 
ledure faite. ( Pour l'arrêté du Congrès , 
%/oye^ leTomVII p. 10) 

Propofé que les Inftruâions données pat 
la Chambre d'ÂfTemblée à fes délégués au 
Congrès feroient lues (ces inftrudionsfontdu 
5) Novembre 1775 : les voici )• 

Messieurs. 
9> La confiance <iu'on a roife en vous eft 



130 Affaires de l'Angleterre 

„ de, telle nature , & la manière donc vous 

i77^« y P'^urrez répondre , peut-être fi diverfifiée 
l^ai dans le cours de vos délibérations , qu'il efl: 
& à peine polîîble de vous donner des inftruc- 
Juin, tions particuliéf^s à ce fujet 33. 

» Enconféquencejnous defirons que vous, 
ou quelques-uns d'entre vous , vous puifliez 
vous joindre en Congrès avec les Délégués des 
différentes Colonies aduelîement afTemblés 
dans cette Ville , Ôc cous les autres Délégués 
qui pourront venir au Congrès l'année pro- 
chaine : que vous délibériez enfemble lur 
la fituation critique & allarmante où font 
aduellement les affaires publiques ; que vous 
fafîîez tous vos efforts pour régler de re- 
commander les mefures que vous jugerez les 
' plus propres à opérer le redreflement des 
griefs de l'Amérique , & le rétabliffement 
de cette union & de cette harmonie entre la 
Grande - Bretagne & fes Colonies , qui font 
fi effentielles au bien-être & à la profpé- 
iité des deux pays «. 

*> Quoique les mefures oppreflîves du Par- 
lement & de l'admihiftration Britanniques , 
nous aient mis dans la néceflicé de réfiftec 
à leur violence par la force dès armes , ce- 
pendant nous vous enjoignons expreffémenc 
de défaprouver & de rejetter entieremenc , 
au nom de notre pays , toutes propofitions qui 
pourroient être faites pour occafionner ou 
amener une féparation d'avec la Métropole 



ET DE l'Amérique. 131 
ou un changement dans la forme de ce 



Juin. 



Gouvernement ce. 177^. 

3> Vous êtes priés de faire le rapport de jviaî 
vos procédés à cette Chambre «. & 

Par ordre de la Chambre, le 9 No vemb. 1 775*. 
Signé John Marton , Orateur, 

Le Colonel Thomas M'kean a dit que le 
Comité de la Cité & libertés craignant le 
dangereux effet que pouvoient produire ces 
inftrudtions , avoit préfenté un mémoire a 
l'honorable Chambre de l'Aflemblée pour 
prier qu'elles fuffent fupprimées , & que la 
Chambre prenant ledit mémoire en confidé- 
ration , avoit arrêté dans la dernière féance 
de la dernière feflîon que lefdites inftruc- 
tions ne feroient point changées. 

Sur motion , arrêté (Tune voix unanime ^ 
que félon l'opinion de cette Affemblée » 
lefdites inftruâions peuvent avoir l'effet dan- 
gereux de retirer cette Province de cette 
heureufe union avec les autres Colonies 
que nous regardons comme notre gloire ôc 
notre fureté. 

Sur motion , arrhé d'une voix unanime ^ 
que la Chambre d'alferoblée aduelle n'a point 
été élue pour l'objet de former un nouveau 
Gouvernement. 

Sur motion 9 arrêté ( une feule voix con« 
traire), que la Chambre actuelle d^affem- 
i>lée n'étant point autprlfée par le peuple 



152 Affaires de l'Angieterre 

pour cet objet, elle ne peut^s'y ingérer en 

'77^» rien fans s'arroger, un pouvoir arbitraire. 

Mai Arrêté (Tune voix ww^nime , qu'il fera fait 

.^ fans délai , une proteftation par le peuple 

"^* de cette Cité & libertés, contre le pouvoir 

où pourroit fe croire ladite Chambre de 

mertre en exécution ledit arrêté du Congrès 

(du 15 Mai). 

Sur la queftion agitée & mife aux voix 
pour favoir fi le Gouvernement aéluel con- 
vient aux circonftances des affaires , l'avis 
de JlAffemblée a été unanimement pour la 
négative. 

Arrêté d'aune roix unanime qu'il faut qu'une 
convention provinciale foit choifie par le 
Peuple pour l'objet exprès de mettre à exé- 
cution ledit arrêté du Congrès (du îy Mai)l 

Comme il pourroit s'élever quelques dif- 
ficultés relativement à la manière d'élire les 
Membres pour ladite Convention, en con- 
féquence ; 

Arrêté d\ine voix unanime que le Comité 
de la Ciré & libertés de Philadelphie fera 
prié d'envoyer le fufdit arrêté du Congrès 
( I y Mai ) auxdifférens Comités dans la Pro- 
vince , & de convoquer un certain nombre 
• des Membres des Comités de chaque Comté 
pour tenir une Conférence Provinciale y à 
l'effet de déterminer le nombre des Mem- 
bres dont fera compofée la Convention pour 
former un nouveau Gouvernement , èc la 
raaniere dont ils feront élus. 



KT DE L' A Mé R IQU E. 133 



Une minute de proteftation ayant été 1776. 
lue , elle fut unanimement approuvée» Mai 

& 
ProteJIation de divers Habitans de cette Province > J"i"* 

tant pour eux que pour les autres* 

Aux honorables les Repréfentans de la Pro-; 
vince de Penfylvanie. 

Mess ie urs, 

Nous les Habitans de la Cité & libertés 
de Philadelphie , tant pour nous que pour 
les autres Habitans de Penfylvanie, croyons 
qu'il eft de notre devoir de repréfenter à 
la Chambre ce qui fuit : 

D'autant que l'honorable Congrès con- 
tinental , par un arrêté du ij du préfent 
mois de Mai, a recommandé de former 6c 
d'établir de nouveaux Gouvernemens dans 
toutes les Colonies unies fous V autorité du 
Peuple. D'autant que le pouvoir donné pac 
Chartre à cette Chambre , dérive de notre 
mortel ennemi , le Roi de la Grande-B^e'^ 
tagne, & que les Membres en ont été élus 
par les perfonnes feulement qui étoient dans 
un état tle fidélité réelle ou fuppofée audit 
Roi , à l'exclufion de plufieurs dignes Ha- 
bitans que le fufdit arrêté du Congrès a 
rendus aduellement Eledeurs. Comme 
cette Chambre j dans fa poCtion aduelle , 
entretient une correfpondance immédiate 
av'ec un Gouverneur ayant commiflion da- 

i lîj 



134 Affaires DE l'Angibterrb 

--- dit Roi, lequel eft repréfentant juré , ayant été 

1776". & étanc par ferment oblige d'avoir une Cor- 
Mai refponddnce miniftérieile avec les Miniftres 
& dudit Roi , & que ladite Chambre ne peut 
Juin, gn être relevée par aucun ade de notre part. 
En conféquence, tant pour nous que pour 
les autres , nous proteftons folemnellement , 
par les préfentes , contre l'autorité & qualifi- 
cation de cette Chambre , pour former uti 
nouveau Gouvernement. 

Comme nous voulons éviter toute dif- 
cuffion avec cette Chambre , nous nous dif- 
penferons d'énumérer les inconféquences par- 
ticulières de fa précédente conduite, & nous 
nous contenterons de déclarer qu'en qualité 
de corps d'hommes liés par des fermens de 
iîd'^litéà notre ennemi, & dévoués ^ comme 
le font la plupart de fes Membres , foit par 
des liaifons perfonnelles , foit par des em- 
plois pécuniaires au propriétaire de cette 
Province , qui eft pareillement Repréfentant 
dudit Roi , ce corps eft inhabile , pour toutes 
bonnes intentions & fins , à prendre en 
confidération le dernier arrêté du Congrès 
(du ij Mai) , & que comme Chambre, il 
n'eftpoint, conforménientàladefcription du- 
dit arrêté , une JJfemhlée fous V autorité du 
peuple feulement ; Se auflî parce que nous avons 
de très-vives appréhenfions qu'un nouveau 
Gouvernement, ouvrage de perfonnes qui 
fe trouvent dans de tels rapports , ne foit un 
inôyen de nous foumertre, nous & notre 



ET DE l'A mérique, 135- 

poftérité , a de plus grands maux , qu'aucun r— 

de ceux que nous avons éprouvés, ^77^» 

En proteftant ainfi contre Tautorité de ^^^^ 
cette Chambre pour former un nouveau ^ 
Gouvernement , nous ne prétendons point '^"^"* 
l'attaquer dans l'exercice des pouvoirs qui 
lui font propres, & que jufqu'àpréfent elle 
a été dans la coutume de déployer pour la 
fureté & l'intérêt de la Province, jufqu'à 
l'époque où une nouvelle Conftitution dé- 
rivant de l'autorité du peuple & fondée 
fur elle ^ fera définitivement réglée par une 
convention provinciale qui doit être élue 
pour cet objet , & jufqu'à ce que les Offi- 
ciers & les Repréfentans réels du peuple 
foient choifis conformément à ce principe , 
& qualifiés pour remplacer cette Chambre, 
A cette fin , il fera adrefle une Requête au 
Comité d'infpedion & d'obfervation de la 
Cité & libertés ( lesquels , dans toutes les 
occafions, oiit concouru par leurs fervices 
au maintien des droits du peuple ) pour 
convoquer une conférence de Comités , la- 
quelle publiera des ordres pour élire par 
fcrutin une convention provinciale , com- 
pofée au moins de loo Membres, à Veffet 
de mettre à exécution ledk arrêté du Con- 
grès: étant fermement convaincus qu'après 
la faveur immédiate^de la Providence divine 
notre bonheur futur dépend de la fermeté avec 
laquelle nous obferverons& nous foutiendrons 
ledit arrêté du Congrès, pour entretenir paf 

I iv 



1^6 Affaire sdel'Angleterrb 

ce moyen l'union des Colonies dans toute 

,J770. fon intégrité. 
Mai Arrêté d^une voix unanime que le Préfident 
^ fera chargé de figner &. de préfenter ladite 
Juisim pj-oteftation à l'honorable Chambre d'aflem- 
blée. 

Arrêté (Tune i^oix unanime que nous {ont\en~ 
drons les mefures qui viennent d'être adop- 
tées , à tous rifques & périls , & quelles qu'en 
puifTent ctre les conféquences. 

Les remerciemens de la Cité & libertés 
ayant été préfentés ( en vertu d*un vote una- 
nime ) au Colonel Roberdeau pour fon im- 
partialité & fon exaditude à remplir fa 
place de Préfident , il a répondu qu'il étoit 
pénétré de reconnoifTance de l'honneur qu'on 
lui faifoit , & qu'il s'en trpavoit plus flatté 
que s'il l'eût reçu d'un Prince. 

Les remerciemens de la Cité & libertés 
ont pareillement été préfentés (par un vote 
unanime ) au Comité d'infpedion & d'ob- 
fervation , pour le zèle , la fidélité & 
l'attention foutenue que fes Membres ont 
mis à remplir leurs importantes fonctions. 
Le Colonel M'kean , en fa qualité de Pré- 
fident dudit Comité , a reçu fes remercie- 
mens, 

L'Affemblée s'eft comportée avec tout 
Tordre & toute la décence imaginables. 

Daniel Roberdeau, Préfident. 



BT DBL'AMém dv^. 137 

La proteftation , conformément à l'arrêté, 

a été remife le même jour à l'Orateur de ^11^* 

la Chambre d'aflemblée. ^^* 

& 

Adrejje ^ remontrance des foujjî^nés Habitant J^i"- 

de la Ville Gr libertés de Philadelphie» 

Aux honorables les Repréfentans des 
hommes libres de la Province de Pen- 
fylvanie , tenant afTemblée. 

D'autant qu'à notre grand regret, nous 
voyons qu'il a été préfenté à cette Cham- 
bre un écrit intitulé : Proteftation de divers 
Habitans de cette Province, foit difant en leur 
nom Gt* en celui des autres, tendante à ren- 
verfer & à changer la Conftitution de ce 
Gouvernement fur différens griefs que nous 
ne pouvons croire être bien fondés , & d'au- 
tant que nous regardon3 comme un devoir 
indifpenfable pour nous & pour notre pofté- 
rité , de reclamer & de foutenir les droits 
que nous ont donnés la Chartre & les loix 
fages de Penfylvanie, foit qu'elles aient été 
confenties par nous-mêmes ou faites par nos 
ancêtres , autant que faire fe pourra fans lé- 
fion pour la caufe publique d'Amérique , 
pendant la fituation de détreflTe aéluelle où 
font nbs affaires. En conféquence , nous fai- 
fons des remontrances contre ladite protef- 
tation pour les raifons fuivantes : 

i.^ Parce qu'elle regarde l'arrêté du Con- 
grès du 15 de ce mois de Mai, comme in* 



1^8 AfjÉ-aires be l^Angleterre 

" T^jondion abfolue » de former & d'établir dô 
' ' ' nouveaux Gouvernemens dans toutes les 
^^* Colonies-unies fous Tautorité du peuple «. 
j > Tandis que ledit arrêté eft feulement une 
recommandation conditionelle aux AfTem^ 
blées& Conventions refpedives des Colo- 
nies , où il n'a point été établi de Gouver- 
nement fuffifant pour l'exigence des affaires 
d'adopter les Gouvernememens , qui félon 
l'opinion des Repréfentans du peuple , feront 
les plus propres à opérer le bonheur & la 
fureté de leurs Conftitutions en particulier 
& de l'Amérique en général «. Il eft à pro- 
pos de remarquer ici que dans cet arrêté 
du Congrès & dans tous autres où il eft quef- 
tion des Afifemblées & Conventions , on doit 
çntendre ,( ainfi que cela s'eft pratiqué ) que 
par-tout où il exifte des AiTemblées & où 
elles peuvent fe tenir, comme les anciens 
corps conftitutioneîs , dans leurs Colonies ref- 
peâives , les affaires publiques ne doivent être 
adminiftrées par elles & par les conventions , 
que dans les cas urgens où des Gou- 
verneurs arbitraires , par des prorogations 
de des diffolutions, empêchent les Repré- 
fentans du peuple de s'affembler pour déli- 
bérer fur leurs propres affaires , ou bien lort 
qu'ils ont détruit la Conftitution en abdiquant 
leurs places , & en levant l'étendard de la 
guerre contre ces Colonies ; que l'affemblée 
de cette Province ne peut être prorogée ou 
diffoute ; qu'aucune Province ne s'eft fignalée 



3ET DE L'AMÎSRKiUB. IJp 

plus qu'elle dans les nobles efforts qu'elle a ^ 

faits pour le foutien de la caufe commune ^'. ' 
de la liberté: que par l'arrêté fufdic du Con- ^* 
grès , qui ne s'ell: jamais immifcé dans la po- juin' 
lice intérieure des Colonies , on laifTe aux 
feuls Repréfentans du peuple à décider fi leur 
Gouvernement eft fuffifant ou non pour l'exi- 
gence de leurs affaires : que nos Cours de 
loi font ouvertes : que la juftice a toujours 
été adminiftrée avec toute l'attention que 
requeroient les circonftances où nous nous 
trouvions ; & qu'il a été fait des oârois d'ar- 
gent confidérables , dont des innovations 
précipitées oufans nécefïîtépourroient ébran- 
ler le crédit & occafionner des défordres 
fans nombre. 

2."* Nous faifons des remontrances contre 
ladite proteftation , comme étant une démar- 
che qui tend à la défunion , & qui doit em- 
pêcher un nombre infini des Habitans de la 
Penfylvanie de conferver leur ancien zèle pour 
la caufe commune. En effet , ces Habitans, 
pénétrés de la plus profonde vénération pour 
leurs droits Civils & Religieux, tels qu'ils 
leur ont été affùrés par notre Ghartre , n'ont 
jamais penfé, lorfqu'ils fe font engagés en- 
tr'autres chofes au foutien des droits de li| ^ 
Chartre d'une autre Colonie , qu*oa les fom- 
meroit un jour de faire le facrifice de leur 
propre Chartre. Nous ne voyons rien , dans 
notre Ctuation , qui exige un facrifice auflî 
difproponionné , tandis que les autres Co- 



Î40 Affaires DE l'Angleterre 

T~lonies,& en particulier Connedicut & Rhode- 

/ ' 5* liland , qui tirent de la même Chartre que 

^!^* nous l'autorité de leurs Aflemblées ^ conti- 

7,,' nuent leurs anciennes formes de Gouver- 

j unit ^_. ^ __ , 

nement, par ces Corps de fans Conventions, 

Quelques changemens paiïagers dans 
les formes que l'exigence àes affaires, ou 
l'autorité du peuple puifle être cenfée jufti- 
Eer ou néceffiter , cette autorité ré{ide en- 
tièrement en nos Repréfentans en afTemblée 
choifis librement & annuellement. 

Six feptiemes de votre Corps font par 
notre ineftimable Chartre , inveftis du pou- 
voir de donner une décifion lur cet objet. 
Nous nous adreflbns à vous comme chargés 
du maintien de nos droits, & nous croyons 
fermement que vos Conftituans en général , 
adhéreront avec joie à tout ce que votre 
fagefle pourra ordonner dans la circonf- 
tance préfente. — Nous vous prions humble- 
ment de n'oublier jamais que dans des tems 
de défordre , on ne doit fe décider à des 
changemens qu'avec la plus grande circouf- 
pedion , & n'adopter que ceux qui font ab- 
folument néceffaires. — La Province de la 
Caroline Méridionale, contrainte par la né- 
ceffité , a donné à ce fujet un exemple louable , 
en ne faifant des reglemens que relative- 
ment & jufqu'à l'arrangement des malheu- 
reufes difputes entre la Grande-Bretagne & 
l'Amérique , événement qui ne ceffe d'être 
l'objet des vœux de ces peuples , quoiqu'on 



BT DE l'Amérique. 141 

les regarde 3c qu'on les traite comme des-'— rr 
Rebelles «. ''/"^ô- 

Mai 
L'AsssEMBLÉE de Philadelphie ayant dé- ^ 
claré que la queftion de l'indépendance ou ^'^^^* 
réparation d'avec la Grande Bretagne étoit 
trop importante pour qu'elle ofâc entrepren- 
dre delà décider, elle envoya les différentes 
irepréfentationsqui lui avoient écé faites pour 
6c contre , aux Comtés ôc Villes relpedifs 
de la Province. Par ce moyen on parvint à 
favoir dans quelles difpofitions elle fe trou- 
voit à cet égard , & on jugea, par une plu- 
ralité confidérable , qui fe manifefta par- 
tout, que le vœu de l'indépendance étoit 
général. Sur cela il fut élu une convention 
qui drefla des inftruâions pour les Délé- 
gués au Congrès^ avec ordre non-feulement 
d'adhérer à la queftion lorfqu'elle feroit pro- 
pofée ; mais auiîî de contrader des alliances 
avec les puilTances Etrangères. Ces Délé- 
gués donnèrent leur voix en conféquence , 
de le Congrès nomma Silas Deane^, ci-de- 
vant l'un des Délégués pour la Colonie de 
Connedicut , fon Député ou Miniftre Plé- 
nipotentiaire à la Cour de France. 

[ Toutes les pièces quon vient de voir ^ Jur 
Voppojïdon que Vaffaire de Vindépendance a 
trouvée en Penfylvanie 9 font très-ejjèndelles 
à VHiJîoire de la Révolution de V Amérique, Elles 
n^avoi&ntparu dans mcunQ Galette m Europe, j 



177<^- 
Mai 



14:2 Affairesde l'Angleterre 
Caroline Méridionale. 



j^. ViJlriSl de Chérauir. 

Difcours du grand Juré de CherauW, pro- 
noncé pour ce même Diftrid:, dans une 
Cour de Sefïîons générales de paix , &c« 
commencée pour ledit Diftriâ: , à Long- 
BlufF dans la Caroline Méridionale 9 Iç 
20 Mai ijt6. 

Premièrement. Lorfqu'un Peuple né & 
élevé dans un pays de liberté & de vertu, 
ignorant encore ces rafinemens qui amo- 
liflent & aviliflent Tame , nourri de fenti- 
mens mâles & généreux , plein de fierté & 
de courage , & échauffé par tous les prin- 
cipes de la liberté , eft convaincu par une 
expérience malheureufement trop certaine 
de l'abom.intble réfolution prife par fes 
perfides Adminiftrateurs, de le charger des 
fers de l'efclavage, & de le dépouiller de 
tous les grands ôf défirables privilèges , qui 
peuvent diftinguer des hommes libres, 1^^ 
juflice , l'humanité & les loix immuables 
de Dieu, le juftifient & Tautorifent à re- 
tirer cette confiance facrée dont on abufe fi 
lâchement , & à la donner à des perfonne? 
de qui il a plus droit d'attendre qu'elles 
la feront fervir à raccompliflfement des vues 
iipportantes qui en ont été le principe. 
2^"* Le bon peuple de cette Colonie , ^iofi 



ET DE l'Amer iQUK. 143 

que celui des Colonies Tes fœurs , plein de ■ - 
confiance dans la juftice & la protedion 177^» 
méritée du Roi & du Parlement de la Gran- Mai 
de-Bretagne , s'eft toujours fignalé par & 
toutes les marques de devoir & d'afFedion •^^^"' 
envers le Roi & le Parlement ; & il a re- 
gardé ces liens d'union & de bonne intelli- 
gence comme fon plus grand bonheur. Mais 
lorfque cette proteélion lui a été retirée de 
gaité de cœur , & qu'on lui a fubftitué toutes 
les marques pofîibles de cruauté & d'op- 
preflion: lorfque la tyrannie, la violence Ôc 
rinjuftice ont pris la place de l'équité ^ de 
la douceur & de l'afFeàion , & que le pil- 
lage , les embrafemens , les meurtres , le car- 
nage & les perfécutions les plus odieufes» 
ont décelé la méchanceté des intentions de 
la Grande-Bretagne , la confervation de nous* 
mêmes & le foin de veiller à notre propre 
bien-être de à notre fureté , font devenus 
des objets également importans & nécefifaires. 
Le Parlement & le Miniftere de la Grande- 
Bretagne ^ en faifant éprouver à cette Co* 
lonie des perfécutions au(îî afFreufes que peu 
méritées , l'ont forcée , fanis qu'elle le cher- 
chât ni qu'elle le défirâc^ à fe féparer de 
la Grande-Bretagne j & cette féparation, 
dont nous reconnoiflbns aujourd'hui l'uti- 
lité ^ efl le feul moyen qui nous refte pour 
aflïïrer notre bonheur & notre fureté pour 
l'avenir. Ce qu'autre fois chacun de nous 
regardoit comme le plus grand malheur qui 



Ï44 Affaires de l'Angleterre 

'pût nous arriver , nous préfente aujourdh il 

^11^* inopinément le plus grand avantage. Au mi- 
^^^^ lieu de toutes Tes fouffrances & des injuftices 
, ^ qui lui ont été faites , cette Colonie a tou- 
* jours défiré , de même que les autres Co- 
lonies fes foeurs ,une réconciliation qui pût 
faire oublier le paffé & affûrer une bonne 
harmonie pour l'avenir; mais comment l'a-t- 
on traitée ? Toutes les preuves qu'elle a cher- 
che à donner de fa foumiffion , ont été re- 
liai dées comme les démarches d'une autorité 
ufurpée ; les pétitions les plus humbles ont 
été qualifiées d'infulres, & tout défir ref- 
peâueux d'un accommodement a été reçu 
avec le mépris le plus opiniâtre. Repouiïé, 
perfécuté , diffamé, livré en proie à toutes 
les efpeces d'iniquité & de violence , un peuple 
juOe & trop oÔenfé en a appelle enfin au 
Tout-PuilTaot ^ & mettant fa confiance dans 
la juftice divine, & dans fes propres vertus 
& fa perfévérance , il a embralTé le feul & 
le dernier moyen de fauver fon honneur , 
& d'affûrer fon bien être ôc fa félicité, 

Lafuiu au N.^ XXXVL 



ET DE l' Amérique, ccx 

Lettre d'un Banquier de Londres , 
à M.*** à Anvers. 

De Londres îe 6 Janvier if/SVî 

t)'APREs les difpontions , Monfieur, où 
ïes derniers débats parlementaires vous ont 
fait voir les efprits des deux partis, vous avez 
dû juger des efforts que chacun feroit pouc 
tirer Je plus grand avantage de la fufpenfîont 
d'armes. Tandis qu'ils font occupés de 
part & d'autre de leurs préparatifs d'atcaquâ 
& de défenfe, je me fuis attaché à devinée 
fur quel point particulier de la grande affaire 
aduelle fe réuniroient les principales difcuf- 
fions. Or , je crois que la première motion 
que l'on doive attendre de Milord North , 
aura pour objet un plan de réconciliatioa 
avec l'Amérique , & que le Statu quo dei 
[1763 pourra être propofé pour la bafe de 
Farrangem.ent. Plein de cette perfuafîon de 
du défir de vous rendre pleinement fenfible? 
tout ce qui peut être dit fur cette matière, 
je me fuis hâté de mettre fous vos yeux un 
écrit dans lequel vous la trouverez parfaite- 
ment & clairement détaillée , & de la ma- 
nière la plus favorable pour que vous puiiliez 
vous en pénétrer. C'eft l'interrogatoire que 
M» le Dodeur Benjamin Franklin eut à fubir^ 



ccx) Affaires del'xAngleterrs 

dans la feflion de 1^6^-6 , devant la Chambre 
des Communes , lorfqu'il fut queftion de ré- 
voquer l'ade du Timbre & d'y fubfiiruer rad:e 
déclaratoire à l'appui duquel fut mis enfuite ce 
malheureux impôt fur le thé porté d'Angleterre 
en Amérique, première caufe de tout le mal. 
En lifant cette pièce y. vous vous tranf- 
porterez le plus près qu'il foit poffible du 
moment auquel les difcufîîons parlementaires 
vont remonter ; & vous jugerez avec bien 
plus de fureté le mérite de la caufe èc celui 
des Combattans. 

Lorfque le Comité de la Chambre des 
Communes prit en confidération le Bill pour 
révoquer l'acle du timbre , le Dodeur Ben- ' 
jamin Franklin fut interrogé à la Barre de 
'la Chambre fur les affaires de TAmerique : 

Voici une copie de cet interrogat : 

Demande, Quel eft votre nom , Se de quel - 
lieu êtes vous ? 

Réponje. Franklin : (a)' de Philadelphie. 

D. Les Américains payent-ils des taxes 
conhdérabîes entr'eux?" 

il. Beaucoup afïurément , & de très-fortes, 

D, Quelles font actuellement , en Penfyl- 
vanie, les taxes mifes par les loix de la Colonie? 

K. Il y a des taxes fur tous les biens , 
meubles & immeubles , une capitation , une 
taxe fur tous les offices ^ profedions & mc- 



(<3) Philadelphie efl le lieu du domicile du Dodeur 
Frankiin-j il eftiiéà Bolionie 17 Janvier 1705. 



ET DE L'AMéRK^UE, CCXÎj 

tiers, félon qu'ils font plus ou moins lucra- 
tifs : il y a une accife fur toutes les fortes 
de vins , fur le rum &r les autres liqueurs : 
un droit de dix livres par tête fur tous 
les Nègres qu'on fait venir ; & encore di- 
vers autres droits, 

P. Quel eO: l'objet de ces taxes ? 

li. C'efl: de (outenir les établiflemens civils 
& militaires du pays ,& d'acquitter les dettes 
onéreufes contraélées dans la' dernière guerre. 

D» Combien de tems dureront ces taxes? 

R, Celles dont l'objet eft de liquider la 
Colonie , fubfifteront jufqu'en I77'> , & plus 
long- tems j (î , à cette époque les dettes 
n'étoient pas acquittées entièrement. Les 
autres font perpétuelles.. 

D. Ne fe flattoit-on point que les dettes 
pourioient être acquittées plutôt? 

R* On l'efpéroit lorfque la paix fut faite 
avecla France &:rEfpagne. — Mais la guerre 
qui éclata bientôt après contre les Sauvages » 
fit accroître les dettes ; Ôc en conféquence 
une nouvelle loi fut paffée pour prolongée 
la durée des taxes. 

D. Eft ce que tous les Habitans ne font 
pas en état de payer ces taxes ? 

R* Non. Les derrières des Colonies, dans 
toute l'étendue de l'AmériqueSeptentrionale , 
•ayant été fouv-ent défolés par les incurfions 
des Sauvais, ne peuvent payer que des 
taxes très modiques. En confidération de leur 
détreffe, nos dernigres loix de taxation onc, 



ccxUj Affaires de l'Angleterre 

ménagé ces Comtés , en exemptant de ces 
taxes ceux qui avoient foufFert le plus de dom- 
jnages ; j'imagine que les -autres Provinces 
ont fait de même. 

D. N'êtes-vous pas întérefTé dans la 
légie du Bureau des pofles en Amérique? 

R» Oui, Je fuis fécond Maître général des 
poftes de l'Amérique Septentrionale. 

D. Ne penfez vous pas qu'il eft pofllble 
d'envoyer par la pofte le papier timbré à 
tous les habitans , fi d'ailleurs il n'y avoit 
pas d'oppofition ? 

jR. La pode ne va que le long des côtes ; 
elle ne pénètre dans le pays que dans cer- 
taines occafîons ; & fuppofé qu^elle y entrât, 
les frais de port du papier timbré par la 
pofte, fe monteroient fouvent plus haut que 
ceux du timbre même. 

D. Savez-vous en quel état eft l'Ifle de 
iTerreneuve f 

R. Je n'y ai jamais été. 

D. Savez-vous s'il y a des routes de pofte 
Jdans cette Ifle ? 

R. J'ai oui dire qu'il n'y avoit aucunes 
joutes 5 & qu'une habitation ne pouvoir 
communiquer avec l'autre que par la mer. 

D. Pourriez-vous , par la pofte , envoyer 
dans le Canada, le papier timbré? 

K. Il n'y a qu'une maifon de pofte entre 
Montréal & Québec. Les habitans de ce vafte 
pays , font li épars & fi éloignés les 
juns des autres , qu'il n'eft pas pofllble d'y 



ET DB lAmÉRIQUE. CCXlV 

«établir une pofle.Il n'efl: point pofl'ible non plus 
d'y diflribuer par cette voie le papier timbre. 
Les habitations des Colonies Angloifes, fur les 
derrières , font aulli très-médiocrement peu- 
plées. 

D. L'aCbe du timbre feroit donc très-à 
charge aux habitans, s'il étoit mis à exécution f 

R. Certainement , parce que piulîeurs ha« 
bitans ne pourroient , au befoin, avoir du 
papier timbré , fans être obligés de faire un 
long voyage , & de dépenfer peut être trois 
ou quatre livres fterling pour procurer fix 
-deniers flerîing à la Couronne. 

D. Dans leur pofition acliielle , les Colo- 
nies ne font-elles pas en état de payer le droie 
du timbre? 

il, Je^ crois qu'il n'y- a pas afiez d'or 8c 
d^argent dans les Coianies pour payer lé 
droit du'timbre pendant une année feuleraento. 

D. Ignorez»vous que les fommes qui fe- 
roienc levées par le droit du timbre ^ font 
deftinées à être employées en leur totalité 
dan^ l'Amérique? 

R, Je fais qu'elles font deftinées par Fade 
au fervice de l'Amérique; mais elles feroienr 
dépenfées dans les Coianies conquifes oïl 
fbr^t les foldats, & non pas dans les Coîô- 
nies fur lelquelles elles auroieiit été levées. 

Pi La balance que payent pour kur 
conîmerce les Colonies où les troupes font 
em playées , ne-fero-it^elle pas retourner ces. 
fournies aux anciennes Colon-les ? 



ccxv Affaires de l'Angleterre 

R. Je ne le crois past Je penfe qu'il en 
retounieroit fore peu ; je ne fâche aucun 
commerce qui les faille remonter àleurfource. 
Je crois que des Colonies où cet argent 
auroit été employé , il iroic diredement en 
Angletene ; car j'ai toujours obfervé que 
plus une Colonie a de moyens de faire des 
remifes à l'Angleterre, plus elle fait venir 
de ks maichandifes & plus fon commerce 
avec l'Angleterre fleurit, 

D. A combien portez-vous le nombre 
des Blancs dans la Penfylvanie ? 

JR. Je crois qu'il peut y en avoir l5o>000» 

P. Combien de Quakres? 

JR» Environ un tiers, 

D, D'Allemands ? 

R, Un autre tiers. Mais je ne puis point 
en parler avec certitude. 

D, Parmi les Allemands , y en a*t-il qui 
ayent porté les armes en Europe? 

R, Oui. La plupart ont fervi en Europe 
& en Amérique. 

D, Sont ils aufîî mécontens de l'ade du 
(Timbre que les Anglois ? 

R, Tout autant , & même davantage. li 
y a une bonne raifon pour cela: c'eft: que 
leur papier timbré couteroit , en plufieurs 
occafions , le double. 

D, Combien croyez-vous qu'il y ait de 
Blancs dans l'Amérique Septentrionale ? 

R, Environ 300,000 ^ depuis feize ans 
Jufqu'à foixante,. 



ET DE L'AmÉRI QUfe. CCXVJ 

D. Â quoi peut fe monter annuellement 
le produit des marchandifes transportées de 
la Grande-Bretagne en Penfylvanie? 

R, J'ai entendu dire à nos Négocians qu*i! 
fe montoit à plus de joOjOOO liv. fterl. 

D. Et l'exportation des productions de 
votre Province dans la Grande Bretagne ? 

R, Elle ne peut pas être confidérable , 
parce qu'il y a peu de nos produ(^ions dont 
la Grande Bretagne ait befoin. Je ne crois 
pas que cela pafTe 40,000 liv. fterling. 

D. Comment payez- vous donc la balance 
qui eft co;itre vous? 

R» Elle fe paye par les produdtions que 
nous envoyons dans les Indes Occidentales , 
& qui font vendues foit dans nos propres 
Ifles , foit aux François , aux Efpagnols , 
aux Danois & aux Hollandois : par nos 
envois dans les autres Coloni'is de l'Améri* 
que Septentrionale, comme la Nouvelle An- 
gleterre, la Nouvelle Ecoffe , Tlfiede Terre- 
neuve, la Caroline & la Géorgie ; enfin par nos 
exportations pour différentes parties de l'Eu- 
rope , comme i'Efpagne , le Portugal & l'Ita* 
lie. On nous donne dans tous ces endroits 
foit de l'argent , foie des lettres de change 
ou des marchandifes ^ qui nous mettent eu 
état de faire des remifes à la: Grande-Bre- 
tagne ; tout cela joint aux profits que font 
nos Marchands & nos Matelots dans ces 
campagnes , & au fret de leurs va i (Te aux ^ aide: 
à p^yer notre balance à la Grande-Bretagne » 

a m 



/ , 



ccxvij Affaire s DE l'Angleterre 
ainfi que les marchandifes Angîoifes dont 
on fe fert continuellement dans nas 
Provinces , ou qui foRt vendues aux Etran- 
gers par nos Négocians. 

D. A-t-il été mis depuis peu des entra- 
ves au commerce Anglois avec les Efpa- 
gnols? 

jR. Oui , j'ai eu connoiifance de quelques 
reglemensqui lui ontprodigieufementnui; 6c 
j'ai fû que les vaifïeaux de guerre Anglois ainfi 
que les chaloupes qui croifent le long des 
côtes en Amérique , le gênoient infiniment. 

D. Vous paroît-il iufre que l'Amérique foit 
fous la protedion de l'Angleterre ^ qu'elle 
n'entre dans aucun des frais d'adminiftration ? 

R. L'Amérique n'a point été protégée par 
l'Angleterre. Les Colonies ont levé , habillé 
^ payé près de 2y,ooo hommes dans la 
tderniere guerre, & elles ont dépenfé pla- 
ceurs millions. 

jD. N'avez -vous pas été rembourfé par 
îe Parlement? 

R» Nous ne fûmes rembourfés que des 
fommes , que , fuivant vous - mêmes , nous 
avions fournies au-de là de notre contingent 
ou au-delà de ce qu'on pouvoit raifonnable- 
menî attendre de nous ; & ce n'étoit qu'une 
très-petite partie de celles que nous avions 
dépenfées. La Penfylvanie en. particulier 
avoit contribué pour environ 500,000 liv. 
fterl. ; & les rembourfemens ne pafiTerent pas 
.^0,000 liv. fterl» 



ET BE l'AmÉKK^UE. CCXvîif 

D. Vous payez , dites vous , des rr.xes 
onéreufes dans la Penfylvanie. A quoi fe 
montent-elles par livre ? 

JR. La taxe fur tous les biens meubles & 
immeubles , eft de dix-huit deniers flerL 
par livre; & la taxe fur le profit des mé- 
tiers & profefîions, ainfi que les autres taxe?, 
peuvent, je crois , s'évaluer à trente deniers 
flerling par livre. 

D. Savez -vous quel eft approchant le 
pied du change en Penfylvanie , & s'il a 
baifle depuis peu ? 

jR. Il eft communément de 170 à 175" 
J'ai oui'dire qu'il a baiffé depuis peu de 
175* à 1(52 & demi. Cela eft venu , je crois, 
de ce que l'on a fait venir moins de mar- 
chandifes. Lorfque la Province aura acquitté 
fes dettes envers l'Angleterre , je crois que 
le change pourra être au (^) pair. 

D, Croyez-vous que le peuple de l'Amé- 
rique fe foumettroit au droit du Timbre fi 
on le diminuoit ? 

R, Il ne s'y foumettra jamais , à moins 
qu'il n'y foit forcé par les arme?. 

D, Les taxes en Penfylvanie ne font-eîles 
pas réparties inégalement ^ dans la vue d'écra- 

I 

(a) Il fut fait une loi en 1750 qui fixa îe pair du 
cnange entre Boflon & T Angleterre 21331.! monnoye 
du pays , pour 100 livres fieriing. Mais il varie (ùivanÊ 
les Colonies : celui de la Penfylvanie étoît en 1765 de 
160 1. Cette différence provient de celle de la balance 
du commerce de ehaeune» 



ecxix Affaihes de l'Angletesrb 

fer le commerce Anglois , particulièrement 
la taxe fur les profedions Ôl l'induftrie? 

R. Elle n'eft pas , en proportion , plus 
onéreufe que la taxe fur les terres. Elle ed 
legiée fur le profit, 

D, Comment l'AiTemblée eft-elle coni- 
pofée ï Quels fortes de gens font les Députés, 
font-ce des Cultivateurs ou des Négocians^ 

R, Elle ell: comporée de Cultivateurs , de 
Marchands & d'Artifans* 

D* Les Cultivateurs ne forment-ils pa5 la 
majorité f 

R» Je le crois. 

D. Ne détournent-ils pas la taxe, autant 
qu'il leur eft pollible , de deffjs les terres ^ 
pour diminuer leurs charges & augmentée 
celles du commerce ? 

i?. Je ne l'ai jamais remarqué. Jamais riea 
de femblable n'eft venu à ma connoiifance; 
& en effet , quel pôurt-oît être l'objet d'un 
pareil calcul ? Le Marchand ou Négociant 
fait très-bien compter. Mer-on des charges 
inégales fur fon commerce , il haulTe le prix 
de fes marchandifes ; & les Confommateurs, 
qui pour la plupart font des Cultivateurs , 
linilTent par en payer la plus grande partie ,. 
.ij même ils ne les payent pas en entier. 

D. Quelles étoient les difpofitions de l'A- 
mérique à l'égard de la Grande-Bretagne, 
avant l'année 1 76 J ? 

R, Les meilleures du monde. Nos peuples 
fe foumettoient volontairement à l'adminif- 
tration j de obéiflbient dans toutes leurs Cauxs 



ïT DE l'Amérique. ccxx 

cîe juflice aux ades du Parlement. Quelque 
nombreufe que foie la population dans les 
anciennes Provinces, elles ne coûtent rien 
en forts , citadelles , garnifons ou armées 
pour les contenir. La feule dépenfe qu'elles 
occafîonnâfTent à l'Angleterre, étoit un peu 
d'encre & de papier &: quelques plumes : 
vous les meniez avec un fil. Elles avoient 
non feulement du refpeâ:, mais de l'atta- 
chement pour la Grande Bretagne j pour fes 
loix, fes coutumes Se ufages , & une folle 
paflion pour vos modes > dont votre com- 
merce tiroit un grand avantage : les naturels 
àe la Grande-Bretagne étoient toujours 
traités avec des égards particuliers chez 
nous ; le caraélère de citoyen de l'ancienne 
'Angleterre étoif un porte refped, & don- 
noic en quelque forte un rang diftingué 
parmi nous. 

D. Et quelles font les dîfpoCtionsaéLaelles 
des Américains ? 

R. Oh ! elles font bien changées. 

D. Aviez- vous auparavant entendu mettre 
en dout^ le pouvoir du Parlement de faire 
des loix pour l'Amérique? 

R% On reconnoiffoit ce pouvoir du Par- 
lement relativement à toutes fortes de loix,. 
excepté celles qui tendoient à mettre des 
taxes intérieures. Jamais il n'avoit été dif- 
puté à l'Angleterre qu^elle eût le droit de 
mettre des impôts pour régler le commerce. 

D» Comment peut-on juger des progrès 
de la population en Amérique? 



ccxx) Affaires DE l'Angleteeb^ 

JR. Je crois que le nombre des Habitans 
de toutes les Provinces , prifes enfemble , 
fe double dans l'efpace de vingt- cinq ans^» 
Mais le débit que trouve chez eux les mar- . 
chandifes Angloifes augmente bien plus ra- 
pidement ; la confommation qui s^en fait 
n'érant pas en raifon feulement de leur nom- 
bre, mais s'accroifTant en proportion des 
facultés pour les payer. En 1723 tour le 
produit des importations delà Grande-Bre- 
tagne en Penfylvanie fut d'environ ijjOOO 
liv. flerL : il efl: maintenant de près d'un 
demi-million» 

, D. De quel œil les peuples de l'Amérique 
avoient ils coutume de regarder le Parlement 
de la Grande-Bretagne ?' 

R, Ils regardoient le Parlement comme le 
rempart & la fureté de leurs libertés &c de 
leurs privilèges. Ils parloient toujours de lui 
svec le plus profond refp^d & la plus grande 
vénération. Ils penfoient que des Miniflres» 
guidés par des principes arbitraires, pou- 
voienc bien ^ de tem^ à autres , concevoir le 
projet téméraire de les opprimer ^ mais ils fe 
croioient affurés qu'en s'adréflant au Parle- 
inent, il ne manqueroit jamais de venir à 
.leur fecours. Ils fe rappelloient, avec re- 
connoiflance, qu'on avoit préfenté un Bill 
su Parlement avec une claufe , par laquelle 
les ordres du Roi dévoient avoir force de 
loi dans les Colonies ; & que la Chambre 
des Communes refufant d'y acquiefcer ^ cô 
Bili avoit été rejettes 



ET DE l'A m é R I q u e. ccxxîj 

ï). N'ont-ils pas toujours le même ref- 
pe<5l pour le Parlement ? 

R, Non; il s'en faut bien, 

D. A quoi doit-on attribuer cela? 

il. Au concours de différentes caufes; 
aux entraves mifes récemment à leur com- 
merce , par lefquelles on a empêché l'or & 
l'argent étranger d'entrer dans les Colonies : 
à la défenfe de fe payer entr'eux en papier 
monoye : enfuite à la taxe nouvelle & oné- 
reufe des papiers timbrés : à l'abolition des 
Jugemens par Jurés ; & enfin au refus d'ad- 
mettre |ôc d'entendre leurs humbles péti- 
tions. 

D, Croyez- vous qu'ils Ce foumilTent à 
Tade du timbre ^ s'il étoit modifié, fi ou 
en retranchoit ce qui les blefle , & que le 
droit fut réduit à quelques points de peu 
d'importance ? 

R. Non; ils ne s'y foumettront jamais, 

D. Comment fe fait-il que la population 
cft plus rapide en Amérique qu'en Angle- 
terre ? 

R. Parce" qu'on s'y marie plus jeune , & 
plus généralement. 

D, Pourquoi cela ? . 

R, C'eft que les jeunes-gens qui ont de 
l'induftrie peuvent facilement obtenir des 
terres en propre; & que par-là ils font en 
état d'élever une famille. 

D. Les gens du commun , ne vivent-ils 
pas plus à lêur aife en Amérique qu'en 
Angleterre ? 



ccxxilj Affaïkes de l'Angle TESRg 
R. Cela doit être s'ils font fobies & la* 
borieux , parce qu'ils font mieux payés de 
leurs peines. 

D, Quel feroit votre avis relativement à 
une autre taxe appuyée fur les même prin- 
cipes que Fade du timbre ? Comment les 
Américains l'accueilleroient-ils ? 

jR, Tout comme celle-ci. Ils ne la paye- 
roient pas. 

D. N'avez-vous rien oui dire des réfolu- 
îions de cette Chambre & de la Chambre 
des Seigneurs , pour confirmer le droit du 
Parlement par rapport à l'Amérique , en y ren- 
fermant le pouvoir de taxer le Peuple ? 

E, J'ai entendu parler de ces réfolutions. 
D. Comment prendront-elles auprès des 

Américains? 

R, Ils les regarderont comme injufles & 
oppofées à la conflitution. 

£)• Imaginoit - on en Amérique , avant 
l'j6^ , que le Parlement n'eût pas le droit 
d'y mettre des taxes de des impôts ? 

'jR. Je n'ai jamais entendu contefter le 
droit de mettre des taxes pour régler le 
commerce ; mais on n'a jamais fuppofé non 
plus que le Parlement eût celui de mettre 
des taxes intérieures , puifque nous n'avons 
point de reprcfentans au Parlement. 

D. Qu'eft-ce qui vous fonde à croire 
que les Habitans de l'Amérique ont fait une 
telle didindion ? 

R, Je fais que toutes les fois qu'il en a été 
flueftion dans les fociétés , il m'a femblé que 



ET DE LÂMéRIQUE, CCXXÎV 

Fopinion de chacun ëtoit que nous ne pou- 
vions pas être taxes dans un Parlemenr ou 
nous n'avions point de repré(entans. On 
n'a jamais conteflé le payement des droits 
mis par un ade du Parlement comme régle- 
niens de commerce. 

D. Pouvez vous citer quelque atte d'af- 
femblée ou quelque ade public d'une des 
Provinces qui ait fait une femblable diflinc- 
tion ? 

R, Je n'en puis citer aucun, je crois qu'il 
îi'a jamais été nécelFaire de faire un tel 
ade jufqu'à ce moment ci où vous avez 
entrepris de nous taxer. Depuis que nous 
le favons , nos alTemblées ont pris des arrêtés 
par îefquels elles déclarent cette diftindion , 
fur laquelle je crois que chaque afTemblée du 
Continent Américain , de chaque Membre 
de ces aflemblées n'ont qu'un fentiment te 
qu'une voix. 

D. Qu'eft-ce qui pouvoit donc faire naître 
des entretiens à ce fujet avant ce tems ? 

R» Il fut fait en I75'4 une propoGtioa 
(je crois que c'eft là l'origine ) que dans le 
cas où là guerre dont on fe voyoit menacé 
viendroit à éclater , les Gouverneurs .des 
Colonies s'afTembleroient pour ordonner de 
lever des troupes , de bâtir des forts , 6i de 
prendre toutes les autres mefures néceîTaires 
pour une défenfe générale ,& qu'iis tireroient 
fur le tréfor d'Angleterre pour les fommes 
employées , qui dévoient enfuite être levées 



ccxxv Affaires DE l'Angletêr 
fur les Colonies au moyen .d'une taxe gêné* 
lale , qui leur feroit impofée par afte du 
Parlemenr.On enraifonna beaucoup, &c'étoic 
Fopinion de tout le monde que le Parlement 
ne pourroic impofer ni n'impoferoit aucune 
taxe , caot que nous n'aurions pas de répré- 
fentans ^ parce que cela n'étoit ni jufte , ni 
conforme à la nature de la conftitution 
Angloife. 

D. Ignorez-vous qu'il fut autrefois que(- 
tion dans la Nouvelle- York de s'adrelTer au 
Parlement , pour taxer cette Colonie , fur 
ce que l'ailemblée avoit refufé ou négligé 
de lever les fommes nécelTaires pour le fou- 
tien du Gouvernement Civil ? 

il. Je n'en ai jamais oui parler. 
' D. Il fut quedion dans la Nouvelle-York 
d'ufer de ce moyen ; or , croyez-vous qu'on 
s'imaginât que le droit du Parlement fût 
borné à une feule Province , & au cas feu- 
lement d'un déficit de fonds provenant du 
jefus fait par FaiTemblée de lever les fubiides 
îiéceiTaires ? 

R, On ne pouvoit pas fuppofer un cas 
femblable : une alTemblée n'auroit jamais 
refufé de lever les fommes néceflaires pour 
. le foutien de fa propre adminiftration. Le 
fens commun lui auroit manqué. Je crois 
qu'il n'eft jamais arrivé rien de femblable à 
la Nôuveile-York. Je vois là dedans ou un 
faux expofé , ou un mal» entendu. Je fais 
qu'on a" eflayé, par des inftrudions minif- 

térielles 



E f B E l'A m iè r I <^ u îî* CC5CXV} 

îérlelles émanées d'Angleterre , d'obliger les 
aflemblées à hx^r un traitement permanenc 
pour les Gouverneurs , & qu'elles ont pru- 
demment refufé d'y confentir, J'ai peine à 
croire rju'aucune aflemblée de la Nouvelle- 
.York , ou de toute autre Colonie ait jamais 
manqué de foutenir convenablement Tadmi- 
niflration en accordant de tems à autres des 
apoiîitemens aux Officiers publics. 

D. Mais fi un Gouverneur , ayant des 
ordres à cet effet exigeoit d'une afifemblée 
de lever les fubfides nécefTaires, & que l'af- 
femblée refufât d'y acquiefcer , ne croyez* 
vous pas qu'alors il feroit avantageux aux 
Habitans de la Colonie autant que nécefTaire 
aux intérêts du Gouvernement , que le Par- 
lement les taxât f 

R. Je ne crois pas que cela fût néceffaire: 
s'il pouvoit y avoir une aifemblée affez extra- 
vagante pour refufer de lever les fommes 
xequifes pour le maintien de fon admi- 
nifîration , elle ne refteroic pas long tems 
dans une telle pofition ; les défordres de le 
trouble qui en réfulteroient lui deffiUeroienc 
bientôt les yeux. 

D, Si elle perfiftoit dans fon aveuglement; 
à qui appartient- il d'y remédier , fi ce n'efl à 
la Grande-Bretagne f 

R. Je n'aurois aucune objedion à faire 
contre un droit dont on ne fe ferviroit que 
dans une telle circonftance, n'y voyant que 
le plus grand bien des Habitans de la Colonie* 

N.'iXXXV. T 



ccxxvï] Aï" F AIRES DE l'Angleterre 

D, En ce cas quel fexoit le Juge , la 
Grande Bretagne , ou la Colonie î 

il. Certainement le meilleur Juge doit 
être la partie fouffrante. 

D, Vous dites que les Colonies font tou* 
jours foumifes aux taxes extérieures, & qu'elles 
nient feulement que le Parlement ait le droit 
de mettre des taxes intérieures. Pouvez-vous 
prouver qu'il y ait quelque différence entre 
ces deux taxes à l'égard de la Colonie fuc 
laquelle on les impoferoit ? 

R, Je crois que la différence eft très-grande. 
Une taxe extéiieure eft un droit mis furies 
denrées d'importation : ce droit eft ajouté 
à leur première valeur , & aux frais qu'elles 
ont occaiionnés ; & lorfqu'elles font expo fées 
en vente il fait partie de leur prix. Si les Con- 
fommateurs ne s'en foucient pas à ce prix, 
ils s'en paffent. On ne les force pas de les 
payer. Une taxe intérieure au contraire eft 
arrachée aux Habitans fans leur confente- 
ment , fi elle n'eft pas mife par leurs propres 
repréf^ntans^L'ade du timbre porte que nous 
n'exercerons point de commerce: que nous 
n'échangerons point nos biens les uns avec 
les autres: que nous ne pourrons acquérir ni 
concéder : que ne recouvrerons point de 
dettes; que nous ne nous marierons point, 
ni rie ferons de teftament fans payer telles 
& telles (ommes ; il a donc pour objet de 
nous extorquer notre argent , ou de nous 



E T D E l'A m e r ï q u e. ccxxviij 

ïuîner par les fuites qui accompagneroienc 
ies refus de payer ce droit» 

D, Mais fuppofons que la taxe ou droit 
intérieur foit mis fur les chofes de premiet 
befoin tranfporte'es dans votre Colonie , n'en 
réfultera-t il pas les mêmes effets que d'une 
taxe intérieure ? 

R. Je ne fâche aucun article importé 
d'Angleterre en Amérique dont les Colo- 
nies ne puifTent fe pafler , ou qu'elles ne 
foient en état de fabriquer elles-mêmes. 

D, Eft ceque le drap d'Angleterre ne leuc 
eft pas abfolument nécefTaire ? 

R, Non , en vérité : avec de l'ifîduflrie Se 
de l'économie, ils peuvent fe fournir de touc 
ce dont ils ont befoin. 

D, L'établiflement d'une telle manufacture 
ne demanderoit-elle par beaucoup de tems , 
& ne fouffriroient ils pas énormément dans 
cet intervalle ? 

il. Je ne le crois pas. Ils ont déjà fait des 
progrès étonnans ; & je penfe qu'avant que 
leurs habits aduels fûfTent ufés, il pourroietic 
en avoir de neufs de leurs propres fabri^, 
ques ? 

D, L'Amérique Septentrionale leur four^ 
niroit-elle affez de laine pour cela? 

R'.Ils ont pris des mefures pour augmentée 
îa laine. Ils ont fait un accord général entr'eux 
pour ne plus manger d'agneaux; & il n'y 
en eut l'année dernière que très-peu de tués. 
S'ils continuent d'ufer de cette précaution i 



tcxxîx Afïaîres del^Anôlètekre 

lis auront bientôt une imm^nfe quantité de 
laine. Ils n'ont pas befoin d'établir de grandes 
înanufadures comme celles que l'on voit dans 
les villes où fe fabrique le drap , ici & par» 
tout où on travaille pour le commerce. Tous 
. les Habitans fileront & travailleront pour 
eux-mêmes dans leurs propres maifons. 

D-. Croyez vous qu'ils ayent aflez de laines 
'Se de fabriques dans un ou deux ans ? 

H. Je fuis perfuadé que trois ans leur 
fuffiront, 

' D. La rigueur de l'Hyver dans les Co- 
lonies Septentrionales ne nuit- elle pas aux 
laines pour la qualité ? 

R, Chez nous la laine eft très -belle & 
très-bonne. 

D. Eft -ce que darjs les Provinces plus 
Méridionales , comme en Virginie , la laine 
n'y eft pas très-rude de comme une efpèce de 
bourre. 

jR. Je n'en fais rien, je ne l'ai jamais en» 
tendu dire. J'ai cependant été quelquefois 
en Virginie. Je ne puis pas dire que j'aie 
donné une attention particulière à la laine 
d'e ce pays ; mais je crois qu'elle eft bonne , 
quoique je ne prétende pas en parler avec 
: certitude ; la Virginie & les autres Colo- 
nies , au Midi de ceite Province , ont moins 
befoin de laine. Leurs Hyvers font courts 
6c peu rigoureux ; ils peuvent sMiabiller très-- 
bien des étoffes de lin & de coton de leur 
|)roprc crû , pour ie refte de Tannée, 



ET DE l'Amérique, ccxxx 

P. Les Habitans des Colonies Septen- 
trionales ne font - ils pas obligés de donner 
du fourage à leurs moutons , pendant 
l'hy ver ? 

R. Dans quelques-unes de ces Colonies, 
ils y font peut-être obligée pendant une 
partie de l'hyver. 

D, Vu les réfolutions du Parlement ^ quant 
au droit, penfezvous que les Habitans ds 
l'Amérique Septentrionale foient latisfàits fi 
î'ade du Timbre eft révoqué ? 

jR. Je crais qu'ils le feront, 

D, Pourquoi le penfez vous? 

R. Je penfe. que les réfolutions, quant 
au droit , feront à peu-près indifférentes , tant 
qu'on n'eifayera pas de les mettre en exé- 
cution. Les Colonies fe croiront probable^ 
ment dans la même fitoation, à cet égard» 
que l'Irlande : elles favent que vous préten- 
dez aux mêmes dxoits par rapport à l'Irlande ,. 
mais que vous ne l'exercez jamais : elles s'ima- 
ginerant peut-être, que vous ne l'exercerez 
Jamais dans les Colonies, non plus qu'en Ir- 
lande , fi ce n'efi dans quelque circoiilliance: 
extraordinaire. 

D, Mais qui. fera Juge de cette circonf* 
rance extraordinaire : ne doit-ce pas être 
le Parlement ? 

R, Quant même, ce feroit le Parlement ;. 
îe peuple ne croira jamais qu'il puiiTe légi-- 
îimement exercer un femblable droit » tant 
<^ue ks. Rapréfèntans des Colonies ne fom: 

3c iij^ 



ccxxxj Affaires de l'A i^ g l e terrh 
pas admis dansle Parlement, &: il fe perfuadera 
que fi Toccafion s'en offroit , il feroit aufiTitôe 
ordonné aux Colonies d'envoyer desRepré- 
fencans. 

D* Avez vous fû que le Maryland a re- 
fufé , dans la dernière guerre, de fournir fa 
quote part pour la défenfe commune? 

R. L'affaire du Maryland a été fort mal ex- 
polée. Cette Province n'a jamais refufé de 
contribuer ou d'odroyer des fecours à la 
Couronne. Ses alfemblées ont voté chaque 
année , pendant la guerre , des fonimes con- 
fidérables , & formé des Bills pour les lever. 
Les Bills , conformétrent à la conllitution de 
cette Province , furent envoyés au Confeil 
ou Chambre fupérieure , pour obtenir Ton 
concours de être présentés au Gouverneur 
afin d'être paflcs en loix. De malheureufes 
conteftations qui s'élevèrent entre les deux 
Chambres , & qui naiflbient principalement 
des défauts de cette conftitntion , firent avor- 
ter tous les Bills , à l'exception d'un ou 
deux. Le Confeil des Seigneurs propriétaires 
les rejetta. Le Maryland ^ il eft vrai , ne 
donna point fa quote-part ; mais ce fut , 
fuivant moi , la fauce du Gouvernement de 
non celle de la Colonie. 

D. Ne fut-il pas dit dans les autres Pro- 
vinces, que c'étoit le cas de s'adrefler au 
Parlement pour lui demander d'exercer la 
contrainte envers le Maryland? 

R» J'ai entendu raifonner de la forte ; mais 
comme on favoit que cette Colonie ne mé^ 



t: T D E l'A m é r I q u E, ccxxxîj 

rîtoit aucun blâme , on ne fe fervic point 
d'un tel recouîs, & on ne fit même aucune 
démarche à cet égard. 

D, N'en fît on pas la motion dans une 
aflemblée publique? 
. R. Je n'en ai jamais oui parler. 

D. Vous fouvenez-vous que le cours du 
papier monoye ait été arrêté dans la Nouvelle 
Angleterre par ade d'afTemblée ? 

R. Je me rappelle qu'il fut fuprifaé dans 
la Province de MafTacliufets Bay. 

D. Le Sieur Hutcbinfoa, Lieutenant du 
Gouverneur , n'y étoit-il pas pour beaa:- 
coup f 

R, On me l'a dit ainfi. 

D. Cette loi ne fut-elle pas alors mat 
accueillie du peuple? 

R» Cela peut bien avoir été ; mais je fuis 
peu en état à^en parler. J'habitols alors loin 
de cette Province. 

D, La difette d'or Se d'argent ne fut-elle 
pas une raifon dont on fe fervit contre la 
fuppreflîon du papier? 

R» Je me l'imagine. 

D. Que penfe-t-on actuellement de cette 
loi : eftelle toujours auffi peu goûtée dur 
peuple ? 

R, Je ne le crois pas, 

D. N'a-t-il pas été envoyé quelquefois^^ 
d'Angleterre aux Gouverneurs , des ordres 
^ui tendoient fort à l'oppreffion , & qui 
étoient peu çonfarmes à la bonne palitic^ueS^ 



ccxxxlîj Affaires DS l'Angletfrbi^ 

i?. Oui , il en a été envoyé de femblabîefr 

D. Quelques Gouverneurs n'ont ils pas 
pris fur eux d'y défobéir par cette raifon ?' 

il. Oui, on me l'a dit* 

D, Les Américains ont-ils jamais contefté 
le pouvoir qu'a le Parlement de régler leur 
coiTimerce ? 

R, Non. 

D. Peut- on , à moins d'employer les armes > 
mettre en exécution Fade du Timbre ? 

R, Je ne conçois pas que les armes ea 
puilTenî favorifer la réulîite. 

Dv Pourquoi pas ? 

jR. Quand même on enverroit des troupes 
armées en Amérique , elles ne trouveront 
perfpnne en état de défenfe ; que feront- 
elles ? Elles ne pourront pas forcer les Ha«. 
birans à prendre du papier timbré s'ils ne 
veulent pas en avoir. Elles n'y trouveront: 
point de rébellion ; mais elles pourront bien 
en faire naître une. 

13, Si î'ade n'efl: point révoqué , quelles, 
en feront les conféquences? 

R. La perte entière du refped 3c de l'at- 
tachement du peuple d'Amérique pour l'An- 
gleterre , de de tout le commerce quia pouc 
bafe ce tefpeâ; & cet attachement. 

D. Comment le commence s'en reffen-^ 
tiroit il ? 

R. Vous verrez que fi Tade h'eft point. 
lévoqué , le débit de vos marchandifes baif 
fera en trcs-peu de tems^ 



E T D E l'A m é r t q u e. ccxxxlv 

D. Peuvent-ils s'en pafTer ? 

R. Oui, apurement. 

D. Efl'il de leur intérêt de n'en point 
prendre ? 

jR. Les marchandifes qu'ils tirent de la 
Grande-Bretagne, font ou des choresdené- 
ceffité , ou de pure commodité ou de luxe. 
Quant aux premières , telles que du drap , 
&c. avec un peu d'induftrie ils peuvent les 
fabriquer chez eux: à l'égard des fécondes, 
ils peuvent s'en pafler , jufqu'à ce qu'ils 
foient en état de s'en fournir eux-mêmes ; 
& quand aux dernières , qui font la plus 
grande partie , ils y renonceront fur le champ. 
Ce font des articles purement de mode , que 
l'on acheté parce que la mode vient d'un 
pays que l'on aime , mais qu'on rejettera 
avec d'autant plus d'humeur. Le peuple a 
déjà, d'un commun accord , fupprimé l'ufage 
de toutes les marchandifes qui fervent pout 
les deuils ; & on en a renvoyé pour la va- 
leur de plufieurs mille livres fterl. parce 
quelles ne trouvoient point d'acheteurs. 

D. Eft4l de l'intérêt des Américains de 
fabriquer des draps chez eux ? 

R» Peut-être gagnent-ils à préfent à les 
tirer de la Grande-Bretagne , j'entends s'ils 
vouloient les avoir au même degré de per- 
fedion. Mais fi l'on fait attention aux autres 
inconvéniens » aux entraves mifes à leur 
commerce, & à la diiïiculté de faire des 
yemifes , iLeft de leur iiKçrêt de fabriquer 
tout eux-mêmes, 



ccxxxv Affaires de l'Angleteeks 

D. Comment reeevroient-ils un ade de 
reglemens intérieurs joints à une taxe? 

R, Fort mal. 

D. Ils ne fe foumettroient donc à aucun 
règlement auquel une taxe feroit jointe? 

R, Ils penfent que fi la Couronne a befoiti 
de fecours , elle doit , félon l'ufage établi 
anciennement , les demander aux diverfes 
affemblées , qui les oéèroyeront, comme elles 
ont toujours fait de plein gré; & que leur 
argent ne doit pas être accordé fans leur 
confentement , par des gens qui , vu leur 
éloignement , ne peuvent pas juger de leur 
pofition & de leurs facultés. Ils n'ont que 
lemoyen d'odroyerà la Couronne des fecours 
pour fè rendre agréables à leur Souverain ; 
& ils penfent qu'il eft excefîivement dur & 
injufte qu'un corps dans lequel ils n'ont point 
de repréfenrans , fe faffe un mérite de don- 
ner & d'od:royer ce qui ne lui appartient 
pas , mais à eux, Se de les priver d'un droit 
qu'ils regardent comme du plus grand prix 
éc de la plus grande importance , d'autant 
qu'il leur affure tous leurs autres droits. 

D. Le bureau des portes qu'ils ont admis 
depuis long-tems^ n'eft-il pas une taxeaufîi 
bien qu'un règlement ? 

R, Non, l'argent payé pour le port d'une 
lettre , eft d'une nature différente de celle 
d'une taxe. C'eft purement un quantum me- 
ruit pour un fervice rendu ; perfonne n'eft 
force de payer s'il ne veut pas accepter le- 



ET DE l'Amérique. ccxx7.v] 
fcrvîce. On peut, tout comme auparavant , 
envoyer fa lettre par un domeftique , un ex- 
près ou un ami , fi on croit le faire à meil- 
leur compte Se plus furement. 

D, Mais ne regardent-ils pas les regle- 
mens du bureau des portes, flatués par l'ade 
de Tannée dernière j comme une taxe? 

R, Par le règlement de l'année dernière, 
le taux du port a baiflfé généralement juf- 
qu'à près de trente pour cent dans route 
l'Amérique ; ils ne regarderont certainement 
pas cette diminution comme une taxe. 

D. Si le Parlement mettoit une accife 5 
qu'ils pourroient également éviter de payer 
en ne confommant point les articles qui ea 
feroient chargés , y feroient-ils des objec- 
tions ? 

R. Ils s'y opporerolent fans doute , parce 
qu'une accife n'a point de connexion avec 
un fervice rendu , que c'efi: purement un 
fecours qu'ils s'imaginent qu'on leur doit 
demander , qui doit être odroyé par eux, s'il 
faut qu'ils payent , & qui ne peut être odroyé 
par qui que ce foit , qu'ils n'ont pas commis 
de pouvoirs à cet effet. 

D, Vous dites qu'ils ne contredifent pas 
îe droit qu'a le Parlement de mettre des 
taxes fur les marchandifes, pour être payées 
à leur importation. Y at il donc quelque 
différence entre un droit fur l'importation 
de marchandifes 6c une accif© fur leur con* 
fommation ? 



ccxxxvlj Affaîbesi>e l'An gl e teree 

R, Oui, il y en a une très-eiTentielle ? 
les Américains^penfent , par les raifons que 
j'ai déjà alléguées , que vous n'avez point 
le droit de mettre une accife dans leur 
pays. Mais la nier efl à. vous,. Vous main- 
tenez^ par vos flottes, la fureté de vaifleaux 
qui y naviguent , ^ vous la purgez des pi- 
rates ; vous pouvez donc prétendre, avec 
raifon & équité , à retirer quelques douane 
ou droit des marchandifes tranfportées par 
cette partie de vos domaines , pour vous iii- 
demnifer des frais que vous occafionnent les 
va-iifeaux qui fervent à aflurer le. tranfport. 

DeCe raifonnement auroit il lieu par rap- 
port à un droit qu'on mettrbit lur les pro- 
duâions exportées de l'Amérique? Et ne 
s'oppoferoit-il pas à un tel droit ? 

R. S'il tendoit à en diminuer le débit 
en les rendant plus chères pour l'étranger » 
ils s'oppoferoient fans doute à un tel impdt, 
fans nier cependant le droit que vous avez 
de le mettre; ils s^en plaindroient comme 
d'une charge excefïive, & vousfupplieroient 
de l'alléger. 

D. iLe droit fur le tabac exporté n'eft- 
il pas un impôt de cette efpece ? 

il. Cet impôt ne s'étende je crois , que 
fur le tabac 5 dont le commerce fe fait par 
cabotage d'une Colonie à l'autre , de qui eft 
appliqué à l'entretien du Collège de Wil- 
liamfbourg dans la Virginie. 

D» Les AlTemblées > dans les. Indes Qc-* 



îi T D E L' A M É R I (^ U E. CCXXXVÎîj 

cidentales , n'ont-elles pas les mêmes droits 
îîarurels que celles de l'Amérique Septen- 
trionale ? 

R. Sans contredit. 

D. N'y a-t il pas une taxe mife fur leurs 
fucres exportés ? 

R, Je ne connois pas beaucoup les Indes 
Occidentales ; mais le droit de quatre Se 
demi pour cent fur les fucres exportés, fut, 
je crois, oâroyé par leurs propres afiem- 
blées. 

D, A combien fe monte dans votre Pro- 
vince la capitation fur les Célibataires ? 

JR, Elle ed , je crois , de quinze shelings , 
que doit payer chaque Célibataire au-deffus 
de vingt & un ans. 

D. Quel eà le montant annuel de toutes 
les taxes dans la Penfvlvanie ? 

R» Environ vingt mille livres flerl. 
D. Si l'ade <lu timbre éroit maintenu & 
introduit par force , penfezvous que les 
Américains , dans leur dépit, donnâffenc 
autant pour des marchandifes de leur cru , 
.& qu'ils les prefcrâfTent aux nôtres qui leur 
font fupérieures. 

R, Oui , je le crois, C'eft dans la nature de 
l'homme : une paffion nous eft aufli chère 
qu'une autre : foit notre vanité, foit notre 
reiTentiment ; celle que nous trouvons à 
fatisfaire , eft celle qui nous coûte toujours 
le moins & nous donn'e le plus de plaifo. 

D, Les Habitans de Bofton interroni- 
proientils leur commerce? 



ccxxxîx Affairesdel^Ang^letekre 

JR. Les Marchands formant ie plus petit 
nombre. Ils feront forcés d'interrompre leur 
coaimerce , lorfque perfonne ne fe préfen- 
tera pour acheter leurs marchandifes. 

D. pe quoi eft compofé le gros du peu* 
pie dans les Colonies ? 

i^. De Fermiers & de Cultivateurs. 
D. Laifleroient • ils leurs produdions k 
gâter ? 

il. Non : mais ils cultiveroient moins. Ils 
fabriqueroient davantage » & ne laboureroienc 
plus que pour leurs befoins. 

D. Pourroient ils fe pafier de jurifdi(fiioii 
dans les affaires' civiles , & fouffrir pendant 
long tems les défagrémens d'une telle polkion, 
plutôt que de prendre le papier timbré , 
en fuppofant que ce papier fût appuyé 
d'une force (uflifante pour que tout le monde 
pût s'en procurer? 

R, Je crois que c'eft fuppofer l'impofîîble 
que de dire que le papier timbré feroit afTez 
protégé pour que chacun pût en avoir. 
L'ade exige qu'on nomme des fous-Diftri- 
buteurs , dans chaque ville de Comté , 
dans chaque Diftriâ: & Village , où ils fe- 
jroient néceiïaires. Mais les principaux dif- 
tributeurs , qui doivent tirer un gain im- 
imenfe du tout, n'ont pas jugé à propos de 
conferver leur emploi ; & je crois qu'il eft 
impofîible de trouver des fous-Diftributeurs 
dignes de confiance , qui, pour le chetif 
profit cju ils auroient , s'expofaffent à la haine- 



3ST DE l'Amérique. ccxl 
& aux dangers qui en réfultenc ; & fi on 
en tfouvoit , je crois qu'il feroit impoiïible 
de protéger les papiers timbrés dans tant 
d'endroits éloigne's &: féparés. 

D.Mais dans les endroits où ils pourroient 
^tre protégés, les Habitans n'aimeront- ils 
pas fnieux s'en fervir , que de refter hors 
d'état de faire valoir leurs droits juridique- 
ment , ou de pourfuivre leurs débiteurs ? 

R. Il efl: difficile de dire ce qu'ils feroient 
€n pareil cas. Je ne puis juger de ce que 
les autres pen feront & comment ils agiront, 
que parce que je fens moi-même. J'ai beau- 
coup de créances en Amérique , mais j'ai- 
■merois mieux renoncer à toute pourfuite 
juridique contre mes débiteurs, que de me 
foumetrre à l'aéte du timbre. Leurs dettes 
ne feront plus à mes yeux que des dettes 
d'honneur. Je penfe que le peuple reftera 
dans cet état, ou qu'il trouvera quelque 
moyen de fe tirer d'embarras , peut-être par 
un accord général de procéder dans les 
Cours de juftice fans papier timbré. 

D. Quelles forces pourroient fuffire pour 
protéger la diftribution du papier timbré 
dans chaque partie de l'Amérique ? 

R, Il en faudroit de confidérables , je ne 
puis point les eftimer au jufte , fi l'Améri- 
que étoit difpofée à une réfiftance générale. 

D* Combien y a-t-il en Amérique d'hom- 
mes en état de porter les armes , ou de rai- 
lices difciplinées l 



êcxîj ÂrrAiRES DE l'Angletèrèh 

il. Il y en a , Je crois , au moins . . , . ♦ 
(ici on fit une objeâion contre cette que(* 
tion : le répondant fe retira pour laifTer la 
liberté du débat Lui rappelle.) 

D. Le droit du Tinnbre , en Amérique, eft* 
il une taxe diftribuée avec égalité ? 

H. Je ne le crois pas. 

P. Pourquoi donc? 

R» La plus grande partie du profit vien* 
droit des procès fuivis contre des débiteurs 
& qui feroient payés par les gens du com- 
mun , trop pauvres pour acquitter facile- 
ment leurs dettes. C'efldonc une taxe oné- 
leufe pour les pauvres , & une taxe fur eux 
parce qu'ils font pauvres. 

D» Mais cette augmentation de frais ne 
diminuera-t«elle pas le nombre des procès ? 

R, Je ne le crois pas. Les dépens re- 
gardent le Débiteur de ils doivent être payés 
par lui : le Créancier n'en feroit pas moins 
ardent à l'attaquer en juftice. 

D» Ne produiroit-eile pas le même effet 
qu'une ufure outrée ? 

R. Sans doute ; puifqu'eile tendroit à op- 
primer le Débiteur. 

D. Combien de vailFeaux partent annuel- 
lement de l'Amérique Septentrionale chargés 
de graine de lin , pour l'Llande ? 

R, Je ne puis pas en dire le nombre; mais 
je fais qu'en 175*2 , dix mille barils de graine 
de lin , contenant chacun fept boifleaux , 
furent exportés de Philadelphie pour l'Ir- 
lande. 



ET DE L'AMéRtQl/Ê. ccxlij 
lande. Je préfume que la quantité en efl: 
beaucoup accrue depuis ce rems , & Ton 
fait que l'exportation de la Nouvelle- York 
eft égale à celle de Philadelphie. 

D. Que fait-on du lin que produit cette 
graine ? 

R, On en fabrique de groITes étoffes de 
lin & quelques-unes de moyenne efpece. 

D, Y a-t-il des moulins pour le fer, en 
'Amérique ? 

R. Je crois qu'on en compte trois ; mais je 
penfe qu'il n'y en a qu'un feul d'employé 
actuellement : je préfume qu'ils le feront 
tous, fi le commerce ne reprend pas fou 
cours. 

D, Y at-il des moulins à fouler? 

R, Beaucoup. . 

D. N'avez-vous pas oui dire que, dans la 
dernière guerre, on fabriqua dans Philadel- 
phie beaucoup de bas pour l'armée.? 

il. Je l'ai oui dire. 

D, Si l'ade du timbre étoit révoqué, les 
Américains ne s'imagineroient ils pas pouvoir 
forcer le Parlement de révoquer toutes les 
loix de taxation maintenent en vigueur f 

R, Il eft difficile de dire, à un tel éioi- 
gnement, ce qu'un peuple peut penfer, 

D. Mais à quoi^ félon vous , attribueroient- 
ils la révocation de l'ade? 

R. Ils croiroient qu'on l'a révoqué , parce 
qu'on eft convaincu qu'il étoit mal vu : de 
ils efpéreront que tant qu'il y aura les mêmes 

NA XXX F. f 



ccxUlj Affaires DB l'Angleterre 
inconvéniens à appréhender, vous n'entre- 
prendrez point d'en faire de femblables. 

D. Quels inconvéniens pourroient donc 
en réfulter? 

R. Des inconvéniens de diverfes efpeces. 
La pauvreté & l'incapacité de ceux qui dé- 
voient payer la taxe: le mécontentemenç 
général qu'elle a fait naître, & l'impoffi- 
bîlité de forcer les Habitans à s'y foumettre» 

D, Si Tade étoit révoqué, & que le Par- 
lement fît éclater fon reflentiment contre 
ceux qui fe font oppofés à l'ade du timbre , 
les Colonies reconnoitroient-elles l'autorité 
du Parlement? 

R. Je ne doute nullement que , fi le Par- 
lement révoquoit l'ade du timbre, les Co» 
lohies ne reconnuflent fon autorité. 

D. Mais fi le pouvoir légiflatif vouloit 
affurer fon droit de taxer j par un ade qui 
impoferoit une taxe (a) modique , mais que 
les Colonies regarderoient comme injufte , 
fe foumettroient- elles à cette taxe ? 

R, On ne s'eft point fait ici une idée dif- 
tinde des procédés du peuple Américain. 
La conduite des aflemblées a été très-diffé- 



(a) Le iWînîtlere a voit alors en vue Timpot fur 
le thé , à l'occafion duquel la Ville de Bofton s'eil 
Ibulevée & fut miCe en interdit, dcc. Sec, Il fut en- 
vifàgé'en Amérique comme taxe intérieure de la na- 
ture de celles auxquelles les Angloîs n'entendent fe fou- 
mettre qu'autant qu'ils y ont donné leur conlèntement 
p<ir leurs Reprélêntans» 



ET DE l'Amérique, ccxliv 
rente de celle de la populace. 11 eftenentiel 
d'en faire la diftindion. Les aflemblées fe 
font contegtées de prendre des arrêtés con- 
formes à ce qu'elles eftiment être leurs droits : 
elles n'ont pris aucunes mefures pour réfifter 
par les armes. Elles n'ont bâti aucun fort , 
levé aucun homme , ni ne fe (ont pourvues 
d'aucunes munitions, pour réalifer leur oppo- 
fîtion. Elles penfent qu'il faut punir les Chefs 
de fédition ; elles les puniroient elles-mêmes 
(i elles le pouvoient. Chaque homme fage 
& judicieux fouhaiieroit que les mutins fûf- 
fent punis, puifqu'autrement il n'y auroit point 
de fureté pour la perfonne ni pour les Liens 
des gens tranquilles. Mais je crois qu'une 
taxe intérieure, quelque modique qu'elle fur, 
^ui feroit mife par le pouvoir légiflatif d'An- 
gleterre fur le peuple d'Amérique , feroic 
rejettée , vu qu'il n'y a point de repréfentans 
parmi les Membres qui forment ce pouvoir 
îégiilatif. Ils ne cefTeront jamais de s'y 
oppofer. Ils ne croyent pas que vous ayez 
befoin de lever de l'argenc fur eux par vos 
taxes , parce qu'ils font & ont toujours été 
(difpofés à le faire en fe taxant eux-mêmes , 
jbc à odroyer des fommes confidérables en 
proportion de leurs facultés , fur la fimple 
demande de la Couronne. Ils en ont non- 
feulement odroyé d'égales à leurs moyens , 
mais pendant toute la dernière guerre , félon 
le jugement que vous en portâtes vous mêmes, 
il§ allèrent beaucoup au-delà, & leui quote- 

/y 



ccxîv Affaires de l'Angleterre 

part fut même fans proportion avec ce qu« 
fournifToit ri\ngleîerre ; elle fe montoit à 
plufieurs centaines de mille livres qu'elles 
donnèrent de bon cœur & fur le champ , 
fimpiement fur une efpèce de promefTe que 
leur fit le Secrétaire d'Etat , que le Parle- 
ment feroit prié de les indemnifer ; & le 
Parlement fut exhorté à cet effet par le Roi, 
& de la manière la plus honorable pour 
eux. V 

L'Amérique a été fort maltraitée & fort 
injuriée en Angleterre dans les feuilles pério- 
diques de dans les difcours publics; on lui 
a reproché d'être ingrate^ déraifonnabîe & 
injufîe , parce que , difoit-on , elle avoit 
occafionné à cette nation des frais énormes 
pour fa défenfe , de parce qu'elle réfiftoic 
iTy participer. Les Colonies levèrent , 
payèrent de habillèrent près de vingt-cinq 
mille hommes pendant la dernière guerre : 
nombre égal à celui des troupes qu'envoya 
la Grande-Bretagne , de bien au-delà de leur 
quote-part. Elles contractèrent de grofles 
dettes , de toutes leurs taxes de. biens y font 
hypothéqués pour plufieurs années encore. 
L'adminiftration le fentit alors très-bien : les 
Colonies furent recommandées au Parlement. 
Le Roi envoyoit chaque année un melTage 
à cet effet à la Chambre des Communes: 
ce meflage portoit que Sa Majefté touchée 
du zèle de de l'ardeur avec laquelle fes fidè- 
les Sujets dans l'Amérique Sep tentroinalc 



E T D E L' A M é R I Q U E. ccxlvj 

s'étoîenc portés à défendre les droits & les 
poileflions de Sa Majefté, prioit la Chambre 
d'y avoir égard , &: de lui fournir les r^oyens 
de les indemnifer convenablement. V^ous 
trouverez ce meflage fur vos propres Jour- 
naux à chaque année de guerre. Vous accor- 
dâtes en conféquence 200,000 livres fterl, 
pour être diftribuées annuellement aux Co- 
lonies à titre d'indemnité. C'eft bien la preuve 
la plus forte , que les Colonies , loin de refufec 
de participer aux charges , donnèrent au- 
delà de leur quote-part , car (i elles euflenc 
moins fait , ou qu'elles euflfent fimplemenc 
fourni leur contingent , il n'y auroit pas 
eu lieu à les indemnifer. Les fommes qu'on 
leur rembourfa n'étoient aucunement propor- 
tionnées aux frais qu'elles avoient faits au- 
delà de leur quote-part, mais elles ne s'en 
plaignirent point ; l'indemnité la plus pré- 
tieufe pour elles, fe trouvoit dans les louanges 
que leur Souverain & cette Chambre don- 
noient à leur zèle & à leur fidélité. Il n'étoic 
donc pas befoin d'un ade, tel que celui du 
timbre , pour arracher de Targent à un peuple 
difpoféà en accorder. Les Colonies n'avoieric 
point refufé de donner les (bmmes néceiîaires 
pour remplir l'objet de lade. On ne leur en 
avoit fait aucune demande ; elles étoient 
toujours prêtes à faire ce qu'on pouvoit rai- 
fonnablement attendre d'elles , & c'eft fous 
ce point de vue qu'elles fouhaitent qu'oa 
les envifagea 



ccxlvij Affaires de l'Angleterre 

D. Suppofé que la Grande-Bretagne fût 
engagée dans une guerre en Europe , efl: ce 
que l'Amérique Septentrionale ne contribue" 
roit pas à la foutenir ? 

R, Je crois qu'elle y contribuerolt autant 
que le lui permettroic fa pofition. Les Co- 
lonies fe regardent comme faifant partie de 
l'Empire Britannique , & comme ayant les 
mêmes intérêts : peut-être en Angleterre , 
veut'on les regarder comme un peuple étran- 
ger, mais ce n'eft pas ainfî qu'elles l'enten» 
dent. Elles font remplies du plus véritable 
zèle pour la gloire & les fuccès de la nation 
Angloife , & tant qu'elles feront bien trai- 
tées, on les verra toujours prêtes à la fou* 
tenir autant que leurs moyens bornés le leur 
permettent. En 1755) on leur demanda du 
lôcours4)our l^'expédition contre Carthagêne , 
& elles envoyèrent jooo hommes à votre 
armée, Carthagêne , il eft vrai , eft en Amé- 
rique , mais elle eft auffi éloignée des Co- 
lonies Septentrionales que fi elle étoit eh 
Eurdpe. Elles ne reftreignent le devoir qu'elles 
fe* font de fecourir l'Angleterre dans les 
guerres , par aucune diftinàtion de pays. Je 
fais qu'on prétend communément ici que la 
dernière guerre fut entreprife pour la dé- 
fenfe ou pour les intérêts de l'Amérique. 
Mais c'cft une erreur. La guerre commença 
pour les limites entre le Canada & la Nou* 
velle Ecolle , au fujet de territoires fur lef- 
quels la Couronne formoit à la vérité des 



BT D E l'A m é r I q t; e. ccxlviij 

prétentions , mais qui n'étoient reclamés 
par aucune Colonie Angloile : aucune des 
terres conteftées n'avoit été concédée à des 
Colons ; cette difpute ne nous regardoit donc 
pas. Quant à l'Ohio , le différend s'éleva au 
fujet du droit que vous difiez avoir , de 
faire la traite chez les Sauvages , droit que 
vous avez acquis par le traité d'Utrecht , & 
que les François avoient violé. Ils fe faifirent 
des Traiteurs & de leurs marchandifes tirées 
de vos manufactures : ils prirent un fort , 
qu'une Compagnie de vos Marchands & leurs 
Fadeurs & Correfpondans avoient conftruits 
pour afTurer ce commerce. Braddock fut 
envoyé à la tête d'une armée pour reprendre 
ce fort & pour protéger votre commerce. 
Vous regardiez la poffelîîon de ce fort, comme 
un nouvel empiétement des François fur le 
territoire du Roi. Ce ne fut qu'après la défaite 
de Braddock que les Colonies furent attaquées, 
Jufques-là «lies avoient joui d'une paix pro- 
fonde avec les François & les Sauvages. Ce 
ne fut donc point polir leur défenfe , que 
vous envoyâtes des troupes en Amérique, 
Quoique le commerce avec les Sauvages fe 
faffe en Amérique , ce ne font pas les Amé- 
ricains qui en recueillent les fruits. Les Fer- 
miers & les Cultivateurs font la majeure partie 
des Habitans de l'Amérique. Il efl: très peu 
de leurs produdions qui foient un article de 
commerce avec les Sauvages. Les Anglois 
ont tout l'avantage de ce commerce. Il fe fait 

fiu 



ècxlîx Affaires de l'Angxeterbb 

avec des marchandifes Anglolfes au profit 
des marchands de des fabrïquans Anglois, 
Ainli la guerre ayant commencé pour dé- 
fendre des territoires de la Couronne 5 qui 
n'étoient la propriété d'aucun Américain , & 
pour le maintien d'un commerce purement 
Anglois, c'étoit réellement une guerre An- 
gloife , cependant les Habitans de l'Améri- 
que ne balancèrent pas un moment à con- 
tribuer de tout leur pouvoir à la foutenir , 
& à lui procurer une illue heureufe. 

D. Eil: - ce que vous ne regardez pas les 
Américains , comme partie intérefTée , lorf- 
qu'il s'agit de prendre poflelTion des droits 
territoriaux du Roi , & de fortifier les fron- 
tières? 

R, Ils ne font pas intéreffés particulière^ 
ment, mais conjointement avec les Anglois, 

D, yous ne nierez pas que la guerre anté- 
rieure, celle avec l'Efpagne, n'ait été entre- 
prife à caufe de l'Amérique. Des prifes faites 
dans les parages de l'Amérique n'y donnè- 
rent-elles pas lieu ? 

R, Oui ; mais c'étoient des prifes de vaif- 
feaux qui y faifoient le commerce Anglois 
avec des marchandifes Angloifes. 

D. La dernière guerre avec les Sauvages , 
depuis la paix avec la France , n'étoit-elle 
pas une guerre pour l'Amérique feulement f 

R» Il e(ï vrai qu'elle regardoit l'Amériquo 
plus particulièrement que la précédente; mais 
elle. n'en étoit qu'une fuite: les Sauvages 



ÏT DE l'AmÏR ÎQUE, ccl 

n'avolent pas été entièrement pacifiés ^ & les 
Américains elTuyerenc la plus grande partie 
des frais. L'armée du Général Bouquet ter- 
mina cette guerre. Il n'y avoir pas plus de 
300 Soldats de troupes Angloiles , & plus 
de 1000 Penfilvains. 

D. Eft-ce qu'il ne faut pas envoyer des 
troupes en Amérique pour défendre les Amé- 
ricains contre les Sauvages ? 

R, Nullement; cela ne fut jamais nécefTaî- 
res. Ils ont fû fe défendre, quand ils n'étoienc 
qu'une poignée d'hommes , contre les Sau- 
vages qui étoient en beaucoup plus grand 
nombre : ils ont gagné continuellement du 
terrein, & ils ontrepoulTéles Sauvages au-delà 
des montagnes, fans qu'on envoyât aucunes 
troupes à leur fecours. Comment peut-il être 
néceflaire d'envoyer aujourd'hui des troupes 
pour les défendre contre ces tribus de Sau- 
vages dont le nombre eft fi diminué , les 
Colonies étant devenues depuis ce tems là (i 
peuplées & fi fortes? Elles (ont pîufque jamais 
en état de fe défendre elles-mêmes. 

D. N'avez vous pas dit qu'il n'y avoit pas 
eu plus de trois cent Soldats de troupes 
réglées Angloifes, employés dans la dernière 
guerre contre les Sauvages ? 

i?. Il n'y en eut pas davantage fur l'Ohio 
ou fur les frontières de Penfilvanie , oii étoit 
le principal foyer de la guerre qui regardoic 
les Colonies» Il y avoit des garnifons à 
Niagara , au fort détroit & dans les poftes 



cdj Affaires de l'Angleterre 

éloignés gardés pour l'inrérêt de votre com- 
merce. Je ne les ai pas comptés, mais je crois 
qu'en tout» le nombre des Américains ou des 
troupei Provinciales employées dans la guerre, 
furpafToit celui des troupes. Je n'en fuis pas 
fur , mais je le penfe ainfi. 

D. Croyez-vous que les aflemblées Amé- 
ricaines ayent le droit de lever de l'argent 
fur les Sujets pour l'odroyer à la couronne ? 

Ri Je le crois alTurément. Elles l'ont tou- 
jours fait. 

D, Connoiffent-elles la déclaration des droits ; 
âc favent-elies ^ qu'en vertu de ce ftatut , il 
Re doit être levé d'argent fur les Sujets 
qu'avec le confentement du Parlement? 

R. Elles la connoiflent très-bien. 
' D. Comment peuvent-elles donc prétendre 
svoir tf 1 c oit de lever de l'argent pour la 
Couronne, ou pour d'autres objets qui ne 
feraient pas limités au lieu ? 

R, Les Américains entendent que cette 
cîaufe ne regarde que les Sujets en dedans 
eu Royaume: favoir qu'aucune fomme d'ar- 
gent ne peut être levée fur eux pour la Cou- 
ronne qu'avec le confentement du Parlement. 
On ne regarde pas les Colonies comme étant 
en dedans du Royaume: elles ont des affem- 
blées qui font leur Parlement : & elles font 
à cet égard dans la même poOticn que l'Irlande. 
LorCqu'il fâut lever de Fargenr pour la Cou- 
ronne fur les Sujets en Irlande , ou dans les 
Colonies , le confentement du Parlement 



ET DE L'AmÈRIQUÏ, ccll) 

d'Irlande ou des afTemblées des Colonies 
efl: néceflaire. Elles croyent que le Parlement 
de la Grande-Bretagne , ne peut convenable- 
ment donner ce confentement ^ tant qu'il 
n'admettra point de repréfentans de l'Ame* 
rique parmi fes Membres ; car la déclaration 
des droits porte expreflement , que le confen- 
tement général du Parlement eft requis à cet 
effet ; & les Habitans de l'Amérique , n'ont 
point de repréfentans dans le Parlement , qui 
faffent une partie de ce confentement général. 

D, Si l'ade du timbre étoit révoqué , & 
qu on paffât un ade qui ordonnât aux affem- 
blées des Colonies d'indemnifer ceux qui ont 
fouffert des dommages par la fédition , y 
obeiroîent-elles ? 

R. C'eft une queftion à laquelle je ne puis 
pas répondre. 

D. Suppofé que le Roi exigeât que lès 
Colonies odroyaffent un revenu , & que le 
Parlement s'y oppofât, croyez-vous qu'elles 
pûflent ôdroyer un revenu au Roi ^ fans le 
confentement du Parlement delà Grande-Bre- 
tagne ? 

R. C'eft une queftion fort délicate. —Pour 
moi je cfoirois être libre de le faire , & je 
le ferois , fi j'en approuvois le motif, 

D. Lorfqu'on a levé de l'argent dans les 
Colonies fur les demandes qui en ont été faites , 
cet argent n'a-t il pas été odroyé au Roi f 

R. Oui, il l'a toujours été; mais les déman- 
des étoient fondées fur quelque fervice en once , 



cclilj Affaires DE l'Angleterre 

comme pour lever , habiller & payer des 
troupes , & non pas pour avoir de i'argeni: 
feulement, 

D, Si l'aâe qui exigeroît que les aflemblées 
de l'Amérique , indemnifafrent ceux qui ont 
fouffert par les féditions , venoit à pafler , Ôc 
qu'elles ne s'y foumiflent pas , & qu'enfuira 
le Parlement mît par un autre ade, une taxe 
intérieure , s'y foumettroient-elles ? 

R» Les Habitans ne payeront aucune taxe 
intérieure , & je penfe qu'un ade pour forcer 
Jes affembiées à indemnifer eft inutile , car je 
préfume , qu'auiii~tôt que la fermentatioa 
aduelle aura ceiTé; elles examineront la chofe, 
& fî la juflice veut qu'on la fafTe , elles le feront 
d'elles-mêmes, 

, i), Nevient-il pas fouvent des lettres aux 
bureaux de pofte en Amérique , pour quelque 
ville intérieure où il ne va pas de pofte ? 

jR. Oui, il en vient. 

D. Le premier venu peut- il lever ces 
lettres en fe chargeant de les porter à leur 
adrefle? ' 

il. Oui. Tout ami de la perfonne le peut 
faire en payant le port. 

D. Mais ne fauril pas qu'il paye une aug- 
mentation de pofte, à caufe de l'éloignemenc 
de cette ville? 

R. Non. 

D. Le Maître de Pofte eft-il en droit de 
livrer la lettre fans qu'on lui ait payé c^ 
port ? 



E T D E L*A M é R I Q U E. ccllV 

R. A{rurcmenc;«n ne peut rien demander 
îorfqu'il ne rend point de fervice. 

D, Si une perfonne qui feroit loin de chez 
elle , trouvoit dans un bureau de pofte , une 
lettre à fon adreife : qu'elle habitât dans ua 
endroit où la pofte va communément : que 
la lettre lût adrelTée pour cet endroit , le 
Maître de Pofte lui livreroit il cette lettre, 
fans qu'elle lui payât re port dû à l'endroit 
pour lequel la lettre eft adreflee ? 

R, Oui. Le bureau ne peut point exiger de 
port, pour une lettre qu'il ne porte pas, ni 
pour une diftance où il ne la porte pas» 

D, Les Pafteurs de Bacq en Amérique ne 
font-ils pas obligés par acte du Parlement y 
de pafler les poftes gratis. 

R, Oui, il le font. > 

D. Cela n'eftil pas une taxe fur les Paffeurs 
de Bacq ? ...t 

R, Cela .ne leur paroît pas ainfi , parce 
qu'ils retirent du profit des perfonnes qui 
Voyagent avec la pofte. 

D, Si l'ade du timbre étolt révoqué, ëc que 
la Couronne exigeât des Colonies une fomme 
d'argent; l'oâroyeroient-ellesf 

R. Je le crois. 

D» Sur quoi fondez-vous cette opinion ? 

R. Je puis répondre de la Colonie dans 
laquelle j'habite. L'afTemblée ra'avoit donné 
la commiftion d'aftiirer le Minift:ere, qu'elle 
jregarderoit toujours comme fon devoir ainfi 
gu'elle l'avoit fait jufqu'à préfenc , d'oâiroyer 



cdv Affaires de l'Angle terrb 
des feçours proportionaes à fes facultés ; 
toutes les fois qu'il feroit néceiïHire , & qu'ils 
feroient demandés de la manière requifç par 
la çonftitution. J'ai eu l'honneur de m'ac- 
quitter de cette commiffion auprès du Mi- 
lîiftre d'alors, 

D. Les Colonies feroient-elles auffi bien 
difpofées dans une occaCon , où l'Angleterre 
feroit feule intéreffee , s'il s'agiflbit d'une 
guerre dans quelque partie de l'Europe , qui ne 
ks regardât pas ? 

JK. Elles feront toujours prêtes à accorder 
des fecours , toutes les fois que l'intérêt 
commun l'exigera , elles fe regardent comme 
faifant partie du tout. 

D. Quelle eft la manière conflitu tipnelle de 
demander des fecours d'argent aux Colonies ? 

H. C'efl: par une lettre du Secrétaire 
d'Etat, 

D. Ne faut- il qu'une lettre du Secrétaire 
d'Etat? 

R. J'entends que la voie ordinaire pour 
demander aes fecours , eft une lettre circu- 
laire du Sfc.étaire d'Etat, envoyée par l'ordre 
de Sa Ma j eft é: dans cette lettre le motif eft 
expofe , & on y exhorte les Colonies à 
odi'oyer des fecours tels qu on peut les 
attendre des Sujets loyaux , & qui foyent 
proportionnés à leurs facultés.. 

D. Le Secrétaire d'Etat à-t-il jamais écrit 
pour lever de l'argent pour la Couronne? 

fi, Lorfque ces demandes ont eu lieu , 



ET DE l' Amérique, cclvj 
cétolt pour lever , habiller & payer des 
troupes ; ce que l'on ne peut faire fans argent» 

D, Oétroyeroient-elles de l'argent feule- 
ment, fi on leur en demandoit , fans objet 
déterminé ? 

jR, Je penfe qu'elles donneroient de l'ar- 
gent aufli bien que des troupes , fi elles 
avoienc ou quelles pûiTent faire du papier 
monnoye. 

D. Si le Parlement révoquoît l'adie àa 
timbre , l'AfTemblée de Penfyivanie annulle- 
roit-elle fes arrêtés f 

JR. Je ne le crois pas. 

D. Avant qu'il fût queftîon de l'ade du 
timbre , les Colonies defiroient-elles d'avoic 
des repréfentans dans le Parlement ? 

JR. Non. 

D. Ignorez -vous que dans la Chartre de 
Penfyivanie , le Parlement s'eft réfervé ex-^ 
preffément le droit de mettre des taxes ea 
Amérique ? 

R. Je fais qu'il y a une claufe dans la 
Chartre , en vertu de laquelle le Roi promet 
qu'il ne lèvera aucunes taxes fur les Habitans, 
autrement qu'avec le confentement de l'af- 
femblée ou par ade du Parlement. 

D* Comment l'afTembîée de Penfyivanie 
pouvoit-elle donc prétendre que de mettre 
une taxe fur l'Amérique par Fade du timbre , 
étoit une atteinte à leurs droits ? 

R. Voici comme elle l'entend : par la mcme 
Chartre , & d'ailleurs les Américains ont droic 



ccîvij Affaires del'Angleterrê 

à tous les privilèges libertés. & franchifes des 
Anglois; les aflemblées voyentdans les gran- 
des Chartres ainfi que d?ins la pétition Cr dans la 
déclaration des droits, que l'un des privilèges des 
Sujets Anglois , eft de ne pouvoir être taxés 
que de leur confentement : en conféquence 
elles ont toujours compté depuis le premier 
établiflement de cette Province , que le 
Parlement ne s'arrogeroit , ni ne pourroit 
s'arroger , fous prétexte de cette claufe de la 
Chartre , le droit de les taxer , jufqu'à ce 
qu'il en eût acquis la faculté en admettant des 
repréfentans du peuple à taxer , qui doivent 
participer à ce confentement général. 

D.Y a-t-il quelques termes dans la Chartre 
qm juftifient cette interprétation? 
' R, Les droits communs à tous les Anglois , 
tels qu'ils font énoncés par la grande Char- 
tre , &.la pétition de droit, tout la juftifie. 
D, Y a-t-il quelque diftinélion entre taxes 
intérieures & extérieures dans les termes de 
la Chartre? 

jR, Je ne le crois pas. 
D. Ne feroit-il donc pas pofTible par la 
même interprétation de réfuter le droit de 
taxation extérieure du Parlement? 

R, On ne l'a jamais fait jufqu à préfent : 
l'Angleterre a eflayé depuis peu de nous 
prouver qu'il n'y a pas de différence , & 
que fi elle n'avoit aucun droit de nous taxer 
intérieurement , elle n'en a de même aucun de 
nous taxer extérieurement ou de faire d'autres 

loix 



£t d'e l'Amérique, cclvîî) 
loîx pour les aftreindre. Nos Américains ne 
laifonnent pas maintenant de la forte, mais 
avec le tems peut-être fentiront-ils la force de 
ce raifonnement, 

D. Les arrêtés de l'aflemblée de Penfylw 
vanie ne portent- ils pas fur toutes les taxes? 

K. Ils portent feulement fur les taxes in- 
térieures ; les mêmes expreffions ne font 
pas toujours entendues de même ici & dans les 
Colonies. Par le mot taxes , nous entendons 

des taxes intérieures ; par celui de ^«riej droits , 
nous entendons les douanes. 

D, N'avez-vous pas vu les arrêtés de 
l'aflemblée de Maffachufett'sbay ? 

JR. Je les ai vus. 

D. Ne difent'ils pas que le Parlement nef 
peut impofer des taxes ni extérieures ni in^ 
îérieures ? 

R. Je ne fâche pas qu'ils aient dit rien de 
femblable; je ne le crois pas. 

P. Si la même Colonie aiSrmoit qu'on 
ne peut mettre ni taxe , ni impojïtion , ne 
feroit-ce pas déclarer que le Parlement n'eft 
autorifé à mettre aucun des deux ? 

JR. Je préfume que par le mot impojïtion 
les Américains n'entendent point les droits 
fur les marchandifes importées , comme ré-j 
glemens de commerce. 

D. Que peuvent donc entendre les Colo- 
nies par impojïtion fî ce n'efl: des taxes S 

K. Elles peuvent entendre plufiears chofes: 
comme les enrôlemens forcés , les coj;vée$, 



cclix Affaibes de l'Angleterre 

pour voitures ou chevaux , les logemens de 
gens de guerre & autres chofes femblables; 
iJ peut y avoir dans ce fens de lourdes im- 
pojitions qui proprenient ne foient pas des 
taxes. 

D. L'argent levé par le Bureau des Poftes 
n'eft il pas une taxe intérieure mife par aéte 
du Parlement ? 

jR, J'ai répondu à cette queftion. 

D. Toutes les parties des Colonies font- 
elles également en état de payer des taxes ? 

R. Non alTurément. Les parties des der- 
rières qui ont été ravagées par l'ennemi , 
ont beaucoup foufFert ; c'eft pourquoi dans; 
de femblable occafions , nos loix de taxation 
y ont ordinairement égard. 

D. Pouvons - nous , étant auflî éloignés 
juger de l'égard qu'il convient d'y avoir ? 

il. Le Parlement l'a préfumé , lorfqu'il a 
voulu s'arroger le droit de faire des loix 
de taxation pour l'Amérique. Pour moi je 
penfe que cela eft impoffible. 

D, La révocation de l'ade du timbre fera- 
t-elle rallentir vos manafadures ? Ceux qui 
ont commencé à fabriquer cefTeront-ils de 
le faire ? 

R, Oui , je le crois , fur-tout fi en rriême- 
tems le commerce reprend fon cours , de 
forte que les remifes puiflent. fe faire aifé- 
ment. Je fuis fondé à penfer ainfi d'après 
plufieurs exemples. Dans l'avant dernière 
guerre le tabac ayant baiffé , & donnant lie\i 



ET DE l'Amérique cclx 
à peu de remifes , les Habirans de la Virgi- 
nie fe mirent à manufjdurer. Lorfqu'enfuite 
Je tabac eut repris faveur & qu'on leur en 
dernandoit davantage en Angleterre , ils 
revinrent à l'ufage des manufadures Angloi- 
fes. On fe fervoit très-peu de moulins à 
fouler dans la dernière guerre en i enfylvanie, 
parce que le prpier monnoye d'Angleterre y 
abondoit, & que les remifes pour tirer des 
draps & autres marchandifes Angloifes pou- 
voient fe faire aifément à la Grande-Bretagne. 

D. Si l'ade du timbre étoir révoqué , 
cela porteroit il les aflemblées de l'Améri- 
que à reconnoîrre le droit qu'à le Parle- 
ment de les taxer, 3c caffèioient-elles leurs 
arrêtés? 

R, Non, jamais, 

p. N'ya-t-ilpas de moyens de les y con- 
traindre ? 

JR. Je n'en fâche aucun , elles n'y con- 
fentiront jamais à moins qu'elles n'y foient 
forcées par les armes. > 

p. Y a t-il une puiffancô fur terre qui 
puifTe les y forcer ? 

R. Les opinions font libres : aucune Puif- 
fance , quelque grande qu'elle foit ne peut 
forcer les hommes à en changer. 

JD. Les Colonies regardent-elles le Bureau 
des Poftes comme une taxe ou comme un 
règlement ? . 

H. Elles le regardent , non comme une 
taxe, mais comme un acéglement & une chofe 

t ij 



^dxj Affaires del'Anglsterrê 

de convenance. Chaque aflemblée a favorifé 
& foutenu cet établifTement dès fa naiflance, 
par des odrois d'argent» ce qu'elles n'euflenc 
pas fait autrement; & les Habitans ont tou-' 
îours payé le port de leurs lettres. 

D. Quand reçutes-vous les ordres dont 
vous avez parlé? 

K. Je les ai apportés avec moi , il y a 
environ quinze mois. 

D. Quand en avez - vous Tait part ail 
Miniftre? 

jR. Auiîi-tôt après mon arrivée , pendant 
qu'on délibéroit fur l'ade du timbre , 5c 
avant le que Bill ne fut propofé. 

D. Ne feroit-il pas plus avantageux à la 
Grande - Bretagne que l'on cultivât le tabac 
en Virginie , au lieu d'y établir des manu- 
fadures ? 

R. La culture du tabac eft fans doutô 
plus avantageufe. 

D. En quoi les Américains faifoientib 
confifter leur principale gloire ? 

il. A pouvoir fatisfaire leur goût , par le 
moyen des modes & des manufaduresde la 
Grande-Bretagne. 

D, Et aujourd'hui qu'eft-ce qui les flatteroit 
le plus? 

iî.Ceferoît de reprendre leurs vieux habits 
& de les porter jufqu'à ce qu'ils pûflents'ea 
faire eux-mêmes de neufs. 

Fin d^ Pinurrogau 



sj« 



feT DE l'AmÉRIQUI?. CCÎXÎ} 

Peut-être bien , Monfîeur , avez vous 
déjà vu ce morceau intcreflant dans d'autres 
Recueils François ; mais il étoit eiFentiel de 
l'offrir de nouveau à votre confidération , \à 
les circonftances actuelles i &j'aurois pu d'au- 
tant moins m'en difpenfer , que j'en ai un 
un autre à vous faire connoître dont il eft 
le prélude néceflaire. Je renvoyé à ma pro- 
chaine lettre ce dernier 5 qui , je crois , n'a 
point encore eu de publicité , au moins hors 
îie l'Angleterre. Ce font diverfes queflions 
faites de la part des Miniftres Anglois , ea 
Jj6(^ , à Al. le Dodeur Franklin & fes ré- 
réponfes* L'affaire des taxes y eft difcutee 
d'après les changemens apportés au fonds de 
la querelle, parla révocation de l'Ade da 
timbre , par l'afle déclaratoire & par la créa-, 
tion d'une autre efpèce d'impôts intérieurs ,' 
retirés enfuite & n'exiftant plus que dans le 
feul article du thé. Avec le fecours de ces 
deux écrits , il n'y aura aucun paint des pro- 
pofirions d'arrangement attendus de la part 
de Milord North, que vous ne foyez en 
état d'apprécier à fa jufle valeur... 

Ces commentaires de paix ne me font 
point oublier que vous en défirez aufli fur 
la guerre, de que le 7 Janvier il eft arrivé 
des nouvelles de l'armée des Frères Howe; 
dont le Miniftère a cru avoir grand fujet 
de fe réjouir, quoiqu'à les bien examiner» 
elles n'ayent point rendu l'état de fes afeires 
beaucoup meiHeur. Vous avez pu juger , paj^ 

iiiC 



cd^u] Affaires be l'Angleterre 
lepeu-de fenfarion qu'elles ont produit à la 
Bourfe pour relever le crédit , prodigieufe- 
ment baifié depuis le premier de ce mois , 
que le public éclairé n'a point regardé ces 
fuccès comme un gage afTûré de la prochaine 
fin de cette guerre exécrable. Vous verrez, 
par les obiërvations fuivantes , s'ils pro- 
mettent feulement que l'armée du Général 
Howe pafTe un hyver bien tranquille dans 
Philadelphie. Je vous ferai lire enfuite deux 
écrits qui vous expliqueront les vraies caufes 
de la feccude que le crédit Anglois a reçue, 
& d'après lefquels vous conclurez que l'An- 
gleterre rouche réellement à fa dernière 
luine j c'efl-à-dire > qu'il lui faudra renoncer 
à toute (a confiftance politique parmi les 
Nations de l'Europe ^ fi dans le court efpace 
de cet hyver elle, n'a pas regagné , par fes 
négociations , ce que lui ont fait perdre trois 
malheureufes campagnes & quinze années de 
luauvaile adminiRration. 

A N o s G u I D £ s^ 

My-lords etMessieurs, 

33 Vous nous donnez enfin une gazette ex- 
traordinaire pour nous annoncer , avec le 
plus grand appareil, la réduâion de deux 
ou trois forts en Ça) terre qui auroient empêché 

■ — ' vr II I -- - T I I -i ■ ^ 

( tf ) Cn avoit eu toutes les peines poflibles à établir 
du canon fur Tlile de Mud , (jui eft une lile de vafè» 



ET DE l'Amérique, ccîxiv 

votre armée de changer de pofition , c'efl- 
à - dire de s'enfuir comme elle a fait de 
Bofton & des Jerfeys». 

35 Que nous apprenez-vous de plus ? Les 
Officiers de la Marine , ainfi que les Mate- 
lots , fe font comportés avec la plus grande 
bravoure dans le fervice pour lequel ilsétoienc 
commandés. A cela nous nous écrierons, 
n'eft-il pas bien douloureux que d'auffi braves 
gens ne foient pas employés à des opéra- 
tions plus propres à terminer promptement 
la guerre ! Quoiqu'il en foit , les deux Frères 
fe congratulent avec la plus grande cordialité 
fur leurs exploits refpedifs, fans fe donner 
feulement la peine de faire préffentir l'avan- 
tage que la nation tirera de leurs opérations , 
fans nous dire comment notre flotte ôc notre 
armée feront garanties de toutes les entre- 
prifes que l'ennemi pourra tenter pendant 
un long & rigoureux hyver , féparées comme 
elles le font Tune de iVitre , & continuel- 
lement environnées d'une foule d'ennemis 
aâifs ôc infatigables , dont les forces fe grof- 
iifTent journellement.il y a ici des gens qui 
ne font pas fans inquiétude fur le fort du 
Chevalier Howe. Selon eux , il pourroit bien 
lui arriver la même chofe qu'à Burgoyne. 
Et alors que deviendra la flotte , fa naviga- 
tion étant toujours obfl:ruée par ces vilains 
chevaux defrife} Quand cette occajîon favorable 
de les enlever fe préfentera-t-elle? Ce ne fera 
point dans le fort delà gelée ou des neiges, 

tiy 



CclxV AfPAÎRESDE t'ANGLSTERRB 
OU pendant les ouragans de l'hyverfque 
feront donc alors les vailTeaux Anglois dans 
les poris ou fur les rivières de Tennemi ? « 

33 Vos Généraux ne nous difent pas un 
mot du Général Washington , ni de l'armée 
qui eft fous fes ordres , ni des opérations 
d'aucune des deux grandes armées qui font 
prefqu'en préfence l'une de l'autre. Nous ne 
lavons rien de la pofition , de la force & 
de l'état de l'armée Rebelle , ni de ce qu'on 
a fait pour mettre la nôtre à l'abri de tout 
danger ou furprife de fa part a, 

» Il n'eft nullement queftion du Général 
Clinton & de fa garnKon à New- York; de 
on nous laiffe ignorer fi nos troupes y éprou- 
vent toutes les horreurs d'un fiege ou fi elles 
li'y font que bloquées : ou bien fi elles y 
vivent dans les plaifirs &dans l'abondance. 
Nous femmes auflî peu inftruits fur le fort 
du Général Vaughan & de fon détachement» 
Eft-il revenu triomphant de fa périlleufe 
excurfion , ou fera-t-il tombé comme Bur- 
goyne dans les filets de l'ennemi ? ce 

» Il y avoiî dans la flotte des Officiers tels 
que l'Amiral Chevalier Peter Parker & le 
Commodore Hotham. Sont-ils vivans ou 
morts ? C'eft ce qu'on laifle à deviner à leurs 
amis & au public. On ne trouve feulement 
pas leurs noms dans les dépêches du Lord 
Howe 5 ni du Général fon frère , à moins 
que, par l'Amiral à Rhode-IJland , le Lord 
Howe ne défigne le Chevalier Parker. Là 



!BT DE L'AMéRIQUlff. CclxvJ 

SelTus permis à tout le monde de penfer ce 
que bon lui femblera a 

Mais , ce qu'il y a de pks remarquable 
dans cette gazette , c'efl: que le Général 
Howe a totalement oublié de reprendre le 
fil de fon hiftoire de l'armée , depuis fa 
lettre datée du 25* Odobre ( inférée dans la 
gazette extraordinaire du 2 Décembre ) juf- 
qu'au 18 de Novembre ; ce qui fait une la- 
cune de vingt-quatre jours dans fa narration. 
Cette omiflion vient-elle du Général , ou 
de ce que vous auriez mutilé fa dépêche? 
Devons nous enfin l'attribuer à la négligence 
de l'Auteur, ou à la circonfpedion des Edis 
teurs? 

Signé , Philo patrîœ^ 

Des Lettres arrivées de la Flotte An- 
gloife ont rapporté divers détails qui ne fe 
trouvent point dans les dépêches des deux 
Frères. Dans l'intervale du 2j Odobre au 
18 Novembre , il y avoit eu une affaire des 
plus vives à Province-IJland * & les troupes 
du Roi en avoi.ent été repouffées avec une 
perte très - confidérable , laiffant en outre 
aux Américains yo prifonniers & plufieurs 
Officiers du dixième régiment. — Le Che- 
valier Howe fait regarder la navigation comme 
parfaitement libre fur le Delavare , au moins 
pour les Frégates & les Bâtimens de tranfport , 
èc cependant on a des nouvelles certaines, que 
Iq Craford de h /w/i^wne, deux bâtimens de 



ccîxvlj Affaires D E l'Angleterre 

tranfport fe font perdus fur les Chevaux de 
frife. Ces mêmes nouvelles ajoutent que ce 
n'eft qu'avec les plus grandes difficultés que 
les fubfiftances nécelïaires arrivent à Philadel- 
phie , parce que le Lord Howe n'a pu avoir 
que fept hommes du pays, en état de conduire 
les bâtimens au rniheu de cette multitude 
d'Ecueils. Le Delavare, au-deffus de Phila- 
delphie , ne fournit pas des vivres avec plus 
d'abondance à la ville & à l'armée , parce 
que quelques galères Américaines ont remon- 
té très haut dans cette rivière , & qu'elles 
empêchent toutes les fubfiftances d'y arriver 
par eau , tandis que les troupes légères de 
Washington écartent ou enlèvent ceux que 
l'armée Angloife réufliroit à fe procurer 
par terre. L'état de l'armée navale n'eft pas 
plus heureux. Tous les vaifleaux que les 
glaces furprendront dans la rivière Delavare, 
feront infailliblement brûlés. L'eau douce 
de cette rivière a féché & déjoint tous les 
Bordages ; ils ont fouflPert ce préjudice après 
une navigation des plus laborieufes de la 
Nouvelle- York à la Baye de.Chéfapeak , &c 
fi on ne leur donne pas très-inceflamment 
un nouveau doublage, c'eft une flotte entière 
perdue pour toujours. Vingt-cinq millions 
tournois ne fuffiroient pas pour en conftruire 
une femblable , feulement en frégates de 
guerre & vaiffeaux de force : je ne parle 
point des bâtimens de tranfport. Le furplus 
de cette armée navale croifoit depuis la 
Floride jufqu'à l'embouchure du DeUvare > 



E T D E l'A'ïm[ é r r q u e. cclxv'ilj 

maïs on fait que c'eft peine perdue dans 
l'hiver & dans les brumes. Tout cela n'offre 
pas une perfpedive bien riante pour l'hiver- 
nage. 

Vous avez vu dans la lettre du Général 
Howe qu'il comptoit marcher incefTamment 
à Washington. On prétend, mais je ne vous 
l'aflure point , qu'il a tenté de réalifer ce 
projet le y Décembre ; mais qu'il a trouvé 
Washington trop fort dans Tes retranchemens 
à îVhite'Marsh ^ bourgade éloignée de cinq 
lieues de Philadelphie. On ajoute queleij* 
M. le Chevalier Howe étoit encore dans 
Philadelphie. Ce Général jugeoit très bien 
fa poficion , & n'avolt point attachéuoe grande 
importance à la prife des forts , puifqu'il ne 
s'eft fervi que du paquebot ordinaire 8c de 
l'occadon d'un Officier qui revenoit par congé 
pour en donner la nouvelle à la Cour. Ou 
croit que Mylord Germaine, fon ennemi , 
a affedé de publier fa dépêche par une Ga- 
zette extraordinaire pour groflir les torts 8c 
& les ridicules qu'il s'attache à lui donner. 
li paiïe pour certain que ce Lord a reçu 
à ce fujet , une vifite qui lui a caufé les mêmes 
'agitations que Myloid Suffolk a reiTenties 
à la ledure de certaines lettres qui lui font 
arrivées de Paris. Mylady Howe , Douai- 
rière , s'eft rendue chez ce Miniftrê , elle lui 
a dit nettement ^ qu^aii retour de, fes fils il 
trouver oit à qui parler : que les outrages quon 
m cejfoit de leur fairs dans les papiers publics 



ècktx Affaîkesde l'Angleterre 

partoknt de fes Bureaux , 67" que jamais de fz 
vie , elle rC avait autant regretté d'être femme» 
C^eft ce qui a fait dire affez plaifamment que 
c'étoit le cas de prendre pour fécond la 
Chevalière d'Eon. Il eft heureux pour ces deux 
Lords que cette héroïne fe trouve abfente de 
l'Angleterre, La Pallas de Tonnerre verroic 
en eux des ennemis dignes d'elle , & fuc 
qui il lui feroit doux de venger à la fois 
ia nation & foafexe. 

Mylard Germaine n'eft pas plus à fon aîfe 
svec le Lord Barrington , Secrétaire de la 
guerre: il s'eft élevé de vives querelles entre 
eux pour des nominations d'emplois dans 
les nouveaux régimens ; & en général le 
Confeil eft divifé. Les uns infiftent pour 
une guerre littorale feulement : Mylord Ger- 
maine eft de cet avis : d'autres confeillent 
une guerre fur terre : d'autres la paix 5 ce font 
les plus fageSj au (ïi eft- ce le petit nombre. 
Comme leur avis ne prévaut point, les Frères 
Howe feront rappelles, & on croit que le 
Lord Amherft & le Général Murray, qu'on 
fait revenir de Minorque , partageront entre 
eux le commandement des armées. 

Comme les Frères Howe n'ont point parlé 
de l'armée de Clinton, vous ferez bien ai(e fans 
doute de favoir ce que quelques lettres m'en 
ont appris. —Il fubiifte toujours de laméfin»- 
telîigence entre ce Général & le Chevalier 
Hoxe , à qui il a été contraint d'envoyejc 
quatre régimens , quoiqu'il n'eût pas à beau^ 



ï T D E l'A m é r t q u e. cdxTt 
^oup près les forces néceflaires pour fe main- 
tenir dans la Nouvelle - York èc dans les 
poftes voifins qu'il lui a fallu évacuer. H 
a craint le fort du Lord Percy , qui avoit 
refufé les fecours que le Général Howe lui 
avoit demandés , & à qui cette réliftance a faic 
perdre le fruit de tous fes travaux précédents. 
Il eft certain que plufîeurs corps Américains 
commandés par le Général Putnam , âgé de 
72 ans , environnoient l'Ide de New-York 
Iq 16 Novembre , & que la Ville fe croyoit 
Il proche du moment où elle repafleroit (bus 
la domination des Etats - Unies , que le 
papier du Congrès y avoit cours fur le pied 
de quatre shillings du pays pour un shilling 
fierling. (Le pair eft de 175 pour 100) ce 
qui eft une valeur confidérable, quoiqu'en- 
core éloignée du pair. — Les marchandifes 
d'Angleterre y foifonn oient au point , que 
malgré les primes d'aflurance , le fret ècc. 
elles fe donnoient à meilleur marché qu'à 
Londres.- — On prétendoit y compter dix- 
fept mille hommes de garnifon ; mais les 
quatre cinquièmes etoient des provinciaux en- 
lôllés de force , & dont la fidélité eft très-^ 
fufpeéte ainfi que l'expérience l'a démontré. 
Les vaiffeaux étoient diftribués dans les fta* 
tions les plus favorables pour couvrir la ville; 
mais s'ils y étoient pris par les glaces on 
s'attendoit à voir les Amédcains en faire des 
feux de joie , comme ils l'ont fait de VAu" 
guJÎQ de 6^ canons ^ de la frégate le Mulin^ 



cclxxj Affairesde l'Angleterre 

du Cranrford & du JuUana fur le Delavarre , 
& de la frégate la Syrene de 32 canons à 
Rhode-lfland , ainfi quede deuxaucres bâci- 
mens qui l'accompagnolent. Les Miniftres 
n'ont point publié dans la Gazette la dépêche 
que le Général Pigot leur a écrite à cette 
occafion , & dans laquelle il leur apprend 
que la force des Américains qu'il avoit ea 
préfence ^ étant trop confidérable , il n'a 
pas ofé fortir de fes retranchemens pour 
aller à eux , ces détails font venus avec celui 
de la perte totale de la Syrens» qu'un coup 
de vent avoir jette fur la côte , où il n'a 
pas pu empêcher les Américains de la brûler. 

Je vous ai promis, Monfieur , de vous faire 
voir deux écrits que je regarde comme les 
indicés des vraies caufes qui ont fait 
baiffer de neuf pour cent en cinq ou fix 
jours les fonds les plus accrédités ; & notam- 
ment les quatre pour cent de l'année der- 
nière , qui de 5)4 font retombés à 8y. 

Suivant moi , il y en a deux principales ; 
lefquelles fe font manifeftées enfemble : l'une 
efl: la perte de l'honneur national de l'An- 
gleterre , l'aurre eft le fentimentde fa foiblefTe, 
Mon affaire n'eft point de difcuter s'il eft vrai 
que l'honneur Anglois foit perdu , ou \i réelle- 
ment cette nation eft dénuée de toutes forces 
réelles : il me fufFit que ce foit l'opinion 
générale du peuple Se c'eft ce que je ne crains 
point d'avancer , en faifant marcher fur la 
première ligne le découragement oià la perte 



ET DE l'AmÉRI QUE. Cclxxij 

vlfible de l'honneur national a jette tout ce qu'il 
y a de gens éclairés dans ce Royaume. Il a 
éclaté auili - tôt qu'on a fû que Mylord 
Suffolk avoit nié un outrage qu'il s'écoic 
permis de faire en Parlement au Mili- 
taire François , & auquel aucun Anglois 
n'avoit fait attention , tant ils attachent peu 
d'importance uux bavardages de la plupart 
de ces débats parlementaires. Dès qu'il eut 
percé que ce mauvais propos , faux ou vrai , 
c'efl: ce que je n'examine point , avoit fait 
fenfation à la Cour de Verfailles: dès qu'on 
eût vu que Mylord Suffolk vouloit paroître le 
nier pubHquement , non dans les Gazettes 
Angioifes , mais feulement dans un papier 
François , la conféquence a été bientôt 
tirée i o> nous craignons la guerre , donc nous 
sa l'aurons», & aufîî-tôt les fonds ont bailTé. 
Voilà qu'elle a été la première caufe de 
cette révolution, qui pourroit bien engager 
Mylord North à reculer fon opération de 
finances jufqu'à ce que le crédit fe foit allez 
relevé pour qu'il puifle la faire fous de meil« 
leurs aufpices. — La féconde eft arrivée au mc^ 
ment ou Ton venoit de recevoir d'Amérique 
l'affurance que la grande armée Angloifes'étoit 
Quvert une porte pour fe fauver de Phila- 
delphie. Celle-ci a porté un fécond coup fi 
furieux au crédit , qu'au lieu de recevoir 
quelque vigueur de ce qu'il pouvoit y avoir 
de favorable dans les nouvelles d'Amérique , 
les fonds ont baiffé encore de quelques crans 
de plus. Je parle de la copie qui s'eft répanr 



èclxxii) Ap:b'aîeesdb l'Angleterre 

due d'un traité pour le tabac de la Virginie 
entre les Fermes générales de France & hs 
Députés Américains à Parise Je ne vous 
garantis pas plus l'exiftance de ce traité que 
je ne prétens favoir que Mylord SufFolk a 
tenu ou n'a pas tenu, les propos qu'on lui 
impute: j'obferve ici les fluduations des ef-- 
prits : je vous les peins de mon mieux ,pouc 
que vous appreniez de plus en plus à con- 
noître cette nation ; & dans le cas préfenc 
ce ne font point mes raifonnemens & mes 
combinai fons que je mets fous vos yeux» 
ce font des tradudions littérales des papiers 
Anglois, 

èN.** I. Ohfirv allons fur la conduite du Minif", 
tère Anglols avec la France* 

33 Quoique nos Miniftres afFeélent de par-- 
1er fur un ton très-haut d'une guerre avec 
Ja France, & qu'ils ayent l'air de vouloic 
en impofer à cette Puiffance , en mettant 
un plus grand nombre de vaifleaux en corn- 
miffion, &c. comme fi on pouvoit ignorée 
que c'eft pour avoir l'air d'employer les 
foixante mille hommes de mer obtenus du 
Parlement , & même un nombre extraordi-^ 
naire en fus , tandis que nous n'en avons 
d'eflfeélifs que 48,000 en tout ; ce n'en eft 
pas moins un fait qu'ils implorent en fecret 
Vindulgence de la France. Dès qu'on a fu en 
France que le Lord SufFolk , dans fon dif- 
cours fi étrangement amphatique , avoit fait 

ufagô 



ET DE l'Amérique, cclxxîv 

tifage de quelques expreiïions de mépris ea 
parlantdes François, toute la Cour de France 
a pris feu : la fureur ôc l'indignation s'y font 
inanifeftées de routes parts. Le Lord SufFolk 
voudroit-il avoir la bonté de communiquer 
au public la copie d'une lettre qui lui a 
été adreflee à cette occafiou par un cer- 
tain Comte , Maréchal de Camp ? Le Lord 
North a été alarmé de cette lettre qui 
marquoit un vif reflentiment de la part de 
îa Cour de France. Ce Lord a mis auffitôt 
de côté fon indolence ordmaire , & il s'eil: 
donné des mouvemens furprenans pour 
étouffer le feu qui étoit fur le point d'é- 
clater. On voudroit favoir s'il n'a pas écrie 
une longue lettre à un particulier de fes amis à 
Paris, dans laquelle il proteftoit que le lord Suf- 
folk ne s'étoit point fervi des exprefîions qu'on 
luiavoit imputées: que ce Lord Se lui Lord 
North avoiencau contraire le plus profond 
refped & la plus véritable eftime pour toute 
la Nation Françoife ; mais que le Lord Chat- 
ham avoit parlé fortement contre cette même 
Nation de s'étoit beaucoup étendu fur fodi 
fujet ? Le Lord North n'a-t-il pas ajouté 
dans la même lettre , que malgré le mal- 
heur arrivé au Général Burgoyne , il ne 
feroit point fait de changements dans le Mi- 
niflère Britannique : que ceux qui le com- 
pofoient étoient déterminés à s'appuyer mu- 
tuellement de toutes leurs forces > & qu'ils 



tclxXV AFFAIRES DE l'AnGL ET ERES 
avoient réfolu unanimement de continuer la 
guerre d'Amérique ? Cette lettre a été lue 
en France de ceux par qui l'Auteur avoic 
défiré qu'elle le fût ; mais elle a produit un 
effet tout oppoféà celui qu'il en avoit attendu. 
Les miférables & pufiilanimes craintes du 
Lord North étoient trop frappantes pour 
n'être point remarquées. Cette démarche n'a 
fervi qu'à confirmer & à augmenter le mé- 
pris que les François avoient déjà pour ca 
Minifire «« 

N*° !!• Traité entre les Fermes générales d4 
France Gt* les Américains. 

On préfume qu'il a été négocié un Traité 
«ntre l'Amérique & la Cour de France. Nous 
laifTons aux Minières à deviner -de quelle na- 
ture il peut être. Ce n'eft pas pour leur in- 
formation , car ils ne valent pas la peine 
qu'on leur donnent des avis falutaires^ mais 
pour i'inftrud:ion des Peuples abufés , que 
l'on publie le fait fuivant.Que l'AmbafTadeur 
de France le nie s'il l'ofe. 

x> MM. Rollin & Bouret ont été députés 
par les Fermiers Généraux de France pour 
négocier un Traité de commerce avec MM, 
Franklin & Deane > Agens du Congrès à Paris, 
Ce Traité, , qui a été ou qui fera ratifié par le 
Roi de France, porte: — Que VEtat de l.i 
Virginie fournira annuellement aux Fermiers 
Généraux vingt mille boucautsde tabac aupri,v 



ET DS l'Amérique, cclxxvj 

àtjix deniers &* un quart jlerL la livre, Jufqu'à 
ce que ces vingt mille boucauts [oient rendus 
dans les ports de France, C Etat de la Virgi» 
nie ne fournira pas un Jeul boucaut de tabac à 
aucune autre Puijfance Européenne «, 

Ce Traité eft conclu pour fept , quatorze 
ou vingt & un ans , avec l'option pour les 
parties contradantes , de l'annuller ou de le 
continuera l'expiration des fept ou quatorze 
premières années. Les Agents du Congrès 
font convenus pour l'Amérique de prendre 
des marchandifes en échange pour le tabac 
qui fera ainfi envoyé de la Virginie en France 5 
éc lefdites marchandifes feront portées en 
Amérique fur des bâtimens François, qui 
rapporteront la quantité de tabac convenuq 
par le traité. 

«Ce traité eft certifié par: 

MefTieurs i ^® Beaumarchais; 
> Rey de Chaumont; 

âo Tel eft le fait. Quelle en fera la conf^-î 
quence ? Ce fera certainement faccroillemenc 
des revenus de la France. Les Fermiers Gêné* 
raux y relèvent du Gouvernement , ainfi que 
les différens Officiers de nos Douanes relèvent 
du nôtre.Pl us la recette des Fermiers Généraux 
eft confidérable, plus ils font en état d'augmen- 
ter le prix de leurs baux. Un marché exclufiC 
avec l' Amérique pour avoir du tabac de fa| 



cdxxvij Affairés de l'Angleterre 

première main , ne peut qu'être extrêmement 
avantageux dans un pays ou il fe fait une 
£ grande conlommation de tabac. Il s'en 
fuit que ce marché qui vient d'être conclu 
fera auffi utile à la France que préjudiciable^ 
à la Grande-Bretagne. Le commerce du tabac 
va être exclufivement entre les mains de' 
la France , qui eft , fans contredit, la plus 
puiflante rivale de l'Angleterre, Mais ce n'eft 
pas là tout. Comme la France s'efl: em- 
parée du commerce du tabac par le traité 
le plus folide avec l'Amérique jTEfpagne ne 
peut -elle pas en faire autant pour le com- 
merce excluiîf du riz? L'Etat de la Virginie' 
eft aduellement engagé pour remettre fon- 
tabac à la France. Pourquoi l'Etat de la 
Caroline Méridionale ne prendroir-il pas les 
mêmes engagemens pour fournir exclufive- 
ment fon riz à l'Efpagne ? Tant que les 
Américains fe font fournis à l'ade de navi- 
gation , ïa France n'a été approvifionnée de 
tabac que par la voie de l'Angleterre, 
Dorénavant elle le tirera en droiture de l'A- 
mérique à moitié meilleur marché. Un re- 
venu (i avantageux aux intérêts de la France 
fera certainement protégé par cette Cour» 
Ge fer oit s'abufer que de fuppofer le con- 
traire. Quelque finceres que puifTent être 
les difpofitions de la France pour le main- 
tien de la paix , on ne doit point s'attendre 
à la voir facrifier fes intérêts aux nôtres. 
Sans doute la France ne pourroit faire ac- 



E T D E l'A m é r I q u e. cclxxvii j 

tuellement une plus haute fottifeque de com- 
mencer Jes hoftilités. Pour cela il faudroit 
qu'elle fût en tous points préparée à la guerre, 
parce qu'il peut arriver que le commerce 
d'Amérique ^ donc elle prive la Grande-Bre- 
tagne , occafionne une rupture. Elle fe con- 
tentera de protéger les Fermiers Généraux 
pour les faire jouir du traité qu'ils ont fait. 
Le Gouvernement leur doit cette protedion. 
Des vaiffeaux de guerre François feront pla- 
cés en différents lieux pour efcorter les bâ- 
timens chargés de tabac qui fe rendront de 
la Virginie aux ports de France. Le moin- 
dre (igné d'humeur de la part de l'Angleterre 
occafionnera une réfiftance qui donnera lieu à 
des plaintes. Malgré cela, la France ne com- 
mencera point les hofcilités. Elle continuera 
de protéger fon commerce exciufif avec l'A- 
mérique , aflez ouvertement pour forcer , 
s'il eft poflîble , l'Angleterre à frapper le 
premier coup; de alors il s'agira de favoii! 
lequel de nos alliés nous prêtera du fecours. 
Or , nos Traités font rédigés d'une manière 
fi abfurde , que les Alliés de l'Angleterre ne 
fe font engagés à la fecourjr que dans le 
cas où elle feroit attaquée la première. Par 
conféquent aucun d'eux n'efi: obligé d'em- 
braffer notre querelle , fi nous croyons n# 
pouvoir nous difpenfer d'être les aggrejjeurs. 

P. S. du i^ Janvier, 
Je ne fermerai point ce paquet fans vous 



èclxxîx Affairïs DE l'AkgleterrS 

parler des bons effets de la foufcription chari- 
table pour les prifonniers Américains Se 
étrangers , qui eft due aux fentimens & à 
l'humanité de Miiord Shelburne. Gomme 
fpéculateur politique je ferai marcher le pre- 
mier celui qui efl: proprement de mon reflbrt, 
C'eft le louable défaveu donné en cette 
occafîon par le miniftere.Anglois à Tes ordres 
antérieurs. Vous n'avez point douté que 
ce ne fût en conféquence d'inftruélions bien 
pofitives , bien abfolues , que Miiord Stor- 
mont avoir pu rejetter l'année dernière , avec 
une dureté qui a dû coûter infiniment à fon 
eœur , les propofitions que les Agens Amé- 
ricains lui avoient faites pour obtenir un 
échange dont il ne voulut pas même entendre 
parler.Eh bien, M ilord Germaine vient de faire 
l'accueille plus gracieux aux députés duCo- 
naitté; il les arenvoyés à MilordSandwich,dans 
le département duquel fe trouvent aujour- 
d'hui les prifonniers , & non fans avoir donné 
les plus grands éloges au motif d'humanité 
qui les faifoit agir, Miiord Sandwich s'eft 
empreffé de les entendre , ôc les ordres ont 
parti aufli-tôt de fes bureaux, pour faire conf- 
îruire des falles où les prifonniers feront 
chauffés en commun, M. Boddington , un 
des Députés , a été inftamment prié de faire 
favoir au public par les Gazettes , tous les 
détails de la gracieufe audience qu'ils avoient 
obtenue , & il l'a fait par un avis daté du 
5 Janvier, Miiord Sandwich n'eft poiot coa- 



tT DE L'AMéRIQUB. CcTxXX 

venu que jufque là le foin de ces prifonniers 
eût été négligé ; il n'a pas confènti non plus 
qu'unCommifl'aire Américain pût venir en An- 
gleterre pour veiller à leurs intérêts ; mais il a 
promis d'avoir égard à toutes les plaintes qui 
lui feroient portées ; & qu'on n'empêcheroic 
perfonne de leur procurer des foulagemens; 
enfin , il a ajouté que le Gouvernement étoit 
difpofé à réchange , J3ropofé , je crois , en 
Mars dernier, par le Dodeur Franklin. Je fuis; 
perfuadé que Miiord Stormont fera agir tout 
le crédit dé fon oncle , Milordr Mansfield ». 
pour être chargé de cette négociation , afia 
de pouvoir donner un libre cours aux fèn- 
timens dont il efl: rempli , comme homme :^^. 
comme chrétien , & j'oferois ajouter comme 
homme lettré. Les foufcriptions ont abondé 
de toutes parts, La première après celle 
du Direâreur du Comité, eil: d:'un pauvre. 
Marinier qui a donné deux petits écus » 
& que par délibération on a placé ei^ 
tête de la lifte oii figurent une multi^ 
tude de noms de la première didinéirion. J'ai 
remarqué un paffage de l'avis publié à. Don« 
cafter , qui me parort être dans le bon ftyle 
de l'humanité & de la Religion. Comme 
c'eft une phrafe qu^on peut dire cofmopolîtt.^. 
vous me permettrez de vous la rapporter.. 
M On efpere que tous les Hàbîtans de cett©^ 
Ville, de quelque parti qu'ils foient,_,con-* 
fîdereront que foie, que ces malheureux aient 
^é réduits àcstte affreufe fituatron par teur?^ 



çcxxxj Affaires de l'Angleterre 
crimes , par leur erreur ou par leurs vertus ». 
ils ont des droits inconteftables à la com- 
paffion & aux fecours de tous ceux qui 
s'honorent du nom de Chrétiens, « 

Les noms du Dodeur Franklin ^ninfi que 
ceux de M. Dean & de M. Lée, Députés des 
Etats-Unis en France , ne font point fur la 
lifte , parce qu'ils ont envoyé diredement 
aux prifonniers leur contribution qui a été 
de mille livres fterling. Enfin à la clôture 
duregiftre,le 12 Janvier, la foufcription 
s'eft trouvée monter à 3700 liv* fterling , 
qui , joints aux mille livres de Paris , ont 
formé un dividende d'environ cinq liv. fterl. 
(120 liv. de France ) pour chacun des pri* 
fonniers qui font au nombre de mille, — Ces 
contributions n'ont point nui aux charités 
d'ufage dans les fêtes de Noël : au contraire , 
celles-ci ont été plus fortes que les années 
précédentes de la part des deux partis , par 
vanité de celui qui venoit d'aider les Amé- 
ricains, & de celui des Miniftres par pique* 
Comme la providence fait tout fervir à fes 
fins 1 

Maïs il eft une autre efpèce de foufcrip- 
tions qui n'a pas eu , a beaucoup près , des 
fuccès aufli brillans : c'eft celle que les 
amis de la caufe rainiftérielle ont établie 
pour lever dans la Grande - Bretagne les 
32,000 hommes avec lefquels ce parti efpere 
réduire enfin l'Amérique. Les dix mille Pa- 
xoiffes du feul royaume d'Angleterre mirent 



ET DE l'Amérique, cclxxxij 

fur pied, du tems de Richard F^ 35'0,ooo 
hommes pour Texpédition en Terre Sainte, 
Mais celle de l'Amérique eft bien éloi- 
gnée de produire les mêmes merveilles. A 
peine compte -t -on fur (ix ou fept mille 
hommes , & fur douze mille en tout y com- 
pris l'EcolTe. Nous en ferons le dénombrement 
à la fin de Mars qui eft le tems marqué pour 
leur embarquement. 

M. le Dodeur Franklin fera fâché que 
cette idée ait eu un fî mince fuccès. On m'a 
afluré qu'il avoit déjà annoncé au Congrès 
l'arrivée de trente mille Artifans & Manufac- 
turiers pris dans ce qui relie de mieux en ce 
genre en Angleterre, & dont l'induftrie , en 
peu d'années porteroit l'Amérique au plus 
haut degré de fplendeur , & nous feroic 
peut-être voir dans notre fiecle la Grande- 
Bretagne fa tributaire. Ses efpérances ne 
feront pas tout-à-fait remplies j car les levées 
en queftion fe font avec une lenteur fcan- 
daleufe. La ville de Manchefter, qui a donné 
l'exemple, fournira à peine la moitié du con- 
tingent de mille hommes qu'elle s'eft elle- 
même impofé : on ne les trouveroit point 
dans tout le Comté de Lancaftre. Celles de 
Norwich & de Newcaftle ^ & quantité d'autres 
s'y font refufées hautement. Les bras man- 
quent prefque par-tout pour le foutien des 
diverfes exploitations ou cultures. Les villes 
à manufadures avoient déjà vu depuis long- 
tems leurs meilleures maifpns réduire le 



4ScIxXXÎij A F F A I II E s D E L^A l^GL ETERSS 

nombre de leurs métiers : les principales 
avoient fermé leurs falles de fpedacle & ren- 
voyé leurs Comédiens : & c'eft aumilieu de ces 
circonftances qu'on prétend recruter 32,00a 
hommes dans un pays déjà cpuifé & ruiné ! 
Mais tout le monde fait ici que ceux qui 
ont imaginé ce beau projet & qui montrent 
le plus d^ardeur pour fa réuflite font des 
gens affamés des grâces 3e la Cour , & qui 
ne cherchent que leur propre avancement 
aux dépens de qui il appartiendra. Au refte ,. 
moins ces levées auront produit d'hommes , 
moins il en coûtera au Gouvernement pour 
les tranfporter en Amérique. La dépenfe des 
tranfports pour chaque homme e(! de 2^ 
livres fterling. C'eft payer cher le plaifir de 
peupler TAmérique de bras utiles & d^ 
défenfeurs, 

P. S, du 16 Janvier. 

On vient de me communiquer une lettre 
de Bofton du 3 Décembre, où on afTure 
que les Tory s de la Nouvelle York font fur 
le point d'abandonner la Ville, & que tout 
y eft dans une affreufeconfufion. Les Torys 
retiennent tous les bâtimens en état d'appa? 
reiller , & ils en achètent d'autres pour fe 
fauver avec leurs effets aufîitôt que les trou- 
pes du Continent paroîtront. La maladie s'eft 
mife dans les troupes de Clinton , & la gar- 
nifon manque de fubfiftances fraîches , quoi- 
que les marchandifes féches y; abondent^ 



ï T DE I A M ï fe i Q U Ë. CclxxxîV 
Prefque journellement les partis Américains 
enlèvent quelques uns des portes extérieurs. 
Il veut le lè Novembre dix-neuf foldats 
Anglois tués à coups de bayonnettedansuri 
même corps de garde. La nouvelle de la pro- 
chaine arrivée du Général Gates ^ avoir jette 
dans une égale confternation les troupes An- 
gloifes & Provinciales. Le Brigadier général 
Arnold , guéri de fa bleflure, eft parti d'Air 
bany pour l'armée de Washington. Ces nou- 
velles font arrivées fur le vaifleau le Succès ^ 
qui a débarqué le Courier à Douvres. 

Le bruit qui avoir couru d'une tentative 
faite le y Décembre , pour engager une af- 
faire avec le Général Washington , n'étoic 
point bazardé. Il y a feulement cette diffé- 
rence , que ce fut le 6 qu'un parti du Gé- 
néral Howe attaqua un piquet de Washington, 
dont le Commandant fut tué. Mais les retran- 
chemens des Américains parurent fi forts , que 
le Général Howe fe retira , ne jugeant pas 
le moment convenable pour les attaquer. 

On ne peut former que des conjectures fuc 
l'état aduel de défenfe où eft le Canada. Un 
Marchand de Londres a reçu des ordres 
conditionels, relativement auxquels il a cru 
devoir demander des éclairciffemens à Milord 
North. On lui commandoit des envois pouc 
la fomme de cinq mille livres fterling , fi le 
nombre des troupes deftinées pour le Canada 
étoît de cinq mille hommes , moitié moins 
s'il n'étoit que de trois mille, & aucun en-/ 



ccîxxxv Affaires de l'y^gi^eterre 
voi fi on n'y faifoit point pâfler de troupes, 
La plupart des ordres reçus de Québec 
étoient de la même nature. Le Lord North 
a répondu qu'il n'y avoit rien encore d'arrêté 
à cet égard. On voit clairement qu'au juge^ 
ment des peuples de cette Province, elleeft 
en danger d'être enlevée au Roi d'Angle- 
terre par les Américains dans la campagne 
prochaine , s'il n'efl: pas dans le plan de la 
Cour d'y faire pafTer une nouvelle armée, 
Le crédit public eft toujours dans le même 
état de fouffrance : la Banque ne pourra quç 
difficilement féconder les efforts du Miniftre 
pour le prochain emprunt. Celui de l'année 
dernière n'a pu fe remplir que par les fecours 
de cette Compagnie. Sans elle des 5ouf- 
çripteurs pour la fomme de cinq cents mille 
livres ftetiing auroient manqué à leurs en- 
gagemens. Elle s'eft obligée pour eux juf- 
qu'au 12 Janvier 1778 ; mais à cette époque 
il a fallu qu'elle eût la complaifance de les 
couvrir encore , en leur procurant un nou-- 
veau délai d'un mois au moyen de fes bil- 
lets. Sans lé crédit de la Banque , où en 
feroient lesMiniftres s de ce crédit eft il capa- 
ble de faire face à tout? L'opération de Mi-» 
lord North pour l'année 1778 nous 
fera juger du terme jufqu'où il pourra fe ha- 
zarder avec des reflfources , dont le vent le 
plus léger difliperoit fimmenfité. 

La nouvelle de la retraite du Lord Howe, 
au moment où il comptoit attaquer Was- 



ET DE L *A MÉR IQ U 11, Cclxxxvj 

hlngton , porte le plus grand préjudice aux 
nouvelles levées. On afTure que la ville de 
Londres s'y refuie , de que la Banque ral- 
lentit fes payemens ; fous le prétexte qu'on 
lui préfente fréquemment de faux billets. 

P. S, du 17 Janvier . 

Le bruit a couru ici ce matin que Phi- 
ladelphie avoit été évacuée par le Général 
Howe^ & qu'il s'étoit embarqué avec fon 
armée fur la flotte du Lord fon frère pour 
regagner la Nouvelle York. J'ai voulu m'af- 
furer fi cette nouvelle étoic vraie ; & je me 
fuis convaincu que c'étoit un mal-entendu. 
On a voulu parler feulement de la marche 
rétrograde du Générai Ho\Ye le 6 Décem- 
bre^ lorfqu'il a abandonné fon projet d'at- 
taque , trouvant M. 'Washington trop bien 
retranché. Il n'efi: donc point parti de Phi- 
ladelphie; mais apprenant que les Américains 
s'avançoient de toutes parts fur Tlfle de New- 
York, il a détaché trois mille hommes de fon 
armée pour aller renforcer le Général Clinton. 
Il y a apparence que c'eft de la Nouvelle- 
York que nous devons attendre les pre- 
mières nouvelles. 



Fin. 



£■;'- r ■m-»...— ■■É.i -.111 j Ml ■ ■ , ■ ^-I SS^ 

AVERTISSEMENT. 

(y ùoiQV E ce Recueil foit compofé 
de deux parties très-difiinàes , dont on 
s^ejl attaché jufqu ici à bien marquer la 
féparation , T Editeur craint cependant de 
îi" avoir point parfaitement réujJicL donner 
V intelligence de fin plan & à faciliter 
les recherches des faits & dès pièces. Le 
foin qu'il a pris de numéroter de chiffres 
de différentes natures les pages de chaque 
partie , ne lui paroiffant point encore 
fuffifant pour mettre toute la clarté pof 
fible dans V ordre des matières y il s*efl 
décidé à former d^un alphabet entier cha-- 
cun des volumes dont les cahiers fe dé* 
bitent conjointement. Par ce moyen , on 
pourra faire relier de fuite tout un volume 
du journal, & pareillement tout un vo- 
lume de Lettres du Banquier. Il faudra 
donc déformais que le Relieur attende 
que la feuille Z du journal ait paru ainjl 



îj AVERTISSEMENT. 

que la Table des Matières relative y pouf 
former le Tome VIL des Affaires de 
r Angleterre & de V Amérique ^ ^ de 
même la feuille Z des Lettres du ban- 
quier y auffi avec fa Table , pour former 
le Tome V IIL Un y aura dans cette, 
di/lribution quun très-léger inconvénient y 
cefique les volumes du journal des pièces 
ù mémoires y & celui des Lettres du Ban- 
quier furies évenemens dujour alterneront 
entreux. Mais on le fupportera plus 
aifément que V embarras qui peut réfulter 
du mélange des deux parties dans chaque 
volume* 

On eft obligé de renvoyer à un des 
prochains numéros y la Table des Ma- 
tières du Tome VI y qui fera, la dernière 
oïl les deux efpèces feronz mêlées : chaque 
partie à V avenir devant avoir fa Table^ 



Et DE l'Amérique» 145* 

[^Conformément à notre nouveau plan^ nou$ 
reprenons ici la fuite des chijfres de la partie 
chronologique diaprés la feuille I du N*^ XXXV. 
Ces chiffres feront continués jufquà la page 
368 qui fera la dernière de la feuille Z. Les 
vingt-trois feuilles pourront former un volume* 
Il rHy aura plus d'indication du numéro au 
bas de la première page de chaque feuille , maii 
feulement la lettre de Valphaheth-ll en fera de 
même pour la Lettre du Banquier , dont la lettre 
de reclame efl italique &* les chiffres des pages 
romains, J 



Continuation du difcours du grand Juré de Che^, 
rauw j dans la Caroline Méridionale^ 

5.** Il o u s nous livrons maintenant , avec 
la plus grande joie , aux efpérances les plus 
flatteufes qu'un Peuple puifle concevoir, & 
qui naîiTent de la préfente Conftitution & 
forme de Gouvernement établie dans cette 
Colonie, Conftitution fondée fur les prin- 
cipes les plus ftrids de juftice & d'humanité ; 
par laquelle le droit & le bonheur de toiis> 
tant pauvres que riches , font également 
affûrés , & qu'il eft de l'intérêt de chaque 
individu , jaloux de fon bien être & de foa 
avantage , de foutenir & de défendre. 

4,° Lorfque nous confidérons les qualités 
perfopnelles des Officiers publics de notre 

K 




1^6 Affaires de l'Angleterre 

préfente forme de Gouvernement , ainfi que 
^77^» la manière dont ils ont été nommés & Iç 
J^^i tems qu'ils auront à refter en place , nous 
,? ne pouvons qu'en témoigner une entière 
fatisfadion , & mettre une parfaite confiance 
dans la façon de penfer de ces Officiers, 
éftimés à jufte titre , pour les vertus qu'ils 
réuniflTent, ainfi que dans leur habileté re- 
connue pour remplir les fondions impor- 
tantes qui leur ont été confiées, 

5.° Animés par ces efpérances & pleine- 
ment convaincus de leur folidité, nous ne 
pouvons pas nous difpenfer de recommander 
inftamment à chaque individu , comme une 
chofe efîentielle pour la liberté & le bon- 
heur delui-même, auffi bien que de fa pof- 
tériré , de foutenir & de défendre , au péril 
de fa fortune & de fa vie , une forme de 
Gouvernement fi jufte , fi équitable & qui 
préfenre un fi bel avenir ; d'inculquer les 
principes de cette même Conftitution à fes 
enfans & de la leur tranfmettre intade, afin 
que la poftérité la plus reculée puiffe re- 
cueillir les fruits précieux de ce grand ou- 
vrage , que l'intégrité & la fermeté de ceux 
qui vivent aujourd'hui ont enfin heureufa- 
• ment confommé aux dépens de leur fang 
de de leurs biens. 

6.® Nous ne faurîons exprimer tout îe 
plaifir que nous caufent la bonne harmonie 
& l'union qui exiftent aujourd'hui dans ce 
diftri(^. Nous n'avons à nous plaindre d'au- 






ET DE l'AmÈRIQÎJE. I47 

cun grief, & nous demandons la permiflion _ 
de recommander qu'il foie fait une nou- 
velle lifte de Jurés pour ce diftriâ: , celle 
qui exifte actuellement n'étant pas fufiifante. 

7.° Enfin, nous faifons nos finceres re* 
merciemens à M. le Juge Mathewes pour 
fa harangue également vigoureufe & patrio- 
tique, & nous demandons en même tems 
que notre préient difcours foit imprimé dans 
les papiers publics. 

Signé , Philip Pledger , Préfident ; Abel 
Edvards ; John Heuftes *, Charles Maccall ; 
John Wild; Thomas Lide ; Martin Dewitt 5 
John Mickell ; Benjamin James ; Magnus 
Corgell ; Thomas Bingham ; Peter Koib ; 
Benjamin Rogers ; Thomas Ellebrée 5 Mofes 
Sprighr. 

D^AnnapoUs , dans la Colonie du Maryland* 

La réfolution du Congrès général du i j* 
Mai , envoyée à cette Aflemblée par 
les Députés de notre Province au Congrès , 
ayant été lue une féconde fois ^ le 21 , 6c 
mife en délibération , il a été arrêté unani- 
mement ce qui fuit: 

Les Habitans de cette province ont eux 
feuls & exclufivement, le droit d'en régler 
le gouvernement & la police. 

L'opinion de l'Affemblée eft qu*elle a le 
pouvoir nécelTaire pour oppofer toutes les 
forces de cette Province à celles qui font ou 
qui peuvent être employées à mettre à exé- 

K ij 




148 Affaires del'Angleterre 
^ cution les divers ades inconflitutionels & 
' '. • oppreHifs du Parlement Britannique pour 
^^ établir des wnpôts en Amérique., pour effec- 
Juin, ^^^^ ^^ perception de ces impôts , & pour 
altérer & changer la conftitution & la police 
intérieure de quelques-unes des Colonies- 
unies. 

Cette Province amanîfefté jufqu'à préfent , 
& continuera de même à faire éclater à 
l'avenir dans toutes les occafions , ce 
zèle & cet emprefleraent pour la caufe com- 
mune ^ qui eft devenu un devoir pour elle 
par Ton acceffion à l'union des Colonies; & 
il par la fuite elle trouvoit néceFaire de pren- 
dre des engagemens ultérieurs avec les au- 
tres Colonies pour la confervation des droits 
conftitutionels de l'Amérique, cette pro- 
vince n'hefitera point de prendre de pareils 
engagemens pour cet objet. 

L'aflemblée , par un arrêté du 15 de 
Mai , a pris des mefures fiiffifantes pour 
qu'aucune perfonne dans l'adminidration de 
cette Province , n'ait befoin de prêter adueî- 
^ lement le ferment pour le foutien du Gou- 
vernement de cette même Province fous 
la protedion de la Couronne de la Grande- 
• Bretagne ; & elle penfe qu'il eft nécelTaire 
que l'exercice de toute efpece d'autorité fous 
ladite Couronne , foit fupprimé entièrement 
pour le préfent, & que tous les pouvoirs 
du Gouvernement foient exercés fous l'auto* 
rite du peuple. 



E T D E l'A m é r I q u e. 149 



Les fieurs Mathiea Tilghman , Thomas i-yyo, 
Johnfon le jeune . Rob. -Alexandre Samuel ^^j 
ChafTe , Rob, Goldborough , William Paca , & 
Thomas Stone & Jean Rogers , Ecuyer; Juin. 
Députés , qui viennent d'are réélus par 
fcrutin pour repréfenter cette province dans 
le Congrès, font autorifés, étant au nom- 
bre de trois ou plus d'entreux , à repréfen- 
ter cette Province dans le Congrès , jufqu'à 
la fin de la préfente feflion de ralTerablée , 
en vertu de leur première nomination. 

Comme rAlfemblée eft fermement per- 
fuadée qu'une réunion avec la Grande-Bre- 
tagne fur des principes conftitutionels , af- 
fureroit de îa manière la plus efficace nos 
droits & libertés, & qu'elle accroîtroit les forces 
& efFeétueroit le bonheur de tout l'empire , 
objets que cette Province a toujours défirés , 
lefdits Députés devront fe conduire d'après 
les inftrudions qui leur ont été données par 
rAffemblée dans la feffion de Décembre 
dernier, de la même manière que fi lefdites 
inftrudiofis eûOent été répétées mot à mote 

Réfoludons prifes par le Congrès général le 
21 Mai. 

Tous ceux qui feront pris portant les arme^ 
à bord de quelque vaiffeau , feront regar- 
dés comme prifonniers , & la puiffance fu- 
prême de exécutrice de chaque Colonie où 
les prifonniers feront conduits , en prendra 
foin a fait qu'ils aient été pris par des vaif- 

K ii| 



ijo Affaibes r>E l'Angleterhe 
- ,. féaux armés par le Continent , foit par 
1775, d'autres. 
Md.! Ceux qui auront été pris feront traités 
& comme prifonniers de guerre , mais avec 
Juin, humanité , & on leur accordera les mêmes 
rations qu'aux troupes au fervice des Colo- 
nies-unies: mais les Officiers fe procureront 
eux-mêmes ce qu'ils auront befoin ; & à cet 
effet , on leur permettra de tirer des lettres 
de change pour payer leur fubfiftance & 
leur habillement. 

On accordera la même facilité aux Offi- 
ciers du fervice de terre , faits prifonniers 
de guerre. 

On ne permettra point aux Officiers de 
réfider dans les ports de mer ou dans les 
environs , ni fur une grande route ; & on 
ne fouffrira point que les Officiers & les 
lîmples Soldats demeurent dans le même lieu. 

Si les Officiers ne pouvoient point tirer 
des lettres de change ou les vendre , le 
Congrès leur accordera à chacun deux piaf- 
tres par femaine ; tant pour fubfiftance que 
pour logement , & ces Officiers rendront 
ces avances avant d'être délivrés de leur 
captivité. 

Aucun Aubergifte ne pourra nourrir les 
Officiers prifonniers , fur le crédit du Con- 
grès. 

On obfervera fcrupuleufement les capi- 
tulations faites avec les prifonniers ^ au tems 
où ils fe font rendus. 



E T D E l'A MéîUQUE lyi 

Les Oiïiciers qui fe rendront prifonniers- 



de guerre feront laifTcs libres fur leur parole, ^77^» 



à moins que le Congrès n'en ordonne au- 
trement. 

La^forme de la parole fera ainfi qu'il fuit: 

Moi étant fait prifonnier dô 

guerre par Tarmée des Treize Colonies- 
unies de l'Amérique Septentrionale , je pro- 
mets & je m'engage , fur ma parole d'hon- 
neur & fur la foi d'homme bien né ( gent- 
leman ) , de me rendre d'ici à 

dans la Province de lieu de ma 

deftination & de ma réfidence , & d'y de- 
meurer , ou à fix milles à la ronde ^ tant que 
durera la guerre adtuelle entre la Grande- 
Bretagne & lefdites Colonies-unies , ou juf- 
qu'à ce que le Congrès defdites Colonies- 
unies , ou l'AfTemblée , la Convention , ou 
le Comité ou .Confeil de fureté de ladite 
Colonie, en ordonne autrement: de ne don- 
ner diredement ni indiredement aucun avis 
quelconque aux ennemis des Colonies-unies , 
& de ne rien faire ou dire contre ou au pré- 
judice des mefures & des procédés d'aucun 
des Congrès defdites Colonies, pendant les 
troubles aduels , ou jufqu'à ce que j'aie été 
dûment échangé ou remis en liberté. Donné 
fous mon feing privé , le . . • . • de ....*. 

^77- ^ ^ 

Cette parole fera fignée par les Officiers^ 

Kiv 



Mai 

& 

Juin, 



152 Affairesde l'Angleterre 
=- — — Ceux qui refuferont de la figner feront 
^11^* mis en prifon. 
Mai David Francks , Agent des Entrepreneurs 
^^ des vivres pour les troupes du Roi de la 
'^*"* Grande-Bretagne, pourra fournir auj pri- 
fonniers les vivres & les autres chofes né- 
cefTaires , & vendre fes billets pour telles 
fommes d'argent dont il aura befoin pour 
cet objet. 

Pour mettre en état ledit Francks de rem* 
plir ce fervice à la fatisfadion de fes Co- 
mectans , il fera permis à un Officier breveté 
de vifiter, une fois parmois , les prifonniers 
nourris & entretenus de cette manière, de 
s'aflurer de leur nombre & de certifier les 
rôles. 

' On fournira aux prifonniers qui ne feront 
point entretenus par M, Francks , les provi- 
fions néceffaires , mais point au de là des 
rations accordées aux foldats au fervice du 
Continent, 

On fournira pareillement aux femmes & 
aux enfans des prifonniers, les vivres, le 
bois & les autres chofes abfolument nécef- 
faires à leur fubfiftance. 

On n'engagera aucun prifonnier dans l'ar- 
mée du Continent. 

Il fera permis aux prifonniers d'exercée 
leurs métiers & leur induftrie pour leur fou- 
tien & celui de leurs familles. 

Les Comités d'infpedion & d'obfervatîon 
des Comtés , Diftrifts , Villes & Bourgs 



ET D E l'A m é R I Ci U E. I j j 

afïîgnés pour la réfidence des prifonniers , ■*" 

feront autorifés à les furveiller; & en cas ^77^* 
de mauvaife conduite ils les feront mettre en Mai 
prifon, en informeront leurs AlTemblées , ,^ ^ 
Conventions ou Comités, ou les Confeils de 
fureté refpedifs. 

Les Comités des Comtés , Villes ou Dif- 
triâ:s de chaque Colonie , feront un état des 
prifonniers qui yréfident^ & ils l'enverront 
à l'AlTemblée, Convention, Confeil ou Co- 
mité de fureté de cette Colonie , lefquels 
en feront remettre une copie au Congrès. 

Lefdites AflTemblées ^ Conventions & Co- 
mités ou Confeils de fureté, feront autorifés 
à traiter aux conditions les plus avantageufes 
avec des perfonnes fûres pour la fubfiftance 
des prifonniers, de leurs femmes & de leurs 
enfans dans leur Colonie refpeélive , qui ne 
feront point entretenus par M. Francks. 

Les Affemblées , Conventions & Comités 
ou Confeils de fureté , feront autorifés à re- 
cevoir la parole des Officiers, à leur faire 
obferver les conditions fous lefquelles on 
les laiffe en liberté , & à veiller foigneufe- 
ment à ce qu'aucun de ceux emprifonnés 
par ordre du Congrès , ne s'échappe ; ils 
pourront auffi avancer deux piaftres par fe- 
maine à chacun des Officiers qui ne pourront 
point tirer ou vendre des lettres de change, 
& ils tireront ces- fommes fur le Préfîdent 
du Congrès. 

Lefdites Affemblées, Conventions, C0-5 



154 Affaires DE l'Angleterre 
^ 'mités ou Confeils de fureté des Colonies 9 
^11^" refpedivement où il y aura des prifonniers^ 
^^* & que ceux-ci auront choifies, ou dans let 
j^ quelles ils auront été envoyés par le Con- 
grès , feront autorifés à renvoyer ces pri- 
fonniers d'une place à l'autre dans la même 
Colonie , toutes les fois que lefdites AfTem- 
blées , Conventions , Comités ou Confeils 
de fureté le jugeront à propos, en fe con- 
formant aux réfolutions antérieures du Con- 
grès concernant les prifonniers. 

Extrait des minutes. 
Publié par ordre du Congrès. 
Signé , Charles Thomson, Secrétaire* 

Le ferment qui fuit a été ordonné dans la der^ 
niere AJfemblee de la Province de Majfa^ 
chufets-bay. 

Nous fouflîgnés , certifions, chacun de 
nous en particulier , & déclarons devant 
Dieu Se, devant les Hommes que nous croyons 
très-fincerement que la guerre, la réfiftance 
èc l'oppofition dans lefquelles les Colonies- 
unies Américaines font aduellement enga- 
gées contre les efcadres & armées de la 
Grande-Bretagne, font, de la part defdites 
Colonies , juftes & néceffaires ; & en confé- 
quence nous promettons en particulier à 
toutes les perfonnes de cette Colonie qui 
ont foufcrit ou qui foufcriront à cette dé^ 



ET DE L'AMéRIQUB, 15*5 

claration ou à quelqu'autre de même teneur T" 

& expreflion , & nous convenons & nous nous ^' . * 
engageons avec lefdites perfonnes, que durant ^ 
ladite guerre nous n'aiderons , favoriferons jy^,^. 
ou aflifterons de quelque manière que ce 
foit , ni direâement, ni indiredement ^ au- 
cune des forces de terre ou de mer du Roi 
de la Grande-Bretagne , ou aucunes forces 
employées par lui; que nous ne leur four- 
nirons aucune forte de provifions , ni de 
munitions de guerre ou de marine : que nous 
n'entretiendrons nulle correfpondance avec 
aucun des Officiers , Soldats ou Mate- 
lots appartenansà ladite armée foit de terre , 
foit de mer: que nous ne leur communi- 
querons aucun avis : que nous ne nous en- 
rôlerons point j ni ne ferons enrôler per- 
fonne au fervice de terre & de mer de la 
Grande-Bretagne : que nous ne prendrons 
ni ne porterons les armes contre cette Co- 
lonie ou contre aucune autre des Colonies- 
unies : que nous n'entreprendrons point de 
piloter aucun des vaiffeaux appartenans à 
ladite marine, ou de lui donner aucune ef- 
pece de fecours & d'afliftance ; mais qu'au- 
contraire nous défendrons par les armes , 
de tout notre pouvoir & de toutes nos forces , 
les Colonies- unies Américaines & toute partie 
de ces Colonies, contre tous les deïTeins 
hoftiles des efcadres & armxes au fervice 
de la Grande-Bretagne ou d'aucune d'elles , 
fuivant les difpofitions & intentions des ioix 



Juin. 



i^S Affaires de l'Angleterre 
T^àe cette Colonie , établies aduellement ou 
'^ qui pourront l'être par la fuite pour le re- 
^l^^ élément de fa milice. 

Depuis que le Major Roger s'eft pré- 
fente au Congrès de Philadefphie avec cinq 
Chefs Indiens ou Sauvages , il a été publié 
en cette Ville une lettre , que l'on dit avoir 
été adrelTée par la Tribu d'Oneida à M. 
Trumbull , Gouverneur de la Province de 
Connedicut, (ignée Thomas Yoghtanawa, 
Adam Ohonocrana &' dix autres Chefs des 
Oneidas. Cette pièce n'annonce point de la 
part de ces Sauvages le defifein de prendre 
part aux troubles aduels. 

» Comme mes Frères cadets , les Indiens 
de la Nouvelle Angleterre , établis dans 
notre voifinage , vont aduellement vifiter 
leurs amis, de emmener une partie de 
leurs familles , qu'ils ont laifTées en arrière , 
au moyen de ce ceinturon qu'ils appor- 
tent, je leur ouvre une large voye , appla- 
niffant tous les obftacles quipourroient fe ren- 
contrer dans leur chemin , afin qu'ils puif- 
fent vifiter leurs amis > & retourner en paix 
a leurs Etablifiemens ici* 

Nous OneidaS', nous fommes portés à 
cette démarche d'après la nouvelle de la 
fituation défagréable des affaires en ces 
quartiers; & nous fouhaitons, par Taide de 
Dieu , qu'ils pulffent aller & revenir en paix. A 
préfent nous nous adreflbns diredement à 



ET DE l'Amérique. 1^7 

vo-us , nos Frères le Gouverneur ôc les Chefs -r 

de la Nouvelle-Aneleterre, Frères , nous ^^V^^» 
avons entendu les malheureux ditFérends & i^^ 
la grande querelle entre vous & l'ancienne juj^^ 
Angleterre. Nous en fommes grandement 
~ étonnés , & nos âmes en font troublées. 
Frères , tene^ vos efprits en repos à l'égard 
de nous Indiens. Nous ne pouvons nous 
mêler dans cette difpute encre deux Frères. 
La querelle nous femble dénaturée. Vous êtes 
deux frères, nés d'un mêmefang. Nous ne vou- 
lom pas nous joindre ni à l'un , ni à Tautre , 
dans une pareille conteftation , car nous 
portons une affedion égale à vous deux , à 
TAncienne & à la Nouvelle-Angleterre. Si le 
grand Roi d'Angleterre s'adrefFoic à nous 
pour en obtenir du fecours , nous le refufe- 
rions. Si les Colonies nous en demandent, 
nous le refuferons encore. La fituation de vous 
autres^ qui êtes deux Frères , eft nouvelle & 
étrange à nos yeux. Nous Indiens , nous ne 
pouvons nous rappeiler, dans la tradition de 
nos ancêtres , aucun exemple de cette nature. 
Frères » pour ces raifons tenez vos efprits en 
repos & ne prenez pas d'ombrage de ce que 
nous Indiens refufons d'entrer dans la que- 
relle. Nous fommes pour la Paix. Frères , (î 
c'eût été une Nation étrangère , qui vous eût 
frappés, nous aurions pris la matière en con- 
lîdération. Nous efperons, par le fage gou- 
vernement & le bon plaifir de Dieu, que vos 



Ij8 AFFAlRESDEL'ANGLEtERRE 



i'776, malheurs pourront bientôt être réparés, &le 

jyiaj fombre nuage diflipé. 
& Frères , comme nous nous fommes déclarés 

Juin, pour la Paix , nous vous prions de ne vous pas 
adrefler à nos Frères les Indiens de la Nou- 
velle-Angleterre pour obtenir leur afliftance. 
Souffrez que nous autres Indiens foyionstous 
d'unmême efprit, & que nous vivions en paix , 
l'un avec l'autre ; & vous , peuple blanc , finif- 
fez vos débats entre vous mêmes. Frères, nous 
vous avons fait connoître notre penfée. Ayej^la 
bonté de nous écrire ^ afin que nous Ta- 
chions la vôtre» 

33 Nous Sachems, Guerriers & Gouverneurs 
femelles d'Oneida , faifons nos amitiés à no- 
tre Frère le Gouverneur & aux autres 
Chefs de la Nouvelle-Angleterre, » 

L E Général Howe étoit encore avec fon 
armée , vers la fin de Mai , à Halifax ; d'où 
il fe difpofoit à remettre en mer pour ou- 
vrir la campagne. Un des Habitans de Bof- 
ton , qui s'en eft retiré avec les troupes de 
ce Général, écrivoit de Halifax le 23 Mai 
ce qui fuit : 

» Les troupes font toutes prêtes à pafTer 
à bord des vaiffeaux & l'embarquement fera 
achevé le 28 de ce mois , fans que Ton 
fâche jufqu'ici l'endroit de leur.deftination; 
quoiqu'on fe doute que ce fera la Nouvelle- 
XorL Suivant le rapport de l'équipage d'un' 



ET DE l'Amérique. lyp 
vaiffeau arrivé à Halifax de ce dernier port ,■ 
les deux tiers des habitans de Long-IJland IJI^* 
font affedionnés au Gouvernement , & ceux Mai 
de la Nouî/elle-York font prêts à fe joindre ?^ 
aux troupes du Roi à leur débarquement. * 

Un Officier , venu à bord de ce navire , a 
remis au Général Howe une lifte de 5*00 
des principaux habitans de cette Province, 
qui ont figné une convention pour mettre 
ce Général en état de lever un corps au 
fervice du Gouvernement; & il a demandé 
au Général les lettres néceifaires pour faire 
cette levée. 



Journal de V Angleterre , depuis le 24 
Juin jufquau 27 Juillet tjour auquel la Cour 
a publié la dépêche du Général Cartton du 
26 Juin , fur V affaire aux Trois-Rivieres. 

J-j E s bâtimens de tranfport , avec les trou- 
pes de Brunfwick , & la Compagnie d'ar- 
tillerie de Hanau, font partis le 26 Juin 
de la rade de Sainte Hélène , par un bon vent, 
fous le convoi des vaiffeaux de Sa Majefté 
V Amazone & le Garland, 

La Daphné y qui efcorte les bâtimens fur 
lefquels font embarqués les chevaux , n'a 
pu partir que Iq ^o , de e'b s'eft arrêtée à 
Falmouth, 



i5o Affaires DE l'Angleterre 

Le 28 Juin au foir , les vaifleaux de Sa 
^11 y* Majefté le Diamand, de 32 canons, & la 
^^ Licorne , ont appareillé de Spithead avec 
I • un vent favorable. UEmbufcade a pareille- 
ment mis à la voile de Sainte Hélène. Ces 
vaifleaux ont fous leur convoi les bâtimens 
de tranfport avec la féconde divifion des 
Heflbis. 

Le Capitaine Fielding ayant fes ordres 
pour appareiller , fon beau- frère , le Comte 
de Winchelfea , accompagné de M. Fielding , 
Colonel dans les Gardes, vint à bord du 
Diamand pour prendre congé de lui , & il 
y pafla deux ou trois jours. Au moment 
qu'on alloit donner le fignal pour le déparc 
de la flotte , le Lord Winchelfea dit au 
Capitaine Fielding qu'il lui prenoit envie 
de l'accompagner, dans fon voyage , comme 
volontaire , & celui-ci y ayant confenti, 
le Lord remit au Colonel une lettre de change 
de 3000 liv. fterling , le priant de fe charger 
de payer fon monde. La flotte partit à l'inftant 
même & fut bientôt hors de vue. 

Du Bureau de V Amirauté le 2.7 Juin. 

Le Vice-Amiral Shuldam, dans fa lettre 
en date du 20 Mai^ donne avis que les 
Croifeurs de cette efcadre ont intercepté 3c 
pris 24 tant vaifleaux que bâtimens appar- 
tenans aux Sujets rebelles de Sa Majefté 
dans l'Amérique Septentrionale , ou faifanc 
le commerce avec eux, indépendament de 

ceux 



ET DE l'Amérique, cccxxj 



Lettre d'un Banquier de Londres , 
û ikf * * * à Anyers^ ' 

De Londres le 8 Février 1778; 

J E m^acqultte de ma promefTe , Monfieur^ 
le plutôt qu'il m'eft pofîible. Voici les rë- 
ponfes données par le Dodeur Franklin ert 
iij6^ y à un Agent du Gouvernement chargé 
de favoir fon fentiment fur les difpofitions 
de Tes compatriotes. Vous verrez à la fuite 
de cette pièce un autre écrit du même Doc- 
teur , & pareillement fur l'objet de la taxa*- 
tion des Colonies. Celui-ci eft remarquable 
par fa date, qui eft de l'année 17 J 4, Oa 
y voit les mêmes raifonnemens & les mêmes 
prédirions que dans ceux des années 1765, 
& I7^p. De loin comme de près, M» 
Franklin préflentoit tous les maux que l'Angle- 
terre attireroit fur elle par la réfolution de 
taxer fes Colonies; & en vertueux & hon- 
nête citoyen , il a fait invariablement tous 
fes efforts pour difliper fon erreur. Il y avoit 
léufîî fous le règne du feu Roi > puifque ce 
projet n'eut pas fon exécution : foit que la 
force des raifons de M, Franklin l'eût fait 
abandonner ^ foit qu'il ne fût que remis à 
un autre tems , la guerre avec la France 
étant alors fui le point d'éclaÊer ; mais ii 



cccxxlj Affaïkesd e'l' An g l ê t erre 
a été repris à la paix & par de nouveaux, 
Miniftres , qui apparamment jugèrent que les 
circonftances y étoienc plus favorables ou 
qui en fentirent plus fortement le befoin que 
n'avoient fait leurs prédécefTeurs. 

N.° I. B s^ E Rv AT 1 o N s fuT Vorîgine iô 
la guerre civile des Colorties Américaines^ 

L'Angleterre, courbée fous le poids de 
fes lauriers & d'une dette nationale de 148 
juillions fterling ^ s'apperçut dès l'année 17(53 
qu'elle ne pouvoit fatisfaire aux payemens 
des intérêts 3^" aux renibourfeœens des ca- 
pitaux de cette énorme dette par les feules 
. impofitions donc étoit fufceptible la popu- 
lation de fix à fept millions d'habitans de 
l'Angleterre proprement dite. On fait que 
l'Irlande ne contribue en rien à la charge 
de la dette nationale , & que l'EcofTe ne 
fupporte qu'une très petite portion des taxes 
dont tout le fardeau pefe fur le feul peu- 
ple d'Angleterre. 

George Grenville, premier Lord de la 
iTréforerie , Miniftre très-éclairé fur la fi- 
tuation des Finances de la Grande-Bretagne, 
mais mal inftruit de celle des peuples de 
l'Amérique & de leurs difpofitions , tenta 
en 3764. de rejetter fur les Américains une 
partie du fardeau qui accabloic la culture 
& les manufactures de la Métropole. Il en- 
trevoyoit , dans une population qui dour 



lî T D E L^A M É R I Q U E. CCCXxîij 

blolt tous les vingt-cinq ans , des moyens 
de libération & de foulagomenc pour la 
nation Angloife. L'ade du Timbre , qui ne 
portoit qu'une impo{ition de cent foixante 
mille livres flerling à lever fur toutes les 
Colonies, ne lui parut pas devoir les allar- 
mer. Les Américains plus éclairés fur leur 
polition que le Miniftre Anglois , dont ils 
pénétrèrent les vues, ne virent, dans cette 
première tentative , que les conféquences 
éloignées qui les menaçoient. Ils fe refusèrent 
à une taxe interne & direde , comme illé- 
gale. Ils reclamèrent les principes delà Cons- 
titution Britannique & lès droits dont ils 
avoient toujours joui en vertu de leurs Char- 
tres. La convocation d'un Congrès général» 
dont l'aflemblée fut indiquée à New-York ^ 
jetta l'allarme & la divifion -dans le Confeil 
Britannique. Le Miniftère du parti Rocking* 
ham , qui , au milieu de ces troubles naif- 
fans , avoir remplacé celui du parti Bedford , 
fe détermina , pour les appaifer , à faire 
révoquer en 1^66 l'aéle du timbre qui les 
avoir occafionnéss mais l'adede cette révo*^ 
cation fut accompagné en même tems de 
VAEie déclaratolre par lequel le Parlement 
fe réfervoit, ou plutôt s'arrogeoit le droit 
de taxer direBement les Colonies , G* de les lier 
dans tous les cas quelconques par hs loix éma'^, 
nées du, Corps Légîjlatif de la Métropole» Le 
renvecfement du Miniftère paflager du parti 
Rocl5;ingham laifla aux Miniftères qui lui 



tccxxîv Affaires del'AngleterkS 

fiiccédèrent , les moyens de reprendre le 
projet de taxer l'Amérique en vertu de 
r^de déclaratoire toujours ful>fiftant. 

Le Parti EcoiTois , dont le Lord Bute 
étoit le chef invifible & le Lord Mansfield 
le Chef déclaré , entretint le Roi dans 
ce fyftême, & le flatta de la poflibilité 
d'aiïujettir l'Amérique à une t^xe parlemen- 
taire. On a vu ce fyftême adopté & repris 
fuccelîivement par^ tous les Miniftères qui 
ont gouverné FAngleterre depuis 1766". 

Le célèbre Agent des Colonies , M, Fran- 
klin , réfîdant à Londres , avoir acquis , par 
fes liaifons avec les différens Partis , la con- 
lîoilTance certaine de l'exift:ence de ce projet 
déterminé & arrêté dans le Cabinet du Roi 
depuis 1762. Son exécution fufpendue en 
apparence par k révocation de Tade du 
timbre en ij66 , ne tarda pas à éclater. 
Charles TowBshend , premier Lord de la 
.Tréforerie , tenta de nouveau , dès l'an 1 767 , 
de taxer diredement l'Amérique par les ades 
du Parlement , qui établiflbient des impôts 
fur fix différent articles de confommation 
intérieure , dans le nombre defquels fe rrou- 
Voit compris l'ade de l'impôt fur le thé. 

Les Colonies ne fongcrent encore qu'à 
oppofer une réfiftance pallive aux impruden- 
tes démarches du Miniftère & de la Nation 
Angloife. On vit fe former l'affociation gé- 
nérale des Colonies qui produisît la réfolu- 
tion unanime de n'adraett;:© aucunes n^^^nu- 



ET ï) E l'A m iS r I q tr e. cccxx^ 

factures de la Métropole , jufqu'à l'entière 
lévocatioii de tous lesadles, & jufqu'au re- 
idreflement de tous les griefs dont elles avolenc 
à fe plaindre. le Miniftre, qui fuccéda à 
Charles Townshend , tâcha vainement de 
jetter la divifion pa^mi les différentes pro- 
vinces de l'Amérique. Il parvint cependant 
en 1769 à détacher la Nouvelle York do 
raflTociation générale; mais ce ne fut que 
fur J'afTurance formelle que le Gouvernement 
révoqueroit tous les ades , hors celui de 
l'impôt fur le thé , qu'on ne laifTeroit fub- 
fifter que nominalement , fans jamais le mettre 
à exécution. Les Colonies fe prêtèrent , oa 
feignirent de fe prêter à cet arrangement , 
qui ne pouvoit infpirer aucune confiance dans 
les engagemens du Gouvernement. Les Co-*. 
lonies n'ont jamais voulu admettre ni re- 
cannoître Fade déclaratoire par lequel l'or- 
gueil de la Nation, la jurididion du Par- 
lement & l'autorité du Roi fe croyoient à 
couvert. 

C'efl: dans ces circonftances , dont on vient 
de rapprocher les faits par un expofé exaâr,» 
quQ le Gouvernement fit écrire en- î7^i? » 
par un Ecoflbis nommé Srr^.^^n , au Dodeur 
Franklin la lettre fuivante, dont la traduc- 
tion n'avoit encore paru d^ns aucun écrit 
public Les fept queiîions qu'elle renferme j, 
la nettqté , la vérité des réponfes de cet 
Agent éclairé des Colonies j la profondeur 
de,s réflexions qui terminent fa lettre » foas 



tccxxvj Affaires del'Angleterbs 

autant d'honneur à fa prévoyance , qu^elles 
laifîent d'étonnement fur l'inconcevable aveu- 
glement du Gouvernement Britannique, 

On a vu s'accomplir fucceffivement leS 
prédirions renfermées dans cette lettre , 
écrite en 1769. On a vu le Miniftère An^ 
glois reprendre en 1774, après quatre an- 
nées d'une tranquilité apparente , un projet 
abfurde dans le principe, & que l'accroif- 
fement de population des Colonies rendoit 
chaque jour plus inexécutable. Les Miniftres 
Anglois n'ont évité aucune des fautes an^!' 
îionçées ôc prévues : les diflblutions des affem-» 
blées provinciales , la révocation & l'annul-^ 
lement des Chartres ont été fuivies des me- 
fures violentes de hofliles qu'elles dévoient 
tîécelTairement amener. On verra bientôt 
îa fin de cette grande & imprudente con- 
îeftation , qui ne peut plus fe terminer que 
par l'indépendance de l'Amérique. 

Extrait d^une Uttre au DoElmr Franllin ^ m 
date du 21 Novembre ij6(). 

Je penfe que les Serviteurs de Sa Majefté 
font aéluellement occupés de deux objets : 
le premier de foulager les Colonies des 
îaxes dont elles fe plaignent, &c à l'impofi- 
îion defquelles ils n'ont point eu de part. 
Le fécond, de conferver l'honneur, la di- 
gnité & la fupréraatie de la légiflature Bri- 
tJinnique fur tous les domaines de Sa Majeflé. 

Sachant que vous aveï une parfaite con- 



E T D t: l'A m é r I q u e. cccxxvîj 

îioiflance du fujet en queftion , & pleine- 
ment convaincu, comme je le fuis , de votre 
iîdele attachement à Sa Majefté, &:dudé{ii: 
fincere qui vous anime pour le bien de tous 
fes fujets également & fans diftinâiion , je 
vous prie de m'envoyer une réponfe aux 
quedions fuivantes , conçue dans votre ma- 
nière accoutumée, claire, courte & franche: 
je vous fais cette prière aduellement, par- 
ce que la matière eft de la plus grande im- 
portance, & qu'elle fera bientôt & très-vi- 
vement difcutée ; & je vous la fais d'autant 
plus librement , que vous me connoiffez trop 
bien & mes motifs aufll , pour avoir le moin- 
dre foupçon que je voulufTe faire un ufage 
peu convenable de ce que votre réponfe 
pourra m'apprendre. 

i.° Les Colonies ne feront-elles pas plei- 
nement fatisfaites par une révocation de tous^ 
les droits , à l'exception de celui fur le thé 
qui fe payant auparavant ici à l'expoEta^ 
tion de cette denrée , ne peut pas être con- 
fidéré comme une impofition nouvelle ? Si 
vous me répondez négativemeat , |e vous 
demanderai : 

2.^ Les ralfons de votre avis > 
5.° Penfez-vous que le feul moyen effi- 
cace de concilier les différends aduels , foit 
de remettre les Américains précifément dans 
la ficuation ou ils étoient avant que l'oa 
eût paffé Tade du timbre > Si c'eft là votra 
avis ft j^ vous demanderais 



fcec2cxvliî Apï^aïresdêl^Angleterré 

4.** Les raifons fur lefquelles vous fondez 
cet avis ? 

j.^ Dans le cas où la légiflature Brîtan- 
r>ique & les Miniftres de Sa Majefté regar* 
deroient la méthode de conciliation expo- 
fée ci-deffus , comme incompatible avec les 
devoirs que leur impofe leur qualité de Gac- 
diens des juftes droits de la Couronne & 
de fes Sujets leurs concitoyens , pourriez- 
vous fuggérer quelqu'autre mayen de termi- 
ner ces querelles , qui s'accordât avec les 
idées de juflice & de convenance que fe 
ibnt formées les Sujets du Roi des deux 
côtés de la Mer Atlantique ? 

6.° Et il l'on fuivoit actuellement la mé- 
thode de conciliation , expofée ci-delTus , 
îie penfez- vous pas que fur le champ cette 
conduite enhardiroit le parti violent & fac- 
tieux dans les Colonies à prétendre à des 
çoncefiions encore plus étendues de la part 
de la P/iere Patrie ? 

^,*^ Si on ne fait droit qu'en partie aux 
griefs des Colonies, quelles conféquences 
probables imaginez-vous devoir en réfulter , 
en confidérant la chofe en homme raifon-» 
nable , exempt de paffion 5 6c également ami 
des deux Partis? 

Réponse, 
Craven-Screet , 2^ Novembre zy^p» 
Mon cher* Monjîeur^ 
X^imx d'un petit voyage, je trouvo 



ET DE l'AmÉRïQUB. CCCXXÎX 

tn rentrant à la Ville votre lettre du 21 ; 
elle contient un nombre de queftions aux- 
quelles un petit volume ne rcpondroic 
qu'incomplettement. Cependant , vous^ ne 
voulez que des réponfes courtes, & je vais 
tâcher de vous fatisfaire. 

Avant de nie propofer vos queftions , vous 
penfez , me dites vous , que les Serviteurs 
de Sa Majefté font aduellement occupés de 
deux objets: i."^ de foulager les Colonies 
des taxes dont elles fe plaignent : 2.'^ de 
conferver l'honneur, la dignité de la fupré- 
matie de la légiflature Britannique fur tous 
les domaines de Sa Majefté. J'aime à croire que 
vous êtes bien inftruit, ê>c que ce que vous 
fuppofez être en confidération fera mis à 
exécution , en révoquant toutes les loix qui 
ont été faites pour lever en Amérique un 
revenu établi de l'autorité du Parlement , fans 
le confentement du peuple de ce pays. Un 
tel aéle de juftice èc de fageîTe ne portera 
pas la plus légère atteinte à l'honneur & à 
la dignité de la légiflature Britannique. Les 
corps les plus fages font fujets à fe tromper, 
fur des objets principalement qui font éloignés 
de leurs yeux. C^eft de perfjfter dans l'erreur , 
& non de s'en corriger , qui fait tort à l'hon- 
neur d'un homme ou d'un corps d'hommes. 
La fuprématie de cette Légiflature fera , je 
crois , mieux confervée lorfqu'elle en ufera 
très - modérément , de lorfqu'elle n'en ufera 
gue pour l'avantage évident des Colonies 



cccxxx Affaires ©e l'Angleterke 

elles-mêmes , ou de tout l'Empire Britaiv* 
nique » & jamais pour l'avantage particulier 
de la Grande-Bretagne , au préjudice de^ 
Colonies. J'imagine qu'au moyen d'une con- 
duite aufïî prudente , la fuprématie pourra 
fe fortifier par degrés & même avec le tems 
s'établir tout-à fait; mais autrement je conçois 
qu'elle fera difputée & perdue dans la dif- 
pute. Dans le moment préfent , les Colo- 
nies y ccnfentent & s'y foumettent pour 
les reglemens du commerce général ; mais 
la foumiflion aux ades du Parlement n'a 
jamais fait partie de leurs Conftitutions pri- 
mitives. Nos premiers Rois gouvernoient leurs 
Colonies , comme ils avoient auparavant 
gouverné leurs domaines fitués en France , 
fafts la participation des Parlemens Britan- 
niques. Jamais le Parlement d'Angleterre 
n'avoit entrepris d'avoir part à cette pré-. 
logative jufqu'au tems de la grande rébel- 
lion , lorfqu'il ufurpa le Gouvernement de 
tous les autres domaines du Roi, de l'Ir- 
lande , de l'EcofTe, &c. Il conquit par la 
force des armes les Colonies qui tenoientpour 
le Roi , & les gouverna enfuite comm'i des 
pays conquis ; mais la Nouvelle-Angleterre 
n'ayant point réfifté au Parlement , fut re- 
gardée & traitée en foeur , & comme une 
puiOance amie de l'Angleterre , ainfi qu'on 
le voit dans les journaux fous la date du 
jo Mars 1742, 
' Voici maintenant votre première queftion; 



E T D E l'A m É R I q. u e. cccxxxj 

I.** Les Colonies ne feront- elles pas 
pleinement fatisfaires par une revocation de 
tous les droits , à l'exception de celui fut 
le thc , qui , fe payant autrefois ici fur l'ex- 
portation de cette denrée, ne peut pas être 
conlîdéré comme une impolition nouvelle, 

Réponfe* Je penfe que non, 

2.°* Vos raifons pour être de cet avis. 

K. Parce que ce n'eft pas la fomme à 
payer pour ce droit (ur le thé qui excite 
les plaintes , c'eft le principe même de Taéte 
exprimé dans le préambule , favoir ; que ces 
droits ont été impofés pour le maintien du gou^ 
rernement Gr pour Vadmïniftration de la jujîice 
dans les Colonies, C'eft ce principe que les 
habitans des Colonies regardent comme 
inutile, injufte & dangereux pour leurs droits 
les plus importans. Inutile , parce que dans 
toutes les Colonies , à l'exception des deux 
Ou trois plus nouvelles , le gouvernement èc 
Tadminirtration de la juftice ont été main- 
tenus fur un bon pied, fans qu'il en coûtât 
rien à la Grande - Bretagne. Injujîe , parce 
qu'en conféquence de ce principe > telle 
Colonie pourroit être obligée de payer cer- 
tains droits pour d'autres , fans qu'il fûc 
queftion de fes befoins ou de fes intérêts 
propres. Dangereux ^ enfin , parce qu'une 
pareille manière de lever de l'argent pour 
ces objets tendroit à rendre leurs alTemblées 
inutiles. En effet , fi l'on pouvoir tirer un 
fevenu pour les befoins du gouvernement 



tccxxxîj Afpairesdê l'A n g l e teKR!é 

par un ade du Parlement , fans la concefîîon 
iiu peuple des Colonies , les Gouverneurs 
qui en général n'aiment pas les aflemblées, 
ne les convoqueroient jamais : elles ferolent, 
pour ainfidire, mifes de côté; ôclorfquele 
gouvernement n'auroit plus befoin » pour riea», 
de la bonne volonté des peuples , leurs droits^ 
feroient foulés aux pieds, ils feroient traités 
avec mépris. Une autre railon pour laquelle je 
penfe que les Colonies ne feroient point 
fatisfaites par une révocation partielle , c'eft 
que leur réfolution de ne rien importer juf- 
qu'à la révocation des ades s les comprend 
tous, preuve qu'elles réclament contre tous ; 
& ces réfolutions demeureront en vigueur » 
Se continueront d'être obligatoires jufqu'à 
ce que tous les acles foient révoqués. 

3®. Penfez-vous que le feul moyen efc 
cace de concilier les différends aduels , foit 
de remettre les Américains précifément dans 
la fituation où ils étoient avant que l'on 
eût paffé l'ade diï timbre ? 

JR. Oui , je le penfe. 

4°. Sur quelles raifon-? fondez-vous cet avis ?« 

R, On a effayé d'autres moyens : on a 
écrit aux Colonies des lettres pleines de^ 
reproches 3c d'indignation. Le Parlement 
a refufé d'entendre, ou a rejette leurs péti^ 
lions (a). Elles ont été menacées par des 
m- 1 ' ' ■ I» I I ■ I 

( i« ) On a cru devoir employer ici Pétitions , qui 
eft le mot propre Anglois , au lieu de Requêtes qui 
auroit peut-être donné i'idce d'un^ forpie trop lêiït^j 



ET DE L*i\MéRIQUH CCCXXXil/ 

réfolutioiis des deux Chambres d'être punies 
comme coupables de trahifon. Leurs aiïemblces 
ont été diflbutes , & des troupes ont été en- 
voyées au milieu d'elles. Mais tous ces moyens 
n'ont fait qu'irriter les efprits & aggrandic 
ja plaie. Les réfolutions de ne plus ufer des 
inanuraâ:ures Britanniques ont pris une nou- 
velle force ; & toutes les mefures employées 
jufqu'à préfent j au lieu de concilier les dif- 
férends & de procurer le rétablifiement de la 
bonne intelligence, ont prefque anéanti votre 
commerce avec ces pays & mis en grand 
péril la paix nationale & le bonheur général. 

5*°. Dans le cas où la légiflature & les 
Miniftres deSa Majefté regarderoient la mé- 
thode de conciliation expofée ci-deiTus comme 
incompatible avec les devoirs que leur impofe 
leur qualité de Gardiens des droits de la 
Couronne & de fes Sujets leurs concitoyens, 
pourriez-vous fuggérer quelqu'autre moyea 
de terminer ces querelles qui s'accordât avec 
les idées de juftice & de convenance que fe 
font formées les Sujets du Roi des deux 
côtes de la mer Atlantique ? 

R, — Je ne vois pas comment cette mé- 
thode de conciliation feroit incompatible 
avec les droits de la Couronne. Si les Amé- 
ricains font remis dans leur première fitua- 
tion , ce devra être par un ade du Parle- 
ment; & en donnant à cet ade le fceau de 
fon confentement , le Roi exercera les droits 
de la Coiironne , fans q^u'ils reçoivent ia 



Cccxxxîv Affairesîjel'Angleterhb 
moindre atteinte. Il eft indifférent à la Cou- 
ïonne que les fubfides reçus de l'Amérique 
loient accordés par le Parlement d'ici , ou 
par les afiennblées de l'autre côté de la mer, 
pourvu que la quotité foit la même ; & je 
fuis d'ailleurs bien perfuadé qu'en général 
on accordera volontairement en Amérique 
beaucoup plus qu'ici on ne pourroit exiger j 
eu y faire lever par l'autorité du Parlement. 
Quant aux droits des autres fujets de la 
Couronne (ie fuppofe que c'eft le peuple de 
la Grande -Bretagne que vous entendez) il 
m'eft impofîible de concevoir comment leurs 
droits pourrolent foufFrir de cette méthode 
de conciliation. Ils jouiront toujours du 
droit d'accorder leur propre argent , & même 
ils pourront encore , il cela leur plaît , con- 
ferver leur prétention au droit d'accorder 
le nôtre 5 droit qu'ils ne pourroient jamais 
exercer convenabîem.ent , faute d'avoir une 
connoiflancefuffiiante des circonftances dans 
lefquelîes nous fommes de nos facultés , en un 
mot de nous mêmes ( pour ne rien dire ici du. 
peu de vraifemblance que nous nous y foumif- 
fîons jamais ) droit qui par conféquent ne peut 
Jamais leur être d'aucune utilité. Et nous 
continuerons , nous , de jouir par le fait du 
droit d'accorder notre propie argent, avec 
laperfuafion univeiielieraent répandue àpré- 
fenc parmi nous que nous fommes fujets 
libres du Roi , & que fes fujets , dans une 
partie de fes domaines, nç font pas les Sou- 



ET DE l'Amérique, cccxxxv 
veraîns d'autres fujets comme ceux qui en Im« 
bitent une autre partie. Si les fujets des deux 
côtés de la mer Atlantique ont des idces diffé- 
rentes ou oppofées de judice & de convenance, 
il fe pourroit bien qu'une feule méthode ne 
s'accordât pas aux deux manières. Le mieux 
fera de lailfer les uns Se les autres jouir , 
chacun , de fa propre opinion , fans les 
y troubler ^ à moins qu'elles n'influent fut 
le bien commun. 

6°. Et fi l'on fuivoit aéluellement la mé- 
thode de conciliation expofée ci-defTus," 
ne penfez-vous pas que fur le champ cette 
conduite encourageroit le parti violent de 
fadieux dans les Colonies à prétendre à des 
conceffions encore plus étendues de la part 
de la M^re-Patrie f 

R, — Je ne crois pas que cette conduite 
produisît un pareil effet. Il peut y avoir dans 
les Colonies , comme dans tout pays > 
quelques gens qui méritent d'ct-re appelles 
violens & faélieux ; mais ils font en petit 
nombre ^ & n'auroient que bien peu d'in'- 
fluence, fi la grande pluralité des gens fages 
ôc raifonnables étoit farisfaite. S'il arrivoic 
que quelqu'une des Colonies trouvât quel- 
qu'un de vos réglemens de commerce nui- 
fible à l'intérêt général de l'Empire , ou 
préjudiciable pour elle fans être avantageux 
pour vous j elle expoferoit la matière au 
Parlement dans des pétitions comme ci-de- 
yant j mais elle ne preiidroit , je penfe , aucun 



êCCXXXVJ AfFATKÈS DÊL^ANGLÏTERRf 

p^rtî violent pour obtenir ce qu'elle pourroit 
e^érer avec le tems de la fageiTe de votre 
gouvernement. Je ne leur connois pas d'autres 
objets en vue j l'opinion qui s'établit ici que 
les Colonies défirent d'élever un Royaume 
ou une République à part, ert de ma certaine 
fcience, dénuée de tout fondement* Je penfe 
donc que fur l'entière révocation de tous les 
droits expreflement impofés dans le delTein 
de lever un revenu fur le peuple d'Améri- 
que fans fon confentement , les troubles ac- 
tuels s'appaiferoient , que les réfolutions de 
ne point importer feroient annuUées , & 
que le commerce fleuriroit comme aupa- 
ravant; & je fuis confirmé dans ce fentiment 
par toutes les lettres que j'ai reçues d'Amé- 
ïiqùe, èc par l'opinion de tous les gens fenfés 
qui font arrivés depuis peu de ce pays, excepté 
les Officiers de la Couronne. A la vérité , 
je fais que le peuple de Bofton eft profondé- 
ment offenfé de ce que l'on y a mis des troupes 
fen quartier, parce qu'il croit que c'eft une 
chofe contraire à la loi. Je fais auiîî qu'il 
eft fort irrité contre le Bureau des Com- 
mifiaires qui l'ont calomnié auprès du gouver- 
nement ; mais comme je fuppofe que le 
rappel des troupes fera la conféquence im- 
xnédiate des mefures de conciliation; & que 
la commiflion fera aufli ou dilïoute , fi on 
la trouve inutile, ou formée d'hommes mo- 
dérés & prudens , fi on Teftime utile & nécef- 
faire , je n'imagine pas que ces points par- 
ticuliers 



fe T D E l'A m e r I q u ^. cccxxxvij 

tîculiers empêchent le retour de rharmonie 
qui eft fi fort à defîrer. 

7°. Si l'on ne fait droit qu'en partie furies 
griefs des Colonies , quelles conféquences 
probables imaginez- vous devoir en réfuher, 
en confidcrant la chofe en homme raifoii- 
nable-, exempt de pallions , & également 
ami des deux parties? 

R. — J'imagine que la révocation partielle 
des droits qui ont excité les plaintes des Colo- 
nies, ne répondra en aucune manière à leurà 
vues : que le commerce demeurera interrompu, 
ôt que les Américains perfifteront, à leur grand 
iavantage , dans leurs plans d'économie ^ d'in- 
xiuftrie & de manufaâures. Je ne faurois dire 
Jufqu'à quel point cela pourra être préjudi^ 
ciable à la Grande-Bretagne ; peut être paâ 
autant que quelques gens le croyent , puif- 
qu'elle peut avec le tems trouver de nou- 
veaux débouchés pour fon commerce. Mais je 
penfe que, fi malgré cela, l'union des deux 
pays fubfifte , l'intérêt général n'en fouffrira 
point; car tout ce que la Grande-Bretagne 
pourra perdre par la diminution de fon com- 
merce , l'Amérique le gagnera par l'accroifr 
fement du fien, & la couronne recevra une 
fomrne égale de fecours de la totalité de feS 
Sujets , fi même elle n'en reçoit pas. une 
plus confidérable. 

Après avoir répondu à vos queftions Cut 
les conféquences qui pourront, à mon avis > 
xéfulter de telles ou telles roefures , je y^i| 

. 1 



"ètCXX^SVÎIj AF ï A t B ÎË s D fe l'A N G LËTEËÈt 
inaintenant aller un peu plus Join & vous 
îiire qu'elles font d'après les apparences mes 
craintes fur ce qui doit réellement arriver^ 
Je préfume que le miniftere , ou du moins 
ceux des Miniftres qui ont le département 
de l'Atiiérique , étant pleinement perfuadés 
tlu droit du Parlement , ils penfent qu'il faut 
le foutenir par la force , quelles que puiffent 
en être les conféquences , & qu'en même- 
tems ils ne croyent pas que ces querelles 
ayent encore caufé aucune diminution dans lô 
commerce entre les deux pays, o u qu'ils s'ima- 
ginent que cette diminution , fi elle a lieu » 
cft très-peu de chofe , & ne peut pas duret 
long-tems. Vos Miniftres fé tiennent aflu* 
i:és, d'après lès Officiers de la couronne en 
Amérique , quel'établïfTement des manufac- 
tures y eft impoffible ; que les mécohtens y 
font en petit nombre & peu importans ; que 
prefque tous les gens riches & confidérableâ 
ibnt contens & difpofés à fe foumettre pai- 
fibkment au pouvoir de taxer que le Parle- 
ment veut exercer 5 & que fi l'on maintient 
les ades faits pour tirer un revenu, en révo- 
cjuant feulement ces droits que l'on appelle 
.anti- commerciaux ( deftrudifs du commerce) 
& peut- ctre 'même en mettant d'autres droits 
à leur place , les Colonies fe foujuettront 
avant qu'il foit long rems à l'autorité parle- 
mentaire, & bientôt anéantiront leurs réfo- 
lutions de ne plus importer, lorfqu'elles 
y«rio^nt^ que ces xéfolutions ne produifenc 



JS T b E L^A M il R ï Q tJ H, cccxxxL^ 
latîcun changement de la part de TAngleterre; 
J)'après ces faufles informations & d'autres fem* 
jblables auxquelles il meparoîtque Ton ajoute 
foi j je regarde comme vraifemblable qu'il 
be fera point accordé à rAmériqué de redref- 
fement total de fesgriefsdaris lapréfente fef^ 
ïîon ( 176^ ) , te qui jDeut allumer encore plue 
l'incendie commencé. Des mefures plus vives 
de ce côté là peuvent caufer plus de reffen- 
timent dé celui-ci; & il peut eh réfulteri 
non pas feulement comme l'année dernière, 
îa diflôlutibn dés aflemblées Américaines î 
opération biéii rhal conçue, mais une ten- 
tative dé diîToudre les cohftitutions êlles- 
mémes : peut être enverrat-bn plus de trbupeâj 
ce qui augmentera l'inquiétude. Cependant» 
jpour juftifier lés mefures du Gouvernement ^' 
vos Ecrivains décrieront lès Américains dans 
Vos gazettes , comme ils ont déjà commencé 
à le faire : ils les traiteront de miférables »' 
de cbquirisi delâches , de rebelles , &c. dans 
la vue d'aliéner côntr'éux l'efprit de votre 
peuplé i 8i cela cbntribuera encore à dimi- 
îluer i'affedion des Américains pour l'An- 
gleterre; Peut-être auiïî quelques-uns de leurs 
patriotes ardéns fe laifTerbnt-ils emportée 
jufqu'à s'expdfer par quelque adibn violente à 
étire mandés ici, & peut être le Gouvernement' 
d'ici fera-t-ilalfez imprudent pbur vouloir 
les faire pendre d'après l'ade d'Henri Vlil* 
A force ae fe provoquer ainfi dé part àà 
d'autre i la U^umoti s'achèvera ; & au lietf 



maintenant aller un peu plus Join èc vous 
dire qu'elles font d'après les apparences mes 
craintes fur ce qui doit réellement arriver* 
Je préfume que le miniftere , ou du moins 
ceux des Miniftres qui ont le département 
de l'Atiiérique , étant pleinement perfuadés 
«lu droit du Parlement , ils penfent qu'il faut 
le foutenir par la force , quelles que puifTent 
en être les conféquences , & qu'en même- 
tems ils ne croyent pas que ces querelles 
ayent encore cauîe aucune diminution dans lô 
commerce entre les deux pays, o u qu'ils s'ima- 
ginent que cette diminution , fi elle a lieu , 
eft très-peu de chofe , & ne peut pas durer 
long-tems. Vos Miniftres fe tiennent affu* 
ïés, d'après lès Officiers de la couronne en 
Amérique , que l'établifTement des manufac- 
tures y eft impoffible ; que les mécohtens y 
font en petit nombre & peu importans ; que 
prefque tous les gens riches & confidérables 
font contens & difpofés à fe foumettre pai- 
fîblement au pouvoir de taxer que le Parle- 
ment veut exercer ; & que fi l'on maintient 
les actes faits pour tirer un revenu, en révo- 
cjuant feulement ces droits que l'on appelle 
anti- commerciaux ( deftrudifs du commerce) 
& peut- ctre même en mettant d'autres droits 
à leur place , les Colonies fe fouuiettront 
avant qu'il foit long tems à l'autorité parle- 
mentaire, & bientôt anéantiront leurs réfo» 
Jutions de ne plus importer , lorfqu'elles 
verront, que ees léfolutions ne produifenc 



E T b E L^A M è R i Q. b E. cccxxxL^ 
sucun changement de la part de TAngleterre; 
^'après ces fauÏÏes informations & d*autres fem- 
jblables auxquelles il meparoîtque Ton ajoute 
foi ^ je regarde comme vraifemblable qu'il 
be fera point accordé à rAmériqué de redref- 
fement total de fesgriefsdaris la préfente fef- 
ifion ( I7<5'p ) , te qui jDeut allumer encore pluâ 
l'incendie commencé. Des mefures plus vives 
de ce côté là peuvent caufer plus de reffen- 
timent de celui-ci; & il peut en réfulter, 
non pas feulement comme l'année dernière , 
la diflôlution dés aiTemblées Américaines i 
opération biéti ihal conçue , mais une ten- 
tative dé diîTôudre les cohftitutions êlles- 
knémes : peut être enverrat-bn plus de troupeâj 
ce qui augmentera l'inquiétude. Cependant» 
|)our juftifier les mefures dix Gouvernement ^ 
vos Ecrivains décrieront lès Américains dansf 
Vos gazettes , comme ils ont déjà commencé 
à le faire : ils les traiteront de miférables »' 
de côquiiis, delâches , de rebelles , &c. dans 
la vue d'aliéner côntr'êux l'efprit de votre 
peuple i & cela contribuera encore à dimi- 
îiuer l'afFedion des Américains pour l'An- 
gleterrei Peut-être auiïî quelques-uns de leurs 
patriotes ardèns fe laiiTeront-ils ëmportet 
jufqu'à s'expôfer par quelque adiôn violente à 
étire iuandés ici, & peut être le Gouvernement 
d'ici fera-t-ilalTêz imprudent pbur vouloir 
les faire pendre d'après i'ade d'Henri VIIL 
A force de fe provoquer ainfi dé part 5^ 
d'autre i la féfaratioti s'achèvera ; & au lietf 



tccxl Affairesde l'Angleterrs 
jde cette affeétion cordiale qui a régné autres 
fois & fi long-tems, ^ de cette harmonie 
Il convenable au bonheur, à la force, à la. 
fureté & à l'avantage des deux pays , il 
s'écablira une mal-veillance mutuelle ^ une: 
liaine implacable , telles que nous les voyons 
fubiîfter à préfent entre les Efpagnols & les. 
Portugais , entre les Génois & les Corfes , 
produites par la même mauvaife conduite 
de la part Àqs Gouvernemens fupérieurs ; 
^l'identité de nation, la reflemblance de 
Religion , de mœurs & de langage , ne feront 
pas plus un obftacleà<:es effets dans notre 
«cas que dans celui de ces peuples. 

Signé y Benjamin Fkanklin» 

JS. Jf I SONS pour ne point taxer les Colonies , 
communiquées par le DoBeur Franklin au Gou* 
verneur Sldrley ^ dans Cannée ij^^. 

Les peuples fupportent toujours plus vo- 
lontiers les charges , lorfqu'ils ont ou qu'ils 
peuvent avoir quelque part dans leur impo- 
iîtion. 

Quand un fyftême d'adminiftration efl: dé- 
fagréable aux peuples , les refforts du Gou- 
vernement fe meuvent avec beaucoup piiis 
de lenteur. 

Exclure les peuples d'Amérique de toute 
part dans le choix d'un grand Confeilpour 
leur propre défenfe , ik les taxer dans le Par- 
lement oi4 ils ne font point repréfentés , ce 



H T D E l'A m é R I Q u e; CCCXÎJ 

feroîtr leur caufer le plus fenfibîe déplaifir» 

Il n'y a point de raifon pour, douter de 
l'emprefTement avec lequel- les Coloniftes 
contribueroient à leur propre défenfe. 

Des peuples , donc la propriété &c la li- 
berté feroient ea danger, jugeroient mieux 
des forces néceflaires pour leur défence dC 
des moyens, de lever de l'argent pour cet 
objet;, qu'un Parlement Britannique à uti 
il grand éloignement. 

Les Américains fauroient prendfe d'àufli 
Éigesmefures au moins pour la fureté de leurs 
pays, que des Gouverneurs envoyés de îa 
Grande-Bretagne , dont l'objet en général eft 
de s*enriehir avant de retourner en Angleterre-, 
de qui par cette raifon doivent être difpofés 
à faire la guerre à la France plutôt pour leuc 
intérêt que pou^r celui de la caufe commuae» 

Farcer les Colonies à donner de l'argent 
pour leur propre dçfenfe , fans leur confen- 
tement, ce feroit mcKitrer du foupçon fur 
leur loyauté, leur patriotifme & mêmeleuî? 
raifon , & les traiter comme des ennemis' 
cotK|uîs &- non comme des Bretons libres 
qui craieac avoir \& droit- inaliénable de- 
n'être taxés que de leur propre confentemenD 
donné par leurs Repréfemans» 

Les taxes parlementaires , une fois im- 
pofées». fon:t foxivent continuées après îa cef- 
f^tion du motif qai les a occafionnées. Mais; 
fi les Coloniftes étoient autorifés à fe taxée 
«^ux-mlmes>ils retirer^entie fardeau d^deft 



^ÇCCXli J A !F F A I ]^ E S D E l'A N QLET E RRB 
fus les peuples , auflitôt qu'ils jugeroieht 
qu'il fero.it inutile de le leur faire (upporter 
plus long tems. 

Si le Parlement doit taxer les Colonies, 
Jeurs Aflemblées de repréfentans doivent êtrç^ 
fupprimées comme inutiles, 

11 n'eft pas plus jufte de taxer lesÇolQ- 
nies pour leur propre défenfe , qu'il ne le 
(eroit d'obliger les cinq Ports 6ç les autres, 
côtes de la Grande Bretagpe à entretenir 
une armée contre la France , & de les taxer 
pour cet effet fans leur accorder des Reprd- 
fentans dans le Parlement. 

Les Cçlonies ont toujours été indrreébe- 
pent taxées par la Métropole ( outre qu'elles^ 
payent les taxes mifes par leurs AfTemblées) 
puifqu'en effet elles font forcées d'acheter 
ks manufadures de l^a Gi:ande-Bretagne » 
chargées d'une infinité de droits très-lourds» 
tandis que les Colonies ppurroieat fabriquei; 
<elles-mêmes quçlquçs-unes de. ces manufac-- 
tures 3 ou les acheter pilleurs à bieri mqUeur 
înarché. 

Les Colonies font en outre, taxées par la. 
Métropole , en ce qu'elles font obligées dé- 
porter dans k Grande-Bretagne une grande 
partie de leurs productions , & de les ven- 
dre à plus bas piix qu'elles ne les vendroienc 
pat-tout ailleurs. Cette différence fait l'équi-». 
valent d'une, t^xe payée à la Grande-Bre- 
tagne. 
.. Les. Çolonlftes ^^ ag ï.jfqiîe 4.q huvs vios. 



ET DE L'AmÉRIQUÏ. CGCxliij 
& de leurs fortunes^ ont étendu la domina- 
tion & augmenté le commerce & les richeHes 
de la Métropole, & ce n'efl: fùrementpas une 
laifon pour que les Coloniftes foient privés du, 
droit que tout Anglois apporte en naiflant, 
qui confifte à ne pouvoir être taxé que pais 
les repréfentans çhoifis par lui même. 

Les raifons du Dodeur Franklin produl- 
firent leur effet > il y a environ 23 ans , au- 
près du Gouvernement. La fauffe opération. 
de taxer l'Amérique , étoit réfervée à Tad- 
niiniftration la pKis corrompiie , la pl';s foible.^ 
êc la plus pervexfe q^ue l'Angleterre^ aie 
jamais eue, 

I4E Doéèeur Franklin a eonfiamenc prêché 
des fojards. Aucune attention n'a été don* 
eée à fes coivfeils ni à fes prédirions. M«^ 
David Hartley, Député de la ville de Ktng- 
ôon , ea faifoit Fobfervation dans ,îa Cham- 
bre des Communes le 5* Décembre demien^ 
Il a hi devant cette affemblée une lettre que- 
ce vertueux Américain lui écrivoit il y adeux 
ans ^ & aà vous reconnoîtrez ,MonGeur , toui^: 
€es mêmes (entimens vraiment patriotiques.; 
dont vous voyez que^ fon cœur a été toujours:: 
^napli, dès les tems même ou. on iniaginoic^ 
le moins l'abymâ QÎi EAngleterce: 



.m- 



'i^^cxllv 'Affaikesdel^Angotekeb 

liCttre éeriîe par M, le DoBeur Franklin à Ml 
David Hartley , dç Fhiladelphic k 3 05iabr& 

» Je brûle pour le moins autant que vous. 
3u défir de la paix, ^ ce feroit pour moi 
une fatisfadion extrême de concourir avec 
vous ,à la faire obtenir, mais chaque vaifleau 
diil arrivç de la Grande-Bretagne apportei 
quelque nouvelle qui tend à nous aigrir da- 
vantage, ^ il me femble que jufqu'à ce que, 
^pus ayez éprouvé,» à vo§ dépens, qu'i,l eft 
împoflible de nous réduire parla force 5^ 
vous ne penferez à rien de jufte ou de raU 
jfonnabîe. Jufqu'ici nous n'avons pris d'autre 
parti que de refter fur la défenfive. Si vous; 
vouliez rappeller vos troupes & refter chez, 
vous , nous ne ferions aucune entreprife qui 
put vous aUaimer, Un moment de relâche, 
de part & d'autre pourroit produire d'ex-^ 
cellens efîers. Mais vous ne cherchez q.u'^ 
îious ulcérer ^ à nous provoquer. Vous nous 
ipiéprifez trop,Cependant vous devriez penfer^ 
comme diç l'Italien, qu'il n'y a point 
<ie petit ennemi.^ Je fuis perfuadé qu'eagé-. 
îiéral le peuple Anglois nous aime , i^i^is 
il eft changeant , de lej? mçnfonges que vous 
îépandez dans vos gazettes peuvent nous cq 
faire bientôt un ennemi. Nos égards pour 
lu\ diminueront en proportion , & je vois; 
^î^ir^oient ^u^ çious pï€noi?5 1q cljemin. d^ 



kr DE L'AiwéRiQUE, cccxlv 

nous haïr , de nous détefler , de nous abhorrer 
éternellemenc. Il s'enfuivra nécefTairement 
une réparation. Ce feroit bien dommage 
qu'un plan aufli beau que celui que nous 
avons adopté pour augmenter la force de 
l'Empire Américain & le rendre plus heur 
reux, fût renverfé par des Minières extra- 
vâgans & deftrudeurs. Non cet Empire ne 
fera point détruit. Dieu le protégera & le 
fera profpérer. Tout ce que vous ferez ne 
fervira qu'à vous priver d'y avoir aucune 
part. Nous apprenons que vous envoyez 
contre nous un plus grand nombre de troupes 
êc de vaifTeaux. Nous n'ignorons pas que 
vous pouvez nous faire beaucoup de mal y 
mais nous avons réfolu de le fupporcer , de 
fi vous efperez de parvenir à nous foumettre, 
c'eft que vous ne connoiffez ni notre peuple 
ni notre pays. Le Congrès continue fes 
féances, & il attend le réfuitat de fa derr 
niere pétition «. 

En attendant, Monfieur» qu'on reçoive 
quelques nouvelles des opérations de la. 
campagne d'hiver , foit de Philadelphie , foie 
de la Nouvelle-York j je vais mettre fous vos 
yeux le précis de quelques lettres d'un Of- 
ficier de diftindion .Membre du Parlement 
d'Angleterre^ qui fert dans l'armée du Gé- 
péral Howe. 

- Les lettres d'un Membre du Parlement 
4'Angleî€rr^, aduellemeac fervaat en Ame- 



icecxlv} AffairE5del*An(^ileterrS 

lique , à fon frère , un des Comtes d'Irlande ;, 
refpirent la fagelTe d'un ânGien Sénateur & 
le noble courage d'un Officier Anglois qui 
façrifîe fes fentiniens particuliers au devoir 
d'un foldat , 8c marche audevant d'un ennemi 
qu'il voudroit pouvoir ferrer affedueufe- 
ment dans fes bras. Ces lettres font pleines 
de traits remarquables, » Je fais , dit il, que^ 
BOUS courons après une ombre; mais ce n'eft 
point à mpi qu'il convient de raifonner fut 
i'impolîibilicé du fuccès. Dans la fituation 
où je fuis , mon premier devoir efl: d'obéir ,^ 
G j'étois dans le Parlement , je po.urrois alors 
dire ce que je penfe de notre folle expédition^ 
Nous combattons avec tous lesdéfavantages 
polïïbjes , tandis que les Américains reçoivent 
de tous les côtés des fubriftançes & des fe- 
cours. Je conviens que leurs habits ne fonc 
pas des habits de gala ; mais au moins il§. 
îbnt couverts , & leurs corps font plus ro- 
buftes & plus propres à fupporter les rigueurs, 
du climat, que ceux de nos malheureux 
foldats, parmi lefquels la fièvre, le fcorbut; 
& la dylTenterie , ont fait un ravage affreux cr^ 
pans une autre lettre^ il s'exprime ainfi: 
?î II n'y a pas plus de poiîibilité de conqué- 
rir l'Amérique que la Lune. Il eft clair quei^ 
nous jouons un jeu à nous ruiner, & cepen- 
dant nous ne quittons point la partie. Si le 
Général Howe eût été un étourdi, nous aiirioni 
été taillés en pièces jufqu'au dernier homme^ 
Juf(ju'à préfeat l'ajcrnéç u'a dii fQA faluiç 



B T D E l'A m é r I <i u e. cccxlvî^ 

qu'aux talens & à Ja prudence du Chevaliec 
Howe, Mais fi la Schuilkill & le Delavare 
font pris de glaces, les Américains auronç 
du tems de refte pour nous détruire par le 
froid Gr* par la famine. Tel eft leur plan , 
felpn toutes les apparences. Leur conduite , 
pendant cette campagne, a étéun chef-d'œuvrô 
0e fagefTe ! oc 

On trouve dans un autre endroit cettei 
obfervation ; m Je fuis arrivé ici dans la con- 
fiance que nous allions voler de conquêtes 
en conquêtes , & que nous n'aurions à faire 
qu'à la plus vile canaille. Combien je fuis ' 
revenu de mon erreur 1 lorfque j'ai vu le 
plan de campagne le mieux conçu , exécuté 
4ans toutes fes parties par les Généraux Ame-; 
ricains. Il y a quelques divifions dans le 
Congrès , mais elles ne portent fur aucun 
objet de conféquence , & nous ne devans 
ijious en promettre aucun avantage ce. 

La dernière lettre finit par les reflexians 
fuivantes : » Il eft fi eflentiel que S'a Ma- 
Jefté ainfi que les Miniftres, reçoivent des 
informations exaéles , que le Lord Corn-- 
•^aUis doit partir fous p-eu de jours pouri . 
^lettre fous les yeux du Confeîl un état au 
vrai des affaires d'Amérique. Le Lord Corn-? 
"wallis eft , fans contredit , un des Généraux 
Britanniques le plus à portée de connoître 
les forces & les difpofitions réelles des Amé-. 
ïicains , §c de donner une idée des inoyens^ 
' ^.u'oa peut avoii dq les fou mettre^ «ii 



CcCxlvUj A F F A ÎR Es D E H'An G t ETERKg 

Ces lettres , dit l'obfervateur Angloîsj, 
nous offrent un tableau fidèle des affaires , 
mais elles nous font regretter qu'un fi digne 
Officier ne s'élève pas au defflis des préjugés 
de fon état , & ne donne pas (a démiflîon 
pour retournera fon premier pofte , celui- de 
Sénateur^ & informer la Chambre d'une in- 
finité de circonffances qui, fi elles eûffent 
été plutôt cojinues , auroient faavé l'honneur 
de l'armie Britannique , èc épargné aux 
deux parties un argent immenfe qu'on aurois 
pu employer à la gloire & à la profpirité 
des deux Nations «^ 

S r tel eft en effets Monfieur , l'état aduel 
des' chofes en Amérique , ne vous paroît> ii 
pas fort incertain que la rentrée de Milord 
Chatham dans le Minif}:ere,(onravoit dite très- 
prochaine ) puifle remettre l'Angleterre en 
poffeffion de fes anciens droits fur fes Co* 
ionies révoltées ? Vous fepez fûrement de 
l'avis d'un Ecrivain Anglois, dont vous allez 
lire les judicieufes reflexions à ce fujet, 8c 
il vous paroîtra , comme à lui , que l'Angle* 
terre ne peut plus gueres cpîï)pte^fur un ar- 
langement que TAmérique fe feroit fait gloire» 
il y a trois ans, de tenir de fa condefcen- 
dance, mais qu'elle dédaignera aujourd'hui 
d'accorder à fa pufillanimité. 

M L'objet du Bill conciliai oire du Lord 
North eft de révoquer toutes les taxes qui^ 
depuis 1753 , ont doiuié lieu aux plainte^ 



ï T D E l'A m è r I qu e. ccclli:^ 
Ûts Américains , pour peu qu'ils confentenc 
à reconnoitre la fuprématie de TAngleterre. 
Un pareil Bill auroit pu produire quel- 
que fenfation il y a deux ans ; mais 
aduellement il n'eft propre qu'à exciter le 
mépris. Tous ces ad:es ne font-ils pas ré* 
voqués par le fait ? Nous avons voulu les 
faire exécuter de force, & nous avons échoué 
dans notre entreprife. C'eft une extravagance 
<le propofer à titre de grâce ce que nous 
ne pouvons, exécuter comme un droit, A 
force de fophifmes & de fcrupules , les Ecri- 
vains Miniftériek ont fait illufion pendant 
quelques temsà un grand nombre de citoyens 
bien intentionnés ; mais aujourd'hui ceux ci 
ouvrent les yeux. Tout le monde commence 
a fentir VimpôlJîbilitéde continuer cette guerre 
luineufe. 11 faut attribuer fes mauvais fuc- 
ces à des plans vicieux. Tout le tort doit 
être imputé aux Miniftres Se non aux Gé- 
néraux , car ils ont fait leur devoir. Mais il 
étoic impoflible que les idées incohérentes 
d'un tas d'ignorans & d'étourdis produifij^- 
fent un autre effet. Il eft vrai que ces Mi- 
îiiftres ne font que les très- humbles fervi- 
teurs des Lords Bute & Mansfield , & qu'ils 
n'ont que de bricole la faveur & la con- 
fiance de Sa Majefté. 

» L'état des chofes , relativement au retour 
du Lord Chatham dans le Miniftere , peut 
fe réduire aux deux queftions fuivantes ; c€ 



Icei ÀytAÎRES Î)E L'ÀNëLETÉRSâ 

Première quejîion. 

» SI îé Lord Chàtham étoit remis âu timori 
des affaires ^ pourroit-il perfuader aux Amé- 
ricains d'abandonner leurs prétentions à Tin- 
dépendance , & de fe foumettre à la légif- 
ktion Britannique ? . 

Répônfe» 

Le Lord Chatham y aurok ceirtaînemené 
téufll au commencement de la querelle, où 
pour mieux dire , il n'y auroit pas eu lieu 
à une négociation fur cet objet i puif- 
qu' alors les Américains n'avoient point éta- 
bli de prétentions à l'indépendance, & quils 
ne s'étoient point détachés de leur foumif- 
fîon à la Légiflation Britanniquei On peut 
dire plus encore , c'efl qu'après que la que- 
relle eut éclaté & que le fang eut coulé de 
part & d'autre , ils o.nt offert de rious cori- 
tenter fur ces deux points. Mais le Lord 
Chatham pourra-t-il , dans les circonftances 
préfentes, décider les Américains à nous 
faire les mêmes facrifîces ? c'eft une queftiori 
que perfonnenepourroit réfoudre. Si ce Lord 
ne réuflit point dans cette entreprife , touc 
ce qu'il fera poflîble de dire pour fon ex- 
cufe , c'eft qu'il eft aifé à certaines gens dé 
. faire beaucoup plus de mal que l'homme là 
plus habile ne peut en réparer. Quoiqu'il 
en foit , le Lord Chatham eft peut être l'homme 
4u Royaume qui obtiendra le plus des Amé- 



!fet DE l'AjVtÉRîQtrE." ccctj 

îicains, & qui fera le plus pour facilitet 
tjn ax:commoclement j & par cette confidé- 
ration feule, on ne peut pas fe difpenfer de 
remettre entre fes mains la conduite des 
affaires «. 

Seconde queflion» 

M Le Lord Chatham pourra-t-îl petfuader 
aux Américains de continuer de commer- 
cer, ou plutôt de rétablir leur commercé avec 
nous > à i'exclufion de toute autre nation ? 

Réponfe^ 

Au commencement des troubles, après 
ïes affaires de Concord & de Lexingfton ^ 
Se , même après celle de Bunkei's-kill , les 
Américains nous donnèrent Toption , ou de 
jouir de tout leur commerce j ou de levet 
fur eux une taxe qui feroit impofée par la 
Grande-Bretagneé 3> Taxez nous , difoient- 
ils , (car nous confentons même à être taxés 
par vous j ) mais laiffez-nous un commerce 
libre & illimité; ou fi vous voulez reftreindrè 
notre commerce , permettez - nous de nous 
taxer nous mêmes comme autrefois. Mais 
nous taxer & en même tems reftreindre ndrre 
commerce , c'eft comme fi Vous brûliez \st 
chandielle par les deux bouts ; & vous nous 
jetterez bientôt dans un état de pauvreté qui 
Jréduiroit à rien & notre commerce & nos 
contributions «e, 

>3 Tels étoient le langage & les offres deâ 
iAmérieainsi dans les premiers moments d^ 



fcècUj Affaires de L'A^GLETÈÈÈê 
4a guerre. A moins d'être Membre du Con- 
grès , on ne peut point dire s'il fera pot- 
able ou non de les porter à tenir le même 
langage ou à faire les mêmes offres. Mais 
il efttrès-vraifemblable qu'ils fe montreroienc 
difpofés à nous offrir quelque chofe d'équi- 
valent à l'une de ces deux alternatives, s'ils 
pouvoient traiter avec un Miniftre dans 
lequel ils eûflent une entière confiance , dC 
quoiqu en puiffent dire les ennemis du Lord 
Chatham , il eft le feul ici qui ait des droits 
certains à la confiance la plus entière delà 
part des Américains «. 

Je terminerai cette lettre par une erquifTe 
des pertes de l'Angleterre dans diverfes bran- 
ches de fon commerce &; de fa navigation , 
feulement dans les deux années dernières. 
J'ai comparé enfembie quatre éditions de 
l'interrogat que trois Marchands de Londres 
ont fubi le 6 de ce mois dans la Chambre 
des Pairs , où ils avoient été amenés pat 
Milord Duc de Richmond. Eii attendanC 
que ces Marchands remettent les états que 
la Chambre leur a demandés , où leurs a(-. 
fertions doivent s'offrir en tableau, j'en ai 
compofé un qui pourra fuffire pour vous 
faire entrevoir qu elle a été l'erreur de ceux 
qui ont ofé foutenir que la querelle Amé- 
ricaine ne cauferoit aucune diminution fen-»; 
lîble dans le commerce entre les deux pays, 
ou que cette diminution ne feroit pas de 
longue durée. 



«T DE L 'A Ml^R IQ U i:. CCcllij 

Précis des réponfes de trois Marchands de Lon-^ 
dres y mandes le 6 Février 177 8 à ia Cham" 
bre des Pairs j aux quejlions qui leur ont 
été faites par plujîeurs Lords fur Vétat ac^ 
tiiel de diierfes tranches de commerce & ds 
navigation. 

Cor f air es Américains. 

Les Corfaires Américains peuvent fe mon- 
ter au nombre de 173 , & celui des mate- 
lots employés fur ces vaifTeaux eft de quinze 
à vingt mille. L'équipage de chacun eft de 
So hommes l'un dans l'autre: il y en a de 
IJO, d'autres de loo , d'autres de (5o. 

Les vaifTeaux de guerre An£lois & les 
vaiffeaux ayant des lettres de marque , onc 
pris 34 de ces Corfaire?. Le nombre des 
prifonniers faits à leur bord eft d'environ- 
3,000 . 

Vaiffeaux pris par les Américains dans Us an- 
nées 1775 - 1777. 

[ N. B, Les Américains n'avoient point 
fait de prife avant Ï775.] 

VaifTeaux pris ...•.••.•.. 743 

Repris ••.•... « 127 

Perdus pour l'Angleterre 616 

VaifTeaux pillés & rendus aux pro- 
priéuires .««<.'.«.«.. t . . • . > . 4p 



ccclvj Affaires DE l'Angleterre 

p.our payer toute la dette , le prix des mar- 
chandifes étant augmenté des trois quarts. 

Ces 5*00,000 livres ont été payées pen- 
dant les troubles j & avant qu'on fût informé 
en Amérique que tout commerce a\'oit été 
prohibé entre les deux pays. Depuis ce tems- 
1^ les Américains ont continué de payer leurs 
dettes par la voie de laFrance & de laHolIande. 
Cependant le papier des Provinces du centre 
où eft la guerre, perd dans le commerce 
90 pour cent ; celui de la Caroline Alé- 
ridionale auroit un cours bien moins défa- 
vantageux. 

Gages des Matelots, 

Les gages des matelots font montés depuis 
î^ guerre d'Amérique de 25* à 50 shillings 
par mois , à j j shillings , & il faut toujours 
payer d'avance un mois. 
. Le fret des vaifleaux n'eft pas augmenté 
dans la même proportion. 

Commerce de F Amérique Gr des Jfes Angîoifes. 

Avantla guerre aduelle on évaluoitcecom- 
nî.er<:e à environ douze millions , c'eft à-dire > 
trois millions en exportations des Royaumes 
Britanniques , & neuf millions en expor- 
tations de l'Amérique ou des Ifles, pour 
TEurope (a). 
-~' 

la} t)*après un relevé fait (ur les tableaux de Whit- 
wonh pour l'année 1773 > les importations dans la 



ET DE l'Amérique, ccclvîj 

IJles du Vent, 

Les valfleaux deflinés pour ces Ifles font 
évalués à 6,000 liv. ôc ceux pour TAn* 
gleterre à 8^000. 

Le nombre des vaifleaux pris ehtre la 
Jamaïque j les Ifles fous le Vent ,Terreneuvè 
& l'Afrique, a éré d'environ j8o , d'où il 
refte à déduire ceux qui ont été repris. Là 
Barbade & fabago font les Ifles qui onc 
eduyé les plus grandes pertes. Cette partie 
eft abfolument fans défenfe. Il nV a pas 
une chaloupe de guerre employée à en écarter 
les Corfaires. Ils y font des defcentes 8c 
enlèvent les Nègres dé défias les habitations. 
Un Planteur en a perda ij^o dans une 
nuit à Tabago. 

Jamaïque. 

Les vaiffeaux deftinés pour îal Jamaïque 
font évalués fur un pied moyen à 8,000 liv, 
ceux pour l'Angleterre à io,oco liv. Les 
vaiflêaujc pris au commerce de laJaÈîîaïque 

Grande-Bretagne nlofltoient à 3,401,677 \.j f, ç d. 
Et les exDortAtîons à . é •-*.. i,97éî,6i^5' 8 é 
11 faut qu'il y ait pour. .... f ,^9 7,3 ^ 5 i. de denrées 
des Colonies en général qui Ce portoient direétemenE 
cbei l'Etranger . en vertu des modifications faites (iic- 
ceiTivcmenr à Taâe de navigation. — Cela fait tou- 
jours neuf millions d'imptirtations , pnifque les pro- 
duits éef^ 55075B2 3 liv. y réntroit, Coït en lettrés éé 
change ou en marchés d'Europe. 



CCclx Af?ATR ES DE l'ÂNGLETERRS 

FaikUnd OU Malouines, & le nombre de vait 
féaux Angîois qui la font , efl: de i j , au lieu 
que les Américain? en employoient 60 • 

Elle coniifle à chalTer la baleine , donr le 
blanc fait un luminaire alTez femblable à la 
bougie. Les Américains étoient les feuls qui 
c'en occupaient autrefois. Elle fe partage 
aujourd'hui entre les ports de Londres & 
de Briftol. Mais comme il faudroit fur chaque 
Vâiiïeau au moins quatre Harponeurs Amé- 
ïicains ( que les Anglois ne peuvent point 
remplacer ) & que ce fecours manque abfo- 
lumentje prix de Thuile dite Spermacen eft 
doublé depuis le commencement de la guerre. 
Quinze ou leize vaifleaux qui y ont été em- 
ployés n'en ont rapporté que des demi car- 
gaifons ,& la pêcherie entière n'a pas produit, 
dans tout ce tems , plus de foixante mille 
livres fterling. — Deux vaiflTeaux feulement 
font employés à la partie de cette pêcherie 
qui fe fait fur la coîe d'Afrique. Le prix 
èsi l'affurance efi de ij pour cent pour 
la pêcherie entière. 

Prix des marchanàifd. 

Depuis la guerre , le fer & plufîeurs au- 
tres articles ont augmenté du triple, & les 
aunes du quintuple de leur valeur ordi- 
naire. 

Le prix du goudron &- de la thérében- 
tine ont monté à^ 6 ii 2 schillirigs, ï ^O 
«liillings le barrii. 



ET Dîî l' Amérique, ccclxj 

Le Sucre d^ 30 shillings, à 3 livres le quin- 
tal. 

L'huile de poifTon , dans la même pro- 
portion. 

Les cendres perlées & les potaffes , de 
même. 

L'indigo a augmente confidérablement* 

Le tabac eft monté de 7 7. deniers la livre, 
à 2 shillings (4^8 Tous tournois ). 

Il fe fait journellement de petites banque- 
routes, & trop fouvent de très-confidéra- 
bles. 

P. S. du 18 Février, 

Voici une fcène toute nouvelle: l'horizon 
politique eft entièrement changé : TeCprit de 
paix y règne comme s'il n'eût jamais été 
troublé par une folle ardeur pour la guerre. 
Les ordres de piller , de faccager , de brûler 
font place aux offres d'une aimable conci- 
liation, O ! Burgoyne, de quel étonnement 
vous ferez faifi , à votre retour dans votre 
patrie , fi quelque enchantement ne vous 
retient pas chez les Américains ! C'eft pour 
le coup que vous ferez pétrifié. O \ vous tous , 
Généraux Vautres, qui avez traité avec une 
hauteur & une dureté fi barbares, les Amé- 
cains qui crûvoient avoir de jufles repréfenta- 
tions à vous faire , concevrez-vous qu'il ait 
pu y avoir tant de miel dans les cœurs où 
vous avez puifé tant de fiel ? 



ccdxî] Affaires DE l'Angleterks 

Précis de ce qui s'efl paj[é h 17 Févrkr dans 
la Chambre des Communes, 

33 On o'avoît vu encore dans aucune 
feliionl'afremblée auili norr.breiifefcLa Cham- 
bre Haute , prefque entière^ ccok mêlée dans 
îa galerie avec la mulricude qu,i la remplifToit , 
pour entendre de lal:)ouchede Mylord North, 
i^ouverture d'un avis tout oppolé au plan 
qu'il a invariablemenc fuivi depuis quatre 
ans ». 
33 Voici la fubftance de fan difcours»» 
33 Après avoir prié la Chambre de l'e'couter 
avec patience , quoiqu'il la prévînt qu'il feroic 
un peu long. — îi débuta en l'aiïurant qu'il 
avoit toujours écé animé du defir de la paix ; 
que les aéies coercitifs du Parlement avoient 
été paiïés dans la vue de la paix : qu*il n'eut 
pas plutôt apperçu leur inefficacité, qu'il 
avoit fait une propohtion conciîiatoire avant 
que l'épée fût tirée: que c'étoient les difcuf- 
fions par lefqueîles on avoit fait palTer cette 
propbfition dans la Chambre qui avoient 
porté le Congrès à la rejetter comme ima- 
ginée uniquement pour femer la divifion en 
Amérique» ôc y introduire un plan de taxa- 
tion pire que le premier »e 

33 Ii protefta que jamais il n'avolt compté 
augmenter confidérablement le revenu public 
par les taxes Américaines , & il fit voir que 
mcme celle du timbre, dont il n'étoir point 
Fauteur j & qui luiparoiffoit la plus judicieufe 
de toutes n'auroit pas été un objet de confé-* 



ET DE l'AmI^RIQUE. CCclxîfj 

quence. Il rappelia à la Chambre, qu'aucun© 
taxe n'avoir été établie par lui en Amérique;' 
qu'il i'avoit trouvée taxée lorlque rnal heu- 
reufement (cc il n'fxpliqua point fi c'étolt 
pour lui ou pour l'Etat ) il étoit entré dans 
l'adaiiniftration : que n'étant point l'auteur 
de l'impôt fur le thé, il ne I'avoit point fait 
révoquer non plus;, mais qu'il n'avoit em- 
ployé aucun moyen coercitii pour le hiire 
percevoir. Il entra dans quelques détails iur 
ce dernier impôt contre lequel il prétendit 
que les Américains s'étoient iïljuftement fou- 
levés j & même à leur préjudice, tailant voir 
qu'il avoit déplu aux feuls contrebandiers, 
qui, le regardoient comme un monopole. ïi 
conclut de tout cela que n'ayant jamais em 
la taxation de l'Amérique pour objet pria- 
cipaI^*t^on devoir le trouver uniforme ^ 
conféquent dans ce qu'il alloit propofer 35, 

35 L'avis qu'il ouvrit porte fur trois points. 
Premièrement, que la Chambre fe formeroit 
en grand Comité le i^ ou pendant la 
féance tenante, pour préparer un (^) Bill 
aux fins d'une renonciation totale aux taxa- 
tions Américaines ^ fous la condition que les 
Colonies s'obligeroient à une contributioa 

\_a ] Or^ trouvera ci-aprcs un précis exad des Bills^ 
avec lefquels cespropofï5ii>*nd8 Milord North ne font 
point parfaitement confoim;??. C'eiî qu'apparammentce 
qui n'efî: pas exprimé dans les Bills annonce (èule- 
ment les diipofitions ^ue le Miniflère apporte à la 
négociation. 



ceclxiv A FF airSs D fî l'Angleterke 

faifonnable pour entrer dans les dépenfes 
d'adminilkation du gouvernement d'Angle- 
terre, à la procedion duqu^el elles auraient 
droit par cette contribution 53. 

33 2"^. Que cinq Commiflaires feroient nom- 
més & envoyés en Amérique avec les pou- 
voirs les plus étendus , à l'eilet de traiter avec 
tous corps ou particuliers pour le rétablide- 
meiït de la paix entre la Grande-Bretagne 
& les Colonies , aux condition^ ci-deflus, 
ladire commiirion devant durqr jufqn'au mois 
de Juin 177P ». 

» 5*^. Qu'il y auroic une ceffation d'armeS 
auffi tôt que ces Commiiïaires atriveroient 
en Amérique s'ils le jugoient néceffaire^ & 
qu'elle pourroit durer jufqu'à l'expiration de 
ladite commiiiion , pour que leurs négocia- 
tions euilenr l'effet defiré oj. ' ^ ^ 

3* Dans l'explication qu'il donna de chacun 
àç ces points, il annonça que tous les ades 
coercitifs feroient retirés.-— Que la Chartre 
de la Bave de Maflachurets lui Teroir ren- 
due. — Que les CommiiTaires pouvant traiceif 
c^vec tous corps quelconques ,. le Congrès 
feroit compris iv^inmémen: dans leur corn- 
miiliqrr , aind que les aHemblées provincia- 
les-, & même les particuliers en leurs qualités 
civiles ou militaires , tels que le Général 
Waiîhington , ou d'autres Officiers. — Que 
les pouvoirs des Commilfaires s'étendroienc 
jurqu'à la (urpenfîon de toutes loixquelcon- 
qivis » ^ eniin , que dans les Colonies où la 



1 T D E l'A m é r I q u e. ccclxv 

nomination du Gouverneur , &;c. apparte- 
noit au Roi les CornmilTaires pourroient ea 
nommer ainii que d'autres Officiers, jufqu'à 
ce que le Roi les eue confirmés m, 

» Il alla jufqu'à dire qu'on traiteroit avec 
l'Amérique comme avec un état indépendant» 
& que l'article de l'indépendance feroit îç 
point qui feroit difcuté le dernier , faifant 
entendre qu'on pourroit ftipuler entre les 
deux Etats une union femblable à celle de 
i'EcciTe avec TAngleterre (bonheur aur;ueî 
lîe participe point Tîrlande , traités coHinrie 
pays conquis, & dont l'Irlande n'eft poiôt fort 
jâlaufe) & à ce fujet il obferva qu'il ne poia- 
voit pas donner une plus forte preuve de là 
fincérité de fes fentimens pour la paix ». 

» Il prévint l'obje^^lion à laquelle il s'attêa- 
dalc , lavoir , qu'il eût pu faire plutôt cettei» 
propoficion , & il pria la Chambre de fe 
fauvenir qu'à l'ouverture de la felîîon , il 
l'avoir annoncée pour le moment où les armes* 
Britanniques auroient été couronnées de quel» 
que fuccès éclatant : quoiqu'il avoir compté 
fur des avantages plus réels que ceux que 1^ 
Généraux Anglois avoient obtenus ; ^ que 
la défaire du Général Burgoyne avoir trompée, 
fes calculs ; mais que les généreux efforts que 
!a Nation venoit de faire par les cQttifations 
valontaires pour lever quinze mille hommes 
de troupes , & le bon état où étoient encore 
les armées du Roi en Amérique, forte de plus 
de jd mill^ hommes, lui piroiflgisn: étrs 



tceîxvj Affaire SDE l'Angleterre 

des circonftances aulTi favorables qu'une 
^•i(5loire, & qu'il ne voy'oit point de ipifon 
<!e pouffer plus loin une guerre fi meurtrière 
èc fi (iifpendieufe. — En parlant de ce qu'il 
avoir attendu des arjnées du Roi, il parut 
donner quelques tons au Général Plowe tk 
ÈU Général Burgoyne. — Il finit en afiurant 
îa Chambre que la Nation étoit encore puif- 
fante, qu'elle avoit beaucoup plus de troupes.^ 
à envoyer qu'on ne fimaginoit, & des forces 
ainfi que des facultés pour plus d'une cam- 
pagne ; que les revenus publics n'avoient 
foulTert que fort peu de diminution^ & qu'il, 
comptoit fur un fubfide faffi Tant pour le fer- 
vice de l'année courante , ainfi qu'il efpéroit' 
le faire bientôt voir à la Chambre ». i 

" »M, Fox qui prit aufli- rôt la parole, déclara 
qu'il ne pouvoit point reiufer ion fuffrage 
àune^prôpofidon , qui en général , lui paroif- 
foit (^ raifonnable , ô: qu^il ne doutoit point 
qu'elle ne réunît ceux de tout fon parti. Il 
ie permit feulement d'obferver qu'il étoit 
fâcheux qu'on n'eût pas adopté il y a trois 
fins, le projet de M. Edmond Buike , qui 
portoic exaélernent fur les mêmes points. IL 
ob-erva qu'il convenoit de donner aux Co- 
lonies la même fureté parlementaire pour 
leurs Chartres que relativement à la taxa- 
tion. Enfin , après avoir palTé en .revue les 
divers points fur lefqueis Milord North venoit 
d'avouer qu'il avoit été tronspé par l'événe- 
ment , il déclara qu'une feule inquiétude lui 



ET DE l'Amérique cccijivij 
reftoit fur les bruirs nui b'éroieiit répandus , 
de qu'il ne croyuic que trop certains d'un 
traité cralîiance Ôc de garantie conclu très- 
réce,nio":enr entre la Fiance ik les Etacs-Unirf' 
d'Amérique. Il iomma ^îilord Norih de dire: 
ce qu'il pouvoit en lavoir, £c s'A n'avoit pas 
eu connoilTance de ce traicé avant d'avoir fait 
fapropoiition qu'un traitié fembiable re\idroic 
âu0i ipfr'uciueufe pour, la paix, que honteufe 
pQUj'.la Grande Bretagne. 

Plufieurs Députés qui jurqu'ici ont. donné, 
leur \o\x pour le Miiuflére , fe plaignirent: 
d'avoir, été trompés par Milord XSorth , qui 
nioit aujourd'hui que jamais il eût fongé à 
tirer., un revenu d'Amérique , tandis qu'il 
les avoit allures très-poiitivement que c'étoic 
pourlefoulagenrientdes propriétaires de fonds, 
en Anglerene, qu'il vouîoit affujettir l'Amé- 
rique aux taxations ; èc ils protefterent qu'au 
lieu de s'appuyer corrirae ils l'avoient fait 
pour la pouiTuite de la guerre, ils lui auroient 
oppofé tous leurs .efforts s'ils euffent pu craire . 
que les Américains ne partageroient pas leurs 
charges d'une manière iérieufe & efHcace»» 

» M, Grenville fe plaignit, que 'Milord 
North n'avoit pas allez développé la rsacure 
de la commifiion 5 Se qu'en conféquenqe ,.ne 
pouyant le hazarder à commenter les dires 
trop vagues de ce Lord, ilfc bornoit à joindre 
fon v<2Û pour la paix à celui de toute la 
Chambre. — Il ajoura à ce que M. Fox avoit 
dit de la France , qu'il étoic bien informé 



ccclxviij Affairesde l'A n g l e terke 
que depuis quinze jours , divers corps con- 
fidérables de troupes étoient partis de l'in- 
térieur du royaume de France pour les côtes , 
"ï?c -que les Miniftres François avoient pris un 
ton beaucoup plus ferme & même des plus 
ofFenians pour la Grande-Bretagne. 11 fe 
permit une fortie véhémente contre Milord 
North qu'il accufa d'avoir trompé fur tous 
les points la Nation & le Parlement; & il 
finit en afTurant que , comme tout le refte dg 
la Chambre , il fouhaicoit la paix »• 

» Le Lord North répondit fur ce qui 
concernoit le traité des Américains avec la 
France > qu'il ne pouvoit pas nier que la 
nouvelle ne lui en fût venue auflî , mais que 
ce n'étoit point par une voie autentique : 
qu'il convenoit que la chofe éroit poflible 
éc même probable , mais qu'il ne pourroit 
y ajouter foi que quand il en feroit informé 
par l'Ambaffadeur ». 

» On n'entendit point , fans furprife , le 
premier Miniftre s'exprimer ainfi , avec une 
forte de friflbnnement qui fut remarqué de 
toute la Chambre , & qu'on prit pour l'elFec 
de la peur dont il étoit faid , en faifanc 
cet aveu tacite de l'événemnnt le plus re- 
doutable pour l'Angleterre , & le plus ter- 
rible pour les Miniftres qui l'ont fi mal con- 
duite «. 

M II fut arrêté unanimement qu'on tra- 
vailleroit au Bill propofé par Milord North. 
La féance tinie chacun fe retira concerné i 

& 



E T D E l'A m é r I q u e* cccixix 

& les fonds publics baifTerent auflitôt de 
quelques crans , ce qui ne promet point à 
iVlilord North qu'il puifle lever le fubfidô 
avec autant d'aifance qu'il fera odroyécc, 

Je n'ai qu'une cou!t3 obfervation à faire, 
Monfieur , fur ce projet de Milord North. 
Animé du défir le plus fincere, comme je 
vous l'ai toujours proreflé , de voir ceiïei: 
cette guerre monftrueufe , je fuis aulîî affligé 
de l'inutilité vilible de cette tentative , que 
j'aurois reflenti de joie fi elle eut, été faite 
avant l'envoi des Auxiliaires Allemands en 
Amérique. Malgré tout ce que vous voyés 
de féduifant , & j'oferois dire d'incroyable 
dans ceife:. pxopolition , le JVliniftre nourrie 
dans fon cœur l'efpoir de conquérir l'Amé- 
lique; & ce n'eft que du tems qu'il cherche 
à gagner. Ce tems lui .eft cher ; aufli en 
offre-t-il un gros prix. Mais il efl encore 
plus cher pour les Américains, & ils rejet- 
teront fon marché. S'il eût eu vraiment l'in- 
tention de faire un (i beau fort à l'Ame-- 
rique , ilfalloit débuter par le rappel de toutes 
les troupes quelconques , déduire enfuite le 
contenu de fa propofuion qui fe réduit à ce 
feul point ; Si vous voulez de notre protection,^ 
vous la payerez par une contribution raifonnahh 
qui VL altérera gueres 11 ombre de Vindépendancti 
qvLon pourra vous laïfjer. Mais il fe contenta 
de leur offrir une fufpenfion d'armes , en 
laiiTant chez eux treme - fix mille hommes, 

a a 



ceclxx Aff A 1RES DE l'Angleterre 
t|ui infenfiblemeiit pourront être portés à 
foixante mille, tant par les recrues d'Aï* 
gleterre & d'Allemagne que par les enrôle- 
mens du pays. Qui eil-ce qui ne voit peint 
que fon intérêt eft de divifer les Américains 
& de leur faire perdre le moment le plus 
favorable qu'ils ayent eu dans cette guerre, 
àinii que le fruit de trois campagnes qui 
ont difcipliné & aguerri leurs troupes , de 
les empêcher enfin de mettre à profit l'em- 
barras où la Cour fe trouve pour de nou- 
veaux renforts de troupes Allemandes, ainfi 
que l'affreux défordre où font les finances 
de l'Angleterre & même fes affaires dans 
l'Inde , fon unique reffource. Mais les Amé- 
ricains ne feront point û dupes. Ils diront 
âuxnouveaux Plénipotentiaires : qu'entendez- 
vous par une fufpenfion d'armes ? Vous allez 
rerter au milieu de nous , dans nos Villes , 
fur nos côtes ! Avons nous des armées dans 
vos Villes en Angleterre ? Ce n'efl que dans 
ce cas là qu'une fufpenfion d'armes ne nous 
feroit point défavantageufe- Vuidez notre 
pays, retirez vos troupes, fans quoi votre 
fufpenfion d'armes n'efl: qu'un mal de plus 
que vous cherchez à nous faire. Le parti 
de Milord North ne manquera pas de s'écrier 
que fûrement il exifl:e un Traité fecret entre 
quelque Nation Européenne & les Ameri^ 
cains , puifqu'ils rejettent de fi belles propo- 
iîtions; & Milord North profitera de la ter* 
mentation excitée dans les efprits par la 



F T D E l'A m è b I q u e. ccclxxj 

nouvelle de ce refus qui pourra encore veni|^ 
avant la répararion du Parlement, pour ob- 
tenir un vote de crédit plus confidérable , 
dont il trouvera les fonds s'il peutj mais il 
n'en perdra pas moins l'Amérique, ôc il 
n'en fera pas moins vrai qu'il l'a perdue uni- 
quement par fa faute, de pour s'être flatté 
jufqu'au dernier moment di fol efpoir de 
mzttre fous fis pieds l\4mériqut ^ V Univers» 

J'ajouterai une feule idée, d'après une 
lettre que le Général Gates , vainqueur de 
Burgoyoe . a fait pafTer à Milord Thanet , 
& dont le Marquis de Rockingham a fait 
Jedure dans la Chambre des Pairs le Lundi 
16 Février. Voici en quels termes s'exprime 
cet Américain , dont le fuffrage efl: de px>ids. 
33 Une adminiftration méchante, fcélérate, dé- 
teftabie , a fait tout ce mal. N'y auroit-.il 
pas quelque main habile qui pût le guérir? 
Un Charham , un Caiîbden , un Thanet , 
feroient rentrer l'Angleterre djns fes droits 
fur l'affedion des Américains. — Rien au 
monCe ne les détachera de leur indépen- 
dance. Ils feront volontiers les amis &: les 
alliés de l'Angleterre ,.mais jamais fes ef* 
claves €c. 

Les Américains ne peuvent point avoir 
oublié que Milord Charham a prct ;fi:é contre 
l'envoi des troupes en Amérique ; qu'il a 
déclaré que tout honnête Angîois dévoie 
quitrer ce fervice: qu'il en a retiré fon fils:, 
qu'il a propofé le rappel de l'armée entiereî 

a a ij 



ccclxxij Affaires de l'Angleterrk 
Or il me paroic que toute propofirion qui 
leur viendra du Miniftère^ qui avoit juré 
leur perte , fera d'autant plus mal accueillie , 
qu'ils favent par quel préliminaire auroit dé- 
bute avec eux celui qui a été conftament 
leur zélé défenfeur , & que ce préliminaire 
eft le feul moyen d'obtenir leur confiance. 
Je ne crois point , dans l'état oii font les 
chofes , que Milord Chatham , même , les 
ramenât fous le joug de l'Angleterre ; mais 
fûrement il en feroit à fa nation des amis 
de des alliés très - utiles j au moins tant que 
fon Miniftère dureroit. 

Je croirois encore que ces projets d'ar- 
laneêment fe préfentant au nom du Parle- 
ment , dont les Colonies ont déclaré tant 
de fois qu'elles ne vouloient point dépendre , 
ils f ronr rejettes, comme on dit, fur l'éti- 
quette du fac. Il n'y aura d'ailleurs aucune 
des Aflemblées américaines qui veuille les 
recevoir autrement que par la voie du Con- 
grès général, qui certainement exigera ces 
trois conditions préliminaires. — Que toutes 
les armées & efcadres foient retirés ; qu'il 
foit formé un no^uveau Parlem.ent, & que le 
Aîiniftère foit changé dans fa totalité , pour 
voir enfuite^ s'il peut y avoir lieu, à un 
Traité de commerce & d'amitié entre deux 
fœurs parfaitement indépendantes l'une de 
l'autre, & partagées de manière entr'elles 
que tioures les efpérances foient du coté de 



I? T D E l'A m é r I q u e. ccclxxii j 

la cadette , tandis qu'il ne refte à l'ainée que 
fa décrépitude. 

Je joins ici les Bills, traduits littérallement. 
Je n'ai retranché du premier que les chofes 
de forme. 

Bllls préfentés fur la motion de Milord Nonk, 
du ij Février* 

Bill pour la nomination des Plénipotentiaires* 

[Ce Bill a été extrait , mais en retran- 
chant feulement les chofes de forme.] 

Préainbule* 

Pour faire cefTer & anéantir toutes les 
défiances & appréhenfîons mal fondées qui 
ont fait craindre mal-à-propos à un grand 
nombre des fujets de Sa Majefté dans fes 
Colonies , Provinces Ôc Plantations ( ici les 
Treize Colonies font nommées) que leurs 
libellés de leurs droits légitimes ne fuOent 
en danger , & pour d'autant plus manifefler 
les intentions juflês & gracieufes , fuivanc 
lefquellesSa Majeflé &fon Parlement défirent 
de matntenir & d'aflurer tous les fujets dans 
la jouiiïance claire & parfaite defdits droits 
& libertés, 

SeElion première. 
Les perfonnes qui feront nommées fous 



çccîxxîy Affairesdel'Angletekrb 
Je grand fceau de la Grande - Bretagne , 
a iront un plein pouvoir , commiiïion & 
autorité pour négocier, traiter & convenir^ 
foit avec les corps politiques ou aflemblées , 
foit avec les particuliers , ainfi qu'elles le 
jugeront convenable , fur - tous griefs , ou 
fujers de plaintes exiftans ou fuppofés exif- 
ter dans le gouvernement defdites Coloni. s, 
ou dans les loix & ftatuts du royaume y 
relatifs , Se fur l'objet d'aucune aide ou con- 
tribution à fournir par toutes ou telle d'en- 
tre îefdites Colonies, &c. refpedivementpour 
la défenfe commune du royaume & Tes dépen- 
dances , ainfî que fur aucuns régîemens , & 
chofes , que lefdits CommiiTaires jugeront 
néceffaires pour l'honneur de Sa Majefté & 
ie bien général de Tes Sujets, 

ScBion deuxième. 

Aucun règlement , &c. ainfi propofé 8c 
convenu , n'aura de valeur ou eiFet , & ne fera 
exécuté qu'ainfi qu'il eft dît ci après jufqu'à 
ce qu'il ait été approuvé par le Parlement. 

Szcllon troifeme. 

I.es Commiffaires pourront ordonner & 
publier j dès qu'il le jugeront à propos, une 
ceffation d holtilités de la part des troupes 
du Roi, pour telle des Colonies", 8>l pour 
tel tems, ôc auili fous les conditions qu'ils 



jîT DE l'Amérique. cccIxxv 
jugeront nécelTaires , de la révoquer & annul- 
1er de la niéïiie niauiere. 

SzEllon quatrième. 

Ils pourront rafpenclre , par une procla- 
mation fignée & fcellée d'eux , l'effet de 
i'ade du Parlement ^ . de la feizie'me année 
du règne de Sa Majefté , pour défendre tout 
commerce & correfpondance avec les Colo- 
nies y nommées, ou de partie dudit ade^ 
pour le tems qu'ils jugeront néeelTaire , eti 
fpécifiant le tems , le lieu , & les exceptions 
& reftrictions, avec faculté de révoquer la- 
dite fufpenfîon* 

SeËion cinquUme. 

lis poufront fufpendre en tels lieux où 
pour tel tems qu'il jugeront à propos, pen- 
dant la dutée du préfént ade , l'effet de toîis 
ou de tel d'entre les aftes du Parlement, 
pallés depuis le lo Février 1763 , relative- 
ment auxdites Colonies , ou de telle partis 
ou claufe y contenue , en tant que regar- 
dant lefdites Colonies» 

SeBion Jîxieme, 

Ils pourront accorder le parJon à toute 
efpece & à tout nombre de perfonnes dans 
lefdites Colonies, 



ccclxxvj Affaires de l'Angleterks 

SzEtion fepdeme. 

Pour qu'il ne réfulte aucun inconvénient 
de la vacance de l'Office de Gouverneur ou 
Commandant , ou de fon abfence dans les 
Colonies , dont ci-devant Sa Majefté nom- 
moit le Gouverneur , ils pourront faire cette 
nommination par un Ade figné ôc fcellé 
d'eux , pour durer fuivant le bon plailir de 
Sa Majefté , & avec les mêmes pouvoirs , &c. 
que h. le pourvu eût été nommé par le Roi, 
éc a cet effet ils pourront révoquer & an- 
nuller toutes nominations antérieures. 

SsBion huitième* 

Le préfent ade fera en vigueur , jufqu'. , .^ 
( les dates reftent en blanc fur les Bills : oa 
reirplit ces blancs à la pafTation de l'ade.) 

Bill relatif à la taxation. 

( N, B. Ce Bill eft traduit en entier & 
littérallement. ) 

Préambule» 

D'autant que l'expérience a fait voir que 
l'exercice du droit de taxation par le Par- 
lement de la Grande-Bretagne , pour Tobjet 
de lever un revenu fur les Colonies , Pro- 
vinces & Plantations de Sa Majefté dans 
l'Amérique Septentrionale , avait occafionné 

de 



ÈT Dfi l'AmÊRI QUE. CCclxXVÏj 

àt grands troubles & défordres , & que pac 
diverfes faufTes interprétations il avoit fervit 
à tromper un grand nombre des fujets fi^ 
deles de Sa Majefté , qui reconnoiffent tou- 
jours qu'il eft jufte qu'ils contribuent à la 
défenfe commune du Royaume» pourvu que 
cette contribution foit levée fous l'autorité 
de la Cour générale ou de l'AiTemblée gé- 
nérale de chaque Colonie, Province ou Plan- 
tation refpedive. 

Et d'autant, que pour faire ceffer lefdlts 
troubles & remettre le calme dans les efprits 
de ceux des Sujets de Sa Majefté qui peuvent 
€tredifpofés à revenir à leur allégeance, ainff 
que pour rendre la paix & la profpérité à 
tous les Etats de Sa Ma/efté , il eft à propos 
de déclarer que le Roi & le Parlement de 
la Grande Bretagne n'impoferont aucun droit» 
taxe ou impôt pour Tobjet de lever un revenu 
dans aucune defdites Colonies, provinces ou 
plantations. 

Fîaîfe à votre Majefté, 

Qu'il foit déclaré èc ftatuê comme il eft 
déclaré & ftatué par fa Très-excellente Ma- 
jefté le Roi St de Tavîs & confentement des 
Lords fpiritueîs & temporels & des Com- 
munes , aifemblés en ce préfent Parlement 
& de Tautorité d'icelui , que le Roi & le 
Parlement de la Grande-Bretagne , à comptée 
de. • • • • • • .n impoferont aucun droit, taxe 

ou impôt quelconque payable dans auçuag 



çcclxxvîij Affaires del*âîtg12T2rm 

4es Colonies , provinces & plantations de 

Sa Majefié dans l'Amérique Septentrionale , 

£xcep.té feulement les droits qu'il peut être 

jiéceflaire d'impofer pour règlement de coni-« 

jnerce , le produit réel defquels fera toujours 

cgayé & employé pour la Golorùe , proyinç© 

pu plantation dans laquai Içdit droit aura ét^ 

if yç dç h même manière que les siutres droits 

4çyés par l'autorité des Cours générales 014 

aiiemblées générales de ces Colonies , pro- 

yioces ou plantations font qrdin^irQQiÇE^ç 

Ç^yés ^ egiploycç^ 



F ï »r^ 



^^_ g-*. tf~». 



'■Krvn 



■t^/./^^r^■^/yx i\r). 



TABLE RAISON NÉE^ 

Des Cahiers XXVÏ. XXVII. XXVIII, 
XXIXQr XXX. 

Formant le Tome VL des Affaires de 
l'Angleterre & de l'Amérique. 



^ FFAiBES ETRANGEBES, L'Angleterre pourra-t- elle 
trouver des Alliés puifîans pour réduire TAmérique ? 

JV.« XXn. L.duB, p,u]. La RufTie 

voudroit-elle prêter fès fècours à l'Angleterre l Ibtd» 
p. iv. Jugement porté fur l'arinement: de la 

I France, ibid. p, xvij. L'intérêt des Miniilres 

eft de {ufciter une guerre avec la France, ihid^ 

p, XX. 

ÂMi.-B.iÇiU'i., Lettre du Confêil de sûreté de la Géor- 
gie au Congrès (ur Tembrafèment de plufieurs 
vaifTeaux chargés pour l'Angleterre, le 3 Mars 1776, 
jV.o XXVl, p. 19.— Opérations du Général 
Washington à Boflon après le départ de l'atmée 

Angloifè, 20 Mars 177^5 ^^^^- P- 2-5. Etat des 

forces de la Virginie au 28 Mars 1776. ibid» p» 
26, Serment prêté dans l'afTemblée de la Pro- 
vince de Mafîachuireîft-Bay , ibid, p, i6, Inl^ 

truftions données par la ville de Bbfîoa à Tes Dé- 
putés au Congrès général, ibid,p, 28. — Diplôme 
X de Dodorat envoyé au Général "^'ashington pac 
i'Univerfité de Cambridge, ibid, p> 30. ~ — Ar- 
rivée de l'armée Angloifè de Bofîon à Halifax, 
ibld, p. 32.—^ — Prépiwatifs de défenfè dans la 
Nouvelle-York & la Penfylvanie , au 20 Mars 1776, 
NtT XXyil'ip* 3,3.— A.âede navigation des 

a 



i Table rai s on née 

Colonies -unies du 6 Avril 1776 ^ ihid,p, 3^. — — • 
Iniîrudion'=; du Congrès à fès Armateur s , du 10 Avril 
1776 y ibid, p* 36, ' — Formule des commifïions 
données par le Congrès général aux Armateurs em- 
ployés à fori fèrvice ^ du 1 1 Avril , ibid. p, 40. — - 
Affociation libre à Philadelphie pour la défenlê du 
pays, ibid. p, 42. — Négociations du Congrès 
avec les Sauvages, du 13 Avril 1776 i ibid. />. 
43. — Etat des forces de terre de rAméric^ue 
deftinées pour le fervice delà Campagne de 177^, 
ibid» p, 45, — > Etablilïement d*une porte générale 
ibid,p, 44, — Dénombrement des Treize Colonies- 
unies de l'Amérique, ibid, p, 4^. Changemens 

dans le Gouvernement de la Caroline méridionale ^ 
le 28 Mars 177^ 5 ibid» p. 4^. — — Adrefle du Con- 
leil légiflatif de rafTemblée générale de la Caroline 
méridionale à Son Excellence John Rutledge, Pré- 
fîdent & Commandant en chef de la Colonie de 
la Caroline méridionale, du 1,3 Avril 1776 y ibid» 
p, ^6, — Réponfe de M. Rutledge, ibid. p, 48. 
Serment prêté par le nouveau Préiident delà Caroline 
iwéridionale , /^/V. p, 50, — Vœu de la Communautç 
de George-Town , dans la Caroline méridionale» 
concernant la nouvelle forme de Gouvernement de 
cet Etat 5 donné le ,30 Mars 177^, ibid, p, 51, 
Correrpondance du Lord George Germaine inter- 
ceptée , ibid, p, 53. '■ Le Commodore Hopkins 
prend riHe de Providence & Ce bat avec la frégate 

du Roi le Gia/gow , le 8 Juin , ibid, p, 58. 

Paquet jette à la mer pendant le combat du G/j/^4>ir , 
d*où s'enfuit un dérangement elTentiel dans le 
plan de la campagne, ibid. p. 70» — Défenfè faite 
par le Général Putnam aux Habitans de la Nou- 
velle-York , de communiquer avec les vailTeaux du 
Roi, du 8 Avril «776, ibid. p, 71. Déclaration 
concernant la navigation entre Tlile de New- York 
& les Jerfeys , rendue libre par le départ des vaif^ 
lèaujt du Koii ibid. p* 72. — Un Capitaine Amé- 



DES Matières. 3 

rîcnln fait fauter (on vaifleau dans la baye Delavare 
pour n'être point contraint defe rendre au Hoebuck^ 
ibid, p, 75, — Difcours prononcé par le nouveau 
Pré/îdent & Commandant delà Caroline méridionale 
dans raffemblce gcncrale du ii Avril 1776 ^ ibld, 

p, 74. Ade paffé dans une alTemblée générale 

de la Caroline méridionale, le 16 Mars 177 6\ à 
l'effet de prévenir tout fôulevement & de porter 
àcs peines contre les perturbateurs du repos frublic, 
tbid. p, 79. — Arrêté pris le 16 Avril 1776 par 
l'AfTemblée générale de. la Caroline méridionale, 
pour défendre toute communication avec les EmiA 
fairesdu Roi, A^.^ XXf^lll^ p, 8^. — La 
Caroline fèptehtrionale Ce déclare pour l'indépen- 
dance , le 1 z Avril 1 77^ , idid. />. 87. — Disette 
aux Ifles Angloifês du Vent, le 10 Avril 177^, 
ibid. p, 88. — Notice publiée le S Juin 177^ par 
la Gazette àe la Cour , de quelques prifès de bâ- 
timens faites en Amérique fiir les Rebelles , ibid, 
jp. 88, — - RefTources que les Américains tirent du 
Portugal, ibid, p-, 90,- — Concluions prifès le 23 
Avril i77<5 par le Chef de la juftice à Charles- 
Town^ ibid, p, 93.— - Dénonciation du Grand 
Juré pour le Difîrid de Charles-Town , Je 13 Avril 
1776, A^". JCXIX^ p. izi. — -Déposition faite 
le 24 Avril 177^, fui les énormes excès commis 
par les troupes du Roi en la perfbnne d'un Habitant 

Américain du Canada , ibid, p. 128. Ordre pour 

arrêter Thomas Walker, iV°. JTXXy p, i^S» 
Ordre d'incendier, donné par le Général Prefcot , 
ibid. p, 139. — Animofîté du peuple Américain 
contre l'Angleterre, ibid, p, 14a, — Armemens de 
tner ordonnés par le Congrès , & lès difpofitions 

pour le produit des prilès , ibid, p, 144. Etat 

de la Marine du Congrès , ibid, p, 146. Etat 

des forces Angloifès fur le Continent de PAméri- 
que , ibid. p,- 147. — Difpofitions contre la Ca- 
roline méridionale, /^iW, /j, 147. Les Boftoniens 

prennent un bâtiment de transport chargé d'une 

a ij 



4 Table RAISONNES 

grande quantité de munitions de guerre pour les 
troupes du Roi , ihld» p. 151. Emploi des con- 
tributions charitables d'Angleterre pour les troupes 

. du Roi en Amé-rique , ibid, p, 153. — — — 
Deux frégates du Roi font contraintes par les Amé- 
ricains de quitter leur mouillage , ibid, p» 1.55. 

Acte par lequel la Colonie de Rhode-THand (è CouC- 
trait à l'obéliTance envers le Roi de la Grande- 
Bretagne, & fubPfitue un autre Gouvernement à 
celui de Sa Majeflé, ibid. p, ikj. — Difètte que 
fôuflTent les liles Angloifes de l'Amérique, /^^V,' 

p, 159. Ce n'eft pas l'intérêt de l'Amérique de 

fê livrer aux Manufadures , A"°. XXV L L, du B. 
p. xj. — Elle auroit toujours donné la préférence 
aux Manufadures Angloifes, ibid. p, xiv, — Con- 
jedures fur le rembarquement du Général Howe 
après l'évacuation des Jerfèys, ibid, p- xxiv. — — 

, Le parti de la Cour dit que la prifè de Philadel- 
phie efî tout ce qu'on pouvoit faire dans cette cam- 

. pagne, ibid. pé xxvj. Critique du projet de jonc- 

- tion, ibid. p, xxvj. Précis d'une lettre du Lord 

Howe fiir la difficulté de déranger les chevaux de 
frifê dans le Delavare , îbid. p. xxxv. — Traîte- 
iiient des Américains prifbnniers de l'armée du Roi , 

JV^. XXV Tl^ p. xliij, Recette pour guérir 

les François & autres de la rage Américaine , ibid» 
p. liij. — Extrait d'un manifefle de Washington, 
publié quatre jours avant le rembarquement de l'ar- 
mée de Howe , ibid. p. Ix. — Lettre par laquelle 
le Général Saint Clair annonce la prife de Ticon- 
dérago , ibid, p,\x)é — Conftitutioa du Maryland, 
JV". X XVII 1 ^ p. lix. Obfèrvattons fur l'ex- 

• pédition du Général Burgoyçe , N^, XXIX^ p. 

clxj. Difficultés des marches en Amérique , ibid» 

p. clxiîj. ' — Howe laifTe à regret des troupes à 

>X)linton , N°. XXX. p. clxxviij. Chaque 

livre de viande falée , confommée par les troupes 
Angloifes , coûte 30 fous à la Nation ^ ibid, />. 



DES MATIEEES. J 

clxxxv. — Superbe plan de défenfè des Généraux 
Américains , ihid, p, clxxxvj. 

j4rme*e. Sa force pour Tannée 1776: ce qu'elle coûtera 
pour fa fubfiftance, N."" XXp^L p, j. 



C H^NCELLERIE, ( Gours de) Ce que c'efl en An- 
gleterre & en Amérique , iV.« XXFIll^ L,du 
B. p, Ixvij. 

Ch/INGE. Il eft dé/âvantageux à TAngleterre, le i8 
Odobre 1777 > -A^.» XXIX, L. du B. p. cxlij. 

CiTEVCe que c'efl, N.^ XXV ÎÎL L. du B. p. 

Ixxviij, 

Commerce. Observations (lir les tableaux progrefïîfs 
du Commerce Anglois depuis l'année 1697, JV»^ 
XXI X^ L, du B, p, cxxv. — Extrait des ta- 
bleaux des exportations & importations progreffives 
de la Grande-Bretagne, depuis l'année K797 julqu'â 
Tannée 1 773 , avec des remarques du Dodeur Price » 
ihid» p, cxxix, — Calculs qui font voir combien 
il importoità l'Angleterre de confèrver le commerce 
de l'Amérique > ibid, /?, cxxxv. — - Etat de la ba- 
lance d'argent que l'Angleterre a retirée de fon 
commerce à différentes époques , ihid, p. cxxxix. 

Cour, Changement dans l'éducation du Prince de 
Galles, N.'^ XXVl^p, 4. Nouveau chan- 
gement dans Téducation des Princes , ibid, p. £ o, 

E 

■E N(2ueteî;p.. ( Grand ) Ce que c*efl , iV'*, XXVÏil ; 
L du B» p, Ixxxj. 

Eq.o1te\ (Cours d') Ce que c'eft en Amérique aînfî 
qu'en Angleterre, A'^. XXf^III^p, Jxvij* 



Table raisonnes 



X lUAi-fCES. Déficit dans les Douanes en 177^ , 
iV". J^ JCV 1 y L. du B. p. xix. — — Comparai(bn 
des Treize Stats-unis de l'Amérique avec la Grande- 
Bretagne î fur les facultés & le crédit , A'^. X XÎJCy 
p, cxliij. — — Par rapport aux emprunts antérieurs, 
thid, p, cxiiv. — — Par rapport à l'induilrie pour' 
les affaires , ihid, p. cxlv* — Par rappo« à réco- 
fiomie dans les dépendes , ihid, p. cxlvj. — Par 

rapport à là lolidité des fonds ^ ibid. p, cxlix. 

Far rapport aux efpérances d'une plus grande fa- 
culté à venir , ihid^ p, cl. Par rapport à la pru- 
dence dans les affaires & à l'avantage attendu de 

Temprunt dé(iré , ibid. p, clj. Par rapport à la 

panâtualité dans l'acquittement des dettes, ibid» 
P* ciiij* 



"■*■' îiT>E,. Prix d'un vieux vaifTeau delà Compagnie, 
N^, XXf^Iy p. 6. — - Affaires de la Compagnie 
dans le diftrid de Bombay , en Coromandel & en 
Bengale, iV°. XXVl, p. 8. & 9- 



Jersey, Troubles dans cette Ifîe , N.° XXVI y 
p» 1 i • 

JifRi. (Grand) Ce que c'eil , M°XX/^I/7, L. 
du IJ, p, Ixxxi, 

M 

Ivl AniNE. Progrès de la Société de Marine , 5: pro- 
jet d'établilTement d'une école, N"^, X Xy I y p, 

j6, Obfèrvatipns fîir ce projet, ibid, p. iS. 

Détails fur l'armement du vaifTeau le Sai/u AU 



desJVIatiebes 'f 

hans ^ dont il ed mort cent vingt- huit hommes, 

A'.« XX l^'iH^ /.. du B, p. cxvj. Nou- 

veaux vailTêau^x mis en commiffion, ibid, p, cxx, 
Diictte de matelots, A.^ X X X y p. clxxxviij* 
jUimsTEBE» Indrudions incendiaire^ envoyées aux 
deux Frères Howe , JS/^.XX F ï^ p. ç. - Érprit des 
Commifïîons données sux deux Frères, ihid. p» 6» 
Milord Germaine rejette flir le Lord Barrington 
le délai de l'ouverture de la campagne , ibid. L^ 
du B, p, xxvij. — Avantages qui doivent rélul* 
ter de la pri(e de Philadelphie, ibid, p» xxx, — 
Projets de campagne pour ^77^ y ibid, p, xxx], —^ 
Miiord Sandwich cabale contre les Frères Howe ^ 

jV°. XXX\ p, clxxv. Ils font abandonnés 

de Milord Germaine leur proteâeur , ibid. p, clxxv» 
On fait retirer de defTus le Palais du Roi les pointes 
éledriques d^ Doâeur Franklin , ibid, p, clxxxix, 
Obfèrvations (ur la conduite du Général Howe 
par un homme du métier , ibid. p. cxcix, — Mille 
& deuîûeme nuit de Milord North , ibid, p, ccij. 

O 

kJ p?osiTioii. Miîord Germaine accufe d*avoîr fait 
perdre à M. Howe un tems précieux à l'ouverture 
de la campagne, N^,XXFly L, du B, p. 
xxy. 



Ji RO PRIENT AIR t. Ce que c'étoit dans le Maryland 

iy;** xxriiiy l, du a. p. cxj. 



QuAKTi^s, Epitre de rAflemblée de Londres, en 
Juin me^^N,^ XXFlyp. 13. 



8 Table RAISONNES 

Troup-ES, Leur diflributîon en Mai 177^5 ^»** 
JCJCV I y p. II. — Leur nombre en Irlande , 
hl.^ X XI Xy p, clvij. — Combien elles font di- 
minuées en Amérique , iV,® XXXyp. éxciij. 



KxLiE. Cequec'€fl»M*» XXVIUyL. du B. 
p* Ixxviij, 



INDEX. 

B 

Bruce (le Lord) A7.« XXVI , p. 40, ihii. p, 6i 
iifldt p» 10* 

c 

Caermarthen ( le Marquis de ) N,^ XXVlt p* ISi 
Çathcart (le Lord) i\^." XXV 1^ p. 6. 

D 

DuNDAs l Henrî ] N.?. ^ JT r /, p, /• 

H 

HiDE IleLord] N.o jTJTF/.i», ni 
HoLDERNESs [le Comtc de] N,«> JTJSTFf , />; 4^ 
HuKD tle Doreur] iV.î^ XXn, /?. 4* 

I 

Jackson [M.] M^ XXV^ p. 4; 
Jeîîkïwson [le ChevaUer] iV.'^ XXV ï^ p. 3^ 

K 

Knox [M.JiV*^ iST^;^!, L if« J?. p, xxxuj^ 

M 



îô INDEX. 

IWoiïTAGUB [le Duc de] A^.8 XXf^î^ p. lOi, 

o 

S 

Smett,M<» JSTJirF/,/. 4. 

F I K, 



ET D E L'Allié El QUE. lit 

ceux dont il a parlé dans fa lettre du ay 
Avril , parmi lefquels éroit le fenaut le Lion^ ^11^» 
allant du Cap - François à Rhode-Ifland iVIai 
avec une cargaifon d'armes & de munitions, -^ 

L'Amirauté a aufli fait publier , le 2.^ juin , ^*"* 
que le Commodore Hotham , qui monte le 
vaiiïeau du Roi le Prejîon & qui avec d'au* 
ti^s vaifleaux ou frégates du Roi , efcorte les 
bâtimens de tranfport chargés de la premiers 
divifion des troupes Hefloifles & d'une partis 
des Gardes Angloifes , les unes & les autres 
déftinées à renforcer le Général Howe , lui 
a mandé par une lettre que , le y juin , il 
fe trouvoit avec tout fon convoi , excepté le 
brigantin le Mallagat qui , le 26 Mai , en a 
été féparé par un coup de vent» par 4.4 dtg^ 
57 min. Latitude Septentrionale & 30 degrés 
12 minutes de Longitude Oueft de Lézard, 
& que tous fes équipages & bâtimens , de mê- 
meque les troupes étoient dans un très bon état 
& très-bien difpofés. 

Ces heureux commencemens font bien au- 
gurer, difoit à ce fujet, un Ecrivain minifté^ 
riel, du fuccèsd'un événement qui fixe l'atten- 
tion de toute TEurope, &, il efl: certain que 
dès que les renforts feront arrivés à Que-? 
bec , toutes les troupes , jointes à la Milice Ca- 
nadienne formeront un corps de 1 0,000 hom. 
avec lefquels le Général Burgoyne fe propo- 
fe , non feulement de chaflTer les Américains 
du Canada , mais même d'attaquer par der- 
liere leurs propres Provinces , tandis que le 

L 



iffi Affaires 2)e l'An<sleterrb 

"*"" — ;ï" Général Howe les attaquera du côté de la 
ï77« mer. 

^ai Cependant , fulvant des avis particuliers de 
r^. l'Amérique , peu à peu la forme de Gouver- 
nement adoptée par les Colonies-unies prend 
une confîftanee , qui annonce qu'elles nefe dé- 
iifteront pas facilement du plan qu'elles ont 
concerté ; auiîî perd t-on infenfiblement tout 
efpoir d'une réconciliation» Bien loin d*être 
intimidées par le formidable armement pré- 
paré contr'elles , ces Colonies fe difpofent en 
toute manière à la réfiftance la plus opiniâtre. 
Le Congrès général a rendu diverfes Ordon- 
nances en forme d'Ades de Parlement , & les 
Tribunaux d'Amirauté ont prononcé des dé- 
crets , qui ont adjugé de bonne prife divers 
bâtimens enlevés par leurs Armateurs. 

Harangut du Jïeur ÎVilkes à la Bourgeoijïe ds 
Londres , ajjemblée pour Véleâion d'un Cham-- 
bellan de la Cité^ 

Messieurs. 

» La conduite inexcufahle de mes adver- 
faires , à la dernière élection , m'oblige , par 
égard pour vous & pour moi-même , d'en 
appeller à vous, & de vous donner l'occa- 
(lon de montrer combien la Bourgeoifie da 
Londres a toujours eu en horreur les moyens 
injuftes & mal-honnétes employés pour ga- 
l^nejc les fuffrages d'un Corps li refpeétablet 



E T D E L* A M É R î Q tJ £• l6^ 

Les différentes intrigues & manœuvres cri- "—"-*— 
minelles qui ont été pratiquées par ces Mef~ ^77^» 
fleurs pour anéantir la liberté des éledions , ^^laî 
pour corrompre les Eledeurs & détruire la ^. 
validité des fermens , ont déjà été foumifes ""'^ 
à i'infpeâion du public , & même à celle 
des tribunaux de juftice. Il eft vrai que l?i 
loi marche à pas lents de circonfpeds ; mais 
elle manque rarement d'atteindre les cou- 
pables , & la punition notoire qu'elle vient 
d'infliger à Ifaac Stone , refle fur les regiftre^ 
comme une preuve irréfragable que le crime 
horrible du parjure, fur- tout quand il eft 
commis dans la vue de détruire la liberté 
des éleélions , ne demeurera pas impunie, 

» 11 ell à regretter , Meflieurs , qu'une in7 
fiuence illégale » exercée fans pudeur pac ' 

les mercenaires d'un Minifière perdu d'hon- 
neur , ne puilTe pas aufîî devenir Tobjet d'une 
punition juridique ; mais je fuis perfuadé 
que l'efprit de liberté qui diftingue & anime 
la Bourgeoise de Londres, confondra tous 
les artifices infidieux de l'autorité , tous les 
efforts perfides des Courtifans , & affurera 
à cette Capitale fon ancienne dignité, fa 
gloire ^ fon indépendance «• 

M Permettez moi , Meflîeurs , de vous re- 
nouveller , en cette occafion , la déclaration 
publique que je fis à la dernière élection. 
Je vous répète que fi j'ai l'honneur d'être 
nommé Chambellan , je fuivrai l'exemple 
de mon dJgne ami le Chev.alier l^xï^sk%r^ 

L ij 



i'^4 Affaires ï)E.L*ANGr.ETERR^ 

-Théodore Janlfen , en appliquant une panîe 

*77^« du revenu de cet emploi -à acquitter toutes 

Mai mes dettes légitimes. Je réferverai pour cet 

,^ ufage au moins le tiers de ce revenu^ II 

Juin, jjjgf^ p^g néceflaire de vaus dire les dettes 

que j'ai contradées à votre fervice pour fou- 

tenir la -dignité des emplois importans dont 

vous m'avez revêtu a. 

9> Plufî^ufs de mes amis , dans la Bour- 
geoifie , m'ont prié de déclarer mes inten- 
tions à l'égard <le ma place d'Alderman, 
dans le cas où je ferois élu Cliambellan. Je 
léponds avec plaifir à leur demande. J'aime 
à être clair , & je déclare «n termes ex- 
près que mon intention eft de ne jamais 
quitter ma rob^. Je l'ai portée depuis plu- 
sieurs années fans reproche , à ce que j*ef- 
pere , de à la fatisfadion de mes amis , de 
qui je l'ai reçue : je me flatte qu'elle efl: en- 
core fans tache , c^tte robe honorable de 
la Magiftrature , & ma gloire fera de la 
porter toujours , parce que je crois que votre 
intérêt l'exige. Mes concitoyens , en me la 
donnant, m'ont revêtu d'un pouvoir très- 
edentiel ; pouvoir dont aucun Miniftre ne 
pourra me dépouiller , pouvoir par lequ'el 
je pourrai faire difcuter juridiquement des 
points très-importans pour la Conftitution, 
tels , par exemple , que le droit de donner 
d^s ordres pour la preffe des matelots , de 
plufieurs autres. Si j'avois été un Juge de 
'fsdX par la Comrailîion du Roi, il n'y a 



prefque pas un Comté de l'Angleterre où Mai 
Je Lord Lieutenant , en bon courtifan , ne & 
m'eût rayé de la lifte des Magiftrats. Je fuis J^ 
Magiftrat , par Chartre , dans la Capi- 
tale de ma patrie : le pouvoir que vous 
m'avez donné eft i'n<lépendant de la Cou- 
ronne 9 & il ne fe terminera qu'avec ma 
vie. Je l'exercerai pour la défenfe & la 
fureté de mes concitoyens. Par votre choix , 
je fuis devenu un des gardiens de vos libertés 
& de vos franchifes. Cette autorité m'a mis 
en état de m'oppofer plus d'une fois avec 
fiiccès au^x uTurpations que toutes les grarrdes 
puilTances de l'Etat vouloient faire fur vos 
droits. Comme je fais que cette autorité fera 
toujours employée par moi avec fermeté, 
& pour le même but falutaire, je ne dois pas 
m'en démettre pour obtenir aucun emploi 
lucratif. Si Sa Majeiié étoit encoure affez 
mal confeiliée pour publier une proclama- 
tion illégale , d'après Padreffe d'an Parlemens^ 
fervile , afin de faire appréhetkier un citoyen, 
comme cela eft arrivé à l'égard de WhehU » 
je rendrai encore la liberté au citoyen op- 
primé. Si une Chambre vénale des pomi« 
m unes s'avifoit , au mépris des lo^x. d'envoyer 
"un mefTàger avec un ordre de prife de corps 
dans la Cité , ceMeflager , tant que je vivrai^ 
éprouvera le fort de Whittam , qui attenta à la 
perfonne de Miller ^ le Gazetier, &, iî (era; 
envoyé en la prifon de k Cité. Si une 
Chambre Minlftérielle des Pairs, fans appeîeç 



i66 Affaires DE l^Angleterbe , 

I des Jurés, fans écouter les deux parties 

^77^* ordonnoit qu'on arrêtât un bourgeois accufé 
Mai d'avoir parlé fans refped à un Pair, comme 
^. on a fait dans le tems que j'étois Maire, à 
Juin, l'g'g^^-^ àe Rendall i a cela arrivoit encore, 
je fuis perfuadé que l'Huin^er de la verge 
noire , chargé d'un pareil ordre, feroittrop 
prudent pour vouloir le mettre en exécution 
tant qu'il fauroit que je porte cette robe , 
& que je fuis, revêtu par vous de tous les 
pouvoirs juridiques dont ce pays de liberté 
eft.fufceptible.C'ed donc pour votre intérêt, 
Meflieurs , que je fuis déterminé à con fer- 
ver cet emploi dangereux , & nullement lu- 
cratif d'Alderman, Je veux toujours agir 
par vous & pour vous; & quoique je dé- 
iire de vous fervir auflî comme Chambel^ 
lap:» §^ de vous être utile en deux charge? 
très-compatibles, cependant, le devoir an- 
térieûj: qui m'a attaché à cette grande Ville, 
me rendra toute ma vie également vigilant 
& intrépide dans l'état important que j'ai 
d'abord emb raflé. Quant au refte , je m'en 
rapporte à la fayeur, à la bonté , à l'amitié 
génçreufe de la Bourgeoilie de Londres «. 

[Ce difcours ne fut gueres entendu, à 
caufe du bruit continuel que faifoient les 
partifans de M. Hopkins : le fieur Wilkes , 
piqué d'un vif reifentiment , a écrit à la 
Bourgeoifi^ une lettre circulaiie conçue e» 
ces termes 5 ] 



r T D E L^A MéRIQUÉ. j6y 

55 La liberté d'éledion , & rindépendance 

de la Bourgeoise, font les motifs qui di- ^77^« 
rigent ma conduite dans cette occafion im- Mai 
portante» Il a été clairement démontré par ^ 
l'éJedion de M, Hopkins à la place de Cham- '^"^"* 
bellan , qu'elle a été faite par des moyens 
vils , iniques & fans exemple. Le parjure , 
la vénalité, la corruption & l'influence cou- 
pable de tous ceux qui dépendent du Gou- 
vernement, ont été mis en œuvre pour alTu- 
rer une pluralité de voix. L'infamie a été 
pouffee fi loin , qu'on a reçu les fuifrages de 
gens qui n'avoient pas le moindre prétexte^ 
m le droit de voter , mais qui n'ont pas fait 
fcrupule de braver les fermens les plus fo- 
lemnels. Un nommé Ifaac Stone, un mal- 
heureux ramaffé dans les rues, a été con* 
duit , par un Comité de M. Hopklm ^ à la 
falle des Tonneliers $ & de là dans un état 
d'ivreflfe ,, à Guildhall y afin qu'il fe parjurât 
en faveur de M. Hopkins. IL eft afèuelle- 
ment dans la prifon de Ne^gate, par (en:' 
tence des Tribunaux. D'autres exemples in^ 
fignes de vénalité ôc de corruption ferant 
bientôt mis au jour devant les mêmes Tri- 
bunaux. C'eft par ces voies honteufes que 
M. Hopkins a triomphé à la dernière élec- 
tion. Je crois qu^en cette occafion^ inipor- 
tante , ii efl de mon devoir d^en appelles 
à la juftice, à rbonneur & à la dignité de 
la Bourgeoifie de Londres. Je ne doute point 
qu'elle ne s'éJeve avec courage contre uaô- 



î6S Affaires DE l'A'ngleterr fi 

- ■ ' pareille ufurpation de nos droits communs. 
ijj6\ M Vous jugerez aufîi , MeflTieurs , fi l'cm- 
^^ ploi 1 ucratifd'jLin. des Diredeurs de la Banque, 
j . que Me Hopkins a bien voulu accepter de- 
' V puis fon éieéèion , eft compatible avec le 
devoir & l'indépendance d'un Chambellan 
de cetts Ville; s'il efl: compatible avec la 
promefTe que M. Hopkins vous a faite de 
donner tout fon tems & toute fon attention 
à fon emploi. Ce font ces conCdérations » 
Aionfieur , qui me font efpérer que vous 
vous joindrez à moi , & que vous me ferez 
l'honneur de paroître en ma faveur à l'élec- 
tion prochaine -le jour de la Saint Jean. 
Je fuis, &c. 

Une confidération que les Anti-Wilkes'ont 
fait; valoir ^ c'eft que quand un nouveau Cham- 
bellan eft élu , toutes les adions intentées 
au nom du dernier pourvu , contre les Ha- 
bitans non jouiffans du privilège de la Bour- 
geôiiie, tombent d'elles-mêmes & doivent 
être reprifes au nom du nouveau. Non feule- 
ment cette vacance coûte beaucoup à la 
Ville; mais favorife l'évafion des délinquants, 
ce qui eft un très- grand inconvénient de l'u- 
hgQ de l'é!ed;ion annuelle pour cette place* 
Le Comité de la Ville de Londres , chargé 
de l'examen de fa caiffe , a fait fon rap- 
port aux Lord-Maire & Aldermans , des re- 
venus $£ dépenfes annuels de la charge de 
Lord-jMaire. Il paroit , d'après leurs re- 
' ^bçrches 3 que la dépenfe , qui eft annéei 



E T D E l'A m É R I q u b, i(p 

commune de 7,600 livres , excède la re- 
cette de plus de trois mille livres. 

Jugement du Jîeur Sayre, 

Avant le jugement du procès du {îeur 
Sayre & du Comte de Rochefort , le Lord 
William de Grey , Chef de juftice des plaids 
communs , fit un difcours aux Jurés , dans 
lequel il rapporta les différens degrés de 
délit dans les ades de félonie. 35 Une conf- 
piration pour emprifonner fon Roi , a-t-il 
dit, eft un commencement de trahifon; & 
fi en conféquence de cette confpiration, le 
Roi eft en effet mis en prifo^, lèet ade de- 
vient un crime de haute tfdiî(&ri . • . . Des 
affemblées fuivies dans des vues de trahifoiv. 

conftituent de même ce crime Dans 

de certaines circonftances , des écrits d^ même 
des difcours , peuvent être des commence- 
mens de félonie. « Tel eft , fuivant ce Lord , 
l'opinion du célèbre Jurifconfulte JofTer. Il 
rapporta en fuite l'hiftoire d'un certain Geo- 
hagan , qui étant au-de-là des mers, avoit 
dit : je tuerai le Roi fi je puis l'attraper. 
Cela ne paroifToit point être un délit ;niais 
par la fuite Geohagan étant palTé en An- 
gleterre , y fut arrêté & convaincu fur les 
charges du procès qui lui fut fait à cette 
occafion. Le Lord ajouta que fi Richardfon , 
délateur du fieur Sayre , avoit caché ce qu'il 
avoit entendu de la bouche de ce Banquier, 
il fe feroit rendu fon complice; êc que fi 




lyo Affaires d"e l'Angleterre 

les faits allégués par JRichardfon étoient vé* 
l'7'76, ritables, le fieur Sayre auroit été légitime- 
JMai ment arrêté comme coupable. Il obferva que: 
& toutes les confpirations pour détrôner de» 
Jain. Monarques , avoient été conduites par les 
moyens qui paroifloient les plus improbables,. 
& par des Agens que l'on appeloit fous. Il 
foutiht que dans un procès pour félonie, 
les Tribunaux ne s'étoient jamais élevés 
contre la faijîe des papiers ; & il finit par dire 
que , fi fuivant l'avis des Jurés , la conduite 
du Lord Rochefort avoic une eaufe pro- 
bable, les Jurés dévoient être favorables à 
ce Lord ; ^ qm dans le cas contraire , ils^ 
dévoient a^j^^ger des dommages au fieuE 
Sayre» ' 

iST. B. M. Sayre étolt accu(e par le Lord 
Rochefort fur la déclaration d'uri feul té- 
moin. Suivant les conclufions prifes par le 
Juge des Plaids communs , ce témoignage ,. 
fur lequel on ne pouvoit point portée 
condamnation , fuffifoit pour que le IVÎinif- 
tre eût pii ordonner la vifite des papiers f. 
puifque , fuivant lui , fi ces papiers dépo- 
foient contre l'accufé , ils pouvoient tenic 
lieu du fécond témoin^, dont la loi rend le 
concours néceffaire,. Cette doélrine du Lord 
William de Greg a été vivement combattue. 
On lui a objeélé que par le droit commua 
d'Angleterre & par le ftatut de Guillaume: 
III, deux témoins vlvans devaient êtrô 



ET DE l'A M É R r QUE.' tjt 

entendus , viva voce , pour qu'un homme pût " 

être légalement convaincu du crime de haute ^11^* 
trahifon ; & l'affaire du Lcrd Prefton fut l^lai 
cite'e pour exemple. Il eft: vrai que le fameux ^. 
Algernon Sidney , fut condamné & exécuté ''^^ 
lous Charles II , fans qu'il eût paru plus d'un 
témoin contre lui , & que le (econd témoin 
manquant fut fuppleé par fes papiers, qui 
compofent aujourd'hui les difcôurs politiques 
d' Algernon Sidney. Mais ce jugement fut 
icaffé auflitôt après que Guillaume 1 1 1 fut 
monté fur le Trône , comme ayant été ren- 
du contre le vœu exprès de la loi , fur là 
dépofition d'un feul témoin. 

M. Sayre , Banquier, avoit été accu fé par 
Richardfon , Enfeigne aux Gardes , de lui 
avoir dit le ip Oélobre lyVÎ , dans un café, 
qu'il avoit befoin de fon affiftançe pour en- 
lever le Roi quand il iroit au Parlement: 
que le Roi feroit enfermé à la Tour: qu'on 
le renverroic de là dans fes Etats d'Alle- 
magne ; & qu'on rem&ttroit le Gouverne- 
ment entre les mains du Peuple. Richardfoa 
qui avoit confié cette proportion au Géné- 
ral Craig , avoit reçu de lui le confeil d'en 
aller faire fur le champ fa déclaration au 
Secrétaire d'Etat. Milord Comte de Roche- 
fort avoit fait conduire Sayre à la Tour, 
où il avoit été étroitement refTerré. Pendant 
ce tems-là on avoit vifité fes papiers. Les 
amis de Sayre l'ayant fait relâcher en vertu 
de l'Afte d'Habeas corpus^ il ayoit attaqué 



iji Affaires DE L^AnGLËTifRBfi 

'^" le Mlni'ftre e& dommages intérêts. L'accu- 

1776. fa(iQ.fj étant tombée par le défaut de preuves, 

^^* le Juré lui a accordé mille livres fterline» 
Se ^ 

luiïu II y eat le 28 Juin une afTemblée géné- 
rale des, Adion narres de la Compagnie des 
Indes. Il y fut propofé de faire fupporter 
Y 1 par la Compagnie les frais de la procédure 

faite contre M. Vereîft par les Améniens 
quife plaignoient des vexations qu'ils avoîenc 
effuyées. M.. Creighton fe déclara contre Ta 
proportion , alléguant qu'il n'y avoit point 
d'exemple d'une pareille propofîtion. Cepen- 
dant la quefîion paflk unanimement à l'affir- 
mative* 

Extrait àlum lettre écrite le 27 Jum de Berg^ 
ep'^oom j par un Officier EcoJJêis au fervics 
des Etats Généraux» 

Je fuis Officier , Monfieur, dans un des 
Régimens EcoiTois au fervice des Etats gé- 
néraux. C'efI: avec douleur que nous voyons 
notre brigade refter au fervice étranger ^ tan- 
dis que notre Roi & notre Patrie ont befoia 
de troupes. La Brigade Ecoflbife eft au fer- 
vice des Etats depuis l'année 175*0, & s'eft 
toujours comportée avec la bravoure qu'on 
doit attendre de troupes Angloi fes» Au. der- 
nier {iege de Berg-op-zoom, notre régiment 
étoit de f)00 hommes, & après le fiege il 
étoit de 273. : c'efl ce que fait toute l'Euî^ 



ÏET DE l'A M ê RIQUE. I75 

Tope. Puifqueles Etats ne veulent confentir "TZTT" 
.adonner la brigade, qu'à <ies conditions ij . 
^ue Sa Majefté Britannique rejette avecjufte ^ 
rai Ton , nous efpérons qu'au moins les Of- Juin, 
ficiers feront appelles au fervice de leur 
patrie. Si nous obtenions la liberté d'«aller 
tdans le pays d'Hanovre ou dans quelqu'autre 
endroit de l'Allemagne , notre brigade fe- 
roit complette en fix mois & en état de fec- 
vir en Amérique ; comme tous nos OiH- 
ciers parlent Allemand & connoiflent k dif- 
ciplin^ d-es troupes Allemandes . nous pou- 
rions partir avant le mois de Février, Nous 
fournirons un corps d'Ciïlciers au^ÏÏ bons 
qu'aucun qu'il y ait en Europe, foit par la 
difcipline , foit par le courage. Si nous ne 
pouvons pas être employés au fervice de 
notre patrie, nous en fommes donc exilés; 
& il n'y a plus pour nous que des, dégoûts 
à effuyer daus le pays où nous fommes. 
Notre brigade eft compofée de trois régi- 
mens ; chaque régiment de deux bataillons ; 
chaque batailion de fix compagnies de fu- 
filiers & d'une compagnie de grenadiers ; 
chaque régiment a un Colonel-Commandant, 
un Colonel , deux Lieutenans-Colonels > 
deux Majors , dix Capitaines , vingt-huit Su- 
balternes & deux Chirurgiens ; tous nés» 
fujets Anglois à l'exception de trois. 

N. B. Cette Brigade n'a plus la faculté 
defe recruter en Ecofle. 



Î74 Affaires de l'Angleterre 
Le Baron de Kutzleben , Miniftredu Laftd- 



177^* grave de Hefle-Caflel , a eu le 3 Juillet fa 
Mai première audience privée du Roi , & il a 

Juin remis fes lettres de créance à Sa Majefté. 

. ^ Le Chevalier Baronnet Jean Blaquiére , 

Secrétaire du Comte de Harcourt, Vice- 
Roi de ce Royaume, arriva de Dublin à 
Londres le 4 Juillet. 

Le 4 juillet , à midi , l'éledion du Chambel- 
lan de la Cité de Londres fut déclarée dans les 
formes ordinaires. La pluralité des fuffrages 
ayant été en faveur de M. Hopkins ; en con- 
féquence il fut nommé. Après cet aâe de 
formalité^ M. Willkes fe préfenta a l'affem- 
hlée ^ & fit un difcours dont voici à-peu près 
, la fubftance : 

35 Après avoir remercié ceux qu'il nomma 
les amis confiants & éprouvés de la vertu &c 
de la liberté , à raifon du zèle qu'ils avoient té- 
moigné en l'appuyant dans le cours de l'élec* 
tion ; après avoir affuré que toutes les fois 
qu'ils croiroient leur liberté en danger , il 
feroit toujours prêt à s'unir avec eux pour re- 
poufTer l'attaque. Il entra dans le détail des 
reproches & des plaintes qu'il avoit à former 
contre la manière dont on avoit procédé à la 
dernière élection: il dit, que cette partie de 
citoyens que l'on appelle Livery of London 
s'étoit anciennement diftinguéepar fon efprit 
d'indépendance & par les nobles efforts qu'elle 
a faits en faveur de la liberté ; » qu'il ne 
vouloit pas dire comment fon concur- 



ET DE l'Amérique. 17 j 
îenc avoit été élu , que les tems étoient chan» ' ■ 
gés , que la Cour prefcrivoit le choix ^ que Us ^11^^ 
i2itoyms fe prêtaient avec foumijjion à fes vo- Mai 
lontés , & que la Cité de Londres étoit vendue "^""^ 
aux Minijîres;^y que l'Officier qu'ils avoienc juiiu* 
nommé n'avoit point de droit à J'honneur 
qu'ils lui avoient fait, n'ayant jamais rempliaa« 
cun emploi de conféquence , & n'ayant ja- 
mais rendu aucun fervice public à la Cité; 
que rien ne le diftinguoit que fa fervile 6c 
rampante foumifîion aux volontés du Minif-» 
îère.« Ici les huées de l'afTemblée l'interrom- 
pirent , & furent fi foutenues , qu'il fut obligé 
iie fe retirer fans finir fon difcours. 

M. Hopkins s'eft trouvé avoir 226^ voix & 
i'Alderman Wilkes 1673 ' <ie forte que U 
pluralité a été de 119^ en faveur du premier. 
M. Wiikes , autrefois l'idole du peuple , a eu 
non-feulement la mortification de fuccom- 
ter par un fi grand nombre de voix , mais 
encore celle d'entendre , à toutes les portes de 
i'Hôtel de Ville , célébrer fa défaite par des 
vaudevilles. 

Déclaration du Roi de Portugal, par laquelk 
Sa Majejîé Très-Fidele défend à fes fujets 
tout commerce avec les Anglo- Américains , 
6* interdit en même tems à ces derniers Z'e/i- 
trée de fon Royaume, 

Comme nous avons été informés de puis 



'i'j6 Affaires liEt'AKGLEï'ERKE 

peu, que les Colonies britanniques de l'Améri- 
^11^* que Septentrionale, par un A de du Congrès 
Mai en date du ij Mai dernier, fe font non-feule* 
J"^" ment déclarées libres de toute foumiflion à 
l ?i la Couronne de la Grande-Bretagne; mais que 
^' depuis elles (ont aduellement occupées à for- 
mer & mettre à exécution des Loix de leur au- 
rorité propre & privée , en oppofition aux 
droits légitimes de notre frère, ami & allié, 
le Roi de la grande-Bretagne; & attendu qu'un 
exemple fi pernicieux doit engager tous les 
Princes , même ceux qui y font le moins intéref- 
fés ) à ne point avancer , favori fer ni aider 
par aucuns moyens , diredement ni indirede- 
ment des Sujets ligués ainli dans une rébel- 
lion diredle & ouverte contre leur Souveraii> 
naturel ; c*éft notre plaifir , & nous ordon* 
nons par la préfente , qu'il ne foit permis à 
aucun vaiiïeau, chargé ou fur fon lefl: , venant 
d'aucun des ports de l'Amérique Britannique» 
de communiquer avec aucun des ports de 
nos Royaumes ou des domaines qui y ap- 
partiennent , n'y d'y entrer; mais qu'au con- 
traire on les force à fe retirer immédiate- 
ment après leur arrivée» fans leur donner 
aucuns fecours de quelque genre qu'il foit; 
& , quant aux Maîtres des vaifTeaux , qu'on 
a lailTes entrer jufqu'ici , (parce qu'il n'avoit 
pas encore paru de raifon pour les exclure, ) 
il leur fera notifié, que dans un délai précis 
de huit jours , à compter fans interruption, 
ils aient à qui^er lefdits ports avec leurs vaif- 

, féaux 



fe T D E L'AmÉRÎQUE. 177 

îeaux , à bord defquels on fera préalable-- 
ment une recherche, ahn de découvrir, s'ils '77^' 
ont à bord de la poudre à canon , ou quel- ^pi 
ques autres munitions ou attirails de guerre» ^'^'^ 
dont l'exportation leur a été défendue par juïlÏQià 
notre décret royal du 21 Odobre dernier , 
adreffé aux Officiers de notre arCenal & des 
douanes ; voulant qu'au cas que l'on trouve 
quelques attirails ou munitions de ce genre, 
qui y aient été clandeftinement embarqués j 
lefdits vaifleaux , comme des prifes faites 
fur des Rebelles déclarés , foient confifqués, 
pourêtrele provenu employé à la cortftrudion 
des .édifices publics ; ordonnant que le Con- 
feil de nos Finances fe règle en conféquence ; 
de fafle afficher des copies imprimées de notnô 
préfent décret dans toutes les places publi- 
ques de la Ville de Lifbonne , & dans tous 
les ports de ce Royaume & de celui d'Aï- 
garve , afin qu'il parvienne à la connoiffancê 
de tous & de chacun, & que perfonne ne puifîe 
en précendre caufe d'ignorance. 

Donné au Palais de l'Aju^a , le 4 Juillet ~ 
177^. 

Le j* Juillet, vers les fix heures du matin ; 
il arriva un accident très-fâcheux à Portf«i 
mouth à bord du vaifTeau de guerre le MarU 
^(?roMg/ï, qui étoit entré la veille darïs le 
havre pour y être remis fur le chantier. Le 
feu prit à une certaine quantité de poudre 
dans la partie antérieure du bâtiment , ^ 




^78 AfTAIRIES T)iEL''ANeLÈTEÏlllë 

en endommagea fort l'intérieur & les ponts»' 
L'explofion fie périr douze matelots , trois 
femmes , autant d'en fans , & blefifa en outre 
plus de cinquante hommes qui furent envoyés 
à l'hôpital. Quelques perfonnes foupçonnées 
de négligence , ont été fur le champ afrêtées. 
L'impôt aditionel d'un demi-demer fterU 
fur chaque feuille de gazette , a commencé 
à fe percevoir le y Juillet , conformément à 
ce qui eft porté dans l'ade du Patbmenç 
^e la dernière feflk>n. 

De WkitbehdL k S Juilku 

M. Dudington , Capitaine de Marine, t 
remis au Lord Germaine des dépêches du 
.Général Howe , datées du 7 & du 8 Juin , par 
lefqueUes ce Général l'informe que les trou- 
pes fous fes ordres font embarquées , & qu'elles 
n'attendent qu un veiit favorable pour re- 
prendre leur navigation. 

Il ajoute qaa'un vaiffeau chargé de muni- 
tions d'artillerie , nommé le Hope > a été pris 
dans la baie de Bodon. 

Il venoic aufïi d'être informé que quel- 
ques bâtimens de tranfport , avec des mon- 
tagnards 9 étoient arrivés à l'entrée du port 
où l'on efpéroit qu'ils pourroient tous en- 
trer le lendemain. 

Le Roi a donné l'ordre du Bain au fieur 
Guy Carleton , Capitaine général & Gou- 
verneur en Chef de la Province de Sa Ma- 
jeâ:éj de Ç^uebec, Général ^ Commandanç^ 



êtt Chef de toutes les forces de Sa Majefté, . .- -^ 
dans ladite Province & fur les frontières de 177^» 
celles qui Tavoifinent» jVïai 

Le Général Major Haldimand, qui a fervl Juin." 
avec beaucoup de réputation pendant plus & 
de vingt ans dans l'Amérique Septentrionale, J^^^^^^s 
eft nommé Infpedeur général des forces de 
Sa Majefté dans les Ifles des Indes Occi-i^ 
(dentales* 

Extraie d^unc lettre du Sound de Plimouth , 
du 7 Juillet, 

Nous avons mis neuf jours à venir de 
Portfmouth ici ^ où nous fommes arrivés hieç 
6. Nôtre flotte eft de 66 voiles ^ fous les 
ordres du Di^moni , Capitaine Fielding, ô£ 
de deux autres frégates. Nous avons à bord 
4,yoo Heflbis, loco foldats de Waldeck,' 
quelques centaines de recrues Angloifes &: 
J2000 chevaux de bagage. 

Le Chevalier Jean Hamilron > Capitaine 
du vaiiTeau de guerre VHedor , ayant été 
élevé à la dignité de Baronet de la Grande-- 
Bretagne 5 a eu l'honneur de baifer la maia 
de Sa Majefté à cette occafion* 

Cet Officier eft le troifieme fils de M, Jeatï 
Hamikon du Comté de Kent, branche cadette 
de la maifon d'Abercorn. il eft entré dans 
la marine en 1740. Il eft très -aimé des 
matelots. On en a la preuve dans la prompti*- 
tude avec laquelle s'eft faie foa dernier a^i 
Cernent, 



tSo Affaires de l'Angleterre 

^. ^ Le 8 Juillet , le Comte de Sandwich s'eft 

^'. * r^ndu à Deptford où il a vifité les ouvriers, 

fj'^ les chantiers & les vaifleaux en conftruâion. 

& Le p , il a été à Woolwich pour le même 

Juillet, objet, & le lo il a rendu compte à Sa Ma* 

jefté de l'état de ces deux ports. 

Il a été palTé au grand Sceau une commiiîîon 
conftituanc M^ Henri Strachy , Secrétaire 
de la Commiflfîon Royale , nommée pour 
rétablir la paix dans les Colonies de l'Amé- 
rique Septentrionale, & pour y accorder 
le pardon Royal à ceux des fujets , qui > 
rentrant dans leur devoir , feront jugés di- 
gnes de la clémence du Roi. 

Les Tifferands de Warminfter , Frome & 
quelques autres Bourgs, s'étantrafîemblésavec 
ceux de Shepton-Mallet y ont caufé le lo 
Juillet , une violente émeute qui auroit pu 
avoir les .plus funeftes . fuites. Ces Artifans 
étoient mécontens de ce que les fabriquans 
de drap avoient fait cunftruire lians la dernière 
de ces places une machine pour hâter la fa-; 
■brication , des draps ^ prétendoient qu'on.- 
les privoit par là d'une partie de leur fa-- 
Jaire. Ils s'attroupèrent , détruifirent cette 
machine & commirent p^ufieurs autres excès, 
qui obligèrent les Magiftrats d'appeller àleuc 
fecours les troupes réglées. CeHe-ci tirèrent 
furies mutins & ne les difperferent qu'après 
en avoir tué un & bleffé 5 à 7. Les Artifans de 
cette Capitale fe font auiîî attroupés & ont 
çxigé qu'on augmentât leurs falaires, mais 
lieureufçruenc U n'y a point eu de ftng 



ET bel'Ami^iiique. rSi^ 



répandu & les Juges de paix font parvenus 177(5* 
à appaifer les mutins. -^ - 

La lettre fuivante, écrite par le fieiir Juin 
Wright , propriétaire du bâtiment le Harriot , & 
au Diredeur des Marchands faifant le com- Jiiill«t«i 
merce des Ifïes de l'Amérique , nous a para 
mériter d'être placée dans ce recueil où elle 
fera un monument de l'humanité avec laquelle 
font accueillis , chez les Efpagnols , les An- 
glois malheureux qui n'y vont poiiit pour frau- 
der les Icix, 

Monjieur y 

» Je me crois dans îa nécelîîté indifpen?- 
fable j en ma qualité de Propriétaire du bâ- 
timent le Harriot , d'informer le Comité des 
Marchands des Ifles Américaines, desfecours 
& des honnêtetés de toute efpece que le Ca^ 
pitaine Mil! a reçus à la Havan^e pendant 
le tems qu'il y a paifé pour réparer fon bâ- 
timent , allant de la Jamaïque en Angleterre; 
.Voici les détails de ce fait qui mérite d'êtrs 
rendu public. 

Le 28 Odobre 1775*» à trente-fix lieues 
fous le vent de la Havane, le bâtiment fie 
eau avec tant d'abondance que le travail 
continu de deux pompes ne pouvant i'épui- 
fer , le Capitaine , à tout événement , réfo- 
lut d'aller à la Havane , quoiqu'incertain d'y 
être reçu. Il parut le 2^ à cette rade. Se 
aufTitôt le Commandant Don Jean- Baptife 
Benaell envoya un Lieutenant à fon bar4 



11-^2 Affaires dex'Angleterr^ 
«*_-.pouî Tinformer qu'il trouveroic dans TWé 

1770". tout ce dont il pourroit avoir befoin. Le 
Mai Capitaine Mill fe rendit chez le Comman- 

Juin dant , qui ordonna aux Charpentiers & aux 
f^ autres ouvriers d'aller travailler fur le Harriot 

(Juillet, pQqc la moitié du falaire ordinaire ^ & lui 
lit donner tout ce qu'il demanda au même 
prix que paye le Roi d'Efpagne. Un Lieu- 
tenant reçut ordre de refter conftament à 
bord & d'y veiller à ce que les Ouvriers 
liffent leur devoir. Le Commandant lui-même 
s'y ed rendu, tous les jours pour voir fi l'on 
n'avoit befoin de rien : le Capitaine Mill a 
leçu les mêmes politelTes du Gouverneuc 
qui a envoyé à bord un détachement de la 
garnifon pour empêcher que dans le déchar- 
gement Ôc dans le chargement de la car- 
gaifon il n'y eût aucun effet détourné. Enfin , 
le Capitaine Mill n'a pas moins à fe louer 
de deux Marchands de ce port qui lui one 
ûuvert leurs magafins pour y dépofer fes 
marchandifes , tandis qu'on travailloit au bâ- 
timent. Indépendamment de cette facilité , 
ils lui ont de plus avancé, fans aucun in- 
térêt , 3,300 piaftres pour payer fes dépen- 
fes, & ils fe font contentés de fes fimples bil- 
lets à vue. Ces Corn merçans, bien dignes 
d'être connus, s'appellent , l'un , Don Jérôme- 
Emile Guercy , é^ l'autre Don Manuel-Félix 
Keifch. Le navire a paffé neuf femaines à 
îa Havanes &: pendant ce féjour, le Coxsl'* 



ttiandant &c le Gouverneur ont fouvent in- j^^'< 
mité le Capixaine Mili à dîner avec eux. „/•' 

' IVlai 

Je (mis y &C*. Juin 

John Wright. , ? 



Î.C lo Jidllec 1775. 

Copie véritable de la lettre ^ 

James Allen , Secrétaire 

Comme Ton a changé la peine d'être tranf- 
porté en Amérique en celle d'être employé 
à des ouvrages publics fur la Tamife , la 
Secrétairerie d'Etat a fait informer la Magif- 
trature le 1 1 de ce mois , q^ue l'entretien 
des Félons condamnés à ces travaux ne fe- 
roic point à la charge des Comtés , mais qua 
le Gouvernement y pourvoiroit. On conf- 
truit aduellement fur un nouveau modèle à 
Woolwich & à Deptford des bâtimens ex- 
près pour y mettre des Forçats. Ils rie font 
pas fi plats ni fi ouverts que les allèges. Les. 
malheureux, que l'on y tiendra^ n'auronc 
d'alimens qu'hantant qu'il leur en faudra, 
pour foutenir les travaux : perfonne ne fera 
admis à les voir que du confentemenc des; 
Infpedeurs : & , fi quelqu'un ofe leur pro- 
curer le moindre foulagemenc ou rafraïchif-^ 
fement, il encourra une amende de 4c» 
shelings. M. Duncan Champbell a été nom* 
mé k II Gouverneur de cet Etabliflèmenr^' 



Juiilexi 



^§4 Affaires d^x'Angleterrk 

* »•• ' Le Roi ayant terminé les revues de fe? 

3^11^* troupes pour cette année : les diffère n s corps 

IVIai font retournés à leurs quartiers refpedifs ; 

^^^^ les Officiers ont reçu ordre de rendre leurs 

-• .jî régimens complets , pour qu'on puifle en tiret, 

des détachemens au befoin. La Régence de 

TEledorat de Hanovre , doit auffi tenir fes 

troupes fur le pied complet , & lever des 

recrues pour les bataillons Hanovriens qui 

font en garnifon à Gibraltar ôc dans l'Ifle 

de JVlinorque. 

Le lo , au foîr, on a dépêché un Mef- 
fager à Plimouth avec ordre aux vaifleaux 
de guerre & aux bâtimens qui ont à bord 
des troupes étrangères , d'en faire voile pouc 
l'Amérique Septentrionale, aulîitôt que le 
vent le permettroit. 

Le Roi a nommé le Général Harden * 
berg pour être Commandant en Chef des 
troupes Electorales de Hanovre, à la place 
du feu Baron de 5porken, 

Eut général dss forces de la Grande-U^etagne J 
en 1776. 

BÈGIMENTS; 

Cavalerie. 

^/f«je ^e leur* 



Qxk Br۔agne. 




St BE i'Améri^uI. i?/ 



Infanterie, j^^^^^. 



ïrlanae î ' ' ' ' n ^ '.n^' ^'''^'"' * ' * ' ' ^ * " ' 1 776^. 

ti4> 18, Dragons. * I 1^* 

Aménc]ue 15,17, ditto. m2.t 

Juin 
& 

C/in r Trois Rcgîmens de Gardes, 7 bataillons, 
) I." 2 bataillons, 2 , 13, 18, 25 , 48, 50, 
Cr. Bretagne. 20^ 59 , 65 , 69, 70 , & 41 d'Invalides, avec 
/ 26 compagnies d'Invalides. 

Irlande 9 3 > ii , 19 , 30^ 3i 1 36, f><î, 67, 6è. 

Gibraltar.. .. 7 I2»39,56, 58, &3 bat. d'Hanovriens. 

Minorque. . . 4 51,61, .....& 2 dito. 

Jamaïque. . , 2 i.^*" & j.n^c bataillons du tfo^erégîment* 

Antigue. ... I 2*'ne ........ ditto du (îo.mc ditto. 

Sr. Vincent., i 4.»n« ........ ditto du 6o."ic Jitto. 



Amérique.... 



Artillerie. 

Comft 

Gr. Bretagne 17 10 faîfant le fervice & 7 Invalides, 

Amérique... 15 14 ditto, ■.•,..,• & i ditto. 

Gibraltar. ... 5 ditto. 

Irlande 4 ditto. 

Minorque. . . 3 di«o% 

44 




,«77^. 

Mai 
Joln 
& 



îîS Affaires DE L'AKôLETiERRS 

État des forces en Amérique* 
CORP S» 



Ctmptandfy 



Fufi- 
heri. 



Général 
Kowe. 



i^, 17, Dragon;.' é* ••• ^28 

Gardes .......••• i>ooo 

4> 5> <îi 10, i5, 17, 22 
ZJ, 27, 28, 35 > 38 , 40» 43 
44. 45 > 4<î. 49 > 52 , 55 > <î3 , > 12>îi0 
64, de 10 compagnies chacune, 
j Ôc 560 fudliers. 

42 , ou Royal Réginxent de 
Highland. *' 

71, ou RéguTîenc d&- Frafer , 
ditco , 2 bataillons. > • 

Artillerie , 6 compagnies— ..... 

Marines , 2 baraillons. ...«.«•• 

HefTois .,••... 

Dirco Arcilleiie. . « . • t • # . t • • « • • 



. 31,') 

pagn. S 



Géncraî 
CarletcMi. < 



S, 9, 20,. 21 , 24, 29 
53 , 47 > 53 , <ï2 , de 10 compagn 
chacun , & 560 fufiliers 

Artillerie , 6 compagnies. . 

De Brunfwick. • . . • 

Ditto Artillerie., 

De Hanau , . . , 

Ditto Artillerie 

De \(^aldeck 

Dico Artillerie. • • • 



29,304 



6ii6o 




Total; 

Oficiepm 

compris» 

984 



i4»23-ç 



1,0 ro 


ï,i5t 


2,000 


2,29» 


414 


48<f 


I»CCO 


1,17s 


10,303 


12,579. 


429 


58» 



10,745 



jcneral f 15 , 33 , 37, 54, 57, de 10 7 
Clinton. < compagnies , &: 560 fufiliers.... 3 2, S 
. (^)i C Artillerie, 2 compagnies...... i 



compagnies»! 



,Soo 
13s 



34,5^4 



48^' 

4,27» 

16 

658 

12S 

14- 



13,377 



2,938 



3,23î 

16Z. 

3,297 



[_^ a fl ] Voici la même diftribution fuivant le parti de TOp- 
poUHion: , 

Général Howe 2 2,coo hommes 

Carieton., , 8,000 

Clinton , , 4,000 

Tl faut rabattre de ce nombre fix mille qui fonç retenus patt 
le vent à Plymouth. 



JBT DE l' Amérique. 1^'f 



Sous le Général Howc...... 29>304 

Carleton... 10,746 
Clinton..** 2,93^ 



Total des fotccs en Amérique 



42.9^8 



34>6i4 

U,377 
3,397 



51,388 



Indépendamment des 14 compagnies d'artîlletîe Angloife em- 
ployées en Amérique , il y a une compagnie d'artillerie Inva- 
lide à Tcrrcncuve, de 53 hommes. Une des fîx compagnies 
que l'on a dit fervir fous le Général Howe , eft encore à Pen- 
facolaj Se la majeure partie de deux des fix compagnies que 
l'on a dit être fous le Général Carleton, eft à prefent déte- 
nue prifonniere par les Rébelles , ainfî que les fept & vingt- 
fixieme régiment d'Infanterie , dont il n'eft pas fait mention 
ci-deffus. On n'a pas porté non plus fur cette lifte le quator- 
zième régiment , parce qu'il eft difperfé. Comme chaque ré- 
giment d'Infanterie au fervice de l' Amérique , a laifTé deux de 
fes compagnies pour recruter , on n'a calcule dans l'état ci-deflUs 
les régiments que fur le pied de dix compagnies. 



f Cavalerie 
Dans la Grande - Bretagne < Infanterie i 

(, Artillerie 




Jerfey & Cuernefey. 
Irlande. • • * • 

Gibraltar, v • . 

Mînorque. » * » 

Jamaïque. • • • ' 
Antigue. • • . 
Saint Vincent, &e. . 

Amérique, comme d-deflus . • 



■{ 
■{ 



Cavalerie 
Infanterie 
Artillerie 

Infanterie 
Artillerie 

Infanterie 
Artillerie 



1,750 ") 

6,oî3 S 

210 J 

Î,33I 7 

1,904 \ 
16$ i 



lg,22$ 



4i<S 



S,21t 



3,5o^ 



2,0()5( 



. Infanterie. 
. Ditto. 
• Ditto, 



• 1,355 

^77. 
677 
• 51,38$ 



177(5, 

Mai 

Juin 

& 

Juille(j 



Total 



85,528 



/i82 Affaires OE l'ângletbrr® 

RÉGIMENTS. 

t^ans les pays étrangers. En Angleterre G* Irlande. 



Leurs 

pojîes 
actuels. 



Amer. 
Amer. 
Am^r. 



52, , 

14, ^ Irland 

10, i5 , 25. J 

Bret. 

Irland. 



Gibral. 



y Minor. 
1 Gibral. 

< Amer,. 

■*i Janiaï. 

Anù. 



1775 



1775 



177s 
1776 



Régiments. 







51 , <ïr. 
i.c bat 

2«me bat 



I 

Amer. ^ 



Î5 » 49 , 53 

22 ,40,44, 
4S>i7> 27, 
28.45, 55. 



Bret. 
Irland. 

Irland. 
Irland. 
Bret. 

,t.5o. 5^"^^"^- 
Bret. 
Irland. 

Bret. 
Irland, 



Régiments. 



3, II , 57. 
19 > 30. 



32. 
£6, 65. 



Amer. 



15,33, 37, 
54 

20 

5 3,52. 



Irland. 



Irland'. 



Amer. 
Amex. 



,33, 37, \ 

> 57, 9, C 

, 24, 34, ) 

. , 52. I 

21,29, 31 , } 

42 & 71 » f Bret. 
2 bataillons, j 



erie . 



Caval 

17 Dragons. 
i5 Dragons. 



Irland. 
Bret. 



58. 
78^ 



i.c»" bat. 
I, 2, 59. 

2 me bat. 
13 , 25. 

18 ,59555 

48. 
50. 

41. 



Leurs 

pojîes 

aduels. 



Leurs der-^ 
niers pojîes^ 
au-delà des 



mers.. 



Irland. 
Irland. 



Irîand. 
Irland. 

Irland. 
Bret. 



Bret. 
Bret. 



Bret. 

Bret. 
Bret. 
Bret, 



Minor. 
Gibraltar. 



Se Vînc. 
Jamaïcjue 

Grenade. 
Grenade. 



Gibraltar. 
Miaor. 



Amer. 

Grenade. 

Jamaïque 



E3Bjjj]Tn%TPSMBWC^BP?' 



OBBB 



ET DE L'ARléRIQUE. iS^ 



iJombrz des Troupes étrangères comprifes dans inng^ 

le tableau ci - dejjus. Mai 

■^ Juin 

H E s s O I s^ & 

Juillet/ 

3^tms des Réghnens» Nombft d'hommtSs. 

Gâ^rdes ». • 800 

Prince Héréditaire • *. 800 

Prinœ Charles. . . .' .'. . . • . . , 800 

Wutgenau '. « 800 

Dutfurth • • . . 800 

Donop.» .••.•.••••..... .* 800 

Lofberg. .,••..... .';';i'i.; . . 800^ 

Kniphaufen .•..•.•....•... 800 

Trimbach.^.* 800 

Mirbach ...••• 800 

Rail 800 

Stein • .-• ...,;. . , • 800 

Wifbach. ......... iV?vi>.. 800 

^ ' Huy ne V' w ; i^ . ■ .'* i • '\^v^W'. t^ ; . 800 ■ • ■ 

Bunau •,..* ..^ •'. . • ifvvv^*;^. . • 800 

Total des Hejfois. 12000 

Du Prince Héréditaire de HefTe.» 66S, 
Du Duc de Brunfwick, 

Infanterie. «....•.•< 3>9^^ \ 7În.ij"5 

l^^valerie à pied. . • • • 33 <^ ) 4>3^^ 

Du Prlncs de Waliech 



ipo Affaires bs l'Angleter^^k 

;^77^» État'Major de Varméc du Roi en AmitiquU 

JVIaî 

Juin G EN É R A U Xo 

& 

Juillet, Carlton, premier Juillet 177^, 
Howe, ditto. 

LlEUTENANS-GéNÉRAUX; 

1.60. de Hefter , 23 Odobre 1772. 

Clinton , premier Septembre I77y. 

Burgoyne , ditto. 

Kniphaufen , 22 ditto. 

Comte Perçy., premier Janvier 177^^ 

Lord Cornwallis , ditto, 

MAJORS-GéNÉRAUXi ^ 

. iTrombatcIî,. 10 M^i 177p. 
Jean. Dan. Stun,22Mai 1772. 
iWirner Dr. Miçbath , 24 ditto. 
Martin Conrad Schmitt , 2^ Oâobrç 1775J 
Eyre Maffy , premier Janviei: ljj6t. 
John Vaughan , ditto. 
Pigott, 
jVàl. Jones, 
James Grant. 
Phiilips de l'Artillerie; 
Prefcott. 
Brupfwickois. • • 

Ajoutez à cet Etat général des Troupes 
Angloifes près de trois mille hommes do 
foldats dç ^ayin^ Ç^ -Amérique , çmpîoyé^ 



ET DE L'AMéRIQUH. tpi 
«coîïime troupes de terre , Ôc en Afrique trois , 
bataillons, <:hacun éc aoo hommes, aux innC^ 
ordres du Colonel O-Hara. 

Ce Colonel cft parti avec un de fes ba- 
taillons pour les Ifles Bermudes , fur la 
nouvelle d« l'expédition de l'Américain 
Hopkins <lans les Ifles Lucayes. 

^lEtat âtsvûijfeaux de guerre Angle is qui fe trouvent 
^duelUment dans VAmirique Septentrionale 6* dû 
seux qui font partis depuis peu pour s]y rendra 
( z Juillet 1776m) 



Mai 
Juin 
& 
Juiiieq 



Vû\£iMnt» Cwons^ Cofîtawtt, 



Jersey. . . ♦ 

Eagle. . . é 

ïrefton*-. .« 
Centurion. , 
Chatham. . . 
Experiment. , 
Rénown. . , 
Roraney. . , 

îfis 

Briftol. . . . 
Piiœnix. . , 
R^buck. . . 
Rainbow. , , 
Emeraïa. . . 
Brune. . « . 
Nigec .... 
Juno, .... 
Flore. , . ,,, 
Blonde. « . , 
PearL . . , ♦ 
Milfora. ... 
HiverpooL . . 
Syrene. . . . 
Greyhound. . 
f^rbere. ^ 4 



64 Vandeput, , « 

60 Halfted. . . . 

60 Howc. .... 
CommiîTaire 

50 Hotham. . . . 

50 Brakwaic. . , 

50 Thompfon. . 

50 Kecler. .... 

50 Francis Bancs., 

50 Anfe Montagiu 

50 Douglas. . . , 

50 Parker. . . . 

44 Mortis. .... 

44 Hammond. . . 

44 Collier. .... 

3Z Caldw^el. . . .. 

32 Ferguffon, . . 

3 2 Talboc . . . 

32 Dalrymple. , 

32 Collier 

32 Pownal., -. , . 

32 Wilkenfon . . 

28 John Burr. . 

28 Belleuw. . . . 

28 Fourneaux. • 

28 Dickenfon . . . 

4^ Sf^Qns* > «. « * 



Dates àt dipatt* 

?4 Odobre lyyf* 

7 Mai 1776. 

8 Mai 1776. 

7ditto. 
30 Septembre 1775^ 

20 Octobre 1775. 

24 Septembre I77JW 
f4 Septembre 177S5 

2 Avril 1776. . 
7 Mars 1775. 
13 Février 1776'. 

25 Septembre 1775*' 

5 Septembre 1775» 
7 Mai 177^-. 

7 ditto. 

7 ditto. 

24 Septembre ï77|]4 

4 Avril 1776. 
29 Avril 1775» 

4 Avril 1776. 

8 Avril 177^5. 

21 Janvier 1775'. 

1 j Septembre ï77fjt 

22 Qâobre 1775, 

6 Avril 1776. 
j Aoûçi^^f^ 



•t^2 Affaires DE l*Angleterrik 



xii6. 


Vaijfeaiix, 


Canons» CapUahei. 


Dates de départe , 


Carysfotd. . 


,i . 28 Fanshaw. . . * 


8 Avril 1775. 


IVIaî 


Orphée. . . 


28 M'bridge. . . . 


30 Ôdobre 177Î. 


Juin 


.Aaéon. . . 


28 Atkiiis. '..,.. 


Xi iFévri-r 1776. 


& 

JuUlet. 


Solebay. . . 


28 Obrien 


13 Février 1775. 


Lyfard. . . 


i 28 Hamilton, . . * 


premier Septexn. 1775^ 


Mercury . . 


, 24 Macartney. . , 


6 Mars 1774, 




Dealcaille. » 


24 Chads. ..... 


19 Mars. 1775. 




Fowey. . . 


24 Montagu. , , . 


18 Mai 1772. 




Hina. . . . 


24 M'acvercy, . . ♦ 


14 Oaobre 1774. 


- 


Scarborough. 20 Berkeley. . . . 


24 Odobre 1774. 


. 


. Glafgow. . 


. 20 Moltby. .... 


27 Novembre 1770^ 




Otter .... 


20 Squires. .... 


20 Mai 1775. 




Kofe . . * . 


, 20 Wallacei. .... 


12 oaobre 1774» 




Lively* . . . 


, , 20 Bishop 


16 Avril 1774. 




Merlin. . . 


lî Bufnaby .... 


20 Mars 177J. 




Falcon, . , 


1 8 Lindfay 


20 Février 177;» 




Tamer. . . 


18 Thornborough. 


14 Juin 1772. 




Kingsfisher. 


1 6 Montagu .... 


iS Juillet 1770» 




Canceaux. . 


i5 Moat 


24 Avril 1775. 1 




-•tiunter. . . 


12 - 'Mackenfxe. . . , 


10 Juillet 177J, 




Cygnet. . . 


12 Finch , 


2 Avril 1775, 




Sénégal. . . 


, , î2 Luddington. . . 


16 Avril 1775» • 




Nautillus. . 


12 Porter 


12 Avril 1775, 




Raven . . , 


10 Rice. . . • . . 


8 Juillet 177^» 




' Scorpion. . 


10 Edouards. ... 


7 Avril 1775, 




Swan» . . , 


10 Aifcough. . , . 


18 Août 1775. 


' 


Ranger. . . 


8 Roger 


2^ Mars 1775, 


« 


Savage. . . 


8 Bromedge. , . . 


IS. Aoûï 1774* 




Gafpée. . . 


Goélette. Huter. » . , , , 


■ ■ ', 




Halifax. . 


Goélette. Nun. ...,., 






Saint-John. Goélette. Granti 






Cheroquée, 


. Goélette. FergufTo'n. . . . 






Diligent. . 


, Goélette. Knîght. .... 


'' 




Hope. . . . 


, Goélette. Dawfon. , , . 






Magdeleine Goélette. CoUins. , . . , 






Strombolo 


.Brûlot. Phipps. ... , 


7 Mai 1775. 




Çarcaff. .. 


Bombarde^ Read. ..... 


7 Mai 1775. 



Quoiqu'il paroifle, diaprés les tableaux 
iqu'on vient de voir, qu'il y auroit adtuel- 
Jement , outre les Gardes , dix régimens 
d'Infanterie en Angleterre , il eft certain que 
ce jje fonç que des ^égiinens fui: le papier , 

& qu\ 




AFFAIRES 

DE L'ANGLETERRE 
Et DE L'AMÉRIQUE. 



vCSSES 



LETTRE 

Vun Banquier de Londres , à ikf. * * * 
à Anvers. 

De Londres le 21 Février Î778» 

^^ u A T R E jours fe font écoulés , Monfieur ; 
<3epuis que Milord North s'eft ouvert à la 
ration des grandes chofes qu'il compte faire 
pour le rétabliflement de la paix; & ce-i 
pendant il ne s'eft fait encore aucun mouve- 
ment dans les fonds qui annonce que le pu- 
blic y mette quelque confiance. Vous con- 
viendrez que le crédit devroit être remonté 
au moins au taux où l'avoient porté les 
premières nouvelles de la prife de Philadel- 



§ Al^jf AIRES DEL'AnGLETERKE * 

phie ; & comme cette haufle n'efi: point venue 
au moment où il étoit naturel de l'attendre» 
c'eft-à-dire, l'inftant d'après que les projets 
de Milord North ont été connus , vous 
^l'attribuerez furement qu'aux manœuvres 
zniniftérielles les foibles efforts que le crédit 
paroîtra faire pour fe relever lorfque ce Lord 
leraprêt d'établir l'emprunt pour le fervice de 
l'année courante & pour la quatrième cam- 
pagne. Comme il ell très-probable , d'après 
les raifons que j'ai déduites dans ma der- 
nière lettre & fur-tout par l'engourdiflemenc 
où reftent les fonds , que les propofitions 
de paix feront rejettées , de que la guerre 
continuera avec le même acharnement, je 
crois que ç'eft le moment de rappeller à 
tous ceux de qui l'Angleterre attend des fe- 
cours pécuniaires , tant chez elle-même qu'au 
dehors , l'extrême danger qu'ils courent s'ils 
fe laiflent tenter à l'appât qu'elle va leur 
préfenter. Ils en verront tout le néant dans 
les trois écrits que vous allez lire. 

N^. I. Aux PoJfeJJeurs de fonds Anglois en 
Hollande» 

C'eft à vous , que j'écris Habitans de la 
Hollande & des autresProvinces- Unies- Vous 
êtes tous mes compatriotes, & quelques-uns 
d'entre vous font mes amis. Vous avez prêté 
trente millions fterl. à la Grande-Bretagne; 
}a Nation qui vous doit cette fomme doit 



E T D E L*A M É R I Q U E. lî 

près de quatre fois autant à d'autres , & cft 
eujoard'hui à la veille de faire banqueroute 
& de fe ruiner. Il y a (a) un an que vous 
paroiflez convaincus de l'infuffifance de fes 
furetés , & que vous avez piis fagement le 
parti non- feulement de ne plus rien lui prêter , 
mais même de vous défaire piomptement des 
divers intérêts que vous avie2 dans les fonds 
Anglois , & en prenant garde de les faire 
baifïer trop rapidement, J*ai approuvé votre 
réfolution & j'ai gardé le fîlence» Mais je 
fais qu'aujourd'hui il y en a parmi vous qui» 
ne connoiflant point d'autre moyen de placet 
leur argent j ont recommencé à le rifquet 
dans les fonds d'Angleterre, & qui pour l'ap- 
pât d'un intérêt paiïager s'expofent au rifque 
de perdre leur capital. Il eft donc de mon 
devoir de vous prier de fonger férieufement 
à la véritable fituation de la Grande-Bretagne» 
Au commencement de l'année 1772 , les 
annuités confolidées d'Angleterre à trois pout 
cent ne valoient que foixante trois pour cent 
(près de quatre pour cent moins que leur prix 
aduel) & cependant la Grande - Bretagne 
. étoit alors au comble de fa gloire : fon 
commerce & fes vidoires s'étendoient dans 
toutes tes parties du globe: fa dette publique 
n'étoit rien en comparaifon des fommes pro- 
digieufes où elle monte aduellement : & elle 
n'avoit perdu ni n'étoit à la veille de perdre 

11 - - ail— M«ii - M il I I I I . I. ■ ■■ r illl r .fc^jàNWÉÉMi^-iÉ— . I«l ■ l aH i 

"^ la 2 Lors de Temprunt de ï777f 

aij 



5v A F^ A î iR E s D E L' A N G L E TERË» 

aucune de fes pofleflions de Tlnde ou dB 
TAmérique; tout au contraire", elle avoit fait 
d'importantes conquêtes fur fes ennemis , & 
elle pouvoit s'affurer de la paix en rendanc 
feulement une partie de ces conquêtes. 

Mais quelle eft aujourd'hui la pofition de 
la Grandes-Bretagne? De quel accroilTement 
de profpérité nationale jouit-elle pour que 
fes fonds aient encore un peu plus de 
valeur qu'en ij62 ^ P<)ut avoir per- 
fide dans fon aveugle entêtemeftt, elle s'eft 
attirée des calamités infiniment plus grandes 
qu'aucunes de celles qu'elle eût jamais éprou- 
vées dans les guerres précédentes. Elle a irré- 
vocablement perdu prefque toutes fes vaftes 
poflefTions dans le continent d'Amérique, 
rlus de trois millions d'hommes qui avoicnt 
été tendrement afFedionnés à fon gouverne- 
ment, & qui avoient toujours pris les armes 
de concert avec elle , fe font révoltés & com- 
battent aduellemen-t contre elle. Non- feule- 
ment elle a perdu leur affeâion , mais elle 
a provoqué leur haine au dernier degré. 
Non-feulement ^Ue n'a plus le monopole de 
tout leur commerce (qui lui fapportoit un 
profit net de deux millions par an , & qui 
avoit rendu fes armes triomphantes pendantla 
dernière guerre) mais encore il lui eft impol- 
fible de conferver la plus petite partie de ce 
commerce, & elle n'eft pas même en état de 
protéger le commerce de fon Ifle, 

JLes armes ôc le commerce de l'Amériqus 



E T DE l'A m é r iQ:Vt: f 

cjmétoîent le principal foutien delaGrander 
Bretagne, font aduellement employées con-i 
tre elle. Depuis trois ans elle met tout en 
ceuvre pour foumettre les Colonies-Unies , 
mais tous Tes efforts n'ont fervi qu'à lui faire 
prodiguer fon fang & fes tréfbrs , & à con- 
firmer les Américains dans leur haine &: 
dans leur indépendance.A^i commencement de 
chaqueannée on nousa dit que la prochaine 
campagne des Anglois feroit la dernière , & 
leur fituation a empiré tous les ans. Cependanc 
l'Angleterre perfide avec opiniâtreté dans ce 
fyftême de- ruine Se de de(l:rudion,i»algré les 
offres fpécieufes que vous la voyez faire aujour- 
d'hui. Tout le monde fait que fans l'Empire^& le; 
commerce des Col o ni es ^ Unies , là Grarwie- 
Brecagne ne peut payer ni les intérêts , ni le 
principal d-e fon énorme dette; & tout homme 
éclairé eft^convainco-qu^ le3 Colonies font 
déjà perdues & perdues irrévmahlement pour 
elle. Sa dette nationale eft aétuellement montée 
à la fomme de cent cinquante millions Jierling^ 
Et bienrtot nous allons la voir emprunter, fans 
pudeur , fix ou fept autres millions pour une 
nouvelle campagne en Amérique en 1778-, qui 
fera auiïï infrudtueufe que les précédentes^ 
Semblable à un joueur ruiné qui a- perdu otL 
engagé tous fes biensaurdeffus de leur valeur » 
dans fon défefpoir elle hazarde l'argeat de 
tous ceux qui veulent lui en prêter s. fe ilat-- 
lant de regagner une partie de ce qu'elle: 
^ perdu. Mais vq^is mes compatriotes doa^ 



^ Affa^çes t>fe l'Ange eterbk 

la prudence & la circônfpeâtion font fi con* 
nues , confentirez-vous à fournir les fonds 
deftinés à continuer un jeu aufli extravagant? 
Voudrez -vous dans l'état d'épuifement où 
cfl: la Grande-Bretagne acheter fes adions 
à quatre pour cent au • deffus de la valeur 
qu'elles avoient lors même qu'elle étoit à 
l'époque la plus brillante de fes triomphes & 
de fa profpérité ? Ne ferezvous pas plutôt 
empreffés de faifir foccafion favorable qui 
fe préfente pour retirer le plutôt pofîibîe les 
capitaux que vous avez trop long-tems laifles 
dans des fonds aufli précaires que les fiens } 
Si jamais des calamnités nationales peuvent 
faire bailler les fonds Anglois , ils doivent 
erre aftuellement au dernier degré de difcré- 
dit , car jamais cette PuilFance ne s'eft trouvée 
dans une fituation auffi déplorable. Les an- 
nuités qui a en Î762, ne valoient qu'environ 
foixante pour cent, dans la crife a(5luelle des of- 
fenfes ne peuvent pas valoir même îamoitiéé 
Il eft tems mes chers compatriotes que 
vous ouvriez les yeux , & que vous ceffiea 
d'être trompés par les artifices, les menfon- 
ges , les faux expofés & les promeiTes trom- 
peufes que les Agents fecrets & les Ecrivains 
$iux gages du Minifière Britannique renou- 
vellent tous les ans. L'expérience a prouvé U 
tendance dangereufe de ces menées, La 
Grande-Bretagne s'avance à grands pas vers 
fa ruine, Elle a perdu la feuie bafe folide 
.de fa puiflançeôc de fappiprpéritçi or il fuvu 



ET DK L^AMéRIQUE; Vif 

tjcceflairement qu'elle fuccombe fous le poids 
énorme de fa dette publique» Prenez biea 
garde mes compatriotes de vous txouvei: 
enveloppés dans fa ruine. 

Tableau du crédit Angloîs^ 

Oaobre Odobrc Févrîçe 
177^. I77<5* 1777' 

^fiions de la Banque. . • 1431. 137. 118. 

Trois pour cent confblidés. 8p|-, 8zf, é8. 

La Banque étoit tombée à 117, & les 
trois pour cent confolidés à 6^, le 20 
Février , trois jours après que Milord Nof th 
eût fait dans la Chambre des Communes 
l'ouverture de fon p^et d'accommodenient* 

(sl) Lettre d'^un Banquier Hoîlandois,. 

En fait d'emprunts d'argent , le crédit d^um 
homme eft fondé fur quelques-unes des, 
conGdérations fuivantes, ou fur tomes en-^ 
femble. 

i.° Sa conduite par rapport à des em- 
prunts antérieurs , connue avantageufemenc 
par rexaâkude avec laquelle il s'eft acquitté. 



( tf ) Cette pièce a déjà paru fous un autre titre 
dans une Lettre du Banquier, N.^ XXîX. Maiat 
fon Correfpondant d'Embden a déiîré qu'il en fitufàge 
enç féconde fois , à caufê de diver(ês additions inté-* 
f efîantes q.ui fè, trouYent da.ns cette nouvelle . éàiÛQn^. 

& m 



yîij AiFBÀIRlS DE L'ANSLErTERRÊ 

2.^ Son application foigneufe & confiante 
dans fes affaires. . • 

• 3.° Son économie dans fes dépenfes» 

4.° La folidité de fes fonds établie pac 
la bonne nature, le bon état de fes biens 
3ç leur libération de toute dette précédem- 
ment contradée , d'où l'on çonclud qu'il a 
des moyens affurés de payer. 

5*,° L'expedative bien fondée . d'un ac- 
croilTèment dç richelTes par l'amélioratioa 
de fes biens, par leur augmentation en valeur , 
^ pat des fecours d'ailleurs. 

6*° Sa prudence reconnue dans la conduite 
générale de fes affaires , Ôc l'avantage qui 
îéfultera probablement pour elles de l'em^ 
prunt qu*il défire aâueîlement, 

7.° Sa probité reconnue & fa réputation 
d'honnêteté , rnife çn évidence par le paie- 
ment qu'il a fait volontairement de dettes 
qu'il n'auroit pu çtre forcé d'acquitter pai^ 
aucune voie. 

Les circonftances qui donnent du crédit 
à un homme en particulier , doivent avoir 
^ auront le même poids fur les prêteurs 
d'argent par rapport à des Compagnies ou 
à des Nations. 

Si donc nous confidérons 8ç nous con^- 
parons la Grande-Bretagne & TAmériquQ 
fous ces diflférens point de vue pour favoiç 
\ laquelle des deux il y a le plus de furçté 
è prêter de l'argent , nous trouverons : 
> .|.? A l'égard de? Qmpmnt? ai\téxieiir§i 



ï T D s L Am ÏR ï'^trR ÎJf 

iîjue l'Amérique qui avoir emprunté dix mil- 
lions fterling durant la dernière guerre pour 
l'entretien d'une armée de 25* mille homme3 
& pour fes autres dépenfes , avoic fidèle- 
ment payé 8c acquitté cette dette , de toutes 
fes autres dettes, fans diftindion en 1772: 
au lieu que la Grande-Bretagne, pendant ces 
dix années de paix & d'un commerce très- 
avantageux, n'avoit que très-peu ou point 
diminué fa dette nationale ; mais qu'au con- 
traire elle avoit aifoibli de rems en tems les ef^ 
pérances de fes créanciers par une diflfipation 
frivole & un faux emploi du fonds d'amor- 
tiflement qu'on avoit deftiné à l'acquittement 
de cette dette, 

2." A l'égard de l'application aux affaires : 
cju'en Amérique , tous les hommes (onc 
occupés , le plus grand nombre à la culture 
de leurs propres terres , le refte à la navi- 
gation , aux Manufadures & au commerce. 
Rarement on y rencontre un homme aififs 
l'oifiveté Se l'inutilité y font marquées du 
fceau de la honte: En Angleterre, au con- 
traire, cette efpece d'hommes eft dans un 
nombre immenfe : la mode l'a propagée de 
toutes parts. De-ià , l'embarras des fortunes 
particulières & les banqueroutes journalières 
produites par la manie générale du fafte & 
des plaifirs difpendieux. Et de là dérive juf* 
qu'à un certain point la mauvalfe adminiC- 
tratîon des affaires publiques : car Tha- 
d^s affaires ^ la capacité ne s'4C(juiaj:!î 



t Aff*atres DE l'Angletekrs 

que par la pratique; & lorfque la difîîpjr-* 
tion univerfelle éc la recherche perperuelie 
des amuremens font à la mode, la jeuneffe 
élevée avec ces goûts -là peut rarement ac- 
quérir par .la fuite cette attention patiente 
éc cette application confiante aux affaires y 
qui eft indifpenfablement néceflaire à un 
homme d'Etat chargé du foin de veiller au 
bonheur public: delà leurs fréquentes bé- 
irues en politique ; de-là , l'ennui au Con- 
leil d'état & la pareiTe à s'y rendre: la ré- 
pugnance continuelle à s'engager dans toute 
démarche qui exige de la réflexion & des 
foins: de- là encore, la propenfion à ren- 
voyer d'un jour à l'autre toute propofitioa 
nouvelle ; délai qui devient la feule 
partie dans laquelle ils acquièrent de l'ex- 
périence, parce que cette expérience eft le 
produit naturel d'une pratique fi familière; 
tandis qu'en Amérique les hommes élevés 
dans une occupation fans relâche à leurs af- 
feires particulières , s'appliquent avec une 
facilité d'habitude aux affaires publiques lorf- 
qu'ils s'en trouvent chargés ; & la négligence 
n'y fait manquer aucune affaire, 

3.® A l'égard de l'économie dans les dé* 
penfes , la manière de vivre en Amérique 
èù. généralement plus fimple & moins difpen- 
dieufe qu'en Angleterre: des tables frugales, 
des habillemens unis , des ameublemens Am- 
ples , peu de voitures de pur agrément. En 
Amérique , un air de dépenfe nuit au crédit-^ 



ET D E L'AMé R ï QUS, HtJ 

& c'efl: une raifon pour l'éviter. En Angle- 
terre , on fe monte (ouvent fur ce ton pour 
acquérir du crédit , & on y perfifte juïqu'à 
fe ruiner. Dans les affaires publiques la dif- 
férence eft encore plus grande en Angleterre, 
les appointemens des Officiers & les émolu- 
ïiîens des places font énormes. Le Roi a 
un million fterling de revenu , & encore 
pe peut-il pas entretenir fa famille fans con- 
trarier de dettes. Les Secrétaires d'état , les 
Lords de la Tréforerie , de l'Amirauté , &c. 
ont de gros appointemens : un Auditeur de 
l'Echiquier a , dit-on ,{]x fols par livre fterU 
ou un quarantième de tout l'argent que la 
nation dépenfe; de forte que fi une guerre 
cottte quarante millions, il y a un million 
pour lui. Un Infpedeur de la Monnoie a 
reçu pour fes droits , dans la dernière refonte 
des monnoies , foixante-cinq mille livres fterl.* 
dans une année : rétributions auxquelles tous 
les fervices que ces Meflîeurs peuvent ren- 
dre au public ne fauroient jamais équivaloir, 
Tout cela eft payé par le peuple , qui , éciafé 
par les taxes qu'il faut impofer pour y four- 
nir , eft d'autant moins en état de contri- 
buer au paiement des dettes nécelTaires de 
la nation, 

- En Amérique , les falaires , îprfqu'iîs font 
indifpenfables , font extrêmement modiques; 
& même la plupart de$ affaires publiques 
font gérées gratuitement: l'honneur de fer<&ir 
U patrie digaem^nj: ^ fidelemeîit eft réputé 



Mj Affaires DE r^AKGLETERKii 

fuffifant. L'efprit patriotique exifte véritable- 
ment dans ce pays & y produit de grands 
effets : en Angleterre , il eft unive$fellemenc 
regardé comme un être de raifonj & (t 
quelqu'un y prétend , on fe moque de lui 
comme d'un fot, ou Tan s'en défie comme 
d'un fripon. Les Comités du Congrès qui: 
forment le Bureau de la Guerre » le Bureau 
de la Tréforerie , le Bureau de la Marine , 
celui poux la reddition des comptes , le Bu- 
reau des affaires étrangères pour proçureu 
des armes , des munitions , des habiHemens, 
^c. tous gèrent les affaires de leurs départe^* 
lïiens refpedifs fans aucuns falaires ou émo- 
lumens quelcanques ; quoiqu'ils y donnent 
.beaucoup plus de leur tems qu'aucun Lord 
de la Tréforerie ou de l'Amirauté , en Aur 
gleterre , n'en pourroit prendre fur fes plaifirs. 
• Un des derniers Minières d'Angleterro 
comptoit que toute la dépei>fe des Améri- 
cains , pour le gouvernement de trois mil-^ 
lions d'hommes j ne fe montoit qu'à foixanto 
& dix mille livres par an; & il en tiroit 
Ja conclufion qu'ils dévoient être taxés juf- 
qu'à ce que leur dépenfe fut proportionnée 
à ce qu'il en coûte à la Grande-Bretagne 
pour en gouverner huit millions. Il n'avok 
pas d'idée que l'on pût rétorquer fon argu- 
roent , & en tirer une conféquence toute op- 
pofée, favoir que (î trois millions d'habitans 
peuvent être bien gouvernés pour foixante 
§c dix mille livrçs ,. gn peut également bier^ 



tef DE L^AMéKtQÛfi. XÎî^ - 

,§ouverner huit millions de citoyens pout 
le triple de cette fomme; & partant qu'il 
feroit poflible de diminuer la dépenfe de fort 
gouvernement. Dans cette nation corrompue 
perfonne n'eft honteux de prendre des inté- 
léts dans les affaires lucratives de l'adminiC- 
tration ; où l'argent du public eft finguliere- 
jnent mal employé & prodigué , le tréfoc 
pillé & les taxes impofées toujours plus nom- 
breufes & plus pefantes : ce qui aggrava 
iopprelîion du peuple; & comme la guerre 
offre la perfpedive d'un plus grand nombre 
de femblables affaires , c'eft un motif pouc 
beaucoup de gens de crier à la guerre en 
toute occafion Se de s'oppofer à toutes pro» 
pofitions de paix telles qu'elles puiffent être : 
cle-là s'enfuit l'accroiffement fucceffif de la 
dette nationale & l'impoffibilité de fe flattei: 
de la voir jamais acquittée. 

4,** A l'égard de la folidité des fonds : les 
Treize Etats-unis de l'Amérique font enga- 
gés folidairement au payement de toutes les: 
dettes contractées par le Congrès: mais la 
dette à contrader pour la préfente guerre 
€fl: la feule qu'ils puiffent avoir à payer, toutes 
ou à peu-près toutes les dettes antérieures 
des Colonies particulières étant déjà acquit- 
tées , au lieu que l'Angleterre aura à payer, 
non feulement i'énormedette que cette guerre 
lui occafionne néceffairement , mais encore 
toute fon immenfe dette précédente , ou au 
moins l'intérêt de cette dette. Et tandis qu^ 



l'Amérique, par lesprifes qu'elle (a) faites fur tb 
commerce Britannique . s'enrichit plus qu'elle 
n'a jamais fait par tout fon propre commerce 
direél fous les entraves du monopole Bri- 
tannique , la Grande - Bretagne s'appauvrit 
par la perte de ce monopole & par la diminu- 
tion de fes revenus, & devient en conféquencé 
d'autant moins capable d'aquitter la préfentè 
augmentation indifcrete de fes dépenfes. 

5*.° Qu'à l'égard de la perfpedive d'une 
plus grande opulence future : la Grande-Bre- 
tagne n'en peut avoir aucune. Ses Ifles font 
circonfcrites par l'Océan ; & à l'exceptioa 
d'un petit nombre de parcs & de forêts ; 
çUe n a aucune terre, nouvelle à mettre en 
valeur , Ôc ne fauroit par conféquent -éten- 
dre fa culture. Il en eft de même de fa po- 
■pulation : au lieu de s'accroître par l'aug- 
mentation des fubfiftances, elle va continuel- 
lement en diminuant par la progreffion 
du luxe & de la difficulté plus grande de 
maintenir une famille; ce qui empêche na-, 
turellement de fe marier de bonne heure : 
ainfi elle aura: moins d'hommes pour con- 
tribuer à payer ..fes dettes; de ces hommes 
en plus petit nombre feront en même tems 
plus pauvres» L'Amérique au contraire a , 
outre fes terres déjà défrichées , des terreins 

M Voyez les déclarations des Marchands de Londres 
à la Chambre des Pairs le 6 Février , & le di(cour$ 
^u Lord North| le 17* 



5BT DE i'AMéRÎQUfi 7^7 

îîîiînenfes à défricher encore. Les terres cut^ 
tivées augmentent continuellement de valeur 
avec l'augmentation de la population qui 
double en vingt-cinq ans par la propagation 
naturelle : elle doublera plus promptement 
encore par Fadmillion des Etrangers, tant 
qu'elle aura des terres à concéder à de nou- 
velles familles ; de manière qu'il y aura tous 
les vingt ans une quantité double d'habitans 
obligés au payement de la dette publique, 
& que ces habitans étant plus riches , ils 
payeront leur contingent avec plus de faci- 
lité^ 

o*'. A regard de la prudence dans la 
conduite de leurs affaires , ôr. des avantages 
qu'ils ont lieu d'attendre de l'emprunt pro- 
pofé. Les Américains font en général culti- 
vateurs. Ceux d entre eu? qui s'occupent de 
pêche & de commerce , ne font qu'un petit 
nombre par comparaifon avec le corps dii 
peuple: leurs gouvernemens refpedifs fe font 
toujours conduits avec fageîTe , évitant les 
guerres & les projets vains & difpendieux, 
fe complaifant dans leurs occupations paci- 
fiques , que , vu l'étendue de leur territoire 
encore inculte, ils trouveront à exercer d'ici 
à plufieurs fiècles. Au lieu que l'Angleterre 
toujours inquiète, ambitieufe, avare, impru- 
dente & querelleufe , ell: la moitié du tems 
engagée dans quelque guerre d'un coté ou 
d'un autre ^ & toujours avec une dépenfe 
infiniment plus çonfîdérable que tous les 



^J AfFATRES DEL^ANGILSTERKt 

avantages qu'elle s*en promet , quand même 
elle pourroit les obtenir. Ceft ainfi qu'elle 
fit la guerre contre l'ECpagne en 1739 , pouc 
la revendication d'une dette d'environ quatre- 
vingt-quinze mille livres fterl. ce qui reve- 
noit à peine à une pièce de quatre fols par 
tête pour chaque Citoyen. Cette guerre lui 
coûta quarante millions flerling, & cinquante 
mille hommes , & elle fit la paix fans obtenijc 
la fatisfadion demandée. En effet, à peine 
y a-t-il une Nation en Europe à qui elle 
n'ai: intenté la guerre fous tel ou tel autre 
prétexte frivole , & par ce moyen elle a 
imprudemment accumulé une dette qui l'a 
réduite à deux doigts de la banqueroute; mais 
Ja plus indifcrete de toutes fes guerres , eft 
fa guerre actuelle contre l'Amérique avec 
qui elle pouvoit cofiferver pendant des fiècles 
fes liaifonsavantageufes, en tenant feulement 
une conduite jufte & équitable. Sa manière 
d'agir aduelle reflemble à celle d'un marchand 
à qui la tête auroit tourné , & qui battroit 
les paflans pour les faire entrer dans fa bou- 
tique & fe faire des chalans. L'Amérique ne 
fauroit fe foumettre à un pareil traitement, à 
moins d'être préalablement ruinée : Se Ci elle 
i'eft , fa pratique ne vaudra plus rien. Ce-. 
pendant l'Angleterre, pour remplir cet objet, 
ajoute à fa dette nationale & fe ruine effec- 
tivement elle même : d'un autre cpté f Amé« 
rique n'afpire qu'à établir fa propre liberté , 



ET D E L 'A Mén IQ U fe. xvij 

& à cette liberté de commerce qui fera avan- 
îageufe à toute l'Europe , tandis que l'abo- 
lition du Alonopole auquel elle a été affujettié 
.jufqua prdlent , lui procurera un avantage 
fuffifant pour coi/penfcr amplement la dette 
qu'elle pourra contracter dans cette vue. 

7°. A l'égard de la réputation d'honnêteté 
dans l'acquittement des detres. On a montré 
dans le premier article l'exaditude de l'Ame* 
rique à acquitter Tes dettes publiques. La 
réputation générale des Américains à cet 
égard, paroît évidemment prouvée par l'ac- 
quittement fidèle de leurs dettes particulières 
envers les Anglois depuis le commencement 
de la guerre. Il eft vrai qu'il n'a pas manqué 
de fe trouver quelques-uns de ces demi-poli- 
tiques qui ont propofé d'arrêter ce payement 
îufqu'au tems ^du rétabîiflement de la paix : 
ils alléguoient que , dans !e cours ordinaire 
du comm.erce & du crédit qu'on y accorde , 
il y a toujours une dette exiftante égale au 
commerce de dix^uit mois : que le commercé 
des Colonies étant de cinq millions fterling 
par an , cette dette devoit être évaluée à 
fept millions & demi : que fi l'on payoit 
cette fomme aux Marchands Angîois , l'effet 
en ferait de prévenir la détrefTe oii l'on sétoic 
propofé de réduire la Grande-Bretagne par 
la fuppre{fion du commerce aA^ec elle ; car 
les Marchands recevant leur argent fans recé^ 
voir aucun ordre pour des fournitures ulté- 
rieures, il arriveroit , ou qu'ils le placeroienc 

h 



xviij Affaires de l'Ai^glïTerre 

dans les fonds publics, ou qu'ils employe- 
loient Jes Manufacturiers à fabriquer une 
grande quantité de marchandifes qu'ils accu- 
muleroient pour les vendre tôt ou tard à 
l'Amérique, lorfqu'au tems de la réconcilia- 
tion attendue, les Marchés épulfés leur four- 
îiiroient un débouché sûr & prompt : au 
moyen de quoi le's fonds publics fe foutien- 
droient , & on piéviendroit les murmures 
des Manufa<5î:uriers Anglois contre le gouver- 
nement. Mais on allégua en réponfe qu'il 
ne falîoit pas fe venger des injures des Mi- 
nières fur les Marchands qui étoient nos 
amis: que lé crédit avoit eu lieu en confé- 
<juence) d'engagemens particuliers contraélés 
fur l'affurance de la bonne-foi : qu'ils dévoient 
être tenus pour facrés & fidelem*ent remplis : 
que, quelque utilité publique qu'on piit efpé- 
•rer de retirer du manque de foi particulière , 
ce feroit une ac5lion injufte , & dont les fuites 
prouveroient à la fin le peu de fagefle , la 
droiture étant véritablement la meilleure politi- 
que* Sur ce principe la propofuion fut univer- 
ïellement rejettée ; & quoique les Anglois 
ayent pouilé la guerre contre nous avec une 
. barbarie fans exemple , brûlant nos villes fans 
défenfe au milieu de l'Hiver & armant les 
Sauvages contre nous, la dette a été ponc- 
tuellement payée , & les Négocians de Londres 
ontattefté au Parlement ^ {a) &attefteront à 



taafsamramiaBaBSEMii 



( rf ) Tls ont encore renouvelle ces attefîations \q 
'é février dernier. Voyez Lettre du Banquier , N.<> 
XXXVI. 



£ T DE L*A M É R r Q U E. XÎX 

tout Tunivers que d'après leur expérience de 
notre manière de procéder , ils n'avoienc 
avant la guerre aucune inquiétude d^infidélité 
de notre part ; de que depuis la guerre ils 
avoient été convaincus que leur bonne opi- 
nion à notre lujet étoit bien fondée. L'An- 
gleterre au contraire , Nation dès iongrems 
corrompue, extravagante & ruinée, (e voie 
plongée dans une dette qu'elle n'ePc aucune- 
menten état d'acquitter; & aufli follement qua 
malhonnêtement elle s enfonce dans cet abîme 
(a) de plus en plus» quoique fans efpérance 
de fatisfairejamaisfes créanciers, & ne voyant 
d'autre moyen de fe débarraffer de fes dettes 
qu'une banqueroute publique. 

Tout pefé , il parok qu'attendu Tinduftrie 
générale , l'économie , la richefTe , la prudence 
& la probité de l'Amérique , elle eft une débi- 
trice beaucoup plus aflurée que la Grande- 
Bretagne^ dont les emprunts ruineux dé- 
cèlent fa pauvreté & la ruine de fon com- 
merce. 

Pour ne rien dire de la fatisfadion que 
des âmes généreufes doivent avoir en réflé- 
chiflant, que prêter à l'Amérique, c'eft s'op- 
pofer à la tyrannie & foutenir la caufe de 
la liberté qui eft la caufe de tous les bons 

( i2 ) L'emprunt qui va (e faire fera , dit - on , 
des plus avantageux aux prêteurs. Mais peut-çn leur 
cacher ce qu'ils ont perdu fur leurs adi-jns dans le 
dernier emprunt, qui font baiffés de Ja pour cent? 
Xa différence eii de ^4 383, - 



SX Affaires DE jL'Angleteske 

gouvernemens , puifqu'il n'y en a point de 
bon , dont l'efclavage foie le principe. 

N,° 1 1 1. Aux Diredeurs de la Banque. 

» Permettez moi de vous rappeller ce qui 
a été dit fi fouvent , que la perce de l'Amé- 
îique doit vous être attribuée en grande 
partie, car fi vous ne vous fufliez pas écartés 
des règles delà prudence ordinaire en prêtant 
des fommes Ci confidérables au Gouverne- 
ment, jamais la nation n'auroit éprouvé un 
revers aulîî affreux que celui qu'elle éprouve. 

» On connoit mieux que vous ne Tima- 
gineZj le montant de vos billets en circu- 
lation ; mais ce que l'on ignore , ce font 
les moyens que vous avez pour les acquitter* 
Cependant il faut croire charitablement que 
vous avez les fommes néceffaires pour faire 
face aux événemens, Ci par un concours na-^ 
turel ou artificiel, un grand nombre des 
porteurs de vos billets fe préfentoient à la 
fois pour en avoir le paiement foudain, 

Gonfiderez qu'un Tyrtême d'efclavage , d« 
fang d>c de rapine, fupporté par la corrup- 
tion la plus perverfe ne peut jamais fubfiftei: «, 

33 Gonfiderez que nous ferons bientôt 
forcés d'abandonner notre cruelle contefta- 
tion avec f Amérique : qu'il en réfultera iné- 
vitablement un changement de Miniftres & 
de fyftême: qu'en conféquence on fera un 
examen rigoureux de vos traités fecrets avec 



BT DE l'AmÉR I QU2, XXJ 

la Tréforerie, 6c que fi on ne vous trouvé 
point en règle , vous rifquez tout , fortune 
& honneur ce, 

» Portez vos regards fur vorre premier 
érablifTiment en 1694. Quelle guerre cruelle 
ne vous firent pas alors les ennemis avoués 
de la révolution , mieux connus (de crainte 
que vous ne vous y mépreniez) lous les 
noms de Torys & de Jacobites ^ « 

» Kappellez-vous l'année 1707 , lorfqu'aa 
milieu d'une guerre fanglante & difpen- 
dieufe , & l'année même d'après l'union 5 
on vit éclaî'er la réhdiion cTEcoJfe, Pouvez- 
vous oublier que fi la Banque n'eût pas été 
puifTament foutenue par de riches Marchands 
François , Hollandois & Juifs ^ elle fe voyoic 
forcée de manquer ? ce 

«Rappeliez- vous layèco?2ie rébellion (TEcoJfe 
en 171 y. (Il eft vrai que ce n'étoit point 
une année de guerre , mais c'éroit l'année 
même d'après l'avènement de la famille 
régnante au trône ) Cette rébellion amena 
un concours très - allarmant à la Banque pour 
le paiement de fes billets «f. 

«Enfin, dans la troifteme rébellion d^EcoJfe 
en 1745' , pendant une guerre fanglante & 
difpendieufe contre la France & l'Efpagne», 
trois forts Banquiers ^ Heare j Chili & Snow, 
ne fe préfentèrent- ils pas à la Banque avec 
des charettes pour emporter des efpeces ei^ 
échange de vos billets ; & leurs demandes » 
fuivies par d'autres non moins confid érables :^ 

b iij: 



xxlj Affaires de l^Anisleterr 

ne firent - elles pas tomber vos billets dans 
un tel difcredit , qu'on en refufoit le tranf- 
porc & que l'on ne vouloic recevoir que de 
Fargenc comptant en paiement? Que ferpic 
devenue la Banqiie fi les Marchands n'eûf- 
fent fait une ailociation , par laquelle ils 
s'engageoient à, recevoir vos billets dans 
toutes leurs affaires entr'eux ; ce qui vous 
lemit de nouveau fur pied f « 

35 Le papier monnoye de l'Ecofle , qui 

a penlé ruiner le crédit public en 1772, 

doit encore bien moins fortir de votre fou- 

venir , puifque vous en reiTentez jufqu'à ce 

• jour les fijites fâcheufes «:. 

D5 Si tous ces faits font pefés dans la ba-* 
lance de la Sagefie , peut-être , avec le fe- 
cours du Ciel, réuflirons-nous à détourner 
l'orage dont l'Angleterre efl: menacée; mais 
ne continuez point à prêter fi indifcretemenc 
vos fecours à une adminiftration qui a juré 
de confommer notre ruine, fans quoi notre 
perte eft afiuvée ainfi que la vôtre «• 

Ces réflexions font d'autant plus effrayan- 
tes &. capables de faire lellerrer les cordons 
de toutes les bourfes. que Miîord North a 
été forcé de convenir que le revenu public 
avoit éprouvé quelque diminution. Les gens 
inflruits inféreront de cet aveu que la dimi- 
nution n'a pu être que très-confidérable^ 
fâchant d'ailleurs qu'elle provient de la fup- 
preflion entière du commerce d'Amérique, 



ET DE l'^Am é RIQUir. xxiij 

Le déficit i par le feul article du tabac , efl 
de plus de trois cents mille livres fterling , 
fans parler de tous les droits que les prifes 
ont fait perdre à la Douane , & cju'on eftime, 
pour l'année dernière feule , à plus de 70,000 
livres. Un commerce aâ:ir & paflif de douze 
millions fterling. par an ( c'eft l'évaluation 
faite dans la Chambre des Pairs le 6 de ce 
mois ) devoit rapporter à la Douane au moins 
huit cents mille livres fterling. Elle en a 
été (^)privéeentierementdans les années 1775 
& 1777, & pendant une grande partie de 
177J. Elle a donc fouffert fur ces trois 
années une réduction d'environ deux millions. 
Elle ne la fentir^bien pleinement que l'année 
prochaine. Dans celle-ci , elle ne s'apperçoic 
que des diminutions de l'année 1775* , parce 
que la clôture de fes comptes avec l'Eclii- 
quier ne fe fait point dans l'année même, 
mais dans l'imervale de trois ans. Les inté- 
rêts de la dette font augmentés de plus de (by 
deux cents mille livres flerling. Cette fomme 
jointe à un^e perte annuelle de 800,000 liv,. 
fait une différence d'un million dans fes 
moyens. Le réfidu pour (on fonds d'amor- 

( iZ ) La perte totale du commerce & du revenu 
eO. eflimée par les Calculateurs à q^aatre mlliions ilerJ, 
par an, depuis Tannée 177?. 

(B) On affure que Temprunt qui va fe faire )r 
ajoutera 130,000 livres de plus, par les doucèurs^ 
qui porteront cet ejiiprunt à é~^ p,our cent.. 

biv 



xxiv Affaires de l'Angleterre 

tiffement , qui fe raontoit depuis quelques 
années à une fomme moyenne de deux 
nr.illions fept cents mille livres , ne fera donc 
plus que de dix-fepc cents mille livres. JoU 
gnez cette fomme à celle de deux millions 
trois cents mille livres qu'elle tire net des terres, 
quand la taxe efl: à quatre fous , 8i de 1?^ 
dreche , & vous verrez que l'Angleterre eft 
réduite à n'aVoir qu'a peine trois raillions 
pour fa dépenfe de l'année , tandis qu'il lui. 
faut fix millions pour fa Marine feule avec 
les bâiimens de tranfport , ce qui ne la 
défrayeroit point dans une année de pleine 
paix. Les dcpenfes de l'année 1775 ont été 
de {a) 17,713,182 livres & ont excédé 
la recette de 1,9 1<5, 44^ livres. 

Du 26 Février 

J*A V o ï s écrit, Monfieur , à mon Cor- 
refpondant Américain à Embden , au mo- 
ment oii les deux Bills venoient d'être pré- 
fentés à la Chambre des Communes. J'ai 
reçu de lui la réponfe fuivante , que je m'em- 
prefïe de vous communiquer,. & où vous 
verrez qu'il envifage du même oeil que moi 
les propolitions conciliatoires de Milord 
North. 

(a) En livres tournois 4i8,T47îif3 livres. La. 
plus forte année de la guerre dernière , c*eft-à-dire 
Tannce 1761-» a été de 19,^19,119 livres fterlirig , 
c'étoit la feptieme année de la guerre. L'année 177^ 
n'étoit que la féconde de celle contre l'Amériqne» 



ET DE l' Amérique. * xx^t 

D^Embdcn le 22 Février 1778. 

» Vous me demandez mon fentiment» 
Monfieur, furies grands facrifices queMilord 
North paroit faire au bien de la paix, & 
comment je crois que cette démarche fera 
accueillie de mes com.patriotes. Vous voulez 
conjedurer , d'après mon opinion particu- 
lière , ce que penferont les x^méricains en 
apprenant que le MiniRre a rejette le coofeil 
de recirer les troupes, parce que c'eût été 
reconnoître l'indépendance , & qu'il a regarde 
comme plus efficace l'offre d'une fufpendon 
d'armes pour entrer en négociation , après 
avoir avoué que le parti de continuer la 
guerre couceroit à la nation des dépenfes 
énormes , dont une conquête même ne pour- 
roit pas les indemnifer, — Je vais vous dé- 
clarer ingé-fluement ma façon de penfer , en 
y ajoutant que je ferois le plus trompé des 
hommes fi ce n'étoit pas celle, non feule- 
ment de l'Amérique entière, mais de tout 
ce qu*Jl y a de gens raifonnables iùr la fur- 
face du globe civilifé «. 

Cette; palidonie du Miniftère étoit faite 
pour furprendre , & Fon ne fera pas peu 
frappé qu'après trois ans d'une guerre achar- 
née, & pour laquelle l'Angleterre s'eftépuifée 
d'hommes bc d'argent, un Miniftre ait eu 
le front dédire que la conquête même ne 
feroit pas un dédommagement «, 

M Je paffe fous, filence les réflexions qu'un 



xxvj Affairesdel^Angleterre 

pareil difcours fera faire dans une natîo» 
que Tes Miniftres ont 11 cruellement jouée 9 
pour méditer avec vous fur l'effet que ces 
deux Bills pourront produire en Amérique. 
IVÎon avis eft aufîî celui de deux Officiers 
Allemands qui arrivent de l'armée du Pvoi„ 
mais qui tous deux ayant un bon efprit, 
ne font point aveuglés par les préjugés qu'on 
a cherché à leur donner, & ont été à portée 
de connoître & de juger les difpofitions des. 
Américains Cf. 

» Les Etats unis ne peuvent avoir aucuna^ 
confiance dans un ade qui, en annonçant 
i'intention de ne point exercer le droit d'im- 
pofer des taxes, laifiTe fubiifter laprétentioo 
à ce droit : en effet , qui peut les affurer 
qu'au premier moment jugé favorable , le 
Parlement Britannique ne révoquera point 
cet ade, en difant qu'il^ft tems de repren- 
dre l'exercice d'un droit que des circonftances 
particulières l'avoient engagé à fufpendre> 
Ce n'eft plus par de pareils fubterfuges que 
les Miniftres Anglois peuvent efperer d'a- 
mufer les Etats unis. Ils ont éprouvé leuc 
force ; & l'indépendance eft un bien auquel 
ils ne renonceront jamais ce, 

>3 II ne me paroît point que le Bill pour 
nommer des Commiiïaires &c entrer en né- 
gociation , puiffe avoir un meilleur effet que 
l'autre. Que fignifient des pleins pou- 
voirs pour conclure un traité dont l'exé- 
cution fera foumife à la vérification du Par- 



E T D E l'A m É R I q u e, xxvij 

lement r* Milord North croit-il que fur la 
foi de fes Commiflaires ^ le Congrès congé» 
diera fes troupes & licenciera fa milice, au 
rifque d'expofer l'Amérique à l'invafion 
d'une armée Britannique, fî le ParlemenB 
juge à propos de ne pas ratifier les con- 
ventions ? Penfe-t-il que fur la révocation 
promife de certains aftes prohibitifs de com- 
merce , la mer fe couvrira de vaifTeaux Amé- 
ricains , pour que le Parlement Britannique, 
en révoquant cette fufpenfion , puiflTe les 
livrer à la difcretion de fes armées navales ? 
Se flatte-t-il que les Etats-unis puiflent traiter 
avec quelque cohiiance fur des fondemens 
aufîî peu certains ? Non. Ils verront dans 
cette marche iniidieufe la foiblelTe cachée 
fous l'artifice; ils verront que ne pouvant- 
les conquérir à force ouverte, l'Angleterre 
cherche les movens de les affoiblir en les 
divifant. Mais les Gazeîiers Anglois ont beau 
dire, les Américains connoifTent le prix de 
leur union ; la conduite infenfée du Miniflère 
Britannique , les cruautés exercées au nom . 
de la Mére-Patrie , le lang même de leurs 
propres citoyens ^ ont cimenté cette union 
& l'ont rendue indilToluble «. * 

53 Les Minières réufliront peut être à trom- 
per j pendant quelques tems les créanciers 
de l'Etat & le Peuple Anglois même , par 
le moyen de ces deux Bills ; peut-être réuf- 
fîront-ils à reculer de quelques moisleur chute 
il bien méritée ^ mais ils ne doivent pas fe 



^êxvîiî Af3faïrïsi>e l'Angleterrs 

flatter que l'Ainérique feprenneà des pièges, 
audi grofTiers. En effet , fi l'intention de 
Milord North étoit fincere , s'if vouloit ter- 
miner cette fuoefle querelle de la feule ma- 
nière raifonnable èc poiîible , en faifant avec 
l'Amérique un traité de confrarernité , qu'au- 
roit-il befoin d'envoyer des CommiOaires 
à deux mille lieues , & d'allonger une né- 
gociatioUipour laqueilele tems eft ii précieux ^ 
Il trouveroit en France des CommiîTaires 
du Congrès , qui peut être au moment oii? 
nous parlons , confomment quelque arrange- 
ment» dont les effets feront à jamais funeftes 
à l'Angleterre «, 

53 Je ne crois pas qu'elle apprenne avec 
plaifir que notre pavillon va avoir une en- 
trée libre dans des ports très-voifins de 
l'ïtalie de de TEfpagne, & qu'il y jouira des 
mêmes privilèges que celui des autres nations 
au nombre defquelles les Américains foriî 
nommés. C'eft ce que vous aurez vu dans 
les lettres circulaires que le Roi de Maroc 
a fait expédier le 20 Décembre aux Confuls 
& Négocians qui réftdent dans les ports de 
Tanger, de Salé & de Mogador. Cet exemple 
aura bientôt plus d'un imitateur. Un au(ïi 
grand événement que la révolution Améri- 
caine, confirmée par trois années de la plus 
opiniâtre réiiRance de notre part , & par l'in-^ 
fuffifance démontrée des forces & des facultés 
de l'Angleterre, n'efl; pas fait pour que le 
Roi de Maroc feuî en recueille les avantages"^ 

» Voilà, Monfieur, ce que je penfe d^ 



ET DE L'AMéRIQUE. Xxlx 

îa nouvelle pofition des chofes. Certains An- 
glois s'efforceront de trouver ces reflexions 
mal- fondées ; mais il fera impofîible qu'ils 
î?e foient pas, frappés de leur évidence j & 
ils ne pourront fe perfuader le contraire qu'en 
fe faifant illuiioa «<. 

P. S, du 3 Mars, 

Après de vives difculîîons , dont la durée 
a été de près de quinze jours , les deux 
Bils ont enhn reçu hier la dernière fanc^ 
tien de la Chambre des Communes , qui, 

après en civoir entendu la troifieme led:ure 
a ordonné qu'ils fuffent portés à celle des 
Pairs. Le parti de l'oppo(ition a fait tous fes 
«fforts pour leur t^ire donner plus d'efficacité, 
par la révocation immédiate de tous les 
aéles quelconques qui ont amené la répara- 
tion , pour que le falut de l'Etat dépendît, 
le moin^^ qu'il feroit poffibie, de la diicrétionL 
des Commiflaires. Tout ce qu'il a pu obte- 
nir de plus, ie réduit à la fupprelîion de 
i'aCte qui avoit établi un impôt lur- le the 
confûcpmé en Amérique , & quelques autres 
points que je vais faiie ,en forte de vous 
rendre fenfibîes. 

Je dois vous prévenir que j'ai porté les 
changemen-^ =-1 deux fois , d'abord par ren- 
vois, & le refte en no^es. Ji y en a quelques- 
uns peu impv>-taiis, que j'ai été obligé de 
laiiTer de côté. Vous favez que c'eil: le Co- 
mité des Corumunes qui a fait ces modifica** 
tlons. 



XXX Affairesde l'Angleterre 

Bills pré/entés fur la motion de Milord North, 
du 17 Février y avec Leurs modifications» 

Bilipouria nomination des Picnipotentiaires. 

Préambule, 

Pour faire cefTer de anéan- 
tir toutes les dctianGes 6l 

appréhenfions ( 1 ) malfon- (z) Ces deux mots 

dées qui ont {2) fait craindre fontietranchés. 

mal-à^propos a un grand ^ ^^^ ^^7^"?"^^" 
, ^ ^i r ' 7 o lo"t remplaces par 

nombre des îujets de oa allarmé. 

Majefté dans fes Colonies, 

ProvincesÔiPlantations (ici 

les Treize Colonies font nommées) que leur 

libertés Ôe leurs droits (^ a) légitimes xiq tuflent 

en danger, & pour ( h ) à^ autant plus manifefter 

les intentions juftes & gracieufes , fuivant 

lefquelles Sa Majefté & fon Parlement défirent 

de maintenir & d'ailurer tous les fujets dans 

la jouiflance claiie & parfaite defdits droits 

& libertés, 

SeBion premiers* 

(3) Lesperfonnes qy,i feront ( 3 ) Période CuhC- 
nommées fous le grand Jceau ilimée. Sa Majefié 
de la Grande-Bretapne , au- //"'"'"^ légalement 
vont un plein pouvoir , com^^ Lettres Patentes ,• 
jniljion b" autorité pour ne- fous le grand fieàu 
gocier , traiter & convenir , de la iarande-Bre- 
foit avec les corps politi- tagne ^ donner au- 

(t-î) Ce mot eft retranché. 

( ^ ) Et aufïi les mots d'autant plus». 



ET DE l'Amer iQUH. xxxj 

ques ouafTemblées, foit avec tont/ & facultés à 
lesparticuliers(4),(s') ain/z <^'^nq perfonnes ou 
queues Le jugeroniconi'enabie^ , ^ 

fur-tous griefs, ou fujets ('4) Ajoutez ^w^/- 
de plaintes exiftans ou lup- conques. 
pofe's exifter dans le gou- (5 j Période retran- 
vernement defdites Colo- ^ 
nies, ou dans les loix & 
llatuts du royaume y rela- 
tifs , & fur l'objet d'aucune 
aide ou contribution à four- 
nir par toutes ou telle d'en- 
tre îefdices Colonies , &c. 
refpedivement pour la dé- 
fenfe commune du royaume 1 

& fes dépendances , ainfî 
que fur, aucuns réglemens, 
& chofes , (<j) que lefdits (6) Cinq mots 
Çommiff'aires jugeront né- retranchés. 
cejfaires pour l'honneur de 
Sa Majefte'('')& le bien ,^,.. 
gênerai de fes Sujets. fon Parlement. 

S^Elîon deuxiems* 

Aucun règlement , &c. 
ainfi propofé & convenu, 
n'aura de valeur ou effet, 
& ne fera exécuté qu'ainfi , 
qu'il eft dit ci après jufqu'à 
ce qu'il ait été ( 7 ) apprquvé ( j) Changé e^ 
par le Parlement. , confirmé. 



xxxij Affaires del' Angleterre 

SeBion troijleme. 

(^)LesCommiffairespour' {^) Sa Majefld 
ront ordonner & publier , ^^"'''"^ légalemcmc 

, V ji 5-M • ^ ^ "^ f^TTZj- fz autre , 

(<?) ^^5 ^u ilkjugerontapro' donner autorité au:i 

jpos , une ceflation d hofti- Commifahes où à 

lités de la parc des (XO) trois d'entreux 

troupes du Roi, ( ll ) pour d'ordonner,..,. 

telle des Colonies, (^ pour tel . ^^> ^es iixmor? 

^ rr / N /- 7 lont retranches. 
tems , & auffi ( 1 2 ) fous les ^,o)Ve lapart 

conditions qu'ails jugeront né- des troupes du noi, 

cejjaires , & la révoquer & efi changé ainï? ; ^^ 

annuller de la même ma- ^f ^^'i des forces 

n'iPrP tiQ's "^^^ Roi fur terre & 

«lere. (^13; Ji^^ ^^^^ 

(î i) Cesfîx mots 
font retranchés. 

( I a ) A ces iîx 
mots Ibnt fùbûitués 
^eux- ci: fous telles 
conditions & jefric- 
tions q,ce cefoit. 

{1%) Cette fedioti 
finifîbit par ces mots :' 
fuivant leur difcre^ 
tion: ils font lîip- 
primés, 

SeBion quatrième, 

( l^) Ils pourront fufpen- ( 14 ) ^y^ Maj£(îe\ 
are , par une proclamation P^^' Moites Lettres 
fignée & fcellée d'eux , ^."^''T' ' ^r'"'' 

ipTnr' j ,, n ï r> 1 l^ gaiement donner 

l-effec de l ade du P^rle- autorité & faculté 
ment ,- de la feiziéme année au xdits Lommif- 

du 



ET D E l'Am é R I Q U E. XXxiij 

âu règne de Sa Majeflé , f aires ou à trois 
pour défendre tout com- d'mtr'eux de. fuf- 
merce & correfpondance-^ '^^••••* 
avec les Colonies y nom- 
mées, ou de partie dudic 

ad:e , ( i T ) po^r le tems au* ils fr^\n r 

' œ: r '• (lO Ces fix mots 

jugeront necejjatre, en fpeci- font retranchés, 

fiant le tems, le lieu., & 

les exceptions' & reftric- 

d:ions, avec faculté de ré- (i^) Retranché 

voquer ladite fufpen- ^?.f M^^^^^ leur 

i^on (I^)- dans le m 

SeSlion cinquième, 

( 1 7 ) Ils pourront fufpen- {î7)Sa Maje/ie 
idre en tels lieux ou pour parlefdius Lettres 
tel tems qu'il jugeront à ^---« 'ZZ 
propos, pendant la durée uutorité & facuUé 
du préfent a<5i:e , l'effet de auxdits Commif-^ 
C) tousou de tel d'entre les /^^>^-y ou à trois 
ades du Parlement, p?i([és '^'^'^'^f'''' ^' M"- 
depuis le lo Février 1763 , ^'^^{'i'^ ;^ots tous 
relativement auxdites Co- ou retranchés, 
îonies, ou de telle partie 
ou claufe y contenue, en 
tant que regardant lefdites 
Coloniest 

SeBion Jîxi^ms» 

{ iS ) Ils pourront^ççoK':^ ii^)Su Majep 

9 



ixXÎV AFT?AtRESt)E t'ÂN G LB T E H RET 
<ler le pardon à toute ef- farlefdites Lettres 
tjece & à tout nombre de /f ^^f ^-^^ /^"^''^ 

pcvc ix a iv^" légalement donne?- 

perlonnes dans lelûites ^o-^^^rom/ <& /aa^/rè' 
ïonies». auxdits CommiJ^ 

faires ow à trois 
d'entreux de Juf-* 
,pendrs, ••#_•, 

SeBon fiptïemç^ 

Pour qu'il ne réfulte au- 
tun inconvénient de la 
vacance de l'Office de Gou- 
verneur ou Commandant , 
ou de fon abfence dans les 
, Colonies , dont ci-devant 
Sa Majeftê nommoit le Gou- 
verneur . ( 19 ) ils pourront (i9)SaMaJ€ft/y 
faire cette nomination par ^" -^^rtu defdites 

un Adefignéôclcellé d'eux, ^'"''' /^T'^! 

, ^ ^ , . , pourra légalement 

-pour àuvQX {20) juivM le ^^^„,^ autorité & 

honplaifîr de Sa Makjié , &* faculté auxdits 
avec les mêmes pouvoirs, Commijfaires ou à 
^^c. que fi le pourvu eût trois d'entf eux de, 
■' ' ' 1 D^: Cr (io) Ces huit 

ete nomme par le Roi. & „,otsfomfupprimés. 
à cet eftet ils pourront ré- 
voquer & annuUex toutes 
nominations antérieures, 

ScBion huitième» 

^ Le pvéfent ade fera en ( n ) Au premier 
^yigueur, jufqu' (21) ••• Juin 17 79* 



ET DE l'A MEXIQUE. X5CX< 

Bill relatif à la taxation, 

Préambuk» 

D'autant que Inexpérience , n /s 
^ . . ^ X ^x n ( **) Ces qviatrô 

a^ taie voir que ( 22 ) l exer- mots font fupprimés, 
cice du drait de (2^) taxation ( 13 ) Ajoutez la^ 
parle Parlement de la Gran- 
de-Bretagne , pour Tobjec 
de lever un revenu fur les 
Colonies , Provinces Se 
Plantations de Sa Majeflé . 
dans i'Artîérique Septen- 
trionale , aX^QÎj: occaiionné 
de grands troubles & dêfor- 
dres , (24) Gr que par diverfes (14) Onte mots 
faujes interprétations il avtit Supprimés : ajoutez: 
fervi à tromper un grand ^^^'"^' -i 

nombre des fujets fidèles 
deSaMajefté,(i y) <\mrecon- ( ^^ ) Ces mots 
noi^ènr tOMJo«ri qu'il eftjufte font changés alrifîV 
quils contribuent à la dé- reuvent //-^^f; 
fenfe commune du Royau- T^^^ êtredifpofis. 
ine, pourvu que cette con- 
tribution foit levée fous 
Fautorité de la Cour géné- 
rale Où de l'Aflemblée gé- 
nérale de chaque Colonie, 
Province ou Plantation ïef- 
pedive. 

Et d'autant, que pour faire celTec le fdits 
lïoubles & remettre le calme dans les efprit^ 

Qiy 



de ceux des Sujets dç Sa Majeftéqui peuvent 
ctredifpofés à revenir à leur allégeance . ainfi 
que pour rendre ki paix ^ la profpérité à 
C0U5 les Etats de Sa Majefté , il eft à propos 
de déclarer que le Roi & le Parlement de 
kGrande Bretagne n'impcferont aucun dcoir, 
faxe ou impôt pour l'objet de lever un revenu 
dans aucune def (*) dites^Colonies, province* 
ou plantations. 

Plaife à votre Màjejié, 

Qu'il foit déclaré & fta- i*)Lemptdite^ 
t\ié comme il eft déclaré & eft re,tr,ancïié. 
fl:atué par fa Très-excel- 
lente Majefté le Roi & de 
ravis de confentemènt des 
Lords fpiriDu^iS' & tempo- 
rels & des Communes , 
* aflemblés en ce préfent Par- 
lement & de rautorité d'ice-^ 
lui , que le Roi & le Par- 
lement de la Grande Bre- 
tagne, à compter de. (2(5) (2^.) Le Uanc 

\m n'impoferont au- eft rempli par ces 

cun droit, taxe pu impôt "i^ts: la pajfation 
quelconque payable dans du prifent adc. 
aucune des Colonies , pro- 
vinces & plantations .de Sa 
Majefté dans l'Amérique 
( 27 ) Septentrionale , ex- (27) Ou dans les 
CJêpté feulement les droits Indes Occidentales. 
^ï\ peut étrtî néceftaire 



ET DE l'Amérique, xxxvî}, 

'd'impofer pour règlement de commerce , 
le produit réel defquels fera toujours payé 
& employé pour la Colonie , province ou 
plantation dans laquelle ledit droit aura été 
k\éde la même manière que les autres droits 
levés par Tautoriré des Cours générales ou 
aiTeniblées générales de ces Colonies , pro- 
vinces ou plantations font ordinairement 
payés & employés^ 

Claufe ajoutée* 

*■ 

Et qu'il foit de plus déclaré Se ftatul^r 
Tautorité fufdite ^ qu'à compter de la paffa-^ 
tion du préfenc aéle , fera révoquée, & eft 
révoquée par ieelui la partie d'un aéle paiïe 
dans la feptieme année du règne de Sa 
Majefté , intitulé : A5îe pour établir certains 
droits fur les Colonies ^ Plantations en Amé- 
rique , &c. laquelle impofe un droit fur le thé 
importé de la Grande-Bretagne dans quel- 
ques-unes des Colonies ou Plantations ea 
Amérique > ou ayant rapport audit droit* 

Vous aurez remarqué, Monfieur , dans 
ces diverfes modifications , 

Que les Communes fe font attachées à 
reftreindre autant qu'il feroit poiTible , ce qui 
pouvoir être laifTé à la difcrécion des Commif-^ 
faires. 

Que Toifre de fufpenfîon d'Hoftilités s'é- 
tend jufqu'aux forces de mer, quoique dans 
> . ciii 



xxxvii) Aî?FAiRE$ DE l'Angleterre 

le Biîl il n'eût d^abord été queftion que de 
cell'es de terre. 

Que la faculté qui étoit donnée aux Comr 
miflaires de fufpendre les aâres coercitifs 
pafTés depuis le lo Février kl6^ , leur eft 
confervée, quoique Taéle qui a établi un 
impôt fur le thç en ij6j , foit révoqué dès-à- 
préfent par le Parlement, Cette révocation 
aduelleauroit pii s'étendre à ces aétes , ainfî. 
qu'àl'ac^te prohibitif; maison a voulu racheter 
cela par radoucilTement de beaucoup d'ex- 
preffionsqui pouvoient déplaire aux Améri- 
cain, & en mettant en fuppofitiondiverfes 
ehofes dont on, a reconnu qu'on n'avoit pas 
sflez de certitude, 

• Que les Gouverneurs qui feront nommés 
par les CommifTaires , conferveront leurs 
places fans dépendre du bon plaifir du Roi; 
& enfin qu'on promet de faire jouir leslfles, 
dé l'Amérique de l'exemption de tout impôt 
aflfurée par ces nouveaux ades au Continent 
Septentrional. 

Je me bornerai à obferver , Monfieur»' 
que la Chambre des Communes, après avoic 
îraité avec tant de rigidité les Colonies , 
a l'air de croire aujourd'hui qu'elle ne peut 

Sas leur marquer aflez d'attentions de d'égards, 
le permettez-vous une petite gaieté politi- 
que ? Et apurement ç'efl: 1q cas de rirç ou 
jamais. Il mefemblequedansla Hiérarchie du 
xegne végétal , la feuille de tabac doit pren- 
drç déformais la droitç fur la feuille de thç , 
^ que, dans toute efpéce de règne on a 



ET DE L^AmÉRIQUE» XXxItC 
gain de caufe quand on tient fon adverfaire 
par le nez, •— Qui nafum tenet mcejfe ejî rerum 
potiri. 

Vous admirerez aufîî le foin qu'on a eu 
de comprendre les Ifles dans l'exemptioa 
d'impôt. N'annonce- t-elle pas qu'on veut 
leur ôter tout motif de prétendre aux avan- 
tages de la féparation dont le Continent 
leur a donné l'exemple, & qu'on croit qu'il 
n'y a pas de tems à perdre pour preadre. 
cette précaution* 

Pendant qu^on faifoit chez les Commu- 
nes la .troifieme ledure des deux Bills coa^ 
ciliatoires ^ la Chambre-Haute , qui allolt 
être priée de leur donner fon fuffrage> s'oc- 
cupoit d'une-difcuflîo-n bien capable de le leuc 
aflurer» Le Duc de Bolton ^ y faifoit voir 
aux Pairs du Royaume affemblés , que la 
Grande-Bretagne qui , fur les afforances de 
Mylord Sandwich , s'étoit crue en pûfTeflîoa 
d'une marine formidable ,. ne comptoit pas 
Hiême le nombre de vaifTeaux fuffifans pour dé- 
fendre {es établiifemens & (es ports en Europe 
& dans l'Inde s'ils étoient menacés de quelque 
attaque foudaine, & que fes forces navales 
B'avoient pas une exiftence plus impofante 
que fes armées de terre d'après le rapport 
déjà fait à la Chambre par le Duc de Rich-^ 
jnond des Etats communiqués aa nom diî 
Roi, où on voit qu'il n'y a que dix mille 
tommes de vieilles troupes en. Angleterxe^ 

cm, 



Le difcours du Duc de Bolton porta fur 
trois points. — Le nombre des vaifTeaux de 
force & frégates en Amérique : l'état & le 
Bonibre des vaiffeaux de ligne employés dans 
ks ports & mers d'Angleterre » & enfin 
l'état des frégates deftiifiées au même fervice. 

Il compta 87 vaiffeaux de guerre de tout 
rang en Amérique, ôr en outre 4^ moindres 
vaiffeaux, comme bombardes, allèges , Sec. 
ce qui fait le nombre de 152, dont l'équi- 
page 5 dit-il , doit former vingt-trois mille 
hommes^ mais qui n'en ont pas plus dedix- 
fept mille par les morts & les maladies , & fur- 
tout par les défertions , circonftance des piuS 
allarmantes, 

■; Il quitta cette partie éloignée pour en 
traiter une plus rapprochée & d'un danger 
plus imminent. Par un calcul du nombre 
des Matelots^ il démontra que les 3J vaif- 
feaux de ligne fur lefquels Myîord Sandwich 
faifoit repofer la fureté de l'Angleterre , ne 
pouvoient être comptés que pour vingt-huit, 
chacun de ces trente - cinq vaiffeaux, ayant 
dans fon équipage un déficit dont il réfultoit 
qu'il n'y avoit que vingt-huit de ces vaif- 
feaux qui fuffent complètement armés. Il ne 
voulut point allouer à Mylord Sandwich, un 
excédent de quinze vaifleaux, dont ce Minif* 
tre prétendoit augmenter le nombre pour la 
porter jufqu^à cinquante , parce qu'il ne 
voyoit rien d'autentique à ce fujet dans les 
états de commiiîîon fournis à la Chambre,, 
ce qui i'autorifoit à en conclure <jue cec 



iejtcédent n'avoit d'exiftance que dans les dif- 
cours du Miniflre &: dans les Gazettes^ payées 
pour les répéter. Les afTertions du Duc de 
Bolton fur le déficit des équipages, furent 
appuyées par le Comte de Briftol, deftiné 
au commandement d'une efcadre. Ce Lord 
foutînt qu'il étoit contre tous les principes 
que l'armement d'un vaifleau de quarante- 
quatre canons fût réduit à fix cent hommes 
au lieu de fept cent , nombre adopté , 
par la marine d'après l'opinion de Mylord 
Anfon &.de tous les grands Navigateurs. 
Il produifit en même-tems une lettre qu'il 
venoit de recevoir de Portfmouth, par laquelle 
on lui mandoit que le vaifleau fur lequel il 
devoit arborer fon pavillon d'Amiral avoit 
le plus mauvais équipage qu'on eût jamais 
vu , puifqu'il n'étoit compofé que d'en fans 
& de vieillards infirmes , & il déclara que 
furement il ne confentiroit jamais à montet 
un pareil vaiffeau , ainfi qu'il l'avoit déjà 
annoncé dans un des précédents débats. —^ 
Il ne négligea point de protefi:er que s'il étoit 
néceflaire de combattre la France , on le 
trouveroit toujours prêt , mais fous la con- 
dition qu'on luidonneroit un vaifleau conve^ 
nablement équipé ; attendu , ajouta-t- il , qu'il 
ne vouloir point jouer le rôle de houe émif" 
faire & mettre fa réputation à la merci de 
iVllniftres ignares & inconfidérés , qui le 
facrifieroient pour l'honneur de leurs inftruc- 
tipiîs. — ' Mylord Sandwich avoit donné lien 



îj A FF A I RES DE t'A N G LETER R B 

à cette fortie contre lui & Tes GOÎlégUes i^ 
pour avoir parlé avec trop peu de ménage- 
ment du Lord Hawke V ion prédécefleur , 
dans l'adminidration de la marine , au fujet 
des provifions de Merrein pour les conftruc- 
tions & réparations des yaiifeaux. Il avoit 
prétendu que ce Miniftre n'avoit pas laifTé 
dans les chantiers du Merrein pour fîx mois , 
êi que cette difette l'avoit forcé à en achetés 
d'étranger, qu'on devoit croire bon en gé- 
néral , quoique le vailTeau, le Mars de foixante- 
quatre canons , fût condamné pour avoir été 
reconftruit avec ce bois. 

Le Duc de Bolton infifta fur rin:>poiîibilité 
de. défendre Gibraltar, Minorque, l'Inde de les 
ports d'Angleterre , & de conferver la domi- 
nation des mers Britanniques avec vingt- huit. 
vaifTeaux de ligne. Il fe plaignit de ce qu'une 
forte divilion de huit de ces vingt- huit 
vaifTeaux , étoit employée à faire le métier 
de Corfaires dans la Baye de Bifcaye &: 
encore fous le commandement d'un (impie 
Capitaine, quoiqu'il y eût cinquante & un 
An^iratix dans Tinadion. 

Enfin il prouva à la Chambre qu'il n'y 
avoit pas plus de trente -lix vaiiïeaux de, 
moindre force employés pour la fureté de 
rintérieur , & dans ce nombre , onze fortes 
frégates feulement. Il en prit occa lion de 
lappeiler à la Chambre , que Mylord Sand- 
wich avoit répondu qu'outre les cent frégates 
qui étoient en Amérique ^ il en trouvefois 



£T DE l'Ameriqu:^. xllîj 
encore autant pour le fervice intérieur , s'il 
étoit néceflaire. 53 Ce nombre de cent , pour- 
fuivit-il , fe réduit à onze : il a été odroyé 
depuis Tannée 1770 , plus de 3^, 500,000 liv. 
fterl. pour les feules conftrudions & répara- 
tions, fomme qui pouvoir nous donner cent 
vaifleaux de ligne & cent frégates , & nous 
avons en tout pour la fureté de l'Angleterre 
vingt-huit vaifleaux de ligne & onze fréga- 
tes ». 

33 Cependant, ajouta t- il , nous touchons 
au moment d'une guerre avec la maifon de 
Bourbon , que l'un & l'autre parti dans 
cette Chambre juge inévitable; & la France, 
je le fais avec certitude, compte quarante- 
quatre vaiffeaux de ligne prefque entièrement 
armés dans deux de fes ports, tandis que 
l'Efpagne en a quarante autres dans le même 
état. Je vous demande j Mylords , quelle 
fera la fituation de l'Angleterre fi au pre- 
mier moment la guerre nous efî déclarée par 
ces deux Puiflances ». 

Les réponfes deMylord Sandwich , furent 
vagues 3c foibles , roulant fur des alTertions 
démenties par les Etats que la Chambre 
avoir fous^les yeux , ce qui autorifa le Duc 
de Richmond à lui faire les plus fanglans 
reproches , nommément par rapport aux 
qualifications odieufes dont il avoit cherché 
à flétrir le zèle de ceux qui avoient demandé 
que h Nation fût inftruite de l'Etat de fes 
<&ffairês« - . _ 



jclîv Affaires de l'Anglbterks 

Enfin on recueillit les voix pour favoiï 
files arrêîés propolés par le Duc deBolcon, 
d'après ks dénonciations feroienc admis » 
^ le Lord Gower , Préfident du Confeil , 
s'étant levé comme fécond du Lord Sand- 
wich , fit pafler ce qu'on appelle la motion 
préalable de favoir s'il y avoit lieu à ftatuer ' 
iur cette difcuflîon. La négative l'emporta 
de quarante-deux voix , favoir foixante-fix 
contre vingt-quatre. 

Je CROIS voir , Monfieur , dans les 
effrayantes vérités que le Duc de Richmond 
^ le Duc de Bolton ont révélées , tant fur 
les facultés de l'Angleterre que fur les forces 
de terre & de mer , la vraie raifon qui a 
empêché d'accepter les offres qu'on aflure 
que Mylord Chatham avoit faites de fe 
charger de l'affaire de l'Amérique. Son plaa 
étoit , dit- on , de faire retirer les troupes 
de la Penfylvanie , de la nouvelle York , &c» 
de laifTer les Américains tranquilles à la mer, 
d'entretenir une forte armée dans le Canada^ 
de Rationner une forte efcadre devant la 
Floride, & une autre à Halifax, pour bloquer 
les ports Américains , & de déclarer aufîi tôt 
la guerre à la France & à l'Efpagne. — Mais 
cela pouvoit-il s'entreprendre fans argent, 
fans armées ^ fans vaiffeaux & fans Matelots ? 
On a remercié Mylord Chatham de ion 
zele, en obtenant de lui de ne plus fe mon^ 
wer de quelque tems dans le Parlement, 



E T D E L^'A M é R t Q U E. xW. 

& Mylord North a promis de perdre rAmé* 
rique à moins de frais. 

P. 5 da 6 Mars. 

Je vous ai rendu compte, Monfieur, deJ 
débats du 2 de ce mois dans la Chambre 
des Pairs fur l'état de la Marine ; mais je 
ii'avois point encore lu. les minutes qui ea 
ont été prifes , & qui font bien plus am- 
ples que ce que je vous en ai écrit fur le 
rapport verbal qui m'en avoit été fait. Je 
vais en relever quelques paflages intéreflans 
qui m'avoient écliappé, & dont vous ferez 
aifément la liaifon avec ce que vous avez 
déjà lu. 

Le Duc de Bolton démontra , par le cal- 
cul , que fur le nombre des trente-cinq vaif 
féaux de ligne , préfentés à la Chambre 
comme complètement armés , il n'y en avoit 
que trente-un qui eûflent leurs équipages» 
fi on y comptoit les troupes de marine def- 
tinées au fervice des trois grands Arfenaux 
Plymouth, Portsmouth & Chatham, & 28 
feulement en n'y comprenant point la partie 
de ces troupes qui ne peut point fortir des 
ports. 

Il détailla aînfi les forces de la France 
&: de l'Efpagne en vaifleaux de ligne , favoir: 
vingt à Brell , huit à Rocheford, quinze à 
Toulon & quarante dans les ports du Ferrol, 
de Cadix & de Carthagêne. — Il rappellà 
au Lord Sandwich rengagement qu'il avoît 



Aî^FAlRESÛE L^A N (5LÈT Ê R RE 

pris de conferver toujours la fupériorité fui! 
les forces réunies de la Maifon de Bour^ 
bon 5 & il demanda à la Chambre fi l'An- 
gleterre auroit trop de cent vaifleaux de 
ligne pour oppofer à ces Puiffances qui ea 
avoient quatre-vingt-trois. — Il déclara que 
quoique ce fût l'opinion générale qu'à nom- 
bre égal ^les Anglois étoient les plus forts ,' 
la fienne étoit que le nombre afluroit la 
vidoire, & que le fort de TAngleterre ne 
devoir pas dépendre d'une opinion qui pou- 
vcit n'être qu'une jadance. » La guerre, dit-il , 
ne fe fait plus comme jadis , & c'eft moins 
l'adreffe ou la bravoure aujourd'hui, que ce 
n'eft le nombre qui en règle le fore «, A 
l'appui de ce principe , il fit l'énumération 
de treize adions fur mer , depuis environ 
un Cecîe, dont on ne pouvoir en citer que 
deux oi^i , à forces égales , les Anglois l'eûflenc 
emporté par la bravoure des matelots , tandis 
que dans toutes les autres ils avoient été 
vidorieux ou défaits , félon qu'ils étoient 
plus ou moins nombreux que l'ennemi, a» Or 
il eft inconteftable , pourfuivit-il, qu'aujour- 
d'hui ce ne font pas nos efcadres qui font 
les plus fortes ni les mieux équipées, &que 
cet avantage efl: à un degré prodigieux du 
côté de la France & de l'Efpagne a. 

Il parla enfuite de l'efcadre qui croife de- 
vant la Bretagne, au nombre de huit vaif- 
'feaux de ligne, fous les ordres du Capi- 
taine Digby , en qualité de Commodore^ 



ï: T D E l'A m é r r q tj e, *Kh{) 

^S'il eft vrai, dit-il, que cet efcadre aie 
ordre d'interrompre le commerce entre la 
France & l'Amérique, fi elle eft forcée de 
livrer combat, & que le Commodore foie 
tué , c'efl une efcadre entière que je regarde 
comme perdue ; car le Capitaine qui fuc- 
cédera au comm-andement , ne le trouvant 
point établi dans la forme régulière d'une 
efcadre conduite par un Amiral , il ne 
faura point comment donner les fignaux né- 
ceflaires, & le plus grand défordre fe met- 
tra entre tous ces vaifleauxqui ne fe trouvent 
réunis que par le hazard , & chacun avec 
îeurs inftrudions particulières ce. 

Sur l'article de l'économie, il fît divers 
reproches à Miiord Sandwich , & entr'autres 
d'avoir acheté aux Marchands le vaifleau la 
Panthère pour le prix de fept mille livres 
fterl. , quoiqu'il n'en vailjeau plus que 35'00. 
Il s'arrêta -aufli fur la dépenfe inutile faite 
pour le vaifïeau le Mars dont les répara- 
tions des années 177^ 6& 7 ont coûté 
trente-trois mille livres flerl. , & qui eft au- 
jourd'hui condamné. 

Sur la guerre d'Amérique j il fit une vive 
fortie contre les Minières , difant que les 
foldats ainfî que les matelots Anglois , ne 
pouvoient pas faire l'impoffible : que fi , 
à nombre égal, ils obtenoient la fupériorité^ 
c'étoit tout ce qu'on pouvoit exiger d'eux-: 
qu'on favoit mauvais gré au Général Howe 
de n'avoir point conquis l'Amérique, avec 



tfehîij Affaires del'Angleiterre 

des forces ïnfufHfanres , & qu'on le rappel*? 
îoitj.très-injuftemenc, pour ne l'avoir point 
conquife, 

Milord Sandwich, dans fa réponfe fur 
3a bonne qualité de certains bois étrangers, 
cita le Foudroyant , pris fur les François 
en 175*8 , & qui depuis ce tems-là n'a eu 
befoîn que d'une feule réparation. 11 rendit 
îa même juftiee aux bois employés à Mar- 
feille à radouber la frégate Angloife VAilarrne , 
& une autre qui avoit été forcée d'y entrer 
dans le plus mauvais état & auxquelles on 
n'a pas touché depuis. 
' Au furplus , ce Minière > (& cela a été 
xemarqué) ne dit pas un mot fur ce qu'il 
pouvoit favoir ou conjedurer des difpofitions 
de la Maifon de Bourbon , ni de l'état où 
il fuppofoit leurs forces , ni des moyens 
qu'il con^ptoit prei^dre pour affurer à l'An- 
gleterre la fupériorité du nombre. 

Le Lord Briftol , quoique de l'avis da 
Duc de Bokon fur le fonds , déclara qu'il 
s'oppoferoit cependant à fa motion , comme 
trop dangereufe dans les circonftances ac- 
tuelles , par l'autenticité qu'elle donneroit 
au déplorable état où la marine Angloife 
eft réduite. » Ce feroit, dit-il, la plus ex- 
,trême imprudence: ce feroit inviter nos en- 
, remis à profiter du moment où nous fommcs 
entièrement hors d'état de réfifter ce. H ajouta 
que l'état des forces réunies de la maifoa 
-de Bourbon n'étoit nullement exagéré ^ 8c 

qu'il 



ET DE l'Amérique; xlîx 
qu'il le croyoit au pied de la lettre, jj Sans 
doute pourluivit il , la vicieuTe combinail'on 
des huit vaifleaux de ligne employés pour 
couperla correlpondance de commerce entre 
la France &c l'Amérique , eft connue des 
François ; 6c c'eft ce qui leur a donné la 
confiance de commencer les hoftilités. Je ne 
crois point me tromper , tenant mes infor- 
mations de la meilleur main » & je ne doute 
point que la France n'ait donné l'ordre de 
repoufler la force par la force , il ces huic 
vaifleaux fe mettent en devoir de remplir le 
fervice pour lequel ils font commandés. En 
confëquence, ce n'eft plus à mes yeux une 
guerre en contemplation : c'eft une guerre 
commencée, & c'eft ce qui me décide à 
refufer ma voix pour la manifeftation de 
notre foiblefle«c. 

Ce même Lord , en réfutant les aflertions 
iu Miniftre fur la force des armemens , lui 
obferva que fi lors de l'affaire des Ifles Fal- 
kland ( Malouines) en 1770 , on avoic armé 
avec 600 hommes les vaifleaux de 74 ca- 
nons, c'étoit pour faire paroîcre un plus 
grand nombre de vaifleaux aux yeux des 
ennemis de l'Angleterre, Ôc pour les trom- 
per fur fes forces réelles. 

Enfin la lettre que produiCt le Lord Briftol , 
fur le vaifleau le Queen de po canons, qui 
lui étoit deftiné portoit, outre ce que je 
vous en ai déjà dit, que pour armer ce vaif- 
km on avoic retiré tous les hommes de 

d 



1 Affaires de l'Angleterre 

defîus le Monarque : que malgré cela il n'avoîc 
encore que 400 hommes , ce qui for- 
inoit à peine la moitié de fon équipage , 
& que c'étoit un ramaflis de boiteux , d'a- 
veugles , de vieillards , d'infirmes , d'enfans , 
dont la plupart n'avoient jamais vu une 
goutte d'eau falée. — Le Miniftre promit au 
Lord Briftol de lui faire préparer un autre 
vaifieau , & cette promefie fut accompagnée 
des complimens les mieux tournés fur les 
talens & le méiite de cet Amiral. 

Ces débats dévoilant d'une manière fi 
inquiétante l'embarras des Miniftres, vous 
ne ferez point furpris qu'il s'en foit fuivi 
une baifle confidérable de toutes les avions 
qui fe négocient à la Bourfe , où le bruit 
venoit de fe répandre que les Américains 
s'étoient de nouveau rendus maîtres de la 
navigation du fleuve Delavare : que Was- 
hington arrivoit de tous côtés avec des for- 
cés confîdérables fur le Général Howe: que 
l'armée entière de Burgoyne s'étoit fondue 
dans celle des Américains , qui avoient aug- 
menté les grades de chacun , & beaucoup 
d'autres nouvelles femblables, dont je n« 
vous garantis que le découragement où elles 
ont jette tous les efprits alJarmés par les 
effrayantes vérités qui venoîent d'échapper 
aux per fon nages les plus refpedab^es de la 
nation. — Voici mot pour mot c^ que cha- 
cun le répécoit hier j à la Bourfe : « il eft 



B T D E l'A m E R I q u e. Ij 

fur que le Miniftere de France a déclaré 
que l'article du tabac étoit fi elTentiel aux 
revenus du Roi, qu'il n'étoïc pas poiîibie 
que ce conimerce foulïiîr aucune interrup- 
tion : que jufqu'à ce jour, la France avoir 
acheté Ton tabac de la Grande Bretagne , 
mais que n'en recevant plus par cette voie, 
il falloir bien qu'elle le prit où elle pourroit : 
que le Roi de France étoit décidé à protéger le 
commerce de fes Sujets : que le Commodore 
Digby & fes huit vaiffeaux de ligne, ayant 
ordre de fouiller &" de faijîr tout vaijjeau pour 
V Amérique, il n'étoit pas probable que le 
Commandant François , deRiné à efcorteu 
les bâtimens de fa nation , voulût ou pût 
foufFrir la vifite, ni îailTer enlever un convoi qui 
lui eft confié: que la guerre alloit com- 
mencer par les mêmes caufes qui ont forcé 
l'Angleterre à celle de 1739 avec l'Efpagne,^ 
qui prétendoit exercer un pareil droit de 
yifite fur les vaiffeaux Anglois «. 

Lq$ mêmes bruits fe foutiennent aujour- 
dhiii 6: c'efl l'effet des nouveaux débars 
qui ont eu lieu hier J dans la Chambre àes 
Puirs , ouïe Duc de Grafton prefTa le Lord 
'^'^eymouth par le dilemme le plus embar- 
raffant fur l'objet du Traité que ce Duc pré- 
tend avoir été figné le 6 Février à Ver- 
failles avec les Dépuîés du Congrès^ » ou vous 
le favez, dit-il, éc vous gardez à ce fujerun 
coupable fîlence pour nous amufer par une 
chimère de conciliation : ou vous l'ignorez 



Hj Affaires de l'Angleterre 

èc vous n'êtes pas moins condamnable dans 
le pofte que vous occupez , d'être fi mal 
inftruit , fur Tévénement qui intérefTe le plus 
la Nation qui vous paye pour 1 éclairer 33. — 
Milord Weymouth voulut alléguer que le 
Lord North avoit répondu il y a quelques 
femaines chez les Communes , qu'il ne croyoit 
point à ce bruk. Mais le Duc de Grafton lui 
foutint que depuis le ly ou le 20 Février 
il s'étoit écoulé aflez de tems pour que la 
Chambre pût favoir ce que le Miniftere de 
France auroit répondu à une foramatioa 
bien prononcée de s'expliquer catégorique- 
ment lur ce point. 3> Il prièrent tous deux 
la Chambre de fe fouvenir que c'étoit le J 
Mars qu ils avoient fou'renu chacun une opi- 
nion contraire relativement à ce Traité >î. 

Le Duc de Richmond démontra l'inuti- 
lité des Bilis , même de la révocation de 
Tade du thé, & de l'aéte prohibitif de com- 
merce ;. fi la première opération n'étoit point 
de rappeller les troupes , pour que la Mé- 
tropole parût faire de bonne grâce au moins 
un© démarche auffi humiliante que celle de 
renoncer à tous Tes droits fur fes Colonies, 
Mais le Lord Sulffolk s'éleva contre cet avis j 
ainfi que l'avoit fait Milord Germaine , le 2 
chez les Communes , en affurant qu'il y auroit 
trop de rifque à retirer les troupes, & il 
déclara qu'il falloir que la refcifion de l'aéle 
d'indépendance fût le préliminaire de la négo- 
ciation. — L'Evêque de Peterborough fit 



£T DB l'AmÉRIQUS. lîi; 

remarquer à la Chambre l'abfurdité de ce 
plan j "& en conclue que le Miniftere n'avoic 
nulle envie férieufe de la paix , s'il faifoit 
débuter fes Commiflaires par un article qui 
ne pouvoir être de la parc des Américains 
qu'un facrifice parfaitement libre d'amour 
& de reconnoiffance.. 

C'est sous l'influence de ces épais nuages 
qui enveloppent de leurs ténèbres tout l'ho- 
rifon politique j c'eft au milieu des éclairs 
dont fon obfcurité s'augmente ; c'efl dans ce 
conflit des vagues tumultueufes & des vents 
irrités , que Milord North , nouveau Céfar , 
s'efl: livré ce matin à la difcrétion du plus 
perfide des élémens, l'opinion publique, avec 
fa frêle barque de finances peinte, pavoifée, 
parée comme pour une fête qu'il voudroit 
donner fur la mer la plus tranquille & fous 
le ciel le plus riant. Il a promis la paix & 
tout les biens de la paix , en demandant les 
moyens de faire la guerre , & fur-tout une 
confiance fans laquelle on ne fait bien ni la 
paix , ni la guerre. Je ne fais point encore 
bien exactement la fomme , ni les conditions 
de l'emprunt qu'il propofe : mais je puis 
vous parler avec certitude de l'effet que 
fon diîcours a produit à la Bourfe.— Tous 
les fonds publics ont baiflé de deux pour 
cent & plus : la Banque de 1 1 J à 1155 l'Inde 
de 144 à Î41 5 les annuités à 3 p 7 con- 
folidées de dS à 66* La foufcription de l'année 



3ÎV Affaires de l'Angleterre 

dernière de 83 à 81 , le tout pour acheter 
les nouvelles avions qui rendent un plus 
gros intérêt , malgré cet avantage , qui eft 
ce qu'on peut imaginer de plus fatal au 
crédit , l'emprunt , qui eft ordinairement 
xempli avant que le Miniftre l'annonce au 
Parlement, ne Teft encore qu'à peu-piès aux 
deux tiers ; les Hollandois , quoiqu'ils reti- 
jefjt fix pour cent , n'ayant pas fourni tout 
çe^qu on avoit attendu de leur part , & les 
Angiois ruinés par la privation du commerce 
d'Amérique , n'ayant point pu faire leurs 
efforts accoutumé:^. £n effet » ils (ont plus 
occupés de conferver le peu qui leur refte 
que de s'engager dans de nouvelles affaires. 
•Il y a encore deux fortes maifons qui ont 
manqué depuis quatre jours , pour près de 
cinq cent mille livres fterling. — Pendant 
que Milord Nonh invite les Marchands de 
Londres à lui prêter leur argent , ils pré- 
parent dans la Cité une adrefle du Corps- 
de -Ville au Roi, pour iuppiier Sa Majefté 
de lui retirer fa confiance, & de changer en 
général tout fon Miniftere,. s'il a réellement 
envie de ramener fes Colonies fous fon obéif- 
fance , après avoir perdu par de mauvais 
confeils riente millions fterling & trente mille 
hommes, auxquels fa bonne ville de Londres 
ne peut point fuppofer qu'il veuille joindre en- 
core la perte de treize états floriffans. 

F i N. 



& qui ne font nullement réels, car ils font- 
tous rentrés fort tard, & non feulement à . ï77<^»* 
leur arrivée ils n'étoient pas complets j mais Mai 
même depuis on en a tiré ce qu'il falloic J"i"* 
d'hommes pour recruter les régimens qui 
font en Amérique ; ainfi il doit être regardé Juillfit.^ 
comme certain qu'au lieu de ï 8,228 hom, 
de vieilles troupes dans l'Angleterre & TE- 
coffe, à peine y a-t-il aduellementdlx mille 
hommes : de même qu'en Irlande tout au 
plus cinq mille, au lieu de 8,513. 

L'affaire du vaiffeau le Marlborough 
iayant été examinée par un Gonfeilde guerre , 
tenu le I j Juillet abord du vaiffeau le Cen- 
taure » le Capitaine & les Lieutenans du 
Marlborough ont été pleinement juftifiés? 
mais le Canonnier a été condamné à un 
an de prifon & déclaré pour toujours in- 
habile au fervice du Roi : l'un des 
gens du Canonnier a été condamné à 300 
coups de verges. Pour prévenir de pareils 
accidens , il a été ftatué , qu'à l'avenir la 
première chofe que fera tout les matins le 
Capitaine d'un vaiffeau de garde , fera la vifit© 
de fon navire ; & qu'il y aura conftamment 
deux Lieutenans à bord. 

Le Roi a nommé , fur la démiffion du 
fîeur John Dick^ Baronet, le fieur John IJdny 
à la place de Conful d'Angleterre à Livour- 
ne j & le fieur Robert Riche pour fuccédec 
à Mon fieur Udny , dans celle de Conful à 
yenife. 



'îp4 Affaires DE t^ANôtETEKHig 

■" Henriette Duchefle Douairière de NeW*^ 

^11^* caftle fwr attaquée le i5 Juillet d*un accès 

Mai d'apoplexie & de paralifie à fa maifon de 

Juin. caiBpagne de Wickenham-park. Elle mourut 

r» H le 17 dans Taprès midi. Elle étoitla fille ai- 

^ ' née de François, Comte Godolphin & de 

Henriette Churchill , l'une des quatre filles 

& héritières de Jean Churchill , Duc de 

Marlborough. Elle avoit été mariée au Duc 

deNe\vcaftlelei2 Avril 1717. 

Le Comte de Chatham fe trouvant fi mal 
qu il croioit n'avoir plus que peu de jours à 
vivre, pria fon Médecin de recevoir fa 
déclaration fur fa fermeté dans fes principes »^ 
relativement aux affaires de l'Amérique» 
Cette déclaration étoit en ces termes : 

» Je conferve les mêmes fentimens que 
J'aitoujours montrés relativement àl'Amérique 
^ que j'ai ï\ clairement exprimés dans l'ade 
provifionnel préfenté par moi à la chambre 
des Lords. Comptant , comme je le fais , 
fur l'amitié du Do<5teur A.. » dans le cas 
où je ne reviendrois pas de ma maladie , je 
le prie de certifier que j'ai perfifté inébran- 
ïablement dans la même opinion. Je penfe 
aufii qu'à moins qu'on ne prenne promtemenr 
des mefures très - efficaces pour fe reconcilier 
avec les Colonies , la France nous attaquera 
avant peu d'années, &que ce n'eft que par 
ton effet de fa politique , qu'elle diffère fa 
vengeance : voulant attendre que nous foyons 
^engagés plus avant dans une guerre auiS 



Et DE t^ÂMÂRtQÎJÉ; ïj?5* 

tuîneufe que Tefl: celle que nous faifons en ^'^^^ 

Amérique, La France veut aufli efTayer juf- 1776e 
qu'à quel point les Américains^ aidés de la Mai 
J>roted:ion indireéle qu'elle leur accorde > Juia 
pourront nous réfifter avant de prendre ou- ^ 
vertement le parti de déclarer la guerre à J"i^«^' 
l'Angleterre » 

Les nouvelles certaines que l'on reçoit 
journellement des différentes prifes que font 
les Côrfaires Américains, ont tiré les Aflu- 
reurs de leur létargie ; les Miniftres les ont 
amufés long-tems, en faifant courir le bruit 
que les Américains n'avoient que très-peu 
de Côrfaires à la mer , & qu'ils etoient fi 
peu redoutables qu'un vaiffeau marchand i 
tnonté feulement de quelques pièces de ca-* 
iion ^ pourroit les battrç. Mais aujourd'hui 
ils font convaincus qu'on les a induits en 
erreur , que les Américains font très-puiflans 
fur mer 5 que plufieurs de leurs Côrfaires 
montent affez de canons pour faire face zux 
plus fortes frégates Angloifes, & qu'on fait très- 
bien que la Nouvelle Angleterre fournit 
autant de bons & braves matelots que la 
vieille Angleterre. 

Le Baron Dieden ^ Miniftre de Dannemar^ 
a pris congé de Sa Majeftéle 16 Juillet avant 
de retourner à fa Coure 

La frégate de guerre le Daphrié à iriis^à 
là voile le 17 Juillet de Falmouth oii elle 
avoit relâché avec douze 4?atimens de tranfe 
port pour rAméri^ue* 

Kiî 



■m 



lyS AjffaîresdêI'Angleterîre 

177^. Affaires DE la Compagnib 
jviai DES Indes. 

^ N. B. Sans douté on ne regarde point 

Juillet, les affaires de l'Angleterre dans l'Inde comme 
étrangères à fes intérêts du côté de l'Amé- 
rique. On ne peut pas avoir oublié que c'cft 
une taxe fur le thé d« la Compagnie porté 
en Amérique , qui a occàfionné lé fouleve- 
ment aduel. Mais les affaiTes de ces deux 
e^^trémités Ûu Globe tiennent enfemble par 
Mïi rapport encore plus direâ: : c'eft que fans 
les richefles que l'Angleterre tire de l'Inde 
par le commerce de fâ compagnie, il lui 
' aiiroit été impoffible d'entreprendre & de 
continuer la guerre d'Amérique: non feuler 
înent elle a compté fur cette refîburce , pour 
pouvoir pouffer cette guerre ^ mais elle la 
juge affez immenfe pour la confoler de Tin- 
demnifer de la perte de rAmérique. Il eft 
donc très effentiel de fuivre avec attentioti 
tous les détails de cette branche de l'admi- 
niftration Angloife, & avec d'autant plus 
de raifons qu'elle doit changer abfolumenc 
en 1780, terme du bail aé^uel de la Com- 
pagnie , Bc que toutes les opérations aduelles 
du Gouvernement font dirigées fur cette perf- 
peâ;ive.] 



feT DE L'AMéRIQUE. T()J 



Réfumé des^ affaires de V Inde ^ depuis quelques ^77y* 

années» Juin. 

Par une fuite de fautes de fes adminift'ra- juUleti 
teurs, les affaires de la Compagnie (en 1772) 
furent plongées dans un état de confufion &: 
de perplexité qui occaConna les plus défaf- 
treux (a) événeraens. Ces malheurs furent 
attribués en grande partie à la mauvaife con- 
duite des Employés de la Compagnie dans 
rinde. Pour témédier aux abus j. on jugea- 
à propos d'y envoyer une nouv^le com- 
million de furintendance ( celle qu^on avoLc. 
fait partir par le vaifleaur aurore ayant péri) 
A la tête de celle-ci les Diredeurs placerentL 
le 27 Novembre 1772 le Lieutenant géné- 
ral Monckton , nomination qui fut confir- 
mée par. une aiïemblée générale, des, AcSion* 
naires & approuvée par le Roi. La Com- 
pagnie voulant fortir des embarras, multipliés 
QÙ elle et oit ea Angleterre, réfolut d'em- 
prunter au Gouvernement une fomme d'ar- 
gent confidétable. Le Miniftre ( le Lord 
Korth ) la x^ny^y a au. Parlement. Un Comité 
fecret fut, nommé pour examiner les affaires 
de la Compagnie. Au bout de quelques jours 

[il] On (è: fouYient que te monopole de!& Employés 
'tâs la Compagnie. Angloifè. caulà, dans le Kengale» , 
«ne dès plus horribles famines qui ait jamais déïôlê^ 
atieun pays, & qui fit petit plus dé deux million^^' 
d«^ malixsuïêux Habitant 

Kii| 



& 
et. 



\c^$ AFFAIRES bel'Anôletehrb 
i > ij I (le 7 Décembre 1772 ) ce Comité fit fo^ 
i*77^« rapport. On vit que malgré la fituatioû 
Mai fâcheufe de la Compagnie, elle fe propofoit 
J^^^ d'envoyer une çommiflion difpendieufe 
dans l'Inde, & le Comité concluoit à Tem-» 
pêcher par un Bill d'exécuter ce projet. lï 
fut aifé de remarquer que le Gouvernement 
avoit réfolu de profiter de la demande faitQ 
par la Compagnie pour s'emparer de l'en- 
tière adminiftration de fes affaires. Le Bill 
fut paffé en loi , quoique deux Membres da 
la Chambre , qui étoient Diredeurs de la 
Compagnie , eûflent offert de donner leur 
parole à 1^ Chambre que les Surintendans 
îiommés ne partiroient point avant que 1q 
Comité eût çonftaté pleinement par fes re^ 
cherches la néceffité de leur miffion. Le 
Miniftre répondit à ces deux Membres qu$ 
leur offre ne faifoit point une fureté^ vu 
que les Direâ:eurs étoient fubordonnés à 
J'Afîemblée générale , où leuTS décifions 
pouvoient être rejettées par la pluralité de5 
Aélionnaires, 

La demande de la Compagnie ^ concernant 
le prêt d'une femme d'argent lui fut aç* 
cordée; mais le 33 Mars 177^, la Cham- 
bre réfolut , contre ce qui avoit été propofé 
par la Compagnie, de diminuer fon divî-^j 
dend<e pour l'avenir. Il étoit évident que 1^ 
Gouvernement avQÎt delTein de fe mettre 
çn poffefiion des acquifitions territoriales 
4e k CQippagniç j ra^is k feifir touç-à-çoup^ 



KT DEL*AMéRlQ0E t^rf 

Ou par force d'une propriété au(îî immenfe, - 

c'eût été jetter l'alarme dans tous les efprits, ^77^» 
Le Miniftre déclara le j* Avril 1773 dans Mai 
la Chambre des Communes que l'opinion ^^^^* 
de la Chambre étoit , qu'il feroit plus avan- , ?. 
tageux pour le public & pour la Compa- ^^ 
gnie , de laiflTer encore l'efpace de Cx ans (*) 
les acquifitions territoriales en la polTeflion 
de la Compagnie, La raifon. pour laquelle 
on fixa ce terme j, fut que la Chartre de la 
Compagnie devoit expirer en 1780^ 

La Compagnie fe plaignit par une péti- 
tion , le 30 Avril 1775; mais ce fut erv 
vain» La Chambre prit des arrêtés le 3 Mai 
1773, pour changer Véiedioa des Direc- 
teurs t pour ôter le droit de voter à tour 
Adionnaire qui n'auroit pas pour 1000 liv». 
d'adioiîs: pour créer un-e nouvelle Cour de: 
juftice dans l'Inde ; & eniin pour réferver à 
îa Couronne la nomination des Juges*. Tous 
ces arrêtés pafferent en loL, 

C « 3 M, Grenville demanda à voir les papiers de 
la négociation- entre les Mîmftres d- Angleterre & de 
France , relativement à la Compagnie des Indes avant 
îa dernière paix, Dans Tune àss^ pièces de cette cor- 
refpondance (e trouvent ces mots: » quant auxacqmfî"- 
tions territoriales que^ la Compagnie Angloilè des> 
Indes Orientales a faites en Alie, toutes, les conter^ 
dations, relatives à icelles devront être terminées, par 
la Compagnie elle, même ; la Couronne d* A n^eterr^ 
fi*ayanfc aucun droit d'intervenir dans ce qui eft re-» 
gardé comme la propriété légale & exelufÎTe d*uac.Oï^ 
^^ ap^ment à la KaÉiQ% Angloifè». 



200 AtfJiinEs DE l'Augleterrb 
Le 2 Juin 1773 y le Parlement après avoir 

JJj6, débattu les diverfes claufes du B'ûl pour mieux 

^l^^ régler les affaires de la Compagnie des Indes , 

&' ^^^^ ^^ Angleterre quau dehors\, convint de 

Juillet, ^® qui fuit: 

»Pour la meilleure admîniftration des affai- 
res de ladite Compagnie unie dans l'Inde, 
il a été en outre arrêté par la fufdite au- 
torité qu'à compter du ( ) & à 
l'avenir, le Gouvernement ou la Préfidence 
du Bengale fera compofé d'un Gouvemeu-r 
général & de quatre ConfeîUers : que tout 
le Gouvernement civil Ôc militaire de ladite 
Préfidence de la Compagnie unie dans le 
Bengale, ainfi que la geftion , la manuten- 
tion & l'adminiftration de toutes les acqui- 
fitions territoriales & de tous les revenus 
dans les Royaumes de Bengale , de Bahar 
éc d'Orixà, pendant que ces acquifitions & 
revenus referont dans la pofleflion de la- 
dite Compagnie unie, devront être & fone 
^attribués, en vertu du préfent Aâe, audit 
Gouverneur Général & au Confeil de la- 
dite Préfidence de Bengale «, 

» Ledit Gouverneur général & le Confeil „ 
ou trois des Membres du Confeil, auront: 
Je pouvoir d'infpeder & de contrôler le 
gouvernement & radminiflration des Préfi- 
dences de Madraff 3c de Bombay ref- 
peâ;ivement , tellement qu'à compter da 
C ) & à l'avenir il ne ferat 

peraiîs à aucun Gouverneur ou ConftU de- 



£T D E l'A m É R I Q U E. 20i 

ÎVîadrafir ou de Bombay , en place , de don-, 
ner des ordres pour commencer des hoftili- 177^» 
tés ou déclarer ou faire la guerre contre 1^^* 
aucuns Princes ou PuifTances de l'Inde , ( ex- ^^* 
cepté dans les cas de néceiîîté imminente juiUet^^ 
pour la défenfe de la Préfidence fous leur 
gouvernement ou commandement refpeélif ) 
ou pour négocier ou conclure aucun Traité 
de paix ou autre traité avec aucun Prince 
ou Puilfance de l'Inde , fans avoir obtenu 
auparavant le confentement & l'approba- 
tion dudit Gouverneur général & du Con- 
feil de Bengale , ou de trois des Membres 
de ce même Confeil ; que tel Gouverneur 
ou Gonfeil que ce foit de Madraffou de 
Bombay, qui fera trouvé en contravention, 
relativement à aucun des cas fufdits , 
C ) & tout Gouverneur & Con- 

feil de Madraff & de Bombay , en place , 
fera tenu, comme il leur\eft enjoint & or- 
donné ici refpeélivement , d'obéir duemenc 
aux ordres qu'ils recevront , concernant ce 
qui vient d'être dit , defdits Gouverneur gé- 
néral de Confeil de Bengale qui feront ea 
place , & d'envoyer auxdits Gouverneur & 
Confeil , auffi fouvent qu'ils le demanderont, 
des informations & des eclairciffemens de 
tout ce qui fe paffera , & de toutes les chofes 
quelconques qui parviendront à leur con- 
îîoiffance & qui concerneront le gouverne- 
ment, les revenus ou les intérêts de ladite 
Compagnie unie, Lefdits Gouverneur gé- 



•" néral & Çonfeil de Bengale , qui feront ea 
J7j6, place, feront tenus ^ comme il leur eft en- 
JMai joint & ordonné ici , d'obéir duement à tous 
Juin les ordres qu'ils recevront de l'afTemblée des^ 
^ Diredeurs de ladite Compagnie unie, d'en- 
Juulet, jyçtenir correfpondance avec elle» & de lui 
envoyer conftament & foigneufement des 
détails èc des informations exaâes fur tout 
ce qui fe paiTera & fur toutes les chofes quel- 
conques qui parviendront à leur connoifTance 
èc qui concerneront le gouvernement , le 
commerce , les revenus ou les intérêts de 
ladite Compagnie-unie ;. l'afTemblée des Di- 
aredeurs de ladite Compagnie ou leurs fuc- 
cefleurs , feront tenus , ainfi qu'il leur eft 
ordonné & enjoint ici , avant Texpiration des 
quatorze jours après la réception de fembla- 
bles lettres ou avis^ de remettre au grand 
Tréfarier ou aux Commiflaires du tréfôr de 
Sa Majefté, qui feront en place, une copie 
fidèle & exade des pafTages defdites lettres 
ou avis qui auront un rapport quelconque 
à l'adminiftration des revenus de ladite Com- 
pagnie; & de remettre en mêmetems à Tua 
des principaux Secrétaires d'Etat de Sa Ma- 
jefté , lors en place , une copie fidèle & exadie 
de tous les pafïàges de pareilles lettres ou 
avis qui auront un rapport quelconque aux 
affaires civiles ou militaires & au gouverne- 
ment de ladite Compagnie. Toutes ces co- 
pies feront faites avec foin & fignées par . • . •< 
•eu un plus grand nombre des Diieâeur| 



B T D E l'A M-é R I Q U E. '20J 
8e ladite Compagnie. Chacune de ces co-" 



m^ 



ini6. 



pies fera affirmée par ferment être exade *77^ 
& conforme aux vraies intentions & à l'ef- ^V- 
prit de cet Ade , par les Officiers ou Em- ^^^ 
ployés de ladite Compagnie ^ que cela con- juillet^ 
cernera , devant un Juge de paix quelcon- 
que , lequel ferment tout Juge de paix eft 
par le préfent Ade autorifé & requis dâ 
recevoir <r. 

Il eft ordonné en outre que ( ) devra 
être le premier Gouverneur général , & que 
( ) devront être les premiers Confeillers ; 
tous & chacun defquels conferveront leurs em- 
plois refpedifs pendant l'efpace de cinq ans ; 
& ne pourront , pendant ce terme , en être 
deftitués que par Sa Majeftéen fon Confeil» 
d'après des plaintes faites par la Cour des 
Directeurs de ladite Compagnie unie , qui 
feront en place. En cas de mort ou de def- • 
titution dudit Gouverneur général ou de 
l'un des Membres dudit ConfeiU Sa Majefté 
eft autorifée par le préfent Ade » à nommer ». ' 
pour & pendant ledit terme de cinq ans » 
la perfonne ou les perfonnes qu'elle jugera 
être les plus propres à remplir l'emploi ou* 
les emplois devenus vacants ; en même tems 
tous les pouvoirs & toutes les autorités con- 
fiés au Gouverneur général ou auConfeil, 
continueront , félon que le cas arrivera ^ 
à être exercés par le Gouverneur & les Con- 
feillers ou par Iqs Confeillers furvivants §s - 
m pïacç,. 



^ S204 A F F A î R B S DE L^A N (3 1 ET E R RF 

1776. "^^ ^^^ ^^ vacance de l'emploi de Gou«^ 
iW * * ^^^"^"'^ général , foit par mort ou par def- 

Juin, titution , fa place fera remplie par lé Mem- 
& bre du Confeil qui fe trouvera avoir le p-re- 

Jmlku mier rang après lui , jufqu'â ce que Sa Ma- 
jefté ait nommé un autre Gouverneur généraL 
S'il arrivoit qu'après îa mort ou la deftitu- 
tion ou pendant Fab^fence de l'un des Mem- 
bres dudit Confeil , il furvînt une divifïon- 
d'opinions fur quelques queflions propofées 
dans une confultaîio-n , & que les fuftrages- 
du Confeil fe trouvafiènt partagés égale- 
ment alors, ;& dans taus les cas femblables, 
ledit Gouverneur général , ou la perfonne 
qui remplira fes fondions, aura une voix; 
prépondérante , & fon opinion fera déciiîve^ 
& concluante «• 

33 Pourvu toutes fois que rien dans le pré- 
fent Ade ne doive ni ne puilfe être inter- 
prêté de manière à empêcher ladite Com- 
pagnie unie de conftituer & de nommer les 
'Officiers, Employés ou Agents qu'elle ju- 
gera convenables de nécefTaires , en vertu 
ou en conféquence d'aucuns pouvoirs , droits 
ou privilèges accordés à icelle par aucuns 
ades précédents du Parlement , ou par aucunes 
Chartres pouradminiftrer & conduire le com- 
merce & la traite de ladite Compagnie dans 
l'étendue delà Préfidence du Bengale, aulE 
bien que dans fes autres factoreries & éta-^ 
blilïemens dans l'Inde ««. 
Ce fut ainG que ce Bill établit d^m Yls^ 



ïT DE l'Amérique; soj 

%n Confeil fuprême , fetnblable, dans fa na- .^ 

ture, à celui qui avoit été originairement *' , 
projette par la Compagnie fous la dénomina- , ?^ 
tionde Nouvelle Commiflion de furveillance, ^ 
Les blancs, dans le Bill, furent remplis de Juiileti 
la manière fuivante : Warren Haftings, Gou- 
verneur général; le Lieutenant général John 
Clavering : MM, Georges Moufon : Richard 
Barw^U & Philippe Francis , les quatre Con- 
ièillers, La nomination de M. Haftings àla 
place de <JOUverneur général , caufe une fa*« 
tisfadion univerfelle. Non feulement tous 
les Mirtiftres , mais même ceux qui lui étoient 
oppofés, fe réunirent pour donner les plus 
grands éloges aux longs & fidèles fervices 
de cet Officier: pouT témoigner toutes les 
Jes efpérances qu'ils formoient de fa conduite 
future^ mais on ne voyoit pas de même œil 
le Général Clavering fubftitué au Générai 
Monckton. On convehoit de toutes les bonnes 
qualités de M. Clavering; cependant les 
fervices importans& tout récens de l'autre » 
ctoient regardés par un grand nombre de 
perfonnes comme des titres qui eûfTent dû 
lui mériter la préférence. Les appointemens 
furent enfuite afiignés de la manière fuivante, 
Xe Gouverneur Général 25*000 liv. fter. pac 
an j, & les quatre Confeillers loooo liv. fter, 
chacun. 

Cette cîaufedu Bill ne fut pas plutôt connue 
qu'elle excita des murmures & des plaintes 
fâtmi les A<aionnaires de la compagnie qui 



Ûb6 AFl?AiRÊSt>E t'AN(5LETEàKë 

yi iiii ' ' s'y trouvèrent le plus immédiatement întéref- 

1775. fés. Toute radminiftration des affaires delà 

Mai Compagnie dans l'Inde étoit entre les mains 

Juin <ie perfonnes qui n'étoient ni nommées paif 



P* ?j la Compagnie, ni amovibles à fa difpofition 
imuetf ^^ 1^^^ ^^^jç ^^^g l^g moyens d'infpeéler, de 

tedreffer les griefs & d'appliquer le remède 
convenable aux maux qui furviendroient dans 
les affaires de la Compagnie. Ce point éioic 
!regardé comme î'abfurdité la plus révoltante * 
te le folécifme le plus inconcevable en poli- 
tique. On voyoit encore avec peine qu© 
Cette ufurpation de droit dans la nomination 
des Officiers de la compagnie fût aggravée 
» par le paiement compulfoire d'appointemens 
exorbitans affeâîés & appliqués fur les reve- 
nus de la Compagnie fans fon confentement^ 
ce qui étoit un ade de l'injuflice la plus 
criante , & une atteinte violente portée à 
tous les droits de propriété. 

La nomination des Officiers, chargés dô 
l'adminiftration executive exercée ainfi parle 
Parlement, fut hautement condamnée comme 
anticonftitutionelle, comfne étant du plus 
dangereux exemple , comme propre à pro* 
duire des fadions & des intrigues , & à étendre 
l'influence corrompue de la Couronne , puiC* 
qu'elle délivroir les Miniftres de l'obligation 
d'être refpon fables , tandis qu'elle leur laif* 
foit tous les effets du patronage ; on trouvoic 
que c'étoit détruire le fage objet de la conf- 
titution qui a donné à la Couronne fois 



2 T DE l'Amérique; aor^ 
immédiatement ou dérivativement , la nomi-" 



ïiation de tous les Officiers , en même- ^77p« 
tems , qu'elle a attribué au Parlement le droit ^P 
d'empêcher de mauvaifes nominations : que ^^ 
c'étoit enfin confondre des pouvoirs que Jui^iet* 
I la conftitution entend être féparés , & dé- 
"Itruire ce contrôle néceffaire avec toutes les 
fages difpofîtions des loix , pour prévenir les 
abus dans la nomination aux places, ou 
dans leur exercice. 

Le Général Monckron ayant été exclu; 
il envoya aux Diredeurs une lettre qui fuc 
lue à l'afTemblée générale le 24 Juin 1773. 
iVoici en fubftance ce qu'elle portoit. 

39 Le Général Monckton a reçu la recom- 
mendation de l'afTemblée générale avec la 
leconnoifTance la plus vive de la faveur qu'on 
vouloir bien lui faire; mais la veille du jour 
qu'il a écrit cette lettre , ayant été informé 
<jue le Roi étoit dans l'intention de lui donner 
des marques de la fatisfadion , cette circonf-^ 
tance l'a mis dans i'impuiflance d'accepter 
une offre dont il confervera toujours la plus 
profonde gratitude 33. 

Malgré cette démiffion du Général Monck- 
ton , & ces arrêtés du Parlement , la Com- 
pagnie dans l'affemblée générale fuivante 
prit cet arrêté. 

» Arrêté que d'après la néceffitc où eft 
îa Compagnie des Indes de prendre foin 
de fes affaires & non par aucun motif de 
lïiécontentemenc contre le Lieutenant-Gé- 



àoS AFFAïRESDEt'ÀNGLÏ'TlRÊâ 

— néral Clavering ; elle ne juge point à pro- 

^11^* pos de nommer cet Officier Commandant 
^^ en chef de fes troupes dans i'Inde ». 
^^^ Mais cet arrêté de la Compagnie ne 
Juillet. îîiontroit que la volonté fans les moyens de 
V exécution. L'ade pafla conformément aux 
arrêtés du Parlement ; bientôt de nouveaux 
Directeurs furent choifis 5 ceux-ci parurent 
plus difpofés que les premiers à agir de con- 
cert avec le gouvernement : en conféquenca 
la première affaire dont les Diredeurs s'oc- 
cupèrent, fut de préparer des inftrucèions 
pour le Gouverneur général & le Confeil de 
Bengale. Ces inftrudions confiftoient en 
trente-trois articles qui occafionnerent les 
plus grands débats , particulièrement troi» 
articles, favoir les dix*feptieme , dix-neu- 
vieme & vingtième. 

33 Notre intention tji de vous adrejfer direct 
tentent tous nos vailTeaux de Bengale, & nous 
vous ordonnons de faire remettre à notre 
Bureau du Commerce , la partie de cargaifon 
qui fera préparée pour la vente dont le produit 
fera appliqué par notre dit Bureau de Com- 
merce aux fonds deftinés à former nos car- 
gaifons de retour , ou verfé dans la tréforerie 
félon que vous le prefcrire^:. Notre ordre 
pour les cargaifons de retour vous fera 
pareillement envoyé pour être par vous remis 
a notre Bureau du Commerce » & fi , dans 
aucun tems nous demandons des cargaifons de 
retour plus confidérables que vos finances ne 

, vou^ 



BT DE l'Amérique; K!}' 



LETTRE. 

V un Banquier de Londres, à ikf.*** 
à .Anvers. 



V. 



De Londres le 9 Mars if7% 



o I c I , Monneur , la nouvelle Conftî- 
îution de la Caroline Méridionale. Cette 
Province, devenue Etat indépendant, n'a 
pu fe difpenfer de faire divers changemens 
aux loix qu'elle s'étoit données en qualité 
de Colonie à qui juftice & protedion écoienç 
refufées par fon Souverain, Les Etats de 
New-Hampshire, de Connedicut, de Rhpde- 
Ifland , de la Caroline Septentrionale & des? 
la Géorgie, quoi qu'ils paroilTent en retard fuc 
un Ipoint auflî eîTentiel à leur bonheur parti- 
culier ainfi qu'au bien général , n'ont point 
cefle pour cela de s'en occuper ; mais ils 
ont vouM obtenir par l'expérience des autreà 
des lumières qui pûlTent donner à un G im-. 
portant ouvrage le plus haut degré de per- 
îeélion & de ftdbilité. Je compte vous en- 
voyer inceffament laConftitution de la Baye 
dèMaiTachuflets & celle de la Nouvelle York. 
Ainfi vous en aurez donc huit fur le nombre 
de treize qui complétera le Code Américain% 



ïviij Affaires de l'Anglkterrs 

CONSTITUTION 

DE 
L A C A R O L I N E 

' M é R T D I O N A L E. 



En Confeil Legi/latlf^ du ^Février lyyy. 

O R DO N N É que le Bill intitulé : Bill 
pour établir la Conflitution de VEtat de la Ca- 
Tolim Méridionale , foit imprimé & rendu 
public , tel qu'il a été envoyé à cette Cham- 
bre par l'Aflemblée générale. 

Par ordre de la Chambre. 

Thomas Far R , Clerc ( Greffier J> 

' ■ ■ y - 

Bill pour établir la Conflitution de VEtat de la 
Caroline Méridionale. 

/xTTBNDU que la forme de Gouverne- 
ment convenue & arrêtée par ies Ivommes 
libres de ce pays , afTemblés en Congrès le 
vingt-fixieme jour de Mars dernier, n'étoic 



ÎIT DE L^AmÈRIQUE; Jiy 

<jue provifoire, calculée pour , & appropriée 
à la fituation des affaiies publiques , à cette 
époque , fous la perfpeâ; ve d'un accommo- 
dement avec la Grande-Bretagne., événement 
défiré alors. 

Et attendu que les Etats Américains fe 
font depuis conftitués Etats indépendans , &: 
^ue le Jien politique q.ui avoit fubGfté juf- 
qu'à ce moment entr'eux & la Grande-Bre- 
tagne a été entièrement rompu par la dé- 
, claration de l'honorable Congrès continental, 
en date du quatrième jour de Juillet dernier, 
g. pour les nombreufes , grandes & importantes 
i' raifons qui y font particulièrement dévelop- 
pées. Il devient abfolument néceflaire d'ar- 
ranger une Conftitution permanente , telle 
que l'exige ce grand événement. 

Qu'il foit en conféquence établi & ftatué- 
p^îr fon Excellence Jean Rutledge, Ecuyer,^ 
Préfident & Commandant en chef dans l'Etac 
& fur l'Etat de la Caroline Méridionale ,. 
par rhonorable Confeil législatif ôi la Cham-. 
bre des Repréfentans , & par leur autoriré ,'. 
qae les articles fuivans , arrêtés par les, 
hommes libres de cet Etat, actuçlîemene 
alTemblés en affemblée générale , foient de 
cemoment& pour toujours, (à moins qu^'ib 
ne foient changés par l'autorité légiflative 
de cet état j. ) regardés comme îa Confticutioa. 
6c la forme de. Gauvernemenc dadit Etato. 



Ix Affaires de l^Anoiieterr:^ 

Scâion première. 

Le titre de ce pays fera déformais , Etat 
ds la Caroline Méridionale. 

Seàion deuxième* 

L'autorité légiflative fera confiée à un 
Confeil légiflatif , & à la Chambre des rer 
préfentans (^)# 

Section troifieme. 

Auffitôt qu'il fera poiTible, après leur pre-^ 
miere féance , le Confeil légiflatif & la Cham- 
bre des repréfentans réunis en afl'emblée 
générale, éliront au fcrutin , foit d'entre 
leurs Membres , foit d'entre l'univerfalité du 
peuple, un Préfident & Commandant en. 
chef, un Vice -Préfident de l'Etat, & un 
Gonfeil privé , pour demeurer les uns & les 
autres en charge pendant deux années : Se 
jufqu'à ce que ce choix foit fait , le Pré- 
fident ô: Commandant en chef , le Vice- 

> ■■ ' I mmÊmmmmmmmmtm 

(^) Dans le texte la dénomination de Général 
'AJfèmhly eft employée à la fois pour Tune des Cham- 
bres de la légiflature , & pour la réunion des deux ; 
jious avons cru devoir éviter la confuiîon qui en ré- 
fulte , en appellant Chambre des Repréfentans , la 
Chambre particulière, & en confèrvantle nom ^A[* 
{smhUé ^énéraU pour la réunion des deux* 



feT DE I-'AMÉRiQUf. Ix| 

f réfident & le Confeil privé, premiers élus 
& actuellement en chaige , continueronc 
d'exercer leurs fondions refpedives, 

Seâion quatrième. 

Si un Membre du Confeil légîflatif ott 
de la Chambre des reprélentûns eft élu Pré- 
fîdent & Commandant en chef ou Vice-Pré- 
fident , & s'il en exerce les fondions, fa 
place fera vacante & on élira une autre per-5 
îbnne pour la remplir, 

Seâion cinquième. 

Toute perfonne qui fera élue Préfident 
& Commandant en chef de l'Etat, ou Vice- 
Préfident ou Membre du Confeil privé , devra 
faire preuve des qualités fuivantes , favoir: 

Le Préfident & le Vice-Préfident, d'avoir 
réfidé dans cet Etat pendant dix ans , 6c 
les Membres du Confeil privé pendant cinq 
ans immédiatement avant leur dite éledion , 
& de pofTéder dans cet Etat une terre en 
valeur ou franche tenue, en toute propriété 
& chacun en droit foi , valant au moins 
dix mille livres argent courant, libre de 
toutes dettes ; & lors de leur éleclion ils 
préfenteront leurs preuves fous ferment dans 
l'AîTemblée générale. 

Seâion. fixieme, 
^ Aucun Préfident ou Commandant en chef,. 



ÎXÎJ A-FFÂTRES DEL'ANCfXrTrïlRS 
élu à Pavenir , après avoir fervi Tes deux: 
ans, ne fera élrgible , pour remplir de nou- 
veau ledit Office, qu'après quatre années 
entièrement révolues , depuis le jour oà iii 
fera Torci de charge» 

Seâion feptieme* 

Aucune perfonne^ dans cet Etat, ne pourra 
pofleder, dans un feul & même tems, l'Of- 
fice de Préfident ou de Vice iPréfident , con- 
curremment avec aucun autre Office ou , com- 
îniffion civile ou militaire, excepté dans la 
milice, foit dans cet Etat , foit fous l'au-r; 
torité du Congrès continental. 

Sccllon huitième^ 

Dans îe cas où le Préfident & Com m aîï-3 
dant en chef viendroit à mourir , ou s'abfea-f 
teroit de l'Etat y le Vice - Préfident lui fuc- 
cédera dans foa Office , Se le Confeil privé 
choifira parmi fes Membres un Vice- Préfi- 
dent de l'Etat. Et dans le cas oii le Vice* 
Préfident viendroit à mourir, ou s'abfenteroic 
hors de l'Etat , un des Membres du Con- 
feil privé» choifi par fes collègues , lui fuc- 
cédera dans fon Office jufqu'à ce qu'il ait 
été fait par la Chambre des repréfentans & 
le Confeil légiflatif , une nomination à ces 
Offices refpeétifs, pour le tems que l'Officier 
mort ou abfent devoit encore refter en piacej^ 



g T D Ê t A M î R I Q U Ë. lxîl| 

Scâ'ion neuvième. 

Le Confeil privé , dont le Vice - Préfî-i; 
Sent de l'État fera de droit Membre & Pré^ 
fident ^ fera compofé de neuf Membres, y 
compris le Vice-Préfident : & la préfence 
de cinq de Tes Membres fuffira pour lui don- 
ner l'adivité : mais il eft déclaré qu'aucun 
Officier de terre ou de mer, au fervice, 
ibit du continent , foit de cet Etat , & qu'au- 
cun Juge d'aucune des Cours de Loi ne 
feront éligibles , & que le père, le fils ou 
le fiere du Préfidentaduellement en charge^ 
ne pourront être élus Membres du Confeil 
privé pendant la durée de fon adminiftration. 

Un Membre du Confeil légiflatif ou de 
îa Chambre des repréfentans , élu Membre 
du Confeil privé, ne perdra pas pour cela 
la place dans le Confeil légiflatif ou dans 
Ja Chambre des repréfentans , à moins qu'il 
ne foit élu Vice-Préfident de l'Etat , dans 
kquel cas fa place fera vacante , & il fera 
élu une autre perfonne pour la remplir. Le 
Confeil privé efl: établi pour donner fes con- 
fcils au Préfident & Commandant en chef 
lorfqu'il les lui demandera ; mais le Préfi- 
dent ne fera obligé de le confulter que dans 
les cas prefcrits par la loi. Si un Membre 
du Confeil privé meurt ou quitte cet Etat, 
îî en fera choifi un autre à fa place, en 1^ 
çaaniere çi-deflus mentionnée» 



&hr Affaires DE l'Angliét^rri^ 

Scclion dixième. 

' Dans le cas où le PréGdent s'abfenteroît 
de Charles-ToAVn , ou feroit malade, le Vicef 
Préfident, ou en cas d'abfence de celui-ci, 
tin Membre quelconque du Confeil privé, 
pourra être autorifé par un pouvoir figné 
du Préfident 3c fcellé de fon fceau, à rem-s 
plir les fondions de Préfident. 

Seâion ow^eîne. 

Le Préfident & Commandant en chef fera 
tevêtu de l'autorité exécutrice, dans les bornes 
i& avec lés reftridions mentionnées ci après»:; 

Seâion douT^ieme» 

• Le dernier Lundi de Novembre êclejouf 
Aiivant dans l'année de Notre Seigneur mil 
fept cent foixante-dix-huit , & à pareils jours 
dans la fuite à chaque révolution de deux 
années , chaque Paroi (Te & Diftriét, faifant 
partie de cet Etat, élira au fcrutin un Mem- 
bre du Confeil légiflatif,'( à l'exception d\i 
■Diftriâ: des ParoiOes de Saint Philippe & de 
Saint Michel de Charles -Town, qui élira 
deux Membres ; & audi à l'exception du Dil- 
trid entre la rivière Large de celle de Saludy^ 
partagé en trois divifions : ) favoir , le bas 
Ciftrid:^ le Diftd<^ de la petite rivière, &> 



ET DE L'AMéRr(^UE. IXV 

ïe haut Diftrid: ou Diftriâ: de Sparte , cha- 
cune defquelles dites diviilons élira un Mem« 
bre ) : tous ces Membres , ainfi élus ^ s'aflem- 
bleronc le fécond Lundi de Janvier dans 
le li^u accoutumé à Chailes-Town , à moins 
que les hazards de la guerre ou que des 
maladies contagieufes ne permifTent pas de 
s'y aflembler en fureté ; auquel cas le Pré- 
fîdent & Commandant en chef alors en charge, 
pourra, de l'avis & avec le confentement 
du Confeil privé, aiîîgner par une procla- 
mation un lieu de féance plus fur , plus com- 
mode , & pour deux années , à compter dudic 
dernier Lundi de Novembre. Et perfonne 
ne fera éligible pour une place dans ledit 
Confeil avant d'avoir atteint l'âge de trente 
ans. Il ne faudra pas moins de treize Mem- 
bres pour donner à ce Confeil l'adivité ; 
mais l'Orateur ou trois Membres préfens 
pourront l'ajourner d'un jour à un autre. 
Aucune perfonne réfidente dans la Paroifle 
ou dans le Diftrid pour lequel elle aura été 
élue , ne pourra prendre féance dans le 
Confeil légiflatif, à moins de pofféder en 
toute propriété dans ladite Paroifle ou ledit 
Diftrià , une terre en valeur & franche tenue, 
valant au moins deux mille livres argent 
courant , libres de toutes dettes. Ex aucune 
perfonne non réfidente ne fera éligible pour 
une place dans ledit Confeil, à moins de 
pofféder en toute propriété dans la Paroifle 
ou le Diftriâ; pour lequel elle fera élue. 



Ixvj AfFAIBES de L'AfîGLETERÏlE 

une terre en valeur & en franche tenue g 
valant au moins fept mille livres argent cou- 
rant s libre de toutes dettes. 

Seàion treiT^ieme^ 

Le dernier Lundi de Novembre & le jour 
fuivant , dans l'année de Notre Seigneur mil 
fept cent foixante-dix-huit , & à pareils jours 
dans la fuite à chaque révolution de deux 
années, on élira les Membres de la Cham- 
bre des Repréfentans , qui devront s'aflem- 
bler le fécond Lundi de Janvier prochaia 
en fuivant , dans le lieu accoutumé à Charles- 
ïown , à moins que les hazards de la guerre 
ou que des maladies contagieufes ne per- 
mifTent pas de s'y affembler en fureté , au- 
quel cas le Préfident & Commandant en 
chef, alors en charge , pourra , de l'avis 5c 
avec le confentement du Confeil privé , af- 
îigner par une proclamation un autre lieu 
d'aflemblée plus fur , plus commode , & 

£our deux années , à compter du dernier 
,undi de Novembre. 

Chaque Paroifle & Diftridde cet Etat en- 
verra des Membres à la Chambre des Repré- 
fentans dans les proportions fuivantes, favoir; 
Les paroifles de Saint Philippe & de Saine 
Michel de Charles-Town , triente membres, 
La paroiOe de Chrifl-Church , Hx mem- 
bres* 



fe-r DE l'Amîrique; - ïxvîj 

La paroifle de Saint Jean , dans le Comté 
'de Berkley, fîx membres. 

La paroifle de Saint André, fix membres. 

La paroifle de Saint George^ Dorchefter, 
fîx membres. 

La paroifle de Saint Jacques, Goofe-Creek, 
fix membres. 

La paroifle de Saint . Thomas & Saint 
Denis , (ix membres. 

La paroifle de Saint Paul , fix membres. 

La paroifle de Saint Bartheîemi , fix mem- 
bres. 

La paroifle de Sainte Hélène , fix mem- 
bres. 

La paroifle de Saint Jacques, Santée , fix 
membres. 

La paroifle du Prince George , Winyah , 
fix membres, 

La paroifle du Prince Frederick , fix mem- 
bres. 

La paroifle de Saint Jean, dans le Comté 
de Coîieton , fix membres. ' 

La paroifle de Saint Pierre , fix membres; 

La paroifle du Prince Guillaume , fix mem- 
bres. 

La paroifle de Saint Etienne , fix mem« 
bres. 

Le diftrid à l'Eft de la rivière Waterée, 
dix membres. 

Le diftriâ: des Quatre- vingt-feize , dix 
membres. 

Le dlftïi^ de Saxe^Gotha , fix membres. 

cij 



ïxvuj Affaires de l'Aî^gleterre 

Le diflrid entre la rivière Large & la ri- 
vière Saludy^ en trois divifions, favoir : 

Le Bas diftriâ: , quatre membres. 

Le diftriâ: de la petite rivière, quatre 
niembres. 

Le haut diftrid ou dïftrid de Sparte , 
quatre membres. 

. Le diftrid entre la rivière Large & k 
rivière Catawba , dix membres, 

Le diftrid: a ppelié la Nouvelle AcquiCtion , 
dix membres. 

La paroifle de Saint Mathieu , fix mem- 
bres. 

LaparoijGfe de Saint David, fix membres. 

Le diftrid entre la rivière Savannah & la 
fourche Nord d'Edifto , fix membres. 

Et il fera procédé à l'éledion defdits mem- 
bres , autant qu'il fera poftible , conformé- 
ment aux ciaufes de l'ade d'éleétion. Et 
dans le cas où il n*y aura pas d'Eglifes ni 
de Marguilliers dans une Paroiffe ou Diftrid» 
la Chambre des repréfentans , un tems con- 
venable avant de le féparer , défignera les 
lieux d'éledion & les perfonnes qui devront 
recevoir les fuifrages & drefter les procès- 
verbaux. 

Quant aux qualités des Eledeurs , tout 
homme libre, blanc, & non autre , recon- 
noiifant l'exiftance d'un Dieu , & croyant à 
un état futur de peines & de récompenles , 
ayant atteint V^ge de vingt-un ans , ayant 
cté léfident de habitant dans cet Etat , pçn- 



ET DE l'^AmÉRIQUE. IxiX 

dant l'année entière qui aura précédé immé- 
diatement la datte des lettres pour indiquer 
Téleâion à laquelle il prétendra voter, ayant 
une franche tenue de cinquante acres de 
terre au moins ^ ou un Lot de l^iile (a) étant 
légalement faili & poflefTeur de l'un ou de 
l'autre , fix mois au moins avant ladite élec- 
tion j ou ayant payé taxe l'année précédente, 
au étant devenu fufceptible de payer taxe 
la préfente ann^e , fix mais au moins avam 
ladite éleéHon , pour une fomme égale à la 

jl taxe impofée fur cinquante acres de terre 
pour le maintien du Gouvernement ^ fera 
réputé avoir les qualités requifes pour voter, 

- & fera capable d'élire un ou plufieurs re-^ 
préfentans ^ pour une ou plufieurs places dans 
le Confeil légiflatif & dans la Chambre des 
repréfentans pour la ParoilTe ou le Diftxid; 
où it réfideaduellement, & jouira des mêmes 
droits d'éledion dans toutes les autres Pa- 
roiffes ou Diftrids de cet Etat , dans lef- 
quels il poffédera une femblable franclie- 
renue. Les Eledeurs feront preuve de leurs 

( ^ ) L'origine de cette dénoinînatton vient de ce 
qui s'eft pratiqué lors de la fondation de plufieurs 
Villes d*Am€rique ; on divifa d'abord le terrein où 
l'on devoit bâtir, en petites portions fuffiûntes cha- 
cune pour une maifbn & un jardin. Chaque perfbnne 
qui avoit acheté mille acres dans le Didriâ: , eut 
droit à une de ces portions , qui furent numérotées^^ 
& tirées au fort ; de-là leur eu. venu le nom de Iq& 
de V'dU , qu'elles portent encore. ^ 



îxx Sf?Air 85 ©B l'Angleterre 

qualités fous le ferment ou TaffirmatlonJ 
s'ils en font requis par l'Officier qui fera Iq 
procès - verbal. Les qualités des fujets élus , 
s*ils font réfidens dans la Paroifle ou le Dif- 
triâ: pour lequel ils feront élus , feront les 
mêmes qui font mentionnés dans l'ade d'é- 
ledion j & les biens exigés devront être libres 
de toutes dettes. Mais aucun homme noa 
réfident ne fera éligible pour une place dans 
la Chambre des repréfentans , s'il n'eft pro-' 
priétaire ^ de fon chef, d'une terre en valeur 
& franche-tenue , valant au moins trois mille 
cinq cents livres argent courant, libre d© 
toutes dettes^ dans la Paroiffe ou Diftriâ 
pour lequel il fera élu» 

Seâion quatofuj^emé. 

Si quelque Paroifle ou Diftrid néglige od 
refufe d'élire fes Membres, ou fi les Membres 
élus ne fe rendent pas à la Chambre des Re- 
préfentans, ceux qui s'y feront rendus, auront 
les pouvoirs de laChambre des Repréfentans, 
Il ne faudra pas moins de quarante - neuf 
Membres pour conftituer une Chambre ca- 
pable d'aâivité, maisrOrateur ou fept Mem- 
bres pourront ajourner d'un jour à un autre, 

ScBion quinzième, 

Lorfqu^on aura pu fe procurer les éclair* 
GÎfTemens convenables fur la populacion pajD^ 



tîculiere & comparative» & fur les propriétés 
fufceptibles d'être taxées dans les différentes 
parties de l'Etat, alors il fera établi pour le 
nombre des repréfentans une proportion là 
plus égale & la plus jufte , toujours eu égard 
au nombre d'habitans blancs , & aux pro- 
priétés d'un chacun fufceptibles d'être taxées* 

Seâion feiT^temc* 

Tous les Bills de levée d'argent pour le 
maintien du gouvernement , devront être 
faits en première inftance dans la Chambré 
des Repréfentans, & ne feront ni changés» 
ni corrigés par le Confeil légiflatif , qui aura 
feulement le droit de les rejetter purement 
& fîmplement. Mais il ne fera tiré aucuns 
fonds du tréfor public que par l'autorité 
légiflative de l'Etat. Tous les autres Biîls 
ou Ordonnances pourront être faits en pre- 
mière inftance dans la Chambre de Repré« 
fentans, ou dans le Confeil légiflatif, & pour- 
ront être changés , corrigés ou rejettes pac 
l'une & l'autre Chambre. Les Bills qui auront 
pafle dans la Chambre des Repréfentans & 
dans le Confeil légiflatif, feront fignés pat 
le Préfident & Commandant en chef, alors 
en charge , par l'Orateur du Confeil iégifla-; 
tif , & par celui de la Chambre des Repré^- 
fentans dans la Chambre du Confeil , àû 
auront alors la force & là validité d'ades de 
l'afifemblée générale de cet Etat. La Chambre 



Ixxij Affaires d:e l'Angleterre 
des Repréfentans & le Confeil légiflatif joui* 
ront refpediveinent de tous les autres privi- 
lèges qui ont été dans aucun tems prétendus, 
ou exercés par la Chambre des Communes 
de raffemblée, 

Seâion dix-feptieme. 

La Chambre des Repréfentans & le Confeil 
légiflatif pourront s'ajourner refpedivemenc 
eux mêmes, & le Préfident & Commandant 
en chef n'aura pas le pouvoir de les ajour- 
ner, proroger ni difToudre. Mais , dans les 
cas de néceflfité, il pourra, de l'avis & avec 1© 
confentement du Confeil Privé, les convo- 
quer avant le tems pour lequel ils fe feront 
aiournés. Et lorfqu'un Bill aura été rejette , 
il pourra être propofé de nouveau dans une 
féance de la Chambre des Repréfentans & 
du Confeil LéglflaTif réunis , après cependant 
un ajournement qui ne fera pas moindre que 
de trois jours. 

ScSion dix -huitième. 

La Chambre des Repréfentans & le Con- 
feil Légiflatif choifiront chacun leurs Ora- 
teurs refpedifs, & leurs propres Officiers, 
par la voie du fcrutin , fans pouvoir être 
troublés dans ce choix. Et lorfque les Cham- 
bres feront en vacances, leurs Orateurs expé- 
dieront les lettres pour pourvoir aux places 



E T D E l'A m E R I q u e. Ixxiij 

qui viendront à vaquer par moit dans leur 
Chambre refpedive , en donnant avis trois 
femaines au moins, & jamais plus de trente- 
cinq jours à l'avance, du tems indiqué pour 
i'éledion. 

Section dix-neuvieme. 

Si quelque Paroifle ou Diftrid néglige 
d'élire un ou plufieurs de fes Membres, le 
jour de l'Eledion j ou fi un fujet élu Membre 
pour le Confeil Légiflatif ou la Chambre des 
Repréfentans , refufe de faire fes preuves , & 
de prendre féance en cette qualité, ou s'il 
meurt , ou s'il quitte l'état , ledit Confeil 
Légi{l::tif, ou ladite Chambre des Repréfenr 
tans, fuivant le cas, indiqueront des jours 
convenables pour élire le Membre ou les 
Membres défaits Confeil Légiflatif ou Cham- 
bre des Repréfemans refpeélivement. 

oeâion vingtième* 

Si quelque Membre de la Chambre des 
Repréfentans ou du Confeil Legiflatifaccepte 
quelque emploi de profit^ ou quelque commif^ 
fîon , excepté dans la Milice , fa place vaquera, 
parce feul fait, & il fe tiendra une nouvelle 
Eieélion pour y pourvoir ; mais il ne fera pas 
incapable pour cela de la remplir , s'il efb 
réélu , à moins qu'il ne fût nommé Secrétaire 
d'Etat i CommifFaire de laTréforerie , Officier 



Ixxîv Afpaire^de l^Angletere^ 

des Douanes, Garde des Regiftres des vente»; 
tranfports de propriétés & hypothèques ,. 
Greffier de quelqu'une des Cours de Juftice^ 
Receveur des Poudres , Greffier du Confeil 
Légiflatif , du Confeil Privé ou de la Cham- 
bre des Repréfentans , Arpenteur général ou 
Commiffaire des magafins Militaires; lefquels 
Officiers font ici déclarés incapables d'être 
Membres , foit du Confeil Légiflatif , foit dô 
la Chambre des Repréfentans» 

Seâion vingt-unième. 

Aucun Miniftre de l'Evangile ou Prédrca- 
teur public , de quelque croyance religieufe 
qu'il foit, ne feraéligible à l'avenir comme 
Membre, foit du Confeil Légiflatif ^ foit dô 
la Chambre des Repréfentans. 

Seâion vingt-deuxième. 

• 

Les Délégués de cet Etat au Congrès 
Continental, feront choifis annuellerftent au 
fcrutin par la Chambre des Repréfentans & 
îe Confeil Légiflatif réunis en afTemblée 
générale ; & aucun article contenu dans la 
préfente conftitutionj ne pourra être entendu 
^'étendre à réputer vacante la place de quel- 
que Membre qui eft , ou fera par la fuite 
délégué de cet Etat au Congrès continentaîç. 
i caufe de cette qualité, . 



ET b K l'Amék ÏQÙS. Ixxv^ 

Section vingt-troifieme. 

Le Vice Préfident de l'Etat & le Confell 
Privé , où le Vice Préfident & une pluralité 
du Confeil Privé , aduellement en chafge , 
exerceront les fondions , & auront les pou- 
voirs de Cour de Chancellerie : & il y aura 
un ordinaire ( ^ ) , qui exercera les fondions 
& aura les pouvoirs attribués jufqu'à préfeni; 
à cet Officier dans cet Etat. 

Seâion vingt- quatrième^ 

La Jurifdidion de la Cour d'Amirauté feri 
reftreinte aux caufes maritimes. 

Section vingt- cinquième* 

Les Juges de paix feront nommés par la 
Chambre des Repréfentans , & recevront du 
Préfident & Commandant en chef une com* 
mlflion durable à volonté. Ils n'auront droit 
à aucun falaire , excepté dans les pourfuites 
pour crimes capitaux , & lorfqu'ils n'exerce- 
ront point les fondions de leur magiftrature: 



{a) L*Ordinaire efl un Officier de juflice qui donne 
les lettres d*admini{lration pour les biens des gens 
qui font morts, qui'enregidre les teftamens , reçoit 
les. comptes des Exécuteurs teftamefttaires & des Ad^; 
minirtrateurs. 



îxxvj Affaires d ê l'An g l bt e r re 

ils n'auront point de droit aux privilèges qui 
y font attachés par la loi, 

Seâion vingt-fixieme. 

Tous les autres Officiers de Juffice^ feront 
choifis au fcrutin par la Chanribre des Repré- 
fentans & le Confeil Légi-Hatif réunis en 
aiïemblée générale , & , à l'exception des 
Juges de la Cour de Chancellerie, ils rece- 
vront du Préfident & Commandant en chef 
des commiflîons durables tant qu'ils fe com- 
porteront bien ; mais ils feront révoqués fur 
la demande de la Chambre des Repréfentans 
& du Confeil LégiflatiL 

Seâion vingt-feptieme. 

Les SherifFs ayant les qualités requifes pat 
la loi , feront choifis dans chaque diftriâ: 
de l'état paf les Franes-^Tenanciers du diftrid 
refpedif, & recevront du Préfident & Com- 
mandant en chef une commilïion pour deux 
années feulement. 

Seâion vingt-huitième. 

Lés Commiflaires de la Tréforerie , le 
Secrétaire d'Etat , le Garde des Regiftrei 
des ventes , tranfports de propriété & hypo- 
thèques, le Procureur- Général, le Receveur 
des Poudres , les Colledeurs, les Contrôleurs» 



fi T D B l'A M iS^ I Qi u e, Ixxvîj 

les Douaniers & l'Arpenteur général, feront 
choifis au fcrutin par la Chambre des Repré- 
fentans & le Confeil Légiflatif réunis en 
aflemblée générale , & recevront du Préfi- 
dent & Commandant en chef des commifîions 
durables tant qu'ils fe comporteront bien , 
mais ils feront révoqués fur la demande de 
la Chambre des Repréfentans & du Confeil 
Légiflatif. 

Seâion vingt-neuvième. 

Tous les Officiers d'Etat-Major dans l'ar- 
mée , & tous les Capitaines de vailTeaux feront 
choifis au fcrutin par la Chambre des Repré- 
fentans & le Confeil Légiflatif réunis en 
affemblée générale , & recevront des com-. 
milîîons du Préildent & Commandant en 
chef, excepté dans les cas où ils devront 
tenir leurs commiflîons du Congrès : & tout 
les autres Officiers dans l'armée & dans la 
marine recevront leurs Commiffions du Pré- 
fident & Commandant en chef. 

Seâion trentième. 

En cas de vacance de quelques-uns des 
offices qui doivent , en eonféquence des 
articles précédens., être remplis ifar le choix 
de la Chambre des Repréfentans & du Con- 
feil Légiflatif, le Préfident & Commandant 
en chef» de l'avis & avec le confentement 



îxxvirj Affaires r>E l'A NGLETERKE 

du Confeil Privé, nommera d'autres fujeC3 
pour les exercer , jufqu'à ce qu'il ait été tait 
par la Chambre des Repréfentans & le Confeil 
Légiflatif une éledion pour, remplir ces 
vacances refpedives. 

Seâion trente-unième. 

Le Préfident & Commandant en chef, dô 
Favis & avec le confentement du Confeil 
Privé , pourra nommer pour le tems qu'il 
jugera à propos , & jufqu'à ce qu il en ait été 
autrement ordonné par une réfolution de 
la Chambre des repréfentans & du Confeil 
légiflatif j tous les autres Officiers nécefTaires» 
à l'exception de ceux qu'il eft ordonné par 
la loi de choifir d'une autre manière. 

Seâion trente-deuxième. 

Le Préfident & Commandant en chef 
n'aura pas le pouvoir de commencer la guerre, 
de conciurre la paix , ni de convenir d'ua 
traité définitif, fans le confentement de la 
Chambre des Repréfentans & du Confeil lé- 
giflatif. 

Seâion trente troifieme. 

Les réfolutions des précédens Congrès de 
cet Etat & toutes les loix qui y font ac- 
çuçlleraent en vigueur^ (& qui ne font paà 



ïf DE l'Amérique Ixxîx 
rfcîiangées par la préfente Conftitution ) con- 
tinueront d'y être en vigueur , jufqu'à ce 
qu'elles foienc changées ou abrogées par la 
légiflature de cet Etat , à moins qu'elles 
n'eûflent été faites pour un tems , auquel 
cas elles expireront dans les tems refpedi- 
vemenc déterminés pour leur durée» 

Seâion trente-quatrième, . 

Le Préfident & Commandant en chef ^ îe 
Vice-Préfident de cet Etat & le Confeil 
privé, auront refpeélivement les mêmes pri- 
vilèges perfonnels qui font accordés par 
i'ade de l'aiTemblée au Gouverneur, au 
Lieutenant du Gouverneur & au Confeiî 
privé* Le Préfident & Commandant en chef 
aduellement en charge , pourra , dans les 
tems de vacances de l'aiTemblée générale, 
mettre des embargo , ou prohiber l'expor* 
îation de denrées quelconques ^ pour ua 
xj&m^ qui n'excédera pas trente jours, 

Seâion trente-cinquième. 

Toutes perfonnes choifies & nommées 
à quelque Office ou à quelque emploi de 
confiance civil ou militaire , avant de com- 
mencer l'exercice de leurs fondions , prêteront 
îe ferment fuivant: 

Je N. — reconnois l'Etat de la Caroline 
méridionale^ pour être uaEtat libre ^ indé- 



IXXX AfFAIRESDE L'ANGLETfiRRE 
pendant & Souverain, & que le Peuple de 
cet Etat ne doit ni fidélité , ni obéifTance 
à George III Roi de la Grande-Bretagne , 
8: je renonces refufe & abjure toute fidélité 
& obéiflTance en vers lui : & je jure ou affirme , 
( fuivant le cas ) que je foutiendrai , main- 
tiendrai & défendrai de tout mon pouvoir 
ledit Etat contre ledit Roi George III ^ contre 
fes héritiers & fiicceffeurs , & contre Tes où 
leurs fauteurs , alTiftans ôc. adhérens , & que 
je fervirai ledit Etat dans l'office de — que 
je poiTede , acSiuellement ou dans tout autre 
office que je pourrai tenir dans la fuite , 
par la nomination ou fans l'autorité dudit 
Etat, avec fidélité & honneur, & fuivant tout 
ce que mon entendement & mes lumières 
pourront m'indiquer de mieux, 

Se3ion trente-fixieme. 

Il fera attribué aux Officiers publics men- 
tionnés ci deffus les appointemens annuels 
fuivans , au Préfident & Commandant en chef, 
cinq mille cinq cent trente-huit piaftres (a) 
& demie ; au chef Juge , deux mille cent vingt- 
une piaftres; aux Juges afîiftans, dix-fept cents 
vingt-quatre piaftres à chacun : au Procureur- 

mmrn, ^ *' ■ ■ !■ Il ■ Il ■ I ■ M I. I , I. »— - — ■, .1. ■ —.1 »Mi — I II ■ w— ■— 1— — I» 

(il) Le Dollar n*eft autre chofè que la pîaflre 
Espagnole; il vaut à peu - près cinq livres argent 
de France ; ainfi nous emploierons le mot de piajîrc 
comme plus générakment entendu. 

Général 



ET DE l'Amérique. hxx) 
Génoral , douze cent quatre -vingts- treize 
piaftres qui lui tiendront lieu de toutes pré- 
tentions fur le public . pour falaires dans les 
pourfuites criminelles ; aux trois CommifTaires 

cle laTreTorene, douze cent trente-une piaftres 
à chacun. 

Section trente-fepdeme. 

^ Toutes perfonnes & toutes Sociétés Reli- 
gleufes qui reconnoiifent l'exiftence d'un 
Dieu , un état futur de peines & de récom- 
penfes , & la nécefîité d'un culte public 
jouiront d'une libre tolérance. La Religion 
Chrétienne fera réputée , & eft par le préfenc 
article conftituée 6i déclarée être la Religion 
établie dans cet Etat. Les Chrétiens de toutes 
dénominations qui fe comporteront paiiible- 
ment &: fidèlement , jouiront dans cet Etat 
de privilèges égaux. Pour accomplir ce projet 
défirable , fans faire tort à la propriété Reli- 
gieufe de ces Sociétés de Chrétiens qui font 
déjà incorporées en vertu d'une loi , pour 
l'objet du culte Religieux, & pour donner 
à toute autre Société de Chrétiens, ou déjà 
formée , ou qui fe formera par la fuite la pleine 
& entière faculté d'obtenir une pareille incor- 
poration : il eft par le préfent article . établi , 
prononcé & déclaré, que les différentes So- 
ciétés de TEglife Anglicane , qui font déjà 
formées dans cet Etat pour l'objet du culte 
Religieux , demeureront ainfi incorporées 

/ 



ÎXXXÎj AfFAÏRÊSDE L^\ N g t ÎETËRKÈ 
& continueront de pofleder les propriétés 
Religieufes dont elles font aduellement en 
poiïeffion : Et que toutes les fois que quinze 
ou plus de quinze mâles , n'ayant pas moins 
<ie vingt- un ans & profefTant la Religion 
Chrétienne , conviendront de s'unir enfemble 
en fociété pour l'objet du culte Religieux, ils 
formeront ( en rempliiïant les conditions 
mentionnées ci-après ) & feront conftitués 
une Eglife ; ils feront réputés & regardés en 
judice^ parla loi, comme étant de la Religion 
établie dans l'Etat; & fur la requête à la 
Légiflature, ils feront autorifés à s'incorpo- 
ler & à jouir de privilèges égaux à ceux 
des autres Sociétés Religieufes ; que toute 
ïbciété de Chrétiens ainfi formée , fe don- 
nera à elle-même un nom ou dénomination 
quelconque, par lefquels elle fera appellée 
éc reconnue en juflice : & que tous ceux qui 
s'y aflocieront pour l'objet du culte, feront 
réputés appartenir à la Société ainfi appellée. 
Mais que , préalablement à l'établiiTement & à 
l'incorporation des différentesSociétés fufdites 
de toutes dénominations permifes ci-delTus, 
èc à l'effet d'y être autorifée , chaque Société 
•ainfi requérante, devra reconnoître & figner 
dans un livre à ce deftiné , les cinq articles 
fuivants , fans laquelle formalité , aucun 
accord ni union faits par des hommes fous 
prétexte de religion , ne les mettront en droit 
de s'incorporer, ni d'être réputés Eglife de 
la Religion établie dans cet Et^t. 



1E f t) iE l'A M é R t Q U E. JxX'XÎî} 
'Anlcle F', qu'il y a un Dieu éternel, Qc 
Mn écat futur de récompenfes & de puni- 
tions. 

Article II. qu'il doit être rendu à Dieu 
un culte public. 

Article III. que la Religion Chrétienne eft 
ïa vraie Religion, ^ 

Article IV. que les Saintes Ecritures dû 
l'ancien & du nouveau Teftamenr font d'inf- 
piration divine , 3c font la règle de la foi de 
de la pratique. 

Article V. qu'il efl légitime , & qu'il eft 
du devoir de tout homme appelle à cet effet 
par ceux qui gouvernent de rendre témoignage 
à la vérité. 

Tout habitant de cet Etat , appelle pour 
prendre Dieu à témoin de la vérité de fà 
dépofition, aura la permifîion de le faire dans 
la forme la plus convenable à ce que lui 
dide fa confcience. 

Le peuple de cet Etat Jouira pour toujours 
du droit d'élire fes propres Pafteurs ou fon 
Clergé ; & en même-tems , afin que l'Etat 
puiffe avoir une fureté fuffifante , que leS 
perfonnes admifes au miniftere de tout éta^ 
blilTement religieux , s'acquitteront duemenC 
des fondions paftorales ; aucun Sujet nô 
pourra exercer le miniftere d'aucune Eglifa 
établie , à moins d'avoir été choifi par là 
majeure partie de la Société dont il doit étrb 
Miniftre , ou par des perfonnes nommées par 
ladite majeure partie pour choifir & procurai; 



Ixoîv Affaires DE l'An<;i.eterbi 
un Miniftre à la Société, ni après avoir été 
choifi Ôc nommé de cette manière , jufqu'à 
ce qu'il ait, outre & {)ar'defrus les cinq arti- 
cles ci devant dits , fait & iigné la Déciaratioa 
iuivante : qu'il eft déterminé avec la grâce de 
Dieu & le fecours des Saintes Ecritures , à 
inftrmre le peuple confié à les foins , & à ne 
rien enfeigner ( comme il eft indifpenfabîe- 
nient nécelïkire pour le falut éternel ) que ce 
qu'il fera periuajdé pouvoir être conclu des 
Saintes Ecritures & proiivé par elles; qu'il fera 
des exhortations publiques & particulières , 
tant auprès des malades qu'au troupeau entier 
confié à les foins , uûvant le befoin & les 
, ôccalions, & qu'il fera exad- à faire les prières , 
à lire les Saintes Ecritures , & à faire les études 
qui pourront l'aider à en acquérir une parfaite 
connoiffance: qu'il aura foin de fe conformer, 
lui & fa famille, à la doéliine du Chrift , & de 
faire de lui-même & de ia famille, autant qu'il 
fera en lui des exemples lalutaires 6c des mo- 
dèles pour le troupeau du Chrifi: ; qu'il main- 
tiendra & procurera, autant qu'il lui fera'' 
poflible , la tranquillité, la paix & Famouc 
parmi tout le peuple Chrétien, de fpéciale- 
jnent parmi ceux qui font ou feront confiés à 
fes foins. 

Perfonne ne troublera ni n'inquiétera une 
afïemblée Religieufe , ni ne fe fervira d'aucuii 
terme de reproche , d'aucun mot injurieux 
ni diffamatoire contre aucune Eglife ; car 
c'ùù. le moyen certain de troubler la paix 



ET DE l'Amérique. Ixxxv 

& d'empêcher les gens de fe convertir à la 
vérité en les engageant dans des querelles 6c 
des animofiiés, i<c leur infpirant la haine de 
ceux qui profeflent une croyance , & de là 
croyance même à laquelle autrement on eût 
pu les amener. 

Toute perfonne confentant à s'afTocier aux 
Chrétiens d'une dénomination quelconque , 
& à figner en préfence de cinq de fes Mem- 
bres Taéle ou l'inftrument par lequel ils fe 
font formés en fociété, en deviendra membre 
par cela feul. Toute perfonne qui effacera 
fon nom de l'aéèe pu inftrument ci-devant 
dit , ou dont le nom en fera effacé par une 
perfoime autorifée à cet effet par la fociété 
à laquelle elle appartient , cédera d'en être 
membre. Aucunes perfonnes, quelles qu'elles 
foient , ne parlerant dans leurs affemblées 
Religieufes , d'une manière irrévérente ou 
féditieufe du gouvernement de cet Etat. Per- 
fonne ne pourra être légitiment obligé de 
payer pour le maintien Se le foutien d'un 
culte Religleax auquel il ne fe fera pas libre- . 
ment aflocié. Se qu'il ne fe fera pas volon- 
tairement engagé à foutenir. Mais tesEglifes, 
Chapelles ., Prelbitaires , fonds de terre Se 
toutes autres propriétés aétuellement appar- 
tenantes à quelques - un^es des Sociétés de 
l'Eglife Anglicane, oa à quelques autres So- 
ciétés Religieufes , leur demeureront Se leut 
feront affûtées pour toujours. Aucune per- 
fonne. qui ne feroit membre d'aucune des 



Ixxxvj Affaires de l'Angletekr* 
Eglifes de la Religion établie dans l'Etat » ne 
fera capable de polTéder aucun emploi d'hon- 
neur, de confiance ou de profit fous l'autorité 
4udit Etat. Les mariages feront célébrés après 
yne publication faite trois Dimanches diffé- 
lens avant le mariage , dans quelque lieu, 
public de .culte, dans la Paroiffe ou le Dif- 
îrid oii rende ja femme , ou bien d'après 
une permillîon qui devra être adrefîée à quel- 
que Miniftre de l'Evangiîe , fans fpécifier la 
dénomination j ni prefcrire la méthode de 
célébration. Les pauvres feront foulages , & 
les éleclions conduites en la manière accou- 
tumée , jufqu'à ce qu'il ait été pourvu paiç 
des loix à régler ces matières de la manière 
la plus équitable, 

$e3ipn trente-huitième,. 

Aucun Eccléfiàflique , Prédicateur ou Mi- 
lîVftre de l'Evangile, ne pourra prétendjfe à. 
plus d'exemption des punitions infligées par 
îaloi, en vertu de quelque privilège que ce 
foit du Clergé , que fi ledit Eccléfiaftique & 
Prédicateur ou Miniftie étoit Laïque; mais 
tout Eccléfiaftique , Prédicateur ou Miniftre 
(^éclaré coupable d'un délit fujec ou non par 
la loi au privilège du Clergé , fera puni commet; 
yn Laïc^ue, 

Section- trente-neuvième^, 
_ ^^çune partie d^ \% pÇçft?ntQ çpnflîrutîqgt 



E T D E L*A M É R r Q U E. IxXXVÎj 

ne fera changée fans qu'il en ait été donné 
avis quatre - vingt dix jours à l'avance ; ôc 
aucune partie n'en fera changée fans le con- 
fen:ement de la pluralité des Membres de la 
Chambre des Repréfencans & du Confeil 
Légiflatif, 

SeâioJi quarantième.. 

La Chambre des Repréfentans & le Confeil 
Légiflatif ne procéderont pas à l'Eledion d'ua 
Fréiident ou d'un Vice-Préfident , qu'il n'y 
ait plus de la moitié des Membres des deux 
Chambres préfens. ' 

Fin ds la Con(litmion de la, Caroline Méri^, 
I dionale» 

Vous VENEZ de lire , Monfieur , quarante 
articles d'une conftitution foigneufement 
calculée pour faire d'une petite Provinca 
un très-grand Etat. Je vais vous en préfenter 
vingt qui compofent des inftrudioTis tendantes 
à une fin toute oppofée. Vous reconnoîtrez 
que ceux-ci ont été obfeivés avec l'exadi- 
îude la plus fcrupuleufe & fi complétementj^. 
qu'ils ont produit en moins de huit ans touc 
l'effet qu'on avoit pu s'en promettre. L'Au-- 
teur a fort adroitement appliqué à la poli- 
tique l'idée ingénieufe de Pope dans fa Dun-- 
ciade , où il attache à un mauvais Poëta 
des ailes q^ui le foat VQle.r en contre-bas , de 



hxxviij Affaires de l'Angleterre 
forte qu'en cherchant às^élever , il ne fait que 
s'enfoncer déplus en plus dans îe bourbier. Ici 
un des plus éclairés des politiques de ce fiecle 
va vous faire voir des Miniftres dont les ailes 
renverfées opèrent exadement le même effet , 
3c qui ont mis l'Angleterre fous les pieds de 
l'Amérique ,en s'efforçant démettre l'Améri- 
que fous les pieds de TAngleterre. 

înjîruElions pour les Minijîres qui iTun grand 
Empire i^ouàroknt m faire un petit» 

Les moyens fuivans pour faire un très'petit 
Empire d'un très-grand , ont été rédigés par 
le DoEleur Benjamin Franklin en 1^6^ , poux 
Vufage du (a) Secrétaire d'Etat au département 
de r Amérique* 

Un ancien fage fe prifoit beaucoup lui- 
même fur un point ; c'étoit que , quoiqu'il ne 
pût pas jouer du violon , il favoit comment 
d'un très-petitEtat il pourroit en faire un très- 
grand. Pour moi , moderne ignorant , le 
fecret que je vais vous communiquer efl: 
précifément î'inverfe de celui de l'ancien fage. 

Je m'adreife à tous les Miniftres chargés 
d'adminifiration de domaines étendus , & qui 
parleur grandeur même font devenus em- 
barraffans à gouverner , parce que la multi- 
plicité des affaires ne laiffe par le tems de 
jouer du violon. 

(^) Milord Hillfborough ; l'Auteur , y a fait depul$ 
quelques augmentations. 



ET DE l' Amérique. Ixxxîx 

Premièrement ) Meilleurs, vous devez con- 
fidérer qu'un grand Empire efl: comme un 
grand gâteau que l'on rogne plus aifémenc 
par fes bords. Tournez donc d'abord votre 
attention vers vos Provinces les plus éloi- 
gnées , afin qu'une fois débaraffés de celles- 
là , vous voyez les autres fuivre par ordre. 

2°. Afin que cette féparation foit toujours 
pollible , ayez un foin tout particulier que 
les Provinces ne foient jamais incorporées 
avec la Mere< Patrie : qu'elles n'ayent pas le 
inême(^) droit commun , qu'elles nejouiffent 
pas des mêmes privilèges pour leur com- 
merce , & qu'elles foient gouvernées 'par 
des loix plus dures , toutes de votre façon » 
fans que vous leur accordiez le droit de 
participer en aucune manière au choix des 
Légiflateurs. En écablifTant & en maintenant 
foigneufem.ent de pareilles diftindions , vous 
agirez ( pour fuivre ma comparaifon du gâ- 
teau) comme un fage faifeur de pain d'épice , 
qui , pour faciliter le partage de fes pains , 
a foin de coupera moitié fa pâte dans les 
endroits oà il veut qu'on puiffe la rompre 
lorfqu'elîe fera cuite, 

3^ Ces Provinces éloignées ont peut-être 
été acquifes , achetées ou conquifes aux frais 



(a) L'Angleterre donne quelques fignes de vouloic 
traiter l'Irlande ave-c plus d'indulgence que jamais elle 
n'avoit voulu faire, L'Irlande aura cette obligation à 
TAmérique. Ce fera fûrement un avantage pour l'An- 
gleterre ; à^juei^ue choie malheur eu. bon* Mars 1 77 8» 



^c Affairesde l'Angliteer:^ 
uniquem^nc de ceux qui y ont établi le* 
ancêtres des Colons aduels, fans le fecours 
de la Mère Patrie. S'il arrivoit qu'elles aug- 
mentaiïent fa force par une population croif-? 
fante , prête à fe joindre à elle dans fes guerres » 
qu'elles f îfîent fleurir fon commerce par une 
demande ^ toujours croifiante de fes Manu- 
fadures, qu'elles rendiflent fa puifîance navale 
plus formidable en fourniffant plus d'emploi 
s fes Vaifleaux, à fes Matelots , elles en vien- 
droient probablement à fuppofer qu'elles ont 
en cela quelque mérite, & qu'elles peuvent 
s'en faire un titre pour obtenir certaines 
faveurs , vous devez donc oublier tout cela , 
où même vous en fâcher comme fi elles vous 
avoient fait injure. S'il arrive que les Colons 
foient des Whigs zélés, des amis de la liberté^ 
nourris dans les principes de la révolution j^ 
fouvenez vous de tout cela à leur préjudice,. 
& inventez des moyens pour les en punir j, 
car lorfqu'une révolution eft entièrement ter-^. 
minée, de tels principes ne font plus d'ufagej. 
ils deviennent même odieux & abominables. 
4''. Quoique nos Colonies fe foient paifi- 
blement foumifes à votre gouvernement i. 
qu'elles ayent montré leur attachement à 
vos intérêts , & qu'elles ayent fupporté leurs 
maux avec patience, vous devez toujours les 
fuppofer portées à la révolte , & les traiter ea 
conicquence. Mettez en quartier chez elles 
des troupes qui, par leur infolence puiilenc 
fufciter des émeutes & puiffent enfuite le^ 
reprimer avec leurs balles & leurs bayonnet^ 



E T D E l'A m é r I q u ï: xc) 

tes. Avec de tels moyens vous pourrez , 
^infi qu'un mari jaloux ^ qui maltraite fa 
femme parce qu'il la foupçonne , ccnvertit 
au bout d'un certain tems vos foupçons en 
réalités. 

y^. Il faut à des Provinces éloignées des 
Gouverneurs & des Juges^ pour repréfenter la 
perfonne royale de remplir par-tout les fonc- 
tions déléguées de fon office &: de fon autorité. 
Vous , Miniflre , vous favez que la force du 
gouvernement eft fondée en grande partie 
fur l'opinion des peuples, & que cette opi- 
nion eft à fon tour en grande partie fondée 
fur le choix des perfonnes revêtues d'un© 
autorité immédiate fur eux. Si vous leur 
envoyez pour Gouverneurs des hommes bons 
^ fages , qui étudient les intérêts des Colons ,, 
qui contribuent à leur profpérité, elles croi- 
ront que leur Roi eft bon & fage , & qu'il 
defîre le bonheur de fes Sujets. Si vous leur 
envoyez pour Juges des hgmmes favans & 
intègres , elles croiront leur Roi ami de la 
Judice, Cela peut attacher davantage vos 
Provinces à fon gouvernement. Vous devez 
donc regarder avec grand foin qui vous pré- 
fenterez pour ces emplois, Si vous pouvez 
trouver des hommes prodigues qui ayent . 
ruiné leurs fortunes , des Joueurs ou des. 
Agioteurs qui ayent tout perdu , ce feront 
d'excellens Gouverneurs , car probablement 
ils auront une grande rapacité , & ils irrite- 
xont le peuple par leurs extorfions. Des Pro-» 
çyr^urs bi.^n çhiç^naeujçs > 4^ petits Avocats 



xcij Affaires de l'Angleterre 

brouillons n'y feront pas mal non plus; cat 
ils feront toujours à difputer & à fe querellei: 
avec les petits Farlemens des Colonies. Si par 
delTus tout cela ils étoient encore ignorans, 
écervelés & infolens , ce feroit tant-mieux'» 
Des Clercs de Procureurs & des Solliciteurs 
de Newgate ( a) , feront de bons Chefs- Juge f^ 
fur-tout s'ils font amovibles dans leur place 
à votre volonté. Et tous ces gens-là contri- 
bueront à imprimer des idées de votre gou- 
vernement convenables pour un peuple que 
vous defirerez voir renoncer à ce gouverne- 
ment, 

5°. Pour confirmer ces impreffions & les 
graver plus profondément encore , toutes les 
fois que des gens léfés viendront à la capitale 
pour fe plaindre de la mauvaife adminiftra* 
tion , de l'oppofition ou de l'injuftice , pu- 
niflezcesplaignanspar de longs délais, par des 
frais énormes , & par un jugement définitif 
en faveur de l'opprefTeur. Cela produira ua 
effet admirable en pkifieurs fens : vous évi- 
terez l'embarras de nouvelles plaintes : les 
Gouverneurs Ôc les Juges feront encouragés 
à de nouveaux ades d'opprefîion & d'injuf? 
tice ; & par-là le peuple deviendra de jour 
en jour moins affeâionné & fera à la fin 
réduit au défefpoir. 



(a) Newgate elî la prifon des criminels à Londres , 
& les Solliciteurs (efpece de Procureurs, Avocats 
fiibalternes ) attachés à ce fèrvice, ne jouiffentd'au*- 
cun^ con/îdération. 



ET DE l'Amérique, xciij 

7**. Quand de tels Gouverneurs auront 
Templi leurs coffres & fe feront tellement 
tendus odieux aux peuples qu'ils ne pourront 
plus demeurer dans le pays avec fureté pour 
leurs perfonnes , rappellez-les & récompenfez- 
les par des penfions. Vous pouvez au(îî les 
créer Baronets, fi cet ordre refpedable ne 
juge pas à propos de s'en offenfer. Tout cela 
contribuera à engager les nouveaux Gouver- 
neurs à fuivre les mêmes erremens , & à faire 
détefter le gouvernement du Souverain, 

8^ Si , lorfque vous étiez engagés dans 
une guerre , vos Colonies , à l'envi l'une de 
l'autre vous fournilToient des fecours gratuits 
d'hommes de d'argent contre l'ennemi com- 
mun fur votre fimple réquifition j & donnoient 
beaucoup au delà de leurs facultés , refléchif- 
fez bien qu'un fou levé fur elles de votre 
autorité, eft plus honorable pour vous qu'une 
livre fterling préfentée de leur bonne volonté, 
Méprifez donc leurs dons volontaires , & 
prenez le parti de les vexer par de nouvelles 
taxes; Vraifemblablement elles fe plaindront 
à votre Parlem,ent de ce qu'elles font taxées 
par un corps dans lequel elles n*ont point 
de repréfentans, & diront que c'eft une chofe 
contraire au droit commun^ Elles préfenteront 
des pétitions pour obtenir le redrelîement de 
ces griefs. Que votre Parlement tourne leurs 
prétentions en ridicule , qu'il rejette leurs 
pétitions , qu'il refufe même d'en fouffrir la 
ledure , & qu'il traite les demandans avec 
le plus fouverain mépris. Rien ne peut avoir 



■\ 



!8tîv Affairés de l'Angleterre 
tin meilleur efFec pour produire raiiénatioil 
projettée ; car , quoique beaucoup de gens 
puiiTent pardonner les injuftices, jamais per- 
lonne n'a pardonné le mépris. 

5)°, Dans l'établiiTement de ces taxes , n'ayez 
jamais égard aux lourdes charges que ces peu- 
ples éloignés fupponent déjà pour défendre 
leurs propres frontières , pour foutenir leurs 
propres gouvernemens Provinciaux , pour 
faire de nouveaux chemins , bâtir des Ponts, 
des Eglifes & d'autres édifices publics , quij 
dans les pays anciennement habités ont été 
faits , & vous ont été tranfmis par vos ancê- 
tres , mais que des befoins conftans exigent dc 
tirent de la bourfe d'un peuple nouveau* 
Oubliez les reflridions que vous mettez fur 
leur commerce pour votre propre avantage ^ 
& le bénéfice que le Monopole" de ce com- 
merce donne à vos Marchands qui l'exercent. 
Ne penfez point aux richeffes que ces Mar- 
chands 3c vos Manufacturiers acquièrent par 
le commerce des Colonies ; à Taugmentation 
que ce gain produit dans leurs facultés pour 
payer les taxes chez vous ; ne remarquez 
pas qu'ils font entrer la plupart de ces taxes 
dans le prix de leurs denrées , & qu'ils les 
lèvent ainfi fur leurs chalans confommateurs; 
il vous faut oublier tout cela, & oublier au(ïï 
que les Colons foutiennent des milliers de 
vos pauvres. Mais fouvenez-vous de rendre 
votre taxe arbitraire encore plus fâcheufe 
pour ces Provinces éloignées , par des décU- 



ïaîîons publiques , que le pouvoir que vous ave^ 
ik les taxer na point de bornes 5 &" qu^ainji , 
lorfque vous leur prenei[ fans leur conjentement 
un shelling par livre Jîerling, vous ave^ un droit 
îr h- clair fur les dix-neuf autres. Cela ne man- 
quera pas d'aiFoiblir toute idée de fureté pour 
leurs propriétés, & vous les convaincrez que 
fous un pareil gouvernement elles n'ont rien 
qu'elles puilTent regarder comme à elles ea 
propre} ce qui ne peut guère manquer dô 
produire les plus heureufes conféquences, 

10°. Peut-être, à la vérité, quelques-unes 
d'elles pourroient encore fe confoler 6c dire; 
03 quoique nous n'ayons point de propriétés, 
on nous a cependant laiflé quelque chofe qui 
vaut fon prix. Ce Roi , ces Pairs & ces 
Communes qui font, à ce qu'il paroît , trop 
éloignés de nous pour nous connoitre, éc 
pour avoir aucun fentiment pour nous ^ ne 
peuvent pas nous enlever notre droit d'Habeas 
Corpus , ou notre droit à la procédure par 
lin Juré de notre voifinage ; ils ne peuvent 
pas nous priver de l'exercice de notre Reli- 
gion , changer notre Conilitution EccléfiaC» 
tique , & nous forcer à être , s'il leur plaît , 
Fapiftes & Mahométans s>. Pour anéantit 
cette Gonfolation , commencez, dans les loix 
que vous leur donnerez, à enchevêtrer leur 
commerce de réglemens fans nombre , & 
qu'il foit impolîible de fe rappeller & d'ob- 
férver : ordonnez la faifie de leurs biens pouE 
toute contravention : abolilTez la procédure 



^cvj Affaire s del'Anoleterrb 
par Jurés pour connoître de la propriété^ 
dans ces cas là, & attribuez-en laconnoifTance 
à des Juges arbitraires que vous aurez nom- 
més vous mêmes ,^ pris dans l'étage le plus 
bas , Se de la plus mauvaife réputation dans 
le pays , dont les (alaires & les émolumens 
ioient aflis fur le produit des droits 6c des 
condamnations; & que la durée de leurs 
commiflîons , foit à votre volonté. Qu'il y 
ait enfuite une déclaration formelle des deux 
Chambres , que Voppojïdon à vos édits fera 
réputée traUfon : que les perfonnes foupçonnées 
de trahifon dans les Prorinces pourront , en vertu 
de quelque loi tombée en dejjùétude , être a/re» 
tées &* envoyées à la Métropole de^ V Empire 
pour y être jugées ^ & que les deux Chambres 
paiï^ot auili un ade portant que les perfonnes 
accufées dans les Colonies de certains autres 
délits 9 feront enlevées à leurs amis &* à leur 
Patrie^ chargées de chaînes ^ envoyées pour être 
jugées de la même manière pour félonie. Erigez 
enfulte dans le fein de ces mêmes Provinces 
un nouveau Tribunal d'Inquifition , foutenu 
par forces armées ^ avec des inftruélions pour 
faire tranrporter toutes ces perfonnes fufpedeSj 
ail nj' qu'elles foient ruinées par les frais (i 
elleâ adminifaent des preuves qui affurent 
leur innocence, ou que fi elles n'en peuvent 
pas fournir , elles foient déclarées coupables 
& pendues. Et de peur que le peuple n'ima- 
ginât que peut être votre pouvoir n'iroit pas 
pins loin, paffez un autre aâ:e folemnel & 

déclaratoire. 



ET DE l*Amérique. xcvij 
dcclaratoire , difant ; (jue le Bol j les Pairs 6* 
les Communes ont eu i ont Gr doivent avoir plein 
pouvoir tjr entière autorisé défaire des JI anus de 
force Gr de validité fuffi famés pour obliger les 
Colonies non reprcfentées dans tous les cas quel- 
conques. Cela englobera le fpirituel avec le 
temporel; & cette réunion opérera merveil- 
îeurement pour votre but , en les convain- 
quant qu*elles font à préfent fous une autorité 
à peu -près femblable à celle dont parle 
l'Ecriture ; qui peut non-feulement tuer leurs 
corps , mais damner leurs âmes pour toute 
l'éternité , en les forçant , s'il lui plaît , à 
adorer le diable. 

11°. Pour rendre vos taxes plus odieufes 
ti plus propres à produire de la réfiftance , 
envoyez de la Capitale un Bureau d'Officiers 
pour furveiller à leur perception , & com^ 
pofez-le des gens les plus imprudents, les 
plus groffiers & les plus infolens que vous 
pourrez trouver. Que ces Officiers ayent de 
gros appointemens fur le produic des revenus 
extorqués ; qu'ils vivent dans un luxe pu- 
blic & révoltant , alimenté de la Tueur & du 
fang des gens induftrieux qu'ils feront conr- 
tinuelîement occupés à tourmenter par des 
' pourfuites fans fondement & difpendieufes 
devant les Juges Financiers arbitraires dont 
nous avons parlé ci-deiTus ; & le tout aux 
frais de la partie pourfuivie , même lorfqu'eile 
eft renvoyée d'accufation , parce que le Roi 
ne doit pas payer de dépens. Que par vos 



îïcvuj Affaires DE l'Anôletesre 

ordonnances ces hommes foient exempts de 
toutes les taxes & charges communes de la 
Province , quoiqu'ils foient , eux & leurs 
biens , protégés par fes loix. Si quelques-uns 
de ces Employés à la perception font fufpeds 
de la moindre compaflion pour le peuple, 
deftituez-les. Si l'on fe plaint à jufte titre de 
quelques autres, protégez-les &récompenfez- 
les. Si quelques-uns des Employés fubalternes 
fe conduifent de manière à irriter le peuple 
& à s'en faire battre , élevez les à de meilleurs 
emplois : cela encouragera les autres à fe pro- 
-curer des coups aufli profitables en multi- 
pliant & en augmentant les provocations & 
les fujets de plaintes ; & tous travailleront 
au but auquel vous tendez, 

12°. Un autre moyen de rendre vos taxes 
odieufes, c eft d'en mal appliquer le produit. 
S'il a été dans l'origine deftiné à la défenfe 
de la Province , au maintien de fon gouver- 
nement & à Tadminiftration de la Juftice , 
objets pour lefquels il pouvoit être néceflaire , 
n'en deftinez plus rien à cette défenfe; mais ap- 
pliquez-le à des objets à quoi iln'eft pas nécef- 
laire, en augmentations d'appointemens ou en 
penfions pour chaque Gouverneur qui fe fera 
diftingué par fon averfion pour le peuple, & 
en le calomniant auprès dé fon Souverain. 
Cela portera le peuple à payer plus à contre- 
cœur , à fe quereller avec les Employés à la 
perception éc avec ceux qui ont impofé , 
kfquels de leur côté fe querelleront avec 



ET DE l'Amérique. xcÎ5it 
luî; & tous contribueront à l'exécution da 
votre dellein , de laffer le peuple de votre 
gouvernement. 

13^ Si le peuple de quelque Province a 
été accoutumé à payer fes propres Gouverr 
neurs & Juges à leur fatisfaétion , vous devez 
croire que de tels Gouverneurs ou Juges 
pourront être par-là portés à le traiter avec 
douceur ^ & à lui rendre juftice. C'efl là une 
nouvelle raifon d'appliquer une partie du 
revenu à de plus gros appointemens pour ces 
Gouverneurs & Juges, à la charge que ce 
ne fera que durant votre plaifir, ainfi que 
vos établiiTemens de Commiffaires , Se en 
leur défendant de recevoir aucuns falaires de 
leurs Provinces , afin que le peuple ne puiffe 
pas efpérer ainfi plus long-tems quelque dou- 
ceur de la part de fes Gouverneurs , ou dans 
les affaires qui intérefferont la Couronne » 
quelque juftice de la part de fes Juges, Et 
comme l'argent qu'on aura ainfi mal appliqué 
dans une Province a été extorqué à d'autres, if 
eft probable que toutes s'irriteront de ce 
faux & mauvais emploi. 

14^. Si lès Parlemens de vos Provinces 
ofoient reclamer des droits , ou fe plaindre 
de votre àdrainiftration, ordonnez qu*on les 
fatigue , qu'on les vexe par des diffolutions 
répétées. Si les mêmes perfonnes font toujours 
renvoyées aux affemblées par de nouvelles 
éîei^ions , fixez leurs féances dans quelque 
village écarté , ou les membres ne puifleoi; 

S'J 



c Affaires DE l'Angine TERRE 

pas être loges , & tenez - les dans ce lieu 
auflTi long - tems que vous le voudrez , car 
telle eft, comme vous le favez, votre préro- 
gative; & c'en ell: une précieufe, puifquevous 
pouvez vous en fervir avec adreffe pour 
produire des mécontentemens dans le peuple , 
diminuer fon refpeâ: , & augmenter fon déta- 
chement de vous* 

ly". ConvertifTez vos honnêtes & braves 
Officiers de Marine en Commis de Pataches , 
& en employez aux Douanes des Colonies. 
Que ceux qui , pendant la guerre, ont vailla- 
ment combattu pour défendre le commerce 
de leurs concitoyens , apprennent pendant 
la paix à le piller. Qu'ils apprennent à fe 
laifier corrompre par les grands 8c véritables 
Contrebandiers ; mais que pour faire preuve 
de vigilance, ils fouillent avec des barques 
armées toutes les bayes , havres , rivières , 
criques, anfes & recoins le long des côtes 
de vos Colonies : qu'ils arrêtent & retien- 
nent tous les bâtimens côriers ^ toutes les 
barques chargées de bois, tous les pêcheurs; 
qu'ils bouleverfent leurs cargaifons^ & jufqu'à 
leur left : qu'ils mettent tout fens-defuis-defious; 
^ s'ils trouvent pour un fol d'épingles qui ne 
foient pas portées fur les livres , que le tout 
foit faifi 3c confifqué. Par ces moyens le com- 
merce de vos Colons fouffrira plus de la part 
de leurs amis durant la paix , que durant la 
guerre , il ne fouffriroit de la part de leurs 
ennemis. Qu'enfuite les équipages de ces 



E T D E l'A m É R I Q U C, cj 

pataches débarquent à toutes les fermes qu'ils 
rencontrerontdans leur chemin, qu'ilsen pil- 
lent les jardins , qu'ils en volent les porcs^ les 
volailles , & qu'ils en infultent les habirans. 
Si ces habitons infuhcs de irrités, dans l'im- 
polFibilité de fe procurer juftice , attaquoienc 
les aggreiïeurs , les battoient & brûloient leurs 
barques , vous devez appeller cela haute tra^ 
hifon Gr rébellion , envoyer des flottes & des 
armées dans leur pays , Ôc menacer d'emme- 
ner tous les coupables à mille lieues pour y 
être pendus , écartelés & coupés en quartiers: 
ch cela opérera admirablement! 

l5°. Si vous parlez de mécontentement 
dans vos Colonies , ne croyez jamais qu'il 
foit général , ni que vous y ayez donné fujet ; 
& en conféquence j ne fongez pas à y appli- 
quer quelque remède , ou à changer quel- 
qu'un de vos plans ofFenfîfs : ne taites droic 
fur aucun grief, de peur qu'elles ne s'enhar- 
diiïent à demander le redrelfement de quel- 
ques griefs nouveaux. N'accordez aucune 
demande, même jufte 3c raifonnable, depeuc 
qu'elles n'en faffent quelqu'autre déraifon- 
nable. Ne prenez d'mformations fur l'étac 
de vos Colonies que de vos Gouverneurs & 
Officiers qui font leurs ennemis. Encou- 
ragez de récompenfez ces tracaffiers poli- 
tiques , ces gens qui calomnient Jes lujets 
auprès de leur fouverain : tenez fecrettes leurà 
aecufations menfongeres , de peur qu'elles 



Clj A F F A t RE s D E l'A NG LETERRE 

nefolent refutées; mais agifTez d'après comme 
fur les preuves les plus claires, & ne croyez 
lien d^ ce que vous entendrez dire aux amis 
eu peuple. Suppôfez que toutes leurs plaintes 
font inventées & fuggérées par un petit nom-; 
bre de Démagogues factieux , & que fi vous 
pouviez attrapper & faire pendre ces gens 
h y tout feroit tranquile. Attrapez en donc 
quelques-uns ^ faites les pendre; & le fang 
des martyrs opérera des miracles en faveur 
de votre defTein. 

1 7°. Si vous voyez des Nations voâ rivales 
fe réjouir du fpedacle de la défunlon entre 
vos Provinces & vous, & tâcher de la fomenter: 
fi elles traduifent, publient & répandent avec 
applaudifiemens toutes les plaintes de vos 
toîons mécontens , tout en vous aiguillon- 
nant par des avis particuliers à des mefurcs 
encore plus rigôureufes , que cela ne vous 
iallarme ni ne vous oiFenfe. Pourquoi en 
feriez- vous allarmés ou offenfés , puifque ces 
Nations & vous avez lé même but? 

l8.°Si quelque Colonie élevoit à fes pro- 
pres frais une (a) forterefife pour mettre 
en fureté quelqu'un ât fes ports contre les 
flottes d'un ennemi étranger, engagez votre 
Gouverneur à livrer par trahifon cette for- 
tereÏÏe entre vos mains. Ne penfez jamais 
à rembourfer au pays ce qu'elle lui a coûté, 

(«) La citadelle de Boilon» 



iB T D E l'A m é r I q u e; cîi) 

car cela auroit au moins quelqu'air de juflice î 
mais changez-làen une citadelle poureffraytr 
les habitans & brider leur commerce. S'ils 
avoient emmagafiné dans cette fortereffe les 
mêmes armes qu'ils avoient achetées <k dont 
ils s^e'toient fervis pour vous aider dans vos 
conquêtes, faifîfTez-les toutes, certains d'irri- 
ter davantage , en ajoutant l'ingratitude au 
vol. Un admirable effet de ces opérations » 
ce fera d'ôter le courage à toutes les autres 
Colonies, d'élever de pareilles défenfes; & 
ainfi leurs ennemis & les vôtres pourront 
les envahir plus facilement à la grande honte 
de votre Gouvernement, & par conféquent 
à l'avancement de vos projets. 

Envoyez des armées dans leur pays ^ fous 
prétexte de grotéger les habitans; mais au 
lieu de mettre ces troupes en garnifon dans 
les forts qui font fur leurs frontières , pouc 
prévenir les incurfions , démoliflez ces forts , 
& placez les troupes dans le cœur du pays ^ 
afin d'encourager les Sauvages à attaquer les 
frontières, & afin que les troupes puilTent 
être protégées par les habitans. Cela paroîtra 
provenir de votre mauvaife volonté ou de 
vetre ignorance j & . contribuera encore à 
produire & à. fortifier dans les Colonies l'o- 
pinion que vous n'êtes plus capables de les 
gouverner. 

20.® Enfin revêtiffezle Général de votre 
artnée de pouvoirs étendus & contraires à 
la Canltitution ,, ôc fpuftrayez le même à 



cîv Affaires de l'Angleteres 

l'infpedion de vos Gouverneurs civils. Qu'il 
ait en même tems les troupes fous Ton com- 
mandement Ôc toutes les fortereffes en fa 
podefTiOn ; & qui lait lî ( à l'imitarton de 
quelques Généraux Commandans dans les 
Provinces de l'Empire Romain, & encouragé 
par le mécontentement univerfel que vous 
avez produit: il ne fe mettra pas en tête 
de travailler pour lui-même. S'il le faifoit, 
& fi vous avez mis bien foigneufement en 
pratique ce peu d'excellentes règles que je 
viens de vous prefcrire^ routes les Provinces, 
croyej7,-m'en fur ma parole, fe joindront 
auffitôt à lui , & de ce jour (fi la chofen'efl: 
pas déjà arrivée ) vous ferez déformais & 
pour toujours délivrés de l'embarras de les 
gouverner, & de tous les fléaux que leur 
commerce & votre union avec elles trainoient 
à leur fuite. 

Fin des Injîru5iiôns» 

P. S. du i_9 Mars. 

Les inftrudions adreflees , il y a près 
de dix ans ^ aux Miniftres Anglois par M. 
Benjarnin Franklin , vous ont retracé Mon"- 
fieur la fuite non interrompue de bévueS' 
& de fautes qui a enfin amené la fépara- 
tion éternelle de l'Angleterre & de l'Amé- 
rique. Les deux années qui fe font écoulées 
depuis cette révolution , étoient un tems 
plus que fuffifant pour que l'adminifiration 



E T D E l'A m é R I q u e. et 

Angîoife comprît que les befoins auxquels, 
pour Ion intéiét , elle trouvoit bon que l'Eu- 
rope fe tût accoutumée , ne pouvoient pas 
dépendre à perpétuiré du fort de fa querelle 
particulière avec fes Colonies , & que des 
Puifiances à qui il ne peut pas convenir 
d'exifter par d'obfcurs abus . renverroient fur 
elle le fardeau de cette néceflité impérieufe 
qu'aucune loi ne peut maïtrifer, & qu'il 
faut au moins partager pour que l'état des 
Nations, comme des individus, foit plus 
égal î 6c leur tranquilité plus allurée. Je ne 
me permettrai point d'autres réflexions fur 
le grand événement qui s'eft palTé le i 3 de 
ce, mois , & qui confommant l'ouvrage aur- 
quei les Mîniflres Anglois ont travaillé avec 
tant de perfévérance & de fuccès , m'auto- 
rife à dire , à l'honneur de M. le Dodeur 
Pranklin , qu'il a fait un horofcope qui s^eft^c^ 
compli. 

Copie autentique de la déclaration remife fe i^ 
jMars au Lord fVeymouth par VAmbaJJadeur 
de France. 

L'Ambafladeur fouflîgné de Sa Majeîlé 
Très-Ciirétienne a reçu l'ordre exprès de 
remettre à la Cour de Londres la déclara- 
tion fuivante : 

Les -Etats - unis de l'Amérique Septen- 
trionale , qui font en pleine pofTelîion de l'in- 
dépendance, prononcée par i'ade du .^ Juii- 



cvj Affaikes del'Anglkterhe 
Jet ijj6 y ayanr fait propofer au Roi de 
confolider, par uoe eonveotiofi formelle,. 
les îiaifonsquiont commencé à s'établir entre 
les deux Nations , les Plénipotentiaires ref- 
peétifs ont figné un Traité d'amitié & de 
coRimerce, deftiné h fervir de bafe à la 
bonne correfpondance mutuelle. 

Sa Majefté étant réfolue de cultiver la 
bonne intelligence fubfîftante entre la France 
&: îa Grande-Bretagne par tous les moyens' 
compatibles avec fa dignité & avec le bien 
de (es fujets , croie devoir faire part de cette 
démarche à la Cour de Londres ^ & lui dé- 
clirer en même tems que les parties con* 
traéiantes ont eu l'attention de ne ftipuleï 
aucun avantage excIuGf en faveur de la 
îîatïOîi Françoife»& que les Etats-unis ont 
confervé la liberté de traiter avec toutes les 
Mations quelconques , fur k même pied 
d'égalité & de réciprocité» 

En faifant cette communication à la Coût 
èo- Londres , le Roi eft dans la ferme per- 
fuafîon qu'elle y trouvera de nouvelles preuves 
des difpoCtions cbnftanres & finceres de Sa 
Majefté pour la paix ; & que Sa Majefté 
Britannique , animée des mêmes fentimens ^ 
évitera également tout ce qui pourroit ûlteret 
la bonne harmonie » & qu'elle prendra par-, 
ticulierement des mefures efficaces pour em- 
pêcher que le commerce des fujets de Sa 
Maiefté avec les Etats-unis de l'Amérique 
Septeatrioaale ne foit troublé, & pour faire 



E T D E l'A m E R I QU 1^.' Cvij 
c^bfcrver à cet égard les ufages reçus entre 
les Nations commerçantes , & les règles qui 
peuvent être cenfées fubfiftantes entre les 
Couronnes de France & de la Grande-Bre- 
tagne. 

Dans cette jufte confiance , l'AmbafTadeut 
foufligné pourroit croire fuperflu de préve- 
nir le Miniftere Britannique que le Roi fofi 
maître étant détermine à protéger efficace- 
ment la liberté légitime du commerce de 
fes fujets , & à foutenir l'honneur de loti 
pavillon , Sa Majefté a pris en conféquencc 
des mefurts éventuelles de concert avec les 
Etats-unis de l'Amérique Septentrionale. , 

Signé 9 le Marq^is de Noailles^ 

'A Londres le ii Mars 1778, 

Débâts dès deux Chambres du Parlement le 16 
(:r le 17 Mars 1778. 

Chambre des Pairs» 

Le Lord Weymouth informa la Chambre 
* qu'il avoit des ordres du Roi pour aifembler 
les Lords , le lendemain 17, attendu qu'il y 
auroit un meflage à communiquer à la Chambre 
de la part de Sa Majefté. Ce rapport confirma 
le bruit qui couroit relativement à un traité 
entre la France & l'Amérique, Se donna liea 
à beaucoup de tumulte & de confternation. 
Le Duc de Mancheôer fit la propofition 
de demander le renvoi des Miniûres , mais 
ellje fut rejettée. 



cvU] Ar^AiRESDE l'A n g leterre 

La motion du Duc de Manchefter portok 
que Sa Majefté feroit fuppliée , pour l'honneur 
xie fa Couronne & la fureté de fes Sujets , 
d'écarter de fes confeils des hommes fous la 
conduite defquels aucun plan civil ou militaire 
n'a eu de fuccès , qui font caufe que les Colo- 
nies , cette partie fi précieufe de l'Empire 
Britannique , font perdues pour la Couronne 
d'Angleterre, qui les ont forcées de fe jetter 
dans les bras de la France & d'en faire leur 
alliée , & qui ne peuvent pas relier plus long- 
tems à la tête des affaires fans mettre dans 
le plus grand danger la fureté du thrône'& 
le refte de fes pofre(fions. 

Chamjp-e des Communes, 

L'ordre du jour ayant été lu pour entendre 
la leéture des papiers du Canada, elle fut re- 
mife au ip. Le Lord North informa la 
Chambre qu'il préfenteroit le lendemain un 
meiïage deSa Majefté de la plus grande impor^ 
tance j & qui demandoit la préfence de tous 
les Membres de la Chambre. * 

M. Grenville obferva => que le fujet du mef- 
fage écoit connu d'avance de la Chambre , 
mais cependant que pour mettre les Membres 
en état d'y répondre ; il propofoit une adreffe 
au Roi pour le prier de faire mettre fous les yeux 
de la Chambre tolis les papiers avec leurs d.ates 
concernant les opérations de la France relative- 
ment à Vaillance ^ par laquelle elle reconnoît 
V indépendance di V Amérique, « 



ET JDE l'Amérique. dx 

M. Burke. 

M Des Miniflres qui ignorent entièrement 
les projets de la France pour la deftruélion de 
la Grande Bretagne ^ projets qui font aduel- 
lement mis en exécution. — Des niiniftres 
incapables de fe procurer des avis dans un 
tems de profonde paix avec la France, — qui 
jie favent pas un mot d'affaires auflTi impor- 
tantes. — Eft-ce à de tels Miniftres que l'on 
peut confier la conduite de la guerre? Au 
moyen d'avis fecrets des intentions de vos 
ennemis, vous feriez en état de prendre des 
mefures pour vous défendre contre leurs atta- 
ques , ou d'agir ofFenfîvement contre la partie 
où ils font les plus foibles ; mais une guerre 
conduite pour ainfi dire à tâtons , & où l'on 
n'a connoilTance des opérations qu'au mo- 
inentoùlecoup eft frappe; doit fe terminer 
par notre ruine totale. Les difficultés de fe 
procurer ces connoiffances en tems de guerre 
doivent être encore infiniment plus grandes 
que pendant le tems des opérations de la 
Cour de France relativement à fon traité 
avec l'Amérique. Ce Franklin que nos Minif- 
tres aduels ont traité avec le plus profond 
mépris, a été accueilli avec cordialité par la 
Cour de France qui a profité habilement de 
l'avantage que vous lui laifliez, lorfque vous 
avez renvoyé vous-même à vos ennemis na- 
turels l'homme qui avoit la confiance des 
Américain?. « 



ex. Affaires DE L'ANGLBtERRS 

» Quelle efl la fituation de ce pays ? quels 
font les moyens de faire la guerre f En eft-il 
d'autres que des revenus, des alliances & des 
forces pour agir offenfivement & défenfive- 
ment? Mais tout cela nous manque. Dans le 
tecns de notre alliance avec l'Allemagne, 
pous y avions 100,000 hommes à notre fol- 
de , & 670,000 livres ft. données en fubfides. 
En conféquence , l'aiîiflance étoit récipro- 
que. Mais qui eft-ee qui fera aduellement 
l'allié de la Grande-Bretagne ? Qui èft-ce 
qui rifquera des mefures de vigueur fur des 
opérations de foibleffe? Lorfque les Miniftres 
parlent de la guerre comme d'un moyen de 
lever de l'argent , ils devroient calculer, d'a- 
près les opinions des hommes fur le fuccès de 
cette guerre. 

33 On doit nous demander demain notre 
avis fur la crife dangereufe où font aéluelle- 
jnent les affaires. Cet événemeat me rappelle 
le tems où le Lord Ruffell , dont le fils avoit 
perdu la tête fur Téchafaud , difoit à fon Sou- 
verain confterné: » Sire , j'avois un fils qui 
eût pu fauver fon pays." Ne pourrions- nous 
pas dire de même que nous avons eu autre- 
fois l'Amérique qui nous eût mis en état de 
défier les forces réunies de la France & de 
l'Efpagne. La feule chofe qui nous relie à 
faireàpréfent, c'efl de rappeller les troupes 
& les vaiffeaux nécefTaires pour la défenfe de 
la Grande-Bretagne , de lailTer des forces fuf- 
fifantes au Canada, à la Nouvelle Ec.iîe &c à 



ET DE l'Amérique. cjef 

ÎTerre-Neuve , pour contenir par ce moyen 
les Alliés Américains de la France. Au furpîus 
j'infijfte fur la communication des papiers, 
pour que le fecret ne foit pas plus long tems 
préjudiciable à notre sûreté au-dedans & au 
dehors. 

M» Dunning. 

» Je regarde le mefTage du Roi comme 
«ne invitation au Parlement de venger Paf- 
front qui nous eft fait par la France , ôc dont la, 
guerre doit écre infailliblement le réfulrat; 
mais je crois les Miniftres abfolument incapa- 
bles de gouverner cette nation dans la guerre 
la plus dangereufe où la Grande-Bretagne fe 
foit jamais trouvée engagée; ôc j'appuie ma 
réprobation furies preuves de leur ignorance 
des mefures prifes par la Cour de France , oç 
de leur négligence pour nous mettre en état 
é^y réfifter. 

M. Fox pria la Chambre de fe rappellet 
^u'il avoit été informé du Traité de la 
France avec les Américains beaucoup plus tôt 
que les Miniftres ^ qui paroilToienc ne Pavoir 
appris que par la déclaration de l'AmbaiTa- 
deur de France ; & qu'il s'étoit fait un devoii: 
d'en inftruire le Parlement. — Puis , accu- 
fant les Miniîlres ou d'indolence ou de mau- 
vaife volonté : s'ils favoient comme moi , dit- 
il , ce que la France avoit réfolu de faire , 
ils font encore plus coupables. Ont-ils fait re- 
tenir d'Amérique aucun corps de no§ vieilles 



cxij Affa 1RES de l'Angletekre 

troupes , pour défendre l'Angleterre ? 03 
font nos frégates , fans lerquciles nous n'a- 
vons aucune force adive & eiïentielle à la 
iïier ? Avons-nous contradé quelque allian- 
ce ? Non. — Les Miniftres ne fe font atta- 
chés qu'à tromper le Parlement 5 & à mettre 
l'Angleterre , dans un danger , d'où les hom- 
mes les plus habiles ne pourront pas la fau- 
ver. A près que de tels Miniftres ont (i mal con- 
duit la guerre d'Amérique , peuvent-ils méri- 
ter de notre part la moindre confiance pour 
une guerre avec la France ? 

Le Miniftre, (pourfuivit M. Fox en a- 
poftrophant Mylord North ), jugeant fa con- 
duite également condamnable, foit qu'il ait 
eu connoiflance du Traité , foit qu'il l'ait 
ignoré , n a point voulu nous dire pofitive- 
mentqueles François ewj/e/îr ou n'eujjent p^s 
traite • « ■ • • 

» Le plan de conciliation eft abfurde , puif- 
que fon fuccès fe fonde uniquement (ur les 
forces que nous pouvons avoir en Amérique, 
Le Traité que la France vient de nous décla- 
rer , y met nos flottes & nos armées dans la 
plus périlleufe fituation .... 

»Le lord Weymouth , Secrétaire d'Etat, 
fupplié par les Diredeurs de la Compagnie 
des Indes , de mettre en sûreté par des efcor- 
tesfuffifantes, les vaifleaux attendus avec les 
cargaifons de retour , & de fonger au main- 
tien des établilTemens de la Compagnie dans 
l'Inde, a répondu que la Compagnie n'avoic 

nul 



Va'iJJeaux, 


Canons\ 


Rippon . . . 
Salifbury. . . 


64 

50 


- J Warwick. 
WX Minerve. . 


.50 
Si 


Coventry. , . ; 
Seàhorfe . .' ' 


28 

'ï4 


î"., Swallow. . . 


14 


Cormorant. 


12 


Squirrel. . -, . 


20 


Weazel . . 


16 


Tryal .... 


12 



Dates des àépans, 

24 Novembre 1776^* 

19 Movembre 1773. 

% Février 1778. 



t T D E l'A m é r I q u e; cxlij 

nul befoin de fecours additionnel , pour Ton 
commerceou Ton territoire. Sa rcponfeeftdu 
Jeudi 4)e de ce mois , & aujourd'hui i6,il 
porte un melTage du Koi aux Lotds , pout 
leur apprendre que la guerre eft; inévitable, ce 
f On fe permet d'interrompre ici le Difcours 
de M. Fox t pour placer un état exa6l des for-; 
ces navales de l'Angleterre dans l'Inde & en 
Afrique j. 

Cepitctintsi 

Waldgrave . 
Watters. . . 
Mowat . . . 

Slotr i5 Févticr I 778 

Marlow. ... 28 Mars I778. , ., 

Fermer .... I 9 Novembre 1773. 

Hunter 30 Avril I77I. 

Young 24 Novembre 177^. 

Herwey ... 16 Février I778. 

Warren .... 5 Mars I778. 

Mackenzie . . arrivé en Août I775. 

Mais pour quel objet entrons-nous en guer- 
re ? Il n'eft rien de plus préjudiciable aux in- 
térêts d'une Puifîance , que d'entrer en guerre 
fans objet. Eft-ce le point d'honnenr qui 
l'exige .? Ferons-nous la guerre à la France, 
jufqu'à ce qu'elle cefTe de reconnoître l'indé- 
pendance de l'Amérique ? Cette guerre peut- 
elle finir , fans que l'Amérique foit indépen- 
dante ? Si nous forçons la France à entrer ea 
guerre, par la raifon qu'elle a reconnu l'in- 
dépendance de l'Amérique , elle devient auflî- 



(a) Ces vaifTeaux (ont defllnés à efcorter les vai{^ 
lèaux de la Compagnie des Indes attendus de Flfle 
Sainte - Hélène, 

h 



cxiv Affairesde l'A n gletekre 
tôt l'alliée de l'Amérique , & cette alliance 
fera cimentée par la reconnoiflance autant 
que parla politique. Les Américains fouffri- 
ront-ils que la France puifle fe repentir d'a- 
voir époufé leur caufe ? 

Dès que la guerre fera déclarée , qui d'entre 
nous ofera porter un regard d'afTurance fur fes 
fuites , & regarder en face nos éternels enne- 
mis ? Les Anglois fe fentent-ils aujourd'hui , 
animés delà même confiance dont ils étoient 
remplrs j lorfqueMarlborough marchoitàla 
victoire fur la route que Godolphin lui avoit 
tracée ? Nos finances font tombées au-delTous 
du taux où les tems les plus malheureux de 
îa dernière guerre les avoient réduites ; mais 
ce qui eft plus terrible encore , notre courage 
nous a abandonnés.... 

Quel revenu avoit le Congrès , lorfqu'il efi: 
entré en guerre? Ses moyens étoient fi mo- 
diques , qu'on fembioit voir' le moment où il 
feroit forcé de demander grâce ; mais le fen- 
timent des peuples, le zèle patriotique'de leurs 
Chefs 9 leur fageffe , leur vigilance , leur per- 
févérance , ont fait triompher leur Pays. 

Trouverons-nous dans nos cœurs les mêmes 
reffources ? nos chefs ont-ils droit d'attendre 
de nous la même confiance ? Je ne crains 
point de le dire, une invafion de la France dans 
notre Ifle , eft un événement que tous les vrais 
Anglois doivent défirer, comme la feule fe- 
coufle qui puifTe nous tirer de notre mortel 
engourdiffement , &: nous donner la force 



'bt de l'Amérique. cxv 
fi^ceflalre pour remettre le timon de l'Etac ea 
des mains plus capables de fauver la iNation 
prête à périr & pour que le poifonjlent d'une 
mauvaiie adminiftration ne confomme poinc 
fa ruine, fans efpoir de retour. — M. Fox 
conclud en propofant de répondre au mef- 
fage du Roi , par d'inftantes prières, pour le 
renvoi des Miniftres. 

M. Wedderburne , procureur Général , 
prit leur défenfe , ainfi que le Lord Germai' 
ne 3 quiobferva le danger qu'il y auroic de 
compromettrecertaines perfonnes en France, 
fi on donnoit tout au long les copies deman- 
dées. 

M. Fox propofa d'ajouter à la motion , 
qu'il ne feroit donné que des extraits des let- 
tres, &c. 

Le parti des Miniftres parla en leur fa- 
veur , comme fi on ne pouvoir jamais s'en 
détacher : l'oppofition infifta pour qu'il fût 
déterminé avec certitude quelle étoit la na- 
ture de l'infulte faite par la France à la 
Grande-Bretagne, & jufqu'à quel point on 
pouvoit accufer les Miniftres d'avoir négligé 
de veiller à la sûreté de la Nation , ou de 
lui aflurer l'alliance de l'Amérique, ce qui 
feul pouvoit décider la balance des forces 
en faveur de la Grande-Bretagne ou de la 
Maifon de Bourbon, 

Le Gouverneur Johnjîone parla ainfi : 
M Quoique je fois de l'avis de ceux qui font 
fermement perfuadés que les Miniftres aduels 

h ij 



cxvj Affaires de l'Angleterre 
n'ont pas afTez de talens pour fupporter le 
poids des devoiis. que leur charge leur im- 
pofe, je fuis bien éloigné de crore que nos 
affaires foient défefpérées. Il eft vrai que la 
Marine n'eft pas fur un pied aufll felpeclable 
que nous pourrions le fouhaiter ; mais j'ef- 
pere que le zèle de la nation & fa fupério- 
rité reconnue dans les affaires maritimes , lui 
feront vaincre toutes les difficultés où nous 
nous trouvons engagés aujourd'hui. 

Le Lord Nonh pria la Chambre de l'écou- 
ter quelques minutes, & il parla ainlî : Si je 
croyois que ma retraite pût au moins donner 
l'erpoir de fauver Térat du danger qtrii le 
menace , je ferois volontiers le fachtice de 
ma place y j'ai déclaré & répété en différentes 
oÇcaGons que j'étois toujours prêt à la quitter; 
mais commie il y auroit de la puiîilanimi;é à 
abandonner le timon des affaires dans un 
tems orageux , & que je ne puis me retirer à 
prêtent fans caufer du déiordre dans le Mi- 
niftère ; mon honneur, mon amour-propre 
8c l'attachement que je porte à mon pays , 
m'impolenr la loi de conierver les rênes qui 
m'ont été confiées. 

Quant à mes talens pour conduire une 
guerre S)C diriger les affaires , je conviens 
qu'il feroit aile d'en trouver de fupérieurs ; 
mais j'oie me vanter devant la Chambre que 
je ne le cède en intégrité à qui que ce foit de 
la Nation ; j'ai des motifs pour efpérer que 
les bills conciliâtoiies produiront d'heureux 



K T D E l'A m é r f q u e. cxvlj 

effets ; quoiqu'il y ait réellement un Traité 
conclu entre la France & les Colonies , & 
que naturellement l'on doive s'attendre qu'il 
fera raritié par le Congres , je ne défefpere 
pas cependant que les propoiiiions offertes 
&■ aflurées par les bills concilia^oires ne tran- 
quillifent les efprits en Amérique au point 
d'en empêcher la ratification. 11. y a furtout 
une ehofe qui fortifie mes efpérances rela- 
tivement à ces effets , c'efl la circonftance 
que l'Ambadadeur de France a choifie pour 
déclarer le Traité ; en effet, il a pris le mo- 
ment même oii les Commifïaires étoient fur 
le point de partir. Je fuis donc porté à croi- 
re qu'il efl: peut être encore pofîible de nous 
retirer de l'embarras où nous fommes fans 
faire la guerre. Au refte, notre fituation n'efl 
pas auiîi alarmante que quelques perfonnes 
affectent de le croire. Nos Efcadres , pour 
notre défenfe intérieure, font en état de faire 
tout le fervice qu'on doit en attendre , & 
fufîifantes , en cas de befoin , pour nous garan- 
tir d'une invafîoo & pour repoufler l'ennemi. 
M,Gregory reprocha au Miniftère d'avoir 
refufé de donner [un convoi aux vaiffeaux 
de la Compagnie deftinés pour l'Inde , 
malgré la demande qui en avoit été faite. 
Il y a, dit il , des vaiffeaux en route pour 
revenir , leurs cargaifens valent trois mil- 
lions fterlingj & cependant ils font fans dé- 
fenfe & expofés par conféquent à devenir la 
proie de l'enneirâ. Les François dans la der- 

hiij 



cxviij Affaires de l'Angle te rriê 

niere guerre ont fait une tentative (a fur nos 
vaifleaux de la Compagnie à Sainte-Hélène ; 
ils en peuvent faire une autre & avec plus de 
fuccèSj parce qu'il n'y a qu'un vaifiTeau de 
ligne $c une frégate pour leur protedion, 

M. Womhveli répondit dans les termes fui- 
vans à M. Gregory, Je ne crains rien pour la 
fureté des vaifTeaux de la Compagnie. Les 
François ont échoué dans l'expédition qu'ils 
ont faite pendant la dernière guerre à Sainte- 
Hélène , & ils ont appris à leurs dépens que 
l'entreprife écoit bien plus difficile qu'ils ne 
l'imaginoient. Nous ne devons point crain- 
dre une femblable attaque cette année , at- 
tendu que les vai0eaux font déjà partis de 
Sainte-Hélène ; le feul danger qu'il y ait à 
appréhender eft qu'ils ne tombent au pou- 
voir de leiinemi à l'entrée de la Manche-; & 
pour prévenir cet accident, il y a environ fix 
iemaines qu'on a envoyé à leur rencontre 
fix vaifTeaux (^) de ligne, qui fuffifent pour 

(a) Ces vaifleaux font le Warwic/i de f o canons , 
parti le 5 Février 1778, & la Minerve de 3a, partie 
le 16 Février. 

(v^ ) Ce font les vaifl*eaux qui croifênt (ur les attc- 
rages de France (bus les ordres de M. Digby : £àvoir. 





canons. 


Capitaines» 


Ramillies. 


74. 


Digby. 


Valliant. 


74- 


Gower. 


Grafton. 


74. 


WiMnfon^ 


Culioden» 


74. 


Balfour. 



ET DE l' Amérique. cxix 

les faire entier fains 3c faufs ca Angle- 
terre. 

Sur les neuf heures , le Miniftère fit pro- 
pofer la queflion préalable , qui l'emporta de 
8j voix fur la motion de M. George Gren^ 
faille; 231 Membres furent d'avis qu'il n'y 
avoit point lieu à délibérer fur là motion con-, 
tre 146 qui tenoient pour le contraire. 

17 Mars. 

Les deux Chambres étoient pleines aujour- 
d'hui , avant deux heures , pour attendre 
le meflage du Roi. 

Les Lords Weymouth & North font arri- 
vés de bonne heure, & conformément à ce 
qu'ils avoient annoncé le 1 5 , il^s ont décla- 
ré aux Chambres refpedives , » que le Roi 
» ayant été informé que la Cour de France 
33 avoit conclu un traité avec les Américains , 
33 par lequel elle reconnoidoit leur indépen- 
3> dance , Sa Majefté , par fon Secrétaire d'E- 
» tat , s'eft adreffé officiellement à l'Ambafla- 





Canons, 


Capitaines, 


Bedford. 


74. 


Varlo. 


Cornwal, 


74. 


Roddham. 


Réfblution. 


74- 


Ogle. 


Royai-Oak, 


74. 


Faulkner. 


Afia. 


64» 


Vandiquet. 


Profèrpme. 


28. 


Sulton. 



Il y a eu deux des vaifTeau^j de 74 canons très- 
maltraités par uu coup de vent, 

h iv 



cxx Affaires de l'Angleterkb 

^i deur qui eft en quelque forte convenu dti 
» fait. En conféquence , dans cette pofition 
39 critique , Sa Majefté demande l'avis de fon 
03 Parlement. « 

Le meflage ponoit aufli que le Roi avoic 
aufTî-tôt envoyé des lettres de rappel à fon 
Ambafladeur à la Cour de Verfailles , & que 
Sa Majefté attendoit de la loyauté de fes 
fidèles Communes qu'elles le metteroient en 
état de foutenir une guerre jufte & néceflaire. 

Lorfque le meffage du Roi eut été lu dans 
lu chambre des Pairs , le lord Abingdon laifia 
éclater fon indignation par ce véhément dif- 
çours, 

» Que venons-nous d'entendre , Miiords , 
de la bouche des Miniftres du Roi ? On trahit 
Sa Majefté. On fe joue de la Chambre. On 
infulce la nation ; mais, fans doute, Miiords, 
le relTentiment peut encore fe manifefter dans 
vos âmes. Les Anglois n'endureront pas plus 
Ipngtems l'indigne t-raitement qu'on ofe leur 
faire. — 11 n'y a pas plus de dou^e jours que 
les Miniftres nous ont afluré qu'il n'y avoit 
point de Traité (igné entre la France & l'A- 
mérique , qu'ils nous ont répondu des inten- 
tions pacifiques de la France. — Aujourdhuî 
ç'eft d'eux-mêmes que nous apprenons qu'il 
exifte pourtant un Traité , & ils nous appor- 
tent un meftage de Sa Majefté qui nous pro- 
voque à la guerre avec la France. Quoi , Mi- 
iords» eft - il pofîible ? Une guerre avec la 
France î Oui , §c encore avec l'Ëfpagne ! Trop 



E T* DE l'A m É R I q u e cxxj 

foibles pour continuer la guerre avec rAmd- 
rlque feule, nous allons l'avoir encore avec 
la France &: l'Efpagne réunies ^ comme fi c'é- 
toit dans notre foibleflTe même que dût confif^ 
ter notre force. Quel excès de folie & d'ex- 
travagance! Mais difons plutôt de fcélératelTe; 
car , fans doure , nous fommes vendus à la 
France. Des hommes fufpc5is ont plus d'une 
fois quitté leur pofte Ôc leur devoir pour faire 
des voyages clandeftins à Paris, où ils n'é- 
toient appelles par aucunes fonctions de leur 
état. (iV". B. Il faut fe fouvenir quB dans les 
dernières vacations du Parlement, le biuit a 
couru fortement que milordMansfield avoir 
été à Paris. C'eft de'ce voyage que fans doute 
milord Abingdon veut parler ). Que faut - il 
en conjedurer f N'y a - 1 - il pas plus que de 
l'appaience à la perfidie que nous devons 
craindre f Si c'eft le fort de l'Angleterre de 
devenir une province de France , comme je 
ne l'appréhenda que trop, nous pourrons en- 
core voir la déteftable maifon de Stuart éta- 
blie fur le Trône Britanique. Voilà , Miiords, 
la feule & la vraie clef de tout le myftere,; 
C M, B. Ce trait contre les Stuarts fait voit 
que milord Abingdon avoit le lord Mansfield 
en vue ). Je ne fuis pas le feul de ce fentimenr. 
Bien d'autres voient la chofe comme mou 
On eft étonné , Miiords , que vous n'en faf- 
{îez point l'objet de vos plus férieuffes re- 
cherches ce, 
I-f0rf(jae 1^ Jeélure du même oieflage appoi- 



■^a-r^,- 



éxxîj Affairss de l*Angletbrrè 

té par le lord North dans la chambre des 
Communes eut été faite par l'Orateur, 

Le lord North propofa quWe humble adrejjh 
fut préfmtée à Sa Majejié pour VaJJurer qu^elk 
m ferait point foupçonnée à^ avoir cherché à trou* 
hier la tranquillité de U Europe , pour applaudir à 
la fagejfe des mefures quelles a prifes diaprés unz 
déclaration fî étrange ^ ^ pour lui promettre que 
fes fidèles Communes la foutiendr oient dans tous les 
événemens par lefacrifice de leur fang &* de leur 
fortune, 

M. Baker demanda qu'il y fût ajouté pown/ii 
que les Miniflres dont les pernicieux confeils ont 
caufé la détrejfe aBuelle de Sa Majejié , ne fuient 
plus chargés de V adminiflration de fes affaires^ 

Cette modification fut rejettée. 

Dans le cours des violens débats auxquels 
elle donna lieu, & qui amenèrent la récapitu- 
lation de toutes les fautes des Miniftres, mi- 
lord North, après avoir répété qu'il ne tenoit 
à fon pofte que par l'honneur , ne voulant 
point avoir à fe reprocher d'avoir quitté le 
gouvernail dans le moment où le vaifTeau 
étoit battu des plus furieux orages , il afTura 
que les rumeurs publiques lui donnoient peu 
d'inquiétude : qu'à la vérité les fonds étoient 
très - bas ; mais que c*étoit l'effet d'une ter- 
reur panique inféparable àes approches d'une 
guerre; — r qu'il venoit d'apprendre que le I.'^'^ 
paiement de la foufcription s'éroit eifedué ; 
que la lenteur avec laquelle elle, s'étoit rem- 
plie, provenoit de rimmenfité de la dette na- 



ET DE l'Amérique, cxxiij 
tionale j plutôt que d'aucune appréhenflon de 
guerre avec la France : que la Grande Ure- 
tagne ayant toujours été poncluelle aux paie- 
mens des inte'réts, l'argent ne pouvoir pas lui 
manquer. Que l'idée d'une invafion de la parc 
de la France étoit un vrai épouventail : que 
jamais commencement de guerre n'avoic vu la 
marine fur un pied aufli formidable qu'aujour- 
d'hui : que les nouvelles levées , qui étoient 
prefque complettes, formoient, avec les vieux 
corps, une armée de 30,000 hommes pour 
la défenfe du Royaume : que le Roi , pour 
donner une tranquillité parfaite à la nation , 
alloit mettre fur pied la milice, qui fu(Iiroit,\ 
avec les troupes réglées aduelîement en An- 
gleterre , pour faire craindre à l'ennemi de 
tenter une invafion : que l'outrage fait par 
la France à la Grande-Bretagne , étoit de la 
nature la plus intolérable : que Sa Majefté 
dans fon relTentiment avoir aufïitot rappelle 
le lord Stormonc : qu'il ne doutoi: point que 
chacun des membres de la Chambre ne fût 
prêt à laver de tout fon fang la tache imprimée 
à la nation par cette infuîte ; & que sûrement 
perfonne ne refuferoitfa voix pour une adreÏÏe 
qui afîureroît le Roi que fes fidelles Communes 
étoientprêtes à lui fournir tous les moyens né- 
çeffaires de foutenir l'honneur de fon peuple 
& la dignité de fa couronne. 

Le 18 Mars. . ^ 

La chamhrç des Pairs s'ajouma au lende- 



cxxîv Affaires de l'Angleterre 

main , après avoir porté, au Roi fon adrefle de 
remerciement , conçue dans les termes de la 
motion de milord North. 

La même déaiarche' fut faite fur les deux 
heures par ia chambre des Communes , qui en- 
fuite s'ajourna pareillement. 

Les fonds font encore baiffés : les a^dions 
confolidées h ^ p, ^ font tombées à yp. 

P. S. du 2 Mats, 

La Gazette de Londres du iS Mars a ren- 
du publique une Lettre du Général Howe 
au Lord Germaine , datée de Philadelphie 
ie ip Janvier 1778 , & apportéô^'par lé 
Colonel Flarcourt, veim en Angleterre par 
congé, • ■ ■ 

»Le Chevalier Hove fait entendre au Mi- 
niftère que la navigation du Delavare a pu 
être ouverte pour les gros vaiiTeàux de guer- 
re vers la fin de Janvier, •& que le Chevalier 
Clinton lui enverra d^âUtant plus sûrement 
les dépêches de la Cour arrivées à New- 
Yorck le premier de ce mêmiC mois fur le 
Paquebot le Lord Hyde, 

Il ne parle d'aucun événement remarqua- 
ble depuis le grand fourage du 22 au 2 S 
. Décembre , qui fut protégé par un fort déta- 
chement qui avoit pris pofte de l'autre côté 
de la Schuylkîll fur les hauteurs de Derby-, 
& qui rentra dans la Viile par terre & paï 
eau, en quantité à-peu-pvès fuffitante pour 
les confommations de Thyver , ôc fans avoir 



E T D E L*A M É R I Q U E. CXXV 

été înquiéié par l'ennemi. Il parle feulement 
de quelques partis d'Américains embufqués , 
im defquels confiftant en deux Oiîiciers & 
trente hommes , fut enlevé par l'adrefTe de 
deux dragons du dix-feptieme régiment. 

Les troupes font encrées les 30 &: 31 Dé- 
cembre en quartier d'hiver dans 1 hiladelphie 
où elles font agréablement à tous égards. 

L'armée de l'enDemi, à l'exception d'un 
détachement de 1,200 hommes, eft baraquée 
dans les bois pvès de la Forge de Valley fur la 
Schuylkill à 2.6 milles de Philadelphie , &M. 
le Chevalier Ho^;(/e ajoute , qu'elle eft dans 
une pofition très-forte». 

L'amiral Keppel a pris congé du Roi le 17, 
pour fe rendre à Portfmouth, & y prendre le 
commandement de la fiorre d'obfervation. 

Le Général Boyd a reçu fes ordres , & il 
va partir pour fon Gouvernement de Gibral- 
tar. — ' Quelques vailTeaux de ligne font for le 
point de partir pour la Méditerranée, où ils 
jenforceront Tefcadre de l'Amiral DufF, qui 
jufqu'à préfent ne confifte que dans les vait 
féaux fui vans : 

VaiJJeaux» Canons* - Capitaines. 

Monarque, 74 .Rowley. 

Worcefter • • 6 1 Robinfôn.' 

Panther 60 , , , oHarvey. 

Medw^fy 60 Afflech. 

Allann .,» 31 Hay. 

Entreprifè ...•• 28 , . . .Rich, 

Levant.......,.,., zS .Murray, 

Zephire ».... 14 ...s Stott,. 



cxxvj Affaires DE l'Angleterrb 

On affure que par la diftribution qui fera 
faite de l'armée navale aux ordres du Lord 
Howe, elle confiftera en trois efcadres, dont 
une fera commandée par cet Amiral en per- 
fonne , (ou fon fucceffeur , ) & les deux au- 
tres par des Commodores ^ & qu'elles fe dé- 
ployeronc fur la Côte entière de l'Amérique, 
pour empêcher , autant qu'il fera polUble, que 
les Etats-Unis ne faffent le commerce avec la 
France , & n'en reçoivent aucune éfpèce de 
fecours, 

La prefle des matelots s'eft faite dans Lon- 
dres le 18 & le 19 , avec une violence 
inouie. Les moyens les plus étranges ont 
été employés pour procurer à la Patrie des 
.défenfeurs qui s'en défendoient de toutes 
leurs forces. Le coup de filet a pourtant été 
prodigieux pour le nombre ^ mais quant à l'ef- 
pèce , on doute , que l'Amiral Keppel & le 
Lord Briftol louffrent qu'il yen ait feulement 
la cinquième partie qui monte fur les vaif» 
féaux du Roi , au moins dans les divifions 
qui leur feront confiées. 

Fin» 



ET DE l'Amérique. ^209 
Vous mettent en état de les Fournir , vous, 
devez notifier au Bureau du Commerce la l'^jC). 
diminution que vous croyez nécedaire , te Maî 
lui ordonner de borner {ts achats en con- Juin. 
féquence. Mais , dans toutes les affaires de .^ 
cette nature, nous vous rendrons rerpônfable •'"^^^^^» 
de toute défobéiflance à nos ordres ». 
. 3>Si, dans aucun tems, vous trouvez quelque 
Membre du Bureau coupable d'avoir fait un 
imauvais emploi de Tàrgenr de la Compagnie 
ou de toute autre infradion notoire de Tes 
devoirs à notre égard; nous ordonnons que 
vous l'interdifiez fur le champ dé tout emploi 
qu'il poiirroit occuper à notre fervice juf^ 
qu'à ce que nous ayons fait connoître noâ 
intentions (a), 

; » Si quelque Membre de nôtre Bureau de 
commerce, ou quelque Officier civil ou mi* 
îitaire de la Cçmpagriie, èfl: en aucun tem-5 
interdit par vous des fondions de fon em- 
ploi, ou qu'il arrive quelque vacance pair 
démifîîon ou par nioft , nous voulons & or- 
donnons que Ton obferve la plus ftride im^ 
partialité relativertient à toute promotioâ 
ou avancement qui pourra avoir lieu en 
conféquencë d'une femblable interdidion ; 
démiflfîon ou mort , & que la perfonne fui- 
vant immédiatement par le rang , la place 
pu l'ordre du tableau , à moins d'objedions^ 



.•tid* 



(^)-Cet article & le précédent pàroilTent, à voir étf 
4enfreints par le renvoi de M, Stuart» 



'^lô Affaires DE l'Anôleterss 

'■'*** — ^ --graves contre Ton intégrité ou fa capacité^ 

^11^* foi: nommée pour fiéger à ce Bureau, ou 

iWai pour fuppléer quelque vacance dans notre 

Jutn, fervice civil &: militaire , jufqu'à ce que nous 

fi -n ayons fait connoître nos intentions. Nous 
Juillet,- V. . ^ 

enjoignons aufli de plus qu avant qu aucun 

Officier de la Compagnie foit révoqué d'au- 
cune place 5 la partie en foit informée par 
iécrit , avec l'accufation intentée contr'elle; 
cet Officier étant fommé de produire fes 
défenfes dans le rems raifonnable qui lui 
fsra donné pour les préparer,, & vous pro- 
céderez, dans toutes ces occafions, avec la 
^îus grande douceur & la plus grande cir- 
confpeâion «. 

.. On prétendit que la totalité de ces inC- 
trudions affefloit plus ou moins l'intérêt gé- 
néral de la Compagnie, particulièrement les 
articles ci' deflfus , dont le premier foumet 
entièrement le commerce du Bengale à l'au- 
torité du Gouverneur & du Cônfeil : les 
deux derniers les autorifant à ihterdife tout 
IVIem^bre du Bureau du commerce fur le pré- 
texte le plus léger , & à nommer à la place 
vacante quelqu'une des perfonnes qui font 
fous leurs ordres ; on a dit au (H qu'en vertu 
de l'article 6 les Membres du Bureau du 
commerce n'auroient pas la permiffion de 
jouir du bénéfice d'aucun commerce , atten- 
du les changèmens fféquens auxquels its 
étoiènt âffujettis entre Patna & Gàlcuta. En 
convenant que ces inflxudions obligeoient 



" • - '■■ i-lV 



-ïe Gouverneur & le Confeil d'être refpon- — 
fables : on a demandé à qui ils étoienc ref- 177<5, 
ponfables ? Il étoit vifible que ce n'€roic Mai 
pointa la Compagnie, mais à rAdminiftra- Juin 
tion qui les avoit faits , & qu'ils prendroienc & 
foin de ne pas la défobliger. Juillets 

La feule réponfe faite par le Préfident à 
ces obfervations , fut que les Jurifconfultes, 
cornpofant le Confeil des Directeurs, étoienc 
d'avis qu'ils ne pouvoient pas féparer l'in- 
térêt du commerce de l'interpofition du Gou- 
verneur & du Confeil. 

Un Comité de fept Adionrtaires , ayant à 
ïeur tête le Duc de Richmond » fut nommé 
par cette Affemblée pour rédiger un nou- 
"Hreau projet d'inftrudions , qui fut adreiTé 
dans l'efpâce d'une femaine & mis fous les 
yeux de l'Aflemblée générale^ 

Ces inftrudioils étoienc compofees d@ 
foixante & douze articles en deux parties , 
la première adreflee au Gouverneur général 
& au Confeil y l'autre au Confeil de com- 
ïtierce & au Bureau de l'Echiquier. Ces inf- 
trudions paroiflbient avoir été didées par 
ïes deux grands principes de Téconomie pu- 
blique & de la juftice particulière. Elles 
contenoient des reglemens pour la monnoie, 
le militaire , TEchiquier , le Bureau du com- 
merce , &c. Elles reftreignoient le pouvok 
du Préfident & du Confeil fur la plupart 
de ces articles', lefquels dans l'autre projet 
d'inftrudions étoi^nt laiffés ad libitum , par- 



hî"2 AttAtREs Dï L Angleterre 

ticulier^ment dans les difpofitions relative? 

*77^» aux maifons pour eux &: leurs domeftiques, 

Jviax objet qui . fans cette reftridiôn , auroit pu, 

^"^^* à ce qu'on affure , monter à loo,oûo liv. 

'^uiet. fterling. ^ ... 

Cependant TOrateur du Comité objeda 
toujours Villégalité del'établiflement d'jjn Bu- 
reau d'Echiquier , & le pouvoir du Bureau 
de commerce indépendant de la Préfidence 
ôc du Confeil , & on demanda à ce fujet l'avis 
des JurifconTultes qui fe Tapporta à cette 
opinion. Il fut convenu que les inftrudions 
feroierit imprimées , avec les différens avis 
qu'elles avoient occafionnés , ce qui pafla 
pareillement. En conféqence MM. Sayre , 
l'Avocat Glynn , M. Dunning , & M Mak- 
Donald, (formant le Confeil des JurifcoQ' 
fuites de la Compagnie ) furent confaltés. 
Les trois derniers s'accordèrent à foutenir 
la légalité de Pétabliflement du Bureau de 
commerce, & le premier ne fit qu'élever un 
doute fur les quinzième & trente cinquième 
articles relatifs à la dire<5lion de la monnoie 
a Calcuta. laquelle, par le dernier ade , 
n'étoit pas comprife dans l'adminiflTation de 

la Compagnie. 

Les deux projets d'inftruâions, ainfi ap- 

.puyés , furent régulièrement débatus dans 
différentes aflemblées générales , & , après 
plufieurs changemens , ils furent renvoyés 

'a un fcrutin qui fe fit le 26 Janvier 1774. 



Celles des Diredeurs euveiu ^06 voix, ik \-n6 
celles des Adlionnaires 308. j(,^^ * 

Les Diredeurs obtinrent donc îa pluralité juin 
des fuffrages pour eavoyer leurs inflru6tions & 
de préférence à celles du Comité des Adion- Juu^et; 
naires. Il fut vidble qu'ils n'avoient pas été 
peu favorifés par une des claufes du Bill , 
pour régler la Compagnie des Indes » qui 
n'admettoit au droic de voter que des 
Adionnaires qui eûffent au moins looo î. 
de fonds. Dans l'aflemblée générale , qui fuivit 
celle-ci, on fît la motion fuivante, qui doit 
paroître très- extraordinaire, il l'on confi- 
dere que peu de mois auparavant , il en avoii: 
pafle une directement contraire. 

3>Il fera recommandé à l'aflemblée des Di- 
îedeurs de nommer au plutôt le Général 
' Clavering à la place de Commandant ea 
chef des forces de la Compagnie dans l'Inde » 
avec une claufe exprelTe que ,. dans le cas 
où il fuccéderoit à la place de Gouverneur 
général des Pravinces de Bengale , Bahar &: 
Orifa , il perdroit immédiatement ladite place 
de Commandant en chef. 

Une motion auiïî extraordinaire^ occalîonnm 
des débats très -ani mes , dans lefquels, fans 
faire aucune objedion particulière^ contre 
ta perfonne du Généra! Clavering, ons'ejc- 
prima néanmoins avec beaucoup de liberté^ 
tur la. prétendue nécejjïté de fa nominar-^ 
tion & fut ce qu'il avoit été ci-devant re- 
^MOf^ïïiandé par fe Gouv^rncmmt ^ diu mépris àk 



214 Affaires de j-'Angleterrî^ 

'la Compagnie. On obferva que l'adminiftra^ 

^17^* tion ayant eu la pluralité des fwffrages au 

IVlai dernier fcrutin , ce triomphe avoit élevé le 

^^^^ ccEur à fes partifans , Ci qu'elle étoit déter- 

-| ^jgf minée à ne point laiifer refroidir leur zélé 

par des délai3> voulant abfolument forcer les 

A(^ionnaires de fe rétrader, 

La queftion fut portée à un fcrutin ge-^ 
lîéral qui fut décidé en faveur de la no-^ 
înination du Général Clavering a & en mêmp 
tems on fit une autre motion , quoique très- 
extraordinaire pour un jour de fcrutin , ou 
il devoit être propoféquele Colonel George 
Monfon fuccéderoit au Lieutenant-Général 
John Clavering dans la place de Comman-^ 
dant en chef dans l'Inde, auflitôt que ledit 
Lieutenant - Général Clavering palTeroit à 
celle de Gouverneur général. Cette motion 
^yant été pareillement piife au fcrutin , elle 
paffa par une pluralité confidérable. 

Les Direéleurs étant alors réfoîus à ter- 
yniner cette affaire le plutôt poflible , pré- 
parèrent deux Commiffions y une pour le Gou- 
verneur Haftings ^ l'autre pour le Lieu- 
tenant-Général Clavering, 

Le I? Mar^ i774> ces çomminiîons 8c 
Ixiûxutllom furent mifes fous les yeux des 
^dionnaires, Elles éprouvèrent de violentes 
oppofitions , parce que plufieurs eftimerent 
que pon feulement elles donnoient trop de 
pouvoir 9U Gouverneur de la préfîdencQ 
|ç ^Pçngdea. .ïP^is çnçorç '<ju'«llçs nç 



tepondoient pas ftri(5lement à la lettre ex- 
preffe de l'aàe de règlement. Une partie ^ll^* 
des Aélionnaires demanda du tems pour Mai 
prendre de plus amples informations fur ce *'"*"' 
ïujet avant de pouvoir donner leur avis j juUieii 
mais le Parti Miniftériel fe trouvant le plus 
nombreux, fit avorter toutes les propofi- 
tions de s'ajourner, &'pn procéda à l'exa- 
men des deux commiiTions , ce qui dura 
jufqu'à quatre heures du matin : alors oa 
indiqua le mardi fuivant pour les pafler au 
fcrutin. Toutes deux furent confirmées ce 
pur-là par une grande majorité ; le projet 
des inftruâ:ions des Dire(â:eurs fut enfiaire 
confirmé de la même manière,. 

Tout étant ainfi arrangé, la commiflioni 
fut envoyée avec le projet d'inflruârions au. 
Bengale , par le Général Clavering , ac- 
€ompagnç des Membres du Confeil qui fe 
trouvoient en Angleterre, On n'entendit plus; 
parler de ce qui fe paflbit dans cette par- 
tie de l'Inde, jufqu'à l'aflimblée générale ^ 
qui fut convoquée le 2J Septembre 1775*. 
Ce jour là le Préfident informa rAlTemblée? 
qu'il étoit arrivé de Bengale des dépêches- 
fort importantes » relativement aux malheu- 
reufes querelles qui avoient eu lieu entre les 
Membres du Gouvernemerît. La n-Quvelle de. , 
ces querelles étoit parvenue en Europe par 
diverfes voies , 6c quelques Propriétaires eti> 
avoient été informés , fépaTémenr les uns. 
des autres j,de forxe que l'affemblée demaiKU. 

O m 



âî6 AlF^AlRESDE l'AnGLETERSE 

^ „ , ^ que lç5 Diredeurs traitafTencauflitôtcet objet 

1776» important, fans attendre que le Parlement 

^^^ en décidât , comme on avoic fait précédem- 

Juin. r 

^ înent, 

Jjuilku i^es Diredeurs convinrent avec FAf&m- 
blée de la néçeflité de s'occuper de cette 
affaire le plutôt poffible, & ils l'aflurerent 
qu'ils n'atte'ndoient que l'arrivée de VAnfon 
.(le derniçr vaifleau de la Compagnie qui 
» devoit revenir du Bengale ) pour entrer dans^ 
un examen détaille de cette affaire , ^ dont 
On rendroit compte à l'aflemblée générale. 
Le 6 Décembre 177 S > i^ ^^^ convoqué 
une autre alTemblçe, avant laquelle on donna 
à examiner aux Adionnaires les papiers re- 
latifs aux différends furvenus entre les Men^- 
bres du fuprême Confeil du Bengale , ^ 
.qui étoient entre les mains des Diredeurs. 

L'objet de cette alfemblée étoit de conx^ 
3Tiuniqusr aux Adionnaires diverfes réfolu- 
îions que les Diredeurs avoient prifes con- 
cernant ces différends. Elles confifloient et% 
quatre points principaux , dont voici îa fub- 
îance: 

Il étoit contre Fintérét général de la 
Compagnie d'entrer en alliance avec Sujah- 
Dowla a ainfi que d'encourager & de fa- 
vorifer la guerre de Rohilla, Il étoit auiK 
queftion de quelques cenfures de la conduite 
de M, lïaftings ^ de M. BarweU. A'u fur-' 
plus on fufpendoic toute réfolution définitive 
Jufqu'à rarrivec du vaiffeau de la CompagniQ 



ET DE L'AM'iRIQirfi; 'î2îf 

VAnJoriy qui étoit attendu de jour en jour ce., 

Il y eut fur ces arrêtes un débat parle- I77,"* 
quel il parut que le Nouveau Confeil , lorfqu'il ^^^ 
^étoit affemblé, avoit demandé au Bureau '^^^* 
du commerce un état probable , tant prélent ^^{[{iti 
que futur, des cargaifons de retour ; que 
le Vérificateur général, fous la diredion de 
l'ancien Confeil, en avoir fourni un état; 
mais que le Nouveau Confeil , quoique ne 
connoilTant pas les douanes du pays , avoit 
prétendu examiner ces comptes par lui-même, 
i< que d'après cet examen il les avoit défa- 
prouvés. La conduite du Gouverneur Haf- 
îings fut l'objet d'une vive difcuffion dans 
cette afTembiée ; on y fit valoir les longs 
fervices qu'il avoit rendus à la Compagnie, 
de il fut prouvé que jamais elle n'avoit ea 
tin Officier plusfidelle , plus intelligent , plus 
parfaitement inftruit de tous les intérêts de 
la Compagnie , fur les objets de commerce 
comme fur ceux de politique : que par con- 
féquent on ne devoir pas juger à la hâte un 
Serviteur fi ancien & fi recommandable ; 
mais qu'au lieu de l'obliger de renoncer à 
fes emplois ou de faire quelque démarche 
de cette nature, il falloit l'avertir des points 
qti'on fuppofoit avoir à blâmer dans fa con- 
duite, afin quà l'avenir il la réglât en 
çonféquence. 

Cependant on ne fe décida alors fur au- 
cun objet-d'importance , &. l'on coôvint d^at- 
tendra l'arrivée de r^FîJ^fis 



^î8 Affaires DEL'ANGLETEBKîé 

' ^' Le i6 Mat 1775 , quelques-uns des Ac4 
1776e tionnaires a)'^aDt entenda parler d'une dé- 
Mzî ' cifion de l'afleEnblée des Direâ:eurs y, relative 
Juin à la deftitutioa de M. Warren Haftings » 
.^ Gouverneur , & de M, Francis Barwel,. 
^^ ^^' Membre du Confeil du Bengale , ils de- 
mandèrent une aflemblée générale 1 à l'ou- 
verture de laquefle fut lue la réfolution fui'! 
vante des Diredeurs , datée du 8 Mai , la* 
cjuelle avoit pafle à la pluralité di'une feule 
vaix , y en ayant eu 1 1 pour & 10 contre :. 
voici cet arrêté. 

» Que l'afieniblée des Dir edeurs ayant pris 
en confidération les affaires & l'état aéluel 
du Bengale avoit réfolu de révoquer M. 
iWarren Haftings » Gouverneur du Bengale 
êc M. Francis Barvrel , Membre du Co»-. 
feil de ladite Province , & de préfenier ,. 
fans délai» une pétition à Sa Majefté à cet 
efet «c. 

Cette Joudaine réfoîution des Direâeurs^ 
fur un point delà plus haute importance ^ 
fouleva la plus grande partie des Adionnaires» 
d'autant qu'il étoit probable que fi la to- 
talité des vingt-quatre Diredeurs eûflenc 
été préfens , un pareil arrêté n'eut point éié^ 
pris , & qu'ainfi il étoit expédient de dif- 
çuter la chofe avec foin & en détail. 

Les partlfans du Gouverneur Haftings re*' 
préfenterent qu'avant qu'il fût chargé de la 
Préfidence du Bengale , cette Province étoic 
en proie à la vçnalité 5c au péculat , qu^^ 




^ar fort intelligence fupérieure , fa grande 
économie & fon attention confiante pour 
les affaires . il étoit prefque parvenu a met- 
tre toutes chofes en bon ordre de à les tour- 
ner à l'avantage général de la Compagnie ; jumeji 
que nommément il avoit réglé le louage des 
fermes, qui auparavant étoit très-onéreux 
aux fous locataires, en les mettant hors de 
la puiflance des principaux locataires , & en 
fpécifiant les rentes particulières que chacun 
devoit payer : que ces avantages & beau- 
coup d'autres étoient portés tout au long fu2 
les regiftres de la Compagnie , avec les re-î 
merciemens non feulement delà Compagnie» 
mais encore ceux de la nation ; qu'enfin la 
nation elle-même , c'eft-à-dire le Parlement a 
avoit bien manifeftéia fatisfaftion qu'il avoic 
de fa perfonne , & comme homme & comme 
bon ferviteur de la Compagnie , en le nom- 
mant alors Gouverneurgénéraldu Bengale et, 

33 Que les accufations formées contre lui 
par Rajah Nuneomar , étoient reconnues au- 
jourd'hui pour être abfoluraent faufTes; que 
ce lâche açcufateur avoit été pleinement 
convaincu de fes impofturês , & qu'en con- 
féquence il avoit fubi la mort que fon crime 
méritoir. 

Les écrits qui contenoîent les charges 
contre ces Melfieurs ayant été lus; aucun© 
de ces chaiges ne parut afiez grave pour 
juftifier l'arrêté ci-deffus du 8 Mai i77(x. 
"Çh de§ principaux .griefs contre le G ouvei:- 



'^176^ neur Haftings , étoit qu-'il avoit reça ïllicl^ 
jyj^^ temene ly.coo roupies ; mais d'après une 

Juin, informanon plus ample fur ce grief, & l'exa- 
& men de quelques autres papiers qui n'avoienS 

Juiiiet. pas été envoyés ^'oj^ce à ralTemblée , il paruî 
clairement que ces i jr,ooo roupies n'avoienç 
. été reçues ni par M. Haftings ni par fon 
Banian^ & que le tout étoit une impofture# 
( Cela fut prouvé erre une calomnie contre 
M. Haitings , par une feuille interpolée 65 
^u'on avait remplie ) & pour plug parfaite 
convidion de la chofe, on trouva que la 
partie même qui avo-it donné ces roupies^ 
décbargeoit M. Haftings d'avoir reçu direde- 
snent ou indireétemeiit aucune partie de 
cette fomme. 

Enfin y toutes les accu fation s portées contre 
le Gouverneur Haftings & M, Barwel , ne 
formpient tout au plus qu'une preuve ex parte. 
Se ne produifoient rien d'eftentiel qui fut 
complet de dïïQ^t* Elles ne parurent donc 
pas fondées fur une probabilité fuffiiante 
pour juftifier leur révocation. La raifon qui 
avoit déterminé la majorité des Direc- 
teurs en faveur d'une démarche fi précipitée » 
étoit que comme les affaires de la Com- 
pagnie dans le Bengale étoient retardées ÔÇ 
dérangées par ces différends entre le Con- 
leil , & que la révocation d'un des deux partis 
devenoit nécefTaire , il étoit plus convenable 
de révoquer le Gouverneur Haftings & M^ 
JBarwell. Il Açft pas imppffible que le Gou- 



-c» 



ÏT DE L'AmÉRTQÎTE. 221* 

%ernçment ait été de connivence dans ce~ ^ 
projet , car quoique M. Haftings & M Bar- ' '. ' 
Vf'ell euflent eu leur place à la nomination j " 
du Parlement , cependant comme ces Meflieurs g^ 
s'étoient brouillés avec les trois autres Mem- JuUietj 
bres du ConfeH (^àt\:^x defquels étoient de 
cette nomination particulière ) il étoit 
probable qu'ils avoient changé d'idée & qu'ils 
défiroient de voir les affaires de la Com- 
pagnie des Indes au Bengale traitées fur un 
pied plus conforme à Ton premier plan/Nous 
îommes encore autorifés à dire qu'il eft pof- 
fîble que le Gouvernement ait eu la même 
idée que les onze Directeurs , puifque dans 
l'afTemblée fui vante plufieurs de fes partifans 
les plus zélés , & dont quelques uns occu- 
pent les premières places de l'État , ont effayé 
id'appuyer leur réfolution du 8 Mai. 

De ces débats du i<5 Mai 1776» qui ont 
duré depuis onze heures du matin jufqu'à 
ininuit pafTé , il eft réfulté qu'on mettroit 
au fcrutin la queftion fuivante : 

» Qu'il étoit recommandé à raflemblée des 
Diredeurs de délibérer de nouveau fur leuK 
dernier arrêté, relatif au rappel du Gouver- 
neur Haftings & de M, Barwel, & d'en faire 
îe rapport à l'afleniblée générale des Adion- 
îiaires «f. 

La queftion mife au fcrutin pafïa à l'af- 
firmative à la pluralité de 10^ voix. 

Le Préfident de l'aflemblée générale de 
«juaçcier , informa les Adionnaires que plu-' 




Sâ5 AtFAtRES »E l*ANGLÊtEËilâ 
fleurs dépêches étoient venues en dernier lie^ 
du Bengale 5 mais que comme on en attendoit 
d'autres de jour en jour par le vaifleau de 
la Compagnie le Salijhury ; Taflemblée de;s 
Direâeurs avoit réfolu de différer fon rap- 
port concernant la nouvelle délibération re- 
commandée par le dernier fcrutin des Adidn- 
tiaires fur la révocation de M. Haftings & 
de Mé Barwell , jufqu'à la réception de ces 
dépêches; ce rapport fut remis à huitaine 
après l'arrivée du fufdit vaifFeau. 

En conféquence on convoqua, pour le 
î8 Juillet iyj6 i une aflemblée fpécialequi 
cntendroit le rapport des Direâeurs , rela- 
tivement à leurs nouvelles délibérations fur 
cette affaire , & voici quel fut ce rapport : 

» Que d'après les preuves que les Direc-^ 
teurs avoient reçues depuis , lefquelles étoient 
confirmées par l'opinion de plufîeurs Jurif- 
confultes du premier rang , les Diredeurs ef- 
timôient que les motifs de la révocation du 
.Gouverneur Haftings & de M, Barwell ne 
lépondoient pas aux charges alléguées 



jçontr'eux «» 



Cette opinion fut confirmée par la leârure 
des papiers reçus par VAnfon , & le fuplé- 
ïEient arrivé enfuite iut le Salijhury, Les charges 
contenues dans ces papiers étoient princi- 
palement des charges de péoulat , mais qui, 
d'après les informations , ne parurent être 
que l'ufage du pays, pratiqué par tous les- 
iGouvejrneurs & dans des vues fages & polW 



<ÉÏques; il fut aufli repréfenté par quelques-- 
tins des Adionnaires , que lorfque ces pré- i??^* 
fens n'étoienc pas faits aux Nababs (ce qui Mai 
formoit la charge a<^uelle de péculat contre «^""^ 
îe Gouverneur Haftings, parce qu'en fuite il j -^ 
en remettoic le montant fur le compte de 
la Compagnie) cette omiffion avoit des fuites 
fî férié ufes , que très- fouvent elle afFoibliflbic 
les alliances , elle faifoit naître des (oupçons 
& quelquefois même produifoit la guerre» 
Enfin les longs & fidèles fervices de M. Haf- 
tings, fon défintérelTement , fon zèle pouc 
le bien de la Compagnie, le concoufs gé- 
néral de toutes les clafTes des citoyens en 
faveur de fa réputation , tout cela fut pré- 
fenté comme de puifFantes raifons pour le 
îailTer en place , jufqu'à ce qu'on eût les 
ipreuves les plus claires 6c les plus autenti- 
iques de Tes prévarications. 

Cette réfolution des Dire<5èeur5 pour con- 
tinuer M, Haffings & M. Barwell dans leurs 
places refpedives, fut encore confirmée par 
pluiieurs des plus refpeâables Jaj ri fcôn fuites 
de ce Royaume , < & de leur nombre l'Avocat 
général Thurloé ) qui furent d'avis qu'il n'y 
avoit point d*a(âion à intenter contre ces 
Meffieurs , mais que là Compagnie des Indes 
étoit fondée à faire une enquête , & qu'elle 
pouvoir, fi elle le jugéoit à propos , les 
traduire au tribunal d'équité du Chancelieir, 

Ainfi, en conféquence de cette délibéra-* 
|ioa, M, Haftipgs^Sc M,-Bar\r€jilfux*€nt ré* 



.ti% AFFAIRES DÉ t^ÂNGLETEREi 
^' - tablis dans leurs poftes refpedifs , après léî^ 

\iq^6. recherches les plus exades tant des Direc- 
Mai teurs qiîedes Adionnaires de la Compagnie 
J"''^ des Indes y fuivies pendant près d'un an , 
j llêt ^^^^'^^ lequel tems les perfonnes les mieux 
* inflruites des affaires de la Compagnie crurent 
voir que le Gouvernement avoit fait tout 
fon poflible pour déplacer ces deux Offi- 
ciers de la Compagnie. On demandera peut 
être pourquoi le Gouvernement n'a pas effect 
tué ce projet dès le commencement, eri 
rayant leurs noms de la premieie commif- 
fion? Mais il eft probable qu'il crut alors 
avoir affez fait en donnant le Bill de regle- 
xnent de la Compagnie des Indes. Trouvant 
enfuite que ce Bill étoit traverfé dans fes 
opérations par l'entremife de ces Meffieurs , 
& ne voulant pas que fes effets falutaires 
éprouvaffent le moindre obftacle , il aura 
cherché à obtenir leur rappel par les bons 
offices de fes créatures parmi les Diredeurg 
& les AdionnaireSé 

Ceci n'efl: qu'une conjedure formée d'après 
un apperçu impartial des diyerfes circonf^ 
tances qui ont accompagné cette longue af- 
faire ; il ne faut peut-être qu'un peu de tems 
pour éclaircir & diffiper tous les nuages qui 
îâ couvrent. 

Après que ces matières eurent été difcu- 
tées , M. Pechet fît une motion qui fut ap- 
puyée par M, Elliot. Il demanda. le réta- 
bliffej»encde M.Stewart , Secrétaire du Con- 

' feii 



ïs T D E l'A m é r I q u e. fcxxix 



LETTRE. 

D^un Banquier de Londres , à iW. * * * 
à Anvers, 



p 



De Londres le iz Mars 1777 



EN DAN T qu'on diflerte en Angleterre 
& dans toute l'Europe fur la négociation 
où le Parlement Britannique paroît délirer 
d'engager les Etats Américains , & que tous 
les avis fe réunifTent à douter que le Con- 
grès veuille accorder ce qu'il auroit ofFert 
il y a trois ans, je crois , Monfieur , ne 
pouvoir mieux occuper les moments que 
vous voulez bien me donner, qu'en vous 
faifant voir quelles étoient alors les difpofitions 
du Congrès, par une de fes délibérations 
du %S Juin 1775° , qui jufqu'ici n'avoit été 
connue que du Congrès feul. J'en ai l'obli- 
gation à mon zélé Correfpondant d'Emb- 
den , qui veut bien me fournir toujours à 
points les pièces dont la politique du mo- 
ment peut tirer quelque élucidation. Il n'en 
eft point en effet qui vienne plus à propos , 
dans les circonftances aduelles , que celle 
que vous allez lire , puifque connoilîant bien 
précifément le point d'où les uns & les au- 
tres font parfis s vous apprécierez d'autant plus 



txxx Affaiuïsdel'Angletïrï^h ' 
furement les facrifices que l'Angleterre a droit 
d'exiger , en leur oppolant les différences que 
plus de trois années de guerre ont mifes dans 
les ficuations refpedives , & fur* tout les rK)u- 
veaux canaux de commerce qui s'ouvrent 
pour les Américains depuis leur Traité avec 
la France, 

Le Bill fuivant avoit été dreffé dans un 
Comité du Congrès ^ le ^f Juin 1775' ; 
mais il ne fe trouve point fur fesRegiftres^ 
parce que vers cette époque il arriva un 
Ade du Parlement dont l'exceflive févé- 
rité détermina le Congrès à ne point don- 
ner la fomme qu'il étoit difpofé à offrir 
par abonnement pour l'abolition de l'ade 
de navigation, 

[La minute avoit été rédigée par le Doc* 
teur Franklin, J 

33 D'autant que les ennemis de rÀmérî- 
que dans le Parlement de la Grande-Bre- 
tagne , voulant nous rendre odieux à la na- 
tion & donner une mauvaife imprefîion de 
nous dans l'efprit des autres Puiftanceâ Eu- 
ropéennes , nous ont repréfentés comme 
injuftes & ingrats au dernier degré ; aflurant , 
en toute occafion que les Colonies ont été 
étaWies aux dépens de la Grar^dè-Bretagne: 
que c'eft auffi à fes dépens qu'elles ont été 
protégées dans leur enfance ; qu'adtuellement 
elles refufent de contribuer à leur propre 
protedion & à la défenfe commune de la 



ET DE L'AMéRIQUE. CXXXJ 

îîation : qu'elles vifent à l'indépendance : 
qu'elles fe propofent d'annuller les ades de 
navigation : jqu'elles font de mauvaife foi 
dans leurs afFjires de commerce , & qu'elles 
ont le projet de duper leurs Créanciers de 
la Grande - Bretagne & de ne leur point 
payer ce qu'elles doivent légitimement «. 

3' Et d'autant que ces aflTertions peu fon- 
dées & ces calomnies méchantes , à force 
d'être répétées , peuvent , i\ on ne les dé- 
truit point , obtenir plus de crédit & xûiq 
du tort en Europe à la réputation & i : in- 
térêt des Colonies confédérées , il ps^oîc 
-convenable de néceiîaire de les exandnei: 
pour notre juftification «. 

30 Quant au premier article , favoir : que 
les Colonies ont été établies aux dépens de la 
Grande Bretaf^ne , c'ell: un fait notoire qu'au- 
cune des douze (a) Colonies-unies n'a été 
établie , ou même découverte aux dépens de 
l'Angleterre. Il eft bien vrai qu'Henri VII 
accorda à Sébaftien Cabot , Vénitien , & à 
fon fils , la permiffion de naviguer dans les 
mers Occidentales pour découvrir de nou- 
veaux pays; mais ce devoir être à leurs- 
frais èc dépens : Suis eonim propriis fumptibus 
Ù" expenjïs, (i?) Ils découvrirent , mais bien- 

( tf ) La Géorgie , qui fait la treizième , ne s'était 

pas encore réunie à la Confédération, Sa réunion 

eft du mois de Juillet 1775 

-C^] La commifïion fe trouve dans TAppendlx de 
Tadminiilration des Colonies 5 par Pownalj édit. de 17 7 5 



cxxxlj Affaires DE l'Ansleterr 

tôt ils méprisèrent & négligèrent ces pays 
Septentrionaux. Après avoir été oubliés 
pendant plusde cent ans, ils furent achetés des 
Naturels par différens particuliers & diverfes 
Sociétés de nos ancêtres, qui ayant pafié 
les mers à ce deflein , y firent des établifTe- 
mens à leurs rifques & périls , & ne réuf- 
firent que par un travail opiniâtre. Nous dé- 
fions nos ennemis de pouvoir produire au- 
cun ade public qui attefte que jamais le 
Parlement ouïe Gouvernement de la Grande- 
Bretagne ait fait la plus petite dépenfe pour 
cet objet. Tout au contraire , il exifte dant 
les Regiftres du Parlement une déclaration 
folemnelle de 1 642 , ( 22 ans feulement aprè^^ 
le premier établiflement de la Baye de Maf- ' 
fachuflet ; & alors fi une pareille dépenfe 
eût jamais eu lieu , il eft certain que quel- 
ques-uns des Membres du Parlement Tau- 
roient fû & s'en feroient fouvenus ). Cette 
déclaration porte que ces Colonies ont été 
plantées Se établies fans qu'il en ait coûté 
rien à l'Etat (a). New-York eft la feule 
Colonie pour l'établifiement de laquelle TAn- 



[<î] Le Vendredi 10 Mars 1^42, )■> D'autant que 
les Plantations dans la Nouvelle - Angleterre ont heu- 
reuCèment profpéré , (ans aucune charge publique pour 
TEtat , & qu'aujourd'hui elles peuvent être très-favora- 
bles à la propagation de l'Evangile dans cette partie du 
iiîonde, & devenir très-avantageulès à ce Royaume & 
àJa Nation^ les Communes aduellement aiîemblées 
€iJ Parlement , &c, &c. &c. 



ET DE LÀMéRI QUE, CXXxlîj 

gleterre puifle prétendre avoir fait quelque 
dépenfe ; & il ne lui en coûta qu'un pecic 
armement pour la prendre fur les Hollan- 
dois qui s'y éroient établis. Mais pour con- 
ferver cette Colonie à la paix, la Couronne 
céda en échange aux Hoilandois une autre 
Colonie tout aulîi avantageufe , favoir: Su- 
rinam , aujourd'hui très riche Colonie à fucre , 
& qui fans cette ceiîîon auroit pu toujours 
lui refter. Il eft vrai que depuis peu TAn- 
gleterre a entré pour quelques dépenfes dans 
l'établiflement de deux Colonies ^ {a) la Géor- 
gie & la Nouvelle-EcolTe ; mais elles ne 
font point dans notre confédération , & la 
dépenfe qu'elle a faite pour elles , a prin- 
cipalement confîfté en odrois de grandes 
fommes , en pure perte , accordées par forme 
de paye aux Officiers envoyés d'Angleterre , 
& en affaires ou entreprifes pour gagner des 
amis au Gouvernement ; ces fommes exçef- 
fîves ne contribuent point à la prpfpéritç 
& à la bonne adminiflration des Colonies, 
L'expérience dans beaucoup d'exemples d'au- 
tres Colonies , nous a montré qu'on peut 
pourvoir à cette bonne adminiftration & la 
foutenir par des moyens bien moins difpen- 
dieux & beaucoup plus efficaces «. 

A l'égard de la féconde aflertion , favoîr 
quz Us Colonies ont été protégées dans leur état 
^-~— ^— ^— ^-^— -^-^— ^^— — ^ 

{a) 1j3. Géorgie n'efl entrée dans la confédération 
^ue depuis ; favoir en Juillet 17 75. 



cxxxîv Affaïbêsbe l*An(?lbterïi« 

d\nfance par V Angleterre,' il eft de toute noto- 
riété que dans aucune des guerres que nous 
avons eues à foutenir contre les Sauvages 
pendant l'efpace d'un llecie depuis notre 
première apparition dans le pays, il n'eft jamais 
arrivé que l'Angleterre ait envoyé aucunes 
troupes ou aucunes forces quelconques pouc 
nous protéger, ni qu'elle ait conftruit à fes 
frais aucuns forts pour mettre nos ports de 
mer àTabridesinvahons^trangeres, ni qu'elle 
ait fait partir aucuns Vaifféaux de guerre pouc 
protéger notre commerce. L'Angleterre n'a 
changé de fyftême que bien des années après, 
lorfqu'elie s^ eft trouvée in téreflee,& que 
notre commerce eft devenu un objet de 
revenu & d'avantages pour les Marchands 
Anglois. Alors elle jugea néceflaire d'avoir 
nne frégate dans quelqu'un dô nos ports 
•pendant la paix pour appuyer l'autorité des 
Officiers de Douane chargés de reftreindre 
te commercepour le bénéfice de l'Angleterre* 
♦Pendant taut ce tems-là nous ne dûmes notre 
confervation qu'à nos propres armes , à notre 
■pauvreté & aux bontés de la Providence. 
Nous étions négligés par le gouvernement 
Anglois qui ne nous croyoit pas dignes de 
fon attention j ou qui n'étant pas trop bien 
difpofé en faveur de quelques-uns de nous 
à caufe de là diverfîté de nos opinions en 
matière de Religion & d'affaires , s'em- 
baiaflbit fort peu de ce que nous pouvions 
devenir. D'un autre côté les Colonies n'ont 
jamais manqué de faire les plus férieux efforts 



js. T ï)ï l'A M É R I QUE. cxxxy 

pour nuire aux ennemis de la Grande-Brer- 
tagne, lorfqu'elle étoit en guerre. Elles l'onc 
d'abord fecourue dans la conquête de la 
NouvelIe-EcolTe. Dans l'avant dernière guerre 
elles ont pris Louifbourg & l'ont rerais entre 
fes mains.. Elle fit fa paix en rendant 

ce part&fon excellente fortereiïe à la France. 
ce qui a été très-favorable à l'Angleterre. Il 
eft vrai que dans la dernière guerre elle a 
envoyé une elcadreôd une armée qui agirent 
avec une armée égale de notre part pour 
la réduôtiondu Canada, & que peut-être par- 
là elle a fait plus pour nous que nous n'a- 
vions fait pour elle dans les guerres précéf 
^dentés, ftlais que l'on £e fouvienne qu'au 
Congrès d'Albany en 175*4. l'Angleterre 
rejetta le plan que nous avions formé pour 
notre propre défenfe par une union des Colo- 
nies , union qui excita fa jaloufie, de forte 
qu'elle. préféra d'envoyer fes. propres foîxesr; 
fans cela nous n'avions pas befoin de fori 
fecours pour nous défendre. Depuis notre 
premier établiifementjufqu'à cette époque , 
fes opérations militaires en notre faveur ont 
été très-peu de chofe ei? comparaifon d^es 
avantages qu'elle a retirés de fon commerce 
exclufif avec nous. Nous consentons cepen- 
dant à fuppofer la plus grande importance 
aux fervicés qu'elle nous a rendus ^ Si comme 
Bos forces augmentent tous les jours, &: qui 
notre fecours lui. devient plus effentiel ^ nous 
faifirons avec plaifir la première occafioa 



cxxxvj Affaires DÉ L'ANétETBRRE 

de lui témoigner notre reconnoilTance d'une 
manière efficace. Mais lorfque la Grande- 
Bretagne fait fonner fi haut la prétendue 
proteélion qu'elle nous a donnée; nous de- 
mandons la permifïîon d'obferver que nous 
l'avons fuivie dans toutes fes guerres , & que 
nous nous fommes joints à elle à nos propres dé- 
pens contre toutes lesPuilTances avec lefquelles 
elle a jugé à propos de fe quereller, C'eft une 
chofe qu'elle nous a toujours demandée, ôc 
Selle n'a jamais permis que nous reftafliions 
amis d'aucun peuple qu'elle avoit déclaré 
fon ennemi , quoique nous euffions pu très- 
aifément le faire par des traités féparés. Après 
avoir ainfi , par complaifance pour elle , acquis 
l'inimitié de peuples qui fans cela feroient 
demeurés nos amis , nous demandons à tout 
homme raifonnable fi la protedion quelle 
nous a donnée dans ces guerres n'étoit pas 
pour elle le devoir le plus inàifpenfable & de 
nature à être reclamée comme un droit ^?m lieu 
d'être reçue comme uv^é faveur. Nous deman- 
dons fi dans un moment où les diverfes par- 
ties d'un Empire déploient toutes leurs forces 
pour la défenfe commune & contre l'ennemi 
commun , ce n'efl: pas auflî bien les parties 
qui protègent le tout que le tout qui protège 
les parties, La protedion a donc été propor- 
tionnellement réciproque. Et lorfque le tems 
fera venu que nos moyens excéderont les 
leurs, autant que les leurs ont excédé les 
nôtres, nous efpérons être alors affez raifon- 
nables pour nous contenter de fa proportion 



ETD E l'A m É R I q u e. cxxxvîj 

d'efforts, & pour ne pas croire que nous 
faifions trop po«r une partie de l'Empire, 
quand cette partie féconde le tout autant 
qu'il eft en fon pouvoir «, 

55 Le grief que nous refujons de contribuer 
à notre propre défenfe , paroît tout auflî de(^ 
titué de fondement. Mais nous déclarons 
de plus qu'il eft abfoîument faux. En effet, 
on fait très-bien que nous nous fommes tou- 
jours crus obligés à donner des fecours à la 
Couronne à fa réquifition » pour Taider à 
foutenir fes guerres ^ 3c c'eft un devoir que 
nous avons toujours rempli de la manière 
la plus généreufe & la plus étendue, ainfi 
qu'on peut s'en convaincre par les nombreux 
remercîmens qui nous ont été faits à ce fu- 
jet tant par le Roi que par le Parlement , 
Se que l'on trouvera fur les regiflres du 
ï^arlement Britannique (a). Mais comme la 
Grande - Bretagne a gagné prodigieufement 
par le monopole de notre commerce » cette 
circonflance , jointe aux dépenfes que nous 
faifions pour maintenir la dignité du Re- 
préfentant du Roi dans chaque Colonie, & 
tous nos divers gouvernemens tant civils 
que militaires , a toujours été regardée 

( <2 ) Ceci fe rapporte à certains pafTages qui (e 
trouvent dans les Journaux de la Chambre des Com- 
munes du 4 Avril 1748, i8 Janvier 175^ > 3 Fé- 
vrier I75(^ y î6 Ôc 19 Mai ï757» premier Juin i7$8 , 
s (^ & 30 Avril 17595 2.6 31 Mars , 28 Avril 
17^0 , p & 20 Janvier 1761 ^ zi 8c z6 Janvier j 76^ , 
14 & 17 Mars 176^9 



txxxviij Affaires DEL'ANC?LETËRRg 
comme un équivalent pour les femmes pé^" 
cuniaiîes , que, fans cecce circonftance ^ on 
auroit pu attendre de nous en tems de paix. 
Nous déclarons par les préfentes , qu'après 
notre réconciliation avec la Grande-Breta- 
gne » non-feulement nous continuerons de lui 
accorder des fecours en tems de guerre comme 
par le paiTé,mais que lorfqu'elle jugera à propos 
de mettre fin à fon monopole, de nous donr- 
ner les mêmes privilèges de commerce que 
î'EcoiTe a obtenus lors de l'union , & de 
nous accorder la liberté du commerce avec 
tout le refte du monde , nous coafentirons 
volontiers ( Se nous ne doutons point que 
cet engagement ne foit ratifié par nos Conf- 
tituans ) à donner & à payer au fond d'à-. 
niortiffemen? une fomme de cent mille liv. 
îlerling par an, pendant le terme de cent 
ans^ laquelle fomme étant duement & fidèle- 
men-t appliquée à ce fond, eft évidemment 
plus que fuffifante pour éteindre toutes les 
dettes nationales aBuelles de, V Angleterre , puiC- 
quà l'expiration de ce terme ^ cette fomme, 
en y joignant les intérêts britanniques légaux 
montera à plus de deux cents trente millions 
de livres fterling ce. 

■.» Si Ja_ Grande-Bretagne ne juge pas à 
propos^d'acceprer cçtte propofition , voici 
ce que nous offrons de faire- pour écarter 
toutes ces inquiétudes fi peu fondées , qui 
font croire, aux Angîois que nous vifoiis à 
V'uvlépendiii^ce G^ à V abolition de VaBc de na* 
rigation (ce qui, dans le vrai, n'a jamais 



ET DE L'AmÉJRIQUB. CXXXÎX 

iÉté notre intention) , & pour prévenir toutes 
conteftations relativement au droit de faire 
un adtede navigation & d'autres a^les pour le 
règlement de notre commerce. Nous décla- 
rons donc par ces prérentes que nous fommes 
prêts ëc difpofés à conclure avec la Grande- 
Bretagne, une convention par laquelle nous 
reconnoîtrons qu'elle peut podeder^ exercer 
pleinement ledit ade de navigation pendant 
cent ans , convention qui fera faite de bonne 
foi pour l'avantage commun ; & dans le cas 
d'une telle convention , nous recommande- 
rons à chaque Aflemblée Américaine delà 
confirmer folemnellement par fes propres 
loix, qui , lorfqu'elîes feront faites , ne pour- 
ront être révoquées fans le confentemenc de 
la Couronne ( a) te, 

» Le dernier grief, favoix que nous fommes des 
Commerçans mal-honnêtes , (f que. notre objet 
. ejî-de frauder nos. Créanciers dans la Grande^ 
, Èrer^g^e , efl: fuffifament & autentiquement 
refuté par les déclarations folemnelles des 
-Marchands Britanniques, au Parlement (tant 
lors dei'acle du timbre , que dans la dernière 
feilipn ).^ Ils ont rendu jurrice (ie,.!^: fi^anjere 
la pluscomplette à la. bon ne foi & aux loyaux 
procédés des AméricairiS y, & ont fait con- 

(a") Voici , en deux mots , cette alternative : point 
d'afte de navigation , & noiis ,doiineî;ons cent mille 
'livres {lerling pendant cent ans , pour la liberté de 
commerceravec tobfe la terre ; ou bien , en ne payant 
rien , nous garahtitdns l'aifte de navigation pour cent 
ans, ■ -. • 



fcxl AîrïÀÏRESDEL'ANGLETERRB 

noître la confiance qu'ils avôient dans notrô 
intégrité ; circonftance pour laquelle nous 
nous réferons à leurs pétitions portées fur 
le Journal de la Chambre des Communes. 
Nous ne craignons pas d'en appeller au 
corps entier des Négociants Britanniques qui 
ont fait l'expérience de l'un & de l'autre , 
en les priant de déclarer s'ils n'ont pas été 
payés beaucoup plus exadement par nous 
que par les iVîembres des deux Chambres de 
leur Parlement «. 

5>Par tout ce qu'on a dit ci-deflus, il 
paroît que le reproche fait avec tant d'éclat 
aux Colonies de manquer de reconnoiflance 
envers la Métropole , eft entièrement dénué 
de fondement; mais qu'il y a plus de raifon 
de rétorquer cette imputation fur la Grande- 
Bretagne , qui non feulement ne donne au- 
cun fecours & ne fournit, par un commerce 
exclufif , aucun avantage à fes Auteurs , 
mais qui même dans la dernière guerre, fans 
la moindre provocation , à payé des fub- 
fides au Roi de PrulTe , tandis qu'il ravageoic 
la Saxe fa Mere-patrie , & portoit le fer 
& le feu dans fa Capitale, la belle ville de 
Drefde : exemple qu'aucun outrage de la part 
de l'Angleterre ne nous fera imiter «e. 

Fin du BilU 

L'EVENEMENT de la négociation ac- 
tuelle de l'Angleterre nous étant inconnu , 
Monfieur , rien ne peut nous empêcher de 
«éditer fur l'intérêt que les autres Puiflanc.es 



E T D E l'A m é r I q u e, cxl) 

de l'Europe ont pu avoir à fouhaiter que 
TAmérique fecouât pour toujours le joug de 
rad:e de navigation. Soit qu'elle s'en ra- 
chette par un abonnement de cent mille 
livres fterling, pendant cent ans , foit que 
l'Angleterre le lui abandonne en confidéra- 
tion d'un Traité de commerce qui lui aiïure- 
roit la confervation de fes Ifles du Vent & fous 
le Vent , & quelques préférences pour fes 
retours des Indes, il efî: intéreflant de pefer 
les avantages qui réfulteront pour le com- 
merce de l'Europe, de l'ouverture de ce 
nouveau débouché. Aucun, fcrupule ne me 
faithéfiteràdifcutercette matière. Time paroîc 
que les bienféances font beaucoup moins vio- 
lées par des raifonnemens fur l'avantage qu'il 
eft poflible à chacun de tirer des fautes de 
l'Angleterre , & même par le débit qu'on 
peut chercher à procurer aux denrées Amé- 
ricaines j qui font perdues entièrement pouc 
fon ancienne Métropole, que le droit de 
Ja nature & des gens n'efi: blefle par les in- 
fradions que les interlopes Anglois font jour- 
nellement aux Traités , en s'infinuant , avec 
leurs Manufadures d'Europe, dans les Co- 
lonies Efpagnoles pour y troubler l'ordre , 
pour enlever les cargaifons de retour qui 
appartiennent à leur Métropole , èc y fruf- 
trer de fes revenus un Souverain qui n*a 
point foulevé contre lui fes Colonies , Ôc 
qui fait leur faire goûter une profpérité 
. dont la jouifiance entière de fes droits n'eft 
que le jufte falaire» 



cxîlj Affaires DEL'ANGtETERRE 

Mémoire écrit m 177 5 fur V avant âge 
que certaines puijjances de VEurope trouve- 
roient dans le tommerce de V Amérique 5ep- 
tentrionale. 

Le commerce entre les Colonies unies de 
TAmérique Septentrionale & la Grande-' 
Bretagne , par une faite des opérations du 
Miniftère Anglois , eft aujourd'hui entière- 
ment prohibé & tout-à-fait interrompu , fans 
qu'il (bit probable ou prefque pofîible de le 
voir jamais rétabli. Si l'on réfléchit fur la 
nature & l'étendue du commerce de l'Amé- 
rique Septentrionale, dont jufqu'icila Grande- 
Bretagne a eu le monopole , on fe con- 
vaincra que ce commerce que les Anglois 
cherchent adueîlement à détruire en l'écra- 
fant de toutes leurs forces réunies de terre 
& de mer , a été la principale bafe fur la- 
quelle ce Royaume a établi de nos jours fes 
richeffes & fon pouvoir immenfe. 

Laiifons cette Puiflance opiniâtre pour- 
fuivre un plan de conduite qui n'a pu être 
fuggéré que par une folle & infatiable avi- 
dité de pouvoir & de domination ^ & en- 
trons dans l'examen des articles qui côm- 
pofoienc ce commerce , & de fon montant 
annuel en exportations des Colonies-unies 
3c en importations auxdites Colonies. Cet 
examen étant établi fur des faits incontefta- 
bles , il n'y a point de Nation commerçante 



ET DE l'AmÉRK^UE. cxliij 

«n Europe qui ne fente auflitôc de quelle 
utilité il efl pour elle de profiter de ce fur- 
croît de commerce en ouvrant fes ports aux 
Colonies -unies & en protégeant leurs vaif- 
feaux dans l'aller & dans le retour. 

Commençons par les exportations des 
Colonies - unies pour l'Europe , l'Afrique 
& les Ifles , elles conliftent dans les articles 
fuivans : -poiffon 5 huiîeSs fanons, blanc de 
baleine brut, rafiné & en chandelles , fou- 
lures & pelleteries de toutes efpece, vaif- 
feaux tout conftruits, mâts ^ vergues, bois 
de conftrudions & planches de différentes 
fortes , cendres de potaffe Bc perlées , graine 
de lin, bœuf falé , porc falé , beurre, 
fromages , chevaux , bœufs & toutes fortes 
de menu bétail pour les Indes Occidentales, 
farine de froment, pain, feigle , maïs, 
merain, comme douves & cerceaux de toute 
efpece , tabac , fer , poix , thérébentine , cire 
dVoeilles , riz , indigo , rum américain , avec 
d'autres moindres articles, pour la fomme 
annuelle d'environ quatre millions flerling 
de monnoie Angloife; ou de ^o millions 
de -livres tournois. 

Avant de parler des importations des Co- 
lonies- unies, ou des articles qu'elles reçoi- 
vent en payement de la part des différens 
pays oii elles envoyent les exportations 
ci -deffus détaillées, il eft bon de faire quel- 
ques ôbfervations. 

Preniierement , dans la lifte que nous ve- 



Cxliv AfFA IRESDE l'AnGLETEKRE 

nons de donner il n'y a point d'articles ( à 
moins qu'on n'en excepte les vaifleaux tout 
conftruits &: le rum américain , ) qui ne foient 
des chofes abfolument néceflaires au foutien 
de diverfes manufadures , & aux befoins du 
peuple dans les pays où ils font refpedlvefc» 
ment portés. Enfuire cette grande quantité 
de chofes de première néceflité & de ma- 
tériaux btutes , qui dernièrement fe verfoit 
dans la Grande Bretagne comme dans fon 
centre , &quife portera toujours ainfi dans 
quelque parne de l'Europe, n'eft point le 
réfultat de circonftances accidentelles; mais 
elle s'eft élevée uniquement fur la bafe fûre 
& infaillible d'un commerce permanent, de 
indépendant d'accidens extérieurs , ainfi que 
fur la population de l'agriculture d'un pays 
vafte & fertile qui domine fur beaucoup 
d'autres régions très-falubres. La rapidité de 
^ la population en Amérique Cchofeprefqu'in* 
croyable , mais qui ayant été démontrée , ne 
lailfe plus aucun fujet de doute ) eft la preuve 
la plus complette de l'excellence fupérieure 
& du fol bc du climat» 

Les Habitans , depuis leur premier éta-^ 
bliflement , ont , indépendamment des émi- 
grations du dehors , doublé leur nombre dans 
chaque période de vingt années, C'eft un 
fait qui a été fouvent cité ^ Ôc dont on a 
produit les preuves les plus certaines. Je le rap- 
pelle aujourd'hui pour paffer àun autre fait 
qui importe beaucoup à nos vues aâuelles 

de 



ET DE l' Amérique. cxIv 

3c qui mérite toute l'attention des nations 
commerçantes de l'Europe ; c'eft que les 
exportations des produdions de l'Amérique 
ont prefque marché de pair avec fa popula- 
tion. Par exemple , au commencement de ce 
fîecle / en 1700 , les exportations de l'Amé- 
rique né mônroient pas à cinq cents mille 
livrcii flerling , ou à un demi million, ©c 
même elles étoiènt beaucoup au - deflbus 
de cette forame ; Se en 1770, c'eft-à-dire 
dans refpace de la vie d'un homme, ces 
exportations excédoient quatre millions , de 
forts que les Planteurs Américains , attendu 
que leurs enfans fe marient de bonne 
heure , ont en général le plaifir de voir, 
avant de mourir ^ leurs enfans doubler leuc 
nombre dans la- troifieme& quatrième géné- 
ration, & qu'ils ontaufTila folide fatisfadioni 
de voir que le produit du 'monde qu'ils ont 
peuplé a augmenté dans la même propor- 
tion. L'homme qui a fait l'eflai de feraec 
une poignée de riz dans la Caroline Méri- 
dionale pour voir fi le foi en produiroit , 
a aflez vécu pour voir fortir annuellement 
de cette Province plus de cent navires char- 
gés de cet article. Avant la dernière guerre , 
& même il n'y a pas plus de vingt ans, 
l'exportation du froment & de la farine des 
Colonies - unies étoic fort peu de chofe. 
Dans la féconde & la troilîeme année de 
cette guerre^ en 1756 ou 1757, la farine 
fut fi chere^ôfc û rare, que les CommifT^ires 



cxlvj Affaires de l'Angleterre 

chargés de la fubfiftancede l'armée Angloife 
en Amérique , en importèrent beaucoup de 
la Grande Bretagne à New- York & aux 
autres Colonies du centre. Quelques années 
avant l'interruption du commerce des Colo- 
nies-unies , l'exportation de la farine, du 
port de Philadelphie feulement , montoit, 
année commune , à 286,741 barrils , indé- 
pendamment de 274,248 boifTeaux de grain 
non moulu , ce qui fait près de quatre cents 
mille barrils de farine. La ville de New- 
York en a exporté prefque une auiîi grande 
quantité dans les mêmes années : ces deux 
Villes conviennent de tems à autre que leurs 
exportations font égales. 

L'Auteur de ce Pvîémoire n'a pas un relevé 
exad des exportations de New- York, mais 
d'après fes irelations avec les deux villes, il^ 
eftime que Philadelphie l'emporte par l'expor- 
tation de cet article , & que New-York a 
l'avantage fur plufieurs autres qu'il efl inutile 
de détailler. Les exemples ci-deflus fuffifent 
pour prouver raccroifremenc rapide de l'ex- 
portation des chofes de première nécedité 
de ce pays , d'autant plus qu'il a été fait 
mention de deux ports particuliers pour faire 
voir que l'Auteur fonde fes obfervations fur 
des faits à lui connus , & qui font très-au- 
thentiques. 

Il n'eft pas pofilible de porter fes vues 
plus loin & de calculer le fiecle prochain 
par le fiecle dernier. C'efl- un calcul qui fem- 



E T DE l'Amérique cxlvîj 
ble pafTçr les bornes de toute croyance. 
On pourroic faire voir que ceux qu; aiment 
à jouir de la perfpedive d'un accroiiïement 
fans exemple de l'efpece ik de la félicné hu- 
maine dans le nouveau monde , ne fout pas 
les plus excravagans des Viiionnaires , puif- 
qu'iis s'appuyenc fur des faits ôi des argumens 
<le la première force pour donner toute la 
probabilité polîible à cet événement. Toute 
difcuflîon fur cette matière nous éloigne 
de notre objet aduel, qui canfifte à examiner 
en fécond lieu, quels font les payemens que 
les Colonies Septentrionales reçoivent en re- 
tour de ce montant annuel de quatre mil- 
lions fterl, d'exportation. 

En général il ed: ruineux pour un pays de 
donner fon or ôc fon argent pour les manu- 
fadures d'un autre pays * mais la plus fage 
politique, en fait de commerce, nes'oppofe 
point à ce qu'on exporte fes elpeces en échange^ 
des matières nécelTaires aux manufactures , 
lorfque ces matières ne peuvent point s'obtenir 
dans le pays manufadurant^^ ou qu'elles n'y 
croîiTent point , ou lorfqu'on ne peut les 
acheter qu'avec de l'or ou de l'argent. Ce- 
pendant cela n'a pas eu lieu à l'égard de 
l'Amérique. Les Colonies-Unies n'ont reçu 
définitivement autre chofe que les manufac* 
tures d'Europe pour cette exportation des 
leurs ;& encore les quatre cinquièmes de ces 
manufactures d'Europe ven.oient immédiate- 
ment des fabriques Angloifes de la Grande-: 

kij 



cxTvuj Affaires de l'^A ng leterrk 

Bretagne, qui, pour envahir abfolument I0 
commerce vafte ôc toujours croifTant des Co- 
lonies-Unies a défendu par de fortes impo- 
litions de droits & par diverfes amendes aux 
Habitans defdites Colonies , de recevoir au- 
cune des manufadures d'Europe , que par 
le canal de la Grande-Bretagne j& par con* 
fèquent au prix qu'elle y mettroit. De plus, 
elle leur a défendu d'exporter diredement 
aux autres Nations en Europe les articles les 
plus efifentiels du produit de leur culture , 
quoique la Grande-Bretagne n'eût pas befoia 
de ce produit, foit pour fa confommation , 
foit pour fes manufaélures; mais c'étoit pour 
les faire palier elle-même à fes voifins à ua 
prix très haut. Par exemple, la Virginie & le 
Maryland produifent la grande quantité de ta- 
bac que la France confomme, &ces Colonies 
auroient été fort aifes de recevoir en échange 
les produ6tions& les manufadures du royaume 
de France ; mais on fait très-bien que cda 
leur étoiî abfolument défendu au moyen de 
l'intervention de la Grande-Bretagne qui 
s'approprioit cet article, ôc qui faifoit elle- 
même les conditions des prix & des paye- 
mens. On pourroic, s'il étoit néceffaire, citer 
encore d'autres articles , comme le ri?^ l'in- 
digo , &c. mais en un mot les exportations 
des Colonies>Uniesqui, au commencement de 
ce (iecle n'alloient pasà un demi million , & 
qui depuis cette époqne ont monté à la fomme 
annuelle de quatre millions ft. ,ont été envahies 
par la Grande-Bretagne qui , en retour n# 



ET DE l'Amérique. cxlk 
leur envoyoit pour payement que les ncticles 
qui étoient le produit immédiat de fes mar- 
nufa6lures , ou les articles qui tendoieiu à 
augmenter & à favorifer Ton commerce. Non 
contente d'exercer ce pouvoir abfolu Lu* la 
commerce Américain , elle a élevé des pré- 
tentions encore plus extraordinaires qu'elle 
a voulu foutenir par les mefures les plus 
violentes. Les fuites en font connues à toute 
l'Europe , qui a vu cefler toute communi- 
cation entre les Colonies-Unies & la Grande- 
Bretagne, 8c s'efFediuer une féparation dcfî^ 
ni.tive.. Il s'agit entre elles aduellement de 
favalr ( fuppofé cependant que cela puilTs 
faire queflion) fi ce grand événement inté^