(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Biographie universelle ancienne et moderne, ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes : Ouvrage entièrement neuf"


'Wm^ 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 witii funding from 

University of Ottawa 



littp://www.arcliive.org/details/biograpliieuniam13micli 



^ \ 



BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE. 



EL— EZ. 




BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE ET MODERNE, 



ou 



HISTOIRE, PAR ORDRE ALPHABETIQUE, DE LA VIE PUBLIQUE ET PRIVEE DE 
TOUS LES HOMMES QUI SE SONT FAIT REMARQUER PAR LEURS ECRITS, 
LEURS ACTIONS, LEURS TALENTS, LEURS VERTUS OU LEURS CRIMES. 

OCVRAGE ENTIÈREMENT NEUF, 

RÉDIGÉ PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES ET DE SAVANTS. 



On doit lies égards au> vivants; on le doit, au morts, 
que la vérité. ( Volt. , première Lettre lur OF.Jipc. ) 



TOME TREIZIÈME. 





A PARIS, 

GIIEZ L. G. MICHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 

HUE DES BONS-EJXFAMTS, JN°. i^, 

i8i5. 

■ ""A 



v/ 13 



SIGNATURES DES AUTEURS 



DU TREIZIÈME VOLUME. 



MM. 



MM. 



A. Barante père. L — P — e. 

A.B — T. Beochot. L — S — E. 

A — D. Artaud. L — T — t. 

A — D — R. Amar-Durivier. L — x. 

A — G — r. Auger. L — Y. 

A. R. — T. Abel Remusat. M.B — w. 

B. M s. BiGOT-DE-MOROOtTES. M D. 

B-»-i. Bernardi. m — D j. 

B — p. Beauchamp (Alphonse db). M — on. 

B — rs. Boinvilliers. M — t. 

B — s. Bocous. N — h. 

B — SS. BoiSSONADE. N T. 

B — u. Beaulieu. p — c. 

B Y. Mme. BoLLT. - p — c — T. 

c. Chaumeton. p D. 

c — AU. CATTEAr-CALIiEVILLE. P — E. 

C. M. P. PlLLET. Q— R— Y 

C — R. Clavier. Il — d — n. 

C — T. Cotteret. r — L. 

D— B— s. L. Dubois. R— t. 

D — L — e. Delambre. s — d. 

D. L. Delaulnate. S.d. S — r 
D. L. C. Lacombe(de). S — l. 
D— M— T. De Musset. S. M— y. 
D -P— s. Du Petit-Thouars. S. S— i. 
IJ — s. Desportes (Boscheroit). S — y. 

D T. DuRDEIVT. T — D. 

E — c D-rEmerjc David. T — w. 

E — w- Prosper Engelviit. U — i. 

E— s. Eyriès. V. S— L. 

F. P — T. Fabien Pillet. V — t. 

G É. GlNGUENÉ. W R. 

G — rr. GuiLLOir ( Aimé). W — s. 

G — T. GuiZOT. X — s. 

G— Y. Gley. Z. 

J — f. JoURDAIIf. 



Laporte (Hippolite de) 

La Salle. 

Lally-Tollendae. 

Lacroix. 

LécuY. 

Malte-Bruit. 

MiCHAUD. 

MiCHAUD jeiine< 
Marron. 
Marguerit. 
Noël. 

NiCOLLET. 

Propiac. 
Picot. 
Pataud. 
Ponce. 
.Quatremère-Roisst. 
Renauldin. 
Rossel. 
Roquefort. 

SUARD. 

. Silvestre-de-Sact. 
Schoell. 
Saint-Martin. 
Sismonde-Sismondi. 
Salaberry. 
Tabaraud. 

TOCHON. 

USTÉRI. 

VlNCENS-SAIIfT-LATÏREKT. 

Vitet. 

Walckenaer. 

Weiss. 

Revu par M. Suard. 

AoonjHje. 



BIOGRAPHIE 



UNIVERSELLE. 



k* *'»'^^i«.<«,<»j«W*'' 



E 



rLLAG ABALE. V. Heliogabale. 

ELBÈE (Gigot d' ) , général ven- 
déen , naquit à Dresde, en 1752; son 
père , ayant épousé une saxone , 
s'était fixé dans ce pays et il y mou- 
rut. D'Elbée vint en France et s'y fit 
naturaliser en 1757. Il entra fort 
jeune dans un régiment français de 
cavalerie , où il était lieutenant. Les 
personnes qui l'ont connu à cette 
époque le peignent comme uu homme 
de mœurs plus réglées et plus scrupu- 
leuses que ne le sont communément 
les jeunes oificiers. Sa fortune , son 
caractère , sa capacité , ne lui don- 
naient , du reste , aucune distinction 
parmi ses camarades. En 1 780 , il 
donna sa démission , se maria et vécut 
dès lors retiré à la campagne, près de 
Beaupréau en Anjou. Vers la fin de 
1 791 , il suivit l'exemple de beaucoup 
de gentilsbommes et quitta la France. 
Mais, après la loi qui ordonnait aux 
émigrés de rentrer dans le royaume , 
il revint paisiblement à son domicile. 
Le 1 5 mars 1 794 , les paysans des 
environs de lieaupréau , qui avaient 
pour lui de l'affection et du respect, 
ayant refusé d'obéir aux lois sur le re- 
crutement , et s'étant soulevés , vin- 
rent lui demander de se mettre à leur 
lêfc. ija femme était accouchée la 
veille , il était auprès d'elle, et n'avait 
contribué en rien à la révolte spon- 
tanée des habitants; mais il consentit, 
sans aucune résistance , à les com- 

XIII. 



mander. Sa troupe fut bientôt jointe 
par celles de M. de Bonchamp, de 
Cithelincau et de Stofflet. Ils eurent 
d'abord des succès , prirent beau- 
coup de munitions et quelques ca- 
nons , et chasscreul du pays les dé- 
tachements des troupes républicaines. 
Une colonne sortie d'Ançers les fit en- 
suite reculer ; mais M. de Laroche- 
jaquelin ayant remporté un avantage 
signalé aux Aubiers , se réunit à eux , 
et l'armée vendéenne qui commençait 
à devenir formidable , marcha suc 
Bressuire. M. de Lescure, qui était 
prisonnier, fut délivré j tout le pays 
se souleva , et la guerre civile prit de 
ce moment uu grand caractère. Celte 
grande année vendéenne, qui pouvait 
alors réunir plus de quarante mille 
combattants, n'avait pas un comman- 
dant. Bonchamp, Lescure, Laro- 
chejaquelin , Cithtlineau , Stofflet et 
d'Elbée, marchaient chacun à la tète 
des paysans de leur canton. La troupe 
de d'Elbée était nombreuse et fort 
dévouée j elle se composait de gens 
des environs de Beaupréau et de Chol- 
let. 11 en était fort respecté et exerçait 
sur eux une influence complète par 
sa piété, son courage constant et 
tranquille. C'é ait là tout sou mé- 
rite j il n'avait aucune habitude des 
hommes, du monde, ni des affaires. 
Son amoui'-piopre se blessait facile- 
ment et s'emportait sans propos. Il 
avait ua mélange de prétention et de 



lî E L I> 

polilcgse dilTicile et cérémonieuse. Il 
n'clait pas sans ambition , mais faute 
(i'expc'iii'iicc de la socic'lc, elle n'avait 
ni but précis , ni elcudiic. Dans les 
combats, il ne savait qu'aller en avant, 
no prenait aucune disposition uiili- 
laire , et répétait aux soldats : Mes 
e:jfniits , la Providence nous don- 
nera la victoire. Sa dévotion était 
bien réelle ; mais comme il avait re- 
marqué que c'était un moyen de s'at- 
tacher les paysans et de les animer, 
il ne croyait jamais en montrer assez 
et tombait dans une affectation quel- 
queCois lisible. Il avait cousu de 
.saintes images sous son habit. Sans 
cesse il Tusait des exhortations , des 
espèces de sermons aux soldats , et 
surtout leur parlait toujours de la Pro- 
vidence ; au point que les paysans , 
l)ien qu'ils respectassent fort tout ce 
qui tenait à la religion , et qu'ils aimas- 
Kent beaucoup d'Ëlbée , l'avaient , 
Sans y entendre malice, surnomme' 
le général la Providence. Mais en 
tout, c'était un si honnête homme et 
si courageux que tout le inonde , dans 
l'armée , avait pour lui de l'attache- 
ment et de la déférence. De Brcssuire 
on marcha sur Thouars , qu'on in- 
vestit et qui se rendit à la colonne de 
d'EIbée. Puis on alla attaquer Fon- 
tenay; cette tentative n'eut point de 
succès. D'Ëlbée fut blessé à la cuisse et 
Henteura quelques semaines sans suivre 
l'armée. Pendant ce temps , la seconde 
.nttaque sur Fontenay réussit , et de 
succès en succès , on arriva jusqu'à 
Sanmur, quifutpris. Ce fut là l'époque 
de la prospérité et des plus grandes 
espérances des vendéens. C'est à ce 
jmoraent que , sur la proposition de 
M. de Lescure , Cathehneau fut re- 
connu généralissime par les chefs as- 
semblés. D'Elbée , que sa blessure 
avait retenu , n'arriva que deux jours 
après celte nominaliou qu'il approuva 



ELB 

fort. De Saumur on marcha par An- 
gers , sur Nantes , où l'on échoua avec 
assez de perte. Calhelincau mourut 
des blessures qu'il avait reçues dans 
celle affaire. On songea à le rempla- 
cer; comme la nature de cette guer- 
re donnait à ce commandement en 
chef fort peu de réalité, et qu'une 
armée formée de la sorte ne puuviiit 
pas avoir une discij)line exacte, les 
principaux chefs n'allachcrentpasune 
grande importance à cette affaire. 
D'Elbée , au moyen de quelques pe- 
tites manoeuvres , se fit nommer pres- 
qu'à l'insu d'inie grande partie de 
l'armée. On s'était occupé en même 
temps de choisir quatre généraux de 
division, parmi lesquels on ne comprit 
même pas Charcltc. Une telle élection 
ne changea rien à l'état des choses , 
chacun conserva le même commande- 
ment et le même pouvoir : mais on ne 
contesta pas à d'Eibéeson titre de gé- 
néralissime, d'autant que pour se le 
faire pardonner , il montra une poli- ,^ 
lessc et une déférence plus obséquieu- 
ses que jamais. Vers la fin de juillet, 
on marcha vers le bas Poitou, et l'on 
perdit la bataille de Luçon. Le 12 
août , toutes les forces des armées 
vendéennes se réunirent pour venger 
cet échec et attaquer de nouveau Lu- 
çon. L'issue ne fut pas plus heureuse. 
On reprocha beaucoup à d'EIbée de 
n'avoir donné aucun ordre , de n'avoir 
pas fait nue disposition pour exécuter 
le plan d'attaque dont on était con- 
venu. Mes enfants , alignez-vous 
donc par ci , par là , sur mon che- 
val , était , disait-on , le seul com- 
mandement qu'on lui eût entendu 
proférer pendant l'action. Au mois 
de septembre, la guerre devint plus 
terrible et plus désastreuse pour les 
vendéens. Apres une dcfensehéro'ique, 
aj)rès avoir fût éprouver aux répu- 
blicains des défaites eutières ( Fo/e^ 



ELB 

BorrcHAMï». ) , l'arinéc fol enfin cotn- 
plè'fnif'iit bittluc à ClioUet ; d'Elboc 
y fut blesse à mort. On le transporta 
d'abord à Bcanprcau. llctaildans nn 
tel étal de souffrance , qu'on ne put 
lui faire suivre l'armée, comme à Les- 
cnre et à IJoncliamp, ainsi que lui, mor- 
tellement blesses. On le cacha pendant 
quelques jours ; puis , après que les 
Tcnde'ens eurent passe' la Loire et que 
l'armée républicaine se fut mise à 
leur poursuite , un frère de Cathe- 
lineau rassembla environ quinze cents 
Angevins , et conduisit à l'armée de 
Cliarcttc, avec cette escorte, d'Elbée, 
sa femme , son beau-frère, et les of- 
ficiers blessés qui étaient restés dans 
le pays. Charelte les envoya à l'ile de 
Non-moulier, dont il s'était empare, 
et qui semblait le plus sûr et le plus 
tranquille refuç:;e. Trois mois après, 
les républicains attacpièrent Noir- 
moutiers et le prirent, lis y trouvè- 
rent d'Elbée , que ses bicssmes te- 
ïiaicnt encore entre la vie et la mort. 
Quand les soldats entrèrent dans sa 
chaïubre , il leur dit : « Oui , voilà 
» d'Eibée, voilà votre plus grand cn- 
V nemi ; si j'avais eu assez de force 
» pour me battre , vous n'auri( z pas 
» pris Noirmoulier, ou vous l'eussiez 
» du moins chcrenieni acheté. » Les 
républicains le gardèrent cinq jours, 
l'accabknt d'outr.igcs et de questions. 
L'interrogatoire, en règle, qu'il subit, 
existe encore. Ses réponses sont plei- 
nes de francliise et de modération. 
«Je jure, sur mon honneur, dil-il , 
» que Bialgré que je désirasse siucè- 
» rcment et vraiment un gouverne- 
» ment monarchique , réduit à ses 
» vrais principes et à sa juste au- 
» torité, je n'avais aucun projet par- 
» ticulier, et j'aurais vécu eu ci- 
» toyen paisible sous tout gouver- 
» nement qui eût assuré ma tranquil- 
» lité et le libre exercice de la rcli- 



E L B 5 

» gion que j*ai toujours professée. » 
H assura même , qu'à ces conditions , 
il s'efibrccrait de pacifier le pays. 
Mais on voit clairement que celte of- 
fre n'avait d'autre but que de sauver la 
vie à ses malin ui eux compagnons. 
Enfin , lassé de cette acronie : « Mes- 
» sieurs , dil-i! , il est temps que cela 
» finisse , faites -moi mourir. » Il ne 
pouvait se tenir debout. On i'apporta 
dans un fauteuil sur la place [)ubli- 
que, et on le fusilla. Sa îemme , qui 
pouvant se sauver, n'avait pas \oulii 
le quitter, s'évanouit en voyant por- 
ter son mari au supplice. Un offi- 
cier républicain la soutint et montra 
de l'cittendrissement. Ses supérieurs 
jncnacèrent de faire tirer sur lui, s'il 
ne laissait tomber celte malheureuse 
femme, qui l'ut aussi fusi.lée. M. d'Hau- 
terive , frère de madame d'Elbée, et 
de Boisy son beau-frère , périr-eut de 
même. On remplit une lue de ven- 
déens fugitifs et d'habitants de l'île, 
qu'on soupçonnait de leur cire favo- 
rables , et tous furent massacrés , au 
nombre d'environ quinze cents. Ce fut 
dans les premiers jours de janvier 
1 'J94. D'Elbée a laissé un fils unique. 

A. 

ELBÈNE ( d' ). V. Df.lbene. 

ELBEUF ouELBOEUF, marqui- 
sat, érigé en duché le i!^ nni's i582, 
en fivcur de Charles l'"^., petit-fils 
de Claude, duc de Guise ( V. Guise). 
Charles naquit en i 556. Son carac- 
tère et ses gorrts le rendaient peu 
propre à figurer dans les troubles qui 
agilèient le règue de Henri III. Rien 
ne prouve qu'il ait pris part aux pro- 
jets ambitieux des princes de sa mai- 
son, ni même qu'il en ait eu connais- 
sance. Cependant à l'issue des Etats 
de Blois , il fut arrêté sur de simples 
soupçons et conduit au château de 
I.ocnes , où il resta sous la garde du 
duc d'Epcrnon , jusqu'en i5qi. Les 



4 ELB 

ouvrages satiriques du temps le re- 
présentent comme un liommc d'un 
esprit médiocre , insouciant et fort 
adonne aux plaisirs delà table. Il mou- 
rut en i6o5. — Charles II, sonCls, 
ne' en iSqG, mort en lôS-j , avait 
épouse Calherinc-Heurielte , fille lé- 
gitimée de Henri IV et de Gabrielle 
d'Estre'cs. Sa femme voulut jouer un 
rôle dans les intrii^ues de la coursons 
le ministère de Richelieu : elle fut exi- 
lée en iG5i , et le duc d'Elbeuf dé- 
claré criminel de lèzc-raajesté. Il par- 
vint ccpcudant à rentrer en faveur , 
et obtint le gouvernement de Picardie. 
Le cardinal de Retz n'en a pas fait un 
portrait avantageux dans ses Mé- 
moires. — Emanuel-Maurice , pe- 
tit-fils du précédent, né en 167 ■y, 
passa au service de l'empereur d'Alle- 
lemagne , en 1 706 , et obtint un 
commandement de cavalerie dans le 
royaume de Naples. H rentra dans le 
duché d'Elbeuf en 17 19, par des 
lettres d'abolition, et mourut en i ^65, 
dans sa 86^ annéc.Pcndant son séjour 
à Naples, il avait épousé l'unique hé- 
ritière de la maison de Salza. Tandis 
qu'il faisait travailler à des embellis- 
sements dans son château dePortici, 
on trouva, à une certaine profondeur, 
des marbres précieux. Le prince fit 
continuer les fouilles , et la quantité 
d'objets qui furent le fruit de ce 
travail , donna lieu à de nouvelles 
recherches, qui amenèrent enfin la dé- 
couverte d'Herculanum. Par la mort 
de ce priuce, le titre de duc d'Elbeuf 
passa dans la maison d'Harcourt(/^q7'. 
Harcourt ). W — s. 

ELBLRCHT ( Jean Van), sur- 
nommé Pe^i7/ertn, On a sur ce peintre 
fort peu de détail>. Il naquit à El bourg, 
près de Campen , s'établit à Anvers , 
et ftjt admis , en 1 555 , dans la com- 
munauté des peintres de cette ville. 
Descauips dit que cet artiste entendait 



ELD 

bien la figure , le paysage , et repré- 
sentait bien une mer orageuse. Il cite 
quatre tableaux de Van Elburcht , 
placés dans l'église de Notre Dame 
d'Anvers. L'un d'eux représente la 
Pèche miraculeuse ^ et se trouve fort 
convenablement placé à l'autel de la 
chapelle des marchands de poisson. 
Les trois autres, d'une plus petite 
proportion , sont placés au-dessous. 
Ce sont : un Christ sur la croix, avec 
la Fierté, St. Jean et la Made- 
Une ; St. Pierre à genoux devant 
J. C. , sur les bords de la mer ; et 
/. C. dans la bergerie. Ils ne sont 
pas sans mérite, mais on y désirerait 
un dessin plus coulant et un pinceau 
moins sec. L'année de la mort de Vau 
Elburcht est inconnue. D — t. 
; ELDAD, surnommé Z?flm7fl , parce 
qu'il était de la tribu de Dan, est l'au- 
teur, vrai ou suppose, di une Lettre 
où il traite des dix tribus qui sont au- 
delà du fleuve Sabbatioh, de leur 
puissance , de leur empire, de leurs 
rites et coutumes et de leur manière 
de faire la guerre avec leurs voisins. 
Cet auteur nous apprend qu'il habi- 
tait sur la rive du fleuve merveilleux 
le Sabbation ou Sambation (i). Le 
désir de visiter ses frères répandus 
dans 'es régions du globe, le porta à 
quitter ce lieu et à voyager. 11 partit 
avec un autre juif de la tribu d'Aser, 
et s'embarqua. A peine était-il en mer 
que son bâtiment fut pris par des 
Éthiopiens à lace noire, et qui pis est 
anthropophages. Ces sauvages le pri- 
rent , l'attachèrent par le cou et l'em- 
prisonnèrent dans un réduit étroit , 
lui donnant beaucoup de nourriture , 
afin que de maigre qu'il était, il de- 
vînt gras et digne de leur appétit. Mais 
une troupe d'autres Ethiopiens vint 

(i^ Des Rabbins ont cru qne ce fleuve n'est au- 
tre que la rivière Sabbalitfue «ionl parle Jostpte, 
et i^ui kiirail été ttansporlée eu Etbioptt, 



ELE 

fondre sur ces anriopopliages et de'Ii- 
Trer Eldad. 11 suivit les vainqueurs 
dans leur pays. Ceux-ci ne iuaiic,eaiont 
point les hommes , et c'taient adonnes 
à la pyrolâtrie. Après l'avoir ç^ardé 
quatre ans avec eux, ils le conduisi- 
rent dans la terre d'Atzin, où un juif 
l'acheta. Eldad navigua quelquetemps, 
de'barqua, puis tomba dans la tribu 
d'Issacher , e't^iblie en la montagne 
d'Abyssi, où elle vivait indépendante, 
quoique la montagne fît partie de 
l'empire des Mèdes et des Perses. Nous 
ne pousserons pas plus loin l'analvse 
de cette lettre, que Bartolocci {Bibl. 
Rabbin, tom. i , pag. loo et suiv. ) a 
ïc'futee dans tous ses points. Elle fut 
sans doute écrite par un imposteur 
qui aura pris le norad'Eldad, et l'aura 
composée pour accroître parmi les 
siens les récits fabuleux de quelques 
rabbins touchant le fleuve Sabbation 
et les tribus , et augmenter l'espoir de 
leur délivrance. Cette lettre fut impri- 
mée pour la première fois à Constan- 
tinople, eu i5i8, in-4°. Depuis il 
en a été fait plusieurs réimpressions 
à Venise, i544 ^^ i6o5, in - 8". 
Genebrard l'a traduite ])cu fidèle- 
ment en latin, et l'a publiée sous ce 
titre : Eldad Dnniiis de Judœis claii- 
sis , eorwnque in jElhiu/ud iinperio, 
Paris, i563j cette traduction, dont 
Bartolocci a relevé les erreurs , a été 
réimprimée dans la Chronographia 
hebrœorum , du même Genebrard. 
Enfin il a paru une nouvelle édition 
du texte hébreu, à Isny, en 17*2.*, 
in- 12. Eldad vivait vers le commen- 
cement du 12". siècle. J — N. 

ELEâZAR , en hébreu Elhazar 
{auxilium Dei). L'Ecriture et Josephe 
signalent un grajid nombre de juifs 
de ce nom; nous allons faire connaître 
les principaux d'entre eux. Eleazau , 
fils d'Aaron , et son succccsseur au 
pontificat , qui resta dans sa famille 



ELE 5 

jusqu'au temps de Fléli. II fut enterré 
àGabaath, licuapp.irlenaiitàPliinces, 
son fils( A^oj-. Josué, c. '^4 )• — Ele'a- 
ZAR, fils d'Ahin.idab , qui fut sancti- 
fié pour être g.irdien de l'arche du 
seigneur ( Rois, 1. i , c. 7 ). — Elea- 
ZAR , fils d'Ahod, un des trois braves 
de David qui traversèrent le camp des 
Philistins pour aller chercher à ce 
prince , épuisé par la fatigue des com- 
bats , de l'eau de la citerne de Beth- 
léem. Dans une bataille livrée aux 
Philistins par les Israélites , ces der- 
niers , effrayés , prirent la fuite de 
toutes parts : Eléazar seul soutint le 
choc des ennemis, et en fit un si grand 
carnage, « que sa main , dit l'Ecriture, 
» demeura collée à son épée ( Foyez 
Rois , I. 2 , c. 25 , et paralip. , c. 2 ). >» 
— Eleazar , fils de Saura, surnommé 
Abaron , ou Auran , de la famille des 
Machabées. Judas, livrant bataille à 
Antiochus Eupator, Eléazar apperçut 
dans l'armée de ce dernier, un élé- 
phant plus grand et plus richement 
enharnacné que les autres; il crut que 
cet éléphant portait le roi , et se fai- 
sant jour à travers les ennemis , il 
parvint jusqu'à l'animal , lui ouvrit le 
ventre avec son glaive , et périt écrasé 
( Foy. Machab, , 1. 1 , c. 6 ). — Ele'a- 
ZAR, autre contemporain des Macha- 
bées, souffrit le martyre sous Antio- 
chus Ephiphane. En vain ce prince 
voulut le faire renoncer à son culte, et 
lui donner à manger de la viande de 
porc. Il aima mieux périr que de vio- 
ler la loi de Dieu. — Eleazar , fils 
d'Onias I"., et frère de Simon dit 
le Juste , succéda à ce dernier dans la 
grande sacrificature, qu'il exerça pen- 
dant dix-neuf ans. On prétend que ce 
fut lui qui envoya à Plolémée- Phila- 
delphc les soixante-douze intcr prêtes 
qui firent la version des livres sacrés, 
connue sous le nom de Version des 
Septante, environ 2-^7 ans avant J.C. 



6 KLE 

( V. Ani-Trc ]. Ptolcincc lui rendit les 
Juifs qui étaient retenus captifs dans 
ses clit>. — Josephc parle encore 
d'un autre Eléazar , magicien, qui 
délivrât les possédés par la vertu 
d'une herbe enfermée dans un anneau. 
Le démon, en signe d'obéissance , de- 
vait renverser une cruche pleine d'eau, 
plarée à côté du palicnt. D. L. 

ELÉAZAR de Gavmiza ou de 
Worms, auteur hébreu, disciple de 
Judas , fils de Kalonyraos , apparte- 
nait à une famille de juifs allemands 
très célèbre. Il vivait en 1240, et a 
laissé plusieurs ouvrages, dont quel- 
ques-uns ont été imprimés. Voici les 
principaux :1.1e Livre du Droguiste , 
qui traite de l'amour de Dieu , de la 
pénitence, des choses licites ou défen- 
dues , etc., Fano , i5o5, in -fol. Ce 
traite a été réimprmié plusieurs fois. 
]I. Guide du Pécheur, Venise, 1 54 5, 
in-4''' ; et Leyde , jGqi , in-i5. Il 
en existe encore d'autres éditions. III. 
Commentaire sur le livre Jezira. 
Dans les diverses éditions le texte se 
trouve uni au commentaire. IV. Com- 
meiitaire sur le Cantique et le livre 
de Ruth, publié i?ous le titre de Fin 
aromatique, Dublin, 1608, in -4". 
Il n'a paru que cette partie du com- 
mentaire d'E:é..zTr, qui embrassait les 
cinq Meghilloth. Parmi ses ouvrages 
manuscrits on distingue un Traité 
de l'Orne, cité par Pic de la INlirau- 
dûle, dans son Livre contre les astro- 
logues , lin Commentaire cabalisti- 
que sur le Pentateuque , nn Traité 
de l'unité de Dieu, et divers écrits 
cabalistiques , dont ou trouve la no- 
menclature dans Wolf , Bill, hébr., 
et dans le Dizionar. storico, desli 
ebrei,de M. de Rossi. Ce rabbin fut 
maître du célèbre îNachmanide. 

J— N. 

ELECTUS DE LAUFFEN- 

BOUUG, capucin, exerça long-temps 



E i y. 

les fondions de missionnaire dans 
l'Orient, et à son retour en Allema- 
gne , il s'adonna au ministère de la 
parole. Consumé par ses travaux apos- 
toliques, il mourut à Rottenbourg, le 
2 mai i6'2T. On a de lui, en alle- 
mand : Chronique de la Suisse pen- 
dant quelle dépendait de l'Autriche 
antérieure ; Relation de sa mission 
dans l'Archipel. Ces deux ouvrages 
sont restés manuscrits. E — s. 

ELKO>^OUEDEGUIENNE, 
d'abord reinede France, ensuite reine 
d'Angleterre , était Glle de Guillau- 
me IX , dernier duc d'Aquitaine. 
Guillaume IX , en partant pour le 
pèlerinage de S. Jacques en Galllce, 
la déclara héritière de ses états , à 
condition qu'elle épouserait le prince 
Louis, fils de Louis-le-Gros, roi de 
France. Les états d'Aquitaine, ayant 
appris la mort de Guillaume, firent 
connaître ses dernières volontés à 
Louis-le-Gros , qui envoya son fils 
à iîordeaux, où le mariage projeté lut 
célébré avec une grande pompe. E!éo- 
nore apportait en dot au prince Louis 
celte belle partie de la France ma- 
ritime , qui , sous les noms de Poitou , 
de Saintonge , de Gascogne et de pays 
des Ijisques, s'étend depuis la basse 
Loire jusqu'aux Pyrénées. A peine ve- 
nait-elle d'épouser l'héritier de la cou- 
ronne de France ( l'an i iS^ ), que la 
mort de Louis-le-Gros Gt monter le 
prince Louis sur le trône. Les pre- 
mières années de son règne furent 
brillantes ; Eléoiiore , qui avait aug- 
menté le royaume de son époux , ajou- 
tait à l'éclat de la nouvelle cour j)ar 
sa présence. La reine Eléonore se 
trouva an concile de Vézelai , où 
5. Bernard prèiba la seconde croi- 
sade ; elle reçut la croix des mii^j 
du saint abbé, et contribua benuco,,!» 
à enflammer par son exemple le jcle 
des chevaliers et des barons. La rcj^c 



y 



ELE 

partit pour l'Orient, avec son époux, 
au coinmciiceuient de l'ele' i 1 47 , el fit 
remarquer sa bcaule et les grâces de 
son esprit à la cour de Consfantinople. 
Apres avoir supporte avec re'signalion 
les fatigues d'un voyage périlleux à 
travers l'Asie mineure , elle arriva à 
Antioclie , où elle fut reçue avec de 
vives démonstrations de joie par son 
oncle, Raymond de Poitiers. Ray- 
mond, (pli avait envie de retenir l'ar- 
me'e de Louis-ic- Jcaue pour faire la 
guerre aux princes nuisuîmans ses voi- 
sins , s'efforça de séduire le cœur d'E- 
leonore et de l'entraîner dans ses pro- 
jets. La reine , touclicc des prières de 
ce prince, subjuguée par les homma- 
ges d'une cour voluptueuse et bril- 
lante , et si on en croit les historiens , 
par des plaisirs et des penchants in- 
dignes d'elle, sollicita vivement le roi 
sou e'poux de retarder son départ pour 
Jérusalem ; comme elle ne put y réussir, 
elle annonça liaulement le projet de 
se séparer de Luuis VII et de faire 
casser son mariage, sous prétexte de 
parenté. Raymond lui-même jura d'em- 
ployer la force et la violence pour re- 
tenir sa nièce dans ses étals. Enfin 
le roi de France , outragé comme sou- 
verain et comme époux, résolut de 
précipiter sou départ , fut obligé d'en- 
lever sa propre femme et de la ra- 
mener la nuit dans son camp. Parmi 
la foule des chevaliers et même des 
musulmans qui, au rapport de l'his- 
toire, attirèrent dans x\nticchc les re- 
gards d'Eléonore, on citait un jeune 
Turk dont elle avait reçu des présents. 
a Dans ces choses-là, dit ingénieuse- 
» ment Mézerai, on en dit souvent 
» plus qu'il n'y en a ; mais aussi il 
» y en a souvent plus qu'un n'en dit. )» 
Quoi qu'il en soit , Louis VII ne 
put oublier son déshonneur, et cessa 
d'avoir des égards et de rattachement 
pour la reine. De son côté , Eléouore 



ELE 

Irait.iit son e'poux avec la fierté la plus 
insultante , et se plaignait d'avoir 
épousé un moine plutôt qu'un rui. 
Louis consulta plusieurs fuis l'abbé 
Sugcr sur le ]);irti qu'il devait pren- 
dre ; le sage abbé de St. -Denis con- 
seilla toujours à son maître de dis- 
simuler ses outrages , et surtout de 
n'en point venir a un divorce, qui ne 
ponvait être que funeste à la France. 
Tant que Suger vécut , Lonis-le- Jeune 
suivit ses conseils j mais après sa 
mort, le roi ne s'occupa plus que de 
rompre des liens qui lui dev'enaient 
ch.iquo jour plus odieux. Le divorce, 
qui était désiré également par les deux 
époux, fut enfin prononcé en 1 i52, 
dans le concile de Beaugency. Eléo- 
nore quitta le royaume, le dépit et 
la vengeance dans le cœur. Plusieurs 
princes aspiraient à sa main, mais 
elle préféra celui qui pouvait faire la 
guerre à l'époux qu'elle venait de 
quitter, et fit tomber son choix sur 
Henri , duc de Normandie, connu dc- 
juiis sous le nom d^ Henri II, roi 
d'Angleterre. Ce mariage fit passer 
sous la domination du monarque an- 
glais les riches provinces de l'Aqui- 
taine. Eléonore était plus âgée que 
son nouveau mari, qui en l'épousant 
n'avait consulté que son ambition ; 
elle ne tarda pas à le tourmenter par 
les transports de sa jalousie , et porta 
le trouble et la discorde à la cour d'An- 
gleterre, comme elle avait porté le 
scandale à la cour de France : la 
tendresse d'Henri II pour la belle Ro- 
semonde et pour plusieurs autres fem- 
mes de sa cour, avait poussé jusqu'à 
l'excès le dépit et l'humeur vindica- 
tive d'Eléonore. Enfin la reine ré- 
solut de se venger des infidélités de 
son époux , et semant partout les 
soupçons et la haine, elle trouva le 
moyen de diviser la famille royale 
et d'armer les fils contre leur père. 



8 ELE 

La Normandie, l'Aquitaine et l'Angle- 
terre furent remplies de troubles et 
ravagées par une guerre impie. Eléo- 
nore s'était prépare' un as)lc dans le 
royaume de Louis, qu'elle avait long- 
temps menacé de sa venf;eance, et 
<]ui était devenu son allié depuis qu'elle 
lie songeait plus qu'à se venger des 
infidélités de son dernier époux. Au 
moment qu'elle se disposait à quitter 
l'Angleterre , déguisée en homme , 
Henri, averti de ses intrigues, donna 
ordre de l'arrêter, et la fit enfermer 
dans une étroite prison. La eaptivité 
d'Eléouorc dura depuis i it3 jusqu'à 
ii88, époque où hichard-Cœur-de- 
Lion succéda à son père et monta sur 
le trône d'Angleterre. Le premier 
usage qu'elle fît de sa liberté fut 
de détourner Richard du mariage pro- 
jeté avec Alix, princesse de France, 
pour lui faire épouser Bérengère, prin- 
cesse de Navarre. Pendant la 5*^. croi- 
sade, qui retint son fils eu Orient, 
Eléonore fut chargée du gouverne- 
ment de l'Angleterre , et lorsque Ri- 
chard, à son retour, fut fait piison- 
nier en Allemagne, elle implora tour 
à tour le pape, l'empereur Henri V, 
Philippe-Auguste, et tous les princes 
chrétiens , pour obtenir la liberté du 
héros malheureux de la guerre sainte. 
Quelques années après la délivrance 
de Richard , elle se retira à Fonte- 
vrauld, et mourut dans cette abbaye 
en 1 2o5 , âgée de plus de quatre- 
vingts ans. On trouve trois de ses let- 
tres au pape Célcstin III, parmi celles 
de Pierre de Blois : on croit même 
qu'elles lui furent dictées par cet au- 
teur. L'histoire de cette princesse, pu- 
bliée en 1692, in-i2, à Rotterdam, 
par Larrey, sous le titre de \ Héri- 
tière de GMvewne, contient plusieurs 
faits hasardés, et ne doit être lue 
qu'avec circonspection. M — d. 
ELÉONORE DE GUZMAN, mal- 



ELE 

tresse d'Alphonse XI, roi de Castiîle, 
célèbre par sa beauté, ses aventures, 
une faveur de vingt ans et sa fin tragi- 
que, était veuve de D. Juan de Ve- 
lasco , et fille de D. Pedro Nunez de 
Guzman. Elle passait pour la plus 
belle femme de l'Espagne ; ses riches- 
ses et son esprit relevaient l'éclat de 
ses charmes. É'éonore inspira au roi 
de Gastille l'amour le plus violent, 
sans pouvoir néanmoins adoucir son 
caractère impitoyable qui lui avait fait 
donner le surnom de Fen^eur. Dès 
que le roi en fut épris, il ne garda 
plus de mesure dans sa famille ni en- 
vers le public : il en agit avec Eléo- 
nore comme si elle eût été reine. Cons- 
tance de Portugal, épouse du roi , n'en 
avait que le nom ; Eléonore en avait 
l'éclat , le crédit et les honneurs. Al- 
phonse fut tenté bien souvent de ré- 
pudier la reine pour épouser sa maî- 
tresse. Ce fut elle qui lui inspira , en 
i55'2, l'idée d'instituer l'ordre de la 
Bande. H fallait être noble , avoir 
servi dix ans , faire profession de po- 
litesse et de galanterie , pour être ad- 
mis au nombie des chevaliers. Le but 
d'Éléonore était de réformer les mœurs 
farouches de la noblesse castillane : 
elle avait l'art de gouverner le roi , et 
en était fière. Au milieu des troubles 
et des malheurs d'un règne agité, le 
roi de Caslille ressentit la joie la plus 
vive de la naissance de deux fils ju- 
meaux que lui donna Eléonore. Ces 
deux princes étaient Henri de Trans- 
tamare , qui fut depuis roi , et Fré- 
déric, grand maître de Saint- Jacques, 
On reproche à Eléonore d'avoir noirci 
et perdu à la cour, par ses intrigues, 
Martinez d'Oviedo , grand maître d'Aï- 
cantara. Aigri contre la fivorite, il se 
révolta , fut pris et périt dans les sup- 
plices. A la mort du roi de Castille, 
arrivée en 1 35o, Eléonore fut exposée 
à la vengeance de la reine, qui s'cm- 



y 



ELE 

para du |:;ouvcrncment : elle brûlait 
de la punir de l'indifférence et du mé- 
pris qu'avait eus pour elle le feu roi. 
En vain les jeunes pnnccs , fils d'Éle'o- 
noie, prirent les armes pour sauver 
leur mère : elle fut arrêtée à Sé^Tllc, 
en i55i, et étranglée dans le palais 
de la reine , sous les yeux de cette 
princesse et du jeune roi son fils, 
Pierrele-Cruel. B — p. 

ÉI.ÉOiNORE TELLEZ, reine ré- 
gente de Portugal , fille de Martin-Al- 
phonse Teilez de Nuàès, était mariée 
à D. Juan d'Acunha , lorsque Ferdi- 
nand, roi de Portugal, en devint éper- 
dûment amoureux. Ce prince l'ayant 
demandée à son mari, qui la lui céda, 
rompit aussitôt les engagements qu'il 
avait contractés avec l'infante de Cas- 
tille, et après avoir fait casser le ma- 
riage d'Eléouore, il l'épousa lui-même 
pour la placer sur le trône. Tout le 
royaume gérait de ce lien inégal : le 
peuple de Lisbonne se souleva ; mais 
les chefs des révoltés furent pnnis de 
mort. Éléonore fut proclamée reine 
de Portugal en 1 57 i. Dès ce moment 
le roi ne fut plus que le jouet de cette 
femme ambitieuse , qui abusa de sa 
faiblesse pour gouverner impéiieuse- 
ment. Sa conduite attira sur elle tous 
les regards : maîtresse de tout , mais 
observée du peuple et luéprisée des 
grands, un instant pouvait lui enlever 
le fruit de ses intrigues , par la mort 
du roi qui était d'une santé faible. 
Eléonore qui avait acquis le tiônc par 
ses charmes , voulut s'en assurer la 
possession par ses libéralités. Après 
avoir élevé sa famille aux premières 
dignités, elle prodigua aux grands les 
honneurs et dos bienfaits au peuple. 
Mais , ne pouvant dissimuler long- 
temps la perversité de son ame, elle 
occasionna , par de noirs artifices , la 
mort de sa propre sœur Marie, que 
l'infant D. Juau avait épousée en se- 



ELE 9 

crel , et dont elle craignait la concur- 
rence au trône; pleine d'ombrage et 
guidée par une adresse perfide , elle 
sut inspirer à ce prince un faux soup- 
çon d'infidélité qui le porta à poignar- 
der sa femme. Au mépris de ce qu'elle 
devait au roi, que sa passion aveu- 
glait, Eléonore éleva au faîte des hon- 
neurs et du pouvoir O.Juan Andeiro, 
gentilhomme castillan, qui devint son 
amant et son favori. En 1 383 , elle 
parut avec éclat à la cour de Castille , 
où elle conduisit l'infante Béatrix , sa 
fille, qui épousa D. Juan , roi de Cas- 
tille. Peu de temps après, Ferdinand 
mourut , et déféra la régence à Eléo- 
nore, qui prit les rênes du gouver- 
nement , dont elle partagea la puis- 
sauce avec Andeiro , son favori. Ce- 
pendant l'infant D Juan , grand maître 
d'Avis, ayant formé un parti, réso- 
lut d'ôter la régence à Eléonore ; il 
entra avec ses partisans dans le palais 
royal , et poignarda Andeiro dans les 
bras de la reine. Le peuple ayant fait 
éclater sa joie à l'occasion de ce meur- 
tre, Eléonore ne se crut poiet en sû- 
reté à Lisbonne , et eu sortit pour se 
retirer à Alenquer. Ce fut alors que , 
se tournant vers la ville, elle s'écria : 
O ingrate et perfide ! fasse le ciel 
que je puisse te voir embrasée ! d'A- 
lenquer elle passa à Santarem. Le 
royaume fut divisé , et Lisbonne li- 
vrée à l'anarchie. Eléonore , toujours 
inconsolable du meurtre d'Andeiro , 
et brûlant de se venger, pressa vive- 
ment le roi de Castille , son gendre , 
d'accourir promptement en Portugal 
pour s'y faire reconnaître héritier du 
royaume , le roi Ferdinand étant mort 
sans enfants mâles. Elle attira ce prin- 
ce à Santarem , et se dépouilla impru- 
demment, en sa faveur, de son auto- 
rité , espérant qu'il la vengerait du 
peuple de Lisbonne ; mais elle ne tarda 
pas à se repentir d'avoir appelé les 



lo ELE 

Espafçnols à son secours. Le roi de 
Castillc , son grndre , craignant ses 
ailifires et les effets de son ambition 
trompée , la fit arrêter et condnire d.ins 
le monastère de Tordesillas , près de 
Valladolid, où, dëvorc'e de chagrins 
et de remords , elle resta euferme'e 
jusqu'à sa mort, arrivée vers 1 4o5. 
B— p. 
ELEONORE - DE - CASTl LLE , 
reine de Navarre, fille de Ht-nii II, 
roi de Caslille , cponsa , en iJ^S, 
Charles 111 , dit le Nubie, roi de Na- 
varre, en exécution du traité de paix 
conclu entre les deux couronnes. Ga- 
lante, inquiète et ambitieuse, Eléo- 
nore se brouil'a bientôt avec le roi 
son époux, et se retira en Castille où 
elle était recherchée et adorée des plus 
grands seigneurs du royaume. Bcna- 
Teute, Villena , Gijon, Transtaniare, 
tous princes du sang , formaient sa 
cour et la suivaient partout. Naturel- 
lement intrigante elle se mit à la tète 
d'un parti puissant qui s'éleva contre 
son neveu Henri III , roi de Caslille; 
mais ce priuce étant venu l'assiéger 
dans le château de Roa, elle fut ré- 
duite par la force des armes et ren- 
voyée ensuite au roi son époux. 
C'était la pins dure mortification à 
laquelle cette pi incesse pût être 
condamnée. Charles-le-Noble, qui la 
demandait avec instance, la reçut à 
Tiidela , en iSgS , et jura sur les 
Évangiles, en présence des ambassa- 
deurs castillans, de ne point attenter 
à ses jours. Il la traita, en eflTet, avec 
beaucoup de générosité et d'égards ; 
il lui confia même la régence du 
royaume , en 1 4o5 , pendant son sé- 
jour à la cour de France. Eléonore 
lui donna huit enfar.îs. Elle mourut 
à Pampelunc , en i4'6, avec la ré- 
putation d'une des femmes les plus 
spirituelles et les plus aimables de sou 
siècle. B — p. ' 



ELE 

ELÉONORE D'AUTRICHE, reine 
de France, était sœnr aînée de Chai Ks- 
Ouiut , et naquit à Louvain , en 1 4«^>^- 
Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle 
perdit sou père, l'archiduc Phil:.ppe- 
d'Autriche. Elevée à la cour de son 
frère, elle eu faisait l'ornement. Frédé- 
ric II , frère de l'électeur palatin , qui 
vint à cette cour en 1 5 1 4 et 1 5 1 5 , 
conçut pour Eléonore une vive pas- 
sion , et la princesse n'y fut pas insen- 
sible; mais leur intrigue fut découverte 
à Charles -Quint, et ce prince , d"a- 
près les conseils de Chièvres, jugea 
plus convenable aux intérêts de sa po- 
liti(jue d'éloigner de sa cour le jeune 
prince palatin , et de marier sa sœur 
au roi de Portugal. C'était Emanuel , 
dit le Grand et le Fortuné , qui avait 
vu cette monarchie s'élever, sous son 
règne , au plus haut point de gloire et 
de puissance; mais il était déjà âgé , 
infirme, bossu , et pouvait à peine se 
soutenir sur ses jambes. Le mariage 
fut conclu, et malgré sa répugnance, 
Eléonore l'épousa en i5iç). Elle vécut 
assez heureuse à la cour de Lisbonne ; 
mais son séjour n'y fut pas long. Fma- 
nnel étant mort le 1 5 décembre 
\5i\ , et la laissant mère de deux en- 
f mis , la jeune veuve revint à la cour 
d Espagne. Le prince palatin fit en- 
core quelques démarches pour obtenir 
la main de cette riche douairière. 
Charles-Quint de son côté , eut l'idée 
de la faire épouser au connétable de 
Bourbon , en c'iigeant pour en::^. en 
rovaume la Provence , qu'il comptait 
l'aider à conquérir, s'il ne pouvait les 
faire régner à Naples; mais la victoire 
de Pavie , et la captivité de François l**^. 
firent éclore d'autres projets; après 
bien des négociations, deux princesses 
( Marguerite d'Autriche , tante de 
Charles-Quint, et Louise de Savoie , 
mère de François 1"'.], f>rocurèrent 
la paix à la chrétienté, et une 5°. ea 



^ 



E L E 

fat le Iirn. La lilx rtc fut rendue au 
roi de Fniiicc par !e traite de Catiihrai 
( i4)anviLr i5i(i), dont la première 
clause fut le mariage d'Elcinore avec 
ce monarque , déjà veuf de la reine 
Claude. Dvers incidents ( n retardèient 
l'execulion, et le mariae^e uc fut célèbre' 
que le 4 juillet 1 53o. Arrivée à la cour 
de France , où elle fut reçue par des 
fêtes magnifiques, tous les poètes du 
lempscelébrèrcnt a l'en vi cette alliance. 
Une des medieures pièces qui furent 
faites en cette occasion , est le quatraia 
suivant, qui se trouve dans les poésies 
de ï!i. de Bcze : 

N!l Melenà vidit Pbopbus formosius ipsâ. 

Te . ISeplna , iiihil |jiiUhrias urbis h:ibet. 
XJlraque forinnsa est; seti re , tamen , aller* major: 

Ula serit liies, Hcliunora l'ugat. 

La reine ne trouva pas auprès du jeune 
et galant François 1 *■. le boidieur. 
qu'elle avait goiite à Lisbone. Il est 
vrai qu'elle était de toutes les fêles de 
la cour, et servait d'orneinenl aux par- 
lies que le roi faisait à FonlaiurbKau 
où à St.-Geimain; m.iis ce prince la 
délaissait souvent pour ses maîtresses, 
dont le crédit réduisait celui d'Eléo- 
nore à peu de chose. Elle employa le 
sien, tant qu'elle put, à maintenir 
l'union entre son frère et son mai i , 
ou à rapprocher ces deux puissants 
monarques. La lecture et les exercices 
de piélé faisaient son occupation la 
plus ordinaire, lâchasse et la pèche 
lui servaient de délassement. C'est sans 
preuves que le président fiénault a 
supposé qu'elle avait engagé le conné- 
table de Monlmorenci de décider le 
roi à se contenter de la parole de 
Charles - Quint, sans exiger de pro- 
messe par écrit, lorsque traversant la 
France pour réiluire les Gantois ré- 
voltés, il se conda à la loyauté d'ua 
rival qui avait tant à se plaindre de lui. 
Etéonore n'eut point d'enfants de son 
second mariage. Devenue veuve une 
seconde fois (i547) > ^''^ se retira 



E L E II 

d'abord dans les P^iys-B.is , et ensiiiie 
( 1 5 ")i')) en Espagne , où elle mourut à 
T.ilavera, près ijadajoz, le 1 8 février 
I ûGH. Son corps fulp rtcà l'fvscurial. 
On trouve de curieux détails sur les 
premières années de cette princesse , 
dans Huliert Thomas, Anruxles de 
VLld FreMrici II palat. C. M. P. 

EI>EUTHÈRE, élu pape l'an 1^7, 
après la mort de S. Soler, était grec 
de nation et originaire de i'Epire. Il 
eut à combattre les erreurs de Va- 
lentinien. Le roi de la Grande-Breta- 
gne, Lucius , lui envoya demander 
des missionnaires pour l'insli uire dans 
la doctrine catholique. Il vécut sous 
Marc-Anrèle , et mourut en paix sous 
l'empire de Commode, Tau 192, après 
avoir gouverné l'Eglise avec beaucoup 
de sagesse pendant quatorze ans envi- 
ron. L'Eulise l'honore comme martyr , 
iiinsi que quelques-uns de ses prédéces- 
seurs, moins pour avoir souffert que 
pour avoir combattu pour la foi. 11 eut 
pour successeur St. Victor I'''". V — s. 
ELEUÏHERE, eunuque et cham- 
bellan de l'empeieur fJéraclius, fut 
nommé par ce jmnce à l'exarcat de 
Ravenne; les habitants de celte ville 
venaient de massacrer Lémigius leur 
exarque ; Eleuthère punit de moit 
les meurtriers et rétablit le calme 
dans la ville; mais une autre révolte 
l'appela bientôt dans la Campanic. 
Jean deCompsa , homme puissant et 
ambitieux, s'était emparé de Naplcs; 
Eleuthère assiégea la ville et s'en ren- 
dit maître. Jean de Compsa fut tué en 
combattant. Mais Eleuthère se révolta 
bientôt lui-même, et, pour s'assurer 
la possession de l'Italie, il marcha 
vers Kome à la tète d'une armée. Ses 
soldats , qui le haïssaient , se sou- 
levèrent contre lui près de Cantiano 
en Ombrie. Ils se jetèrent sur lui , 
l'assommèrent et envoyèrent sa tête 
à l'cm pci cur llc'raclius, en G i '7. L-S-c, 



12 ELI 

ELFLEDE Foy. Ethelfledz. 

ELGEK. Foy. Elliger. 

ELIAN. Foy. Elien. 

ELIAS DE BAI5J0LS, prêtre pro- 
vençal, naquit à Payols en Agenois, 
vers la fin du I2^ siècle. Son père , 
simple marchand, et non pas gen- 
tilhomme, comme l'a dit Nostrada- 
mus, voulut lui faire embrasser le 
commerce; mais, lié avec uu certain 
Olivier, jongleur, il s'associa avec lui 
pour exercer le même métier , qui lui 
parut préférable au négoce. Dès-lors 
ies deux aventuriers se mettent à par- 
courir le pays et à visiter les châ- 
teaux. Ils arrivent chez Alphonse II , 
roi de Provence , qni les prit à sou 
service, les maria, et, pour se les 
attacher encore davantage, leur donna 
des terres à Barjols, dans le diocèse 
de Riez. Il ne reste de cet Elias que 
sept Chansons qui se trouvent parmi 
les manuscrits de la bibliothèque du 
î'oi, et que l'on croit avoir été adres- 
sées à Garsende de Sabran , veuve 
d'Alphonse, dont le poète aurait été 
amoureux. On ignore la suite des aven- 
tures de ce jongleur; il est seulement 
certain qu'il fit profession , en 1 111 , 
chez les Hospitaliers de St. -Benoit 
d'Avignon , qu'on appelait aussi les 
Frères Pontifes , ou faiseurs de ponts. 
L'objet de leur institution était de 
construire des ponts , des chapelles , 
et de servir les malades dans les hô- 
pitaux. On ne doit nullement ajouter 
foi à ce que Nostradaraus rapporte 
d'Elias de Bai-jols, auquel il attribue un 
poëme intitulé : Guerra dels Baus- 
sencs. R — t. 

ELIAS LÉVITA, fils d'Acher, l'un 
des plus habiles critiques et grammai- 
riens qu'aient eus les juifs, naquit, se- 
lon les uns, en Italie, et selon les 
autres , en Allemagne , parce qu'il 
prend sur le titre de ses ouvrages la dé- 
nomination diAchenazj , allemand i 



ELI 

dénomination qui peut n'indiquer que 
son origine. Le fait est que Elias na- 
quit en Italie en 1472, et fit des 
études brillantes. Il cultiva d'abord 
la grammaire et l'écriture , avec tant 
d'ardeur et de succès , qu'il s'acquit 
bientôt une grande réputation. On doit 
avouer que les circonstances le favori- 
sèrent. Paraissant dans un temps oij 
les docteurs , obligés de recourir aux 
sources , aux textes originaux de l'é- 
criture, étaient ramenés à l'étude de la 
langue hébraïque, étude qui était même 
de mode alors, Elias fixa leurs regards 
et leur attention par sa doctrine et ses 
ouvrages. En 1 5o4 il enseignait à 
Padoue , et y composa pour ses éco- 
liers l'exposition de la Grammaire de 
Moïse Kimchié. Cette ville ayant été 
prise et saccagée en 1609, il perdit 
tout son avoir, et se retira à Venise, 
où il demeura trois ans. En i5i2 il 
alla à Rome, et y fit la connaissance 
du cardinal Gilles. Ce prélat le prit 
sous sa protection, le logea chez lui 
et fournit à tous ses besoins. Elias 
passa ainsi treize années de sa vie, 
pendant lesquelles il fit divers ouvra- 
ges pour sou protecteur. Le fameux 
sac de Rome, arrivé en iSa'j, le priva 
une seconde fois de ce qu'il possédait, 
et le força à se retirer à Venise. En 
i54o , sur l'invitation de Fagius, il 
se rendit a Isny , où il pubha quelques 
ouvrages , et revint à Venise , où il 
mourut en i549, ^ ''^S*^ ^^ soixante- 
dix-sept ans. Il nous apprend, dans 
un de ses ouvrages , que des princes , 
(les cardinaux, des évcques , et même 
le roi de France, lui firent des offres 
très avantageuses pour l'attirer près 
d'eux ; mais il les rejeta toutes. Avant 
de mourir , ce savant homme eut la 
satisfacfion de voir ses ouvrages re- 
cherchés , lus , imprimés plusieurs 
fois , traduits et esfimés des juifs com- 
me des chrétiens. « Elias, dit le savant 



y 



ELI ^ 

» biographe des auteurs hébreux , 
» M. de' Rossi, ne fut pas seule- 
» ment habile grammairien et critique, 
» mais boti poète, ainsi que le prou- 
» vont SCS poésies impriine'es. 11 était 
>) doux , humain , hoanête et vrai. 
» Sa complaisance envers les chre- 
» tiens, auxquels il enseignait l'hébreu 
» et communiquait SCS connaissances, 
» lui attira les reproches et la haine de 
» plusieurs rabbins. Son habileté dans 
») cette langue et ses ouvrages lui mé- 
» ritcrcnt le titre de medakdek, le 
» g;a/n77mi>7>«.Geuxqui veulent con- 
» naître à fond la langue hébraïque , 
» dit Richard Simon, doivent lire les 
» Traites du labbin Elias Lévita; ils 
» sont pleins de reflexions utiles et 
» importantes , et absolument néces- 
» saires pour posséder l'intehigence 
» du texte sacré. » Il porta aussi les 
surnoms de Tisbita et de Bachur , 
ce qui a fait croire faussement à Wolf 
qu'il vécut célibataire. 11 eut plusieurs 
femmes et des enfants. Ses fils mouru- 
rent de son vivant , et il témoigna 
dans ses ouvrages le regret de n'en 
avoir aucun pour perpétuer son nom. 
Voici la liste de ses principaux ouvra- 
ges : I. Commentaire sur la Gram- 
maire de Moïse Kimchi : il fut im- 
primé pour la première fois à Pe.^aro, 
en 1 5o8, sous le nom du rabbin Ben- 
jamin , fils de Jaàd ; réimprimé plu- 
sieurs fois, et traduit en latin par 
Munster; II. Ze Choix. C'est une ex- 
cellente grammaire hébraïque, com- 
posée pour le cardinal Gilles ; elle a eu 
plusieurs éditions, et Munster l'a tra- 
duite en latin et commentée. III. La 
Composition : traité dans lequel sont 
expUt[ués les mots irréguliers du texte 
sacré. L'édition première , la plus ra- 
re , est de Rome, i5i6. Munster l'a 
également traduite en latin. IV. Le 
Bon Goût , Traité des accents ; 
Venise , i558. L'année suivante , 



ELI i5 

MuDSler en a donné une nouvelle édi- 
tion , à la suite de laquelle il a joint un 
extrait de cet ouvrage , écrit eu latin. 
Y .Massorah {de la }Iassore),'Vcnise, 
i538,iu-8°, et Bàle, 1559. Ces deux 
éditions sont très rares. Il en a paru 
deux autres en l'jGg et i']']i à Sulz- 
bach. Ce traité a pour objet la criti- 
que du texte sacré, et les auteurs qui 
en ont écrit. L'édition de Bàle con- 
tient un abrégé latin de l'ouvrage par 
Munster , et une traduction entière 
de la troisième préface. Les trois 
préfaces , qui se font lire avec inté- 
rêt, ont été traduites par Nagel , 
dans ses Dissertations diverses pu- 
bliées à Altorf. Cet ouvrage est celui 
qui fit le plus de bruit et fonda 
la célébrité d'Elias, à cause de la 
doctrine qu'il émet et soutient tou- 
chant les points voyelles ; cette doc- 
trine a été suivie dans la suite par 
plusieurs philologues catholiques et 
protestants. On a réimprimé, sous le 
titre de Fractions des Tables , la der- 
nière partie de cet ouvrage , qui traite 
des abréviations. Seraler a traduit l'ou- 
vrage entier en allemand, et l'a pu- 
blié avec des notes à Haie , en i7;2. 
VI. Lexique chaldàique , targumi' 
que, talmitdique et rabbinique , Isuy, 
i54i , et Venise, j56o, in-fol. VIL 
les Chapitres d'Elias , ou Traité 
des lettres , de leur prononciation, 
des voyelles , des lettres serviles et 
gutturales , des noms, etc., Pesaro , 
i520. Munster l'a traduit en lalin, 
et publié à Bàle en 1527. VIII. 
Tisbi, ou Dictionnaire choisi , dans 
lequel on explique sept cent douze 
mots appartenant à diverses langues, 
employés par les rabbins, et qui ne 
se trouvent point dans les lexico- 
graphes , iiâle, 1557 ^* i^oi; et 
avec la version latine de Fagius , 
Isnv , i54i. On a encore d'iilias 
Lévita divers petits Traités de gram» 



î4 ELI 

maire im|)rimes à Isiiy, à Vcnisp , 
«te, dont on ])cnt lire la iiomcncla- 
luro dans le Jhzion. stor. dei^li nul. 
Ebr.de M. de' l5ossi, tome 1, pi- 
j;es 108 et siiiv.uites. La biblothc(|uc 
«lu roi possède un Traite di: ce saviiiit 
rabbin , inlilnic' : Livre des Souvenirs, 
et qui contient des rrgies et des ob- 
servations toncbant la Massore. L'au- 
teur dit, dans une do ses préfaces , 
qu'il avait employé vinj^l années à le 
composer, et qu'il l'aviiil envoyé à 
Paris pour l'y f.iire imprimer. 

J — w. 
ELIAS ( Matthieu ) , printre , na- 
quit au village de Per ne , près Casse! , 
<n i()58, de p.irents très pauvres. 
Sa mère snb istait du métier do b!an- 
cbisseusc et ne possédait qu'une v.ichc 
dont son fils était le gardien. Cor- 
bccn , peiiiti'e estime , passant un jour 
près de leur demeure , aperçut une for- 
liiication en terie avec de petites figu- 
res ; c'était l'ouvrage d'hiias , dont 

riutelliîrence et l'aimable physiono- 

• - • 1' • ^ ' . j 
mie intéressèrent i artiste , qui , du 

consentement de sa mère, l'emmena 
chez lui à Dunkcrquc et le plaça au 
nombre de ses élevés. Ses progrès 
furent tels que, pour mettre le com- 
ble à sa bienfaisance, Corbcen l'en- 
voya se perfectionner à Pans, loi squ'd 
fut parvenu à sa 'xo' \ année. Elias se 
montra digne des soins de sou pro- 
tecteur. Il lui envoyait fréquemment 
de ses ouvrages en témoignage de re- 
connaissance. S'étant marié a Paris , 
il fit un voyage à Dunkerque, pour 
y voir son maître, et peignit alors 
dans cette ville un Martyre de Sle.- 
Barbe. De retour à Pans, il fu( nom- 
mé prolesseur à l'académie deSl.-Luc, 
ei composa quelques thèses. Eîant de- 
venu veuf, il revint à Dunkerque où 
il fit encore plusieurs tablearx, tels 
que les Portraits en pied des princi- 
paux membres de la confrairie de 



ELI 

S. Sebastien, dans un seul tableau j 
un JJaptéme deJ.-C. , où il inin dui» 
yit, par un de ces anaclironismes 
qui , pour être communs , ne sont 
pas moins repréluiisibles, S. Lvuis 
en prières. Il se préparait à retourner 
à Paiis, lorsque les sollicitations de 
ses compatriotes le retinrent à Dun- 
kerque. il y peignit cnirc antres un 
Fœu du corps de la ville à la Vierge , 
morceau remarquable en ce qu'il s'y 
montra coloriste plus vrai et j)lus vir 
goureux qu'q son ordinaire. 11 pl.iça 
son portrait dans cette vaste compo- 
sition. l>es villes de Menin , Yprcs, 
Cassel et Berg-St.-Winoc possédèrent 
aussi de ses ouvrages. Descamps, qui 
avait personnellement connu E'ias, 
donne les plus grands éloges à la 
douceur de son caractère , et à la pu- 
reté de ses mœurs. Il mourut le 22 
avril 1 74 1 > 3 quatre-vingt-deux ans. 
D— T. 
ELICHMANN^JEAN), savant méde- 
cin du i-j*". siècle, naquit en Silésie, rt 
pratiqua la médecine à Levde, où il 
mourut en iGôy. Saumaise as.sure 
qu'd savait seize langues. II s'était 
principalement occupé de la littéra- 
ture orientale, et prct(ndait que l'al- 
lemand avait une origine commune 
avec le jiersan.liypothèsedcià pré.sen- 
tée par Juste-Lisp^e,qui a été plusieurs 
fois renouvelée depuis avec quelque 
fondement. « l'.liclimann , au dire de 
» Saumaise , était l'homme de l'Europe 
» qui connut mieux le persan, il avait 
» entrepris de grands travaux de iitfc- 
» rature orientale, parmi lesquels on 
» <li»linguait les inaîéiiaux d'un dic- 
» tiouuaire arab'' et persan , très ara- 
» p'Ie. Il s'était beaucoup occujié des 
» traductions arabes des auteurs grecs, 
» et prétendait , a l'aide de ces traduc- 
» tions, rétablir les textes grecs ;dté- 
» rés, ou is'wc connaître des auteurs 
» dont les ouvrages uc sont point ve- 



0) nns jiisqn'.i nous. Une mort prcmn- 
» turce ne Ini a point permis de inel- 
» trc l;i (iL-rnière main à aiicnn de ces 
n travaux. » On lui doit seulement 
une rjcllie arabe sur l'utilité de celle 
lanpjue pour ceux qui cultivent l'art 
de guérir, le'na , iG5G -, une disserta- 
tion De fatali viln terinino secun- 
dùm mcntem orientalnun , Lcydc , 
lOBi). En i04o,p;>rut sa traduction 
latine et arabe du tableau de Céhès , 
avec l'original ç;rcc , et une préface 
longue et intéressante de Sauraaisp.On 
ne sait sur quel fondement Joclier, 
dans son Gelehrlm Lexicon,ii\l qu'E- 
liclnnann est l'auteur de la Grrtmmrt/re 
persane publie'e par L. de Dieu. Jo- 
cl)er ne cite que Bayle, et ce dernier ne 
dit pas un mot qui appuyé cette as- 
sertion. J — N. 

ELIE, fameux prophète, que Dieu 
suscita surtout contre l'idolâtrie, naquit 
à Tlieshe', ou Thisbë , ville du pays de 
Galaad , située au-delà du Jourdain. 
Achab et Jézabel , son épouse , atti- 
laient sur Israël toutes sortes de' ma- 
lédictions , à cause de leur iuipiélc. 
Elie leur prédit une longue séche- 
resse, et se retira ensuite dans le dé- 
sert sur les bords du torrent de Carif. 
L'eau du torrent s'étant desséchée, il 
alla chercher un asile à Sarepla , pe- 
tite ville des Sidoniens. Ce fut dans cel- 
te ville qu'une pieuse veuve voulant lui 
faire un pain du peu de farine qu'elle 
avait encore, Elie multiplia miracu- 
leusement ce peu de farine, et bientôt 
a près ressuscita le jeune fils de la veuve, 
en se mettant trois fois sur l'enfant 
et se mesurant à son petit corps. Ci- 
pendant la famine désolait la capitale 
du pays d'Israël ; le prophète résolut 
d'aller trouver Achab, qui le prévint 
et lui reprocha d'être un perlurb iteur : 
« C'est vous-même, dit Elie, qui avez 
» troublé Israël , lorsque vous avez 
» abandonné Ic^ coaimaud<imciits de 



ELI i5 

9 Dien. » Rn même temps l'homme 
de Dieu demande au roi d'envoyer sur 
le mont Cirmel h jit cent-cinquante 
faux prophètes qui appartenaient au 
culte de lîaal et d'Astarté : pour lui, il 
s'y rend seul de sou coté. Un peuple 
nombreux s'assemble; Elie lui repro- 
che avec amertume ses incertitudes 
dans le service du Seigneur; le feu du 
ciel va déclarer quel est le Dif u vérita- 
ble. Les fiuix prophètes crient après 
leurs idoles , et leurs idoles ne les en- 
tendent pas , et leur victime n'e>t pas 
consumée, Elie invoque le Tout-Puis- 
sant, et le feu céleste dévore tout à 
la fois le bois, l'holocauste et jusqu'à 
la pierre du sacrifice. Tous les faux 
prophètes furent égorgés. Jizabel , 
furieuse de la mort des prophètes de 
ses faux dieux , voulut faire périr 
Élie. Il se mit donc en fuite, se re- 
tira à licrsabée, s'avança ensuite jus- 
que dans l'Arabie Pétrée , où l'excès 
de la fatigue lui fit désirer de mourir. 
Un ange du ciel lui apporta un pain 
cuit sous la cendre et un vase d'eau. 
Ayant bu et mangé, il marcha encore 
pendant quarante jours et quarante 
nuits ; il 'rriva jusquà la montagne 
d'Horeb, qui n'est, à proprement par- 
ler^ qu'une partie du mont Sinaï, et 
qui était aussi appelée la montagne du 
Seigneur. C'était là que Dieu avait 
apparu à Moïse dans un buisson ; 
Elle vint y habiter une caverne, em- 
portant avec lui, comme le dit l'Ecri- 
ture, le zèle du Seigneur et la loi de 
l'holocauste. Un souffle divin lui ayant 
annoncé que l'Eternel était à l'entrée 
de sa demeure, il se couvrit le visage 
de son manteau, etreçut l'ordre d'aller 
répandre l'onction sacrée sur Hazaël , 
pour être roi de Syrie ; sur Jehu , pour 
être roi d'Israël ; sur Elisée, pour être 
prophète. Elie avant donc quitté la 
montagne d'Horeb, alla en Éphraïm, 
©il il trouva Elisée qui labourait la 



i6 ELI 

terre, avec douze paires de bœufs ; il 
lui jeta sou manteau sur les épaules , 
el lui déclara les volontés du Seigneur. 
Acliab avait pris la vigne du vertueux 
Naboth, que Jézabel avait fait périr j 
Elic reçoit l'ordre d'aller trouver ce 
priuce coupable; il lui annonce que 
des cliicus lécheront son sang, dans 
le lieu uicme où celui de Naboth a été 
répandu , et dévorerontles restescpars 
de sa criminelle épouse. Achab s'im- 
milia par les larmes du repentir; les 
maux dont il était menacé furent ré- 
servés au règne de son fils. Celui-ci , 
nommé Ochosias, non moins impie 
que son père , consultant aussi les 
idoles, envoya plusieurs fois des gens 
armés pour se saisir de la personne 
d'Éiie ; ils étaient tous , à la voix du 
prophète , consumés par le feu du 
ciel. L'humiliatiun seule du dernier 
des envoyés d'Ochosias arrêta la co- 
lère céleste; Eiie alla avec lui trouver 
son maître pour lui annoncer sa mort 
prochaine. Bientôt il sut lui-même 
qu'il allait être enlevé à la terre. Eli- 
sée , ([uoique non insli'uit de cette sé- 
paration prochaine , ne pouvait plus 
cependant s'éloigner de l'homme de 
Dieu ; il le suivait partout , à Béthel , 
à Jéricho et vers le Jourdain. Le man- 
teau d'Elie ayant touché les eaux, ou- 
vrit un passage aux deux prophètes; 
ils allèrentau-delàdu fleuve. Là, Elisée 
conjura son maître de lui laisser son 
esprit. Élie s'éleva vers le ciel , dans un 
tourbilLou , laissant tomber son mau- 
teau qui fut ramassé par Éhsée, et les 
prophètes de Jéricho reconnurent que 
sur lui s'était reposé l'esprit d'Élie. 
Ceci arriva l'an 892 , avant la nais- 
sance de J.-C. Huit ans après la dis- 
parution de ce prophète, on remit de 
sa p,.rt à Joram , roi de Juda , des 
lettres qui lui reprochaient ses crimes. 
Ce fait marqué dans les écritures , est 
rnterprélé diversement : quelques-uns 



ELI 

croient que ces lettres avaient été écri- 
tes avant l'enlèvement d'Élie; d'autres 
ont dit que Joram ne les avait reçues 
qu'en songe. Les rabbins ^ dans leur 
Seàer Olam ( la suite des siècles ) , 
assurent qu'Èlie est actuellement occu- 
pé à écrire les événements de tous les 
âges du monde. EUe est, sans contre- 
dit , un des plus grands personnages 
de l'ancienne loi ; il est loué dans plu- 
sieurs endroits des divines écritures: 
» Quelle gloire, ô Elie, dit l'auteur 
» de l'Ecclésiaste, ne vous êtes-vous 
» pas acquise par vos miracles I » Le 
Sauveur , dans l'Évangile, nous aver- 
tit que le prophète Élie est déjà venu 
en esprit dans la personne de Jean. 
Les Musulmans croient qu'Élie habite 
un jardiu délicieux , dans un lieu re- 
tiré , où se trouvent l'arbre et la fon- 
taine de vie . qui entretiennent son 
immortalité. Quelques mages de Perse 
ont cru que leur maître Zoroastre avait 
été disciple de ce grand prophète. 
C— T. 
ELIE , ELIAS ou HELTE( Paul'), 
né à \ aidberg , dans le Halland , 
vers 1480. Après avoir terminé ses 
études ; il entra dans l'ordre des carmes 
à Elseneur. La lecture des écrits de 
Luther fit une impression très forte 
sur l'esprit du jeune religieux ; et 
ayant été chargé , en 1 5 1 7 , d'expli- 
quer l'Ecriturc-Sainte au collège de 
Copenhague , il laissa voir qu'il n'é- 
tait pas éloigné de partager les opi- 
nions de ce chef de la Réforme. En- 
hardi par l'approbation des principaux 
seigneurs que la curiosité attirait à ses 
leçons, il cessa bieritôtde se contrain- 
dre, et professa publiquement ies prin- 
cipes du lutbérani>me. Quelques an- 
nées après il se repentit du scandale 
qu'il avait donné, et crut pouvoir le 
réparer en écrivant , avec un zèle ou- 
tré, contre ceux qu'il avait contribue 
à égarer. Dans le même temps le roi , 



VA A 

qui cslirttait les talents d'Eiie , le cîiar- 
goa de traduire en danois un ouvrage 
qu'on soupçonne être le Prince de 
Machiavel ; Elie y substitua Vimtitn- 
lion d'un prince chrétien d'Erasme. 
Le roi, offense de cette hardiesse, lui 
ordonna de sortir de Copenhague , où 
il obtint ensuite la permission de re- 
venir. Celte punition ne ralentit pas 
sa ferveur; elle senib'ait croître, au 
contraire, par les dangers auxquels 
elle l'exposait. A l'issue d'une confé- 
rence tenue au château de Copenha- 
gue, en iS'ifi , des soldats rin-ullè- 
rent, quelques-uns rnème des plus 
furieux se jetèrent sur lui et l'auraient 
mis en pièces, si on ne l'eût arrache' 
de leurs uiains. Après tant de travaux 
entrepris pour le maintien de la foi 
chrétienne , tant de persécutions es- 
suyées pour cet objet , Elie parut re- 
venir aux principes de IjUthcr. On 
assure même qu'il les enseigna de 
nouveau à Roskild , où il mourut vers 
1 55(5. Son inconstance lui a fait don- 
ner, par les protestants , le surnom de 
fVetterfahne y girouette. On a de lui 
plusieurs ouvrages de controverse, 
peu connus et peu dignes de l'être, et 
des traductions en danois : I. du livre 
de la venu, par S. Alhanase, iSaS, 
in-8°. ; II. des Psaumes de David, 
i5i8, in-8°. ; lll. de Uinstitulion 
d'un prince chrétien , par Erasme , 
lloskild , i534- , in -8". Christian 
Olivarius a publie la vie d'Elie , en 
latin, Copenhague, i744i'"-8'. 
W— s. 
EUE - DE - BEAUMONT ( Jean- 
Baptiste-Jacques ), né à Carentan, 
en Normandie , au mois d'octi bre 
l'^yi, mort à Paris le lo janvier 
TijHG. Il fut reçu avocat en i^5'i. 
Quelques causes plaidees s.ins suc- 
cès, par défaut dorgare, l'obligè- 
rent do renoncera la plaidoic ne. li lut 
bien dédommage de cette humiliation 



VAA ,7 

par l'edet que produisirent ses mé- 
moires; celiù pour les C«/^5, surtout, 
lui fit une réputation étonnante en. 
France et dans toute l'E^irope. Ua 
zèle ardent , actif, infttigable , qui 
croissait avec les difficultés , et que 
rien ne pouvait décourager; beaucoup 
d'imagination, de chaleur et d'esprit j 
l'art de tirer d'une cnuse tous les 
moveus qu'elle pouvait fournir; l'art, 
peut-être plus rare, de les mettre dans 
tout leur jour en les réunissant dans 
un corps de preuves ; tels étiient les 
principaux titres d'Elie-de Bi aumont 
à la confiance publique. Il y joignit: 
une facilité prodigieuse , qui éclatait 
dans tous ses écrits. Ses mémoires , 
souvent remplis d'élégance , étaient 
encore remarquables par cet intérêt 
de style qui tient à d'ingénieuses idées 
facilement exprimées , et qui se com- 
pose d'un mélange de chaleur, de jus- 
tesse et de clarté. La multitude d'af- 
faires dont il a été surchargé pendant 
ses vingt dernières années , ne lui a 
pas permis de mettre la même correc- 
tion dans les ouvrages de sa vieillesse, 
que dans ceux qui avaient fait sa ré- 
putation. Elic-de-Beaumont portait 
dans le monde beaucoup de simpli^ 
cité et de bonhomie. Dans un petit 
cercle d'amis, il se livrait sans réseive; 
alors peu de personnes avaient une 
gaîtc plus piquante et plus franche, et 
racontaient avec plus d'esprit ef d'ori- 
ginalité; mais le seul aspect d'un hom- 
me malveillant le déconcertait. 11 man- 
quait absolument de cette espèce de 
force qui fait qu'un se roi lit contre les 
dégoûts ou les préventions de son au- 
ditoire. Comme tous les hommes qui 
ont beaucoup d'imagination , il était 
sans cesse tourmenté par la sienne : 
si une idée tri>te ven îit tout à coup 
l'obséder, toute sa gaîté se trouvait 
éieinte , et il n'était plus possible d'en 
tirer le moindre mot. Aussi y a-t-il eu 



i'à ELI 

peu d'Iiommcssur lesquels on ait por- 
té des jugements si diirerents ; les uns 
lui trouvaient encore plus d'esprit 
dans la suciétcque dans ses écrits; et 
les autres, en convenant de l'esprit 
qui était dans ses n)én»oires, soute- 
naient qu'il en avait Ibrl peu dans la 
conversation. Elie-de-Beaumont était 
propriétaire de la terre de Canon en 
JJorinuiidic, où il établit en 1777 une 
fêle diampètrc connue sous le nom de 
Fdte des bonnes gens ( i ) , qui a four- 
ni à l'abhé Leraonnier le sujet de son 
ouvrage inlitulé: FJtes des bonnes 
gens de Canon et des rosières de 
Briquebec et de Sl.-Saiweur-le- P^i- 
comte , 1778, in-8"., fig. Parmi les 
mémoires d'Elie tie Buaumont , les 
curieux reclierclient surtout : I. Mé- 
moire du sieur Griidon contre Ram- 
pvnneau, réimprime avec les Causes 
amusantes; 11. Mémoire nu sujet 
des caves forcées et des vins pillés , 
des chanoines de la S te. Chapelle , 
1 7()o, in-4'.; ï\\. Défense de Clau- 
dine Rouge, 1770, in-4". ? I^- ^^^' 
moire pour les Calas, 1762, in-4'-; 
C'est à l'occasion de ce mémoire , qui 
fit beaucoup d • bruit, que Voltaire 
s'écrie: « Voilà un véritable philoso- 
» plie : il venge l'iuuoccnce oppri- 
» race; d n'écrit pas contre la comé- 
>i die; il n'a point un orgueil révol- 
» tant. » Mais Voltaire ajoute : « Je 
» voudrais bien qu'avec une ame si 
» belle , si honnête, cet homme eût 
» un peu plus de goût, et qu'il ne mît 
i> pas dans ses métnoires tant de pa- 
ù thos de collège. » T — d. 

EUE DE BEAUMONT (Anne- 
Louise MoRiN-DuMENiL, épousc de 
.[. B. .1. ) , née à Cacn en 1 7'-i9, donna 

les Lettres du marquis de Roselle , 
i 

(1) C'est aussi )ui qui fit le fonds ( ioo liv. ) du 
prii prop se par Tacadémie de Bordeaux, sur la 
ruTiiiere de Ur.r pai ti des landes de Bordeau\ , 
Tflanl M leur culture et i li population. Le mc- 
i:iÀ\9 de M.'Uieibey remporta le prix en i;-6. 



ELI 

1764,2 vol. in- 1 x , très souvent réim- 
primés. Ce roman a eu assez de suc- 
cès pour que M. Desfontaines de la 
Vallée donnât au public les Lettres de 
Sophie et du chevalier de *** , pour 
servir de Supplément aux Lettres du 
marquis de Roselle, 1765, 2 par- 
ties in- 12. Les anecdotes de la cour 
et du règne d'Edouard II, roi d'An- 
gleterre, parurent en 1776, in- 12. 
M'"", de Tencin n'en ayant fait que 
les deux premières parties, M™^. Elie 
de Beaumont suppléa la troisième. 
« Cette troisième parlie,dit La Harpe, 
» n'est pas , à beaucoup près , aussi 
» bien écrile que les deux premières : 
» on sent que c'est une main toute 
» différente ; mais les caractères an- 
» nonces dans la première partie sont 
» soutenus dins la troisième, et les 
» événements se dénouent à peu près 
» aussi bien qu'il était possible en tra- 
» vaillant sur un plan donné. » IVI"'% 
Fortunée Briquet rapporte qu'après 
la mort de M "''. de Beaumont, on ne 
trouva plus le même feu dans les ou- 
vrages de son mari. Quoi qu'il en soit 
de celte remarque, M""". Elie de Beau- 
mont mourut près de trois ans avant 
son mari, le 12 janvier 1785. 

A.B— T. 
ELIE DE LA POTERIE ( Jean- 
Antoine), docteur- régent de la fa- 
culté de médecine de Paris, ué vers 
1702, mourut le 25 mai 1794 à 
Brest, où il exerçait les fonctions de 
premier médecin de la Marine. Il 
était frère d'Elie de Beaumont, et 
comme lui il s'était dévoué aux inté- 
rêts de l'humanité. Très jeune encore 
il avait étudié avec zèle les sciences 
naturelles et embrassé la profession 
de médecin , plus analogue à ses 
goûts que le barreau. Son activité 
égalait ses connaissances , et sans 
les devoirs multipliés de sa place il 
aurait beaucoup et judicieusement 



i: L I 

<^cril, comme il avait beaucoup étudié 
et beaucoup observe. Toutefois il a 
lai'-se une foule de mémoires , d'ob- 
servalions , de dissertations et de 
rapports sur la mc'ilecine , la chi- 
mie, le service des hôpitaux, etc.; 
quelques-uns de ces ouvrages ont 
<fte' publics dans les Me'moin s de !a 
faculté do médecine et dans ceux de 
la société royale, dont il était mem- 
bre. Il mit au jour, en 1784: I. 
V Examen de la doctrine d'Hippo- 
crate sur la nature des cires ani- 
més , sur les principes du mouve- 
ment et de la vie , sur les périodes 
de la vie humaine , pour servir à 
l'histoire du magnétisme animal. 
Cet ouvrage, très savant et bien écrit, 
où le système de Mesmer fut appré- 
cié à sa juste valeur, fut très bien ac- 
cueilli de BiifTon, qui y vantait la 
force de l'éloquence réunie à la jus- 
tesse du discernement (lettre du 10 
avril I 785 ) ; 11. les Recherches sur 
l'état de la médecine dans le dé- 
partement de la Marine , qui pa- 
rurent en i-jgo,!!!. les Recherches 
sur l'état de la pharmacie , 179» , 
renferment beaucoup de détails sa- 
vants et curieux sur l'histoire de ces 
deux sciences , sur les académies et 
les institutions qui ont pour objet 
l'éducation et l'instruction , et déter- 
minent les véritaLles principes de 
l'art de guérir, en offrant des aper- 
çus piquants sur ses progrès. Il avait 
commencé vers la fin de 1 792 un 
ouvrage étendu sur la politique; ses 
nombreuses occupations on ralen- 
tirent la composition , <'t la mort sur- 
venue à la suite d' ine fièvre gangre- 
neuse l'empêcha de le terminer. 

D— B— s. 
ELI EN (Claude), Grec de na- 
tion, vivait sow^ 'c règn<- de l'empe- 
reur Adrien , <à qui il dédia un ou- 
vrage sur la tactique grecque , qui a 



ELI 19 

été imprime plusieurs fois ; la meil- 
leure cdilion est la suivante : Cl. 
JEliani et Leonis imperaloris tac- 
tica ; gr. lat. cum notis Sixli Arcerii 
et Jo. Meursii , Leyde , EIzevir, 
161 5, in- 4"- Cet ouvrage a été tra- 
duit, avec Polybe, par Louis de Ma- 
chault, Paris, it)i5, in-ful. , et par 
Bouchaudde Bussy, Paris, 17^7 , 2 
vol. in-i'i ; il l'avait déjà été par un 
anonyme avec Végèce, Frontin et 
Modeste , Paris , i536,in-4'. G ■ h. 
ELI EN (C1.AUDE), demeurait à 
Rome sous les règnes d'Héliogabale 
et d'Alexandre Sévère. Il se livra 
par goût à l'étude de la langue grec- 
que, et y fit d'assez grands progrès 
pour mériter le titre de sophiste, 
qu'on regardait alors comme hono- ' 
rable. Il n'avait écrit qu'en grec; il 
nous reste de lui les ouvrages sui- 
vants : I. De nalurd animalium li- 
hri XFII ; gr. lat. , cum notis diver- 
sorum et Abr. Gronovii. Londres , 
i644> i»*4 -1 '^ vol.; — gr. lat. y 
cum notis Jo. Gottl. Schneideri , 
Leipzig, 1784 , in - 8°. Comme 
M. Schneider est en même temps 
savant naturaliste et habile critique, 
on fait le plus grand cas de cette édi- 
tion; 11. F aria' historiœ ; gr. lat. 
cum conimentario Jnc. Perizonii, 
Dresde, 1701, in-8 . , 2 vol.; — 
cum notis J. Schœjferi et Johan. 
A'h/î7»7, Strasbourg, 1713, in -8'.; 
— gr. lat. cum notis variorum^ cu- 
rante Abr. G/'onop'io , Amsterdam, 
1751, in-4'\ , 2 vol. La première 
édition, donnée par Camille Perusco 
(Rome, 1545, in -fol), ne conte- 
nait que le texte grec. Cet ouvrage 
n'est qu'une compilation, souvent cu- 
rieuse, mais qui serait bien plus im- 
portante si Elien avait cité ses sour- 
ces. C'est le plus ancien des Ana , 
et peut-être l'un des meilleurs. Ces 
histoires diverses, avec Héraclide de 

2.. 



20 E L I 

Pont er Nicolas de Damas, formcni le 
premier volume de la bibliothèque 
grecque public par le docteur Coray 
aux dépens des frères Zoziraa. Ce vo- 
lume a paru sous le titre de Pro- 
dromus , à Paris , Firmin Didot , 
iBo5, iii-8'. La préface et les notes 
sont en grec. La traduction fran- 
çaise qu'en a donnée Forraey, Berlin, 
1 764 , est moins estimée que celle que 
M. B.-J. Dacier a fait paraître en 
1 77*2 (Paris, in-8".), avec des notes 
pleines de goût et d'érudition; IlL 
Cl. jEliani epistolce rusticœ XX ; 
elles se trouvent dans la collection de 
ses OEuvres, publiées en grec et en 
latin par Conrad Gessuer , Zurich , 
1 556, in-fol.; dans la collection intitu- 
lée : Epistolce Grœcanicœ miiluœ; 
gr.,lat, Genève, 1606, in-fol. On 
ignore si notre Elien est le même que 
celui dont parle Suidas , qui était né à 
Préneste en Italie, et était grand-prêtre 
de quelqne divinité. Il avait fait uu 
Traité sur la Providence, dont Suidas 
rapporte beaucoup de fragments. C-r. 
ELIEZEB , fils d'Elias , l'allemand , 
médecin et rabbin de Crémone, sous 
Philippe II, fut forcé d'abandonner 
cette ville, et se relira à Constanli- 
iiople, où il obtint la direction de la 
synagogue de l'île de ]Nas.o. Il quitta 
celte île pour venir en Pologne , et ob- 
tint le même emploi dans la synago- 
gue de Posen. Il mourut à Cracovie , 
en 1 586. Les juifs le regardent comme 
un des hommes les plus savants de 
son siècle, et qui n'était étranger à au- 
cune branche des connaissances hu- 
maines. On a de ce rabbin : I. Côm- 
mentaire sur le Lwre d'Esther, Cré- 
mone, 1576, et Hambourg, 17 i i : il 
a été réimprimé de nouveau à Offem- 
bach; II. Hisloire de Dieu, ouvrage 
dans lequel est exposée l'histoire du 
Penfateuque, Venise, i585, et Cra- 
covie, i584. J— N. 



ELI 

ELIKOUM I". , Prince de la race 
des Orpélians , en Géorgie, fils aîné 
de Libatid II. En l'an 1 167 , George 
III, roi de Géorgie , jaloux de la 
grande puissauce de la famille Orpé- 
lianne, et craignant qu'elle ne ten- 
tât de mettre sur le trône son neveu 
ïemna , qu'il avait dépouillé de la 
couronne, à cause de sa jeunesse, fit 
un grand armement pour détruire le 
prince de cette famille , qui s'était dé- 
claré le protecteur du jeune roi. Ivaue 
II , qui était alors chef des Orpélians, 
se prépara à résister au roi George, 
et il envoya son frère Libarid,avec 
ses fils Elikoum et Ivane, pour de- 
mander du secours à l'atabec Eldi- 
kouz, suUhan de l'Aderbaïdjan; pen- 
dant ce voyage, le roi de Géorgie 
vainquit Ivane , le prit et le fit mou- 
rir avec tous ceux de sa race qui se 
trouvèrent auprès de lui. Après ce 
désastre, Elikoum se fixa à la cour 
d'Eldikouz, qui le traita avec la plus 
grande distinction, et le fit grand 
atabck de la ville de Hamadan, puis 
gouverneur pour douze ans des villes 
de Rei, Ispahan et Kazwin. E dikouz 
promit encore à Elikoum de lui don- 
ner sa fille en mariage, et de lui céder 
une partie de ses états, s'il voulait 
abandonner la religion chrétienne y 
mais ce dernier ne voulut pas accep- 
ter cette dernière proposition. Mal- 
gré ce refus , l'atabek lui conserva 
toujours son amitié, et même, vers la 
fin de sa vie, en 1 172 , il lui céda la 
possession d'une partie de l'Arménie , 
située vers la ville de Nakhidchevan , 
et il le fît tuteur de son fils Pahlavan. 
Il périt long-temps après , dans une 
expédilion que ce prince fit contre la 
ville de Gandsak , ou Gandjah, en 
Arménie. De sa femme Khathoun , 
nièce d'Etienne, archevêque de Siou- 
nik'h , Elikoum eut un fils, nommé 
Libarid , qui lui succéda. S. M — «. 



y 



ELI 

EI>TKOUM 11, prince des Orpc- 
lians, fils aîué de Lib.irid III. Vers 
l'an i2'26, il succéda à son père, 
dans 1,1 souveraiiielé des provinces de 
Sion.iik'li et de Vaiots I)30r,que le 
roi de Géorgie, Lasclia George, avait 
rendue à sa famille. Il gouverna assez 
tranquillement ses états jusqu'à ce que 
les mogols , vainqueurs de Djelal-ed- 
din , sultlian de Kliarizm , vinrent 
attaquer la Géorgie, Elikouni se ren- 
ferma dans le fort de Hnischkaperd, 
et re'sista assez long-temps aux atta- 
ques des mogols; mais à la lin il écou- 
ta les propositions de leur général , 
Arslan ]Nevian,et il s'allia avec ces 
conquérants. Après ce traité , Arslan 
Nevian lui rendit tous les pays qu'il 
possédait avant la guerre , et y ajouta 
raéme d'autres possessions, pour qu'il 
en jouît à perpétuité. Eiikoum joignit 
ensuite ses forces à celles des mogols, 
et il les accompagna , ainsi que la 
plupart des autres princes Géorgiens, 
dans l'expédition qu'ds firent eu Sy- 
rie. 11 moulut pendant le siège de 
Miafirekin, en 1 258 , empoisonné , 
dit-on, par Avag, aîabck de Géorgie, 
qui avait contre lui luie violente haîne. 
11 avait épousé la (ille d'un noble géor- 
gien , nommé Grigor Mardsnetsi ; il 
en eut un fils appelé Pouirthel , qu'il 
laissa en bas âge. Eiikoum eut pour 
successeur , dans sa souveraineté , 
son frère Sempad If. S. IM — n. 

ELINAND. V. Helinand. 

ELIOT (Thomas). V. Elyot. 

ELIOT ( George-Auguste ), lord 
Heathfield, baron de Gibraltar, était le 
plus jeune des neuf Gis -de sir Gil- 
bert Eliot, de Stohbs, dans le comté 
de Uoxburgh en Ecosse : sa famille, 
d'origine normande , remonte au 
temps de la conquête. Eliot naquit 
vers 1718, il reçut dans la maison 
paternelle les premiers cléments de 
i'c'ducation , et fut mis de bonne heure 



ELI 21 

à l'université de Leyde, où il /il des 
progrès rapides , et apprit à pailer 
avec élégance et facilite le français et 
l'allnnand. Son père, qui le destinait 
à l'état militaire, l'envoya ensuite à 
l'école royale du génie , à la Fcro. 
Ainsi , ce fut chez les français qu'E- 
liot reçut des connaissances qui de- 
puis ont contribué à lui faire acquérir 
sa renommée, et l'ont aidé à combat- 
tre avec succès les armes de. la France 
et de son alliée. Eliot revint à dix-sept 
ans chez son père , qui le lit aussitôt 
entrer dans le '^5". régiment d'in- 
fanterie , ou fusilier royal Gallois; 
il passa dans le corps des ingénieurs 
à Wolwich ,. et se distingua par ses 
progrès jusqu'au moment oij le colo- 
nel E'iot , son oncle , le plaça comme 
adjudant du second régiment des gre- 
nadiers à cheval. Eliot donna toule 
son attention à la discipline de ce 
corps, qu'il rendit un des plus beaux 
de la grosse cavalerie européenne, 
et passa avec lui en Allemagne , dans 
la guerre de 1-40 à 1 748. 11 fut blesse' 
à la b;itaille de Dettingen. Parvenu au 
grade de lieutenant-colonel, il résigna 
sa commission d'ingénieur. Il avait 
rendu de grands services à sa patrie 
en cette qualité, et prouvé , suivant 
l'observation de son biographe an- 
glais, qu'il était un digne élève de 
Bclidor. Il fut ensuite aide-de-camp 
de George 11 qui, en 1759, lui fît 
quitter le second régiment de grena- 
diers à cheval pour lever et former 
le premier régiment des chevau- 
légers , appelé, de son nom, régiment 
d'Eliot. Il fut, aussitôt après, désigné 
pour prendre part à l'expédition con- 
tre les côtes de France (à St.-Cast ), 
puis passa en Allemagne, où il ne 
cessa de se signaler. On l'eu relira 
pour l'envoyer à la Havane ; sou 
habileté aida le général en chef à s'em- 
pnrer de cette place , vaillamment dé- 



aa ELI 

fendue par Louis de Velasco, qui 
en elait gouverneur. Lorsqu'à la paix 
son roips fut passé en revue par le 
roi, ce prii ce demanda à Eliot ce qu'il 
pouvait faire pour ce lei^iment qui 
s'était si vaillamment conduit. Il ré- 
pondit que ce (orps de braves s'enor- 
gueillirait d'< btfnir de sa majesté le 
titre de ré^imeul royal. Le loi ayant 
ensuite voulu donner à Eliot une mar- 
que persiinnelle de sa satisf.ction , 
celui-ci lui répondit que l'approbation 
donnée à sa condiiile, ])ar son sou- 
verain, était pour lui la plus précieuse 
des réconipeiisrs. Il fut nora.'aé , en 
l'j'j^ , commandant en clicf en Ir- 
lande , m fis il ne fit que paraître 
dans cette île; ayant vu que les fonc- 
tions qu'il aurait à remplir seraient 
sans cesse entravées , il demanda son 
rappel , afin de ne pas être obligé de 
déranger la marche des choses dans 
ce pays. Alors ou l'envoya comman- 
der à Gibraltar, et ce fut un heureux 
choix ])Our le salut de cttic impor- 
tante forteresse. Son extrême vigi- 
lance, la discipline sévère qu'il y éta- 
blit, l'extrême sobriété dont il donna 
l'exemple qui bientôt fut imité, les 
préparatifs judicieux qu'il fit pour se 
défendre , l'habileté avec laquelle il 
employa les moyens qui étaient à sa 
disposition , le mirent à même de bra- 
ver pendant plusieurs années, avec 
une poignée d'hommes , les efforts 
réitérés des armées espagnoles et de 
leurs alliés les Français. La vigueur 
des attaques qu'il eut fréquemment à 
essuyer eut suffi pour épuiser toute 
autre troupe conduite par un autre 
général. Toujours prudent et réfléchi, 
Eliot ne détruisait pas , par une sor- 
tie prématurée , des travaux qui de- 
vaient couler à l'ennemi du temps , 
de la persévérance, de la dépense; 
il attendait tranquiliement qu'ils se 
fussent approchés du corps de la 



ELI 

place; alors , saisissant le momenf fa- 
vorable, il portait la destruction dans 
leurs ouvrages. Jamais il n'employa 
.ses munitions à des affaires de vaine 
parade ou à des attaques insignifian- 
tes ; jamais l'apparence de la sécurité' 
ne le détourna un moment de son 
assiduité à maintenir la plus exacte 
discipline : à visiter chaque jour tous 
les postes de la place ; jamais l'espoir 
d'obtenir un sivccès haz.irdeux ne lui 
fit sacrifier les jours de ses soldats. 
Pendant trois ans les yeux de l'Eu- 
rope entière furent fixés sur le rocher 
de Gibraltar, investi, attaqué par des 
armées formidables , défendu par un 
chef brave et déterminé , qui avait su 
inspirer ses sentiments aux hommes 
qu'il commandait. Ce fut surtout dans 
la fameuse journée du i5 septembre 
I 782 qu'Eliot donna les preuves les 
plus signalées de ce sang-froid et de 
cette intrépidité si nécessaires à l'hom- 
me entouré de périls imminents ( v. Ar- 
çoTs). Son humanité ne fut pas moins 
remarquable après ce jour si heureux, 
si glorieux pour lui , si funeste à ses 
ennemis, qui avaient réuni tous les 
moyens d'attaque imaginables pour 
emporter enfin cette forteresse de- 
puis tant d'années en butte à leurs 
coups. Il fit retirer de la mer et du 
milieu des bàlimcnts enflammés , les 
soldats ennemis dévoués à une mort 
certaine. Sa conduite le fit dès-lors 
])lacer parmi les guerriers les p!us 
lia'uiles, et son nom fut cité partout 
avec éloge et admiration. La paix vint 
lui permettre enfin de se reposer. Il 
en reçut la nouvelle avec joie, et lors- 
qu'il revint dans sa jtatiie, les accla- 
mations du peuple , les remerciraents 
qui lui fiuent adressés par le parle- 
ment , lui prouvèrent combien ses 
compatriotes savaient apprécitr l'im- 
portance de ses services. Le roi le 
nomma chevalier du bain, le 1 4 juin 



ELI 

1 'J87, le créa pair ; riifin , lui donnant 
un titre qui rappelait le roclx-r té- 
moin de ses exploits , il lui permit de 
prendre les armes de la forteresse 
qu'il avait si vaillamment défendue. 
Ce lieu était sans cesse présent à sa 
mémoire, il voulait aller y finir ses 
jours. Une attaque de paralysie l'en- 
gagea à prendre les eaux d'Aix-la- 
cbapelle; il devait ensuite s'eml).irqiier 
à Livourne ])Our Gibrallar , mais une 
seconde attaque mit fin à sa vie le 6 
juillet 1 Tgo. Son corps fut rapporté 
en Angleterre , et inhumé dans sa 
terre de Heatbfield, dans le comté 
de Susses , où on lui a élève' un mo- 
nument. E — s. 

ELIOTT (Jean), ministre anglican 
dans le i^*'. siècle, et missionnaire 
auprès des sauvages de l'Amérique 
septentrionale, traduisit de l'anglais, 
dans la langue des nations indiennes, 
ime Bible qui fut imprimée à C.mi- 
bridge en i665, gros in-4''. Outre 
la version des psaumes en prose, 
il en fit un autre en vers, qu'on trouve 
à la fin du volume. Cctio iJiMe est de 
la plus grande rareté. 11 y en a une 
à la liibliotlièque du roi; celle du duc 
delà Vallicre en renfermait une autre , 
et on en connaissait une troisième à 
la bibliothèque des pères de l'oratoire 
de la Rochelle.LeNouveau-Tcstanient 
avait été imprimé en 1661 et dédié 
au roi Charles II, T — d. 

ELIPAND. Foy. Feux dUrgel. 

ELISABETH (Ste. ), épouse de 
Zacharie , et mère de Jean - Baptiste , 
était de la race d'Aaron. Un ange étant 
venuannonceràZacharicqu'Elisab: th, 
malgré son grand âge , enfanterait un 
fils , elle conçut le précurseur du Mes- 
sie, et cacha sa grossesse pendant cinq 
mois. Un mois après, Marie, sa pa- 
rente , traversa les montagnes et vint à 
llébron, visiter Elisabeth : « D'où me 
>^ vient , dit Elisabelh . ce bonheur . 



E L I 2S 

» que la mère de mon seigneur vienne 
» ainsi vers moi ? Car aussitôt que 
» votre voix a frappé mes oreilles , 
» mon enfant a tressailli de joie dans 
» mon sein. » Marie resta enrore avec 
Elis;ibeth pendant trois mois , c'est-à- 
dire, jusqu'à la naissance de Jean-Ba])- 
tisle ; ce fut sa mère qui lui donua le 
nom de Jean , et Zacharie , qui était 
muet , écrivit ce même nom sur des 
tablettes. Les Orientaux croyent qu'E- 
lisabeth sauva miraculeusement son 
fils, lors du massacre des enfants du 
pays de Bethléem, et qu'elle se retira 
ensuite dans le désert, où elle termina 
ses jours, et où Jean- Baptiste se forma 
à cette vie austère qui lui mérita la 
gloire d'être pris pour le Messie lui- 
même. C T. 

ELISABETH DE HONGRIE 
(Ste.), fille du roi André II , naquit 
en 1207 , et épousa en 1221 le land- 
grave de Tburinge, Louis IV, dit le 
Saint , avec lequel elle avait été éle- 
vée, d'après l'arrangement lait par 
leurs parents, qui avaient ariêté ce 
mariage lorsqu'ils étaient encore au 
berceau. La cour de Marbourg, où 
résidait le landgrave , offrit alors à 
l'Allemagne le spectacle de la pratique 
de toutes les vertus chrétiennes. Lo 
pieux Louis laissait à son épouse l» 
plus grande liberté de se livrer à 
son goût pour la retraite, la prière 
et les mortifications, au point que 
son directeur , Conrad de Mai bourg, 
était quelquefois obligé de modérer 
son zèle pour les ausléiilés. Elle 
avait des heures réglées pour le tra- 
vail des mains , qu'elle employait or- 
dinairement à carder ou filer de la 
laine pour habiller les pauvres. Sou 
revenu était, à la lettre, leur patri- 
moine. Tous les jours on distribuait 
à sa porte des provisions à tous cciw 
qui se présentaient, dont le nombre 
s'élcvailqnelquefois jusqu'à neuf cents; 



24 ELI 

cl comme les plus infiimcs ne pou- 
vaient gravir le roc escarpé sur lequel 
csl siuu'' le château de Marboiirg , elle 
fit bàtii au pied de ce rocher iiri hô- 
pital pour les recevoir. Elle fonda 
d'autres hôpitaux et des maisons de 
traviil , et faisait élever nn j:;rand 
nombre d'urphrliiis el d'rnfants aban- 
donnés. L'austérité de sa vie et sur- 
tout son humilité, portée à un point 
qui scmlîlait peu compatible avec son 
rang, faisaient la censure du faste 
de la cour. Aussi sou mari , mort à 
Otrante en l'ia-j , au moment où il 
s'embarquait pour la croisade avec 
l'empereur Fx'édéric II, l'iiyaut laissée 
veuve avec trois enfants au berceau, 
une cabale violente se forma contre 
elle à la cour pour la priver de la ré- 
gence , sous prétexte qu'elle aurait 
dissipé en aumônes tout le domaine de 
l'état. Henri Raspon , frère de Louis , 
fut nommé régent, et poussa la du- 
reté jusqu'à chasser la princesse du 
château avec ses enfauts, en lui re- 
fusant Us choses les plus nécessaires , 
et défendant à tontes les personnes de 
la ville de les recevoir , sous peine 
d'encourir son indignation. Elle sup- 
porta ce masivais traitement avec une 
patience admirable, se rendit dans une 
église ou elle fil cli mter un Te-Deum 
eu actions de grâces de ce qu'elle avait 
clé jugée digne de souffrir. Après 
avoir erré quelques jours sans pouvoir 
trouver d'asyle convenable, elle se re- 
îua vers l'evêquc de Bamberg, son 
uncle, qui lui donna une maison com- 
mode auprès de son palais. L'année 
suivante , le corps du landgrave Louis 
ayant été r.;ppoitéeii Thuringe, lors- 
que la pompe funèbre passa à Bam- 
Lerg, les principaux barons qui l'ac- 
compagnaient furent touches de la 
vertu et des malheurs d'Elisabeth , et 
de la dureté de son beau - frère, lis 
promirent à la pieuse veuve d'agir en 



ELI 

sa faveur el de lui faire remire justicf , 
la régence lui appartenant de droit, 
suivant la coutume du pays. Mai» elle 
renonça de bon cœur au gouverne- 
ment, et ne demanda que son douaire 
et 11 conservation des droits de son 
fils au landgravial. Elle retourna donc 
à M.nbourg, et quoique sa tranquillité 
y fùl encore troublée par de nouvelles 
persécutions, elle y passa le reste de 
ses jours dans la pratique des vertus 
clirétiennes et religieuses. Elle y mou- 
rut <à l'âge de vingt-quatre ans, le 19 
novembre 1 25 1 , laissant un fils ( Her- 
m in II, landgrave de Thuringe, mort 
sans postérité en \i[^\ ) et deux filles , 
duni l'aînée ( Sophie ) éjiousa , eu 
l'iog, Henri 11 , duc de Hrabant; et 
l'autre ( Gertrude) , abbessc d'Alden- 
berg , ordre de Premontré , mourut 
en I 29'^ , et fut canonisée par le pape 
Clément VI. La vie de Ste. Elisabeth , 
par Thierri de Thuringe ( que l'on 
croit être le même que Thierri d'Apo!- 
da , biographe de S. Dominique ) , se 
trouve dans If s Lccliones antiquœ de 
Canisius. 11 faut v joindre un ft'ag- 
menl public par Lamberius , dans le 
tom. Il du Catalogue de la bibliothè- 
que de Vienne. Le détail de ses vertus 
et de ses miracles a aussi été écrit par 
son confesseur ( ^.Conrad de Mar- 
purg }. Elle a été canonisée en I255 , 
par le pape Giégoire IX, et l'église 
célèbre sa fête le 19 novembre. Les 
femmes du tiers-ordre de S. Françus, 
érigé en ordre religieux long-temps 
après la mort de la sain te, l'ont choisie 
pour patrone, et on leur a quelquefois 
doiuié le nom de religieuses de Sîe. 
Eli.abi Ih. C. 1\L P. 

ELISABETH ( Ste. ), reine de 
Portugil , née en 127 1 , était bile de 
Pieire 111 d'Arragon , et de Conslance, 
fille de Maiufroi, roi de Sicile. Dès 
sou enfance elle préféra les pratiques 
de dévotion aux études , aux délasse- 



y 



ELI 

monts convcn.ih'cs à son ranp;. A 
douze ans elle épousa Denis 1". , 
roi de Poitjgal ( Foj. Denis ). Ce 
fut plutôt un uiaiiaije de conven.incc 
qu'une union resserrée par les lions 
de l'unonr. Le ^rand prince à fjui I' s 
Portuj^ais décernèrent le titre de père 
de la patrie , laissa à sa femme la 
liberté de se livrer à son goût ponr 
les mortifications, f^es agiognplies 
rapportent qu'elle jeûnait une grande 
partie de l'anne'e, et qu'elle ne vivait 
que de pain et d'eau les vendredis et 
les samedis. Une conduite si étran- 
gère aux usages du trône pensa lui être 
funeste. Elle avait , dit-on , uii page 
favori , confident de ses plus secrètes 
pensées , et distributeur de ses au- 
mônes. Un camarade de ce page, 
jaloux de la faveur dont il jouissait , 
le dc'nonça au roi comme ayant avec 
la princesse un commerce criminel. 
Le monarque irrité fait venir un chau- 
fournier , et lui commande de jeter 
dans son four celui qu'il enverra lui 
demander si ses ordres sont exécutés. 
Le page accusé reçoit ensuite la fatale 
commission. Il obéit; mais, passant 
devant une église, il y entre, entend 
luie messe , puis une seconde , puis se 
livre à la prière. Le temps s'écoule ; le 
roi, impatient, envoyé le délateur au 
chaufournier pour apprendre le succès 
de sa ruse. Le rustre, trompé , prend 
ce page et le jette dans le four. Ainsi 
périt l'accusateur au lieu de l'accusé. 
Elisabeth avait eu de Denis deux en- 
fants : Alphonse, qui succéda à son 
père, et Constance, qui fut mariée à 
Ferdinand IV, roi de Castille. Al- 
})honse ayant formé contre son père 
nue conspiration , Elisabeth fut accu- 
sée de favoriser ses projets , et en 
conséquence exilée. Elle s'établit de- 
puis médiatrice entre le père et le fils; 
mais son opposition constante aux 
vues grandes et libérales de Denis, et 



ELI a5 

ses mrrnrs plus que ccnobifiques qui 
faisaient la satire continuelle de celles 
de la cour, w permirent jamais «pi'il 
régnât entre les deux époux une in- 
time confiance. Après la mort de De- 
nis, arrivée en i5.i5, E.isabeth prit 
l'habit du tiers-ordre de S.François, 
et se retira au monastère df-st^larisses, 
qu'elle avait fait bâtir àCoï'ubre. Eile 
y pa>sa le reste de s<s jours dans de 
continuelles mortifications, et mourut 
le 4 juillet i556. Eîlefut 'léalifiéc par 
Léon X en i5i6, et canonisée par 
Urbain VllI eu lÔJtJ. Sa fête est cé- 
lébrée le 8 juillet. Les agiographes de 
cette princesse sont nombreux , mais 
on doit les lire avec circonspect ion. On 
compte parmi les prin-- ipaux , Pieric- 
Perpigniani, Jean Carillo, Jacques Fi;- 
ligati. Jean Antoine de V^era y Zuniga 
et François Freira , tous jésuites, à 
l'exception de Cariilo. D. L. 

ÉLIS\BErH, fille de Wladislas 
Lokietek , roi de Pologne , épousa eu 
i5i9Charobert,roi de Hongrie, dont 
elle eut trois fils : Louis, qur depuis 
fut roi de Hongrie et de Pologne; An- 
dré, le malheureux époux do Jeanne, 
reine de Naples; et Etienne, duc de 
Dalmatie et de Slavonie. Elisab( tli 
pensa périr par un événement que 
Dlugosi raconte de la manière sui- 
vante : a La princesse, dit cet hisfo- 
» rien , était assise à table , au chà- 
» tcau deWizgrad sur le Danube, le 
» i8 mai i55o, avec le roi sou mari 
» et les princes ses fils , Louis et 
» André. Félicien, un des plus pnis- 
» sauts magnats du royaume, lequel 
» se trouvait dans la salie, tire un 
» poignard , qu'il tenait caché sous 
» ses vêlements, se jclte sur la reine , 
» à qui il coupa quatre doigts de la 
» main droite, avec laquelle elle chcr- 
» chait à garanfir sa tête; le roi, eu 
» défendant son épouse, fut blessé 
» Icgcreraent au bras gauche : dc-la 



26 ELI 

« Félicien se précipite sur les deux 
» jeunes piinccs; leurs gouverneurs 
» le désarment , et la garde étant ar- 
» rivée , il fut liaché en pièces. » 
Voici, à ce que l'on raconte, la cause 
qui porta ce malheureux à cette action 
exécrable : « Le jeune prince Casimir, 
» qui depuis monta sur le trône des 
» Polonais, se trouvait à la cour de 
» Hongrie près de la reine Elisabeth , 
» sa.sœur;ildevintéperdîimentaraou- 
■» reux d'une jeune personne , nom- 
» mée Claire, qui était fille de Féli- 
» cien et dame d'honneur de la reine, 
M Le prince tomba malade ; il décou- 
» vrit à la reine sa sœur les causes de 
» sa maladie. Cette princesse, qui ai- 
» mait tendrement sou frère , \int 
» avec Claire, sous prétexte d'appor- 
» ter à Casimir une boisson qu'elle 
» lui avait préparée. Sortant quelque 
» temps après, elle pria Claire de res- 
» ter jusqu'à ce qu'elle-même rentrât. 
» Se trouvnnt seul avec Claire, Ca- 
« simir lui découvrit sa passion ; ses 
» prières, ses larmes furent inutiles: 
>' il lui fit violence. Quelques mois 
w après , elle découvrit à son père la 
» honte dont on venait de couvrir sa 
» famille. Ne pouvant se venger sur 
» Casimir , qui était parti pour re- 
» tourner en Pologne, Félicien résolut 
» d'immoler la reine et ses emanis à 
» son ressentiment : il périt en vou- 
» lant exécuter ce dessein exécrable ; 
» son fils fut arrêté et attaché à la 
>' queue d'un cheval indompté. La 
» garde, après avoir mis le père en 
» pièces , se précipita dans les appar- 
v temcnts de la reine ; on arracha 
» Claire du milieu des femmes : on 
» lui coupa le nez , les lèvres , les 
» oreilles , et on l'exposa en cet état 
» au peuple. » Du temps d'Elisabeth , 
les Piastes , desquels elle descendait , 
cessèrent de régner en Pologne; elle 
eut une pari très active à ce grand 



ELI 

cvéncment. Casimir, son frère, n'ayant 
point d'enfants mâles, Elisabeth, 
qui avait beaucoup d'ascendant sur 
son esprit, lui représenta qu'il devait 
penser à se donner un successeur puis- 
sant par lui-même , tel que serait son 
neveu , fils d'Elisabeth , et qui , après 
la mort de son père , devait monter 
sur le trône des Hongrois ; que les 
princes de INIazovie , de Cujavie et de 
Silésic, lesquels formaient en Pologne 
les branches collatérales de la maison 
des Piastes , étaient trop faibles pour 
pouvoir repousser les attaques des 
voisins pnissantsqui entouraient la Po- 
logne, et pour contenir l'ambition des 
grands dans l'intérieur : elle flatta le 
prince; elle le fit inviter au congrès 
qui se tint à Wi/grad en i358. Casi- 
mir goûta le projet de sa sœur; il le 
fit approuver par les états du royau- 
me, et tout ce qui tenait à cette affaire 
importante ayant été enfin arrêté dans 
le congrès que les rois Casimir et 
Louis ( qui avait succédé à Charles 
son père) tinrent en i555 à Bude, 
Elisabeth , munie des pleins pou- 
voirs du roi son fils , se rendit à la 
diète convoquée à Zantoch , où, en 
jiréscnce de Casimir , elle n çut pour 
Louis le serment de fidélité de la na- 
tion polonaise. Casimir étant mort en 
1570, Louis nomma Elisabeth ré- 
gente du royaume de Pologne. Celte 
princesse s'abandonna aux conseils 
peifides de ses flatteurs; les plaintes 
contie son administration se firent en- 
tendre si haut , elles deviiirent si gé- 
nérales, que le roi son fils , en iS-jS, 
la rappela en Hongrie ; pour la dé- 
dommager., il lui assigna de riches 
domaines dans la Dalmatir. Une an-- 
née n'était pas encore écoulée, et Eli- 
sabeth avait réus^i à faire eh mger les 
résolutions de Louis ; elle revint en 
iS^g en Pologne, avec les mêmes 
pouvoirs qu'auparavant. « Celle priu- 



E 1. 1 

» cesse , dil Naruszcwicz , avait dcjà 
» atleint sa qnalre-vinglicrnc aiincc, 
» et elle se livrait, à cet âge , à tontes 
» les folies de la jeunesse. On ii'en- 
» tendait au chàieau de Cracovie ([ue 
» clianls, que jeux, que musique; les 
» affiires étaient abandonnées au ca- 
» priée de ses favoris. Le jour de 
» S. Nicolas il s'éleva une dispute en- 
» tre les Hongrois de sa garde el quel- 
» qiies habitants de Cracovie. Un gen- 
1) tilhornme polonais fut Itlesse'; ce fut 
» comme un signal donne dans toute 
» la vil'e: on tombait sur les Hongrois 
»> partout où on les rencontrait; ou 
» les égorgeait sans distinction d'âge 
» ni de sexe ; on les arrachait des 
» maisons, des caves où ils allaient 
» se cacher. On avait annoncé à la 
» princesse que deux de ses pages , 
» issus d'une des premières familles 
» de Hongrie, avaient eu le bonheur 
M d'échapper à la fureur des assas- 
» sins , qu'ils s'étaient réfugiés en lieu 
1» sûr; on les avait découverts, et le 
» lendemain ou eut la cruauté de ve- 
5) nir les égorger sous les fenêtres du 
» château même. Ayant passé quel- 
» ques jours enfermée , pleurant et 
» dévorée par les plus vives inquiétu- 
» des , Elisabeth s'enfuit de Cracovie, 
» déguisée et suivie d'un petit nombre 
» de domestiques. Elle revint en Hon- 
» grie , où elle mourut au mois de dé- 
» ceiiibre i58i. » Ou lui attribue la 
recette de la composition de l'eau aro- 
matique de romarin, qui , de son nom , 
est encore appelée Eau de la reine 
de Hongrie. G — y. 

ELISABETH WOODVILLE , 
reine d'Angleterre, était (illc de sir 
Kichard Woodviile , créé depuis lord 
Rivers, et de J^rqucliue de Luxcui- 
})0urg, duchesse douairière de* Bcd- 
lord. Eiic fut, dans sa jeunesse, de- 
moiselle d'honneur de Marguerite 
d'Anjou , femme d'Henri VI, et mariée 



E L I 27 

à l'àgc de seize ans, en premières no- 
ces, à sir .John Gray de Groby , dont 
elle eut phisieurs enfants. Son mari , 
qui servait dans le parti deLancasIre, 
fut tué, en i4'Ji, ^ la seconde ba- 
taille de St. - Alban. Ses biens furent 
confisques, Elisabeth , n'ayant dans 
cette triste conjoncture que la maisofi 
patei nclie pour asyle , se retira dans 
la terre de Graflon , que sir Richard 
possédait dans le Nurlhamptonshire. 
Un jour qu'Edouard IV chassait dans 
les environs , en 1 4^4 1 '^ ^''"^ rendre 
visite à la duchesse de Bedford. L'oc- 
casion parut favorable à Elisabeth 
pour demander au roi la restitution 
des biens de son mari, et pour le prier 
d'avoir pitié de ses enfants. Vivement 
omu de voir à ses pieds une si belle 
femme en pleurs , Edouard la releva 
en l'assurant qu'il aurait égard à l'obr 
jet de sa sollicitation. La conversation 
de cette femme charmante acheva la 
conquête que ses attraits avaient com- 
mencée. La passion du roi s'accrois- 
sait à chaque moment. Il devint à son 
tour le suppliant d'Elisabeth, el lui 
fil entendre que, raoycnnantuntendrc 
retour de sa part, il n'aurait rien à lui 
refuser; mais les transports, les ser- 
ments d'un roi , jeune , aimable , pres- 
sant, ne purent ébranler LLIisabclh. 
Tant de résistance irrita les désirs d'E- 
douard , accoutumé à trouver un accès 
plus facile dans le cœur des femmes 
auxquelles il adressait ses hommages. 
Sa passion l'emporta jusqu'à oifrir sa 
couronne et sa main à la personne qui 
par sa beauté et par sa vertu lui en 
paraissait le plus digue. Agréablement 
surprise de cette proposition , Elisa- 
beth l'accepta avec des sentiments de 
respect et de reconnaissance qui aclie- 
vcrent de gapner le cœur du monar- 
que. Comme il voulait pourtant g;uder 
des ménagements avec la duchesse 
d'York , sa mère , il se dcciJa , avant 



28 E 1. 1 

de terminer , à lui communiquer sou 
dessein. Surprise d'une résolution 
aussi précipitée , la duchesse adressa 
à son fils les rcpre'sentaiions les plus 
capables de l'en détourner. Il fut sourd 
à ses remontr.tnces : vola à Graftou 
où le mariage fut célébré si secrète - 
ment, que les ordres doiiuL's pour 
préparer le couronnement do la nou- 
velle reine , en divulgiicrctit seuls le 
secret. La surprise des grands et du 
peuple fut extrême, de voir le roi ma- 
rié avec une de ses sujolles, dans le 
temps qu'il Hiisait négocier, parVVnr- 
"vvickj à 1,1 cour de France , son ma- 
riage avec la princesse de Savoie, et 
que ce mariage était déjà arrêté. A la 
surprise des grands succéda leur ja- 
lousie , de voir toutes les grâces et les 
faveurs accordées aux parents et aux 
amis de la reine ; mais ce méconlenîe- 
iiient fut peu de chose en comparaison 
du dépil que conçut Warwick, d'avoir 
été ainsi jon*;. Il revint en Angleterre 
la rage dans le cœur , et médita ses 
projets de vengeance qu'il parvint à 
exécuter en i/j^o. Edouard , pour- 
suivi par cet homme devenu son cn- 
u<?mi implacable , lut contraint de 
quitter le royaume. Elisabeth , ins- 
truite de sa fuite , se retira dans l'asyle 
de Westminster , où elle fut suivie 
d'un très -grand nombre de partisans 
de la maison d'York. Ce fut là qu'elle 
accoucha d'un prince auquel ou donna 
le nom d'Eilouard, et qui naquit hé- 
ritier d'un grand royaume , taudis que 
son père le perdait. Après qu'Edouard 
fut remonté sur le trône , Elisabeth , 
qui n'avait rien perdu de son empire 
sur son cœur, continua à n'en profiter 
que pour assurer la fortune de sa fa- 
mille. Cette conduite excita le mécon- 
tentement de la nation , qui lui re|)ro- 
chait d'aiileurs un luxe immodéré. 
Parmi les gi'ands qui nourrissaient 
contre elle une haine invétérée , le duc 



ELI 

de Clarence , frère du roi , ne prenait 
aucune peine pour dissimuler ses sen- 
timents. Elisabeth, de son coté, ma- 
nifestait pour lui une aversion qui fut 
encore augmentée lorsque dans les 
sanglants débats qui précipitèrent mo- 
mentanément Edouard du trône , elle 
vit son père, et un de ses frères, 
traînés à l'échafiud par le parti dans 
lc([uel Clarcuce s'était jette. Les histo- 
riens prétendent , que , profitant de 
quelques brouilleries , survenues entre 
les deux princes , elle s'unit au duc de 
Glocestcr, autre frère du roi, [)our 
faire prononcer la mort de Clarcncc. 
Edouard mourut en 1 485. Elisabeth, 
qui, pendant la vie de son époux , 
avait profité de l'ascendant qu'elle 
avait sur son esprit, pour éloigner de 
la cour l'ancienne noblesse , et y pla- 
cer des hommes qui lui devaient leur 
élévation, espérait par cette conduite 
et par son indulgence pour les fré- 
quents écarts d'Edouard , conserver 
son crédit tant qu'il vivrait, et si elle 
lui survivait, s'assurer le gouverne- 
ment sous le nom de son fils , quand ce 
jeune prince monterait sur le trône; 
mais , par une fatalité assez ordinaire 
aux projets les mieux combinés , ce 
furent toutes ses précautions qui cau- 
sèrent sa ruine et celle de sa famille. 
Dès qu'Edouard eût les yeux fermés , 
les deux partis qui s'étaient formés à 
sa cour , et qu'il tâcha de réconcilier 
avant de mourir, oublièrent les pro- 
testations d'amitié qu'ils venaient de 
se prodiguer mutuellement, et chacun 
songea aux moyens de gagner l'avan- 
tage sur l'autre. La reine dépêcha un 
émissaire au comte de Rivers , son 
frère , qui était avec le jeune roi dans 
le (\jys de Galles, pour qu'il levât un 
corps de troupes afin d'escorter le 
prince jusqu'à Londres , et le protéger 
contre les desseins de leurs adver- 
saires. L'opposition qu'elle trouva à 



y 



ELI 

l'éxecution de «Uc inesiirc , et I.i 
crainte d'exciter une guerre civile , lui 
firent contremniidcr les ordres ({|helle 
avait donnc's. Ce jiremier faux pas de 
Ja reine exci'.a la jalousie des grands et 
du duc de Glocester, qui virent bien 
qu'Klisal.ifih avait voulu les exclure 
de radmiuisiralion , et gouverner de 
concert avec sa Fatnille et ses crëiilures. 
G'ocester profita dos dispositions ou 
il vit l'ancienne noblesse, pour s'em- 
parer de la personne d'Edouard V, et 
faire arrêter le comte hivers, et d'au- 
tres partisans de la reine. Elisabeth 
ne fut pas plutôt instruite de ces 
éveHcmenIs, que se vovant privée du 
secours de son frère et de son (ils , 
■ elle se réfugia une seconde fois dans 
l'asyle de Westminster, avec son se- 
cond iils , le duc d'York et ses cinq 
filles, espe'rant trouver dans ce refuge 
la même sûreté dont elle y avait joui 
autrefois contre les fureurs de la mai- 
son de Lancaslre. Rotherara , arche- 
vêque d'York , alla la trouver , et 
chercha à la consoler dans son atilic- 
tion extrême , en lui communiquant 
nu message amical du lord Hasting<;, 
nu des seigueurs du parti opposé. «Ce 
» que vous médites me présage quel- 
» que malheur, s'écria -t-elle, car Has- 
» tings est celui qui cherche à me faire 
» périr moi et mes enfants. » Alors le 
prélat voulant hii donner quelque es- 
pérance, lui dit qu'il n'y avait rien à 
craindre pour la personne du roi , 
puisque le duc d'York était hors de 
la puissance de ceux qu'elle regardait 
comme ses ennemis. Mais le duc de 
Gloct'ster ne tarda pas à annoncer 
qu'il employerait tous les moyens , 
luème les plus violents , pour que le 
duc d'York fut réuni h son frère. 
Les deux archevêques allèrent donc 
pour persuader à Elisabeth d'envoyer 
son jeune fds à la cour. Elle résista 
long-temps à leurs repre'sentalious , à 



ELI 90 

leurs prières, à leurs supplication-:, 
car clic regardait la vie du roi ecjninic 
plus assurée, tant que son frère serait 
dans un asyîe qui lui semblait inviola- 
ble, mais, ne trouvant personne de 
son avis , et sachant que le conseil me- 
naçait, en cas de refus, d'eu venir à 
la force, elle fit amener son fds aux 
prélats, et, comme frappée d'un pres- 
sentiment funeste sur le sort qui atten- 
dait cet enfant, elle l'embrassa tendre- 
ment et l'arrosa de ses larmes, lui dit 
ti istement adieu, et le remit entre les 
mains des deux prélats , avec les mar- 
ques de la plus vive douleur. Elle ne 
revit plus ses deux fils. I^e duc de 
Glocester se fit proclamer roi , sous le 
nom de Richard III , et les fit déclarer 
bâtards ; une mort violente mit fin 
aux jours du comte de Rivers et 
de ses compagnons d'infortune. Eli- 
sabeth était encore dans son asylc 
de Westminster , avec ses filles , dé- 
plorant ses infortunes , lorsque la 
mère du comte de Richeraond lui en- 
voya son médecin , pour lui confier le 
pi'ojct formé par quelques mécontents, 
d'élever le comte sou fils siu- le trône 
d'Angleterre, et lui dire surtout que 
toute l'espérance du succès consistait 
dans l'union des deux familles d'York 
et de Lancastrc , par le m iriage de la 
princesse Elisabeth , fille aînée de la 
reine , avec le comte de Richeraond. 
La reine donna son consentement à 
tout , et ajouta qu'elle souhaitait que le 
comte s'engageât, par serment, d'é- 
pouser Elisabeth , ou Cécile sa sœur 
cadette, si Elisabeth mourait avant !e 
mariage. Le comte se conforma à cette 
demande , le jour de Noël 1 483 , dans 
la cathédrale de Rouen , et tous les 
Anglais ])ré3ents lui jurèrent serment 
de fidélité. Richard, instruit de ce pro- 
jet de mariage, cJhercha à le rompre. 
Il parvint à persmder a Elisabeth qu'il 
souhaitait vivre en bonne intelligence 



5o ELI 

avec elle, reconnut qu'elle avait été 
irailee trop rigoureusement , lui promit 
de s'inicrcsscr au sort des frères qui 
lui restaient, de prendre soin de ses 
iillcs ^ et de les marier suivant leur 
rans;. Enfin il lui fit insinuer que son 
dessein était d'e'pouser la princesse 
Elisabeth , dans le cas où sa femme , 
dont la saute était languissante depuis 
la mort de son fils , viendrait à mou- 
rir. La reine, vaincue par toutes ces 
considérations , ennuye'e de vivre dans 
$on asyle , qui était réellement une 
prison , et croyant que le complot du 
comte de ilicliemond était manqué par 
la mort du duc de Buckingham , son 
principal ioiiticn , remit ses cinq filles 
à Ridiard. On doit être surpris néan- 
moins de la voir , malgré tous ces mo- 
tifs , oublier les outrages sanglants 
qu'elle avait reçus de Richard, se prê- 
ter à sa demande , et écrire même à son 
propi e frère , pour l'engager à quitter 
le parti de sou frère ; mais cet éton- 
nement cesse si l'on considère , avec 
Walpole, dans son ouvrage sur le 
règne de Richard III, que probable- 
ment ce prince prouva à Elisabeth 
qu'il n'avait pas assassiné ses deux fils, 
et que la mort de son frère et de son 
fils du premier lit, était l'ouvrage de 
Hastiugs. D'ailleurs , le parlement 
ayant déclaré nul son mariage avec 
Edouard IV, l'espoir de voir sa fille 
mariée à Richnrd III , dut flatter sa 
vanité. Une ancienne Chronique dit 
qu'à la fête de Noël 1484? on fut 
scandalisé de voir la reine douairière 
et sa fille aînée en robes royales toutes 
pareilles. On pe\it donc croire , avec 
quelque vraisemblance , qu'Elisabeth 
ne regardait pas Richard comme le 
meurtrier de la plupart de ses parents. 
Apres h fin tragique de ce monarque . 
elle s'attendait à la reconnaissance du 
comte de liichemond, devenu roi sous 
le nom de Henri VII , pour avoir dès 



ELI 

le principe, favorisé ses projets. Mais 
ce prince, qui avait la prétention de 
ne devoir ses droits au trône qti'à lui- 
même , la négligea. Quand Elisabeth 
vit son crédit ab'^olument tombé à la 
cour, sa fille traitée durement, tous 
ses amis dédaignés , elle conçut la plus 
vivo animosité contre Henri, et réso- 
lut de lui faire éprouver tout son res- 
sentiment. Elleencouragea l'imposture 
deSinmel, qui voulut se faire passer 
pourlecomtedc Warwick, filsduduc 
de Clarence , quelques personnes 
même conjecturèrent qu'elle avait , 
avec d'autres partisans de la maison 
d'York, persuadés probablement de 
l'existence du second fiisd'EdouardlV, 
ourdi cette trame pour éprouver l'atta- • 
chement de la nation à cette maison. 
Cnr, malgré l'esprit inquiet et intri- 
gant d'Elisabeth , il n'est pas croyable 
qu'elle eût voulu , dans l'espace d'un 
an , essayer de détrôner sa fille , et 
plonger de nouveau la nation dans les 
horreurs de la guerre civile, si elle 
n'eût pas li'availlé dans l'espoir de ' 
procurer la couronne à son fils. Les 
soupçons de Henri le portèrent à as- 
sembler un conseil composé de ses 
plus intimes confidents, pour les con- 
sulter sur la conduite h tenir envers sa 
belle-mère. Par suite de ces délibéra- 
tions , Henri fit arrêter Elisabeth en 
1 4^6 , confisqua tous ses biens , et 
l'enferma pour le reste de ses jours 
dans le couvent de Barmondsey. 
Comme il ne voulait pas faire conftaî- 
tre au public la cause véritable d'un 
traitement si rigoureux , il fit courir le 
bruit que c'était en punition d'avoir, 
malgré la convention secrète de lui 
donner sa fille en mariage , livré cette 
pi incesse et ses sœurs à Richard IIL 
Mais ce crime, si c'en était un , devait 
être oublié depuis long-temps , et il 
pouvait facilement être excusé. Aussi 
la nation r esta -t-elle persuadée que le 



y 



ELI 

roi, ne voulant pas accuser formeHe- 
mciit sa bellc-tncrc de tremper dans 
une conspiration contre lui, cachait 
sa vengeance ou ses précautions sous 
l'apparence d'un grief ancien et connu. 
On ne lut cpie trop confirme dans ce 
soupçon quand on vit H.Miri zontinucr 
à traiter celte reine inforlune'e avec l.i 
même rigueur jusqu'à sa mort , arrivée 
en 1488. Gomme personne n'ignorait 
qu'elle avait été un des principaux ins- 
truments de l'élévation de Henri au 
trône, on le taxa de dureté et d'ingra- 
titude, ce qui rend très probable , dit 
Bicon , la supposition qu'il y avait 
quelque chose de plus contre elle; 
mais que le roi, par raison d'état, ne 
voulut pas publier. Peu de femmes ont 
olTiTt un exemple plus frappant des 
vicissitudes de la fortune. Née dans un 
rang qui ne devait pas lui faire conce- 
voir l'idée de monter sur le trône, elle 
ne s'y assit et ne jouit pendant assez 
long - temps de tous les avantages de 
la grandeur que pour éprouver ensuite 
les revers les plus affreux. Enfin l'élé- 
vation de sa fllic fut la cause des mal- 
heurs qui empoisonnèrent la fin de ses 
jours. Elle fut enterrée à Windsor, 
auprès du roi son époux. C'est à elle 
que l'on doit le complément de la fon- 
dation du collège de la reine à Ox- 
ford , commencé par Marguerite , 
femme d'Henri VI. E — s. 

ELISABETH D'ANGLETElUŒ, 
reine d'Angleterre, était fille d'Edouard 
IV et d'E isabeth Woodville. Elle na- 
quit au commencement de 1466, et 
fut dans son enfance promise à Char- 
les VllI, alors dauphin. L'on a pré- 
tendu que le chagrin et le dépit de 
voir Louis XI manquer h la parole 
qu'il avait donnée à cet égard, hâtè- 
rent la fin d'Edouard IV. Cette asser- 
tioQ est peu probable; mais il est plus 
certain qu'Edouard, pour se venger 
de Louis, avait le dessein de lui faire 



ELI ôi 

la guerre quand il fut surpris par i.« 
mort. Lorsque les grands , mécoiitcnt«> 
di; Richard 111 , commencèrent à com- 
ploter sa ruine , et jetèrent les yeux 
sur Henri , comte de Hichemond , pour 
l'élever au trône d'Angleterre, ils 
songèrent, pour corroborer les droits 
de ce dernier, à lui faire épouser Eli- 
sabeth , afin que cette union des deux 
familles de Lancastre et d'York étouf- 
fât tous les germes des guerres civiles. 
Elisabeth , reine douairière, alors ren- 
fermée avec ses filles dans l'asyle de 
Westminster , accepta avec empresse- 
ment les propositions qu'on lui fit 
pour Elisabeth. Plusieurs historiens 
ont avancé que Richard, instruit de 
ce qui se tramait, s'occupa d'empêcher 
ce mariage, jeta les yeux sur Elisabeth 
pour l'épouser; qu'eu conséquence, 
après être parvenu à la faire sortir 
avec sa mère et ses sœurs de l'asyle 
de Westminster , dès que la reine son 
épouse fut morte, en i484 , il lui of- 
frit sa main , qu'elle rejeta avec hor- 
reur; enfin, que ne voulant pas, à 
cause des conjonctures alors peu favo- 
rables pour lui , user de violence , mais 
croyant ne devoir pas lui laisser la li- 
berté de se choisir un époux , il l'avait 
fait enfermer dans le château de Sheriff- 
Hulton, dans l'Yorkshire. Avaut que 
Walpole dans sou Régne de Ri- 
chard m , attaquât l'autheuticité de 
ce récit , Tiudal , dans ses Remarques 
sur Rapin- Thoyras , avait déjà fait 
observer que Buck, dans son Histoire 
de Richard III , cite une lettre ori- 
ginale écrite de la main d'Elisabeth , 
et«dressée au comte de Norfolk. Eli- 
sabeth le prie de s'entremettre de son 
mariage avec le roi , dont elle parle 
dans les termes les plus passionnés; 
ajoute qu'elle est à lui de cœur et de 
pensée ; finit par observer que la plus 
grande partie du mois de février est 
déjà passée , et témoigne la plus vive 



:rl E L I 

impnticnrc de voir arriver le mois 
d'avril. Or, les médecins avaient dé- 
clare que !a reine , dont la sanlc était 
languissante , ne vivrait pas jusqu'au 
mois d'avril. Une chronique du temps 
lapporte qu'a la fctc de Noël i 485 , 
on était cliuquc de voir la reine et sa 
fille vêtues toutes deux de robes roya- 
les. 11 n'est donc pi;s picsuniablc, 
comme l'observe Walpolr , que Ri- 
cbard, instruit du projet d'alliance en- 
tre Elisabeth et le comte de Kiche- 
raond, ait amuse' la jeune princesse 
de l'espérance de l'élever au trône. 
Celle idée devait d'autant plus lui sou- 
rire ainsi qu'à sa mère, qu'un acte du 
parlement avait déclaré le mariage 
d'Edouard IV avec Elisabeth nul, et 
par conséquent leurs enfants bâlards. 
IjOrsqu'ensuife Richard vit commen- 
cer l'exécution des complots formés 
contre sa personne, il était tout na- 
turel que pour mettre Elisabeth à l'a- 
bi i d'être enlevée par les mécontents , 
il la Ht enfermer sous bonne garde 
au château de Sherift-Hullon. A peine 
Henri se fut-il emparé du trône, que 
ne croyant pas à propos, pour la sû- 
reté de ses droits , de laisser Elisa- 
beth dans une province éloignée, il la 
fit prier de venir à Londres auprès 
de sa mère. Cependant, comme son 
dessein n'était pas d'.ippnyer ses droits 
au trône sur son mariage avec cette 
princesse , il ne l'épousa que le 1 8 
janvier 1 486 , après s'être fait couron- 
ner. La joie que le peuple témoigna en 
cette occasion fut bien plus vive que 
celle qu'il avait manifestée à la pre- 
mière entrée de Henri dans Londr^, 
ou à son couronnement. Cette marque 
de r.iff'Ctiou universelle pour la mai- 
son d'York blessa vivement Henri. 
Malgré la beauté et les qualités aima- 
bles d'Elisabeth , il se condui'-it envers 
elle avec une froideur marquée. Il dif- 
féra deux ans entiers de la faire cou- 



ELI 

ronncr, quoiqu'elle fût déjà accouchée 
d'un fils , et 2>i'obabI"mcnt il n'y eût 
jamais consenti, s'il n'eût cru porter 
du préjudice à ses intérêts en se refu- 
sant constamment à cette cérémonie, 
dont le délai prolongé causait un mé- 
contentement général. Après avoir 
donné quatre enfants à son mari, qui 
ne cessait de la regarder comme une 
rivale dangereuse, Elisabeth, abreu- 
vée de chagrins, mourut le 1 1 février 
1 5o?. , en couche d'une fille nommée 
Elisabeth , qui ne lui survécut pas 
long-temps. Elle fut enterrée à West- 
minster, dans la magniGque chapelle 
que son époux avait fait construire. 
E — s. 
ELISABETH DE BOSNIE, reine 
régente de Hongrie, fille d'Élicnue , 
roi de Bosnie , épousa Louis-le-Grand , 
roi de Hongrie et de Pologne, Déclarée 
régente du royaume et tutrice de Marie 
sa fille, après la mort de ce prince, 
eu 1 58i , elle confia les rênes du gou- 
vernement à Nicolas Garo , palatia 
de Hongrie. Ce ministre im[!érieux ré- 
prima les grands , et occasionna une 
révolte : on prit les armes de toutes 
parts. Charles de Duraz, roi de Naplcs , 
profitant de ces désordres, usurpa la 
couronne de Hotigrie, et fit jeter Eli- 
sabeth et Si fille dans une étroite pri- 
son. Mais le palatin Garo , qui re- 
gardait Charles de Duiviz comme un 
tvnn , le fit assassiner , el délivra aus- 
sitôt la reine et sa fiiîe. Elisabeth , 
ayant voulu ensuite parcourir les di- 
verses provinces du royaume avec son 
fidèle ministre , tomba entre h s mains 
de Giornard,guuv( rnem de la Croatie, 
partisan de Charles de Duraz, qui, 
pour venger la mort de ce prince, fit 
tuer le palatin Garo, son meurtrier, 
et noyer Elisabeth , aprc.s l'avoir fait 
enfermer d <ns un sao , en i d86. 11 se 
contenta de resserrer sa file Marie 
dans une dure prison ; mais Si|jis- 



ELI 

moud, marquis de Brandcboinf; , au- 
quel celte [)iincessc avait cle promise , 
vint la délivrer et l'épousa, après avoir 
l'ait pc'rir son persécuteur par le der- 
nier supplice. B — p. 

ELISABETH , reine d'Au},'leterre, 
naquit le 7 septembre i555, du roi 
Henri VHl, et de la fameuse Anne de 
Bouk-n , que ce tyran voluptueux avait 
épousée en secret, avant racrae d'a- 
voir tait prononcer son divorce avec 
ilillieiine d'Arragon , et qu'il épousa 
publiq^jeraenl le 20 mai i535, dix- 
sept jours après le divorce prononcé, 
et trois mois et demi avant la nais- 
ssnce d'Elisabeth. Lorsqu'après avoir 
répudié sa première femme , H( nri 
eut fuit décapiter la seconde , pour en 
épouser une troisième , il déclara éga- 
lement illégitimes , également incapa- 
bles de régner, et sa fî'le Marie, née 
du premier , et sa fille Elisabeth, née 
du second mariage. Le troisième lui 
donna un fils (Edouard VI) qui, en 
venant au monde, coûta la vie à sa 
luère (Jeanne Scymour). On vint dire 
au roi que la reine ou son enfant étaient 
dans un danger mortel et inévitable: 
« Sauvez le fruit , répondit brulale- 
» ment le barbare époux, on ne se 
» donne point diS enfants à son gré , 
» et l'on trouve autant de femmes 
» qu'on en veut. » En cïïcl, il en trouva 
encore trois , Anne de Clèvcs , Cathe- 
rine Howard, et Catherine P.irr. La 
première fut répudiée , la seconde dé- 
cipilée, la troisième, tout près de 
l'être , dut son salut à une heureuse 
adresse qui suivit un heureux hasard: 
aucune de ces trois ne devint mère. 
Menacé d'une fin prochaine, l'é- 
poux homicide ne voulut cependant 
pas mourir père dénaturé. 11 fit un 
testament pour régler la succession au 
trône; révoqua la clause d'incapacité 
prononcée contre ses deux filles ; ne 
laissa point le parlement révoquer la 

xm. 



KLI 



57) 



clause d'illégitimité ; mais ordonuu 
qu'Edouard, INFaric , Elisabeth, ré- 
gnciaient successivement , à défaut de 
postérité du |)rcmier et de la seconde. 
Edouard , âgé alors de neuf'ans , mou- 
rut à quinze, après une minorité rem- 
plie de troubles et de scènes sanglan- 
tes : la destinée de l'Angleterre reposa 
sur les deux têtes de Marie et d'Elisa- 
beth. La fille de Catherine d'Arragou 
devait être catholique par conviction ^ 
et la fille d'Anne de Bouk-n protes- 
tante par calcul : il était clair que la 
lutte des deux religions allait décider 
des destins du peuple anglais ; que 
les monuments de l'histoire seraient 
aux ordres du parti vainqueur, et que 
le fanatisme triomphant resterait eu 
possession de dilTaracr exclusivement 
le fanatisme qui aurait succombé : c'est 
une réflexion qu'il ne faut pas perdre 
de vue quand on veut suivre dans leur 
règne, et juger avec impartialité les 
deux filles de Henri VHL Marie régud 
la première, et s'abandonna aux con- 
seils de Gardiner, évêque catholique 
de Winchester , qu'elle tira de prison 
pour en faire son chancelier et sou 
premier ministre. Elisabeth , formée 
par le docteur protestant Parker, à 
qui Anne de Boulen l'avait recomman- 
dée en mourant, laissa d'abord péné- 
trer son penchant pour la réforme. 
Déjà inquiétée sous le règne d'Edouard 
par l'ambitieux duc de Northnmber- 
land , elle le fut bien davantage sous 
celui de Marie , par l'ambitieux et fa- 
natique Gardiner. Au milieu des sauj 
glantcs persécutions qucce dernier sus- 
cita contre les partisans de la réforme , 
il ne cessait de répéter à la reine que 
ce n'était pas seulement les membres 
du protestantisme qu'il fallait couper , 
mais sa tête qu'il fallait abattre , et que 
si l'on ne sacrifiait pas Elisabeth , le 
rétablissement de la vraie religion ne 
serait que momentané. On voulut im- 



34 ELI 

pliqner la jeune princesse dans la cons- 
piration de Wiat, et peut-être avait- 
elle donne lieu à quelque soupçon. Elle 
fut arrêtée et conduite à la Tour , le 
1 1 mars 1 554 , àgëc alors de vingt- un 
ans. Mais quoique Wiat et ses cora- 
pliccs eussent place' sur elle leur prin- 
cipale espérance , ils déclarèrent sur 
l'échafaud qu'elle avait ignoré leur ré- 
volte. Elle-même, interrogée par le 
conseil , se défendit avec une présence 
d'esprit et une fermeté qui en impo- 
sèrent. Enfin , par une circonstance 
bizarre, elle eut pour protecteur dé- 
cidé ce Philippe d'Espagne , que Ma- 
rie avait cboisi pour époux. Plus am- 
bitieux encore que superstitieux, et 
encore plus ennemi de la France 
qu'ami de Uome , Philippe ne voulait 
pas , si les deux sœurs venaient à 
mourir sans enfants, que la jeune reine 
d'Ecosse, héritière du sceptre britan- 
nique, le réunît à celui du dauphin de 
France , son époux désigné. Elisabeth 
sortit de la Tour. On lui proposa d'é- 
pouser le duc de Savoie ; elle se garda 
bien de consentir à cet exil mal dé- 
guisé. Peut-être aurait -elle été plus 
tentée de répondre aux empresse- 
ments d'un seigneur anglais ( Courte- 
nay, comte de Devonshire), dont la 
royale origine était encore embellie par 
tous les dons de la nature , et que la 
reine Marie avait recherché en vain 
avant de prendre Philippe II pour 
époux. Elisabeth repoussa cette séduc- 
tion, soit qu'elle craignît d'irriter une 
.trop puissante rivale, soit que déjà elle 
ne Toulût pas dépendre, même quand 
elle avait besoin d'être protégée. Quoi 
qu'il en soit, n'ayant pu ni la perdre 
ni l'éloigner, sesennemis l'humilièrent. 
Le parlement, aussi servile pour Marie 
qu'ill'avait été pour son père, et qu'il 
devait l'être pour sa sœur , avait ou- 
vert sa première session eu déclarant 
Yalide et indissoluble le mariage de 



ELI 

Catherine d'Arragon , nul et illégal le 
divorce de Henri. Alors Anne de Bou- 
Icii n'avait j)lus été qu'une con( ubinc. 
Elisabeth reçut ordre de céder le pas 
à dçs parentes éloignées du feu roi , 
attendu que, quoique du sang royal , 
elle n'était pas née en légitime mariage. 
Bientôt on la confina d.ms le château 
de Woodstock , oîi elle fut étroitement 
gardée, tandis que le comte de De- 
vonshire était traité de même dans le 
château de Footheraingai. A tant de 
vexations et d'outrages, Elisabeth op- 
posa une fierté muette et une résigna- 
tion courageuse. Rendue encore à la li- 
berté par la protection de Philippe, 
elle s'imposa une vie retirée, dans une 
campagne dont l'accès n'était ouvert 
qu'à un très petit nombre d'amis. Dans 
sa retraite , comme dans ses donjons , 
elle employa utilement les jours de son 
infortune et les loisirs de sa solitude, 
tantôt à se pénétrer de cet esprit de 
prudence , de réserve et de discrétion 
dont elle avait tant besoin, tantôt à 
cultiver les fruits et à augmenter les 
trésors de sa première éducation. His- 
toire, philosophie, pohlique , élo- 
quence , poésie , musique , rien ne fut 
étranger à ses études et à ses succès, de 
tout ce qui peut orner l'esprit, forti- 
fier le caractère, animer ou embel- 
lir la vie publique et privée. Outre 
l'anglais , elle écrivait parfaitement le 
grec, le latin , le français, l'italien; 
et des autres langues de l'Europe 
aucune ne lui resta entièrement in- 
connue. Elle porta tout cela sur le 
trône, en i558, et elle y portail en 
même temps un extérieur majestueux 
et agréable, des yeux vifs et brillants, 
un teint d'une b'ancheur éclatante, 
enfin , malgré quelques imperfections, 
que l'œil, a-t-on dit, n'avait pas le 
temps de saisir, un ensemb'ede beauté 
répandu sur toute sa personne , et 
dont elle n'était pas médiocrement 



ELI 

Vfline : nous voirons cette vanité pro- 
duire de ç;raiids ( l de tcn Iblt-s «'fRls ; 
ainsi , riiistoricii d le biui;i iplie doi- 
vent ej;alcm' nt la lem.irquer. Ce fut 
le 17 novembre i558, qnVxoira la 
reine Marie. Le parlement était en 
se'ance. Les cominni'.es s'occupaient 
d'un bill portant « défense do rien 
» irnpiiiiier sans la permission du roi 
» Philippe et de la reine Marie , expë- 
» diee sous le grand sceau d'\ngle- 
» terre : premier exemple, dit le Jour- 
V nal parlementaire, d'une restreinte 
» mise à la liberté de la presse. » La 
discussion fut interrompue par un 
message des pairs , qui requéraient la 
chambre des communes toute entière 
de se rendre à leur barre. C'était pour 
y apprendre la mort de la reine Marie, 
et pour concourir avec la chambre 
haute a proclamer la reine Elisabeth. 
Pas une voix ne s'éleva dans tout ce 
parlement catholique pour contester ce 
qui avait été réglé par le testament de 
Henri YIIL Le nouveau règne fut an- 
noncé; le parlement se trouva dissous ; 
le bill inquisitorial disparut avec les 
communes qui l'agitaient ^ et avec le 
prince inquisiteur dont la royauté pré- 
caire veuriit de s'évanouir. L'avénc- 
inent d'Elisabeth excita une joie uni- 
verselle dans tout le royaume. Les 
malheureux protestants , dont le sang 
ruisselait sur les échafaudsj les catho- 
liques sages et humains , qui gémis- 
saient de voir leur religion dénaturée 
par la fureur et souillée par le meurtre; 
les Anglais, jaloux de leui- liberté, 
que tourmentait la seule idée de voir 
un irone britannique partagé par un 
prince espagnol ; et cette classe de 
grands dont l'ambition espère tou- 
jours dans un changement de pouvoir, 
et cette portion de peuple que son in- 
constance rend amie de toute nou- 
Teauté, accueillirent avec des trans- 
ports et des acclamations universelles 



ELI 35 

leur nouvelle reine , qui , de son côté, 
ne paila de ses sujets, ou a ses sujets, 
qi'avcc un langage d'amour. Sa marche 
de Halfield à Londres iiit unemaiche 
triomphale. Elle entra en souveraine 
tonte-puissante dans celte même tour 
on elle avait été délenuf prisonnière et 
accu -ce. Avec la solemnité dont elle 
devait maïqnrr tous es discours, et 
avec l'importance qu'elle savait atta- 
cher à sa personne, file remercia pu- 
bliquement l'Ere suprême de l'avoir 
«sauvée, com:ne Daniel, de la fosse 
» aux lions. » î*i'ayant plus rien à 
craindre des instruments s ibalterncs 
de la vexation qu'elle avait essuyée , elle 
affecta pour eux une c émence facile 
et professa un oubli absolu de toutes 
les injures. Etablie dans son palais , 
elle s'occupa aussitôt et des affnres de 
l'inlérieur et de celles du dehors. La 
première qui devait l'occuper, la 
grande affaire de son règne , était 
celé de la religion nationale. L'An- 
gletene allait-elle rester catholique ou 
redevenir protestante ? telle était 
la question sur laquelle il fallait se 
prononcer sans perdre de temps. L'é- 
vêque Gardiner avait précédé Marie 
dans le tombeau ; le cardinal Pôle y 
était entré avec elle : c'étaient les 
moyens de crainte et les moyens de 
persuasion qui manquaient à la fois 
au catholicisme; car i'cvêque chance- 
lier s'était fait redouter mèmepj-r ceux 
de sa croyance, et le cardinal légat 
s'était fait révérer et chérir même des 
proleslants. Il y avait bien un évêque 
Bouner plus cr.i-llemeiit «uperslitieus 
que Gardiner; el l'archevêque d'York 
à qui les sceaux avaient été nmis 
possédait plusieurs des qualités du 
cardinal Pôle : mais le premur n'était 
que haïssable , et aucun mélange de 
vénération ne venait tempéier et , 
pour ainsi dire, sanctifier la terreur 
q^u'il inspirait j le second avait le mé- 

S.. 



56 ELI 

rite reel de pratiquer la verlii , mais 
n'avait pas l'hcuieiix don de la faire 
aimer. Elisabeth ne paraissait rien 
nioinsquc décidée. Depuis sa première 
jeunesse, où elle avait manifeste' du 
penchant pour la réforme, elle s'était 
repliée sur elle-même, et, soit incer- 
titude, soit artifice, avait étendu sur 
SCS sentiments secrets le voile d'un 
doute impénétrable. On l'avait vue sui- 
vre publiquement le culte pratiqué par 
IMarie. A en croire Sanders , appelée 
par sa sœur mourante, elle lui avait 
promis deux choses : l'uue de payer 
ce que Maiie avait emprunté à ses su- 
jets pour les guerres de Philippe ; 
l'autre, de ne jamais laisser renverser 
la religion catholique qui venait d'être 
rétablie. Entre Sanders , qui assure 
ce fait , et Burnet qui le nie , on cher- 
cherait en vain l'impartialité d'un coté 
ou de l'autre ; mais c'est une chose in- 
conlestable qu'Elisabeth laissa dans le 
conseil prive treize membres que sa 
sœur y avait appelés, tous appuis zé- 
lés du cathoHcisme, et n'y introdui- 
sit que huit protestants. Ce qui est plus 
décisif et non moins certain , c'est 
qu'immédiatement après la mort de 
Marie, Elisabeth écrivit au chevalier 
Carne , ambassadeur d'Angleterre à 
Rome, cl lui ordonna de notifier son 
avènement au pape. Assis sur le trône 
pontifical , le cardinal Pôle eût sauvé 
pour jamais la religion ( alholique en 
Angleterre : Paul IV la perdit sans 
retour. Avec une hauteur aussi révol- 
tante que ses prétentions étaient in- 
sensées , il osa répondre à l'ambassa- 
deur d'Elisabeth, qu'il la trouvait bien 
hardiede s'être déclarée, de sa seule au- 
torité , souveraine de l'Angleterre, qui 
était un fief du Saint-Siège : que sa nais- 
sance d'ailleurs l'écartait du trône, tant 
que les sentences rendues par Clé- 
ment VII et Paul III, contre le ma- 
riage d'Anne de Boulen, se seraient 



ELI 

pas reVoqticcs : que si Elisabeth vou- 
lait lui demander grâce et se sou- 
mettre à ce qu'il lui plairait d'ordon- 
ner , les trésors de sa miséricorde pa- 
ternelle ne resteraient pas fermés a de 
telles supplications; mais que jusque- 
là il n'avait rien à entendre d'elle ni 
de ses ambassadeurs. En blâmant ici 
le pontife avec toute la sévérité que 
méritent un tel oubli de ses devoirs et 
un tel abus de son ministère , il est 
cependant juste d'observer que les di- 
vers potentats européens ont trop sou- 
vent reproché à la cour de Rome des 
attentats dont ils étaient plus respon- 
sables qu'elle. Ainsi , dans la circons- 
tance présente , la France, qui voulait 
que sa jeune dauphine fût reine d'An- 
glilerre ainsi que d'Ecosse ,qui même 
lui en faisait prendre le titre, pres- 
sait ardemment Paul IV d'excommu- 
nier avec solennité la fille d'Anne de 
Boulen, de la déclarer illégitime et in- 
capable de régner : au gré de cette 
puissance, le pontife était encore trop 
modéré , puisqu'il différait. L'Espa- 
gne , d'un autre côté , adressait au 
Saint-Siège des demandes d'un genre 
bien opposé. Philippe, veuf de Marie, 
voulait devenir l'époux d'Elisabeth, 
et avec non moins d'ardeur il sollici- 
tait du pape une dispense pour se ma- 
rier avec sa belle-soeur , et la recon- 
naissance de son titre de reine , pour 
que par tl'e et avec elle il régnât sur 
l'Angleterre comme sur l'Espagne. Le 
ponlifc savait que le monarque es- 
p'ignol avait adressé ses vœux direc- 
tement à la reine, et s'abusait jusqu'à 
croire possible qu'Elisabeth achetât 
sa couronne et un mari au prix d'un 
acte de soumission à l'autorité sacer- 
dotale du siège de Rome. Mais com- 
ment pouvait-on espérer qu'en épou- 
sant son beau-frère, elle voulût elle- 
même consacrer le mariage de Ca- 
therine d'Au'agon, auuulier celui de 



ELT 

sa propre mèic, et n'être reine que 
par la création d'un pape et la protec- 
tion d'un mari? Elle remercia Phi- 
lippe de son appui généreux dans les 
temps passes , li.i pro])Osa pour l'ave- 
nir les nœuds d'une bonne et solide 
amitié, mais éluda ^es poursuites 
amoureuses. Quant au pape , « il veut 
» tout perdre, dit-elle, pour me faire 
» gagner beaucoup » et elle n'Iiésila 
plus. Son ambassadeur reçut l'ordre 
de quitter Rotuc. Elle choisit, parmi 
les protestants de son cons<il , pour 
garde des sceaux , Nicolas Bacon, ju- 
risconsulte aussi dislinp,né que son fils 
devait être p,rand philosophe, mais 
l'un des agents de Henri VIII , et en- 
richi par lui des dépouilles de l'église ; 
pour secrétaire d'état , Guillaume Cé- 
cil , avide des mêmes dépouilles ; hom- 
me dont tous les partis ont dû recon- 
naître les grands talents , mais dont 
l'esprit de parti seul a pu défendre les 
principes ; prêt à jouer tous les rôles 
et à parler tous les langages ; protes- 
tant persécuteur sons Henri et sous 
Edouard, catholique superstitieux sous 
Marie ; créature de Soramerset et con- 
fident de Dudiey; serviteur de PoJe , 
après avoir clé l'instrument de Cran- 
mer ; revenu à son premier symbole 
dès qu'il pénétra que ce serait ci lui 
d'Elisabeth , et fidèle à elle seule , 
parce qu'il la vit, seule, fixer la for- 
lune. Le premier soin dont elle le 
chargea fut de diriger les é'eclions 
pour le nouveau parlement qu'elle 
avait convoqué. Sans en attendre la 
réunion , et en vertu de sa seule pré- 
rogative , qu'elle était aussi disposée 
à étendre , qu'on l'était peu à la res- 
treindre, elle ordonna de tels chan- 
gements dans les formes extérieures 
du culte, que tous les évêques ca- 
tholiques , moins un seul , refusèrent 
d'oiiicier à sou sacre. Un seul lui suf- 
fisait. Ou a imprimé qu'au milieu mê- 



ELf 57 

me de cette solenuité ( i.5 janvier 
I 5'')9 ) immédiatem( nt après avoir re- 
çu l'onction sainte , Eisabeih dit à 
ses filles d'honneur qui lui piésen- 
taient le manteau roval : a Ne m'ap- 
» prochezpas; cette huile puante vous 
» ferait mal au cœur, b Uc> auteurs 
catholiques et protestants ont publié à 
l'envi cette anecdote, les uns croy-'int, 
par ce blasphème , rendre la reine 
odieuse ; les autres voulant , par ce 
bon mot , rendre la cérémonie mépri- 
sable. Les écrivains sages des deux 
communions se sont accordés à relé- 
guer cette anecdote parmi les f;ible3 
imprimées. En retournant de l'ab- 
baye de Westminster à son palais, 
la reine, moins surprise qu'elle ne le 
parut, fiit arrêtée tout-à-coup par un 
enfant, qui, sous le personnage al- 
légorique de la Vérité, descendit à 
elle du haut d'un arc de triomphe, 
et lui présenta une Bible. Elle prit 
le livre dans ses mains, le pres- 
sa sur son cœur, comme pour s'en 
pénétrer. Elisabeth savait qu'à une 
page de ce livre était l'onction sainte 
donnée au roi Saiil par le grand-prêtre 
Samuel : comment se serait-elle laissée 
aller à blasphémer publiquement et le 
livre qu'elle allait poser sur son cœur, 
et la consécration du diadème qui ve- 
nait d'être placé sur son front ? l>nx 
qui ont tant aimé à l'en accuser, 
avaient un reproche plus vrai et 
plus grave à lui faire, celui d'avoir 
voulu être sacrée par un évêque ca- 
tholique , suivant le rit romain , et 
d'avoir juré au pied des autels le main- 
tien de celte même religion dont elle 
méditait le i-enversement , et que , 
dans dix jours, elle allait mettre en 
pièces avec une inconcevable rapidité. 
Le ib janvier 1 559 , s'ouvrit le par- 
lement destiné à opérer cette grande 
révolution. Le 9 février, les deux 
chambres déclarèrent Elisabeth reina 



38 ELI 

de droit divin , ei légitimement ÎS' 
sue du sanu^rujal. I>«; ib, la cham- 
bre liaiitrdcclar I la vv\i\c gouvernante 
suprême de l'Eglise ainsi ijue de 
lEtat. Le 22 mars, cette dé !ara- 
tion eut l'asseiitimeiit des co^]mune^J 
et la révolution fut faite. (Jn annulla 
toutes les lois religieuses de Marie; 
on réta])lit toutes celles de Heiiii 
\III et d'Edouard VL Un serment 
de suprématie spirituelle de la cou- 
ronne fut impose à quiconque avait 
le moindre rapport avec le gouverne- 
ment , mais , avant tout , aux e'vèques 
et au cierge; et pour fonder .son église, 
pour faire exécuter ses décisions , la 
reine fut autorisée a former cette cour 
arbitraire de liante commission , que 
devait si cruellement expier le plus 
vertueux de ses suce, sseurs. Que la 
chambre des communes, entièrement 
renouvelée depuis le dernier parle- 
ment , votât de pareilles lois , elle n'é- 
tait pas du moins en contradiciion 
avec elle-même; mais que, dans la 
cb.mbre haute , qui n'avait pas chan- 
ge , deux pairs laïcs seuls eussent joint 
leurs protestations à celles du banc 
episcopal , et que tous les autres eus- 
sent voté par acclamation sous Elisa- 
ieth , précisément le contraire de ce 
qu'ils avaient voté de même sous 
Marie , c'était un excès d'impudeur 
que, même aujourd'hui, l'on a encore 
peine à concevoir. Tous les évê- 
qucs , à l'exception d'un seul, refu- 
sèrent le serment, et aimèrent mieux 
sacrifier leur fortune qu'abandonner 
leur foi. Sur neuf mille trois cent 
quatre-vingt-six ecclésiastiques du se- 
cond ordre , i! n'y eut que cent quatre- 
vingt curés et quatre-vingt-quinze bc- 
néficiers qui suivirent l'exemple des 
évêques. Elisabeth n'était pas encore 
persécutrice; elle se contenta de des- 
tituer les réfractaires, en témoignant 
mùiie sou estime à plusieurs d'entre 



ELI 

eux. El'e récompensa et mit à profit 
la docilité des autres. La séparation 
d'avec Rome se trouva consommée : 
une des branches les plus illustres de 
ré-^lise chrétienne se détacha du tronc 
vénérable qui avai» traversé quinze 
cents ans, et qui tirait de ses vieilles 
racines tant de force et de majesté. 
A travers toutes ces lois qu'accompa- 
gnait une gr.'uidc libéralité de sub- 
sides , ceux qui décrétaient les unes 
et accordaient les autres, honteux de 
l'instabilité qu'entraînaient toutes ces 
successions co!latéra!(S de la couron- 
ne , Singèrent qu'ds étaient encore me- 
nacés d'une nouvelle métamorphose, si 
la reine c.'tliolique d'Ecosse restait hé- 
ritière présomptive de la reine protes- 
tante d'Angleterre. Une giande dé- 
putation des communes vint deman- 
der à Elisabeth de se donner à elle- 
même un appui coiisolatenr et à l'em- 
pu'e biitannique des héritiers directs. 
Av< c une impatience difhcilement con- 
trainte, et une vanité qu'aucun effort 
ne pouvait maîtriser, elie répondit : • 
« que depuis long-temps elle eût joui 
des honneurs du mariage , si les ins- 
tances des plus puissants monarques 
eussent pu ébranler ses résolutions ; 
mais qu'elle était persuadée que Dieu 
r.iv-iit mise dans ce monde pour s'y 
occuper de lui seul et de sa gloire di- 
vine ; (ju'elle ne voulait pas que les 
soins terrestres de l'hymen la détour- 
nassent de sa céleste mission, et que 
quand le fardeau de l'administration 
publique d'un lovaume venait de s'y 
joindre, il serait trop inconsidéré d'y 
ajouter encore les embirras domesti- 
ques du mariage. « Ou plutôt, » re- 
prit - elle en montrant l'anneau d'er 
mis à son doigt le jour de son cou- 
roiHiement , « je suis déjà mariée : 
» l'Etat est mon époux , les Anglais 
» sont mes entants : voici mon anneau 
» nuptial , tt je suis surprime que vous 



KLI 

• l'ayez sitôt oublie.uAn moins,» pour- 
suivit - elle eu se contenant toujours 
j)lusdilU(ileuient, « je vous sais gré de 
» n'avoir pas efc jusqu'à me nommer 
» lui époux; une telle proposition eût 
» ctc' trop indigue et de moi, en qui 
)) réside la majesté d'une souveraine 
» absolue, et de vous, trop sages pour 
» oublier que vous êtes nés mes sujets. 
)) Au surplus, si de nouvelles inspi- 
» rations de la divine providence me 
» portent jamais à changer ma vie f n 
» y associant celle d'un autre, comptez 
» sur un choix dont la république 
» n'aura rien à craindre. Si je pcr- 
» siste, reposez-vous sur cette provi- 
» dence du soin de diriger mes con- 
» seils et les vôtres , et de me donner 
» un successeur plus précieux pour 
» vous peut-être qu'un fils qui, né de 
» moi , pourrait après tout dégénérer 
» comme tant d'autres. Jusqu'à pré- 
» sent tout ce que je désire pour ma 
V mémoire et pour ma gloire , c'est 
» qu'on inscrive sur mon tombeau : 
« Ici repose Elisabeth , qui vécut et 
w mourut reine et vierge. » Nous 
avons cru devoir citer au moins une 
partie de ce discours, rapporté tout 
entier par Camden , parce qu'il est 
eai'actéristique. Après quelques actes 
de réhabi'itation accordés par la reine 
à des familles dont les auteurs avaient 
été condamnés soit par son père, soit 
par son frère ou sa sœur , Elisabeth 
mit fin à la première session de son 
premier parlement (mai i55g). En 
six mois elle avait établi la légitimité 
de son titre , l'état de sa mère , la reli- 
gion de son père , l'indépendance de 
.son sceptre et celle de sa personne, 
Elleavait terminepar une paixhonora- 
ble la guerre dans laquelle Philippe lï 
avait engagé l'Angleterre coutre la 
France. Pour jouir d'une sécurité com- 
plète il ne lui restait plus qu'une seule 
inquiétude à écarlei'^ mais celle-là 



ELI 09 

était vive : elle tenait au voisinage de 
l'Ecosso, à la naissance et à la religion 
de sa reine , à l'union de cette jeune 
princesse avec le dauphin de France, 
à l'amliiiionetà la puissancedes Guise, 
dont Marie Sluart était la nièce , et 
dont sa ujère, régente d'Ecosse, était 
la sœur. L'Ecosse avait bien été com- 
prise dans la paix faite avec la France ; 
mais malgré le traité et malgré les 
plaintes de Throcmorton , ambassa- 
deur d'Elisabeth, le dauphin et la dau- 
phine continuaient d'obéir à l'ordre 
du roi leur père , eu écartelant dans 
leur écusson les armes d'Angleterre. 
Henri II mourut ( 10 juillet iSSg^; 
François II et Marie Stuart s'intitu- 
lèrent roi et reine de France, d'E- 
cosse, d'Angleterre et d'Irlande; ils 
firent passer des troupes françaises 
dans le second de ces quatre royau- 
mes , avec le but aussi juste que rai- 
sonnable d'enchaîner les extravagan- 
ces et les fureurs presbytériennes, dont 
ce malheureux pays était depuis deux 
ans le théâtre ensanglanté, La Con- 
grégation de Jésus {nom que s'était 
donné à elle-même cette ligue de re- 
belles) rugit à l'idée d'être vaincue par 
la Congrégation de Satan , la pros- 
tituée de Bahjlone et V antechrist de 
Rome : elle envoya des ambassadeurs 
à Elisabeth , gouvernante de l'église 
sous le Christ, et lui demanda des sol- 
dats à opposer aux armes françaises. 
Elisabeth hésita , dit-on , par écono- 
mie : Cécil la détermina , et cette fois 
il eut raison. Sans les titres impru- 
dents qu'on avait fait arborer par Ma- 
rie , la reine d'Angleterre n'éîjt eu rien 
à dire en voyant la reine d'Ecosse em- 
ployer une force légitime pour domp- 
ter des sujets rebelles; mais dans la 
circonstance actuelle, une armée fran- 
çaise ne pouvait pas entrer dans Edin- 
bourg sans paraître menacer Londres. 
Une fois résolue d'agir, Elisabeth vou- 



/,o ELI 

lut que son action lût prompte et effi- 
cace : elle conclut une alliance avec la 
(^iOngrcj;.ition d'Kcosse ; envoya une 
armc'c de terre joindre celle des li- 
gueurs, soutint l'une et l'autre par une 
puissante flotte, cnferraa les Français 
dans Leilh, les força de capituler, et 
les fit sur- le-cliamp transporter en 
France sur ses vaisseaux. Deux traités 
passes, l'un entre les commissaires 
d'Angleterre et de France, l'autre en- 
tre Elisabeth et la Congrégation , sti- 
pulèrent que le roi et la reine de 
France quitteraient les armes et les 
titres de souverains d'Angleterre ; 
qu'un Ecossais seul pourrait occu- 
per d''S places en Ecosse ; que sur 
vingt-quatre personnes présentées par 
les Etats, Marie e» choisirait sept, 
les Etats cinq, et que cette commis- 
sion de douze serait chargée de tuulc 
l'administialion pendant l'abseuce de 
Marie ; que la reine d'Ecosse ne pour- 
rait fciire ni la paix ni la guerre sans le 
consentement des Etals , et que ceux-ci 
seraient convoques de droit, iramé- 
dialement après la ratification du trai- 
té. Rassurée désormais contre un dan- 
ger qu'elle avait reporté à sa rivale, 
chérie en Angleterre , puissante en 
Ecosse, redoutée en France, admirée 
de l'Europe, Elisabeth vit se renouve- 
ler de toutes parts les demandes pour 
obtenir sa main. Philippe II n'y pré- 
tendait plus; il s'était uni avec une 
sœur du roi de France. Mais le roi de 
Suède, le duc de Holstein , oncle du roi 
de Danemark, l'archiduc Charles , se- 
cond fils de l'empereur Ferdinand, 
Casimir , fils de l'électeur palatin, le 
comte d'Arran , héritier présomptif de 
la couronne d'Ecosse après Marie , et 
recommandé par la Congrégation , se 
mirent sur les rangs. Quelques sei- 
gneurs anglais, même de simples gen- 
tilshommes, enhardis par l'illustration 
de leur origine ou de leurs talents, 



ELI 

par le charme de leur esprit ou d« 
leur beauté, le comte d'Arundel, le 
lord Robert Dudiev, le chevalier Fic- 
keriiig ne craignirent pas d'aspirer à 
partager le trône et le lit de leur sou- 
veraine. Elisabeth distribua entre ces 
rivaux , selon ce qui convenait à cha- 
cun d'eux , et des signes de reconnais- 
sance qui attestaient les iouissances 
de sa vanité , et des refus qui ne pou- 
vaient blesser la leur , tant ils étaient 
aeeom pagnes de regrets ou d'indul- 
gence, de giàce ou de bonté. Mais si 
un mari pouvait faire craindre un maî- 
tre , un favori n'était qu'un esclave de 
plus : le cours des favoris commença , 
et le trône de la virginité devint le 
siège de la galanterie. Le premier as- 
pirant préféré fut Robert Dudiev que 
nous venons de noraîner : il était le 
plus jeune des fils de ce duc de Nor- 
thnmberland qui , après la mort d'E- 
dimard VI, avait voulu exclure du trô- 
ne les deux filles de Henri VIII , pour 
y taire asseoir sa propre belle-fille , la 
malheureuse Jeanne Grey. Par une 
de ces bizarreries du sort, Dudiey, 
qui, après le supplice de son père, 
avait été rétabli dans les honneurs de 
sa famille par la reine Marie , avait 
été aussi enfermé par elle dans la tour 
de LondiTS en même temps que la 
princesse Elisabeth, et leur première 
connaissance datait de ce séjour. Rien 
n'est plus singulier que de voir Cam- 
den , dans la même page , vanter « la 
» rare clémence de la reine comblant 
» d'honneurs celui dont le père avait 
» voulu la perdre, » puis ne pouvoir 
s'expliquer la brûlante faiseur de cette 
même reine pour ce même favori, que 
par une attraction nécessairement at- 
tachée à des fers qu'on a portés en 
commun , ou par l'influence secrète 
des astres sur deux êtres nés le même 
jour, à la même heure, sous la même 
constellation. Ce qu'il y avait de fà-. 



ELI 

clienx , et ce qui est prouve par le le'- 
moij^ii.Tge iinauinic de tous les liisto- 
rieii.s, nièiue de Hume, si paili<il pour 
Elisabeth , c'est que ce favori , daus 
un des pins beaux corps sortis des 
mains de la nature , recelait , avec 
une profonde ineptie, tons les vices 
les plus bas et les pins odieux. Tel 
était l'homme que choisissait la reine 
d'Angleterre pour premier objet de 
son affection , à qui clie avait donné 
l'ordre de la Jarretière dès la première 
année de son règne , qu'elle devait 
bientôt créer comte de Leicester, et 
qu'en attendant clic faisait son princi- 
pal ministre. A la vérité elle eut soin 
qu'il ne disposât que des grâces , et 
que Bacon et Cécil gardassent le dé- 
partement des affaires. Nous touchons 
à un événement aussi heureux pour 
Elisabeth qu'imprévu pour tout le 
monde, qui vint tout à coup la ren- 
dre maîtresse absolue de sa destinée : 
à partir de celte époque, il ne tenait 
qu'à elle d'augmenter de jour en jour , 
surtout de conserver sans trouble et 
sans tache son bonheur et sa gloire. 
François II et Marie Stuart refusaient 
de ratifier le traité d'Edimbourg, avec 
d'autant plus de justice, que dès le 
lendemain de sa conclusion prélimi- 
naire, la Congrégation, à laquelle on 
avait promis un parlement , avait cru 
pouvoir le convoquer elle-même sans 
l'intervention de sa souveraine. Ce 
parlement avait proscrit d'emblée la 
religion catholique, et , dans les accès 
de sa noire frénésie, avait, entre au- 
tres lois pénales , inflige pour une 
messe dite ou entendue , la confisca- 
tion de tous les biens, et une peine 
corporelle au choix des juges; pour 
deux messes, le bannissement à pcr- 
j)étuité , et pour trois la mort. En 
France, la conjuration d'Amboise, à la- 
quelle Elisabeth n'était pointélrangère, 
eloîi l'on ne s'était proposé rien moins 



ELI 4 ï 

qup l'arreslafion des princes lorrains 
et (Ju roi lui - même , avait échoue. 
Tous les ressentiments et toutes les 
forces des deux gouvernements réunis 
menaçaient donc les rebelle"- d'Ecos-c 
etleur protectrice, lorsque François II 
mourut tout à coup le !\ déccrahrfi 
i56o, après dix-sept mois de règne 
et dix-huit ai! s de vie. Marie Sluart, 
voyant ses liens avec la France rom- 
pus, et n'ayant plws d'ordres à rece- 
voir que d'elle-même , fit disparaîtif^ 
de son écusson les armes d'Angle- 
terre , et , prêle à retourner en Ecosse , 
crut pouvoir demander passage à tra- 
vers les états de sa cousine germaine 
Elisabeth , à qui elle venait de donner 
une si ample satisfaction. Qui aurait 
cru qu'elle pût essuyer un refus ? Elle 
l'essuya cependant. Ce n'était plus une 
rivale de puissance que craignait Eli- 
sabeth ; c'était une rivale de beauté, et 
sa coquetterie élait encore plus hai- 
neuse que son ambition. Elisabeth osa 
bien plus qu'interdire l'entrée de ses 
états à la reine d'Ecosse : elle scm.i 
la mer de vaisseaux pour intercepter 
celui qui allait rendre cetîe priacesso 
à SCS sujets , et lorsqu'à la faveur d'un 
brouillard épais, Marie eut aborde 
dans son royaume, Elisabeth sut l'y 
environner aussitôt de pièges et de 
trahisons , dont sa rivale devait tôt 
ou tard être la victime. Il y eut ce- 
pendant une réconciliation apparente 
entre les deux cousines. Fendant 
quelque temps Elisabeth travailla len- 
tement à ourdir la trame qui devait 
envelopper ses voisins de tant de 
troubles et de calamités. Alors son ha- 
bileté mieux dirigée faisait fleurir et 
briller son royaume par la culture, 
la navigation , le commerce , l'écono- 
mie d«ns les finances , l'abondance 
dans les magasins , la discipline dans 
les armées , la création de chantiers, 
la construclion de vaisseaux. Elle me- 



4a ELI 

ritait d'être appelée la restauratrice de 
de la ruarine anj^laise, la souveraine 
des mers du nord ; et ces titres , c< tte 
soi veraiiielé qui devait un jour s'é- 
tendre SI loin, compensaient pour les 
Anglais de ce siècle plus que des loris , 
plus que des vices : l'orj^ueil sali>fait 
leur faisait supporter ciêuie la liberté 
blessée. Callierme Groy , sœur de l'in- 
fortunée Jeanne, avait épousé secrè- 
tement Seyraour, «onitede Hartford, 
fils du duc de Sommerset, qui avait 
été protecteur pendant la minorité 
d'Edouard VI. Elle devint grosse, 
et sans autre crime que son mariage 
et sa grossesse , uiuqucnient parce 
qu'elle perpétuait une race qui pou- 
vait, un jour , avoir un droit éven- 
tuel à la couronne, Elisabeth, qui 
ne voulait pas qu'on pût lui succéder, 
fit enfermer à la tour la comtesse en- 
ceinte. Son mari , alors en France , 
revint déclarer son mariage et lécla- 
mer sa femme : il fut )( té clans la même 
prison qu'elle, et la reine fil juger par 
son archevêque de Cantorbéry que 
l'union était illicite, l'enfant qui allait 
naître illégitime , ses père et mère di- 
gnes de punition. La voie de l'appel 
leur était ouverte : Elisabeth mierdit 
l'appel. Un jurisconsulte aussi coura- 
geux que savant , Jean Halles prouva 
la légitimité du mariage , l'état de l'en- 
fant, le droit des éponx : Elisabeth 
fit emprisonner le patron ainï«i que 
les clients. Il y avait défense de lais- 
ser les deux époux communiquer en- 
semble : ils achetèrent de leurs gardes 
la libeité de se voir ; la comtesse de- 
vint encore mère; Eisabelh, pour 
ce nouveau délit, fit condamner le 
comte par sa chauibre étoilée à une 
amende de quinze mille livres ster- 
ling , cassa les officiers de la tour, et 
prit cette fois des mesures si justes 
que, pendant neuf années, ces malhcu- 
veux époux eurent le tourment de se 



ELI 

sentir enfermes l'un près de l'aufre, 
sans poinoir même espérer de se 
voir. Alors la comtesse succomba sous 
le poids de sa douleur. Pi es d'ixpi- 
rer, elle envoya demander à la reine 
la liberté de ses enlants et de l< ur 
père , quand elle ne pourrait plus en 
jouir, et elle mourut sans savoir 
qu'elle l'avait obtenue. M. Hume appel- 
le tout cela une sévérité excessive ; il 
ne manquait plus qu" d'appeler du nom 
declémmce la vie laissée au père (taux 
enfants. Et cependant il y eut un parle- 
ment eetfe année ! et aucun descs mem- 
bres n'imagina de demander compte, 
ni au garde des- sceaux ni au secré- 
taire d'ét-it , de ces emprisonnements 
arbitraires, de celte grande charte vio- 
lée , de cette ju-tice intervertie , de 
cette persécution meurtrière. Le par- 
lement , au contraire , devin t jM-rsécu- 
teur lui-même, en étendant le ser- 
ment de la suprématie spirituelle de 
la reine ; en statuant que celui qui re- 
fuserait deux fois de le prêter serait 
coupable de trahison. Un subside fut 
accordé à la reine , qui en avait grand 
besoin , parce qu'ennemie en tout lieu 
de la religion catholique, clie s'était 
conlédéiée aveclescalvinistesde Kran- 
ce, leur avait envoyé de l'argent avec 
des troupes, cl s'était fait livrer le 
Havre pour lui tenir lieu de Ca'ais , 
enlevé à sa sœur. Ei fin le parlement 
la pressa de nouveau ou de se ma- 
rier , ou de régler qui lui succéde- 
rai t sur le trône. Revenir sur un point 
aussi délicat, quand elle s'en était ex- 
pliquée aussi nettement , lui parut une 
offense. Son humeur éclata : elle ac- 
cusa la trop grande jeunesse d'une 
partie des députes , dit qu'elle était 
bien sûre que parmi eux les graves 
personnages ne la soupçonneraient 
pas d'oublier un si grand intérêt , et 
exprima le désir que les jeunes létes 
prissent exemple de leurs anciens». 



ELI 

Instruite ccpeiiclaiit que les communes 
étaient hlcsse'es de ccKe réponse, elle 
leur en (it une pins douce, mais tou- 
jours evasivc , lorsqu'à l.i clôture de 
la session, l'orateur de la chambre lui 
dit eiuphaliquemeiit : » que parmi les 
» grands législateurs on avait compte' 
» juiqu'ici trois femmes : la reine 
» Palc.stina , qui , avant Je déluge , 
» avait règle' tout ce qui était relatif 
» à la paix et à la guerre; la reine 
» Cérès , qui avait établi des peines 
» pour réprimer les mallaifeurs ; et la 
» reine JNLuic , femme de Balliilaiis , 
» mèn du roi Slilicus, dont les lois 
» avaient eu pour objet la conserva- 
V tion des hommes bons et vertueux. 
» Elisabeth était la quatrième femme, 
» qu'on joindrait désormais aux trois 
» autres. Ces trois autres avaient été 
» mariées; il fallait donc que la qua- 
» trièmc le fût aussi. » La pétition de 
la chambre avait donné de beaucoup 
meilleures raisuns que son orateur. La 
reine n'en voulut écouter aucune, et 
le parU ment fut prorogé pendant qua- 
tre années. Les événements se pres- 
sèrent dans cet intervalle. Le Havre, 
qu'Elisabeth prétendait garder pour 
le roi de France contre les Guise , fut 
repris par le roi de France et les Guise. 
Calais fut définitivement perdu pour 
l'Angliterre. La paix se fit entre les 
deux puissances, à des conditions 
moins honorables qu'E'isabcth n'était 
accoutumée à les obtenir , et , pour 
comble de disgrâce , les troupes qu'elle 
avait envoyées aux calvinistes français 
rapportèrent avec elles une poste qui , 
dans Loudres seul , enleva vingt mille 
citoyens en moins d'une année. Ce- 
pendant l'Ecosse demindait aussi à sa 
reine de se marier. Bonne et facile, 
entourée de Irsiircs et de persécu- 
teurs , Marie Stuart sentait plus qwe 
personne combien , dans son péril- 
leux veuvage , elle avait besoiu d'un 



ELI 43 

guide et d'un défenseur au-dedans et 
au-dehors. Ses oncles lorrains négu- 
cjcreut pour elle plusieurs mariages 
dans les premières maisons souve- 
raines de l'Europe : Elisabeth les fit 
tous échouer. Elle ala jusqu'à faiie 
espérer sa main à cet archiduc Charles 
à qui elle l'avait refusée, et à qui elle 
ne voidait pas la donner, dans I.j 
crainte qu'il ne demandât celle de 
Marie. Elle exprima fortement le désir 
que la ieine d'Ecosse , puisqu'elle vou- 
lait se marier, s'unît du moins à un 
Anglais , pour faire de son hymen le 
lien des deux royaumes. Elle lui pro- 
posa son favori pour époux , lui pro- 
mit , à ce prix, de la reconnaître pour 
son héritière , et eut l'air de ne créer 
Dudley comte de Leicuster que pour 
ce grand hymen. Comme elle trompait 
tout le monde , Leicester se crut délais- 
sé, accusa Cécil et Bacon d'avoir voulu 
l'éloigner, et leur en fit de vives que- 
relles. La reine d'Ecosse crut devoir 
se soumettre à la nécessité, et accepta 
la proposition. Alors Elisabeth ras- 
sura Leicester, dont elle n'avait ja- 
mais songé à se séparer, et ne voulut 
plus le donner à Marie dès que ceile-ei 
eut consenti à le prendre. ]\larie écrivit 
des plaintes amères, reçut des lépon- 
ses hautaines , envoya un ambassa- 
deur à Londres pour voir s'il n'était 
donc pas un moyen possible d'établir 
un rapprochement durable entre les 
deux souveraines. Melvil , c'était !e 
nom de cet ambassadeur, découvtit 
bientôt qu'autant Marie Stuart était 
sincère dans son désir d'une paix anu- 
cale, autant la fille de Henri V 111 était 
fausse et perfide dans toutes ses dé- 
monstrations d'amitié pour sa rivale , 
qu'elle détestait encore plus comii>« 
femme que comme reine. On peut vku' 
et dans les Mémoires de Melvil lui- 
même , et dans l'Histoire de liunie, 
à quel point Elisabeth , peudunt ic 



44 ELI 

ours de celle négociation , trahit le 
secret de ses petitesses, de sa vanité 
ridicule, de sa basse envie; comme 
elle épuisa les reclierches de la pa- 
rure , les costumes des différentes na- 
tions , tous les artifices des coquettes 
vulgaires, pour faire impression sur 
l'amb issadeur; et à l'idée du triomphe 
qu'anticipait son oigucil se joignait 
siiren)enl l'arrière pensée de rendre 
ce ministre infidèle aux intérêts de sa 
souveraine. Melvil revint à Edimbourg 
avec ses tristi s découvertes. Le vœu 
général des Ecossais indiqua pour 
époux à Maiie un Sluart, lortlD..rn- 
ley , fils 'de ce comte de Lénox que 
les commotions politiquesavaient porté 
en Angleterre , et qui , allié à la cou- 
ronne de ce dernier royaume , en 
était après Marie le phu prochain hé- 
ritier. La reine d'Ecosse se rendit au 
vœu de ses sujets , et contracta ce ma- 
riage qui devait lui être si funeste. 
Tout le temps qu'il s'était trailé, Eli- 
sabeth l'avait encouragé : elle voidut 
le rompre , dès qu'elle le vit près de 
se conclure ; elle s^mporta et s'oublia 
quand elle le vit conclu. Ëile s'en prit 
à la mère et à un frère du lord Jarn- 
ley , qui étaient restés à Londres; les 
fit enfermer à la Tour ; confi-qua 
tous les biens qu'avait en Angleterre 
la maison de Lénox; excita une in- 
surrection parmi les grands d'Ecosse; 
leur mit les armes à la main contre 
leur souveraine ; les désavoua quand 
ils furent vaincus ; leur promit eu se- 
cret sa protection , s'ils voulaient dé- 
clarer publiquement qu'elle n'avait 
point trempé dans leurs complots ; les 
chassa de sa présence, comme des 
scélérats , dès qu'ils lui eurent accordé 
cette déclaration: et ses panégyristes 
ont dit , et 'es échos ont répété : la 
Magnanime Elisabeth ! Marie Stuart 
eut un fils. Ce n'est pas ici le lieu de 
dire au milieu de quelles horreurs na- 



ELI 

quil cet enfant. Un ambassadeur écos- 
sais vint en porter 1 1 nouvelle à Elisa- 
beth. L'audience finie, restée seule au 
milieu de ses femmes , la tête appuyée 
sur sa main , et avec l'accent d'une 
douleur menaçante , elle s'écria : 
« La reine d'Ecosse est mère , et moi 
» je suis un arbre stérilfl » Quel se- 
cret obstacle emj'èchail donc la reine 
d'Angleterre de devenir ce qu'elle re- 
grettait tant (le ne pas être ? Son par- 
lement , enfin rassemblé après six pro- 
rogations, lui r( nouvel.! ses instances 
à cet égard ; et , celle fois , la dem.mde 
était commune aux deux chambres. 
L'une el l'autre n<- retentissaient que 
des mots de mariage et de succes- 
sion. Ou y accusait ouvertement la 
reine de ne compter pour rien le bon- 
heur de son pays, et la destinée de 
tout ce qui devait lui survivre. On fai- 
sait avec rffroi l'énumération de ceux 
qui se porteraient pour ses héritiers , 
si el'e mourait sans en avoir désigné 
un. Les ministres , et notamment (lécil 
étaient traités de conseillers pernicieux, 
Le duc de Noifolk, le eonite de Pem- 
brok,le favori lui-même, qui voulait 
encore p'us qu'il n'avait, osèrent dire 
que si la reine refusait encore de 
prendre un époux , le parlement de- 
vait lui nommer un successeur. Une 
promesse équivoque, apportée par les 
ministres , en réponse aux pétitions 
des chambres, ne satisfit point. Paul 
Wenlw'orth ( nom dt-stiné à figurer 
d.ins les annales parlementaires), ne 
craignit pas de prononcer que la reine, 
en s'obstinant à ne pas régler sa suc- 
cession , avait tout a la fois provoqué 
la colère du ciel et aliéné les cœurs du 
peuple. Une délibération commune fui 
annoncée entre des commissaires des 
deux chambres. Elisabeth leur envoya 
une défense expresse de s'occuper 
plus long -temps de cet objet. Went- 
vvorth mit en délibération : « Si des 



y 



ELI 

» ordres ou des défenses envoye's par 
» la reine, n'étaient pas une infrac- 
» tion des lil)ertcs et piivile}:;es de la 
» chambre? » question qui n'en serait 
plus une aujourd'hui , et qui alors 
donna heu à quinze heures de débats. 
L'orateur des communes, mande par 
la reine, le(U' apporta le lendemain un 
nouvel ordre positif, qui commandait 
le silence. I' ne fut pas plus obéi que 
le premier. Enfin , la fière Elisabeth, 
qui oitend ii4 la voix de la nition s'unir 
de toutes parts à celle de ses représen- 
tants , sentit qu'il fdlait parler un au- 
tre langage que celui du pouvoir ab- 
solu. Elle fit annoncer par l'orateur 
qu'elle révoquait ses deux ordres ; 
mais qu'elle désirait que la chambre 
n'insisiât pas sur cette question pourle 
moment. Cet acte de condescendance 
produisit lui effet magique, celui que 
produit presque toujours la puissance 
qui cède à la raison. 1 1 ne fut plus ques- 
tion dans la chambre que de félicita- 
tions mutuelles et d'acti(uis de giàces 
pour la reine. On vota un subside bien 
plus fert que celui qu'elle avait de- 
mandé. Elle en remit une partie, ne 
voulant pas être vaincue en géuérosilé, 
et disant qu'elle aimait mieux voir cet 
argent dans la bourse de ses sujets 
que dans la sienne. Cependant, pour 
prévenir le retour d'un nouveau con- 
flit, elle vint en personne au parle- 
ment , non pas le proroger , mais 
le dissoudre , et avec des expres- 
sions d'aigreur, qui témoignèrent trop 
la peine quelle avait eue à se vaincre. 
Pendant cin| ans , depuis 1 566 jus- 
qu'en 1571, elle n'assembla plus de 
parlement. De cette période sortirent 
en Ecosse les événements extraordi- 
naires qui devaient mettre Marie au 
pouvoir d'Elisabeth , et les rcndie 
peut-être aussi coupables l'une que 
l'autre. Nous renvoyons à l'article de 
Mari£ Stuart les détails de sa cou- 



ELI 45 

duile et de sa destinée dans l'intérieur 
de son royaume; ses iffreux Uialheius 
et SCS f.iuli s énormes ; l'horreur de ses 
tourmeiits et le crime, sinon de sa 
vengeance, au moins de sa faiblesse. 
Alors nous aurons à montrer le doa 
de sa main, de son cœur, et de sa 
couionne, payé par !a plus bisse et 
la plus noire ingratitude ; son vieux 
serviteur de confiance, [)oignardéà ses 
pieds , en présence et par ordre de son 
époux , quand elle était grosse de plu- 
sieurs niois;cetépoi!xmeintrier, meur* 
tri à son tour par un ambitieux , qui, 
dans l'excès de sou audace, enlève, 
subjugue , épouse et déshonore la 
veuve du roi qu'il vient d'dssassiner j 
des nobles qni , soit comme provoca- 
teurs , soit comme instruments du 
crime, ont, par un manifeste signé 
d'eux tous , commandé ou servi cet 
bymen coupable , et qui prennent les 
armes pour le punir ; la clameur des 
peuples, excitée par celle des factieux; 
le couple dénoncé , ne sachant plus où 
arrêter ses pas ni où reposer sa tête ; 
l'uifàme Bothwel , l'oppresseur et le 
corrupteur de sa noble et vertueuse 
souveraine, obligé de fuir pour jamais 
sur le continent , et sa misérable vic- 
time, femme prophanée, reine avilie , 
veuve sacrilège, mère dépouillée, traî- 
née en criminelle sur les routes , ab- 
diquant sa couronne dans un donjon , 
abandonnant son pouvoir et son en- 
fanta un frère naturel , ennemi enve- 
nimé de l'un et de l'autre, secourue 
et délivrée pendant quelques instants , 
mais ne comptant encore quelques dé- 
fenseurs autour d'elle que pour les voir 
dispersés sans retour, et réduite enfia 
à n'espérer de refuge que dans les 
états de son envieuse rivale et de sa 
perfide ennemie. A cette dernière cu'- 
couslance se raltache le fil historique 
que nous avons à suivre auJ4iu'd'iiui. 
i)ès qu'Elisabeth avait &u i^arie cm- 



46 ELI 

prisonnee dans un château d'Ecosse, 
y-ir ses propres sujets , elle s'c'iaii por- 
tée pour arbitre entre la royale cap- 
tive et les rebelles confcdc'res. Gomme 
femme, elle avait témoigne, ])cut-être 
sonti , quchjue compassion pour une 
rivale si humiliée qu'elle ne pouvait 
plus être enviée. Comme reine, cl 
s'adressant à des factieux qu'elle pré- 
tendait pousser ou retenir à son ç^ré, 
elle leur avait fait dire par son ambas- 
sadeur Throcmorlon : « Qu'apparern- 
» ment ils ne se proposaient pas de 
» re'former, et encore moins de punir 
» l'administration de leur souveraine; 
■» que la prière et les remontrances 
» étaient la seule défense pitmise cou- 
» tre les actes injustes de l'autorité su- 
» prême , et que si elles n'étaient pas 
» écoulées, il ne restait plus à des su- 
» jets fidèles qu'à implorer le Tout- 
» Puissant, qui change comme il lui 
« plaît le cœur des rois : » doctrine 
cdmmode pour le despotisme d'Elisa- 
beth , et qui, jusqu'à cette dernière 
époque, n'avait jamais été nécessaire 
à l'administration juste, sage et tolé- 
l'ante de sa rivale. Mais ce droit déju- 
ger Marie, qu'Elisabeth refusait aux 
sujets de celte princesse , elle se l'ar- 
rogeait à elle-même. Pendant le peu 
d'instants où la reine d'Ecosse avait 
rompu ses fers , révoqué son abdica- 
tion, et rassemblé encore une armée, 
Elisabeth , pour qui l'incertitude des 
événements venait de renaître , s'était 
encore o^erte à son amie pour mé- 
diatrice ; elle voulut être juge, dès 
qu'elle sut Marie fugitive sur le terri- 
toire anglais. Dans le conseil secret 
qu'elle se hâta de tenir, sa profonde 
sensibilité fut bientôt obligée de céder 
à la politique plus profonde encore de 
Gicîl. Il fut arrêté que cette même 
Providence , qui ne permettait aux 
Ecossais que l'humilité ces prières 
pour se défendre des injustices de leur 



E L I 

reine , permettait à Elisabeth la viola- 
lion de l'hospitalité, tous les abus de 
la force , tous les mensonges de l'hy- 
pocrisie, pour ensevelir dans nnf pri- 
son perpétuelle son égale, sa parente, 
sa sœur, son amie , à qui elle ne pou- 
vait reprocher aucune offense , et qui 
n'était pas sa justiciable. Marie vil ac- 
courir autour d'elle ime foule d'es- 
pions titrés , qui , sous prétexte de lui 
rendre des hommages et des soins, la 
gardaient à vue, suivaient ses pas, 
notaient ses discours , interrogeaient 
ses regards et jusqu'à son raainlien. 
On commença bientôt à la transférer 
de lieu en lieu , parce qu'il fallait en- 
core déguiser sa prison, et que les om- 
brages attachés à la tyrannie faisaient 
toujours craindre que dans le séjour 
actuel il n'y eut des moyens d'évasion 
pour la victime. Garlîle était une cité 
trop populeuse, Bolton un château 
trop écarté : le Cumberland était trop 
voisin des Ecossais, l'Yorkshire trop 
rempli de catholiques : par-tout la reine 
d'Ecosse séduisait trop par les charmes 
de sa personne et de son caractère, 
intéressait trop par ses malheius, per- 
suadait trop son innocence. Elle avait 
demandé à voir la reine d'Angleterre; 
Elisabeth exprimait le même désir, 
mais , pour l'honnpur de toutes deux, 
voulait que Marie , avant celte en- 
trevue , fiit purgée de celte accusatioa 
caloumieuse que lui intentaient les re- 
belles, d'avoir trempé dans le meurtre 
de son époux , avant d'en épouser le 
meurtrier. La reine d'Ecosse répliqua 
qu'elle soumettait volontiers sa cause 
à l'arbitrage de sa bonne sœur. Cette 
bonne sœur prit acte de cette soumis- 
sion pour établir un procès contradic- 
toire , et manda les accusateurs de Ma- 
rie, à la tête desquels était le régent 
d'Ecosse, ce comte de Murray , frère 
naturel de la reine , le plus invétéré , 
le plus ingrat et le moins scrupiilem 



ELt 

de ses ennemis. M.iiie , qui ii'.ivail 
souscrit qu'à uu aibiln^c compi ibie 
avec sa <lij;i)ile , se reciia contiT l'idée 
de la liadiiire pêle-mêle avec des su^ 
jets rebtllt's, devant If tribunal d'une 
puissance cfiangèri". On lui rcpomJit 
que ce n'etail pas à elle, niaib à eux 
qu'on allait d. mander dts comptes, 
et que la nine d'Angleterre voulait 
non l'accusation, mai> la justific.ition 
d^son amie. Ti ompeo par cette expli- 
cation , Marie nomma des commis- 
saires pour contërer avec ceux d'Eli- 
sabelli. Le régent d'Ecosse vint d'E- 
dimbourg avec d'autres commissaires 
de l'enfant royal , dont il s'était fait le 
luleur et dont Marie était la mcrc. Les 
délégués d'Elisabeth prirent le main- 
tien de juges, et les autres plaidèrent 
devant eux. Dans les preraièi es séances 
la cause de Marie triompha tellement , 
qu'Elisabeth fut a issi embarrassée de 
la justification de sa bonne sœur , 
qu'elle s'en était montrée avide. Le 
régent d'Ecosse dit aux commissaires 
anglais , hors de séance et suus le se- 
cret, qu'il ne lui serait pas impossible 
de produire les plus fortes preuves 
contre la reine sa sœur, s'il pouvait 
être sûr qu'une fois convaincue elle 
serait punie, et qu'on n'aurait jamais 
rien à craindre de ses ressentimi nls. 
Aussitôt les conférences furent trans- 
férées d'York à Westminster. Elisa- 
beth , qui ne s'était pas cru permis 
de recevoir la reine d'Ecosse tant que 
le procès était pendant, eut, sans le 
moindre scrupule, une longue confé- 
rence avec le comte de Murray. Elle 
cassa sa première commission , en 
créa une nouvelle où son favori et 
tous ses ministres furent joints aux 
trois membres de l'ancienne. Là , 
Murray accusa positivement la reine 
d'Ecosse d'avoir été complice de Soo 
amant Botliwell, dans la destruction 
du roi son époux; et pour le prouver, 



ELI 47 

il produisit ces lettres , ces poésies plu- 
tôt liceiilieuses qu'amoureuses , sans 
signature , sans dates , sans adresses , 
mais piét( ndues écrites de la main de 
la reine , et prétendues prises sm- un 
domestique de Botinvell ; objet de 
controverse depuis plus de -deux siè- 
cles , et que nous tâcherons d'appré- 
cier <à leur juste valenr dans l'article 
directement consacré à Marie Stuart. 
Il suffit de dire ici qu'à la première 
nouvelle de cette accusation, Marie, 
après avoir récusé la seconde commis- 
sion d'Elisabeth, requit i " la communi- 
cation immédiate de toutes les pièces 
qui venaient d'être pioduites contre 
elle ; a", la faculté de venir se défendre 
elle-même devant sa majesté anglaise , 
son conseil , sa cour et tous les mi- 
nistres étrangers; 5 '.enfin. la détention 
de tous ses accusateurs , pour qu'ils 
pussent lui être confrontés , et notam- 
ment de Murray, qu'elle pouvait con- 
vaincre d'avoir été le premier artisan 
de la mort du roi. « Ces demandes 
» sont justes, » dit le duc de Norfolk , 
qui avait été [irésident de la com- 
mission d'York ; et Sus-ex, Arundel , 
le grand amiral Clinton , le comte de 
L< icesler lui-même furent de son avis. 
« Taiitque Norfolk vivra, » ditElisa- 
beth avec colère , « la reine d'Ecosse 
» ne manquera pas d'avocats. » Par 
réflexion cependant elle avoua qu'elle 
aussi trouvait ces demandes justes, et 
promit d'y penser. Peu de jours après , 
le I G janvier iSôg, au lieu d'accorder 
ce qui était juste pour tous , elle pro- 
posa ce qui était le mei.leur, disait- 
eile, pour sa bonne sœur; non pas ua 
jugement, mais un accommodement: 
« Sa bonne sœur devait haïr la con- 
» duite des Ecossais , qui , de leur 
» côté , n'aimaient pas son gouvcrne- 
» ment. Ne valait-il pas mieux peur 
» elle déposer sur la tête de son fils 
• une couronne qui la fatiguait , et 



48 ELI 

V passer en Angleterre des jours iran- 
1 ifiiillos, libre des soins et à l'abri 
» des orages d'une telle royauté'? » 
Jrlaiie répondit : »< Plutôt mourir; mes 
» dernières paroles seront celles d'une 
» reine d'Ecosse » ; et elle redeman- 
da communication des lettres suppo- 
sées qu'on lui imputait, liberté de 
se détendre publiquement et de con- 
fondre ses calomniateurs face-à-face. 
Pour toute réponse, Eli^^abcth ren- 
voya Murray gouverner l'Ecosse ; lui 
prêta 5,000 livres sterling pour son 
\oyage , outre des pre'sents dont la 
•v.ileur resta ignorée ; le laissa empor- 
ter les originaux de ces fameuses let- 
tres, dont ou n'a plus connu que des 
copies, et dont on ignore aujourd'hui 
jusqu'à la langue primitive ; arrêta eu 
Angleterre le duc deChatellerault, qui 
v-julait ôter la régence à Murray ; 
commit enfin le comte de Salop à la 
girde de la reine d'Ecosse, et la fit 
transférer au château de ïutbury, 
dans l'intérieur du comté de Staf- 
ford. Il y a là sans doute plusieurs 
circonstances qu'ont omises Hume et 
Kobertson ; mais il u'v en a pas une 
qui ne soit incontestable. Ce qui a 
encore été omis , c'est que , « malgré 
» tous les genres de rivalités qui pou- 
» vaient pervertir son jugement, Eli- 

V s.ibeth était loin de croire à la vé- 
» rite de ces lettres et de ces poésies 
» tant rontrovorséos » ( C iraden l'as- 
sure positivement (i); c'est qu'av.mt 
ie départ de Murray et de ses adhé- 
rents , la reine d'Angleterre leur fit 
déclarer officiellement par Cécil , « que 
}) l'c qu'ils avaient produit ne suffisait 
» pris pour que Sa Majesté prît une 
» opinion désavantageuse de sa bonne 
» sœur » ; c'est qu' « Elisabeth elle- 



( O Kpislolis vero et carminiljus Elisabetha 

y'n ifidcm adbibuit, licet muliebrii Ktnulatio , 
quœ iUurasexuoi transversissimum agit, intercet- 
liiii. ^C*MDi« iP»e> '44i éd. Luyd.) 



EU 

» même écrivit à Marie pour la con- 
» soler , pour l'assurer qu'elle ne dou- 
» tait point de son innocence. » Et 
M.irie n'en restait pas moins prison- 
nière I et en lui faisant espérer un 
medleur sort dans l'avenir, Elisabeth 
l'exhortiit, pour le présent, « à sup- 
» porter avec patience une détention 
» qui , en cas d'événement , la rap- 
» prochait de ce trône d'Angleterre 
» dont elle devait hériter un jour » ! 
dérision atroce, il faut bien ledire avec 
le plus vertueux, des historiens (1 ), 
mais qui nous avertit d'être au moins 
méfiants là où tant de haine n'a pas pu 
reuilre Elisabeth crédule. Une ttlle 
injustice était de celles qui, une fois 
commises , cond.imncnt à en commet- 
tre beaucoup d'autres. Il devait en 
résulter des soupçons chimériques et 
des peines injustes, des conspirations 
réelles et des condamnations justes 
peut - être , mais toujours odieuses 
quand le délit a été provoqué par 
l'autorité qui le punit. Le duc de 
Norfolk, le plus grand seigneur et' 
l'homme le plus accompli de l'Angle- 
terre , avait été en effet touché des 
malheurs , du courage et de la beau- 
té de Marie-Stuart. Le perfide com- 
te de MuiTay , qui s'en était aperçu , 
et qui , pour retourner dans son pays , 
avait à traverser les vastes domaines 
du duc et de ses puissants amis, lui 
avait suggéré l'idée de prétendre à la 
main de la reine d'Ecosse, après la 
dissolution du funeste mariage qu'elle 
avait contracté avec Bothwell. Norfolk 
était veuf, et son âge se rapportait à 
celui de Marie; l'un avait une fille qui 
pouvait être destinée au jeune prince 
dont l'autre était mère. Ce double 
mariage devait rendre à Marie son 
trône et son fils; à l'Ecosse, sa tran- 
quillité et la garantie de sa nouvelle 

(j • Gaillard , Rivalité de la France et d* l'Aa- 
gUtene , lum. IX , p. loQ. 



ds^lîsc, puisque Norfolk c't.iit proics- 
l.iiit; aux (îcu\ royaumes, le moyen 
de fonder mie alliance durai^le entre 
Elisabetli , dont le conseiitcmont était 
regarde comme iic'ccssaire, et Maiio , 
qui desirait depuis si long-leinps celle 
bonne intelligence avec sa coiisia". 
Worfulk fnt aisc'tnenl persuade'. Les 
amis de la reine et ceux du duc ap- 
])l,indirenl; même parmi les amis d'E- 
lisa])elh , les plus if limes entreront 
avec chaleur dans un projet si propre 
à finir de si fâcheuses divisions. Ce 
fut le comte do Lcicester qui écrivit à 
la reine d'Ecosse pour l'exhorter A 
celle union, pour lui en proposer les 
articles , tt l'on peut croire que les 
intc'rêls d'E'isabeth n'y 'étaient pas 
le'se's. Marie consentit avec dignité , 
et signa une espèce de contrat. Elle 
écrivit à ses agents d'Ecosse , com- 
me INorfolk et ses amis à leurs vas- 
saux anglais, qu'on se gardât d'in- 
quiéter IV'Lirray dans sa marche et 
dans son retour. A peine fut d arrivé 
dans Edimbourg , qu'il dépêcha un 
courrier à Elisabeth pour lui révéler 
comme un complot ce qui devait lui 
être proposé comme une conciliation. 
Le duc de Norfolk fut mis à la Tour. 
Trois autres pairs furent piisonniers 
dans leurs maisons, les comtes de 
ÎJorihumberland et deWesJmoreland , 
coururent lever dans le nord une ar- 
mée de vingt mille hommes. Ces deux 
derniers étaient catholiques : ils pu- 
blièrent, dans leur manifeste , le désir 
d'obtenir , avec la liberté de leurs 
flmis , celle de leur religion ; ils avaient 
ouvert une correspondance avec ce fa- 
meux duc d'Albe , le gouverneur et le 
fléau des Pays-Bas, en avaient reçu 
des promesses , mais n'eurent pas le 
temps de voir arriver les secours. 
Vaincus sans combattre , ils se sau- 
vèrent en Ecosse , d'où Westraoreland 
put gagner la Flandre. Northumber- 

XIII. 



lahd livre à Murray, le fui par lui à 
Elisabeth , qui le léscrva pour un 
giand cxemjJe. l'ius de huit cent per- 
sonnes péril cm par la main du bour- 
reau. La procédure prouva que Nor- 
folk s'était toujours opposé à toute 
ligue avec des étiangers, et du fond 
de sa prison avait cnvové à ses vas- 
saux l'ordre de se battre pour sa sou- 
veraine contre ses amis, l'ilisabelh lui 
accorda sa libiité, en exigeant de lui 
sa parole de rompre avec la reine 
d'Ecosse. Norfolk pi omit , fut en- 
traîné par son penchant, espéra d'au- 
tant plus pouvoir rétablir Marie sur 
son trône, que Murray avait péri par 
un assassinat , digne réciinipense de 
ses crimes. Il crut enfin la promesse 
par laquelle il s'était lié à l'infortunée 
Marie, plus sacrée que celle qui lui 
avait été imposée par l'impérieuse Eli- 
sabeth , et cette fois il admit la néces- 
sité d'être aidé par des étrangers . non 
à ébranler le trône d'Angleterre, mais 
à relever celui d'Ecosse. L'ardente 
vij;i!anceel l'habile espionnage deCécil 
devenu lord Bur'eigh , découvrirent 
les nouveaux proji ts de Norfolk. Un 
de ses domestiques livra ses papiers. 
Accusé de haute trahison par ordre de 
la reine , il fut condamné , exécuté et 
])leuré de toute i'AngK terre, à com- 
mencer par ses juges , dont le prési- 
dent sanglotta en lui prononçant sa 
sentence. Deux amis qui avaient voulu 
le délivrer , périrent comme lui. iNor- 
thumberbnd, qui attendait encore la 
mort, la reçut dims Yoïk. Entre la 
sentence de Norfolk et son exécution , 
le glaive était resté quatre mois sus- 
pendu sur sa tête. Elisabeth voulait 
paraître livrée à de violents combats , 
avant de frajiper une tête si chérie et 
si respectée. Elle se fit arracher l'or- 
dre de mort par des remontrances de 
son conseil , des adresses de ses com- 
munes, des sermons de ses prédica- 



5o ELI 

tciirs. Alors elle tenait son quatrième 
parlement. Le troisième n'avait duré 
que deux mois, quoiqit'ayant à délibé- 
rer sur de graves circonstances. Le 
pape PieV, après d'inntiles essais pour 
gagner Elisabeth , avait fuhninc' suc- 
cessivement contre clic, et sa bulle 
d'excommunication et celle de dé- 
chéance qui déliait ses sujets du ser- 
ment de fidélité. Un enthousiaste , 
nommé Felton , avait osé afficher ces 
bulles aux portes du palais, et maître 
de rester inconnu , avait provoqué et 
reçu la couronne du martyre , avec un 
héroïsme aussi admiré des protestants 
que béni des catholiques. Elisabeth 
sans doute eîit été plus tondée à s'in- 
digner de ces actes de la cour de 
Rome, si, de son coté, elle n'eût pas 
à sa manière , délié les Ecossais , et 
tant d'autres , de leurs serments de 
fidélité envers leurs souverains; mais 
enfin , munie d'armes plus effica- 
ces que les foudres du Vatican , elle 
voulut que son parlement de i5ti 
leur donnât encore plus de force, et 
elle eut pleine satisfaction. Ce qu'il y 
eut de crimes, de trahison créées dans 
cette session , peut à peine se conce- 
voir. Ce fut trahison non plus seule- 
ment de convertir, mais d'être con- 
Tcrti à la foi catholique; trahison d'ap- 
peler la reine hérétique o\\ infidèle; 
trahison de due que le choix de son 
successeur ne pouvait pas être déter- 
miné par un acte du parlement. Enfin , 
la peine de confiscation , joiiite à une 
prison perpétuelle, lut poriée contre 
quiconque aurait écrit deux fois, même 
sans le publier : « que personne put 
» succéder à la reine, autre que la 
» postérité naturelle , issue de son 
» corps. » Cette extravagance de dé- 
signer exclusivement pour héritière 
possible de la reine , uiie postérité 
qu'elle n'avait pas , celle affectation de 
^Q postérité naturelle ^ en écartant 



ELI 

le mol légitime , réclame par plusieurs 
voix , fit rroire dans toute l'Angleterre 
que le favori avait en réserve quel- 
qu'enfant qu'il voulait porter sur le 
tiônc , comme issu de la reine, si elle 
venait à mourir; mais ces mêmes com- 
munes , si dociles sur ce point aux 
volontés d'Elisabeth , lui parurent in- 
solentes quand elles voulurent prendre 
l'initiative sur des questions ecclésias- 
tiques. Un de leurs membres, Slrick- 
land , pour avoir proposé une réforme 
de la liturgie , fut mandé par le con- 
seil et reçut ordre de s'absenter da 
parlement. Il fut réclamé par sa cham- 
bre. Un Carleton, un chevalier Ar- 
nold , uu Yelverton , noms qui doi- 
vent être conservés , posèrent les 
grands principes « qu'un membre de 
» la chambre des communes n'était 
» plus un homme privé; que la repré- 
» scntation nationale, à laquelle il ap- 
» partenait, ne devait pas le laisser 
» arracher de son sein; qu'il n'y avait 
» pas un seul objet d'intérêt public qui 
» ne pût être pris en considération 
» par une chambre où résidait une 
V telle plénilu le de pouvoir, que 
» jusqu'au droit à la couronne était 
» déterminé par elle , et qu'oser le 
» nier ét"iit un crime de haute -trahi- 
» son ( Elisabeth était battue ici par 
» ses propres armes); qu'enfin la 
» reine ne pouvant faire des lois à 
» elle seule, ne pouvait, par la même 
» raison , les annuller à elle seule; » 
et la conclusion de ces principes était 
que la chambre devait envoyer cher- 
cher son membre absent. En vain les 
ministres voulurent défendre ce coup 
d'autorité. En vain il se trouva un de 
leurs agents assez seryile pour aller 
chercher dans les temps anciens sous 
Henri IV , un évêque , sous Henri V 
l'orateur même des communes , empri- 
sonnés pour des opinions trop har- 
dies ; les ministres craignirent de lais- 



ELI 

Ser prendie los voix, rompirent la 
seaiicc, et Strikland re|).iriif \c lende- 
main. La rciiic, d'aiitiiil plus impé- 
rieuse qu'elle avait cède une fois, (it 
signifier sévèrement à la cliambre des 
communes , la défense expresse de 
se mê!ci' des affaires ecclésiabtiqiies ; et 
le subside accordé , vint dissoudre le 
parlement. Celui qu'elle convoqua 
l'année suivante (iS-j-i) ne tarda pas 
à la satisfaire. Nous l'avons vu de- 
luander le supplice du duc de Norfolk. 
II ne s'en tint pas là. Un comité pour 
les af) aires de la reine d'Ecosse, fut 
composé de quarante-six membres des 
communes, et de cinq p.iirs, dont 
d( ux ecclésiastiques. Le 28 mai , les 
deux ( li.unbrcs représentèrent « que 
» non-seulement ia justice, mais l'hon- 
» neur et la sûreté de la reine vou- 
» laient qu'où prurédàt criminelle- 
» ment, et sans le moindre délai con- 
» tiC la reine d'Ecosse, coupable de 
» trahison au dernier degré, m Elisa- 
beth approuva, remercia , mais, pour 
des rai-ous à elle connues , décida 
qu'il vaLil mieux différer, sans y re- 
honcer, l'ouverture de ce procès, et 
liéan moins pressa la conclusion d'au- 
tres biils précurseurs de celte grande 
iniquité. Le parlement en passa deux. 
L'un déclara coupable de trahison 
quiconque entreprendrait de délivrer 
une personne emprisonnée par ordre 
de S. INL, ou de s'emparer d'une mai- 
son royale. L'autre staluait que si Ma- 
rie , dite Pleine d'Ecosse , offensait la 
loi d'Angleterre, il serait procédé con- 
tre elle dans les formes reçues contre 
la femme d'un \yÀv duro'. aume. Eli- 
sabeth sanctionna le premier de ces 
bilis , qui lui suffisait , ajourna le se- 
cond , dont elle n'avait pa>i besoin, et 
prorogea le parle ment, qu'elle ne de- 
vait p'us rassembler que dans trois 
ans. Elle était devenue despote si ab- 
solue, qu'à partir de cette époque 



ELI 5i 

Camdcn fait à peine mention des si- 
mulacres de parlement qui se mon- 
trèrent. « Il semljlait ( aditna'ivenient 
» un autre historien ) que cette hé- 
» roïquc personne voulut montrer à 
» ses sujets qu'elle n'avait pas besoin 
» d'eux pour les gouverner. » Cepen- 
dant elle ne cessait d'exciter des trou- 
bles dans cette malheureuse Ecosse, 
dont elle détenait la malheureuse reine. 
Le comte de Lénox , régent après 
Murray , avait été assassiné comme lui. 
Le comte de Marr, successeur de Lé- 
nox , ami de sa patrie et de la liberté , 
ayant vainement cherché à contenir 
les partis l'uu par l'autre , et à con- 
server l'indépendance du trône écos- 
sais pour quiconque devait s'y asseoir, 
était mort de chagrin de voir le boule- 
versement de son pays. Elisabeth était 
parvenue à le fa re remplacer par le 
comte de Moi Ion , complice de 13oth- 
ivell , dans l'assassinat du feu roi, et 
qui était destiné à expier son crime 
par le dernier supplice. Un brave 
gueriier, Kirktldie, restiit fidèle à 
Marie et tenait eiicore pour elle le 
château d'Edimbourg. Eli.-ab th le fit 
assiéger par des troupes anglaises , le 
réduisit à se rendre , et le fit livrer à 
une populace furieuse, qui le traîna 
sur l'échafaud. Lidinsiton , son second, 
qui, de pcrsécnfeui de Maiie, était 
devenu son défenseur , se tua lui- 
même , et pendant que les meurtres 
se perpétuaient en Ecosse, les écha- 
fauds en Angleterre , la guerre civile 
et religieuse eu Irlande, Philippe II 
et le duc d'Albe inondaient du sang 
des prolestants les provinces espa- 
gnoles et flamandes ; Catherine de 
Blédicis et Charles IX enfantaient la 
résolution d'égorger, dans une seule 
nuit tous les protestants de France. 
Pour les attirer dans le piège que sa 
mère leur avait préparé, Charles IX 
affecta dç j'echercher l'alliance d'une 



5i ELI 

reine prolcstanle, et il porta la dissi- 
mulation jusqu'à faire demander la 
main d'Elisabeth pour son frère, le 
duc d'Alcnçou. Non moins fausse et 
non moins perfide que Gliarles, mais 
Lieu plus astucieuse et plus hypocrite, 
Elisabeth parut écouter celte proposi- 
tion, et dans le même temps elle four- 
nit des secours d'hommes et d'argent 
aux protestants français proscrits et 
soulevés contre leur prince , par le 
massacre de leurs frères. L'hori'eur 
que cette affreuse journée de la St.- 
Barthelemi excita en Angleterre, est 
exprimée avec force dans le rapport 
que l'ambassadeur de France fit bien- 
tôt de sa première audience. » Une 
» !-ombre douleur, dit-il, c'tait peinte 
« sur tous les visages. Le morne si- 
•» lence de la nuit régnait dans toutes 
» les pièces de l'appaitement royal. 
« Les dames et les courtisans étaient 
» rauge's en haie de chaque côté, tous 
» en grand deuil , et quand je passai 
» au milieu d'eux, aucun ne jeta sur 
» moi un regard de politesse, ni ne 
>) me rendit mon salut. » L'indigna- 
tion générale que ce massacre avait 
attirée sur tous les cathohques, fit 
d'abord espérer à la reine qu'en ren- 
voyant Marie Stuart eu Ecosse, pour 
y être jugée publiquement, et à con- 
dition que la sentence serait exéculée 
sans délai , elle se déferait d'une rivale 
en rejetant sur les sujets de Marie tout 
l'odieux de celte ini'àme procédure; 
mais le comte de Marr , alors régent, 
avait repoussé avec tant de force une 
proposition aussi ignominieuse qu'elle 
n'osa la renouveler. ]Ne vo'ilant pas 
rompre toute liaison avec la France, 
Elisabeth consentit alors à laisser enta- 
nicr une nouvelle négociation pour son 
mariage avec le ducd'Alençon, devenu 
duc d'Anjou. Un agent de ce prince, 
qui fut chargé lic pénétrer les secrets de 
la cour de Londres, découvrit que le 



ELI 

comte de Leicestcr , qi'i passait pour 
l'amant favorise de la reine, et qui se 
flattait de l'épouser, avait une autre 
femme ( F'oj. Dudley, XII , i35.), 
et il s'empressa de faire à Elisabelli 
une aussi importante révélation. Cette 
princesse, dissimulant toujours , parut 
fort irritée contre son favori. Le duc 
d'Anjou cependant, obligé d'aller ou- 
vrir la campagne en Flandre, atten- 
dait de la reine d'Angleterre un secours 
d'argent. Malgré sa sévère économie, 
Elisabeth ne put se dispenser de lui 
envoyer une somme de 3oo,ooo écus, 
avec laquelle il réussit à faite lever le 
siège de Cambrai. Les états le nom- 
mèrent gouverneur des Pays-Bas. II 
mit son armée en quartier-d'hiver , 
et il passa en Angleterre.Elisabeth alla 
au-devant de lui , et l'on crut générale- 
ment que le mariage allait se conclure 
( F. Anjou, II, 1 86 ). Après de longues 
négociations, que l'irrésolution vraie ou 
simulée de la reine, rendait intermina- 
bles, le prince se retira très mécon-, 
tent ( i582), maudissant les caprices 
d'Elisabeth , accusant hautement la 
bassesse de ses inclinations. Cepen- 
dant l'infortunée Marie Stuart , dont 
une rigoureuse détention avait altérer 
la santé, apprit qu'au milieu des trou- 
bles que sa persécutrice ne cessait 
d'exciter en Ecosse , le jeune rui Jac- 
ques était retenu captif par les [)rinci- 
paux seigneurs du royaume; elle écri- 
vit cà Elisabeth la lettre la plus éner- 
gique et la plus touchante, afin de 
demander justice pour elle et protec- 
tion pour son fils. « Si je pouvais , 
disait-elle, consentir à descendre de 
la dignité royale où la providence m'a 
placée , ou me départir de mon appel 
à l'Etre-suprème, il n'y a qu'un seul 
tribunal auquel j'en ap[)ellerais contre 
tous mes ennemis; ce serait à la jus- 
tice , à l'humanité de votre majesté; à 
celle bonté' indulgente qu'elle serait 



ELI 

iiatiircllcmonl portcfe à exercer en ma 
faveur, SI clic n'était iiilliience't; par 
leSMiggestivTiisdc la inalveillanee, ete.» 
Marie ne pnl rien obtenir, mais Jacques 
ayant e'ié délivre par le colonel Stnart, 
rornni indant du cliàtcau de 8t.-Andre', 
E!i^ab^•tll envoya auprès de lui Wal- 
singljani , en qualité d'ctnibassadeur , 
avec la mission seci ctc d'étudier le ca- 
ractère et la capacité du jeune roi. Une 
brillante facilité d\xpression , une 
instruction précoce distin{:,uaiei)t déjà 
le fils de Marie Stuarf. La haine d'E- 
lisabeth pinit d'abord desannée par 
ces heureuses dispositions , et elle 
inoiitra pour ce prince des égards que 
l'on u'avait point espéré; mais l'ambi- 
tion « t la haine reprirent bientôt leur 
empire; Elisabeth ne pouvait pas plus 
supporter l'idée d'avoir un successeur 
que celle de se donner un maître; 
elle fit donc par la suite tousses efforts 
pour empêcher le mariag- de Jacques, 
par le seul motif qn* Jjcqucs était 
son héritier présomptif. Ei!e essaya 
même de h- faire enlever par son am- 
bassadeur Wo'ton, et elle ne man- 
qua pas de désavouer ce ministre 
quand le complot fut découvert. Lors- 
que le jeune prince prit ensuite la 
ferme résolutiun d'épouser la file du 
roi de Danemark , il ne put triom- 
pher des obstacles que lui opposait 
sans cesse la reine d'Angleterre , 
qu'en déployant uue énergie dont on 
ne l'avait pas cru capabc. Mais pen- 
dant qu'Elisabeth se livijiit à ses se- 
crètes passions , le pape Pie V l'avait 
excommuniée , comme on l'a vu [dus 
haut; Sixte V avait été jusqu'à délier 
ses sujets du serment de fidélité : des 
fanatiques conspirèrent contre ses 
jours, et il n'en fallut pas d'avantage 
pour faire accuser tous les catholiques 
d'être leurs complices. Les jésuites 
surtout furent poursuivis à outrance 
( Foy. Gampun. ), etlts persécutions 



ELI 55 

recommencèrent avec une nouvelle fu- 
reur. Quiconque était cunvainru d'a- 
voir assisté une fois à la messe e'tait 
puni d'un an de pris«m et deioo 
marcs d'amende. L'oubli des pratiques 
les plus minutieuses de l'Eglise angli- 
cane était puni d'une amende de uo 
liv. par mois. Si l'on tenait des pro- 
pos contre la reine, on éliit condamné 
jjour la première fois au pilori, pour 
la seconde à perdre les oreilles ; la re'- 
cidive était félonie, et elle entraînait 
la peine de mort. Ce statut est de la 
session de i582. Dans le même par- 
lement, les communes, ayant ordon- 
né un jeûne et des prières publiques, 
reçurent une révère réprimande par 
un messager de la reine, comme ayant 
osé empiéter sur la préroga'ive royale 
et sur ses dioits de suprématie. La 
chambre fut obligée de demander par- 
don. Dans le discours qu'Elisabeth 
tint à la fin de la session de i584 , 
elle poussa plus loin l'iiiloléiance : 
« Trouver quelque chose à blâmer 
» dans le gouvernement ecclésiasti- 
» que, est se rendie coupable de ca- 
» lomnie contre elle (la reine) , puis- 
» que Dieu l'ayant constituée chef su- 
" pi'êine de l'Eglise, aucune héiésie, 
i> aucun schisme ne pourrait s'intio- 
» duire dans le royaume sans que ce 
» fût par sa permission ou par %a né- 
» gligence. » Elle ét:iblit ensuite une 
commission ecclésiastique chargée de 
rélorraer toutes les hérésies , de pro- 
noncer sur toutes les opinions en ma- 
tières religieuses, et de punir les délin- 
quants , avec pouvoir d'employer dans 
leui's inquisitions toutes sortes de me- 
sures, même l'emprisonnement et l.t 

lorturel Le parlement tout entier 

était consterné et accablé par la ty- 
rannie; dès que l'un de ses membres 
essayait de résister, il était aussitôt 
enlevé et emprisonné. Cependant de 
nouvelles conspir-ations se foiincrcut. 



54 ELI 

un plan d'invasion et d'insurrrclion fut 
ori^aniso par l'ambashadciir espa;;ii()l ; 
unis l;i trame fui ilccouvcrfc. Mendoza 
reçut ordre de sortir du royaiiiiie. Plii- 
Jippp 1 1 r poussa avec li.iuknr un ines- 
saj^c qui lui fut adressé pour excuser 
cette violence, et pour le prier d'en- 
voyer un antre ministre. Ces conspi- 
rations tendaient presque toutes à la 
délivrance de Mûrie Sluart; |)Iusicurs 
lettres qui lui el.iicnt adressées furent 
intercepîe'es. Enfin l'altc^ction des ca- 
tholiques pour celte princesse , et 
jusqu'à la haine qu'ils portaient à sa 
rivale , amenèrent la catastrophe que 
les intrigues d'Elisabeth préparaient 
depuis si long -temps. Antoine I3a- 
î)inç,ton , riche propriétaire dans le 
Perb}'shire, et zélé ratlioliquc, apprit 
qu'un finaliquc nommé Savage, s'était 
«iigagc par serment à tuer Elisabeth. 
En Angleterre , comme en France, la 
doctrine du tyrannicide n'avait qi-.e 
trop de partisans. Bdjington encou- 
rage l'exaltation de Savage ; ra-ds il 
croit que l'entreprise n'est praticable 
qu'en y admettant dix autres conjurés, 
et c'est ainsi que Walsingham est in- 
formé de tout par un de ses espions. 
Cet espion, nommé Pelly , n'entre 
dans la conspiration que pour trahir 
ses associés. Elisabeth , prévenue du 
complot, ordonne qu'on attende pour 
le déjouer le moment de l'exécution ; 
et lorsque les conjurés sont près de 
frapper , ils sont arrêtés et mis à la 
tour , à l'exception d'un seul qui avait 

S ris la fuite. On se servit du prétexte 
e l'indignation générale et du cri pu- 
blic jiour hâter leur jugement et leur 
supplice. La conjuration en elle-même 
€st encore un problème , et il est avéré, 
^it Gaillard , « que Marie Sluart n'y 
» eut aucune part » ; mais pour la 
faire péi ir avec quelque apparence de 
jusiice, il fallait bien supposer qu'elle 
*yail conspire contrç les jours de la 



ELI 

reine. Une association s'était formée, 
deux ans au|)aravant , pour proté- 
ger les jiiurs d'Elisabeth, {^oy. Dud- 
Lty, Xll, 1^6); les souscripteurs 
s'engageaient, par les serments les plus 
solernnels, à défendre la reine, à ven- 
gtr sa mort et tonte injure commise 
contre elle ; à exclure même du trône 
tous prétendants en favrur desquels 
aucune violence aurait été comnnse 
contre Sa Majr.-)té. F^a reine d'Ecosse 
avait elle-même demandé à signer l'as- 
soci ition, à laquelle des gens de toutes 
les classes venaient en foule donner 
leur signature. A la publication de cette 
pi étendue correspondance , la fédéra- 
tion jeta les hauts cris , et répandit la 
haine la plus violente et la plus sangui- 
naire contre Marie. Transférée de châ- 
teau en château , cette malheureuse 
reine est enfin amenée dans la forte- 
resse de Fotheringay (comté de Nor- 
thampton). Sans cesse interrogée, me- 
nacée, elle fit traitée avec plus d'in- 
dignité que le dernier criminel; son 
implacable ennemie essaya même plu- 
sieurs fois de la faire assassiner. On 
poussa la cruauté jusqu'à lui refuser 
un avocat pour la défendre , et un 
ministre de sa religion pour lui en ad- 
ministrer les consolations. Ce fut le 18 
février 1 5(S7 , que se termina cette san- 
glante tragédie. {F. Marie Stuart.) 
Les intercessions du roi de France en 
faveur de sa belle-sœur , les remon- 
trances , les instances , les menaces 
même du roi d'Ecosse en faveur de sa 
mère , avaient été sans effet ou n'a- 
vaient obtenu qu'une réponse évasive. 
Mais, dès que le crime fut consommé, 
lareineaffectaleplusviolentdésespoir, 
et elle bannit de sa présence plusieurs 
de ses conseillers; Burhigh même se 
crui perdu et demanda la permission 
de se démettre de tout^-s ses places. 
( P^oy. Cecil, VJI , 490 )• Le secré- 
tairc-d'éiat Davisson fut destitue, mis 



E I. T 

k la tour pour un temps illimité, et 
condamne à une .imentlc de i o,noo I. 
Sterling. Elisalicth écrivit au roi Jac- 
ques, pour lui exprimer sa profonde 
douleur, et ce prince parut y croire, 
riiilippe II, provoque depuis long- 
temps par les entreprises des armateurs 
anglais, résolut délirer vengcanced'un 
attentat qui semblait autant dirige 
contre la majesté royale que contre la 
religion catholique. Dès l'an 1578, 
Drake avait ravagé les côtes du Pé- 
rou. Elisabeth avait ordonné, il est 
vrai, d'indemniser les négociants es- 
pagnols qu'on avait le plus maltraités, 
mais voyant que Philippe avait saisi 
cet argent et l'employait à soider les 
troupes du prince de Paimc qui s'é- 
taient réunies aux rebelles d'Ii lande, 
elle fit cesser ces restitutions. En 
i58j, prévoyant que la rupture avec 
l'Espagne serait inévitable, elle fit atta- 
quer de nouveau les colonies d'Amé- 
rique. Saint -Domingo et Cartliagène 
des Indes furent mis à contribution, et 
d'autres places furentbrûlées.On croit 
que c'est au retour de cette expédition 
que l'on doit l'introduction de l'usage 
du tabac en Angleterre. L'année sui- 
vante Drake iusulta Lisbonne et les cô- 
tes d'Espagne, et détruisit à Cadix une 
flotte entière de bâtiments de transport 
chargés de vivres etde munitions. Es- 
cité par tant d'injures et de provuca- 
tiou';, animé d'ailleurs du zèle le pins 
ardent pour la religion , Philippe ré- 
solut d'envahir l'Angleterre. Il fit équi- 
per la flotte la plus Ibrmidible qu'on 
eût encore vue surl'Océan.Cetteflotle, 
qui fut \\oiamév\ invincible Armada, 
était composée de 1 52 vaisseaux ; elle 
portail '^2,000 hommes de débarque- 
ment , et elle devait encore prendre 
à bord iS.ooo hommes de troupes 
aguerries qui se trouvaient en Flandre 
sous les ordres d'Alexandre Farnèse. 
Douze mille Français , campés sur les 



E L I r,5 

côtes de Normandie, n'itlendaient que 
cette orcasidn pour passer la Manche. 
\jr% relards ordinaires à tous les grands 
jjiéparatifs , surtout à ceux de la cour 
de Madrid, firent que XArmadar\i\i- 
paieiila de Lisbonne que le i"^"" juin 
1 588. Celle attaque semblait devoir 
anéantir la jiuissance de l'Anglelerrc. 
Elisabeth la vit sans elfioi , médita 
sa défense avec c !me , parcourut 
son royaume , enflamma tous ses 
sujets. Cette époque fut celle de sa 
véritable grandeur. Elle n'avait pas 
1 5,000 matelots; la seule ville de 
Londres arma, à ses frais, 58 bâ- 
timents, dont le plus fort était de 
5oo tonneaux. La reine en équipa 
54, dont un seul, le Triumph , de 
1,100 tonneaux , portait 4o pièces de 
canon. Le reste de la flotte ne montât 
qu'à 4'>- navires de bas bord et inca- 
pables d'essuyer le choc des immens''s 
vaisseaux espagnols. Mais les bâti- 
ments anglais, légers et d'une manœu- 
vre facile , étaient conduits par Drake , 
Hi"\vkins et Frobisher, les premiers 
marins de l'Europe, sous le comman- 
dement général de Charles Howard. 
Les Hollandais équipèrent, de leur 
côté, une flotte de 90 voiles , qui, croi- 
sant depuis l'Escaut jusqu'au Pas de 
Calais, empêcha l'armée de Flandre 
de se mettre en mer. Tout sembla cons- 
pirer ta la destruction de \' Invincible 
Armada. A peine av;iit-elle doublé le 
cap Finiitère, qu'une Icmpcte la dis- 
persa; plusieurs vaisseaux furent sur 
le point de périr par l'ignorance des 
pilotes et la mal -adresse des matelots. 
Un forçat anglais étant parvenu à bri- 

{i^ Rapiii Tn'.ras, Hume , Roberison n'ont point 
ht;si!è il regarder Davisson comme un iulèle ser- 
vitiur, que , suivant sa coutume, Elisabeth avait 
sacrifié a sa politique. Cam'len rapporte >le lui une 
lettre apologétique .'idressée à VValsini;liam , et qui 
offre plusieurs caractères d'invraisemblance. Il 
evistfi au Musée britannique deux copies de cette 
pièce ; mais il a été reconnu qu'aucune des deux 
n'est originale. ( Voyi i VlJist iVAngl. de M. d« 
Bertrand MoleviUe". tomo 111 , pay. 167, nota (il. 



56 ELI 

scr les fers de ses compagnons , s'em- 
pai.i ilii bàliincnl qui les portait, on 
attaqua deux aulrcs, et les conduisit 
dans lin port de France. Le re^tc de 
l'escadre, après ^'ètre radoube' à la 
Corogne, reini't à la voilf , prend le 
cap Lézard pour celui de Uam , près 
de PIvnioutli , attaque et poursuit en 
vain quelques divisons de l'escadre 
anj;laise , laisse enlever, par Drake, 
deux i;;, liions qui j)ortaicnl !c trésor de 
l'armée ; et , voulant nit niHer sur les 
côles de France, y est poursuivi par 
des biûlots anglais qui on détruisent 
Viue partie et dispersent le reste .Ralliés 
devant Grvclines, aftaqucs avec fu- 
reur par les divisions aiigl.4ises réu- 
nies, les débris de la flotte ne songè- 
rent plus qu'à la retra'tc. Mais de nou- 
veaux, désastres les allendaient. Leur 
ligne était trop -errée; une horrible 
tempête fit aborder ces lourdes mas- 
ses les unes contre les autres , plu- 
sieurs vaisseaux coulèrent bas , et 
tous souffrirent de grandes avaiics. 
IMcdiua - ^tedonia , qui cominandait 
cette expédition , fit alors la revue 
de ses forces, et il ne se trouva nlus 
avoir que 1 20 voiles. Il se décida au 
retour en doublant les Orcades ; une 
troisièra*^ tempête pousse la flotte con- 
tre les cotes d'Ii lande . 1 1 ■2'y navires 
sont encore fracassés. Le.^ malheureux 
qui purent gagner la terre à la i:agc , 
iurent impitoyablement massacres nar 
ordre du vice-roi (i), sous prétexte 
qu'ils pouvaient se joindre aux catho- 
liques irlandais mécontents et disposés 
à la I év oltc. Le > débris de cette fameuse 
Armada parvinrent enfin à gagner 
les poi-fs d'E>pagne , où i\va\- grands 
galions fure;it encore la pnie des 
Jlammes. Ainsi se termina cette mal- 
heureuse expédition qui avait coûte' , 



(1) Grotius u'.i pas rougi «l'approuver cette bar- 
iine. { De jure belii et paeit , Ûl , J. ) 



ELI 

suivant de Thon, 120 mil'ions de 
ducals , et dont , selon le nièi.'ie histo- 
rien, il i:e revint que 55 vajsstaux; 
mais les Anglais conviennent eux- 
mêmes qu'il en ceh ippa /JO. Parnù 
les moyc ns qu'avait employés la reine 
pour exaller le palriolisme do ses 
sujets et animer tous les esprits pour 
la défense commune , il faut comp- 
ter la piiblicalidn d'un journal , inti- 
tule le Mercure Anf^lais ( En^lish 
Mercurj- ) , le premier papier-nou- 
velles qui ait paru en Angielrrre (1). 
On a compnré aux triomphes àcs 
Romains les fêles par lesijinlles ce suc- 
cès fut célébré à Londres , et l'on a 
cilé la médaille frappée à cett- occa- 
sion , avec la légende Dux fœmina 
facti. Si la reine parr.t oublier un 
moment ce qu'elle devait à la fortune , 
ou pour parler exactement ( dit S^dnie- 
Croix ) à la providence divine , le 
doyen de Saint-Paul osa le lui rappeler 
dans un sermon prêché devant elle , 
où il avait pus pour texte le verset du 
psaume i2f): A'^isi dominus cuslodie- 
rit civitatem. Elle sentit l'aliusion et 
j)rofi[a de la leçon -. une nouvelle mé- 
daille présenta des vaisseaux fracassés 
par la IcnipêJc, avec l'insciiption : 
Afjlai'il Dtus et dissipantur. 11 est 
vrai que l'enthousiasme produit par 
ces avantages fut tel qu'au parlement 
convoqué le 4 février i58y , la reine 



(i)On conserre encore an Musée brifannique 
un N". de ce journal , Hâté ilu 23 juillet i588. im- 
primé en Itllres romaines et non ;;utbi4]ura , et on 
observe que les Numéros siiiv.-.nts contiennent 
quelques doûoncrs de livres, et peuvent pas^ey 
pour le plus ancien 'es journaux liltériires. {f'oy. 
la vie de Thomas Ruddiman. par George Chai- 
luers, l'Oi. in-S". ) (^u.iut a la publication d'ui» 
journal poli'.ique, la Fran"e peut rcolamer l'anté- 
riorité de plus d'un demi siècle, car on conseive 
à la biblialbéqiie du Roi un bulletin de la cmpa-. 
gne de Louis Xtl en Italie , ^i5o<j> i -8". de !! n. , 
j:.: K lue > Commençant ..insi : « C'est la très noble 
r ri îr ie^ccH'-nlevicloire du roynosîre si e Loys 
»d i.ii;;ine de ce nom qu'il a heue moyennant 
i< l'avù ie Dieu sur les Vemtieni. » ( N". in-4 . 

L. ,<*■:.) 

A. 



ELI 

obtint à la fois un secours de deux 
subsides ri de deux quinzièmes, o qui 
n'était laniais arrive, mais on éliiit 
persuade qu'elle avait épuise ses G- 
iiagc<'S pour la delcnse commune. Le 
peuple uij^iais ne rcvail plus qu'expé- 
ditions contre rEs|inç;n('. Viup,t mille 
volontaires s'eijiolèi eut sous les dra- 
peaux de Dr.ke et de J. INorris pour 
aller rétablir sur iç trône de Portucal 
Dorn Antonio, prieur de Cralo, qui 
preleud.iil avoir un parti puissant daijS 
Ci; royaume; Elisabeth ne donna que 
Oo,ooo livres, et elle ne fournil que 
cinq vaisseaux pour cet armement, qui 
n'eut d'autre icsultatqiie de prendre 
Cas» ars , I illcr Vig;; cl s'emparer de 
soixante bâtiments dont il f,d!ul resti- 
tuer um grande partie aux villes an- 
séatiques. Aucun parti en Puilugal ne 
parut dispose' à prendre les ai mes pour 
Dom Antonio, et une maladie conta- 
gieuse qui se mit parmi les Anglais, 
les força bientôt à se retirer; ils ne 
s'enrichirent pas, mais la perte qu'ils 
causèrent à l'ennemi fut immense. Les 
expéditions de DrakeeiHawkins con- 
tre l'Amérique, en i5i)j , du comte 
d'Essex contre Cadix, en 1 696 ( P'oj\ 
Drake et KssEX ), eurent uu succès 
plus décisif, et la supérioiifé mari- 
time de l'Angleteire sur l'Espagne fut 
dès-lors assurée. F^a crainte de voir les 
Espagnols s'établir en France fut un 
des principaux motifs des secours 
qu'Elisabeth fournit à Henri IV contre 
la ligup, même après sou abjuration ; 
car, d( s 1 090, elle l'avait puissamment 
assisté d'hommes et d'argent. Ce ren- 
fort avait permis de marcher immé- 
diatement sur Paris, et il contribua au 
sucres des campagnes suivantes. En 
affectant, quatre ans après, de paraître 
fort mécontente de sou changement de 
religion, Elis.ibeth conclut avec lui un 
nouveau traité, et Nonis à la tête des 
forces qu'elle envoya en France , eut 



ELI 57 

lieaiicoup de par l à la prise de Morlaix, 
de Qi.imprr ddc Brest , dont les gar- 
nisons étaient cspagnoks. Dans un 
voyage que Henri fit à Calais en 1 60 1 , 
la reine d'Angleterre vint jusqu'à 
Douvres ; mais quelques diflicultés 
qui survinrent l'emièchèrent d'avoir 
une entrevue avec celui de tous les 
souverains qu'elle estimait le plus. 
Sully se rendit à Douvres déguisé, et 
ce ministre rend compte, dans 5es Mé- 
moires , de l'entretien qu'il eut avec 
la reine, li y exprime son étonnement 
de ce qu'elle avait conçu pour l'équi- 
libre des puissances et l'aiiaissement 
de la maison d'Autriche , le même 
plan qu'Henri lY. La mort de Phi- 
lippe 11, en 1698, avait délivré l'An- 
glettrre du plus dangereux de ses 
ennemis. Ce prince n'avait cessé d'en- 
tretenir la des troubles dans l'Irlande. 
Un corps de ■-00 hommes , Italiens et 
Espagnols , qu'il avait envoyé dans 
CI tte ile dix-huit ans auparavant, avait 
été forcé de se rendre .à discrétion ; 
le général anglais , embarrassé de tant 
de prisonniers , avait fait passer aa 
fil de ré]ïée tous ces étrangers et fait 
pendre environ i5oo Irlandais. L'in- 
surreetiou, comprimée un moment, 
n'avait pas tardé à se ranimer, par 
les promesses continuelles du ici d'Es- 
pagne , et les secours effectifs qu'il y 
envoyait de temps en temps. ElisahctU 
qui depuis lors n'opposait guère à ces 
troubles que des palliatifs , résolut 
enfin d'agir avec vigueur ; elle y en- 
voya son favori le comte d'Essex avec 
des pouvoirs très étendus, et dépensa 
des sommes considérables pour cette 
expédition que l'incapacité du nouveau 
général fil échouer. Sa hauteur et ses 
imprudences le conduisirent au point 
de lever l'étendard de la rébellion 
contre sa souveraine. Il porLi sa tète 
sur un échafdud , et la douleur que la 
reine oproiiva de s'être vue oLligév; à 



58 ELI 

une telle ri2;ueiir contre un homme qui 
lui aviii e'te si cher, la jota dans une 
piofon ie mélancolie. Deux ans après, 
lorsque la conitesse de Noltinp;haui, au 
lit de la mort , avoua l'inûdélitc dont 
son mari l'avait forcée à se rendre cou- 
pable, en l'empêchant de transmettre à 
la reine le fatal anneau, tëmoi5;na<re du 
repentir d Esscx et gage de la clë- 
raence de sa souveraine ( Foy. Essex, 
pag. 549 ci-aprcs ), Elisabeth ne fut 
plus maîtresse de retenir son c'raolion. 
« Dieu peut vous pardonner , dit-elle 
à la comtesse mourante, pour moi je ne 
le pourrai jamais.» Des ce moment, le 
coup fatal était porte'; a peine consen- 
tit-elle à prendre quelque nourriture ; 
elle refusa tous les remèdes, disant 
qu'elle ne de'sirait plus que la mort. 
On ne put la déterminer à se mettre 
au lit. Assise sur des coussins, nn 
doigt sur la bouche , les yi ux fixés 
à terre , pendant dix jours elle sem- 
bla ne prêter d'attention qu'aux prières 
que récitait auprès d'elle l'archevêque 
de Cautorbéry. A la fin, sur les ins- 
tances de son conseil , elle désij^na le 
roi d'Ecosse pour son successeur 
( Foy. Jacques I^"" ), tomba dans un 
sommeil léthargique et expira le 3 
avril (nouveau style ) de l'an i6o5. 
Elle avait '■^0 ans et elle en avait ré- 
gné plus de 44 j ^^'^c un éclat et une 
gloire que deux siècles n'ont pu effa- 
cer. Son caractère offre le mélange , 
peul-êîie unique, des plus nobles qua- 
lités d'un sexe, unies à toutes les fai- 
blesses de l'autre. Son nom réveille 
encore chez les Anglais l'enthousiasme 
du plus ardent patriotisme. Le des- 
potisme auquel Henri VIH avait habi- 
tué ses sujets , fut à peine remarqué 
dans Elisabeth , parce qu'on le crut 
toujours dirigé vers le bien de l'Etat. 
Sa fausseté ne sembla qu'un ratine- 
meut de politique ; la vanité puérile 
qui jusque dans ses dernières années 



ELT 

la portait à vouloir passer pour la 
plua belle femme de l'Europe, ne sem- 
blait qu'un petit ridicule effacé par ses 
grandes qualités. Melvil,qui fut en- 
voyé à la cour de Londres en 1 5()4 , 
chargé d'une mission diplomatique de 
Marie Stuart, donne, dans ses Mé- 
moires, de singuliers détails sur l'in- 
quiète curiosité avec laquelle la reine 
d'Angleterre s'informait des moindres 
particularités delà beauté de sa rivale. 
L'adroit tourlisau, interrogé laquelle 
des deux était la plus belle, éluda 
cette question délicate en disant qu'E- 
lisabdli était la plus b( Ile personne de 
l'Angleterre et Marie la plus belle de 
l'Ecosse. On lui demanda ensuite la- 
quelle était la plus grande ; il répon- 
pondit qi'.e c'était sa maîtresse : « elle 
est donc trop grande, dit la reine, 
car je suis exactement de la taille qui 
convient le mieux à une femme. » 
Dans un âge plus avancé , elle poussa 
cette prétention jusqu'à défendre par 
un edit exprès , qu'on gravât son 
portrait, jusqu'à ce qu'un peintre ha- 
bile en tût pfint un duquel elle fût 
parfaitement satisfaite et qui pût ser- 
vir de modèle à tous les autres. « Ne 
» voulant pas, disait -elle, que, par 
» des copies infidèles , je puisse être 
» représentée avec des imperfections 
» dont, par la grâce de Dieu, je suis 
» exempte. « Cette coquetterie n'ctait- 
el!e qu'une ruse de $ai politique." Sa ré- 
pugnance pour le mariage ne teupiL- 
el!e qu'à la crainte de se donner un 
maître ou de partager son autorité? 
Une conformation vicieuse lui faisait- 
elle du célibat une loi impérieuse, 
qu'elle n'eût pu violer sans perdre 
la vie , comme l'ont dit quelques his- 
toriens? Ce sont des questions qu'H 
est maintenant diftlcile de résoudre, 
s'il est vrai qu'on ait strictement exé- 
cuté l'ordre qu'elle donna, dit -on, 
que son corps ne fût pas ouvert ni 



E T. I 

même examine après sa mort. Les 
deux principes de sa politique , dont 
clic ne se départit jamais, ct.iicnt de 
se concilier l'alieclion de ses sujets 
protestants, et d'occuper ses ennemis 
dans leurs propres c'tats. Sa maxime 
favorite était que l'argent se trouvait 
mieux ])!;ice' dans la poche de ses su- 
jets que dans son e'cliiquier; aussi ja- 
mais, sousaucun rèf^ne, on ne vil au- 
tant d'ctïorts et de sacrifices de l'intérêt 
particulier, soit pour défendre l'état 
on le venger, soit pour tenter de nou- 
velles découvertes ou étendre le com- 
merce de la nation. C'est presque en- 
tièrement à leurs frais que Cavendisli , 
Baieigh.eiFrobislierentreprir(nt leuis 
mémorables expéditions. Plulo! que de 
solliciter de nouveaux subsides (i), 
Elisabeth , quand elle avait besoin d'ar- 
gent, préféra souvent aliéner des do- 
maines de la couronne, vendre des 
monopoles, créer des compagnies ex- 
clusives et privilégiées, ou même pren- 
dre d'autres mesures qui nuisirent sou- 
vent au commerce; mais son économie 
et le bon (adre q-u'clle mit dans ses 
finances, lui donnèrent le moyen de 
payer les dettes de se s deux prédéces- 
seurs sans augmentation de taxes. Elle 
rétabli tic litre de la monnaie, alléié sons 
les règnes préeédenis, fournit telle- 
ment ses ar>enaux et augmenta telle- 
ment la marine aiigl.iise, qu'on lui a 
donné ie tilre de Restauratrice de la 
gloire navale et de Reine des mers 
septentrionales. Qu'était cependant 
cette marine, si on la comuareau point 
oùelleestparvenuedepnis? En i5n8, 
elle envoya i5 bàiinicnts a la pêche de 
Tcr^e-^euve: à la mort d'Elisabeth, 
elle se composait de 4'i vaisseaux , dont 



(i) Le revenu or linairc d'Elis.ibcth était de 
5o»,uou iiv. Pendjnli|udrant>-t[u.-Ttr(: ans de régne, 
elle reçut du parleimnt \iii;;t su! sidcs et Ircuîe- 
ncuf quinzièmes, eu tnut cn\iron 3 millions • ce 
qui faisait, année commune- , environ 6-.5oo lir. 
«tsrl. 



ELI 



59 



quelques-uns de 4o, 5o tonneaux» 
ou moins encore j les deux j)1ms forts 
étaient de looo tonneaux et de 5oo 
hommes d'équipage. Un trait à ajouter 
au caractère d'Elisabeth , c'est que l'ar- 
bitraire et la sévérité de sa justice ne 
l'empêchaient pas quelquefois de mon- 
trer la clémence la plus généreuse. Une 
écossaise ( Marguerite Lainbi un ) atta- 
chée au ser\ice de Marie Sluail , avait 
vu son mari expirer de douleur en ap- 
prenant la fin cruelle de cette pi in- 
cesse. Déterminée à venger la mort de 
l'un et de l'autre, Marguerite se rend 
à la cour, déguisée en homme, et mu- 
nie de deux pistolets, épiant l'occasion 
d'.issassiner la reine et de se tuer en- 
suiteelle-même, pour échapper au sup- 
plice. Mais elle s<3^^è[e dans la foule 
avec trop de précipitation , et laisse 
tomber un de ses pistolets : on l'arrête ; 
Elisabeth veut l'interroger elle-même, 
est frappée de l'audace de ses répon- 
ses , et lui dit froidement : « Vous avez 
» donc cru faire votre devoir et satis- 
» faiie à ce qu'exigeait de vous l'amour 
» que vous aviez pour votre maîtresse 
» et pour votre mari ? mais que pen- 
» sez vous que soit maintenant mon 
» devoir envers vous? — Je répondrai 
» franchement à votre majesté; mais 
» est ce comme reine ou comme juge 
«qu'elle me fait cette (pieslion ? — 
)) C'est comme reine. — Elle doit donc 
» me faire grâce. — Pilais quelle assu- 
w rance me donnerez- vous que vous 
» n'abuserez pas de cette grâce pour 
» attenter encore à mes jours? — Ma- 
» dame, une grâce accordée avec tant 
« de précaution n'est plus une grâce; 
)) vt>lie majesté peut agir comme juge.» 
l'Elisabeth , se retournant vers quelques 
courtisans de sa suite, s'écria : a De- 
» puis trente ans que je suis reine , je 
» n'ai encore trouvé personne qui m'aii; 
» donné une pareille leçon, w Elle ac». 
corda la grâce sans réserve, malgré- 



6o ELI 

l'opposiliou dii président de son con- 
seil, et, sur la demande de lccos,s;jise, 
elle iu fit conduire en sûreté jusque sur 
les rôlf s de Fr.iiiee. On a vu |ilnshant 
que, (luis *.a jeunesse, E'is d)eth avait 
orne' son esjirit par l'élude des langues 
et la culture des arts agréables. E'ic 
avait un goût particulier pour la mu- 
bique bruyante, et pendant ses repas, 
un concert de douze îrompeffes et du 
denx timbales, avec les fifres et les 
tambours, faisait retentir la salle. El.e 
avait d'ailleurs la prétei'tiun d'excel- 
ler Siir le clavecin; et liisqu'elie re- 
çut l'ambassadeur Melvil , en i564» 
iiyant appris que Marie Sluai t jou lit 
de cet instrument , elle donna oidrc 
à lord Huiisdon de conduire l'am- 
bassadeur , sai'.s affectation , dans 
une pièce d'où il pût l'entendre jouer 
elle-même. Melvil , comme trans- 
porté par l'harmonie ravissaiite de ces 
accords, ouvrit la porte, et la reine, 
affectant d'être piquée d'avoir été sur- 
prise ainsi , n'oublia cependant pas de 
lui demander s'il croyait que la reine 
d'Ecosse fût plus forte qu'elle sur cet 
instrument. Elisabeth ne cessa jamais 
de charmer ses loisirs par la culture 
des belles-lettres. Un jour, dans une 
conversation avecSoffrey de Calignon, 
qui fut drpuis ch ince ier de Navarre, 
elle lui fit voir une traducliou latine 
qu'elle avait faite de quelques tragé- 
dies de Sophocle et de deux harangues 
de Démoslhènes.Eile lui permit même 
de prendre copie d'une épigrammc 
grecque (|u'ello avaii composée , et lui 
ciemand.i son opinion sur quelques 
passages de Lycophron qu'elle lisait 
alors, avec rm'.eniion, disait-elle, d'en 
traduire quelques parties. On a même 
prétendu qu'elle avait iraduit Horace 
en anglais , et que cette traduction , im- 
primée, a été, de son tcnips, fort re- 
dicrchée en Angleterre. Ce qui est cer- 
tain , c'est que dans un âge fort avance, 



ELI 

elle re'pondil très vivement en latin » 
un ambassadeur polonais qui , la ha- 
ranguant dans celle langue, avait lais- 
sé percer des prétentions exagérées. 
Elle se plaignit ensuite, on causant 
avpc ses favoiis, de ce qu'on l'avait 
forcée à dérouiller son vieux latin. 
Camden a donné, en r6i5, le pre- 
mier volume des Annales reruni an- 
çUcnrum et hibf.rnicaruui régnante 
EUsul>eth(i ( /^<^)r. Camden ) ; Le ca- 
raclère de la reiuf Elis tbelh , par 
Edmond Bohus , et les Remarques de 
Robert Nauntou sur ses principauic 
favoris, parurent en anglais, en i ()4 1 . 
Ce deriiier ouvrage a été traduit en 
français par Jean Le Peletier ( Rouen , 
i083, in- 12), et inséré à la suite des 
Mémoires de Walsingham, Lyon et 
(iologne, i6f)5. Ou y trouve, sur ce 
règne, des anecdotes curieuses, ainsi 
que dans les Mémoires de Melvil , pu - 
biiés en anglais, i683, in fol. , et 
traduits en français par G. D. S., La 
Haye, i^)Ç)\, in-12; refondus et aug- 
mentés par l'abbé de Marsy, Edim- 
bourg (Paris), 1745, 5 vol. in-ia. 
Leti donna en italien , en lôgS, une 
Fie d'Elisabeth qu'd traduisit en fran- 
çais l'année suivante, .Amsterdam, 1 
vol. in- 12 : c'est peut-être le moins 
mauvais ouvrage de cet infatigable ro- 
mancier. Duncan Forbes donna, ea 
1^40, les Transactions publiques du 
règne d'Elisabeth , en anglais. Thomas 
Birch fit imprimer, eu 1 ^54 , les flfé- 
moirs oj the reign ofthe Queen Eli' 
zabeth ( Foj. ÈiRcn ) , et il soigna 
l'édition des Papiers d'état du même 
règne, publiés par Murden, 1759, 
in-fol., en anglais. Enfin, 1V^'^ Kera- 
lio a fait paraître une Histoire d'Eli- 
snbelh , reine d' Ant^leleire , tirée des 
écrits orioinnux unifiais , notes, ti- 
tres, lettres, et autres pièces ma- 
nuscrites qui n'ont pas encore paru y 
1 786-87, 5 vol. in-S". L— T— L. 



ELI 

ELISABETH D'AUTRICHE , reine 
de Franco, nc'e lc5juin i554, e't;iit 
fille de rcmpcrcur Maxirnilicii , et de 
Marie d'Autriche , fillo de Cliarles- 
Quint. L'éducation qu'elle reçut fut 
telle qu'on pouvait l'attendre de la sa- 
gesse de son père et de la pieté de sa 
incre; aussi passait-elle pjur la prin- 
cesse la plus vertueuse et la plus ac- 
complie de son temps. S m niariajije 
avec Charles IX avait e'te projclte de 
bonne heure par Catherine de IMcLlicis, 
dont les Lettres , pnhiiees par Le La- 
boureur, dans ses additions aux Mé- 
moires de Casteinau, prouvent que 
les négociations e'taient déjà commen- 
cées pour cet objet en i5Gi. Philippe II 
s'y opposa long- temps , craignant que 
cette alliance ne mît la France trop 
avant dans l'amitié de Maximilien, 
alors roi des Romains, et dont sa po- 
litique avait besoin. Enfin, au 'jout de 
neuf ans , la reine-mère l'emporta sur 
les intrigues de l'Espagne; la demande 
fut faite avec beaucoup de solemnité , 
le duc d'Anjou alla jusqu'au - delà de 
Sedan pour recevoir la reine, et Char- 
les IX alla l'attendre à Mézières. Im- 
patient de voir plustôt son épouse , le 
roi se déguisa et se mêla dans la foule 
pour l'examiner à son aise, pendant 
que le duc d'Anjou , qui était dans le 
complot , dirigeait les regards d'Kli- 
sabetli de son coté, sous prétexte de 
lui faire admirer l'architecture du châ- 
teau de Sedan. 11 fut enchanté de sa 
bonne mine , et revint l'attendre à 
Mézières, où les épousailles se firent 
le lendemain, 26 novembre iSyo. 
L'acte fut rédigé en latin : la reine ne 
parlait qu'espagnol, et le duc d'Anjou 
n'avait pu s'entretenir avec elle que par 
l'intermédiaire du chancelier Chiveini, 
qui leur servit d'interprète. Les fêtes 
qui eurent lieu à cette occasion furent 
lesplus brillantes qu'on eût vues depuis 
bien long-temps; les diamants et les 



ELI (h 

pierreries furent étalés avec profusion. 
Le rainteau royal de velours violet, 
à fleurs d'or , que [wrtait la reine , 
avait une queue de vingt aunes de 
long. Enfin, Cîiarles IX combla de ri- 
ches présents les princes et seigneurs 
allemands, voulant kur donner une 
haute idée de la puissance et des res- 
sources d'un royaume agité depuis un 
demi - .siècle de guerres continuelles, 
tant étrangères qu'intestines. On dé- 
ploya la même magnificence lorsque la 
reine fit sou entrée à Paris , le ig 
mars 1 5^ t , « De manière , dit L r Po- 
» peliuière , que tel portait le qu irt , 
» tel portait le tiers , et tel le tout de 
» son revenu sur ses épaules. » Ce 
faste n'en imposait pas à Maxirallien. 
En faisant ses adieux à Elisabeth , il 
lui avait dit, au rapport de Brantôme: 
c< Ma fil'e, vous allez être reine du 
» royaume le plus beau et le plus puis- 

» sant qui soit au monde Mjis je 

» vous croirais bien plus heureuse si 
» vous le trouviez aussi entier et aussi 
» florissant qu'il a été autrefois. Il a 
» bien perdu de sa force et de son 
w éclat; il est divisé, désuni : si le roi 
» votre époux est niaître d'une partie, 
» les grands sont maîtres de l'autre : 
» et les guerres de religion y ont fait 
» d'étranges ravages. » L'événement 
ne justifia que trop ces inquiétudes 
]>atcrnel!es. La vertueuse renie, tou- 
joiu's tenue éloignée des affairées par la 
])olitique de Catherine de Mcdicis , eut 
plutôt l'estime que l'amour de son ma- 
ri , dont le cœur était déj» engagé 
( F. ToucHET. ), et elle ne comptait à 
la cour d'autres partisans que ceux que 
le mérite et la vertu peuvent se faire. 
Le roi ne tarissait pas sur ses éloges; 
il «lisait hautement « qu'il pouvait se 
» flatter d'avoir, dans une épouse ai- 
)) raable , la femme la plus .sage et la 
» plus vertueuse , non pas de la France 
« ou de l'Europe , mais du monde en. 



62 ELI 

» lier, » Il était neanmoiiis aussi ré- 
serve avec elle ffue la reine-nicre; au- 
cun projet ne lui était confie, au point 
que , le jour de ia St. Bartliélcnii , elle 
n'apprit qu'a son réveil ce qui s'était 
passé dans cotte nuit funeste, et ce qui 
se passait encore. « Hélas I dit -elle 
» soudain, le roi mon mari lésait il?» 
et comme on lui eût répondu que c'é- 
tait lui-même qui en avait donné i'or* 
dre , « mon dieu I s'écria - t - elle , 
» quels conseillers sont ceux - là qui 
» lui ont donné tel avis ? Mon dieu ! 
» je le supplie et le requiers de lui 
» pardonner, car si tu n'en as pitié, 
» j'ai grand peur que cette offense ne 
w lui soit pas pardonnéc. » Aussitôt 
elle demanda ses heures et se mit à 
prier dieu ( Branlome.). Entièrement 
occupée de ses exercices de piété, et 
du soin de plaire au roi , elle n'eut 
presque aucune part à tout ce qui se 
passa en France pendant le rè^ne tu- 
multueux de Charles IX. Sensible aux 
écarts de son mari , qu'elle aimait et 
honorait extrêmement, jamais elle ne 
lui montra ce chagrin jaloux qui aigrit 
souvent le mal et n'y remédie jamais. 
Sa vertu ne se démentit pas un mo- 
ment. Ses soins et sa tendresse pour 
lui éclatèrent de la manière la plus 
touchante pendant la dernière maladie 
du roi , et ce prince la recommanda 
au roi dé Navarre, dans les termes les 
plus forts. Demeurée veuve à l'âge de 
vingt - un ans ( i 575 ) , Elisabeth alla 
voir sa fille , qui était élevée au châ- 
teau d'Amboise, et partit pour se re- 
tirer à Vienne, auprès de son frère, 
l'empereur Rodolphe, qui venait de 
succéder à Maximilieu II. Quoique re- 
cherchée en mariage par Philippe II, 
son oncle et son beau -frère, alors 
veuf de sa quatrième femme, rien ne 
put la déterminer à se prêter aux pro- 
jets d'une nouvelle alliance. Elle passa 
le reste de ses jours dans le monastère 



ELI 

de Ste.-Claire , qu'elle avait fait bâîif 
à V^ii-nne , et y était l'exemple des re* 
ligieuses même. On lui avait assigne 
pour son d'Jinaine les duchés de Berri 
et de B)Urbonnais, et les comtés de 
Forez et de ia Marche. La plus grande 
pjutie du revenu qu'elle en tir.iit était 
employée en présents et gratifications 
qu'elle faisait aux personne-; de mérite 
de ces provinces. Elle ne voulut jamais 
y permettre la vente des ofii'cs de ju- 
dicature, mais les faisait conf rer aux 
plus dignes , s'en r ipportant pour 
l'ordinaire au choix de Busbecq , son 
agent en France. Elle fit bâtir à Bour- 
ges un collège de Jésuites. Eile parta- 
geait en trois parties ses autres reve- 
nus : un tiers était pour les pauvres , 
un tiers pour l'entretien de sa maison , 
et de l'autre elle dotait de pauvres de- 
moiselles qui ne pouvaient trouver uu 
établissement digne de leur naissance. 
Marguerite de Valois , réduite à une 
espèce d'indigence dans le château 
d'Usson, trouva, dans la générosité 
de sa belle-sœur, des ressources qui ia 
mirent eu état de soutenir sa petite 
cour. Elisabeth lui abandonna la. moi- 
tié de ses revenus de France , et lui 
envoya, dit Brantôme, deux ouvrages 
de sa composition; l'un était un livre 
de piété , l'autre traitait de ce qui s'é- 
tait passé cii France sous le règne de 
Charles IX et le sien ; mais il ne paraît 
pas que ces d:ux écrits aient été ira- 
priiués. Elisabeth mourut âgé^; de 
trente-sept ans, le 22 janvier i 'iÇ)'i ; 
sa fille unique, IMarie -Elisabeth de 
France, était morte avant l'âge de six 
ans , le 2 avril i S'-S. C M. P. 

ELISABETH FAKNESE, reine 
d'Espagne, fille unique d'Odoard II, 
prince de Parme, naquit le 25 oc- 
tobre 1692. Comme eile était d'un 
caractère fort vif, sa mère, pour 
en réprimer l'impétuosité, la fai^ait 
renfermer quelquefois dans un grs- 



y 



ELI 

nier du palais. Saint-Simon dit même 
qu'elle l'clcva dans une parf.iilo igno- 
rance de tontes < lioscs , ne la lais- 
sant approrluT de personne. Une 
c'dncalion si pen li!)eral<' e'.'ait plus 
propre sans dunlc à foitifier ses de- 
iants naturels , qu'à de's'doppcr eti 
elle le germe d'aneune verlii. Aussi 
liitclle allicre , amliitieuse, inquiète, 
devore'e du besoin de commander , et 
sacrifiant tout pour parvenir à ce but. 
Mais un sens dîcit , un esprit à la fois 
vif et juste, suppléaient en elle à la con- 
naissance du monde et des affaires ; 
et, lorsq ic la passion ou la défiance 
ne rép;araient point, on admirait son 
adresse à saisir le vrai côîe' des elioscs. 
Elis ibetli ne paraissait guère appelée 
à de hautes desline'es, lorsque la mort 
de Marie-Louise de Savoie laissa Phi- 
lippe V en proie à un tempérament de 
feu , et dominé par la princesse des 
Ursins. On crut d'dbord que cette 
femme impérieuse occuperait auprès du 
souverain la place de la feue reine, 
et sans doute elle - raêjue en conçut 
l'espoir. Mais Philippe parut offensé 
du soupçon, et la princesse pensa ne 
pouvou' mieux conserver son crédit , 
qu'en cherchant dans touics les cours 
de l'Europe une éj)ouse à son maître. 
Alberoni ( F. Albeeom ) , envoyé de 
Parme en Espagne, fut employé pour 
cette affaire, et détermina le choix de 
la favorite sur la fî'lc d'Odoard , en la 
lui peignant comme dépourvue d'es- 
prit , de talents et de volonté. Le ma- 
riage fut célébré par procuration à 
Panne, le i 5 août \n i 4. Elisabeth part 
aussitôt pour Madrid, traverse une 
partie delà France, où Louis XIV lui 
fait rendre les plus grands honneurs , 
trouve à Pampehme Alberoni, puis , à 
Cadraque , la princesse des Ursins , 
revêtue du titre de sa camerera mayor. 
Elle lui fait l'accueil le plus froid, et, 
saisissant quelques paroles iudiscrè- 



ELI G5 

tes c'chappées à la camaristc : « Qu'on 
» me délivre de cette folle , » dit-elle à 
ses gardes; et sur le champ elle donne 
l'ordre de la conduire en France. Tout 
porte à croire que cette mesure avait 
été concntée par lettres entre elle et 
Philippe. Ce dirnier l'attendait à Gua- 
dalaxua : il lui donne la main au 
sortir du carosse, la conduit à la cha- 
pelle, y reçoit la bénédiction nuptia- 
le, el s'en ferme aussitôt avec elle. Libre 
du joug pesant d'une femme acaiiàtre 
et surannée , il prend avec joie les 
chaînes de l'hymen , et se livre impé- 
tueusement à des plaisirs devenus des 
besoins par une longue privation. Por- 
té naturellement à la mélancolie, dé- 
vot, scrupuleux <à l'excès, faible et 
timide, paresseux d'esprit , content de 
la vie la pins triste , la plus isolée , 
n'ayant d'autre passe - temps que de 
tirer sur des bêtes qu'on faisait dé- 
filer devant lui , ce prince éprouva 
toute sa vie le besoin de se laisser me- 
ner. Elisabeth , plus intéressée que 
tout autre à le bien connaître, eut peu 
de peine à saisir les traits de son ca- 
ractère, et se servit habilement de ces 
lumières pour s'assurer un empire ab- 
solu. Philippe neconnutjamais d'autre 
femme que la sienne. Des refus , adroi- 
tement ménagés, arrachaient toujours 
au monarque ce qu'il avait résolu de 
ne point accorder. Du reste, en chan- 
geant de patrie, Elisabeth ne fit que 
changer de prison, et jamais esclavage 
ne fut pareil au sien. Le roi ne la quit- 
tait pas un moment de la journée, pas 
même pour tenir ses conseils , et le 
court instant du lever et de la chaus- 
sure était le seul qu'elle eût de libre. 
Etrangère dans son royaume, et haïe 
des Espagnols , qu'elle détestait, elle 
fut toujours livrée à la cabale italien- 
ne , et ne vit que par les yeux d'Albé- 
roni. Redoutant la triste condition de 
yeuve , et l'isolement dans lequel elles 



(>4 K L I 

Tivont , elle ne se vit pis plutôt mère , 
qu'elle rosoliit à'.is.iucr a srs fi's des 
états iti'lep tid ip.ts , qui pussent lui 
servir de letr.ule en tas de veuvage, 
<.t elle n'épargna rien pour parvenir 
à ce but. Lorsque, après la chute d'Al- 
I)croni, le roi se fût déride à descen- 
dre du îrônfi, elle s'oppos.i t^nl qu'i-lle 
put à cette résolution. Elle fut a'ors 
obii;;^ée de céder aux scrupules de 
Piiilippe;ra:us,à la mort de Louis P'., 
elle réunit toutes ses forces pour faire 
reprendre au faible monarque les rê- 
nes du gouvernement, ou plutôt pour 
•s'en ressaisir elle - même. Elisabeth 
.survécut vingt ans à son époux , et 
mourut en 17^)6, âgée de soixante- 
quatorze ans. Elle avait eu sept en- 
fants de Philippe V : i». don Carlos , 
jié en I 7 1 j duc de Parme en i "7 5 1 , 
roi de Naples en i 754 , et d'Espagne 
en 175»), mort en i 788 ( V. Charles 
III , tom. VIII , pag. 1 5 1 ) ; -i". Marie- 
Anne-Victoire , née en 1716, accor- 
dée à Louis XV en 1721 , mariée en 
1 729 à Joseph , prince de Brésil, de- 
puis roi de Portugal; 5°. François, 
né en 1717, mort au berceau; 4". don 
Philippe, né en 1720, duc de Parme 
en 1 749 , mort en 1 765 ; 5". Marie- 
Thérèse-Antoineltc-Raphaclle, née en 
1726, première femme du Dauphin , 
pcre de Louis XVI , qu'elle épousa en 
1745, et dont elle n'eut qu'une fille 
qui ne suivécut que deux ans à sa 
mère, morte en I74f>; 6''. Louis- 
AnloineJacques,néen 1727; 7". Ma- 
rie-Antoinette -Ferdinande, née en 
1 729 , mariée en i 750 à Victor-Amé 
111, ducde Savoie, depuis roi de Sardai- 
gne, morte en i 785. On peut consul- 
ter pour riiistoire d'Elisabeth : Me- 
moirs of Elisahelh Farnesia, Lon- 
dres, 174^^1 in-8'. ; Mémoires pour 
servir à l'histoire d'Espagne , sous le 
règne de Philippe F , traduits de l'es- 
pagnol du marquis de Saint-Philippe; 



ELÎ 

par Mnudavc, Amsterdam (Paris), 
i75(), in 12 , 4 vol.,etc. D. L. 

ELIS \BE ru , princesse palatine , 
fille de Frédéric V, roi de Bohême et 
d'Elisabetli d'An^-îcterrc, naquit le 26 
décembre i G 1 8. Elle annonça dès son 
enfance d'heureuses di>positionspour 
les sciences , que sa mère cultiva avec 
le plus grand soin. Elle apprit le la- 
tin et les I ingues modernes , s'appli- 
qua à la j)liilosopliie, et conçut tant 
d'estime pour Descartes , qu'elle lui fit 
proposer de venir se fixer à Leydc 
pour lui donner des leçons. Ses pro- 
grès , sous cet habile maître , furent 
très rapides ; et Descartes, dans la dé- 
dicace de ses Principes de philoso- 
phie , assure qu'il n'avait trouvé per- 
sonne que cette princesse qui fut 
parvenu à l'intelligence parfaite de 
ses ouvrages. Elisabeth fut recherchée 
en mariage par Wladislas IV, roi de 
Pologne; mais elle refusa d'entendre 
à aucune proposition d'établissement, 
dans la crainte d'être détournée , par 
là , de sa passion pour l'élude. Celle 
résistance aux projets que sa mère 
avait pour elle, lui fit encourir sa dis- 
grâce. Elle se retira en Allemagne, où 
elle obtint , sur la fin de ses jours , 
l'abbaye luthérienne d'Hervorden , 
qui devint, par ses soins, la pre- 
mière école du cartésianisme. Elle y 
mourut en 1680, à l'âge de soixante- 
un ans. Celte princesse avait beaucoup 
de respect pour la religion catholique; 
cependant elle fît constamment pro- 
fession, du moins en apparence, du 
calvinisme, dans lequel elle était née. 
On dit que la reine de Suède, Chris- 
tine , avait conçu une telle jalousie 
contre elle , pour l'estime que lui por- 
tait Descarîes, qu'elle ne pouvait souf- 
frir d'en entendre parler d'une ma- 
nière avantageuse. W — s. 

ELISABETH -CHARLOTTE de 
Bavière. V. Charlotte. 



y 



ELI 

ELISABETH PETROWNA, Glle 
de Piene le Grand et dcCnlhetine ^^ 
Elle naquit en l 'jog , au moment où 
son père touchait au faîte des succès 
et de la t;loirc, Gttherine, peu avant sa 
mort , avait régie' la succession , en 
vertu de la loi de Pierre-le-Graud , qui 
laissait au souverain re'j^nant le droit 
de nommer son successeur : Pierre, fils 
du malheureux czarcwitch Alexis, de- 
vait hériter du troue j s'il venait à mou- 
rir sans enfants , le testament de Ca- 
therine appelait à la succession Anne, 
fille .lînée de Pierre , mariée au duc 
de Holstein ; après Anne , était nom- 
mée la princesse Elisabeth. Mais ces 
dispositions ne furent exécutées qu'en 
partie : Pierre parvint à régner à la 
mort de Catherine ; étant mort lui- 
même peu après, sans laisser de pos- 
térité, les grands et le sénat choisirent 
Anne, duchesse douairière de CourI m- 
de, fiile d'Iwui , et nièce de Pierre P'^. 
Cette princesse disposa de la succes- 
sion en faveur du jeune prince Iwan , 
fils d'Anne, sa nièce, mariée à Antoine 
Ulric de Brunswick, et qui , à la mort 
de l'impératrice, ayant exilé le fa- 
meux Biren , se fit proclamer régente 
pendant la minorité de son fils. Elisa- 
beth avait observé tous ces événe- 
ments avec le plus grand calme ; ayant 
un caractère peu actif, étant portée au 
plaisir plutôt qu'à l'ambition , elle sem- 
blait être indifférente à tous les pro- 
jets politiques. Cependant elle ména- 
geait les gardes, et choisit même plu- 
sieurs amants parmi les officiers de ce 
corps. La régente ainsi que son époux , 
qui avait le commandement des trou- 
pes , se livrait à une confiance aveu- 
gle, et ne prenait aucune précau- 
tion pour mettre le gouvernement à 
l'abri de ces révolutions qui avaient 
e'claté si souvent en Russie. Il se for- 
ma un parti pour Elisabeth , pour la 
fille de Pierre-le-Grand , au nom du- 

XIII. 



ELI C5 

quel se rattachaient tant d'illustres sou- 
venirs. La princesse ne se montra 
point contraire aux cflbrts qu'on fai- 
sait pour la conduire au trône, et s'a- 
bandonna aux conseils de Lestocq, 
chirurgien d'origine française, homme 
inquiet et ambitieux , qiu cherchait à 
jouer un rôle. Le marquis de liChétar- 
die, ambassadeur de France , dont la 
figure distinguée elles manières agréa- 
bles avaient caj)tivé Elisabeth, s'inté- 
ressa vivement à sacause,et nevit, dans 
la révolution qu'on méditait , que l'oc- 
casion d'assurer un allié à la France. 
Ce qui contribua, dans le même temps, 
à faire sortir Elisabeth de son indo- 
lence, fut le [>rojet qu'eut la régente de 
lisi faire épouser le prince I>ouis de 
Brunswick , nommé ihic de Courlan- 
de ; projet qui contrariait la résoliili- n 
d'Elis;ibeth de rester indép(nilahtf et 
de ne point se marier, f^a Cliétjr.Iie 
noua de nouvelles inti ignés, et i! mit 
la princesse en relation avec la Suède, 
dans ce moment très mécontent" t^u 
cabinet de Pétcr^bourg. Le parti domi- 
nant à la diète fit déclaier la guerre 
aux Russes, et une armée suéduise 
fut transportée en Finlande. La cons- 
piration eût pu être facilement décou- 
verte et déjouée : Lestocq était léger , 
indiscret, et la régente fut avertie plu- 
sieurs fois ; mais elle avait les yeux 
couverts du bandeau de l'illusion, et 
se laissait entraîner par la bonté na- 
turelle de son caractère. La princesse , 
qui méditait sa perte, n'eut pas de 
peine à la rassurer par des protesta- 
tions et des larmes hypocrites. Cepen- 
dant les conjurés eurent des inquié- 
tudes , et Lestocq pressa l'exéenliou 
du projet. S'élant rendu chez Elisa- 
beth , et avant trouvé sur sa table une 
carte, il y dessina une roue et une cou- 
ronne, et dit à la princesse : « Point 
n de mili^i , madame , l'une pour 
» vous , ou l'autre pour moi. Celte oL- 

5 



C6 ELI 

scrvation frappante décida Elisabeth ; 
tous les conjurés furent prévenus , et 
dans quelques heures la conspiration 
allait éclater. L'époux de la régente , 
averti du danger , proposa des me- 
sures de sûreté; mais Anne persistait 
dans sa confiance, et refusa d'ajouter 
foi aux rapports. Le 6 décembre 174', 
à minuit, Elisabeth, accompaj^néc de 
Leslocq et de Woronzow, se rend à 
la caserne des grenadiers préobajens- 
ki ; elle leur fait part de son dessein ; 
ils jurent de la suivre et de mourir 
pour elle. La princesse se met à leur 
tcle , et se rend au palais ; trente sol- 
dats ayant pénétré dans l'appartement 
oîi couchaient, dans le même lit, la 
régente et son époux, leur ordonnent, 
au nom d'Elisabeth , de se lever et de 
les suivre; on leur laissa à peine le 
temps de prendre des vêlements , et 
îa régente demanda en vain à parler à 
Elisabeth. Le jeune Iwau était plongé 
dans le sommeil ; on respecta quelque 
temps le repos de l'innocence. Quand 
il se fut réveillé , il poussa des cris à 
Il vue des soldats. Sa nourrice, fondant 
on larmes, le prend dans ses bras et 
veut le défendre; mais les soldats s'en 
tînparent et l'eramènent. J^a régente, 
son époux et Iwan sont transportés 
au palais d'Elisabeth ; en même temps 
on arrête le maréchal Munich , ie 
comte son fils , Ostcrman , Goloiltin 
et plusieurs autres. Le jour même de 
la révolution , Elisabeth déclara , par 
un manifeste , qu'en sa qualité de fille 
et héritière de Pierre 1*^"^. , elle avait 
pris possession du trône , et chassé les 
usurpateurs. Elle promit d'abord de 
renvoyer Anne , son époux et ses en- 
fants en Allemagne; mais elle changea 
ensuite do résolution : Anne et le prin- 
ce Antoine Ulric furent transportés 
dans une î'e de la Dwisa , près de la 
m r Blanche; Iwan fut enfd^mé dans le 
château de Schlusselbourg. Une cora- 



ELI 

mission ayant été nommée pour i"ger 
ceux qu'on avait arrêtés le Jour de la 
révolution , le maréchal Munich fut 
condamné à être écartelé, Osterman 
à périr du supplice de la roue, Golof- 
kin, Loevenvold et Mengdcn à avoir 
la tête tranchée. Leur crime principal 
était d'avoir été dévoués à la régente , 
et la sentence fut aggravée pour don- 
ner occasion à Elisabeth de se mon- 
trer clémente et généreuse; elle leur 
fit grâce de la vie , et les exila en Si- 
bérie. Le chirur2;ien Lestocq devint 
premier médecin de la cour_, président 
du collège de médecine, et reçut le 
titre de conseiller privé. Il voulut en- 
trer au conseil; mais il essuya un re- 
fus, et tomba même, quelque temps 
après, en disgrâce (i). Mais il était 
parvenu à faire nommer chancelier 
Bestuchef, qui avait été ministre sous 
l'impératrice Anne , et qui prit bien- 
tôt un grand ascendant. Les Suédois 
avaient commencé la guerre sous les 
auspices d'Elisabeth, et ils comptaient 
sur la reconnaissance de cette prin- 
cesse ; mais elle fit peu attention à 
leurs demandes et à leurs manifestes. 
S'étant décidée à continuer la guerre , 
elle assembla ses généraux. L'hetman 
des cosaques du Don , appelé avec les 
autres, lui dit : « Madame, si l'empereur 
» votre père eût suivi mes conseils , les 
» Suédois ne nous feraient plus la 
» guerre aujoiud'hui. — F^t que fallait-il 
» donc faire ? demanda l'impératrice. 
» — QuandlesRussesontpénétrédans 
» la Suède, répondit l'hetman, il fallait 
» amener ici la populace suédoise , et 
» égorger le reste. » Elisabeth voulant 
lui faire sentir la barbarie de sacrifier 
tant de victimes. « Eli I Madame , dit 
» l'hetman , ils sont bien morts sans 
» cela. » Les Suédois , mal dirigés , et 

(i^ Enfermé en i':4*^' dans la forteresse d'Ous- 
lioug-Welikl , remis en liberlé par Pierre U[ , a 
s'in avéneraeat an trine , il mocirut lUas l'ubtcii- 
ritc le 23 juin 1767 ; il était aé k CsUe en 1(491. 



ELt 

recovanl Jcs ordres contradictoires 
d'un goiiv(.Tiicmci)t divise' en factions , 
âv. lient eu des revers dès la première 
camp.^gne. Attaques par lecçéneral Las- 
cy . ils reculèrent jusqu'à Helsiugfors, 
et furent n duils à capituler. Le roi de 
Suède, Frédéric de Hesse-Cassel, était 
avance' en âge, et n'avait point d'en- 
fants. Les députés de la diète , pour 
faciliter la paix, proposèrent d'assurer 
]a succession au (rone à Charles-Pierre 
Ulric, de la maison de Holstcui-Got- 
torp, et dont la mère était fjPc de 
Pierre P"". : mais l'impératrice venait 
de le désigner pour son successeur en 
Russie. Le choix des députés tomba 
ensuite sur Adolphe - Frédéric , d'une 
branche ca lettc de la même maison de 
Holsteiu-Gottorp, et l'impératrice en- 
tra en négociation. Elle eût pu garder 
toute la Finlande , mais elle crut devoir 
se montrer plus modérée, et par l'iu- 
terveiition de la France la paix fut con- 
clue dans la ville d'Abo, en 174-^? à 
des conditions moins dures. La Suède 
ne perdit qu'une très petite partie de 
la Finlande , et peu après elle fit avec 
la Russie une alliance défensive. La 
paix extérieure était nécessaire à Eli- 
sabeth; son trône semblait encore chan- 
celer , et une conspiration se formait 
oontreelle.Cette conspiration était prin- 
cipalement dirigée par le marquis de 
Botta , alors envoyé de la reine de 
Hongrie à Berlin , et qui l'avait été au- 
paravant à Pétersbourg. Les plus re- 
marquables des conjurés étaient La- 
poukin et sa femme, distinguée par 
l'esprit et la beauté , madame Bcstu- 
chef , belle - sœur du chancelier , et 
• sœur de Golofkin, relégué en Sibérie, 
le chambellan Lillienfeidt, et le lieute- 
nant Lapoukin. Ils espéraient d'être 
appuyé-; par la reine de Hongrie et par 
le roi de Prusse , beau-frère du prince 
Antoine Ulric , crui languissait dans 
les prisons, avec Anne son cpou5.e^ 



ELI 67 

mais les conjurés, qui n'avaient ni pru- 
dence ni fermeté, furent trahis. Elisa- 
beth se montra d'aulint plus irritée, 
qu'elle était jalouse de la beauté de ma- 
dame liapoukin, et qu'elle la regar- 
dait comme une rivale dangereuse. Elle 
condamna cette femme liniable et spi- 
rituelle, son mari, son rds,et madame 
Bestuchefà recevoir le knout, à jvoir 
le bout de la langue coupée, et à être 
exilés en Sibérie. La reine de Hon- 
grie désavoua son ministre , le fît en- 
fermer quelque temps dans une forte- 
resse ( Voy Botta. ) , et se rappro- 
cha d'Elisabeth en gagnant !e chance- 
'icr Bestuch(f ; mais l'impératrice con- 
serva les plus fortes préventions con- 
tre le roi de Prusse. La guerre, occa- 
sionnée pr.r les prétentions de plu- 
sieurs puissances à l'héritage de l'em- 
pereur Charles VI , fixait l'attentioa 
de l'Europe. Louis XV, qui était entré 
dans celle guerre malgré lui , comme 
auxiliaire , désirait de la voir finir : il 
s'adressa à Elisabeth , et demanda sa 
médiation. Il fit retourner à Péters- 
bourg le marquis de LaChélardie, qui 
avait joui de la bienveillance de la sou- 
veraine , et qui avait contribué ci soa 
élévation j mais Bestuchef, contraire à 
la France , était tout-puissant , et iK-ut- 
être le marquis s'était-il rendu coupa- 
ble de quelques indiscrétions. Il eut 
ordre de partir dans vingt-quatre he^■^ 
res , et fut conduit sous escorte jusqu'à 
la frontière , comme un prisonnier 
d'état; mais d'autres intérêts changè- 
rent la face des affaires. La France et 
l'Autriche s'allièrent en 1736. Le roi 
de Prusse se déclara pour l'Angleterre, 
lorsqu'il eut eu connaissance des plans 
de l'Autriche et de la Saxo : Elisabeth 
qui persistait dans ses préventions 
contre lui, entra dans les projets des 
puissances qui voulaient l'abaisserj 
mais le grand- duc Pierre était très at- 
taché à Frédérfc , çt les généi-aux , les 

5.. 



68 E L I 

minisfres , crurent devoir menajçer 
l'héritier du Irônc. Le feld-ra.irecbal 
Apraxiii entra dans le royaume de 
Prusse a !a tête d'une arme'c, s'empara 
de la ville de Mëmel , et défit le ge'ne'- 
ral Lcliwald , près de Gros-Jaegers- 
dorf. On .s'atleiidait à le voir avancer ; 
mais il se replia vers la Cuurlande, et 
fit prendre à .>^es troupes les quartiers 
d'hiver. B'^stuchef fut accusé de lui 
avoir écrit une lettre pour l'engager à 
retarder les opérations. Le gcDoral fut 
rappelé et mis en jugement , mais il 
mourut peu après. Bestuch ;f , dé- 
pouillé de ses charges, cul ordre de 
partir pour la Sibérie. Le général Fer- 
mer remplaça Apraxin. llpritKœuigs- 
berg, Custriii , et gagna près de cette 
ville une bataille mv les Prussiens. 
Peu après il demanda «a retraite , al- 
léguant l'aflaiblissement de sa sanlé, 
mais ayant principalement pour but 
de no pas déplaire au grand-duc, en 
combattant le héros dont ce prince 
était l'admirateur. Le commandement 
fut donné à SoUikof , qui reçut l'ordre 
de se concerter avec les généraux de 
l'impératrice -reine. Le roi de Piusse 
voulut empêcher la joncliou des ar- 
mées , mais il ne put y parvenir. Solti- 
kûf se réunit à Laudon , et le i 2 août 
l'j^g , fut livrée la sanglante bataille 
de Kuncrsdorf ; Frédéric eut l'avan- 
tage pendant phisicurs heures; mais 
les Russes excitèrent son impatience 
par leur attitude impertuib.jble , et 
leur constance à revenir à la charge. 
L'aimée prussienne fut eljranlée , et 
prit la fuite. Sollikof gigua vingt -six 
drapeaux, deux étendards, près de 
deux cents canons , et des munitions 
de toute espr'ce. Cependant cette vic- 
toire n'eut point de résuit its , parce 
que les Husses et les Autrichiens ne 
pouvaient s'entendre sur les opéra- 
rations. Le général russe Totticben 
tutra daas Bcilin , mais il ne put s'y 



ELI 

maintenir. Le siège de Colberg n'eut 
point de succès. Bouthourlin q\ii com- 
manda en i'j6i,fit peu de progrès. 
Romanzof fut plus heureux et s'em- 
para de Colberg. Elisabeth ne renon- 
çait pas au projet de pousser la guerre 
contre Frédéric, mais sa santé était 
languissante depuis plusieurs années; 
le 29 décembre 17G1 , elle mourut à 
l'àgc de cinquante - deux ans , après 
vingt années de règne. Pierre monta 
sur le trône, et le roi de Prusse se vit 
délivré d'un de ses plus redoutables 
ennemis; la Russie devint son alliée, 
et la paix fut conclue. Elisabeth fonda 
l'université de Moscou et l'académie 
des beaux arts de Pétersbourg; elle 
fit aussi travailler au code de lois com- 
mencé sous le règne de Pierre l". , 
mais ce code ne fut point achevé. Eli- 
sabeth avait fait le serment que sous 
son règne aucun de ses sujets ne serait 
pimi de mort ; mais elle laissa subsis- 
ter des supplices plus cruels peut-être 
que la mort même , le knout , la tor- 
ture, et l'usage barbare de couper les 
oreilles et la langue. Elle versait des 
larmes sur les malheurs de la guerre, 
et des flots de sang coulèrent pendant 
une partie de son règne sur le théâtre 
des combats. Douce, clémente, géné- 
reuse, elle elait en même temps trop 
indolente pour se livrer au travail, 
pour lutter contre les abus , et pour 
mettre un frein aux passions de ses 
ministres. L'amour était son penchant 
dominant. Elle disait à ses confidentes : 
« Je ne suis contenté que lorsque j» 
» suis amoureuse, n Elle avait l'ambi- 
tion de passer pour la plus belle femme 
de son pays, et quelque modération 
qu'elle eût dans le caractère , elle était 
très susceptible sur ce point. Elle ne 
put pardonner à Frédéric les railleries 
qu'il s'était permises , et madame de 
Lapoukiu expia cruellement le tort de 
passer pour plus belle que Timpéra- 



ELI 

trice. Les amanls d'Elisabeth furent 
traite's avec une munificence qui appro- 
cha quelquefois de la pro(.li}:;alitë , et la 
souveraine destendait avec eux à des 
intrigues peu dignes de son rang. Au 
milieu de la vie voluptueuse qu'elle 
menait, l'impératrice avait des terreurs 
superstitieuses qu'elle appaisait parles 
pratiques de la dévotion. En résumant 
son règne, on trouve qu'il fut glorieux 
pour la Russie, et que la douceur qui 
en fut le caractère dominant contribua 
aux progrès de la civilisation. Les 
Russes ODtdonne' à la fille de Pierre I-''. 
le surnom de Clémente, et ils che'ris- 
«ent sa mémoire. Les de'tails les plus 
intéressants sur la vie et le règne d'E- 
lisabeth, se trouvent dans [^Histoire 
de la Russie moderne, par Leclerc, où 
on lit, entre autres morceaux curieux, 
le portrait de l'impératrice, tracé par le 
maréchal Munich ; dans le Foyage de 
Sibérie, par Chappe d'Auteroche, et 
les Mémoires de Manstein. Dans ce 
dernier ouvrage il est dit qu'il avait été 
question de marier Elisabeth à Louis 
XV, que Pieri'e II eu avait fait les 
avances, mais que la cour de France 
les avait éludées. Foy. Bestuchef, 
Munich, Iwan, TARRAKA^OF et An- 
>E, au Supplément. C — au. 

ELISABETH-CHRISTINE , reine 
de Prusse, était fille de Ferdinand 
Albert , duc de Brunsv^^ickWolfcnbut- 
tel, et naquit le 8 novembre i^iS. 
A l'âge de dix-sept ans , elle fut fian- 
cée au prince royal de Prusse , depuis 
Frédéric-le-Grand ; et peu après, la 
célébration du mariage eut lieu au châ- 
teau de Salzdahl. Ce fut le fameux 
Mosheim, alors prédicateur de la cour 
de Brunswick, qui donna la bénédic- 
tion nuptiale; le discours qu'il pro- 
nonça a été imprime dans le recueil 
de ses sermons. Après avoir fait une 
entrée solennelle à Berlin, les augustes 
e'poux établirent leur résidence à 



E L I Cf) 

Rheinsberg. Frédéric , en e'pousauL 
Elisabeth Christine , avait obéi aux 
ordres de sou père, et avait fait le sa- 
crifice d'une passion qu'il nourrissait 
depuis plusieurs années. Il ne put of- 
frir à son épouse les sentiments de la 
tendresse et de l'amour; mais, aussitôt 
qu'il eût apprécié ses qualités , il lui 
donna sa confiance et son estime. On 
craignait que, devenu roi , il ne prît 
des résolutions peu agréables à la prin- 
cesse; mais il lui écrivit, en montant 
sur le trône , la lettre la plus flatteuse , 
et la présenta à la cour assemblée au- 
tour de lui , en disant « Voilà votre 
reine. » Elisabeth n'avait reçu de la 
nature ni l'éclat de la beauté , ni les 
dons brillants d'un esprit supérieur ; 
mais sa douceur , sa modestie, sa pa- 
tience , sa générosité , captivaient tous 
ceux qui approchaient de sa personne. 
Elle faisait consister son plus grand 
bonheur à faire du bien , sans en tirer 
vanité. Sa cour était l'asyle de la vertu, 
et la jeunesse même y montrait le plus 
grand respect pour les convenances. 
ÎJne éducation très soignée avait don- 
né à la reine le goiJt de l'instruction , 
et la lecture avait le plus grand charme 
pour elle. Les livres consacrés à déve- 
lopper les principes de la morale , et 
les vérités de la religion étaient ceux 
dont elle s'occupait de préférence. 
Cependant elle n'était point étrangère 
à la littérature , et connaissait les bons 
écrivains de son pays et ceux de la 
France. Les académiciens de Berlin 
étaient admis à sa conr et à sa table ; 
elle aimait à s'entretenir avec Lambert, 
Formey , Mérian , et les engageait 
même souvent à se rendre au château 
de Schoenhauseu , situé près de Ber- 
lin , et où elle passait l'été. Elle aimait 
beaucoup cette retraite champêtre y 
qu'elle embellit autant que le permet- 
tait un sol aride et sabloncax. Quoique 
ses principes religieux fussciit tiw^ 



7© ELI 

diffcronts des opinions qu'avait adop- 
tées Fi cdéric , Elisabeth Chi i>>liiic leur 
resta toujours fidèle, et le roi les res- 
pectait, parce qu'il eu connaissait la 
punte; ils étaient en effet dégaj^e's de 
toute hypocrisie, de toute ostentation, 
et ne se inanif slaient que par les sen- 
timents nobi s , par les actes de bien- 
fiisance decel'e qui le>< professait. Le 
roi ne voyait point la reine à Potsdam ; 
mais il paraissait au cerele de la cour 
avec elle , lorsqu'il séjournait à Ber- 
lin. Dans son testament il la recom- 
manda à son successeur, lui enjoignant 
de ne rien changer à l'état de .sa mai- 
son , de lui conserver son revenu an- 
nuel de quarante mille éens , et d'en 
ajouter annuellement dix mille. « Peu- 
)) dant tout mon règne, continuait-il, 
» elle ne m'a donne' aucun chagrin , et 
V ses inébranlables vertus sont dignes 
î> d'estime , de dévouement et d'hom- 
» mages. » Elisabeth Christine vécut 
encore plusieurs années depuis la mort 
de son époux. Elle les passa comme 
celles de sa vie entière , à cultiver son 
esprit , à soulager les malheureux, et 
à faire régner autour d'elle le conten- 
tement et le bonheur. Ou lui proposait 
wn jour d'acheter un collier de perles 
d'une grande beauté; elle l'examina et 
en parut frappée; mois, après quelques 
moments de reflexion : « Emporttz- 
» le, dit-elle à ses femmes, je pourrai 
» secourir plus d'un pauvre avec l'ar- 
» geut qu'il coûterait. » Elle vil sa fin 
approcher avec la plus touchante ré- 
signation. Le 1 5 novembre i ■jq'j , elle 
expira après avoir donné sa bénédic- 
tion à ceux qui l'entouraient. Elle était 
parvenue à l'âge de quatre-vingt-deux 
ans et deux mois. Elisabeth Christine 
a laissé des traductions françaises de 
plusieurs ouvrages allemands ; les plus 
remarquables sont : L le Chrétien 
dans la solitude, par Crugot , Berlin, 
i^'jQ j II- ^^ ^^ Destination de 



ELI 

rhomme f ouviage classique de Spal- 
ding , Merlin, 1776; IIL Considéra- 
tions sur les œuvres de Dieu , par 
Slurm , 3 vol. , La Haye, 1777; 
IV. Manuel delà Tieliçi^ion , pai Her- 
mès , 1 vo . , Berlin, 1789; V. 
Hymnes de Gellert , ibiil. , 1790. 
On lui attribue au.ssi un ouvrage inti- 
tulé : Béjlexions snr l'état des affai- 
res politiijues en 1778 , adressées 
aux personnes craintives. C — au. 

ELlSAlîETH ( Philippine -Marie- 
Hélène de France, Madame), sœur de 
Louis XVI , née à Versailles, le 3 mai 
1 -64 , fut le dernier enfint du Dau- 
phin , fils de Louis XV. Privée de son 
père et de sa mère avant de les avoir 
connus , elle fut confiée aux soins de 
la comtesse de Marsan , gouvernante 
des enfants de France , pour qui elle 
conserva toujours la plus tendre ve'- 
nération et la plus touchante recon- 
naissance. Le respectable abbé de 
Montégut, mort à Chartres en i 794 > 
fut son instiluteur, et mérita par ses 
soins l'honorable confiance que soa 
élève eut toujours en lui. Madame Eli- 
sabeth n'avait p s reçu de la nature , 
comme Madame Clotilde , son auguste 
sœur , cette douceur et cette flexiLilitc 
de caractère qui rendent les vertus 
Lciles; elle annonçait plus d'un tiait 
de ressemblance morale avec le duc 
de Bourgogne , l'élève de Fénélon j 
l'éducation et la piété agirent snr elle 
comme sur ce prince ; les leçons et 
les exemples dont on l'entoura l'or- 
nèrent de toutes les qualités, de toutes 
les vertus, et ne lui laissèrent. de ses * 
premiers pench ints, qu'une aimable 
sensibilité, de vives impressions, et 
une fermeté qui semblait faite pour 
les malheurs ternb'es auxquels le ciel 
la réservait. Dès les premières années 
de sa jeunesse, au milieu des séduc- 
tions de la flatterie et des dangers de 
la graudcor , elle fil remarquer la ius- 



ELI 

tesse de sa raison et la droilure de 
son cœur, par le clioix dos personnes 
auxquelles elle accorda sa coiidance 
et sa protcclion ; des femmes disliu- 
guc'cs par leurs sentiments et parleur 
conduite, devinrent ses amies intimes; 
des hommes d'un caractère recommau- 
dablc, des serviteurs dévoues parta- 
gèrent celte bienveillance. Au milieu 
de ce respectable cortc'j^e, brillante 
de jeunesse et de beauté', Madame 
Elisabeth s'avançait dans sa royale 
carrière comme un ange de paix, de 
bienfaisance et de vertu; la France 
entière applaudissait à tant de quali- 
tés ; M. de Bausset, èvêque d'Alais, 
les célébra dans un discours plein de 
charme et de sensibilité , qu'il adressa , 
en i';8(3, à celte jeune princesse, au 
nom des Etals de Languedoc. Chaque 
jour ou aurait pu citer un trait de sa 
piété ou de sa charité; la reconnais- 
sance eu révélait quelques-uns; sa 
modestie en a dérobé le plus grand 
nombre. On n'a point oublié que , 
pour doter une jeune personne qu'elle 
honorait de son amitié , elle obtint du 
roi son fière, d'employer à cet usage , 
pendant plusieurs années , le présent 
annuel de diamants qu'il lui faisait 
aux étrenncs , et qu'elle ne voulut pas 
laisser remplacer. Lorsque le déran- 
gement des finances obligea de songer 
à des projets de réforme , Madame 
Elisabeth fit venir le premier écuyer, 
et demanda que les premiers chevaux 
supprimés dans les écuries du roi , 
fussent les siens; elle exigea en mcme 
temps le secret sur ce sacrifice qui la 
privait d'un exercice favori. Lors- 
qu'elle se dérobait à la représentation 
et aux hommages d'une cour qui l'a- 
dorait , c'était , ou pour se rendre à 
St.-Cyr, dont elle encourageait les pen- 
sionnaires les plus recommandables , 
ou pour se livrer , dans sa maison de 
Montreuil, à l'iulimilc de ses amis et 



ELI -ji 

à de douces études; c'était là que le 
savant et respectable Lemonnicr , pre- 
mier médecui , lui donnait des leçons 
de botanique , science qu'elle aimait 
avec ardeur , et qu'elle cultivait avec 
succès. Pleine de respect pour le roi 
son frère , elle ne se mêlait jamais des 
affaires du gouvernement ou des in- 
trigues de la cour , et ne prêtait son 
appui qu'à des personnes sans re- 
proches, be si hautes qualités devaient 
faire rechercher la main de Madame 
Elisabeth par tous les princes de l'E'i- 
rope. On croit en effet qu'il fut succes- 
sivement question de sou mariage avec 
un prince de Portugal , avec le duc 
d'Aoste et avec l'empereur Joseph H. 
Des raisons politiques mirent des obs- 
tacles à CCS diverses unions , qu'elle 
ne parut pas regretter. En 1789, un 
hiver long et rigoureux la mit dans le 
cas d'exercer son active bienfaisance : 
elle épuisa tous ses moyens pour ar- 
racher à la misère ou à la mort , les 
malheureux qui ne pouvaient résister 
à l'àpreté du froid; mais un fléau plus 
terrible allait la livrer elle-même aux 
plus affreuses calamités , et faire res- 
sortir dans tout leur éclat, la force, la 
résignation , la générosité de son ame. 
L'orage qui grondait depuis quelques 
années sur la France , s'amoncela bien- 
tôt autour du trône et de la faraiile 
royale, et le 1 4 juillet 1789 vit ou- 
vrir cette scène sanglante. Madame 
Elisabeth , forcée de porter ses re- 
gards et son attention sur les événe- 
ments politiques, jugea dès lors avec 
sagacité toutes les circonstances qui se 
pressaient devant elle, et les consé- 
quences qui pouvaient résulter de 
chaque événement. Liée au sort du 
roi et de la reine , dévouée à leurs 
enfants, elle se prépara à traverser 
la révolution, en s'altachaut à leurs 
malheurs , en partageant toutes h urs 
disgrâces; toutefois, ses conseils pii- 



72 ELI 

rcnt dès lors un caractère de force et 
de fermeté', qui prouvait l'ëtcndiie de 
ses vues et la n clitude de son juge- 
ment. El'c conjura souvent le roi d'u- 
ser de son autorité et d'opposer , tan- 
dis qu'il en était encore temps, une 
digue au torrent révolutionnaire. Le 
5 octobre , lorsqu'une populace, ivre 
de vin et de fureur, se porta sur Ver- 
sailles, Madame Elisabeth insista pour 
que le roi s'é!oij;iiât; elle sauva plu- 
sieurs gardes-du-corps de la rage po- 
pulaire , et ne cessa de leur témoigner 
sa reconnaissance pour leur dévoue- 
ment , son inquiétude pour leurs dan- 
gers. Conduite à Paris avec la fimille 
royale , les applaudissements qu'elle 
entendit prodiguer au roi ranimèrent 
un instant ses espérances j sa noble 
fermeté imposa souvent silence aux 
prétentions séditieuses de la garde na- 
tionale, aux propos menaçants des fac- 
tieux ; ni^is elle connut bientôt toute 
îa violence du parti qui menaçait le 
trône, et l'inutilité des faibles bar- 
rières que l'indulgence du roi cher- 
chait à lui opposer. Ce prince venait 
d'exiger de ses tantes de s'éloigner de 
cette scène tumultueuse : il aurait voulu 
que Madame Elisabeth les accom- 
pagnât ; elle refusa d'obéir , et se dé- 
voua , prés de son frère et de son roi , 
à tous les dangers dont elle le voyait 
entouré. Dés lors elle assista aux con- 
seils secrets que la famille royale était 
forcée de tenir pour examiner les par- 
tis qu'il y avait à prendre dans des 
moments aussi périlleux. Elle fut ini- 
tiée dans le projet du départ pour 
Montmédy , et partagea les fatigues , 
les dangers et les humiliations de ce 
voyage ( Voy. Louis xvi ). Madame 
Elisabeth a depuis assuré qu'un secret 
pressentiment lui avait fait craindre 
la fatale arrestation dès le moment de 
sou départ , et qu'elle croyait avoir 
reconnu un des chefs de la garde na- 



ELI 

tionale qui se glissait , à la faveur des 
ombres, dans le corridor que le roi et 
sa famille traversèrent en partant des 
Tuileries. De retour au milieu de ses 
geôliers. Madame Elisabeth, moins 
surveillée que le roi, trouva le moyen 
d'entretenir , par l'entremise de quel- 
ques serviteurs dévoués , une corres- 
pondance suivie avec les princes ses 
frères , sortis de la France à diverses 
époques. Cependant chaque jour les 
dangers augmentaient, et son cou- 
rage, sa piété, sa résignation sem- 
blaient s'accroître en même temps : 
la idurnée du 20 juin 179'Ji les fit pa- 
raître dans tout leur éclat; une po- 
pulace effrénée ayant pénétré de tous 
côtés dans les appartements des Tui- 
leries pour se porter aux dernières 
violences contre la famille royale , 
Madame Elisabeth parut devant les 
factieux à cÔ!é du roi : on la prit pour 
la reine, et déjà le fer de ces monstres 
la menaçait, sans qu'elle songeât à les 
détromper; un de ses écuyers , le che- 
valier de St.-Pardoux, se jeta au-de- 
vant des cannibales , en s'écriant : 
« Non , ce n'est pas la reine. » — 
«Pourquoi les détromper, dit Ma- 
« dame Elisabeth , vous leur auriez 
» épargné un plus grand crime. » 
Pendant trois heures elle partagea les 
dangers du roi , et la fermeté de son 
ame ne l'abandonna point. Le 1 août 
suivit de bien près cette affreuse jour- 
née. Au milieu du carnage et de l'in- 
cendie, Madame Elisabeth quitta les 
Tuileries avec le roi et la famille 
royale, pour se rendre à l'assemblée 
nationale , auprès des factieux qui 
tramaient sa perte. Renfermée, pen- 
dant le reste du jour, dans la loge 
des journalistes , elle entendit pro- 
noncer la déchéance de Louis XVI, 
passa trois autres journées, non moins 
cruelles , dans l'enceinte des bàti- 
menls de l'assemblée, et fut con- 



ELI 

duite ail Tennjlc, où nulle personne 
de sa m.'iisou ne put obtenir de la 
suivre. Madame Elisabeth, oubliant 
SCS privations et ses propres maux, 
ne songea qu'à diuiiniier ceux du roi 
et de la reine; elle devint comme une 
seconde mère pour leurs au;j;ustes en- 
fants, et descendit pour eux aux soins 
les plus délicats. L'aspect de tant de 
vertus n'amollit pas le cœur des tigres 
qui la gardaient ; l'outrage , les vexa- 
tions , les reproches , portaient sur 
elle comme sur les siens ; ou lui re- 
fusait les secours que réclamait sa 
santé ; ses discours , ses regards 
même étaient épiés. Séparée totale- 
ment du roi , pendant son procès , 
elle ne le revit que pour recevoir ses 
adieux; scène déchirante, qui devait 
encore se renouveler le i août i -jgS , 
lorsque la reine fut enlevée du Temple 
pour être conduite à la Concierc;eric , 
et de là sur l'échafaud. Madame Eli- 
sabeth ne put éviter l'infâme interro- 
gatoire auquel donna lieu une circons- 
tance de cet exécrable procès; et la 
pudeur d'une fille de S. Louis fut 
forcée de répondre aux obscènes 
questions du crime et de la rage en 
délire. Madame Elisabeth , restée seule 
avec Ma<iame fille du roi ( car on leur 
av^it enlevé le Dauphin dès le mois 
de juillet de cette falale année ), ne 
s'occupa plus que d'entretenir dans 
le cœur de sa nièce ces vertus su- 
blimes qui font aujourd'hui l'orgueil 
de la France, l'honneur du trône, 
l'admiration du monde. Cette aflieuse 
captivité durait depuis vingt-un mois, 
et devenait de jour en jour plus étroite 
et plus rigoureuse, lorsque, le 9 mai 
1704 , on \int arracher Madame Eli- 
sabeth des bras de Madame. Accablée 
d'injures , traînée dans un fiacre, elle 
est conduite à la Conciergerie, et le 
lendemain jugée, condamnée, exécu- 
tée. En marchant au supplice, elle ne 



E L ï -j^ 

cessa d'exhorter à la résignation, an 
rejxntir, les autres victimes qui de- 
vaient périr aussi. Les fcniuics qui 
se trouvèrent avec elle, et dont ou la 
força de voir le supplice, la silucrcnt 
avec respect en passant devant elle; 
elle les embrassa avec une toiir hante 
aflt'Ction , et ne cessa d'adresser ses 
prières au ciel , qu'au moment où sa 
mort termina cette horrible scène. Ma- 
dame Elisabeth avait trente ans ; ses 
restes ont été portés sans pompe près 
de Mousseaux, et confondus avec ceux 
qu'on entassait journellement après 
tant de sanglantes exécutions. Un ma- 
gistrat recommandable , M. Ferrand, 
aujourd'hui ministre d'état, a consa- 
cré, à la mémoire de cette princesse , 
un Eloge historique , dont le style, le 
ton , et les sentiments sont dignes d'un 
si noble sujet. Cet ouvrage, plein d'in- 
térêt , forme un vol. in-8'. , Paris, 
i8i4:> de l'imprimerie royale; à la 
suite de l'éloge , se trouvent quatre- 
vingt-quatorze lettres de Madame Eli- 
sabeth , monuments précieux , où bril- 
lent la candeur de ses vertus, la beauté 
de sou caractère, l'aimable vivacité 
de sou imagination, la fermeté de son 
ame et l'excellence de son jugement. 
Un hommage encore p'us éclatant 
manque à la mémoire de Madame Eli- 
sabeth ; mais s'il est permis de devan- 
cer le cours du temps, et de piévoir 
les arrêts sacrés de la religion , un jour 
sa us doute , ce nom auguste , que nous 
inscrivons avec respect sur celte No- 
tice , sera placé dans ces saintes an- 
nales où l'église ne reconnaît plus que 
des anges , où les chrétiens ne comp- 
tent plus que des protecteurs. 

L — S — E. 

ELISABETH. V. Isabelle. 

ÉLISE ('U arménien , ÉcniscHz), 

l'un des plus célèbres historiens de 

l'Arménie, naquit vers le commcuce- 

racnt du 5". siècle. Il étudia sous le 



74 ELI 

célèbre patriarche Salmk , de la race 
tirs Ansaci'les, et sous le savant Mes- 
lob , inventeur de l'alphabet armé- 
nien. Il devint ensuite secrétaire de 
Vartan , prince des Mamikonians, ^é- 
néral des années arménienne et géor- 
gienne. Après avoir rempli pendant 
long-temps cette place avec distinc- 
tion, il fut sacré, en l'an 4'Î9jevêque 
du pays possédé par les princes de la 
famille des Amadonni. 11 assista à uu 
grand concile tenu dans la ville d'Ar- 
daschad, pour répondre au roi de 
Perse , lezdedjord , qui voulait forcer 
les Arméniens d'embrasser la religion 
de Zoroastre. Élise mourut vers l'an 
4H0 , dans la province de Rheschdou- 
iiik'h. Il a composé des Commentaires 
sur plusieurs livres de l'Ecriture, des 
Homélies, et d'autres ouvr.-iges théo- 
logiques ; mais le plus important de 
ses écrits est une histoire très élo- 
quente de la guerre du général Var- 
tan contre le roi de Perse, avec la 
narration de la défaite et de la mort 
de ce général. Cet ouvrage, divisé en 
sept parties , a (té imprimé àConstan- 
tinople, 1764, in-4°. On n'en connaît 
point de traduction. S. M — n. 

ELISÉE hérita du manteau et du 
double esprit prophétique qui avaient 
distingué le prophète Elie. 11 naquit 
dans la ville d'Abelmeiila , qu'on croit 
avoir existé dans la tribu de Manassé, 
à dix radies de Scylhopolis. Après 
avoir vu son maître s'élever vers les 
cieux , il revint pour passer le Jour- 
dain , et le manteau de ce grand pro- 
phète, ouvrant un passage à son disci- 
ple, le fit reconnaître pour le déposi- 
taire de l'esprit d'Elie : il opéra , com- 
me lui, uu grand nombre de prodi- 
ges ; il adoucit les eaux amères de 
Jéricho , en y jetant du sel ; deux ours 
vinrent à sa voix du fond de la forêt 
dévorer les enfants de Béthel , qui 
méconnaissaient son caractère et sa 



ELI 

dignité; il remplit les citernes d'eaux 
minculeuses pour soulager les rois d'Is- 
r.icl,de Judaetd'Edom , qui combat- 
taient dans les déserts contre le roi de 
Moab; ilmultiplia d'une manière tonte 
merveilleuse l'huile de la veuve qui était 
menacée de se voir enlever ses deux 
fils pour payer ses créanciers; il ré- 
compensa la sunamite qui lui avait don- 
né l'hospitalité; il lui rendit un fils que 
la mort venait de moissonner, et dont 
il avait lui-même annoncé la nais- 
sance. Il nourrit , par un prodige , les 
prophètes qui étaient à Galgala , et 
multiplia de même vingt pains d'orge 
que lui présenta le voyageur de Baal- 
salisa. INaaman , général du rui de Sy- 
rie , fut guéri de la lèpre , en se bai- 
gnant sept fois dans le Jourdain, par 
ordre du prophète. Il vint , pénétré 
de reconnaissance , offrir des présents 
à Elisée , qui les refusa , et lui parla 
avec une grande indulgente au sujet 
de l'idolâtrie qu'il avait commise en 
allant, avec le roi sou maître , adorer 
les idoles dans le temple de Remmon. 
Mais quelques interprètes pensent , 
avec fondement, que cette indulgente 
bouté de notre saint prophète était un 
pardon pour l'idolâtrie dont INaaman 
s'était déjà rendu coupable , et non 
une permission de s'en rendre encore 
coupable à l'avenir. Giézi, serviteur 
d'Elisée, n'imita pas le désintéresse- 
ment de son maître; au contraire, il 
se servit de son nom pour demander 
à Naaman deux talents et deux ha- 
bits , et la lèpre dont venait d'être dé- 
livré cet étranger, s'attacha pour tou- 
jours au serviteur du prophète , dont 
il fut dès-lors obligé de s'éloigner. En 
plongeant un morceau de bois dans 
l'eau, Elisée fit surnager miraculense- 
mjnt le fer de la coiguée qu'avaient 
perdue les enfants des prophètes qui 
coupaient du bois dans le voisinage. Il 
frappa d'arcuglcmcnt et traita ensuite 



ELI 

avec bonté les soldats qu'avait envoyés 
contre lui, iiDolliiiu, IJcn.ulad, roi de 
Syrie, fjui s'clait |i( ruade que le pro- 
phète rc'vclait ses des eins au roi d'Is- 
raël ; il pieJil à ce dcruier la pro- 
chaine levée du sie'ge et la eessatioii 
de la lamine qui dc'so ait Samaric II 
alla Vers Damas déclaier Ilizaël roi 
de Syri< ; il annonça à ce prince les 
maux, qu'il ferait à Israël; et Hazaël , 
de retour chez hii , ëloulla Baïadad , 
et u'accompiit que trop sa destinée. 
Jc'hu, fils de Josaphat , devait réaliser 
contre la famille d'Achab toutes les 
calamités piëditcs par Elie. Elisée cn- 
vova un ^es enfants des prophètes 
donner à Jëhu l'onction royale. Cet 
homme de Dieu, près déterminer une 
vie féconde en prodiges, reçut dans sa 
maladif la visite de Joas , roi d'Israël ; 
ii ordonna à ce prince de tirer une 
flèche par la fenêtre de la chambre 
qui était du côte de l'Orient : « C'est, 
r> dit le prophète , la flèi he du salut 
» contre la .Syiie •> Joas lira jusqu'à 
trois fois , puis s'arrêta. L'homme de 
Dieu se mit en colère : « Si vous eus- 
» sicz , dit-il à ce jeune prince, frappe 
» la terre cinq , six et sept fois , vous 
» auriez battu la Syrie jusqu'à l'exter- 
» miner; mais vous ne la bâtirez que 
» trois fois. » Cet illustre prophète 
mourut dans un âge fort avance, vers 
Fan 855 avant J.-C. L'année de sa 
mort, des voleurs de Moab vinrent 
en Israël. Des bommes qui portaient 
un mort au tombeau , ayant vu ces vo- 
leurs, s'enfuirent, et jetèrent dans le 
tombcdu d'Elisëe le corps qu'ils por- 
taient. Le mort ayant touché les osse- 
ments du prophète , ressuscita et se 
leva sur ses pieds. C'est au sujet de ce 
prodige, rapporte au iv". livre des 
Rois , qu'il est dit dans l'Ecclésiastique 
que le corps d'Elisëe prophétisa après 
sa mort. Ce prophète, ainsi qu'il a ëtc 
dit de J.-C. ressuscitant tous icshom' 



ELI ^5 

mes par sa mort, a en quelque sorte 
crée la vie dans le lonilicau. Son nom 
est inséparable de celui d'Elic, dont 
il reçut la puissance et dont il imita 
les vertus ( F. Elie.). C — t. 

ELISÉE ( Jean-François Copel, 
connu sous le nom de Père) , célèbre 
prédicateur, naquit à Besançon , le 'il 
septembre lyciG, de parents vertueux, 
et qui ne négligèrent rien pour lui 
donner une bonne éducation. Il lit ses 
premières études au collège de cette 
ville, dirige par les Jésuites, et s'y 
distingua par les progrès les plus ra- 
pides. Ses maîtres, prévoyant qu'il se- 
rait un jour propre à faire honneur à 
la Société, cherchèieiit à lui inspirer 
le désir d'y entrer. Le jeune Copel , 
incertain sur le choix d'un état , obtint 
la permission de faire une retraite dans 
la maison des carmes, pour examiner 
sa vocation. Dès ce moment , ses irré- 
solutions cessèrent, et il prit l'habit 
de cet ordre le 25 mars 1745. Ses 
supérieurs le chargèrent d'abord d'ins- 
truire les novices, etii s'acquitta de ce 
devoir pendant six années, avec beau- 
coup de zèle et de succès. Il employait 
ses loisirs à la lecture des orateurs an- 
ciens et modernes , et se préparait par 
la méditation et l'examen de leurs ou- 
vrages, à marcher un jour sur leurs 
traces. La timidité naturelle du P. Eu- 
sée , la faiblesse de son organe , la nc- 
gligencedeson débit, ne permirent pas 
d'apprécier toute l'étendue de sou ta- 
lent pour la chaire. On l'envoya ce- 
pendant dans la maison de son ordre 
à Paris , et ce fut par une espèce de 
faveur qu'il obtint de prêcher dans 
quelques paroisses. Un hasard singu- 
lier commença sa réputation. Un jour 
qu'il prêchait dans une église assez peu 
fréquentée , Diderot , curieux d'en- 
tendre un sermon, qu'il supposait d'a- 
vance médiocre , y entra aceompagno 
d'un de ses amis. Le philosophe, placé 



76 ELI 

en face du prédicateur, l'ecouta avec 
attention, et fut frappe de l'ordre , de 
la clarté , de 1;) méthode , de la logique 
vive et pressdnte qui re'fjnaitiit dans 
son discours. Le sermon fini, il suivit 
le F. Elispf à ia sacriitie , et lui de- 
manda si c'était lui qui avait composé 
Je sermon qu'il venait de prononcer? 
Le P. Elisée lui en donna l'assurance. 
Diderot, enchanté de ce qu'il nommait 
sa découverte, parla du nouveau pré- 
dicateur avec enthousiasme , et inspira 
à chacun ie désir de l'entendre. Bien- 
tôt l'église qu'avait choisie le F. Elisée, 
fut trop petite pour contenir le nombre 
de ses auditeurs , et cédant aux invita- 
tions qu'on lui adressait de toutes 
parts , il parut successivement dans les 
chaires les plus brillantes de la capi- 
tale. Désigné pour prêcher devant le 
roi, il eut l'honneur de le complimen- 
ter dans deux circonstances bien re- 
marquables ; la première fois, après 
la signature de la paix avec l'Angle- 
terre, en 1765, et la seconde fois, 
après la mort du dauphin , père de 
Louis XVI. Le P. Elisée , bon et in- 
dulgent envers les autres , était très 
sévère pour lui-même ; la pâleur de 
son visage annonçait ses austérités; il 
jeûnait continuellement , et consacrait 
à la prière tous les moments qu'il ne 
donnait pas à l'étude. L'excès du tra- 
vail affaiblit sa santé, et les médecins 
lui conseillèrent de premlre quelque 
repos dans sa famille. Il cédait à leurs 
invitations , à celles de ses parents , 
mais l'évêque de Dijon le retint pour 
prêcher le Carcme dans sa cathédrale; 
les efforts qu'il fut obligé de faire, 
achevèrent de l'épuiser. Il mourut le 
1 1 juin 1 783 , à Pontarlier , en allant 
en Suisse, prendre les eaux de la Cre- 
vine. Son corps fut rapporté à Besan- 
çon , et inluimédansTéglise des Carmes 
Déchaussés. Les Sermons du P. Elisée 
ont élc recueillis par le P. Ce'saire , son 



ELI 

cousin , et publiés à Paris , 1 784- 
1786, 4 '^'ol, in-i2, avec la vie de 
l'auteur. Ils ont été traduits en alle- 
mand, Bamberg, 1780, 4 volumes 
in-S". , et en espagnol, M idrid, 1 787, 
4 vol. in-4''. ; le quatrième volumecon- 
tient les Panégyriques , parmi lesquels 
on distingue celui de S. Louis ; et les 
Oraisons funèbres du Grand Condé, 
de Stanislas I"., roi de Pologne, et 
du dauphin , père de Louis XVI. Oa 
n'a pas la prétention d'assigner ici la 
place que doit occuper le P. Elisée 
parmi les orateurs chrétiens; on se 
contentera de dire que ses sermons 
se distinguent, de la plupart des pro- 
ductions de ce genre, par la sagesse de 
la composition , l'enchaînement des 
pensées , par la pureté et l'élégance 
de style; et que la lecture en est aussi 
agréable qu'utile aux personnes qui 
aiment àréûéchir sur elles-mêmes. On 
y trouve quelques morceaux dignes de 
Bossuet et de Massillou; mais, en gé- 
néral , on désirerait chez lui une con- 
naissance plus grande des livres sainlsj 
plus de force et de justesse dans le 
raisonnement ; plus d'abondance dans 
ses preuves ; une onction plus péné- 
trante; une éloquence plus douce (i)j 
plus de majesté ; plus d'élévation ; des 
idées moins vagues; des traits plus 
marqués. I,a contenance modeste du 
P. Elisée , l'air de mortification qui 
paraissait sur son visage, commen- 
çaient par inspirer une prévcntio» fa- 
vorable ; la simplicité de son débit 
forçait ses auditeurs à redoubler d'at- 
tention , et cette négligence était as- 
sortie à l'espèce d'éloquence qu'il 
avait adoptée. Peu d'art, de la préci- 
sion dans l'exposition de son sujet , 
de la simplicité dans ses plans , uu 



(0 n fst quelcjucTois caustique ; dan» son m- 
mon str le mauvais riche , il s'exj>rime sinii : .< Le 
» riche mourut, et ce fut le iiremicr setfice 4u'iï 
» readit àlasucicté.» 



ELI 

style pur, clair et élégant; presque 
point de fifijures et de inouvcmcnts. Il 
n'a ni la loj^iquc pressante cl la raison 
profonde de Bourdalouc , ni le pin- 
ceau raagirpie et le hiillant coloris de 
Massillun. Quoiqu'il ne manque pas 
de s'e'Icver contre les systèmes mons- 
trueux de la philosopliie moderne, il 
porte dans ces morceaux qui semblent 
exiger une certaine véhémence, plu- 
tôt le sentiment de la douleur qui s'en 
afflige , que celui de l'indignation qui 
les comb'it et les ane'antit. Dans l'en- 
droit de son sermon sin- ['incrédulité^ 
où il trace le tableau de l'orgueil de 
Fesprit et de cette inquiétude qui le 
porte à secouer le joug de la religion , 
On trouve une imitation trop marquée, 
de Bossuet, dans l'endroit de l'Orai- 
son funèbre de la reine d'Angleterre, 
où ce grand évêquedit des protestants 
ce que le P. Eiisëf applique aux in- 
crédtdes. Le portrait qu'il fait de 
Bayle dans le sermon qui a pour titre : 
Fausseté de la probité sans la reli- 
gion , l'appelle aussi un peu trop ce- 
lui que Bossuet a tracé de Cromwell. 
Les principes de la morale sont pré- 
sentés , dans ses sermons , d'une ma- 
nière trop bénévole, sans qu'il entre 
dans aucun détail particulier , ce qui 
ne jette pas , à beaucoup près , autant 
d'intérêt dans ses discussions , que 
s'il luttait, pour ainsi dire, corps à 
corps avec les obstacles qu'il combat. 
Il est rare , par conséquent , de trou- 
ver chez lui de ces morceaux pleins de 
force et de vigueur , qui subjuguent 
l'esprit et dominetot la volonté; de 
ces tirades où régnent l'affection et le 
sentiment , qui pénètrent le cœur et 
l'embrasent , qui le touchent et l'at- 
tendrissent. C'est moins à présenter à 
chaque individu le miroir de ses pas- 
sions , que l'orateur semble s'être ap- 
{>liqué , qu'à peindre les funestes ef- 
els c[u'elles produisent dans la société. 



ELI 77 

Or cette seconde étude est beaucoup 
plus facile que la première , et il est 
plus aisé de saisir ces résultats géné- 
raux que de descendre dans le « œur 
de l'homme , d'en sonder les plus 
sombres replis , et de les exposer au 
grand jour. On trouve cependant quel- 
quefois de la force , de rélév.tion et 
de la profondeur, comme dans le 
sermon sur la fausseté de la probité 
sans la religion; une connaissance 
plus développée des passions , comme 
dans celui sur la vie religieuse , où 
en opposant partout le calme de la 
solitude au tumulte du monde , il 
peint supérieurement le vide et le 
néant des plaisirs et des honneurs. 
Son sermon sur la mort et celui sur 
les afflictions , sont ceux où l'ordon- 
nance est la plus belle et les dévelop- 
pements plus lumineux. W — s. 

ELIUS ( LUCIUS jElTUS CiESAR ) , 

fils de Céjonius Coramodus , fut adopté 
par l'empereur Adrien : on n'est pas 
d'accord sur l'époque précise de son 
adoption • il paraît qu'elle eut lieu en 
l'an 1 55. iElius portait alors les noms 
de Lucius Aurelius Férus , qu'on 
donnait à son père. Adrien , dont la 
santé s'affaiblissait tous les jours, vou- 
lut désigner son successeur. Après 
avoir jeté les yeux sur plusieurs de 
ses parents et de ses amis , il choisit 
enfin Lucius Férus , que sa com- 
plexion délicate aurait seule du écarter 
du troue. Adrien ne se contenta pas 
de le créer César , il l'adopta comme 
son Cls , et lui donna le nom d'^lius , 
qu'il portait lui-même. C'est pourquoi 
Spnrtien compare cette adoption à 
celle de Galère Maximien et de Cons- 
tance Chlore, qui, en devenant Cé- 
sars, devinrent aussi les fils des em- 
pereurs. jElius avait un grand ascen- 
dant sur l'esprit d'Adrien , qui le fit 
ensuite préteur et consiji, et lui donna 
le gouvernement de la Pannonie. Spar- 



n8 ELI 

lien fait l'elogc de sa conduite et nous 
vanle sa justice et son habile te. Néan- 
moins la faiblesse de sa constitution 
lit quelquefois rcgicllcr à Adrien cette 
adoption. On dit que reinpeieur , qui 
l'aimait passionnément , n'avait con- 
senti à le créer Ce'sar que pour tenir 
la promesse qu'il lui avait laite en se- 
cret ; mais qu'd savait bien qu'jElius 
ne vivrait pis assez long-temps pour 
régner. ( Adrien c'tait fort adonné à la 
magie , et avait, dit-on , tiré l'horos- 
cope d'TElius ). Les destins de Rome 
re'servaicnt à l'empire un prince dont 
les vertus devaient rappeler l'âge d'or. 
^Elius, après un séjour d'environ deux 
ans en Pannouie, revint à Rome , et 
le 1*^'. janvier, au moment même où 
il se disposait à prononcer un discours 
qu'il avait préparé pour l'empereur, 
il mourut presque siibitement : ce 
fut Antonin-le-Pieux qui lui succéda 
tomme césar. Ou donne à jElins plu- 
sieurs brillantes qualités ; il était ins- 
truit dans les bclles-letlrts; il culti- 
vait l'éloquence et la poésie; mais quel- 
ques personnes prétendent qu'il était 
plutôt cliéri d'Adrien à cause de sa 
belle figure que pour ses vertus. Il 
était fort recherché dans sa toilette et 
clans ses plaisirs. On lui reproche de 
les avoir aimés jusqu'à la volupté. 
iSpartien nous dit qu'il faisait quelque- 
fois mettre des ailes à ses coureurs, 
et qu'd leur donnait le nom des vents, 
Borée, Aquilon, etc. Quuiqu' Adrien 
s'attendît à ne pas conserver long- 
temps ^lius, sa perte lui fut sensible; 
et s'il ne le pleura pas comme prince , 
il donna des larmes à son fils , et le 
fit ensevelir avec toute la pompe ré- 
servée aux empereurs , dans le même 
tombeau qu'il avaitfailconstruirepour 
lui-même. Il lui décerna des statues 
et des temples , et ce fut en mémoire 
de ce prince qu'il exigea qu'Antonin , 
son successeur, adoptât le fils d';E- 



ELL 

lius, qui régna ensuite avec Maro 
Aurèlr. yElius avait épousé Domitia 
Lucillu , file de INigrinus , qui lui 
donna Lucius Vtrus , dont nous ve- 
nons de parler, et Fabia ou Fadia , 
qui. fut fiancée à IMarc-Aurèle. jElius 
ne vécut pas assez long-temps comme 
prince pour nous avoir laissé une 
grande variété dans les ty])es de ses 
médailles. Le symbole de la Panno- 
nic, qu'il gouverna, est le sujet qui 
s'y trouve le plus fréquemment. Les 
autres sont généralement peu com- 
munes, surtout les grecques. 11 n'y 
prend qu- le nom de Lucius jElius , 
cl n'y porte que le titre de césar. T — n. 

ELIUS-GALLUS. F. Gallus. 

LLIZABETH. Foy. Klisabeth. 

ELLAIN (Nicolas), ne à Paris 
en i554, s'appliqua d'abord à 
l'étude du droit, et se fit recevoir avo- 
cat au parlemi nt. Aul)Oiitde quelques 
années, il renonça à la jurisprudence 
pour étudier la médecine, acquit en 
peu de temps la réputation d'un pra- 
ticien habile, et monrul en 1621 
doyen de la faculté de Paris , à l'âge 
de quatre-vingt-sept ans. Ellaiu avait 
du goût pour la littérature, et il a 
cultivé la poésie avec quelque suc- 
cès. On a de lui : l. d(\s Sonnets , 
Paris, i56i, in-B". L'abbé Goujct 
trouve du naturel et de I.. faii'ité dans 
sa versification; IL Discours pané- 
griUjue à Pierre de Gondy , évé- 
que de Paris , sur son entrée dans 
celle xille , ibid., iS^o, iu - 4"- 
Cette pièce est en vers; \\\. Adcar- 
dinalem Retlensém niiper pdeo car- 
dinalitio donatmn , cormen , ibid. , 
i6iy,in-4°- Le seul ouvrageiie mé- 
decine qu'il ait publié est un Advis 
sur la peste , Paris , i6o() , in-8 '. , 
réimprimé en 1620, in-ii, avec 
celui d'Antoine Mizauld. intitulé : 
Divers Remèdes et Frésenalijs 
contre la peste. W — s. 



ELI. 

Erj.EnODK (NicAiSE Van\ en 
1 itin Ellebodius , ne à Cissel en 
Flandre au commencement du l6^ 
siècle , fit ses études à l'université de 
Padoiie , et y prit ses grades en mé- 
decine avec distinction. Il acquit une 
connaissance profonde des langues 
anciennes , et particulièrement de la 
langue grecque. Il mérita par ses ta- 
lents la protection du cardinal Grand- 
velle et l'estime des savants, entre 
a\]tres de Vincent Pinelli et de Paul- 
Matuice. Radecius, évêque d'Agria , 
lui fit oblenir nn canonicat de sa ca- 
thédrale. Il mourut àPresbourg d'une 
lièvre pestilentielle le j4 juin 1677. 
C'est à Ellcbode qu'on doit la pre- 
mière édition du texte grec de l'ou- 
vrage de Ncmésius sur la nature de 
l'homme. Il le publia à Anvers, 1 565, 
in-8°., avec une traduction latine su- 
périeure à celle de Valla , et réimpri- 
mée dans le tome Vlll de la Biblio- 
theca Patrum , Lyon, 1677. On 
trouve quelques lettres d'Eilcbode 
dans les Epislolce illustr. Belgarum , 
publiées par Bertius, 1617, et quel- 
ques pièces de vers dans les Poëtar. 
Belgar. deliciœ , de Grutcr. W — s. 
ELLER ( Elie) , né en 1 690 , dans 
le dticlie'de Berg, apprit le métier de 
tisserand, qu'il exerça dans la petite 
ville d'Elverfeld. On a souvent fait 
l'observation que les hommes de cette 
profession sédentaire , se livrent fa- 
cilement aux rêveries des idées tiiéo- 
sopliiques. Eller en fut un exemple 
remarquable. Il s'imagina d'abord 
avoir des révélations et se persuada , 
à la fin , qu'il était le Christ en per- 
sonne. Il se faisait appeler le Père de 
Slon. L'enthousiasme qui régnait dans 
ses discours et la régularité de sa vie 
lui procurèrent des adhérents, dont 
il réunit le troupeau dans la ville 
de RensdorfF, que l'électeur palatin , 
souverain de Berg, venait de fonder, 



E L L 79 

et dont Eller avait été nomme premier 
bourguemestre. Cette sccic est cou- 
nue dans l'histoire du lulhéranisrac 
sous le nom de communion de Rens- 
dorff. Nous pensons qu'elle s'eyt éteinte 
bientôt après la rnort de son chef, qui 
arriva le 16 mai 1750. La considé- 
ration dont jouissait ce visionnaire en 
imposa tellement au premier roi de 
Prusse, qu'il l'avait nommé agent des 
églises protestantes des duchés de Ju- 
liers et de Berg. Il avait consigné ses 
rêveries dans un écrit intitulé : la Pa- 
netière , en allemand, ffirten-Tas- 
che. ( P''oy. page 17-2, tome X, li- 
vraison ôo". , édit. nouv. des Cére'- 
monies religieuses , 1809, ou V His- 
toire des sectes religieuses , par M. 
Grégoire, i , 507 ). S— L. 

ELLER ( Jean-The'odore ), né en 
1689 à Pleskau, dans la principauté 
d'Anhall-Bernbourg , devint en 1 755 
premier médecin du roi de Prusse , 
Frédéric -Guillaume. Le grand Fré- 
déric joignit, en 1 755, à ce titre, celui 
de conseiller privé et de directeur du 
collège medico- chirurgical de Berlin , 
dont il était professeur depuis plus de 
trente ans. Il fut aussi un des mem- 
bres les plus laborieux de l'académie 
des sciences de Berlin, qui le perdit 
le 5 1 septembre 1 760. Parmi ses ou- 
vrages , les uns sont écrits en latin, 
quelques-uns eu français , et les autres 
en allemand : L Gazùphjlacium , seii 
Catalogus rerum mineraliuni et me- 
tallic arum ,Bernbo\ir^, 1 7>.5, in-S".; 
II. Observations médicales et chi- 
rurgicales, Berlin, 1750, iu-8'. (eu 
allemand) ; liL Physiologia et Pa- 
thologia medica, seu philosaphia 
corporis humani sani et mo'bnsi , 
c'est-à-dire , Physiulugie et Patho- 
logie , etc. Schneebe:g, 1 743, •! vol. 
in-8\ Ce livre a!'ema;;d, qui n'a de 
latin qu'une portion nu titre, a été 
publié par le docteur Jean- Chrétien 



8o EL L 

Zimmcrmann : il offre le recueil des 
leçons f, lifes par EWcr aux chirurgiens 
uiililaircs, depuis i-jaG jusqu'à 1734, 
mais ttllcmi ut uiulileVs , que le pro- 
fesseur le desavoua. IV. Observatio- 
nes de cognoscendis et curandis 
morbis, prœsertim aciitis, Kœni;:s- 
berg, l 'jOi , in-8''. ; Arasterd m ( Ge- 
Bève ) , 1 766, in 8\ Cet ouvrage es - 
timë, quoique incomplet, acte traduit 
en français par Jacques - Agathange 
Le Roy, Paris , i 77'i ,in-i'2. PiTsque 
tous les n)emoires présentes p.ir Eller 
à l'académie des sciences de Berlin 
ont pour objet des recherches curieu- 
ses , dr s expériences utiles ; dans pres- 
que tous on reconnaît la sagacité' de 
rauleur;I(> principaux traitent, i . de 
la se'paration de l'or d'avec l'argent; 
'2". de la loitilitë des terres et de la 
végétation des plantes ; 3°. de la disso- 
lution des sels dans l'eau commune; 
4'. de l'analyse du sang humain; 5 '.du 
pouvoir de l'imagination des femmes 
enceintes sur lefœlus. LedocteurChar- 
les-.'\brah. Gerhard a extrait des mé- 
moires de l'académie, et traduit en alle- 
mand, tous ceux que Ellcr avait in- 
sérés dans cette importanteCollectioD ; 
Berlin, 1764, in-8 .,fig.En 1765 on 
publia, sous le nom de ce médecin, 
une Chirurgie complète , o\ en 1767 
une Médecine pratique , écrites l'une 
et l'aulre en allemand. Z. 

ELLERS (Jean), conseiller de la 
chancellerie en Suède et chevalier de 
l'ordre de l'étoile polaire. 11 se dis- 
tingua dans h dernier siècle par son 
habileté dans les affaires et par ses ta- 
lents pour les lellres. Gustave lll lui 
avait donné sa conlianci' et l'employa 
dans plusieurs occasions importantes. 
Il p^t auteur d'un poëme suédois in- 
intiiulé : Mes larmes , qui se trouve 
en français dans les Mélanges de lit- 
térature suédoise , publies à Paris 
(1788, in-8". ), par Agander. Peu 



ELL 

avant sa mort, Ellers donna une des- 
cription de Stockholm , en quatre vo- 
lumes, remplie de recherch'S et de 
faits intéressants, mais écrite d'ua 
style diffus. G— au. 

ELLIE5 DUPIN (Louis). roj\ 

DUPIN. 

ELLIGER ou ELGER ( Otmar ), 
peintre suédois,naquit à Gothembourg, 
en i63'2 0u i633. Son père était mé- 
decin , et lui fit apprendre les lan- 
gues. QiM-lque sagacité qu'il eût. son 
goût pour la p'inture ralentit ses pro- 
grès dans toute autre étude. Sa mère 
se montra très éloignée de seconder 
son pench .nt ; mais un mendiant 
avant un jour exposé sa misère au 
médecin, en différentes langues, la 
femme de celui-ci dit à son maii, que 
puisqu'il se trouvait des savants aussi 
pauvres que des peintres , il lui était 
indiffèrent quel état prendrait son fils. 
Elliger , au comble de ses vœux , se 
mit , à Anvers . sous la conduite du 
jésuite Daniel Zeghers, habile peintre 
de fleurs et de fruits , qu'il parvint à 
égaler. Appelé à Berlin , il fut nommé 
peintre de l'électeur Frédéric- Guil- 
laume. L'agrément de la conversation 
de l'artiste le rendit cher au prince, à 
la cour duquel il passa ses jours dans 
l'aisance et la considération. On ignore 
en quelle année il mourut. La plupart 
de ses tableaux sont en Allemagne , et 
y sont très estimés. — Otmar Rlliger, 
fils du précédent, naquitàHambourg , 
en 1666. Il reçut d'abord des leçons 
de son père, puis celles de Michel 
Van Musscher, peintre d'Amsterdam; 
mais, à la vue des ouvrages de La>- 
resse, il désira entrer dans son école, 
et y parvint en 1 6h6. 11 gagna l'affec- 
tion de son maitre , et, doué d'un es- 
prit qu'il avait eu soin de cultiver par 
l'étude , il parvint , en une année , à 
composer des si-.jets très intéressants. 
Sa manière était grande et ses fonds 



ELL 

d'une bpllc arcliilccliirc. Par des Las- 
reliefs iii<>;t'iiiciisemeiit places ilaiisses 
compositions, il indiquait à propos si 
les sujets en étaient égyptiens , grecs 
ou roiuains. De grands sujets et des 
plafonds qu'il peignit à Anisterdain , 
plurent tellcmcntà l'électeur de Maycn- 
ce, que ce prince lui demanda deux 
grands tableaux : la Mort d' Alexan- 
dre , et les Noces de Thélis et de 
Pelée. Outre le paiement, ces ouvra- 
ges lui méritèrent un riche présent. 
L'électeur lui offrit , de plus , la place 
de son premier peintre et une pen- 
sion ; mais Elliger refusa le tout , 
préférant l'indépendance à ces avan- 
tages. De retour chez lui , il exécuta, 
pour la typographie , des composi- 
tions ingénieuses ; mais il ne put alors 
peindre beaucoup de grands tableaux ; 
cependant on donna de grands éloges 
à un Festin des Dieux , qui seul , dit 
Descamps, suffit pour l'iuimoitaliser. 
Les ouvrages qu'il fil en petit furent 
toujours estimés. Le goût de la dé- 
bauche vint lui ôter la considération 
dont il avait joui long-temps , et altéra 
son talent au point qu'il ne produisit 
plus que des ouvrages maniérés et 
d'une mauvaise couleur. Il mourut le 
24 novembre lySi, à l'âge de près 
de 6'y ans. D — t. 

ELLINGEU (André), né eu 
iSîô à Orlemunde dans la Thu- 
ringe, sut de bonne heure associer le 
goût de la littérature à celui des 
sciences exactes. Après avoir achevé 
d'une manière distinguée le cours de 
ses humanités, il embrassa l'étude de 
la médecine. En i54ç) il obtint ses 
premiers degrés à l'université de 
Witteniberg , et, en i554 , celle de 
Leipzig l'admit au nombre de ses 
professeurs. 11 remplissait honorable- 
ment cet emploi depuis quinze an- 
nées lorsqu'il fut appelé par l'élec- 
teur de Saie à l'univcràilé delcna, 



ELL 8i 

dont il occupa la première chaire dans 
la f.iculté de médecine , et ensuite le 
recloriit. 11 accompagna ce corps sa- 
vant à Salfeld, où il fut momentané- 
ment transféré pendant que la peste 
désolait léna en i 5-; H. De retour dans 
cette dernière ville, Ellinger continua 
d'unir à l'exercice de ses fonctions les 
travaux du cabmet. Il termina sa car- 
rière le \i mars i582, laissant 
quelques ouvrages qui prouvent, si- 
non de vastes cojinaissances , du 
moins un talent réel pour la versifi- 
cation latine : Hippocratis aphoris- 
moriim, id est seleclarum maxime' 
que rararum sententiarum para- 
phrasis poëtica , Francfort iS-g, 
in-B". Cette traduction des aphoîis- 
mes fut bientôt suivie de celle des 
Pronostics ; mais Ellinger ne se 
borna pas à exercer sa verve poétique 
surdes sujets médicaux, il mit en vers 
les Evangelia dominicalia (Evan- 
giles des dimanches), et rectifia la 
prosodie des hymnes ecclésiastiques. 
Parmi les discours inauguraux de ce 
professeur on doit en distinguer deux, 
l'un sur les aphorismes d'Hippocrate , 
l'autre sur la beiie maxime de ce- 
père de la médecine : ixzpo^ ^t/oço- 
yoç i7o9zo;. Enfin le seul travail 
tout à la fois original etmédicald'El- 
linger se borne à nu petit nombre 
de consultations qui font partie du 
recueil publié en iGo4 ^ Leipzig 
par Jean Wittich. C. 

EIXIOT ( Guillaume ) , dessi- 
nateur et graveur anglais, né àHanip- 
toncourt en i -y i ^ , a gravé le paysage 
avec beaucoup de goût et de talent, 
et surtout une grande facilité , quoi- 
que , peut-être , avec un peu de ma- 
nière. La mort qui l'enleva au milieu 
de sa carrière , l'empêcha de multi- 
plier beaucoup ses protluctions. Ses 
principaux ouvrages sont un ricbc 
paysage d'un site de l'Angleterre, 
6 



8a ELL 

d'après le tableau Je G. Smilh , qui 
avait remporte le pi ix de la Société' 
d'encouragement de Londres : une 
fuite en Ep,ypte et une vue de Tivoli , 
d'aprci Pôlembourg : une vue do Mas- 
tricht, d'après Ad. Ciiyp. : le Prin- 
temps et l'Été, deux paysages d'après 
Van Goyen : plusieurs estampes re- 
pre'sentant des chevaux , d'aprcs Tli. 
Smitli ; le portrait de la seconde 
femme de Eubens , d'après le tableau 
de ce maître. wStrult fait le plus grand 
cloge des qualités morales de cet ar- 
tiste, qui mourut à Londres, en irGG. 
P— É. 
ELLIOT( Jean), médecin anglais, 
né en 1747 à Cliard, dans le comté 
de Somerset, reçut sa première édu- 
cation de M. Hare deCrewkerne, au- 
teur de quelques productions littérai- 
res, et fut mis à quatorze ans en ap- 
prentissage chez un apothicaire à 
Londres. Il ouvrit une pharmacie 
vers 1777, et, dans les heures de loi- 
sir que lui laissait le soin de sa bouti- 
que, encLre peu achaKindée, s'occnpa 
de recherches scientifiques et d'expé- 
riences chimiques , dont il a depuis 
consigné les résuil^sts dans plusieurs 
ouvrages. Dans le cours de ces expé- 
riences , il crut reconnaître qu'une cer- 
taine prcpaj'ation saline de magnésie 
était nu remède contre quelques genres 
de fièvres. Après s'èire assuré de l'efli- 
cacité de ce leraède par des succès mul- 
tipliés, obtenus sur des pauvres de son 
voisinage, ii se procura un diplôme, 
et commença ver.s 1780 à exercer la 
médecine dans un local particulier, en 
se bornant d'abord à l'admiuislralion 
de son remède, et sans abandonner 
son premier état. Voici la liste des 
ouvrages qu'il a publiés : L Obser- 
vations philosophifjues sur les sens 
de la vue et de Vouie , in-S"., 1 780; 
IL Eecueil des ouvrages du doc- 
teur Fothergill , procédé d'une Notice 



ELL 

sur la vie de ce médecin philanfropc, 
1781 , iu-8". Cetle édition des OEu- 
vrcs de Folhergill est moins complèie 
c\uc celles qu'a données le docteur 
Jean Coakley TiCtlsora ( 178"), 5 vol. 
in-8 '., et 1 784, iu-4''.). m. Livre por- 
tatif de médecine', IV. Tableau de 
la nature et des vertus médicinales 
des principales eaux minérales de Ici 
Grande- Uretas^ne et de V Irlande y 
ainsi que de celles du continent qui 
sont le jdus renommées , etc., iu-S'*., 

I 781. Ce tableau , présenté dans l'or- 
dre alphibélique , est précédé du 
Traité du docteur Priestley, sur \n 
manière défaire des eaux gazeuses ar- 
tificielles. V. lissais sur des sujets 
physiologiques, in-8°. , 1781; VI. 
Eléments des branches delà philoso- 
phie naturelle qui sont liées avec la 
médecine ; savoir : la chimie , l'op- 
tique, etc., suivis des tableaux des 
attractions électives , de Bergman , 
avec desexplicatii^ns et des améliora- 
tions, in-8'., 1782; VIL Observa- 
tions sur les affinités des substan-i 
ces dans l'esprit de vin ( transac- 
tions philosophiques pour 1780); 
VIIL Expériences et Observations 
sur la luntière et les couleurs , et sur 
l'analogie qui existe entre la cha- 
leur et le mouvement, in 8**., 1786 
ou I 787. On trouvait dans la plupart 
de ces ouvrages dts ex['ériences nou- 
velles , des vues ingénieuses , et la 
clarté et la simplicité de stvie qui con- 
viennent au sujet. Elliol s'était tou- 
jours fait remarquer par la douceur 
de son caractère, et par une grande 
assiduité à ses d'avoirs et aux études 
qu'il chérissait, lorsqu'à l'âge de qua- 
rante ans, une passion malheureuse 
vint détruire le repos dont il jouissait. 

II eut occasion de voir miss Boy- 
dcll , nièce du célèbre alderman de ce 
nom , et conçut pour elle un amour 
qui devint bientôt insurmontable, mais 



ELL 

^ui ne parait pas cependant avoir é\é 
encourage par celle qui eu c'iait l'ob- 
jet. Sou «araclèic en fut altère , 
on le voyait tituber quckpii foisd.ins 
uu état de mélancolie piufoiidc. Au 
conuuencctnent de raniicc 1787, ii 
alla prendre, sons le nom deCorden, 
un logement à Wcslliam , chez le jar- 
dinier de Josiali Boydell , dans la niai- 
son duquel sa sœur f lisait de fré- 
quentes vi.Mtes. Nous ignorons ks 
démarches qu'il fil auprès de miss 
Boydeil; mais il parait qu'il n'en rap- 
porta que le désespoir. Il forma dès ce 
moment la résolution de lui donner U 
mort de sa propre main , et de se pu- 
nir ensiiiîe lui-même; il acheta, dans 
cette vue, deux paires de pistolets. Un 
peut juger de ses combats avec lui- 
même et de ses irrésolutions, s'il est 
vrai, comme il le déclara depuis et 
comme on est porté à le croire , qu'il 
écrivit à l'aldeimm plusieurs lettres 
pour l'informer de son affreux des- 
sein , et pour l'engager à en prévenir 
l'accomplissement en s'assurant de sa 
personne. L'alderman négligea cet 
avertissement. Le 9 juillet, au milieu 
du jour, Elliot rencontrant dans la 
rue miss Boydeil , tenant le bras de 
Nico! , libraire du roi, lui tira , avec 
la maladresse d'un homme égaré, uu 
coup de pistolet qui lui fit seulement 
deux légères b:essures au-dessous de 
l'épaule , en mettant le feu à une partie 
de ses vêtements. Il ne fit aucune ten- 
tative pour échapper. Nicol, le prenant 
à la gorge, lui dit : « Etes -vous 
» le scéierat qui a fait le coup? — 
»Oi)i, répondit Elliot.» Ayant été 
conduit chez un juge de paix , outre 
les deux pistolets qu'il avait à la main, 
et qui étaient fortement liés ensemble, 
ou en trouva dans ses poches une se- 
conde paire , chaigés à balles, et qu'il 
avait destinés pour lui-même. Il s'ap- 
plaudisiitit de son crime, et, croyaut 



E L L 85 

avoir Iné sa victime , disait qu'il 
» monrrail miintcnanl m paix , puis- 
» qu'il l'avait envoyée devant lui.» Sa 
joie cessa avec son erreur. Ou vint 
annoncer que lui^a Boy Itll n'était pas 
dangereusciiienl blessée : « Est-ce 
» qu'elle n'est pas morte ? » s'écria-t-il 
en faisant des mouvements convulsifs, 
et en proférant des injures contre elle 
et sa famil e. 11 fut ju;;é à Old-Havlev, 
le iG juillet, ne d:t rien pour sa dé- 
fense, et montra beaucoup d'abatte- 
ment. On essaya de le sauver par des 
témoignages qui constataient l'aliéna- 
tion de sou esprit. Le docteur Sym- 
mons, médecin , qui le connaissait de- 
puis long-temps, appuya reltc opinion, 
et ajouta que le docteur Elliot lui avait 
adressé, il y avait six mois , une lettre 
sur un suji t philosophique, en le 
priant de la soumettre à la Société- 
royale; mais que cette lettre portait 
si évidemment la marque d'un cer- 
veau dérangé, qu'il avait cru devoir 
la supprimer par intérêt pour son au- 
teur. Il en cita seulement un passage 
qui pouvait en donner une idée. Le 
docteur Elliot prétendait que « la lu- 
» micre du soleil ne vient pas du feu , 
» mais d'une aurore dense et univer- 
» selle qui peut donner une grande 
» lumière aux hab;taiits de la surface 
» inférieure , et se trouver cependant 
» à uneassez grande distanceau-dessus 
» d'eux pour qu'ils n'en soient pas in- 
» commodes. Aucune objection, éeri- 
» vait-il , ne s'élève contre l'opiniou 
» que les grands corps lumineux sont 
» habités. La végétation peut y être 
» aussi féconde que sur le globe où 
» nous sommes. Il peut s'y trouver de 
» l'eau et de la terre terme , des mon- 
» tagues et des vallées, de la pluie et 
» du beau temps; et, de même que 
» la liimière, l'elé y doit être éfer- 
» nel ; il est donc aisé de conce» 
» voir que ce serait sans aucune com- 



%4 E T. L 

V pnraison le séjour le plus lieu- 
» reux de tout le système du mou- 
» de, » Le rapporteur fit observer que , 
quelque ^ibsurde qu'on jugeât cette hy- 
pothèse en clle-iaêiue,la inauicredout 
«Ile était présentée et soutenue n'an- 
nonçait pas du lout un cerveau déran- 
gé; et il demanda malignement au doc- 
teur Svmmons ce qu'il pensait du 
cerveau de Buiron et du docteur Bur- 
uet , qui avaient soutenu des tliéories 
non moins extrav;igintes que celle-là. 
Le docteur se dispensa de répoudre à 
cette question embarrassante. La seule 
circonstance qui sauva .tu coupable la 
condamnation à la peine capitale , c'est 
qu'il ne fut pas évidemment démontré 
que le pistolet qu'il avait tiré sur miss 
Boydell fût chargé à balles. L'intérêt 
que le public lui portail se manifesta 
par les applaudissements qui suivirent 
la décision du tribunal; mais la justice 
se réservait de le juger pour le fait de 
l'agression. Il fut , en conséquence, ra- 
mené à la prison de JScvvgate : ayant 
persisté à ne prendre aucune nourri- 
turc, il mourut quelques jours après, 
le 22 juillet i'-87. H parut, peu de 
temps après sa mort, un écrit intitulé: 
Relation de la vie et de la mort de 
Jean Elliot, eic, avec un examen de 
ses ouvrages, et une Apologie écrite 
par lui - même , dans l'attente de sa 
condamnation, in-4"-, 1787. Celte 
relation est un libelle contre miss Boy- 
dell et contre son oncle , à qui on peut 
toutefois reprocher une négligence 
bien coupable. L'Apologie d'Ëiliot est 
un écrit supposé. X~s. 

ELLIOT ( George- auguste ). 
Voy. Eliot. 

ELLlb ( Guillaume) , cultivateur 
anglais, né vers la fin du 17^ siècle, 
offrait, sous des formes rudes et gros- 
sières, un esprit enrichi par une lon- 
gue expérience, quoique obscurci par 
tous les préjugés de sa situation. 11 con- 



ELL 

duisit pendant près de cinquante anj 
une ferme à Little Gaddesdi n , près 
de Hampstead, dans le comté de llert- 
ford , et publia plusieurs ouvra;;eb où 
l'on remarquait beaucoup d'observa- 
tions utiles , des métliodes nouvelles 
et des principes excellents d'agrii ul- 
ture , particulièrement sur les engrais, 
sur la culture des turneps et de la lu- 
zerne, sur les instruments aratoires, 
sur le gouvernement des troupeaux, 
etc. Ces ouvrages eurent d'abord beau- 
coup de succès; un grand nombre de 
propriétaires des divers comtés de 
l'Angleterre vinrent consulter un hom- 
me qui paraissait aussi instruit, ou l'ap- 
pelaiejil auprès d'eux , pour lui confier 
la direction de leurs fermes, de sorte 
qu'il eut occasion de comparer les di- 
verses méthodes d'agriculture en usage 
dans lesdiffercntespartiesdii royaume. 
Il avait inventé de nouveaux instru- 
ments aratoires et autres, qu'il n'em- 
plovait guère à la vérité lui-même, 
mais dont il faisait un commerce lu- 
cratd". Ses ouvrages ont été cités avec' 
distinction par plusieurs des auteurs 
qui ont écrit sur l'agriculture , en An- 
gleterre et sur le continent; mais d'au- 
tres écrivains, profitant de l'oubli oîi 
ils sont tombes aujourd'hui , ont pré- 
féré s'emparer de ses idées , sans le 
citer. Les défauts qui déparent les ou- 
vrages d'Ellis sont tels qu'ils justifient 
en quoique sorte cet oubli. Le style en 
est pitoyable ; ils sont rerap'is de con- 
tes de voleurs, de recettes de bonne 
femme , de secrets contre les sorciers 
et autres absurdités. Le succès qu'ob- 
tint son traité sur les bois de chir- 
pente ayant excite la cupidité du li- 
braire Osborne, celui-ci l'engagea à 
comjioser pour lui d'autres ouvnges 
du même genre. Ellis, qui travaillait 
pour vivre, songea plus à faire vite qu'à 
bien faire, et entassa voluniesur vo- 
lume. 11 eut le chagrin de survivre à 



E L h 

$!ï réput.iflon , dcpiiriiee aussi par les 
rapports lie rtiix ijni, pendant ses lon- 
gues absences, étaient venus visiter sa 
liermede Gadilesden, dans l'espoir d'y 
voir prati(pierlcsrèi:;[es si recomman- 
dées dans ses écrits, et qui l'avaient 
toujours trouvée dans le pins grand de'- 
sordrc. Woiis ignorons la date de sa 
mort; mais il paraît qu'il vivait encore 
en i-jSS. Voici les titres de quelques- 
uns de ses ouvraj^es : 1. Traité sur 
ï amélioration des bois decharpeJite, 
Ce traité a le mérite d'avoir cveilié l'at- 
tention des Anglais sur un objet d'une 
si grande importance pour eux. \\. le 
parfait Planteur el faiseur de cidre ; 
\\\. Chacun son propre maréchal. On 
a lait un ;ibrcgé de ses ouvrages, im- 
primé en 177"^, '}. vol. in -8°., sous ce 
titre: Agriculture abrégée et métho- 
dique , comprenant les articles les 
plus utiles d^agricidture - pratique. 
Cet abrégé est purgé des absurdités du 
texte original , et des longues descrip- 
tions des instruments aratoiies, que 
l'auteur prônait pour les mieux vendre, 
et qui d'adieurs ont été bien surpassés 
depuis. On regrette que l'abréviateur 
se soif presque borné à retranelier, et 
qu'il n'ait pas redressé toutes les in- 
corrections du style. X — s. 

ELL1S( Jean), négociant anglais, 
qui s'est rendu célèbre vers le milieu 
du 18 . siècle , par ses recherches sur 
les corallines et autres productions ma- 
rines , regardées jusqu'alors comme 
plantes. Il parait que depuis long-lernps 
il s'occupait d'histoire naturelle comme 
simple amateur , qui recherche plutôt 
l'agrément que l'utilité ; mais une cir- 
constance le détermina à s'y livrer 
d'une manière plus solide ; ayant reçu 
une collection nombreuse de coralines 
el de plantes marines de l'île d'Angle- 
sey, il la prépara très élégamment en 
forme de tableaux: elle frappa si vive- 
ment le docteur Maies , sou ami parli- 



E L U Snf 

culier, qu'il l'engagea à l'ctcndvr davan- 
tage, et à en faire homniige à la prin- 
cesse douairière de Galles. Ellis ayant 
goûté cet avis , voulut visiter lui-même 
les côtes d'Angleterre. Un motif de 
plus vint le déterminer. Pevssonel 
ayant reconnu que les coraux n'étaient 
autre chose que des habitations de po- 
lypes, on présuma qu'il devait en être 
de même de plusieurs autres substan- 
ces qu'on confondait avec les plantes. 
Ellis voulntdonc vérifier par lui-même 
cette grande découverte, et ce fut dans 
ce double but qu'il fit un premier 
voyage à l'île de Sheppey (à l'embou- 
chure de la Tamise ) , accompagne de 
iîroodking , habile dessinateur. Il en 
fit un autre en t 754 , sur les côtes de 
Cbcstér-, avec le célèbre Ehrcf. Les ré- 
sultats de ces différentes tournées 
étaient trop importants pour rester en- 
fouis dans un cabinet , Ellis en fit 
part à la société royale de Londres 
par plusieurs méiuoires , et elle récom- 
pensa son zèle en l'admettant dans 
son sein ; le premier parut dans le N". 
48 des Transactions philosophiques, 
publié en i755; il les réunit dans un 
seul corps d'ouvrage sous ce titre : 
Essay loward a natural history of 
Corallines y XiOnàves, 1754, in-4''-» 
avec 09 planches très bien gravées 
sur les dessins d'Ehret, Il fut traduit 
tout de suite en français par le pro- 
fesseur Allamand , La Haye , 1706, 
iu-4°., édition augmentée d'une ex- 
plication de la planche 58, d'après^ 
une lettre de l'auteur à l'éditeur, qui 
n'a pas été insérée dans l'édition an- 
glaise. Krunitz traduisit l'ouvrage eu 
allemand, Nuremberg, i 767 , in-4°. , 
avec 47 planches et des augmenta- 
lions par Schlosser et autres. Ellis 
avait aussi réuui dans un seul vo'ume 
les découvertes qu'il avait faites sur 
les autres Zoophytes, qui avaient pa- 
ru succcssiTcmeut dans les Transac> 



86 ELL 

lions , mais s.i mort en retarda la pn- 
Lliration, en horlc qu'il ne p^iul qu'en 
i-ySO, par les soins de .sir Joseph 
13ji;ks et de Solander, sous ec titre: 
T/ie nalurul hislory of many cu- 
rious and uncommun Zoophrtes , 
Londres, in-4''., avec 63 planclus j 
il y en avait six de plus , ni.iis elles 
se sont trouvées perdues, il n'en exis- 
te plus que les é|nenves qui sont dans 
la bih!iollièque de Banks. Ce sont là 
les travaux les plus iraportansd'Ellis; 
leur plus grand mérite a e'ie' de dé- 
terminer l'adoption d'une veiitë du 
plus grand iutéict, c'est elle qui est 
venue poser les limites entre la zoo- 
logie et la botanique. Ainsi , par cela 
seul il a rmdu service à cette science, 
mais il s'en occupa encore ])lus di- 
rectement , d'abord en puMjaut les 
moyens de conserver long-temps la 
faculté germinative aux graines, et 
de les rendre par-li susceptibles d'ê- 
tre transportées à de grandes dis- 
tances ; après avoir rendu compte des 
expériences qu'il avait f.iiies à ce su- 
jet, dans un mémoire publié en i 760, 
il en annonça le succès en i-jCJS. 11 
s'occupa aussi des moyens de trans- 
porter à de grandes distances les vé- 
gétaux vivants ; c'est le sujet d'un au- 
tre mémoire qui parut en 1770, sous 
ce litre : Directions for bringing over 
seeds and plants , etc., in-/^'. , Hg. , 
il fut réimprimé dans le tome i'"^. des 
Transactions de la société améri- 
caine , ci Vjiuleur y jijouta un sup- 
plément en 1775, in-i"'} le tO'>t a 
été traduit en allemand, Leipzig, 
1775, in-8^. , fig.; Touvrage a aussi 
cté traduit en français. On y trouve la 
iigure du Mangoustan , arbre fruitier, 
encore peu connu à cette époque, El- 
lis fit aussi connaître plusieurs autres 
plantes très curieuses; c'est ainsi qu'il 
publia, en 1769, des détails sur U 
Diouée^ une des plantes les plus émi- 



ELL 

neraracnt sensitivcs, puisque le ])oids 
d'une mouche qui se pose sur ses 
feuilles, suffît pour la mettre enjeu, 
et qu'alors elles se contractent si 
promplcment que l'insecte se trouve 
pris; de- là le surnom de Muscipula , 
ou attrape-moui lies, qu'on lui doiuie; 
sur un Illicium, ou y^n/ç étoile , trou- 
vé en Caroline; sur Y/falesia, genre 
de plantes qu'il dédia à son ami Ha- 
ies. EiifiH on lui doit un traité sur le 
C'tfé. ^n hist. accoiint of cnffee, ivith 
botanical description of the tree ^ 
Londres, 1774» 'Q 4 • '1 faisait part 
de toutes ses découvertes an célèbre 
J^inné, avec qui il entretint toute sa 
vie une correspondance suivie; ce- 
lui-ci récompensa à sa manière son 
zèle pour la science ; ce fut en don- 
nant le nom d'Ellisia à un genre de 
la famille des IJorraginées. Ellis mou- 
rut à Londres le 5 octobre 1776. Les 
curiosités d'histoire naturelle dont il 
a enrichi le Musée britannique , rem- 
plissent une des grandes salles de ce 
vaste établissement. D — P — s. 

ELLI:;» ( Henri ) , voyageur an- 
glais, servait dans la marine. Il fît 
jtartie de l'expédition qui alla en i 746 
chercher par la baie d'Hudson un pas- 
sage au nord-ouest. Le comité chargé 
de diriger l'entreprise, lui proposa de 
prendre le couimaudement d'iu) na- 
vire, Quoiqu'El is eût déjà navigué, il 
refusa cette offie, parce qu'il ne con- 
naissait nullement les mers septentrio- 
nales. Alors on lui donna la qualité 
d'agent du comité, avec des instruc- 
tions paiticulières qui lui recomman- 
dnient de noter soigneusement tout ce 
qui concernait la géographie , l'art nau- 
tique et l'histolie naturelle , et le nom- 
maient membre des comités charges 
de décider les diftlcullés et les doutes 
qui pourraient s'élever sur la meilleure 
manière de procéder à la découverte 
projctcc. L'expédition était composée 



y 



ELL 

de la galiolc le Dohhs, commmdffc par 
le ta|)ilaiiie G. Muor, tt de la Cu' 
lifornie , ca|iitaiiie Sinilli. On partit 
de Gravc'scud le u4 niai , on passa par 
les Orcades. Le 27 juin, 011 aperçut 
par les 58" 5o' de iatiuide boréale des 
glaçons lloll.uits ; bientôt on lut au 
milieu de binines épaisses, on vit des 
masses énormes de glaee et des bois 
llollants. Le 8 juillet , on eut con- 
naissance des îles de la PidSoliUion, à 
l'entrée du détroit d'Hndsoii. Arrives 
à la cÔ!e occidentale de la b àe de ce 
nom , par les 64" près de l'île de 
Marbre , les Anc,lais mirent les ca- 
nots à la mer pour explorer les côtes. 
Le rapport unanime du détachement 
qui tut envoyé à la découverte et dont 
Ellis fai.^iail partie, fut que l'on avait 
remarqué plusieurs grandes ouvertu- 
res à l'ouest de l'île, et que la marée 
venait du nord-est, partie dans laquelle 
courait la côte. Ou était au 19 août; 
la saison parut si avancée, que l'on 
remit au printemps suivant la pour- 
suite des découvertes, et que l'on prit 
le parti d'aller hiverner au tort Nelr 
son, situé plus au sud sur la même 
côte, parce qu'il est le premier dé- 
barrassé des glaces. Le gouverneur du 
fort d'York reçut assez mal ses com- 
patriotes, qui conduisirent leurs bâ- 
timents dans une anse sûre de la ri- 
vière Hayes , cinrj milles au-dessus du 
fort d'York, par les 57° 5o' de la- 
titude. On construisit une maison pour 
y passer l'hiver. Elle fnt terminée le 
I ". novembre. L'hiver avait commen- 
cé long-temps avant cette époque, et 
bientôt il fut d'une rigueur extrême. 
On avait dans la traversée cassé le 
thermomètre dont on s'était muni au 
départ d'Angleterre , de sorte qu'il (ut 
impossible de déterminer avec préci- 
sion le degré du froid. L'hiver finit en- 
fin le G mai 1 747 > cependant il tomba 
•ucore plusieurs fois de la neige. Le 



ELL 87 

24 jtiin , les Anglais voguèrent au 
nord ; dès le lendemain , ils se Irou- 
vèrent au milieu des glaces , dont ils 
ne furent débarrassés qu'au nord du 
cap Churchill. Etant à (h" l\ . Ellis, 
le capitaine Moore et dix hommes 
s'eniljarqncrcnt dnns le grand canot 
que l'on avait ponté, et longèrent la 
côte de près. Parvenus au milieu d'un 
groupe d'iles près du 62", les aiguilles 
magnétiques perdirent tout à coup d« 
leur vertu. La Californie avait de son 
côté envoyé un canot à la découverte. 
Toutes ces tentatives ne donnèrent 
connaissance que d'ouvertures qui ne 
répondirent nullement à l'attente des 
navigateurs. E'.'is découvrit à la côte 
Welcome le cap Fry, par les (35° 5' ; 
enfin on s'avança à trente lieues dans 
le détroit de Wagcr. Ellis reconnut 
que la largeur de ce bras de mer di- 
minuait de dix lieues à une. Enfin le 
cours de l'eau fut resserré de chaque 
côté par des rochers affreux , et coupé 
par une barre qui produisait une ca- 
taracte. Ellis la franchit; la profon- 
deur de l'eau qui baissait à chaque ins- 
tant, le détermina à descendre à terre 
au 66" et à grimper sur une érai- 
nence. Il reconnut que le prétendu 
détroit se terminait par deux petites 
rivières , dont l'une venait directe- 
ment d'un grand lac , éloigné de quel- 
ques lieues dans le sud ouest. Toute 
espérance de trouver un passage s'é- 
tant ainsi évanouie , il reprit avec son 
canot le chemin des bâtiments. On fit 
encore une tentative à la côte nord de 
la baie Wager : elle ne fut pas suivie 
de plus de succès que les précédentes. 
Ellis voulait absolument que l'on fît 
de nouvelles recherches le long de la 
côte de la baie Repuise. On n'eut au- 
cun égard à ses représentations, et le 
1 5 aoiit on sortit du port Douglas , si- 
tué dans la baie Wager. Le 29 ou 
entra daus le dctreit d'Hudsou. Ur.e 



m E L L 

tcrapête alTrcnsc sépara les deux bâ- 
timents , qui ne se rejoignirent que 
le 6 octobre anxOrcades, et mouil- 
lèreat le i4 à Yarmouth. EHis publia 
en anglais la relation de ce voyage , 
sous ce titre : Foya^e à la haie 
d'Hudson , fait par la ^aliote le 
Dobbs et la Californie en 174^» et 
1 747 , pour la découverte d'un pas- 
sage au nord-ouest , avec une des- 
cription exacte de la cote et un 
abrégé de l'histoire naturelle du 
pajs, Londres, i-j/\S, i vol. in-B"., 
cartes et figures : celte relation a été 
assez mal traduite en français, Paris , 

1749, 2 vol. in-T'2, fig. ; Leyde, 

1750, 2 vol. in-8°. , fig, ; en alle- 
mand, avecdes notes tire'es du Foyage 
du capitaine Smith, Gottingue, 1 760, 
in-8\, fig. ; en hollandais Ams- 
terdam, 1750, I vol. in-S**. , fig. 
Ou trouve des extraits de la rotation 
d'Ellis dans IfS tomes XIV et XV de 
ï Histoire générale des voya^^es et 
dans plusieurs recueils. L'ouvrage d'El- 
lis commence ]).ir une histoire des ten- 
tatives faites jusqu'en 1746 pour la 
découverte du passage du nord ouest. 
Malgré le mauvais succès de l'entre- 
prise , il revint en Angleterre , con- 
vaincu que l'on n'avait pas pris tous les 
moyens de s'assurer de la réalité du 
passage. 11 termine son livre par l'ex- 
position des motifs qui le faisaient 
persister dans son opinion. Il ne man- 
qua pas de contradicteurs, même par- 
mi ceux qui avaient fait le voyage avec 
lui. Un anonyme lit paraître l'ouvrage 
suivant : Relation d'un voyage en- 
trepris pour la découverte d'un pas- 
sage au nord- ouest , pour pénétrer 
par le détroit d'Hudson à Vocéan 
occidental et méridional ^ par V écri- 
vain de la Californie , Londres , 
1749, u vol. in-8°., cartes et fig.: 
ce livre n'offre en quelque so) te d'un 
bout à l'autre qu'une réfutation de cc- 



ELL 

lui d'Ellis. L'auteur manifesta bean- 
coup d'aigreur coiitrc Ellis et contre 
le capitaine du Dobbs, et riutcnliori 
de prouver que le capitaine et l'équi- 
page de la Californie ont rendu de 
plus grands services dans cette e:çpé- 
dition. 11 assure qu'il a dès le principe 
écrit de sa m.iin ou aidé à rédiger tous 
les documents originaux relatifs à ce 
voyage, tandis qu'Ellis n'a eu en main 
que les copies ; enfin , que ce dernier 
n'était pas l'agent du comité du nord- 
ouest , et qu'il n'était parti qu'en qua- 
lité de dessinateur et de minéralogiste. 
L'anonyme, en parlant des sauvages, 
a copié de longs passages de Lalitau. 
Si carte des parages du nord-ouest 
de la haie d'Hudson est plus exacte que 
celle d'Ellis. Il est d'ailleurs d'accord 
avec ce dernier pour les faits princi- 
paux, et convirnt que l'on n'a pas 
«xploré assez soigneusement toutes les 
ouvertures qui se sont présentées. Du 
reste , il partage l'idée du capitaine 
Muldleton sur l'existence d'une mer 
glaciale, qui, partant de la baie Rc- 
pulse , unit la baie Wcirome à celle 
de Balfiu et au détroit d'Hudson, Ce- 
pendant il croit à la réalité du passage, 
qu'il fondesurla relation de l'amiral de 
Fonte. Aujourd'hui l'on n'a plus à con- 
cilier des opinions opposées concer- 
nant ce passage. Les voyages de Hearne 
etdeMackeuzieout prouvé qu'il n'exis- 
tait pas dans les parages où ses par- 
tisans le supposaient , et que si l'océan 
baigne de tous côtés l'Amérique au 
nord , c'est à une latitude si élevée , 
que celle communication d'une mer 
à l'autre ne peut servir à la navigation. 
Ellis lut récompensé de ses services 
dans la marine par les places de gou- 
verneur de la Nouvelle-York , et en- 
suite de la Géorgie. Etant dans celte 
province, il écrivit à Jean Ellis une 
lettre sur la chaleur qui y règne. Elle 
est iusérée daus ï'Annual résister de 



ELL 

i-yfio. Sn sanîci ray-mt force de re- 
venir en E iro|)(; , il parcourut !c midi 
delà Fraute el l'Italie, où il p;irah 
qu'il se fixa. Snizor, cclèlirc liltc'ra- 
teur alkmaud, le rcncoiitia à Mar- 
seille en 1 -j'j^. Ellis lui dit qu'il avait 
reiioiice' aux. courses maritimes , cl 
qu'il consacrait son loisir aux voya- 
ges sur le coulitienl. Il était à Napies 
tu i8o5, et s'y occupait encore de 
rcclierchcs relatives à la marine. Il 
était membre de la société royale de 
Londres. E — s. 

ELLIS ( CuiLLAiME ), cliirurgien 
anglais, élevé à l'université de Cam- 
bridge, dont il paraît qu'il fut asso- 
cié , accompagna le capitaine Cook 
dans son 5". voyage , en qualité d'aide 
chirurgien des deux baiiments de celte 
expédition. Deux ans après son re- 
tour, il publia la relation de ce voyage 
sous le titre suivant : Bécit aulhen- 
iique d'un voj âge fait par le ca- 
pilaine Cook et le capitaine Clerke 
dans les vaisseaux du roi la Réso- 
lution et la Découverte , durant les 
années \'-;'jQ, 177-;, 1778, 1779 et 
1 780 , h la recherche d'un passade 
au nord-ouest entre les continents 
dH Asie eld^ Amérique^ contenant un 
exposé fidèle de toutes leurs décou- 
vertes, et de la mort malheureuse 
du capitaine Cook, Londres, J78'2, 
2 vol. in-8". , avec une carte et des 
planches gravées. Deux autres rela- 
tions de ce voyage mémorable avaient 
déjà été imprimées , et celle qui .était 
rédigée d'après les journaux des ca- 
pitaines de l'expédition n'avait pas 
encore paru , lorsqu'Ellis jiublia la 
sienne. Elle est de beaucoup préfé- 
rable aux deux qui l'avaient précédée. 
On reconnaît en la lisant que l'au- 
teur avait tenu durant le voyage un 
journal bien en règle , qui a servi de 
base à son livre. Elle est écrite avec 
méthode, offre les objets sous leur 



ELL 



'<) 



vérilablc point de vue , ne fatigue pas 
le lecteur de réflexions oiseuses, tt 
a pour les personnes qui eulliveiil l'é- 
tude de l'bistttire naluielle, l'avantage 
bien réel de désigner les productions 
de la nature par des dcnorainatious 
convenables. Le style en est simple 
et généralement pur, coulant, grave 
et adapté au sujet. Les gravures sont 
bien dessinées et exacîes, les portraits 
des naturels du pavs décrits ont le 
caractère propre qui les distingue cha- 
cun. La carte, qui est de petite di- 
mension, ne contient que la partie du 
voyage qui a eu lieu entre le 100% 
et le ] Go'', degré de longitude à l'ouest 
de Grecnwich : on pourrait y désirer 
plus de précision dans la position de 
plusieurs points , qui n'est pas tou- 
jours bien d'accord avec celle que leur 
assigne le texte. Ellis assure que ce 
ce qui hâta la mort de Cook , fut qu'à 
l'instant oii ce navigateur voulait con- 
duire à bord le roi d'0-\vhvliée , les 
naturels apprirent qu'un de leurs chefs 
venait d'être tué dans une autre partie 
de l'île. Cook ne vouh.t pas non plus 
écouter les représentations réitérées 
du lieutenant Philips : il semblait que 
la fatalité l'aveuglait, f^a relation d'E!- 
lis lui ayant acquis la réputation d'un 
bon observateur, Joseph II lui fît 
proposer des conditions avantageuses 
pour s'embarquer sur un navire im- 
périal destiné à entreprendre un voyage 
de découverte'^. Ellis vint en con>é- 
qenec à Ostende en 1 78") ; mais il eut 
le malheur de tomber du haut du 
grand mât d'un navire, et mourut des 
suites de cet accident. E — s. 

ELLIS ( Jean ), poète anglais, ne 
à Londres en 1698, fut élevé dans 
diverses écoles particulières où il ma- 
nifesta son goût précoce pour la poésie, 
par des tridurtions du latin en vers 
anglais. Il entra ensuite en qualité de 
clerc chez un notaire qui lui laissa sou 



î)o E L L 

élikleconjointcinciilavccsonrils. I/as- 
sidiiilc'd'Ellib aux trav.Tux de sa pro- 
fession ne l'cmpcdia pas de se livrer 
à son fjoût pour la littérature, et de 
cultiver la société des ^ens de lettres 
et des gens du monde les plus distin- 
î;iic.s tels que le doeteur Kiiig et le lord 
Orrery son c'Icvc , Moses Mendcz , 
Samuel Jolinson, Bosvvell, ete. Si- 
niuël Jolinson , qui dînait chez E'.lis 
nue fois par semaine , remarquait 
comme une chose sin^^ulicre , que c'é- 
tait a la t.ble d'un notaire qu'il avait 
entendu la conversation la p!us ap- 
profondie sur des objets de littéra- 
ture, Ellis avait une mémoire trcs- 
teurcuse, et on l'a entendu plus d'une 
fois, à i'àgc de plus dequalre- vingt-huit 
ans , reViter de suite , avec heaucoiip 
d'exactitude, d'énergie et de vivacité, 
des morceaux de poésie d'une cen- 
taine de vers. II fut choisi, en 1750, 
ïucmbre du conseil commun , fut 
Jicmméquafrc fois maîtrede la compa- 
gnie des notaires,et revêtu de plusieurs 
distinctions honorables. 11 mourut eu 
i;?^» âge de quatre- vingt-quatorze 
ans, généralement estimé pour ses 
qnalilés morales et surtout pour sa 
hienfaisance envers les pauvres. On 
lui a reproché cependant une teinte 
d'irréligion. Le docteur Wright , 
pasteur de la congrégation de Black- 
Fnars , refusa un jour , sur quelques 
rapports peu fondés ou peu impor- 
tants , d'administrer la cène à une 
fvmme qui se tiouvait être parente 
d Ellis : «Tu n'as point de droit ici , 
* lui dit le pasteur , Jésus connaît 
» son troupeau. » Ce refus , et la ma- 
nière dont il était exprimé, frappè- 
rent tellement celte femme qu'elle en 
devint folle. Ellis la fit recevoir à 
liedlara , où elle mourut ; et il écri- 
vit à celte occasion une pièce de vers 
satiriques intitulée : La conpéqa- 
tien de Black friars, qui parut dans 



ELL 

un journal du temps, et dont quel- 
ques membres de cette congrcgalioa 
se vengèrent en cassant ses vitres. 
Ellis , indifférent â la réputation lit- 
téraire, a fiit imprimer fort peu de 
ses productions. Le plus considérable 
de ses ouvrages est une traduction 
des épîlrcs d'Ovide , dont le docteur 
Johnson fiisait beaucoup de cas; le 
docteur King disait que : « ce n'était 
* pas Ellis, mais Ovide lui-même 
» qu'on lisait. » Cette traductiou ne 
paraît pas avoir été imprimée, non 
plus que le Bcve de la mer du Sud y 
en vers hudibrasliqucs, écrit en 1720; 
la traduction du Templum libertatis 
du docteur King; celle de quelques 
parties des ]\Iétamorphoscs d'Ovide ; 
Esope et Caton mis en vers anglais, et 
Douibre d'autres écrits. Parmi ceux 
qui ont été rendus publics , on cite : 
\.la Surprise, ou le Gentilhomme 
devenu apolhicaire , d'après une tra- 
duction latine d'un conte en prose 
écrit originairement en français , 
1739, in- 1 '2. ; IL Une parodie du 
chant ajouté à l'Enéide , par Maf- 
fée, 1738; IlL Quelques pièces fu- 
gitives dans le recueil de Dodsley. 
S— D. 
ELLROD (Germain-Auguste), 
savant philologue , et professeur d'é- 
loquence et de poésie .à Bayreut et à 
Eilang, en i74'-i, nommé surinten- 
dant-général de la principauté de Bay- 
rcut eu i'"48, était né dans la même 
ville en 1 709, et y mourut le 5 juillet 
1760. On a de lui soixante- treize 
opuscules ou dissertations académi- 
ques, dont on peut voir les titres dans 
le dictionnaire de Meusel. Nous indi- 
querons seulement les suivants : L De 
cadente latinitate orthodoxiœ no- 
xid, Bayreut , 17^7, in-i^v ^^- ^^ 
Memorabilibus bibliothecœ Heils- 
bronnensis , ibid. , 1 739-4 ' 5 parties 
in-fcl.3 ^^'- ^'""* ^^- ^' Cicera m- 



y 



E L L 

veniendx typographices occnsionem 
dederil ,'\\n\. , i ^4 ' ' ''»-'<*'• 0" P<-'iit 
voir >oii t'k)f;o fiuubi c publie sous ce 
liliv : L. J. J. Latigii orntio pane- 
eyrica piis manilms I'.lluodi dicta , 
iJayKuf. i-Go,in-fol. C. M. P. 

Èf.LWOOD (Thomas), un des 
premiers quakers qui se soient fail 
couiiaîlre par leurs écrits , naquit eu 
i()59 au villij^e de Crowcll, près de 
Thame, dans le comte d'Oxfoid, Son 
père était un jupie de paix connu par 
sa sévérité; après l'avoir mis daiisaue 
école , n'ayant pas de quoi l'v soute- 
nir , il l'en relira ; en sorte qu'Ellwood 
perdit bientôt le peu de connaissances 
qu'il avait pu y acquérir ; à l'âge de 
vingt-un ans, invité aune assemblée 
de quakers , il en reçut une telle im- 
pression qu'd embrassa bientôt après 
leurs opinions, non sans une vioknte 
opposition de la part de son père, 
qui entrait surtout en fureur lors- 
qu'il le voyait s'asseoir à sa table le 
chapeau sur la tête et s'entendait tu- 
toyer par lui. Ellwood en essuya les 
plus mauvais traitements, et fut pres- 
que tout un hiver prisonnier dans sa 
chambre, lieudu à la liberté, il pas- 
sait son temps dans la cuisine de son 
père, pour lui épargner les accès de 
colère où le mettait la vue de l'incivil 
chapeau. En 1660, n'ayant que vingt- 
un ans, Ellwood publia un morceau 
intitule: alarme donnée aux pré- 
ires, ou Message du ciel pour les 
avertir^ Vers cette époque , com- 
mencèrent contre lui les persécutions, 
mais sans beaucoup de rigueur. Mis 
en prison plusieurs fois , il en sortit 
Irès^promptementjet une fois, selon 
les principes des premiers quakers, 
ayant refusé de donner caution, il fut 
laissé en liberté sursa simple promesse. 
Ardent pour la défense de la cause 
qu'il avait embrassée , et voulant re- 
médier à- son défaut d'éducation , il 



obtint que Milton , alors aveugle, le 
prît pour son iecleur. Il lui lisait des 
livres taliiis. « I/on"i!le délicate de 
» Milton , dit Ellwood , savait déraê- 
» 1er, au ton de ma voix, quand je 
» n'entendais pas clairement ce que 
» je lisais ; dans ces occasions , il 
T) m'arrêtait pour m'intciroger, et 
» in'cxpliquer les passages difficiles.» 
Ellwood assure que c'est à une obser- 
vation qu'd fit à Mi'tonsur \e Paradis 
perdu, que le poète a dû l'idée du Pa- 
radis reconquis. L'obligation ne se- 
rait pas grande. La santé d'Ellwood , 
qui ne pouvait s'accommoder de l'air 
de fiOndres , l'ayant obligé à quitter 
Milton , il fut qu(li{ue temps précep- 
teur des enfans d'isaac Penninglon , 
personnage considérable parmi les 
quakers. 11 se mnria en 1G69, et sou 
père , qui avait promis de lui assurer 
quelque bien , ayant appris que ce 
mariage se ferait suivaut l'usage des 
quakers, et non suivant la liturgie 
établie, se rétracta et ne voulut plus 
rien donner. Il publia, en 1705, la 
première partie de V Histoire sacrée, 
ou la partie historique de V Ancien- 
Testament, et en 1709 la seconde 
partie qui contient le Nouveau-Tes- 
tament. Ses autres ouvrages sont des 
écrits de controverse. Ou y trouve de 
l'esprit et une assez grande connais- 
sance de l'histoire ecclésiastique. Il a 
fait aussi des vers beaucoup plus 
pieux que poétiques , entre aulres 
une Davidéide en 5 livres, 17 12. Il 
mourut le 1 *■'". mars 1 7 1 3 , âgé d'envi- 
ron soixante-quatorze ans. C'est lui qui 
transcrivit et prépara pour l'impres- 
sion le journal que George Fox a laissé 
sur les événements de sa vie , et qui 
a été publié en 1694 , avec une lon- 
gue préface par Guillaume Pmn. 
X— s. 
ELLYS ( Antoine ), thcologiert 
anglais , naquit eu 1695 , fut élevé à 



92 K L L 

Ci.irabridge , prit les ordres et fut nom- 
mé siH'CC'Ssiveraenl à plusieurs bciie- 
fices. Son premier ouvrage fut : Une 
Défense de l'examen sacramentel , 
comme étant une juste sécurité pour 
Véij;lise établie, i^Sô, in-4'. Cet 
ouvrage était dirige contre les disseu- 
ters , en faveur de l' église anglicane, 
qu'il passa sa vie à défendre , soit 
contre eux , soit contre les callioli- 
ques, mais avec une modération bien 
rare parmi les coutroversistes.« Il pen- 
» sait, disent les éditeurs de ses œu- 
» vres posthumes, que persécuter, eûl- 
» on la raison de son côté , est bien 
» pis que d'avoir tort; » principe mé- 
ritoire dans un homme qui déten- 
dait la religion dominante. Du reste, 
ou peut dire qu'il n'assista pas au 
combat, ayant employéli plus grande 
partie de sa vie à consigner ses opi- 
nions dans un ouvrage qui ne parut 
qu'après sa mort, et dont Qependaut 
la réputation, répandue de son vivant, 
lui valut l'évéché deSf.-fJavid, auquel 
il fut nommé en ï-j5i. 11 mourut à 
Glocester en 1761 , âgé de soixante- 
huit ans. En i -^65 parut in-4". ''^ 
première partie de son ouvrage , sous 
le titre de Traité sur la liberté spi- 
rituelle et temporelle des protestants 
en Angleterre. La seconde parut en 
17G5 , et fut intitulée Traité sur la 
liberté spir ituelle et temporelle des 
sujets en Angleterre; la première 
avant principalement pour objet d'éta- 
blir le droit qu'avaient eu les protes- 
tants de changer leur doctrine, contre 
les prétention? de l'église de Rome; la 
seconde, destinée à maintenir la liberté 
religieuse dans les rapports des sujets 
avec le gouvernement. Cet ouvrage est 
estimé des prolestants. On a aussi 
d'Eilys des Remarques sur un essai 
de David Hume, concernant les mi- 
racles , I 752, in-4"., ^' quelques ser- 
mons imprimes séparément. X — s. 



ELM 

ELMACIN, ou ELMAKYN 

( George "i , coniui en Orient sous le 
nomd Ibn-Ainid, chrétien, d'Egypte, 
naquit en d'io de l'hégyrc ( \'rïb de 
J.-G.), et mourut à Damas en 6'j5 
de la même ère ( r 275 de J. -G. ) 11 
occupa la place de keiib ou écrivain 
à la cour dcssulthans d'Egypte; c'était 
un genre d'emploi qui était ordinaire- 
ment rempli par des chrétiens. El- 
inacin est auteur d'une histoire arabe 
très célèbre en Europe, qui com- 
mence à la création du monde et ar- 
rive jusqu'au milieu du i3 . siècle de 
notre ère. Erpenius en a publié une 
partie sous ce titre : Historia sara- 
cenica qud res gestœ Muslimorum , 
inde a Muhammede primo impe- 
rii et religionis Muslimicœ auc- 
tore, usque ad initium imperiiAta- 
hecœi , perXLIX imperatonim suc- 
cessionem fidelissimè explicantur, 
inserlis etiam passim christianorum 
rébus in Orientis potissimum eccle- 
siis (iodem tempore gestis. Arabicè 
olim exarata, à G. EUnacino et la- 
tine reddita , Leyde , i (>u5 , in - 8". 
Le texte latin a été imprimé séparé- 
ment la même année, ib., in-4". U 
existe uneédi'iou qui ne contient que 
le texte arabe, et paraît avoir été 
faite pour les chrétiens du Levant; 
elle est précédée d'une épîlre arabe 
adressée au docteur Lancelot An- 
drews, Leyde, \(j'iù. L'épître est 
de Goiius. Cette histoire, ainsi que 
l'indique le litre , commence à la 
naissance de Mahomet. Dans le ma- 
nuscrit de la bibliothèque d'Heidel' 
berg, dont Erpenius s'est servi , elle 
finit à l'an S^n de rhégyre( 1 197 de 
J.-C. ); mais dans le texte imprime' 
elle s'arrête à l'an 5 12 ( 1118). La 
mort du traducteur en fit siis]U'ndre 
l'impression à cette époque. Ce fut 
Goiius qui la mit au jour et en com- 
posa la prc£ace. On peut juger celte 



KLM 

histoire imprimée sous le rapport de 
sou mcrile intrinsèque et sous le rap- 
port de la rideiite de la traduction et 
de 1.1 [)urete du texte. EIrnacin a été 
juj^c très sc'vèrenient par Ik'uaudol. 
« Jl doit, dit ce savant, sa j:;randt' lë- 
» pulatiou en Europe à Eipcnins, 
» et cette lepulalioii est 1res l\t\h\c ou 
» mciue nulle eu Orient, non point 
» à cause de la religion de l'auteur, 
» mais parce que son histoire inan- 
» que de cette variété qui charme les 
» Arabes; à peine parle-t-il des plus 
» grands huiumcs. » Ce reproche est 
facile à repousser. Eimacin n'a point 
écrit précisément une chronique , mais 
une histoire, et la marche qu'il a sui- 
vie ne roblii];(ait point à rapporter à 
la fin de chaque année la mort des 
personnages de distinction. Mir- 
khond , l'uu des historiens persans 
les plus estimés, parle rarement et 
par occasion seulement des grands 
hommes ou des écrivains célèbres, 
sans que son ouvrage en ait moins de 
mérite. Eimacin a suivi pour guide 
le Tabaii, l'un des plus célèbres his- 
toriens qu'aient eus les Arabes ; s'il a 
dounétroppeu d'étendue à son his- 
toire , elle n'en est pas moins pré- 
cieuse et importante par les faits dont 
elle nous transmet les époques, et 
jusqu'à ce que l'on publie quelques- 
uns des grands monuments litlé- 
raires et historiques laissés par les 
Arabes , cet ouvrage sera consulté 
avec fruit. Les reproches adressés par 
le même savant et par Reiske au tra- 
ducteur sont plus fondas. La traduc- 
tion d'Erpenius et le texte publié |)ar 
lui offrent beaucoup d'erreurs et de 
contre-sens ; mais n'oublions point 
qu'Erpenius travailla sur un manus- 
crit fautif sans pouvoir le collalion- 
ner j souvenons-nous qu'à l'époque 
ou il vécut, Il critique orientale i^élait 
point née, et qu'il avait 1res peu de 



E L M 95 

secours pour s'éclairer et se guider 
dans ses travaux. Hiiske, dans set 
notes sur Aboulleda et ailleurs, a cor- 
rigé souvent le texte d'Elmacin , 
ainsi que M. Kuhler à la suite de ses 
notes sur Théocrile, Fvubec, \~(')']f 
in-iJ . Ce dernier criliqu'-a publié des 
observations beaucoup plus amples 
sur le texte arabe , dans le répertoire 
de M. Eichhorn, part. Il, Vit, 
V111,X1,X1V,XVII. On conserve 
à Oxford les notes m-muscrites d'Er- 
penius sur Eimacin , et la Bibliothè- 
que de Maph, Pinelli reufcrmiit un 
exemplaire de l'édition imprimée , 
chargé de notes marginales qu'on 
croit être d'Erpenius. La chrestoma- 
thie arabe d'Hezel contient quelques 
fragments de l'histoire d'Elmacin , 
dont Hottinger a fait un fréquent 
usage dans ses ouvrages, et qui 
existe manuscrite dans quelques Bi- 
bliothèques de l'Europe. EuGn Vat- 
tier a traduit et publié la partie don- 
née par Erpenius sons ce titre : 
\ Histoire mahomélane ^ ou les qua- 
rante-neuf chalifes du Macine, etc., 
Paris, lÔD-j , in-4". Il est facile de 
s'apercevoir qu'il a suivi fidèlement 
la traduction latine. Th. Hyde , dans 
le Catalogue des livres imprimés 
de la Bibliothèque d'Oxford, fait 
mention d'une traduction anglaise, 
Londres, i6i6, in-S'. J — w. 

ELMENHOBST ( GeVerhart ou 
Gerhart ) critique distingué, et célè- 
bre philologue , naquit à Hambourg 
vers la fin du 16''. siècle, et mourut en 
i6'2t. Il avait étndié à Lfyde. Voèt 
rend hommage à l'exactitude labo- 
rieuse de sa critique et à sa vaste 
érudition : Firum dili^enlissimum et 
dijjusissimœ leclionis. On a de lui : 
I. Des notes sur Arnobe ; lianui, in- 
8 . i6o3; H. Sur le traité de Gen- 
nade , de ccclesiasticis dogmndhus , 
Hambourg, iu - 4''-> 161 4- lH- Sur 



94 ELO 

Minuciiis Félix ; ce deinier ouvrage 
snscila une quereile entre Elmenlioist 
et JeauWoiiwcr , qui publia presque 
en même temps un coinmeutaire sur 
cet auteur, I>es deux savants s'en rap- 
porlèrcnt à Scaliger, dont la décision 
lie fut point favorable à Elmcnliorst. 
Ij'un et l'autre commentaires se trou- 
vent réunis dans le Miiiucius vario- 
rum , Leydc , in-8'. , 1074. IV. Des 
ISotes sur les deux Kttres de S. ÎMar- 
tal, évêque de Limoge, à ciux de 
Bourdeaiixet de Toulouse; V. le Ta- 
bleau fie Céhès , avec la version la- 
tine et les noies de Ca>élius ( f'fj^ 
CnEssEL,), Leyde, 1G18. VI. Enfin, 
un Comnicnlaire sur Apulée, Franc- 
fort, in-8'. , i(i'2i. Einienliorst mou- 
rut pendant l'impression de l'ouvrage. 
On lui doit encore les éditions des 
opuscules de Proclus , de Sidoine 
Apollinaire, et du SrnUtgma de Jean 
Wouwer, sur la traduttion gierque 
et latine de la Bible. 11 avait laissé en 
manuscrits les actes latins du concile 
de Cliaiccdoine, et les sept livres de 
l'histoire de PaulOrose, collationnée 
sur d'anciens manuscrits. A — D — R. 
ELOl ( S. ), évèquc de Noyon, 
iwquit à Cadillac, à deux lieues de 
Limoges , vers l'année 588. Ayant 
manilesté, dès sa jeunesse, un pcn- 
cliant décidé pour les arts du dessin , 
son père le plaça chez le préfet de la 
monnaie de Limoges, où en peu de 
temps , il fit de très grands progrès 
dans l'orfèvrerie. Etant eniré ensuite 
chez Bobbon trésorier du roi Clo- 
tairc II , ce prince qui avait été à por. 
tée de l'apprécier le nomma son mo- 
nétaire, etDagobert, son successeur, 
le fit sou trésorier. Ces deux souve- 
rains lui fournirent les moyens de 
développer ses talents en lui confiant 
l'exéculiou de très riches et de très 
importants ouvrages. 11 fut chargé , 
enUe autres objets ^ de la composi- 



ELO 

tion des bns-rcliefs qui ornaient le 
tombeau de S. Germain , cvèqiie de 
Paris , mort en 576. Il exécuta , pour 
le roi Ch.taiie, deux siég(s d'or enri- 
chis de pierreries , qui passèrent alors 
pour des chefs-d'œuvre , ce qui prou- 
ve qu'à cette époque le lux»- avait déjà 
f «il de grands progrès en France. Dé- 
goûté de la vie mondaine, Eloi , de 
tout t mps très pieux , voulut se re- 
tirer du monde , et alla s'ensevelir 
dans un monastère , d'oii cependant 
il fut tiré, en l'année 6^0 , pour être 
placé sur le siège de Novon. Malgré 
son exactiludc à remplir tous les de- 
voirs de l'épiscopat , il trouva encore 
le temps de se livrer à ses occupations 
ordinaires , et il exécuta à cette épo- 
que un grand nombre de chasses des- 
tinées à renfermer les reliques des 
saints. Plusieurs de ces ouvi âges exis- 
taient encore avant la révolution. Ce 
pi( ux cvèt(ue cessa de vivre le 1 "'. dé- 
ccrabre OSg. Il prêchait avec beau- 
coup d'oiiclion , et parut avec éclat 
dans le concile de Chàlons en {)/)4« 
Il fit plusieurs excursions évangéli- 
ques , pour aller prêcher la foi aux 
idolâti es, notamment dans le Br.ibant. 
S. Oiien , contemporain et ami de 
S. Eloi , a écrit sa Vie. L'abbé la Ro- 
que en a donné une traduction , en 
1695, qu'il a enrichie de seize Ho- 
mélies qui portent le nom de ce S. évê- 
que, et dont plusieurs , sans contre- 
dit, sont sorties de sa plume. P — e. 

ELOY ( Nicolas -François -Jo- 
seph }, né à Mons le 20 septembre 
1714, fut médecin ordinaire du 
prince Charles de Lorraine et de Bar, 
et pensionnaire de la ville de Mons. 
Il y est mort le 10 mars 1788. On 
a de lui : 1. Réflexions sur l'usage 
du The', n5o, in- 12; M. Diction- 
naire historique de la médecine avec 
l'histoire des plus célèbres médecins^ 
Liège, 1 7*^)5, a vol, iu-8'. : c'était 



ELP 

nn essai que f lisait l'auteur, qui cl?" 
jiuis a rej)rotluit cet ouvr.ige sous le 
titre (le Dictionnaire historique de 
la médecine ancienne et moderne , 
Mons, 177B, 4 vol. in-4". On peut 
dire que c'est un ouvMi^c nouveau; 
l'aulcur lui-raèiuc l'a tellement senti , 
qu'il ne donna pas cette efdilion comme 
une seconde, ]je Dictionnaire d'Elvy 
a sur la Bibliothèque de Girrèrc ( vor. 
CAunÈRE ) l'avciuttigc d'ctrc achcTc : 
tloyconvieutavoir profita quelquefois 
du travail de son concurrent, 11 en 
relève assez aigrement les erreurs , 
mais n'en est pas exempt lui-même. 
Eloy n'a pas commis de fautes aussi 
graves que Carrcre; c'est donc à tort 
que l'on a lait dire à un bibliographe 
que les articles de ce deruier étaient 
plus exacts et plus complets. Il existe 
une traduction italienne de la première 
édition de l'ouvrage d'Eloy : les ad- 
ditions du traducteur ont porté ce dic- 
tionnaire à 7 vol. in-8'. , qui ont paru 
en i-jGi et années suivantes. III. 
Cours élémentaire des accouche- 
menls , ly'p, iu-12; IV. Mémoire 
sur la marche , la nature, les caus'is 
et le traitement de la dyssenterie , 
1780, iu-8'. ; V. Question médico- 
polilique : Si l'usage du café est 
avantageux à la santé , et s'il peut 
se concilier a^ec le bien de l'état 
dans les provinces belgiques? 1 781 , 
in-8«>. A. B— T. 

ELPHINSTOX ( Guillaume ), 
naquit à Giascow , vers l'au i43f. Il 
fut élevé dans l'université de cette 
ville; il vint ensuite étudier à l'uni- 
versité de Pari'i , oii il fut uommc pro- 
fesseur de droit canon. 11 exerça cette 
fonction durant six années avec un 
grand succès; après quoi , étant re- 
tourné dans son pays natal où il prit 
les ordres, il fut nommé oflicial de 
Giascow, ensuite de St-Andrc, puis 
lacmbre du conseil du roi Jacques, 



E L P ./» 

en France, avec l'évèque de DunkelJ 
et le comte de Buclian , pour con- 
cilier les ditrércnds qui s'éiaient éle- 
vés entre Louis XI et le roi d'Ecosse. 
En rériimpense de sa conduite dans 
celle afTiire, il obtint à son retour 
l'évêché de Ivoss, d'où i! passa, en 
i484> 3 l'évèclié d' Abtrdr-cn. I! fut 
fait en même ttmps chancelier du 
rovaurac ; mais il se relira d<-s af- 
f lires dans le temps di-s tronb'es qiii 
agitèrent la fin du règne d^ Jicques 1 1 1. 
Jacques IV l'employa commr ambas- 
sadeur auprl's de l'empereur M.ixi- 
miiien, dont il demandait la fille en 
mariage. Cette négociation échom ; la 
princesse était déjà promise ; mais 
Elpliinslon rendit ce voyage utile à 
son pays par les négociations qu'il v 
entama avec les Hollandais , depuis 
long-temps ennemis des Ecossais. Il 
jouit le reste de sa vie d'une haute 
considération à la cour , et eut part à 
toutes les grandes aiï.iros qui s'y trai- 
tèrent de son temps. 11 protégea les 
sciences , et contribua beaucoup, tant 
par son crédit que par ses soins et ses 
bienfaits , à élever l'université d'Aber- 
deen à un degré de prospérité dont 
elle n'avait pas joui jusqu'alors. En- 
core plein de force et de vie , maigre' 
son grand âge , il mourut , en 1 5 1 4 ? 
du chagrin que lui causa la perte de 
la buaille de Flodden Field. 11 était 
alors âgé d'environ quatre-vingt-trois 
ans. Cet lit un homme d'un caractère 
respectable, classez savant pour son 
temps. Il a laissé une histoire de son 
pavs qui n'a jamais été imprimée, et 
dont le meilleur manuscrit e>t dépose' 
à la bibliothèque Bodléiennc, à Os- 
ford. S — D. 

!• LPHINSTON (Jacques) , gram- 
mairien, né à Edimbourg en in^i ^ 
éludii à l'université de cette ville, et 
fut, dès l'âge de dix -sept ans, gouver- 
neur de lord Blintyre. Il parcourut !,i 



rft ELP 

Hollande el IcBnbant, et rc'sida assez 
loiijjlemps à Paris, dans la maison 
de Tliuinas Carte , l'historien , son 
compatriote et son compagnon de 
voyagr; il y acquit l'usage de la lan- 
gue Iraiiçaise , an point de pouvoir 
« l'cVrirc ( suivant INicliols , son ami ) 
» avec autant de facilite et d'e'Icg ance 
» que les Français qui écrivent le 
» mieux. » Etant revenu en Ecosse , 
il reprit son premier emploi d'institu- 
teur. Le zèle qu'il mit, en i-iSo , à 
répandre dans son pays le Rambler ^ 
lui gagna l'amitic du célèbre docteur 
Johnson. Une partie seulement des 
vers latius qui servent d'épigraphes 
aux essais qui conipo^ent cet ouvrai^e 
périodique, étaient accompagnes de 
traductions tirées de Dryden, Pope, 
Cruch , etc. Elphinstou , en publiant 
une nouvelle édition du Piamhler , 
suppléa à ce qui manquait à cci égard , 
et ses traductions , remarquables par 
une précision énergique, ont été de- 
puis adoptées par Johnson, qui les a 
conservées dans les éditions suivan- 
tes de son ouvrage. Elphinstou vint 
s'établir quelque temps après en An- 
gleterre, d'abord à Bromptou, et en- 
suite à Kensingtou , où il tint une 
école jusqu'en 1776. En i^SS, il pu- 
blia une traduction en vers du poème 
de la Religion, de Louis llacine; tra- 
duction qui eut le suffraj;e d'Youiig et 
de Richardson. Il publia en i 755, en 
2 volumes in- 1.4 , une analyse des 
Langues française et anglaise ; en 
i'j(J5, un poëme sur VEducation; 
et en 1 764 , nn Recueil de poèmes 
tirés des meilleurs auteurs , adaptés 
à loui les dges, mais particidière- 
ment destinés à former le goût de la 
jeunesse , un voi. in-8'. Ce n'est pas 
mie légère présomption, même dans 
un Ecossais, que d'avoir admis , com- 
me il l'a fait, ses propres poésies par- 
mi celles des meilleurs auteurs. Mais 



ELP 

Klpliinston , en ne prenant pas ce qu'il 
y avait de nuillenr dans les meilleurs 
auteurs, s'est moins exposé à perdre 
par le voisinage. Il fit paraître en 1 764, 
les Principes raisonnes de la Langue 
anglaise, on la Grammaire anglaise 
réduite à l'analogie , •>. vol. iu-i:i. 
Cet ouvrage , où l'on trouvait des re- 
cherches intéressantes sur la lansrue 
anglaise, avait pour objet essentiel 
de changer le système de l'orthogra- 
phe , en la rendant absolument con- 
forme à la prononciation , sans aucun 
respect pour l'élymologie. Les yeux 
anç^lais furent choqués d'imc pa- 
reille innovation, et rien n'était plus 
propre à la faire rejeter promptement, 
que l'application qu'Elphin>ton lui- 
même en fit non seulement à ses ou- 
vrages, mais encore aux éditions qu'il 
a données d'ouvrages anciens. 11 pu- 
blia l'année suivante un abrégé des 
Principes raisonnes de la Langue 
anglaise , pour l'usage des écoles ; 
el en 17O7 , un recueil intitulé: Fers 
anglais, français et latins, in-fol. 
Ayant fait un voyage en Ecosse, il 
donna publiquement, vers l'an 1779, 
une suite de leçons sur la langue an- 
glaise, d'abord à Edimbourg, et en- 
suite dans l'université de Glascow. 
Il avait annoncé en 1776 une traduc- 
tion eu vers des Epigrammes de Mar- 
tial ^ avec un commentaire : elle parut 
en i78.i,enunvol. in-4°.; et il donna 
en 1785 une édition de l'auteur ori- 
ginal , où les epigrammes sont clas- 
sées dans un nouvel ordre, et qui est 
précédée d'une introduction à la lec- 
ture des poètes. E'phinston développa 
davantage son svstêine d'orthographe 
dans nn traité oui parut en 1786, 
sous un titre que nous n'essayerons 
point de traduire ; Proprietjr ascer^ 
tained in her picture , or english 
speech and spelling reduced mulual 
guides , 2 vol, in-4". Uu des qu yrages 



y 



ELP 

qu'on doit le plus irr^rctlrr de voir 
dofigurc par s.i iiielliodc d'oitliOf;ra- 
phier , est sa correspondance avec des 
hommes très distiii}:;ue's dans les scien- 
ces et dans les lettres; elle fut impri- 
mée en i-yç)! , en 6 vol. in -8°. , mais 
fut ensuite auj^mentcc de deux autres 
volumes, et publiée en 17*)4, sous le 
titre suivant, que nous donnons d'a- 
bord en anglais , comme un échantil- 
lon de son orthographe : Fifty rears 
correspondence , inglish french and 
îattin , in proze and verse , between 
geniusses Oi> hoath sexes and James 
Elphinston. {Correspondance de cin- 
quante années, en anglais , en fran- 
çais et en latin , en prose et en vers , 
entre des littérateurs des deux sexes 
et Jacques Elphinston , avec un por« 
trait d'Elpbinston et im autre de 
Martial ). On y remarque particuliè- 
rement des lettres de 5amuel Jolm- 
son ,da docteur Jortin, de Benjamin 
Francklin et de Mackeiizie , auteur de 
Y Homme sensible^ the man of fee- 
ling ) , et quelques lettres en fran- 
çais , par Dolleville, membre de la 
convention. Elphinston donna, la mê- 
me année, une Traduction en vers an- 
glais , avec le texte en regard , des 
poètes moralistes latins , Publias Sy- 
rus, Laberius, Sénèque, Galon , etc., 
in- 12. En 1784, il avait épouse en 
Secondes noces une femme beaucoup 
plus jeune que lui , et avec laquelle il 
vécut encore vingt-cinq ans dans l'u- 
nion la plus parfaite. li mourut à H im- 
mersmilh, le 8 octobre 1809, âge de 
près de quatre-vingt-neuf ans. C'était 
un homme d'une société' agréable , 
quoiqu'un peu original dans son ex- 
térieur. Il y avait trois choses qui ne 
manquaient jamais de le faire sortir 
de son caractère , un jurement , une 
prononciation défectueuse, et unetcnue 
indécente chez les femmes. La mode 
u'avait aucune influeucc sur !a forme 

XIII. 



ELP 



97 



de SOS babils , to>ijours faits sur le 
modelé (le ceux qu'il portait à son re- 
tour de France. « Le temps , écrivait-il 
» à un de ses amis en i 782 , le temps 
» n'a pas plus changé mon cœur que 
» mon costume. » On reconnaît dans 
ses ouvrages , et surtout dans ses let- 
tres , de la sensibilité et du talent com- 
me écrivain, malgré le désavantage que 
lui donne l'emploi trop fréquent des 
inversions. Mais ce qui a sans doute le 
plus nui à sa réputation littéraire , à 
laquelle il survécut long-temps , c'est 
son orthographe , qni a rendu la lec- 
ture de SCS ouvrages rebutante pour 
ses compatriotes. Cependant l'applica- 
tion qu'il en a faite n'est pas un tra- 
vail inutile; et, comme l'a observé ua 
critique anglais, ce sera pour les étran- 
gers et pour la postérité un type de 
ce qu'était la prononciation anglaise 
au temps où l'auteur a écrit. On cite 
aussi de lui une traduction d'un ou- 
vrage de iJossuct, et quelques écrits 
polémiques en réponse à certains jour- 
nalistes qui lui avaient montré une 
grande malveillance. Peu de temps 
après le second mariage d'Elphinston , 
son frère , alors embarqué pour les 
Grandes- Indes , voulant écrire à sa 
belle-sœur, mais manquant des movens 
de lui faire parvenir sa lettre, s'avisa 
(le la renfermer dans une bouteille 
vide qu'il jeta à la mer. Celte bouteille 
fut retirée neuf mois après par des 
pêcheurs sur la côte de Normandie , 
près de Baveux. X — s. 

ELPIDIUS ou HELPIDIUS 
( RusTicus ) , diacre de l'église de 
Lyon dans le 6". siècle , s'appliqua 

k la médecine, et v fit des progrès 

11" K ° 

très remarquables pour cette époque. 

Théodoric, roi des Ostrogoths, le fit 

venir à sa cour, où il le traita avec 

la plus grande distinction ; on croit 

même que ce prince le revêtit de la 

charge de (juesleur. Théodoric, comms 



08 



ELP 



ou sait, était arien; mais on ne voit 
pas que son estime pour Elpidius ait 
soufTert de la tlifrércnce de leurs opi- 
nions. Les devoirs de sa place obligè- 
rent Elpidius à fixer sa demeure à 
Arles, où il connut S. Ccsaire. Il était 
lié avec les SS. Avite , e'vcque de 
Vienne, et Ennodius, evcquc de Pa- 
vie. Une lettre que lui écrivit S. Avite 
et qu'on a conservée , prouve que sa 
réputation comme médecin était fort 
étendue; S. Ennodius le loue, dans 
les siennes, defagrémeut de sou style 
et de la chaleur de ses discours. El- 
pidius, sur la fin de sa vie, se retira 
à Spolofe; il obtint de Tliéodoric une 
somme pour réparer les édifices de 
cette ville, endommagés par les guer- 
res, et mourut vers 555. 11 n'a laissé 
que d«nx ouvrages , très courts ; le 
premier est nu recueil des passages 
de la Bible que les SS. PP. ont re- 
connu s'appliquer à Jésns-Cbrist ; le 
second, un poème sur les bienfaits 
du Sauveur. La versification de ces 
deux pièces est assez bonne, au ju- 
gement des critiques. Elles ont été 
imprimées dans le Poëlarum eccle- 
siastic. thésaurus^ de George Fabri- 
cins, Bâie, i562, in-4''- , dans la 
Bibliolh. patrum, et enfin dans le 
Carminum spécimen d'André liivi- 
luis, Leipzig, i65'.i, in-8°., J. Alb. 
Fabricius pense que l'on doit dis- 
tinguer Ei|)idius, médecin de Théo- 
doric, d'Eipidius, questeur, auquel 
il attribue les deux poèmes qui vien- 
nent d'être cités; mais il ne donne 
aucune raison à l'appui de son sen- 
timent, W — -s. 

ELPIDIUS, rebelle, gouverneur 
de Sicile, tut cbarg-é pour la seconde 
fois de celte place importante en --Si , 
sous le règne d'Irène et de son fils 
Con.staiitin. A peine arrivé dans son 
gouveroement, Elpirlius , gagné par 
les mécontents que le despotisme et 



ELP 

les cruautés d'Irène avaient îonaéi , 
fomenta lui-même la révolte des Sici- 
liens. L'impératrice , avertie de ce 
complot, envoya l'écuver Théophile, 
avec ordre d'arrêter Elpidius. Les Si- 
ciliens s'opposèrent à l'exécution d« 
cet ordre , et coururent aux armes ; 
mais la femme et les enfants d'Elpi- 
dius, qui étaient restés à Constanti- 
nople, furent arrêtés, rasés, battus 
de verges et jetés en prison. L'eunu- 
que Théodore , patrice et grand hom- 
me de guerre , débarqua en Sicile 
l'année suivante, dans le dessein de 
réduire Elpidius ; celui-ci se défendit 
avec valeur ; mais , vaincu dans plu- 
sieurs combats , il rassembla ce qui lui 
restait de richesses et d'amis , et s'en- 
fuit avec eux chez les Sarrazins d'A- 
frique, qui lui mirent sur la tête la 
couronne impériale, et le traitèrent 
toute sa vie comme empereur. Vain 
honneur, qui ne put le dédommager 
de la perte de sa famille et de la chute 
de sa puissance. L — S — e. 

ELPINICE, fille de Miltiades, 
était mariée à Cimon son frère , lors- 
que celui-ci fut mis en prison pour le 
paiement de l'amende à laquelle son 
père avait été condamné. Callias, le 
'second de ce nom , étant devenu 
amoureux d'elle, lui offrit de payer 
cette amende si elle voulait l'épouser; 
Elpiiiice y consentit. Tel est le récit 
de Coruelius Mépos, que beaucoup de 
raisons doivent faire rejeter. Ceux 
qui avaient été condamnés à une 
amende perdaient leurs droits de ci- 
toyen lorsqu'ils ne la payaient pas 
dans le terme fixé; mais on ne con- 
naît aucune loi qui permît de les em- 
prisonner. D'un autre côté, Miltiades 
avait laissé une fortune considérable, 
ainsi qu'on l'a vu à l'article Cimon. 
On ne croira donc pas davantage ce 
que dit Plutatque, d'après d'autres 
auteurs, que Cimon l'épousa parce 



y 



que sa pnuvrotc l'cmpccliait de trouver 
un parti convenable à sa naissance. Il 
serait peut-être téméraire de nier son 
mariage avec son frère; il paraît cer- 
tain en effet qu'à Atliciitjs , la loi per- 
mettait d'épouser sa sœur de père. 
D'autres prétendent qu'elle vivait avec 
lui dans un commerce ille'p;ilimc, et 
l'auteur du discours contre Alcibiade»:, 
faussement attribue' à Andocides, dit 
que ce fut la c^use de l'exil deCimou. 
Mais la cause de cet exil est conruie, 
et on l'a vue à l'arliclc de ce p;ciicral. 
Suivant Flutarque et Athe'ne'e, elle se 
prêta aux désirs de Periclès, pour 
qu'il ne s'opposât pas au retour de 
son frère. Ils oub'ient que ce r.ippel 
€St postérieur à l'au 456 av. J. -C. , 
et que Miltiades est mort l'an 4*^9? de 
sorte qu'Elpinice devait avoic au 
moins cinquante ans , puisqu'elle avait 
épouse' Ciraou peu de temps après la 
mort de son père. Plutarqne dit que 
ses mœurs n'étaient pas très réglées, 
que le peintre Polygnote , qui avait 
été son amant , l'avait représentée 
sous la figure de Laodicé, fille de 
Priam, dans un des tableaux du Pœ- 
cile; mais on voit par les remarques 
précédentes, qu'il n'y a rien de cer- 
tain sur sa vie. C — r. 

ELRICHSH.4USEN ( Charles ba- 
ron DE ), général autrichien, était né 
dans le pays de Wurtemberg. Il s'était 
dislingue dans la guerre de Sept ans 
. comme major-géuéral , et avait obtenu 
le grade de général de cavalerie, dans la 
guerre pour la succession de Bavière; 
il coni mandait , en 1778, un corps 
iiombreuxavec lequel il arrcla les Prus- 
siens qui tombaient sur la Moravie et 
les repoussa. A Jaegerndorf et à Trop- 
pau, il les cerna si bien qu'ils eurent 
beaucoup de peine à se retirer. L'em- 
pereur , pour le récompenser de ce 
service signalé, lui donna la croix de 
«OHaniaudeur de l'ordie de Marie-Thé« 



Ë 1 5; 00 

rèsp, qu'il accompagna d'une lettre de 
sa main, Elriscbsbausen , consumé par 
les fatigues , mourut à Prague le y 
juin 1779; son souverain lui fit éle- 
ver un tombeau avec une épitaplie k 
sa louange. E — s. 

ELSE ( Joseph ), chirurgien an- 
glais, attaché à l'hôpital St. -Thomas, 
et membre de l'académie royale de 
chirurgie de Paris , jouissait de beau- 
coup de réputation dans son art, el a 
publié quelques éciits estimes , sur 
des sujets de chirurgie, particulière- 
ment un Traité sur l hydrocèle , 
( 1 770 ), où il recommande le traite- 
ment par le caustique.il mourut le 10 
mars 1780. Ses ouvrages ont été' 
réimprimés ensemble, après sa mort, 
I 782 , I vol. iu-8 '. , par les soins de 
George Vaux, chirurgien , qui y ,1 
ajouté un appendix , contenant des 
Observations sur Vhydrocèle, avec 
une comparaison des dijjerentes mé' 
thodes de traiter cette maladie par 
le caustique elle seton. Vaux y donne 
la préférence à la première. X — s. 

ELSHOLZ ( Jean - Sigismond ) , 
médecin allemand qui cultiva, dans 
le 178. siècle, la botanique et la chi- 
mie. Il naquit à Francfort-sur-l'Oder, 
en 1620, étudia dans l'université de 
Padoue, où il se fit recevoir docteur 
en médecine en i653 , et mourut àf 
Berlin le 19 février i688. Il y avait 
été appelé en i656 par l'éiectenr 
de Brandebourg Frédéric - Guillau- 
me, qui le nomma sou premier mé- 
decin , et lui donna la direction d'un 
jardin de botanique , qu'il venait de 
fonder. Il en publia le catalogue sous 
ce titre : Flora marchica, sive ca- 
talo^us plcinlarum quœ parfim in 
horlis elecloralibus Marchice Bran- 
.deburgicœ , Berolinensi , Âuran- 
giburgico et Postdamensi incolan- 
tur , partim sud sponte proveniunt , 
Berlin, i(J65, in - 8". Comme on 




,t 00 E L s 
voit par ce titre, il annonçait le ci- 
talogue des plantes indigènes de cet- 
te contrée j mais il en indiqua fort 
jirn , et ne profita pas même du 
Pu^illus de Mcnlzell , qui l'avait pi e- 
cc'de. D'un autre cote il donna comme 
spontanées, des espîces qui n'y ont 
jamais vcgéle'. On y tronvc un très 
petit nombre de remarques , enfre 
autres sur les varicle's du seigle et de 
l'orge. En tGGô il publia un traite' 
complet du jardin.ige : Neu An^e- 
le^ler Gartenbau , etc., dis- 
tribue' en VI livres, Berlin, iG6(j , 
in-4°. Dans le premier livre il traite 
des Instruments cl des ge'nc'ralitcs de 
culture ; dans le second des Fleurs , 
dont il donne un catalogue , range sui- 
vant une espèce de méthode ; le troi- 
.sième des Légumes ; le quatrième 
des Arbres , tant fruitiers que fores- 
tiers , avec le détail des différentes 
opérations dont ils sont l'objet , telle 
que la greffe; lecinquièmc de la Figne; 
le sixième des Plantes médicinales , 
tant cultivées que spontanées. Il on 
expose les vertus brièvement ; mais 
avec bonne foi et clarté. Il y a quel- 
ques planches , m ds qui ne concer- 
nent presque que les instruments. Cet 
ou vraqe a été très estimé en Allemncrne, 
ce que témoignent ses nombreuses 
éditions: la dernière est de Leip'ig, 
ï 7 iG , in-fol. On lui doit encore : I. 
Anthropometriasivede mutud mem- 
hroruin corporis humaniproportione, 
item de nenforum harmonid libel- 
lus , Padoue, iG54, in-4 '•; id. 1GG7 ; 
Francforl-sur-l'Oder, iGG5, in-8'. , 
fig.; U.Dephosphoris observaliones, 
Berlin, 1G71, in-fol.; \\\. Diœle- 
ticon oder Neues Tischbuch, Ber- 
lin, iGda j Leipzig, 1716, in-fol. 
C'est un traité des aliments , distribué 
en six livres. Dans le premier il parle 
des végétaux; des animaux dans les 
suivants , avec quelques planches j 



ELS 

dans le cinquième il traite des aro- 
mates et des assaisonnements, et dans 
le dernier des boissons. Enfin, dans 
un Appendix , il expose les principes 
do r.irl de la cuisine. 11 donna aussi 
l'art de la distillation dans un traite 
particulier : Distillatoria curiosa , 
Berlin, 1G74 •. in-iu, fig. Etant reçu 
membre de l'académie des curieux , 
il fil paraître plusieurs dissertations 
dans les mémoires de celte société : 
dans 11 première décurie , sur une 
espèce d'équisétum, sur la badiane ou 
anis étoile, sur la graine de Cina . sur 
le nioxa des Chinois, qu'il regardait 
comme un bon préservatif contre la 
goutte. Dans la quati ième collection 
de Hook , il publia plusieurs secrets 
pour pcrfcclioiiner les vins, et il en- 
seigna la manière de préparer des es- 
sences des végétaux. P^ufin , suivant 
Moehscn , il avait préparé vingt plan- 
ches pour former un appendix à \ Hor- 
tus Eysietlensis: elles sont restées dé- 
posées dans la bibliotircquc de Ber- 
lin, il avait laissé aussi un manuscrit ' 
sur. les plantes médicinales , avec un 
herbier correspondant, contenant 44^ 
échantillons. On voit, par ce détail, 
qu'Elshoîz a cherché à être utile pen- 
dant tout le cours de sa vie. Bocdilicr 
a publié sa Vie ou Eloge : Ehrenge- 
dœchtniss y Berlin, iGBS, in-folio, 
Wildcnow a rendu un hommage tar- 
dif à sa mémoire , en donnant ic nom 
d'Elsholzia à un nouveau genre, com- 
posé d'espèces détachées de Vhysope. 
D— P— s. 
ELSIUS (Philippe), religieux Au- 
gustin , né à Bruxelles vers la fin du 
iG°. siècle, professa pendant plusieurs 
années les humanités au collège de son 
ordre, dans cette ville, et y mourut en 
iG54- 0" ^ ^^ '"' '• Encomiasticon 
Augustinianum in quo personœ ord. 
erem. S. P. JY.Augustinisanctitale , 
prœlalurd , legatiorùbus , scriptis , 



ELS 

etc. , prœslantes enan-antur, Bruxel- 
les , I G54 I in-fol. Dans l'cpître au lec- 
teur , l'auteur avoue qu'il a l'ait quel- 
ques doubles emplois lorsqu'il a trouvé 
le nom d'uu même personnage écrit de 
dillertntes manières dans les sources 
qu'il a consultées. 11 déclare au';si qu'il 
a cru devoir joindre aux illustres de 
sou ordre tous les fondateurs ou ré- 
formateurs d'ordres et congrégations 
religieuses, par la raison, dit -il, que 
tous ont plus ou moins emprunte à la 
règle de St. - Augustin. L'ouvrage est 
par ordre alphabétique des prénoms , 
et contieul près de deux mille cinq 
cents articles; la plupart sont fort suc- 
cinis, et ne donnent que des notices 
aàsez insignifiantes. Les anonymes , 
formant quatre - vingt - sept articles , 
sont placés à la fin de la lettre N. La 
partie bibliographique y est traitée 
avec beaucoup de négligence, et sous 
ce rapport la Bibliotheca Au^usli- 
niana d^'Ossingcr, qui éi'ailleurs est 
plus moderne d'un siècle , est infini- 
ment préférable. W — s. 

ELbIs'ER (Jacques), savant théo- 
logien de l'Eglise réformée , docteur 
eu tliéologie, conseiller du consistoire 
royal do Prusse, premier prédicateur 
de la cour et de l'église métropolitaine 
des réformés à Berlin , et directeur 
de la classe de belles-lettres à l'aca- 
démie royale des sciences, naquit en 
1692 , à Sailfeld , petite ville de 
Prusse. Sou père , originaire de la 
Bohème , voyant son goût pour les 
.sciences, lui lit donner une excellente 
éducation. 11 alla achever ses études 
àKœ^ig^berg, et y fut ensuite nom- 
mé reclcur de l'école des réformés. Il 
alla de là à Dantzig, à Berlin , à Clève, 
à Ulreciit et à Leyde. En 1710, le 
roi de Prusse le plaça à Lingen , où il 
fut f;iit professeur de théologie et de 
philologie. Il obtiut bien/ôt une chaire 
de pasteur; mais cii 1 7'ii , il iiU an- 



ELS lor 

pelé n Berlin , pour cire recteur dit 
collège de Juachimsthal , qu'il réta- 
blit dans tout son éclat. Après la mort 
de Sclimidtmanu , il fut nommé se- 
cond pasieur de l'église consistoriale, 
et obtint ensuite la première place. II 
mourut à Berlin le d octobre i-jSo , 
àgédeeinquante-huitans. Les ouvrages 
qui lui ont acquis le plus de réputa- 
tion sont ceux où il a cherché à ex- 
pliquer le nouveau Testament à l'aide 
des anciens auteurs profanes et des 
témoignages de l'antiquité. Le prin- 
cipal est divisé eu deux volumes, in- 
titulés : Observctliones sacrœ in Novi 
fœderis libros , tomus x"'. libros hii' 
toricos complexus , Utrecht, i-io, 
i;!.y'. lomus •2'". epislolas Aprstolc- 
rum etApocaljpsin complexus^ ibid. 
1728 , in-8".Cet ouvrage (dont J.-V. 
Stosch a donné nne édition très- 
augmentée, Zwoll et Utrecht , i 767- 
1775, 5 vol. iu-}'\), fut la cause 
d'une longue discussion que J.-Gcorge 
Stoer engagea contre EIsner , et plu- 
sieurs disciples de ce dernier répon- 
dirent pour lui, et soutinrent sa que- 
relle. Parmi ses autres écrits, on re- 
marque encore : I. Oratio iiiaiig. de 
Zelo theologi, dicta iii illiislri athe- 
neo Lingensi , 4 ]''"• 1721, Utrecht, 
1 721 ,in-4''. IL XEpilre de S. PauL 
aux Fhilippiens , expliquée en dis' 
cours moraux, suwis de remarques 
et d'observations , Berlin, 1741 » 
in-4°., en allemand, lll. iychediasma 
criticum , que autores , aiiaque an- 
tiquitatis monumenla , inscriptiones, 
item et nuniismata cmendantur , et 
indicanturet exponuntur, inséré dans 
le totu. VII des MiiCcllanea Beroli- 
nensia, 1744^ ii'-.4"' \^ • Nouvelle 
description de l'Eglise des Cliré' 
tiens yrecs en Turquie, avec des 
notes, Berlin, 1739, in -8'., eu 
allemand, avec dix planches. On a 
prétendu que dans cet ouvrage , il s'eu 



101 EL s 

é?ait laisse imposer par un Archi- 
rnandiite gnc, nomme Athanase Do- 
roslaiiiis, sur la relation verbale du- 
quel il l'a écrit. V. Continuation (hi 
même sujet, ih., i '•j^'j,,i\c':dfiiy. plan- 
«hcs. Il y a joint une dissertation sur 
l'excellence et la fertilité de la Pa- 
lestine, morceau qu'il avait de'j'i donne 
en français dans X Histoire de l'Aca- 
démie de Berlin , 174B. VI. Du ^o". 
Chapitre de Tacite sur les mœurs 
des Germains, et surtout de la 
Déesse Hertha , .dans Y Histoire de 
V Académie de Berlin, 1747- VII. 
De la Déesse Hertha ou Erdanna , 
ibid. , 1 748. Son éloge, par Formev, 
se trouve dans la Nouv. Bihlioth. 
Oenn., tom. xi, 2*^. part. G — t. 

ELS^'E^'^ ( Jean - Théophile ) , 
théologien unitaire , né en 1 7 1 7 , à 
Wengrow, d(ns la Grande-Pologne, 
devint adjoint de l'Église allemande et 
du Gymnase de Lissa en 1743, pas- 
teur de l'éL;Iise boliémicnne réfor- 
mée de Betldchem , à Berlin, en 
1747 , et Senior des Unitaires Bolié- 
ir.irns de Pologne et de Prusse en 
1761 , et mourut le 21 avril 1782. 
Ses pi incipaux ouvrages sont : I. Mi- 
phiboselh , traité historico-philolo- 
gif/ue , Leipzig, 1760 , in-8^. 11 y 
fait voir beaucoup d'érudition. II. 
Essai d'une Histoire des traductions 
bohémiennes de lu Bible et des Edi- 
tions du Nouveau- Testament, dans 
la même lans^ue , Halle, 1 765, in-8". 
Ces dru X ouvrages sont en allemand. 
III. Brevii et succincta Bio^rapkia 
Jacobi Elsneri , dans la Biblioth. 
Bremens. not>. de Barkley. Il a aussi 
traduit en allemand \e Marljrologium 
hohemicum, donné de nouvelles édi- 
tions de quelques ouvrages bohé- 
miens de Comenius , et fourni plu- 
sieurs morceaux intéressants pour 
l'histoire des Unitaires de Bohème , 
dans le Scriniiim antiquarium de 



ELS 
Gerdcs. — Jean - George Elswer , 
magistrat et historien de Thurn , ne 
dsns cette ville en 17 10, y entra 
dans le conseil des Seize en 1736 , y 
occupa depuis quelques emplois judi- 
ciaires , et mourut le 1 1 mars 1753. 
Il a publié en allemand : 1. Observa- 
tions historiques sur la di^,nité de 
Bourguemestre à Thom , ibid. 1 738, 
in-4'. IL Sur l'origine de la ville de 
Thom,iiiscrc dans le DankwidDenk- 
mnhl de Dillmann , dans lequel on 
trouve aussi quelques notes sur sa vie. 
lia encore laissé en manuscrit quelqu'S 
opuscules sur la noblesse de Pologne, 
et sur l'état des sénateurs protestants 
dans ce loyaume. G. M. P^ 

ELSTÔli (Guillaume), anti- 
quaire anglais, naquit, en 1673, à 
Newcastle-sur-Tyne. Il fut élevé d'a- 
bord à Cambridge, puis à Oxford, 011 
il fut ensuite professeur. Il prit les 
ordres , fut nommé recteur des pa- 
roisses réunies de St.-SAvilhin ctStc.- 
IVIai ie Bothavv de Londres , et mou- 
rut en 1714» âgé de quarante-un ans. 
Il était très versé dans la connais- 
sance des antiquités de son pays , et 
de la langue anglo-saxonne. Il a tra- 
duit de celte langue en latin , pour le 
docteur Hickès , l'homélie de Lupus , 
avec des notes, 1701 , et l'homélie du 
jour de S. Grégoire , qu'il a publiée 
avec le texte, 170Ç) , in-8'. 11 avait le 
projet , si la mort ne l'eût surpris , de 
donner nne édition des lois saxonnes 
avec beaucoup d'additions , elc. Cet 
ouvrage a été exécuté et publié par 
David Wilkins en 1 721. On conser- 
ve à la bibliothèque de la Société des 
antiquaires , une dissertation manusT 
crile sur l'usage de la littérature anglo- 
saxonne, parElstob , destinée à ser- 
vir de préface à une traduction qu'il 
comptait donner de la version para- 
phrasée à^Orose, par Alfred-le-Grand, 
On a aussi de lui des Sermons , up 



y 



Ers 

Tnifc sur raffinitc qui existe entre la 
profession de jiiriscoiisiilte cl celle de 
thëolo{;i(n , ete. X — s. 

ELSTOB (Elisabeth ), sœur du 
pre'cédent , et compagne assidue de 
ses études , naquit , en 1 685 , à New- 
castle-sur-Tyne. Elle avait reçu de sa 
mi'TC le goût de rètiidc et de la scien- 
ce; l'ayant perdue à huit ans , elle 
résista aux elïorls de ses tuteurs pour 
la détourner d'une carrière si peu fiiite 
pour son sexe. On la laiss.i enfin libre 
de suivre un goût si détermine ; il pa- 
raît qu'elle partagea à Oxlord l'éduca- 
tion de son frère , et qu'elle le suivit 
ensuite à Londres. Elle l'aida dans 
ses travaux, et accompagna son édi- 
tion anglo-saxonne et latine de l'ho- 
mélie du jour de S. Grégoire , ( Lon- 
dres , 1709, in-8'.), d'une traduc- 
tion anglaise et d'une préf ice en l'hon- 
neur des femmes savantes. Elisabeth 
Elslob publia ensuite une traduction 
de \'Essai sur la Gloire par M^'*". 
de Scudéry. Elle avait transcrit de sa 
main , probablement pour un des ou- 
vrages que projetait son frère , toutes 
les hymnes contenues dans un ancien 
manuscrit de la cathédrale de Salis- 
bury. Elle entreprit, pour son propre 
compte, un recueil à' f/omelies s axvii- 
nes , avec la traduction anglaise, des 
iioteset des variantes; mais les moyens 
pécuniaires manquaient à Elisabeth , 
pour l'exécution de ses projets lillé- 
raires. Elle avait possédé, dit-on, 
une fortune honnête , qu'elle avait 
laissé périr par sa négligence cl par 
son peu d'al tache aux choses tem- 
porelles. Ce détachement se portait 
jusqu'à un excès dont on sait rare- 
ment gré à une femme , quelque sa- 
vante qu'elle soit. Un de ses contem- 
porains j)ailc d'une visite qu'il lui fit, 
et oii il la trouva ensevelie dans les 
livres et la malproprele. Aussi Éli- 
sabctU savait-elle huit langues, sans 



E L S I oT) 

compter la sienne. Deux ou trois de 
moins , et un peu ])lus d'argrnt , ne 
fût-ce que poin faire iiii])rim<'r ses tra- 
ductions , auraient rendu sa science 
plus utile aux autres , et à elle- 
même. Le lord trésorier lui procura 
quelques secours de la reine .\nnc 
pour l'impression de ses Homélies; 
mais celle princesse mourut, et ses 
secours cessèrent , en sorte qu'on 
n'imprima qu'un petit nombre des 
Homélies (Oxford, in-fol.). Elisabeth, 
ayant à peu près dans le même temps 
perdu son frère, se trouva dans un 
dénuement complet, dépendant elle 
fit paraître, en 1715, une Grammaire 
Saxonne, dont les caractères furent 
gravés aux frais du lord Chief Justice 
Parker , depuis comte de Maccles- 
fied. Elle se retira à Evesham , où 
elle tint, pour subsister, une petite 
école. On oblint, pour elle, de la reine 
Caroline, une pension annuelle de in 
guinées ; mais la moit de celte piin- 
cesse Aint encore lui enlever cette 
modique ressource. Alors elle chercha 
une place de gouvernante. 11 sembic- 
rait que l'espèce de décousu savant 
qu'elle portait dans l'ensemble comme 
dans les dclails de sa vie , dût la ren- 
dre peu propre à des fonctions di: 
ce genre. Cependant elle entra , en 
cette qualité, en 1739, chez la du- 
chesse douairière de Portland , où elle 
demeura jusqu'à sa mort, arrivée le 
5o mai 1 756. X — s. 

ELSYiNGE (Henri), naquit en 
1598, à Battersea , d.ins le comté de 
Siirrey. Après avoir étudié à Oxford, 
il voyagea durant plus de sept années. 
Son esprit et ses connaissances le ti- 
rent recherche»' par tout ce qu'il y 
avait alors de plus distingué en An- 
gleterre. L'archevêque Laud, entre au- 
tres , le prit en grande faveur, et le fit 
nommer secrétaire de la chambre des 
communes, 11 s'y fit remarquer autant 



i(y4 ELT 

par son aplltudo à remplir ces diflicilcs 
fonctions, que par uuc modéralioii et 
une dioiliiro qui , au milieu des gic- 
lions qui agitaient le long parh'inent, 
luicouscrvcrcut re.slimep,ciicrale.C'c>t 
ce qui a fait dire que son tabouret 
était plus respecte que le fauîeuij de 
l'orateur Lcnllian. Lorsqu'il vit une 
partie des membres de ce parlement 
emprisonne's ou cxpulse's, et le reste 
se disposant à faire le procès au roi , 
il se retira sous prétexte de saïUc; mais 
bientôt, réduit à une vie trop séden- 
taire, malheureux dans sa fortune par 
Ja perte de sa place, et, par-dessus 
tout, accablé des maux de son pays et 
de la mort du roi son maître , il mou- 
rut en \()J.\ , âgé de ciuquante-six 
ans. On a de lui : ï ancienne Manière 
de tenir les parlements en Angle- 
terre , Lond. , I G63. Cet ouvrage a eu 
plusieurs éditions; la dernière est de 
i-^GS. Wood le croit tiré en partie 
d'un manuscrit du père de l'auteur, 
intitulé : Modus tenendi parliamen- 
tum apud Anglos. Elsynge a laissé 
d'autres écrits, mais qui n'ont pas clé 
publiés. X — s. 

ELTESTE (Frederic-Godefroi), 
îninislre luthérien à Zorbig, près de 
Delilzscb , dans l'éîectorat de Saxe, né 
à Galbe sur la Saale, le 26 janvier 
16S4, mort le i*^'. janvier 1751 , a 
publié en aileniaud : I. Topographia 
Sorhigensis , Delitzscli, i 7 1 i , in-4 ", ; 
retouché et très augmenté, Leipzig, 
1 '■27 , in-8 '. On y trouve des recher- 
ches curieuses sur les Wendes ou 
Sclavous de la Lusace. II. Notice dé- 
taillée de la ville de Zorbig, pre- 
7nière continuation , lesnilz, 1752, 
iu-8'., fig. ; 1 II. Idem, deuxième con- 
tinuation , ibid. 1755, in-8°., fig.; 
\N . Hubnerus cnucleatus et illustra- 
tus, Lei|;zig, 1755 , in-8'. C'est un 
Cours d'histoire universelle eu io4 
Jcçoos ; par «juesiious , suivaut la m- 



ELV 

thode d'Ilubner; Schumnnn en adonné 
une nouvelle édition avec une conli- 
imation, ibid., 1756, in-8''. V. Quel- 
ques Sermons et Discours oratoires. 
— Sun pèie, Godefioi Elteste, fils 
d'un cordonnier de Zorltig , ou il na- 
quit en iGô5, y fut fait archidiacre 
en 1 Ckjq, et mourut en i 70O. On.a de 
lui, sous le titre de Fresl>^ terologia, 
une description du raonastcie de la 
Grâce Dieu , près de Galbe. 

G. M. P. 
ELVER (Jérôme), jurisconsulte 
allemand, né vers le milieu du 16". 
siècle. Son mérite le fit appeler à la 
cour de l'empereur Mathias , qui le 
nomma conseiller auliqiie,diguité qui 
lui fut conservée en 1G19 par son 
successeur F( rdinand 11.11 avait beau- 
coup voy.igé, et le fruit de ses ob- 
servations , contenu dans une suite de 
lettres, fut mis au jour par J. Fridc- 
rich, sous ce titre: Sjlloge epiito- 
lica in peregrinatione ilalo-galio- 
belgiogermanicd et polonicd nata^ 
Leipzig, 161 I , in-8'., avec une pré- 
face de l'éditeur. Il paraît qu'Elver 
se dérobait le plus souvent qu'il pou- 
vait au fracas de la cour pour vivre 
dans la solitude à la campagne. Dans 
les moments de loisir qu'il y goûta , 
il composa un ouvrage latin , dans 
lequel d chercha à faire valoir tous 
les avantages de la vie rustique; il 
fut publié a Francfort - sur - le - Mtiu 
par les soins de Gurtner , qui l'orn.i 
d'une préface; il parut sous ce titre: 
Deambulationes vernœ quibus ru- 
ralis philosophia ad unguem dis- 
culilur , etc. , 1620, in - folio de 
45o pages; il est divisé en deux par- 
lies , contenant ensemble 187 arti- 
cles ou chapitres, dans lesquels l'au- 
teur passe eu revue sans beaucoup 
d'ûidre tons les plaisirs que peut 
procurer la contemplation des trois 
règnes de la nature j il cherche eu* 



ELV 
siiîte à démontrer rutililc qu'on peut 
retirer cii suivant les travaux de 
l'agriculture; mais , philosophe chré- 
tien, son dernier but est de renionfcr 
par le spectacle de la nature à la con- 
naissance du Créateur. On doit donc 
regarder Elver plutôt comme un mo- 
raliste qui cherche à appuyer les pre'- 
ceptes qu'il donne par des exemples, 
que comme un physicien qui tend 
par l'observation de la nature à re- 
connaître ses lois; aussi ne met-il pas 
beaucoup de discernement dans les 
traits qu'il cite : les puisant dans une 
vaste érudition , il choisit toujours les 
plus singuliers ; en sorte que le plus 
grand nombre est maintenant relé- 
gué parmi les fables. C'est de là vrai- 
semblablement qu'est venue l'obscu- 
rité dans laquelle est plongé son li- 
vre, quoique estimable à beaucoup 
d'égards; obscurité qu'a partagée l'au- 
teur, sur la vie duquel on n'a con- 
servé aucune particularité. On doit 
cependant le considérer comme nn 
digne précurseur des Derham, des 
Pluche et des Bernardin de Saint- 
Pierre. D — P — s, 

ELVIUS ( Pierre ) , professeur 
d'astronomie à l'université d'Upsal , 
dans le dernier siècle. Outre l'astro- 
nomie, il cultivait la minéralogie, la 
physique et l'économie politique. On 
a de lui -A.Delineatio magncefodince 
cupromontance ( Fahhtn ) , Upsal , 
l'jO'j , in -8".; II. Schedinsma de 
re metallicd Sueogothorum , Upsal , 
i^oD, in-8".; m. DispiU. de navi- 
galione in Indiam per septentrio- 
nem tentatd , ibi.l. , 1704. iu-8'. , 
IV. Idea scipionis Ruiiici , ibid. , 
I 700 , in-8 '. ; V. Disp. de Suionum 
in Americd colonid, ibid. , 170g , 
in-8'. , etc. C^AU. 

ELVIUS ( Pierre ) , fils du précé- 
dent, naquit à Upsal eu 1710. Il étu- 
dia sous les meilleurs maities les ma- 



ELY ïo'j 

thématiques , dont il fit l'application 
à plusieurs objets d'utilité publique. 
Ayant entrepris, en i 745, un voyage 
en Suède aux frais du bureau des ma- 
nufactures, il examina plusieurs dis- 
tricts sous le rapport des travaux hy- 
drauliques qu'on se proposait d'y fai- 
re , et dressa des cartes pour faciliter 
l'exécution de ces travaux. Un second 
voyage qu'il entreprit avec le baron 
de Hârleman lui fit connaître cette par- 
tie de la Suède que baignent les lacs 
Wctter et Wcnner et la rivière de 
Gothie. Il examina les chutes de cette 
rivière, et fit des observations impor- 
tantes sur les canaux de navigation 
intérieure que l'art pouvait construire 
pour faire communiquer la Baltique 
à l'Océan. Il détermina aussi les hau- 
teurs du pôle le long des côtes et à 
Gothenbourg. Arrivé à l'ile de Huen, 
il chercha à découvrir les restes des 
édifices élevés autrefois par ïycho 
Brahé , et il répéta les observa- 
tions de ce fameux astronome parmi 
les ruines d'Uranibourg. La relation 
de ce voyage parut après sa mort , 
en 1 75 1 , et fut traduite en allemand. 
Eu I 747 , Elvius avait été nommé se- 
crétaire de l'académie des sciences de 
Stockholm. Il remplit cette place de la 
manière la plus distinguée, et ce fut 
lui qui proposa à cette société savante 
de faire élever un observatoire. Elvius 
mourut le 27 septembre 1749' "'*^' 
tant âgé que de trente-huit ans. L'aca- 
démie frappa une médaille à son hon- 
neur, et se chargea de l'impression 
de son ouvrage sur les EJJets des 
forces de l'eau. 1 1 eut pour successeur, 
dans la place de secrétaire , Pierre 
Wargentin , qui habita l'observatoire 
dont Elvius avait proposé la construc- 
tion, et le rendit fameux par des ob- 
servations importantes. C — au. 

ELYE ( Elias ), natif de Lauili n , 
doit être compté entre les premiers 



io6 ELY 

restaurateurs des lellres en Suisse; 
s'ctant charge', nonobstant la qualité de 
chanoine et un âge de soixante-dix 
ans, d établir une imprimerie eni 4 70, 
la première en Suisse. L'on a de lui 
un Dictionnaire de la Bible, intitule : 
Mnnwlrectus , de cette anne'e, et le 
Spéculum vitce hiimanœ eu i475. 
Il était chanoine de Munster en Er- 
govie, canton de Lucerne. Le fameux 
Ulrich Gering , premier imprimeur 
de Paris, a été, selon toutes les appa- 
rences , son élève. U — i. 

ELYMASouBAR-JESU,juifqui se 
mêlait de magie et faux prophète. On 
croit qu'il demeurait dans l'île de 
Crète, il c'tiit avec le proconsul Ser- 
gius-PauIus , lorsque S. Paul vint à 
Paphiis. Le proconsul, homme sage et 
prudent, disent les Actes, désirait d'en- 
tendre la parole de Dieu , et envoya 
chercher Barnabe et Saul ; mais Ely- 
mas s'efTorçait de l'en détourner. Alors 
Saul étant rempli du S. Esprit et re- 
gardant fixement cet homme , lui rlit : 
« homme plein d'astuce et de trom- 
» perie, enfant du diable, ennemi de 
» toute justice! ne cesseras-tu pas de 
» détruire les voies droites du Sei- 
« gneur? Mais maintenant voici que 
» la main du S'igneur est sur toi : lu 
» vas devenir aveugle, et tu ne verras 
5) point le soleil jusqu'à un certain 
» temps. >J Aussitôt ses yeux furent 
obscurcis, et, environné de ténèbres, 
il cherchait quelqu'un qui lui donnât 
la main. I^e proconsul ayant vu ce mi- 
racle, embrassa la foi, et il admirait 
1.1 puissance du Seigneur (1). Les Pères 
prétendent que c'est à cette occasion 
<pie Saul changea son nom en celui de 
Paul , en mémoire de la conquête 
qu'd venait de faire à la foi, dans la 
personne de Serge Paul. S. Chry- 
sostôme et Origcne croient qu'Elymas 

(i) AclesiS, 



ELY 

se convertit aussi, et que S. Paul lui 
rendit la vue. Elymas est un nom 
arabe qui sigiufic magicien , Bar-Jesu. 
était le nom du juif. L — r. 

ELYOT (sir Thomas), savant 
auteur anglais , issu d'une bonne h- 
mille du comté de Suffolk , étudiait à 
Oxford vers l'année i5i4- Au retour 
de SCS voyages sur le continent , il fut 
introduit à la cour de Henri VIII, 
qui le créa chevalier et le nomma à 
diverses ambassades , entre autres à 
celle de Home dans l'affaire du divorce 
en i5j2. Wood et Leiand parlent 
avec les plus grands éloges de son 
savoir , de ses talents littéraires et de 
son caractère moral. Il possédait des 
biens assez considérables dans les 
comtés de Cambridge et de Hamp ; il 
résida long-temps a Cambridge où il 
exerça les fonctions de shérifT, et 
mourut en i 546. On a de lui : \. Le 
Château He santé , 1 5/\ i , réimprimé 
plusieurs fois ; espèce de trailé d'hy- 
giène. II. Le Gouverneur , en 5 li- 
vres, i544 ; llï- de V Education des 
enfants ; 1 V . le Banquet de Sapience ; 
V. Préservatif contre la crainte de 
la mort ; VI. De rébus mirabilibus 
Angliœ ; VIL l'Apologie des bfmnes 
femmes ; VIII. Bibliotheca Eliotœ , 
BibLwthèqueonDictionnaire d' Elioty 
1 54 I . C'est , à ce qu'on croit , le pre- 
mier dictionnaire latin-anglais qui ait 
paru en Angleterre ; il a été aug- 
menté et perfectionné depuis ( /^. Th. 
CooptR ). IX. L'Image du gouverne- 
ment , tirée des actions et paroles 
notables de l'empereur Alexandre- 
Sévère , \5f\^). Cet ouvrage, qu'il 
prétendit avoir traduit sur un manus- 
crit grec d'Enco'pius , que lui avait 
prêté un gentilhomme napolitain , 
n'est qu'une coiapilatioii de faits qu'il 
a tirés de Lampridius et d'Hérodien , 
et auxquels il en a ajouté quelques- 
uns de son invention. X^ Sermom 



y 



ELY 

sur la mortalité de l'homme , trad. 
du lalin do St. Cyprini , i554. Xf. 
Kègle de la vie chrétienne , trad. de 
Pic de la Mir.indolo, i534. De tous 
ces oiivraj^cs, le Dictionnaire d'Elyot 
est le seul qui soit coiiiui aiijoiird'luii. 
Les biop;rapl)es , même anglais , ont 
fait deux articles différents pour cet 
auieur , en écrivant sou nom , tantôt 
Eliot et tantôt Elyot. X — s. 

ELYS ( Edmond ) , ecclésiastique 
et écrivain anglais du i ']''. siècle , 
e'tudis à Oxford , et se fit une assez 
mauvaise re'piitalion par quelques fo- 
lies de jeunesse ; mais étant entré dans 
les ordres , et ayant en iGS^ succédé 
à son père dans la cure d'East Alling- 
lon dans le comté de Devon , il répara 
ses premiers torts par une meilleure 
conduite. On a de lui un grand nom- 
bre d'ouvrages qui prouvent beau- 
coup de talent et d'érudition. Nous ne 
citerons que les suivants. I. Des Poé- 
sies sacrées , en u petits vol. , piibliés 
successivement en i()55 et en i658. 
IL Miscellanea , en vers latins et 
anglais , suivis de queLpies essais en 
prose latine, i658, réimprimé eu 
i66'i. III. Un pamphlet contre les 
sermons du docteur Tillolson sur l'iu- 
carnation. IV. Un volume de Lettres 
estimées. On ne connaît point la date 
de sa mort. On sait seulement qu'il 
vivait encore en iGgS, dans une re- 
traite studieuse , ayant refusé alors de 
prêter le serment. X — s. 

ELZEMAGH. /Vr. Samh ben 
Malik. 

ELZEVIR est le nom sous lequel 
sont connus des imprimeurs célèbres 
dont le véritable nom est Elzevier ; 
en latin, Elseverius. Cette famille était 
originaire de Liège ou de Louvain , 
pcuî-ctre même d'Espagne. Louis, le 
premier de son nom qui soit connu, 
paraît n'avoir été que libraire. C'est 
f:hez lui que se vendait ï Eitlropius , 



VA.7j 107 

Leydc , 1 59*?, , in-H". Son nom se 
trouve sur des livres de if)i7;sur 
quelques-uns il est annoncé comme 
associé de Maire (Jean ), et sur quel- 
ques autres son nom est uni à celui 
d'Isaac Klzevir , son petit-fils. Celte 
année 1G17 fut la date de la mort ou 
tout au moins de la retraite de Louis , 
dont la devise était, dit ]M. Adry : 
Concordid res parvœ cresciint , et 
qui laissa quatre fils: Mattliieii on IVTal- 
tliys, Gilles, Arnoiist et Joost ou 
Just; ces deux derniers ne suivirent 
pas la profession de leur père. — 
Mattuieu , né en i5fi5, était li- 
braire à Leyde en 1618, et asso- 
cié de Bonaventure, son fils. On ue 
connaît que deux ouvrages portant 
leurs noms; savoir : la Castraméta- 
tion de Stevin, et la nouvelle For- 
tification par écluses , du mèine au- 
teur. Matthieu mourut le G décembre 
1640, laissant six ou sept enfants; 
dont cinq fils : Isaac , Arnont II, 
Abraham , Bonaventure et Jacob. — 
Gilles , second fils de Louis, fut li- 
braire à La Haye dès 1 59Q. — Isaac, 
fils aîné de Matthieu, fut le premier 
imprimeur de celte famille; il imj)rima 
de 1617a I G28, qui paraît être raiinéc 
de sa mort. — Bonaventure, frère 
d'Isaac, fut, comme on l'a vu, associé 
dans la librairie de son père en 1G18; 
il s'associa en 1626 avec son frère 
Abraham, et celte association dura 
jusqu'en i6!S-i. Ce furent eux qui pu- 
blièrent la collection connue sous !« 
nom de Petites Républiques , collec- 
tion sur laquelle , ainsi que sur ie.s 
ouvrages qu'on y joint , on trouve des 
détails dans les Mémoires delilléra- 
tureà& Sallengre , tom. II , y/, partie , 
pages 1 49 «^ 1 9 ' • C'est à eux que l'on 
doit les chefs-d'œuvre de typographie 
qui ont immortahsé leur nom; ils 
ont donné à eux seuls plus d'ouvrages 
que tous les autres Elzcvir, et plu- 



ic8 ELZ 

sieurs de Irnrs cditioiis out le plus 
gt;iii<l mc'ritf. f.j hi'.iutédes caratlércs 
qu'ils cdiploycieiit est reconnue; et 
l'on H cxa^crc, quand on a accuse leurs 
èililions d'être en gênerai incorrectes : 
il f.iut convenir cependant qu'on fait 
justement ce reproi lie au Yirj^ile do 
i(Jn6 , petit in-iu. Un reproclie d'un 
autre ^enre, et qui perle sur leur ca- 
ractère, paraît l)ien fondé : c'est la 
Jurande avidité qu'ils avaient pour le 
gain , et dont se sont plaints plusieurs 
Loraracs de lettres qui eurent alfaire à 
eux. Abraham Elzcvir mourut le 14 
août iGJii, et IJonavenlurc ne peut 
lui avoir survécu que deux ans; le ca- 
tdlop;iic de leur vente , qui parut eu 
i(i55, iu-4''. de I 1 5 pap;es à deux co- 
lonnes , est intitule : Cataloi^us va- 
rioriim el insignium in qu(iv>is fa- 
cultate , materid, el lingud libro- 
Tum Bonavenlurœ cl Abrahami El- 
sevi}\ quorwii anctio habehilur Lug- 
diini Batai'oium in ofjicind dcfnnc- 
tOTum ad dicni i (j n/Ji ilis stilo nuvo 
et scijutnlibus iG55. Ils avaient dou- 
uc préccdeninient Cutnlogus libro- 
Tiiiii (jni in bihiii.polio Eheviiiano 
vénales exlant , I.eyfjc, i6j4, in- 
4". de 80 pages à deux colonnes. Il 
paniît que leurs enfants publièrent 
encore quelques ouvrages en i(J53, 
sous le nota de leurs pères. — Ja- 
cob, cinquième fils du Matdiieu, était 
impriuieur à La Haye : on ne con- 
naît de lui d'autre livre que la Table 
des Simis , d'Albert Girard , i (viG. — 
Jean Elzevir , fils d'Abraham , na- 
quit le 'j.'j février i6î2 , fut associé, 
tu i(J5i, iGo5et 1 054, avec Daniel, 
ion cousin. C'est de leurs presses que 
sortit le livre de Jmilalioiie Chrisli , 
IU-I3, sans date, mais qui ne peut 
être que u'iuie des trois années qnc 
<!unj la société des deux cousins. Jean 
imprima seul de iG5j à iGGi , et 
woarut le 8 juin de celle dcniicre au- 



ELZ 

née, laissant deux fils; savoir : Da- 
niel, qui mourut le liG février 1G88, 
avec le litre de vice-amiral, et Abra- 
ham, éclievin de Leydc, qtn paraît 
aussi avoir renoncé à l'imprimerie , 
mais qui ])robjb!ement était libraire 
en 1702. Eve van Alphen, veuve de 
Jean E/.evir, continua pendant quel- 
que temps le commerce eu son nom et 
eu celui de ses enfants , sous la raison 
do la veuve et les hrriliers de Jean 
Elztvir.Ou a un catalogue de J. El- 
zcvir , sous ce litre : Catalogns r/*- 
riorumet rariorum in oinni facnl- 
tale et lingud libroi um iani compac- 
torum , (jiiàia non conipaclorurn of- 
ficinœ Jùhannis Elsei'irii, acad. tj- 
pographi quorum aucLio habehilur 
ad diem 10 februarii iGSg, stjlo 
no\>o , Leyde, iGiiy, in-/|.". de 107 
pages à longues lignes. — Pierre 1"., 
né en mars i643, était fils d'Ar- 
noul II, qui était second fils de Mat- 
thieu. Il fut imprimeur à Utrechl 
en iGG(); il épiouva des perles con- 
sidérables par suite de la conquête 
de Ij Hollande, faite par Louis XIV. 
H existait encore ui 1G80, mais 
on ignore l'année de sa morl. — 
I-ouis II, fils d'Isaac , fut d'abord ca- 
pitaine de vaisseau , puis s'établit li- 
Lraire à Amsterdam en iG58. Daniel, 
en quittant la société de Jean, vint eu 
] G55 se joindre à Louis II , qui mou- 
rul le 21 juillet iGGi. — Daniel, 
déjà mentionné, était fils de Ijona- 
venture, et naquit le 26 novembre 
1617; il eut pour parrain Daniel Hein- 
sius, et pour marraine, la femme do 
Mcursius. Il fut, comme nous l'avons 
(lit , associé pendant trois ou quatre 
aiis avec sou cousin Jean à Leyde, et 
alla ensuite contracter société avec 
Louis II à Amsterdam. A la mort de 
son second as30cié( i6()'2), il conti- 
nua seuUe commerce jusqu'à sa mort, 
arrivée le i5 icptcoibrc iGoo.M laiisa 



K I, Z 

Jcs enfants; m lis il ncpanîlpis qu'ils 
aient etc itnpnnicurs, et Driiiicl passf^ 
])()iir le dernier de sa f;nniile (jni ait 
vxerrc cet art. Sa veuve cuntinua son 
couimerce , ou du moins publia le 
Corpus jtiris ci\>iUs , 1G81, •! vol. 
in -8'.; enriii , le Tibère d'Ainclot 
de la Honssaye , iG3>. , in-4°. , porte 
le nom des héritiers de Daniel. On 
.1 plusiiHirs catalogues de Daniel: I. 
Calalogus libroriiin qui in hiblinpo- 
lio D. Elsevirii vénales extant , 
16-4, in- ICI, divisé en sept parties, 
savoir: Libri theolos,ici ; libri juri- 
dici ; livres (rançais en thcoloç;io , en 
droit, en mcdcciiic, en humanités ; li- 
vres italiens, espap;nols et anj^liis; li- 
vres allemands; libri medici ; libri 
viiscellanei ; oliaqnc partie a sa p<igi- 
oation particulière, dont le total est 
de "jro pages; et les livres sont, 
dins chaque partie ou sous- division, 
range's par ordre alphabétique des 
auteurs uu des titres de livres. 1 1 . Ca- 
talogiis librorum officinœ Danielis 
Elsevirii, desi^nans libros qui e jus 
typis aut i^npensis prodierunl , aut 
quorum aliàs magna ipsi copia sup- 
petit, 1674, in-i2 de 56 pa^es. Les 
livres y sont rangés par ordre alpha- 
bétiqii'\ III. C a' alo!ius librorum qui 
in bibliopolio D. Elsevirii vénales 
exlant et quorum auctin habebilur 
in jedibus defuncli , iGMijin-iî de 
491 pages. Catalogne rangé par ordre 
alphabétique des auteurs ou des titres 
de livres, mais chaque lettre est sub- 
divisée en libri theologi, juridici, 
medici, miscellanei ; livres en dioit, 
en médecine, en humanités. Les livres 
italiens, espagnols, anglais, forment 
* un cahier à part de vingt-deux p .ges , 
dans lequel l'ordre alphabétique re- 
commence à chaque langue. Il existe 
aussi un Calalogus librorum ofjici- 
nœ Ludovici et Danielis Elsevirio- 
rum, désignons etc., iGGi, petit 



EMA lorj 

in-8'. d'' dix feuillets, rangé par or- 
dre alph;d)éli(pic , et qui avait été 
précédé par lui que 1rs deux associés 
avaient publié en iG56. — Pierre 
Il imprima en \ (]()•}, , à Utrecht, 1rs 
Mélanges de Cnlomiés , in- 1*2. On 
croit qu'il était fils du Pierre déjà 
mentionné plus haut. On a lieu de 
croire qu'lsaac Diniel, indiqué sur 
le frontispice des derniers Discours 
de M. Monts, Amsterdam, itiSo, 
in-8'., n'a pas existé. Il en est de mê- 
me de Gibriel - 1 de Louis , dont on lit 
les noms sur l'édition des Mémoires 
de la Rochefoucanh , Amsterdam, 
iGG), in- 12. M. Adrv n'iiésite pas à 
les qualifier do fiux EIzevirs. Ce sa- 
vant a fait le Catalogue raisonné 
de toutes les Editions qiont don- 
nées les EIzevirs; cet oiivragc, qui 
doit former trois volumes in-S*. , est 
encore manuscrit : l'auteur a seule- 
ment publié dans le Magasin ency- 
clopédique , août et Sf-ptembre 1806, 
r.ne Notice sur les Imprimeurs de 
la famille des £Zc(.v/r>. Celte Notice , 
dout on a tiré des exemplaires à part, 
et qui fait partie de l'Introduction du 
Citalogue raisonné, a été notre guide. 
Dans le Manuel du Libraire , par 
J.-C. Brunet , ?/. édition , i8i4,oa 
trouve ( totn. IV^ , à la fin j une Notice 
de la collection d'auteurs latins , 
français et italiens , petit in-i 1 . par 
les EIzevirs. A.B — t. 

EMAD-EDDIN ZENGUI. roj: 
Sanguix. 

EMAD-EDDIN. F. ImadEddix. 

EMADI, célèbre poète persan, sur- 
nommé iSc/te'/teWrtrt , ]iarce qu'il vint 
s'établir dans la ville de Schéhériar, 
vivait sous l'empire de Malck U , sul- 
thàn de la race des Sc'djoucides, et a 
publié un Divan, ou recueil de quatre 
mille vers , qui lui mérita le surnom de 
Prince des Poètes. Apres avoir réside' 
quelque temps à la cour du sulthdu de 



no E M A 

Mazanilcraii , à qui il écrivait : « Les 
» mauvais génies se sont ligués contre 
» vous, mais l'empire de Salomon ne 
» peut manquer, c'est-à-dire la mo- 
» narcliie universelle , pourvu que 
» vous ayez soin de ne pas perdre son 
» anneau , qui est le véritable symbole 
» de la sagesse, » Emadi revint dans 
sa patrie, où Hakim Senaï, son ami, 
lui apprit si bien les principes de la 
vie dévote, qu'il abandonna entière- 
ment le monde pour s'y livrer. Il raou- 
l'an G'j3 de l'iiégire. Z.. 

EMANUEL, roi de Portugal, sur- 
nommé le Grand, né à Alconcliète, le 
5 1 mai , 1 46g , était fils de Ferdinand 
duc de Viseo, d'une brandie cadette 
de la maison régnante. Jacques, frère 
d'Emauucl, ayant échoué dans le pro- 
jet de détrôner Jean II ( ^. Jean IL), 
ce prince crut devoir à sa sûreté, d'é- 
loigner de sa cour tous ceux qui pou- 
vaient avoir eu connaissance du com- 
plot tramé contre lui. Cependant 
Emanuel fut désigné, en ^^go, pour 
aller recevoir, sur la frontière du 
royaume, Isabelle de Casiille, fiancée 
à l'infant Alphonse ; mais dans les fêtes 
auxquelles ce mariage donna lieu , le 
roi le traita avec une politesse froide , 
qui lut i-emarquée de tous les courti- 
sans. L'infant mourut l'année suivante 
d'une chute de cheval , et par la mort 
de c€ prince, Emanuel devint l'héri- 
tier présomptif de la couronne. Jean 
l'ésolut de l'en priver pour la faire 
passer sur la tête de George, son fils 
naturel. En conséquence, il feignit 
de reconnaître les droits que l'empe- 
reur IMaximilien prétendait avoir sur 
)e Portugal , pensant que les grands 
du royaume préféreraient son fils à un 
prince étranger.Ce moyen ne lui ayant 
pas réussi, et prévoyant qu'Emanuel, 
aimé de la nation , triompherait de 
tous les obstacles qu'on lui opposerait , 
il se décida a le déclarer son shcccs- 



EMA 

seur, par un testament authentique. 
Dès qu'il avait appris la maladie du 
roi , Emanuel s'était rendu à Lisbon- 
ne, pour s'assurer de la disposition 
des esprits à son égard. A la nouvelle 
de la mort de Jean , il se hâta de con- 
voquer les états-généraux , et leur fit 
adopter divers règlements de finances. 
Il montra l'intention de faire cesser les 
vexations que les juifs avaient éprou- 
vées sous le régne de son prédéces- 
seur, et ordonna qu'à l'avenir ils ne 
contribueraient pour les besoins de 
l'état que dans la même proportion que 
les autres habitants. Cette sage déci- 
sion fut sans effet. Isabelle , veuve 
d'Alphonse , qu'Emanuel avait de- 
mandée en mariage, ne consentit à 
lui donner sa main qu'à la condition 
que les Maures et les Juifs seraient 
bannis du Portugal. En vain les états 
s'élevèrent contre une mesure qui pri- 
vait le royaume d'une foule de sujets 
soumis et industrieux , Emanuel ne 
consultant que son amour , rendit une 
oi'donnance confoime au désir de la 
princesse , les Maures obéirent et se 
retirèrent en Afrique, la vengeance 
dans le cœur; mais on défendit aux 
Juifs d'emmener avec eux leurs en- 
fants, l'intention de la princesse étant 
qu'ils fussent instruits des vérités du 
christianisme; la plupart refusèrent 
de souscrire à cette ordonnance, quel- 
ques-uns même égorgèrent leurs en- 
fants et se tuèrent ensuite ])Our échap- 
per à la violence qu'on leur faisait ; 
alors Emanuel publia un édit qui obli- 
geait les Juifs à se faire baptiser ; et cet 
acte , si opposé au véritable esprit de 
la religion, loin de rendre la paix à 
son royaume , comme il l'avait espéré , 
fut au contraire une des principales 
causes des troubles et des divisions 
qui ont agile le Portugal pendant trois 
siècles ( Foj-, Pombal. ). Isabelle mou- 
rut au bçut de dix- huit mois de ma- 



EMA 

riage , en mettant au monde un fils 
nommé Michel , qui ne vécut que deux 
années. Peu de temps après , Eraannel 
épousa M.irie de Castille , sœur d'Isa- 
belle , princesse d'un caractère doux, 
d'une piété éclairée , et qui se bor- 
nant à remplir ses devoirs , ne prit 
aucune part ni aux intrigues de la cour, 
ni aux affaires de l'état. Fja découverte 
de l'Amérique avait signalé le règne de 
Jean II, et une bulle du pape Alexan- 
dre VI avait réglé le partage du Nou- 
veau-Monde, entre les Espagnols et les 
Portugais. Emanuel avait trouvé la 
marine dans un état florissant ( l^oy. 
Denis et Henri de Portugal ). L'es- 
poir de la fortune s'était emparé de 
tous les esprits; il profita de cette dis- 
position pour faire entreprendre de 
nouveaux voyages , et presque tous 
furent couronnés par le succès. Sous 
le règne de ce prince , Vasco de Gama 
doubla pour la première fois (1497) 
le cap de Bonne-Espérance , reconnut 
la côte orientale de l'Ethiopie , et 
aborda à Calicut , sur la cote de Mala- 
bar; Alvarès de Cabrai arriva au Bré- 
sil , déjà visité par Améric Vespuce , 
fit alliance avec les souverains du 
pays (i5oo), y construisit des forts, 
et assura au Portugal la possession de 
cette riche contrée ; François d'Al- 
meyda, envoyé dans les Indes avec le 
titre de vice-roi ( 1 5o6), y soutint avec 
gloire l'honneur des armes portugaises, 
et son fils y forma des établissements 
dans les Maldiveset à Ceyian; Alphonse 
d'Albuquerque s'empara (iSc] ) de 
l'île d'Ormus; Jacques Sigucira( 1 5 1 o), 
de celle de Sumatra ; Albuquerque 
surprit l'île de Goa ( 1 5 1 i ) , et obligea 
les habitants de la presqu'île de Ma- 
laca à se ranger sous la domination 
portugaise ; Antoine Corréa ( 1 5'2o ) , 
parcourut en vainqueur le rovaume 
de Pégou. C'est à cet accroissement ra- 
pide de la puissance du Portugal 



EMA 1 1 1 

qu'Emanuel dût le surnom de Grande 
moins mérité peut-être que celui de 
Très Heureux, que lui donnent Goës 
et d'autres historiens. La icule guerra 
qu'il eût à soutenir fut contre les Mau- 
res d'Afrique; dans une circonstance 
difficile il voulut se mettre à la tête de 
l'armée; mais son conseil l'en empê- 
cha, de sorte qu'il manqua l'occa- 
sion de faire connaître s'il avait les 
qualités propres à un général. La 
reine Marie étant morte en iSi-j, 
Emanuel épousa deux ans après Eléo- 
nore d'Autriche, sœur de Charles- 
Quint, et qu'il avait d'abord de- 
mandée pour son fils. Il était alors 
âgé de plus de cinquante ans, et on 
dit qu'il fît ce mariage pour imposer 
silence aux courtisans qui s'égayaient 
sur sa vieillesse prématurée. On croit 
que les excès auxquels il se livra pour 
faire oublier son âge , hâtèrent sa 
mort, arrivée le i5 décembre iSai. 
Emanuel aimait les lettres, et on as- 
sure qu'il avait composé une ^/s^otre 
des Indes, dont on a conservé des 
fragments. Son zèle pour la religion 
était ardent; non seulement il contri- 
bua à la répandre dans les Indes et 
dans l'Afrique; mais il chercha à em- 
pêcher les progrès de l'hérésie en Al- 
lemagne, et il écrivit une lettre très 
vive à l'électeur de Saxe pour l'exhor- 
ter à abandonner Luther. Ce prinee 
était laborieux , sobre , d'un accès fa- 
cile ; on respecte encore les ordon- 
nances qu'il a laissées sur différentes 
parties de l'administration ; en un mot 
l'histoire ne lui reproche que sa vio- 
lence contre les Juifs, dont les suites 
furent la dépopulation de son royaume; 
et sa parcimonie qui lui fit perdre Ves- 
puce et d'autres officiers qui portèrent 
leurs services en Espagne. Jean III, 
.son fils, lui succéda. La vie d'Emanuel 
a été écrite en portugais, par Dara. 
de Goës , Lisbonne 1 566 et 1 567 , 



H2 EMA 

2 vol. în-fol. , rctouc])ee par J. B. La- 
vaiilia , Lisbonne 1G19 , in -fol.; 
celle e'dilion est tionque'c, et l'on pré- 
fère la première j mais on fait encore 
pins de cas de l'ouvrage d'Osorio , 
inliiiilé De rébus Emmanuelis Liisi- 
taniœ re^is, Lisbonne, \5n\ ,in-fol. 
Siraon Goulart l'a traduit en françois', 
Genève, i58i, in-fol., cl Paris, i 587, 
ii:-8 '. On a insère dans le tome II de 
YHispania illuslrala, une Lettre de 
ce prince, adressée à Léon X, dans 
la()uelle il lui rend compte des vic- 
toires remportées par ses armes , sur 
les Maures d'Afrique. W— s. 

EM.\>'UEL PHILIBERT. Voyez 
Savoie. 

EMAMUEL, fils de Salomon , le 
plus élégant et le meilleur des poètes 
qu'ait produits la nation hébraïque 
depuis sa ruine et sa dispersion , était 
R.;m.iin de naissance , ainsi qu'il nous 
l'apprend dans plusieurs de ses ou- 
vrages , et vivait à Rome vers la fin 
«lu iD". siècle. Il nous apprend aussi 
dans une de .ses ptéfaces , qu'il habita 
long-temps Ferma . ville de la marche 
d'Anconc, et y composa la plus grande 
partie de ses poésies. Eraanuel était 
encore habile grammairien, bon criti- 
que et excellent interprète, ainsi que 
le prouvent ses divers ouvniges ; eu 
voici la nomenclature : I. Mechab- 
herolh ( compositions poétiques ), 
Brescia , 1491 » et Constanlinople , 
1555 , in-4". Ces deux éditions sont 
très rares. Les bibliographes plaçaient 
la première en 1492 ; mais M. de' 
Eossi a prouvé dans ses bannies ty- 
pographiques , qu'il faillit en recaler 
la date d'une année. Ce volume offre 
un recueil , riche de vingt-huit pièces 
écrites partie en prose rimée , partie en 
vers très élégants , et de différents 
mètres ; elles traitent de divers sujets , 
et particulièrement de l'amour, des pas- 
sions humaines , des délices de ee 



EMA 

monde qui attirent et dominent le» 
hommes ; la dernière pièce , oii le 
poète décrit l'enfer et le paradis, a été 
réimprimée séparément à Prague, en 
iSSq, et à Francfort sur le Mciii, en 
1 7 1 5. On ne sera peut-être point fâché 
de lire ici le jugement que porte de ce 
recueil le savant abbé Andrès : « Mais 
» parmi toutes ces poésies hébraïques, 
» le recueil où Machbéroth , du R. 
» Eraanuel , est particulièrement digne 
» d'attc ntion : ce poète qui vécut dans 
» dans le 12". siècle, a obtenu un 
■n concours unanime de louanges pour 
» la vivacité (le son imagination, l'hen- 
» reux choix de ses idées et la clarté 
» de ses vers : ses poésies se corapo- 
» sent d'udes, de chansons, de ma- 
» drigaux ; elles se distinguent sur- 
» tout par des détails sur différents 
» points de physique et de morale, 
» par des descriptions de l'enfer et du 
» paradis, par des éloges du vin et des 
» femmes. Je sais que les rabbins zélés 
" regardent ce poète comme un liber- 
» tin, un impie , un esprit fort. On 
» peut l'appeler l'Aboulola ou le Vol- 
» taire des Hébreux; aussi ses ouvra- 
» gcs sont-ils sévèrement condamnés, 
» et la lecture en est -elle prohibée par 
» le Sanhédrin ; mais je sais aussi que 
» ers mêmes ouvrages, imprimés à 
» Brescia et à Constanlinople , ont été 
» très loués par les critiques hébreux; 
» et que récemment Elias de Marbourg 
)> a affirmé ouvertement qu'Émanuel 
» réussit également dans le sacré 
» comme dans le prof me , dans le 
» genre héroïque comme dans le ber- 
» niesque. ( deW orig. e de" progr. 
)) d'ogni litter., tom. II , pari. i*^*. , 
« pag. 45. ) » IL Commentaire sur 
les Proverbes , il a été imprimé avec 
le texte, à ISapIes, sans indication de 
lieu ni de date, en 14B7 selon M. de' 
Rossi , avec divers autres agiographes ; 
III. Commentaires sur le peniateu- 



EME 

mie; ce. rommciUaire, assez dilTus, 
<|;iris lequel csl joint à l'intcrprétatioii 
lilléralc, une analyse grauinialicale du 
teslo, existe manuscrit on cinq volu- 
mes in-ful., danii la bibliollii'que de 
M. de' Uossi ; IV. Commentaires sur 
les prophètes , manuscrit cutièrcniont 
inconnu aux bibliograplieslic'hrenx et 
clirclicns; V. CominenUtire sur les 
psaumes; M. de* Hossi possède le seul 
manuscnt que l'on en connaisse; VI. 
Commentaires sur Job , le Cantique, 
le Livre de Rulh el Eslhev, ces Com- 
mentaires sont tous inédits , et la plu- 
part étaient ignores dcsLil)'iop;raplics 
avant que M. de'Kossi les eut fait con- 
naître ; VII. Even Bochen ( Pierre de 
touche), traite inédit, quoiqu'enliè- 
remenl de grammaire et de critique sa- 
crée, et tout à fait iticonim des biblio- 
graphes. Il se divise en quatre parties, 
dont chacune se subdivise en plusieurs 
sections ou cliapitres. La i'". traite 
des mots ou des lettres qui manquent 
dans le texte sacre ou sont sous-enten- 
dues ; la a", des lettres ou mots redon- 
dants; la 5'^. de ceux que l'on peut 
mettre ou supprimer h volonté'; enfin 
la 4*^. offre dilTerentes remarques ton- 
chant la langue hébraïque et le texte 
de l'ccriturc. J — n. 

EMËLRAET ( ) , peintre, né 

à Bruxelles, vers 1612 , voyagea beau- 
coup pou,r étudier le paysage, et fit en 
Italie , et surtout à Uorae, un long sé- 
jour. De retour dans sa patrie, il fixa 
sou séjour dans Anvers, et travailla 
principalement pour les églises ; re- 
gardé comme un des meilleurs paysa- 
gistes de la Flandre , surtout en grand, 
il peignit souvent des fonds de paysa- 
ges dans les tableaux des autres ar- 
tistes. Descaraps regarde, comme ce 
qu'il a fait de mieux, un tableau placé 
dans la chapelle de St. -Joseph, des 
Carmes déchaussés à Anvers; il vante 
la manière large et le bel elfet de cet 



EME 1,:, 

ouvrage. î/année de la mort d'Emel- 
raët est inconmie. D — r. 

EMERI. rojr.EMmx. 
EMEUIC, ou HENmI, roi de Hon- 
grie, fils de Bêla III, lui succéda eu 
1 19(3, du consentement unanime de 
la dicte , et commença >on règne par 
faire exécuter à 1 1 rigueur les lois que 
son père avait portées contre les meur- 
triers et les brigands. Son iVere André 
s'étanl fuit un parti dans l.i noblesse 
se révolta , et prit ouverte incnt li-s ar- 
mes. Le roi mardi i auv^itôt contre les 
rebelles , et les deux armées étant en 
présence , s'avança seul au milieu des 
ennemis , la couronne sur la tête le 
sceptre à la maiu , et par une liaran"ue 
à la fois noble et touchanlr- , désarma 
les rebelles, qui lui livrèrent sou frèrç 
André, leur chef, auquel il eut la ge'- 
nérosité de paidoiuier. Tandis qu'E- 
iTieric était engagé dans cette guerre 
intestine, les Vénitiens lui enlevaient 
plusieurs places qu'ils avaient possé- 
dées autrefois sut la côte de Dalmatie^ 
Ce prince parvint cependant à con- 
clure la paix avec Venise. Il mourut 
peu de temps après , en l 'lo [ , laissant 
la couronne à son fils Ladislas, qui 
ne régna que sis mois, et eut pour- 
successeur André II , son onc'e. 

E— P. 
EMERSON ( Guillaume ), ma- 
lliématicien anglais, naquit en i'-qi 
à Hurlwoi th , dans le comté de Dur- 
h.im. Son père , qui était maître d'é- 
cole, et le curé de son village lui 
donnèrent toute l'instruction qu'il ne 
dut pas à lui seul. Il se livra per-dant 
quelque temps a l'enseigiitaent des 
sciences mathématiques ; mais ayant 
liérité d'une petite toi tune, où sa mo- 
déiation lui fît trouver l'indépendan- 
ce, il put se livrer sans oiistacle à son 
goût pour l'étude. On peut juger de 
son assiduité au travail par les ou- 
vrages qu'il a laisses , et dont voici 



ii4 EME 

les titres :l.la Doctrine desjluxions , 
in-8'., 1748; II. la Projection de 
la sphère, iii-8°. , '749; \\\. FAé- 
inents de triii^onométrie , i;i-8°', 
1749; IV. Principes de la méca- 
nique, iii-8"., 1754; V. un Traité 
de navigation , iii-12, 1 755 ; VI. un 
Traité d'algèbre, m-ii'., 17(>5; VU. 
Méthode des incréments , in -8**.; 
VIII. Arithmétique des infinis , mé 
thode di/Jérentielle , éclaircie par 
des exemples , et éléments des sec- 
tions coniques, iu-8 ., 1767; IX. 
Mécanique ou doctrine du mouve- 
ment , avec les lois des forces cen- 
tripète et centrifuge, in-8°. , 1769; 

X. Eléments d'optique, in-8°., i 7O8; 

XI. Syste'me d'astronomie , in-8"., 
I 7C9 ; XII. Principes mathémati- 
ques de géographie , de navigation 
et de gnomoniqite , in-8'., 1770; 
XIII. Cjclonialhesis , ou Introduc- 
tion facile aux diverses branches 
des mathématiques, 1770, 10 vol. 
in-8 '. ; XIV. Petit commentaire sur 
les Eléments de Newton , avec une 
défense de Newton contre les ob- 
jections faites sur différentes parties 

de ses ouvrages , in-8'., 1770: cet 
onvrdge a e'id ieini|nimé dans l'édi- 
tion (louncc en 1 8o5 ( Londres, 5 vol. 
in-S '. ) par William Davis, de la tra- 
duction en anç;lais des Eléments et du 
système du monde de IS( wton ; XV. 
un volume de Truites, ii:-8° , 1770; 
XVI . un volume de Mélanges concer- 
nant divers sujets de m,ithématiques. 
in-8'., 1776. On Iryiive dans tous 
ces ouvrages une ronn;^issance appro 
i'ondie des suiets que traite l'auteur, 
beaucoup de clarté et de concisiou , 
mais peu d'invention , et une sorte de 
rudesse de style conforme à ses ma- 
nières , qui étaient rarement celles 
d'un liomme l)icn élevé, et dont il 
se plaisait à cxagéier la grossièreté , 
[ar une aûfcctatiou de singulanlé. Ses 



EME 

vêlcraenls e'faicnt d'ordinaire malpro- 
pres et ridicules; on lui vit porter les 
mêmes liabits avec la même pen uque 
pendant vingt années de suite. Ses dé- jL 
lassemcnts favoris étaient de travailler " 
à la terre, de pêcher, enfoncé dans 
l'eau jusqu'à la ceinture, ou d'aller au 
premier cabaret à bière,boireet causer 
avec le premier venu. Le duc de 
INIancliester , qui aimait sa société , 
faisait souvent avec lui de petites pro- 
menades cliampêtres, et l'accompa- 
gnait etisuile jusqu'à sa demeure; 
mais ce seigneur ne put jamais le dé- 
terminer à monter dans sa voiture : 
« Au diable soit votre babiole I disait 
» alors Emerson , j'aime mieux mar- 
» cher. » il avait un cheval qu'il ne 
montait jamais , et qu'il conduisait 
])ar la bride quand il allait au marché 
faire sa provision. Lorsqu'il voulait 
faire imprimer un de ses ouvrages, 
il allait à Loiulres le porter lui-même 
à l'imprimeur, et ne se reposait que 
sur lui seul pour la correclion des 
épreuves. Il écrivait avec une préci- 
pilaliou qui le fit tomber plus d'une fois 
dans des inexa-tiludes impardonna- 
bles, surtout dans des traités élémen- 
taires. Quelques-unes ayant été rele- 
vées par des critiques anonymes, il 
inséra dans la préface de ses Mélanges 
l'avertissement suivant : « Si qudque 
» écrivain jaloux, injurieux et lâche, 
» s'avise dorénavant de se tapir dans 
» un trou pour m'insulter et provo- 
» quer la risée à mes dépens , sans 
» oser montrer son visage ( orame un 
» homme de cœur, je déclare que je 
» ne fi'rai pas la moindre attention à 
» cet animal , et que je le considérerai 
» comme étant même au-dessous du 
» mépris. » Voilà sans doute une dis- 
Ddsit tm philosophique annoncée d'un 
stvie qui ne l'est guère. Dans le temps 
qu'il travaillait à son Traité de Navi- 
gation , il loua un jour avec quelques- 



EME 

Mns (le SCS écoliers un pclit bâtiment 
qu'ils dirigcicnt si mal , (ju'il se trouva 
bientôt cclioue. « Ce n'est pas mon 
» exemple , ce sont mes préceptes 
)) qu'il faut suivre , » leiu- dit Emer- 
son en souriant. L'embarras qu'il 
trouvait dès qu'il voulait dcvelopf)er 
verbalement ses idées, lui fit abandon- 
ner la carrière de l'enseignement. Cc- 
])eiidant son esprit et l'instruction qu'il 
avait acquise sur un grand nombre 
de sujets, auraient pu rendre encore 
sa conversation intéressante, s'il ne 
l'eiàt gâlce par un ton tranchant, par 
des jurements presque continuels, et 
par cette impatience de caractère qui 
ue lui permettait pas de souflVir la 
contradiction. Il était profondément 
versé dans la théorie de la musique, 
mais très malheureux dans l'exécu- 
tion. L'impossibilité qu'il trouvait à 
accorder à son gré son violon , auquel 
il avait a])pliqué quelques innovations, 
faisait un des tourments de sa vie. 
Il mourut en proie aux douleurs de 
la pierre, le art mai 178^, âgé de 
quatre-vingt-un atis. S — D. 

EMEUY ( iMicHEL - Particelli , 
sieur d' } , surintendant des finances, 
descendiit d'une famille d'Italie, éta- 
blie à Lyon d.ms le XV'"'". siècle. Son 
j)ère, qui avait fait une fortune consi- 
dérable par le commerce , quitta les 
affiires et acheta une charge de tré- 
sorier du roi. Michel , l'aîné de ses 
«nfants , hérita de cette charge et 
vint à Paris, oi!i d ne tarda pas à se 
faire connaître dans les bureaux du 
ministre. Doué d'un esprit actif et fé- 
cond en ressources, indifférent sur 
les moyens pourvu qu'ils le menassent 
au but, souple avec les grands, dur 
avec ses inférieurs , inaccessible à 
tout autre sentiment que celui de 
l'ambition , d'Emcry réunissait toutes 
les qualités propres à lui faire faire un 
chemin rapide. Il eut la place d'ia- 



E M E 11^, 

tendant de l'armée, dans la guerre 
pour la succession du duché de iNIan- 
touc, et fut charge, en même temps, 
de travailler à détacher le duc de Sa- 
voie de l'alliance qu'il avait formée 
avec l'Autriche, en faveur de Charles 
deGonzague, héritier légitime de ce 
duché. D'Emery ne réussit point dans 
cette entreprise, au succès de laquelle 
le ministre attachait un grand intérêt; 
cependant il ne perdit rien de son 
crédit, et à la paix il resta ambassadeur 
en Piémont. Hichelieu estimait les ta- 
hnts de d'Emery, cl l'emp'oyait dans 
l'occasion; mais ce ne fut que sous le 
ministère de Mazarin qu'il parvint à la 
])lus haute faveur. Nommé surinten- 
dant des finances dans un moment oîx 
toutes les ressources étaient épuisées 
par des guerres continuelles, il sut 
en créer d'autres , mais ce ne pouvait 
être sans exciter de grands méconten- 
tements. Insensible aux plaintes qui 
lui revenaient de toutes parts, au ri- 
dicule même dont on cherchait à i'ac- 
cabler, d'Emery ne s'occupait qu'à in- 
venter de nouvelles taxes, qu'à ima- 
giner de nouveaux moyens de procu- 
rer des rentrées d'argent au trésor 
royal; mais ayant ordonné une rete- 
nue sur les gages des ofticiers du par- 
lement, cette mesure souleva celte 
compagnie jalouse de ses privilèges, 
et Mazarin se vit obligé de sacrifier 
à sa propre conservation un homme 
qui le secondait si bien. D'Emery fut 
privé de ses emplois et exilé dans ses 
terres, où il mourut de chagrin , au 
bout de deux ans, en i65o. On cite * 
une anecdote très ])ropre à faire con- 
naître jusqu'à quel point d'Emery 
])oussait l'indifférence pour l'opinion 
publique. Bautru lui présenta un jour 
un poète de ses amis, en lui disant: 
« Voilà un homme qui peut vous 
«donner l'immortalité, mais il faut 
» que vous lui donniez de quoi vivrf. 

- 8.. 



i lô E M E 

» — Monsieur, répondit d'Einerv, ie 
» serai utile à votre protégé , si je le 
» puis, m.iis à la condition qu'il ne 
» me louera point. Los suriulcndints 
» ne sont faits que pour être maudits." 
On a de d'Emery : V Histoire de ce 
qui s^est passé en Italie pour le re- 
ixard des duchés de Mantoue et de 
Montferrot, depuis 162S à iG5o, 
iinpiinic'e avec les Diverses relations, 
Eourp;, I G5'2 , in-4". On conserve nia- 
Duscrils ses Lettres et Mémoires re- 
latifs à son aiuijassade en Piémont. 
W— s. 
EMERY ^ Jean-Antoine-Xavier ), 
conseiller à l;i cour des aides de ÎMont- 
pellier , naquit à Heaiicaireen 1-^56. 
wSon ouvrage intitule : Traité des Suc- 
cessions, Obligations et autres ma- 
tières contenues dans le 5". et le 4°. 
lii>re des Instilules de Justinien , en- 
richi d'un grand nombre d'arrêts ré- 
cents du parlement de Toulouse , 

I "jS'j , in- 8 '., dépose de l'étendue et 
de la solidité de son savoir en matière 
de jurisprudence. Il avait aussi com- 
posé un Traité des Testaments, mais 
la révolution , survenue au nioiuent où 
il l'achevait, l'empêcha de le livrer à 
l'impression. Jeté dans les prisons de 
îSîmes , lorsque la vertu fut partout en 
France condamnée aux fers ou à l'c- 
chafaud , Emery y mourut le 5o juillet 

Z. 
Ei\IEKY( Jacques- André), supé- 
rieur-général de la couL^régation de St.- 
Sulpice, uaquitàGex, le 27 août i-52. 

II était le second fils du lieutenant-géné- 
ral criminel au bailliage de cette ville. 
Il étudia d'abord chez les jésuites de 
Blàcon , et entra, vers 17.50, à la 
petite communauté de St.-Sulpice, à 
Paris. Ordonné prêtre en 1756, on 
l'envoya , trois ans après , professer 
le dogme au séminaire d'Orléans, d'où 
il passa à celui de Lyon pour y en- 
seigner la morale. 11 prit alors ses 



i79i- 



EME 

degrés dans l'université de Valence, 
et fut reçu docteur en théologie en 
17G4. Ce fut pendant son séjour à 
Lyon qu'il pubha ses deux premiers 
ouvr.iges : l'Esprit de Leibnitz et 
l'Esprit de Sle. - Thérèse. L'auteur 
se proposa de réunir dans le premier, 
tout ce que Leibnitz avait écrit sur la 
religion. Ailligé de l'esprit de son siè- 
cle, il voulait le ramènera la religion 
par une grande autorité , et lui prouver 
que l'incrédulité n'était pas , comme 
ou s'en vantait , le partage de toute 
tête pensante, et qu'on pouvait ici 
opposer philosophe à philosophe. 11 
rapporte en effet une foule de passages 
qui montrent combien Lcibnilz était 
attaché à la révélation, et combien 
il était même instruit dans la théologie 
proprement dite. h'Esprit de Sle.- 
Thérèse est dans un genre différent, 
c'est un recucildece que l'éditeur atrou- 
vé de plus usuel et de plus pratique 
dans les écrits de la saiule. Il y en a 
deux étlilions, celle de 177J et celle 
de 1779. En 1776, M. Emery fut 
fait supérieur du séminaire d'Angers 
et grand-vicaire de ce diocèse. Il fut 
chargé plus d'une fois, et presque seul, 
des détails de l'administration , soit 
à cause des absences de ?tl. de Grasse, 
évêque d'Angers, soit eîi raison de sa 
mort, qui arriva au commencement 
de 178'.^. Cette même année, sur la 
démission de M. le Gallic, il fut nommé 
supérieur-général de sa congrégation. 
Il était digne de succéder aux Olier et 
aux Tronson. Esprit d'ordre , coup- 
d'œil juste , connaissance des affaires , 
discernement des hommes, mélange 
heureuxde douceur et de fermeté, telles 
étaient ses principales qualités. Il était 
d'usage que les supérieurs -généraux 
de St.-Sulpicc eussent une abbaye. Le 
roi le nomma, en 1784, à celle de 
Ei'isïïroiand , au diocèse de Lucon. 
Elle était d'un revenu peu considé- 



E M E 

rab'c, mais qui sufiisait à l'anibilion 
d'un liommc p'ciii de l'esprit de son 
c'tal , modcsio , désintéresse. En 1 789 , 
lois des pienuers orages de la révo- 
lution, il établit un séminaire de sa 
congrégation, à Baltimore, qui venait 
d'èire érigé en évêché. 11 y envoya 
plusieurs de ses prêtres , qui y tra- 
vaillèrent avec zèle à étendre la reli- 
gion. La révolution vint l'enlever à 
des occupations qui lui étaient chères. 
Son séminaire fut dispersé, et lui-incnie 
fut enfermé deux foisj la première à 
Ste. -Pélagie, où il ne resta que six se- 
maines ; la seconde à la Conciergerie , 
où il passa seize mois. Il vit se renou- 
veler souvent cette prison , qui était 
comme le vestibule de l'écliafaud , et 
où arrivaient chaque jour les victimes 
destinées à une mort prochaine. On 
dit que Fouquier-TliinvilJe se pro- 
posait bien de lui faire avoir aussi son 
tour, mais qu'il le laissait par calcul , 
parce que, suivant son expression, 
ce petit prêtre empêchait les autres 
de crier. M. Emeiy fut utile dans sa 
piison à plusieurs condamnes, et il 
reçut, entre autres , l'expression du 
repentir de Claude Fanchetet d'Adrien 
Lamourelte , qui avaient donné dans 
plus d'une erreur , et pris part au 
schisme. Rendu à la liberté après la 
terreur , il devint un des principaux 
administrateurs du diocèse de Paris , 
dont M. de Juigné , alors en exil , 
l'avait nommé grand-vicaire. Ses con- 
naissances , sa sagesse, l'estime dont 
il jouissait, le rendirent en quelque 
sorte le conseil du clergé et des fi- 
dèles. Sa correspondance était très 
étendue , et il n'y pouvait suffire que 
par une vie active, par une sage dis- 
tiibution de tous ses moments et par 
une graude facilité à écrire. De longues 
études, un jugement sain, un tact sûr, 
l'avaient prépaie de bonne heure à 
répoudre sur une foule de questions 



EME 117 

relatives à son miiii^tèrc. 11 savait 
coinliinir l'alachenient aux règles , 
avec les tcmpeMmenls que néces- 
sitaient les circonstances. Il n'était 
point ami des mesures extrêmes , et 
t.e défiait de l'exagération eu toutes 
choses : quelques-uns lui ont même 
reproché d'avoir poussé trop loin la 
condescendance et la modération ; 
mais dans tout le cours de la révolu- 
tion , il marcha constamment sur la 
même ligne. 11 ne fut point ardent 
dans un temps et modéré dans im 
autre; il n'allait pas chercher l'orage, 
mais il l'attendait sans crainte; il no 
bravait pas l'injustice des hommes , 
mais il ne s'en laissait pas intimider: 
l'intérêt de la religion le guidait tou- 
jours. Ceux qui ne jugent que d'après 
l'impulsion du moment , lui trouvè- 
rent trop de fermeté quand ils en man- 
quaient eux-mêmes, ou trop de mol- 
lesse quand ils étaient exaltés ; mai^s 
c'étaient eux qui changeaient. Pour 
lui , il fut toujours le même, sngc , 
égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il 
le croyait utile ; mais sachant aussi 
résister avec force quand il le jugeait 
nécessaire. Au milieu de ses nom- 
breuses occupations , et malgré les 
inquiétudes et les troubles , fruit des 
circonstances, il trouva le moyen de 
composer plusieurs ouvrages. Lors du 
serment prescrit par l'assemblée cons- 
tituante, il fit une réponse à un ou- 
vrage en faveur de la constitution ci- 
vile du clergé. Comme il parut alors 
beaucoup d'écrits de ce genre , on 1 8 
saurait dire précisément quel ét,.it le 
titre du sien. Il donna , en i 797 , un 
mémoire sur cette question : Les re- 
ligieuses peuvent-elles aujourd'hui , 
sans blesser leur conscience , re- 
cueillir des successions et disposer 
par testament? il publia l'écrit inti- 
tulé : Conduite de l'église dans la 
réception des ministres de la rels,- 



1 rS E M E 

gion qui reviennent de l'hérésie et 
du schisme. Une seconde ëdilion de 
ce livre est de 1801. Il insera pln- 
sieiiis morceaux dans les Annales 
catholiques, ouvrage périodique en 
i5 volumes in-8''. , qui a paru sous 
divers titres. L'.ibbe Emery ;nm;iit 
la lilleialurc, el quand il eut per- 
du , par la révolution , la hibliotliè- 
que de sa maison, il sut en former 
une autre avec beaucoup de cboix. Il 
acheta les manuscrits oris^inaux de 
Fe'nclon, qui ont servi à M. de Baus- 
sct , evêque d'Alais , fon ami, pour 
«composer l'histoire de l'illustre arche- 
vêque, La retraite où le condamna la 
journée du 4 septembre 1797 ( 18 
fructidor ) , l'engagea à mettre la der- 
nière main à son ouvrage sur B.icon. 
Jl le publia en i 799, sous le titre de 
Christianisme de JFrancois Bacon , 
3 vol. in-jst. Le discours prélimi- 
naire , la vie de Bacon , et deux éclair- 
cissements, qui sont à la fin de l'ou- 
vrage, attestent la solidité, la sagesse 
el la critique de l'auteur. En i8o5 il 
donna une nouvelle édition de YEs- 
pritde Leihnilz , et l'inlitula : Pensées 
de Leibnilz sur la religion et la mo- 
rale , 2 vol. in-8 '. Il devait y joindre 
Tin Eclaircissement sur la mitigation 
des peines deVenfer; mais après avoir 
fait impiimer cet écrit, il en arrêta 
la distribution , et il ne s'en est ré- 
pandu qu'un très petit nombre d'exem- 
plaires. Depuis il s'était encore pro- 
curé de nouvelles pièces sur Leibnilz, 
et entre autres un manuscrit de la main 
du philosophe sur les points contro- 
versés entre les catholiques et les pro- 
lestants , manuscrit dans lequel Leib- 
iiitz se déclarait en faveur des pre- 
miers. Il se proposait de publier cette 
pièce importante. 11 se rendit éditeur 
de la Défense de la révélation contre 
les objections des esprits-forts , par 
M. Euler-, suivie des Pensées de cet 



E M E 

auteur sur la religion , supprimées 
dans la dernière édition de ses Let- 
tres à une princesse d'Allemagne, 
Paris, i8o5, in-8 .( ^.CoivDORCETet 
Euler ). En 1807 il fit paraître les 
Nouveaux Opuscules de Fleury , i 
vol. in- 12, aux(piels il joignit ensuite 
des Additions qui ont servi de pré- 
texte pour rinquict( r. Son dernier ou- 
vrage est les Pensées de Descartes , 
1 vol. in 8". i8i I. Il se proposait 
de joindre Newton aux philosophes 
dont il avait fait connaître les senti- 
ments, et de montrer que ce grand 
homme avait été aussi attaché à la 
révélation ; mais il n'a pas eu le temps 
d'achever cet ouvrage , et n'a laissé 
que des noies imparfaites. Jl a été 
l'éditeur de plusieurs des ouvrages de - 
M. de Luc , ainsi que des Lettres à 
un évéque sur divers points de mo- 
rale et de discipline . par M. de Pora- 
pignan, i vol. in-8'., 1802. Le désir 
de parler de suite de tous ses ouvra:;es 
nous a fait intervertir un peu l'ordre 
chronologique. Après la cliute du di- 
rectoire, M. Emery reparut et donna 
dans les Annales quelques écrits eu 
faveur de la soumission. Quelques 
personnes crurent pouvoir l'accuser 
d'ambition ; mais il fil tomber ces 
vains reproches en refusant l'w'ê- 
ché d'Arras en 1 802 , et il lut 
même arrêté quelque temps , lors 
de la signature du concordat. Il ne 
demandait qu'à reprendre ses fonc- 
tions de supérieur de séminaire. Il 
rassembla en efïel quelques jeunes 
gens , acheta une maison à Paris , tt 
en établit plusieurs autres dans les 
provinces. Dépositaire des anciennes 
traditions , il les perpétuait dans le 
nouveau clergé. Il avait la confiance 
des évêques , et entre autres d'un 
prélat qui avait alors du crédit, et 
qui lui fut utile : ce fut par son in- 
fluence qu'il fut nommé conseiller de 



EME 

TunivPrsitc. Le canlinal de Bclloy l'a- 
vait fait un (le ses ç,r.in(i^-vicaires. En 
iHoy on raclJLigiiit à une coiiimissioii 
de deux cardinaux et de ciiKi cvcqucs, 
qui étaient cliarf;es de répondre à dif- 
férentes questions sur les affaires de 
l'église. 11 parla toujours dans cette 
commission avec beaucoup d>' liberté, 
et refusa de souscrire à l'avis arrêté 
le I I janvier 1810 ; ce qu'on ne lui 
pardonna point. 11 eut ordre de quitter 
son séminaire. On le savait foi t atta- 
ché au Saint Siège. Personne ne res- 
sentait plus vivement que lui les 
troubles de l'église et les malheurs 
du souverain pontife, et il n'en par- 
lait qu'avec douleur. On l'adjuigiiit 
encore à une seconde commission , 
où il montra toujours la même fer- 
meté. Il eut même une occasion écla- 
tante de manifester ses sentiments. 
Mandé aux Tuileries avec les auties 
membres de la commission , il parla 
librement à un homme auquel il n'é- 
tait pas aisé de faire entendre la vé- 
rité, exposa la doctrine véritable de 
Bossuet , et osa même réclamer en 
faveur de la souveraineté temporelle 
des papes. Son courage mesure , sa 
gravité modeste, ses raisons déduites 
avec force et présentées avec sagesse, 
en imposèrent au perturbateur de l'é- 
glise, qui ue se montra point offensé 
de sa liberté. M. Emcry méritait de 
finir par là sa carrière : il tomba ma- 
lade peu de mois après , et mourut le 
u8 avril i8m. Ses obsèques furent 
honorées par la présence de plusieurs 
cardinaux et prélats, et par les larmes 
de ses élèves et de ses amis. Il fut en- 
terré dans sa maison d'Issy. Les sé- 
minaristes voulurent y porter eux- 
mêmes son corps. L'auteur de cet 
article publia en 181 1 , sur la vie et 
les écrits de ce digue ecclésiastique , 
une notice assez étendue, que la po- 
lice fu saisir et mettre au pilon. P-c t. 



EMI 119 

EMILE ( /"oj- Paul-Emile). 

EMILI ( Paul ), en latin Pau- 
liis /Einilitu; , auteur italien d'une his- 
toire de France écrite eu latin dans le 
16 . siècle, était d»- Vérone. Il était 
GxéàRome,cty jouissait d'une ré- 
putation de savoir qui engagea 
Etienne Ponchcr , évêque de Paris, 
à conseiller au roi Louis XII de le 
faiie venir en France. Ce fut par 
ordre du roi qu'il entreprit d'écrire 
notre histoire, depuis le conmience- 
ment de la monarchie jusqu'à son 
règne. Il obtint pour encouragement 
un canonicat dans l'église cathédrale 
de Paiis. Il se retira au collège de 
INavarre, où il fut uniquement oc- 
cupé de la composition de son ou- 
vrage. Il en fît paraître d'abord les 
quatre premiers livres : De rébus 
geslis Francorum librl. IF , Pa- 
ris , in - fo!. Cette édition est sans 
date; mais elle est probablement du 
commencement de l'an iJiG, car 
Erasme , dans une lettre écrite d'An- 
vers le .2 février de cette année, dit 
qu'il apprend que Paul Emili pubHc 
enfin son histoire de France; il ajoute 
que ce ue peut être qu'un excellent 
ouvrage , puisqu'un homme aussi sa- 
vant et aussi laborieux y a consacré 
plus de vingt ans. Si cette dernière 
circonstance était vraie , ce ne serait 
point vers i499> comme le dit Tira- 
boschi (1), que cet écrivain aurait 
été appelé en France , mais vers l'an 
1493, ou même plus tût, par consé- 
quent sous le règne de Charles YIll 
et non de Louis XII ; mais il parait 
constant que ce fut sous ce dernier 
roi, et il faut croire qu'Erasme s'est 
trompé. Dans une autre édition Emili 
ajouta deux livres aux qua'je pre- 
miers : cette édition est aussi sans 
date ; mais Pierre Gilles en parle 

{y\ Sloria délia LnUT. Uni. , tom. VU. part. 
Il , p. 335, prcmicre édit. , in-.)''. 



120 EMI 

dans nnc lettre à Erasme clste'e du 
19 juin I 5 19,01 dit que Panl Einili 
Tiriit de livrer à l'iinpiiineur la suite 
de son liisîoire. Il cuiilinua son tra- 
vail, et érrivit eiieore qu.itre livres; 
le quatrième u'érajt p;is aelieve' lors- 
qu'il mourut le 5 mai 1,529. On trouva 
ce livre imparfait et fuit en desordre 
parmi sesp.ipiers; il fut termine par 
Daniel Zavnrisi , Te'ronus romme 
lui , et qxi'on rroit même son parent. 
L'histoire entière, qui s'étend jusqu'à 
la cinquième année du rèp;iie de 
Charles VIII, fut publiée à Paris en 
1559. Elle y fut réimprimée in-S". 
et in-folio en \5\5 par Vascosan, et 
ensuite à Bàle en i(io\ , in- fol. I/au- 
teur fut enterré dans l'éç^lise de Notre- 
Dame, dont il était chanoine, avec 
une inscription qui ne loue pas moins 
sa pié'é que son savoir. Il est possi- 
ble qu'on litcxaç^fré dans snn temps 
le mérite de cet auteur . qui débrouilla 
le premier le c;dios de notre ancienne 
histoire; mais on ne peut disconve- 
nir que son stvie n'ait la gravité con- 
venable , et qu'il ne soit communé- 
ment assez pur , quoique un peu 
sec, et quelquefois visant trop à la 
concision. Paul Emili est pourtant 
diffus daiis les récits , et encore plus 
dans les discours qu'il introduisit à 
l'exemple des anciens. On lui a re- 
proché de la partialité pour les Ita- 
liens; mais ce reproche ne lui a-t-il 
pas été fciit par la partialité fian- 
çaisePEtsi un auteur italien, quoi- 
que payé par le roi de France , n'a 
pu approuver aucune des guerres 
faites eu Italie par les Français , doit- 
on lui en faire un crime ? 11 est d'ail- 
leurs peu probable qu'écrivant en 
quelque sorte pour le roi de France, 
et sous ses yeux, il ait pu montrer 
contre les Français une p^irtialilé in- 
juste. Quant aux erreurs où il «si 
tombé, ou ne doit eu accuser que les 



EMI 

mauvais mémoires , les fausses chro- 
niques et les rensei;;nements incom- 
plets q.ii lui fuient fournis. Un sa- 
vant étranger ne pouvait avoir d'autres 
guides, et ce n'est pas à lui qu'il faut 
s'en prendre s'ils l'ont souvent égaré. 
Cette histoire a eu dans Arnauld Du- 
fcrron un mauvais continuateur, et 
un médiocre traducteur dans Jean 
Renard, dont la traduction française 
parut en 1 58 1 , Paris , in - toi. , et fut 
réiniprimée plu.sieurs fois ; elle fut 
aussi traduite eu italien, Venise, 
I 549, iu-4°. , et en allemand, Bâie , 
1 5 •j 'i , i u-fol, G — E. 

ÉMILIAM. ^.Jérôme Fmiliam. 

EMILIANO (JEAN), médecin du 
16^ siècle , était de Ferrare. Il n'est 
coniui que par un ouvrage intitulé: 
Natiiralis de ruminanlibiis histnria, 
Venise, i584, it\-i\°.On chercherait 
vainement dans ce livre des connais- 
sances exactes d'histoire naturelle , 
d'auatomie et de physiologie. L'au- 
teur s'abandonne aux écarts d'une 
imagination déréglée, et surcharge de 
nouvelles hypothèses la théorie ga- 
lénique, déjà si obscure et si compli- 
quée. G. 

EMILIEN ( MARcrs-JuLics-iEMi- 
nus- jEmili anus), naquit en Mau- 
ritanie. 8a famille était obscure, son 
mérite seul l'avança dans la carrière 
des armes, qu'il embrassa de bonne 
heure. Il parvint aux premiers em- 
plois de l'armée, et se trouvait gou- 
verneur de IMésie sous Gallus. Quel- 
ques succès brillants obtenus sur les 
Goths, qu'il chassa des terres de l'em • 
pire , lui donnèrent un grand crédit 
auprès des soldats , et pendant qim 
Gallus vivait à Rome dans la mollesse, 
l'armée proclama Emilien empereur, 
l'an 255. Lorsque Gallus eut connais- 
sance de cette révolte , il fit marcher 
centre lui Valéricn, l'un de ses géné- 
raux; mais ni les protestations du se- 



nat contre le choix de r.irmec, ni les 
droils (le Gal'iis, no purent ancUr 
les prom'i's do son concurrent, Kinilicn 
se dirigea sur Rome , battit coinplel- 
lenicnl Gallus et Voiusien son fils , 
qui iiiarcliaicnt à sa rencontre avec 
uni- nombreuse armée, mais qui furent 
abandonnes, et ensnitc massacres par 
leurs propres soldais auprès de Terni. 
Eniilien vainqueur, vii.t se taire re- 
connaître par le même sc'nat qui peu 
de jours auparavant l'avait déclare en- 
nemi de la |)atrie; mais bientôt il lut 
lui - même Ion é de desrendre de ce 
trône qu'il venait d'usurper. Les Iron- 
]ics que Valeiien amenait au secours 
de Gallus, ne voulurent point rccon- 
iiaîlrr Emilien potu" empereur, et rc- 
vclirent leur chef de la pourpie. Emi- 
lien qui peut-être n'avait pas justifie' 
toutes les espeVances de ses suidais , 
fut massacre' par < ux auprès de Spo- 
lètc , au moment où il se dispos;iil à 
combattre son rival. Le lieu de sa de'- 
faite prit de cet événement le nom de 
Font sanglant. Tel est au moins le 
récit de Victor dans son Epilome, car 
l'autre Victor prétend qu'Emilien mou- 
rut de maladie. La plupart des histo- 
riens sent à cet égard d'accord avec le 
premier. Eniilien , suivant l'expression 
d'Eutrope , obscurissimè natns , obs- 
ciiriàs iinperai'it. Il faut convenir 
aussi qu'il n'eût guère le temps d'il- 
lustrer son règne, qui ne dura que 
quatre mois. 11 nous reste néanmoins 
plusieurs de ses médailles , tant ro- 
maines que des colonies , surtout de 
celles qui avoisinent les lieux où il fut 
proclamé empereur. Les grecques sont 
beaucoup plus rares. On donne à Emi- 
lien les préuomsdeCaiusetde Marcus. 
Victor le nomme jEmiiius jEmilia- 
nus ; Banduri cile deux médailles sur 
lesquelles il a vu ceux de Juiius et de Sal- 
histius ; mais nous ne les avons point 
sous les yeux. Emilien ne peut pas 



EMI 121 

avoir poitc font de surnoms difTérents; 
dans le nombre des médailles que l'on 
cile, il y en a sûrement quelques-unes 
qui sont apocryphes ; nous croyons 
qu'il en est de même de celles qui ont 
été p'ibliées par divers antiquaires, 
avec la désignation de sou consulat. 
Nous avons examiné avec beaucoup de 
soin une assez grande quantité de mé- 
dailles d'Emilien, aucunes ne font men- 
tion de son eonsulat,et nous n'y avons 
trouvé que les noms de Marcus , 
jEniiliiis , JEmilianiis. Le burin des 
faussaires s'est si souvent exercé sur 
les médailles d'Emilien , surtout ea 
grand bronze , qu'elles demandent 
d'être examinées avec sévérité. L'his- 
torien qui vent appuyer un fait sur ces 
monuments, doit avant tout s'assurer 
de leur authenticité. Les médailles d'or 
d'Emilien sont fort suspectes , celle 
qui est au cabinet du roi est de ce nom- 
bre, de sorte que la tête de ce prince 
manque à la suite d'or, qui est cepen- 
dant la plus riche de l'Europe. T — w. 
EMILIEN ( Alexander-jEmilia- 
nus ) , gouvernait l'Egypte pour Gai- 
lien , sous le règne duquel ou sait qu'il 
s'éleva de toutes parts des tyrans qui 
usurpèrent son autorité. Les Egyptiens 
étaient, plus que tout autre peuple, 
enclins à la l'évolîe. Le prétexte le plus 
frivole suffisait pour les y disposer. 
Un jour , qu'excitée par un châtiment 
trop sévère infligé à un particulier , la 
populace s'était soulevée, elle se ren- 
dit au palais d'Emilien pour le massa- 
crer; celui-ci , afin de se tirer d'em- 
barras , se hâta de gagner les soldats 
qui avaient à se plaindre de Gallicn , 
et se revêtit de la pourpre. Les troupes 
le reconnurent sur le champ , et .ipai- 
sèrent la révolte. Trébcllius Pollio, 
qui seul nous a conservé ces détail-, 
dit qu'Emilien ne manquait pas d'ni e 
certaine vigueur pour gouverner. Il 
donna des preuves de bravoure , eu 



122 EMT 

conduisant son armoc contre les bar- 
bares qui av.'iiciit pépc'fré en Eg}[)lf'; 
il lo5 cliassa de la ïhcLaide , cl les 
Epypiiciis, par rceuiinaissance, rap- 
pelèrent Alrxandie ou Ak xaudriii. Le 
nom du lieros (]ni avait anfrcluis déli- 
vre leur pays du joug des Perses, était 
le plus be.iu (pi'i's pussnit donner au 
Tainqueui. Emilie ii futanèle au milieu 
de sa course vitioricuse par Tlicodote, 
que Galiicn envoya contre lui : il lut 
pris et élrane,lé dans sa prison après 
un règne fort court. Les nicdailles 
qu'on lui attribue sont fausses. Celles 
qui sont citées par Pellerin et par Be.iu- 
vais , nous paraissent sortir de la fa- 
brique de Cogornier ( Voj. Cavino). 

T— N. 

EMILIUS-MACRR. V. ]\1acer. 

EIVIIH-GlCj^-OGLLfavorid'Amu- 
rath IV , commandait pour le sophi 
de Perse dans la vilic tie Levan, lors- 
que Amurath IV vint l'assicp^er l'an 
de riiegire i(t44 ou i655. Le per- 
san , gagne sans doute , livra la place 
sans l'avoir défendue. Sa trahivon l\ii 
gagna la bienveillance du sultliân;la 
conformité- de vices lui acquit toute sa 
faveur. Emir Giun aimait le vin avec 
autant d'excès que son nouveau maî- 
tre. Amurath allait souvent le voir 
dans son palais , situé sur le Bos- 
phore, et qui subsistait encore dans 
le siècle dernier, sous le nom d'Emir- 
Giun-Ogli Yalisi; ils ne buvaient pas 
d'autre vin que celui de Ténédos , le 
plus excellent et le moins fumeux de 
tous ceux des îles de l'Archipel. Emir- 
Giun-Ogli partageait avec Berri-Mus- 
tnpha la faveur du sulthàn ; il survé- 
cut à ce fameux compagnon des dé- 
bauches d'Amurath ; il survécutmême 
à 5on maître , dont il avança la mort 
en l'engageant à de nouveaux excès à 
la suite d'une maladie qui en était le 
fruit. Emir-Giun-Ogli ne trouva chez 
Ibrahim ni la même favcurni la même 



EML 

profcction. Le sophi de Perse n'avait 
pas oublié sa trahison ; il fit de son s 
châtiment la première condition de 
la paix que la Poite ottomane pro- 
posa à la mort d'Amui^th iV , et 
Emir-Giun-Ogli fut saerifié sans dif- 
ficulté. Connu dans l'histoire par sa 
perfidie et par ses vices , qui asso- 
cièrent un nom méprisable au nom 
illusire d'Amurath 1\ , son ami et 
son protecteur , Emir-Giun-Ogli fut 
élranglc en i64i. S — y. 

EIMLYIN (TjOMAs), théologien 
anglican , naquit en it)63 à Stara- 
fbrd , dans le comté de Lincoln. En 
1 685 il entra en qualité de chapelain 
chez la comtesse de Donegal , mariée 
peu après à sir William Franeklin. 
Ayant quitté sir William , il se mit 
à voyager en Angleterre et en Ir- 
lande, prêchant en différents lieux, 
jusqu'à ce qu'enfin en 1691 il s'atta- 
cha à la congiégation de non-con- 
formistes de Wo(-d-Strtet à Dublin. 
Il y épousa une veuve qui lui ap- 
porta quelque fortune , et y vécut 
tranquille et respecté pendant j)lu- 
sieiirs années , jusqu'au moment où 
ses opinions religieuses îttiièrent sur 
lui la [lersécution. S'el-<nt en effet dé- 
claré contre la Trinité et pour la préé- 
minence du Père sur le Fils et le St.- 
Ksprit, il fut d'abord piné de ses 
fondions , puis condamné à un an 
de prison et à une amende de 1 000 
livres, qui furent ensuite réduites à 
"jo, au moveii de quoi Emlyn put 
enfin sortir de prison après plus d« 
deux ans de détention. 11 continua à 
prêciier, mais sans aucun salaire, 
parmi ses partisans , et à publier di- 
vers ouvrages pour établir ou défen- 
dre son système. On essaya, mais en 
vain , d'élever contre 'ui de nouvelles 
persécutions. Il mourut le 5o juillet 
I '"4"^ ^S^ ^'^ l"'^'' ^^ ^0 ans. De ses 
nombreux ouvrages de controversfr 



E M M 

le ]>liis soi{;nd est une Défense du 
culte de N. S. J. - C. dans les 
principes des unitaires , l'joti. I-c 
plus curieux est celui qu'il a iiililule: 
Considérations sur la question pré- 
liminaire aux diverses cpieslions re- 
latives h la validité du baptême , 
etc., i-j I o, et celle question prélimi- 
naire est de savoir si le baptême d'un 
premier chrétien ne suffit pas à toute 
sa postérité , et s'il est néicssaire d'en 
renouveler la cérémonie à chaque gé- 
Deration. L'auteur de sa vie prétend 
que celte doctrine, peu goûlée dans 
le temps , a fait dernièrement quel- 
ques progrès. Enilyn , quoique pour- 
suivi pour SCS innovations dans le 
dogme, a été estimé comme un homme 
d'une vie exemplaire, ferme autant 
que modéré dans ses opinions. 11 fut 
intimement hé avec le fameux Sa- 
muel Glarke, sur la vie duquel il a 
écrit des mémoires qui n'ont paiu 
qu'après sa mort, en 174^, dans la 
coUecliou complète des OEuvres 
d'Emlyu , 5 vol. in-8°. , où l'on 
trouve sa vie écrile jiar son fils, 
Sollom Emlyn. Ce dernier, savant 
jurisconsulte, mort en 1706, a pu- 
blié Y Histoire des plaids de la Cou- 
ronne , par le lord Chief Justice 
Haie, 175'"), 2 vol. in-lol. , avec 
une préface et des notes. X — s. 

EMMA. F. Eginard, et Edouard 
LE Confesseur. 

EMMANUEL. Tor. Emanuel. 
EMMER1CH (George), né à 
Kœnigsberg, en Prusse, le 5 mai 
167.4 , étudia la médecine à l'univer- 
sité de Leyde, où il obtint ic doctorat 
en 1G92. L'année suivante il fut nom- 
mé professeur extraordinaire, et en 
1710 professeur ordinaire de méde- 
cine dans sa ville natale. Elu bientôt 
après maire ( bourguemeslre ) de Lœ- 
benielit, i! fut appelé avec le même 
en iT'ia, et 



titre à Kœnigsbcrj, , 



K M M 1 :i^. 

remplit ces honorables fonctions ju";- 
((ii'a sa mort , arrivée le 1 o mai 1 "j'il- 
CiC médecin n'a point compose d'ou- 
vrages volumineux, mais il a publié 
un grand nombre de dissert-itions, 
dont plusieurs méritent d'être signa- 
lées ; elles ont été imprimées à Kœ- 
nigsberg, sous le format in-4". : L De 
ratione et experientidmedicd, 1 6<p ; 
IL Thesium medicarum pentas , et 
totidem paradoxa , 1 698 ; il y traite 
principalement de l'action compri- 
mante que l'air exerce sur toutes les 
parties de notre corps. IIL Teelogirt 
ejusque infusum , seu de usu poids 
theœ , 1698. IV. De morbo marino 
nai'i^antibus prima imprimis vice 
familiari, 1 700 ; V. Defri^ore cor- 
reptis , 1701; VL De duumviralu 
hehnontiano , ventriculo nimirnm et 
splene , ) 702 ; VIL De fehre vir^i- 
num amatorid , 1708; VII L De 
conjuf^io Aslreœ cum Apolline , 
circa medicam forensem ; Pars pri- 
7na, De inspectioiie cadaveris, 1710; 
Pars secunda. De vulnere lelhali 
in s,enere , 1711; Pars tertia, De 
vulneribus lethalibus in specie. C 

EMMIUS (Ubco ), né à Gretha ou 
Grielzyl , village de la Frise orientale, 
en i547 ' ^'^^^ famille dont le nom 
patronymique était celui de Diken ^ 
fut, dès son enfance, consacré aux 
lettres , par son père , ministre du Sl.- 
Evangile , et pasteur à Grelha , qui 
lui-même était disciple de Luther, de 
Mélanchthon,et ami de l'illustre Polo- 
riais Jean à Lasco. Après de longues 
études théologiques , philosophiques 
et lilléraircs, commencées à Enibden , 
continuées à Brerne, à Norden, à Uos- 
toch , et terminées à Genève , où il 
s'attacha surtout à Théodore de Bèze, 
il eut à opter, à l'âge de vingt-neuf 
ans , entre le ministère sacré et la car- 
rière de l'instruclion publique : il se 
décida pour cette dernière, et accepta 



124 E M M 

le rectorat de l'ëcole lalinc do Nordrn 
en Osl-Frisc. Des tracasseries tlieolo- 
piqiics le liicnt renoncer à ce poste en 
1587. La petite ville de T.eer le pos- 
séda ensuite; mais, en i594, s'ouvrit 
pour lui un théâtre plus di;^ne de son 
mérite. Les magistrats de Groningue, 
occupes de réorganiser leur coîlcge, 
jetèrent les yeux sur Emmius; et, en 
i6i4, ce collège ayant été éngé en 
iniiversité , ils l'en nommèrent recteur 
et lui conférèrent, concurremment 
avec les curateurs académiques, le pou- 
voir d'en désigner les professeurs, 
dans les différentes facultés. Emmius 
s'acquitta honorablement de cetîe com- 
mission; il rédigea aussi le règlement 
organique, et l''iiiivcrsité de Groniu- 
gue a toujours figuré depuis avec dis- 
tinction parmi les corps enseignants 
des provinces- unies des Pays-Bas. La 
chaire d'histoire et de langue grecque 
fut celle qu'orna spécialementEmmius. 
Le nombre et le mérite de ses disci- 
ples, la bonne intelligence où il vivait 
avec ses collègues , l'élr ndue de ses 
correspondances lilléraires , l'cslime 
particulière que faisait de lui le prince 
Guillaume-Louis de Nassau ;, gouver- 
neur de la province ; tout concourait 
à jeter un éclat peu commun sur ce 
savant , également recomraandable 
par ses qualités morales , civiles et lit- 
téraires. Il joignait à beaucoup de 
science une grande modestie, et re- 
levait le tout par une douce et pro- 
fonde piété. Les quatre dernières an- 
nées de sa vie, où il se vit empêché par 
.ses infirmités de continuer ses fonc- 
tions professorales, furent consacrées 
avec d'autant plus de zèle au travail du 
cabinet. Il mourut le 9 décembre 1 626, 
ayant refusé plusieurs fois les propo- 
sitions les plus engageantes qui lui 
avaient été faites pour se transporter 
ailleurs. Ses obsèques furent un deuil 
public, et le prince Louis -Guillaume 



EMM 

de Nassau les honora de sa présence. 
Les plus illustres étrangers, tels que 
Scaliger,deTliou, Cliytricus ctauties 
correspondants d'Emmius , ont ex- 
primé pour lui 'a même admiration et 
la même estime que ses compatriotes 
Dousa , Heinsius, Scriveiius, etc. Les 
principaux écrits qu'il a laissés , sont r 
1. Opiis chronolo^icum , Groniiigue , 
16 19, in -fui.; à la suite duquel ont 
paru Canon chronicits comp^ndiosnsj 
Canon chronicus plenior ; Chronolo- 
pa vetcrum rumanoruvi , et Appen- 
clix ^eneoLof^ica. II. foetus e^rœcia 
illiistrata , Leydc , i(ri6 , in 8'.; 
Gronovius l'a réimprimé dans ses ^rt- 
tiquités grecques , tom. \\ . 111. Re- 
rum Frisicaritm historia , partagée 
en six décades , qui ont d'abord para 
séparément , de 1 696 à 16 1 6 , el en- 
suite réunies, à Leyde, iGiG, in fol. 
Emmius s'attacha à purger l'Iii toire 
de la Frise de beaucoup de fiblos ac- 
créditées par Furmcrius , Suffiidus 
Pétri et autres. 11 avait déjà publié au- 
paravant , et dans les mêmes inten- 
tions : De origine atque anliquitale 
Friwrum, Groningue, i6o5 , in- 12 , 
et De agro Frisiœ inter Ainasum 
( l'Ems ) , et Lavicam ( le Lauwer ) 
de que urbe Groningd in agro codent, 
ibid., i6o5, in-8".,fig., suivi des an- 
nales de cette ville, depuis l'an 1260. 
IV. Historia noslri temporisyû n'y 
est question que de disputes locales 
entre les villes deGroniuguect d'Emb- 
den. Cet ouvrage n'a paru qu'eu 1 732, 
à Groningue, in -4°. George Albert, 
prince d'Ost-Frise, dont il blessait les 
prétentions, le fit brûler par la main 
du bourreau , à Aurich, en 1 n55. Em- 
muis avait débuté par deux ouvr iges 
de théologie polémique, l'un dirigé 
contre Daniel Hoffmann , professeur 
à Helmsta3dt,Hcrborn, 1601 ,10-12; 
l'autre contre l'illuminé David-George. 
( Foy. Dav idGeorge. ) La tradut- 



li M 

tion liollaiidaisc du dcniior a pnni 
à lia lltye , en !()0J. Kiiliii , nous 
«vous (ri{intriiii.s une Oraisun funèbre 
el iww Bioi^i aj)hied<i Guillaiiine Louis, 
comte de Nassuu, i(>'2i , iii-Zj"., et un 
niurccaii sur riniii^uialion de l'acade- 
niie de (Tioiiiii^iie, eti tèlc d'i livre 
iiilimlii : E^Jîi^ifS etvitœ prufe:,sorum 
Gronin'.',ensiuiii, où nous avons priu- 
cipaloinenl puise nos nialéiiauK pour 
cet ar!i<le. Voyez aussi Elo^^ium Ubb. 
Eminii, id &«£, de ejus tutti et scrip- 
tis narralio hrevis ab ainico contexta^ 
ibid., itiiS , in-4 '• de 80 p ciç;cs. 

'm ON. 

EMO , premier abbc de Werum , 
ordre de Preinoatré , dans la Frise , 
pics Groningue, avait lait de la trans- 
cription des manuscrits, soit sacrés, 
soit profanes, la principale occupation 
de ses religieux , et lui - même leur 
donnait l'cxetirjjle de ce travail , au- 
quel il employait tout le temps qui 
s'écoulait depuis les matines, récitées 
à minuit , jusqu'au jour; par ce moveu 
il enricliit considérablement la biblio- 
tlièque de son abbaye. Il mourut sain- 
tement en 1557. L'ibbé Emo est 
auteur de plusieurs ouvrages , parmi 
lesquels on se burnera à citer une 
Chronique, depuis i'io3 jusqu'en 
1257, laquelle a été continuée jus- 
qu'en ii-ji , par Meiiko, 5,. abbé de 
Werum-, et ensuite par un anonyme 
ius(pi'en 1292.0 Itecluoiilque, restée 
inédite, fut imprimée en 1700, et 
insérée par Antoine Mathieu dans le 
5'. tome de ses Analectes, et réim- 
primée par l'abbé Hugo, avec des notes 
dans le premier volume de ses Anti- 
quités sacrées. — Il ue faut jioint con- 
fondre l'abbé Emo avec un autre Emo, 
son cousin-germain , qui fonda de ses 
biens l'abbaye de W.irum , y prit aussi 
l'habit de l'ordre de Prémunîrc , et 
moinut à Rome en 1 2 1 5. L — v. 

EMl^EDOGLES; célèbre philoso- 



EMP }•?.", 

pbo ç;rec, était d'une di\S principales 
familles d'Agrigentc en Sicile, liu'un , 
son père, était fils d'un aulie Empé- 
docles , qui avait remporte à Olympie 
le prix d(; la course des chars en la 7 \''. 
olympiade, l'an 490av. J.-C. Ou n'est 
point d'aceoid sur le nom de ceux qui 
lurent les m àlres d'Fimpédocles. Il ne 
peut pas avoir été le disciple de Pylha- 
goie , cpii était mort long-temps avant 
lui, mais il avait vraisemblablement 
reçu des leçons de quelques Pythago- 
riciens , car ou reconnaissait leur doc- 
trine dans ses écrits. Il avait réuni l'é- 
tude de la médecine à celle de la philo- 
.sophie, et il y avait fait de grands 
progrès. Une femmed'Agrigeute, nom- 
mée Panthéa , e'Liif to'ubée dans un état 
de léthargie tel , qu'elle avait perdu le 
mouvement, et n'avait point de respi- 
ration ap[tareute. Les médecins la 
croyant morte l'avaient abandonnée. 
Empédocles la rappela à la vie au bout 
de trente jours. Celte cure le fit regar- 
der comme un dieu, et s'il n'accrédila 
pas cette idée , il chercha tout au moins 
à se f tire passer pour un homme spé- 
cialement favorisé nar les dieux, car 
il ne se montrait eu public que velu 
de pourpre , avec une ceinture d'or , 
les cheveux flottants et la tète ornée 
d'une couronne , telle que celle de la 
Pythie ; il se faisait suivre par des es- 
claves, et avait toujours un maintien 
grave et sérieux. 11 s'acquit aussi une 
grande iidluence dans la république 
d'Agrigente, étant au premier rang 
par sa naissance et par ses richesses; 
il refusa la tyrannie qu'où lui offrait , 
et ayant découvert une conspiration 
qui tendait à la donner à un autre, il eu 
fit punir les auteurs. U y avait à Agri- 
gente un sénat de mille personnes , 
qui s'était arrogé toute l'autorité, il le 
renversa au bout de trois ans, et lit 
adopter le gouvernement populaire. U 
vivait encore lorsque la ville d'Agri- 



ii6 EMP 

pfiite fut prise par les Carlhaj^inois , 
j'iiii ^oj av. J.-C. , cnr Diognic Lacrce 
dit, d'innès Time'e l'iiisloiicii , que, 
lorsqu'on la f'ond.i de iiou vc.iu . les des- 
cendants des ennemis d'EnipëdocIcs 
«.'opiioscrent à son retour, et qu'il 
alla .s'établir dans le Pcloponncse, où 
il termina ses jours , on ne sait com- 
ment ni à qiK lie époque. On ne con- 
naissait pas même son tombeau, limée 
s>'élevait fortement contre le conte 
qu'on faisait, qu'Empédocles s'était 
j)récipilé dans l'un des ciatcres de 
l'Etna , et comme il était Sicdien lui- 
mcuic , il est plus croyable que les au- 
tres auteurs. Empédocles avait fait plu- 
sieurs ouvrages, dont le plus célèbre 
était un poème inliuilé : Classica , 
c'e>t- à- dire, de la JValiire et des 
Principes des choses. Il admettait 
qnatie éléments , Is Feu , l'Eau, l'Air 
et la Terre ; et deux causes primitives 
et principales , la Haine et l'Amitié , 
l'une qui les divise, l'autre qui les unit. 
Jl appelait le feu Jupiter; la terre Ju- 
iion ; l'air Pluton < t l'eau Ncstis , et il 
paraît un des premiers qui aient allé- 
t^orisé la mythologie : il y expliquait les 
principes de la métempsycose; il pré- 
tendait que la partie supérieure de 
l'Hirie était d'origine divine , qu'elle 
,iVuit été reléguée dans un corps pour 
bi punir, et qu'elle passait successive- 
ment dans plusieurs, jusqu'à ce qu'elle 
fùi entièrement purifiée, i.es fragments 
des écrits d'Empedocles ont été réu- 
nis par M. bturz , dans le recueil 
intitulé : Empedoclis yJ grigenlini , 
de vild et philosophid (jus expo- 
sait, carmiiium reliquins colles.it ^ 
3J. trid. Guill. Sturz, Leipzig, 1 8o5, 
in-8". 2 vol. Il faut y joindre Empe- 
doclis et Pnrmenidis fragmenta ^ ex 
codice bibliothtcœ Taiirinensis resti- 
tiitn ah Amedto Pejron., Leipzig, 
1810 ,in<S\ C — R. 

E]\1P£REUR (Constantin l' ) , 



EMP. 

crienlalisie hollandais , l'un des 
élèves les plus distingués du célèbre 
Erpenius, naquit à Oppyck, et vé- 
cut dans le i-j'. siècle. 11 unit à 
l'élude du droit et de la théologie 
celle des langues orientales , dont il 
acquit une grande connaissance. 
Après avoir professé la théologie 
pendant huit ans à Harderwick , il 
obtint la chaire d'hébreu de l'uni- 
versité de Leyde en i6'î7, et pro- 
nonça pour l'ouverture de ses cours 
une baianguc latine. De dignitate et 
utilitate linguœ hebràicœ , qui a été 
imprimée la même année. En i63g 
le comte Maurice le nomma son con- 
seiller ; il mourut à Leyde en 164B, 
peu de temps après avoir été nommé 
professeur de théologie dans l'uni- 
versité de cette ville. Le désir de ré- 
pandre la connaissance de l'hebrea 
parmi les chrétiens , et de répondre 
aux objections des juifs, dirigea tou- 
jours l'Empereur dans les travaux 
qu'il entreprit. On lui doit plusieurs 
traductions de livres juduqucs et 
talmudiques, qui ont joui de l'estime 
des savanls. Voici la liste de ses 
jirincipaux ouvrages : 1. Talmudis 
Babjlonici codex middoth , 5jVe de 
m,ensuris templi , hebr. cum vers, et 
comment.. Leyde, i63o, iij-4". ; II. 
jioltv ad David Kimchi oootTooioL:» 
od scieuliam introductio , ibid. , 
i(i5i,iub.; III. porta anleriur, 
sive de legibus hebrœorwn foreti' 
sibiis, cum versione et commentariiSj 
ibid., 1607, iii-4''.; IV. clavis tal- 
mudica hcbrœa et lat. , ibid. , 1 634, 
iii-4 '• ; V- liber Halicolh olam , R, 
Jcshuce lei>ilœ et lib. Marc Hagge- 
viaza , R. Samuelis Haiinagid. hebr. 
lut., ibid., i(jr^4) i" 4'-» V- ^^"" 
sultatio Abarbanielis et Alsheichi 
in cap. 55 Isciïœ ; VIL versio et 
riotœ ad Josephi Jechiadœ para- 
phrasin in Danielem, Amsterdam, 



EMP 

iCj!î ; VTIf. disjmlallones theolo- 
giae Xrill, l.cyle, ilr'^S, in- 
8**. ; IX. comment, ad Bertra- 
muin de repuhl. hebrœorutn , Lnyde , 
1 64 1 , in - 8 '. <)» doit enciire à l' Em- 
pereur une dililiun estimée de l'Iliiie- 
rairc de Benjamin de Tndèle , avec 
une version latine et des noies, f,''vde, 
i655, in-8'. J — N. 

EMPllU :US ( SEXTUS ). royez 
Sextus. 

EMPOLl ( Jean n' ) , Florentin , 
ficteur de 1» marine du roi de Portu- 
gal , a écrit ia r(>ialion du premier 
voyage d'Alphonse d'\lbuquci(jueaux 
In les. Elle est inlifide'e : iTafiga- 
tioii des Indes , suas la charge du 
seignpur Alphonse d' Albiiquerque , 
et se trouve en italien dans le pre- 
mier volume de llarausio , et tra.lnile 
en français dans le x '. volume du re • 
cueil du Temporal. Quoiqu'exlrème- 
nient succincte , elle se fait lire avec 
plaisir , parce qu'elle donne une i lee 
de la manière de naviguer et de l'elat 
des connaissances géo^^rapliiques à 
cette époque. La flotte d'\lbuquer- 
quc , composée de quatre vaisseaux , 
partit de Lisbonne le () avril i5o5, 
alla du cap Verd au Brésil , appelé' 
alors Terre de la Vraie Croix, aborda 
près du cap de Bonne-E>pérance , et 
à Céphale ( Sofala), l'ut dispersée par 
la tempêt« ; une p utie reicàclia à Me- 
liude , afin d'y atteinilre le capitaine 
en chef; « mais , dit d'Empoli , noiis 
» fûmes frustrés de notre expectative; 
» ce qui nous advint m il-a-propos ; 
» car le temps commode pour passer 
« par le golfe, droit chemin pour aller 
» en indie, étoit pres([u'expiré , qui 
» est devant le mois de septembre, 
» après lequel il n'est question de pas- 
» ser par ce golfe , durant sept mois 
» entiers et consécutifs. » Ces vais- 
seaux se rejoignirent en mer, gagnè- 
rent Poni-Deli , et arrivèrent à Ga- 



EMP 127 

nanor le 1 1 septembre. On traita des 
épiceries. \i\ llotle trouva à Cilicut 
François d'Albuquerque, [)arlidc Lis- 
bonne huit jours après elle. O'i four- 
nit des secours au roi de Gochin conti c 
ses ennemis, et l'on bitit un fort dans 
ses étals. Eolin l'on aborda à une terre 
appelée (iolora , « 'leu incongin u et 
» non découvert jusqu'aujourd'hui. » 
C'est Coulan. Sa distance île (iOchiri 
est notée avec exactitude. En poli fut 
envoyé à terre pour recmniditre le 
pays. Les Portugais trouvèrent le ri ■ 
vage garni de plus de qu itrc cents 
habitants du lieu ; ils leur firent dire 
qu'ils étaient chrétiens ; ces derniers 
répondirent qu'ils l'étaient pareille- 
ment depuis le temps de S.-Tho'uas, 
et que leur nombre total s'élevait à 
trois mille. Le roi payen accueillit 
les Euiopéens, fit cliargi r de poivre 
les navires des Portugais, et signa 
avec eux un traité par lequel il s'en- 
gageait à I ur livrer, à un prix con- 
venu, toutes les épiceries qui crois- 
saient dans sesétats. Li flotte retourn.1 
ensuite a Couonor, toucha à Mozam- 
bique, fut prise de cdmesous la li^ne, 
et perdit tant de monde qu'elle fat 
obligée le renforcer ses éqiip iges à 
St.Jago, et rentra à Lisbonne le 16 
septembre 1 5o4. Empoli s'excuse d'a- 
voir oublié de décrire les mœurs des 
Malabares. Le peu qu'il en dit an- 
nonce qu'il les avait bien observées. 
E— s 
EMPORAGRIUS (Éric), docteur 
en théologie et évéque de Sirengnes , 
en Suède, mort l'année \Ql^. Avant 
de p irve!iir à l'épiscopat , il avait 
été professeur à Upsal , et pasteur à 
Stockholm. Pendant qu'il occupait 
cette dernière place, il fut question 
d'un projet de réunion entre les lu- 
thériens et les réformés, prop )sé pir 
un Ecossais nommé Dury. Enpo- 
ragnus , strictement attaché à U cou- 



1-28 



EMP 



!'( ssion d'Angsbours; , s'opposa à la 
iciiuion, et se mil à la tète du dirc,c 
de la cupitnlc pour douiicr une pro- 
ti'stalioii soleiiiielie. Il publia même à 
ce sujet un ouvrage contre l'evcque 
IMalhiœ , qui peueliait pour lis opi- 
nions de Diiry. Peu après la mort 
de Gustave- Adolphe , Eraporagrius 
lit paraître uu discours intitule' : Ora^ 
tio in qud iyrannidem ponlificiam , 
quœ dwttm GusUn'um de medio sus- 
tidit , et martjrio coronavit , est 
piè delestatus, clc. , Upsal, i65(>, 
in-fol. Lorsque ce tlieologien fut de- 
venu cvcijue de Slrcngncs, il publia 
un catécliisine bien conforiûc à la 
doctrine lulherienne -, inais qui fut ce- 
pendant suppriiuc, parce que l'évèque, 
eu parlant des feinuios , les avait ap- 
pelées des immeubles domestiques j 
expression qui déplut beaucoup à la 
reine Hedwige Elc'onore. C — au. 
EMPORIUS, rlicleur célèbre et con- 
temporain de Cassiodore , au G'', siè- 
cle. Il nous reste de lui quelques traites 
sur le bel art qu'il avait exerce : I. De 
Ethopoïd ac loco communi; II. De- 
monstralivœ materiœ prœcepta. Gi- 
berta dunué une courte asial^'se, mais 
une idée salisfiisante de ces divers 
écrits^ dans sesJugefnenls des savants 
sur les auteurs q/a' ont traité de la 
rhétorique, tome 11. Les ouvrages 
d'Emporius se trouvent dans les f^e- 
ierum de arterhet. traditiones, Bàlo, 
in-4"., I S'i I ; et dans les Rhet. lutin, 
jcripta, Paris, in-4'- , • Sgg. A. D — a. 
ElVimhTES (DupuyV ]. P'oj-. 
Dui'UY, tom. XII, pag. 52'j. 

EMPSON (RlCUARD). F. DUDLEY 

(Edm.) 

EI\ISER ( JÉRÔME ), théologien 
catholique allemand, fameux contro- 
versiste, et l'un des plus ardents ad- 
versaires de Luther , naquit à Uim , 
en i477* Apres avoir fait ses pre- 
mières études à Tubingcn, où il mou- 



EMS 

Ira pour la poé>ie latine des disposi- 
tions peu communes, il alla les conti- 
nuer a Bàle , où il étudia le droit , la 
théologie et l'hébreu. Nommé , eu 
1 5oo , secret lire et chapelain du car- 
dinal Raymond de Gurk , il accompa- 
gna pendant deux ans ce prélat dans 
les voy.iges qu'il ûi en Allemagne et 
en Italie. Après cette tournée, Emser 
se fixa pour quelque temps à Stras- 
bourg , et y fit imprimer, en i5o4, 
quelques écrits du fameux Pic de la 
Wiiandole, qu'd orna d'une préface 
où les louanges sont prodiguées à l'au- 
teur. De Strasbourg il se rendit à Er- 
furt, et y enseigna quelque temps les 
humanités ; mais la proti-Cliou du car- 
dinal Raymond le flt bientôt appeler à 
Leipzig, où il fut, la mêmeannée,reçu 
membre de l'université, et se consacra 
pariiculicrement à l'enseiguemenl du 
droit canonique , quoiqu'il n'en fût 
pas professeur ordinaiie, n'ayant pris 
que le degré de licencié. Le duc George 
de Saxe, vers le même temps, le prit 
pour son secrétaire et son orateur dans 
la ville de Dresde. Les recherches que 
son emploi lui donna occasion de faire 
dans les anciennes archiv( s du pays , 
lui firent découvrir quelques pièces 
importantes relatives à la canonisation 
de S. Bennon , évêque de Meissen. 
Après son retour de Rome , où il fit 
un voyage en i5io, le duc de Saxe 
lui donna quelques bénéfices à Dresde 
et à Meissen ; on croit même qu'il y 
obtint un canonicat. Il essuya peu de 
temps après une maladie dangereuse, 
et résolut, après sa guéridon , de ne 
plus s'occuper que d'alTair< s relatives 
à la gloire de Dieu et au bien de l'E- 
glise. C'est alors que le dur George l'en- 
gagea à écrire contre le luthéranisme, 
dont les première»^ étincelles commen- 
çaient à se répandre dans ses états. 
Emser commença par avoir quelques 
entretiens particuliers avec Luther, 



EMS 

ijiii jnsqiKilors ( i5i<)) avait ëlë son 
ami. N'ayant pu rien gagner sur lui , 
il prit la pUunc et le coinbatiit à ou- 
trance; il ne se montra pas moins zc'îé 
adver-.iire do Cario>tad et deZwiiigie. 
Les détails de ces querelles tlie'o'ogi- 
qucs n'olFrent plus d'intérêt aujour- 
d'Iiiii; l'àt-rete' qu'on y mit de part et 
d'autre n'était pas propre à amener 
une conciliation. Emser mourut subi- 
tement, prohihienient à Leipzig, le 8 
novembre lÔa^. Le premier ouvrage 
qu'il publia contre Lutlicr est intitule : 
Ans was Grund, etc. ; c'est- à dire , 
Motifs pour lesquels la traduction 
du Nouveau Testament , par Lu- 
ther , doit être défendue au commun 
des fidèles , f.eipzig ( 1 5'23 ) , in-4 • , 
reiraj)rimé avec augmentttion sons le 
litre à^ Annotations sur la traduction, 
etc., Dresde, i524, iu-8 . Cet écrit 
n'aycint fait que donner plus de vogue 
à la version de Luther, en excitant la 
curiosité' du public , le duc du ï)axe 
engagea Emser à publier lui-même 
une traiuction allemande du Nouveau 
Tesiament, pour l'opposer à celle du 
reTurmateur : elle parut trois ans 
après , sous ce litre : Das naw Tes- 
tame.it nach lawt der christliche 
kirchen bevi'erten Text, etc., Dres- 
de, iDi-j ,in-fol., réimprimée à Paris 
en iG5o : elle l'avait été 1res souvent 
en Allemagne. Dans sa préface, Emser 
avoue qu'il a comparé l'ancienne et la 
nouvelle version allemande, prenant 
pour ba^e la vulgate, et notant en mar- 
ge les variantes que le texte grec oft're 
avec cette dernière. Il ajoute qu'il a 
partout réfuté les faus.«es gloses de 
Luther, pour y en substituer d'autres 
conformes au sens de l'Eglise. Les 
luthériens préîendirent qu'Emser n'a- 
Tait pas assez d'érudition pour avoir 
pu consulter le texte grec , et que sa 
version n'était autre cho'.e que celle 
de Luther , dout U avait seulement 

XIII. 



ENA 129 

changé les passages sur lesquels s'ap- 
puyait la nouvelle réforme, et adouci 
quelques expressions qui ne lui p.uais- 
s/iient pas avoir la décei.ce convena- 
ble. Quoi qu'il en soit, cette traduc- 
tion eut pendant plus d'un sièrie beau- 
cou» de cours dans rAlîema<ziie catho- 
lique ; mais ayant ele iaite a une épo- 
que où la langue était loin d'être lixée, 
le style en est devenu suranné, et de» 
versions plus récentes l'ont f lit aban- 
donner. On peut voir à cet ég ird R. Si- 
mon , le p. Leiong Z»-ll!i«r, P.inzèr 
et les autres auteurs qui ont écrit l'his- 
toire (les traductions de la Bible. Nous 
ne donnei ons pas la liste , ass< z nom- 
breuse, des autres écrits d'Eniser ; ils 
sont à peu près oubliés, à l'cxceptioa 
de son Histoire de la vie et des mi- 
racles de S. Bennon , qui parut à Leip- 
zig en i5ii, et lut réimprimée à 
Dresde, 1694, in-4". t)n trouve de 
plus grands détails sur Era-er dans la 
Kie de Luther , par Cuchiée, et sur- 
tout dans la Notice sur la vie et les 
écrits de Jérôme Emser , par G. C. 
Waldau, Anspach , 1785, in-8'., 
brochure d'environ 80 pages, tirée 
de la suite du Recueil concernant 
les affaires théologiques anciennes 
et modernes , 1720. Ces deux ouvra- 
ges sont en allemand. C. M. P. 

ENAMBUC ( Vaudrosques-Diel 
d' ), fuiidatunr des colonie> franc >\^cs 
dans les Antilles, était cadet d'une 
maison de Normandie. Ses belles ac- 
tions, sa prudence, st)n courage l'a- 
vaient rendu fameux sur mer , et lui 
avaient valu le grade de capit line de 
vaisseau. Le désir d'être utile à son 
pavs, et de travailler à améliorer sa 
fortinie , très mince d'après le^^ loi* 
particulières de la provir.ce qui l'avait 
vu naître, le porta à équiper a ses 
frais un Biiganfin de quatre canons 
et do quelques pierrier-. Il v einbar- 
q_ua une (][ua4'ai]taiiie de marins bra- 



^3o ENA 

ves, aguerris et disciplinc's , et partit 
de Dieppe, en iÔjS , pour aller laire 
des prises sur les Espaj^nols, drins les 
mers des Antilles. An ivé aux îles du 
Cayman pour s'y radouber , il fut 
" découvert dans une baie par un ga- 
lion espagnol de trente-cinq canons. 
Il se battit avec une telle valeur, pen- 
dant trois heures, contre cet ennemi 
si supérieur en force , qu'il le con- 
traignit à prendre la fuite. Maltraité 
lui-même dans cette action glorieuse 
pour lui, il attérit après quinze jours 
de navigation à St.-Cliristoplie, où 
quelques Français , établis depuis di- 
vers temps, vivaient en bonne intel- 
ligence avec les sauvages. D'Enambuc, 
pendant que l'on travaillait à son bâ- 
timent , parcourut l'île j l'air en était 
sain, le sol lui parut excellent, le 
tabac que les Indigènes cultivaient 
pour leur usage était très beau, d'une 
qualité supérieure, et venait presque 
sans culture. Il legarda celte île 
comme un port excellent pour s'y éta- 
blir; sonda l'esprit des Français qu'il 
y avait rencontrés, et les ayant trou- 
vés disposés à y demeurer sous sa 
conduite, il leur promit d'aller en 
France demander au roi i\ permission 
de former une compagnie pour sou- 
tenir la colonie , et de revenir vivreet 
mourir aveceux.Dms !c même temps, 
des Anglais , arrivés dans une autre 
partie de l'île , après une aventure 
pareille à celle qui y avait amené d'E- 
nambue , s'y établissaient de leur cô- 
té. Les deux nations résolurent de la 
partager , ne doutant point, dit le P. 
Labat, que les indiens ne le leur per- 
missent, ou qu'au pis aller ils ne se 
trouvassent bientôt en état de les en 
chasser s'ils étaient trop revêchcs. 
Tous vivaient eu bonne intelligence, 
quand les Sauvages , excités par un 
de leur Bojez , ou médecin , résolu^ 
rcnt d« massacrer tous les étrangers. 



ENA 
Une femme sauvage révéla le com- 
plot aux Européens, qui punirent les 
Indiens et les exterminèrent. Bientôt 
après , trois mille Sauvages , auxquels 
les autres avaient mandé de venir les 
aider, débarquèrent dans l'île, et at- 
taquèrent les Européens; ils se rem- 
barquèrent après avoir perdu les deux 
tiers de leur monde, l/île fut dès-lors 
tranquille. D'Enambuc , pendant ua 
séjour de huit mois, avait fait cultiver 
du tabac, et abattre du bois d'acajou. 
Il chargea de ces objets son navire , 
qui arriva heureusement à Dieppe, 
où le tabac fut vendu dix francs la 
livre. Le bel équipage dans lequel 
d'Enambuc et quelques-uns des siens 
parurent ensuite à Paris , fit naître 
à bien du monde l'envie de le suivre 
dans son établissement. D'Enambuc 
fut présenté au cardinal Richelieu, 
qui giiûta ses projets, fît dresser dans 
son palais un acte d'association pour 
le commerce des Antilles, signa le 
premier cet acte , et en sa quahté de 
surintendant du commerce de France, 
délivra à d'Enambuc et à Durossey , 
son compagnon, une commission qui 
leur permeltait d'établir une colonie 
française dans l'île de St.-Christophe , 
ou dans toute autre qu'ils choisiraient 
depuis le 1 1". jusqu'au i.S". degré de 
latitude septentrionale. D'Enambuc et 
Durossey paitirent du Havre avec 
deux vaisseaux le i/j février 1627. 
Le voyage fut malheureux , il périt 
beaucoup de monde dans la traversée. 
Les Anglais avaient eu plus de succès. 
Cette différence n'empêcha pas d'ef- 
fectuer amicalement le partage de l'île 
et de le consuliJer par un tiaité. Du- 
rossey fut expédié en Franre pour y 
chercher des secours. Les Anglais , 
profitant du mauvais état des Fran- 
çais , s'emparèrent d'une partie de 
leurs terres. La prudence et la va- 
leur d'Enambuc les conliorent ; lui- 



ENA 

même vint en France exposer le 
triste e'iat de la colonie. Le cardinal 
de Richclien , instruit en même temps 
que les Espagnols armaient une es- 
cadre pour cliasser les Français de 
Sl.-Cliristoplie, envoya dans cette île 
un renlort de six vaisseaux du roi , 
et six bâtiments de transport. Ce se- 
cours arriva à temps pour mettre les 
Anglais à la raison ; leur flotte fui de- 
faite. Ils firent la paix. Les vaisseaux 
français avaient quille l'île lorsque les 
Espagnols parurent et firent une des- 
cente. Une partie des Français se dé- 
fendit mal. Durosscy était d'avis que 
l'on abandonnât l'île, malgré les re- 
pre'sentations d'Eiiarabuo qui voulait 
que l'ou tînt bon ; l'opinion du pre- 
mier fut suivie , on s'embarqua sur 
deux vaisseaux pour aller babiter l'île 
d'Antigue. Après avoir battu la mer 
pendant trois semaines , les Français 
abordèrent à St.- Martin. Durossey 
débaucha quelques officiers et fit ap- 
pareiller un des navires pour la Fran- 
ce , où le cardinal de Richelieu donna 
ordre de l'enfermer à la Bastille. D'E- 
nambuc rendit le courage à ceux qui 
restaient, et partit pour Antigue. Il 
trouva cette île mal saine, revint 
à St. - Christophe après trois mois 
d'absence, et travailla avec un zèle 
infatigable à relever la colonie qui lui 
devait l'existence. 11 réunissait en lui 
tous les pouvoirs , et les employait 
avec tant de sagesse que chacun se 
soumettait avec joie à ce qu'il ordon- 
nait. « Ceux de la colonie , dit le père 
» Diiterlre , vivaient dans une si par- 
j> faite union les uns avec les autres , 
» qu'on n'avait pas besoin de notai- 
» res, de procureurs, ni de sergents. » 
D'Enambuc, non content de faire 
prospérer cette colonie naissante , 
et de la défendre des usurpations des 
Anglais , résolut de former des éta- 
blissements dans les îles voisines avaot 



END i")t 

que ces derniers s'en missent en pos- 
session. Ayant été sup|)lanlé par nu 
de ses lieutenants auquel il avait com- 
muniqué son projft sur la Guade- 
loupe, il prit avec lui cent habitants, 
bons cultivateurs, et alla, en iG55, 
les installer à la Martinique , où il 
bàtil le fort Sl.-Picire, et revint k 
St.-Christophe. Le gouverneur qu'il 
y avait laissé sut en im|)0seraux Sau- 
vages et vivre en bonne intelligence 
avec eux. S'étant embarqué pour ve- 
nir conférer avec d'Enimbuc, il fut 
jeté par les vents sur les cô'es de St.- 
Domingne, où les Espagnols le retin- 
rent trois ans prisonnier. D'Enambuc, 
qui le croyait pris en mer, envoya pour 
gouverner à sa place son propre ne- 
veu Duparqiiet qui , élevé sous ses 
yeux , et dans ses principes , fit pros- 
pérer celte colonie ( F. Duparquet), 
Les habitants de St.-Christophe com- 
mençaient à jouir du fruit de leurs 
travaux, et à vivre dans l'abondance 
et dans la paix, lorsque, vers la fia 
de i656, ils eurent la douleur de 
perdre d'Enambuc qui succomba en- 
fin à ses fatigues ; le cardinal de Ri- 
chelieu dit, en apprenant sa mort, 
que le roi avait perdu un des plus 
fidèles serviteurs de son état. » I^es ba- 
» bilans l'ont pleuré comme leur père, 
» dit le P. du Tertre , les ecclésiastiques 
» comme leur protecteur; et les co- 
» lonies de St.-Christophe, de la 
» Guadeloupe et de la Martinique , 
» l'ont regretté comme leur fonda- 
» teur. » Le P. Bouton nprésented'E- 
narabuc comme homme d'esprit et de 
jugement , et fort entendu à faire de 
nouvelles peuplades et établir des co' 
loiùes. E — s. 

ENCINA. r. Enzina. 

EiNClîVAS. roy.DRYANDER. 

EN COL Plus, ^ojez Elyot. 
END (Christophe), artiste alle- 
mand, qui chercha à représenter les 



i3i END 

pLintos d'une manière particnlicre , 
ce l'ut par des découpures de papier; 
il existe de lui un manuscrit de ce 
genre à la bib iotlièquo de Berlin , 
qui contient i5o plantes, et un au- 
tre 1^5. Moelisen a fait connaître 
dans ses lettres ce cliel-d'œuvre de 
p.ifi(nce; il est intiiuic : /. Christo- 
jjhori End i5o krœuter aud Ge- 
"ivachse nach ihrer Gestalt , durch 
eincin besondevs Runstschiltobgebil- 
dct M. S. anno 1681 , in-4". 

D— P— s. 
ENDI'X, ou HENDEL MANOAGH, 
ralibiu polonais, mort en i583, est 
auteur de plusieurs ouvrages dont 
quelques-uns ont élc imprimes après 
ia mort par les soins de Moïse son fils: 
en voici les titres : I. Sagesse de Ma- 
iioach , c'est-à-dire, corrections et le- 
çons llialraudiques diverses , touchant 
la Gemare , Prague, 1 585 , in-4''- 1 H* 
Bepos des cœurs , c'est-à-dire, com- 
mentaire sur le titre intitule : Chovad 
allevavoth^ Lublin, iSgG, in-4".; 
ïil. Exposition du commentaire du 
rabbin Bêchai, sur la loi, Prague , 
i585, in- loi.; il u'a paru que dix, 
fL'uillcs de cette exposition : dans la 
préface qui est en tête de l'ouvrage, 
l'éditeur. Moïse, fils d'Endel , annonce 
qu'il publiera les autres écrits de son 
père, touchant le texte sacré, le Thal- 
inud, ses livres cabalistiques et astro- 
isomiques. J — n- 

ENDELEGKIUS ou SEVERUS 
SA.NGÏUS , rhéteur et poète , né 
dans le 4". siècle, était de Bordeaux , 
et quelques critiques le croient fils de 
Flaviu'- Sanctus, beau-frère d'Ausone, 
qui lui a consacré une épitaphe dans 
ses Parentalia. Lié depuis son en- 
fance avec S. Pauhn , évèque de Noie , 
à son exemple, il embrassa le chris- 
tianisme. On conjecture, d'après les 
lettres de S. Paulin, qu'il avait deux 
amis du même nom , mai:» ou ne peut 



ENE 

savoir lequel lui a fourni le plan de 
son apologie pour Tliéoùose-le Grand. 
Siduiiie Apollinaire fait mention d'un 
Endelechins qui enseignait la rhélo- 
ri(jue à Kome ; son nom se retrouve 
dans la souscription d'un manuscrit 
d'Apulée , conservé à l.i bibliothèque 
de Florence, et Rcinesins pense que 
ce jouvait être le (i's de celui qui fait 
l'objet de cet article. Endelechins 
passa ses derniers jours dans la re- 
traite, et on a même des raisons de 
croire qu'il avait pris l'état eccle'sias- 
tique. L'abbé Longchamp place sa 
mort à l'année 409. S. Paulin cite 
avec éloge les hymnes qu'Endelechius 
avait composées sur la parabole des 
dix vierges de l'Évangile. Elles sont 
perdues, mais on a conservé de lui 
une églogue intitulée : De mortibus 
boum, et cette petite pièce ne donne 
pas une idée avantageuse de son talent 
pour la poésie. Elle fut faite à l'oc- 
casion d'une maladie contagieuse, qui 
causa de grands ravages dans la Tur- , 
kie , rillyrie et la Flandre , vers 
577. Les interlocuteurs sont un païen 
qui s'abandonne au désespoir d'avoir 
vu périr ses troupeaux, et un chré- 
tien qui s'efforce de le consoler par 
la pensée de la Providence. Pierre 
Pilbou fit imprimer cette pièce , pour 
la première fois, en i5c)o,dansIe 
tome lî". des Epigrammata et poë- 
matia velerum, pag. 44^ et suiv. 
Eilca reparu depuis in-4"., sans date cl 
sans nom de ville; Francfort, iGi2> 
in-8 '. , avec des notes de Jean Wcitz , 
et Leyde , 1 7 1 4 1 i" - 8". , avec les 
notes de Weiiz et de Wolfgang Séber : 
cette édition est la plus estimée. Elle 
a été insérée aussi dans la Biblioth, 
patnim , et dans différents recueils 
de poésies chrétiennes. W — s. 

ENÉE le tacticien , qu'on croit le 
même qu'Fnée de Stvmpliale, dont 
parle Xénophon , et qui était générai 



ENE 

dos Arcadiens vers l'an 5Gi av. J.-C, 
av.iil fait un traite sur les cnnn.iis- 
sances nécessaires à un gênerai d'ar- 
mée, dont les anciens faisaivnt bcati- 
coup de cas. Ciiiéas , q.ii vivait à la 
cour de Pyrilms, en fit un abrcj^é, 
que les généraux romains portaient 
assez ordinairement avec < ux , <l qui 
nous est reste, le çrand ou^rago 
s'clant prrdii. 11 a été public pour la 
pieniière lois par Isaac Casaubon, à 
la suite de son édition de l'olybe, 
P.iris, ifioç), in-fol., et réimprime' 
dans les éditions do Toliius, Amster- 
dam, 1670, in-8., 3 vol. , et Lei])- 
zig, i-jOS, in-8'., 5 vol. Il né se 
trouve point danscel'edcM.Scliweig- 
liacuser. Il ser,'it à souhaiter qu'on 
en cionutâl une nouvelle édition , 
pour laquelle on ferait bic 11 de con- 
sulter les manusciits de cet auteur, 
qui se trouvent dans la Bibliothèque 
du roi. C — R. 

ENÉR DE Gaza, pbiiosophe 
chrétien, de la ville de G;iza en Pa 
lestine, vivait sur la fin du 5'. siè- 
cle. Nous avon-i de lui un di tlogue 
intitulé Théi.phraste , sur l'inimor- 
talilé de l'amc et la résurrection des 
coips, dans les principes de la religion 
chrétienne, 11 a été publié pour la 
première fois en ;;rec et en latin dans 
une col'iection d'anrieus théologiens 
grecs iniprnuée à Zurich, chez An- 
dré Gessner , i SSg et 1 56o ; mais 
la versiun latine par Anibroise le ca- 
maldide avait déjà paru à jiâle en 
I 5i 6. 11 a été réimp.imé depuis dans 
dilTérentes bibliothèques des Saints- 
Pcres, mais toujours d'une manière 
très incorrecte. La dernière éilition 
est celle que Gasp. BartI ius a don- 
née avec des notes assez amples, 
Leipzig, i65'J, in-4''. ; elle est en- 
core plus incorrecte que les précé- 
dentes. 11 serait à souhaiter qu'on 
doQuât une uouvelle édition de ce 



EN F i53 

dialogue, qui est très bien e'nit et 
ass(z inlére^sant. Il y en a un fort 
bon manuscrit à la Bibliothèque 
du roi. On a encore d'Ence de Gaza 
vingt-cinq Lettres gre ques, insérées 
dans le recueil de letties d'anlenrs 
grecs publié par Aide IM.muce, Rome, 
' VJQi i"-4"' ^^n 'es retrouve av(C 
nue version latine dans l'édition qui 
porte le nom de Cujas ( Genève ), 
i6o(), in-fol. G— R. 

ENÉE SYLVmS. T. Pie H. 

EN E M AN (Michel ) , né en 
Suède dans la ville a'Knkoepiiig eh 
ifj-ô, étudia la théologie et les lan- 
gues orifntalcs d'aboid à Ujisai et 
ensuite à Greif-waîd. En 1707 il fut 
nommé secret iiie du consistoire éta- 
bli par Charles XII près de l'arraée 
suédoise, et il accompigna C( prince 
àBinder. Pendant quelque temps il 
fit les fonctions d'aumôniir de l'am- 
bassadeur de Suède a Constant ino- 
ple. En 17 II il entreprit aux fiai:> 
du roi un voyage en Asie et en Egypte. 
Pendant qu'il parcourait ces contrées, 
Charles lui assura une récompense 
honorable en le nommant professeur 
des langues orientales à Up*al; mais 
il mourut immédiatement après son 
retour en Suède, l'année 171 4- I-"^ 
relation de son voyage en suédois ne 
fut publiée qu'en 1740 à Upsal. On 
a aussi de lui une dissertation laine 
De sainte infnntum sine baptîsnui 
decedentiumChristianorum ac Gen- 
tilium , Greifswald, 1 706. in- 4"' 

C AU. 

ENFWT (Jacques l'). F oyez 
Lenfant. 

E>FIELD ( Guillaume ), c'cri- 
vain .inglais, né a Sudbury en 1 74 ' > 
fut élevé au collège de Davenlry, 
dans les principes des protestants 
non-conformistes, li fut nommé oa 
1765 pasteur d'une congrégation de 
non -conformistes à Liverpool. Eu 



io4 EN F 

1770 il fut choisi pour remplir la 
cliaire de belles-letlres à l'école de 
Wariiiiglon dans le Lancasliire, et 
depuis ciltc époque il partagea son 
temps entre le ministère ecclésiasti- 
que, l'éducation de la jeunesse , soit 
publique , soil particulière, et la com- 
position d'ouvrag;es utiles, parmi lis- 
qucis on remarque les suivants : I. 
Sermons à l'usage des familles , 

1779, '2 vol. in-8'. ; 11. le Prédica- 
teur anglais, ou Sermons sur les 
principaux sujets de la religion et 
d' la morale , choisis , rci>us et 
abrégés de divers auteurs. 1775, 
4 vol. in-ii; II J. Essai sur l his- 
toire de Liverpool , tiré en partie des 
papiers inédits de George Perry , 
i774, iu-ful.; IV. Observations sur 
la propriété littéraire, 17 ''4» "i" 
4".; V. ['Orateur (tlie Speaker), 
choix de morceaux tirés des meilleurs 
écrivains anglais, ï775,in-8°.j VI. 
Sermo}is biographiques , ou suite 
de discours sur les principaux per- 
sonnages deV Ecriture-Sainte, 1777, 
in- 1 1 ; VII. Exercices d'élocution , 

1780, in- 1 ?,, pour servir de suite à 
V Orateur ; Vlll./(î5 Institutes de la 
phdosophie naturelle, théorique et ex- 
périmentale, 1 785, 1800, in-4".,IX. 
Histoire de la philosophie , depuis 
les premiers temps jusqu'au com- 
mencement du siècle présent, d'après 
l'ouvrage de B rucher { H istoria cri- 
tica philosophiœ), 1791 , a vol. in- 
4". Cet abrégé, qui n'est point une 
simple traduction de celui que Bruc- 
ker a donné lui-même de son volu- 
mineux ouvrage, est très bien fait et 
très bien écrit. X. Les articles signés de 
la lettre initiale de son nom dans le 
premier volume de la Biographie 
universelle , par J. Aikin , G. En- 
field, etc. ( 1799, in-4 '. ), articles 
qui forment plus de la moitié de ce 
volume. Cet Lomu.e estimable mou- 



ENG 

rut le 5 novembre 1 797 à Norvrich , 
où il était alors pasteur de la cotigrc- 
gafion des non-conformistes. On pu- 
blia l'année suivante trois volumes 
in-8". de Sermons sur des sujets 
pratiques , composés et préparés par 
lui pour ^in1pr^'^sion , et précédés de 
Mémoires sur sa vie, par J. Aikin. Ces 
Sermons, comme tous ses ouvrages, 
sont écrits d'un style simple, clair, 
élégant , qui s'élève quelquefois avec 
le sujet. On a cru y reconnaître la ma- 
nière de Blair un peu affaiblie et 
moins chargée d'ornements ; la mo- 
rale y est présentée sans austérité, et 
i s paraissent encore plus propres à 
former l'esprit et le goût qu'à élever 
l'ame à la piété. X — s. 

ENGAU ;jEArf-RonoLPHE) , sa- 
vant jurisconsulte à léna, naquit à 
Erfurt le 28 avril 1708. Ses heu- 
reuses dispositions le firent distin- 
guer dans les premières écoles par 
Langguth son maître , homme de 
mérite , qui le prit sous sa protec- 
tion. En 17^20 il alla continuer ses 
études h Wcimar, dont l'université 
était alors dirigée par le fameux Jean- 
Mathieu Gessner, qui reconnut dans 
ce jeune homme un mérite supé- 
rieur, et le fit travailler avec lui au 
catalogue de la grande bibliothèque 
qu'il était chargé de mettre en ordre. 
Six ans après, le jeune Eugau se ren- 
dit à léna, où il s'occupa avec pas- 
sion de l'étude des sciences. Il se livra 
ensuite à la jurisprudence, et fit des 
progrès sous la direct iou du profes- 
seur Fironquell , dont la maison et 
la bibliothèque lui étaient toujours 
ouvertes. Aidé de celle protection et 
fort de ses connaissances il fut nommé 
docteur en 1704, et obtint en 1740 
une chaire de professeur ordinaire 
à l'université de léna. En 174^ il fut 
nommé échevin, en 1746 on le dé- 
cora de la dignité d'aucien , et en 



ENG 

i7/j8onIefit roiiscillcr de la conr 
de Saxe - VVtiniar et d'Eisrn-icli. Il 
remplit à deux rc|)ri.S{'S la cliar^e de 
recteur de l'université', avec autant de 
ïèlc que de lumières. Les villes de 
Tnbiiip;» n , de Francfurl et de Hille 
lui firent plusieurs fois des offres avan- 
tageuses pour l'attirer drins leur sein ; 
mais il préfera rester dans celle qui 
avait la première reconnu son mé- 
rite et l'eu avait récompense' ; aussi 
il finit ses jours à léiia , âgé seule- 
ment de qu.a'antc-sept ans, le i8 
janvier i-jSj. Engau fit toujours 
preuve d'un giand zèle pour la pros- 
périté et la réputation des collèges et 
des académies dont il était membre. 
Ses écrits nombreux attestent ses 
vastes connaissances, et sont fort es- 
limés eu Allemagne. Voici les princi- 
paux : I . Traité des prescriptions 
en matière criminelle , léna , 1 7 55 , 
in-8*>. ; édition revue et augmentée, 
ibid., i']'5n, in-8'.; •749> in-8\; 
iT^i, in-o".; 11. Elemenla juris 
Germanici civilis , Iciia , i 706 , in- 
8°.; 1740, '747> '75'i, in -8". 
L'auteur a su dans cet ouvrnge dis- 
tinguer habilement le véritable droit 
allemand du faux, l'ancienne juris- 
prudence de la nouvelle, et le droit 
commun du droit ])articulierdechaque 
province ou de chaque ville. Stolle, 
dans son introduction à l'histoire de 
la jurisprudence, dit, page 175: 
« Engau dans son ouvrage sur les 
» Eléments du droit ci^>il en Alle- 
» magne a donné le tciilé le plus 
» complet de l'origine, des progiès 
» et des vicissitudes de Li jurispru- 
» dence civile en Allemagne , et cet 
» ouvrage est aussi remarquable par 
»*sa concision que pir la clarté et 
» l'ordre avec lesquels il est com- 
» posé; » III. Elemenla juris cri- 
ininnlis Germanico-Carolini , léua . 
1-^58, 174*^; J74^> 17^^; '"'8^- 



ENG i55 

Rdit. sepllma cum observationilus , 
ll.'irrld,, ibid., 1777, iu-.S .; IV. 
Elrmentd juris canonico-pontificio- 
ecclesiasiici , léna, 1759, 1745, 
17/19, 1755, in-8'. Edilio nova ^ 
curd Joach. Erdm. Schmidt , léna, 
1765, in-8". Cette édition est re-, 
commandable par les additions de 
Schmidt , qu'on a imprimées avec 
l'ouvrage comme une espèce de com- 
mentaire; V. Traité du droit des 
chefs de l'Eglise sur les docteurs 
qui occupent des chaires , Wcissem- 
bourg dans le Nordgan, 1787, in- 
8'., 5 vol. L'auteur avait d'abord 
éciit cet ouvrage en allemand; mais 
en ï'jjî il l'augmenta de beaucoup, 
et le mit en latin. La quantité des édi- 
tions de chacun de ses écrits suffit 
pour prouver combien ils sont esti- 
més en Allemagne. G — t. 

ENGEL ( Arnold) , jésuite , mal 
nommé par Sotvcl Angélus , né à 
Maëstricht en i6'io, professa la rhé- 
torique pendant plusieurs années , 
fut nommé préfet des clas>es , emploi 
qu'il remplit avec autant de zèle que 
de capacité , et se consacra ensuite aux 
missions. Il mourut à Prague, vers 
iG'^6, dans un âge peu avancé. On a 
de lui des ouvrages de piété et des 
poèmes sur des sujets spirituels; les 
principaux sont : I. Indago viono- 
cerotis ab naturd hnmand dcilatis. 
sagacissimd venalrice , per quiuque 
sensuum desideria nmantèr ador- 
natœ ^ Prague, ib58, in -4". Cet 
ouvraue est écrit eu vers. 11. Firtutis 
et honoris redes in heroibus , et poe- 
matibus XXF grœco - latinis illus- 
trât., ibid., 167 I ; III. un Panégy- 
rique ( en latin ) de la Ste. Vierge '^ 
un autre de 5. François Xavier ; 
V Oraison funèbre de V Empereur 
Ferdinand II I. Ces différents ouvra- 
ges sont peu estimés. W — s. 

ENGEL (Samuel), géographe, 



i56 E N G 

naquit à Berne en 1702. Dès sa jcu- 
iipssfil se voiiH à 1.1 ciillure des lettres, 
et leiii- resta fidèle toute sa vie. Il 
•vov.igea d'abord en Allcniagne et en 
Italie , fut ensuite nomme Ijibliothe- 
caire de sa ville natale, puis occupa 
des places dans les bureaux de l'/id- 
ministr.ilion. Il entia dans le conseil 
souverniii, en i';45,et il obtint suc- 
cessivement les biiilliages d'Aaibeig, 
d'(Jrbe, d'Keh-illens et de Tscliarlitz. 
Il contribua à faire adopter le systè- 
me des greniers d'abondance , dnns 
sa patrie, et en surveilla la construc- 
tion. Réuni au célèbre Haller, il fa- 
vorisa rétablissement de l'hôpital des 
orphelins , et l,i fondation de l.i société 
économique de B<rne. Il se montra 
bon patriote dans toutes les occasions, 
et chercha enfin à propager les bons 
principes en agriculture. Il raoui ut , 
dans sa patrie , le 28 mars 1 '-84- C'é- 
tait un homme très in-Iruit et doué de 
sagacité. 11 s'est principalement oc- 
cupé des questions relatives à la na- 
vigation du nord-onest. Des i-ySS il 
inséra, dans le Journal helvétique^ un 
mémoire dans lequel il développait 
les raisons qui lui faisaient regarder 
le passage dn grand Océan dans la 
mer du Nord, par la mer Glaciale, 
comme possible. Ce fut cette pro- 
duction qui parut ensuite sous le litre 
suivant : 1. Mémoires et Observa- 
tions géographiques et critiques , 
sur la situalicn des pays septentrio- 
naux d'Asie et d'Amérique , etc. , 
Lausanne, l'jG'i, iu-4"., avec c.irles. 
Il le traduisit lui-même en allemand , 
Leipzig, 177'a, in-4°- Après avoir 
soigneusement comparé, entre elles, 
toutes les rrlations des voyages dans 
le nord, Engel cherche à prouver 
qu'il est possible de gagner le grand 
Océan en naviguant par le nord. Son 
hypothèse se fonde sur une opiniou 
dont la fausseté a depuis cté recon- 



ENG 

nue , c'est que l'eau de la racr ne peut 
geler. Le livre d'Kngel avant produit 
une certaine sensation en France et 
en Angleterre, et plusieurs personnes 
ayant soutenu que la mer n'était pas 
navigable dans les parages septen- 
trional. x, la société royale de Lon- 
dres invita le roi à ordonner une ex- 
pédition maritime au pôle arctique. 
L'expédition eut lieu sous le com- 
mandement du capitaine Phipps ( F". \ 
Phipps ), et son résultat ne fut pas fa- 
vorable aux assertions d'Engel. 11 fit, 
sous ses yeux , traduire en allemand la 
relation de ce voyage, et y ajouta des 
notes et des observations. Celte ver- 
sion parut , à Berne, eu 1777, in- 
4"., avec figures. II. Essai sur celte 
question ; quand et comment l'Amé- 
rique a t-elle été peuplée d'hommes 
et d' animaux ? par E. B. D. E. , 
Amsterdam , 1 767 , in-4 '• , ou 5 vol. 
in-i2. Engel soutient dans ce livre 
qu'avant le déluge , les eaux n'étaient 
pas aussi abondantes qu'elles le sont 
aujourd'hui , et que les deux hémis- 
phères n'étant pas séparés par une 
distance aussi considérable , le pas- 
sage de l'ancien au nouveau monde 
était plus facile. 11 ajoute que l'atlan- 
tide des anciens était située entre 
l'Afrique et l'Amérique , et servait , 
par conséquent , à rapprocher les 
d(ux continents; qu'il y avait aussi 
alors un passage de l'Océaa boréal 
dans le grand Oœan, que l'Amérique 
avait eu des habitants dès les temps 
les plus anciens , qu'il lui en était plus 
arrivé du midi que du nord de l'Asie , 
et que le déluge n'avait pas été uni- 
versel. Beaucoup de discussions relati- 
ves à l'éclaircissement de la Bible sont 
aussi traitées dans ce livre , où la 
question qui, d'après le titre , en de- 
vrait faire le sujet principal , n'occupe 
que liés p<u de pl.tce, ce qui a fait 
dire a quelqu'un que l'auteur s'y occu- 



pail do font oxrcplo de ce qinl .in- 
noiiçiil. 111. Mémoire sur la n(H>iga- 
iion dans la mer du l\ord , depuis 
le (i5 . de latitude vers le pôle , 
et depuis le \ o". au i oo". de longi- 
tude ^ Iknic, 1779, i vol. in-4". , 
avec une carte. Eiif^el eu revient tou- 
jours à la possibilité de la navigation 
dans rOièan boréal. Il indique une 
route qu'il croit sTire pour y par- 
venir , et donne d'aillcnrs des rensei- 
gnements curieux sur les pays situés 
dans ces parages glacés. IV. Remar- 
ques sur la partie de la relation du 
vojage du capitaine ( nok , qui con- 
cerne le détroit entre l'Asie et VA- 
mérique , avec une carte , iierne , 
1781 , I vol. in-4". Ces remarques 
avaient paru en allemand , l'année pré- 
cédente, en un volume in-8'. Engel 
se défend , eu liorame qui est pénétré 
de la bonté de sa cause , contre les 
raisonnements de Cock. Ces deux, 
ouvrages , et en général tous ceux 
qu'Engel a écrits en français , sont si 
remplis de germanismes que la lec- 
ture en est très fatiguante. V. Bihlio- 
theca selectissima , sive catahgus 
lihrorum in omni génère scientia- 
rum rarissimorum , quos nunc ve- 
num exponit, cum nctis perpetuis , 
Berne , i 745 , in-8°. Ce cataloj:ue est 
encore estimé à cause des anecdotes 
cl des notes qui s'y trouvent répan- 
dues. VI. Instructions sur la pom- 
me de terre, Iierne, 1772-74, 2 
vol. iu-8'., en alîemaud. VII. Mé- 
moire sur la rouille du Froment , 
Zurich, 1758. D'après cctouvrcgc, 
écrit en allemand , il paraît que cette 
maladie des blés avait été inconnue en 
Suisse jusqu'alors. VIII. Plusieurs 
autres ouvrages, sur l'économie ru- 
rale, imprimés séparéuieiit ou in- 
sérés dans les Mémoii es de la société 
économique de Berne, in-8''. , ï 7U0 et 
années suivaule?. Lts soins d'En^eî 



ENG 107 

pour faire réussir, pf ndant !a disette 
de 1772, la cultiue des pomme'* 
de Ifrre, lui valurent, de la part de la 
ville de Nyon , une médaille avec cette 
inscription : In sigrnim gratitudinis 
et rxvercntiœ cives Nevidunenses ; 
on voit sui le revers les syinbolps d«* 
r.-.gricnllnre avec rvi mots : Aller 
Triplolnnus nohis h'TC otia fer.it: 
iVxt rgne porte Ctxw 1 1 : Sam Engel 
Urb. et Seal, praef. ( r. Enui.o \ 
Es. 
ENGEL ( Jkan Jacques ), né Ir 
I I S( ptcmbrc 1741» ■' Farcbim. pe- 
tite ville du duché de Meekienbourg- 
Schwirin, où son père était pasteur. 
Depuis rà;;e de neuf ans il fréquent.! 
d'abord le gymnase, et plus t;rd l'u- 
nivei siié de Roslock. (Quoiqu'il se des- 
tinât au ministère de l'évangile, il s'oc- 
cupa de préférence de phiiosophic, 
de mathématiques et de physique; il 
renonça même lont-à-tait à la théolo- 
gie, vers I 7G5 , et se renc'it àLéipzi»; 
];our s'y livrer exclusivement à l'élud»; 
de la philosophie et de la littérature 
ancienne. Les ouvrages qu'il fit impri- 
mer, assurèrent son indépendance et 
le firent connaître au public d'une ma- 
nière très avantageuse. On lui offrit 
une chaire à l'imiversité de Gottin- 
gue et la direction de la bibliothèque 
de Gotha; la piété filiale lui fit préfé- 
rer l'emploi de professeur de morale 
rt de belles lettres à un des gymnases 
de Berlin, (jui le rapprochait de sa 
mère. Il remplit les fonctions de cette 
place depuis 1776 jusqu'en 1787. 
Dans les dernières années de la vie du 
grand Frédérie, i! fut choisi pour en- 
seigner les bcllcs-lrtlres aux enfants 
du ])rince de Prus.sc , neveu du roi. 
Ce prince . étant parvenu au trône, en 
1787 , chargea Engel et le célèbre 
poète lianiler de la direction du théâ- 
tre de Berlin , poste que sans doute 
il jugea convtmr a l'écrivain qui Yt< 



i3G EN G 

rai( (]p Ir.icrr avrc succès la tlicorie 
de l'an tlic'àtial. M-iis les inlrigiu s des 
coulissf'S laligiicrciit bientôt le savant, 
vain , hv jiocoiidre et incapable de 
supporter la coiitrarieie'. De'j^oûtc du 
théâtre et de la capitale , il donna sa 
démission , on i794' ^^ se ictira à 
Schwerin, où il vc'iut dans la société 
de son frère et de quc'ques amis j 
mai.- il ne put se refusera l'invilation 
honorable que lui adressa Frède'ric- 
Guillaume II!, inime'dialf ment après 
son avénenuût au trône. Il retourna 
à Bi rlin , et le roi assura à son ancien 
mai re une pension qui, sans l'assu- 
jétir à auciui travail re'glé , l'attacha à 
l'académie des sciences, et lui pirmit 
de donner tout son temps aux li lires 
et au soin que demandait la pub'ica- 
tion d'une édition complète de se s œu- 
vres ; le destin lui permit à peine de 
voir le commencement de citte publi- 
cation. Sa mère , ^ée de si'ixante- 
dix-huit ans , ay nt désiré qu'il vînt la 
voir encore une filis , il ne se laissa 
pas retenir pai- le mauvais état de sa 
santé, qui était deiabrée par suite des 
travaux forcés auxquels il s'était livré. 
11 fit le voyae;e de Parchim , mais d y 
arriva très affaibli , et y mourut , le 28 
juin iSo^, s.ms avoir jamais été ma- 
rié. Nous avons indiqué les principaux 
défauts qui déparaient le caractère 
d'Engel; nous ajouterons que quoiqu'il 
aimât la bonne société, il ne connut 
pas l'art d'y plaire en faisant valoir 
le mérite des autres; que sa vanité 
voulait dominer par tout, et que son 
humeur irascible donna lieu à des 
scènes désagréables; mais ces défauts 
étaient rachetés par de grandes quali- 
tés. La piété filiale, la bienfaisance, 
la constance dans ses amitiés, un res- 
pect inaltérable pour la vérité , une 
Laine profonde pour l'intrigue , un 
grand zèle pour le progrès des lettres; 
telles sont les vertus que ses ennemis 



ENG 

mêmes reconnu reit en lui, La nature 
lui avait doiuié une figure assez belle 
et des tr.iils agréables; dans les der- 
nières années de sa vie, te défaut 
d'exercice et un sommeil souvent trop 
prolongé firent naître un embonpoint 
qui lui devint à charge. Engel est 
compté, avec raison, parmi les écri- 
vains classiques de sa nation. S'il ne 
fut pas un homme de génie, il se dis- 
tingua par un excellent jugement, par 
une sagesse et un goût , par une élé- 
gance de style et une pureté de dic- 
tion qui sont rares en Allemagne. La 
collection de sesOEuvres, qu'il avait 
préparée lui-même et qui parut à 
B(i!in de iHoi à i8c6, forme 12 
vol. in-8'. Eile renferme très peu 
d'ouvrages qu'une critique sévère eût 
pu être tei'tée d'exclure d'un pareil 
monument. Nous n'indiquerons ici 
que les principales productions de cet 
éciivain, non d'^après l'ordre où elles 
sont placé( s dans ce recueil , mais 
d'anrès les dates des premières édi- 
tions. Deux pi tites comédies, le Fits 
reconnaissant et le Page, corameu- 
eèrent à fonder la réputation de l'au- 
teur; il les lit imprimer en 1770 et 
177/Î. Elles placèrent Engel à côté 
des meilleurs auteurs dramatiques al- 
lemands. L'une et l'autre ont été tra- 
duites en français et insérées dans le 
Théâtre allemand de Friedel, Le 
Page est l'origuial de la comédie 
des Deux Pages ( V. DezÈde ). L'au- 
teur de la pièce française y a ajouté le 
rôle du second page et quelques autres 
rôles qui ne se trouvent pas dans l'alle- 
mand ; la comédie d'Engel est plus 
simple et plus régulière que l'imita- 
tion française. En I 775 Engel publia 
son Philosophe du monde, en x vol, 
in-S^. C'est un recued de morceaux 
sur diverses questions de philosophie, 
de morale et de littérature, qui y sont 
traitées dans une forme qui doit plaire 



LNG 

aux gens du monde cl les instruire 
cil les amusinl. Un petit nombre de 
ces morreniix est d'Eb* rliaid , de 
Garve, de Friedlaendcr et de M<nclels- 
sohn. Il existe pcul être [)iii d'oiivra- 
j;es allemands aussi bien cciils que 
CCS deux vobimcsj il y règne la plus 
grande clarté', une facilite' et une élé- 
gance à laquelle les écrivains alle- 
mands n'ont pas souvent atteint : la 
lecture de ccrecueil est aussi attrayante 
qu'iustruclive. En i n85 parut la Théo- 
rie de la Mimique, i vol, in-8'. , or- 
nés de gravures au trait. L'auteur y 
recherche le principe d'après lequel 
les passions s'expriment sur la phy- 
sionomie et par les gestes, et en lire 
des règles pour l'orateur et l'acteur qui 
veulent imiter les mouvements de la 
nature. La forme épistolaire qu'il 
choisit, lui permit de donner à ses 
raisonnements une vai iélé et un inlc- 
rêt dont on ne croirait pas cette ma- 
tière susceptible. Une traduction fran- 
çaise assez médiocre de cet ouvrage, 
sous le titre d! Idées sur le geste, a 
été insérée par Jansen dans son Re- 
cueil de pièces intéressantes , con- 
cernant les beaux arts , les helles- 
leltres et la philosophie , traduites 
de différentes langues, Paris , i ■^87 , 
5 vol. in-S". La première édition du 
Miroir des princes d'Engcl parut 
en 1 796. Sous ce titre l'auteur a 
réuni une suite de morceaux de mo- 
rale , destinés à l'instruction des prin- 
ces et surtout de ceux qui doivent 
régner un jour. Le roman de Lorenz 
Stark fut la dernière production de 
cet écrivain ; il avait près de soixante 
ans lorsqu'il le composa. Ce roman eut 
un très grand succès en Allemagne, 
et il le méritait, sans doute, par cette 
admirable pureté de diction qui dis- 
tingue tout ce qui est sorti de la plu- 
me d'Eiigel ; on y rencontre des ca- 
ractères bien tracés et parfaitement 



E N G 1 5«) 

soutenus jusqucs dans leurs plus pc- 
li!(s iinanirs , des observations finis 
tt spirituelles, une excellente morale, 
et un grand art dans le dialogue ; 
m;ii> l'intérêt est faible et l'action lan- 
guit sonvent, S — L. 

ENGEL ( Charles -Christian ), 
frère puîné du précédent , naquit , 
comme lui, à Parchim , le 1 2 août 
1^52 , et mourut, le 4 janvier 1801, 
à Schwerin oii ilavait exercé la mé- 
decine. 11 a publié quelques poésies et 
ouvrages de littérature qui lui ont 
fait une certaine réputation , sans 
qu'il ait réussi , cependant, à s'élever 
au rang d'écrivain classique que sou 
frère occupe. Une petite brochure 
qu'il fit imprimer, en 1787, et qui, 
depuis, a eu plusieurs éditions, fit dans 
le temps une grande sensation, parce 
qu'elle traitait , dans une forme popu- 
laire , une question intéressante qui 
cependant a rarement occupé les phi- 
losophes. Il y examine de quelle ma- 
nière l'ame existera après sa sépara- 
tion du corps , et comment elle conti- 
nuera à communiquer avec les âmes 
de ceux qu'elle a connus sur la terre. 
Cet ouvrage est intitulé : Nous nous 
reverrons. Eugel lui a donné la forme 
dramatique ; mais il est bien infé- 
rieur à son frère dans l'art du dialo- 
gue. Il a donné quelques pièces de 
théâtre, Biondelta , en 4 actes, imitée 
du roman de Cazoîte , Y Anniversaire 
de naissance, ou les Surprises, en ua 
acte ; V Erreur , etc. S — l. 

ENGKL (André), /^o?'. Angélus. 

ENGELbERT , ' abbé d'Aimont , 
ordre de St.-Benoît , dans la Styrie , 
mourut en i35i , après avoir admi- 
nistré sagement ce monastère pendant 
trente-quatre ans. 11 a laissé un grand 
nombre d'ouvrages j mais on se con- 
tentera de citer les plus importants : 
I, De ortu , progressa etjîne imperii 
Romani. Gaspard JBrusch ( Voyez 



i4o ENG 

UnUbCH) publia cet oiivrngc a BA!e en 
1557), in-K .; iii.c «rcondc edilioii 
p;triil .1 M.iïciice, i6o5, iii-8". ; Joa- 
chiin Cliilcnius cii dorna une tioisiè- 
iQf , Offtihach, iGio, iu - 8 . ; et 
enfui André Scliotl l'inséra , fivcc des 
additions , dans sou Supplemeiitum 
ad Bihl. patrum , Cologne, 1G.22. 
La fin du monde y est annon- 
cé^ comrao très prorhaine; II. Fu- 
neçjricus in coronalionem Fadul- 
phi Ilnlspurs^ensis. Ctve, cl après 
Jni Ondin , assurent que ce pccme a 
été imprimé dans la plupart des col- 
leciions relatives à l'histoire de i'Alle- 
liiaj;ne 5 mais J. A. Faluicius déclare 
qu'il ne l'a trouvé dans aucune. III. 
Epistola En^elbeiti de studiis et 
scriptis suis. Elle est adressée à UI- 
ricli , sriiolasiiqiic de Vienne. Le Père 
Pcz l'a insérée dans ses ^iiecdota , 
toni. 1""''. Les ouvrages d'Eiigelbert, 
dont elle contient la liste , sont au 
nombic de irentc-stpt; les suivants 
ont été publié- dans les ^necdula et 
dans la Bibl. ascetica de I\7,. IV. De 
ç^rndis et virtiitibus B. Mariœ vir- 
ginis. Anecdot., tom.i''. V. Traclatiis 
super passionem secnndàm Mal- 
thœurrii bibl. ascét.tum. viii. W.De 
lihero arbitrio iructatits ; Aneed. , 
tom. IV. Vil. De provideniid ; liibl. 
asc. , tom. VI. VIIL De statu dejunc- 
ioritm ; Bibl. , tom. ix. IX. De causd 
longœvitaûs hominum anlè dilii- 
vium; Anecd. , tome i" . X. Spéculum 
virtulum. Cet ouvrage, divisé en douze 
parties, forme le 5'. 'volume de la 
Bibl. ascet. XI. Expositio super psal- 
miim : beau immaculati. L'intro- 
ductiou qu'Etigelbcrt avait placée en 
tèle de ce commentaire a été impri- 
mée piar le P. Pcz dans son Codex 
diplomatico - historico - epislolaris. 
W— s, 
ENGELBRECHT ( Jean ) , famci;x 
visionnaire allemand , naquit à 



ENG 

Brnnsviick en 1 599. Son père , qui 
était tailleur, ne l'envoya que peu de 
temps aux écoles , de sorte qu'il en 
sortit sachant à peu près lire et si- 
gner son nom. On le mit ensuite pen- 
dant trois ans en apprentissage chez 
un f.ibricant de drap; mais sa mau- 
vaise santé le força à revenir chez 
lui , où il eut bi( n de la peine à ga- 
gner sa vie à filer de la laine. Cet 
état lui causa une si profonde mc- 
lanciilie et de si cruelles aneoisscs 
qu'il éprouva fréquemunnl des ten- 
tations de s'6l<r la vie par tontes sor- 
tes de moyens ; souvent il ciurait 
dans les rues au milieu de la nuit 
pour se dérober aux terreurs dont 
il était assadli. Ne trouvant ni re- 
pos ni consolation, il a'.l.iit tons les 
jours a l'église aemander àDu u d'avoir 
compassion du iralbeurcux état où il 
se trouvait. Cinq Ibis par jour il 
])riait à genoux pendant ui'c derni- 
lieure. Cftle habitude fit prendre à 
sa maladie mentale une direction vers 
les rêveries religieiisf s. Eu 1622, le 
second dimanche de l'Avcnt, ayant 
vu l'apns- midi fort peu de monde à 
l'église, il en fut tout à coup saisi d'une 
mélancolie profonde. De retour chez 
lui il se mit au lit , et conçut une 
telle horreur pour toute espèce de 
iiouiriture qu'il ne put rien avaler. 
Enfin au bout de trois jours i! es- 
saya , pour faire plaisir à sa mère , 
de manger un peu de poisson rôti; 
mais ce mets s'airêla dans son œso- 
phage, et il eût été suHoqué s'il ne 
l'eut rrndu. Croyant qu'd allait mou- 
rir, il demanda la cène. Il avala sans 
obstacle le pain et le vin j mais en- 
suite il ne put absolument rien pren- 
dre. Il poussa des cris si lamenta- 
bles qu'on put l'entendie de plu- 
sieurs maisons éloignées, ce qui en- 
gagea les ecclésiastiques à faire pour 
lui des prières. Sou jcûue dura huit 



FNG 

jours, et peut-être il y entra de la 
supercherie. C'peiid.int ses forces di- 
inimiaicnt gr;idiielieinciit; on s'allen- 
d.iit à chaque instant à le voir mou- 
rir. Eireclivcinent ses cxircmifc's se 
refroidirent, rinsensibiiile gagna tout 
son corps j il devint roidc et immo- 
bile; il perdit la ])aroIe et l'usage de 
.ses sens. Il lui sembla vers n.iiuiit 
que son corps elait emporte' à tra- 
vers les airs avec la rajùdite' d'uuc 
floche. Après un voyage très court il 
arriva à ia porte de l'enfer, où ré- 
gnait une obscurile profonde , et 
d'où s'exhalait une puanictir à la- 
quel c il n'y a rien à comparer sur 
terre. Il entendit les cris et les ge'- 
ïnissements des damnes ; une légion 
de diables voulut l'entraîner dans 
l'abîme ; il se débarrassa de leurs 
giiffes , pria ; tout cet horrible spec- 
tacle s'évanouit. Le St.-E-prit lui ip- 
parut .sous la forme d'un homme 
blanc, et !c conduisit in par«idis.Qujud 
Eiigelitrccht se fut rassasie' de toutes 
les délices du séjour divin , Dieu lui 
ordonna , par le mini>tèied'un ange, 
de retourner sur la terre pour y an- 
noncer ce qu'il avait vu , entendu et 
senii. Le St.-E-iprit l'avait tout d'un 
coup complètement instruit , et l'avait 
charge de la mission d'exhorter les 
homuies à la pénitence. Alors Eu- 
gelbrecht revint graduellement à Ja 
vie en racontant sa vision. D ms un 
de ses ouvrages il dit que tous les as- 
sistants sentirent la puanteur horri- 
ble de l'enfer, et que lui-même en 
sortant de son lit en etiit encore af- 
fecte; mais personne, excepté Un, ne 
sentit les parfums snavcN de la de- 
meure des bit nlieurenx. Il annotiça 
dès-ior- hautement qu'ri otiit )e(lle- 
inent mort et ressusciié, el fonda sur 
ce prodige la vérité de sa niiviion. 
Quoique après sa prétendu'j résui- 
rectioQ il se trouvât sain et vigou- 



ENG i/,! 

renx, l'appeiil ne lui revint pourttnt 
qu'au bout de six jours , et encore ce 
ne lut (pie lorsrpi'il l'eut ardemment 
demandé à Dieu; mai* il passa en- 
core plusieurs semaines sans dor- 
mir , ce qui produisit de nouveaux 
in.idents que ce rêveur donn.i en- 
core pour des prodiges et des visiojis. 
11 prêchait, enseignait, chantait et 
fredonnait toute la journée. Le soir 
il ne se sentait nullcninit fatigue, et 
passait la iiuil sans dormir. Il enten- 
dit pendant quarante nuits une mu- 
sique céleste si harmonieuse qu'il ne 
put s'empêcher d'y joindre sa voix. 
Son insomnie dura trois mois malgré 
les potions soninifcrcs que lui fit 
prendre un médecin. l'our obéir à 
l'ordre qu'il av.iit reçu de Dieu , il 
prêcha d'abord dans sa maison de- 
vant un grand concours de monde; 
mais ses amis craignant qu'il ne de- 
vînt fou à force do trop parler, parce 
que ia canicule avait déjà agi sur son 
cerveau , ne laissèrent entrer personne 
chez lui; alors il alla de maison en 
m lison , et prêcha comme il put. Il 
parlait de visions , de révélations ex- 
traordin lires ,raai3 peu surprenantes, 
puisqu'il ]iass;.it souvent trois se- 
maines sans prendre presque aucune 
nourriture. A Brunswick on se mo- 
qua de ses discours décousus. Tant 
qu'il n'attiqua pas les ecclésiastiques, 
il y en eut qui reconnurent chez En- 
gelbrecht quelque cho-e de surnatu- 
re! ; mais ayant déclamé contre leur 
avarice et leur orgueil , ils décla- 
rèront que tojt n'était qno l'oeuvre 
du ùémon. Comme l'on se contenta 
de l'exelure de la rènt, il soutint que 
l'on était persuadé de la divinité de 
sa doctrine; mai» il aspirait à la per- 
seeulinn, c'fst pourquoi il quitta en 
i6i4sa ville natale, et erra long- 
temps d'un lieu à l'autre, dans la 
Basse - Saxe et dans le duché' de 



i4i ENG 

Schleswig , racontant ses visions , ses 
extases, etc. Un jour il dit, entre 
autres extravaj^aiices, qu'il avait vu 
les âmes de» bienheureux voltiger au- 
tour de lui comme les e'tiiicellts d'un 
grand incendie, et que , voulant se 
mêler à Iciir danse , il prit le soleil 
dans une main, la lune dans une au- 
tre, et commença alors à cabrioler 
avec ces anics. Toutes ces absurdi- 
te's ne t'empêchèrent pourtant pas de 
faire des prosélytes. A Norlorf" dans 
le Holstein il gagna le prédicateur 
Paul Ejrard , qui dit hautement que 
tout cela ét'iit un œuvre de Dieu. Dans 
d'antres endroits on lui fit subir des 
interrogatoires , on le traita de fou, 
on le chnssa. Engelbrecht, étant à 
Hjrabourg en i65i, chercha à con- 
firijier par im miracle la vérité des ré- 
vélations qu'il obtenait de Dieu. H 
passerait , disait-il, quinze jours sans 
marg' r ni boire. Il supporta ce jeûne , 
ce qui produisit beaucoup d'effet sur 
la multitude. Cependant des liber- 
tins , des incrédules prétendirent que 
la nuit il se faisait apporter de la 
nourriture en cachette; quelques-uns 
soutinrent même qu'ils l'avaient vu 
mangrr. 11 dcmmda, pour les con- 
fondre, qu'on l'eiilérmât dans la mai- 
son de force, oii l'on pourrait le gar- 
der à vue ; mais les magistrats le chas- 
sèrent de la ville. Après avoir long- 
temps erré de tous côtés, Engelbrecht 
tomba dans un épuisement total, et 
vint mourir dans sa patrie an mois 
de février 1642. I--? clergé refusa 
d'a«sister à son enterrement , qui eut 
lieu snns aucune des «érémonifs usi- 
tées par l'église. Quoique Engelbrecht 
ne sût pas très bien lire, et préten- 
dît par conséquent qu'avanl 1640 il 
n'avait pas lu la Bible , il a cepen- 
dant laissé divers ouvrages, dans les- 
quels il a ramas'é plusieurs passages 
de l'Ecriture-Sainte. Tous sont en al- 



ENG 

Icmand : I. véritable Vue et His- 
toire du Ciel, Brunswick, lôaS, 
1640; Amsterdam, 1690, in - 4°- 
C'csi le récit de son excursion en en- 
fer et en paradis ; H. Mandat et or- 
dre divin et céleste délivrés par la 
chancellerie céleste, Brème, lôîS, 
in-4 ". Cet écrit est le seul qui manque 
dans le recueil intitulé : Œuvres , 
Visions et Révélations divines de 
Jean Engelbrecht, lôsS, in -8"., 
Bnmswick , i64o ; Amsterdam , 
1680, in-4"- Traduit en anglais 
(1781,2 vol. in-8''. ) , par Fr. Okely, 
qui y a joint une notice sur la vie et 
les écrits de l'auteur. Ce recueil avait 
aussi été traduit en hollandais, Ams- 
terdam, i6ç)7 , in-8'.; en fran- 
çais, ibid., in-8". Quelques-unes de 
ses productions se trouvent en fran- 
çais dans les Œuvres de M'^". Bouri- 
gnon. Un anonyme , probablement 
Paul Egard , a publié la Vie d'Engel- 
brecbt, 1684, in 8\ E — s. 

ENGELi;RECHT (Hermann- 
Henri ) , jurisconsulte, publiciste et 
littérateur allemand, né à Grcifswald 
en 170;), fut fait professeur en droit 
et assesseur du consistoire suédois 
dans sa patrie on i '•5'j , et vice pré- 
sident du tribunal d'appel de Wis- 
mar en i-5o. Il mourut le 4 mars 
I 760. VoiLi ses prineipaux ouvrages : 
1. De mentis Pomeranorum in JU' 
risprudenliam naturalem , Greifs- 
Ava'd, 1721 , in-4°. ; H- Delineatio 
staliîs Pomeraniœ suethicœ, ib. , 
1741? if>-4''-î \l\. Selectiores con- 
sultationes collegH jureconsultorum 
academhv Crrptiswaldenis , Stral- 
sund ,1741, in-tol. ; IV. des Lettres 
sur l'Histoire littéraire de la Suède, sur 
l'état de l'université de Lnnden , etc. 
insérées dans Pour et Contre , ou- 
vrage périodique. Forez sa Vie, pu- 
bliée par Daenhert, Greifswald, 1 760, 
in-4". G. M. P. 



ENG 

ENGELBKECHT-ENGEL- 
BR ECH TSO N , admiiiistraleur de 
Suède ;m i5 . siè "le. Il c'iit né daiis 
la province deD.déc.iilic' , d'une fa- 
mille (|ui avait paît à l'e\pluitatioii 
de^ mines de cuivrr. M irj^iRTite, 
fille de Valdemar, étant morte eu 
i\ii, Eiic Xlll, son arrière-ne- 
veu, hérita des trois couronnes du 
Nord en vertu du traite' de C ilmar ; 
mais il ne possédait ani'uue des qua- 
lités de la renie ilhi'^tre à qui il de- 
vait son élévation; làclie, irré'iulu et 
en même temps jaloux de son pou- 
voir, il ne sut se concilier l'attache- 
ment d'aucun des peuples dont il était 
le chef, il irnia surtout les Suédois eu 
les accablant d'impôts, qu'il fiisait le- 
ver par des Allemands et des Da- 
noi-.. Joss Ericson fut envoyé de Da- 
nemark en Dalécariiepour èlre l'admi- 
nistrateur de cette province, et il eu 
devint le fléau. Api'ès avoir enlevé 
aux habitants huis chevaux et leurs 
Lœnfs, il les fil atteler eux mêmes à 
la charrue. Ceux qui résistaient étaient 
condamnés à périr sous le fouet ou 
dans une épaisse fumée , supplice 
alors usité. Indij^nés de ces traite- 
ments barbares, les Dalc'carliens se 
rassemblèrent pour délibérer sur le 
parti qu'ils devaient prendre, [.«"ur 
désespoir étiit tel, dit uu htstorien 
suédiiis , qu'ils répandaient des lar- 
mes , et faisaient retentir les mon- 
tagnes de leurs cris. Ils curent enfin 
recours à Enj:;elbrecht , ne parmi 
eux et connu par sa valeur autant 
que par sa prudence. Pour calmer 
leur agitation Engelbrecht leur pro- 
mit de se rendre a Copenhague , où 
résidait le roi , et de porter leurs 
plaintes au pied du trône, \dmis de- 
vant Eric, il traça letabieiu des mal- 
heurs de ses compatriotes, et offrit 
de se constituer prisonnier jusqu'à ce 
^e la conduite du gouverneur eût 



EN G l'p 

e'té cxamine'c. Ses p'aintcs ayant été 
trouvées JM>tes, le roi promit d'y 
avoir é^ard. Ccpend int le gouverneur 
fut maintenu , et lecomm -nça bi»*n- 
tôt ses exactions. Mngi Ibrecht s'ct int 
rendu une seconde lois à Copenha- 
gue, Eric refusa de le voir, et lui fit 
dcfndie, sous peine de mort, de re- 
p iraître à la > our. Prom- es dans 
leurs es])érinces, les Dalécarliens re- 
courun-nl aux arraps , et Kngelbrecht 
se mit à 'leur 'été. Il chassa les gou- 
verneurs danois , s'empara de plu- 
sieurs forteresses, et ses succès en- 
tr.iînèrent dans son parti la plupirt 
des provinces. Le sénat et les états 
s'étaiit assemblés dans la ville de 
Vadsteni, le général victorieux pa- 
rut au milieu des mandataires de la 
nation, et appuyé d'une armée de 
cent mille hommes , il exigea qu'Eric 
fîil déposé pour avoir violé ses pro- 
messes et enfreint les stipulations du 
traité de Calmar. Eric instruit de ces 
événements se hâta de rassembler des 
troupes, et se rendit en Suède, oiî 
quelques places fortes étaient encore 
occupées par ses partisans. Il s'aper- 
çut cependant bientôt que la force ne 
réluirait point un peuple soulevé en 
m isse , et il eut recours aux négo- 
ciations. Un traité fut signé à Stock- 
holm, par lequel le rui renouvelait 
ses engagements. Mais ce tr lité avant 
été bientôt perdu de vue par un 
prince aveuslé sur >es propres inté- 
rêts , E'igeibrecht reparaît à la tête 
d'une armée, s'empare de plusieurs 
places importantes , et assiège la ci- 
tadelle de Stockholm, Une diète con- 
voquée dans la ville d'Arb >ga décréta 
que l'obéissance serait refusée au roi , 
s'il ne se conformait à ses » ngage- 
menls. Abattu par le revers, Eric ne 
sut prendre aucune mesure convena- 
ble, et peu après il perdit la cou- 
ronne. La fermentation des esprits et 



i/,4 KNG 

)e choc drs passions avaient cepen- 
dant fait n-ntrc des partis, donl les in- 
térêts étaient difficiles à concilier. 
Lorsqu'on procéda à l'e'îection d'na 
administrateur, Us snd'iajçes furent 
])artac;cs entre Engelbieclit, appnyc 
j)ir le pciip c, et Charles Cmutson, 
>onlenM p.;r les grands. Pour prëve- 
iiir la guerre civile, il fut aricie que 
K' pouvoir serait partage' intre les 
deux concurrents. I\I,iis Charles fut 
Lientôt délivre d'un rival dont il crai- 
•;nait l'influence sur la multitude, et 
l'on prétend même qu'il eut part à la 
trahison dont ce rival devint la vic- 
time. Enge!brecht, appelé à Sîock- 
liolra par des soins importants, s'était 
mis en route maigre' la faiblesse qu'une 
maladie lui avait laissée. 11 n'était 
accompagne que de sa femme et de 
quehpies domestiques. En passant le 
lac dcHlelmar, il descendit vers le 
soir dans une île de ce lac pour y 
prendre dn repos. Magnus Bengt- 
son, d'une famille considérable, ])a- 
rut tout à cou|) dans un bateau. Ne 
soupçonnant point ses intentions, 
l'administrateur lui fit indiquer un 
abordage, et fut au-devant de lui. 
BengtsuD, après avoir éclaté en me- 
naces, saisit la hache dont il était ar- 
mé, et en frappa Engelbrecht , qui 
expira aussitôt. Cet assassiiiat eut lieu 
Je 4 '^^i i456. L'assassin prit la 
fuite, et se cacha dans son château, 
voisin du lac. l^es paysans de la con- 
trée l'avant poursuivi pour venger la 
juort deceiui qu'ils i egardiient comme 
leur pi otecteur , il chercha un asyle 
plus écàrlé, et peu après Charles 
Canulson le prit sous sa protection. 
Les paysans se r issemblèrent cepen- 
dant de nouveau, et transportèrent 
solennellement le corps d'Engelbrecht 
à la vdle d'Oerebro , où il fut dé- 
posé dans le ttmple principal avec 
tous les boimeurs funèbres. L'insui-^ 



ENG 

rection provoquée par un gonvof-» 
neur tyrannique, et dirigée par En- 
gelbrecht , devint le signal de ces 
mouvements et de ces catastrophes 
dont la Sni'.de fut le théâtre pendant 
plus d'un siècle, et qui ne se leiuii- 
uèrrnt que lorsque Gustave Vasa fut 
monté sur le trône. C — av. 

ENGELBRECHTSEN. roj^. Cor- 

KILLE. 

ENGEfiGRAVE (Henri), savant 
jésuite de la lielgiqne , né à Anvers 
en i(3i o, entra dans la société de Jé- 
sus à dix-huit ans, et y fit bientôt les 
quatre vœux qui v étaient d'usage. Le 
goût que ses maîtres développèrent 
en lui pour les auteurs profanes de 
l'ancienne Rome, ne préjudicia j^oint 
aux penchants religieux qui l'avaient 
fait entrer dans cet ordre , rt ne dimi- 
ima point sou ardeur pour les études 
ecclésiastiques. La lecture des Saints- 
Pères et des auteurs théologiques al- 
lait de pair chez lui avec celle des 
écrivains du L^tium,et son excel- 
lente mémoire conservait égilcment 
ce qu'il avait lu dans les uns et dans 
les autres. 11 fut de bonne heure 
))r(imu à une chaire d'humanités dans 
i'(m des collèges publics tenus par 
les jésuites , et son mérite l'y fit bien- 
tôt élever à la charge de rectcir. On 
le vit gouverner successivement ceux 
d'Oudenarde, de Cassel, de Bruges 
et d'Anvers, se montrant partout aussi 
zélé pour inspirer la piété aux jeunes 
gens, et régler leurs mœurs suivant 
la raoïale de i'Evangile, que pour ac- 
célérer leur progrès dans la con- 
naissance et l'amour des belles-lettres 
latines. Lors même qu'il n'était plus 
chargé deles cnseigni r directement, 
il ne pouvait s'eiu[)êchpr d'en don- 
ner des leçons jusque dans les prédi- 
cations qu'en sa qualité de iect< ur il 
ét.iit oMigé de iaire aux émdiants les 
dimanches et fêles, et dans ces espècei 



y 



âc sermons , tous assez Ionf;s et en 
latiu , compusc's onliiiairciia-iit de 
trois parties , il ariiciiail (]'licuieuscs 
tilatious de Virgile, d'IIuiace, d'U- 
vide , de I^ucrcce , de Cicéioii , de 
Seiic(iiie , de Pline, de Valère-M.ixime, 
tic, (|ii'd associait à des passages 
Lien clioisis de S. Aii<;!jsliu , de 
S. Léon, de S. Cliiysoslùiue, etc., 
etc. Le tort de ce mélange, si à la 
mode dans son siècle, se l'ait assez gc- 
Heralenieiit pardonner ici par le bon 
choix et i'à- propos des citations , 
parmi lesquelles il s'en trouve en- 
core d'auteurs qui avaient traite en 
lai in des matières scientifiques. On 
voit Eugclgrave presque médecin dans 
son discours sur VAniwncialiun de 
la bienheureuse Fierge Marie et 
V Incarnation du Fcrbe { Cœluin 
e/rt/?>T(i?Mm, part, i), où il expose 
aux jeunes geus les maux physiques 
dans lesquels entraîne h libcrîi- 
uage; et ce n'est pas le seul endroit 
curieux des prédications de ce jé- 
suite. Il était versé dans presque 
toutes les sciences; on lui donnait, 
du moins parmi ses confrères, la 
qualificalion de OJJioina scienùa- 
ftiim. La passion de i'étuJe , sans la- 
^quelle il n'aurait pu acquérir des con- 
■lUiissances aussi étendues et aussi va- 
•riées , ne l'empêcha cepcndau't point 
de remplir les devoirs particuliers 
qui lui étaient prescrits par la règle 
de son ordre, ni de vaquer aux fonc- 
tions du ministère sacerdotal, même 
au-delà des collèges. Alors même qu'il 
y éîait recteur , et qu'il prêchait avec 
tant d'assiduité et de soin aux éco- 
liers , il dirigeait une de ces pieuses 
congrégations de séculiers que les jé- 
suites formaient dans tous les lieux 
oii ils avaient des établissements. 
Engelgrave fut pendant quinze ans le 
directeur de celle des hommes ma- 
riés d'Auvcts, etdauslc même temps 



EN G i^r, 

il allait prêcher chrz les religieuses 
et diriger leur conscience. (Jn 1« 
trouv.iit encore au confes-,ional tontes 
les fois qu'on y avait besoin de lui. 
Devenu presque sexagénaire, et ne 
pouvant plus s'adonner autant à la 
prédication, il entreprit d'écrire uit 
Commentaire sur les Ei^ant^iles du 
Carême; miis la mort vint airê- 
ter ce travail. 11 finit ses jours à An- 
vers le 8 mars 1G70, après avoir 
vu ses sermons impiiuiés plusieurs 
fois, et lus partout avec le plus vif 
intérêt. G»- sont: 1. Lux Evnn^elica, 
suh vélum sacrorum embleinalum 
recondila in anni dominicas, selectd 
historid et moraii doclrind varié 
adumbrala, en 2 part, ou tomes, 
in-4°. , imprimés à Anvers, le i'"". , 
en 1648 et le second en 16") 1, Il 
s'en (it ensuite sept autres réimpres- 
sions sous différents formats, notam- 
ment une à Amsterdam, iGj5, 1 
vol. in - 1 2 ; II. Lucis Efangelicœ 
subvelum sacrorum emblematumre- 
condit'.e pars lertia , hoc est cœleste 
Panthéon , sive cœlum noi>um in 
festa et gesta sanclorum tolius anni 
selectd historid et moraii doclrind 
varié illustratum , un volume in- 
fo)., imprimé par J. Biisée à Cologne 
en lÔy-j; réimprimé par le mèine , 
Anvers, i658, in-4". ; Amsterdam, 
iGjq, in-8\; 111. Cœlum empy 
reum, non vanis et Jictis constella- 
tionum monstris belluarum sed di- 
vum domus Domini Jésus- Christi , 
ejusque illibalœ Firginis matris 
Mariée , sanctorum apostolorum , 
martjrum , confessorum , Firgi^ 
num splendidè , etc. , illustratum... 
moraii doclrind , sacra an profana 
historid lucubratum , ni -fol., im- 
primé par J. Busée à Cologn' en 
1 658 , réimprimé in-4 ". par le même , 
et ensuite à Amsterdam en 1 ;><)(), 
il vel. iu 12J IV. Cœlum emp/- 



i46 EN G 

reitm , pars altéra, etc. , Colo;!;he , 
1669, lin vol. iu-fol,, réimprimé par 
le même en in-4"., et otuore par un 
autre a Amsttnlam , in-8°. , la même 
année. Cette édition d'Arasterd.im 
sert de suite à celles des précédents 
ouvrages imprimés dans la même 
ville par la même imprimeiie. Ils 
formeut une jolie colkclion de six 
volumes, ornés d'emblèmes ou vi- 
cnettes gravées en taille-douce avec 
fa plus grande netteté. Los idées de 
la plupart sont aussi délicates (ju'in- 
génieuses, et il est évident que c'est 
Engeîgrave qui les a fournies. On 
voit , par exemple, au sermon sur la 
Circoncision , un ange qui , avec un 
instrument tranchant , écrit un nom 
sur l'écorce d'un jeune arbre; au- 
dessus de la vignette sont ces mots 
de l'évangéliste S. Luc : P^ocatum 
est nomen ejus Jésus , et au-des- 
sous est ce demi-vers de l'EnéïJe : 

Pulchrum properat per vulnera nomen. 

L'emblème du discours sur la Tri- 
nité est le soleil se triplant en quel- 
que sorte sans cesser d'être unique, 
en se réfléchissant dans un miroir 
placé au bord d'un lac tranquille qui 
répète son image; au-dessus sont 
, ces paroles de l'épître de S. Jean : 
Hi très unum sunt. En citant ces 
emblèmes heureusement trouves, 
nous conviendrons toutefois qu'il y 
eu a plusieurs de ridicules et pué- 
rils. Henri Engeîgrave a encore pu- 
blié des Méditations sur la passion 
de Notre-Seigneur ; niais elles sont 
en flamand. Elles furent imprimées 
in - 8'. à Anvers en 1670. — Il eut 
un frère nommé Jean - Baptiste , 
aussi jésuite , qui était son aîné ; il 
avait vu le jour en 1601 , dans la 
même ville. On a de lui un ouvrace 
ascétique intitulé : Medilationes per 
tolLim annum in omnes dominicas 



ENG 

et /esta, in-4"., Anvers, 1654. Ce 

jésuite jouissait d'une grande co .sidé- 
ratioii dans son ordre; apiès avoir 
gouverné le collège de Bruges , il fut 
à deux reprises différentes adminis- 
trateur des maisons jésuitiques de la 
province de Flandre, alla à Rome 
comme député de l'ordre à la neu- 
vième congrégation générale des jé- 
sui'es, où il assista en cette qualité, 
et devint enfin supérieur de la maison 
professe d'Anvers. Ce fut là qu'il 
mourut le 3 mai i658. Scrupuleux 
observateur de sa règle, il poussait 
l'oijservance du vœu de pauvreté au 
point que si on lui donnait une sou- 
tane neuve, quoique d'une étoffe sim- 
ple et grossière, il la trempait dans 
l'eau pour qu'il n'y restât absolu- 
ment rien du lustre de la fabrique. Il 
ne soufflait pas que l'on mît dans sa 
chambre des tableaux ou des images 
passablement dessinées , de crainte 
qu'elles ne parussent avoir une cer- 
taine valeur, et lorsqu'il était ma- 
lade il ne permettait pas qu'on subs- 
tituât aucun mets délicat à ceux de 
la nourriture commune du réfecloire, 
— Assuérus Engelgrave , frère 
des deux précédents , bachelier en 
théologie et prédicateur, qui eut dans 
sou temps quelque célébrité, entra 
dans l'ordre de S. Dominique , et 
mourut à la fleur de son âge le 21 
juillet 1640. H a laissé des Sermons 
qui se sont long-temps conservés en 
manuscrit d ins les maisons de son 
ordre à Briiues et à Anvers. G — w. 
ENGELHARD (Nicolas), na- 
quit à Berne en 1698, et s'appliqua 
avec succès aux mathématiques et à 
la philosophie. Après avoir fait un 
voyage en Hollande, il fut nommé 
professeur de mathématiques à l'uni- 
versité de Duisbuig en i^aS. Cinq 
ans après il devint professeur de 
la même science à Grooingue, oiî il 



ENG 

wourul le lo noût 1765. OiUro plu- 
sieurs (lisscit.itioris , il a piililic des 
Bemarquvs sur lapltysiqiin de Mus- 
scheiihroék en 1738; îles Instilutions 
de. philosophie en 173^; l'Otium 
Gri)ninganuin, etc. U — i. 

ENGELH\KD (Régnier;, na- 
quit à C.is»cl le 3o ociobic 1717. 
c'tndia à M.iiburg, à léna et à fi<ip- 
zig , pissa sa vio à remplir diverses 
charges dans l'administration de la 
qurrre , et s'en acqiiitta de manière à 
être toujours distinj^ué par les prin; es 
de He-se- Gasscl, qui lui confièrent 
plusieurs opérations importantes. Il 
a donné une description gèograpi.i- 
que de sou p^ys, avec des notes et 
des comm'Milnires d'après les chroni- 
ques. Cet ouvrage est estimé pour la 
précision des détails. Il se livra aus.si 
à l'étude du droit nature;, et a laiNsé 
quelqu'S ouvrages, dont les princi- 
paux sont : 1. Spécimen jiiris feu- 
doruin natnraiis , Liipzg, 174'^ > 
in-4''.; II. Speciman juris mililnin 
naturalis , méthode scienlijicd cotis- 
criptum , ibid., 1754 , iii-4 "•; '!'• 
Essai sur le droit piquai universel 
d'uprès les principes du droit natu- 
rel, ibid-, 17^1 , in-S".; IV^. Des- 
cription ge'ographiqne du pays de 
H esse , Cassel , 1776, iu-8'. Ces 
deux, ouvrages sont en allemand En- 
gelhard mourut à Cassel le G décem- 
bre 1777? âgé de soixante ans. 

G T. 

ENGELHARDT ( Daniel ). F. 
Angelocrator. 

ENGEI.KUSEN (Thierri d'), 
né dans le duché de H^novie, prê- 
tre, chanoine d'Hildeslieim, et en- 
suite supérieur d'un monastère à 
Witenborch , mourut eu i^So. Il 
est auieur d'une Chronique ti\ latin, 
qui s'éteud depuis la création jus- 
qu'à l'année \!i'Xo, et que Matiiias 
Doriug a continuée. ( Fo^. Doring ). 



ENG 147 

Je.in Herold et Guillaura<B.idé avaient 
annoncé le projet de mettre au )our 
cette Chronique. Joach.-Jeau Âla- 
der en inséra des extraits dans ses 
AnLiquilatcs Brunswicenses , et ia 
publia dix ans api es, Hclins'aedt , 
1G71 , iii-4"'» après en avoir revu le 
texte sur ((uaire manuscrits iliff-;renls. 
Lcibnit/, l'a insérée, avec nue partie 
de ia continuation de Doring , dans 
ses Scriptores rerum Brunswicen- 
sium , îom. 11, et a placé à li suite 
nne courte généalogie des ducs de 
Brunswick , dont il regarde Engel- 
husen comme i'autcur. Fabricius a 
donné dans la Bibl. med. et infim. 
Intinitatis, la liste des ouvrages cités 
par En;;elhiisen d.ins sa Chionique, 
et en 1 1 parcomanl on ne peut qu'être 
étonné du choix et du nombre de ses 
lectures, surtout si l'on se reporte à 
réjjoque où i! vivait , e'est-à-dire, à 
un temps où les moyens d'instruc- 
tion n'avaient pas encore été multi- 
pliés par 'imprimerie. On attribue 
encore à Eugelhusen un Commen- 
taire sur les psaumes et un Foca' 
hulaire latin, que le P. Uhetmeyer 
assure avoii- vu manuscrit dans la 
Bibliothèque de l'abbaye de Saint- 
Blciise. " W— s. 

E^N(;ELSCH\LL (Joseph Frédé- 
ric), né le i() déci'mbre l'jg, à 
Marbour;;, dans la Hessc, où soii père 
étriit surintend.mt des égli>es protes- 
tantes, fut un de ces hommes (|ui, 
peu favorisés par les circonstarKies, 
doivent tout ce qu'ils sont à leurs 
propres efforts. L'éducation qu'il re- 
çut ne fut pas telle qu'elle pût dé- 
velopper le germe du génie que la 
nature lui avait accordé, et le malheur 
qu'il eut , à lage de treize ans , de per- 
dre l'ouïe par suite d'uu accident , re- 
tarda !e développement de ses facul- 
tés. La philosophie, les sciences his- 
toriques, mais surtout la poésie cl 

10.. 



i4« ENG 

l'art du dcssiu et de la peinture , 
curent bcaucouj) d'attraits puiir lui, cl 
dfviiirpiil ses occupations lial^iliicllc-. 
Son goût se forma par la leciurf îles 
oiivr;igfS de Winketiiiann et de f.es- 
sinj:;; plus lard il connut aussi les an- 
ciens, cl s'-iitailia lie.nicoup à Ho- 
mère. La ton une ne secomla pas sou 
zèle : pour gagner sa vie . il était o!)li;;é 
de passtr une grande partie de sou 
ten)ps à montrer ledissin; et ce ne 
fut qu'en i -^88 , loiscpul .ivait déjà 
qiMi aille- neuf ans , qu'on !e nomma 
professeur exiraordinaire de philoso- 
phie et de belles-lettres à Ttuiiversité 
de Marl)0iirg( place à laquelle ne sont 
pasaltaelié>de>>appointeniens], et maî- 
tre salarié de dessin auprès du même 
corps. Le travail assidu auquel il se 
livra pendant toute sa vie, épuisa de 
bonne heure ses forces , et il mourut 
le 1 8 mars i -C'y. Engelschall était un 
homme doux et aimable ; la probité 
la plus scrupuleuse, la justice et la 
générosité faisaient la base de son ca- 
ractère. Il eut le rare mérite de savoir 
supporter les critiques, et d'en profiter 
])our corriger ses ouvrasses; lui-même 
jugeait ceux des autres ^vec candeur 
et bienveiilinre. Comme écrivain ^ il 
ne peut pas être compté pai mi les au- 
teurs classiques de sa nation; mais il 
occupe une place distinguée dans le se- 
cond rang, il jiossédait un jugempiit 
droit, une mémoire heureuse, ornée 
de connaissances multipliées, et une 
imaginaiion vive, mais réj;lée par un 
excelienl goiit ; son >tyle pur etsimp'e 
est exempt de l'aifectation et du néo- 
logisme qui commencèrent a avoir de 
la vogue [)armi se> contemporains. Ses 
ouvrages ne sont jus noml.reux, puis- 
que tous parurent d'abord dans des 
almanachs cl des journaux littéraires. 
En 1 -^88 il fit tin Kerueil de ses poe'- 
sies, <n un vol. in-8'. ; il renferme 
des morceaux lyriques, des ballades, 



EN G 

des contes , des épîtres et des cpî- 
grammes. Ces poésies sont agréables , 
mai^ elles n'iront probablement pas a 
la po'lérué. AprèN Si mort, M. Justi , 
professeur à Marbourg, publia la Vie 
de .le lu-lienii Tisclibein, le plus cé- 
lèbre des peintres de ce nom, dont 
Engelsehall avait mis le manuscrit au 
nei.Elfe parut en i -^qt à Nun inlierg, 
en un vol. in 8 '. , et e^t comptée parmi 
les meilleures biographies que les Al- 
lemands possèdent. Justi recueillit 
aussi les autres ouvrages en vers et 
en piove dXngclschall ; il les publia 
en 1 8o5 , eu 2 petits vol. in- 1 i. Parmi 
les morceaux en prose que celte col- 
lection renferme, on en trouve plu- 
sieurs qui ont les beaux arts ]iour ob- 
ji t : il y a des contes , des traités phi- 
losophiques , etc. Jusli devint aussi le 
biographe de son ami ; il fil insérer 
dans le Nécrologe de Schlicntegroll , 
de 1 "^97 , une notice sur la vi. d'Eii- 
gelseliall , dont nous nous sommes 
servis. S — L. 

ENGESTROE^I ^Jean), doc- 
teur en théologie , évêqiie de Lulid 
eu Suède, et vice -chancelier de 
l'université de celle ville , mort en 
1777, à l'âge de soixante-dix-buit 
ans. Il était très versé dans la phi- 
lologie sacrée et dans les langues 
orientales. Outre plusieurs disserta- 
tions savantes, on a de lui Gram- 
mafica Hebrœa hiblica , Lund , 
i'j34. Ijps fils de l'évêque Euges- 
troem furent anob'is, et entrèrent 
dans la carrière des charges civiles , 
cultivant en même temps les scieii- 
res et les lettres. — Gustave d'En- 
GE^TROEM mort il y a quelque ùmps , 
était conseiller au département des 
mines, et membre de l'académie des 
sciences de Stockholm; on a de lui 
plusi<'urs (!uvr.'i'.,es sur la minéralo- 
gie. — Laurent d'Engestroem , après 
avoir été ministre de Suède à Var- 



EN G 

sovie, à Lordrcs el à Ccriiii, fut 
j)l;icé à la ictc dti (IppartciiK iit des 
aflaircs ctrançjères , ctcrec baron par 
Charles Xlll en 1809. C — AU. 

ENGHIEN ( l.ouis - Antoine- 
Henbi de Bourbon, duc d'), na- 
quit à Chanlilii, le '^ aoùl 1772, de 
Louis- Henri - Josopli de Bourlion et 
dcriOnisc-Tlierèse-M.ilhildod'Orlcuns. 
C'est dans la personne de ce prin- 
ce, la plus illustre et la pins inté- 
ressante des nombreuses victimes 
de Buonaparte, que s'est éteinte la 
branche du grand Coi.de'. M. le duc 
d'Kngliien s'était montre dans tontes 
les rencontres le di'jjne descendant de 
ce héros. \\\x qualités physiques les 
pins agréables , à un goût vif pour les 
exercices du corps , il joignait les qua- 
lités du cœur et de l'esprit , (mit d'une 
beurense naissance et d'une excellente 
éducation. En 1788, il fut reçu che- 
valier de l'ordre du Saint-Esprit , et 
siégea quelques jours après au parle- 
ment de Paris; le discours qu'il y pro- 
nonça réunit tous les siillrages ; il 
avait auprès de lui le prince de Condc 
et le duc de Bourbon ; ce qui donna 
beu au premier président de faire ob- 
server que, pour la première lois, la 
cour des pairs voyait siéger ensemble , 
dans son sein, le grand-père , le père 
et le petit-fils. La même année il ac- 
compagna le prince de Condé à Dun- 
kerque, et le 16 juillet 1789 il sor- 
tit cle Paris pour n'v rentrer qu'es- 
corté de gendarmes qui le livrèrent, 
le '2 1 mars i8o4, à nn tribunal de 
sang. Il parcourut différents états du 
continent jusqu'en 179'-, époque à 
laquelle il revint enFimdre avec son 
j)ère, sous les ordres duquel il fil la 
campagne de cette année; mai> le corps 
commandé par le duc de Bourbon 
ayant été dissons , il alla rejoindre 
celui du prince de Condé , qui était 
<u BrisguUj il ne quitta cette armée , 



E N G 



l'jî) 



peu nombreuse en hommes , mais 
grande en courage et en talents, qu'eu 
I So I , époque du licenciement. Ou 
n'oubliera pnint le^ prodiges de valeur 
que fit celte armée en 1 795 : trois gé- 
néniliousde héros combattaient et se 
multipliaient au milieu des dangers. 
Le 12 septembre, le prince fit passer 
l'Inn à sou corps d'armée ; el il mon- 
tra, le i5 octobre, beau'Oup de con- 
nais'^ances militaires à l'attaque des li- 
gnes de Weissembourg. Mais où l'on 
reconnut tout-à-fait le digne rejeton 
des Condé , ce fut au combat de 
Berslheiin, le •}. décembre : il avait 
à peine vingt - un ans, et les ma- 
nœuvres qu'il commanda, furent faites 
si à propos et si bien exécutées, 
qu'elles excitèrent l'admiration d(S 
VHux capitaines qui se trouvaient à 
(•(tte affaire. Le prince de Condé , à 
la tête de l'infanterie , faisait des pro- 
diges de valeur ; le duc d'Enghien et 
le duc de Bourbon , son père , com- 
mandaient la cavilerie; le duc d'En- 
ghien la commanda bientôt en chef, 
le duc de Bourbon ayant été blesse' 
d'un coup de sabre au commencement 
de l'action ; cette blessure l'obligea 
de se retirer. Dès que i'affiiie fut 
finie, le duc d'Enghien se rendit 
à Higuenau, pour s'assurer par lui- 
même de l'état de son père, dont la 
situation lui donnait les plus grandes 
inquiétudes. La blessure du duc de 
Bourbon n'eut aucune suite fàeheuse. 
Le duc d'Enghien accompagna le prin- 
ce de Condé dans sa visite aux officiers 
et soldats républicains faits prison- 
niers dans le combat : alors, comme 
on sait, les agents delà ConventioQ 
immolaient inhumainement ton: indi- 
vidu dv' l'ai moe de Condé qui tombait 
dans leurs rr!,iiins, et les prisonniers 
qu'on venaitde faire se crurent destinés 
à servir de représailles. Qui 1 lut leur 
étouneraent j lorsqu'ils euleudircnt ces 



i5o EN G 

princes donnrr l'ordre Sux chirur- 
girns tic les tr.iiUr avec I(S iMcmes 
soins et les inêincs égards 'jue les ini- 
lifaiics sons leurs ordics ! Le duc 
d'Eii{:;l)icn tniuba malade à la fin de 
cette canipac;ne , pendant laf|nelle il 
avait éprouvé des i'jti;:;ues an-dessus 
de ses forces. ]l fut r( eu ( lievrilier de 
Saint-Louis en i'79'i. C'est à celte 
époque qu'il f;uit placer le corninenee- 
ment de sa passion pour la pi incesse 
CharloKe de Poli m-Rocliefort , pas- 
sion qui depuis le détermina à se 
fixer à Etienbf im; s'il y eut entre eux 
une union secrète, il n'en fut point, à 
ce qu'il paraît , dx'essé d'acte en forme. 
Le prince se proposait sans doute de 
i'aire lé;;itinier plus tard ces nœuds , et 
ne s'attendait pas qu'une mort pié- 
maiuiéc viendrai! rendre inopinément 
impossible l'exécniion de ses volontés. 
La princesse de bolian ne cessa pas 
un instant de mériter l'honneur que 
le duc d'En£;lii(n lui léservait, et 
elle n'a jamais dissimulé sa tendresse 
pour un prince qui eu était si digne. 
Le due fie Bourbon p;irtit au mois 
de juillet i 795 pour rAni;leterre, et 
se sépara pour la première fois de 
son fils. Que les pleurs que cette sé- 
paration leur fit verser eussent été 
amers, si ,' pénétrant l'avenir , le père 
et le fi's eussent pu piévoir qu'ils 
s'embrassaient pour la dernière fois ! 
Le prince de Coudé donna en 1796 
le commandement de son avant-garde 
à son peiit-fils , qui se montra biil- 
lamment pendant (ouïe cette campa- 
gne. A peine les républicains l'eurent- 
ils ouveite le 24 juin , en passant le 
Bhin à K(hl, que le duc d'Knghicn 
marcha contre eux. Le 2G, il reprit 
un moulin et d'autres postes impor- 
tants tombés en leur pouvoir; le 27, 
il se battit avec opiniâtreté, toute la 
joui née, dans la forêt de la Schou- 
îer j mais la défection des troupes du 



EN G 

cercle de Souabe , ijui appuyaient sa 
droite , l'obligèrent à se replier sur 
Olï'eiibourg; il se leiira de ià dans la 
vailée de la Kineli, d'iù le surlende- 
main ii reprit sa ligne de bataille en 
se réunissant au prince de Condé. 
Nous tenons ces détails militaires et la 
plupart de c< ux qui suivent, de M. le 
V '*. de Chefi'ontaincs , aidc-de-camp 
du duc , qui prit une part très active à 
toutes ces opérations. Du 28 juin au 
1 4 septembre , le duc remporta plu- 
sieurs avantages importants, notam- 
ment à Obeikamlach dans la nuit du 
17, au i5 septembre. Le combat du 
5o septembre près Schussenried , fut 
aussi très glorieux pour le duc d'En- 
ghien. La déiense du pont de Mu- 
nich , qui eut lieu à cette époque, est 
une des actions les plus biiliantes de 
cette campagne; on s'y battit pendant 
dis-huit jours. Le bruit de la bravoure 
et des talents de M. le duc d'Enghien 
s'était répandu dans l'armée républi- 
caine, et le prince céda plusieurs fois 
au désir que les militaires de cette 
armée témoignèrent de le connaître 
personnellement; ils restèrent tou- 
jours découverts devant lui. Cet em- 
pressement et ce respect font l'éloge 
de ces railitr;ires , qui étaient alors 
sous les ordres du général Moreau. 
Les braves s'entendent et s'honorent 
mutuellement. Après le traité de Lco- 
ben, en 1 797 , la cour de Vienne or- 
donna e licenciement du corps de 
Condé, qui passa en Russie; il y resta 
jusqu'en 1799 : alors il revint en 
Souabe. Leduc d'Enghien fut charge' 
de défendre Constance. Le prince 
russe Kortschakow s'ctant laisse sur- 
prendre dans Zurich, les républicains, 
sous les ordres de Massena , se portè- 
rent en avant, et le corps de Coudé, 
qui protégeait la retraite des Russes, 
repassa le Rhin après un combat assca 
vif, dans lequel il ne perdit ricû 



ENG 
de sa réputation. On ne doit point 
passer sous silence raflaire de Uuscn- 
heira : le prince n'avait que deux 
mille hommes, et il se soutint depuis 
cinq lieuies du malin jusqu'à près de 
midi contre la division de Lecourbc 
toute entière ; ce gc'nc-ral ne put {ga- 
gner qu'une lieue de terrain. On ne 
saurait parler des brillantes actions de 
celte armée de Condc , sans p; user 
aussitôt à son major - gênerai , le 
baron de la Kocliefoucauld , qui s'il- 
lustra parmi ces héros, connue il 
se distingue encore aujourd'hui par- 
mi les sages. Dans la campagne 
de 1800, il y eut encore plusieurs 
actions importantes. Le duc d'En- 
ghicn, à la suite d'un engagement 
qu'eut le corps sous ses ordres près de 
Êosenhcim, rencontra un jeune hus- 
sard, faisant partie de l'armée républi- 
caine, qui était resté blesse dans un 
champ. Il le fit relever et mettre dans 
son propre lit; son chiiurgien eut 
ordre de lui donner tous les soins 
qu'exigeait sa situation, et quelques 
ioi:rs après le prince le fit recon- 
duire aux avant-postes français. On 
pourrait citer une foule de traits 
semblables dans la trop courte vie 
de ce prince aimable et généreux. 
Par suite des dispositions du traité de 
Lnnévillc, en 1801 , le corps de Cou- 
dé fut une seconde fois licenàé. Le 
prince de Condé se rendit en Angle- 
terre; le duc d'Enghien ayant reçu 
de pressantes invitations du cardinal 
de Rohan , revint à Eltenheini avec la 
princesse Charlotte. Mais en 1802, 
les circonstances politiques ayant fait 
passer les états du caidinal sous la 
domination de Baden, le duc s'adres- 
sa au margrave , et obtint de lui l'au- 
torisaliou de continuer sou séjour à 
Ettenheim. Le prince y vivait eu sim- 
ple particulier, s'occupantdela culture 
des fleurs, de la chasse^ faisant le bou- 



ENG i.'îr 

heur de tout ce qui Penlourait , lors- 
qn'arrivcrent les événements du com- 
mencement de l'aimée 1804- A cette 
époque, Buonapartc ayant connu, 
d'une manière assez confuse, par les 
révélations d'un nommé Querelle , 
qui ne sut pas mourir, et la trahison 
d'un nommé Philippe, épicier au Trc 
port, qui livra nue correspondance en- 
tretenue par ]\L Michaud , de l'aca- 
démie française, et par M. de Mar- 
gucrit avec les piinces de la maison 
de Bourbon , que ces princes, alors 
réfugiés en Angleterre , formaient le 
projet de se ressaisir de leur autorité 
en France , oii le vœu général les rap- 
pelait depuis long-temps; que Piche- 
gru , les ducs de Polignac et d'au- 
tres personnages d'un grand caractère, 
étaient à la tête du projet ; que l'An- 
glelerre le favorisait de toute sa puis- 
sance , crut devoir s'emparer de la 
personne du duc d'Enghien , soup- 
çonnant qu'il y était entré, et que 
SCS papiers fouruiraieist des renseigne- 
ments sur le but qu'on voulait at- 
teindre, les moyens et les individus 
dont ou se servait. M. de Caulain- 
court, gentilhqrame picard, dont la 
famille avait été attachée a la maison de 
Condé , fut expédié, à cet effet , avec 
des lettres secrètes du ministre des 
relations extérieures et du ministre de 
la police , dans le département du 
Bas-Rhin. Mais pour dérouler les es- 
prits sur le véritable objet de sa mis- 
sion , il fut investi ostensiblement , par 
le ministre de la guerre, de pouvoirs 
afin d'accélérer la confection d'une flo- 
tille de bateaux plats , destinés à la 
folle expédition projetée alors contre 
l'Angleterre. M. de Caulaincourt fut 
accompagné par un officier supérieur 
de la garde de Buonapartc , nommé 
Ordenner ; ils arrivèrent ensemble à 
Strasbourg. C'est de cette ville que Î\L 
de Caulaincourt dirigea toute cette af-- 



i-)î EN G 
faire , ayant sous ses ordres le tiom- 
inc l'ospv et lin individu plus connu, 
appelé Mciipc. Tandis qu'il se len- 
tlait ;i OfTinbuiirg, pour y l'aire arrê- 
ter qiielcpies émigrés de marque , le gê- 
nerai F et le coiuiicl Oïdenner fu- 
rent dép<"chcs 3 Eîtcnhciin ; un orti- 
cier de gendarmerie , noniiuc Cli.u- 
]ot , et un niareVbal-de.vlogis du même 
corps, nommé PfcidsdorfT, avaient 
été envoyés, déj;ui.sé5 , à Eltcnluim. 
On voulait connaître avec exactitude 
l'habitation du prince, et savoir bien 
positivement s'il y était; si ses offi- 
ciers et ses domestiques étaient nom- 
breux; s'ils logeaient avec lui ; si 
tous étaient sur leurs gardes ; si 
l'on avait à craindre de la résistance 
de la part du prince ou des liabitants. 
L'arrivée de ces deux inconnus fit 
raîtrc des soupçons, et un ancien 
officier de l'armée de Condé , nora- 
iné Sthmidt, reçut l'ordre de s'at- 
tacher à Pfcrdsdoi/T et de le sonder 
adroitement pour tâi hor de découvrir 
ses piojcts. Celte mission fut mal rem- 
plie; Ffeiflsdoiff sut donner le chau- 
ge à cet officiiret le trompa; Schmidt, 
au ccntraiie, qui l'avait suivi près de 
deux lieiies, revint (n se vantJiiit de 
l'avoir habilement pcnctré, et en as- 
surant qii<" les deux inconnus ne de- 
vaient inspirer aucune crainte. Md- 
lieuicusemeiit on donna trop de con- 
fiance à ce rapport, et le piince se 
décida à passer la nuit à Ettenlieim: 
il était resté tout le jour à la chasse ; 
cependant malgré ce que Schmidt 
pouvait lui di:e de rassuianl , il pro- 
jetait de s'éloigner dès le lendemain. 
C;".s choses se passaient le i\ mars; 
màsdansla luiitdu i 5, son habitation 
fut cernée par trois à quatre cents 
tommes , auxquels s'ét.iient réunis 
beaucoup de gendiinics. Ces troupes, 
à l'( xcepîion des gendarmes , igno- 
raient qu'il s'aj^issait d'un prince de la 



ENG 

maison de Bourbon, et lorsque les 
soldais l'apprirent, ils témoignèrent 
les plus vifs regrets d'avoir concotim 
à une pareille expédition. Leduc d'En- 
ghien était a peine Couché, qu'on l'a- 
vertit qu'on entendait du bruit autour 
de sa maison , il saute de son lit, en 
chemise, saisit son fu^il ; un de ses 
valets de pied eu pn iid un autre; ils 
ouvrent la feiiêire ; le duc d'Engliii n 
crie : (jui va là/ et sur la répoii.>e 

de C ils allaient faire feu; mais 

Schmidt releva le ftisil du prince et 
l'cmpêclia d'en laire usage, en lui 
disant que toute résistance serait inu- 
tile. Le priiiCe alors fit promettre au 
baron de Giùnsleiu , que si l'on de- 
mandait le ducd'Enghien , il se nom- 
merait, ce qui pourrait lui l.ii^ser quel- 
que facilité pour s'évader; le piince 
se revêtit à la hâte d'un pantalon et 
d'une veste de chasse ; il n'a pas le 
temps de mettre ses botter ; on 

monte l'escalier; C , Pferd.-dorf 

et quelques autres gendarmes en tient 
le pistolet à la main ; ils deman- 
dent : « Qui de vous est le duc 
» d'Enghieu? » Le baron avait perdu 
la tête, il reste muet. On renouvelle 
rinlerpcllation : même silence. Le due 
alors répondit lui-même : a Si vous 
» venez pour l'arrêter vous devezavoir 
» son signalement : cherchez-le. » Les 
gendarmes, croyant parler à nn de 
ses gens , répliquèrent : « Si nous 
» l'avions, nous ne vous fericis pas 
» de questions ; puisque vous ne vou- 
» lez pas l'indiquer , marchez tous. » 
Le chevalier Jacques, secrétaire du 
prince et son ami, qui logeait dans 
une maison voisine , avant appris l'en- 
vahissement de celle du duc par 
une force armée, soi lit à moitié vêtu, 
et envoya un domestique à l'église 
pour sonner le toc-in ; mais le clo- 
cher éîjiit déjà occupé par un piquet 
de soldats qui battirent ce domcs- 



y 



E N G 

tique et l'cmpêilifTent clc rcrtiplii' 
sa mission, Ivicii n'avait cte ne^iif^é 
pour le succès de cet horrible atten- 
tat. liC chevalier .Jacfpies était malade; 
il ranima ses fuiccs et se présenta pour 
aceompa(;;ner le prince. On le repoussa 
d'abord; mais avant insiste, on le lais- 
sa entrer : c'est toujours un de plus , 
dit-on en lui ouvrant les portes. Il est 
reste près d'un an dans les cachots de 
Buonaparte, tant à Vincennes (pi'au 
Temple. Ce fut sous l'escorte pai licii- 
lière de la gendarmerie que le prince, 
et plusieurs officiers de sa maison 
quittèrent Ettenheim. Ils n'eurent pas 
même le temps de se vêtir , et le 
prince partit en vesfe et en pantalon. 
La princesse de Kohan, qu'on av.àt 
pre'vciuie de cet événement , vit de 
ses fenêtres, passer le prince d.ms 
ce misérable equip'ige, et elle !e vit 
pour la dernière fois. Arrives dans 
lin moulin , à quelque distance, on s'y 
arrêta , et le prince obtint la permis- 
sion d'envoyer un valet de pied char - 
f^é de hii rapporter du linge et de 
l'argent. Le bourgmestre d'Etten- 
lieim fut appelé dans ce moulin , 
et fit connaître à la gendarmeiie le- 
quel des prisonniers était le duc cl'En- 
ghien ; elle l'avait ignoré jUNque- 
là. Peu s'en filliit que de ce moulin le 
prince ne parvînt a s'échapper. Ou 
avait examiné les issues; on avait déjà 
reconnu des sentiers détournés , et 
placé quelques planches sur des ruis- 
seaux ; mais au monierit de l'évasion , 
une porte de denière qu'on ne fer- 
mait jamais se trouva barricadée en 
dehors. A quelles petites causes lirn- 
nent les destinées! M. le duc d'En- 
ghien serait ei core un des phis illus- 
tres appuis de la dynastie que le ciel 
vient de rendre à nos vœux, si un va- 
let de moulin n'eût, par mégarde, 
fermé lui verrou inutile! Ces détails 
sont minutieux sans douie; mais nous 



ENG i55 

croyons qu'on les lira avec intércf 
quand il s'agit d'un prince si digne 
de regrets! C'est d'un oflicier de sa 
maison que nous les tenons ( du che- 
valier .Jacques); il l'avait suivi dans 
sa fortinic et ne l'abandonna pas 
dans ses malheurs. Après que le prin- 
ce eut reçu les habits qu'il attendait, 
on se remit en marche en se dirigeant 
vers Koppel , où il passa le lihin. 
Il n'est pas inutile encore de dire ici 
que , lors de ce passage , un officier 
de l'escorte , dont on n'a pas su lo 
nom , témoigna par des signes confus 
et un certain ensemble de conduite re- 
marqués du prince et de ses officiers, 
qu'il avait l'inlention de le sauver. Il 
voulait d'abord fiire endjarquer hs 
gendarmes qui le gênaient, et placer 
dans un second bateau destiné pour Je 
prince, les suldats de ligne sur les- 
quels il comptait; mais des circons- 
tances impiéviies dérangèrent ce pro- 
jet. Tant il semble que tout concou- 
rait à livrer celle grande viclirae à 
son bourreau! Au sortir du bateau, 
à Rheinau , on ne trouva point de 
voitures, et les prisonniers firent près 
d'une lieue à pied avant de trouver 
les mauvais charriots sur lesquels ils 
furent transportés à Strasbuuig. Le 
prince était sur le premier, ayant à 
côté de lui son valet-de-ch.mibre Jo- 
seph Canonne (. ne en Flandre }. 
I/escorte n'ayant pas d'ordre, on ne 
savait où déposer les prisonniers ; le 
prince qui précédait de loin les au- 
tres, descendit dans la maison de 
Char... : ce fut là qu'il prit cet offîcief 
à part, et lui proposa de faire sa for- 
tune s'il voulait fatiîiler sou évasion ; 
celui-ci s'y refusa. Hé^as ! il ne s'e>^t 
trouvé dans celte révolution que trop 
d'individus qui se sont montrés im- 
passibles en remplissant les pins hor- 
ribles missions ! j^c crime trouve donc 
comme la yertu des hommes fidèles î 



i54 ENG 

On ne tarda pas à rcr evoir l'ordre de 
conduire les prisonniers à la citadelle; 
le commandiDt de cette citadelle 
traita très diinnient le prince, eut 
pour lui tontes sortes de mauvais 
procédés, ft poussa la sévérité jus- 
qu'à placer des senlinellos dans l'in- 
térieur de sa chambre. Elles furent 
retirées par les ordres du général 
Levai; ce général désapprouva hau- 
tement cette conduite dès qu'il en 
eut connaissance. Il vint plusieurs 
fois voir le prince, et lui lémoigna 
ces égards et ces attentions dont 
l'homme généreux, entoure le mal- 
heur , et tout le respect dû à un 
prince du sang de ses anciens souve 
rains. La conduite de ce général dans 
cette occasion ne fut pas seulement 
DoLle, elle fut encore couiageuse; elle 
l'exposait aux ressentiments d'un 
liomme dont il fallait paitager les fu- 
reurs , sous peine d'encourir sa dis- 
grâce. Le duc d'Eiigliien distribua 
dans la citadelle quelqu'argent à ses 
gens ; on y fit le dépouillement des 
papiers dont on s'était empaié à Et- 
tenheim. Parmi ces pièces se trouvait 
son testament. Les personnes qui con- 
naisssaient la générosité et la noblesse 
de ses sentiments, regrettent que ce 
testament ne se soit pas retrouvé. 
Nous ne pouvons rien dire de plus. 
On proposa au prince de les para- 
pher : il s'y refusa , et déclara qu'il ne 
signerait le procès-verbal qu'eu jiré- 
sence du chevdlier Jacques. Cet inci- 
dent parut très-grave, et il fallut en 
référer au préfet, qui y consentit. 
Deux lettres qui contenaient quelques 
plaisanteries sur Buonaparte étaient 
parmi ces pièces , et le prince vou- 
lut les jeter au feu : le commissaire 
de police Popp, qui assistait à l'o- 
pération , ne s'y opposait pas; mais 
Ch.... dit très durement à Popp : 
CrojeZ' vous faire ainsi votre de- 



ENG 

voir? Ce commissaire se condui- 
sit d'une manière très honorable. 
Le i8 mars, de grand matin, les 
portes de la prison s'ouvrent; des 
gendarmes entourent le lit du prin- 
ce, et le forcent de s'habiller à 
la hâte. Ses gens accourent : il sol- 
licite la permission d'emmener son 
fidèle Joseph ; on lui dit qu'il n'en 
aura pas besoin. 11 demande quelle 
quantité de linge il peut emporter avec 
lui; on lui répi)nd : une ou deux che- 
mises. Alors le prince perdit tout es- 
poir, et prévit bien le sort qui l'atten- 
dait; il emporta deux cents ducats , et 
en remit cent au chevalier Jacques 
pour acquitter les dépenses des pri- 
sonniers ; il embrassa ses fidèles 
amis , et leur dit un éternel adieu. 
On se met en roule, la voiture mar- 
che jour et nuit; elle arrive le 20 à 
quatre heures et demie du soir, aux 
portes do la capitale , près la birrière 
de Pantin. Là, se trouve un courrier 
qui apporte l'ordre de filer le iong 
des murs, et de gagner Vincennes. 
Le prince entre dans cette prison à 
cinq heures. Harel, commandant de 
Vincennes , dit à sa femme : « Je ne 
» sais quel est ce prisonnier , mais 
» voilà bien du monde pour s'assurer 
» de sa personne. » La femme de Ha- 
rel reconnait monseigneur le duc d'Eu- 
ghien , et s'éciie avec émotion : « C'est 
» mon frère de lait! » Le prince, ex- 
ténué de besoin et de fatigue , prend 
à peine un léger repas. Pendant qu'il 
le prenait, il pria qu'on voulût bien 
lui préparer p tur le lendemain, à son 
réveil , un bani de pieds. Il se jette sur 
un mauvais lit, dispo'>é précipitam- 
ment dans une pièce à l'enli esol , près 
d'une feuêlie dont deux carreaux 
étaient cassés ; et , sur l'observation 
du prince , ils furent m.isqués avec 
une serviette. Il ne tarda pas à s'en-. 
dormir piofoadémcnt. Ou l'éveilla eja 



ENG 

snrsaut. vors les onze licurcs ; on In 
coijiliiisit dans iiiic picci; du [la illoii 
du inilii u , fusant face au bois. f>à , 
étaient réunis Iniit militaires, savoir, 
le i^c'néralHiillin, couiuiand mt hs j;r('- 
iiadiers à pied de la ç;ardc, Giiitun , 
colonel, commandant le premier réç;!- 
mcnt de cuirassiers, Bazancouit, eom- 
mandant le 4'' d'infanterie Icjièrc, 
Ravier , colonel , commandant le i8'. 
rép;iment d'infanterie de ligne, Ear- 
rois , colonel , commandant le 96^. 
régiment d'infanterie de ligne, Rabhe, 
colonel, commandant le deuxième ré- 
giment de la garde municipale de 
Paris , d'Aulancourt, capitaine, major 
de la gendarmerie d'e'life . faisant les 
fonctions de rapporteur, Molin , capi- 
taine au 18'. régiment d'infanterie de 
ligne, grdfier ; tons nommés par le 
ge'ne'ral Murât, gouverneur de Paris; 
ces militaires dressent à la hâte une 
instruction criminelle. Le jugement , 
disons mieux , l'ordre d'égorger la 
victune, est porté vers les quatre heu- 
res ; et à quatre heures et demie le 
jirince est exécuté dans un des fossés 
du château. Tout était calculé avec une 
précision perfide pour ensevelir cet 
attentat dans les ombres de la nuit, et 
pour en assurer l'exécution. La promp- 
titude de l'enlèvement, la rapidité du 
voyage, avaient \rtov but d'étonner, 
d''fTaiblir cet indomptable courage 
que le prince avait si souvent déployé 
pendant dix années de combats et de 
gloire; miiis le lâche espoir du tyran 
fut trompé : la fermeté du grand 
homme répondit à la valeur du guer- 
rier; il parla avec la noblesse et la 
simplicité qui convenaient à sou ca- 
ractère et à sa vertu. Interrogé pour- 
quoi il avait poiléles armi s contre son 
pays , il répondit : « J'ai combattu 
» avec ma famille pour recouvrer l'hé- 
» ritage d- mes aiicèîres : mais depuis 
» <jue la paix ebt faite , j'ai posé les ar- 



ENG i55 

» mes, cl j'ai reconnu qu'il n'y avait 
» plus de rois en Europe. » Ses juir< s , 
frajipés de tant d'intrépidité et d'in- 
noecnee , hésitèrent un moment; ils 
écrivirent au tyran poia* savoir sa ré- 
solution ilefinitive. Olui-ci renvoie la 
lettre avec ces trois mots ai bas : con- 
damne A mort. Dans (e conseil prive 
qui eut lieu aux Tuileries pour décider 
du sorldece jeuneprincc, Gamb icc'rcs 
opina pour lui sauver la vie. Eh! de- 
puis quand , dit Uuonaparte en colère, 
étesvnus devenu si avure du sang 
des Bourbons ? {i). M. l'abbé de Bou- 
vens, qui a prononcé en Angleterre 
l'oraiso' funèbre de Monseigneur le 
due d'Enghicn, s'est trompé en pré- 
tendant que l'exécution de cet horri- 
ble attentat fut confiée à des étran- 
gers. Il faut le dire pour la vérité 
de l'histoire , le crime fut consom- 
mé par des gendarmes d'élite. Voi- 
ci , à ce sujet , une anecdote pré- 
cieuse à recueillir : L'officier de ces 
gendarmes , fut averti dans la nuit 
pour aller commander le détache- 
mcnl destiné pour Vincennes. Ce mi- 
litaire avait été élevé dans la maison 
de Condé , et n'en avait pas entière- 
ment perdu la mémoire; il arrive, et 
apprend l'odieuse commission dont il 
est chargé. Le jeune prince l'aperçoit, 
le reconnaît et lui témoigne sa joie de 
le revoir. Celui-ci baisse la tète, et ne 
sait que pleurer. On quitte la salle du 
conseil, l'on descend dans' le fossé 
par un escalier étroit , obsciir et tor- 
tueux. Le prince se retourne vers l'of- 
ficier, et lui dit : « Est-ce que l'on veut 
» me plonger tout vivant dans un ca- 
» chot? Suis -je destiné à périr dans 
» les oubliettes ? — Non , monseigneur, 
» lui lépond -il en sanglottant, soyez 
» tranquille. » On continue de mar- 



(1) Cette boutade est d'autant plus injuste que 
le vole do Cambacérès , lors du pmcès du Roi, fst 
cooditiuunel el ne commua pas pour U mort. 



1 5G E N G 

cher, cl l'on arrive au lipu ^u mas- 
sacre. \jV jriiiic prince voit tout cet ap- 
p.inil cl s'c'ciic : « Ali! j^ràreau ciel, 
» je mourrai de la mort d'un soldat. » 
Ce militaire n'était pas le seul individu 
ayant eu des oMigalious a la maison 
de Coude', que le liasaid lendait té- 
moin de cette calistroplie. I,a femme 
du C(>mmaiidant de Vinccnncs, de la- 
quelle nous avons déjà parle, avait été 
élevée par les soins de cette auguste fa- 
inille ; elle avait donné des mar- 
ques de la plus vive dou eur à l'ar 
rivée du duc d'Engliien. Son effioi 
redoubla quand elle le vit ()asser pour 
aller à la mort : <■ Sois Irauqiilli' , lui 
» dit son mari , le bruit que lu vas en- 
w tendre n'est que pour l'elTraycr. » 
Ce commandant est reini qui dénonça 
Ccracrhi , Aréna . Topino - le - Brun ; 
et pour récompense il eut U' com- 
mandement dè\incennes. Avant l'exé- 
cution , le malheureux prince avait 
demandé im ministre de la religion 
])our remplir ses derniers devoirs. 
Un sourire insultant et presque gé- 
néral accompagna la répnn>e que 
lui fit im de ces misérables , et 
dont voici les termes : « Est - ce 
» que tu veux mourir comme un 
» capurin ? Tu demandes un prêtre ; 
»b hl ils sont tous conciles à celle 
» heure-ci. » Le prince indigne ne 
prolèrc pas un mot , s'ag( uoniile , 
élève son amc à Dieu, et après un mo- 
ment de recueillement, se relève , et 
dit : « Marchons. >» Muraf et l'un 
des aides -de-camp de Buonaparle 
étaient présents à l'exécntion. Eu al- 
lant à la mort , le duc d'Engliien dé- 
.sira qu'on remît à la priiicisse de 
Eohan , une tresse de cheveux , une 
lettre et un anneau Un soldat s'en 
était chargé; l'aide-de-camp s'en api r- 
çoil, les saisit en s'écriant : «Personne 
» ne doit faire ici les commissions d'un 
«traître.» Au moment d'être frappé, le 



KNG 

duc d'Engliien , debout , et de l'air le 
plus intrépide, dit au^ gendarmes : 
« Aliuis , mes amis. — Tu n'as point 
» d'amis ici . » dil um voix iiisoh nte 
et féroce : c'était c 'te de Mural, il Ait 
à l'iiislant fu^iilé dans la partie orien- 
ta'e des fossés du château , à l'entrée 
(l'un petit jardin. I.es soldats se jetè- 
rent sur lui, le foiiiilèient, et s'em- 
parèrent de ses deux montres. On le 
jeta ensuite tout liabillé dins une fosse 
creusée la veille, tandis qu'il soiipait; 
la pelle et la pioche avaient clé em- 
prniilées à l'un des gardes de la ferêf. 
Ainsi périt, à la fleur de son âge au 
milieu de la plus illustre can ièie , uii 
prince , un héros couvert de gloire , 
comblé de tons les dons de la nature, 
doué des qualités le plus brillanles et 
des vertus les plus aimables; le modèle 
des guerriers , l'honneur de la nobles- 
se , l'ormmfut, l'appui, l'orgueil, 
l'espoir de sa fimille, j'amour et l'ad- 
rairation de l'iiurope; en un mot, le 
digne rejeton du Grand-Condé. Le roi 
de Suède, Gustave Adolphe , se trou- 
vait , à l'époque de l'aireslalion du 
prince, dans les états de rélecleurde 
Baden , son beau- père; dès qu'il 
connut cet événement , il envoya 
un de SCS aides -de -camp à Paris 
pour réclamer contre la violation du 
teriitoire de l'électeur, et pour conju- 
rer Buonaparle de respecter les jours 
du duc d'Enghien. I^'aide-de -camp 
s'airèla vuigi-qualre heures à Nanci, 
et Ti 'arriva qu'après que le crune eut 
été consommé. Le lendemnin de 
rexéiulioii, le président de la com- 
mission nulilaire, se trouvait chez 
Camliacéiès, et rendait coiopte de 
l'évéïieraenl de la veille. Après avoir 
confessé hartcm'. nt que le prince 
éiait mort avec beaucoup de cou- 
rage, il ajouta : « Ses réponses ont 
» été fort simp!(s; mr,is heureusement 
» il nous a dil son aom : car ma foi , 



ENG 

» sans cola , nous aurions élu fort cin- 
» baiiiiS'.cs. » Ce piOjO.s lui rntenilu 
el répète |);ir jiius de trente per- 
sonih'S. Cet aveu est iraulimt plus 
rciii ir(|ii<i. Je, d'aul^ul |)lus vrai, qu'on 
n'avait |»as Niisi une .seule pièce re- 
lative a l'alFiire de Piel)e;;ru et au- 
tres , ni ebez le duc crEngliicn , ni 
chiZ aucun lie Ci nx qu. lurent ar- 
rè es a la nièiue epixjiic au ilela du 
Rhni. i/enlèvemeiil de madame de 
licit 11 , arrêtée ;i OllVnhuurjï , avait 
averti tous les malhennux réruc;iés 
français du danger qui les mcnaçiit ; 
la plupart avaient fui. Le duc d Eii- 
ghitu , dont la bel.e anie lie pou- 
vait soupçonner un crime, avait dé- 
daij^ué de prendre une précaution 
qui eût rc>.semblé à de li timidité. 
C'est ainsi qu'il fut la vieUme de la 
sécurité qu'jn><piie aux grau. les âmes 
l'innocence accompagnée du courage. 
Ce ne fut pas seulement à Londres 
qu'on honora la mémoire de cet m- 
iuiluné prince par des cérémonies re- 
ligieuses; on célébra aussi à St.-Fé- 
lersjuurg un service où le ccuolaplic 
portait l'inscription suivante : 

InCLlTO PRINCiri 

Ludovico-Antonio-Henrico 

BORBONIO CoNDitU DCCl o'EsGHlEN 

îv'o.v mincs prûpria et avita virtute 

quam sorte fdnesta claro , 

quem devoravit bf.llca corsica , 

Europe terror , 

Et totius humam geweris lues. 

Un anonyme a publié sur cette af- 
faire une petite bro( lune avant pour 
titre : De l'A>sassinnt de monsei- 
gneur le (hic d'En'^hieii , el de la 
Justification de M. de Caulincourt. 
Tontes les pi"ces sont réunies dans 
cet écrit. • 'n a aii^si public : Notrce 
historique sur L. A. II. de Bourbon- 
Co de, duc d'En^hien , prince du 
sang roj al, suii'ie de sva oraison 



ENG 1^7 

funèbre , prononcée dans la ch'tpelle 
de Si. Patrice à Londres, en pré- 
sence du la famille myttle, par i'.ilibé 
de Houvens, j. . édil., i8i4' Leduc 
d Lvij,liien a laissé en manuscrit un 
Jouriid de ses campagnes et de sts 
voyages. M — T. 

E.NGLTSn ou ANGLOIS ( Es- 
tuer), française d'origine qui avaut 
passe une partie de sa vie en Angle- 
terre et eu Ecosse, sons les rè- 
gnes d'Eiis ibctli et de J u-qw s 1 *". , 
s'y ( st distinguée par son talent dans 
l'art de i'écriinre. Apès avoir vécu 
dans le célibat jusqu'à l'âge de 
quarante ans , elle épousa un M. 
Kello, dont elle eut un fi, s, qui 
entra dans la carrière ecclé-.iastiqu(. 
Ou d conservé en Anglet rre dans di- 
verses bibliotlicq les plnsiiMirs échan- 
tillons curi'-nx de son talent , entre 
autres , Historien memorabiles Ge- 
nesis per Esterani Inglis Gallam, 
Edenburgi , anno 1600; ainsi (pi'un 
volume iu-8°. obloug , en fiançais 
et en anglais, intitulé Octaves {^Oc- 
tonarie^ 1 « sur la vanité et l'incons- 
» tance du monde , écrites par Ester 
» Ingiis le i^'. de janvier i6oo. » 
Ce recueil est orné de fl;urs et de 
fruits peints à l'aquarelle; sur la pre- 
mière ieuilie on voit son portrait eu 
petit, avec cette devise : 

De Dieu le bien. 
Du moy ie rien. 

Eile parait avoir été étroitement liée 
avec Jo<eph Hall , évèqiie de Nor- 
vvich. Dans un manuscrit dont elle 
lui adresse la dédicace en Hii 7, lors- 
qu'il était encore doyen de Worce.?- 
ter,ellc l'appelle my very singular 
friend, mou très intime ami. Quelques- 
uns des ouvrages de cette dauic se 
trouvent à la Hibiiuth, booleienne, M. 
Wai< keivaer pos.sèd l'ouvrage de cet- 
te cclèbre ealiigraphe, le plus errieirs 
SC'it pour la beauté et la variété des 



ï 58 E N G 

«fcfiliircs, soit pour le portrait del'du- 
tctir, dessine à la plume par elle- 
luêuie. Ce précieux manuscrit con- 
liciit, i". le Livre de VEcclésiasle , 
de la main d'Esther An^lois ,ff'nn- 
caise, à Lislebourg en Ecosse , ce 
XXI avril 1601. :i". le Cantique des 
<7(^/«/j(jfHe5, traduit rgalcinenteu fran- 
çais , le t'iut accoinp.i^iic de plusieurs 
piècfsde vers, Iraiiç.iises et latines, 
d'Aiidrc Melviiius et aulns versifica- 
teurs du tenip?, m Esleram ^np;lam 
rarissirnam fœminam. On y trouve 
aussi la devise favorite de l'auteur, en 
CCS termes : 

D.- rEtcrnel 

L bi II, 

De moy !<• mal 

Ou rien. 

Pour la délicatesse de l'écriture, ce 
petit chef-d'œuvre peut soutenir la 
comparaison avec les ouvrages de 
Jarry et des autres calligraphes du 
siècle de Louis XIV, S — D. 

ENGl^AINŒLLE (Marie -Domi- 
nique Joseph), religieux de l'ordre 
de S. Augustin , né à INedonchal en 
Artois le 24 mars 17^7, se livra à 
l'élude des sciences , et particulière- 
ment de la musique. 11 s'occupa sur- 
tout des instruments à louches et de 
leur construction. Comme il se trou- 
vait, versi 757,3 la cour du roi Stanis- 
las, un virtuose italien fit entendre à ce 
prince des sonates de clavecin ciii'il 
admira beaucoup , mais dont il ne 
put obtenir conmiuiiicaiion. Instruit 
des regrets de Stanislas, Eugrainelle 
voulut les faire cesser , et imagina une 
mccaiiique (pii notait les pièces tou- 
chées sur un clavecin au fur et à me- 
sure de leur exécution. Le virtuose 
revint à quelque temps de là , toucha 
les pièces désirées , et , peu de jours 
après , le P. Eugramelle lui fit enten- 
dre une serinette qui non seulement 
répétait ses sonates, mais rendait 
même fidèlenieul la manière et les 



EN G 

agre'mcnts propres à l'exécutant. L'ilî- 
vention du moine consistait dans un 
clavier de rapport placé sous le véri- 
table , et dont les louches frappaient 
sur un cylindre couvert de deux pa- 
piers, l'un blanc, l'autre noirci. Le 
cylindre était mis en mouvement par 
une mécanique qui, a chaque tour, le 
faisait dériver de côté. La révolution 
lot de était de quinze tours, et durait 
trois quarts d'heure. Une semblable 
mécanique fut inventée ])ar Unger, 
conseiller-secrétaire de la cour de 
Brun.swi( k- Lunebourg ; maisil paraît 
que la priori'.éappartient au P. Eugra- 
ri!eik\i). Ce dernier, en 177^, rendit 
])ul)lic le fi uit de ses travaux et de ses 
observalions dans un ouvi âge intitulé: 
la Tonotechnie , on Wlrt dénoter les 
cylindres et tout ce qui est suscep- 
tible de nolage dans les instruments 
de concerts mécaniques, in - 8°., 
fiii. La iuatièr( était neuve (i) , et les 
liitliieis faisaient un mystère de cet 
art. C'est également au P. Eugra- 
melle qu'appartient tout ce qui a 
rapport au n'tage dans VArt du 
facteur d'orgues de dom Bedos. Il 
est encore auteur d'un instrument 
qui donne la division géomélricpie des 
sons de manière à fixer l'incerlitude 
des accordeurs. On lui doit en outre 
la description des Insectes de V Eu- 
rope , peints d'après nature par 
Ernst, in-4 ., »"• partie, conteiiiut 
les chenilles . chrysalides et papillons 
de jour. Le Dictionnaire universel 



(i^. M. Gatley .innonrait dios le Journal dt 
Paris ( 17K3 , N''. 52 ) rintciuion d'e'écuter une 
matbine de ce genre qu'il avait inventée; il en 
fui détourné par la crainte de passer pour pU- 
yLiire , lorsqu'un lui eut appris qu'un pareil méca- 
nisme avait déjà été fait par un lacteur Je Berlia 
qui, comme lui, n'avait aucune conuaissanc» 
dune machine semblable qui est décrite dans lea 
2ran.iactiuns philosuphiques T>- 

I Diderot avait, eu 174S, propesé un mnyea 
fort IngénieuJ de noter a volonté, sur-le-cbamp, 
tout ce que l'on voulait sur les serinettes ou orgue» 
dits de Barbarie ; mais ce mo^ea. n'est pa« d'une 
exécution trù facile. 



ENJ 

lui attribue qiie!(|iiisoiivra!:;c.s sur los 
Sourds et Muets. Eutjranicllc mourut 
en I -Mo, D. L. 

KVGUEf^lWNl). Foyez CoucY, 

MaUIGNY et MoN-.rRELET. 

EN.IK.)iN GEouGE;.jafc:NYEDlN, 
en \a[\i\ Eiijedinus , céli-lut' unitaire, 
prit suit I! )ui d.' ceini d'Enycil, petito 
ville (lo Transylvanie, sur les boiils 
de la rivii-re de Maros , oii il naquit 
vers k' milieu du i(3 . siècle. Ses ta- 
lents lui -acrilèreut la couli tnoe ^e^le- 
rale dans son ptrti; il fui nomme su- 
rintendant d"s églises des uiiitaucs 
daus la Transylvanie, et directeur du 
colle'j^c de Glauseuibourg. II mourut le 
u8 novembre 1397 , dans un à^e peu 
avance. (3u a de lui : E vplicaliones 
locoruin scripturœ , vctcris et -Voui 
Testarnenti , ex quibus Trinilatis 
dogina stabiliri solet , in-4'- H com- 
posa cet ouvrage dans l'intention de 
prouver que les catholiques donnent 
une fausse interprétation aux passages 
des écritures dont ils se servent pour 
établir le do^me de la Trinité; et, dit 
David Clément , il n'épargna ni subti- 
lité, ni critique, pour venir à bout de 
son dessein. La première édition fut 
imprimée en Transylvanie , peu de 
temps avant la mort de l'auleur. Les 
magistrats en prononcèrent la suppres- 
sion , et tous les exemplaires saisis fu- 
rent briilés , en sorte qu'elle est tleve- 
nue très rare. La réimpression de Hol- 
lande présente une copie très exacte de 
l'édition origmale. Fabricius assure 
qu'elle vit le jour à Groningue , en 
lO-jo. L'ouvrage d'Eujedin a été soli- 
deni' nt réfuté parUichird Simon, dans 
son Histoire critiqie des commenta- 
teurs du Nouveau- Testament. On at- 
tribue encore à l'jnjediu : L De divi- 
jiitate christi ; II. Explicalio loco- 
rum catechesis Racoviensis ; lll. 
Prcefatio in IVo^'unt Te^tninenlum 
versionis RacQviance. Le premier de 



ENN 



i5g 



CCS ouvrages parait n avoir jamais été 
imprimé, et S.iuJius ( Bibl. anli- Tri- 
nitar. ) , prouve par de bonnes rai- 
sons, qu'il est très d)uleux qu'Eiije- 
din soit l'auteur des deux autres. 

W— s. 
ENNERY (MicHELET d') ,n iquil i 
Metz, en 1709, d'une famille distin- 
guée; il commença ses études au col- 
lège lies Jésuites de cette ville , et les 
continua à Paris. Ses pirents le clesti- 
naient à la magistrature, mais un de 
ses oncles , qui lui cela si charge de 
trésorier de la ville de ;VI;;Z, le (it re- 
noncer à l'élude du droit, pour revenir 
dans sa ville natale. Les loisirs que lui 
laissaient ses nouvelles fouctious, et 
la connaissance qu'il (it d'un habile an- 
tiquaire , son premier guide dans la 
science numismatique, développèrent 
en lui un goût qui le détcrmm i à re- 
noncer à sa clurge , pour se livrer 
tout entier à la recherche des mé- 
dailles. Il se rendit à Paris , afin d'être 
plus à portée de former les suites 
qui ont illustré son cabinet. Les nom- 
breux amateurs q li s'occupaient alors 
de ce genre d'éru lition , semblaient 
exciter le zèle d'Eunery. Il n'épargna 
riea pour enrichir sa collection , il 
voyagea en Italie, en Allemagne , et 
fit par-tout des acquisitions impor- 
tantes. Les cabinets de D.ivau, capi- 
toul à Toulouse , du président de Mai- 
son, du duc du Maine, d'Havercimps, 
de Douxméuil, de l'abbé Favard,da 
prince de Kubempré , de Chamtlly, 
archevêque de Tours , des Jésuites de 
Paris, du marquis de Beauvau, de 
Houdenc et de tant d'autres, vinrent 
se fondre dans celui d'Eunerv. Il ne 
se borna pas à un seul genre de mé- 
dailles, il voulut tout posséder, mé- 
dailles grecques, de villes , de peuples, 
de rois, médailles romaines, etc. Il 
s'attacha à former toutes ces suites. 
Sou catalogue , rédigé après sa mort 



i6o ÈNN 

par MM. de Tcrsaii et Gosscl'.in , at- 
testr la luagiijliceiice de ce cabinet, et 
Je çi;i>ùt ë|)UiC de son possesseur. Il y 
sacriliri pi csqoe tontesa foi tuite. D'Eii- 
lury , au milieu de toutes ses riches- 
ses, se contenta d'en jouir, sans se li- 
vrer à resplicatioii des iiionimicnls 
qu'il possédait; il n'a rien puljlié de 
son vivant <'t n'a laissé ancmi mémoire 
après sa mort. Il se lonti-ntail d'amas- 
ser, et de faire vuir noLlement son ca- 
binet ,qui ne manquait |)asd'c re \i' ité 
par les étran<^(;rs de distinction qui 
venaient à Paris. Il attachait a ci'la 
son plaisir, et il y borna sou ambi- 
tion. Il avait cependant foinié le 
projet de rédi<:;er lui-mcme son cata- 
logue ; mais une attaque d'apoplexie 
l'oideva le 8 avril l 'jS'i , à l'àgc de 
soixanle-dix-sept ans. Ce fut Rome de 
Ijille qui fut son exécuteur testamen- 
taire. C'est avec le secours de ce cabi- 
net que celui-ci a perfectionné son 
ouvrage sur la métrologie, et c'est 
aussi par les conseils d'Ennery que 
Beauvois , dans son Histoire des Em- 
pereurs, a fixé le prix de chaque mé- 
daille romaine, suivant sa rai été et 
l'espèce du métal dans lequel elle a été 
frappée. Aucune collection de particu- 
lier n'avait ét;alé la sienne, un prince 
aurait pu montrer avec orgueil ce tré- 
sor d'érudition , elle montait à plus de 
vingt-deux mille médadies, dont envi- 
ron vingt mille antiques. Celte collec- 
tion fut vendue publiquement; tout fut 
dispersé, et ses débris atièrenlendjel- 
lir plusieurs cabinets , riches seule- 
ment de cette acquisition ; les Anglais, 
les Hollandais, ei les nombreux ama- 
teurs que possédait la France , se dis- 
putaient le fruit de tant de travaux, 
f,es ])iincipaux acquéreurs furent le 
cabinet du roi ,MM. Haumont , Xau- 
py, de Tersan , l'abbé d'Hauteville , 
de Milly, etc., etc., à Paris.; Van- 
•iarame, en Hollande j Knigtb, Towu- 



ENN 

ley , à T.ondrcs. Nous nommons ici 
les principaux acquéreurs de c(S col- 
let liuns , ainsi que les personnes qui 
ont enrichi les suites de d'Ennery , 
parce (|u'il est essentiel de connaîtie 
la liiiition de tous les cabinets, par 
rapport aux médailles qui se trou- 
vent publiées par de nouveaux pos- 
sesseurs, et qu'on peut prendre pour 
des pièces nouvcllem' nt découver- 
tes. Le cat ilogue d'Ennery , [)ublic 
à Paris, 1788, 1 vol iii-4'-i avec lig., 
tient un rang distingué dans les bibliq- 
thèqnes, parmi les ouvrages numis- 
matiques. T — n. 

EISNETIERES ( Jean d' ; , cheva- 
lier, sierirde Beadmelz, néà Tournai, 
vers là fin du 16 . siècle, cultiva la 
poésie française avec pins d'ardeur 
que de succès , et mourut dans sa pa- 
trie vers i65o, âgé d'environ soixante 
ans. On a de lui : I. les Amours de 
TJwatenes et de Philoxènes , suivis 
de poésies, Tournai, 161 G, in- iG; 
II. Bo'éce, de la consolation de la 
Philosophie , traduit en français, en 
prose et en vei s , ihid. , î G'i8 , in-S". , 
assez rare; III. Ze Chevalier sans re- 
proche , Jacques de la Lain^, poème 
en seize chaiils, ioid., iG53, iii-8'*., 
c'est de tous les ouvr.iges d'Eunetiéres 
le seul qui soit reclierché des curieux. 
IV. les quatre Baisers que Vaine 
dévole peut donner à son dieu dans 
le monde , ibid., iG'i 1 , in - 1 i. ; W . 
Sainte- Aldégonde , tragédie, ibid. , 
1G45 , in -8'. — Ennetiere ( Marie 
d' ), de la même famille que le précé- 
dent, se fit quelque réputation pour 
son savoir et pour sa pieté. Le seul de 
ses ouvrages qui ait été imprimé est 
une Epitre en vers français , contre 
les Turcs , Juifs , Infidèles , faux 
Chrétiens, etc., i5jy, iu-H". 

W— s. 

ENNlUvS ( QuiNTus ), poète iatin, 
naquit à Bitdies, Viiie dm la Calabre^ 



Van 240 avant J.-C. , sons le consnlat 
(lfQ.ValoriiisF;illon ci deC.M.iinilius 
Tiiiriiuis. Il vécut on Sardai'^ne jus- 
qu'à i'àge (le quarante ans; ce lut dans 
cette île , somnisc auK Romains , qu'il 
se lia d'amilie avec Caton l'ancien , le- 
quel gouvernail alors la Sardai^ne avec 
le litre de pie'teur.La liaison qui exista 
entre Ennins et Caton fut si 5i;rande, 
que le poi-'tc ofFrit volontiers ses bons 
ofliccs à Caton pour lui enseigner la 
langue grecque. Caton l'étndia avec 
fruit, et, pour te'nioigner sa recon- 
naissance à Ennius , il remmena à 
Borne , et lui donna une maison situc'e 
sur le mont Avcntin. L'acquisition 
qu'il fit d'un poète aussi célèbre me 
paraît , dit Coinclius Nc'pos , compa- 
rable aux plus beaux triomphes ([uc 
la conquête de la Sardaii;ne aurait pu 
îui mériter. Ennius obtint par son 
génie le droit de bourgeoisie romaine : 
celait un honneur ibrt recherché , 
qu'on n'accordait alors qu'aux e'iran- 
f.ers d'un rare mérite. Le style d'En- 
ïiius a tonte la rudesse du siècle où i! 
vivait ; mais le défaut de pureté et 
d'clégance est racheté chez lui par la 
Jbrcc des expressions. Ennius lira la 
poésie latine du fond des forêts pour 
la transplanter daus les villes; et le 
poète par cxcellcnre, Virgile, en con- 
fessant qu'il a transporté dans son 
Enéide des vers tout entiers d'En- 
nius , disait souvent que c'étaient des 
perles qu'il tirait du fumier. Au juge- 
jacnt de Lucrèce , Ennius est le pre- 
mier d'entre les latins qui ait ob- 
tenu sur le Parnasse une couronne im- 
mortelle : 

Primus amœno 
Detniit e\ Hellcoiie percmii Ironde coroaan» 
Per gentes it;ilas. 

Le judicieux Quintilicn a fait un grand 
éloge du poète Ennius.: « Révérons, 
» a-l-il dit, cet homme célèbre , connue 
» on révère ces bois sacrcs par leur 

Mil. 



ENN iCi 

» propre vieillesse, dans lesquels nous 
» voyons de grands chênes que le 
» temps a respectés, et qui pourtai't 
» IUIUS frappent moins par leur beau- 
» lé, que par je ne sais quel scnli- 
» meut de religion qu'ils nous inspi- 
» rent. » Ennius fut recherché par 
tous les grands hommes de son siècle. 
Caton , dont nous avons parlé, atta- 
chait tant de prix à l'islime d'Ennius , 
qu'il la mettait au-dessus de l'honneuf 
du triomphe. Scipion l'Africain, fati- 
gué des troubles de Rome, avait em- 
mené Ennius dans sa maison de cam- 
pagne de Literne; il avait une telle 
vénéralion pour ce poète, qu'il voulut 
être dé|)osé avec lui dans le mê- 
me tombeau. Ennius mourut envi- 
ron dix-huit ans après Scipion , d'un 
violent accès de goutle; il fut honoré 
d'une statue élevée sur le tombeau des 
Scipions, dont il avait clwnté les ex- 
ploits. Ennius a mis en vers héroïques 
les Annales de la république romaine ; 
il a composé, en outre, quelques sa- 
tires et plusieurs comédies qui annon- 
çaient nue profonde connaissance du 
cœur humain; mais il ne nous reste 
de ses ouvrages que des fragments 
qu'on a recueillis dans le Corpus poë- 
iarian , et dont Hcssétius a donné nne 
excellente édition in. 4'. (Amsterdam, 
1707 ). Sa tragédie de Médée a été 
donnée à part, arec un choix de se» 
autres û-agraents et un savant Com- 
mentaire par M. H. Planck, Hanovre, 
1807, in-4"- Euijius était tellement 
convaincu de -on talent pour la poésie 
épique, qu'il s'appelait l'Homère des 
Latins. V.iici l'épilaphe qu'il composa 
ponr lui même : 

Aspicitp, ô cives, senis Enni! imaglnis firt-mam ; 

ilirvestrûm pinvit maxinia fact;i painiin 
Nemo me lacrymis decoret, ncque luner:» lletn 

Faxit ; cur.' Tolito vivus per ora virùm. 

13— BS. 

ENNODiUS (Magnus-Feux), 
était ne à Arles, vers l'an 475, d'una 

ji 



i6'2 ENN 

famille illustre; il comptait parmi ses 
parents les Faiistus , les Buéces , les 
Avieiius, et Caraillus , son père , avait 
exerce liiiincrne des charges honora- 
bles; il fut dépouillé de ses biens pir 
les Visi(;olhs , lorsque les Barbares 
s'établirent dans la partie méridionale 
des Gaules. Une de ses tantes, qui 
demeurait à Milan , se chargea de 
pourvoir à sou éducation. Cette cir- 
constance a fait croire à quelques éci i- 
vains qu'il était né dans cette ville. 
Ennudius annonçait d'heureuses dis- 
positions pour l'éloquence et pour la 
poésie , et d'habiles instituteurs les 
cultivèrent avec soin. Il perdit sa 
tante à l'âge de seize ans , et retomba 
dans la situation malheureuse dont 
elle l'avait tué. Une dame d'une haute 
distinction , nommée Mélanide , tou- 
chée de son mérite , répara les torts 
de la fortune à son égard en l'épou- 
sant. ?2nnodius alla habiter ensuite 
Pavie. S. Epiphane, qui en était alors 
cvêque , apprécia ses talents , et l'en- 
gagea à les faire tourner à l'avantage 
de la religion ; il céda avec peine aux 
pressantes invitations du saint évê- 
que; il ne consentit qu'à regret à se 
séparer d'une épouse qu'il aimait ten- 
drement ; et ce fut pour ainsi dire 
malgré lui qu'il fut ordonné diacre à 
l'âge de vingt-un ans. Apiès son ad- 
mission dans les ordres sacrés ^ il ne 
changea pas aussitôt de conduite ;mais 
enfin la grâce toucha son cœur , et 
dès-lors, renonçant aux vanités du 
inonde, il s', ppliqua tout entier à a 
science du salut. En 494 ■> i' suivit , à 
la cour de Goudebaud , roi de Bour- 
gogne, S. Epiphane, chargé par les 
églises d'Italie du rachat dés captifs. 
Ce saint prébt étant mort , il se relira 
à Rome, où il continua de partager 
ses loisirs entre l'élude et la pratique 
de ses devoirs. Parmi les ouvrages 
qu'il composa à cette époque, ou re- 



ENN 

marque \' Apologie pour le pape Sym- 
maque et le iv . Conci'e , dont les 
Pères ordonnèrent l'insertion dans 
les actes de cette assemblée ; et le 
Panégyrique de Théodoric , roi des 
Visigoths , qu'il prononça en So^. Les 
talents d'Ennodius et l'emploi qu'il 
en faisait pour l'utilité de l'Eglise, lui 
méritèrent l'estime des pontifes et la 
vénération des peuples. En 5i i , il 
fut placé sur le siège épiscopal de 
Pavie, et peu de temps après le pape 
Hormisdas le chargea de travailler à 
la réunion des églises d'Orient, divi- 
sées par l'hérésie des eutychiens ( f^, 
EuTYCHEs). 11 se rendit deux fois pour 
cet objet vers l'empereur Marcien j 
mais ce prince, qui favorisait les er- 
reurs qu'Ennodius venait combattre, 
résolut de le faire périr , en le forçant 
de se rembarquer sur un vaisseau en 
mauvais état. Sa criminelle espérance 
fut trompée : Ennodius arriva heu- 
reusement en Italie; il reprit l'admi- 
nistration de son diocèse , qu'il gou- 
verna saintement plusieurs années, et 
mourut le i - juillet 52 1. I/Eglise ho- 
nore sa mémoire le même jour, F>es 
OEiwres de S. Ennodius ont été re- 
cueillies et publiées par André Schott, 
Tournai, i6i i , in-8". , et par Sir- 
mond, Paris, même année et même 
format : elles l'avaient été précédem- 
ment dans le Recueil des Autliores 
orthodoxographi , Bàle , 1 569 , in- 
fol. ; et elles l'ont été depuis dans les 
différentes éditions de la Bihlioih.Pa- 
trum,el séparément, à Venise, 1 729, 
in-f(jl. La meilleure édition est celle 
q ui fait panie des opéra varia SS Pa- 
triim{F. Sirmond) ; le lexteen a été 
coll itionné sur deux excellents ma- 
nuscrits , et les notes placées an bas 
des pages offrent tous les éclaircisse- 
ments nécessaires. Elle renferme : I. 
des Lettres , au nombre de 297 , di- 
visées en IX liyxes :1e style u'en est pas 



y 



ENN 

exempt cle rcclicrclic ni de mauvais 
goûl; mais elles respirent la pietc la 
plus ten Ire; IF. le Panégyriijur de 
Théodoric , pièce utile pour l'his- 
toire : elle a été impriméf dans les 
premières éditions des Panegyrici ve- 
teres; III. V apologie de Synvnaque 
et du 4 • concile de Rome, remar- 
quable par l'enchaînement des moyens 
et la solidité des rai.Nonn( mcnts, mais 
trop Favorable , de l'avis même des 
critiques les moins prévenus, aux pré- 
tentions de II eonr de l\omc; IV. la 
yie de S. Epiphane , évdque de Pa- 
(*/c, estimée par l'exactitude des faits 
et par la conn.iissance qu'elle donne 
de diftérents points historiques ; le 
stile en est plus correct et plus apjréa- 
bleque celui des autres onvra^^es d'Eu- 
nodius : elle a été insérée dans les 
Acla banctorum , au n j.invier, avec 
des notes de Boliandus; Arnanldd'An- 
dilly l'a traduite en français; V. la rie 
de S. AnLoine , moine de Lerins ; 
c'est plutôt un pinéi;yrif|iie de ce saint; 

VI. plusieurs Opuscules, peu impor- 
tants, entre lesquels on rem.irque ce- 
lui que le P. Sirmond a intitulé Eu- 
charislicum, parce que Euuodius y 
rendgrâ.esà Uieu de sa miséricorde; 

VII. des Discours ou Allocutions , 
au nombre de vingt-huit , sur des su- 
jets de piété, etc. Dura Marlèue a in- 
séré , dans le tom. V du Thésaurus 
anecdotorum, deux pièces de ce genre 
qui avaient échappé aux recherches de 
Sirmond. VIII. Des Powîes, divisées 
en deux parties : la première contient 
des Hymnes , un Eloge de S. Epi- 
phane , etc. ; la seconde , des Epila- 
phes , des Inscriptions , des Epi- 
grammes , etc. On retrouve quelques 
pièces d'Eunodiusdans le Chorus poë- 
tarum. W^ — s. 

EN OC, ou ENOCH (Louis), 
né a Issoudun au i6". siècle, «n- 
brassa la réforme de Calyin, et se 



ENO iG3 

retira à Genève vers iSSo. Il rem- 
plit avec distinction une place de ré- 
};ent an colléj^e de celte vdie, et en 
fut nommé principal en i556. La 
même année il reçut la boutgoisje, 
et peu de temps après fut promu au 
ministère. Il a écrit des (jommen- 
tauessur Cicéron,que Robert Etienne 
a publiés avec les OEuvies de cet 
or^iteur. On a encore de lui: l. Prima 
infanlia linguœ grœcœ et Inlinœ si- 
mul et gallicœ, P.iHs, iSj-j. in-4".; 
II. De puerili grœcarum littera- 
rum doctrind liber, Paris, i555, 
in -8".; III. Parlitiones grammati- 
ccs , Genève, in-4". — Enoc (Pierre', 
sieur de la Meschiniere , fils du pré- 
cédent, né dans le Dauphiné, cul- 
tiva la poésie française, mais sans 
grand succès. On a de lui : I. Opus- 
cules poéliqucs , Genkve , 1572, in- 
8'.; II la Céocyre, contenant cent 
cinquante-un sonnets, des odes, des 
chansons , des élégies , des ber<ïe- 
ries, Lyai, iS^S, ii)-4". Il célèbre 
dans cet ouvrage les charmes d'une 
jeune demoiselle qu'il nomme Ce'o- 
cyre , de deux mots grecs qui signi- 
fient bride-cœur ; III. Tableaux de 
la vie et la mort Ce sont des ré- 
flexions morales sur les misères de 
la nature humaine", divisées en cinq 
cent.'^ quatrains. Les bibliographes 
qui font mention de cet ouvrage n'en 
indiquent ni la date de l'imprission, 
ni le format. W — s. 

ENOCH , patriarche , fils de J.ued, 
naquit l'an 5378 avant J.-C. Il engen- 
dra Mathusala, lorsqu'il était âgé de 
soixante -cinq ans , et vécut encore 
ti'ois cents ans après. Alors « il ne pa- 
» rut plus, dit l'Ecriture, parce que 
» le Seigneur l'enleva du monde. » 
S. Paul , dans sa belle Epître aux Hé- 
breux , où il célèbre avec mac:nineeiiee 
la foi des patriarches , parle ainsi de 
celui qui est le sujet de cet article ; 

II.. 



1(54 ENO 

♦; C'est par la foi qu'Enocli fut enlève, 
» afin qu'il ne vît point la mort; et on 
» ne le vit plus , parce que le Sci- 
» gneur le tr^insporta ailleurs. » Les 
docteurs de rE?;lise et les plus sages 
interprèles de l'Ecriliux' ont donc en- 
seigne que le patriarche Enoch n'est 
pas mort , et que Dieu l'a enlevé tout 
vivant du milieu des hommes , comme 
il a transporte long -temps après le 
prophète E'ie, sur un chariot de feu 
{Foy. Eue. ). S. Jérôme, dans sou 
Commentaire sur Amos , dit qu'Enoch 
et Elie ont ètc transportes au ciel dans 
leurs corps. Les juifs et les chre'licns 
croj'eut unanimement que ces deux 
saints personnages existent encore au- 
jourd'hui , et que c'est à eux que s'ap- 
pliquent ces paroles de l'Apocalypse : 
« Je susciterai mes deux témoins , et 
» ils prophétiseront, couverts de sacs, 
» pendant mille deux cent soixante 
» jours. » Il existait dans les premiers 
siècles de l'Eglise , sous le nom d'E- 
noch, un livre devenu fameux par 
l'embarras qu'il a cause à tous les in- 
terprètes. Tertullicn en a fait un grand 
éloge, et avant lui, l'apôtre S. Jude, 
dans son Epître canonique , en cite 
uu passage où il est question du juge- 
ment que Dieu doit exercer contre les 
impics. C'est dans ce livre qu'il est dit 
que les anges se sont allies avec les 
filles des hommes, et en ont eu des 
enfants. Au reste, il est probable qu'il 
y avait dans le livre d'Enoch plusieurs 
véiite's dont S. Jude , auteur inspiré 
de Dieu, a pu faire usage; mais ce 
livre n'en a pas moins été rejeté par 
l'Eglise, comme apocryphe, et les 
plus illustres des anciens docteurs en 
parlent comme d'un ouvrage qui ne 
doit pas faire autorité. Le célèbre Pei- 
vesc, l'un des plus illustres savants du 
commencement du i-j". siècle, ayant 
appris par le P. Gilles de Loche , mis- 
sionnaire capucin , que les Abyssins 



ENO 

possédaient ce livre en langue éîhio- 
picnne, mit tout en œuvre pour se 
le procurer, et obtint en edet un ma- 
nuscrit qui devait le contenir , mais 
qui n'était que le livre d'un imposteur 
nommé liahaila IMichail. Ludolf re- 
connut la supercherie dont il avait 
éié dupe, et comme le moine abyssin 
Grégoire, dont il avait reçu ses con- 
naissances en éthiopien , ne lui avait 
point parlé de re livre d'Enoch , non 
seulement il publia la fausseté du nia- 
miscrit de Peiresc, mais il nia inèma 
l'existence du livre. Cette opinion fut 
adoptée par tous les savants; mais le 
chevalier iiruce étant en Abyssinie en 
1 7G9, se procura trois manuscrits du 
livre d'Enoch. A son retour en Eu- 
rope, il en donna un exemplaire au 
roi de France , et rapporta les deux 
autres en Angleterre. Woidequi s'était 
livié à l'étude du copte pour parvenir 
à une plus grande connaissance des 
livres saints, n'attendit point le retour 
de Jîruce et vint à Paris , où il copia le 
livre d'Enoch ; il en communiqua au 
célèbre Michaélis une notice , qui se 
trouve imprimée dans la correspon- 
dance de ce savant. L'étude de ce ma- 
nuscrit ne laissa plus aucun doute sur 
l'existence du livre d'Enoch, ou du 
livre apocryphe qui porte son nom , 
et que les Abyssins placent immédiate- 
ment après le livre de Job , daus le 
canon des livres saints. M. Silvestre de 
Sacy a donné une notice assez détaillée 
et la traduction latine de plusieurs cha- 
pitres du manuscrit de la bibliothèque 
du Roi , dans le Magasin encjclopé- 
dique, 6'. année, tome I , pag. Sog. 
Ce savant y a prouvé que ce livre 
est le même que celui qui est cite 
dans la fameuse épître de S. Jude 
et dans les anciens écrivains. Sou opi- 
nion c-t que, quelque obscur qu'il oit, 
il mériterait d'être traduit et publié 
avec le texte, à cause de sou antiquité , 



y 



KNO 

(le l'usaç;e qu'en ont f'.iit des eVriviins 
respectables, de l'autorité dont i! a 
joui, et des discussions auxquelles il 
a donne Hou. C — t et J — n. 

ENOCH, nis d'Abraham, rabbin 
de Guesne et de Posen, a public les 
ouvrages suivants : I, Commentaire 
sur le psaume 83 , extrait du Com- 
inenlaire entier fait par le même 
auteur sur tous les psaumes; II. 
Ihspute de Joseph avec ses frères ; 
lil. Discours sacrés sur divers lieux 
du Penlateu(pie , imprime à Amsler- 
daiu. M. de' Rossi, qui nous a fourni 
cet article, n'indique ni le lieu ni la 
date de la mort d'Enoch. J — n. 

EjNS (Gaspard), ne vers 1670 
à Lorcli, dans le Wurtemberg, re- 
nonça à l'etiide du droit après avoir 
reçu ses premiers grades , afin de se 
livrer à sa passion pour les voyages. 
11 se fixa à Cologne eu i6o3 , et s'y 
mit aux gages d'un libraire. Eus pa- 
raît s'être moins inquiète' d'obtenir 
ime re'putaîion durable que d'amas- 
ser de l'argent; aussi les volumes se 
multipliaient -ils sous sa plume avec 
une rapidité inconcevable ; souvent 
il en publiait huit ou dis dans une 
année , et sur des objets entièrement 
oppose's. 11 quitta Cologne après y 
avoir demeuré vingt cinq ans, et ou 
iij'uore ce qu'il devint depuis cette 
époque ; mais il paraît qu'il vivait 
encore en iG36. Le rédacteur des 
tables de la Bibl. histor. de France 
le nomme mal Gaspard Lorchan ; 
cette erreur méritait d'être relevée. 
On ne citera , parmi les ouvrages 
d'Ens, que ceux qui peuvent présenter 
quelque intérêt ; on en trouvera une 
foule d'autres indiqués dans la Biblio- 
iheca realis de Lipenius : I. Hisloria 
JBellorum DiiJimarsicorum seu Da- 
norum sub Frederico II, Francfort , 
ï ^»()5 , '\n-ïo\. \\\. Mercurius Gallo- 
Belgicus, Cologne, i6o4 et anuécs 



ENS i05 

suivantes, in-n. Eus en a public six 
volumes, depuis lequ itrième jusqu'.iu 
neuvième; Michel d'issell est le ré- 
dacteur des trois jnemiers ; Golhard 
Arthus et Jean-Philippe Abelin , suc- 
cesseurs d'Ens , ont poric cet ou- 
vrage à trente - cinq volumes. C'est 
une compilation faiblement écrite et 
ma! digérée des événements qui se 
passaient en Europe. ( P^. Isselt d') 
ctJ. Ph. Abelin); 111. Eerum hun- 
garicnrum hisloria , libris IX corn- 
prehensa , Cologne , iGo4, petit i»- 
8"., réimprimée avec des additions et 
une suite, iG48,lrad, en allemand, 
iGo5,iu-4". Les bibliographes hon- 
grois trouvent à cet historien-compi- 
lateur plus d'élégance que d'exacti- 
tude , < t lui reprochent de n'avoir 
point indiqué les sources où il a 
puisé, et de n'avoir point uns de 
tables à son ouvrage. IV. annales 
sive commentaria de bello Gallo- 
Bel^ico, ibid., iGoG, in -S'.; V. 
Deliciœ Germaniœ iani inferioris 
quàm superioris , ibid., 1G08, in- 
8". ; VI. Deliciœ Germaniœ trans-- 
marinœ , ibid., iGio , in -8'.; 
\l\. Belli civil is in Belgio perXL 
annos gesti hisloria usque adannwn 
I Goc), exBelgicis Melerani commen- 
tariis concinnata , ih\à.. , iGio,in- 
fol.; Vlll. Elogium duplex funèbre 
et historicum Henrici IT , ibid., 
iGi I , in-4°. ; IX. Indice occidenta- 
lis hisloria exvariis authoribus col- 
lecta , ibid., iGi'i,iu8'.; X. Mau- 
ritiados libri VI in quibus Belgica 
describitur , civilis Belli causœ , il- 
luslr. Mauritii natales elvictoriœ ex- 
plicantur, ibid., 1612, in - 8'.; XL 
Magnœ Brilanniœ deliciœ, ibid., 
iGiD, in-8'. ; XII. Thésaurus poli- 
ticus ex italico latine versus . 
ibid., iGi5-i8-i9, 5 vol. in-4"- 
Kahle parle avec éloge de cet ou- 
vrage {Bibl. Siriw. , 2 part., pag. 



i6G ENS 

228 ). Jean-Aiidrc Bnsio en avait an- 
nonce une coun nu ilion qui n'a point 
paru; Xlll. Epidorpidum lihrilF' 
in quibiis midta sapievtèr , gravi- 
ter , arpitè ^ sdl.-è, jncosè aiqiie 
eliam ridendè dicta et fada conli- 
nenlur A\nA. ^ ifMD.in-i-i, iG'i4, 
i6'.i8, in- I 2, 1648, 4 ^'ol. in- \i. 
On icfonilit dans la doinirrc édi- 
tion le .sujiplcmcnt iiilitiile : Epi- 
dorpismatnm reliijui(S ; XIV. ^^d- 
■paratus com>i\>a1es jucuwlis narra- 
tionibus, saluhribus monitis et mi- 
randis hisloriis instructi , ibid. , 
i6t5, in- 12; XV. Nucleus histo- 
rico-politicus , ibid. , 1 620 , in - i 2 , 
•-i*". pan.. 1624. Les deux reunies, 
TJlui, i655, in- 12; XVI. Moroso- 
phia sù'e siultœ sapientiœ et sa- 
pientis slultitiœ libri duo, ibid., 
1620, 1621 , in-8 . C'est peut-êlre 
luie traduction de l'ouvrage que Spelle 
avait public sous le niêine lilre en 
italien, Pavie, ifioô, in-4°.; XVII. 
Manliisa apophtegmntiim , ibid. , 
i6.io, vol. in - li; XVIII. Hera- 
clitus de miseriis vile humanœ , 
ibid., i6'-i2, in-12; XIX. Pausily- 
pus sive tristium co^itationum et 
molestiarum spongia , ibid. , in 12; 
XX. Principis consiliarius , ibid., 
1G24 , in-8.; XXI. Fama Ans- 
triaca ,'\h\à., iG27,in-iol. (en alle- 
mand ) , lig. ; XXll. Thaumalur- 
gus mathematicits . id est , admira- 
biliume/Jectniini e mathemaiicarum 
disciplinanim fontibus projliieniium 
sylloge , ibid., 1628, iu-8". Cette 
ë(?ition est la seconde, et on en con- 
n.iît deux .uitres de \ 656 et de 1 65 1 , 
même loiniat. C'est une traduction 
des Récréations mathévialiques , 
dont la première édition française 
indiquée par Mnrhard est celle de 
Rouen, 1628, in-8". L'e'dilion latine 
de 1 656 porte sur le titre Casparo 
Eîis h. collectore et interprète. On 



ENS 
n'y trouve {];uère que la première des 
trois p.irlies (|ue confient l'edilion 
française de Rouen , i645 ; mais on 
a ajouté à la fin quelques problèmes , 
et l'ouvrage se termine par la des- 
cription du singe on paiitoj;rapbe. 
Ou rem.irque encore parmi les ou- 
vrables d'En- une tr.iduction du ro- 
man de Gii/.mau d'Alfaracbe, sous le 
titre de Prusceniitm vitœ , i625 , 
in-8 '. , et des poésies latines , dont 
une partie a été insérée d.ms les 
Velicice poëtarnm Germanorum , 
tom. II, pag. 1255 et suiv. W — s. 

ENS ( Jean ) , théologien protes- 
tant, né le () mai 1682, à Quadick 
dans la Wesifrise, acheva ses études 
à l'université de Levde, et se rendit 
habile dans les langues anciennes et 
dans l'histoire prclésiasiique. Après 
avoir été élevé au saint ministère, il 
fut d'abord envoyé à Ije'ets, et ensuite 
à Lingcn , oii il professa la théologie 
avec distinction. Il fi.t placé en 1709 
à la tête de l'église d Utrecht, et, l'an- 
née suivante, nommé professeur ex- 
traordinaire à l'école de cette ville. Il 
obtint en 1725 une chaire vacante à 
la même école, et mourut le 6 janvier 
I 752. On croit que le régime bizarre 
qu'il suivait , contiibua à abréger ses 
jours. On a de lui : I. fiibliotheca sa- 
cra sii'e diatribe de librorum novi tes- 
lamenli canone , Amsterdam, 1710, 
in-8 . ; II. des Observations ( en hol- 
landais ) sur le 1 1'. et le 12'. cha- 
pitres d'Isaïe , Amsterdam , 1713, 
in^". ; lll. Oratio de persecutione 
Juliani , Utrecht, 1720, in-4".; IV. 
De academiarum omnium prœstan-. 
tissimd, ibid., 1728, in-4". ■ ce sont 
deux thèses inaugurales ; V. des For- 
mules , 1735, in-4°. , en hol'andais, 
et d'autres ouvrages dans la même lan- 
gue, dirigés contre Voët, Frugtice et 
leurs adhérents. W — s. 



ENS 

ENSENy\D4 ( Zenon Silva (i), 
marquis de la ), prit n lissuice à 
quelques lioucs de Valladolid, dans 
la prtilc ville de Seca, l'an i()()o. 
Il dut le jour à des parents lioiinêlcs, 
pins recommand.iblos par leur pro- 
bité et leurs mœurs que par leur 
naissance et leur fortune. La En- 
senada, ayant termine ses éludes avi c 
succès , sollicita et obtint un em- 
ploi dans un des bureaux des finan- 
ces ('2). Son activité, ses talents et sa 
couduile ayant e'ié romanjuc's par ses 
chefs, il fut successivement avancé à 
des emplois plus importants. La jus- 
tesse de ses plans , la sagesse do ses 
vues , les connaissances utiles dont il 
avait orné son esprit le firent bientôt 
connaître pour un des plus habiles 
économistes. Apres avoir occupé pen- 
dant quelques années l'emplui do se- 
crétaire en chef dans le premier bu- 
reau des finances ( de hacienda ) , il 

(i^ Dans plusiriirs biographies on trouve ajoutes 
aux noms de la Ensen.nla ceux Ue Zeiio ou de 
Sorno , ou tous les deux ensemble. Nous avous 
corrig»; le premier comme ii'étuut proprement 
qu'italien, et nous avons supprimé le secoud 
Comme n'appartenant pas a la l'",nsenada, (Quel- 
ques biograj>hes anglais ont prétendu que Kn- 
senada était un nom que ce ministre s'était 
choisi pour indiquer ro!>scurité de son origine , 
comme qui dirait en te nada ( en soi rien ) ; mais 
cette traduction n'est pas exacte-, pulsqu'alors il 
aurait dû plutôt dire en .ri et non e/> .re , qui n'est 
pas espagnol. 

(2) Suivant Laplace ( Pièce.' inléressanter ^ 
et quelqut^ autres bio^;raphes , la Jiinseiiada dut sa 
preuiière élévation au comte de Gjges. Ce f^énéral 
logeait dans la maison de la Ensenada , à Cadix, 
oii celui-ci était, suivant les uns teneur de livres 
chez un banquier, et suivant les autres receveur 
dans la douane. Le comte de G.iges, syant su re- 
marquer les rares talents de son hûtc , le fit nom- 
mer intendant de l'armée d'U.ilie , tt il n'eut qu'a 
s'applaudir de sou clioix. Les liesoins pressants de 
l'armée appelèrent dans la suite la Ensenada à 
Madrid. Pendant ce temps , Philippe 11 vint à 
mourir , Ferdinand son (ils lui succéda. Ce contre- 
temps allait bouleverser toutes les espérances de 
notre intendant, mais il ne se dérouragea pas. U 
trouva moyen de fa'ire parvenir it la reine un riche 
présent en son nom. Ce présent (qui pourrait pa- 
raître incompatible avec ses moyens el l'intégrité 
de son administration) lui procura ses entrées au 
palais, et bienlûl après il fut élevé an grade de 
mioisire. Ces faits , tirés par tous ceux qui en 
parlent, d'une même sourcr ^ un article anglais) , 
n'ayant pas assez d'authenticité , nous avons cru 
devoir nous Ci>ntcnler de lus cousigber dans uue 
pole. 



ENS 167 

fut nomme' ministie d'état par F>i- 
dinand VI , qui l'hunora en même 
temps (lu titre de marquis. L'Espa- 
gne se res.<,entait encore des dépenses 
aussi indispensables que ruineuses 
auxquelles l'avait entr.iînéc la guerre 
de la succession. Milt^ré le gouver- 
nement paternel de Philippe V , elle 
n'avait encore pu cicatriser toutes ses 
pi lies. 11 était digne d'un lioiume 
du talent de la Ensenada de produire 
c(tlc heureuse et diHicilc guérison. 
En effet , aussitôt qu'il entra dans le 
mini'^ière il se livra tout entier à l'ad- 
ministration publique. Il supprima 
les dépenses superflues , encouragea 
les établissements utiles , protégea 
l'industrie et le commerce, et la ma- 
rine espagnole lui dut, pour ainsi dire, 
son existence. On peut mi3me dire qu'il 
la créa de nouveau. Dans l'espace de 
peu d'années les deux mers furent 
couvertes de vaisseaux espagnols. Les 
communications de l'Espagne avec le 
Nouveau - Monde devinrent par ce 
moyen plus faciles et plus fréquentes , 
et son commerce plus étendu et plus 
avantageux. La Ensenada porta son 
syst(3mc d'économie jusque dans la 
maison de son souverain ( T^oy. Fer- 
dinand VI). Sans rien retranclicr de 
la pomj)e qui convenait à un si puis- 
sant monarque, il sut cependant y 
établir une sage réforme. Le règne 
pacifique de Ferdinand n'était pis ce- 
lui où un ministre pût briller par des 
actions d'un grand éclat, ni comme 
habile négociateur , ni comme pro- 
fond politique. Méprisant une gloire 
éphémère,en faisa n t respecter les droits 
de sa nation, la Ensenada voulut la 
rendre heureuse. Il parvint à ce loua- 
ble but, et Charles III, à son avène- 
ment au tronc ( en i^Sg), après 
Il mort de son frère, trouva l'Espagne 
dans l'état le plus florissant. La pi - 
pulaliou augmentée, 4^0 vaisscaus 



i68 ENT 

cle {^lierre de tout calibre, cl lo mil- 
lions dVp lignes dans le tre'sor royal 
( 5o millions de francs ). Tels étaient 
les avantages qu'avaient produits l'éco- 
nomie et 1( s incsi'.rcs judicieuses d'un 
ministie Inbile, intègre tt zélé, Quoi- 
que toutf s ■^es Mies eussent eu pour 
Lut principal l'amélioratiou de l'ad- 
rainistralion publique, la Ensenada 
n'oublia ])as d'i nrourager les sci< nces 
et les arts. L'homme à talent trou- 
vait toujours près de lui un favorable 
accuNi et des récompenses. Le poète 
dramatique Candamo ( le dernier de 
l'école des anciens) jouit do >-a pro- 
tection spéciale, et fut comblé de ses 
bienfaits; cependant, malgré tout le 
bien qu'il avait fait à son pays, il ne 
put se soustraire à l'envie d'un houune 
puissant, le duc de Hurscar , qui de- 
jîuis long-temps méditait sa ruine I! 
parvint à le faire chasser du minis- 
tère. La Ensenada soutint celte dis- 
grâce avec la constance d'un grand 
liorame. Il se relira dans sa pro- 
vince, d'où, peu de temps après, il 
fut rappelé par son roi , qui le re- 
grettait sincèrement ; mais les cabales 
de ses ennemis surent le tenir éloigné 
de sa première place. Il mourut en 
ï';62, La Ensenada laissa un fils, 
qui vit encore , et qui s'est dernière^ 
ment distingué dans les armées par 
son patriotisme et par sa valeur. 
B— s. 
ENT ( George ) , médecin anglais , 
né en i6o5 à Sandwich, et OU d'un 
négociant flamand qui avait fui eu An- 
gleterre pour se soustraire à la tvran- 
iiie du duc d'Albe , fut élevé à Cam- 
bridge, alla étudier la médiaine et 
prendre ses degrés de docteur à Pa- 
douc. Revenu à Londres, il fut ad- 
mis dans le Collège des médecins, 
et fut l'un des premiers membres de 
?a Société royale. ïl se lia intimement 
avec Raney j et se déclara pour sa 



ENT 

découverte de la circulation du sang , 
dans un ouvr ge intitulé : Apologia 
pro circulalinne san{!;uwis, qudres- 
pondetur Mmilio Parisuno, i64» ; 
réimprimé en if)85 avec desadiiitions 
considérables. Eut a joint dans cet 
ouvrage, aux vérités découvertes par 
Harvev, qu'il expose et défend avec 
beaucoup d'esprit, des idées bizarres 
tirées de .son propre fonds, telles que 
celle d'un ieu inné et d'une fermenta- 
tion du sang dans le cœur, cause pre- 
mière de son mouvf ment. 11 fut créé 
chevaHer par Cbarles II, à l'issue 
d'une de se.'j leçons publiques à la- 
quelle ce prince avait assisté. Le col- 
lège des médecins le choisit pour son 
président en 1699, et il occupa le 
fauteuil pendant six années de suite. 
Il a laissé, outre ^Apolot^ia, un 
traité intitu'é: Anlidiatriha in Ma- 
lachiam Thruston de respirationis 
usu primario, 1679, et quelques 
more 'aux iuseiés dans les Transac- 
tions philosophiques. C'est lui qui a 
publié les manuscrits d'fiarvey sur la 
génération animale Les ouvrages de 
Eut soiit réunis sous le titre de Opéra 
omnia mcdico-physiea , obserralio- 
nibus , rutiociniisgiie ex solidiori et 
experiinentali philosophid pelitis , 
jiunc primàm juncùm édita , Leyde, 
1687 , in-8'. Il moiirul le i5 octobre 
1689 » '^0^ ^^ quatre-vingt-six ans. 
X— s. 
ENTINOPUS, architecte, né dans 
l'île de Candie , n'est célèbre que par 
la fondation de Venise. Suivant les 
plus anciennes archives de l'état vé- 
nitien , il par..ît qu'en 4o5 les Vi- 
sigolhs, conduits par Uadagaise, ayant 
porté la terreur en Italie et forcé les 
habitants à se réfugier loin d'eux , En- 
tinopus fut le premier qui songea à 
se retirer dans les marais du golfe 
Adri.'.tique, et sa maison y fut la seu- 
le ju.>;q'!'eu 4'5> où l'iuvasiou d'A' 



ENT 

laric et le sic de Padoue obligèrent 
quelques liabilaiils de rellr dernière 
ville à suivre l'exeii)j)l(; d'Knlinopiis. 
Ils coiisliuisinnl viii'^t- qu.itre mai- 
sons aiituur de la sienne. On iMp|iorte 
qu'en /l'iii, le l'en ayant pris dans ees 
conslructiims, Entiimpus lit vœu de 
consacrer sa maison an culte divin , si 
elle échappait aux flammes. Elle de- 
meura inlacle, et i'arcliitecte l'ut (Idcle 
à sa promesse. Les nia£;istrats que les 
re'fugit's avaient etaltlis parmi eux , 
contribuèrent à embellir la nouvelle 
église : elle fut dcdie'e à S. Jacques. 
On la voit encore aujourd'hui da;:s 
le Rialto. L-S — e. 

EiNTlUS, roi de Sardaigne , fils 
naturel de Frédéric II , empereur, un 
des héros de la Secclna rapUa, sous 
le nom A'Enzio. Entius était ne'. sans 
doute de l'une des nondjreuses maî- 
tresses que Fi éde'ricll entretenait dans 
son palais, mais le nom de sa mère 
n'est point connu. Son vrai nom était 
probablement Hanse ou Jean. Les 
italiens l'ont encore appelé' Enzo et 
Henri, Il était à peine âgé de quatorze 
ans lorsque son père le maria en i iùS 
avec Adélaïde, marqui>e de Massa, 
lérilière de Galiura et d'Oiislagni en 
Sardaigne, et veuve d'Ubaldo Vis- 
contidePise. La moitié de la Sardaigne 
lui était soumise, et Frédéric II en 
prit occasion pour nommer son fî!s 
roi de cette île. Comme il ne paraît pas 
qu'il l'ail jamais habitée el qu'il n''eut 
point d'enfants d'Adélaïde , l'héritage 
de celle-ci revint après sa mort à la 
maison Visconli de Pise. 3Iais Entius, 
l'un des plus actifs et des plus vaillants 
parmi les fils de Frédéric, fut emp'ové 
par lui dans SCS guerres contre l'Eglise. 
Il se distingua en i iSç) par ses con- 
quêtes dans la Marche d'Aucône ; aussi 
Jut-il excommunié, à cette occasion, 
par le pape GrégoirclX. Il commanda 
t-'ij la/^i la flotte sicilienne et pisaue 



ENT ir;r) 

qui remporta le 5 mai une grande vic- 
tttire sur les Génois , el qui fit pri- 
sonniers les piélats appelés au concile 
par Grégoire IX pourcondamner l'em- 
pereur. Dans les aiinérs suivantes, il 
porta la guerre dans toutes les parties 
de la Lombardie. Un poèlo burlesque? 
( le T issuni ) s'est fjil le rhantre de se» 
exploits. Sa destinée a été cependant 
assez malheureuse pour que le récit 
en fût léservé à des poètes plus sé- 
rieux. Il fut fait prisonnier par les» 
Bolonais dans la batai'le de Fossalto, 
le 'iO mai i9-i7 , et conduit en triom- 
phe dans leur ville : il y lut condamné 
à une prison pei pétuellc. Il était alors 
.âgé de vin^t-cinq ans ; ses cheveux 
d'un blond doré tombaient jusqu'à sa 
ceinture, sa taille surpassait celle de 
ses eomp-gnous d'infortune el de ses 
vainqueurs ; sa mâle beauté attirait 
tous les regards , et sur son noble vi- 
sage on lisait et son courage et sou 
malheur. Frédéric essaya vainement 
d'obtenir la liberté de son fils, tantôt 
parles offres les plus brillantes, tantôt 
par la force ou les menaces. Entius fut 
pendant vingt-deux ans enfermé dans 
le palais du po lestât , au milieu do 
la grande place de Bologne. Il y aj>prit 
successivement les malheurs et la 
mort de son père, de ses fières, et 
du dernier descendant de son illustre 
famille , l'infortune; Conradiu. Enfiu 
il mourut lui-même dans sa prison , 
le i4 uîars 1272. La fiimille Benti- 
voglio, qui parvint un siècle et demi 
plus tard à la souveraineté do Bolu- 
gne, a pi étendu tirer son origine d'un 
fils naturel qu'Entius aurait euduraut 
sa captivité. S. S — i. 

ENTRAGUES (Catherine-Hen- 
riette DE Balzac d' ). ( P^ojr. Yeu- 

NEUIL ). 

EiNTR AIGUËS ( Emanvel- 
Louis Henri de Launey, comte d'), 
député aux étals • généraux de 1 78g 



Î70 ENT 

par la senecliaussëc de Villencnve- 
de B' If;, était i é dans le Vivatais et 
neveu du cunitc de Saint-Priest, l'un 
des derniers ministres du roi Louis 
XVr. Le f.imcux abhc Mauiy lut 
son pie'crpteur, et lui inspira le 
goût de celte élinjucnce d'.ipparat qui 
scduit et «'ntraîne le plus grand nom- 
bre des hommes , mais qui opère plus 
difficilement la conviction duns les es- 
prits sages et réfléchis. La sagesse ne 
fut pas ordinairement l'apanage des 
talents à l'époque où vécut le comte 
d'Entraigucs, et lui-même en fournit 
un exemple frappant : il publia en 
i-jSB, sur les états-ge'néiaiix, un Mé- 
moii e qui produisit un effet prodigieux 
sur les imaginations ardentes , et alors 
l'exaltation était arrivée a sou dernier 
terme ; tous les Français ne deman- 
daient que réformes et changements , 
et, dans l'opinion du plus grand nom- 
bre, rien de ce qui existait n'était plus 
digne d'être conservé. L'ouvrage du 
comte d'Entraigucs , appuyé de tout 
le prestige , de toute la force de son 
éloquence, peut être considéré comme 
un des pi-eraiers brandons jetés au 
milieu de la France pour opérer le 
vaste incendie qui l'a si long-temps 
dévorée. Il avait pris pour épigraphe 
la formule employée par le justicier 
d'Arragon , lorsqu'il prête serment au 
roi , au nom des Cortez : « Nous qui 
» valons chacun autant que vous, et 
» qui, fous enseir'.ble, sommes plus 
» puissants que vous , nous promet- 
» tons d'ubeir à votre gouvernement, 
» si vous maintenez nos droits et nos 
» privilèges ; sinon : non. » L'ensem- 
ble de l'ouvrrjge n'est que le dévelop- 
pement de ce texte : ou y trouve tous 
les principes dont les conséquences si 
imprudemment appliquées causèrent, 
depuis , tant de désastres; l'insurrec- 
tion des peuples contre leurs souve- 
rains y est légitimée en termes posi- 



ENT 

tifs , et lorsqu'un personnage fameux 
l'appela le plus saint des devoirs , il 
ne lit que reproduuc une |)ensée qu'il 
avait rfcueillie dans le Mémoire da 
comte d'tntraigucs. « En Angleterre, 
» dit d'Entraigucs, l'insurrection est 
» permise ; elle serait sans doute légi- 
» lime , SI le parlement voulait dé- 
» truire lui-même une constitution 
» que les lois doivent conserver. » 
L'auti ur voulait qu'on rétablît la cons- 
titution que la France avait sousChar- 
lemagnc : il attaquait tous les souve- 
rains qui avaient régné depuis ce 
grand prince , et disait que sa place 
était isolée dans l'histoire, depuis la 
chute de l'empire romain; il déclarait 
la guerre aux ministres de tous les 
rois , livrait à la haine publique la no- 
blesse héréditaire, et l'appelait le pré- 
sent le plus funeste que le ciel irrité 
ait pu faire à l'espèce humaine. En- 
lin, il paraît que la monarchie cons- 
tituée en France, même d'après les 
principes qu'il manifestait , n'était pas 
encore son gouvernement de prédilec- 
tion , et les républicains de la Con- 
vention, Brissotins, Girondins et au- 
tres, auraient pu trouver dans sa pro- 
fession de foi des argumen's très pro- 
pres à justifier leurs systèmes ; voici 
quelques-unes de ses réflexions : « Ce 
» fut sans doute pour donner aux plus 
« héroïques vertus une patrie digne 
» d'elles, que le ciel voulut qu'il exis- 
» làt des républiques ; et peut-être, 
» pour punir l'ambition des hommes, 
» il permit qu'il s'élevât de grands 
» empires , des rois et des maîtres ; 
« m.iis toujours juste , même dans 
» ses châtiments , Dieu permit qu'au 
» fort de leur oppression , il exis- 
» lât pour les peuples asservis des 
» moyens de se régénérer, et de re- 
» prendre l'éclat de la jeunesse eu 
» sortant des bras de la mort. » Après 
avoir dirigé contre tous les gouver- 



I 



i:nt 

ncinciits les attaques les plus vives, 
d'EntraigiK-s aitmlc : a Iiistniilc par 
» les ëcrils do quelques houiincs nés 
M libres au sein de la ^e^vitude , la 
» gc'neiatiou actuelle, malgré ses vi- 
») ces , s'est imbue de leurs maximes ; 
» le génie est venu embellir les tra- 
» vaux de l'ëiudition pour la rendre 
» populaire, et sous les ruines c'parses 
» de notre antique gouvernement , 
» il a su démêler les droits iœpres- 
» criptibles de la nation , nous, ap- 
» prendre ce qu'elle fut et ce qu'elle 
» doit êtie. » J^e comte d'Eutraigues 
avait l'imagination tellement remplie 
de toutes ces idées , que lorsque M. 
de Saint-Priest , son oncle, fut appe- 
lé au ministère, il lui adressa une let- 
tre de fëlicitation, non pas sur la con- 
fiance que le Roi venaitcieluiaccorder , 
mais parcequ'il s'assurait, disait-il, que 
Je nouveau ministre emploierait tous 
ses moyens auprès du prince pour 
faire lendre au peuple son indépen- 
dance et ses droits. M. de Saint-- 
Priest repondit simplement qu'il n'ou- 
blierait rien ie ce qui poiinait être 
utile au service du loi Au surplus 
les principes que professait a'ors 
le comte d'Entraigucs, sont ceux de 
tous les hommes qui ont voulu faire 
des révolutions; mais ce qui est plus 
remarquable ici , c'est que l'auteur 
fut a peine arrive' aux états - géné- 
raux dans la chambre de son or- 
dre, qu'on l'entendit défendre de 
tous ses moyens une doctrine bien 
différente. Lorsqu'on discuta dins les 
trois chambres la question : si les 
pouvoirs des députés serriient véri- 
fiés dans une salle commune, ou 
dans les salles particulières de l'ordre 
auquel ils appartenaient , le comte 
d'Eiitr. iguesfut choisi parla noblesse 

fiourdefendicles anciens usages, dans 
es fameuses conférences qui eurent 
lieu, à ce sujet, entre les délègues des 



ENT 171 

trois ordres : il y soutint avec beau- 
coup de vigueur les intéiéts de ses 
commettants de cette noblesse héré- 
ditaire qu'il avait prosciite quelques 
mois auparavant, et, de concert avec le 
marquis de Ijouthillier et son collègue 
Cazaics ( /^. CazalÈs ), il fit prendre 
peu de jours après, par son ordre, 
lin arrêté portant que la sc'par 'ioa 
des ordres, ayant le vtto l'un sur l'au- 
tre , était un des principes constitu- 
tifs de la monarchie, et que la no- 
blesse ne s'en départirait jamais. Pen- 
dant le peu de temps qu'il fut dans 
l'a'-semblée constitu;inte après la réu- 
nion des ordres , il resta fidèle à 
son nouveau système : il fut néan- 
moins d'avis que la constitution dont 
on allait s'occuper fût précédée d'une 
déclaration des droits ; mais il dé- 
fendit la sanction royale et les pré- 
rogatives qui y sont attachées, com- 
me des ]>riucipes essentiels du gou- 
vernement monarchique ; il s'opposa 
aux systèmes d'emprunts proposés 
par le ministre Decker, dont le peu 
de succès amena la spoliation du cler- 
gé, et par suite la création des assi- 
gnats. A cela près , le comte d'Entrai- 
gucs se fit assez peu remarquer dans 
i'as:^emblée constituante , et plusieurs 
députés qui avaient bien moins de ré- 
])ulation, et entre autres son collègue 
Cazalès, y parurent avec Lien plus 
d'éclat. 11 quitta l'assemblée sur la fin 
de 1789, et n'v revint plus; bientôt 
il passa ch(Z l'étranger, et s'attacha 
d'abord à la cour de Russie, qui l'em- 
ploya dans diverses missions secrètes : 
il alla ensuite à Vienne, où il lonit 
pendant quelque temps d'un traite- 
ment de 36, 000 francs, que lui fai 
saient différentes cours pour les ser- 
vices qu'il devait leur rendre. Pendait 
tout le temps de son émigration, le 
ccnited'Entraigues eut le sort le plus 
bnliaut, et il n'est peut être point de 



172 ENT 

Français dont les ëcri's, dans l'ori- 
gine des trouLlcs , aient olc plus fn- 
ucslcs aux sy^tcmrs que souleiiaitiit 
les cmigraiiis. 11 avait proclamé des 
pnueipcs d( stnictcuts de tous les goii- 
veiiumciils alors existants en Europe, 
et ii fut accueilli par tous les souve- 
rains : ils semblaient se disputer à qui 
emploierait ses talents. Djus les Mé- 
moires qu'il publia chez l'étranger, il 
demandait une conlic-rcvolulion toute 
entière. Dans son opinion , toutes les 
réformes , toutes les améliorations de- 
Taient être abandonnées, et il ne fal- 
lait rien conserver de celte liberté ci- 
vile et politique que lui-tr.cnte avait 
préconisée avec tant de veliémeiioe : 
elle lui était devenue aussi odieuse, 
que [iCM de temps auparavant «lie lui 
avait été clièrf. Il n'oidjlia rien pour 
faire adopter ses nouveaux priHcipis 
en France, et profita, pour cela, des 
différents moyens quo lui fournissaient 
les trav;.ux diplouiati(|urs auxquels il 
e'iait employé. 11 fit tons ses eflurts 
pour être utile à la maisun de Bour- 
bon; et l'on trouve dms la correspon- 
dance d'un sieur Lemaitre, publiée à 
l'cpuque des évenemeuls du i5 veti- 
dénuaire( 8 octobre i -jg") ) , qu'il vou- 
lut attirer dans les intérêts de cette 
illustre famil'e plusieurs révolution- 
naires importants, entie autres le dé- 
puté Carabacérès , qui devait jouer en- 
suite un très grand rôle , mais qui re- 
poussa vivement et toute idée d'iuie 
liaison quelconque avec le comte d'En- 
Iraigucs, et les éloges qu'il en avait 
reçus, Buonaparte, qui crjigiiail Ijeau- 
eoup le comte et surtout le prince lé- 
gitime dont celui-ci voul.iit faire triom- 
pher la cause, le fit arrêter à Milan, 
^" ' 707 5 ^' fit 'fi plus grand bruit 
d'mie conspiration , dont on avait, di. 
sait-on, trouvé les ])reuvcs dans son 
poi'le-feuille. Ou ne parlait en France , 
à celte époque, que du porto -feuille 



ENT 

â\i oomlc d'Rntraigucs: les tins, parce 
qu'ils redoutaient les conséquences de 
son entreprise ; les autres, jiarce qu'ilg 
en difsiiaieiit le succès. D'Entraigues 
brava dans sa prison les menace» de 
Buona[iarte,et lui répondit avec beau- 
coup de noblesse et de fermeté. Il s'était 
fait naturaliser sujet de l'empereur d« 
Russie , et réclama, eu celte qualité , ' 
le droit des gens qni avait été vio'.s 
dans sa personne. INIais de pareilles ré- c 
cîamalions ne pouvaient pris produire m 
beaucoup d'effet sur l'homme auquel 
il avait aff.iire. L'adiesse de la dame 
Saint- fluberli, devenue sa femme 
a| rès avoir élé long -temps sa maî- 
tresse, le servit beaucoup mieux que 
toutes ses protestations couime sujet 
russe : elle parvint à lui fournir les 
moyens de s'évader. 11 se reuîlit en 
Allemagne . lésida quelque temps à 
Vienne , où il vécut des récompeiises 
ou des bienfaits de plusieurs souve- 
rains, «OKinie on l'a dit plus haut , et 
retourna ensuite en Ku^sié, où il avait ' 
obtenu on i8o5 le titre de conseiller 
de l'empereur : il eut ensuite une mis- 
sion à Dresde, où il publia un écrit 
violent contre Buouuparte , qui de- 
manda iuipérieusemeiit sou renvoi de 
c( lie ville et de toute la Saxe. La cour 
de Dresde céda , et d'Eutraigues re- 
tourna eu liussie, ctv trouva la source 
d'une haute fortune : il y eut connais- 
sance des articles secrets du traité de 
Tilsilt. IMuni de cette riche confi- 
dence , il se rendit à Londres et en fit 
part au ministère anglais , qui , en 
écharge d'un tel présent, lui assura 
une pension très considérable. On 
prétend qu'alors le comte d'Eutrai- 
gues eut la plus grande influence 
dans les délibérations du gouverne- 
ment anglais , en tout ce qui pouvait 
concerner les affnires de France, au 
])oint que M. Canning ne faisait ja- 
ioais ritu sans le consulter. Ce qu'il y 



ENT 

a de certain , c'est que le comte d'Eii- 
tiaigiies [);iss;iil alors inèiuc cm Auglc- 
teinr pour un lioiniuc des plus loris 
eu puliti(juc. M;ilj^ic cela il \ oeuf éloi- 
gne d'H.iitwcI, où Louis XvMIl te- 
nait sa cour. Il paraît que ce priucc 
craii^uit de lui douncr nue eulicre con- 
fiance , cl l'on doit dire qu'il avait 
d'assez bonnes raisons pour la rcFu- 
ser, malgré toutes les |ii cuves de dé- 
vouement que pouvait donn;'r le coin- 
te.On prétend qu'avant lesëvenemcnts 
qui ont replace le chef de la maison 
de Bourbon sur le troue de France, 
d'Eiitraij;ues avait à Paris, avec de 
grands persoanagcs, des relations sui- 
vies qui n'ont pas peu confiibue à ce 
grand changement, et ([u'ainsi il n'y 
tut pas ciran^^er ; mais il ne devait 
pas voir la restauration de cette noble 
famille dont ses premiers e'crits avaient 
j)eut-ctre pre'pare' les malheurs, quoi- 
que sa constance à en défendre les in- 
térêts pendant vingt-cinq ans eût dû 
lui faire pardonner ses erreurs : il fut 
assassiné au village de Banie, près 
Londres, le 2'2 juillet 1812, lorsqu'il 
allait monter en voiture , ];ar un Ita- 
lien à son service, nowmé Lore?2zo. 
Suivant les papiers augiais qui rendi- 
rent compte de cet cveiiement, le co- 
clicr du comte eu fut le seul téjnoin, 
encore la déposition de cet humme , 
ainsi qu'ils l'ont rapportée, parait-elle 
fort embarrassée : le cocher a vu Lo- 
j-enzo tirer sur sou maître un coup 
de pistolet qui ne l'a pas blesse; il a 
vu ensuite l'assassin donner au comte 
Ku c^up de poignard qui lui a traversé 
l'épaule , et madame d'Eatraigues , 
mortclleinent blessée par le même scé- 
lérat, revenir vers si voiture, chan- 
celer et tomber; enfin, ci? cocher a 
yu le comte d'Entraigues, qui était re- 
monté dans sa maison , étendu inou-» 
rant sur son lit, ayant perdu l'usage 
<is la parole , et Lorenzo mort sur U 



ENT 17^ 

plancher : il présume que cet assassin 
s'était tué lui-même d'un second coup 
de pistolet dont il avait entendu le brnit 
avant d'avoir quitté sa voilure pour 
secourir ses maîtres. Le jury anglais 
devant lequel l'dlfaire fut portée , dé- 
clara constant rassissin^t du comte et 
de la comtesse d'I'^ntraigues dont le 
suicidé Lorenzos'élait rendu coupable. 
Quoi qu'il en soit , cet événement ne 
parut point sufTisammeiit éilairci; on 
préicndil que toutes les circonstances 
n'en avaient pas été examinées et re- 
cherchées avec assez de soin ; on crut 
enfin que si Lorcnzo fut réellement 
l'assassin, il reçut lui-même la moit 
par l'ordre ou de la main de ceux 
qui l'avaient fait agir. On voit par 
ce qu'on vient de lire, que le comte 
d'Entraigues pouvait être dépositaire 
des secrets les plus importants de la 
haute politique; et l'on a dit que le 
meilleur moyen de le faire taire était 
de l'assassiner; mais qui peut-on sf^uj)- 
çouner coupable d'une action aussi 
violente, sinon ceux qni prélendcnt 
qu'il n'y a de crimes en politique que 
c-'Hix qui ne réussissent pas? Après 
l'événement, le gouvernement anglais 
fit faire une perquisition dans la mai- 
son du comte , et s'empara de tous ses 
papiers. Ainsi finit ce personnage dont 
ia A'ie fut un des tableaux les plus 
frappants de l'inconstance de l'esprit 
humain ; ii était plein de talent et 
nxêrae d'érudition : ses écrits en font 
foi; mais son imagination violente, 
quelquefois délirante, ne lui permit 
jamais de se renfermer dans les ber- 
nes que ia j)eFspioacité de son esprit 
et ses connaissances devaient lui faire 
découvrir. Quoiqu' ;npartcnant à la 
noblesse d'épée, il n'avait point les 
goûts militaii es , et on ne le vit pas 
j)aruji les braves qui voulaient ren- 
trer en France les armes à la main ; 
il préféra les moyens dont ou vient de 



174 KNT 

parler dans cet article. Il était très 
bel homme, et avait le reg.ud plein 
de vivacité et d'expression. Les avan- 
tages de son esprit , les a^rcincnls de 
sa lijj;nrc, le faisaient recevoir dans les 
plus hautes societcfs ; mais ni.ilheureu- 
seiiiout il n'y parlait presque jamais 
que de ses jirojrls de retenue. Le 
succès de sou fameux, mémoire l'a- 
vait en quelque sorte mis hors de lui- 
jnêmc , et il ne craignit pas un jour de 
demander a la reine si elle l'avait lu. 
La princesse lui répondit qu'elle ne 
s'occupait l'as de diseussions politi- 
ques. Outre Icfameux Mémoire dont il 
acte parlé plus haut (i), d'Eutraigues 
a publié, I.uii écritsurcelte question : 
Quelle est la situation de Vassem- 
tlée nationale, i -^ijO, in-8'. ; W. Ex- 
posé de notre antique et seule règle 
de la constitution française , d'après 
nos lois fondamentales, i '^Qi, iu-8 . ; 

III. Aie moire sur la constitution des 
états de la province de Languedoc ; 

IV. Sur la régence de Louis Stanis- 
las Xai'ier, i 793 , in -8°.; V. Lettre 
à M. de L. C. sur l'état de la France, 
1 790, in-8 '. ; V l. Dénonciation aux 

'Français catholiques des moyens 
employés par l'assemblée nationale 
pour détruire en France la religion 
catholique , i 791, in-8". ; 4''- édition, 
\nÇ)'i. , iu-8".; ouvra e publié sous 
le pseudonyme d'Henri Alexandre 
Audainel. Vil. Discours d'un mem- 
bre de l'assemblée nationale à ses 
co-députés , 1789, in-H". de 58 pa- 
ges , qui a été suivi d'un second en 
40pag. VIII des Observations sur la 
conduite des princes coalisés , i 793 , 
in 8".; I X. \n\cRéj)0nseau Coup-d'œil 
de Dumouriez , des Réflexions sur 
le Divorce, une ^4 dresse à la No- 



(j) \a\.'i{n\é Mémoire tur Ut Etals-Généraux , 
leurs droits . et la manière de les convo</uer , 
yar M. le comte â'Ani... , 1788, in-S". , sans 
M»m de -yiHe ni d'imprimeur. 



ENT 

blesse française sur les effets d'une 
contre-révolution , et des l'oésies fu- 
gitives répandues dans divers Re- 
cueils, il écrivait quelquefois son 
nom D' Antraigues , et un de ses ou- 
vrages porte sur le frontispice : p r le 
comte D.A.N.T.R.A.I.G.U.E.S. ( avec 
un point après chaque lettre ). B — u. 
ElMRE<;a8TEAUX ( Joseph- An- 
toine Bruni d'), né à Ai\, était fils 
d'un président du parlement de Pro- 
vence. Il lit ses prenucres études chez 
les jésuites. Les dispositions qu'il ma- 
nifesta , et une solidité de jugement 
qui avait en lui devancé les années, le 
firent remarquer par cette société. Sou 
eaiaclèie doux et naturellement bien- 
veillant, l'avait rendu propre à re- 
cevoir les impressions religieuses qu'on 
Ini avait inspirées dans son enfance ; 
et il conserva toujours des sentiments ^ 
de piété , que ni la vie d'un jeune mi- t 
litairc , ni rexen)ple de ceux avec les- 
quels il a vécu , n'ont jamais pu alté- 
rer. Unegrandejustessed'esprit, jointe ■ 
à des vues très étendues, le rendaient 
propre àappliquer, avec un égal succès, 
ses études à tous les objets; et c'est 
par ces deux qualités qui distinguaient 
principalement son mérite, qu'il a paru 
avec tant d éclat dans la marine , oii il 
a toujours été autant considéré comme 
officier par s^-s talents, que chéri de 
ses ég^aux et de ses subordonnés, pour 
ses vertus et une douceur dans \<- com- 
merce de la vie, qui ne s'est jamais dé- 
mentie. Son début , dans la carrière 
militaire, n'offrit rien de remarquable. 
Il lit son premier apprentissage sous 
les ordres du bailli île Suffren , son 
parent. Pendant que le maréchal de 
Vaux travaillait à soumettie l'île de 
Corse , il croisa sur les cotes de cette 
île, avec une barque qui lui fut con- 
fiée, quoique depuis très peu de temps 
enseigue de vaisseau; < t il confirma la 
bonne opinion qu'on avait conçue de 



ENT 

«es talents. An corninniicement tic la 
giiono de 1778, il eut le comrn.uide- 
iiiciit (ruiio frc:;;ile de trente -deux râ- 
lions de liiiit livres de lj;illc, destinée 
à convoyer plusieurs bàliaicnts m;ir- 
cliands , du port de Marseille , dans 
les diire'rcntes cVIielles du liCv.uit. Il 
rencontra deux corsaires, dont elia- 
cun e'tail plus fort que sa freg iie. En 
couvrant son convoi , et s'opposant à 
leurs attaques avec Irhiiete , il parvint 
à en sauver tons 'es Ijàtiments. Sa ré- 
putation le fit choisir (juelques temps 
après pour être capitaine de pavillon 
sur le Majestueux , vaisseau de cent 
dix canons , monte par M. do Uoclie- 
chouart. La bravoure l'roide et les ta- 
lents dont il donna de nouvelles preu- 
Tes, le rangèrent dès-lors au nombre 
des officiers les plus distinguées. Ses 
services n'eurent pas moins d'utilité' 
pendant la paix que pendant la guerre ; 
son esprit, soutenu par une applica- 
tion continuelle, avait embrasse toutes 
les parties de la théorie du métier de 
marin , el il les possédait toutes. Mais 
celle dans laquelle il se fit remarcpier 
avec le plus d'avantage, fut radmujis- 
tration des ports et des^ arsenaux du 
roi , parce qu'elle semble exiger au 
plus haut degré cette réunion d'inté- 
grité , de justesse d'esprit et d'étendue 
de vues, dont il était particnlii'n nient 
doué. Le maréchal de Ga^lries, qui 
avait été frappé de ces qu :!ilés , le 
choisit pour être directeur-adjoint des 
ports et des arsenaux de la marine. 
G'<'st pendant qu'il exerçait les fonc- 
tions de cette place , où il sut relever 
ses talents et ses vertus de l'éclat d'une 
considération méritée, qu'il fut frappé 
du coup le plus terrible , et en même 
temps le plus sensible pour un homme 
de bien. Un mallîeiir inoui arrivé dans 
sa famille, faillit priver la marine du 
secours de ses lumières. La délicatesse 
qui n'appartient qu'à l'honneur et à la 



ENT 175 

vertu , le détermina à demander sa 
retraite. Le maiéchal de (^a^lrics ne 
voulut pas «pic les services qu'il pou- 
vait encore rendre à Sd pairie , fussent 
perdus, et refusa sa thmande; mais il 
ne songea qu'à s'éloigner des lieux où 
tout devait réveiller en lui l'idée de ses 
malheurs et augmenter ses chagrins. 
Le commandement des forces navales 
dans rinde lui fut confié en i^Bj, 
et lorsque le terme de ce commande- 
ment fut expiré , il prolongea son sé- 
jour dans ces contrées ; par une mar- 
que de considération plus éclatante 
encore , il se fit nommer gouverneur 
de l'Ile de France. C'est pendant sa 
campagiie dans l'Inde, qu'il alla eu 
Chine, à Contre- mousson , ens'avan- 
çanl d'abord à l'est , par le détroit de 
la Sonde, el en passant à travers les 
îles de ia Soude et les Moluques, Il 
pénétra ensuite dans le grand océaa 
d'Asie , et arriva à Canton après avoir 
contourné par l'est et par le nord , les 
îles Mariannes et ks Philijipines. Les 
talents qu'il montra pendant cette na- 
vigation dangereuse , le firent choisir 
j)Our aller à la recherche de Lapé- 
rouse. En effit, la roule qu'il avait 
suivie était nouvelle, et la manière 
dont il s'était dirigé le désignait comme 
un des hommes les plus capables de 
commander une campagne de décou- 
verte, il partit pour remplir cette glo- 
rieuse mission , au mois de septembre 
I 791 , avec ordre de visiter toutes les 
côtes que fiapérouse devait parcourir 
après son départ de Botanv- Jîay, pour 
tâcher do découvrir quelque trace de 
cet infortuné navigateur, et complet- 
ter les découvertes qui lui restaient à 
faire. Le chevalier d'Kntrecasleaux ne 
perdit jamais ces deux importants ob- 
jets de vue; par sa hardiesse à s'ap- 
procher de terre , il prolongea, tontes 
les loi.-) que le temps le lui permit, les 
côtes où il pouvait espérer de le trou- 



ï:6 ent 

ver, d'assez pi es pour qii'auoiin des 
*ip;u3ux que de iiiHlheureiix naufrages 
auraient |)U faire lui eussent écbapj)e'. 
îsi SCS l'iTorts ont manque de succès à 
cet égard, et s'il n'en a trouve' aucune 
trace , ou doit l'attribuer à ce qu'il 
n'aurait pu en rencontrer que par un 
de ces heureux hasards inattendus , 
qui l'aurait conduit, ainsi que le navi- 
g ileur (ioven u l'ubiel de ses recherches, 
sur la même île où la même côte incon- 
iKie. Les nombreuses ddcouvertts qu'il 
a faites rendent sa campagne une des 
plus brillautes qui aient été entrepri- 
ses. La côte occidentale de la nouvelle 
Calédonie , a été reconnue en entier 
sinsi que la côte occidenlale de l'île 
]}ougainville, et la partie nord de l'Ar- 
chipel de la Louisiadc. Le contre-ami- 
jal d'Entrecasteaux a découvert au sud 
de la terre de Dieracn , une suite de 
i:anaux, de rades et de ];eaux ports, 
clans lesquels de belles rivit-res vicn- 
jient se jeter. Il a reconnu près de trois 
cents lieues de eûtes au sud - ouest de 
la Nouvelle-Hollande , c'est-à-dire toute 
la terre de Lecuwin, et presque la to- 
talité de celle de Nuilz. C'est lui qui a 
«oustaté l'identité des îles Salomcn de 
Meudana , avec les terres vues par 
6urville et le lieutenant Shortland , 
qui avait été soupçonnée par le savant 
3\r. ljuacl)e,et qui avsit éîé indiquée 
]i!us en détail parFleuricu, dans son 
ouvi'age intitulé : Découvertes des 
J^rarycais au sud-est de la Nom'elle- 
Guinte , Paris , i -95. Dès qu'il < ût 
lorraine ses belles découvertes , et un 
peu avant d'arriver à lîie de Java, il 
fut attaqué du scorbut, et y succouiba 
le 20 juillet I 793 , à l'âge d'environ 
cinquante -quatre ans. S^ perte excita 
une douleur universelle d.ms les équi- 
pages des deux f.égales. Les talents 
qu'il développa dans cette campagne 
doivent le ranger au nombre de nos 
plus illustres uavigateurs. Son voyage, 



E N Z f 

imprimé à Paris, en 1808, a clé re'- 
digé par l'auteur de cet article, qui 
était son capitaine de pavillon , et ser- 
vait sous ses ordres depuis huit ans ; 
il est accompagné d'un recueil des ob- 
servations qui ont servi à fixer la po- 
sition des îles et des côtes. On y a 
joint un atlas rédigé par M. Bcaulemps- 
Beaupré, ingénieur -hydrographe de 
l'expédition , où se trouvent tracées, 
avec une exactitude inconnue jusqu'a- 
lors, les côtes qui ont été visitées pen- 
dant cet intéressant voyage. R — l. 
ENTRECOLLES. (Foy. Dentre- 

COLLES ). 

EiNVlLLE ( duc d' ), a été applc 
par erreur Anville, tom. II, p. 2g5. 

ENZINA ( Jean de la ), naquit 
dans la vieille Castllle, d'une famille 
illustre , vers l'an 1 4 4^-1' fit ses étu- 
des à Salamanque , et dès ses ])!us 
tendres années il munira un goîit dé- 
cidé j)0ur la poésie. Ses premiers es- 
sais , dans quelques poésies légères, 
eurent beaucoup de succès. Dans l'es- 
poir d'avancer sa fortune, il passa à 
la cour de Ferdinand le catholique, 
où sou amabilité et ses talents lui pro- 
curèrent d'utiles protecteurs , parmi 
lesquels il compta bientôt son souve- 
rain lui-même. On peut dire que la 
Eiizina fut véritablement le premier 
qui jeta les fondfments du théâtre 
espagnol. Ses pièces furent jijuées 
devant le roi et chez les pnucipmx 
seigneurs de la cour, comme le duc 
d'Albe, le marquis de Coria , etc. La 
première pièce qu'il composa fut à 
l'occasion du jnariage de Ferdinand 
avec Isabelle deCisiille, l'an i474' 
Un Jrt poétique ( Arte de Trovar) , 
qu'd dédia au prince don Jean, mort 
en 1457 ,augmenLide pinson plus sa 
réput ition. Dans cet ouvrage, le se- 
cond de ce genre qui paraissiit en Es- 
pagne , et qu'il faut placer entre ceux 
que composèrent le marquis de Villejia 



ENZ 

( i4'20) et le Piuiano ( i53...). '' 
réunit les principaux préceptes des 
auteurs grecs et latins , dans réliide 
desquels il était très ver«>c. La Enzina 
s'appliqua particniiciemcntà concilier 
ces préceptes avec le rilhinc et le L;énie 
de la poésie espagnole. Quoique son 
Ârtyoélique n'ait pas le inérile de ceux 
que , dans le siècle suivant , publiè- 
rent Sa'as, Espinel, Casc.iies , etc. , 
on devait le regarder de son temps , et 
on le regarda eu clFet comme une pro- 
duction aussi utile que recommanda- 
ble. La Enzina ct.il surnommé le 
j)oète par excellence , et , arrivé au 
faîte de la gloire littéraire, il obtint la 
même réputation dont jouit Lopc de 
Véga sous les règnes de Philippe Il[ 
et de Pliilippe IV. IMais il ne se dis- 
tingua pas seulement dans la carrière 
des belles-lettres; Ferdinand le char- 
gea, pour la cour de Rome <t pour 
î'iaples , de plusieurs missions impor- 
tantes, dont il s'acquilt.i en habi'e di- 
plomate. Li première édition de ses 
ouvrages fut imprimée, de son vivant, 
à Salamanque on i 5 i-j : elle était 
composée de plusieurs volumes conte- 
nant son Art poétique, quelques petits 
poèmes, des odes, des chansons, clc, 
et douze comédies, parmi lesquelles 
il faut distinguer celle qui a pour ti- 
tre : Placidaj' Vicloriano , que l'on 
considéra alors comme un chef-d'œu- 
vre de l'art dramatique. Dans tous ses 
ouvrages on remarque un style pur, 
des images vraies, des pensées bril- 
lantes , et une élégance jusqu'alors in- 
connue et qui fut si bien imitée par 
Boscan , qui réussit à la fin à surpas- 
ser son modèle. Don Juan de la En- 
zina, comblé d'honneurs et de riches- 
ses, mourut dans les premières années 
du règne de Cliarles-Quint. B — s. 

ENZINAS (François do), espa- 
gnol , né à Vilehès eu Andalousie ea 
1 570 , jésuite à dix-sept ans, fut peu- 

XIII. 



EOB 177 

dant trente ans missionnaire aux Phi- 
lippines, chez les Bisayas. Envoyé par 
s.t province à liomc en ifJ:>,H, il fut 
pris dans li traversée par les Hollan- 
dais, (pii le mirent en prison. Sorti de 
sa captivité , il retourna à Manille, et 
y mourut le \i janvier iGju. Il a 
laissé un Panc^yrique de la Fierté, 
une Grammaire bisayenne et ua 
Examen de conscience ou Confes- 
sionnaire dans la même langue. Ces 
ouvrages, dont on trouvait des copies 
dans plusieurs collèges des jésuites et 
dans les maisons de leurs missions 
espagnoles , sont recherchés des ama- 
teurs des langues de l'Asie orientale. 

£ s. 

ENZINAS. F. Dryander. 

E015ANUS HESSUS (Helius). 
Son surnom indique sa pairie. Il na- 
quit dans la Hesse , le <) janvier i 488, 
peut - être à Bockendorf , peut-être à 
Halgehausen. Ses biographes ne sont 
pas d'accord sur ce point, et la va- 
riété de leur récit est facile à expli- 
quer. La mère d'Eobmus, surprise 
par les douleurs de l'enfiintement , 
accoucha au pied d'un arbre. Elle ha- 
bitait ordinairement Bockendorp ; 
mais l'aibre pouvait êtie sur le terri- 
toire de Hdpiehausen : de-là l'incer- 
titude. Eobinus, qui, dans ses ou- 
vrages, parle souvent de lui-même, 
n'a pas peu augmenté l'embirras. 
Dans une de ses lettres il s'écrie : « O 
» ma p,itrie ! 6 noble séjour de nia jeu- 
» nesse ! 6 collines! ô forêts! o fleu- 
» ves ! 6 fraîches sources! quand vous 
» reverrai -je? » et c'est à la ville de 
Franckenb 'ig qu'il adresse ces pathé- 
tiques exclamations. Dans ses Hé- 
roïdes il dit, toujours au sujet de 
Franckenberg, qu'il y est né , qu'il y 
a respiré pour la première fois l'air 
vital ; 

Ulic vitales |trinîûm derprpsimns auras, 
Nucenti primam prKbuii illa diem. 



1^8 EOB 

Cela paraît positif; mais, d'un autre 
colë, on nous raconte que souvent il 
se donnait, en riant, le surnom de 
Tragocomensis. Il était donc ne dans 
un village dont le nom était forme du 
mot allemand qui signifie bouc; il était 
donc ne à Bockendorp. Ces nouvelles 
ditÏÏculles se peuvent encore expli- 
quer. Il se disait ne' à Bockendorp, 
parce que sa famille y demeurait; à 
Franckenberg, parce que c'e'tait la viile 
la plus voisine de son village. Ses pa- 
rents, qui étaient de pauvres gens , 
avaient nom GoEBBEnENN. Ils étaient 
protégés par le couvent de Heine, et 
Us durent l'éducation de leur fils à la 
bienfaisance des moines. Ce fut le 
prieur qui lui donna les premiers élé- 
ments des lettres. Du couvent, il entra 
dans l'école de Gemund , puis dans 
celle de Franckenberg. Horlaeus, qui la 
dirigeait , remarqua dans le jeune 
élève une inclination heureuse pour la 
poésie latine, et il^altacha à laculti- 
Ter. Aidé de ses conseils et de ses le- 
çons , Eobanus fit de rapides progrès. 
A seize ans il fut admis à l'université 
d'Erfurt , et il composa vers cette épo- 
que, deux pièces, oii l'on peut entre- 
voir ce grand talent qui le plaça de- 
puis au premier rang des poètes latins 
de son siècle , la pastorale de Philétas 
et le poème sur les Malheurs des 
Amants. En sortant de l'université , 
Eobanus voyagea pour augmenter ses 
connaissances et visiter les hommes 
célèbres. Après avoir parcouru une 
grande partie de l'Allemagne septen- 
trionale, la Poméranie, la Prusse, la 
Pologne , il se rendit à Rieseburg oîi 
résidait alors l'évêque dePomésanie, 
auquel il avait été recommandé. Ce 
prélat aimait les lettres et protégeait 
les îittératenrs. Il fut touché du mé- 
rite du jeune voyageur, et s'étant 
convaincu qu'il joignait à l'esprit le 
f lus brillant el le plus orné uu ca- 



EOB 

ractèresuret estimable, il l'employa 
comme secrétaire dans des affaires dé- 
licates , lui donna une mission auprès 
du roi de Pologne, et, bientôt api es , 
dins le dessein qu'il avait de se l'atta- 
cher pour toujours, et de lui confier 
des j)laces importantes, il l'envoya à 
Leipzig pour y apprendre le droit ci- 
vil et le droit canon. L'imagination 
]>oélique d'Eobanus ne trouvait pas 
dans l'étude de la jurisprudence l'ali- 
ment qui lui convenait; accoutumé 
à cueillir les fleurs les plus bril- j 
lantes de la littérature, il se dégoûta % 
d'un travail plein de sécheresse, et 
avec la permission de l'évêque de Rie- 
seburg, il retourna à Erfurt. On lo 
mit à la tête de l'école de St. -Sévère. 
Elle prospéra sous son administration. 
Ce succès fit naître l'envie, et un rival 
jaloux et méchant parvint , à force 
d'artifices et de calomnies, à lui nuire 
sérieusement ; mais les magistrats 
d'Erfurt le vengèrent d'une manière 
éclatante , en lui donnant, dans l'uni- . 
versité, la chaire d'éloquence. Bientôt 
les troubles nés de la réforme, arrê- 
tèrent à Erfurt le cours des études ; 
l'université fut abandonnée; et Eoba- 
nus, qui n'avait jamais eu beaucoup 
d'aisance , se trouva réduit à ime ex- 
trême misère. Par le conseil de ses 
amis, il chercha une ressource dans 
la médecine. Cette élude était toute 
nouvelle pour lui; mais il s'y appliqua 
avec une si vive ardeur, qu'il fit en 
peu de temps assez de progrès pour 
composer, sur l'art de conserver la 
santé, le Traité De diœtd , qui eut un 
grand succès, et a été souvent réim- 
primé. Ce fut vers cette époque que 
les magistrats de Nuremberg établi- 
rent dans leur ville une école publi- 
que, et, sur la recommandation de 
Mélanchthon, ils offrirent à Eobanus 
la chaire de rhétorique et de poésie. 
Eobanus accepta , el il passa sept ans 



EOB 

k Nuremberg. Cppendant le sénat 
H'Erl'iirï soii{:;c.iit à rétablir l'iinivcr- 
sité , et pour y réussir il ne voyait pas 
do plus sûr moyen que d'attirer d'iia- 
bilcs professeurs , et surtout de rap- 
peler Eobaniis, On lui fit des proposi- 
tions honorables ; les conditions les 
plus avantageuses lui furent ofTcrtes ; 
il refusa d'abord , enfin il céda ; mais 
ses espérances ne furent point réali- 
sées. Les troubles qui avaient dérangé 
les études, et, en quelque sorte, ren- 
Tersc l'université, ét.iient loin d'être 
appaisés , et il ne lui fut pas possible 
de réparer un mal dont la cause exis- 
tait toujours. Après (piatre ans de sé- 
jour à Erfurt , il quitta cette univer- 
sité pour celle de Marbourg, où le 
landgrave de Hesse l'avait nommé pro- 
fesseur. Il y passa quelques années 
dans l'intimité du prince. I-a goutte , 
née peut-être de son excessive intem- 
pérance , le tourmenta vivement vers 
sa 5i''. année; elle fut suivie d'une 
maladie de langueur dont il mourut 
le 5 octobre id4o. Au milieu d'une 
vie très agitée , Eobanus avait trouvé 
le temps de composer un assez grand 
nombre de poèmes latins, et d'entre- 
tenir des relations avec les savants 
les plus célèbres de l'Allemagne pro- 
testante. Sa correspondance a été |u- 
bliée sous cetitie: ^e55i et amicorum 
epistolarum familinrium, lihri xii, 
Marbourg, i543, in-fol. ; elle n'est 
pas sans intérêt pour l'histoire litté- 
raire. Ses poésies, dont il laissa un 
choix, intitulé: Operutn F/elii Eo- 
bani ffessi, farrngines duœ. Halle (en 
Souabe ) , i SSg , in-8 '. , eomprennei.t 
trois livres à^fferoides -, à runitalion 
de celles d'Ovide ; dix-sept Eglogues ; 
des Silves en neuf livres: une tradiic 
tion des Idylles de Théocrite { ïla- 
guenau , i55o), une de l'Iliade, 
souvent réimprimée. M. Kuinol dit 
quea lisant l'Iliade d'Eobanus en 



EOt> î7() 

croit lire Virgile. Nous nous en rap- 
portons à M. le professeur KuindI-* 
mais il est Hessois, et peut-être l'a- 
mour du pays l'a-til un [)eu aveuglé 
sur le mérite de son compatriote. Eo- 
banus est encore auteur d'une traduc- 
tion en vers élégiaques des Psaumes 
de David. Sa vie a été écrite par Ca- 
mcrarius, son contemporain et son 
ami. En 1801, M. Kniiiol a pro- 
noncé, dans l'universiié de Giessen , 
un discours latin , sur les services 
qu Eobanus a rendus aux lettres. 
Ce discours, et Caraerarius, nous 
ont fourni les matéiiauxde cet arti- 
cle. JNous avons aussi été aidés par 
deux dissertations de Ayrmann, sur la 
naissance , le nom et le mariage d'Eo- 
banus. Nos lenteurs pourront . si plus 
de recherches 'cur semblent uércssai- 
saircs , consulter encore M' lehior 
Adam , Burigny , dans la Vie d'Eras- 
me, la Bibliothèque grecque , tom. I, 
pag. , et l'ijiivrage que M. Lossius 
a publié à Goiha , en 1 79-^ , sous le 
titre de H. Eoban Hesse und seine 
Zeilgenossen , eic. , c'e-^t - à - dire , 
Eobanus et ses contemporains. 

Jî— ss. 
EOGAN, EOGHATNN. EOGHANN 
ou EOAN. Les .liici nn(S annales ir- 
landaises nous offrent trois |irinees de 
ce nom. Le pixinier est Eoghann- 
Mor, ou Eoghann- le- Grand. Nous 
avons parlé ailleurs ( f^oj. Brien- 
BoHiRoiHMH ) de ces dynasties inilé- 
sienncs d'il lande , qui prétendaient 
tontes remonter à un ancêtre eommun 
( Mileagh ) . ainsi que de er tt'- échelle 
féoilii'<- qui . a partir des Toj ,irques, 
arrivait gradu*'iMneut, à travers des 
rois de districts e' des rois de provin- 
ces, jusqu'au raoïuirque Miprême de 
l'île, avec une ^ouverainete liérédi- 
tiire dans les r^c*s , m^is élective 
dans les individus. Kogh-uv -Mor, 
de la dynastie des rois de Mummaa 



i«o EOG 

( Munster ou Moroonie), après avoir 
eu à conqucrir sa province sur des 
dynasties Conacienucs qui l'avaient 
envahie, enta !a défendre coiitreCom/î 
ou Cotm , surnommé des Cent Ba- 
tailles , non seulement chef de toutes 
les dynasties de Gonnacht ( Connau<;lit 
ouConnacic), mais monarque d'Ir- 
lande , avant le 3'. siècle. Le sort des 
armes ne fut pas d'abord favorable à 
Eogliann , il fut ubliç;é d'abandonner 
ses états et de se réfugier en Espagne. 
Il épousa la fille d'un des souverains 
de cette contrée, revint en Irlande 
avec une armée espagnole, fut rejoint 
par ses vassaux fidèles , et après dix 
victoires , non-seulement recouvra la 
Moraonie , mais força le superbe 
guerrier des Cent Batailles à partager 
avec lui la souveraineté de l'île entière. 
Une ligne fut tracée de Gallway à 
Dublin , coupant l'Irlande par la moi- 
tié. Gonn fut monarque de la partie 
septcutrionale , Eogliann de celle du 
raidi. Après avoir ainsi maintenu et 
agrandi sa souveraineté par son cou- 
rage, Eoghann fit fleurir ses états par 
les ans de la paix , préserva de la fa- 
mine, dans une disette affreuse, non- 
seulement ses sujets , niais ses voisins , 
porta enfin l'agi iculture à un tel point 
de perfection , qn'.à son premier sur- 
nom de Grand les peuples en ajou- 
tèrent un autre qui ne déparait pas le 
premier , celui de Mogha-huad , ou 
le Fort Laboureur. Ce dernier même 
a tellement prévalu , que , dans les 
temps plus modernes, où la division 
de l'Irlande entre deux monarques 
s'est renouve'c'e, la partie du Nord 
a toujours été appelée la Moitié de 
Coïnn, et celle du Sud la Moitié de 
Mogha {lealh-Coinn , leath-Mogha). 
Un vieux poëiue tiré par Kealing des 
ténèbres de l'antiquité, décrit pathé- 
tiquement l'Irlande septentrionale en 
proie aux horreurs de la famine ; les 



EOG 

peuples eXte'nués , se traînant aux 
frontières , etinvoquant l'humanité du 
souverain de leatli-Mogha,etce prince 
tout à la fois sage , humain et juste , 
leur ouvrant ses greniers depuis long- 
temps remplis , mais imposant aux 
provinces qu'il secourt un tribut mo- 
déré envers la sienne. Les premiers 
moines qui , dans le 5''. siècle, ont re- 
cueilli ces monuments historiques , 
ont eu besoin d'introduire quelque 
chose de merveilleux dans des événe- 
ments qui leur paraissaient trop sim- 
ples; et, tout pliius de l'histoire de Jo- 
sf'ph, ils ont voulu qu'un drui>le viirt 
pn-dire à Eoghann une terrible famine 
sept années à l'avance, qu'Eoghann 
employât ces sept années à construire 
des greniers et à les remplir . et que, 
cette famine arrivée à point nommé, 
il rrcueillît le fruit de sa prudence et 
de sa foi aux prophéties. Au milieu de 
ce beau règne l'ambition excita une 
nouvelle guerre entre le héros de 
Cent Batailles et le héros Laboureur. 
Ce dernier , surpris pendant une nuit 
obscure , ne put que vendre cher sa 
vie , et tomba percé de coups , ainsi 
que le prince espagnol son beau-frère, 
sur le monceau d'ennemis qu'ds avaient 
étendus à leurs pieds, bon corps ftit 
élevé sur des boucliers, et les deux 
années , dit Halloran , répétèrent 
dans leurs chants funèbres : « Kepos 
» au roi de Momonie , car il est mort 
» comme un héros devait mourir. » 
L_T— L. 
EOGHAN, petit-fils du précédent, 
eut pour père Oilioll Olum , roi de la 
Momonie entière, et qui la partagea 
en cinq districts : Desmond, Tho- 
mond , Ormond , larmond et Med- 
moud , c'est-à-dire , Momonie du Mi- 
di, du Nord, de l'Est, de l'Ouest et 
du Centre. Oilioll , père de dix - neuf 
fils , en eut neuf de Saba , fille du mo- 
narque CouQ des Cent liatailles ^ car 



EOG 

il devint le gendre du meurtrier de 
sou père; sur ces neuf, srpt lurent 
tues daus uu terrible comb.it de INIoy- 
cruira, qui fit époque en Irl.inde. l'>o- 
gliann, l'aîuc de tous, qui corunian- 
dait les troupes de son père dans 
cette funeste journée , ( t que sa valeur 
avait déjà fait designer Thaniste^ ou hc- 
rificr présomptif de la couronne, lut 
du nombre des tués ; et des deu\ frères 
qui survivaient, Cormac-Cass ét.iit le 
premier. 11 naquit un fils postbume 
d'Ëoghann , qui fut nommé Fiaelia- 
Muileatan. Oi'ioll régla que le district 
de Desmond serait sous le sceptre de 
Fiacha , et celui de Tiiomoiid sous le 
sceptre de Cormac-Cass ; que Corrnac 
son fils, aurait après lui la souverai- 
neté de toute la Moraonie ; qu'après 
Corniac elle appartiendrait à son pelit- 
fils Fiaclia , et qu'ainsi de suite les 
deux races alterneraient sur le Irène 
provincial de toutes les Mouionies. I^es 
rejetons des deux souches se multi- 
plièrent; les descendants d'Ëoghann 
furent appelés du nom géféiique 
(ÏEo^hanachts , dont on a fait Euge- 
nii , les Eugéniens : ceux de Corm.ic, 
Cass se nommèrent Valcaiss, Dal- 
cassii, Dalcassieiis. IjCS Mac -Car - 
thys furent les aînés des Eoghauachts, 
les Brien , des Dalcaïss. L'ordon- 
nance et les dernières volontés de 
Cormac-Cass réglèrent pendant assez 
long - temps la succession qu'il avait 
établie; une fois violées, elles le furent 
sans cesse. Le sort des armes décida 
presque toujours de la suzeraineté en- 
tre les deux maisons rivales , et il lut 
plus souvent favorable aux O-iJrien 
qu'aux Mac-Carthys : les Dalcaïss pa- 
raissent avoir été, parmi les Irlandais, 
ce qu'était parmi les Grecs la phalange 
Macédonienne. Sous II uri VI U et 
sous Elisab' tli, le Daleaï^sien 0-Brieu, 
roi (le Thoinond , et l'Eu^énieii Mac- 
Carthy, roi de Desmoud, échangè- 



EOG 181 

rent leur titre immémorial contre ce- 
lui lie p.iirs d'Irlande, et se laissèrent 
créer ( omles , l'un dcThoraond , l'au- 
tre lie Clancarly. Le superbe et farou- 
che 0-Neill, qui alluma une guerre de 
quarante ans contre Elisabeth , repro- 
chait, avec indignation, .i ces deux 
chefs de l'antique Erin, d'avoir pu ac- 
cepter ces honneurs créés de la veille. 
JNIac-Carthy, pour perpétuer tout à 
la lois et l'ancienneté et la priraatie de 
son origine , prit pour devise de son 
nouvel écnsson : Sinsior Clanna Mi- 
leas,h {l'Aînée de toutes les races 
Milésicnnes ). L — T — l. 

EOGH^NN ou EOANN , prince 
d'Irlande vers le 5''.siècic. L'Histoire, 
qui ne nous a conservé aucune de ses 
actions , nous a cependant transmis 
son nom, à raison de ses ancêtres et de 
sa postérité. U était l'aîné des huit fils 
de ce fameux Niall des neuf Ota- 
ges ^ monarque d'Irlande , tué sur les 
bords de la Loire vers l'an 4o6 , et 
dont les descendants, roispiovinciaux 
d'Ultouic, possédèrent exclusivement 
pendant six siècles le sceptre monar- 
chique de toute l'ilc. Eoghann , auteur 
des 0-Neills proprement dits, eut 
pour fièrc immédiat Conall Gulban , 
an< être des 0-Donnel, qui disputèrent 
souvent à leurs aînés le trône d'Llto- 
nie , et comptèrent plusieurs monar- 
ques daus leur ligne. Les uns furent 
rois patrimoniaux du district de Tyr- 
Eoghann, et les autres du district de 
Tyr-Conneil. L'0-^'eill etl'O-Donnel, 
qu'on voulut proscrire sous Jacques 
1"^. , et sur lesquels on confisqua en- 
core cinq cent mille acres de terre , 
avaient consenti à être faits pairs d'Ir- 
lande après leur soumission à la cou- 
ronne d'Angleterre , et avaient été 
créés , le premier comte de Tyrone , 
et le second comte de Tyrconnel. Par 
cet article et par les deux qui précé- 
dent , on YOit que, malgré le mélange 



i82 EON 

des fictions nëcessaiiement introduites 
dans des antiquités qui ont eu des 
Bardes pour premiers bistorieus , il 
est ccpciiflant iiiciispcnsable d'y fouil- 
ler , lorsque les noms propres de fa- 
milles ou de lieux , lorsque des usnges 
locaux et des coutumes nationales , 
lorsqu'enfin mille circonstances de tout 
genre qui durent encore, se rattachent 
soit aux monuments , soit aux tradi- 
tions de ces antiquite's. On ne peut 
assurément pas douter que Tyr-Con- 
Dell vient de Tyr - (^oncil , autre- 
ment paj'S de Connell ; < t pour l'aire 
concevoir comment ou arrive de Tjt- 
Eoghann à Tjrône , il suffit d'ob- 
server que, selon l'idiome irlandais , 
toute lettre suivie d'un H étant éteinte , 
Tyr-Eos,hcinn se trouve réduit dans 
la prononciation à Tyr-eoann , bien 
•voisin de Tyrone ; comme Con- 
chobhair est réduit à O Conoaxr , 
dont les Anglais ont fait Connor ; 
comme Reighalaidh, Cealaidh, 
O Mo'élfhtilaidh se réduisent à O 
Beialai , O Cealai , O Moëlalai , 
dont les Anglais ont fait Reilly , 
O Kellr , Mullallf. L— T— L. 

EON, fanatique imbécille , ne 
doit qu'à l'exactitude de la nomen- 
clature d'occuper une place dans 
cette Biographie. Il se qualifiait 
gentilhomme bas breton; l'on croit 
en efifet qu'il était d'une noble fa- 
mille, et que son vrai nom est Eon 
de VEstoile. Cet homme un jour 
rêva qu'il était le fils de Dieu , ap- 
pelé pour juger les vivants et les 
morts; mais la cause de cette vision 
est au-delà de toute extravagance. 
Ayant lu dans notre liturgie cette 
formule per eum qui venturus est 
judicare, etc. , l'homophonie de sou 
nom et de l'accusatif eum lui per- 
suada que c'était de lui que l'église 
avait voulu parler. Avec uioins d'igno- 
rance il pouvait s'assimiler plus na> 



EON 

turellement aux yEons dos Valenli- 
niens. Quoi qu'il en soit, ce fou 
trouva d'autres fous; et, ce qui ar- 
rive presque toujours , séduisit la 
multitude. On prétend qu'il s'entou- 
rait de prestiges, qu'il faisait paraî- 
tre subitement des t.d)lcs bien gar- 
nies, et que quiconque touchait à 
ces mets était saisi d'une iuicur di- 
vine. Pour accroître le nombre de 
ses prosélytes il parcourut diverses 
provinces ; mais ses succès l'aban- 
donnèrent en Champagne. L'arci^e- 
vêque de Reims, qui n'entendait pas 
raillerie, le fit arrêter et comparoir 
au concile qui s'ouvrit dans celte 
ville le '22 mars 1 148- Le pape Eu- 
gène III , qui se trouvait alors en 
France, présidait ce concile. Eoa 
parut devant ses juges appuyé sur ua 
bâton fourchu. On lui demanda ce 
que signiGait ce support d'un nou- 
veau genre. « C'est un grand rays- 
» tère , répondit-il ; lorsque je tiens 
» ce bâton les deux pointes en l'air, 
» Dieu a en sa puissance les deux 
»> tiers du monde, et m'en aban- 
» donne l'autre tiers; mais si je ren- 
» verse ces deux pointes, alors , plus 
» riche que mon père , je commande 
w aux deux tiers du monde, et Dieu 
» n'a plus que l'autre tiers. » A ce 
propos on conclut sagement qu'il 
fallait enfermer l'homme au bâton 
fourchu; mais il mourut peu dejonrs 
après , des suites des mauvais traite- 
ments que lui firent éprouver ses 
gardes. Le concile ne se montra pas 
si modéré envers ses disciples. Ils 
furent tous, d'abord exorcisés par 
précaution, puis livrés aux flammes. 
Ces disciples avaient reçu de leur 
maître de très beaux noms , tels 
que la Sagesse, la Terreur, le 
jugement. Le Jugevient , eu mar- 
chant au supplice, invoqua sur ses 
juges le châtiment qu'éprouvèrent 



EON 

Cord , Datlian et Abiron ; mais la 
tt-rio ne s'ouviil point , et lui seul 
pciil. On trourera des détails sur 
Kon dans les ouvrages d'Otlion de 
Fiesiiigue , de Baionius, de Gc'uc- 
brard , de Sandeius, de Diipin, etc. 
D. L. 
EON DE BEAUMONT (Charles- 
Cjknea'iÈve-Louise-Auouste-Andre- 
TiMOTuÉE d' ), naquit à ïonuerre le 5 
octob. I -jîS , et fut baptise' le 7 du mê- 
me niois( I ), à i'e'glise de Notre-Dame 
de cette ville. Louis de Bcaumont , son 
père, e'tait avocat au parlement , con- 
seiller du roi, et subdo'léguc de l'in- 
tendance de la ge'ne'ralitë de Paris. Sa 
mère se nommait Françoise de C.ha- 
j'cnton. Peu d'hommes ont joui, pen- 
dant leur vie, d'une aussi grande 
célébrité que lui. Les qualités bril- 
lantes qui le distinguèrent et les dif- 
férents rôles qu'il joua dans le monde 
politique y contribuèrent sans doute ; 
mais ce qui dut y mettre , et ce qui y 
mit effectivement le comble , fut le 
mystère dont des circonstances impé- 
rieuses le forcèrent un jour de couvrir 
son sexe. La curiosité publique, excitée 
par l'ordre qui lui fut intimé , de la 
part du roi , de prendre des babit> de 
l'emine , après avoir glorieusement fi- 
guré, dans le cabinet et sur le champ 
de bataille, sous ceux d'un diplomate 
ou d'un guerrier, fit retentir son nom 
dans l'Europe étonnée. On eut peine 
à concevoir les raisons d'état qui fai- 
.saient exiger du chevalier d'Eon un 
si grand sacrifice d'amour-propre, et 
l'on se mit l'esprit à la torture pour 
les découvrir. De-là des conjectures 
de toute espèce , des paris ouverts , 
des confidences dévoilées , et tous les 



(i) Sur les registres de la paroisse, on lui donne 
le nom de Charlotte, aie, mais cette pièce est 
Teinplie de fautes d'ortliojraphe ou de cuntradic- 
tioiis, peul-élre iaites a dessein. On y lit né 
d'hier.... a été btiptisée par nous,,.. (Voyez, à 
<«t étjakl, la BiOlio^r. agrontm, , N". ait» ), 



EON i83 

propos qui e'manent de la diversité 
des opinions. Chacun prcleudit être 
le mieux instruit , et c< prndant on 
resta dans le doute. Aujourd'hui que 
la vérité est reconnue, et qu'un con- 
cours de témoignages irrévocables a 
fixé toutes les incertitudes, il devient 
plus facile de rendre au chevalier 
d'Eon le tribut d'éloges qui lui est dû, 
et de le peindre à la postérité sous des 
couleurs iu' ffaçables. Sa jeunesse fut 
consacrée à l'élude; il s'y adonna avec 
ardeur , et de rapides progrès cou- 
ronnèrent ses efforts. Reçu docteur en 
droit avant l'âge auquel on a coutume 
d'obtenir ce grade,il ne tarda pas à faire 
partie du corps des avocats au parle- 
ment de Paris. Mais cette profession 
ne satisfaisant pas ses vues ambitieu- 
ses, il en employa les loisirs à l'étude 
de la politique et des belles-lettres, et 
publia un Essai historique sur les 
différentes situations de la France , 
par rapport aux finances , qui fut 
suivi de deux volumes de Considéra- 
tions politiques sur l' administration 
des peuples anciens et modernes . C'est 
à ces deux ouvrages qu'il dut le com- 
mencement de sa réputation, et l'hon- 
neur d'être proposé au roi par le 
prince de Confi , directeur en chef 
du ministère secret de Louis XV, 
-pour remplir une mission délicate à 
la cour de Russie. Muni des instruc- 
tions nécessaires, il partit pour Saint- 
Pétersbourg , et y fut attaché au che- 
valier de Douglas, qui travaillait sans 
relâche à faire adopter un traité d'al- 
liance entre les deux couronnes. L'es- 
prit insinuant du chevalier d'Eon lui 
attira les bonnes grâces de l'impéra- 
trice Elisabeth , et un an n'était pas 
encore écoulé qu'il revint à Versailles 
pour y rendre compte de l'issue favo- 
rable que les négociations entamées 
laissaient entrevoir. Sou séjour en 
France ne fut pas de longue durée,. 



ï84 EON 

et on le revit bientôt à Sainl-Pctcrs- 
boiirg , oii i! )ut cliarge , pendant cinq 
ans conse'cnlifs, de la correspondance 
sccrcle entre i'iinpëralrice et le roi de 
France. La prudence et l'activité de 
ses de'aiarches ne laissèrent rien à dé- 
sirer. Un trailé de'fiintif d'alliance en- 
tre la Fr.mcc et la lliissie ; la renoncia- 
tion , de la part de cette dcrnicre puis- 
sance, aux subsides qu'elle recevait de 
l'Angleterre ; l'engagement de faire 
marcher , en faveur des cours de 
France et de Vienne , les quatre-vingt 
mille Russes assembles en IJvonie 
et en Courlande pour soutenir les in- 
térêts de la Prusse el de l'Angleterre ; 
enfin la ratification d'Elisabeth au 
traite de Versailles, du j". mai 175G, 
eu furi ni les heureux résultats. Le roi 
lui témoigna comljien il était satisfait 
de son zèle , et l'en récompensa en lui 
donnant une riche tabatièie d'or ornée 
de son portrait , et en le nommant 
îieulenaiit de dragons dans le Colunel 
général, et secrétaire de l'ambassade 
de Russie. Il ne s'agissait pas moins 
que de perdre dans l'esprit (^'Elisa- 
î)Pth le grand chancelier Bestuchefr, et 
d'informer cette princesse des moyens 
criminels qu'employait son premier 
ministre , afin de détouruer ses bonnes 
jnt( niions en faveur de ses alliés. Gi âce 
au chevalier d'Eou,celte affaire si diffi- 
cile à conduire réussit au gré des cours 
de France et de Vienne. Le grand 
chancelier fut arrêté, et remplacé par 
le comte de Woronzow, qui était dans 
les intérêts de la France. De nouvelles 
faveurs furent le prix de ces nouveaux 
services. Le chevalier d'Eon fut pro- 
mu au grade de capitaine de dragons, 
cl porté sur l'état des pensions pour 
une somme de 2,400 livres. Peu de 
temps après , sa santé s'altéra au point 
qu'il fut forcé de solliciter son rappel. 
L'impératrice lui témoigna , dans les 
lermes les plus flatteurs, la peine 



EON 

qu'elle éprouvait à le voir s'éloigner 
de ses états. Le comte de Woronzow , 
dans l'audience de congé qu'il lui 
donna, lui dit, en lui rappelant 
les elTéls de l'alliance entre les cours 
de Vienne et de Versailles : « Quoi- 
» que votre premier voyage ici avec 
» le chevalier de Douglas ait coû- 
te té plus de deux cent mille hom- 
» mes et de quinze millions de rou- 
» blés à ma souveraine, je n'en suis 
» pas moins fàrlié de vous voir ])aitir. 
» — Eh quoi ! répondit spirituelle- 
» ment le chevalier, l'impératrice et 
» votre excellence pourraient-elles re- 
» grettcr lessacrifices qu'elles ont faits 
» pour acquérir une réputation et une 
» gloire qui dureront autant que le 
» monde ? » Accoutumé à ne |>orter 
que de bonnes nouvelles, le chevalier 
d'Eon revint dans sa patrie avec la ra- 
tification de l'inipéralrice au nouveau 
trailé du 5o décembre i ■^58 , el à la 
convention maritime faite avec la Rus- 
sie et les couronnes de Suède et de 
Danemark. Sa carrière politique se 
trouvant alors interrompue, il se jeta 
dans celle des armes , el s'y distingua 
d'une manière non moins éclatante. 
Hoxtcr, Ullrop , Eimbeck el Oster- 
wick furent successivement le théâtre 
de ses exploits. La paix survint. Il 1 
quitta sur-le-champ l'épée pour re- f 
prendre la plume , et fut envoyé à 
Londres en qualité de secrétaire d'am- 
bassade du duc de Nivernais. Tou- 
jours plein de prévoyance et de zèle 
jîour son roi et sa patrie, il employa 
l'adresse pour se rendre maître de plu- 
sieurs papiers intéressants, et eu fit 
faire une copie qui fut à l'heure même 
envoyée à Versailles par un courier 
extraordinaire. La croix de St.-Louis 
fut la récompense de ce service im- 
portant. Le retour duducdelNivernais À 
en France éleva le chevalier d'Eon en , 

dignité. 11 fut d'abord Boramé lési- 



EON 

dent auprès du roi de la Grande-Bre- 
tagne, cl ensuite ministre plciiipot» u- 
tiaiie. Tout lui prospcinit, ior.s(|ue de 
sourdes intrigues renversèrent tout à 
coup sa fortune et 5es espérances. Une 
paix honteuse avait ètc signée; ceux 
qui l'avaient négociée étaient intéresses 
à ce que leur conduite ne fût pas mise 
au grand jour. Le chevalier d'Èon était 
Jeconlident secret de LouisXV; il cor- 
respondait et travaillait directement 
avec ce prince. Il pouvait découvrir 
tout ce qui s'était passé et le révéler 
à son auguste maître : c'en était ass(z 
pour consommer sa ruine. Les cares- 
ses , les injures, les menaces , et jus- 
qu'aux voies lie fait, tout fut emplové. 
Des lelties de rippel lui furent expé- 
diées ; mais comme il ne jugea pas 
prudent de repasser la mer et de re- 
tourner en France, il resta à Londres 
pendant l'espace de quatorze ans , dans 
une espèce de proscription. Cepen- 
dant le roi , en consentant à sa dis- 
grâce, chercha à l'en consoler en lui 
faisant remettre par son ministre le 
brevet suivant : « En récompense des 
» services que le sieur d'Eoii m'a ren- 
» dus, tant en Russie que dans mes 
» armées, et d'autres commissions que 
» je lui ai données, je veux bien lui 
» assurer un traitement annuel de 
» douze mille livres, que je lui ferai 
» payer exactement tous les six mois, 
» dans quelque pays qu'il soit, hormis, 
» en temps de guerre , chez mes en- 
» nemis, et ce jusqu'à ce que je juge 
» à propos de lui donner quelque poste 
» dont les appointements Sf raient plus 
» considérables que le piésent traite- 
» ment. A Versailles , le i""^. avril 
» 1 "jGG. Sipté Louis. » Le séjour du 
chevalier d'Eon en Angleterre ne lut 
pas perdu pour la France, et quoiqu'il 
n'eût plus aucun caractère , il ne s'en 
occupa pas moins de tout ce qui pou- 
vait tourner à l'avautage de sa patriej 



VA) S i85 

il lui demeiira inviolableraent attache, 
et refusa h s ofTies brillantes qui lui 
furent faites, s'il voulait prendre des 
lettres de ualuralisation. Le roi, ins- 
truit de sa généreuse conduite, dési- 
rait ardemment réaliser ce qu'il lui 
avait pr(unis; riiiis le cheva ier, qui 
tenait fortement à ce que son inuo- 
nence lût publiquement reconriue , 
s'obstina à ne point accepter les fa- 
veurs qui lui furent proposées. Cette 
résistance retarda son retour en Fran- 
ce jusqu'à la mort de Louis XV, épo- 
que à laquelle les comtes de Maurepas 
et de Vergennes songèrent d'autant 
plus sérieusement à le rappeler, que 
les discussioniî et les paris énormes qui 
venaient d'avoir lieu à Londressurson 
sexe , leur parurent un prétexte plau- 
sible pour vaincre ce qu'ils regar- 
daient comme une opiniâtreté dépla- 
cée de sa part. En conséquence , 
Louis XVI signa, !c 25 août 1775, 
une permission par laquelle il fut 
libre à d'Eon de revenir en France, 
ou de choisir tel autre pays qu'il 
lui plairait, sous condition qu'il gar- 
derait le silence le plus absolu, lui 
promettant assistance et prolectiou , 
et faisant expresse défense de le 
troubler dans son honneur, sa per- 
sonne et ses biens. Deux ans s'é- 
coulèrent sans que le chevalier pro- 
filât de cette fiveur du roi, et ce 
ne fut que le i5 août 1777 qu'il se 
décida à quitter Londres, .ipiès avoir 
reçu de M. de Vergennes la lettre sui- 
vante, en date du 12 juillet de la mê- 
me année : « J'ai reçu, monsieur, la 
» lettre que vous m'avez fait l'honneur 
» de m'écrire le premier de ce mois. 
» Si vous ne vous y étiez pas livré à 
« des impressions de défiance , que je 
» suis persuadé que vous n'avez pas 
» puisé dans vos propres sentiments, 
1) il y a long-temps que vous jouiriez 
» dans votre patrie de la trauquillité 



j86 EON 

« qui doit mijourd'liui , plus que ja- 
» mais , faire l'objet de vos désirs. Si 
» c'est seVieusemenf que vous pensez 
» y revenir, les portes vous en seront 
» encore ouvertes. Vous ronnaissez les 
» conditions qu'on y a mises : le si- 
» lence le plus absolu sur le passe'; 
» e'viter de vous rejicontrer avec les 
» personnes que vous voulez regarder 
» comme les causes de vos malheurs; 
» et enfin de repreudre les liabits de 
» votre sexe. La publicité' qu'on vient 
» de lui douneren Angleterre ne peut 
» plus vous permettre d'hésiter. Vous 
» n'ignorez pas sans doule que nos 
» lois ne sont pas tolérantes sur ces 
» sortes de déguisements. Il me reste 
5> a ajouter que si, après avoir essaye 
» du séjour de la France , vous ne 
» vous v plaisiez pas , on ne s'oppo- 
» sera pas à ce que vous vous retiriez 
» où vous voudrez. C'est par ordre du 
» roi quv je vous mande tout ce que 
» dessus. J'ajoute que le sauf-conduit 
» qui vous a été' vernis vous suffit ; 
» ainsi rien ne s'o])pose au parti qu'il 
» vous conviendra de prendre : si 
:» vous vous arrêtez au plus salutaire, 
» je vous en féliciterai; sinon je ne 
» pourrai que vous plaindre de n'a- 
» voir pas répondu à la bonté du 
» maître qui vous tend la main. Soyez 
» sans inquiétude ; une fois en Fran- 
T) ce, vous pouiTez vous adresser di- 
» rectemeiit à moi , sans le secours 
» d'aucun intermédiaire. J'ai l'honneur 
» d'être avec une parfaite considcra- 
» tion , etc. » Sur la foi de cette lettre , 
le chevalier d'Eon arriva à Versailles, 
où le ministre l'accueillit avec une 
distinction particulière; mais tout en 
lui renouvelant l'ordre de prendre 
des habits de femme. Peu pressé d'o- 
béir, le chevalier alla à Tonnerre sans 
se prêter à la métamorphose qui kii 
était commandée , et ce ne fut qu'à 
Vépoque d'un second voyage qu'il fit 



EON 

dans la capitale, qu'd se décida à de- 
venir femme , et à ne paraître dans j 
le monde que sous le titre dé cheva- 
lière ^'£oM. Ce changement d'étr.t liti 
attira une vive querelle à l'Opéra. On 
en craignit les suites, et on l'envoya, 
pour calmer sa juste colère , au château 
de Dijon, où M. de Changé, qui en 
était alors gouverneur, le traita avec 
tous les égards qui lui étaient dus. Son 
exil fini, il se retira à Tonnerre. En 
i-jSS il se rendit à Londres, sur l'in- 
vitation du baron de Breteuil. La ré- 
volution françiise éclata. Il revint dans 
sa patrie , offrit ses services au gou- 
vernentent, fut refuse, retourna en. 
Angleterre, et fut mis , vu son ab^^en- 
ce , sur la liste des émigrés. De ce mo- 
ment son existence ne fut plus qu'une 
série de malheurs. Privé sans espoiv 
de sa pension , et réduit le plus sou- 
vent à un état voisin de la détresse, 
il fut forcé d'avoir recours à son in- 
dustrie. Son habileté dans l'art de l'es- 
crime lui fournit quelques ressources, '^ 
en faisant publiquement assaut avec le 
fameux Saint - George. Mais l'âge et 
les infirmités ayant exercé sur lui 
leurs ravages , des arais généreux vin- 
rent à son secours , et rendin nt ses 
derniers moments moins pénibles. De 
ce nombre fut le P. E'isée, premier chi- 
rurgien de Louis XV 111. C'est sur le 
témoignage de cet homme recomman- 
dable , témoignage auquel il nous a 
autorisé à donner la plus grande pu- 
blicité, que nous affirmons que le che- 
valier d'Eon , malgré tout ce qu'on a 
pu dire et écrire sur son compte , ap- 
partenait exclusivement au sexe mas- 
culin. C'est après l'avoir assisté jus- 
qu'an 21 mai 1810, j<'ur de sa mort, 
et avoir été présent à l'mspeclion et à 
la dissection de son corps, qui eut lieu 
le 25 du même mois, que le Père 
Elisée ne craint pas de lever irrévo- 
cablement tous les doutes. A ces preu- 



y 



EON 

vos irrécusables hous ajouterons que 
nous avons vu eh*»?, M. îM.uron, iiii- 
iiistie du culte prolcst.iul tl liltorateur 
distingue, une j^iavurc représentant 
le lorse (iu chevalier d'Eon , de ma- 
nière à éclairer les plu> incrédules. Au 
bas de celte gravure , qui a paru en 
Anglelerrc, est l'attestation suivanfe : 
/ herchy cerlify that i hâve inspec- 
ied the bodj oj'the chevalier d'Eon , 
irt the présence of M. Adair^ M. f Fil- 
son et le F. Elysée , and hâve foiind 
the maie organs in every respect 
perfecll) formed. May '23, i S i o, Go!- 
deu-Squ.ire; Tli. Copeland, etc. — 
)» Je certifie, par le présent, avoir ins- 
» pecté le corps du clievalicr d'Kon , 
» en présence de M. Adair, M. Wil- 
» son et du P. Elysée, et avoir trouvé 
» les organes imsculins parfaiti ment 
» formés , etc. » — lu conséquence 
cfa nolefrom the ahove gentlemen , 
i examined the budj which was a 
maie. The original dra%ving was 
made by M. C. Turner, in niy pre- 
sencc.tieau slreetSoho,IVIay 24, 1810. 
—«En conséquence de la note des per- 
•>> sonnes nommées ci-dessus, j'ai exa- 
» rainé le corps qui était du sexe mas- 
)) culin. Le dessin original a été Tait par 
» M. G. Turner, en ma présence, etc.» 
Aprcsnousêtresi grandement étendus 
sur les particularités de la vie du che- 
valier d'Ebn, il est fàclicux sans doute 
de ne pouvoir répandre la lumière 
sur celle qui doit encore plus pi- 
quer la curiosité publique. 11 n'est 
personne qui ne voulût connaître les 
raisons politiques qui ont pu forcer 
un homme, un militaire, un cheva- 
lier de Saint-Louis de prendre des ha- 
bits de femme. Dirons - nous , avec 
quelques auteurs de biogiaphie , que 
le chevalier d'Eon servit son roi sous 
les habits des deux sexes ? Le tait ne 
nous semble pas assez prouvé. Gon- 
tcctous-nous donc de l'assurance qui 



EON 1H7 

nous est donnée par des témoins diçnes 
de loi, et ne faisons pas de vains eflbrts 
pour soulever un voile impéiicir.ibic. 
D'ailleurs, à quelque >exe que il'Eon eût 
réellement appartenu, sa mémoire se- 
rait encore exempte de toute maligne 
atteinte. En 1 77'> ses ouvrages ont été 
recudllisen i5 vol. in-8"., sous le 
titre de Loisirs du chevalier d'Eon. 
Ils se composent : 1. de Mémoires 
sur ses dijf étends avec M. de Giter- 
chy ; H. (l'une f/ist<ii''e des Papes ; 
111. d'une Histoire politKjue de la 
Pologfie; IV. de Fecherche^ sur les 
roj aumes de JSaple et de Sicile ; V. 
de Recherches sur Je Commerce et 
la Navigation ; VI. de Pensées sur 
le Célibat, et les maux qud a causés 
à la France ; VU. de DJémoires sur 
la Russie, et son commerce avec les 
Anglais ; VI 11. d'une Histoire d'Eu- 
doxie- Fœderowna: IX. iV Observa- 
tions sur le royaume d'Angleterre, 
son gouvernement, ses grands offi- 
ciers , etc. ; X. de Pé.uiL sur l'Ecosse 
et sur les possessions de l'Angle- 
terre en Amérique; XL de Mémoi- 
res sur la Régie des blés en France , 
les mendiants , !e domaine des rois , 
etc.; XI 1. de Détails sur toutes les 
parties des finances de France ^c\c.'y 
Xlll. d'un Mémoire sur la situation 
de la France dans l'Inde avant la 
paix de 1 763 etc. M. de la Forti lie , 
lieutenant de roi de S. Pierre le Mou- 
tier, a publié à Paris, en 17^9 , un 
volume iu-8 .de 17G pages, intitulé: 
La Vie militaire , politique et pri- 
vée de demoiselle Charles- Geneviè- 
ve- Louise- Auguste- Andrée- Thimo- 
ihée EoN ou d'Eon de Bealmont , 
ecuyer, chevalier.... ci-devant doc- 
teur en droit avocat.... censeur 

royal pour l'histoire et les belles - 
lettres , envoyé en Russie...., etc., 
et connue jusqu'en ^"j"'] sous le nom 
de chevalier d'Eo>'. La ciuieusc listç 



t88 E s 

des qualités du clievalier d'Eon oc- 
cupe plus de seize ligm s siir le titre , 
en face duquel est une gravure offrant 
en médaillon le portrait de d'Fon , 
avec cette inscription : A la cheva- 
lière d'Eon , et on lit an-dessous : 
composé par J.-B. Eradel, qui a 
^ravé en grand le portrait de ma- 
demoiselle d'Eon , communiqué par 
elle à ce seul artiste. Une nouvelle 
édition de cette P^ie, publiée en 1779, 
est précédée d^une Epilre de M. Do- 
rât à Vhéroïne , et suivie de pièces 
relatives à ses démêlés avec Beau- 
marchais. D'Eon avait une biblio- 
llièque prérieuse pir les manuscrits; 
ses besoins le forcèrent de la vendre 
en 1791. Le catalogue in-8 • , qui en 
fut imprimé la même année, est très 
rare en France; il est précédé d'un 
Exposé ( en angl. et en franc. ) qui 
contient, des détails curieux sur les af- 
faires privées de ce personnage sin- 
gulier. P — c. 

EOSAINDER (Jean -Frédéric), 
lié en Suède vers la fin du 17''. siè- 
cle. Il se rendit jeune à Berlin , et 
ses dispositions pour les arts ayant 
été reconnues, l'électeur Frédéric, de- 
puis roi de Prusse , le fit voyager en 
Italie el en France, il s'appliqua nup- 
tout à l'archilecture, et revenu à Ber- 
lin il fut chargé de plusieurs travaux 
importants. Il donna le plan d'une 
partie du palais de la capitale, et di- 
rigea la construction du cliàîcau de 
Charlottenbourg. Son orgueil et sa 
jalousie l'entraînèrent à des procédés 
peu généreux envers les autres ar- 
tistes employés par le roi, et il causa 
surtout des cbagrius très vifs à 
Scliluter , qui avait donné le plan 
des décorations de l'arsenal et le mo- 
dèle de la statue du grand électeur. 
Frédéric ne cessa pas néanmoins de 
le protéger , et lui accorda une forte 
pension , ainsi que le titre de colo- 



EPA 

nel. Il l'envoya même comme am- 
bassadeur auprès (ft Charles XII , 
pour négocier une alliance politique. 
Frédéric étant mort , Eosander se 
ressentit des réformes que le succes- 
seur de ce prince, le sévère Frédé- 
ric Guillaume , introduisit à la cour. 
Mécontent de sa situation à Berlin , 
il entra au service de Suède, et fut 
employé peu après à la défense de 
Straisund , dont les Danois , les Russes 
el les Prussiens avaient entrepris le 
siège, [.a place s'étant rendue, il de- 
vint prisonnier des Prussiens; mais 
il obtint la permission de se retirer 
à Francfort - sur - le - IMtin , où sa 
femme, de la famille Merian , possé- 
dait un fonds de librairie. Les reve- 
nus de ce fonds n'ayant pu sufïire à 
son goût pour le faste, il chercha du 
service en Saxe , où il fut nommé 
lieutenant-général. Eosander termina 
ses jours à Dresde en i 72g. On a de 
lui un ouvrage en allemand , ayant 
pour titre \^ Ecole de la guerre , ou 
le Soldat allemand , el quelques Mé- 
moires insérés dans le Theatrum Eu- 
ropeum. C- au. 

EPAMINONDAS, fils de Polym- 
nis, naquit à Thèbes d'une famille an- 
cienne et dont l'origine remontait jus* 
qu'-iux temps fabuleux. Il eut pour 
précepteur le pythagoricien Lysis. La 
philosophie de Pythagore, malgré 
l'aiistérilé des mœurs qu'elle imposait 
à ses sectateurs , semblait vouloir les 
conduire à la vertu , moins par les 
seuls conseils de la raison que par une 
sorted'enlhousiasme religieux, et non 
seulement elle n'interdisait pas , mais 
elle recommandait même, la culture 
des arts agréables. Epaminondas n'eu 
négligea aucun , et prit des leçons des 
plus habiles maîtres de son temps ; 
Denvs lui montra à chanter et à s'ac- 
compagner de la lyre, Olympiodure 
lui apprit à jouer de la flùlc , cl Cal- 



EPA 

lipliron fut son ni.iîtro de danse, Cor- 
iiclius-Nopos rappuite avec c'ioiine- 
mcjit CCS paiticularitës, et fait obser- 
ver avec raison la diffeieme de ces 
mœurs d'avec celles de sisioncitoycns: 
en elFct c'eût e'ié une liontc pour un 
romain de possc'dfr c<"S talents bril- 
lants qui, parmi les Grecs, rebar.s- 
saicul encore l'eclal d(s grandes qua- 
lités. Epauiinondas fut pcnlant sa 
jeunesse le témoin du rapide accrois- 
sement de la puissance des Lacéclcmo- 
jiiens. Le gouvernement des petites 
républupies de la Grèce passait al'er- 
nalivcmeut rntre les mains de deux 
partis ditréients; les uns voulaient 
conférer l'autorité suprême aux ricbos 
et aux puissants , puur contenir les 
séditieux et les démagogues, les au- 
tres ne trouvaient de garantie pour le 
maiuiieu des lois, quelorsque la gran- 
de majorité des citoyens participait à 
la souveraineté. Athènes , gouvernée 
démocratiquement , était dans toutes 
les villes l'appui de ce dernier parti, 
et Lacédémone celui du puti con- 
traire. Après une longue lutte Lacé- 
démone triompha, et les Thébains, 
alliés forcément aux Spartiates, con- 
tribuèrent à établir la suprématie de 
ces derniers, en combattant avec eux 
à Mantinée contre les Arcadiens. 
Ceux-ci chargèrent avec tant d'impé- 
tuosité l'aile droite des Lacédémo- 
niens qu'Us l'enfoncèrent, mais Epa- 
minondas et Pélopidas , tous deux 
amis , tous deux pleins de jeunesse 
et de valeur, s'y trouvaient , ils joi- 
gnirent leurs boucliers et soutin- 
rent l'effort des ennemis. Pélopidas , 
sept fois blessé, tombe baigné dans 
son sang; Epaminondas le couvre de 
son corps et se précipite au-devant de 
ceux qui veulent l'atteindre. Il allait 
enfin succomber lui-même lorsque les 
Lacédémouiens , auxquels il avait don- 
né le temps de se reconaaître , accou> 



EPA 189 

rcnt, le délivrent, repoussent K's Arca- 
diens et les mettent en déroute. Ainsi 
ce fut sous les dra,)eaux des Spar- 
tiates et sur le sol même où il devait 
par la suite porter le dernier coup à 
leur puissance, qu'Epaminondas com* 
mrnçi, [)arun prodige de valeur et de 
dévouLinenl , sa carrière militaire. 
Uueauiilié constante unit Epaminon- 
das et Pélopidas, quoiqu'il existât 
entre eux un contraste absolu. Pélo- 
pidas était un des plus liches citoyens 
de Thèbes ; Epaminoudas en était ua 
des plus pauvres; Pélopidas aimait le 
fiste et l'éclat , Epaminondas chéris- 
sait sa pauvreté, et, par principe 
comme par goût , il voulut rester et 
resta toujours pauvre. Pélopidas ne 
se plaisait que dans les camps, dans 
les exercices de la lutte et des cour- 
ses ; Epaminondas aimait au contraire 
la retraite et l'étiide. Les intrigues du 
roi de P'Tse, de celui de Thessalie, 
et les instances de l'amitié le trouvè- 
rent également inaccessibles à la sé- 
duction. Pé opidas cherchait à lui 
persuader que, pour faire le bien, les 
richesses sont nécessaires; « ii est vrai, 
dit Epaminondas , pour un homme 
tel que Nicodèrae. » Ce Nicodèrae était 
buiieux et aveugle. Epaminondas 
avait ohservé quel avantage donnait 
aux Lacédémouiens, sur tous les au- 
tres peuples de la Grèce, leur sobriété 
et leur tempérame ; il cherchait par 
son exemple à inspirer la même aus- 
térité de mœursàses concitovt-ns.Ce» 
pendant le parti aristocratique de 
Thèbes, se voyant le plus f uble, livra 
la Cadmée , ou la citadelle de la ville, 
aux Lacédém miens, quis'eu emparè- 
rent en pleine paix; tous les chefs dd 
parti populaire furent exilés et parti- 
culièrement Pélopidas. Epaminondas, 
considéré comme un philosophe spé- 
culatif, et protégé aussi par sa pauvre- 
té, ne fut point compris dans cette 



lOo EPA 

proscription. Trois ou quatre ans 
après il s'ourdit une conspiration pour 
anéantir ce gouverncineiit aristocra- 
tique et cliasser les Spartiates de la 
Cadme'e.Eparainondasnc vouliitpoint 
se joindre aux conspirateurs quoique 
Pclopidas fût h leur lèle; il redout.iit 
les effets des veiigeances personne.les , 
inséparables de pareilles tentatives. 
La conspiration réussit, les S|)artiates 
furent cliasse'à de la Cadniëe , mais 
tons les maux et toutes les horreurs 
qu'avait prévus Ep^ininondas lurent 
les premiers résultais de ce succès: 
des flots de sang couièrent,' et pour 
anéantir jusqu'à la race de leurs en- 
nemis , plusieurs conjurés égorgèrent 
des enfants sur les corps de leurs 
pères expirants. Epaminondas , par 
l'ascemiant qu'il avait sur ses conci- 
toyens , contribua à f.iire cesser le 
massaci'C. Le gouvernement popu- 
laire fut rétabli , mais les Lacédcnio- 
niens déclarèrent la guerre aux Tlié- 
bains : après quelques légers avantages 
ils furent repoussés à Tégyre par 
Pelopidas , qui avait été nommé gé- 
néral en chef des troupes de Thèbes. 
Ce succès inattendu étonna Lacédé- 
mone ; jamais aucun peuple n'avait 
osé se mesurer avec les Spartiates en 
nombre égal, et les Thébains les 
avaient vaincus avec des forces in- 
férieures. Toutes les républiques de 
la Grèce, fatiguées deleurs dissensions, 
résolurent de les terminer à l'amia- 
ble. Une diète générale fut convoquée 
à Lacédémone. Epaminondas y parut 
avec les autres députés de Thèbes , il 
avait alors quarante ans et n'avait ac- 
quis encore aucune réputation comme 
Tuilitaire, mais il était à juste titre 
considéré comme un des meilleurs ora- 
teurs de la Grèce, L'un des rois de 
.Sparte, Agési'as, qui avait porté la 
guerre en Asie , et fait chanceler sur 
.sou trône le puissant monarque de 



EPA 

Perse, eut dans cette assemblée ]<i 
principale influence. Son but était de 
la faire servir à affermir la supréma- 
tie que Lacédémone avait acquise sur 
tous les autres états de la Grèce. Thè- 
bes, après qu'elle eût recouvré son 
indépendance , avait soumis, non sans 
violence et sans injustice , les autres 
villes de la Béoiie , dont les forces 
réunies aux siennes contribuaient à la 
rendre plus redouta])lc; mais d'après 
le traité d'Antalcidas, conclu entre 
les Spartiates et le roi de Perse , tou- 
tes les villes de la Grèce étaient dé- 
clarées libres et indépendantes les une» 
des autres. Les Lacédémoniens, en 
tenant sous le joug les villes de la 
Laconie, exigeaient que celles de Béo- 
tie ne fussent pIu^ asservies aux Thé- 
bains. Epaminondas démontra com- 
bien il était utile de contrebalancer la 
puissance, toujours croissante, des 
Spartiates. Gomme Agésilas s'anperçut 
que son discours faisait une forte ira- 
pression sur les députés , il l'inter- 
rompit et lui dit avec hauteur : « Vous 
» parait-il juste et raisonnable d'ac- 
» corder l'indépendance aux villes de 
» Béotie? — « El vous, répondit Epa- 
r> minondas, ne croyez-vous pas qu'il 
1) est juste et raisonnable de rendre 
)i la liberté à toutes les villes de La- 
» conie? »— « Répondez nettement^ 
» répliqua Agésilas, enflammé df' co- 
» 1ère, je vous deinamle si Tlièbes 
)) esl dans l'inlenlion d'affranchir les 
» villes de la Béotie?» — « Et moi, 
» rcpli(jua fièrement Epaminondas, 
1) je demande qu' Agésilas déclare si 
» les Lacédémoniens veulent, ou non, 
» affranchir les vill'^s de la Laco- 
» nie ? w A ces mots Agésilas , ne 
se possédant pas , effare du traité le 
nom des Thébains , et leur déclare 
la guerre, fc'autre roi de Lacédé- 
mone, Céombrotc, qui commandait 
eu Phocide l'armée des alliés, eut 



EPA 

or(lre (Te marrlicr en lîcotic. Les 
Thebiiiiis iioinmèrcnt Epamiiiondas 
{^encrai en cliif, et sous lui Fc'lo- 
pidas. Jamais TIiMjcs n'avait vu , et 
ne vit depuis, de pareils citoyens à la 
ictc de ses armées. Cleombiotc avait 
avec lui dix mille hommes de pied et 
mille chevaux. Epamiiioiidas ne pou- 
vaithii opposer que six mille hommes 
d'infanterie, et cinq cents chevaux. 
Mais la cavalerie thebaine était la meil- 
leure de toute la Grèce. Les deux ar- 
mées se rencontrèrent dans un endroit 
de la Bcotie nommé liCuctres.Cléora- 
brote s'était placé à la droite de son 
armée , avec la phalange lacédémo- 
nièno qui formait une première li2;no; 
les Thébains parurent d'.îbord en ba- 
taille et marchèrent parallèlement aux 
ennemis, qui, beaucoup plus nom- 
breux, les débordèrent vers la droite. 
Pour oter aux Lacédémoniens cet 
avantage , Epaminondas se détermina 
à attaquer par sa gauche , il la fortifia 
de tout ce qu'il avait d'hommes d'élite 
et de pesamment armés , qu'il ranp;ea 
sur cinquante de profondeur en une 
colonne fermée par l'escadron sa- 
cré (i). Le reste de ses troupes, tant 
les soldats armés à la légère que ceux 
qui ne faisaient pas corps avec la pre- 
mière phalange, s'éîendait sur une seu- 
le ligne et sur trois ou quatre de hauteur. 
A cet aspect , Cléombrole change sa 
première disposition ; mais , au lieu 
de donner plus de profondeur à son 
aile droite , il la prolonge pour dé- 
border l'armée d'Kpaminondas. Pen- 
dant ce mouvement , la cavalerie the- 
baine fond sur celle des Lacédémo- 
niens et la renverse sur leur pha- 
lange, qui n'était plus qu'à douze de 
hauteur ; et tandis que l'aile droite 
des Tliebains reste en p'ace, tout le 



(i) Cet escadron était composé Je troi» cents 
jeuoi's !;eas éiroitemcat upti entr'eax , c( tcnvia- 
mi* fmf Uuf valeur. 



EPA iQt 

reste de la ligne se meut autour de 
son centre par un durai-quart de con- 
version , de seule que, par ce mou- 
vement , les l'hcbiiins à leur gauche 
s'approchèrent toujours plus de la 
droite des Lacédémoniens, sur laquelle 
ils voulaient tomber, et l'aile droite 
d'Epaminondas se trouva tout à «oup 
fort éloi;;née de la gauche de (.léom- 
brote. Pendant que la cavalerie lacé- 
démonicniic , mise en déroute, se re- 
plie sur l'infanterie, Pélopidas, avec 
le bataillon sacré, tourne subitement 
sur l'aile droite des Lacédémoniens et 
la prend en flanc, tandis qu'Epami- 
nondas, avec sa grosse colonne, en- 
fonce tout ce qui lui résiste , passe 
outre, et retourne sur ce qui restait 
encore entier, pour ne pas lui don- 
ner le temps de se reconiiaîlre. La 
cavalerie thebaine se mit à la pour- 
suite de celte aile lacédémonienne mise 
eu déroute, et l'infanterie victorieuse 
des Thébains, profitant de son pre- 
mier avantage, gagne toujours vers 
l'aile gauche des Lacédémoniens, qui , 
voyant le désordre de sa droite et l'en- 
nemi qui s'avance toujours vers elle 
en bon ordre, plie el lâche pied. Qua- 
tre mille hommes de l'armée de Cléom- 
brote restèrent sur le champ de ba- 
taille, et les Thébains, n'ayant éprou- 
vé qu'une perle légère, y érigèrent 
un trophée. Telle fut la bataille de 
Leuctres , qui se donna le 18 juillet de 
l'an S-j.i av. J.-C. Elle est devenue 
à jamais célèbre par ces combinaisons 
profondes de l'art de la guei re , dont 
Epaminondas donna le premier exem- 
ple aux Grecs , et qui se sont attiré l'ad- 
miration d'un des m-'illeurs lacli; iens 
de nos temps modernes. Il est heureux 
aussi pour la gloiie du héios thébain 
d'avoir tu pour tlécriri.' ses savantes 
manœuvres un hisloiien contemporain 
tel que Xcuophon , bii-mcme aussi 
grand guerrier qu'habile écriyain ; pré- 



igs EPA 

•venu contre les Thébains, ami d*Age- 
silas , pailisan des Lacédénionieiis , 
bc.iuroup plus .*>ans doute qu'il ne con- 
■vcnait à un Alheiiien. Eparaiiiondas 
ressentit un joie exlrênie de cette vic- 
toire, et bientôt sa grande ame s'af- 
fli;;ea de n'avoir pas eu plus de pou- 
voir sur elle-même. Il répondit sim- 
plement aux félicitations de ses com- 
jwgnons d'armes : « Ce qui me flatte 
î) le plus , c'est d'avoir en ce succès 
» du vivant de mon père et de ma 
V mère. » La bataille de Leuctrcs mit 
lin à la suprématie des Lacédémoniens 
sur les autres étals de la Grèce; et ce 
n'était plus .seulement pour se sous- 
traire à leur joug que IcsTliébains cher- 
chaient encore à les combattre , mais 
pour usurper à leur tour le premier 
xang.Ep.iminondas ne dissimulait peut- 
être pas assez ses desseins à cet égard , 
et comme les Athéniens s'étaient joints 
aux Lacédémoniens, il se vanta d'en- 
ïichir un jour la citadelle de Thèbes 
des monuments qui décoraient celle 
d'Allicnes, Il prévoyait peu qu'en 
cherchant à ôtcr à l.acédémone cette 
influence , qui au besoin réunissait 
tantderépubliques indépendantes con- 
tre nn ennemi conmiun, il préparait 
les voies h ce jeune prince macédonien, 
à ce Philippe , retenu alors comme 
©taqe à Thèbes chez son père Polym- 
!iii>>,qui étudiait sous le vainqueur 
de Leuctres le ç:rand art de la guerre 
et le génie national de chacune des 
villes de la Grèce que bientôt il dc- 
Tait épouvanter, tromper et asservir. 
Epaminondas profita de l'cflet que 
produisit dans les esprits la victoire 
de Leuctres pour détacher plusieurs 
peuples de l'alliance de Lacédémo- 
ne : il proposa aux Arcadiens de dé- 
traire les petites villes qui restaient 
sans défense, d'en transporter les ha- 
bitants dans une place forte qu'on 
élèverait sur les frontières de la La- 



EPA 

conic; il leur fournit mille hommes 
pour favoriser l'entreprise, et l'en jeta 
aussile)t les fondements de Mégalo- 
polis. Epamii;()ndas , deux ans après 
la balaille de Leuctres, entr^ dans le 
Péloponnèse avec Pélopidas. Soixante- 
dix mille hommes de différentes na- 
tions marchaient sous ses oidres, 11 
porta la terreur et la désolation chez 
les peuples attachés aux Lacédémo- 
niens , et hâta la défection des au- 
tres. Il conduisit ensuite celte armée 
formidable devant Lacédémone. De- 
puis cinq ou six siècles on avait à peine 
osé tenter quelques incursions passa- 
gères sur les frontières de la Laconie, 
et jamais les femmes de Sparte n'a- 1 
vaient vu la fumée d'un camp en- 1 
nemi. C'est alors qu'Agésilas se mon- 1 
tra le chef habile et (Xpérimenlé 7 
d'une nation valeureuse. Il occupa les 
hauteurs de la ville, s'y retrancha , et 
à l'aide des Athéniens, qui envoyè- 
rent iphicrale à son secours, il força, 
sans combat et par la disette des vi- 
vres , Epaminoudas à se retirer; mais 
auparavant le général ihébain réta- 
blit dans leur ville , qu'il avait re- 
bâtie et fortifiée, les Messëniens , 
que les Spartiates en avaient chassés, 
et dévasta entièrement la Laconie. 
Epaminondas, Pélopidas, et tous les 
chefs de l'aimée furent traduits en 
justice à leur retour de Thèbes, pour 
avoir gardé pendant quatre mois le 
commandement au-delà du temps pres- 
crit par les lois. Ce délit, très grave 
dans une république, les exposait à 
être condamnés à mort. Epaminondas 
dit à tous les généraux de rejeter sur 
lui la faute, et convint de tous les 
faits qu'on alléguait contre lui ; puis 
il ajouta : « La loi me condamne; 
» je mérite la mort , mais je demande 
» ])our toute grâce que l'arrêt de ma 
» condamnation soit conçu en ces tcr- 
» mes : Epaminondas a été puni de 



!<: p A 

B mnrl pr les Tlicbains pour les avoir 
» l'orres «le v.imcrc n Ficuclrcs Us Spar- 
» ti.iUs, qii'ils n'osiiicnt pas aiipara- 
» vaut r('f;ardcr en face; pour avoir, 
» par celte j^ciilc vicloirc, non seulc- 
» intiit sauve TIiMjcs, mais rendu la 
)) liberté à la Grère; pmir avoir as- 
» sic'^e Sparte , (jiii s'estiriia trop licu- 
» relise d'ecli.ipper à sa ruine ; pour 
» avoir blorpie cette viile , en reta- 
)i blissant jNIessèue et l'entourant de 
» fortes murailles. » Les TLebaiiis ap- 
plaudirent , et les ju^ps n'(».>>èrent 
point condamner. Cependant le parti 
qui dans Tlièbes était contraire à celui 
d'I' paminondiS . et dont Menéclide 
était le chef, parvint à le rendre moins 
cher au jicuple, eldan>.la di>liiUiiiou 
des em|)lois, le vainqueur de Lcuc- 
tres fut ch;iri;c de viiller n la pro- 
preté des rues et à iVnln-tien des 
c'goûls de la ville. Il releva cette com- 
mission , et montra, comme il l'avait 
dit lui-même, qu'il ne faut pis juger 
des hommes par les places , mais des 
places par ceux qui les reui plissent. 
Pélo|)idas, envoyé eu ambassade au- 
près d'-Mexandri-, tyran de Phères , 
fut retenu eomme prisonnier. LesTlië- 
bains déclarèrent 'a guerre à Alexan- 
dre. E|ianiiiioudas fut exclus du com- 
mamlement, qu'on déféra à Cléomène 
ft aux polémarqnes ou magistrats 
alors en charge. F^paminoudas n'Jic- 
sita pas à s'enrôler comme simple sol- 
dat dans une armée destinée à délivrer 
son ami. Cette armée , conduite par des 
chefs ignorants , fut battue, et eût été 
entièrement détf uile , si , pai un con- 
sentement unanime, ou n'eu eût remis 
le cnmmandcment à Epaminondas , 
qui la reconduisit à Thèbes sans nou- 
velle perte. Les Théb.iins le nommè- 
rent général de la nouvelle armée 
qu'ils envoyèrent contre Alex mdre , 
et le tyran , partout repoussé , se 
til forcé de subir les conditions qui 
xiit. 



EPA lo" 

lui furent imposées et de rendre l'é- 
lo|jidas; mais celui ci , pr u i]f lem|is 
après et dans une autre guerre rontri; 
ce mémo Alexandre, se hasarda im- 
prudenunent. et |)('rif accablé par le 
nombre. Epamiiiondas voulait rendre 
les Thébains aussi pui>.sants sur nu r 
qu'ds relaient sur terie.I! fil [Xirler un 
décret par le peuple pour éqiiip r cent 
galères, et ayant été nomiitécruman- 
dant de celte flotte, ii força KliO<(s , 
CliioelByzaneeaai'andoiiiierl'a.li.incc 
des Athéniens et à entier dans la eoulé- 
dération des Thébains. l-a flotte aihé- 
iiicnne, commandée par I.aeliès, s'op- 
posa en vain à son i-i.' reprise. Une 
guerre éciata entre le> Tégé'ites, qui 
implorer' ni l'appui des Thébaill^, et 
les Mantinéen- , que suufenaifiu les 
Lacédémouiens. Ep-min"ud.is crut 
qu'il ét.iit temps de profit» r de celle 
occasion poiu- porttr les derniers 
C(iupsaiix<nneiuisde ThJ'bes; sachant 
quoi'aimc'. lacédémouieiiiie, comman- 
dée par AgeMJas , élait eu Arcadie , il 
part un soir deTégée pour surprendre 
L icédcmnue , et arrive à la pointe da 
jour, mais il y trouve '.gésilas qui, 
instruit par un transfuge de .a marche 
d Epamiuondas , élait revcim sur ses 
pas avec une extrême diligence. Le 
général ihébiiii, surpris, sans être 
découragé, ordonna plusieurs atla- 
ques , et s'était rendu maître d'une 
partie de la vide. Agé.-ilas alors n'é- 
coute plus que son lié-espoir ; quoi- 
qu'àgé de près de quatre-vingts an--, il 
se précipite au milieu de l'enot n;i, et, 
se' onde par Archidamus son fils , il 
parvient à le repousser. Epamiuondas, 
pour faire oublier le m uivais succès de 
sou entreprise , marche en Arcadie, 
et, pri-s de la ville de Manliuee. joint 
l'aimée des Licéilémonieiis , lui livre 
batail'e , et la gagne par une lua- 
nœuvie j peu près semblab'e a celle 
de la journée de Leucires, mais il fut 



194 EPA 

blesse d'un j:ivc!ot , dont le fer lui 
resta dans la poitrine. Cet e'véocineut 
inattendu anè!;i le carnage :I<'S troupes 
dos deux partis, rçaleujent étonnées, 
restèicnt dans l'macliuii; de part et 
d'autre on sonna la retraite. Epatni- 
iiondas , avant d'expirer , deirianda 
Daïphantus et lollidas , qu'il ju'^eail 
dignes de le remplacer : on lui dit 
qu'ils étaient morts « Persuadez donc, 
» reprit-il , aux The'bains de faire la 
» paix. » Et en effet, après la perte 
d'Enarainondas , Thèbes , suivant l'ex- 
pression d'un ancien, fut comme tin 
javelot de'pouillé du fer qui eu forme 
la pointe , cl cessa d'être redoutable. 
Ce fut le 4 juillet de l'an 563 av. J.C. , 
qu'Epaminond is mourut sur le cliamp 
de bataille de Mantine'e. Depuis , on 
dressa dans ce lieu un tropbe'e et un 
tombeau. Trois villes de Grèce se dis- 
putaient le triste honneur d'avoir don- 
ne le jour au soldat qui donna le coup 
mortel au héros ihébain. I^cs Athéniens 
prétendaient que c'était Gryllus, fils 
de Xencphon , et exigèrent que le 
peintre Euphran^ir , dans un de ses 
lab'eaux, se conformât à cette opi- 
nion ; les Mantinéens nommaient Ma- 
chérion , un de leurs concitoyens; et 
les Lacédémoniens accordèrent des 
honneurs et des exemptions à un 
des leurs, nommé Anticrates, qui 
seul , suivant eux , avait porté le coup 
fatal à ce terrible ennemi de Sparte. 
Cicéron prétend qu'Eparainondas est 
le plus grand homme que la Grèce ait 
produit, et l'on ne saurait disconvenir 
qu'il olFre un des modèles les plus par- 
faits du grand capitaine , du ]iatriote 
et du sage. Phitarque avait écrit sa vie, 
il la cite mêni" dans celle d'Agésilas ; 
mais ce niorceau précieux n'existe 
plus. Piutarque donne un assez grand 
nombre de détails sur ce héros , dans 
cette même vie d'Agésilas , dans celle 
de Pclopidas, et dans ses œuvres mo- 



EPA 

raies. lia Fie d'Epaminondas , par 
Cornélius Népos, a évidemment été 
mutilée par son abréviateur.Xénophon 
est celui qui fournit les )iriiici|)aux 
faits ; il faut ensuite consulter Diodorc 
de Sicile, Justin, Pausanias, Polybe, 
Fiontiu , Cicéiun , yElien , Valère- 
Maximc , Pulveu. Ce dernier a fjit un 
conte ridicule sur la femme d'Epami- 
nondas, qu'on sait, par d'autres au- 
teurs plus croyables , ne s'être jamais 
marié ( i ). L'abbé Seran de la Tour a 
publié une Histoire d'Epaminondas, 
1759, i^Di ,in-ia; c'est nu ouvrage 
prohxe et dépourvu de critique : il est 
accompagné des observations du che- 
valier Folard sur les batailles de Leuc- 
l.'esetdeMantincc , qui ne sont qu'un,, 
abrégé de celles que l'auteur avait déjà 
publiées dans le Traité de la Co- 
lonne, en tête de la traduction de 
Polybe. L'ouvrage de Seran de la 
Tour n'a cependant pas été inutile à 
M. Meissner , qui a écrit aussi une Vie 
d'E])aminoiidas, en a'Iemand , 1 vol. 
in-i 'i , Prague, 1 798. L'abl>e Gedoyn, 
dans le tome XIV, ])ag. i i5 des Mé- 
moires de Vacadémie des inscrip- 
tions , a aussi donné une Vie d'Epa- 
minondas; mais elle est écrite avec 
légèreté, et sans aucune citation des 
auteurs anciens, l-jpaminondas a été' 
mis en scène avec beaucoup d'intérêt 
et de charme , dans les foyages du 
jeune Anacharsis. Cependant il est 
nécessaire de consulter les criti(pies 
sévères , mais justes , que I\L Mitibrd 
a fait des récits de l'jbbé Barthélémy, 
dans les chap. xxvi et xxviii de son 
Histoire de la Gièce, losî. VI , de 
l'édition in~8^ W — r. 

(1) n nous par::tt même malheureiisrinenl lroj> 
certAÎn, par iin pasioge de Piii!arque , «tans son 
traité sur l'Amour, qulipamlnomirvc élait adonné 
à ce goût infâme annui'l It-s (Jrfti'i el {urt^ut le» 
Béotieus et les Lacètlémoniens. iraltaclia:ent au- 
cune honte. Plutari|ue nous apprenil cjue le Intrus 
thcbaia aima deux jeunes K'^f > Asopic cl Zephio- 
ilorc; que ce dernier périt aussi a la hatailic dt; 
Manticée, et lut enterré auprct.dî l-ii. 



K P E 

EPÊE ( GlIAllLF.S-MlCnEr. t)E T.' ) , 

fdt 1111 (lo ces liiciifiileuis de l'Iiiiiu.!- 
iiitc tloiit la mciiioirc doit durer aus.-i 
loiig-tomps qu'il v aura des cires dis- 
gracies de la nalurc , et prives des or- 
jçanes les plus nécessaires aux besoins 
de la vie. S'il n'est pas l'inventeur de 
cet ait ingénieux (pii , snbslitu mt le 
j^este aux articulations de la voix , 
peut donner, en quclfpie sorte, aux 
sourds-muets la parole etriiitelligence, 
si même il n'a point porlè cet art au 
degré de perfection dont il était sns- 
ceptible, ses travaux nuiltiplie's et 
constants, le zèle qui les fit entre- 
prendre, le succès qui les couronna, 
rt , plus encore, l'établissement plii- 
lantrO[iiqne que , seul , sans appui , 
sans secours, il forma, soutint, aug- 
menta de ses propres deniers , se re- 
jusant le strict neeessairc, jusqu'à du 
tcn dans un âge avancé, pendant un 
rude hiver, tous ces titres assurent 
à l'abbé de l'Epée la reconnaissance 
■éternelle des amis de l'humanité. L'art 
dont il fit sa plus chère étude, a pris 
naissance chez les Espagnols , du 
moins on n'en trouve point de traces 
antérieures. A la fin du 16". siècle 
(vers iS^o ), nu religieux bénédic- 
tin du monastère ifOrn , nommé 
Pierre de Ponce , le mit le premier 
«1 usage (1) pour deux frères cl 
une sœur du connétable de Castille , 
sourds-muets, auxquels il apprit , par 
sa méthode, à lire , écrire , calculer , 
connaître les principes delà religion , 
les langues anciennes , étrangères , la 
peinture , la physique , l'astronomie , 



{>) M. Coate a rappelé CaUenlinn publique sur 
re moine espa^uil , ,ians le premier chapilre de 
son Essai sur de jJrcUndnes décowerlei nuu- 
veltei ^ Paris, i8o3, iu-S". Mais , tout en signalant 
d<?s plagiats, cet auteur n'a l'ait que répéter ce 
qu'avait démontré dix ans auparavant le savant 
al)I)é Jcaià jVndrcs , dans un i:\cellentopuscnlr, 
intitulé : DcW Ori^iuc e <UtU yUende deW 
Ane d' ias egnar a patiare ai nirdi mitti , Vienne, 
1793, in-^i". de (ja pages , et M. C'iite n'a poiut 
Boiutne AadrM. 



EPE ,0'; 

la tictjfpie, la politique , ce qui sup- 
pose dès l'iuiginc nn haut degré de 
perfictioii. ]| leur faisait, dit Vallès , 
tracer d'.ibord les car.icli-res alph,jbé- 
liqucs , dunt il leur inditpi.iit Ii pro- 
nonciation par le mouvement des lè- 
vres et do la langue, |iuis , lois(|u'ils 
(ormèrent des mois , il leur montrait 
h's objets que ces mots exprimaient. 
Du reste, Ponce ne nous a laissé au- 
cun détail de ses procédés , et les deux 
jnemiers ouvrages que nous ayons .<ur 
cet art, sont encoie dus à deux lis- 
paguols, Ji an-Paul lîonet et llamirez 
ileCaiion ( Foj-. Donet etlUiviiREz ). 
Après eux vinrent les Anglais VVji- 
lis , Holdor et Sibscota , van Hcl- 
mont le fils, le P. Lana , Conrad 
Amman, Lisclnvitz, chacun d'eux 
jiensant être le premier qui écrivît 
sur ces matières. Enfin, en 17^8, 
on vit à Paris l'Espagnol Peieira , 
qui présenta plusieurs de ses élèves 
à l'acadéniic des sciences , et obtint 
de cette compagnie l'approbation la 
plus (latteuse. Un d'eux, Saboureux 
de Foiitenai , publia une Disserta- 
tion pour répondre aux questions 
de La Condamine. Ce fut à l'époque 
des plus grands succès de Pereira , 
que le hasard lit connaître à l'abbé 
de l'Epée deux sœurs sourdes-muettes, 
à peu près privées de tout moyen 
d'instruction. Il entreprit de leur don- 
ner lies soins . et réussit au-delà de ses 
espérances. Il nous a dit, dans la pré- 
face de son livre, qu'il ne connais- 
sait alors ni le maître espagnol , ni 
ceux qui l'avaient précédé dans la car- 
rière. Celte assertion sans doute est 
difïicile à cioire , et l'on ne peut 
guère d'ailleurs disculper le bon abbé 
de l'espèce de jalousie contre son con- 
temporain , qui sci'.-.bie percer dans 
SCS ouvrages. Quoi qu'il en soit, Pe- 
ieira n'ayant jamais divulgué sa raé- 
;Jiode, tout moyeu de comparaison 
i3.. 



!(/) EPE 

entre eux devient impossible; mais il 
est facile de dc'tci miner ce que les pro- 
cèdes de l'Eucc laissaient ejicoroàde'si- 
jor. L'iiisliuclion des sourds-inucts, 
nous dit-il, consiste à faire entrer par 
Jciir.->yen\ dan-, leur esprit ce qni est en- 
Ijcidjnsle nôtre par les oreilles. Mais 
toute langue a deux parties distinctes 
et également cssenti^-dles , la nomen- 
rlalure et la syntaxe. La première, à 
l'jiidc du dessin et de l'alpliahct ma- 
nuel , se Usera bien dans la mémoire 
de l'élève; mais, si l'on ne peut ap- 
prendre une langue ignorée avec une 
grammaire écrite dans cette langue, 
n'était -il pas indispensable de créer 
une grammaire par signes, comme on 
avait établi une nomenclature du même 
genre. C'est ce que ne Ut point l'Epe'e, 
puisqu'il n'employa que celle de Ùes- 
taut, et ce qu'a tenté avec succès M. 
l'abbé Sicard. Tout porte à croire que 
les disciples du premier ne compre- 
naient ni les abstractions ni les rela- 
tions du discours. Le fait cité par Ni- 
colaï en est une preuve. Cet acadé- 
micien voulant faire décrire une action 
par un des élèves de l'abbé Storch , 
frappe sa poitrine avec sa main. L'élè- 
ve , au lieu de saisir l'action indiquée, 
se contente d'écrire les denx mots , 
main, poitrine. Rousseau l'a dit , ceux 
qui veulent enseigner aux sourds- 
muets non-seulement à parler, mais 
à savoir ce qu'ils disent, sont bien 
forcés de leur apprendre auparavant 
une autre langue non moins compli- 
quée, à l'aide de laquelle ils puissent 
leur faire entendre celle-là (i). Don- 



f i) l.a lanijue ffcs sourds-muets n'aurail pas be- 
soin dVtre apprise , si elle ne consistait cju^eo 
siznes naturels ; mais la .iiversité des opérations 
de resprit, et le nombre inilni de relations dont 
]a combuiaisun des idées rcad les objets siisccpli- 
bles, ne permettront pinais U'cupriiner par ces 
seuls sii;nes tout ce qui se passe en nous , et mal;>ré 
les rêveries de St. - Alurliu et de quelques autres 
iiléol.);;ues , l'on sera tonj.uirs oblit;!^ de recourir 
étu^ signes couvculiouuels. Ces eoii>idêrali'ins au- 
iaieui dfi couvAiOcre la {:lossogFapbei de l'imput- 



EPE 

nons maintenant quelques détails sur 
l'abbé de l'Epée. Né à Versailles, le 
25 novembre 1712, et fiis d'un ar- 
chitecte , il embrassa de bonne heure 
l'état ecclésiastique , que le refus de 
signer le formulaire l'obligea d'aban- 
donner pour quelque temps. 1! sui- 
vit alors le barreau , et se (it même 
recevoir avocat à Paris; mais l'évè- 
que de Troyes ( Bossuet ), l'attira 
dans son diocèse, lui conféra la prè- 
tiise, et le fit chanoine de cette ville. 
L'Epée fut lié avec le fameux iJoanen , 
d'une amitié qu'augmentait encore la 
conformité de leurs sentiments sur les 
alfaires de l'église, et qui lui attira les 
censures de l'archevêque de Paris. Ce 
dernier l'interdit, et lui refusa même 
la permission de confesser ses élèves. 
Deux lettres de l'Epée restèrent sans 
réponse; par une troisième, il an- 
nonça au prélat qu'il prendrait son 
silence pour un consentement, et il 
passa outre , vu le cas d'urgente né- 
cessité. Il avait environ 7,000 liv. de 
rente. Lorsqu'il se consacra tout en- 
tier à l'instruction des sourds-muets, 
ses revenus furent presque absor- 
bés par les frais de son élablissement : 
car, non content de donner à ses 
élèves les soins les plus assidus , il 
fijurnissait à leur entrjlien, à toutes 
leurs dépenses. Les libéralités du dnc 
de Penthièvre et d'autres personnes 
charitables , l'aidèrent dans cette bon- 
ne œuvre. L'abbé de l'Epée était 
comme un père au milieu de ses en- 
fants. Il se dépouillait pour les cou- 
vrir, et traînait des vêtements usés 
pour qu'ils eu portassent de bons. 
Souvent même, dans des besoins pres- 
sants , il anticipait sur ses revenus 
futurs, et c'était là le seul sujet de que- 
relle qu'il eiât avec son frère. Il rejeta 
les présents que lui fit oiTrir Catherine, 

sibililé absolue dctabùruue ianyiie vraimeatuai- 
veiieile. 



se bornant à lui demander un soiird- 
mucl de son pavs à in.slniirc. I/cxécs 
de son y.èlc lui attira quclipies dcsaj^re- 
inents. 11 avait cm recontiaîlie, dans 
\in jeune muet trouve couvert de hail- 
lons , sur la route de Pe'ronne, en 1773, 
l'héritier d'une famille opulente et 
dislinj;uee , du comte de Solar. Un 
j)rocès lonj; et dispendieux fut la suite 
de celte découverte. I/Epc'e n'en vit 
point la fin. En juin 1781 , une sen- 
tence du chàtelet admit les préten- 
tions de Joseph, c'était ainsi qu'on le 
nommait; mais les parties adverses 
en appeicrent au parlement; Is pro- 
cès iul suspendu ; on attendit la mort 
de l'abbé de l'Epée et du duc de Pen- 
ihièvre, les seuls protecteurs de l'isi- 
foituné sourd-muet; et après la des- 
truction des parlements , on porta la 
cause devant le nouveau tribunal de 
Paris ; eufin le '44)"'"'^' ■'79^? "" j"" 
gement définitif infirma celui du chà- 
telet, et défendit à Joseph de porter 
à l'avenir le nom de Solar. Le mal- 
bcureux, se voyant abandonne de tout 
le monde , s'engagea dans un régi- 
ment de cuirassiers, et petit au boitt 
de quelque temps dans un lnqntal. 
On trouvera d.îus les Recueils des 
Causes célèbres , tous les détails de 
cette affaire , qui a fourni h M. Ijouil- 
Ij le sujet d'une comédie (i). Moins 
lieureux que son successeur , l'Epée 
ne put jamais obtenir du gouverne- 
ment français l'adoption d'un éta- 
blissement qui faisait l'admiration de 
l'Eurojie, et que plusieurs souverains 
avaittit imite dans leurs élais (2). 
Ce fut dans les augustes fonctions de 
réparateur des torts de la nature , au 



(1) ISAbhé de l'Epée, connSille hist'irique en 
5 aclrs et en prose , Faris , an S . io-S". M. Bouil- 
ly , (l;ios colle pièce , iloune droit au jeune S'iurd- 
murl, qu'il nppelte Jules d'H^raocour , lout eu 
plaç.int la scène à Toulouse : ce qui e>cit.i dans 
le trmps plusieurs réctaniôlions dans les journ.-.ux. 
On lii même rcpiéscnler . sur un pt lit iKcàtrc , 
Ve conlre-païUe de la pièce de Jl. Bouiliy, 



EPE 



»n7 



milieu de ses amis en pleurs, de ses 
élèves, frappés de la dotilenr la plus 
conccnliéc, qu'expira, le iT) décem- 
bre 1 789 , l'ami des malheureux , 
qu'aticunc compagnie savante n'avait 
admis dans son sein. Il était seulement 
membre de la société philantropique. 
Son oraison funèbre, par l'abbé Fau- 
cliet, fut prononcée dans l'église de St.- 
Etienne-du-Moiit, le "ib février 1 790, 
et livrée à l'impression. C'est un des 
plus mativais ouvrages de ce genre. Ou 
a de l'Epée : I. Relation de la mala- 
die et de la guérison miraculeuse 
opérée sur Marie- y^nue P i galle , 
1757, in - I 2 ; 11. Institution des 
Sourds et Muets ou Recueil des 
Exercices soutenus par les Sourds 
et Muets pendant les années 1771, 
I 779., 1775 eM 774, avec les let- 
tres qui ont accompagné les pro- 
grammes de chacun de ces exerci- 
ces , Paiis, 1774? i»-i2 de wi 
pages. Dans sa quatrième lettre, l'ab- 
bé de l'Epée développe les moyens 
dont il se sert pour conduire ses élè- 
ves à la connaissance de la divinité < t 
des dogmes religieux; il y 'annonce 
que ce quatrième exercice public sera 
le dernier. III. Institution des Sourds 
et Muets , par la voie des signes 
méthodiques^ Paris, 1776, in-iii; 
nouvelle édition corrigée , sons ce 
titre : la véritable Manière d'ins- 
truire les Sourds et Muets, confirmé e 
par une longue expérience , Paris , 
1784, in-iu. Cet ouvrage a été tra- 
duit en allemand. IV L'Epée s'occupa 
longtemps de la composition d'uu 
Dictionnaire général des signes cm - 
ployés dans la langue des sourds- 
muets ; sa mort l'empêcha de mcifi 

(2^ L'établissement actuel des Sonrds-.Miiei j 
fui fondé par l'assemble.^ cons'ltuauie en l'qi , 
et le décret fut sanclionnc par le roi. Louis X.VI , 
quelques anncfs ..vaut la révolution, a\ail déj.i 
accordé pour cet objet 3,ioo francs et une maison 
près tes Céleslins ; m.iis la maison ne fui pas oc. 
L iipce par les Sourds-Muet», 



iç)S EPII 

fm à cette entreprise, qui a etc ter- 
nùiioe pr sou succcs.seur, I\I. l'abbc 
Sif^anl. Z. 

EPERNON. Foj'. Candale et Es- 
pernod. 

EPllESTION. r. Hepiustion. 

Ei'HOUlIS, ccicbre orateur grec, 
naquit à Ciimes , dans l'Asie mi- 
neure , vers l'an 5G5 avant J.-C, 
c'est-à-dire , dans la cent quatrième 
olympiade, époque à jamais mémo- 
rable par la bataille de Mantinee, 
Contemporain d'E'.idoxe et de Tlieo- 
pouipp, il c'tii'lia sons le célèbre ora- 
teur Isocrate , et profila des leçons 
d'un anssi grand maître. 11 composa 
plusieurs Ilaian|;ucs qui ne sont pas 
parvenues jusqu'à nous; mais, an 
iui;cnicnt de Qoinlilicn, le style d'E- 
phorus manquait do vervu et de 
chaleur. Isocrate disait de sou disci- 
ple « qu'il avait besoin d'cperon pour 
» être excite ; » anssi lui persuada-î- 
il de renoncer an barreau et d'écrire 
lliistoire. Epborns, docile aux con- 
seils de son maître, s'appliqua à con- 
naître h fond les 2;iands événements 
qui avaient preccde le siècle où il vé- 
cut, et il écrivit l'histoire des î;uerres 
que les Grecs eurent à soutenir con- 
tre les Uarbarcs pendant un espace 
do sept cent cinquante ans. Cet ou- 
vraj;;c malhciucasement n'a pu sur- 
nager sur l'abîme des temps, et l'on 
doit sans doute le regretter s'il est 
vrai qu'il ait obtenu, comme on le 
cntit, les suffrages des anciens. A 
l'exemple de son maître, qu'il chc'ris- 
s;iit beaucoup, Ephorus prit le deuil 
à l'occasion de la mort de Socraîe. Un 
pareil hommage , rendu à la mémoire 
de ce grand homnu- , atteste le cou- 
lage d'Ephorus, et fait honneur à ses 
.«lenliments. On dit qu'il mourut vers 
l'an ooo avant J,-C. — Il y eut un 
fiutre EpuoRUS ou Ephobe, ne' aussi 
iiaus la ville ùc Cujpcs , qui ciiivU 



EPII 

une liistoirc de l'empereur GallM-fr, 
(i's de Valerien. Ou ne connaît rien 
autre chose de cet efcrivain. B — rs. 

EPHUAÏM de Nevers, capucin , ne 
à Auxcrre, d'une bonne fanullc, était 
frt're de M. Dechaleau des Bois, con- 
seiller au parlement de Paris. Pour 
obéir à ses supérieurs , qui l'avaient 
destine à la mission du Pe^u, il tra- 
versait le royaume de Golconde, eu 
1645, lorsque le gendre du roi de ce 
pays, qui entendait assez bien les ma- 
thématiques, et qui faisait beaucoup 
de cas de ceux qui les cultivaient, no 
négligea rieu pour engager ce reli- 
gieux à se fixer dans ses états , lui of- 
frant même de construire à ses frais 
une maison et une église, et lui rt pré- 
sentant qu'il pomrait diriger la cons- 
cience d'iui assez bon nombre dechrc- 
tier.s établis dans cette contrée, et de 
ceux que leurs afiaires y attiraient. 
Voyant que tous ses elToi ts pour rete- 
nir le religieux étaient inutiles, il lui 
fil don du calaal ( habillement d'hon- 
neur) le plus magnifique, et l'obligea 
de prendre un bœuf pour f.iire le 
voyage de Golconde à INÎasnlipafam. 
Arrive dans cette ville, le 1\ Ephraïm 
n'attendait qu'une occasion de s'y em- 
barquer pour le Pégu; mais comme il 
ne se prc.%entait pas de vaisseau sur 
lequel il put passer, il alla à Madras , 
où les Anglais le reçurent si bien qu'il 
s'y établit avec le P. Zenon de Baugé , 
{pi'on lui avait donne pour compagnon 
de sa mission. Le P. Ephraïm, qui 
était doué d'une facilité notable pour 
apprendre les langues , i;c tarda pai 
à parler parf.ùtement l'anglais et le 
portugais. r,e»habilantsdeSî.-ïhomé, 
attirés par les soins qu'il prenait de les 
instruire, venaient en foule à Madras, 
qui n'en est éloigné que d'une demi- 
licue, et s'y fixaient. Ce père était d'un 
caractère conciliant et sensé j il appai-. 
^ait spuycot les dcajêlesqul s'ç'lcvaieul- 



y 



EPH 

entre ics Angl.iis et les Porliiçjais. Los 
('CcIc.si.Kstiqiios de St.-Tliomc , jaloux 
des succès du V. K|)hraïm, firent par- 
laf;erlcur icssculiuicnt a Iciiis compa- 
triotes , se saisirent de lui par sur- 
jîiisc , en i(348, cl l'cuvoyèrent , les 
î'ers aux pieds , à Goa, où il l'ut livre 
à l'inquisition. Quoiqu'on eût pris la 
précaution de le l'aire deb.uqucr de 
nuit, de crainte que le peuple ne vou- 
lût enlever un relij^ienx qui était en si 
grande vc'neral/on dans celte partie 
des Indes , le bruit de cet événement 
ne tarda pas à se répandre et à par- 
venir à Surate , où était alors le P. 
Zenon. Ce dernier, surpris et pique' 
de ce qui était arrive à son ancien 
compagnon, consulta ses amis, du 
nombre dcs(jucis était Tavernier, et 
partit par terre pour Got , en compa- 
gnie de La Boullayc-lc-Gouz, au ris- 
que de tomber lui même danslcs mains 
de l'inquisition. Il n'y put ri^'n appren- 
dre sur la cause de l'emprisonnement 
du P. Eplir.iïni; on lui recounnandait 
mcinc de ne pas ouvrir la bouche en 
sa faveur. Alors il prit le parti d'aller 
à Madras, où ayant appris par quelle 
trahison on s'était empare' de la per- 
sonne de son confrère, il parvint à 
gagner un capitaine du fort, qui lui 
prêta un dclachemcntde soldats , avec 
lesquels il surprit le gouverneur de Sf.- 
Thomc' , auquel il fit entendre qu'il ne 
serait relâche que lorsque la liberté se- 
rait rendue au P. Ephraïm. Cependant 
ce gouverneur réussit à s'échapper, et 
la nouvelle de l'emprisonnement du 
P. Ephraim étant parvenue eu Eu- 
rope, son frère en fit des plainles à 
l'ambassadenr de Portugal à Paris , le 
pape menaça d'excommunier tout le 
clergé de Goa si l'on ne metDit le pri- 
sonnier en liberté ; tout fut inutile. 
Mais ce que des fidèles , co que le chef 
de l'église lui-même avaient vainement 
sollicité auprès de chrétiofls , un p^yen 



EPH i<)9 

parvint.'! l'obtenir, Le roidcGoIconde, 
(pu fusait la guei H à un |(riiic( xoi.^in, 
avait alors son armée (Lins lesenvirous 
de St.-Thomé. Il envoya ordre à sou 
géiiéia! d'assiéger cette ville , et d'y 
tout mettre à Icu et à sang , s'il ne tirait 
pronu'.sse positive du f^diiverneiir , que 
suus deux mois, le P. Epiiia'im serait 
nii^ en liberté. Il falli't bien que 1rs 
in(piisileurs de Goa obt( m|)érassent à 
une demande aussi |)ressanlc. On alla 
en conséquence dire au P. Ephraïm 
qu'il pouvait sortir; mais il ne voulut 
pas quitter sa prison que tous les reli- 
gieux de Goa ne vinssent le prendre 
soicmnellementen pAicession , ce qu'ils 
firent aussitôt. Le P Ephraim, au sor- 
tir de sa captivité', dans laquelle il 
avait passé quinze à vingt mois, disait 
(pic ce qui l'y avait le plus fâché, était 
l'ignorance de l'inquisiteur et de son 
conseil , quand ils l'interrogeaient, et 
qu'il croyait qu'aucun d'eux n'avait 
jamais lu l'Ecriture - Sainte. Un fait 
très remirquable , dit Tavernier, c'est 
que le P. Ephraim, qui louchait avant 
d'entrer en prison, en sortit avec les 
yeux très dioils. Il fut d'ailleurs extrê- 
mement rései'vé sur tout ce qui s'y 
était passé à son égud, et garda avec 
une exactitude serupuleuse le serment 
que fait prêter rin((uisition à ceux 
qu'elle relâche. Ajucs avoir passé une 
quinzaine de jours à (joa, chez les ca- 
puches , espèce de récollets , il se mit 
« n route pour Madras , alla en passant 
remercier le roi de Golconde de sa 
puissante protection , et résista encore 
une fois à ses sollicitations pour se 
fixer dans ses états. Revenu auprès de 
sou troupeau de Madras . il continua 
à lui donner des soins, et fut souvent 
aidé par son fidèle compagnon le P. 
Zenon. Affable et i)b!igeant, il accueil- 
lait les voyageur^. H paraît qu'il fut 
trbs lié avec Tavernier , auquel il avait 
donne le caUiat du prince de Golcoudc 



200 E P H 

qu'il trouvait trop inagiiifiqnc pour un 
.simple icligicux. On voit que le P. 
Epluai/n, ui.il^ré sa longue absence, 
avait roiis'rvé pour sa |;alrie une 
vive .iircclKin. Lorsque l'escadre fran- 
çaise , comniandee par Delaliayc , 
•vint, en 16*^.1, pour attaquer M.- 
ïliome, elle lut rcdev.ible a ce bon 
inissionnure d'avis precitux qui la 
firent teuir .^ur ses gardes contre lis 
jiromcsses tronii)cuses des habitants 
tiu pays, et détei minèrent l'entreprise 
lentee contre cette viile. Caron, qui 
faisait partie de cette expédition , dit, 
dans une lettre adressée a Colb» rt, < t 
insére'e à la suite de la relation de 
Delaliaye, que ce chef et lui fondaient 
toutes leurs espérances de réussir dnis 
lui établissf nient à Ceylan, sur le cré- 
dit du P. Ephraïm auprès du roi de 
cette île. Ce fut iiusi que ce respecta- 
ble re!ip;ieux employa sa lonc;ue car- 
rière à être utile à sou prochain, et à 
faire chérir la doctrine thrélieniic par 
]a pratique de celte charité qu'elle re- 
commande spécialement. E — s. 

E P H H E M : S. ) , en syriaque 
Afrim , florissait dans le milieu du 
4*". siècle. Il naquit à JNisibc eu Mé- 
.sopotaniie, sous le règne de l'empe- 
reur Constantin I". Son père était 
prêtre du dieu Abnil à Nisibe, et sa 
mère était originaire d'Amid. Dès sa 
tendre jeunesse il abaudonua la mai- 
son de son père , qui le maltraitait , 
parce qu'il montrait beaucoup de 
goût pour la religion chrétienne , et 
il se retira auprès de l'illustre S. Jac- 
(pies, qui était alors évêque de Ni- 
sibe. Ce saint personnage l'iuslruisit 
de tous les mystères de la religion 
chrétienne; bientôt il put compter 
Ephrem au nomhre de ses disciples 
les plus distingués, et i't montra une 
telle estime pour lui qu'il le conduisit 
malgré sa jeunesse au concile de Nicée 
pour y combattre l'erreur des ariens. 



EPH 

En l'an 565, après la mort de Yévê- 
que S. Jacques et la cession de !a vHIc 
de Ni-.ibe faite par l'empereur Jovien 
au roi de P( rse Cliaponr II, Ephrem 
abandonna cette ville, se relira sur 
les terres de l'empire romain, et alla 
habiter dans la \illc d'Amid. Il n'y 
séjourna cp[)eiidant (]ue fort peu de 
temps, et dirigea ses pas ver.-» Edessc, 
où il s'occupa avec zèle de convertir à 
la religion (hretienne les sectateurs d(S 
idoles qui étaient encore en grand 
nombre dans cette ville. Hienlôt après 
il embrassa l'état monastique , et il se 
retira dans une caverne située dans 
les montagins voisines de la ville 
d'Edessc, où il mena pendant assez 
lonç^-tcmps une vie très solitaire. C'est 
là qu'il composa son commentaire sur 
tons les livres de l'Ancien-Testaïueiit 
et la phqiart de ses ouvrages. Sa ré- 
putation se répandit bicnîôt au loin , 
(l un grand -nombre de personnes 
vinrent dans sa solitude pour s'ins- 
truire auprès de lui. On compte 
parmi ses discipb-s les plus distingués 
Zcnob, di->cre d'Edcsse , Isaac, Si- 
méon, Abraham et beaucoup d'autres 
qui jouissent encore chez les syriens 
d'une grande considération. Le bruit 
des vertus et du savoir de S. Ephrem 
inspira tant de jalousie contre lui 
aux hérétiques et aux idolâtre s qu'un 
jour que ce saint était venu à E<lcsse 
ils se précipitèrent sur lui , et lui 
donnèrent tant de coups qu'ils le 
laissèrent pour mort sur la place. 
Quand il fut guéri de ses blessures , 
il retourna dans sa solitude , et il y 
composa la plupart de ses discours 
contre les sectateurs de Bardcsane, de 
Marcion , de Mauès et contre les 
idolâtres. Il fit ensuite un voyage en 
Egvjile pour visi'er Pesois , chef des 
solitaires du désert de Nilrie. Il resta 
assfz long-temps auprès de ce per- 
souna-e, puis alla voir S. Basile le- 



E P 11 

Grand, evcquc de Ccsaroc en Cappa- 
doco; il se lia avic lui d'une amilic' 
intime, et il en reçut la qiialit*' de 
diacre. Sur l'avis qu'il leçiit liictilôt 
après qu'une d.uigcrcnsc hérésie se 
maiiifeslait dans le stin de la vile 
d'Edesse, il se mil en route pour re- 
tourner dans cette ville; cluinin fai- 
sant il ramena à la fui r.iihodo\e les 
habitant-; de S.miosate qi.i avaient em- 
brasse les erreurs d'Arius. Quatre 
ans après son retour àEdesse, S. Ba- 
sile l'envoya chercher pour le faire 
évcqiic; mais S. Ejdircm, qui se re- 
gardait comme absolnmciit indienne 
d'un tel honneur , fit semblant d'eire 
inscnscf, et resta dans sa solitude. Il 
mourut peu après ce même S. Ha- 
sile, vers l'an 079. Les Syriens ont 
encore la plus gr.mde vénération pour 
sa mémoire, et lis l'ajjjjelient le doc- 
teur du monde et le prophèle de leur 
nation. S. Kphrem a composé un 
grand nombre d'ouvrages en sy- 
riaque et en grec: 1. un amph Com- 
mentaire sur tous les Hures du ï An- 
cien-Testament, à l'exception des 
Psaumes , des Livres sapienliaux 
et de ceux de Ruth , Judith , Tohie 
et Esther ; II. un autre Commen- 
taire sur le Nouveav-Teslatiient, 
qui est perdu; 111. quinze IJjniues 
sur la Nativité de J.-C. ; IV. quinze 
sur le Paradis ; V. cinquanle-un 
sur la Fire^inité; Vl cinquante- 
deux sur V Eglise ; V 1 1. cinquante- 
six contre l'hérétique Bardesane , 
Marcion et Mancs et contre les 
idolâtres ; VIII. un Livre contre 
l'empereur Julien , qui s'est ])erdu; 
IX. enfin un grand nombre d'Odes, 
de Chants , de pièces diverses sur 
divers sujets religieux , écrits en 
.syriaque comme tous ceux dont on 
vient de parier. Outre cela il existe 
encore en grec un grand nombre de 
Discours , d'Exhortations et de 



EPH 201 

Traités sur divers sujets thêologi- 
ques , e(iils par S. Ephnni. Gérard 
\ os.^ius [publia en iCio"), i vol. 
in-h". a Cologne , et en lOiç) à An- 
vers , aussi I v(i|. in - 8". , une 
Traduttnm Utiiie de la plupart des 
e'cnis grecs de S. Epludii. I>e texte 
grec de ct nt six Discours de ce saint 
fut i(i;piimc à Oxford en 1709, in- 
8 '. Plusieuis aulns se trouvent d;ins 
la bibliothèque dis Pères. Eu 1736 
et années suivantes , on publia k 
Rome, en six volumes in-fol., l'uni- 
que édition complète des OEiivres 
grecques et syriaques de S. Epliiem. 
Le premier volume fut publié par 
Joseph Asscmani. Les cinq derniers 
le furent par les soins d'un jésuite 
nuinmé Pierre Benoît. On a quelques 
traductions franç;Msrs de S. Ephrem : 
I. Opuscules divins et exercices spi- 
rituels, traduits par François Fcuar- 
dent, 5 . édition, 1602, in-8 . ; on 
trouve dans ce volume le Sermon de 
S. Cyrille d'Alexandrie, De l'issue et 
sortie de l'ame hors le corps hu- 
main, et une Réponse à un Calvi- 
niste touchant la virginité et l'ex- 
cellence de Marie ; 11. Discours de 
la Componction, traduit par Bos- 
quillon, 1697, in-i2. Il existe beau- 
coup d'ouvrages de S. Ephrem tra- 
duits en arabe, en arménien et en 
copte. ( Voyez Coler J. Clir. ). 
S. M— N. 
EPHREM, patriarche arménien de 
Sis en Cilicie, fils d'un personnage 
distingué de la ville de Sis, nommé 
Markos , naquit eu 175,). Il se li- 
vra avec succès à l'élude de l'élo- 
quence , de la théologie et de l'his- 
toire , et il s'acquit par ses talents 
une si grande réputation parmi ses 
compati ioles unis à l'Eglise romaine 
que la cour de Rome lui donna le ti- 
tre d'évèquc in partihus. Eu 177» il 
fut élu palriarche de Sis, après la 



202 EPI 

mort (le son frcro Gabriel. Il ocrup.i 
rc sic'gf pendant tioizc ans, t-t nioii- 
iiit cil 17^4. Il eut pour sncccssfnr 
Tlicodorc I V,cii arincnieii Thoros. Le 
patn.irchc Epluciii a compose' un 
grand nombre de pièces de vers fort 
estimées des Arméniens. Elles sont 
presque tonles relatives à des sujets 
icligiens; elles sont restées manus- 
crites. Il a encore compose nnc His- 
toire chronoiof^ifj'ie des p.itriarchcs 
arme'niens de Cilitic jusqu'à son temps, 
aussi mamisrrile. S. M — n, 

EPICH4HIS est du petit nonibrrde 
CCS femmes cile'cs dans l'histoire pour 
.Tvoir montre une fermeté' d'ame 
an-dessus des forces ordinaires de 
leur sexe. Quand les crimes et les fo- 
lies de Néron , portés à l'excès , eurent 
lassé les Romains, il se foi ma contre 
lui une conspiration dont le premier 
auteur ne fut pas bien connu , mais 
dans laquelle entrèrent des consu- 
laires , des sénateurs, le préfet du 
prétoire, des chevaliers, des per- 
sonnes enfin, dit Tacite, de tout 
ranç;, de tout àp;e, de tout sexe, des 
jiches, des pauvres, etc. II se trouva 
parmi tant de conspirateurs une fem- 
me, une affranchie, Epicharis , ve- 
nue là sans qu'on sût comment, et 
jusque-là peu connue par son goût 
pour les choses honnêtes. Voyant que 
les conjurés, mus sans doute par 
des motifs divers , flottaient entre 
l'espoir et la crainte et temporisaient , 
'dlepiit sur ellede leur faire des re- 
proches et de les encourager. En- 
nuyée enfin de leur lenteur, elle se 
donna un rôle actif. Elle alla en Cim- 
panie pour gagner les officiers de la 
flotte de Misène; elle s'attacha à Vo- 
Jusius Proculiis qu'elle connaissait, 
et qui avait un commandement de 
mille hommes sur cette flotte. Il avait 
ftc un des instruments de Néron pour 
je mcqrlre de sa mcrc, et eo avait clé 



EPI 

mal paye. Epicharis, en s'ouvrant à 
lui de la conspiration, eut la pru- 
dence de lui taire les noms des conju- 
rés. Proculus alla révéler à l'empereur 
ce qu'il savait. Epich;iris fut amené*; 
devant lui. A la confrontation elle fit 
tomber f.icilfmcnt une délation qui 
n'était appuyée d'aucune preuve. Né- 
ron la retint cependant en prison , 
dans l'idée que la chose pouvait être 
vraie, quoiqu'elle ne fut pas prouvée. 
Une nouvelle délation fut fiite; elle 
le fut par un aflTi'anchi de Nalalis » 
chevalier, ami de Pison. Natalis fut 
an été et conduit devant l'empereur, 
avec les sénateurs Scéviims et Quin- 
tianus , et avec Lucaiu et Sénccion. 
Intimidés par les menaces et l'appa- 
reil des tortures, ou corrompus par 
l'espoir de leur grâce, ils nvoncrent 
tout, et chargèrent leurs principaus 
amis. Néron se rappela alors qu'Epi- 
charis avait été accusée par Procu- 
lus, et pensant que le corps d'une 
femme céderait facilement a la dou- 
leur, il ordonna qu'on la déchirât par 
les tortures. Les fi'Ufts, le léu , la fu- 
reur des bourreaux honteux d'clro 
vaincus par une femme ne purent lui 
arracher d'aveux. Le lendemain, pour 
subir les tourments d'une nouvelle 
question , elle fut apportée sur un 
siège, ses membres étant disloqués. 
Elle passa son cou dans le cordon 
d'un mouchoir qu'elle avait détaché 
de son sein, et qui tenait au siège. 
Aidée du poids de son corps mou- 
rant, elle s'étrangla , et expira aussi- 
tôt. M. Ximenès a fait représenter en 
1755, une tragédie à' Epicharis ou 
la Mort de Néron. G. M. J. B. Le- 
goiivéaaussi donné une tragédie d'£- 
picharis ( V. Legoxjve ). Q. R — y. 

EPlCTÈTE,d'Hicrapolis en Phrv. 
gie, fut nu des plus illustres sou- 
tiens de cette philosophie désolante , 
qui, vivement at'aqucc par Plutnrquc , 



y 



EPI 

#t n'étant nppropiicc ni h la nalurc 
dcriiommn, ni aux .ilUclions iiilic- 
rentes à s.i constitution, a fait plus 
(le charlatans de vertu rpic de vrais 
amis de la saL^ossc. Vouloir opposer 
une dip;uc constaniiucnt insni imtiiliiulc 
à l'impulsion des passions liuiniines , 
sera dans tous les temps ui>c entre- 
prise téméraire. Le vcrilahlc, le dil- 
(icilc talent du pédagogue, est de leur 
donner une direction , sinon toujours 
utile, au moins non nuisible à l'ctat so- 
cial. Epictète, ne dans l'indigence au 
premier siècle de notre ère, fut, dans sa 
jeunesse, esciaA'e d'Epaphroditc , af- 
franchi de Néron , et l'uu de ses gardes 
particuliers , homme grossier , slupide 
et de mauvaises mœurs. On rapporte 
qu'un jour il s'amusait à tordic la jambe 
de son esclave: «Vous nie la casserez, 
» dit Epictète, » et l'cvënement justilia 
sa prédiction : « Je vous l'avais bien 
» dit, ajouta tranquillement le plii'o- 
» sophc. (i) » Fut- ce par suite de 
cet accident, ou bien de naissance, 
qn'Epielète boitait? Les opinions sont 
])artagces sur ce point, mais son in- 
firmité est constatée par une épi- 
j^rammc grec«p)e que rapportent Aiilu- 
Gelleet Macrobe. Les circonstances de 
la vie du Phrygien sont peu connues : 
son véritable nom ne l'est même pas, 
car Epictète ( Etti/ti^toç ) est un ad- 
jectif qui signifie esclave, serviteur. 
Ou ignore quand il reçut la liberté. 
On sait seulement que Domitien ayant 
rendu , vers l'an ()o de l'ère vulgaire, 
\\n édit qui chassait d'Italie les philo- 
sophes, Epictète se retira à Nico- 
polisen Epire, où l'on croit qu'il passa 
le reste de ses jours. Cette opinion , 
néanmoins , présente des difficultés ; 
car Spartien dit positivement que ce 
philosophe vécut dans une grande 

(i)Cclsc, en citant retrait et l'opposant aiiv 
cUrétiens , leur disait d'un air in.sultant : i Votre 
« Chrt.it a-t-il rien f;iit de )iliis grand .' • —ix Oui. 
V il t'est tu , » lui répondit Oii^iyn». 



E P I ûoî 

familiarité avec l'cmpcrenr Adrien , - 
ce (pie n'eût giièro permis la distance 
de leurs demeures respectives. Au reste, 
ce comme ice biillant n'enrichit point 
Epictète. Il li,d)itait à l*>ome nnc ma- 
sure sans portes, et n'avait pour tout 
meuble qu'une table, une couchette, 
nn méchant matelas. Un jour, par 
une espèce de luxe, il acheta une lampe 
de fer ; il en fut puni : un voleur entn 
subtilement chez lui , et la déroba. « Il 
» sera bien attrapé demain, s'il re- 
» vient, dit Epictète, car il n'en tron- 
» vera qu'une déterre. « L'époque de 
sa mort a été le sujet d'une vive con- 
testation parmi les savants. Suidas la 
fixe sous le règne de M.irc-Aurèle; 
mais, en remontant du couronnement 
de ce dernier à la mort de Néron, on 
compte environ quatre-vingt-quatorze 
ans, Epictète en eut donc eu au moins 
cent dix sous Marc-Aurèle, et Lucien 
ne fait aucune mention de lui dans son 
dialogue I)e longœvis. Marc-Aurclc 
lui-même ne le cite point parmi les 
philosophes qu'il a entendus; au con- 
traire , il s'écrie : « Combien ce siècle 
» a-t-il enlevé de Chrysippes, de So- 
» crates,d'Epictètes? »> Ailleurs il dit : 
a Je dois à Rusticus la coiinaissanee 
» des Commentaires d' E pictète, qn il 
» tira de sa bibliothèque pour m'en 
» faire présent. » D'ailleurs Aulu-Gelle, 
qui écrivait sous Antonin-le-Pietix, ne 
parle jamais du philosophe qu'au pas- 
sé : enfin , il est probable qu'Arrien 
ne corn posa ses Dissertations {[uaT^^rcs 
la mort d'Epictète , et elles étaient 
déjà répandues du temps d'Aulu-Geile. 
Gilles Boileau, qui combat Saumaise 
tout en adoptant à peu près son sen- 
timent, a composé une table chrono- 
logique dans laquelle il fixe la mort 
d'Epictète à l'an de Rome 90-2, i5o 
de l'ère vulgaire , fixation qui , d'après 
ses calculs, ne donne pas moins de 
cent ans au philosophe. Dacicr a rap- 



2o4 E P I 

proche cette mort d'environ quinze 

ans , peu (Je tomps avant lo rèj^ne 
d'Atitoiiin-le-Piciix, ce qui .s'accorde 
mieux avec les expressions d'Aulu- 
Gelic , et il suppose à Epictèle de 
quat!e-vinç;t-(lix à quatrc-viii{;t-(lonze 
ans. Q ioiijue stoïcien , Epictète n'ont , 
il faut l'avouer, ni la jactance, ni l'as- 
pe'rilé des t;ens de sa secte. La vertu 
qu'il prisait le plus elnit la modestie. 
« Si lu sais te contenter de peu , dit il , 
» ne vas pas t'en vaiiter; si tu ne bois 
» que de l'eau, ne l'affectes point en 
» public; si tu l'exerces à quelque 
M travail pénible , que ce soit en par- 
» ticulier. » Il faisait peu de cas des 
ornements de l'éloquence, et leur pré- 
férait une diction simple , p,iave et ner- 
veuse. Il plaif;nait les grands de leur 
orgueil : « L'intérêt seul , disait-il , 
» nous dicte le respect que nous fei- 
>' gnons pour eux ; ils sont comme les 
» ânes , qu'on élrillc pour en tirer ser- 
» vice. » Il définissait la Forinne, une 
Jemme de bonne maison qui se pros- 
titue à des valets. « L'est commencer 
» à elle sage, ajoutait-il , de n'jccuser 
>> que soi de ses malheurs; mais c'est 
» l'être au plus haut degré , de n'eu 
» accuser ni soi ni les autres. » En- 
nemi d'Ëpicure et de sa docIriHe, il 
admirait Socrate, et nous a laissé du 
vrai cynique un magnifique tableau. 
Au rebours de beaucoup de philoso- 
phes, il faisait grand cas de la pro- 
preté, mais regardait le luxe comme 
la source de tous les maux. Il ne vou- 
lait point qu'on allât consulter l'oracle 
quand il était question de dél'endie un 
ami; mais il soutenait que le sage seul 
connaît la véritable amitié, parce que 
lui seul sait discerner le bon du mau- 
vais. Quoique pauvre , il prit chez lui 
l'enfant dun de ses a;nis , qui l'avait 
f:Xposé par indigence. 11 rappela à la 
raison un autre homme qui avait ré- 
solu de se laisser mourir de faim , ce 



EPI 

qui semble indiquer qu'il n'approuvait 
pas le suii ide. Au contraire , il estimait 
par-dessus tout la constance et la fer- 
meté. « Ce ne sont pas les choses , 
» dit-il , qui nous font du mal , mais 
» bien l'opinion que nous nous en for- 
» mons. » Cet axiome , qui peut êire 
vrai jusqu'à un certain point quant aux 
afieclions morales, n'est qu'un mise'- 
rable sophisme par rapport aux maux 
phvsiques. Il mentait impudemment 
ce philosophe qui disait : « Oh 1 goutte, 
» tourmentes moi tint que tu le vou- 
» dras , jamais tu ne me contraindras 
» d'avouerqiiéla douleur soit nn mal.» 
Epictète, par suite de ses principes, 
fit toute sa vie la guerre à l'opinion. 
Toute sa doctrine se réduit à ce point : 
parmi les choses , les unes dépendent 
de nous , ce sont nos actions ; ies au- 
tres en sont indépendantes. Portons 
tous nos soins à rectifier les premières ; 
mais il est insensé de rechercher on 
de fuir les autres, puisqu'elles ne 
dépendent pas de nous. À^jéyoj xai 
à.T.i/o-'j , dit Epictète; Sustine, et abs- 
tine; supportez les peines et fuyez 
les plaisirs. C'est là sou grand précep- 
te. 11 est beau, mais difficile à suivre. 
Malgré son indigence , Epictète jouit 
toute sa vie, et plus encore après sa 
mort, de la considéralion publique. 
Lucien en fournit une preuve plai- 
sante. 11 rapporte que , de son temps , 
certain in bécille paj'a 5,ooo diag- 
mes la l.impc de terre qui avait 
ajipartenu au philosophe, persuade 
qu'en écrivant à la lueur de celle 
lampe, il recevrait de dortes inspira- 
tions. Ce trait rappelle celui du chi- 
miste qui anhela les pantoufles de Vol- 
taire. Suidas prétend qu'Epictèle avait 
beaucoup écrit ; mais on révoque ce 
fait en doute, du moins il ne nous est 
rien parvenu de lui. Arrieu que , par 
une erreur tvpographique, on a fait 
vivre l'an i54 want J.-C. , dans l'ar- 



r:pi 

liclc de cette l>iuj;iM|)Iiip qui lui est 
consacre ( il luil lire après ].-C. ) , 
Anicii , (lisoiis-iioiis , le plus célèbre 
des disciples iriipictèle, recueillit avec 
soin les discours et les principes de 
Si. 11 iiiaîlrc , et en composa plusieurs 
traités : I. De la vie et de la mort 
d' Epiclèle ; II. douze livres des Dis- 
cours jarniliers de ce pliilosoplie: ces 
deux ouvraç;es sont perdus; ilj. huit 
livres de Dissertations sur Epiclèle 
et sa philosophie , dont quatre s<u- 
leiiUMit nous restent; IV. \'Ënchiri- 
dion , ou Manuel d'Epiclele , que 
nous posse'dons, et dans lequel , sons 
la forme la plus concise , il offre le 
tableau de la p!iiloso[diie morale dn 
Phrypiieii. Arrien dédia ce Mmuel a 
M. Valërius Mcssalinus, qui fut con- 
sul l'an de Rome 900. Siraplicius(vor. 
SriiPLicius) a fait un Coinmenlaire 
sur ce Manuel. On trouve en outre 
daïis plusieurs auteurs, et surtout dans 
Stobce, 1111 grand nombre de Sen- 
tences d'Epictètequi ne se rencontrent 
ni dans les Dissertations d'Arrien, ni 
dans son Manuel, ce qu'explique ai- 
sément la perte que nous avons faite 
de la plus grande partie de ses ouvra- 
pies, sans qu'il soit besoin de lecouiii à 
l'opinion di'Suimaise, qui pense qii'Ar- 
rieu avait composé deux Manuels diffé- 
rents. Ces Sentences ont été recueillies 
par BiancarJ, Stoi!ius . et, entre an- 
tres éditions, à Copenhague, lô'iQ, 
iii-i'2. Enfin, quelques auteurs ont en- 
core attribué au stoïcien : Altercatio 
Hadriani cnm Epicleto , on Ques- 
tions de l'empereur Adrien et répon- 
ses du philosophe , traduites en fran- 
çais par Jean de Coras , Paris, 1 558 , 
in-8". ; Lyon, iSgG, in-4'. , et par 
quelques autres ; mais il suffit df jeter 
les veux sur cette rapsodie pour se 
convaincre qu'elle est indigne d'Epic- 
tcfe. C'est un reçu- il fait p ir quelque 
moiue, daus lequel cepcndaut il a in- 



EPI ao5 

sc'rc p'usieurs sentences du philoso- 
phe i^e Manuel a été traduit en latia 
par Ange Politien , avant que de pa- 
raître en grec. Il fut ainsi public par 
Philippe liéroalde rancieu, à Bologne, 
Iknoît Hector, 1197, in-f<j'-, «'vcc 
Cébès,Cc'ns((rin , un Dialogue de Lu- 
cien , deux Traités de S. Basile et ua 
de Plnlarquc; puis dans les œiivrcs de 
Politien, Venise, Aide, 1498, in-fol. , 
f t souvciij(:le|)uis. La i"'. édition grec- 
que, avec le Commentaire de Sitnpli- 
cius, est fie Venise, 1 5->8 , in-4 '• ^'"C- 
goire Halotiidre en donna, l'année 
suivante, à Nuremberg, in 8 . , une 
édition qui est très rare, et qr.'il crut 
la première. Trincavelli ( Venise , 
153^, in-8'. ), ]Neobarius( Paris, im- 
piimerie royale, 1 5 Jo, in-4°. ), Jérô- 
me Verlen ( F^ouvain , 1 55o , in-8 . ) , 
JacrpiesTusan (Paris, i 552, in 4''0» 
vinrent après lui. Thomas Kiich- 
mayer ( IVaogeorgus ) eu donna k, 
première édition giecque et latine à 
Strasbourg, i554, in-8'., et y joi- 
gnit un Commentaire de sa façon. 
Les Dissertations d'Arrien , tradui- 
tes par Jacques Schegk , parurent 
pour la première fois , grec.-lat. , à 
Bàle, Jean Opoiiii, i5j4 in-4 ". Jé- 
rôme Wolf eu donna deux éditions 
corrigées à Bàle, Oporin, sans date, 
in-8'., et i56o, 3 vol. in-8^ Elles 
contiennent, en outre, le Manuel et 
le Commentaire de Simplicius. Les édi- 
tions du Manuel, de Paris, André 
Wcchel, i564, i'i-4'M <'' ^^ Colos- 
w ir ( Claudiopolis ) , 1 585 , in-8". , 
sont rares. Celles Cum notis varia - 
rum sont estimées, Leyde, 1670, 
et Delft , 1 683 , in - 8". , données 
par Berkel; Dclft, \']'25, in-8'., 
par Schroeder : on y joint ordinai- 
rement celles d'Oxford, I7i<>, in- 
8'., par Simpsou, et de Cunl.rid- 
ge , i655, in-8'., par Luc Hols- 
tciii j cctiv; dernière est rare et re- 



noG EPI 

cheirlicV. Adrien Rcland en donna 
uni' à Udeclit, i 7 i i , infy"., version 
«le Meilioioitis et roncctlons do Sau- 
jnaise; et Jean Upton, une autre, 
complète et très estimée , Londres , 

I7j()-i74' ' '-* "^'o'- in-4°- ^f'!e 1"'a 
jniblié Cbr. G. Hrynp ^ avec ses noios , 
\arsovic et Dresde, i7;6. in-8'. , 
rst digne de tout ce qu'a produit cet 
ïiomme célèbre. Le frontispice en a 
été reproduit sous la date de i 782. 
Jean Schwcij^liaeuser a donne à Luip- 
zig, 1790, 5 vol. in-8'., une bonne 
c-dition grecque-latine du l\î,.nnel, des 
Dissertations et des Fragments , et 
]\I. Bodoni , une magnifique cMilion 
j;recque-italienne du Manuel, tiic'e à 
cent exemplaires seulement, Parme, 
1 7g5, in-4' . Celle petit in-8 '., même 
date, est tirée à deux cent cinquante 
exemplaires. Parmi les pctilcs édi- 
tions, on distingue celles de Snecan , 
liCyde, iG54 , 'I Aiusteidam, 1G70, 
et de Glascow, Foulis, i -;5 1 . Edouard 
Ivie a traduit le Manuel en vers la- 
tins , et l'a publié avec le texte , Ox- 
ford , 1715, iii-S". On compte dix- 
iicul traductions françaises d'Epiciète. 
Le nouvel éditeur de la Bihliolheca 
grœca de Fabricius en a crais liuit. 
La plus ancienne est celle d'Antoine 
Dumoulin, Lyon, i5}4Ji'-i(3.Claut!e 
Grngel vint ensuite, Anvers, Piantin , 
1 558 , in-i ; avec les Epîtrcs de Pba- 
Jaris, Paris, iSqi, in- 12. Puis An- 
flré Uinaudcau, Poitiers, 1567, in-8'. 
En i6o3, il j)arut une version ano- 
nyme du Manuel, dans un livre in- 
titulé la Philosophie morale des Stoï- 
ques , et qui n'est Ini-inême qu'une pa- 
raphrase de ce Manuel , sans nom do 
lieu , in-i>,4 , petit volume rare. Guil- 
laume Duvair ( 1G06, in -8\ ) et le 
P. Goulu ( i65o , in-8'. ) en donnè- 
rent ensuite deux autres. Gilles Boi- 
loau vint après eux, el pu'j'ia la Vie 
d'Epictèlti et sa philosophie ( VEn- 



EPI 

cJu'n'ih'on ) avec le Tableau de Cébès, 
Paris, i055, iu-i,i, souvent réim- 
piiinée. Cocquclin ,cllancelierde^uni- 
ver.-itc de Paris, lui succc'da , Paris, 
1 (188 , in- 1 2 ; puis le fécond abbé de 
Bellegarde , Pai is ( Trévoux ), 1701 j 
Amsterdam , 1 709 ; La Haye , 1 734 ; 
]}ouillon, 1772, in-i2 ; ])uis eniîn le 
V. Mourgnes, dans ?on Parallèle de 
la morale chrétienne auec celle des 
anciens philosophes , Paris, 1702, 
in- 12. Dacier laissa loin do lui ses 
nombreux prédécesseurs ; sa traduc- 
tion parut eu 1715, 2 vol. in-12, 
réimprimés en 177O et 1780. Elle 
contient la Vie du Sto'icien , le ]\fa- 
nuel, le Commentaire de Simplicius, 
un nouveau Mauuel , tiré des Disser- 
tations d'Arricn , et le texte grec du 
]>!'( mier. Depuis Dacier , Lefebvre de 
Yiilebrune publia eu 1 782 , 2 vol. in- 
18, une édition grecque et française 
du Manuel ; sa version , réimprimée 
depuis , est souvent infidèle. M. de 
Ponunereul en donna une autre la 
même année j elle est accompagnée de 
léflexions sur Epictète et sur la phi- 
losophie des Stoïciens. M. de Bure 
vSt.-Fauxbin publia en 1 784 ( 2 vol. 
in- 1 8 ) un Nouveau Manuel d'Epic- 
tèle , tiré d' Arrien ; M. iîeliu deBal- 
In, une traduction du Manuel et du 
Commentaire do Simplicins , Paris , 
1 790 , in-8°. Le poète Desforges don- 
na ( 1797, iu - 4"- ) ""^ imilatiou 
du Manuel en vers. Camus , pen- 
dant sa détention en Allemagne, }c 
traduisit , et son ouvrage parut en 
179;), 2 vol. in- 18, réimpiimés eu 
1 8o5 ( voy. Camus ). Enfin cette an- 
née ( i8i4), M. Piilot a publié à 
Douai, in 8"., une nouvelle version 
du Manuel, à la suite des Maximes de 
Pbocvlidcs et de Thcognis, et des vers 
dorés de Pylhagoro. Le Manuel est 
en outre compris dans la collection des 
Moralistes ,■ la traduction en est de 



EPI 

Naiç^con , Paris, 178»., iii-i.S. Il 
existe ciicoin les Morales d'Epic- 
tète , de Sacrale , Flutan/ite et Sc- 
nèque, par Dcsinarels île St.-Soiliti , 
impi'iinccs au cliàtcan de Kichelicu , 
i658, iii-8 '., et Paris, I/oyson, 1G39, 
in-i'i. liC Manuel a c'ic traduit eu al- 
lemand, en espaç;iiol , en portu^^ais, 
en anglais, eu italien, etc. Michel 
Kossal a publie Diaqnisilio de Epic- 
telo qiid probatur eum non fuisse 
christianum, Gtoningue, l'yoS, iu- 
8 '. ; Daniel INUiIler, De Ejncteli chris- 
tianismo , Cliernnilz, \']'i.l\, in-4''.; 
et Clir.-Aug. Heutiiann , De Philo- 
snphid Epicteli , lena , i^oô, in-4°. 
Le P. Totoiaas a fait iTuprimer aussi 
un Discours sur la philosophie d'E- 
piclèle , 17110, in-8'. D. L. 

EPICUKE, l'un des plus célèbres 
pliilosopliesde l'anliquite, était d'une 
îainiilc illustre, celle des Philaïdes, 
qui descendait de Pliilxus, |)etit-fils 
d'AJax. Neoclès , son père, habitait le 
bourg de Carge'ltie , dans l'Attique; 
se trouvant assez mal partae:e du 
calé de la fortune , il passa dans l'île de 
8amos, lorsque les Athéniens y en- 
voyèrent nue colonie, l'an 55'i av. J.-C. 
Diogènes Laërce fixant la naissance 
d'Epicure à l'an 54» av, J.-C, il 
est csMdent qu'il reçut le jour à Samos 
«t non à Gargettie^, comme on le dit 
ordmaircment. On rapporte que dans 
sa première jeunesse il suivait sa 
mère , qui faisait métier d'.iller ex- 
pier les maisons , et qu'il lisait les 
formides d'expiations ; devenu ])lus 
grand, il aidait son père à tenir l'é- 
cole ([u'il avait levée à Samos. Epi- 
cure commença dès l'âge de quatorze 
«ns, à se livrer à la philosophie. Il 
fréquenta d'abord Pamphilus, l'un 
des disciples de Platon, et Natisipha- 
ne, de l'école de Démncrite, et non 
le disciple de Pyrrhon , comme le 
«lit Diogèucs Laërcc , car P\ rrhon 



1: P 1 «07 

était contemporain d'Epicnre. (Jcs 
lirons ne le satisfirent pas; s'élant 
mis à lire lui-même les écrits dcDe- 
mocrite, il fit de grands ]/i ogres dans 
la philosuphir , et se crut liientùl en 
état de former une nouvelle secle. Il 
vint à Athènes à l'âge de dix-huit ans, 
mais il y séjourna |>eu , à cause de» 
troubles qui survinrent après la mort 
d'Alexandre. Il se rendit auprès de sou 
père, àColophon, dans l'Ionie, alla 
ensuite à Mitylène clà Lampsaque, où 
il commença à professer ses nouveaux 
])rincipes. Il s'y attacha un grand 
nombre de disciples, parmi lesquei* 
étaient ses trois frères: Néoclés, Ché- 
rèdème et Aristobule, et étant revenu 
avec eux à Athènes, l'an 5o() av. J.-C^., 
il y acheta un jardin , pour le ])rix de 
quatre-vingts mines ( -j/ioofr. ), et 
se mit à y enseigner sa philosophie. 
Tout le monde n'était pas admis à ses 
leçons; mais ses disciples, à l'exem- 
ple des Pythagoriciens , formaient une 
espèce de coiumunauté. 11 ne voulut 
cependant pas que leurs biens fussent 
mis on commun, disaut que cela ex- 
citait la méfiance; mais chacun payait 
une portion de la dépense. Elle était 
peu considérable , car ils se conten- 
taient des aliments les plus simples. 
L'union la plus jwrfaite régnait entre 
eux. Elle subsista même long - temps 
après la mort d'Epicure, et Cicc'ron 
dit que les épicuriens de son temps 
vivaient encore en commun, et du 
meilleur accord. Les femmes mémo 
étaient admises dans cette société, et 
l'on cite, parmi ses disciples les plus 
célèbres , Léontium , courtisane d'A- 
thènes ( /^q;. Leontium), et Tlie- 
inista , femme de Leontius de Lamp- 
saque. Comme il ne dogmatisait pas eu 
public , ia secte fut peu célèbre de sou 
vivant; mais après sa mort ses livres 
s'élatil répandus, la doctrine en fut 
vivement attaquée par les stoïciens , 



io» E P I 

qui ne rougirent même pa«; d'avoir 
recours aux cali lunies les plus atro- 
ces. Diotinic , stoïcien , alla jusqu'à 
iabriquer , sous le nom d'Epicure , 
cinquante lettres arircsse'es à des cour- 
tisanes, dans lesquelles on le faisait 
parler de la manière la plus obscène ; 
mais Cliiysipjje lui-même convenait 
de la pureté d(S mœurs d'Epicure; il 
est vrai que pour ne pas en laisser 
l'honneur à sa pliiiosophie , il prèlen- 
dait que cette pureté de mœurs tenait 
lujiquement à son insensibilité. On 
l'accusa aussi d'atlie'isine , et cette ac- 
cusation est celle qu on a le plus fré- 
quemment rèpelëe. Il est bien difiicile 
de connaître la véritable opinion d'E- 
picure sur la Divinité. Ciceron dit qu'il 
en avait parle dans les termes les plus 
sublimes , et qu'd recommandait la 
pie'le à ses disciples. On dira sans 
doute que c'était pour se confurmcr 
aux idées du vulgaire; mais dans sa 
lettre à Ménécée il s'exprime ainsi : 
« Les dieux ne sont point tels que le 
«croit le vulgaire. L'nnpie est, non 
» celui qui rejette les dieux de la mul- 
» tiludc , mais celui qui attribue aux 
« dieux les opinions delà multitude.» 
Ces expressions , si elles avaient été 
con\iues, auraient suffi pour le faire 
persécuter. Ce n'était donc pas par 
prudence qu'il faisait, delà croyance en 
dieu, l'un des principaux dogmes de sa 
philosophie. 11 faut convenir cejien- 
dant que ses autres opinions sur les 
dieux rendaient celte croyance inutile. 
Il les regardait comme des êtres par- 
faitemt'ut heureux , impassibles et ne 
se mêlant pas des choses humaines, 
ce qui détruisait et la providence et 
l'espoir des peines et des récompenses 
futures. Sa morale était eutièrement 
fondée sur le principe de l'iiitércl per- 
sonnel. L'homme est sur la terre pour 
chercher le bonheur, il le trouve dans 
uuc vie calme et tranquille. Le sage se 



EPI 

tiendra donc en garde contre !os pas- 
sions qui pourraient le troubler. Le 
plaisir ])hysique consiste dans la salis- 
faction des besoins naturels. Moins ou 
met de recherches à les satisfaire , 
moins on est exposé aux privations. 
On est par conséquent moins exposé 
aux revers de h» fortune. S'abstenir 
pour jouir était donc sa grande maxi- 
me. Le bonheur des individus dépend 
du bonheur général. Le sage se coa- 
foriiie donc aux loisélab'ies. Ces prin- 
cipes , lorsqu'on n'en saisissait pas 
l'ensemble , pouvaient être fort dan- 
gereux. On disait vulgairement qu'E- 
picure faisait consiiter le souvcraia 
bien dans ia volupté, et beaucoup de 
gens s'en tenaient là, sans se donner 
la peine d'examiner ce qu'il entendait 
par la volupté; ils auraient vu en efiet 
qu'elle ne différait en rien d" la sagesse 
des stoïciens, (àes faux épicuriens fi- 
rent beaucoup iTe tort à a secte. Ils 
fuient chassés de Home du temps de 
la république. On les chassa aussi à 
plusieurs reprises de ditféi entes vdies ; 
mais l'école subsista toujours à Athènes, 
Elle y txistait encoie du temps de Lu- 
cien , et Niiracnius , son contemporain, 
remarque avec douleur que les épicu- 
riens avaient conservé dans toute sa 
pureté la doctrine de leur maître, 
tandis que celle de Platon s'était sin- 
gulièrement altérée. Les ^toïci^ ns 
s'approprièrent plusieurs des maxi- 
mes d'Epicure et de ses apophtegmes 
les plus remarquables, exprimés avec 
esprit , d'un stilc senlenlieux , et Sénè- 
que en a emprunté une foule, qui 
font le charme de ses lettres à Luci- 
lius. Epicure affeeiait un grand mé- 
|)ris pour les géomètres et pour les 
m (thématiques. Ou le voit bien aux 
iilées qu'il s'était faites du soleil , 
de la lune , et du système du mon- 
de. 11 soutenait que La h:i!.' et le 
sokil ne sont pas plus grands qu'ils 



> 



EPI 

ne paraissent à la vue , erreur que Lu- 
crèce a reproduite dins ce vers : 

Nec major 
liste potrst nojtrls rjuam sensiLus esse videtur; 

Il ajoutait que lo soleil s'ctcij^nait tous 
les soirs dans l'ocoa» , et se rallumait 
tous les ruatius. Clcoiucdo, dans son 
sccoud livre, a pris la peine de réfuter 
serieiisemewt toutes ces inepties. Epi- 
cure avait erapriuilc de L'eniocrite et 
de Leucippe l'idée des atomes , qu'il 
regardait comme les principes de toutes 
choses. Ces atomes , tombes dans un 
long discrédit , et que Gassendi a tente 
vainement de réliabiliter , n'avaient 
d'aufics propriétés que la dureté et la 
pesanteur, et pur couse'queiit pas la 
moindre ressemblance avec les gaz de 
toute espèce qui jouent un si grand 
rôle dans la physique et la chimie des 
modernes. Epicure mourut do la pierre 
dans la 'ji''. année de son âge. Il ne 
s'était point maiic'; non pas qu'il 
blamàt le mariage, car il enseignait 
que le sage devait se marier et avoir 
des enfants ; mais comme il avait tou- 
jours e'ié d'une santé très faible, ii ne 
crut pas devoir observer lui-même le 
précepte qu'il donnait aux autres. Par 
son testament , que Diogène - Laërce 
nous a conservé , il légua son jardin et 
une maison qu'il avait à Mélite , à 
Hermachus , sou successeur, et à ceux 
qui seraient après lui h h tête de son 
école, tant qu'elle subsisterait, pour 
continuer à y rassembler ses disciples. 
Sa mémoire resta toujours parmi eux 
en vénération. Ils célébraient tons les 
ans, par une fête, le jour de sa nais- 
sance. Ils avaient son portrait snr leur 
bague , sur leurs coupes , dans leurs 
chambres, et ne parlaient jamais de 
lui qu'avec le plus grand respect. Dans 
le nombre des manuscrits grecs dé- 
couverts à Herculanura, se trouvent 
plusieurs ouvrages d'Epicure : le dé- 
roulement n'eu est pas achevé. Ou a 
xm. 



EPI 209 

commencé à publier â Naples, en 
iHi4, quelques fiagmcnls du liv. I[ 
de son traité Dti la nature des cho- 
ses. Personne n'a mieux développé 
le système de la philosophie d'Epi- 
cuie que Gassendi daus son Synîi- 
tasrma de vitd et moribus Lpicuri ^ 
lib. b , Lyon , 1 (347 ; ^^^ ^^^Y^ 1 « ^i^^ » 
in-4'. , etc. ( r. Gassendi ). On peut 
voir aussi Jacques Durondel , Fie 
d'Epicure , Paris , 1 67g ; La Haye , 
i(iS(i, in- 12 ; traduite en latin, Ams- 
terdam, 1G95 ; la Morale d'Epi- 
cure ^ par le baron des Coutures, 
Paris , 1 1)85 , in- 1 9, ; Zrt Morale d'E- . 
picure, par l'abbé Butteiix, Paris, 
17J8, in-8'.; Apologie vour Epi- 
cure , par J. D. P., i65i, in-12; 
Discours sur Epicure ^ Paris, 1684 , 
in- 12. C — R et D — l — e. 

EPIMÉNIDES, de la ville de 
Gnosse, dans l'île de Crète, se retira 
dès sa première jeunesse dans une 
solitude , et lorsqu'il se crut parfaite- 
ment oublié, il reparut tout à coup 
dans sa patrie, avec les cheveux et la 
barbe longs et négligés, et Gt répan- 
dre le bruit qu'il avait dormi cinquante 
ans. Il se mit à jouer le rôle d'un ins- 
piré, et il se prétendait eu commerce 
avec les nymphes. Sous ces dehors 
d'un fanatique , il cachait des connais- 
sances très profondes. Il s'était beau- 
coup occupé de politique , particuliè- 
rement de la légisfation des Cretois , 
sur laquelle il avait même écrit quel- 
ques traités. Solou, qui avait eu oc- 
casion de le connaître dans ses voya- 
ges , le fit mander à Athènes, sous 
prétexte de puiifîer cette ville, qui 
était alors livrée à des troubles et des 
dissensions intestines. Les Athéniens 
armèrent un vaisseau tout exprès pour 
aller le chercher, et ils en donnèrent 
le commandement à Nicia>,lils de Nice- 
ratus , l'un des principaux d'Athènes. 
EpiméniJcs se rendit à leur invitation. 

14 



ato EPI 

Arrive dans l'Attique, il annonça que 
les divisions auxquelles !,i république 
était en proie , venaient de la colère de 
quelques divinités inconnues qu'on 
avait ne'glif^e d'appaiscr. En cunse'- 
qncnce, il prit un certain nombre de 
Lri'bis blanches et noires, et les ayant 
l'.iit conduire vers l'aréopage, il les 
laissa aller , en ords-niiant à cvu\ qui 
les menaient de Ic-s s ir rifier aux dieux 
inconnus , chacune à l'endroit où elle 
s'arrêter.ii' ; on érigea dans tous ces 
endroits des autel,», aux dieux incon- 
nus. Il régla d'une manière beaucoup 
moins dispendieuse le culte qu'on ren- 
dait aux dieux , et suppiima une 
grande partie des cc'rëraonies lugubres 
qui se pratiquaient, surtout par les 
femmes, lor,\qtrelles perdaient quel- 
ques-uns de leurs proch' s. Enfin, il 
fit tout ce qui dépendait de lui pour 
pre'parer les voies à la législation de 
Solon, dont les projet-, lui étaient con- 
nus, et qui lui demanda ses conseils. 
Il termina tout cela par des cérémo- 
nies expiatoires pour purifier le pays , 
et il repartit sans vouloir d'autres ré- 
compenses qu'un rameau de l'olivier 
sacré. Il mourut bientôt après son re- 
tour dans sa patrie, à un âge très 
avancé, vers l'an 5g8 av. J.-C. il 
avait fait plusieurs ouvrages, dont le 
plus considérable était un poëme sur 
l'expédition des Argonautes. Il ne 
Dous (n reste aucuu. Le Béveild'E- 
•piviénide, fut rais sur la scène par 
Poisson , eu lySS, et plusieurs fois 
depuis , servant de cadre aux divers 
événements politiques. C — r. 

EPINAY (MM.ouise-Floreince- 
Petronille DE-EA-Livt d' ) , (levait 
le jour a un homme de condition de 
Flandre, M. Tardif u Desclavelles , 
tué au service du Roi. On voulut ré- 
corapensir le père en la [lersonne de 
sa fille, à laquelle d n'avait laissé qu'une 
ibrtune médiocre, et on fit épouser à 



EPI 

celle-ci un des plu*? riches partis qu'il 
y cul alors dans la firjancc, le fds.iîué 
de M. Deialive de Beîlegirde, eu lui 
donnant pour dot un hoii de fermier- 
général. IVl .d'Epinay passa donc, au 
sein de la plus grande richesse et d© 
toutes ses illusions , les premières an- 
nées qui suivirent cette ur)ion; mais 
le songe s'évanouit bientôt , grâces à 
la prodigalité de son mari. Ce fut dans 
les jours brillants encore de sa jeu- 
nesse, que commença sa liaison avec 
J -J. Rousseau. Quoique celui-ci donne 
à entendre dans ses Confessions que 
l'amour n'exist.i jamais enfr'nle (t lui 
que d'un seul côté, on est plus di>posé 
en pareil casa croire le témuignage des 
femmes que celui des hommes. Elles 
n'oublient rien et se trompent rare- 
ment sur les hommages dunf elles ont 
é!é l'objet , tandis qu'elles accusent 
beaucoup d'entre nous de mettre ti op 
souvent leur gloire à ne pas comp- 
ter aussi exactement les différents tri- 
buts qu'ils ont payés à la beauté. Si 
celîe de M'. d'Epinay n'était pas ré- 
gu'iè e, elle méritait, pai une extrême 
sensibilité , des qualités attachantes , 
les grâces de son esprit et ses talents 
divers , les sentiments que ce philoso- 
phe, doué d'un cœur si aimant, et 
d'une imagination si ardente , vouait 
à presque toutes les jeunes femmes 
qui successivement l'admettaient dans 
leur société. 11 fut comblé, parM . d'E- 
jiiuay, de bienfaits, et avec cette déli- 
catesse , ces soins de l'amitié la plus 
tendre et la plus ingénieuse , que sem- 
blait exiger d't Ile la sauvagerie très 
originale de son ours. On sait qu'elle 
fit rebâtir pour lui , en 1^56, dans la 
vallée de Montmorency , une petite 
maison , à la pi .ce d'une masure qui 
recevait les eaux de son pare de la 
Chevr( tie ; et ce fut là Wfermitage de 
Rous-eau, hermilage visité encore tous 
les jours avec une dévotion vraiment 



EPI 

pViilosopliiqnc. D'.ibord il se montra 
loit touche (les boules de sa bien- 
faitrice ; raais aussitôt qu'il se riut 
le dioil d'ètie jaloux du baron de 
Griuim , que bii-mcinc avait inlroduit 
auprès tl'i Ile , il ne s'arquilla plus que 
par rint;ialiliide la pivis rar.ielériséc. 
On voudrait ne pas connaître les traits 
envenimés que, dans un livie si scan- 
daleusement intc'n ssant, i!a eniploye's 
pour |)eindre l'amie de Grimm, en 
même temps que son rival préféré. Il 
n'est personne qui n'y ait lu, ou plu- 
tôt dévoré, ré[>isode de sou amour 
brûlant pour une belle sœur de M'. 
d'Epinay. On se ixjsuaderait difCri- 
lement que celle-ci n'ait pas aliirséi^rou- 
vé à son tour une forte jalousie. Eli ! 
qui'l.e femme sensible auiail pu, sans 
uii vif regnt. voir son règne tiiàr et 
une autre qu'elle être admirée, exal- 
tée, adoiée même par un amant tel 
que le peintre créateur de Julie d'E- 
tangfs et de Sl.-PreiiX. Une fuis qu'il 
eut cessé d'être l'ami de M'". d'Epinay, 
Bousseau devint pour elle un détrac- 
teur, et presque un ennemi acharné. 
Grimiu, au contraire , n'en parle dans 
sa Correspondance qu'en apologiste 
enthousiaste, f.a juste mesure a saisir 
entre leurs jugements opposés aurait 
peu d'inteiêt réel , et l'on ne s'occu- 
perait qu'à peine delà personne dont 
peut-être ne nous ont-ils entretenus 
qu'alin d'avoir le droit de fixer plus 
long -temps l'atlenlion publique sur 
eux-mêmes , si elle n'avait écrit un li- 
vre d'éducation estimé. Accablée pen- 
dant dix. ans des souffrances les plus 
douloureuses, M . d'Epinay mit à 
profit tous les moments dont elle pou- 
vait disposer, pour remplir admira- 
blement les devoirs de la maternité 
et de l'amitié. C'est pour sa petite 
fille ( M^'*. de HeKunce, depuis M°"'. 
de Beuil), qu'elle a composé les Con- 
varsaûons d'Emilie. 2 vol. in-i^^ 



EPI 



211 



publiées en 1781, réimprimées sou- 
vent depuis, et dont la 5'. édition 
est de I -S8. Cet ouvrage , im peu 
froid, mais bien écrit, et qui a éé tra- 
duit en plusieurs langues , contient 
tout ce qu'on peut enseigner de mo- 
rale à l'enfance de|)uis VH^e de cinq 
ans jusqu'à celui de dix. En se rabais- 
sant pour se nieltre à !a portée de sa 
jeune élève , la mailres.se ne s'est pas 
montrée indigne de l'attention de l'àf* 
mûr. C'est un livre fiit dans un très 
bon esprit, et dont les b.ins piincipes 
ont l'avantage d'être présentés d'une 
mai ière nette et simple. Ou y trouve 
dit La Harpe, des mots fins et naïfs 
et des choses attendrissantes. L'Aca- 
démie française, dans son assemblée 
du I G janvier i -85, donna aux Con- 
versations d'Emilie le prix d'utilité 
fondé par M. de ÎMonthion, alors 
cliancelier de M. le comte d'Artois. 
L'auteur A' Adèle et Théodore était 
seul en concurrence. On pensa que le 
travail, sorti de la plume et du cœur 
de sa rivale , méritait de l'emporter 
comme plus utile et plus originaL 
M", de Genlis a elé accusée d'avoir ea 
de l'humeur de cette préférence, et 
de l'avoir trop laissé paraître lors- 
qu'elle composa son cot«le des Deux 
heputations. Deux petits volumes 
attribués à M"". d'Epinay, et qui 
sont intitulés , l'un : Lettres à mon 
Fils (1758, in-8'. de kjS pages; 
réimprimées en i75f), m-xi de i36 
pages ), avec cette épigraphe: Facun- 
dam faciebat amor , et l'autre : Mes 
moments heureux ( 1 75 > , in 12 ) 
ëp. Sollicitœ jncunda ohlivia vitœ , 
ont été imprimes à Genève, mais peu 
répandus , s'ils ont éié publiés. Elle 
n'a laissé , selon Grimm , d'autres 
ouvrages qu'une suiie imparfaite de 
celui (|ui avait élé couronné, l'ébau- 
che d'un long roman, enfin beau- 
coup de lettres adiessées à Rousseau, 

»4- 



aiî EPI 

Voltaire, Buffon , d'Alenibert, Dide- 
rot , Uicbaidsou , l'abbë Galiani , 
Ncckcr , etc. Quelques - uns de ses 
contemporains assurent avoir connu 
des niemoircs de sa vie, destines ap- 
paremment à détruire les fâcheuses 
impressions données par Rousseau , 
dans la seconde partie de ses Confes- 
sions , long-temps manuscrite , mais 
dont il faisait lecture à un certain nom- 
bre d'affides. On ajoute que ces Mé- 
moires j fort intc'ressants, furent sui> 
prirae's,soit pir elle-même , soit par 
lebarondeGiimm.II est permis de les 
regretter : en effet , qui ne voudrait en- 
tendre à leur tour les deux femmes de 
la socic'c', sur lesquelles cet écrivain 
célèbre a le plus indiscrètement fixe' 
nos regards, non pas se justifier (ni 
l'une ni l'autre ne paraissent en avoir 
Lesoin ) mais répondre à un homme 
qui a pour lui l'un des plus grands 
avantages de ce monde , celui de par- 
ler tout seul dans sa propre cause , 
et de parler avec le charme de dic- 
tion le plus entraînant. W. d'Epinay 
mourut au mois d'avril 1785, et par 
conséquent bien peu de temps après 
son triomphe académique. L — p — 'E. 

EPINE. F. EspiNE ( Jean de 1' ). 

EPINE (Guillaume- Joseph de 
l'), médecin. On ignore l'époque de 
.sa naissance et celle de sa mort. On 
sait seulement qu'il reçut le jour à 
Paris, qu'il prit en 1724 le bonnet 
de docteur dans la faculté de méde- 
cine de cette capitale , et qu'il fut élu 
doyen de sa compagnie en 1744? ^^ 
continué en 174^. Une thèse soute- 
ime en i 753 sur la question de sa- 
voir si le bon état des facultés intel- 
lectuelles dépend de l'intégrité des 
fonctions corporelles , fit prendre la 
plume à l'Epine, qui publia sur ce 
sujet une lettre adressée à son con- 
frère Baron. L'Epine ne s'est fait un 
«om en médecine que par son oppo- 



EPI 

sition constante à rinoculation de la 
petitc-vcrolc , opposition dont il dé- 
duisit les motifs dans les deux pièces 
suivantes , qui sont assez volumi- 
neuses : 1. Rapport sur le fait de 
l'inoculation de la petite-vérole, 
Paris, 1765, in -4°-; H- Supplé- 
ment au Rapport , Paris , 1 767 , in- 
4". ; mais l'Epine trouva dans An- 
toine Petit un adversaire qui ne 
contribua pas peu à faire triompher 
la bonne cause. K — d — n. 

EPIPHANE. rojes Callink:us. 

EPIPHANE ( tJ. ) , docteur de 
l'Eglise, archevêque de Salaraine en 
Chypre, naquit vers l'an 5 10 dans le 
territoire d'Eleuthérople en Pales- 
tine; il montra des son enfance une 
grande ardeur pour l'étude, et ap- 
prit la plupart des langues alors con-' 
nues. Ami de la solitude et de la pé- 
nitence , il alla visiter et habita quel- 
que temps les célèbres déserts de 
l'Egypte , et revint en Palestine à 
l'âge de vingt - trois ans. Il se lia 
d'amitié avec le célèbre S. Hilarion , 
qui ne quitta la Palestine qu'en 356 ; 
cet illustre solitaire trouva dans Epi- 
phane un disciple fervent et un 
zélé panégyriste. Les Ariens désolaient 
l'Eglise , favorisés par l'empereur 
Constance qui régnait alors. Epi- 
phane sortit souvent de sa'^celluie 
pour aller au secours des catholi- 
ques ; il refusa de communiquer ave« 
Eutychius, évêque d'Eleuthérople, 
qui était entré dans le parti des 
Ariens ; il s'arma de zèle contre les 
erreurs qu'il avait découvertes dans 
Origène. Sa réputation le lit appeler 
sur le siège de Salamine ou Constan- 
tia , dans l'île de Chypre. Cette dignité 
ne l'empêcha pas de se livrer aux 
austérités et aux habitudes de la vie 
monastique ; sa charité seulement pa- 
rut encore plus active. On le char- 
geait des plu> abûjidaiites aumô.ncs; 



EPI 

sainte Olympiade, dame fort riclic, 
lui (il pour ce sujot des présents con- 
side'rahles. Respecté des hérétiques 
eux - mêmes à cause de sa grande 
vertu , il ne fut pas compris dans la 
persécution (|uc Valcns excita con- 
tre les calliolicfiies en ?)'] i , et fut 
presque lo seul cpic l'hérésie épar- 
gna. Il alla à Anlioche pour travail- 
ler à la conversion de Vitalis , évè- 
que de cette ville , qui avait ombrasse 
les erreurs d'Apollinaire ; il fit en- 
suite le voyage de Rome, où il logea 
chez Sainte Paule, qui passa quelque 
temps après par Salamine , et sé- 
journa chez S. Epiphane en se ren- 
dant en Palestine. Soupçonnant le pa- 
triarche de Jérusalem de tenir aux 
erreurs d'Origène , il se rendit dans 
cette ville , et prêcha en présence de 
cet évêque contre l'origénisme. Son 
discours fut mal accueilli. Il se re- 
tira donc dans la solitude de Beth- 
léem , où était alors S. Jérôme , et 
donna la prêtrise à Paulinien , frère 
de ce saint docteur. Le patriarche de 
Jérusalem trouva mauvais qu'un évê- 
que étranger vînt ordonner un prê- 
tre dans son diocèse. Epiphane lui 
écrivit pour se justifier; mais on voit 
par sa lettre , qu'il n'avait pas des 
idées très justes concernant la juris- 
diction des évêques hors de leurs 
diocèses. La conduite qu'il tint à Gons- 
tanlinople en est une nouvelle preuve. 
11 alla dans cette ville, dont S. Chry- 
sostôme était patriarche , accuser 
d'origcnisme (fuatre pieux solitaires, 
Dioscore , Ammonius , Eusèbe et Eu- 
thyme. On les nommait les grands 
frères, h cause de la hauteur de leur 
taiile. Epiphane les accusa sans avoir 
jamais vu leurs disciples ni leurs 
e'crits , et refusa de communiquer avec 
S. Chrysostôme , le défenseur et 
l'ami de ces frères illustres qui curent 
depuis la gloire de mourir martyrs de 



la consubstantialilé du Verbe. S. Epf- 
pliaric mourut en f\Oj, comme il re- 
tournait de Conslantinopic à Sala- 
mine. 11 était âgé de quatre-vingt- 
treize ans. Ce saint commit sans doute 
quelques fautes que l'on doit attri- 
buer à un excès de zèle. Les plus il- 
lustres docteurs de l'Eglise n'en louent 
pas moins sa doctrine, son érudition 
et la sainteté de sa vie. On a de lui 
plusieurs écrits : I. le Panarium , 
ou le Livre des antidotes contre 
toutes les hérésies , dans lequel il 
donne l'histoire de vingt hérésies qui 
avaient paru avant J. - G. , et de 
quatre-vingts qui s'étaient élevées 
après la promulgation de l'Evangile. 
Cet ouvrage est instructif, la doc- 
trine en est pure; mais il est mal 
écrit; II. W4nchorat, destiné à con- 
firmer les esprits dans la foi, suivi 
de V Anacéphaléose , qui en est une 
récapitulation ; II f. le Traité des 
poids et mesures des juifs, où il y a 
beaucoup d'érudition ; IV. le Phy- 
siologue, qui contient des réflexions 
morales relatives aux propriétés des 
animaux ; V. le Traité des Pierres 
précieuses , on il parle de celles qui 
étaient sur le rational du grand- 
prêlrc des juifs; VI. deux Lettres , 
l'uuc à Jean , patriarche de Jérusa- 
lem; nous en avons déjà parlé; l'autre 
à S- Jérôme, où il lui donne avis d« 
la condamnation des erreurs d'Ori 
gène prononcée par Tliéophile, p'- 
triarehe d'Alexandrie. Tons ces ou- 
vrages sont mal écrits; on voi'que 
ce saint docteur ne cherchait a> a se 
mettre à la portée des ignopints. Il 
a, ainsi qu'Eusèbe, l'ava-ilage de 
nous avoir conservé un gand nom- 
bre de passages d'ancievs auteurs , 
dont les écrits n'exisfsnt plus. La 
meilleure édition dei OEuvres de 
S. Epiphane est celle que le P. Pe- 
tau donna eu i66a eu grec et eu ia- 



ai4 EPI 

tin, 2 vol. in-fol. Le Commentaire 3e 
S. Epipliaiie sur le livre des (/«nti- 
ques .1 elc découvert le sièi le dernier 
parmi le' mmuscrits du Vatican, et 
a paru à Rome en i'Jjo. C — t. 

EPIPHANE. surnomme le Scho- 
laslique , cVst-à-dire le jiirisconsnlle, 
^uivant le sms altaclié alors à ce mot, 
florissait vers 5io. On croit qu'il était 
lié en Italie , et du moins il est certain 
qu'il y demeurait, t e fut à la piitre de 
Cassioilorc , son ami , qu'Epipli me 
tiaduisit du p,rec ou latin les Histoires 
ecclésiastiques de Socratc , de Sozo- 
niène et di Tlicodoret ; il en fit ensuite 
un abrégé, divisé en douze livres, au- 
quel il donna le litre à'IIistoria tri- 
•partila. I.e Mire, et d'auUf s écrivains 
après lui , ont cru que Cassiodore avait 
composé lui-même cet abrégé; mais 
on voit par un passage de Cassiodore 
(Institut, divinar. lect. cap. XXIJ^ 
que c'est Epipbane qui en est l'auteui . 
1/f/istoria triparlita fut imprimée 
]iour la piemif^re fois à Ausbourg,par 
.leau ScliiiAsIer, i47^'î info!.: te le 
édition est rare et recherchée; Beatus 
Ehenanus en donna une nouvdie à 
Bà!e en i5'25, in-f)]. 11 n lève aigre- 
ment d.ins la préface les fautes écliap- 
pées à E;^ipha;ic, qu'il accuse de ii'a- 
Toir su ni I»' grec ni le latin. On con- 
viendra que le stvie de cdte version 
est semé d'un grand nombre do ter- 
«es barbares; mais le sens des origi- 
^ux y est rendu avec assez d'tx.ic- 
tit'de. L'édition de Uhen anus a servi 
a lOitcs les réimpressidus q'ii on! eu 
lieu jisqii'cn iti-jQ. Celle même an- 
i)ée, (U„i Garel publia VHisioriatri- 
pnrtiia, dans f s œ^ivres de Cassio- 
dore, apiôs en avilir corrigé le texte 
sur <l anciets manusciits. Cet ouvrage 
a été tradiiiv en fiançais par Louis 
Cyaneus, Paris, i5(i8, in-fol. Jac- 
ques de Bil;y en pi omettait une nou- 
velle traduction, c^ui u'a point paru. 



EPÏ 

Jean de Larroix en a publié une on cs- 
paj^uol, Lisbonne, i54i ; Coimbre , 
I 554 in fol. ; el Gaspard llediiis, une 
en allemand , impiimée avec les HiS' 
toires ecclfsiastiijues d'Eu^èbe cl de 
Hulin , Slr^j-bouig , i545 , in-fol. Ou 
allrilme encore a K.piphane : I. la tra- 
duction du Codtx ErKycUcus : c'est 
le recueil des letlies adressées à l'era- 
pereui Léon paj- 'c^ Synodes , en 4->8, 
pour la déf use du concile de Chalcé- 
doine. Surins l'a insérée dans la Col- 
leclion des Conciles, mais sans en 
nommer l'auteur ; I5aluze l'a fait réim- 
primer ensuite dans les Concilia ge- 
neralia , d'après une copie collation- 
néc sur deux anciens manusciits de 
Bcauvais et de Corbic; h P. Hardouiu 
et Goleti ont suivi le texte publié par 
Baliize. IL La traduetion en latin des 
antiquités judaïques de Josèphe : un 
passage du chapitre de Cassiodore , 
qu'on a déjà cité, prouve que d'autres 
écrivains ont eu part à ceire version. 
Le nom d'Epiphane et celui de Rufiii 
se trouvent dans la soiisciiption des 
éditions d'Augsbuurg, \l\']0, iii-fo!. , 
et de Vérone , pub'iée par Condrati , 
14^0, in-iol. vSuivaiit Fabricius, le 
nom (i'Kpipl'.ane devait païaîlre seul 
en tèie de l'édition qu'on avait com- 
mencée à Oxford en i-joo ; 111 la 
traduction àc^ Scholies de S. Clément 
d' Alexandrie, sur la piemière épître 
de S. Pi<rre, siirci lie de wS. Jude, sur 
la première et la seconde de S. Jeanj 
elle a été imprimée dans les difïènn- 
tes éditions de la Bihliot. patrmn et 
des œuvres de S. Clément ; IV. la tra- 
duction des Commentaires de Di- 
djme, sur les s. ptépîires eanoniqucs 
et sur le livre des provei bes. Ces dt r- 
iiières versions n'ont point été pu- 
bliées. On lui a aussi at!rd)ue les No- 
tes sur le Ciint que des Cuul q tes , 
qui sont p'us probablemeiil de b. Epi- 
phanc de Salaminc. W— s. 



EPI 

EPIPHANE , 011 armciiirn EM- 
p'han , sav.Mit f'vtqiic ariiicnicii . qui 
vivait au coijuncncrmint tlii 'j''. siè. le. 
Apres avoir c'iudic avec succès auprès 
du pauiarclip armciiicn, il se relira 
dans un désert, aux environs de la 
ville de Tevin , cl y mena la vie d'er- 
niitc. On le tira de .sa solitude pour le 
fane abbé du ccli bre monastère de 
Kla|;; mi Soiirp Karabicdjdaiis le pays 
de Daron. Les chefs de ce monastère 
jiorlaient h litre d'e'vcque de la prin- 
(ipaulède Mamikoniane, (pii conipre- 
liail la proviuee de D.iron et les con- 
trées environnantes. En 629, Epi- 
pliane assista au concile de Kariu , 
tenu par l'ordre de l'empereur liéra- 
c!ius pour fi rmincr les différents qui 
subsistaient entre l'église grecque et 
celle d'Arménie. Epipbane mourut 
nprcs av«iir occupé p' ndant vingt ans 
]a dignité d'évèque des Mamikonians. 
D ivid lui s.urcédd. Il a écrit l'Iiisloire 
de son monastère, des commentaires 
fur les psaumes de David et sur les 
proverbes de Salomon , une Histoire 
(lu concile d'Ephèse , et diverses ho - 
inélies. Tous ces ouvrages sont restés 
maruiscrits. S. M — y. 

EPIPHANE , surnommé \'Jgio- 
ff'aphe on V.Jgiopolile , moine et prê- 
tre de .férusab m , vivait dans le 10". 
siècle. Binduri pense qu'il succéda à 
Tbéophylacte, patriaiebe deConstan- 
tinople, en Cf'iti , et qu'il occupa ce 
siège jusqu'en 969. 11 appuyé cette 
conjecture sur un passage de YHis- 
toire de Constanlin Forphrrogévèle ; 
niais oii sait que le successeur deThéo- 
pliyliicte se nommait Pulreucie , et 
B indtui ne démontra pas que ce soit 
le même personnage. On a plusieurs 
ouvrages d'hpipbanc, tous écrits en 
langue grecque : I. Enarmtio geogra- 
phica SrrLv, iirbis savctœ et sacro- 
riim ibi locoriiin : celte description 
de la Syrie et de Jérusalem fut ini- 



EPr ai5 

primée potir la première fois par Fre'- 
déiic INIorel , dans son Expositio 
ihcmnUnn Dominicorum cl meino- 
rabilium quce Hierosolymis surit, Pa- 
ris, lO'io, in-8'. Il se servit pour 
cette édition de la copie peu correcte 
d'un manuscrit du Vatican, que lui 
avait procurée Ja(qups Sirmond. Elle 
a été reimprimée, avec la v( rsion la- 
tine de Frédéric Morel , dans les Sj^m- 
viicla de Léon Allac( i , Cologne ( Ams- 
terdam \ 1G55, in 8 . : les fautes qui 
déparaient le teste dans la première 
édition, ont été corrigées dans cdic-ci 
par le savant éditeur; II. Vita sanctce 
Deiparœ ; nta S. Jndrece apos- 
toli : TilIemoDt s'est att.icbé à prouver 
ipie la plupart des raits rapportés dans 
la Fie de St.- André sont fabuleux. 
Elle n'a point été itnprimée, non plus 
que la Fie de la Ste.-Fierge. W — s. 
EPIPHANE , religieux capucin , 
né au commencement du i 7'. siècle , 
à Moirans, près de St. -Claude en 
Franche-Comté, fut envoyé dans les 
missions des Indes, où il se distingua 
par son zèle pour la propagation de 
la foi. On ignore l'époque de sa mort , 
mais on sait qu'il vivait encore en 
i685. Il a laissé manuscrits un grand 
nombre d'ouvrages de théologie et de 
contioverse; une Explication litté- 
rale de V Apocalypse ; la Clef ^yi 
même livre; et les Annales histori- 
ques delà mission des PP. capucins 
dans la Nouvelle- Andalousie ; Ars 
Memoriœ admirahilis omnium nes- 
cienlium excedens captum, et beau- 
coup d'antres ( F. le P. Bernard de 
Bologne , dans sa BiblioUieca scripto- 
rum capuccinorum ). W — s. 

EPiSCOPlL'S (Simon) , dont le 
nom de famille était proprement Biss- 
chop , né à Amsterdam, en i585, 
étudia à Levde la philosophie et y fnt 
promu maîtte-ès-arts sous Hodolphc: 
Sucllius; il y Ht sa théologie sous àeus 



2iG EPI 

liomraes devenus , à peu près à la 
même e'poqiie , de violents anl.igo- 
iiistes l'un de l'autre , Goinar et Arïiii- 
nius ; après quoi il se rendit , en 
ï6o9, à Franeker , pour s'y peifec- 
tioiiucr sous Jean Drussius, dans les 
lan{^ues orientales. En i6r^., Eitisco- 
j>ius l'ut nomme prof«'SseurdctliëoIop,ie 
à Leyde , el il honora celle cliaire p ir 
ses leçons cl par sa conduite, jusqu'à 
la tenue du fameux synode deDor- 
drccht, en i()i8ct en 1619. Par suite 
des décisions de ce synode, Kpisco- 
pius , qui s'était fait connaître comme 
une des colonnes du parti des Armi- 
niens ( ou des Reraontrans ) , qne le 
synode foudroya de ses anatlicmes, se 
vit , avec un grand nombrn de ses 
partisans , force de s'expatrier. La 
science, la modération et la bonne foi, 
traits caracte'ristiques d'Episcopius , 
snccombèrenl sons les efforts de j'in- 
trigue et les coups de rautoritc la plus 
intolérante et la plus arbitraire. Déjà 
inic pre'ce'dentc fois, la haine et la ca- 
lomnie avaient ])Oursuivi Episcopius 
jusqu'en pays étranger : à l'occasion 
d'un ouvrage qu'il fit à Paris en J 6 1 5, 
on fit courir en Hollande le bruit, bien- 
lôt authenliqucmcnt démenti, de con- 
férences secrètes qu'il aurait eues avec 
le P. Cotton , dans l'intention de se li- 
î^uer avec ce savant jésuite contre la re- 
ligion réformée. Cependant un autre jé- 
suite, Pierre Wadding, espéra de tirer 
parti du mécontentement d'Episcopius 
banni, pour en faire un prosélile de 
marque, et il ne gagna à sa tentative 
que deux lettres , où ce théologien le 
combatlil fortement , l'une sur la Rèi;le 
de la Foi , l'autre sur le Culle des 
Images. En 1621 , Episcopius fil un 
nouveau voyage en France; il fut très 
Ijien accueilli à Paris , par l'illustre 
Grotius , alors ambassadeur de Suède, 
et y prêcha quelquefois à sou hôtel. Le 
sladhoudcr Maurice étaut mort en 



EPP 

167.5 , peu à peu la persécution con- 
tre les Remontrans se ralentit «u Hol- 
lande. Episcopius y retourna l'iinnee 
suivante. Après avoir fail à Amsterdam 
l'inauguration de l'oratoire des Remon- 
trants , il se chargea de la chaire de 
théologie dans leur séminaire, en 1 654. 
Il y mourut en iG45. Etienne de 
C/Oiircelles, son successeur, a recueilli 
ses œuvres, en 2 vol. in -fol., Ams- 
terdam , i65oet i665. Elles loulent 
essentiellement sur les matières de 
la grâce , de la prédestination , du 
libre arbitre , ciernrile pomme de 
discorde entre les théologiens de toutes 
les communions chrétiennes; on y dis- 
tingue la Confcfsion de foi des Re- 
montrans; un grand nombre d'écrits 
jwlémiqucs en leur faveur; un Com- 
mentaire sur les chapitres VIII , IX, 
X et XI de TEpîtrc aux Romains, etc. , 
tontes portent le cachet de l'érudition, 
de la sagacité , de cette i-echerche de 
la vérité dans la charité, tant recom- 
mandée par l'apôtre des gentils. 

M ON, 

EPONINE. Tor. EPPONINE. 

EPPEî^DORF (Henri d'), gentil- 
homme allemand , né à Eppcndorf , 
bourg de Misnie, près de Fridberg, 
dans le 16". siècle, quitta son pays 
dins le dessein d'acquérir des con- 
naissances. 11 fréquenta les leçons de 
Zazius , célèbre professeur de droit, 
et demeura plusieurs années à Stras- 
bourg, où il suivit les cours de l'uni- 
versité. Il vint ensuite à Bàle, où il 
eut avec Erasme une querelle qui fit 
beaucoup de bruit parmi les lilléra- 
teurs. Eppcndorf l'accusait d'avoir 
écrit une lettre contenant des choses 
qui lui étaient injurieuses, et i! s'adressa 
aux magistrats pour obtenir une répa- 
ration, il demanda dans sa requête 
qu'Erasme désavouai la lettre qui fai- 
fail le sujet de sa plainte; qu'il fût tenu 
de lui dédier ua livre; d'écrire en sa 



EPP 

faveur an duc de Saxe ; et en outre , 
coiulaninc à une amende de 3oo du- 
cats , an profil des pauvres. Erasme 
répondit qu'il ne connaissait point la 
lettre dont p^ppenflorf se plaignait , et 
qu'en conséquence il n'aurait aucune 
peine à la desavouer ; que si le duc de 
lîaxe avait e'(e prc'vemi en quelque ma- 
nière contre lui, il s'engageait volon- 
tiers d'écrire à ce prince pour le dé- 
tromper; mais qu'il ne s'oliligeait à 
dédier un livre à Eppendorf qu'autant 
qu'il serait assure de son amitié , et 
que pour ce qui concernait la somme 
à payer aux pauvres , c'était lui-même 
qui faisait ses aumônes , et qu'il n'en- 
tendait pas qu'on lui prescrivît rien à 
cet cfgard. Eppendorf insista. Louis 
Besus et Henri Glarean furent choisis 
j)0ur arbitres , et les parties tombèrent 
d'accord moyennant quelques légers 
sacrifices , auxquels Erasme consentit 
pour le bien de la paix. Leur réconci- 
liation apparente ne fut pas de longue 
durée. Eppendorf et Erasme s'accu- 
^èreut réciproquement de n'avoir pas 
tenu les conditions du traiîé. Eppen- 
dorf en écrivit au duc de Saxe, son 
protecteur; Erasme lui reprocha cette 
conduite dans une lettre qui fut im- 
primée. Eppendorf lui répondit par 
l'ouvrage suivant : Ad D. Erasmi 
Roterodami lihellum cui tifuhis : 
Adversus mendacium et obtrecta- 

aïONEM UTILIS ADMONITIO , justa 

(jiierela , Haguenau, i55i , in-8". Ce 
petit écrit étant devenu fort rare , 
Christophe Saxius le fit réimprimer à 
la suite de l'ouvrage intitulé : DeHen- 
rico Eppendorpio commentarius, cui 
aliquot eplstolœ Ilenvici ducis Saxo- 
Tiici, Erasmi et Eppenâorpii av£xc?0T0 1 
insunt, Leipzig, i']45, in-4''. Les cu- 
ïienx y trouveront tous les renseigne- 
ments qu'ils pourront désirer sur la 
personne et les écrits d'Eppendorf. 
Ce savaut mourut vers 1 553 , dans un 



EPP 217 

âge peu avancé. Outre Toiivrage cite 
plus li?int , on a de lui destraduelions 
allemandes, toutes fort rares : l.des 
apophlheçi,mes de Pluturque, Slras- 
bour:; , 1 .05:) , iu-fol. ; H. des OEuvres 
morales do Plntarque, ibid.^ i55i , 
in-fol. Eppendorf, dans la préfjicc , 
rc'clai ic la plus grande partie de la 
version du même ouvrage , publiée 
sous le nom de Michel llerr , Slras- 
bouig, i555, in-fol. ;III. d'un Abrégé 
de l'Histoire romaine y extrait des 
meilleurs auteurs , Florus , Pvufus , 
Eulrope, etc., i556, in-fol.; IV. de 
la Guerre des Turcs , i55o, in-fol. 
C'est une compilation de diflcients 
Opuscules latins , publics dans le 16''. 
siècle ; V. de ['Histoire naturelle de 
Pline ^ 1543, in-fol.; VI. des Chro- 
niques suédoise et danoise , de 
Krantz, iS/p , in - fol. ; enfin , VIF. 
d'un recueil contenant rPrati^^/ie de la 
guerre par Jules César , comparée 
à celle des autres grands capitaines, 
par Fiançois Floridus ; V Expédition 
des Chrétiens dans la Terre-Sainte, 
par lîcn. Aretin ( Accolti ) , et la Prise 
de Constantinople , par Jiéonard , 
métropolitain de Mylilène , i 554 , iu- 
fol. W— s. 

EPPONIISE, ou EPONINE, était 
la femme de ce Juliiis Sabiuus, qin', 
ai?isi que nous l'avons dit <t l'article 
Civilis , se joignit à ceux qui entre- 
prirent de soustraire les Gaules à la 
domination des Pvomains. Sabinus 
commandait les Langrois , et marcha 
contre les Séquanais qui ne voulaient 
point participer à l'insurrection des 
autres peuples de la Gaule : il les atta- 
qua avec précipitation , et fut repoussé 
avec perte ; la terreur s'empara de son 
esprit , il abandonna son aimée, s'en- 
fuit dans une de ses maisons de cam- 
pagne, y mit le feu , et se retira dans 
des voûtes souterraines qu'il avait fait 
construire poui- y cacher, durant le 



tii8 EPP 

temps (les troubles , son argent et ses 
tlfr-is les pins précieux. Sa letraile 
n'clait roiiime que de d» iix (\c ses af- 
fr.nicliis, surl.i fidélité dexpicls i! poii- 
vai' compter, l'ai leur moyen, il fit 
courir le hriiit (pnl s'c'lait empuisoiiiié, 
qu'il .ivail incendie ^a maison , et que 
son corps avait elc consume par les 
flammes. A celte fatale nouvelle, Ep- 
ponine s'abandonna au plus violent 
désespoir, et fu' trois jours et trois 
nuits sans pouvoir dormir ni prendre 
aucune nourriture. SabinuSjCrai^^nant 
qu'elle ne succombai à l'excès de sa 
douleur, la fit prévenir en secret par 
xiù de ses .iffrancliis , qu'il vivait en- 
core ; mais il lui recommanda en même 
temps de feindre les uièmcs rcfjrets, et 
de ci'ntin.ier à porter le deuil. Eppo- 
nine renf rma dans son cœur la joie 
qu'elle ressentit de ce bonheur inat- 
leiidii. Pendant 'a journée elle jouait 
en public ie rôl< d'une veuve désespé- 
rée, et le soir elle allait, à la dérobée, 
îse 1 enfermer dans le souterrain qu'lia- 
bii it sou mai i. Elle eut 'u bout de sept 
mois i'espoir de lui faire obtenir sa 
îjrâce. Elle lui coupa la birlie et les 
cheveux , et le déguisa de manière 
qu'elle prit le conduire à Home sans 
qu'il lût reconnu ; mais les amis de Sa- 
binus , que prob.iblement Ei'poiiine 
avait mis dans la conlidc nce, ne réus- 
sirent point dans leurs tentatives, et 
les deux époux se trouvèrent tri'p heu- 
reux de regagner en secret leur som- 
bre reliaite. Epponine continua tou- 
jours à prolonger l'erreur publique, 
lelativeraent à son mari , et à le con- 
soler par son amour. Elle eut de lui 
deux jumeaux qu'elle allaita dans le 
souterrain où elle les avait enfantés. 
Enfin, au bout de neuf ans, le fatal 
secret fut découvert , et toute celte in- 
fortunée famille futamenéedevanirem- 
pcreur Vespasien. Sabinus ne pouvait 
rien alléguer pour sa défense. Les lois 



EPP 

le condamnaient à mort pour crime dr 
révolte ouverte , et des circon lances 
pirticiiiieies aggravaient encore < e cri- 
me; il s'était fait proclamer César par 
son arme» ; i' portail h nom rl( Jules, 
et se prétendait is>u de Jules-C sar, 
parce que sa Lisaïeuie avait plu à ce 
conquérant , dans le ti mps de la guerre 
des Gau'es , el (pi'ou avait parlé de 
leur adultère; i' avait fait ab.iltre les 
coloune.N el les tables d'airain qui rap- 
pel.iient l'alliance des Romain.s eldes 
Lingrois. Epponine s'tlïorça de lou- 
cher le cœur de Vespasieii : « César, 
» dit-elle, en lui présentant sis deux 
» jumeaux, vois ces enfants, je les ai 
» COI çus , je les ai nourns dans ua 
» tombeau , afin que nous fussions 
» plusieurs à demander la grâce de 
» leur père. » Vespasien parut un 
instant ému; mais la raison d'état, la 
nécessité de faire un grand exemple , 
l'empoitcrcnl, et ^abiniisfui condam- 
ne à mort. Alors Epponine, cédant aux 
angoisses de >on désespoir tiénélique , 
se j é[)andit eu invectives et en menaces 
contre l'empereur : « Ordonnes aussi 
» ma mort , lui dit-elle , je ne survivrai 
» point à m«m mari. Ensevéiie depuis 
» long- temps dins l'ub.scuiité d'un 
» sonicrrain, j'ai vécu plus b' ureuse 
» que loi sur le troue et jouissant de 
» la lumière ilu soieil. » Elle périt 
ainsi que son époux , l'an -^8 de J.-C. 
I>eurs deux enfants furent épargnés, 
l'un d'eux servit en Egypte, et y fut 
tué dans un combat; Hutaïque avait 
vu l'autre à Delphes; il se nommait 
Sabinus , comme son père , < t c'est 
prubaLleroeni de lui qu'il ap|)rit l'Iiis- 
toire d'Epponine et de son mari. Ta- 
cite l'avait aussi racontée, ainsi qu'il 
nous l'apprend lui-même; mais mal- 
heureusement cette partie de son ad- 
mirable ouvrage ne nous est point 
parvenue. Cependant le peu qu'il ea 
dit d tu:> ce qui nous ceste de lui , sert 



EPP 

à rectifier le rc'cil d<; Pliitarqnc, le seul 
ancien qui nous ait transmis les détails 
de ce touchant exemple de constance 
et (le (idciite coiijii':;ale; mais (|iioi- 
qu'il les tînt, ainsi que nous venons 
de le dire, d'une source Lien pure, 
son récit n'est point exempt d'obscu- 
lile; il renferme même des inexacti- 
tudes luaniiestes. Phitarque entendait 
mal le laliu, et se montre en gênerai 
peu instruit ou ne'^li^cnt dans tout ce 
qui concerne les Koniains. Xiphilin , 
dans son abrège' de Dion Cassins , a 
aussi raconte ce trait en peu de mots. Il 
se trompe lorsqu'il avance (jue les deux 
enftnts de Sabinus furent mis à mort 
avec lui ; il nomme son épouse Pepu- 
nila, Plntarquc l'appelle Emponina ^ 
et dit que ce mot signifie hérdujiie 
dans la langue des Gaulois. Tacite lui 
donne le nom d'Epponimi, ou û' Epo- 
nina , et son autorité a ëtc univei selle- 
ment suivie. On est étonne qu'un sujet 
aussi e'miuenmicnt tragique, aussi ri- 
che en situations fortes et palhcliques, 
n'ait été traité par aucun poète cé- 
lèbre. On a une tragédie de Sabi/ius , 
par Passerat, lîruxellcs, 1695 ; une 
autre , intitulée : Sabinus et Eponine, 
par Riclier, Paris , Prault, 1 "^jS. Gha- 
tanon a aussi composé une tragédie 
& Eponine j qui fut représentée eu 
ï 762 , et n'eut point de succès ( 1 ) ; 
il la convertit en un opéra intitulé : 
Sabinus. qui fut mis en musique 
pnr Gossec, puis représenté et im- 
primé en 1773, chez Ballard , in -8 '. 
On ;i aussi traité ce sujet eu italien : 
Epponina , tragedia di Giuscppe 
Sartoli, Turin, Mairesse , i";^)']', 
il y a un opéra italien intitulé 5rt^/«o, 
composé à Venise, gravé à Vienne , 
et dont les paroles sont sans nom d'au- 

(1 L'exposition <Iu sujet ne se raisait qu'au 
troisième acte, ce qui fit dire à un plaisant sor- 
tant H la i>n «lu second : ir Je m'en vais , puisqu'ils 
«» ac veuleut pas commcuccr. • 



EPK a 19 

tenr. Dans le Recueil de V Académie 
des inscriptions , t. vi, pag. 070, 011 
trouve un Mémoire de Secousse, inti- 
tulé: Histoire de Jidius Sabinus et 
iVEpj)()nina., où les faits rapportés par 
les diiïéreiits auteurs anciens se trou- 
vent assez bien rassemblés, maisuoa 
assez habilement discutés. W — R. 

ÉPRÉMP'.NIL ( J.-J. Dl-val d), 
né à Pundichéri en 174O, était (ils 
d'un membre distingué du conseil sou- 
verain de cette colonie, qui fut ensuite 
président de celui de Madras, pendant 
le peu de temps que cette place appar- 
tint aux Français(i). Le jeune d'E- 
préménil vint en France en i 730 avec 
son père ; il y fit ses éludes , et s'adon- 
na particulièrement à la jurisprudence: 
il devint d'abord avocat du roi au châ- 
telet, acheta bientôt après une char- 
ge au parlement de Paris , où il déve- 
loppa de très beaux talents, mais se 
fit connaître surtout par des opinions 
qui ne contribuèrent pas peu au tiiom- 
])hp des principes de la révolution, 
qu'il essaya en vain de combattre 
lorsqu'il ne pouvait plus espérer de 
le faire avec succès. D'Epréménil avait 
reçu de la nature tout ce qu'il faut 
pour plaire et pour attacher ; une belle 
figure, un regard plein d'expression 
et de vivacité, un sou de voix écla- 
tant, une éloquence fleurie, mais ce- 
pendant énergique , et remarquable 
par l'ordre , la précision de ses pé- 
riodes , et la sûreté de sa logique ; 
il faut ajouter à cela des vertu-» 
domestiques non contestées, qui jus- 
tifiaient la haute estime que raéri- 
talent ses talents. Avec de pareils 

(l) Ce fui H'Kiirémenil le pure, gendre de Dn- 
jileix . qui batût Ir nabab d'Arcr.le, qui eutreprit 
le vnjrfge de (Jhandrrnigor lorsque sa tôle était 
mise a j»rii , pour uiiein connaître les princ^pei 
de la religion des Indiens, ii mourut en 17H7 On 
a de lui 1 S'ui le comntercc du NvrJ , i-Gîî. in-i?^ 
II CtTrapuTidancf sur une question pvtitit/U9 
d' Agriciill:irt , 17(11, in-ia; 111. Lxamen de ta 
Suidité et de la C-fcilé-, in-i2; IV. LeCtft « 
l'abbé 2'rubletfur l'hifloire, i^èajin-ia. 



120 E P R 

moyens on est sûr de produire le plus 
grand ciïlt. Une cause mémorable 
dans laquelle il liionipha, sans nc.ui- 
noins avoir pour lui l'assenlimeul 
d'une rigoureuse justice , comraeura 
sa réputation. Le comte de Lally, com- 
mandant les troupes du roi dans l'In- 
de , venait d'être condamné à mort 
par le parlement de Paris , comme 
traître à sa patrie, et l'exécution de 
l'airèt avait été précédée d'une barba- 
rie révoîtante ( V. Lally ). Ce trai- 
tement , qui avait pour but de forcer 
au silence le malheureux condamné, 
avait causé dans le public un efl'ct dé- 
favorable à l'arrêt , et en géiiéral les 
hommes éclairés qui avaient suivi cette 
af&ire étaient d'avis que le comte était 
mort victime d'une intrigue odieuse à 
laquelle le parlement n'avait pas su 
résister. Fort de cette opinion , le 
comte de Lally -Tollendal , fils du 
général décapité, entreprit de rélia- 
Liliter la mémoire de son malheureux 
pcpe : il demanda la cassation de l'ar- 
rêt , et appuya sa requête d'écrits éga- 
lement pleins d'éloquence et de sensi- 
bilité, qni commencèrent ainsi la bril- 
lante réputation que la conduite et les 
autres écrits de l'auteur ont si avanta- 
geusement soutenue jusqu'à ce jour. 
L'affciirc fut renvoyée au parlement 
de Normandie; celui de Paris, qui 
avait le plus grand intérêt à faire 
cchoucr les efforts du jeune comte , 
chargea d'Epréménil de défendre la 
justice de la condamnation. Celui-ci 
avait à plaider à la fois et pour Thon- 
Dcur de sa compagnie, et pour celui 
de Duval de Leyryt, son oncle, inten- 
dant de Pondichéri , dont il était hé- 
ritier , et l'un des accusateurs les plus 
;icharnés de l'infortuné Lally. D'Epré- 
ménil se rendit à Rouen , parla en 
faveur de l'aiiêt , et enleva les suf- 
frages. Le comte de Lally-Tollendal 
pu dit sa cause. Cet événement donna 



EPR 

le plus grand lustre à la re'putalion 
de d'Epréménil; mais ceux qui se pré- 
paraient devaient encore le mettre au- 
trement en évidence. 11 avait, comme 
presque toute la jeunesse, adopté les 
idées nouvelles. Il ne désirait , sans 
doute, rien de semblable à ce que la 
révolution a fait connaître ; mais il vou- 
lait des réformes immédiates, sans avoir 
assez réfléchi que ces réformes, subi- 
tement opérées, étaient un appel à 
tous les bouleversements. D'Eprémé- 
nil était un défenseur enthousiaste dos 
privilèges des parlements ; il voulait 
non seulement conserver les droits 
qu'ils avaient acquis , mais augmen- 
ter leur influence sur les destinées de 
l'état, de manière qu'ils eu fussent 
les arbitres. Ami de l'indépendance 
et de la liberté publique , il s'en 
montra le partisan comme les auti'es 
réformateurs; mais dans son opinion , 
les parlements seuls pouvaient en être 
la sauve-garde et l'appui. Ce serait 
donner une fausse idée de d'Eprémé- 
nil , si on le plaçait parmi les hommes 
prudents qui répugnaient à toute es- 
pèce de réforme : il ne se rangea dans 
cette classe à l'assemblée nationale 
constituante , que parce qu'on y sui- 
vait une marche éversive de son sys- 
tème de prédilection , et que d'ailleurs 
tout ce qu'on fesait conduisait à la des- 
truction de la monarchie et à la pros- 
cription de la maison régnante , à la- 
quelle , malgré ses violentes attaques 
contre les ministres du roi , il était 
sincèrement attaché. Ce fut sur la fin 
du ministère de Calonne et pendant 
celui de Brienne, archevêque de Tou- 
louse, qu'il savait aussi avoir l'inten- 
tion d'opérer dans l'état de grandes ré- 
formes , mais qui devaient particuliè- 
rement porter sur les parlements , 
que d'Epréménil résista avec plus de 
véhémence aux volontés de la cour : 
ou lui attribue la provocation de l'ar- 



EPR 

rt'lt' parlementaire qui demanda au 
roi la convocation des c'tats-gc'uciaux. 
11 adhéra à cette demande, et la re- 
nouvela ; mais on ne doit |ias lui en 
attribuer la proposition |)rcmi('rc(i). Le 
ministre Bricnne voulait absolument 
établir deux impôts, que le parlement 
repoussait de tous ses moyens : la sub- 
vention territoriale , que les privilc5j;ics 
devaient payer comme tous les autres 
contribuables, et une augmentation 
détaxe sur les papiers timbres. La ré- 
sistance opiniâtre du parlement aux 
édits du roi, menaçait l'état des évé- 
nements les plus funestes. M. Sallier, 
ami de d'Epre'mcnil, assure dans ses 
Annales françaises que ce dernier 
n'oublia rien pour tout concilier. 11 se 
rendit chez le garde-des-sceaux La- 
moignon, et lui dit que si les minis- 
tres voulaient engager le roi à con- 
voquer les c'tats-gene'raux pour une 
époque éloignée , et présenter un plan 
de finances pour le temps qui s'écou- 
lerait jus<[u'à la réunion de cette as- 
semblée , ils pouvaient demander d'a- 
vance des emprunts pour chacune de 
ces années, que le parlement les ac- 
corderait sans difficulté, et seconderait 
d'ailleurs de toute son influence les 
soins du gouvernement pour affqrmir 
et assurer la tranquillité [)ublique. « Le 
» garde-des-sceaux , dit M. Sallier , 
» parut frappé de la sagesse de ces 
j) propositions. 11 donna de grands 
» éloges aux excellentes vues qui lui 
» étaient proposées. 11 déclara sans 
» hésitec qu'il les adoptait sans ré- 
» serve. Il voulait , disait-il , y ré- 
» pondre d'une manière honorable et 
» solennelle ; et il ajouta que , pour 
» mettre le sceau à cette heureuse ré- 
» conciliation , l'édit serait porté au 



(i) Voyez les Annnlei française! ^ par M. Gui- 
Marie Sallier, ancien conseiller .-lu parlement, 
qui, dans ce temps, assiiU a leuUs IcsicttbérJ- 
(1UIK de »a cuiiiji.i^nic. 



E i> a 2 1 \ 

y> parlement par le roi liii-même, non 
j) plus avec l'appareil de la toutc-puis- 
» saiicc et la foiidic à la main, non 
» pas dans un lit de justice , mai-; dans 
» une séance privée, semblable à celles 
» où Henri IV venait chercher des 
» conseils avt?c tout l'ab. ndon de U 
» coiiQance et de la loyaul ;', » Cepen- 
dant, suivant l'auteur que nous ci- 
tons, le garde-des-sceaux ne tint au- 
cune de ses promesses. Aussitôt que 
d'Epréménil se fut retiré, Lamoignoii 
courut chez l'archevêque • 'e Toulouse 
pour lui faire part de ce qui venait de 
se passer et rire avec lui de la sim- 
plicité du magistrat , qui leur accor- 
dait plus qu'ils n'auraient osé deman- 
der. Les ministres s'en tinrent donc à 
leur système d'imposition, et firent 
convoquer pour le 24 novembre i ■jHt 
une séance solennelle du parlement , 
dans laquelle les princes et les pairs 
du royaume furent invités à prendre 
place. Le roi s'y rendit avec ses mi- 
nistres , et ordonna que la délibération 
sur les deux édits eût lieu en sa pré- 
sence. Plusieurs magistrats se pronon- 
cèrent hautement contre l'adoption de 
ces lois, entre autres, Robeit de St.- 
Vincent, mort depuis chez l'étranger 
{V . Robert de Saint-Vincent); nuis 
de tous CCS orateurs, d'Epréménil fut 
celui dont l'éloquence persuasive , qui 
paraissait dictée par le véritable amour 
de la patrie , fit le plus d'ellèt sur le 
roi. Il pressait sa majesté d'accorder 
à la France ses états-généraux et de 
retirer ses édits, et il parla avec tant 
de force et d'adresse, qu'on vit le mo- 
ment oîi le bon Louis XVI se laissait 
vaincre. 11 résista cependant ; mais il 
avoua le lendemain à l'archevêque de 
Paris qu'il avait été sur le point d'a- 
bandonner les résolutions de son con- 
seil et d'accorder ce qu'on lui deman- 
dait. Le parlement, voyant l'inutilité 
de SCS cffortSj ne garda plus de mesure, 



*52 E P R 

vt d'Epremenll n'y prit que trop de 
part. Instruit qu'on impriiuyil lesedits 
créateurs de la tour plciiirre et des 
prends baiiiiaces, il vint à bout de sé- 
duiie à ])rix d'argent les inipiimeurs, 
et ohlinl d'eux lis e'preuves de ces 
Jois , les lut .m parlement , toutes les 
chambres assendjie'es , saps ftiire n)^ s- 
tcrc des moyens qu'il a\ait em- 
ployés pour se les proeuror. Sichant 
qu'il allait être aric'e, \\ se réfugia au 
parlement, qui e'nit en permanence 
nuit et jour. La lettre de cachet portait 
l'ordre de s'emparer de sa personne 
au milieu du parlement même. I.e 
marquis d'Agoust, charge de celte im- 
portante arrestation, somma le p;ési- 
deiit de lui indi(|uer son juisonuier ; 
il refusa. Ses interpellations ayant été 
plusieurs fois réitcie'es, beaucoup de 
voix re'pondirent : « Arrêtez-nous tous, 
1» car nous sommes tous M. d'Epre- 
» mcnil. » Enfin, le marquis somma 
un officier de robe-courte de le lui 
faire connaître ; celui-ci répondit qu'il 
lie le voyait pas. Enfin d'Epréménil , 
ne voulant point compromettre le gar- 
de , se livra lui-même avec beaucoup 
de sang froid, en protestant contre la 
violence qui lui et it faite dans le tem- 
ple même de la justice. La scène qui eut 
lieu au parlement jusqu'à la remise du 
privonnier dans les mains du marquis 
d'Acoust, dura vingt-quatre heures. 11 
fut conduit dans I île de Ste.-Margue- 
rite, mais accompagné des vœux et 
des bénédictions du peuple, qui, peu 
d'années après, devait le traiter li'une 
manière bien différente. Rappelé à Pa- 
ri> ajjrés le changement de système, 
il fut nommé député aux élats-géné- 
raux par la n( blesse de la ville de Pa- 
ris, ( t nioniva, à défendre les principes 
de l'ancienne monarchie , l'énergie 
qu'il avait manifestét dans ses attaques 
contre les ministres avant la réunion 
de ces fameux états ; dont il avait été 



EPR 

tin des plus ardents provocateurs. Il 
invita le comte de Lally-Tollendal . qui 
était devenu un de ses collègues dans 
la chambre de la noblesse, à oublier 
leur rivalité et à réunir leurs communs 
efforts [)Oiîr la défense de la monar- 
chie; mais la nuance qi\i se trouvait 
dans leurs opinions politiques ne leur 
pniiiit pas de s'entendre, et ces deux 
amis du roi ne purent pas suivre la 
même bannière. Avant la réunion des 
ordres, il prononça dans la chambre 
de la noblesse un discours dans h quel 
il compara la conduite du ti( rs-état à 
celle des communes d'Angleterre sous 
Charles L''.; mais, après la réunion, 
on le vit rarement à la tribune. 11 y 
prononça peu de discours suivis. On 
l'apercev.iit scuiemeut s'agitant à l'ex- 
trémité droite de la salle, où se pla- 
çaient ordinairement les plus zèles dé- 
fenseurs des anciens principes; et de 
là il lançait quelquefois, contre les dé- 
putés de l'extrémité gauche , des sar- 
casmes très piquants, qui excitaient 
souvent des rappels à l'ordre dn parti 
populaire et les huées des tribunes 
publiques. 11 en voulait surfout à Mi- 
rabeau , et ses amis pensaient qu'il 
était djgne de se mesurer avec luij 
mais, sûr d'être improuvé toutes les 
fois qu'il prendrait la parole , et ne 
pouvant résister lui-même à la vé- 
hémeuce de son caractère , il n'osa 
jamais engager sérieusement une pa- 
reille lutte. Il combattit honorablement 
tous les décrets qui tendaient à avilir 
l'autorité royale , ou à compromettre 
ses salutaires prérogatives, et particu- 
lièrement celui qui déterminait impni- 
demrnent les circonstances dans les- 
quelles le monarque pourrait être dé- 
chu du trône ( rwy- Thouret ). 11 dé- 
fendit les parlements de Bietagne et 
de Languedoc , poursuivis par l'assem- 
blée pour désobéissance à ses décrets. 
Il ne craignit pas alors d'entrer eu 



y 



EPR 

cAi.imp clos et de faire valoir tons sm 
mi>' «'lis. Qii<)i(|ii'i! lût sûr de succom- 
ber, i! ciiit dt voii' cet liotntnige à la 
mciiioire de ces ^r.inds corps, fni'il 
croNait le>> |) us solulcs appuis du pou- 
voir inonarcliicpie, cl pour 'es intérêts 
deMjuels il ;nait bravé l'antoiilo du 
roi lui-niêiuc. En 17^^71 «rEpreinoiiil 
s'était acquit la répnt;ttion d'un deina- 
gog le ; le peuple l'av.iii porté en 
trio"iphe; 1 u «790 , 00 l'entendit de- 
mander que ra>seuiblce se rendît en 
corps an[)rès du roi , et le suppliât de 
rentrer d :ns la plénitude de sa puis- 
sance , telle qu'elle existait sous ses 
prédécesseurs; et eu 179', il sortit 
de l'assemblée , après ivoir protesté , 
comme un grand nombre de ses collè- 
gues, contre tout ce qu'elle avait f.it 
depuis la réunion des oidres. D'Epré- 
méiid, qui s'accusait d'avoir été un 
des premiers provocateurs de la ré- 
volution , crut son honneur intéiessé 
à en braver tous l<s événements. U 
resta à Paris jusqu'au jo a ût 179'i, 
et eut la hardiesse, ou plutôt l'impru- 
dence, d'aller, quelques jours avant la 
catastrophe, affronter les groupes de 
furieux qui se préparaient à l'attaque 
ducliàteau des Tuileries. Il fut recon- 
nu, et frappé de plusieurs coups de 
sabre, fia popuhce voulait le mettre 
en pièces , un garde national l'arracha 
des mains de ses assassins, le maire 
Pélion le prit sous sa protection et 
le fit porter tout sanglant dans un lieu 
de sûreté, où il reçut de lui ces paroles: 
« Comme vous, Monsieur, je fus l'i- 
» dole du peuple. » Apres le 1 o août , 
il se retira dans une terre qu'il avait 
près du Havre, croyant qu'il y serait 
oublié ; mais les odieux .igeiits de la 
révolution, qui ctierchaient des victi- 
mes partout, surent !e découvrir dans 
sou asyle , et le conduisirent en qua- 
lité de suspect dans la prison du Luxem- 
bourg, où l'a vu le rédacteur de cet 



EPR 225 

arliclc. Il y avait conservd une séré- 
nité d'ame parfaite et mêrnr des ma- 
nièr(!s gaies , qui d'ailleurs étaient com- 
munes a fo'is les proscrits de ce temps- 
la. D'Epréménil était un liomme trop 
remaicpiable pour être long-tempscon- 
silcré comme simple suspect. I fut 
bieniùt transféré à la Coneii rgerie et 
livré au tribunal révolutionnaire, qui 
le condamna à mort le -t j avril 1 71)4 p 
le même jour que Cliapelier, son col- 
lègue a l'assemblée constituante , mais 
qui y avait soutenu un tout autre 
système. On les conduisit au sup- 
plice sur la même charrette. Un 
moment avant de partir, il s'é'nblifc 
entre eux une courte conversation. 
« Monsieur , dit Cliapelier , on nous 
» donne dans nos derniers moments 
» un terrible problème ci résoudre.— 
» Que! probiêmc? répondit irEprémé- 
» nil. — C'est de s voir, quand nous 
» serons sur la charrette, auquel des 
» deux s'adresseront les liiiéis. — A 
» tous les deux, reprit d'Epi émènil. » 
Avant de mourir, il croyait avoir jné- 
rité toutes 1. s humiliations. U disait que 
si Louis XVI l'eu fiit pendre, il lui 
eût rendu justice. D'Epréméni! fut un 
d-.'S frondeiu's les plus déterminés de 
la cour et même un de ceux qui ne 
ménageaient ]ias !a reine , et il croyait 
en cela agir pour le bien public. La prin- 
cesse, qui sav.iitce qu'il disait d'elle, 
l'épondit un jour à sa marchand • de 
modes qui lui présentait une coiffure 
nouvelle : « Je la prendrais volontiers, 
» m;^is il fiudrai; aiip .ravaul ra'obte- 
» nir de M. d'Epréménil l'agrément 
» delà porter. » D'Epréménil était un 
des zéiés partisans du migiiéti^me. H 
fut un homme de bien, qui eut h' mal- 
heur de se tromper dans celui qu'il 
voulut faire, mais dont les inten- 
tions mériteront toujours des élo- 
ges. On lui attribue les Remontran- 
tes publiées par le parlomeot au 



224 EQU 

mois de janvier 1 788 , el il est l'auteur 
de deux écrits iuliUilcs : Nullité et 
despotisme de l'assemblée nationale^ 
et De l'État actuel de la France, 
I '-90 , et d'un Discours dans la eau 
se des map;istrats qui composaient 
ci-devant la chambre des vacations 
du parlement de Bretagne, 1790, 
in-8'. B— u. 

EQUICOLA ( Mario ), historien 
et philosophe italien , iiarpiit vers 
1 460 à Alveto , village du pays 
qu'on nomme gti Equicoli , d'où il 
prit lui-même son nom. 11 fit ses 
(itudcs dans l'université de Naplcs, y 
fut reçu docteur en droit , et fut en- 
suite alt.iché à différents princes, en- 
tre autres , au duc de Ferrare, Al- 
phonse 1"''. selon les uns , et selon 
d'autres Hercule \".; ceux-ci pen- 
sent qu'Equicola était à la cour de 
Ferrare en 1490 quand Isabelle 
d'Esté épousa François de Gonzague, 
marquis de Mantoue , et qu'il la sui- 
vit dans sa nouvelle principauté. Le 
Baudello parle de lui dans une de 
ses Nouvelles ( partie I"". , Nou- 
velle 5o ), comme d'un homme d'un 
commerce très doux, plaisant, facé- 
tieux, beau parleur, et qui ne lais- 
sait jamais manquer de bons mots les 
sociétés oli il était reçu ; mais il rap- 
porte un de ces bons mots qui est 
pius sale que plaisant. Equicola com- 
posa dans cette cour son meilleur ou- 
vrage, intitulé: i Comentarj délia 
Istoria di Mantova, qu'il y publia 
on 1 52 1 . Benedelto Osanna en donna 
en 1608 une édition corrigée. Le st)le 
de cette histoire manque de force et 
d'élégance ; mais l'auteur, qui prit la 
peine de se bien instruire des faits, eut 
le mciilc de réfuter le premier les er- 
reurs et les fables dont les précédents 
historiens de ]Mantoue et même Pla- 
tina éinicnt remplis. U fit en i5yi 
uu voyage en France à la suite de la 



EQU 

princesse Isabelle, et il a laissé une 
description de ce voyage. Cet opus- 
cule est très rare. Il porte pour pre- 
mier litre: Marius Equicola Ferdi- 
nando Go?izagœ Fran. mardi. Man- 
Xuœlllljilio. S.D.P. , et, quelques li- 
gnes après, pour second titre : D. Isa- 
bellop. Estensis Mantuœ principis iter 
per Narbonensem Galliam,per Ma- 
rium Equicolam. Il est sans nom de 
lieu et sans date. 11 écrivit aussi une 
Apologie contre les médisants de la 
nation française ; elle a été traduite 
en français par Michel Rcte , Paris , 
i55o, in-S**. Tafuri, dans ses écri- 
vains du royaume de Naples , tome 
111, part. I, attribue à Equicola un 
grand nombre d'autres ouvrages ; les 
deux plus connus sont ses Istituzioni 
al comporre in ogni sorte di rima , 
imprimées après sa mort en i54i, 
et son livre intitulé Délia natura 
d'Amore , qu'il pubha lui- même eu 
i5'i5. U l'avait écrit en latin dans 
sa jeunesse , et le traduisit ensuite 
lui-même en italien. Il a été mis eu 
français par Gabr. Chappuis, Paris, 
i554 , in-8'.; Lyon, 1598, in- 12. 
Cet ouvrage est divisé en six livres ; 
l'auteur y traite doctemeut et métho- 
diquement toutes les questions de la 
philosophie d'amour, qui était alors 
fort à la mode. Le premier livre est 
assez curieux; il contient des notices 
sur tous les auteurs qui avaient écrit 
avant Equicola sur le même sujet , 
soit en vers, soit en prose, Guitton 
d'Arezzo, Guido Cavalcanti, Dante, 
Pétrarque, Boccacc , et avant lui le 
poète français Jean de Meun , auteur 
du roman de la Rose. La notice donne 
une idée du plan et du contenu de ce 
roman célèbre. Jean de IMeun y est 
beaucoup loué; mais le bon Equicola 
regrette qu'un si noble auteur se soit 
déshonoré lui-même en déchirant, 
comme il le fait, les dames, et ca laa- 



ERA 

Ç,int contre elles des traits mordants. 
J>e Top[)i, d.uis sa Bibliothèque napo- 
lilaine , altri'oiic à li([uicola iiuc es- 
pèce d'histoire des rcli|^iotis an- 
ciennes et de la religion callioliqiie, 
écrite en lalin sous ce titre : Libellas 
in quo traclalur unâe antiqaorum 
latria et vera calholica reli'^io in- 
crementum stunpserunt , iian epis- 
told Ansehni Slocklii eqiiilis à quo è 
tenebris erutus , cnstif^atus et pro- 
mulsatus est, Munich , i585, in- 
4". Nous n'avons trouve' l'indication 
de cet ouvrage dans aucun des autres 
auteurs italiens que nous avons pu 
consulter sur Maiio Equicola. G — É. 
ERACIdUS, peintre romain du 
lo". ou du i i". siècle, rae'i iîe (rèlrc 
connu, à cause d'un ouvrage, partie 
en vers , partie en prose , intitule Do 
artibus romanonim, oh il traite de 
différents arts, et notamment de la 
peinture. La rareté' des exemplaires 
manuscrits de cet ouvrage est sans 
doute la cause de l'oubli où Eraciius 
est demeure' pendant lor/g-(emps. Mi 
Fabriciiis, ni Saxius, n'ont lait mention 
de lui. Les auteurs du Catalogue des 
Manuscrits de la Bibliothèque rojale 
de France, ayant donne, en yj!\\, 
le titre de son traite', d'après l'exem- 
plaire conserve dans nutre "bihliolhè- 
que , cette publication appel i l'atten- 
tion des savants. Le Traiic De arti- 
bus romanorum , a été imprimé pour 
la première fois <a Londres, en 1781, 
dans l'ouvrage de M. Uaspe , intitulé : 
y/ critical Essai oa oil Paintins , 
o après un manuscrit mouis com- 
plet que le nôtre. Eraciius traite de 
l'art de sculpter le verre, de l'art de 
peindre les vases d'argile avec des ver- 
res de couleur piles , et employés 
comme matière colorante • de la pré- 
paration des laques pour la peinture à 
la détrempe , iIc. Il paile de la pciu- 
iure à l'buile : de omnibus coloiibus 

xm. 



ERA 2^5 

oleo dislemperalis. Il traite aussi de 
la pcinluro >ur verre, dans un chapitre 
intitulé : Quomodo pin^ere debes in 
vitro , qui ne se trouve point dans l'é- 
dition de M. lîaspe. Ces deux circons- 
tances doivent inspirer le désir de sa- 
voir à quelle épofpie il vivait. C'est , 
dit - il lui - même, dans un temps oîj 
Rome était livrée à de honteux dé- 
sordres , où les bonnes études , les 
arts et les mœurs y étaient tombés 
daus un égal mépris. Ce tableau ne 
peut se rapporter aux pontificats d'A- 
drien l"'". , de Léon 111, de Pascair"". , 
de Léon IV, d'Adiien III , qui fon- 
dèrent et cml)clliient, par tous les 
moyens que pouvait offrir leur siècle, 
tant de riches monuments , et il con- 
vient parfaitement aux temps dejcaa 
XI, de X-an XI II , de Jean XlX , de 
Benoît IX. On peut croire d'après cela 
qu'Eraclius vivait à la fin du lo'. siè- 
cle , ou vers le commencement du 1 1''. 
Sa latinité barbare en est aussi une 
preuve. La peinture sur verre ne pa- 
raît pas reîuonter au-delà du règne de 
Charles-le-Chauve. Quant à la peinture 
à l'huile , Eraciius n'en parle qu'en 
traitant de la manière de peindre des 
colonnes ou des murs , à l'imitation du 
marbre.Son témoignage, s'ilétaitisolé, 
serait par conséquent de peu de valeur, 
en ce qui concerne l'art de peindre 
des figures. Celui de Théophile, qui 
vivait dans le même temps , le cor- 
robore; mais sans diminuer le mérite 
de Jean de Bruges. ( f'oy. Theophilk 
et Jean van Eyck. ) E — c D-d. 

ERARD ( Claude) , avocat , mort 
en 1700, fut un des ornements du 
barreau de Paris au 17". siècle. Ses 
plaidoyers furent publiés d'abord en 
169'^ iii-8'., et réimprimés avec de* 
augmenlitions, Paris, 1754, in-8\ 
Le plus e('!èbre de ses Mémoires est 
celui qu'il iii pour le duc de M.izariu , 
contre Horlcnsc Mancini , sa femme , 

|5 



226 E R A 

qui Ysvail quitte pour se retirer en An- 

glclcrrc. Z. 

EHARIC, roi des Ostroj;oths , était 
le clicf lies Rii;;icns , peuple qui avait 
accoinpagiie'Tliéodoricon Italie; il fut 
ëieve' par eux sur le troue en 54 1 , 
après la mort d'Ildebalcl , sou prcdc- 
cesscur , assassiné dans un repas. A 
cette e|)oquc , la monarchie des Ostro- 
gollis était ebranle'e par les conquêtes 
de Béiisaire. Elle ne comprenait plus 
que les provit-ces situées sur la rive 
gauche du Po. Eraric , ne se sentant 
point assure' de l'amour ou de la con- 
siJe'rittiun de ses sujets , entra eu traite' 
avec Justinien, pour lui livrer le reste 
de ses provinces; il demandait la di- 
gnité de patrice et une somme d'ar- 
gent; mais avant que sa négociation 
ftit terminée il fut tué par les Goths, 
etTolila, gouverneur de Trévise, fils 
d'un frère d'ildebald , lui fut donné 
pour successeur. S. S — i. 

EUASISTRATE , célèbre médecin 
grec , naquit à Julis , dans l'île de 
Céos, et non dans celle deCos, comme 
le prétend à tort Etienne de Byzance, 
qui , trompé par la ressemblance des 
noms , a évidemment confondu ces 
deux îles. Pline nous apprend que la 
mère d'Erasistrate était fille d'Arisfote. 
Après avoir pris les leçons de Chrv- 
sippe de Gnide , de Métrodore et de 
Théophraste , Erasislrâte vécut quel- 
que temps à la cour de Sélcucus Ni- 
canor, roi de Syrie, auprès duquel 
il parvint à la plus haute faveur par 
une cure extraordinaire , dont plu- 
sieurs auteurs nous ont conservé les 
détails. Stratonice, seconde femme de 
Séleucus , était éperduement aimée 
d'Antiochus, son beau-fils. Ce jeune 
prince , ne voulant confier sa passion 
à qui que ce soit, perd la sauté et finit 
par tomber dans un état de langueur 
déplorable , dont ou ne pei;t décou- 
vrir la cause. Plusieurs médecins sont 



ERA 

appelés : Erasistratc fut le seul qui , 
observant avec soin le développement 
des symptômes de la maladie , remar- 
qua que toutes les fois que Slifitonice 
entrait dans la chambre d'Antiochus, 
ce prince éprouvait un trouble ex- 
traordinaire, earaeiéiisé par la rongeur 
du vis.ige, l'expression ])Iiis animée 
des veux, une légère moiteur à la peau, 
le tremblement des membres, et de 
violentes j/alpitalious de cœur ; qu'en 
outre, ce trouble ue se manife.slait à 
la vue d'aucune autre femme, et qu'il 
se calmait peu à peu après que la prin- 
cesse s'était retirée. Erasiiti ate ne dou- 
tant plus de la passion secrète d'An- 
tiochus ])Our sa belle-mère, songea à 
en insiruire le roi; mais, comme il 
avait à cœur de rendre la sauté à son 
malade, il crut devoir user de stra- 
tagème dans une circonstance aussi dé- 
licate. Il déclara donc à Séleucus que 
la maladie d'Antiochus était incurable, 
parce que ce jeune prince avait une 
passion violente pour une femme qu'il 
ne pouvait jamais posséder. « Quelle 
» est donc celte femme , dit le roi 
» étonné? — La mienne , réjiondit le 
» médecin. » Séleucus le |)r(ssant 
alors d'en faire le sacrifice pour sauver 
la vie h son fils, Erasistrale dcm.mda 
au roi s'il céderait Stratonice au jeune 
prince dans le cas où ce dernier en 
serait amoureux; et, sur h réponse 
affirmative du roi, Erasistrale ne lui 
cacha plus que c'était l'unique moyen 
d'arracher Ânliochus des bras de la 
mort. Aussitôt, Séleucus déclara son 
fils roi des provinces de la Haute-Asie, 
et lui douua Stratonice en mariage , 
quoiqu'il eu eût déjà un enfant. Le 
prince guérit , et cette cure brillante 
valut an médecin de ma;nifiques ré- 
compenses. Ce trait de sagacité d'E- 
r.^^istrate a plusieurs fois exdcé l'art 
de la peinture. 11 paraît que, dans sa 
vieillesse, Erasistrale renonça à la pra- 



ERA 

tique (Ida raeilccinc, et vc'ciit à Alexan- 
drie dans l'iiulc'peiuliiiice, iifin de con- 
sacrer entièrement ses loisirs aux spé- 
culations théoriques , et surtout à l'é- 
tude de l'anatoniie. Pierre Castcllnn 
raconte, on ne sait trop sur quelle au- 
torité, qu'Erasistrate étant avancé en 
â^c et attaqué d'un ulcère incurable 
qui l'avait jeté dans le marasme , s'em- 
poisonna avec le suc de ciguë. Il fut 
inhumé auprès du mont Mycalc , vis- 
à-vis de Samos; ce qui a fait croire 
à rcmpercur Julien qu'Erasistrate 
avait pris naissance dans cette ville. 
Son savoir et sa probité lui acquirent 
tant d'amis et de sectateurs , qu'il fut 
généralement regardé comme le pre- 
mier anatomiste et le plus grand tliéo- 
ricien de son temps. 11 s'était exercé 
sur un grand nombre de sujets, tels 
que l'anatomic, l'hygiène , les fièvres , 
les plaies , les causes des maladies, 
leur traitement, les médicaments et 
les poisons; il avait, en outre, écrit 
un livre indiqué par vVlhcnée sous ce 
titre : îliol TtiÇ y.y.r b)iOv izoxy^cirzixç. 
Il est fâcheux qu'aucun de ces ouvra- 
ges ne nous soit parvenu. Il en résulte 
qu'on ne peut guère juger de la doc- 
trine d'Erasistrate , que d'après les 
fragments que Galieu et Caîlius Aure- 
lianus nous ont conservés. Ses travaux 
en anatomie éclairèrent beaucoup cette 
partie de la science , qui était encore 
très obscure à l'époque où il vivait. 
L'avantage dont il jouit le premier , de 
disséquer des cadavres humains , le 
conduisit à plusieurs découvertes : il 
donna, entre autres, une description 
du cerveau et des nerfs beaucoup plus 
exacte que celle de ses prédécesseurs : 
il combattit avec force l'opinion de 
Platon sur le prétendu passage des 
boissons dans la trachée-artère. Mais 
c'est à tort qu'on l'a aecusé d'avoir 
porté l'instrument anatomique sur le 
corps des criminels vivants : ou ne 



E R A 227 

trouve dans les auteurs anciens au- 
cun indice qui prouve qu'Erasistrate 
ait satisfait une aussi barbare curio- 
sité. Celse est le seul qui adresse co 
reproche aux médecins de la sccfo 
dogmatique , qu'Erasistrate suivait en 
partie ; mais il est probable que les 
opinions de cette secte furent exagé- 
rées ou dénaturées par les empiri- 
ques , leurs antagonistes déclarés. Si 
Erasisirate eût réellement disséqiiédes 
hommes tout vifs , serail-il tombé dans 
l'erreur de croire que les veines seules 
contenaient le sang , et que les artères 
étaient destinées au passage de l'esprit 
ou de l'air , qu'elles recevaient des 
poumons au moyen de la respiration? 
Weùt-il pas été conduit directement à 
la découverte de la circulation har- 
véicnne? Il avait une extrême vé- 
nération pour Hippocrate, et, lors- 
qu'il lui arrivait de s'écarter des 
opinions de ce grand homme , il 
n'en prononçait j unais le nou) , mais 
se contentait de réfuter les plus zé- 
lés de ses partisans. La pathologie 
lui doit aussi plusieurs théories qui 
ont eu beaucoup de vogue , même 
dans les temps modernes. Quant à sa 
pratique, elle différait singulièrement 
de celle de ses prédécesseurs : ainsi il 
rejetait les purgatifs, les raédioamenis 
compliqués , les antidotes et les abns 
de la saignée; mais il recommandait 
l'app'ication des préceptes de l'hygiène 
et l'usage des moyens simples quB 
fournit la diététique : par exemple, il 
combattait la pléthore par l'abstinen- 
ce, l'exercice et les aliments tirés 
du règne végétal. Il était surtout l'en- 
nemi déclaré des médecins empiri- 
ques , qui traitaient les maladies sans 
avoir égard à leurs causes. Jl fut le 
chef d'une école long-temps célèbre, 
qui fleurit principalement à Smyrne, 
et dont les nombreux disciples , sous 
le nom diErasistratécns , se succé- 
i5.. 



a 28 ERA 

dèrcnt jusqu'au temps de Galion , 
c'est-à-dire, pcndaut plus de quatre 
cents ans. H — n — n. 

ERASME (Didier) , naquit a Rot- 
terdam , le 28 octobre, \\G'], du 
commerce iilcgiliiue d'un bowrgroisdc 
Gouda, nomme Gérard; et de Mar- 
guerite, fille d'un médecin de Sevein- 
berghe, en Jjiabant , nomme Pierre. 
Son père, persécute par sa famille , à 
raison de cet atlachoment, s'était rc'- 
fugie à Rome, où, sur la fausse nou- 
Tellc de la mort de celle qu'd aimait, 
iJ s'engagea dans les ordres sacres. De 
retour dans sa patrie, s'il ne put ré- 
parer sa faute par une union légitime , 
il consacra les dernières années oe sa 
■vieàréJucationdc sesenfants. Erasme 
(car c'est le nom que prit depuis le 
jeune Gérard, comme ayant en grec 
à peu près le même sens que Gérard 
dans sa langue ), Erasme fut placé de 
bonne heure en qualité d'enfant de 
chœur dans la cathédrale d'Utrccht, 
où il resta jusqu'à l'âge de ni'uf ans. 
De là, il passa dans l'école de Déven- 
ter, alors très florissante, où ses pro- 
grès furent assez rapides , pour faire 
augurer à ses maîtres qu'il serait un 
jour la lumière de son siècle. Il avait 
quatorze ans lorsque la peste lui enleva 
sa mère, à laquelle son [lère ne survé- 
cut pas long-temps, A dis - sept ans , 
il fut forcé par ses tuteurs , qui avaient 
dissipé sou bien , à prendre l'habit de 
chanoine régulier , dans le monastère 
de Stein , près de Gouda. L'état mo- 
nastique était peu convenable à l'indé- 
{)endauce de son caractère et à la fai- 
jlessedeson tempérament; cependant 
il aurait surmonté ses dégoûts s'il avait 
pu y satisfaire sa passion pour l'étude. 
Il y composa néanmoins quelques ou- 
vrages, et charma ses ennuis par la 
culture des arts. On voyait autrefois à 
Delft un crucifix, peint par lui, avec 
ceUe iuia'ipiioû : « N.c uiépiiscz pas 



ERA 

» ce tableau , Erasme l'a peint lor*» 
» qu'il était d^ns sa retraite d<: Slt in.» 
Un heureux événement vint nictlre un 
terme à sa captivité. Sur la réputation 
de ses talents , Henri de Hergue, évc- 
que de Caudjrai , l'appel.i auprès de 
lui , pour le mener à Rome. Le voyage 
manqua, mais Erasme, au lieu de re- 
tourner dans son couvent, obtint de ce 
prélat la permission d'aller se perfec- 
tionner à Paris. On lui avait obtenu 
une bourse au collège de IMontaigu; il 
y fut si mal logé et si mal miurri , que 
son tempérament en demeura altéré le 
reste de sa vie. Sa ressource fut de 
donner des leçons particulières ; il 
surveilla les études d'un jeune gentil- 
homme anglais , nommé Moutjoyc , 
qui de son élève devint son Mécène. 
H en trouva bientôt un autre dans une 
dame généreuse, nommée Anne de 
Borsselen , marquise deTccre,dont 
les bienfaits le mirent en état de faira 
divers voyages. Attiré par milord 
Montjoye en Angleterre, il se lia avec 
les premiers savants du pays , et s'y 
fit des amis distingués, qui lui don- 
nèrent l'espoir d'un établissement 
avantageux ; mais ces promesses ne 
s'étant pas réalisées, il passa en Italie, 
où il désirait aller depuis long-temps. 
11 séjourna près d'un an à Bologne, y 
])nt , en i5o6, le bonnet de docteur 
en théologie, et s'y trouva lorsque le 
pape Jules II y fil son entrée. Ce fut 
dans cette ville que , pris pour chirur- 
gien des pestiférés , à cause du scapu- 
laire blanc qu'il avait conservé, il fut. 
poursuivi à coups de pierres, et cou- 
rut risque de la vie. A cette occasion , 
il écrivit à Lambert Bruni , secré- 
taire de Jules II, pour demander la 
dispense de ses vœux, qu'il obtint. 
Do Bologne , il alla à Venise , où U 
demeura chez le célèbre Aide Manuce , 
qui imprimait alors ses ouvrages, et 
eu ;re aulAQS ses Adages. De là, il se r cun 



ERA 

dit à Piidoiic, pour y diriger les ctiulcs 
d'Alcx.iiidic, arclKVC(|iic de Sl.-Andrc 
et ûh iialiircl de Jan|ucslV, roi d'E- 
cosse, Depuis ioiij,^ - tirujis ii brûlait 
d'euvic de voir Rouie, oii sa r('|nita- 
tiou l'avait devance; il prt/fila , pour 
sali>faire ce désir, d'uu voyat^e (juc 
son pupille fit à Sienne, et fut accueilli 
de la manière la plus distinguée , par 
le pape, les caidinaux , et entre autres 
par Jean de INIedieis, (pii lui depuis 
pape , sous le nom de Lc'ou X. On lui 
lit les propositions les plus llatteuscsj 
t)u lui ofli it même la place de péniten- 
cier , dont les revenus étaient considé- 
rables, (u la lui [iresentant cmmeun 
degré sfulement pour parvenir à la 
plus haute élévation j mais il avait pris 
i\vs engagements avec ses amis d'An- 
gleterre , qui lui faisaient espérer les 
]i!us grands avantages, surtout depuis 
î'avéncment d'Henri \\\l , avcclcquel 
il avait contracte' une étroite liaison , 
lorsque ce monarque n'était encore que 
prince de dalles. En conséqui-nce , 
lorsque l'archevêque de St. -André eût 
qniflé l'Italie, Erasme en sortitaussi, 
tt fit, en i5o9, le voyage d'Angle- 
terre. Tliomas Morus, depuis grand 
chancelier, liy donna lui appartement 
dans sa maison. Il avait fait connais- 
sance avec lui , lors de son premier 
séjour à Londres. « Erasme , disent 
» des auteurs dont l'autorité n'est pas 
» d'un très grand poids ( Vanini et 
» Garasse), s'étant présenté à lui sans 
» se nommer, Morus fat tellement 
» charmé de sa conversation , qu'il 
>• s'écria : On vous clés un démon 
» on vous êtes Erasme. ? » Ce fut '.h 
qu'd composa , en liuit ioui's de temps, 
son Eluiie île la Folie. Après un 
voyagea l'aris, en i5io, il retourna 
encore en Angleterre , enseigna publi- 
quement dans les universités d'Oxford 
et de Cimbridge ; mais les ressources 
(^ii'il y trouvait étant loin de répondre 



aux espe'rances qu'on lui avait don- 
née-, parce que la ;;iierreavec la France 
et l'Kco'.sc nu tt.iit obstacle à la libé- 
ralité de ses l\!éecnes , et qu'Erasme 
n'était ni avide ni importun, il euif- 
ta le pays, non pour toujours, car 
il y fil depuis plusieurs autres petit<ï 
voyages, et ne cessa de parler avec 
reconnaissance de l'acrueil qu'il y 
avait reçu , et avec attendrissement 
des bienfaiteurs et des amis qu'il y 
avait laissés. Au sortir d'Aui^'elerrc, 
il se rendit à Bruxelles, où il fit sa 
cour au chancelier Sauvage, qui s'était 
déclaré son protecteur. Sa vie ne fut 
qu'une suite de courses continuelles 
jusqu'en i5'2i , qu'il alla se fixer à 
jjàle , afin d'être plus à portée de sur- 
veiller l'impression de ses ouvrages , 
qui se faisait chez Froben, son ami. 
Ce fut là qu'il publia , en i5i6, sa 
première édition du Nouveau- TeS' 
tament , qui paraissait pour la pre- 
mière fois en grec (t;. Léon X venait 
d'être ])lacé sur le saint siège; Erasme, 
qui l'aviit connu cardinal, lui écrivit 
pour le féliciter sur son exaltation, et 
pour lui demander la permission de 
lui dédier cet ouvrage. Ce pape , non- 
seulement la lui accorda , mais ap- 
prouva même la -i.^. édition , publiée 
en i5i8, quoique la nouvelle version 
latine qui l'accompagnait eût été atta- 
quée par plusieurs docteurs catholi- 
ques (2). Les successeurs de Léon X 
ne lui témoignèrent pas moins d'es- 
time. Adrien VI , qui avait été son 
maître de théologie , et qui depuis 
avait voulu lui faire donner une chaire 
à Louvaiu, reçut ses lettres de félicita- 
tion avec politesse, lui fit une réponse 



fi^ Le Nouveau-Testament Rrec de la Poly/'Jote 
<)°AlcaIa était imprimé tics 15141 mais il ne fut 
jtuIiHé qu'eu kv^,?.. 

(i^ Un trouve Jant les Amtrnilalet Ltlter. de 
Schelhorn , uni^ pièce curieuse sur cette serondo 
édition , dont les notes renferment , contre le» 
Hnoines et les tliôolofjiens , des déclama lion», ^u» 
»euil>knl bien dcpUcéei. 



23o ERA 

ol)lip;o,intc,Iiii adressa des brefs, cl le 
pressa do venir à Rome jiour y com- 
ballre les ciiDeinis de ^l'Ej^lise , on 
]ui offrant une existence honorable^ 
Clément Vil le traita avec la même dis- 
tinction. Les travaux d'Erasme avaient 
ctélon£:;-temps sans récompense, lors- 
<jnc Charles d'Autriche, souverain des 
JPays-ljaSjdepiiiscmpeieursous le nom 
de Charles-Quint, et dont il avait éle 
S'jr le point d'cire le prc'ccpleur , le 
fit son conseiller , et lui donna une 
pension annuellcdc 200 florins, Henri 
Mlll, F'erdinand, roi de Hongrie, Si- 
gismond , roi de Poloç^ne, et plusieurs 
autres princes , essayèrent en vain de 
l'attirer à leur cour. Les sollicitations 
de François I". furent encore plus 
pressantes : ce monarque venait de 
fonder le collège de France, et dési- 
rait vivement mettre Erasme à la tète 
de ce nouvel établissement; deux fois 
il lui fit offrir des pensions et des bé- 
néfices capables de le décider. Mais 
l'élévation de Charles-Quint à l'em- 
pire avait allumé entre les deux rivaux 
une haine irréconciliable, et, malgré 
son amitié pour le savant Budé cl 
son penchant pour la France , Eras- 
me ne crut pas devoir accepter les 
propositions d'un ennemi de son prin- 
ce nalui'cl. Au reste , il est bon de 
remarquer , pour l'honneur des let- 
tres , qu'Erasme conserva toute sa vie 
une profonde reconnaissance des dis- 
positions favorables du roi de France, 
qu'il osa donner des preuves de sa vé- 
nération pour ce prince dans le temps 
de ses plus grands malheurs, et, après 
la bataille de Pavie, conseiller pubii- 
qucmenl à son maître d'user de sa vic- 
toire avec générosité. La réforme com- 
mençait alors , et l'on ne peut nier 
qu'Erasme ne montrât d'abord quel- 
que pcnchr.nl pour les principes de 
Luther. Il y eut entre ces deux bom- 
mcs célèbres un commerce poli; mais 



ERA 

bientôt le fongueux Lulbcr ne put 
pardonner à Erasme ce qu'il appelait 
sa tiédeur. Celui-ci ne put approuver 
les emportements des réformateurs : 
ami de la paix, il n'aimait pas, di- 
sail-il , même la véiité séditieuse, et 
ne croyait pas qu'il fallût parvenir par 
les troubles et les émeutes à la réfor- 
matiou de l'Eglise, a On a beau von- 
» loir , disait-ii à l'occasion du ma- 
1) riage d Œcolampade , que le lulhé- 
» ranismc soit une chose tragique; 
» pour moi , je suis persuadé que rica 
» n'est }tlus comique : car le dénoue- 
» ment de la pièce est toujours quel- 
» que mariage. » Ces plaisanteiies et 
l'approbation qu'il donna au livre de 
Henri VIII contre Luther, lui atti- 
rèrent de violentes injures de la part 
des novateurs, et l'hérésiarque alla jus- 
qu'à l'accuser publiquement d'alhéiS- 
me. 11 eut le sort qu'ont presque tou- 
jours les gens modérés dans les temps 
de troubles, celui de déplaire égale- 
ment aux deux partis , et les moines 
ne furent pas moins animés contre lui 
que II s hérétiques. La publication de 
ses Colloques, qui paiurent en i5u2, 
acheva de les mettre en fureur , et b 
Sorbonne, poussée par INoël Béda , 
son syndic , censura une partie de ses 
ouvrages , et chargea son anathême de 
qualifications injurieuses. Cet homme 
ignorant et passionné employa les ma- 
nœuvres les plus odieuses pour ame- 
ner sa comj).)gnie à cette démarche , 
et brava même , pour y parvenir , 
l'autorité du roi, qui, dans une autre 
circonstance, le fit enfermer au mont 
Saint-Michel , où il mourut. Les ré- 
formateurs devenaul de jour en jour 
plus nombreux et plus puissants à 
Bàle , Erasme se retira en i5'^.g à 
Fribourg, où il reçut l'accueil le plus 
lionorablc, et fut logé par le magistrat 
dansi'liotcl derenipereiu*Maximili< u. 
11 y resta six ans, et, mécontent de sa 



ERA 

santé, revint à Bàlc , dans l'cspcrance 
qu'elle s'y iclablii.iil. Pau! III a\aiit 
étc'cltvc au |ionlificuleii i555, Eras- 
me lui e'ciivit pour le fi-lii iter de sou 
exaltation , et reçut je lui une Icllre 
obligeante, fie ponlile l'exhortait à dé- 
fendre la relit^ion altaqucc par de 
iiombreuxct redoutables ennemis.» Ce 
» dernier a: le pieux, lui disait-il, ter- 
» minera (!ij;uemenl une vie passée 
» dans la pielc, confondra vos calom- 
» iiiateurs et jusliliera vos apologis- 
» les. » Le pape ne s'en tint pas à des 
compliments stériles : il lui donna 
presque en luêine temps 'a prévoie de 
Devcnter, et son inleniion eiait de lui 
conférer des bcnéGce, ius(pi'à la con- 
currence de trois mille (lur;ifs de re- 
venu, pour le meltie eu étal de sou- 
tenir avec décence l;i qualité de car- 
dinal qu'il lui destinai!. Le bref, qui 
est du i ^ août i555, a'teste de la 
manière la plus positive la probité , 
l'innocence et la bonne- foi d'Erasme. 
Mais, naturellement peu ambitieux, 
accablé d'années et d'iulirmité.-., celui- 
ci, ne songe.int |)lus qu'a mourir en 
paix, refusa le bciiélice, et témoigna 
la même iudilférence pour la pourpre 
romaine. Bientôt après , épuisé par 
une dysseuterie longue cl i ruelle , il 
expira la nuit du i i au 12 juillet de 
l'an i556, en donnant des preuves 
d'une entière résignation à la volonté 
divine, et en conservant l'usage de sa 
raison jusqu', u dernier moment. Son 
corps fut porté par les étudiants à la 
sépulture; le magistrat , le sénat et les 
professeurs assistèrent à ses obsèques. 
On lui fil plusieurs oraisons funèbn s 
et plusuurs epitaplies , eiUte lesquelles 
on en cite une de Louis Massius, qui 
rou'e sur un jeu de mots : 

J'alalis stries nobis invidil Erasmiim j 
Sed desideiium lolierc non -potiiit. 

On préférera sans doute celle-ci, rap- 
portée par Paul Jove , comme plus 



ERA 33 1 

grave et plus digne du personnage 
qu'elle céK'bre : 

Thrntona terra sunm ciim mi'rarefnr Erajmam , 
I/uc iiiajiis , /Joluil dicerc , nil genui, 

Eoniface Amerbacli , son héritier, en 
fit placer une vis-à-vis de son tom- 
beau , giavée sur un marbre. On y 
voit sa devise , qui était le dieu Ter- 
me, avec ces mois : Nulli cedo , 
et qu'd avait fait graver sur une 
pierre antique que lui avait donnée 
son élève , archevêque d'Ecosse. Cet 
homme célèbre était de petite taille, 
avait le regard agréable, la voixdouce 
et la prononciation belle, et s'habillait 
toujdurs d'un^ manière propre et dé- 
cente. Il avait été toute sa vie d'une 
complexion déhcate; aussi avait-il ob- 
tenu du pape une dispense pour faire 
gras les jours m ligres , parce qu'il 
avait , disait-il en riant , l'ame catho- 
lique et l'estomac luthéiien. Avec une 
santé si faible, il fut sur la fin de ses 
jours tourmenté par la goutte et la gra- 
velle , et l'on ne conçoit pas comment, 
au milieu de ses voyages continuels , 
il put suffire à tant d'ouvrages. Per- 
sonne n'a eu plus d'admirateurs et 
de critiques. On compte parmi les 
premiers les princes et les littéra- 
teurs ses contemporains , et une foule 
d'hommes illustres dans tous les gen- 
res. On ne peut en effet lui refuser 
la gloire d'avoir été le plus bel esprit 
et le savant le plus universel de son 
siècle. C'est lui qui tira l'Allemagne de 
la barbarie; c'est à lui principalement 
que le nord de l'Europe dut la renais- 
sance des lettres , les premières édi- 
tions de plusieurs Pères de l'Eglise, 
les règles d'une saine critique et le 
goût de l'antiquité. Pénétré de la lec- 
ture des anciens , sur lesquels il s'était 
formé , son style, quoi qu'en aient dit 
ses détracteurs, est pur, aisé, ingé- 
nieux , et quoique la facilité de son ex. 
pression ne soit pas toujours accopi. 



23î ERA 

pagiice de h ]iUis parfaite e!(''y;anre, 
il a une niaiiièrc (Hii lui csl propre 
et qui uc cède en rien aux écrivains 
de sou siècle, même de ceux qui 
avaient la pédanterie de n'employer 
aucun ternie qui ne fût de Ciceron.^ 
Il est un des jircniicrs qui aient traite' 
les uialières de tlieulogic d'une ma- 
Dièrc noble et de{:;agée des arfjulies et 
des teimes barbares de l'Ecole. Ses 
ouvrages de pictc ont une élégance 
qu'on ne trouve point dans les autres 
iuystiqn»s. D'un autre (été, la supe- 
liorilc de son inerile, ses prcniieis 
rnenageincnts pour Luther; sou peu 
d'exactitude dans quelques-unes de ses 
expressions sur des matières délica- 
tes ; son indécisi«)n sur certains points 
qui n'avaient pas encore clé règles 
par le concile de Trente ; la liberté 
avec laquelle il reprenait les vices de 
sou tempf. , l'ignorance , la supersti- 
tion , la mollesse dis riches Ijènefi- 
ciers, la corruption de certains moi- 
nes; la prévention où l'on était contre 
tout ce qui nvait l'air de nonve.'.ule, 
le me'pris des lettres , lui firent une 
foule d'ennemis et lui suscitèrent plus 
d'un orage. Modeste à l'égard de l'è- 
logc, mais sensible à la cjitique, il 
traita quelquefois ses adversaires avec 
hauteur, les réfuta vivement et même 
avec un peu d'uigreur. Mais s'il était 
irascible la plume à la main , il reve- 
nait aisément, et se réconciliait sans 
peine avec ceux qui l'avaient attaque; 
car, inaccessible à l'envie, il ne com- 
mett.nl jamais le premier acte d'hosti- 
litf. 11 eut toute sa vie une extrême 
passion pour l'étude, et en préfera les 
délices aux dignités et aux richesses. 
Il répondait aux offres des princes 
qui voulaient se l'attacher , « que les 
» gens de lettres étaient comme les 
» tapisseries de Fiandre à grands per- 
» sonnages, qui ne font leur effet que 
» lorsqu'elles sont vues de loic. » Sim- 



ERA 

pie , désintéressé et sans ambition , 
Erasme se trouvait à la cour comme 
hors de son élément. Les grands aux- 
quels il dédiait ses ouvrages ne pou- 
vaient réussira lui faire accepter leurs 
largesses. Il préférait, dans l'ocrasion , 
lecourir à ses amis , qui allaient i/idi- 
dinairemcnt au-devant de ses besoins. 
On peut voir , à ce sujet, de curieux 
détails dans une de ses lettres du 5o 
janvier i524 , qui ne se trouve pas 
dans la collection de ses OEuvres , mais 
qui est iniprimée avec sou Oraison 
funèbre , par Fred. Nausea , depuis 
évêqiie de Vienne, Paris, i SS-j, in-S". 
H n'était pas ennemi des femmes dans 
sa jeunesse ; mais il ne fut pas l'esclave 
de ce penchant, et sut modérer ses 
désirs, s'il ne les repiima pas tou- 
jours. Ennemi du luxe, sobre, peut- 
être un p(U railleur, mais sans amer- 
tume , lil)re dans ses sentiments , sin- 
cère , ennemi de la flatterie, il fut 
bon ami et constant dans ses amitiés : 
il était généreux, et se souvenant de 
la gêne qu'il avait éprouvée dans ses 
premières études, il aimait surtout à 
aider 1rs jeunes étudiants qui don- 
naient de grandes espérances. Sa con- 
versaticn était pleine de saillies et de 
gaîté; enfin l'homme aimable ne le 
cédait pis chez lui au savant profond, 
à l'écrivain du premier ordre. Erasme 
avait désiré réunir de sou vivant tous 
ses ouvrages; ce vœu ne fut rempli 
qu'apris sa mort. Toutes ses Oî'-uvres 
fuient recueiliies à Eàie par Béatus 
Rhenanus, n imprimées chez les héri- 
tiers de Fi oben , en 9 vol. in-fol. Cette 
édition étant devenue très rare, on en 
fit une nouvelle plus complète à Leyde 
en I 705, sous les yeux deLecleic, en 
1 toin. in-fol. , reliés ordinairement 
en 1 1 vol. Le premier contient des 
ouvrages de grammaiie et de rhéto- 
rique , entr'aulres le Traité de Copia 
vcrbonnn, dont les amis des bonnes 



ERA 

<?tiidc.s dosircnl la réimpression ; quel- 
ques fradiiclioiis d'aiitciirs f;rcrs , cl 
SCS Colloques , dont la [)!■( uiicrc édi- 
tion fut cnicvcc à Paris cii trcs peu 
de temps, quoique tirée an nombre de 
plus d'- w!^ mille cxeniplalrcs : ouvrage 
cxtrcrueinciit piquant pour le temps, 
et qu'on lira toujours-, autant pour la 
latinité que pour le tonds des choses 
et la manière de les rendre. Ces Collo- 
ques ont c!ë imprimes par les E'/c- 
virs . I ()5() , in- 1 '}. . ciim nous vario- 
rum, )664 ou i6<)5, in-8'., et tra- 
duits par Chappuzcau , Paris , iG&i , 
in-i'2; it)6c), in-i 2, m vol.; traduits ou 
plutôt travestis par Gueudeville, (> vol. 
in-i2, Lcyde , 1720. Le deuxième 
vol. des OEwres d'Erasme comprend 
les Adas,es, ouvrage d'une ërudilion 
immense, et trop peu consulté au- 
jourd'hui. Le troisième , toutes ses 
Lettres^ rangées par ordre chrono- 
logique. Le style en est agréable , 
aisé, naturel, et c'est une lecture ex- 
trêmement attachante. Erasme con- 
sentit avec peine à leur impression , 
« de peur, disait-il, que, les ayant 
» écrites à ses amis , il ne lui fût 
» échappé quelque chose qui pût of- 
» fenser quelqu'un (0. » Le quatriè- 
me, des onviages de philosophie, de 
rhétorique et de pieté. On y trouve les 
Apophlhe^mes , imprimes à part par 
les El/.évirs , i65o, in-i '2 , et \'Elo^e 
de la Folie (u). Cebadinage , qui susci- 



(0 On ne trouve pas dans celle pollcclion ses 
Lcllres il Boni/ace Ameiùaci'i , qui oui été ))§- 
bliees pour la ^)rrraiére fois avec j' .mires pièces 
inéililes. d'ap-es les orij;innu\ mnservés dans la 
bibliolhiniie de runiversilé de Bàle , 17-9,111-8 . 

[v't LVdilion originale de VfCncumiitun Hfoi tx , 
est de ijoi; celle d'Aide. Venise, lâiâ, in-S"., 
esl rare cl chèie. Les tradticiious françaises sont 
celle de iSjo. anonyme; une de l.a Uaye, it)4î , 
ia-8*^. , aussi anonyme, sons le titre de Louange 
tie la Sottise, une p.'<r Petit, Paris , 16-0 ■ iu-13. 
La traduction de Gueudeville a été corrigée par 
Meunier de Oufrluu, Paris, Cnustellii^r, i-,ii, 
in-4' et in-12 Falconrl a donné aussi uneéiliiion 
corrigée i> Gueudeville , Paris , 17.Î7. in-i2.Una 
encore la traduction de I,avau\ , 17S0, in-S., et 
cufin uuv par Sarrctt, Paris, 17891 iu-i2. D. L- 



ERA 2 j3 

ta depuis des disgrâces à Tauti tir , eut 
un prodigieux succès : on en fit en 
France sept éditions m qnehpiesmois. 
Les rois et les éviques l'Iionrirèrent 
de leur approbation. Thomas Morus, 
auquel il était dédié, en prit haute- 
ment la défense , et Léon X lui-mêrae , 
qui s'était f -rt amusé de celte lecture, 
dit en riant : a Notre Erasme a aussi 
» un coin de folie. » C'He satire in- 
génieuse de tous les états de la vie, 
depuis le simple moine jusqu'au sou- 
verain pontilc, est remplie d'alhisions 
fines aux passages les plus piquants 
des auteurs anciens; aussi a-t-clle 
moin.s de célébrité aujourd'hui que les 
ouvrages lalins ont moins de lecteurs. 
Elle a été imprimée séparément, cum 
Notisviirioriim^ Amsterdam, 16-G, 
in-8 '. ; We'sle^in, 1 1)85, in-B". ; Paris , 
Bai bon, i';;G5, in- 13. En i '-80 il en 
a paru une belle édition , avec les 
notes d'Oswald et les figures de Jean 
Holbeu! , à Bàle , chez Thurneisen , 
in-8 . Ilolbein était farni d'Erasme, 
et il est probable que l'auteur a fourni 
àl'arti-^te une partie de ses dessins. Eu 
1 5'2o il en parut une traduction à Paris, 
n-4 '., qui semble n'avoir guère d'autre 
mérite que celui de la rareté. Celle 
de Gueudeville, I^ris, 1751, in-4°. , 
est recherchée à cause des figures. 
Le tome V comprend des ouvrages 
de philosophie et de piété; le tome\ I, 
le Nouveau-Testament grec avec la 
version latine; le tome Vil , la Para,- 
phrase du Nouveau- Testament \ le 
tome VIII , des traductions des Pères 
grecs (i ) et des discours; le tome IX, 
les nombreuses Apologies de l'auteur; 
et le tomeX, d'autres ouvrages polémi- 
ques. Les poésies latines , qui ne sont 
pas la partie brillante d'Erasme, sont 



(i^ Ses versions des pères ^recs sont en général 
moins estitncc* ijue les éditions qu'il a doaaéet 
des Pires lutins. L'.ibbede Lilly a relevé ua grauil 
nuuibre de laulcs Uai» ces Vi.riijUi. 



23i EH A 

ie|)aiiducs dans les lo volumes. II n'a 
pas élé moins utile aux lettres rorniiie 
c'dili iir. l.'(St à lui qu'on doit rcditiun 
rrinceps du texte '^xtc de la };e'ogra- 
j)lii(' de Ptolemee , qu'i' orna d'une 
j)ref.iec latine , liàlc ( FroLtn et Bis- 
chol) , 1 555 , in-4 '. On lui doit aussi 
la premicre edilion De Publius Sy- 
rus, <tc. Jamais personne n'a donné 
lieu à plus d'éloi;;(S et à plus d'im- 
putations qu'Erasme : on pourrait 
l'aire une bibliothèque de ses cen- 
seurs et de ses apologist' s. Ceux qui 
voudront le connaître plus en détail 
doivent consulter V Histoire de sa vie 
et de ses ouvrages , mise au jour en 
1757 par Uurigny, en -i vol.in-i'i; 
ouvrage intéressant, quoique diffus, 
parce (pie c'est proprement l'His- 
toire littéiaire de ce temps-là (i ). La 
mémoire d'Erasme est aussi chère 
à iJàle, qu'il avait illustrée en y fai- 
sant sa résidince, qu'à Uolterdam, 
qui a la gloire de lui avoir donné le 
jour. Baie montre encore, dans un ca- 
binet qui justement excite la curiosité 



(i) U eviste demi citalo^ues latins des ouvrages 
fl Lrasme , dressés par lui et précédés d'une pré- 
face apoloyétiijue d'Amerbach. On y a joint la Vie 
d'Erasme par Beatus Klunanus, ri un Recueil 
d'épilaphes , élof^rs , consolations , élégies , etc.; 
Anvers, i537, iu-S. On a aussi: Apologie d'E- 
rasme^ par l'abbé llarsollier, i-i3, iu-12; Crili- 
<jue de cette apologie, par le P. Gabriel , Augustia 
déchaussé, pag. 17-9, in-12. Cette jépologie a 
aussi été criiiquée ilans le Journal des Sa^faiils et 
dausl<s iMcmuires de Tret-oux Uistoiie d'Kras- 
?iie, parMichelDj\idde la Biîanliére, l'iris, 175! 1, 
in-12 ; c"« stun p icégvriqne. Era.tmi vita , par" 
iirn ab ipsotnei partim ab aniicif , Lcvde , 
11)4» iu-i j. , dans le recueil des Episl. ill. rdan- 
te Sciiveriu. La Vie fl'Eraïuie , par iiaiiiucl 
kniglit, L.ondres, 172(1- iu-8 (enauijlais) L'an- 
teur prétend .ju'Erasme a plus contribué a la rc- 
furmation que Luther et /lui'igle , et que les théo- 
logiens anglicans en fontplus de cas que de Luther 
et de Calvin. Les ouvrages d^Erasme , tr.iduils en 
français, outre ceux qu'on a indiqués ci-<ie$sus , 
«ont ; 1 les ApuplUegines , par L'Esleu Macault , 
l'aris , 1543 ; Lyon, i549 1 'n-iti; les mêmes , mij 
ta liitme Jrançujse , p-r Guillaume Haudent, 
l'aris, i5ji, in-ii ; tii Femme méconleuie de 
4on mari, traduit par de La Rivière, Paris , 
1707, 170H, In-iï; Codicile d'Or, tiré de Vlns- 
titution du Prince c/iiélien, par Clauile Joly , 
t(jt)J , in-(2; la ^J'uuche naijve pout éprouver 
l'amy et le jlaileiu-, par Aatoine Uusaix, Paris, 
kii- , in-4. ^- L. 



ERA 

des étrangers , son anneau , son m- 
chet , son epéc , son couteau , son 
poinçon, son testament écrit de sa pro- 
pre main , et son j)ortrait par le célè- 
bre Holbein , avec une epigramrae la- 
tine de Théodore de Bèze, qui lui sert 
d'insctiplion. Rotterdam, pour hono- 
rer sa mémoire , vou'ut que son gym- 
nase p(ulàt le nom d'Erasme , fit pla- 
cer sur le frontispice de la maison où 
l'on croit qu'il vit le jour celte ins- 
cription : 

£dibus his ortus, munduin decoravic Erainiui 
Artibus, ingenio, relligione, &de. 

enfin, elle lui érigea une statue en 
1 549. Ce monument d'abord en bois , 
puis en pierre, renversé par les Els- 
pagnois en i^'ji, fut depuis rétabli 
en bronze par le magistrat, et con- 
tinue d'orner la grande place de cette 
ville. ( Foyez Cuappuzeau, Dolet, 

DuCHATEL ( P. ), DUBAKD ( D. ) , Ct 
EpPENDORF ). N L. 

EUA6TE ( Thomas ) , naquit à 
Badrn en Suisse en i524 , et mourut ,. 
à Bà e le i*"^. janvier i585. Il étudia 
d'abord la théologie à Bâie ; la peste 
le fit quitter cette université ; il se 
rendit alors à Bologne, et se voua à 
la philosophie et a la médecine. Après 
neuf ans de séjour en Italie U devint 
médecin des piinces de Henenberg , 
peu après professeur à Heideiberg, 
avec le titre de méderiu et conseil- 
ler de l'électeur palatin. En i5yo il 
quitta Heidelberg pour se rendre à 
Bà!e, où il obtint la chaire de mo- 
ijiiie peu de temps avant sa mort. Heu- 
reux praticien et savant dans la théorie, 
il combaitit victorieusement les rêve- 
ries de Paracelse et de ses sectateurs. 
11 se mêla avec moins de succès des 
controvrises théologiques. On l'ac- 
cusa d'abord d'arianisme, et on crut 
qu'étant ami intime d'André Duditb , 
évêque des Cinq églises, il n'aurait 
pu se dispenser d'en adopter le» 



EU A 

principes. Eraslc se dc'fenclit vivc- 
jiifiit (le celle accusalion. Peu apris 
il ciil nue controverse IV'it amicale 
avecBcxe, sou bon ami, sur la iiia- 
licre des cxcuininuniralion.s ; rien ne 
fut public à cttle occasion jusqu'à ce 
que Ga>te!vetro, cpoux de la veuve 
d'Era.ste, renouvelât la gucrrr.cn j)u- 
Lliantdcs papiers trouves dans le ca- 
binet d'Eraslc, et voues sans doute 
par lui à un oubli éternel. Bèze y le'- 
pondit alors par son traite' De près— 
byleris et De excommunicatione. 
Éraste a compose divers ouvrap;rs , 
dont voici les priuci|)aux : I. Dis- 
sertaiionum de medicind ncvd phil. 
Paracelsi partes quatuor , jjàle , 
i'j'j'i , in- 4".; 11. Diss. de aura 
polabili, ih., iS-jH; 111. De occul- 
iis phurmacorum potestatihus , Bàlo , 
i574, iu-4°-î IV. Repelitio dispu- 
tutionis de lamiis seu strigibus , 
Bâle, iS-jS, in-S"., rare et singulier. 
V. Dissertationum et epistolarum 
medicinalium vohnnen , Zurich , 
1094, 111-4".; VI. Faria opuscuhi 
medica , Francfort, iSgo, iu - fui. 
Eraste fut estime de son temps pour ses 
qualite's morales et son caractère franc 
et droit; il n'hesiîa pas de convenir de 
ses torts eu quelques occasions. Son 
zèle pour l'instiuclion publique lui fit 
destiner un capital de 8000 liv. pour 
l'entrctieu de deux c'tudianis de Bàle 
et de deux, de Hcidclberg. L'académie 

de Eàle fut cbaixrce d'en taire la dis- 

•1 • 
tribution. U — i. 

ERATH ( Augustin d' ) , savant 
tl'.ëologicn , naquit à Bucliloa dans la 
Souabe le 20 janvier 1648. 11 em- 
brassa la vie régulière des cbauoines. 
de S. Augustin , prit ensuite ses grades 
en théologie à l'université de Diiin- 
gen , et professa celle science pen- 
dant plusieurs années dans les col- 
lèges dirigés par les prêtres de cette 
congrégation. Le souverain ponlite 



ERA «^55 

récompensa.Ics services qu'Eralh avait 
rendus à la religion en le nommant 
protonotaire apostoii(|i!c, et l'empe- 
reur le décora, peu de temps après, 
dulitrcdecomtcpalatin.il obiiirt en- 
suite l'abbavc de 51. -André, qu'il 
gouverna avec beaucoup de zèle jus- 
qu'à sa mort, arrivée le 5 septembre 
1719. Il avait formé à ses frais, 
pour l'usage de cette maison , une 
bibliothèque aussi nombreuse que bien 
clioisie, et l'on remarque avec peine 
que ses confrères ne lui en aient 
])as témoigne leur reconnaissa'>ce dans 
lépitaplic dont ils décorèrent sou 
tombeau. Eralh , malgré ses conli- 
nuelies occupations, publia plusieurs 
ouvrages sur des matières de théolo- 
gie ou d'iiistoire ecclésiaslique. Oa 
en trouvera la liste dans les Misceh 
lanea du P. Duclli , tom. II , dans 
les Biographies allemandes, et cntiii 
dans Moréri. On se contentera d'en 
citer les principaux: 1. Commenta- 
rius historico - theologico - juridicus 
in regulam S. Augustbn , Vienne, 
1G89, in-fol. Les bénédictins, vio- 
lemment attaqués dans cet ouvrage , 
en dem-indèreiit la suppression. La 
cour de Rome invita l'auteur à ne 
pas le continuer, et à retirer les 
exemplaires du premier volume , qui , 
par cette raison , est devenu très 
rare; II. Augustus Felleris aurei 
ordo , per emblemata , eclheses po- 
lilicas et historiain dcmonstralas , 
Passau, 1694, in-fol.; Ratisbonne, 
1697, in-8'. L'édition de 1717 ci- 
tée dans la Bibliothèque historiquo 
de France est imaginaire. La pre- 
mière est très rare, n'ayant été im- 
primée qu'à un petit nombre d'exem- 
plaires pour être di.siribués en pré- 
sents ; m. Res iantandreanœ ; 
c'est un recueil de pièces relatives à 
l'histoire de l'abbaye de St.-André. 
Duelii les a iusérc'es dans ses MiicaU 



236 ERA 

lanea , tom. TI ; 1 V, le Monde sym- 
bolique , fiv.d. on lalin du P. Pici- 
iielli ; des Méditations , trad. de Ti- 
ncui ; la Manne de l'ame , tr.id. de 
Segncri ; les Travaux apostoliques , 
trad. de Segncri , et d'autres ou- 
vrages de dévotion. — Antoino-Ul- 
lic d'Eratu, laI)orieux écrivain et 
jurisconsulte allemand, né en 170;), 
mort le u6 août 1775, après avoir 
exerce plusieurs emplois judiciaires 
dans les cours de Qutdlinibourg, de 
Wolfenbutlel et de Nassau-Orange, 
tt avoir e'të anobli par l'empereur en 
3750, s'est fait connaître par des re- 
cherclies importantes sur l'histoire 
d'Allemagne dans le moyen âge. Il a 
publie : 1. Conspectus hisloriœ Briin- 
i'icu-Lunebiir^icœ universnlis , in ta- 
bulas chronologicas et genealogi- 
cas difisus, et histnriconim ciijus- 
vis œvi perpeluis testirnoniis intmi- 
iiis; prœmissœ sunt hihliolliccaBruns- 
vico-Luneburgensis, et Disserlalio 
critica de habilu iotius operis , 
•Brunswick, 1745, gr. in-fol; II. Ca- 
lendarium Romano- Germanicum , 
inedii œvi.... ah anno DCCLI usque 
ad emendationem Gregorianam , 
Dillenburg, 1761 , in-fol., divise en 
Jîcuf tomes ou parties , ime pour 
chaque siècle. Cet ouvrage est très es- 
timé, et forme pour l'histoire d'Alle- 
magne un art de vérifier les dates qui 
ne laisse presque rien à désirer ; III. 
Codex diplomalicus Quedliiibur- 
gensis , Francfort , S. M. , 1 764 , in- 
iol. , Cg. IV , plusieurs autres ou- 
vrages latins ou français et un grand 
nombre de Mcmoiies en allemand in- 
sérés dans divers recueils périodi- 
ques, et surtout dans les Notices 
brunswickoisfs ( Braunschweigische 
j4nzeige\ journal qui commença à pa- 
raître en I 745 , et dont il fut le pre- 
mier auteur. — M''*". d'Erath , sa 
iUlc, morte en 1 776 , a traduit du la- 



ERA 

lin on allemand les Vies des illustre» 
cTipitaincs, avec celles de Catou et 
d'Atticus , par Cornélius - Népos , 
Francfort, I 760, iu-8'. W — s. 

EKAÏvOSTHENE , (ils d'Aglaus , 
était né à Cyrène, l'an i*', de la luO'. 
olympiade, .170 ans avant notre ère; 
il reçut les leçons du philosophe 
Ariston de Chio , du grammairien Lv- 
.saniis do Cvrène, et du poète Calli- 
maque. Il fut appelé à Alexandrie par 
Ptoléraée lll, ou Euctgèle , qui lui 
donna la direction de sa bibliothèque, 
place qu'd exerçait encore sous Ptolc- 
mée V, ou Epiphane. Il perdit la vue 
dans sa vieillesse , et il en conçut ua 
tel ennui , qu'il s-e laissa mourir de 
faim à l'âge de quatre vingts ans, d'au- 
tres disent qua(re-vingt-nn. Il fut lui 
savant très distingué, qui réunissait à 
un degré peu communpiusicurs genres 
de connaissances. Il fut géomètre, as- 
tronome , géographe , jdjilosophe , 
grammairien et poète. Ses ouvra- 
ges sont perdus , ainsi nous ne sa- 
vons pas bien ce que nous devons 
croire de tous les él .'ges dont il a été 
comblé pendant sa vie ou après sa 
niortj mais ou lui doit de la recon- 
naissance pour les services qu'il a ren- 
dus aux sciences, et parliculièrcnient 
à l'astronomie. C'est lui qui obtint de 
Ptolémée Euergèlequ'on plaçât dans le 
portique d'Alexandi ie ces armilles cé- 
lèbres, avec lesquelles on pouvait ob- 
server les équiuoxcs , et prob;.blemen t 
aussi les solstices, quoique ce dernier 
point ne soit pas aussi bien prouvé 
que ie ])remier. De toutes les observa- 
tions d'Eratostbène il ne nous en reste 
qu'une seule , nous n'avons même 
que la conclusion que l'auteur en avait 
déduite. C'est l'arc du méridien , com- 
pris entre les deux tropiques , qu'il 
trouva de f^ ^<^ ''* circonlérenee en- 
tière. Cette fraction ne peut être qu'una 
évaluaiiou approximative de l'arc œc- 



ER/V 

siiré. En cflTot , elle vaudrait 47" 4 '■*' 
19", 5; or il csl certain que (les ar- 
raillcs, dont le rayon nVliiil^ncrcque 
de 18 ponces, ne jiuiivaieiit cire divi- 
sées en niinnles. Ainsi l'arc obst-rvc 
devait être seulcmejit de 47" 4<^'' ''" 
47° t- ^c nombre divise par 5Go' 
donne tout anssitôt la fraction 7^, 
ou /p=— , dont Eratosthène a fait 

^-|- , parce qu'il savait très bien qu'il 
ne pouvait lepondrc de 5 à 4 '"i- 
luiles; quoiqu'il en soit, cette obser- 
vation dut lui faire beaucoup d'Iion- 
iienr en Grèce , oîi jamais elle n'avait 
été faite avec tant de soin et de pré- 
cision. On savait depuis Ion?; -temps 
que la route annuelle du soleil est in- 
clinée à l'équateur; mais on manquait 
de moyens pour en déterminer i'angle, 
qu'on soupçonnait ne diÛerer guère 
de ^4 degrés. On acru trop légèrement 
que cette estiuntion supposait une 
observation antérieure à celle d^Era- 
tosdicne, nous y venions plutôt une 
détermination grossière, o])lcnuenous 
ne savons pas trop par quel moyens , 
peut-être avec la règle et le compas , 
d'après le rapport observé entre les 
deux ombres solsticiales et la hauteur 
des gnomons. Une autre détermination 
liian moins précise et bien moins sûre 
encore, a contribué suri ont à répandre 
le nom et la gloire d'Eratoslhène , 
c'est celle de la grandeur de la terre. 
C'était une chose connue qu'à Syène, 
le jour du solstice d'été, à midi, les 
corps ne jetaient aucune ombre. Il 
suivait do l'observation d'Eratosthcne 
que l'obliquité de l'écliptiquc était de 
-^y^ ou '2y' 5 1' 20''. Telle devait être 
aussi la hauteur du pù!e à Syène ; 
mais à Alexandrie, au même instant, 
Eratosthène trouvait que la distance 
du soleil au zénith était de 5^ de la cir- 
conférence, ce qui ferait ■j" l'ï • la 
.baut^uf 4^> Il^ôU" a Akiatidric serait 



E U A '-i'7 

donc de 5i" 5' 10". Mais si nous ad- 
mettons que les degrés des armillcs 
n'étaient divisés qu'en six parties de 
10' chacune, la distance suUticialc ne 
sera que -j" i o' , l'obliquité de ^3 ' Oo' 
et la h lutnir du jjîiîe 5i" o'. Plolémée, 
dans son Alniigosle, ne l'a fiit même 
que de 5o" 5B', dans \m calcul qui 
veut de la précision, et dans lequel il 
fait entrer l'obliquité de '^.j" 5i' 'io' 
qu'il dit être celle d'Eralosllièue ; mais 
on peut admettre que l'observaloire de 
Ptolémée était de 2' au sud de celui 
d'Eiatosthènc, au lieu qu'il est im- 
possible de supposer une différence 
de latitude qui surpasserait 5 minutes. 
Nous admettrons donc comme deux 
choses presque démontrées, que les 
deux distances solsticiales observées 
par Eratosthène , étaient l'une de 7* 
10' , l'autre de 54' ^o', dont la dif- 
férence 47"^ 4" donne lY 5o' pour 
l'obliquité de l'écliptiquc et la demi- 
somme 5!" o' pour la hauteur du 
pôle. Ainsi l'observation employée par 
Eratosthène , dans le calcul de la gran- 
deur de la terre , sera la même qu'il 
avait faite pour l'obliquité de l'éclipti- 
que ; elle n'offrira que des nombres 
qu'il avait pu lire sur les armilles ; elle 
donnera les rapports approximatifs 
|-î- et 5'- substitués aux rapports rigou- 
reux. La dislance d'Alexandrie <à Syène 
avait été trouvée de 5ooo stadf's par- 
les Bématisles d'Alexandrie et des 
Ptolémécs, C'étaient des arpenteurs , 
des géographes qui mesuraient la 
longueur des chemins par le noml)re 
de leurs pas ; on voit que les 5ooo 
stades ne sont encore qu'une approxi- 
mation , vu l'incertitude de la méthode 
et les détours du chemin. Ces 5ooo 
stades, multipliés par 5o , donnent 
2JOOOO stades pour la circonférence 
de la terre, multiplies par 5o \\ , ils 
donneraicnl 25 11 63 stades, Eratos- 
thÙLies supposa a520QO, pour avoir 



ao8 



ERA 



en nombre rond, un degré de '^no 
stades. On ignore aujourd'hui quel est 
le stade dont Eratoslhènc a fait usaj^e 
dans son calcul; mais quand on le 
connaîtrait parfaitement on n'en serait 
guère [)lus avance; on ne pourrait en 
lircr aucune conséquence exacte pour 
la grandeur de la terre , puisque l'arc 
céleste et l'arc terrestre sont des ap- 
j)roxinialious e'galement incertaines, 
iîi cette évaluation d'Kralosibène avait 
passe de son temps pour autre chose 
que pour un aperçu fort ingénieux , 
mais peu susceptible de précision , 
comment concevoir que, long-temps 
après, Posidonius , par des moyens 
l)icn plus inexacts, eût osé tenter un 
nouvel essai pour estimer à son tour la 
grandeur de ia terre? Nous avons sup- 
posé qu'Eratoslhcne avait l'ait usage 
des armilles solsticialc^; l'incertitude 
serait bien plus grande s'il eiît employé 
le gnomon ( i ) ; elle serait extrême s'il 
eut employé le scaphé , comme le dit 
Cîéoinéde ; mais il est évident que 
Cléomédc n'était pas astronome , et 
nous ne devons aucune confiance à 
cette partie d^ son récit. Hipparquea 
critiqué le degré d'Eratoslhène , el, la 
plupart de ses délerminatives géogra- 
phiques : Strabon en a pris chaude- 
nient la défense ; mais, en se déclarant 
hautement pour Eratosthène, contre 
son censeur, il cherche souvent à le 
corriger lui-même. ( F'oy. Strabon ). 
Eulocius, dans son Commentaire sur 
la Sphère et le Cylindre d'Archi- 
niède , nous a conservé une lettre 
d'Eratosthcne au roi Ptolémée. On y 
voit jme histoire du fameux problême 
de la duplication du cube, et la des- 
cription d'une machine au moyen de 
laquelle il trouve avec facilité, non- 
seulement les deux moyennes propor- 

(i"l Pour un gnomon de i5 pieds, deux minutes 
de plus ou de moius sur sâ distance feraieul 4 
peins une ditfiirfDce d'un dixiàme de ligue. 



ERA 

tionnclles qui résolvent Fc problème, 
mais un plus grand nombre s'd était 
nécessaire. La lettre est terminée par 
dix-huit vers élégiaqucs qui en sont 
l'extrait , et dont le dernier nous ap- 
prend le nom et la patrie de l'auteur. 
On lui attribue un livre de commen- 
taires sur le ]toëme d'Aratus , et un 
petit ouvrage inlitidé : Catastérism,es. 
Il est foi t douteux que le commentaire 
soit de lui , el l'on peut souhaiter qu'il 
n'ait pas composé les Catastérismes , 
qui ne présentent qu'une nomencla- 
ture assez sèche de constellations, el 
du nombre des étoiles qui les compo- 
sent , avec quelques notions très su- 
perficielles de mythologie. Ce serait 
tout au plus un extrait qu'un amateur 
aurait pu faire pour son usage, du 
Traité plus complet d'Eratosthènc. On 
ne peut douter que ce savant ne fut 
doue d'un esprit inventif, nous en 
avons la preuve dans ses armilles , 
dans son mésolahe ; c'est ainsi qu'on 
a nommé son instrument pour les 
moyennes proportionnelles , dans la 
méthodequ'il adonnée le premier pour 
déterminer la grandeur de la terre, et 
même dans son Crible arithmétique y 
pour trouver par exclusion tous les 
nombres premiers, c'est-à-dire ceux 
qui n'ont de diviseurs qu'eux mêmes 
ou l'unité. En réduisant à leur juste 
valeur les connaissances que nous lui 
devons, et qu'on a trop exagérées, on 
ne peut se refuser à le regarder comme 
un savant extrêmement recomman- 
dable , et même comme le premier 
fondateur de la véritable astronomie. 
On lui avait donné les surnoms de 
Pentathle , parce qu'il avait réussi 
dans cinq genres dilTérents , de second 
Platon, de ^hzx , seconde lettre de 
l'alphabet, parce que, s'élant exercé 
dans tous les genres, il n'avait été le 
premier dans aucun , ou bien parce- 
qu'il fut le second directeur de la bi- 



ERC 

b'iotlicque royale d'Alcxandiip. JjCS 
fragments qui nous rcstiiit des ou\ la- 
};t'.s d'Eiatostlu-nc ont ctc recueillis 
dans 1 vol. in-H'., Oxfoid iG^'i. Le 
jilns or)Msi(lciMhlc est son Canon des 
rois théliauis , conserve en pjrlicpar 
lo S\ nct'l!e,qiii , île qualie-vingt-')nzc 
rois dont il contenait les noms , l'avait 
réduit à n'oiïiir plus que les Ircnle- 
luiit premiers. Ou a pi.b'ic' depuis: 
I, Eratosthenis geo^rapJiicoruni 
fragmenta , gr. la(. , edidit Gunt. 
Car. Scidel, Goltingiie, 1 78<). II. 
Eratosthenis Cataslerismi , griP- 
cè, cnni inlerprelalione lalind et 
commentario ; cnrui'it Jo. Conrad 
Schaiibach, ib. , i -gS , in-8 . , fig. 
D— L— E. 
EP.CHEMljERT ou ERCHEM- 
PîiRT, ne dans la L'xnbarJie nu ç)'". 
siècle , suivit d'aliotd la carrière des 
armes; ayant e''é fait prisonnier dans 
nu combat, il parvint a s'écliappcr et 
se réfugia dans l'abbave du INlont- 
Cissin, où il embrassa la règle de S. 
Benoît. Peu de temps après on lui con- 
fia le gouvernement d'un mona-tère 
voisin; miis les excursions conlinuel- 
It^-s des bandits qui dèsoliient l'Italie 
le for èrent de chercher bientôt une 
retraite plus assurée. On croit qu'Er- 
chcnibeit mourut vers 889. Il avait 
composcen latin une ffistoireou Chro- 
nique du royaume des Lombards ; 
mais on n'eu a conserve que l'alirége' 
qui commence à 774» année où Didier 
perdit la couronne ( V. Didier ) , et 
finit à 8H8. Cet abre'gé, qu'on peut 
regarder comme une continuation de 
riiisloire de P.iul Diacre, a efc publie 
pour la première lois par Antoine C 1- 
raccioli, Napics, i6i6, in-/j". , avec 
d'autres pièces. Gnuiile Pellegrini en 
donna une e'diiion plus correcte dans 
son Ilisloria prina'pum Longobar- 
florum, Naples, lÔ^S, in-4 . Bur- 
uiau riuséra cusuitc dausison Thesaur. 



scriptor. îlalor. , tome IX ; Muralori 
dans ses lierum ilalicnr. scriptor., 
tome II; rt Eckliiidl dans ses Scrip- 
tores medii œvi , tome T *■. ; enliii 
François -Marie Pratillo , ayant fait 
rèimptimer le recinil de Pellegrini 
( Naples, 1750-5 1 , 3 tomes iii-4".), 
on remplit les lacunes et v ajouta des 
notes plus ctcuducs, l*i' rrr Diacre at- 
tribue encore à Ercln mb'Tt de Des- 
tructione et renovalione Cassinensis 
Cœnobii ; de hmaélilarum incur- 
sione ; ( t Pagi le fait auteur d'une Fie 
de LanduJfe, premier ëvéque de Ca- 
poue, mort en 879 , en vers; et des 
Actes de la translation du corps de 
Vapôlrc S. Mathieu. W — s. 

EliCILLA Y ÇUNIGA '.Doit 
Alonsod' ), le premi( r des poètes épi- 
ques de l'Espagne , chevalier de Sainf- 
J.icques, et d'une des plus illustres et 
des p'usaniionnesfjmiliesdc Biscaye, 
naquit h Berrae'o, vers l'an i5j5. Il 
était lîls de Forturic' Garcia , seigneur 
d'i-lreilla, aussi chevalier de Saint- 
Jacques et habile juriscon'^ulte. Don 
Alonso fut élevé à la cour de (Ihar- 
les-Quint , en qualité d»^ menin. H con- 
tinua ses services sous Phi!ip|ie II , 
quand cet empereur se tut consacré à 
la retraite. Dès l'âge le plus tendi'e il 
manifesta son goû' pour la poésie et 
la lecture en général. i,e j«in • Ercdia 
fuyait souvent la çompguie et les 
amusements de ses camarades pour 
s'enfermer dans sa chambre , et s'occu- 
per de quelque ouvrage iinuveau qu'il 
avait su se procurer ; il avait une pas- 
sion également dominante pour i'eser- 
rice des armes : de manière que tout 
le temps que lui laissaient les devoirs 
de son emploi, il le partageait entre 
les lettres et resciii.ne. Par sou pen- 
chant décidé à ces deux exercices, il 
paraissait prévoir (ju'il devait devenir 
un jour aussi bon écrivain que soldat 
intrépide. Il composa plusieurs poé- 



2',o ERC 

sics qu'rl dédia aux dnraes les plus ai- 
iu;iljk-s de la cour; mais on a perdu 
la trace de res productions , et il ne 
nous reste d'Eixilla que son Arau- 
cann^ et une Glo^e qu'on trouve rlins 
le Parnasse espaçai. ]\ paraît cc- 
jie.odant qu'il se faisait dcs-lors rrinar- 
cjncr par la punte, i'élegancc cl l'éncr- 
t^ic de son siyle.Dou Alonso avant été 
iHjrnroc'pif;;e du j^riiiceDon l'iiiiippc, 
il l'accompagna dans ses voyages en 
France, en Italie , en Allcm.ignect en 
Angleterre , où ii fw^ sa demeure pen- 
dant plusieurs années. Pendant ^on sc'- 
jour à Londres, il apprit la nouvelle 
du sou'cvcment de quelques peuples 
du Chili (vers i 547 ). ^" 3'"'"3'' ^^ 
Espagne pour aller pinr.r les rebelles; 
X)on Alonso voulut êlre de cette expe'- 
dition , qui fut confiée à Dou Gircia 
Ilurlado de Mendoza , gouverne ur du 
Chili. On croit communément qu'Er- 
cilla ne s'enrôla que comme simple 
volontaire , et que dans !a suite il par- 
tagea le coramahdemcnt. Avant de par- 
ler d'Erciila comme poèîe, considc- 
xons-le sous le rapport de soldat et de 
conquérant. Au sud du Chili il y a une 
contrée dont d'immenses rochers sem- 
blent défendre l'approche : elle était 
Jiabitc'e par le peuple le plus robuste 
cl le plus belliqueux de toute l'Ame'- 
rique. C'est là qu'Ercilla se sigfiali par 
tnilJe prodiges de valeur. Il surmonta 
tons les obstacles; il soutint avec un 
courage hcroique des calamités de 
toute espèce, et il fut un des premiers 
qui , par leurs talents et leur courage, 
contribuèrent à dompter un peuple 
doué d'une rare force de caractère , 
dont l'intelligence naturelle faisait sou- 
vent échouer les projets les mieux 
combinés et les plus subtils slratagê- 
incs. Ce peuple sauvage, presque nu, 
sut lutter pendant quatre ans , avec 
armes inégales , contre une nation qui 
était alors des plus aguerries de l'Eu- 



ERC 

rope(i). Mais ce fut à la bataille de 
îMillarapuc et à l'attaque de Purer. que 
Don Alonso se distingua plus particu- 
lièrement. Dans la première les Espa- 
gnols, entoures d'ennemis et presque 
acc^iblcN par le nombre, durent leur 
salul à la préencc d'esprit et à la va- 
leur d'Erciila , que, dans cette circons- 
tance, ils avaient proclame leur chef. 
Dans l'attaque de Puren, les Indiens 
s'étaient retranchés dans les gorges 
des montagnes de ce nom , qui étaient 
presque inaccessibles , et où les armes 
à f.u ne pouvaient les atteindre ; ils 
faisaient pleuvoir une grêle de dards 
( t de pierres. Aucun Espagnol n'osait 
approcher. C'est encore Ercilla qui, 
parvenu à rassembler dix soldats, gra- 
vit le premier ces ravins escarpés; et, 
détournant l'attention des Indiens par 
une fausse attaque, les prend par les 
flancs, les fait déloger-, les bat et les 
met en fuite (2). S'étant illustré par 
tant d'exploits, au lieu de rechercher 
un repos honorable . Don Alonso cou- 
rut braver de nouveaux dangers pour 
découvrir des terres jusqu'alors in- 
coimues(5). Ayant franchi les rochers 
de Puren, il traversa la Nabequeten , 
le lac VaJdiviM, et avec trente sol- 
dats seulement , qui formaient toute 
son armée, il ïTconnut le pays qui est 
entre le détroit de Magellan et i'ile de 
Cuiiué, et en prit possession au nom du 
roi son maître. De-là , navi^uint sur 
l'Archspel d'Ancudbox.il parcourut les 
nouvelles contrées , et se disposa enfin 
à retourner dans sa patrie, achevar.t 
ainsi de faire le tour du monde. Tandis 
que Don Alonso acquérait une si juste 



(1^ Pour se convaincre de VeTftrlitïide de cet 
faiis . on peut consulter E.ciUa lui-même, dan* 
son prologue de VAraucaaa, édiL de Madrid, 
li'i"'. et d'Anvers, lôq-. 

2' lllog-: d'Erciila, par Mosquera de Fi- 

i3 Lhutr.irc Je! voyasi-s d'Erciila se trouve 
dsDs la Chroniijtis de Cilfeie de Etirella, bistva 
riograpUe de Philippe H, 



ERC 

gloire comme soldat et capitaine, et raê- 
nie, si l'on veut, comme conquérant, 
il n'oubliait pas cependant celle qu'il 
pouvait se flittcr d'obtenir comme 
poète. C'est dans le sauvage pays d'A- 
rauco, entoure d'ennemis, souvent pii- 
ve' de nourriture, et n'ayant quelque- 
fois pas d'autre litquela terre, ni d'autre 
abri que le ciel ; c'est là que cet intc'- 
ressant jeune homme imagina d'im- 
mortaliser le peuple qu'il combattait, 
et les guerriers qui surent le vaincre. 
Voilà le sujet de son Araucana. Dans 
les loisirs que lui laissèrent ses tra- 
vaux militaires , il e'crivait les événe- 
ments de la journée, tantôt sur de pe- 
tits morceaux de papier, tantôt sur 
des morceaux de cuir qu'il eut dans 
la suite bien de la peine à mettre en 
ordre. C'est ainsi qu'il termina la pre- 
mière partie de son poème. Bien des 
fois l'approche des ennemis l'obligeait 
à quitter son travail , et il lui fallait 
alors , selon son expression , aban- 
donner la plume pour reprendre 
l'épée. A la fin de ses ouvrages, lors de 
son retour en Espagne, en i554(i^, 
il commença la seconde partie de son 
poème à bord de son vaisseau. Arrive 
à Madrid, il présenta son manuscrit à 
Philippe II, qui ne tint aucun compte 
du mérite de l'auteur ni comme poète , 
ni comme soldat, ni comme naviga- 
teur. L'empereur d'Allemagne, moins 
injuste que son neveu, sut récompen- 

(l'i Tous les biographes étrangers disent qu'Er- 
cilia se trouva à la bat lille de St. -Quentin , oij il 
combattit suus les ordres de son maître. Il est 
certain qu'étant retourné en Espagne en i554i il 
aurait pu se trouver à cette bataille, q«i n'eut 
lieu qu'en août lâôy. Mais ni l'auteur de son 
éloge ( Mosquera de Figueroa , auditeur-général 
des armées, édition de Madrid et d'Anvers 1 , 
ni les biographes espagnols, n'en font mention. 
ErciUa lui-même semble le désavouer , lorsque 
dans son Araucana ( 2e. part. , ch. I" ) , il feint 
que Bellone lui apparaît en songe, et, le trans- 
portant sur une montagne élevée , présente devant 
«es yeux les plaines de St. -Quentin , l'assaut de 
cette place, et la bataille qui s'en suivit, sans 
qu'il soit question de sa personne ; et si , en effet , 
il s'j fût trouvé , il n'aurait certainement pas 
■voulu perdre sa part à la gloire de ctlU uiim_9- 
Irable journée. 

XIII. 



ERC a4i 

scrErcilla, en le nommant son cham- 
bellan d'honneur. Sans partager l'opi- 
nion de Cervantes , qui crut pouvoir 
comparer {'Araucana aux meilleurs 
poèmes qu'a produits l'Italie , nous ne 
pouvons cependant voir avec indiffé- 
rence la critique sévère autant qu'in- 
juste qu'eu ont fait les compilateurs 
de Moreri (édition de i^Sq); ceux 
de la Biographie anglaise ( i 798 ) ; le 
Dictionnaire histori((ue (Caen, i 779); 
Voltaire, dans son Essai sur la Poé- 
sie épique , et dernièrement ÎM. Bou- 
tervvcck , dans sa Littérature espa- 
gnole. Les premiers , qui semblent 
s'être copiés les uns les autres, lui 
veulent à peine accorder quelque feu 
dans les batailles. Voltaire ne sait y 
ti'ouver, comme digne detre remar- 
qué, que la Harangue de Colocolo. 
Cependant ce poème, connu chez tou- 
tes les nations qui cultivent les lettres , 
s'il u'eût eu en effet un mérite réel, 
n'aurait certainement pas atteint à la 
célébrité dont il jouit depuis plusieurs 
années. M. Bouter week, qui connaît la 
langue espagnole, et qui ne prononce 
qu'après avoir examiné l'ouvrage, est 
celui qui lui rend un peu plus de justi- 
ce. Quoiqu'il ne croie pas devoir l'ho- 
norer du nom de poème , il lui accorde 
cependant un style correct, des images 
vraies , de belles descriptions, un in- 
térêt qui va toujours en croissant, une 
espèce d'ensemble et d'unité d'action, 
et un esprit d'héroïsme répandu dans 
tout l'ouvrage. Que lui fallait-i! donc 
pour mériter le nom de poème? un 
plus grand nombre de fictions poéti- 
ques ? le mélange des fables de la 
Mvthologie ? Mais c'est précisément 
cette abondance d'iuventions qu'on 
blâme dans le Tasse , quoique ce dé- 
faut n'ait pas empêché qu'il soit le pre- 
mier des épiques modernes. Ercilla , 
en écrivant une histoire, a voulu l'or^ 
ner de tous les charmes de la poésie, 

lÔ 



24*2 E R C 

sans cependant nuire au fond de son 
sujet. Il s'en faut bien que son ouvrage 
soit exempt de défauts. Les récits de 
la bataille de Saint-Quentin et de celle 
de liCpantc sont étrangers au sujet, et 
ue font que nuire à l'action principale. 
L'auteur s'est permis une digression 
pour faire la cour à son maître, 
ainsi que l'Arioste et le Tasse e« fai- 
saient souvent pour élever jusqu'aux 
nues la maison d'Esté. Outre ce dé- 
faut , parmi les octaves du style le 
plus c'ieve', et au milieu des peni*ëes 
les plus sublimes, on trouve souvent 
des vers assez faibles et des idées ti op 
communes; mais dans l'ensemble , le 
style ainsi que les images ne sont nul- 
lement indignes de la majesté de l'é- 
popée , et il est juste de convenir que , 
comme poète , notre auteur a tiré 
de son sujet tout le parti dont il était 
susceptible, sans nuire à la véiité de 
l'Histoire. Ercilla n'a pas, il est vrai , 
la force, la hardiesse, la morale pro- 
fonde de Milton ; mais il n'en partage 
pas non plus les absurdités. Son poë- 
nie, bien au-dessonsde la Jérusalem 
délivrée, peut, sous différents rap- 
ports, être considéré comme fort au- 
dessus de la Henriade ; et c'est lui 
assigner la place qui lui convient, que 
de le faire marcher de pair avec la Lu- 
siade. Quoi qu'il en soit, son Arau- 
caria lui valut plus de réputation que 
de faveur et de fortune. Dégoûté de la 
cour, pour le peu de consitlération 
que le roi avait accordé à ses talents 
militaires et poétiques , il voyagea 
j>resque tout le reste de sa vie. Ce- 
pendant il publia à Madrid, eu 
ï57'j(i), les deux piemièrcs parties 



[y\ Cette date, que nuui avous tirée îles l>io- 
gf-apbes du Parnasse eipagnoi ^ nous a servi a cia- 
)jhr i'anriée de la naissance de notre auteur, 
qu'aucune hioj^raphle n'avait encore fi^ée. U en 
résulte que don Alunso avait, en 1377, ]>rcs de 
cinquante-deux ans ; • son retour de l'Amérique, 
il n'en avait.qae vlnjt-tieur, et par coiuéijueal il 
filait aé «n (âiâ. 



ERD 

de son poëme , qu'il dédia au roi par 
une épître bien liconique. En i ^<j^ > 
il publia les trois parties. Il mouruten- 
fin dans la même ville vers l'an i5()5,à 
l'âge de -jo an'*. Après sa mort il eut un 
contiiju.itfiir ( Don Diego de Sanli.slc- 
van},qui vajouta les chants 36 .et 5*^'., 
mais qui e^t bien inférieur à .son mo- 
dèle. Ercilla était d'une belle figure, 
d'un maintien noble et d'une taille 
avantageuse. Ses yeux étaient grands , 
noirs et pleins de feu. Il avait un cœur 
généreux et noble , et un caractère 
doux , affable et prévenant. Voici les 
principales éditions de son Arau- 
cana ; Madrid, i 5'j7;ib., iSqo; Bar- 
celone , ig avril i5f)'2; Bruxelles, 
1 595 , 5 partif s ; Salamanque , 1 Sgi, 
1 parties; Anvers , iSg^, , 5 parties, 
iu-i2, par Pierre Ballero; M.idrid , 
i652, vol. '\n-i 1; ibidem, i ■^33 in- 
fol. ; ibid. , Sancha , 1776, 1786, 
a vol. in-8'., fig. On ne connaît pas 
de traduction française de la Arau- 
caria. M. Langlès en a presque ache- 
vé une qu'il ne destine pas à l'impres- 
sion. J. B.Ghr. Grain\il'e avait aussi 
entrepris une traduction, ou plutôt 
une imitation de ce poëme; on n'en 
a imprimé que l'épisode de Glaiira , 
qui fait partie du 28% chaut : ce frag- 
ment se trouve au tome vu des Qua- 
tre Saisons du Parnasse, pag. 190- 
199. B— s. 

EKDOEDI ( Gabriel - A.ntoine, 
comte d'), né en Hongrie, et mort 
doven des sutFragauts de ce pays au 
milieu du dernier siècle. Il fit impri- 
mer à ses fr.iis eu 17 21 , à Tyrnau , 
un ouvrage intitulé: Opusculum theo- 
lo^icum in quo quœritur an et qua- 
liter princeps catholicus hœreticos 
in sud ditione retinere , vel contra , 
p.pnis eoi aut exilio , ad fidem ca- 
tholicam amplectendam cogère pos- 
sit? Ou a souvent atiiibué ct-t ou- 
vrage à Erdcedi , qui le fit imprimer j 



ERD 

mnis il avait pour aulcui- le jesuilc 
Samuel Pinson. Comme il y ii''p;nail 
nii ton d'infulfrancc trop violent , 
l'empereur en (il dcfendrc la vente, 
et il est maintenant an nombre des 
livres très rares. Voy. Clément, Bi- 
bliolh. cur. , lom. Vlil , pag. 92. Clé- 
ment ne connaissait pas cependant 
le véritable auteur de l'ouvrai^e, (pii 
est indique par Adclnn;^ dans le Sup- 
plément au Dicliunnaire de Jocher, 
art. Erdœdi. C — au. 

EUDÏ( Paulin) , franciscain alle- 
mand, professeur de llieologic à l'uni- 
versité de Fribourg en lîrisgau , né à 
Wertoch en 1757, mort le 16 dé- 
cembre 1800, s'est distingué par son 
?,cle à comb litre les esprits forts , tant 
par les écrits qu'il a composés que par 
ceux qu'il a traduits du français et de 
l'anglais. Ses ouvrages sont presque 
tous en allemand; quelques-uns sont 
intéressants pour l'Iiistorre littéraire et 
la bibliographie. On en trouve le dé- 
tail dans le Dictionnaire de Meusel. 
Nous citerons senlemenl : T. Historiœ 
Utterarice theologiœ nulimenta oclo- 
decim libris comprebensa, seu via 
ad hisloriam litlernriam theologice 
revelalœ , adnotationibus Ihlerariis 
instructa , 4 vol. in - 8". Le plan 
de cet important ouvrage avait paru 
séparément , sous le titre de Cons- 
pectus , Augsbourg , 1^85 , in- 8'. 
II. Eclaircissements sur la doctrine 
actuelle des académies (universités) 
dans les Etats autrichiens , ibid. , 
1785, in-8".} 111. Introduction élé- 
mentaire pour les bibliothécaires et 
les amateurs de livres , ibid. , 1 786 , 
in 8 '. ; IV. premiers Principes d'his- 
toire littéraire , pour seriùr d'intro- 
duction à tme histoire complète de 
la théologie , ibid. , i 787 , iu-8 . 
CM. P. 

EREMITA. r. Ermite (!'). 

EUEYANTSI ( MEixnîSEDBCH, en 



ERI a/jô 

arliiénicn Melk'hiseth ) , célèbre dur- 
leur ou vartabied aiménien , né ci 
i55o à Vej.in , l)f)urg situé dans le 
territoire d'Eriv.m. Dès sa tendre jeu- 
nesse, il embrassa !'é!at mona.sdque , 
et il éluilia avec la plu>« grande ardeuf 
la métaphysique, la |)hiltisojilii( (tl'e'- 
loquencc , s(jus le fameux vartabied 
Nersès Peghlou. Il passa quinze an- 
nées de sa vie, qu'il con^ana enlièrc- 
ment à l'étude , dans un monastère Aè 
l'île de liim , située aii milieu du lac 
de Van. Il sortit ensuite de sa retraite^ 
parcourut les diverses provinces de 
l'Arménie , et y fonda une grande 
quantité d'écoles, pour répandre l'ins- 
truction dans sa patrie. Il revint en- 
suite dans le monastère de l'île de Lira. 
Eu i'au 162c), le patriarche Mcïse 111, 
sur le bruit de son savoii- et de ses 
vertus, l'appela à sa cour, et le créa 
chef du collège établi dans la rési- 
dence palriarchale d'Edchmiadsin. Le 
docteur Erevantsi inouru' enstille à 
Erivan en i65i , ou 1080 de l'ère ar- 
ménienne. S:'S ouvrages, qui sont res- 
tes manuscrits, sont : I. Anah se de 
la philosophie d' A ri stote; II. Ana- 
lyse des ouvrages de David le philo- 
sophe ; 111. Commentaire sur Por- 
phyre; iV. un Traité sur la gram- 
maire; V. un Traité sur la logique. 
S. M— >-. 
ERIBERT, chef départi au II^sièc!p, 
fut en I oi8 le successeur d'Ariiolfe 11 
sur le siège archiépiscopal de Milan. 
Cette dignité lui donnait ie prcmief 
rang parmi les princes d'Italie : son 
ambition , sps talents et son énergie 
surpassaietii eneore son pouvoir. En 
io'25 il assura la couronne d'Italie à 
Conrad le Salique , tandis que les 
grands avaient voulu lui opposer un 
prince franc ùs. Jl alla d'al)ord lui 
rendn hommage à Constaiicr ; il l'ac- 
compagna ensuite jusqu'à Rome à la 
têie de st;s vassaux., et au retour il fut 

j6.. 



«44 E R I 

nomme lientonanr de l'empereur on 
Lombardic : Enbert exerça cet em- 
ploi avec une grande vigueur. Il sou- 
mit eu lO'i'] la ville de Lodi, à la- 
quelle il donna de sa m.iin un nouvel 
ëvêque; l'année suivante il enleva et 
fit périr dans les fl.nnmes les habitants 
de Moulforl, au diocèse d'Asti , qu'on 
accusait de manicbei-me. Eu io54 il 
commanda les troupes ijue Conrad ti- 
rait d'Italie pour soumettre le royau- 
me d'Arles; Cependant son orgueil et 
ses procédés arbitraires excitèrent , 
l'année huivan'e,lesgentiIsliomuies de 
Lorabrirdie, nommés alors Va vasseurs. 
Le peuple milanais enibrassa le parti 
de son archevêque; celui de Lodi avec 
tous les camp;jguards s'attacha aux 
Vavasseurs. Il eu résulta une vk4«alc 
guerre civile, et comme l'empereur 
Conrad se déclara contre l'archevêque 
et le fit arrêter, celui-ci s'échappaut 
de sa prison , tourna ses armes contre 
"empereur lui-même. Celte guerre ci- 
vile eut plusieurs suites importantes ; 
clic donna occasion à Conrad le Sa- 
lique de publier la fameuse constitu- 
tion qui rendit les fiefs héréditaires , 
et qui fixa le droit public de l'Eu- 
rope. Dans la même guerre Eribert 
plaça à 1j tête des armées italiennes 
îe carroccio ou char des étendards , à 
l'imitation de l'arche d'alliance. Ce 
char , traîné par des bœufs, était tou- 
jours entouré par les meilleurs guer- 
riers de l'armée ; on faisait dépendre 
de sa conservation ou de sa perte , 
l'honneur ou la honte des combats, et 
l'obUgaliou de le défendre était con- 
fiée à l'infanterie : celle-ci se perfec- 
tionna; ce qui changea le système de 
la guerre et même celui de la politique, 
en donnant aux villes et aux compa- 
gnies bourgeoises une importance 
qu'elles n'avaient point auparavant. 
£ufiu, la rivalité excitée par Eribert 
entre les citoyens et les gcniiUhom- 



ERÎ 

mes , fut le premier symptôme de cet 
esprit d'indépeud.iuce qui se déve- 
loppa ensuite dans les répMbli(jues ita- 
liennes. Eribert se réconcilia en i o4x> 
avec Henri III , fils et successeur de 
Conrad le Salique : il demeura neutre 
dans la guerre civile entre les nobles 
et les bourgeois de Milan , qui se re- 
nouvela vers cette époque. Il mourut 
au commencement de l'année io45. 
S.S—i. 
ERIC I". ■—■ VIIT , rois deSuède, 
dont l'histoire est peu connue : ils ré- 
gnèrent dans le g", et le lo". siècles. 
Le plus remarqiiable fut Eric Vlli , 
monté sur le trône vers l'an 954. Uue 
victoire signalée , qu'il remporta sur 
son compéiiteur Styrbioern, qui était 
secondé par le roi de Danemark, lui 
fit donner le surnom de Victorieux. 
Ou prétend que ce fut lui qui créa en 
Suède la dignité de iarl, répondant à 
celle de maire ou comte du palais. 

C AV. 

ERIC IX , surnommé le Saint , élu 
roi de Suède eu ii5'2, et reconnu 
en Gotbie l'an 1 155. Il était fils d'un 
seigneur puissant nommé Jwar , et 
commença une dynastie qui alterna 
dans le gouvernement avec h maison 
de Swerker. Eric régnait à cette épo- 
que où l'enthousiasme religieux con- 
duisait des armées de Français , d'Alle- 
mands , d'Anglais en Palestine, pour 
combattre les infidèles. Le roi de 
Suède , trop éloigné du contre de l'Eu- 
rope pour s'associer à ces expédiions , 
mais animé du plus grand zèle pour 
la propagation du christianisme, réso~ 
lut d'entreprendre une croisade contr» 
les nations septentrionales, encore at- 
tachées au paganisme ; Henri , évêque 
d'Upsal , né en Angleterre , accompa- 
gna le roi dans celte croisade qui fut 
dirigée contre les Finnois, établis en- 
tre les golfes de Finlande et de Both- 
nie. Ce peuple résista et défendit avec 



ERI 

opiniàlrric son culte et son iniîepcn- 
d.uuc. F>c roi ne put faire d'ctablissc- 
liieiit que sur la côte, el revétjue d'Up- 
sal, qui voulut prop.ipu- le nouveau 
culte , fut assassiné. Retourne' en Suè- 
de , Eric, s'occujia avec bc;iucoup de 
zèle de l'adniinistratitin intérieure, et 
fil plusi<urs instiluliuns utiles pour 
avancer la civilisntion. Mais malgré ses 
vertus et l'amour de son peuple, ce 
prince ne put échapper aux funestes 
effets de la violence et de la rudesse 
qui caractérisaient son siècle. Magnus , 
venu de Dancriiarck, rassembla des 
troupes, et marcha contre Eiic vers 
l'an 1 160 ; il approchait d'Upsal lors- 
qu'on avertit le roi , qui faisait sa prière 
dans le temple de celte ville. N'ayant 
pas voulu l'interrompre , il fut cerné 
et tomba au pouvoir de Magnus , qui 
lui trancha la tête. Le peuple éclata en 
regrets ; il ût "on patron du monarque 
que la barbarie du vainqueur lui avait 
enlevé. I^e tombeau d'E'ic, canonisé 
p.ir l'Eglise, reçut annuellement les 
hommages de la dévotion. Ses reli- 
ques furent conservées dans le temple 
d'Upsal, où on les montre encore ( f^. 
Chaules VI II, de Suède ). C — au. 

ElUCX — XI. L'usurpateur Mag- 
nus fut chassé par Charles , fils de 
Svverker, mais Canut, fils de S. Eric, 
assassina ce nouveau souverain , et 
monta sur le trône. Il eut un fils qui 
régna en Suède sous le nom d'Eaic X, 
de l'aléa i2i6,€t qui est regardé 
comme le premier roi de Suède qui 
ait été couronné solennellement; il 
porte dans les Chroniques le surnom 
d'Elhique. — Son fils Eric XI , sur- 
nommé le Bègue, pirvint au trône 
Y m 1222, après Jtan 1*'., dernier 
souverain de la maison de Swcrker. 
Eric XI mourut en ii5o, ne laissa 
point d'enfants , et le trône de Suède 
passa dans la maison des Folkungar 
( r. BîRGER }. C — AU. 



E R I a/,5 

ERIC XII , roi de Suède , de la 
maiMtn des Folkungar, était fils de 
M.jgnus , surnommé le Leurré , < t de 
Blanche de Namur. En i344 '' f"t 
dé( lai é co-régent de son père par un 
parti puissant du clergé et de la no- 
blesse. Ce partage du pouvoir fit naî- 
tre une guerre entre le pèie «t le fils. 
Celui-ci mourut en \ 35f) , selon les 
uns, d'une maladie épidé/iiique; seloa 
les autres, du jwisou que lui fit don- 
ner sa propre mère. Il axTiit épousé 
Béatri\ de Brandebouig, qui mourut 
en même temps que lui. C — au. 

EltlC XIU en Suède et VJ F en Da- 
nemartk, était fils de Wralislas, duc 
de Puraéranie, et de Marie, nièce de 
Marguerite, fille de Waldcraar , né 
en 1 58'2. 11 fut nommé en 1 597 héri- 
tier des couronnes de Danemark, de 
Suède et de Noivège, que Marguerite 
venait d'unir par le traité de Cilmar. 
Après avoir été associé quelque temps 
au pouvoir, il régna seul après la mort 
de Marguerite, arrivée en \^ii. Dé- 
nué de talents, lâche et cruel à la fois , 
il piit des mesures opposées aux vrais 
intérêts de la vaste monarchie qu'il 
devait gouverner , el a'iéna tous les 
esprits ; il affaiblit surtout son crédit 
et ses ressources en faisant une guerre 
inutile et peu glorieuse aux comtes de 
Holstein pendant vingt-six ans. Les 
Suédois se sou'evèrent contre lui { V, 
Engelbhecht) , et le déclarèrent dé- 
chu du trône. Les Danois imitèrent cet 
exemple ainsi que les Norvégiens, et 
en 1459 il ne restait à Eric que l'île 
de Got and, où il se livra à la pira- 
terie. Obligé de quitter également cet 
asile , il se retira à Uugenwalde en 
Pomérauie, où il mourut l'an i459. 
Il ivait été marié à Philippine, fille de 
Henii I\' , 101 d'Anglelerre, princesse 
éclairée et ve- tueuse, i]ui eùl peut-être 
prévenu la chute d'j loi, si elle ne lui 
avait clé enlevée trop tôt. Eric avait 



a/jO E R I 

«fé décore par li' roi d'Angleterre de 
l'ordre de la Janelicre. Ce juince ai- 
mait li-s lettres , et avait obtenu du 
pajie Martin V l'érection d'une univer- 
sité dans son royannu-; mais ce projet 
ne put être exécute alors , les fonds 
qu'il y destinait ayant été absorbes 
par les guerres qu'il eut à soutenir. 
Pendant sa retraite a l'île Goiland il 
composa une Clironique intitulée : 
Jfistorica narratio de origine gentis 
Danorum et de regibus ejusdem gen- 
tis , à Dano usque ad anniim 1 28S. 
On la trouve dans les Scriplores re- 
rum seplentrionalium d'ET\)o\d Lin- 
(1( nbrop; , et dans le Chronicnn cliro- 
riicorum de J. Gruter. C — au. 

ERIC XIV, roi de Suède, fils de 
Gustave Vasa , et de Catherine de 
Lauenbourg , naquit le 1 5 décembre 
1 533 , et succéda à son père en 1 56o. 
Doué par la nature d'un esprit vif et 
d'une ame active, il avait acquis des 
connaissances très variées, et semblait 
destiné à régner avec gloire ; mais son 
caractère était violent , et de fréquents 
accès de mélancolie le rendaient in- 
quiet , irrésolu et onibr igeux. Les pré- 
rogatives que Gustave Wasa avait ac- 
cordées aux ducs, ses frères, lui inspi- 
raient de la jalousie , le gênaient dans 
l'administration , et favorisaient les 
■vues de plusieurs ;irabitieux , qui se- 
mèrent la discorde daus la famille 
royale. En i56i ,Eiic se fit couronner 
avec beaucoup de pompe à Upsal, et 
.en même temps il créa les dignités de 
comte et de baron, jusqu'alors incon- 
nues en Suède. Peu après il entreprit 
lia voyage en An2;leterre, pour de- 
mander la Jiiain d'Eiisabelli ; mais une 
tempête violente le força de revenir 
et il envoya des négociateurs à Lon- 
dres. Elisabelh donna quelques espé- 
rances qui ne furent cependant jamais 
réalisées. Eric ne fut pas plus heureux 
dans SCS autres projets de mariage, et 



ERÏ 

enfin il résolut d'épouser Catherine 
]\Iansdotcr, fille d'un caporal; les états 
donnèrent leur consentement à cette 
union; mais les grandes famdl(s du 
pays et les ducs on témoignèrent un 
mécontentement qui augmenta les in- 
quiétudes du roi. Il pi il surtout un 
grand éloignement pour Jean , son 
frère aine, duc de Finlande, et le fil 
mettre en prison avec sa femme. Ce- 
pendant son attention fut détournée 
pendant quelque temps de ces troubles 
domestiques par la guerre qu'il eut à 
soutenir conlie la Pologne et le Dane- 
mark. Il eut d'abord des succès, con- 
quit une partie de l'Eslhonie, et enleva 
aux Danois un grand nombre de vais- 
seaux; mais ayant pri- de fausses me- 
sures , et refusant d'écouter les con- 
seils de ses généraux, il éprouva des 
revers, surtout du côté du Danemark. 
Joerau Pelirson , homme vil 1 1 cruel , 
s'empara de sa confiance , et l'entraîna 
à des actes de dureté et d'injustice qui 
excitèrent un mécontentement général. 
En iSG-j, il assembla les états à Upsal, 
et leur enjoignit d'instruire le procès 
des -eigneurs qu'il croyait coupables , 
et qu'il avait fait arrêter. Les états dé- 
clarèrent que les preuves ne leur pa- 
raissaient pas suffisantes pour con- 
damner les accusés. Le roi entia en 
fureur; d se rendit à la prison où était 
détenu î^iicolas Sture, et après l'avoir 
accablé de reproches , il lui enfonça 
un poignard dans le bras; ayant frappé 
une seconde fois , il sort le poignard 
et ordonne à un dome>tique de lui 
ôter la vie. Plusieurs autres fuient 
immolés par les drabans du roi , qui, 
toujours en proie à sa rage , quitte la 
ville (t parcourt les champs pendant 
quatre jours, sans vouloir écouter au- 
cune représentation. Le regret com- 
mença cependant à se faire sentir, de.s 
larmes abondantes coulèrent de ses 
Tcas. , et il se laissa ramener à Upsa!. 



31 rrnvoya l'odieux Pelirson , remit 
m libelle Jean son lirie, cl cliercli.i ;'» 
se réconcilier avec les fatuillos pnis- 
sanles. Mais ce retour à la raison el à 
la prudence ne fut pa>; de longue dui ce. 
Peluson rentra en faveur , et les per- 
sécutions , les emprisonnements re- 
commencèrent. Enfin , le duc Jean , de 
concert avec un autre frère ,du roi, 
Charles, duc de Siidermanie , se mit 
à la tête d'une Insurrection ; les deux 
princes, seconde's par plusieurs sei- 
gneurs puissants , rassemblèrent une 
armée , et marchèrent sur Stockholm. 
Eric entra en négociation , livra son 
favori Pehrson, qui fut exécuté sur le 
champ , et fit plusieurs propositions 
d'accommodement. Mais les princes 
poussèrent le siège de la capitale et 
.s'en emparèrent. Le roi , abandonné 
de ses troupes el de ses ministres , se 
retira d'abord dans la cathédrale et 
ensuite au palais. Il implora la clé- 
mence de ses frères , et se reconnut 
leur prisonnier. Conduit à la cathé- 
drale, il fit publiquement i'aveu de ses 
torts , et résigna la couronne ; le len- 
demain , J( au fut proclamé roi , et les 
états conlirmèrenl son autorité par un 
décret solenne!. Ayant reproché à son 
frère sa démence , celui-ci lui répon- 
dit : « Je n'ai été fou qu'une seule 
» fois, c'est lorsque je t'ai rendu la 
» liberté. » Eric fut traité avec une 
dureté révoltante par son successeur, 
qui le fil traîner lie prison en piison, 
le priva de tous lis adoucissements 
qu'il sollicita , et même des secours de 
la religion. Son malheureux sort com- 
mençait à exciter l'uiterêl , et il se for- 
ma des projets pour le délivrer. Jean 
eu ayant été averti, ordonna de ter- 
miner les jours de son frère par le poi- 
son. Eric expir.i le iG février i^']']. il 
avait montré pendant sa détention un 
panel courage d'esprit, et s'était livré 
à l'étude pour se distraire de ses peines. 



ERI 247 

Catlierinp , sa femme , lui témoigna le 
plus grand alladiement pendant sa 
c.iptiviic, et bra\a plus d'une fois la 
colère de Jr.in jxmr procurer des se- 
cours à son malheun ux époux. Elle 
lui avait donné un fils nommé Gustave, 
qui l'ut dépouillé de ses droits à la suc- 
cession , et qui vécut dans l'étranger. 
Quoique le règne d'Eric XIV fût très 
orageux, et qu'il n'ait duré que ç) ans, 
il ne fut pas sans influence sur !e rôle 
que la Suède joua ensuite parmi les 
puissances de l'europe. Ce fut pendant 
ce rè^ne que les limites du royaume 
prirent une plus grande extension à 
l'est , et que les Suédois devinrent 
maîtres d'une partie de rEslhonie;que 
la marine suédoise gagna un plus grand 
déveIoj)pement ; et que les relations 
commerciales devinrent un des pre- 
miers objt ts de l'attention du gouver- 
nement. Eric protégea les scii uces et 
les savants, et créa plusieurs institu- 
tions littéraires. On conserve de lui 
quelques ouvrages qu'il rédigea pen- 
dant sa captivité, et l'on fait encore 
usage dans les églises du pays, de plu - 
sieurs cantiques qu'il composa dans les 
dernières années de sa vie. C — au. 

ElUC l*"^., surnommé le Bon, pre- 
mier roi de ce nom de toi.t le Dane- 
maik ( I ). Il régna vers la fin du 1 1'. 
siècle. Ce fut à sa demande que le pape 
donna au Danerriark un primat, qui 
obtint le titre d'archevêque , et résida 
dans la ville de Lund en Scanie. Eric 
était très religieux ; il fil doux voyages 
à Rome , et reçut les moines de Ci- 
teaux en Danemark. Il se rendit ce- 
pendant coupable d'un meurtre, et 
pour apaiser ses remords et faire sa 
paix avec l'église , il entreprit un pe'lc- 



f !■) 11 y avait eu un roi du même nom an neu- 
vicme siccle , mais qui ne régna que sur une partie 
du Danemark; quelques his'.oricns lui ont cepeo- 
ilnnt donne le nom de premier. Nous avons suivi 
l'ordre indiqué pur Mallcl, Histoire de Dtine' 
mtiix)>- , ouvrage jjéatralcment «stimé. 



2/i8 E R I 

rinago à Jcrus ilcm ; mnis il mourut sur 
la roule , dans l'ilc de Cliypro , l'an 
I io5. Dans les premicrcs années de 
son lègiie, Eric avait fait une expédi- 
tion contre les Vandales , et s'e'lnit ctu- 
pare' do leur capitale, nommée Jullin , 
ou Jonib.sbourg. Il sut aussi se faire 
respecter djns son royaume , par sa 
vigilance et les soins qu'il donnait' à 
l'administration. Sa boulé et sa géné- 
rosité le rendaient cher au peuple; les 
anciennes chroniques disent qu'il vi- 
vait avec ses sujets comme un père 
«vec ses enfants , et que personne ne 
le quittait sans consolation. C — au. 
ERIC II , surnommé Emund, roi 
do Danemark , parvint au trône vers 
l'année i i55. 11 eut, comme EricF"". 
une guerre à soutenir contre les V^an- 
dales , qui se rendaient redoutables 
par leurs pirateries. Le pouvoir des 
cvêques s'étant beaucoup augmenté, 
le roi eut avec eux de fiéquentes que- 
relles. SoL règne dura deux ans. — Il 
eut pour successeur Eric III, sur- 
nommé X Agneau, qui se fit moine à 
Odensée , en 1147, après un règne 
peu remarquable. C — au. 

ERIC I V— ERIC VI, rois de Dane 
mark, pendant le iS*". siècle. Ces rois 
régnèrent à une époque fertile en ré- 
volutions , et eu catastrophes. Les 
princes cadets de la maison royale 
étaient devenus des vassaux puissants, 
et dt^s rivaux du troue. D'autres vas- 
saux aspiraient également a l'indépen- 
dance, et le clergé refusait d'obéir aux 
ordres du monarque , en réclamant 
SCS privilèges et ses rapports avec la 
cour de Rome, Eric IV , surnommé 
Flog penning , <à cause d'un impôt 
qu'il avait mis sur les charrues , fut 
mis à mort, eu isSo, par l'ordre de son 
frère Abel, quile remplaça sur le trône 
( F. Adel. ). — Eric V , surnommé 
Glippin^ (clignant desyeux ) , fut as- 
sassiué près de Viborg en Jullaad , 



ERI 

l'an laSG. — Eric Vf, son fils , sur- 
nommé Menred , eut des différents 
avec le roi de Norvège ; les troubles 
intérieurs avaient augmenté pendant 
sa minorité , et la régence de sa mère , 
Agnèsde Brandebourg. Lorsqu'il mou- 
rut, eu i5i9 , Christophe II, son 
frère, étant monté sur le trône, le 
Danemarck tomba dans un état de 
confusion et d'anarchie qui dura pen- 
dant plusieurs années , et pendant le- 
quel ce royaume fut menacé d'être 
dissous ( Foj. Christophe 11. ). 

C AU. 

'ERIC VII, roi de Danemark. Foy. 
Eric XIII de Suède. 

ERIC OLAI, ou ERICD'UPSAL, 
docteur en théologie, et doyen du 
chapitre d'Upsal, vivait dans le i5% 
siècle, et composa par or-lre du roi 
Charles VII I une Histoire de Suède en 
latin , sous le titre d^/IistOTia Sueorum 
GolhoTUmque. Cette histoire se ter- 
mine à l'année 1 464 ; elle fut publiée 
la première fois à Stockholm , en 1 G 1 5, 
par Jean Messenius ; en i654, Locce- 
uius la fit réimprimer dans la même 
ville. Eric Olaï n'est pas exempt d'er- 
reurs et de préventions ; mais il man- 
quait de guides, et ne pouvait souvent 
recourir qu'aux traditions pour sup- 
pléer aux monuments. Il n'y avait en 
avant lui que des relations incomplet- 
tes , rédigées par les moines , et des 
chroniques rimées, où la vérité histo- 
rique était plus d'uue fois sacrifiée à 
la mesure et à la rime. C — au. 

ERICEIRA (Fernand de Mewe- 
zEs , comte d'), né à Lisbonne le 
27 novembre 161 4, y mourut le 
22 juin 1^99, à l'âge de quatre- 
vingt - quatre ans. 11 consacra aux 
lettres tous les loisirs d'une vie glo- 
rieusement occupée à servir l'état et 
dans les armées et dans les conseils. 
On a de lui : I. Fida, etc., la Fie 
du roi Jean P' . , Lisbcnnc, i6'j7, 



E li I 

111-4". I^^s critiques portugais louent 
le style de rot ouvrage. II. Hislo- 
ria , etc., Histoire de Tan^^er , \j\s- 
bomic, l'jyi, inf'ul. Celle histoire 
peut avoir de rimpoit-ince , et olï'rir 
des reiiseigneraeiils exacts et sûrs ; 
car Erincira avait cte' pendant plu- 
sieurs anneVs gouverneur de Tanger. 
m. Ilistoriœ Lusitanœ , etc., f/is- 
toire de Portugal, depuis 1640 jus- 
qu'en 1657, Lisbonne, 1754, 'î vol. 
grand in - 4 "• » publie par le P. An- 
tonio dos Heys , de i'uratoire. Ce sont 
là les plus importantes productions 
imprimées du comte Ericeira. 11 a 
laisse en manuscrit des poésies la- 
tines , italiennes , portugaises , espa- 
gnoles; des trailc's de mathématiques 
cl de philosophie; des discours poli- 
tiques ; des discours académiques; la 
vie d'Jsabelle'ou Elisabeth) de Savoie, 
reine de Portugal , en latin et en por- 
tugais ; un roman historique , dont il 
est lui-même le héros sous le nom de 
Felisardo. Sa vie, écrite en latin par le 
P. dosReys, se trouve au commen- 
cement de son Histoire de Portugal. 
B— ss. 
EllICETRA ( Louis de Menezes , 
comte d' ) , frère du précédent, na- 
quit à Lisbonne le il juillet 1 632. Il 
fut grand homme de guerre , grand 
homme d'état et littérateur distingué. 
Le Portugal lui dut rétablis,sem''nt de 
plusieurs importantes manufactures. 
Son palais était orné des ouvrages du 
cavalier Bernini et de notre fameux 
peintre Lebrun. L'italien , le fran- 
çais , l'espagnol lui étaient également 
familiers ; il les savait aussi bien 
écrire que parler. Une mort préma- 
turée termina une vie si glorieuse. 
Dans un accès de frénésie mélancoli- 
que , le comte d'Ericeira se jeta par 
une fenêtre , dans la nuit du 9.6 mai 
i6()o. Il a écrit en portugais une Vie 
de Scanderbeg, Lisbonne, 1688, et 



ERI 2^<} 

une Histoire de la restauration du 
Portug.tl, Lisbonne, 1679 et \(}()H, 
'1 vol. in-fol. r/ost l'histoire du Portu- 
gal depuis 1G40 jusqu'en iWJ8, su- 
jet que son ficre a, comme nous 
l'avons dit, traité en latin. Le jour- 
nal des savants de janvier 1G81 fait 
un pompeux éloge de cet ouvrage : 
« tout y est grand, dit le journaliste , 
» le sujet, la manière de l'écrire et 
» l'auteur mêuie. » H existe quelques 
autres ouvrages du comte d'Ericeira , 
tant imprimés qu'inédits. Dans cette 
dernière classe sont des poésies et 
comédies espagnoles, des relations 
militaires , des discours académiques. 
— Un autre Louis de Menezes, 
comte d'Erïceira , vice-roi des Indes 
portugaises, s'est aussi distingué dans 
les lettres. On lui doit: I. un Sup- 
plêment au Dictionnaire de Morcri , 
qui a été fondu dans l'édition de 
1759; IL un Supplément au Dic- 
tionnaire portugais de Bluteau ; III. 
Eslado présente de Asia, princi- 
palinenle de la China , del anno de 
17 19, formant, avec plusieurs Let- 
tres et Mémoires de la vice-royauté 
de l'Inde, 5 vol. in-fol., manuscrits, 
en portugais, selon la Biblioteca d'An- 
tonio de Léon - Pinelo , édition dg 
1729. B — s s. 

ERICEIRA (François-Xavier de 
Menezes, comte d'), est plus connu 
en France que les trois Ericeira que 
nous venons de nommer. Boileau , 
dont il avait traduit l'Art poétique 
en vers portugais , lui a écrit une 
lettre de remercîment qui a donné 
parmi nous au nom d'Ericeira une 
siirte de célébrilé. Les Portugais 
mettent le comte François d'fcriceira 
au nombre de leurs plus grands 
hommes. Il était fds de Louis d'Eri- 
ceira , et naquit à Lisbonne le 29 
janvier 1G75. Dès ses plus jeunes an- 
nées il monU'a pour les lettres et les 



•iôo E R I 

sciences les plus mervoillruses dispo- 
sitions, l-a cariièrc militaire dans la- 
quelle il entra , appelé par sa nais- 
sance et l'exemple de 5a tamilk- , ne le 
reu li point élrangcr à la iitteraliire. 
11 trouva le temps , au milieu dis 
fonctions publiques , de ccoijioser un 
très gracJ nombre d'ouvr.iges , et 
d'entretenir une vaslo con espondance 
avec les bomrnes les plus distingues 
de l'Europe -avante. Muratoii, Bian- 
chini, Leclerc, Bayle, Renmdot , Bi- 
gnon, Feijoo , Mayans étsiiut en re- 
lation avec lui. 11 elait de la société' 
rova^e de Londres et de pluMcurs 
autres acarléuiies. Louis XV lui fit 
présent du calai gue do sa biblio- 
thèque cl de viiip,t un vulum<-s d'es- 
tampes. Il pos-édait lui - même une 
très noiubrnise eolltction de livres, 
d'instruments et de mac'niues, qu'il 
eommuiiiquait avec une rare complai- 
sance. 11 mourut le 21 décembre 
I'j45, à l'âge de soixante-dix ans. 
L^ colleotion des Mémoires de l'aca- 
démie rovale de Lisbonne contient 
une foule de discours , de disserta- 
tions , de remciiqiies de tout genre 
]'ar le comte Ericeira. 11 est auteur 
d'un p.>emc épiipie , inlitulc Henri- 
qiieida , et d'un nombre considéra- 
ble de poésies de circonstance. Parmi 
ses ouvrages inédits , qui sont fort 
nombreux , se trouve celle traduc- 
tion de l'art poétique de Boilcau, 
dont nous avons parlé plus haut. 
Boileau avait eu le projet de la faire 
imprimer ; mais l'abbé Pve;;nior Des- 
marais , auquel il l'avait prêtée , 
égara le premier chrint. a J'ai eu, 
» dil Boileau, la ra.iuvaise honte de 
» n'oser récrire à Li-bonne pour en 
» avoir une autre copie » Si l'on de- 
vait prendre à b lettre les éloges que 
Boileau donne à cette irad*;; li^u , 
l'on aurait fort à se plaindre de sa 
mauvaise honte. «Youseuiichiiicz, » 



ERI 

dil - il au comle d'Ericcira, en style 
de Balzar , « toutes mes pensées eu 
» les exprimant; tout ce que vous ma- 
» niez se change en or, et les cail- 
» loux n»ênies, s'il faut ainsi parler, 
» deviennent des pierres précieuses 
» entre vos mains , » et le reste. Un 
poète est toujours fort indulgent pour 
un grand seigneur qui se donne la 
peine et lui fait l'honneur de le tra- 
duire; de sorte qu'il y aurait quel- 
que risque à régler nos regrets sur ce 
pompeuxéloge. Ceqo'il fdut encore re- 
marquer c'est que Bode-iu n'avait, de 
son propre aveu , qu'une coiniaissan- 
cc très imparfaite du portugais. B-ss. 

KRICEIRA { JzA>WE - JosEPHirsB 
DE Menezes . comtesse d' ) , mère du 
préc«leul. fille deFernandd'Erireira, 
et femme de Louis dEriceira , se mon- 
tra digne de porter ce nom illustre. Elle 
naquit à Lisbonne le i5 seplemljre 
1 65 1 . Sou père lui apprit le fi ançais , 
l'it/dien et l'espagnol; le jésuite Mello 
le latin. Elle faisait très agrc.bl.'ment 
des vers , et éciivjil en prose avec 
beauc'iup de goiJt et d'élégance. Ses 
principales productions snnt un Poëme 
moi al, intitulé /^«//erfrt^or, etc., le 
Ré^-eil du songe de la vie, et une 
traduction portugaise des Rejlexions 
de la duchesse de la f^allière iiirla 
miséricorde de Dieu. Eilea laissé plu- 
sieurs ouvrages manuscrits, entre au- 
tres des Poésies françaises , italiennes , 
espagnoles et portugaises; des Lettres; 
des Comédies ; une Vie de S. Augus- 
tin ; le Triomphe des femmes , tra- 
duit du français. Lacomtes.-e d'Encrim 
mourut d'anoplexie le 26 aoiît 1 "jog. 
B-is. 

ERICI (, Jacob ) savant suédois , 
né à Stockholm dans le 16'. sièrie, 
Hiiiïl le 10 décembre 1619, fut long- 
temps professeur de langue grecque à 
Stockholm et àUpsal , et fit imprimer 
eu i58.i, ^^^^ -^ première de ces 



ERI 

•villes , le discours tVIsocrate à Dcmo- 
iiiciis. C'est un (les premiers monu- 
ments de l'éUidc du ^rec en Suède , 
où cette étude ne se développa que 
vers le milieu du i 7". siècle. , lorsque 
l'université d'Upsai (ut ete réorgani- 
sée par Gustave Ado! plie. — Il y a eu 
en Suède quelques autres savants du 
jiom d'Erici, parmi lesquels nous re- 
marquerons Isaac Erici, auteur d'un 
ouvrage qui a pour titre : Calenda- 
rium ecclesiast. Sucticum in qito 
vitœ sanctorum , quorum nomina in 
faslis Sueticis occununt , hrtvilèr 
enarrantur. C — au. 

ERIZATSY ( Saugis ou Sebgius) , 
très savant e'vèque arinènif^n , qui na- 
quit , vers le ndiieu du 1 5 . siècle, à 
Eriza ou Arzcndjan , ville d'Arrae'nie. 
Il est fameux, parmi les Arméniens, 
pour ses connaissances dans la théo- 
logie et le droit canonique. En i liS'^i, 
Jacques V^. , patriarche de Sis, l'ap- 
pela à sa cour et le fit sou secret^dre. 
En 1291, il fut sacre ëvêque d'Ar- 
zendjan , sa patrie , et peu de temps 
après le roi des Arméniens de Ci'icie, 
Hayton ou liathoura II , le fit anmo- 
iiier de son palais. En i 5o6 , il assista 
à un grand concile qui se tint à Sis , 
capitale de la Gilicie, et il mourut peu 
de temps après. Il a écrit : I. Lu 
Traité sur la hiérarchie civile et 
religieuse ; 11. une Explication des 
Canons de l'Eglise; \\\.\i.v\ Discours 
sur la prédication des Apôtres et 
sur la propagation du Chrislianis- 
;u<?.Tous ces ouvrages sont restes ma- 
nuscrits. S. M — N. 

ERIZZO ( Sebastien ), en latin 
Ericius ou Echinus (hérisson ), an- 
tiquaire , philosophe et savant littéra- 
teur italien, naquit à Venise, le ig 
juin lO'^S; son père était sénateur et 
sa mère de la noble famille Goutarini. 
11 fil ses études à Padoue, y acquit 
une conuaissance parfaite des langues 



ERI 25i 

grecque ellalino, et se livra ensuite 
avec ardeur à l'étude de la philoso- 
phie antique. De retour à V< nise et 
devenu sénateur, il se distingua dans 
le conseil des Dix par la gravité de 
son caraclèie et de ses mœurs. 11 
continua de cultiver 1rs lettres et la 
philosophie ; il prit aussi «n goût 
très vif pour hs antiquités , rt par- 
ticulièrement pour les médaille^. II 
forma dans sa maison un musée 
curieux qui, après sa mort, resta 
quelque temps à sa famille, fui ensuite- 
acheté par un sénateur du nom de 
Tiepolo', et enfin publié par le procu- 
rateur de Sainl-M;irc , Loreuzo Tie- 
polo , avec de magidfiquf s gravures. 
Etizzo était doué d'une mémoire pro- 
digieuse, ce qui rendait sa conversa- 
tion aussi instructive qu'agréable. Il 
était excellent juge des ouvrages des 
autres et tiès modeste sur les siens; 
il en écrivit de différents genres, qui 
furent tous publiés de son vivant et 
sous ses yeux; mais la plupart le fu- 
rent par do savants éditeurs , tels que 
le Ruscelli et 'eDohx, qui trouvaient 
sans doute leur compte à lui en épar- 
gner le soin. 11 y trouvait aussi son 
propre compte; car un éditeur peut, 
dans une préfice ou dans une épîlrt- 
dédicaloire , dire de l'ouvrage qu'il pu- 
blie, cl même de l'auteur, ce que cet 
auteur ne pourrait pas dire lui-même. 
Erizzo mourut âgé d'environ soixante 
ans, le 5 mars i585. Les ouvrages 
qu'on a de lui sont : 1. Tratlato deW 
istrumenlo e ina inventrice de gli 
anlichi , publié par Ruscclli , ^ cnise, 
1 554, iu-4 '. ; 11. Discorso de i Go- 
verni civili , a messer Girolamo Ve- 
niero , imprime la première fois avec 
le Traité do B .rthelemi Gjvalcanti , 
sur les meilleurs gouvernements des 
républicjues anciennes et modernes , 
Venise, Sansovino , i555 , in-4^ ; 
ecsuitc par un autre impriuicur, ibid. , 



aSî E R f 

«571 , 115-4°.; €t avec d'antres traites 
de diiïërtnts auteurs sur la même ma- 
tière, Venise, chiz les Aide, i5f)i, 
in-8". : il en a été fait depuis plusieurs 
e'dilions; III. Discorso sopra le me- 
da^lie de f^li anlichi, con la Dichia- 
razione délie monele consulari e 
délie tnedaglic des,li imperadori ro- 
nmni, Venise^ i559, in-4 "• Ce livre 
fut un tel succès, qu'il en parut trois 
ë litions dans la même année ; l'édi- 
teur, Buscclli , dédia la première à Si- 
gismond Auguste, roi de Pologne; et 
son épître dédicatoire, réimprimée, 
avec la même date , en tête de l'édi- 
tion corrigée et augmentée qui parut 
douze ans après sans date, a trompé 
plusieurs bibliographes. Le titre de 
celte édition , beaucoup meilleure et 
plus estimée que les trois premières, 
porte que l'ouvrage est di imcvo in 
tjuesta quarla edizione dnlV istesso 
niitore revisto et awpliato , Venise, 
in 4"> , con le figure délie medaglie. 
Elle est, comme nous l'avons dit , 
sans Haie; mais on sait qu'elle parut 
en iS^i. Cet ouvrage, plus ample et 
encore plus mclbodiqiie que celui de 
Vico, pub;ié en »555, fait époque 
dans la science numismatique , et , 
malgré les progrès qn'tlle a faits 
depuis, jouit encore de l'estime des 
savants. Vico habitait Venise dans 
le même temps qu'Erizzo ; il avait 
comme lui un riche cabinet de mé- 
dailles , et ces deu5 savants, cultivant 
à ].i fois la même science . ne pou- 
vaienl pas être inconnus l'un à l'autre. 
Erizzo publia son ouviage quatre ans 
après que celui de \ ico eut pnu, et 
cependant il n'y parle ni de Vico ni 
de son livre; Foscarini, clans son His- 
toire lie la ittc'raliirc italienne, n'a pu 
se dispenser de faire remarquer ce si 
lence, qui ne peut êlie i'efîel ni de l'i- 
gnorance ni du \m'',:rà.lY . Esposizio- 
ne nelle tre Canzoni di Mes. Frances- 



ERI 

eo Petrarca , ehiamate le ire sorelle^ 
nuovamenle mandata in luce da Lo- 
dovico Dolce , Venise, i56i , in-4''. 
Dolcc, profilant du privilège d'édi- 
teur , parle de ce Comment.dre avrc 
beaucoup d'éloges dans son Epître dé- 
dicatoire adressée à l'ambassadeur du 
roi de France Charles IX auprès de 
la sérénissinie République , et il affir- 
me qu'un grand nombre de savants qui 
l'avaient lu en manuscrit, en ont juge' 
comme lui. V. // Timeo , overo delta, 
nalura del mondo , Dialogo di Pla- 
tane tradolto di lingua greca in ita- 
liana da Mes. Sehastiano Erizzo^ 
€ dal medesimo di moite utili anno- 
tazioni illustrato , Venise, i558, 
ou , selon Aposlolo Zeno, i557 , in- 
4". Le Ruscelli, éditeur de cette tra- 
duction , l'a dédiée à l'évêque de Bres- 
cia, avec une longue et savante lettre 
où , après lui eu avoir vanté le 
mérite, et surtout celui des notes 
dont elle est accompagnée, il prend 
soin de l'instruire que l'Erizzo est un 
des sept savants qui se sont chargés 
de traduire en italien toutes les OEu- 
vres de Platon. VI, En effet, il tra- 
duisit encore quatre autres dialogues 
qu'il publia lui-même avec le Timée, 
environ S( ize ans après, sous ce titre : 
/ Dialoghi di Plaione intitnlati : 
l'Eutifrone, overo délia sanità ; l'A' 
pologia di Socrate ; il Crilone, di 
quel rhe s' ha affare ; il Fedone , 
o deW inimortalilà delV anima ; il 
Timeo , etc. , di moite utili annoia- 
zioniillustrati, con un Comento so- 
pra il Fedone, Venise, i574» in-ô".. 
Parlant cette fois en son nom dans 
son Avertissement au lecteur, il n'a 
pu s'y louer lui-même; mais il y f^it 
un magnifique éloge de Platon , dont 
on voit , f t par le soin qu'il avait mis 
à. le traduire, et par les noies et les. 
commei.laircs où il explique sa doc- 
trine , qu'U était grand admiraleui-. Ëa 



ERI 

traduisant Platon , il travailla sur le 
texio même , quoiqu'il y en eût une 
traduction latine de Marsile Ficin , qui 
avait beaucoup de réputation. Il pa- 
raît qu'il savait tuicus. le grec que Mar- 
sile ; il le redresse et le corrige sou- 
vent : il nous eu avertit par des noies 
marginales, tantôt en citant simple- 
ment le mot grec , et tantôt en ajou- 
tant : Marsilio varia, Marsilio man- 
ca, Marsilio erra : Mirsile change 
le texte , Marsile manque , Marsile se 
trompe. Quelquefois il observe que le 
texte est corrompu , et il propose de 
meilleures leçons. Son Commentaire 
sur le Phedon , plus long que le Pbe- 
don même , prouve qu'd connaissait 
à fond les dogmes du platonisme et 
les ouvrages des platoniciens. VIÏ. Le 
sei Giornate di messer Sebastiano 
Eriizo , mandate in luce da Messer 
LodovLCO Dolce , Venise , 1 567 , in- 
4'\ C'est un recueil de Nouvelles , mais 
de Nouvelles toutes morales , qui con- 
tiennent, comme il est dit en tête du 
Proemio ou prologue, « sous la forme 
» de divers événements beureux et 
)) malheureux , de nobles et utiles le- 
» çons de philosophie morale. » L'édi- 
teur Dolce, à qui l'Erizzo en avait fait 
présent, nous apprend, en l'apprenant 
au prince Frédéric de Gonzague dans 
son Epître dédicatoire , que l'auteur 
avait écrit ces nouvelles, ou plutôt ces 
événements , lorsqu'il étudiait encore 
dans l'université de Padoue, pour se 
délasser de ses autres travaux, et pour 
faire cependant quelque chose d'utile 
et qui fût digne de lui ; qu'il leur a 
donné ce titre d'Evénements, Avve- 
nimenti , pour les distinguer des Nou- 
velles qui présentent trop souvent, 
avec des choses graves et instructives , 
d'autres qui sont moins propres à ins- 
truire qu'à corrompre les mœurs. Six 
jeunes amis, étudiants dans cette uni- 
Tersite ^ s& céuBisscut pendant sii^ 



ERI 



255 



Journées pour se faire les uns aux au- 
tres des récils propres à les détourner 
du vice et à les portera la vertu. Telle 
est lafjbledecet flexameron; il res- 
semble , autant que l'a pu le jeune 
auteur, au Decameron de Boccace, 
par le style , les formes et les tours 
qu'il se propose d'imiter, et qu'en ef- 
fet il imite très heureusement ; mais 
on voit qu'il en diffère beaucoup par 
l'intention et par le but moral. Les 
Six Journées ont été réimprimées en 
I 794 , avec le plus grand succès, et 
font partie de la précieuse collectioa 
donnée à Livourne, sous le titre de 
Londres , par le savant éditeur Gae- 
tano PogG;iali. G — e. 

ERIZZO ( François ) , doge de 
Venise, de iG32 à i645 , avait suivi 
avec quelque distinction la carrière 
militaire ; il avait entre autres com- 
mandé l'armée que les Vénitiens des- 
tinèrent , en 1629, à couvrir leurs 
frontières et à défendre le duc de Man- 
toue, lorsqu'il fut élu en i652 pour 
succéder à Nicolas Contarini. Pendant 
la plus grande partie de son règne, 
Venise fut en paix avec tous ses voi- 
sins , quoique la France s'efforçât 
d'engager cette république dans la 
guerre de trente ans , et que le pape 
Urbain VIII l'obligeât, par des pré- 
tentions nouvelles , à déployer toute 
sa fermeté. Mais en i645, une attaque 
imprévue des Turks sur l'île de Candie 
alluma une guerre dangereuse. LaCa- 
née fut prise par l'insubordination des 
divers chefs qui commandaient dans 
l'île. Pour y remédier on résolut d'y 
envoyer le doge avec un commande- 
ment suprême. Erizzo accepta cet em- 
ploi avec zèle , quoiqu'il fiît âgé de 
quatre-vingts ans , et il s'occupa tout 
de suite de l'embarquement des gens 
de guerre; mais la fatigue de ces pré- 
paratifs épuisa son corps affaibli par 
i'àje, et il mourut au moment où i^ 



25i F. R L 

allait mettre à la voile. François TVTo- 
lino lui sncce'da. S. S — i. 

ERLACII ( Rodolphe d' ), issu 
d'une ancienne fyniillc d'origine Bour- 
guijçnone, allie'e de la maison de Neu- 
cliàtel , célèbre dans les fastes de 
Jjerne, et connue dans l'histoire dès 
le commencement du 12". siècle. Son 
père, Ulriclid'Eilacli, avait commandé 
les Bernois en i -xcjS , dans le combat 
glorieux contre la noblesse et le parti 
d'Albert. Rodolphe, guerrier également 
intrépide, se trouvait au servies du 
comte deNydau, quand celui-ci , eu 
iSSg, fit la guerre aux Bernois. Il 
quitta ce service pour voler à la dé- 
fense de sa ville natale , qui lui remit 
le commandement de l'armée , à la 
tête de laquelle il gagna (le 21 juillet 
1559) '^^^^^ bataille f^mieuse de Lau- 
pen , qui consoiirla à jamais les desti- 
nées de Berne. Couvert de gloire par 
telle victoire, Rodolphe d'Erlach eut 
encore celle d'être choisi volontaire- 
ment par les priuces de la maison de 
î^euchâtel , pour tuteur des jeunes 
comtes de Nydau , c'est-à-dire des en- 
fants de ce même comte , qui venait 
de tomber sous ses coups. Ainsi les 
fils trouvèrent un protecteur dans le 
vainqueur de leur père , et par ses 
soins leur héritage leur fut fidèlement 
conservé. En i56o, Jost de Rudens 
d'tJnderwaldeii , le gendre de Rodol- 
phe, lui clierchant querelle sur la dot 
de sa femme , l'assassina dans son 
château de i^cieheubach. U — i. 

ERLACH ( Jean-Louisd'), naquit 
à Berne , en 1 SgO , et mourut à Bri- 
saek en 1 65o. Destiné à l'état militaire, 
il fit ses premières armes à l'âge de 
seize ans , d'abord sous le prince d'An- 
lialt, ensuite sous IMaurice de Nassau. 
Il passa au service des protestants 
d'Allemagne, fut capitaine dans le ré- 
giment du jeune piince d'Anhalt, et 
•iail prisonnier avec lui à la bataille de 



ERL 

Prague , on iGao. Il se racheta , leva 
une nouvelle compagnie , fit diverses 
campagnes en Hongrie, en Allemagne 
en Flandre, etc. il était devenu lieu- 
tenant-colonel lorsqu'il fut fait encore 
prisonnier dans la bataille gagnée par 
Tilli , l'un des généraux de Ferdinand 
II. Tel fut l'apprentissage que fit d'Er- 
Iich dans l'art militaire; nue nouvelle 
carrière s'ouvrit devant lui , lorsqu'il 
eût racheté sa liberté. Il obtint la con- 
fiance de Gustave Adolphe , et la mé- 
rita. Le héros le nomma lieutenant- 
colonel du régiu)ent de ses gardes: il 
l'envoya en Lilhuanie et en Livonie , 
en (jualité de quartier-maître de l'ar- 
mée qui agissait sous ses ordres , et 
d'Erlach se montra digne de servir 
un prince qui savait distinguer le mé- 
rite. Quelques inst/ints de paix le rap- 
pelèrent à Berne, ou ses talents et 
sa réputation le firent nommer 
membre du sénat. La républi'pe de 
Berne se trouvait alors ( 1 6 ).8 ) dans 
des circonstances dangereuses ; on crai- 
gnait d'abord les prujcts du cardinal 
de Richeheu, et qu'il ne f^uorisât les 
prétentions et les entreprises du duc 
de Savoie sur Genève et le pays de 
Vaud ; ensuite des craintes plus géné- 
rales alarmèrent les cantons protes- 
tants , quand ils virent leur religion 
subjugtiée en France , et les catholi- 
ques disposés à profiler des conjonc- 
tures. On leva des troupes pnur se dé- 
fendre , et d'Erlach fut employé dans 
leur commandement. Ces préparatifs 
se trouvèrent inutiles, quand Gustave, 
|)ar ses victoires , rejeta sur les catho- 
liques les inquiétudes qu'ils avaient 
données aux protest nts. La France 
se rapprocha alors d'intérêt avec ces 
cantons; eile envoya comme ambassa- 
deur en Suisse le maréchal de Bissom- 
pierre, général des troupes qne cette 
nation fournit à la France , pour y faire 
dencuveIleslcYees.il engagea d'Erlach 



ERL 

h lever un le't^iinfut de trois mille liom- 
int'S pour servir en Piémont. Ce dif- 
férend ayant été accommode', le geiie- 
r.d obtint , à la paix , «que la c<'Ssion 
du pays de Vaiid y fût confirmée. Son 
reçimcnt étant reforme peu a[irès , 
d'Krlaeli se rendit auprès de Gustave 
Adolphe, et en i65i .il fut nomme 
conseiller et adjoint du duc Bernard 
de Saxe Weimar. La Suisse se trou- 
vant exposée par la guerre qui se con- 
tinua dans son voisinage, d'Erlach fut 
encore mis à la Icte des troupes levées 
pour défendre les frontières; en i()")5 
il fut député à F^ouis Xlll par les can- 
tons protestants , de nouveau alar- 
més , à cause des liaisons conclues en- 
tre la Suisse calliolique et l'Espagne. 
Eu i()38, d'Erlach, lieutenant-géné- 
ral des troupes du canton de BiTue, 
se rendit, chargé d'une commission de 
son souverain, devant Rliinfcldeu, et 
y fut fait prisonnier par les autrichiens, 
et rendu à la liberté [lar une victoire 
reraporfée par le duc Bernard sur les 
impériaux. Dès ce temps. !a liaison 
entre le duc et d'Erlach devint intime ; 
relui -fi fut envoyé à Paris, chargé des 
instructions du prince. L'innée sui- 
vante, il dirigea le siège de Brisach , et 
après la prise de celte ville le duc de 
Welmiri'en nomma gouverneur. A la 
mort de ce princ", q li lui légua ao.ooo 
écus , d'Erl^.h sr troi:va le principal 
directrur de l'armée. Déjà lié à la 
France, il enibiassa ses inîérèfs, lui 
fut très utile, et se trouva bientôt 
comb'é par elle de marques de laveur 
et d'estime; le roi le nomma comman- 
dant-général du Brisg^u , soujnis à ses 
armes , sons l'autorité de ses lieute- 
nants-génénuix , lui accorda des lettres 
de naturalisation, et une pension de 
it-iooo livres. D'Erlach employa son 
tabnt et son zèle à V( iïler à la sûreté 
et aux besoins, souvent négligés, de 
son armée , cU son gouyerncm^ut , «t 



ERL 25'» 

à 1.1 rép.iration de Crisach ; il rendit 
d'u:i!es scrvi-es à sa patrie, et il fut 
l'avocat et l'ami de fou< les cantons 
protestants; dans les négociations d« 
paix ouvertes à Munster, il aida puis- 
samment de son crédit et de son in- 
fluence, la députation suisse qui j 
avait éfé admise. E-: ifJ'.H, d'Ei'acii 
se distingua à la btîaille de Lcris, 
d'une manière si biil'ante , que le 
prince de Coi. Je, généra! ( !i ch f , dit 
an roi, qu-iiid il lui présenta d'Erlach : 
a Sire, vuiîà l'homme duquel on doit 
» la victoire de l^ens. »> Lors de la dé- 
fection du vicomte àc Turenne , 
Louis XI V^ confia à d'Erlach, auquel 
il devait la conservation de son armée, 
le eoraraandement généra' d^-s troupes. 
Les chagrins qu'il eut de l'abandon 
dans lequel ou laissait cette armée , 
ainsi que de l'inutil té de ses remon- 
trances et de ses demandes, contribuè- 
rent à hâter sa mort. Trois jours avant 
son décès le roi l'avait nommé mnré- 
cha! de France. Il ignora cette di-tinc- 
tion qu'il avait désirée. 1! avait été ma- 
rié, et il a laissé dts enfants. Des t\fê- 
moires historirjues concernant M. le 
général tVErlach , gouverneur de 
Erisach , ont été publiés à Yvrrduii 
(1784, 4 ^'ol- petit iu-S".), parM. .V.- 
bert d'Erlach de Snielz. Ils sont 
composés sur les papiers du général , 
et ri'ii ferment un grand nombre de 
pièces importantes et de détails ins- 
tructifs, td.n sur la guerre de trente 
ans , (Tuc sur les règnes de Louis XIII 
et de Louis XIV. U— i. 

ERLACH ( François Louin d' ), 
baron d< S(iietz et d'Oberboffen, était 
fils aîné de Jean Rodolphe d'Eilacli, 
et oncle de Sigismond d'Erlach , dont 
l'article suit. Il naquit en i 5~5 ; nom- 
mé avoyer du comté d» Bertiioud , en 
1604, et couseiiler d'étal de Berne, 
sa patrie, en iGio;il se distingua sin- 
guUcreuient dans la diplomatie , en- 



256 E R L 

sorte qu'il fut cmi)loyc comme am- 
bassadeur ou comme députe' par le 
canton de Berne dans cent quarante- 
quatre circonstances différentes , soit 
aux diètes ou aux conférences tenues 
dans la Suisse , ou dans les pays étran- 
gers. Ses principales missions fur<;nt 
auprès du roi do France , de la répu- 
blique de Venise et du duc de Savoie, 
et toujours il s'en tira avec autant 
d'adresse que d'honneur. Ses talents 
militaires le firent nommer banneret 
de la république , et colonel - général 
des troupes de l'état de Borne , et l'es- 
time qu'il s'était acquise le fit nommer 
à l'unanimité avoyer de cette républi- 
que en 1629. Il s'était tellement ac- 
quis l'affection de Louis Xlll , que ce 
prince lui accorda, en i659, une 
compaj^nie de deux cents hommes 
au régiment des gardes suisses , avec 
faculté d'en disposer en faveur de ses 
fils , en sorte qu'il la céda la même an- 
née à Albert , son fils puîaé , enfin il 
mourut en i65i , et fut enterré dans 
l'église paroissiale de Spielz , où se volt 
son tombeau. B. M— s. 

EBLACH ( SiGiSMOND d' ) , neveu 
du précédent, naquit en 161 4- Il entra 
de bonne heure au service do France, 
et y resta sous les ordres de Jean- 
Louis d'Erlach son oncle , jusqu'en 
i65o; s'étant distingué en qualité de 
colonel du régiment allemand qui por- 
tait son nom, il servit, en 1648 et 
1649, comme maréchal-de-camp, 
et se fit remarquer à la bataille de 
Lens et au siège de Cambrai. Revenu 
dans Berne sa patrie, il fut fait con- 
seiller d'état, et chargé de commander 
l'armée qui dispersa les paysans révol- 
tés dans l'année i655. 11 fut moins 
heureux en i655 , en combattant con- 
tre l'armée des cantons catholiques , 
qui remportèrent sur lui la victoire de 
Wilmerguen , en sorte qu'il fut obligé 
de se disculper devant le conseil sçu- 



ERL 

vcrain de Berne ; mais bientôt sa fran- 
chise et sa loyauté dissipèrent les soup- 
çons injustoment formés contre lui, tel- 
lement qu'il fut fait banneret en 1667, 
et avoyer delà république en 1673 , 
et par la suite , général du corps hel- 
vétique. Son grand âgeluifit demander 
sa démission , eu 1 685 ; mais le besoin 
qu'on avait de lui , et la confiance qu'il 
inspirait, empêchèrent les Bernois de 
l'accepter , car il était regardé , même 
des étrangers , comme un des hommes 
les plus sages et les plus dignes de 
gouverner. Cet homme , encore plus 
respectable que célèbre , mourut à 
Berne, le I*^ décembre 1G99. em- 
portant l'estime et les regrets de ses 
compatriotes , et fut inhumé à Spietz , 
où son corps avait été transporté. 
B. M— s. 

ERLACH (Jean-Louis d'), né à 
Borne, en 1648, fut amené par un 
de ses parents en Danemark ; à douze 
ans il entra parmi les pages du roi , 
et s'appliqua à l'étude de la marine. 
En i665, il obtint la permission de 
servir sur la flotte hollandaise de l'a- 
miral Tromp. Au combat de Born- 
holra il se distingua , de manière qu'il 
obtint le commandement d'un vaisseau 
de premier rang ; fut nommé chef 
d'escadre en 1G72; contre-amiral en 
1 676 , et vice amiral de Danemark en 
1678- Il contribua cette année à la 
pri«e de l'île de Rugen , suivit l'amiral 
Forbin en Espagne, et se trouva aux 
sièges de Roses, Palamos et Barcelone. 
Il mourut en 1680, à l'âge de trente- 
deux ans. U — I. 

EH LACH (Jérôme d'), né en 1667. 
Entré de bonne heure au service de 
France , dans la compagnie de Jean- 
Jarquos d'Edach , son oncle mater- 
nel , il le quitta en 1696, et entra en 
1702 , comme colonel au service de 
l'empereur Léopoid , qui le fit général 
major en 1 7o5. Deux ans après , le 



ERL 

duc rie Wurtcrnljcrt; le fit clicvalior dfi 
ist.-Hiil)c;it, cl rcnipi'iTiir ,)o,sc|ih lui 
conféra le tilie de cliaiMbill.iii , et ce- 
lui de gênerai -fieiitcn.iiit - leld - mare'- 
clial de .•>es armées, et le mar!j;rave de 
Braiidi'hour'', - Bireith lui acourda la 
dccuraliuii de Tiiglo-rou^e. E:i 1 7 i i , 
l'en] pcrc.iir, fort satisfiit de ses ■-ervires, 
le créa coiate dii St. -Empire , lui et ses 
desicuddiils des dtu\ sexes, et enfin , 
comb'c des bicuf.ifs do la maison 
d'Autiiclie, il se relira, en i-j 1 5, avec 
la ré[)u!atiou de l'un des plus habiles 
fçéncraux de son temps et l'estime de 
tous les princes qui l'avaient coiin;i , 
et particulièrement du prince Eugène. 
11 avait e'ië employé drsns toutes les 
guerres de !a succession d'E-ipagnc , 
et commandait aux sièges de Hague- 
ïiau et de Landau. Do letour d ins sa 
pairie, il occupa divers postes impor- 
tants , et en 1 721 d fut nommé avoyer 
de Berne , et conserva celte place 
jusqu'en 17471 ^^^ i' '^ résigna à 
cause de son grand âge. Il avail acquis 
la terre d'Hiudclbanck, 0i!i il bâtit un 
superbe cbàtiau, et où il mourut le u8 
février 1 74^. Sou fils aîné lui (it ciais- 
truire un raaguifî pie m uisolée dans 
l'église d'Hriiddbauck, parle célèbre 
Neld , ce qui donna occasion à ce fa- 
meux scul(iteur de faire rétoniiant et 
sublime tombeau de M'"'. Langbans, 
qui est à la fois un cbcf d'œuvi e de l'art 
et un gage éternel de rainitié la pius 
pure. li. M — s. 

ERLACH (Charles - Louis d'), 
militaire < stimé et aimé par ses qua- 
lités personnelles , né a Berne en 
i7'i(); il avait servi en France avant 
la révolnti(in. et il avait éié nommé 
marécli il de coup au moment de 
l'invasion du pays de V.nid par les 
Français en t 798. Le gouvcrneraent 
de Beine lui conféra le commande- 
ment de son an née. On sait condiien 
les conseils d'alors se trouvaient em- 
xiiu 



E R M 2^7 

barrasses et indécis. Le 2:\ février le 
général d'Erlacli se présentant lui- 
même au grand -conseil avec quatre- 
vingts de ses ofViciers, qui en étaient 
membres comme lui, avait réussi à 
fixer les irrésolutions de cette assem- 
blée, à relever son courage et ses es- 
pérances. Lue accl.imaliiMi unanime 
lui avait fait déférer un pouvoir illi- 
mité de faire agir son armée au mo- 
ment où l'armistice conclu avec le 
général jirunc finirait. Il partit pour 
arrêter sou plan, et au moment où 
il devait l'exécuter, il reçut l'ordre de 
suspendre toute hostilité. Le gouver- 
nement avait abdiqué ses pouvoirs. 
L'infortuné d'Erlach fut massai ré 
quelques jours après par ses sol- 
dats, qui, à la nouvelle de la prise 
de Krrne, le crurent traître. U — i. 

EUMAN (Jeafc- Pierre), né à 
Berlin eu 1735, y est mort eu 
181 4- Après avoir fait ses études 
au collège fra? çais de Berlin , il 
fut nommé pasteur de la coloniç 
française de cette ville. A cette place, 
qu'il conserva jusqu'à sa mort, ij en 
joignit plusieurs autres, qui lui don- 
nèrent une grande influence. Il de- 
vint principal du coliége français, di- 
recteur du séminaire de théologie , 
conseiller du consistoire supérieur , 
et membre de l'académie des- sciences 
et des beiles-letlres. Comme princi- 
pal du collège il se fit remarquer pat- 
son zèle à maintenir les méthodes 
d'enseignement que les léfugiés avaient 
apportées de France , et en particu- 
lier de Saumur, où avail professe 
long - temps le célèbre Tannegui le 
Fevre. Malgré ses nombreuses occu- 
pations, Errnan trouvait le temps de 
par.iître dans le monde. Il y jouait un 
rôle par son esprit, ses connaissances 
et une grande facilité à s'énoncer. La 
reine, épouse de Frédéric II, l'ad- 
mettait souvent à sa cour, et le char- 



a58 E R M 

ceait ordiiiaiiemcnt de revoir les 
liaductioris françaises qu'elle faisait 
d( s ouvrages de Spaldiiig et de quel- 
ques autres tlic'ologicns c)U moralistes 
allemands ( Foj: Klisabeth-Chris- 
TjNE , reiue de Prusse ). Il (ii- 
trctciiait aussi des relations intimes 
avec le ministre - d'ctat comte do 
Hirlzberg, qui le consultait sur ses 
ouvrages , et aiiqucl il indiquait les 
jeunes gens que leurs talents ren- 
daient propres à être employés dans 
1,1 carrière diplomatique. Erman a 
fait, en société' avec le pasteur lle- 
c'ara, les Mémoires pour servir à 
l'histoire des réfugiés français dans 
les états duroi de Prusse , tum. 1- 
Flir, Berlin, i'j82-i794, in-S". 
Les deux derniers volumes sont en- 
tièrement d'Erman. C'est un recueil 
trop prolixe et d'un style générale- 
ment trop négligé ; mais on y trouve 
des faits intéressants et des anecdotes 
curieuses. On a de plus d'Erman un 
Eloge historique de la reine de 
Prusse, Sophie Charlotte, épouse de 
Frédéric T"'. , et aïeule de Frédéric- 
le-Grand. Cet éloge se compose d'une 
suite de Mémoires lus par l'auteur à 
l'académie des sf ienccs et des belles- 
lettres de Berlin, de 1790 à i^gS. 
On peut en porter le même jugement 
que des Mémoires des réfugiés. Un 
abrégé de la géographie ancienne en 
latin, quelques traductions de l'alle- 
mand , des sermons , des discours 
académiques, des rapports sur le rol- 
lége et le séminaire français de Ber- 
lin, des articles insérés dans la nou- 
velle Bibliolbèque germanique, dans 
h g.izctle littéraire de Franchcville, 
dans le jourml encyclopédique et 
dans quelques autres recutnls , forment 
le reste des travaux littéraires de 
Jean-Pierre Erman. — Son fils aîné, 
George Erman, pasîcur à Potsdam , 
luorl avant lui, a publié un recueil 



ERM 

de Sermons. — Son fils cadet, M. Pauî 
Erman , professeur à l'académie des 
genlilhhommes de Berlin , et membre 
de l'académie des sciences el belles- 
leitrcs de cette ville, s'est fait connaî- 
tre comme un très habile physicien. 
11 a fait des expériences intéressantes 
sur le galvaiiismc, et a écrit sur ce 
sujet plusieurs Mémoires , dont l'un 
a été couronné par la première classe 
de l'Institut de France. C — au. 

ERMENGAhDE, ou HERMEN- 
GARDE, fille de Louis II , empe- 
reur et roi d'Italie. Louis II n'avait 
point laissé de (ils ; aussi sa fille hé- 
rita de lui de grandes richesses. Bo- 
son , beau-frère et favori de Charles- 
!e-Chauve , enleva cette princesse en 
877, et l'épousa; il fut à cette occa- 
sion créé comte de Provence, Drus 
ans plus tard il stib-titna de sa propre 
autorité à ce titre celui de -roi d'Arles. 
(F. BosoN ). Erniengardc survécut 
à son mari, et gouverna le royaume 
d'Arles jusqu'à ce que son fils Louis 
fût en âge de régner. Lorsqu'elle l'eut 
fait reconnaître pour roi, elle se re- 
tira dans le couvent de S'.-Sixte à 
Plaisance , ou elle mourut au coni- 
menccrnent du i o''. siècle. S. S — i. 

E R M EN G ARD E , fille d'Adal- 
beitll, duc do Toscane, el femme 
en .secondes noces d'Aiialbcrt , mar- 
quis d'ivrc'e, au lo*". siècle. Ermen- 
garde nous est représentée par l'his- 
torirn Luitprand , comme l'une des 
princesses les plus intrigantes et les 
jilus corrompues de l'Italie. Elle ex- 
cita presque toutes les guerres civiles 
qui troublèrent la fin du règne de 
Jîérer.ger l '. Elle .«'allia toujours à 
ses rivaux, qu'elle abandonnait après 
les avoir compromis. Elle hâta la 
ruine de RoûoIpLe de Bourgogne, à 
la place duquel e.le éleva , en (ji6 , 
sur le trône d Italie, Hugiio comte de 
Provence, son fière ulcriu. Mais ce- 



1^:'' 



E R M 

lul-ci , plus li.ibilc qu'elle et plus ab- 
solu que sfx predcccsscurs, la contrai- 
gnit enfin ;iu repos. S. S — i. 

f.i;mi:nom)I), ou akmkgan- 

DUS , ou AHMINGAM)US I5LA- 
SIUS, mcilecin df Pliilippe-lc-Hcl , 
roi (le France, cl ri de Monlpellicr. 
Philippe étant moit en i3i4» Er- 
inengaud paraît avoir vécu pendant la 
dernicie moitié du i3*. siècle et an 
comraenccraent du if\''. 11 se rendit 
très célèbre dans son temps par sa 
sagacité à deviner, à la seule inspec- 
tion du visage, le génie des maladies, 
leurs périodes, leurs p iioxysui<^s.Ga- 
liel ( Séries prœsul. mw^alonens. ) 
en tait un grand éloge. Ermengaud, 
î)*étant adonné à l'nsage des langues 
arabe et liébraïfpie , a traduit de i'a- 
rabc en lalin les Cantiques d'Avicenne 
avec les Coinraeniaiies d'Averroëf , 
ainsi que le Traité de la Thériaque 
de ce dernier auteur : cette traductioti , 
revue et corrigée pai'-Aiidré Alpago , 
se trouve dan-' le tome X des OiMivrcs 
d'Aveiroës, imprimées à Viiiise en 
1 555. On doit aussi à iMin. ng md une 
traduction de l'hébreu en latin d'un 
traité de Moïse Maimonides , intitulé : 
J)e r élimine sanitatis ad Sullanum 
Bahiloiiice. W — D — w. 

ERMEPaC ou HERMENRIC, roi 
des Suèves en Espagne, s'y était jeté, 
ainsi que d'autres barbares attirés par 
la richesse et la fécondité de cette pé- 
ninsule, favorisés d'ailleurs par la fai- 
blesse de l'empereur Uonorius. La Ga- 
lice, tpii renlérmait alors toutes les 
Astnrics et une partie de la Lnsitanie, 
échut en pnri.ige à Etiueric : il y éla- 
Llit le sié^e de la dominulion des Suè- 
ves , aj)rès avoir trailé av<c h s natu- 
rels du pays. Mtaqiiéen 4i9parGon- 
deric , roi des Vandales, il h repoussa 
et le fit poursuivre ]\ir son général 
Hsrmig.nre, qui lut défait en 4 '-7 P'ir 
Gcuscric , autre roi des Vandales j 



maïs ce prince étant passe' en Afrique , 
Ermeric ne fui plus troublé dans la 
possession de li Galice; il raouiut eu 
44o , a[)rès MU icgne de irenle-un 
ans, laissant la couronne des Suèves 
à Reehila. J]. — p, 

EUMITE ( Damel l') , eu latin 
Eremita , né à Anvers , vers l'an 
i584, de parents qui avaient em- 
brassé le parti de la réforraalion , se 
concilia, dès son adolcseenee , l'amitié 
de Scaliger et de Casaubon , qui le re- 
commandèrent h De Vio, ambassadeur 
de France en Suisse. Les conseils de 
De Vie le firent changer de reiigion ; 
il voyagea en Italie , et s'attacha , à 
Florence, à Cosme de Médicis. (]elui-ci 
l'employa comme son secrétaire e! l'at- 
tacha à diverses légations, entie au- 
tres auprèsde l'empereni Rodolphe II, 
qui le cojnbla des distinctions les plus 
(laiteuses. De retour eu Toscane, il 
monrut à Livourue en i6i3, dans la 
vingl-neuvièine année de son âge. Il 
cultivait la liltérature ancienur et les 
muses latines. Outre qiulqnes pièces 
de vers latins , on a de lui : I. Itt^r Ger- 
manicum , Le\de, iGS-j , in-i G, >>ous 
la forme de lettre au cardinal Giiidi, 
c'est la description de son voyage eu 
Allemagne, à l'époque de sa niissionau- 
prè;^ de l'empereur Rodol[)he et d'au- 
tres princes; I i. nue lettre au c.!rdi»al 
Gonzagiie , De //ehetiorum, Rhœ- 
torum, Seditnensium situ, repnhlird ^ 
et inoribus , Leyde , i (Ji-^ , in-'.4 ; i il. 
ÂuliC'V vit y uc cii'ilis libri IT , pu- 
blié à Utreclif , 1701 , in-i). , par 
Grsevius , qui a recueilli à la suite 
des Opiisciila varia. On trouve une 
ana yse de la Fie de la cour et la 
f ie cii'i'.e, dans le tome vu des Soi' 
rées littéraires , '!e Coupé , \-r\. •■ 24» 

07. M ON. 

ERMJLDUS NIGELLUS, écri- 
vain du (j . >!èele sm- leque on n'a 
que des reuseiguemcnis incomplets. 
17.. 



î6o E U M 

Miiratori croitqii((;'c->tlciTit'fnequ'Er- 
meuuldus, abbc irAiiiaiic, cl les rai- 
sons dont if appuie son sentiment pa- 
raissent bien fondées. Ermoliiiis vivait 
à la cour de l'empereur Louis-le-Dc- 
bounairc; il encourut la diîigràce de 
ce prince, et fut exilé à Strasbourç;; 
il y termina , en 8i6, un poème qu'il 
adressa à l'empereur, par une petite 
pièce, dont les premières et les der- 
nières lettres de cliaque vers forment 
le suivant : 

Eimoldus cecinit Hludoici Caesaris arma. 

Cet ouvrage lui mérita sa liberté' et 
l'entier oubli de sa fiute. Il obtint mê- 
me dans la suite la confiance de l'em- 
pereur , puisqu'il le chargea en 854 ^'^ 
réclamer, en sou nom, la restitution 
des biens des églises dont Pépin, son 
fils, roi d'Aquitaine, s'était emparé. 
L'année suivante il retourna à son mo- 
nastère, qu'on croit être celui d^niane 
dont ou avait accru les privilèges. 
C'est à cela que se l)orue le peu qu'on 
sait sur Ermoldus. Le poème qu'il a 
composé est divisé en quatre livres; 
il y Fait le récit des gueîTes soutenues 
par Louis et des autres événements 
importants de son règne. La versifica- 
tion en est peu agréable; mais l'ou- 
vrage est important par le grand nom- 
bre de faits historiques qui s'y trou- 
vent rapporiés ou éehiircis. Ou en 
conserve le manuscrit original à la bi- 
bliotlièquc impériale de Vienne. Lara- 
bécius en inséra la préface ( t quelques 
fragments dans le catalogue de cette bi- 
bliothèque ( U , ojg ); et ce savant 
avait promis de saîi:»f<iire lescurienxen 
publiant cet ouvrage. Birihold-Clilé- 
tien Fiich ud et ensuite Jean-Benoît 
Gcntilloîi s'engagèrent successivement 
à remplir cette promesse. Mais c'est à 
Muratori qu'on est redevable de sa 
publication; i! obtint une copie colla- 
tiouuéc du muiuscrit, y ajouta une 
préface dans laquelle il rassembla tou- 



ERN 

les les circonstances qu'il avait pu ro- 
cucillir sur la personne d'ErmoIJus; 
éclaircit par des notes les ])assages de 
cet ouviage . et le fit imprimer en tête 
de la deuxième partie du second vo- 
lume de ses Scriplures reruin Ilaîi- 
car. ; Menekenius l'a inséré depuis 
dans ses Scriptor. rerum Germa- 
nicar.; et enfin l). Bouquet dans S3 
Collection des Hisloriens de Fran- 
ce , tome V , avec de nouvelles notes 
et des corrections in)portantes dans 
le texte, W — s. 

EKNDLouEKNDTEL;CHRÉriEi?- 
Henri ) , médecin allemand , né à 
Dresde , où il mourut le i -j mars 
i'y54, premier médecin du roi de Po- 
logne. Entraîné pir l'amour des scien- 
ces, il avait voyagé dans plusieurs 
contrées de l'Europe , parcouru les 
Alpes avec les Scheuclizcr ; partout il 
visitait avec soin les jardins , les bi- 
bliothèques et les musées , et prenait 
des notes sur tous les objets qui méri- 
taient quelque attention; il les réunit 
sous ce titre : Deilinere sua AngU- 
cano et Balavo , ajinis i -joG e*f i -jo-y^ 
facto, relatio ad amicum, 1710, in- 
8'. Uivin et Bctulius ayant fait quel- 
ques remarques critiques sur cet ou- 
vrage , Erndl y répondit dans la pré- 
face de la seconde édition , qui parut 
à AiuslerJam en i-ji 1. Ou y trouve 
quelques détails sur des jardins fort 
curieux alors. Mais il paraît qu'il se 
trompe dans plus d'une occasion , 
comme lorsqu'il dit avoir vu en fleur 
à Amsterdam , les arbres qui donnent 
les baumes du Pérou et la gomme ani- 
mé. Dans une lettre qu'il adressa à 
Breyn le fils, et qui parut <à Dresde 
en 1715, in-8 '. , il lui fit l'énuméra- 
tion des collections des plantes dessi- 
nées ou peintes inédites qu'il avait eu 
occasion de voir dans ses voyages , 
surtout dans la bibliotlièque de Berlin. 
Là , entre autres , se troiiv<4ient le« 



ERN 

pl.intcs du Japon , r.ipporleVs par 
Cleycr , et celles du Bic'sil , leciieiliics 
piir le prince Maiince de JN;i.ss;iii. Il 
paraît qu'avant de voyager il avait 
vouiu se tracer un j)lan, e,e qui fit le 
sujet de la dissertalioii snivaiite : De 
Jisii llisloriiv naturalis exotico geo- 
f^iaphicce in inedicinci , Leipzig , 
1 ^oo , in-4". Avant visite les eaux de 
Scdlitz et de Tœpiits , il fit le ca- 
talogue des plantes qui se trouvaient 
dans leurs environs; ce qui donna 
lieu aux deux opuscules suivants : 
Planlarum circa Sedlicenses ther- 
mas Elenchus , NureniLcrg , l'jJ.Ct, 
mais il paraît que celui-ci est devenu 
très rare , car Haller n'en fait mention 
que sm- la loi d'aiitrui. Quant au se- 
cond, De Plavtis circà ihermas Te- 
fjlicenses crescenlihus , il parut dans 
Je 5''. vol. des Curieux de la Nature , 
1 755. ErndI ayant e'ë appelé à Var- 
sovie par le roi de Pologne pour être 
son premier médecin , il se tmuva dans 
nu pays entièretncnt neuf du côte des 
productions naturelles. Il entreprit de 
les faire connaître; c'est le sujet de 
l'ouvrage suivant : ÏVnrsavfa Phj- 
sica illuslrata , sive de aère, aquis, la- 
cis, et incolis TVarsaviœ eorumdetn- 
que moribus et morbis tractatus. Il 
réunit dans le même volume le f'iri- 
darium JVarsaviense sive Catalogus 
plantarum circà fVarsaviam cres- 
centium, Dresde, 1750, in-Zj". C'est 
nue esquisse de la Flore du pays ; ce 
n'est que long- temps après qu'on en 
a eu une connaissance plus exacte par 
les soins de Gilibcrt. En général , 
Eruéllti'a montré, dans toutes les par- 
ties des sciences où il s'est exercé, que 
des connaissances très supcificielles. 
D— P— s. 
'ERNECOURT (Babiîe d'), plus 
connue sous le nom de M"'*, de St.- 
Bahnon, doit être comptée dans le 
petit nombre des femmes qui daus 



ERN 261 

ce-; derniers siècles ont su allier les 
inrliujitions et les vertus guerrières à 
toutes les qualités qni fcnl l'oriunient 
df leur sexe; compatriote de Jeanne 
d'Arc, qu'elle semblait avoii pi ise pour 
modèle , elle naquit au cliàtcau de 
INcuvilie, entre Bir et Verdun, à 
cinq lieues de chacune de ces deux 
villes. Élevée à la campagne, elle ac- 
quit de bonne heure l'habitude des 
exercices du corps ; mariée f rt jeune 
à M. de St.B.ilmon , ce seigneur, 
charmé de la bonne grâce qu'elle 
av.iit sous l'habit d'amazone, la me- 
nait à la chasse avec lui, (t prenait 
plaisir à l'exercer au manieraerit des 
aimes. L'adresse qu'elle y acquit ne 
lui fut pas inutile. La malheureuse 
province de Lorraine, alternativement 
traversée par les armées françaises et 
impériales pendant la guerre de trente 
ans, se voyait dévastée par les cou- 
reurs des deux partis. M. de St.-Bal- 
moii , attaché au duc de Lorr.iine , prit 
de l'emploi dans l'armée impériale; 
quoique portée d'mclin.ition pour le 
parti de la France , son épouse ne 
quitta pas son château de Neuville, 
où elle eut souvent occasion de dé- 
plover son courage en se mettant à 
la tète de ses vassaux et de tous les 
paysans des villages voisins , soit pour 
se défendre ou pour escorter des con- 
vois , soit pour reprendre le bétail 
et lebulin enlevés par les [lartisans en- 
nemis; elle se rendit redoutable dans 
ces petites expéditions , et lit souvent 
des prisonniers, qu'elle envovait dans 
les places voisines. En i()45, avant 
obtenu du duc d'AngouIcme une pe- 
tite garnison pour le château d'un de 
ses parents, afin qu'on n'y allât plus 
piller, « pour moi, dit-elle, je ne de- 
» mande personne ; il suffit que j'aie 
» permission de me défendre. » Après 
la ])aix de Wesiphalie elle s'occupa 
de littciature, et publia en i65o une 



262 E R N 

tragédie inlitulcV les Jumeaux mar- 
ijrs, iii-4 -î ^^ iOji, I vol. '\n-\i. 
Elle av.'iit ;uissi composé ( en i6jo ) 
une lia.;i-< omcdie m 5 aclcs, iuti- 
tiilc'c la Fille généreuse; cette pièce 
n'a pas été imprimée. Apiès la mort 
de Sun mari, m;.dime de S-iinl-Bal- 
njon V'Hîliil prendre le voile chez les 
relij^iiiiscs de Sainte-Claire, à Bar- 
le - Duc , tl iiiouiiil avant sa pro- 
fession , le 2i mai 16G0, àgér de 
ciuqu.inle-deu\ ans. FjC P. J. M. de 
Yt'inon CCI rit sa Vie sous ce titre: 
Jj Amazon<' chrétienne, ou les Aven- 
tures de madame de St.-Bahnon, 
Paris, id-jH, in- 1 2. t.cP.Df sbilloiis , 
jésuile,eii a donné nue nouvelle édi- 
tion , Hvec quelques additions , en 
3773. CM. P. 

Et»NRST. f^oy. Hesse-Rhinfels, 
3\Ia>-feld, et Saxe. 

ERNESTI. La famille des Ernesti 
a produit un grand nombre de litté- 
rateurs et de savants disiingnés, dont 
quelques-uns comptent parmi le.s hom- 
mes les plus célèbres df rAllimigne. 
11 règne, djns fous les dictionnaires 
eïi il est question de ces snvan's, une 
grande confusion qui empêche d'en 
fixer la filiation , et il serait à souhai- 
ter qu'un desErnesli viv mts éclairât 
ce point obscur, en publiant une ta- 
ble généalogique de cette maison , 
dont l'illustration remonte au 1 5^ 
siècle , où nous trouvons un Jean 
Ebnesti, recteur du gymnase de 
Heidclberg, et auteur do divers ou- 
vrages de théologie. Le 1 7"". siècle 
jious fournit deux Ernesti , dont pa- 
ïaissent descendre tous ceux qui ont 
fleuri dans le i.S ,, siècle; ce sont Da- 
niel Ernesti, recteur de Rochiitz, et 
Jean- Christophe. Le premier eut trois 
/ils : Jacques-Daniel, père de dix- 
huit enfants ; Jean-Henri, et Chris- 
tophe- Théodore; l'autre eut cinq fils: 
j"ean - Christian, Jean - Frédéric- 



ERN 

Christophe , Jean-Au^usle , et deux 
autres dont nous ignorons hs noms. 
Jt aii-Clinstiaii fut Icpcre d'/^«gus(e- 
Guillaume ; Jian- Fréiiéric-Chi islo- 
phe ldi^saunfiIs. uitinmc Jean-Chris- 
tophe- Théophile { Voy. ce.s articles ). 
S— L. 
ERNESTI f Jacques - Daniel), 
fils aîné ie Daniel - Ernesti , théo- 
logien luthérien, naquit à Rochiitz le 
5 décembre 1 O40, et mourut le 1 5 dé- 
cembre 1 707 à Altembuurg, après 
avoii- eu dix huit enfants de ses liois 
femmes. On a de lui : Apanthîs- 
jnata , 5jVc selectiorcs jlores philo- 
logico- historien theologicu - morales 
in If"^ libres divisi, Altenburg, 1O72, 
in-8'. C'est un lecucilde traits histo- 
riques, de maximes et de pensées 
détachées, fait avec beaucoup de soin. 
L'aut(ur avait déjà publié en alle- 
mand un grand nombre li'aulres ou- 
vrages qui lui avaient mérité l'estime 
publique. — Ernesti (Jean -Henri), 
frère du préeéiieiil, recteur d<' l'école 
St.-Thomas à Leipzig, mort en cette 
ville le 16 octobre 17'iQ, âgé de 
soixante-dix-.s( p! ans. Ou a de lui : I. 
Dissertalio de pharisuismis in libris 
prvfanorum scriptorum cccurrenti- 
i«5, Leipzig, 1690, in 12. Cet ouvrage 
est estimé pour l'érudition et l'esprit 
de critique qui y règue ; IL De non 
indigna principibus delectatione ah 
arlihiis mechunlcis pelitd, ib., iGgi, 
in • 1 -t. Cette petite dissertation, dont le 
le sujet est très piquant , est écrite 
d'un style agréable; IIL Compen- 
diiim hertneneiiticœ profanœ, seu de 
legendis icriptoribus profanis prœ- 
cepla nonnulla, ibid. , 1(199, in- 
\-i , ouvrage écrit avec autant de 
cl arlé que de précision; W. Com- 
mentaliones novce in Corneliinn Ne- 
potem. Justinum , Terentiiim, tlau- 
tum , Ciirtium et poësin Barbari- 
cam,\h\à., 1707, in-8°' 11 s'était 



ERN 

lio.incoup occupe de Quinte -riiroe, 
tt a laisse un Lexicon Cuvtianum , 
qui ii'ri pas vu le jour; mais il en dé- 
veloppa le plan sous ce (itrc : Usur- 
pata à Cnrlio in purticuUs latini- 
tas , iam in se s^'ectata tiiiàrn ciim 
Corneliand dii^lione collata , I^cip- 
zig, 1719, in-i2. il y compare la 
latinité tle Quiule-Curcc avec celle de 
Corn. Ncpos, et pie'leml qu'il est 
presque impossible de faire un bon 
dictionnaire latin universel , mais 
qu'il serait utile d'eu f.iiie un pour 
chaque auteur latiu. Parmi les antres 
ouvrages d'Ernesli , qui sont en ç,rand 
nombre, on remarque ses Disserfa- 
tiiiiis De Polyhistore harhnricu , 
cinn maiilissd metnpJnsiciV Calul- 
lianœ; De mulalione hoininum in 
bruta; Cornélius IVepos per episto- 
las scribens , cuvi conimentario in 
cpistolas hihïicas ; Paralipomena 
historiœ rerum lipsicarum melricè. 
W— s. 
ERNESTl (jEJVN-ArGusTE) , l'un 
des p!u'> ilbistres critiques qu'ait pro- 
duits l'Allemagne, naquit à Tcnusiadt, 
rn Tliuruige, le 4 août 1707. Il clait 
le 5' . (il> de Jean-Cliristophe Ernesti , 
connu par quelques ouvrages , et 
mort le i 1 août 1 7'22. Son jjèrc, pas- 
teur de cette petite \ille , et docteur eu 
tlie'o'ogie, mit tous ses soins à lui pro- 
curer une bonne ëduration. Apres 
avoir reçu, pendant quelques années , 
des leçons parliculicres , le jeune Ei- 
liesti l'ut envoyc aux écoles de l'foita, 
où il surpassa bientôt tous ses condis- 
ci[iles, par son application cl par la 
ra[)idile de ses progrès. !!• fréquenta 
ensnile les cours des universite's de 
Wittf mbei-g et de Leipzig , et ayant 
terminé ses c'tudes , se chargea de don- 
ner des leçons à quelques jeunes gtns. 
Ce fut alors qu'il apprit les mathema- 
liques , et l'habitude de médilaliou que 
lui fit contracter cette science , lui fut 



E n N 4C j 

très utile dans la snile. Ernesti ])rit 
le grade de maître -ès-aris à l'âge de 
vingt trois ans , et bien qu'il se desti- 
nât au ministère cvangeliq':e, il ac- 
cepta, l'année suivante, la place de 
co-reclcur de l'école St. -Thomas de 
Leipzig. Oblige de se livrei presque 
nni((uemcnt à rétiide de la littérature 
nncicnne, il n'abandonna cependant 
point celle de la théologie, et trouva 
nicme le moyen de faire concourir à 
ses progrès dans cette partie, des con- 
naissances qui , au premier coup-d'œil, 
y paraissent étrangères. Il succéda, en 
1754, à J. M. Gessncr, rccltur de 
la même école, et ac({uit dans l'exer- 
cice de celte place une réputation qui 
s'étendit jusque dans les pays étran- 
gers. En i74'2, il bu nommé profes- 
seur extraordinaire de littérature an- 
cienne , contre l'usage, qui ne permet- 
tait pas qu'on confiât une chaire au 
chef d'un établissement d'insliuction j 
ou 1756, professeur extraordinaire 
d'éloquence , science dans l'enseignc- 
nieiit de laquelle il introduisit celte 
méthode pliiiosopliiq;ie, adoptée au- 
jourd'hui pir to'ites les universités de 
l'Aileniaiine, ( t qui leur donne tant de 
supérioiite Enfin, en 1758, il reçut 
le grade de docteur en théologie , et 
fut nomii'.é a la chaire de cette sci- nce ; 
luais il n'en continua pas moins à rera- 
jijir '"elle d'éloquence jusqu'en 1 770 , 
(pi'il la remit a A. G, Krnesîi , .'OU 
Tige ne lui permettant plus de souloiiir 
un travail aussi excessif. Erncsii était 
devenu pour l'A Icmagne un ol)jet de 
vénération; on ne prononçait son nom 
qu'uvec respect; toutes les sociétés sa- 
vantes s'étaient crapuessécs de l'ac- 
cueiilii' ; comblé des faveurs de la for- 
tune, revêtu de toutes les distinctions, 
il parvint à une heureuse vieillesse, 
et mourut le 11 septembre 1781, à 
75 ans et qu'lques mois. Peu de jours 
avant sa mort, il avait encore prêché 



'204 E R N 

cl fait en piiLlic des Irrturcs de plu- 
sirni'S liciircs ; il rc'pclait souvent: 
qu'un Uiéologien doit mourir dans la 
chaire, et Sfiubln vouloir pioiivci" la 
vérité de cette maxime par son ex( in- 
])le. Erne.sli était iiatiircllemriit ié- 
liciix , mais la duiiceiir de si figure en 
tempérait la sévciilé ; ç;éiicnux , pru- 
dent , bon ami , induisent envers les 
autres, on ne peut lui repiMcher qu'un 
amour-propre iicip irritable, el qui le 
rendit injuste, une fois dans sa vie, 
«'uvers le célclMe Reiske. On ne doit 
point regarder Einesti comme un 
homme «le f;cnie ; il avait plus d'cfen- 
duc que de profondeur dans l'esprit , 
plus d'érudition que de savoir, et man- 
quait tout-à-fit du talent de p^c'néra- 
liser ses idées pour en tirer de nou- 
velles conséquences; maison ne peut 
lui refuser d'avoir été très sivant en 
Jiistoirc , en archéologie, et surtout en 
îitté) attire finrienne. Personne n'a pos- 
sédé au même degié que lui la con- 
aiaissance des beautés el des finesses 
de la langue latine ; et quoiqu'il ne fût 
pasaussi habile dans la langue grecque, 
il a cependant conti ibué à en répan- 
dre le goût par les éditions (ju'il a dun- 
dees de plusieurs ouvrages classiques. 
Les principaux ouvrages d'Ernesti , 
considère comme éditeur, sont : l.ffo- 
vieri opéra oninia , cum variis lec- 
tionihus manuscript. Ups. et notis , 
Leipzig , 1 •j5t)-G4-05 , in - 8 '. Cette 
édiiion , faite sur celle de Samuel 
C'arke, est très recherchée, cepen- 
dant elle (St inférieure pour U? correc- 
tion du texte à celle qu'a donnée 
M. Wolf , en i<3o4 , et les notes lais- 
sent plus à desiier que ceiks de M. 
Heyne, sur le même auteur. IL Cal- 
l) machi hymni , epii^rammata et 
J'rap,menla, cum notis variis, L^yde, 
I':6t, ■! vol.iu-8'.; c'est la meilleure 
C'iition de Caliiinaque ; l'éditeur y a 
joint une l)oj;i:e version latine et des 



E R N 

remarques estimées. III. PoJ^hii U~ 
bri qui supersunt cum jiotis vario- 
rum , prœf atione et glossario , Leip- 
zig, i-jOS ()4' ^> v*J • i"-H .; celle édi- 
tion a été rcclierchée p' lu le glossaire 
qu'y avait joint l'éditeur; mais elle a 
été surpassée par celle d* M. Scluveig- 
hacuser. IV. V. 2'. Ciceronis opéra 
omniii cum clave Ciccroniand , 
Leipz'g, i-yS-j ; Halle , i n57 el 1775. 
Ces deux dernières éditions ont à peu 
près la même valeur; on sendde ce- 
pendant donner la pic'féreuce à celle 
de 1775, quoiqu'elle soit im|)iimcc 
sur mauvais papier. C'est de tous les 
ouvrages publiés pai Ernesli celui qui 
aie plus contiibué à sa réputation; il 
en revit le texte avec le plus grand 
soin , eu le comparant à toutes les 
éditions anléritures dont il avait formé 
la collection complète, à ses fiais; le 
C lavis CiceroTiiana , est un livre in- 
dispensable à toute personne qui veut 
faire une élude aprofondie de la lan- 
gue latine ; on l'a imprimé séparément 
pour le joindre aux ilifTéientes édi- 
fions de Cicéron , de format in-8". ; la 
]iublicalion des œuvres de ce grand 
b mine , par Ernesli, fui l'époque 
d'une révolution dans la critique litté- 
raire; on senlil que ce qui eonsliluait 
uiK bonne édition était l'extrême cor- 
rection du texte , le choix des dif- 
férentes leçons proposées par les sa- 
vants, pour !a restitution des passages 
altérés, et enfin un moyen simple et 
facile de vérifier le sens de chaque 
mot, par la comparaison des dillé- 
rentes acceptions dans lesquelles l'a- 
vait pris l'auteur lui-même. On com- 
piit que des notes rassemblées au bas 
des pages , où rejetées confusément à 
la fin du volume, en rendaient la lec- 
ture pénible, sans presqu'aucune uti- 
lité pour !a plupart des lecteuis, qui 
ne trouvaient dans ces notes que de 
uouvtaux sujets de doute, au lieu des 



ERN 
t'clairci.sscmenlS(|ii'ilsauraienUÎesircs. 
Ce|Kiicl.iiil le dol'aiil absolu de coin- 
mrnlaitrs [ncstiilait d'.dilics inconvé- 
nients (jn'oiit scnlis d'iidbiles philolo- 
gues ; cl quelques-uns d'eux, p.irmi 
leM|uels on doit citer MINI. Sdiullz, 
Wolf et VVei>kc, qui unissent à une 
gr.mde ëi ndition un verit.tb'e esprit de 
eriiique, ont donne de diirérents ou- 
vrai;es de Cioéion des éditions préfé- 
rables à celle d'Iirnesti. V. C. Coniel. 
Taciti opéra, Leipzig, i -jS'i, 2 vol. 
in -S'.; ibid. , 1 ^72 , -2 vol. in - 8'.; 
ibid. , 1 80 1 , u vol. in-8 '. Ce fut Jer. 
Jac. Obcriin qui prit soin de cette d< r- 
iiicre édition. Lalletnand et Brottier 
ont adopté le texte de Tacite tel qu'il 
avait été corrigé par Ernesti. VI. C. 
Suetonii Tr. quœ exlanl , L( ipzig , 
i'j4^^ in-8.; ibid., 1775. in-8.; 
ces éiiitions ont été effarées par celle 
de INI. Wo!f, Leipzig, i8o'2, 4 vol. 
in-8". VU. Aristophanis nuhes, Leip- 
zig, X755, iu - 8". , avec une prc- 
iacc de l'éditeur ( Foj-. J. Aib. Fa- 
ERicius et Hedehic }. Les autres ou- 
vr.'ig(s d'Ernesti sont : L Qpuscula 
philologico ~ critica , Amsterdam , 
i-jCyi, in-8''. On a. omis d'insé- 
rer dans ce recueil les deux premiè- 
res dissertations académiques d'Er- 
nesti , De emendalionevolwitatis per 
saltum, Leipzig, 1730, in-4".,t't 
JDispulalio philos, philol. qadphilo- 
sophia perfectœ grammaticœ asseri- 
tur , ad Qiiinlilian. L 9 : ibid. , i 752, 
in-4". Ces deux Opusiules sont re- 
cherchés. De toutes les autres pièces 
académiques d'Ernesti , nous ne cite- 
rons que sou fJistoria critica operum 
Cicervnis typographorum formulis 
editorum , ibid. , 1 750 , in - 4°-, et 
son programme De vestigiis linguce 
hehràicœ in lingud grœcd , ibid., 
1755, in-4". II- Opuscida oraioria , 
oraliones , prolusiones el elogia , 
Leyde , 1 762 , ia - 8 '. , nouveile édi- 



E H N afi j 

tien aiigmpnléeet pluscorrrcte, ibid., 
1767, in-8". UL Opwicnla, oralio- 
nes ; nova colleclio , Leipzig, 1791 , 
gr. in-8^., trad. en allemand par lîoth, 
Leipzig , 1799. , in-8°. IV. Archeolo- 
gia liUerariu , Leipzig, i7G8,in-8''. 
L'auteur y développe l'origine et l'his- 
toire de l'écriture et de la gravure, 
des inscriptions, médailles , etc., chez 
les anciens. En f.iisaut l'éloge de ce 
savant ouvrage dans ses Acta littera- 
ria (V. 194 )j C. A. KIotz y relève 
plusieurs erreurs et ini grand nombre 
d'omissions, La seconde édition, re- 
vue et augmentée par G. H. Martin 
(Leipzig, 1790, in-8''. ), est très es- 
timée. V. Initia doclrinœ solidioris , 
L'ip/ig, 1730, 4^ , 5o, 58, 69, 76, 
85 , in 8 '. ; c'est un exe» lient cours de 
littérature. Le style en est si parfait 
qu'il mérita à l'auteur le surnom de 
Cicéron de V -illeinagne. Ou en a 
extrait l'ouvrage intitulé : Initia rheto- 
ricœ , l^eipzig, 17JO, in-8'.; VL 
Obseivationes philologo - criiicœ in 
Aristoj>]iauis nubes , et Josephi An- 
tiquit. ( publié par J. Chr. Théophile 
Ernesti ) , Leipzig , i 795 , iu-8 . V IL 
des Sermons en allemand, Leipzig, 
1768, 1782 , in-8'., 4 part-; la «'""•a 
été trad. en Hollandais, Otrceht, 1770, 
in-80. ; le savant s'y montre plus que 
l'orateur chrétien; VIIL Instilulio 
interpretis Novi Testamenti , Leip- 
zig , 1761 , 1705, 1775, in-8'. ; 
Abo, 1 792, in-S"., réimprimée pour 
la 4*"- fois à Leipzig, avic des addi- 
tions de D. G. F. Anmion , 1 792 , in- 
8°. Get ouvrage est regardé comme 
classique par les théologiens alle- 
mands. Ernesti y pose dos règles de 
critique pour l'intelligence et l'expli- 
cation dos livres saints. Il cherche à 
prouver que ce n'est point manquer 
de respect pour ces livres , que d'en 
soumettre le texte à une analyse rigou- 
rcusCj et fait voir par plusieurs exem- 



206 El'.N 

pies , que le gn c ries évangiles n'esl 
point ixiinpl de fautes conlre la l.iii- 
giip, cl que plusieurs pass.ij:;cs piTSi'U- 
tent dill'ercnts sens. Les tiieuluguMis 
protestants d'Alh inaj;tic oiit tire , 
des principes d'Ernesti, des consé- 
quences beaucoup plus étendues ( F. 
DoEDERLEiN );ijs ont même repro- 
che à Ernesli de n'avoir pas appli- 
que SCS principes comme il l'aurait pu, 
soit par timidité, soit par des raisons 
d'état et de convenance. Ernesti pré- 
tendait que la philosophie ne S(rt 
qu'à embrouiller les discussions théo- 
logiqiies , cependant il permettait à ses 
élèves de lui taire des objections, et il 
y répondait toujuuis avec douceur ; 
c'était ^tuIemenl contre ceux qu'il re- 
gardait eoii.me superstitieux , et conlre 
les incrédules de mauvaise foi, qu'il 
laissait éclater un zèle qui n'était pas 
toujours dirigé par une -âge modéia- 
-tion ; IX. Ojxtscida theolos^ica , ibid. , 
1775, in -8.; 1792, in -8'.; X. 
Noiwclle Bibliothèque ihéoloaique , 
en allemand; Leipzig, 1760-68, 10 
volumes in - 8' . ; ibid. , 1773 - 79 , 
10 \oI, J. J.Ebcrf et d'autres savants 
eut eu part à cet ouvrage; mais Er- 
iiesti décidait seul sur h s articles qui 
pouvaient V entrer; et des critiques 
.'tllemaiids lui reprochent d'en avoir 
«•carîé plusieurs morceaux excellents , 
suivant eux, par la seule raison qu'ils 
étaient rédigés dans des principes trop 
pliilosopliiques. Les élèves d'Ernesti 
ont élé plus hardis ou moins réser- 
vés, et la théologie a entièrement 
changé de face sous leurs mains. 11 
est foit douteux qu'Einesti eût ap- 
plaudi à ces innovations. Ce])endant 
il f^mt convenir que c'est lui qui , 
l'un des premiers , a distingué la théo- 
logie de la religion ; il avait cru par 
là rendre les disputes théolngiques 
bien moins à craindre, et l'on ne 
taur.iit disconvenir que cette dislînc- 



ERN 

tion , renfermée dans de jiisfes bor- 
nes, n'oHic (les avantages rédsfi). 
M.Tittmann a publié à Leipzig, 1812, 
in-8'., des lettres de Hnhnkenins et 
de Valckenaer , adressées à Ernesti , 
avec un discours académique d'Er- 
nesli, lequel était resté inédit. Dans la 
préface , M. Tittmann accuse les Hol- 
landais d'être jaloux de la gloire phi- 
lologique des Allemands, et notam- 
ment M. Wyltenbaeh , d'avoir calom- 
nié Ernesti. Celte attaque , peu réflé- 
chie, exccssivemoit passionnée, a gé- 
néralement depiu ; M. Wvttenb.ich 
s'est lu el devait se taire ; un Allemand 
a jirissa détensc; iM.Creuzcr, profes- 
seur à fjeidelberg, a prouvé dans i'é- 
pîtie dédicatoire de son édition de 
Plotin ( Heidt Iberg , i8i4),épitre 
adressée à M. Wyttenbaeh, que ce sa- 
vant professeur , qui n'aviiit pas ca- 
lomnié Ernesti , l'avait élé lui-même 
par ?»L Tittmann. L'éloge de Jean- 
Auguste Ernesti a élé publié en latin, 
par Aug. Guill. Ernesti , Leipzig , 
1781, in - S"*. On peut voir aussi 
Baner ( C. L. ) De formulœ ac disci- 
plinœ Emcstiaiiœ iudole verd, ibid. , 
178-i, in -8°. On y trouve le cata- 
logue de ses ouvrages. On a aussi ea 
allemind, le livre de Guil. Abr. Tel- 
1er, sur ce que lu Thmdoç^ie el la 
Beli^ion doivent à Ernesli , Beilin , 
1785, in-8"., avec un supplément 
donné la même année par J. Sal. Sem- 
1er, opuscule estimé des tliéoK giens 
protestants. W — s. 

EliNESTÏ (Jean-Christian ), fils 
aîné de Jean -Christophe, né !e i5 
léviier 169^ à Gross-Briiehtern , où 
son père était alors pasteur, fit ses 
étiules dans les universités de Wit- 
temberg et de Leipz.ig; fut nommé, 

(i^ La distinction que les théologiens 'lie— 
mamU ailmfllnu entre la Religion et la Théo- 
logie . ne teril a rien moins qu'a l.itrodiiire dans 
]e cltris'ii.iiii.snie nue doctrine exoteri/jtte et une 
doctrine tiotirique. làile Uénalure le chrisli;»- 
BliBBC. 6. ». S->. 



ERN 

en %'jTX, pasloiir à Coellecla; en 
I nuf) , inspcc^lcur à Fioliiuloif , où 
iiai{ lit ^011 liis \ii';ii le Giiillaiiinc. De 
l'c^lisc lie Fiolii'ddif i' passa, cii 
j -^7)6. à cr'llc de .Sl.Nuolas, à Zcilz; 
en 1740, il <'iil l'iiispcclion crclosiasli- 
quc <lc Tennstadt; •! en 1750, !a 
surintoiidancedo liangensalza. li mou- 
rut dans la capitale de la Tliuiin{];e, 
en 1770. Il a publié, en latin, quel- 
ques ilissorfatidus acade'iuii-|ne> ( /'e 
incoinmodo ex Uueralif; ephcmeri- 
dibiis cnjiierulo , VVit((inl)rit^, 1 7 i(j, 
iii-4'.; De cuuctatione erudUorum 
in coinpoiiendis libris , ibid. , 1 "■ 1 8 , 
in-4 . ; ri ( n alleniaiid, divers ou- 
vra^;?"; de tlieolugie et des sermons 
qui apprdfondisser.l le dogme de la 
résun ection de Jësus-Llirist , et des 
évciieinonts qui accompagnèrent ce 
miracle. On lui doit au-'Si une édition 
des Articles de Svinlcalde , un des 
livres symboliques des protestants. 
S— L. 

ERNEST I ( GoNTHiE-. -Theo- 
l'HiLE ), né à Cohourg le i~) juil- 
let 17J9, Ht ses éludes à léna , et 
fut placé comme prédicateur à Hild- 
bouighausen, où il mo-irut le s>,8 
juin 1797. ludépendrmiment de quel- 
ques discours qu'il avait fait impri- 
mer, M. Hosenmuller publia , après 
sa mort, en 1798 , une collection de 
ses sermons pour les dimanches et 
les fêles de toute l'année, 1 vol. in-8'. 
S— L. 

ERNESïI (Auguste-Guillaume), 
fils de Jean-Christian, .savant critique 
allemand, naquit à Frohndorf, jirès de 
Tennsladt en Thuringe, le uG novem- 
bre I 755. Il fit ses études à i'uiiiver- 
sité de Leipzig sous la direction du cé- 
lèbre J. A. Ernesti, son oucle , et y 
reçut le grade de maître-ès-aits en 
I 757. INoinmé à la chaire de philoso- 
phie de la même école en 1765, il la 
quitta cinq ans après pour celle d'éio- 



E R N Ofy-j 

quenco , dont J. A. Ernesti se démit 
en sa faveur , et qu'il lemp il avec 
une grande distincliuii. Il mourut le 
79 juillet 1801 d'apuplexie , maltdie 
duiil il avail éprouvé une attaque dès 
1 79 ». , sans que ses lariiltes en eussent 
été scnsib.emrnt alïaiblics. Ernesli 
avail fail une élude approfondie de la 
littérature ancienne; il pailiil et écri- 
vait en latin avec autant d'élégince 
que de facilité :chéri de .ses .;inis pour 
la d. nceur de .son caracière, il met- 
tait dans .'v'xcccice de ses foîiclions 
une très grande sévérité; mais d se la 
taisait pardonner par l'iniparlialité de 
ses décisions. On a de ce savant pro- 
fesseur : I. Tili Livii hisloriarnm 
libri qui supersunt omiies, Leipzig, 
1769, 3 vol. in8\; Francfort, 
1778-85, 5 vol. in-S**.; Leipzig, 
1 801-04, 5 vol. in-8°. L'édiMon de 
Diackenborck a servi de base à celle 
d'Ei nesli. Le nouvel éditeur a insère' 
daii^ la sienne les dillérrntes leçons 
de Gronovius et de Giœvius , et y a 
aiouté un amp'e glossaire , dont 
l'usage esl très utile. L'édition de 
1801 est la meilleure J mais le papier 
qu'on V a emploj'é est mauvais. 
M. Schaefer en a surv. illé l'impres- 
sion, et a complété, d'après les notes 
de son illustre ami, le glossaire, 
qu'on peut en détacher pour le join- 
dre aux précédeiitf s éditions ; IL 
Q. Fabii Qiiintiliani de insiitit- 
tione oralorid liber decinuis, Leip- 
zig, .769, in-8"'; 111. yfmmiani 
Marcellini opéra ex recens, f aie- 
sio-Gronoviavd , ibid., 1775. in- 
8°. Cette édition est très estime'e. 
Le glossaire qu'y a joint Ernesti est 
fort détaillé. IV. Pomponius Mêla 
de situ orhis libri III ^ ex recens. 
Gronoviand, Leipzig, 1775, in-8'\ 
Celte édition , à l'usage des classes, n'a 
de remarquable que la correction du 
texte ) V. Opiiscula oraU>rio-philolû' 



268 



E K N 



{;ica, Leipzig, i7î)4> in-8\ Ce vo- 
lume renferme Icà biographies parti- 
culières de Jcan-Aug. Eriiesti , Jcaii- 
Godefr. Kornër , Clir. - Aug. Clo- 
diiis, Jeau-Aut. Dathc et de quelques 
antres savants de Leipzig ; cUrs sont 
précédées de trois Disscrldlions, 
dins Jcsquclies l'auteur trace les rè- 
gles de ce genre d'ouvr.igcs; un 
style pur, une e'Iocution noble et fa- 
cile , des faits abondants, l'art de 
1(S présenter avec ordre et toujours 
d'une rnaiiicre intéressante, telles sont 
Ii'S qualités qui, au jugement des cri- 
tiques allemands , distinguent les bio- 
graphies rédigées par Erncsii, et les 
rt commandant à l'iittention des auia- 
tnirs de l'histoire littéraire ; VI. des 
Programmes , dont un intitule : His- 
toria ingenii ad usiim eloquentice 
riecessaria, Leipzig, 1760, iii-4'-j 
auquel le rédacteur des Commenla- 
rii tle libris minorihus reproche de 
l'obscuritë dans le style et du vague 
dans les ideVs. W — s. 

ERNEST I (Jean-Christiaw- 
Theopuile), critique alieraann , na- 
quit en 1^56 à Arustadt en Thu- 
linge , où son pcre ( Jean- Frédéric- 
Christophe ) remplissait les places de 
ministre et de surintendant. Après 
avoir terminé ses études dans sa 
patrie , il suivit les cours de l'u- 
lùversité de Leipzig sous la sur- 
veillance de son onde J. A. Erncsii , 
qui lui donna les mêmes soins qu'à 
son propre fils. Il fit ensuite des le- 
çons particulières de théologie et de 
littérature depuis i "j ^9 jusqu'en 1 -82. 
Cette année -là il fut pourvu d'une 
chaire de philosophie à l'université, 
ïju'il occupa jusqu'en 1801 , où il 
succéda à A. G. Ernesti dans la place 
de professeur d'éloquence ; mais il ne 
1.1 conserva pas long-temps , étant 
tiort le 5 juin 1802, à l'âge de qua- 
ranlc-six ans. Parmi les nombreus 



ER N 
ouvrages qu'il a l.iissés on distingue 
les suivants: I. Msopi fahulœ ^t,, 
Leipzig, 1781, iu-S". Cette édition, 
qui contient .^qj fibles, passe pour 
tiirs correcte ; cependant elle n'est pas 
très rechcrrhéc , n'ayant été impri- 
mée que pour l'usage des élèves; H. 
ffesychii glussce sacrœ emendalio- 
nihits nothqiie Ulustratœ , ibid. , 
i-;8.5, in-8'.; 111. Suidœ et Phnvo- 
riiii glosscB sacrœ citm spicilepo 
glossarum sacraruin Hcsychii cort- 
gest. emend. et notis illuslr. , ibid. , 
178G, in -8". Cet ouvrage ne doit 
poin.t cire séparé du précédent. Les 
corrections proposées par l'éditeur 
sont assez ingénieuses , et le soin 
qu'il met à indiquer les sources où a 
puisé Hévychius rend son travail 
utile ; cependant les critiques alle- 
mands lui reprochent des omi.ssioi>s 
et des négligences; IV. C. Silii Ita- 
lici punicoriiin libri Xf'Il , ibid», 
1791 , iu-8 ., bonne édition, accum- 
paguée d'un index très ample ; le 
discours piéliminaiie, dans lequel Er- 
nesti discute le mérite de ce poème , 
mérite d'être lu avec atteniiun ; V. 
Lexicon technulogio' gracœ rheto- 
ricce , ibid. , 1 795, iu-8 '. , ouvrage 
utile et rempli d'érudition ; VI. Lexi- 
con technologiœ Romanoriun rheto- 
ricœ, ibid., 1797, in-8''., aussi es- 
timé que le précédent, do.it il forme 
la suite nécessaiie; VIL les Sj'no- 
nymes latins de Gardin Diimesnil , 
trad. en allemand, Leipzig, 1 79B , 
ibid., 1800, iu- 8°.; VUI. Cicerus 
Geist und Kern, ibid,, 1799. 1800, 
1802, 5 part. in-8''. C'est la traduc- 
tion en allemand des meilleuis écrits 
de Cicéron ; le style en est élégant et 
concis ; on désirerait seulement que 
le traducteur tût expliqué par des 
notes les passages les plus impor- 
tants. Il avait déjà publié en 1781 hi 
traduction de diverses lettres de Gcé* 



KRJÎ 
ron qui se rclioiivciil dans l« recueil 
qu'on vient de cifrr. VV — s. 

EllNSÏ ( HhNRi ) , oii latin 
Ernstiiis, sav.inl juiiscoiisultc, ne à 
liLliristxdl le 5 Icvrier i6o5. Apres 
iivoir teruiine ses études et pris ses 
de(:;re's ea droit, il jK-issa en Dane- 
m.nk, où il fit rcducalioii des fils 
d'Oiigcr Uoscncrantz; il parcourut en- 
suite avec l'un de ics élèves la plus 
grande partie des pays de l'Europe, 
et à sou retour de ce voyage , eu 
iG55 , fut nomme protosseur de 
belles-lettres à racadc'raio de Sora. Le 
roi Frédéric III le nomma eu iGt)5 
conseiller de la cour et de la cliau- 
cclleric. Ernsl, également estime' pour 
ses lumières et pour son intégrité, 
partagea ses loisirs entre ses devoirs 
et l'étude, et mourut à Copenbague 
le 7 avril iG65. Il a publié plusieurs 
ouvrages, et en a laissé un plus grand 
nombre manuscrits. Bartliolin en a 
donné la liste dans son Index scrip- 
tonini danorum; on se contentera 
d'indiquer les suivants : 1. Catho- 
lica juris , ciini emeniiationihus in 
opéra poslhuma Cujacii , Copenha- 
gue, it)54, in-i-i, rare; II. P^a- 
riariim observalionum libri duo , 
Amsterdam , iGjIj, iu-8". Otto les a 
insérées dans le tome V du Thé- 
saurus juris Bomaiii ; m. Ad an- 
tiqnilales Elruscas quas Foialeirce 
nuper dederunl obsen^aliones , Ams- 
tei d un , 1 G59 , in - i jt. ( /^o^. Ijf- 
GuiRAMi ). Ou repiocha avec raison à 
Ernsl d'avoir reproduit les notes do 
Pagau. Gaudenzio sur le même objet, 
a lUS avoir eu l'atienlion de le nom- 
mer ; IV. Catalogus librorum bi- 
hliolh. Mediccœ quce asservatur Flo- 
rentue in cœnuhio D. Laurentii , 
Amstcrdim, 1641, ia-8'. , ibid. , 
iG;G, volume in-i'i. Ce catalogue n'a 
d'autre mérite rju'une assez grande 
rii'elé. Viuder Liuùcu, trompe par le 



KRN uGcj 

mol medicece, l'a pris pour une bi- 
bli(»;;r,i|(liic médicale; V. Bcç^um ali- 
qnot Danice genealogia et séries 
Anonymij ex veteri codice ms. eC' 
clesiie Lnudunensis , quod desinit 
in anno chr. i •}. 1 8, cum notis, Sora , 
164G, in-8'. Ce fragment de l'his- 
toire des rois de Danemark fut envoyé 
par And. Duchesne à Ernst , qui le 
publia avec de savantes remarques 
qui en font le plus grand prix. Ernst 
conjecture que cet ouvrage avût été 
entrepris par l'ordre de Pliilippe- 
Angirste , et que ce prince pourrait 
n'être pas étranger à la rédaction j 
VI. Malhodus juris civilis dlscendi , 
ijora, 1G47, «'•-4°-; ^'11- ^J- ^^- 
lerii Frobi de notis Romanis cum 
observalionibus , ibid., 1G47 ' '"* 
4°' ; VIII. Ifitroduclio ad verain 
iiitain, ibid., iG45, in-8".; Ams- 
tcidam, iG49, i'i-8'. Cet ouvrage 
est mentionné avec élog-e dnus la bi- 
blioth. Struviana ; IX. Johan. Case- 
m librorum in certas classes dis- 
Iribulio, Hambourg, iG5i , in-4'''i 
petite pièce très rare. On doit y 
joindre une lettre à Just Chiist. Boh- 
mer par Jacques Burckard , pro- 
fesseur à Suitzbach, De vild cl, 
Jo. Caselii epislola , Wolfenbutel , 
1707, in-4''. C'est ce qu'on a de plus 
complet et de plus exact sur la vie 
et les ouvrages du savant Chessel. 
( Voyez Caselius ); X. 2ao§aTi5-,«oç 
sive commentntio de studiis diebus 
festis convenientibus , Sora, iG5G, 
in-4". L'auteur , suivant Qaw Clé- 
ment, y fait éclater une profonde 
érudition, un jugement exquis, une 
liberté' chrciienne, et surtout une 
piété' éclairée et solide ; XI. Calko- 
lica juris rslecta, Grtifswald . 1 656, 
iu-8'.; Xîl. SlaUra jurispruden- 
tics et juriiconsuhi , Arusliidt , itiGî, 
iu-'j". ; Xlil. Disscrtatio poslhuma 
de rij surriifid maximsque difficU- 



si'jo ERN 

lima nempè verd philospphid, Ilatn- 
bjui'f;, iG'ij, in-8'*. , rc'iujjjiiuiec 
vous ce titre : Aristarchus philoso- 
jihicuSj ibid., iti-jS, iii-b . Joa.-.b. 
Heiiiiius fui l'ctlittur de cet ou- 
vrage ; il est écrit avec chaleur , m lis 
l'auteur s'y montre trop oppose à 
Ari^totc. On a eucorc d'Erusl des 
iS'otes sur la Palestine d'Heidman , 
sur Cornchus - Népos ( réimprimées 
dans l'cditioii de Stavereu ) , et d'au- 
Ircs écrits moins imi) rfauts. VV — s. 
ERNSTINCt ( Artuur - Conrad ), 
médecin allcmaiiil , né a Sicli-ieulia- 
gen , dans le comté de Schau. iibuurj::; 
cil 1709, mort le 11 septembre 
itG8 ; il pratiqua d'abord la i;iéilo- 
ciiie à liruaswick; il reviul ensuite 
dans sa patrie, et s'y livra à l'étude 
de la botanique , eu fit des applica- 
tions à la méJeciue, et chercha à eu 
développer les principes dans le petit 
nombre d'ouvrantes cpi'il publia. Ce 
sout : 1, Phdhindrologia physi- 
co-medlca seu exercitatio de medi- 
camento novo peer-saat , Bruns- 
wick, 1759, in-4'. C'est une disser- 
tation sur la ciguë aquatique ou phel- 
îandria , accompagnée d'uiie bonne 
planche. Ou vantail depuis peu de 
temps ses çraincs dans la basse- 
.Saxe, comme uu bon remède contre 
les ulcères. Ernsting fit des expé- 
riences à ce sujet , et soumit cette 
plante à l'analyse chimique; mais il 
ne lui trouva pas les vertus annon- 
cées ; II. Prima principia Botanica 
oder Aufan^s^rdnde , etc., V\'ol- 
feubuttel, 1748, iu-8\, vocabu- 
laire des termes techniques de la bo- 
tanique cl des parties des plantes, 
avec des figures ; il y a joint une bi- 
bliothèque botanique rangée par or- 
dre alphjbéti(iue , et l'indicatiou des 
syslèuies de botanique, à cojnmencer 
depuis Conrad Gessner. Il eu ajouta 
nu qui lui appartenait , cl qui rcs- 



ERO 

semble beaucoup à celui de Boër- 
liaive; 111. dcr fVollkotnmene und 
allzeit fertile apotheiker , Heiras- 
laedt , 174' 1 •"■4-1 vocabulaire des 
médicaiiu ut» simples et composés tirés 
des p'aules; IV. Hislnrischeund phy- 
siculisdie heschreibiin^ der Gesch' 
lechler der pflanzen , I^emgo. 1 762 , 
ii«-4"'j ouvrage diffus, dans lequel 
l'auteur décrit les organes de la géné- 
ration des plantes, surtout d'aprèit 
Linné, et il recueille tout ce qui a été 
écrit à ce sujet, ainsi que sur la vie 
des plantes , rpi'i! compare aux ani- 
maux. Quoit|u'rn genéial cet ouvrage 
ne soit qu'une couipilation , il s'y 
trouve quelque-^ observations qui ap- 
partiennent à l'auteur , entre autres 
sur des choux hvbrides ou prove- 
nant du mélange de poussières sémi- 
nales d'espèces d.fférenles ; il ter- 
mine cet ouvrage par un catalogue 
des espèces décriics par Linné; il a 
aussi donné en alemiud quelques 
analyses d'eaux minérales et une dcs- 
Ciipliou histo i(jue (t phvsique du 
lac de Steinhudi r dans les Notices de 
Riutel.iXv »7(j5à i7';7. U — P — s. 
EUOTIAMJS ^Erotien}, méde- 
cin grec , vécut dans le ])r< inier siècle 
sous le règne de ^'éron. Fabricius 
soupçonne a tort que le nom d'i^fo- 
tianusu été formé decelui d'ficrodia' 
nus. Cent éga emeni s-ms auloiilé suf- 
fisante que quelques criti'pies lui con- 
leslent le titre de niéd' cin , pour lui 
sulistituer celui de gramtiiaiiieu. < hioi 
qu'il eu soit , Erotianus est auteur 
d'un glossaire d'Iîippoerafe en grec 
par ordre alphabétique, ouvrage qu'il 
dédia à Androma hus , premier mé- 
decin (aiThiàtre)d( Néron. I! e~l con- 
séqueu)menl antérieur à Galif^n. Ce 
voc ibulaire a été imprimé d'abord à 
Paris en i5G4iin-8". , parles soins 
d'Henri Etienne, qui l'a p'acé en tête 
de sou Diclionarium viediçum , gr. 



ERO 
lat.; ensuite à Venise, Jimt»', iî;GG,in- 
4°., avec les noies d'Eni.t.i( lii , suus 
et' (ilre : Focuni, (juœ apud Hippocra- 
tern surit, collcctiu; il se Uoiive.uissi 
joint iiiix. cJilions d'Ilippocratc don- 
nées par IMercnri ili et p.ir Cliarlicr. 
Ce vocabulaire peut aider, jusqu'à un 
certain jxiint , à l'intellii^enee des ter- 
mes difficiles on obscurs que l'on ren- 
contre dans llippocrate; mais ses 
inteiprël<ilions sont en ge'ne'ral si biè- 
ves et quelqn» lois si arnbip,ii(;s, qu'il 
laisse souvent le lecteur dans l'em- 
barras, et qu'au lieu d'explications 
claires, il n'cfiVc, dans une foule de 
passages , que d^s éuit^nies à deviner, 
il paraît même que c'est pour ilissiper 
celle obsenr ite, que Foès composa son 
excellent dictionnaire intitule : OEco- 
noniia llippncralis. La meilleure édi- 
tion d'Erolien est, sans contredit , 
celle que l'on doit à J.G. Frc'd. Franz, 
sous ce titre: Erotiatn, Galeni et 
Jlerodoli s^lossaria in llippocralem^ 
^rec. lat., Leipzi;:;, 1780, in-8'. Elle 
rcnlerme non seulement les eorrec- 
ti'Mis d'Henii Etienne, d'Flnsfachi , 
d'Heriujjja, mais encore un ç^rand nom- 
bre de variantes puisées dans un ma- 
nuscrit appartenant à J. Phii.Dorvil- 
le , de ncuvtdtes notes de l'éditeur, et 
enfin l'£;/;yy;(7iî de Galicn et le /iîçr/.ôv 
d'Herodute le médecin. R — d — N. 
EUOVANT U, dixième roi d'Ar- 
ménie, de la dynastie des Arsacides. 
Il était fils d'une l'eiume de la i^Bce 
royale, qui avait eu un commerce 
illc'i;itime avec un liornmc obscur, 
S0U5 ic règne du roi Sanadiouk ; il ac- 
quit une grande réputation par ses ex- 
ploits guerriers, et il tint le premier 
ran;:; parmi i<*s généraux de ce prince. 
En l'an 68 de J. C. , après la moi t de 
Sanadroiik , Erovaiit s'empara du 
trône d'Arménie, et fit massacrer Ions 
les fils du dernier roi, à l'exception 
d' Ardasches qui lut (;unnçn« en Perse 



ERO 271 

parle prince Scm|)ad, delà race de» 
l'aj^ratides , qui était cli 'rgc de son 
éducalion. Ivi l'an 75,Erovant, pour 
conscrvi r l'amitié des linmain., dont 
il avait besoin pour se détendre con- 
tre les Persans, leur céda toute la 
Mésopotamie arménienne, et trans- 
porta sa résidence rovale, de la ville 
d'Elesse, dans celle d'Armavir, an- 
cienne capitale de l'Anuénie. Ennuyé 
bientôt du séjour d'Armavir, il jetla 
eu 78 les fondements d'une ville ma- 
guilique, située au eoifluent de l'A- 
raxes et du fleuve Akhuurean , et de 
son nom il l'appela Erovantasrbad. 
Celte ville fut décorée de superbes mo- 
numents ; il Y fit transporter toutes les 
choses précieuses qui étaient à Ar- 
mavir, et y i'ixa sa résidence. Il fit 
encore bâtir dans le voisinage la ville 
de Pagnran, où il fit placer les statues 
de tous les dieux de l'Arménie, et cel- 
le d'Erovantakerd , qui fut aussi rem- 
plie de monuments. Pendant qu'Kro- 
vant était occupé d'embellir sa capi- 
tale , Ardasches, fils du roi Sana- 
drouk et son général Sempad , de la 
race des Pagralides , revinrent de 
Perse avec une nombreuse armée pour 
reconquérir le trône des Arsacides, et 
en chasser Erovant. Lorsqu'Erovant 
fut informé de l'arii'-ée d'Ardasches, 
il rassembla toutes h s forces de son 
royaume, appela à son secours Pha- 
rasmane . roi d'ibéiie, et marcha à 
la rencontre de l'armée Persane. INial- 
gré ses talents militaires et son cou- 
rage, il fut vaiîiru dans uu lieu qui, 
à cause de sa défcile, fut appelé Ero- 
vantavan , c'est actneliemcnl Erivan. 
Il éprouva nu nouvel c'chcc sous 1rs 
nniis de sa capitale, et en fuyant il 
fui tué d'un coup de poignard par un 
soldat obscur , en l'an 88 de J.-C. Ar- 
dasches Il monta alors sur le trfine. 
S. M — N. 
EPiOVAZ , fière du preccdcnt , et 



•>.'j'i ERP 

comme lui dcscmJant par sa mère de 
la race royale des Arsacidcs. En l'in 
"8 de J.-C. , son frère le cre'a grand- 
prêtre des Dieux de l'Arme'nie, et lui 
donna ponr résidence la ville de Pa- 
gazan , qu'il venait de faire construire 
et où ii avait réuni toutes les salues 
qui se trouvaient dans les anciennes 
capitales de l'Arménie. En l'an 88 , 
après la défaite et la mort de son frère, 
Sempad Pagratide, gênerai des ar- 
mées d'Ard-isclies II, qui avait détrô- 
ne' Erovant , vint l'attaquer da'.is Pa- 
gazan. Erovaz lut pris; ou lui fit atta- 
cher une pierre au cou, et on le préci- 
pita dans l'Araxcs. S. IM. — y. 

ERPENJUS ou d'ERPE (Thomas), 
célèbre orientaliste, naquit à G rcura, 
en Hollande le 7 sepKmbre i58.|.Son 
père, témoin de ses heureuses dispo- 
sitions pour les sciences, l'envoy.i à 
Lcvde dès l'âge de dix ans. Ce fut 
dans cette ville qu'il commença ses 
études. An bout de quelques mois il 
vint à Middelbourg , puis retourna 
au bout d'un an à L('yde,où il pou- 
vait suivre ses goûts avec facilité. Ses 
progrès furent rapides; dés l'âge le 
plus tendre il fut admis à l'université 
de cette ville, et en 1608 il reçut le 
Lonnet de maître ès-arts. A la sollici- 
tation de Scaliger , il avait appris les 
langues orientales en même temps 
qu'il faisait ses cours de théologie. 
Après avoir achevé ses éludes il voya- 
gea en Angleterre, en France, en 
Italie, en Allemagne, formant des 
îiaisoiisavcc les savants, et s'aidant de 
leurs lumières. Pendant son séjour à 
Paris il se lia d'amitié avec Casaubon , 
amitié qui dura aussi long temps que 
sa vie, et il prit des leçons d'Ai abe, de 
Joseph barbatus ou Abou-dacni. A 
Venise il eut des conférences avec les 
juifs et Icsmahométaiis, et il profita de 
son séjour en cette ville pour se perfec- 
tionner dans le turk, le persan cîl'é- 



K U P 

thiopien. Erpeniiis revint dans sa pa- 
trie en i(Ji 2, après une longue absen- 
ce, riche de la science qu'i' a vjit ac- 
quise pendant ses voyages , aimé et 
estimé de tous les savants qu'il avait 
visités. Son habileté était déjàonnue; 
aussi, dès le 10 février de l'année sui- 
vante , il fut nommé piofesseur d'a- 
rabe el des autres languos orientales , 
l'hcbtcu excepté , dans l'unixersité 
de Leyde. Dcs-iors il se livra tout en- 
tier a l'enseignement de ces langues , 
et à en faciliter l'étude, à en propager 
les conn lissanres par ses ouvrages. 
Animé par l'exemple de Savary de 
Urèves, qui avait établi a ses dé- 
pens une imprimerie arabe à Paris , 
il fit graver à grands frais de nou- 
veaux caractères arabes et forma une 
impiimerie dans sa maison. En 1619 
les curateurs de l'université de Leyde 
créèrent une seconde chaire d'hébreu 
en sa faveur. En 1620 les états de 
Hollande l'envovèrent en France pour 
tâcher d'attirer r\v z eux , par la pro- 
messe d'une chaire de ihéologie, Pierre 
Dumoulin, ou André Rivet. Ce pre- 
mier voyage n'eut aucun succès et fut 
suivi, l'année d'après, d'un second, 
qui réussit au gré des états ; Rivet 
passa en Hollande. Quelque temps 
a[)rès le retour d'Erpenius, les états 
le choisirent pour interprète: cela lui 
donna occasion de traduire diverses 
Ictties des princes musulmans de l'A- 
sie ^ de l'Afi ique, et d'y répondre. Le 
roi de Marocprenait, dit-on, ungrand 
plaisir à lire ses lettres arabes et eu 
faisait remarquer l'élégance et la pu- 
reté, lia réputation d'Erpenius était 
répandue par toute l'Europe savante: 
plusieurs princes, les rois d'Angle- 
terre et d'Espagne , l'a relie vêque de 
Séville lui firent les oftr(S les plus 
flatteuses pour l'attirer près d'eux ; il 
ne voulut jamais quitter sa patrie et 
y mourut d'une maladie contagieuse; 



ERP 

le i5 novonibie iCy^^, âf^c de qiia- 
rantr ans. Ei penius a laisse plusieurs 
ouvnigt's qui ne sont point parfaits , 
sans doute ; mais si l'on se reporte à 
l'époque où il a vécu , si l'on son|;c 
qu'il ciit peu , ou point de secours , 
qu'il se forma lui même, si on le juge, 
non point (l'après l'état actuel delà lit- 
térature orientale, mais d'après ce 
qu'il a fait, on conviendra'qn'il a peut- 
être surpassé , par l'immensilé et la 
difficulté de ses travaux , les oiienta- 
listos qui l'ont suivi; et que n'cùt-i! point 
fiiit si une mort prcuiaturée ne l'eût 
pas enlevé à une litléiature dont 
son nom sera toujours un des plus 
beaux ornements? Voici la noie de ses 
ouvrages: l. Oratio de lingi/d arabi- 
ca , Leyde , i()i5, in-4". Erpenins 
prononça ce discours lorsqu'il prit 
possession de la chiiire d'arabe : il y 
loue l'ancienneté, la richesse, l'élé- 
gance et l'utilité de cette langue. II. 
annotât, in Lexic. Arah. Fr. Ea- 
phelen^ii, Leyde, i<)i5, in-4 .; elles 
se trouvent à la suite de ce lexique, III. 
Grammatica arabica , quinque U- 
hris methodicè explicata,ih., i6i5, 
in-4°. « Cette grammaire, qu'on peut 
» regarder, ditlM. Schnurrer, comme 
» la première composc-e en Eirope, 
» non seulement a été réiiu; riuiéeplu- 
» sieurs fois , mais elle a tellement fait 
» loi. que plusieurs professeurs, qui, 
» surtout en Allemagne, ont donne sous 
» leur nom des grammaires arabes, 
» ont suivi les traces d'Erpenius , et 
» ont à peine osé s'écarter de ce gui- 
» de. » Le même savant observe que 
celte édition a été tirée sur deux for- 
mats, d'abord en grand in-4". 3^" de 
pouvoir être jointe au leaique de Ra- 
pbelenge , et ensuite sur une plus pe- 
tite justification, pour en rendre le for- 
mat plus portatif. Ces derniers exem- 
plaires sont les plus communs. I>a se- 
conde édition de cette grammaire , 

A UT. 



ERP 



a^S 



corrigée et augmentée , d'après un 
exemplaire cliargé des notes manus- 
crites de l'auteur , parut à Leyde en 
iG5G, in-4'. L'édil(ur, Antoine Deù- 
sing, y a ajouté les fables de Locman 
et quelques adages arabes avec la tra- 
duction latine d'Erpenius. Les voyel- 
les et les signes oi lliegraphiques sont 
marqués dans le texte ar,jbe. On doit 
à Golius une réimpression de eelte 
édition , sous le titre de Lingiiœ ara- 
bicœ Tjrociiiium, Leyde , iG;"io,in- 
4*^. Les additions de ce savant en font 
le mérite. Elles se composent : i". de 
trois centuries de proveibes arabes; 2°. 
de cinquanlc-ncuf sentences tirées des 
poètes; 5". des surates 5 1 et 6i du 
Coran; 4". de la première séance de 
Hariri ( voy. Hariri); 5". d'un poème 
d'Aboulola (vo^'. Aboulola ) ; (j°. 
d'une homélie du patriarche d'Anlio- 
che Elie III, sur la naissance du 
Christ. Tous ces morceaux sont ac- 
compagnes d'une traduction latine et 
de notes; 7". de 232 sentences arabes; 
8". de la 32'". surate du Coran ; g", d'uu 
autre poème d'Abouiola. Golius n'a 
publié que le texte de ces trois der- 
nières additions. Une autre édition eu 
a été publiée par Albert Scliultens, en 
1748, réimprimée eu 1767. L'édi- 
teur , après avoir reproduit mot pour 
mot la grammaire, les fables, et une 
centurie de sentences telles que les 
donne l'édition de Golius, a ajouté : 
i". une préface dans laquelle il com- 
bat quelques opinions erronées des 
docteurs juifs, sur l'histoire de l'é- 
criture hébraïque et sur l'autorité de 
la cabb.ile ou tradition. 2". des ex- 
traits du Hamasah d'Abou - Temam , 
accompagnes d'une Iraduclicjn latine 
et de notes. INIichaëlis a donné eu 
allemand un abrégé de cette édition. 
Gottingue , 1771 , in - 8'. IMorso , 
prolesscur de langues orieulales, à Fa- 
lerme , a publié, en 1796, une nou- 



^74 li 1^ P 

velle ddition de la grammaire arabe, 
et des fables de Locman avec un 
glossaire. IV. Proverbioriim ara- 
bicorum centuriœ dwp, ab anonjtno 
quodain arabe collcclœ, etc. , Lcydc , 
iGi4, 2'". edit., ibid.y \(yi'b, in-8'. 
D. Florentins ( de Florence ) avait 
acquis le manuscrit de ces proverbes 
à Rorae. De retour dans sa pairie il 
les communiqua à Isaac Casaubon , 
avec la traduciion baibare et souvent 
inintcllij^ible qu'en avait faite un maro- 
nite. G isaubon envoya la plus grande 
partie de l'ouvrage à Sca'.igcr, le priant 
d'expliquer les sentences les plus dif- 
ficiles. Celui-ci renvoya bientôt le 
manuscrit avec une liadnclion latine 
et des notes; Cisaubon envoya une 
copie plus coraplotle et plus correcte 
à Scaliger , en le priant d'achever ce 
qu'il avait si bien commence' : Scaliger 
promit , mais la mort le surprit au 
milieu de ce travail. Lorsqu'Erpenius 
vint à Paris, eu 1 609, Casaubo a l'en- 
gagea à terminer cet ouvrage pour 
qu'il pût voirie jour. Erpeuius s'en 
cliargea et y travailla sans rcicàcheril 
comptait le faire imprimera Paris chez 
le Be, qui avait gravé d'assez beaux 
caractères arabes ; mais dcçii de son es- 
poir il eu différa la publication jusqu'à 
son retour à Leyde. La première cen- 
turie de ces pi'overbes a été donnée 
de nouveau par Seuncrt, Wittemberg, 
i658,réimp.en i ■y^l-Scheidius a fait 
imprimera Hardcrwick , en 1775, 
un choix des sentences et des prover- 
bes arabes ,publie's précédemment par 
Erpenius ; V. Lucmani sapieutis 
fabulœ et selecta quœdam Arabiim 
adagia, cum interpretatione latind 
elnotis, Leyde, 161 5, in-8 \ C'est 
la première édition de ces fables, qui 
ont ensuite été imprimées jusqu'à sa- 
tiété. Cette édition parut sons deux 
formes; l'une qui n'embrassait que le 
les.tc arabe seulemciit j l'autre qui était 



ERP 

accorapagne'c de la version latine, 
d'une longue préface et cle nites. Les 
adages sont au nombre de cent. Tan- 
negui fiC Ff-vro a traduit en ver»; iim- 
biqucs latins , et publié à Saurnur, en 
1674, les seize premières fables de 
Locman d'après la version d'Erpe.-.ius. 
Une seconde édiîion de ces fables 
porte la date de if)56 et a la forme 
d'un livre sé|)aré , mais elle a été dé- 
tachée de l'édition de 1 6!^G de la gram- 
maire arabe dont elle f.iisait partie. 
Golius a imprimé de nouveau h's ada- 
ges dans le Arab. ling. Tjrociniumy 
Leyde, i65G; on les retrouve en- 
core dans l'édition de la grammaire 
d'Erpenius , donnée par Schultens. 
\'I. Fauli apost. ad Romanos epis- 
tola , ar abicè , ih'id. , ï6i5, in -4". 
Cette épître est