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Full text of "Bulletin de la Société de Géographie"

BULLETIP^ 



DB LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 
\ 



Quatrienie fi4ritf. 
TOMS XU. 



COMPOSITION DL ULREAL' DK LA SOCIET^ 

POlR 1855-1856. 



PrestJenl. M. Ouigsiadt, iiiembre de I'lnstitut. 

. . I MM. De QuATREFAGEs, id. 

\ I aniiral Komain ues Fovses. senateur. 

MM. MOREL-FATro. 
I'OULAIN DE Bt 

Srcrttniif. .^I. Ameuee Tardiei;. 



' I'OULAIN I)E Bo.S.>AY. 



COMPO.SITION DL BUREAU DE LA COMMl.'^SlDiN CEiNTHALE 

I'otit 1856. 

Preiulciit. M. t^oMSTiKT-l'iti-MiST (lie I'liistillit). 

f'icc-Pifsldt Ills. MBI. JuMARi) (de riiiSl.liii) il u'AvizAc 
Secretrilif i;i iii-rii/. ifl. Alfl'fd MAtmir 
Sccrdtiirr ii<tiuii:t. M \'.-A. AIai.te-IiRU.N. 

Section tic ( mrtvsponddnce. 

MM. A. d'Aiibadic-, coit, de I'liislilui. MM. L:iloiid. 
yeiieiid Auj)iik .Moiiii. 

aenfral Ailvfay. * Noel des Ver{;ei>,t-brh.de I'Inst. 

Alex. I'Diiiieau I'uul.iiii de Iiossay. 

Gli..la\i- d'tiihilial. Reiiard. 

(;" d'E^(■ayI•ac de Lautuie. \ ivieii de .Saiut-Martin. 

Section de Publication. 

AIM All eit-Moiiltinoiil. MM. Maiiroy. 

Corlaiiibei'l. Moiel-Katio. 

Dalls^y, meiiibri' di' I'liistilut. fliii^'iiiaiit , in. di- I'liis 

de I'loliei ville 1)l- Qiialrefaues, id. 

.lacolii. .Seduliil. 

I.oiii Miami. Treniaiix. 



Section de C oniptabi/ite. 



MM. Dcinersay. MM. De la Koqiielle. 

Gamier. Lefrbvie-Dmiifle. 

Isaoibert. Talabot. 

Jic/uvi.sle-biblt6thecaire. 



I resorier deja Suciete. 
M. Meigiien, iiotaire, lue .Saiiit-Hoiiore, 370. 



Membres ad joints. 

MM. A. Ilaibie du Bdi-age. .M . A. de Fruidefoiids de.s Farges. 

J'erd I'abre. 

M NoMi I. »i;iiit de U .'5{i(i( Ir. rue (■ biistiiie, ^. 



BULLETIN 



i)i: i,\ 



SOCIETE DE GEOGRAPHFE 

KfiniGfi PAIl LA SECTION IJR PUBLICATION 
ET MM. ALFRED MAURY, 

SECftETAIRE GEWERAL DE LA COMMISSION CENTRALE, 

ET 

V A. MALTE-BRl!\, 

SECRETAIRE ADJOINT. 



(JUATRlfiME SEHIE. — TOMK DOUZlfeME, 
ANNh'K 1856. 



J V l^k^ETT^H^ ( ; E VI H R K. 




PARIS, 

CHEZ A It THUS- BEIITIMM', 
1. 1 B r, \ I R E D E La s o c 1 1^ t ^ d i: f; it o « (m p i< ! k , 

Ki;i! HAUTF.FfcUII.t.h . .\' .1 



185rt 



KISIE UtS PKfislDE.VlS HONOKaIKES DE L\ SOCi£T£ 
DEPUIS SON OniGlNE. 

MM. MM. MM. 

Dc L.vrt.ACE. Le vifc-aiiuial de Riowt, Vit.i.EM\in. 

De l'».sT(>UET ),<■ c 'iilrr-;iiiiir..l Dl'mont ('uKiN-f.ninAiNE. 

De ("lIATEA|.BRI»JID. d'D RV 1 1.I.E. I .'illUIIill KoUSMN. 

CHABnor. UK Voi.vic. Dm- Decazes. I.'uiniiHl tie Mackau. 

Hecqiry. i." lie Momauvet. I.e vire-iiniiiHl Halgait. 

Alex. DK HiiMiiOLDT. Dc 1'aivante. Walckenaer. 

Chabroi. de (jioLsoi.. I.f i:«'ii«Tai I'ei.et. C" Moi.e. 

Gei)rf;i-« Ouvier. Guizht. Jumard. 

HvDF i>t Nki viixe, Dk SALVANtiv Le coiilre-a niral MATHiEti. 

Uur lie Doi'iiE \fivu.i,r liJPiNitit Li' vici--atiiiral I a Hi.ack. 

J.-B. Eyrifs. De La<^ Case*. Hip. Kortoul. 

LISTE OES COHRESPONDANT.S fiTRANOKKS DANS L'ORORB 
DE LEUn NOMINAIION. 

MM. MM. 

H. S. Tanker, a Philadilpliii*. Ferdinand de Luca, a iVa|iles. 

W. VVdODBRiDGE, a Rnsliiii. Le doclenr Barcfpi, a Turin. 

Le It-col. Edward Sabine, a Londres. i e liciit.-ro!. t-'r. (^.oetlo. a Madrid. 

Le doclenr Reinganlm a Berlin. Le prnftsoiir Munch, a (ilirisliania. 

Le diicleiir RrniARDMiN, a I.oiidres. Le ;;en. ,All»i I he i.a Marmora, aTurin, 

Le professiur R\fn, a (".iipeniia^ne Knluiiire I''rf>-nei., a \l()^Sclnl. 

\V. AiNswDRTii, a I Oiidrrs. (111. ScHtFFER..i (■iinslaiiiiiiople. 

Le cidonel I.onc, a l.i)(iis\j|le Ky. Le prolessmr I'.fnl Chmx, a (ieneve. 

Le rapilaine M ACONocHiE, .i Svdnev. J S Abert, colonel dcs iii^enieiirito- 
Le conseiller de Mackdo. a Lislioiine. pnj^rrtplies 'les ht.ils-Uni.s. 

Le profess'iir Kari. Ritter, a Berlin. Le pr'd'-sseiir \i.E\. Bacus, snrinten- 
Le cap. John Wa-iiingion, a Liiiidres. i'<hi\\ •\ii Ci>fi<f-Siin>ry.»u\VAali-Vith. 

H DE Angei.is , .1 Bieii.s-AMcs. Lep^his (Ri( li.ii(l), a Berlin. 

Le diicl.iir Kkiegk. a rrancfoii. Dk Mart.l-, a Munich, 

Adolphe Kruhn. a R. ilin. KiErtRif H>-iiri), a Weimar. 

Le dict'Ur WAPPAis, u Goilliii.;ui-. 1 etkrmann (Aui;iisln>), a Cotha, 



LISTE DES C.OItRESI'ONOANTS F.TUANr.ERS QU[ ONT OBTENU 
LA GRANDE .M£.>AILLE. 

MM. MM. 

Le capil- sir 3- Franklin, a Lomlres. Le rapjtaine G. Bags. 

Le capituiiie Graah, a {.openlia;;«e. Le capil, James (.lark Ro.is, a Londres. 

Le i-i»pilaine sir John Ross, a Londres I e capit;iiiie R. MAC-CLUflE,a Londres. 



'•''• — Impnm'tric de L, SlitTIMtT, 
fu« Uignon, 9, 



BULLETIN 



OE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



JUILLET 1856, 



Mciiioircs, etc*. 



EX TRAIT 

d'uNE LKTTRI'. I)K M. BHl'N-ROLLET A M. JOMAHU, 

CHEZ LI'S DIRFS. BAHAR EL GHAZAL. 

i5 mars |85(>. 

Monsieur, 

Je viens de parcoiiiii' dans luutes .-es ratiiirications 
le flouve impropremeiil (lit fliiive lies Cazelles ou 
Misselal. Je ne crains plus do I'appeh?!- le vrai Nil. 

C'est I'afllueiil qui fouinil le plus d'eau, il e-^t triple. 
Au premier abord on le |)rendrait jiour tin lac d'une 
cinquanlaine ^\^^ lieues de longueur, du nord au sud- 
ouestet nord-wuesl.Mais, apres un nxiisile reclierches, 
j'ai decouverl, a traverslesunnaisqui seinljleiit le conli- 
ner au nord-ouest, un canal navigable qui le lie a son 
cours sup^rieur a six lieures j)liisau nord-est. J'ai ega- 
lement trouv6 la bouclie decelle riviere appidee Moclji 
et Lonri, qui, selon ma carle, coule du sud au nord, 
paralleleuient avec la bou( be sud. 

Nous avons laisse a droile de son emboucbiu'e, au 
lac Nau, un autre lac de jdusieurs uiilles de eirconfe- 
rence ; c'est celui que iVI. d'Arnaud a suivi et nouiin*"! 
Misselat. Ce fleuve a d'abnrd en celte saison) 5() ;WV.» 



••■(«) 

metres (If hirgeiir, hiir li ;i 5 de prot'ondeur, quelque- 
fois inoiiis, diroclion inu'd-oiipst, puis siid-ouest. 

Les proi^ii^res hultes qiK; I on reiiconlue siir les ri- 
ves, soiit relics (les Noueis-Uiakindj. 

A 20 oil 25 lioiics de son affluent, il so bit'urque. 

[,ii l)i;incl)e gauche on orcidenlale nous condiiisit a 
des uKirais, apres une navigation de dix ;i douze heures 
ouest-sud-oucst. C-e lac, (pu; nous avions piis d'abord 
pour un fleuvede premier oi-dre, avait un courant, pres- 
qiie lonjoiirs iine lai-geuc dc 2Q00 metres sur 3 a !i de 
prolondeur, eldescanauxdivergentssur sesdeux rives. 
Lesiialurels I'appellenl A7'/»-f/;//< ,• sa rive gauche estha- 
Uiteo par dos Nouers, aynnl pour chef un certain Tttn 
aiiqiiel j'ai envoys une chemise d'iiidienne et quelques 
veiroleries. Ce prcisent lui fil le i)lus grand plaisir et 
ine valut sa visile el rodre de deux de ses gens pour 
uie servir de guide et de drogman ; mais ils s'echap- 
perenl quelques heures apr^s noire depart. II m'en- 
gagea en outre a rosier ou a laisser de mcs gens pres 
de lui , mo promellant sa jirotection et ses ser- 
vices. 

Pres de son hahilation est un canal qui, pendant I'i- 
nondalion, s'lilend jusquo chezles Inikkara-Omoura'vec 
lesquels ils sent queiquelois on guerre. J'ai vu chcz 
t !• chef un de leur.s prisonniers qui avait relenu chez 
eux quelques ni(>ts arahes. II nous appi il (pie les Bak- 
knrn-Risckats S(! trouvaienl apres les Dinka-Boh , a 
quatro joiinioos siid-ouesl, et (pie lo flouve supcL'rieur 
donl celui-ci esl sopare par des niarais ^\ki deux jour- 
nees, passail prd's do cello trihu, an dela de laquelle 

laienl les for (Dart'our). 
Lecourant de la branchc principale que nous avons 



( ' ) 

Iaiss6 a nqtre gauche, en gencial csl sucl-siid-ouest a\pc 
quelques coutles nord-ouesl vers ses exlr(!;miles, C'esl. 
line "lanclo nappe (rcnu coiipee par dcs lies basses, 
des marais qui disparaissent sous I'iuoudation. Mors, 
il devient un lac de piusieiirs jourtiees tie largeur, sun- 
venl boukverse par d'eiTrojables teuip^les. Les Nouers 
rappellent Jgaitk. 

A cinq ou six heures de sa rive gauclie, pons avpi)5 
reconnu un canal qui se rt!in|)lil lors des ernes du tcpp- 
plein des lacs ou fleuve supeiieiu-; cc Cc^nal a 50 ou 
60 metres tie largeur. Mais a uue lieure et t|eniie ^ti 
son embouchure, il esl obslruti encore par des June? 
et des graminees presque aussi jiaules que la t'orfit df! 
Taniarinjers et tie Dakkars qui bortleut ses rives, et y 
repandeql un onibrage tlelicieux donl jouissenl dejj 
groupes de Bullies et d'Aiililopes de I'esp^ice vach^ 
auxquels nous avons i'ail la chasse, et qui nqiis q(it 
procure un agr^able pot-ap-feu. C elait pour pops pflp 
aubainc donl nt)us seplipns le besoin : depuis plusieurs 
jours nous manquipns de viautle frulche, paree qiie la 
vie amphibique esl la spuje possible daps les marais 
que nous venions tie parcourir. 

fous leo terrains d'alenlour reslent inoudes una 
bonne partie do I'apntie. Nous avons Irouvfi enco|e e\\ 
plusieurscndroitsdelai)Oueetdesn]aresd'eai)pplrti|ietj. 
Les preipi^res races que Top reiiconlre tjurcel afllueijt 
apr^s les Nouers, sppt des pecheursou ichlhyophagqsdp 
la tribu AJoa. lis viennent en cette saispp se tapir ^ans 
Ips lies avpc If prs carrots pour I'aire la chasse aux l»jp- 
pojiotames a I'aide de harpons, el vivent tie poissons. 
Cel|e ^lerni^re p^the se fail Ic jilus souvent lanqita la 
lueurdes feuxqu'ils portent sur I'avanl deleurs canots. 



(8 ) 
Attires par la Iiiuhltc, Ios poissons viunnent h la sur- 
face de I'eau ou ils sont liarponnes. T.es tribus et les 
villa^ps sont o pliisipurs jours dans rinterieur, hors 
dcs torres souniises a rinondation. En suivant une di- 
rection nord-oue.sl, le tlcuve aboutil a dcs inarais. oil 
nous avons trouve un passage profond oh;irue par des 
herbes on qnelques endroils, inais que nous rendions 
prolicable avec un travail de d6i)liueinent. CVst du 
moins ce quo ni'a rapporlo le bateau que j'ai envoys 
pour le reconnattro. 

Deux uiarins et un drogman, ayant remont^ ce ca- 
nal sur les canots des naturels, sont arrives en Irois 
jours chez les Djonrs. on ils out constate le cours su- 
perieur (le notredeuvo. 

lis furent assez bien vus par le clief des villages oil 
ils s'arrelerenl ; il jarnl mem:' blauier la dlstribulion 
de verroleries (pie la pe ir leui laisait fairc aux inipor- 
tuns qui les assioj^oaioiil, en les assurant qu'ils n'a- 
vaienl rien a craindre cliezlui; niais quand il vit leur 
bourse vide, il les ongagea a s'en retotnncr. 

II paralt que la protection de ce chef no pouvait pas 
depasser les liinites de son village; car a peine I'eu- 
renl-ils laisse a distance, qu'ils se virent enlour^s de 
canots charges de negros ayant I'air de leur signifier 
un nee plus ultra |)eu rassuraiit. Cost du inoins ce que 
crurenl nos homnies qui so n)iront a se reconnnander 
a lous les saints ; si leurs saints furent sourds a leur 
prieres, ellcs furent oxaucoes par un hippo[)otanie qui, 
s'^langant lout a coiij) conlre leuis agresseurs, iirisa 
un de leurs canots, tua un ou deux deceux (|ui le mon- 
taienl et ou\rit ainsi a nos voyagcurs un passage donl 
JI5 profil^r^^nt, ^an' qn*- \c% negrp« «ibRhi« o<as<;enf 



I ) 
poursiiivre dea gens prot6g6s par les monstrueuses 
puissances tlu Nil. 

Un inissionnaire n'aurait pas manqii^ de crier au 
miracle; rien de plus nalurel pourlant. que les bippo- 
potames clierchassent a se vengrr de ieurs chasseurs, 
et ils sa\ent que cliaque canol en porte. C'est lelle- 
ment hai)ituel que les n^gres longent toujnurs les her- 
bes en navigiiant et ne Iraversenl qu'en tremblant le 
fleuve ; je les ai vus souvont diriger leur canol dans les 
joncs a la vue d'un liippopotanie ; leur danger n'est 
que plus grand, s'ils passenl dans le voisinage d'unde 
ces ainpli.bies. Deux lois dans ce voyage, ces nions- 
tres pos^rent Ieurs ^noruies palles sur le hord de ma 
bar(]ue, en poussanl un alTreux mugissemenl. 

Un marin fut I'an dernier saisl ainsi des bords de 
la barque de la mission catliulique, et emporte dans 
le Nil, (I'ou il n'a plus reparu. 

A sept ou buit beures plus au sud-est, ce lac se ter- 
mine a des lerres apparlenant a la tribu des Dinkn- 
Beks, en face et a sept ou liuit jours de marche des 
Kyks sur I'aulre affluent. 

Dans eel espace coule la riviere Moeljy, sur les bords 
de lacjuelle sont echelon nes les Loots uu Lounyes, les 
Rals plus au nord, les Doth phis au sud, les Gar, en- 
suite les Madarenlve les S^et 6" de lalilude, et les Djoiirs 
et les Djdks a I'ouesl, sur les rives de ce fleuvc-ci. 

De chez les Beks, exlremile sud de ce lac, j'ai en- 
voye des gens reconnailre ie pays. Kn suivanl un ili- 
neraire ouest, ils arri\6ienl le seplitme jour chez les 
Djnks, ou ils recdnnurent une branche de ce fleuve. 
s^paree de la branche primipale par une He de nlu- 
nieurs journe*?s dr longu. ur. 



Lo Nil coiilail, st'Ioii enx, de I'ouesl <'i Test et |)as^ail 
a cinq jours tie la, au piicl est dcs xnoulu^nc^ Bnhlj'am 
oil des Ninm-Ntain, oi'i il y avail line calaracte. 

Niam-i\iain est le terme generique (|ue les Dinka el 
les Arahes donnenl aiix tribus iinllii opopliages. Leur 
pays a d'aljondaiiles mines -de ciiivrc; (|u'ils exploilenl 
el que les Djaks voiil ecliangor avoc dc I'ivoiro, pom- 
en faire des bracelets. J'en ai vii plusieuis dpnl le cui- 
vre valait le noire. 

Selon les Ujaks encore, le fleiive arriverail au dela 
de cos monlagnes, a un aiitio immense flmive ou lac 
sans fm (c'est leur expression), doiil I'eau est impo- 
table (salee), et donl les bprds sonl baliil^s par des 
Arabes velus comme les Dariotiriens. Mes gens onl 
vu cbez eiix des chemises bleiies qui leur out el<^ 
vendues par ces Musuluians. Seraleul-ils les M(^- 
salit f 

Le pays des Ncarn-Niarn pourrait bien elre celle 
grande conlr^e au sud du fertil, que les Darfourien^ 
appellent Benda , aussi ccMebre |)ar ses riches mines 
de cuivre que par ses hordes de cannibales. 

Voici quelques renseignemenls (jue j'ai pu recueillir 
sur ces derniers : 

(les hordes, apparlenanl au dci iiier echelon de la 
•race humaine, sont dominees par h s supcrslitjons |e^ 
phis insensees. Leur roi on chef est phis craint pour 
son pouvoir de devin ou sorcicr (jncpour sa puissance. 
II poss6de, selon eux, des talismans qui rendenl iiivul- 
nerables ceux qui les portent. Co sont ordinairen^eol 
des niorceaux de cuirs oriies de quelques grains de 
vcrrolcries. Sa dennure en est, flil-(>n, fournie. 11 les 
distribue aux plus coura;^eux a\ant de se mellro en 



( l\ 

cauipaf^ne. Cea talismans servenl aussi de signo do 
pouvoir Iransmis par le devin. Pour celle raison, les 
hommes de guerre suiventceux qui en ont, 

Avant de rominencer une expedition ou guerre se- 
rieuse, le devin envoie aux chefs (ies villages un uonibre 
do nioroeaux de bois, designant les jours apies les- 
quels ilsdoiventse Irouver rt^unis. Celui qui re^pitces 
bois a soin d'en jeter un cliaquo matin l^ors de sa de- 
meure. Qiiand le faisceau est fini, il se rend au lieu 
designe, c'est leur maniere ile ron)pler. lis font la 
meme chose dansieurs echanges, ils mettcnt sur leurs 
marchandises autanl de morceaux de hois qu'ils veu- 
lenl de grains de verroteries ou autres el se relirent: 
lachelein' vient et depose a la meme place la quantity 
demandee, et emporle son emplelte. Malheur a lui s'il 
y mellait de la mauvaise foi I 

Ils cherchent ordinairemenl a suiprendre la nqil 
ceux qu'ils veulent altaquer. Les autres peuplades ne- 
gres, mduie les Arahes, se font la guerre pour des bes- 
tiaux, Ceux-ci se tuent |)our sp prendre; vainqueurs, 
ils prel^vent le dixieme des plus jeunes et des mieux 
portanls pour I'horrihle festin qui doit sulvre la yicr 
toire. On fait deux parts du resle, une pour les chefg, 
I'autrp pour les conihallants. Le repas so fait hpi\s dps 
villages, dans les lieux designes ou chacun apportjj son 
vase de hiere. I^es niallieureuses viclimes rotissepl 91^ 
milieu des chants et des danses de ces alFreu^ caiipj- 
bales. 

Un poste de 400 Egypticns suflirail pour d^livrer 
I'humanite de ces horrcurs. Leurs frais servient com- 
penst^s par I'exploilation des mines de cuivre. Quand 
le roi meurljon le hrule et Ton recueiile sa graisse qui 



( 12 ] 

passe pout un talisuiaii inerveiileux. On jetle eiisuite 
ses restes dans une grande fosse recouverle d'un toil, 
et avec liii sa pipe el son tabac, et qualre pi isonniers 
auxcpiels on coupe Icsjaiubes, pour les em|)echer de 
quilUr lour service aiipr^s du defunt. Les DJaks ajou- 
lent qu'ils uianjionl souvent leurs lualades el qu'ils im- 
prisenl la viand* do boucherie. 

lis font quclquolois de grandes chasses nalionales, 
quand los herbes sonl dessecboes; alors ils enlouront 
la foret ou [laissent les elepbanls, les anlilopos, etc., 
en r^trecissant de plus en plus le cercle el en metlanl 
le feu aux bois, aux lierbes. En vovant se rapproober 
ce vasle reseau de' flammes el de fiun6e, les aniniaux 
courent se pr^cipiter d'un cote el d'autre dans ce vasle 
incendie (|ui les poursuil pendant plusiours journees; 
quant le leu est eleinl, il est fiicile d'acbever les nioii- 
ranls. 

On dit cependant cescannibaies bospitaliers envers 
les niarcbands, par crainte sans doute, de |)erdro a 
jamais les vcrroteries (|M'iIs leur apportenl. 

Un uiarcband du Darfonr, qui a vecu sept ans dans 
ce pays, in'araconte qu'un jour, ayanl perdu sa route 
et ses couipagnons de voyage, il s'elail presente mal- 
gr6 sa frayeur. la nuit venue, cbez une famille de cos 
caunibales, coiuluil par leur feu du soir, qti'il avail 
ete bien recu, Irailo et conduit le londeinain par le 
chef de niaison el ses deux onfants portant son i)agagf 
jusqu'a ce qu'il iill rejoint ses caniarades. 

Les niiiriages se font ordinairenient pendant les f^- 
tes el les danses publiques, apres lesquelles r«>poux 
emmene chez lui la feuimo (jui consent ;i lui appar- 
tenir. Co n'est qu'apres K-s pr»"!nie.n=s couciies d-' «a 



( IS- ] 
Olle quek btau-p6re vient reclamer l;i dot, cunsistaut 
en quelques vaches ou quelques cliapelets de verro- 
leries. 

Pour le resle, amon retour, si Dieu me I'accorde. Je 
pars (leiuain, avec I'espoir d'elie de lelour avanl que 
ce flouve soil devenu iin lac san^ rives ou nous pour- 
rions 6tre engloulls par ses louruientes 

Je profile du retour d'un bateau pour vous adresser 
res quelques notes, en attendant quo jc puisse vous en 
envoyer dc plus dt'-laillees el de plus precises sur le 
cours su|)erieur de ce fleuve si inlcliressant ou je vais 
m'engager drs deinain. J'aurais d^sir^ vtxis adresser 
un brouillon de carle, mais je n'en ai pas eu le temps 
a cause de mes emharras. Je suis oblia;*^ de laisser ici 
un bateau pour recueillir le nioude que j'ai exp6di6 
dans I'inlerieur a la recberohe. Je pars done avec mes 
deux plus pelils bateaux et le peu d'arnieset de defen- 
seursqui niereslenl, pour pouvoir re\enir avant I'epo- 
que de la grande inundation, qui rendrail noire tra- 
versee a tiavers les immenses lacs extreniemenl dan- 
gereuse, a cause (ieslemp^les qui les bouleversenl alors, 
J'esp^re encore avoir le temps de reconnallre le pays 
de NiamJMnm et ses abondanles mines de cuivre, et 
m&me d'arriver jusqu'a ce grand lac d'eau saline oii, 
dil-on, conduit ce fleuve et donl parlenl les tribus 
sup^rieures. 

Signe : Brun-Rollbt. 



( i'l ) 

L'lSTU.ME DE SLEZi 

(Puhliralions ile M. Ferdinand de Lesseni.) 



Aujourd'liui quo les ^luiles Ju Canal inaiithne a 
ouvrir eiilre Suez et le }*olfo de Peluse sont lerininees, 
que les sondes ont ^le failes, el les difficulles du ter- 
rain enli^reaient levees, le moment esl venu de con- 
staler, dans les a[inales de la Socii'lc de Gcographie, le 
changement qui se prepare dans le mouvement de la 
navigalion, dans les rap|)oils de I'Europc avec rAtri- 
que orientale, el meine dans cetix de rAliiquc et de 
TAmerique sepleiUiionale, avec le levant et I'orient en 
general. En attendant qu'un Cmtal maritime soil prati- 
que a Iraversl'islhme am^ricain, il sera plusavanlagoux, 
meme pour les Am^ricains du nord-esl, dc; se rendre 
a la Chine et an Japon par le (anal de Suez que par 
la voie actuelle ; a plus forte raison pour le commerce 
europecn : cest done touto une revolution qui doit s'o- 
p6rer dans la navigalion cominercialo, dans les rela- 
tions poliliques, dans I'avenir de la civilisation, it par 
consequent dans les etudes geugraplii(jues. 

Les fondatijurs du canal manlimo onl pense qu'il 
fallait lenir le public europ6eaau courant des progres 
successifs ;ie I'enlreprise ; en consequence, ils onlela- 
bli un recueil periodique donl ic litre esl: L'istluiie de 
Suez, jouriuil de I'uniun des deux mers. La Societe de 
Geograj)hie a regu I'u concessionnaire du canal, 
M. Frrdinand <li' Lesseps, ministrf pN^nipotontiairt', les 



( 15 ) 
documents qu'il a publics siir cettc f^rande op6ra- 
lion (1), et, depuis, les Irois premiers niim^ros dii 
Journal. Nous emprunterons quelquefois des pieces 
officielles a cette publication; aujourd'liui, nous nous 
proposons seulemenl d'en donner un court aper^u. 

line commission d'ingenieurs elrangers joints a des 
ingenieurs fran^ais et egyptiens, appelee pour cette 
raison Commission internal lonale du canal de Suez, 
s'etail rassemblee a Paris au mois d'oclobre 1855, pour 
preparer un voyage d'exploration sur loutle parcours 
de I'isthme, dans le golfe de Pcluse el dans le port 
deSuez (2). Le voyage a eu lieu au mois de deeembre. 
On sait que le canal doit avoir J 00 metres de largeur 
a la ligne d'eau et 8 mitres de prol'ondeur. Pour avoir 
cette profondeura Suez et a Peluse, on a constate qu'il 
sulfirait d'une jetf^e de KiOO metres dansle premier de 
fees endroiis, et 2300 metres dans le second, au lieu 
de 8000 metres, distance qu'on avail d'abord presume 
^Ire celle h laquelie ces deux mers etaienl prolondes 
de 8 metres. 

Le sol de Tisthme ne presenle nulle part de diffi- 
Gulles. Le point le plus liaut, au-dessus du niveau 
ftes deux mers, n'a que 15 metres d'elevation environ; 
toutle reste est peu elev6, ou meme inlerieur au ni- 
veau; point de dunes de sables mobiles sur cette di- 

( I ) Deux volumes, reiifei maiit le double expose de M. de Lesseps, les 
Sfc'ies, le^ r.ippoiis, les proces-veibaux tti' la Commissioii, le caliier 
rtgs chdi-{»e3 de Fa future Corrips'iriie et ses slatiils, etc. 

(a) Pour la Hollande, M. Conrad; pour I'AnylelerrL', M.M. Mac-Lean 
el Itenilcl ; pour I'ltalie, M I'aleocapa ; poui rAulrichc, M. Nefpelli ; 
pour la Franc e, MM Ri naud et Liiussou et lesingenieurs du vice-roi 
(I'ft'-yple. M. Linant-Hey el M. Mou{;(IF!cy. 



( io ) 

lectiun. (.es sable> uiude la tixil6, le ten aiu fist auhde, 
et lesbergosdii canal n'exigeront point de rev^temeni. 
Le lac Ternsah, qui est a peu pres au milieu de la ligae 
du canal, servira de port et de coininunioation avec la 
vallt^e de Sabah-hvar, dile Ouady-Toinlat (la lerre de 
Gessen;, ot par consequent av»'C le Ml et I'Egypte inl^- 
rieure. Tous les sondages 6lant lertnines au nonibre 
de vli)t;t-un , les prolils en long el on travers con- 
slruits, les relevemenls en mer, el les observations de 
marees achev(!'es,MM, lescoinini^ssaires sontrevenus en 
Europe pour preparer le rapjxul dofinitir. 

Le 23 juin dernier, les inenibres de la Commission 
inlernalionale se sonl de nouveau r^unis a Paris. Aux 
metnbres prec^demment nommes, il faul ajouter M. 
Cli. Manby, ingenieur anglais, M. Harris, au service 
de la compagnie des Indo.s, M. Lenlz pour la Prusse, 
M. Monlesinopour i'Espagne.M. lecontre-amiralRigaut 
de Genouillv el M. le capilaine de vaisseau Jaures nour 
la France, en oulrc de M. de Lesseps, eoncessionnaire, 
et de M. Bartbeleuiy SainUHilaire, secretaire general de 
la future compagnie (1). Plusieurs seances ont eu lieu 
chaquejour, sans desempar^r. pour I'etude el la solu- 
tion des questions. Voici le r6sullat sommaire des deli- 
berations: 1* Le canal sera aiimenle par les eauxde la 
uoer; 2° il sera ouverl a ses deux extr^mites; 3' il aura 
80 metres de large au nord des Lacs Amers et 100 me- 
tres au sud ; 4' la navigation sera libre dans le passage 
des Lacs Amers, c'est-a-dire que le canal ne sera pas 

(i) M. Jomard, en »a quaiiti* d'infienieur ile I'ancifrnnf expedition 
d'tgyple (l7q8j, avait ele invite et assistait * ces reunion*, ainit(]u'4 
l« urec^clenta qui » cu lieu en 1 855. 



( ^"^ ) 

encligii6; 5" au port Said (prfe? Peliise) , lo chenal aura 
AOO metres de large, les jelces nnrd et siid auront 3500 
el 2500 metres; 6" a Suez lo chenal aura 300 metres, 
les jet^es auront 1600 mfelres de long; 7" des pliares 
seront etablis depuis le Marabout jusqu'a 20 lieues a 
Test deSa'id, et, dans la mer Rouge, a Suez et a Bab-ei- 
Mandeb. 

II est r^sult^ des explications donnees par M. le 
capitaine Harris, qui navigue suria iner Rouge, depuis 
plus de vingl ans, el qui a fait soixante-dix voyages, 
qu'elle est parfaitement navigable pour les baiiinents a 
voiles en loutes saisons, sauf, pendant une periode de 
Irois inois, entre Suez et Ras-Mohaiiimed, ce qui n'est 
que le dixierne du parcours. Ce fait a el6 confirm^ par 
M. Rigaud de Genouilly el par M. Jaur^s. 

II convient de citer encore, parmi les inleressanls 
documents que renferine lo Journal de risthine, le de- 
tail des dix-ncuf forages effectu6s par les ing^nieurs 
sondeurs du vice-roi d'tgyptc ; les terrains ont et6 
sondes a 12 ou li metres, a 8 metres au-dessous de la 
Medilerranee au moins (selon le |n'ofil du sol). lis 
sonl generalement composes d'argile et de sable alter- 
nant avec la marne, quelquefois le sulfate de chaux et le 
sel raarin ; ils appartiennent a la formation terliaire. 
La vase ou le sai)le vaseux se rencontre principalement 
aux approches de la Medilerranee. Le bassin des Laes 
Amers a jusqu'a 9 metres deprofondeur au-dessous du 
niveau de la mer; le sel marin en occupe le fond a une 
assez grande epaisseur, el ce fond est tapiss6 de 
coquilles, 

Tel les sont en resume les principales observations 
que prdisentent les qualre premiers nuineros du Journal 

Xil. JUIM.ET. 2. 2 



( 18 ) 
i e risthme de Suez, coiisid^r^ an point cle vue de la 
googiapliie pure. Quant aux cons'uloralions econo- 
mi(jues, quant au calcul des avantages qu'on doit reli- 
rer du canal, en raison du coninioicc actuel de I'lnde 
par la voie du cap de Boiine-Esp^rance ct du tonnage 
ordinaire des navires, c'estdans le /oh/7/«/ qu'on Irou- 
vera ccs iionnei s, avec le developpenienl lUjiit idles ont 
busoin poureii'i Men a|i|ireciecs par Ics interesses. 

Aucuiie enlrepribc, d'un aiissi grand inler^t que 
celle d\\ perrenient de risllnne de Suez, n'a ele niieux 
pr(3j)ar(^e, el n'a dt^bulii sous des auspices j)lus favo- 
rables; el, si loutes lesdifllculles no sent pas encore le- 
vees, on j)eul prevoir cependanl que rexeculion lar- 
dera j) u a couiniencer. Deja I'on s'occupe du canal 
lire du Nil, (|ui sera dirii.',e |)ar la valine de Sabah-Byar 
<'t joiniira le Ciinal iiiarilinie a I'Egxle, en nienielenijis 
qu'il portcra I'eau douce par lout le desert el favori- 
sera la vegetation. Ce c bangemenl inunensedevail elre, 
claeteaccueilliavicenthousiasme parlestgyptiens ;ri- 
maginationdcs Arabes, si disposee a I 'exaltation, en a ele 
frap|>oe el un poeinc en cincjuaMte-sejil slropbes, sui- 
vies dun refrain en quatre vers, a ele compose a celle 
occasion |iar le clie\kh Picla'lia, I'un des ulemas du 
Caire (J). Plusieurs uldsmas ont cru decouvrir dans le 
Coran, la prediction de I'ouNerlure de Tisllime, no- 
laminenl auciiap tie lv, versel 19; il parait en elFcl y 

(l) Le clieykh Refa'ba est un lies (|uni'aiitc-cii)([ ili'ves de l.i mission 
Kpyntieiine, villus en Fi :iiue en i8a(), |iour s'ii!-ti uiie dans Ics scien- 
ces et ies lellrcs (voy. Journal nsialu/ue); ii a Iradiiit la g(JO(;ra[d]ie 
de Malle-liiun en aiabo, et a lonj;lenij)s diiigi'-, an Caire, IVcolc des 



{ 19 ) 

ctro quoslion d'un isllimo ])ln('e coinmc iino barrliTi! 
enlre deux iners, Icsquelles se rrncontieroitt un jour et 
ou voguerout les navires a plciisos voiles (2); dans deux 
aulres chapitres du Coran (xxv ct xxvii), il est encore 
question de deux meis ol d'une barrieie qui les separe; 
mais I'auteur du poeuie ii'y a pas fail allusion. Cc n'est 
pasderoger a la gravitede la science geograpliique que 
de donnerici un extrait de cetle composition. 

JoM\RI). 

Le poeme du clieykhRefa'ha porfi; le tilrede : Chant 
nationa/ e^,yp[ien sur lepercemontde rislhine de Suez,- 
il a ole tradiiit par le savant doclrur oi- orienlaiiste 
Perron, et accornpagne d'un commenlaire. Voici d'a- 
bord un court abridge de rintroduction du poete arai)i>. 
« Au noin de Dieu clement et misericordieux... Gloirc 
» a Dieu qui fait naltre el rcnouvcllo tout; qui a tracd! 
)) I'ordredu nxinde snr un jdan si admiri.bleel si regu- 
» lior... L'bumlile serviteur de Dieu, ciicykh fiefa'ha, 
» moi, j'ai dit; voici un chant national, le ciiujuieme 
)> (jui aura I'honneur d'etre presentf!; au seuil royal (1). 
» Mes vers sont un langage inspire iiar les faits, ils sont 
» d'accord avac le sens actuel des choses. ».... 

Tene d'Egyple, lejouis-toi, 
Sous la glorieuse direclioii de ton Said : 
far liii nous montonsan laite de la grandeur; 
11 nous comble des bienlaits de ses (fuvies. 



(i) Le clieykli Refa'ha a cotn|)(i.-,e qualre cliinls j;iicrii"i s >)o<iv a 
{juerre de Crimee; on a lit que ies ironies (■{'yfjliciines sy sowl distin- 
guei'S par Jeur vaiein ft leur ftri!'.ot('. 
(?. ('/<'sl aiusi (|!ie !(• I)' I'frrnii rroit que I'oii |1(Mi( ^ iitcii.iic I, |):iis;i"f. 



I 50 ) 
Said est I'ilme de son pfre, 
II est la puissance dc la raison dans sesdesseins; 
Par ses qtialii^s natives et par celles qu'il a li(?rit^es de son ptrc, 
Nous revenons a notre antique ^clat. 

Les fitats de I'ftgypte se consolident, 
Les prosp^riK's rinondent. 

Ses anciinnes gloiics, ellessonl connuesdu monde ; 
L'ldstoiie nous en a iransmis les souvenirs. 

L'figyple a rempli I'univers du bruit de ses merveilles; 
Elle a cr«?d dYlonnantes cit^s ; 

Elle a montr^ ce que pcuvent enfanter les verlus palrlotiques ; 
Et ses ruines nous racontent sa puissance. 

La premii^re, elle fonda la monarchie, 
Et par 15, soriitde robscuritt?. 
Elle s'^leva par-dessus les astres, 
Et ses monuments sont les annalesde son pass^. 

Jadis, on le salt, le Nil d^versa ses eaux 
En un long canal, travail de la science. 
Qui les dirigeait h la mer de Kolzoum, 
Et que notre negligence a Iais8t5 combler. 

Et la fortune a voulu qu'il filt effiic^ ! 
Aux flots du Nil cette route s'est ferm^e ; 
Elle eiait, pour nous, un grand clienal 
Oik couraient fif-rement nos voiles 

Said fournit avec enlliousiasme ses propres ricliesses 
Aux iravaux, et aux besoins de I'cntreprise ; 
11 fournit les instruments et les bras dis iravailleurs; [rins-tant.] 
Grace k lui, loules nos forces, toutesnos ressources, se dressent i 

figypte, sois gloriense et fitre, 
On rouvrira Tantique canal d'Omar; 
Ce travail, oeuvre piodigieuse, 
Dont nos aleux, une fois d^ji, ont eu la gloire. 

Get isthme, c'est un devoir sacr^ de le briser; 
La terre s'indigne et grondc de le voir exisier encore 



( 21 ) 

La decision qui veul unlr les deux mers est sans appel, 
En d^pit de la resistance des iRnorants 

Telle etait la barrifere qu'aux rivages barbaiesques 
Se cliargea de briser Paniique Alexandre ; 
Dans risthme de Gad^s il ouvrit un passage ; 
Et nos livres nous en lelracent rhistoire. 

Et les flots de I'Occident s'unirent 
Aux flots m^dilerrant^ens, confondusaveceux; 
Le vaste Bogaz de Tarik s'ouvrit alors; 
C'est la meme oeuvie que nous accomplirons aujourd'hul. 

Get Alexandre, le Zoul-Karneln, c'est 
Hercule, ce personnage embl^matique. 
Que les r^ves de la Myihologic ont travesti ; 
Mais nous avonssur lui I'avantage de la v^rit^ 

Oui, ce vieux istlime de Suez, espace plerreux, 
Ce desert morne et vide, 
La mer va le reconqu(5rir h son empire, 
Et allonger ainsi nos rivages. 

Vaste canal, qui fera honte h celui de Panama 1 
Son cours, lorsqu'il aura ouvert le sein de la terre, 
Sera pour le monde la route pr^fdree, 
Et nos caravanes n'auront plus a se fatiguer. 

L'amour de cellc mer pour I'autre mer 
Est comme l'amour de la perle pour le sein des beaut^s ; 
La, nos navires se promfeneront comme des fiances ; 
Et les hommes que nous aimons accourront parmi nous. 

Les hommes des deserts, les hommes des regions cultiv^es, 
Attires par les cliarmes seducleurs de ce bienfail, 
Arriveront h nous comme les pluies fecondes, 
Et les merveilles de leurs industries viendront nous caresser... 



Allez dire a I'Orient et k I'Occident, 
Allez dire aux »!lraugers el aux Arabes : 
« Les distances ont d6pouill(5 le voile qui les couvrail; 
I) Et noire Society est florissauie a jamais. » 



( 22 ) 

« L'(5|oile (III coiimii'ici' hiillo dans noire del, 
» La forUiiie levient hahiter paiini nous; 
» La lumi^re des conseils des nations dlrangeies nous visile; 
» El notrc espoii' touclie enlin le. Ixil. » 

Gomez iliie aiix pcuplcsde I'Yi^men, 
IJe venir fi nous des rivages d'Aden. 
El cnsuilo, conibien (I'liabiles spi^ciilateurs des Indes 
Avcc Icurs riches prodnils aljorderonl cliez nous! 

Courez aiinnnccr ;"i touies les nalions, 
Aux royaumes, aux empires. 
Que nous avons pour lous unc invariable nmilid, 
Et que celte sympalhie est en nous uu don dc nature. 

Aussi les Zindj et les Elhiopiens, 
Par le commerce, prendront niicnouvclje vie; 
La civilisation leur porlcra ses splendours, 
Et nos voyageurs exploreioni ces loiniaines plages. 

Hatez-vous d'ouvrir celte route de bonheur 
Qui doil nous conduire h la Mekke, 
Aux salutes pratiques du p^lerinage ; 
C'est le prince de I'Egyptequi nous proldge. 

DejJi il accomplit les routes de terre ; 
II lesgarnit de fer ; 
II les combine et les organise ; 
Nos voyages ii'auront plus d'ennuis. 

Pourquoi Ir prre ile Sa'i'd no pout-il voir 
L'cxecution des projets admirables 
Qu'a roncus la penst^o do son illnstre fils, 
Etqui nous roiulroat limpides les sourcesdela vie?... 

Nous rcndons a noire Ml son anii(iue couronno de splendour; 
Msormais, nous n'a^ons plus nen fi cnvier. 
Et Tyr el Cariliage, comment 
Rivaliseraient-ellos aiijourd'bui avcc nous?.... 

Dans noire E;;yi)to la vie est douce el sereine; 
Plus de supe-stilions, ni de projug(?s. 



Nosariiiecscloiinent an pays la secuiile ile la force, 
El grandissent sadit;nili'. 

Dans la cainere de riioiiiioiirol de la gloiie, 
Nous avons des li^ros qui oblicnuont la palmesanglante... 
Et nos cour.siers ont-ils done des dgaux ? 
Nobles coursiers dont le noble saugn'a pas de melange... 



Et puis, uos forces niaritinies 
S'accroitiont avec le temps, 
Grace au zfele attentif de noire souveraiu ; 
Nous avons devers nous dequjl les constituer. 

Said nous a apporl(5 la |)rosp(5ritc ; 
II a la rt'solulion qui muilrisc i'avenii' ; 
II realisera lout ce qu'il a dDUue d'espi'iances, 
Taut de preuves parianles nous rafliruient... . 

Nous reviciidrons sur la question de I'lsthine de 
Suoz dans un procbain arl'nle. E.-J. 



( 2i ) 

LA FRANCE. 

DEUX FnAGMENTS DE SON HISTOIHK cfeOGRAPHIQUK (1), 

(Lus a la Commission conlr.ile de la Societe) 

Par M. Vivien de Saint-Martin. 



§ I. Origines histotiqiics. — Les origines de la France 
se confondent avcc les origines de I'Europe, et elles 
en ont Tobscurite. Parloul le souvenir des ages pri- 
milifs a eu a traverser line Irop longue suite desiecles 
profondeinent barbares avant d'arriver ;iu seuil des 
temps historiques, pour (|ue la tradition en ait pu gar- 
der la moindre irace. Les hordes a demi sauvages qui 
ferment le premier noyau de lous les anciens peuples 
ont d'ailleurs v6cu pendant Men des generations sans 
que rien dans leur existence isol^e oil'rlt I'element 
d'une veritable tradition. Leurs deplacements m6nie 
et leurs migrations, qui sont a nos yeux les grands 
dvenements desepoques priuiordiales, s'operanl com- 
munemenl de [)roche en proche etsans doute a d'assez 
longs intervalles, ne devaient pas avoir j)our deshom- 
mes sans demeure fixe Tinterfet que la perspective leur 
donne aujourd'hui pour nous. 11 est done ais6 de cora- 
prendre quechez les populations nomades dis premiers 
ages, le souvenir du berceau de la tribu ait dQ s'aQai- 
blir et s'effacer rapidement, et que tout indice Iiisto- 
rique de la premiere origine des peuples se soil ne- 
cessairemenl perdu. 

(i jCes fragments sont extraits d'un grand diclionnaire geograptiique 
que prepare M. Vivien de Saint-Martin, avec la collaboration do 
plusicurs geo;;ra|>hes et >av.(iits. 



( 25 ) 

Ces litres d'origine qu'oucune nation de I'antiquitfi 
n'avait pu consorver et auxquels on suppl^a plus lard 
par des recits legendaires, les Eludes savantes de notre 
6poque les ont en parlie retrouves. Un fait d'une im- 
mense porl^e que d6ja Leibnitz avait entrevu il y a 
deux siecles, I'etroite affinity de presque toutes les lan- 
gues de TEurope entre elles el avec une partie des lan- 
gues de I'Asie, ce fait a ete mis depuis trente ans dans 
une complete Evidence par les profonds travaux de plu- 
sieurs linguistes allemands, nolammenl de Willelm 
Schlegel, de Bopp, de Pott et de Jacob Grimm. II a 
et6 reconnu qu'a I'exception des populations finnoises, 
qui, par leui- type pbysique comme par leurs idiomes 
appartieiment a une souche distincte, les diverses na- 
tions de I'Europe parlent des langues originairemenl 
tres rapprochees, sinon identiques, et que toutes ces 
langues ont par leurs radicaux comme par leur con- 
texture grammaticale, une etroite analogic non-seule- 
ment avec le persan actuel, mais surtout avec le zend, 
qui etail la langue de la Medie et de la Baclriane, et 
avec le Sanscrit, (|ui est la langue de I'lnde ancienne. 
Ce n'est pas ici qu'il convient de nous arreter aux de- 
ductions historiqiies de cetle belle d^couverte de la 
philologie comparee; on en peut voir unexpose plus 
^tendu au d^but de notre article Europi:. 

Nous nous bornerons a rappolor que la disposition 
naturelle du continent europ6en par rapj)ort a I'Asie, 
d'accord avec les indications qui se tirent de la compa- 
raison des langues europeennes entre elles et avec le 
Sanscrit, montre que la jiopulation ancienne de I'Eu- 
rope a du se former de plusieurs immigrations dis- 
tiuctes. parties de I'Orient ;i des ^poques successives. 



( 20 , 

Ces iminigralions onl on lieu dans (Ji\s temps incon- 
niis, mais loutes sonl ;iiil^r"ieures aux plus vieillos tra- 
ditions. Les plus anciennes, ajantl'espace ouvert de- 
vant ell( s, traverserent les plainos sarniatigues (ce qui 
forme aujoiird'hui la Russie ni^ridionalo), se r^pan- 
dirent sans s'y arri'tor dans la r(^gion centrale tjui a 
poux' liinites li' Danube et la Baltique, franchiienl le 
Rhin ou les valines holv<^liennos, ct no s'arreterent qu'a 
rOcean. Celles qui les suivirenl, trouvant les conlr^os 
extremes de I'ouesl di^ja occupees, nc depass6rent pas 
le Rliin ; d'aulres durenl se |)orter au nord dans les 
presqu'iles entrecoupees qui rcsscrrent I'enlree de la 
Baltique, ou p^nelrer au sud dans la giande peninsule 
<jui a pris plus laid le nom d'ltalio, ou se repandre 
dans les plaines du has Danube, ct par lo Danube dans 
les apres valleesde laTliraee ot dans les pays favorises 
qui enlourent la iner Egee ; les derniers enfin durenl 
planter leurs tentes au milieu des steppes immenses 
qui s'etendent du Pont Euxin a la Baltique, enlre la 
Vjslule et le Volga : ceux-cl sonl les Sarmates des an- 
ciens auleuis et les Slaves des temps niodernes. Les 
migrations anterieures soul egalement devenues la 
souche de grandes nationalites distincles, au midi les 
P(ilasges, noyau de la nation hellenique ; sur i'aatre 
bord du golfe Adriatiquc, les Osquos de I'llalie, anl^- 
viours aux Etrusques et aux Latins; au cenln: meme 
de I'Europe, les Teutons, ancelros des nations ger- 
maniques; sur la Baltique oceidentale, les Kimi is, ap- 
peles Kimnidri (Cimnj^iiens) par les Grecs, el Cinibres 
par lesRoniains; plus liaut encore dans le nord, les 
peuples scandinaves; a ''ouest du Rbinjusqu'ii I'Octian, 
les Celles ou Gaels, qui s'6taicnt aussi repandus 



( 27 ) 

dans les lies iJritaniiiques. Ce groiipe immense de 
peoples congeneres a eli d6sign6 par les etlinologues 
sous I'appellation de fainillo //ii/o-geriuaii/qiw, moins 
convenable cependant que celle d' Indo-europeens. Au 
sud-ouest, vers les Pyrenees, les Celtes tonchaient a 
une autre race , celle des Euscariens ou Iberes, qui 
oecupaient de toute antiquite laPeninsido hispanique, 
et donl les descendants son I aujourd'hui designes sous 
le nom de Basques. F/nrigin.' des Iberes est tres pro- 
bl^matique. L'analogie semblerait devoir les ratlacher 
ri I'inimense famille indo-europeenno, dent ils se- 
raienl !e plus ancien rainoau pont-elre inodifi(!! par le 
melange d'un element africain (les Berberes) ; nean- 
moins leurs aflinites avec le rcste dsi groupe sont trfes 
faibles, el bur parente indo-europeenne n'a pas 6t(^ 
jusqu'a pr(!!gent suffisamment constat^c. 

Celle des Celtes eux-memes a ete longtemps revo- 
quee en doute, mfeme par les savants qui onl les pre- 
miers eclairci dans ses generalites la question des ori- 
gines inclo-europeonnes (notamment par Will. Scble- 
gel, dans son Memoirc siir rorigine des Hiiidous, 1833, 
chapitre vni, au vol. II des Transactions of the RoynL 
Soc, of Litterature, ou dans ses Essais litleraires et his- 
tomjues reunis en un volume, 18Zi2) ; maisdepuls vingt 
ans des etudes speciales el ti'es approfondies onl mis 
ce fait important bors ue discussion (Ad. Pictel, Siir 
I' af finite des langues celliques avec le Sanscrit, dans le 
nouveati Journal Jsiatiquc, aux lomes I e! H de 1836, 
et a part, 18 7; Fr. Bopp, Die Celtisclien Sprachen in 
ihren Verhaltnisse mit dem Sanscrit , etc., dans les m(^- 
moires de I'Academie de Berlin, de 1838; L. Diefen- 
bacb, ( W^/c-a,1839-/iO, etc.), line auire question contro- 



( VS ) 

*orS(V< a »^tt> collo tie la natinnalili'* <loh Kiimis. que lt<s 
uus rattaclii'iU A la sourlu' o>"llii]no. iraiitics a la soii- 
oho |;^oriiutMi(]iio : uiai> biiMi ijiu' la pliiparl ilo loinol- 
gnauos ui\(M(>ns soinltlonl iiupliqiioi- la paronlo goriua- 
ni»juo ^SpciuM , .Witici'ii Gfrttiunur (tnti(jii<r. v, I. 1717; 
Zoiiss. Ihr Dtittschf^H iimiih'c ?\iiclihui\tliinimr,\\n^^\h\, 
ISS7. oU!.\ !<• uoin «K' (V/Mr* oil KinirLt. tjiio .so iloti- 
iii-nl iMU'oro aiijourd luM il.ms lour piopio lan^^jiio It's 
(>aols (111 pa>s . I'Walos on Ani;loloiro, paralt appoilor 
imo laix'K iKMonninanlo pom ri>iii;ino oolli(juo. II no 
nianijno pas irailloms »lo passa^os ilaiis ios auloiirs la- 
tins oC» los I'.nnl'i'os son! ilosijim's otuinno iin poupio 
ijauliMS. I. OS inJioos conliailioloiros ol linooiiitiulo ijiii 
on itSnUonl. pro\ionnonl Mboniont ilo oo »]iit» los 
Kimris, an iv>to-j5,anlo on nnol(|uo sorlo do la nnuralion 
colliipio. cHaioi;! ro>l('s on (io(;a on a loriont ihi Uiiin 
inlVrioni oi"i ils so Iromoionl I'n OvuUu t iinnio,lial. ol 
par suil> on rapports fri^qnonts. a\oc los Iriluis toiilo- 
nos. <"l oolto position, joinlo a la omnioxion priinilivo 
do lanjiuo ol »l"orii;iuo ontio los Toulons ol los Cioltos, 
on avail pn tairo aisi'^nionl vnio sorlo do raoo inixlo. 

Nous a\ons ili\ rtVapilulor soinuKuronuMil. alin do 
vondro uisonuM\l inlollij;il>los los dolails lournis par los 
antours do r«>p»Hmo r<unaino snr los habitants do la 
Guulo, oollo ijrando ipioslion dos populalious primiti- 
\es do IKuropo lollo ijno 1 onl lailo los otudos lini^uis- 
tiqnos do nolro UMnps: niais o'osl a larliolo |^■)rticlllior 
^c ohaouno do> raoos on dos pouplos nionlionno.^ qu il 
faul clunvhor lo tUHail dos fails partiouliors (\ oyoi. «ui- 
Iro If n\ol KvRor^. los artiolos IbVhi^s. (.)sqiks. LictBxs, 
Enu'scrps. Pii.iSGKS. THniCbS. rKi"ro.\s. kixinis. Uki- 

6KS, ^KlTrS, SciMM>AVFS. SlA*»s). II Osl lOUipS do 



( 29 ) 
nous renfermer dans les limites m6mes de notre 
Gaule. 

Les Celtes ou Gaels, ainsi (|u'on I'a vu, en ont ete 
les plus anciens habitants histmiquement connus; 
neannioins la zone meridioniile du pays etait occup6e 
par des populations de race ibere ou euscarienne, qui 
avaient du v preceder les Celtes. L'epoque et les cir- 
constances de la rencontre des deux races sent abso- 
lument inconnues. Sans doute il \ avail eu pression, 
refouleuienl, luttes violentes. En definitive, ces deux 
races s'etaient melees en parlie et reciproqueinent 
debordees. Les Celtes avaionl franchi les Pyrenees jus- 
qu'a lEbre et au dela, et y avaient forme avec les ha- 
bitants anterieurs une population mixte que les an- 
ciens onl connue sous le nom de CELTiBfenES ; dans une 
autre direction ils avaient longe la cote jusqu'a Tan- 
gle nord-ouest de la Peninsule, oil la province de Ga- 
lice agardeleurnom.et de la ils avaient aussi tourne au 
sud en suivant la cote occidentale, remplissant de leurs 
etablissements la contree qui fut autrefois appel^e 
Lusitanie, c'est-a-dire le Portugal acluel. D'anciens 
auteurs sij^nalent des Celtes jusqu'aux environs des 
Colonnes d'Hercule , notre detroit de Gibraltar 
(\V. von Humbolcit, I'lu/hng der Untersuchungen nberdie 
Urbewohner Hispaniens, 1821, § Z|3 ; Lkert, Geograjjhie 
derGriechen iind Romer, tome II, 1821. On peut lire 
aussi sur ces anciens temps de I'Espagne le premier 
chapilre de V Histoire d'Espagne de Charles Romey, 
1839, oil il y a de bonnes remarques). De leur c6t6 
les Ib^res avaient garde au nord des Pyrenees la plus 
grande parlie du bassin de la Garonne (ce qui a 6t6 
connu plus tard sons le nom d'Aquilaine), el sous le 



( 30 ) 
nom tie Ligures, ils horclaient touto la cole mdi idionale 
depiiis les P\ rentes jiisqn'aiix Alpos (le Roussillon, lo 
Langucdoc ilia Provence des lemps poslerieurs), s'6- 
tendant uieme au dola des Alpc-s dans uric pailie de 
la haule Ilidie. 

Tel 6lail, l)ien des si^clos avanl I'^re chrelicnnc, 
le partage des popiiialions dans le sud de la Guide. 
Tout le rosle dii pays, do la Garonne au Rliiu, elail 
renipli par la race gauloise; aveccellepaiiicularile, lou- 
teiois, que la zone soplcntrionale, onlic la Loire infe- 
rieure et la mer du Nord, apparltnail a une branche 
distinclo, designee a I'ouest sous I'appellalion (VJrmo- 
ricains (Jrmoiik, les liU(.raux, les njarilimes), et ei 
I'esl, vers le Pdiin Jid'erieur, sous la ilenonainalion de 
Beiges, lln ecrivain qui <le uos jours a cclaired'une lu- 
miere loute nouvelle I'ohscur chaos de nos originos, 
M. Amedee Tliierrj dans son Histoiredes Gaulois (qua- 
Irieme edilion, \Mh, introduction), idenlifie cetle 
branclie armoricaine de la race gauloise avec les Kiin- 
risi et ses vues a ce sujel, savaunnenl elayees de tons 
les indices (lui se peuvent tirer des t^moignages histo- 
riques et de relhiiologic, ont el6 adniises par le plus 
grand noinbrede ceuxqui se sonlocoupes depuis lors 
de riiisloire gen^rale ou ties anliquitds de n(»lre |)alrie. 
L'arrivee des Riiiiris dans le nord de la Gaule parall 
avoir ele tres postcrieiire a cello des Caels ou Gaulois 
pro|)reinent dils, el leurs etablissemenls ne sonl pas 
d'une seule ^poque. M. Amedee Thierry croil que la 
preuii^re a[)])arili()n lies Kimris-Arinoricains a I'ouest 
du iilini doil se placer a la fm du seplit;uie sifecle avanl 
nolro ere (versl'an COO), epo(|ue oil Its Klmincii nicn- 
lionnes par Herodole (au 16" chaj)ilre de .--on I^^ iivro) 



( '^i ) 

fiiront expiilsc^H de TAsio occidentale (en 613, selon la 
ciirunologie cle ryarcher), ct il raltache a cetlc formi- 
dable invasion kimiiqiie los giands deplacements de 
populations gauloises, que Ton veil dans le m6mo 
temps se porter a la fois sur I'ltalie et vers la Grece a 
travers la Gerujanie, Sons doule les rapprochements 
de M. Amedee Thierry ne sonl que des hypotheses, 
j)uisque aucun lemoignage direct n'etablit expresse- 
menl le rajiport de ces anciens evenemenls, jnais il 
faiit reconnaitre que ces hypotheses sonlhien liecs, et 
qu'elles reunissent au inoins uTie grando somiiie 
de [)roha!)ihtes. S'appiiyant d'indices analogues, 
M. Thierry croit poiivoir placer retablisseinenl des 
Beiges, la seconde cohinie kimrique en Gaule, deux 
siecles ( liviron apres celle des Armoricains. 

Dans le temps ou Ton .siipj.osc <pie la migration ar- 
moricaine s'emparail vioiciiimcnt du nord-ouesl do 
la Ganle, un e\enement avait lieu sur la cole opposee 
qui marque une ere iinportanle dans I'liistoire gtlsogra- 
phique de noire terrilnire: c'esl la fondation de Mas- 
silia sur !a cole ligurienne par une colonic de mar- 
chands phoceens. Gel elahiissemenl eul lieu aux envi- 
rons de Tanuee 600 avant noire ere; on sail que la 
Massilia phoceenne est deveiiue noire moderne Mar- 
seille. On a des nionnaies des |)rtmiers temps deMas- 
silia, qui portent la tele du Dauphin [phuke), syuibole 
adople par les Phoceens i^Rci^ue nuiiiisDialique, 18Zi6). 
Bienlol la cole de la Ligurie se couvrit de coniptoirs 
massiliens, et les Grecs asialiques y lirent un commerce 
tres-suivi. Ge.st de la que partireut les premieres no- 
tions qui parvinrenl dans la Grece, sur la Gaule el ses 
Iiabitanls. Mais ces notions aneiennes, dont on reti'ouve 



I S2 ] 

la trace dans les fragments qui nous rostenl d'H^cat^e 
de Milel (500 ans avant notro 6re), de Scylax (peul- 
fetre posl^ricur d'un demisi^cle), d'Epliore de Ciiines 
et de Th^opompe (vers 350), et surlout dans un poete 
latin beaucoup plus moderne, Rufus Festus Avienus, 
qui s'etait allache a r^unir les inforinalions des vieux 
anteurs sur la Medilerranee occidentale , ces notions, 
disoiis-nous, nept^n^lraientpasbien avant dans I'inli^- 
rieur du pays. Le nom sous lequel la g(in6ralit(^ des 
habitants est designee dans ces anciens auleurs grecs 
est toiijours celui dc Celtes (Keltes, scion la pronon- 
ciation grecque) ; c'est aussi sous celte forme qu'H6- 
rodote parte de ceux de I'lberie, les seuls qu'il ait 
connus. Dans les auteurs latins, au contraire, avant et 
depuis Cesar, la forme toiijours om[)loy6e est celle de 
Gain, Gaulois (Galls, Gaels). Ces deux formes, Celtes 
et Gaulois, ne sonl-elles au fond qu'un seul et m^me 
nom, dont Ja difference provient de quelque circon- 
stance locale, ou bien se rapporlent-elles a deux elhni- 
ques reellemenl distincts, et quel etail le rapport de 
ces deux elhniques? — questions d^baltucs et assez 
obscures, dont nous devons renvoycr I'exanien a I'ar- 
ticle consacre aux CELTiiS. Ajoulons encore ici , pour 
terminer ce qui regarde les commencements de I'bis- 
loire geogra|)hique de noire lerritoire, que cefut aussi 
a un navigateur niassilien, le cel^bre Pytbeas, que Ton 
dut les premieres notions sur les cotes occidentales de 
la Gaule, baignees par I'Ocean. Le voyage d'explora- 
lion de Pytbeas dans les mers du Nord est du milieu 
du IV' siecle avant notre ere, c'est-a-dire anlerieur 
seulement d'une quinzaine d'annees a la grande expe- 
dition d'Alexaudre, qui devait tant ajouter aux con- 



( 33 )' 
naissances g^ographiqnes sur I'interieur do I'Asie el 
les parlies orientales cle I'ancien monde. 

^\l. LesBornainsen Gaitle. — Cependanlla |)uissanco 
du peuple romain , si longtemps contenue dans les 
etroites limiles du Latium el de I'llalie cenlrale, s'otail 
rapidement ^lendue, aussilot apr^s la deslruction de 
Carlhage, sur les territoires gaulois de la Haute- Italie. 
Detruite autrefois par Brennus, et depuis souvent nie- 
nacee par les bandes gauloises, Rome iiviiil a venger 
de vieilles injures en meme temps qu'a salisfaire aux 
exigences ambilieuses de sa |)olilique. Cent quatre- 
vingt-huit ans avant noire ere, tout le bassin du P6, 
formant ce qu'on nommail la Gaule cisalpine a cause 
des anciennes colonies gauloises qui I'occupaient, re- 
connaissait la domination roniaine, el de ce cole la 
republique n'avait plus d'autre fronti^ie que la ligne 
meme des Alpes. Bientol cette limile ful IVancliie, et 
les Remains I'oul^rent le sol de la Gaule ou les avaient 
appeles les Massiliens que mena^aienl les tribus voi- 
sines (154 ans av. J.-C). Celte guerre commencee k 
titre d'allies, les Romains la poursuivirent pour leur 
propre compte , imprudemment provoques par les 
AUobroges; une sanglanle vicloiie mil en leur pouvoir 
tout le pays compris entre les Alpes et le Rhone, c'est- 
a-dire ce qui devail former plus lard la Provence et le 
Daupbine, avec la Savoie. D'autres peuples s'6laient 
joints dans celle guerre aux Allobroges : leurs terri- 
toires, situes a I'ouesl du Rhone, lomb^renl egalement 
sous I'adminislration romaine. Rome forma de ces 
contr^es nouvellement acquises un grand gouverne- 
menl (121 av. J.-C), qui de sa capitale JNarbonne 
{Narbo) prit le litre de Provincla Narhonnensis, mais 

III. JOIU.BT. 3. 3 



( S4 ) 

que I'usage d^sipna plus cominnn^nient sous I'nppel- 
lallon do Province rotnaine, on sitiipleiijenl /^/Oi^/rtc/a, 
la Provinco. La Pioi'ince compieiiail loiil )e bassiii du 
Rhone (iiioins la Saone), at en outre la r<^gion lilloiaie 
qui s'eloml cUi Rhone inferieur ;i I'exlieinili orienlale 
des Pyrt^neos. Le Jura [Jura Mons) el los Cevonnes 
[Geheunn, dans Pline) la soparaient de la Gaule ind6- 
pendante; le Var [I'linis) i'oruiait sa limile du cole de 
rilalie, it du cole de I'Hispanie elle se lerminail a 
Cerveria (Mela, liv. ii , 5), de inenie (ju'aujourd'hui 
encore la haie d(> Cerboies niari|ue la limile enlro la 
Franc- el I'Espagne. Pline, deux sixties plus lard, 
exalte rexccllrnce de la Narl onnaise, que la richesso 
de son sol, I'c^lendue ile son coniineice el les inoeura 
polies de ses liahilanls faisaienl [dutot, dit-il, resseai- 
hler a iine aulie Ilalie y\\\i\ une simple province (Pline, 
au 0* ch. de son lis. lu). 

On sail quel enchainement de circunstances auiena 
fa guei re des Gaules que Cesar a racontee dans ses 
Memoires, et comment celte guerre se lermina, apr^s 
neuf annees d'une lulle opiniatre (tie Ian 58 a I'an 50 
av. J.-C.)' I'S**' I'aunexion de la Gaule enliere au terri- 
loire de la Repuhlique. Les pays gaulois en dehors de 
la Province, bur lesquels on n'avait eu jusque-la que 
des notions ir^s vt gucs et Ires incompletes, devinront 
^ parlir de cetle epoque une des parties de i'empire 
les mieux connues. Pendant neuf ann6es Cesar et ses 
J^gions avaient sillonn6 dans lous les sens le lU^alre de 
la lutle, et il avait necessairemenl recueilli, sur le pays 
et ses hahitanls, touUsles inlormatioiib qui imporlent 
i un gc^neral. Ces inlormalions, donl I'origiue garanlit 
I'exaclitnde, les ( oinmeiUaire.i nous les Tout connaiUe 



( 35 ) 
au moins en substance ; car le slylc de C^sar est rapide 
comnie ses marches. 11 paint a larges traits pliildt qu'il 
ne decrit avec le scrupule uiiniUieux du geographe. 
II n'en nientionne pas nioins un nonibre conside- 
rable de peuples (soixaiUo-dix-sept ) , ainsi qu'une 
grande qiiantite de villas et de rivieres, et il donne de 
precieux details siir ies mceurs, les usages, I'organi- 
salion civile el les croyances religieuscs de ccs [■eu-' 
pies. Ces details out pour nous d aulaiil j)lus d'inlerfet, 
qu'apres tout les Gaulois sont nos verilablts ancetres, 
malgre rimmixtion parlielle du sang etranger de di- 
verse origine, et Ja superposition des trihus germani- 
ques et gothiques qui ne coniuiencera que cinq si^cles 
et demi apres le temps de Cesar. La conqufele de ia 
Gaule et son incorporation a I'empire diirenl fitre i'oc- 
casion d'autres relations qui nc sont pas venues jus- 
qu'a nous ; car Slrabon et Plino, tpii eorivaienl environ 
un siecle aprcs (]^sar, fournissent un certain nonibre 
de notions nouvellcs, el Pline, en parliculior, ajoute 
beaucoup a la liste des pouplcs nientionnes dans les 
Co in m entu ires . 

Cetle nomenclature des peuples gaulois est furt ini- 
portante, non-seulement par ses rapports avec I'liistoire 
des anciens temps du pays, mais aussi parce qu'elle 
est pour nous le premier point de depart d'un grand 
Bombre de d^nominatix)ns de provinces et de cantons 
qui ont traverse les si^cles, et qui forineut encore le 
fond de la geographic de la France. La lisle la plus 
complete qu'on en ait dressee est celle de M. Guerard, 
dans son excellent Essai siir le systeiiie des dwisions 
tenitoriales de la Gaule, 1832; c'est celle que nous 
aliens reproduire. 



( 36 ) 

La Gaule, dans son cnscmhle, ^tait renfcriuie dans 
le cercle de Innitos natmelles que liii tracent la Mc'mII- 
terranee, les Alpes, lo Rbin depuis sa source jusqu'a 
ses emboucluiros, I'Ocean el les Pvr^nc^es. Eile com- 
prenait ainsi, outre la Franc<^ acluelle, la Hollande, la 
Belgique, la Suisse et la Savoie. Dans celle ^tcndne, les 
habitants eux-memes y reconnaissaient trdisgrandes di- 
visions, divisions plutot ethnograpiiiqupsque g^ographi- 
ques, c'est-a-diro esscntielienient bashes sur la distinc- 
tion des liabitanls par rapport a la langue, aux nioeurs 
et aux trails pbysiques. (]'est ce que dit Cesar au debut 
de ses Commeutcnves: « Toute la Gaule se divise en trois 
parties, dont I'une est habitf^e par les Bidges, I'autrc 
par les Aquitains, la troisi^me par ceiix qui dans leur 
propre langue se nomnient Celtcs, et que nous appe- 
Ions Gaulois : tous ces peuples different par la langue, 
les inslilutions et los lois. » Cosar ajoutc que les Gau- 
lois (GalU) elaienl separ^s des Beiges {Bclgcp), par 
la Marne {^Matrona) el par la Seine {Seqnand), et des 
Aquilains [Aqititoni), par la Garonne [(torunina) ; il dit 
encore que de tous ces peuples, les Beiges elaient les 
plus belliijueux, parce que, plus (iloignes que les aulres 
de la civilisation de la Province roinaine, ils etaient 
raremenl visiles par les marchands qui apportent avec 
eux les clioses propres a amollir les esprits, et que, 
voisins des Germains d'outre-Rbin , ils vivaient dans 
un etald'hostilit^perpeluelle. Nous savons que, d'apr^s 
toules les inductions liistori(pies, les Beiges (Etaient 
arrives dans le nord de la Gaule longlemps apr6s I'c^ta- 
blissement des Celles ou Gaulois proprenienl dits, el 
qu'entre la langue des deux jieuples, couinie cnlre 
leurs niceurs el leurs babiliides, il n'y avail que res 



( 37 ) 

differences qu'une lonj^ue separation, un d6veloppe- 
ment isole el un 6tat different de civilisation meltent 
entre deux branches tl'une mdnie race. Mais la diffe- 
rence etoit bien autrement profoiide enlre les Gaulois 
el les Aqtiilains. Ici la dissemblance eiait radicale. Les 
populations que Cesar r^unit sous I'appellation d'Aqui- 
tains appartenaienl, nous I'avons vu, a la race eus- 
karienne ou ib^re de I'Hispanie, doiit la langue, a en 
juger par ce que nous savons du basque acluel, n'avait 
auciin rapport , au moins ( xU-rieur, avcc les idiomes 
celtiques ; et de plus, Strabon a soin de faire reniar- 
quer expresseinent , et a deux reprises, c[ue par les 
traits et la conformation physique les Aqiiitains diff6- 
raient completement des Celtes. 

Deja, ties le temps de C^sar, les I'apports habituels 
des Massiliens et dcs Remains de la Province avec une 
partie de la Gaule avaient jeto parmi les Gaulois du 
centre les premiers germes de la civilisation ; les pro- 
gres en furenl plus rapides, el s'elendirent plus loin 
apres la conquete. Strabon, au milieu du i" siecle de 
notre eie, remarque expressement que le goiit des 
lettres el les habitudes paisibles de I'agriculture ga- 
gnaient de plus en plus parmi les habitants indigenes. 
II est a croire, neanmoins, que celte influence de la 
civilisation grecque et romaine s'etait surtoul fait sen- 
lir sur Ks chefs et parmi la classe elev^e de la nation; 
le gros du peuple n'abandonne ou ne modifie pas si 
aisement les habitudes primitives. Les druicles, mi- 
nistres du culle national, mnintenaient d'ailleurs de 
tout leur pouvoir les usages et les mceurs antiques. Le 
Gaulois, de meme que les hommesde race teulonique, 



( 88 ) 

^lail (ii r (Ic sa timtiUf rlievolure blonde qu<' le for 
touchail a poinc ; Ic pouple laissait aiissi croltre sa 
baihe, inaJs Ics i)ui)l('S ne coiisorvaient que de longues 
moustaches, det usage de poiier la chcvelure longiie 
avail aiilrcfois fail doniior parini les Roniains le nom 
de Gaulc clievelue, Gcdlia coniata, a toiite la Cellique 
en dehors de la Province, de memo que lors des pre- 
ttiiers rapports aveo les populations voisines du Rhone, 
les Roniains, qui avaiciil rencontre la pour la pre- 
miere fois, a ce (ju il jiaiait, I'lisagc, uouveau pour 
eux, ilu v^lenienl serrc aux janibes quo les anciens 
Gaulois nommaienl brogue, en avaient lire pour cette 
partie <le la Gaule m^ridionale la denouunalion de 
Gallia braccata on Gaulo bragu^e. Les paysnns de cer- 
taines parties des Alpes, de uieme que ceux do plu- 
sieurs provinces de la Franco ccntrale ol de toule la 
Noi inandie, ont conserve ces termes de brague ou hraie 
pour (le.'iigner cette partie du v6tcment que Ton nom- 
mait plus generalement autrefois hauts-de-chausses el 
culottes, pred^cosseurs du pantalon actuel. Le mot 
exisle aussi en tcosse, et les Anglais eux-m6mes ont 
leurs breeches. Le vetemont de dessus dos Gaulois etait 
la saie, sngiim, sorto dc mantoau rond de laine bario- 
I6e et agrafe au (ou , dent I'usage s'est egalement 
perp^lue dans une parlio do nos cainpagues. C4'est la 
blouse du roulier. Dans los coiuhals, le Gaulois avail 
pour arnic olFensivo lo glaive long et laigo, la halle- 
banle inunie d'lui crochet, la pique uouunee mntras, 
le aais uui etait y\\\ ossieu durci au feu, la hache, le 
javelnl, la froude. Tare ol les fl^chos; pour defense, la 
colle mela!!i<iue, donl I'usage paralt elre lr6s anoieu, 
le casque ol la cuirasse en fer hallu, d'une introduc- 



( 8i^ ) 
tion plus reoente et moins grncralr, enCm un bouclier 
long, dlroit, reclangulaire, qnelquofois orn6 de cou- 
leurs et de figuies en relief. L'usagf? des chars armes 
de faux ne leur otail pas eiranger. 

Quaiil au caractere, Cesar rend aux Gaulois ce le- 
moignage que c'etait im peuple d'un esprit vif el p^- 
n^tranl, Gnlii summd genus solertid, cpi'on les tenait 
pour les plus grands guerriers et les plus vaiilants 
hommes du monde, qui virtute belli omnibus gentibns 
prceferebnnlur, et il fait dire au g^nereux Vercingen- 
torix, dans une assemblee de ceux de la nation, que 
loutes les fois quo les forcis de la Gaulo se Irouve- 
raient bien unies, loute la lerrc ensemble ne serait pau 
capable de leur resister. Get iioininage rendu a la vertu 
guerriere de nos aioux se trouve repete dans bien 
d'autres auteurs. 

Des cabanes circulairesou oblongues,construiles en 
pieux, env(lopp6es de claies et couvertes en chauuie, 
ou de planches et de terre ])allue, etaient la demeure 
commune du paysan gaulois. (Vitruve, au chap. i"de 
son 2* livre.) Un enclos appele gart y elait conligu : 
c'est de la qu'est venu notre mot jardin, et celui de 
cowtil en usage dans le nord de la France. Un certain 
nombre de ces habitations rustiques, semises dans la 
campagne a proximile d'une riviere ou dun bois, for- 
niaient une bourgade ; et ces bourgades devaienl etre 
tres nomhretises, a en juger par la population consi- 
derable (jui coiivrait le sol. Les Gaulois avaicnt aussi 
dos villes dans I'acceijSion propre du mot, entourees 
de uiurailles et niunies do mo\ens de defense. Les 
mots urbs el oppidum se renconlrent Ires fr^quemuient 
dans Cesar. Ai'itricuni chez les Bituriges (Berri), -V/e- 



( liO ) 

sia chez les Mandiibiens, Uxellnduiiiiin clicz Ics Cadurces 

(pajs H»' Caliors), Gergoi>in cUoz les Arveriies (Auver- 

gnatsl, Geiiabitm c\\OL losCarnules (p;iys Chartraiii et 

Orleanais), sunt celles qui fonl la plus grande ligure 

dans les Commenlaires. Outre les villes permanentcs, 

un grand nombre d'enceinles Ibrtiliees, sur les hau- 

teuis el clans les lieux difliciles, servaient lemporaire- 

ment de lieux de refuge et de defense en cas d 'invasion 

du pays; les Beiges et les iiabitanls de I'Arinorique, 

moins civilises que les aulres peuples de la Gaule, et 

chez lesquels on trouvail moins de villes pernianenles, 

urbes, avaii'nl surtoul un grand nombro de ces enceintes 

retrancbees auxquelles C^sar applique habiluellement 

le nom d'oppida. Quelques-unes etaient d'une 6tendue 

considerable. Beaucoup de ces enceintes tracees sur 

des Eminences qui sont r^pandues dans tout le nord 

de la France, ou on les d^signe sous les nonis popu- 

laires de Camps romains et de Camps de Cesar, ne sont 

cerlainemenl que des retranchements gaulois : telle 

est, pres de Dieppe, une enceinte connue dans lo pays 

sous le nom de cite de Limes. Beaucoup d'autres ont 

dCi devenir par la suite le site de villes et de cbateaux. 

II est quelquefois diflicile de distinguer dans les recits 

de Cesar ces rctraites leniporaires des villes propre- 

ment dites : de la est venue I'crreur d'un ecrivain qui 

a soulenu qu'avant la conquele romaine les Gaules 

n'avaienl pas de villes pernianenles (Dulaure, dans les 

Memoires de la Societe des antiqiiaires de France, I. ii, 

1820), paradoxe que plusieurs arcbeologues ont soli- 

demenl refute , ou plutot qui se refute de lui-meine a 

la lecture des Connnenlaires (Golbdry, les yHles rasees 

par M. Dulaure et rebdties par M. Go/ber)-, Paris, 1821 ; 



( 41 ) 

Caumont, Lours d'antiquites monument ales, t. I, 3830, 
p. 175; Ukert, Geograplue der Griechen und licjnmer, 
t. Ill, 1832, p. 219; Walckenaer, Geographie des Gaules, 
1. 1, 1839, |), Ihk ; etc.). Des villes supposenl des routes, 
d'aulaiit plus qu'il est question de chariots Iralnes par 
un ou deux chevaux pour le transport de denrees ou 
de niarcliandises; mais les routes gauloises etaient 
loin sans doute d'avoir la reguhuile monunienlale et 
la solidity des routes romaines qui lesont renaplac^es. 
Nos ancelres elaient n^aninoins, selon loute appa- 
rence, dans I'usage d'y marquer les distances au moyen 
de homes milliaires, ce que Ton peut induire d'a» 
hord de I'existence cerlaiue d'une mesure itineraire 
propre aux Gaulois et que los auteurs latins appellent 
leuga (d'ou est venu lieue), ct ensuile de la d(!;rivation 
tres prohahle de ce terme leuga que Ton rattache aux 
mots leach, leoiigh , qui signilient pierre dans les dia- 
lectes acluels de I'ancien cellique (Camden, Britannia, 
c. 1 ; Freret, Sur les colonnes itineraires de la France oil 
les distances sent marquees par le mot leugce, 1739, au 
t. XIV des Memoires de I' Academic des inscriptions ; 
d'Anville, Eclaircissements geographiqaes sur I'ancienne 
Gaule, 1741, p. 117, et Traite des mesures itineraires), 
Meme dans les itineraires roniains, on trouve les dis- 
tances marquees, en deliors des limites de la Province, 
non plus en mtlles romains, mais en lieues gauloises, 
comme les testes en averlissenl expressement. On 
comptait communement la lieue des Gaules oomme 
r«iquivalent de quinze cents pas romains ou un mille 
et demi (leuga aulem gallica mille et quingentorum 
passuum quantitate metitur, dit Jornandes, De rebus 
Gotli., c. 3(5, el I'ilineraire uiaique en ell'et en plu- 



( 42 ) 

sieurs f!n<1roHs cetle j)ro|)ortion Piitre l<^ inille ct la 
lieiie). A ce compto. Ic idiIIo ^lant snppnt6 de 760 
toise'; selon Ips rocliprohfs modernos los plus exactcs 
(WalckpiK'ii r) In licue gauloise ;iurait iiiesiir^ HAO 
toises (2221 metres). Mais one ^liide r^cpnte Ir^s par- 
ticiili^re sur cp snjel spinl)l<' d^mdntrpr que cptte pro- 
porlion exacte entrp \o inille rornain el la lieiie des 
Gaidps (oorrespondaricp ph pllet assez extraordinaire 
entrp dpiix iiu-sures d'orij>ine loiil ;'i fail dilTdrenlc) 
n'plait qu'un cliillVe de conveiilidii iulople par I' s Ro- 
mains pour la comiiiodil*^ des ^valualions, el que dans 
le Tail la veritable lieuc gauloisc elait iin p»'u plus lon- 
gup que lie la font les itinernria. M. Pislolet tie Saint- 
Ferjeux, auteur dii m^moire ou celle ih^se esl judi- 
cieusement developpi^e, croil pouvoir divaluer la liene 
a 2A15 metres, ou 12/|0 loises (Mernoirc srir rancienne 
heue gauloise, Chalon-sm-Saone, 1852). On sent bien 
que les chiffies ne sauraienl avoir ici qu'une valeur 
approximalive." Mais au total on veil f|ue la lieuo gau- 
loise, ou, I our nous cxprimer j)lus exaetemcnt, la 
lipue nallo-iomaine, etait pr6cisemcnl la nioili^ de 
notrp lieup geograpliique de 25 au deiir^ (2280 toises); 
el comnie on sail que la lioue ^Pinianique (le rasl) Qn 
usage sur la droite du Rliin 6lait le double de la lieue 
des Gaules [lender dnce, id est lasta una, esl-il dil dans 
un document du ix' siecle), il resulti' fpie celte lieue 
germanique, dont les Francs apportt^renl sans doule 
I'usage avec eux, s'est siibslituee apr^s le v« sifecle a 
i'ancicnne lieue indigene dans tout le nord de la 
France, oil ellcest devenue la lieue commune. En ceci 
encore nous soinmes resies les h6riliurs directs des 
Gaulois DOS premiers anc^lres. 



( 63 ) 
Si Ton interroge les anciens monuiuenls siir I'^lat 
civil et politique de la nation gnaloise, on voit qu'il y 
avail en Gaule doux classps honorees el puissantes, 
les druides el les nobles ou chefs [eqnites, les cheva- 
liers, selon rexnression de Cesar), mais que le grosdu 
peiiple n'avait auciin rang dans I'Etat. Quelques peu- 
pies elaient gouvernes par des rois; la pliiparl for- 
maicntnon pas des republiquesdans la puie acception 
du mol, niais des oligarchies ternper^es par I'influence 
iheocratique. Au total, les druides, inlerpr^les et mi- 
nislres de la divinile, etnient les sages et les inslituteurs 
de la nation. lis en etaicnt aussi les jiigos. lis ne for- 
maient cependant pas, comrno dans les th^ocraties de 
rOrient, nne caste hereditaire el inlVancliissable. Les 
fonclions du dniide etaicnt accessibles a tous; seule- 
uient riniliation elail Inngue et rigoureuse. « Les 
druides, (lit Mela, conunu'iiquenl une t'oule de con- 
naissances aux jdus disliugues de la nation, qu'ils 
inslruisent secretemenl et pendant vingt annees, soil 
dans des cavernes, soil dans le fond des forfets. Le seul 
dogme (pi'ils enseignent publiquemenl , sans doute 
parce qu'ils le regardent comme propro a augmenter 
le courage par le me])ris de la inorl, c'est rimmorlalile 
de i'auie el I'exislence d'une autre vie. De la vieiil que 
les Gaulois brulent et enterrent avec les niorts tout ce 
qui est a I'usage des vivants, et qu'autrefois ils ajour- 
naienl a ''autre nionde I'oxecution des contrals ou le 
remboursenient des prels; ou en voyait uieme qui se 
precipilaienl volontairenieul sur le buclier des leurs, 
couinie pour conlinuer de vivre avec eux. » La nieine 
croyance, et I'usage qui s'y raltache des sacrifices forces 
ou volonlaires a la morl des chefs (\<d la fauiille ou do 



{ txlx ) 

la tribu, se relrouvent jusqu'au CfEiir de I'Asie cliez 
tous lea peuplos inclo-curo])t^ens. Dans les danpors 
publics el clans Ics occasions solenneiles, on imiiiolait 
des vicliines luimaines comme naoyen d'expialiou el 
d'obsecration ; I'abolilion de celle coutunie barbare 
fill un des bienfaits de la doininalion romaine. 

Les nnciens druidos n'avaient pas de leinplos : la 
voule des cieux et la sombre profondeur des torels leur 
paraissaienl lesseuls lieux dignes de la majeste divine. 
Les endroits consacitis aux sacrifices ou a rinvocation 
des dieux elaient seulonieiit onlour^s d'un large cercle 
de pierres brutes, quelqiiefois enveloppe d'un foss6 
exterieur; ces cercles de pierres sent aujourd'liui con- 
nus dans la basse Bretagne sous le noin de cromlecks, 
litleralement pierres en rond. II y en avail autrefois 
un de celle espfece prfes de Saumur, en Anjou, enlre 
Terrefort etRion, cjui a etii d6lruit. Lne des exiremiles 
du celebre monument druidique de Rarnac, dans la 
basse Brelagne, est lermine par une eiiceinle semi- 
circulaire t'orniee de pierres dressees, qui a eu proba- 
blemont la m§me destination. La m6me province de 
Brelagne renferme plusieurs auUes cromlecks; on en 
signale aussi un pres de Cbartres, dans un lieu appele 
Gehiinville, lorme de douzc blocs de gres brut disposes 
en forme d'ellipse, el donl le grand diamelre est de 
soixante pieds. Le cromleck de Saumur, assis sur une 
liauleur, etait aussi form6 par une enceinte de douze 
blocs, avec une pierrc au centre plus elevee que les 
autres. Mais c'est snrlout en Angleterre et en fecosse 
que s'est conserve le plus granLJ nondjre de ces monu- 
ments du culle druidique. Celui d'Avebury etuit un 
des i)lus rcmarquables; il est acluellement detruit ; 



( A5 ) 

inais on en a d'anciennes descriptions qui en font bien 
connaltre les dimensions et la disposition. Le Stone- 
henge, encore plus celebre, ^tait un monument de la 
m6me classe; on en voit les resles pres de Salisbury, 
dans I'Angleterre m^ridionale. Le Danemark et la 
Scandinavie lenferment en grand nouibre des encein- 
tes semhlables. Des galeries couvertes formees d'une 
double rangee de loches brutes et contigues suppor- 
tant (le larges pierres plates en guise de loit, figurent 
des especes de grottes arlificielles qui ^taient peut-elre 
consacrees aux enseignements secrets des druides; les 
paysans de notre Bretagne designent souvent ces sortes 
d'allees sous le nora de grolte aux f^es. Celle qui est 
figuree ici se voit a Essfe, departement d'llle-et-Vilaine. 
Mais les monuments les plus notnbroux qui nous soient 
restes des temps tlruidiques sont les dolmens et les 
peuharis ou menhirs. Les dolmens se composenl d'une 
grande roche piale pos^e sur deux pierres verti- 
cales de maniere a figurer une sorle de table grossiere. 
Quelquefois la table porte sur un plus grand nombre 
de pierres dress^es, mais toujours de maniere a pre- 
senter la meme disposition generale d'uni; table ou 
plate-forme portant sur des pierres dressees. Quel- 
ques-uns de ces dolmens n'ont pas plus d'un a deux 
pieds au-dessus du sol ; d'autres ont jus<|u'a six et 
sept pieds de hauteur sur une longueur de quinze a 
vingt pieds au plus. Toute la zone seplentrionale de la 
France, et en parlicidier la region du nord-ouest (la 
Brelagne et les provinces limilrophes) , poss^dent beau- 
coup de monuments de ce genre. Les anliquaires an- 
glais leiu' appliquenl quehjuefois le nom de cromlechs, 
hes peuhans, appeles aussi menhirs^ sont les plus sim- 



( A6 ) 

pies, el aussi ies plus cuiniiiuns io tous tes lUonuuiciUs 
du culte (Iriiidiqiie. Co sont de graudes pierres ion- 
gues, dc dimensions varial)les, dress^es dans le sol de 
maniere a figiircr une sorle de pilier on de grande 
borne. G'esl ce ([u'exprime leur iloiil)le noin breton, 
peulvaii, pilior de pierre, menhir, piorre longue. Dans 
nos campagnes, on Ies designc frequcmmenl sous leg 
denominalions do pierre- fitte, pterre-Jrite u\i pierre-fiche 
(j)ietrii fixa), pierre-levee ei pierre-debout, et beaucoup 
de localil6s en onl lire leur noin. La sagacile ties an- 
liquaires s'est fori exerceo sur la dcslinalion originairo 
de ces dIocs divorsement disposes; tout ce cju on jieiil 
dire de certain, c'esl qii'ils se rattacbi nt au culle 
priuiilif des Gaulois, el que dans le fond de nos cam- 
pagnes une sorte de crainte superstilieuse enloure 
encore ces muets nionunienls de nos lomps antiques. 
Cesar nous apprend (|ue cbaque annee il v avail 
une grande reunion de druides dans le pays des Car- 
nutes (pa)S Ciiartrain, environs de Dreux), (pii elait 
regarde coinnie la region centrale de la Gauie, qua- 
regiu tolius Gallic inedid habetur, et que la se i en iaienl 
de loules parts teux qui avaienl des dilTerenls, alin de 
Jes souniettre au jugenient des druides. C'elail conime 
le plaid general de la nation. Celte iiu;iorlance, et en 
quelque sorle cello consecration religieuso altacbee a 
la region centrale du pays gaului,-:, ou a ce qui elail 
regards comme lei, est romarquable ; on la retrouve 
chezd'aulres peuples de la l\.niille indo-europeenne, 
chez ies Hellenes, dans I'ancien Iran, el parliculiere- 
nienl ciiez Ies Aryas de I'lnde, ou le Madhya-dega, 
litteraleinent le pays Cenlral, est la region sacree par 
excellence. Cesar ajoule que dans I'opinion menie des 



( hi ) 
druides de la Gaiile, la doctrine druidic|ue avail pris 
naissance dans la Bretagnc ([)ar Britannia on n'enten- 
dait alors (jiie notre Angleterre actiielle) , d'oii elle avail 
ele apporlee dans la Gaiile, el que ceux (|ui voulaient 
s'en instiuire a fond allaient ordinairoiDent I'etiHlier 
dans celle lie. On sail d'ailleuis, el c'est encore C6sar 
qui nous I'apprend, qu'il y avail entie la Gaule et la 
Bretagnc un commerce suivi, et que lesiutermediaires 
de ce commerce ^taienl ies V<^neles, peuple de I'em- 
bouchure de la Loire, le seul de la Gaule qui eut une 
marine dans la veritable acce[)tioii du uiol i^Cesar, 
livre III, chapilreSi. Leurs navires elaient construils 
grossierement, mais avcc beaucoup de solidity. Bien 
avant I'arrivee des Piomains, Telaiti des Cassit^rides et 
d'autres produils du Nord arrivaient chez Ies Massi- 
liens par I'interuiediaiie des Veniles; car Pytheas, 
dans sa relation cpie Slrabon a extraite, parlait d'une 
place commerciale du nom de Coibilo, situ^e sur la 
Loire non loin de la mer, comme d'un depot com- 
mercial important avec le(|uel ou communiquait de la 
Medilerranee par le moyen du Rhone et de la Loire« 
On a cru relrouvi r le site de cet anticjue emporium 
dans un lieu actuci nomme Cnueron, siluc sur la droite 
de la Loire un peu au-dessous de Nantes. C'est une 
chose singuliere de renconlrer, a mille ans d'inter- 
valle, I'aplitude maritime particuliereinent developp6e 
cUez deux peuplesde meme nom elpeul-elre de menie 
origine, d'abord chez nos Venules gaulois de I'Aimo- 
ricjue, et, d^sles comuiencements du mo\en age, chez 
Ies Venules ou Veniliensde I'ltaiie. 

Nous n'avons pu, dans celle rapide esquisse, tou- 
cher que par Ies points saillanls a I'organisatiun poll- 



(68 ) 

tique et civile de nos vieux Gaiilois, ainsi qu'anx traits 
caractc^risliqiios lie leur civilisation indigune. Ccs pre- 
miers germos, qui se produiseiit promptement an sein 
des races favorlsees, coinine rintelligencc se developpe 
de bonne heure cliez les enfants honreusemenl doiies, 
le contact des Gaulois avec les Grecs de Mnssilia en avait 
active^ le devcloppoinent ; mais ce fut apr6s los temps 
de Cesar el d'Augnsle, qiiand la Gaiile, devenue partie 
de I'empire, fut entree pleinement dans la vie roinaine, 
que I'l'ducalion inlellecluelle y ent toiite son exten- 
sion. La Gaule alors devint lout-a-fail rr.inaine, sauf 
pourtant vers les extremiles du nord et dti nord-onest 
oil les traditions et les rnceurs tiationales opposerent 
une resistance plus vivace. 

M. Ain^d^e Tliim ry a bien saisi la marche graduelle 
et les courtes intermittences de celte transformation 
de la nation gauloise dans le siecle memo qui suivit la 
conqufile de C^sar. « Ce passage d'une civilisation a 
I'aulre, dit-il, ne se fit point sans violence et sans se- 
cousses: de nouihreuses r^voltes furent comprim^es 
par Augusle, une grande insurrection echoiia sous 
Tib^re. Les dechiremenls et la ruine imminonte de 
Rome pendant les guerres civiles de (Jalba, d'Ofhon, 
de Vitellius, deVespasien, donnent lieu a une subite 
explosion de I'esprit d'ind^pendance au nord des 
Alpes. Les peuples gaulois reprenncnt les ariues, les 
s^nats se reforment, les druides proscrits reparaissent, 
les legions romaines cantonn^es sur le Rliin sonl vain- 
cues ou gagnces, un empire gaulois est construit a la 
hate; mais bienlol la Gaule s'aper^oit qu'elle est dejJi 
au fond toute romaine, et qu'un relour a I'ancien or- 
dre declioscs n'estplus ni desirable pour son honheur. 



(48) 

ui Lafime possible. Elie se resigue done k sa destinee 
irrevocable, elrentre sans murniurer dans la commu- 
naule de IVMupire roinain. » Celle page esl liree de la 
belle Introduction piacee par M. Ainedtie Thierry en 
tdte de son Idstoire des Gaulois ; c'est la qu'il Caul lire, 
avec tous ses d^veloppeinenls, le nieilleur tableau et 
le plus complet qu'on ait trace de la Gauie indigene 
avant son incorporation a I'empire roniain. JNous sigua- 
lerons aussi un Ires bon travail de M. E. de Freviile, ini- 
prim6 du tome XXII des Meuioires de la Society des 
Anliquaires de France {\'6bb) ,siirlacivilisation ellecoin' 
mercede la Gauie septentrionale avantla coiiquele roniaiiie. 

§ VIII. La FRANCE HouVELLK, — Recapitulation. — 
Esquisse historique de la cartograijliie de la France de- 
puis le coininenceinent du Xl" I* siecle jusqu'd nos jours. 
— Cette organisation du territoire que Louis XIV 
avail leguee au dix-huitieme siecle, etait, nous I'avons 
vu, le resultat complexe de loutes les 6poques ante- 
rieures. Periode romaine grelTee sur le \ieux t'onds 
gaulois, etablissements germaniques, nioicelleuient 
f^odal, recoiistilution iiionarchique, tous les siecles, 
toules les races, loutes les formes de souverainete 
ou de servitude, lous les modes de goiivernement et 
d'administration, y avaient laisse leur empreinte ou 
tout au moins jet6 quelque trace. De la celle multi- 
plicity de rouages, ces delimitations enchev6tr6es, ces 
juridiclions conlraires, ces denominations difl'erentes 
pour des fonctions analogues, ce grand nombre de 
coulumes locales dans les choses judiciaires, le tout 
m^le d'une foule d'abus et de superi'elations adminis- 
tratives et financieres, qui avaienl fail de la gesiion 

XII. JUILLBT. k, k 



( so ) 

inl^iieure (iu royaunie tine chose a la fois si cotnpli- 
qiioe fl si iii)p;irluil('. Ruuiener I'unitfi dans celJe com- 
plication, lelorincT ccs alms qui cippauvrissaii-nl ies 
peuples sans enrithir le gouveinemcnt, elait une tftche 
difliciU', coniuio lout ce qui s'atiaque ^ de jirands inl6- 
rels; iles \()loiiU>5 puissaiiles i uvaient lent(^ dnrant Ies 
deux (ii iniers i^iecles, el ioutes y avaient eclioue. Ce 
qucSullv,iii Hiclu'lieii, iii Mazarin, ni Colbert n'avaient 
pu I'aiie, rA.sseinl)l6e (lonsliUiaule de 89 I'eutreprit el 
rex^tuUi. lielle giande n^novatioii iV-nssil parce qu'elle 
hit ;'i la t'ois |iroriipte, ((niiplelc et rudicale. I/Assein- 
blce coiu(:ril que pour enirer d'une mauifere eflicace 
dans une voic nouvelU , 11 fallail loul d'abord roinpre 
ft\ec le passe. Le premier chaugoineni, quelle regarda 
avec raison couiine ia base de lous Ies aulres, Jul I'iita- 
blissemenl dune nouvelle division du lerriloire. L'an- 
ci»tine nomenclature des provmces fut abolie, Pt une 
nouvelle division en departements, celle qui subsiste 
encore aujourd'luii, lui tut Subsliluee. La premiere 
id«e de eel iuiniense reuianiement interiein- appar- 
lienl a Siey^s ; ce tut Tliouiel qui en exposa I'esprit et 
€n tleveloppa reii-^einble au noin de ia Connnission 
churttee d elaboier le projet. Le rapporl est du 29 sep- 
tciiibre 178U; ia loi constitutive, i\u 15 Janvier suivant. 
La nouvelle organisation einbrassail I'administration 
lout entiere, qu'elle ratuenait a une puissanie unit^; 
I'ordre avail enfin soccede au chaos, ia lumidre aux 
tenibres. Plus de distinctions reconnues entre Ies dit- 
f«renle» parlies du lerriloire, plus de difference consa- 
cuie outre Ies po])idalions. La France d^sonnais sernit 
tjNK, ainsi que la nation. Telle avail ^l<i la penstV* de 
I'Asswrobl^e Constituante. 



(M) 

Oette pensee ^lait grande, ot sa i ealisalion, (]ui eni- 
brasse aussi I'unit^ de legislalion, est un des hienfails 
Ips moins contestables qui soicnt sorlis de la cata- 
strophe revolulionnaire. Seulement, comme toutes les 
grandes r^forliies, celle-ci a du fetrc d'abord un pcu 
absolue. Aujourd'hiii que Ja transformation psl accom- 
plie, — accoinplie dans Ics espiils aussi hien que dans 
Jes fails, — on peut reconnaifrc sans danirer quelles 
limiles elle n'a pu ni du franchir. Avoir introduit daOS 
radniinistralion pul)lique, dans les liOances, dans la 
legislalion, I'ordre, runite, la hier;irchie reguiiere et 
le controle national, c'ost avoir fail ce que rt'clamail 
la raison, c'est avoir repoudu au vceu general corhriie 
a I'interfet du pays tout enlior. Mais pretendre cHacer 
du terriloire loules les traces du passe, c'est aller au^ 
de\k de ce qui est juste ot utile, disons plus, c'est d6- 
pa&ser la limile de ce qui est possible. Sous cot 
immense bienfait de runil^ adminishalive et ju'ti- 
ciaire, il \ a encoic, il y auta probablcment loujours 
une diversile provinciale qui seratlacbe a nos origines!/ 
de in6rne que sons la froido unifortnite de notre Hsle 
offjcielle d'arrondissements ct de cantons, on relrtiiitc* 
Ift nottienclatuni locale des pays, nomenclature Irtu- 
jours vivanle, pSrce qu'elle fait vibrer en nous loules 
les ^tndlions de nos premiers souvenirs, et (ju'elle 
nons rallacbe a la patrie par I'amour du sol natal. 
Celte nomenclature ecrite sur le terriloire, n est-Ctf 
pas d'ailleurs noire bistoire tout entiere, et les sou»e- 
dirs comme les monuments du passe ne jionl-ils pas 
un precieux palrimoine qu'une nation iloit icciieillir 
et conserver, loin de cberclier a les eUacer ou a les 
ditruire? C'est done sans aucune raison que depuis 



(M) 
soixanle-dix ans on a banni denos carles tleparlemen- 
talcs toutes los denominations paiiiculiferos attacli6es 
au sol i)ar I'usage local el la tradition des sidcles. Ces 
denominations, nous ne saurions trop le repeter, c'est 
noire vraie g^ograpliie nationale, el cette geograpliie 
n'est en aucune fa^on incompatible avec la nomencla- 
lure administrative. Ce sont deux fails aujourd'hui 
co-existanls, que nos cartes doivent enregistrer h litre 
6gal, lout en subordonnant, pour la regularity admi- 
nistrative, la geograpliie locale a la nomenclature offi- 
cielle. 

Nous avons insist^ sur ce point, parce qu'il nous 
paralt des plus importaiits pourl'eiuile g^ograpbique 
de noire territoire. Anjourd'bui qu'un sentiment pro- 
fond du vrai a penetre dans loiiles les etudes bisto- 
riques, il n'est plus jiermis do persister dans cette 
convention lacite qui semblait regarder comme abo- 
lies des denominations qui n'ont pas cesse de consli- 
tuer le fond de noire geograpliie nationale. II faut 
done tenir compte de cette vasle nomenclature comme 
d'une cbose acluelle, el non pas seuicment comme 
d'une chose ancienne qui n'inleresserailque I'bistoire. 

Nous avons esquisse dans le paragraplie precedent 
I'hislorique des descriptions de la France publiees 
depuis le xvi' si^cle jusqu'a la fin du xviii*; il 
nous resle a indiquer par quel ensemble de travaux, 
d'eiudes et d'invesligations, poursuivis dejjuis le com- 
mencement du siecle actiiel, on est maintenant en eiat 
de dresser une description du territoire infiniment 
plus exacte et plus complete qu'on ne pouvait le faire 
il y a soixante ans. Ces Iravaux conlem[)orains onl tout 
embrassi, les origines, relhnograpbie, les antiquites 



( S3 ) 
dans toutPS leurs branches, la statistique dans toutea 
ses ramificalions, la topographic, le relief du sol el sa 
constitution geoloj^iqiie , la condition |)hysique et 
morale des populalions. Un cole particuli^rement 
important de ces etudes, k notre point de vue g^ogra- 
phique, appelle avant tout notre attention : c'est ia 
carte nieme du territoire. 

Si les descriptions ecrites de la France n'ont com- 
mence qu'avec lo xviii" siecle a prendre une forme 
regiiliere, on peut bien presumer que retablissement 
d'uno bonne carte du royaume ne saurait non plus 
renionter bien haul : dans les travaux geographiques 
de la renaissance, le r^colemenl el I't^laboration des 
texles ont naturellement precede les etudes sur le ter- 
rain. Le plus ancien essai que nous connaissionsd'une 
representation graphique de la France se Irouve dans 
la rare edition de Plolem6e impi im6e a Llm en lZi82 
chez Leonard Holi, oh cinq carles modernes onl H^ 
ajoul^es pour la premiere fois aux viuf^tsept carles 
dressees sur le lextc de I'auleur grec ; ceux qui se sont 
occupt^s de I'hisloire de hi geographie savenl que 
c'est dans la serie des editions de Plolemee, de la fin 
du XV* siecle el du commencement du xvi', qu'il faul 
suivre les premiers lalonnomenls de la carlographie 
moderne. Cetle France de I/|82 (1) n'est qu'tme ebau- 
che encore bien grossi^re, quoiqu'on y voie deja I'in- 
tention de substituer un trace plus exacl a celui qui 

(i) Ou plutot lie 1460, si, comtne il y a tout lieu de le croire, elle 
avail ete dessiiiee (>ar Nicolaus Donis. On peut voir a ce suiet notrt; 
article GEOOnAPHiE, ou I'article Donis de M. Walckenaer dans la Bio- 
qraphie univeraellc <le Miohaud. 



( 64 ) 
§(.■ pent tiierdc'S indications dii g^ogruphe aioxandrin. 
1 11 aulro dessin do la France , dilVoront de oolui de 
Donis sans liii elre superienr, a|)paralt im pen plus 
t^rd dans d'aulres editions dc Plolemee, notamment 
dans celle que Ic C(^l6brc Servel donna 'i Lyon, cliez 
les TrechscI, en 1535. II v a, (|iiant :'i la forme gt^n^- 
rale, nn progios marque dans la carle de Seijastien 
Minister (1550;, el encore plus, jioiir le detail, dans 
la carte de Jolivet qui est de 1560 et (ju'Citclius a re- 
produito dans son I'/tettiriii/i Orbis Terrariun ; seule« 
menl celle -ci piesente un exces enornie ''ans sa lar- 
geur dc I'ouesl a Test, entre I'Ocean ct lo Rhin. Le 
meme dofaut se reproduil plus on moins dans tonics 
les cartes du xvi* ot du xvu" si^cle ; il n'esl pas moins 
sensible dans les carles des Sanson que dans celle de 
Jolivet. Les bases sur lesquelles reposait alors la con- 
Slruction des carles, et I'influence qu'exer^ait sur les 
travaux geographiffucs I'ouvrage de Plolemee , qui 
peclie par le m6nie exces, ixpliquent assez ce delaut. 
On n'avait pas encore de determinations aslronomi- 
ques pour lixer la position exacle des lieux en latitude 
el en longitude ; on elait done reduit aux documents iti- 
n^raires, el dans celte classe di; documents les anciens 
itineraires romains, qui silloniienl le pays dans loule 
son elendue el dans toutes les directions, offraient un 
secours particulierenn iil utile. Seidernenl, Tepiplui de 
ces maleriaux suppose la connaissanco jirdalable de Ift 
longuetir du milli; romain, el les Sanson avaient aduiis 
un module qui exc6de d'un cinquieme la longueur 
reelle de I'ancien mille : (l(! la I'erreur gt^nerale qui 
d^figure plus ou moins toules leurs productions gtio- 
graphiques, malgre le talent reel qu'ils y out deployi 



( 65 ) 
et le progres coiiskl^rahle ([ii'ils ont fait faire a ia 
science, dont ils soiit cIipz imus ios preiniers rcjpr^- 
senlants. C'est cc qu'a l)ieii montie le jiulicieux Fr ret 
dans un meinoire iinpriine |iar extrait au lome XIV 
du Rtcueil de I'Acad^mie des Inscriptions [snr la com- 
paraison des niesures des itineraires roinnins avec cellcs 
qui ont ete prises geotnetrlquement par MM. Cassini dans 
une parliede la France, 1739). Les Sanson persisl^rent 
dans leurs anciens traces , menie aprfes (\ue des ob- 
servations astronomiques leur auraient pu founiir le 
moyen de K s corriger, L'exces quo pr^sente, dans le 
plan gi-neral, la Gallia aniiqua de Nicolas Sanson, qui 
est de 1617, se lroiivi» encore tians la Carte de la France 
pr^sentie an roi en 1679. 

D6s avanl celle derniere epoque, cependant, la geo- 
graphie avail re^ii tieji'i, de raslronomie, les premiers 
secours qui lui avaient manc]u^ jiisque la. L' Academic 
des Sciences avail a peim; ele creee (en lt366), que Pj- 
card avail entrepris et execute la inesure de I'arc du 
ni^ridien de Paris, compris entre Ktanipes et Amiens 
(1670) ; on avail pu ainsi, |)our la preniiere lois, deter- 
miner avec la certitude scientifiqno (juelle portion de 
la circonierence de la lerre repond precisement a I'in- 
tervallo d'un degre du ciel. Treizu ans plus lard (1683), 
celle belle operation fut prolongee dans toute la lon- 
gueur du royaume, depuis Dinikerque, au nord, jus- 
qua Perpignaii, au sud; et eel iiilervalle de 8 degres 
se trouva ainsi mosur6 geomclntjuement , eu nieaie 
temps qu'une serie de points sur lout le parconrs de 
la ligne, particuliireuient les points exlrenies, elaient 
fixes par des ol)S('r\alions astrono:niques. Dos obser- 
vations analogues t'urenl faites dans le memo temps im 



( 6(5 ) 
d'aiilros parlies du royaurnc , par Cassini , Picard et 
Lahlre J si bion qu'avant rox|)iralion du xvii' siferle, on 
a;ait reiini deja uii ensomhio de doniiees qui fixaient 
TetonHue exacte el le ponrlour du lerriloire dans les 
diff^renls sens. Sur loule I'^lendiie des coles et de la 
fronliere inlerieure les anciens traces se resserraient 
consideiiihlement, co qui fit dire a Louis XIV en plai- 
sanlantque messieurs de TAcademie lui enlevaient une 
parlie de ses Elats. Les bases aslronoujiques de la geo- 
graphic de la France iVuent des lorsfixees, saut'de Ir^s 
leg^res incorrections de detail, que de nieilleurs inslru- 
ments el des melhodes d'observalion plus rigoureuses 
ont permis depuis de corriger. On peul voir par la 
lahle suivante que, des celte epoquu de la fin du 
xvii'si^cle, les cartes ne devaient plus presenter de 
dilTerence sensible avec nos carles actuelles quant au 
trace general du lerriloire. 

Table comparee de la position astrnnomique des points 
principaux du (erritoire de la France, d'apres la Con- 
naissance des temps. 



NOMS DES 
PLACFS. 



.Calais. ■ . 

l!r.-st. . . . 
LaRooh.lle 
B itdeaux.. 
Bayoiiiic. . 
Nail)oiine . 
|Marseillc. . 

|Tollloll . 

Straslxxirc 
:()ill'aiis , . 



roiiloiisi; . 



[Lyon 



Conn, lies T. de 1709. 



I.ATlTUnt. 



5o" 57' 

48° 23' 

46' 10' 

44" .W 

4:1° 3o' 

430 11' 

43" 19' 

48" 35' 

47° 54' 

43" 37' 

45« 45' 





■" 


^ 


LO>(;iTl 


nu. 


0° 


3y 


0. 


6° 


54' 


0. 


3° 


■iZ' 


0. 


3° 


5' 


0. 


3° 


49' 


0. 


0° 


4'' 


i:. 


0° 


7' 


I-:. 


3° 


35' 


li. 


5° 


25' 


K. 


0° 


36' 


0. 


0" 


55' 


0. 


i 3° 


35' 


L. 



Coiin.flesT.de 1 856. 



LATITUDE. 



5o° 57' 33" 
48" a3' 32" 
46° 9' 24" 
44" 5<V iq" 
43- 29' 29" 
11' 8" 
17' 52" 
7' 28" 

H' 57" 
54' 9" 

35' 4<)" 

i5' 44" 



43° 
43° 

43° 

48° 
47" 

43° 

45° 



LO.^^,l 1 UDK. 



9° '9 
6° 49' 
3° 29' 
2° .54' 
3° 48' 
o» 4o' 
3° 1' 
3° 3")' 
5'> 24' 
0° ■>S' 
o" 53' 
2° 29' 



49" 

40" 

56" 

5-" 

48" 
22" 
54" 
35' 

47" 
10" 



( 57) 

Mais si la configiiralion g^n^rale ^tait fix^e, il s'en 
fallait l)len qn'il en filt de meme encore pour la lopo- 
graphie. A I'epoque ou Delille travail sa carle de 
1709, et d'Anville sa carle par provinces de 1719, 
on ne poss^dail encore le levd exact d'aiicune parlie 
itnporlante du lerriloire. On a vii dans un para- 
graphe precedent quelles ^laient a cet ^gard , en 
1697, les recomn)andations de I'adminislralion cen- 
trale aux inlendanls des provinces. Ces recominan- 
dations, dans les condilions ou Ton etait alors, 
ne pouvaient rien produire et n'avaient rien produit. 
Un demi-siecle devait s'ecouler encore avant (|u'un 
edifice complel s'^levat surles bases poshes par Picard 
et le premier Cassini. 

Colbert, dont Tadministralion a laiss^ de si grandes 
traces dans I'hisloire economique de la France, avail 
demands a I'Academie des sciences une description 
geoin^lrique du royaume ; Cassini de Tliury, direc- 
teur de I'Observatoire et pelit-Pds du grand astronome 
qui a le premier nalurtilis^ en France celte race illuslre 
des Cassini, consul a cette occasion I'idee de la carte 
a laquelle il a laisse son nom. C'est en i7l\li qu'il en 
commeriQa les prf^mieres operations, aide de son 
fils, de plusieurs aslronomes el d'une trentaine de pra- 
ticiens liabiles pour les leves du terrain, el le travail 
ne fut termine qu'on 1783. Cassini en ii fait I'expos^ 
coujplet dans un rapport inlilide : Desciifjtioii geoine- 
triqiie de la France (Paris, 1783, in-4) , aoconipagn^ 
d'une carle d'ensemble ou sont traces lous les trian- 
gles sur lesquels la carte Ji'appuie. On sail qu'clle se 
compose de 182 feuilles, a I'ecbelle d'un 86,Zi00"* on 
1 ligne pour 100 toises (un peu moius de 2 pouces 



( 59 . 

pour (inc li^ue cointmmr'^ Iicunies, les feiiilles occu- 
periiicnt mi rarn^ (I'l'iivirdii SH pieHs <1« c6t6. Pour 
appi'^cier toule I'impoiiance do celle oeu\re colossale, 
«t le projrrcs inimonse qn'olle marquo Hans la science, 
il snffil de se reporter de trente ans seulement en ar- 
ri^re, a cette 6poqiie on il n'exislait ni en France, ni 
dans aiK'tin autre pays de I'Europe, uno senlo carte 
p^nerale qui p6t doiiner line id^e nn(^me approxima- 
tive de la coi {ij;nralion dii f^n\, Cc sern I'elernel lion- 
neur de ce grand monunient non-seidonient d'avoir 
dot^ In France d'nne carte dnnt il n'exislait pns jus- 
qu'aiorsd'exemple dans le nionde, niais encore d'avoir 
^l^ le ])oint de depart et le module de tons les travaiix 
analogues qui ont el^ depuis lors executes chez les 
aulres peuples. C'est un devoir pour nous de repro- 
dnire ici les traits do cet honiine Eminent n qui la 
France devrail line statue, coinme elle en a donn^ una 
h son aieiil le 1*"" Cassini, Tillustre fondateur de notre 
Ol>servatoire. 

Cependanl, depuis raclieveinent de la carte de Cas- 
sini, la gt^odt^sie a fait de grands progr^s. Des instru- 
rnenls plus parfait^ ont «''te conslruils ol des methodes 
plus rigoureuses irilroduitis. D'uii autre cole, quelf[ues 
parties extremes de la carle ap|(elaient des rrclifica- 
tions, oulre que depuis 1783 des changements sonl 
siirvenus dans une Inule de localik^s; il <Mifiu I'art 
m^mede la gravure lopographique est arriv^ a un point 
de perleclion qui pour la grandc lopographie laisse 
bien l<.in en arriere I'execulion mal^rielle du dix- 
huilierne sifecle. Ces considc^ralions, el d'aulrcs acces- 
soires, faisaient desirer qu'uno nouvelle carte liil en- 
treprise; Texeoution en ful decidee sn 18 J 7, et lo« 



( S9 ) 
travanx g^ode^siques commencfereiit imm^diatement. 
II a p;iru dopuis lors 224 feiiilles tie la nouvelle 
carte de France, qui en aura 258; I'echelle, un peu 
plus grande que celle de Gassini, est au 80,000*. Men- 
tionner celti' carle, c'est rappiMer n I'cspril un admi- 
raMe chef-d'ceuvre. 

Parmi les cartes plus usuolles qu'll est permis do 
(Iter apres I'ceuvre de Cassini et la nouvelle carte du 
D^pol (le la guerre, nous rappellerons en premiere 
ligne la c;u'te de Capitaine, en 24 fcuilles, ri^duction 
au \ de celle de Cassini, publico en 1797, el donl il 
a ^te donne uno nouvelle edition de 1816 A 1821 avec 
des retouches et des addilions iniporlantes; et I'allas 
departernental de Chanhiive, publie de 1803 a 1810, 
chaque departemenl formant une feuillc reduite sur 
Cassini. II laut rappeler aussi la belle carle rouliere 
en 6 fouilles [)ubli6e, en 1816, par la Direclion des 
ponts et chaussees, niais qui a ^M periodi(|uement 
retoucb^e, sinon rclaite, depuis lors; el a un autre 
poini de vue la niagnifique carle i^eologique en 6 feuil- 
les publiee, en 1840, par raduiinislration des Mines, 
avec 2 \olumes in -4 de lexte ex|)licatif par MM. Du- 
tWnoy el Elie de Beaumont. Nous no poiivons omellre 
non plus la cartt' en une gramle feuille publiee en 
1851 par feu M. le baron Walckenacr, secretaire per-- 
poluel de TAcadeniie des inscriptions : de loules les 
cartes inanuelles que nous possedons, c'est sans com- 
paraison la [)lus belle, la |)lus savanle et la plus com- 
plete. Pour courouuet- ce catalogue, ii resle encore i\ 
eiter V Atlas hrdrogrnphique des cotes de France, resullal 
des relevemenls eUectues depuis 1817 siu-toutc I'ilen- 
due de noire pourtour maritime; ce bel atlas est Ic 



( 60 1 
digne complement de la nouvelle Carle de France. 
De meme que la g^odcsie el la carioj^raplile de la 
France, tous les tiavaux, loutes les recherches, loutes 
les Eludes qui se rapporlent a noire tLMriloire ont requ 
depiiis le commencement du siecle acluel, el en par- 
ticulier depuis 1816, une impulsion nouvolle. Ce n'est 
pas, lanl s'en Taut, quo noire temps ait eu I'iuaugura- 
tion des Eludes savanies. Les meuioires de Freret, de 
Foncemagne,deBonamy,de Tabh^ Belley, deMonlfau- 
con.deCaylus.de I'ablxMleFonlenu.ded'Anville.de Gi- 
bertetderabbeLeboufdansrancienne Aca(ien)ie, etles 
pr^cieux recueils qui y ont ile commences sur toutes 
les parlies de noire bistoire politique et lilleraire; en 
dehors de rAcad^mie, cetle non)breuse s^rie d'liisloires 
locales ou provinciales, parmi lesqtielles il sufTit de 
rappeler les noms de Dom Vaisselte, de Buucbe, de 
Scboepflin, dc Dom Calmet, de Marca, d'Oilienart, 
de Lobineau, de Dom Morice, d'Og^e, de Toussaint 
du Plessis, de Pasumol. de NVe de la Rocbolle, sans 
parler d'une foule d'auires dont I'immense invenlaire 
est d^posd dans la Bibliot/ieque historiquc de la France 
de Jacques le Long continuee par De Fonlellc (Paris, 
1708-78, 5 vol. in-f°J; plus anciennement, I'ouvrage 
d'Hadrien de Valois qui a inaugure I'elude g^ogra- 
pliique de nos anliqiiiles {Notilia Galliamm , Paris, 
1675, in-t°), el prepare la ISotice tie Vancienne Gaule de 
d'Anville (Paris, 1760, m-h) : tous ces Iravaux, dont 
nous ne rappelons que les sommiles , onl I6gue a 
I'dpoque acluelle des modules de saine et prolonde 
Erudition qu'on a rarement alleinls el qu'on n'a pas 
d^passes. Mais si les ouvrages de notre temps ne peu- 
vent disputer a ceux des deux derniers sieclas la pro 



( 01 ) 

fondeur du savoir ni la consciencieuse investigation 
des sources, des qualites noti moiiis pr^cieuses se sont 
developpt^esde nos jours, qui ont imprime aux iravaux 
conteniporains une direction feconde et les ont frap- 
p6s d'un cachet souverain. Les 6poques de grande 
agitation sont aussi des epoques de grandes concep- 
tions; c'est au milieu memo des lulles ardenles nees, 
il y a quaranle ans, du syslfeme anglais importe parmi 
nous, qu'ont ^t6 enlantes les admirables Iravaux d'Au- 
guslin Thierry el de M. Guizot, qui ont si vivement 
6clair6 les premiers lemps de nos annates et marqu6 
une ^re nouvelle dans la science hislorique. Les Eludes 
arch^oldgiques ont reqa une tres grande impulsion. 
La plupart de nos departements ont vu se former des 
societes sp^ciales qui se sont ap|)liquees a recliercher 
et a d^crire les monuments dont les siecles ont sem6 
noire terriloire, aussi bien qu'a eclaircir le texle des 
historiens de I'anliquile ou des clnoniqueurs du 
moyen age par I'investigalion des localites; et de ce» 
Eludes locales que {'administration cenlrale a lorle- 
ment encouragees est sortie une masse de iravaux de 
detail qui onl enrichi i'histoire, I'archeologie monu- 
uientaleetlag^ograpliiedes diverses Epoques. Dosplea* 
dides publications onl allaclie une juste celebrity aux 
noms de Taylor et d'Alexandre de Laborde, au pre- 
mier par ses Voyages piltoresques dans Vancienne 
France, au second par ses Moiuuiients de la France 
(2 vol. grand in lolio, comme les precedents], ma- 
gnifiques ouvrages, tout a la fois arlisliques et ar» 
cheologiquea , qui ont apporte dans la representa- 
tion des anciens uionumenls et dans I'expression 
des details una exaclilude minutieuse qu'on ne 



( 02 ) 
trouv epas toujouis a un dogre ogal dans les recueils 
plus ancieiis de Monlfauoon el do Ca)lus, ni inline 
dans ceux de Milliii, ce savant consciencieux qui a 
cependant rendu de si grands services a noire ar- 
ch^ologie nalioniile. Un aulre nom reclame une place 
honorable a cot^ de ces nonis eniiuenls ; c'est celui 
de M. (le Gauniont, le savant ot zele promoleur de 
nos congrfes arclieologiqui.'s, dont les Iravaux noin- 
breiix, et en parliculier le Coiirs d'ant/fjni/es nioniimen- 
tu/es {iS^O et a. s., 10 vol. in-8 a\i'c alias), onl i'ourni 
lanl de notions nouvelles surle.- aiili(juiles de nos pro- 
vinces du nord-uuest. Notre ancienno gcograpliie a 
Irouve duns iM. le baron Walckenaer un niallre iligne 
de reprendre ToeuNre d'Hadrien de \ alois ct de con- 
tinuor celie ded'Anville; la Gcograp/ue (uiciciuie des 
Gau/es [Pi\i\s, 1839, 3 vol. in-8 el atlas), uialgre quel- 
ques imj)erfeclions tie detail dilliciles a eviler tians une 
paieille ceu\re, resume lous les fails connus, loutes 
les nulions acquises, ajoute une immense quanlild de 
rt^sullals posilils a ceux de ses devanciers, el pent elre 
regardee en delinitive comme a) ant dil a pen prfes 
parlout ie deinier mot sur ce vasle sujel. Par I'eleiidue 
de ses ccnnaissances, la di\ersile de ses Iravaux, la 
prolondeur de son savoir, M. Walckenaer esl ua des 
hommes qui auront le plus marque dans I'liistoire 
scienlilique de noire epoque, et en parliculier dans 
les eludes g^ograpUiques. 

Notre enumeralion berait longue encore, si nous 
voulions rappelcr lous les Iravaux conteinporains qui 
onl coulribue a luieux faire connailre I'elal ancien et 
acluel de la France, de son lerriloire, de ses monu- 
ments, de son histoire, do son economie interieure, 



( 0$ ) 

de ses ressources pro(luGtivus« de son coininerGef, d« 
ses populalions. Bornons-nous a ciler, pour nous en 
leuir aux points principaux, et sans entrer dans I'in- 
fuiides Iravaiixde detail que le Dlctionnaire nienlionne 
et resume a leurs places respeclives, bornous-nous, 
dis-je, a citer encore les belles etudes deRaynouard, 
de Roquefort et de Fauriel sur I'ancienne litteralure 
el les idiomes du uiidi de la France, celles de M. Au- 
relien de Courson sur la lungue et les institutions des 
Bretons arnioricains, les documents rccueillis par la 
Soci6le des antiquaires sur les patois provinciaux, el 
le tableau general qu'en a truce M, Scimakenburg; 
les excidlentes publications do la Suciete de I'ljistoire 
de France, |)articuli^rement sou Annuaire, tout reinpli 
d'6tudes precieuses sur la geograpliie et I'histoire an- 
ciennes du pays; les eludes de plusieurs de nos plus 
savanls numisnialistes, el au premier rang celles de 
M. cie la Saulsaye, de M, Lambert, de M. Duchalais, 
de MM. de Longperier, de Saulcy, Lenormaut, etc., 
sur les medailles autonomes de la Gaule ; puis, dans 
un autre ordre de rechercbes, les ouvrages classiques 
de Cordier, de lluerne de Pommeuse el de Dutens sur 
Tbydrugrapliie interieure de la France, el celui de 
MM. Dulrenoy et Elie de Beaumont, deja nienlionne, 
sur la conslilulion geologique du lerritoire, hujet qui 
se lie d'une nianiere inlime a I'^tude du relief du sol, 
aussi bien que des conditions generales de la produc- 
tion ai^ricole et de la ricbesse minerale ; la savante 
etude de M. Alfred Maury sur nos anciennes forets 
[Recheirkes /listoriqites et geo^raphiques sur les graudes 
Jbrets de la Gaule et de I'ancienne Fiance, 1850), 
et TapeiQu general de noire bistoire climalologique 



( OA ) 
esquisse a grands trails par M. Arago (duns V^n- 
nuaire du bureau ties longitudes pour ISi^Zi); erifin, les 
nombreuses et riclies publicalions laiUs depuis vingl 
ans par I'adiDiiiiislralion siir toules les patties de la 
stalisliqiie frangaise, sur le tenitoire el la population, 
sur lagricullure el lindustiie, sur ie comincrco, sur 
les finances, sur les colonies; sans parier d'une i'oule 
de Recueils speciaux un tout genre que noire 6poque 
a vu nallre, expression suuvenl Ires ^levee de raclivil6 
intellecluelle el du mouvenienl scionlifiquc qui onl 
pris de nos jours un si njerveiileux developj)enienl. 

Tels sonl, dans leur g^neralilo, les nial<^riaiix que 
nous avons pu niellre en ceuvre dans noire travail sur 
la geographie histoiique, la lopographie el la slalis- 
tique de la France, tanl pour I'esquisse d'ensenible 
que nous aliens en tracer dans les paragraplies sui- 
vanls, que pour les articles qui sonl consacr^s, dans 
le cours du Dictionnaire, aux anciennes provinces et 
a leurs subdivisions, aux dej)arlemenls actuels, et aux 
douzo ou quinze luille localites principales de noire 
terriloire 



(64) 
Analyses, Rapports, etc. 



RAPPORT 

SDR M! GLOBE TERRESTRF BE M. WORK, 

Par M. CORTAMBEIlTi 

Messieurs, 

J'ai eii I'honneur d'etre charge par ia commission 
cenlrale d'oxaminer iin nonveaii globe terrestre que 
vous a souinis M. More Hans Tune de vos dernieres 
stances. 

L'inventeur a voulu surtout 6lre utile aux ^coles 
6lementaires, et il a eu pour hut de donner un appa- 
reil qui fill a la fois tres developpe et Ir^s portatif: 
il a atleint Ires heureusemenl ce but par un ineca- 
nisme aussi simple qu'ing^nieux. Qu'on se figure un 
double parapluie en forte loile qui s'ouvre et se ferme 
a volontp, qui se gonfle et s'arrondit par Ted'et tie fils 
de fer elastiques, puis se plie completement. lorsqu'on 
veut, pour 6lre mis sous le bras et Iransporte fort 
aisement d'un lieu a un autre. On peul, pour la de- 
monstration, placer le globe sur un pied ou le siis- 
pendre au plafond d'une salle ; il est fort l^ger, et tout 
cet appareil se manoeuvre avec la plus grande facility. 

L'id6e est bonne; mais elle n'est peut-^tre pas ap» 
pliqu^e a\ec toule la perfection desirable : la tiiilesur 
laquelle sont lilliographiees les diverses parties de la 
terra n'est pas maintenue dans une forme assez par- 
faitement globulaire; elle alfecle une certaioe conca- 

XII. JUIM.RT. 6. 5 



( 6,« ) 

vitd enlre les Ills qui la tendcnl; iin dcs poles est pres- 
que toijours ou Irup <)|>l((ti oii d'ttUQ fonnc conique 
plus ^loit^nt'c encore de la voritt^; les fiis de fer qui 
sonl doslines a reufler la toilo et a niarquor en ineme 
leinps la place des lueridions nc sonl pas luujours 
exactciueiil I't^puverls p;u' l^s luui'idieqj^ tpc^s sur la 
toile raeiDf. Enfin, rexecnliou srienlifKjue de la niap- 
pemonile laisse heaucoup a desirer : il ) a bieii des 
details inexacls et peu on hai monie avec I'etat actuel 
de la s( ience; nous voudrionsaussi un dessin plus net, 
fit^S conjeurs plus vigourmisuiuenl appliquoes el pro- 
pi'os a I'aire enil rassin- d'wn innj) d'ceil les giandes 
niiisses jieogia|)hlques cl hyi!ro|^rqpliiques ; ipais sur- 
loul nous domandons a I'auleiir d'eHacer uno a^illli- 
lude de uouis qui surchargunl inutdeniei^l s<n carle. 
Ce globe tsl destine a elre vu il'un peu loin, par u\ie 
reunion d'eleves; pourquoi y plaper une faule v|e lieux 
i)u de peliles divisions jiuliliquos qui I'embarra&iient el 
qui nu peuvenl qu'obscurcir Us nolioxis qu'on pre- 
»ente auxjeunes ecoliers? !\lelt<.'Z leursoMS les jeuido 
grandes divisions naturelles, des cboses claires, largp- 
uienl dessinees, enfiii une peinture qiii Jeur re|)r6scnte 
viveuienl iu grand paysage de la terie. \ oila ce qui 
cunuenl a I'inslruction eleuientaire. 

Jt; lue resuine en disanl que rinvenlion m^ pm'^'^ 
heuiense el quelle pouna cerlaineinenl etra pfpfi- 
(al)le aux ecoies, mais qu'eilea besoin d'aiueli(^|'atiun. 
Jj'auttur, au surplus, a eu la bonle d'ecpitter avpc une 
grunde bienveillance les avis (|iie je nie suia ptirpiis de 
lui lionncr, el il a deja enUepris de (aire a sq^ tr^y^il 
( V tres utiles niodiiicalions. 



GfeOGRAPHlE DES COLONIES ALSTUALIENNES. 

ACCOMPAGISEE d'C[< APERCU DFS ILES DE t'ADSTRftIR, 

Par Jamks Ewans Sydney. 

18,-)^. 



Tandis qu'on franco les amis de \i\ geogra|j^|e 
lenient da lui donner chpz les classes populairijs up§ 
popidar(l6 dont ellp n'a lualjieureusenienl j)as jquj 
jusqira present, nous ypypn^ non-seulenient rAuglcr 
terre, uiais ses colonics de i'Austvalie realiser, depuis 
bientot cipq annoes, co que nous ri'avon^ pas encpr^ 
pn naettre ^n pratique. ,, 

Je veux parler d'un excellenl petit livre destine ^ 
I'enseignement populaire e^ intitule : Geogvapkie (ia.s 
CQlonies austraUeimes. Mis a la porlee des jeunes iptel- 
ligences et renferniant de npnibreux lenseigneu^en^s 
dignes de figurer dans nos diclionnairfs de geogrs^- 
pbie, ctl ou\rago, dpnt Tapleur est M. James Ewans 
Sydney, uietiilne de I'lnstilut d'Ecosse, peutse diviser 
en deux parties : I'une iiislprique, bptanique, zpolo- 
giqiie et niineralogique, et I'autre purement geqgfa- 
pluquB. 

Hans la prenii^re parli*e, M, Ewan^ Sydney d^U^jJf? 
par une esquisse de geographic generale avec I'expli- 
cation de§ principaux ternies usiles dans pette sciepce, 
puis deternnnanl les homes de rAiislralie ei) peu ^e 
uiots, il fait un resume assez large de I'histoire dps de- 
couyerles qui out ete successivemenl laites dans celfe 
grande ile, et de la fond;;lit>n dune des plus bellps 
colonies de la Grande-Bretagne; depuis le voyage du 
Dayiro UoUandai^, \^ DuyfJien, eo i605, etceiui du 



(08 ) 

capitaine Cook on f77(), jiisqn'aux savanlos explora- 
tions de Sir Tliomas Livin;j;slon Milcholl (18'i6). Un 
aper^ii hisloriquo siir les goiiv( riK.'urs dc rAiislialio, 
la listechroiiologiqiieHos ev^nemonls reinarquahles de 
cetle colon io do 1788 a 1853, la gt^ogra|)liie physique, les 
habitants, les animaiix el les produclions de ces con- 
trees formenl plnsiours chapitres dans lesquels I'auteur 
a eu soin d'inlercaler les portraits des capilaines Cook, 
Pliili[)p f'l Hunter, navigaleurs aux'juels la Nonvelle- 
Galles nicridionale doit sa cr(^ation el sa prospt^rit^. — 
Vienlensuile un r^suni6 assezetendu sur riulroduction, 
I'anit^nagement el le commerce deslaines, qui, comma 
on le sail, est la principale richesse de I'Ausiralie; ce 
resume est accompagne d'un tableau statislique des 
exportations pour cliaque ann^e. Enfin, deux cha- 
pitres consacres a la decouverle de I'or (1851) el a un 
apergu sur la forme du gouvernemenl des colonies 
auslraliennes, les lois, les culles , les finances el 
le sysleme montiilaire, lerminent la pren)i^re parlie. 
La deuxieme parlie, qui est purement g^ographique, 
embrasse la Nouvelle-Galles m^ridionale, la colonie de 
Victoria, les AusUalies du sud, de i'esl el de I'ouesl, 
la Terre de Van-Diemen ou Tasmanie, el la Nouvelle- 
Z6lande dans leurs division's en comics avec les villes 
et villages les plus n)arquants, le nombre de leurs 
habitants, les fleuves, rivieres, baies, guiles el liavres 
de chacune de ces parlies de la ^ouvelle Hollande ; 
champ de balaille perpeluel oii chaque jutu- marcjue 
un nouveau iriomplie de la civilisation sur la barbaric, 
triompho lemporlt; p u- le genie avenlureux et 6ner- 
gique de la rare anglo-saxonne. 

E. DE FnOlDlFONO DFS FaBOE*. 



CAKiE lit L'AUERiE. TELL, KABUIE \:\ SAU\R\ Simm, 

Dresse'f par ordre de M. le iriare'chal Vaillant, ministre secretaire 
d'Etat de la guerre. 

Par M. Ch. de la Roche, 

ittachc au miDistere de la guerre. 



Cette carte, gravee sur pierre par Charpeulier, est 
en 2 feuilles giand-aigle, elle a a I'inlerieur dii cuflre 
118 cenliinetres de largeur sur 91 cenlimetres de 
hauteur. 

Elle est a I'echelle de j^^^j^, c'est-a-dire que 1 milli- 
nielie represeiile 800 metres. Elle a ete dressee avec 
soin a I'aide des docuujenls particuliers que possede 
le minislere de la i^uerre, el doune lous los elements 
qui pciivenl s< rvir iJ mdiquei- I'etat gt-ographique de 
noire colonie; on y reconnail les limiles des provinces, 
des divisions etdes suiidivisioiis niilitaires; cliaque sub- 
division mililaire est indiquee par one leinte plate; 
des signes pai licidiers, convenahlemenl appropries a 
I'etendue de ia carle, indiquent les prefectures, les 
sous-pr^fec lures, les bureaux arabes, les cliefs-lieux 
de divisions et de subdivisions militaires, ul les postes 
niilitaires. M. De la Roche y a indique toules ics routes, 
y compris celles qui Iraversent le Sahara algerien et 
unissent entre elles les oasis jusqu'a Ouargia, vers 
I'exlr^me limile du desert. On peut aussi suivre les 
routes a enlrelenir, celies sur lesquelles il resle des 
travaux d'art a execuler, el les routes ouvertes par des 
Iravaux de campagne. Les phares et les posies l^\i- 
graphiques y soul indiques. Des teintes vortes font 



c oniiallie i'eiiiplitceuioiil lies lorets, el des uuinbres 
phic^s sous clitibiine de bellbs qui ont ^liS cadastr^es 
en indiqtunl la siiperliLie ; ressencc dominanle v est 
souvcnt mt>mc speciliee. 

Indi(juer les Hlonl.if^nes ou les encnisscnu-nls dans 
une carle taile a uiie aussi graniie eclielle, c'oiit etc 
so creor, jiour cerluirivs parties d<; I'Al^i'rie encore ])eu 
connues, des difllcidles iusiirinoiilables, aussi I'auteur 
ri'ei) a-l-il trace ailcune, ce (jui lui a perinis dc mul- 
tiplier les auti-es details Idpograpliiqlies qui couvreut 
sa carle. 

Ce travail, (jui esl distinct de celui qu'entveprennenl 
nos officiers d'c^tat-majdi- (tart(\s lopograpliicjues de 
cliai una des trois provinces de I'Algerio, en plusieurs 
reuilles), a el(^ fait par ordre do M. le niinistre de la 
guerro. Cost une carte pratique el admini^itrntive de 
I'Algeiie qui fail lionneur a sbh auleur, M. Ch. de la 
Roche, auquel le ininisl^re de la guerre doit Ai]k 
d'estiiuablcs Iravaux. 

V. A. M.-B. 



( 71 ) 

[louvelleis ct coniiniBnlcatlons. 



E\TRA1T DUNE FETTRE 

DB M. LB LIEUT. COLONEL »E NEVKU A M. J05IABU. 



Alger, i4 mai lH56. 

Monsieur-, 

...,Si vous le desit'ez, je vous iVrai parvertircopie d'Uiie 
inscription que j'al copioe sur le bracelet en pieH-e 
d'uti ties quatre Touareg cjui Sorlt vehus ici au mois de 
Janvier dernier, Je pourrais de rrieme voiiS fail'e par- 
veflir aussi ime inscriplioh qui in'a ete envoySe put 
M. le general Desvaux, commandant la subdivision de 
Batiia, laquelle inscription provienl aiissid'un bracelet 
touareg. Deja nous avions possedc a Alger une inscrip- 
tion recoieillie sur nh bouclier targui apparlenant au- 
jourd'hui a M. le niar^chal Randon. Si vous n'avei! pas 
encore conriaissance de c6s documents, je m6 t'erai 1^ 
plus grand plaisir de vous les procurer. Je ne st\is si 
M. de Slane, auquel je lesai prates, ne vbus en itiri 
pas fait part. 

Coutrairemetit ji i'dpinion eihise par Oudtiey, je 
puis affirmer qiil^ ifes Touareg rtront assure qlie SI'S 
livrcs lout eritiers, ecrits en cartkcteres serliblables a 
ceux des bracelets et du bouciier. exislaienl dans leur 
pays. J'eh ai deniatidd un ; I'obliendrai-je? Si j'y pin- 
viens, il ne sera plus bien diflicile, je I'esp^re, d'exj:)H- 
quer I'inscription tie Grave-Greek; car il est aujour- 
d'liuibors dedoulequela languedes touareg n'est autre 



( 72 ) 
t|ue le bpibci t;, < i Ion parviendra tacilemenl a lu com- 
prendre a I'aule do cetli? dpinii'ie langue dont nous 
avons sous la main tous les elements. 

J'agis avec perseverance, uiais sans bruit, dans le 
l)Ul tie faire vonir encore ici d'aulres j^ens de la ti ibu 
des Touareg. II Taut beaiicoup de patience pour at- 
teindre un but semblable et en rendre les resullals 
durables, ^ous avons du mwderer bien des ambitions 
ut (les enlbousiasmes apres I'arrivee des quatre indi- 
vidus qui elaient ici ;iu niois de Janvier. J'ui pense, el 
je pensi' encore, qu il el;iit neccssairi; de les recevoir 
tres bien, puis de les renvoyer chez eux former i'opi- 
nion de leurs compalrioies, el par leurs recits exciter 
les desirs de quelqiies chefs, auxquels, d'ailleuis, j'ai 
ecrit pour les convier a venirgoiUei- de noire hospita- 
lity. II faul un certain temps d'incubalion pour laire 
eclore les germes que les qualre premiers \enus vonl 
semer dans les esprits. Si mon altenle n'est pas trom- 
pee, nous aborderons alors plus Iranthomcnl la ques- 
tion comuiciciale a I'aide de laquelle nous laiiccrons 
une (lepulalion avec des presents, puis ensuile quel- 
ques vojageurs. En agissant ainsi Ires prudeu)ment, 
nous Ifeverons dans peu d'ann^es les voiles qui nous 
cachenl encore le Sahara, 

J'ai taclie de mellre M. Couturier en position de 
faire le \o)age de Tomhouclou par Insalah; mais le 
mauvais elat de sa sanle la force de rebiousser clie- 
min ; il n'^tail encore arrive qu'a Brizina. II avail 
abandonne le projet d'aller par Tunis, a cause de 
rarri\ee des Touareg. 



( 7» ) 
EXTRAIT 

d'uNB LBTTRB DE M. K\BL bitter, k M. JOMIBD. 



Berlin, 1 8 juillet 1 856. 
Permellez-inoi de vous presenter madame Ida Pfeif- 
fer, de Vienne, qui, par un rare enthousiasme pour la 
connaissance de noire plan^te, a deux fois fail le tour 
du nionde, et, avec le rare h^roisine d'une feinme, se 
prepare a un qualri^ine grand voyage pour finir, a son 
age avanc6, sa carriere voyageuse , en visitanl quel- 
ques pays qu'eile n'a pas encore vus. Le paradoxe 
apparent de ses entreprises a cependanl une profon- 
deur serieiise : I'iiiteret d'un noble genre de curiosity 
et un interfit scienlifiqiie pour la connaissance de 
riiisloire de I'honime et des peiiples, ce qui ne sera pas 
sans fruit pour rellinographie ; car c'e^t le regard sain 
el penetrant d'une feinine dans la vie des sauvages, 
qu'eile senible pieferer aux lioinmes civilises sous 
certains rapports. Elle soubaite , elle desire avoir 
I'bonneur de vous etre presenlee, et, conime noire 
excellent Humboldt I'a accueillie avec sa bienveil- 
lance, conime nos associations des societes d'itistoire 
naturelleelde geograpiiie de Berlin rent re^uecoinme 
niembre bonoraire, par respect pour sun digne carac- 
tere et son d^vouemenl pour la recbercbe , j'espere 
que vous pardoiinerez uia bardiesse de I'introduire 
dans voire sanclui.ire, elc. 



Voici comment s'exprime M. le baron de Humboldt: 

Je prie ardemmenl lous ceux qui, en differenles 

regions de la lerre, ont conserve qiielque souvenir tie 

noon noui, el dc la bienveillance pour mes (ravaux. 



( 7A ) 

d'accueillir avec un vit lnldr6t el d'iikier de lours con- 
seils le porU-ur de ecs lij^nes, inadmne Ida Pfeifpkb, 
Ctl'lebre iioii-senleDienl par la nohlc el courageusc 
conMaike qlii I'a cuhcluile, au milieu de lanl de dau- 
gferij fet de privalioni, de'uA fbis autbur dii ij;loho, liiais 
SurUult 'pai- raimable siniplicile, el la hiodostie qUi 
i'^ghe dariS sbs biivrages, |iar la rectitude iet la jlhilan- 
thropie de se's jugenionts, par rindependance et la 
delicatesSb de ^es senliii)enls. JoUisSdiil de la connahce 
el de ramitie de rclte d^iho iesperial)le, j'adinire tl 
je bl&nle a la Tois celle force de caracl&rc (Jil'blle A 
di^plbyoo parlout oti rhp^ielle, je doviais dil'c dil I'ert- 
tl'i\lhe, son inviiicille ghiit d'eXploralion de Iti iiatUre 
H de^ tticeurs daris les tiiirerniitcs races humaiues. 
Vbyageiir le plus cliai-ge d'annees, j'lii df'sire dnnner 
a tiKidanie Ida Pi'einVr cc faiblle leinOignagi^ de iiia 
hduie et respectlieiise estime. 
A Poslsdam, cfe 8 j'uin 1856. 

AlexaNdAb &e HuMioi.bt. 



( 7b ) 

ANNONcfe. 

Nous apprenons avec satisfaction, qu'un grand 
Dictionnaire Geographiquei redige par une associa- 
tion de membres de rinstitut et de membres de notre 
Societe , se prepare en ce moment ; le plan de ce 
nouveaii Dictionnaire diflerera de tons ceUx qui 
existent et sera infiniment plus ample; il embrassera 
avec detail la geographic datis toiites ses phases 
historiques et dans toutes ses branches actuelles. 
L'ouvrage formera de dix a douze volinnes, accom- 
pagnesd'un ires grand nombred'illustrationsgeogra- 
phiques, historiques, ethnologiques et pittoresques. 
Les fragments qu'on a his plus haut appartiennent a 
ce dictionnaire. 



( 7b ) 
Acfes cic la Soeli^te. 

EXTRAITS DKS PKOCHS-VEKHAUX DES SEANCES. 



Seance da h juillet 1856, 

Le proc^s-verbal de la derniere stance est lii el 
adopts. 

M. Jomard donne des nouvelles plus favorables de 
r^lat de same de M. Conslanl Prevost, president de la 
Commission ( entrale. 

L'Academie royalu dis sciences de Berlin adresso ii 
la Sociele un supplement an volume de ses iMemoires 
pourranneel85A, par M, Dove.et la suite des comples 
rendus de ses seances de juillet a decenihre 1855. 

La Sociele oriontale allemande remercie la Society 
de I'envoi de son Bulletin. 

iM. De la Ro'|uetle communique une letlre par lu- 
quclle M. le colonel Edouard Sabine le prie d'olTrir a 
la Sociele un exeniplaire de sa carte du iMagnetismo 
terresire, faisanl parlie de I'Allas plijsique de M. A.- 
K. Jolinriton. 

M. Jomard donne lecture de deux lellres par les- 
quellcs deux personnes residanl in Algerie ollVent de 
lairo levojage d'Aluerie au St^negol en ])absanl par 
Tombouclou : Tune dcmande <juclk' sera la somme 
allou^e aux Irais d'exploralion en dehors de la valeur 
du prix; el I'aulre demande inic mission de la Sociele. 
Ii sera repondu que le concours est ouverl a tons les 
voyageurs, et (pi'aucune parlie du prix ne pent en 6ire 
distraite avant Taccomplissement dps conditions poshes 



( 77 ) 

par le programme. G*est une r^gle constante suivio 
par les corps savants qui d^cernent des prix pour des 
questions d^lermineos. 

Le meine raembre communique une leltre tie M. le 
chevalier da Silva qui le prie d'olTrir a la Society, de 
la pari de M. Varnhagen, le premier volume de son 
Histoire geiierale da Bres/'J, et il pr^senle, de la part 
de M. Pemland, I'ouvrage de M. le comte Miniscalchi 
sur les decouvcrtes arctiques. 

M. le secretaire donne lecture do la lisle des autres 
ouvrages deposes sur le bureau, 

M. Mirman, professeur de geographic, est present6 
comme candidal par MM. Jomani el Pouza ioux. 

MM, Jomard el De la Rofpielte renrlent comjUo suc- 
cessivenient de la derni^re seance de la Socidl6 royale 
geograpliique de Londres, et ils donnent un extrail 
des diverscs communicaiions qui onl el6 failes dans 
celte reunion. 

M. V. A, Malte-Brun donne lecture de la Disserta- 
tion sur Alise ou Alaise, adress(Se a la Soci6l6 ilans sa 
derniere seance par M. Ernest Desjardins, Tun de ses 
membres, — Renvoi au Bulletin avec les plans qui 
Taccompagnent. 

Le meme membre annonce a la Societe qu'on a re^u 
a Berlin des nouvelles du D' Ed, Vogel en date de 
Kuka du mois de docendne 1855. A celte ^poque, le 
D' Vogel avail reconnu I'exislence d'un nouvel affluent 
du Benue. Cel affluent, noninie le Gongola, prendrail 
sa source au sud-ouest de Yakoba, coulerait d'abord 
vers Test, puis tournanl au sud, viendrait se jeter dana 
le Benue par sa rive droilc, entre le point oil le dnc- 
teur Barth le passa el cekii oii Vest arr^l^ le steamer 



( '8 ) 

)a Pleiade. M. V. A. Rlalte-Biiin ojoi^u (lue d'aprps les 
informalions des naturels vecueillies par M. Vogel, \q 
principal bras du Benii6 viendrait dn Iqc Tiibori, pe 
qui t^xpliqueiail poiuquoi, rpouie dans la saison sfephe 
\? BoiW^ aurait enqore, (|ans la partiii superieure dp 
ipp cours, de 3 a 4 pieds d'e£^u dp prpfqpdeur. 

M. Buisson lit quclquos obaervations len r^ponsp a 
up article de M. de Sj^dow sur la notivelle limits de la 
Riissie et do ['empire otloipan, ii(seir«i dans le n° A lies 
Miltheilungen du D' Pelorinapn, et si^r la carle de 
M. de Sliilpnagel qui acc()mpa;;ne eel ajticle. 

M. |p president rappelle q^e plusiours ouvrages im- 
porlanls ont ete reuvoyes a dillerents inembres tie la 
Coinmission centrale, et il invite pes ipenibrps a faire 
leurs rjippprts pour pi» enrichir |<; Bulletin. 



Seance du IS juil/ef 185t). 



Le jJrqc^Stverbal de la derni^re stance est lu et 
•idopte. 

i\l. Jlossignol, conservatem' des arcliives de la Cote- 
d'Ur, ecril ;t la Sociele pour iui annoiicer qu'il prepare 
yn .^le^lpire sur i'Alesia des Cornrne/Ua/res de Cesar, 
|n I'pponse a pelui que M. De la Croix vient de publier 
sur la uifiuie question, et qu'il s'empresbura de Iui tjn 
»\t|resscr uu exenq)laire aussilol qu'il aura ]>aru. II prie 
%u Illume temps la Sociele de vouloir bieu suspendre 
80^ jugemeut sur 1^ trayaii do M. De la Croix et iiur 
la dibSetialiun que M. Desjanlius Iui a cnvoy^e. 

M. Juuiard donne lecture d'une lellre qu'il a regue 
de M. BruQ-Uullet, voyageur sardc, dai<^e du pay$ de* 



( ?i> ) 

Difrs.lS, ^ars 1856. Cetle lettre ^r^a ^tendue fail con- 
n^Jlre les parlies infenei^res clu cours du K-ejIak jusq^'a 
pliisieurs journ6es dii Bahr-el-Abyad, en roaiontant 
c^\ie rivjore du cote de rouest, ainsi que les moeurs 
et usages des liabilanLs. Cette lellre esl renvoy^e au 
Bi^Uetin avec imo coimiHinicalipp seinblable faile par 
M. De la Roquelle, d'api'63 \\n^ lellre 6crile par le 
tpeme voyageiir A ^ou gquverneinent. 

I.e meme membre fait hommage, au npm de M. de 
Lesseps, du profil du carial in^rilinie d^ Suez, el il 
annonce que le cheyklj. Refa'ba, I'lui cles uleu^as flu 
Caire,a compose un poeiiie en cinquanle-sepl strophes 
s^r Icpcrceinent du canal. Selon quelques personnes, 
ce percemenl aiirait etc; predil dans le vcrset 19 du 
cbapilre lv du Coran, ou il esl question d'un islhme 
place entre deux niers, ainsi qu'il esl parle d'une bar- 
riere enire deux mers dans les chapiires xxv el xxvii. 

M. Alfred Maury communique nne lellre de M. le 
secr(ilaire de laSociele geologique deVienne. Ce savant 
le prie d'otlVir a la Soci^le un specimen en bronze de 
la medaille d'or qui vient d'etre frappee en riionneur 
de M. Wilhelm Haidenger, president des Socieles geo- 
logique el guographique nouvellement form^es dans 
cetle ville. 

M. Maury ofTro ensuite, de la part de M. Logan, 
une brochure inlitulee : Ethnologr of the Indo-Pacific 
Islands, et, de la pari do M. Lamolhe, le comple rendu 
des Iravauxde la Commission des monuments et docu- 
ments hisloriques du departement de la Gironde pen- 
dant I'aiinee 185/1-1855. 

M. Corlambert fait hommage de son coup d'ceil his- 
torique sur les voyages- et sur les progr^s de la goo- 



(80 ) 

praphie depuis 1800 jiisqu'en 1850. Cet opuscule est 
exlniit fl'iine noiivclle edition qu'il piihlie de lageo- 
grajiliie dc Malle Brim. 

M. le secretaire lil Ja liste des aulres ouvrages d^po- 
s6s sur le bureau. 

La Society adiuet au nonibrc de ses membres 
M. Mirman, proFesseur dn geographic. 

M. Cortainbeii fait un rapport sur le globe terrestre 
de M. More. — Renvoi au Bulletin. 

M. Lourmand donno quelques details sur le glohe 
de M. Dosjardins qu'il est alle visiter. 

M. AHVed Mauiy eiitrelienl I'assonibl^e du vovage 
du ]irinco Napoleon dans les niers du Nord et fail 
connoltre les diiTerents points visiles par I'expedition 
dirigee par ce prince. 



.LE 



DB LA 



SOCIETE DE GfiOGRAPHTE. 



AOUr ET SEPTEMBRE 1856. 



Mewiolres, etc.. 

M^MOIRE 

Relatif an travail In a la Societe iV emulation du Doiibs, 
pnvM. A. Delacroix, inf a III e[: DjicouvtiiTK d'Alesia. 



M. A. Delacroix, architecte de la ville de Besancon, 
a lu, dans sa seance du 10 novembre 1855, a la Societe 
d'emnlation clu departement du Douhs , un menioire 
inlitul(^ : DicouvERXE d'Alesia. 

A 25 kilomelres au sud de Besancon, a 12 an nord 
dc Salins, il exisle un plateau de 300 metres d'cliWa- 
lion envii'on. Au milieu des lorels qui Ic couvrent 
prcsque enlierement, sent les clalrieres des deux ha- 
meaux de Sarrnz et d'Alaise. C'est la que, d'api'6s 
RI. Delacroix, etait autrefois la viile d'Allse, Alksia, 
assicg^e el prise par Cesar dans la sepliemc campagiic 
de la guerre des Gaules (iiv. YH des Coinmentaircs) . 

Celte decouvcrte, car e'en est une, nous paraSt avoir 
lo plus grand interfil scientifique. II ne s'agit pas siin- 
pleincnt ici d'uiic ])ure curiosite topograpliiquc, mais 
bien de I'^claircissement d^finilif du recit de Cesar, 
relativemenl a la direction qu'il a suivie dans cette 

Xn. AOUT ET SEPTEMIUiE. 1. 6 



( 82 ) 

campap;ne, a ses grands Iravaiix slral^giques, k la dis- 
piisilion des lii'ux rclrouves et au parii qu'il en a su 
tirer. Nous pouvoiis done comprendre, heaiicoup 
niieux qu'on ne la fail jusqu'a ce jour, le sepliinie 
jivre do sos Comment aires. 

§ I. — Cliacun sait que, jusqu'a present, Alise 
avail ete placee sur le plateau qui domine Sainte- 
Reine, petit village du departeinent de la Cole-d'Or, 
arronilissementdeSemur, presde la station desLnurties, 
entre Muntbard et Verrey, sur le cliomin de fer de 
Paris a Dijon, au sud du chateau de Bussy-Rabutin et 
au nord de Flavigny. Cette position, qui paraissait 
salislaire a presque toutes les conditions indiqu^es 
par Cesar, avail He adoptee par d'Anville (1). 

D'abord, sur le plateau de Sainte-Reine, ou mieux 
du mont Auxois, il y avail autrefois une ville romaine, 
ce qui ne veut pas dire, il est vrai, qu'il s'y Irouval 
auparavant une ville gauloise ; mais cette ville romaine 
s'aj)pelail Alusia. Des inscriptions ont 6t6 trouv6es en 
ce lieu, une entre autres, qui porle ce nom, lequel 
s'est conserve longlemps apr^s la chute de I'Empire 
et la destiuction de la cit^, car nous avonS trouvt^, au- 
dessous d'une croix de pierre qui s'eleve encore dans 
la parlie superieurc du bourg de Sainte-Reine, les 
lignes suivanles, gravies en caracl^res golhiques du 
XVI* si^cle : 

tan. 1554. £(ste. ixo'xt 

per. litit. fairc. Joefph 

bouer. laboureur. ^Qlise 

IHS MA lOSEPII. 

(i) £clairci8senients ge'ofjraphiques sur I'anciennc Gaule, \T^\. 



(83 ) 

1' Celte ville, appel^e Alesia, se irouvait done sur 
un plateau 6lev6 et assez escarpe , surlout clu c6t6 
de I'ouest. — « Ipsiun erat oppidia/i in colle siiinino, 
adinodum edito loco... » (Liv. VII, c. LXix.) 

2° Le moiit Auxois est isol6 et separe par une valine 
de tous les soinraets qui I'enloureiit. L elevation de 
ces difft^rents sommels est, a peu pres, egale a cello 
du plateau d'Alise : ce sont les collines de Mmetreitx 
de Gresigny, de Flai>igny, de Mussy-la-Fosse ct le 
mont Pe^'enel. — « ... CoUes inediocri inter jecto spatio, 
pari altitudinis fastigio, oppiduin cingebaiit. » (Id., ib.) 

3° D'un cote cependant, a I'ouest, s'^tend la plaine 
des Laumes^qm a unelieiie, ou 3 millcs remains, lepuis 
le pied de la colline d'Alise jusqu'a Grignon. — « ... Ante 
id oppidum, circiter niillia passman JII in longitadinetn 
patebat. » (Id., ib.) C'est dans cette plaine dont parle 
C^sar qu'eiil lieu le combat de cavalerie dont il est 
fait mention au chapitre suivant. 

Ix" Au pied du niont Auxois coulent deux rivieres ; 
VOze au nord, et VOzerain au sud ; loules deux se 
jeltent dans la Brenne : i'une au-dessus, I'autre au- 
dessous des Laumes. — « ... Cujus coliis radices duo 
duabus ex partibus flumina subliiebant ... » (Id., ib.) 

5° La colline de iMenetreux, qui est au noril, so 
trouve plus 6loign6e d'Alise que toutes les autres : la 
vallee s'elargit sensiblement de ce cote. — « ... Erai 
a septentrionibus coliis, quern propter magnitudineni cir- 
cuitus opere complecti noa potuerant iiostri... » (Liv. \ II, 
chap. Lxxxiii.) 

Tous les passages de Cesar que nous venons de citer 
sont, conirae on le voit, parfaitemcnt conlonnes a la 
disposition physique du mont Auxois et des pajs qui 



(8/i ) 

I'entourent. Ce n'cst done pos siir de vagues analogies 
que s'etait oppuyc-e I'opinion de d'Auville et de lous 
ceux qui lent suivi. Nous avons nous-meme visits cos 
lieux, el, j)cndanl uii sejour assez piolonge, nous 
avon? j)u nous convaincre de la veritc des remarques 
qui y avaient el6 failcs et des rapprochements qu'on 
en a lires, aussi bien que de I'exactiludc des mesures 
relevees sur ce point par M. du Mesnil, chef d'esca- 
dron d'dlat-major (1). Des ruines romaines fort im- 
portantcs onl ete dccouverlcs sur le plateau ]icndant 
les annuos 170/i, 1750, 1792, 1793, 1812, 1819, 1821, 
1822, 1830, 1830 et 1839. Cos fouilics ont 6ie mon- 
tionnees par feu M. llaillard de Chainbure (2), con- 
servaleur des archives dc Ja Bourgogne. On decouvre 
tous les jours, sur le mont yluxois, des mt'daillos, 
ustensiles et autres objets antiques; on assure meme 
qu'on y a trouv6 des monuments gaulois, mais nous 
n'en avons point vu, et il est lies difficile de s'assurer 
de ce fait, parce que ces objets sont vendus aux etran- 
gers par les paysans, h. mesurc qu'ils los mett( nt au 
jour en cultivant leurs chami)S. 

Nous ne parlerons pas dc rbypollie.'^e bizarre qui 
date dc I'annee 1715 (3), qui a ete soutcnue lic nou- 

(1) Exnmen des tiavnux strnli'fjiiiurs de Cesar duia.it le siego 
cVAlise; 162' livraisnn du Spectateur militaire, vol. XXVII. 

(2) Pietnier raiiport sur les fotiillcs failes a Alise, en iSSg : Voyez 
Memoiici (le la commiisioii des antitjuitrs du di-parUmcnl de la Cole- 
d'Or, annees i838-39-4o et /j 1 ; in-.j°, p. ioi._ a* Kapport par 
le meme, id , p. igS. 

(3) Ours de Mandajors : Eclaircissemciil<; mr In dispute d'' A Ijsc en 
Bourgofjnc et de la ville d'AUz^ capitale des Seveunes en Lannuedoc, 
«u sujet dc lafameuse Alaia assic'i/e'epar Char. Avignon, 1715. 



(85 ) 

veauenl839 par M.Tliieron (1) et suivant laquelle Alise 
aurall ete aAlais (anciennement Alesia) dans ledepar- 
temenlduGartl; car cette opinion r end rait inintelligible 
une partie du septieme la>re ; elle tombe d'ailleursdevant 
le seiil fait rapporte par Cesai' lui-meme, qu'il se trans- 
porta, en lui seal jour, du lieu oil la bataille avail ete 
livree a Vercingctorix, Jiou silue a peu de distance du 
pays des LiNGONKS (environs do Langres), jusqu'a Alise 
(liv. VII, c. Lxvi et Lxviii). Or du pays des Lingons a 
Alais dans les Cevennes, il y a plus de 100 lieues. 

§ II, — Toutes les parlicularlt^s que nous avons 
indiquees plus haul connne aulant de presoiiiptions 
favorables a ro])inion qui fixe I'Alise de Cesar a Sainte- 
/?m/e, dans le d^parlement de laCote-d'Or, se Irouvent 
egalenient vraies, et avec des circonstances bien plus 
frappantes, a Alaise pr6s de Salins. 

Beaucoup d'autres encore viennent s'ajouler a celles- 
ci et nous paraissent avoir I'autorite de preuves; et 
nous pouvons d'aulanl moins etre suspects de partia- 
lite pour la decouverle de M. Delacroix, qu'il nous 
en a coule beaucoup d'abandoniier I'opinion de d'An- 
ville, surlout apr^s que I'examen allentit" des lieux oil 
le celftbre g^ographe avail Jix^ I'ancienne Alise nous 
pai'ut avoir si conipletenient confirmc ses observations. 
Examinons les molds que I'auleur du nouveau travail 
soumis a la Societe (Vemulation du Donbs expose dans 
son JMcDioire sur Alise. 

1° Le nom d'Alise s'esl cunsevve jusqu'a iios jours 
dans celui du liameaud'^/rt/Ac; el, pour qu'il no puisse 

(i) Pi.Tiiport instiL' dans les Blemohcs cle la Societe d'anriculltiie du 
diparUmcnl dcl'.liihe, jinnt'c lS3(^). 



( 86 ) 
s'^lever aucun doute sur Tidentit^ du nom moderne 
avec le nom ancien, M. Di.lacroix cite le registre obi- 
luaire do Saint-Analoile de Salins, qui est du xiii' si6cle, 
el dans le(|uel on lil : a Gimrdus de AtEsrA qui dedit 
nobis, etc... (1). » 

2° Le plateau d'Alaise est isoLfe, ii.Evfe, entour^ db 

COLLINKS DONT LE FaItE EST, A W'U PB^S, DE NIVEAU AVEC 

CELii DU PLATEAU ; mais ces collines sont beaucoup 
plus ropprochees du massif d'Alaise que les sommets 
qui avoisincnt Sainte-Reine iie le sont du mont Auxois. 
Cesar (lit en effel : « ... mkdiocri intevjecto spado... » 
— La pbrase suivanle des Connnentaires, au chap, lxxiv 
du livre VII : « ... regiones secutus quam potuit cequis- 
sinias pro loci nat lira ..,, » qui ne s'entend pas Ires 
bien si on I'applique a la valine assez spacieuse qui 
entourc le i?io/it Au.i'ois , devient lr6s claire si ello 
d^signe au conlraire I'esp^ce de ravin et le sol trcs 
in^gal qui avoisinent Alaise. II en est de ni6me des 
expressions yor^/'«/)fa loca, — demissis locis, qui parais- 
sent beaucoup mieux convenir aux gorges profondes 
el aux precipices abrupts des bords du Lison qu'aux 
collines, assez peu escarp^es, i\\\ bassin de VOze et de 
VOzerain. 

3" Deux cours d'eau enlourent le plateau d'Alaise 
comme celui de Sainte-Reine : ce sont la Todeure et la 
Lison. 

h" A Test de ce plateau, se trouve une plaine de 
3 millos de long ; on I'appelle aujourd'liui le Plan 
¥. planities ». Lne partie de cette plaine porto Ic nom 
d'lle-de-Bataille; une autre, celui de Cliarfoinge, que 

(l) Page I l6 des M^moires de la Society (t emulation du departe- 
meiitdu Doubs, a" serie, VII* vol., i855. 



(87 ) 

M. Delacroix Iraduit ainsi : chair-fouie-en-gey (chair 
enfouie dans la roche). Celle explication paraltra sans 
doule un pen risqii^e: ce n'est pas la seule qui encoure 
cc reproche, car I'auleur dn nouveau Memoire sur Alise 
cherche a se rendre coinpte de tons les noms mo- 
dernes : c'est chez lui un syst^uie ; il veut trouver a 
ceux des villages, hameaux, forets, champs et melai- 
ries qui avoisinent Jlaise une signification en rap- 
port avec les grands ev^nements accomplis en ces 
lieux il y a dix-neuf siecles, et meme avec les moindres 
circonstances du si^ge. Or les noras etant assez peu 
varies chez les Romains, on s'expose done a conimettre 
de graves erreurs en prenant pour des preuves ces 
analogies de ratlicaux anciens el niodernes. Cepen- 
dant, parmi les signilicalions que M. Delacroix altri- 
bue aux noms des lieux voisins d'Alaise, il s'en trouve 
qui peuvent avoir une certaine valeur comme venant 
s'ajouter aux autres preuves, mais qui, consid6r6e3 
isolement, n'en auraient aucune a nos yeux. 

5" Significations des noms modernes rappelant les cir- 
constances d\nie grande guerre aux environs d^ Alaise. 
— Sur le plateau se trouve un endroit appele Foii 
(forum); vis-a-vis du sommet d'Alaise, a Test, sont le 
Camp de Mine (castra MUNrrA?), le Champ de la vie- 
toire; on rencontre encore, dans les environs, le Champ 
de guerre, le Champ des enseignes, la Combe des (re- 
passes, VJle-de-Bataille, el cimetero das Goudas, le 
Fretorio (pr^tobujm), le Camp Cassar, le Conat, qui 
rappelle le mot conatus el qui se trouve situe jusle- 
ment a rendroit ou, dans le systenie de M. Delacroix, 
Vercing6torix dut avoir a faire les plus grands efforts 
pour forcer les retranchemenls ennemis (?). Tous ces 



f 88 ) 
nonis, ol criuilres encoio que nous pounioiis ojouler 
ii ccllc lisle en puisant dans le liclic \ocabulaire tic 
I'auleiir dii Meiiioire, lappollonl assurenient do grandes 
guerrcs dii temps dcsRomains, mais ne mar(|uent pas 
claircnicnt qu'il s'agisse de I'epoque de Cesar ol du 
siop,c d'Alise. Le nom de Camp Cassar m6me ne proiive 
rien : Cesar elant devenu rappcUr.lion de lous Ics 
cmpcrcurs, on sail conibicn il cxistc dc cenlaines de 
Camps (le Cesar en France. 

6° Le Camp (leMine ("^tant liop eleve pour que le pro- 
consul ciil pu I'envelopper dans scs conlrevallalions, 
c'cst sur ce point que, selon M. Delacroix, \ergasil- 
launiis aura dii leuler son allaciue. 11 faut dire copon- 
dant que le Camp de Mine n'cst pas au nurd, uiais a 
Yciid' Blaise ; or Cesar dit : « F.int a septentrionibus 
collis, etc. » Ce detail a d'aiJleurs assez peu d'ini- 
porlancc, 

7° Le plateau d'Alaise a de 16 a 17 kilouielres de 
lour a la base : Cesar dit que les circonvallalions avaient 
juste 11 milles : a Ejus inum'tion/'s (pice ab Bomanis insti- 
tuebatur , circuilus XI milliiini passuuni teupbat ... » 
(Liv. VU, c. LXix.) — 11 milles font, non pas 17 kilo- 
metres, conmie le dii M. Delacroix, mais exactement 
16298", 25, ce qui parail s'accorder parfailemenl avec 
la circonference du plateau. Cost la, selon nous, une 
des nieilleures preuves en favour de I'opinion nouvcUe 
et I'un des arguments les plus forls conlro rhypolliese 
de d'Anville. La ceinlure du i)]oiit Jiixois est dc 
ZiSOO metres au sommel. En supposanlque la base ait 
8000 metres, il faudrail encore se demandor pourquoi 
Cesar aurail fail une circonvallation de 11 millcs ; 
pourquoi, prcsse, comnie il retail, par ranivee pro- 



( 89 ) 

chaine de I'armee gauloise dii dehors, il aurait accom- 
pli des Iravaux au moins doubles de ceux qui elaient 
necessaircs pour investir la place. 

8° M. Delacroix a relrouve les fosses creuscs par 
C^sar; il en trace la direclion sursa cartej et il remar- 
que nieiiie que ce mouvenient de terrain, irop regulicr 
pour qu'il soil le fait de la nature, so trouve reproduit 
surla carte dos officier.s d'elal-niajor, qui n'ont cepen- 
danl pas soupconne qu'Alise dul etre en ce lieu. Cos 
fosses ont des proportions considerables qui ne sem- 
blent pas trop bien s'accorder avec la mesure donnec 
par Cesar lui-nienie : n ...fossam pedum XX direclis 
lateribus daxit, iit ejus solum tnnitumdeni pateret quantum 
sumina lahra distabant. » [Liv, \ II, c. Lxxii.) Or, 20 pieds 
romainsfont 5", 80 (le pied valant0"',29); mais I'auleur 
du Mcmoire nous averlit que Cesar entend, par le pied, 
0",77; et ce qui le prouve, ajoute-t-il, c'est la mesure 
du rocher de la citadellede Besancon, qui est donnee 
au premier livre des Comment aire s : ce rocher subsislo 
le meme qu'aulrefois, et W. Delacroix, qui en a fait le 
chalnage, trouve que I'unite de longueur ailoptee par 
Cesar est parlout de O"",??. Nous pensons que tout 
ceci doit elre soumis a un examen seiieux; car nous 
avons peine a croire que, seul parmi les ecrivains de 
I'anliquite, I'auteur des Commetitaires se soil ecarl*^ 
des inesures convenues, et qu'il ait fait usage du mot 
pied pour designer uno longueur inusitee, assuremont 
inconnue a Piome et dans tout I'empire, ou Ton comp- 
lait 5000 pieds au mille (le milie valant l/i81'",75), 
ce qui fait 0",29 au pied et non 0"\77. 

9" La plaine de Chevjoinge et le plateau A' Amancey 
sont converts de tumuli, sepultures barbares semblables 



(90 ) 

a cellos qui otaicnt en usage chez les Gerinains. On 
sail que C^sar avail clans son armee une nombreuse 
cavalerie d'auxiliaires venus d'outre-Rliin (liv. VII, 
c. Lxv). Dans plusieurs de ces tumu/i, ont ete lrouv6s 
des ohjets tie cuivre et do bronze qui pr^sentent un 
grand rapport avec ceux qui ont 6te tir^s des anciens 
tombeaux scandinaves : - d'ou M. Delacroix conclut 
que les Germains de Tarm^e de C^sar appartenaient 
a la race anciennement fixee sur les bords de la 
Baltique. 

10' Outre les preuves tiroes de la nature et de la 
disposition des lieux, il en est d'aulres qui n'ont assu- 
reinent pas une moindre importance, sinon comme 
arguments, au moins comme explication du texte de 
Cesar, une fois la conviction acquise que I'ancienne 
Alise clait bien ft Jlaise. Ces preuves, ou plutot ces 
eclaircissemenls resultent de I'elude des operations et 
des marches du proconsul dans la fin de la sepli^rae 
campagne. Lui-nieme indique sonimalrement la mar- 
cbe qu'il a suivie avant de mellrt; le siege devant Alise. 
II a quitt^ le pays des Lingonks (environs de Langres) 
pour marcher vers le pays des Sequanes, espdrant ga- 
gner plus facilement la Province (narbonnaise) dont 
Vercingetorix devait lui fermer le passage: « ... qinmi 
Ccesar in Sequanos per extremos Lin gonuni fines iter faceret, 
quo faciliuit sitbsidiurn Proi>incice Jerri possel, etc. ... » 
(Liv. VII, c. Lxvi.) — II est vrai que les Commentaires 
ne disent pas pr^cis^monl qu'Alise filt en Sequanie, 
mais soulement (jue C^sar entrait dans ce pays lors- 
qu'il ronconlra Vercingdtorix a quelque distance de 
la fronliere des Lingoiis. 

Le chei gaulois est defait ; il se retire et va s'enfer- 



( 91 ) 
mer dans Alise: Cesar I'y poursuit et campe, le jour 
qui suit la bataille « allero die » (liv. VII, c. lxviii), 
sous les inurs de cette place. M. Delacroix declare qu'il 
est impossible que le proconsul se fill transports en 
un jour du champ de bataille, a Alise en Auxois, parce 
qu'il y a de 90 a 100 kilometres entre ces deux points 
geographiques (1). Oril lixe, tr^s arbitrairement selon 
nous, et le lieu de la bataille vers Ruffey sur VOgnon, 
et les limites du pays des Liugons. 

11 est remarquable que Plularqne (2) et Dion Cas- 
sius (3) parlcnt aussi de la marche de Cesar a travers 
la S(^quanie : tous deux s'accordent a placer chez les 
Sequanes la rencontre des deux armees. Mais en pour- 
suivant Vercingetorix apr^s sa dSfaite, le proconsul 
renongait evidemment a son premier projet. II est 
assure pour nous, par tout ce qui prSc^de, qu'Alise 
est en Sequanie; mais les passages des trois historiens, 
en donnant une forte presomplion a cette opinion, 
n'en seraient pas, a nos yeux, une preuve suflisanle. 

Nous ne pouvons regarder comme serieux I'argu- 
ment que M. Delacroix pretend lirer du nom de Man- 
deure. Cesar dit qu'Alise etait chez les Mamiubii ; or co 
petit peuple n'est connu que par la mention qu'il en 
a faite (liv. VII, c. lxvui). Mandeare se trouve dans la 
valine de Saint-Hip])olyte, au nord-ouest deBesangon, 
par consequent a une grande distance A'Alai.se. C'Stait 
autrefois Epomanduouurum , nom que M. Delacroix 
decompose et explique ainsi : i:po-mandiio-du-rum (che- 
val-mandubien-dou-reu). Les Mandubiens devaient 

(i) Pajje 1 ig, des Memoires cites plus haul. 
(a)C. J.C.sar, c. XXVJ, id. 
(3) Liv. XL, id. 



( 92 ) 
6lre iin Ires petit pciiple do la confcdornlion ilcs S»i» 
quanes : comment supposer que lour pays s'elendlt 
du leriiloire d'Alaise, dans le deparleinetil nii Jura, 
jusqu'a ceiui de Mandeure, au norcl de Pontarlier? 

Le plus grave reproche que nous ayons a adressei" 
au Memoive diC M. Delacroix est d'avoir ilonne tant de 
pla; e a de simples conjectures, au lieu de grouper et 
do presenter avec melbode les preuvcs serieuses qu'il 
a eu le mt^rite de trouver. Un cbapitre entier de son 
travail est consacr6 a renumeralion dcs liamcaux et 
dcs communes que C<5sar a dd traverser. 11 suit pas a 
pas scs moindres mouvemenls, le fail voyager a son 
gre, alTirmant qu'a lei point il s'est arrele, que son 
armee a camj)c a tel ondroil; hion j)liis, il |)relend 
meme indiquer les lieux ou Cesar s'est transporle seul: 
« Cesar monlc, dil-il, au chateau du Mont-Malioux. » 
En veritt^, les pretentions les plus excessivesde rarcli^o- 
logie ne sauraient juslifier un pareil syst^me. Nous 
croyons aussi que le texle des Commcntaires n'a pas 
loujuurs ele bien compris par M. Delacroix. Cesar, 
apres avoir parle de circonvallation de 11 millcs qu'il 
fit faire aulour d'Alise, ajoute : « Castra opportunis locis 
crani i>osila, ibiqne castella AXIII facta; quihns in cas~ 
tellis intenUu stattones disponebnnttu- , ne qua siibito 
irniptio fievet : ha'c eadeni noctn excnbitoribiis ac firniis 
prwsidii.s tenebantiir. » (Liv. VII, c. lxix.) Or il est evi- 
dent, ainsi que I'ont compris lous les commentatcurs, 
que les 23 chateaux, assez elevds pour que les soldals 
qui y turent places pussent apercevoir le pays environ- 
nant, cntouraienl la place et se trouvaicnt enfermes, 
ainsi que le camp, enlre les Iravaux de circonvallation 
opposes a Yercingelorix ct les Iravaux do conlrevalla- 



(93 ) 

tion opposes ;'i I'armoe desGaulois venue a son socours. 
L'aiiteiu" clii RleiHoire distribuo cos Tlcastella sur loufo 
I'etentluo du plaleau d'Amancey, voisin d'Jlaisej cc 
plateau a 55 kilometres de louret s'etcnd des sources 
du Lison a celles de la Lnne. M. Delacroix va plus loin : 
« On retrouveralt encore de noire temps, dit-il, par 
leurs traces et leurs nrfms, ces nombreux emplace- 
ments que Ics Ijcsoins des guerres moins anciennes 
n'ontpas du changer. » Puis il cite les noms modernes 
des 23 lic'i'X ditlt^rents qui lui rcpresentent a peu pres 
les 23 posti-'S de Cesar. Gette explication du texte latin 
ne soutient j)as I'examon. 

La severito de nos critiques prouvcnt a M. Delacroix 
tout le cas que nous I'aisons de son interessant Meinoire 
el Timportance qu'il faut atlribuer, selon nous, a cello 
decouverte considerable appuyee sur des preuves si 
evidentes et si ingenieusement d^duites. II ne nous 
parait pas que le doule soit encore possible sur le 
veritable emplacement d'Alise, et c'est uniquement a 
ce rcmc'.rquable travail qu'on doit la ploine lumiero 
qui so fait, apres dix-neuf si^cles ecoules, sur lo 
scpti^me livro de la guerre des Gaules (1). 

Ernest Desjardins. 

(l) Voyez la plaiiclie ci-jointe ou nous avons re'uni, pour qii'oii 
nit en ciuelque soile sous les yeux les princip.iles pieces du proces : 
l" le plan d'Alaise et des environs; 2° celui d'Alise-Sainte-Reine, qui 
a paru dans le Speclateur niilitaire, ct rc'duit a moitie; 3° Ic plan du 
plateau d'Alise-Sainte-Ueine, d'aprt-sM. Maillard do Cliamljuie. Par 
le meine motif, nous donnons a la suite I'extrail d'un MJinoira sur 
icmvlaccment d'JIcsin, lu a I'Academie des ijiscriplions et liclles- 
lettrcs par M. Jomard, avec une [lelile carte oiisont traceesla niarclie 
do I'arnir'e inmaine et celle dc I'aritie'e {jauloise. N. D. R. 



( ^4 ) 

EXTRAIT 
d'un m6moire si/n l'emplacement d'alesia. 



§ I. — Observations preliniinaiies. L'ne decoiiverle 

recente, faile dans le departement du Doubs. entre 
Ornans et Salins, vient d'attirer I'altention des ai- 
ch^ologues, enBomgogne coinme en Franche-Coiut^, 
el ineme de susciter enlre eux une assez vive pol^mi- 
que, a I'occasion de rinteressante question d'liistoire 
et (le slrategie que soulove la position d'Alesia, cetle 
ville fameuse , dont la prise et I'occupation par Jules 
C^sar mit un terine a I'heroique ri^sistance de nos 
ancelres; ev^nement dont rimporlance est telle qu'il 
est egalenienl superflu de la signaler, et interessant 
d'en decouvrir le veritable theatre : cette polc^mique 
semble rappeler I'ancienne querelle qui, au temps des 
Arabes, divisait les Sequaniens et les Eduens (1). 

Lorsque d'Anville, en lllxi, pla9ait Alesia a Alise- 
Sainte-Reine, entre Flavigiiy et Moiitbard (2), il uiain- 
tenait seulement cet enaplacement, d^ja indique par 
dom Jourdain, et, bien aupaiavant, par Nicolas San- 
son, dans sa carte de I'ancienne Gaule (Gallice antiqiue 
geographica descriptio, 1027, h fouilles); par Berlius, 

(i)S'il ne s'agit plus de disputer la possession exclusive du ccjurs 
de la Saone et la perception du peage conmie au temps de Strabon, 
I'objet de la contestation attuelle a sod importance : il s'agit dc- l.i 
possession d'Alesia. (Strab., liv. IV, p, ig^.) 

(a) Eclaircissements liisloriijutssur fancienne Guule, avec une carle, 
page 43G etsuivanles. 



( 95 ) 

dans son edition de Ptolom^e, de 1618, etc. Enfin le 
savant abbe Belley adoptalt la menie opinion (1). 
Mais d'Anvilie, le premier, ajoutait des raisons puis- 
santes a I'appui de cetle indication, surtoul une etude 
suivie des marches de C^sar, avec un plan delaill6 dcs 
Jieux, communique par dom Jourdain. Tons les sa- 
vants, presque sans exception, ont suivi cette doctrine, 
jusqu'a Walckenaer coDipris, comme on peut le voir 
dans sa carle et sa Gaule de 18Zi2. Le moment n'est-il 
pas venu de mettre en parallele cette opinion si g6n6- 
ralement accejUee avec I'opinion nouvelle qui vient de 
se produire? 

Je commencerai , comme je I'ai dit , par lire un 
fragment r^cemment ecrit sur la nouvelle d6couverte, 
et qui est I'ceuvre d'un jeune professeur d'histoire 
bien connu de TAcad^mie |)ar son essai sur le Lalium 
et par son ouvrage De tabulis alirnentariis (2); apres 
quoi j'essaierai d'apprecier les raisons qu'on fait valoir 
en faveur de I'opinion nouvelle ; je finirai par I'examen 
des objections. 

Je mets d^s a present sous les yeux de I'Acaderaie 
le plan des environs d'Alaise qu'a donne I'auteur de la 
d^couverte recente; le plan d'Alise-Sainte-Reine et des 
environs, soigneusement leve par les ing6nieurs du 
d^pot de la guerre a une echelle quadruple de la carle 
de France ; enfin un petit plan du plateau d'Alise. Voici 
comment s'exprime M. E. Desjardins sur cette int6- 



(i) II passe tneme pour etre I'auteur de la dissertation sur Alesia, 
inseree dans le volume ci-dessus cite. 

(2) M. Ernest Desjardins. U est inaiiitenant charge' d'une mis- 
sion lilteraire dans la Sabine et Tancienae Etrurie. 



( C(5 j 
ressanle quoslion tie noire Iiisloire iialionalc; mais, 
qu'on lie prcnnc pas le chango relalivement a I'opinion 
a la(jiiello je nie suis arrcle; car j'ariive aux memcs 
conclusions que iios savants prt^dt^cesseurs. 

§ II. — Exposition d'tine opinion nouvelle sur I'enipln- 
cement iV Alesia (1). 

Depuls longlemps, commo jc I'ai dit , la position 
d'Alesia a el(5 fixee a Alise-Saintc-Rcine, en haute Bour- 
gogne, a peu de distance au sud-est de Monthard ; les 
hisloriens, coinme les geographes, se sont accordds a 
consiilerer le mont Aiixois coiiiine satisfaisant aux des- 
criptions ct au recit de Jules Ct^sar dans ses Cjomincn- 
laircs, De hello gaUico,\i\\ VII. Malgre cette unaniuiile, 
une nouvelle solution est aujourd'liui proposce , qui 
transporte cetle position a Alaise (2), a plus do trenle- 
cinqlieueskilonietriques vers Test d'Alise-Sainte-Reino, 
c'est-a-dire a une grande distance du pays des Mandiibii 
dont Alesia etait le chef-lieu, c'est-a-dire a colui des 
Seqaaniens ; aulrenient de la Bourgogne a la Franche- 
Comle. Gt'lle deterniiualion est-elle preferable a I'an- 
cienne, et satisfait-elle iiiieux aux conditions du livrc VII 
de la Guerre des Gaules ? C'esl ce qu'il faut examiner en 
presence des arguments do M. Delacroix, auteurde la 
nouvelle opinion, et de ceux des personnes qui I'ont 
enibrass^e. Mais comnie la question est uniquement 
de savoir si les licux indiqucs currcspondent exacte- 
inent a la narration du vaiiujueur des Gaules, il I'aut, 
avant tout, se bien p^netrer de celto derniere : c'est 
pourquoi nous allons rapporter ici le lexte presque 
enlier de Jules Cesar, sauf cc qui est etranger u la 

(i) Voy. ci-dessus p. 8i el suivantes. 

(a) Entie Ornaiis et Salins, pvo* du lioui{; de Nans. 



( 97) 

lopograpliio inumc, on a la description des localil^s.- 

^ III. EXTRAIT nU LIVRE VII , DF. BKI.I.O GALLICO (1). 

§ ll. Deleriiiiiialioii de reinjAacement d^ Alesia par' les 
conditions topoi^rdpliiqites. — Et d'ai)ord parlons du 
nom d'Alesia. S'il fnllalt considerer coinine un argu- 
ment decisif, on du moins important, la conformity 
des noms, I'avantage no serail pas pour la position du 
lieu en Franche-Comto : ce n'est pas seulemenl parce 
que le mot dJAlise est aussi pr&s du nom d^Jlesin que 
le mot Alaise ^ mais c'est encore parce que le nom 
de la ville a une forme particuli^re, savoir, la forme 
iy Alexia, dans plusieurs auteurs, dans Plularque (/^'e 
de Cesar), dans Pline, dans cerlains manuscrits de 
Slrabon. En effet , le mont Aulxois , siege d'Alesia 
(qu'on (^crit aujourd'hui Auxois sans /, jiar simplifica- 
tion), renferme Ics m6mes (Elements que le mot Alexia 
ou Alecsia (2). Mais ce n'esl pas a la plus ou moins 
grande conformile des noms qu'il faut s'arreter; c'est 
la souvent un indicc Irompeur, non-seulemcnt dans 
les sujels de i;<^ographie compar^e , mais dans bien 
d'autres questions d'arcbeologie : nous reviendrons 
sur ce point ('i) ; nous attribuerons plus de valeur aiix 
conditions geograpbiques et strategiques. 

( 1 ) Voyez a la fin le texte du liv, VII de Bello Gallico, chap. LXIII a 
LXXXVIII, cite par e.xtrails. 

(2) D'Anville a ncylige ce rapprochement (jui iie maiinne pas 
d'importance ; Casaubon a ecarte, mais sans prciive siiflisantc, cette 
orthojjraplic' dans son commenlaire de Slraljon. (Voy. plus loin). 
D'autres Font F.iit aprcs lui, sans plus d'autorile. 

La forme c.itx ou tiulx est commune en Bourgogne; Auxonne en 
Franche-Cunite ; Auxon, Auxerre, en Bourgogne. 

(3) Uifferentes formes dunom: Alesia, AL'ma^Als incum, Alislncuin 

XII. AOUT KT SKPTl'.MBRK. 2. 7 



( 08 ) 

Strahon, comino C^sar, nous apprend que I'iinpor- 
tanlo ville cl'Alesia elail dans lo pays des Mandubii. 
Les Mandubiens, dit Strahoii, (itaiont voisins et places 
aux confins «ics Arverni (liv, iv, pag. 191, 6(1. 1727),.. 
Mi'vSuSiuv t9voo;ofidpou ToTj Apouc'pvoi? : Comment alors la ville 
d'Aiesia aurail-rlle ete en Seqiianie? Plutarque seul, 
avecDionCassiiis, semhlcrail le iaire croire; mais Cesar 
ne dit lien de seinblable. En nous apprenant qu'Alesia 
ilait le clief-lieu des Mandubii, qui etaienl voisins des 
Arverni, Ct^sar, par ce seul mot, les place bien plutoi 
en Bourgogne qu'en Franclie-Conite. De plus, les 
Mandubii elaienl uno fraction des iEdui, comnie on 
I'a dil, ce qui les eloigne aussi des Seqiiitni. 

Solon Diodore de Sicile, Alesia otail au centre de la 

Gaule, par consequent loin de laS<^quanie, qui fail la 

ronliere du pays. Ce lemoignage d'un historien peu 

precis n'a pas, il est vrai, la valeur qu'aurail celui d'un 

g^ograpbe ; mais il n'est pas permis de le ncgliger tout 

a I'ait. Strabon, dont I'autorite aurait 6l6 decisive, ne 

fixe pas positivement reuiplaceuiont d'Aiesia; mais il 

rous apprend, comme Cesar, que c'etail une ville des 

Mandubii. Nous lirerons peul-6lre ])lus(le luini^re 

des marches de I'arm^e rouiaine; il nous a semble 

qu'elles meritaient une nouvelle etude : nous ne pou- 

vons en donnerici que le risullat. 

g 5. Marches des anneen roinaine etgauloisc (1). — A la 
suite de la relraile de Cesar, qui avait Iev6 le siege de 

Alhc^ AUze^ ct fa2V.s /llisiensis, pagm Alsinsis. (Voyez plus loin.) — 
On sail que le nom de S;iiiitt-Keine a ele joint an mot Jlife, paice 
que c'lst en ce lieu que la sainti* a souffert le inartyre. 

(I) Voyez IVsiiuissedela carte ci-joitnte, on est Mj^urec approxi- 
niativi'inenT la nmrrlie cjes denx arnii'cs. 



( ft9 ) 

Gergovie, lesEduons, ;illi(^s ties Uo mains, firent defec- 
tion ; G^sar aussilot se, porta dans le Moid, afin de se 
rapprochei" de son lieutenant Labienus, qui etait, avec 
ses quatre legions, cantonne^ chezles Senones et lesPa- 
risii, a 200 milles plus loin. II traverse I'AHier, en face 
de remplacemenl actuel de Moulins (selon toute vrai- 
semblance), pendant que les Gaulois passaienl I'AHier 
nonloin du lieu de Vichy, et il traverse ensuilela Loire 
a Nevers (Nevirnum). On manque de donn^es sur sa 
route enlre Nevirnum et Agedincum (Sens); mais on 
ne peut pas douter qu'il ait traverse I'Yonne, afin de 
ne pas trop s'eloigner du pays des Lingones , leque' 
etait sa destination: Quuni Ccesar in Sequanos per extra- 
mos Lingonuin fines tterfaceret. Dece cotecoule I'Arman- 
9on ; la aussi devait se trouver reunie une partie de la 
levee en masse ordonnee par le general gaulois : Ma- 
gna horum coacto numero (J), C'est aussi de ce cote que 
se passa Taction decrite dans les chapitres 66 a 68 du 
livre VII des Commentaires, et oii les Germains por- 
tferent un grand secours a I'armee romaine. Labienus, 
alors, 6tait ralli^ au gros de I'armee. C'est encore de 
ce point que I'armee gauloise vaincue se retire pour 
allcr s'enfermer dans Alesia. 

Or, on trouve douze a treize lieues entre le mont 
Aulxois et un des points du cours de i'Armangon le 
plus rapproclie. 

Comment s'exprime I'auteur des Commentaires? 
Vercing^torix, voyant sa cavalerie defaite, rassemble 
ses troupes et se porle en toule diligence sur Alesia : 
Protimisque Alesiam quod est oppiduin Mdndnbiorni/i 

(i) Ce fic//o ^aWco. liv. VII, chap. C8. 



( 100 ) 

iter facere ccvpit (chap. 08). Cesar lo suit Tepee dans 
les reins, taille en pieces 3,000 hommes deson arri6rc- 
garde, marclie pendant lout le temps qui restait de 
cetlc jouinoe, et, \o Jour suiuant, vient camper devant 
^lesia : Quantum cliei teinpus est passitm... Altera die 
ad Alesiam castra fecit. Quelle marchc a-l-il pu faire 
(a la fm de I'el^) pendant le reste du jour apr6s I'ac- 
tion , ct tout le jour suivant? Le moins, apparem- 
ment, c'est dix ou onze licues, ou trenle-lrois n)illca, 
ct pcut-etre Irente-six milles (douze lieues) ; or, tollo 
est la distance du monl Aulxoisa l'Armangon,cominc 
on I'a vu tout a I'heure. C4'esl parce qu'il y a icl un 
inlervalle expriine en temps (si ce n'est en milles) que 
le chapitre 68 est le plus important des Comnientaircs 
pour determiner la [X'silion d'Alcsia avec toute vrai- 
semblance. 

g 6. Du noin tV Alesia. — J'ai dit jilus haul quclquo 
chose du nom d'Alesia : c'est le moment d'entrer dans 
quelques developpements sur ce point. Le nom d'Alise, 
qui rcpresente celui d'Alesia, s'est ecril dans Ics diiro- 
renls lemps de diverses nianieres, de nunie quo le 
nom de la montagnc d'Alise; on a dit aussi Alisincum. 
Alesia a ele ecril Alecsia, ou, avec un x. Alexia; de 
meme Auxois a etc ecrit Aulxois, avec un /, et c'est 
peul elre I'orlhographe la plus correcte. D'Alesia sonl 
?enus les noms du ])a\s, pagas ci/isieusis ct pagus al- 
sinsis par contraction, nom qu'on Irouvo dans les acles. 

Casaubon, dans son commentaire suilo IlPlivrcdi^ 
Strabon, critique el rejttlc rorlhograplie Alexia, 
Ah^io-j, qui se trouve dans les manuscrits; mais il n'on 
donne aucune raison, si ce n'est que le mot est ecril 
ordinairement par le siguia, et loulcfois il conclut par 



J 



( K)l ) 
le doule : Potest esse obscurum quonwdo ea vox olim 
sci-iberelnr. Cependant Plutarque [Vie de Chat) se sert 
aussi de cette orthographe, comme Strabon lui-meme. 
Quoi qu'il en soil, elle me parait evidemment la 
source de celle du noin moderne, jadis ecrit avec un /, 
viant /luLxois; c'est line raison a ajouter a toutes les 
aulres en faveur de remplacement d'Alesia a Alise- 
Sainte-Reine (1). 

Si nous consultons la nomenclature des lieux situes 
dans le voisinage, nous en Irouvons un gi'and nombre 
donl le npm commence par la sjllabe aux : arrondis- 
sement de Dijon, Jiwoime ; ari'trndissemenlde Beaune, 
Auxaiit ; arrondissement d'Autun, yltixey le grand et 
Juxey le pelit; arrondissement d'Aulun, Juxj. Le 
nom de rimportante ville d'Auxerre , comme chef- 
lieu, est un exemple encore plus sfiillanl. On voit aussi 
beaucoup de noms semblables en Franche-Comte : 
Auxange,* Auxelle, Auxonne, Auxon. Enfin, dans des 
contreesplus eloignees, on Irouve Auxy (Loiret), Auxy- 
le-Ciiateau (Pas-de-Calais) , Auxon (Aubej . Dansle reste 
de la France, on en comple aussi plusieurs de la memo 
forme : Aux (Gers), Auxais(Manche), Auxlllac (Lozere), 
Auxillon (Tarn), Auxois (Nievro), Auxonnetles (Seine- 
et-Marne), Auxon (Marnc), elc. Je n'ai produit cetle 
longuc enumeration que pour monlrer uniquement 
qu'il ne faut pas trop s'attacher a des conformitiis de 
noms dans les questions de geographie comparee. 

Cependant, il n'csl pas douleux que I'origine pre- 

(i)On puunail coiijecuiKii- (|iic le nom e!niit tie \.\ t'unne a/x, p''-*-" 
ou (i/e.v, a etc ailouci mi tiansroiiiie par Ci'sai en Ali'S^ d'oii ''cMa. 
La Hiiale ilcs noms ganlois V( rcinjietoiix , l'!por('(Ioi ix. ' 'iGc'f'x, 
Dumnorlx, Aml)iorix ct d'aulies, appuie encore ceUe -onjecliire. 



( 102 ) 

nii^re de la nouvelle opinion qui place Alesia au lieu 
^'Jlaise (Franclie-Comlo) vienl de ocUe raeme con- 
formity, ft Ton a oiibii6, en comparant ce noni a 
AXriffia, (jue la prononciation ancienne de Trj etait i 
long.coinnie elle Test encore aujourd'hui cliez lesGrecs 
modenies. 

Dans les environs du lieu d'Alaiso, on trouve encore 
Doulaize, la riviere du Lizon, la Lizine, etc. 

On decouvre, il est vrai.quelques antiquites dans le 
sold'Alaise, des fibiiles, des lances, des fers de fl^che ; 
uiais oil n'en trouve-t-on pas la oil ont sejourne ou 
passe les Roraains? Les mots de fossure, de valUeres, 
de plan, ont 6te produils comnie representant les/oj- 
ses, les contrevallations, \di plaine d'Alesia ; et ceux de 
bataille, champ de guerre, cluunp de victoire, camp 
de la mine et il'autres encore, comme rappelant les 
circonstances du siege. II faudrait d'autres arguments 
pour retrouver Alesia dans cet endroil rccule. Ce 
qui est important dans la question, c'est <|u'il ne s'y 
trouve pas de voie romaine, comme il devrait en 
exister \)our cet oppiduin, le chel-lieu d'une peuplade. 
Alise-Sainte-Reine en compte trois, qui se rencontrent 
£ur ce point strategique (1). 

II se trouve a Alaise deux rivieres; mais elles ne 
6ont nullement situ6es comme le veulent les Commen- 
tnires : Citjus col/is radices duo duabus ex partibus 
flumina subluebant. L'elendue alVecl^e au theatre du 
si^ge dans I'opinion nouvelle est si vasle qu'on y 
trouverait facilement les qiiatorze milles de circonval- 
lation, munitio exterior, que Cesar fil elever pour se 

10 V'^y** '3 planche ci-jointe. 



( 103 ) 

d^leiidre contre renaemi du dehors; luais I'espace est 
vague et mal circonscrit, si Ton en juge par le plan. II 
en est de meme de la plaine, placee devant I'oppidura, 
et qiii etait de trois milles seuleuient : Ante oppidurn 
planities circiter itiiltia passiaun III in longitudinem pate- 
bat (cliap. 69), mesLire qu'il repute jusqu'a Irois fois. 

Le systeme d'Alaise est sujel a Ijeaucoup d'autres dif- 
licultes, il serait superflu d'entrer ici dems un exainen 
circonstaiici^. Le point capital c'est la situation du lieu 
ou s'est donn^e la bataille qui a precede et amene le 
siege d'Alesia. Un peu de vague repandu dans le recit de 
C^sar a pu embarrasser quelque temps les critiques ; 
mais les mots tie quiun Ccesar in Sequanos per extremos 
Lingonumfines iterfaceret, obligentde s'arrSler aux con- 
fins des Lingones, et ne permettent pas de se transpor- 
ter a trente-cinq lieues, pr^s de cent milles plus a lest. 
Pourquoi Cesar, qui allait rallierLabienus tresloin dans 
le nord de Gergovie, et dej^'i force de traverser TAilier et 
la Loire, aiirait-il encore 6t6 clierchcr la Saone pour la 
traverser? Sans parler du pays montagneux et difficile 
qui separe la Saone de la Loire, il eut du, dans ce cas, 
passer a Bibracte (Autun), ou meme s'y arrfiter; il 
n'en dit absolument rien. 

§ 7. Objections contre le placement d'Alesia a AlisS' 
Sainte-Reine . — II est temps d'examiner les objections 
qu'on pourrait clever contre I'ancienne solution. Le» 
\oici : 

1° Alise-Sainte-Reine est trop loin du champ de 
bataille oil les Gaulois ont ele defaits. 

2° On ne Irouve point c» Alise ['emplacement des vingt- 
trois castella que Cesar avail ajoutes a la contrevallation , 

3* On ne trouve point sur le terrrain d'Alise la 



( lOZi ) 

])0.ssil)ililu do placer Ics deux encoiules de Cesin".riniin- 
tiu interior, mimitio exterior, I'uno de onze millos, I'aulre 
de qualorzo mllles. 

h" L'euiplaccincnl du mont Aulxois ne pouvait ro- 
covuir Ics (jiialie-vingt mille defenseiirs qui occupaienl 
]a place. 

5° Cesar ne mentionne pas le vallon occupe aujour- 
d'hui |)ai" Giesigny sur Alisc, ou coulo Ic ruisseau de 
Rabulii). 

Resoudrc ces difficiilles ne sera pas un soin superflu. 

1° Si Ton adinct rArniancon pour la riviere sur les 
Lords de laquello s'esl doiinec la fj;rande balaille d6- 
crite au cliapilro 67, ou Vercinu;elorix vit sa cavnleiie 
presque perdue, il n'y a jioinl de difliculte pour la 
ilistance de ce lieu a Alisc-Salulc-Rcine. Le general 
gaulois se retire sur Alesia ; Cesar le suit, inarcliant 
])Our ainsi dire sur ses talons, lui tue trois mille honi- 
mes de son arriere-garde ; il reslait encore une parlie 
de la journ6e : « Qnantiun diei tempits est passum. » II 
arrive le lendemain devant Alesia, ou I'ennemi etait 
deja entr6 : Altera die ad Alcsiam castra fecit (cli. 68). 
La distance, jc I'ai dit, est d'environ douzc a treizo 
lieues; qu'y a-t-il de surprenant que I'arm^e romainc, 
au moins I'avanl-garde, ait fait ce Irajet en plus d'un 
jour? Que d'excmplos n'avons-nous pas de marches 
forcees, bien plus exlraordinaires? C^sar ne devait-il 
pas, a tout prix, chercher a enipecher Vercing^torix 
de pen^trer clans la place, et le poursuivrc avec toule 
la vitesse n^cessaire pour I'atleindre auparavanl s'il 
elait possible ? 

2° On ne trouve point a Alise ni ailleurs les vingU 
trois lours, castella, qui elaient distribueos sur la 



( 105 ) 
conlrcvallation. Mais comment 6laient constrnits ces 
ouvrages dc campagne ? nous I'ignorons; quels qu'ils 
aient «^te, il n'y a licn c!e surprcnanl qu'ils aient ciis- 
paruapres dix-huit si6cles de revolutions oudechange- 
nienls conlinucls; Fiavigny, Sainte-Reine et les cinq a 
six villages qui les cntourent sont peul-elrc batis de 
ces niateriaux, couime de coux d'Alesia meme. 

3° Une autre difliculte consiste dans les onze et qua- 
torze milles dc doveloppement qu'auraienl les lignes 
do conlrevallalion el de circonvallalion ; a niolns de 
supposer que Cesar a voulu exagerer I'etendue de cos 
ouvrages, on est oblige de les trouver sur le terrain. 
Ne dissiniulons rien de la force dc I'objection. Pour 
trouver les vingt niillc sept cent et tant de metres que 
reprdsentent les qualorze milles romains, il faut que 
la ligne franchisse qualre vallees : I'Ozerain, I'Oze, la 
Brenne et le ruisscau de Rabutin; mais il faut plus en- 
core : la ligne de circonvallation devait francliir des 
montagnes tilevees sur quelques points de quatre cenl- 
vingt metres environ, le mont Plcvnel, la montagno 
de Gresigny, le mont Menetreux el la monlagne du 
midi. C<!!sar siiivit dans le trace de celte ligne, les ter- 
rains les plus;<«wqu'il fut possible de trouver : Regiones 
secutus quam potuit cequissimas pro loci naf/ira, 

Malgrt!; celte restriction, fjnain potuit, il est dilFiclle 
(le trouver un terrain uni dans loute cette enceinte, 
nouvelle difficulte qu'il s'agit tie lever. Le redacteur 
de la notice du Spectateur militaire sur Alesia ne s'ex- 
plique nuUement sur ces points ; il n'indique pas les 
lieux ou il suppose que la ligne devalL passer; il trouve 
environ trois mille deux cenis metres de nioins sur la 
ligne exlerieure, il pouvait dire plus. Or il ine sem- 



( 106 ) 

l)le qu'on pent admettre une ligne do reiiaiis, on zig- 
zag, passant par les endroits uioins escarp^s, ce a quoi 
d'ailleiirs forcait la configuration du sol; les angles 
rentranls etaient proteges paries tourelles dont il a 61^ 
parU\ Cetle explication, qu'appuie un passage de V6- 
g^ce (1), ]iermel do houver facileniont les onze etqua- 
torze nillles le dt^veloppement. Quanl a la grandeur de 
ces ouvrages, porsonnen'ignoro que lessoldals roniains 
6taient habitues a faire do ces travaux gigantesques et 
a les-accomplir avec la plus grande rapiditt^ C6sar, au 
reste, avec son coup d'oeil d'aigle, vit toul tl'un coup 
I'f^lenduc et la dilTiculte des travaux : Adliortatus ad 
taborem inilUes... (ch. 68.) 

4" L'euiplacement du niont Aulxois , supposant 
metne que la ville d'Alesia I'ocoupat tout entier, pou- 
vait-il recevoir les quatre-vingt unillo defonseurs? II est 
vrai tjue le plateau n'a pas mille mitres sur deux mille. 
Mais le texte de Gesai- n'exige j)oinl que loute Tarineo 
gauloise y tut enlerinee : il indiquo m6me les positions 
exterieures que les Gaulois occupaient, d6s avant I'ar- 
riv6e de I'arm^e de secours. 

5" La vallee qu'occupe aujoiird'liui le village de 
Gr^signy, ou coule le petit ruisseau du Rabutin, n'est 
pas mentionn^e dans les Commentaires ; C^sar ne parle 
que de deux rivieres que nous retrouvons dans I'Ozc el 
rOzerain ; on pourrait diro de cetle omission (si c'cn 
est une) que Cesar en a us6 ainsi dans loute sa guerre 
des Gaules. 

§ 8. Resume et conclusion. — Je n'ai plus qii'a risu- 
mer, en peu de mots, les conditions auxquelles doit 

(i) Voy. ci-apres la citation a la suite du texte de Cesar. 



( 107 ) 
satisfaire la solution dn probleme : determination de la 
position d'Alesia parla topograpliie, par la marche des 
armees, par lesdistances, par ladenomination des lioux. 

TopoGRAPHiE. Le niont Aulxois, escarp^ de toutes 
parts, oppidum ]>lac6 sur ie sommet d'une colline trcs 
6lev6e, environnee de montagnes de hauteur presque 
loutal'aitpareille (1), les deux rivieres qui I'enceignenl, 
la plaine de trois miiles romains qui etait au-devant 
de I'oppidum, tout le pays plein de ravins et d'escar- 
pements, voila le site lei qu'il est decrit par Cesar, tel 
qu'il est en realite a Sainle-Reine; a peine une seule 
de ces conditions est-elle a Alaise. 

La marche des armees gauloise et roinaino, autant 
qu'elle est indiquee dans C^sar : on la retrouve ici , 
rnais non en supposant le lieu a Alaise. 

Distances. Du lieu de la batailie perdue parVcrciu- 
g^torix jusqu'a Alesia, Cesar niit un jour et uno parlie 
de la journee precedente ; cet intervalle de tetupse con- 
duit a Alise-Sainte-Reine: si Ton a dopte Alaise, il taut 
supposor le champ de batailie sur une riviere bien trop 
eloignee de la marche romaine etde la marche gauloise. 

DENOMINATION des heux. Le mot Alesia est parfaite- 
menl conserve dans celui d'Alise, et tr^s suffisamment 
dans les noins d' Alsi/iciiin , de pa gus a/esiensis eldes actes 
et des chroniqiies; de plus, la forme Alecsia ou Alexia 
est enlierement conseiv6e dans le nom du mont Aul- 
xois: quant au nom d' Alaise, j'ai nionlre combien de 
lieux ont de la conformilt! avec celui-la , sans parler 
d'Alais dans le departement du Gartl. 

Ajoutons, en finissant, que ies voies romaines qui 

(l) ... Colles mediocri interjecto spatio, pari altiludinis fastujio 
oppidum cin^ebant, liv. VII, c. 69. 



( 108 ) 

so croisent a Alise, au nonibre de trois, sont incon- 
nucs au lion d'Alaise. 

NoTA. J'ai da ecarter de ce m^moiro lout ce qui 
tieiit a des fables, comnie celle qu'on Irouvc dans 
Diodore de Sicilc qui allribue a Hercule la fondalion 
d'Alesia (I); niais je rcgrctte dene pouvoirrien ajoutcr 
a ce qu'on sail des anliquiles trouv^os de tout temps 
et r^cenimeul encore a Alise-SainteReinc, nolaninicnt 
des monnaios lellos que le sol d'or nierovingien, et 
des inscriptions portanl le nom nienie d'Alise; ni en- 
fin des vases de bronze porlant une couverle m^talli- 
que, telle que celle dont parle Pline au li\io xxxiv, 
chap 17, couiine elant un produil do riiulustrie gan- 
loise, ot specialemeiit un travail d' Ale.vid. a Album 
» (stannum) incoquilur aereis opcribus Galliarum in- 
» vcnlo, ila ut vix discornl queal ab argento, eaque 
» coclilia vocanl. Deindc et argenlum incoquere simili 
» modo ccepere equorum maxime ornauienlis, ju- 
» menlorumque jugis in Alexia oppido : quo rcliqua 
)) Gallia gloriabalur. ..» 



Texlc (III lii>re FII des Commentaires de BJiLLO gallico. 

[Extrait.) 

Chap. LXIII. — Defectione jEduoruin cofjnita, bclluni .nugcliir. 
Legaliones in oinnes partes circuiiimiltuntur : ijuanluin jjratia, auc- 
toritntc, pecunia valent, ad sollicilaiidas civilatcs iiitiiiiuir. Nncti 
obsittcs, (|iios Cksot apuJ eos deposuerat, liorum >uppliLio dubi- 
tantes lenil.inl. I'ctiiiita Vprcingetorige^Edui, ut ad se vcniat, ralio- 
ncstiMi- liclli (>crctiill cotntminiret. Re impetrata, cuiitfiulunt, ut ipsis 

(i) Ain-i iioiniu('c, dil Diodore, dcTTO tyj; aXnc, allusion aux voyaj^jcs 
d'Horcule; ('tynu)lo[;ie de la memo valeur que celle qui est dounee 
par Pauieur de la vie dc saint Germain d'Auxerrc, lo moine Eric : 
Alciia ab alendo. 



( 109 ) 

sumina itiipcrii tiwusclauir : tt re in conlioversiarn dcilucta, tcitius 
Gallia; coiuilium Piibiactc iiulicitur. EoJeni conveniiiiit uiKlii[iif; 
frequenles; uiiiltitiuJinis suff'ragiis res perniittilur. Ad uniim oiiui « 
Vercingelorigcm proliant Imperatorem... 

Chap. LXIV. — lile imperat reliquis civitatibus obsides. Denique 
ei rei ronstituit diem : buc omnes eqiiites XV niillia mimero cele- 
riter convenire jubet; pedilatii, quern ante babuerit, se fore conteii- 
tiiin dicit... 

Chap. LXVI. — Iiiteita dum bsec geiuntur, bostium eopia; ex 
Arvernis, eqiiitesqiie, qui toti Gallia; eraiit imperati, conveiiiunt. 
Macno lioniui coacio numero, quum Caesar in Sequanos per extre- 
mos Liuqoiuim fines iter faceret, quo faciiius subsidium Provincite 
ferri posstt , circiter luillia passuum X ab Ronianis, tiiiiis castris 
Vcrcinyetorix consedit; convocatisque ad concilium pra;feclis equi- 
tuni, venisse teinpus victoria; demonsfrat : fugere in Provinciam 
RomaiiO':, Galliaquc exccdeie... 

Chap. LXVH. — Probata re, atque omnibus ad jusjurandum ailac- 
tis, postcro die in tres partes distribulo equitalu^ dua; se acies a duohus 
lateribw; oslendunt : una a primo agmine iter impedire coepit. Qua re 
nunciala, Ca;sar suuni quoquc equilatum iripartito divisum ire con- 
tra hostein jubel. Pugnatur una omnibus in partibus. Consistit agmen ; 
impedimenta inter legiones recipiuntur... 

Tandem German! ab dextro latere^ iumvanm jucjum nacti, bosles 
loco dipellunt : fugientes usque adjlnmen, ubi Vcrcingctorix cum pe- 
destribus copiis consederat, persequuntur, conipluie'.quc inlorFuiunl. 
Qua re animadiersa, reliqui, ne circumvenirenlur verili, se facjis 
mandant : omnibus locis filca;des... 

Chap. IAVIH. — Fugato oinnte^uitafu, Vercingetoiix copias su.ts, 
ut pro castris collocaverat, reduxit, protinusque Alcsiani, quod est 
oppidiun Mandubiorum, iter facere coepit; celeriterque impedimenta 
ex castris educi, et se subsequi jussit. Caesar, impedimenti.s in proxi- 
inuiii collcm deduilis, duabusque legionibus praesidio rtbclis , 
sequutus, quantum diei tempus est passum, circiter IH millibus hos- 
tiurn ex novissimo agmine interfectis, altera die ad Alesiam castra 
fecit. Perspecto urbis situ, perterrltisquc boslibus, quod equilatu qua 
inaxime parle exercitus confidebant, erant puisi; adltortntwi ad la- 
borem milites, Alesiam cirtumvallare instiluit. 

Chap. lAIX. — Ipsum erai oppidum in colle summo, admodum 



( no ) 

tilito loco, ul nisi olisidione expu{^i)ari iidii posse viderplur. Cujus 
collis radices duo iluabus ex pnrlihus Jliimina sulJin'liaiit. Ante oppi- 
dum planities circiter millia passuum III, in longiludinein patebat. 
Rciiquis ex omnibus parlibus collis, nicilioiri iiitcijecto spotio, pari 
alliludiiiis fastigiu, oppidum ciugebaiu. Sul) niuro, qux pars collis 
ad oricnleui spectabat, hunc oinneni locum copio; Galioium luiii- 
pleverantj fossainaue, et maceri^iin sex in ultiluilinem pedum pia:- 
duxeraiil. Kjus niunitionis, qua; ab Roiiiaiiis instiuicbatur, circni- 
tus XI et passuum tenebat. Castra opportiinis locis erant posita; 
ibi(|iie castella A'A/// facia, in qiiibus interdiu stationes disponc- 
bantur, ne qua subito iiTU|)tin beret ; ha'C eadeiu noclu excubitori- 
bus, ac tirinis prxsidiis tenebantur. 

Ciikv. LXX. — Opere institutu, lit cqucstre piujliumiii ea jilanitie, 
quatn inlerniissam collibus III millium passuum in ion{>,itiidinein 
patere supra denionstravimus, summa vi ab uirisquc cnntendiiur. 
Laborantibus nostris Caesar Germanos subniitlit, lop,ionpsque pro 
caslris constituit, ne qua subito irrnplio ab hnstium pidiiatu Hal. 
I'ra'sidiu leyionuin addito, iiustris animus au{;elnr : bostes in fufjam 
conjecli seipsi niultiludine impediunl; atque angustioribus purtis 
(relictis) coarctantur. Germani acrius usque ad munitiones sequunlur. 
Fit magna caedes, tionnuili, n liclis equis, fossam transire, et mate- 
riam Iranscendere conantur. Paullum legioues Ca-sar, quas pro vallo 
constituerat, promoveri jubet... 

Chap. LXXil. — Quibus rebus cognitis es perfugis et captivis, Caesar 
haec genera munitionis instituit. Fossatn pedum XX lalam directis 
lateribus duxit; ul ejus solum laiitumdeni pateret, quantum AUmma 
labra distabant. Reliquas onines munitiones ab ea fossa pedibus C. D. 
reduxit : in hoc consilio, quoniaru tanium essct necessario spatiuni 
complexus, ne facile totutn opus corona militurii i:in{»erelur ; nevede 
improviso, aut noctu ad mvvuitioiies bosiiiim mullitudo advolaret, 
aut interdiu tela iu nostros operi distinalos conjicere possent. Hoc 
intermisso spatio, </uas /Was, jL^;;e</es latas, cadeni altiiiiJine, pci- 
duxil : quarum interiorem c.unpestribus, ac demissis locis, aqua ex 
flumine derivata complevil. Post eas ag;',erem, et vallum XII pedum 
exstruxit. Huic loricam pinnasque adjecit, grandibus cervis eminen- 
tibus ad commissuras pluteorum, atque aggeris, qui ailsccnsum 
bostium tardarent : et turres lolo opere ritcumdedil, qua> pe- 
des LXXX inter se distarent. 



( 111 ) 

Chap. LXXIII. — Erat uiio tempore pt mateiiaii, el fnimenlnii, et 
tantas inuiiiliones tieii necesse, demiiuuis nostris copiis, qua; lunjjius 
ab caslris progredieLantur : er nomuinquam opera nostra Galli 
tentare, atque eruplionem ex oppido pluiibus portis t'aceie, sunitna 
vi conaljanlur. Quaie ad ha;c nirsus opera addendum Gxsar putavif, 
quo minora numero niilituin munitiones defeudi possent. llaque 
truncis arborura, aut adinodurn tirtnis raniis abscisis, atque borum 
tlolabratis, atque prajacutis caouminibus , perpelua» fossa? t|uiiios 
pedes alia;, ihicebautur. Hui; ilb slipites deniissi, et ab inlimo re- 
vincti, ne revelii possent, ab rauiis eniinebant. Quini erant ordiues 
conjunct! inter se, alque iinpbcati; quo qui iritiaverant, se ipsi acn- 
ti><siniis vallis induebant, hos Cippos appellabant... 

Chap. LXXIV. — His rebus pert'ectis, rej'iones secutus, qiwm po- 
tuit , ajquissiinas pro loci natiira, XIV millia passuum coinplexus, 
pares ejusdem generis munitiones diversas ab bis contra exteriorem 
hostein perfecit, ut ne magna quidcm multitudine, si ila accidat, ejus 
discessu, inunitionum pra'sidia clrcumFundi possent. ... 

Chap, LXXV. — Nomenclature cles peuples de la Gaule qui out 
fouriii leur contingent. 

Chap. LXXVI. — Ha-c in yEduorum finibus recensebantur ; 

numerusque inibatur : prafecti constituebantur ; Comio Atieb.ili, 
Virdu maro, et Eporedorigi iEduis, Vergasdlauno Arverno, conso- 
brino Vciclngelorigis, sumina imperii transditur ; iis deleitl ex civi- 
tatibus atlribuuntur, quorum consilio belluni adniinistraretur.Onines 
alacres, et tiduciae pleni, ad Alesiam profieiscuntur. Nee erat omnium 
quisquam, qui adspectum modo tantoe multitudinis sustineri posse 
arbitraretur, praesertim ancipili pra;lio ; quum es oppido eruptione 
pugnaretur, et foris tantae copias equitatus peditatusque cernerentnr. 

Chap. l.XXVII. — At ii, qui Alcsia^ obsideb;intur, praterila die, 
qua suorutn auxilia exspectaverant, consumplo omnifrumento, inscii, 
quid in iEduis gererctur, concilio coaclo, de exilu foi tunarum sua- 
rum consultabant. Ac variis dictis sententiis, quarum pars deditio- 
nem; pars, dum vires suppeterent, eruplionem censebant, non pra;- 
tereunda videtur oralio Critognati, propter ejus singularem ac 
nefariain crudelitatem. Hie 

Ch.\p. LXXIX. — Interea Gomius, et reliqui duces, quibus suinma 
imperii permissa erat, cum omnibLis copiis ad Alesiam perveniunl, el 
¥0,11? e^teriore occupato, non longius D. passibusk nostris munitio- 



( 115 ) 

nibus considiiiit. Poslero die rquitntu ex ctstris cJucto, omnrm oam 
flaintietn, qiiam in loncjittiJiiievi fll jnillia pnfstiiivi paloio tlenion- 
stravinius, complrnt ; pnJpsIresnuc copins, pnnllimi ;ib co loco, alxli- 
t.is, ill locis superioribus constiluunt. Erat ex oppido Alesia despec- 
tus in campum. Concurrilur, liis auxiliis visis, fit {jiatulatio inter eos, 
atqne omnium aninii ail hrlitiain cNcitaiiliir. Itnque, produclis copiis, 
ante oppiduni consiilunt; et proximatn fossain cratibus integuiit, 
atque a{»gere explent; seque ad eruptionem, atque omnes casus, 
cntnparanr. 

Chap. LXXX. — Caesar, omni exercitu ad utramquo partem tniini- 
tionuin disposito, ut, si usus veniat, suum quisqne locum lencnt, ct 
noverit; equitatum ex castris educi, et pra^Jiuin comniitii juliet. Krat 
rx oiiniii)ns castris, (pia? summum undi(]uc jnguni toneljant, dcspcc- 
lus : atque omnium militum intenii niiimi pugnffi evcntum esspecta- 
bant .. 

Chap. LXXXI. — Uno die intermisso, Galli, ntque lioc spatio, 
magno cratium, scahirum, liarpagoiuiiii nuiiiero effecto, media nocte 
silentio ex castris egressi, ad campestres muniliones accedunt... 

Ciivp. I-XXXUI. — Erat a septemtrionilnis colli?, quern quia, 

propter magnitudinem circuitus, opere cii cum[)lecti non putueraiil ; 
no-lri necessario pcne iniquo loco, et Icniter dedivi, castra fecerunt. 

... lis copiis Vergasillaunum Arvernum,UTuini cxlVducibus, propin- 
quum Vercingelorijjis, pra'ficiunl. Ille ex caslris prima vigilia egres- 
sus, prope coufei-Io sub luccm itinera, post muntem se occultavit, 
miliiesque ex nocturiio labore sese reficere jussit. Quunti jam meri- 
dies appropinquare videretur, ad ea castra, qu:f siqira demonstra- 
vimus, contendit; codenupie tempore eqiiitntus ad campestres muni- 
liones aecederc, ct reliqu» copia; sese pro caslris ostendere ccepe- 
runt. 

Chap. LXXXIV. — Vercingetorix ex arce Alesia; suos conspicatus, 
ex oppido egreditur, e castris longurios {sie)musculos, falces, reliqua- 
qiie, quK eruptionis cnussa paiaveiat, profert. Pu{;natur uno tempore 
omnibus locis, at(]uc omnia tentanmr. Qua; miniiiie visa pars firina 
esse, line com luriliir... 

Chap. LXXXV. — Galli nisi perfregerint munitiones, de omni 

salute desjicrant. Romani, si remoljtinuiriiit, finem laborum omnium 
cxspectant. Maxime ad snperiores niunilioiies laboratur, quo Vciga- 
gillaunum missum demonstravimus. Exiguum loci ad dcclivitatem 



( 113 ) 

faslip,ium. lu.iymim lialjct iiiDiiicnIuni. Alii tela conjlfiunl, alii Icstu- 
iline facta subeunt, defaligalis invicem integri succeduiil... 

Chap. LXXXVI. — .. .. IniPiiore*, clesperatis campestriLus locis, 
propter magiiiliKlineni iminilionuni, loca prtBriipIri ex adscensu ten- 
tant... 

CuAP. LXXXVIII. — Ejus adventu (Cwsaris) ex colore vestitus co- 
gnito, quo insigni in pra^iiis iiti consueverat, turmisque equitum et 
coliortibus visi<, qiias se sequi jusserat, ut de locis superioribus haec 
derlivia et devexa rernebanlur, liostes commiltunt pra;lium. Utrim- 
nue clamore subiato,excipitur rursHs ex valloatqiio omnibus munltio 
nibus clamor. INostri, emissis pilis, gladiis rem gerunt. Repente post 
tergiim equilaliis cernitur. Coliortes alia; appropinquant. Hostes 
tcrga vertuiit. Fugienlibus eqiiites occuiriint. Fit magna CKdes... 

Fit prolinus, hac re audita, ex castris (lalloinm Tuga. Quod nisi 
crebris subsidiis, ac totius diei laborc tnilites fuissent defessi, omnes 
liostium copia; deleri potuissent. De media node missus equitatus 
novissimuni agmen consequitur. Magnus numerus capitur, atque 
Lnterficitur : reliqui ex fuga in civitates discedunt... 



Texte d'un passage de Vegece. 

Ambitum muri directum veteres duci noluerunt ne ad ictus arie- 
tum esset disposilus ; sed sinuosis aiifiaclihus, \^cUi fundamentis, 
clausere urbes ; crt-lii ioresque lurrfs'in ipsis nngulis ediderunt ; prop- 
terea , quia, si quis ad murum tali ordinatione constructum, vcl 
scalas, vel macliinas voluerit admovere, non solum a fronte , sed 
eliam a lateribus, et prope a tergo , veluti in sinum circuniclusus 
opponitur. (Lib. iv, cap. 2.) 



Nota. Quand j'ai ei ril ce memoire, j'ignorais I'existence de I'in- 
teressant ouvrage de M. Rossignol, de I'Acade'mie de Dijon. 

JOMABU. 



XII. AOUT ET 5l'.PTi;MBRK. 3. 



( iVi ) 
%iialjfiiC!9, i^Sapiiorts, etc. 



RAPPOUT 



SUR L ODVRAGl-: KNTITULU : 

Tabula' vegetationis in Brasilin physiognorniam illiis- 
trantes. J 856, iu-folio. 

Messieurs, 

Un voyageur c^l^bre, (\\i\ esl on ineme temjis un 
hotanisle eminent, M. C.-F.-1'h. tie Marlins, nous a 
otlert i^cenimeut uu niagniiique ouvrage destine a 
(lonuer une idee de la \egetalion dans celle terre pro- 
niise des naturalisles que Ton appello le Bresil : c'l st 
un recueil de cinquante planches ex^cutees avec soin, 
et presenlant une suite de scenes de la nature, de vucs 
de I'orets, de monliignes, les paysages les plus remar- 
quabies en un mol de ue vaste enipire. Pour appri'-cier 
la valeur et I'iniporlance do celle publication, il fau- 
drait avoir sous les yeux un toxte qui eclairclt celle 
serio de tableaux. 1/auteur n'a voulu (jue donuer une 
illustration de sa Flore du Bresil, dont eel album esl 
extrait; niais il laut convenir que, lorsqu'on n'a pas 
son ouvrage sous les yeux, on perd boaucoup des 
jouissances que I'etude do ces planches est de nature 
a ])rncurer, lanla I'espril qu'a I'ceil. 

Saiia avoii- hi pretciilicui de suppleer a I'absence 
d'un texle qu'il n'appartienl qu'a I'auleur de donner, 
je taclierai. messieurs, do roimir (juohjues ronseigne- 



( 115 ) 

niciils qui permeltonl d'apprecicr I'interet el la valeiir 
de ces tableaux. 

Les sujels representes dans les cinquante planches 
de ralbuin do M. de Martins, euibrassent I'ensemblc 
dos difrerents aspects sous lesqucls s'olTie la vegetation 
au Bresil : les forets vierges, les I'orels uxploilees et ces 
innoin!)rablos categories de bois et de pt^j)inifercs na- 
lurelJesqui exigent un classeinent presque aussi |)recis 
que celul des planles elh s-menies. Puis vieiiner.l les 
uiontagnes, qui sonl encore des forets, car, dans les 
pays oil la vegetation est active, elendue, luxurianle, il 
n'y a guere de nionlagne q i ne soil onibragee d'un 
epais nuinteau de fenillage, et, dans le portugais du 
Bresil, le mot qui dtisigne une chaine de montagiies, 
scrra, s'enlend alnrs natureilenicnt d'une foret, comnie 
cela avait lieu jadis pour le sallas latin et pour !(! wcild 
alleinant! ; puis vieunent les plaines, les vallees, los 
bords des fleuves, enfin Ifs cullures, qui ont encore 
sous les conlrees Iropicales, la niajeste de la vegetation 
spontanee. 

Eutre les I'orels les plus iinportantes el les phis 
vasles sonl celles que Ton di'signe par re])ithele de 
vierges [niatos virgens), Les scenes granuloses qu'ellos 
deploienl ont deja inspire birn des jieintres de la na- 
ture, bien dis artistes et des auleurs. On ne les ren- 
contre pas seuieinentau Brebii, elles sonl la parure de 
toules les conlrees chaudes du nouveau uionde. 
M. Alex, de Humboldt les a decrites avec ee charnie 
d'cxpression et cesenlinient profond de ia nature qui 
lui sonl parliculiers. M. de Clarac en a oxt^cule un 
niagnifique ck'ssin qui a ete reproduil par la gravure, 
Mais M. de Martius n^' s'est p;is borne a iin seulspi^ci- 



( in^ ) 

men dcs forfels vicrgcs, il a voiilii nous les uionlr(?r 
sous tous leui's aspects, el faire passer sous nos yeux les 
dilTerenls tableaux qui se succedcnt, dans ces impo- 
santes solitudes, avec autant de rapidity qu'un change- 
menl de d^corallon. l.a premiere que nous rencon- 
Irons dans ccl album est une de celles de la sorra 
dos-Orgaos (pi. 6], qui s'^l^ve au fond de la baie de 
Rio- Janeiro; la seconde esl situee dans la province de 
Saint-Paul et Iraversee par la grandc route qui mene 
de Jacarelu a Aldea da Escada (pi. 8) ; la Iroisieme est 
situee pres de Jacaliha, dans la province de Rio-Ja- 
neiro (pi. 28) ; la qualrieme, dans la serra d'Eslrella, 
pres de Petropolis, dans la province de Rio-Janciro 
(pi. 30) ; la cinquieme esl situee pres de Pedra da 
Onca, dans la province i)recedenle (pi. 3/il ; enlin la 
sixieme s'etend sur les confins de la meme province 
et de celle de Sainl-Paul, enlre Lhatuva el Juiulicuara 
(pi. 37). 

Cliacune de ces forcts a sa pbysionomie propre ; 
mais, dans toutes, la vegetation apparait si richc el .si 
prcssce, qu'il serait diflicilo do decider laquelle a jjIus 
dc droit a recevoir rcipithele de vierge, Dans la serra 
dos Orgaos, de memo (jue dans la forel do Pedra da 
Onca, I'ceil so perd au milieu d'un inextricable assem- 
blage d'essences les plus diver.ses, de fourr^s sous 
lesquels se caclicnl une foule de plantes et d'arbuslos 
qui suffiraient a eux seul.s pour on)bragor la conlr^e. 
Ces arbres sont rattachos les uns aux aulros par des 
lianos descendant de leurs cimes h la maniere des 
cables qui fixent les mats sur un vaisseau, ou courant 
de brandies en brandies, commcxies guirlandes conti- 
nues donl on no pent saisir ni le coniinencenicnt ni la 



( 117 ) 

fill. De distance en distance s'elevent sur ces liges 
a^riennes et sarmenteuscs, des loufTes de feuillcs qui 
semblent aiilant de festons. La varit^te des formes que 
])r(^scntc le feuillage est vraiment surprenanle ; on di- 
lail en verite que la nature cache sans cesse dans son 
soin de nouveaux patrons d'aprcs lesquels ello deconpe 
les petioles, lesnorvuresotles stipules. Souven tees lianes 
retr^cissent leurs tiges, au point de ne plus apparaitrc 
que comme des cordes tcndues d'un tronc a I'autre ou 
s'enroulant en spiralcs, el que la plus i^gere brise sufiit 
pour metlre en uiouveinenl. Ces ainas de lianes minces 
el etireessepr^senlent en telle abondance dans la furet 
de Pedrada Onga, qu'ils formenl des louffes et cominc 
un gazon suspendu a la cime des arbres. Les'tiges fian- 
cees des palmiers se pretent merveilleuscmcnl au de- 
veloppement de cette vegetation parasite ; les lianes 
en enroulent comme le ferail un reptile, les stipes de 
leurs anneaux, et, aprtis avoir couru quelque temps en 
spirale autour d'un arbre, elles passeut a un arbre voi- 
sin, qu'elles etreignent a son lour. Dans la for^t de la 
j)rovince de Saint-Paul, di's souches gigantesques 
elendent sur un sol de i ocher, des racines plus grosses 
elles-memes que le tronc de nos arbres; on dirait des 
cliaiues qui atlachenl d'enoruics blocs de pierre des- 
tines a elre souleves. Combien d'annees n'a-t-il pas 
fallu a ces arbres [lOur atteindrc a de pareilles dimen- 
sions ! Le Cr<§;ileur n'a pas mesure d'unc main avare 
I'existence a ces souverains du monde vegetal : il y a 
de ces arbres (juc dix, fpiinze, vingt personnes no peu- 
vcnl, en se reuiiissanl, les l)ras ^teiulus, embrasscr a 
leur base ; c'est ce quo nous montre la planche 9, ou 
sunt figures (juelqucs uus de ces patriurcbes de la ve- 



f H8 ) 

gelation, qui, depuis plus de deux mille ans, ombra- 
gonl lo's bords du flcuvo des Amazoncs. Pour la zone 
lemper^e, il n'y a que les rochers el les monta^i^nes qui 
puissent donner une id(5c des grandcs scenes de la na- 
ture aux premiers ages du globe ; mais, s<ius I'equa- 
leur, la vie a encore la puissance qu'elle avail dans ces 
lemps recules, el le vc^gelal deiioli' une energie cren- 
hice aussi prodigieuse que, dans nos climats, le rocher 
des 'Alpes ou des Pyrenees. 

Ces racines dnormes rcparaissent dans la forfit silu6e 
prfcs do Jacatiba : la elles participent du caracl^re des 
lianes; car, au lieu de s'enfoncer dans le sol, elles 
rampent souvent a sa surface el enlacenl de leurs bi- 
furcalions les Irenes etendus a lerre; les souches sonl 
si vasles qu'elles composenl, a elles seules, comme une 
pelile forel dans la grande. A la serra d'Eslrella, les 
liges sonl plus elancees et moins rameuses, I'air p6- 
netre davanlage a travers I'tpaisseur du feuillage; mais 
les lianes ne sonl ni moins press6es, ni moins ^tendues. 
Enlre ces lianes, il en est plusieurs qui deviennent pour 
les arbrcs un veritable fleau ; ce sonl des vampires qui 
sucenl leur seve, arrelenl leuressor, leur soulirtnl I'air 
el riiumidile. En se dessecbant, ils communiquenl 
parl'ois a la lige qui les soutionl le froid de la mort. 
M. de Marlius a repr(^senl(i dans la plancbe 13, ces pa- 
rasiles dangereux et ingratsqui tuent le vegetal qui les 
avail fait vivre; I'enveloppe qu'ils formenl aulour des 
ironcs devieqt si ^paisse, que Idu n'aper^oil plus le 
ironc luimSme. Enlre ces lianes, les plus funestes et 
les plus connues sonl le Cipb d'frnhe el le Cipo Matador. 
I, a premiere est une aroide parasite qui ceinl le Ironc 
des plus gros arbres; les marques de feuilles anciennes 



( lli^ ) 

qui se tlessinent sur sa tige en forme tie losange la font 
ressembler a la peau d'un serpent. Cette lige donne 
uaissance a ties feullles larges tl'un vert luisant. el, de 
sa parlie Inferieure, naissenl des racines qui descen- 
denl jusqu'a lerre, aussi droites qu'un fil a plomh. Le 
nom de la seconde liane fait assez connaltre le fatal 
effet do sa presence sur I'arbre qu'elle etreint : c'est la 
liano meurtriere, car elle enserre si ^Iroiteinent la tige 
qui la supporte, que le plus terrible ouragan ne Ten 
pourrajl detacher. A cole de ces deux lianes, s'en d6- 
roulenl une foule d'aulres qui brillenl comme desru- 
bans ou s'agilenl comme des osiors : ce sonl des Bi- 
gnon6es, des Hippocralets, des Bauhiiiia, des Cissus, 
des Passiflores, etc. Les Ironcs renvers^s se couvrent 
de Tillandsia, d'Orchidees et d'une foule de crypto- 
games. 

Lin ruisseau , un torrent, qui se fraye un cbemin 
au pied des arbres , vient presque toujours rafrai- 
chir I'air chaud et lourd de ces vastes forets; I'eau, en 
s'evaporant, entrelient la fralcheur des feuilles el U 
vivacity des couleurs; elle donne la vie a des mousses, 
a des lycopodes, a des fougferes, donl le tapis recouvre 
la base de ces Ironcs et en derobe I'ecorce rugueuse 
parfois aussi le cours d'eau est plus tranquille, el 
comme dans la foret placee sur les confins de la pro 
vince de Saint-Paul et de Rio Janeiro, il s'enfonce a 
une assez grande profondeur au-dessous d'un sol qui 
n'est lui-meme forme que de brancbages, de plantes 
el de feuilles. Deux arbres en s'entrecroisant forment 
comme un pont naturel au-dessus du ravin ; des lianes 
le sontiennent et le consolidenl comme les cbalnes de 
no* ponts suspenclus. Sur le second plan, deux pal- 



( 120 ) 

iiiiers, (l(ii)t le [>orl soniblo aniiuncar VhiaiUvn r.vor- 
hiza ou VVEnacnrpus botaua, fonl , piir Icur fouillago 
elegant el decoup^, rossortirchez Ics dicolyledoncs qui 
les avoibinent, la largcur el I'abondance des feuilles. 

Qiiand Ic loirent devicnl aussi imp6Uioiix qu'il esl 
d'ordinairc dans les monlagnes, quand il coule sur un 
fond dc loclier dont Ics hlocs, en inlerrompanl son 
coins, donnenl incessaniment naissance a des cas- 
cades, la forel respire alors une singidiire humidlte : 
feuilles, liges, troncs, luul d(5goulle d'eau, et unc rosee 
perjieluelle enlrelient sous un dome de verdure Tliu- 
niidile d'un marecagc : icl est le tableau quo nous ollre 
la planche 38, ou est representee une vue prise dans 
la sena d'Estrella. 

II y a des forcls qui, sans pouvoir recevoir r^pithele 
de vierges, en out cependanl la majesle et I'horreur. 
De cc nombre esl la forfel du Monle-Corcovado, pros de 
la ville de Rio-Janeiro. Quelle esl la puissance de la 
vegelalion dans ce pays, qu'auxportes dc la capitaledu 
Bresil, on puissc rencontrer une pareille forel! En je- 
tant les yeux sur la plancbe 2i, on croirail etre trans- 
ports a la plus grande distance des licux babiles, dans 
celle partie de I'Anierique ou les EuropSens n'onl 
point encore penetr6. Veuton avoir une idee j)lus 
compli le de colle niontagnc qui forme un des plus 
beaux points dc vue dc I'incomparable paysage de 
Rio-Janeiro? que Ton rcgarde lesplanclies 19 el 20, ou, 
du sommct de la monlagne, I'oeil plongc sur la boie 
el ddcouvre le magnilique panorama qui serl de fond 
u Rio-Janeiro. Lne sch'ie de monlagnes, loules plus 
pitlorcsques les unesf|ue les aulres, et qui vicnnenl se 
terminer au Pain-dc-Sucre, enserrc I'entrjiedc cc golfo 



( 121 ) 
ou plulot de cette radc d'une si vaste elendue, et au 
fond de laquelle I'ceil dislingue i\ peine I'llha do Go- 
vcrnador et la Bahia da Pietade. On jugera peut-etre 
encore mieiix du paysage par la planchc 27, ou I'ar- 
tiste a reprt^sentc la monlagnc du point de la jirise 
d'eau du celebre aqueduc deCarioca. D'un lieu nioins 
cleve, on decouvre la serie do hauteurs qui decorent si 
delicieusement le littoral. Une fonle d'arbres s'elancent 
du milieu des taillis qui s'avanceiU jusqu'a quelques 
metres de la plage; c'est qu'en cfTet, dans les conlrees 
tropicales, les forets ne sent arrel^es dans leur deve- 
loppement que par I'Ocean ou par les eaux des fleuves 
presque aussi largcs que des niers. M. de Marlius a pris 
soin de nous representor plusieurs de ces forets mari- 
times ou fluvialiles, au sein desquelles les eaux appor- 
lent la lumi^re avec I'humidite. La planche 1 nous 
represente une foret des bords de I'Amazone, que les 
indigenes nomment Caa-Ygapo. On retrouve la loutcs 
les merveilles de la v^gc^tation rappel6es plus haul; 
mais mille plantes aquatiquos, des joncees, des melas- 
lomees, des podoslemees, viennenl enrichir la flore 
de ces solitudes. Des animaux, surloul des oiseaux 
6cliassiers et palmipedes, animent la scene, el Ton 
sent que la ne regne plus le silence imposant, mais 
Iriste, des profondeurs l)ois6es quej'ai decriles tout a 
riieure. Dans I'Am^rique t^quinoxiale, les hords des 
fleuves sont des forets continues, comrae on en j^eul 
juger par ceux de I'ltahype, dans la province de Bahia, 
repr^sentes planche 18. La planche 25 nous fournit 
une autre vue des bords d'un fleuve, le Japura, dans la 
province de Rio-Negro, ou M. de Marlius a rencontre 
cette magnifique marcgraviacoe parasite , qu'il a ap- 



( 122 ) 

pel^e Nnrantea Japarensis. Mais ici la \«^getation n'oHVe 
plus le inc'ine aspect de IVaicheur cl d'activit^ : c'estle 
inomeiil dcs hasses eaux. et le solcil dessfeche peu a 
pen le sol aiiparavaiit inonde. Los Lords des rivieres 
sont sans doule couverts d'un ombiage moins 6pais 
que ceux dcs grands lleuves; inais ils ont tout le 
cliarme d'un bocage, el leurs ondos paralssent n'6lre 
qti'une source d'eau vive qui bruit doucenient sous 
d'e])ais lailiis. Ln arbre suffit alors a lui seul pour 
onibrager le cours d'eau ; les lianos qui pendent de ses 
branches semblent aulant de lignes (ju'uii pficlieur a 
amorce des fleurs les plus eclatantes. Telle est la scene 
que nous ollre unpaysage des environs de Jundicuara, 
au district d'Lbatuba, province de Rio-Janeiro(pl. 35). 
La planciie sui>anle, oil est figur^e une scene des 
mfeuies lieux.nous iait retrouver la profusion des lianes 
qui caract(^risent les forets vierges. Au milieu de ces 
guirlandes et de ces t'eslons, de ces i)anaches et de ces 
broderies de feuillages, les pianlos parasites, par la 
disposition de leurs feuilles, sembleni des corbeilles 
pretes a recevoir les fruits et les fleurs qui tombent des 
arbres. L'eau entrelenanl la vegetation, on comprend 
que les lies et les plages soient aussi couvertes d'ar- 
bres : elles forment des bosquets et des buissons, et 
r6j)ondent a ce que sont, dans nos climats, les oseraies 
et les saussaies. Mais ici (juelle difl'drence de propor- 
tions et de grandeur! Que Ton jelle les yeuxsiir ces lies 
sablonneuses donl est sem6 le cours de I'Amazone, on 
dirait, non pas des amas de terre, des atlt^risseuients 
oil la vegetation s'est fait jour, mais une foret inondee 
par des eaux sorties tie leur lit. Dans I'arcbipel de 
Para, chaque lie n'est qu'un vaste amas de plantes et 



( 123 ) 

de feiiilles, 06 I'ceil ne dislinp;ue iii la pierre ni le sol, 
ou chaque arbre enlace par une liarie semhle I'arbre 
dii hien el du mal portant le lenlateur au milieu du 
paradis terrestre ([)!. 40). 

Tout le monde connait le.s paletuviers [rhizophora 
mangle), que Ton peut appeler les echassiers du regne 
vegetal, etqui se dress(>nl sur la poiiile de leursracines 
comnie pour ^viterde seinoniller I'ecorce : ils forment 
de veritables forets maritimes qui ont 6td decrites par 
bien des vojageurs, Au Bresil, on retrouve aussi ces 
bizarres vegetaux qui ajoulenl aux forels donl sont 
cmbragees Its cotes, un trait caracleristi(|ue de plus. 
L'albuni de M. de Martius nous offre une vue de ces 
arbres au voisinage du Batuva, dans la province de 
Saint-Paul (pi. 12) . Je ciisaistout a I'beure que I'Ocean 
seul ^\b\e sous ces climats une barriere a la vegeta- 
tion; on dirait que ce n'est qu'a regret que les arbres 
se dessaisissent du sol el qu'ils font encore un effort 
pour dispuler aux eaux une plage aride el sablon- 
neuse. 

Telles sonl les scenes si diverses que nous offre la 
vegelalion des forets du Bresil. Toutes les essences, 
toules les especes vegetales y sont uiises en presence par 
le Createur, pour composer I'ljabilation primitive de 
rindien, qui n'avail dans le principe d'autre demeure 
que la lorfet; et cependant, sous de pareils cieux el 
avec de pareils vegetaux, il n'est pas hesoin de cetle 
variete infinie d'especes pour produire de majeslueuses 
forels. Que quelques essences idenliques croissent les 
unes n cote des aulres, ( t Ton voit naitre toutde suite 
le plus ('legant des bois, le plus frais dos bocages, la 
pluh gracieuse des retrailes, la plus majestueuse des 



( 124 ) 

soliludos ombragiics. II y a siutoul certains arbres qui 
produisenl des effols merveilleux. 

A la planche 39, le pinceau do Rugcndas a reprd- 
senl6 line for^l ile la province des Mines, composdie dc 
ce niajestueux conifire que Ton appelle VJraiunria 
bmsiliensis. Coinmc nospins sylveslrcs cl marilimos, et 
nifinie nos sapins argenl^s, paraisseiil humbles, com- 
pares a ces arbres donl les branches dcscendent a la 
facon de celles d'un candtilabre jusqu'au plus bas de 
laligc! Les palmiers, dont M. de Martins a sisavamment 
decrit les innombrables vari^les, se pressenl les nns 
contre les anlres conime des roseanx gigantesquos, et 
forment des colonnades naturelles. C'esl un des bois dc 
celle espece.un //^o/vcAa/, que nous offre la planche /|1. 
Des viorich/'s on palmiers, Maiiritin, a la lige elanciie 
et flexible, semblcnt, ainsi dresses les uns pres des 
aulres, etre les restes d'une salle hypostyle de Karnak 
ou d'Edfou. An pied de ces Mattritia, des liges renver- 
sees, en I'aisant croire a des ruines, ajoulenl encore a 
I'ilhision. D'aulres arbres d'un aspect tout different, 
aussi larges, anssi ramifies, aussi conlournds el re- 
I'ouilles dans leurs flancs que les palmiers le sonl pcu, 
produisenl les bocages les plus charmants : tel est 
V At tocarpus intCi^rifoHa, naturalise de I'Asie aaBresil, 
qui etend sou oinbrc sur les bords de la baie de Rio- 
Janeiro, en vue de la ville, et que le crayon de M. Ben- 
jamin Marie, si sonvent niis a contribution dans eel 
album, a roprcsciU^ planche 31. 

Qnillons maintenant les grandes forets cl penetrons 
dans des lorets moins vastes et moins loulFues (jui ont 
un caraclere particulier, les Cna-tingax ou Catiris^'as. 
Ici le feuillage ne derobc plus perpituellement au 



( 125 ) 

voyagciir les profondeurs de ces solitudes ; cliaquo 
annee les arbres des calingas se depouillent de Icurs 
feiiilles et presentenl rasped d^sol6 de nos forets pen- 
dant la saison d'hiver. Mais au Bresil, on ne connail 
pas les frimals, et cc n'cst ni la gelee ni les neiges qui 
arretentchezlesv^getaux la circulation de la s6ve. L'hi- 
ver, oupour mieux dire I'liivernage, n'est qu'une saison 
humide qui soccfede a de longues pluies. En fevrier, 
quand cos pluies cessent apres une durec de six mois, 
la chaleur decroit peu a peu ; alors les feuiiles des ca- 
tingas comniencent a tomber, et en juin les arbres en 
sent presque enliereuient depouill6s. Cettc periode 
d'arret dans la vegelalion n'est que de peu de duree ; 
les boutons des arl)res commencent a se developper 
au nuiis d'aout, bienlot les pluies reparaisseni, les 
chaleurs deviennentchaque jour de plus en plus fortes, 
et les vegetaux reprennent graduellement Icur verte 
parure. 

Rien n'est plus strange que I'aspect de ces calingas 
depouiiles par la secheresse de. leurs feuiiles. M. de 
Marlius nous en a donne une image duns la plancbe X, 
qui representc I'une de ses forels a feuiiles caduques 
de la province de Bahia. Au milieu de ce dedale do 
bois mort en apparence , et dont les branches s'en- 
lacent et se pressent comme pour rappeler la vie, I'oeil 
distingue les plus etranges essences. Au centre on 
apercoil deux tiges de I'arbre singulier, appel6 Barri' 
gudo, c'esl-a-dirc le -ventru^ et que les botanistes d6- 
signent par le nom de Chorisia ^entricosa. La lige ren- 
flee de cet arbre le fait ressembler a un giganlesque 
fuseau, et son ecorce est parsem^e de lubercules qui 
sonl les restes desejjines dont I'arbre elait chargti pen- 



( 126 ) 

dant sa jeunesse. Sur le tlevant du lableau, des cactus 
aiix liges rainciibeb, aux hranchos ('■pinoiisos et pro- 
fondemenl cannel^es, luarient leur pale verdure aux 
tiiules hrunatres et monies des arbres qui les enlou- 
rent. L'/imburana, ou comiiie M. de Marlius I'a baptist, 
le Binxerti Lephtophloeos , incline son large tronc au 
milieu de tiges plus elanc^es, ct laisso pendre des lam- 
beaux d'^corce qui se detachent pour I'aire place a 
r^corce nouvelle. Le sol annonce, par son aspect, une 
nature sablonneuse el meul)le qui explique puurquoi 
It'S catiugas perdont leurs Auiilles, landis que les for^ls 
vierges n en sonl jamais depouilldes. C\'sl qu'ici la 
terro ne garde pas cette humidite bienfaisanle qui fait 
circuler incessamment la seve dans les Matos Virgens, 
Aussi que le sol vienne a ciianger de nature, et la for^t 
prend un autre aspect. On a, comiue I'a observe noire 
celebrc vojageur elbolaniste Augusle de Sainl-Hilaire, 
qui me sert le [)lus souvcnt de gui e dans ce rapport, 
quelquelois en meme temps sous les yeux le spectacle 
df I'hiver dans une catinga et celui de I'ete dans I'au- 
tre. Sans doule qu'a nicsurc que rboiiiUie penetrera 
davantage dans les forets, ^aour en exploiter le bois, 
(ju'a niesure que les rayons du. soleil trouveront iin 
passage plus lacile dans ces proloudeurs foreslieres, 
qu'ils n'onl point encore eclairees, les eaux seront 
moins abondantes, I'huniidil^ njniiis generate, et gra- 
duelleraent, ile la lisi^re au fond des clairieres, la cinile 
des feuilles s'avan;era el finira par prendre possession 
des cimes les jjIus orgneilleuses. Celle infninild de la 
vie vegelale gagnera comine ces maladies qui elendent 
de plus en plus leur empire, a mesure que riiomme 
d^pouille le sol pour le cidtiver, el renvorse les rem- 



( 127 ) 

parts qui rahritaient contre les venls et les couranla 
d'alr peslilentiei. On a Hdtja commence a metlre en 
coupe regime quelques-unes do ces Ibrfets au voisinage 
de la capitale du Br^sil ; c'esl ce que nous inontre la 
planche 6 on M, de Marlius nous donne le tableau 
d'un abatis au sein d'une forfit siluee jires de Saint- 
Jean-Marc. Un inagnifique figuier, place sur le pre- 
mier plan, est la comme pour servir d'etalon ou pour 
mieux dire de tetnoin de ce qu'etaienl les arbres avant 
que la cogn^e du pionnier n'ait sem6 le sol des tron- 
90ns de leurs liges. 

Les catingas ne sont pas, au Bresil, le dernier lerine 
de la vegetation forestiere ; apres eux dans I'ordre 
decroissant, se jilacent les carrascos ou forets naines, 
Ce sont celles qui sont distribuees sur la pente des 
montagues, surtout sur celles des uiornes peu eleves 
que bordent les vallons, el dont le sommet presents 
une sorte de [)etil plateau, ou, comme disent les Portu- 
gais, un taboleiro. QuancI ces plateaux sont plus larges 
on les designe du nom de cliupndas. L'album de M. de 
Martius renferme une toule de vues de ce genre qui ont 
cliacune leur cachet propre et leur interet parliculier, 
Sur les confins des provinces de Rio-Janeiro et de Sainl- 
Paul, le Morro fermoso deploie a nos yeux une gracieuse 
vallee dont la vegetation rappelle celle des contrees 
chaudes de I'Europe, et ou des buissons de fougeres et 
de graminees liennent la place des palmiers et des ar- 
bres encore eleves qui distinguent les catingas. (PI. lA 
et 15.) Dans la province des Mines, un de ces taboleiros 
figure planche 3, ne presente [)lus que quelques arims- 
les clair-scmes, au pied dcsquels des fourmisgiganles- 
ques eleven! leurs demeures coniquessouventcouvertes 



( 1-28 ) 

(I'hypocyrles (pi. 3); Ic founnilier-lainanoirinlroduit sa 
langiie ghitincusc ct allongce cUmsccs fourmili^rcs oii 
il cherche sa nourrllure. Mais landis qu'il est la ler- 
reur de ces limidcs inseclcs il a lui-menic a redoutcr 
les allaques des coyotes ou des loiips rouges, dcvant 
lesquels il fuit avec la rapidite du cerf. La planche !x 
nous offre lavued'un autre mornc, le Morrodo Grnvier 
(province des Mines) ou Ic carrasco n'a d^ja plus les 
proportions qu'il oflre en d'aulres licux ; ce oe sont 
plus des arbusles de Irois a qualre metres dont les bran- 
ches, en s'entre croisant, donnent naissance a d'^pais 
taillis. f,e carrasco est devenu un carrasqiieno. Aux 
arbusles d'essences encore varices qui so groupaienl 
sur les plateaux, succt'de un arbusle plus niodeste, 
niais qui a aussi son elegance, le Fellosia, genre 
d'amaryllidee dont les esp^ces vivent en socit^te et pr6- 
sentent sur leurs rameaux sans cesse dichotomes, des 
fleurs bleues, violeltes, quelquefois blanches, som- 
blablcs a celles de nos lis (1). Dans ces carrascos, le 
botaniste r^colte une foule de fleurs inconnues a nos 
clinials, il renconlre des essences naines, mais qui 
portent cependant, nialgre leur petite taille, tout le ca- 
raclere d'une vegetation puissante et tropicale : la 
niimose epineuse [Mimosa dianetorum) , le palmier 
Scmdaiba ou Sandaia a feuilles sessiles. Toules les 
montagnes n'ont pas cependant a leur sommet ou sur 
leurpente, cette esp^ce de vt^gelation; il on est plusieurs 
dont le caraclere se rapproche de celui des montagnes 
de notre Midi; tel est par exemple un des monts de la 

(i) Voy. Martius, Nova genera el species platttarum, t. I, tav, 6 
et siiiv. 



( 129 ) 

Serra cle Tn^oaliy, ;i I'esl de la province de Rio- Janeiro, 
representee planche 17. Dans d'aulres, quelqiies pal- 
miers solitaires dont la base est environnee de ces 
pjantes ;i largcs feiiilles iles tropiques, servent de 
point do mire an milieu d'une vaste perspective. De 
la comme a la serra d'Estrella, I'ceil plonge siir la 
mer (pi. 33) , ou il apercoit simpleinent une s6rie 
non interrompue d'ondulations, couvertes de carras- 
cos, (pi. AG.) Lcs montagnes du Bresil n'ont pas 
du reste, dans leurs formes ou leurs aspects, moins de 
variete que celles des Alpes et des Pyrenees. La 
roche, sous ce soleil briilant qui desseche tes ciines, 
sous ces lumieres eblouissanles qui donnent uux 
teintes du terrain plus de franchise et de.neltele, se 
dessine dune maniere originale et variee ; ce qui 
ajoute singulierement a la beaule du paysage. Les 
planches /i8, Zi9, 50, nous en fournissent des prou- 
ves frappantes; ce sont des vues empruntees loutes 
a la provinces des Mines, I'une de celles ou la nature 
bresilieime a deploye le plus de variety et le plus de 
niagnificence. Voila d'abord le mont Itacolumi, celebrc 
par la roche quartzeuse qui le conslitue on grando 
parlie el qui lui doit son nom [lUicoliwiile); puis 
un des cols ou, comme diraient les habilants dos 
Pyrenees , un des jjorts des monts auriferes dc Cala- 
Branca. On croirait en eCfet etre ici dans les Pyre- 
nees donl on retrouvo les convois de muletiers et les 
routes abrupks et lorlueuses. Le l^ico cfhabira do 
Cainpo (pi. 50) semble etre la ruine d'une vieille tour 
ou d'un de ces chateaux-forts qui couronnent, aux 
bordsdii Rhone, les cinies des Cevennes; mais prisdu 
nord-ouest, son aspect est different, el sa pente semec 

XU. AODT r.T SIvPTliMBRli. k. 



( 130 ) 

de dt^-bris He rochors rappello quelrjue peu I'iinposante 
sc^ne du chaos du iiiont Gavarnie. La province des 
Mines, de ineiiK' que les Pyrenees, a aussi ses cataiactes 
qui ne le cedent en rien ;i celles de celte chalne. On 
s'en coiivaincra, en jeUint les yeux sur la planche 22 
qui repr^senle une uiagiiilique cascade, une veritablo 
calariicte, dip;ne de ligurer avec ce que la Scandinavie 
et la Suisse onl de plus imposant : c'est la chule que 
fait pies de Sahara, le Hiberdo do Palinital, 

Des monlagnes ne peuvent exister sans vallees. C'est 
la que I'homine a gen^ralenient place Si» deiueure et 
elahli ses cultures. 11 est dilTicile de se faire une idee 
de la beaute, de la diversite des scenes, des aspects 
qu'elles reservent anx voyageurs. iVl. de Martins s'est 
bornd a reproduire deux \ues charuianles, prises 
aux environs de Rio-Janoiro, dans Tunc des plus ce- 
lebres vallees de la province, celle de Laranjeras qui 
horde lahaie (pi. 26 et 27). ^ 

Le Bresil a dgalement, comme nosconlr6es, ses plai- 
nes, ses palurages ou cainpos. Ce sont de vastes eten- 
dues d'herhes, qui couvrent la penledes collines [tabo- 
leiros descobertos), ou sont parseniees 9a et la d'arhres 
rabougris [tuboleiros cobertos). Celte successi.on de plai- 
nes occupe une partie du Bresil et forme ce que Ton 
appelle \es canipos gera/es (pi. 5). Ici on relrouve la 
monolonie et parfois niSme I'aridite du tlesert. 11 y a 
sans doule des campos qui rappellent nos prairies et 
k la lisiere dosquels des arhres inlerronipenl la mo- 
nolonie de la vegetaiion (|il. 7), quelquefois infime de 
petites I'or^ts, capoes, torment au milieu des campos, de 
v^ritahles oasis. Mais hien souvent aussi, on n'a sous 
les yeux qu'unevasle succession de hroussaijles, veri- 



( 131 ) 

tables mersd'herbe elde feuilles, d'ou s'el^vent, tie dis- 
tance en distance, a la facon d.'s mats d'unnavire, dos 
palmiers isoles, places comnie des poinls de rep^re 
pour servir de guides au voyageur qui peul se perdre 
ais^menl au milieu de ces horizons sans bornes. [.a 
planclic 23 nous offre un de ces deserts (Sertdo), pris 
dans la Sena de San-Jntonio (province des Mines). 
A gauche, le Cocos capitnta appele par les Bresiliens 
Cabecudo, (h'esse sa tige courte et sans (Elegance, tlu mi- 
lieu des broussailles, tandis qu'a dioite un jialmier, 
qii'au reiiflenient de son stipe on peut prendre pour 
Vlriartea ventricosn , scmble une de ces colonnes isoleos 
qui, dans les deserts de I'Egypte ou de I'Algerie, rap- 
pellent I'cxistence d'un temple anlicjue dont tous les 
autres vestiges ont disparu. Les muletiers ne se frayent 
qu'a grand 'peine une route a travers ces inexlricables 
reseaux d'herbes et de feuilles, de petits bois et de 
branchages. La s^oheresse de ces vastes plaines s'op- 
pose a ce que la vegetation ait plus de vigueur; mais 
au voisinage descours d'eau, elle reprend sa puissance 
et sa variete accoutum^es. Une foule d'arbustes, d'ar- 
bres garnissent la rive, et Ton retrouve quelque chose 
des carrascos de tout a i'lieure. La plancbe 43 nous 
monlre un example des effets de ce genre ; dans une 
des plaines qui bordent le Bio da Velhas, a la province 
des Mines. 

Parfois la secheresse devient telle dans ces campos, 
que la moindre circonstance determine I'incendie des 
broussailles qui les recouvrent. La flamme se propage 
au loin avec la rapidity du vent, el bientol I'aspect du 
pays est celui d'un desert; mais ce desert ne lardera pas 
a se changer en un champ fertile, ferlilisf^ qu'il est par 



(132 ) 

es cenclres. Ces qneimaihis (.leviennent ainsi un rnoven 
de uiellre le sol en cullure. C'est pendant la saison de 
la sdcheresse, qu'ont lieu ces incendies des campos 
dont la planche 21 nous donnc le s])ectacle saisis- 
sant. La combuslion dos liges anciennes determine le 
d^veloppcnient dcs geruies caches sous la terio, qui 
font bienlot apparallre une vegelalion nouvelle, auj)a- 
ravant (jtrangore au sol incendi^. C'esl ainsi que la 
nature nous enseigne en quelfjue sorle les lois de I'as- 
solemcnt, et qu'une rotation naturelle s'etablit dans la 
vegetation de ces contrees. 

Peua peu, la main de I'homme fera ce quel'incendie 
se charge aujourd'hui d'accoraplir.'^Ces forfits vierges, 
ces calingas, ces carrascos, ces campos disparaitront 
en parlie, pour faire place a dos cultures regulieres et 
syslematiques. Les environs de Rio-Janeiro nous foiir- 
nissenl doja un avant-goilt de ce que sera un jour lo 
Bresil ci\ilis(^. La vue d'un jardin dans le faubourg de 
Mala-Cavallos, au])res de I'aqueduc qui alimente Uio- 
Janeiro de ses eaux et qui est dessine planclie /|2 , 
est un agreable specimen des environs de la capilale 
du Bresil. 

M. de Marlins a complete son album par la vue de 
deux des cultures les plus Importantes du nouvcau 
monde. Sans doute il les a oppos^es I'une a I'aulre 
afm de faire ressortir la dilTercnce des aspects qu'elles 
impi'iraent au paysagc. Dans la culture du cafe que 
nous represente la planche hU, el qui nous offre 
I'etablissement d'un planleur de cafe, dans la Sena 
dos Orgdos, on a sous les ycux une sdrie de collinos 
aux(pielles les arbustes apportes d'Arabie donnent 
un aspect niamelonne. La planche /i5 nous trans- 



( 1S3 ) 

porte an Mexique, dans cos plantations de maguey 
[Ai^rn'e americnna) qui fournit le celMjre pulque. Cctte 
culture forme un des traits de I'agriculture dcs Ti'er- 
ras calientes et templadas, et les modernes colons 
I'onl h^rite des Azteques. Le pinceau de Rugendas 
auquel la nature mexicainc a inspire les chefs-d'oeuvre 
que possede la collection royale de Berlin, se reconnalt 
encore dans cette lilhographie, quoiqu'elle ad'aiblisse 
cependant ^trangement la v^rlte du tableau original. 

L'onsemble des planches de cot album, a part quel- 
ques imperfections, est de nature a donner a ceux qui 
n'ont point vu leBresil, une itlee exactc de eel admi- 
rable pays, j'ajouterai a leur inspirerle desirdele par- 
courir. Ceux auxquels il ne sera pas donne de realiser 
ce desir, pourront au moins, dans la lecture des excel- 
lents voyages au Bresil que nous possetlons, se mettre 
en etatde comprendre les details etd'appr^cier compl^- 
tement la valeur de I'album de M. de Martius. Les livres 
de M. Aug. de Sainl-Hilaire, du prince de Wied-Neu- 
wied et de M. do Martius lui-memo , fourniront les 
meilleurs eclaircissements pour Tintelligence de ces 
planches, dont je n'ai presente ici qu'un imparfait 
aper^u. 

Alfred, Mawry. 



( i3/. ) 
LITTfiRATLRE MALAISE, — DES PANTEUN. 

(TBAOnr ni Pinaiig Gazette and Straits ('lironicle, aviiil i856,) 

Par M. MoBEi. Fatio. 



L'n article dii journal de I'Archipel indien [Journal 
of the Indian jirchipelago), lire d'lin ouvrage devenii 
rare, the Bencoolen Miscellany, et dil probableinenl a la 
plume de sir Stamford Raffles, nous fournit les mi'il- 
leurs renseignemenls que nous ayons encore rencon- 
tres, sur les panteun malais el le mode de recitation en 
usage dans les baleys, ou sallesd'assemblee des villages 
dc la cole ouesl de Sumatra. Mais commo toules les 
autres descriptions publiees jusqu'ici, eel article ne 
dit rien de ce jui, selon le goilt des Malais, conslilue 
principalemenl la difference enlre un bon el un mau- 
\a\s /)an(enn. IVnus expliquerons ici done pourquoi les 
Europeensont eclioue toules les foisqu'ilsen onlvoulu 
composer un qui sali.sril enlieremenl aux exigences de 
la critique des naturels. Le panteun demande une 
mdlodie purement verbale, d'un genre approprie h la 
grossi^re simpllcile desid^es po^liques de la race ma- 
laise, ■simplicity qu'ils liennent peut-6tre de leurs an- 
cetres Tartars, ou de leurs predecesseursMalagasiques 
ou Malgaches sur 1<> sol de Sumatra, auxquels ils ont 
emprunt6 tanl de formes de langage. Le Malagazi, 
comme les langues africaines ses sfBurs, tient lui-m6me 
par un coteafabranohe barmonique larlare. Get accord 
svllabique, qui caracterise les panteun, (^lait probable- 
nionl dans tous ces idlomes, la difficult^ que s'alla- 
chaient a vaincre les anciens poetes. On sail que ce ca- 



( 1-35 ) 

raolere exisle dans quelques-uns des dialectes ougi'iena, 
et quand les idiomes africains et malagasiques seront 
inieiix connus, il est a croire qu'on I'y tiouvera aussi. 
Le conrant tartare, qui s'estrepandu dans le larigage 
de Sumalra, s'infiltra a travcrs les langues riides et In- 
cultes du Thibet, de rHiinalaya et de la peninsule Thi- 
beto-Malaise ; et bien que la race malaise elle-nieme 
descendit par la ineme route, de I'Asie superieure vers 
rOcean indien, la forme que prirent les dialectes tar- 
tares, lorsqu'ils subirent Tinfluence des phonologies 
incidtes de la Chine et du Thibet, dut apporter des ob- 
stacles a la culture d'un genre de po6sie conslruit sur 
un rliythme qui disparalt, des qu'on atteint les Iron- 
ti^res meridionales des hordes tariarcs, el qu'on re- 
Irouve seulement lorsqu'on louche les rivages alVicains 
et malagasiques. Un extrait que nous pouvons donner 
d'un article manuscrit sur la langue malaise va nous 
montrer en (juoi consiste le trait caraclerislique de ce 
chant d'une extreme douceur, quoique un peu sauvage. 

Dans la po^sie malaise, la erudite de i'expression du 
langage est peut-etre mieux conservee que dans la 
prose ; les parties du discours qui servent a la forma- 
tion des mots, sont plus fr^quemment omises, et ceux- 
ci sont pris substantivement ou expriment des ide^es 
positives, selon les besninsde la pens^e, comme dansla 
conversation. Nous produisons a i'appui quelques mo- 
dules du panienn, qui est a la lois la chanson, I'e- 
nigmc, le proverbe et I'eplgramme des i\1alais. 

Aucune distinclir.n n'est ^tablie entre I'intonation 
mesur^e et I'intonalion naturellc. Le rhythme est de- 
pendant de celui de la langue parlee, qui est norma le- 
nient dissyllabique et trochaiquc Les mots plus longs 



( 136 ) 

6ont i)nur la |ilu[)arl composes par I'aiklilioii an dis- 
syllabo rndical, d'lin aiignionl forinatif place avanl ou 
apros ; el coinine i'accent est i'oguli6rement sur la pe- 
nultit'ino, une on deux syllabes placees avant n'eii 
peiivent clianger ia place ; landis que rauginent place 
apres ii'a jk)ui resullat que d'avancer I'accent cic la 
premiere a la seconde syllabe de la racine. Quand une 
racine dissyllabique est suivie dun augment, de tro- 
chai()ue elle devient ampbibrachiciue ; cl si elK: en 
ajoulc uu autre (jui la precede , ello devient dilro- 
cliaique ou paiionique, la premiere syllabe del'augment 
dedevant (itanl quelquefois sensiblement plus longue 
que la seconde cl quelquefois au!-si courle que celle-ci. 
Mais gen^ralemenl les syllabes accessoires sont tellc- 
ment subordonnees par la prononciation aux syllabes 
principales, que la mesure des mots longs est assimi- 
lee a la mesure dissyllabique, et que le rhythme peut 
elre considert'; veritablement conime trocliaiquc. I.a 
langue parlee etant ainsi de toulc nucessile mesuree 
et uniforme, [iroduit I'etret de vers non rimes, et la 
poesie se distingue moins par la mesure, que par la 
repercussion du son , ou echo. Cet echo est produit 
par des rimes, ou assonances, comme aussi par des al- 
literations, ou retours de la meme syllabe, rime arbi- 
traire et irr^guliere ((ui se joue ainsi a travcrs toute la 
texture de la piece de vers. 

Lc pafiteiin a mis en defaut la sagacile europeenne, 
et nous ne voyons pas que son veritable caraclere ail 
^le compl^tement decril. G'esl, comme Marsden et 
Leydenl'ont observe, il y a deja longtemps, une stance 
de quatre vers, a rimes genoralement alteiiucs ; los 
deux premiers vers font presquc toujours allusion a 



( 137 ) 

qiielqueobjel maleriel ou a iin lait quclcoiiquc ; landia 
que les douxautres s'adressent aux sentiments. Chatjiie 
dlstique pr^sente un sens complet.et il n'y a en appa- 
rence aucune suite entro les deux. A raison de I'into- 
nalion regulierement trochaique du langage, cliaque 
vers se compose done en realite de deux derai-vcrs, ou 
versels formes chacun de deux troclices. D'apr^s la 
structure el le rhylhnie de la langue, comme nous I'avons 
remarque plus haul, le \ers est quclquefois allonge par 
une courte syllabe redondanle placee devant une ou 
plusieurs des syllabes plus longues; mais la mesure 
uniforme et la cadence remedienta toutes les irregula- 
riles de ce genre, Le caraclero de la langue etant dis- 
sjllabique, chaque pied estordiuairement un mot cona- 
plet ct I'ideologie peu developpee du inalais permet de 
composer cbaque verset, et de donner ensuite a cliaque 
vers pris separen^ent, la forme d'une proposition plus 
ou moins complete. 

Lepanteun pourraitdoncetreexactement definiainsi: 
une stance de huit vers, cliacun des deux pieds regu- 
lierement trochaique, ou un double quatrain. 

En vertu de cette construction, cbaque vers et IVe- 
quemment cbaque verset, est suscejUible d'etre deta- 
cbe et peul servir de nouveau a la formation d'autres 
vers ou d'aulres pnntcun; de la bon nombre de vers ou 
versets favorisqui reviennent souvent. Dans les recits 
amcebes de panteun, oii les deux adversaires recitent ou 
improvisenl des stances, chacun a son tour et sans s'ar- 
reler, jusqu'a ce que la memoire ou I'esprit de I'un 
des deux vienne a fairs defaut, chaque /ja«/?eM/e successif 
doit renfermer un fragment de celui qui I'a precede. La 
molodie de la parole est soutcnuopar la cadence regu- 
liere el le caractere euphonique de la langue; le retour 



( 138 ) 

du son est la base principalo de cclte mdlodif, et ii est 
facile a I'obtenir, carle vocobulaire est acetegard plein 
de ressources. Dans le inline vers, on Irouve fr^quem- 
jnent un on deux ecbos, et les mols, an milieu des ver- 
sets, riment quelquefois enlre eux, de mfime que les 
vers alternes riment ensemble. Souvenl on se cnntenle 
de la simple rep6tili(in du mot, comiue dans nos an- 
ciennes ballades et dans les ceuvrcs d'un grand poele 
vivant, mallre hal)ile en melodies de ce genre. 

Telle est la constitution cssenticUe d'un panteun, et 
telle on la trouvera dans le plus grand nombre de ces 
poesies. Mais les connaisseurs ne sout sulisfaits que 
qiiand ils parviennenl a remlre non-seulement une 
certaine harmonie particuliere dans leson et quelque- 
quefois dans le sensde chaque quatrain, mais encore 
que s'ils peuvent exprimer la double entente qu'o(Tr(;nt 
les deux derniers vers •, obscurity qui trop souvont voile 
un trait erotique. En d'aulres cas, \e panteun est senti- 
mental ou satirique; il renferme un comjdiinent ou un 
diclon populaire, etc., clc; froquemment aussi le sens 
des deux quatrains presenle une antitli^se. 

Pour expllquor la structure dii panteun, nous ecri- 
rons nos exemplesen laissant un espace entre chaque 
verset, a la place de I'a^pir alien marquee dans la reci- 
tation par une pause; nous commengons par quel- 
ques pieces queMarsden a, dcpuis longtomps, rendues 
famili^res a ceux qui etudient la langue malaise : 

1 Afaguna{\) pasang palitn 

Kulan tida dangan surtibunya 

Apniiuna main mata 

Knlan tida dangan sunggunya. 

(i) Suivant la pronoDciation aoglaise. ^ 



( 139) 
On pourrait ecrire aussi : 

A pa (juna 

Pasanq palita 
Kalan tida 

Dangan sumbunya 
Apa guna 

Main mata 
Kalan tida 
Dangan sunqgunya. 

Dans ce panteun favori on remarquera que I'har- 
monie des mots de I'ensenible r^sulte non-seulement 
du retoiir des pi'emier et Iroisieme versets, mais aussi 
de la fr^quente alliteration et du lapprocheuient de 
I'identit^ phonetique dans les derniers versets de clia- 
que partie. 

Le Panleun suivant est compose d'apres le menie 
principe : 

•). Kalau tuan jalan daiilu 

C/iarikan Sara daun hamhoja 

Kalau tuan niati daulu 

Nantikan Saya dipintu turga. 

Ici, outre les repetilions de rigueur, il y a nombre 
d'alliterations ; i>ntre tnan el jalan, Kalau et dauhi au 
premier vers; dans I'eclio de ces deux derniers sons 
par daun au troisieme ; dans la ressemblaiice de son 
enlre les deux mots qui exprimcnt la priere dans cha- 
que quatrain, chariknn et nantikan, et dans la repeti- 
tion des sifflantes dans les derniers mots des deux der- 
niers versets. Un sens plus profond que celui indiqu6 
par Taction mecanique de marcher devanl , se nianifeste 
par le mot Kamboja [Plnmeria obtiisa), eel iirbuste 
ilant celui qu'on plante aupres des tombeaux. 



( JAO ) 

Dans les cxetnples suivants, I'assonanco est encore 
plus frappanle que dans ceux fournis par Marsden : 

3 Fisau rant barulu tulang 

Toiuba harulu siiuliriiiya 

Tingah laiit Gitnung Balang 

Otnba barpalu sindirlnya. 

Dans le premier vers, il y a allileratioii enlre mat 
et Pisaii, cntre bnrii/u et tulang; vlxx trolsierne vers, hint 
vimeavecra/</ du premier, et GwningBulang rime et fait 
assonance avec nln tulang. De meme, nuiba barulu au 
quatrieme vers, rime doublemenl avec tontba barulu du 
deuxi6me. 

4 Permata julu Ji lumput 

Jala di rumput hergilang g'daug 

Kasili umpuma ambun di ujong rumput 

Datang matahari nischaya Hang, 

Maintenant que I'allenlion du lecleur s'esl sulTisam- 
nient rendu compte des elements euphouiques du pan- 
leun, il no lui sera pas difficile de trouver par les du- 
Ires exemples que nous ajoulons ici, comment on a 
obtenu TeQet desir6 : 

5 C'liindiatyasth burong dianau 

j4ua manalas ibunya mati 

Baccliari kasth viuda baugsawan 

Bagdikan pulus rasanya halt. 

6 Ba'i BaV barlayar tnalam 

Uarunysa dim karangnya tajam 

Chari chart malun tang paliam 

Disilulah bunia' kapal langlam, 

•J Biiang balu timbul kalapa 

bun la' iidaiig Pasir Majaiiq 

Buang aku tida kanapa 

biiuia' orang knkasi sayaiig. 



( la ) 

Traduction anglaise f.t francaise. 

What is the use of lighting a lamp 

If not with its wick ; 
What is the use of making love with the eyes 

If it be not in earnest? 

A quoi i)on allumer une lampc 

Sil n'y a pas de meche ; 
A (iLioi bou I'aire I'amour avec las yeux 

Si I'on ne veut le faire tout a fait? 

If you go fust, 

Seek for me Kamboja leaves; 
If you die first 

Wait for me at the door of Paradise. 

Si vous marchez le premier. 

Cherchezpoiir nioi des feuilles de Kamboja; 
Si vous mourez le premier, 

Atteudez-moi a la porte du Paradis. 

A paring knife (is) halted with bone, 

A spear is halted in itself; 
Amidst the sea (is) Gunung Bulang, 

The waves beat (it) of themselves. 

Un couperet est emmanche avec un os, 
Une lance est emmanchee sur elle-meme; 

Au milieu de la mer est Gunung Bulang, 
Les vagues la frappent d'elles-meiiies. 

The jewel falls amidst the grass. 

Falls amidst the grass glittering ; 
Love is like dew on the htad of the grass : 

When (he sun comes, it is surely lost. 

Le joyau tombe au milieu du gazon, 

11 lonibe au milieu du gazon sointillant; 

L'aniour est comine la rosee sur le haiit du gazon 
Quand le soled parait, pour snril est perdu. 



( 142 ) 

The Chindraw.inf;s.i is tlie liird of the cloiuh : 
W hen the cimk breaks the shell, its mother dies ; 

Sever the love of the youiif; and wellburn, 
And their hearts feel as if broken. 

Le Cbindrauangsa est Toiseau des nua{»cs : 

Quand le petit brise sa co<|uiih-, la nii.re tiieuil ; 

Separei des amoureux jeuncs ( t bieii ne's 

Et leurs coeurs soufFi iroiit roiiitne s'ils c'taient brises. 

Warily, warily, sail by nip,ht. 

Strong are the currents, shar|) (he coral rocks; 
Seek, seek a pilot who is skilful, 

For there is it that many ships have sunk, 

Prudemment, prudemment, naviguez la nuit, 

Les courants sont forts, les rocs de corail aigus; 
Cherchez, cherchez un pilote qui soil habile. 
Gar c'est la que bieii des navires ont pe'ri. 

Cast a stone, a cocoanut springs up ; 

Many are the shrimps at Pasir Mayang. 
Cast me off, it matters not. 

Many are they wlio pity and love me. 

Jetez une pierre, une noix de cocotier pousse aussitot; 

Nombreuses >ont les chevrettes a Pasir Mayang. 
Chassez-moi, qn'importe, 

Nonibreux sont ceux qui ont pitie de moi el qui 
m'aiment. 



( 1^3 ) 



EXTRAIT 



d'uNE LETTRE DE M. ERNEST UliSJARDINS A M. GUIGNIAUT, 
MEMBRE UE l'iINSTITUT , PRESIDENT DE LA SOClixt DE 
G^OGRAPHIE. 

La grande fatigue que uies recherches etmes Etudes 
sur le sol meine de Veleiia in'onl causee, ra'a force de 
venir me reposer ici quelques jours afin de prendre 
des forces pour parcourir Ja caujpagne romaine. Je 
profile de cet intervalle pour vous adresser un r^cit 
fidele de nies premiers Iravaux. 

Mon premier soin, a Parme, a 6t6 de prendre un 
estaujpage de V Inscription Trajaned^inlW n'existaitpoint 
de fac-simile. Les difficulles que j'ai rencontiees dans 
I'execulion de ce travail de manoeuvre ui'expliquent un 
peu comment je suis le premier qui I'ait aclieve, si je 
ne suis le premier qui I'ait entrepris. Lescaracleres sonl 
creuses dans le bronze; mais les aretes vives formees par 
le stylet du graveur presentent un petit relief Irancliant 
qui d^chire le papier applique sur le metal, des qu'on 
le soiimet a Taction du frottement. Apres avoir essaye 
vainement des divers procedes que m'avait indiques 
M. Leon Renier, j'ai eu recours avec plus de succ^s 
d'abord, et, ensuite, avec la plus complete reussite, au 
precede de M. Georges de Soultrait, qui consiste a 
froller avec precaution le papier applique sur le bronze 
avec (le lac/'/e a giberne preparee avec soin. 11 ne ni'a 
pas fallu moins de dix jours et de soixante-dix heures 
de travail pour obtenir le fac-simile coniplet; enfin, 



{ lAi ) 

je suis Ires salisfait du resuhal; car j'ai oMenii, non- 
seulemcnt rern])reinte des leltrcs, mais, si je peux 
ainsi parler, la pliysionoiuie mfiine du monument. 

Je me suis occupe ensuile cle rcunir loules les in- 
scrii)lions qui ont rapporl a la Table alimentaire ou a la 
cit6 de \^loia. Elles se Irouvent , pour la plupail , 
au mus^e de Parme, inais leur provenance n'est pas 
indiqu^e. J'ai eld favorise dans cette recherche par 
I'extrenie obligeance du comn)andeur Lnppz, qui m'a 
m§me communique quelques monuments epigra- 
phiquesinedits. J'ai vdrifieavec soin, sur les originaux, 
le texle des inscriptions deja publiees; car j'ai pu nie 
convaincre que Ic recueil, d'ailleurs inconiplet, dc 
M. de Lama, est renipli trinexactitudes qu'il lui aurait 
k\k assureinent trtjs facile d'eviler. Pour ne cilcr qu'un 
exemple, j'ai reconnu que i'inscriplion votive a Isis 
donnee par Orelli, sur la foi de Dc I-ama, |H)rle, non 
pas: ISIDI. OSTIL [jana), ce qui sorait asscz embarras- 
sanl a ex|)liquer; mais bien ISIUI. OSiPi. — J'ai pris 
Peslampage de (]uc>lques-uiios de ces inscriptions et, 
nolamment, de la Table legislative publiee, par M.de 
Savigny et, plus recemment, je crois, par M. Piitschl 
de Bonn, prel'el de la bibliotheque de I'Universitd. 
J'ignore s'il adonnele facsimile; maisil possede une 
emprcinte, prise au papier de pi omb, de ce monument 
important. Ce procede, le seul que conniit M. Lopez, 
est nccessairemcnt Ir^s defectueux, quand il s'agit de 
caracl^res fins donlle creux est, le jilus souvent, rempli 
par la paline du melal. Cetlc i'ameuse lex Rubriii, dont 
il est a rcgrelter que nos jurisconsultes-antiquaires 
ii'aient pas eu occasion de parler, elait surtout intd- 
ressanto pour luoi a cause de la forme des caractferes 



( 145 ) 

auxfjuels il me [lorait impossible d'assigner imo epo- 
quc plus moderne que cello cle Jules Cesar. EUe a et(i 
trouvee au milieu du Forum do Veleia; done celte 
ville exislait comma oile romaine avant Auguste: or 
Slrabon, qui donne ;'i entendre que les Veleiates 
n'avaient pas encore de ville de son tetnps, serait, cette 
fois, convaincu d'inexactitude. Parmi les estampages 
des autres monuments epigrapltiques moins impor-. 
tants.figurenl des fragn:ients d'inscriplions sur bronze, 
evidemment rebtives a des conlrats de meinc nature 
que celui de la Table alimentaire, du moins en ce qui 
concerne remj)runt hypotliecaire. Ces fragments, au 
nonibre de plus de dix, presenlent tons des caract^res 
diff(§renls, et sont graves sur des plaques de metal de 
diverses epaisseurs ; ils n'ont done pu appartenir a la 
me me obligation. 

Je n'ai trouve a la bibliollieque Farnese aucuu 
ouvrage imprime qui me fut demeure inconnu lors do 
mon premier voyage a Parme, mais il n'en a pas ele 
de meme pour les manuscrits. M. le commandeur 
Angelo Pezzana, directeur, et pour lequel M. Jomard 
avait bien voulu me donner une lellre de recomman- 
dation, m'a fait la grace de me communiquer le re- 
cueil complet des notes redigees j)ar le clianoine 
comte Cosla, premier direclcur des fouilles pendant 
les annees 1760 a 1765 (mais je crois que, la derniero 
annee, ce n'etail plus lui qui exercait eel emploi, car 
a la moii do 1). Philippe, il fut renvoye a Plaisance). 
Ces notes, ecriles avec luxe el dediees a I'infant due 
de Parme, n'onl aucun merite scientifique, et Paciaudi 
I'a bien connu, car il s'est oppose a leur publication ; 
mais elles sont accompagnees d'un journal ou se 

XII, A OUT F.T SI'.l'Ti;\!15r,I'. 5. 10 



{ lArt ) 
troiiveiil consigiii^s Ions les objols troiiv^s, la marclie 
el la direction dos Iravaux, la place ou les diderentes 
d^couverles oiu et^ i'aites, el ceci a un grand int^rfet 
pour guider dans la pertinenza des lieiix el la deslina- 
lioii des ol)jels ; de plus, les plus remarquables de res 
monunieiits de bronze, de marbre on de lerre ctiite, 
sonl dessiiies par le crayon habile de Poruioli. Ce qui 
rend celte collection de dessins suilout precieiise, 
c'est qu'ils n'onl pas 6le publies, et (pi'on y voit figu- 
rer des objets nialheuieusemenl perdus ou disperses 
aujourd'hui, car beaucotip de bronzes onl ele grossir 
la collection de M. de Caylus, en France, et j'ignore 
ce qu'ils sont devenus. Peut-etre leur provenance est- 
ellc ignoree de ceux qui les possedent. Les dessins 
aulhenliques cie Peniioli perniellraieiit de les faire 
reconnallre coinme appurtenant a la cit^ de Veleia. 
J'ai done pris un caique exact de tous les ib ssins qui 
ont quelque importance, 

J'ai eludi6 ensuile lous les monutnents qui se Irou- 
venl au Musee des antiques du palais Farn^se, et dont 
la provenance de Veleia est etabiie. J'ai fait les des- 
sins de ceux que Permoli n'a pas donnes. Enfin j'ai 
obtenu, par une faveur toute particuli^re que je dois 
surloul a raniilie de M. Lopez et a la mission dunt 
j'elais charge, de faire faire un nioule de V Hercule wre , 
cet incomparable clief-d'oeuvre de science, de goill, 
de naturel et surloul de noblesse : la noblesse dans le 
vin ! C'est le secret d(^ I'art de la Grece dont les Ro- 
mains du premier siicle ont ele los seuls iieritiers, el 
qui s'esl perdu depuis. Le lype de I'liercule ivre est 
Ires rare; il od oxihU; deux autres : Idii public dans 
ie Mitseo /Irrigoniann, qui n'a aucun in^rile comme 



( U7 ) 
ceiivre d'art, et Tautre qui osl au IMiiseo Borbonico, a 
Naples. Ce dernier est joll sans doule, niais celui do 
Veleia est un clief-d'ceuvre f|iie I'on ne pent coni])arer 
qu'au Fauneii>re ou au Mercnre d'Herculanum. Un tres 
mauvais dessin en a ete publie dans les Annalesde Vlnsii- 
tut de correspondaiice archeologique <^/el831. J'ai espere 
un inslant avoir le seul nioule de I'Hercule ivre, niais j'ai 
appris, en quittanl Parme, qu'il avail et6 fail a Paris, 
car la petite statue a suivi la destinee do I'inscrlption 
Trajane et de la Scodella du (lorrege, et a reside en 
France de 1797 a 4815. Je crois loutefois que ce 
moule se sera perdu, car la rej^roduction de I'Hercule 
ne se Irouve pas facilement ; je ne I'ai jamais vue dans 
aucune collection, et un seul exemplaire est cile dans 
les Annates de V Institat de Rome ; c'elail M. Lenoir qui 
en t^lait possesseur. L'artisle a si bien reussi mon 
moule yjowr p/dtre que j'espere pouvoir faire ex^cuter 
a Paris, sur un exemplaire pur, donl les lineaments 
auront ele enleves, le moule pour bronze, el puuvoir 
offrir ainsi im double du pelit Herculc qui peut s'aj)po- 
ler aussi a bon \}lio\\.Y Hercule Farnese, 

Apres avoir fait ma moisson a la Bibliotheque et au 
Musee des antiques, aprfes avoir intorroge les arciiives 
des I'ouilles faites a Velt^ia : 1" sous radminislration 
des infants don Philippe el don Ferdinand; 2" sous le 
gouverneraentfrangals (M. Moreau de Saint-Mery etant 
adminis(raleur general); 'h"^ sous I'archiduchesse 
Marie-Louise qui a confix a M. Lopez la direction des 
derniers travaux (18/i2 el ann^es suivanles), j'ai vouhi 
visiter moi-meuie I'ancienne cite rouiaine, ct je suis 
parti pour Plaisance dunt elle n'esl 6loigaee (juc <Io 
15 milles, mais les deux tiers seidement de cello dis- 



{ 1/iS ) 
lance peuvenl se fairc on voiliire. Par Fiorenzuohi, on 
pent allor a clieval jiisqu'aiix mines, niais la distance 
est Ijcaiicoiip plus grande. De Plaisanco, on gagne un 
pelil cndroit appele Castel-Bculagnnnn, a partir duqiiel 
il faiit suivre a pied lo lit desseche du torrent Chero. 
Lorsqu'on a I'ait h milles avec des faligues inouies 
dans los pierrcs el Ics rochers, on gravll I'Apennin. 
Vi^leia se trouve ;'i un denii-mille seulemenl du Cliero. 
J'ai ele frappo d'abord de la viie admirable donl on 
jouit do ces ruines, situees snr la penle ngreste des 
rnonls Rovinazzo et Moria, et se composant d'une 
s6rie de porliques, de lerrasses et de maisons en ani- 
phiHiealre, d'oii Ton voyait s'ouvrir les bords escarpt^s 
du Cliero sur le magnifique panorama de la fertile 
Lonibardie. Cremone est en face, au dela du Po, et 
I'on distingue, dans la brume de I'borizon, la neige des 
Alpes a quarante lieues de la. Je crois que jamais les 
Romains n'ont etaUi de colonies dans une position 
plus piltoresque. On n'a point trouve ni les murs ni 
les portes do la ville, ni aiicuno loulc dans les envi- 
rons. Le forum et les (Edifices qui rontouronl sent po- 
tits, et onl fait penser que la cit6 de Vel6ia n'avait que 
tr^s peu d'importance. Pour nu)i, je croirais plulol 
que le centre de la cite n'a pas encore ele niisau jour. 
On n'a pas trouve le theatre, et quant a I'ampbi- 
Ih^alre, il me parait avoir el6 abandonnc du temps 
meme des Romains, car Ires pros de I'areno, exterieu- 
rement, se trouvent des maisons, separees de la pre- 
miere ligne de gradins par un Irop court espace pour 
que r^difice eOt uno 6j)aisscur el un numhre de degres 
suffisant et proporlionn^ au diam^tre do I'arorie qui 
est de *57 metres sur 2.0'", 50. La piofondein- des murs 



{ m ) 

de soubassemenl des gradins n'est que de 8 metres, 
et les maisons sont a 2 metres environ da cole exte 
rieiir de ces substruclions. Cetle disproportion est 
(Jvideniment impossible. Si petit que I'ussent les am- 
philh6alres, la profondeur des gradins, ou autrement 
la distance de I'arene au mur d'enceinte, devait etre 
au moins (5gale au plus petit diametre de I'ovale. II 
aurait done cxiste un autre amphitheatre (probable- 
ment), el surement un theatre etd'autres temples que 
i'unique petit Sacclhun qui est au nord du forum. Le 
luxe tout exceplionnel qui parait avoir regne dans unc 
des habitations relrouvees donne a penser qu'elle 
n'etait pas la seule de ce genre, [.e nouihre des statues, 
I'art merveilleux qui a preside a rext'culion des mo- 
numents de bronze, car I'Hercule ivre n'esl pas le seul 
c[ui merite d'etre cil(i ; enfin I'imporlance du conlrat 
passe enlre I'empereur el les proprielaires de la cite, 
Ic nombre d'enfanls pauvres secourus qui serait con- 
siderable el memo excessif pour une petite ville peu 
peuplee, siluee dans un pays ferlile, et dans un temps 
oil Ton n'avai! a secourir ni les esclaves ni les aflVan- 
chis ; tool cela me porta a croire que Vel6ia etait con- 
siderable, qu'on n'a encore rien trouve en comparaison 
de ce qui est reste sous les decombres du moot Ro- 
vinazzo. Ce I'orum, ou Ton a retrouve les tables de la 
\o\Rubiia, le conlrat de Trajan (dans la basiiique !), en 
un lemps oii ce conlrat etait une letlre niorle, ne pou- 
vant avoir d'autre inlcret que cehii qui s'altaclie a un 
souvenir hisloritpie el a une belle institution , la 
catastrophe ayanl eu lieu sous Probus (le dernier 
empercur donton ail retrouvd les monuments), les pro- 
prielaires engages elant morls depuis pres de cent 



( 150 ) 

qunlrL'-vingts ans, et rinstitiitioii clle-iii6ine ayant dH 
perir, ainsi que I'a Ir^s bicn ^labli M, Wallon, par 
suite (1e la d^prdcialion des terres ; enfin la presence 
de ces deux inonuments singuliers ajipeles tables numi- 
laires : lout ce qui s'est trouv6 sur ce forum, en un 
mot, ni'engage a le consideror comme une place pu- 
blique secondaire abandonnt'-c au nogoce et aux agents 
du fisc. La basili([ue 6tail fori grande et tres dispro- 
jiortionnee avec les aulres edifices qui sont des bou- 
tiques et des loges propres a I'oflice des agents du 
questeur. La tout rappelait I'usage consacr^ de celte 
petite place : c'etait la Bourse. L'absence de temples 
est surtoul pour moi une indication Ir^s significative 
(il n'y en a qu'un seul et Ires secondaire). 

S'il i!;tait permis de soupgonner la direction a donner 
aux I'ouiiles pour decouvrir, j)eut-etre, des riciiesses 
comme celles de Pomp^i, je crois qu'on devrait faire 
sender le terrain au sud-ouest, c'est-a-dire du cote 
06 Ton jnuit do la plus belle vue ; car il ne 
faut pas oublier que les Roniains nicbercbaicnl eel 
avanlnge avec le plus grand soin. On a fouille du rot^ 
de I'ampbilh^atre el de la petite eglise moderne de 
Macinesso, d'oii la vue est born^e paries rocbers de la 
rive gauclie du Cliero : je ne suis pas surpris qu'on 
n'ait ripn irouve. II est vrai quo M. Lopez a fait sonder 
]e terrain un peu partout, mais peut-Slre pas asscz 
profondement :- car, plus on se rapprocbe du point de 
depart de I'avalancbe, plus la coucbe de terre doit 
6tre ^paisse. Jc; devais passer un jour seulement a 
V^leia et j'avais em|)orte des provisions en cons6- 
quence ; niaisj'en ai passe cinq; car jo me suis biontot 
convaincu que les plans publics par Antolini en 1819 



( 151 ) 

et en 1823 6taient fort inexacts (et ce sont les plus 
cornplels). M. Lopez m'avait pr^venu de ces erreurs; 
lui-mfeme les avail constalees et en avail releve quel- 
ques-uiies. EUes proviennent de ce que M, Antolini 
(qui elail un architecte de Milan) avail la maiiie des 
reslilutions et qu'il itwentait la oil la disposition des 
lieux ne lui convenait pas. Son ouvrage n'esl, a propre- 
menl parler, qu'un projet de reedification pour le cas 
oil I'on voudrait Aivoyer une nouvelle colonie a Veleia. 
J'ai done lout dessine el lout mesure : les rues, les 
maisons, les portiques, les fills de colonnes, li:s bases, 
les canaux. J'ai r^labli lout le sjstfeme des eaux sans 
rien retranchei- a ce que j'ai vu. C'est un bien faible 
merite que de dessiner un mur et de le inesurer : on 
s'elonne que les gens de Tail fassent des travaux inu- 
liles pour vouloir etre Irop habiles. Malgre I'altention 
que M. Lopez avail eue de niettre a ma disposition la 
petite casa du direcleur, conime il n'y etail pas venu 
depuis dix ans, je n'y ai pas Irouve de matelas; mais 
j'en ai pris mon parti assez aisement ; ce qui m'a caus6 
un ennui plus s^rieux, 9'a ete de voir mes provisions 
epuis6es le second jour. Le prelre de Macinesso ne m'a 
pas engage a venir partager son repas, malgre les frais 
d'^rudition que j'ai fails pour I'inleresser un peu a la 
estin^e de V6l6ia dont nous etions, lui, le custode 
Buroli et moi les seuls habitants. II a done fallu par- 
tager I'ordinaire du vieux custode qui se nourril de 
mais el do riz cuits avec du safran ; mais je suis parti 
avec regret, -car j'6tais un peu stimuli par le d6sir de 
donner un travail presque nouveau et par le secret 
orgueil d'avoir ete le premier Frangais qui eut visile 
V6l6ia depuis 1815, epoque oil le custode fut charge 



( 15-i ) 

lie col empldi pen fatigaiil. Je buis ariiv^, lo sac sm lo 
dos, el Idiit couverl do la noble poiissieie des ruines 
romaines, a la \illa du comic J?alIaslieHi dunt j'avais 
fail la conuaibsaiice a Plaisancfe el cjiii est \ raiment 
riioiiuni' le jdui iiisliuil do sa ville, au dire do lous ses 
coiupalrioU'S. Lui-n;eme s'esl occiijie do la Table ali- 
meiitain; puui ce qui concenie la valeiir du seslerce; 
car il lait tin j^rand ouvrage siir les moiinaios de Plai- 
sance. II a bien voidu luc coiniiuiiiiqlier quelques pas- 
sages do son inaiuiscril; luais il lu'a paru avuir df^pens^ 
beaucoiip de peine et do lemps pour refairo beaucouj) 
uioiiis bior. et redirc boaucoup plus louguement ce 
que Borgbesi avait fail ol dil uiie fois pour fairc loi a 

jamais 

Ccpendanl, lua visile a iM. PallaslroUi a eu un 

autre resullat dont il me resle a vous parlor, car c'osl 
par la que je dois comiuencor le recit de ce quo j'ai 
fait pendant la derniere semaino que j'ai passee a 
Parme : jo voux parler do mo£ recberches geograpbi- 
ques : 1" sur la position desjoiuis monlionnes dans la 
Table; 2" sur relendue probable des pogi; 3" sur la 
nature de ces divisions; h° sur la possibilito de recon- 
stiluer les/j«^'^'de la cite do Veleia. M. Walckonaer a 
(lit dans sa Geographie des deux Gaules, je crois, d'apres 
Durandi (dont les ouvrages, fort bien faits, no sont pas 
assez connus en France ni mOme en Italic), que lo 
terriloire des dioceses au moyen age avail (ilo souvenl 
caique sur celui des cites. Beaucouj) d'aulres googra- 
pbes ont sans doute repel6 ce fail comme un axiomo 
qu'il 6lait inutile ou, peut-6tre, fort difiicile de verifier. 
Je crois que les dioceses no sonl pas calqu(!is sur relen- 
due des cites; du moins cola n'esl pas du loutvrai j)our 



( 1<^3 ) 
le diocese do Plaisance qui compiend lout le lei riloiie 
de Placeidla et la plus grande partie, peut-etre iiicine, 
lout celul de VeUia, qui elaiont cej^endant deux ciles 
dislincles. Et il est a lemarquerque celle exlenbiou du 
diocese de Plaisance sur la cite de Veleia est de lous 
les lemps. Mais le diocese 6tait divise en vicaiiati, el 
dans chaque vicarial clait la /y/ece qui avail dans son 
ressort un ceiiain nonibrede paroi.sses. Cello division, 
qui n'a plus lameme importance, aujourd'hui que lous 
les cures de paroisse jouissent du droit de baptisor, 
reserve, au moyen age, a I'archipretrc de chaque pieve ; 
cetle division, dis-je, existe encore et la hierarcliie des 
arcliiprelres a 6le mainlenue en Ilalie. Le cure de Ma- 
cinesso est memo archiprelre de la piei>e et il a cinq 
communes dans son ressort. La statistique du ducli(i 
par Molossi me donnait bien les noms des pieui et les 
communes qui depend aient de chacune d'elles ; mais 
je voulais avoir une carle de ces subdivisions ecclesias- 
tiques : il n'en exisle pas; ce sorait cependant Ires utile 
a I'administration du diocese. Mais M. Pallaslrelli pos- 
sede une carte manuscrite de lous les vicariati du 
diocese de Plaisance, faile en 1605. En la comparant 
au tableau de la statistique, j'ai vu qu'il y avail ou Ires 
peu de changements depuis cetle epoque, elprobable- 
ment aucun dans les limites des piei'i. J'ai oblenu do 
mon bote la permission d'en faire un caique. Arrive 
a Parme, j'ai compare le caique du vicarial de Maci- 
nesso avec \q pagus Velleius que j'avais dessine, assez 
bjpolbeliquement , et la configuration s'est Irouvee 
idenliquemenl la memo. C'c^t peul-etie I'eiret du 
basard ; car le vicarial de Rivergazo ne coincide pas 
aussi bien que je I'aurais souliaile avec \<i, pagus Ambi- 



( 15A ) 

trebius que j'avais dessin6 siir ma carte et clont la posi- 
tion eslcerlaine, a cause de la TreZi^/a etdes inscriptions 
relrouvt'cs a Caverzago. Mais I'etendue des pagi est 
evidomment la infime, a peu pres, que celle des vica- 
riats.Si I'oxjjerience, que je n'ai pas I'aite encore d'une 
maniere assez altenlive, demonlre que les vicarials 
nous dunnenl la liniite approximalive d^s pagi, il sera 
facile de retrouver I'elendue ;^c quelques pagi men- 
lioniies dans la Table. Pour decouvrirla place des fonds 
de terre, j'ai eu I'id^e de faire des reclierches dans les 
regislres du cadastre ; car ce qu'il s'agit de retrouver, 
ce n'est pas le nom d'un village, d'un hameau, d'une 
ferine meine : c'est le noni d'un champ. Chaque fundus 
romain avail un nom, coinme aujourd'hui chacun des 
champs dont se compose un domaine prive. Or le nom 
d'un champ, ce n'est pas une carte, si detaillee qu'elle 
soil, qui peut nous le donner; il faut avoir recours au 
cadastre. 

J'ai tenle quelques rcchorches au minislere des 
finances; mais, helas! pour une seule commune, on 
m'apportail quatre registres in-folio, rdmplis de noms 
illlsibles et de chiffres inintelligibies. II faudrait six 
mois de n^cherches pour arriver aun resultat douteux, 
car il y a plus do deux cents champs qui s'appellenl 
^Jntognano dans le m6me vicariat; lequol nous repr^- 
sente V Antonianns de la Table? Nous voyons bien en 
effet que les champs ne sont pas appel^s d'un seul 
nom, mais le plus souvent on ajoute au nom deux ou 
trois surnoms (jui servaient a designer celui des fonds 
Jntoniard dont on entendait parler. Malheureusement 
ces surnoms ont disparu el sont remplace^s par les 
designations de haut, bas, pelit^ grand, ou par des noms 



( 155 ) 

de sainis. Le cl6couragement m'a done pris; raais 
heureusement M. Ronchini.l'arcluvisle, est venii a mon 
secours et il a trouve dans les litres du moyen age les 
noms anciens encore conserves. M. Bonora, archi- 
viste de Plaisance, a proinis de faire pour moi une 
inoisson plus abondanle encore 



LETTPiE 

UE M. LE DOCTEUR LlVINfiSTON AU PRESIDENT UE LA 
S0Cj£t£ DE G^OGHAPHIE. 

Monsieur, 

En offranl rimparlaile esquisse que voici de la geo- 
graphie physique de cette partie de I'Afrique qui s'est 
trouvee a porlee de mes etudes, dans I'espoir qu'elle 
sera accueillie comme un failde t^moignage de grati- 
tude pour I'honneur que vous m'avez fail, je desire 
viveinent que vous n'oubliez pas que toules mes 
observations de hauteurs sont des approximations, 
et rien de plus. En allant au nord, j'esperais Irouver 
qu'un barometre ordinaire ou aneroide m'altendait a 
Loanda; inais, d^gu dans nion altenle, j'ai du recou- 
rir, pour y suppleer le mieux possible, a l,a notation 
du degre thermonietrique d'^buUilion de I'eau. 

Lp premier fait que je crois neltemenl constate, c'est 
qu'il y a une rhaine elevee, sans coiiines, situee a en- 
viron 300 uiiiles, et presque piuallelement a la cole 
occidentaie : elle ne peut avoir nioins de 20 degres en 
latitude, et de la naissent les rivieres CoanzaotQuango, 
au noril et au nord-ouest; le Loeli (appele aussi Lan- 
gebongo), les nombreuses rivieres qui se reunissent 



. ( i56 ) 

pour I'oriner le Chobo, et I'Embarrali, ou riviere de 
Libebe, qui tombe dans lo lac Ngami, an sud-oiiesl; 
les brancbes noiiibi'euses qui tombenl dans Jo Cassai, 
et celle riviere elle-iuemc a I'esl. El toules ces rivieres 
s'en ecliappent avanl qu'elle ait alteint 10 degr^s d'eten- 
due on lalittulo, a paitir de Cassange. 

Passant a !a pariie est du pays de Makololo, nous 
monlons une autre cbalne d'une altitude a peu pres 
6gale et pareillonient d^pourvue de collines; inais 
celle-ci no donne point naissance a des rivieres : reel- 
Jement nous n'y avons trouve ni source ni inarecage. 
La distance do sommet en sommet enlre ces falles 
allongt^s ou chaines, auxendroits que j'ai pu observer, 
est d'environ 10 degres en longitude ; mais j'ai lieu de 
croire que la cliaine orienlale s'ecarte au nordcst. La 
vallde doit done etre pluslarge dans Ic nord. En regar- 
dant dans cette grande vallee, vers le nord du lac 
Nganii.nous apercevons une plaiue etendue entrecou- 
pee de profondes rivieres dans loutes les directions. 
Les plus considerables ont tant de bras et de canaux 
sorlants ou rentranls, au milieu des prairies onviron- 
nantes, qu'il est presque impossible d'en suivre les 
bords sans etre accompagn^ de canots. Ces rivieres 
n'ass6clicnt jamais comme les cours d'eau de I'Afrique 
meridionalo, et plusieurs d'enlre elles ont deux lits, 
celui dos basses eaux et celui des iiiondalions. Pen- 
dant la ciue, qui arrive aunuellement, la vallee seinble 
tomme remplic do cbalnes de lacs, et telle est la forme 
g^ologiquenient r(^cente sous laquelle elle s'est inon- 
tree, car le lit des basses eaux est coup6 dans un tuf 
calcaire lendre,queles eaux de cette region deposaient 
ancienuemenl en grande abondauce. Le Zambeze el le 



( 157 ) 
Congo ou Zaire, sont les grands d^vei'soirs de la val- 
lee, el leiirs riombreux tributaires coulent generalo- 
iTient des cliaines sus-inenlionnees vers le milieu dii 
pays intermediaire, jusqu'ace qu'ils tombenl dans cos 
grands fleiives. Le pays autoiir du lac Dilolo senible 
former uno sorte de par'age dans la vallee, en ce que 
tous les affluents sus-enoncesinclinent unpcu au nord 
ou au sud, outre leur direction vers le centre, suivant 
qu'ils apparticnnent aux deversoirs occidental ou 
oriental de la contree, a partir de ce point. La riviere 
Lotembua, qui se ratlaclie au Dilolo (le petit lac lui 
fournissanl une assez grande quantite d'eau par son 
extremitemeridionale, ot probablement un peu plus 
par rexlreuiite septentrionale) , est remarquable en ce 
qu'elle coide en deux directions distinctos et presquc 
opposees : elle partage reellement ses eaux entro 
I'ocean Atlanlique et I'ocean hidien. Ainsi, une partie 
coule au nord nord-ouesl, dans le Cassai (Zaire ou 
Congo), et I'autre coule au sud sud-est, dans le Liba 
(Zambezc) . La vallee, quoique consid(^rablemcnt 6\evee 
au-dessus du niveau de la nier, ofTre decidenient une 
depression relativement aux deux cliaines ci-dessus 
menlionnees. On y tiouve pas meme de coUines attei- 
gnant une bauteur de 300 pieds. Veritablenicnt on 
pent allirmer que les lerres voisines des rivieres sont 
rarement a 50 pieds au-dessus de leur niveau. Les 
cliaines elles-menies ne peuvent eire a plus do 
/l,000 [)ieds au-dessus du niveau do la mer. Je n'ai 
point, toulefois, de table pour reduire mes observa- 
tions de degres en pieds. Pour rendre ma pensee aussi 
claire que possible, la Forme du continent, dans la par- 
tic dnnl il s'aglt, peut etreconsideree comme une auge 



( 168 ) 

oil un bassin avec des faltes Houceinent Aleves sur les 
cotes, Pl lessominels dc cos failes eloignes sur un point 
de 10 dogr^s de longitude ou (500 niilles; ou bien 
comme une vallce avec doux laites vers le centre du 
pays, chacun desquels aurail 200 milles de large, les 
terras a I'exterieur de ceux-ci s'abaissant graduelle- 
nienl vers la mer. 

Pour voiis faire couiprcndro mcs raisons de croire 
que rass6cljement de lii grande valine s'est generale- 
uient eileclue au uioyen do fissures a Iravers les failes, 
je rappurlerai ma r^cenle visile aux lumeuses ct 
bruviuiles cascades (s/tw/ccsoiiiuli/ig Jof/s) du l.iambai 
ou Zauibeze. Descendant la riviere dans des canots, 
depuisSeschek^, avec environ 200''esMakololos comme 
convoi, nous depassames bientot le confluent du 
Chob6, et 10 iiiilles au dela nous trouvames le com- 
mencement des rapides. Laissant les canots, nous 
marcbames environ 20 milles de |)lus le long de la 
rive gaucbe jnsqu'a Kalai, aulremenl nomme I'lot de 
Sekotii. Comme il ful decide en cet endroil que nous 
6vilerions la conlree montagneuse a Iravers laquelle la 
riviere coule en tournanl au nord-est, par le double 
motif de I'existence des Tsetse et de I'aspeiite des clie- 
mins, j'allai dans un canol a environ 8 milles plus bas, 
afm d'assisler au spectacle le plus clonnant de beau- 
coup que j'aie encore vu en Afrique : a la distance de 5 
a 6 milles, nous apercumcs cinq ou six colonnes de 
vapeur paraissant s'elever jusqu'aux nuages, et dont 
refletelailexactement semblable a celui que produit on 
Afrique, I'inccntlie des herbes sur de vastes (itendues 
de terrain. Lne petite colline boisce semblail former 
au deli le lerme du Zambeze. La riviere elle-meme esl 



( 159 ) 

tr^s belle, ayant au inoin.s 1000 yards de lari^e ,elelanl 
comerlo de nombfeiix ilots ombrages de niagniliqucs 
forets Iropicales. Prenant alois un canot leger et des 
homines ayant la pratique des remous, dans les cou- 
rants des eaux rapides, nous airivames a une ville siluee 
au milieu de la riviere el loul pres du seuil (edge of llie 
lip) par-dessus lequel roule le grand Zambeze, nous 
glissant jusqu'au bord d'un precipice d'ou s'^leve une 
masse enorme de vapeur ; nous viuies qu'dne decbirure 
s'^tait faile de I'une a I'autre rive el que la riviere large 
de 1000 yards s'y Glance et se trouve soudain resser - 
ree, au fond, a 15 ou 20 yards. Pardonnez - nioi 
d'employer avec vous le uieme laiigage dont je me 
suis servi pour en faire la description a mes amis d'An- 
glelerre. Figurons-nous la Tamise remplie de col- 
lines boisees depuis lo Tunnel jusqu'a Gravesand, 
le lit de la riviere form6 de dur basalte au lieu de I'etre 
par la vase de Londres, et une d^chirure ou fissure 
praliquee d'lin bout a I'aulre du Tunnel a Iravers la 
clef de la voule, landis que le passage des pietons serait 
a 100 j)ieds plus bas qu'il nest en reality, el les bords 
de la decliirure seraient distants de 60 a SO pieds; sup- 
posons en outre une ])rolongalionde lad^chiruredepuis 
la rive gauche, a travers le bord oppose a celui sur le- 
quel nous somines, et au dela jusqu'a Gravesand ; el la 
masse tout enliere de la Tamise s'elanganl dans le 
goulTre, inais resserree au fond, dans un espace de 15 
a 20 yards de largeur, conlrainte alors a changer de 
direction et a couler de la rive droite a la rive gauche, 
la de contourner un angle, et d'aller en bouillonnanl 
et mngissant a travers les coUines, et nous aurons 
quelque chose de ce qui a lieu pour le Zambeze. J'ai 



( 100 ) 

dit cont pieds de profondcn, ninis il est n^cessairc 
d'expliqiier ceci. Sur la drolto (\c \'\]o, ou la plus 
grande parlie de I'eau se piocipile, lorsquo la riviere 
est basse, on n'aperroit qu'urio dense vapeur blan- 
che et deux arcs-en-ciel biillanls. ( II etait midi a 
I'inslant de noire visile, ct la cl^clinaison du soleil 
a peu pr^s egale a la latitude du lieu.) De la s'elance 
un courant de vapeur assez fori pour absorber quol- 
ques petits ruisseaux, sous le rempart vortical du cole 
oppose. A 300 ou ZiOO pieds de haul il perd sa tcinte 
vaporeuse, devient sombre et rctombe en phiie qui en 
peu de temps nous mouilla jusqu'aux os. Surlagaucbe 
de nie, un quartier de roche est tombe dans I'eau, et 
comme il parail avoir attoint lo fond, c'esl d'aprfes lui 
que j'eslime la j)rofondeur. I.e rempart, que ne fran- 
chit pas la riviere, a un bord etroit el un cote porpen- 
diculaire; celui surlequel elle coule eslperpendiculaire 
aussi, mais pr6s de 3 pieds ont et6 emporl^s sur le 
bord, et beaucoup do fragments sonl tombos, do ma- 
nierc (jue ce bord est dentele en scie. Plus bas, la 
lissure esl, dit-on, ])his large (peut-elre 300 pieds), et 
assez inclinee pour permettre aux pcrsonnes qui en 
ont riiabitude, de descendre au pied dansune posture 
assise. Lcs Makololos poursuivant un jour des fugitifs, 
les virenlne pouvant arreter lour course, et arriver en 
pieces au bas. lis disenl que la riviere apparaissait 
comme une cordelelte blancho, et que la profon- 
deur etait si grande, qu'ils en avaiont le vertigo et 
s'empressalent tie s'oloignor. A 30 ou hO niilles a 
I'E. S. -E. elle sort du lieu on elle est emprisonn^e 
el, redevenue large et Iranquillo, tourue au N.-N.-E. 
ou an N. -E. jnscpr^ ce qu'ellc alleigne la latitude 



( 161 ) 

de 15°,37' S. Los chutes sont par 17" 57' S. Le peuple 
qui habitail autrefois ce pays elait une race sangui- 
naire el imp^rieuse. En surele clans leurs relranche- 
ments insulaires, ils dufiaient lout cnnemi, et on ne 
pouvait les y atleinclro. J'ai compte de cinquante a 
soixante cranes humains monies surdes batons clans un 
village ; on les regardalt coinme un Ires bel ornement, 
t^moignanl la valeur du heros qui en avail recueilli un 
si grand noiubre. Cependant les chefs avaienl certains 
endroils pres des chutes, pour lieux de priere aux 
dieux ou esprits des trepasses. lis n'avaient aucune 
idt^e de la bonte divine, quoique la vue des arcs-en-ciel 
qui se monlraient la sur les nuages cut dii leur don- 
ner I'idee d'un elre 6ternel et immuable planant au- 
dessus de loutes les choses perissables ; ils altiraient 
les tribus fugitives ou errantes dans les lies ou Ton ne 
pent Irouver aucune subsistance, et ou ils les laissenl 
alors perir. Cebituane parvinl a les faire sortir des iles 
cju'ils habitaienl, el rendit ainsi un service signale; car 
le commerce n'aurait jamais pu pen^lrer dans un pays 
oil les chefs encourageaienl le meurtre des Strangers, 
afin de grossir le nombre des cranes qui decoraienl 
leurs picux. On peul encore revoir le lombeau de 
Sekote I'anciensur leKalai, il est enloure de 70grandes 
defenses d'eldphant plant^es en lerre. II y en a 
en outre 30 au-dessus des lieux de sepulture de ses 
parents ; je m'6tonnais de trouver tant d'ivoire ainsi 
employ^ dans le pays de Batoka et bien au dela en 
descendant cotle riviere, la ou existe une bonne voie 
par eau , le peuple sc plaint que des marchands 
blancs ne les visitenl plus, ils recevaient seulement 
de Babisa ( Moviza ) des vfetenienls, mais ayanl ren- 

AOUT JET SKPTJiMnUE. 6. j I 



( 162 ) 

conlre deux marcliands porUigais, j'oppris que les 
arlicles cafres y sonl aussi lorl reclierchcs ; en I'ait, les 
bonnes gens de Tele sonl enl'ermes dans leurs forts; 
depuis ces deux deini^res ann^es, ils avaient recouru 
a lous los moyens pour se nourrir, exceptii celui de se 
manger enlre eux. Et il esthonteux de le dire, la mere 
patrie a refuse jusqu'a present de nourrir ses soldats, 
et de suivre I'exemple de la France en Algtirie et de 
I'Angleterre en Cafrerie. Plus ^claires que nous sommes 
en matierc d'economie politique, nous avons trouv6 
qu'il valait micux trafiquer avec nos propres soldats 
qu'avec des sauvages, sachaul i)ien nalurellement d'ou 
vienl 1 argent. En descendant le hord oriental, nous 
parvinmes a la riviere que Ton a ilesignee jusqu'a pre- 
sent sous le nom de Baschukulumpo pres de son con- 
fluent avec le Zambese, et que Ton nomma hahowhe 
ou Kafue. II a 300 yards de large et le Zambese lui- 
nifime est Irois ou qualre fois aussi large; dos hancs do 
sable el tie grandes iles conlinuenl a s'y montrer pend ant 
plusieursmilles; lavieanimale y estrepanduea profu- 
sion, je n'ai demavie vu tant d'eiephants aj)privoibos et 
de si nombreux Iroupeaux de buflles : il nous fallait 
souvent pousser de grands cris pour les ecarler de noire 
route. Ln jour nieme, detournanlla tele, je vis des bullies 
qui avaienl rompu noire ligne et un dos bommes lance a 
au moins douze pieds en I'air. II n'eut cependant rien 
a souffrir de celle ascension; sa peau n'eut pas mfime 
d'egratignure. A environ un dogre de longitude du Ka- 
fue, nous parslninos au conlluenl du I^o-uigua qui 
se confond au nord-oucsl a\ec la riviere de Bascbu- 
kuloinpo. Oil trouve la les ruincs d'unc eglise et une 
clocbe brisec, en un lion, jadis a|)|)el(' Ziiiiibo, los ruines 



( 163 ) 

de plusieurs l)atiments en pieire et d'un fort, prouvcnt 
que c'etail jadis une localilc!; ini[)ortante, et en elTet, 
il est impossible de Irouvei- iin endroit plus propre 
au commerce que celui-ci. De bonnes voies par 
eau existent en Irois directions : dans celle du sud- 
ouesl vers Moselekatse et Makololo, a I'ouest dans 
cclie du Baschuculompo el au nt)rd nord-ouest dans 
celle de Loanda. Le Casembe a ete visile par Pereira 
a parlir ile ce j)oint. Dans un des jardins on y 
trouve un manguier qui a 15 pieds de circon- 
f^rence, niais la station etait deserle quand les let'>s 
blanches n'6(aienl encore que des enl'ants. Je perdis 
malheureusenienl nies boeufs par suite de la piquie 
du tsetse, en sorte que je fus oblige de longer a pied 
celle belie riviere. Le Jungied-Jingle qui vient sur ces 
rives est si faligant pour la uiarche, que je dus me 
reposer un jour, ce qui me permit d'ecrire ces lignes 
avant d'entrer sur Ics confins (.le la civilisation. 

La population est tr6s dense, el a rexception d'un 
petit nombre de Iribus cafres, elle a le caractere tl'une 
veritable race n^gre d'une i'orte constitution muscu- 
laire. Quand je disCafre, j'enlends ici la famille Zouloii 
ou Zoiilah, qui a tant donne a faire a I'armee brilap- 
nique. Mul ne nonime les Becbuanas, ou les Basoutt. 
ou les Cafres noirs, sans donner par la a entendre qu'u 
a voyage en At'rique, voire meme parl6 avec ce peuple 
remarquable par son peu de tolerance a supporter la 
moindre altoinle qui lul estfaite par un autre peuple, 
quelle que soil sa couleur. Les habitants des plaines 
sont toujours plus eff^mines que c;;ux des monlagnes. 
On en a une preuvc remarquable en Alrique. La pre- 
miere des mesures que la republique des Provinces- 



( J6A ) 
Unies prit dans les plainos, fut unc loi conlre la jh)!- 
tronneric , ct ils dcvaient naliirellcriient connaitro 
leiirs propres besoins. 

Los n^grcs d'ici peuvent 6tre regard^s cononie un 
peuple do montagne ; car trois chalnes dc montagnes 
l)oisoes s'(^levenl sur les bords que nous avons longcs 
dans noire route, commo cllos existent dcs deux cotes 
du fleuvc; elles en ont sans doule determine le cours. 

Les habitants sunt grands anialeurs d'agriculture ; 
la richesse do lour sol Icur permet de rc^colter le 
grain en grande abondance, ctils ne s'cn montrenl pas 
avarcs. Leurs lois sont tres severes, surtout en ce qui 
louche la lerre et le gros gibier. Si un naturel ou un 
Europ^en tue un elephant, la moili6 de I'animal ap- 
parlienl au propri^laire du sol, el si le chasseur se 
met a (Iccouper la bete avant que la personne aulo- 
risee vienne lui accorder la permission, il perd le 
tout, (ielenses et carcasse comprises. 

Avant de finir, je dois ajouler quolques remarques 
sur la grande vallee. Quand nous quillames les cata- 
racles, nous voyageames duraiit quelques millos le 
long de ce qui parait avoir ete I'ancien litdu Zambese, 
avanl la formalion do raufracluosile actuelle; mais un 
rwisseau nomm6 Lekoue y couie maintenant dans une 
direction opposee h celle de la riviere, il lo joint a 
quelques niilles au-dcssus du Kalai, bion que I'eleva- 
lion dr ce lit ne soil que laiblement sui)erieure a cello 
du Linyanti, consequemment, avant ranlractuosile 
des roclicrs que nous voyons : co qui est une autre 
pi'euve de ce qui est deja ci-dessus remarquo, quo la 
riviere vient s'etendre dans un vaslc lac au-dcssus du 
Linyanti. Tout le lit du Chobc, jusqu'a Lib^hd, du 



( 1^5 ) 

lac Ngami, a Test du Nchcolsa, tout ce sol ainsi indi- 
quo est reconvert d'un luf calcairc lendre, fort epais, 
et quand un fourmilier fait son terrier, il fait sortir 
des coquillcs identiquesa celles quivivent maintenant 
dans le Zamb^se. Les eaux de cette riviere remontent 
dans la vallee de Barolse jusqu'a sa ddcharge par I'an- 
fracliiosile appelee maintenant/e^ chiitesde Gonye ; une 
autre anfractuosite existe dans leKabompo,au dela de 
Masiko, et une autre dans le Kafuo. 

J'ai envoye en 18Zi3 une note au reverend docteur 
Buckland, el comnie eiie peut avoir dte publiee, on 
ni'excuscra de m'y refercr pour I'exanicn topogra- 
phique de la contree situee a I'cntour el au dela de 
Kuruman. En s'elevant a I'ouesl de cclle contree, 
j'avais not6 I'exislence d'une grande riviere qui coule 
cxacternent du nord au sud comnie le fait precis^ment 
le Zanibese. Elle se terminait en un large lac qui doit 
s'elre ecoule par la fissure qui s'est op6r^e dans la 
chaine occidenlale, et par laquelle coule maintenant 
la riviere Orange. Ge n'est point une calaracte, mais 
une d^chirure profonde, sans doute comme pour le 
Congo et le Zaire. La direction generale de la chaine de 
collines etant paralleic au grand axo du continent, et 
I'inclinaison des roches les plus ancionneselanl dirig^e 
vers Ic centre du pays, il y a la une indication d'une 
grande valine primitive, aujourd'hui en partie com- 
blee par des roches eruptives, dontles fragments sent 
venus s'amalgamer intimement avec elles, et cclte ac- 
tion s'est fail senllr cnergiquemenl au sud. Au nord, 
la forme de la vallee estj facile a ddcouvrir; toulefois 
mon intelligence doit avoir ele fort obtuse, car apr^s 
de frdquenlcs occasions d'observalion, je ne pus la 



( 1G6 ) 

leconnaltre avant le milieu de 1855, el pen do temps 
apris, j'appris.par le rapport d'un deshommes qui font 
le plus d'honnpur a la g^clogie, Sir R. J. Murchison, 
que j'avais el(i dovanc6 danscetle observation desl852. 

Si votre patience n'est pas a bout, j'atlirerai encore 
voire allenlion sur un point qui renferme lo noyau de 
tout un grand fait : la coupe de la chalne orientale 
scmble indiquer que I'elt^vation s'dtend dans la direc- 
tion du nord-est. Les Makololos firenl une excursion, 
tandis que j'^tais a Loanda ; ils elaient accompagn^s 
par un Arabe venu de Zanzibar, qui lorsqu'ils furent 
a I'esl d(i Masiko, leur monlra une cbaiiie de monla- 
gnes eloign^es, en Icur disant: « Quand nous voyons 
cela, nous savons loujours que nous avons une des- 
cente de dix a quinze jours jusqu'a la mer. » lis d^cou- 
vrirent une riviere appel^e Lakauka, qui descend de 
cette cbalne et forme un lac nomme Chuia. Cela est 
pr^s de la position que I'on a assignee a Maravi ; et 
deux rivieres sortenl de ce lac pour aller se reunir au 
Baschukulumpo, et en le quillant, on trouve le Kafu6 
el le Loangua. La conlr^e est marecageuse et contienl 
beaucoup de roseaux : ^videmmenl c'est une valine. Au 
dela de ce point existe, au dire de I'Arabe, IcsBarxyas- 
sas (Nyassa) , qui vivent sur la monlagne ; au nord-nord- 
ouest est le large lac peu profond, nomni^ Fanga 
Nyanka, qui est lie a son tour avec un autre (^galemenl 
large, appele Kalagwe (Garague?). 

En revenant pr^s do Bauribar, il traverse ou con- 
tourne rexlr^mite du Tanganyenka, et le lac est si 
peu profond que le canot mil Irois jours a parcourir 
toulc celle distance. Je suis profond^menl ignorant de 
tout ce qu'on peut avoir fait pour explorer cette partie 



{ 167 ) 
de TAfrique clans ces deux dernieres annees ; mais la 
forme du bassin n'esl-elle pas ici clairement indi- 
quee? Cetle abondance d'eau fraiche, peu profonde, 
s'aiTete parce que la fissure qui pourrait exister dans 
la cbaine orienlale n'est |)oint encore assez large pour 
lui fournir un entier passage; enfin, pour rendre la 
chose encore plus claire, men informateur ajoutait : 
Une grande riviere coule du Banyassa dans le Liam- 
bai, pr^s du Cazembt^; elle porte le nom de Loapola. 
Faul-il conclure de ces fissures, qu'il s'est opere en 
Afrique, sur une echelle croissanle, une sorte d'ass6- 
chement, ou se sont-elles produites d'un seul coup, 
telles qu'elles sontmainlenant? II n'y atraced'aucune 
tradition de tremblement de lerre d'oCi serait resull6 
I'abaissement de la conlree basse dans laquelle le 
cours du Zamb^se s'eflfectue. Les collines ne sont qu'a 
line faible altitude au-dessus du fon<l de celte grande 
vallee, etelles portent la preuvequ'ellesont^l6soumises 
a une denudation ; mais comment? Nous avons vu une 
foretd'arbres silicifn^s, dont quelques-uns mesuraient 
jusqu'a 5 pieds de diametre, et tout le long de la 
riviere, nous avons rencontr6 des souches du mferoe 
genre, et jusqu'a un fragment de palmier dont les 
pores etaient remplis de silice, et dont la partie 
ligneuse etait incrust^e de rouille ou d'oxyde de fer. 
Ces arbres venaient sur une roche de gr^s que je con- 
nais parfaitement, et qu'a son absence de toule co- 
quille et a I'abondance des galets plats [shingles) , ']& 
suppose 6tre une des plus anciennes rochessiluriennes. 
U y a deux jours environ, je la rencontrai superpos6e 
a I'argile scbisteuse [shale), et une petite veine de 
charbon de terre. 



( 1(38 ) 

Si les geolugues prtloiulont iiiio la iiier a el6 I'agciit 
tie celte tlcJnudalion el do cclle siiilicalion, alors, I'l rai- 
son de la fornio qiraffecle la thalue dc monlagnes qui 
presentc sa comexile au centre du coutincul el sa cun- 
cavitt^ au noid-est, ne pourrail-on pas admcUre que 
I'Afiique avail originaireincnt davanlagc la forme que 
Ton retrouve aujourd'hui a la cole d'Am6riquc qui 
lui fait face ? 

Mais laissons cos spoculalions : ce qui esl certain, 
c'e^t que la chaine de monlagnes esl tr6s salubre, 
ct si Ton [)onolro boaucoiip au dola des points aux- 
quels onl pu atleindrc nios informations, ne peul-on 
pas supposer qu'on Irouvora la une conlree saine ct 
salubre, proproauxrecherclies scionlifiques, favorables 
a des projols do commerce ou d'humanito, et no sonl- 
ce pas la des motifs suffisants de j^oursuivre I'explora- 
lion de ces monlagnes? Lour distance de la cole n'est 
pas loujours la meme : a I'ouesl, elles sonl a 300 milles, 
et ici a plus do 400 milks, el au nord-osl, elles ne sonl 
probablement pas a plus de 200 milles. 

Je ne fais que signaler Ics points les plus impor- 
iants ; je suis siir d'ailleurs, que Ton trouvera toujoiu's 
moyen de voyager par eau h 2 degr^s au nord de Ma- 
kololo, et que lout le pays que Ton pourrait cboisJr 
pour la future exploration esl parfailemcnl salubre. 

J'avais deja ecril d'Angola, a la Soci^td dc geogra- 
phio de Paris, mais un naufragc a omj)ech(i ma lettro 
de lui parvenir. David Livingston. 

P. S. Je suis arrive h Tele, slalion portugaise sur 
le Zanibfese, le 2 mars 1S56. 



{ l(3i) ) 
EXTRAIT 

d'uNU LETTRU DE M. S. BliRTHliLOT, CONSUL DE FRANfiR 
A SAINTE-CROIX UE TiNiniFFE, A M. GARNIER, MEMBR15 
DE LA COMMISSION CENTRALE DE LA SOCliTE DE C^O- 

GRAPUIE. 

6 juillet i85G. 

La fameusc Caldera de Bandama est iin im- 
mense cone volcaniqtie offrant a son sommet un cra- 
t^re bdant, vasle fournaise 6leinte depuis des siecles 
et que les travaux des hommes sent parvenus a ferti- 
liser. Arrive au sommet de Bandama, on trouve une 
Lr^che par laquelle on [)enelre dans I'inlerieur de la 
Caldera. Ln sentier en zigzag facilite la descente qu'on 
peut effectuer meme a cheval. Get ancien volcan de 
Bandama est un des plus remarquables du globe; 
son interieur rappelle,par sa profondeur et son evase- 
ment, le Lago di Nemi et celui d'Albano. Le travail du 
temps a converti ce sol briile en tcrre labourable, et 
le mais, I'orgo, la vigne et les arbres fruitiers recou- 
vrent mainlenant les scories et les laves. D'apres les 
mesures du celebre g^ologue Lt^opold deBuch, la pointe 
la plus elevee du bord du cralere, appelec Pico de 
Bandama, est a 1722 pieds au-dessus du niveau de la 
mer. Une maison balie sur la pente du sentier qui con- 
duit dans la Caldera, est a 13i3 pieds d'altitude : le 
fond du crat^re, qui a 1030 pieds au-dessus du niveau 
de la mer, est par consequent a 692 pieds en dessous 
du bord superieurdu crat^re. 

« N'oubliez pas la Caldera de Bandama, disais-je au 
docleur Balle, dans une de mcs dernieres lettres; j'ai 
conservd de co volcan de precieux souvenirs. II y a 



C 170 ) 

bieiilol vingt-linit ans de cela : nous passames loule 
une joiirn^e dans la petite ferine sitii^e sur les penles 
de ce gouCFre. Quel curieux spectacle ! On aurait puse 
croire au milieu d'un immense cirque antique, ravage 
par un epouvantable incendie ct doiil les assises, en- 
sevelies sous d'enormes eboulcinents, etaient encore 
indiquees par les rang^es de vignes qui avaient envahi 
les gradins. 

Quant a la Caldera, j'ai visited ce singulier 

crat^re ct j'en suis sorti dmerveille. Mais helas, les vi- 
gnobles de Bandama ont bien soufTerlde I'invasion de 
I'impitoyable oidium ! 

)) Mes courses dansl'ouest de Canaria ne seront pas 
infructneusespour la science; j'ai poussijusqu'a Argui- 
neguin,comrae vousme I'aviez recommande. Arguin6- 
guin Ultima Thiile, terra, presque incognita del'archipel 
Canarien. La, assis a la porto d'une cabane, j'ai joui 
d'un niagnifique spectacle en vo} ant leTeyde (lo pic de 
Ton^rilTe) dans le lointain. Suivant los changements 
qui s'operaient dans I'almospli^re, I'immense pyra- 
mide semblait s'appnyer tantot sur les nuagcs, tanlot 
sur des rochers. On distinguait a I'ceil nu le manteau 
de neige duhautPiton, tandis qu'aux pieds du g6anl 
des montagnes, I'lle de Gomere perdue dans la brume 
de I'horizon occidental, paraissait se replier sur elle- 
m6me. Des pierres entass^es sans r^gularitd, mais for- 
mant des lertres distincls, marquaient la ndcropole de 
celte ville en ruines, ville sans nom, oubli^e depuis des 
si^cles, qui descendait a ma gauche, d'une colline vers 
la plage. Ses maisons d6lruiles couvrent les deux ver- 
sants etviennent se perdre dans la plaine. Ce ne sont 
pour la plupart que des masses informes de pierres, 



( 171 ) 
qui ont fourni an comte de Vef2;a Grande, d'excellents 
mat^riaiix pour ses notivelles constructions. A peine 
reconnalt-on le plan londainental de ces anciens edi- 
lices, qui ont dii presenter une forme carr^e avec deux 
alcoves, aux extremites opposees, Lesiniirs sent pres- 
que cyclopdens. On distingue encore dans un endroit 
les restes d'un escalier en grandes pierres; des pieds 
aborigenes ont foul6 bien des fois ces gradins. Deux 
grottes, dont la principale est adinirablenient bien 
taillee dans le tuf blanc de la montagne, se Irouvent 
pr6s de ces ruines; on la croirait abandonnee de- 
puis hier seulement, tant elle est bien conservee ; un 
6norme pilier quadrangulaire en soutient la voute. 
Cette singuliere habitation porte dans le pays le noin 
de Cuevu del Cfn>aliero. La grotte voisine parfaitement 
carree est devenue aujourd'bui la chapelle de Sanla- 
Agueda. Plus haul, dans la valine, on rencontre les 
ruines, d'une seconde ville el plus loin encore, a Saint- 
Jose, un iroisi^uie amas de decoinbres, parmi les- 
quels il y a une maison assez bien conservee dont je 
vous apporte une esquisse. 

)) J'ai visile Saint-Mateo, Tejeda, Tiraxana; je me 
suis repos6 dans la grange hospitalifere de Maspaloma 
qui vous re^ut, il y a Vingt-huit ans. La vue de la Cruz 
de Tejeda et de cetle haute region de I'ile qu'on 
nomine la Cumbre, est d'une beaute si ravissante que 
de ma vie je n'oublierai les emotions que je ressentis 
a I'aspecl de ce spectacle vraiment grandiose. C'est un 
chaos sublime de mornes, de pitons, de jilateaux, de 
gorges, de rocliers et de pyramides, Au-dessus de ces 
orfites sourcilleuses, leNubloet leBentaiga, deux enor- 
mes monolithes de basalle, voilaient leurs cimes de 



( 172 ) 
nuages dor^s. Mon coinpagnon etmoi nous leslaines 
plus (I'une demi-heure silencieux dcvant ce sublime 
tableau que nous contemplions absorb^s dans notre 
adtniralion. Et pouilant nous n'en elions pas, tant 
I'une que I'aulre ;"i notre premier voyage, la nature 
nous avail accoutumes au spectacle do ses grandeurs ! 



NOUVELLES DI VERSES. 



Paris, 9 septcnilirc i85G. 

L'expedition dirigee par noire confrere M. lo conito 
d'Escayrac de Lauture , et qui a quitte I'Europe en 
aout dernier, est ainsi composee : 

MM. 

AuBARET, lieutenant de vaisseau, cbevalier de la Le- 
gion d'bonneur (France). 

Mayeh , ingenieur des mines de Brandcbourg 
(Prusse). 

Richard, doctcur en medecine el en chirurgie (de 
Paris). 

Boi.iiSLAwsKY, lieutenant au l*' reg. de pionniers de 
M^trovitz, j)resP^tervardein (Aulricbe) attache a I'insli- 
lution I. el R. de geograpbie militaire. 

Dei.lv-Sai.a, lieutenant au 47' regiment d'infanterie 
comic Kon.sky, de Milan (Aulricbe) atlaclie a I'inslilu- 
lion I. el R. de geograpbie militaire. 

Ge>g, assistant topograpbe, de Viennc (Aulricbe), 
allacli6 a I'inslitution I. et R. de geograpbie militaire. 

PouciiiiT, licencie ^s sciences, de Rouen (France). 

TwYi'ORD, officier de marine, de Londres. 



( 173 ) 
De Bau, dessinateiir tie Montreuil-sur-mer (France), 
Claguh, (!e New-Orleans (Etals-Unis). 
Taboukli.k, d'Elbeuf (France). 
BoNNKFOY (France). 



La dernierc stance de la Societe royale de gdiogra- 
phie, a Londres, a en lieu le 30 juin dernier, sous la 
presidence de M. le contre-amiral W. Beechey. 

Un ancien alias et un portulan espagnols, ainsi qu'une 
nouvellc edition de la carle de I'Amerique centralc, 
par Baily, ont 6le presentes a la Society. II a ete 
ensuile donn6 lecture de divers leltres et memoires, 
notamnienl d'un memoire de M. W.-D. Cooley sur 
I'Afrique centrale, ayant pour objet d'^lablir la posi- 
tion veritable d'unelocalit^ imporlantede I'Afrique me- 
ridionalo, la capitale du Muropueovi I\Juata fa l\i'o, cbef 
puissant de I'interieur. Diverses descriptions avaient 
deja paru, de la route qui conduit a cette conlr^e ; 
inais M. Cooley remarque avec raison, qu'il est difficile 
d'opercr des traces g^ographicjues dans le sud de 
rAlVique, a raison des estimations d^fectueuses et 
inexactes de la plupart des voyages, sur la distance et la 
direction. Ce geographe rend compte d'un voyage exe- 
cute en '184I5 par un marchand, Joachim-Rodriguez 
Graga.qui, parti d'Angola, se dirigea vers le sud jusqu'a 
Bithe, puis dans Test vers Lobale, dans I'intt^rieur du 
continent elsuivantle cours de la riviere Cassaby, en 
marcliant vers le nord, arriva au Muropue. Le journal 
deGraca, quoique consciencieux, porlele cachet d'une 
grande ignorance; loutefois la route qu'il a suivie acet 
interet particulier, qu'elle se croise avec celle qu'a sui- 



( 17A ) 

vie le (locleur Livingston, I'intrepide explorateur et 
I'habile observaleur. M. Cooley (il^vo quelques doiites 
siir des corrections que ce voyageiir a faites sur sa 
carle. Au reste, cetle question pourra ^tre disciit^e 
avec jilus (le IVuit, a I'arrivt^e |)rochaineinent atlendue 
du savant cxploiteur, en Angleterre. 

M. le capilaine Spratl donne dans iin memoire.dans 
la description du port dt- Kuslendje, sur la nier Noire, 
et des coles qui I'environnent ; il decril aussi la route 
qui traverse risthme du Danube, par ies lacs Rurasu. 
Ce marin ne pense pas que ie canal projeto en ligne 
droite du Danube a Kuslendje, puisse etre jamais exe- 
cute, et il considere coinine erronee I'opinion, ^niise 
plusieurs i'ois, que le Danube alt, a uno certalne ^po- 
que, traverse I'ibthme. 

Lne leltre du docteur Livingston, dalee de Cabango, 
n)ail855, fait connaitre une correction introduite dans 
la longitude du Quango. Le docteur Livingston s'est 
assure a Cabango que lu Cassai ou Gassaby n'est pas 
navigable au Muata ya ]\vo; son cours etant obslru6 
par des chutes et des rapides; tnais il paraltrait qu'au- 
dessous de la jonclion du Cassai avec le Quango, un 
large cours d'eau aux vagues agitees arrive du nord-est; 
on le noninie le Lobilasche. Lne letlre de .M. Sunley, 
dal6e de Mozambique, en mars dernier, fait part de 
I'arrivee du docteur Livingston en bonne sanle a Tel6, 
station portugaise sur le Zambese : la Society attend la 
confirmation de celte nouvelle (A', la lettre precedente). 

Le capilaine tstokes, de la marine royale, ecrit a la 
Soci6le pour lui communi(juer ro|)iiiion du capilaine 
Richards, dont lexperience est bien connue en fait de 
voyages arctiques, sur I'opportunite d'envoyer un bu- 



( 175 ) 
liment a la recherclic de VErebus et dc la Terror, ou 
piutot cle leurs debris. Le capitaine Pilchards propose 
diverses routes : il pense que les vaisseaux de Franklin 
doivenl se trouver dans les parages du canal de Peel. 



ACCROISSKMENT REMARQUABLE DE LA POPULATION 
DU CREUZOT. 

LeCreuzot, ville du departement de Saone-et-Loire, 
n'etait en 1780 qu'un hameau de quelques chauinieres. 
II se compose actuellement de 770 iiiaisons. Eii 1837, 
Le Creuzot ne comptait que 2,700 ames; en 18Zil, 18Zi6 
etl851 il en comptail Zi,012, 6,303 et 8,083. Le der- 
nier recenceiuenl vient de conslater une population 
de 13,390 iial)ilants, sans tenir compte de la popula- 
tion flotlante ( t notamment de 1,500 ouvriers, qui 
viennenl passer la journee ou la semaine entiere dans 
I'usine qui fail la ct^lebrite el la ricliesse de cette 
Icalite. 



DE LA NAVIGATION DE LA CASAMANCE. 

La Casamance a gen^raleinent plusieurs milles en 
largeur ; son lit s'elargit en quelques endroits aux 
depens de sa profondeur, et forme auprfes du clienal 
des bancs de vase uiolle ; ainsi I'echouage n'oUre 
aucune espece de danger pour les enibarcations. Le 
lit de ce fleuve a parlout uue grande largeur, et sa 
profondeur s'accroit a niesurequ'il se relrt^cit; la navi- 
gation n'en devient aiors que plus facile. 

Les navires d'un fort tonnage ne peuvent aller jus- 
qu'a Sudhiou, oil le gouverneuient fran9ais a etabli une 



( 17G ) 

factorerie. An bas clu ilome la Franco possodo un 
entrepot a I'llc de Carabauo, enlre les deux comptoirs 
la Casamance est navigable pour dos caboteurs dc 
suflisante dimension. 

Les eaux de la Casamance sent troubles ainsi quo 
celles de tous les fleuves de I'Afrique qui sont formes 
]iar recoulement des eaux pluviales; mais elles sont 
potables. 

La maree sc fait senlir et les eaux sent salves jus- 
qu'a plus de iO milles dc I'cmboucliure du fleuve : les 
courants sent assez forts pour que les embarcations 
ne puissent les refouler a la rame; ces embarcations 
sont forcees de mouiller en attendant le flol ou lo 
jusant, suivant la direction dc la route. 

Partout ou le fleuve est sale, il est bord6 de pal^tu- 
viers. Plus haul, vers les eaux douces, le Drcpanocar- 
pus lunalits, remarquable par ses fruits scmi-lunaires, 
enlrelace ses rideaux epais, ses rameaux epineux que 
domine quelquefois la lige nue d'un Paiulnniis. 

Quand le cours d'eau cesse d'etre navigable et que 
le sol conserve encore de I'liumidite , croissent les 
Bciphia, les rotangs ot plus loin, quand le sol devient 
sec el s'^leve davantage, le bambou qui rivalise en 
hauleur avec le palmier et VElais gidneensis. 

Dans la region de la baute Casamance, on r^colte 
VJrachis, en abundance cetle annexe, la traite des ara- 
cbides a ete de 150,000 boisseaux de 13 kilogrammes 
cbaquo ; mais les annees j)recedcnles elle avait eld 
plus abondante. 



( 177 ) 

Pi;l)l>Li: AMPHIBIF. Di;S BORDS UK LA TCHAOOA. 

Voici cc que le dccteur Baikie, iiiedecin tie I'expe- 
(lition de la Pleiade, qui a explore la Tchadda, rapporte 
d'une classe d'indigfenes africains fixes sur les Ijords 
dc ce fleuve : 

Nous nous enfoncames, dit le docleur Baikie, dans 
une Clique qui s'olendait parallelement a la Tchadda 
et nous ne tardames pas a voir surgir un village. A 
notre grand ^lonnement, une huUe conlre laquelle 
heurta la proue de noire embarcation fut le premier 
obstacle qui arrela noire inarche. Nous regardames 
aulour de nous : le lieu oil nous nous Irouvions etait 
complelement inonde. Nous avangames dans le milieu 
du village : il n'y avait pas un pouce de terre a nu ; les 
caux couvraient tout a droite el a gauche, devanl et 
derri^re nous. Les habitants sortirenl de leurs huUes 
a notre apparition et se tinrent debout sur le seuil de 
leurs portes. lis avaient, sans exagerer, de I'eau jus- 
qu'aux genoux; je reinarquai m6me un enfant qui en 
avait jusqu'a la ceinlure. Ces cabanes sont habitues 
par de veritables amphibies et leurs habitants sonl en 
en elTet hahituiis a plonger comme des castors. 



AOUT ET SUPTEMBni;. 7, \'i 



( 178 I 

NOTE nECrlFlCATlVE SLI\ LA SOCSCniPTlOM ANCLi'SE AH MOKUMEKT III) 
L1ECTEM4ST BELI.OT. 

II resulte d'une lettre que M. le docteur Norton Shaw, secretaire 
de la commission ar.f^laise des sousciipteurs an nionuim-nt eleve a 
la memoire dii lit?utenant de vaisseaii Bi-llot, vient de nous adresser 
(lo juillel), de la part de Sir Roderick f. Murchison, president da 
cette meme commission, que les rectifications suivantes doivent Itre 
faites a la note inseree par nous dans le Bulletin de la Societe de 
geographic des mois de mai et juiu 1 856, page 877 et suivantes. 

Les souscriptions sc sont eleveesa liv. st. francs. 

2,201 12,11 55,041 14 
Les interets sur les sommes placees a 80 4i 9 2,oo5 94 



Totaux. . . 3,281 17, 8 57,047 08 
En deduisant de cette somme : 

1. Pour les depenses du monument 494 '"» ^ 

2. Id. de I'inscription, 25 

3. Pour avertissements, impressions, 

copies, ports et affranchissements, etc. i5i i4> 7 

4. Pour frais de transmission de fonds 

aux cinq soeurs de Bellot 6 ia,i i 



Total de la depense 677 17, 8 16,947 08 



Restant disponible, i,6o4 » » 4^1 "^<* 

Somme qui a ete payee aux cinq soeurs du lieutenant Bellot, ainsi 
que nous I'avons dit dans la note inseree au Bulletin. 

Dans la note que celle-ci rectifie, on a imprinie' par erreur que la 
lettre du consul d'Angleterre portait la date du 21 avril l83l, c'est 
i856 qu'il fallaii. 



( 179 ) 

.^e(e« de la ^oeli^fe. 

liXTRAlTS DES PROGES-VERBAUX DES SltAINCE.S. 



Seance tlu 1" noilt 1856. 

Le proc^s-verbal de la derni^re stance est lu el 
adopts. 

M. Jomard communique une letlre de M. Karl 
Ritler, par laquelle il recommande a la Societe ma- 
dame Ida Pfeiffer, de Vienne, connue par ses deux 
voyages autour du monde, et qui se dispose a entre- 
piendre un nouveau voyage dans les lies de I'lnde 
hollandaise et dans I'inlerieur de I'ile de Madagascar. 
L'Assemblee adresse ses felicitations a madame Pfeiffer, 
pr^sente a la stance, lui dt^cerne, par acclamation, le 
litre de membre bonoraire, et decide que le bureau 
la recommandera a S. Ex. M. le ministrc de la marine 
et des colonies. 

M. de Magnant, qui sert dans un des regiments de 
chasseurs d'Afrique, ecrit a la Societe pour la prier de 
I'adjoindre au voyageur qui serait designe pour entre- 
prendre le voyage d'Algerie au Senegal, en passant 
par Tombouctou. La Sociele decide qn'il sera repondii 
a cette demande corame a celles qui sont parvenues 
prdcedemmenl a la Societe. 

M. Devars ecrit a M. le president pour le prier de 
laire ajourner le compte rendu de son grand Diction- 
naire de geographie universelle jusqu'a la publication 
complete de cet ouvrage, qui doit 6lre achevee dans 
les premie rs niois de I'annee prochainc. 



( 180 ) 

M. D'Avtzac communique I'exlrail d'une loUre de 
M. Pereira Barrello , conlenant des I'tl^licilat'ons ii 
M. Bocandc sur rexaclitude de sa description de la 
Senogaml)ie, publir^e (hms le Bulletin de la Sociele. 
M. Earietto ajoute qu'il est Porlugais de cceur, mais 
qu'il est forc^ d'avouer qu'aucun Porlugais ii'a encore 
c'Crit sur ces possessions porlugaises avoc plus du verite 
que ne la fail M. Bocande. 

M. de Ja RoqucUe ini'orine la Societe qu'il a 6te 
charge par le docteur Kane de lui annoncer que le 
nom de I'Empereur Napoleon a el(i donne par lui a 
un grand promontoire que le capitaine Inglelield avail 
cru 6tre une lie, et qu'il a aussi place sur la carte de 
ses d^couvertes dans les regions arcliques, les noms 
de Bellot et de Dumont-d'Urville, comme un lemoi- 
gnage de son respect pour les navigateurs I'rancais. 

l\\. Garnier communique une lettre de M. Berthelot, 
daleede Sainle-Groix deTenerilTe, conlenant une des- 
cription de la Caldera de Bandama, I'un des anciens 
volcans les plus remarquables du globe. (Renvoi au 
Bulletin.) 

M. le secr«^taire donne lecture de la lisle des ou- 
vrages oflerts a la Sociele. iM. d'Avezac ajoute a ces 
dons un opuscule de M. le colonel Faidherhe sur 
TAlrlque seplenlrionale, et M. Guerin les deux thfescs 
qu'il vient de presentet' a la Faculte des letlres de Paiis, 

sous le litre de : Etude sur Pile de Rhodes ci De ora 

Paluistince a promontorio Curmelo usque ad urbein Joppen 
pertinente. 

iVl. Vivien de Saint-Martin lit un nouveau Iragmcnl 

de son histoire geographicjue do la France, ayant pour 

litre : Origines historiques. 



( 181 ) 

M. Jomai'd, a propos de co travail, annoiice (|ue 
I'Academie des inscriptions et belles-lettres vient, siir 
sa proposition, de meltre au concours pour ie prix 
de 185S, la recherche de lous les fails certains, rela- 
lifs aux origines gauloines, en s'appuyant uniquemcnt 
sur les nioniiments historiques et les decouvertes r6- 
oenles de I'arch^ologie. 

Le temps n'a paspermisd'entendre lecomple rendu, 
par M. Jomard, des publications de M. Ferdinand de 
Lesseps sur le canal maritime de I'islhme de Suez, et 
du poeme du Cheykh Refah sur I'ouverture prochainc; 
de ce canal. (Renvoi au Bulletin.) 



( 132 ) 
OIjVRAGKS ori'KKTS 

DANS l.i:S SEANCES DE JUILLET ET l)'\oUT 1856. 



ASIK. 

Titres des ouvraijes. Donaleuis. 

Etude sur I'lle de Ilhorlos. Tliese presentee a la Faculte ilrs Lrttres 
(le Paris, par V. Guerin. Paris, i856, i vol. in-8. M. Gikrin. 

De Ora Palaeslina; a proinontorio Carinclo usque nil urherii Jo])peti 
pertinente. Thesitn proponebat Facultati Lilicratuin parisiensi 
V. Gue'riii. Parisys, i 856, iu-8. M. GuEiiis. 

AFRIQUE. 

Lak(! Nej;aini;nr, Exploralions and discoveries, duriiij'; four years 
wanderinjjs in the wilds of Suutli western Africa. With a Map, 
and numerous illustrations. Loudon, |856. i vol. iu-8. 

M. Ch.-J. A^nEllsso«. 

Notice sur les ilecouvertes recentes des missionnaires anf^lais dans 
I'Afrique equatoriale et sur ['existence de plusieurs grands lacs 
dans I'interieur de ce continent, suiviedu Menioiredu II. J. Erliardt, 
avec une carte du lac equatorial d'Uniain«'si ou dUkeruwe dans 
I'Afrique centrale et orientale ;par M. V. A. Malte-Urun, redacteur 
en chef des Nouvelles Annates des voyages. Br. in-8. Paris, i856. 

M. v.- A. M*i.te-Bbdm. 

Considerations deslinc'es a servir de point de depart a ceux qui 
veulent etudier I'liistoire de I'Afrique septentiiouale, et en parti- 
culier de la Sene'gainbie et du Soudan, par L. Faidherbe. Saiul- 
Louis, i856. Br. in-8. M. L. Faidherbe. 

AMERIQUE. 

ilistoria {jlt.iI do Bra?.il islo e do descobriraento, colonisa(;ao, legis- 
larao e deseuvolviaicnto deste Estado, hoje imperio independcntc, 
esiiinia 1111 presrn^a de uuiilos doriinx iitos anteiilirot rcculhidos 



( 183 ) 

Titres ties ouvracjes. Donateurt. 

nos archivos do Brazil, de Portugal, da Hespanha.e da Hollanda, 
por Um Socio do Instituto Hislorico do Brazil, natural deSorocaba. 
Tomo primeiro (cum estampas). Madrid, i855. i vol. in-8. 

M. Vahnhagen. 

REGIONS ARCTIQUES. 
Le Scoperte articlie. Venezia, 1 855. i vol. in-8. 

M. le C" MlMSCALCHl. 

OUVRAGES GfiNERAUX, MELANGES. 

Grand Dicdoiinaire de Geographic universelle ancienne et tnodertie^ 
par MM. Besclierelle aine et G. Devars. 5' panic G-H. Paris, i856) 
in-4. M. G. Df.vabs. 

Warme-Erscheinungen durch fiinftagige Mittel von 1782 bis i855, 
mit besonderer Beriicksichtigung strenger Winter von H. W. Dove. 
Berlin, i856. in-P. Acad. rov. ues sciences de Berlin. 

Terrestrial magnetism, by colonel Edward Sabine, i feuille, 

M. le col. Sabine. 

A chronological table of Cyclonic Hurricanes wich have occurred in 
the West Indies and in the North Atlantic from 149^ to 1 855; 
with a bibliographical list of authorities. Broch. in-8. 

M. A. POEY. 

Compte rendu des travaux de la Coinmis.<;ion des monuments et 
documents hisloriques et des batiments civils (!u departement de 
la Gironde, pendant I'annee l8i54-i855, par MM. Dosquet, pre'- 
sident, el de L. Lainoihe, secretaire. Paris, i855. Broch. in-8. 

M. Lamotue. 

Ethnology of ihe Indo-Pacific Islands. By J. R.Logan, Esq., part II. 

The races and languages of S. E. Asia, considered in relation to 

' those of the Indo-Pacitic Islands. Pinang, i855-i856. Broch. in-8. 

M. Logan. 

Cours elementaire de geographic ancienne et moderne redige sur un 
nouveau plan par M. Letronne, adopte par le consei! de I'instruc- 
tion publique, pour les etablissemenls de I'Universite, et par le 
Ministre de la guerre, pour les ficoles militaires. 27* edition, cor- 



( !«/« ) 

Tilrcs lies ouvrages. Doitaleun. 

rigee et consiiJe'rablement augmpnteo, [inr M. Alexandre Bunnenn, 
membre de la Commission centrale de la Societe de ('cogropliie. 
Paris, 1857. I vol. in-i?. M. Bonseau. 

Coup d'ceil liistorique sur Ics voyap,es et sur les progit's de la geo- 
graphio depiiis i 800 jiij(|u'en 1 856, par E. Cortamliert. (Kxtrait de 
la nouvtJIe edition de la geographie de Malte-Brun, publice par 
MM. Dufour, Mulat et Boulanger.) Brocli. in-8. M. Cohtambebt. 

MEMOIRES DES ACADEMIES ET SOClfiTES SAVANTES, 
JOURNAUX ET UECUEILS I'EI'.IOUIQUE.S. 

Monatsbericht der Konigl. Pieuss. Akademie der Wissenschaften zu 
Berlin. Call, de juillet a decembre i855. — Zritschrift der Deutschen 
morgenlandischeii GesellsfhaFl. ]S°' i et 2 de 1 856. — Mittheilun- 
gen iiber wichtige neue Erforscliungen auf dem gesamnitgebiete 
der Geo{irapliie von D' A. Petermann. N" V. — Journal of the 
Franklin Institute, aviil i856. — .iniiales du commerce exterieur, 
mai. — Archives des missions .scienlifique'* el litteiaires, i856, 
VI* cahier. — Bulletin de la Societe gi'oiogif|ue de France, mai. — 
Nouvelles aiinale.s des voyages, juin. — Revue de lOrieul, de I'AI- 
gerie et des colonies, juillet. — Bulletin de la Societe imperiale 
zoologinue d'acclimatalion, juin. — Nouveau journal des connais- 
sances utiles, juillel. — Annales de la propngalion de la foi, n° 4- 
— Journal des missions evangeliques, n° 6. — Journal d educa- 
tion populaire, juin-juillet. — L' Athenaeum francais, n°' 26, 27 
et 28. — Le Moniteur prec, n" 25 et 26. — Isthnie de Suez, jour- 
nal de I'union des deux mers, n° 2, avee le profil de 1 isthnie de 
Suez. 



EIltlATlM Dr CAIllEn DE MAI I r JIIN. 

Page 389, llgne 21, au lieu de officiers., lisez : officio's ilii ijciiic 
[ingenier officers). 



^l/t'i/c /tOUUtt' 



/in/'Jif'/if/vttn /! ..hitt'ifit' /fu/'ftW/'€i /tu-is 



ir/i' ,/r f-',;;,,:t/'/u. 



I'l.AN 



l»l,s|:.\\||!().VS D.M.AISI". 

K.I n;.\.MIIK CtOITK, 



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BULLETIN 



DB I.A 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 

OCTOBRE ET NOVEMBRE 1856. 

lleiiioirefi, etc. 

LA GAULE DE L'ANONYME DE RAVENNE (1), 



1. GALLIA PRIMA, SEU FRAiNCIA. 

Les divisions gen^rales de la Gaule, dans le Raven- 
nate , correspondent a celles de I'enapire inerovingien 
an coniinenccnient dii viii^ siecle. A (ravers les par- 
lages multiplies par I'imprevoyance capricieuse et im- 
politiquc des descendants de Clovis, de grandes divi- 
sions lerriloriales s'elaient formees et avaient fini par 
Iriompher de toiite cette anarcliie barbare. Les anciens 
royaunies de Melz, d'Orleans , de Paris, de Soissons, 

(i) Co travail ii'est (|u'un extrait d'une I'tudo plus complete 
niic je pri'paio sur la Cedgiaphie i!e I'Anonyme de Havenne, 
compilateur Laibaie, ilont j'essaye de fixer I'epoque an VIII' sii-- 
cle on, au plus lard, au IX". Li; Ravennate est un aiiltui- 
prt-rieux en ce sens cju'd maique la tiaiisitioii eiilre la Geographic 
aiitiipie et celle dii inoyen age; il a puise a Leaucoup de sources 
{jrecqiies, latines etijaibares, aujourd'hui perdncs, et les extraits 
que j'en donne feront peut-elre partager au lerteur la ruriosite 
(jui m'a attire vers ce pilil iivre trop neglige. G. L. 

XII. OCTORRE ET >OVEMBRIi 1. 13 



( ^86 ) 
(Jill lopresep.ta'uMil ludins dos Illals riguliers que des 
ranijis ill' Irilxis coiiqiieronles , avaienl dibparii pour 
I'airc place aiix rlivisions rogionales de Neustrie , 
d'Aiislrasic, <lc Boiirgogno ol (rA(iuilaiiH; : classifi- 
cation ci'aulanl plus durable qu'elle repondail assez 
hirn a la r^partiliou des races sur le terriloiro des 
Gault s. 

Ainsi la Neuslrie et I'Auslrasie etaieril le douiaine 
plus special de la race franke, rortinieiit niass^c dans 
lesvallees tlu Rlilu el de la Mi use , i iominaule, plutol 
Cdinuie lorce (jue conime nombre, enlre la Meuse et la 
Loire. L'Aquitaine , au contraire , etail un Klat gallo- 
ruuiain par sa race et [lar les institutions, bien qu'il 
eut a sa tele, pour la forme, dos princes ru6rovingiens 
qui n'etaient plus Franks que de nom ot (pi'uno seconde 
conqufite devait faire disparallro. La Bour^oj^ne , qui 
participait de ces doux caracleres , niais principalo- 
inenl du dernier, 6tait surlout uiie unite politique qui 
rap[)elait par le noni et parl'^tendue I'ancien royaume 
des Burgundes. 

Ces irois divisions se relrouvent dans I'Anonyme, 
sous des noms inusiles, mais faciles a coinprendre. Ce 
sont, au nord, la Gattle premiere ou Belgiqae, dile aussi 
France Hhenane; a Test, la Gaule seconde ou Bonrgogne, 
el au niidi, Vjiquitaine ou Gascogne. En dehors de ces 
grandes regions, Irois autres petits pays plus iinpor- 
tanls conuiie hisloire que romnie ^tendue, laJJrefagne, 
la Gascngne proprement dite et la Septimanie, obtien- 
nent cluz noire auleur la j)lace qui Kur est due. 

Les liinites nalurelles de la Gaule sont : I'Oc^an, 
appel^ ici pour la ])remi6re fois merde Bretagne [Ocea- 
nus hrilannicus sen Occidentn/is], et la portion de la 



( 187 ) 

M^diterran^e appelee golfe gaidois balearique {sinus 
gallicus baleariciis). De I'une a I'aulre mer s'elendenl 
les Pyrenees [saltas Pyreneus Guuscoiiice); snitiis ici 
a le double sens de inonte dans I'espagnol moderne. 
Ce qu'il y a de !=ingulier, c'est que les Alpes, barri^re 
encoie plus apparente que les Pyr(^nees , ne sont pas 
noinmees uno seule fois dans cdte chorograpliie des 
Gaules, si Ton en excepte une citation (\' Alcacotkin oil 
Ton reconnalt avec beaucoup de peine les Alpes Col- 
tiennes. 

La Gaule premiere ou Belgique du Ravennate [bel- 
gitia sen Francia Rhmensis) comprend la Neustrie et 
TAuslrasie, Elle est separ^e de la Gunsconia par la 
Loire, I't le Rliin forme sa limite du cole des Prisons 
[Frigones), Ceux-ci ne Idrenl soumis que par Pepin, et 
6taient rosldss politiipiemenl indtipendanls de I'Austra- 
sie a r^poque piesuin^e ou ecrivail noire auteur. II 
n'en etait pas ainsi de I'Alemannie, donl I'Anonyme 
fait une contrde distinctc , el qui s'etendait des Houx 
c6t6s du Rliin : il y avail au nioins deux siecles qu'elle 
avail 616 oonquise et annexee au Royaume Austra- 
sien. 

On remarquera j?lusieurs lacunes dans la cliorogra- 
phie de la Francia lihinensis. Si Ton porte sur une carle 
les indii ations de noire compilateur, on veira qu'a 
I'exception do laCliamjiague acluelle, toule la Neustrie 
manque au tableau, ce qui repr^senle un vide 6(]uiva- 
."ent a cinq des dix-sept provinces de la Gaule romaine 
iLugdunenses II, III, IV, Belgian I). Cu vide est d'au- 
lant plus regrettable qu'il onglobe les lerriloires de 
Paris, Sens, Cliarlres , Rouen, la Nervie etla Morinie 
jusqu'aux bouclies de la Meuse et du Rliin, loutes con- 



C 188 ) 

Ir^es si iinporlaiiles au [mint dc vuc de la geogrnphie 
compai'^c. 

Quant <\ la France primitive , Francia orientalis ties 
Mi^rovingiens et la Franconie acliipllo, a ses villcs ot ;'i 
sa grando art^re fliivialo, le Moin, il n'en est nulloment 
question dans le I\avennalo. Sa Francia senihle ne 
dopasser le Rliin nidle part, et au dela de ce flouve, ii 
ne connait que Ics Prisons, If^s iSaxons, losAllomansel 
Ics 'riiurin2;iens. 

Ouvrons niainlenanl Ic livre IV, Kuropa, § xxiv, im- 
mediatenient apres la description de la Frise. 

« En face de ce vaste pays des Frisons s'etend la 
France Rhenane, qui s'appelail prectHleinnient Gaulc 
Bclgitie Ailobriles isic). Parmi los ecrivains qui en out 
j)url('', j'ai consulle de preference les Gollis An-iride, 
Eldehald el Marconiir : inais lis onl donne a celle 
rej^ion chacun le noni qui Uii a plu. J'ai choisi pom- 
principale aulorite le susdit Anaride dans r(^niiniera- 
lion tiis villps frankes qui va suivre. » 

Ge num bizarre de Gaule Belgique AUnhrites , que 
nous verrons plus loin se translornior en yJllnbro<iTs, 
a el6 la pierre d'achoppenient de tons les savants (]ui 
ont essave dc respliquer, comme Baxter, Zeuss, 
Diefenbacli, Galterer. Le premier a hasarde une expli- 
cation plus ingc'-nieuse que solide : Alohvitrs apud Ano- 
nymiim antiquissinwvi Belgnrum nonien, quasi dims 
Gallo-Britones, Ccci nous ferail renlrer dans la discus- 
sion de Torigine des Beiges, discussion resolue aujour- 
d'iiui, des deux coles dn llliin, clans le sens de I'exlrac- 
lion kinnique dc ce grand peuple el de sa parente 
avcc les Bretons. Mais s'il est reconnu qu'une grande 
narlie de I'lle deBietagne a ete colonisee par lesBelges, 



( 189 ) 

il n'est uulleinenl proiive que le noni de Britnnni ail 
jamais eu quelque extension sui" le conliiiL'iit : a peine 
I'y iruuvons-nous applii|ue , dans Pline , a une Ires 
petite tiibu canlonn^e enlre la Sommc el la Canclie. 
Quant a la forme Britones , elle est relativement mo- 
derne, el speciaie aux Brelons d'Airaoii(|iie. 

Mous ne pouvons done acxcpler I'liypoiliese de 
Baxter, d'un nom lies antique remplace plus lard par 
celui de Belgce ou ravageuis (kimr. helgiaidd), et qui 
aurait echappea lant d'autuurs plusanciens etsurlout 
plus dignes de foi que I'Anonyme. Si nous tenions a 
une explication, nous aimerions mieux les mots kimris 
all-hro (gens d"un autre pays, emigres), niais nous en 
trouvons une plus plausible dans une de ces enornies 
bevues auxquelles chaque page de notre autcur nous a 
accoutumes. II tient du reste a ce nom, car nous le 
verrons revenir plus loin sous la forme AUohroges, qui 
est moiiisbarbare, maisqui ne vaut pas mieux comme 
geographic. 

« Nous trouvons sur le Rhin Magunlia , Eigum, Bo- 
derecas , Bosagnia , Confluentes, Anternacha, Rigo- 
magus, Bonna, Colonia Agrippina, Rongo, Serima, 
Novcsio, Trepitia, Ascibugio, Beurtina, Traja, Noita, 
C.oadulfaveris, Evilano, Flelione, Matellione. » 

II n'y a dans la plus grande parlie de celle liste de 
\illcs rlienanes aucune difilcuile serieuse. INousn'avons 
qu'a suivre I'itini'raire d'Anlonin combine avec la table 
Theodosienne pour trouver Maguntu a iMoguntiacian 
(Mayence), Bigum a Bingiuin (Bingen), Bouei\ecas a 
Bdudobrica (Bopparl), Bosagnia a Fosalia (Ober-Wesel), 
Co i.tENTiis a Coblontz, Anteenacha a Aulumnnciun 
(Andernach), Rigomagus a Rimagen, Bonka a Bonn, 



f 100 ) 

Coi.o.M.v AcniPiM.vv ;'i Coloijnr, (^l Kongo a Biiritnciis 
lAVoriniicnV C'est ici (iiio roinniencoiit Ics all^ralions 
(le inols ct les inccilitinh's do loiil genre. 

Enlie Hon^n el Aoi'esio (Woringen et Nuylz) , noire 
aiileur marqut! un lieu qui ne se trouve dans aiicun 
iliii6iaire, Si:r\iMA on Schima. C-e lieu nous parait 
repondie ;'i Grif/i/ing/iause/i , an confluenl de rErft el 
du Rliin , sur la !)elle cluuissee romaine qui longe la 
rive gauche du fleuve depuis Cologne. La m&me loule 
passe, apr^s Nuylz, au hourg i\e Strump , (|ui nous 
represente le Trepitia de rAnonyme. A la place de 
Trepilia, les itin^raires indiquent Gelduba , qui esl le 
moderne Gellep : niais le village de Slruinp a sur ce 
dernier I'avanlage d'etre situe a la fois sur la voie el 
sur le fleuve , dont le cours a varie sur ce poinl, ainsi 
que le montre I'ancien bras oijstrui^ el change en 
marais aujourd'liui ajipel^ Muhlenbach. 

Aprfes Asciburgium, actuellenient Asbourg ou plutot 
Asberg, ville que d'antiques traditions faisaienl renion 
ter a Llysse el qui n'esl plus qu'un bourg mediocre 
coup6 en deux par la voie romaine, a deux kilometres 
de la rive actuelle du Rhin , on s'apergoil d'une trans- 
position Strange, el qui nous donne la mesure de I'in- 
intelligence avec laquelle le Ravennale use des itin^- 
raires qu'il mil en oeuvre. Sa liste de villes, qui jusqu'ici 
a suivi le cours du Rhin en aval, saule tout d'un coup 
d'Asbourg a Scbankenchanlz et remonte le fleuve vers 
Buderich, autanl qu'on pcul en juger par les n6ms 
allreusement d^figur^s de Beitrtina, Traja, Aoi'ia, 
Coadulfai'eris, Le premier de ces noms ne peul 6lre que 
Buiginatium (Schankencliantz selon Walckenaer, el 
que nous placeripns plulot a Urienen , qui rappelle 



( lyi ) 

niieux I'ancieu noinj. Les dctix suiviinis tloivenl elie 
line alleratinn d'un seiil noin, quo nous proposons de 
lire Trajana Octava [Trajaiia Legio de la Table, pres 
de Kellen). Enfin, nous nous hasarderons a deiiouhler 
ce mot harhare de Condidfiveris , qui nous rcpresen- 
tera Castra Ulpia il P'l'teiis : ce dernier esr Buderich, 
el quant au precedent, que Walckenaer place a Poll 
Alpen , sans doute a cause ('e la siuiilitude do nouj, 
nous prel'^rons y voir Birlhcn , position stralegiquc 
imporlante pr^s de Xanlen , et ou Ion reniarque des 
arenas assez bien conservees. 

[,es irois derniers nonis se leconnaisscnt aisoincnl : 
lu'itono dans /.ei>cB Fano (Leersum) , Fletiune dans 
Fleuten, Mat ellioiie(\diV\s, Matiloiie (Rhinenl»urg). On 
remarquera que les Irois grandes villes de la Balavie, 
Leyde, Niniegue et Ulreclit, ne paraissent i)as dans 
notre geographe. 

ally a encore bien d'autres villes sur le meme fleuve 
du Rliin, avant !\laguntia : niais comme le fleuve, au- 
dessus de ce point, coule au pays des Almans , je n'ai 
point voulu nommerces villes paruii cellos des Franks. 
Cetle derniere contree a plusieurs grands fleuves, clont 
le plus grand est le Rhin , qui sort du lieu appele 
Rausa Con/itio , el tombe dans I'Ocean sous Uoroslnte, 
an pays des Prisons. » 

II doity avoir quelque erreur enoruie dans ce nom 
de Rausa Corifltio [sic] d'ou sort le Rhin. Nous avou» 
en vain cherche dans les Grisons , aux triples sources 
de ce fleuve, quelque indication qui put nous Lneltre 
sur la voie , et nous croyons qu'il est fori inutile de 
cliercher .une explication raisonnablo de ce notn sin- 
gulier. Ne serail-il pas plus simple d'y voir uno gros- 
siere laule de copie, et de lire Rhcetice Confinin ? , 



( 192 ) 

Quaiit a Dorostate, I'atlribution que noire aiiteur on 
faila luFrisc est confirmee par d'aulres auteurs, notain- 
mcnt par le Chronicon de gestis ISormaimoruin , qui I'ap- 
pelle Dnrestatiini, villa Frisiorurn. Frcclegaire est, avcc 
notre auleiir, Ic premier qui en parlo , a I'occasion de 
Ja guerre de Pepin conlreRalhod : Adversus alterutrtim 
belltiin inlulciiiiit casiro Durestate (ann. 697). C'etail 
une lorleresse el en niOme lemps une ville com- 
mer^anle {einjjoriuin quod uocatur Dorestadus) (1) : ello 
avail succede a I'ancienne Batavodurum , ou pliilol le 
nom germain avail remplac^ le nom ccltique. Les deux 
se relrouvenl encore dans les noms plus modernes de 
BaU'itbnriy el Diierstede (ce dernirr est le seul usite 
aujourd'liui), ville forlifiee sur le Lech, au j)oint ou le 
vieuxRliin se delourne vers la druile pour aller fmir a 
la mer un pen au-dessous de Leyde. 

« A u mfeme pays des Franks coulent aussi les rivieres 
suivantes : Lognn, Nida, Duhia, Movit, Riira, Inda, 
Arnefa. » 

La premiere de ces rivieres, Lo^vi«,.nous paralt etro 
la Lomme, appelee au moyen age Lonima, el (jui passe 
du Luxembourg vvallon dans la province de Namur. 

Un nom plus difficile a explicpier estcelui de iJitbra, 
quia une physionomie Ires celtique (/lob/ut /-gacl., eau), 
niais que nous somines iort einbarrasse d'appliquer a 
quelqu'une des rivieres de laBelgicpie ou des provinces 
rh^nanes. Spriiner a iranclie la diflicidte en le donnant 
a rOurlhe, probablement a cause deDurbuy, situd sur 
celte riviere: nous y verrions plulol \a])emcr [Dafnan( 
ou Tamara du moyen age), mais ce cboix ne se forule 
que sur une tr^s faible analogie de nom. 

(i) Hiitiii. Annul., .\\\u. ^M\. 



( 1^)3 ) 

La Nida qui nous occupe, et qu'il ne faul pas con- 
foiulre avec la riviere du meine noni que nous relrou- 
verons plus bas, est une des deux ]\eethes du Brabant. 
Sous rein[)ire merovingien, nous voyons dans une dona- 
tion a r^glise d'Anvers d'un lieu do Prepiisdnre : 
villain,., (jiici' est constrncta in pngo Renensiiiin, super 
fluvium NuTTA (1). Les deux Neetlies ne viennenl que 
iongtemps plus lard , dans une donation imperiale a 
Baldric, eveque de Liege eta son homonyme le comtc 
Baldric, d'un droit de ban tlans leurs propres I'orels: 
qiuii sunt inter ilia duo fhiniina, quce aniho Nithe 
i^ocuntur (2). 

Dans Mvvit, on reconnait aisement une alteration 
barbare de Mosa (la Mense). Les trois nomsqui sui- 
veul apparlieniient a la Prusse rh^nane : ce sont la 
Roer (RuKA, Rnra) , I'lnde (Inda), et probablenienl 
YAlir (Arnkfa), VObriiiga de Ptol^mee, VJre des 
cliartes, riviere peu considerable, mais qui donnait son 
nom a ux\ pagus austrasien, I'Aregau. Peut-elrey a-t-il 
dansAr/ie/a une erreurde copiste, pour Are, Ne/a, tleux 
iionis differents pour deux rivieres dislinctcs el voi- 
sines, I'Alir et la NeOcl : des confusions do ce genre 
ne sont pas rares dans noire conipilateur. 

II est le premier qui I'asse mention de la liviere 
Inda, peu consideralde d'ailleurs, etqui n'a eu d'aulrc 
celebrite dans I'liisloire locale que par le monastere 
qu'y fit conslruire Louis-le-Pieux en faveur des moines • 
de Saint-Benoil. Voici comnie en parle Tannalisle de 
ce saint abbe : f^allis a palatio Afpdsgruni VI non aiii- 



(i) r. MiVa-i co<l. ilonal., |). i 
(■j) DiiL Tiev. I oo8. 



pliiis milltbus distdhal , nbi ioiperator jussit construi iniro 
npere mnnasteritan quod i>ocntur\^iik miittittto de rivnio 
ejiisdeni nallis nomine. Co monasl^rc (aujoiird'hiii C.or- 
nelisnninstcr) fiit mine par les Northmnns en 826 : 
I\ordniniini plnrimn Inca vastavenint... Pniniiarii, Indtini, 
Stabidaits, etc. 

On pent remfirquer rimpnrtnnre quo nolro gio- 
graplie donne dans ce passage et dans le § xxvi, a celle 
zone de leniloire donl Liege esl a pou pics le centro, 
et qui commence a I'Escaiit j^out linir a Cologne. Ce 
qn'il ententl par Franc/a est a pen pres rcnferme dans 
cet espacc, sauf la ligne du Rhin ci qiielques notions 
Irfes rares et Ir^s vagiies sur le resle de la Gaulc sep- 
tenlrionale. Or, il y a surloul deux ej)oques oii ce pays 
a eu pour les Franks ceUe importance speciale : celle 
qui a precede la conquete , c'est-a-dire la premiere 
moilie du v' si^cle, ot celle des Carolingiens, quand 
Herislal , Aix-la-Cliapelle, Ingelheiin et Pruyni de- 
vinrent les residences lascirites des souverains. Nous 
raltacherions plus volonliers cette description a la pre- 
miere epoque, celle ou lesFranks hal)itaient autour de 
la tor^l Charbonniere, qu'a la seconde , par le molif 
que I'Anonynie qui cite des lieux aussi ohscurs i|ue 
Huy et Nassogne eut pu difficileinent negliger une resi- 
dence iinperiale de I'importance d'Aix-la-Ciiapelle. 
Nous re\iendrons du reste sur cette question. 

Le paragraphe suivant, sur la Tliuringe, ne hoi I point 
de notre cadre, parce qu'il coucerne un pays qui ("aisait 
parlie, non de la Gaule , mais do I'empire miro- 
vingien. 

« En face de cette France rhenane , el voisine de la 
Saxe, est la contree appelee Turinge, plus ancienno- 



( 195 ) 
iiionl iioininee Germaiiie. Notre autoiite pour ce pays 
est Anaiidc. On y trouve pliisieurs chaleaux, suvoir — 
el plusieurs fleuves, parmi lesquelsleBac elleRegaiuis, 
qui vont toinber dans le Danube. » 

(]e passat^e est Ires curieux : il nous monlre les Thu- 
ringiens [Thuringi, Thoringi) provisoirement campes 
dans la vallt^e qui a l'orin6 depuis le Nortgau bavarois, 
en attendant le moment do passer les inonls de Harlz 
et de descendre dans le pays qui a dite leur residence 
definitive el auquel leur iiom est reste. 

Les Thuringiens ou Thoringen (fils de Tlior) etaient 
une des divisions de la nation gotbique : Adelun gles 
identifie avec les Hermuiuluri de la g^ograpbie clas- 
sique. Nous sommes Ires dispose , avec Lckert, a voir 
en eux les Turoni de Ptoleniee , qui paraissent avoir 
babite la baute Franconie ou le Nortgau. On a explique 
leur nom par des etymologies ridicules : doren (lacbes), 
comme si jamais un peuple s'etait donne un pareil 
titre national! II est difficile de les raltaclier, meme 
par conjecture, aux Turoni de la Gaule ; mais il est a 
pen pres prouve que les Tiingri de la Meuse, qui rem- 
placferenl les Eburons, el que Ton nomme quelquefois 
Thoringi, etaient un peuple germain d'origine tburin- 
gienne. Au \' siecle , lo royaume de Tburinge elait un 
6tat puissant qui s'etendait de la Saxe au Danube, el 
(jue sesguerres civiles mirent 'd la discretion des Franks 
d'Austrasie. Ceux-ci s'allierent aux Saxons, detruisirent 
I'arineedesTburingiens dans une ellroyablebalailleaux 
bords de TUnstrutt, prirent d'assaut la capilale Schei- 
dunga el firenl perir le dernier roi des Tburingiens, 
Herinantriod (531). Le pays I'ut partage entre les deux 
peoples vainqueurs, el la nationality tliuringienne ne 
I'ul plus qu'un souvenir. 



( im ) 

Des deux flouves cites par I'Anonyine, I'lin [Heganus] 
esl lo Regen, qui a donne son nom a Ralisbonne (Hegi- 
noburgiim,Regensburg).QiQ iiom, qui en alleinand sipnifie 
/)/iiic',se trouvo quelquefois lalinist^ on ) luber pnv \es 
clironiques. L'aulro esl plus difilcilo a retrouver. Le 
Bac [Bach] dcs Allcmaiids esl on nuit generiquc qui 
d^signe uii cours d'eau , el qui tcrniino uno foule de 
noms do rivieres : Schwnrtzbach, Miihlbnch, elc, Lckert 
a 111 Boo, cc qui esl probablemenl une errcur typo- 
graj)lii(]uc. La riviere donl ii s'iigit ici ne peut elre que 
le I\ab, la plus imporlanlc du Norlgau avec le Regen. 

« Celle Turinge n'esl j)as loin du pays des Suaves, 
ou Allemans, qui confine a I'ltalie. J'ai consulle pour 
ce territoire Anaride et Eldebald, qui se r.onlredisent, 
el j'ai era devoir suivre surlout le premier. Ce pays 
avail beaucoup de \illes, parnii lesquelles nous cite- 
rons Ligonas, Bizunlia, Nantes, Mandroda. w 

Notre auleuresl d'accord, au debul, avec les histo- 
riens les plus accrediles do I'l^poque barbare, notam- 
menl avec Paul Diacre : Suevorum, hoc est Aletnannonun^ 
gens : — Suevia, hoc est Alemannia. On sail que les 
Allemans ou Allamans, association de tribus su^viques 
des borcis du Rhin el du Danube, pass6rent a jilusieurs 
reprises dans les Gaules ou ils essuy^rent de sanglanlcs 
defaites, sous Caracalla d'abord , puis sous Julien. 
A la faveur des invasions barbares, ils occuj)6renl do 
nouveau la Germanie superieure, qu'ils nominerenl 
Elisatiuin (Alsace), ol I'lli'lvelie {pngos HeU'clioruin 
incolenles). C'est ce qui fait (lir(; bien plus lard a I'au- 
leur de la PhilippUle : 

Linjjoucs et Vogesos tangens Alemanni.i Hues. 

Voici mainteiianl une serieuse dilficulle. NoUo 



( 197 ) 

Anonyme, d'aprt'S Alhaiiaricle, altribue aax Allemantls 
Langi'es (Lif^ouas) ct Besancon (Bizunlia). Plus loin, 
d'apres lo Roniain Caslorius, il les assigne a la Boiii- 
gogne. Que penser do cette contradiction? 

Nous avons ciierclie en vain des traces liistoriqiies 
de la domination des Alleniands dans los deux cities 
ci-dessus menlionnecs; mais nous ne nierons pas, 
toutefois, que I 'invasion dent nous avons parle n'ail 
pu franchir nionientanement les Vosges an v« siecle, 
et arriver jusqu'a la Saone. Les Burgundes, leur suc- 
ceilant d(> Ires pr^s, les auront refoulesdans les limites 
ou nous les voyons circonscrits durant lonte la periodo 
merovingicnne. Mais ce sont la des conjectures foil 
graluites, ct nous ainions inieux croire a une de ces 
lourdes erreurs trop faniiliferes au Ravonnale. 

On reconnait ai^enient dans Lignnns et Bizniitia, 
Langres ct Besancon. Cette derniere ville se nomine 
Vesontio dans Cesar el tons les auteurs anlerieurs a 
Julion ; celui-ci I'appelle Bissentio (1), nomqui devient 
Besaiitio dans Ammien Marcellin (2). C'est tout a I'ait 
la forme actuelie, defigur^e en Blsseiition inlla dans 
un capitulaire de Ciiarlemague. 

La meme //lodemisation sc remarque dansMiNDROo v, 
VEpnmaiuluo de la Table, Epainaiulnodnnini de I'ltine- 
raire, Mandeurre actuelie. 

II y a plus de diflicultes pour Nantes, On pourrait 
voir dans ce nom celui de Nant ou Nans, pres de 
Salins; mais nous avons en vain cherche quelque 
trace de I'ancienne existence de cette petite ville. Ce 
n'est qu'en descendant vers lo Rhone, ijue nous ren- 

(i).lul. E|)ist. 38. 

[■/) Aim. .Vliirc. Ili^f., I. vn. 



( 198 ) 

controns uii monaslere dodit' a saint Pierre et saint 
Paul, dataut |>i()b;d)lemeiit des Merovingiens, clconnu 
sous lo iioni de JSnntois. II otail d^ja important du 
Iciiips de Charles le Chauve, qui y fut enseveli : Loco 
ijui (licitur ISantoule a iiiulliludine nqiKuum ibi conflnen- 
tiuin (1). C.'esl le L\antoulum du uioyen age, le mo- 
derne ISantua, Quant a I't'tyniologie donneo par la 
clironique de saint lienuil, elle est d'autant plus jusle 
que le inot ISant (ruisseau ou ton out), Ir^s usile dans 
les dialectesceltiques, s'oht conserve parmi les luonta- 
gnards de la Savoie el du Rhone supeiieur. 

Apres cet 6car( ou celle transposition, rAnonyme 
revient a la veritable Aleniannia, et continue ainsi : 

« Sur le Rhiu est siluee Gorniclia, voisine de la 
ville fraiike Maguntia. Viennent cnsuite Allripe , 
Spbira, Porca, Argenlaria, qui se notnme a present 
Stralisburgo, Brececha , Bazela, Augusta, Carslena, 
Cassangita, Wrcacba, Conslanlia, Rugium, Bodungo, 
Arbore Felix, Bracantia. » 

GouMETiA, Warmatia (Worms); Altripe, Altaripa 
(Altrip) ; Sphira, Spira (Spyer ou Spire) ; Argkntabia, 
Argentoratum (Strasbourg). Nithard, comme notre g^o- 
grapbe, appelle cette ville Argenlaria ; mais deja Gr6- 
goire de Tours connait et eniploie simullanemenl les 
deux noms : Ad Argentoratensein urbcin (jiiani nunc 
Stiateburguni vacant... C'esl lilteralement la phrase de 
I'Anonyn.e. 

Bhececua, ^/7>/acM,?(Brisach); B\ip.l\, Bnsi/ia (Bale) ; 
Augusta liuaracorum (Augst); Constantia (donstanco) ; 
ArboreFi;lix (Arbon) ; Brecantia, /i/'/^«////« (Brogentz). 
Revenons maintenant sur les noms resits en arii^re. 

(i) Anil. S. Benud. 



( 199 ) 

PoRCA, que nous devons clierchei' !e lona; du Rhin, 
entre Spire etStrasbourg, doit so retrouver dans Pforiz, 
village du Palatinat, non loin de Hagenbach. Nous au- 
rioiis voulu y voir la ties ancienne ville de Pforzheim, 
niais elie est sur I'Enz et non sur le Rhin. — Carstena 
n'existe plus, a niolns qu'il ne faille le cherclier a 
Kaisten, pres du Rhin, au-dessous de Laufenbourg. 
Cassargita noussemble s'etre conserve tiansle i)ourg(.le 
Gansingen, a 3,iOO metres environ du fleuve, dans la 
petite vall(^c de Meltauerbach. Apres avoir depasse 
le confluent do I'Aar et du Rhin a Coblentz, jious 
Irouvons Zurzacli, ville ancienne et assez importante, 
donlle nom nous rend bien lo Wrcacha de I'anonynie. 
Charles le Gliaiive y fonda, en88J , un uionasteredeB^- 
nedictins.Nousavons bien sur I'autre rive larivi^reWur- 
tach, qui descend de laForet-Noire; mais outre que nous 
cherchons des noins de lieux et non de rivieres, nous 
ferons observer que notre auteur, depuis Tembouchure 
du Rhin jusqu'au point oil nous sommes arrive, ne 
quitte pas une seule fois la rive gauche du fleuve, 
la vraie ligne romaine. Brececha meme (Brisach) ne 
fait pas exception, car il est tres bien prouve dans 
V Alsatia Ulustrata , que le cours du Rhin a vari6 
sur ce point de[)uis les Rouiains, et le grand bras, qui 
passe aujourd'hui a I'ouest de cette importante posi- 
tion, passait precedemmenl au levant, dans celte belle 
plaine oil ii n'est reste d'autre trace de I'aucien cours 
qu'un bras insignifiant et quelques marecages. Nous 
lisons dans Luitprand : Lst in Alsatice partibus Castelluin 
Hrisicgawe.,. et dans Albert de Trois-Fontaines pour 
I'ann^e 9Zl/i : Utto rex obsedit Brisaguni, oppiduin Al- 
satioi. . . Rheniis in nioduin insula cingit. 



( 200 ) 

On pent itUe lenle cie foire concorder JFrcacha 
avec Urnncus, cite dans I'ltineraire d'Antonin, a qiiinze 
lieuos (leBrisach; mais ce notn ne pent nous conve- 
nir par sa position dans la Haute-Alsace, tandis qu'il 
nous faut evidemmsnt une localite silu^e sur le Rhin, 
entre Augsl et Constance. 

RuGiUM est place par Reichard a Reichenbach, au 
sud de Constance ; inais ce lieu est silue ass* z avant 
dans les terres, et le texte de rAnonymo est formel, 
c'est sur le Rhin ou sur le lac qu'il faut placer Rugiuiri. 
Les environs de Constance fourmillent de ruinos ro- 
inainps, et ni)U3 n'aurions que I'orabarras du choix ; 
niais on pourrait proposer une correction [Augium] justi- 
fiee par I'etude bistorique de celte parlie de la Souabe. 
D'anciens documents donnent le nom d'Jii^ia 'Augia 
Divitis , ou Sintleoses Auwa), a I'ile de Rcicbenau, 
voisinede Constance, et oil Walckenaer \oit I'ile trans- 
formee eii place d'armes par Tibere, dans sa guerre 
navale centre les \ indcdicieiis. Nous acceptons celte 
identification, sans convenir avoc le savant geograplie 
(jue Reichenau soil la seule ile du lac, car il y a encore 
Mainau (Meigenowei et Lindau, Que Ton lienne a la 
\eqoD Riigiiim , on peul choisir I'iuiportante position de 
Roiuansborn ipoinle des Roraains) , un peu avant 
Arbon ; ce canton a beaucoup de ruines antiques. On 
peut aussi remarquer commo analogic que, parmi les 
peuples de la Rbelie, ou il semble y avoir eu quelques 
elements slaves, on trouvail un petit peuple de Rngii on 
Rugusci, snr la situation duquel on varie beaucoup, soit 
qu'on le place avec Walckenaer a Rogoreto, ou en 
Suisse avec Reichard. Cette Iribu devail se rattacheraux 
Riigii deshov Aide la Baltique et aux habitants deRiigen. 



( 201 ) 

Bodunco n'est pas moins incerlaln. Celle localite 
devait avoisiner le Boden-See (lac <le Constance). Ce 
nom nous rappelle un passage de Pline qui dit qup le 
Po fut d'abord appele par les Ligures, ses riverains, 
Bodi/icus, c'est-a-dire, « le fleuvo sans fond » : d'ou le 
j)remier nom de la villa dlndustria, BodincoTnagus. 
Mais les Ligures passent pour deslbeies, etdu mot Bo- 
dlncus il n'cxisfe pas de trace dans I'iljerien actuel ou 
basque, pas plus que dans le colliquo : quel idionie 
parlaient done les Ligures des !)ords du Po ? do mot 
pourrait bien avoir ete gorraain, et avoir servi a desi- 
gner le Boden-See, « lac sans fond. » Cependant le 
plus ancien nom connu du lac est f^enetns Incus (le lac 
des Wendes ou Vindeliciens) ? 

La pointe nord-ouest du lac de Constance nous 
oflVe une petite et ancienne ville tie Bodman, citee 
dans une charte de I'an 881 : Ad laciun Podamecwn, 
in arce et pulatlo Bodmeii. Le rapport enlrc Bodunco 
et Bodinnn nous semble assez bien etabli pour nous 
autoriser a identifier ces deux noms. 

Ces diverscs explications nous ont un peu 6carle de 
la Gaule; nous allons nous en rapprocher par I'inler- 
prelation du paragrapbe suivant. Ce paiagraphe, qui 
nous donne des positions de TAllamannie, disposees 
sans ordre, et gen^ralemenl inconnues avanl notre 
geograpbe, offre par cela ra^me de grandes difficultus 
que nous n'avons pas rencontrees tant que nous avons 
pu suivre un certain ordre, en remimtant le Rhin avec 
noire Anonyme et quelques fragments d'itineraires. 
N'oublions pas d'ailleurs que nous sommes toujours 
cbez les Aljamans, et g^neralement renfermes dans les 
limites de I'Alsace, dela Suisse et de la Soual)e. 

XII. OCTOBHE I;T NOVlvMBRE. *1 M\ 



( 5'^2 ) 
(( Pies de Slr;ilisl)urg(>. soul if.s villes d'Alaiii, Cho- 
rust, Ziaherna, Frincina.Aoii, Laguirion, Brara, Alhisi, 
Ziuiichi, Duobon, Crino, Slafiilon, Cariolon, Tlieodo- 
ilcopolis, Vermegalon. El ailleurs, Augusta Nova, 
Riz/mis, Tiirigoberga, Ascis, Ascaplia, liburzis, Solist 
ail pays cles Alimans. » 

Voila un passage precieux, niais non uioins dilficile. 
La g«^ogi aphie ancieune, loi t sobrc de doiuiees sur la 
(jennnnia superior, nous hiisse goneralcinent ici le 
(.hainp libre,-et en depit ilu beau lis re de Sclioepflin 
[Alsatiaillustrat(t) sur la lopograpbie de I'Alsace, im- 
m«!diatenieiit apres Ics invasions, imus tm souimes 
red uils pour |)resquelouscesnomsaenerdanslecliainp 
vaslc el souveni perfide des conjectures, des analogies. 
Alain, qui ouvre la serie, rappelle ovideniment I'AI- 
saco, VEUt^yx V All, qui doiiue son noni a ]aconlr6e.^/fl/rt 
lie peul gu^re exislerquc surcotte riviere. Deja Ics itine- 
rairesnoussignalent un lieu A' iAlebusoxx Helelliis,i\YA\e ; 
au moyen k'^Q, Elle ^e nomine Klegia, oo (jui s'^loigue 
pen de la I'oruic Alain. La riviere eile-iueine s'appelle 
dans les acles les plus ancions Alsa IL 11 nous senible 
inutile de cbercber a identifier -r^/rt/V/ avec Alteja (Alzey), 
dans le Palatinat, el un pen loin de Strasbourg. 

Chorust est au dela i}.Ki Rhin, dans le iMorleiiau, sous 
la forme d<' Chorekn, qui est aujourd'liui Conk uu 
Korcli, sur la rive droite de la Riiizig. 

Ziabcrna est la forme plus moderne de Tabernce 
(Berg-Zabern) ; quant a Frincina, il est parfaileinent 
inconnu parlout. Heicliarl le place sur la Sarre, au 
(lela des Vosgcs, a Fencstrange. Le nom alleinand de 
cette petite ville est Kinslring. (On sail que dans loute 
la Lorraine allemande, la prononciation francaise a 



( ^.03 ) 

defigure iino foiile de iionis ^criuanirjucs, comme 
Kirchiiigen deveriii Creliange, Horaenberg liaduit par 
Corniiiioiit, elc). liO forme alleinaiule, ici, s'dcarli- 
Irop du mot lalin pour (juc nous nous y anetions. 

Ne perdons pas de vue cjue celte lisle des villos de 
rAJemannio se divise en Irois sections: 1° L'euutne- 
ration des villes du Rliin , depuis Mayence jusqu'a 
Bregenlz; 2° une liste suppleuicntaire pour les lieux 
6carles du fleuve; 3° uue derniere partie que nous 
essaierons d'expliquer quelques pages plus loin. Cetle 
lisle suppiementajre dont nous parlons semble, dans 
I'Anonyme, ne concerner que les environs de Stras- 
bourg; niais quelques noms comme celui de Ziurichc, 
nous font penserqu'il s'agit de toute VAleinannia, c'est- 
a-dire de I'Alsace, de la Souabe et de la Suisse alle- 
mande. Nos rocherches doivent done s'etendre a ces 
trois contrees, mais ce serait aller beaucoup tiop loin 
que de placer quelques-uns des lieux que nous cher- 
chons dans la Fraiicia du Raveunate, comine I'a fait 
Spriiner j)our Cariolon, Ziurichi, etc. 

brincina nous avail d'abord senible s'elre conserve 
dans Frecliing, pres Sierck ; mais ce liau etant Uors de 
TAlemannia, etd'ailleurs sans importance, uousdevons 
pr^feier, soil Friesenbeim sur le Rhin, au sucl de Stras- 
bourg, soil Frankenheim, nom de deux villages qui 
figurenl sous la forme Frankenliaiin dans la donation 
de Louis le Pieux aRicbode. 

Aon doit etre Hon-au [Honaugia), ancienne ab- 
baye fondee en 720 par le due Adelbert, a deux 
lieues de Strasbourg; elle disparut, emportee par 
le fleuve, qui passe au couchant du village actuel 
de Honau. Laguirion est Largilzen, I'ancienne Largct, 



( 204 ) 

sur la riviero dii ineiiic nom, dans le Suntlgau. 

Brara doit etre le ineine nom ([lu; Batra, Beara, 
Bane (Barr, a six lioues sud-ouesl de Strasbourg), cil6 
dans la chronique de Fiilde, en 788. Duebon dilT^re 
peu de Devona (Tennenbach) de Ptol(^mee, nom qui 
a,comme une fouled'autrcs noinsde rAilainannie, iin 
aspect celtique bien caraclerise ; c'cst lo Divona de 
rAquitainc (fonlaine sacrec), pour lequel on trouve 
dans Ploleniee la variante Dueona, qui so rapproclie 
beaucoup de Duebon. 

Crino est, comme le ])rec6deiil, un ancien nom d6- 
figur^ : c'est Curiones de Ptol^mce, lieu ou tribu infe- 
rieure dans le Brisgau, ou la station de Grinario, posi- 
tion incertaine, que Reicliart place a Griiningen el 
Walckenaer a Siginaringen sur le Danube. 

Theodoricopolis nous a tort cmbarrasse. Nous re- 
sistons au dt^sir d'ailer chcrclior, un peu en dehors 
des limilesouest de rAllamannic, une assimilation qui 
tient a une grande question d'archeologie, mais qui 
serait Irop hj j)othetique (Tdicjuituopolis, ruines de 
Tarquirqjol, pr^s Dieuze). Disons simplement que 
Theodoricopolis semble une traduction classique d'un 
nom tudesque, Dietricbstatitparexemple, ou Dictrichs- 
burg, et par contraction Diersburg ; on a une petite 
viile de ce nom enlre Labr et Ollenburg. 

Ziiirichi est Zurich, et non Sierck, comme le veut 
Spriiner dans sa carle de la Germanic a I'epoque des 
invasions, tandis que dans les aulres il lo place a 
Zurich. Sierck est, dans les plus anciens documents, 
Castrum Surkes (chron. Mcltens). 

Si Cariolon n'ost pas une grossiere crreur de copistu 
pour Cambete, on pcul y voirCarlsbach pros Allkircli, 



( --^Oo ) 
le Caro/desbach des Charles [Caroli'rwus) (1). Spriiner le 
place a Charleroi, sans songer a rinvraiseniblaiice de 
cette identilication avec une ville dont I'origine mo- 
derne est bien connue. 

Vermegaton ne nous parait pas susceptible d'offrir 
de difficult^. C'est la station romalne de Drocumagus, 
au nord-ouest de Strasbourg. La chronique de Lau- 
rislieiin, premier document ([ui en pnrle apres I'in- 
vasion, ecrit ce noni Bruochnmgat, contracte aujour- 
d'hui en Bnimath. Ce qui n'a pas empeche le Pere 
Martin de placer Perniegaton a Vermanton pres Auxerre, 
et Reichard d'en faire Warneton en Flandre. 

Voici maintenant quelques exlrails des itineraix-es, 
oil Ton pourra trouver plusieurs des noms deligures 
par I'Anonyme : 



Larga. 

Cambete. 

Stabulis. 

Arialhino. 

M. Brisiaco. 

Helellum. 

Argenloraluin. 



{Anon.). 

Laguirion. 

Cai'iolon. 

Slafuluii. 

Alhichi. 

Brececha. 

Alaia. 

Argentaiia. 

V'erinefjaton. 



[Modern.). 

Lagitzen. 

Grtkmbs. 

Skallempe. 

Biniiinfjeii. 

Brisacli. 

Elle. 

Strasbourg. 

Brumatli. 



Brocomayus. 

La plupart de ces noms sont sans doule alteres, 
niais il ne faut pas seulement y voir I'oBuvrc d'un coui- 
pilaleur ignorant; ces formes ont du 6tre Iransitivn- 
nellement (si je puis employer ce mot) celles qui ont 
suivi les derniers temps de la geograpbie classique. 
Ainsi, Jlaia est bien certainemenl un moyen terme 
entre Helellas et V Elegia du moyen ago ; ainsi Vennc- 



j) Doiialion (111 due Alticus au inonaslere de Hohcnbuig. 



( 206 ) 

gntnn sc rapproche plus de Bntochniagal que Brnco- 
iiiagns, etc. 

II en est de inline de Ziurichi. L'ancien nom de 
Twiciini se perp^lue, au uioycn age, non seulement 
sous les Merovingiens Castellnin Tutegum (1), mais au 
neuvieme sifecle, oil le nioiiio de Saint-Gall parle du 
Caslnun Tiivicimi. Dans les sic'cles stiivants, I'alteralion 
est trc'S pen sensible ; c'est d'abord Tureguni (2), puis 
Thdi-icnni el Thuriguni. I, a convention de 1810 enlre 
I'Erapereur et le roi de France |»orli; : Datum Thuregi, 
forme plus germanique que le T simple. De Thiiriguin 
s'esl forme le nom vulgaire Ziirch, qu'il est assez cu- 
rieux de retrouver dans un document aussi ancien que 
le Ravennate. 

La geographie ancienne posscdait des notions tres 
precises sur rAllamannic, (|ue les Romains avalent 
momentanemenl conquise, notamment sous Probus, 
qui 6leva entre la Gertnanie lihre ol I'Empire ce long 
mur dont on suit encore aujourd'hui riminense d^ve- 
loppement depuis la Baviere juscpi'a la Prusse rh^- 
nane. Ce vaUnm, oonnu sous les noms divers de PJahl , 
Pfahlrain, Pfahhleke, I'fahlgrahen, Polgraben, et que 
Ja superstition populaire a baptise du nom de Teu- 
felsmauir (mur du diahle), Commence au confluent 
de rMtmubl et du Danulie, tire droit a I'ouest jusqu'a 
Steindorf, d'ou pari un troncon de .six ou sept lieues 
de long, jiendtnt que la lignc [)iincipale fl^cbit a 
Touest-nord-ouest, passe rAltniiihl a Kepfenberg, et 
ccinlinui' jusqu'a Riedern, un peu a I'ouesl de la 

(i; Sli Cjalli rita, itp. I'ertz, 11. 

(2) Ann. Eiiisidlens., ann. 1078 el 1 ij.J. 



( --^oy ) 

Kezat, oil <'ile coumieiice a etrc uioius Im-ii conservye. 

De Riedern, elle sc diflge vers roiicst-siKl-ouost, <'ii 
passant an inont Hessolheig ot un |)eu ati midi d'El- 
wangen, et con pant a angle droit les valK'es (lu'elle 
rencontre; elle arrive ainsi a Lorcli {L't/itiaciiin), oil 
elle toiirne hrusquement an nord, par Murliard el 
Oeringoii, poiirfranchir la Jaxl a JaxU)ausen et le Meiii 
a Frcudenberg. A parlir de ce dernier point, le /;////• 
(/ii (lifihle monle ansommet dii Spessart, qu'il couroiine 
tians loiite sa U)iii.:,ueLir, el suil de nieine la ligne de 
faite qui court j)arall('leniiMil ;ui Meiii, poiu- venir se 
teri'iiiner a la Lalin, a quelques uiillos du connuont de 
< elle meiiie riviere el du Uhin. 

Ce ixtlluin, assez seniblable au niiir de Severe, dans 
la Grande Bretagne, elevt^ en lerre, garni de lours, 
flan([ue de camps relranclies, appuye sur des lignes 
secondaires forliliees, surlout aux ahords du Meiii, 
semble, au temps de Julien, s'etre appele Pnlas (uiot 
qui n'etail peut-elre que le Pfahl i\\\em^x\d). Ammien 
Mareellin parle d*un canton nomme Po/as, oii etaienl 
les pierres bornales du lerritoire des Burgundes etdes 
Allamans, Entre le Pfahl et le Rliin s'elendaienl les 
Deciimates agri, colonisdisdes le premier si^cle de noire 
ere par des populations gauloises arrivees a la suite 
des armees iniperiales [cjuisqiie (jalloriini levis ac iriopia 
(iiidd.v, (lit Tacilei. 

Les villes cities par r.Anonyme a la suite tie Vernie- 
galon onl ete plaeees par cjuelques geograplies alb; - 
niands sur la ligne ou du moins aux aliords du mur de 
Probus. Le fait, certain pour Ascnpha (Ascbaffen- 
bourg, sur la riviere Ascbaff, ou Ton a trouv6 des an- 
liquites romaines et oil la reine Liulgarde I'ut ensevelie 



( -208 ) 

ters 885 (/// Asscafiibuih... conditd jacel, dil raniialisto 
saxnn), n'esl (jue |)rol)al)le pour les aulres. 

RoiclKird ol Sprunor \Ai.\vx\\\. Jngitsla l\ova ;'i O.slei- 
burck(Mi, liizinis a Riiidslulin, Turigobciga a ^^all- 
thiini (tons Irois cnlre la Jaxl tt le Mein), Jscis a 
Eschaii, dans le Spcssart, Lbiirzis a Ober-Lrsel, pies 
Wiesbaden, ct Soiist a Saulbury, au sud-esl el a pen 
de dislancc dn precedent. Nous adoptons voloiiliers 
ces explicalions, faiile de plus vraiseinblables. Nous 
avions ciu d'abord pouvoir idcnlirier IJburzis avec 
J'Furtzbourg, appele Castniin Wirziburg dans les An- 
' nalcs Laiirissenccs pour 7Z|6, epdque ou ce castruin 
devinl nn siege episcopal; mais nous n'avons pas cru 
devoir sacrifier a nne faible analogie de nouis un 
lieu place comaie Ober-Ursel sur le vallum et dans une 
excellenle situalion slrategique. 

iMeme enibarras pour Soiist, qui pent rappelcr 
Seltz {Saletio dos Roniains, Saloixsa des cbarles), ou 
Soultz-les-Foicts, sur la riviere du mfinie noin, ou enlin 
Soliciniiun d'Aniniien Marcellin (Soullz). On pent all6- 
guer, pour cc dernier point, les mots de I'Anonyme: 
Soiist ea: Alimaimorum patria, qui seniblent indiquer 
plus sp^cialement la mere palrie des Aliauians; pour 
le pr^c^dent, une egale similitude dc nom, ct pour 
St'ltz, une importance continue attestee par les itine- 
raires et par les clironiques m^rovingiennes. Nous 
croyons devoir nous prononcer pour Soliciniuni. 

Apres Soiist vienl nn Ironcon de phrase incom- 
prehensible, commcncant par un mot dont il ne rcste 
plus que deux sjllabes, ....dclo Francia Rhenense nor/ii- 
navimus. Nous revenons en Belgique. Si ce domi-mol 
delo esllafind'unnom propre.cequi est probable, il est 



( 209 ) 

perniis d'y voir la finale zeele , tros commune en 
Flandre, on le flamand dnel (vallee), peut-etrc uieme 
la Dyle [Djla des chroniques). Mais ne nous perdons 
pas dans les hypollieses, et continuons a liaduire. 

« Dans la France rhenane, outre les vllles que nous 
avons nomniees , on irouve Nasaga, Diiianlis, Oii), 
Nanion, Neonsigo, Trega. » 

Nasii/m (Nais), ville des Lead au temps de Plole- 
niee, plus lard jilace forte du pays de Toul sous les 
Merovingiens,nousparaitetre Nasaga, Diiinntis(\)'nroii\i) 
apparail pour la premiere fois dans I'histoire, sous 
los auspices de notre geographe. La mention la plus 
ancienne (jui en soil laile, a part celle de I'Anonyme, 
est celle des Annales de saint Bertin (ix* siecle) : 
S. Marice in Deonant. Nous croyons que ce mot signilie, 
en langue kimrique, que parlaient les Beiges, la pro- 
FONDK vALL^E : Doiiaiit, Ge dernier nom, ainsi (pic 
ceux de Diniui, Dynan, Dinam, n'est pas rare dans les 
pays celtiques. 

Oiii est dans le meme cas que Dinant : e'est une 
ville assez imporlanle, et qui ne commence toutel'ois 
a etre connue que sous les Carolingiens, epoque ou 
elle devient capitale d'un comte de la Lolharingie 
[Hoium, Hoiensis Coniitatus). C'esl aujourd'hui Huy 
sur la Meuse. 

Namon, aujourd'hui Namur, et successivement Ma- 
niiciun, hamucum, Namnrcum, fut t^moin auvii° siecle 
d'un sanglantecliec essuye par Pepin d'Heristal. C'etait 
alors une place forte, devenue plus tard un comte 
assez c^lebre. Gronovius fait observer, avec un certain 
orgueil national facile a comprendre ( il ecrivait 
en ICUZi, au moment le plus grave de la guerre des 



( -210 ) 

Pays-Bas^, (juo rortho^rajihe dorAiKiinme juslific la 
pronnncialion n^erlandaise de ce nom Namen, ol (|ue 
l\ai)imcuin n'est qu'une forme baibare. 

Aeofisi^o, qui nous parail ^tre Nasonacum (Nas- 
soignp), dans la for^t d'Ardennes, est encore phis 
ancien ; nous le retrouvons cite deux fois dans It; 
livre VI du Code Th^odosien Ulata III Annas Jul. 
Nasonnci, etc.). 

R(ste 1 regn. Ce ne pcul etie Treves, (jiii csl rile 
ailleuis. Ce ne pent guere 6lrc Tniii^n (Tongies), hivn 
qu'eii pense Karl Spriiner. Nous ne sorions pas^loigne 
d'y voir Liege {Liugns dans le partago du rovaiime de 
Lolliaire, 870). Lidige elait des710 une ville episcopale : 
il y aurait eu une erreur de copiste [Trego pour /-ega). 
ce qui concilierail tout. On peul encore proposer 
Troves en Champagne [Trecas Campania' nrbem, dil 
Crt^goire de Tours) ; mais ce serait passer brusipic- 
menl d'uiip enumeralionde villes voisines de la Meuseaii 
milieu meme du bassindela Seine, el ri on n'auUn'iseune 
pareille hypoth^se. Pour revonir en Belgique, Reicliard 
propose Sainl-Trond, en tbunand S.-Truyen; occa- 
sion dont nous profilons pour condamnerces assimihi- 
lions fondles sur des noms de saints, c'est-A-dire sur 
les homophnnies les plus trompeuses et les plus ris- 
quees. Que, dans un pays donne, on Irouve un nom 
ancien lourni par Plol^mee ou les ilineraires, et un 
vocable dc sainl qui remonte rarement plus haul que 
les Merovingiens, et qu'il y a un rapport enlre ces 
deux noms ; ce n'est la, a coup siir, qu'une coinci- 
dence donlon ne peul raisonnablement lirer une con- 
clusion. Ainsi (jiiand I'aulcur de la grande Histoire de 
Brelagne, I). Morice, place Sipia des itmeraires a 



( '-^11 ) 

Saint-Pean, quand NValckenaer identifie Sulini des 
niemes avec Saint-Sulin prfes Hennebon, ou qui! eta- 
blit les Antohroges a Antonin (ancien Saint-Antonin) ; 
quand Reichard fait uii meiiio iiom de Tre^a el de 
Saint-Trond, dont les oiigines snnl bien connues, nous 
ne pouvons voir dans tous ces exenijiles, que nous 
pourrioiis d^cupler, qu'un abus de rapprochements 
don t la geogr apbie com pareedoitsed^fierprud eminent. 

Nous proposerons a notre tour une explication de ce 
nom de Trega.On trouve dans ilincinar, a I'annee 870, 
Trectis, contraction de I'ancien Trajecta ou Mosa' Tra- 
jectum (Maastricht). C'etait dej'i une ville importante 
sur la grande route de Belgique auRhin, et il n'y a rien 
do surprenanta ce que le Ravennateenparleapres avoir 
nomine plusieurs villes voisinos, Namur, Huy et Nas- 
soigne. Cost toujours, du restc, la zone dont nousavons 
parle plus haul, la premiere palrie des Franks, et il est 
probable que leRavennale a tiavaillesur des documents 
decelte premiere epoqne, car il dit a deux reprises que 
« la race des Franks occupe acluellemenl ce pays((/V</- 
li(tm Belgicain GernianUitn, quciin modo Francoruin pos- 
sidet generatio (liv. IV el V). 

« Sur la Moselle deja noinra^e, toujours dans la 
France rhenane, sonl les cites de Tulla, Scarbona, 
Mecusa, Gannia, Treoris, Nobia, Princaslelluu), Car- 
dena, Conbnianlia. » 

TalUi (TomI), Scarbona (Scarponne) sont connus. 
Mecusa ne peut 6tre que Mettis, nom abr^ge et cor- 
rompii de Mediomatrices (Motz). Gnnnia ne se retrouve 
nulle part ailleurs. En suivanl la rive gauche de la 
Moselle, nous avons Guenange (Gueningen) sur celle 
extreme lisi^re des deux langues allemande et fran9aise 



( 212 ) 

oil, rallemand ayant recul^, lesnoms de lieuxonl garde 
une pliysionomio tudesque fort alter^c, inais que Ton 
peutrestilueiu I'aide tlesvieilles carlesetdes documents 
de ccrlainos epoquL's. Plus loin nous avons aussi G> tv^e- 
nicli ; le leclcur peul chuisir entie ces deux positions. 

Apres Treoris (Trcviri, Treves), ou Ton rcconnail 
assez bicn le nom alleuiand Trier, la Moselle fail divers 
niL'andres parrai lesquels s'ei^vc la petite ville de Neu- 
niagen (ancienne Noviomagus) (]ui duil ctre Aobia, el 
ijue clianle Ausone : 

Novioiiiaguj, divi castra inclyta Conslaiuini. 

Sm\ent Princastef/itiii (Berncaslel) , Cardena (Garden) , 
situees, la premiere, sur la rive droitc de la Moselle, 
la seconde sur la rive gauche. Les indications di- noire 
geographe sonl ici d'aiitant plus precieuses qu'elles 
sont les premieres qui nous initicnl a I'existence de 
ces deux vilies, dont riniporlance date du temps de 
la feodalile germanique. Quant a Conbiilantia, on de- 
vine clans cetle forme barbare I'nlteration cjui du Con- 
fluentes des Romains a fait le Coblentz des AUemands 
niodernes. 

Toulescesvilles sont sur la Moselle, « dejanomm^e,)) 
dit notre auteur. Elle ne Test pas, en lout cas, dans ce 
qui nous reste de son livre. II la citait sans doule 
dans le fragment perdu dont nous avons parl^ plus 
haul, imnu'dialemenl apres Solist. 

M. Walckenaer, qui senible croire que loules ces 
enumeralions de vilies le long des flcuves ne sont que 
d'anciens ilin^raires lron([ues, a donne place dans scs 
Itinevaiics dc la Gaiile a celle ligne de Toul a Cubleniz, 
qu'il explique ainsi : 



( 21S ) 

Tiilla To II I. 

Scarl)ona (Scarpoiia' Scarponne. 

Meciisa (Mettis) Melz. 

(iannia ((^<arannsca) Canach. 

Trfnris (Ti-(niri<) Treves, etc. 

Que ce soil iine ligne lluviale ou une roule laterale 
a la Moselle, le rebulial geographicjue est le in6me, 
puisque loules les stalioiis de M. Walckenaer coinci- 
dent avec les nolres, a lexception d'une seule, Gannia, 
dentil ia'il Canac/t. Nous avouonsque lemot par lequel 
nous avions Iraduit (jdiinin, n'est iii plusni moins fond6 
que celui du savant geographe des deux Gaules; aiais 
s'il ronvient que Mecusa est Melz, pourquoi, dans une 
longue note. Ires instructive d'ailleurs (1), identifie-l-il 
ce noni avcc Magiisa dans la Balavie? De Bast avail 
du resto emis celte hypolhese, en parlant de cettc ville 
connue par son inscription votive, Ilerculi Macusaiio . 
Line charte fort aucien:;e, qui la nonnne Makusenhain, 
et la dt^crit Tort exactement avec quelqu(!s lieux cir- 
convoisins, a permis avec certitude de la placer a 
Muiswinkcl, pres Duerstede, et Walckenaer avait 
le {.Iroit de I'inscrire sur sa carte, raais seule- 
ment sous le nom de Ma^usa, et iion sous celui de 
Mecusa, qui n'appartient qu'au Ravennate et ne d^signe 
que Metz. Mais comme le nom que nous citons ne se 
trouve nulle part ailleurs, nous accorderons aiseinent 
que I'Anonynie I'aura trouve dans quehjue auleur an- 
cien, et ne s'en rendant pas compte, I'aura applique a 
Metz avec la robusle assurance qui ne le quitte jamais. 

iNoH3 ne voulons pas nier que le Ravennate n'ait eu 

^i) fipogr. lies fJaules, I, 499. 



( 2U ) 

a sa disposilion, pour le nor. I de la Caiile, des itln^- 
raires qu'il a fori nial eiiipl()y«5s ; inais nous ferons 
reniarquiT que si dans sa descriplion do la Gaule uii'- 
lidioiialc il suit les anciennes lignis romaines, daii> le 
iiord il saltaclio tie prelereiice aux l)as5ins des flouves 
du Rliin, (le la Mouso, de la Moselle, de la Loire. II 
sacrilie ni6me a celle preoccupation un plan plus ra • 
lionnel do geographic politique : e'est ainsi (jue pour 
ue pas fractionrier sa descriplion du cours du Rliin, il 
iu6le ensemble celles do la France rhenale et de I'Alle- 
inanie, auf^rand detriment dela clarte etde la melhode. 

C'est j)robablement uiie preoccupation du ni6nie 
genre qui lui aura fail donner, en une scule plirase. 
tout le cours de la Loire jusqu';i Tours, bien que ce 
lleuve arrosat successlvemenL I'Aquilaine, la Bour- 
gogne el la Neuslrie. Des onze villes qu'il nous donne, 
qualre seulemenl sent certaines, Dizezeia [Decetia, 
Decise), AureUanis (Orleans), Blezis (Blois), Toronix 
(Tours). Celle derniere forme, pour Turoni, est tori 
ancienne, car elle se rencontre dans Fr(idegaire et 
dans Gregoire de Tours lui-ni(^me. Quant a Blezis, le 
Ravennale est le premier a nous faire connaitre Blois 
comnie \ille, car Gregoire n'en parle que commo dun 
pa^us {^Auretianensi's cum Blesensibus juncti. ..in Dunenses 
irruerutit). Almoin cite le B/esense cdstrum (1). Les 
sept noms qui restent sont fori epineux, et Ton peut 
douler legilimement qu'ils soient tous voisins de la 
Loire. Voici le passage : 

« Dans le ni^me pajs (de France) et sur la Lega, sont 
les villes de Balidos, Martialis, Agrilia, Dizezeia, Im- 

(i) Aim., liv. VI, c. 4a- 



( 215 ) 

bernis, Heliodorum, Arculla, Aurelianis, Blezis, Bodo- 
nias, Toronis. » 

lialidos est un nom qui n'a aiicune analogie avec 
quelque denomination quo ce soil de la g6ogi"a|)irn' 
ancienne du bassin de la liaute Loire. Le seul nom 
que nous liouvions en descendant ce fleuve, et qui 
approclie de Balidos, est Balbigny\ho\irs,i\Ae obscure de 
la rive droite, pies Nt^roiide. Dans un acte de 956, un 
certain Durant donno aux moines de Suvigny une terre 
in fine de Bcdbieo, et une autre donation de 960 cite 
in (igru Forensi Balbiacus villa. Si ce n'avait ete ce 
lapporl topologique, nous eussions preleni la petite 
ville de lias, plus imporlante, |)lus ancienne, et qui a 
(ce qui n'est jamais un indice a dedaigner) donne son 
nom k un petit canton, le Basset ou Bassois, Bnssensi.v 
on Bazensis vLcaria des cbarles du x^ siecle. 

Martialis est encore plus douteux. Le plus sur serait 
peiil-etre d'y voir le lieu ainsi appele dans Sidoine 
Apollinaire, bien qu'il soit dans TArvernie, et eloigne 
de la Loire. Le Ravennale, on le sail, n'y regarde pas 
de si pres. Walckenaer, comme d'Anville, y voit Volvic 
le Vialoscencis pagus de Sidoine, qui dit torniellcmcnl 
que ce dernier nom avail succede a celui de Martialis. 
Marcigny -sur - Loire, pour lequel nous penchions 
d'abord, ne s'est jamais nomm^ que Marcianiaaiiu 
ou Marcennacuni. II y a bien encore Marcilliacum 
(Marciily en Forez), mais ce lieu esl a plus de irois 
lieues- de la Loire, n'a pas d'antiquile, au lieu que 
Martialis-'Si)W\c passait deja, au temps de Sidoine„ 
pour avoir emprunto son nom aux campai^nes de 
Cesar [Hiberna legionuin Julianaruni). Le lecleur [)ourra 
clioisir enlre Volvic et Marciily. 



( 216 ) 

Pour Agrilia, nous avoiis Avillly sur la Loire, an- 
dessous do Roanne ; nous adoplons ce dernier noin 
qui pourrait 6lrc V ArioUca des itini'u'uires. Agrilin est, 
dans celte deriiiere hypolhc'se, la transition du vieux 
mol Ariotica des Gallo-Romains a VAiriliaciun du 
moyen age et a notre Agriliy. 

Sans tenir compte de I'indication de rAnonvme sur 
la Loire, Reichard a place ces trois villcs dans les 
valines de la Saone et de la Moselle, savoir : Mnrtinlis 
a Plomhieres, Agrilia a Azerailles (Vosges), Balidos 
qu'il ecrit Falidos a Vesoul ; opinions qu'il n'est nifime 
pas besoin de discuter. 

Nous avonsecril hnhevnis avec le P.Porclieron lo noin 
qui estbion evideminent ISibernis (TAnonymc met Ires 
friquemnient le h a la place du 'v) : c'est ranciennc 
Neviinuni, demembrenaent de Yager Ediwnsis : ^e\evs. 
Nous couiprenons difficileinent que K. Spriiner alt vu 
la nialiere a controverse, et ait fait cVIinbeniis Eper- 
nay, qui n'a jamais ete autre chose que Spernaciiiii. 11 
est singulier que ce savant geographe, oubliant que 
lAnonyine ne vcut parler ici que de lieux arroses par 
la Loire, ait ete chercher pour toules ces villes des 
synonymies dans des conlrees fort eloignees de ce 
fleuve. 

Les deux noms qui suivent, Heliodontin et Arcnlla, 
sonl encore plus embarrassanls. En tenant un compte 
rigoureux de la position que leur assigne I'Anonyme 
le long de la Loire, entre Nevers et Orleans, nous y 
voyons Sully et Jargeau. Briarc [Brivodiiruin des ilin6- 
raires, devenu plus tard Briodnruni) aurail pu, sous 
cette derniere forme, recevoir d'un co|)ipte ignorant 
cettc physionomie plus classique. Mais nous avons sur 



( 217 ) 

la rive tlroite du fleuve la ville de Sully, cittie par 
Almoin, sous le noni de Solliacum castrum, et chef-lieu 
du pays de Sullias. Valois a suppose que ce noin lui 
vonait d'un londateur du nom de SoJlia.s ; quoi qu'il en 
soil, il est assez vraisemblable que I'Anonyrae, qui 
ainie a faire parade de ses connaissances en grec 
(comme nous le verrons plus bas au mot Catabolon) , 
aura [va^mi Solliacum enHeliodorum. Quanta Jargeau, 
tres anciennement connu sous le nom de Gergosiluni, 
nous avouons que ce rapport ne nous satisfait que tr^s 
faiblement, tout en convenant que I'Anonyme nous a 
accoulum^s a des alterations encore plus graves. 

Si Ton se base sur celte idee que I'anonyme s'est 
servi pour toule la Gaule d'anciens ilin^raircs tronqu^s, 
on pent raltacher Hcliodoiam a Ernodoruin desBituriges 
(Saint-Ambroise-sur-Arnon) ou a Ibliodurnm (Hannon- 
ville en Lorraine), et Arculla a Ariola (Montgariii) au 
sud-ouest dClhlio durum. Malheureusement, toutes ces 
localites sont fort eloign^es de la Loire. Dans (ous les 
cas, il n'y a aucune apparence quJrculla soil Arcueil 
pres Paris, malgr^ ses antiquites romaines, qu' He/io- 
dorum soil Nogent-l'Arlaud, coinme Reichard I'a sup- 
pose!; sans preuves. 

Enlre Blois et Tours, Bodonias ou Vodonias pent elre 
une alteration ^' Amhacia (Amboise), connu sous les 
Roniains par son pont et sa pyramide. Nous prc^ferons 
y voir le Votinus en Touraine, que le roi Eudes nomme 
dans une charte de 893. Ce lieu, pour lequel il y a les 
variantes Votmis et Nonius, ne pent gu^re etre que 
Feui'cs, sur la rive droite de la Loire. 

Apres Toronis (Tours), vient une phrase inexpli- 
cable : Qnatn prcediximus Pocellis pertinere jam ad 

XII OCTOBRE KT NOVEAIBRE. 3. 15 



( -^58 ) 
Geriiuinoi nm padiam, ^-l ('oiilmDicr t!\M'j'eiirs enoriues 
(jui' soil le U;i\eniiiUu, il est difljcilo do lui supixiser 
rinli'iiliuii de placer Tours sur la froiilieri' de la Gcr- 
inaiiiL', c'esl-a-dire de la Saxe on de rAllemaniiie. 
(Test ic'i (UK' doil se placer la lacune dont nous a\oiis 
l)arle plus haul ; ii est prol)able (|ue noire geof^raplie, 
apres avoir descendu la Loire jiisqu'a Nantes, revenait 
vers Test a lra\ors ios Lyonnalses jusqu'a Langn's, 
qu'il a en ell'el assigne dans ie paragraphe XXVI aux 
Allamans, (I'esl une supposition fori avenluree, \\\\. is 
nous n'en voyons pas d'aulre |>ossiljle pour i elle 
pni a.sc rlianjic. 'hiaiil au uici ninbare /•''>rv//V.v iipii esl 
ei I'll avet; uii ? niajusLide dans Poiclieroii i-l daii-> 
(irinioMiis, , ft^ doiieln- oii iliniiiiulil' d<j /> .//cv.v, « t^n 
quelques mots. » 

Les fleuves cites par lAnonyme sonl generalcnient 
Ires reconnaissables. Cc sonl, dans li^ noni, la Sane 
[Sarcn'ns des ilineraires, Scuoa des diaries carolin- 
giennes, Saruba. de nolr(,' auleur) ; la Nied (Niua) et 
la Blies (Bi.i'.sA) (jui tlonnaient Icurs nonis aux deux 
pa^L iXitachowe el Blesilchowe. Ce noui de JSida se 
rap[)roclie heaucoup j)Ius de la prunoncialion vulgaire 
que le iSita du latin : c'esl la Nidc des Alloinands el la 
JSied des Wallons, enlre iVlelz el Forbad). II Taut se 
garder de la confondre avec la iNida, alllueiil de droile 
du Mein infchieur. 

Le bassiii sui\anl est celui de la Seine [Sigugna), 
noni qui rerlauie quelques explications. 

Cf noni, sous ses formes varices Seqiiaiia, Saucona 
dans I'anliquile, Sagarin, Sigima, Segona, etc., au 
moyen age, Seine, Senne, Sanne, Saone de nos jours) a 
tous les caracleres dun nom gtinerique Ires commun 



( 1>19 ) 

sur loule la surface de ranLioiine Gaiiio. Artiiillcloro, 
dans filienne de Bjzatice, nous parle d'une riviero 
Stxoavo? dans le pays de Marseille. Quand M. Amedee 
Thierry s'appuie sur le nom des Seqtiaiti pour en faire 
nn peuple ief(»ule du I)assin de la Seine dans celui de 
la Saone, il nous send)le argumenter sur une hypo- 
Ihese un pen hardie, car ies Sequani, qui occupaienl 
out, le Ijassin de la Sancona, |;ourraient Tort bien en 
avoir pris le noin. 

Les noms des affluents de la Seine ne sent pas luoins 
maltraites. Ce sonl : la Marne {Mnderiia, Maternn des 
clironicjues, Malniii<( <\c (.esar), I'Aube {.-///jis. 0'hi( 
du iiioyen age), I'Aisue ( hse.iui, Acseiia:'), M,i(>iii(d>t 
(lesar, .-/.iiuinits de Dion (lassius, JxiieiiiKi des itine- 
vaires), I'^unne uvecia \ille d'Auxerie, (^ue le liaven 
nale n'appelle pas ville, uiais i)ays [Egona... EtifuUo- 
riiiii, Antisiodnnuii dans la nolice de Tempire). 

La riviere appelee Icauna dans la Vie de sainl Ger- 
main devient, au moyen age, lauaa, d'ou s'est forme 
le iiom moderne. 

Quant a Cappis, ce iie pent elre que la Suippe [Su- 
pia), a moins que I'Anonynie n'ait pris pour une 
riviere le tres ancien bourg de Chappes [Cappce), qui 
avail un atelier nionelaire sous les Merovingiens avant 
d'etre une puissante seigneurie du conite de Cliaiupagne. 
Sumeiia se reconnall aisenjenl dans la Sonime, ap- 
pelee par Gr6goire de Tours Suniina et Soinena par 
Forlunal; plus tard, la contraction A/w/^rt prevalut. 
Du temps desRomains, elle devait s'appeler Samara, 
a en juger par le nom d'Amiens [Sainarobiwa, Ponl- 
sur-Somme). On s'accorde a I'identi/ier avecle fleuve 
Phrudis, de Pline, nora singulier pour lequel d'Anville 



( 220 ) 

a essav^ de cliercher un rapporl onoinaslique dans 
celiii de la pointedu Hoiinlel. Enlre Pbrudis el Hour- 
del, la relation est faible et le noui kii-m^nie est ties 
vague, car c'est un mot generique. Ln voyageur ou 
un general romain aura demandii a un Beige le noni 
de ce fleuve; I'indig^ne aura repondu : C'est la riviere 
ou le torrent [frwd], Le Romain aura inscrit sur ses ta- 
bleltescenom latinis^.conimeen GuyanelesEurop^ens 
out (l(uine a plusieurs fleuves le nom indigene d'Oya- 
pok, qui a la m&me signilicalion que le/nv(/cehique. 
Lege est la Lys, affluent de la Sea Idea [Scald is, 
Schaldis d'Ausone, Schalde des Flamands, notre Es- 
caut). Encore un nom probahlemenl generique qui se 
relrouve dans la Loire [l^ega de rAnonyme), le Loir 
[Ligericus], le Loirel [Ltgenc/us) . Dans les Carlulaircs 
etlcs cbroniques, la Lys s'appelle indiffereumient J.e- 
g/'a et Letia : le premier nom est plus conforme au fla- 
mand Leye; raais le second prevaut et donne naissance 
au pagus Leticus. 

Les deux nomsquisuivent celui de Scaldea lonl sup- 
poser une lacune dansle lexte de I'Anonyme, a moins 
de I'accuser d'avoir fait une confusion des plus gros- 
sieres, en citant comme des fleuves de la Gaule une villa 
et une contree, Cntalumis, Campania. 

Ce nom de Campania q%\. tresfrequemment employe 
par les auteurs des temps merovingiens, h commencer 
par Gr(^goire de Tours, qui nommc Troyes Campanice 
urbem dans son Histoire et dans son Livre des confes- 
seurs. Fred^gaire cite aussi Campaniatn terrilorii Cata- 
launinsis [sic] super Jliwium Jxsoma; ailleurs, Arciacen- 
sem Campaniam. lious pourrions encore citer Aimoin 
01 diverses legendesde saints; mais les extraits pr^ci- 



( 221 ) 

les nous semblent suffisanls pour d^montrer que ce 
nom, au temps cles Mdrovingiens, servait a designer 
tout ce qui se nommait encore la Champagne propre 
avant 1789. On divisait ce pays en Campania Mauria- 
censi's, CatalaunensiSy Reniensis, Arciacensis ; Campania 
lout court designait plus spt'clalement le pagusTrecen- 
sis (diocese de Troves). Les qualre autres ^taient les 
pagi de Chalons, de Reims, d'Arcis-sur-Aube et de 
Mauriacus, lieu fori douteux, cel^bre par la defaite 
d'AUila et qui nous parait designer le lerritoire voisin 
de ik/e'/^-sur-Seine, a raoins que ce ne soit la plaine de 
Maurupt, dans le voisinage du Barrois. 

Sous les Mero\ingiens, la Campania avail une assez 
haute importance pour former un duche que cilent Gre- 
goire de Tours, Fredegaire, elc. Un i^iv^que de Troyes 
a ete dux Catnpanensis. Ce n'estqu'a la f^odalite que 
la preponderance de Troyes s'^tant nettement dessi- 
nee dans les pays d'entre Seine et Meuse, les seigneurs 
souverains de la canipagne ou Champagne de Troyes 
et Chalons sont devenus cointes suzerains des terres 
limitrophes : Senonais, Remois, Brie, Perthois, etc. 

Chalons est, comme cite, postdrieure ases voisines : 
c'est un demembrement cic la civitas Remensis, qui 
aura eu lieu avant la fin du in*' siecle. Nous Irouvons 
la forme Catalanni dans la notice et celle de Catelauni 
(a laquelle on peut comparer les Catyeuchtani de la 
Grande-Brelagne) dans Ammien Marcellin. Los ma- 
nuscrits donnent des varianles nombrouses: Cadellani, 
Gatellauni, elc. L'ilineraire appelle la ville Durocate- 
launi, oil Tadjonction Duro (kimr. divr, eau) iudiquc la 
position sur les rives de la Marne. 

Quelques erudits beiges, notamraent M. Schayes, 



( 222 ) 

nnt voiilu voir dans la Campania du Ravcnnale laCaui- 
j)ine (III Brabant. Nous nousborncrons a fairc observer 
que I'anonyme cile la Campania en compagnio de Ca- 
talumis, ce qui laissc pen dc prise k rinccrlilude. Le 
premier documenl, qui concerne la Campine, est une 
donation <\o Popin a saint Trond ; cm ore n'est-elle 
counuo qup par un passajte d'un hagiographe, I'abbe 
Thf^odoric de Sainl-Trond, qui vivail a la fin du 
xi'sii'-cle: VUlam inpago C am pa nice situm nomine Ham... 
sub chartd et teste donai>it {f . S. Trudon., II, 10], 

Vicnt cnsuite la Bourgogne, qui fail I'objet du clia- 
pitre suivant. 

II. BURGUNDIA. 

« Pres de la Gaulc-Belgique Allobroiies {sic), sc 
Irouve la Bourgogne, qui est la Gaule scconde. Les g6o- 
graphes qui out jiarl^ de ce pays sont les Romains 
Castorius, Lolianus et Arbilio. Comme leurs rapports 
diflerent enlre eux, j'ai suivi surtoul Castorius. Dans 
cclte Bouigogne, sur le fleuve du Rhone, nous Irou- 
vons a citer Octodorus, Tarouas, Pennolocus, Bibis- 
con, Lausonna, Ejuestris, Genua, Condate.Tenusilay. 
Pres de Genua est Obelonon, puis viennent Dibiali- 
mon , Bidana, Matiscon, Lucdonon des Segusiens, 
Aquaj, Siculmageon, Ribision, Condate, Andoreton, 
Igurnon, qui confine a Arelate dans la province de 
Seplimanie. Viennent tnlin Catabolon , Breniton , 
Aximan, Daratalia, Obelonon, Publicanos, Manlala, 
Levinon, Laviscone, Auguslon, Birgusia, Bonna, Ficli- 
nis, Genua, Valentia, Vatiana, Acunon, Bonomago, 
Arosiono, Abinnione, Arascone. » 

XXVIi. « Ailleurs, niais loujours dans la Bour- 
gogne, se Irouvenl Alcacothin, Brincalione, Rama, 



( :^23 ) 
EhiucliiiH), Candurihagiis, Iclodiiiius, Ijiiplticiu, iiuc- 
combri, Calinoinagus, Foro, Aiiles, Gen)iii;i. Aillouis 
encore, vers Candiiribagus, vient Soiialione, puis 
Durodngo, Metrozelon, Canlomiza, Fines, Cmardne, 
Manrogena , llrdoniio, Luco, Bococilon, Auguslon. 
Puis (M)fin Gal)ilnna, Angiinon, Ugf^non, el siir la 
l)nl)a, neiivc do Bdiirgngne, Hir/iinlius, Mandio !a, 
Purlin. La Bourgogne est Iraveryec riar pliisieurs 
lleiives, i\ comtnencer j)nr le Rhone Limsoiiais, f[iii 
regoit la Diiba, la Sagana, I'lzera, I'Azab, el se rend 
dans la uier dcs Gaules. au-dessous d'Arolalon. » 

Celte longLie liste est de toutes celies de notrc au- 
li'ur la nioiiis Iccoude en jiroblinies gcograpirKjues. 
Castoriiis, ou plulolson prclendii conipilateuv, a siin- 
plement copie les ilineraires en les tl^figuranl coniiue 
d'liabilude. On pent en juger par le tr.vall de colla- 
tion que voiei : 

1° Route lV Octodiirns a Efaniia, ialerale au Rliune, 

OclotlDrns (i). Octodurus. Murligny. 

Taroiias. 'I^arnail;i3. Ulassongy. 

PeDiiolocus. I'eiiniiucus. I'enne. 

BiLiscoii, Vibiscus. Fevay. 

tjiiu^iiinia. Lacus Lausoiiius. Lausanne. 

Ef|iu'siii,s. Equestiis Colonia. Nyoii. 

Genua. Geneva. Geneve. 

(joiulale. (^aiirlale. Chateauforl. 

Tenusilay (stf). Elaiina. Eteiii. 

Ce dernier noni senible devoir etrededouble, coninie 
nous allons I'exjilifpier tout a I'lieure [Teiuus, llay). 

(l) Ua usee tie liste eoiinjaralive ct d.itis ccllts ([ui siiivront. >.au feel les 
des pages 23o et '.iSS), la i'*colonne contiont les nonis de I'Aiionyine, 
la 3' ceux des ilineraires, el la derniere les noms moderiies. 



( in ) 

Walckcnoer a nniis, nous no savons poui'quoi, cet 
ilinL'iaire, fourni par la Table qui donne 30 milles de 
Geneve a Cone/ate, et 20 de ce point a Etanna. La pre- 
miere de CCS distances, mesur^e sur la route actelle dc 
Geneve a Cliainhery, nous porle au confluent duFier 
et du Rhone, vers Chateaufort ; tout le niondo sait que 
Condate indique un confluenl. Trompe jiar une ana- 
logie do nom, Valois avait plac6 ce Condate a Chanaz 
[Chanates du rnoyen age), ou Ic Rhone recoil en efTet 
les eaux du lac de Bourgel; mais d'Anvillc a fait tr^s 
justement observer que les distances ne permettent pas 
cette assiuiilalion. Lul inotno met Etanna a Yenne, 
tout enconvenant que cette petite ville porlait au rnoyen 
Age un nom different [Yaium] ; mais cette difliculte 
n'exisle pas pour un gros village voisin, situe dans un 
pli du Rhone, au dessous d'Yenne, et donl le nom 
acluel {Etein] rap pelle bien mieux V Etanna de la Table 
et le Teniis du Ravennale. 

Quant au mot suivant, Si'lay ou I/ay (si Ton acceplc 
notre coui)ure), nous avouons franchemont ne savoir 
trop qu'en faire. Sans nous arreter au nom du village 
dc Silin, en face d'Etein, sur la rive gauche du Rhone, 
nous pouvons I'appliquer a Yenne, ou a quelque point 
voisin oil la route en question s'embranchait avec celle 
(jui suit, dans les environs deLanen {Latiscone, sui\anl 
^^'alckenaer). 

2" Route des Alpes a Tarascon par Vienne [Benna]. 

Catabolon. » (Uosceiitc des Alpt's). 

lireiiiton. Bergiutium. Centroii. 

Axinian. Axima. Aisme. 

Daratatia. Daraniasia. .Mouiifrs eii-Turetilaiso. 

Obeloiion. Obiloniia. La Batie. 



Conflans. 
Saint-Jean. 
Chambery. 
Lanneii. 
Aouste. 
Bourgoin. 
Vienne. 
Felines. 
Tain. 
Valence. 
Baix. 
Ancone. 
St-Paul-Tiois-Cliateaux . 
Orange. 
Avignon. 
Tarasoon. 



( 225 ) 

Publicanos. Ad Publicanos. 

Mantala. Mantala. 

Levinon. Leniincnni. 

Laviscone. Lavisto. 

Aiiguslon. Augusluni. 

Birgusia. Bergusium. 

Benna, Vienna. 

Ficlinis. Figlina. 

Genua. Tegna. 

Valentia. Valentin. . 

Valiana. Batiana. 

Acunon. Acunum. 

Bonomago. Naeomagus. 

Aiusione. Arausio. 
Abinnione. Avenico. 

Arascone. Tar.isco. 

Celte ligne offre maliere a quelques observations : 

Le mot Cataboloii, qui la commence, n'esl pas pro- 
prement un nom de lieu : c'est un mot purement 
grec, et qui indique la descente des Alpes entre Aoste 
el Mouliors, ou plufot entre les stations dJArebrigium 
(Giorgen du val d'Aoste) et de Bergintrum (Cenlron), 
au pied du petit Saint-Bernard. Astruc a done tort 
d'affirmer que Cntabolon ne signifie rien, et d'y subsli- 
tuer le texte de I'ilin^raire. 

Genua est une faute de copiste pour Tenua ou 
Tenna, faute expliqu(^e par la similitude des lettres ca- 
pilales G et T. Bonomagus est sans doute une erreur 
du meme genre pour Noviomagus, forme plus regu- 
liere que le Naeomagus des ilineraires. Ces derniers 
mentionnent plusieurs stations interm^diaires, comme 
Unibenniun (Cerisiers), Cyprenata (la Treille Reyn) et 
BelUntum (Barbantane) inconnucs k notre auleur. 

Les difficulles serieuses vonl commencer avec les 
Irois ilineraires qui suivent. 



( '220 ' 

3° Ligiic de Genes ;'i Avion par Dijon {Dihidlininii), 
Macon (H'Jaf/scnn), Lyon [Lucdonon], Sainl-Paulien 
(R/hi.sinn) ct Javonix {^tidrreto/i). 

Astriic ;i j)ris cette ennni^ralion pour iiiie dcscrip- 
lion « cic la roiile de Toulouse a Lyon » de la Table dc 
Peulingcr. Cclte erreurest si (^lranp;e, que nous eprou- 
vons le hesoin do ciler tcxluelleinpnt : 

« Tnlosn, d'ou commence la route des Tables, a cle 
changee en Genua p;ir I'auteui- on par los copisles. 
En admettant celte correclion, on lionvrra dans lo 
texle du geographc de Ravenne le noni Ao la ville de 
Toulouse, dont il serait assez siirprenant que eel 
auleur n'eut fail aucunc nionlion nolle [)arl. 

» C'osa, Fines, qui suivent dans les Tables de Peu- 
tinger, ont 6te cliangt^s en Obeloiion. 

> Le Diolindiun de Peulinger esl le Dibidlimoii de 
TAnonyme. 

» Le Biboiui de Peulinger, c'esl-a-dire Dh'onn, au- 
jourd'hui Cakors, esl le mome que le Bidana de I'Ano- 
nyme, que le P. Porcheron a regarde connne une villi; 
inconnue. 

5 Pour le yaradeto el le Caraatoinagus de Peulin- 
ger, on n'en Irouve aucun veslige dans i'Anonyme, a 
moinsque Ton ne prenne le mot de Mntiscon, qui lienl 
leur place, pour une tl^pravation des deux dernieres 
syllabes du niol Carantoinagus. 

o Jusque-la I'Anonyme asuivi I'ordre desTablesde 
Peulinger, niais ici il a commence de se brouiller, on 
prenant la route a rebours. Peul-dlre que lui ou ses 
copisles ont confondu le nom de Segodiinuin qui suit 
avec celui de Lugdununi, el que c'esl de la qu'est 
venue la bdivue... > 



227 ) 

La heviie apparlicnt toul enti6re au savanl clioio- 
s^raphe dii Languedoc, et il n'est pas hosoin d'unc 
longue demonstralion pour reduire a n^antcclte assi- 
milalion forc^e, qui ne repose (|ue sur uno vague res- 
seinbla nee de deux iioms sur douze. 

Essayons, a notro lour, de porter nn peu d(! luniiere 
dans cette confusion. 

Le point de depart est coiinu : c'''st Geneve, quo 
I'Anonyme appoUc Geniui, a I'exeniple des chroni- 
qtieursqui la nomnienl Jannvn ou Januba, et lui don- 
iient le meme nom qu'a Genes, qii'ils distinguenl par 
I'epilli^te de Maritinin. 

Dibialimon se rcconnalt aisement pour Dibin [Divio 
au moyen age), connu par deux inscriptions donl I'une 
cite les f'abri ferravii Dibioiienses. Ce n'^tail qu'un 
simple castritm, el nialgre sa splendeur au uioyen age, 
conime capitale de la Bourgogne, Dijon ne devint un 
eveclie que dans le dernier siecle. Ce castnim d^pen- 
dait de Langres, et une voie roniaine passait au pied, 
se rendant de Langres i\ Lyon ; les itineraires ne le 
uientionnent pas coinuie station, et peut-6lre n'en 
elail-ce pas une. Voila pour le Dibio; mais le nora 
bizarre cile par le Ravennate nous semble devoir eire 
d^double ainsi : Dibio, Alimnn. Ce dernier sera Olino, 
cile dans la Notice de I'empire [Milites Laiai'ienses, 
Olinone) comnie un lieu de la Sequanie, et qui pourrait 
elre a Olons, pres Clialonsur-Sa6ne(1), bien que Klie- 
iianus et les ^I'udits alleiuands !e placent pres de Bale, 
a Hole, oil il y a des antiquit^s. Ileieliard, qui se pro- 
noiice pour Hole, semble beaucoup mieux inspire 

(i) Walckenaer, II. 



( 228 ) 

quand il reconnait Obelonon dans Chalon-sur-Saone, 
Cabilloniim, egalenienl cite dans la Notice couime resi- 
dence du prefet de la flotlille de la Saone {Pnejectus 
clnssis Arariccv, Caballoduno). Celle forinc, qui semhle 
la plus r^guli^re, et donl i 'autre n'aura 6le que la con- 
traction, nous prdscntele radical gaulols dnnuin. Lesva- 
lidniGSSOin Cabillo,CnbilQ, CavUo, Cavallo, Cabe//o, eic. 

Dans Bidana, nous Irouvons uiie I'ornie alt^rde de 
Belmtm ou Bclna, Beaune, (|ui donuait son noni a un 
pagus de la cite d'Aulun, Belnensis pagus. Kemar- 
quons cependant que I'Anonynie, qui aime a changer 
le ^en B (Benna pour Vienna, etc.), aura pu alterer 
ici le noni de la station Vidubia de la Table (passage 
de la Vauge), et lire Bidubia ou Biduna. Mais connne 
Beaune exislait de son temps, el qu'il n'y a aucunc 
inq)robabilild dans la derivation de Bidana a Beaune, 
nous nous en tenons a noire premiere inlerpretalion. 

On anivail apres Bidana, a Matisciim, plus correc- 
\.Qi\\cni Matisco, connue a I'epoque de la Notice parsa 
fabrique de filches [Matisconensis sagittaria) . C'est 
d'abord un simple castrum qui devient une cite vers 
le vi* siecle ; des I'an 5J58, il y a un dv^che de Macon, 
de mSme que Cbalon a eu le sien clt;s 470 (1). On pent 
suivre loules les degradations de nom depuis le Ma- 
tisco de Cesar, le Matasccnce oppidiun de Gr6goire de 
Tours (2), le Madasco de Nilhard, et le Matisco du 
xui' siecle, jusqu'au vieux fraugais Mascon. 

Quanta Lucdonon, I'alleralioii du noni ne suilirail 
pas pour enipecher d'y reconnaitre Lyon, d'autanl plus 

(1) Gallia cliiist. IV, jn'. c. 221 (2* t'llitioii). 

(2) Hist.^ IX. — Nitliard, 1 IV. Les Anuales du I'ulile, anii, 88", 
disent Medascona . 



( 229 ) 
qirun mss. do ia Notice, dii x'sidcle, porte civitasLugdo- 
nensium. Ainsi, on recapitulant notre itin^raire depuis 
Geneve, nous avons successivement : Chalon-sm- 
Saone, Dijon, Olons (tiouleiix), Beaune, Macon, Lvon. 
Celte parlie de la rou»e, on le voit, n'offre pas grandes 
diflicult^s, et nous allons voir que la suite en presente 
encore moins. 

A paiiir de Lyon, la route se dirige vers le Velay, et 
la premiere station que nomme le Ravennate est 
Aquoi, \ AquoR Segeste des itineraires. Mais entre ces 
deux points, les moincs itineraires nominent une sta- 
tion un jiou controversee, Forum Segustat'arum. L'au- 
teur d'eludes fort remarquables sur le F^yonnais, 
M. A. Bernard, dans son Meinoire sur les ori^iues du 
Lyounais (1), avail d'abord distingud dans cetle contree 
deux jjeuples gaulois, \ei, Sebusiani de C^sar, au nord, 
\Q?,Segusi(n>i dePline, au midi. Mieux inspire plus tard, 
il a reconnu I'idenlite de ces deux noms, et prouve 
que celui de Segusiavi appartenait seul a la grande 
iribu qui occupail cette contree (2). D'apr6s liii, 
comine d'apr^s M. I'abbe Roux (3), la metropole de 
ce peuple etait Feurs, Forum Segusinvorum. Walcke- 
naer au conlraire, voyant dans deux lecons diffdrenles 
deux villes dislincles, essaie de prouver (lout en ne 
reconnaissant qu'un seul peuple dans le Lyonnais) 
que ce peuple avail un double Forum, le Forum Segu- 
sianorum a Feurs, le Forum Segustcn'cirum a Farnay. 

Ce qui a engage le savanl g^ograplie a distinguer 

(l) Memoires de la Socie'te cles antiqtiaiies ite France, t. XVlll. 
(a) Cartulaire de Savigny, t. I(liitiod.). 

(3\ Reclierches sur le Forum Segusiavoruin el I'origiiie gallo-ro- 
maine de la ville de Feurs (Lyon, i85i). 



( 2^0 ) 

rts deux \ill(S I'line de l';iii(re, c'esl la (lilliculli' 
d'adopler ;"i Fours les dislaiu cs indiquiios par la Table, 
eiilre \e Foni/n ot Lyon d'liiie part, Roanne de I'aulre. 
Nous couvonons (ju'il y a la iinc vraio iuipossihiliU', 
donl d'Anville sVst lir^ en corrigeanl les iioiiibres de la 
Table, el en intervertissaiil I'ordre dedcux slalions, cc 
qu'adnu'l Kataiisicli 1), et ce (]ui' combat Ires vhcmoiU 
Walckoiiaer, avec d'autaiil plus d'a\anlage que le lieu 
qu'il a propose (Farnay), repond assez bieu a loules 
les mesures de la Table peuling(^rienne. 

llest reconnudepuislouglemps (ju'uu grand uouibre 
d^chitlies lie ci'tic TaMi sunl isi ont't), gra<'f a (U's 
erreui.s d.' irancripliMd-- ; .1 hi uu lis .soul en desac- 
cord asec la geographie coniparef, il hsI ut'-s dt'dical 
de vouloir i.ori iger ft llc-ci pciui !a rt-ii !re i (tnloruie 
aux distances de la Table. Sans eulrer dans rexainen 
de la route de Cleruiout a Lyon, nous croyons <pie 
Feurs, (]ui est bien cerlaineujenl le Foru/n ile.s 
inscriptions, et qui se Irouve siu- la ligne iracee par 
Walckenaer entre Roanne et Meylieii, etail troj) iin- 
porlante pour elro omisc par la Tahb', coninic il le 
buppose. Farnay u'a j)as d'anliquiles. Feurs eu a de 
considerables. Quanl aux stations iiitermediaires entre 
Feurs et licvessio (Saint-Paulieii) nous avons, apres un 
calcul coniparatit'et tr^s soigneux des distances, ado|)te 
Its noiiis proposes par MM. Bernard el lloux, savoir : 

/Jei'essJO^S.I'auli(ii)uyti(/;iia^us(lIsioiiJ l4(2)jlJ 1/2 (3), 

Usson ..-/(/ua (Mijiiid, pres Moiitbriso:!^ 1^ la 

Moiiid Feurs C) ' 1^ 

(1) Tabula Peutingei'iaiia, I, iu8, tt |)ass. 

(a) Chit'fres des itineraiies. 

(3) Distances mesurees par nous. 



( -lU ) 

La cliir^reiice ilc 5 lieiies, onlro Usson et MviinJ, 
liciit ;'i ce quo nous avons inesure a vol d'oiseau, taiidis 
que les innombrables siiuiosiles de la route dans ci; 
massif de montagnes poilent la distance reelle a 
16 lieuos gauloiscs environ. 

L'Anonyuie ne parle [)as de Forum, et appelle Lyon 
Lticdimon seciidianoii. Ceci, au premier ahord, semble 
le resume du iexte de Pline : Secusiabbi liberi in quo- 
nun (igro colonia Lugdunuin (1); el Slrabon, « les 
Segusiai'i, dont la melropole est Lyon » (IV, 1). Mais 
['evidence de reinprunt tail par le Ravennate a la 
Table 11. ii}.'. j'iiii voir^ a[)res nn ccxiii fxameii. que 
Si^cnManoiiiin iir s'applique pas a Lvon, inai.s a Innun. 
linns par ii;noi"ance ou par madvertance, 

Les quatre stations qui suivent Aquw .soni presque 
lilleralement empruntees anx itineraires, et nous 
uienent a Andereton (Anterieux) dans le Gevamlan ; 
niais ai! lieu de continuer vers Toulouse, I'Anonynie 
revient par un crochet aux bordsdu Rhone, a Ugunion. 

Asliuc ne j)eut se rel'user a voir dans « Ugurnoii, 
qui confine a Aries, » Ugeinuin, aujourd'iiui Beau- 
caire. Mais il ajoule : « ilgenuun etail du temps de 
I'Anonyme dans la j)arlie de la Narbonnaise qu'il ap- 
peile Septiniauie, et non ilans celle qu'il nomme Boiir- 
gognc, qui est pourlanl celle qu'il d^cril ici. Ne pour- 
rait-on pas soupconner que ce geographe a lu dans 
Its Tables tie Pculinger, Ugunion au lieu de ad Sila- 
num dontil ne parle point, et qu'apres cttte rare decou- 
verle, il u ajoute de son chel' au mot Ugunion la 
rt^iflexion qui suit, qiuv con/inatur cum Arelaton. w 

(i) Hist, nat., IV, ia. 



( 232 ) 

La tlecouvcrle soialt rare en olTi'l ; inais le Ravon- 
nate, en fait d'enormiles, est trop riclie de son propro 
fonds pour qu'il soil necessaire de lui en prfeler de 
noiivelles. On pent supposer avec beaucoup plus de 
vraisfMnblance que noire auleur, qui nc voulail donncr 
dans cc paragraphe que des itineraires de la Bour- 
gogne, se sera aper^u que celui-cil'enlrainail en pleino 
Aquilaine, a Iravers les cites des Fellni'i et des Gaha- 
litani, ct qu'au lieu de continuer par ad Silanuin vers 
le Uouergue, il se sera decide a rentrer par Ligenuim 
dans la vallee du Klione. Nous verrons plus loin que 
la ville qu'il nomme Ugenon est, non pas Beaucaire, 
niais Saint-Gabriel, VEniaginiim de la Table. 

Nous avons done pour cetle route ainsi restituee : 



Genua. 

Obelonon. 

Dibialimon. 

Bidaiia. 

Maliscoii. 

Lucdonou. 

Secusianorum. 

Aqua^ 

Sicutmageon, 

Ribision. 

Coiidate. 

Anderelon. 

llgurnon. 



Geneva. 

Cabillonum. 

Divio-Olinon. 



Geneve. 

Chalon-sur-Saoiip, 

Dijon, Olons. 

Heaune. 

Macon. 

I^yori. 



Maiisco. 

Lugdunum. 
I'Grum Segusiavoruni. Feuri. 

Aquaj-Seyeste. Moind. 

Icidmagus. Usson. 

Revessio. S.-I*aulien. 

Condate. S.-Arcons. 

Anderituni. Anterieu.\. 

Ugernum. Beaucaire. 



W Route de Suze au Valgodemard [ijeniina\, par les 
Alpes oolliennes, Embrun et Gap. 



Alcacolbin. 
Brincalione. 
Rama. 
Ebruduno. 



Alpis Cottin. 

Rriganlio. 

Rama. 

Rbrodunum. 



Brianron, 
Rome. 
Embrun. 



( 23:i ) 



Cancluriba{j|U«. 


Calurigos, 


Choryes. 


Idodimus. 


rrtodurum. 


La Bi'ilic 


Bapinca>. 


Vapincum. 


Gap. 



Les cinq noms suivants pr^senlenl une dilFit ult6 qui 
serait insoluble, si une abreviation de la Table ne nous 
on donnait la clef. Enlre Aix et Frejus, et avant ce 
dernier point, la Table nous donne une station d'Jnteis, 
ou Walckenaer a vu V Jrgenleiis de ITtineraire, Dra- 
guignan sur la riviere Argens. Anteis elanl reconnu 
coinme identique avec Antes du Ravennate, la coin- 
paraison avec la Table nous donns deux autres nonis : 
Foro a Frejus, Boccombri a Foro P'oconii, (jue Walcke- 
naer ])lace a Canet, niais que nous croyons repondre 
ail Luf, tant a cause des mosures ilin^raires qu'en 
raison de I'antiquit^ de cetle petite ville. 

\\q?,\.p. Cdtinomamis, enlre Boccombri ei Antes, station 
qu'aucun autre document ne nous donne. Nous trou- 
vons sur la route acluelle du Luc a Draguignan, le 
bourg de Canet, et la situation de ce lieu, I'absence 
de mesiires et surlout la similitude de noms nous au- 
torisent a cette idtntification. C'est une lacuno, si 
faible qu'elle soit, comblee par le Ravennate dans les 
ilineraires ile la Gaule, Nous reslituons done ce Irnn- 
con (le route (place par erreur dans la Bourgogne) de 
la maniere qui suit : 

Boccombri. Foro Voconii. Le Luc. 

Catinomafjus. » Canet. 

AiiW's. Argenteus Draguignan. 

Foro. Foro D. .Fulii, Frejus. 

Quant a Gemina, Gemince ou Geraime des itine- 
raiies, ce nom nous ram^ne dans la vallee de I'lsere, 
sur la routi! de Gap a Grenoble. D'Anvillo le place k 

XII. OCTOBUF. KT NOVEMBRE. l\. 1(3 



( 234 ) 

Mens, Wolckenaer nu C.los, cinns lo \ algodemard ; la 
flislance entre ces deux lieiix ost insisnifianto, ot le 
lecteur pent choisir. 

5° Rotile de Briancon a Vieime, par (irenoble. 

(^Hiingatione). 

.Stiihatio. 
Durolinrmii. 
MpIIospJuiii. 
. Catorissum. 

Fines. 
Cularo. 
Morgiiinuiii. 
Turpcioeiicuiii. 



Sanatione. 

Durotinj'/i. 

ATeliozeloii. 

Cantouriza. 

Fines. 

Curaroiie. 

Mauropena. 

Urdoniio. 

fBeiina). 



Les Fontenils. 

Villnrs-d'Aieiic. 

Bi)nrj;-d'Oysans. 

Col-d'Oinon 

Vwille. 

Grenolde. 

Moirniis. 

Ornacieux. 



Nolle anleur pari, uondeBrianq;oii, mais de Chorges 
[Candurihagus), erreur grossiere qm; nous avons recti- 
fiee. Lo resle de I'llin6raire n'oflVe aucnne {liiFiculle; 
au lieu de nonimer Vienne, noire auleur passe brus- 
(juemenl a nn autre Iragment de ligne qui dovient 
meconnaissable sous sa pinuie ignorante, et que voici ; 

6" Kouli' (le Luc a Valence, par Die. 
Kucu. Liicus-Augusti. LuC. 

Bococilon. Uea-Voconlioruin. Die. 

Au(]|Usloi). Aujjiisla. .Vousle. 

(Valentin). 



7° Route de Cavaillon a Beaucaire. 



Galjdona. 
An{>niiuii. 
Ugouon. 



(^abellio. 
(jlanuui. 
Frnaginuiii. 



Cavaillon. 

Sainl-Reniy. 

Saint-Gabriel. 



Apres celle excursion dans I'ancienne province ro- 
niaine, I'Anonyme rcmonle au nord vers la vallee du 
Donbs ct cile.cettpfoisalenr place. BosanQon.Mandenre 



( 236 ) 

el Porthi (Port-sui-Saone), I'anlique Partus Abucini, 
et sous l(\s i\1(^rovingien,s 1p centre du Portisiim parens. 

Puis il decrit lo I assin du Piliono, aiujiiel il donne 
I't'ipith^te de Lau.sonensis, et iiomme Sfs ailldenls: \o. 
Doubs [IJiibis des Latins, Diibade rAnonyme), la Saone 
[Sagona), I'lsere (Izera, ancienne Isnrn), el I'Arve 
{Arab). On rernarquera que le Piavennale est le pre- 
mier geograpiie qui iionirne cetle polite riviere, qui 
n'a d'impoitance que pane quelle baigne Geneve en 
venanl s'y perdre dans le Rlione. Reicliard traduit 
Aral) par I 'Arc : inais d'abord I'Arc est une riviere de 
la Septimanie telle que I'entend I'Anonyme, et non 
de la Bourgogne ; puis il se jelte, non point dans lo 
Rhone, niais dans la mer par I'elang de Berre. 

Le nom barbare que le Ravennale donne a la Sa6n<' 
s'eloigne du nom classique (Saucona^. mais se rap- 
proche davanlage de celui des Charles [Tiliniaciis in 
pa go Oschnrense super fluuiuin Sagonnain) . Sagonnn (et 
nieme Segonna), est la toime usuelle au moyen age : 
Aimoin ecrit Saogouna el Saocnn/ia, qui torment la 
transition entrele nom moderne el la Sauconna d'Am- 
mien Marcellin. Quant au non d'Arar, j'y verrais vo- 
lontiers un nom primilil, mystique el sacre que Ion 
peut ramener directement aux radicaux sanserifs ar 
et i>nr. Walckenaer cite un tres ancien nom Bngu/us, 
dent la physionomie cellique est remarquablo, mais 
qui a le malheur de se Irouver dans le falras des tra- 
ditions plusou moins populairesconnu sous le nom de 
trule De fluviis , et attribu6 a Plutarque. 

On peut remarquer que I'Anonyme est plus fiddle 
aux donnees de la geographic ancienne qu'a celles de la 
g^ographie politique de son temps. Ainsi sa Burgundia 



( 236 ) 

no (l«i|)asse sur aiicun point la chalne fles Alpes. tandis 
quele royaume uierovingien de ce noni poss^dail dans 
la vall(^e Pailane les pays d'Aosle ct de Siize, que Gon- 
Iran s'ilail fait cdder par les Lombards a la suite des 
guerrcs d^saslreusos de ceux-ci en i'rovence. Ces deux 
valines etaienldes possessions inconlestees de Teuipirc 
tVank, la premiere surloul, car pendant tout le moven 
age on la voil comprise dans la province ecclt^siasti- 
(jue de Vienne : circonscription dont la langue a gard6 
la trace, puisqu'on y ])arle encore un patois francais 
et nullement piemontais. 

On parle egalemcnl cette langue dans le val de Suze, 
mais cela pent lenir a I't'tablissement des Vaudois, el 
nous n osons remonter pour Suze aussi haul que pour 
Aosle. Suze, d'ailleurs, ne relevail, an spirilutd, il'au- 
cune metropole transalpine. Dans le Ravennalo, iiou- 
seulement Suze est plac6 en Italie, mais Aosle est 
dans le m6me cas. Ce n'est pas sans doute chcz lui 
la consequence d'un plan logique, el Ton peul, sans 
lui faire tort, supposer qu'il connaissait fort mal Its 
vraies limites de la Bourgogne. 

III. Septimania. 

(( Entre la mer des Gaiiles et la Bourgogne , est la 
province de Seplimanie : elle a et(i decrite par les 
m&mes auleurs que la precedente , et ici encore j'ai 
choisi pour guide Castorius. Les villes sonl Ponvin;e, 
Scarpiana, Nicaja , Mclacondilia, Anlipolis, Orea, Foro 
Divi Julii, Foro Boconi , Teloni , Palavi , Carcariuni, 
Tegulitia, Aquis Sextis, Maxilia, Solarium, Calcaria, 
Advicesimum, Colonia Maritima , Fossis Marianis , 
Arelalon, Nemaus, Megalona, Agatlie, Beleroris, Nar- 



( 237 ) 

bone, Ruscilonc, Carcasona, Caucholiberi. Sur le lit- 
toral, pres fie Fossis Marianis, est la ville de Caluiu. 

)) On trouve encore Latara, Sestantione , Agae des 
Convfenes, Burrea, Abate, Riisino, Agai Calidae. Parmi 
les fleuves qui arrosenl la Septimanie , on conipte 
I'Orobs et I'Edas qui se perd dans la mer des Gaules. 
II y a aussi le lac de Narbonne, » 

Comme nous ne pourrions analyser peparement le 
pc^riple de la Mediterranee sans revenir sur cette des- 
cription de la Septimanie, et sans nous oxposer a des 
redites nombreuses, nous allons meltre a la suite la 
partift de ce periple qui regarde les Gaules, et nous 
discuterons a lafois les deux exlraits en les conlrolant 
I'un par I'autre : 

« Pomuna,Scapiana,Niciea, Micalo.CoIoniades Dicoei, 
Anlipolis, Orea, Foro Julii, Patavi, Carnarium, Tegu- 
litia, Aquis Sextis, Massilia, Solarianum, Calcaria, Ad- 
vicesitnuni.ColoniaMaritiina, Fossis Marianis, Nemaus, 
Megalona, Agala?, Galum, Latara, Sexlantione , Aqi.iaB 
Convenarum,Burea,Buget, Rusino, Bett'rris, Narbone, 
Co::)busla, Ruscinone, Aquai calidie, Pyreneuni, » 

On |.eut, en premier lieu, remarquer que le pe- 
riple n'est ici qu'une copie plus ou moins fiddle de la 
di'scr.ption de la Septimanie. Dans le dernier mor- 
ceaii, legeograpbe, apres avoir minulieusemenldecrit 
les cotes de la Mediterranee jusqu'a la t'ronliere d'Es- 
pugne, revient sur ses pas jusques au Lez, et conduit 
son enumeration au pied meme des Pyrenees. 

Dans leperipio, on distingue quelquo chose de sem- 
blable, a travers une ell'royable confusion dont nous 
ne pourrons soi tir qu'cn mettant en regard I'une de 
Tautrc les deux lisles en question. 11 nous sera d'au- 



( 238 ) 

tiiil plus liicile <le repiondre cusuilc ( liaque article 
I nil apiiis I'aulre. 



(Svptimaiiia). 


(I'eiiplus). 






Nic*H. 


Nitaea. 


Nice. 




Melyconilitia (Mela 


. Micalo. 


Val Magiian , 




Cm. Diti;i?J 


j Colonia Dicaeorum. 


La C.ille. 




Antipolis 


Antipolis. 


.Antilles. 




Oiea. 


Orea. 


Auribeau. 




Fori) Divi Jiilii. 


Foro .lulii. 


Frejus. 




Foio Bocoiii. 


H 


Le Luc. 




Teloiii. 


n 


Toulon. 




Patavi. 


Patavi. 


Vins. 




Caicariuiii. 


Carnariuiii 


Saint-Maximin 




Teyulilia. 


Tejjulilij. 


Tietz. 




A(|uis Scxtis. 


AfjuisSexiis. 


Aix. 




Maxilia. 


Massilia. 


iVIarseille. 




.Sulatiutii. 


Sulai'ianum. 


Saleine. 




CalcMiia. 


Calrari.i. 


Saint-Vicrorel. 




Advi);esimum (Ad V 


ICt- 






siinuni). 


Vicesimum. 


Taland. 




Colonia Maritiina. 


Colonia Marititna, 


Vieux-Rhone. 




Fossis Marianis. 


Fossis Mari^inis. 


Foz. 




Arelalon. 


» 


Aries. 




_Nemaus 


JNeniaus. 


Nimes. 




MejjalcMii. 


Megaloiia. 


.Ma{;up|i)iie. 




Ajjatlic. 


Agata". 


Agde. 




I'lli Turi-i 


Beiertis. 


Be/.ifirs. 




Naibiiiic. 


Narbom;. 


Narbonne. 




Ru.'ciloiic. 


Hiisi inone. 


(J. Huussillon. 




Caicasuiia 


II 


Carcassonne. 




Cauc'holiljeri. 


M 


(Jolliour«-. 




Caliirn. 


Calntn. 


Carry. 




Lalaia. 


Latara. 


(Sur le Lei). 




Seslaiitioiif. 


Sexlantioiii- 


(°.)st< Im.-iu. 




Agae Goiiveiiai uiM. 


Acjua' (ji)iivcii.ii Mill. Hagneres-de-Bij 


orre 


^iirrca. 


Bui tea , 


La Bene, 





( 23y ) 

Abaic. fitiyet. Bayes. 

Hubiiiii. KiisiiK). C Rous^ilioi!. 

AffaeCiliitfT. Aqiup Calid:!- Le Bouloii. 

II (loiiibusla. au S. ilc Sal(x>). 

Nous avotis neglige a dcssein les deux stations (|ui 
precedent Nice et qui a|>purtienncnl ;'i I'ltalie. C'esl 
vrain)enl a Nice que iloit comniencer la Scpfiuumia , 
qui represrnte, dans le Ravenuale , tout le pDurlour 
gaulois de ia Medile^rantW^ entre la iner, les Pjrenees. 
les C^vennes, la Duranct: el lis Alpes luaritiuies. En 
il'aulres ternies, c'esl lout le lerritoire resle aux Gotlis 
apres la mort d'Alarik II. La pattie occideidale (Nar- 
boiniaise), leur denieura jusqu'au viii'' sieele ; la pai- 
lieorienlale, conserv^e par Tlieodorik le Grand, ecluit 
aux Merovingiens, quand la dotnination des Oslroi^oths 
disparut de I'ltalie. 

La Septimanie proprement dite etait hien nioins 
etendue : elle coniprenait la plus grande partie de 
ce qui forn)a |)lus tard le conite de Toulouse ou 
Languedoc, savoir : les sept dioceses sidTragants de 
Narbonne, Beziers, Carcassonne, Elne, Lodeve, Agde, 
Maguelone, Nimcs. Ce nond)re sept a dii donner nais- 
sance au noui de Septimnnia. Valois, qui e.sl le pre- 
mier, a noire connaissance, a avoir elabli ce rapport, 
est nioins heureux quand il veul prouver que Ic pays 
portaitce nom avant labalaille de Voclade, qu'il I avail 
emprunle aux sept cites ressorlant de Narbonne, el 
que quand les Wisigolhs jierdirent Toulouse el Uzes, 
ils reiiq)lacercnl ces deux sieges par Elne el Carcas- 
sonne,//^^ suum Septiiiiania'! nomen non conveniret. II est 
dilTuile de penser (jue les rois wisigolhs aient aiusi 
remanie inie grande province pour la satislaclion asse/, 



( no ) 

puerile do hii conserver j-on iiom, im |)our sc c<iu 
Boler tl'iine perle lerrilorialo par dos demarcations qui 
ne pouviiieiil masquer telle perle. 

Sous lo roi \\ ainha , le pays poi le le nom de Gallia 
Gulhica, taii'.lis qucGregoire de Tours parli' de la Septi- 
ni anie comiwe voisine des Gaules (il entend par Gallia 
la Gaule nierovingienne specialeinenl). Lo noni de 
GotJiia, qui prevaut au viii" siecle, se maintienl jus- 
qu'au xu", d'aulant plus ais^ineiit que la |)npulalion 
golhique y elail reslee dominanle sous Ics carolin- 
giens, comme le prouvent tous les documeuls decelle 
epoque. Papire Massoii a meuie cru que le iiom de 
Languednc veuail de Land^othen , lerre des Gollis , 
^tyniologie que nous no nous arrelons menie pus a 
rel'uter. 

Le nom de Pnn'iucia, applique par les Latins a la 
Narboniiaise enliere jusqu'a la Garonne , revient au 
moyen age coninie synonynie de coint^ de Toulouse. 
Un historien des croisades appelle le conite Raymond 
Raimuiidiis Comes de terra S, /Egidii quce dicitiir Pro- 
vincia... Et ailleurs: ex Provincia, de coniitatu Rai- 
rnundi (1). Quelquesauteursappellent ow^'ixPnn'incLales 
les Languedocicns, aux croisades el ailleurs. Mais ce 
nom ne s'applique d'une maniere constante qu'a I'an- 
cienne Viennoise , et des le coramencemenl dii vi" 
siecle nous voyons Cassiodore I'employer dans ce sens 
enparlantde Tadjonction de la Provence au royaume 
dTlalie, i\ la favour des guerres des Franks et des 
Burgundes: « Acqui.sii>it...alii.s contendentibus... Provin- 
ciarn (2). » Sous Theodorik, la conlree s'appela Provin- 

(i) Alberius Aqnensis, I. II, VF, X. 
[i) (lassioil., I vai VII, e|i lo. 



( m ) 

cin Jrelatensia, du iiom de sa metropole : mais toinbee 
apres lui au pouvoir des Franks, die fut sclndee en 
deux, la Provincia MassiUensis, qui echut au loi d'Aus- 
Irasie, et la Provincia Arelatensis, qui fit partie de la 
Bourgogne. Ce ilernior royaume finit par s'annexer 
le tout. Par un souvenir do I'aneien nom classique , 
Eginhard I'appelle une fois Provincia Narbonensis. Lo 
nom (le Provincia a depuis ce temps pi-evalu seul 
avec sa forme Irancaise Provence, mais on voit qu'il 
etail inconnu au Ravennale, qui appelle Sepfiinania 
toute I'anlique Naibonnaise. 

Passons main tenant a la lisle des villes : 
Le mot de Melaconditia, qui suit Nice, est explique 
el reclifie par le Periple, qui le dedouble ainsi : Mela 
(Micalo) Con. (Colonia) Dicia [Dicceorum) . Aucun auteur 
ancien ne mentionne ce lieu de Mela ou Micalo, qui 
a une plijsionomie semitique (Magal) et ferait croire 
a une vieille colonie ph^nicienne, comme ce littoral 
en compla quelques-unes (Am. Thierry, I). II peut 6lre 
cherche sur un point quelconque de la cole entre 
Nice et le Var, a I'entrf^e de la vallee de Magnan, par 
exemple, I'aiguade la plus imporlante de ces parages. 
Notre auteur donne le litre de Colonia a la ville des 
Dica'i ou plutol des Deceates, Ires petite tribu connue 
sindement poor avoir ete, par ses diflerends avec la 
colonie grecque d'Antipolis, I'occasion de la premiere 
invasion des Romains dans la Transalpine. La cite 
des Deceates [Decielnni oppid.) , citee par Pomponius 
Mela, est ])lacee par quelques-uns a Villeneuve , oil 
i'on voit des ruines considerables, par Walckenaer a 
Saint-Paul-de-Vence. Enlreces deux bourgsestcelui de 
la Colle, qui par son nom comrae par sa proximite 



( -m ) 

dcs ruinus iudiquees, nous seinble repoiidre le luieiix 
a Colonia Dicceorum. AntipoUs, Forn Jnlii, Telotii, sf 
reconn;iissent aisement , ainsi qu'Oren {Hone a Ac la 
Table), qu'on place a Auribeau. 

De Frejus nous nous dirigeons par I'lMterieui- vers 
Aix et Nar!)onno ; dans les deux listes que nf)us coui- 
pulsons, raul(!ur ne tail que compiler les ilin^rairt.s 
lerrestres, ui^nie dans le P^^riplc, qui n'ost guerc \\\\ 
p^riple (ju'a partir de Lntnra. Nous r(^lrouvons ici li- 
Foro Boconi (Forum Voconii que nous avons place plus 
haul au Luc, et que suit Pitt(i\>i, Mdtoi'nnium de la Table. 
Vins). Apres co point, in Table nousdonne Tiirres, quo 
Walckenaer place a Tourves, sur la route du Luc a 
Aix par Trclz. Mais cetle route de Trelz n'est pas la 
seule a se diriger sur Aix : une autre, piu^ au uoni, 
|)asse par Sainl-Maxiniin |)r^s duquei est un lieu de 
Cniujuieres, et qui nous serable le Carcariiir/i ou Car- 
nariurn de rAnonyme. 

TeguUtia est Tegulata (Trcl/. ; .^(iiiis Sextix el Maxi- 
lui sonl conn us. De Miissilia, nous tendons vers Foz 
(Fossis Marianis) par Ca/cari/i, oil Walckenaer \oit 
Saint-Vicloret sur la Cadidre (et non la Cardi^re). Sur 
cetle route, le Ravrnnate est le premier a nous laiie 
connallre deux nouvelles stations : Solnrianwn et Fice- 
siinum. 

Le cliemin ordinaire de Marseille a Saint-Viclorelcst 
iagrandi' route d'Aix jusqu'asnii point de jonction avcc 
la route de Martigues. Maisil y a un cbeniin l)eaucoup 
plus direct, dont une portion seule serl aujouid'biii 
de grande roule ; c'est celle qui nifene de Saint- Victorel 
au liameau de llobuly. oii elle debouche sur la roule 
dc Martigues a Aix. A parlir de llobuly, ii n'y a qu'un 



( UA ) 

chemiii rural qui franchit les luontagnes de Salenie, 
au-dessus du chateau de ce nom, descend la petite 
valine de la Nerthe jusqu'a la mer, et longe le rivage 
en passant par le bourg de S6on, pour arriver a Mar- 
seille par la route d'Aix. 

Y a-t-il sur ce parcours ({uelque trace de voie ro- 
maine? Nous le pensons, et c'esl une recherche que 
nous reoonmiaudons aux erudits marseillais. En tout 
cas, la position et le nom de Salenie, cite phis haul, 
nous conviennenl partaitenient pour le Solarianum du 
Ravennate. 

Reste VicesinuuH, qui indique un inilliare distant de 
vingl milles d'une des deux giandes cites voisines, 
Aix ou Marseille. En outre, c'est entre Saint- Victoret 
el Foz (pi'il fautchercher ce point. II ne peut convenir 
a la route de Marseille, mais il s'adapte parlailenient 
a celle d'Aix, et nous conduil aii haineau de Taland, 
entre Chateauneuf-de-Marligues et I'elang de Berre. 

Des onze noms qui suivent, un seul [Megalona) ne 
se trouve pas dans les itineraires. On remarquera pour 
une de ces villes, Buscino, une alteration [RnscUone)(im 
semhle le point de depart de la forme qui a pr^valu 
dans le mot Hoiissillon. l-es autres noms sont moins 
alteres que d'hahitude, mfeme celui de Beziers, beteroris. 
L'Anonynie est le jjremier geographe qui lasse men- 
tion de Maguelone, bien connue au moyen age, mais 
ignor^e avant i'an 589, oii son eveejue Boelius se fit re- 
presonter au concile de Tolede. La Guthle, en clfel, 
ressortait du royaume wisigolli d'Espagne. Moins 
d'un siecie apres, les dues de Gothie, Paulus et Hilde- 
rik, insurg^s contre Waiuha, s'y t'oi liiierent, et ce 
prince illuslre tut oblige de I'assieger par mer et par 



( Wi ) 

lerre. Sa position, assez anali»giie a colic de Cellc, 
mais uioins elevee loul(!l'ois, en I'aisail un des porls les 
plus iniportanls de la Seplinianio. Co n'est plus qu'une 
belle ruino, enlre la iner el I'etang de Tliau, 

La seconcfe parlie de la lisle, (Mitre le Lez ei Ics Pj- 
r<^nees, offre quelques incertitudes, f.afara, cilee par 
Pomponius Mela avec le tilrc de ch'itas, el que la simi- 
litude de nom a lait placer an vilhii;o de Lalles, ne 
pouvaitelre en cet endroit, alleiidu (tdnime le Tail tr^s 
l)ien observer Astruc) (1) , que Lalles est au levant du Lez 
el (juc I.atain 6lait au coucliant. Lalles est d'ailleurs 
relativenient moderne, car it a ete fonde en 1139 par 
le seigneur de Montpellier, qui en fit on Wh'i, une 
lorleresse appelee Caslrntn de Latis ou de palude. Ce 
n'elail, en ellet, qu'un vasle marais, ou un baron 
du xii' siecle pouvail elever une gran<^e ou un lort, 
mais Ires detavorable a I'elablissemeul dune cite : 
d'ailleurs, la voie romaiue ne passail pas a Lalles, 
mais plus liaut, pr^s de I'endroil appele au moyen age 
le HavreSainl-Deiiis, et ou s'eleva plus lard la cita- 
dclle de Monlpellier. C'est sur ce point (ju'Astruc a 
place Latarti ou Latera. 

A hi suite de Sextnntione el d'Jga' Cniwenaruin (on 
voit que I'ordre des lieux n'embarrasse gu^re leRaven- 
nalc) , nous trouvons deux noms inconnus, Burrea el 
Ihiaet ou Abate. Bitrrca doit elre sur les bords do la 
Berrc, a son d(^bouch6 dans IV'lang do Sigoan , lieu 
colebro par une victoir(! de Charles Marlel sur los 
Arabcs, in loco rjin vocafiir Hirra, VII oh tube Narbona 
w////rt/7o(Ann. Mellens, ann.737|. L'histoire desevfiques 



(i) Asiruc, I, J^ el suiv. 



( 2/|5 ) 

(i'Auxerre apj)i'llc ce lieu Herra. lUiget, (jue nous li- 
sions \)\y\\blBn^et, est Ha;i;es, hourg sans iinporlaiicr, 
uiais ([ui (lonne son noni au grand etang; dont nuu^ 
parlons plus loin, en expliquant le lacns Narbonensis. 
Rusiiio est un double emploi. Combnsta est Rivesaltes, 
selon iVlarca, Walckenaei- le place a 6 kilometres au 
sud de Salces. 

Aslruc, selon sacouluuie, houlevorse toute cetle par- 
tie de la lisle i)our la coucher sur le lit de Procrusle 
des itineiaiies. 11 reniplace arbitraireinent Bnrreci, 
Jbate, Riisi/iu par Araurnm swe Cesseroneiii (Saint-Ti- 
l)6ry) el Aqua' Calida' par ad Centuriones, parce que, 
selon lui, il n'y a |)as d'eaux Ihennales entre la toui' 
de Roussillon el les Pyrenees. Astruc eut raieux t'aitde 
dire ([u'il n'en connaissait pas, car aujourd'liui la sla- 
tistiquc regionale, plus avancee que de sun temps, 
nous montre qnalre-vin^ls souices de ce genie dans le 
(leparteaient des Pyrenees-Orientales, et de Perpignan 
aBellegarde le commentateur n'aqu'a choisir. Sur le 
parcours de i'ancienne voie, qui est a peu presla route 
inoderne, nous avons une source tlieimule a i'iinpor- 
tant village du Boulou, ou Ton a loconnu la station 
antique et If noni allere de Stabnlum. La station pou- 
vait elie a la lois un elablissenienl de bains el ce que 
Ton appellerait aujourd'hui un depot de remonte, et 
nous n'hesitons [las a y voir les lutiuv chandes du Ra- 
vcnnate. Aslruc suppose, loujours gratuitement, qu'il 
faut lire ad Centuriones, station que les distances re- 
portent en plcine montagne et ([ui n'a pas du tout 
d'eaux therniales. II a 6te niieux inspird en chercbanl 
«la cit6 de Caluin, voisine de Foz)), dans le port Carry, 
el en substituant a Colum la correction Carum. Sans 



( 2A6 ) 
vdir la n^cesslle de ce changement, nous nons cinpres- 
sons cle nous rallier n coUp inleipietalion. Le port fli* 
Carry, leqiipl lire son nom tin lioiir^ dii ni6me nom, 
qui enrouronne le fond, esl 6lroil, mais lion ponr le 
rabolage, avpc h metres fl'eau ;'i iiiaree basse : il ne 
laut pas le conl'ondre avec le port de Carro, qui en esl 
peu 6loigne. C'esi V/natrns de litin^raire mnrilime : 
peul-6trp le Ravennalo, Irouvant le mot Inainiin on ///- 
cnlum dans nn roulier maiitime, aura pris la svllabe 
iniliale ponr !a preposition in. tl aura i i u faire actodi' 
critique en eslropiant ce nom. Du rosle, le nom mo- 
dernepron\e assez que la langne populair<' n'a pas ^t^ 
plus jtidicienspqne lui. 

Les deux rivieres citee^- par TAnnnyme, faciles a 
reconnallre dans I'Orl) et I'Aude, sont VOrobis el 
VAta.t des anciens. Dans la contraction du premier 
nom, dans le changenieni dn t en d ponr le second, 
on Irons p nn acheminejnenl veis la forme actuelle. 
i^w&ni ^\i I acus I\nrbnnensis,ce^\ le /?H^r(?^M^ d'Avienus, 
r^lanii do Bages on Gruissan, ou vient deboucher le 
bras de I'Aude qui passe a Narbonne, et qui parait 
avoir et^ dans I'anliquilr le bras princi|)al. Ce nom 
de lac de Narljonne se lit dans Strabon, et Ions les 
g^osrafibos y reconnaissent comine nons I'elang de 
Gruissan, la senle lagune remarquablp rpii avoisine 
celte ville. 

De la Septimanie, I'Anonyme passe en Italie j)our 
revenir, apresun long circuit, lout au fond des Gaules, 
il la Brelagne armoricaine. 

IV. Brita>nia. 
«. Sur rOr«ian occidental, pr^s de la Ganle sus- 



( m ) 

decrile, se place laconlree (|ue ron nomme Bretagne- 
oux-Maiais. Ce n'est pas i'iie cle Brelagne, qui lail 
j.;iitie de la vastc Europe. Slit ce pays, j'ai coDipulse 
Hanaride v.t Eldebald, el principaleinent celui-ci. 
CeUe Brelagne a plusieiirs villes dont voici quelques- 
uiies, (^hris, Vcnetis, et plusiotirs lleiives, coinme le 
Sigugna-i>oo, (jui se j(;Ue dans I'Oc^an. » 

Avanl los Garoiingiens, la Bretagne etait fort mal 
connue, comiiie on peut le voir par les fables de Pro- 
cope elineme les exageralionsdes clironiqueurs franks. 
C'etait line peninside ouverte, ou des emigres de Tile 
de Bretagne, chasses par les Pictes et les Anglo- 
Saxons, etai(>nt venus par bans nombreux durant les 
\* ei vi'siecles, fonder plusieurs ])etils Elals caiques sur 
li; inodele ties royaunies cauhriens et tout aussi anar- 
cliiques. Les anciennes cites des Uxistnii, Cuiiosoliles, 
Veneti, avaienl disparu devanl de nouveiles circon- 
scriptions a noms barbares, Cornubia, Domnonaea, 
Waiochia, Pontrecoet. 

I)u lenips lie Childeberl, la colonisation brelonne 
. alteignait an nord le pays de Dol, liniite actuelle de la 
province; mais au sud, elle ne depassait pas Vannes, 
comine nous le dirons tout a I'heure. Ln petit chef 
brelon, nomnie Uiothinie, avail d6s Z|70 forme snr la 
Loire un etablissement qui disparut devaut les Wisi- 
golhs. Afues Clovis qui, par I'incorporalion a son ena- 
pire des cilesarmorikes dont Rennes el Nantes faisaient 
partie, cerna le pelit Etat breton par toutes ses fron- 
lieres, les Franks penetrerent plusieurs fois en Bre- 
tagne, pour intervenir dans les discussions civiles de 
ces belliqiieux voisins. 

Leur route habiluelle etail le pays nantais, dont la 



( 248 ) 

partie occideiitale conlient pai- exception de vasl^s 
niarais, ceux du Briv^ pl de la Briere, sans compter 
ceux (]ue forment la \ lllaino et I'Ourl a leurconfluenl, 
et sur din'«^ronls points au-dessus. On pout s'expliqucr 
ainsi, dans le Ravennate, le noin do Britannia in pnhi- 
dibus, assez Strange pour tine contr^ie tr^s ondulousf, 
qui a peu de plaines el encore nioins de marals. Mais 
les Franks , par lesquels sculs I'Anonynie pouvail 
connaitre la Bretagno, devaient la juger par les seulos 
parlies qu'ils eussent parcouruos. 

Dans ie^e//e//^ de I'Anonyuie, on reconnall aisement 
Vannes, I'ancien Feneti, qui no fit partie des Ktats 
bretons que pendant un siecle el demi a peu pr^s. de 
Gontran a Pepin. C'etait, memo sous les Merovingiens, 
une ville gallo-romaine au centre d'un j^ays en litij;,e, 
ravage plutot que possede par los deux nations belli- 
gerantes.Entre Vannes etia Villaine, los Bretons elaient 
censes possesseurs du pays, inais plutot coniinc niaitres 
que comrae population doniinante ; in^nic sous les 
Carolingieiis, ils elaient regartles conimc des inlrus el 
des enneniis par les indigenes. Ln trail de mceurs fera 
l)ien connaitre cette position. Vers 850, deux guerricrs 
hrelonsqui allaient rejoindre I'arm^e de leur roi, s'ar- 
veteront au bourg de Poliac, pros Rochefort. Ln parti 
I'rank lit irruption dans le bourg, et comme les deux 
Bretons s'6taient caches a la hale, un bomme du peuple 
dil aux Franks : « Vous cbercbc/ les Bretons? ils sont 
caches dans une meule de paille. » Les Franks proli- 
lentdel'avis, leslirenlde leur relraite et les egorgent (1|. 
Eruiold Nigel dil aussi de Vannes, qu'il appelle 

(il Carl. Hoton. 



( 2A9 ) 

Feneda (1) : « Scepius infestans Brittonum hanc titrba 
nocentum visitat... » 

Les choses n'etaient gu^re difl^rentes sous les M^ro- 
vingiens. Du temps de Clovis, nous voyons a Vannes 
un certain Eusebius que la Vie de saint Melaine qua- 
liGe de rej; f^enetensis. Son nom, ceux de sa fille Aspasia 
et de sa residence [Priinoci/Zn, a Cambliciacus ou Goin- 
blessac) indiquent clairement un chef gallo-romain, 
et le litre de rex signifie hion nioins un roi qu'un ma- 
gistral de la cite investi d'une sorte de diclature au 
milieu de I'anarchie el des dangers de toute sorte qui 
assiegeaient alors les derni^res cit^s armorikes (2). 
Duranl le si^cle suivant, les Bretons et les Franks se 
partagent le Vannetais : les derniers poss6dent la ville 
et le territoire oriental sous le litre d'Jger Venetensis; 
les Bretons colonisent I'ouest ou ils fondent un coini- 
talus qui prend le nom de Broiverech, terre deWerech, 
Guerecli ou Waroch, en latin JVarochia. Guerard, dans 
son Essai surles/?<7^/de la Gauie, a plac^ a tort ce pays 
dans le coml6 nantais, par suite d'une confusion qu'il 
a faite entre Artlion, pr^s Pornic, et Arzon, au sud de 
Vannes. 

II y a eu deux comt6s de ce nom de Waroch. Le pre- 
mier est pcu connu, le second joue un grand role dans 
Gregoire de Tours. En 578, il envahit le territoire 
frank, et battit les contingents ennemis a Messac, sur 
laVillaine; puis il sc reconcilia avoc Ic roi, el obtinl 
par un trailo le gouvernemenl de la ville de Yannes, k 

(i) HI, V. 253. 

(2) Blographie bretonne., I, v° Eusebius. 

XII. OCTOBRR ET NOVBMBRE, 5, %7 



( 250 ) 

charge de se rec onnaltre , pour celle ville, agent et 
tributaiie du roi Childeric, Puis I'armee royale ^loi- 
gn6e, il nublia le Irail^ et recomnien^a a divaster tlia- 
que annee les pays de Rennes it de Nantes (1). 

Ces allaques exasper^rent, en 530, le roiGonlran, qtll 
charpea les duos Beppolen et Ebrachaire de reunir leS 
contingents voisins du limes Britannicus pour chfttier 
Waroch. Beppolen aniva le premier aux marais dont 
nous jiarlons, il s'y engagea braveraent, jeta un pent 
sur la Villaine, gogna les rives de I'ouest, brtlla qnel- 
ques villages, et finit par Irouver I'ennemi. Ln prfetre, 
qui lui servail de guide, I'egara dans les marais : il 
atlarjua cependanl, fat lue apr^s Irois jours ile combat, 
et son armee fut d^truite. Son collogue Ebrachaire, 
qui I'avait laisse accabler par jalousie, marcha avec son 
armee intacle sur Vannes, dont le clerge et la popu- 
lation lui lirent un accueil emprosse. L'ev6que lui 
adressa ces paroles significatives : « Nous ne refusotis 
pas au roi le tribut que nous lui devons, mais noUS 
geniissons sous la dure tyrannic des Bretons. » Cette 
armee, au retour, fut altaqu^e et perdit beaucoup de 
monde a I'embouchure de la Villaine : le reste, en 
repassant atraversl'Anjou, fut assonim^ paries paysans 
exasp^res a force de mauvais traitements.On comprend 
que cetle campagne ait laisse des souvenirs funebr6s 
dans I'lmagination des Franks, et qu'ils aienl grossi 
I'importance des marais brelons, les memes ou p(irit, 
en 845, I'armee de Charles le Chauve, ecrasee par les 
Bretons a la bataiile de Ballon. Cependanl une autre 



(i) Greg. Tur., V, 17. 



( 251 ) 

felrconstance pent nous servir ici. En 70S (1), uii 
brage subit bdlaya dei lerrcs basses qui s'etendaient 
"entre Ici Hdhcii et le Couesiion, la ou coiilait le Guyoul 
\Portus tfiniuu, ad ostium Gnbioli fluniinis) ; la nier 
hbya les campagnos et les fourres cle Dol el du uiont 
Saint-Michel, ot couvrit cette vasle plaine dont elle fit 
iih hiarais, augtnenle plus tard par de nouvelles cala- 
Stlophes, 

*' Revenons a Vannes, qui, nous Tavons dit, ne fui 
kux Bretons qlie pertdant 150 ans environ. En 753, 
Pepin le iGur enieve : Fanedis castrum conquiswit. t.e d 
Ud Veaedis est assez conlornie a la prononciation des 
indigenes, Gsvened. Sous les premiers Carolingiens, 
c'^lait pour oux une place frontiere d'oi Us entraient 
eh Bretagne, disent formellenient les clnoniqueurs. 
II est done probable que les renseignements dont s'est 
sfervi I'Anonyme remonlent a I'epoque oil Vdtlnes 
etait aux Bretons, c'est-a-dire au vu° siecle ou au com- 
iriencyiUent du vni'. 

En somine, Kenetis ne nous oO're aucQne difTiculte. 
Pttilr Chris, c'est une autre alFaire. 

Ori connait les legcndcs, iiniverselleuient rt^pandues 
eri basse Bretagne, sur I'exislence d'une ville du Rer-is 
(ville d'ls) au temps tlu mi Grallon, v* siecle de nolrfe 
6re. On peut consulter la-dessus Cambry, de Kerda- 
net (2j, et surtout les notes et eclaircisseinents dont 
M. de la Yillemarque a accompagne son chant popu- 



(l) Voir, dans les Memoires de la SocietJ cle': antiijuaires de France, 
une tres curieuse discussion sur cet t'-veneinent entre M. Bizeul (ile 
Blaiii), (jui le rejelte, et M. Allri^d .NLiury, qui I'atlniet. 

(a) Fi'ss des •>?. de Bretagne., il'Alhfil le (iranil, ed. Kerdanef. 



( 252 ) 

laire sur la ville d'h (1). Bien que cliaque locality du 
litloral breton , et principalemcnl Saint-Michel en 
gr^ve, Lannion, Saint-Pol-de-L6on , Bresl, revendi- 
quent I'honneur d'avoir el6 illustres parrempiaceinent 
de celte inyslericuse capitale, il est reconnu que les 
probaliilil^s les plus nombreuses sont pour la baie de 
Douarnenez, sur un point ind^termine de la cote m6- 
ridionale. EUe aurait 6te submerg^e, au lamps de 
Grallon, par une invasion de la mer qui aurait rotnpu 
les digues ou 6cluses dont elle s'abrilait. Les Bretons 
parlent encore de ruines et do pans de mur qu'on peut 
voir a niarec basse; el qu'ils prenncnt pour les debris 
decetlecatastroj)he. M.de Frcminville aconstat^ queces 
pretendues ruines d'ls sont celles d'un important ela- 
blissement remain (2). Quoi qu'il en soil, M. de Ker- 
danet s'est autorise d'une rcssemblance de nom (Keris 
ou Kris, k barre des Bretons) pour invoquer le temoi- 
gnage de notre auteur en faveur d'ls. Sprviner, dans sa 
carte de la France m^rovingienne, adople-le nom d'Ys 
et la place a Douarnenez. 

D'aulres ont rappel6 que la Brelagne poss^de une 
ancienne ville, Cnrhaia;, en languc bretonnc Keraez, 
ou par contraction, dans le dialecle cornouaillais, 
Karez; tous ces trois noms se rapprochent fort du 
Chris de notre Anonynie. 

Quant a I'importance passec deCarhaix, on ne peut 
la meltre en doule. 11 est a peu pres gentralcment re- 
connu que c'osl lo Forgiitni dos ilineiairos, le V orga~ 
Ilium ilont Ploleinee fail la ni(^lro|H)le des Osismii. 
Sept voies romaines et ombranchements y convergent 

(l) Bartas Breiz^ t. I. 

(a) Ant. du Vinhtere, II' panie. 



I 



( 253 ) 

de Quimper, Cezou, Saint-Pol, Lannion, Tr^guier, 
Rennes, Yannes. Au viii" siecle, c'elait. selon la 
l^gende de saint M^laire, la capilale de cette partie de 
la Bretagnc. Je sais bien qu'on n'accorde qu'une me- 
diocre confiance aux acles de ce saint; mais i sup- 
poser qu'ils soient iin faux en niati^re d'liisloire hagio- 
graphique, il y aurait cependant la I'indication d'une 
tradition posl^rieiire qu'il ne faut pas negliger. 

D'ailleurs, au nioyen age, Carhaix continue a 6tre 
une cite considerable ; elle est la capilale du coinl6 
de Poher, quidonne a la Bretagneson lib6rateur(048), 
Alain Barbctoite, Texterminateur des Normands de 
Dol et de la Loire. Devenu chef souverain des Bretons, 
il oublie sa vicille ville, qui ne fait plus que d^choir; 
mais nous devons tenir compte de ce qu'elle ful avant 
cette epoque. 

Nous avions adople nous-meme, et developpe cette 
opinion dans un travail qui reinonte a quelques 
ann^es (1), mais une etude plus approfondie nous a 
amene a I'abandonncr. 

Les auteurs franks qui nous ont parle du premier 
^tablissement des Bretons dans les Gaules les placent 
un peu a I'ouest de la Yillaine. Eginhard, qui a pris 
cette tradition nous ne savons ou, dit forraellemenl : 
In ultimis GaUive finibus I'enetorum et Coriosolitarum 
regiones occupavit. Le celebre annaliste ne nomme, en 
Bretagne, que les Ciitiosolites et les Fenetes ; I'Ano- 
nyme ne paile que de Chris et de J^enetis. II y a entre 
ces deux texles une relation des plus probables, et que 
nous adoptons. Chris, selon nous, est une abr^vialion 

(i) CarAai-v, dans I'Annuaire de Brest (partie lii3toric|ue), i8S I . 



( '254 ) 

de Citriosolites (variante ^^(tiiosi>elifes), notn cit^ poqr 
la premiere fois par Cesar parini les pen pies arino- 
rikes. nomines dans la ISotitia, et qui disparaissent 
ensnile conipletement. II est reconnu que ce pcuple 
hahilait enlre les Ulicrlones, les Osismii et les Vened, 
par consequent dans le lerritoire qui a form^ sous 
les Bretons Ic diocese de Spint-Malo, aulotir du bourg 
moderne de Corseul (ol non Corseulli. an moyen agp 
Corsiliiim, qui a conserve de belles ruinos et lo nom 
des Curiosoliles. Qnanl aux limites precises de ce 
peuple, on ne pent que les soupconner; car en basse 
Bretaiine, comme I'a trds bien prouve M. de la Bor- 
derie, les circonscriptions des dioceses n'ontnullement 
k\e calquees sur celles des cites gauloi-ses. D'Anville 
les elend a I'ouest jusqu'a la riviere Lrne, pres Saint- 
Brieuc, et au village d'Ifliniac, qu'il 6crit Finlac, et oil 
il Vdit un Fines ; tout Breton eAl pu le detromperet, lui 
dire que ce lieu, comnie celui d'Yvignac pres Broons, 
signifie simplementunlieu plant6d'irs(Ivinec). VValcke- 
naer, rencherissant sur les Inpolheses de Gosselin, 
dedouble Ic passage ou Ptolemee decrit le littoral entre 
le cap Gobceum el la Seine, et doj^no aux Biduccicsu de 
ce gdographe le diocese c!e Saint-Brleuc, sur la foi 
d'une iradilion ])!us qu'equivoque trouv^e dans Piga- 
niol tie la Force. 11 applaudit a la sagacite avec laquelle 
d'Anville a interprete le mot Finiac, mais il n'y adb^re 
pas. 

Corseul disparut, cominecit^ antique, avec la domi- 
nation romaine dans la peninsule, et n'existait plus 
que compio souvenir hisloriquc a I'epoque ou ^crivait 
TAnonyme. Disons, en finissanf, que si Erqny pres 
Saint-Brieuc est la Rhcginca de la Table (ce qui est 



admis, mais pourrait etre conteste), Corseul est 1^ 
Famun Martis du menie document. ,. 

Passons malntenant a un dernier mot que Ton n*a 
raeme pas essaye de traduire, le fleiive Sigugna Boo, 
Npus avons cherche, parmi les rivieres de Bretagne 
qui vont finir a la mer un nom qui se rapprochat de 
Sigugna, Nous avons cru un instant a una grossiere 
errepr du gt^ographe, qui aurait placo I'embranche- 
ment de la Seine en Bretagne; Ammien Marcellin, 
qui n'est pourtant pas un barbare, ne dit-il pas que la 
Seine, grossie de la Marne, se rend dans la mer pr^s 
de Coulanccs [Castra Constantia) ? A moins que ce der- 
nier nom ne soit tout aulre chose que Coutances, ce qui 
n'a pas ^tesoutenu a notre connaissance, il est prouve 
par ce fait et par d'aulres encore, que tout I'ouest de 
la Lyonnaise etait fort mal connu des ecrivains le^ 
mieux informes. On peut ajouter que I'Armorike etait 
un mot Ires vague qui s'appliquait, meme au ix* siecle, 
aux controes baign^es par la Seine, comme le Lieuvin 
(in finibus Marmoricanot'um [sic) cipiid pontem DivoR 
fluminis, ditle cartulaire de Sainl-Pere de Ghartres (t. I); 
mais la Confederation armorike de Zi09 n'a aucun 

. p.,-v ' _ ' 

rapport ayec les Bretons, quoique beaucoup d'hislo- 
riens estimes, conime D. Morice et Daru, se soient 
laissd entrainer a les confondre. Risquons done quel- 
ques autres hypotheses. 

La Loire n'est pas pr^cisenient un fleuve brelon, 
bien qu'il ait son embouchure dans ce pays; en' 
dehors de ce grand cours d'cau, les principales rivieres 
de Bretagne sont la Villaine, le Couesnon, la Ranee, 
le Trieux, I'Aulne, le Blavet. Rien de tout cela ne nous 
donne le nom que nous cherchons. Dans un degre 



( 256 ) 

inf'erieur, nous avons au fond cle la bale de Saint- 
Brieiic iino riviere, lo Gouet, que la legende de saint 
GrenoUe appello Siin^ua. Nous ap|)rocherions ainsi de 
noire solution, si nous ne savions que ce noui n'est 
qu'une traduction njaladioite du nom brelon de cette 
rivieie, qui veul dire a la io'is /oret el sang, selon qu'on 
I'ecrit ""oad ou iio'ed. 

La Se/iine (Senunn des Actes), qui tonibc dans la bale 
dumont Saint Michel, oflre encore un certain rapport 
de noni, mais elle passe a pr6s de trois lieues de la 
fronli^re extreme de Bretagne, bien loin d'arrcser 
celte contr^e. 

La plus iinportante des rivieres de la Bretagne pri- 
mitive elait la Villaine, qui la baignait a Test, depuis 
son conlluent avec le Meu jus(]u'a la nier. Gr^goire de 
Tours connail la Villaine sous le nom de Ficenonia ; 
lesauteurs post^rieurs donnentles variantes Vicevonia, 
yisnoniu, et in6me Figelania; le carlulaire de Redon 
icril Fisnonicum vetus (I'ancien lit de la Villaine) ; 
Aimoin, Fisconet JFisnona. De Figenna a Figugna, la 
distance est fori courte, plus courte cerlainement que 
des mfinies uiots a Undoennse flunien, que nous trou- 
vons dans lo carlulaire de Redon. Qui emp^che de voir 
dans Sigugnu une erreur de transcription de la lettre 
initiale, et de rostituer /^/^'«^«a? 

Quant a Boo, adjonction au pr^c^dent, nous ne 
pouvons que proposer de lire Bac [Bach alleinand, 
riviere), quo les Franks auront ajoute au nom pro|)re 
de la Villaine. Nous avons dit que Ic nom de la Nab, 
chez les Thuringes, ecrit Bac dans les editions Por- 
cheron el Gronovius, avail 6te Iranscrit Boo par Uckert; 
Si quid novisti rectius. . . 



( 257 ) 
Quant aux variantes Ebi-is et Sigi, Ignabo, donn^es 
par le mss. du Vatican, nous les croyons encore plus 
incorrectes que Chris et Sigugnabo, et ne voulons pas 
nous y aireter. _ 

V. NEUSTRIA. 

Dans le Periplus (liv. V), notre auteur a grand soin 
de nous r6p6ter que celte Bretagne que nous venons 
de d^crire n'est pas I'ile qu'on nomine ainsi, mais 
bien la Neustrie [Britannia, vel patria qucs dicitur I\us- 
tricus). Celte phrase est a remarquer, surtout si on la 
rapproche d'un passage des Annales de Saint-Bertin 
(ann6e 882) : Britannos, qui Salomone duce habitant in 
Niustria. On comprend ais^ment celte phrase, bien 
qu'elle soil inexacle, si Ion prend Aeustria dans le sens 
precis cle royaume Neustrien. Sous Charlemagne et 
Louis le Pieux, la Brelagne, soumise a I'empire, avail 
fait partie de la Neustrie ; mais depuis 8Zi5 et le cou- 
ronnement de Nominoe, c'etail un royaume que les 
Carolingiens avaient fini par reconnaitre apr^s deux 
sanglantes deiahesi A iustria n'est done ici queu I'ouesb), 
neoster. Mais en tout cas, si la Bretagne etait dans 
I'ouest, elle n'elait pas la region de I'ouest tout en- 
ti^re, et I'Anonyme est, selon son habitude, le plus 
inexact des deux. 

L'abbd Lebeul", dans une dissertation un jjeu con- 
jeclurale et oix Ton ne retrouve pas son jugementha- 
biluel (1), a essaye d'etablir que les mots Neustria et 
Austrasia n'avaient pas le sens topographique qu'on 
leur attribuait gen^ralcmenl, et que la vraie forme du 
premier est ISeptricuni ou Neptrecum, qu'on rencontre 

(») Paris, i74o« — Voyez les Memoires de Trevoui, juia I74i« 



(2^8 ) 

dans Ff^d^gaire, et qui csl, selo|i lui, « iiii fidoi|qis- 
setuent de Nenindcum, qui, en lanj^uo ti^qtonique, veut 
dire : prcrciptntm regnmii ou vry^ciptia reg/ii set/es. » On 
pent voir, au loine XIV de V Histnire fie V Acndernie des 
Inscriplioiis, la r^fulalion complete que Foncemagne 
donna de celte opinion. 

Gri^goire de Tours n'a pas parl6 de la Nei/stria : Fr6- 
degaire est le premier qui la nomme. Un liagiographe 
lui donne le nom assez elrange do Francia Sequano- 
riim (c'est-a-dire ad Seqiiamuii). La Lombardie 6tait, 
au meme temps, ces provinces d'jiustn'a el (\q J\euslria 
que les actes traduisent par Hespen'a, synonyme d'Oc- 
cidentale regiiuin, qu'un auleur (1) donne a la Neuslrie. 
Restreinte ensuite aux pays d'entre Seine et Loire, 
I'expression de Neiistria finit par devenir, a partir du 
X" slecle, synonyme de Normannia. Avant de quitter 
la Francia proprement dile, cssayons de determiner la 
valeur precise de ce mot avant et sans les Carolingiens, 
L'abb^ Lebeuf, dans la dissertation prc^cilee, n'a pas 
eu de peine a prouver que I'Aquitaine et tout le midi 
a partir d'Auxerre n'en faisaicnt pas parlie. Quant aux 
regions du Nord, la Neustrie et I'Auslrasie se dispu- 
laient le nom de Francia. L'auleur du Gesta Franco- 
rum distingue parlout les Franci dcs Aitstrasil : et par 
contre, le poele-chroniqueur Al>bon norame les trois 
parties du royaume Francia^ A'eitstria, Bitrgundia (2). 
Pour le premier, la vraie France est la Neustrie : c'est 
I'Auslrasie pour le second. On peut croire, sans risque 
de se tromper, que cliacun des deux pays revendi- 
quait pour lui-meme le nom national. II ecliappe a 

(i) Hermann, ap. Vales., Notitia, p. 373. 



( 259 ) 

tons ileux pour passer, dans son acceplion \a plusspe- 
ciale, a ce qp'on appelait aux ix* et x" si^cles Frcui^cia 
media ou m^diana, s'etendapt de la Loire a la Meu^p : 
la partie de cette region dont Paris etait le ceqlrp 
forma une circonscriplion politique , le duche de 
France [Francormn, Frniicice dncatus : marcice), d'ou 
notre modcrne Ile-de-prance. 

VI. — AQUITANIA , SEU GUASCOMA. 

« Pres de la Brelagne et au bord de I'Ocean s'eteqd 
la Guasconia, qui est I'Aquitaine des anciens, et pour 
laquelle j'ai adqpte le t^moignage d'Athanaride. C'esl 
une contree Ires fertile en loufes choses necessaires a 
la vie, et dont les princij)ales villes sont Bituricas, Al- 
vernin, Argentine, Lirnodicas, Pictavis, Mediolano des 
Santons, Jcuiisma, Pelragoris, Aginius, Carturciura, 
Rodingis, Albigi, Bordicalon. 

Ce passage de notre auteur ne pr^sente aucun era- 
barras. L'Aqiiilaine formait, an vn* siecle, une sorte 
de vice-royaute gouvernee par des princes du sang 
raerovingiens : IcsWascoiis, qui la desolaient de leufs 
brigandages rapides, comnie nous le dirons plus bas, 
lui faisaient d^ja donner, ainsi qu'on le voif, le noip 
de Wasconia. Tqutefois ce nom.qui n'a d'auire garanl 
que noire Anonyme, ne dutlui appartenir que tr^s ac- 
cidentelleiuent, car le nom de Gascogne ne dep^s^a 
janiais la Garonne, si ce n'est au inoyen age, a I'cpo- 
que de la plus grande splendour du ducbe feodal de 
cenom; encore la Gascogne d'au dela de la Garonne 
ne se composait que d'insigpifiantes portions du JJor- 
deluis et du Bazadais. 

On reconnait ais^ment dans lesvilles cities ci-dessus, 



( 260 ) 

Bourges, Clermont d'Auvergne , Argentan, Limoges, 
Poitiers, Saintes, Angouleme, Perigueux, Agen,Cahors, 
Rodez, All)i, Bordeaux. De ces villes, une seulemenl 
(Argentan) n'est pas m^tropole. Les aulres, au nombre 
de douzo, sont les capitales d'aulant de coinitatus de 
I'Aquitaine merovingienne. Trois manquent a la lisle: 
ce sont Toulouse, dont nous parlerQns tout a I'heure, 
Anderieux (Gabali), Sainl-Paulien (Vellavi), ou plutot 
les metropoles plus niodornes de Miniate et Podium 
(Mende et le Puy). Noire geographie parle des deux 
dernieres a I'arlicle de la Bourgogne (erreur manifeste), 
sous leurs nouis gaulois d' Andereton {kx\A(iv\\.um, quod 
est Gabali) et de Ribision (Revessio, porlea Vellavi). 

a Ailleurs sont les villes de Blavia, Tiblosa, Luci, 
Canlilia, Langlo, Blivida, Bargaridon. » 

Tiblosa est certainenient une alleralion inepte de 
Tolosa (Toulouse); Aslruc nc s'en est jias apercu, quand 
il s'est etonne de ne pas Irouver dans la description de 
rAqiiitaine une villc de cctte importance. Elle ne faisait 
pas parlie,en effet, de rancienne Aquilaine, mais bien 
de la Seplimanie, dont Clovis la detacha quand il I'eut 
prise aux Wisigolbs apres la bataille de Voclade. Le 
Ravennale, ne la trouvant pas dans les notices romaines 
qu'il compilait, I'aura passee sous silence, pour y re- 
venir en cilant les villes de second ordre.Pour Reichard, 
Tiblosa est Tiffauges, bien que cette tr^s ancienne ville 
s'appelle, dans los acles, Taifalicum et Teofnigicum. 
Notre bypolbese est juslifioe par la variante Tkolosa, 
du mss. du Vatican. 

lilavia etait sous les Romains une porle militaire 
qui commandait la Gironde ; aussi Ausone I'appelle 
Blavia militaris, et sous les Merovingiens, elle reste une 



I 



( 261 ) 
place forte : Blaviensl Castello super littus Gaionce 
(G. Tiir.); Almoin et les Annates de Metz lui conlinuent 
ce nom. C'est aujourd'hui Blaye. 

Nous avons appuye sur ce nom de Blavia, pour bien 
le clislinguer d'un autre nom qui nous embarrasse fort, 
BUvida. Blm-ia porte, dans I'llin^raire d'Ethicus, le 
nom allere de Blai>utum, qui conviendrait mieux a 
I'aulre Blavia [Blai>itta on Blavet en Armorike): le com- 
pilateur de Ravenn6 aurait-il trouve les deux noms 
dans deux relations difft^rentes, et en aurail-il fait deux 
villes dislincles ? Nous n'aurions aucune peine a le 
croire, si nous ne voyions plus de vraisemblance dans 
la supposition que le texte du Ravennate est errone, 
et qu'il a eu en vue le DioUnduni de la Table, dont ii 
a fait Blividon ou Blivida par une de ses alterations 
habiluelles. C'est la Linde, sur le Lot. 

Luci est Lucio, qui donne son nom au Lucionensis 
ager (Lu^on et le LuQonnais, dans le bas Poitou). On 
pourrait elre tente d'y voir Lmc^ c«jfr«/«(Loches), pris 
par Pepin en 7/i2, si ce dernier lieu n'etait dans la 
Touraine, par consequent bors de la Guasconia. Logon 
existait sous les M(^rovingiens : c'etait un monast^re 
fond6 par saint Pbilbert, et qui fut ruin6 par les Nor- 
mands vers 877. Ccjenohiuni Sanctce-Marice Lucionensis 
quod Lucius quidani imperialis inccppit, dit la chronique 
de Maillezais : origine que nous n'avons ni^me pas 
besoin de discuter. 

Cbanteilie est le Cantilia des itineraires et du Raven- 
nate. Je ne puis me rendre compte du motif qui aura 
decide Reicbard a placer celui de I'Anonyme a Gba- 
tillon-sur-S6vre , du moment qu'il reconnalt dans 
Cbanteilie celui de I'itin^raire. 



( 262 ) 

Langlo est la forme presque modet^ne rle Langon, 
lieu inconnu dans I'anliquito (la station de I'itiri^rair-fe 
6tait Siiio, un peu plus k Toiiesi). Sous les Franks, 
c'est Alingo, forme analogue a celle d' .llingavia pour 
Laiigeais ; Reichard a meme traduit Lrtn^>/o par ce der- 
nier nom, quoique Langeais soil au nord de la Loire. 
Au moyen age, nous avons Lingo dailS les chartes du 
Bazadais : f^'italis de Lingone. Langon etait dans le 
Bazadais, c'est-a-dite dans la Novempopulanie, et uon 
dans I'Aquitaine propre, ou Gnasconia du Ravennale ; 
lilais nous pardonnerions a notre auleur s'il n'avait 
jamais orais de fautes plus iraportantes. 

Bar'mridon Se reconnail dans Ic Bercorates de Pline, 
actuellemenlBiscarosse. Walckenaer, qiii n'admot pas 
ce dernier lieu, mais le village voisin de Barcou, dont 
les habitants sont appeles, en palois du pays, Ber- 
couats,ciit pu s'appuyerde la lecondu Ravennale. Nous 
feions observer ici que les Bercorates, que Pline 
place dans la Novempbpulanie, sont trfes justenient 
places par I'Anonyme en dehors de ce dernier pays, 
parce que Biscarosse a fail partie du diocfese de Bor- 
deaux dui-ant lout le moyen age et jusqu'en 1790. 

« Celle Gascoghe est Iraversee par plusieurs fleuves, 
notamnient paf la Ligeris, qui s6pare les Gaules de 
rAqultaine.Viennent ensui teles rivieres Cara,Sangulis, 
Alere, Icara, Closa, Vicenna, Bicera, Dronona, Ulta, 
Vanruna.dont quelques-unesvont linirdans I'Oc^an. » 

La Loire (que I'Anonyme a plus haul noaunee 
Lemi) 6lalt en effet, a Test et au nord, une liinite natu- 
relle de I'Aquitaine ; mais elle depassait celle limite 
dans le G^vaudan etle Vekjr, 6t rristait eh decA depuis 
Sully jusqu'a Chalonne eii Anjou. Plus tard, aprt^a 



( 263 ) 

leiirs grandes victoires snr Charles le Chauve en 845, 
et les ann6es suivantes, les rols bretohs Nominoe e't' 
Herispoe se firent ceder par remplre les pays d'Her- 
baiiges, l\etz, Manges, Tiffauges [Herbadilliacum, Ra- 
tiatensem, Medalgicum, Teofalgicum pagos), et lout le 
has Poitou, c'est-a-dire tout ce qui elait compris enlre 
le Lay, le Lay oh et PierrefiUe : A fl amine Ladionis ih 
Ligerim descehdente usque ad Irumnam flumen et Petrani 
frictain et Ciriacum (1) et flumen Ledii quod in mareocci- 
dentale decurrit (2). Cette limite dura jusqu'au regne 
d'Alain Barbelorte, qui la remit en vigueur apres avoir 
ballu les Nonnandsde la Loire (944), et menie jusqu'ad 
comte de Nantes Guerech, qui regia la delimitation 
d'e cette frontiere par un Iraite special avec Guillaume 
Tfile-d'Etoupes. Mais sous ses successeurs, les dues 
aquitai'nis i-eprirent le bas Poilou depuis le Lay jusqu'a 
Machecoul et Tiffauges {quavn>is hcec omnia a Pictavien- 
'sibus uwadantur){7»)\ les Mauges passereht a I'Anjou. 
Ce life fut done que vers 845 que la Loire a cess6 de 
former la frontiere d'Aquilaine entre Chalonnd et 
Paimbceuf. 

On remarquera I'expression du Ravennate, infer 
Gallias 'et Jquitaniam. GaUias , c'est-a-dire Gallid 
Prima ou Francia, et Gallia Secunda ou Burgundict\ 
cohiliie nous I'avons deja explique. 

On reconnait I'Allier dans Jlere [Elaver de Cesar; 
tielerius de Pepin d'Aquitaine ), Aleris et Aleriiis 
du moyen age ( Vita Odilonis Clun. Odonis coUa- 



(i) Tiriacum., selon le Cliron. Namnet. 
(a) Clnoti, Brioc. et Namnetense. 
(3) Chr. Brioc. 



( 264 ) 

tion III); la Creuse. Crosa, qui est le nom classique; 
ie Cher, Icara (Carus des chroniques, Caris loirens de 
Gr^goire de Tours et des lellres de Popin); la Vienne, 
Vicenna [f'ingenna de Gregoire de Tours, Vigemis de 
Roricon (liv. IV), Fencenna des Annales de Saint-Ber- 
tin, annee 879; et une petite riviere d'Auvergne, 
qu'aucun geographe n'a nominee avant noire aulcur, 
la Sioule, SanguUs\Vaveris silva super fhivium Seulo (I)... 
inter Jl avium Sivolis et Bulbalam (2). 

La Cara n'est pas le Clier, coinme on pourrait le 
croiro, puis(iue nous avons vu celle riviere nonim^e 
par notre auteur, Icara. Cara nous seinble une forme 
alteree de Carantona, la Charente. II est mieux de 
suivre a travers les temps les transformations succes- 
sivesde ce nom. Ptolemee nommc le premier le Cnnen- 
telus, ou tout le monde a reconnu la Charente, sauf 
Gosselin et Walckenaer, qui, fideles a un syst^me de 
geographic mathematique en contradiction avec les 
donnees de g^ograpliie hislorique, se sont obslines a 
soutcnir que Ptolemee a neglige une riviere de I'im- 
portance de la Charente, |iour appelcr I'atlenlion sur 
un ruisseau du has Poitou qui forme la miserable 
crique de Vie. A Canentelus succfede Carantonus sous la 
plume d'Ausone, et ce devail etre la vraie forme gau- 
loise: on peul s'en lier la-dessus au purisme du poete 
gallo-romain. De Carantonus se forme, sous les M^ro- 
vingiens, Caranto (3), d'oii le nom Cfuirnnla de la 
Fie de saint Louis, forme dtihnitive et ou nous voyons 
se f<!!miniser le petit tleuve aquitain. On voil que ce 

(l) Erimberti F. S. Vincent. 
(a) V. S. MeneUi. 
(3) V. S. Eparcbii. 



( -2(^5 ) 

f(§niinin est [)li.is ancloii qii'on ne le croyait gcni'i'ale- 
uienl, pulsque nousle trouvons deja dans leRavennale. 

La Garonne, Pannuia, proljahleinent alteration de 
Wamnna, a plusieurs affluents dont Irois seulemenl nous 
sontdonnespar I'Anonynie : la Biscera (Vezere), VUlta 
(Lot), la Drononn (Dordogne). Le Tarn, qui eut m6ril6 
de figurer dans celte lisle, nc s'y montie pas. Le Lot 
nous offre matitre a quelqucs rcmarques. On saitque 
le noni populaire de celte grande riviere (lOll) a, par un 
abus de prononciation facile a saisir, ele change en Lot. 
Le radical primilif, dont le sens nous ^chappe , est 
tres frequent dans les |)ays oil les races celliquos ont 
habile: Oltis[Ulta, OU) d'Aquitaine; Ulda {Ult, Dn- 
t/ail, Oust) en Bretagne ; UUlo (i'Oudon, dans I'Anjou); 
('ll (on Aluta) en Valachie, en bcaucoup d'autres. 

Dronona est une corruption dun mot qui semble 
devoir elre reclifie ainsi : Dotnoiui (Dordogne). Dura- 
nius est le nona vouiain, qui ne semble pas le plus 
conforme a I'etymologio celtique Ddnrdoim, « eau pro- 
fonde. n Suivant la Vie de saint Rioc, evidcmment 
iabuleuse, mais bonne a consulter comme tradition, 
le premier nom de la riviere Elorn, en Bretagne, aurait 
(ite Doiirdoun (1). Le liom de la riviere Dow on, dans le 
mSme pays, semble avoir la meme origine. Le ruisseau 
qui passe a Conches, dans le Rouergue, s'appelait Dor- 
darius d'apres un acte de 819 : <.(Concas super rivulum 
Dordununi, » 

Le nom de Duranius, que nous trouvons dans Au- 
sone (/VoW/a) et dans Sidoine Apollinairc (C'arw. XVII), 
devient Dorononia dans Gregoire de Tours, et Dore- 

(i) Albert le Grand, Vie ties ss. de Bretaqne. 

IX, OCTOBBE KT NOVEMBRE. 6. t8 



( '2Cm^ ) 

nonia dans Eginhnrd. J. a rDinn^ Dordnnin, qui avail 
prevalii an Icinps d'Almoin, lui a inspire I'elvmolouie 
suivaiite : Dot- Ionia,., e.v inonte qiii Dor dicitur... duO' 
bus scaliiricns fontibus, (luoruin iini noineii est Dor, alteri 
Donia. CcUe oxplicalioii, qui a paru ingeniense a I)paM- 
coup d'ecrivains, ol a Scaliger hii-mfenic, n'cst qu'iin 
jcni dc mots; Hadriini de Valois eii a fait jnslice, en 
taisant observer qu : hi lurme Dordonia elail la ])Ius 
r(!;centt! de loules, el quo d'ailleurs la Dordogno n'a 
qu'une soule source. Cettc derniere preuve est assez 
rail)lo : « les meilleures cartes d'Au\ergno, » que 
\ aluis a consullt^es, sonl bien dislanc^es par la carle 
actuelle de I'elat-niajor, qui monUc la Dordogne se 
iormanl de neul" sources dilTerentes, qui se reunissent 
a la cascade da Serpent (t'euilles lo6 el 175). 

« Qiielques-uns de ces fleuves, dil notre auleur, 
vonl lomljer dans I'Oc^an. » U veul parler de la Clm- 
renle et dc la Garonne. 

Le niss. ilu Vatican donne pour la Vienne el la 
Garonne d( ux varianles bonnes a noler : Fincetiua el 
Gamma, qiiisc rapproclicnl davantage des noins clas- 
siques do ces rivieres. Ploli^njee la nomme la derniere 
Tocpuva;, La Table et Sidolue Apollinaire Garunna, Gre- 
goire de Tours et lous les ecrivains poslorieurs Gavouna. 

Quant a la Gascogne proprement ditc el aux lies, 
r^lendue deja d^uiesurec de cette elude ne nous per- 
mel })as de les donncr ici. Klles pourronl laire plus 
lard, le sujel d'lui second travail. 

G, Lk.tean. 



( 967 ) 
VOYAGE 

A LA RECHERCHH DES SOURCES DU NIL BLANC, SOUS LK 
COMMANDEMENT DE M. d'lSCAYRAC DE LAUTURE. 

Extrait (!u rapport fait a TAcad^mie des sciences au 
sujel des instructions demand^es par M. d'Escayrac 
de Lauture. 

Par unc Commission composee de MM. Daussy, obser- 
vations astronomiques ; CoRDIER et ElIE DE BeaDMONT, 
gcolo<^ie etDiiiieialogic; Moquin-Tandon el Moktagne, 
botaniqnc; Is. Geoffroy Saint-Hilaire et Valen- 
ciennes, zoologie et anthropologic ; Jules Cloquut. 
partie medicale; et Jomard, adjoint a la Commission, 
geographie. 

Seance du lo novembre i856. 



Partie geographique^ 

I. HISTORIQUK ET OBSERVATIONS PR^LIMIN AIRES. 

Depuis le voyage de Bruce aux sources du Nil Bleu, 
Baiir-el-Azraq , I'attenlion s'est conslaiuaienl portee 
sur les roi^ions plus reculees que celle qu'avait explo- 
r6e le cel^bre voyageur anglais, non-seulement parce 
que rAl'rique centrale etait bien loin d'etre devoilee par 
sa d^coiiverle (1), inais parce que I'antiquite avait 
place les verilables sources du Nil ()res de I'^qua- 
teur, a 20 degres environ au dela du lieu visile 
par Bruce. Des le temps de I'expedilion rran9aiso, 

( l) Foyaije en Nubie et en Ahyssinif^ piilrcpris pour (ii'iouvrir les 
sources du JN'il. lu-J^°,i'^.go, 



( 2^58 ) 
sans les reculcr aiis^l loin, on elait dispose, si les 
evunenionls i'cussenl perniis, a faiic un voyage tie 
recherches sur une aulre branclie du fleiive plac6e a 
roccident, el presque oubliio par Bruce, mais dont on 
avaitconnaissanceparplusieurs anciens voyages, et que 
d'Anville, dans un menioiro Ju a I'Acadomie, en 1747, 
avail signaloe commc i'origine du Nil. Celle queslion 
fuisait souvcnt le snjil des entreliens dcs raembres de 
rinstitutd'Egyplc, noUmimenlde M. Fourier, le secro- 
taire perpetuel de la nouvelle Academie. Ce ne fut 
qu'aprcis lYlablisseinenl du vice-roi d'bgypte a Sennar, 
surlelNiiIJloii,vinglans apres I'expedilion d'Egyjjte.que 
Ton couimenga a sur)gcr serieusement a I'iiulro bran- 
che, dont on voyail deja i'importance au confluent de 
Khartoum, et dont le regime difl'ere sensiblement de 
celui de la branche orientalo, a raison de son coiirs 
bien plus elondu,' el tic la naUiit^ des conlrees qu'elle 
traverse. Profitantde la marcbede Tarni^e ^gyplienne, 
M. Frtkleric Cailfiaud, I'ecommand^ par une nnssion 
du gouverneinent francais, remonta jusqu'ati Dar-Fr»(j 
sur le Nil Bleu, el decouviit la celebre ville de Meroe. 
En passant a Khartoum, il vil, mais apercut seulement 
le Nil Blanc, ou Bahr-el-Abiad, a son emboucliure. 
Deja M. Linant, aujourd'bui Linant-bey, ing6nieur en 
chef en Egypte, avail determine la position de Khar- 
toum en longitude et en latitude. C/est alors que I'on 
engagea le \ice-rol a faiie reconnaitrc Ic Nil Bleu dans 
une expedition speciale.Mais il voulut d'abord se rendre, 
de sa personne aux mines d'or, ou ])lul6t aux sables 
aurif^res de Fazoglo et de Fazangoro, dans le Sennar, et 
la il recueillil des notions sur le Nil Blanc. A son re- 
tour, press6 de nouvcau par le consul de France el 



( 269 ) 

son correspondanl a Paris, il ordonna enlin un simple 
voyage d'exploration. Cela se passail en 1839. 

Un 'le ses olTiciers, Selim Bimbachy, fiit mis a la tete 
de Texp^dilion, II avail avec lui sepl barques armees 
et qiiatre cents iiommes. Muni d'iuslrumenls et mal- 
henreusement de peu de connaissances, il se borna a 
reconnaiire le cours du Nil Blanc jusque vers le 
Q" degre de hilitude nord, a li degr6s au sud en- 
viron de I'embouchure qu'avait signalee d'Anville. 
Celte reconnaissance apporlait peu de lumiere sur la 
population du pays, ses productions et son climat. 
Aussi Mohammed-Aly ordonna, peu de temps apres, 
une autre expedition : un Francais, M. d'Arnaud, en fut 
nomme le chef scienlifique ; M. Sabatier lui etait as- 
soci6 (1). On fit un grand nombre d'observalions 
de toute espece. Malheureusement , la relation de 
M. d'Arnaud n'a pas paru ; on n'en possede que des 
fragments, et Ton n'a public qu'une simple reduction 
de sa grande carle. L'expedition est parvenue au 
h' degre Zi2'ii2"N. Le regime du fleuve a ete soigneuse- 
ment observe. Des sondes, des mesures. des profils 
ont 6le executes, la vitesse du Nil deterinin^e en di- 
vers endroits, I'etat de la temperature, la pression 

(i) Des IfS preraicis teiiijis un Francais appele Thibaut, connu dans 
le pays sons le uoin tie chcjkli Ibrahim; pins tarti, MM. Vayssiere 
et de Malzac, autres Franqais ; M. Biuii-Hoilet, M. Vaudey, suiet 
piemontais, et d'autres encore, ont naviyue snr le Bahr-el-Abiad. 
M.Werne, sujet prussien, avait ete adinis dans l'expedition de M d'Ar- 
naud. Nous ne parlous pas ici du savant voya;;eur M. Aiitoine d'Ab- 
badie, parce t|ue ses observations ont porte prinoipalcment sur le Nil 
Bleu et Ics rivieres du voislna{>e. Il en est de ineme du doeteur Reke 
el d'autres anciens voyajjeurs en Abyssinie, tcls ()iic luid Valeniia et 
Henri Sail, etc. 



( 270 ) 

atmospli^riquc et los vents frc^queiDment observes , 
ainsi que les productions du sol, les populations, leurs 
mceurs et leurs habitudes. Tout ce travail est resl6 in6- 
dit, ainsi que les observations de latitude et de longi- 
tude, et lagiande carte qui y a 6le assujeltie. 

On iia des lors des relations avec les indigenes, et un 
certain mek ou roitelet, appel6 Lagono, fit un bon 
accueil aux voyageurs egyplions (1). 

Depuis ce ni6uiorable voyage, plusieurs excursions 
onl eu lieu sur le fleuve Blanc, principaleuienl celles 
des inembres dela mission aulricliienne dtablie a Khar- 
toum. Don Ignace Knoblecher, le chef de la mission 
et Don Angelo Vinco, onl visits tout le cours du Nil 
jusqu'au termc de Tcxpedilion d'Arnaud et au dela; 
on pretend mfime que Don Angelo a alleint le 
2« degr6 N. La, dit-on, le fleuve se retrecil beau- 
coup et la navigation y est tres dlfTiclle, le lit etanl 
plein de rapides et obslrue par des roches. D^ja 
M. d'Arnaud avail remarque celle diminution de la 
largeur el de la proi'ondeur du Nil, et Ton a constats, a 
cetle epoque, que les sources ou I'une des sources 
n'^lail pas tr^s eloignee ; mais le rapport des indi- 
genes et celui des missionnaires sonl contraires a celte 
conjecture. Selon eux, le cours du fleuve se prolonge 
bien au dela. 

Tel est en ai)reg6 I'historique des tenlatives failes 
jusqu'a ce jour pour reconnallre le cours du Nil Blanc 
sup^rieur. Lii mot sur la situation actuclle du pays 

(ij Uii Ills lie l^agono est desceiulu jusqu'a Kliartouni , pour 
observer \c< i-lablissements egypliens formes dans cettc noiivelle 
ville, (jui prciid chaque jour une nouvclle importanie, et (|iii est deja 
le siege de plusieurs consulats euiopeens. 



( 271 ) 
jusqu'aux limites des decouverlos acluelle.'^. La luiviga- 
tion (iu fleiive 6[a\l libiemont ouvoiie au commerct; 
6gyplien depuis une douzaine d'annees. Les n^gociants 
europeens d'Egypte Irafiquaient paisibleincnt avec 
les natit's, recueillaient une assez grande quantite 
d'ivoire. Toute la contree esl en effet peuplee d'^le- 
phants. Mais la concurrence amenait de frequents des- 
ordres, sans parler de riniprudence des inaichands, 
qui usaient de violences envers les habilants. On salt 
que ceux-ci Forment une population paisible et m§me 
bospitali6re, et de plus tr^s condensee sur les deux 
rives. Les lixcs (jui ont eu lieu ont ete suivies de fa- 
clieux accidents (1), et le gouvernement ^gyplien viont 
de prendie une mesure salulaire: des postes ^gyptiens 
viennent d'etre etablis sur le cours du fleuve Blanc, et 
les chefs de ces postes sont charges, tout en protegeant 
le commerce el les tribus, de prevenir les abus de la 
rivalile. Ces postes sont armes et forts d'une garnison 
qui les rend respectables, D'autre part, la mission au- 
trichienne a un elablissement a Khartoum et un autre 
nioindre, au 5' degr6 N. Les missionnaires sont en 
bons rapports avec les nalifs. De plus, le gouverneur 
du Soudan dtgyplien (ou oriental), qui reside a Khar- 
toum, a re^u les instructions les plus precises pour 
fournir a I'exj^edition iiouvelle tous les secours et tout 
I'appui diiut elle aura besoin ; elle trouvera done une 
pKine securite, depuis le 15° degr6 33' 27" N., lati- 
tude de Khartoum (observation de Linant-bey), jus- 
qu'au 5* degrd. 



(i) M. Vauiley, ('Oiisul pie'inontais a Kliartoiim, a e'te victitiie 
d'une imprudence coiuinisea I'efjard des riverains. 



( 27-2 ) 

Nous donnerons ici iin njicic^ii des dispositions prisos 
par le coniiiiandant on chef de I'expedilion, M. d'Es- 
cayrac de Laulurf. On sail qii'il a dt^ja parcouiu les 
rives du Nil Blanc, visile le Kordofan ct les pays voisins 
de la mer Rouge sous les meines paralleles, enfin pu- 
blic phisieuis ouvrages sur I'Afrique sopicnlrionalc el 
le Soudan ^gyplien. U connalt les habitudes, les mceurs 
et les idiomes principaux : il est done accliuiale ot par- 
I'ailement prepare pour le iiouveau voyage. II s'csl 
choisi Ireize collaborateurs doiil il a fail lui-nieinc le 
choix en Angleterre, en Aulriche, en Allemagnc, en 
Italic; il a aussi un compagnon de voyage anglo-ame- 
ricain. La liste el les atlribulions de cliacun d'eux sonl 
rapportecs plus loin, ainsi que la liste des instrumenls 
d'observalion. II a fail confeclionner a Trieste Irenlc- 
six chariots suscej)tibles d'etre demontes el Iransporles 
facilenient. D'autres equipages onl et6 prepares pour 
les pontonniers, pour les pionniers, les sapeurs, les 
charpenliers et les autres ouvriers attaches au voyage. 
Deux bateaux a vapeur lui ont eld confies par le vice- 
roi d'Egyple pour la premiere partie du voyage. Trois 
cents honinns, puis(^s dans I'arinee egyplienne, ser- 
vent d'escorle a rcxpedilioii. II eniporle avec lui beau- 
coup de presents, destines aux meks ou roilelels du 
pays, t'tc. Avec de tels uioyens et la connaissance 
conipl^le de tout ce qui a el6 fail avanl lui sur \c Bahr- 
el-Abiad, M. d'Escayrac est dans les meillcuros condi- 
tions pour reussir. II doit tcnir en double : 1° le journal 
de voyage qui sera arrete chaque jour; 2" le journal 
des observations astronouiiques; o" le journal des 
niouvements do I'expddilion. Les approvisionneinenls 
de tout genre ne uianqueronl point; enfin, le chirnr- 



( 273 ) 

glen en chef tie rexp^dition veillera a la sanle ties 
\oyageurs et des troupes. Moyennant toutes ces pre- 
cautions, on doit cspdrer, meme dans les cas les plus 
(l^favoraliles, des I'esultals avanlageux pour les sciences 
d'observalion et le progres des connaissanccs sur tout 
le vaste bassin tju'ari'osent les eaux tlu Nil. 

II. — • QUESTIONS ET INSTRUCTIONS. 

Nous ignoronsles instructions speciales donnees au 
commanilant do I'expedition par le gouvernement 
egyptien; mais nous savons c{ue S. A. le vice-roi en 
fait tous les frais avec la plus grande liberalitt^ ; il en 
attend sans doute certains resultats avantageux pour 
s'assurer la paisible possession du pays et pour la 
prosperite du conunerce. Fils de Mohainmed-Aly, 
a qui , depuis 1812, renionte la premiere j^ensee 
de la decouverte des sources du Nil, Mohanimed- 
Sayd ne neglige, ne menage rien pour le succes de la 
nouvelle tentative. Nous n'avons a nous occnper ici 
Cjue des cjueslions suggerees par une grande entre- 
prise, qui inleresse les sciences au plus haut degr6, 
c'est-a-dire qui touche a la fois i la geographic, a 
I'elhnographie el a toutes ses branches, a la physi({ue, 
a la meteorologie, a I'liistoire naturelle, et meme, a 
certains ^gards, a I'histoire proprement dite. 

L'exploration peut se diviser en deux parties : la 
premiere, a partir de Khartoum jusqu'au Zi'degre 42 mi- 
nutes; la seconde, au dela de ce point jusqu'auxlieuxles 
plus ^loign^s ou il sera possible de pen^trer, soilqu'on 
arrive aux sources qu'on veul decouvrir, soil qu'ellcs 
soientreelicmentinaccessibles. Bienque cette premiere 
partie de I'itinerairc (dont le developpemenl est dc pr^s 



( 27/1 ) 

de /i50 Upiies de 25 an Hegr^, sur Ic (onrs du llouve), 
ait ell' parcourue et explor6e avec soin par M. d'Ar- 
naiid, il leste encort' a faire des observations iin- 
portantes. Et d'abord, il faut recomialtrc et remonti;r 
aussi haul que possible tous Ics afiluenls principaux, 
qui sont qiielqiiefois dep;iiises par do trrands amas 
d'eaux slagnantes et par des masses de roseaiix el au- 
Ires vegelaux aquatiques. De ce nombre sont le Keilak 
a I'ouest, par le 9' degrd 20 minutes, el le Saubat, a 
Test, par le 9' degre 10 minutes; mais il en exisle, pro- 
bablement, qiielques autres non n.oins considerables. 
On a lieu de le croire depuis la decouverte recimie de 
plusieurs bras paralleles a la laaitresse branche, ot 
constituant de grandes lies qui avaient ecliappe aux 
premiers cxplorateurs. Les ecueils, les rapides, les ca- 
taracies doivent etre observes avec le plus grand soin, 
les sondages verifies, la largeur et la prol'ondeur du 
Nil delerminees, ainsique la vitesse el tous les elements 
propres a calculer le volume des eaux, surtoul aux 
emboucluires des affluents. Les affluents sur la rive 
droite sonl, selon M. d'Arnaud, le Bibar, le Djal, le 
Saubal; ceux qu'on a reconnus recemmenl sur la rive 
gauche, sont : I'Alidj, le Mam, le Faf, le Scbaul, et le 
plus considerable, le Niebor, tlonl MM. Vayssierc el 
de Malzac paraissent avoir suivi ou coimu le cours in 
f^rieur, pendant environ quarante ]ieues.Cetlederni6rc 
observation tendrail meme a faire croire que lo Niibor 
est la principale branche du Nil Blanc, et qu'elle est 
celle (ju'il faudrait remonterde prc^feri^nce. Les memes 
derniers voyageurs placenl, a I'ouest du Nil Blanc de 
M. d'Arnaud, trois autres cours d'eau : le Gnat, le 
Miedjok, et un troisl6me innome Enfin, selon les 



( 275 ) 

monies, le Nil Blanc de M. d'Arnaiid est appelt^ par Ics 
Arabes Kyr, el Kyr des Noirs. Tons ces points merilenl 
d'etre verifies on eclaircis. 

Quant a la grande riviere appelee Reilak, le pre- 
tendu Misselad de Browne, qui se jette dans le Nil 
Blanc vers le 9' degre 20 minutes, le vo\ageur pienion- 
tais deja cite est occupe en ce moment meme a la 
remonter : elle parait venir du Darfour, car aujour- 
d'luii on ne peut guere douler que le sud du Darfour 
appartionne an hassin du Nil. A 25 lieues de son em- 
bouchure dans le Nil Blanc, elle recoit un grand 
affluent venant du midi, sous le nom d'Apabou, le 
men)e que le Rouan des caravanes, selon M. Vayssi^re. 

Le regime du lleuve, sa pente, ses crues, ses inun- 
dations ti'6s etendues (1) ont ele observes et decrits 
par M. d'Arnaud, mais dans une saison qui n'est pas 
la meme que celle ou voyagera i'expedition : il est done 
utile de ne negliger aucune des circonstances qui pen- 
vent faire connaitre toutes les conditions de !a naviga- 
tion du fleuve. 

Pour terminer cette premiere partie de I'exploralion, 
nous devons rappeler quo la premiere expedition a 
rencontre des monlagnes asscz (ilev6es ; des la latitude 
de 5 degres, le fleuve est fort r^tr^ci, comme on I'a dit 
plus haul, il est parseme d'iles; le couranl est plein 
d'ecueils, la navigation est dillicile. La pointe de I'ile 
deYamker, termedu vo\ age, atteint le 26 Janvier 18ii ! , 
est par h" 42' 42" N. Le pays devient de plus en plus 
montagneux. 

Au dela du 4° degrd 42 minutes, tout est a peu pr^s 

(l) Uu 6"^ ciep,rp et deiui au 9' degie vX demi. 



( 1>7(5 ) 

inconnu. Cepcndanl I'lin dos inissionnaires autii- 
chiens, (|iii inallieureuseinenl a siicconibn aux fali- 
gues, D. Angelo Vinco, passe pour avoir rcmont^deux 
clegres plus loin ; l;i il a appris quo la peuplade ap- 
])elee Barry elait en relation p^rioiliquc avec une 
caravane venaut du sud-est ot d'un lieu Ires oloign(;(l), 
el qui echangeail sos verroleries conlre los denls d'ele- 
pliant. II est a reuiarquer quo, scion les Barry, le 
fleuvo au dela du mont Lokaia reprend sa laigeur, ct 
redevienl navigable. lis assurcnl niOmo (ju'on no peiil 
ic suivre pendant un grand noiniire do journeos. II 
n'est peut-etre pas inutile de rapi^eler que ce rapport 
semble concordor avec les ronseignenients qu'a re- 
cueillis jadis, pendant son voyage en Nubie. M. Kouig, 
aujourd'hui secretaire des commandemcnls du vice-roi 
d'Egyple; les natifs lui ont, en elTel, parle d'un grand 
fleuvo coulant a une distance de quatrc-vingl-qualre 
journees au suddu Kordofan. 

Poser des questions sur une conlree tout a fait in- 
connue, ou lout est a observer, a decrire, a recueillir, 
serait chose suporflue; nous nous bornons done a 
demander sur ce pays les niemes observations que 
cclles qui concernent la premiere partie du voyage de 
Khartoum au li' degre. Cepondanl il est dillicilo de ne 
pas prevoir le cas ou I'exp^dition serait entralnee a 
ai)procher de reqiialeur ct memo de franchir cette 
ligno. On sail aujourd'iiui que les niissionnaires pro- 
teslanls do Mombaz onl a]ier9u de graiidos niontagnes 
dans I'ouest el le nord-ouest de colic residence ; cos 
xiionlagnes sont couverles de neige perpeluelle : on 

(i) BnlleUn de la Sociele de ijcogmp/uc. 



( 277 ) 

n'eii a j)as nu'SiiiL' rclcvation, mais il est ('vidonl que 
cetle haulciir est tics m'ancle, sous line parcillc lali- 
IlkIc. Le mont Keiiia, en parliculier, qui est siliu- a 
environ 1 degri sud (ou 1 degre et demi), doit donii- • 
ner tout le pays enviionnant a de grandcs distances. 
Sa longitude presuinee correspond avo.c un meridian 
passant a Test (an loin a la verite) du pays des Barry. 
Il DC seraitposiaij-ossible que les eaux provenant de la 
I'onle des neiges s'ecoulassent dans une haute vallee 
du bassin du Nii Blanc, comniL' elles le font dans la 
region sud-est, c'esl-a-dire dans la nier des Indes (1); 
il en est aiusi du Juba el d'autres grandes rivieres. Les 
montagnes de la Luno de Plolemee et des aulres auleurs, 
si longtenips cherchees, pourraient bien correspondre 
avec le monts Kenia et Kilimandjaio; mais, au lieu de 
les placer au 12° degr6 S., il faudrait les rapprochor 
beaucoup de I'equateur. 

11 sera bien important de determiner avec exacti- 
tude la longitude du point de depart, I'ile de Yamker, 
que M. d'Arnaud a fixee au 29° degre 18 minutes E.; 
M. Henri Kiepert, a 30 degres 10 minutes dans sa 
carle de la region d« Nil {Die ISillandcr, etc.), c'est- 
a-dire qu'il I'a ])lus rapprocbee da ineridien du mont 
Kinia (2). 

llestremarquable qu'un navigateuranglais, M. Short, 
attache au sultan de Mascate (qui rt^side aujourd'hui a 
Zanzibar), a apercu, de son navire, a une grande 

(i) Scion la caite de I'lok-mce, les deux lacs siiperieuis du Nil reec- 
vaient les eaux pioveiiant de la foule des neiges. 

(i) La position du mont Kenia par 35 dejjres etant incerluine, il 
est perinis de lui supposer une longitude moins orientale : les mis • 
rinnaires le placent par 3.'! dejjres li. environ. 



( 278 ) 

distance, uno longue ligne hlanche culminanle, dirig^e 
dii siid-sud-oiiesl au nord-iiord-cst, ot fju'il a consi- 
deree, depuis, coiniue iino chatiie conlinue et couverte 
do neige (1). Les apparence'^ sonl loutes en faveur de 
celle hypothese, et la consequence naturelle qu'on 
peul tlrer de ce qui precede, c'est qu'une des sources 
du Nil pourrait se Irouver non loin do la ligne equi- 
noxiale el vers le 34* ou 33' nieridien oriental. 

La geographie matliemalique, c'est-a-diie la deler- 
n)ination de la latitude et de la longitude des lieux, 
ayant fail I'objet dun Rapporl special de M. Daussy, 
nous n'avons pas ici a nous en oocuper : nous donne- 
rons seulenient, a la fin de ce Rapport, la liste des 
instruments d'observalion et des a))provisionnemenls 
de voyage, en meme temps que celle du personnel de 
I'exp^dition, avee les attributions de chacun des voya- 
geurs. 

NoTA. — Dans cet examen des desiderata de la g^o- 
grapbie sur le bassin superieur du Mil, nous n'avons 
pas do faire mention du coursdeJ'autre grandebrancbe, 
le Balir-el-Azra(j, dont Bruce, le premier, a roconnu 
la source, ou du moins (letormin6, le jjremier, la 
position precise. On sail d'ailleurs que, independam- 
ment dos decouvertes de Bruce, on compto cclles de 
M. Anloine d'Abbadie, de iM. Ldebvre, du doclour 
Beke, el de beaucoup d'autres voyageors rocenls en 
Abyssinie, pays que Craverse le Bai»r-el-Azraq dans 
loute son etendue. 



(l) Voyiz le Bulletin de la Sociele de g^ot/raphie, \* srrie, I. VI, 
p. 49 ei 399. 



( 579 ) 

HI. — ETUNOGRAPHIE ET ETHXOLOGIE. 

Les etudes el hnolos^iqiies einbrassent aujourd'iiui 
plusieurs brandies distincles, toutes efj;alemenl im- 
porlantes.etnecessaires, non-seulement pour procurer 
unc pleine connaissance des peuples qui ludjiteut les 
pays lointains, inais pour etendre et continuer avec 
eux les relations ouveites par les premiers voyageurs. 
Pour former un tableau compiel (i), il faudrail eludier : 

1° La [lopulalion, sa ilenslle, le type do ia race, sa 
cont'ormalion, .sa staUire, sacouleur; 

2° Son langage, son t^-criture (si elie en possed(;), la 
numeration en usage dans la contree; 

3° Sa nourriture Siabituelle ; 

h" Sa mani^re de se vetir; 

5° Sa maniere de se loger; 

6" Ses oulils, ses ustensiles, son ameublement et 
tout ce qui regarde I'economie dotnestique ; 

1" Les amies et armures, et lout ce qui est propre 
a la defense de I'liomme contre les animaux, etc.; 

8° Ses inceurs, ses liai)itudes, son caractere, sesjeux 
el ses cbants (2,: son gouvernemcni, ses inslitulions, 
s'il en existe qui meritent ce nom, et en general son 
degre de civilisation ; 



(i) Voyez Lettre a M. Sichold sur les collections etlmograptii- 
ques (in-8°, l845), ou toutes ces liranches des eludes etiiuologiquL's 
soul decrites et classees, suivant uiie methode natureile, fondee sur 
la conuaiasance des besoius successifs de I'espece liumaiiie inai- 
chant vers la civilisation. 

(a) En meme temps qu'on recueille les paroles, on doii iioiii ie 
chanl avec le plus d'exactitude qu'il sera possiblt. 



( 280 ) 

0° Sa religion, Sdii culto, sos rertinidnies ; 

10" Ses. aits, son induslric, son agriciillure, los pio- 
lessions diveiscs, la chasse , la p6che , la naviga- 
tion, etc. 

Enlin les maladies proju'es au pays : cette matiere 
fail Tohjet d'un rapport special de M. Jules Cloqucl. 

L'expedilion aux sources du Nil est pourvue d'ar- 
listes photographcs qui saisiront sans peine la physio- 
nomie des natifs; ils recueilleront sans doule des por- 
traits iideles, niais la ne doit pas se borner I'elude de 
la conformation des races ; indc'^pendamment de la 
teinle de couleur, il faut observer et decrire les pro- 
portions exactes chez les deux sexes, et toutes les con- 
ditions qui distinguent une race d'une autre race, un 
type de tous les autrcs. L'Africjue est riclie en types 
difleronts, et aiissi bien au midi qu'au nord de I'eqiia- 
teur. On parle beaucoup des Dokos, population d'une 
tr^s courte stature, qui seml)le correspontire a la race 
des Pygmeos, donl I'antiquite nous a conserve la tradi- 
tion loiijours irailee de pure fable : on pourrait recher- 
clier ce qui y a donne lieu. On cile aussi les Wabili- 
kimo j)ar 29 degres E. et 2 degres S. 

Nous n'entrerons dans aucun develop[)emont sur les 
autres branches des etudes elhnographiques; I'inti- 
lule des dix classes ci-dessus enumer^es dispense, en 
quelque sorlc, de tout autre detail ; cependant il faut 
dire quelque chose du langage. Rien n'annonce que 
les tribus riveraines du NilBlanc possedent une ecri- 
ture phon^lique, soit alphabiHique, soit syllabi{|ue, 
comme les poj)ulations qui liabilenl I'Abyssinie le long 
des rives du Nil Bleu, sauf peut-elre quelques iudi- 
vidus isoles qui onl ptinetre jusqu'a Gondar; niais la 



- ( 281 ) 

langue ties natlfs n'en est pas moins curieuse a ^ludier. 
On sait tr^s peu cle chose sur les divers dialectes qui se 
parlent depuis Rhartouin jusrju'au !i° degre, et rien 
n'est connu au dela. Le langage du Daifour et du Ror- 
dofan n'est pas inconnu; du moins on a recueilli des 
vocabulaires asscz. etendus avec des exemples qui font 
entrevoir la construction grauimalicalc (1). Au Dar- 
four, pays musulman , on ecrit avec le caractere 
arabe, ce qui a poniiis de transcrire les mots avec 
assezd'exaclitude; mais les voyageurs qui ont remonte 
le Nil-Blanc n'ont rappoi'te que ties peu de donntlies 
sur les dialectes des riverains du Nil-Blanc, les Dinkas, 
les Schellouks, les Noueyrs, les Ryks, les Elliab, les 
Barrys. La comparaison do ces dialectes avec le 
fouraouy, d'une part, et, de I'autre, avec les divers dia- 
lectes nubiens que Ton connait assez bien, surtout 
avec ceux de I'Afrique centrale, ne peut manquer de 
jeler de la lumiere sur I'origine des tribus qui habi- 
tent le long du Nil superieur. 

Le caractere d'une population se revele assez sou- 
vent dans ses jeux, ses danses et ses chants. On doit 
d^sirer que les voyageurs recueillent soigneuseinont 
ces derniers et ne manquent pas de les noter, ainsi 
qu'on I'a dit plus haut, malgr6 la difficult^ d'en saisir 
les modulations. 

II ne faut pas negliger de recueillir tout ce qui se 
rapporle aux superstitions dos Indigenes, lout ce qui 
peut expliquer ces aberrations de I'esprit luiraain. Nous 

(l) Voyez le Voyacje au Driifour, par le cheykh MohamineJ-eU 
Tounsy, tiaduit do I'arabe par M. Perron, et public par M, Jomard. 
In-8°, Paris, 1845. 

XII. OCTOBRE ET NOVEMBRE 7. 19 



( 'm ) 

Savons qu'au Darfour, comme au Ouaday, il exisledes 
devins en renom, toujours consull^s dans la palx et 
dans la guerre, pour Jes manages, pour les expedi- 
tions, pour les differentes Iransaclious (1). A cote de 
ce qui est ahsurde et ridicule, il y a parfois des obser- 
vations curieusos, propres a inanilester le caracl^re des 
families africainos et leur tendance plus ou moins 
grande a se civiliser. 

g IV. — Obsejvations dwerses, climat et productions dn 

pays. 

Ces observations se ratlachenl a la meteorologie, 
mais nous ne parlerons ici que de ce qui regarde les 
crues du Nil en divers lieux et les circonstances atmos- 
ph^riqnes en rapjiort avec ce phonomene si important 
pour les populations, depuis I'origine du fleuvo jusqu'a 
ses embouchures ; et Ton croit que le d^veloppemeqf; 
de son cours doit egalersept a huit mille kilometres, ce 
qui, sous ce rapport, le rend peut-etre supt^rieur alous 
les fleuves connus. Les observations que Ton possede 
sur les opoques de I'ascension du Nil ne sont parfaite- 
ment exactes que dans le cours inferieur du fleuve, a 
partir de son entree en Egyple. Comme les pluies tro- 
picales son I une des causes les plus eflicaces de cet 
accroissement, il csl a souhaiter (jue les voyageurs 
observent avec attention ot, en divers lieux, quelle est 
I't^poque ou conimencent ces pluies, quelle est celle oil 
elles finissent. On sail que les pluies estivales sont sou- 
vent torrentielles en de^a et au dela de I'equateur, 
maisd'unc durde et d'une inlensite variables. A defaut 

(i) Voyez le Voyage au. Darfour, pages 3a2 et suivantes. 



( 283 ) 
d'une determination exacte, co qu'il serait impossible 
d'oblenir pendant une exploration limilee a deux 
annees, il sera utile de recuolllir sur ces Irois points; 
epoque, duree, qiinntite, desdonnees approximativcs. 

La limilc geogra])hique des pluies lropical(?s sur 
lout le globe est une donneo qui manque encore a nos 
connaissances; elle serait fort utile aux voyageurs qui 
ne sonl pas munis d'instrumcnts, ou qui en ont ^t^ 
priv^s par dos accidents; elle fournirait une approxi- 
mation pour fixer a peu pres la latitude : il serait facile 
de donner desexemples a I'appui de cette observation. 
Quant a I'epoque de la fonte des neiges, comparee a 
celle de I'accroissement p^riodique du Nil, on ne pent 
la demander aux voyageurs que pour le cas possible ou 
ils approcheraient assez du mont Renia, situe, comme 
on sail, au dela de 1 degre sud. 

On a longtemps cru que le tonnerre no se faisait 
pas entendre dans la vallee du Nil; cette erreur a 6te 
repanduepar certains voyageurs, et accreditee paries 
compilalions. II- est vrai que les eclairs sont plus fre- 
quents que le bruit du tonnerre; peul-etre est-ce a 
cause de reloignement que ce bruit ne se fait pas en- 
tendre (listinctement. 11 serait inleressant qu'on nolat 
avec soln ce plienomfene sur le journal du voyage. 

La division des .saisons dans ce climat est bien dif- 
ferente de ce qu'elle est en Egyple. Selon le cheykh 
Moliamn»ed-el-Tou!isy, les salsuns, au Darfour, sont 
en avance d'environ trois mois sur les saisons en 
Egyple. Le printemps, Tet^ et I'aulomnc de I'Egypte 
correspondent a Tele, a rautonme et au printemps cju 
Darl'our. Pendantl'ele ell'aulomneduSoudai}, lespluies 
lombent en abondance, duniois d'avrilau mois d'aout, 



( 28/1 ) 
et partie de seplembre . On appelle rouchdch, au Diirfour, 
celte premiere ('poque des pluies estivales ou tropi- 
calcs ; eiles devicnnent ensuite diiuvi.nles et lorren- 
tielles : ces pluies s'^coulent jusque dans le bassin du 
Nil, dont dies conlribuent ei alimenter la crue (1). 

II appartieiit aux naturalistes de tracer les inslruc- 
lions dont les voyageurs ont besoin pour se guider 
dans leurs recheiches ; nous nous bornerons ici a une 
simple indication de certains veg^taux utiles, du Dar- 
four et du Ouaclay, qui ont probabiement leurs analo- 
gues dans les regions un peu plus m^ridionales. Nous 
donnons en note la liste abr^gee des arbres que le 
cbejkb Mobammed-el-Tounsy a remarques dans le 
cours de son voyage, pendant un tr^s long sejour, et 
qui, pour la plus grande partie, ne sont point en 
%pte(2). 

(l) Voyez Voya(je au Dnrfoiir^ p. 34o, 34 1- 

On recomniande au voyageur d'observer la difference de la quan- 
tite de pluie au sonitntt dps montagnes ou dans la piaine. On de- 
mande egalenicnt s'il n'existe pas, au fond des lacs, des sourees qui 
conlribuent soil u rexhaussemcnt du niveau des eaux, soif dans ces 
lacs, soil dans les rivieres qui en de'coulent. 

Selon certain rapport, il existerait un voican en activite, par 
2 degres sud (,t 3 1 degres est. 

(a) Outre le dourali, IIolcus sorijho ^ nppele en Egyple Dourah be- 
laiiy, Us I'oriens cultivenl un douiali b/aitc, suinomme Abou.- 
Chalaulnu, cjn'ils preferent a I'autie. lis onl aussi deux especes de 
millet, le Doukhn cotninun (jui i.st jauiir, et le D. diiiby nni est 
Llanc. 

Le riz appele Defrvli est prefere au riz couiniun; il est d'un beau 
blanc. 

La feve d^DArfour inurit sous terre: elle est de plusieurs couleurs : 
la iaune, la blancbe, la rougc-clair et la brune. 

VUejjlyt/ est I'arbrele plus repaudu, il cji (;rand comine le syco- 



( 285 ) 

§ V. — Remarques historiques» 

Jusqu'ou s'etcndait Tancien empire de MeroePC'est 
une question a laquelle il est presque impossible de 

more d'figypte. II y a le jaune et le rouge, selon la couleur du fruit, 
lequel est de la grosseiir d'une grosse dalte ; ramande du fruit se 
mange grillee ou cuite au miel. On fait une pate avec le fruit de I'he- 
gleyg rouge. 

Get arbre est pour les Foriens ce qu'est le dattier pour les fegyp- 
tiens; les jeunes feuilles servent d'assaisonnement. Le fruit mis en 
pate fait un savon cumrae les racines pilees ; les feuilles sont anti- 
vermineuses, le bois sert a eclairer et ne repand pas de fume'e. La cen- 
dre de ce bois donne le Kaubau, sorte de saumure proprea I'assai- 
sonnement. 

Le Nabk-Karnau a un fruit jaune qui sert a faire une pale astrin- 
gente centre ia diarrbee : I'amande du fruit se mange cuite dans le 
miel, la feuille macliee est un specifique contre les vers. 

Le Baobab est bien connu, mais I'lissge du fruit est a noter; la 
graine est revetue dune putpe blanche, dont on prepare une creme 
excellente. 

Le Deleib ou Doulab [Gauz-Hlndy^ noix d'Inde) est de la gran- 
deur du dallier; on connait le lait que renferrne sa noix. 

Le Honuneld est un aibre e'pineux dont le fruit a un noyau, et a 
la forme d'une giosse pomme. 

Nous nommons seulement le palmier Doum [Corypha thebaica)^ 
si commun dans I'I'jgypte superieure. 

UAndourab a un fruit rougp, sembiabk- a la baie de la moi elle. 

Le Gueddebn a un fruit savoureux, a double noyau, d'une forme 
toute particuliere. 

Le Moukkhait est uii petit arbre dont le fruit seche et pulverise 
donne une faiine que I'on convertit en bouillie. 

Le Loidou porte un fruit semblable a celui du marronnier, mais 
plus rond et d'un ton plus clair, dont la cbair est moelleuse, et qui 
donne une buile dont le gout est analogue a celui de I'huile 
d'olive. 

II existe encore dans le pays beaucoup d'autres arbres fruitiers. 



( 286 ) 

repondro, Lint sonl raies les passages des auteurs 
anciciis sur cet interessant siijel. On sail, )>ai' los geo- 
^raplies dc I't'Cole d'Alexaiidrie, (jiic sous los Ptole- 

Outre le Colon (lit aiabe, mais parliculier an pays, lis Foriens ont 
le rotoii Lnoiy, on colon dit indien ; ils en fabri'jiu-iit loules sortes 
d'etoffes et de lissns. 

On cite encore rOc/inr, don t la feuille porta iiii sue laiteuN,ct le fruit 
une Ijourre soyeuse <pii se tile tres Lien ; le Liois en esl exiessiveraent 
lejjer : c'cst uii aibre (jui sen a traverser les rivieres ; \it Sunt, proprc 
au tannage, le Seyal et le HacUab on Gonitnicr s'y tnuivent eoninie 
daos la Uaute-ligypte. 

Selon M. Brun-Rollet, la grande tribu des Clieluuks se nourrit 
d'uiie espece paiticiiliere <le riz. 

Quelque nombreux que soient les vegelaux du Souilan oriental, 
meme au Darfour (le nombre en est immense, dit le clieykh el-Toun- 
sy), oil fie doit pas craindre dV-ngajjcr les voyajjenrs a rapportcr 
tout ce qu'ils tronveront de i'eninr(|ual.)le , et un grand nombre 
d'eclianlillons, au risque de recueillir des choses deja connues ; il 
n'est pas possible que certaines de ces especes tropicales ne convien- 
nent point soil a I'Algerie, soil a nos colonies d'Anie'rique, et ne 
soient faciles a accliniater. 

UEbine nous vient par le Dartour, inais I'.irbie n'y irolt pas; 
c'est du Dar-Fertyl, pays plus cloi;;n(; au sud, qu'on li> lire; il en est 
de meme du Gvijh&n, arbre a truit, et dn Gaiia, tres joli bois dont 
on fait des lances. Les feuilles du Chalaub., quand on les maclie, ont 
la projiriete de faire passer I'odeur vineuse. 

Le Dagarah, plante berbacee, a un sue (ju'on cmploie avec succes 
dans les ophllialmies aigues. 

II est encore d'autres planles curieuses a examiner, et (lue ramas- 
sent soigneusement dans les vallees et sur les monlagnes du Darfour, 
certains individus formant ccole, exerces a ce genre de rechercbies ; 
on les ap[)clle Maralyn^ c'est-a-dire bcrboristes, ou pintot raci- 
niers (']. 

• II y a encore ilcs hcrbcs et des raciuos qui sont doticcs dc vertiis parti- 
culieres ct mystcrictises, et qui ont, dit-on, de certaines proprietes qu'exagere 
baucoup la superstition : tcmoiu la raciac dout on compose Ic breuvagcappelo 

Ndrah , 



( 287 ) 

inees I'Egyple I'aisait un commerce habiluel avec 
I'Ethiopie. Elle en tirait beaucoup de fer d'excelleule 
qualite, aiatiere qui manque tout ;'i fait a I'figypte, et 
aussi de I'ivoire, des gommes, du cuivre et de I'or, ct 
probablement des bois de construction, qui no sont 
pas moins que le fer Strangers a I'Lgypte. A une 
epoque bien phis eloignee, les Automoles , colonie 
egyptienno, s'etaient etablis dans renipire etiiiopien, 
sous PsamuK^tique, sept siecles avant I'ere chr^tienne. 
Ail temps d'lierodole, celle colonie d'exil^s volonlaires 
existait encore; c'est probablement a cetle emigration 
que remontent les rapports de I'Egypte avec I'fitbiopie 
int^rieure. 

L'occasion se pr^sente, pour la premiere fois, de 
visiter ces contr^es loinlainos ; beaucoup de voyageui's 
oiit parcouru, sous les menies latitudes, la partie 
orientale de I'Afrique ; mais aucun n'est alli^ uri j)eu 
loin a I'ouest de I'Abyssinie superieure, la jusqu'ou 
s'etendaient peut-6tre les limites de I'ancien empire 

Quant aux animaux, encore pen ou mal connus, que doivent re- 
celer les hautes regions du Nil, on se borne ici, mais seulement en 
passant, a appeier I'attentionsur un Cfrtain rhinoceros d'espece parti- 
C'uliere, a|)pek' par les Arabes Abou-Curii, dont I'existence est attes- 
tee par les nalifs, et que pkisieurs voyageurs ont suppose etre VUni- 
cornis de Pline, le Reem de la Bible, en un mot, I'animal repute 

fabuleux connu sous le nom de Licorne. Ge n'est pas ici le lieu 
> 

d'apprecier ce qu'il y a de vraisemlilahle dans leur re'cit, ni la dis- 
tinction qu'on a faite enlre linsertion de la corne sur le front clicz 
cet animal, et i'insertion de la corne sur le nez chez le rhinoce'ros or- 
dinaire. On peut lire a ce sujet avec interet un passage du Voyane 
au Ouaddf, par le cheykli ^NIohainined-t'l-Tounsy, et, dans la pre- 
face, les remarques sugge'rees par ce passage curieux (**). 

•• Voyage au. Ouaddf, preface, pages liv a lxiij, et pages lAO et 
suivantes du textc, in-S. Paris, 1851. 



( 288 ) 

elhiopien. Aujourcriiui qu'une expedition pourvue dc 
tous les moyens d'exploralion va so rendre h I'ouest 
du 30' ni^ridicn et dans les laliliides eqiiatorialcs, 
noiis pouvons esporer des icnsi>ignements qui per- 
mettront do comparer la siluatioii acluelle de ces po- 
pulalions avcc celle qu'ont decrite les anciens auleurs. 
Deja Ton est en 6lat de se former une opinion a cet 
^gard, au nioins jusqu'au 5" degro nord de latitude, 
grace aux rapports do M. d'Arnaud et aux nombreux 
objcts que lui cl sos succcsseurs ont rapporles en 18/il 
et depuis. Ces objels donnent une idee de I'dconomie 
domestique des habitants el de leur degre de civilisa- 
tion. Or, quiconque a examine les bas-reliefs et les 
peintures egjptienncs a Ibsaraboul, a Medinet-Abou 
el a Karnak y a remarqu^ les scenes militaires ou Ton 
voit des marches de captifs, figures avec leurs armes, 
leurs armures, leurs costumes, leurs ustensiles, mar- 
chant en procession devant le vainqueur egyptien. II 
est facile de reconnaitre parmi ces tableaux ceux qui 
se composcnl d'Elhiopiens. Maintenant, si Ton met en 
parall^le les lances, les boucliers, les arcs, les orne- 
menls, les bracelets, les instruments, et beaucoup 
d'autres objets des scenes egypliennes, avec ceux que 
nous poss^dons depuis peu dans nos collections des 
rives duhaut Nil-Blanc, on reconnaltra sans peine la 
parfaile ressemblancc qui existe entre les uns et les 
autres. II est done av^r^ que, pendant plusieurs mil- 
liers d'ann^es, les Ethiupiens sont restes stationnaires ; 
on pent mfime croire que la civilisation a deg6nere(l). 

(i) II semblnrait aussi resulter de cesremarques que les Egypliens 
anraic'iit ilf'^t'iuTc eux-niemcs dans ces reffions, comme si ic rlimat 
etait cuniraire aux progies et meme au maintien de I'etat de civilisa-* 
tion, 



( 289 ) 

Sans doute, comme le dit Strabon, la population 
^thiopicnne elait, de son temps, moins avancee que 
celle des I^igyptiens; mais il semble que, depuis tant 
de siecles, elle aurait du progresser, et il n'en est rien; 
ce fait n est pas sans int^ret pour I'histoire morale et 
pbilosophique des races africaines; il nierite d'etre 
medite et ses causes recberchces (1). Ici nous ne pouvons 
approfondir une telle question, dontcbacun voit I'im- 
portance,etnousd6sirons seulement que les nouveaux 
voyageurs ne negligent rien pour observer, decrire et 
constater d'une mani^re positive, le degre actuel 
d'avancement de toutes les tribus qu'ils visiteront, en 
le considerant sous tous les rapports pr^cedemment 
^nonces au paragraphe III. 

Si Ton s'en rapportait a un voyageur anglais, 
M. Ignatius Pallme (2), qui ^crivait d'apres le recit des 
Djellabs, il existerait, independamment des ruines de 
M^roe. des vestiges d'antiquit^s a Kab-el-Belull, dans 
un quartier bien recule au midi du Darfour et du 
Kordofan, a deux journees d'un lieu appel6 Caccie, 
Ces ruines sont presque enfouies sous les sables; mais 
on les compare aux grands monuments egyptiens. II 
n'est pas tout a fait superflu de s'en enquerir et de 
savoir ce qui a [)u donnerlieu a ce recit, sans doute 
exagere. On sail que le docteur Ruppell, savant voya- 
geur allcmand, a reconnu que les pretendues ruines 
egypliennes du Darfour meme etaient des colonnes de 
basalte. Le fait n'est pas non plus indigne d'etre con- 
stat6 sous un autre rapport que celui de I'arcbeologie. 

(i) Voy. Bulletin^ 4' seiic, t. VIII, p. 371 et suivantes. 
(2) Travels in Kordofan^ by Ignatius Pallme, etc., in-8°, 
1844. 



( ^iib ) 

idais si en effet il exisle des restes (]uelconques ae 
monuments an sucl ou au sud-esl dii Darl'our, ce fail 
siiigiillur prouveralt, ou quo les arts des Eg\ ptlens et 
ieur ciNilisalion ont rayonne jusqu'a une immense 
distance du siege des Pliaraons, ou blcn que dans cetle 
i)arlie reculee de lahaulo Etliiopie les arts se sont de- 
veloppes a une epoque cxcessivemeni reculee. 

11 V a moins d'incertitude sur Texistence des anti- 
quites qui subsistenl a Maudara ou Mandera, au centre 
de i'ile bu plutot presqu'ilc dc M6roe, bien qu'on ne 
les connaisseque de nom, el qu'aucun liurop^en n'en 
ait donne les dessins ni la description deuisn; tous les 
i-appbrts coincident sur ce point ; le site meme de Me- 
roe a ete parfailcmenl reconnu, decrit ct iigur6 par 
Si. Frederic Cailiiaud ; mais ni lui, ni aucun autre 
fiuropeen n'orit voyage a I'Orient ou au centre de la 
presqu'ilc. 

D'apr^sles anciensg^ographes, la myrrlie se trouve- 
irait sous la latitude de 2 degr^s nord, it sous ce menie 
parallele ily aurait une population d'eli^pbantopbages. 

A degre de latitude, sous I'equatcur meme, serait, 
selon Ploi^rn^e le geograpbe, une chalne de mon- 
fagries, Pylcei monies, et un grand lac, Coloc palus, 
cl'bii sortii'ait la branche appclee Astahoras (nom au- 
jourd'liui conserve dans cclui d'Jtlxira) et sous le 
15° paranoic nord, lequol fleuve rccevrait VJstapiis, 
I'autre grand bras du Nil. Deux aulres grands lacs, 
Pn/udes A ill, au 6^ degre sud, seraient alimentes par 
des rivieres venant du 13' parallele suil, sous lequel 
courraient les Montagues dein Lime, II faut avouer que 
cetle desrriplibn, tiree de Ptoli^mt^e, est ploiri^ d'ob- 
scurit^s ; peut-6tre les recits des naturels, nolamment 



( 291 ) 

des liommes des caravanes qui frc^quentent ces pays 
■et qui vieririent de la region du sud-est, pourront 
^claircir en partie ces antiques traditions. Ce qui ne 
serait pas le moins curieux, ce serait de verifier I'exis- 
tence d'un emporium ou grand marclie de Viiiteneiif, 
que Plolemee supposait exister au 2<= degre sud, sous le 
noind'£AA7>jfi(march6uioinseloignequeceluideRapta), 
attendu le rapport de don Angelo Vinco, savoir : que 
des inarchands venant da sud-est, soil de Zanzibar, soil 
de Monibaz, echangent des verroteries con Ire I'ivoire 
des nalifs; ces lionimes, dlt-on, ont le telnt rouge (1). 

JV. B. La premiere parlie de I'exploralion, niention- 
nee au § II ci-dessus, pourrait etre renvoyee au retour 
de rexpeditlon, si les circonstances du voyage I'exi- 
geaient, I'urgence de ce travail etant d'aillcurs nioins 
grande que celle des travaux de la seconde partie de 
I'exploralion. 

APPENDICK. 

LISTE DES INSTRUMEIVTS liMPORT^S PAR e'eXPI^DITION, 

Iiistnimeiits iVastronumie et de navigation. 

5 chronometres de Winnerl, savoir : deux a suspen- 
sion, u"' Z|20, Zi32; deux portatifs, n°* 302, 303; liii 
de poclie, n° 96. 

1 lunette de Roehon, 1 iiorizon a niercure, planchette 
a la Cugneau. 

1 cercle a reflexion, 1 sextant, 1 longue-vue astro - 
noraique, 1 theodolite. 

A". B. Le coinpas de route, la houssole de declinai- 
son, les lochs, sondes, etc., pris a Marseille. 

(i) Bulletin, 4' serie, t. VIII, p. 373. 



( 292 ) 

Objets fournis pour la photographic et instruments divers, 

Un tres grand appareil donnant des images de 37 
sur 28 centimetres, tr^s complel, pour faire des nega- 
tives SLir papier sec el cir6, et positives sur papier, avec 
tous les accessoires n^cessaires. 

IJn appareil donnant des images de 19 sur 23 centi- 
metres, tr^s complet, pour faire des negatives sur papier 
sec et sur verre, au niojen du collodion ou de I'albu- 
mine, et aussi pour faire des positives sur papier; ledit 
appareil avec deux chambres noircs, etdeux objeclifs, 
dont un pour paysages et portraits, et I'autre tr^s 
rapide et special pour vues instantanees. 

Les deux appareils sont munis d'objectifs combines 
doubles, a foyer variable, inventes par M. Chevalier 
pour les portraits et paysages; ils sont aussi munis 
d'une collection complete de produits chimiques, gla- 
ces, papier, le tt)Ut en vue de I'expedilion. 

Un appareil eleclrique, arrange d'une manl^re spe- 
ciale pour projeter la lumiere a une grande distance, 
et compose d'un pied de 3 metres de baut avec pla- 
teau tournant, lampe r^gulateur, et quarante grands 
elements de Bunsen. 

Boussole Burnier, boussole Messial, cercle, chalnes 
d'arpenteur, jalons, mesures roulantes, jumelles ma- 
rines, longue-vue, mires, lunettes a lire pour pres- 
bytes, myopes et cataracte. 

Grands stereoscopes de Wheatstone et divers pelits 
instruments. 



( 293 ) 

Personnel de Vexpedition chargee par S. A. le ince-rol 
d'Egypte de V exploration du Soudan ct de la recherche 
des sources da Nil, sous le coniinnndement en chef du 
Comte d'EscAYRAC de Lauture, ojficier de la Legion 
d'honneur. 

MM. AuBARET, lieutenant de vaisseau, chevalier de la 

Legion d'lionneur, aide de camp de Tamiral 

Hamelin (France). 
Maykr, ingenieur des mines, natif de Brande- 

bourg (Prusse). 
Richard, docteur en medecine et chirurgie, bota" 

niste, natif de Paris (France). 
BoLESLAWSKi, lieutenant en premier de pionniers, 

attache a I'lnslitulion inip^rialo et royale de 

g^ographie militaire, natif de Mitrovitz, pr6s 

Petervaradin (Autriche). 
Geng, lieutenant en premier de pontonniers, 

attache a I'lnstitution imperiale et royale de 

geographic militaire (Autiiche). 
Della Salla, lieutenant au 47^ d'infanterie. 
Comte KiNSKi, topographe, de Milan, attache k 

I'lnslitut imp(^rial et royal du g^nie militaire 

(Autriche). 
PoucHET, licencie (^s sciences, de Rouen (France). 
TwiFFORD, officier de marine, de Londres (Aiigle- 

terre). 
De BAR,dessinateur, de Monlreuil-s.-Mer(France). 
Clagne, dessinateur photographe, de New-Orleans 

(fitats-Unis). 
Taboureli.es, d'Elbeuf (France). 
BoNNEFOY (France). 



( 294 ) 

LE LAC N'YASSA 
DISTINCT Di; CELUi n'vKv.wkv/k. 



Lorsquo le missiomiairc anglais Erhardt puMia, il 
y a qiielques mois, sa carte du grand lac Equatorial 
c^'UkerewE ou d'Uniam^si, et son rapport a rap]ini, 
plusieurs p;eop;raphes ne crurent pas devoir immedia- 
teuient accepter comme certaine la rtiunion du lac 
N'yassi, deja place siir nos cartes depiiis longtemps 
sous le noni de Maravi, avec le grand lac situe plus au 
nord dont MM. Rebmann elKrapft avaient eu connais- 
sance en 1849, dans une de leurs explorations, sous 
le nom de lac d'Uniamesi, et que M. Erhardt d(^signait 
sous celui d'lJkErEwE (1). 

M. Erhardt avait cru, en comparant les recits de ses 
inlormateurs, qu'il ne devait exister aucune solution 
de continuity entre les rives orientales do cos deux 
lacs, du 1" degrE au sud de I'equaleur au 12% puis- 
qu'en ])artant d'un point quelconque de la cote, clans 
celte liniite, et en se dirigeanl vers I'ouest, on rencon- 
trait forcemenl (disaient ces inforniateurs) |e grand 
lac. II avait done ele conduit a n'indiquer sur sa carte 
qu'un seul grand lac, celui d'Lkerevv6 ou d'jJniain^si, 
se terininanl au sud-est par le sinus du N'yassa ou 
N'yassi. 

Un tel trace eut rencontre moins d'incr^dules si, 
panni les informations revues par M. Erharill, il s'en 

(l)Oii lie doit pas oublier que c'est j\l. le doeteiir Beke qui, lors 
de son voyage en Abyssinia, recueillit les premieres informations sur 
I'existence d'un grand lac equatorial, sous le nom d'Uniuniesi. 



( 295 ) 
fut Irouv^ une qui menlionnat une loiigue navigation 
du nord au sud ; d'Ujiji, par exeruple, point bien 
connu comme sitae surlo grand lac, a I'lin des passages 
du N'yassa, a Gnombo ou a Myenga ; niais il n'en a pas 
6te ainsi, et c'est a M. Eihardt seul que revient I'idee 
de la reunion des lacs. 

Ces deux lacs, ainsi que plusieurs savants le suppo- 
saient, seraient pourtantdistincls, et voici al'appui de 
celle assertion, la declaration faite par un Souaheli, 
nomine Mobamed-ben-Khainid, tres intelligent, eleve 
en Angleterre, et ancien capitaine au service de Said- 
Said, le sultan de Zanzibar. M. Beke lui ayant mis 
sous les yeux le rapport et la carle de M. Erbardt, 11 
assura sans b^sitation que la reunion de ces deux lacs 
n'existait pas, et qu'au lieu d'un il y en avait deux: 
I'un N'yassa, beaucoup plus petit, plus au sud, et plus 
pr^s de la cote; tandis que I'autre, le lac de Mono- 
moezi, est beaucoup plus grand, plus au nord, et 
davanlage dans I'interieur des lerres. Dans la langue 
sounbeli, lis sont particuliereraenl appelesZ/tva lawa- 
njasso ou lac de la tribu de N'yassa, et Ziiva laivn- 
njamu'ezi ou lac de la tribu de Nyamwezi (I'llniamesi 
de M. Rebniann). Ceux des Souabelis de Zanzibar 
qui trafiquent avec I'interieur, saventfort bien que ces 
deux lacs sont dlstincts I'un de I'aulro. Les tribus qui 
habitent sur lours bords sont dilTerentos, et les embar- 
cations qui naviguent sur I'un ou sur I'autre variont 
par Jeur force et leur construction. Celles que Ton 
emploie sur le lac du sud sont petites, tandis que celles 
qui naviguent sur le grand lac sont des bailments 
pouvanl contenir de soixanle-dix a quatre-vingls per- 
sonnes. 



( -296 ) 

Les routes qui conduisont a ces lacs sont egalement 
distinctcs, et elles n'onl pas la meme direction, car 
cellc (jui de Quiloa uione au lac N'yassa, se dirige 
vers le sud-ouest, tandis que celle qui conduit au lac 
Nyamwezi, en partanl soil de Bagoyo, soit de la riviere 
Pangani, prend une direction nord-ouest. 

Cette nouvelle information, lout en niodifiant le 
trac6 de la carte de M. Erhardt est d'accord avec lui en 
ce point: c'esl qu'au nord du N'yassa, il existe un 
vasle lac silue plus a I'ouest dans I'inl^rieur des 
terres, mais distinct de celui-ci, et que sur ce lac, on 
naviguc a I'aide de grandes et fortes embarcations. 

C'est la un point important pour I'avenir de la 
geographic d'Afrique, parce que nous savons mainte- 
nant qu'il existe au centre do ce continent, des tribus, 
des nations enti^res separees les unes des autres, non 
pas par un desert, toujours si difficile it franchir, mais 
bien par une mer navigable, et que lorsque les Euro- 
p6ens seront parvenus jusqu'a ses rives, on pourra 
facilement I'explorer et entrer en relation avec les 
peuples qui habitent au dcla, c'est-a-dire au cceur 
meme de I'Afrique. 

C'est par Quiloa, par les ports de la cote orientale, 
que Ton pourra le plus facilement gagner cette mer 
interieure. Ce sera la un important debouche pour le 
commerce europ^en, surtout lorsque le percement de 
I'islhme do Suez aura mis la mer des Indcs a quelques 
jours de navigation de la Medilerranee. 

V.-A. Malte-Brun. 



( 297 ) 



EXTRAIT 

d'uNE LETTRIi DU COl.ONEI. DK NEVBU A M. JOMARD. 

Alger, aS aout i85G. 

Les Touareg, loisqu'ils sont venus ici, m'ont 

assure qu'il se trouvait dans lour pays des livres ecrils 
en langue tar-guia ; i'admcis ce fail comnie possible, 
niais je n'oserais pas le donnei' comme parfaitement 
cerlain. Je suis beaucoup plus convaincu au sujet de 
I'ecritiuo dile tifinak, comme le pronoiicent les Arabes, 
mais qui doit etre tifuiaght, d'aprfes les donn^es de la 
langue Ijcrbere. Je vous envoie, ainsi que j'ai eu 
I'honneur de vous le pi'omettre, la copie tr^s exacte 
des trois inscriptions que je poss^de. 

La premiere, dans I'ordre des dates, a etc copiec sur 
un bouclier envoye an marc^chal Randon par le khalifat 
Si-Hamza-bcn-Boubekeur des OuladSidi-Clurkh. 

La deuxieme a ele envoyee par le general Desvaux, 
dans la tournee qu'il lit a I'oued Souf pendant I'hiver 
de 185Zial855. 

La Iroisieme enfin a 6te copiee par inoi-m6me sur 
un bracelet de pierre que portait, au-dessus du coude 
du bras droit, un beau, grand et vigoureux gargon 
nomm6 Abdel-Hakem-ben-Tchikat, I'un des quatre 
zouaves venus a Alger en Janvier 1856. Le bracelet 
etait d'un Ir^s beau noirj mais, gratt<5 avec un canif, 
il laissait apercevoir une teinle gris tres clair. Le noir 
etait done unc couleur qui avait 6te etendue sur sa 
surface. L'ecriture 6tait sur la face externc. Tout 6lait 

XII OCTOBRE ET NOVBUBRE. 8. 20 



( 298 ) 

siir la memo ligne iaisant le tour dii Iiracelet. 
D'apr^s des renseignements que j'ai pris aujour- 
d'liui meme, et cependant pour la dixiome fois au 
moins, il ne saurail 6tre douteux que des inscriptions 
nombreuses ne se renconlrent dans le pays dos Toua- 
reg. Du c6t6 du Tounl, a Insaiali in6me, a Aoulef, a 
hi Zaouia de Mouley-Hiba, on en trouve en quantite 
sur les rochers. 11 est a cioire que quelques-unes rc- 
latent des Tails curieux et interessants, mais le plus 
grand nomhre sont des billets iV amour. Ainsi la formule 
la plus frequente est : Un (el airne une telle. Quelque- 
fois meme ces curieuses dt^ciarations sont en sens in- 
verse, el, m'a-t-oii dit, on pent lire : Unetelleaime un 
tel. Les sentiments d'amour ne chcrchent done gufere 
ici le mystere. 

En dehors de ce renseignement, je dois ajouter que 
les Irois inscriptions que j'ai I'lionneur de vous adres- 
ser onl et^ faites par des femmes, et qu'elles sont 
I'expression de sentiments de ce genre. Si, comrae je 
I'espere, j'ai encore I'occasion de revoir bientot des 
Touareg, je vous promels de vous donner une com- 
plete explication de ces inscriptions, mot a mot. 

J'ajouterai en passant qw les Touareg ne se con- 
naissent pas eux-m6mes sous ce nom de Toudreg on 
Touaricks; ils se nomment Amacher on Amajer au 
singulier, el Imouchar ou Imou/di- au pluriel. La tra- 
dition les fait venir de Toued Targui, riviere du sud- 
ouesl de Tempire de Maroc, d'oii ils se sont ^tendus 
dans tout le Sahara, el les Arabes Is ont toujours de- 
signes sous le nom de Targui an singulier, et Touareg 
au jiluriel. (Ce dernier renseignement a besoin d'etre 
controls ; je ne le donne pas comme certain.) 



( 299 ) 

Le mol tifjiak, di^signaiit I'ecriture des Toiiareg, 
est irrecusable ; c'est nion ami Ic colonel Boissonnet 
qui I'a donne le premier, et il n'a rien avaiice que de 
tres exact. 

Quant a Insahah, son Etymologic est bien Ain Salah 
(la Fontaine de Salah), mais on doit prononcer Insalali. 
Ce n'est point une ville, c'esl une reunion de villages 
qui fait parlie de la circnnscriplion dile le Tidikeult, 
Si Ton a conserve queiques-uns des papiers du uial- 
heureux et regrettable major Laing, il doit etre facile 
de controlor la verity de ce que je dis. II en est de 
meme d'Akabli ou Agabli, qui est aussi une reunion 
de villages formant le groupe le plus meridional de 
tout le Toual, et que Ton a designe par ce nom qui 
veut dire le plus au sud (El Guebeli). Le village qui est 
le dernier dans la direction de Tenboktou porte le 
nom de Bou-Naama. J'ai lous les noms des divers 
centres de population du Tidikeult. 

Revenons a Insalah. Cette ville, ou plutot ce groupe 
de villages fut fonde par un nomme Salah. Get homme 
apparlenait a la fraction des ouled Amar Mellouk, qui 
faisaient parlie des M'hamid de Tripoli. Le h^ros tri- 
politain, qui recemment vient de faire insurger le 
Djebel contre la puissance turque dans cette regence 
Ghouma ou R'ouraa, est le chef des M'hamid, et, par 
suite, de la meme I'amille que les habitants d'lnsalah. 
Salah, ayant eu des difficultes avec ses IV^rcs, se i etira 
dans I'ouest, et vint dans le Tidikeult ou il fonda Insa- 
lah, d'oii le nom d'Ain-Salah. Les ouled Amar Mellouk 
enfre eux, se nommcnl encore les ouled El Ghadebene 
(les enfants de I'homme fachd, de I'liomme chagrin^). 

Les ouled Amar Mellouk se diviaent en Irojs frac- 



( SOO ) 

tions : les oulod Bou Bousaada, les ouled Bahainmo, 
les ouled Balja Aissa. 

L'identite dc la langue touarog et do la langiie ber- 
bere est aujourd'bui un fail acquis ; il ne laisse plus la 
moindre incerliludo. M. le capitaine Hanoleau, I'liii 
de iiies adjoinls au bureau politique, vicnt de laire un 
travail foil remarquable sur la langue berb^re ou 
kabilc; niais le mot Berbere est plus genital. Cc travail 
est en ce moment au ininistere de la guerre. C'est une 
grammairo (\m laisse bicn loin derriere elle les tra- 
vaux de Venture de Paradis, de Hodgson et de New- 
man(l).La connaissance de la langue berb^re, acquise 
par les etudes de M. Hanoleau, lui a fourni tous les 
moyens dc la comparer ;'i la langue des Touareg, et 
lui a [lermis de prononcer avec I'assurancc la plus 
complete quo ces deux idiomes n'ont qu'une seule et 
meme souclie. lis ont un nombre considerable de 
mots identiques ; les conjugaisons sont parfaitcment 
les monies ; les pienoms personnels n'oHVenl pas la 
plus l^gore dilft^rence. l\ n'on faul pas aulant pour se 
former une conviction bien fondee. 

Dans votre lettre du 3 juillet, vous me parlez d'un 
jeune voyageur, M. Couturier. II etait parti d'ici au 
mois de Janvier, en m6me lemps que les Touareg, et 
jo I'ai accompagn^ dans le sud jusqu'a I'oasis de Bri- 
zina. M. Couturier devait resler a Brizina assez long- 
temps pour se mettre tres bien au couranl de la langue 
arabe, adminislrer des secours aux malades de la 
localite, se faire un peu connaitre pour donner con- 

(c) Ce travail a (ku souinis par lu inluistre a une coiiiiiiission dc 
I'Acadeniie des inscriptions et belles-lettres. E. J. 



( 301 ) , 

fiance, puis parlir pour Insalali. Apres un sejour 
d'un mois ou d'un mois et clemi, M. Couturier fut pris 
a Brizina d'une fievre violente qui obligea le clief de 
la ville a prevenir le commandant superieur de Gery- 
ville que le Frangais resle a Brizina se trouvait dans 
un etal de maladie grave. On I'envoya cliercher ; on 
I'installa aussi bien que possible a Geryviile ou il fut 
d'ailleurs parrailement soign^. A quelque temps de la, 
il ful evacu6 sur I'hopital miiitaire de Saida, puis 
apros un certain intervalle Iransporte a Mascara. C'est 
la (ju'il est deced^, entoure tie toules les attentions 
possibles ; le mal dtait Irop grave, la science n'y |)ou- 
vait plus rien. M. Couturier 6tait un jeune homme 
courageux, mais d'une constitution debile, qui des le 
debut ne nous laissait pas grande esperance de le voir 
oonduire son entreprise a bonne fin. Je rcgrelte beau- 
coup ce brave jeune homme que j'avais ete a meme 
d'apprecier et de connailre pendant le long voyage 
que j'ai fait avec lui. Je ne crois pas que la morl de 
M. Couturier puissc avoir pour resultat ci'eloigner les 
personncs qui desireraient voyager dans le sud. Les 
circonslances que je viens d'avoir I'honneur de vous 
raconter, et de I'exactitude desquellesje suis parfaite- 
ment sur, n'ont rien de commun avec les dangers ou 
les diflicultes donl les voyageurs ont souvcnt la jier- 
spective el les ^preuves. 

Je partage entierement voire maniere de voir, deia 
bien ancienne, puisqu'elle est ant^rieure a la con- 
quete d'Alger, de lendre vers Insalah. A notre place, 
les Anglais y seraient deja. lusaluh est un point d'une 
extreme importance. C'est la que se groupent Its ca- 
ravanes qui se rendent a Aghades et Rano, etc., el 



( 302 ) 

celles qui voiil a TeiihoklDii ; c'cst 1^ que se separent 
celles qui, venant de ces regions meridionales, vont 
tfusuilc a U'damfes, a Timimoun, a Tafilet, a Fez, a 
Figuig, etc. 

Je re^ois a I'inslant des letlres qui me sont atlress^es 
par les chor.s louareg ; mais le ilopart du courrier nc 
me p«rrael pas cle vous dire ce qu'elles contiennent. 

E. DE Nbveu, 

Colonel d'etat-major, chef du bureau politique. 



EXTRA IT 

d'une lettre de m. d'arnaud a m. jomard. 



Alexandria (Egypte), 2b octobre i856. 

...J'aui'ais bicn desir^ completer mes travaux g6o- 
graphiques par la decouvcrle des sources du flenve 
Blanc, mais les circonstances s'^tant oppos^es a ce 
projet, et le choix du vice-roi d'Egypte elant tomb6 
sur M. le comle d'Escayrac, il n'y avail plus rien a 
I'aire pour moi que de I'aider de mes travaux ct de 
mou experience dans cette enlreprisc, qui doil lour- 
ner au profit des sciences; aussi, sur sa deinande, je 
n'ai pas hesile un instant a I'autoriser a prendre un 
caique do ma grande carle in^dile, que vous avcz dans 
les mains, dans la crainte que je I'usso absent a son 
passage ici, ce qui m'aurait priv6 du plaisir de le lui 
oflVir moi-mSme. Conlre ma prudente provision, nous 
avons et6 assez heureux, Seliin-cnpitan et moi, pour 
recevoir les meirdjres de la nouvelle exploration a 
Alexandrie, et porter un toast a leur succ^s. Le len- 



( 303 ) 

deiiiain, j'ai accorapagne ces messieurs au Caire, ou 
j'ai, pendant une qiiiuzaine de jours, cause avec cha- 
cun d'eux et donne lous les renseignements qui pou- 
vaient leur etre utiles; de plus, j'ai mis a leur dis[)osi- 
tion, pendant tout le temps, mes journaux de joule, 
cartes, comme tous les documents qui pouvaient les 
int^ressei", avec I'autorisation tie copier ce qu'ils juge- 
raient devoir leur 6lre utile. lis ont, en outre du caique 
que vous leur avez remis, pris encore deux copies de 
ma carte sur I'original, copie les sections sur les fleu- 
ves Blanc et Bleu, des observations astronomiques, 
des vocabulaires, etc. 

Si vous pensez toujours que la publication de ma 
grande carte puisse etre encore utile, ou , plutot, si 
vous trouvez un editeur qui veuille s'en charger, man- 
dez-le-moi de suite... 

Le vice-roi faisait le projel, il y a quelques jours, 
d'aller a Souakin, oil il va faire etudier le projet d'un 
chemin de fer de ce point a Berber. II est probable 
que, dans ce cas, ii m'eut emmcne avec lui, s'il no 
m'avait charge de travaux imporlants sur le canal dit 
Mahmoudieh, je veux dire de la construction de deux 
echises de 12 metres de largeur, aux deux extr^mites 
dudit canal, en meme- temps que ietablissemcnl de 
pompes a feu de la iorce de cinq cents chevaux pour 
i'alimeutor, afm de faciliter la nouvelle compagnie de 
remorquage a vapeur. 

Linant-bey s'occupe activement de I'^tablissement 
des chanliers d'ouvriers, qui vont etre employes au 
canal d'eau douce du Caire a Suez. D'Arnaud. 



( 30/i ) 
EXTRA IT 

n'vNE I.ETTRE nii M. KOIII. A M. .10MAHD. 

Washinpjion, 6 sppteiiibrR i856. 

Apres mon arrivce a New -York en seplt'iii- 

bre 185Zi, jc me suis liale d'aller au Canada, ot j'ai 
parcouru ce pays int(iressant, aussi bien le Bas-Canada 
que la province superleure, en deux mois et demi. 
J'ai cle enchante la, aussi bien par la nature grandiose 
du pays que par scs bons liabitanls frangais. De retour 
a New-^ork, j'ai ^crit une description de mon voyage 
au Canada, qui, depuis, a ete inijniniee en Alleuiagne, 
cbez Cotta. En nieme temps, j'ai lu, a New-York, a la 
Societe historique et geographique , quelques rne- 
moires sur le pi'incipal but de mon arrivee dans ce 
pays, c'est-a-dire mon ouvrage sur I'liisloire de la de- 
couverte de I'Amerique. Au commencement du mois 
de f^vrier 1855, je suis alle a Washington, oil Ton m'a 
invite d'ecrirc pour le gouvernemenl ou pour le Coast 
survey (Bureau hydrographique), I'bistoire de la d6- 
couverte et de Texploration et des reconnaissances de 
la cote Pacifique des Etats-Lnis. J'ai execute cet ou- 
vrage difficile pendant les mois de f^vrier, mars, avril 
el mai, de la uiani^re suivante : 

1° J'ai donn6, dans une premiere parlic de I'ou- 
vrage, I'liistoirc generate cle la decouveile de ladite 
cote depuis Corl^s jusqu'aux voyageurs et exploraleurs 
modernes (Wilkes, Mofras, etc.), et jusqu'aux opera- 
tions du Coast survey am^ricain. 



I 



( :?05 ) 

2° Dans une seconde paiiie, j'ai donn6 I'histoire 
spi^ciale do chaque cap , port , baic , lie , banc , 
fleuve, etc., do la cole, el aussi I'histoire des noms el 
de leurs changements. 

3° Ensuile, j'ai ajoule, pour illustrer I'ouvrage, a pen 
pres cinquantc copies reduites de vieilles cartes, rela- 
tives a I'histoire de cette meme cote, et j'ai ajoute des 
notes critiques et hisloriques a chaque carle. 

4" J'ai ajoule aussi une grande carte spcciale de 
toule la role, en deux feuilles, dans laquelle j'ai ex- 
primi!! ])ar des couleurs la suite des decouvertes, d'a- 
pr^s les principes un peu modifies que j'ai eu I'hon- 
neur de commuiiiquer a la Soci^lo de geographic. 

5° Dernierement j'ai ajoute un catalogue raisonne 
et par ordre chronologique de tons les livres et cartes 
qui onl rapport a cette cote. A la fin du mois de mai, 
j'ai livr6 cet ouvrage au gouvernemcnt, 

J'ai i'ait cnsuite un voyage au Mississipi et aux lacs 
Michigan, Superieur, Huron, etc., que je n'avais pas 
encore vus a rna premiere excursion, J'ai ete aussi, le 
long de la riviere Saint-Pierre, au Minusota, et j'y ai 
6tudie surtout les Indiens Sioux et Ojibbewas. Au 
lac Superieur je suis reste presque deux mois et 
denii. 

De retour ici, au mois de novembre, j'ai compose 
le rapport de mon voyage, dont une partie (sur le 
nord-ouest) est d^ja imprim^e, et donl I'autre partie 
(sur les Indiens Sioux et Ojibbewas) seia bientot im- 
primee par M. Cotta. 

Pendant ce lemps, le Coast survey avail eludie mon 
ouvrage hislorique sur la cole Pacifiquc, s'etait declare 
content ct ni'invitait a composer des ouvrages sem-- 



( 30(i ) 

blables : 1° sur Je goU'e du Mexjque; 2" sur la cote 
allantique des filals-Lnis. Pentlant tout I'hiver et I'ete 
de I'annee 1856, j'ai Iravaill^ a ces ouvraj;es dilliciles, 
que j'ai executes d'apres le uieme plan que le pre- 
mier, et que j'ai heureuseinenl finis et livrds au gouver- 
nemcnt ces jours derniers. Quoique Touvrage soit Ires 
voluiuineux et quoiqu'on soil content; ici , je le re- 
garde seulement coranie un essai. Mais peut-6lre on 
peut appliquer dans ce cas la phrase consolanle : In 
niagnis [et in novis) voliiisse, etc. 

J'ai donn6 le litre suivant a mon ouvrage : Hydro- 
graphical anna/s of the United'States. 

Le congres s'est occup6 un peu de moij on doit 
fonder ici une sorte de bureau liistorico-geograpbiquc 
pour toute I'Amerique, ou au moins, pour le moment, 
une collection de copies de toutes les carles marines 
et geographiques , qui jetlent quelquo lumiore sur 
I'histoire de la decouverte et de la colonisation de 
I'Amerique enti^re. On a accordu une somme de six 
mille dollars, pour me meltre en 6lat d'engager des 
personnes habiles et de faire copier toutes les carles 
qui sont ici a ma disposition. Quand j'aurai fait cela, 
quand j'aurai organise mon petit bureau et jele les 
fonilemenls de la collection, ce qui m'occupera tout 
I'liiver, j'irai en Europe dans le prinlemps de 1857, 
pour consulter voire superbe collection de cartes, et 
vous prier, aiasi que voire riche Bibliolheque impe- 
riale, vos incomparables depots de la marine et de la 
guerre, le Brilish-Muscum, les inslitulions de I'Es- 
pagne et de Rome, etc., de laisser prendre i\es fac- 
simile des cartes inl^ressantes pour I'Amerique. Mon 
dessein est d'en composer un grand ouvrage, et d'ac- 



( 307 J 

coinpap;ner chaque carte avec des notes critiques , 
eludes et meinoires. 

Daignez, mon cher monsieur, nie recommander a 
tous les nienibres de voire Soci6le g^ographique, avec 
lesquels j'ai eu I'honneur de passer une fois des lieures 
agreables. Combien j'ai ete heureux de retrouver 
I'autre jour ici un de vos aujis ou connaissances, 
M. Robles, minislre du Mexique a Wasbinglon, qui 
m'a parle beaucoup de vous , et que je vois ici sou- 
vent, etc. 

J. G. Kohl. 



EXTBAIT 

d'u>E LKTTRE de M. ERNEST DESJARDINS A M. JOMARD. 



Bologna, 3i septembre i856. 

Le savant et venerable bibliotbecaire deParme, 

M. Pezzana, a fait mellre a ma disposition tous les ma- 
nuscrits de Costa, premier directeur des fouilles de 
Feleia, pendant les annees 1760 a 64. Ces manuscrits 
sont accompagnes de dessins tr^s bien fails, et encore 
inedits, qui sont d'aulant plus pr^cieux qu'une grande 
partie des objets trouves dans les mines de la colonic 
romaine ont disparu du Musee des antiques. J'ai pris 
un caique de la plupart de ces dessins et j'ai fail un 
estampage de la Table nlimentaire, Je rapporle Vtiniqiic 
et fiddle fnc-simile de ce gigantesque rnonuroenl epi- 
grapbique. 

J'ai obtenu de faire faire, a mes frais, un inuule de 



^308 ) 

la fameuse slalue de YErcole ebriaco, Irouvee egale- 
mcnt a Vcleia et qui pent se comparer, jioiir I'arl, a ce 
(pie Pomp^i et Ilerciilauum ont ofltrl dc plus remar- 
quable. — Je me suis lransporl(^ cnsuite a Veleia et 
j'ai employe cinq jours enliers a lever un plan exact, 
avec louteSlesmesuresde laville entii're,ou, du moins, 
de la portion qui a ele decouverle jusqu'a ce jour, et 
qui, dans mon opinion, n'est rien aupres de cc qui 
reste a decouvrir. M. Borghesi, qui; j'ai ete voir avant- 
hicr, a San-Marino, parlage celte idee cl cioit, d'apres 
Ics inscriptions Irouvees a Veleia, que cette cite avail, 
au i" et au n" siecle surtout, plus d' importance que 
Pompei: cc sonl ses propres paroles. J'ai pris un dcssin 
des fameuses Tables nuDiilaiies, dont une seule a ete 
publiee, el, avec lous les documents cl toutcs les me- 
sures que j'ai recueillis sur les lieux mfimcs, j'espere 
pouvoir presenter au Minislre un travail complet, tant 
sur la cite de Veleia que sur I'lnstitulion alimentaire, 
telle que nous la revile la Table Trajane, Je me suis 
convaincu que les seuls ouvrages publies sur Feleia., a 
savoir : 1° un plan pvd)lie en 1767; et 2° I'atlas d'An- 
tolini (2e Edition, 1819-1823), sont d'une inexactitude 
inexplicable. Ce M. Antolini etait architecte et non 
pas arcli6ologuc. II a fait un projet de restitution ima- 
ginaire f[ui peut parailre ingenicnx, niais qui repre- 
senle lout autre chose que Feleia. De relour a Parme, 
je me suis occupe d'acbever la collection de toules les 
inscriptions trouvees a Veleia., donl la ])lu[)arl a etci 
publiee, mais ires inexaclemenl par M. de Lama qui, 
pour ne ciler qu'un exemplc, lit ISIRI OSTIL (ianae), 
sur un petit nionumcnl volil', qui j)orte ISIKI OSIPi. 
(reproduit par OrcUi, avec la version de M. de Lama). 



( 309 ) 

Beaiicoiip do rosliuuiuii:; dii merne cle Lama ne incri- 
tout pas cle figurer dans iin rccuoil serieux ; car ce sinit 
des IVaginonts de lettrks sur des inorceaux de piene 
(111 de marbre appaiienant peut-etre a des monuments 
dillerents et qu'il s'osi plu a reunir en un seiil, en 
suppliant a ce qui liii inanquail pour presenter un 
sens raisonnablc par des lignes enlieres de son in- 
vention. 

M, Lopez, le diroclcur du nuisee des antiques, m'a 
livre tout ce quil avail de notes nianuscrites et d'in- 
scri])tions olUiires inediles, avec une generosite et une 
complaisance ([le je ne puis me lasser de Jouer, car 
elle est fort rare. Je duis enfin a I'interessante et pr6- 
cieuse communication que M. le comte Pallaslrelli m'a 
I'aite d'unc carte manusciile tie 1605 (indiquant la 
division du diocese de Plaisance en vicarials) d'avoir 
retrouve, a peu pres sureme it, le rapport frapj)ant 
entre ces divisions diocesaines et les circonscriptions 
des anciens /ja^i de la cit6 de Veleia. 

J'ai lelrouve la position presque certaine de plu- 
sieurs fonds de terre, et MM. Ronchini el Bonora, 
archivistes, i'un a Parme, I'autre a Plaisance, m'ont 
promis de relever, pour moi, dans leurs archives, un 
grand nombre de noms (disparus aujourd'hui, mais 
subsistant encore au moyen age) de I'onds de Icrre 
menlionnes dans la Table. J'ai eu recours aux docu- 
ments du cadastre du ministere des finances pour les 
noms que les cartes les plus dt^taiilees ne pouvaienl 
donner, puisque ce sont des appellations, non de lia- 
meaux, ni meuie de melairies, niaisde simples champs 
de terre, qu'il s'agit de retrouver, par I'analogie, pres- 
que toujours conservee, des radicaux ancieus, dans 



( 3^0 ) 

les radicaux modernes. Cos volumineux docuuionts 
ni'ont fourni jieii de luiiii^rps nouvelles, parce que le 
temps ni'a manque el qu'il faudrait six mois pour 
feuilleter les registros des pr()priel(5s qui lomplissenl 
une salle entiere. D'ailleurs je n'y liouverais aucuii 
eclaii'cisseincnt pour I't'lendue et les liinitos dcs pngi ; 
car il s'en fallalt de beaucoup que mfime la dixi^me 
partie des fonds dont se composait un pngiis, figurat 
dans la Table aliinentaire , qui ne complail <jue ciii- 
quante-deux proprietaires ayanl hypothequi leurs 
biens. 

A M. LE PRESIDENT DE LA COMMISSION CENTRALE DH LA 
SUCi£t£ de G^OGRAPUIB, a PARIS. 



Bugota, 28 decern bre i856. 

Monsieur, 

Le gouvcrnoment de la rej)ubliquc a organist en 
18A9, une commission cbargee de dresser la carle cho- 
rographique du pays, d'en faire la description, d'tn 
dresser la stalistique de r^unir des notices sur sa flore 
ct sa faune et de donner un rapport sur I'elat acluel 
des populations sous les poinis de vue industriel, in- 
tellecluels et sociaux ; le tout iilustr^ de nombreuses 
planches. 

On a nomm6 chef de la commission, M. A. Codazzi, 
ingenieur geographe distingu6, auteur de la geogra- 
phic du Venezuela, et Ton m'a conli^ une parlic des 
travaux ^tendus qui devaicnt etre executes. La com- 
mission a commenc<i ses operations en Janvier 1850, 
et les a continues, sans inlerruplion, proniellant (\\i 
les terminer en trois ann^es el dc publier ensuile « la 



( 311 ) 

g^ographie pliysique, politique et descriptive dc la 
Nouvelle-Grenade » avec iin liel alias de cartes parti- 
culieres et inie carle generate de la r^publiquo. 

J'ai acconipagne celte commission pendant 1850 el 
1851 ; je ui'en separai pour remplir une mission di- 
plomatique. Dans les deux anuses mentionn^es ci- 
dessus, j'ai paicouru avec soin les provinces situt^es au 
nord de Bogota et les notes r^unies pour la formation 
d'un ouvrageque j'ai du inlerrompre, ont 6te recueil- 
lies et publiees sousle titre « Peregrenacion » dans les 
cahiers que j'ai I'honneur de vous adresser. 

En mettant de cote tout ce qui, dans ces notes, 
s'adresse a la critique locale, on trouvera quelques no- 
tices qui peuvent interesser la Socicite que vous pr6si- 
dez si dignement. Cette consideration et le desir de 
manifester par un tribut, (juelqiie bumble qu'il soil, 
ma reconnaissance envers la Socidite qui m'a admis 
dans sonsein, m'ont determine a oftVir ces notes im- 
parfailcs el qu'aujourd'bui, les vicissitudes d'uno vie 
politique agilee ne uie j)ermellent el ne me permet- 
tront plusde metlre en ordre, pour lerminerl'ouvrage 
quej'avais eu le projet d'^crire. 

Une autre fois, je remellrai a la Society la descrip- 
tion de quelques mines lr6s antiques rc^cemment d6- 
couvertes au centre d'une montagne voisine de I'lllqua- 
teur. Aucune bisloiredu pays jusqu'ici n"a fait mention 
de ces mines; cetledecouverte jettera quelque lumi^re 
sur la civilisation primitive des nations indigenes qui 
peuplerent la parlie meriLlionale du territoire de la 
Nouvelle-Grenade. 

J'ai I'honneur, etc. M. Ancizar. 



( 312 ) 



.\OTK 

sun I,\ PHOCHAINE PIBI.ICATION Dli I. A nULATION 

DU VOYAGE DU DOCTIiUR KANE AIX UKGIONS AUCTIQUES, 

A LA RKCIIERCHE DK SIR JOHN KUANKI.IN (1). 

faic ;i la Societe de geofjrapliie, le 17 octoljip 1 85(;, 

PAR M. DE I, A ROQUETTE. 



Apres avoir allire une premiere fois sur lui I'aiien- 
tion du monde savant par son voyage a la recherclie 
tie rillusire sir John Franklin, on sail que le clocleur 
Kane en a enlrepris un second dans le meme but. S'il 
n'a pas 616 assez heureux pour alteindro dans ce der- 
nier I'objet principal de sa mission, il a cu du nioins 
la gloirc d'avoir otendu nos connaissances geogra- 
phiques, en decouvrant une inor libre de glaces au 
nord-ouesl du Groenland, el en s'elevant, dans ces 
parages, a une latitude a laquelle nul autre navigaleur 
n'etail parvenu avant lui. 

La premiere de ces explorations avail cie cnlrcprise 
aux I'rais d'un g^nereux citoycn des Ktals-Unis, 
M. Henry Grinnell. G'est avec le concours de cet 
horame si distingue, qui a mis a la disposition du 
docteur Kane, son navire \'Jdi>ance, avec cclui de 

M.PeabodydeLondresetdcplusicursautresdesescora- 
patriotos, el soulenu enfin |)ar I'appui du gouverne- 

(i) Anne Explorations: The second Grinnell Expedition in search 
ofSirJoHyFnMiCKuy, i853, i854, i855. Bj Elisha Kent Kane 
M. D., U. S. N. 

Jlluslrated by upwards of three Hundred engravings from sketches 
by the author. The steel plates executed under the superintendence of 
J. M. Butler. The wood enijravimjs by Fan Ingcn andSnyder. I'hi- 
ludi.tphia^ l85G, 2 vol. in-8°. 



{ 313 ) 
ment americain quo ce navigaleur a ex^CLit<i la se- 
conde. Elle est aujourd'hui loirninee apres Irois ans de 
fatigues et de dangers iriouis, el les iinporlantes d^cou- 
verles qui Font signaloc oiil vain a notre intrepide 
exploraleur les clogcs ct les recompenses de son gou- 
vernement el des Socieles geographiques de New- 
York, de Paris et de Londres, etc. 

On ne connaissail encore cus decoiivertes qu« par 
des rapports ofliciels, lapjorls Irfes curieux sans doule 
pour les savants, niais qui dans luur forme otficielle ne 
pouvaient oflVir un egal inleret a la majorite des lec- 
teurs. Le docteur Kane nous parait done avoir 6l6 bien 
inspire en publiant une relation destinee a satisfaire 
la curiosite publique, en reproduisant, avec quelques 
details, les aventures et les Iravaux de la glorieuse 
expedition dont le commandement lui avail dte confix. 

II a r^uni, avee I'autorisation du secretaire de la 
marine des Etats-Unis, aux informations geograpbi- 
ques de toute nature sur les pays qu'il a visit6s, el sur 
les plienomenes observes, une grande variety de details 
d'un inleret piquant sur les mceurs, les coutumes et 
les idiomes des peuplades arctiques, ainsi que sur les 
principaux incidents de son memorable voyage. Sa 
relation vient de paraltre en Ameriqne. 

Quelques semaines avant qu'elle fut terminee, le doC- 
teur Kane et lady Franklin onlbien voulu me proposer 
de donner mes soins a la publication de eel ouvrage 
en fran^ais. J'ai accepte avec d'autant plus de plaisir 
celte flatteuse invitation, que I'auteur m'annon^ait en 
meme temps son intention de consacrer le produitde 
la traduction de son ceuvre a la famille de notre infor- 
luni compatriole le lieutenant Bellol, avec lequel il 

XII. OCTOBBli ET NOVEMBRE. 9. 21 



(314) 

avail 6le lui-menie inliniemenl li6, et dont je n'ai pas 
besoin tie vous rappeler le merite el la deplorable fin. 

Ne pouvant en ce moment Iraduire moi-m6nie les 
deux volumes de la relation dii voyage du docleur 
Kane, (jui a bien voulii m'envoyerun exemplaire avant 
su jiuhiication, je me suis conccrte avec un Iraducleur 
insliuit el consciencieux donl je me suis engage a re- 
voir le travail. 

L'edition americaino, accompagn^e de plusieurs 
carles, de portraits et de iiombreuses gravures sur 
acier et sur Ijois, est une veritable edition de luxe. 
Elle paralt assuree d'avance d'un lei succes auxElats- 
Unis princi])alement, el aussi en Angleterie, que 
I'edileur de Philadelphie m'assure qu'il n'a pas b^site 
a en regler le tirage a plus de cent mille exeniplaires. 

L'illiistre Alexandre de Humboldt, me mande le 
meme editeur, s'est cliarge de diriger une traduction 
allemande. On ne saurait faire moins en France, el 
pour le succes modeste que j'esp6re, il sudira que 
les prolecleurs et les amis des sciences g^ograpbiques, 
qui n'ont |ias perdu le souvenir du lieutenant Bellol, 
veuilleiil bien venir a noire aide par leurs souscrip- 
lions, afin de couvrir, au moins en partie, les pre- 
mier frais qui seraient considerables si nous nous 
determinions a accompagner noire edition de lous les 
codleux accessoires de ledilion am^ricaine. 

J'ai la confiance que cet appel sera entendu. Ne 
prenantau surplus conseil aujourd'bui que de I'inlen- 
tion g^nereuse de I'auteur el de I'imporlaiice de son 
livre, je me suis decide a avaucei' les frais de la tra- 
duction ; elle est commencee, et se poursuit rapide- 
nienl sous ma direction. 



( 315 ) 
.^etes lie la ^oci^te. 



EXTRAITS DES PROGES-VERBAUX DES SEANCES. • 



Seance (In \1 octobre 1856. 

Le pi'oces-verbal de la precedente stance est lu et 
adople. 

M. Joniard, vice-president annonce a la commission 
centrale, la perte douloureuse qu'eile a faite, jjendant 
ses vacances, de son president, M. Constant Prevost. 
L'assemblee invite le bureau a Iransmettre a la famille 
du defunt I'expression de ses profonds regrets; sur 
I'invitation de la commission cenlraie, M. de la Ro- 
quetle veut bien se charger do lire, a la prochaine 
stance generale, une notice de la vie et des Iravaux de 
son Eminent confrere. 

Les Societ^s royale , geographique et asiatique de 
Londres adressenl la suite de Icurs publications a la 
Societeellaremercienl de I'envoide son Bulletin. 

!V1. "VV. Baliour-Baikie ecrit a la Societe pour lui t'aire 
hommage de la relation de son ruyuge d' exploration 
en Jfriqne, et M. Justus Perthes, de Gotha, pour Jul 
laire don des recentes publications de son etablisse- 
inent geographique. 

M. Jomard lit une lellre de M. Kohl, datee de New- 
York, par laquelie ce savant lui annonce que sa col- 
lection de carles sur riiistoire des ilecouvertes dans le 
Tiouveau continent, dont il a donne commuuicallon a 
la Societe pendant son sejour a Paris, vient d'etre ac- 



( 310 ) 

cueillie Ires favorablenient par le gouvernenienl ara6- 
ricain. — Renvoi au Bulletin. 

Le m6me membre donne quclques details sur la 
composition de I'expedilion aiix sources du Nil, sous le 
coniDiandcnienl de M. le comte d'Escayrac dc Lauture 
et sur son depart procliain de la ville du Caire. II fait 
connallre les inslruments donl elle est munie, les dis- 
positions et le plan du voyage. (Voir ci-dessus.) 

M. Jomard depose ensuite sur le bureau dc la part 
de M. de Malzac, un vocabulaire africain recueilli par 
ce voyageur. Renvoi a la section de Publication. — Le 
temps n'a pas permis a ce nieuibre de lire une lettre 
de M. Rartli, une de M. le colonel de Neveu, chef du 
bureau politique arabe d'Alger, relative a la langue 
berb^re, non plus qu'une lettre dc M. Ernest Desjar- 
dins, sur sa mission dans la Sabine et I'ancienne 
Ltrurie. (Voir ci-dessus.) 

M. d'Avezac donne lecture d'une lettre adress^e 
d'une station au-dessus de Tel6 sur le Zambesi, par 
le docleur Livingston, au moment ou I'inlrepide voya- 
geur 6tait pi'6s d'achever sa Iraversce de I'Afrique 
enlre Angola et Mozambique. La traduction de cette 
lettre qui conlient sur la configuration physique d'une 
partie du continent africain, des aper^us d'un grand 
inleret, sera inseree au Bulletin. 

M. de la Roquette annonce la prochaine publication 
de la traduction francaise du voyage du c'ocleur Kane 
aux regions arcliqucs, dont ce navigateur lui a conli6 
la direction. — Renvoi au Bulletin d'une note relative 
a cette publication. 

M. le secretaire donne lecture de la liste des ouvrages 
offerls A la Socielc^ et \ ajoute la note de plusieurs 



( 317 ) 

presentations faites pendant la seance, par M. Jomard, 
tant en son nom qu'en celui de MM. BarufTi, de Les- 
seps et Reinaud, et par MM. Arthus Bertrand, de la 
Roquelle et V.-A. Malte-Brun. 

M. Vivien dc Saint-Martin annonce Ja prochaine 
publication, a Londres, d'une nouvelle edition de la 
Palesthia de M. le docteur Robinson, augmentee d'ua 
troisi^me volume qui coniprendra la seconde explora- 
tion de ce vdyageur, en 1852. On sait que I'ouvrage 
du docteur Robinson a non-seulement ajoute immen- 
sement aiix notions ant^rieures sur la Palestine, naais 
qu'il a, on peut le dire, completement renouvel6 I'in- 
terpr^tation de la geograpliie biblique. 

M. Alfred Maury annonce qu'il a acliev6 un rapport 
sur I'atlas olTerl a la Socit^le par M. de Martius, et 
intitulti : Tabulce vegetationis brasiliensis physiogno- 
miam illiistraiUes, el qu'il compte faire paraitre dans 
le procbain num^ro du Bulletin. 

M. Cortambert rend comple d'un projet de cooi- 
municalion entre I'Atlantique et le grand Ocean, qu'il 
a enlendu developper ])ar M. Relley, de New-York. 
M. Kelley a organise plusieurs expeditions d'inge- 
nieurs dans la Nouveile-Grenade pour explorer le 
meilleiir nioyen d'unir I'Atralo a I'ocean Pacifique par 
un canal navigable pour les jjIus forts batimenls du 
commerce ; c'est par le Truando, puis un tunnel qui 
couperait la Cordillere I'espace de trois milles, enfin 
par la rivii-re Saint-Mary et une lagune noram^e 
Kelley's Inlet, qu'il a senible possible d'elablir cette 
communication a M. Kennich, un des ingenieurs en- 
\oy6s par M. Kelley. Des plans et des cartes, dresses 
pour I'explication du projet de communication, onl 



( M8 ) 

■pani pleins (Vinlorft q[ Irfes disnos de raltenlioii des 

mombres do la Soci^le auxquels M. Kelley se fera un 

plaisir de les communiquer, s'ils en leinoignent le 

d^sir. 

M. de la RoquoUe fait observer que dej;'i, il y a plu- 
sieiirs .'inn^es, le capitaine anglais Fitzroy a public sur 

' le percement dc ritilbmo une brochure acconipagn^e 
d'une carle qui a et6 inseree dans le Bulletin. Get offi- 
cier anglais a fait connaitre les difforenls points parles- 
quels uncnnalde conimimicalion cnlrc les deux mers 

■ pourrail etre trace. II cite en parliculier la riviire 
Atralo dont M. Kelley propose de se servir, niais sur 
un point difl"6rent. Au surplus, M. Kelley fait Iraduire 
en ce moment en francais les noles qu'il a publiees sur 
ce sujet important, et il a promis a iM. de la Roquelte 
de iui en remetlre des excmplaires pour la Sociele. 



Seance da 1 uovembre 1856. 

Le procfes-verbal de la derni^re seance esl lu et 
adople. 

M. Lamanski ecrit a la Soci^te pour Iui adresser le 
complement des publications de la Sociele imp^riale 
geograpbique de llussie. 

I\I. James Forbes adressc egalement a la Sociele la 
suite des Transactions de la Sociele roy ale d'Ecliu)bourg. 

M. Ancizar ecrit de Bogota, a la dale du 26 de- 
ceinbre 1855, jiour donner a la Soci6l6 quelquos ren- 
seignements sur les travauxd'une commission chargee 
en 18/|9 ])ar le gouvernement de la Republique de 
dresser la carle cborograpbique du pays, A'aw fairo la 
jlescription, den dresser la slalislique, de r^unir des 



( ai9 ) 

notices sur sa flore et sa faune, et de preparer un rap- 
port sur r^tat actiiel des populations sous les points 
de vue industriels, intellectuels et sociaux M. Ancizar 
pnnonce en outre I'envoi de plusieurs cahiers conte- 
nant les notes qu'll a recueillies sur les provinces 
situ^es au nord de Bogota. 

M. r.ourmand annonce a la Society, pour le 16 de 
ce mois, I'ouverture de la vingt-cinquieme annee de 
son cours normal general nour les dames qui se des- 
tinenl a I'enseignemcnt, et il lui ofTie son second rap- 
port sur les objets relatifs a I'enseignement admis a 
I'exposition universelle de 1855. 

M. de la Roquette annonce a la Societe que des 
lettres qui lui ont ete ^crites de Philadelphie et de 
New-York, par MM. Henry Grinnell el le docteur Kane, 
apprennent que la sante de ce dernier est tellement 
alteree que son uiedecin lui a ordonne de se rendre 
en Europe pour la retablir, D'un autre c6t6, lady 
Franklin fait connaitre au meme memhre que dfes' 
son arrivee en Angleterre, les uK^decins anglais ont 
prescrit au docteur Kane d'aller chercher la sante aux 
Jpdes-Orientales, et d'^viter jusqu'a son dc^part le s6- 
jpup de Londres dent I'air lui est lout a fait contraire 
dans celte saison. Le plus grand repos a ete recom- 
niande a I'intrepidc navigateur americain, II est re- 
tourn6 de son long, perilleux, et on peut le dire, glo- 
ricux voyage, sans avoir rien perdu de sa vigueur, et il 
I'a conservt^e pendant tout I'liiver. Mais les travaux 
auxquels il a 6te oblige de se livrer pour la redaction 
du r^cit de son exploration aux regions arctiqucs, et 
en outre la cbaleur intense du dernier et^, lui ont 
caus6 une indisposition que le traitement hydropa- 



( 390 ) 

lliiquc peu jurlicioux auquel on I'a soumis a graduel- 
lement et singuli^remenl oggravee. Tous les amis ties 
sciences geographiques feiont sans doule comme 
nous dcs vuHix pour le prompt rctablissenient d'un 
homme aussl dislingue. 

M. Jomard depose sur le bureau deux documents 
relalil's a feu M. Constant Prevost, president de la com- 
mission centiale, pour servir a sa biograjihic. Renvoi 
a M. de la Roqiiette. 

II rappelle ensuite I'article du reglemenl relatif a la 
deuxifeme assemblee gen^rale de cette ann^e, qui est 
lixee au 19 d^cembre prochain sur les observations de 
M. le secretaire general. 

M. Jomard entretient I'assembl^e au sujet d'une 
lellre d'un contemporain de Cluistopbe Colomb pu- 
blide a Boiogno. Le tilre est : Lettera rarissima cU Sci- 
lacio ; celte letlre est de l/!i96. 

M. le secretaire communique la liste des cuvrages 
offerts a la Society. 

M. Isambert fait hommage des Anecdota ou histoire 
secrete de Justinian, qu'il a traduite de Procope avec 
una notice sur I'auleur et des notes philologiques et 
historiques. La commission cenlrale accueille cat ou- 
vrage avec beaucoup d'interet, et prie M. Mauroy de 
lui en rendre compte. 

M. Malte-Brun lit une note sur le lac N'yassa dis- 
tinct de celui d'Cker6w6. — Renvoi au Bulletin. 

M. Lejean lit une notice sur la Gaule de I'Anonyrae 
de Ravenne, extraite d'une «^tude plus complete qu'il 
a pi ^par^e sur la geographie de ce compilateur donl 
il fixe r^poque au vin*, et au plus tard au ix« siecle. — 
Renvoi au Bulletin. 



( 321 ) 
Seance du 21 novetnbre 1856. 

Le proc^s-verbal de la derni^re seance est lu et 
adopte. 

M. le niinistre de I'lnstiuclion publique ecrit a la 
Soci^le pour I'informer qu'il vient de disposer en 
faveur de sa biblioth^que, d'un exeinplaire du voyage 
de M. Viquesnel dans la Turquie d'Europe. — La Com- 
mission cenlrale vote des remerciements a M. le mi- 
nistre, et renvoie I'ouvrage a M. Cortambert pour lui 
en rendre conipte. 

La Sociele philotechnique adresse des lettres d'in- 
vitalion pour sa seance publique du 30 novembre. 

M. Jomard donne communication de plusieurs 

leltres qu'il a recues d'l^lgyple, d'Alger, d'Amerique 

et d'ltalie. Par la premiere, M. d'Arnaud lui ^crit qu'il 

a vu au Caire, a leur passage, les membres de I'expedi- 

tion qui se rend en Etliiopie a la recherche des sources 

du Nil, et qu'il lenr a communique ses cartes et ses 

journaux de voyage, et toutes ses observations sur le 

cours du Bahr-el-Abiad. Par la seconde, M. lo colonel 

de Neveu, cheFdu bureau politique arabe d'Alger, lui 

adresse des observalions sur los Touareg recemment 

venus a Alger, et des copies d'inscriptions libyques, 

gravees ou dessin^es sur des bracelets. Par la troisieme, 

M. Kohl, le meme qui a communique a la Society, 

I'annee derni^re, des cartes manuscrites destinees a 

faire connaitre I'liistoire des decouvertes en Am^rique 

depuis le xv" siecle, lui annonce qu'on va former, a 

Washington, un bureauspecial pour recueillir tousles 

documents relalifs a cette histoire, et que le gouver- 

nement des fitats-Unis a accueiili avec inlerfit les tra- 



( 382 ) 

vaux qu'i! liii a pr^sentds. Enfin par la cierni6re lettrc, 
dat^e dc IJologne, M. le professenr Ernest Dcsjardins, 
meinhredo laSociet^, lui fait connalii-ole r^sultalde ses 
recherchos sur rancieiino Fcleia, Ics fouillos qu'(»n y 
a Jaites, et les inscriptions qu'on y a trouv^es; il re- 
garde cette ville comme ayanl une importance au 
nioins cgale a celle de Pomji^i. — Ces lettres sont 
renvoy^es au Bulletin. 

M. le secretaire lit la liste des ouvrages d^posis sur 
le bureau, et y ajoute les 1 5», 16% 17* et 18' livraisons 
du Voyage au Soudan oriental, ofl'erles par M. Tr(imaux, 
el un plan de Bagneres de Bigorre, offertjiarM. d'Ave- 
zac do la pari de I'auteur, M. Pand)run. 

M. Daussy lit an nom de M. Poulain do Bnssay un rap- 
port sur la description de I'ile de Patmos et de I'lle de 
Samos, offerte h la Societe |)ar M. V. Gu^rin, ancien 
mcmhre de I'^cole frangaise d'Ath^nes. Ce rajjport est 
renvoye au Bulletin apres quelcjues observations de 
MM. Jomard et Guigniaut. 

M. V.-A. Malte-Brun fait un rrip])ort sur la carte de 
la Palestine, ofTerte a la Societe par M. Andriveau. 
— Renvoi au Bulletin. 

M. Van de Velde, de retour depuis quelques ann^es 
d'un voyage en Palestine, assiste a la seance, et donne, 
sur la carle qu'il prejiare de ces contrees et sur les tra- 
vaux de plusieurs aulres voyageurs et g^ographes, des 
renseignements qui sont accueillis avec un vif int^rfel. 

M. Lourmand lit un rapport sur I'Allas spt^cial de la 
geographic physique et politique de la France, par 
MM. Bazin et Cadet, professeurs do I'Universile. — 
Renvoi au Bulletin. 



( 323 ) 
OIJVUAGES OFFERTS A LA SOCIETfe 

SEANCES D'OCTOBRE ET DE NOVEMBBE 1856. 



EUROPE. 
Titles dcs ouvrages. Doiiateurs. 

Alise, Etudes suv une catnpajje de Jnles-Cesar, puLliees sous les aqs- 
nices de I'Acadeniie imperiale des sciences, nrts et belles- Irttres de 
Dijon, et de la commission des antiquites de la Cote-D'Or, par 
M. Rossignol, membre de ces deux Societes, couservqteur des 
aicliives de la Cote-d'Or et del'ancienne liourgogne, Dijon. iSS6, 
1 vol. in-4. avec cartes. M. RossiONOfj. 

Desci'iption des roches ignees et sedimentaires de la Toscane, suivie 
d'un catalogue detaille de ces roches dans leurordre de succession 
geologique, par Igino Cocchi, docteur es sciences. Paris, 1856, 
br. m-8". M. I. CoccHi. 

Statistisclies Wortetbucli von Deutschland, mil Ausschluss des oster- 
reichiscben Antheils, der preussischen Provinzen Preussen und 
loosen, und den Kciniyreichcn der Niederiande und Bi-lgieu, mit 
besonderer Riicksicht auf Gewerbe, Handel und SchiffahrJ, von 
H. Mahlraann. Berlin, i853. in-8. M, H, IVI*hlmann. 

ASIE. 

Ethnology of the Indo-Pacific-Islands. By the J. R. Logan, Esq. 
Part U- The Races and Languages of S. E. Asia, considered in 
relation to those of the Indo-Pacific-Islands. Pinang, i855-i856, 
br. in-8o. M. J.-R. LoGAN. 

AFRIQDE. 

Voyages au Soudan oriental, dans I'Afriqne septentrionale et dans 
I'Asie Mineure, executes de i847 a i854, etc., avec atlas, par 
M. P. Tremaux, laureat de I'lnstitut de France, etc., i5*, i6, 17* 
et 18' livr. in-folio. M. P. TriSmaux. 

Narrative of an ox|)li)ring Voyage up the rivers Kwo'ra and Ri'nuc 
(commonly known as the Niger and Tsadcia) in i854. With a 
Map and Appendices. Published with the sanction of her Majesty's 



( 324 ) 

Titres des ouvmijes. Donateun. 

Government. Hy ^Villiam Balfour Baikie, in command of ihe Ex- 
pedition. London, l856, I vol. in-8°. 

M. WiLiiAM Balfour-Baikie. 

Resume historique de la grande exploration de I'Afrique cenlrale 
faite de i85o a l855, par J. Richardson, H. Barth, A. Qverweg, 
avec une carte itine'raire, par V.-A. Malte-Brun, redacteuren 
chefdes Nouvelles Aunales des voyages, etc. Paris, i856, br. in-S" 

M. V.-A.Malte-Rrin. 

Rapport sur Ic tableau des Dialectes de I'Alge'rie et des contrees voi- 
sines, par M. Geslin, lu a rAcademie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, dans les seances des i4 et 19 mars i856, par M. Reinaud, 
membre de I'lnstitut, etc. Paris, i856, in-8°. M. Rkis41'd. 

Apertura e canalizzazione (lell'Isthmo di Suez, n.irrazione infornialiva 
e documenti ot'liciali del slfjnore Ferdinand de Lesseps, miiiistro 
plenipotenziaro col rapporto sonimaiio fatio al Vicere d'Egitlo 
dalla rommissione internazionale, e Lettere suM'Egitto del sig. 
R. Saint-Hilaire, membro dcll'lstituto ; traduzione del prof. Ugo 
Calindri, Ingegnere con pret'azioue e aggiunte. Torino, i856. i v. 
in -8°, avec 4 planches. M. Bahuffi. 

AMERIQUE. 

Nuevos elementos de Geographia e Historia de la Isla de Cuba, por 
D. Jose Maria de la Torre. Habana, i856, in-12. 

iM. Maria de l* Torbe. 

Documents officiils echange's entre les EtatsUnis et I'Angleterre, au 
sujet de lAnierique centrale et du traite Clayton-RuKver. Paris, 
i856, I vol. in-8°, avec une carte. M. E.-G. Squier. 

CARTES ET ATI. AS. 

Les monuments ile la Geographic, ou recucil d'anciennes cartes 
europeennes et orientales, publie'es en fac-siniile de la grandeur 
des originaux, par M. Jomard, membre de I'lnstitut de France. 
7' livraison contenant les planches 6a-63, carte du globe, par 
Mobammed-obn-Aly <bn-Alinied-al Cliarfy de Sfax, I'an loogde 
I'Heyire (2' panic) ; 66-67,68-69, 70-71, Mappemonde deScbas- 
tien Cabot, pilote-major de Charles-Quint, de la premiere moitie 
du XVI* siecle (2*, 3' et 4' parties) ; 72, carte militaire du moyen 



( 325 ) 

Titres des ouvrages. Donateurs. 

age, representant le theatre tie la guerre a I'epoque des premieres 
oonquetes de la republique de Venisc en ttrre-fcnne ; yS, cartes 
du xvi' siecle, figurees sur une cassette de la collettion Trivuici, 
dite Cassettina aH'Agemina. M. JoMAno. 

Palestine ancienne et inoderne, d'apres les sources les plus authenti- 
nues, par J. Atidriveau. Paris, i856, i Feuille. M. Andri-veiu. 

Carte topograpliique et mililaire des Pays-Bas, Feuilles 26. Harder- 
wvk, 32 AmersFoort, 44 C''^'""'uidenLerg, 52 Venlo. 

M. le general Baron Fobstner de Dambenoy. 

Kart over Buskeruds Aint, forfaltet eFter Foraubtaltuiiig aF den Kon- 
pelife norske regjerings departeinent fur det Indre under Besty- 
relse af Opmaalings-Directionen eFter de ved den geographiske 
Opmaaling anstillede astronomiske og geodaeiisk Jagttagelser af 
S.-C. Gjessing, artillerie capitaine, l854, i Feuille. 

Wand- Atlas von E. von Sydow. Noid-uud Siid-Anierica, 10 feuilles 
collees sur loile ; Australien, 6 feuilles collees sur toile. Gotha, 
1 856. — Erganzungen zu Stieler's Hand-Atlas. ])er I'reussisclie 
Staat, 4 feuilles: Die Europaisch-Russischen Greiizliinder, 5 feuilles. 
Gotha, 1 856. M. Justus Perthks. 

Nos souvenirs de Kil-Boroun pendant I'hiver passe dans le Linian 
du Dnieper (1 855-1 856). Les oFticiers, officiers mariniers et ma- 
rins de la division navale de Kil-Boroun. Album lithographie 
par MM. Bayot, Eug. Ciceri et Morel- Falio. Paii<, i856. 17 vues 
in-Folio. M. Arthus Bertrand. 

Souvenir historique de la guerre de Criniee. Grave sur pierre par 
Erhard Schieble, i feuille. M. Erhard Schieble. 

Plan des attaques et defenses de Sebastopol. (Exlrait du Spectateur 
militaire, ) 

Plan de la ville de Bagneres de Bijjorre, dre^see et publiee par A. 
Pambrun, i856, i feuille. M. A. Pambrdn. 

OUVRAGES GENERAUX, MELANGES. 

Anekdota, ou histoire secrete de Justinien traduite de Procope, avec 
notice sur I'auteur et notes philologiques et bistoriques. — Geo- 
graphic du VI* siecle et revision ile la nuniismatique d'apres le 
livre de Justinien ; avec figures, cartes et cinq tables, par M. Isam- 
bert. Paris, i856, a vol. in-8, M. Isambert. 



( 326 ) 

Titres ties ouvrages. Dov.alents. 

Par M. Bianclii : Kliaththly liuinniuun; ou cliaite iiii|iertale otto- 
mane du l8 Kvrier i8J6, en fr.iiicais et en line; suivie tie la pro- 
nonciation ilu turc figuree en lettres tVancaises, ile notes tt il'ex- 

" plications ; arcoiii[)a{;ni'e dune table sonitnaire et indicative des 
Irente-cinq paragraphes dont se <on)pose cet aite politique; le 
tout faisaut suite et coenplenient au Kouveau Guide de la conver- 
sation en francais et en tore; par M. T.-X. Hianelii, ancien secre'- 
taire interprete du roi, etc. Paris, 1 856, in-4, oblong. 

M. T.-X. HiAsciii. 

Notice biographique sur I'amiral sir John Franklin, correspondant 
de la Societe de Geographie, etc., redigee sur la deniande de la 
iSociete', par M. de la Ro(|uette, menihre, ancien vice-president et 
ancien secrdiaire general de la commission centrale, etc. i v. in-4, 
avec un portrait, des Fac-simile et deux cartes. 

M. DE LA ROQUETTE. 

Madame Ida Pfeiffer, scs voyages et ges aventures, par M. G. Uep- 
ping. Br. in-8. Kxtrait de la Revue des Deux-Mondes. 

M. G. DptTIKG. 

Le livre de la Recompense des bient'ails secrets, trailuit sur le lexte 
chihois, par M* Leon de Rosny. Paris, 1856, lir. in- ib. 

M. L. i)E Ros^Y. 

Observations metc'orologiques faites a PObscrvatoire de Lyon, du 
!'■■ decendirc |853 au i" decembre i855,par MM.Frenef etDrian, 
— i Resume des observations recueillies en 1855, dans b' liassin de 
la Saone, par les soiiis de la Comtnission bydronietrique de Lyon, 
Br. in-8. La Commission nvnuoMEriiiQiE. 

Ueuxieme Rapport general sur les objets relatifs a lenseignement 
admis a I'Exposition universelle de i856, par M. A. -I). Lourniand. 
Rrodi. in-8. M. A.- 1). Lourmand. 

MEMOIRES DES ACADEMIES ET SOCI^TES SAVANTES, 
JOURNAUX ET RECUEILS I'ElllODIQL'ES. 

Plillosopliical Transactions of the Uoyal Society of London, foi- the 
year l856. Part L London, 1 856. I vol in-4. ^^ Proceedings of 
the Royal Society, IN" 20 et ai. — Transactions of ibi- royal So- 
ciety of Edinburgh. Vol. XXI, part III, 1 855-56, in-4 — Procee- 
dings of the royal Society of Edinburgh. Session i855-56, in-8. — 



( 327 ) 

Titles des ouvrages. Donteurs. 

The Transactions of the royul Irish Academy. Vol. XXIII, i 856, 
in-4. — Proceedings of the royal Irish Academy, for the year i855- 
56, in-8. — The Report of the Ilritish Association for the ad- 
vancement of science. London, i866. i vol. in-8. — The Journal 
of the royal geoyiaphical Socitty. Vol. XXV. London, i855, I v. 
in-8. — The Journal of the royal Asiatic Society oi Great Britain 
and Ireland. Vol. XIII, part i ; Vol. XIV, part i; Vol. XVI, part 2. 
— Bulletin de la Societe imperiale geographiqiie de Russie, pour 
l85l. — Nouvelles geographiques puLliees par la Societe iuipe'- 
riale geographitjue de Russie, annees i849 ^' i85o. — Bijdragen 
tot de Taal-Land-en Voikenkunde van iNeerlandsch Indie. IN"' 3 et 
4 de i855 et a" i de i856. — The church Missionary Intelligen- 
cer. Janvier a juin i856. — Tlic Journal of the Indian Archipe- 
lago and Eastern Asia. OctoLre a decenibre i855. — Journal of 
the Franklin Institute, mai et Juin 1 856. — Revista trimensal do 
Instituto historico et geographico do Brazil. IN" i5 a 20, i854 et 
l855. — Mitlheilungen iiher Wichtige neue Erforschungen auf 
dem Gesamratgehiete der Geoj;raphie,Von D' A.Petemiann. N"' VI, 
VII et Vlll de l856. — Zeitschrift der Deutschen morgenlandis- 
chen Gesellschafti IN° 3 de i856. — Zeitschrift fiir Allgenieine 
Erdkunde. N"" 37 et 38 de i856. — INotizblatt des Vereins fiir 
Erdkunde und vervvandte Wissenschafien zu Darmstardt. JN"" 21- 
4o. — Annales dii commerce exteiieur, juin, juillet et aoiit. — 
Bibliotheque universelle de Geneve et Archives des sciences phy- 
sicjues et naturelles, Mai. (Don de M. Chaix.) — Nouvelles annales 
des voyages, de la gc'ographio, de I'hisloire et de I'archeologie. 
Juilht, aout, septendjre cl octohre. — Archives des missions 
scientifiques et litteraires, 7' cah. de i856. — Journal asiatique, 
tome VII, 1 856. — Revue de I'Orient, de I'Algerie et des Colonies, 
aout et septemhre. — Bulletin de la Societe imperiale zoologique 
d'acclimatation, juillet, aout, septemhre et octohre. — Annuaire de 
la Societe meteorolo{;icpie de France, juin et juillet. — L'lnvesti- 
gateur, journal de I'lnstitut historique, aviil a juillet. — jNonveau 
Journal des connaissances utiles, aoi'it, septemhre, octohre et no- 
vembre. — Bulletin de la Societe jjeologique de France, aoitt, sep- 
temhre et oclubre. — Journal d'education populaire, aout, sep- 
temhre et octohre. — Annales de la propajjation de la Foi, 



( 328 ) 

Titre dei ouvrages. Donateurs. 

septembre et noveinbre. — Journal des missions evangcliqucs, 
juillet, aoiit, septembre, et octobre. — Memoires de I'Academie im- 
periale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, i 856. — Me- 
moires de la Soriete d'ai^riculture, des sciences, ariset Ix lles-lettres 
de I'Aube, i" sem. I 85(>. — Extrait des travaux de la Soriete cen- 
trale d'agiiculture de la Seine-Inferieure, l"' trimestre i856. — 
Annales de ia Societe d'agriculture, arts et commerce de la Cha- 
rentc, d'avrll i855 l\ jiiin l856. — Bulletin de In Sofie'te irnneriale et 
centrale iriioitlcullure de la Seine-Inferieure. Tome V, 5' cab. — 
Bulletin de la Societe libre d'e'mulation, du commerce et de I'in- 
dustrie de la Seine-Inferieiue, annee i855-i856. — Le Moniteur 
grec, 7 nunieros. — LEspiirance, journal {J;rec, 7 numeros. — 
L'lslhiuc de Suez, Journal du I'Union des deux mers, u"' 4 a 8. 



EnniTCM DU CAHIER DE AOUT ET SEPTEMBRE, 

Page 94, iigne 18 : au temps dos Arabes, lisez : au temps de Strabon. 

Page 95, ligne i4 • apres le mot d^couverte, lisez : (a) 

Page 95 : ajoutez^ eu note : (a) Voyez ci-dessus, p. 81 a gS. 

Page 97, ligne 3 : § 4i ''*^- • § '^' ^' '^^ meme pour les para- 

graphes suivants V et VI. 
Page 97, note ( I ), apres ces mots ■.itlafin, ajoutez:p. 108, ci-dessous. 
Page 97, note (3), ah incum, lisez : Ahincwn. 
Page 106, a ia note, apres le mot Cesar, ajnutez : p. 1 l3. 
Page 107, ligne 18 : tempse, lisez: temps. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIETE DE GEOGRAPHIE. 



DECEMBRE 1856. 



ASSEMBLEE GENl^lRALE DL 19 DfiCEMBRE 1856. 



DISCOURS 

DE 

M. GUIGNIAUT, president. 

Messieurs, 

Vous m'avez fait un insigne honneur en m'appelant 
a presider celte solenneile reunion de la Socic^le de 
Geographic; je voudrais qu'il fut aussi merits qu'il est 
senti et apprecie de moi. Mais, en presence de tant 
d'illustralions diverses de la science que nous culli- 
vons et que nous aimons en comuiun, je suis surtout 
frappe de tout ce que vous avez fait et du peu qu'il 
m'a ele donnc de faire inoi-meme pour elle. Aussi ne 
puis-je, a rnes propres yeux, juslifier cet honneur dent 
vous m'avez juge digne, que par les vingt ann6es con- 
sacrees sans Ireve ct sans relache ad^velopper, devant 
notre jeunesse studieuse, tantot les theories, tanlot les 
fails, tanlot I'ijisloire de la geof^raphic, dans la seule 
xn. p^CEMiuiii. 1. 22 



( 330 ) 

cliaire d'enseignomenl siipih-ieui- que celle science si 
vasle et si variee poss^clc en Fiance. 

C'esl dans le cours do ces lemons, Messieurs, que j'ai 
pu me convaincre des services rendiis par votre So- 
ciete et par si's principaux inembros ;'i la gcographie, 
pendant ces trenle-six dernieres annees. Non-seule- 
ment vous avcz cncouiag(5 loujours, siiscil6 souvent, 
par vos r^coinpenses et par vos directions, les d^cou- 
vert(>s les plus iinporlantes qui out 6te faites dans les 
din'orentes regions de la terre, durant le cours de cette 
longue pc^riotle; non-seulenient vous avez donn6 
I'exeniple du devouenient et des sacrifices a ces Socie- 
les, vos enniles, et je puis dire vos fiUes, qui se sont 
mullipliecs, en Europe et ailleurs, sur le plan de la 
voire; vous a\ez ainsi allume, propage parlout le feu 
sacr^ de la sci(Mice que vous continuez d'enlrelenir 
parn)i vous; mais numbre d'entre vous, on oulre, out 
pris une part active ;'i ses d^veloppements, ases recents 
progres, au perfeclionnemei.l de ses nielbodes et a 
ragrandi.sseuienl de son horizon, sur lorre et sur raer. 
D'illuslres niarins, de savants ing^nieurs, des voya- 
geurs inlrepides, heroiques quekjuefois, fjue vous 
avez conqit^s ou que vous coniptez encore avec orgueil 
dans votre sein, out mis la main, le i ceur, Tinlelli- 
gence, a lout ce qui s'est fait de grand el de beau dans 
la geogra|)liie mililanle, si je puis le dire, de notre 
temps. Les erudils, les critiques, n'ont pas manque 
noD plus ici, pour verifier, pi ur ordonner, pour fe- 
conder par la retlexion et par I'elude les materiaux de 
la science, pour en renouveler, pour en elevor labo- 
rieuseuient redifice sur des bases plus solides ou plus 
iarges, el pour en laire penc^lrer I'esprit et les lesul- 



( S31 ) 

tats, soit dans los autres sciences, soil dans la jnasse 
des connaissances communes et dans la substance de 
la civilisation generale, 

Graces soient renducs a ces liabiles, a ces ardents 
promoleurs de la geogiaphie qui m'enlourent, a ceux 
aussi qui ne sont plus et dont nous honoions pieuse- 
nient, chaquc annee, la memoire. Leur plus bel eloge, 
leurplus digne recompense est dans ie succ^s de ieurs 
efl'orts, si nianifeste a tous les regards. Fut-il jamais 
un spectacle plus grand, plus interessant que celui 
qu'offre aujourd'hui I'^talde notre science. Messieurs? 
Je ne veux point anticiper sur ce (jue va vous en dire, 
avec une si rare competence, noire savant secretaire ; 
mais qu'il me soit permis, en linissanl, de vous repre- 
senter ces fails nouveaux, immenses, dont nous som- 
mes Ics lemoins, et qui signalenl le phis haul pro- 
gres qu'ait alteint la geographic, dans ses moyens ou 
dans ses resullats, depuis les grandes decouvertes du 
XV* et du xvi° siecle. Dune pari, el sms parler des 
glaces du pole vaincues avec une admirable ^niulation 
de Constance, les mers que la nature avaient s^pardie^ 
s'unissent deju ou sont pr6les a s'unir, par I'induslrie 
el le savoir ile riiomino, dans I'un comme dans I'aulre 
monde, pour livrer passage a la navigation, au com- 
merce, a I'echange des idees aussi bien (jue des pro- 
cluils, bur les aiies de la vapeur el avec ce nierveilleux 
auxiliaire de I'^leclricile, rapide comme la pens6e 
elle-men.e; d'aulre part, les continents jusqu'lci ies 
plus rebelles ouvrenl Ieurs nnst^rieuses profondeurs 
a ces hardis pionniers de la science, non pas plus ^ner- 
giques, mais plus heureux (jue leuis devanciers. 
L'Alriquc, lAtriiiue elle-meine est eidin perc(5e de 



( 332 ) 

pari en part dans sa n'gion aiislrale; elle ne peut 
manquer do l'6lre hienlot au nord de I'^qualeur ; et 
le Nil a beau cacher sa tele sous des voiles toujours 
plus 6pais, ^ des distances impr^vues, deiober ses 
dernieis replis dans des solitudes ou chcz des peu- 
plades que nul ceil europ^en n'a pu conlempler encore, 
le moment n'est pas loin, tout semble I'annoncer, ou 
un ChampoUion de la g^ograpbie pourra dire, comme 
celui de la pbilologie et de I'bisloire ^gyptienne, en 
faisant des vers du poete romainune application nou- 
velle : 

Evolvam busto jam numen geittibus Isin, 
Et tectum lino spare/am per vutijus Osirin. 

a Je tirerai de son tombeau Isis, devenue la divinity 
» des nations; et Osiris, envelopp^ de ses bandelettes, 
» je le revelerai au monde. » 

Ce second r^v^Iateur du symboliquc Osiris, du dieu 
dontles eauxfecondanles n'ont pas cess6 de se r«^pan- 
dre sur le sein d'lsis, du fond inexj)lor6 de rEibio[)ie, 
c'est sous voire impulsion, Messieurs, c'cst anim6 de 
votre esprit, qu'il niarciie en ce moment a ses desti- 
nees. Puisse-t-il Ics reuiplir lout emigres, et puisse la 
France recuoillir, uiie lois encore, en gloirc immortelle 
le fruit de tout ce qu'elle a fait pour I'Afrique, depuis 
soixanle ans, par le genie des amies ou par le genie 
de la science au service de I'bumanitd ! 



NoTA. — Ti'elendue du rapport du secretaire g^n^ral 
de la Commission centrale, lu ;'i la seance publique du 
19 decen)bre, nous force de h; rerivoyer au procbaiii 
num^ro. 



( 333 ) 
NOTICE Nl^CROLOGIQUE 

SUR 

M. Constant Provost, 

Membre de I'Academie des sciences, president de la Commission 
ceiUiale de la Sociele de geographie, etc. (l) 

PAR JI. DE LA ROQUETTE. 



Messieurs, 

La mort vous a ravi, cette aunee, le president de 
votre Commission centrale, Constant Prevost, membre 
de I'Academie des sciences, qui n'a fait, pour ainsi 
dire, qu'apparaitre parmi nous, et dont la perte se 
fera longlenips sentir. 

Connaissant I'amilie qui nous unissait a cet illustre 
geologue, et la bienveiliance dont il nous honorait, 
vous nous avez charge de vous presenter sa notice 
biographique ; c'est done la vie de ce savant modeste 
el laborieux, que nous allons essayer d'esquisser de- 
vant vous. 

Prevosl (Louis-Constant), membre de I'lnstitut, pro- 
fesseur de geologic a la Faculte des sciences, et presi- 
dent de la Commission centrale de la Society de geo- 
graphie, connu dans le monde et dans la science, 
dont il elait un des representanls les j^lus dislingues, 
sous les noins de Constant Prevost, naquit, le !i juin 
1787, k Paris, ou Louis Prevost, son pere, qu'il perdit 
lorsqu'il avail alleinl a peine I'agc de sept ans, jouis- 

(i) Lue a I'assemblee gene'iale de la Societe de Geographie du 
19 decembre i856. 



( 33A ) 

sail d'uiii' honoral)le aisaiu-e ; Constance Martin, sa 
mfere, apparlcnail h une lamille de magislratun'. De- 
vcniif veuve peu il'annees apies sdd inariaj^o, niadame 
Prevosl epousa en secoiides noces M. Bevi6re, donl le 
pfere etait en in6ino temps st^nateur et dovcn des 
maires et des nulaiies de Paris, sous lo premier 
empire (1). 

Constant Prevost retrouva dans son heau-pere, un 
attachement presque paternel ; aussi le confondail-il 
avec sa m^re dans scs alleclions, et allait-il le voir 
soMvent dans une maison de campagne, aux environs 
de Melun, ou 11 s'etail retire dans les dernieres annecs 
de sa vie. 

Constant Provost commen^a ses etudes dans la pen- 
sion de M. Lepitre, ou il se lit rciiiarquer par un esprit 
precoce, et surtoul par une ires grande aptitude pour 
le (lessin, d une facilile de crayon qui lui a ^te sou- 
vent fdi I utile. II buivit eiisuitc les cours des ecoles 
centrales qui avaient rem])lac6 nos anciens colleges. 
II eut, dans ces tlerniers etablissemenls, MM. Cuvier, 
Dum^ril el Brongniart jiour principaux professeurs, et 
pour camarades, MM. Desmarets, Jules Cloquet, etc., 
qui adoplerenl comme lui la cnniere des sciences, et 
avec lesquels il n'a jiiinais cesse de consi'rver les plus 
intiuies relations. S'il reniporta dans la pension de 
M. Lepitre tous les prix de dessin, Constant Prdvost 
ful (^galeinent hcureux aux ecoKs centrales, dans les 
dilTerentes branches des dludesscienlifjques. Sa lamille 



(i) Matl.inie I'lr'vost ii'avuit cu (|iic dciix eiiFants de son premier 
mariafi;!' : Coiisiam I'lovost, ut uno Hllu (|iii niuuriit a ijuiiizc ^iiis ; 
ellc n'en laissa poinl de son second. 



( 335 ) 

le destinail a lacarriero Hu notarial qui devait Itii 6tre 
ais6inent ouverle p;ir la situation ct les relations He 
son beaii-p^re. 11 travailla en effet pendant plusiours 
annces, pour s'y preparer. Mnis tout en s'acquillnnt 
de ses devoirs, pour losquels il avait pen d'inrlinittion, 
Constant Prevosl s'echappait frequeniment de I'etude 
de I'avouG et du notaire, pour assister ;'i des cours 
(I'liisloire nalurelle et de m^decine, ou il relrouvail ses 
anciens maitres el ses premiers condisciples. 

Enfin, apres avoir longtomps r^siste a ci^t enlraine- 
menl, il m' d^cida a se livrer exclusiveuienl a I'^tude de 
la raedccine ; il prit ses grades en 1811. ('e I'ul alors 
qu'il se lia avec M. de Blainville, qu'il suivit avec lui 
el avec M. Desmarels les cours el les aniphillit''atros de 
dissection, et travailla dans le lahoratoire do Cuvier 
au Museum. Toutelois. ses premiers rapports avec 
Brongniart dirig^rent plus vivement ses inclinations 
vers la geologic. Brongniart I'admit dans son intimity, 
lui ouvrit I'entree de ses collections et le clioisit pom* 
compagnon dans les voyages qu'il fit, de 1808 a 1813, 
dans le Wurlemberg, en Boheme, en Westphalie, 
dans differeutes autres parties de rAllcmagno et en 
France. 

Vorsle commencemenl de cette derni^re anntlje, une 
maladio grave de Constant Provost, qui paraissait j>ro- 
duitc par un excfesde zele pour les dissections anatomi- 
ques, le forga de suspf^ndre momenlanc^ment I'^lude 
de la mdidecine; I'indepcndance de son caractfere ne 
conUibua pas moins a sa determination. Voyant que 
les Etudes mddicales etaiont nuisibles a sa sante, et 
qu'elles nc le conduisaienl, en definitive, (pi'au d6ve- 
loppemenl de son goul pour I'lustoire nalurelle, en 



( :m ) 

nifeme letups que ses voyngos avaieul aiiginenl^ son 
inclinalion pour la g('oloe;ie , liul qui ne seinhlait pas 
fetre sufljsaiiinionl ulile et prali(juc, safamille chercha 
a le diriger vers I'inchislrie. 

Par un deciel du 11 luai 1810, reinpereur Napoleon 
a) an I proinis un prix d'//// million de francs a I'inven- 
leur, de quelquc nation qu'il piit 6tie, de lanieilleure 
inacliine a filer le lin , Philippe de Girard, d6ja connu 
des savanls el dans lo monde induslriel par d'utiles 
inventions qui lui avaient indrite en 1806 une m^daille 
d'or, se niit iiiunedialement a I'tEuvre, et I'ann^e n'e- 
tait pas L-couUe qu'il avail fait en petit une machine 
qui reni|dissail en parlie le l)ul propose. Cel hoinuie 
ingenieux y apporla successivcment de telles ainelio- 
ralions, qu'en 1813, non-seulemenl il put produire 
une machine executee en grand, mais qu'il en eutplu- 
sieurs fonctionnant ensemble, rue de Vendome et rue 
Charonne. Ce ful a ce moment que Constant Provost 
fit la connaissance de Philippe de Girard, et fonda 
avec lui une societe pour I'exploilalion de ces ma- 
chines. II apporla dans cette entreprise, non-seule- 
nient sa cooperation personnelle, mais il fournit une 
somme considerable, promptemenl consommee dans 
des perleclionnemenls de proc^des et de machines 
donl les r^sullals no furent pas avantageux pour les 
associes, quoique le hut principal cut 616 atteint par 
la d^couverte fondamentale de Girard, cet esprit si 
eminemment invenlif et crealeur. Lorsque, a la fin de 
1815 ou (;n 1816, Philippe^de Girard transporta en Au- 
triche une partie de ses machines, Constant Provost, qui 
continuait a parlager le sort de son ami, I'accompa- 
gna et participa a la creation de relahlissement lond^ 



( 337 ) 

nonloinde Vienne, an villago deHirtenberg, qui, en de- 
finitive, ne lui fut pas plus favorable qu'a I'inventeur. 

Sa presence dans un pays dont la geologic elait 
presque inconnue, ilelerraina Constant Provost a 6tu- 
dier la structure du bassin de Vienne, et fit de cetle 
^tude la base de I'un des premiers et peut-elre des 
plus importants travaux qu'ilait publics. A son retour 
en France, il le lut a I'Academie des sciences, obtint 
le plus complet assentiment et I'insertion de son me- 
moire dans la collection des savants Strangers; maisil 
ne profita pas de cette faveur, fit imprimer*cet ecrit 
dans le journal de physique ri^dige alors par son ami 
de Blainville, et offrit au Museum d'histoire naturelle 
la collection geologique qu'il avail I'ormee en Autriche. 

Peu de temps apres son retour de ce pays, Constant 
Prevost parcourut les falaises de la Normandie , et 
redigea sur son exploration un memoire qu'il accom- 
pagna d'une grande coupe geologique qui embrasse 
toute la cote, depuis Dieppe jusqu'a Cherbourg. 11 pre- 
senla ensuite ce travail a I'Academie des sciences, 
mais le rapport tres favorable de M. Brongniart, qui 
a 6t6 publie, est la seule trace qui soit restee de ces 
recherches, que Constant Prevost se proposait lou- 
jours de completer et de perfectionner. 

En 1822, il 6pousa mademoiselle Target, I'une des 
fiUes du cel^bre avocat au parlement de Paris, mem- 
bre de I'Academie fran9aise,run des presidents de I'As- 
semblee constituante, et membre de la cour de cassa- 
tion (1). 

(i) Monsieur Target, qui s'etait marie dans un Age fort avance, 
mourut en 1807, iaissant une veuve, jeune encore, avec quatre en- 
fants; un fils qui a ete pendant douze ans prefet du Calvados (de 



( 338 ] 

Depuis son iiKiii.igr', Conslaiit Pievost n'.i plus varie 
dans la (liicdion cle sos pliules scienlifKjiies ; il s'est 
excliisivcmonl voue a la ge^ologie. Ses ii'^moires, ^es 
cours, «('s voyages n'ont plus eii d'autie ohjet. D6s 
1821, il I'avail pi-ofossee a rAllieneo, puis a I'Kcole 
centraledes arls et manufaclures, cndn a la Facull^ 
drs sciences do Paris, oil imo cliniie Tut rro^o pour lui, 
en 1831, siir le rapporl de M. (',ii\ier, par M. Guizot, 
ministie dc I'instriiciion piil)li([iif. Jusqii'^ce monienl 
la geoloiiie n'avait poiiil eu do place speciale a la Fa- 
culle; elle 6lait dans les attribulions du jnofosseur de 
min^ralogie; aussi Conslanl Pr^vosl ne lil-il d'ajjord 
son coins que conime adjoint a celte derniere chaire, 
et ce ne I'ul que qnelques annees plus tard , que la 
geologie ayanl ^le entieremenl separee de la min^ra- 
logie, il en devinl profosseur titulaire. 

Nous devons rapporter ici iin fail curieux remon- 
tant a 1829. Dans une r(^iinion qui cut lieu pendant 
le courant de cette annce , dans une maison par- 
ticuliero, ou demeuraienl MM. Constant Provost, 
Jules Desnoyers, son beau-frere el Deshayes , au- 
jouid'liui president de la Societe geohgu/ue, Cimstant 
Prevost <^nnl ridi'o de fonder one si^ciele libre qui. 
sous le noni de Societe gcologiqne de France, serait 
destin^e a r^pandre el a propager celle science, et a 
reunir en un faisceau puissanl lous les tM^menls ^pars 
qui pouvaient contribuer a en assurer les progres. 



l83o a |8;}2, ('[xjcjiu; A^^. sk mort), et liuis hllfS doiit lauiue cpousa 
Constant Prevust, la sec:on(Je, M. All.iiii, < lirl du buieaii des pen- 
sions ail ministeie de la justice, mori en i855, et la pins jeune, 
M. J. Desnoyers. bibliothecaire du Museum d'hisloire naturelle. 



( 339 ) 

L'id^e rlc cetle association fill accueillie avec lo plus 
grand cmpressement par iiii petit nonibro d'hoinmes 
^minenls dans les sciences, et le 17 mars 18.H0, une 
qiiaranlaine de personnes se r^iinirent, a huit heures 
du soir, flans le local dc la Socicte philomatique d6 
Paris, sous la |)r6sidence de M. Ami Boue. Constant 
PreTost, remplissant les fonctions de secretaire, lut nn 
projet de rep;leinent ]irovisoirement arrets ; les hases 
fondamentales furent adoptees apres une nouvelle lec- 
ture el une deliberation siir chacun des articles, et la 
Societe geologique de France se Irouva coHstituee. Le 
28 clu Tn§me mois, qiiatrc-vingt-quinzemeSubres adhe- 
rerent au reglenient constitulif (1), et le premier bu- 
reau, dont M. Cordier lut elu president, et Constant 
Prevosl I'un des vice-|)residents, fut forme (2). 

Au moment ou Constant Prevost pvil, en 1831, pos- 
session de sa ciiaire, la geologic etait, dans I'enseigne- 
ment universilaire, une science nouvelle, et il n'avait 
pas eu de predecesseur a la Faculto. II Iriompba ba- 

(1) Ce lej^leinenl, inodele de cliiitr et ile precision, et contenant 
les dispositions les plus libeiales, sagement conibinees , auquel 
Constant Prevost a lar{5einent enntribiie, a atteint le but que «es re- 
(lacteurs s'elaii-nt propose. Aussi n'a-t-il pas ete' necessaire de le mo- 
difier jusipi'ici ; on lui doit, en majcnre parlie, la ])ro-perile toujoiirs 
croissante de la Sociele ^eoloifu^ue de Fiance; et des Socieles de la 
nienie nature, creees p()>tei'irnreiiieni en Allemagne (Prus^e) , ont 
cru devoir en adopter lous les articles sans y appoiler aucune modi- 
fication. 

(2) Les auties niembres de ce bureau furent ; MM. Alexandre 
Rronyniai't, de Blainville et Broebant de Viiliers, vice- presidents ; 
Ami Bou('- el Elie tie Beaumont, secretaires; Dufresnoy et Jules I)es- 
noyers, vice-secretaires; Mieliejin, tresorior; et entin Felix de 
Roissy, archivists. 



( m ) 

bilomeut de toutes les clifllculles de i>on enseignemont, 
et pendant vingl-cinq ans, par sa jiarole allrayanle el 
facile, il attira a ses cours une foule d'audileurs, donl 
plusieurs aujourd'hui coniptenl parmi les mallres, el 
contribua puissaniment a propager le goill des etudes 
geologiques eta les rendre populaires. 

Nous avonsvu qu'avant de professcr a la Faculle des 
sciences de Paris, ii avail elTcclue plusieurs voyages en 
difTerentes conlrees. Depuis, il tn cntreprit d'autres 
etrecueiilit dans tous des coileclions injportanles dont 
il enricliit g^nercusonionl le Museum d'liisloire nalu- 
relle et la Faculle a laquelle il 6lait attache. Les coi- 
leclions dejtosees par Constant Prevost dans ces deux 
elablissemcnts, se composent de plus de douze millo 
^chantillons. 

Au mois de juillet 1831, unc ile apparul subilemont 
au milieu de lu Mcdilerran^e , enlre la Sicile et 
I'AlVique, a la suite de violenles Eruptions volcaniques 
qui s'elaient fait jour a Iravers les eaux de la mer. 
Get eveneinent excila rallenliou gen^rale, et I'aiuiral 
deRigny, minislre de la marine, ayant olTerl a I'Aca- 
demie des sciences de mellre a sa disposition le brick 
de I'Elat la FlecJie, qu'il envoyait sous la conduite du 
capitaine Lapierre, pour connaltre la situation exacle 
de cclte ile nouvelle, I'Acad^uiie confia a Constant 
Prevost la mission d'aller recueillir les documents et 
les observations qui pourraienl inl^resser la geologic. 
Parti de Toulon le 16 seplembre, Constant Provost 
debarqua le 29 sur I'llot volcanique encore brQlanl, 
et apres avoir eludie avec un soin minulieux celte 
terrc jiour laquelle il proposa le nom de Julia, qui 
rappelle I'^poque de levenemenl qui lui avail donne 



( m ) 

naissance, nom qui fut adoplo , il adressa de Malte, le 
3 oclobre suivant, a TAcademie, un premier rapport 
accompagne du plan et de la vue du cratere. Ce ne 
flit qti'a son retour qii'il pr^senta a I'lnslitut I'expos^ 
des principaux resuitats etde I'ensemble de son voyage, 
dent il n'a 6te publie que des fragments dans le Bulletin 
et les Memoires de la Societe geologi'que, Lo plan joint a 
son premier rapport, et le relief qu'il a fait depuis, 
uniquement avec les malieres volcaniques dont I'lle 
Julia ^tail compos^e, et qui est depose a la Societe 
geologique , conserveront aux generations futures le 
souvenir de cat evenement et le nom de celui qui I'a 
decrit. 

La visite de Constant Prevost a I'lle Julia lui avait 
permis d'^tudior les phenomenes volcaniques sous- 
marins; pour leur comparer les phenomenes volca- 
niques aeriens, il alia examiner immediatement la 
Sicile, les iles Lipari et les environs de Naples, terres 
classiques des volcans, etplus tard (1832), les groupes 
volcaniques du Mont-Dor el du Cantal, afin de s'assu- 
rer par I'elude attentive des fails, si le cone volca- 
nique est enlierement produil par I'accumulalion des 
maleriaux rejet(^s du sein de la terre, ou si une parlie 
de son relief est due a un soulevemenl prealable de 
I'^corce lerrestre. II n'adopla point cetle derni^re 
opinion, que I'un de nos plus eminents geologues 
(M. tlie (!e Beaumont) avait exposee dans sa iheorie 
des soul^vements. Celle mani^re d'envisager le pheno- 
mfene excita dans le s.ein de la Societe geologique de 
France, dont les deux savants onl ele elus plusieurs 
fois presidents, de memorables discussions soulenues 
des deux cotes avec une 6gale ardeur de conviction, el 



( 342 ) 

loujours avec Ja plus grande urbanilt;, ilisciissions qui 
se sont renouvelees bien souvenl. Mais, ainsi que cela 
arrive tVequeuiiiient duns des cas seinblables, cliacuii 
garda ses opinions. Au surplus, I'ile Julia, premiere 
origine de ce dillerend, n'eut qu'une existence 6phem6re 
de queiques inois suuleuient, car il parail certain que 
d6s le 12 Janvier 1832, ies inarins la cliercherent vaine- 
nienl a la place qu'elle avail occupec ; elle 6lait ren- 
tr^e dans le sein de la mer sans laisser aucune trace. 

La chaire d'liisloire naturelle generale et particu- 
liere du college de France etant devenue vacaole par 
la morl de Cuvier, arrivee le lo uiai 1832, Constant 
Pievosl se mil sur ks raugs coinine candidal, ct le 
21 aoul de celle annee, il adressa a ce sujet, a la Com- 
mission de lAcatlemie des sciences, une nole qui a 
ele impriuiee, cl se lermine pai- la lisle des uiemoiies 
publics par iui, et par rexlriiil do I'analyse des tra- 
vaux de I'Academie, pour I'annee 1827, dans lequel 
le celebie naUualisle, dont ia succession eUiil disputee, 
6mcl une opinion Ires avantageuse sur ses lra\aux. 
M. I'^lie do Beaumont ruiuporla el I'ul nomnie le 
23 seplembre 1832 j ])lus lard (1837), celle chaire 
pril le litre de chaire d I Us to ire naturelle des corps iiior- 
ganiques. 

Le 7 levrier 1848, Constant Prevost, dont I'Acade- 
mie des sciences avail ete souvenl a port^e d'appre- 
cier le bavoir, lul admis dans le sein de celle illustre 
compagnie, malgre le haul nierile de la pluj)art de ses 
concuricnts, parmi iesquels liguraieut en premiere 
ligne MM. Ebelnien elile Senarinont. Lorsque, le20 tlu 
meme mois de ie\rier, le roi Louis-Puilippe signa son 
approbation du choix de rAcademie, un orage violent 



( U'i ) 

commencait ;'i gronder; une revolution 6tait pr^s d'c- 
clalei" ; quolques inslaiits piiistard, le souverain de la 
France n'aurail pu faiie usage de la prerogative royale. 
Admis le 21 decembre de I'annee suivante au 
nombre des ineinbres de la Societe de geographic. 
Constant Prevost en fiit elii vice-president, le 11 avril 
1851. Nonime president de la Commission cenlrale 
le h Janvier 1856, I'^tat de sa sante ne lui permit ([ue 
rarement d'en remplir les fonctions , an tres grand 
regret de ses collegues. Les liens etroits qui unissent 
la Geograpbie et la Gt^ologie, et qui ne forment pour 
ainsi dire qu'une meme science de ces deux braiiciies 
des coiHiaissances humainos, rendent indispensables 
au geologue des notions un peu etendues sur la geo- 
grapbie, de meme qu'ils imposent au g6ot;rapbe I'obli- 
galion d'en posseder de semblables sur la geologie, 
lorsqu'il s'agir pour lui de trailer beaucoup de ques- 
tions qui semhienl souvent au premier aspect pure- 
uient geograpliiques. A la I'ois geologue, voyageur et 
geographe, quoi(|u'il n'ait rien ecrit de special sur 
la geograpbie proprement dite. Constant Prevost 
eiait pour nous une precisuse acquisition, aussi en 
plusieurs circonstances eumes-nous a nous feliciter 
de sa cooperation edairee. Commo a la Societe geo- 
logique, comme a la Faculte des sciences, il iit ad- 
mirer son savoir prolond et varie, meme en effleu- 
rant seulement les questions qui tenaient a la I'ois par 
quelques points a la geograpbie et a la geologie, et 
sur lesqi:elles il cut a emettre son opinion. Suivant 
sa constante habitude, il le fit toujours avec une ex- 
treme lucidite, avec une complete I'rancbise et une 
moderation pleine de bon gout. 



( Uli ) 

Presque jusqu'ii ses derniers moments, Constant 
Prevost continua a se livrer a I'elucie avec passion; il 
conlinua aussi de faire faire a ses ^l^ves dos excursions 
g^ologiques dans les environs de Paris, a quelques- 
unes desquolles nous avons eu I'avantage d'assisler, 
pour d('niontrer sur Je terrain los lemons qu'il avail 
donD<^es sur les bancs de I'hcole, en joignant ainsi la 
pratique a la iheorie. II revoyait constarainent ses 
ouvrages, corrigeant sans cesse ses manuscrils qu'il 
trouvait loujours Irop imparfaits pour etre livres a 
I'impression, et rounissait les materiaux n^cessaires a 
la ])ublicallon dun Iraite el^raenlaire de geologic, 
deslin*^ a resumer ses legons de la Sorboniie. Ge ne 
fut meme que lorsque les premieres atleintes du mal 
auquel il devail succomber se firent senlir, que les 
instances reiterees de sa lamille purenl le decider a 
renoncer au prolessorat, et a prendre le repos qui lui 
6tait ordonne. 

Les id^es i'ondamentales de Constant Provost, expo- 
s6es plusieurs lois dans ses ecrils imprimis et dont 
nous n'avons pu que donner un aporgu, en consul- 
tant des bomnies plus competents que nous sur la 
matiere, et surlout M. Jules Desnoyers qui a bien 
voulu nous communiquer de nombreuses notes sur 
son savant beau-fr^re, sont parfailement connues dans 
la science, et il ne n^gligeait aucune occasion de les 
^metlre et de les d^velopper de vive voix (1). « Disciple 
des grands mailres de la science, dlt M. de S^narmont, 
Constant Provost n'avait pas soumis sans reserve ses 

(i) Elles sont, ;iii surplus, Iris bien fxposees tlaiis les discours 
prononce's a ses obsecjues, par MM. Delafosse et Uesiiayes, qui iiuu» 
out |iiiiiripalement sprvi de fjuiiles. 



( 3A5 ) 

opinions a leur auloriti,';. Peisuadt^ que lous les ph^no- 
un^nes qui nous ciilouient s'encliaiiieat sans disconti- 
nuite a ceux qui onl produit les divers etats geolo- 
giques du globe, el n'en diflereut pas essenlieilement 
dans leurs causes el dans leurs elTels; il a d^veloppe 
ces vues dans uu grand nombre d'ecrih originaux; et, 
quand deja ses forces trabissaienl son zele, il inedilait 
de nouveaux voyages pour en conipleler la demons- 
tration, qu'il a incessaniinent poursuivie. Ses tlieoriei 
n'onl pas force la convlclion de tous les geologues ; 
maisles plus eniinents, ses malUes eux-memes, n'ont 
pas toujours [)u refuser leur assentiment aux argu- 
ments, souvent jusles, et toujours ingi^nieux, par les- 
quels il a cbercbe a les soutcnir. » 

Malgr6 les douleurs inouies qu'il supporla avec un 
courage et une resignation exemplaires, il ne perdil 
jamais celte haute intelligence qui Ic guJda pendant sa 
vie. Pendant les soulFrances desa derniere nialadie, il 
exprima le desir qu'on ne publlal rlen des nombreux 
manuscrits qu'il laissait inddits, en demandant qu'on 
fit du lout des paquets cacheles, destines a ses pelits 
enlants, s'ils avaient le gout de la geologic. 

Constant Prevost s'eteignit enfin le 16 aoAt 1856. 

Plusieiu's discours, dans lesquels nous avons puise 
quelques-unes de nos informations, ont et6 proaon- 
cds a ses fun^railles : au noin de I'Acad^mie et de la 
Faculte des sciences, par MVI. de Senarmont et Dela- 
fosse, par M. Deshayes, acluelleraent president de la 
Society geologique, et par M. Delesse, ingenieur des 
mines, I'un des meilleurs eleves de Constant Provost, 
qui I'avait choisi pour le suppleer dans son cours de 
geologic de 1.1 Sorbonne. 

XII. nicEviBni;. 2. 23 



( 346 ) 

D'un caract^re doux, afTeclueiix et bienveillant. 
Constant Provost, clont les goOts ^laienl extriimoment 
simples, aimait beaucoup le sejour cle la canipai;ne; 
cli^ri de sa famille, c'etait surtout aii milieu de ses 
enfants et de ses petits enfants, dont I'educalion occii- 
p&il loujours une partie de ses moments , qn'il se 
trouvait heureux. I! avail su s'attirer I'amitie et I'es- 
time de tons ceux qui avaient eu le bonheur de le con- 
naltre, et il n'a jamais perdu un seul de ses anciens 
amis. 

II a laisst^ deux fiUes <)e son manage avcc made- 
moiselle Amable Target; I'ainee a epouse un militaire, 
M. Duval, g^nt'ral de brigade, et la plus jeune M. La- 
fisse, avocal a la Cour imp^riale de Paris. 

Nous ne croyons pouvoir uweux terminer le r^cit 
lorl incomplet sans doute , de la vie de rhorame 
excellent et du savant illuslre que nous venons de 
]>erdre, qu'en reproduisant textuellement quelques- 
unes des paroles qua fait entendre, sur sa tomlie, 
M. Delafosse, corame lui proi'esseur a la Faculty des 
sciences : 

« La vie de Constant Provost a H6 calme et des 

)) inieux remplies ; sa mort fut des plus loucbantes. Au 
» milieu des soullrances qui ont niarqu6 ses derniers 
» jours, et ques'est efforc6 d'adoucir le lendre d6voue- 
)) ment de son Spouse et de ses enfants, il eut la con- 
» solation de voir r^unis et group^s aulour de lui tous 
l> les objels de sa constante sollicitude. On le vit, au 
» moment supreme, rassemiiler le peu de forces qui 
» lui restaient pour les |)resser encore une fois sur son 
» ccEur, en leur disant avec les sonlimenls d'une ame 
B veritableuient clirelienne ; <iJVles enfants, ma femrae, 



( 347 ) 

» nous nous reverrons » Ce furent les dernl^i'es 

» paroles qui expirerent sur ses levres. » 

Voici la liste des ouvrages publics par Constant Pro- 
vost, ft des principaux memoires qu'il a inserts dans 
les recueils de I'Acad^mie des sciences, des Soci^tes 
philomalique et geologique , dans les Annales des 
sciences nalnrelles, etc., etc. 

1° Sur des empreiiiies de coi-ps m'ctHiis iybtivees dans les couches in- 
fifrieures de la formation gfpseuse (1809. Jovrmal des mikes), encom- 
mun avec M. Desmarets; 

i° Suf les formes regulieies que prend une marne de Montmartre 
(l8og. JoDBNAt DES MiNEs), fill commun avec M. Desmarets ; 

3° Monoqraphie des rates et des scjuales (1816. Bulletis de la so- 
01ET16 PHiLOMATiQUE, et JouKSAL DE PHYSIQUE), de cohcert avec M. de 
Blainville ; 

4° M^moire sur la constitution physique et geognostique du bassin, 
a I'ouverture duquel est situee la ville de f'ienne en Autiiche (1S20. 
Lu a I'AcADEMie des sciences. — Journal de physique); 

5° Sur des fossiles d^eau douce observes a Bagneux (1821, Joursal 
i)E phtsique) ; 

6" Description de deux especes iiouvelles de paludines fossiles, { i 821). 

7° .$■«)• les qris coquilliers de Beauchamp et de Triel (1822. Journal 
DE PHtSIQUE); 

8° De I importance, pour la geologic, de I'elude des corps orqa- 
nisei vivants {iiii. Memoires de la societe u'uisToinE natcrellEi ■ 

g" Sur la composition geologique des falaises de la Normandie, 
(decembre 1821 et Janvier 1822. Academie des sciences). Non public 

10° Note sur une lete de poisson fossile, des couches aigileuses des 
Vackes-Noires (1825. Socikte philo.matiqueI ; 

I 1° Note sur la formation actuelle des roches tres dures (182.'). So- 
ciETi pbilomatique); 

12° Observations sur le gisement du megalosaure fossile, (iSiS. So- 
ciete philomAtique) ; 

1 3° Sur le gisement des ossnnents fossiles d'ichthyosaures etplesio- 
Saures dans le lias de Lyme Regis fi SaS. Societk philomatiqce'I 



( 3A8 ) 

1 4* Sur lei schhtei calcaires oolithiques de Stonesfield prei Oxford 
(iSaS. A>>ALF.s nF.s scl^;^CEs ^ATCllELr,Es ; 

iS" Sur la formation des terrains des environs de Paris (iSaS, mai 
et jiiin. SociETE I'Milomatiql'e); 

Cette I'xpliration a cite developpee en 1827, dans uiie lertuie faite 
a I'Acadoniie des sciences. 

1 6* Sur quelques effets du retrait dans les sediments (1826. Societe 

PHI1.0MATIQI E) ; 

17° Quelcjue^ftiits relalifs a la formation des silcx meulieres (1826, 

SOCIETIO I'lllLOMATIQUE) ; 

18° Description et ijisement d'une nouvelU espece de gyrogonite ou 
capsule de chaba fossile, tres analofjue a relle du chaiia tulgahis 
(1826. Societe niiLOMATiQUF,); 

19° KxAMES GEoi.oGiQL'E DE tETTE QrESTiON : Lcs Continents actuels 
ont-ils ^te a plusieurs reprises submerges par in mer? I.u a I'Academie 
DBS SCIENCES dans les seances des 18 jiiin et 2 juillet 1827 (1827. M^- 

MOIRES DE LA SOCIETE D'llISTOinE SATCRELLE DE PARIS, tOlnc IV); 

Ce memoire, acconipa(;iie de notes fondues dans le texte, a ete reim- 
prime depuis avec plusii-uis auircs memoires de Constant Prevost» 
dans un volume in-ocirivo, sous le line de : Doccments pour l'his- 

TOIRE nES TEI1RA1NS TERTIMRES. 

20° Bocumints (jui peuvent fournir les caracleres physiques et zoo- 
logiques des terrains de sediment (Memoire lu, en 1827,41 I'Acade- 
mie DES sciences) ; 

21° Considerations sur la valeur que le$ geoloques modernes don- 
nentii diverses exprasions frequeninient cmployeespar eux, telles que : 

£P0QCE ANCIENNE et EPOQUE ACTUEILE; EPOQDE ANTE-nlLU VIE>NE et 
EPOQCE POST-DILUVIEISNE ; EPOQUE AM E-IIIS1 OniQI-E et KPOQUE HISTO- 
RIQI'E; PERIODE SATl■R^IE^i^E Ct I'ERIODE JOVIE^^E ( I 83o. BULLETIN DE 
LA SOCIETE GEOLOGIQUE, tome 1); 

22° Observations sur un memoire dc MM. Buchland et de la Bi'che 
sur la geologic de la baie de Weymonih ( 1 83o. Hui.letin de la SOCIETE 
g£oi.ooique) ; 

23" P'ojaijc ii I'ile Julia, en Sicile, etc., prc'sentf' a I'AcADEMIE DES 
SCIENCES en iSSaou i 833, et piiMie en partie d.nis les IMemoires DE la 
SOCIETE g£ologique, iiiiiip II, i"' ji.iitii', i835, sous le titre de -.Notes 
sur I lie Julia pour stirir li I'liistoiu' des montagnes volcaniques., avec 
une caitp geoloc,ique di- hi Sicile, ties roiipes, etc., elo. , 



( 349 ) 

a4" Quatie iiieiiiuires itlatifs aux observations t'aites par Constant 
Prevost, lant sur I'lle Julia et sur Mnlte, que snr la Sicile, ont ete im- 
primes dans Ics Memoircs ou le dans Bulletin de la Societe geolo- 
gique, savoir : 

A. Premier rapport etivoje (le Malteh I' Academic des sciences.) sur 
la descente a file Julia (novembre i83l). 

R. Aperru sur la geolocjie des lies de Malte et Goze (Janvier 1 832). 

C. Observations faites en Sicile, au cap Passaro, dans le val de 
Noto, (I I Etna, (I Messine et aux environs de Melazzo ('d.). 

D. Resume des observations faites sur la geologic de la Sicile (com- 
mnniquea lArailemie di-s sciences, par M. Cordier, et insere au Bul- 
letin de la Societe genlogique, en iBBa); 

aS" Note sur un ichthrolite des rochers les Vaches-Noires (Anralks 
DES SCIENCES N A) ui'.ELLKs, lomc 111, 2' scrie, 1 835) ; 

26° Sur le mode de formation des cunes volcaniques et sur celui des 
chaines de moiitagnes (Acadkmie des sciences. — Gomptes rendus, 
i835); 

2'° Sur la perfonition des roclies calcaires, par les helices (1842, 
avril. Societe piiilomatiquI', et i854, Coinptes rendus de I'Academie 
des Sciences); 

28" Lettre sur les coquilles trouvees a la Somma, par M. Pilla 
(AcADEMiE des sciences. — Comptes rendus, 1837); 

29° Lettre sur Vaqe relatif des calcaires de Chateau- Landon et du 
ores de Fonlainebleau (Academie des sciences. — Comptes rendus, 
1837); 

3o° Lttlre sur le mode de formation de iile Julia (Academie des 
sciences. — Comptes rendus, tome IV); 

3i° Coupe qtfologique du bassin de Paris, l832; I feuille in-folio 
obi. II a ete public deux editions diHerentes de cette coupe; 

32° Etude methodique du sol; valeur des mots sOL, nocHE, DEPOT, 
FORMATION et TKiiiuiN {Bull, de la Soc. geol., 1839); 

M. C. Picvost a reproduit ses idces sur ce sujet auquel il allachait 
de Tiraportance, dans rarlicle Formation, du Diet. univ. d'Hist. 
naturellc. 

33° Sur les causes qui ont produit le relief actuel du sol (Bulletin 

DE LA SOCIETE GEOLOdlQCE, 1840); 

34*5"'" <^<^ iioHveaux giscments de mammiferes fossiles aux envi- 
rons de Paris (Bulletin soc. geol., 1842). Ces observations, recueit- 



( 350 ) 

lies eii cummuii avec M. J. Uesiioyers, etaleiit le (-oinplement de la 
decouverte faili- par celui-ci du breches el de cavernes a osscinents, 
a Montmorency. 

35° Sur le terrain numniulitiqiie de la Sicik'{\\xT\,i,. soc. Oeol., I 844) ' 
36° Ckronologie Jes terrains et synclironisme des formations 
(Comptes rendus de I'Acad. des sciences, iS^S); 

37° Rapport adressea M. le ministre de I'instritction publique, sur 
les qisements d'animaux fossiles decoiiverts dans le hassin de la Ga- 
ronne^ — Sur le gisenient des fossiles de Saitsan et la ge'oloqie des 
bassins sous-pyrdneens (C. R. de I'Acad. des sc. i845 et 1846); 

Cast sur le rapport de Constant Prevost, que I'Etai acquit pour le 
Museum d'histoire nnturelle le terrain de Sansan (Gers), dfvenu si 
celebre par la ilecouverte que M. Lartet y avail Faite des (l<-l)ris de 
plus de cinquante especes de mammiferes et d'autres animaus ver- 
lebres fossiles. 

38° Observations relatives a Vancienne extension des glaciers actuels 
(Bi'LL. soc. piiiLOM., 1847)- — '^"'^ I apparition rccente des glaciers en 
Europe (Comptes rend, de TAcid. des sciences, i85o) ; 

39" Description geologique du littoral de la France; projet d'ex- 
ploration (Comptes rend, de I'Ai'ad. des sc, 1849); 

4o° Projet d'exploratien de VEtna et des formations volcaniqucs 
de iltalie (Comptes rend, de I'Acad. des sc, |852). 

41° Annonce de la decouverte d'un oiseau fossile de tailU gigan- 
tesque trouvc a la partie inferieute de I'argile plastique (Compt. rend, 
de I'Acad. des sc, i855); 

43' Etude des phdnomenes volcaniques du f^^suve et de iEtna 
(Compt. rend, de I'Acad. des sc, i855). 



( 351 ) 

FRAGMENT 

sun l'^tat present uu royaume uk siau. 



Le royaume tie Siam ne vient pas, comnie le Japon, 
d'etre ouvert a la curiosity, aux investigations des Euro- 
p6ens ; mais il commence a entrer dans une voie nou- 
velle, dont les sciences comme le commerce vont tirer, 
sans doute, un grand profit. II n'est pas moins riche en 
productions que le Japon, la Cliine et les Incles, el la 
population du pays, son industrie, sa i-eligion, ses 
raoeurs, son caiaclere, son langage, ne meritent pas 
moins d'etre Studies et observes avec suite et perseve- 
rance. Enfin, la nature de ses institutions, son exis- 
tence sociale et politique, veulent aussi un examen 
approfondi, de maniere a rendre de plus en plus sen- 
sible la diversile des systemes de gouvernemenl qu'a 
inventes, suivant les temps et les lieux, la sociele hu- 
maine : « Siam, dit le missionnaire Gutzlaff, n 'a jamais 
» attire, comme il le merite, I'attention des Euro- 
» peens, ni des philantbropes, ni des commerQants; 
» c'est une des plus ferliles regions de I'Asie; sous un 
» bon gouvernemenl, Siam serait supi^rieur au Ben- 
» gale, el Bangkok a Calcutta. » 

Le lemps n'esl pas encore venu ou la lumiere sera 
repandue sur loutes ces questions difficlles, oil Too 
pourra faire un parallele complet entre les Siamois el 
les autres populations de I'Asie orientale, entre celle 
nation el celles de I'Europe ; mais nous avons I'espoir 



( 362 ) 

fon(l6 que par la \()ie nouvellc doui on a pyi-l6, c'ost- 
a-dire la conclusion dos irailes de commerci' avec les 
puissances de I'Europc, on pai viendra a losoudrc une 
partie de ces prohl6mes. L'Am^rique du Nord, celle 
grande puissance maritime et territoriale, qui rivalise 
par les luniiert'S et rinlclligcnce, comnie jioiir la ri- 
chesse et les relations cominerciales, avec les pre- 
mieres nations marilimcs du monde, s'est biengardoe 
de nef^ligcr les rapports avec Siani. Des I'annde 1833, 
elle a cunclu, avec Ic royaume, un premier Iraile de 
commerce et d'amilie (1), el elic vienl d'on conclure 
un autre. L'Anglotcrre en a signe un autre recemment 
aussi, en 185Zi(2j. La France vienl d'obtenir le meme 
avanlage; noire excellent collogue, M. de Montigny, a 
qui la science, les arts et I'industrie, a qui I'agricul- 
ture et I'humanile elle-meme sont si redevables pou/ 
ce qu'il a fait en Chine, M. tie Monligny, en qualite de 
ministre pl6nipotentiaire , a signe a Bangkok, le 
15 aoilt dernier, une convention dent les termes sont 
on ne pent plus favorables a la France et aux sciences 
geograpliiques. On en jugera par les paroles qui sui- 
vent el qui sont lilt^ralement extrailes de sa corres- 
pondance; on va voir si les sciences, si la geograpbie 
en particulier, n'onl pas grandement k se rejouir do 
cette convention, et du cboix de I'liabile repr^sentant 

(i) Kii i8ii, Crawford avail ete envoye en ambassaJe pour le 
meme <)l)Jet; inais sa mission a echoue. Cette fois le consul anglais, 
M. I'arker, a reiissi. 

(•>J M Edmund Roheits etait I'envoye du president a Cochincliine 
et k Siam. Son tiaite a ett- sijjne deux ans apres nn prand desastre 
qui avail affliye Ic pays : I'inondation I'avait couvert pendant trois 
Dftois. 



( 353 ) 

de la France, a qui Ton doit la conclusion du trait6. 

« Tout savant, dit M. de Monligny, tel que natura- 
» liste ou autre personne voyageant pour le progr6 
» des sciences, pourra aller partout dans le royaume 
» de Siarn, au Laos et au Gamboge, et ies autorites 
» siamoises lui devront tous Ies soins et bons ofllces de 
» nature a I'aider dans raccomplissement de sa mis- 
)) sion. Si je ne me Ironipe, c'est la premiere fois, a 
» moins de declaration de blocus dans una guerre 
» marilitne, que Ton sti|)ule pour Ies savants; Ies 
» nolres peuvent des a present parnourir Ies vastes 
» regions qui coniposent, aujoiircl'luii, Ies royaumes 
» de Siam, du Laos et du Gamboge, Ics plus riches en 
» produils naturels et peut-etre Ies moins connus de 
» I'Europe. » 

Une des meilleures preuves que pouvaient donner 
de leuis dispositions favorables pour Ies voyageurs Ies 
deux souverains de Siam, c'etait d'accueillir la propo- 
sition qui leur 6tait faite de s'associer a notre utile 
institution; ils ont charge M. de Montigny d'exprimer 
cette bienveillante intention, qui honore h la fois notre 
Soci^te, la science et ces princes eux-mfimes. Leurs 
noms seront bienlot proclames ; et ces noras figureront 
en tele de notre liste, aprfes celui de S. M. I'Empereur, 
protecteur de la Societe de geographic, 

Le detail des operations de M. de Montigny a Bang- 
kok ne nous etant pas encore connu, nous parlerons 
de celles du repr^sentant des htals-Lnis. Le 18 avril 
dernier, il arriva a I'embouchuro du Menam ; c'etait 
M. Harris, consul general au Japon. Voici, en peu de 
mots, comment il a 6t6 re^u. La barre qui occupe 
rembouchure du M^nam ne permit que tardivement 



( 354 ) 
I'arrivee du naviro a Bangkok. Ln luessager y lul exp^- 
die aussilot I'arrivee du navin\ Le jour suivant, I'yachl 
royal, bateau a vapeur, aiuona le praklan (premier 
ministre; el jela I'ancre auj^res ilu iiavire ainericain. 
Les gens niont^rent a hord. On re^ul ie praklan avec 
tous les honneurs dus a son rang; il ^lait, comma sa 
suile, ricliement v6tu de largcs liabils ile soie, somp- 
tueux et magnifiques (1). Co personnago monira son 
intelligence par la fa(;'on dont il fit I'examen des 
canons, des machines qui etaicnt b hord, par I'inler^t 
avec loqiiel il visita le vaisseau (le premier steamer 
americain qui eiit penelre dans ccs parages), avouant 
sans peine la superiority des Americains sur ses com- 
patrioles. Ce recit est bien different de celui de Gul2- 
laff, en 18:^2; il annoncerait un progres elonnant dans 
I'esprit des Siamois : ils renvoyerent, en effel, avait-il 
dit, un Francais qui avail commence a inlroduire cbez 
euxune certaine Industrie, pourse dispenser de recon- 
nailre la superiorile du genie europeen. 

Les ofiiciers siamois elaienl accompagnes d'un cor- 
tege d'esclaves porlanl des opoes, des racinesde betel, 
des holies de cigarcs el du Ihe. On leur .servit une col- 
lation, el ils retourn^renl aupr^s du roi pour laire 
leur rapport. Le jour suivanl, le roi envoya de grands 
presents en sucre, eu Iruils, etc., ce qui parut d'un 
hon augure pour la conclusion du Iraitd. 

Le 22 avril, d^s le noalin, deux grandes barques 
conduiles par trenle rameurs, velus d'un unilorme 
rouge, a coiffure egalement rouge, suivies de I'yacht 

(i) J'extrais une {^rande partie de ce qui suit, d'una lettre ecrite de 
Houg-Kong, lojuin i856. 



( 355 ) 

royal, vinrent chercher, en toute diligence, M. Harris, 
le commandant du Armstrong et les autres officiers, 
pour les condiiiie a Bangkok. Paknam est une villa 
fortifiee qui commande I'entree de la riviere : la, les 
Am^ricains descendirenl et trouvcrent un grand diner 
qui les attendail ; pendant leur maiche, on leur appor- 
lait, en present, les plus beaux procluils du pays. Arri- 
ves a Bangkok a cinq heures aprfes midi, ils aper- 
Qureut des niaisons grandes et commodes, I'aites de 
bambous, qu'on avail 6lev6es expres poureux, et oil les 
attendait une deputation des principaux de Siam. 
(( Bionlol les Etoiles du pai'illon americain flotterent 
Jierement (dit une leltre d'un des acteurs de la scene), 
et nous fumes installes dans nos maisons improvisees, 
ou rien ne manquait, iii les salles de bains ni les acces- 
soires ordinaires. » 

La riviere Menam est large et profonde ; son nom 
signifie la mere des eaux, de meme qu'en Afrique, le 
notn du grand fleuve Benue, branche du Niger, qui 
donne naissance a la Tchadda et au Kouara. 

Ses rives sont ornees d'une vegetation luxuriante, 
qui s'elend jusqu'aux eaux memes du rivage et ajoute 
considerablement A la beaute du fleuve. 

Nous ne parlerons pas du genre de construction de 
la ville de Bangkok, assez connu par les descriptions 
du M"Symes, de Gulzlaff, de Finlayson, de Crawford 
et d autres encore, precedemment de La Loubere, et, 
de nos jours, par Mgr de Pallegoix. II eu est de meme 
des pratiques, des mceurs el des usages de cetle grande 
capitale ; rien n'esl change de cequ'onl observe ou de- 
Finlayson el Crawford, il y a une quarantaine d'an- 
n6es. Les audiences du roi, cependant, ne sonl plus 



( yo6 ) 

assujetlies, pour les Euro|j6eiis, a aiitant de formalit^s 
quetleleur temps. Les minislies americains, fran^ais 
et anglais ne se seraient pas soumis a une etiquette 
telle que celle que subil Crawfurcl, de traverser, sans 
chaussiire, lescoursde I'enccinte royale, par une pluie 
ballante, Mais les grands, et le premier niinistie lui- 
mfime, Ic prahklang, sonl toujours soumis a la double 
condition d'assister a I'audience royale coucb^s a 
plat ventre, cl de laisser lour chaussure en debors du 
paUiis. Aucun autre siege n'existe dans la vaste salle 
du trone, que le Irone lui-meme. 

Personne n'ignore (iiic les Siamois regardent les 
dents blancbes comme une diffoi inil6, s'appliquent a 
noircir los kurs d'une niani^re inelTacabIc ; on ne 
pent dire s'ils pailagcronl le goiitdes Europecns quand 
ils avanceront dans I'tHude de notre civilisation. 

Quant aux occupations de la plupart des Siamois de 
la baute classe, elles ne consistent guerc qu'a bolre le 
lh6, uiacher le b^lel et dormir. 

On dirait que le gout de nos arts commence k pen6- 
trer a Bangkok. Quand I'ambassade americaine ful 
admise a I'audience du roi, au mois de mai dernier, 
les murs de la salle du trone etaicnt ornes de belles 
gravures. Tousles presidents de I'Lnion americaine y 
avaient leur portrait. 

Quoiqu'on ne sache pas bien pr(5cis6ment le degre 
de sup^riorite du premier roi de Siam sur le second roi, 
soit en dignity, soil en pouvoir ellectif, il paralt cer- 
tain que la difference est reelle. Les presents fails aux 
deux souverains par I'ambassadeur americain ne per- 
mettent gutjre d'en doulcr, et cc qui scmblerait le 
d6monlrer encore, c'esl la nomenclature uu peu diffe- 



( 357 ) 

rente et moins longue ties litres qui les distlnguent 
I'un de I'autre, du moins a en juger par les listes, un 
pen incertaines toutefois, que nous envoie M. de Mon- 
tigny, pour servir a rediger leurs diplomes de raem- 
bres de la Soci^te de G^ograpliie, avec les egards dus 
au rang de ces monarques. 

Au reste, si Ton s'en rapporte a un jeune savant, plus 
verse que nous dans ridiome de Siam (1), le person- 
nage que Ton appelle, en Europe, le second roi, ne 
seiait qu'un vice-roi sous le noin de Fangna^ ou le 
premier prince du pays, inais non pas I'egal du pre- 
mier roi; son fr^re, mais non son second, mais non 
Vnlter ego. En lemps de guerre, il se met a la tete de 
I'armee ; il est aussi le principal conseiller du premier 
roi. 

Ainsi, ni les deux consuls comme ils ont ete k 
Rome ; ni ceux que nous-memes avons connus en 
France, il y a cinquante-six ans; ni les deux rois de 
Sparte non plus, ne correspondent aux deux rois de 
Siam. Les deux princes souverains du Japon pour- 
raient un peu mieux leur etre compares ; en eflPel, le 
da'iri (ou mikado), I'empereur spirituel, eiail, autrefois, 
I'unique, le veritable souverain, celui a qui apparte- 
nait I'autorile; sa residence iiiip(!!riale 6tait et est tou- 
jours a Myako ; mais, j^ar la suite des temps, le ziogoun 
(appele aussi couho), s'est empar^ du commanderaent ; 

(i) M. Leon tie Kosny; il resulte de ses recherches dans la Chro~ 
nologie generate, ainsi que dans la langue de Thai, que le second 
roi doit s'appelci' J'angna^ que letle <li(»iiite' est une ancienne iiislitu- 
lion, et qtt'autielois ce noni etait Ouparat, el cjiie cr qui peisonnitie 
le premier roi ost la triple courontie ou grande rouronne ; pour le 
second roi, rVst I'aiguille qui orne le somniet de la tete. 



( S58 ) 

il est a la tOte de I'arm^e et il lient sa coiir a Y6do ; 
il a le pouvoir temporel; c'csl, pour ainsi dire, I'eiii- 
pereur secnlier. Le dairi reste revelu d'un caraclere 
sacr^, et le ziogoun ne pourrait atlenler a son au- 
lorile (1). 

Quoi qu'il en soil de cette distinction encore un peu 
obscure, entre les nums de preuiier el de second roi de 
Siam (nonis donnas a Leurs Majcst^s siamoises), ainsi 
qu'entre leurs attributions, nous savons, de science 
ccrtaine, que le second roi ai tuel est un personnage 
tres intelligent. II sail Ires bien I'anglais; il n'a pu 
ac qut^rir les connaissances dont il est dou6 qu'avec 
un travail assidu et une rare perseverance. Dans son 
palais, il regoit, il converse agreableraenl, et il sert 
lui-m6nie le tbe avec toute la polllesse d'un gentleman 
accomj)li ; il a des mani^res parfailes ('2). 

Son nom seraii Cban-Faa-Noi, selon la correspon- 
dance ani6ricaine. Co nom differe beaucoup de ceux 
donl il a el6 question ; il est vrai que [)resque tous ces 
prelendus nonis sont dos epilbeles, des litres d'hon- 
neur et des lermes d'^liquette, plulot (jue des ternies 
appellalils; le nombre de ces litres est un pou dille- 
rent pour le premier roi et le deuxierae roi} il serait 
de toute impossibilite de ciler ici loutes ces qualifica- 
tions ecrilcs dans le style oriental, tellcs que le des- 
cendant des anges, les sacres vestiges des pieds, I'au- 
guste sommet de la tele, I'incomparable soleil, la 

(1) Voyez Notice stir I' e'tat present du Japan {Bulletin de la Soc. 
de Geotjraphie, Aun. 1846). 

(2) On assure que !<• deuxieme roi de Siam a donnc le iiom de 
Washington a son tils, jeune homtne age de vingt ans. 



( 369 ) 

granHe pompe, le roi des rois, etc. Les litres sont, 
d'ailleurs, d'une longeur d^mesuree ; je n'en citerai 
qu'un ou deux : Boromanorolh, PhrabovOrentharaaie- 
soun, etc., mots evidemment composes (1). 

Pour faii'e honneur aux elrangers, on donna aux 
Am^ricains le plaisir de la promenade a dos d'el(i- 
pliants. Le prince Nong-Sa donna a I'envoyc cette 
recreation; la troupe 6tait composee d'une vingtaine 
de ces enormes montures ; on fit ainsi plusleurs milles, 
et Ton eut I'occasion d'observer la dil'ference qu'il y a 
entre les elephants de nos menageries et les elephants 
en liberie, ou a I'etatdomestique. La relation de I'ara- 
bassade am^ricaine, si elle est publi^e, comme on 
doit s'y altendre, nous donnera sans doute de curieux 
developperaents sur ce point, ainsi que sur la question 
de savoir si les ele])hants blancssont une race speciale, 
ou simplemenl des albinos (comme le pensaient Fin- 
layson et Crawford) , et sur d'autres points encore plus 
imporlants pour I'histoire natureile. Nous saurons 
aussi, par notre zel6 confrere, M. de Monligny, ce qu'il 
faut j)enser de la nature du gouvernement siainois, 
accuse de despolisme sans frein, par la plupart des 
ecrivains. Si cette accusation a ele fondee jusqu'ici, 
n'y a-t-il pas lieu de croire que le contact plus fre- 
quent du pays avec les nations civilisees modifiera un 
peu I'exercice de I'autorite, qu'il adoucira les moeurs 
et influera sur le caractero des nalifs, que les uns 
depeignent sous de trisles couleurs, lesaulres, comme 
des hommes industrieux, actifs, polis, obligeants et 

(l) Dans la copie envoyee par M. de Montigny, on a ne'glijje 
I'exacte separation des mots. 



( 360 ) 

charitahles, En 1832, il y a a peine vingt-cinq ans, 
selon M, de Pallegoix, il ne venail a Siam, en un an, 
qu'un seul navire de Singapore; le Laos 6lait a peine 
connu; le quart de ce lemps sufiira, desorniais, pour 
se procurer a Siara loules sortes de notions sur les 
pays plus eloignes. Nous saurons s'il faut, en elTet, 
ranger les Siamois dans la classe luongole; nous 
apj)rendrons ce qui suhsiste de la religion bralnnine 
dansce pays bouddliiste (1). Enfin, nous connailrons 
le veritable etat politique du pays. Y a-t-il, aupres du 
monarque, ainsi qu'auJapon, un grand Conseil d'etat, 
compost de princes du plus liaut rang, et, aussi, de 
princes du sang imperial? Enfin, le roi [)ropreinenl 
dit, gouverne-l-il avec une aulorile absolue et sans 
aucun controle ? 

Nous recevrons peut-elre aussi la solution des ques- 
tions scienlifiques tres varices, que la Sociele de geo- 
graphic a conli^es a la sagacil6 de M. de Moniigny. 

JoMARD. 



(i) On sail, par les relations, qu'il existe une ceremoniu leligieuse 
dans laquelle doit elre coupee, cliez los adolescents, la iiieche de 
clii:veux nu'on laisse pousser sur la tete des jeunes Siamois; ce n'est 
pas un pretre Bouddliiste qui a coutume de le faire, c'est ua 
Bralimine. 



( 361 ) 
REMAHQUES 

SUB LA CARTK WE l.'jiXPLORATlON DE l'aFRIQUE AUSTRALIi, 

PAP, Cii. J. Anokiisson. 



Nous donnons aujourd'hui une reduction de la 
carle nianuscrite du voya£>e dans rAfriqiie anslrale de 
M. Cli. J. Andersson. 

Cette carte, reduite an quart, do\ait, dans I'origine, 
accompagner la notice de M. A. Maury, sur le voyage 
de I'explorateur suedois, inst^rd-e dens le Bulletin de 
mars-avril 1855, p. 149; mais la maladie et I'absence 
d'un des graveurs qui avaient^te charges de ce travail, 
en ont retarde I'execulion au dela dc nos provisions. 

La carle manuscrite de M. Andersson n'a pas moins 
de l^.AO centimetres delargeur, sur 1"',80 cenlinietres 
de hauteur; elle est couverte de remarques que nous 
n'aurions pu reproduire dans noire reduction, aussi 
avons-nous juge convenable de les r^unir en quelques 
pages, dans le BuUelin, en renvoyant, a I'aide de let- 
tres de repere, a la place qu'elles occupent su'" la 
carte. Notre confrere, M. Morel-Fatio, a bien voulu se 
charger de la traduction de ces notes. 

V. A. Mai.te-Brun. 



A. — Oi'npanyama. La riviere Nourse ne court pas 
toujours droit vers la iner; quelquefois elle est barrOe 
par des sables mouvanls. 

B. Oi'apangan. Us vlvent [)rincipaleinonl sur 

XII. ufccKMimi:. ^. 24 



( 362 ) 

I'eau, el sont les buteliersde la rivifero qui est tres large 
et rapide ; ils ont heauooup de relations avec les Ovam- 
po, niais parlent une langue un pen diff^renle. Le pays 
silue enlre tux et les Ovanipo abonde en betes sau- 
vages, tels qu'^lans, buflles, etc. La riviere nourrit 
beaiicoup de vaclies marines. 

C. — Ovahundja. Celto nation vit, dit-on, au milieu 
de nombreiix cours d'eau ; die n'cst s^par^e des Ova- 
pangari que par une seule journ^e de marche. 

D. — Ovayare (ou Ovavare), liabitent pr^s des c6les 
de rOc^an. On dit qu'il y a parmi eux des liommes k 
peau rouge. 

E. — Ovaganjara. lis vivonl aussi dans le voisinage 
de la mer ; autrefois ils laisaient nn grand trafic avec les 
Damaras, et la route du commerce se Irouve prfes de 
la cole. 

F. — Ovampo. Celte nation cullive considerable - 
menl de cerd'ales; elle possede aussi de grands trou- 
peaux de bclail et y attache un gran ' prix. Elle com- 
merce avec tous ses voisins, et quclquelois fail des 
excursions chez les Portugais au nord de la riviere 
Nourse. Les Ovampo appartiennent a une race 
d'liommes enlreprenanls, honnetes, indtistrieux et 
hospilaliers ; ils sont tres e-^limes des peuples qui les 
enlunrenl. Los Hottentots memos, si mt'-prises par les 
aulres lril)us, peuvent s'^tablir dans ce pays, el on 
leur peruiet dc s'j marier. Les Ovampo sont gou- 
vernes par un roi ou grand chef arm6 dun pouvoir 
presqu'absolu, iiiais qui paralt n'en jainais abuser. Le 
vol t st cliez eux, dil-on, puni de niorl. 



( 363 ) 
G. — Conlree dt-nudt^e, parsemeo do maf^nifiques 
oasis. 

H. — Contr^e denud^e , parsemee de maG;iiifi- 
ques oasis, coiivertes d'une su|)erl)e veoelation, Au 
19° 3Zi' hd" de latitude, se trouve li; point le plus 6leve 
qu'ail atleint M. Andersson en 1853. 

I. — Ce petit COUPS d'eau se perd, dit-on, dans les 
sables ou ics marecages, un jour ou deuxapr^s sa se- 
paration de ]a grande riviere qui ralimente. 

J. — Lac N' garni. Rivage vaseux; les eaux sans pro- 
fondeur, bordees d'une ceintuie epaisse de roseaux et 
de joncs. La vegetation y est surabondante. La mouche 
Tsetse n'yparait point. 

Contree ontieremenl couverte d • bois epais. 

J' et J". — Sol sablonneux sur fondation calcaire , 
abondammenl bois6, avec de beaux paturages, mais 
peu ou point d'oau. 

K. — Suite (le colli nes a la cime [lointue, de 500 
a JOO pieds anglais de hauteur. 

L. — 21° 5Z|'57"(le latitude Tounobis{ou Olchombinde), 
le point le plus eloigne atleint par M.Galton en 1851. 

M. — Fontaine de l' Elephant ; jadis station de la 
mission weslcyenne, mais ab;indonneo a cause de son 
insalubrile. line t'ois par an, gencralcment de de- 
cembre en aout ou niai, une fievre nieurtri^re y s6vit; 
elle est aussi fatale aux noirs qu'aux blancs. Gette 
station est aujourd'hui principalement occup^e par les 
Ghou-Damup qui cullivent le labac sur une grande 
echelle. 



( 36/i ) 

N. - JValvisch-bay. Cclte baie est un hon ahri pour 
les vaissonux de loute grandeur; fenn^o de tiois cotes 
par la lerre, elle ii'osl ouverle a la nier que par un seul, 
ellc venldcnord ol nord-ouest \ souffle rarenient. Abri- 
t^spar la pointedu Pelican, ou I'ancrage est bon, les ca- 
boteursde 100 lonneaux el au-dessous pcuventinoulller 
en surele a un demi-mille, ou m6nie moins, de I'em- 
boucluire de la riviere Ruisip. On ne peul avoir d'eau 
douce sur lo rivage, niais ;i trois millos environ de 
distance, on peul s'en procurer ainsi que dcs four- 
rages. 

La pluie est presque aiissi rare a Walvisch-bay qu'a 
Angra Pequeiia, niais, conune a ce dernier endroil, 
la rosec y est Ires abondanle. 

A Walvisch-bay el dans son voisinage, croll une 
espece de cucurbilac^e a piquanis, d'un gout d^li- 
cieux (1 ■, (pii compose la principale noiirrilure des 
naiurcls (tribus des HoUcnlols), au moins pendant un 
tiers del'annee. Toutefois les etrangcrs doivent en user 
avec moderation dans les premicis temps; et ce n'est 
pas seulement I'espece bumaine (|ui profite du b^n6- 
Cce de ce fruit, car les chevaux, le bt^lail, les pores, 
leschiens, lesby^nes, leschakals, les autruchesjc d6- 
vorent avec avidite, el s'engraisseiit ainsi promptement. 
D'innnensos coUines de sable liordenl les cotes de la 
mer et la rive gauche du Kuisip ju.squ'a des distances 
considerables dans I'inlerieur. Dans plusieurs endroils 
il est impossible de traverser la contree avec (juelque 
genre dc voiture (jue ce soil ; a quelques heures de 
navigation au sud de \\alvisch-bay. il y a une petite 

(i) "Navas. 



( 365 ) 

baie, nommeepar les Anglais Sandwich-Harbour, avec 
un assez hon abri pour tie pclits navires; cette baie a 
line ceiiaine imj)orhtn(o, parce qu'on y trouve sur le 
rivage iine source d'eau douce. Une pecherie donnant 
des benefices irnportanls y aete elablie dejjuis quelque 
temps, ^.e poisson cju'on y prend serl a nourrir les 
ouvriers ct a fabriquer I'luiiie. Sandwich-Harbour n'a 
aucune communication avec I'interieur donl il est se- 
pare de tons coles par des collines affreuses de sables, 
changeant conjilamment de position. 

A une corlaine epoque, a Sandwich-Harbour, aussi 
bien qua Walvisch-bay, un nombre considerable de 
baieines d'uuc petite esp^ces'y rassemble pour mellre 
bas.; Deja plusieurs cargaisons d'huile ont ete expor- 
tees an Cap. 

0. — A I'enibouchure de la riviere Schwackaup, il 
y a do I'eau douce en quanlile, mais on dilqu'on n'y 
saurait ahorder meme avec de petiles embarcalions, la 
n)er brisant loujours d'une inaniere affreuse. On pent 
voir a eel enthoil trois canons de bronze, provenant, 
suivant la tradition, (hi nauh-age d'un batiment de 
guerre porlugais. 

P. — Desert de ISaanin, Plaine de sable et de gravier, 
sans eau ni vegetation aucune. 

Q. — Elevations de sable rouge Tin, sans eau, mais 
couvertes d'une vegetation abondante. Dans les inter- 
valles on Irouve plusieurs clangs sales. 

Des deux coles de la riviere de I' Elephant, on voit de 
belles plaines rouvertes d'herhes, ga et la des eleva- 
tions desahie ; mais cetle riviere n'a presque pas d'eau. 



f 366 ) 
R. — L(>is(jiio tons li's autres coins dVaii periodi- 
ques sont alisoloinonl clnssecliL's, lo Fish ii'rer contieiit 
toujours de g)andcs flaques d'oaii abondanl souvent en 
poissons qui resscniblenl a ceux de la riviere Orange. 
Qiielqucs-uns (lesnioilleurs paturages se trouvent aiissi 
dans son voisinago, ct c'cst, en consequence,' le ren- 
dez-vous d'lin grand nonibre de Namaquas. line des 
deux routes principalcs de commerce , parlant de la 
colonic, suit les bords dc la riviere. C'est lorsque I'eau 
manque, en reality la seule voie sOre el pralicable. 
Les cliasseiirs et les marcbands Griquas , vcnant de 
Kuruman, etc., etc., suivent aiissi cette riviere pour 
aller dans le nord. 

S. — Le Kalahari. Celte immense contr^e, vrai- 

senil)lablenienl sterile, est gen^ralemenl connue sous 

le noni de desert de Kalahaii; inais on pourvait plus 

proprement I'appeler les prairies de Raiabari, car elle 

abonde en paturages magnifiques, el est bicn bois6e 

en plusieiirs endroits. I.e iwoidesert, dans I'Afrique du 

sud, s'appiique g^n(^ralement a imc etendue de pays 

plus ou moins privee d'eau, et n a point rapport a ia 

VLg^tatioii, Le Kalahari est habile par les Bushmen et 

les Kalaliarl auxquels le desert doit probableinCnt 

son nom. Cost une nation n^grc parlant le becbuana. 

Les Kalabari n'ont point de gros bdlail, mais elevent 

des cb^vros en abondance, el cuilivent des haricots, des 

pois, des calebasses, des citrouillcs el des melons 

d'eau en grande quanlit^. Ce dernier article, forme 

probablement a\ec les calebasses sauvages, leur nour- 

riture principale, et si celte recolle \ienl a manquer, il 

S'ensuit souvent la famine. L'eau, dans la saisons6clie 



( 367 ) 
est, d'apres la nature du sol, assez rare, mais elle ne 
manque jamais enticreiuent ; clans la saison pluvleuse 
elle est natu rellement abondante. 

Voyager dans ces contrdies est difficile et dangereux ; 
g(^n6ralement ces contrees sent frequenlees en tous 
sens par les Bechuanas et les Griquas; les premiers 
pour se procurer des peaux de chakals, de tigres, de 
leopards et de panth^res ; les seconds pour chasserles 
elephants. Beaucoup de gens, neanmoins, ont peri 
dans ce desert faute d'eau. 

T. — A huil ou dix journ^os de voyage en chariot, 
a Test de Bethany, les iiatifs disent qu'il se trouve une 
plaine couverte du fer le plus pur, affectant quelque- 
foisla forme de collines; j'ai vu moi-meme, dit M. An- 
dersson, des masses de fer venant de cet endroit et 
pesant plusieurs centainesde livres. Cefer, de la qualil6 
la plus pure, est assez malleable pour elre converti en 
quelque forme que ce soil, sans I'application du feu. 
Les naturels en font prlncipalement des balles de fusil. 

U. — h' Ebenier tioir commence a pousser au sud de 
Quair-River, el se niontre jusqu'a la riviere Orange; 
mais il n'esl nuUe part tres abondant. 

V. — A une petite distance A' Angra-Pequena au 
nord, est situee I'ile de Sciiobo', si faineuse par son 
guano. Elle est encore frequeiilee par des compagnies 
du Cap de Bonne-Esperance ; mais on en tire h present 
plus de sable que de guano. Scliobo ii'a guere qu'un 
niille de circonf^rence; on dit neanmoins, qu'il s'y est 
Irouve a la fois r^unis plus de deux mille hommes, el, 
dans une corlaine occasion, plus de trois cents bali- 
ments, donl quelques-uns d'un tres fort tonnage y 



( 368 ) 

mouillcreiil cii memo temps; uiiis pUisicurs sinislres 
furont la coi)S(^(jueiiro de cet Piiiomhreinerit. 

j4ngni-Pequciia olTrc qiielquo abrl aiix haliinonls, 
niaisil est totalemenl dt^pourvu d'eau et de palurages, 
et, a plusieiirs joiirneos do distance a la ronde, on ne 
Iroiivo pas (rhabilaiils. Cepeiulant nncoinploir y a ele 
etabli dans le hut do Iraliquor avec les naturels qui 
amenent du Lotail et dos plumes d'autiuclie, et regoi- 
venl en echange du labac , d I'eau -de - vie, des 
vetenients, etc. 

D'Angra-Pequena dans la direction de Schobo s'e- 
tend un dangcreux recif de rocbes basses, en parlie 
noyees par la mer. 

La pluie t st inconnue sur cette cote, mais a une 
6poque de Tannoe de fortes rosees viennent la rem- 
placer; avcc du soiii ol de i'adresse on peut rocueillir 
une quanlile d'eau considerable. 

X. — Celtti region abonde, dit-on, en 6lans et gem- 
bocks; uiais elle est complelement depourvue d'eau 
douce, exceptti pendant la saison pluvieuse. C'esl alors 
que les nalurels peuvcnl chasser ces aniuiaux. 

Y. — L'emboucbure de la riviere Orange est pres- 
que ontierement obstruee par une barre de sable qui 
change constamnient de place. Ces sables ont une ou 
deux fois complelonient ferine les issues. La barre ne 
peul fetre pass^e par de legers batiraenls, m&rae 
par des cauots; un seul de ces derniers y a r^ussi. 
En dedans de la barre, la riviere esl navigable 
pendant quarante milles environ, alors on rencontre 
des rapides insurniontables, et prolong^s jusqu'a une 
grande distance. Apres ces obstacles, la riviere coule, 



{ 369 ) 

dit-on, doucenitMit eniro des rives tormees poiir 
la plupart de sable. Ces rives sont bordecs de saules, 
d'eb^niers noirs, d'epines, etc. ; inais I'aspecl du 
pays d'alentour est nu et desole. Des hauteurs pre- 
senlant quelquefois des precipices de deux a trois mille 
pieds anglais, sont d'une nature volcanique, et I'im- 
raense quantity de mineraux nouvellement d^cou- 
verls temoigne visiblement de I'action souterraine a 
laquelle la contree a dans un temps 616 soumise. 

La riviere Orange recoit de Test divers tributaires; 
du nord , elle recoil le Fisli-River ; elle s'eleve a une 
hauteur considerable, vingt a quarante pieds anglais, 
court alors vers son embouchure avec une exIrSme 
rapidite. 

On Irouve en grande quantite, sur ses rives, de la 
poudre de rubis et des emeraudes grossi^res. II est pro- 
bable que, lorsqu'on connaltra mieux cette riviere, 
on y trouvera de ces pierres precieuses de toute leur 
perfection et on abondance. 

Z. — La bale Alexander, le port Peacock et celui 
A'Hamewood ne sont que des 6chancrures dans la 
cote, et ne peuvent oCfrir qu'un abri mediocre a des 
balimenls d'un faible tonnage , et aucun a de forts 
navires. On pourrail cependant, avec quelque d^pense 
et du travail, lirer parti do la bale Alexander. 



( :m ) 
4nal^iies, IKapports, etc. 



IIAPI'ORT 

SBR l'ouvhagk intitul/'. : 
Handbuck der Geographic und Statistik von Nord- 
Amerikd nebst eiiter aitgemeinen Lebersiclit-vonAme- 
rika, von D' J.-E. Wapp/vus. 

Manuel df. ciionuApnii- ur de statistiquk dk L'AMtRiQUE 

DU NORD, ACCOMPAGNE d'uN APKRCU cfeN^RAL DE l'Am^- 

RiQUE, par le tloctour J.-E. Wappaus, professeurde 
rUniversite de Goltingue. Leipzig, 1855, in-8. 

L'Allemagne est par excellence k- pays des ceiivres 
de recherche, des livres de savante compilation. La 
patience gennanique se prete volontiers a ces labeurs 
conlinus qui demandent de longues et pers6v6rantes 
lectures, une oomparaison attentive ot una parfaile 
connaissance dos sourc es. Aussi les livres, les trailes 
meme les plus originaux que I'Allemagne a produils, 
gardent-ils prcsque tons ce cachet d'erudition qui esl 
celui de la science gernianique en g^n^ral. Quel t6- 
moigiKige plus convaincant en pput-on prnduire que 
radmirable description de I'Abio dont (Iharli's Piitter 
nous a doles? Sans prelendre^levir ici iin uioiiument 
aussi vasle el auj^si complel, M. J.-E. Wappaus a suivi 
la nieine trace et iait servir une vaste erudition geo- 
grapliique a la composition d'un livre congu dans le 
nnfime ordre d'id^es. Reunissant les nombreux docu- 
ments qui existent aujourd'hui sur I'Amerique du 



( 371 ) 
Nord, il en a tire la mali^re d'un traits complet de 
geographic el de statisliqiKj applique ;'i cetle parlie du 
monde , et il la modesleinent intitule Manuel. A 
I'abondance des indications bibliographiques qui pre- 
cedent cbacun des cbapilres de ce livre, et qui en font 
elles-meines un des principaux merites, on peut juger 
a quel travail de condensation et d'analyse M. Wap- 
paus a du s'astreindre, pour composer le manuel que 
nous faisons connailre ici. Ce n'est pas cependant que 
quelques documents impoitants ne lui aient echappe ; 
c'est le sort de loules les bibliograpliies d'etre incom- 
pletes; mais il faul avouer qu'il on est peu qui, dans 
leur genre, renferment autant d'indicalions que cellos 
de M. Wappaus. Les geograpbes apprecieront surlout 
la Jjibliographie des carles qui acco.pagne celles des 
livres ; car on est fort jiauvre en recueils de ce genre, 
et, comme les depots de cartes sont beaucoup moins 
nombreux que ceux de livres, on est souvent embar- 
rassed de reunir les principaux monuments cartogra- 
pbiques sur un pays donne. 

L'auteur commence par iine description physique 
de I'Amerique du Nord ; il en presenle d'une mani^re 
delaillee el precise la configuration, il en assigne la 
position, il compare le niveau des differents [ilateaux, 
comple les bassins, |)rend I'alignement et la hauteur 
des chaines de monlagnes; et, (juand il a ainsi opere 
une reconnaissance dans toute la peninsulo, il pent 
alors se laire une idee exacte du climat et des pro- 
duits donl il donne un apercu soramaire. II compare 
notammenl la temperature des deux Ameriques a 
celle de I'ancicn monde; les produits mineraux lui 
fournissenl Toccasion de consigner quelques resultats 



( 372 ) 
interessants (jii'il cinpiLinle a M. do Umnl)oldl cu aux 
autciirs los plus accrcdites. Mols aujourd'luii la pro- 
duclion do I'or suit en Ainerique une progression ra- 
pide, et passo par ues aiteinativos si niuUiplieos. (pi'il 
estpiesqueimpossibled'evaliier la production annuelie 
de cc nielal. La rliosi serait plus possible pour les au- 
tres produits min^raux el nolarninenl les pierres pre- 
cieuses. Aussi le lecleur regreltera-t-il de nc pastrouver 
dans le Manuel de M. Wappaus, de cliiffres a ce sujel. 
Quant aux [)roduitsdes regnes vegetal et animal, I'au- 
leur a et6 encore bion plus soinmaire dans son intro- 
duction. Le grand developpenient qu'il a dunne a 
certaines parlies de la statistique du nouvau monde 
I'a conlrainl do se reslreindre sur ce chapilre; niais 
dans la descriplion separ^e qu'il donne ensuite de 
chaque contree, il C(;ni[)lete en partie ce qu'ont d'in- 
suffisant ses indications preliminaires. 

Arrivant a la question de la population de I'Auie- 
rique septentrionale, I'auleur fait judicieusenient re- 
niarquer que Ton allribue, sans preuvcs suffisanles, 
60 millions au nouveau monde, soit 73 ou llx habitants 
par mille carre. On evaluea 20 millions le nombre des 
blancs, a 12 millions et demi celui des Indiens et m^tis, 
a 8 millions les negres, et les metis de sang noir a 
9 millions et demi, L'aper^u que M. Wappaus donne 
des langues de I'Am^rique est nalurellement fort som- 
inaire, car ce n'etait pas la le lieu d'entrer dans I'elude 
difficile de la pliilologie compareo. 

Aprfes ce coup d'ceil general siir la partie du monde 
a la descriplion de laquelle I'ouvrage est consacrd, des 
cliapilres si)eciaux traitent de chacune des grandes 
divisions de I'Amerique septentrionale; les contrees 



arcliques que Tauleur designe sous le nom d'archinel 
arclique rle I'Amerique, etqui embrassent I'archipol de 
la Jjaio de Baffin et celui de Pcnry, le Devon septen- 
trional (North Devon), le Greenland, le Spilzberg, 
enfin logroupo occidental de I'aicliipcl arclique, coin- 
prenant lo.s ties Melville, la Roolhia felix, les iles Corn- 
wallis, Bathurst, Byani-Marlin , File Sabine, etc.; 
I'Amerique russe, la nouvelle Grande-Brelagne, les 
fitats llnis. 

L'etendue des chapitres consacres a chacun de ces 
sujots est nalurtdlement fort inegale. Les chapitres 
principaux sont subdivises a leur tour en un certain 
nombrc d'articles. Ainsi, tandis ([ue vingt pages seu- 
lement sent consacr(^es a I'etude dcscontrees arcliques 
el de I'Anierique russe, la nouvelle Grande-Brelagne, 
autrement dit I'Amerique sei)tenlrionale britannique, 
embrasse deux sections chacune de plus de soixante 
pages: I'une donnant la description du territoire de la 
compagnie de la baied'IIudson, et I'aulre colle des pro- 
vinci s colonisees, a savoir, le haulet le has Canada, 
le Nouveau Brunswick, la Nouvelle Ecosse, I'ile du 
prince fidouard et Terre-Neuve. Dans chacune, I'au- 
leur, apres avoir fait connaitre la topographic du pays, 
donne Tibial de la po[)ulation et sa situation econo- 
mique, induslrielle el (iiianeiere. La partie physique 
descriptive occupe une grande place dans le tableau 
du lerriloire de la cornpagnie de la baie d'Hudson, 
car la il y a plus de ph^nomenes naturels a envisager 
que de relations commerciales et de donneos sociales 
a evaluer en chiffres; loulefois I'auleur grou[)e sur le 
commerce des pelleleries des details inleressanls el 
qui paraissent eire puises aux meilleures informa- 



(374) 

tions. Cost la poaii de castor qui fait le principal 
objel de co commerce; mais le produit en a singu- 
li^rement decru, non seulemenl ;'i raison do la diini- 
nution de ccs animaux, mais a cause aussi de la 
diminution de la consommalion europeenno dcpuis 
I'inliodiiction des chapeaux de soie. Ainsi, lu com- 
paguic relirait -^n 1839 du commerce de ces peaux 
76,312 livres sterling, et en 1846, elle n'en lirait 
plus que 7,856. Les aulros polleteries sent celles 
de renards, d'ours, et notammenl cflle du musquah 
ou ours americain, tie Ijnx, de loup, de wulverenne, 
de martre et de pulois, de racoon (animal voisin du 
blaireau:, de loulre, do cygne el de poisson. Le com- 
merce de ces derni^res pelleteries n'est pas a beaucoup 
pres aussi en decroissance que celui des castors, et no- 
tan) ment le nombre des martres tuees parait aller en 
grossissant ainsi que celui des putois et des loups. 
Quelqucs chilVres donneront I'idec de la vaste cbasse 
donl les animaux a lourrure sonl I'ohjet. Do 1 834a 1835 
le nombre tics niusqnabs tue.s s'est eleve a 880,369, et 
en 18Zi8, a 216,553. En 1848 on a Uie 31,115 Ijnx. 
21,349 loulres, 11,294 loups,1551 cygiies, 900 renards 
argentes, et 10,444 renards d'aulre espece. 

En general, t(»ulo la parlie (jui Iraile du tcrri- 
loire de la conipagnie de Hudson , est une des 
plus iieuves el des plus interessanles de I'ouvrage 
de M, AVapj)aus. Les fleuves, les lacs sonl ctutlies 
d'apr6s les derniers voyageurs avec un soin tout parli- 
culier; la fauno, la flore el I'dbnologie sonl r6su- 
mees dans plusieurs pages Ires subslanlielles. Nous 
Savons si mal en Europe cetle parlie de la geographic, 
que nous ne saurions trop recomniander la lecture de 



( 375 ) 

I'oiivrage de M. Wappiius a ceux de nos compatrioles 
qui entendenl la langue allcmande. 

Sous le rappoii vegetal, le territoire de la compa- 
gnie de Hudson se divlse en U'ois rt^gions, celle des 
prairies, celle des forets el celle des deserts (barren- 
grounds). La region des prairies s'elend a I'ouest de 
la clialnc des lacs et des fleuves qui traverse lout le 
territoire, commence au Lake of the Woods (Lac des 
bois) et fmit a remboucliure du Mackenzie. C'est au 
sud que celle region alteint sa plus grande etendue par 
le 50* (iegre latiuide nord ; sa largeur de I'esl a I'ouest 
n'est pas moindre de 150 milles geograpbiques. Ces 
prairies perdent peu a peu de leur elendue, elles finis- 
sent par disparaitre enti^rement au nord du Peace 
Kiver. Un fail remarquable, c'est I'existence dans celle 
contree, de gisemento j)uissants de sel marin ; aussi 
des lacs sales se trouvent-ils frequemment dans le voi- 
sinage immediat des lacs d'eau douce. 

La region des forels s'6leiid sur un terrain de 
roclies primitives; sa lalilude depend au nord des 
conditions climatologiques. Coinine la limite polaire 
des arbi'es li( nt plus a la lemperature eslivale qu'a 
la temperature moyenne, il en i'6sullo que la region 
foreslifere s'elend beaucoup plus loin au nord, dans 
Tinlerieur, que sur les cotes, quoique les bivers y 
soient bien plus rigoureux. La limile moyenne de la 
vt^getalion forestiere pent elrci rep.esenlee par une 
ligne liree de Cburcbill par le 60° paraliele dans la 
direction du nord-nord-ouest, et allaut joindre le grand 
lac de rOurs, au 65« degre latitude nord. On Irouve 
ce}>en ant encore des arbresau delta du Mackenzie par 
OS'SO'lal. nord. Le sapin blauc {Abies alba) estl'arbre 



( 376 ) 

Je plus se[)tentrional de rAin^ricjue, le bouleau le suit 
iainiedialement. Ce soiU les conif^res qui predomi- 
nent g^neraiernenl tluns ces latitudes, notamment 
VJbies alba, A. nigra, A. canadensis; quelques 
iiielezes d'especes peu communes se nifilent a ces 
sapiris ; tels sont le Laiix americana, Lari.v rnicrocarpa. 
Lesamenlac6es eties aulres arhres a feuilles caduques 
augnienlenl en nombre dii noid au sud ; en parlicu- 
lier, les peupliers ct les bouleaux [Betiila papyracea, 
B. lenta^B, excelsa^ Popuhis balsnmifera, B. trepidn). 
Dans la partie la plus meridioiiale de la region des 
i'ordts, aux environs du lac Winipeg, on renconire le 
cedre rouge \Junipenis virginiana), le Thuya occiden- 
talis, le cypres du Canada [Piniis Banksiana), des era- 
bles {Acer saccharinuni el A. riibrum), des ormes (IJlmus 
americana) et des chenes. On n'observe plus dans 
les forets de culle region le caracl^re majestueux des 
lor6ts vierges des lalilutles plus australes, et ce n'est 
plus a la vegetation que la nature en)prunle ses plus 
grandes beaules ; c'est I'aUondance des eaux qui donne 
sous ce climat au paysage son aspect grandiose. Cette 
region est celle des lacs niajesluoux el des calaractes. 
La region des barren grounds ou lerrains steriles 
s'elend au nord des forets. Son sol est rocheux et 
accidenle; la vegetation n'y est plus representee que 
par des arbres nains el dus arbustes qui s'elevent peu 
au-des5us du sol. Deux essences naines, le Betuta glan- 
dulosa el VAlnus viridis alleignent jusqu'a la niii- 
arctique. Especes et individiis sonl egalement rares 
dans la floie phaneroganiique de ces latitudes. En 
revanche, la faune de la Nouvelle-Grandc-Brol:igne est 
riclienttiil pourvue d licliemenl representee. Outre 



( 377 ) 

les aniinaux a fourrure donl j';ii deja donne plus haut 
les noms, on y rencontre : I'ours brun, [Ursus arctos), 
le grisly bear, ouis gris, animal qui se fait rodouter 
par sa force et son extreme ferocite, un loup de petite 
taille, le loup des prairies [Lupus latrans) et le kitfox 
[Fulpescinereo-argentatus).he gihier y abonde; il faul ci- 
ter parmiles especes les plus remarquables auxquelles 
s'atlaquent les chasseurs : le bison amdsricain, le bceuf 
\x\\x?>(\nki{niuskox), le ronne ainericain(C<?n7« tarandus) , 
r^lan [moose-deer, Cennis ncles). II y a deux especes de 
renne : I'une, |>lus grande, babite les contrees boisees, 
tandis que I'autre, plus pelile, recherche les barren- 
grounds, oil elle reste la majeure partie de I'annee, vi- 
vant uniquement de lichens. Le saule fournit par ses 
branches une nourriture a I'^lan dont les dimensions 
deviennent parfois telles que son poids s'eleve sou- 
vent a 1000 ou 1200 livres. Le buflle est en Amerique 
un des gibiers les plus pr^cieux, car il fournit a 
I'homme, non-seulement un excellent aliment dans 
sa chair fraiche, mais encore un aliment de conserve 
tr^s utile dans les contrees polaires, \e pemr/ncan. On 
le prepare en faisanl secher, puis piler les cuisses du 
buflle; on mele ensuite cette chair pilee avec de la 
graisse du meme animal. Cctle conserve est de irfes 
peu de volume et resiste fort longlemps a la decompo- 
sition. II suflit de deux livres de pemmican pour nour- 
rir un homme pendant une journee. Le poisson n'est 
pas dans ce pays moins abondanl que le gibier ; les 
lacs et les rivieres en sont peuples. 

Je n'entrerai pas dans le detail des populations 
indienncs qui babitent ce lerritoire, el dont la seulo 
enumeration demanderail (pudquts pages, L'auteur 
xu. n/;(,i,MBi\F.. /i. 25 



( 378 ) 

les classe par families et en lvalue, quand il le peut, 
le chifl're. 

Dans Ja parlie consacree aux provinces colonisecs, 
M. Wappaus apporle aussi un grand soin a tout ce 
qui touthe le ieti,itne des caux ; il etudie s^parement 
le Saint-Laurent, les lacs du Canada, le Niagara et 
sa chule , le (anal Welland , et le fleuve Saint- 
John. Les documents anglais lui ont permis d'entrer 
dans des details precis sur la constitution dcono- 
mique de la colonic, sur la population, I'adminis- 
Iration , et jusque sur ce qui touche I'organisation 
spirituelle. 

La description des Ltats-Unis occupe plus de la se- 
conde moilie du volume ; comment en effet, m6nie en 
6tant court, resumer comme le fait I'autcur, la topo- 
gra|)hii\ I'liydrograpiiie, la gdiognosie, I'cthnologie, la 
constitution agricole, conimorciale, indubtriellu, i'elal 
intellecluel, moral et religieux, le syst^rae gouverne- 
mental, et laconslilulion Ipolilique d'un si vaste pays. 
Cependanl M. Wappaus n'oublie rien, ni les missions, 
ni les ecoles du dimanche, ni les camp-meetings, ni les 
revivals, ni I'organisation des douanes, des impots, de 
la justice el de I'armee. C'esl un tableau singuli^re- 
mentetendu, ([ui n'est pourlant qu'une introduction 
a la geographic du pays proprement dite, a I'^tude 
s6par6e de la geographic des Etats, que I'auleur repar- 
til en qualrc classes a savoir : 

Les Etats de la Nouvelle-Angleterre : Maine, New- 
Hampsliire, Vermont, Massachusetts, Fihodc-Island, 
Connecticut. 

Les l'>tats du centre: New-York, New-Jersey, Pen- 
• sylvanie, Delaware, Maryland, le district de Coluni- 



( 379 ) 

bia, Ohio , Virginie, Caroline du nord, Tenessee, 
Kentucky, Missouri, Arkansas. 

Les Etals littoraux a esclaves : Caroline dn sud, 
Georgie, Florido, Alahanui, Mississipi, fiOuisiane, 
Texas. 

Les Etats du nord-ouest : Indiana, Illinois, Michi- 
gan, Wisconsin, Yowa, Californie. 

Enfiii les territoiresde Minnesoota el Nebraska, le ler- 
ritoire indiendonlil faut deduireaujourd'hui le Kansas, 
le Nouveau-Mexique,rUlah, I'Orei^on el le Washington. 
L'auteur donne des principales villes de chaque 
Etat une courte description. Ces descriptions lou- 
jours interessantes, n'offrent pas cependant un 6ga[ 
degrecle nouveaute. Ce qui nous inleresse davantage, 
e'est ce que l'auteur nous a dit des territoires nouvel- 
leinent organises, et en particulier de ceux de Min- 
nesoota et de Washington. 

C'est par acte des congres du 3 mars 18Zi9 que fut 
organist lo terriloire de Minnesoota. Ce territoire est 
situe entre le Z|2'' 32' et le /lO" lal. nord, el le 89° 30' 
et le 103° 30' long, ouest. Scs fronliercssont, au nord, 
la nouvelle Grande-Bretagne ; a I'esl, le lac Superieiir 
et ri^lat de Wisconsin; au sud I'ttat d'Yowa et le 
terriloire de Nebraska qui le borne aussi a I'ouesf. Sa 
superficie est ^valuee a 150,000 inilles carr^s anglais. 
Minnesoota n'esl en quelque sovte qu'une vaste prairie 
presenlant des ondulalions. On n'y rencontre gufere 
d'arbres que le long des cours d'eau et a I'enlour des 
lacs. Le tol Minnesoota est favorable a la culture '^t 
surloul a celle des cereales, aussi ce territoire senihle- 
t-il deslin6 a figurer un jour entre les principaux 
6tals agricolcs de I'lhiion. Ce qui conlrihue a la fer- 



( 380 ) 

tilite c'pst qii'll esl coupti par un grand nombre de 
coins d'ctiu; ilsne sonl loutefois pas ossoz iinpnrtanls 
pour etre navigables; il laut vraiseinbUiblonient altri- 
buer a celle absence de voies flnsiales le falble essor 
qu'a pris jusqu'a present Minnesoola. Les Indiens for- 
menl la grande niajoril^ de sa population, on compte 
25,000 jieanx rouges, 6,077 hlancs. 

L'elablissemenl du Icrritoirc de Wasbington est en- 
core plus recent que celui du pr^'Codcnl, il ne date que 
d'unacte du congr^s du 2 mars 1853. C'estun d^mcm- 
bremenl du lerritoirode I'Oregon dont il constituaitla 
partie septonlrionale. II est confinu a Test par Ics inon- 
lagnes llocheuses, au nord par la nouvelle Grande- 
Bretagne, et a I'ouest par I'Ocean Pacifique. Sa super- 
ficie est de 120,000 niilles carrrs anglais. Sa cote 
pr^senle de nombreux bavres naturels, et les prolon- 
gements de la baie qui s'^lond a soixanlt-dix lieues 
au sud du goH'e de la Nouvelle-Georgie, conservent 
une telle proiondeur que les plus grands navires 
peuvent s'approcber de la cole sans danger. Le 
sol de ce terriloire, tanlot boisc , tanlot terre de la- 
bour, parajl assez lerlile ; il proniet une grande pros- 
perite. 

L'«^tablisseaii.nt du Jerrituire de Wasbington parail 
avoir ^16 fait en vue de d(^veloppcr plus rapidemenl les 
moyens de coniniunicalion enlrc; I'oc^an Pacilique et 
I'Allanlique. Le congves a doniio a cc pays une adiiii- 
nislralion sp^ciale. 

Le (oloi cl Sniilb, son gdUNcriu-ur a de cbarge de la 
direclion dcs preniirics cwjldialions du lorriloire, et 
des eludes desliiu'cs a lixci lo traci' d'un clien)in de 
fcr qui doil r( In r rAllanlifjue ai'<)(('an Pacifique 



( 381 ) 
{Pacific f}ai/-Iio(td). Dessommes considerables vieiinent 
d'etre votecs pour realiser ce plan gigantesque, 

L'oiivrage de M. Wappaus contient des tables sta- 
tisliques tres detaillees sur la |)opulalion des Etats- 
linis. En les parcourant, on est frappe de I'ac- 
croissement prodigieux qu'a pris depiiis peu cette 
population. 

En 1790, les fitats-Unis complaienl 3,929,827 habi- 
tants ; en 18/|0, ce nouibre avail d«^ja depasse celui 
de 17,063,353. On sail combien les emigrations d'Eu- 
rope ont conliibii^ a grossir ce chifTre. M. Wappaus 
lvalue le nnmbre des immigrants, dans cos dernieres 
cinquante annees, a 2,058,600, chiffre qui semble §lre 
au-dessous de la realite, car la seule ann^e de 18^7- 
18/i8 nous donne un cliiffre de 229,482 immigrants, 
c'est-a-dire le dixieme du nombre total que nous 
propose M. Wappaus pour une epoque de cinquante 
anndes. 

La moitie des emigrants provlent de I'Anglelerre e 
de rislande ; rAllemagiie en a fourni le plus apres ces 
deux pays. La France au conlraire est la contree qui 
en a donne le moins. ('.'est la encore une des preuves 
de I'altachement qu'a le Fran^ais pour son soL 

Entre les nombreux renseignements donl abonde 
I'ouvrage de M. Wappaus, j'emprunlerai quelques 
details au chapitre qui est consacre a la slatistique 
religieuse dos Etats-Unis. 

En 18i6, on ne comptait pas moins de Irente-cinq 
religions on secies, pour I'exercice desquelles il exisle 
28,817 eglises, temples ou chapclles dosservis par 
34,Zi51 pretres. Les chiflVesdes adherents de ces diff^- 
rents cultes wuient beaucoup; ce sont les baptistes 



( 382 ) 

qui soiit les plus nombreux, ils se divisent en neuf 
secies : Associated, ^ntiinission, Indian, Six-principle, 
Seventh-day, Church oj God, Freavil I , Reformers, Chris- 
tian Church, el comprennenl i, 300, 000 a(ili(!;renls. Im- 
m^diateuient apr^s Ics baplistes, viennenl so ranger, 
quant au nombre, les nielhodisles des diffi^reiites 
(^glisos {episcopaux, protestants rej'drnies, les wesleyens, 
les alleinqnds ou freres unis et les /nethodistes da I'Asso- 
ciation ^vangclique, lesqucls s'^levenl reunis a plus de 
3 luiilions d'individus. Les presbyteriens ne coniplent 
pas molnsde 2, 175,000 sectateurs. Los unitaires repre- 
sentent uii cbiffre de 180,000. 

Le nombre des proleslants Episcopaux est evalue 
a 1,500,000, celui des lulberiens et des universalistes 
tous ileiixa 600,000, celui des catboliques aun million 
et demi. Les mormone-, ddnl la religion < I les princij)es 
soriaux ont eveillE la curiosile a un si baul degre, ont 
atteint dans I'espace de peu d'annees le cbiffre de 
300,000, Les juils qui n'Elaicnt en ISZiO qu'au nombre 
de 15,000, d^passent aujourd'bui 100,000. 

Le libre elablissomenl <ie tant de communions 
diverses est correlatif d'une grando liberie de la pensee, 
aussi le journalisme osl-il singulidromenl d6velopp6 
aux fitals-Unis. Le recenseuient do 1850 consigne 
I'exislence de 2800 feuilles periodiques el 522,600,000 
teuilles iui|)rimees dans I'annee. 

Tel est I'aper^u du contenu tiu livre de M. Wap- 
paus, ouvrage consciencieux el utile, qu'il serait bon 
de faire passer dans noire langue, el qui, grace a sa 
table des mali6res donnant le nom de loutes les loca- 
lilEs et la courle indication de leur emplacement elde 
leur nature, pent servirpour I'Amerique du nord de 



( 383 ) 

Diclionnaire g^ograpliiqne, f.a Society ne pen I qu'ap- 
plaudir ades travaux du genre decelui-ci, elelle doit re- 
mercieretfeliciler son autour, (ju'elle s'honore maine- 
nant encore davanlagede compter parmises correspon- 
dants Strangers. Peul-etre une carle eut-elle ete utile 
pour I'intelligence de ce livre, mais des atlas se trouvent 
partout, et il sera facile de suivrela description du geo- 
graphe alleinand. II faiidrait d'ailleurs, non pas une 
de ces cartes abregees a I'aide desquelles nous sommes 
habitues a etudier le nouveau uionde, mais nne de ces 
cartes ou sotit marques tous les comles de cliaque 
Etat, car I'auteur les passe un a un en revue. Son 
livre est le premier qui ait paru en Europe, ou rUiiion 
soitr^ellement presentee telle (ju'elle est, et oul'on ait 
mis de cole lous ces documents surannes qui encom- 
brenl nos modernes geographies. Alfred Maury. 



CARTE DE LA PALESTINE (1). 
Par J. Andriveau. 

II est peu de cartes tl'uu inl^ret aussi general que 
celle de la Palestine; ce petit pays, dont la superficie 
6gale a peine celle de trois de nos departements, aura 
toujours le rare privilege d'cxciler I'altention et la 
sympathie. C'est qu'il rappelle des ev^nements qui 
sont dans la memoire de tous, que sa repr(^sentation 
graphique rend sensible la position de tant de lieux 
c6l6bres accumules dans un petit espace, et quelle 

(i) Une feuille jesus, gravc'e sur acier. Paris, l856, chez Andri- 
veau-Goujon, geographe-editeur. 



( obh ) 

peruiet ile siiivre dans leuis moiiulres details les Epi- 
sodes toudianls de I'liisloiro du berccau du monde 
cbr<^ticii. 

C'est done chose precioiise qu'une bonne carte de la 
Palestine, et celle-la surloul mcritera les suffrages des 
homines conipetenls, (jni eonslatera les r^sullats acquis 
dans les dernieres explorations, les recherches con- 
scienciouses des voyageurs et les reslilutions des sa- 
vants; car, malgre sa c6lei)rile seculaire, la Palestine, 
coninie hi phipart des pays I'e I'anliquite sur lesquels 
s'est Etendu le joiig ottoman, n'esl encore qu'impar- 
laitemenlconnue. 

Pendant ces trente dernieres annees, la Tcrre Sainte 
a ite parcourue par bien des voyageurs, et de leurs 
explorations, de leurs etudes, il est result^ des decou- 
vertes, des rectifications qui rendaient n^cessaires la 
correction des anciennes cartes et la publication de 
nouvelles. 

Celle quo nous avons sous les yeux a 6t6 dress^e par 
M. Andriveau, a I'echelle de -77'--- ; elle a kh centi- 
metres de largeur, sur 60 de hauteur, dans I'interieur 
du cadre. Son format la rend done accessible a toutes 
les bourses et d'un usage hicile. L'auteur s'est servi, 
pour le trace principal, des carles les plus estiniees 
qui onl paru jusqu'a ce jour; les coles sont conformes 
a celles des cartes marines de MM. Gauthier etBenoist; 
le tracE des routes et cours d'eau, la configuration et 
la direction des monlagnes, les positions des villes 
modernes apparliennent generalement a la carte de 
Zimmermann en 15 I'euillos. M. Andriveau a trouvE 
dans le memoire sur riiypsom(^trie de la Palestine, de 
M. Pelerinann, jjIus de 150 altitudes delerminees d'a- 



( 385 ) 

prfes Lynch, Russegger, de Bertou, de Wildenbruch, 
Schubert, Synunuls, olc, elc. 

Beaucoup d'indicalions relatives a la g^ographie 
ancienne sonl tirees des carles de Bruyn, Kiepert, 
Berghaus, Raumer, Palmer, etc., et I'auleur a puis6 
de nombreiix renseignements de detail dans les 
voyages de Yolney, de Chateaubriand, de G. Robinson, 
de Mislin, et surlouldans I'ouvrage recent de M, Miink; 
il a meme profit^ de la savante polemique entre 
MM. de Saulcy el Isambert, pour placer plusieurs 
points litigieux sur la cote phenicienne et aulour du 
lac de T^b^riade. M. Gu^riu, I'un des elfeves les plus 
distingues de I'ecoled'Athfenes, et auiour(!'hui I'un de 
nos coUegues qui a visil6 derni^rement la cole pheni- 
cienne, a bien voulu lui conimuniquer les resullats de 
ses propres observations sur le littoral enlre le Carmel 
et Jaffa. Le meiuoire de ce jeune docteur : Thesis de 
ora Palestinie, a fourni a M. Andriveau la reclificalion 
de plusieurs points, enlre aulres de la position d'Ar- 
sout', I'ancienne Apollonia que generaleinent les cartes 
portent 6 ou 7 kilometres trop au nord. 

Le trace de la mer Morte est conforrae a celui de 
M. de Saulcy. M. Andriveau a bien fait d'omeltre dans 
la carte la position de ccrtaines villes bibliques que 
le savant academicien croit avoir retrouvees, et sur 
I'identification desquelles la science n'a pas encore 
prononce ; niais puisqu'il faisail preuve de cette judi- 
cieuse reserve, il aurait bien du la pousser plus loin, 
et pointiller seulement cette cote orientale de la mer 
Morte qu'aucun voyageur europeen n'a encore relev^e ; 
aussi bien trouvons-nous exagert^e cette presqu'lle 
d'El-Ligan, la laii^ue, qui I'etrangle dans sa partie 
in^ridionale. 



( 886 ) 

Quant aux divisions, lai; sant do cote Ics divisions 
modornes, trop [)ou inlerc-simles, rautoiir s'en est 
tenii aiix (.louze Iribus (In encore il liii n lallii accep- 
ter (\es limites qui ne sont souvent qu'liyiiotheliques), 
el aux qualre grandes provinces : Galilee, Samarie, 
Ju(l6e el Peree, divisions elablies de|)nis le relour de 
la caplivile, et sur lesquellcs il cxisle le |)Iiis tie don- 
nees dans les hisloriens grecs el hilins, dans le Nou- 
veau-Testanient el les premiers Peres del'Eglise. 

Mais voici un point iiuporlant que M. Andiiveau 
aura et6 un des premiers a signaler sur une carle fran- 
^aise : il a enti^remenl isole de la Medilerranee les 
provinces de Galilee et de Samarie; d'accord en cela 
avec Flavius Jos^phe el d'aulres bistoriens de I'anli- 
quil6. 

Dans des carlo ucbos pris sur les vides de la carte, 
on a represenle : 1" la carle supplementaire de I'Ara- 
bie p6tree, pourfaire voir la route suivie par les Israe- 
lites depuis le passage de la merRouge jusqu'a Rades- 
Barnea, point au dela ducjuel les opinions des auteurs 
ne peuvenl se concilier ; 2° le golfe de Suez, pour servir 
a I'explicalion du passage de la nier Rouge par les 
Israelites, selon les dill'c^renles opinions de Niebubr, 
de Bruce etdu P. Joly ; 3" une coupe vcrlicale du ter- 
rain dans la direction du ni^ridien, represenlant sur 
une ^cbelle nielrique les dilTc'rences de niveau des 
sources du Jourdaiii a la mer Morte. /r Dans un j^etil 
tableau sont groupes, sous une forme pilloresque, les 
principaux points de la Palestine d'apr^s les observa- 
tions cities parPelermann [MiltlieHungcn XII, 1855) ; 
5° un plan de Jerusalem reduil d'aj)r6s celui du r^v^- 
rend Williams {ordnance survey) avec une Itigende con- 
forme a la tradition. 



( 387 ) 

L'execution de cetle carle, qui est gravee sur acier, 
nous a paru soignee, ct le choix de la lettre hahile- 
nient dispose ; nous j reliouvons le trac^ des voies 
romaines, celui des routes de caravanes, des routes 
principales et des cliemins; les nonis anciens sont en 
capilales maigres ; les villes donl la position n'esl pas 
cerlaine sorit accompagnees du signo dubitatif (?), et 
lorsqu'une ville porte plusieurs noms, ils sont places 
suivant I'ordre clironologique, le plus ancien au-des- 



sous. 



A part lagrande carte d'Egypte et de Syrie, dress^e 
sous la direction de Jacotin, en 1818; a part encore la 
belle carte de Callier, qui ne represente d'ailleurs que 
ses propres itiil^raires , qtielques cartes de geo- 
grapbes esliin^s (Brue, Lapie, etc.), la carte de M. An- 
driveau est la seule carte IVangaise de la Palestine 
dans laquelle on ait cbercb6 a tenir serieusemenl 
comple (les documents nouveaux (1). 

Nous avons souvent reprocbe aux edileurs de cartes 
g^ograpbiques francaises, de donner pour nouvelles 
d'anciennes cartes auxquelles ils ne faisaient subir cjue 
d'insigniliantes retoucbes, mais dont ils cbangeaient 
la dale. Nous avons souvent blam6 leur negligence pour 
I'execution sciontilique des cartes livr^es au com- 
merce; negligence qui depuis |)lusieurs annees nous 

(l) Au moment meme oij nous ecrivons ces lignes, on annonce a 
Gottia la publication d'unegiande carle de la Teire Saiute, a I'eclielle 
,^e ~r;-, par M. W. M. Van de Vtldi-; ceue carle, composee de 
8 feuilles, sera acc6mpa{;nee d'un memoire fen anglais et en allemaiid. 
Mais ce grand travail scicniitique, publie a I'etrangfi, ne s'adresse 
evidemment pas au ineme public que celle dont nous nous occupons 



( 388 ) 
rend tiibiilairos de rtUianger quant «ux bonnes cartes 
g^ogiaphiijues. Nous nous plaisons a rcconnaJlre que 
la carte rie la Palestine de M. Andrivean ecliappe a ces 
criliques g^nerales; c'esl un travail enti^rement nou- 
veau el consclencieiix, qui est destine a rendre d'utiles 
services a ceux qui le consulteront. 

V.-A. M\LTE-BnuN. 



NOUVEAU PROJET 



D tNE COMMUNICATION liNTRi; I,E GRAND OCilAN 
ET l'oCIiAN ATLANTIQUE, 

Dans la Noiwelle - Grenade. 



M. Kelley, de New-York, penetr6 de cette pens^e 
juste, (|ue le commerce du mondo retireralt un avan- 
tage immense d'une communication (jui permellrait 
aux navires de passer de la mer des Antilles au Grand 
Ocean, a Iravers une des parlies les plus etroites de 
I'Amerique, a consacre des soins multiplies et des 
sommes considerables a des explorations dirigdes vers 
ce but. II a, do 1852 a 1855, envoye successivement 
cinq expeditions d'ingeniours pour rccliercher Ips 
points les plus favoiablcs a la communication entrc le 
bassin de I'Atrato, tribulaire du golfe de Darien, ot la 
cote de I'ocean Pacifique. Les premieres n'ont rien 
decouvert de sati.'ifaisant ; la jonclion meme de la ri- 
viere Quito, affluent de I'Atrato, iivec la riviere San- 
Juan, tribulaire du Grand Ocean, jonclion qui avail ^t^ 



( 389 ) 

representee depuis longleinjis coinme une des plus 
pralicdbles, n'a point olTert de chances de reussite aux 
ingenieurs envoyes par M. Kolley. La derniere expe- 
dition, dirigee jiar M. Kennish, a seule donne des r6- 
sullats favorables, et c'est celle-la donl nous allons 
rendre compte sommairenient. 

M. Kennish, apr^s avoir passe I'isthme par le che- 
min de fer d'Aspinwall a Panama, vers Ja fin de 1854, 
prit un petit bailment dans ce dernier port, s'avanga 
vers les lies des Perles, et s'arrela quelque temps au 
golfe de San-Miguel, ou le projet de M. Gisborne fait 
aboutir un canal, que M. Kelley ne croit pas possible, 
par des raisons que nous dirons tout a I'heure. Lon- 
geant enfin la cote de la province de Choco, il doubla 
la pointe Ardita, examina le cours inferieur de la ri- 
viere Jurador, et entra dans une baie assez vasle, qui 
s'ouvre sous le 7" degre de latitude, et qu'il a appelee 
baie Humboldt, par respect pour le plus beau nom 
g^ographique dont puisse s'enorgueillir uotre siecle. 
EUe parait etre la meme que celle qui est designee sur 
les cartes espagnoles sous le nom de baie Corredor. 
Pr6s de cette baie, est un bras de mer interieur, une 
espece de lagune a fond de vase, qui s'allonge paral- 
l^lement a la cole, s'ouvrant au nord par une etroile 
entree, et separee de I'Ocean par une langue de terre 
noinmee Paracuchichi, qui est une presqu'ile dans les 
temps ordinaires, et qui devient une ile dans les hautes 
marees. Cetle lagune , que i\l. Kennish a appelee 
Kelley s Inlet, parait Ires propre a I'elablissement d'un 
port; la langue de terre de Paracuchichi est tres basse, 
et serait facileraent franchie par un canai; le port 
serail parfaitement a I'abri du ressac, tres violenl. 



( 390 ) 

comme on sail, sur loute la cote occidentale de I'Am^- 
rique dii surl. 

M. Kennish remarqua quo, vis-a-vis de cet emplace- 
ment lavoiablo, la chalne des Andes eprouvo une de- 
pression assoz sensible : il so mit en mesure de la fran- 
chir en se inunissant do canols portalil's, ot il a 
consacro a I'exploralion de la Cordillere , entro Ic 
KcUej's Inlet ot lo bassin de I'Alrato, un soin minu- 
lieux, pendant les mois de Janvier ot do f(5vrior 1855. 
II lemonta d'abord de petites rivieres, Iribu (aires 
du Kelley's Inlot , ot doiit I'une , nonunee par lui 
Mary, lui parut la plus propro a suivre pour la cora- 
inunicalion desiroe; il gravit, sans (linTicnUe, la ligne 
de paiiage des eaux enlre les deux versants, ot ne lui 
a trouve que cinq cents pieds anglais d'ahitude ; il 
descendil ensuite, sur le versanl oriental, la riviere 
Nerqua, qui se jelte dans le Truando, ot navigua enfin 
sur ce dernier, affluent do gauclio de rAtrato, auquel 
il va s'unir vers 7" 25' de latitude. Cost done par 
I'Atralo, le Truando et la ligne de la iNerqua et de la 
Mary, (juo Al. Konnisb propose la jonclion inter oc^a- 
niquo : il n'on connalt pas de plus favorable ; illo ne 
necessite aucinie 6cluse. L'Alrato est navigable \mm\v les 
balimenls du plus fort tonnage ; le Truando, dans sa 
partie inf^rieuro, est large ot jirolond aussi; cepen- 
danl, il y aurait a delruire une barre qui s'est form^e 
a son cniboucliure ni^me. Le cours supcrieurdo relle 
riviere ot la Nerqua sont, il est vrai, embarrass(^s de 
cascades et de rochers ; inais \i.' projet de M. Konnish 
les remplace |)ar un canal, et il fail francliir la cr6tc 
des Andes par un tunnel dc trois inilles (environ 
une lieue) de largeur; cniin le canal, longoant la ri- 



( 391 ) 
vifere Mary, aboutirait au Relley's Inlet. Gela exi- 
gera sans doute des Uavaux considerables, inais qui 
ne paraissent nullement inabordablos. La nature du 
terrain a couper n'ofl're pas, suivant M. Kelley, de 
grandes diflicidles : une roche trappeenne et un 
schiste argileux le coniposent en grande partie. 

Nous avons demands a M. Relley pourquoi il n'ad- 
mettait pas ie projet de M. Gisborne, ingenieur anglais, 
qui a presrnte le plan d'une cominunicalion enlre le 
port Escoces ou Caledonien (dans la mer des Antilles) 
et le golfe de San-Miguel (dans le Grand Ocean). II 
nous a r^pondu que la niaree, s'elevant de vingt a vingt- 
deux pieds dans le Grand Ocean, et n'etant que de 
deux nieds sur la cote opposee, generait la navigation, 
necessiterait des 6cluses, et que, d'ailleurs, le seuil 
entie les deux oceans est plus eleve sur ce point que 
versle Truando; tandis tjue, dans le projet de M. Ren- 
nish, la pente de I'Atrato et du Truando compense l'^- 
levation de la inaree sur la cote occidentale. Peut-6lre 
M. Gisborne repondrail-il victorieusemenl a ces objec- 
tions ; nous lui laissons le soin de se d^fendie. 

Tel est le rapide expost?! do ce projet interessant, 
que M. Relley a eu la bont6 de nous expliquer, en 
mettant sous nns yeux des plans Ires d6laill6s et tr^s 
beaux, accompagn^s dVin rapport fort developpe 
de M. Rennisb. Deja la Soci6t6 royale geograpliique 
d'Angleterre et I'lnslitulion des ingenieurs civils de 
Londres ont appreci6 et loue ce projet, qui nous pa- 
ralt aussi, a nous-nienie, elabli sur de bonnes obser- 
vations et d'excellenls raisonnenionts, et auquel nous 
souhaitons tout le succes possible. 

Nous n'oublierons pas de rendre bommage, en finis- 



( 392 ) 

sant, a la hienvLillance de M. de Pongervllle, conser- 
valeur-adjoint du ddpailement gt^ograpliique do la Bi- 
bliolb^que imperiale, el uiembre de noire Soci6l6, qui 
a bien voulii nous procurer la connaissivnce de M. Kel- 
ley, et avec qui nous avons eu le plaisir d'examiner, 
dans lous leurs details, les plans et les carles de 
M. Kennish. 

E. CoRTAMBliBT. 



NOTE 

LUE A LA. STANCE GJ^N^RALE DE LA SOCliiTi DE G]§OGIVAPBIE, 
Du 19 decembre i856. 

M. de La Roquette fall hominage a la Soci^te de 

g^ograplile, d'apres le dosir el au nom d'lin jeune 

.savant IVaii^ais, M. Albert Gaudry, du premier volume 

qu'il vient de publier sous le litre de : Recherclies scien- 

lifiques sur r Orient. 

Charge par le Gouvernement, et sous les auspices 
du niinislre de I'agricullure, du commerce el des Ira- 
vaux publics, di; visiter une parlie de la Grece, de 
ri5lgypte et de la Syrie, etc., M. Albert Gaudry s'est 
occupe plus specialement de I'lle de Chypre, dans ce 
volume qui dolt etre accompague de deux grandes 
carles, Tunc agri( ole, deja publliie, et d'une aulre 
geolo^ique, en ce iiiomenl a riinprlmorie imp«^riale. 
et qui sera livree incessammenl ; ces deux cartes 
sont a I'ecbelle de -^.'rr.- ^^^' premier volume, supe- 
rieuren)enl imprlm^ a rimpriinerie imperiale, ren- 



(393 ) 

ferme en ouiro : Lne carte K^duitede I'lle de Chypre, 
represenlant les jioints onvaliis pnr V Eijsiphc Tuckeri, 
pendant I'anneo 1823, ou rcpideniie des vignes a 
commence, avec uno coupe agricole dans la largeur de 
I'ile, et de plus cinq autres jdanches dans lesqiielles 
sont dessinees dos feuilles de murier sauvage et greff^, 
des sarmenls et des grappesde raii^in elc, allaqu^s par 
la meme maladie, dilTeronles varieles de cocons, etc. 

Comme nous ne possedons encore aucune carte 
exacte et a grands points de Chypre, ile ctdebre sous 
lant do rapports, el dont M. Albert Gandry a explore 
toules les parties avcc un soin minutieux, les cartes 
qu'il en a dressees, d'apres la carte goographique en- 
core inedite de M. de Mas-Latrie, offrironl beaucoup 
d'utilile, et seronl, nousn'en doutons pas, I'avorable- 
ment accueillies ]iar tous les geograplies. 

II r^sulte des Iravaux de M. Albert Gaudry, qu'au 
point de vue de I'^conomie politique, de la m^leoro- 
logie, de la g^ologie et des productions agricoles, 
Cliypre offre de grandes ressoinbjances avec la Syrie, 
contree qui en est s^par^e par une tlistance d'environ 
vingt deux lieues. Ce qui determine I'aspect general 
de I'lle, c'est la vasle plaine qui en occupe I'inlerieur. 
Bordee a Test et a I'ouest par la iner, encadr^e au nord 
par une longue chalne qui se dresse romme une rau- 
raille, au sud par les montagnes de lOlympe ; fertile 
en bl6s, en orges, en sesames, celle plaine pourrail 
6tre encore une des plus riches du moiide, et il est 
facile de comprendre qu'elle a pu etre I'un des gre- 
nfers du peu]dc romain. Mais la main des Tiu'cs I'a 
frappee de mort, et loul y langiiit. Les canaux liabile- 
ment disposes, ou I'cau etail retenue el circiilail long 

XII. I)isCEMBRK, i), 2(> 



( 39A ) 
temps dans les champs, avant de se rcndre a la mer, 
sonl presque enlierement d^truils : de la une seche- 
resse desolanle. Lcs bois sont joiirnellement incen- 
dies; les bras manquent pour culliver le sol; comp- 
tanl sur la beaut6 du cjimat, el siir la fertility de la 
terre, les habitants s'abaiidonnent a I'indolence, etn'en- 
semencent que ce qui est stiiclement necessaire aux 
besoins de la vie. En vain le \oyogeur cherche les d^li- 
cieux ombrages, les bosquets touffus et les douces cam- 
pagncsqiii firent jadisconsiderer Chypre comme digne 
d'avoir 6l^ le s^jour de la plus belle desdoiles. Paphos, 
Amathonle et Idalie sonl aujourd'hui des licux pres- 
que sauvages. 

M. Albert Gaudry s'est arr§t6 au souvenir des an- 
ciens, pour s'occuper des esperances des modernes. 
II a etudi^ toiites les ressources que pouvait offrir I'ilc, 
ses c^r^ales, ses colons, ses sesames, ses oliviers, ses 
caroubicrs, ses plantes arboroscontes. II a plus specia- 
lement porle son attention sur ses vins, fameux depuis 
I'antiquil^, et qui onl encore conserve leur reputation ; 
sur ses soies, connues dans le commerce par leurs 
qualitos toules parliculi^res. II s'ost attache enfin a 
comparer la nature agricole avec la disposition des 
monlagnes, les altitudes, les temperatures, I'hygro- 
ni^lrie, la composition geologique desroclies, etc., en 
s'effor^ant d'ombrasser ainsi sous toutes les faces la 
constitution du sol de la contrive qu'il a visiti^e. 



( 395 ) 
l^oiivelles ct comsniBuicafioiiJi. 



DEUX CO.VlMUiMCATIONS 

DE M. HOLMBOE, A LA SOClkjii DES ANTIQUAIRES DU WORD, 

SUR LES 

ORIGIMiS ORIENTALES DEs'pEUPLES SEPTENTRIONAOX. 

Tiaduites du danois p.ir M. ALFHED ^MAURY. 



J'extrais clii savant recueil inlltule : Antiquarisk- 
Tidsskrlft, que publie la Soci^le des anliquaires clii 
nord, deux coinmunicatinns qui ont ete faites a cette 
Soci^le par M. C,-A. Holmboe, et qui ni'ont paru de 
nature a inleiesser Tethnologie. A. M. 



^t3' 



Aorns de Ueux dans lesquels entre le mot kind. 

M. C Save Onske fail lemarquer, dans son rn^- 
uioire siir les inscriptions runif[ues suedoises, im- 
prime dans k'S Annales des niitiquitcs septentrioncdes , 
pour 1852, qu'on n'a point encore expliqui' certains 
mots (jul tnlrcnt dans la composition de noms de lo- 
calit^s suedoises, etqu'il conviendrait d'en rechercFier 
le sens originel. A cetle Ciiteu,orie appartient le mot 
kind, qui, tantol est employe connne nom de ville, 
tantot entre dans la composition de certains d'entre 
eux, tels (|ue Hauimarkind, Ostkind, f'estkind, etc. Le 
m^me mot constitue aussi le nom' de certaincs villes 
norveiiienncs, ou entre dans leur composition, tels 
que ceux de Heitkind, dans le Valders nieridional , 
h'olkind en Land, Jerkind sur le Dovre, elc. 

Je suis de I'opinion que c'est le m6me mot qui se 



( 396 ) 

relrouvc ;'• la Tin do plusiems noms (\i^ localiles du 
Tiirkeslau, lels quo Tasclikeiul, Kkokend, Samarkend, 
(appele jadis Peikend), Jnerkend , elc. On est acrou- 
tume a trouver siir les carles et dans les liailes de g6o- 
graphie, ces noms ecrils avec la finale kcitul, mais il 
est a remarquer quecela provinntdece qu'on a adopts 
I'ortliograplie anj^laise, qui, comine cela a liou si sou- 
vent, poui' les noms orienlaux, ne roj)resento pas la 
prononcialion. Co mot keiid ost persan, el signlfie 
■villa, pra'diitm, itrbs, il repond, des lors, a la fin des 
noms, an siad ou bye des noms de villes scandinaves. 
Comme lo scamlinave apparlient a la mi^me souche 
que le persan, on pent supposer que c'csl nn uiol que 
les races seplenlrionales ont apporle de leur ancienne 
patrie. Cependant jo pense que kinrl n'est pas d'ori- 
gine persane, mais qu'il vionl du tartar ou du lure 
oriental, idiorao qui est de la meme famille que le 
finnois et lo lapon. Tnndis qu'on rencontre souvent 
dans le Turkestan cello terniinaison, <)i\ ne la Irouve 
que raremenl en Porsc, cljc ne connais guere d'ainsi 
termin*^ que le nom d'un district du Boloulchislan, 
Kesserkcnd. Le mot kciid, d'origino finno-tarlare, pent 
avoir ele apporle par los plus anciennes populations 
seplenlrionales de I'Europo, losLapons. 

Pierres rondes et nvnidcx trnin'cps dons les tumuli 

scandi'iinces. 

In des fails qui letnoignonl lo plus nianifesloiuont 
et le plus froqu'jniment d'lnic inlluencc de la culture 
asialique, dans le nord dc I'Europe, avanl rintroduc- 
lion du chiistianisinc, est la jjiosonce, dans les tumuli, 
de pierros taill^es on l)«udc' ou (>n spliero ovoide, avec 



( 397 ) 

un cerUiin art. On conserve au uiusee de Beiyen, tie 
ces pieries de lornie roiule, qui out ete trouvees dans 
des tumuli, au domaine de Maraas dans la paroisse 
de Lindaas. Le meme mnsee possede aussi des pierres 
ovoides d'une snhstance blanche, qui est, dit-on, du 
marbre, el dont la grosseui- est cello d'un ceuf de 
poule ordinaire; elles proviennent de Svanoe Hoved- 
gaaid dans le Sondi'jord. Le proprielaire de ce do- 
maine nie dit, lors de son s6jour a Chrisliania, en 
1851, que ces pierres, ont ete trouvees dans le menie 
caveau, dans un tumulus qui fiit ouvert dans ce do- 
maine. On rapporte dans Urda (t. I, p. 298), qu'on 
decouvrit dans un tumulus du domaine de Tjorsvaas 
a environ 1/8" de mille do Flekkefjord, une pierre 
ovoide en granile, de 9 pouces de long el de 7 do large. 

On peut rapprocher ces Tails de ce ([ue rapporte 
Wilson dans son Ariaua autiqua (p. 86), que dans le 
tope de Nandara, en Afghanistan, on ne Irouva rien 
absolument qu'une pierre des dimensions et de la 
forme d'un ceuf ordinaire. Wilson ajoute que dans 
d'aulres topes ou tuiiiuli, on a trouve aussi des pierres, 
generalemont de lorme spherique, et il remarque a ce 
sujet que comine on les rencontre loujours au centre 
de redifice, leur introduction on cet endroit doit avoir 
ete intentionnelle. 

M. C. C. Rain, interroge par raoi, m'a informe que 
de paroilles pierres ont die trouvees dans les tumuli de 
Hedenold en Danemark. 

L'existence , en di>s contrees si eloign^es , d'un 
usage si caracleristique, denote chez les populations 
qui les ont hahitees , une communaute d'origine. 

Voici niainlenanl ce qui resulte des intoriiiations de 
M. Rafa : 



( 398 ) 

De pareilles houles do piorre se lencontrent clans les 
tumuli de Hcdenold, mais jamais en grand uomhre. 
Elles sont lailii^es avec bcaucoup do soiii. mais ne sonl 
goneralement point offilees. On a ^galeniont liouve 
dans los tumuli norvcgiens, de memo que dans ceux 
des anciens Germains et des teinps mi^rovingiens, des 
boules de crislal. D'aulres boules Irouvees aussi dans 
les terlies etaient de veire laille ou de terre cuite. 



NOUVELLES CONQDETES DE L EMPIRE IIIS3E. 

L'immense fleuve Amour, jusqu'a son embouchure, 
appartienl maintenant a Tempire russe. En conse- 
quence le tzar vient de decreler la separation des gou- 
vernemenls dr la Siberie avec la mer PacifKjue, el la 
formation de qualie nouvelles provinces sur les coles 
de celle nier. Dans ces provinces seronl compris la p6- 
ninsule de Kauitchalka , les vastes teiritoires sur 
I'Aniour el les iles Rouriles ; les habitants des valines de 
Tschukisch se irouvcnt aussi incorpoies dans les quatre 
nouvelles provinces precitees, a le^-t de laSiherie, sa- 
voir : Nicolaief sur I'Amour, Petropawlovsk, Gischina 
el Vdsk. 

Chacune de cesconlr(^es se irouve placee sous I'ad- 
iTJinistration d'lin capltaine de la marine imperiale ; 
mais jusqu'a decision ultdrieure, ces divers pays seront 
gouvern^s civilemont et mililaironienl par un amiral 
qui prcndra le litre degouverneur general el qui r6si- 
dera au fort Saint-Nicolas, ou sit^gent actuellement les 
membres composanl la haute administration des 
qualre nouvelKs provinces. 



( 399 ) 
EXTRAIT 

d'uNE LliTTRE DR U. DE MONTIGNY , COMMUNIQU^B A LA 
SOCI^T^ DE GtOGRAPHlE. 



Bangkok, aS aout i85G. 

Ayant termine ici ines negcciations et sign6 le 

15 de ce mois, jour de la fete de S. M. lEmpereur, tin 
traile en vingt-qualre articles, aussi utile qu'lionorable 
pour le pays, je couiple parlir sous peu de jours pour 
le Gamboge el la Cochincliine. Suivez-iuoi de lous vos 
vceux dans ces missions, dont la derniere n'est ni sans 
difljcultes ni nieme sans dangers. 

J'ai cherche a ne rien oublier dans mon traits avec 
les souverains siamois; le corps des savanls y a ses im- 
muniles (1). Tout savant, tel que naturaliste ou autre, 
voyageanl pour le progres des sciences, pourra aller 
partout dans le royaume de Siam, au Laos et au Gam- 
boge, et les autorites sianioises lui devront tous les 
soins ol bons offices de nature a I'aider dans I'accom- 
plissement de sa mission. Si je ne me trompe, c'est la 
premiere fois, a moins de declaration de blocus dans 
une guerre maritime, que Ton stipule pour les savants; 
les notres peuvent, des a present, parcourir les vastes 
regions qui composenl aujourd'liui les royaiimes de 
Siam, du Laos el du Gamboge, les plus riches .n pro- 
duils naturels el peut-elre les moins connus du globe. 

(l) Ou a cru devoir repeter ici quelques lignes deja cilees ci-des- 
sus, page 353, a cause de I'iniporlance de ces stipulations pour le 
progies de la geographic. 



( AOO ) 

EXTHAM 
d'uni'. i.etthe dj; m. u'escayrac. 

38 iioveinhrc iSSG. 

Je vous ocris dans le premier instant de repit 

que me laissenl mes affuiies; lout va hion, mais avec 
des retards et une lonteur incroyahles. J'ai deja reuni 
deux cents soldals, armes de carabines ou de Fusils d 
deux coups. J'ai deux vapeurs, quatre barques de luxe 
el j'cn aiirai douzo a Khartoum. J'ai fail parlir les 
barques el les vapeurs sous le commandement de 
M. TAvyford ; nialheureusemenl ils n'ont pas pu pas- 
ser les catar;ictes, ce qui nous lera perdre encore du 
lemps. Je partirai d'ici le 15 decemhre; j'aurai cinq 
cents cbauieaux pour traverser le desert de Koro^ko. 
L'annee est bien avancee, j'esp^re cependant qu'elle 
n'est pas completement perdue; mais nous ne com- 
mencerons bien que dans liuit mois; car nous ne pou- 
vons renionler jusqu'alors le Nil Blanc, vu la saison. 

J'ai vu le vice-roi qui a et6 plein de bonles 

pour moi, el qui est tr^s bien dispose. Je vous ecris a 
la bate, et j'ai le regret de n'avoir pas })u encore ^crire 

a M. Jomard En arrivant ici, je n'ai ricn trouve de 

jiret. Je passe ma vie a courir, de magasin en maga- 
sin, el du !Nil a mon palais, ou plutol a ma caserne. Je 
commence a ddsirer singulierement le Nil Blanc et le 
desert, qui sont pour moi la terre promise. Nous 
avons I'll uii Iremblement de lerre, 200 niaisons sont 
lombees au Caire, 22 .1 Boulaq, quelques lues et 
blesses. 



( aoi ) 

.%eteis de la Soci^te. 

EXTRAITS DES PROCES-VERBAUX DES STANCES. 



Seance du 5 decembre 1856. 

Le procfes-verbal de la precedenle stance est lu et 
adopte. 

L'^tat-major du corps des ing^nieurs dos mines de 
Russie, d'apres les oi'dres de S. Exc. M. de Brock, 
minislre des finances, adresso a la Societe un exem- 
plalre des Annales de Vohservntoire physique central, 
publices par I'administration imp^riale des mines 
pour les annees 1851, 1852 et 1853. 

M. Janer ecrit de Madrid qii'il vient de mentionner 
honorablement les travaux de la Soci6l6, dans ses 
Memoires Utleraires d'un 'voyage en France, en 1856, 
publics dans la Gazette officielle de Madrid. 

M. Blancbeton, consul de France au cap de Bonne- 
Esperance, adresse a la Societe un travail stalistique 
qu'il vient de publier a I'occasion de I'Exposilion uni- 
verselle de 1855, et qui Iraile sous plusieurs points de 
vue de la colonic du Cap, — M. Froidefonds des Farges 
offre de rendre oompte de cet ouvrage. 

M. Duval, redacleur du Centre algerien, journal de 
I'Afrique et de I'Orient, adresse plusieurs numeros de 
ce recueil et il en propose I'^change avec le Bulletin. 
— Renvoi a la section de complabilile. 

M. C. Desjardins ecrit a la Societe jiour soUiciter la 
faveur de lui presenter dans sa proehaine assemblee 
gen^rale, son globe hjdro-orograpliique. 

M. de La Roquette annonce, d'apres une leltre qu'il 



402 ) 

a recue de Londr^s, • oe le D' Kane nent de quitter 
rAnsleterre poor se renc'r- ^ '*!'^ -- Cuba, dans le 
but d'y relablir sa sanle. 

M. Louraaaod oOfre au B£>iu 4^ Tauteur AL Le Canu. 
les Elememis de Geologie. Tot. aox Oiwraoes offats. \ 

im. Isambeit et V. Gaerin Hsent soccessiTement, le 
pccmier one notice sar Telat actoei de la geo|!Tapliie 
de la Palestine, el le second une descriptioQ das mines 
a'Ascalon. 

II. Kelley. d^ Xew-York., ^uteur d un projet d'ane 
Tfmmnnicaiicn entre lOceaa aLlantique et TOceaa 
picifique, met sous Iss jeoi de la Societf lea cartes 
et les plan? qui! a fait dresser, ponr llntelligriice de 
ce prctjet. M. Cortambeit qui atait eu connaissaijcedes 
travaui de IL Keilev. giace a i'obli^eaiice de M. d« 
PoDgenLie^ conseiTateur adjoint du dejiar*eaient des 
; : .ectioDs^eograf hiqaesde laBiLIiotlieque imperiale, 
a qui M. ReLey avail ete adresse, aononce que cet m- 
goiiear a redige dd memoire sur la co mmanicalioD 
ertre les deui Oceans, par TAlralo. le Truaodo, ie 
Piio-Nf rqaa et \a. Laie de Humboldt, et expriiBe le He- 
sir que ce menioire, :': ^ dune iolrodu.lion de 
M. de PoDi-rniJe. s... . ; ;e, au moins par eitrait, 
daiiS le tuUetui. 



Jiiemblee guurale du \9 d^cembre 1856, 
^'7 - - - f <see de M. GciGSiACX, aaeaLre <ie flnsuau. 

M. le presi^nt onrre la seance par un discours 
dans leqoel il rappelle les serrices que la Sociele a 



rendus aux sciences p;^oa;raphiques depuis sa fonda- 
lion ; il fait ressorlir I'alliance intline (jui exisle entre 
les progres de la Geographie et ceiix de la civilisation. 

M. Tardieu, .secretaire de la Sociele, lit le proc^s- 
verbal de la seance generale du !i aviil, et commu- 
nique la lisle des ouvrages deposes sur le bureau. 

M. le vice-amiral Romain -Desfosses, dans une 
lettre adressee a M. de La Roquelte, annonce que I'etat 
de sa sante ne lui a pas jiennis de venir remplir 
ses fonctions de vice-president, et il prie la Soci^t6 
d'agreer riiominage qu'ii est charge de lui faire, de la 
part de M. le capitaine Guillain, de son f'oyagea la cote 
orientale iV Afrique. 

M. de La Roquelte nr^sente, au nom de .AL Albert 
Gaudry, le premier volume d'un ouvrage qu'il publie 
sous le titre de Reclierches sclent ifujiies sur VOrieiit, et 
il fait ressorlir I'inleret de ce travail dans une courte 
notice qui est renvoyee au Bulletin. 

M. Alfred Maury oCfre son livre intitule : La Terre et 
r Homme, et developpe en quelques mots le triple 
point devue jibysique, ethnologique et hislorique de 
celle publication, deslinee a servir d'inlroduclion a un 
cours d'liistoiie universelle. 

M. Jomard appelle I'atlenlionde I'Assemblee : 1" sur 
Ics travaux de M. Relley, present a la seance, relatifs 
a un projet de communication entre la mer des An- 
tilles el le grand Ocean; 2° sur le globe hydro-orogra- 
pbique de M. C. Devjardins, expose dans la salle des 
seances; 3° sur les nouvelles recentes de I'expeflition 
aux sources du Nil; h° sur les stipulations favorables 
aux decouvertes g6ographiqi:es obtenues par AL de 
Monligny, dans le traits de commerce qu'il vient de 



( liOh ) 

conclure au nom de la France avec le roi de Siam. 

M. le president coiiiinunique la lisle des inemhres 
admis dans la Sociel^, depuis TAsseniblee generale 
du li avril, et colic des candii'als presentcs pour en 
faire partie. Ces candidats sont : LL. MM. les premier 
et deuxiemo rois de Siam; M. le Prince Michel Vlan- 
gali-IIandjeri, M. Bouillvt, inspecleur de I'Academie 
de Paris, M. Alphonse Blanchel et M. Canot, propri6- 
taire ;'i I'ile Maurice. 

M. Alfred Maury, secretaire general de la Commis- 
sion ccntrale, lit la notice annuelle des travaux ile la 
Sociele et du progrfes des sciences geographiques 
pendant I'annee 1856. 

M. de La Pioqnetle donne lecture d'une notice sur la 
vie et les travaux de feu M. Constant Prevost, membre 
de rinslilul el president de la commission cenlrale. 

M. Jomard lit une notice sur I'elat present du 
royaumo de Siam. 

L'heure avancee ne permet pas d'entcndre la lec- 
ture d'une notice de M. Isambert sur I'elat de la geo- 
graphic de la Palestine, et d'une description des mines 
d'Ascalon, par M. V. Guerin. 

M. le president, en I'absence de M. le tresorier , 
presente lo compte rendu des receltos et depenses de 
la Sociite pendant I'annee couranle. 

L'Asseuiblee procede a I'elt.'Ction d'un membre de 
la Commission contrule, Cii remplacement de M. Gons- 
lanl Priivost, et nomuie M. Ernest Desjardins, profes- 
seur d'hibtoire au lycee Bonaparte. 

La stance est levee a dix heures el demie. 



( ao5 ) 

OUVRAGES OFFEUTS A LA SOClfiT^. 

SEANCES DE DfiCEMBRE 1856. 



EUROPE. 

Titres dcs ouvrages. Donateurs. 

(]olieotioii des Meiiioires ine'dits sur I'histoire de FiMiice, nublie's par 
les soins du Minislere de I'insliuclioii publique. i" serie. Leltres 
instructions diploinatiqiies et papicrs d'Etat du cardinal de I'liche- 
lieu, recueillis et publics par M. Avenel, tome ii. — Correspon- 
dance administrative sous le regne de Louis XIV, recueillie et niise 
en ordre par G -K. Deppinf;, el publie'c par G. Depping fils; t. IV 
et dernier. — Recueil des monuments inedits de I'histoire du 
Tiers Etat, par Augustin Thieriy, tome III. — Privilp{;es accordes 
a la couionne de France, par K- Saint-Siege. — y serle. Arrhilec- 
ture monasliqne, par M. Albert Lenoii, 2* el 3* parties. — Voyage 
dans la Turquie d'Europe; Descriplioii p!iysi(|ue et geologique de 
la Thrace, par A. Viqtiesnel. Teste, livr. i a 6 — Atlas, livr. 1 a /^, 

MUNISTERE DE x'lSSTR. rCBLIQfE. 

Recherches scientifiques en Orient, entreprises par les ordres dugou- 
vernement, pendant les anne'es 1 853-54, ^' publiees sous les aus- 
pices du Miiiistere de I'agriculture, du commerce et des travaux 
publics, par M. Albert Gaudry. Partie agricole. Paris, i855. 
Grand in-8°. M. A. Gaiidrt. 

Chronique rurale ou recueil de donnees climatologiques sur la Russie. 

l" vol. SOCIETE IMP. GEOGB. HE RuSSIE. 

ASIE. 

Der nordlicbeUral und das Kiistengebirge Pae-Cboi, untersuchi und 
bescbrieben von einer in den Jahren 1847-48 und i85o durch die 
Kaiserlich-Russische GeograpbischeGesellschaft ausgeriisteten Ex- 
pedition. Verfasst von dem Leiter der Ural-expedition D'' Ernst 
Hofmann. Saint-Petersbourg. 1 vol. in-4° i856. 

SOCIETE IMP. G^OGR. DB RVSSIB. 

AFRIQUE. 
normiunts sur rbisloire, la jjeograpliie et le conimcree de rAFri(|ue 
orientalc, rerueillis et reiligc's par M. Guillain, capitaine tic vais- 



( li06 ) 

Titres dcs ouvrnyes. Doiiateiirs. 

seau; pulilies pnr ordre flu f[onvernemenl ; i" parlie. Expose cri- 
lique des diver^fs n'jtions acquises stir I'Afriqne oricntnle. — 
7' parlie. (i" volume.) I'elation du voyap;p d'exploialiou a lacote 
orientale d AtVi(]U(; execute pendant les annees 1846, 1847 et 
1848, par le brick le Ducouedic-, 2 vol. in-8°. Paris, i856. 

M. Gun. LAIN. 

Exposition universelle, i855. Colonic du cap de Bonne-I'",jp<''r.ince. 

Vade-mecum. Cape Town, iSS."). 1 vol. in-8°. M. Bla»chkton. 

AMiiRIQUE. 

Reports of explor.Ttions ;ind surveys, to ascertain the most practi- 
cable and economical route for a railroad from the Mississippi 
riverto the pacific Ocean. Made under the direction of the secre- 
tary of war, in l8.5!i-:')4, acordiu;; (o acts of congress of March 3, 
1 853, may .'3x, i854, and aujiusl 5, |S54- 1 vol. Washington, 



i8.S5, 



in-4" 



Report of the commissioner of patents for the year, i854- Agricul- 
ture. I vol. in-8". Washington, iP>55. 
Medical topography of Brazil and Urujjuay : with incidental re- 
marks, by G. U. B. Horner, M. U., I'hilad.iphia, iSS.'S. 1 vol. in-8«. 

M. Hor.NER, 
Report of the yeology of northern and southern California, embra- 
cing the mineral and agricultural resources of tFiose sections; with 
statistics of the northern, southern and middle mines. By D' John 
B. Trask. Brochure iii-80, 1 856. :M. TnAsK. 

Memoria snbre emigracion, inmigiacion i coluni/.acion, dedicada al 
Sr. D Antonio Varas, por V. P. R. Santiago, 1 854, brochure in-8°. 
— Estadistica comercial do la Republica de Chile, correspon- 
dienlc al primer semestre del ano de i854, Valparaiso, i8.')4. — 
Cuenia de los ingresos i gastos (pie tuvo la Bepublica de Chile en 
el ano de i853. Santiago l854. — IjCI de presupuestos de los gas- 
tos jcneiales de la adminislr.icion publiea, para el alio de i855. — 
Sesiones del congreso nacional de i854- — '-'''• sohre la organiza- 
cion i atribucicuies de las inunicip.ilid.ules. Santiago, i854. — Me- 
moria qui- ei miiiisli de estado en el departamento del interior pre- 
senta al iDiigrcso nacional de 1854- Santiago, i854. — Memoria 
que el ministro de estado en el departamento de relaciunes exle- 



( 407 ) 

Titres des ouvrages. Donateun. 

riores presenta al conjjreso nacional de i854- Santiago, i854 — 
Metnoria que el ininislro de estado en el departamento de Ha- 
cienda presenta al congreso nacional de i854. Santiaj^o, l854. — 
Meinoria (|iie el minislro de esiado en el departamento de justi- 
cia, cullo e inslruccion puhlica presenta al congreso nacional de 

1854. Santiago, i854; br. in-4°. Gouvernement DU Chili. 

CARTES. 

Carte generate <le I'Afrique d'apres les dernieres decouvertes, publie'e 
par J. Andriveau-Goujon, Paris, i8.'i6, i feuille. — Carte de la 
Suisse, d'apres I't'tat-major federal et les nouvelles cartes canto- 
nales; Paris, i856, 1 feuille. — Carte de I'ltalie; Paris, i855, 
I feuille. — Caite de I'Espagne et du Portugal; Paiis, i856 
1 feuille. — Carte des lies Britai>niques, Paris i856, i feuille. 
(Cartes faisa-n partie de son nouvel alias de Geographic univer- 
selle.) M. Akdriveau. 

Boundary between the United States and Mexico shewing the initial 
point under the treaty of december 3o, 1 853, astronomically de- 
termined and surveyed in i855. Under the direction of William 
H. Emory, U. S. commissioner, i feuille. M. Emory. 

Geographical map of the republic of Nicaragua with three plans and 
wiews by Fermin Ferrer, governor of the Western departement, 

1 855, I feuille. M. Ferreb, 

OUVRAGES G^Nl^.RAUX ET iM^LANGES. 

La Terre et I'Homme, ou apercu historique de Geologic, de Geogra- 
phie et d'Ethnologie generalcs pour servir d'inti oduclion a I'his- 
toire universelle, par L.-F. Alfred Maury, secretaire general de la 
commission centiale de la Societe de geographie, etc. Paris, 185?. 
I \ol.in-12. M. A. Madrt. 

Description generate des pbares et fanaux, et des principales remar- 
ques existant sur le littoral maritime du globe, a Tusage des navi- 
p,ateurs; par M. Coulier ; i3' edition Paris, i856. 1 vol. in-12. 

M.CODLIER. 

Annates de I'Observatoire physique central de Russie, annees i85i 
1862 et i853. 3 vol. in-4°. Le ministbe des finances de RrssiE. 

Magnetic observations, made under the orders of major W. H. Emory' 
U. S. army, astronomer to the mexican boundary commission, 
brocb. in-4", i855. 



( 'i08 ) 

Analyse des hypotheses aiuiennes et modernes qui ont etc e'misesi sur 
Ips eclairs sans tonneire, par un oiel parfailcment serein ou dans 
le sain des iiuapes, accompngnee d'une description des eclairs sans 
tonnerre, observes sous diverses latitudes ct en particulier a la 
Havane, par Andre Poey, directeur de I'observatoire physique et 
ineti'orologique de la Havane, etc. Versailles, l856, brocb. in-8*. 
— Couleurs des etoiles et d.s globes filants observes en Cliiiie 
pendant vingt-qualre siecles, depuis le VII' siecle avant Jesus- 
Christ jusqu'nu XVll' siecle de notre ere; parM. A. Poey. (Exlrait 
des comptes rendusdes seances de I'Academie des sciences.) 

JVl. AnniiEs Poet. 

Elements de geologic, par M. Le Canu, docteur en medecine, etc. 
Paris, 1 856. I vol. in-8°. M Le Casu. 



ERRATA DC CAIIIER DOCTOBRE ET KOVEMBRE. 

Page 977, note 2 (au lieu de note ij, ligne 1", lisez : 36° au lieu 

de 35". 
Page 278, note i , ligne 2, lisez : i)^ 1" I'^u de J^g. 
Page 297, ligne 25, lisez : Touareg, au lieu de zouaves. 

ADDENDA AU MEME CAIIIER. 

Page 297, ligne |3, .TJnutez (1) .npres possede, < t lisez en note : 

(l) Voyez un tableau des car.icteres touareg, dans un ecrit inti- 
tule : Seconde note sur tine pierre trouvee dans un lumului am^ricain; 
Paris, in-8°, l845. Voyez ausji ; 1° Notice sur tcs Indiens de I'Ame- 
rique duNord, par M. Vail, in-S°, Paris, 1840, pages 36 et suiv., ou 
se Irouve la 1 '* note datee de |838 ; 1° le tome IV des Memoires d* 
la Sociece de Ge'ographie, Jn-4°, l83g. 
Page 298, ligne 26, ajoutez (i)apres pluricl, et lisez en note : 

(i}ll parait que le nom de Touareg vient d'une racine arabe qui 
veut dire voleur. L)n concoit que les Touareg repudient une telle 
apellation. E. J. 

Page 3oo, ligne .i, .njoutez (1) apres incertitude, et lisez en note : 

(l)On nvait deja, dans le Voyage it I'oaiis de Syouah, in-t'olio, 
Paris, 1 830, monire I'identite du dialecte de Syouah avec le berbere, 
ainsi que dans ie tome IV des Memoires de la Sociele de G^ographie, 
in-4% I'aiis. 1839. (.; j 



COMPTE 

DES RECETTES ET DES DEFENSES 



DE LA 



SOCIETE DE G£0GRAPHIE. 
1856. 



( ") 

COMPTE DES RECETTES ET DfiPENSES DE LA SOCIETE 



RECETTES. 






111. 



IV. 



DESIGNATION 
descbupitres 
de la RECETTE. 



Produil oldinuire 
des receplions . 

Produil cxtr. des 
rcCL'plions. . . . 

I 

Pioduildcs pulili- 1 

calious j 



NATORE DES RECETTES. 



Cotisalious 



SAune'e courante. b 
— aniiirees 
— aulicip. . 





r- U 


S=~ 


■-^.~ 


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W S.S. 




U .T 


Ui 


a j: 


cs 


e. " 



6"^ 

?) 

i: 

Allocations et S ^j 
Recetles diverses, 

' 13 



I Dipl6nie> des uoiiv. memhies. 

I Colisatioiis une I'uis payees. . . 

i 
Abonuemcnts ati Biillelin. . . 
Vcule dii Reciicil des Menioircs 
Vente des Carles 



Reules sur I'Etal. 



V,4 



Solde du comple 
precedeiil. . . . 



15 



Souscriplion du Minislere de 

I'lnslrucliou puhlique. . 
SousciipliiiD du Minislere des 

affaires (•Irangeri'S 

Souscriplion du Miuislere de 

ta marine 

Souscriplion du Depot de la 

marine 

Allocation do I'Empcreur . . 1 



472 i)\ 

tiOi .. ? 

56 > ) 

I 
575 > \ 
305 » i 



6 012 



880 



347 80 
94 50 
43 25 

607 



I 
0) 



I 485 55 



600 


• 


190 


• 


110 


411 ' 


720 


» 


OOU 


>/ 



163 40 



Tolal . . 

Reliquat de caisse de 1855. 



Total ge'nu'ral. 



11 640 95 

2 fl06 71 



14 447 66 



BALANCE DES RECETTES ET DES DEFENSES. 



Montant des recettes. 
Montaiit des depenses 

Excedant des recettes. . 



1 4 44? 66 
II o86 78 



3 36o 88 



Cerlifii conforme par le tresorier de la Society. 

Meignkn. 



( III ) 



DE GfiOGRAPHIE, POUR L'ANN£E 1856. 
DEFENSES, 




o - 
S'S. 



III. 



IV. 



V. 



VI. 
VII. 



DESIGNATION 

des chapiUes 

de la DEFENSE. 



Personnel. 



{I 

Fraisdelogement. \ _ 

V 8 



Frais de bureau. . 



Miile'riel. 



NATURE DES DEFENSES. 



Traitement 

Agence. J Travaux extraordin. 
Droits de recette. . , 



Loyer 

Coiilribulions. , . 

ChiiiilKige 

Eclairagi' 

Service des salles. 



De'penses diverses 

Ports de lellres et aflVauchiss. 
Impress, d'avis.circulaires. . . 



Mubi 



Bibliuth. 



Biillelin. 



Poll de livres, de 
journaux, etc. . . 
AfTnincbiss. id. . . 
Acbat id. . , 

Reliures^ brochures 



Publicatious 



broch. 

e carles. 
Tirage de carles. . , 
Port et atfrauchiss. 



/ inipr., paj), 
) Gravure de 



21 



( Memoir. 



\2i 
Placem. de capit. I 25 

I 

De'penses geue'ry- ( 26 
les (27 

I 



Hmpiess., papier . 
Fort el affruuchiss. 
Gravure de cartes. 
Til age de cartes . , 
Bon sur le Tresor 



Prix annuel 

Di'p. imprevues, jetons de pre- 
sence, tenue des seanc. gen. 



« &■£ 



1 20U B \ 
400 « f 1 
209 44 \ 



809 44 



2 000 » \ 
173 53 j 

168 >. [ 
143 70 ( 
100 » ) 

115 53 1 
31 25 ( 

218 50 ( 

'-03 oS I 

76 77 

» 

250 

I 
2 325 13 \ 
502 » f . 
224 70 
208 83 



2 587 23 



i- 



1 000 >, I ' 

I 

930 37 ' 
383 40 



365 30 

530 12 

460 70 

> » 

000 » 

333 97 



Total. 



H 086 78 



Arretele present compte, apres verification, en recette, a quatorze 
mille quatre cent quarante-sept francs soixante-six centimes, et en 
depense, a onze niille quatre-vingt-six fraiiis soixante-dix-huit cen- 
times, d'oi!i re'sulte un exce'dant de recettes de trois mille trois cent 
soixante francs quatre-vinf[t-huit centimes. 

Les membres de la section de comptabilile ; 

Lefebvre-durcfle, Isamdert, Garnier, 
Ai,. BoNNEAU, Albert-Montemont. 



LISTE 

DES MEMRRES DE LASOCIETE DE GEOGRAPHIE 

AU 31 D^CEMBKE 1856 (1). 



S. M. NAPOLEON III, Empereur des Francais, Protecteur. 
S. A. LE Prince Charles-Lugien Bonaparte. 
S. A. R. LE Prince Royal de Su^de et de Norvege, due de 
Scanie. 

MM. *Abbadie (Antoine d'), eorrespondant de I'Aca- 

demie des sciences, rue du Bac, 110. 
**Abbadie (Arnaud d'), rue de Crenelle, 1J2. 
AcASSii, rue Jacob, 2.^. 
Alb£Rdi, ministre de la Confederation argentine, 

rue BUinche, 35. 
ALBiiBT-MoNTiMONT, rue Saint-Honore, 357. 
* Ancizar (Manuel), a Bogota. 
Andriveau-Goujon, rue du Bac, 21. 
Ansart, professeur d'hisloire et de g^ogrophie, 

rue Bonaparte, 45. 
ABGouTjIe couite d'),gouv. dela Banque, s^naleur. 
AuTHus Bertrand, iibralre, rue Ilaulefouille, 21. 
AspiNWALL, president des directeurs du cheinin 

de fer de Panama. 
AupiCK (le general), senaleur, rue du Cherche- 

Midi, 91. 

(i) Les noms des Menibres doiiateurs soiit precedes d'un aste- 
risane * er ceux des !VIeml)rps lionoiaires de deux **. 

a 



( 5 ) 
MM. AuvRAY (le general), rue Chabannais, 2. 

*AvEZAC (d'), chef au minist^ro de la marine, 

rue du Bao, h'2. 
AvRiL (baron d') , r^dacleur au ministfere des 

affaires etrangeres, rue Marbeuf, I'd. 
BABBife DU BocAGE (Am^d^e), rue de la Cliauss^e- 

d'Antin, 58 bis. 
Barrot (Adolphe), ministre pl^nipotentiaire de 

France en Belgique. 
Bartuolonv (Francois), r. de Larochefoucault, 12. 
Bauerkellkr, rue de Yendome, 12. 
Bazin, rue Beautreillis, 6, 
Beaxjjouan, libraire, rue Haulefouiile, 21. 
Blosseville (Ernest de) , a Auifreville (Eure). 
Bonnardot (L^on), rue du Dauphin, 3. 
BoNNEAu (Alexandre), rue Vanneau, 40. 
'Brisbane (le lieutenant general baron Thomas), 

au chateau de Kelso, en Lcosse. 
DeBrossabd, rue de laFcrme-des-Mathurins, 29. 
Bruant (Alfred), consul de France, a Dantzig. 
BnuN-RoLLET, voyageur eii Afrique. 
BuissoN, g^ographe du ministerc des affaires 

etrangeres, rue des INoyers, 56. 
Cadet, professcur au lycno imperial de Mou- 

lins. 
**Calmer (le general) , ru« Casliglione, 7. 
Chassant, graveur-geographe , rue du Vieux-Co- 

lombier, 13. 
Chauveau, avocal, rue du Cherche-Midi, 21. 
CocHELRT (A(lrinn). conseillcr d'Elat, rue de la 

Victoire, /|0. 
CiOCHEi-KT (Charles), rue Bhmrhe, 67. 



(3 ) 

MM. CocHi:uis, atlaclie a la Bibiiotheque Mazarine, rue 

Saint-Jacques, 1(51, 
CouTAMBKuT, Tue tie SaintongG, 6li. 
CosTAz (Antlielmo), rue de Clioiseul, 5. 
Dally, avenue Gabriel, 46 (Gliaiups-l^lysees). 
Daussy, niembre de I'Institut , rue de Vaugi- 

rard, 57. 
David (Elienne), rue du fauljourg Sl-Honor6, 95. 
Delamaue, graveur-geographe, rue Saint-Andre- 

tles-Arls, 45. 
Delessert (Benjamin), rue Montraartre, 170. 
Delessert (Frangois), rue Montmartre , 176. 
Demersay (Alfred), rue de I'Llniversile, 32. 
Demidoff (Is prince), a Florence. 
Derfelden de Hikderstein (le baron de), a Utrecht. 
Desjaudins (Ernest), profess, au lycee Bonaparte, 

rne de Grammont, 13 bis. 
Des MoNSTiERS-MiRiNviLLE (la cointesse de) , au 

chateau du Fraisse (Haute-Vienne). 
Devars, rue Neuvc-tles-Petits-Ghamps, 33. 
DiDELOT (Octave), capilaine de vaisseau. 
DiDioK (Charles), rue de la Madeleine, 26. 
DiNOM^ (I'abbe), a Orleans. 
Drouyn de Lhuys, rue d'Anjou-Sl-Honor^, 12. 
*DuBuc, rue Lafayette, 13. 
Duchanoy (Hip.), ancien inspecteur des linances, 

rue d'Anjou-Saint-Honore, 22. 
Duchanoy (Cluules), ing^nieur des mines, rue 

d'Anjou-Saint-Honore, 22. 
*Duflot de Mofras, rue de la Paix, 26. 
DuMON (Sylvain), r. delaFerme-des-Mathurins, 32. 
EicHTHAL (Gustave d'), r. Neuve-des-Malhurins, 34. 



( h ) 
MM.^EscAiR^c UK f.AiiTURK ( Ic (.ouiio d' ) , iiio Nouve- 

du-Luxemliourg, 41. 
EsPEUiLLisS (le marquis d'), senateur, rue de Belle- 

Chasse, 2/i. 
Fabri: (Amedee), consul de Franco, a Chrlstiania. 
Fabr): (Fcrd.), employe auminist^re des finances, 

a Passy. 
FAiDHKRBii (le colonel), gouverneur du S6n^gal, a 

Saint-Louis. 
Fkrrv (Hippolyte), rue de Beaune, iil. 
Fleutelot , professeur, rue Neiive-des-Petits- 

Champs, 62. 
FlCry (Hippolyte), consul de France, a I.isbonne. 
Fi.URY-HfeRARD, rue Saint-Honore, 372. 
FouRME>"T (Baron de), senateur, r.derKchiquier,2'l. 
*Frapoi,i,i (le colonel), a I.ngano (Suisse). 
Frobei'.ville (Eugene de), au chateau dc Villouet 

(Loir-et-Cher). 
Froujefonds dks Faroes (A. de), r. de Suresnes, 17. 
Garnier, geographe, rue de Provence, (55. 
*Gay (Claude), boukvart Bonnc-Nouvello, 25. 
Giordano (Ic major), direcleur du bureau lopo- 

grapbifjue, a Naples. 
Grosselin, rue Serpente, 25. 
Grossolles-Fi-amarens (Comte de), s^nalour, rue 

de Verneuil, hh. 
GuicRiN , professeur d'histoire et de g^ograpliie, 

nil- d'Enfer, 53. 
Gdigniaut, nienibre de I'lnslitut, rucMonsieur-le- 

Prince, 26. 
Gmi.LAUMON, run dc Provence, 65. 
Hecquard, consul de France a Scutari (Albanie). 



( 5 ) 
MM. Herculais (le coniled'), a Lyon. 
HuET, consul de France. 

Hyde de Neuvii,i,e (le baron), rue de Lille, 56. 
Ibanez (le colonel), rui^ dc Lille, 57. 
Imbert des Mottellettes, rue du Port-Mahon, 1/j. 
IsAMBERT, conseiller a la Cour de cassation, rue 

Th^rese, 10. 
Jacobs, graveur-g^ographe, rue de Cond(^, 1. 
JouNSTON (A. K.), esq. a Etlimbourg. 
JoMARD , ineinbre de I'lnslilut, rue Neuve-des- 

Pelits-Cliamps, 14. 
Jordan, rue Lamartine, 3Zi, 

Kerr (M""= Alexandre), r. du faub. St Honore, 118. 
Khalh. bey, en Egypte. 
Labarte, rue Drouot, 2. 
Lafond (Gabriel), place de la Bourse, h. 
La Guiche (le comte Pbilibert de) , rue Mati- 

gnon, 12. 
La Hais D'EssoN^ES (de), quai Voltaire, 21. 
La Place (le vice-amiral ), a Brest. 
Larabit , senateur, rue de I'Universit^, 8. 
La PiOQUETTE (de), rue Mazarine, 19. 
LAVALLiii (Francis), rue de I'Oseille, 7. 
Lebas (Philippe) , meiubre de I'lnstilut, impasse 

des Feuillanlines, 7. 
Leclerc (Sl^phane), rue du Vertbois, 17. 
Lecocq, graveur geogra[)lie, r. Pavee-Saint-Andr^- 

des-Arts, 5. 
LEFEBVRE-DuRUFti, s6naleiir, rue de Vaugirard, li&. 
Lejean, rue Saint-Benoisl, 24. 
Lemaitre, rue de Lille, 86. 
Livi-AtvARks , rue de Lille, 17. 



(«) 

Livi-Ai.vAi\ks (Tlitiod.), cllt- Trevise, 7. 
LouRMAND , rue Sainl-Louls, 2(5, iiii Marais. 
Maumoud, eleve aslronome de I'ecole cgypliennc, 

rue N(tlro-Dame-tlos-Cliauips, 29. 
Malte-Brun (Victor- Adolplio), rue Jacob, 16. 
Mahx.oi.la (lo chevalier Benedello), a Naples. 
MATUiiiu (le conlrc-aniiral) , directeur du depot de 

la marine, rue Gaumarlin, 44. 
Maugi'R, rue du Cherclie-Midi, hll. 
Madroy, rue de Sevres, 111. 
Maury (Alfred), sous-bibliolliecaire de I'lnstitut, 

rue de Seine, 1. 
Meignen, notaire, rue Saint-Honor»!!, 370, 
Meissas, rue de Conde, 14. 
Melvill DE Carnbee ( Ic baron), adminislraleur 

du Bureau goograpliique, a Balavia. 
MiRMAN, professeur de geographie, rue de Cour- 

celles, 38. 
MoisTESQuiou (le general cointe de), rue de Va- 

rennes, 60. 
MoNTiGNY (de), consul de France a Chang-Hai. 
Morel-Fatio, conservaleur du Mus^e de marine, 

au Louvre. 
MoRiN (Ernest), rue de Boursault, 19. 
MuTEAu, ofiicier do marine. 
Negri ( le chevalier Crisloforo), chef de division 

au ministere des affaires (^trangeres, a Turin. 
Noel des Vergers, lue Jacob, 54. 
NouGARiiDE DE Fayet, rue de I'Linversil^, 24. 
Oliveira (Ant. d'), a Fayal (lies Canaries). 
**Orbig>y (Alcide d'), rue Sainl-Viclor, 7. 
Passama (J. de), capilaine de fregale, a Toulon. 



( 7 ) 
MM. Pauthonnier (Selim Bey), lieutenant-colonel, rue 
d'Ainstertlaui, 71. 
Pelet (le g^n^ral haron), s^naleur, rue de I'Uni- 

versile, 80. 
PiRicoT, professeur au lycee imperial d'Alengon. 
Philippon, lue des Macons-Sorhonne, 14, 
PiNONDEL DE Labertoche, Tue Lavoisicr, 20. 
Plover, boulevard Poissonniere, 24. 
PoNGERViLLE (dc), luembre de I'lnstitut, rue de 

Bellefonds, 20. 
PoulaijN de Bossay, rue de Madame, 1. 
PouzADOUx, chefd'institulion, r. de Courcelles, 38. 
Prugneaux, boulevart Montmartre, 5. 
QuATREFAGES (de),raembre de I'lnstitut, quai de 

B6ibuno, 36. 
Rbnard (Ed.), n^gociant, boul. Bonne-Nouvelle, 10. 
Revenaz (Aniedee), rue du Sentier, 45. 
RiBEiRO (Guillaume), a Fayal (lies Canaries). 
RoMAiN DES Fossis (I'amiral), senateur, rue de 

la Chaussee d'Antin, 21. 
RosTi (Paul de), rue de Gramniont, 22. 
Saavedra Meneses (le lieutenant-colonel), rue de 

Lille, 57. 
Salm-Dyk (le prince de ) , au chateau de Dyk- 

Neuss (Prusse). 
Salzbaciier (le docteur), a Vienne (Autriche). 
Saussure (Henri de), rue de Bussy, 3. 
*Saxe-Weimar (le due Bernhardt de) , a la Haye. 
ScniEBLE (Erhard), graveur-g(^ographe, rue Bona- 
parte, lih. 
SiDiLLOT, professeur d'histoire, rue Monsieur-le- 

Prince, 4. 



( 8) 
MM. Monseigneur SiBoun, aichevgque de Paris. 

SiLVA (lo chevalier Da), charsjd d'affaires du Bre- 

sil, riio de Vorennes, 88. 
Simons, rue Sainl-IIonore, 37/1. 
Sparre (le comle Guslave de), au chaleau tic la 

Brunelle (Vaucluse). 
Staisbope (Spencer), a Londros. 
Talabot (Paulin), riio de Ilivoli, 30. 
Tardieu (Am^deej, rue d(? Berlin, 20, 
TiiissKRiiKC (Edmond), rue de Grenoile, 80. 
Tkrnaux-Comi>a>s, iiu' Noiive des-Malhurins, 39. 
Thaykr (Edouard), scnateur, r. de Courcelles', 30. 
THf';ROui.DE,negociant armaleur, r.Cauinarlin, 67. 
Thomson (James), rue de I'Universitd, 23. 
TouuEiLLE (de), chancelier du consulat de France, 

a Caracas. 
*TniMAtx (Pierre), quai Vollairo, 17. 
VandermaeleN, direcleur de i'Etablissement geo- 

graphique, a Bruxelles. 
Vaquez (Anatole), rue du Four-Sainl-Gorniaiii , 25. 
VArviLi.iERS, r. de la Ferme-des-iM;illuirins, 'ill bis. 
Vn.LEMAiN, S'Crelairi; perpoluel de I'Academie 

fran(;;aise, a rinslitul. 
ViviEN DE SAiNT-MARTm, ruo Marlel, H. 
West (Gerard), rue Bergere, 29. 
YfeL Cfe Castelnault, rue Godol-Mauroy, 20. 
Zarco del VAi-LE(le general), a Madrid. 



( » ) 

ijSTE 

DES CORHESPONOANTS ETRANGEHS 

DANS l'oHDRE DE LE0R NOMINATIOIN. 



MM. H. S. Tanner, a Pliiladelphie. 

W. WoODBRIDGE, a BostOD. 

Le colonel Edward Sabine, a Londres. 

Le (locleur Reinganum, a Berlin. 

Le docleur Richardson, a Londres. 

Le professeur Rafn, a Copenhague. 

AiNsvvoRTH (William), a Londres. 

Le coloni'l Long, a Louisville, Kentucky. 

Le capitaine Maconochie, a Sydnoy. 

Le conseiller de Macbdo, a Lisbonne. 

Le professeur Karl Ritter, a Berlin. 

Le capitaine John Washington, a Londres. 

P. DE Anoelis, a Buenos-Ayres. 

Le docteur Kriegk., a Francfort. 

Erman (Adoiphe), a Berlin. 

Le docleur Wappaus, a Goetlingue, 

LucA (Ferdinand de), a Naples. 

Le docteur Barufei, a Turin. 

Le colonel Fr. Coello, a Madrid. 

Le professeur Munch, a Christiania. 

Le general Albert de la Marmora, a Turin. 

Scheffer (Ch.j, a Constantinople. 

Le professeur Paul Chaix, k Gen6ve. 



( 10) 

MM. J. S. Abert, colonel des ing^nieurs topographes, 

aux l&tats-Unis. 
Leprofesseur Ai.EX. Bache, suiintendaiit du Coast 

Survey, aux Elals-Lnis. 
Lepsius (Richard), a Berlin. 
De Martius, a Munich. 
KiEPERT (Henri), a Berlin. 
Petermann (Augustus), a Gotha. 



LISTE 

DES COHHESPONDANTS ETaANGEaS 

QLl OKT OBTliMJ 
LA GRANDE MEDAILLE DE LA SOCIETE. 



MM. Le capitaine sir John Franklin, a Londres. 
Le capitaine Graah, a Copenhague. 
Le capitaine sir John Ross, a Londres. 
Le capitaine G. Back, a Londres. 
Le capitaine James Clark Ross, a Londres. 
Le capitaine Robert Mac-Glure, k Londres. 
Le docteur Henri Barth, a Londres. 



Paiii). — lmj>. <Je L. Martimct, rue Migiioii, i. 



( 4(19 ) 



TABLE DES MATIERES 



(ONl'KNllES 

DANS LE TOME XII DE LA k^ SfiRIE. 

Ts"' 67 ii 72. 

{.luillit a I)eceml)ie, i 85G. ) 

Mlhl<H!lF,S, ETC. * 

Pages. 

Exiiait (I'une IcUre tie ^I. Riun-Uollet a M. Joinard, clip/, les 

Dirfs, r>alKii, Gliazal 5 

L'Isthme de Suez (publications de M. Ferdinand de Lesseps). 1 4 

La France, deux frafjmenis dp son histoire geographique (lus a 
la Commission eentr.'dp de la Societe), par M. Vivien de 
Saint-Martin 24 

Memoire relatif an tiavnil lu h la Societe d'emulation dii 
Doubs, par M. A. Delacroix, intitule' : Decouverte d'Alise, 
par M. Ernest Desjardins 81 

Extrait d'un me'moire sur I'emplacement d'Alesia, par M. Jo- 

mard 94 

La Gaule de rAnonynie de Ravenne, par M. Lejean i85 

Voyage a la recherche des sources du Nil RIanc, sous le coni- 
mandemcnt de M. le comte d'Rscayrac de Lauture, par 
M. Jomard '67 

I>e lac N'yassa, distinct de celni d'Ukerewe, par M. Malte-Piruii. 29 j 

Discours prononce par M. Guigniaut, president dp la Societe, 

;< rassend)lec ge'nerale du 19 decembie i856 .liG 

Notice necrologique sur M. Constant Prevost, membre de 
I'Academie des sciences, president de la commission centrals 
de la Societe dc geographie, par M. de La Roquette 333 

Fragment sur I'rtat present du royaume de Siam, par M. Jo- 
mard 35' 

xn iW'iCKMBUic. (i. 27 



( MO ) 

ANALVSKS, KT U\l>rOtlTS, V.TC. 

p.,g.. 

Iicjiiarauessur la cai te <le rexploratioii dc I'Atriqiu' au>lialf,|iar 

Cli. J. Aiuli'isson, trailuil«-s de rnnfjlais par M. Morcl-Falio. 36 1 

Itanpoit sui le globe tenestre de .M. More, par M. (^>rlaiii- 

bert ti5 

Geofraphie dcs colonics aiislralieiiiies, accompa(;m."c- d'un 

aper(;u des ilcs de I'Australie, par J. Ewans Sydney, l854. . 67 

Carte de I'Algerie, Tell, Kabylie ct Sahara alj;erieii. parM. Cli 

de la Hoclie Gji 

Rapport sur louvrafje intitule : Tabula:; ve{;elationis in Bra- 
silia physiognomiani illustrantes, par M. Alfred Maury. . . 114 

I-itte'raliue malaise. Des Panteun (iraduit do Pinaiiy Gazctic 

and Slrails Citron ii:ie, a\v\\ 1 85()), par Morel Falio 1 34 

Happorl sur I'ouvrage intitule : Ilaiidbuch der Geoijrapliie und 
Slatisiik voii Kord-Ainerika nebst eiiier alle{;cmeiuen 
Uebersiclit vou Aiuerika, von I)' ,l.-li. Wappiius, |iiir M, Al- 
fred Maury 370 

Carte de la I'alestinc, de J. Aiidriv(;au, par M. \'. A. Maltc- 

Bruii 383 

Nouveau proict d'uiu' Loniinunicalion ciitre le yrand Oiean 
el I'ocean Allanliiiue, dans la Nouvellc-Grcnade, par 
M. Cortanibcrt 388 

Note lue a la seance jjencrale de la Sociele de {',('o{i;ra[)liif, du 

19 de'cembre, i85(), par M. de La Roquciic 39?. 



NOllVELLliS UT C0HIWlJ^•lCAT10^S. 

Lcllrc de M. le colonel de Neveu a M. .lomard 71 

Kxtrait d'uni; Irttre ilo M. K. Hitter, a M. le president tic fa So- 

cicte de ydographie 'j 

Annonce 7;") 

i^xtrait dune leltre de M. V]. Disjaulm.i a M. Gni^niaut, 

membre de ITnstitut, president de la Societe de Geogiaphic. I.f3 
l.ettie de M. le docleur I^iviiigslon au picsidiiil de la Sociele 

dc ;;(-ogiapliic. . • iS"^ 

f.xliail dune Icllie dc M. S. luillielol, 1 onsul dc I'laucc a 



Sainle-(!i oix ile Teiicnflc , a M. Gaiiiicr, iiuiiilue de l.i 

Commissiun ceiiliale du la Socidle de {;e'o[;ia|iliie ilu) 

Composilioii du I'cxpMlilioti dirigee par M. le comle d'Ksc.iy- 

lac de Lautuic 17^ 

Compie rendu de la dciniere seance de la Sotiele loyalo gi^o- 

graphique de Londres i']S 

Accroisseinent lemarquable de la population (III (a eu/ut. . . . i^i 

De la navigation de la Casoniance iljid 

I'enple aniphibie des Lords de la Tcliadda i-j- 

Note reotificalive sur la souscription anylaise au nionuiiienl 

du lieulenant Bellot ij8 

Exirait d'une IcUre dii colonel dc Neveu a M. Joniard. . . . 297 

Extrait d'une leltre de M. d'Arnaud a M. Joniard 3o2 

Extrail d'une letlre de M. Kohl a M. Jomard 3o4 

Extrait dune Icllre de M. Ernest Desjardins a M. Joniard. . . . Soy 
Lettre de M. Ancizar a M. le president de la commission cen- 

trale de la Sociele de ye'ographie 3 jo 

iNole sur la prochaine publication de la relation du voyage 

du docleur Kane aux regions aictiques, a la reclierclie de 

sir John franklin; par M. de La Roquelte .5 1 2 

Deux curninuiiications de M. Holmlioe, a la Sociele des anti- 

(piaires du Nord, snr les origiries oiirntales despeuplcs scp- 

tciitiionaux. "I'raduites dn daiiois, par jM. Alfred Manry . . 395 

Nouvelles conquelcs de reni|)ire russe. . 3q8 

Exirait d'une ieltie de M. de Montigny, commnniqiiee a la 

Sociele de gi'ogiaplue 3oi) 

Exirait d'une letlre de M. Ic conitc d'Eseayrac ^oo 



ACriiS DK L\ sociiiii:. 

Extrails des proces-verbaux des seances dc l.i Cmnmissioii 

"nfa'e 7G, 17.), 3i5, 4oi 

Ouvrages ol'feils a la Socic'tc 182,023 /inCt 

Eiraimn du caliier d'aoi'it et seplemhre 3-28 

Erratum du caliier il'octobri; el novenibre , . ,|uS 

Tatile generate des matieres du tome XII /J09 



( /lis ) 

I'l.ANCIIKS. 

Flanclie 1. ■ — Plan iles I'tivinms il'Alaisp en I'laiiclie-ComU', tl'iipres 
rclui (ini acconip<T{;ne le iiiemoire ile M. Delacroix. — Phn des 
enviion^ d'Alise Sainte-Reine en Anxois (Roui{>nj>nn), pour scrvir 
h i'intelli{;cnce lies op':^ralions ilu sio{^e d'Alesia par .1. Cesar, reiluit 
d'anres le plan au 20,000', [inhlit- dans II' Spectateur militaire. — 
Plateau d'Alise Saitite-Reine en Anxois, d'apres le dessin accnmpa- 
(Miant le menioire de M. Maillard de Clianihiire. 

I'lanche II. — Esquisse d'une caile pour servir a Tinlelligence d'un 
meinoire sur la position d'Alesia, par M. Joinard. 

tJarte do I'exploralion de I'Afrique anstrale, par M. Ch. J. Andersson. 




FIN nii d(ii'ziJ:mi vo'inMii. 



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