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Full text of "Ceux dont on ignore le martyre; les Yougoslaves et la guerre"






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BIIIDING LISTOCT 1 1924. 



D"^ Victor KUHNE 



Ceux dont on ignore 
le martyre. 



Les Yougoslaves et la guerre.) 



Les Yougoslaves et leurs oppresseurs. — Luttes culturelles 
des Yougoslaves en Bosnie-Herzégovine. — Evénements 
contemporains en Serbie. — Les attentats en pays you- 
goslaves. — L^attentat de Saraïevo. — Les procès de 
haute trahison contre les Yougoslaves. — Le grand 
procès de Banialouka. — Conclusion. — Annexes. — 
Le martyre continue. 



GENEVE 

Librairie Kundig 

4, Rue du Rhône, 4 




GENEVE 
IMPRIMERIE ALBERT KUNDIG 



'W 



AVANT-PROPOS 



« Ceux dont on ignore le martyre », ce sont les 
Yougoslaves, un peuple qui possède en propre une 
langue, une histoire, un art, une civilisation et des tra- 
ditions nationales^ mais k qui cependant l'indépendance 
(voire même l'autonomie), a jusqu'ici été refusée ; un 
peuple qui, au cœur de l'Europe, est encore asservi, 
exploité par ses maîtres comme un Congo. Ces Serbes, 
ces Croates, ces Slovènes qui, dans leur ensemble, cons- 
tituent ethnographiquement la « nation yougoslave » 
pleine de sève et d'énergie vitales, aspirent à leur libé- 
ration totale et à leur union en une seule entité poli- 
tique indépendante. Déjà les guerres balkaniques ont 
affranchi une partie des Yougoslaves, celle qui peuple la 
Vieille Serbie et la Macédoine; le prochain traité de 
paix affranchira, je l'espère, la majeure partie des You- 
goslaves encore sous le joug austro-magyar. C'est de 
ces Yougoslaves opprimés que je me propose de révéler 
le martyre, qui, pour être peu connu, n'en est pas moins 
tragique et digne d'intérêt. 

On a maintes fois comparé à la Suisse le petit 
royaume de Serbie. Il y a en effet de multiples ressem- 
blances entre ces deux Etats, mais tandis que la Suisse 
a terminé son évolution territoriale par le libre consen- 
tement de ses cantons, la Serbie, qui n'a jamais de- 
mandé que ce principe de la libre disposition des peu- 



pies par eux-mêmes, reste comme un membre amputé 
du corps yougoslave, impuissante à réaliser toute sa des- 
tinée nationale. 

Bien que je ne sois pas indifférent aux souffrances 
des Tchéco-Slovaques et des Ruthènes, j'ai dû me bor- 
ner à l'exposé du martyre des seuls Yougoslaves. 

J'ai largement tenu compte du fiiit que notre public 
est, en général, peu ou fort mal renseigné sur les choses 
d'Autriche-Hongrie, ce qui m'a obligé à certains déve- 
loppements qui ne seront peut-être pas inutiles. L'his- 
toire des événements de Bosnie-Herzégovine au cours 
de ces quinze dernières années est d'une importance 
capitale car elle met admirablement. en relief les causes 
de la grande conflagration actuelle. J'ai insisté à dessein 
sur l'attentat de Saraïevo qui en a été le prétexte. 

Il est superflu d'ajouter qu'en qualité de Suisse j'ai 
traité mon sujet à un point de vue strictement neutre, 
c'est-à-dire sans parti pris, sans animosité, d'une ma- 
nière quelque peu scientifique. Tous les faits que 
j'avance sont authentiques et aisément contrôlables. Le 
présent ouvrage n'est donc aucunement tendancieux; 
son but est de donner un exposé clair et objectif des 
faits; s'il arrive logiquement à une conclusion, celle-ci 
est toute personnelle et n'a pas la prétention d'être im- 
posée au lecteur. 

V. K. 
Genève, janvier 19 17. 



Remaroue. — Nous avons transcrit les noms serbes 
d'une manière phonétique. Cependant, // se prononce 
comme le gl italien dans egli. 



Les Yougoslaves et leurs oppresseurs. 



Etat de dépendance des Slaves austro-hongrois. — Coali- 
tion croato-serbe. — Lutte des Yougoslaves contre le 
régime austro-magyar. — L'Autriche fait la guerre à ses 
sujets, — La Serbie « Piémont « des Yougoslaves. — Les 
guerres balkaniques. — La terreur en Bosnie-Herzégo- 
vine après l'attentat de Sarajevo. 

Retouchées cela va sans dire au détriment des Slaves, 
les statistiques officielles attestent tout de même pour 
l'Autriche-Hongrie plus de 45 % ^e Slaves, soit un 
pourcentage plus fort que celui des Allemands et des 
Magyars réunis. 

Rappelons qu'au moyen âge on vendit par toute l'Al- 
lemagne tant de captifs slaves que le mot slave prit et 
garda (en français comme en allemand) le sens d'es- 
clave. Malheureusement cette acception caractérise en- 
core de nos jours les Slaves * de la Monarchie dualiste, 
opprimés par les Germains et les Magyars. 

^ Les Polonais font jusqu'à un certain point exception à 
cette règle. 



— 2 — 

« Les citoyens des nations indépendantes, écrivait il 
y a un an le professeur tchèque T. G. Masaryk, peu- 
vent difficilement comprendre l'état d'âme des Slaves 
d'Autriche-Hongrie, auxquels des milliers d'expériences 
viennent faire sentir chaque jour la pression de leur 
dépendance. Ce qui, pour les premiers, est la situation 
la plus naturelle à laquelle ils ne pensent même pas, sur 
laquelle ils n'ont jamais besoin d'insister, qui leur est 
assurée comme la jouissance d'un droit fondamental, 
c'est ce qui nous est disputé, c'est ce que nous devons 
acquérir petit à petit au prix d'efforts énormes. A l'école, 
dans l'administration, dans l'armée, notre langue ne 
jouit pas des mêmes droits que celle de nos maîtres. 
L'Etat ne montre envers nous ni confiance ni loyauté. 
Repoussés partout au deuxième ou au troisième rang, 
nous sentons toujours que nous ne disposons pas de 
nous-mêmes, que nous sommes sous le joug d'autrui, 
qu'une autre nation se dresse au-dessus de nous, nous 
opprime, nous exploite. Ce fardeau de la dépendance 
nous en portons toujours la charge, nous Tchèques, 
comme les Slaves du Sud, et à chaque occasion, dans 
toutes les formes de notre travail ou de notre vie so- 
ciale, nous en avons conscience. » 

Les Serbes, les Croates et les Slovènes, ou d'un seul 
mot les Yougoslaves (== Slaves du Sud) sont en Au- 
triche-Hongrie au nombre de 7 V» millions', répartis 

* Au total les Yougoslaves sont au nombre d'environ 
14 millions, dont 5 millions en Serbie et au Monlénégro, 
7 72 millions en Autriche-Hongrie et i V2 million vivant, 
pour la plus grande partie temporairement, dans les deux 
Amériques et les colonies anglaises. 



— 3 — 

sur dix provinces (Dalmatie ' et ses îles, Bosnie-Herzé- 
govine, Croatie-Slavonie; puis en Hongrie : le Banat, 
la Batchka, la Barania et le bassin de la rivière Mur ; 
Styrie, Carinthie, Carniole, Goritza et Gradisca, Isirie). 
Tous les Yougoslaves ne forment qu'une seule nation par- 
lant la langue serbe, que les Croates et les Slovènes 
écrivent avec l'alphabet latin, tandis que les Serbes ont 
conservé l'alphabet cyrillique, beaucoup plus pratique à 
notre avis. Une autre différence consiste en ce que les 
Croates sont catholiques, les Serbes orthodoxes, mu- 
sulmans ou catholiques. 

Conformément à son principe politique qui, tou- 
jours, a consisté à diviser pour régner, la monarchie 
habsbourgeoise a su habilement exploiter cette différence 
confessionnelle en opposant le croatisme au serbisme et 
jouant elle-même le rôle du troisième larron. 

L'Autriche-Hongrie ayant en somme établi sa domi- 
nation sur la majeure partie de cette nation yougoslave 
dont les trois branches sont issues d'un même tronc, 
parlent la même langue ^, habitent un territoire continu, 
ont les mêmes coutumes et surtout les mêmes aspira- 
tions nationales, devait multiplier les moyens d'entraver 
les légitimes aspirations nationales des Slaves du Sud, 
en mettant un frein aux trop fréquents contacts entre 

' Les statistiques officielles de 1910 donnent 38 7» d'Ita- 
liens en Istrie et 2,8 7» en Dalmatie. Le reste de la popu- 
lation est yougoslave. 

- Le dictionnaire académique rédigé par l'Académie You- 
goslave à Agram (donc une publication officielle), porte le 
titre de « Dictionnaire de la langue serbe ou croate ». 



leurs divers éléments, en accentuant les légères diffé- 
rences locales, en envenimant les petites rivalités et les 
conflits d'intérêts. Dans ce domaine l'administration 
austro-masjvare a atteint la maîtrise. On ne se contenta 
pas seulement d'exploiter les différences confessionnelles, 
mais dans le but d'éloigner plus encore les Yougoslaves lés 
uns des autres, leur territoire fut partagé entre la Hongrie 
et l'Autriche, de telle sorte qu'il comporte actuellement 
onze administrations et quatorze législations différentes. 

En dépit de tous ces obstacles, déjà en 1869 ^^ ^^'^~ 
lement croate proclame à l'unanimité « l'identité et 
l'égalité politique des Croates et des Serbes » et vote 
même une résolution selon laquelle la langue serbo- 
croate s'appellerait officiellement langue yougoslave. La 
même année les principaux patriotes croates, slovènes 
et serbes, réunis en un congrès à Lioubliana (Laïbach), 
le centre politique et intellectuel des Slovènes, procla- 
ment avec un enthousiasme indescriptible l'union de 
tous les Yougoslaves. Le plus illustre apôtre de l'idée 
yougoslave est l'évêque croate Strossmayer, fondateur 
de l'Académie Yougoslave des Sciences et des Arts et de 
l'Université de Zagreb. 

Mais la Monarchie veille jalousement sur sa proie et 
plus le mouvement yougoslave progresse, plus il excite 
la fureur persécutrice des Austro-Magyars, de telle sorte 
que ces quarante dernières années ne sont qu'une lutte 
acharnée et sans trêve entre les autorités austro-magyares 
et les Yougoslaves. 

En 1878 le traité de Berlin, où la Serbie et le Mon- 
ténégro victorieux n'avaient pas même un porte-parole. 



lit de la Serbie un Etat indépendant, mais en accen- 
tuant, par l'occupation de la Bosnie-Herzégovine, le 
déchirement brutal de l'organisme yougoslave. 

Malgré sa fliiblesse elle devenait un centre d'attrac- 
tion, un Piémont, pour tous les Yougoslaves dont l'idéal 
fut toujours de former un vaste Etat autonome. Ce fait 
contrecarrait les visées de l'Autriche dans les Balkans K 
Mais par ce traité même Vienne se réservait des avantages 
qui compensaient amplement cette désillusion : elle ob- 
tenait d'occuper provisoirement la Bosnie-Herzégovine, 
et pour empêcher qu'on opère une jonction territoriale 
entre la Serbie et le Monténégro, — ce qui eût été une 
solution équitable — , elle acquérait le droit d'établir des 
garnisons dans le Sandjak de Novi Pazar, contrée sépa- 
rant ces deux Etats. 

Le traité de Berlin, s'il rendait la Serbie « indépen- 
dante », la faisait du même coup dépendante, vassale 
économique de l'Autriche en lui coupant l'ancienne 
route commerciale de Mokra Gora à Raguse. Par Salo- 
nique la route était fort longue ; elle sous-entendait des 
rapports amicaux avec les Turcs. La voie fluviale du 
Danube se heurte aux Portes de Fer où les droits de 
passage sont de deux à sept fois plus élevés que le prix 
du transport. Quant à la Bulgarie il n'y fallait pas son- 

* La convention secrète austro-roumaine passée entre 
François-Joseph et le roi Garol démontrerait de façon pé- 
remptoire que les visées attribuées à l'Autriche ne sont pas 
de simples suppositions mais la réalité même. Voir le texte 
de cette convention dans la Tribune de Genève du 3 sept. 
19 16. 



— 6 — 

ger car cette amie de Vienne a toujours vu d'un œil 
malveillant les progrès de la Serbie. Aussi le nouveau 
royaume fut-il obligé de conclure avec la Monarchie un 
traité de commerce (1882) qui liait fortement la vie 
économique des deux pays. 

Cependant le renversement de la dynastie austrophile 
des Obrenovitch et l'avènement du roi Pierre, en 1903, 
amènent la fin du vasselage de la Serbie ; c'est pour ce 
pays l'aurore d'une ère de relèvement moral, de réorga- 
nisation économique et de création de sa merveilleuse 
armée. C'est aussi en Croatie le mouvement insurrec- 
tionnel qui termine brusquement les vingt années de 
régime absolutiste du comte magyar Khuen-Hedervary. 
Les yeux s'ouvrent enfin et, l'an 1905, les partis d'op- 
position croates et serbes se coalisent et proclament Vunité 
nationale des Croates et des Serbes, coalisation qui em- 
brasse bientôt la presque totalité des Yougoslaves. 

Nous venons de dire que le traité de Berlin avait 
chargé l' Autriche-Hongrie de l'occupation et de l'admi- 
nistration provisoires de la Bosnie-Herzégovine, ce 
cœur du pays serbe, ce berceau du folklore, de l'admi- 
rable épopée ^ des traditions et du sentiment national 
serbes. « Etablir l'ordre » dans ces provinces, tout en 
laissant intacte la souveraineté du sultan, tel devait être 
le rôle de l'Autriche. 

En 1907, l'organisation nationale serbe, qui venait 

* Rappelons que Gœthe, Wilhelm von Humboldt et Jakob 
Grinmm, pour ne citer que des Germains, enthousiasmés 
par la poésie serbe, apprirent le serbe et traduisirent un 
grand nombre de ces poèmes populaires. 



— 7 — 

d'être créée, cristallisant ainsi les idées et disciplinant 
les tendances depuis longtemps en cours en Serbie, ins- 
crivit dans son programme la libération des pays ha- 
bités par ses frères opprimés d'Autriche-Hongrie. Mais 
le gouvernement autrichien intenta à Zagreb (Agram), 
au printemps 1908, un procès de haute trahison contre 
53 Serbes de Croatie. L'acte d'accusation qui met net- 
tement en lumière les tendances de ce procès débutait 
par ces termes : « Les Serbes sont les plus grands enne- 
mis des Croates. » Cette même année, en automne, 
sous le fallacieux prétexte que la Serbie fomentait sur 
son territoire des mouvements insurrectionnels, l'Au- 
triche annexait la Bosnie-Herzégovine. La Serbie pro- 
testa contre cet acte qui la frappait douloureusement, 
et l'Europe fut à deux doigts de la guerre. 

Les esprits éclairés en Serbie, pour qui les visées du ger- 
manisme sur Salonique n'étaient pas un mystère, se ren- 
daient parfaitement compte que l'état d'équilibre instable 
créé par l'annexion devait fatalement engendrer une guerre 
ou une révolution, si bien que le professeur Jovan Cvijitch 
a pu écrire il y a sept ans ces lignes prophétiques: «Si 
l'Autriche-Hongrie ne consent pas à tenir compte des lé- 
gitimes aspirations du peuple serbe, si elle s'obstine à lui 
dénier en fait le droit à la vie. elle restera seule respon- 
sable, devant le monde civilisé, des événements qui ne 
peuvent manquer de se produire et dont l'Europe entière 
aura naturellement à supporter les conséquences ' ! » 

^ L'Annexion de la Bosnie-Hei-^égovine et la question 
serbe, par Jovan Cvijitch, professeur à l'Université de Bel- 
grade (Paris, 1909). 



— 8 - 

En somme, « la conquête de ces pays serbes ne ten- 
dait pas à satisfaire un besoin réel des populations de 
r Autriche-Hongrie; elle n'était ni demandée, ni même 
désirée par les classes industrielles ou commerçantes, 
seuls, la dynastie, la cour et le parti militaire la vou- 
laient. Le principal prétexte invoqué est qu'il fallait à 
la Dalmatie un Hinterland ^ avec lequel elle fût reliée 
par des voies de communication... Autre motif: grand 
Etat disposant de nombreuses ressources, la Monarchie 
est en mesure de résoudre la question agraire et de faire 
régner l'ordre et la paix dans ce pays où les chrétiens 
et les musulmans sont en luttes permanentes. Or, tandis 
que, dans des conditions identiques, la Serbie et la Bul- 
garie ont complètement résolu la question agraire, l'Au- 
triche-Hongrie n'y a pas même touché en Bosnie ; elle 
n'a établi ni l'ordre, ni la paix; au contraire, elle ne fit 
qu'envenimer les oppositions^ particulièrement entre les 
orthodoxes et les musulmans d'un côté et les catholiques 
de l'autre ^. « 

Il fallait à tout prix tuer l'esprit de révolte des Slaves 
du Sud; c'est pourquoi Vienne inaugura un régime de 
terrorisme administratif, une véritable guerre d'extermi- 
nation à ses sujets yougoslaves. Tout ce qu'on ne pouvait 
atteindre par voie administrative fur anéanti par voie 

* (^et argument était exact parce qu'en effet la Dalmatie 
n'a jamais pu, au cours de son histoire, vivre sans la Bosnie- 
Herzégovine; mais dans cette occasion il ne fut pas sincère 
puisque, même après l'annexion de ces provinces, la Monar- 
chie laissait les nouvelles provinces à part, les difficultés dua- 
listes ne lui permettant pas de résoudre la situation étatique. 

^ Jovan GviJiTCH, op. cit. 



juridique. Le procès de Zagreb n'était que l'application 
d'un procédé cher à la monarchie dualiste. Lors du 
mouvement national, au début du XIX^ siècle, elle 
avait accusé les Slovènes d'être à la solde de la Russie. 
En 1840, c'étaient des procès de haute trahison contre les 
Illyres' de Croatie. En 1870 ce sont de nouveau les 
rapports avec la Russie et la Serbie qui furent invoqués. 
Mais cette fois l'auteur des documents accusateurs 
falsifiés se dénonça lui-même. La fausseté des documents 
fabriqués pour le procès de Zagreb en 1908 fut mise en 
lumière au cours du procès Friedjung à Vienne, du 
procès Vasitch à Belgrade, et surtout par suite des révé- 
lations du professeur Masaryk lors de sa discussion avec 
le ministre d'Aerenthal aux délégations autrichiennes. 
Cependant l'Autriche continua d'employer les mêmes 
procédés, accusant la « propagande panserbe » a propos 
de toute difficulté intérieure. A Lioubliana (Laïbach) 
commença un nouveau procès, bientôt suivi de beau- 
coup d'autres. Pendant ces deux dernières années il en 
fut intenté plus de douze dont la plupart inculpaient des 
collectivités entières. Toute la période qui s'étend de 
l'annexion à la guerre actuelle n'est qu'un incessant 
conflit entre la jeunesse yougoslave et le régime impé- 
rial. Le gouvernement austro-hongrois s'efforce de fliire 
croire à l'Europe que le mouvement yougoslave est une 



^ On sait que Napoléon U''" avait créé en 1807 un royaume 
d'Illyrie comprenant la Dalmatie, une partie de la Croatie, 
la Carinthie, la Garniole, Trieste, la province de Goritza-Gra- 
disca et l'istrie. C'était un premier pas vers une union de tous 
les Yougoslaves. 



— 10 — 

création imaginaire de la propagande serbe et que l'idée 
nationale yougoslave est une idée d'importation. Or, 
les faits sont là pour prouver le contraire. Par plus de 
vingt journaux et revues, la jeunesse yougoslave énonce 
son programme, propage et défend ses idées. 

On proteste contre ce qui se passe à Zagreb; la police 
s'en prend à l'Université de Croatie dont 1400 étudiants 
émigrent spontanément vers Belgrade et vers Prague. 
Les conflits avec les autorités se multiplient. Une 
dizaine de milliers d'étudiants de toutes les fractions 
yougoslaves manifestent à trois reprises, puis de san- 
glantes bagarres ont lieu à Zagreb, à Lioubliana, à Mostar, 
cà Doubrovnik (Raguse), à Split (Spalato), à Brno 
(Brûnn), à Prague, à Vienne et à Budapest. Ce sont 
aussi de nombreux attentats contre les représentants de 
l'oppression gouvernementale et de l'entreprise de 
magyarisation. Lors des guerres balkaniques le rôle de la 
Serbie victorieuse apparaît clairement à tous, l'enthou- 
siasme patriotique et nationaliste est à son comble, 
mais, cette fois, l'Autriche réagit plus violemment que 
jamais. En Dalmatie les conseils municipaux sont dis- 
sous (voir annexe VII). En Bosnie, l'opposition est 
qualifiée d'anti-dynastique ; les éléments serbes sont 
traduits en conseil de guerre et toutes les organisations 
serbes supprimées. En Hongrie du Sud, les Serbes sont 
privés de leur autonomie, la langue nationale est inter- 
dite dans leurs écoles et l'on confisque les fonds nationaux. 
Dans les pays Slovènes, on défend la réunion solennelle 
des sociétés yougoslaves de gymnastique (Sokols) et l'on 
terrorise les électeurs par la violence. C'est surtout la 



— Il — 

jeunesse qui est en butte aux persécutions. Aussi des 
jeunes gens des trois fractions yougoslaves s'en vont-ils 
combattre dans les rangs serbes et tout le peuple les 
approuve. Nous avons été témoin de l'enthousiasme de 
cette jeunesse au cours de la guerre serbo-bulgare et de 
la campagne austro-serbe en 1914. Mais aujourd'hui tout 
le pays yougoslave est en flammes et en ruines. Aussitôt 
après l'attentat de Sarajevo, les autorités^ de Bosnie et de 
Croatie poussèrent la population au pillage et à la des- 
truction des propriétés serbes. Magyars et Allemands 
devinrent propriétaires des biens confisqués par décret^. 
Environ 200,000 habitants évacués du Banat, deBatchka, 
de Syrmie, de Bosnie, d'Herzégovine furent jetés sur le 
sol de Serbie et du Monténégro. Le 7 octobre 19 14 fut 
promulguée en Bosnie une loi ordonnant la confiscation 
des biens^ de tout sujet suspect (voir annexe III). Ré- 
cemment cette mesure a été étendue à toute la Monar- 
chie et au territoire serbe occupé par les Austro-Magyars; 
le décret de l'archiduc Frédéric, mis en vigueur le 28 
juin 19 16, disait entre autres : Tous ceux qui sont respon- 
sables, à quelque titre, de la présente guerre contre la mo- 
narchie austro -hongroise, répondent avec toute leur fortune 

* L'Autriche-Hongrie, disait un homme politique anglais, 
emploie à peine moins de soldats pour maintenir dans 
l'obéissance un million et demi d'habitants de Bosnie- 
Herzégovine que l'Angleterre dans l'Inde pour en maintenir 
trois cents millions. 

^ Dans ses numéros du 20 au 27 mars i()i5, la serbo- 
"p^ohe Bosnische Post mentionne 53 10 cas de confiscation. 

^ Les biens des Yougoslaves se montent au minimum à 
7 milliards de couronnes. 



— 12 — 

de la disette causée par la guerre. Près de 10,000 person- 
nalités prises parmi les plus en vue, ainsi que la presque 
totalité de la jeunesse yougoslave, furent jetées en 
prison, soit à la veille de la guerre, soit au début de 
celle-ci. Par les arrêts de tribunaux sommaires, des 
milliers de gens furent exécutés * (voir annexe I). Tous 
les hommes de 18 à 50 ans qui n'étaient pas emprisonnés 
furent incorporés dans l'armée autrichienne et forcés 
de se battre contre leurs frères. Quant à ceux qui purent 
s'échapper ou qui se trouvaient hors des frontières c'est 
dans les rangs serbes qu'ils s'enrôlèrent ^. 

Des deux côtés on regarde cette guerre comme une 
lutte pour la vie, car les mesures prises cette fois par l'Au- 
triche pour écraser le mouvement yougoslave sont telles 
que c'est la mort de celui-ci qui doit en résulter. Mais, si 
les Yougoslaves sortent victorieux de la bataille, rien 
ne saurait plus empêcher la formation d'un état commun 
unissant Serbes, Croates et Slovènes. 

^ Un médecin austro-hongrois nous a confié avoir, dans 
une ville de Hongrie, constaté le décès de plus de cent Serbes 
condamnés par les tribunaux militaires a être fusillés et 
pendus. Cela se passait dans les deux premières semaines 
de la guerre. Le nombre des exécutions de Serbes dans cette 
seule ville était journellement de 10 ou 12 hommes. 

- Les Bosniaques et les Herzégovins ont pris part en 
grand nombre à toutes les guerres que la Serbie soutint 
pour son indépendance au cours du XXe siècle. h!n 18-5, 
ils se soulevèrent contre la Turquie pour s'unir à la Serbie 
et au Monténégro. Et dans les dernières guerres, les Bos- 
niaques, les Herzégovins, les Croates, les Slovènes, les 
Serbes du Banat et du Sandjak vinrent en grand nombre — 
en dépit des mesures sévères prises par l'Autriche — pour 
secourir leurs frères de Serbie. 



II 



Luttes culturelles des Yougoslaves 
en Bosnie-Herzégovine 

Luttes pour l'instruction publique. — Etat social des na- 
tionalités. — Mouvement de la jeunesse universitaire. — 
Sokols. — Pobratimstvos. — Ecoles. — Société Prosveta. 



Tandis que chez les Tchéco-Slovaques, la proportion 
d'illettrés (4 7o) est la plus faible de tous les peuples de 
la Monarchie, les pays yougoslaves attestent une énorme 
proportion d'illettrés ^ Le gouvernement s'oppose à l'ou- 
verture d'écoles" serbes car il sait trop bien qu'avec 
l'instruction^ pénètre dans le peuple la conscience de sa 
nationalité et qu'il devient l'ennemi du régime moyen- 
âgeux auquel il est soumis. 

L'Autriche préparait depuis longtemps le pays à 
l'annexion et dans ce but elle employait les deux moyens 

^ A l'exception des pays Slovènes, où les illettrés ne dé- 
passent pas le 14 7o. 
"^ L'instruction obligatoire existe en Serbie depuis 1882. 



— 14 — 

suivants : r' dénationalisation de la population serbe 
autochtone; 2" colonisation germano-magyare. Dénatio- 
naliser c'était avant tout assujettir l'Eglise orthodoxe 
serbe. Dans ce but, la Monarchie passa avec le Patriarcat 
de Constantinople, le 28 mars 1880, une convention 
par laquelle elle achetait le droit de nommer et de des- 
tituer à son gré les évêques serbes en Bosnie-Herzégo- 
vine. Déjà à l'époque du protectorat, le pays fut envahi 
par les Jésuites et les colons allemands qui, soutenus 
par les hauts fonctionnaires de l'Etat, ne tardèrent pas à 
devenir tout-puissants. La Deuîscher Schulverein et la 
Katolischer Schulverein devinrent les nistruments de pro- 
pagande par l'école, supplantant rapidement les pauvres 
écoles serbes, tandis que les Jésuites s'attachaient à semer 
et à attiser la haine religieuse et à étouffer la conscience 
nationale. 

Cette malveillance de l'Etat envers les institutions 
scolaires serbes explique le fait que la création d'écoles 
nationales est toujours due à l'initiative privée de patriotes 
yougoslaves. Il importe de remarquer que les efforts de 
ces patriotes, émus de voir leurs frères croupir dans l'igno- 
rance, ont un but essentiellement philanthropique et 
civilisateur. Ces patriotes sont animés de sentiments pa- 
reils à ceux des Décembristes russes de 1825 ou des Polo- 
nais de Russie avant l'inauguration du régime parlemen- 
taire. Leurs tentatives d'instruire le peuple rencontrent 
les mêmes obstacles de la part des autorités. Mais l'élé- 
ment yougoslave dans la Monarchie est vivace, actif, 
intelligent, énergique, patriote et démocrate. Sa persé- 
vérance triomphe de toutes les difficultés. 



— I) - 

De 1878 à 1906, le gouvernement n'a ouvert en tout 
que 251 écoles primaires pour une étendue de 51,000 
kilomètres carrés avec 1,800,000 habitants, alors que 
durant cette période on construisit 266 casernes pour 
2402 gendarmes. Le budget annuel de ces écoles s'éle- 
vait en 1906 à 675,790 couronnes, tandis que celui 
destiné à l'entretien de la gendarmerie^ se montait à 
3,753,189 couronnes. D'ailleurs les écoles étaient géné- 
ralement destinées aux enfants des colons allemands 
alors que c'étaient les Serbes, malgré toutes les diffi- 
cultés qu'ils avaient à entretenir leurs pauvres écoles 
paroissiales, qui furent, contrairement à la loi, obligés 
de supporter les charges et les frais des écoles allemandes. 
L'esprit policier dominait dans ces écoles où l'on faisait 
tout pour exciter l'antagonisme religieux. Des institu- 
teurs incapables, mais réactionnaires notoires, étaient 
récompensés par l'obtention de places d'inspecteurs et 
de directeurs. On interdisait aux étudiants d'être mem- 
bres de sociétés universitaires et la moindre protestation 
sur la façon dont ils étaient traités entraînait, non seule- 
ment la perte de la bourse, mais la disqualification pour 



^ A Genève, l'Etat et la Ville dépensent moins d'un mil- 
lion de francs pour les services de police et leur service 
d'administration, alors que l'instruction publique absorbe 
plus de cinq millions (année 191 5). Pour un môme chiffre 
de population la police nous coûte 3 fois plus et l'instruc- 
tion publique 96 fois plus qu'en Bosnie-Herzégovine. 
Genève étant une ville frontière et, de plus, un important 
centre de trafic international, il va de soi que les dépenses 
de police sont pour ces raisons considérablement plus 
élevées que dans les autres villes suisses. 



— i6 — 

tout emploi et fonctions publics. Un régime pareil ne 
pouvait que provoquer l'exaspération parmi le peuple et 
la révolte de la jeunesse. Chaque élève se considérait 
comme martyr de son peuple, d'où les nombreux atten- 
tats contre les représentants du gouvernement occupant, 
attentats auxquels nous consacrons un chapitre spécial. 
En 1894 les communautés d'églises et d'écoles serbes 
demandèrent: au gouvernement qu'on leur permît de 
s'organiser et de pourvoir par leurs propres moyens à 
l'instruction publique. Cette modeste requête fut taxée 
de provocation à la révolte contre l'Etat. La réponse du 
gouvernement fut la dissolution des plus importantes 
communautés, le gaspillage des biens appartenant aux 
écoles et aux églises, la condamnation des hommes les 
plus estimés et des persécutions policières conduisant 
à la ruine matérielle du peuple. Cependant le mouve- 
ment ne fut pas étouffé et, comme en 1903, le gouver- 
nement qui commençait à préparer le terrain pour 
l'annexion, avait besoin de paix il accéda en partie aux 
désirs du peuple. 

Par le nombre des écoles, la Bosnie-Herzégovine non 
seulement ne peut soutenir la comparaison avec la Serbie 
et la Bulgarie, mais elle vient très loin derrière la Vieille 
Serbie et la Macédoine. Un auteur viennois, le D"" B^rn- 
reither reconnaît dans ses Bosnische Eindrûcke que « dans 
l'année scolaire 1905-1906, 14,33 % seulement des 
enfants ayant atteint l'âge requis ont fréquenté l'école 
primaire, plus de 85 ^/o grandissait sans aucune ins- 
truction, d'où un nombre énorme d'illettrés ^)) L'ensei- 

* Jovan GviJiTCH, op. cit. 



gnement est du reste adapté aux tendances autrichiennes. 
On favorise surtout les élèves catholiques aux dépens 
des orthodoxes. Dans les manuels scolaires on déforme 
la langue nationale. Le gouvernement exerce une grande 
influence sur la nomination des prêtres suivant leur 
attitude politique ou leurs attaches nationales, alors que 
ceux-ci devraient être élus, en toute liberté, par l'assem- 
blée des paroissiens. Quant aux évêques, le gouverne- 
ment s'est arroo;é le droit de les choisir lui-même. Une 
bonne partie des revenus généraux du pays, dont les '*/5 
proviennent des orthodoxes et des mahométans, est 
employée à soutenir et à favoriser l'Eglise cathoHque. 
<( On veut ainsi bien fliire entendre que tout ce qui est 
catholique, est considéré comme autrichien, donc digne 
de toutes les faveurs '.» 

Ainsi l'administration autrichienne ne cherche pas 
à élever le niveau intellectuel du peuple qu'elle consi- 
dère comme sauvage. La situation économique de la 
masse populaire est lamentable. La population rurale se 
partage ainsi 2,13 "/o des grands propriétaires, 33,45 % 
de paysans libres, c'est-à-dire possédant des terres, 
38,25 ^jo de Kinets ou paysans ne possédant pas déterre, 
11,26^/0 de paysans demi-libres. « Le Kniet p^ye en 
général aux beys le tiers et à l'Etat le ^/la des produits 
du sol qu'il cultive. Mais, tandis que sous les Turcs 
cette dîme se payait en nature, elle est aujourd'hui payée 
en argent et, comme les dîmeurs qui évaluent l'impôt à 
percevoir, ont sur son produit un tant pour cent, cette 



Ibid. 



— i8 — 

évaluation est presque toujours supérieure au chiffre 
réel et le propriétaire, à son tour, se base sur l'évalua- 
tion du dîmeur pour demander le tiers gui lui revient '.« 
Les Autrichiens exploitent le pays de façon à lui faire 
rapporter le plus d'argent dans le moins de temps pos- 
sible. Ainsi l'on déboise sans pitié les forêts de Bosnie ; 
chaque année, une quantité de bois évaluée à plusieurs 
dizaines de millions de couronnes, est enlevée. En 1907 
l'exportation du bois de chauffage a atteint 28 millions. 

Pour toutes les entreprises minières on n'emploie que 
des ouvriers amenés du dehors, de telle sorte que cette 
importante activité économique ne profite pas à la po- 
pulation indigène. 

L'espionnage étant extraordinairement développé ^, il 
va de soi que la liberté individuelle est fort limitée. 
Ceux chez qui est évidente la persistance du sentiment 
national, tels surtout les orthodoxes et les musulmans, 
ne peuvent se déplacer librement d'un endroit à l'autre 
dans leur propre pays, bien moins encore leur est-il 
permis de sortir de ces provinces. 

Evidemment, certains progrès ont été réalisés en 
Bosnie-Herzégovine surtout en ce qui concerne l'outillage 
économique et l'établissement de l'ordre matériel du 
pays, mais ces progrès ont été considérablement exa- 
gérés. On construisit d'assez nombreuses lignes ferrées 
à voie étroite, cependant le rapport même du gouverne- 



^ GviJiTCH, op. cit. 
- Dans certains endroits, rares heureusement, le tiers de 
la population s'occupe d'espionnage. 



— 19 — 

ment en 1906 affirme qu'elles furent créées en vue des 
besoins militaires. A côté de cela, l'administration 
bosniaque a élevé la réclame à la hauteur d'une institu- 
tion nationale. Aucun journaliste, aucun touriste de 
quelque importance n'a pu voyager dans ces provinces 
sans y être bien accueilli dès la frontière par des fonc- 
tionnaires prévenus de son arrivée, qui se mettaient à 
la disposition du voyageur et lui donnaient, dans un 
sens favorable à l'administration .autrichienne, force 
renseignements sur le pays et sa population. Des congrès 
de journalistes avec réceptions brillantes et voyageS' 
gratuits furent organisés dans un but de propagande 
austrophile. Cela fut d'autant plus facile que l'adminis- 
tration avait eu la fort ingénieuse idée de créer dans 
toutes les villes, et même dans certains villages, des 
« hôtels d'Etat » bien entretenus, confortables et amé- 
nagés de façon moderne. C'est pourquoi presque tous 
les touristes, qui ignoraient la langue nationale, ont 
écrit des relations enthousiastes de leur voyage en 
Bosnie-Herzégovine. Comment n'auraient-ils pas été 
dupés ! 

A ceux qui seraient tentés de nous accuser de par- 
tialité, ou tout au moins de noircir le tableau des souf- 
frances des Yougoslaves, nous opposons Touvrage ^ très 
sérieux et fort bien documenté du professeur de l'Uni- 
versité de Budapest, M. Oscar Jaszi, le plus éminent 
sociologue de la Hongrie contemporaine. 



' La formation des Etats nationaux et la question des 
nationalités. Budapest, 1912. In-80, p. 344 (en hongrois). ^^ 



— 20 — 

L'auteur y dit à la page 478 : 

« La pression entière du féodalisme agraire pèse aussi 
bien sur les autres nationalités que sur les Magyars eux- 
mêmes ; et cette pression consiste dans une adminis- 
tration asiatique, des impôts injustes, des mauvaises 
écoles et une usure économique variée. Mais l'oppres- 
sion des nationalités ^ est beaucoup plus grave que celle 
des Magyars. Le junker magyar, grisé par la haine des 
nationalités, considère à peine comme un homme le 
paysan non-magyar. L'administration et la justice qui 
se font en une langue étrangère lèsent encore plus le 
peuple, et l'école magyarisatrice maintient les nationalités 
à un deo;ré inférieur de civilisation. La situation est 
donc ainsi posée : aux souffrances communes à tous les 
peuples de Ja Hongrie s'ajoutent des souffrances spé- 
ciales des nationalités. En voici quelques exemples : 

« Ce ne sont pas seulement les paysans des nationa- 
lités qui sont pressurés, mais ce sont aussi leurs intel- 
lectuels dans le cas où ils ne deviennent pas merce- 
naires de la classe gouvernante et s'ils persistent dans 
la fidélité aux efforts culturels et politiques de leur 
peuple. L'intellectuel non-magyar ne peut pas devenir 
fonctionnaire d'Etat ; il n'est pas admis dans les asso- 
ciations , il est l'objet de toutes sortes de brutalités 
pendant les élections; il doit soutenir d'éternels procès, 
et il est toujours boycotté par la société. 

« Mais la situation et l'oppression que subissent les 

* Le terme de « nationalités » s'applique en Hongrie aux 
sujets hongrois non-magyars ; on les appelle simplement 
« les nationalités ». 



- 21 



nationalités ne sont pas les mêmes que la situation et 
l'oppression que subissent les Magyars. Quiconque 
voudrait prouver le contraire, qu'il réponde à ce^ ques- 
tions : 

Quand a-t-il vu un Magyar se plaindre de ce qui suit : 

que le gendarme ait tiré sur lui parce qu'il portait un 
emblème national ; 

que le fonctionnaire de l'administration (szolgabiro) 
l'ait flanqué à la porte, parce qu'il ne savait pas le magyar ; 

que le juge l'ait injustement condamné, parce qu'un 
interprète a mal traduit sa plainte ; 

que ses enfants ne sachent ni lire ni écrire, parce que 
le temps qu'ils passent à l'école est employé à emmaga- 
siner dans leur tête, sans les comprendre, des poèmes 
et récitations étrangères ; 

que l'administration ne tolère pas ses sociétés de 
chant et de lecture, parce que sa langue n'est pas 
celle de l'Etat ; 

qu'il ne puisse pas élire ses frères de race comme 
députés, comme juges, comme greffiers, leur langue 
maternelle n'étant pas le magyar ; 

que toute sommation, avis, affiche officielle soient 
pour lui un secret d'Etat, parce qu'il n'en comprend pas 
la lans^ue. )) 

Cette citation d'un chef de groupe politique magyar 
nous montre clairement de quelle manière les Magyars 
ont (( résolu » le problème épineux des nationalités. 

On a cru que la guerre adoucirait quelque peu l'intran- 
sigeance des cercles politiques magyars. Rien ne s'est 
passé cependant qui aurait fait naître au moins chez les 



— 22 — 



nationalités une lueur d'espoir d'un meilleur avenir. 
Les maîtres magyars persistent dans leur chauvinisme. 
Nous en donnerons un exemple frappant. 

On sait que le nouveau parti politique du comte 
Kârolyi est considéré, en Hongrie et ailleurs, comme le 
seul parti radical et démocratique. Le noble comte a 
fait néanmoins des déclarations trop vagues pour qu'on 
y puisse démêler quelque chose d'encourageant pour les 
nationalités. Les comités de son parti sont cependant 
plus explicites. Le comité du parti indépendant de 
Szentes, en se ralliant au parti de Kârolyi, a déclaré ce 
qui suit : « Nos idéals sont aussi : une Hongrie indé- 
pendante, d'une seule langue magyare, une Hongrie 
qui reposera sur des bases purement démocratiques. 
Chaque membre de notre association est partisan résolu 
et ferme de la démocratie radicale, de l'idée de l'indé- 
pendance, des tendances chauvines magyares, et d'une juste 
politique de petites propriétés '. » Cette déclaration dé- 
montre qu'en ce doux pays de Hongrie le radicalisme 
et la démocratie sont compatibles avec le chauvinisme 
le plus extrême ! Une autre déclaration non moins in- 
téressante est aussi digne d'être citée. C'est un professeur 
de l'Université de Kolozsvdr, M. Etienne Apathy, le pré- 
sident du parti indépendant de Transylvanie, qui formule 
ainsi son Credo : « Nous devons identifier le magyarisme 
avec la nation magyare et, en créant un programme d'oppo- 
sition, nous ne devons avoir nul égard pour les gens qui 
vivent en Hongrie et qui ne veulent pas être Magyars. 

' Magyarors.zâg, g-viii-ipir). 



— 23 — 

Il ne faut faire droit à aucun désir des nationalités. 
Ne demandons pas quels sont les désirs des nationalités 
et quels sont les vœux dont nous aurions à tenir compte 
sans porter atteinte à l'unité de l'Etat national magyar; 
la question est surtout de savoir ce que nous voulons, 
et comment nous devons agir contre les nationalités 
dans l'intérêt de l'unité de l'Etat national magyar et du 
progrès de la nation magyare. ^ » 

Le journal hongrois « Vilag», du mois de mai 1914, 
dit que, dans le département de Marmaros, la liberté de 
conscience est respectée de la façon suivante : Le prêtre 
gréco-catholique Azari Andras donne à un paysan russe 
de Huszt, nommé Elias, une légitimation ainsi conçue : 
« Les gendarmes ne doivent pas battre le nommé Elias 
s'il ne va pas à l'église ce dimanche. C'est par suite de 
maladie qu'il est exempté du devoir d'aller à l'église ! » 

Citons de nouveau M. Jaszi. En parlant de la pro- 
position d'un Anglais, Josiah Bryce, à propos de la 
liberté administrative des nègres, il s'écrie : « Ce qu'un 
Anglais civilisé a proposé pour une race étrangère, dépravée, 
à demi-esclave, regardée avec la haine d'une aversion esthé- 
tique invétérée, pourchassée par les émotions de vengeance 
sanguinaire, les hommes d' Etat ina^yars le tiennent pour 
impossible envers les habitants millénaires du pays, envers 
les membres d'une même civilisation chrétienne, envers ceux 
qui supportent avec eux la bonne comme la mauvaise fortune. » 

(P. 462.) 

Il est impossible de parler des luttes culturelles des 
* Magyarorszâg, i^^ août 19 16. 



— 24 — 

Yougoslaves sans dire un mot du mouvement de la 
jeunesse. 

Le fait que celle-ci est toujours la première à propager 
les idées de son temps et celles de l'avenir s'est manifesté 
de façon typique parmi la jeunesse yougoslave. 

C'est par l'activité de cette jeunesse que la conscience 
yougoslave se manifesta le plus nettement. 

Il convient surtout de noter l'activité des organisations 
de la jeunesse scolaire à Zagreb (Agram), Belgrade, Liou- 
bliana, Split, Zadar, Rieka, Novi Sad, Sombor, Saraïevo, 
Mostar, Doubrovnik, et des universités de Budapest, 
Vienne, Gratz, Prague, et même partout à l'étranger 
(à Genève, la jeunesse yougoslave imprimait, il y a 
quatre ou cinq ans une revue: l'Unioit). 

Cette activité de la jeunesse yougoslave se manifesta 
sous toutes les formes. 

L'union de la jeunesse croate, slovène et serbe a eu 
lieu par l'organisation serbe « Zora » dont le siège était 
à Vienne ; ladite organisation a fiiit des conférences et 
publié même une revue. 

Prague, où vingt ans auparavant un fort mouvement 
pour les idées toutes modernes d'union des Yougoslaves 
avait vu le jour par l'initiative des Serbes, Croates et 
Slovènes, élèves du professeur Masaryk, fut cette fois 
aussi un centre de l'action yougoslave. 

C'est à Prague que feu le docteur Yovan Skerlitch 
donnait sa dernière conférence en mai 19 14, quinze jours 
avant sa mort subite et tragique. A Zagreb et dans les 
villes dalmates, comme à Sarajevo, le mouvement de la 
jeunesse pour l'union nationale était des plus énergiques. 



— 7 



25 — 

La jeunesse prodiguait son activité par la fondation 
de bibliothèques populaires, par des conférences hygié- 
niques, des cours pour les analphabets, dans lesquels 
les jeunes gens de l'université et môme du collège, se 
faisaient les instituteurs provisoires du peuple, entrant 
ainsi en contact direct avec lui pour étudier ses besoins 
et découvrir ses aspirations. Toute cette jeunesse agis- 
sait dans une parfaite communion de pensée, s'etforçant 
d'activer le progrès de l'idée d'union de la race yougo- 
slave . 

En Europe occidentale les étudiants sont générale- 
ment issus de la classe aisée. Fils d'intellectuels ou de 
riches commerçants, ils acquièrent des diplômes dans le 
but de se créer une situation. Dans les pays yougoslaves 
les étudiants sortent du peuple et retournent au peuple. 
Fils de paysans ils se sont distingués par leurs capacités 
et sont pour la plupart devenus boursiers. Entrés à l'Uni- 
versité ils cherchent, avant tout, en purs idéalistes, à y 
acquérir des connaissances dont ils pourront faire pro- 
fiter le peuple qu'ils iront éduquer et conduire. Ces 
jeunes gens jouissent de la confiance des masses popu- 
laires dont ils sont issus; ils ont conscience du but élevé 
de leur mission d'éducateurs et de propagateurs de l'idée 
nationale. La solidarité leur était nécessaire pour mener 
à chef cette œuvre gigantesque de réveiller la conscience 
nationale endormie d'un peuple assujetti; c'est pourquoi 
les sociétés d'étudiants yougoslaves, telles que : Zora, 
Yougoslavia, Niegoch, Zvonimir, Youg, etc., ont ajouté 
à leur activité des tendances de politique nationale. 

On a reproché très souvent à l'impétuosité de cette 



~ 26 — 

jeunesse quelques incidents de caractère révolutionnaire, 
comme celui de Saraïevo et quelques autres à Zagreb, 
où des étudiants ont même tiré contre les oppresseurs 
hongrois. Il se peut que dans quelques têtes moins bien 
équilibrées il y ait eu des instants de crise momentanée ; 
comme il se peut aussi que des provocateurs louches 
aient profité de corrompre l'élan d'une jeunesse idéaliste. 
Mais tous ces incidents ne peuvent être imputés à la 
jeunesse yougoslave qui, dans ses organisations, a mani- 
festé clairement et ouvertement ses idées et ses moyens 
d'action, intellectuels et civilisateurs, tous dirigés vers 
le but unique : éclairer la masse du peuple et lui préparer 
un meilleur avenir au point de vue social, économique 
et national. Aussi ce ne sont pas les injustes accusations 
austro-hongroises qui peuvent diminuer la grandeur 
de ce mouvement national ' idéaliste de la jeunesse you- 
goslave, un des facteurs les plus méritants du progrès 
de l'idée que nous voyons grandir aujourd'hui. 

A l'exemple des pays Slovènes, de la Bohême, de la 

^ Ce mouvement national yougoslave a marqué d'une 
empreinte profonde les productions artistiques de la jeune 
génération. Ainsi, le style de la sculpture due à Ivan Mestro- 
vitch est une sorte de synthèse de l'idée nationale au cours 
de son évolution historique ; le sculpteur a pris les motifs 
de ses œuvres grandioses dans l'épopée qui célèbre les luttes 
séculaires et l'énergie indomptable de la race yougoslave. 
Son projet de temple de Kossovo, qui obtint haut la main 
le grand prix à l'exposition de Rome, représente le couron- 
nement de l'idée nationale yougoslave. Autour de Mestro- 
vitch gravite toute la pléiade des artistes yougoslaves; tels 
les sculpteurs Toma Rosanditch, Valdetz, Georges Yovano- 



27 



Croatie et de la Dalmatie, les patriotes serbes créèrent 
en Bosnie des Sokols et des Pohratimstvos. Les Sokols sont 
des sociétés de gymnastique, les Pohratimstvos des socié- 
tés de tempérance. La première de ces sociétés serbes 
fut fondée eh 1893 '^ Fotcha, en Bosnie, mais le gou- 
vernement ne tarda pas à la dissoudre et à confisquer ses 
biens, sans aucun motif ni jugement. Pendant dix ans, 
interdiction fut notifiée aux Serbes de fonder des Sokols j 
bien que ceux-ci fussent nombreux chez les Croates. En 
1904, une société fut créée à Mostar. L'organisation des 
Sokols, sur le modèle et avec le même programme que 
ceux existant dans la Monarchie, fit de rapides progrès, 
au point que, en 19 12, on comptait 47 de ces sociétés 
avec 1873 niembres. Les Pobratimstvos Ç(( fraternité ») 
ne sont à proprement parler que des sections 4e Sokols 
dans les villages, Sokols qui, s'adressant à la masse popu- 
laire, admirent dans leur programme une clause pour 
combattre l'alcoolisme fort répandu parmi les paysans 
bosniaques. La tempérance était même l'idée prédomi- 
nante étant donné que l'entraînement aux exercices 

vitch, Roxanditch, Franges, et les peintres Mirko Ratchki, 
Marco Mourat, Krisman, Yvekovitch, Jakopitch, dont les 
noms sont connus aussi à Tétranger. 

Les Yougoslaves possèdent aussi de grands musiciens 
comme Zaïtz, Yenko, Marinkovitch et Mokranatz, mais sur- 
tout des poètes comme Doutschitch, Rakitch, Chantitch, 
Nazor, Zoupantschitch ; des romanciers comme Tschipiko, 
Bora Stankovitch, Liouba Djalski, Tsanka ; des drama- 
turges tels que Voïnovitch et Nouchitch ; des critiques tels 
que Rogdan Popovitch, Yovan Skerlitch, Ilechitch, Prijatelj, 
des orateurs comme Nicolas Velimirovitch, etc., etc. 



- 28 — 

physiques paraissait moins nécessaire à la population 
rurale qu'à celle des villes. Les premiers Pobratimslvos 
en Bosnie-Herzégovine furent fondés en 1909, après une 
longue opposition des autorités. En 1912 on en comp- 
tait 45 sociétés avec 1842 membres. Sokols et Pohra- 
timstvos ont au point de vue hygiénique rendu d'im- 
menses services au peuple. 

Vingt-cinq intellectuels serbes, fonctionnaires dans 
l'administration, fondèrent en 1902 la société Prosveta 
(instruction, civilisation), dont la tâche principale était 
d'aider dans leurs études les élèves et étudiants serbes 
de Bosnie-Herzégovine. En dépit des obstacles de toutes 
sortes inventés pour paralyser les efforts de la Prosveta, 
cette société, soutenue par la confiance et la sympathie 
du peuple, prospéra à tel point qu'au moment de la 
guerre elle comptait 100 comités et plus de éooo mem- 
bres. « Son activité ne se bornait plus aux simples sub- 
ventions aux étudiants serbes de Bosnie-Herzégovine ; 
elle se manifestait en outre sous la forme d'aide prêtée 
aux écoles élémentaires et autres institutions civilisa- 
trices du pays, ainsi que par l'organisation de cours et 
leçons pour les illettrés (90 ^jo de la population !), 
comme par l'installation de cuisines et logements pour 
les indigents; enfin par la pubUcation d'un journal et 
d'un almanach populaires portant le nom de la société. 
Une riche bibliothèque circulante, la seule du reste qui 
existât en Bosnie, fut aussi fondée grâce à l'initiative de 
la Prosveta. » 

Une riche missionnaire anglaise, miss Adline Pauline 
Irby, qui avait fondé à Saraïevo et entretenait un inter- 



— 29 — 

nat pour les orphelins serbes de Bosnie, légua en 191 1 
tous ses biens à la Prosvcla pour qu'elle continue son 
œuvre charitable. Cependant, le gouvernement de Bosnie- 
Herzégovine, au lieu de remettre le legs à la Prosveta, 
préféra le confisquer. Cette société ne s'est jamais permis 
de dépasser les limites de son programme précisé dans 
ses statuts et approuvé par le gouvernement. Le fait que 
la direction était confiée (et cela avec le consentement 
du gouvernement) à des hommes qui, en même temps, 
étaient fonctionnaires, prouve suffisamment que la Pros- 
veta était loin d'avoir les tendances subversives qu'on 
lui prête actuellement. Lors des fameuses « démonstra- 
tions de Saraïevo » qui précédèrent la déclaration de 
guerre, la populace, excitée par les acolytes du général 
Potiorek détruisit les bureaux de la Prosveta et livra aux 
flammes les livres et les meubles. Après ce pillage, le 
gouvernement ordonna la confiscation de tous les biens 
de la société. Telle fut, brièvement exposée, l'activité 
des patriotes serbes en Bosnie-Herzégovine. 



III 



Evénements contemporains en Serbie. 

Emancipation économique de la Serbie. — La guerre doua- 
nière. — L'œuvre de Pierre 1er. — Influence de l'annexion 
de la Bosnie-Herzégovine. — La Narodna Odbrana. — 
La nouvelle Narodna Odbrana. Son programme, ses 
tendances, son activité. 



Avant de parler des procès, il importe de jeter un 
coup d'œil rapide sur les événements contemporains en 
Serbie. 

Depuis fort longtemps, on se rendait compte dans ce 
pays des visées autrichiennes sur Salonique et l'on savait 
qu'une Serbie indépendante était le plus grand obstacle 
à la réalisation d'un tel plan. 

Comme nous l'avons déjà dit, la Serbie avait, en 1882, 
conclu un traité de commerce avec l'Autriche-Hongrie 
et, de son côté, le roi Milan Obrenovitch, dont la poli- 
tique était austrophile, passait avec le gouvernement de 



~ 32 — 

Vienne une convention militaire secrète par laquelle la Ser- 
bie renonçait à toute prétention sur la Bosnie-Herzégovine 
et s'interdisait pour dix ans toute action dans les pro- 
vinces occupées. En échange, la Monarchie promettait 
son appui aux revendications serbes en Vieille Serbie. 
Avec l'avènement du roi Pierre I", en 1903, les 
choses changèrent complètement. Une politique vrai- 
ment nationale fut inaugurée. La Serbie chercha à se 
dégager des liens qui l'unissaient à son puissant voisin et, 
dans cette politique de Ubération de l'influence autri- 
chienne, il était naturel qu'elle trouvât l'appui frater- 
nel de la Russie slave et bientôt de l'Occident démocra- 
tique : la France d'abord et quelques années plus tard 
de l'Angleterre qui comprit que les événements de 1903 
n'étaient pas un pronunciamento militaire mais une ré- 
volution nationale spontanée et inévitable. La dispari- 
tion de l'ancienne dynastie mettait, cela va sans dire, un 
terme à la fameuse convention militaire; cependant le 
traité de commerce restait valide jusqu'en 1903 et fut 
même prolongé jusqu'en 1904. Mais l'Autriche, mé- 
contente de la nouvelle orientation politique de Bel- 
grade^ commença à mettre des entraves à l'exécution de 
son traité de commerce. Alors la vie économique serbe 
devient difficile ; des obstacles étaient mis à l'exportation 
des produits agricoles serbes. Aux continuelles tracas- 
series du gouvernement austro-hongrois vint s'ajouter 
l'influence de la politique agraire allemande. C'est pour-| 
quoi en 1904 le gouvernement de Belgrade fit avec lai 
Bulgarie un traité d'union douanière. Cet accord devait 
être tenu secret jusqu'au jour où, tous les préparatifs 



— 33 - 

étant terminés, il serait simultanément public à Belgrade 
et à Sofia et entrerait immédiatement en vigueur. Mal- 
heureusement, déjà à cette époque le gouvernement 
bulgare était de mauvaise foi, et, quelques mois avant le 
terme fixé, ce traité fut rendu public dans une séance du 
Sobranié, sans que le gouvernement serbe en eût été 
informé. L'Autriche, furieuse de voir sa proie lui échap- 
per, s'opposa tout naturellement à la conclusion d'un 
pareil arrangement qui allaita l'encontre de ses intérêts ; 
elle notifia qu'elle voulait obtenir les avantages ofiferts à 
la Bulgarie et demanda l'abandon pur et simple du 
projet d'union douanière avec celle-ci. 

La Serbie refusa, d'où rupture des pourparlers et 
danger d'une guerre douanière (1905). Cependant le 
projet d'un accord avec la Bulgarie échoua, non pas 
seulement par suite de la menace autrichienne, mais 
surtout à cause de la mauvaise foi du gouvernement de 
Sofia, lequel n'avait jamais envisagé sérieusement cette 
union. Dans le but d'exercer une pression la Monarchie 
interdit l'exportation du bétail serbe et même le transit 
par son territoire,^ prétextant des maladies épizootiques. 
Certaine que cette pression avait suffisamment assagi 
Belgrade, quelques mois après la rupture des pourpar- 
lers l'Autriche-Hongrie se décida à reprendre la con- 
versation. Vienne, qui n'ignorait pas dans quelle situa- 
tion embarrassante se trouvait le gouvernement serbe, 
en profita pour lui imposer, comme condition préalable 
à tout accord, une clause par laquelle il s'engageait à 
acheter son matériel de guerre et de chemins de fer 
en Autriche. De nouveau la Serbie refusa. Alors com- 



- 34 - 

mença entre les deux Etats une guerre douanière à ou- 
trance qui dura près de trois ans, de 1906 à 1909. Le 
gouvernement de Vienne s'était trompé dans ses calculs 
car la Serbie sortit victorieuse de cette lut*te. Ses cé- 
réales furent expédiées à la mer Noire par le Danube, 
tandis que son bétail était dirigé, via Salonique, sur 
l'Italie, l'Egypte, la Tunisie, Malte, etc. Après un an et 
demi d'efforts persévérants la nouvelle route par Salo- 
nique restait seule employée. Il arriva même que le bé- 
tail manqua h l'Autriche qui s'adressa à sa voisine et, 
pour chaque envoi, il fut conclu un arrangement provi- 
soire (« provisorium »). Cette guerre douanière que 
l'Autriche provoqua fut pour la Serbie une éclatante 
victoire, une émancipation au point de vue économique, 
fort préjudiciable à l'industrie austro-hongroise. 

Nous ne croyons pas exagéré de dire que la Serbie 
i moderne date de 1903. Avant Pierre I" elle n'était que 
' nominalement un état indépendant. C'est la plus pure 
gloire du roi Pierre d'avoir brisé un à un les liens qui 
faisaient du petit royaume serbe la chose docile de la 
grande Monarchie voisine. En développant l'instruction 
publique, en réorganisant l'armée, en ressuscitant la 
conscience nationale de la population du royaume et du 
peuple serbe de Vieille Serbie et de Macédoine, en 
libérant son état de sa dépendance économ.ique envers 
l'Autriche-Hongrie, le nouveau souverain fit de la Serbie 
un royaume véritablement indépendant, capable d'in- , 
carner le « Piémont » national de tous les peuples serbes | 
et yougoslaves asservis. En Occident nous ne connais- 
sons guère que les opérations militaires qui donnèrent 



— 35 — 

au nom serbe un éclat impérissable, mais ce long et 
pénible travail préparatoire, cette surprenante évolution 
en l'espace de huit années, dont Pierre I^'"" fut l'âme, tout 
cela nous l'avons ignoré. 

Vaincue sur le terrain économique, l'Autriche résolut 
donc d'écraser sa petite voisine récalcitrante. Son plan 
était simple : présenter la Serbie comme dangereuse- 
ment menaçante pour la Duplice, comme travaillant à 
fomenter un coup d'état, une révolution qui détache- 
rait à son profit les provinces slaves du Sud ; bref, il 
fallait rendre ce pays responsable de tous les maux dont 
souffrait la Monarchie et la Vieille Europe. Peut-être 
est-ce la célèbre fable des Animaux malades de la peste 
qui, en cette occasion, inspira la diplomatie viennoise ! 

L'annexion de la Bosnie-Herzégovine, cette doulou- 
reuse amputation du domaine national serbe, portait à 
la Serbie un coup terrible, et provoqua dans tout ce 
pays une émotion intense. Pour donner à cet acte de 
violence un semblant de légalité, Vienne tenta de le 
représenter à l'Europe comme une nécessité inéluctable. 
Elle eut pour cela recours à deux procédés : les procès 
et les flmx. 

En Serbie on ne doutait pas que la guerre allait éclater. 
C'est en ces jours troublés que fut créée, à Belgrade, 
une société, la Narodna Odbrana (défense nationale), 
dont la tâche consistait à préparer la défense de la patrie. 
Voici quel était son programme: « i° entretenir, fortifier 
et développer plus encore la conscience nationale; 
2° préparer et faciliter la formation des cadres de volon- 
taires ; 3° former des cadres de volontaires et les exercer 



tk 



- 36 - 

en vue d'une action année ; 4° recueillir les dons en 
argent et en nature pour l'accomplissement de sa mis- 
sion ; 5° organiser, exercer et préparer des compagnies 
spéciales de volontaires^ destinées à faire des guérillas; 
6° développer l'activité dans toutes les autres direc- 
tions relativement à la défense du peuple. » 

Dans l'espace d'un mois, 223 comités furent orga- 
nisés. Une armée de volontaires soutenue matérielle- 
ment par le peuple fut créée. Mais cette activité cessa 
le jour où l'annexion de la Bosnie-Herzégovine fut 
reconnue par les grandes puissances et forcément par 
la Serbie elle-même. 

Avant l'annexion il existait en Serbie diverses asso- 
ciations patriotiques et philanthropiques et des sociétés 
s'occupant d'élevage, de courses, de l'hygiène et de l'ins- 
truction du peuple. On sentait le besoin de coordon- 
ner ces efforts en dehors de tout parti politique, dans le 
but de canaliser les énergies, d'éclairer et de préparer 
les générations nouvelles à surmonter les dangers me- 
naçant l'indépendance nationale. C'est pourquoi plu- 
sieurs membres de l'ancienne Karodna Odbrana de 
Belgrade, parmi lesquels se trouvaient des représentants 
de différentes sociétés privées, prirent l'initiative de 
créer une organisation stable ayant pour tâche de favo- 



^ Ceci n'a rien de commun avec Torganisation révolu- 
tionnaire des Serbes-Macédoniens dits comitadjis, orga-. 
nisation qui se développait depuis de nombreuses années.- 
Son but était l'action nationale serbe et la protection des 
Serbes en Macédoine turque et son centre d'action était en 
Macédoine. 



:> / 



riser et de réaliser cette transformation intellectuelle 
du pays. Ainsi fut constituée la Nouvelle Défense Nationale, 
organisation privée, sans aucun caractère officiel, avec un 
plan et un programme nouveaux. L'article ii de ses statuts 
dit : « La mission de la nouvelle organisation consiste 
à favoriser les travaux d'initiative privée du pays et par 
là à préparer le terrain pour le meilleur développement 
de la Serbie dans tous les domaines de la vie nationale, 
dans le but de la rendre plus apte au point de vue de 
sa défense. Dans l'accomplissement de sa mission, la 
défense nationale apportera surtout ses soins à travailler 
au réveil et au développement de la conscience natio- 
nale, au perfectionnement des qualités guerrières du 
peuple et à l'entretien des rapports intellectuels et mo- 
raux avec tous les Serbes et les peuples amis. » 

Il est indéniable que la Nouvelle Narodna Odhrana a, 
par définition, vis-à-vis de la Monarchie austro-hon- 
groise, un caractère non agressif (comme le prétend 
Vienne) mais très nettement défensif. Elle s'efforce de 
réveiller la conscience nationale du peuple serbe pour 
le rendre apte à résister à un nouveau coup de main du 
genre de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, tel par 
exemple une poussée autrichienne dans le Sandjak, en 
Vieille Serbie ou en Macédoine. Aussi est-ce à tort que 
le livre rouge autrichien voit une provocation dans la 
phrase suivante qu'il extrait d'une brochure sur l'activité 
de Narodna Odhrana : « C'est une erreur de prétendre 
que Kossovo a été et n'est plus. Nous nous trouvons en 
plein Kossovo. Notre Kossovo d'aujourd'hui c'est 
l'obscurité et l'ignorance dans laquelle notre peuple vit. 



- 38 - 

Les autres causes d'un Kossovo nouveau vivent aux 
frontières, au nord et à l'ouest : Allemands, Autrichiens 
et Schwabas s'avancent vers notre sud slave et serbe. » 
Extrayons encore du livre rouge quelques passages 
qui mettent bien en relief le fait que la Nouvelle Défense 
Nationale est bien à tous points de vue une association 
défensive sans aucun rapport avec l'Etat serbe : « Du 
temps de l'annexion on a fait l'expérience que la Serbie 
n'est pas préparée à la guerre que les circonstances lui 
imposent et que la tâche que la Serbie a à entreprendre 
est beaucoup plus sérieuse et difficile qu'on ne le pense. 
L'annexion n'était qu'un des coups que les ennemis 
de la Serbie nous ont portés, coup précédé de beaucoup 
d'autres et qui sera suivi par d'autres encore. Pour que 
nous ne soyons pas pris au dépourvu, il est nécessaire 
de se préparer, de travailler. Comme but de ce travail 
à accomplir par tous les rangs du peuple, on indique la 
préparation du peuple au combat sous tous les points de 
vue du travail national, conforme aux exigences de 
nos jours ; comme moyens nécessaires pour y arriver 
on cite le relèvement du sentiment national, les exer- 
cices du corps, le bien-être économique et sanitaire, 
le progrès de la culture, etc., en tant que l'individu 
et la société peuvent et doivent agir sous ces rapports 
divers à côté de l'Etat ^ » D'après les diplomates 
de Vienne la phrase suivante récapitule l'activité de 
la Narodna Odbrana : « En a2:issant conformément à 



' Livre j'oiige austro-hongrois, édition populaire française, 
page 45. 



— 39 — 

la situation changée et selon l'esprit de l'époque et 
en maintenant en môme temps les liens noués déjà 
lors de l'annexion, la Narodna Odbrana est aujourd'hui 
la même que du temps de l'annexion. Aujourd'hui 
encore elle est odbrana (une défense) et elle est narodna 
(du peuple) ; même aujourd'hui elle rallie autour de 
son drapeau les citoyens serbes, comme elle l'a fait du 
temps de l'annexion. Jadis, on criait aux armes ; aujour- 
d'hui on demande le travail calme, fanatique, infatigable; 
le travail concernant les tâches et devoirs dont nous 
avons fait mention, comme préparation préliminaire au 
combat à fusils et à canons qui viendra'. » 

La Narodna Odbrana est en rapports avec de nom- 
breuses sociétés serbes. « Parmi les associations qui 
sont en rapports étroits avec le travail organisatoire (sic) 
de la Narodna Odbrana, dit le livre rouge (p. 50), et qui 
reçoivent d'elle des appuis sous tous les rapports, il faut 
nommer l'association des tireurs avec 762 sociétés, la 
ligue des sokols a Douchan Silni ^^ avec 2500 membres, 
le club olympique, la réunion (sic) des cavaliers « Kne^^ 
Mihaïlo », la société des chasseurs et la ligue de culture. 
L'organisation de toutes ces associations ressemble à 
celle de la Narodna Odbrana ; elles se servent de ses 
localités (sic), c'est-à-dire de ses salles de réunion, 
bibUothèques, etc. Les membres considérés de ces 
associations sont nommés chefs de section dans les 
comités de la Narodna Odbrana. » 

Comme la Prosveta en Bosnie, la nouvelle Narodna 

^ Livre }'ouge, page 49. 



— 40 — 

Odbrana fonda de nombreuses salles de lecture, biblio- 
thèques, et autres institutions utiles au développement 
de l'instruction publique ; elle créa des écoles pour les 
illettrés. L'activité de la Narodna Odbrana était à la 
fois celle des Sokols et de la Prosveîa bosniaques. Tout 
dans la société se faisait publicluement, tout était publié 
dans les journaux serbes. En 19 ii le comité central 
fit paraître à 50,000 exemplaires une livre intitulé : 
Défense- Nationale où se trouvaient exposés en détail 
tous les règlements et actes de la société. Dans cette 
activité de la Narodna Odbrana il n'y avait donc rien 
de secret ni d'illicite. 



IV 



Les Attentats. 



Notre ignorance de la situation des Slaves dans la Monar- 

- chie. — Nos préjugés à l'égard des Autrichiens et des 

Magyars. — Cause, but et signification des attentats. — 

L'attentat contre François-Ferdinand. — Comment on 

doit l'envisager. — Hypothèses diverses à son sujet. 



Que savait des Yougoslaves et des Serbes le public 
cultivé d'Europe occidentale ? Nous nous sommes 
amusé cà poser à leur sujet quelques questions à des 
ressortissants des divers pays de l'Ancien et du Nouveau 
Monde, cà des personnes ayant pourtant passé sur les 
bancs de quelque faculté universitaire. Posez-vous cette 
question, aimables lecteurs, et vous constaterez comme 
moi, que ce que nous savions des Serbes avant les 
guerres balkaniques se résume à peu près en ceci : Les 
Serbes sont des Slaves qui habitent un pays des Balkans; 
c'est un peuple de paysans, encore un peu sauvage, pri- 



— 42 — 

mitif et batailleur à cause de ses luttes séculaires contre 
les Turcs. En 1903, on a su qu'un « potentat » de Bel- 
grade avait été assassiné par un parti militaire et que le 
roi Pierre, d'une autre dynastie, lui avait succédé. Ces 
notions furent complétées par les événements de Bosnie- 
Herzégovine en 1908- 1909. On sut alors que ces pro- 
vinces et un bon nombre d'autres en Autriclie-Honi^rie 
étaient peuplées d'habitants de race et de langue serbes. 
En 19 II et 19 12 on s'intéressa vivement au petit 
peuple. Un an plus tard on connaissait l'énorme dif- 
férence qui existe entre Serbes et Bulgares qu'on avait 
jusqu'ici « mis dans le môme sac ». Puis la grande 
guerre actuelle complétait définitivement nos connais- 
sances en nous apprenant que le peuple serbe est moins 
primitif qu'il nous semblait, qu'il surpasse en moralité 
et en humanité les Autrichiens et les Hongrois, qu'il a 
conservé la noblesse et l'héroïsme antiques, enfin que les 
Slovènes, les Croates et les Serbes d'Autriche-Hongrie 
qui sont le sixième de la population, forment au point de 
vue de la race, de la langue et des mœurs, avec les 
Serbes du Royaume et du Monténégro, une seule nation 
yougoslave qui veut être unie politiquement dans un 
état national. 

Voilà ce que nous savions. Eblouis par la « capacité 
civilisatrice » des Autrichiens et par la « générosité che- j 
valeresque » des Magyars, nous ne connaissions rien du 
long et pénible chemin de croix qui a amené les Yougo-I 
slaves de la monarchie bicéphale, autrefois le plus solide 
soutien de la dynastie des Habsbourg, à chercher leur 
salut dans la libération du joug habsbourgeois et dans 



. — 43 — 

l'union avec leurs frères de Serbie. Pourtant cette évo- 
lution politique et morale des Yougoslaves d'Autriche- 
Hongrie est la plus saisissante preuve de l'absolue inca- 
pacité de la monarchie dualiste d'assurer à ses peuples 
la possibilité d'une vie supportable et elle est la meil- 
leure réponse à ceux qui, parmi nous, aujourd'hui 
encore, ergotent sur la nécessité de conserver la vieille 
monarchie policière. 

En 1848 les Yougoslaves, sous les ordres du ban de 
Croatie Jellatchitch et du voïvode serbe Knitchanine, 
ont sauvé la dynastie. Pour les récompenser on a partagé 
leur pays entre onze administrations différentes, et on 
les a livrés à la fureur des Allemands et des Magyars. 
Toutes leurs tentatives d'acquérir des droits égaux 
et de s'unir sous une même administration furent 
vaines ; leur action parlementaire ne trouva aucun écho 
dans les milieux gouvernementaux, à Vienne et à Bu- 
dapest, tandis que le mouvement populaire qui s'était 
manifesté en Croatie, en Carniole et en Dalmatie fut 
étouffé dans le sang. Cependant une autre province 
yougoslave, la Bosnie-Herzégovine, était venue s'ajouter 
à celles qui gémissaient déjà sous le joug austro-magyar. 
A Vienne et a Budapest on se préparait à assujettir 
les derniers lambeaux restés encore libres du territoire 
yougoslave : les deux royaumes indépendants serbes de 
Serbie et de Monténégro. Ainsi le dominium colonial 
yougoslave de la Maison des Habsbourg eut été com- 
plété. 

Tout cela se passait sous les yeux d'une Europe insou- 
ciante et indifférente, que ne purent émouvoir ni les 



— 44 ~ 

procès scandaleux de haute trahison, comme celui de 
Zagreb en 1908, ni la suspension de la constitution 
croate et les persécutions de l'élite yougoslave. C'est 
alors que la jeunesse yougoslave de la Monarchie s'est 
décidée à recourir aux méthodes révolutionnaires pour 
éveiller l'attention du monde civilisé sur l'insuppor- 
table situation du peuple yougoslave en Autriche- 
Hongrie. 

Notons que les attentats qui ont été ensuite commis 
à Saraïevo et à Zagreb sont tous l'œuvre d'étudiants 
yougoslaves sujets austro-hongrois. Les Slovènes, les 
Croates, les Serbes de toutes les confessions y ont pris 
part : orthodoxes aussi bien que catholiques, maho- 
métans et protestants. Cela démontre que la fièvre 
attentatoire avait atteint tous les Yougoslaves et non 
seulement les Serbes orthodoxes, et que les attentats ont 
été la conséquence naturelle de l'état d'oppression poli- 
tique où se trouvaient les Yougoslaves d'Autriche- 
Hongrie et non pas l'œuvre d'une agitation artificielle 
ou d'une influence étrangère. 

Ces attentats répétés ne sont pas l'œuvre de brutes 
fanatiques ou de fous ; ils sont entrepris froidement par 
de jeunes patriotes, par des idéalistes qui, en sacrifiant 
leur vie ' à leurs infortunés frères de race, s'imaginent 
arriver à libérer ceux-ci. Jéraïtch et Princip ont-ils agi 
autrement que Guillaume Tell ! Seulement ils n'ont pas 
eu un Schiller pour immortaliser leur acte libérateur. 

* Ces jeunes gens se tuenr ou s'empoisonnent après l'at- 
tentat. 



— 45 — 

Le premier attentat a été commis le 15 juin 1910 a 
Saraïevo par Bogdan Jéraïtch, originaire d'Herzégovine, 
qui fit sur le général Varechanin, gouverneur de la 
Bosnie-Herzégovine, une tentative d'assassinat, puis se 
logea une balle dans la tète. 

. A Zagreb (Agram) il n'y a pas eu moins de cinq 
attentats. Celui de l'étudiant en droit Louka Joukitch, 
qui tira le 8 juin 1912 contre le commissaire royal de 
Tsouvay et qui amena la mort du conseiller de Her- 
voitch et d'un policier; celui d'Etienne Doïtchitch, venu 
expressément de l'Amérique pour tuer le successeur de 
Tsouvay, le commissaire royal, baron de Skerlecz, le 
18 août 19 12; enfin la tentative manquée de Yakob 
Chefer (un protestant) contre ce même baron de Sker- 
lecz, le 20 mai 1913, sont les plus connus. 

Feu l'archiduc François-Ferdinand (et ce n'était un se- 
cret pour personne en Autriche-Hongrie) était le plus 
redoutable ennemi des Yougoslaves et des Serbes. C'est 
lui qui fut l'instigateur du fameux procès Friedjung; 
c'est lui qui, au moyen des Jésuites, entreprit la ger- 
manisation de la Bosnie-Herzégovine ; c'est lui qui fit 
opposition aux désirs légitimes de la Serbie lors de la 
crise de Scutari en 19 13. Bien d'autres actes d'hostilité 
envers ses sujets serbes le désignaient d'avance aux jeunes 
patriotes yougoslaves comme objectif de leur propa- 
gande par le fait. 

On sait que le 28 juin 19 14, alors que tout le peuple 
serbe célébrait solennellement l'anniversaire de Kossovo, 
l'archiduc héritier se rendait à Saraïevo et, par un im- 
posant déploiement de forces miUtaires, rappelait plus 



- 46 - 

que jamais à la population de Bosnie son douloureux 
état de sujétion. Nul n'ignorait que les grandes manœu- 
vres projetées se faisaient dans l'éventualité (nous devrions 
dire comme préparation) d'ime guerre contre la Serbie. 
Cependant on doit faire ressortir un fait étrange, qui est 
aujourd'hui universellement connu : c'est que tandis que 
lors de la réception de l'empereur François-Joseph, les 
mesures policières de surveillance avaient été draco- 
niennes, à l'occasion de la visite de l'archiduc François- 
Ferdinand, elles furent considérablement relâchées ^ Ce 
qui devait arriver, arriva. L'attentat de Princip, de 
Tschabrinovitch et de leurs compagnons, tous sujets 
de la Monarchie, finit en effet par attirer sur les Yougo- 
slaves l'attention du public européen. Bornons-nous 
simplement à mentionner le fait que les auteurs des 
deux attentats de Saraïevo, Jéraïtch et Princip, furent 
les élèves les plus appliqués des collèges de Mostar et 
de Saraïevo, mais qu'ils étaient poursuivis par la police 
à cause de leurs idées politiques. Princip a été même 
expulsé du collège. 

Voici un extrait d'un journal de Belgrade que nous 
tirons du livre ronge autrichien *^. La Pravda du 4 juillet 
écrivait : « Tous les assassinats et attentats commis jus- 
qu'alors en Autriche ont eu toujours la même source. 
Les peuples subjugués de la Monarchie, n'ayant pas 
d'autres moyens, devaient en venir à cette sorte de pro- 

* Voira ce sujet l'article « Le mystère de Saraïevo », paru 
dans le journal La Serbie du i3 août 19 16, no i5. 
- Loc. cit., p. 68. 



— 47 — 

testation. Dans le chaos d'un gouvernement terroriste 
il est naturel et compréhensible que les attentats se soient 
acclimatés. » 

Cet extrait n'est en somme que le commentaire de ce 
que nous avancions. On sait que l'Autriche-Hongrie, 
à qui tout prétexte devait être bon puisque la situation 
européenne était favorable ci ses desseins, profita du fait 
que les armes provenaient de Serbie et que les auteurs 
de l'attentat avaient séjourné à Belgrade, pour accuser 
le gouvernement serbe et précipiter sa déclaration de 
guerre. Du 28 juin au 22 juillet elle avait eu le loisir 
de préparer sa petite comédie diplomatique, de bâtir un 
véritable roman - feuilleton sur la culpabilité de la 
Narodna Odbrana et du gouvernement serbe. L'analyse 
du mécanisme des nombreux procès politiques contre 
les Yougoslaves nous fournira le critérium avec lequel 
il convient d'apprécier la « vérité austro- magyare ». 
A cet égard le procès Friedjung est éminemment démons- 
tratif, car les circonstances politiques européennes étaient 
identiques, au moment où la diplomatie du Ballplatz 
proclama « sa vérité » par la plume du professeur Fried- 
jung, à celui de l'envoi de cette nouvelle (^ vérité )> 
sous forme de l'ultimatum à la Serbie le 23 juillet 19 14. 
Dans un cas comme dans l'autre la guerre européenne 
kait imminente et, en éclatant, elle supprimait aux 
nculpés la possibilité de se défendre et de proclamer 
eur innocence. Ce qu'il y a de plus curieux c'est que 
nême en ces temps de guerre, où, dans son propre Etat, 
.'Autriche a plein pouvoir d'écarter et d'anéantir tout 
:e qui ne cadre pas avec sa thèse, elle n'est pas parvenue 



^ 



- 48 - 

à démontrer celle-ci ; au contraire tous ceux qui, im- 
partialement, ont étudié le récent procès de Banialouka, 
sont forcés de souscrire à la faillite de la « vérité autri- 
chienne )). 

D'ailleurs, la plus élémentaire logique permet de 
nier tout rapport entre le crime de Saraïevo et la Serbie 
officielle. Si le gouvernement serbe ou même l'association 
patriotique Narodna Odhrana avaient eu quelque accoin- 
tance avec les conspirateurs et quelque autorité sur eux, 
ils leur auraient certainement parlé ainsi : « Nous ne 
demandons pas mieux que vous fassiez disparaître notre 
ennemi juré, mais, au nom du Ciel, pas maintenant ! 
Patientez, attendez encore quelques années, nous ne 
sommes pas préparés à cette guerre que l'Autriche vou- 
drait provoquer sans retard parce qu'elle connaît notre 
état d'épuisement, qu'elle sait qu'au moins trois ans nous 
seront nécessaires pour organiser nos nouveaux territoires 
et nous relever de nos trois campagnes successives; enfin 
parce que les amis dont nous pourrions espérer l'appui 
sont tous actuellement aux prises avec des difficultés. » 

Et nous qui, au début de la campagne austro-serbe, 
avons constaté de visu la misère, la pénurie de munitions, 
de matériel de transport, de matériel sanitaire, l'état 
précaire des voies de communication, nous pouvons 
affirmer bien haut que la Serbie, loin de désirer actuelle- 
ment la guerre, a tout tenté pour l'éviter. L'attentat de 
Saraïevo — - dont l'origine reste encore un mystère — 
apparaît donc comme un épisode de la réaction yougo- 
slave, épisode dénué de corrélation avec la politique' 
extérieure du royaume de Serbie, mais qui fut cependant 



— 49 — 

indignement exploité ' par la diplomatie austro-magyare, 
l'unique facteur responsable de la guerre mondiale ! 

Certains journaux ont émis l'opinion que l'assassinat 
de Saraïevo a été commis sur commande sur l'ordre du 
gouvernement austro-hongrois. 

On pourrait épiloguer longuement sur les très intéres- 
santes hypothèses de MM. Stëed et Chopin^. Il est un 
fait certain : c'est que l'Autriche voulait la guerre et 
cherchait un prétexte ^ pour la déclencher. Si l'Autriche 

^ « Au cours de ma lecture, écrit le comte Szapary au comte 
Berchtold, Monsieur Sazonow dit savoir de quoi il s'agissait: 
Nous voulions faire la guerre à la Serbie et cela devait nous 
servir de prétexte. » In lettre du comte Szapary au comte 
Berchtold écrite de Pétrogradele 24 juillet i()i4.[livre l'ouge, 
p. 23). Lire aussi à ce sujet le récent article du fameux 
publiciste allemand Harden, qui dans la Zukiinft du 
3 août 191 6, démontre à propos de l'attentat de Saraïevo 
l'innocence de la Serbie et la culpabilité manifeste de la 
Monarchie dans la guerre actuelle, dont la responsabilité 
retombe uniquement sur Vienne et Berlin. Ce numéro de la 
Zukunft a été immédiatement confisqué dans toute l'Au- 
triche-Hongrie. 

^ M. Chopin pense à tort que l'attentat de Tschabrino- 
vitch aurait été un simiulacre car le prince reçut la bombe 
sur ses genoux et la lança en arrière au moyen de la cou- 
verture qui les couvrait. En éclatant cette même bombe 
perfora le rideau métallique de la devanture d'un magasin. 

^ Que l'Autriche cherchait depuis des années un prétexte 
de déclarer la guerre à la Serbie, c'est un fait que personne 
ne songe plus à contester, surtout depuis la sensationnelle 
révélation faite le 5 décembre 1914 par M. Giolitti à la 
Chambre italienne, où le ministre déclara preuves en mains 
que déjà en 1909 l'Autriche avait eu contre la Serbie les 
mômes desseins belliqueux qu'en 1913 après le traité de 



— 50 - 

avait eu en main des preuves irréfutables de la cul- 
pabilité du gouvernement serbe, elle n'aurait pas préci- 
pité ^ sa déclaration de guerre, mais elle aurait été trop 
heureuse de pouvoir enfin par leur publication stigma- 
tiser les menées serbes devant l'opinion européenne. 
Cette joie ne pouvait lui être échue parce que les preuves 
étaient déficientes. Nous verrons qu'elle les a trouvées 
sur un tas d'immondices près de Losnitza et que le 
grand procès de Banialouka constitue pour la Monarchie 
une vaine tentative de justifier sa conduite en rejetant 
sur les Serbes la responsabilité de la guerre actuelle. Sa 
tardive argumentation trouvera-t-elle grâce devant l'his- 
toire ? C'est ce que nous enseigneront les procès poU- 
tiques contre les Yougoslaves, dont nous allons mainte- 
nant entreprendre l'étude. 

Bucarest, et que seule Fattitude de Tltahe l'avait empêchée 
de les mettre à exécution. Au cours de la séance orageuse 
qui eut lieu au Parlement hongrois le 5 septembre 1916, 
donc peu de jours après la déclaration de guerre de la 
Roumanie, ledéputéSzmrecsanyi, du parti populaire, adressa 
au comte Tisza l'apostrophe suivante : « Pourtant on savait 
quatre semaines à l'avance qu'on ferait la guerre à la Serbie ! » 
Cette déclaration se passe de commentaire. (V. aussi p. 279). 
* Nous croyons que l'Autriche a précipité les événements 
non seulement pour n'avoir pas besoin de donner à l'Europe 
des preuves, ce dont elle n'avait aucune envie (v. J'accuse, 
p. 208, édit. française), mais pour empêcher l'exode d'une 
bonne partie de la population yougoslave et l'organisation 
d'une résistance de sa part. Escomptant une prompte vic- 
toire la Monarchie, maîtresse de la situation, aurait aisément 
imposé sa manière de voir. 



V 



Les procès politiques contre les Yougoslaves. 



I. Procès de Zagreb. — 2. Procès Hinkovitch. — 3. Procès 
Friedjung. — 4. Procès scolaires. — 5. Procès Drinko- 
vitch, — 6. De quelques banales persécutions. — 7. Procès 
Stiépan Grdjitch. — 8. Leurs procédés d'instruction juri- 
dique. — Q. Vasilj Grdjitch et Rista Radoulovitch. 



Nous nous serions volontiers dispensé de parler de 
ces procès qu'on trouvera fort bien exposés dans deux 
brochures ^. Cependant, comme leur connaissance est 
indispensable à la compréhension du grand procès de 
Banialouka, sur lequel nous porterons toute notre atten- 
tion, nous nous trouvons dans l'obligation d'en tracer 

^ Le régime politique d'Autriche-Hongrie en Bosnie-Her- 
zégovine et les procès de haute trahison, par un groupe 
d'hommes politiques yougoslaves (pas en vente). — Les per- 
sécutions des Yougoslaves, chez Pion- Nourrit, 8, rue Garan- 
cière, Paris, 1916. 



\2 



)2 



ici les principales lignes. Les lecteurs au courant de 
l'une ou l'autre de ces brochures pourront se dispenser 
de la lecture des quatre premiers paragraphes qui vont 
suivre, et s'attacher à la suite de notre exposé. 



I. Procès de Zagreb (Agram). 

Sous le titre de Finale parut à Budapest vers la fin 
de juillet 1908 (donc quelques mois avant la crise de 
l'annexion) une brochure donnant les noms de nom- 
breux Serbes et des détails sur un mouvement révolu- 
tionnaire panserbe parmi les Yougoslaves austro-hon- 
grois. L'instigateur de ces agissements aurait été, sous 
le patronage du roi Pierre, du prince héritier et du gou- 
vernement serbe, le Slcvenski Yoiig, club politique de 
Belgrade. 

Cette brochure fut le signal d'arrestations en masse. 
A la fin, on ne retint que 53 Serbes accusés de haute 
trahison. Or l'auteur de cet opuscule était un étudiant 
serbe de Saraïevo, Georges Nastitch, fils d'un mouchard 
autrichien avéré. Ce personnage, « auquel on ne pour- 
rait toucher qu'avec des pincettes », écrivait le professeur 
Friedjung, — qu'on ne peut certainement pas suspecter 
de serbophilie, — avait été poursuivi pour vol de jumelles 
dans les théâtres viennois. 

Nastitch était au procès de Zagreb l'unique témoin 
des prétendues relations des accusés avec la Serbie offi- 
cielle. Or un des défenseurs, le député Srdjan Boudi- 
savljévitch, produisit au Parlement croate les preuves 



— )j — 

irréfutables (lettres et quittances) que cet individu avait 
été pavé pour son témoignage par le préfet de police de 
Zagreb et par le procureur de l'Etat ; il prouva qu'à la 
veille de son interrogatoire le juge d'instruction lui 
avait indiqué, de façon précise, les réponses à fliire à 
certaines questions qui lui seraient posées. Toute sa 
brochure, comme cela fut démontré au cours des débats, 
n'était qu'un tissu de grossiers mensonges. 

Deux des défenseurs, MM. Hinkovitch et Boudisavljé- 
vitch partirent pour Belgrade afin d'y recueillir des ren- 
seignements. Pour être en règle, ils réservèrent leur 
première visite au comte Forgach, le ministre plénipo- 
tentiaire austro-hone^rois. Leur mission terminée ils 
repartirent, mais pas ensemble. M. Hinkovitch, dès qu'il 
eut franchi la frontière, eut sa valise volée par nue main 
mystérieuse. Après quelques mois, la poHce la lui rendit 
fracturée. M. Hinkovitch avait eu la précaution de con- 
fier ses notes à un ami qui en même temps que lui pas- 
sait la frontière. Moins heureux, M. Boudisavljévitch fut 
arrêté cà Semlin et fouillé; on lui confisqua ses notes et 
le laissa continuer son voyage. Quelques jours plus tard, 
en pleine audience publique, le procureur de l'Etat pro- 
duisit, avec un geste triomphal, le carnet dérobé à 
M. Boudisavljévitch en ajoutant qu'on avait « beaucoup 
ri lorsqu'on attrapa le défenseur ». Le procureur se servit 
de ces notes, mais comme elles étaient dans leur ensemble 
accablante pour sa thèse, il n'hésita pas à en faire 
des extraits qu'il arrangea selon ses besoins. Il convient 
de mentionner que le tribunal était présidé par un ivrogne 
invétéré et comprenait les plus bas représentants de 



— 54 — 

la magistrature. Dans une lettre écrite le 23 mars 1906 
par l'un des accusés, Milan Pribitchévitch, à son frère Valé- 
rien et trouvée chez ce dernier, il était question d'une 
contre-révolution militaire possible fomentée par l'Au- 
triche contre le nouvel état de choses créé en Serbie par 
l'avènement du roi Pierre. Dans une lettre ultérieure, 
Milan fit allusion à cette révolution, sans préciser davan- 
tage; il critiqua l'esprit des groupes militaires enclins à 
la contre-révolution et fit part de sa confiance en la 
victoire serbe au cas d'un conflit armé. Ces lettres 
n'avaient rien à voir avec quoi que ce soit dans la Monar- 
chie. Or le Tribunal, qui basait sa sentence sur la seconde 
lettre de Milan Pribitchévitch^ la truqua en supprimant les 
quatre cinquièmes du milieu et soudant ensemble le début et 
la fin. Avec un peu d' interprétation on pouvait croire quil 
s'agissait « d'un mouvement révolutionnaire aux pays you- 
goslaves, dont l'auteur espérait le succès pour les insurgés ». 
Notez que les deux lettres originales sont versées au 
dossier et reproduites intégralement dans les comptes 
rendus des audiences publiques et que la lettre truquée 
fut publiée avec le jugement dans le journal officiel 
Narodne Novine. Il est donc facile de comparer et de 
constater le faux. Mais on ne se contente pas seulement 
de forger les faux; la « justice » cite devant le « tribu- 
nal » d'interminables théories de témoins, dans le but 
de démontrer l'existence de certains « phénomènes » 
révolutionnaires dans la population ; si les témoins font 
défaut, on proclame ces « phénomènes » de notoriété 
publique. Par exemple, on prétend que le portrait du 
roi Pierre est répandu dans la population « plus que 



— 55 — 

celui de notre gracieux souverain » ; qu'on chante des 
chansons révolutionnaires ou pousse des cris séditieux ; 
qu'on ne cache pas ses sympathies pour la Serbie, etc. 
Et l'on raisonne ainsi : l'apparition des « phénomènes » 
coïncide avec la fondation en Autriche-Hongrie du parti 
indépendant serbe; donc celui-ci est en cause. Les accu- 
sés étant pour la plupart membres de ce parti, tout le 
parti est coupable. Mais comme ce parti, avec d'autres, 
est englobé dans la coalition croato-serbe, laquelle repré- 
sente la totalité des Croates et des Serbes, la population 
entière pourrait de ce fait devenir criminellement responsable 
de « phénomènes » qui, quoique notoires ^ n existent peut-être 
même pas. 

Toutes les institutions nationales serbes, d'ordre social, 
artistiques, politiques, ou sportives, les emblèmes natio- 
naux serbes, l'écriture cyrillique, le nom même de 
« Serbe », le réveil de la conscience nationale, toutes 
ces choses ne sont pour les autorités « que des moyens 
de propagande révolutionnaire ». On a beau invoquer 
que les lois garantissent nom, écriture et institutions 
serbes. C'est exact, répond le procureur, mais tout 
dépend de la tendance, de l'esprit dans lequel on fait 
usage de ces droits qui peuvent devenir des instruments 
criminels. Si, par exemple, l'écriture est un moyen 
panserbe, c'est-à-dire qu'elle est employée dans la pen- 
sée de servir de moven révolutionnaire au bénéfice de 
la Serbie, le moyen devenant crimiriel, quiconque s'en sert 
est coupable de haute trahison. En soi, ce n'est pas mal de 
faire partie d'un Sokol ou d'un Pobratimstvo, mais, dit 
le procureur, ces sociétés propagent des idées révolutionnaires. 



- 5é - 

5/ l'on y entre on devient responsable de leurs agissements 
cnmm^/^. Le génie ergoteur et pointilleux de la magistra- 
ture officielle a trouvé mieux encore. Dans plusieurs arti- 
cles de journaux parus soit à Zagreb, soit en Amérique, 
où la colonie yougoslave est fort nombreuse, on relatait 
certains faits concernant la Serbie, mentionnant entre 
autre le grand libéralisme de la loi électorale serbe. Cet 
article est subversif, déclare le procureur de l'Etat, 
parce que, a contrario, on a voulu exciter le lecteur 
contre la loi électorale réactionnaire de Croatie et démon- 
trer comme tout est mieux en Serbie, que par consé- 
quent la Croatie ferait bien de se détacher de la Monar- 
chie. On relatait un voyage du roi Pierre où il s'était 
familièrement entretenu avec les paysans qui le 
tutoyaient comme c'est l'habitude serbe. L'accusateur 
public s'écrie qu'on a « voulu ainsi inciter à la haine 
contre notre gracieux souverain qui ne parle pas notre 
langue et ne permettrait pas cts façons familières de la 
part de ses sujets ». 

Au moment de la crise annexionniste parurent dans 
la presse croato-serbe transocéanique des articles véhé- 
ments contre l' Autriche-Hongrie. « Cette littérature 
nous regarde-t-elle ? » s'écrièrent les accusés. 

« — Elle vous regarde. Vous êtes indirectement res- 
ponsables : 

1° Des articles des journaux de Zagreb parce que vous 
les lisiez, et lire sans protester veut dire approuver, donc en- 
courager les auteurs à continuer ; 2° des articles amé- 
ricains parce qu'ils sont le résultat des agissements des 
sociétés auxquelles vous êtes affiliés. 



— 57 — 

En vain les accusés osèrent remarquer que les articles 
de Zagreb parurent avec l'approbation de la censure gou- 
vernementale et que, ceux d'Amérique, ils ne pouvaient 
en avoir connaissance étant, à l'époque où ils furent 
publiés, depuis longtemps en prison. 

Mis en état d'arrestation au cours des mois de juillet 
et août 1908 les accusés restèrent en prison pendant 
toute la durée du procès. L'un d'eux y mourut. Les 
débats, commencés le 3 mars 1909, ne prirent fin que le 
5 octobre. On n'en finirait pas si l'on voulait énumérer 
seulement les plus grossières illégalités commises par le 
tribunal durant ces sept mois de débats. M. Hinkovitch 
à qui incombait la lourde tâche de diriger la défense fut 
en conflit perpétuel avec le tribunal qui, à maintes re- 
prises, le frappa d'amendes considérables à titre disci- 
plinaire. 

Trente et un accusés furent proclamés coupables de 
haute trahison et condamnés aux travaux forcés de cinq 
à douze ans. D'après la loi austro-croate la peine de 
mort ne peut être infligée qu'en vertu d'un arrêt una- 
nime des cinq juges dont se compose le tribunal. C'est 
gvace à cette particularité que les deux frères Pribitché- 
vitch, quoique déclarés coupables comme instigateurs, 
ne furent pas condamnés à mort, l'unanimité des vo- 
tants n'ayant pu être obtenue. 

Les défenseurs se pourvurent en cassation au nom de 
leurs clients. L'exposé de M. Hinkovitch, rendu plus 
tard public dans une brochure de 83 pages in-octavo, 
indique toutes les irrégularités commises par le Tribunal 
auquel il n'hésite pas à reprocher de véritables faux. La 



- 58 - 

Cour de cassation émue par cet exposé cassa l'arrêt de 
condamnation « à cause, dil-elle, des doutes considérables 
sur la vérité des faits pris comme base du jugement ». Avec 
la revision en faveur des accusés elle autorisa la pro- 
duction de preuves de certains faits articulés par la dé- 
fense et repoussés par le Tribunal. 

Légalement, l'affaire devait, ou bien être reprise dans 
le délai de huit jours, ou abandonnée purement et sim- 
plement. Le parquet ne fit rien de cela. Des mois et 
des mois se succédèrent sans qu'on s'occupât des mal- 
heureux prisonniers. Enfin, à la stupéfaction générale, 
en septembre 19 lo, un décret royal ordonna l'abolition 
du procès. Ce dénouement imprévu provoqua un nou- 
veau procès : ce fut le défenseur qui, à son tour, fut 
poursuivi. 



* 
* * 



Comment l'Autriche s'acharne conîre ses victimes. 

Indirectement, par le canal de l'Allemagne, nous 
avons reçu une information douloureuse sur le sort tra- 
gique d'un jeune journaliste serbe, Adam Pribitchévitch. 

C'est un des plus intelligents et des plus actifs des 
jeunes politiciens de la Croatie qui a été, dès sa pre- 
mière jeunesse, un apôtre infatigable de l'unité natio- 
nale des Serbes et des Croates. Dans le fameux grand 
procès de haute trahison de Zagreb (Agram) en 1908 , 
et 1909, Adam a été l'un des principaux accusés et ce i 
procès porte, dans les annales judiciaires autrichiennes, 
le nom de procès d' Adam Pribitchévitch et consorts. On se 



— 59 — 

l'appellera qu'après une enquête scandaleuse et des dé- 
bats iniques, ce procès fut terminé le 5 octobre 1909 
par des condamnations très sévères. Adam Pribitché- 
vitch avait été frappé de la plus lourde peine : douze ans 
de travaux forcés. Le 2 avril 19 10, la Cour de cassa- 
tion, après l'échec du procès autrement retentissant 
de Friedjung, avait ordonné, la revision du procès de 
Zagreb. Pendant ce temps, les gouvernants de Vienne 
s'étaient ravisés devant l'ouragan de protestations de la 
presse européenne, et le mieux qu'ils purent faire pour 
sortir convenablement de l'impasse dans laquelle, ils 
s'étaient fourvovés, ce fut de recourir à l'abolition du 
procès par le souverain, ce qui fut fait au mois de sep- 
tembre 19 10. Adam fut alors relâché de la prison dans 
laquelle il se trouvait depuis 1908. 

Une fois en liberté, il commença, à Zagreb, la publi- 
cation d'une revue politique hebdomadaire pour les 
paysans, le « Srpsko Kolo » qu'il dirigea avec une grande 
habileté et un grand dévouement. 

Dès le début de cette guerre, le « Srpsko Kolo » fut sus- 
pendu et son rédacteur fut emprisonné à Zagreb. N'ayant 
aucun crime à lui reprocher, les autorités durent le 
relâcher, puis elles le firent interner dans un village de 
Slavonie. Quelques jours après son internement, Adam 
fut emprisonné de nouveau, et il resta en prison jus- 
qu'au printemps 191 5, sans qu'on ait procédé à aucune, 
enquête judiciaire ou autre contre lui. 

Au printemps 19 15, on le fit sortir de sa prison pour 
le diriger, après une courte période d'exercices militaires, 
sur le front russe. Il n'avait jamais fait de service mili- 



— 6o - 

taire, ayant été jugé inapte. Frêle, toujours maladif, de 
constitution débile, il fut astreint à faire tout ce que les 
soldats devaient faire. De plus, il était constamment 
gardé à vue, comme c'est l'habitude d'ailleurs, dans 
l'armée autrichienne, de contrôler tous les mouvements 
de ceux qu'on soupçonne. Pribitchévitch fut blessé 
grièvement, dans un engagement avec les troupes russes, 
et fut transporté à l'hôpital militaire de Kaposvar, où 
il passa quelques mois. Lorsqu'il fut tant bien que mal 
rétabli, on l'envoya de nouveau au front russe. Cepen- 
dant son organisme, affaibli par tant de souffrances et 
par tant de chocs physiques et moraux, ne put plus ré- 
sister. Ses nerfs étaient si détraqués qu'on dut le ren- 
voyer du front dans un hôpital. Comme il n'y avait plus 
de remède à ses maux il fut envoyé en Autriche dans un 
sanatorium pour maladies nerveuses et mentales. 

Adam Pribitchévitch, journaliste et politicien, finit 
ainsi tragiquement sa vie pleine d'activité et d'enthou- 
siasme pour la noble cause de la Yougoslavie. 



2. Procès Hinkovitch. 

L'abolition est une prérogative de la couronne, mais 
ce n'est pas la grâce, puisqu'il n'y a pas encore de con- 
damnation définitive ; et ce n'est pas non plus l'aban- 
don de l'accusation ; c'est tout simplement une sup- 
pression de procédure, laissant en suspens la question 
de culpabilité ou d'innocence. 

L'abolition du procès de Zagreb fut proclamée en 



— 6l — 

septembre 19 lo. M. Hinkovitch qui, des le commence- 
ment du procès, n'avait cessé sa campagne de presse 
contre les instigateurs des poursuites, attaqua violem- 
ment l'abolition dans un article de journal. Selon lui 
c'était la solution la plus fâcheuse, puisque, d'un côté, 
elle laissait subsister les soupçons contre les Serbes en 
général et les Croates de la coalition en particulier, et 
que, d'autre part, elle empêchait les suspects de dé- 
monter judiciairement leur innocence. C'était donc, 
d'après le défenseur, un véritable déni de justice fait 
contre les accusés et dans l'intérêt de ceux qui avaient 
tramé ce complot judiciaire. Cet article, qui expri- 
mait tout haut ce que chacun pensait, fit grande im- 
pression ; si bien que le gouvernement décida de rendre 
impuissant ce défenseur inopportun. Couvert par son 
immunité parlementaire, M. Hinkovitch ne pouvait être 
attaqué qu'en sa qualité d'avocat. M. Gaï, beau-père 
du ban de Croatie, en ce moment procureur près la 
Cour d'appel et de cassation, adressa une requête à la 
Cour d'appel et exigea des poursuites disciplinaires contre 
Vavocat Hinkovitch, qui dans un article injurieux pour 
les tribunaux et pour les juges aurait gravement violé le 
respect dû à ces autorités. 

La Croatie n'a pas de barreau autonome et indépen- 
dant, de telle sorte que le pouvoir disciplinaire sur les 
avocats est exercé par la Cour d'appel. Celle-ci remit la 
procédure aux soins du Tribunal de première instance 
de Zagreb, lequel désigna un juge d'instruction pour en- 
quêter. Ce fut, hasard miraculeux, M. Pavéchitch, celui-là 
même qui avait voté comme premier assesseur dans l'af- 



— 62 — 

faire de « haute trahison », et rédigé le jugement de 
première instance. Aussi M. Hinkovitch protesu-t-il 
contre ce procédé dans un mémoire présenté en même 
temps à la Cour d'appel et publié dans deux journaux 
(un croate et un serbe), en formulant une demande de 
récusation. 

« ^Ce juge, s'écriait M. Hinkovitch, ne peut guère 
avoir l'impartialité nécessaire pour cette enquête. On 
me poursuit pour mes attaques contre le Tribunal à 
propos de son jugement dans l'afiaire de haute trahison. 
Mais ce jugement, c'est ce même juge qui l'a rendu avec 
ses collines, avec lesquels il en partage la responsa- 
bilité, et c'est même lui qui l'a rédigé. C'est donc lui 
qui est surtout visé par mes attaques ; c'est lui qui a in- 
troduit dans le jugement les innombrables contre-vérités 
volontaires qui se trouvent à profiision dans cette sen- 
tence, comme je l'ai prouvé dans mon mémoire pré- 
senté à la Cour de cassation, et comme l'a confirm. 
cette cour en cassant le jugement de première instance 
« à cause des doutes considérables sur la vérité des faits 
pris comme base du jugement. « 

Entre temps la diète croate hit dissoute et M. Hin- 
kovitch perdit son immunité parlementaire. Il n'y avait 
donc plus d'obstacle à des poursuites plus sérieuses. 

Le Parquet trouva dans la requête de récusation le 
crime de « calomnie » et le délit d'excitation à la haine 
contre les tribunaux, punissables, le premier de réclu- 
sion de un à cinq ans, le second de six mois à un an 
d'emprisonnement. 

Une première difficulté surgit aussitôt. 



- 63 - 

Nous l'avons dit, la requête de récusation avait été en 
même temps présenté à la Cour d'appel et publiée dans 
deux journaux. 

Or les délits de presse, poursuivis d'office, doivent être 
soumis au jugement du jury. Pour y échapper, on in- 
venta la théorie du « crime double », l'un commis par 
écrit, l'autre par la presse, et l'on renvoya le tout de- 
vant le tribunal ordinaire. 

D'après la loi austro-croate (art. 209 du C. P.), com- 
met le crime de calomnie quiconque dénonce fausse- 
ment un crime aux autorités publiques. Or il est évi- 
dent que le but de M. Hinkovitch n'était et ne pouvait 
pas être de dénoncer. Ce qu'il voulait, c'était exercer 
son droit de récusation, indiquer les faits sur lesquels 
cette requête était basée. 

Il est manifeste que, des faits de cette nature ayant 
été signalés, on aurait dû établir s'ils étaient vrais ou 
faux ; à cet effet, on aurait dû entendre le demandeur 
comme accusateur, et le juge, dont la récusation était 
requise, comme inculpé. Le premier aurait dû fournir 
les preuves, le second se défendre. Mais on renversa les 
rôles. Ce fut le juge visé par la requête qui devint 
témoin contre le demandeur (M. Hinkovitch), c'est-à- 
dire contre son accusateur, et c'est le demandeur qui 
devint l'accusé. 

Cette affaire et les procédés dont on l'entourait était 
de nature à profondément troubler la conscience pu- 
blique. Pour manifester leur solidarité confraternelle, 
quarante-deux avocats se présentèrent à l'audience 
comme défenseurs volontaires. D'autres s'excusèrent. 



- 64 - 

tout en se joignant à la manifestation de leurs col- 
lè2;ues. 

Le président du tribunal traita l'honorable avocat 
avec une brutalité inouïe, ne permettant ni à lui, ni à 
,ses défenseurs de développer leurs conclusions. 

Chaque accusé a, de par la loi, le droit d'opposer à 
l'acte d'accusation, dont lecture est donnée au début de 
l'audience, des aperçus généraux sur l'affaire ; ce n'est 
qu'ensuite que le président peut lui poser des questions 
sur les points qu'il ne croit pas encore assez éclaircis. 
Ce droit était d'autant plus précieux en l'espèce que 
l'acte d'accusation n'était qu'un tissu de contre-vérités 
et d'injures. Il fut cependant nettement refuséàM. Hin- 
kovitch. Il n'y eut qu'un interrogatoire dans lequel les 
réponses devaient se restreindre strictement aux ques- 
tions posées. Et ce tut tout. 

« Vous voulez prouver vos insinuations calomnieuses 
par des preuves judiciaires, disait en somme le pré- 
sident à l'accusé. C'est fort bien mais c'est absolument 
inutile puisque nous avons un autre moyen de contrôler 
vos dires : nous allons entendre les juges mêmes que 
vous avez calomniés, à savoir le juge d'instruction dans 
l'affaire de haute trahison et le membre du Tribunal 
dont vous demandez la récusation. » ...Inutile de dire 
que ces deux juges-témoins protestèrent hautement de 
leur bonne foi et que l'accusé fut invité à se taire... 

Pour en finir, mentionnons un incident caractéris- 
tique au cours de l'interrogatoire du juge d'instruction* 
comme témoin. 

— Un des défenseurs au témoin à brûle-pourpoint : 



- 65 - 

'( Avez-vous collaboré au réquisitoire du procureur du 
Roi dans l'affaire de haute trahison ?» 

— Le juge- témoin, surpris, en hésitant : « Non ». 

— Le défenseur, lui montrant un cahier : « Est-ce 
votre écriture ? » 

— Le témoin après avoir examiné le cahier : « Oui. 
Mais ce ne sont que des notes et réflexions personnelles 
que j'ai prises comme juge d'instruction sur les diverses 
phases du procès et que l'on m'a volées, puisqu'elles se 
trouvent entre vos mains. » 

— Le défenseur : « C'est inexact. D'abord, il y a beau- 
coup de passages dans vos prétendues notes personnelles 
qui se trouvent reproduits textuellement dans le réqui- 
sitoire final du procureur. Et puis dans ces notes, vous 
faites parler le procureur à la première personne et sur 
les incidents survenus à l'audience. :» 

Cette conversation rapide fut entrecoupée par le pré- 
sident, tonnant que ces questions ne pouvaient être 
posées et que le défenseur n'avait plus la parole. Mais il 
était trop tard, l'effet était produit. 

Conséquence : le défenseur fut frappé d'une amende 
de 200 couronnes. 

Pendant que le tribunal s'était retiré pour délibérer 
sur cet incident, l'accusé, dans une suprême indignation,, 
se tournait vers le procureur et lui criait : « Vous m'avez: 
mis sur le banc d'infamie alors que c'est ce faux témoin 
que vous devriez y mettre ! » 

Pour ces propos de nouvelles poursuites furent ordon- 
nées contre M. Hinkovitch, lequel fut, conformément 
au réquisitoire, condamné à six mois de réclusion. La 

5 * 



— 66 — 

condamnation pour crime a pour conséquence la perte 
du droit d'exercer la profession d'avocat^ la perte du titre 
de docteur en droit et celle des droits civiques et politi- 
ques ; bref, c'est la mort civile. 

Ce jugement contre M. Hinkovitch^ déjà dessaisi de 
son étude d'avocat, fut publié le 28 mai 191 1. Le con- 
damné se pourvut en cassation et, le 9 décembre de la 
même année, la Gourde cassation se réunit pour statuer 
sur le procès. La disposition des juges était telle que 
l'acquittement ne faisait aucun doute. Alors le procu- 
reur général intervint et demanda la remise de l'aiïliire 
sous prétexte de ne pas l'avoir assez étudiée. 

Sur ces entrefaites, le président de la Cour de cassa- 
tion croate, M. de Rakodczay, ancien ban de Croatie et 
conseiller intime de Sa Majesté, qui s'était refusé à 
mettre la justice au service du pouvoir politique, fut 
brusquement mis à la retraite d'office, bien qu'il n'eût 
pas atteint la limite d'âge. Il fut remplacé par M. Possi- 
lovitch, frère du défunt archevêque de Zagreb. 

Quelques jours plus tard, le ban Tsouvay exprima, 
pendant une réception de la Cour suprême, à son 
nouveau président, l'espoir de trouver auprès des 
juges l'appui nécessaire à sa tâche politique. Cet « ap- 
pui » ne tarda pas à se manifester. La Cour de cassa- 
tion, nommée ad hoc, confirma la condamnation du 
-défenseur. 

Ajoutons que suivant la « louable tradition » austro- 
magyare, les juges qui avaient contribué à la condamna 
tion de M. Hinkovitch furent immédiatement et osten- 
siblement récompensés. Tandis que le président de 1^ 



- 67 - 

Cour de cassation avait reçu déjà d'avance sa rémunéra- 
tion par le fait de sa nomination, tous les autres furent 
promptement promus. 

5. Procès Friedjung. 

On était au paroxysme de la crise annexionniste quand 
le 25 mars 1909 l'historien et professeur Friedjung — 
dont les accointances avec le Ballplatz n'étaient un secret 
pour personne — publia dans la Nouvelle Presse Libre 
un article retentissant où il accusait, en termes ne laissant 
place à aucun doute, le gouvernement serbe et la famille 
royale d'avoir soudoyé les chefs de la coalition croato- 
serbe afin de provoquer, au profit de la Serbie, une in- 
surrection des pays yougoslaves. Il donnait les noms et 
les sommes reçues avec toutes les circonstances dans 
lesquelles ces achats de consciences se seraient accom- 
plis, et, ce qui était plus grave encore, il prétendait possé- 
der toutes les pièces justificatives a l'appui de ses affirmations. 

Tous les députés appartenant à la coalition croato- 
serbe intentèrent au professeur un procès en diffama- 
tion, procès qui eut lieu en 1909 devant la cour de 
Vienne. 

Alors le défenseur produisit ses pièces à conviction : 
des documents secrets dérobés aux archives du ministère 
des Aff"aires étrangères et du club Slovenski Youg de Bel- 
grade. M. Friedjung prétendit tenir ces documents d'une 
source confidentielle, mais si haut placée que toute con- 
testation serait inadmissible. Personne n'ignorait que 



- 68 — 

cette allusion visait le Ministère des Affaires étrangères 
et l'archiduc François-Ferdinand lui-même. 

Ces documents n étalent que les photographies des origi- 
naux qui, pour ne pas donner l'éveil, ne devaient pas 
être dérobés aux archives respectives. Mais quand les 
demandeurs purent jeter les yeux sur ces fameux docu- 
ments ce fut parmi eux une explosion d'hilarité tant 
était évidente l'œuvre des faussaires. La rédaction était 
en fort mauvais serbe, fourmillait d'expressions incon- 
nues en Serbie, mais littéralement traduites de l'alle- 
mand; il y avait des anachronismes grossiers. 

Parmi les documents du professeur se trouvaient des 
procès-verbaux de séances du club « révolutionnaire » 
Slovenski Youg de Belgrade, séances présidées par le pro- 
fesseur de droit criminel à l'Université de Belgrade, 
M. Boja Markovitch. Ces procès-verbaux portaient d'ail- 
leurs la signature du président. Or la police berlinoise 
fut obligée de certifier que M. B. Markovitch se trou- 
vait, pendant toute cette période, à Berlin, occupé à des 
travaux scientifiques et en relations continues avec quel- 
ques savants allemands. Ajoutons que le Slovenski Youg 
était un cercle d'étude de jeunes gens, entretenant une 
salle de lecture publique. Ce club n'avait rien de révo- 
lutionnaire. 

M. Friedjung avait aussi exhibé un rapport du chel' 
de section aux Affaires étrangères de Belgrade, M. Mi- 
roslav Spalaïkovitch, actuellement ministre de Serbie i 
Pétrograde; l'auteur y rendait compte à son chef hiérar- 
chique d'une prétendue mission en Hongrie où. il s( 
serait rencontré avec certains membres de la coalitior 



- 69 - 

croato-serbe. Dans ce rapport plein de balivernes peu 
diplomatiques, l'émissaire parlait d'un emprunt serbe 
que la Skouptchtina devait prochainement voter. Or cet 
emprunt avait été réalisé déjà un an auparavant avec la 
collaboration principale de M. Spalaïkovitch lui-même, 
qui n'aurait donc pas pu se tromper si grossièrement. 

M. Friedjung était-il dupe ou complice de ses hauts 
pourvoyeurs de documents? Ceux-ci étaient rédigés en 
serbe dont M. Friedjung avoua ne pas comprendre un 
traître mot. Etait-ce une excuse pour lui ? Pouvait-il se 
disculper par la confiance aveugle qu'il avait en ses pro- 
tecteurs ? Une telle « justification » était son arrêt de 
mort comme historien. Sot ou criminel, il était égale- 
ment odieux, comme était répugnant le rôle infâme qu'il 
avait consenti à jouer. Voici une preuve certaine de sa 
mauvaise conscience : 

Son article avait paru dans l'édition du matin (du 
25 mars 1909) de la grande feuille viennoise. C'est dire 
qu'il avait été composé et imprimé la nuit précédente. 
Or la veille, la crise annexionniste avait été brusquement 
arrêtée. Le 24 mars, la Russie avait reçu l'ultimatum 
allemand ; épuisée par sa guerre contre le Japon, elle 
avait dû s'incliner et inviter la Serbie à en faire autant. 
Tout danger de guerre ayant subitement disparu, 
M. Friedjung considéra son article comme inopportun 
pour lui-même et sa réputation. Il tâcha d'en arrêter la 
publication, mais l'article était d'une longueur déme- 
surée, l'heure déjà trop avancée, et, pour des raisons de 
mise en pages, la chose n'était plus possible. L'article 
parut. 



— 70 — 

Dès que le procès fut arrivé à son dénouement piteux, 
apparut parmi les plaignants M. Baerenreuther, ancien 
ministre autrichien et homme de confiance de l'archi- 
duc François-Ferdinand. Il fit appel au sentiment 
« patriotique ». « Le prestige de la Monarchie est en jeu, 
déclara-t-il, et c'est votre devoir de ne pas s'opposer à 
un arrangement amiable de l'afiaire. » Le président du 
tribunal, qui jusque-là avait été d'une partialité cho- 
quante intervint aussi. Les plaignants se gardèrent bien 
de ne pas céder à de telles instances. Le professeur 
Friedjung donna, en audience publique, lecture d'une 
déclaration regrettant son erreur ; alors les plaignants 
se désistèrent de leurs poursuites. 

Si la crise annexionniste (qui fut brusquement 
arrêtée le jour de la parution du fameux article (25 mars) 
par l'ultimatum allemand à la Russie envoyé le 24 
mars) avait provoqué la guerre ^, la vérité sur la soi- 
disant action de la Serbie officielle en pays yougoslaves 
n'aurait pu être mise en pleine lumière et, comme c'est 
actuellement le cas pour le grand procès de Bania- 
louka, l'Autriche eût fait passer la Serbie pour l'instiga- 
trice responsable de la conflagration. Elle eût envahi le 
pays, proclamé la loi martiale dans ses terres yougoslaves, 
et les 53 accusés de Zagreb ainsi que les hommes poli- 
tiques visés par l'article de Friedjung eussent certai- 
nement été mis à mort. Mais l'acte de repentir de 



^ Le 5 décembre 19 14 M. Giolitti révélait à la chambre 
italienne que l'Autriche avait voulu provoquer en 1909 la 
guerre contre la Serbie. 



— 71 — 

« l'historien » viennois ne fut pas seul à donner la clef 
du mécanisme de ce procès. Un certain journaliste, 
\'assitch, arrêté à Belgrade raconta au Tribunal comment 
après avoir été engagé comme précepteur des enfants 
de M. Svientochowsk}', secrétaire de la légation austrd- 
hongroise, le moyen lui fut offert par celui-ci de 
(( gagner beaucoup d'argent pour peu de travail ». Il 
s'agissait de « serbiser le texte des documents fabriqués 
à la légation, de transcrire le tout en lettres cyrilliques, 
enfin de contrefaire la signature des personnages auxquels 
étaient attribués ces documents. Vassitch accepta; le texte 
définitif fut photographié et envoyé à Vienne tandis que 
les documents v originaux » étaient brûlés. Ce sont ces 
photographies qui constituent les « preuves irréfutables » 
du professeur Friedjung î 

Vassitch donna de nombreuses preuves matérielles de 
ses allégations. Il avait par exemple, dans le texte d'un 
procès-verbal de séance du Slovenski Yoiic^, interpolé cette 
sentence : Bien sot qui croit à toutes ces bêtises. Les deux 
secrétaires de la légation, des Polonais, et le ministre 
magyar Forgach ne s'aperçurent pas de la ruse et 
encore moins le savant historien qui ne comprend pas 
un traître mot de serbe. Vassitch, qui avait réussi à 
soustraire à l'autodafé le document contenant le passage 
interpolé, fit, à l'aide de ce document, « chanter » le 
personnel de la légation qui tenta par toutes sortes de 
moyens de lui acheter ou de lui voler son précieux ins- 
trument de chantasse. 

Selon h coutume austro-hongroise le grand chef des 
faussaires, comte Forgach, fut récompensé par de l'avan- 



- 72 — 

cernent et c'est comme premier chef de section au 
Ministère des Affaires étrangères qu'il a collaboré à 
l'ultimatum contre la Serbie en 19 14. 

4. Les procès scolaires en Bosnie-Herzégovine. 

a) Contre 28 écoliers de Banialoiika. 

Comme les assassins de François-Ferdinand étaient 
des jeunes gens, les arrestations en masse d'élèves des 
écoles furent ordonnées après l'attentat. A Saraïevo 
seul on en incarcéra 180. Alors commença une série de 
procès dont le premier débuta le 3 mars 19 15 devant le 
tribunal de Banialouka. Etaient inculpés du crime de 
perturbation de l'ordre public, selon le § 142 du 
Code pénal, 22 élèves de l'école réale de Banialouka et 
5 candidats au baccalauréat : L. Djoukitch, élève de 
l'école normale (condamné déjà antérieurement pour 
l'affaire de l'attentat contre François-Ferdinand à dix 
ans de réclusion), puis le directeur de l'école réale, 
D' Krsmanovitch, des professeurs de cette école : xMM. 
J. Militch (qui était au front) V. Skaritch et P., 
Popovitch, puis M. Zaritch, instituteur à l'école pri- 
maire, le prêtre orthodoxe N. Kostitch et l'employé 
de banque F. Kourtagitch. Sept des accusés étaient 
musulmans, 4 catholiques, i uniate, les autres ortho- 
doxes. 

D'après l'acte d'accusation, les adolescents inculpés 
avaient V intention de fonder une société: Yoiigoslaviya (La 
Slavie du Sud), conformément à des intructions de la 



— 73 — 

jeunesse académique yougoslave de Prague et à des 
idées exposées dans certains articles de journaux par de 
jeunes nationalistes de Lioubliana (Laïbach). Cette 
intention était considérée comme crime de perturbation 
de l'ordre public. La complicité du directeur et des profes- 
seurs consistait à ne pas avoir empêché le mouvement 
« révolutionnaire» parmi leurs élèves, tout en connaissant 
5on caractère subversif. Le D"" Krsmanovitch était en 
même temps inculpé en sa qualité d'inspecteur d'une 
école primaire dans laquelle l'instituteur Zaritch avait fait 
réciter aux enfants, à l'examen public, certaines petites 
poésies « déloyales » publiées dans un journal pour 
enfants : Mala Srbadiya(\t petit monde serbe). L'inspec- 
teur avait, sans y faire objection, toléré que ces poésies 
fussent récitées en sa présence ; même il avait abonné 
sa fille au dit journal. Le pope Kostitch était accusé 
d'avoir anéanti les papiers de l'instituteur Zaritch au 
moment de l'arrestation de ce dernier. 

Quelques accusés, parmi lesquels le D*" Krsmanovitch 
ayant été acquittés par le tribunal de Banialouka,laCour 
suprême cassa cette partie de l'arrêt et ordonna de nou- 
veaux débats devant le tribunal de Travnik\ Cette fois 
tout le monde fut condamné. L'arrêt proclamé le 5 
août 19 15 mentionne des condamnations à la prison 
de 2 ans à 2 mois. Le directeur Krsmanovitch, « cheva- 
lier de l'ordre de François-Joseph », fut condamné à 
quatre mois de réclusion. 

^ Le gouvernement ordonna que dorénavant les procès 
ne pourraient plus être engagés dans le lieu .d'origine des 
accusés. 



74 



b) Contre neuf collégiens de Mostar. 

Le principal incriminé, le collégien Maritch, étant en 
Serbie, échappa à la condamnation. Son crime consistait 
à avoir, de Belgrade, correspondu avec ses amis de 
Mostar, auxquels il aurait envoyé une circulaire avec ses 
instructions sur la propagande à faire. L'accusation repro- 
chait aux inculpés d'avoir, lors d'une tournée de vacances, 
donné des concerts en Bosnie-Herzégovine soi-disant au 
bénéfice de la Prosveta, alors qu'en réalité ce n'était pour 
eux qu'une occasion de faire de la propagande panserbe. 
Bien que ces concerts eussent été autorisés par les pou- 
voirs publics, le tribunal condamna les chanteurs. Furent 
condamnés à la peine de réclusion : les collégiens 
V. Lalitch, R. Grdjitch et O. Mastilovitch à une année; 
leurs collègues Y. Saritch, M. Grdjitch, C. Mitrinovitch, 
B. Bratitch, A. Misita, à dix mois; le collégien D. Pavitch 
et l'artisan Doder à un mois. 

c) Contre soixante-cinq élèves de Saraïevo et de Trébigné. 

Le 13 juillet 19 15 commença à Travnik un procès 
contre soixante-cinq collégiens de Saraïevo et élèves de 
l'école commerciale de Trébigné. Environ la moitié des 
accusés se présentèrent à l'audience; l'autre moitié était 
ou enrôlée à l'armée ou servait comme volontaires en 
Serbie. Parmi les accusés, six (L. Djoustchitch, C. Popo- 
vitch, V. Tschoubrilovitch,LKranytchévitch, B. Zago- 
ratz et D. Kalember) qui étaient déjà condamnés pour 



prétendue complicité dans l'attentat de Saraïevo. Au 
point de vue confessionnel il y avait six musulmans et 
sept catholiques; le reste était orthodoxe. Tous ces 
jeunes gens étaient accusés de s'être organisés sous forme 
de « Jeunesse nationaliste serbo-croate » et d'avoir sous 
l'apparence de nationalisme yougoslave propagé des idées 
panserbes. Par cette accusation on tâchait d'élever chez 
les Croates des soupçons contre les Serbes, en affirmant 
que ceux-ci n'aspirent pas à V union des deux branches de 
la nation yougoslave, mais à V absorption des Croates parles 
Serbes. Les jeunes accusés auraient été en relation avec 
le club Narodno Ouyédignégné (l'Union nationale) de Bel- 
grade, dont le but était « l'union des Serbes, Croates et 
Slovènes en un Etat national de Skopljé (Uskub) à Liou- 
bhana et deTsétigné à Novi Sad(Neusatz) » ; en outre, 
ils auraient prêché la haine contre la monarchie austro- 
hongroise. 

Tous les accusés furent condamnés à des peines de 
réclusion variant entre trois ans et six semaines. L'un 
d'eux pour le cri séditieux de « vive la révolution ! vive 
YoukitchM », quatre autres simplement pour avoir chanté 
le chant : Ecoute/^, frères Slaves! 

d) Contre trente-huit collégiens de Tou:(la. 

Le 13 septembre 1915 s'ouvrirent, devant le tribunal 
de Bihatch, les débats contre trente-huit collégiens de 
Touzla et trois de leurs professeurs : P. Milétitch, 

* Voir chap. IV. 



- 76 - 

V. Vouyassinovitch et A. Bise. Les élèves étaient accusés 
de haute trahison, de perturbation de l'ordre pubHc et 
de fondation de sociétés secrètes. Leur crime principal, 
d'après les affirmations du procureur de l'Etat, était 
leurs relations avec la Naroàna Odbraîia, de Belgrade, 
société prétendue révolutionnaire. Trois des jeunes gens 
étaient accusés d'avoir approuvé l'attentat de Saraïevo ; 
un d'avoir fait un faux témoignage dans le procès au 
sujet de cet attentat. Trois (dont un professeur) étaient 
musulmans, trois catholiques, tous les autres ortho- 
doxes. 

L'arrêt, proclamé le 5 octobre, condamna Todor Ilitch 
à la peine de mort par pendaison, Mladen Stoyanovitch 
à seize ans de réclusion, Stevan Botitch à quinze ans, 
Voyislav Vassilyevitch à quatorze ans, Bojidar Tomitch 
et le séminariste Marko Ilitch, chacun à douze ans, Sreten 
Stoyanovitch à dix ans et Drago Mazar ci trois ans. Tous 
ces adolescents furent condamnés pour haute trahison. 

Comme complices et pour n'avoir pas dénoncé leurs 
collègues, furent condamnés : à cinq ans de réclusion 
Lj. Todorovitch, Branko Jouzbasitch, Obrad Mitchitch, 
Lj, Rankov, Nikifor Taditch ; à quatre ans Vid Garko- 
vitch ; à trois ans A. Simitovitch ; à deux ans et demi 
A. Boudimir, S. Mihitchitch, L. Kladar, Z. Zaritch, 
R. Starovitch, I. Banjitch, D. Stanisitch, P. Yovano- 
vitch, P. Voukovitch, M. Ilitch et G. Yovanovitch ; à 
une année Stevan Hakman et M. Popovitch ; à onze 
mois le professeur Adem Bise ; à dix mois V. Stepano- 
vitch, le professeur Veljko Vouyassinovitch et le direc- 
teur de l'école commerciale Petar Miletitch ; à un mois 



— 77 — 

N. Nikolitch, Andjelko Popovitch, I. Savitch, M. Yoko- 
vitch et K. Hakman. En somme, une condamnation à 
mort et cent cinquante-cinq ans et dix mois de réclu- 
sion. 

* * 

Dans tons ces procès, les élèves condamnés étaient, à 
de rares exceptions, des mineurs ; il y en a qui n'avaient 
pas quinze ans; che:{ certains condamnés, le nombre des 
années de réclusion égale celui de leur âge. Tous les profes- 
seurs condamnés ont été déchus de leurs fonctions. 



5. Procès Drinkovitch. 

« Le 22 et 23 septembre 19 16, la Cour de cassation 
de Vienne a délibéré sur la condamnation du docteur 
Mata Drinkovitch, député croate (quelques lignes cen- 
surées). Le dossier a été renvo3^é au tribunal de première 
instance pour procéder à un nouveau jugement. La 
défense est dans les mains du docteur M. Laguigna ». 
(Narodni List., 29-IX-16). 

C'est ainsi qu'un procès politique, commencé les pre- 
miers jours de la guerre européenne, s'ajourne indéfi- 
niment, faute de preuves convaincantes, tandis que l'ac- 
cusé passe de tristes journées, souffrant et ruiné, dans 
les prisons autrichiennes. 

Le docteur Mata Drinkovitch, médecin de Chibénik 
(Sebenico-Dalmatie) est un des députés croates à la Diète 
dalmate. Il est président du parti croate, dit parti de Star- 



- 78 - 

tchévitch, en Dalmatie. Sa politique purement croate a 
été aussi, en même temps, une politique nationale, ne 
subissant aucune influence de la politique autrichienne. 
Immédiatement après la guerre balkanique, lorsque 
la Serbie fit preuve de tant de force vitale et remporta 
tant de succès, ce parti dalmate s'est rendu compte du 
revirement d'une portée historique qui s'était opéré 
dans les Balkans. D'accord avec les autres éléments natio- 
naux en Dalmatie, qui de tous temps ont soutenu 
l'idée de l'unité nationale serbo-croate, ce parti arrangea 
de grandes manifestations à la gloire des armées serbes. 
Avec Split (Spalato), c'est la ville de Chibénik qui a 
pris la part la plus active à ces manifestations, et c'est le 
docteur Drinkovitch, aidé de son ami et partisan, le 
docteur Krstelj, maire de Chibénik, qui se mirent à la 
tête du mouvement. Ces deux hommes politiques ont 
prononcé des discours brillants dans un grand meeting 
national à l'occasion des manifestations proserbes. Les 
autorités autrichiennes ne sont pas restées impassibles 
devant ce nouvel état de choses, et c'est sur la ville 
même de Chibénik que s'est abattue la fureur gouver- 
nementale. Le conseil municipal a été dissous à deux 
reprises, et ne pouvant pas avoir raison du mouvement 
national, le gouvernement autrichien a institué le com- 
missariat et a procédé à des élections illégales. C'est 
alors qu'une campagne de presse d'une extrême violence 
s'est engagée entre le parti croate du docteur Drinko- 
vitch et des éléments austrophiles, d'ailleurs très peu 
nombreux, en Dalmatie. Au cours de cette polémique, 
le docteur Drinkovitch a publié une série d'excellents 



— 79 — 

articles, fort bien documentés, dans lesquels il a défendu 
avec une profonde conviction, l'idée de l'unité des 
Serbes et des Croates, ainsi que la nouvelle orientation 
de la politique nationale vers les Balkans et vers l'Orient. 

Dès que l'Autriche-Hongrie a déclaré la guerre à la 
Serbie, on a procédé à l'arrestation d'un grand nombre 
de Croates et de Serbes en Dalmatie. Les docteurs Drin- 
kovitch et Krstelj étaient, naturellement, parmi les pre- 
miers qui furent jetés dans les casemates autrichiennes. 

Selon la tradition autrichienne, un procès de haute 
trahison fut intenté contre le docteur Drinkovitch, tandis 
que son ami Krstelj, pris comme otage, fut promené 
longtemps dans les trains militaires, prêt à être fusillé si 
quelque attentat se produisait en route. Faible de cons- 
titution et constamment souffrant, la prison eut une 
influence déplorable sur la santé de Drinkovitch. En 
vain ses amis ont-ils prié les autorités de le transférer 
dans un hôpital pour y attendre la sentence des tribu- 
naux ; les autorités autrichiennes se sont refusées catégo- 
riquement à agréer cette demande. 

Les détails du procès Drinkovitch ne sont pas connus, 
n'ayant jamais été publiés. 

Comme un grand nombre de politiciens yougoslaves 
.accusés de haute trahison, le docteur Drinkovitch a été 
défendu par le docteur Laguigna, député au Parlement 
de Vienne et chef des Croates d'Istrie. 

Notons en passant le fait que la Diète de Dalmatie 
(Dalmatinski Sabor) n'a pas été convoquée depuis le 
commencement des guerres balkaniques. Les députés, 
ainsi que la population, ont protesté très souvent dans 



— So- 
dés meetings et dans la presse, contre la non-convocation 
de la Diète. En 19 13, les députés du Sabor dalmate et 
les maires de toutes les villes et communes de Dalmatie, 
ont eu une réunion imposante dans le bâtiment du Sabor 
de Zadar (Zara), où ils ont protesté contre l'illégalité de 
la non-convocation de la Diète. En même temps les 
participants à cette réunion ont manifesté à l'unanimité 
pour la victoire des armes serbes dans la guerre balka- 
nique. C'est alors que la Nouvelle Presse Libre de Vienne 
a publié un communiqué officieux dans lequel il était 
dit que la Diète dalmate ne pouvait être convoquée parce 
que le gouvernement de Vienne, connaissant l'état d'es- 
prit populaire en Dalmatie, avait des craintes fondées 
qu'il ne se produise au sein même de la Diète des mani- 
festations contraires aux intérêts de la Monarchie. 

6. De dUELaUES BANALES PERSECUTIONS. 

Les lignes qui vont suivre, entièrement tirées des jour- 
naux austro-hongrois, donneront au lecteur une idée 
exacte de la mentalité persécutrice des autorités de la 
Monarchie au cours de cette guerre extérieure faite aux 
Alliés et de cette autre guerre intérieure faite aux Yougo- 
slaves, aux Tchèques, aux Italiens et aux Roumains sujets 
austro-hongrois. 

La chasse aux idées subversives. 

La manie des autorités austro-hongroises de chercher 
et de découvrir des crimes de lèse-majesté, des complots 



— ^I — 

contre la sûreté de l'Etat, des livres et des idées sub- 
versives, occupe presque toute leur activité. Les Yougo- 
slaves sont l'objet principal de ces persécutions mesquines 
en Autriche-Hongrie. 

A côté des grands procès plus ou moins connus de 
l'opinion publique, il y en a une foule qui défraient 
quotidiennement les rubriques de « faits divers » des 
journaux austro-hongrois ; ces petits procès sont aussi 
répugnants et cyniques que les grands ; parce qu'ils sont 
légion et parce qu'ils sont intentés pour des futilités, 
ces procès deviennent intéressants et caractéristiques. 

La chasse aux idées et aux livres subversifs, pour stupé- 
fiante qu'elle soit, n'est pas moins tyrannique que la 
chasse aux « individus subversifs ». 

Les prisons et les camps de concentration regorgent 
de Yougoslaves, de Serbes surtout, sujets de la monarchie 
apostolique, parce qu'ils ont eu le malheur de voir s'exer- 
cer sur eux l'activité des autorités austro-hongroises. 

Du nombre illimité de ces poursuites judiciaires — 
que des volumes entiers n'auraient pas été suffisants à 
décrire tous — nous donnons quelques exemples, choisis 
au hasard. 

U7Î procès typique. 

« Le directeur du lycée de Touzla (Bosnie), 
conseiller gouvernemental et poète croate, doc- 
teur Alaupovitch, a été traduit devant le tribunal 
et condamné : /ï° pour avoir permis, au mois de 
>^ féyner 19^2^^ eii.sa.q^ualitéçie directeur, àj^'un de 



— 82 — 

ses élèves de la sixième, de lire dans des réunions 
d'élèves du lycée des conférences sur l'origine de 
l'homme d'après Darwin, et sur les premiers mo- 
ments de la civilisation humaine ; 2° pour avoir 
permis à un autre de ses élèves de lire une con- 
férence sur le féminisme et la prostitution dans 
une réunion de la société antialcoolique « Trez- 
venost » ; 3'* pour avoir permis à ses élèves de fré- 
quenter la société de gymnastique serbe le « Soko » 
et les salles de lecture serbes, ainsi que de ne pas 
avoir usé, en vertu d*une ordonnance du 19. ix. 
19 13, de la force publique pour empêcher ses élèves 
d'y participer ; 4° pour avoir permis à ses élèves la 
lecture de la revue serbe « Zora », paraissant à 
Vienne; 5° pour avoir permis à l'un de ses pro- 
fesseurs de se rendre à Belgrade; 6° pour avoir 
permis à ses élèves, à Pâques 1912, de faire une 
excursion à Zvornik, sur la Drina, tout près de la 
frontière serbe. Le directeur est tenu responsable 
parce que ses élèves ont été reçus à Zvornik par les 
membres de la société de gymnastique serbe, le 
« Soko », en uniforme et cocarde aux couleurs 
nationales serbes, parce qu'ils ont participé aux 
exercices de gymnastiques, avec les membres de la 
dite société, parce qu'ils ont passé de l'autre côté 
de la Drina, sur le territoire de la Serbie, qu'ils 
ont chanté des chants patriotiques serbes, qu'ils 
ont baisé le sol de la Serbie, et qu'ils ont cueilli 
<les fleurs et ramassé des cailloux en guise de sou- 
venir ; 7° pour avoir permis à Calesiya (Bosnie) à 



- 83 - 

ses élèves de défiler aux sons de la marche de la 
société de gymnastique « Soko » ; 8° pour avoir 
défendu la discussion h ce sujet à la conférence des 
professeurs du lycée ; 9° pour avoir soumis aux 
autorités supérieures un rapport inexact. Tous ces 
« crimes » ont été qualifiés par le procureur, soit 
« d'abus de pouvoir dans l'exercice de ses fonctions 
officielles », soit de « faux témoignage ». Le procès 
commencé le 23 mai 19 16 n'a été terminé que le 
3 juin 19 16, par l'acquittement de l'inculpé, mais 
le procureur général a recouru contre l'acquitte- 
ment. L'affaire n'a pris fin qu'au commencement 
du mois de septembre, par la suspension du docteur 
Alaupovitch de ses fonctions officielles, et par la 
perte de ses appointements arriérés. » {Bosnische 
Post, 24-V, 4-IV et Novosîi lé -IX- 19 16). 

Livres mis à l'index. 

Le tribunal de première instance de Novi Sad (Batchka, 
Hongrie) a statué le 14. ix. 1916 sur la confiscation de 
nombreuses productions littéraires serbes. Tous les 
ouvrages incriminés sont qualifiés « d'anneaux de cette 
longue chaî ne du travail sournois de la Serbie, de cette 
série de productions inspirées par une hain e farouche, 
et par l'excitation effrénée à la révolte. » 
Ont été confisqués, entre autres ouvrages : 
i-o. L'armée serbe, Kossovo et Prichtina, édité par la 
librairie Svetozar Ognianovitch, de Novi Sad^ I9i3> 



— 84 — 

Andnyibe* La tonfiscation est faite pour délit d'incitation 
dans les passages suivants : 

« L'armée héroïque serbe a vengé Kossovo, 
délivré de la servitude les Serbes opprimés depuis 
500 ans et a rallumé dans le cœur de chaque Serbe 
l'orgueil de la sauvegarde et de la fierté du nom 
serbe. » — « Que ce livre soit lu par les jeunes et 
par les vieux, qu'ils y puisent les leçons et la nourri- 
ture spirituelle et qu'ils soient fiers d'appartenir à 
la noble et héroïque nation serbe. » 

2-0. La montagne et V homme, édition de la « Matitza 
Srpska » îiNovi Sad 1906, par M. N. Yovanovitch. Con- 
fisqué pour délit d'incitation, quoique la plaquette porte 
le sous-titre « essai de géographie et de civilisation ». 
Voici le passage incriminé : 

« Lorsque la Serbie a été défaite à Kossovo et 
■ que la liberté serbe s'est réfugiée dans les glorieuses 
montagnes de la Tzrna-Gora (Monténégro), les 
héroïques Monténégrins ont versé leur sang pré- 
cieux jusqu'à ce que l'Europe ait reconnu l'indé- 
pendance de la Serbie et du Monténégro. Faudrait-il 
rappeler ce qu'étaient les montagnes et les forêts 
ombrageuses pour les haïdouks serbes ? Je crois 
qu'il est inutile d'en parler, puisqu'il n'y a pas un 
Serbe qui ne sache ce qu'étaient les haïdouks pour 
les Serbes. » 

1. 7^:t^pi:.Les poésies de Branco Raditchevitch . (Un deîl 
g^raods,;poètes 'tyriq-ues 4e 'la période romantique serbe 



moriiVieriBe 'en''i85;3' r^^é sujet-ïde] la Monarchie JJil n'a 
été qu'une demi-journée en Serbie.) Edition de: 1889, 
librairie Popovitch à Novi Sad. Confisqué pour délit 
d'incitation. Voici rincriminatiôn : 

« En 1848, au temps de la révolution des Magyars, 
pendant que ceux-ci ont tenu assiégée et ont bom- 
bardé la ville de Temesvar — : où vivait le père du 
poète — et que la Voïvodina serbe se mourait, le 
moment n'était pas favorable pour la poésie ; ensuite 
le poète affirme que les Magyars ont tué et pendu 
des Serbes sans aucun motif; dans la poésie épique 
« Stoyan », se souvenant de la révolution des 
Magyars de 1848, le poète dit qu'elle a été provo- 
quée par les intrigues des Hongrois. » 

4-0. La Russie et la. question balkanique par M. Dra- 
goman. Edition Marcovitch, à Novi Sad, 1877. Con- 
fisqué pour délit d'incitation : « Quoique le livre ne parle 
que de la période de l'occupation de la Bosnie et Herzé- 
govine^ il est intéressant encore aujourd'hui ». La sen- 
tence pour la confiscation de ce livre dit entre autre : 

« Le livre s'occupe de la Russie et de ses rapports 
avec les peuples balkaniques et conclut que la 
Russie, protectrice des peuples balkaniques, n'a 
pas accompli tout son devoir, puisque pour s'assu- 
rer le neutralité de l' Autriche-Hongrie elle a consenti 
à défendre dans les deux provinces serbes, la Bosnie 
et l'Herzégovine, les intérêts austro- hongrois. 
L'auteur blâme, la Russie et se demande comment 



— 86 — 

il convient d'appeler ce geste de la Russie : délivrance 
ou trahison. » 

Les détails de ces condamnations posthumes, ainsi 
que les raisons du tribunal pour la confiscation sont 
empruntés à un article du journal hongrois Ujvidéki 
Hirlap du 15 septembre 19 16. Voici la fin de cet article 
du journal hongrois : 

« J'ai fait ces extraits des débats du tribunal, 
sans vouloir les commenter. J'affirme seulement 
que ces livres ont paru à Novi Sad ; c'est là qu'ils 
ont été imprimés et qu'ils ont été vendus. Il n'y a 
pas d'audience sans qu'il y ait à l'ordre du jour la 
confiscation de quelques-unes de ces productions 
littéraires. Le ton, la tendance, la matière, en sont 
toujours les mêmes : une antipathie et une haine 
inassouvie contre les Hongrois. Les fils mènent en 
Serbie. La Serbie expie maintenant. » 

Cette manière ridicule de chercher la Serbie partout 
et de condamner en 1916 les livres, les poèmes datant 
de 1906^ ^^11, 1848, écrits par des Serbes de l' Autriche- 
Hongrie, publiés en Autriche-Hongrie, et oubliés pres- 
que depuis longtemps, là comme partout ailleurs, 
devient inqualifiable. La Serbie expie maintenant parce 
qu'il y a 70 ans un poète serbe d'Autriche-Hongrie a 
écrit une parole désobligeante pour les Hongrois, lors- 
que les siens ont défendu la dynastie habsbourgeoise 
contre les insurgés magyars. La Serbie d'alors n'était, 
on le sait, qu'une principauté minuscule. 



I 



- 87 - 



Quelques faits divers. 



« Un coiffeur d'Ossiek (Croatie), Kostiich, s'était 
vanté dans un magasin, au mois de décembre 1915, de 
son origine serbe, disant qu'il était lui-même un « Serbe 
d'acier». Il avait glorifié le roi Pierre de Serbie, et me- 
nacé les gens de la victoire serbe et de l'arrivée du roi 
Pierre. Le tribunal l'a condamné à trois mois de tra- 
vaux forcés ! (Hrvatska Odbrana, 20-IX-1916). 

« Douchan Djourichine, de Stari Betschay (Batchka) 
a rendu grâce à Dieu pour l'aide qu'il prête aux espé- 
rances serbes et a fait des vœux pour l'entrée des Russes 
en Hongrie afin d'y mettre de l'ordre. Pour comble, il 
a béni à sa façon le kaiser d'Allemagne. Eu égard à l'état 
d'ébriété dans lequel il était lorsqu'il a parlé ainsi, le 
tribunal l'a condamné à six mois de prison. (Ujvidéki 
Hirlap, 15-IX-1916). 

« Dans les magasins souterrains de la librairie Raïko- 
vitch et Tchoukovitch, à Belgrade, la police a trouvé un 
certain nombre de livres défendus par l'autorité mili- 
taire. Parce que le représentant actuel de cette maison, 
Tokalitch, a omis de montrer ces livres aux autorités 
lorsqu'elles ont fait, il y a quelques mois, la revision 
des magasins, la police l'a arrêté sous l'inculpation 
d'avoir voulu receler les livres défendus. » (Beogradske 
Novine, 22-IX-1916.) 

« Le tribunal de première instance de Segedin a con- 
damné à huit mois de prison le paysan serbe Mathïa 



-_=. 8g _ 

Rouss, originaire de Deska (Banat). Rouss était accusé 
par le sergent de gendarmerie du village de ne pas 
avoir dissimulé ses sentiments serbes et d'avoir tenu 
dans sa. chambre le portrait du « batïouchka » (le tzar 
russe). L'agent de police, un magyar, Jozef Franyo, lui 
avait conseillé à plusieurs reprises de faire attention à 
ses paroles et surtout de ne pas radoter en état d'ivresse. 
Sa maison et sa famille servaient de lieu de réunion aux 
prisonniers russes qui s'y trouvaient comme chez eux. 
Lorsque dans une auberge, dont le tenancier est un 
certain Klein, l'agent a reproché à Rousk cette con- 
duite envers les prisonniers russes, il a répondu à 
haute voix que ceux-ci sont « nos frères. » (Szegedi 
Naplo, 19-IX-1916.) 

« Les gendarmes hongrois ont découvert, pendant 
l'enlèvement des cloches du clocher du monastère serbe 
de Kovilj (Batchka), un drapeau aux couleurs serbes. 
Lîimédiatement les autorités ont ordonné une instruc- 
tion contre les moines, le prêtre de la localité et le son- 
neur pour crime de haute trahison. » 

Le drapeau porte l'inscription : « Vive le docteur Laza 
Kostitch, notre candidat à la députation ! » (Ujvideki 
Hirlap, 19-IX-1916.) 

Le prêtre, un vieillard septuagénaire, affirme que ce 
drapeau est resté depuis le temps où le grand poète serbe, 
Laza Kostitch, a été candidat à la députation du parti 
national serbe. Kostitch a été candidat de Milétitch, 
dans l'arrondissement de Chaïkach, pour le parlement 
hongrois en 1874. A cette époque, le peuple serbe en 
Hongrie (dans la Voïvodina) était autorisé à avoir son 



— «9 — 

drapeau national, dont les couleurs sont identiques aux 
couleurs du royaiime.de Serbi:e, 

« Le verdict du procès contre les Serbes de Sento- 
macli n'est pas encore entré en vigueur. Cependant ceux 
-qui sont inculpés dans ce procès pour avoir porté des 
■toasts à la santé du tzar de Russie dans la maison du 
facteur Zagoritza, ont été congédiés des bureaux hon- 
grois et ne sont plus libérés du service militaire. Issidor 
Ivanitch, notaire - de Sentomach est déjà parti pour 
rejoindre un régiment d'infanterie. » (Szegedi Naplo 
28-IX-i9ié.) 

Ivanitch est âgé de 50 ans, et il n'a jamais fait de 
service militaire. Il a été condamné à un an de prison, à 
la perte de son poste et de ses droits civiques. Ont été 
condamnés aussi : le prêtre Lazar Voukov, à deux ans de 
prison ; l'avocat D"" Ivan Zagoritza, à un an de prison 
avec perte de son diplôme d'avocat et de ses droits ci- 
viques, et l'employé des postes Zagoritza, à un an de 
prison. Tous doivent payer une forte amende. Ils ont été 
condamnés pour avoir fait, pendant la fête patronale de 
l'employé de poste Zagoritza, des libéralités aux prison- 
niers de guerre russes et pour avoir chanté l'hymne 
russe. La condamnation a été prononcée d'après la dé- 
position d'une cuisinière. 

Sentomach ou « Srbobran » est une des plus grandes 
et des plus riches communes serbes dans la Batchka 
(Hongrie méridionale). Il a été glorieusement défendu 
à trois reprises en 1848 par 9000 Serbes irréguliers 
contre une armée de 40,000 réguliers hongrois com- 
mandés par les généraux Meszaros et Kiss. 



— 90 — 

7- Procès Stiépan Grdjitch. 

Si nous avions tenu à Tordre chronologique, le procès 
dont nous allons dire quelques mots aurait dû passer 
après celui de Banialouka, car il vient seulement d'avoir 
son épilogue le 5 octobre 19 16. 

Le journal officiel de Bosnie et Herzégovine, le Sa- 
raïevski List, dans ses numéros des 4 et 5 octobre, pu- 
blie le compte rendu du procès intenté contre Stiépan 
Grdjitch, professeur, député au Sabor (Diète) de Bosnie 
et Herzégovine, chef de l'opposition serbe et frère de 
Vasilj Grdjitch, député aussi, et qui ouvre la liste sinistre 
des condamnés à mort dans le procès monstrueux de 
Banialouka. 

Stiépan Grdjitch était accusé du crime de lèse-majesté : 

1. pour ne pas s'être levé, dans la séance du Sabor 
du 4 mai 19 14, pendant que le président du Sabor com- 
muniquait que Sa Majesté François-Joseph était en 
bonne santé ; et 

2. pour être venu en costume de ville, de couleur 
claire, à la séance du Sabor du 28 juin, le jour de l'as- 
sassinat du prince héritier l'archiduc François-Ferdinand, 
ainsi que d'avoir parlé avec son frère Vasilj Grdjitch et 
le député Niejitch, pendant qu'on criait : « Gloire à 
lui ! » et « Vive ! » 

Le tribunal a condamné le député Stiépan Grdjitch à 
quatorze mois de travaux forcés et au payement des frais 
du procès. 



— 91 — 

Dès le premier jour de la déclaration de guerre de 
TAutriche-Hongrie à la Serbie, les autorités austro- 
hongroises se sont mises à l'œuvre pour exécuter dans 
les pays yougoslaves le plan infernal d'extermination 
sommaire des personnalités politiques, des notables, 
ainsi que de toutes les personnes dont elles désiraient se 
débarrasser. 

Le premier filet jeté sur toute la Bosnie et l'Herzé» 
govine avait donné une pêche abondante : tous ceux 
auxquels on avait à reprocher le moindre grief furent 
pris, incarcérés, déférés aux tribunaux, jugés et con- 
damnés. C'est ainsi que commença une série intermi- 
nable d'infâmes procès de lèse-majesté, de haute tra- 
hison, d'infidélité au régime, de connivences avec les 
Serbes de Serbie, de propagande subversive, etc. etc. 
Le grand public européen se souvient sans doute des 
procès aussi retentissants qu'iniques comme ceux de 
Banialouka, de Mostar, de Saraïevo, de Touzla, de Trav- 
nik, où de nombreux Serbes furent condamnés arbi- 
trairement à des peines draconiennes. Les procès de 
Saraïevo, de Banialouka et de Travnik s'occupèrent de 
la jeunesse scolaire serbe et de leurs professeurs, qu'ils 
envoyèrent à la potence ou dans les casemates ; le grand 
procès de Banialouka fit comme nous le verrons plus loin 
le nettoyage des indésirables politiques. 

A côté de ceux que balaya l'inquisition austro-hon- 
groise, il restait toujours des gens contre lesquels elle ne 
pouvait dénicher la moindre accusation plus ou moins 
vraisemblable ; leur existence gênait cependant les auto- 
rités, de sorte que toute l'armée des espions reçut l'ordre 



-T-rr 93 :=r:r 

d.'iiîventea' des ,ii<;éasaf ij^i^ et dé dénôi>e)$r::ksf personnes 
inscrites slif :1a:. liste -terrible dii cîabinernoirrde Saraïevx)'. 
. ;:Sné.pan Grdjitch était le premier sur œtte liste. Interné 
d'abord, puis pris çomrne otage par lés autorités mili- 
taires qui devaient le fusiller au premier accident en 
Bosnie ou Herzégovine, il fut persécuté constamment 
jusqu'à ce qu'on ait trouvé un prétexte de l'envoyer re- 
joindre ceux de ses amis qui, depuis longtemps déjà, 
croupissent entre les murailles humides des prisons au- 
trichiennes. 

Il faut avouer cependant que les sbires autrichiens ont 
été pris au dépourvu et qu'ils n'ont rien pu imaginer 
contre un homme dont la vie politique était toute rem- 
plie par une activité excessive, tant à l'école que dans les 
mouvements poUtiques et nationaux et à la Diète de 
Bosnie-Herzégovine. v 

On l'a vu le réquisitoire contre Grdjitch se base 
sur des futilités ridicules. 

■ Quoique protégé par son immunité de député, il s'est 
vu traduit devant le tribunal pour des actes qu'il aurait 
commis au sein même du Sabor : ne pas s'être levé 
lorsqu'on a parlé de la santé de l'empereur François- 
Joseph, et ne pas avoir observé l'étiquette pendant une 
cérémonie de deuil. Encore si ces accusations étaient au 
moins fondées ! Parmi les quinze députés, pour la plupart 
musulmans et catholiques, qui ont déposé, un seul a 
déposé contre l'accusé, et celui-là était un musulman, 
ennemi personnel de Grdjitch ; les autres ont déclaré ne 
rien savoir. Le ministre de Bosnie, Frangech, a déposé 
<^,qu'il lui a paru que les deux Grdjitch, ou l'un d'eux, 



— 93 — 

étaient assis ; d'ailleurs, dit-il, on n'a pas bien pu voir 
de la tribune des ministres )>. Le Président du Sabor qui, 
d'après l'acte d'accusation aurait reproché à l'inculpé de 
s'être assis pendant la lecture du nom de Sa Majesté, dé- 
clare ne rien savoir, et ne se souvient même pas d'avoir 
fait ce reproche. L'évêque catholique Charitch dit « qu'il 
lui semble avoir vu Grdjitch assis ». On a lu aussi les 
dépositions de quinze autres députés, — Serbes pour la 
plupart, — qui n'ont pas été publiées parce qu'elles 
n'étaient pas en faveur de la thèse du procureur général. 
Ainsi de trente députés qui ont témoigné, un seul 
accuse, vingt-neuf ne savent rien, et le crime de lèse- 
majesté est établi. 

Quant à la question d'étiquette criminelle, l'accusé 
démontre que ce jour-Là sa maison avait été fermé à clef, 
sa femme étant absente de Saraïevo. La convocation du 
Sabor ayant été faite d'urgence, il n'a pas pu avoir un 
moment de liberté pour aller forcer les serrures de sa 
maison et s'habiller de noir. Il était donc dans l'alter- 
native ou de ne pas assister à la séance, ou bien d'y aller 
en costume de ville. Puisque son absence aurait été in- 
terprétée d'une manière défavorable (il ne faut pas oublier 
que ce même jour avait été assassiné l'archiduc François- 
Ferdinand), il a préféré se rendre au Sabor en costume 
de ville plutôt que de ne pas y aller du tout. Le tribunal 
a jugé qu'il a commis un crime, puisqu'il aurait pu, 
malgré tout, s'habiller de noir. 

Le procureur général a trouvé moyen de convaincre 
les juges par une péroraison qui n'est rien moins que 
curieuse; En parlant de l'inl^munité- des députés^ -il ^ite 



— 94 — 

le § 34 du Règlement intérieur de la Diète qui dit que 
les députés ne peuvent pas être jugés pour leur vote 
et pour leur discours au Sabor. Néanmoins, conclut 
le procureur, « cette immunité ne comporte pas les cas 
pour lesquels est accusé le député Grdjitch » c'est-à-dire 
pour avoir été assis lorsque le nom de l'empereur fut 
prononcé, et pour avoir porté un costume de ville pen- 
dant une séance de deuil ! 

Cette fois, dans ce procès fou et ridicule, l'Autriche- 
Hongrie a surpassé toutes les illégalités et tout l'arbi- 
traire qui lui sont pourtant si familiers. 

Cela n'a pas empêché les autorités autrichiennes, 
malgré l'incohérence et l'iniquité du jugement, d'arriver 
à leurs fins : se débarrasser des gens incommodes. Que 
le procès soit monstrueux, c'est la moindre de leur pré- 
occupations. Le principal, c'est de voir leurs victimes 
condamnées et emprisonnées. 

* 
* * 

Madame Danitza Niéjitch écrit une lettre ouverte au 
]0UYn3.\ officiel Bosnische Post du 4, X, où elle proteste 
contre cette imputaition que son mari, le député D*" Jivko 
Niéjitch, actuellement prisonnier en Russie, aurait parlé 
dans la séance de deuil du 28 juin 19 14 à Stiépan et à 
Vasilj Grdjitch. 

En effet, son mari n'était pas à cette époque à Sara- 
ïevo; il faisait partie d'une commission judiciaire en- 
quêtant ce jour-là aux environs de Banialouka, c'est-à- 
dire à plus deux cents kilomètres de Saraïevo. Cette 



— 95 — 

déclaration de M""' Niéjitch infirme une partie de l'accu- 
sation contre Stiépan Grdjitch, accusation d'ailleurs fan- 
taisiste. 



8. Leurs procédés d'instruction juridique. 

Le livre rouge austro-hongrois ^ a glané dans la presse 
serbe 26 fragments et résumés d'articles datés de juin et 
juillet 19 14, extraits qui sont destinés à prouver l'atti- 
tude provocante et calomnieuse des journaux serbes à 
l'égard de la Monarchie. 

« La Stampa^w <^ juillet prétend que la police de Saraïevo, 
expose les auteurs du crime arrêtés aux tortures les plus 
inhumaines et les plus honteuses pour leur extorquer de faux 
aveux qui serviraient de base à des accusations contre le 
peuple serbe. » 

« La Politika du ^ juillet expose dans un article de fond 
intitulé « Mensonges impudents » ce qui suit : « La manière 
dont est faite l'instruction sur Vattentat de Saraïevo permet 
de reconnaître le but que V Autriche-Hongrie poursuit. 
Comme les auteurs de l'attentat, malgré toutes les tortures 
auxquelles ils étaient soumis, ne voulaient pas dire ce qu'on 
leur demandait, on a trouvé d'autres individus qui se sont 
déclarés prêts, sous certaines conditions, à avouer une certaine 
complicité, mais en même temps à incriminer tous ceux qui 
étaient désagréables à F Autriche. Pour le moment, cette 
méthode a réussi, car les individus soudoyés racontent tout ce 

* Pages 67 â 71. 



- 9é - 

quon veut d'eux, et la police autrichienne prend soin de 
répandre ces mensonges dans toutes les directions. L'Autriche 
na pas de pudeur et croit qu'il se trouvera quelqu'un pour 
ajouter foi à de pareils mensonges. » 

Voici pourquoi nous ne doutons pas que les insinua- 
tions' de la presse serbe soient parfaitement exactes. 
Parce que i° de semblables moyens coercitifs ont été 
employés par la « justice » austro-magyare à l'égard de* 
Slaves de la Monarchie avant la guerre et que 2° de* 
exemples incontestables de ces agissements ont été mi< 
au jour dans le procès de Banialouka dont nous parleronî 
plus loin de façon détaillée*. 

Remarquons que ce qui a été écrit par les journaux 
serbes n'a rien que de très naturel à l'époque dej 
fameuses « démonstrations de Saraïevo », alors qu er 
Bosnie et en Croatie les autorités incitaient au pillage 
et au sac de la propriété serbe, quand on expulsait, 
massacrait, jetait dans les prisons des milliers de 
Serbes et que sans raison plausible on confisquait deî 
milliers de fortunes serbes. Mais nous tenons à donnei 
un exemple personnel de ces procédés. Un de nos amis, 
le D"" Srchkitch, avocat réputé de Saraïevo et ancier 
député à la Diète de Bosnie, nous a confirmé sous k 
sceau du serment la déclaration suivante : « J'étais k 
défenseur de Michel Yovanovitch, commerçant à Touzla, 
dans le procès qui fut intenté à Sarajevo contre Gavrilc 
Princip et consort. Or j'ai la preuve certaine que le; 



' Voir ce qui se rapporte à Obro Golitch et à Nicola: 
Batinitch. . v \ ' . ; .-* ■ 



— 97 — 

perquisitions furent parallèlement opérées par le juge 
d'instruction et par des agents de police venus tout 
exprès de Budapest ; ceux-ci, avec la complicité du 
juge d'instruction ont, par des tortures, des menaces, 
des injections de liquide corrosif et par la privation de 
nourriture, forcé l'accusé à avouer son crime imaginaire, 
à dire qu'il avait préparé, avec ses amis, la révolution 
en Bosnie-Herzégovine, de connivence avec certains 
agents officiels de Serbie. Ayant énergiquement protesté 
contre ces procédés auprès du président du tribunal, M. 
Joseph Ilnicky, et demandé à m'entretenir avec mon 
client (ce qui était conforme aux dispositions du Code 
de procédure pénale), le président, en rejetant ma 
requête, me répondit: « Ces procédés ont été ordonnés 
par le gouvernement, dont les ordres me sont plus sacrés 
que les lois mêmes. » Peu de temps après Michel 
Yovanovitch était condamné à mort sur la base de son 
faux aveu pour avoir commis le crime de haute trahison. 
La sentence ne tarda, pas à être mise à exécution. » 

Nous autres Suisses, nous avons peine à croire que de 
pareils procédés puissent être encore employés au XX^ 
siècle et dans un état civilisé. On a douté chez nous de la 
véracité des cruautés innomables et des horreurs com- 
mises par l'armée austro-hongroise ^ lors de sa première 
incursion en territoire serbe au début de la guerre, on 
a douté que les balles dum-dum et les balles explosibles 

^ Dans un récent (septembre 1916) discours au Parlement 
hongrois où M. Rakowsky attaquait violemment la politique 
du baron Burian, il s'est écrié : « Qui a expié pour les 
choses qui se sont passées sous Potiorek ? » 



- 98 - 

aient véritablement été employées. Nous aussi, nous 
avons partagé ces cloutes, mais quand nous fûmes allés 
en personne sur les lieux, que nous avons nous-même 
soigné les blessures des vieilles femmes et des petits 
enfants ayant survécu au massacre, quand nous avons 
trouvé dans les plaies de nos propres blessés de ces 
minuscules obus de laiton, signature caractéristique et 
irrécusable des balles explosibles ; quand nous avons eu 
entre les mains des balles explosibles et des dum-dum 
autrichiennes, que nous avons recueilli à ce sujet le 
témoignage de plusieurs prisonniers autrichiens, alors 
nos yeux se sont dessillés et nous considérons comme un 
devoir d'honneur de témoigner aussi que ces faits sont 
exacts et que l'armée qui a eu recours à de pareils 
moyens s'est déshonorée. 

9. Vasilj Grdjitch et R[sta Radoulovitch. 

Nous croyons intéresser le lecteur en lui faisant faire 
plus intime connaissance avec les deux champions du 
mouvement nationaliste serbe en Bosnie-Herzégovine. 

Vers le début de ce siècle une nouvelle génération 
descendait dans l'arène de la lutte nationale. C'étaient 
les premiers intellectuels qui avaient joui d'un enseigne- 
ment supérieur à l'étranger et rentraient au pays pour 
en faire profiter leurs concitoyens. 

Jusqu'alors la vie politique du peuple serbe en Bosnie- 
Herzégovine consistait uniquement en luttes pour l'au- 
tonomie religieuse, soit pour obtenir la liberté d'admi- 



— 99 — 

listrer et de gérer les fonds des églises et des écoles 
( confessionnelles » . En thèse générale les trois religions 
)rincipales \ divisées et même opposées l'une à l'autre, 
lonnaient à la vie publique un caractère nettement con- 
essionnel. La manière de lutter contre le gouvernement 
)ccupant (austro-hongrois) était aussi désuète et orien- 
ale. 

A l'idée serbe-orthodoxe, mi-nationale, mi-religieuse, 
es jeunes opposèrent la conception d'un nationalisme 
)ur et ils substituèrent le démocratisme moderne, tel 
qu'ils l'avaient vu en Europe occidentale, à l'ancienne 
actique poUtique. L'élément jeune se distinguait encore 
)ar son esprit combattif et son sens réaliste. 

Le système absolutiste du ministre Kallay qui sub- 
istait depuis un quart de siècle s'était proposé de para- 
yser l'émancipation intellectuelle et économique de 
'élément serbe et surtout d'empêcher toute intimité du 
)euple de Bosnie avec ses frères de Serbie. Or la géné- 
ation nouvelle renversa ce système. Un an avant la 
nort de Kallay elle fonda la société Prosveîa (1902) dont 
lous avons eu l'occasion de parler au début de ce tra- 
vail. En 19 12, les Serbes de Bosnie-Herzégovine fêtaient 
e dixième anniversaire de la fondation de Prosveîa, et 
•ubliaient à celte occasion les résultats merveilleux de 
on activité : 28 sociétés de chant, 44 salles de lecture 
erbes, 15 sociétés de bienfaisance de dames serbes, 10 
oopératives industrielles, 3 sociétés de jeunes négo- 
iants, 46 sociétés de tempérance, 47 sociétés de gym- 

* Orthodoxe, musulmane, catholique. 



— 100 — 

nastique, 86 coopératives agricoles, 76 sous-comités d 
Prosveta, une bibliothèque centrale serbe et un théâtr 
national serbe. 

A l'exception des salles de lecture et sociétés de chant 
presque toutes ces organisations ont été l'œuvre de 
jeunes. Et cette même cohorte, l'extrême gauche de 1 
diète de Saraïevo, constituait l'opposition implacable ai 
régime représenté par le général autrichien Potiorek. 

Vasil) Grdjitch et Rista Radoulovitch étaient l'âm 
du parti des jeunes dont ils incarnaient mieux que per 
sonne les deux qualités dominantes. Ces deux amis po 
litiques, liés d'intimité dès l'enfance, étaient cependan 
sous maints rapports de véritables contrastes. 

Vasilj Grdjitch avait terminé ses études de géographi 
à la faculté de philosophie, tandis que Radoulovitc 
étudiait les langues et littératures romanes. Tous deu 
cependant, pour des raisons diverses, ne passèrent pa 
leurs examens de licence. Vasilj Grdjitch, entré dans 1 
rédaction du nouvel organe serbe Srpska Rietch (La pa 
rôle serbe) ouvrit la campagne, mais il ne tarda pas 
abandonner ses occupations de journaliste pour conss 
crer toute son activité à la Prosveta dont il était le se 
crétaire général. Il n'écrivit plus que de temps e 
temps, s'adonnant à l'action même, travaillant sans re 
lâche. Attaché à son rôle avec un dévouement presqu 
religieux, il se montra organisateur par excellence, e 
c'est à lui que Prosveta dut son merveilleux essoi 
Obéissant à une voix intérieure Rista Radoulovitch n 
tarda pas à reprendre la plume délaissée par Grdjitcl: 
C'est lui qui fut l'écrivain, le porte-parole du groupe 



— ' roi — 

En réalité le milieu où devait s'exercer son activité, 
l'obligation de remplir presque seul les colonnes du 
journal qu'il allait fonder, ne lui donnèrent pas le loisir 
d'écrire des livres ni d'être un véritable écrivain, ni 
même de donner à ses idées un système et une forme 
artistique ; il fut cependant l'écrivain d'un groupe, un 
homme d'un goût exquis, un grand semeur d'idées. 
Dans le journalisme serbe si arriéré, Radoulovitch ne 
fut pas le premier journaliste de talent, mais il fut à 
coup sûr l'homme le plus dévoué à ce rôle d'être 
l'apôtre d'une idée. Il sut même en être le martyr. 
Depuis qu'avait commencé son activité dans son journal 
politique, Narod * (la Nation), et dans la revue sociale 
Pregled ' (la Revue), les persécutions du pouvoir et la 
prison l'ont poursuivi sans trêve ni merci. D'une cons- 
titution physique des plus débiles, il possédait toutefois 
une rare énergie et jamais il ne manqua de courage. 
Déjà lorsqu'il était étudiant, l'indigence et le surmenage 
avaient ébranlé sa santé, à tel point qu'il dut, sur l'avis 
exprès du médecin, abandonner ses examens pour 
éviter la phtisie galopante. Il ne fit que retarder 
l'échéance fatale et, fimte d'argent pour se soigner, sur- 
mené par une activité dévorante, le terrible mal con- 
sumait à tel point son pauvre corps qu'il ressemblait à un 
squelette ambulant. La triste destinée de Radoulovitch 
était d'agir dans un milieu à moitié asiatique où sa pas- 
sion profonde pour les idées occidentales contempo- 

' Ces deux périodiques furent regardés chez les Serbes 
comme les meilleurs dans leur genre. 



— 102 — 

raines était trop peu comprise. Or ces trois ennemis 
coalisés, le gouvernement, la maladie et le milieu ne 
réussirent cependant pas à terrasser cette volonté de fer. 
La vie et l'œuvre de Rista Radoulovitch ont quelque 
chose de tragique car son activité, quelque féconde 
qu'elle ait été, s'éparpilla forcément comme la produc- 
tion éphémère des journalistes au lieu de passer à la 
postérité sous forme de l'œuvre systématisée d'un réfor- 
mateur social. 

Il en fut autrement de l'œuvre de Grdjitch. Mais ce 
n'est pas là le seul contraste entre les deux amis. Radou- 
lovitch était long et maigre, alors que Grdjitch était 
petit, bien nourri et tout rond. Grdjitch était discret et 
modeste ; Radoulovitch, un sourire moqueur sur ses 
lèvres minces et décolorées, critiquait sans merci tout le 
monde avec une franchise incomparable. Tandis que 
Grdjitch pensait aux hommes et aux actions, Radou- 
lovitch ne visait guère que les idées et les mœurs. Par 
ses critiques persifleuses, ce rare talent d'observateur et 
d'analyste auquel rien n'échappait, Rista Radoulovitch 
incarnait le « fléau» des mensonges conventionnels, des 
vagabonds, des génies aux longs cheveux, des snobs, 
des arrivistes et des «marchands du temple». C'était 
donc surtout un destructeur, et sa physionomie avait 
vraiment quelque chose de diabolique. Vasilj Grdjitch 
se présentait plutôt comme un constructeur simple 
et admirable. Rista Radoulovitch mourut en prison 
peu de temps avant le grand procès de Banialouka 
dont il aurait été avec Vasilj Grdjitch l'accusé prin- 
cipal. 



VI 

LE GRAND PROCÈS DE BANIALOUKA 

Les accusés. 

Déjà lors de la crise de l'annexion en 1 908, de l'affaire du 
consul Prochaskaen 19 12, et, en 19 13, lors de la crise de 
Scutari *, un certain nombre d'hommes politiques you- 
goslaves savaient qu'ils devaient être emprisonnés au cas 
où la guerre éclaterait. Bien qu'innocents ils ne doutaient 
pas qu'on saurait les trouver coupables si des raisons 
d'Etat l'exigeaient, et ils possédaient même les plus sûres 
informations sur la captivité qui leur était réservée. 

Lorsqu'en 19 14 la guerre éclata ces hommes furent 
jetés dans les prisons de Bosnie ; on perquisitionna chez 
eux et l'on confisqua leurs biens. Le nombre des accu- 
sés se monte à cent cinquante-six. Le crime qu'on 
leur impute est la haute trahison et le procureur de l'Etat 
réclame contre tous la peine de mort par pendaison. Parmi 

* Lorsque au mois de mai 191 3 l'Autriche avait, au sujet 
de Scutari, signifié son ultimatum au Monténégro, le géné- 
ral Potiorek, gouverneur de Bosnie-Herzégovine, dans l'at- 
tente d'une guerre contre ce petit Etat et son alliée la Serbie, 
décréta, sous l'inculpation de haute trahison, la dissolution 
de tous les Sokols et Pobratimstvos de son gouvernement. 
Une perquisition opérée aux sièges de ces sociétés n'ayant 
donné aucun résultat compromettant pour elles, le gouver- 
neur dut. en novembre 191 3, à la Diète, reconnaître l'ina- 
nité des mesures prises contre ces associations. 



— 104 — 

les accusés il y a quatre femmes ou jeunes filles, cent 
douze hommes mariés 5ont les familles comptent trois 
cent trente-cinq enfants. 

Au point de vue de leur profession, cinquante-deux 
sont des paysans; cent quatre (soit plus de 64 ^o) des 
intellectuels : sept députés, seize instituteurs et sept pro- 
fesseurs, vingt et un prêtres, quinze fonctionnaires, deux 
médecins, deux ingénieurs, un avocat, vingt-cinq com- 
merçants et huit étudiants. Si l'on se souvient que les 
90 °/o de la population de Bosnie-Herzégovine sont 
des paysans, on remarquera que c'est surtout la classe 
intellectuelle qui a été visée dans ce procès, comme dans 
ceux dont nous avons déjà parlé. 

Ici encore le gouvernement austro-magyar a choisi 
l'instant propice. Les grands procès ou les persécutions 
politiques contre Yougoslaves, Tchèques ou Italiens, 
ont toujours coïncidé avec des périodes troublées, ou 
quand la guerre était imminente (procès de Zagreb, pro- 
cès Friedjung, procès YovoYaglitchitch,Grdjitch et con- 
sorts, procès scolaires, procès contre les Tchèques et les 
Italiens, procès de Banialouka). 

Les débats du procès de Banialouka commencèrent le 
3 novembre 1915 ; le jugement fut prononcé le 22 avril 
19 16. On le devine, la raison cachée de ces procès est 
de massacrer sans merci l'élite de la population yougoslave. 

Le document accusateur. 

On avait commencé par incarcérer cent cinquante-six 
personnes; cela sans aucun motif, simplement parce 



— 105 — 

qu'elles' étaient serbes et influentes. Il fallait maintenant 
trouver un prétexte pour les maintenir en prison et s'en 
débarrasser. Ce prétexte qui permettrait de motiver 
l'accusation, il est clair qu'on ne pouvait le trouver en 
Bosnie-Herzégovine, puisque le général Potiorek avait 
trop récemment reconnu publiquement le loyalisme des 
associations serbes, et que les documents pillés peu de 
jours auparavant au siège de la Prosveia ne fournissaient 
pas non plus d'indications; enfin c'eût été contraire à la 
tradition austro-hongroise qui veut que le royaume de 
Serbie soit le plus grand pourvoyeur de documents com- 
promettants. Force fut donc d'attendre que l'armée 
entrât en territoire ennemi. A Belgrade on eût sans 
doute trouvé tout ce qu'il fallait. Mais, comme contrai- 
rement aux prévisions de nos charmants confrères austro- 
hongrois ^ et aux idées admises dans l'armée autrichienne, 
Belgrade ne tomba pas en quatre heures, on dut se 
rabattre sur la Matchva, et c'est près de Losnitza, sur 
un tas d'immondices, que furent, dit-on, découvertes 
les preuves de la félonie des accusés. En quoi consistait 
donc cette précieuse trouvaille ? C'était surtout des 
papiers, découverts en Serbie au cours des opérations 
militaires, et ayant appartenu au major serbe Kosta 



* Les trois médecins de la mission autrichienne (nous 
n'indiquons pas leurs noms pour leur éviter des désagré- 
ments), avec qui lors de la guerre serbo-bulgare nous pre- 
nions nos repas, nous ont dit plusieurs fois: « A nous main- 
tenant de nous battre contre la Serbie, mais je vous assure 
que, dans ce cas, nous serons maîtres de Belgrade quatre 
heures après l'ouverture des hostilités. » 



— lOé — 

Todorovitch, lequel aurait été tué sur le front et brûlé 
par les Autrichiens. Remarquons en passant que ces 
documents accusateurs furent trouvés alors que les prin- 
cipaux accusés étaient depuis longtemps sous les verrous. 
La pièce importante est le carnet de notes personnelles 
du major. C'est sur ces notes que va s'échafauder toute 
l'accusation ; elles constitueront la principale preuve à 
conviction de tout le procès; aussi retiendront-elles par 
la suite plus longuement notre attention. 

Le major Todorovitch était un officier du service de 
reconnaissance à la frontière de Bosnie. Comme on le 
sait, le service de renseignements d'une armée qui, par 
sa nature même, s'occupe d'espionnage, dépend non pas 
du gouvernement, mais de l'état-majorde l'armée. Kosta 
Todorovitch, alors capitaine, a commencé son service à 
la frontière le i8 mai 191 1. 

Ont été trouvés et sont classés sous le nom de docu- 
ments Todorovitch : 

1. Dnevnik rada, soit le journal du travail du major 
du 18 mai au 28 avril 19 14. 

2. Delovodni Protokol, c'est-à-dire le protocole de ses 
actes depuis le 9 juin 191 1 au 11 juillet 1914. 

3. Knjiga novtcbanim i^daicinia, livre de dépenses 
pour les années 191 1, 1912, 1913 et 1914. 

Du Dnevnik rada on cite, en date du 26 décembre 
191 1, un rapport adressé à Narodna Odbrana sur l'acti- 
vité du major; en date du 19 décembre 191 1, une con- 
férence avec Milan Pribitchévitch ; en date du i'"" jan- 
vier 1912, un rapport au comité exécutif de Narodna 
Odbrana; en date du 5 juin 19 12, un rapport de Kosta 



— I07 — 

Todorovitch au chef de l'état-major du ministère de la 
guerre; enfin, en date du 2 août 1912, un rapport à 
Narodna Odbrana. 

Outre les documents Todorovitch, on aurait trouvé 
des documents de moindre importance chez l'institu- 
teur serbe Milivoë Yakovléivitch à Mali Zvornik, chez 
Boja Milanovitch à Chabatz et au commandement de 
la division de Valiévo. 

Sur la base de ces documents, l'acte d'accusation, un 
volumineux dossier de 265 pages grand format, conclut: 
Le major Todorovitch a utilisé pour son service de 
reconnaissance beaucoup de Serbes de Bosnie-Herzégo- 
vine qui lui procuraient des renseignements d'ordre 
militaire (mouvements et disposition des troupes, muni- 
tions, armes, etc.). Dans les notes citées par le procu- 
reur, quantité d'accusés sont inculpés d'avoir fourni 
des renseignements, soit .d'avoir été en relation directe 
ou indirecte avec le major, soit enfin d'avoir reçu de lui 
de petites sommes d'argent. L'instituteur serbe Kosta 
Ghnaititch à Saraïevo et le prêtre Mathias Popovitch à 
Vlassenitza (Bosnie) figurent dans les notes Todorovitch 
comme centie de l'organisation d'espionnage. Ajoutons 
que la majorité des prévenus appartient à ce groupe-là, 
c'est-à-dire qu'ils sont compromis* par les papiers de 
Todorovitch. 

Mécanisme de l'accusation 

Cependant, le procureur général voudrait établir 
qu'il ne s'agit pas seulement d'un espionnage plus ou 



— iô8 — 

moins organisé, mais qu'il est en présence d'un vaste 
complot révolutionnaire, ce qui comporte la qualification 
de crime de haute trahison et la peine capitale pour les 
prévenus. Pour lui c'est là le nœud de la question et 
voilà pourquoi il s'attache à prouver que le service 
d'espionnage a été fait non seulement par des personnes 
isolées, mais avec le concours des organisations natio- 
nales de Serbie et de Bosnie-Herzégovine. Le major 
Todorovitch à Losnitza, ses collègues le major Pavlo- 
vitch à Chabatz et le capitaine Popovitch à Oujitzé, tous 
trois chargés d'un service semblable, se seraient largernent 
servis de l'aide de l'organisation serbe Narodna Odbrana. 

Comme le nationalisme serbe n'englobe pas rien que 
les Serbes de Serbie, il va de soi que la Défense Nationale 
tâchait d'exercer une influence stimulatrice sur les 
organisations d'autres pays serbes. De même que nous, 
Suisses, nous subissons l'influence de nos divers voisins, 
de même les pays yougoslaves devaient nécessairement 
être influencés avant tout par un peuple de même race, de 
même langue et de même sentiment national. Ainsi que 
l'écrivait fort judicieusement il y a sept ans M. Yovan 
Cvijitch, « l'Autriche-Hongrie est restée incapable de 
pénétrer les sentiments, ni de saisir la mentalité de la 
race serbe. » C'est pourquoi l'enthousiasme naturel des 
Yougoslaves pour leur « Piémont » national s'est encore 
accru de la haine envers les oppresseurs Autrichiens et 
Magyars. En somme, pour user d'une comparaison, la 
situation morale d'un Yougoslave oftVe une certaine ana- 
logie avec celle d'un Alsacien resté profondément français. 

Ces tendances sont notoires, notre procureur général 



— 109 — 

ne peut donc en faire état pour charger les prévenus. 
Mais il allègue que la nouvelle Narodna Odhrana n'a 
jamais abandonné le caractère batailleur et révolution- 
naire de l'ancienne organisation. Il invoque ci l'appui de 
sa thèse le Manifeste de l'empereur François-Joseph à 
ses peuples au début de la guerre et surtout le Livre 
rouge de la diplomatie autro-hongroise. La Défense 
Nationale, dit-il, a cherché et a trouvé des membres en 
Bosnie ; elle les a principalement recrutés dans les rangs 
des organisations nationales de ce pays. Son activité en 
Bosnie-Herzégovine aurait été purement subversive. En 
entrant dans la société les membres auraient fait sur une 
arme un serment de fidélité et souscrit à leur mort s'ils 
ne restaient pas fidèles aux ordres de l'organisation. La 
Narodna Odbrana était d'intelligence avec d'autres 
organisations nationales serbes de Serbie et d'ailleurs. 
Ot, continue le procureur, il s'ensuit que tous les 
membres de ces organisations et tout spécialement les 
membres des sociétés serbes de Bosnie-Herzégovine, 
peuvent être considérés ipso facto comme plus ou moins 
engagés pour le service et les visées de la Défense 
Nationale, ce qui constitue une vaste organisation sub- 
versive masquée sous des noms tels que Prosveta, Sokol, 
Pobratimstvo, etc. Ces sociétés sont considérées par l'accu- 
sation comme étant les succursales de Narodna Odbrana. 
L'acte d'accusation ne va-t-il pas jusqu'à prétendre que 
d'une manière générale, toute l'œuvre nationale serbe 
en Bosnie au cours de ces dernières années ne fut 
accomplie qu'à l'instigation de la Narodna Odbrana et 
suivant les visées de l'Etat serbe. 



— 110 — 

Mais revenons au major Todorovitch. Les premiers 
hommes de confiance du major, prétend le procureur gé- 
néral, ne furent que des membres de Narodna Odbrana, car 
cette association avait déjà des relations de Bosnie avant 
l'entrée en fonction de Todorovitch qui a trouvé pratique 
d'utiliser ces accointances. On cite les papiers du major, 
prouvant qu'il a conféré avec les représentants de la 
Défense, nationale en Serbie et que son activité est par 
conséquent combinée à celle de Narodna Odhrana ; on 
insiste sur le fait que le journal quotidien (Dnevnik 
rada) de Todorovitch sert surtout à la Narodna Odbrana. 
Le procureur général en tire les conclusions suivantes : 
Les sociétés serbes de Bosnie sont liées à la Narodna 
Odbrana, Or, puisque dans ses papiers le major Todoro- 
vitch cite très souvent des membres de sociétés serbes 
de Bosnie, c'est par l'intermédiaire de Narodna Odbrana 
qu'il a fait leur connaissance. En d'autres termes, la 
mention, dans le document Todorovitch des membres 
de sociétés serbes de Bosnie, est une preuve que ces 
sociétés-là sont en relation avec la Narodna Odbrana, 
c'est-à-dire qu'elles ont un caractère subversif. Du reste 
l'officier serbe dit expressément dans une note que les 
sociétés serbes de Bosnie facilitent grandement sa tâche 
en la masquant et en la protégeant de leur nom et de 
leur influence. 

A l'aide du document Todorovitch, l'acte d'accusation 
tente de démontrer que l'activité de la Narodna Odbrana 
fut en effet tout à fait révolutionnaire et il cite à l'appui 
de cette assertion : i° le fait que des membres de cette 
organisation, souvent originaires de Bosnie-Herzégovine, 



— III — 

ont été initiés à la manipulation des explosifs à l'école 
de Prokouplyé en Serbie ; 2° les deux rapports écrits 
que Narodna Odhrana s'est procurés de Bosnie, rapports 
où sont relatés des préparatifs en vue d'actions révolu- 
tionnaires. 

Ce n'est pas tout. Le procureur général fait aussi 
ressortir que les agissements de la Défense Nationale 
furent connus du Commandement militaire, du Gouver- 
nement et de la Cour serbes. 

C'est en somme la Narodna Odbrana de Serbie autour de 
laquelle tourne la seconde partie de l'accusation. 

La supposition d'une liaison criminelle de cette asso- 
ciation avec les sociétés serbes de Bosnie, voilà ce qui 
charge une grande partie des prévenus. Ceux-ci sont accu- 
sés en leur qualité de membres dirigeants de sociétés bos- 
niaques et souvent même sans d'autres indications com- 
promettantes trouvées dans les papiers du major. Vasilj 
Grdjitchjle principal accusé du procès, n'est chargé par 
l'acte d'accusation d'aucun rapport avec Todorovitch, 
mais son crime est d'être le secrétaire général de la 
Prosveta. Il en est de même du D'' Vladimir Tschorovitch, 
secrétaire du comité central de Prosveta^ du D*" Sava 
Lioubibratitch, secrétaire de l'organisation religieuse 
serbe, des principaux représentants et organisateurs des 
SoJwls et des Pobratimstvos, Stévan Yakoula et le D"" A, 
Bessarovitch; enfin, comme représentants du mouvement 
national au sein de la jeunesse universitaire, les 
présidents des sociétés d'étudiants serbes et les rédac- 
teurs de leurs journaux entre autres : L. Miyatovitch, 
D. Ostoyitch et Spiro Soldo. 



I 12 — 



En somme les notes du major Todorovitch (le temps 
ayant probablement manqué pour élaborer d'autres do- 
cuments ') ne sont qu'une amorce. Comme les articles 
de Georges Nastitch ou du professeur Friedjung, elles 
fournissent à la justice un certain nombre de noms de 
personnes que le gouvernement désire fiiire disparaître. 
Ces notes prouvent que les personnes incriminées ont 
été de près ou de loin en rapport avec le major Todoro- 
vitch. Tout au plus pourrait-on accuser ces personnes 
du simple délit d'espionnage, mais c'est la haute trahison, 
c'est-à-dire la peine capitale que réclament les juges de 
Banialouka contre leurs cent cinquante-six accusés. 

Pour arriver à ce but le stratagème employé n'est pas 
neuf. On fliit du major Todorovitch un des principaux 
agents de la Narodna Odbrana (car il s'agit non seule- 
ment de prouver la culpabilité des accusés, mais il faut 
surtout mettre en relief les crimes des associations et du 
gouvernement ^ serbes), on démontre ^ que cette ISJa- 
rodna Odbrana a des tendances panserbes et révolution- 



' Voir dans le journal La Serbie du 21 mai 1916 le texte 
du dernier faux document daté de Belgrade 17 juin 19 14 et 
la façon dont le prof. Lazare Markovitch prouve qu'il s'agit 
d'un faux notoire. Cet article a été reproduit dans la Tri- 
bune de Genève du 23 mai 1916 sous le titre: «C'était un 
faux document ». 

2 N'oublions pas que le procès de Banialouka a un double 
but. Il tend en premier lieu à prouver que le gouvernement 
austro-hongrois est innocent et que c'est la Serbie qui par 
ses agissements criminels en territoire étranger porte l'en- 
tière responsabilité d'avoir provoqué la guerre actuelle. 

2 C'est le Livre rouge austro-hongrois qui est surtout pré- 
posé à la démonstration de cette proposition. 



— 113 — 

naires et qu'elle est affiliée à des associations yougoslaves 
telles que Prosvcta, Solwls^ Pobratimstvos, etc., qui 
acquièrent de ce fait le caractère d'instruments de pro- 
pagande panserbe. Inutile d'ajouter que tous les accusés 
appar tiennent à l'une ou l'autre de ces sociétés yougoslaves . 
Du seul fait d'être membre d'une de ces associations on est 
déclaré coupable du crime de haute trahison, car toutes ces 
sociétés, pourtant contrôlées et censurées par l'administration, 
ont actuellement acquis aux yeux du procureur général un 
caractère révolutionnaire. Tel est le mécanisme de l'accu- 
sation. 

Il nous suffira, pour faire ressortir la valeur des argu- 
ments accumulés dans l'acte d'accusation, de citer, d'après 
le journal semi- officiel et serbophobe « Hrvatski Dnevnik » , 
de Saraïevo, le passage suivant qui concerne les princi- 
paux accusés. 

« Vasilj Grdjitch, Simo Mirkovitch et le docteur 
Vlado Corovitch sont accusés (le premier en sa qualité 
de secrétaire et fonctionnaire principal de la société de 
Prosveta -zànsi que de rédacteur du périodique Prosveta ; 
le deuxième comme président et le troisième comme 
secrétaire de la société) d'avoir dirigé la Prosveta de ma- 
nière à susciter, tant par la publication et la propagation 
de l'organe de la Société, que du calendrier « Prosveta » 
et d'autres livres et brochures, l'esprit de révolte parmi 
le peuple en attirant son attention sur les progrès, la 

i liberté et les avantages que présentent les institutions 
politiques, civilisatrices et économiques du royaume de 

I Serbie; comme aussi d'avoir favorisé et soutenu les or- 
ganisations des Sokols, des Pobratimstvos et des commu- 



— 114 - 

nautés agricoles. » Comme nous l'avons fait remarquer, 
toutes les oeuvres et publications de la Prosveta avait été 
soumises à la censure du procureur général qui n'y 
avait jamais rien trouvé de répréhensible, excepté peut- 
être le dernier calendrier ^<^ Prosveta yy qui fut saisi; son 
rédacteur responsable, Rista Radoulovitch, dont nous 
avons longuement parlé, fut condamné à quatre mois 
de réclusion et mourut en prison. 

L'accusation, on le voit, n'a plus rien de commun 
avec le carnet de notes du major Todorovitch, carnet 
qui constitue cependant la base unique du jugement, la 
seule preuve à conviction. 



D'autres «preuves a coNVicnoN». 

Dans l'acte d'accusation, le procureur de l'Etat s'étend 
longuement sur le Manifeste de François-Joseph à ses peu- 
ples au moment de la déclaration de guerre à la Serbie, 
le Livre rouge austro-hongrois et une brochure serbe sur 
l'activité de la Narodna Odbrana, brochure dont le Livre 
rouge résume du reste les points importants et favorables 
à sa thèse (v. cet ouvrage : annexe II, p. 44 et sui- 
vantes). Afin d'éviter des redites nous n'insistons pas, 
à dessein, sur l'acte d'accusation dont les termes se re- 
trouvent dans le jugement dont nous donnerons in ex- 
tenso la traduction. A l'occasion des débats nous verrons 
ce qui ne se trouve pas dans cette pièce. 

Le Manifeste n'a en soi aucune valeur scientifique; 
il se borne à énumérer certains faits inculpant la Serbie,- i 



— 115 — 

tandis que le Livre rouge qui relate les mêmes faits s'at- 
tache à en démontrer l'authenticité. C'est pourquoi 
nous n'insisterons que sur cette dernière pièce. 

Par définition les livres de toutes couleurs des diverses 
diplomaties belligérantes sont des ouvrages tendancieux, 
où le souci de la vérité et l'exposé objectif et impartial 
de tous les faits a bien souvent été la dernière des préoc- 
cupations de leurs auteurs. Si les livres des diplomaties 
de l'Entente ont, semble-t-il, dit toute la vérité parce 
qu'ayant le bon droit de leur côté, elles n'ont rien à 
cacher; à nulle publication notre remarque ne s'applique 
mieux qu'au Livre rouge austro-hongrois. Nous en re- 
commandons vivement la lecture à ceux que l'historique 
de la guerre intéresse. Ce serait sortir du cadre de ce 
travail que d'essayer de relever toutes les exagérations, 
les puérilités, les omissions volontaires, les altérations 
de la vérité que contient le Livre rouge. Il est vrai qu'il 
fallait faire k mauvais jeu bonne figure et que ses auteurs 
ont dû suer sang et eau pour échafauder un édifice pas 
trop branlant. Mais la diplomatie austro-hongroise est 
«modem style», elle fait fi du «qu'en dira-t-on» et la 
seule chose qui lui importait c'était de prouver son bon 
droit aux publics germain et magyar. Le Livre rouge n'a 
pas, croyons-nous, la prétention de vouloir justifier les 
actes de la Monarchie devant un tribunal impartial et 
neutre, l'opinion suisse par exemple. 

Un grave reproche qu'on peut faire au Livre rouge 
(et au Livre blanc allemand) c'est son unilatéralité. On 
y donne force dépêches échangées entre Vienne, Bel- 
grade, Paris, Londres et Pétrograde, mais de toute la 



— ii6 — 

correspondance entre les chancelleries de Vienne et de 
Berlin, pas un mot. Si ces échanges de vues n'avaient 
rien de compromettant pour la thèse des Empires cen- 
traux, pourquoi les a-t-on soustraits à Tintérêt des lec- 
teurs ? 

C'est un modèle d'inexactitude que cette phrase qui ter- 
mine la dépêche du comte Berchtold au comte Mensdorff, 
ambassadeur à Londres (p. 83) : « La remise de la réponse 
à l'Envoyé L et R. à Belgrade, qui, à ce qu'il paraît, a 
déjà été télégraphiée avant à Londres, n'a eu lieu qu'à 
six heures, et après la publication de la mobilisation ; du 
reste elle ne tenait aucun compte de nos demandes. » 
Peut-on dire que la réponse serbe à l'ultimatum autri- 
chien, réponse où, pour éviter la guerre, la Serbie 
s'abaissait jusqu'à des concessions incompatibles avec 
l'honneur et la dignité d'un Etat indépendant, peut-on 
dire que cette réponse ne tenait aucun compte des de- 
mandes autrichiennes. 

La remise de la réponse serbe n'a pas eu lieu à six 
heures, mais avant ^ six heures. Ce fait a son importance 
car le délai de 48 heures (trouvé trop bref par toutes 
les chancelleries de l'Entente) exigé pour la réponse fut 
en réalité réduit à 24 heures à peine, M. Pachitch étant, 
lors de la remise de la note, à Zaïtchar, où il préparait 
sa campagne électorale et ne pouvant être de retour à 
Belgrade avant le lendemain 24 juillet. Par contre le 



' « La note serbe m'a été remise deux minutes avant six: 
heures du soir», télégraphiait le baron Giesl de Semlin le 
23 juillet. 



— 117 — 

personnel de la légation austro-hongroise s'était préparé 
à partir avant la remise de la réponse serbe, de telle 
sorte qu'il put quitter Belgrade le soir même à 6 h. '/*, 
comme le prouvent aussi les deux télégrammes datés de 
Semlin et envoyés par le baron Giesl le 25 juillet. Enfin 
la mobilisation serbe, décrétée trois heures avant l'expi- 
ration du délai exigé pour la réponse serbe, n'était-elle 
pas, comme les préparatifs de départ du baron Giesl, 
une simple mesure de précaution? La Suisse n'agit-elle 
pas de la même façon quelques jours plus tard, et cela 
sans aucune intention belliqueuse ! 

Les diplomates autrichiens déforment certains faits 
d'histoire serbe de façon tendancieuse. Ainsi le che- 
valier de Siorck écrivait : « On a fêté Miloch Obilitch, 
le patriote serbe qui, avec l'aide de deux compagnons 
a assassiné, en 1389, le sultan victorieux Mourad. » En 
réalité il s'agissait de la mémorable bataille de Kossovo 
qui mit aux prises les Serbes et les Turcs; il ne fut donc 
pas question d'un assassinat puisque le tzar serbe Lazare 
succomba aussi. Cependant cette mort au champ d'hon- 
neur est exploitée pour susciter la haine. On disait dans 
cette même épître : « Il paraît que les trois jeunes au- 
teurs de l'attentat de Saraïevo, Princip, Tschabrinovitch 
et le troisième inconnu qui jeta la bombe ont eu en tête 
de renouveler le drame de Kossovopolyé ^. » 

D'accusations avec preuves concrètes le Livre rouge 
n'en fournit guère. Par contre, il est prolixe en alléga- 
tions de ce genre : « On raconte que » (p. 7), choses 

' Le champ de Kossovo. 



— ii8 — 

vues « par des personnes dignes de foi » (p. 8), « je prie 
de me dispenser de produire des preuves», «je pose 
comme axiome connu que la politique serbe... » (p. lo); 
il reconnaît aussi posséder des « informations confiden- 
tielles difficilement contrôlables quant aux faits qui se 
passent dans les réunions de la Narodna Odbrana » 
(p. 33); il n'hésite pas non plus à accorder sa confiance 
à des racontars d'individus louches comme nous le 
verrons par la suite, (v. annexes V et VI à propos de 
Tritko Krstanovitch et Yovo Yaglitchitch.) N'insistons 
pas. 

Les juges. 

Devant quel tribunal comparurent les accusés ? 

En Bosnie-Herzégovine l'indépendance du pouvoir 
judiciaire n'existe pas. Un juge n'a aucune garantie que 
l'exécution consciencieuse de sa tâche n'entraînera pas 
sa destitution car il est sous les ordres de l'autorité 
administrative. Il est donc clair que dans de telles cir- 
constances, il ne peut être question d'indépendance des 
juges. Un tel juge est un fonctionnaire tenu d'exécuter 
scrupuleusement les ordres de l'Etat, mais qui doit mu- 
seler sa conscience d'honnête homme, sa clairvoyance 
et son esprit de justice toutes les fois que ceux-ci sont 
en désaccord avec les instructions reçues d'en haut. 
Pointilleux, ergoteur, inventif, intransigeant, ce per- 
sonnage à transformations peut en un instant se muer en 
sourd et en âne bâté. Plus à plaindre qu'à blâmer ces 



— 119 — 

malheureux juges sont comme des soldats forcés par la 
consigne d'exécuter un ordre que leur conscience ré- 
prouve. 

En temps normal les crimes de droit commun sont 
jugés par le Sénat, tribunal composé de trois juges et de 
deux citoyens. D'après le §7 de la Constitution chacun 
a le droit de demander à être jugé par ses juges na- 
turels. Actuellement, et pour ce procès, les juges furent 
nommés par le pouvoir administratif. Nous savons que 
parmi eux siège le conseiller Hofmann-Mayer, un homme 
dont le professeur à l'Université de Vienne, le comte 
Adalbert Scheck, ancien chef du département de la justice 
en Bosnie, a dit qu' « il est moins juge que prisonnier 
lui-même », et qui doit sa brillante carrière à son zèle 
dans les procès de haute trahison. 

Le tribunal était composé de juges allemands, à 
savoir : Koloman von Milletz, Hofmann-Mayer et An- 
sion ; tandis que l'Etat était représenté par les procu- 
reurs Kœnig et Pinter, également allemands. Des Serbes 
furent donc, dans une affaire politique en pays slave, 
alors qu'entre Allemands et Slaves la guerre fait rage, 
livrés à des accusateurs et à des magistrats appartenant 
à une nation ennemie. 

Dans l'interrogatoire des accusés ce sont toujours 
les mêmes questions : sont-ils membres de quelque so- 
ciété serbe ? ont-ils collaboré ou sont-ils abonnés à quel- 
que journal serbe ? sont-ils des Serbes « nationalistes » ? 
sont-ils jamais allés en Serbie, y ont-ils des connais- 
sances, etc. ? 



— 120 — 

Les débats. 

Le service de reconnaissance militaire serbe. 

Nous ne parlerons, cela va sans dire, que des prévenus 
le plus gravement accusés et des plus en vue, autrement 
ce serait un volume que nous devrions écrire sur les 
débats. Voyons tout d'abord les inculpés appartenant 
au premier groupe, c'est-à-dire ceux qui auraient fourni 
au major Todorovitch des renseignements sur la situation 
militaire en Bosnie. 

L'instituteur Kosla Ghniatitch, — qui figure au dossier 
comme l'accusé le plus chargé par les papiers du major 
serbe, où il serait mentionné le plus fréquemment, — 
nie même connaître les personnes de Serbie avec les- 
quelles il est mis en relation par l'acte d'accusation. Il 
déclare avoir toujours cru que la Défense Nationale avait 
un caractère purement éducatif. 

Le prêtre Mathias Popoviich prouve son alibi dans 
plusieurs occasions où il aurait dû avoir des conférences 
avec Todorovitch. Du reste le « protocole du travail » 
(Delovodni Protokol) est écrit d'une manière vague et 
contient nombre d'indications absolument fausses. Les 
noms des confidents par exemple n'y sont écrits qu'avec 
leurs initiales, de sorte que le juge d'instruction s'adres- 
sant au prévenu lui demanda d'abord s'il s'appelait 
Mathias Petkovitch, Mathias Pavlovitch ou Mathias 



— 121 — 

Popovitch. L'audition de l'inculpé se termina par ce 
curieux dialogue : 

Président : Avez-vous connu F. Popovitch ? — Accusé : 
Oui. — Prés.: Vous avez dit une fois qu'il était un 
homme de bien. — Ace. : Ça se peut, je ne m'en sou- 
viens plus. — Prés.: Savez-vous ce que cela veut dire: 
« un homme de bien )> ? — Ace. : Je n'ignore certaine- 
ment pas ce que nous autres entendons par cette expres- 
sion. — Prés.: Eh bien, ça veut dire « un membre de 
la Défense Nationale » . 

Fasilj RoundOy docteur en droit, compromis par une 
relation du major Todorovitch à la Narodna Odbrana 
en date du 15 décembre 19 12, arrive à prouver avec 
une grande précision que ce document est apocryphe 
parce que, 1° ce document représente la seule relation 
du major à cette association, ce qui est d'autant plus 
étonnant que K. Todorovitch n'a fait de rapport à 
personne sinon à ses supérieurs, soit au commande- 
ment militaire. Pourquoi informerait-il cette fois la 
Défense Nationale à laquelle du reste il n'est nullement 
subordonné ? 2^ Les indications qu'il est sensé donner 
à la Narodna Odbrana dans sa relation sont des choses 
parfaitement connues de cette société. On trouverait 
même plus naturel que ce soit la Défense Nationale qui 
lui fournît ces indications-là. 3^ Les termes du docu- 
ment manquent absolument de précision. Ainsi il con- 
fond l'expression « homme de confiance ))^ qui dans les 
papiers du major se rapporte toujours à des choses 
militaires, avec celle de « membre »_, qui dans toutes les 
autres pièces qualifie des membres de la Narodna Odbrana 



— 122 



OU d'autres organisations. Comment expliquer cette 
soudaine négligence du major ? 4" Au point de vue de^ 
la langue, ce document n'a pas le style qu'on trouve 
d'ordinaire dans les notes Todorovitch. Le prévenu 
démontre qu'il contient maintes tournures de phrases 
et de si grossières fautes grammaticales qu'elles feraient 
rougir un collégien. 

Le £)*■ Rista Yérémitch, médecin, connu comme pro- 
tecteur des lettres et des jeunes étudiants serbes de 
Bosnie, mais s'étant toujours tenu à l'écart des choses 
politiques, est accusé: 1° d'avoir donné une bourse à 
l'étudiant Ostoyitch qui se trouve également sur le banc 
des prévenus ; 2° d'avoir eu une entrevue avec le major 
Todorovitch aux bains de Koviliatcha en Serbie, et 
enfin 3° du fait que son enfant, un garçonnet, auquel 
un employé avait demandé s'il savait qui était son 
empereur, n'avait pas répondu « François-Joseph P"" », 
mais plutôt « le roi Pierre ». 

Le D' Yérémitch prouve qu'il n'a été aux bains de 
Koviliatcha que pour mieux en étudier l'aménagement, 
ayant eu à cette époque, comme tout le monde le sait, 
l'intention de créer une semblable station balnéaire à 
Touzla où il habitait. Quant à la Défense Nationale il 
allègue ce qui suit : Après avoir lu les accusations que 
lançaient contre cette association les journaux viennois 
il publia dans le Narod, journal serbe de Bosnie, un 
article contre la Défense Nationale. 

Dans sa défense le Z)"" Yovo Simitch met en avant cette 
constatation expresse du major serbe que le D"" Simitch 
n'appartenait pas à son organisation et que, le jour où 



— 123 — 

il était à Koviliatcha, le major Todorovitch n'a « rien 
fait ». Par conséquent, dit le prévenu, il m'est impos- 
sible de comprendre comment il peut dans un autre, 
passage de ses écrits me compter parmi les membres 
de son organisation. 

Dans ce groupe figurent encore d'autres accusés im- 
portants, tels M. Tchédo Militch, un des propagateurs 
àesSokols et des Pohratimstvos , et le sergent PetarBilbyia. 
Le premier est accusé d'avoir mêlé à ses conférences de 
propagande pour les sociétés de tempérance des phrases 
révolutionnaires, mais surtout d'avoir eu une corres- 
pondance chiffrée avec Bilbiya et d'avoir fourni au major 
serbe des renseignements militaires. 



* »! 



Le procès avait commencé le 3 novembre ; le 9 la 
lecture de l'acte d'accusation était terminée et commen- 
çaient les auditions du premier groupe de prévenus. 
Ces auditions durèrent un mois. 



Défense des organisations nationales 
DE Bosnie-Herzégovine 

I. La « Prosveta ». 

M. Vasilj Grdjitch commença le ro décembre la série 
des auditions du groupe de ceux qui avaient été accusés 



— 124 — 

€11 qualité de membres dirigeants des associations serbes 
de Bosnie-Herzégovine. On le sait, M. Grdjitch est dé- 
puté à la diète de Bosnie et secrétaire général de la 
société Prosveta. Son nom figurait en tête de la liste des 
prévenus comme celui du « leader et protecteur du 
mouvement criminel tout entier. » Aussi son plaidoyer 
de trois jours pour Prosveta marque non seulement la 
phase la plus intéressante du procès, mais encore l'apogée 
de celui-ci. Ce fut le point culminant d'une véritable 
bataille nationale, livrée par le groupe des premiers 
protagonistes de l'œuvre nationale serbe en Bosnie- 
Herzégovine au cours de la dernière décade. 

A chacune de ses victimes le procureur avait trouvé 
<le petits (f crimes » individuels, à part leur activité soi- 
disant coupable dans les organisations serbes. Mais ce 
furent ces organisations, non pas eux-mêmes, que les 
prévenus étaient^ avant tout, soucieux de défendre... 

« J'ai travaillé pour la Prosveta de toutes mes forces, 
dit Vasilj Grdjitch, parce que cela m'était dicté par mon 
devoir patriotique et mon amour pour le peuple. » 

On l'accuse de n'avoir été qu'une succursale en Bosnie 
de la Narodna Odbrana, dont elle aurait copié l'organi- 
sation intérieure. Mais la différence entre les deux 
sociétés est énorme et se manifeste en ceci : Prosveta 
soutient un internat d'élèves, la Défense Nationale, pas ; 
Prosveta soutient des apprentis, la Défense Nationale, pas ; 
Prosveta fonde des bibliothèques publiques, la Défense 
Nationale, pas ; Prosveta subventionne des écoles auto- 
nomes serbes, la Défense Nationale, pas ; Prosveta publie 
son almanach et son organe officiel, la Défense Nationale, 



— 12) — 

pas. Si Prosveta n'avait été qu'une succursale de la Dé- 
fense Nationale, son activité correspondrait, au moins à 
un point de vue, avec celle de la Défense Nationale, 
Comment, du reste, l'activité de Prosveta pourrait-elle 
consister en agissements subversifs étant donné que cette 
société n'était presque gérée que par des hommes qui, 
en même temps, étaient des fonctionnaires du gouver- 
nement ? (^Président : On en a accusé quelques-uns. — 
Prévenu: Rien que deux...) Le baron Pitiner (en qua- 
lité de chef du gouvernement de Bosnie) avait même 
proposé à Sa Majesté d'accorder à Prosveta une récom- 
pense pour encourager son activité... Je suis sûr qu'on 
continuerait à avoir confiance en cette société si nous 
vivions dans d'autres temps. Laissez-la donc agir et se 
développer... » 

M. Grdjitch passe, ensuite, à sa défense personnelle. 
On l'accuse d'avoir prononcé des discours révolution- 
naires dans les tournées de conférences qu'il fit en 19 13 
pour Prosveta. Il se défend en disant que pendant les 
quatre-vingt-dix jours que dura cette période de propa- 
gande il a tenu soixante et onze assemblées, dans différents 
endroits de Bosnie, et que partout il a fait la même con- 
férence, dont le texte avait été préalablement soumis aux 
autorités locales et approuvé par elles. Dans une tournée 
si rapide, dit le prévenu, où le trajet d'une ville à l'autre 
était parfois d'une centaine de kilomètres à parcourir 
en voiture, je n'aurais même pas eu le temps d'agir 
autrement. Des commissaires officiels ont partout assisté 
à mes conférences et ce ne fut qu'une seule fois que j'ai 
eu un conflit avec eux. Le tribunal a reçu sur ma con- 



— 126 — 

duite quarante certificats des autorités politiques de 
Bosnie-Herzégovine et, d'une manière assez curieuse, 
l'acte d'accusation n'a égard qu'à deux de ceux-ci, qui 
me sont défavorables, et néglige les trente-huit autres, 
qui me sont favorables. Pourquoi croit-on plus à ces 
deux-là qu'aux trente-huit autres ? 

L'accusé prouve ensuite que même ces deux certi- 
ficats ont été dictés par une rancune personnelle et con- 
clut en disant : « D'ailleurs je tiens à déclarer d'une ma- 
nière générale que les certificats fournis sur moi par 
les autorités politiques auraient été tout à fait différents 
dans d'autres circonstances politiques... Le haut tri- 
bunal prononcera la sentence et moi je l'attends tran- 
quillement. Mais après qu'on m'aura jugé, peut-être 
dira-t-on : Nihil malefecit, sed ratio rei publicae exposiu- 
lavii. Cependant, je crois bien que nous n'en sommes 
plus au temps du despote Georges ^ » 

L'organe clérical et extrêmement serbophobe de Sa- 
raïevo, auquel nous empruntons nos citations, fait suivre 
la défense de M. Grdjitch, du commentaire suivant : 

« Ce fut par les paroles que nous venons de citer que 
se termina ce plaidoyer qui dura pendant onze heures, 
soit trois jours d'audience. Déjà vers la fin de la troi- 
sième heure, la voix de l'accusé commençait à faire 
défaut, et à la fin de la cinquième sa figure prenait déjà 
une couleur rougeâtre foncée, tandis que ses yeux bril- 

* Il s'agit du dernier prince de Tancien Etat serbe. Les 
Autrichiens l'ont tenu pendant vingt ans en prison, soit jus- 
qu'à sa mort, tout en se servant en même temps de l'armec 
serbe dont il était ie chef, et tout en promettant au peuple 
serbe rindépendance et le rétablissement de sa dynastie. 



— 127 — 

laient comme deux points de feu. On ne peut s'empê- 
cher d'avouer que le plaidoyer deVasilij Grdjitch aurait 
exercé une influence considérable s'il eut été adressé à 
une Cour d'assise ». 

Ensuite le D*" Vladimir Tchoroviich plaida la cause de 
Prosveta pendant deux jours. Il exposa avant tout la difli- 
culté, sinon l'impossibilité, d'une défense, créée aux 
prévenus par les trois facteurs suivants : 

« 1° L'acte d'accusation base ses conclusions sur de 
simples suppositions et donne légèrement aux faits incri- 
minés des noms dont il ne considère pas toute la portée. 
Il allègue par exemple que Prosveta a détesté tout ce qui 
était autrichien, tandis que ce fut précisément en Autriche 
qu'elle a pris la moitié de ses idées et que la plupart de 
nos intellectuels y avaient fait leurs études. 

« 2° La tragédie de Saraïevo a engendré chez nous de 
puissants courants antiserbes, de sorte qu'on juge toutes 
nos actions avec plus de sévérité et même avec une 
méfiance prononcée. L'acte d'accusation nous accuse, 
par exemple, d'avoir été au service de la Narodna 
Odbrana en demandant chez nous la langue « serbe », 
la religion « serbe », le drapeau « serbe ». C'est faux, 
parce qu'en réalité nous n'avons lutté que pour la déno- 
mination de notre langue comme suit : « serbe ou croate » 
ou bien « croate ou serbe », au lieu du faux terme offi- 
ciel de « bosniaque » ; ensuite, nous n'avons jamais 
qualifié notre religion de « serbe », mais toujours de 
« serbe-orthodoxe », au lieu de « grecque orientale »; 
et enfin nous n'avons jamais demandé l'étendard (r serbe», 
que personne n'a jamais défendu en Bosnie-Herzégovine. 



— 128 — 

« 3° Ce qui est cependant le plus grave c*est qu'on a, 
pour ainsi dire, condamné la « Prosveta » avant quelle n'ait 
été jugée. 

« On a liquidé cette société par un simple arrêté du pouvoir 
administratif et on en a confisqué tous les biens. J'ai peur que 
cela ne constitue un préjugé fatal pour ce haut tribunal. 

« Malgré toutes ces difficultés, je veux croire en la jus- 
tice du tribunal et défendre la société et moi-même. 

« Pour prouver la soi-disant complicité de la Prosveta 
l'acte d'accusation affirme que l'organisation de cette 
société ressemble à celle de la Défense Nationale. Même 
si c'était vrai, cela ne chargerait nullement la Prosveta, 
vu que l'organisation de cette dernière date de 1902, 
tandis que la Défense Nationale ne fut fondée que six ans 
plus tard. L'acte d'accusation se rend coupable de la 
même négligence éclatante en prétendant que la quête 
organisée par la Prosveta le 15-28 juin, jour de S^- Vital, 
le mémorable Vidov-Dan serbe, se faisait au bénéfice de 
Narodna Odhrana. Cependant, la fête publique de ce 
jour-là fut ordonnée en Bosnie déjà en 1889 et la col- 
lecte en 1909; en 191 1 la Pr()5i;^/â! a quêté exclusivement 
pour amortir les frais de son bâtiment nouvellement 
construit, ce dont on trouvera, du reste, la preuve dans 
les actes de la Société. Le procureur général va jusqu'à 
incriminer l'idée même de la construction de ce bâti- 
ment, où, selon lui, toutes les sociétés serbes de Bosnie 
auraient eu leur siège central, ce qui ressemblerait de 
nouveau à la fameuse Narodna Odbrana. Mais il est 
notoire que cette idée d'établir une Maison Nationales 
été mise à l'ordre du jour par les Serbes de Bosnie dès 



— 129 — 

Tan 1891, lors de la discussion sur le monument à ériger 
à la mémoire du poète serbe Simo Miloutinovitch. 

« Et quant à l'assertion que toutes les organisations 
serbes de Bosnie y trouveraient place, elle est tout sim- 
plement inexacte. Ainsi, pour ne citer que quelques 
associations serbes de Saraïevo : les sociétés des Dames 
serbes, des Jeunes Négociants ^ des Ouvriers, des Imprimeries 
serbes, des Prêtres, des Instituteurs, ainsi que la société 
Sloga, avaient leur siège ailleurs. 

« Si ensuite le procureur général cite des livres pro- 
hibés en Bosnie-Herzégovine qui se trouveraient quand 
même dans les bibliothèques circulantes de la Société, 
il ne fait que fausser la vérité une fois de plus^ vu que 
les livres incriminés n'ont jamais été prohibés; il s'agit 
de la deuxième édition de V Histoire serbe, par Stanoyé- 
vitch, des drames Sous le brouillard, par Chantitch, et 
le Blaireau, par Kotchitch, qu'on a même joué trois fois 
à Saraïevo, et de la Ga'^ette officielle serbe de Belgrade. Ce 
ne fut qu'en 1913 que la censure a confisqué, sur un 
ordre supérieur, une publication de la société, soit son 
Almanach, et cela deux mois après son apparition. Avant 
cette date, le comité de la Prosveia n'a donc eu aucun 
sujet de censurer les éditions de la société, dont seuls les 
rédacteurs sont responsables, d'après la loi. 

« Comment le comité de la Société peut-il être accusé : 
1° de ce dont les rédacteurs seuls sont responsables; 
2° de ce que la censure officielle a toléré pendant des 
années sans aucune remarque; 3° après que le rédacteur 
de l'almanach confisqué a été puni et a trouvé la mort 
dans sa prison. 



— 130 — 

« L'accusé réfute enfin Tincrimination que la Prosveta 
s'était proposé de favoriser dans le pays le réveil de la 
conscience nationale serbe, ce qui constituerait une 
action subversive parce que, comme le dit l'accusation : 
« La conscience nationale éveillée entraîne la conscience 
de parenté avec les autres parties de la race et le désir 
de s'unir à celles-ci. » La conclusion du procureur est 
fausse, argue le prévenu, parce qu'en Suisse ou en Bel- 
gique, par exemple, la conscience d'une parenté ethnique 
avec les peuples d'au delà de la frontière n'a point 
comme conséquence des tendances à la réalisation d'une 
union politique. » 

L'accusé se cite lui-même comme exemple : 

On lui avait offert en Serbie une situation plus bril- 
lante que celle qu'il occupait en Bosnie, mais il a pré- 
féré rester au service de son pays natal. 

Contrairement à tout ce qu'allègue l'acte d'accusation, 
la Prosveta a toujours été soucieuse de la loyauté de son 
œuvre et de la renommée dont elle jouissait. La preuve 
en est, par exemple, le procès que son comité a intenté 
en 19 13 contre la rédaction de la Bosnische Post de Sa- 
raïevo. Ce journal avait prétendu, à propos de l'almanach 
saisi, que la Société s'était rendue coupable, il y a déjà 
longtemps, d'une activité révolutionnaire. Mais devant 
le tribunal la rédaction du journal fut obligée de retirer 
ce qu'elle avait dit et de faire des excuses à la Société. 

Enfin M. Tchorovitch passe à sa défense personnelle. 
Le procureur l'accuse d'avoir dirigé l'activité de la Pros- 
veta dans un sens subversif. C'est là une accusation aussi 
maladroite que les autres, puisque le programme de la 



— 131 — 

Prosveta a été réorganisé et définitivement fixé en 1908, 
tandis que l'accusé n'est entré dans la Société qu'en 
19 To. Le- président du tribunal lui présente ensuite la 
déposition d'un témoin, le professeur Krauss, de Vienne, 
qui prétend ce qui suit : Tchorovitch aurait introduit 
chez lui en 1904 son ami Kotchitch, et ces deux étu- 
diants auraient été des agents serbes contre la Monar- 
chie. Enfin, le professeur Dragomir, de'Novi Sad, en 
Hongrie, devenu plus tard professeur à l'Université de 
Belgrade^ lui aurait dit que c'était précisément en cette 
qualité d'homme de confiance qu'on a laissé M. Tchoro- 
vitch en Bosnie plutôt que de lui donner une place en 
Serbie. Le D"" Tchorovitch prouve qu'en 1904 son ami 
Kotchitch n'était plus du tout étudiant, mais qu'il se 
trouvait en Bosnie. Il ne pouvait donc pas se rendre 
chez M. Krauss. Quant au professeur Dragomir, il n'a 
jamais existé; il y a un professeur, Jean Radonitch, de 
Novi Sad, qui est venu à l'Université de Belgrade. Le 
témoin même n'a fait sa déposition qu'à cause d'une 
rancune personnelle invétérée qui se rapporte à la con- 
damnation de M. Krauss pour ses publications porno- 
graphiques et immorales, au sujet desquelles le tribunal 
avait demandé indirectement l'opinion de M. Tchoro- 
vitch . 



2. Les sokols et les pobratimstvos. 



Le prévenu D"" Bessarovitch, en défendant le premier la 
cause des Sokols et des Pobratimstvos, disait entre autres : 



— 132 — 

« On accuse nos Sokols d'avoir été une succursale de 
l'organisation analogue en Serbie, « Douchan Silni ». Ce 
n'est pas vrai. Nous n'avons jamais eu d'autres liens 
avec les Sokols de Serbie que ceux que nous avions avec 
tous les autres. Considérez, du reste, que notre organi- 
sation en Bosnie, qu'on qualifie de succursale, compte 
plus de 40 sociétés et 3000 membres, tandis que celle 
de Serbie n'a que 30 sociétés et 2856 membres. On 
inculpe notre organisation d'embrasser aussi les sociétés 
analogues de nos compatriotes d'Amérique, sociétés 
qu^'on qualifie de révolutionnaires ; mais ce n'est pas 
vrai non plus, puisque l'organisation américaine s'est 
associée à celle de Serbie et non pas à la nôtre. Comme 
preuve de notre liaison avec les Sokols de Serbie, on 
cite encore une assemblée de ces derniers à Kragouyévatz, 
en 19 14, ou nos Sokols auraient été représentés par un 
envoyé spécial, M. AtanassiyaChola. Ce monsieur ne se 
trouvait à cette époque que par hasard à Kragou3^évatz, 
de plus il n'assista à l'assemblée des Sokols serbes qu'en 
qualité d'hôte. On verra mieux comment nous y étions 
représentés en consultant la note du compte rendu de 
cette séance; elle porte qu'en Bosnie il y avait 13 so- 
ciétés de Sokols, tandis qu'il y en a, comme je l'ai dit, 40.I 
Autre contradiction flagrante de l'acte d'accusation : 
Le procureur inculpe M. Chola d'avoir expliqué le livre 
révolutionnaire de Belgrade, «Tchetnik», dans l'assem- 
blée de nos Sokols le 29 janvier 19 12, tandis que ce 
livre ne parut qu'au mois de mai de la même année. 

Les Sokols n'avaient chez nous d'autre but que U 
régénération morale et physique du peuple. Comme 



- 133 — 

preuve que la politique n'entrait pas dans leur pro- 
gramme, je rappellerai la discussion des délégués de 
toutes les organisations de Sokols slaves en 191 1, qui 
excluait expressément la politique de l'activité desSokols. 
Le procureur affirme que nos Sokols tentaient de devenir 
une armée en s'entraînant aux exercices militaires. Ce 
fut cependant le commandement même du XV^ corps, à 
Saraïevo, qui nous offrit les moyens de nous exercer au 
tir, mais nous avons décliné cette proposition précisément 
parce que nous ne voulions pas mêler notre programme 
avec celui du militaire. 

On nous accuse d'avoir fait, au point de vue de 
l'hygiène, des statistiques correspondant à celles de la 
Narodna Odbrana, mais nous avions commencé à les 
faire avant l'apparition de la brochure exposant le pro- 
gramme de la Narodna Odbrana, qu'invoque le pro- 
cureur. L'organisation de nos Sokols en Bosnie n'était 
pas même exclusivement serbe, ainsi que le dit expressé- 
ment le paragraphe 4 de nos statuts. 

Il est intéressant de citer l'opinion et l'estime du gou- 
vernement lui-même pour nos Sokols. Son mémoire 
adressé le 24 septembre 19 13 à la direction du Collège 
à Mostar, permettait aux élèves de faire partie des Sokols 
et portait la mention suivante : « Appréciant la tâche 
généreuse de ces sociétés qui s'efforcent de développer 
physiquement leurs membres et de contribuer de ce fait 
à l'éducation hygiénique et morale de toute la nation, 
le haut gouvernement, etc » 

Le D"" Bessarovitch défendit les Sokols pendant trois 
journées d'audience, du 16 au 19 décembre. La défense 



— 134 — 

fut reprise ensuite par le prévenu, M. Stévan Yakoula, 
directeur de l'académie commerciale de Saraïevo et chef 
des promoteurs des Sokols en Bosnie. L'action (\ts Sokols 
est un livre ouvert que le gouvernement a eu le temps 
de feuilleter, dit-il. On a dissout notre organisation 
déjà en 19 13, lors de la liquidation générale des sociétés 
serbes en Bosnie-Herzégovine, et ce ne fut qu'en mars 
19 14 qu'on en permit le rétablissement. Pendant cette 
période, entre la liquidation et le rétablissement, toutes 
les archives des Sokols se trouvaient entre les mains du 
gouvernement. Si ce dernier y avait trouvé une seule 
chose à réprimander, il n'aurait sans doute pas manqué 
de le faire. Mais on ne trouva pourtant rien, et le 
rétablissement eut lieu sans aucun changement des 
statuts. Trois mois plus tard, on procéda néanmoins à 
cette dernière liquidation. Non pas que \qs Sokols fussent 
accusés d'être devenus coupables de haute trahison dans 
la période du mois de mars au 28 juin. C'est leur idée 
fondamentale et leur activité d'il y a quelques années 
qu'on incrimine actuellement, ce qui constitue la plus 
flagrante contradiction avec l'enquête minutieuse du 
gouvernement lui-même. 

L'acte d'accusation allègue, il est vrai, que la major 
Todorovitch aurait noté quelque part que les Sokols et 
les Pobratinistvos étaient les meilleurs masques pour ses 
agissements subversifs. S'il en était ainsi, pourquoi le 
major ne se serait-il jamais adressé à l'un des principaux 
représentants de nos sociétés ? Lui qui n'oublie jamais 
de noter le moindre détail de son action, ne mentionne 
nulle part avoir fait ou même avoir cherché à faire la 



— 135 — 

connaissance d'un seul des hommes en question. Il n'est 
pas moins curieux que précisément dans la région limi- 
trophe de Bosnie que le major indique comme étant 
son rayon d'action, il n'y ait eu que trois Sokols et pas une 
seule société de Pobratimstvo. On ne saurait guère com- 
prendre cette pauvreté relativement excessive dans le 
rayon même du major dont l'activité a eu, à ce qu'on 
prétend, pendant trois années entières, tant d'ascendant 
et de succès. 

On s'attaque surtout aux réunions et concours annuels 
de tous les Sokols, prétendant qu'ils servaient, à nos 
sociétés, de manifestations antidynastiques. Mais on 
oublie qu'il ne s'agissait pas seulement de réunions des 
Sokols serbes, mais bien de presque tous les Sokols slaves, 
soit ceux des Tchèques, des Bulgares, des Croates, des 
Slovènes, des Russes et des Ruthènes, la plupart appar- 
tenant à l'Autriche-Hongrie, où les réunions avaient 
presque toujours lieu. L'accusation s'ingénie à voir dans 
l'affiche d'une de ces réunions, affiche qui représentait le 
dragon tué par saint Georges, le symbole de TAutriche- 
Hongrie attaquée par le chevalier « sokol w serbe libé- 
rateur. Ce dessin était cependant le produit de l'imagi- 
nation d'un artiste qui n'était pas même serbe. 

Un autre fait montrera le peu de logique des persé- 
cutions officielles des Sokols serbes. On vient de terminer 
en Croatie un procès analogue contre cinq représentants 
principaux des Sokols serbes. Mais chez nous, en Bosnie, 
on procède autrement ; on ne se borne plus à ne rendre 
responsables que les membres des comités. Je suis navré 
de voir devant ce haut tribunal toute une masse d'autres 



- 136 - 

membres de nos sociétés qui figurent, on ne sait pour- 
quoi, dans l'acte d'accusation. » 

L'on accuse M. Yakoula tout spécialement d'avoir 
composé pour les exercices des Sokols une terminologie 
de commandements qui serait identique à celle utilisée 
dans l'armée serbe, et l'on invoque comme preuve de 
ce fait une note d'un Sokol, datée de 1910. 

L'accusé prouve 1°, qu'en libellant sa terminologie 
il n'a fait qu'adopter la terminologie des Sokols croates 
après en avoir corrigé quelques fautes de langue, et 2°, 
qu'il ne le fit, comme on sait, qu'en 19 12, soit deux ans 
après la date du document invoqué contre lui. 

C'est de cette même manière claire et franche que 
Taccusé réfuta quelques autres incriminations tendan- 
cieuses, comme par exemple d*avoîr écrit à l'un de ses élè- 
ves une carte dans le dialecte littéraire serbe dont on se sert 
(surtout en Serbie, «ekavski»), ou bien d'avoir exercé 
une influence sur d'autres accusés. L'acte d'accusation 
n'oublie pas même que le prévenu avait fait dans sa jeu- 
nesse des poésies romantiques. Ce professeur au caractère 
doux, un des amis les plus dévoués de la jeunesse, un 
homme dont l'influence était éminemment pacifique et 
stimulatrice, qui fut le fondateur et l'âme des Sokols en 
Bosnie-Herzégovine, termina ainsi sa défense person- 
nelle : 

« J'ai pleine conscience messieurs les juges, de mon 
œuvre de professeur et d'éducateur; je veux croire en 
l'impartialité du haut tribunal et je ne lui demande pas 
la grâce, mais la justice. Fiat Justitia, pereat mundus. » 

Le lendemain, M. Aianassiya C/;(?/^, ancien député de 



— -137 — 

la diète de Saraïevo, continua la défense de la cause des 
Sokols. a Je m'étonne, dit-il, d'être parmi les accusés après 
la défense détaillée, sur quatre cents feuilles, que j'ai 
remise au juge d'instruction. J'ai été parmi les fondateurs 
du premier Sokol serbe en Bosnie, c'est vrai, mais je 
n'ai jamais mis de la politique dans cette institution ; 
au contraire, je n'ai pas tardé à quitter le poste de pré- 
sident de cette société quand je fus élu député. Dgns 
mon activité politique je n'ai jamais eu de conflits avec 
le pouvoir, et quant à mon activité oppositionnelle 
à la Diète, ce n'est pas devant le tribunal mais seule- 
ment devant mon peuple que je suis obligé d'en ré- 
pondre. » 

« — Ce n'est pas en cette qualité qu'il faut vous défen- 
dre, interrompt le président, mais plutôt d'avoir dirigé 
l'activité des Sokols dans le sens de la Narodna Odbrana, 
à laquelle du reste vous avez servi aussi dans votre 
journal oppositionnel le Narod. » — L'accusé : « Ce 
n'était pas moi, mais le D' Krouly et le D*^ Malitch, qui 
éditèrent ce journal. » — Président : « Vous avez été 
membre de la société Zora? » — Accusé : « Jamais. On 
confond cette société d'étudiants de Vienne et son 
organe avec la revue littéraire Zora, à Mostar, dont j'étais 
rédacteur et que personne n'a eu l'idée d'accuser. » — 
Président : « Vous vous êtes pourtant intéressé à l'ac- 
tivité de la jeunesse universitaire?» — Accusé : « Je ne 
me suis préoccupé que de ce que faisaient des hommes 
mûrs ; je n'ai jamais beaucoup apprécié les actes de la 
jeunesse parce que, d'une manière générale, le peuple 
en profite très peu. » — Président : « Avez-vous lu les 



- 138 - 

journaux de Serbie ?» — Accusé : « Quelques-uns, 
oui. » — Président : « Peut-être même ceux qui chez 
nous étaient défendus. )> 



3. Le mouvement de la jeunesse universitaire 
yougoslave. 

Aux audiences des représentants des Sokols succédèrent 
vers la fin du mois celles des étudiants. On les accuse 
de la même propagande que les Sokols et les Pobratitnstvos, 
mais surtout d'avoir propagé l'idée d'un nouveau natio- 
nalisme yougoslave, préconisé dans des périodiques pour 
la jeunesse. Ce mouvement de la jeunesse, devenu très 
actif au cours de ces dernières années, repose sur le fait 
que les Serbes, les Croates et les Slovènes, divisés par 
des circonstances politiques extérieures, ne constituent 
que trois parties d'une seule entité ethnique et nationale. 
Le nationalisme yougoslave existe, en réalité, depuis 
des siècles, mais ses manifestations dans l'histoire, ont 
toujours été étouffées par les peuples voisins qui, pour 
leur sécurité, préféraient voir les Yougoslaves désunis. 
Au XX^ siècle, enfin, la résurrection du nationalisme 
yougoslave, qui se manifesta surtout dans les rangs de 
la jeunesse, fut scellée de l'enthousiasme des frères 
perdus qui se retrouvent après de longues années de 
séparation. 

Le danger politique extérieur contribua à augmenter 
l'ardeur des protagonistes de l'unité yougoslave. 

L'association des trois petits peuples menacés dans 



— 139 — 

leur existence même s'imposait naturellement devant 
l'expansion croissante des Allemands, des Magyars et des 
Italiens. 

Il est évident que ce mouvement, bien qu'il eût au 
tond un caractère civilisateur, ne pouvait pas échapper 
aux représailles des gouvernements autrichien et hon- 
grois. Mais la lutte engagée était regardée comme une, 
question nationale intérieure de la Monarchie, et ce 
n'est que depuis le début de la grande guerre que le 
principe même du nationalisme yougoslave fut accusé de 
haute trahison. On se mit à prétendre qu'il ne faisait 
que masquer une propagande étrangère émanant du 
petit royaume de Serbie, et ayant pour but le démem- 
brement de l'Autriche-Hongrie. 

Inutile d'expliquer ici toute la fliusseté de cette quali- 
fication du nationahsme yougoslave, qui, tout au 
contraire, et comme c'est du reste fort naturel, avait le 
plus de protagonistes et d'adhérents dans les pays croates. 
Mais revenons au prétoire de Banialouka et écoutons 
la défense des représentants de la jeunesse accusée. 

C'est Georges Ostoyitch, étudiant en médecine, qui 
plaide : « Les Allemands affirment que c'est leur Ktiltur 
qui les protège aussi bien que leur armée. Eh bien, 
nous autres Yougoslaves, nous nous trouvons au carre- 
four ou s'entremêlent et s'entrechoquent les flots des 
puissantes cultures allemande et italienne, et notre 
flanc est exposé, à part cela, à la culture magyare. Donc 
nous sommes en danger, et notre nationalisme n'est 
pas chauvin. C'est de nos aïeux que nous avons hérité 
l'idée que les Serbes et les Croates forment, dans le sens 



— 140 — 

objectif du mot, une seule nation, et nous n'avons eu 
à notre tour que la tâche de donner à cette idée un 
contenu réel. Il est faux que cette idée provienne de 
Serbie^ ; au contraire, c'est chez nous qu'elle a pris 
naissance et c'est nous qui avons voulu la réaliser. Nous 
avons voulu effacer la différence vide et formaliste 
<^ui subsistait entre les trois noms nationaux, et voilà 
pourquoi nous avons fusionné nos sociétés universitaires 
serbes, croates et Slovènes à Prague dans une seule 
société, la « Yougoslavia ». On incrimine beaucoup 
d'articles publiés dans notre organe, Zora, dont je fus 
quelque temps le rédacteur. Mais quant à cela, je ne 
saurais invoquer de meilleur témoin de l'innocence des 
articles en question que la censure officielle de Zagreb, 
de Vienne et de Prague, à laquelle ils furent pendant trois 
ans régulièrement soumis et qui les a trouvés irrépro- 
chables. 

«On m'accuse d'avoir, en 19 11 et 19 12, fait en Bosnie 
des conférences subversives sur la nécessité des Sokols 
et des Pohratimstvos. Je ne traitais cependant dans ces 
conférences la question des sociétés précitées qu'au 
point de vue hygiénique. Pour toutes ces conférences je 
ne me servais que de deux textes qui avaient partout été 
préalablement approuvés par les autorités locales et 
même recommandés à ces dernières par le chef du 
département. » 

Président : « L'idée des Sokols et l'idée nationale, 
c'est la même chose, n'est-ce pas? » — Accusé : « L'idée 

* Voir Livre rouge, page 28. 



— 141 — 

des Sokols n'est qu'une partie de l'idée nationale, cette 
dernière évoluant à mesure que le peuple lui-même se 
développe. » — Président : « Hst-ce que l'idée des Sokols 
renferme aussi celle de Tunité nationale. » — Accusé : 
« Le programme des Sokols n'a pour but que d'éveiller 
chez les membres la conscience nationale. » — Président : 
« Mais cette dernière ne doit-elle pas, par conséquent, 
arriver au désir que toute la nation soit réunie en un 
seul Etat ? » 

— Accusé : « Non, car il n'y a aucun Etat qui soit 
purement national, de même, qu'il n'y a aucun peuple 
qui soit réuni en un seul Etat. » 

Le prévenu conclut sa défense par cet appel caracté- 
ristique : « Des juristes de mes amis m'ont parlé de 
l'impartialité des tribunaux de Bosnie. J'espère, mes- 
sieurs les juges, que vous aussi contribuerez à votre tour, 
dans ces importantes circonstances, à la renommée des 
tribunaux de Bosnie, bien que la juridiction dans notre 
pays ne soit pas encore indépendante d'après la loi. Il 
ne nous reste donc qu'à faire appel à votre conscience de 
juges, surtout dans cette catastrophe mondiale qui sup- 
prime chez les hommes le sens même de l'impartialité, 
et leur fait oublier les sentiments d'humanité et de jus- 
tice. » Le président proteste contre cette mise en doute 
de l'impartialité du tribunal. C'est M. Spiro Soldo, étu- 
diant en philosophie et président de la société d'étu- 
diants Zora, qui a la parole. 

Il défend lui aussi le caractère civilisateur du mouve- 
ment yougoslave propagé par la jeunesse et fait ressortir 
la nécessité de cette défense de la culture nationale 



— 142 — 

contre les poussées menaçantes des représentants de la 
« Mitteleuropa » . « Un congrès allemand, dit-il, a pris, par 
exemple, la résolution qu'il fallait effacer la nation 
tchèque au nom de la Kultur. C'était ensuite aussi au 
nom de cette Kultur qu'un savant allemand du renom 
de Hackel propageait un nationalisme d'après lequel il 
fallait faire disparaître les Slaves des Balkans. Or, il est 
évident que non seulement une résistance devait être 
préparée chez nous, mais qu'il fallait d'une manière gé- 
nérale rassembler nos trésors ethniques éparpillés, en une 
entité commune pour montrer aux étrangers qu'il existe 
quand même une culture yougoslave et pour rectifier 
l'opinion que les Yougoslaves sont des ennemis de la 
civilisation. Il nous fallait être ensemble pour pouvoir 
représenter quelque chose aux yeux du monde, et voilà 
une raison de plus de nos efforts tendant à une concen- 
tration des Serbes, des Croates et des Slovènes. La Bosnie 
étant précisément le pays où les querelles des Serbes et 
des Croates continuaient à subsister, je m'étais proposé 
d'y agir dans le sens d'une réconciliation et d'une acti- 
vité féconde. D'ailleurs le mouvement yougoslave n'est 
point du tout une chose nouvelle ; mais plutôt un vieux 
courant d'idées popularisées surtout par des nationalistes 
croates comme Gaï et Strossmayer. 

« L'acte d'accusation me charge aussi du fait que mon 
nom se trouverait dans la liste des membres de la Na- 
rodna Odbrana en Herzégovine. (Un étudiant d'Herzé- 
govine aurait fourni au major cette liste dont la copie se 
trouve maintenant dans les papiers de ce dernier.) Il est 
curieux cependant que le major ne mentionne nulle 



— 143 - 

autre part dans ses carnets les hommes cités dans la liste 
et ne les compte nulle part comme membres. Pourquoi 
ne l'aurait-il pas fait, si la liste en question avait été 
authentique et digne de confiance ? » 

Il est nécessaire de faire ressortir encore les plaidoyers 
de deux autres étudiants serbes de Bosnie-Herzégovine, 
M. Liouhoniir Miyatovitch, un des promoteurs principaux 
du nationalisme yougoslave et des sociétés Sokol et Po- 
hratimstvo parmi la jeunesse, a défendu lui aussi la cause 
de ces derniers. Malheureusement le journal de Saraïevo, 
auquel nous empruntons nos résumés, ne donne point 
de détails sur ce plaidoyer. L'étudiant Voukachine Babou- 
noviich termina sa défense par cette phrase hardie : « On 
ne se sert plus du fouet dans la pédagogie moderne, mais 
il n'est pas sûr que votre sentence ne pourra se passer 
du § 3 pour étouffer le nationalisme. » (Ce paragraphe 
du code pénal se rapporte à la peine de mort par pen- 
daison.) 

— Le procureur général : « C'est le seul moyen de vous 
refréner ! » 

Le même jour plaidait le prévenu Bochko Zetchévitch, 
professeur au collège à Mostar, en qualité de directeur 
d'un pensionnat de collégiens serbes dont les élèves 
auraient, selon l'accusation, fomenté de longs troubles 
lans les écoles secondaires du pays. 

Les dépositions des témoins. 

Ainsi se terminèrent, le 3 janvier, les auditions des pré- 
venus, et l'on procéda le même jour à celles des témoins. 



— 144 — 

ce qui dura deux mois entiers, ceux de janvier et de 
février. 

Les résultats de ce troisième acte du drame tragique 
de BaniAlouka furent encore plus favorables à la cause 
des prévenus que ceux de leur défense personnelle, que 
nous venons de voir. Car les dépositions des témoins ne 
sont pas remarquables seulement du fait que, d'une ma- 
nière générale, elles ne confirment point du tout les 
assertions de l'acte d'accusation, mais elles sont uniques 
en ce qu'elles nous présentent la curieuse manière dont 
tout cet appareil d'incriminations a été arrangé. 

Parmi les dépositions de quarante-six témoins que 
nous avons trouvées sur les numéros du Journal de Sa- 
raïevo, il n'y en a pas une seule qui ne soit en même 
temps digne de foi et favorable à l'acte d'accusation. 
Tout d'abord la plupart des témoins sont des fonction- 
naires ou tout simplement des agents de la police de 
Bosnie. Sur quarante-six témoins il y en a la moitié, 
vingt-trois, qui sont ouvertement au service du gou- 
vernement, soit trois mouchards de la police avérés, qui 
ont déjà antérieurement été punis pour des actes d'es- 
pionnage par les tribunaux de Bosnie, ensuite un prévenu 
dans le même procès auquel le procureur général a 
acheté son témoignage en retirant l'accusation contre 
lui, et dix-neuf fonctionnaires dont la plupart sont des 
gendarmes. 

Il ne resterait donc que vingt- trois de ceux pour les- 
quels le Journal de Saraïevo ne cite pas expressément le 
caractère officiel, et d'après le détail des dépositions de 
cts derniers on peut supposer sans trop courir de risques 



— 145 — 

|uc, même parmi eux, au moins hi moitié sont des 
lommes de confiance plus ou moins secrets de la police. 
Voici le caractère et la valeur générale des témoignages. 

Examinons-en d'abord le premier groupe. 

L'audition du tout premier témoin fut un cas tout à 
fait curieux. En annonçant le début de cette troisième 
phase du procès le président du tribunal appela à haute 
^'oix un nommé Ohro Goliich. Un bruit de stupéfaction 
;e fit entendre dans les rangs des accusés et parmi les dé- 
fenseurs. Car cet Obro Golitch figurait juqu'alors comme 
un des prévenus pour lequel le procureur général avait 
proposé, comme pour tous les autres, la peine de mort 
par pendaison. Le premier défenseur, le D'' Dimovitch, 
5e lève et proteste contre cette audition inattendue d'un 
inculpé en qualité de témoin ^. 

« Cette chose inouïe nous a surpris, nous autres dé- 
fenseurs, dit-il, d'autant plus qu'on nous l'a cachée jus- 
qu'alors. )) Le président répond que le juge d'instruction, 
sur la proposition du procureur général, a retiré son 
accusation contre le prévenu Obro Golitch et que par 
conséquent il-peut être admis comme témoin. «Donnez- 
nous le jugement formel du tribunal à ce sujet, continue 
le défenseur. )) « Point de jugement formel reprend sèche- 
ment le président. Le président du tribunal ayant 
ordonné cette audition en vertu de son pouvoir 

' C'est en effet une illégalité flagrante puisque le § 159 du 
Gode de procédure pénale dit expressément qu'on ne peut 
entendre comme témoin une personne au sujet de qui existe 
le moindre doute qu'elle ait pu commettre le crime pour le- 
quel elle serait requise en qualité de témoin. 

10 



— 146 — 

discrétionnaire le tribunal n'en peut prononcer aucun 
jugement. » 

La chose est donc par trop claire. Le procureur 
général se sentant faible au point de vue des témoins a 
cherché à s'en procurer quelques-uns parmi les pré- 
venus, et un pauvre homme a consenti à acheter sa vie 
moyennant un témoignage dicté. Il charge le prêtre 
Mathias Popovitch et deux autres prévenus, en déposant 
qu'ils l'auraient mené à Losnitza, en Serbie, où le major 
Todorovitch, un revolver à la main, l'aurait forcé à 
s'inscrire dans la liste des membres de la Narodna Od- 
brana. Ensuite dans la prison même le prêtre lui aurait 
recommandé par un billet de ne rien avouer. Ce dernier 
proteste naturellement contre cette déposition viigue et 
essaye d'en prouver la fausseté. 

Le témoin Trifko Krstanovitch, à ce qu'il dit, a eu la 
même malchance de devenir membre de la Narodna 
Odbrana par force, et même de lui servir pendant quatre 
ans. (Le témoin ayant été fait prisonnier sur le front ita- 
lien, on lit ici la déposition qu'il fit au procès contre les 
assassins de l'archiduc.) Lors des troubles de l'annexion, 
il aurait passé en Serbie en 1908 « afin d'y trouver un 
meilleur avenir ». Au bout de trois semaines, après avoir! 
assisté à différentes manifestations serbes, il voulait ren- 
trer en Bosnie ; mais les agents serbes l'arrêtèrent à lai 
sortie du consulat autrichien de Belgrade, le menèrenti 
devant les autorités et l'on finit par le contraindre à 
s'enrôler comme comitadji serbe et à s'exercer dans laj 
manipulation des explosifs. Le conflit avec l'Autriche- 
Hongrie une fois conjuré, Krstanovitch ne fut pourtant 



— 147 — 

pas licencié comme les autres volontaires. On l'envoya 
sn qualité d'homme de confiance au général Yankovitch, 
président de la Narodna Odbrana. Sa tâche, dans 
:ette société, allait jusqu'cà des exécutions secrètes d'es- 
pions parmi les Serbes eux-mêmes. Ce ne fut enfin 
qu'après quatre années de servitude qu'il réussit à se 
jauver en Bosnie et ci échapper à la malveillance des 
Serbes qui avaient commencé à mettre en doute sa 
:oyauté. Les autorités de Bosnie ne lui infligèrent pour 
:out cela qu'une simple arrestation pour voyage illicite 
i l'étranger car il était parti sans passeport. 

Ici, le témoin termine le récit de sa tournée curieuse 
n romantique. Mais un autre le continue, c'est M. 
3rdjitch, le premier prévenu. A son retour de Serbie, 
Krstanovitch offrit à M. Grdjitch de lui communiquer 
les choses très importantes de Serbie. Mais M. Grdjitch 
e renvoya, voyant que le délateur avait surtout besoin 
i'argent. Krstanovitch offrit ensuite ses services au ré- 
dacteur du journal sevhe Srpska Rielch, mais avec le même 
nsuccès. Alors il se rendit à la direction de l'organe 
:out à fait opposé à ce dernier, Hrvatski Dnevnik, où son 
Dffre échoua une fois de plus. Krstanovitch fit enfin la 
nême proposition au gouvernement, dont le chef en ce 
:emps-là était le baron Pittner. La malchance resta fidèle 
m témoin empressé. Le gouvernement lui fit savoir 
qu'il n'avait pas besoin de ses services. 

Or ce même témoignage que le gouvernement lui- 
iiême avait rejeté il y a peu de temps, figure actuelle- 
îient comme un des principaux documents de l'acte 
l'accusation. 



— 148 — 

Il y a dans sa déposition quelques détails trop cu- 
rieux pour qu'on puisse en omettre la mention. Après 
quatre années de service en qualité d'homme de con- 
fiance dans la Narodna Odbrana, le témoin nous raconte, 
en contradiction flagrante avec l'acte d'accusation, que 
cette Société ne comptait en tout (y compris la Serbie) 
que vingt-trois membres, dontdix en Bosnie-Herzégovine, 
et que la société fut secrète même en Serbie. « Mais com- 
ment se fait-il que cette société secrète publie, en 19 12, 
un livre sur son activité ?» lui demande le président em- 
barrassé. Le témoin ne sait que dire. «Mais, dites-nous, 
continue le président, si la Narodna Odhrana a eu 
d'autre but en Bosnie que l'espionnage?» «Je n'en sais 
rien, dit le témoin. Je ne connais qu'un service d'espion- 
nage. » «Est-ce que vous connaissez les noms de quel- 
ques-uns des hommes de confiance de la Narodna Od- 
hrana en Bosnie ? » demande le président. « Je ne connais 
personne, répond le témoin ^ » 

Quels sont donc les résultats positifs de ce témoi- 
gnage ? Le témoin ne dénonce en effet que quatre sujets 
austro-hongrois, lesquels auraient été avec lui des volon- 
taires serbes pendant la crise de l'annexion. A part cela, 
il ne parle que de l'activité de la première Narodna Od- 
hrana, celle qui fut créée pendant la crise et dont tout 
le monde sait qu'elle a enrôlé des volontaires en vue 
d'un conflit avec l'Autriche-Hongrie, qui dans ce temps 

' Il s'agit comme nous l'avons dit de la lecture de la de- 
position du témoin; le procès-verbal de cette audition avai' 
déjà été fait pour le procès Princip le 19 juillet 1914 (v. LivvL 
rouge, p. 54-56). 



— 149 — 

paraissait imminent. Le danger d'un conflit une fois con- 
juré, le témoin dit expressément que les volontaires ont 
été licenciés, et quant à l'activité ultérieure de la Narodna 
Odhrana, qui est ici d'une importance décisive, la dépo- 
sition réfute, comme nous l'avons vu, l'acte d'accusa- 
tion plutôt qu'elle ne le confirme. 

Arrivons au troisième témoin mouchard, Yovo Yaglil- 
chilch-. Lui aussi aurait été engagé dans la Narodna Od- 
hrana contre sa volonté, et cela par le membre Klaritch, 
qui lui aurait communiqué l'écriture chiffrée de la so- 
ciété ainsi que d'autres détails, compromettant surtout 
M. Grdjitch. Plus tard, on l'aurait surpris en flagrant 
délit et cité devant le tribunal, où il raconta tout ce qu'il 
débite maintenant. Nous nous contenterons à propos 
de ce témoignage de mentionner qu'il a causé en 19 13 
déjà un procès contre M. Grdjitch, procès qui cependant 
fut suspendu faute de preuves. Nous retrouvons donc 
presque le même cas que pour le témoin Krstanovitch : 
on fait état d'un témoignage qu'on avait préalablement 
déclaré sans valeur. 

Dans ce que nous venons de citer consistent presque 
tous les résultats positifs des témoignages quelque peu 
favorables à la thèse du procureur général. Tous les 
autres parlent, plus ou moins directement, contre ce 
qu'il essaie de démontrer. 

Ecoutons encore deux témoins ofliciels : les chefs 

- Nous ne pouvons reproduire ceue déposition pour ne 
pas allonger, mais nous en recommandons vivement la lec- 
ture aux amateurs d'aventures romanesques. Elle se trouve 
consignée dans le Livre ?-ouge, pages 59 à 61. 



— 150 — 

d'arrondissement de Vlassenitza et de Zvornik, voisin du 
rayon du major Todorovitch, MM. S. Peters et Z. Berger. 
Le premier commença sa déposition par une phrase 
qui dit tout: «J'ai été chef de l'arrondissement de Vlas- 
senitza pendant deux ans, soit de 1910 à 1912 et pen- 
dant tout ce temps je n'ai pu observer aucun agisse- 
ment. » Les autres indications du témoin concernant 
les prévenus ne sont pas moins édifiantes. Tout ce qu'il 
sait dire de suspect contre le prêtre Mathias Popovitch, 
par exemple, c'est qu'on a officiellement prévenu le témoin 
au début de son service que cet homme était dangereux. 
Les Serbes de Vlassenitza voulaient bâtir une église sur 
une colline, que dernièrement l'armée serbe a choisie 
comme position, ce qui éveille dans l'esprit du témoin 
le doute que le choix antérieur de cette colline pour y 
édifier l'église aurait bien pu avoir quelque arrière- 
pensée. D'un autre accusé il dit que sa maison se trouve 
à une distance de vingt pas des casernes militaires, et 
que par conséquent il a eu l'occasion de faire de l'es- 
pionnage. Ainsi parle un homme qui n'oublie pas de 
mentionner que les Serbes de Bosnie l'ont attaqué cent 
cinquante fois dans les journaux du pays, un homme 
qui a été le chef de l'arrondissement le plus exposé à la 
propagande serbe. 

La déposition du chef d'arrondissement Berger ne dif- 
fère pas beaucoup de celle-ci : «On m'avait dit que sur le 
bord serbe de la Drina il y avait un canot caché; je fis 
surveiller cet endroit mais je ne pus rien découvrir. Je 
soupçonnais aussi le nommé Danilo Atchimovitch, mais 
ces gens-là avaient une police mieux organisée que la 



— 1)1 — 

mienne)). Après cela le témoin se répand en racontars 
sur la façon dont il avait envoyé en Serbie un homme 
de confiance qui cependant ne resta pas discret. 

Passons à l'autre groupe de témoins un peu plus li- 
bres. Ils réfutent ouvertement les affirmations du procu- 
reur et ils accusent hardiment les procédés par lesquels on 
leur a extorqué les dépositions précédentes. Ecoutons 
par exemple le témoin Rlsta Trifkovitch : Un jour Milan 
Mandrapa (probablement un gendarme) vint vers moi 
et me dit : «Ecoute, il faut que tu déposes quelque 
chose contre l'instituteur Tomovitch ; tu diras par 
exemple qu'il a crié « Vive le roi Pierre ! à bas l'Au- 
triche ! )) On me mena auprès du chef d'arrondissement 
et celui-ci s'écria : « Si tu ne parles pas tu nous le paye- 
ras cher ! » Alors, forcément, je racontai avoir été soi- 
disant à Stolatz^ y avoir rencontré l'instituteur devant 
l'église et lui avoir demandé pourquoi il y avait tant de 
drapeaux à la fête, ce à quoi il aurait répondu: «Après 
les étendards noirs du matin viendront les étendards 
blancs de l'après-midi. Vivent le roi Pierre et le roi 
Nicolas!)) Mais je déclare maintenant qu'en tout cela il 
n'y a pas un mot de vrai. Avant je parlais ainsi de peur 
d'être tué; mais maintenant, devant le haut tribunal, je 
dis ce qui est vrai. )> 

Le procureur général demande alors au tribunal 
qu'on livre à la justice le témoin qu'il accuse d'avoir fait 
un fciux témoignage. 

Mais un autre témoin, Nicolas Batinitch, allègue de 
choses encore plus compromettantes : 

« Haut tribunal ! Je raconterai toute l'histoire de ce 



— 152 — 

que vous me demandez ici. Quand notre glorieux Etat 
a déclaré la ouerre à la Serbie, on m'interna. Deux 
ou trois jours plus tard, le lieutenant Chérif Kouzmitch 
vint chez moi et me commanda de lever haut les mains. 
Les soldats m'examinèrent et me lièrent les mains avec 
une corde. Un soldat me mena à la gare et après h. Re- 
novitza_, où je restai huit jours. J'y étais très bien, parce 
que les soldats m'offraient de la bière et de la viande, 
mais ce fut mon malheur quand des soldats bosniaques 
vinrent remplacer ceux qui y étaient jusqu'alors. Le 
caporal Koukavitza se mit à me maltraiter, me fit lier et 
me traîna le long de la voie ferrée. Une nuit, que 
nous marchions à travers champs les soldats aperçu- 
rent devant nous quatre veaux. Ils crurent que c'était 
quelqu'un d'autre et commencèrent à tirer après m'avoir 
suspendu à une haie, où je restai crucifié pendant trois 
heures. Je croyais mes derniers moments venus. 
Mais un soldat eut pitié de moi et chuchota tout 
bas à mon oreille qu'ils n'osaient pas me tuer sans 
l'ordre du commandant. Les soldats continuèrent alors à 
me traîner d'un village à l'autre, afin de leur indiquer 
les endroits où le peuple aurait caché des armes. Cela 
me peinait beaucoup parce que les gens que nous exa- 
minions étaient de mes connaissances. Le caporal Kou- 
kavitza m'invita à deux reprises à lui indiquer les maga- 
sins cachés d'armes modernes, en me disant: «Tiens, 
Niko, les Serbes te dénoncent et te chargent très gra- 
vement. Voyons, ne sais-tu rien contre eux ? » Je lui 
répondais : non. Alors on me mena au village de SiétUné; 
on ne cessait de m'escorter de soldats, baïonnette au 



— 153 — 

canon. Le soir le caporal vint me voir une fois de plus, 
me causa très longuement et ne cessa de me sommer de 
lui dire ce que je savais. Il fit apporter du vin qui me 
monta à la tête, puisque j'avais fliim. Alors nous nous 
assîmes et il me dit : « Maintenant, nous allons faire le 
protocole. » Pendant que nous causions tous deux en 
fumant, un autre caporal écrivait... » 

Le témoin continue encore à parler des mauvais trai- 
tements que la soldatesque infligeait à la population 
serbe de Bosnie et des menaces continuelles du caporal 
qui voulait le contraindre à lui faire de plus amples 
communications. 

Le procureur général est hors de lui. Il accuse le té- 
moin de flmx témoignage parce qu'il ne dépose plus 
maintenant comme il avait déposé auparavant. Mais 
c'était inutile de terroriser ces pauvres gens ! Les autres 
témoins ne confirmèrent pas non plus l'acte d'accusation 
et le procureur en livra encore trois à la «justice», en 
prétendant qu'une nouvelle conspiration s'était formée 
parmi les prévenus et les témoins, dans le but de ne rien 
avouer. Le procureur général ne faisait du reste, par 
cette incrimination, que répéter ce que le président du 
tribunal avait tenu à réprimander à plusieurs reprises 
lors des auditions des prévenus. 

Il nous resterait à mentionner le plaidoyer de l'expert 
militaire, le colonel Sertit ch. Relevons les principaux points 
de ce plaidoyer : 

Le major Todorovitch, qui a été tué pendant l'offen- 
sive serbe dans la région de Vlassenitza, était un homme 
des plus assidus et des plus consciencieux. Tout ce 



— 1)4 — 

qu'il dit est digne de foi. Les rapports qu'il a reçus 
de Bosnie étaient exacts et son service de rensei- 
gnements « a sérieusement entravé toutes nos opérations 
récentes » (!) Il fait ressortir que l'organisation d'espion- 
nage au profit de la Serbie n'a pas discontinué de fonc- 
tionner même pendant les années 1912 et 1913, soit 
dans le temps où l'état de siège était proclamé en Bosnie, 
ce qui charge les prévenus encore davantage. 

Mais d'autre part, l'expert admet pleinement qu'au- 
cun rapport confidentiel n'a été trouvé en orfginal 
parmi les papiers du major. Mais surtout il démontre 
que, même dans ses notes, le major ne confondait 
jamais son propre service (de renseignement) avec celui 
de la Narodna Odbrana, distinction qu'on ne trouve ce- 
pendant pas dans l'acte d'accusation. 

Ainsi se termina le troisième acte de la tragédie de 
Banialouka. Le 2 mars en commença le quatrième, avec 
les plaidoyers finals du procureur général et de la défense. 

A titre documentaire nous donnons la traduction lit- 
térale ^ du réquisitoire et de la sentence du procès de Ba- 
nialouka. 

RÉQUISITOIRE. 

A 

Vasilj Grdjitch, Kosta Ghniatitch, MatijaPopovitch, 

Bochko Tschapritch, Gjorgje Dakitch, Simo Bégovitch, 

^ Nous prions le lecteur de ne pas nous en vouloir du 
caractère peu littéraire de cette traduction, dont le seul 
mérite réside dans sa scrupuleuse exactitude. 



— 155 — 

NédeljkoZaritch, Petar Milochévitch, Tochc*^3éatovitch, 
Mihailo Savitch, sergent, Yovan Eritch, Yakov Eritch, 
Arsen Krstitch, Milan Yovanovitch, Bojo Radoulovitch, 
Drago Ourochévitch, Kosta Bojitch, Svétozar Zrnitch, 
Dimcho Djokanovitch, Aleksa Yakchitch, Matiya Miladi- 
novitch, Lioubo Kovatchévitch, Danilo Atchimovitch, 
Milan Petkovitch, Djokan Djordjitch, AtanassiyaKrstitch, 
Maksim Djourkovitch, NikoLi Yovanovitch, Timotiya 
Savitch, Yovan Pérentchévitch, Djoko NikoHtch, Yovo 
Bandjour, Rayko Markovitch, Milan Maistorovitch, 
Djordje Douyanovitch, Djordje Mihaïlovitch, Tocha 
Stantschitch, Savo Tchoupovitch, Yosif Simitch, Ata- 
nassiyéKosoritch, Nedeljko Voukadine, Kosta Kraichou- , 
movitch, Dimitriyé Yevdjevitch, Vaso Kosoritch, Ra- 
divoïé Djouranovitch, Yovan Simitch, peintre, sont 
déckirés coupables d'avoir, dans l'intention de changer 
par la force les rapports et liens des provinces de Bosnie- 
Herzégovine avec la monarchie austro-hongroise, appar- 
tenu au cours des années 1911 à 1914 à l'organisation 
de la société révolutionnaire serbe Narodna Odbrana à 
Belgrade comme membres et émissaires pour la Bosnie- 
Herzégovine, en pleine connaissance des buts de cette 
société qui visait la réunion par force de la Bosnie-Herzé- 
govine au royaume de Serbie et comptait réaliser cet objec- 
tif par le soulèvement de ces provinces à un moment pro- 
pice, notamment en temps de guerre ; enfin d'avoir 
participé cà cette entreprise de haute trahison comme suit : 
i°Vasilj Grdjitch par l'organisation d'une société ré- 
volutionnaire se tenant en rapport avec le siège central de 
h Narodna Odbrana à Belgrade, par des actes d'espion- 



- 156 - 

nage, par son activité comme secrétaire de la société 
Prosveta, dans l'intention de haute trahison ci-dessus 
mentionnée, et surtout par la propagation de l'organe 
de cette société, à savoir son almanach, puis des livres 
et brochures et par des conférences, en excitant à la ré- 
volte la population serbe orthodoxe de ces pays, propa- 
geant ainsi l'idée de l'union politique de toute la nation 
serbe et éveillant en elle le désir de réaliser cette 
union par la voie de la force. 

2° Kosta Ghniatitch, Matiya Popovitch, Bochko 
Tschapritch, Djordje Dakitch, Simo Bégovitch par l'en- 
tretien de relations avec quelques-uns des membres delà 
Narodna Odbrana, surtout avec le fonctionnaire royal 
serbe Kosta Todorovitch à Losnitza ; par espionnage et 
propagande pour ladite organisation révolutionnaire; en 
servant d'intermédiaire entre K. Todorovitch et ses 
agents, commettant ainsi le crime de haute trahison, but 
de la Narodna Odbrana. 

3° Nedeljko Zaritch, Petar Milochévitch, Mihailo Sa- 
vitch, sergent, Tocho Béatovitch, YovanetYakovEritch, 
Arsen Krstitch, Milan Yovanovitch, Bojo Radoulovitch, 
en intelligence et accord avec le fonctionnaire royal serbe 
à la frontière, Kosta Todorovitch, ont servi d'intermé- 
diaires pour les communications écrites et orales entre 
les émissaires de la Narodna Odbrana. 

4° Drago Ourochévitçh, Dimcho Djokanovitch, Kosta 
Bojitch, Svétozar Zrnitch, Aleksa Yakchitch, Radivoïé 
Djouranovitch, Yovan Simitch, Matiya Miladinovitch, 
Lioubo Kovatchévitch, Danilo Atchimovitch, Milan 
Petkovitch, Djokan Djordjitch, Atanassiyé Krstitch, 



— ^57 — 

Maksiin Djourkovitch, Nikola Yovanovitch, Timotva 
Savitch, Yovan Pérentschévitch, Djoko Nikolitch, Yovo 
Bandjour, Rayko Markovitch, Milan Maistorovitch, 
Djordje Douyanovitch, Djordje Mihaïlovitch, Tocha 
Stantschitch, Sava Tchoupovitch, Yosif Simitch, Ata- 
nassiya Kosoritch, Nédeljko Voukadine, Kosta Krajchou- 
movitch, Dimitriyé Yevdjevitch et Vaso Kosoritch par 
leurs relations avec le capitaine Kosta Todorovitch et 
avec le commandant Mita Pavlovitch en fiiisant dans ce 
pays de la propagande pour l'organisation révolution- 
naire serbe Narodna Odbrana, en servant d'intermé- 
diaires, en agitant, et en faisant dans les dits pays de la 
propagande pour la création de corps volontaires, com- 
mettant ainsi le crime de haute trahison, but de la ls!a- 
rodna Odbrana. 



B 



Mirko Tomovitch, Branko Tchoubrilovitch, Stévan 
Nikolitch, Miloutine Yovanovitch, Simo Kovatchévitch, 
Petar Bilbiya, Bojidar Zétchévitch et Yefto Doutchitch 
sont coupables d'avoir, avec l'intention révolutionnaire 
ci-dessus mentionnée, été affiliés au cours des années 
191 1 à 1914 à l'organisation révolutionnaire Narodna 
Odbrana en qualité de membres ou émissaires, cons- 
cients de son but et de sa tâche révolutionnaires. 

Y ont pris part comme suit : 

1° Mirko Tomovitch par instigation, encouragement 
et séduction, ensuite par la voie de négociations et d'en- 
tente avec certains membres du comité de Narcdna 



- 1)8 - 

Odbrana, particulièrement avec le capitaine serbe Kosta 
Todorovitch, et par l'espionnage prévu à l'art. 125 duC.P. 
En outre, il a propagé l'idée de l'unité politique de tous 
les peuples serbes, par des conférences dans les sociétés 
Prosveta et Sokol et dans des sociétés semblables en 
Serbie, lesquelles étaient rattachées à la section de gym- 
nastique de Narodna Odbrana, préparant ainsi ces so- 
ciétés de Bosnie-Herzégovine à. la lutte pour la résurrec- 
tion de leur patrie, et réveillant par là la tendance à la 
réalisation par la force et avec le concours de l'armée 
serbe de l'unité politique de la Bosnie-Herzégovine et 
sa réunion au royaume de Serbie. 

2° Branko Tchoubrilovitch, en fondant des sociétés de 
Sokols serbes, conscient de leur tâche révolutionnaire, et 
en ayant eu dans ces sociétés une action révolutionnaire. 

3° Stévan Nikolitch, en étant membre de la société 
de Sokol serbe et en y ayant travaillé comme président, 
conscient de sa tâche révolutionnaire et de ses relations 
avec la Narodna Odbrana. 

4° Miloutine Yovanovitch par espionnage er par son ac- 
tivité dans la même société serbe, conscient de son but ré- 
volutionnaire et de ses relations avec Narodna Odbrana. 

5^ Simo Kovatchévitch, Bojidar Zetchévitch, Yefto 
Doutschitch par leur travail dans les sociétés de Sokol et 
Pobralimstvo, conscients que l'objectif de ces sociétés est 
de soutenir la haute trahison, but de Narodna Odbrana. 

6° Petar Bilbiya, par ses relations avec le capitaine 
serbe Kosta Todorovitch, auquel il servait d'espion, et 
parce qu'il a propagé l'idée de l'union politique des na- 
tions serbes en répandant les organes des Sokols, en 



— 1)9 — 

donnant des conférences dans les sociétés de Solv/ et 
Pobratinislvo et en constituant partout des sociétés de ce 
genre. En éduquant les membres de ces sociétés suivant 
la discipline militaire et en les exerçant au tir en vue de la 
libération de la Bosnie-Herzégovine, éveillant ainsi chez 
ces membres la tendance de réaliser, avec le concours de 
l'armée serbe, l'unité politique de la Bosnie-Herzégo- 
vine et du royaume de Serbie, soutenant par là avec tous 
les accusés précédents le but révolutionnaire de Narodna 
Odbrana. 

C 

Andriya Ourochévitch, Rista Stéfanovitch, Yefto 
Yeftitch sont coupables d'avoir eu l'intention citée sous 
lettre A, et par leurs relations avec le capitaine Kosta 
Todorovitch, conscients du but révolutionnaire de la 
Narodna Odbrana, servi d'intermédiaires entre les 
membres de cette association et Kosta Todorovitch, et 
d'avoir aidé et protégé des espions, soutenant ainsi la 
tâche révolutionnaire de Narodna Odbrana. 



D 



Darinka Malitch est coupable d'avoir eu l'intention 
citée sous lettre A, consciente du but révolutionnaire 
de Narodna Odbrana et d'avoir prêté aide à des espions 
et servi d'intermédiaire entre Vladimir Malitch et 
l'agence d'espionnage de Boja Milanovitch, soutenant 
ainsi la tâche révolutionnaire de Narodna Odbrana. 



— i6o 



1° le Dr Voïslav Bessarovitch, 2° Tschédo Militch 
sont coupables d'avoir, avec l'intention mentionnée 
sous lettre A, le premier comme chef d'une section de 
Sokol serbe en Bosnie-Herzégovine, le second comme 
inspecteur des sociétés Sokol, propagé l'idée de l'unité 
politique de tous les peuples serbes, par la diffusion des 
journaux des Sokols, par des conférences données dans 
les sociétés Solwl et Pobratimstvo et par l'organisation 
de telles sociétés qui étaient, par l'intermédiaire de 
sociétés semblables en Serbie, rattachées à la section de 
gymnastique de l'association Narodna Odbrana. Ensuite 
le premier a dirigé et administré les Sokols et le second 
leur a fait enseigner la discipline militaire et les a fiiit 
exercer en vue de devenir des combattants comme volon- 
taires pour la résurrection de la Bosnie-Herzégovine et a 
réveillé en eux la tendance de réaliser, avec le concours 
de l'armée serbe, l'unité politique de la Bosnie-Herzé- 
govine et du royaume de Serbie. Tschédo Militch, 
conscient du but révolutionnaire de Narodna Odbrana, 
a en outre fait des recherches en sa faveur, faisant tout 
cela dans l'intention de soutenir la tâche révolution- 
naire de Narodna Odbrana. 



StévanYakoula, Lioubo Miyatovitch, Yovan Popo- 
vitch, Dragoutine Dakitch, Atanassiyé Ghola, Iliya Cha- 
kota, Miloch Djouran, Douchan Soubotitch, Douchan 



— i6i — 

Bogounovitch, Veljko Vouyasinovitch, Petar Bojitch, 
Voukachine Babounovitch sont coupables : 

i^ Stévan Yakoula, d'avoir, avec l'intention men- 
tionnée sous lettre A, comme chef de la section de 
Sokol serbe à Saraïevo, agité, conscient que ces sociétés 
sont en liaison avec des sociétés semblables en Serbie, 
et d'avoir exercé les membres de ces organisations à la 
discipline militaire dans le but de libérer la Bosnie- 
Herzégovine ; enfin d'avoir éveillé chez les membres des 
Sokols l'idée de réaliser par la force et avec le concours 
de l'armée serbe l'union de la Bosnie-Herzégovine et du 
royaume de Serbie. 

2° Lioubomir Miyatovitch, d'avoir, avec Tintention 
mentionnée sous lettre A, donné de l'extension aux 
organisations Sokol et Pobratimstvo, conscient que ces 
organisations, par les sociétés semblables en Serbie, sont 
en relation avec la section militaire de Narodna Odbrana 
et d'avoir propagé l'idée de l'unité politique de tous les 
peuples serbes, soutenant ainsi la tâche révolutionnaire 
de Narodna Odbrana. 

y Yovan Popovitch ; 4° Dragoutine Dakitch, d'avoir, 
avec l'intention mentionnée sous lettre A, le premier par 
son activité comme secrétaire de l'association des Sokols 
serbes de Bosnie-Herzégovine, le second comme secrétaire 
des Sokols serbes de Banialouka, propagé l'idée de l'unité 
politique de tous les peuples serbes en répandant les 
journaux de Sokols serbes dits : Srpski Sokolski Glasnik, 
éveillant de ce fait la tendance de réaliser, par la force et 
avec le concours de l'armée serbe, la tâche révolution- 
naire de Narodna Odbrana. 



11 



l62 — 

5° Atanassiya Ghola, d'avoir, avec l'intention men- 
tionnée sous lettre A, par son activité comme chef des 
Sokols serbes à Mostar, agité en faveur de l'unité politique 
de tous les peuples serbes, conscient que ces sociétés 
sont en relation avec Narodna Odbrana par l'intermé- 
diaire de sociétés semblables en Serbie. 

6° Iliya Chakota, d'avoir, avec l'intention mentionnée 
sous lettre A, comme sous-chef et comme chef des 
Sokols serbes à Kaplina, propagé l'idée de l'unité politique 
de tous le peuples serbes en répandant le Srpski Sokolski 
Glasnik et d'avoir fondé des sociétés de Sokol et Pobra- 
îimstvo qui, par l'intermédiaire de sociétés semblables 
en Serbie, étaient rattachées à la section militaire de 
Narodna Odbrana, et d'avoir de ce fait éveillé chez leurs 
membres la tendance de réaliser, par la force et avec le 
concours de l'armée serbe, l'union de la Bosnie-Herzégo- 
vine et du royaume de Serbie. 

7° Miloch Djouran, d'avoir, avec Tintention men- 
tionnée sous lettre A, propagé l'idée de l'unité politique 
de tous les peuples serbes par son activité dans les sociétés 
Pobratimstvo et notamment en donnant des conférences 
et en écrivant des articles. 

8° Douchan Soubotitch, d'avoir, avec l'intention 
mentionnée sous lettre A, comme membre des Sokols et 
comme membre et inspecteur des sociétés Pobrathnstvo, à 
Kotar, par son activité et par ses conférences, éveillé 
chez les membres de ces sociétés la tendance à réaliser 
par la force et avec le concours de l'armée serbe l'union 
de la Bosnie-Herzé2:ovine et du rovaume de Serbie, 
conscient que ces sociétés sont, dans ce but, en liaison 



- i63 - 

avec la section militaire de Narodna Odbrana, et cons- 
cient de la tâche révolutionaire de celle-ci. 

9° Douchan Bogounovitch, d'avoir, avec l'intention 
mentionnée sous lettre A, comme chef des Sokols à 
Bosnia-Novi et à Bosnia-Doubitza, propagé l'idée de 
l'unité politique de tous les peuples serbes en fondant 
des sociétés delSokol dans ces localités, conscient que 
ces sociétés sont en liaison, par l'intermédiaire de 
sociétés semblables ^en Serbie, avec la section militaire 
de Narodna Odbrana. 

10° Veljko Vouyasinovitch, d'avoir, avec l'intention 
mentionnée sous lettre A, comme secrétaire des Sokols 
à Touzla, assisté à la fondation de la société de SoJwl de 
Doubitza, et, par son activité de secrétaire de cette 
société, propagé l'idée de l'unité politique de toutes les 
nations serbes en constituant cette société de Sokol. 

11° Petar Bojitch, d'avoir, avec Tinten-tion men- 
tionnée sous lettre A, comme moniteur d'un Sokol 
serbe à Pouratschitch, propagé l'idée de l'unité politique 
de tous les "peuples serbes, et d'avoir discipliné et 
exercé les membres de cette société en vue de combattre 
comme soldats pour la libération de la Bosnie-Herzégo- 
vine, conscient que cette société était, par l'intermédiaire 
de sociétés semblables en Serbie, en liaison avec la 
section militaire de Narodna Odbrana. 

12° Voukachine Babounovitch, d'avoir, avec l'inten- 
tion mentionnée sous lettre A, par ses relations écrites 
et orales avec Petar Bojitch et Branko Tschoubrilovitch, 
poussé ceux-ci à travailler énergiquement à la fondation 
de sociétés de Sokol, conscient que ces sociétés sont en 



— 164 — 

liaison, par l'intermédiaire de sociétés semblables en 
Serbie, avec la section militaire de Narodna Odbrana. 
Tous les douze prévenus cités sous lettre F sont 
accusés d'avoir, par leur activité, soutenu la tâche révo- 
lutionnaire de Narodfia Odbrana, 



Vladimir Malitch est coupable d'avoir, dans l'inten- 
tion mentionnée sous lettre A, pris part à l'entreprise 
révolutionnaire par l'espionnage de la situation militaire 
{délit prévu par l'art. 125 du C. P.) dans le but de 
transmettre ces renseignements au royaume de Serbie, 
c'est-à-dire à un Etat étranger, par l'intermédiaire de sa 
sœur Darinka Malitch et de l'agence d'espionnage de 
Boja Milanovitch; enfin d'avoir propagé l'idée de l'unité 
politique de tous les peuples serbes par des conférences 
et par son activité dans les sociétés de Pobratimstvo, en 
relation, par les sociétés semblables en Serbie, avec la 
section militaire de Narodna Odbrana, soutenant ainsi 
la tâche révolutionnaire de Narodna Odbrana. 



H 



Simo Mirkovitch et le D*" Vladimir Tschorovitch 

sont coupables d'avoir, avec l'intention mentionnée sous 
lettre A, le premier comme président, le second comme 
secrétaire de la société Prosveta, dirigé l'activité de cette '\ 
société dans le but d'exciter la population à la révolte < 



— 165 — 

par la publication et la propagation "de l'organe de la 
société et de son almanach, de livres et de brochures 
ainsi que par des conférences, en lui démontrant d'une 
part la perfection, la liberté et l'excellence des institu- 
tions politiques, sociales et économiques du royaume 
de Serbie et en relevant d'autre part, par antithèse, les 
défauts, la désuétude, l'absence de liberté et l'asser- 
vissement du peuple serbe dans la monarchie austro- 
hongroise, afin d'éveiller en lui le mépris, la haine et la 
répulsion pour tout ce qui est austro-hongrois, et, par 
contre, un amour fanatique pour tout ce qui se passe 
en Serbie ; ensuite d'avoir prêté leur appui k des or- 
ganisations serbes du pays, telles que les Sokols et les 
Pobratimstvos , quoiqu'ils eussent pleine connaissance de 
la connexion existant, par l'intermédiaire de sociétés 
semblables en Serbie, entre ces organisations et la Isla- 
rodna Odbrana ; et d'avoir, par leur action, étant donné 
les liens de la Prosvela avec la Narodna Odbrana, pro- 
pagé l'idée de l'union politique de toute la nation serbe et 
éveillé en elle le désir de réaliser cette union parla force. 



I 



Yakov Mladjénovitch, Yovan Kaldésïtch, Stévo Tom- 
kovitch, le D"" Voïslav Ketchmanovitch, Vinchentiya 
Savitch, Milan Kljaitch, Rayko Milanovitch, Milan Obra- 
dovitch, Kosta Voukadine, le D'' Vasilj Roundo, Vaso 
Médan, le D"" Rista Yérémitch, Djorgje Obradovitch, 
Tschédomir Yélitch, Samoilo Dabitch, Gayo Davido- 



— i66 — 

vitch, Spiro Soldo, sont coupables d'avoir volontaire- 
ment omis de dénoncer à l'autorité les entreprises révo- 
lutionnaires préparées par le fonctionnaire serbe Kosta 
Todorovitch au nom de la société révolutionnaire serbe 
Narodna Odbrana, ayant eu la possibilité de faire cette 
dénonciation sans danger pour eux, pour leurs parents ou 
les personnes qui se trouvent légalement sous leur pro- 
tection. Les circonstances ont du reste montré qu'on ne 
devait pas craindre les conséquences fâcheuses d'une 
semblable dénonciation. Le D"" Voïslav Ketchmanovitch 
est en outre coupable d'avoir le 20 ii 191 5 à Saraïevo 
oralement offensé ^ le commandant de la garde Yovan 
Rendoulitch pendant qu'il était en service, en lui criant : 
« Ce sont des cochons et pas des gardes, c'est la manière 
de se comporter d'un âne ! » puis d'avoir, le 11 vi 1915^ 
au tribunal départemental de Banialouka, dit ces paroles 
blessantes au concierge Friedrich Thoma pendant qu'il 
faisait son service: « M... pour votre Dieu! du con- 
cierge au chef vous êtes tous soûls ! » 



j 



Yovan Loukitch, Douchan Loukitch, le D"" Yovo Si- 
mitch sont coupables d'avoir, avec l'intention de trans- 

^ Ces insultes ont été prononcées pendant la détention 
préventive du D"" Ketchmanovitch. Le jeune médecin s'est 
sans doute indigné de l'intervention illégale des agents de 
police dans la justice et les perquisitions, aussi ses mouve- 
ments d'humeur sont-ils fort compréhensibles. 



— 167 — 

mettre le résultat de leur espionnage à un Etat étranger, 
le royaume de Serbie, cela à une époque non prévue 
par l'art. 125 du C. P., espionné les faits et les ordres 
se rapportant à la force militaire des pays prévus par 
l'art. 3 b duC. P., faits et ordres que l'Etat tient secrets. 

■ K 

Tzviétine Bobar est coupable d'avoir, à l'époque où l'on 
se préparait à se battre contre l'ennemi, cherché à s'in- 
former de la situation militaire en Bosnie-Herzégovine 
avec l'intention de transmettre ces renseignements à 
l'ennemi, c'est-à-dire au royaume de Serbie avec lequel 
on allait être en guerre, mais il n'avait pas conscience 
qu'on faisait des préparatifs. 



Miloutine Yovanovitch, cité plus haut, est coupable 
d'avoir, avec d'autres membres du comité de la salle de 
lecture deGepsche, en 19 14, publiquement et de con- 
cert avec eux, dans l'intention de porter atteinte au res- 
pect dû à Sa Majesté Apostolique Impériale et Royale, 
enlevé son portrait de la salle de lecture et l'avoir trans- 
porté dans une ancienne cuisine servant actuellement de 
chambre de débarras. 

M 

i" Spasoyé, dit Lazare Bavrlitch, est coupable d'avoir, 
un certain jour de 19 14, publiquement et devant plu- 



k 



— ié8 — 

sieurs personnes prononcé ces mots : « Nous tous, po- 
bratimes (frères) nous devons être raisonnables et unis 
et tout cela deviendra serbe ; un jour où l'autre le roi 
Pierre régnera ici », excitant ainsi au mépris et à la haine 
de l'ordre public et du régime politique des pays prévus 
par l'art. 1 1 1 ^ du C. P. 

2° Petar Yoynovitch est coupable d'avoir tenté d'ex- 
citer à la haine et au mépris de Sa Majesté Apostolique 
Impériale et Royale en répandant dans un village une 
oraison écrite de sa main dans son carnet de notes, orai- 
son se terminant par ces mots : « Ne nous induis pas en 
tentation, mais délivre-nous de ce rusé François-Joseph î 
Fais, ô Père, que le Monténégro vive, et le roi Pierre, 
et le roi Georges et encore le magnifique Ferdinand de 
Co bourg ! » 

* 
* * 

De cette façon les personnes suivantes : Vasilj Grdjitch, 
Kosta Ghniatitch, Matiya Popovitch, Bochko Tscha- 
pritch, Djordje Dakitch, Simo Bégovitch, Nédeljko Za- 
ritch, Petar Milochévitch, Tocho Béatovitch, Mihailo 
Savitch, sergent, Yovan et Yokov Eritch, Arsen Krstitch, 
Milan Yovanovitch, Bojo Radoulovitch, Drago Ouro- 
chévitch, Kosta Bojitch, Svetozar Zrnitch, Dimcho 
Djokanovitch, Aleksa Yakchitch, Matiya Miladinovitch, 
Lioubo Kovatchévitch, Danilo Atchimovitch, Milan 
Petkovitch, Djokan Djordjitch, Atanasiya Krstitch, 
Maksim Djourkovitch, Nikola Yovanovitch, Timotiya 
Savitch, Yovan Pérentschévitch, Djoko Nikolitch, Yovo 



— lé9 — 

Bandjour, R.iyko Markovitch, Milan Maistorovitch ^ 
Djordje Douyanovitch, Djordje Mihaïlovitch, Tocho 
Mantschitch, SavaTschoupovitch, YosifSimitch, Atanas- 
>iyé Kosoritch, Nedeljko Voukadine, Kosta Kraichoumo- 
vhch, Dimitriyé Yevdjevitch, Vaso Kosoritch, Radivoyé 
DjouranovitehjYovoSimitch, peintre, MirkoTomovitchy 
Branko Tschoubrilovitch, Stévan Nikolitch, Miloutine 
^ovanovitch, Simo Kovatschévitch, Petar Bilbiya Bo- 
iidar Zetschévitch, Yefto Doutschitch, Andriya Ouro- 
zhévitch, RistaStéfanovitch, Yefto Yeftitch, DarinkaMa- 
iitch, leDrVoïslavBessarovitch, Tschédo Militch, Sté- 
van Yakoula, Lioubomir Miyatovitch, Yovan Popo- 
^itch, Dragon tine Dakitcli, Atanassiya Chola, Iliya Cha- 
kota, Miloch Djouran, Douchan Soubotitch, Douchan. 
Bogounovitch, Veljko Vouyasinovitch, Petar Bojitch, 
Voukachine Babounovitch, VLadimir Malitch, Simo Mir- 
iovitcli, le B^ Vladimir Tschorovitch, ont commis le 
CRIME DE HAUTE TRAHISON prévu par l'art. III du 
C. P., et Miloutine Yovanovitch est en plus coupable 
du crime de lèse-majesté prévu par l'art. 140. 

Yakov Mladjenovitch-Miloitschévitch, Yovan Kaldé- 
îitch, Stévo Tomkovitch, le D*" Voïslav Ketchmano- 
vitch, Vintchentiya Savitch, Milan Kljaitch, Rayko Mila- 
novitch, Milan Obradovitch, Kosta Voukadine, le D^* 
Vasilj Roundo, Vaso Medan, le D^ Rista Yérémitch, 
Djordjo Obradovitch, Tschédomir Yélitch, Samouilo 
Dabitch, Gajo Davidovitch et Spiro Soido, ont commis 
le crime de COMPLICITÉ DE HAUTE TRAHISON 
par omission d'avertissement, crime prévu à l'art 114 
du C. P.; le D' Voïslav Ketchmanovitch est en outre 



— 170 — 

•coupable d'avoir agité contre les institutions publiques 
et les ordres pour la sécurité publique, délit prévu à 
l'art. 345 du C. P. ; Yovan Loukitch, Douchan Lou- 
kitch et le D^ Yovo Simitch sont, de plus, coupables 
du crime d'espionnage prévu ci l'art. 128 du C. P.; 
maisTzviétine Bobar est coupable de l'espionnage prévu 
à l'art. 125 ; Spasoyé, dit Lazare Bavrlitch, et Petar Yoy- 
novitch sont en outre coupables d'avoir troublé la sécu- 
rité publique, délit prévu à l'art. 142 du Code pénal. 

SENTENCE 

Pour cette raison les accusés suivants SONT CON- 
DAMNÉS A MORT PAR PENDAISON sur la base de 
l'art. 112 b I du C. P., cette peine devant être exécutée 
^elon la prescription de l'art. 20 du Code de procédure 
pénale ^ 

1. Miloutine Yovanovitch (marié, un enfant, com- 
merçant). 

2. Petar Bilbiya (célibataire, commerçant). 

3. Tschédo Militch (marié, commerçant). 

4. Dimcho Djokanovitch (marié, deux enfants, pro- 
priétaire). 

5. Mihailo Savitch (marié, deux enfants, sergent). 

* Les condamnés à mort assistent à l'exécution de ceux 
qui sont suppliciés avant eux. 'Ils doivent être exécutés 
dans l'ordre suivant. Vasilj Grdjitch devant assister au sup- 
plice des quinze condamnés qui le précèdent. Cette barbare 
disposition du code de procédure pénale est spéciale à 
l'Autriche- Hongrie. 



171 



6. Milan Petkovitch (marié, deux enfants, prêtre). 

7. Simo Bégovitch (marié, cinq enfants, prêtre). 

8. Dimitriyé Yevdjevitch (marié, deux enfiints, curé). 

9. Radivoi Djouranovitch (célibataire, étudiant cà 
'école normale). 

10. Gjordje Dakitch (marié, huit enfants, notaire). 

11. Bochko Tschapritch (veuf, secrétaire de l'Union 
les communautés agricoles). 

12. Mirko Tomovitch (célibataire, instituteur). 

13. AleksaYackchitch (marié, cinq enfiints, commer- 
:ant). 

14. Matiya Popovitch (marié, trois enflmts, prêtre et 
léputé). 

15. Kosta Ghniatitch (marié, deux enfants, institu- 
eur). 

16. Vasilj Grdjitch (célibataire, député et secrétaire 
le la Prosveta). 

A 20 ans de travaux forcés, Arsen Krstitch (marié, 
ontrôleur des impôts). Sur la base de l'art. 112 bi du 

:. P. 

A 18 ans de travaux forcés, sur la base de l'art. 112^2, 
e D'Voïslav Bessarovitch (célibataire, secrétaire de la 
Zhambre du commerce) ; Petar Milochévitch (marié, 
leux enfants, commerçant), Sava Tschoupovitch (veut, 
nstituteur). 

A 16 ans , sur la base de l'art. 112 hi. Kosta Kraï- 
houmovitch (célibataire, instituteur), puis Kosta 
^ojitch (marié, quatre enflmts, archiprètre), Svétozar 
'rnitch (marié, un enflmt, clerc), Tocho Béatovitch 
marié, six enfants, commerçant), Danilo Atchimovitch 



— 172 — 

(marié, trois enfants), NikoLi Yovanovitch (marié, deux 
enfants,instituteur),VasoKosoritch (marié, deux enfants, 
prêtre), sur la base de l'art, iiibi, en liaison avec 
l'art. 62, chacun à 16 ans de travaux forcés avec jeûne 
périodique d'un jour par mois. 

A ij ans, Drago Ourochévitch (marié, trois enfiints, 
prêtre), Nédeljko Zaritch (marié, six enfants, commer- 
çant), Lioubo Kovatchévitch (marié, six enfants, hôtelier), 
Timotiya Savitch (marié, sept enfiints, propriétaire et 
commerçant), Rayko Markovitch (marié, cinq enfants, 
hôtelier), Atanassiya Kosoritch (veuf, quatre enfants, 
prêtre), sur la base de l'art. 1 12 ^2, en liaison avec l'art. 
62, chacun à 15 ans de travaux forcés avec jeûne pério- 
dique d'un jour tous les trois mois. 

A 14 ans, Yovan Simitch (célibataire, peintre), Branko 
Tschoubrilovitch (célibataire, étudiant en médecine), 
sur la base de l'art, m bi; Matiya Miladinovitch (ma- 
rié, cinq enfants), Maksim Djourkovitch (marié, sept 
enfants, député et propriétaire), Vladimir Malitch (marié, 
troisenfants,commerçant),DjordjeDouyanovitch (marié, 
deux enflmts, instituteur), sur la base de l'art, bi, en 
liaison avec l'art. 52, chacun ci 14 ans de travaux forcés 
avec jeûne périodique d'un jour tous les trois mois. 

A 12 ans, Risto Stéfanovitch (marié, coifïeur), Yovo 
Pérentschévitch (célibataire, étudiant en droit), Yosif 
Simitch (célibataire, chauffeur), Atanassiya Chola (céli- 
bataire, propriétaire et député), Yefto Doutschitch (céli- 
bataire, commerçant), sur la base de l'art. 112 bi, 
chacun à 12 ans de travaux forcés ; puis Yovan Eritch 
(marié, cinq enfants, forgeron), Yakov Eritch (veuf, trois 



— 173 ~ 

nfants, agriculteur), Milan Yovanovitch (marié, quatre 
nfants, instituteur), Yefto Yeftitcii (marié, cinq enfants, 
aysan), Bojo Radoulovitch (marié, commerçant), Ne- 
eljko Voukadine (marié, six enfants, paysan), Simo 
[^ovatschévitch (marié, cinq enfants, commerçant), 
'ojidar Zetschévitch (marié, fonctionnaire à la banque 
Slaviay^), Douchan Soubotitch (marié, quatre enfants, 
rêtre), sur la base de l'art. 112 bi, en liaison avec 
art. 62, chacun à 12 ans de travaux forcés avec jeûne 
ériodique d'un jour tous les trois mois. 

A 10 ans, Yovo Bandjour (célibataire, commerçant), 
tévan Nikolitch (célibataire, instituteur), Yovan-N. 
'opovitch (célibataire, directeur au gouvernement 
rovincial), Lioubomir Miyatovitch (célibataire, licencié 
n droit), Dragoutine Dakitch (célibataire, paysan), 
etar Bojitch (célibataire, boulanger), Voukachine Ba- 
ounovitch (étudiant en médecine), Simo Mirkovitch 
célibataire, ingénieur), sur la base de l'art. 112 chacun 

10 ans de travaux forcés ; puis Atanassiyé Krstitch 
marié, deux enfants, fonctionnaire au gouvernement 
rovincial), Djoko Nikolitch (marié, paysan), Milan 
laistorovitch (marié, quatre enfants, commerçant), 
)jordie Mihaïlovitch (marié, quatre enfants, orfèvre), 
liloch Djouran (marié, un enlant, employé de la 
^rosveta), sur la base de l'art. 112 b II en liaison avec 
art. 62, chacun à 10 ans de travaux forcés avec jeûne 
ériodique d'un jour tous les trois mois. 
. A S ans, Douchan Loukitch (marié, deux enfants, 
harron), sur la base de l'art. 129 II, à 8 de travaux 
orcés avec jeûne périodique d'un jour tous. les trois 



— 174 — 

mois, puis Stévo Tomkovitch (célibataire, instituteur), 
Rayko Milanovitch (marié, serrurier). Milan Kljaitch 
(célibataire, étudiant en théologie), sur la base de l'art. 
114, chacun à 8 ans de travaux forcés ; Djokan Djord- 
jitch fmarié, quatre enfants, agriculteur), Douchan 
Bogounovitch sur la base de l'art. 112 b II, en liaison 
avec l'art. 62, et Yovan Kaldésitch sur la base de l'art. 
114 en liaison avec l'art. 62, chacun à 8 ans de travaux 
forcés avee jeûne périodique d'un jour tous les trois mois. 

A 7 ans, Vincentiya Savitch (célibataire, commer- 
çant), sur la base de l'art. 114, à 7 ans de travaux 
forcés. 

A 6 ans, Stévan Yakoula (marié, 2 enfants, direc- 
teur de l'académie commerciale), sur la base de l'art. 
112 h 11 en liaison avec l'art. 62, à 6 ans de travaux 
forcés avec jeûne périodique d'un jour par mois, Yovan 
Loukitch (veuf, 4 enflmts, valet), sur la base de l'art. 
129 II, puis Tchédomir Yélitch (marié, 3 enfants, com- 
merçant), Vaso Médan (marié, curé), sur la base de 
l'art. 114 en liaison avec l'art. 62, à 6 ans de travaux 
forcés avec jeûne périodique d'un jour tous les 3 mois, 
Djordje Obradovitch (célibataire, employé de banque), 
sur la base de l'art. 114, à 6 ans de travaux forcés. 

A j ans, le D' Yovo Simitch (marié, un enfant, 
ingénieur et député), sur la base de l'art. 129 II, à 5 
ans de travaux forcés avec jeûne périodique d'un joui 
tous les trois mois, Yakov Mladjénovitch-Miloïtschitch 
(marié, huit enfants, agriculteur), Gayo Davidovitch 
(marié, quatre enfants, entrepreneur). Milan Obra- 
dovitch (veuf, quatre enfants, instituteur), D' Voïslav 



— 175 — 

<^etchmanovitch (marié, deux enfants, médecin), Kosta * 
/oukadine (marié, paysan), sur la base de l'art. 114 
în liaison avec l'art. 62, et chez le D"" V. Ketchmanovitch, 
m liaison avec l'art. 66 ^ chacun à 5 ans de travaux 
"orcés avec jeûne périodique d'un jour tous les trois 
nois ; Darinka Malitch (jeune fille), sur la base de l'art.. 
[12 MI en liaison avec l'art. 92, à 5 ans de travaux 
"orcés, dont on déduira, d'après l'art. 95, douze mois 
le prison préventive ; le D'' Vladimir Tschorovitch 
marié, un enfant, secrétaire du musée provincial), Iliya 
Hhakota (marié, deux enfants, commerçant), Veljko' 
/ouyasinovitch (marié, un enfant, professeur au lycée), 
ur la base de l'art. 112 b II en liaison avec l'art. 62, 
:hacun à 5 ans de travaux forcés avec jeûne périodique 
l'un jour tous les trois mois; Sam.ouilo Davitch (céli- 
)ataire, paysan), Spiro Soldo (célibataire, licencié es 
ettres), sur la base de l'art. 114, chacun à 5 ans de 
ravaux forcés, et Tzviétine Bobar (marié, cinq enfonts, 
)aysan), sur la base de l'article 126 III, en liaison avec 
'article 62, à 5 ans de travaux forcés, avec jeûne d'un 
our tous les trois mois. 

A trois ans, le D^ Rista Yérémitch (marié, deux 
infants, médecin), le D'" Vasilj Roundo (marié, avocat),. 
;ur la base de l'art. 114 en liaison avec l'art. 92 et l'art. 
)2, chacun à 3 ans de travaux forcés avec jeûne pério- 
lique d'un jour tous les trois mois. 

A 2 ans enfin, Lazare Bavrlitch (veuf, quatre enfants, 
)aysan), sur la base de l'art. 142 en liaison avec l'art. 62, 
:hacun à 2 ans de travaux forcés avec jeûne périodique 
l'un jour tous les trois mois. 



— 176 — 



* * 



D'après l'art. 280 du Code de procédure pénale, la 
peine de mort sera exécutée dans l'ordre suivant : 
I, MiloutineYovanovitch ; 2, Petar Bilbiya; 3, Tschédo 
Militch ; 4, Dimcho Djokanovitch ; 5, Mihaïlo Sa- 
vitch, sergent ; 6, Milan Petkovitch ; 7, Simo Bégo- 
vitch ; 8, Dimitriyé Yevdjévitch ; 9, Radivoï. Djourano- 
vitch; 10, Djordje Dakitch ; 11, Bochko Tschapritch ; 
12, Mirko Tomovitch; 13, Aleksa Yackchitch ; 14, le 
pope Matiya Popovitch ; 1 5 , Kosta Ghniatitch ; 1 6, Vasilj 
Grdjitch. 

D'après l'art. 348 du Code de procédure pénale, tous 
les condamnés mentionnés sous les lettres de A à M sont 
obligés, à part les frais de leur peine, de supporter 
solidairement les frais de procédure. Cette mesure est 
déclarée executive chez Liouba Kovatschévitch, Dimcho 
Djokanovitch, Maksim Djourkovitch, Timotiya Savitch, 
Milan Maisrorovitch, le D*" Rista Yérémitch, le D' Yovo 
Simitch, Tocho Stanchitch, Atanassiya Kosoritch, Kosta 
Voukadine, Tschédomir Yélitch, Simo Tschorovitch, 
Atanassiya Chola, et d'après l'art. 350 du Code de procé- 
dure pénale, non executive chez les autres condamnés. 

D'après l'art. 325 en liaison avec l'article 329 du 
Code de prozédure pénale et l'art. 122 du Code pénal, 
toutes les personnes mentionnées sous les lettres de A 
à L sont obli2;ées de dédommasier solidairement l'état de 
Bosnie-Herzégovine d'une somme de 4,891,600 cou- 
ronnes en qualité de dommages-intérêts pour les déser- 



— 177 — 

:eurs de ces provinces; puis d'une somme de 9,753,169 
:ouronnes pour les frais d'alimentation des parents 
)auvres des mobilisés, soit une somme totale de 
[4,644,769 couronnes; les particuliers dont les intérêts 
luraient été lésés par l'action criminelle des condamnés 
levront en appeler aux tribunaux civils. 



* 

* * 



D'après l'article 271 III du code de procédure pénale, 
îont libérés, fiiute de preuves suffisantes : 

IliyaLazitch, Mirko Maksimovitch, Yovan Mitrovitch, 
A.nte Trifkovitch, Prodan Petkovitch, Djouro Radétitch, 
Podor et Pavle Béatovitch, Rayo Vasitch, Stanoyé 
Zaritch, Sava Savitch, le pope Mihailo Savitch, David 
Savitch, Pavle Katanitch, Mihailo-H. Stévitch, Miloya 
Popalovitch, Mihailo Vasitch, Gavro Gavritch, Dragitza 
Vidakovitch, Nedjo Mihailovitch,- Radovan Nedjel- 
kovitch, Stoyan Savitch, Vlado Kouyoundgitch, Pavle 
Kouyoundrévitch, Rista Kovatchévitch, Marko-S. Popo- 
vitch, Yovo Obradovitch, Pavle Oubavitch, Svétozar 
Zetchévitch, Djouro Ostoyitch, Spasoyé Boukvitch, 
Aleksa Mitrovitch, Blagoya Milochévitch et le D"" Sava 
Ljoubibratitch, qui étaient accusés, dans l'intention men- 
tionnée sous lettre A, d'avoir fait partie directement de 
cette entreprise révolutionnaire, cela par excitation, appel, 
séduction, entente, et par compromission soit avec la di- 
rection centrale de la Narodna Odbrana de Belgrade et le 
président du comité de Chabatz, Boja Milanovitch, soit 
avec quelques-uns des membres du comité de la Narodna 



12 



— lyS — 

Odbrana, notamment avec les fonctionnaires serbes d( 
la frontière, Kosra Todorovitch, Mita Pavlovitch 
Tschédo Popovitch et un député national d'Oujitzé. Il; 
étaient en outre accusés d'avoir préparé la résurrectior 
et la révolution du peuple en Bosnie-Herzégovine, soii 
en faisant de la propagande pour les comitadjis serbes. 
soit en étant comitadjis eux-mêmes, soit en espionnant 
et en servant d'intermédiaires entre les membres du 
comité de Narodna Odbrana et les exécuteurs des dessein* 
de cette société, et surtout en favorisant toutes les entre- 
prises qui devaient aboutir au but cher à la Narodna 
Odbrana, spécialement par l'activité révolutionnaire danî 
les sociétés Sokol, Pobratimsivo, Prosveta, Zemljorad- 
nitschke Zadrouge, qui avaient pour but de favoriser les 
tendances révolutionnaires de la Narodna Odbrana. 

Sont aussi libérés de l'accusation faute de preuves 
suffisantes, sur la base de l'art. 271 III du code de 
procédure pénale : 

Djouro Ostoyitch, Blagoya Milochévitch, Vasiliya 
Stoyanovitch, Todor Vasiljévitch, Mitcho Baslatch, Stévo 
Moljévitch, Bogdan Yovanitch, Yosip Phivchitch, Mirko 
Voukoyévitch, Vaso Drotcha, Yefto Pétrovitch, Svéto- 
mir Soubotitch, Yovo Vasiljévitch, Veljko Yovitchitch, 
Bogdan Yarakoula, Mirko Baïtch, le D"" Vaso Glouchatz, 
Lazare dit Spasoyé Bavrlitch et Petar Yoynovitch, qui 
étaient accusés d'avoir, avec l'intention mentionnée 
sous lettre A, propagé l'idée de l'unité politique de 
tous les peuples serbes, comme fonctionnaires, c'est-à- 
dire organisateurs des sociétés Sokol, Pobratimstvos, 
Zemljoradnitschke Zadrouge, en Bosnie-Herzégovine i 



— 179 — 

d'avoir fondé des sociétés semblables aux Sokols serbes 
et aux autres sociétés à caractère militaire du royaume 
de Serbie, avec lesquelles ces sociétés étaient en relation 
par Tintermédiaire de la section militaire de la Narodna 
Odbrana ; ils étaient aussi accusés d'avoir éduqué les 
membres de ces sociétés dans l'esprit de la discipline 
militaire et de les avoir exercés pour devenir des com- 
battants dans l'armée nationale en vue de ressusciter 
la Bosnie-Herzégovine ; enfin d'avoir systématiquement 
éveillé chez les membres de ces sociétés la tendance 
d'accomplir par la force et avec le concours de l'armée 
serbe l'unité politique de la Bosnie-Herzégovine. 

D'après l'art. 325 du code de procédure pénale, les 
particuliers dont les intérêts auraient été lésés par 
l'action révolutionnaire des accusés devront avoir 
recours à la juridiction civile. 



Journée de triomphe pour les six juges allemands que 
celle du 22 avril 1916 où après cent soixante-quinze 
jours de débats le procès de Banialouka eut son épilogue ! 
Jamais les justiciers à la solde des Habsbourg n'avaient 
connu semblable succès! Quels chevrons à leur toge im- 
maculée de préteurs intègres et quel brillant avenir 
ouvert devant ces fidèles gardiens du véritable esprit 
monarchique austro-hongrois ! Imaginez ! . . . Toute 
l'élite intellectuelle serbe de Bosnie-Herzégovine jugulée, 
matée, anéantie ; la race serbe dénoncée commie cause 
de toutes les calamités de la guerre et jetée en pâture à 



— i8o — 

la fureur publique; enfin la Monarchie, trop longtemps 
tolérante et magnanime, forcée, à contre-cœur, d'extirper 
le mal et de cracher son innocence à la fiice de l'Europe ! 
Un beau geste de mélodrame sans doute, mais qui coûte 
la vie à seize hommes, qui retient dans les cachots 
quatre-vingt-deux personnes pour un total de huit cent 
cinquante-huit années, soit pour chacun d'eux dix ans, 
cinq mois et dix-sept jours, qui rend veuves onze femmes 
et fait trente-deux orphelins, qui prive cinquante-deux 
femmes du soutien de leur foyer chacune pendant dix 
ans, huit mois et deux jours et qui ravit leur père à 
cent soixante-dix-sept enfants pendant onze ans vingt et 
un jours! Et tout cela se passe en 1916 dans un Etat 
qui prétend être à la tête de la culture et de la civilisa- 
tion ! Quand la pleine lumière aura été faite sur tous les 
procès politiques en Autriche-Hongrie, l'historien se 
demandera si les procédés de l'Inquisition espagnole au 
XIIP siècle, beaucoup plus expéditifs, n'étaient pas aussi 
humains et aussi justes. 

Le Livre rouge (p. 44) relève comme calomnieuses ces 
deux phrases extraites d'un journal serbe du 12 mai 19 14: 
« Ce qui est qualifié de crime dans la vie privée, en 
Autriche on le nomme politique. L'histoire connaît un 
monstre, et ce monstre c'est l'Autriche. » Calomnie 
ou vérité, au lecteur de se faire une opinion ! 

Quelques mots d'analyse juridiciue 

Deux des condamnés à mort, Vasilj Grdjitch et Michel, 
Savitch, avaient déjà été poursuivis pour le mêmecrime| 



— i8i — 

en 19 13 au procès de Yovo Yaglitchitch et d'autres per- 
sonnes accusées d'espionnage. Aujourd'hui on les con- 
damne à mort pour ce même crime qualifié maintenant 
de haute trahison. N'est-ce pas là une violation fla- 
grante du droit criminel puisque les principes généraux 
de la responsabilité criminelle exigent : Non bis in idem. 
Avec un mépris aussi éclatant du droit pénal, avec une 
telle organisation du Sénat et le manque absolu de ga- 
ranties quanta l'impartialité des juges, il est évident que 
l'application du Code pénal dans ce procès représente la 
plus épouvantable violation des lois. 

En vertu du § 11 1 du Code pénal, soixante-quinze 
accusés furent condamnés pour crime de haute tra- 
hison ; dix-sept furent condamnés pour complicité de 
haute trahison, commise par omission d'avertissement, 
en vertu du § 114; quatre pour espionnage en vertu des 
§ 125 et 128 ; deux pour trouble delà paix et de l'ordre 
publics (§ 142). 

Montrons combien peu juridique fut l'application du 
§111 aux crimes dont sont accusés les condamnés. 

Le § 1 1 1 du Code pénal autrichien s'exprime en ces 
termes : 

« Commet le crime de haute trahison celui qui en- 
ce treprend une action a) par laquelle on aurait porté 
« atteinte au corps, à la santé ou à la liberté de Sa Ma- 
« jesté, soit en lui faisant courir un danger, ou en l'en- 
« travant dans l'exercice de ses droits royaux ; ou b) par 
« laquelle on aurait eu pour but de changer par la force 
« le régime politique existant dans le pays où ce Code 
« est en vigueur ; ou de changer par la force la situation 



— l82 — 

« de ce pays envers la monarchie austro-hongroise ; ou 
« de changer par la force la constitution et les lois orga- 
« niques de la monarchie austro-hongroise ; ou de 
« rompre par la force le lien d'Etat existant entre ce 
« pays et les pays de cette monarchie ; ou de modifier 
« par la force les frontières du pays où ce Code pénal 
« est en vigueur, ou des pays de la monarchie austro- 
« hongroise, soit en faisant cette action publiquement 
« ou secrètement, que cette action soit accomplie par 
« des personnes seules, isolément ou en connexité avec 
« d'autres, par entente, appel, instigation, séduction, 
« paroles, écrits, par la presse ou l'image, par des con- 
« seils, initiative individuelle avec armes ou sans arme, 
« par divulgation de secrets ou par des intentions mau- 
« vaises en vue d'atteindre les buts indiqués, par des 
« conversations subversives avec l'ennemi ou par en- 
« tente avec lui, par soulèvement, propagande, espion- 
« nage, appui ou n'importe quel autre fait pour y par- 
« venir, même si ce fait n'avait pas eu l'effet désiré. » 

Il résulte donc du contenu de cet article que la 
haute trahison consiste seulement à travailler consciem- 
ment et intentionnellement contre l'existence de l'Etat ou 
à attenter à la personne du souverain ou même à res- 
treindre sa liberté. 

Tout acte dans lequel on voit l'intention de com- 
mettre le crime n'est pas suffisant pour qu'il y ait haute 
trahison, car alors tous les actes préparatoires, que le 
Code pénal ne prévoit pas, tomberaient aussi sous le 
coup du dit paragraphe ; mais il faut qu'il y ait une ten- 
tative c'est-à-dire un acte qui conduira à l'accomplisse- 



- i83 - 

ment du crime. Autrement la tentative dt commettre un 
crime signifierait moins que l'intention de le commettre. 

Les lois de tous les pays civilisés s'accordent à dire que 
le crime de haute trahison porte le caractère d'une tentative 
criminelle. Si quelqu'un se procure des armes dans l'inten- 
tion de commettre un crime de haute trahison, ou s'entend 
avec une autre personne dans ce même but, il n'a pns en- 
core entrepris ce crime, il n'y a pas eu tentative crimi- 
nelle. Il s'agit seulement d'un acte préparatoire, d'une in- 
tention que cette personne à la possibilité de modifier, jus- 
qu'au moment o& elle entre dans la phase d'accomplisse- 
ment du crime. On peut porter sur soi un revolver chargé 
et désirer en même temps que cette arme serve à tuer 
son ennemi, mais ce n'est que si l'on tente de faire usage 
du revolver dans ce but que l'on devient coupable. 

Les intentions prévues dans le § m représentent des 
moyens d'accomplir le crime de haute trahison; tant que 
ces moyens n'ont pas conduit à une action dans le but 
coupable, il n'y a pas eu crime. 

Quels sont les crimes des accusés ? Le jugement admet 
comme prouvé que soixante-quinze personnes con- 
damnées sont coupables de haute trahison pour avoir, 
de 1911 à 1914 pris part à titre de membres et d'émis- 
saires pour la Bosnie-Herzégovine à l'organisation d'une 
société serbe révolutionnaire la Narodna Odbrana, à Bel- 
grade, dans l'intention d'arracher la Bosnie-Herzégovine 
à la monarchie austro-hongroise et de la rattacher au 
Royaume de Serbie, conscients que le but de cette orga- 
nisation est punissable de haute trahison. Dix-sept autres 
accusés ont été déclarés coupables d'avoir, à titre de 



— i84 — 

membres du comité des sociétés serbes Sokol, Pobratimsîvo 
et Prosveta, par leur activité dans ces sociétés qui étaient 
en liaison avec la Narodna Odbrana, propagé l'idée de 
l'union politique de la nation serbe en Bosnie-Herzé- 
govine, commettant ainsi le crime de haute trahison. 

Sur quoi le tribunal base-t-il ses convictions ? 

Qui le croirait ! Sur deux documents élaborés au dé- 
but de la guerre, ou dans le courant de celle-ci, alors que 
les prévenus étaient incarcérés depuis des mois ! Ces 
documents ne sont autres que le Manifeste de Feinpereur 
François-Joseph à ses peuples au début de la guerre, et le 
Livre rouge de la diplomatie austro-hongroise, par les- 
quels on veut justifier le procédé provocateur de l'Au- 
triche-Hongrie envers le royaume de Serbie et la dégager 
de la lourde responsabilité d'avoir déchaîné la terrible 
conflagration qui ravage l'Europe. 

Ce qu'était la Narodna Odbrana (défense nationale) 
nous l'avons expliqué plus haut. Cependant le tribunal 
accepte la proclamation tendancieuse de l'empereur et le 
Livre rouge comme des preuves complètes que la Na- 
rodna Odbrana est une association révolutionnaire, et 
base là-dessus toutes ses combinaisons nébuleuses con- 
cernant le crime des accusés. Or, le Code de procédure 
pénale de Bosnie-Herzégovine, établi sur les principes 
d'un formalisme étroit, exige du tribunal la preuve com- 
plète * du crime ou du délit pour pouvoir prononcer une 

^ Pour pouvoir, d'après les lois bosniaques, condamner 
quelqu'un pour une misérable dette de lo francs, il faut que 
la mention qui en a été faite dans les livres de comptabilité 
soit appuyée par le serment. 



- .85 - 

condamnation. On y lit au § 214 qu'z7 7î'est pas permis 
ail tribunal de se contenter de l'aveu de l'accusé, parce que 
Faveu ne constitue pas une preuve complète; mais le juge est 
oblif!^é de contrôler cet aveu par d'autres moyens. Dans le cas 
qui nous occupe tous les accusés ayant nié formellement 
et souvent même démontré que la Narodna Odbrana n'a 
pas de caractère révolutionnaire, il s'agit Là encore d'une 
violation flagrante des lois. Malgré cela le tribunal a 
maintenu son point de vue et condamné quatre-vingt- 
dix-huit accusés. 

Il est intéressant de noter que déjà dans plusieurs 
autres procès politiques (tel par exemple le procès de 
Yovo Yaglitchitch et consort en 19 13, celui de Pianitch 
et consort en 19 12) les relations des accusés avec la A^a- 
rodna Odbrana avaient été exploitées et qualifiées de ré- 
volutionnaires. On sait qu'alors l'Autriche cherchait des 
prétextes d'accuser la Serbie et de lui fliire la guerre ; rien 
d'étonnant que de pareilles suppositions aient surgi. 
Cependant, le tribunal basant sur des hypothèses ses con- 
victions concernant le travail de Narodna Odbrana, ne 
pouvait rester dans les limites de la loi en affirmant que 
ces relations existaient en réalité. Actuellement les cir- 
constances sont autres; le tribunal, fort des affirmations 
du Livre rouge ^ et du Manifeste impérial, se considère en 

' Dans la séance du 19 septembre 1916 du parlement hon- 
grois, le député Gabor Ugron, du parti indépendant de Ka- 
rolyi, a dit : « Il est honteux de publier le Livre rouge 
qui est la preuve d'un système nerveux détraqué ». Telle est 
la traduction littérale du journal hongrois Magyarors^âg 
du 20 IX. Nous ne croyons pas altérer le sens des paroles de 



— i8é — 

possession de preuves irréfutables de l'activité révolu- 
tionnaire de cette organisation. 

Par la plume du baron de Giesl, son représentant à 
Belgrade, le gouvernement austro-hongrois « pose 
comme axiome connu que la politique serbe ne se base 
que sur le détachement de parties du territoire habité 
par les Slaves et en conséquence sur l'anéantissement de 
la Monarchie comme grande puissance. Qu'on ne peut 
méconnaître cette vérité lorsqu'on est obligé de vivre et 
d'agir dans les milieux politiques, ne fut-ce que pendant 
huit jours.» (Livre rouge, p. lo.) 

Cette politique coupable du gouvernement serbe au- 
rait donc été reconnue et tolérée depuis longtemps par 
l'Autriche sans qu'elle fît à la Serbie de représentations 
comme celles contenues dans son ultimatum; nous en 
déduisons que l'Autriche connaissait et tolérait les désirs 
serbes comme nous connaissons les désirs d'expansion 
des Allemands vers Bagdad, ceux de la Russie vers 
Constantinople, de la France au Maroc, de l'Angleterre 
en Egypte, et de l'Italie dans le Trentin. 

Cette même Autriche qui avoue (Livre rouge, p. 28) 
que «les points de contact existant entre les parties 



l'honorable député en les interprétant ainsi : le Livre rouge, 
œuvre de cerveaux détraqués est une publication diploma- 
tique qui ne fait pas honneur à l'Autriche. — Et pourquoi? 
Simplement parce qu'il fourmille d'inexactitudes, de men- 
songes, et qu'il ne contient en somme aucune preuve pé- 
remptoire pour étayer la thèse qu'il soutient. On le voit, 
même en Autriche-Hongrie, le Livre rouge n'a pas partout 
une bonne presse. 



- i87 - 

slaves du sud de la Monarchie et la Serbie, dans le do- 
maine de la langue, des races et de la culture, auraient dû 
conduire à la réalisation d'un travail de développement 
commun inspiré d'amitiés réciproques et d'intérêts pa- 
rallèles », s'est efforcé d'empêcher tout contact et d'en- 
traver tout développement. C'est pourquoi les désirs 
légitimes des Serbes du royaume, elle les appelle 
<( aspirations agressives, propagande hostile, agitation hai- 
neuse, intrigues révolutionnaires » ; ceux des Yougoslaves 
elle les taxe ce d'entreprises de haute trahison '>k 

Ayant ainsi travesti les désirs intimes du peuple serbe, 
il n'y a qu'un pas jusqu'à l'affirmation que la Narodna 
Odbrana (qui travaille entre autre au développement de 
la conscience nationale) a un but révolutionnaire. On 
peut en dire autant de la Prosveta, des Sokols et des Po- 
bratimstvos bosniaques dont les aspirations légitimes de- 
viennent des « tendances révolutionnaires». 

Vue de l'esprit, déduction d'un raisonnement, cette 
conclusion, le Tribunal ne cherchera pas à l'étayer par 
■des preuves : il la décrétera simplement « vérité, axiome 
reconnu », sans se préoccuper de vérifier les propositions 
du syllogisme ! 

Pourtant, de l'avis même du Livre rouge, la Narodna 
Odbrana est une société privée sans rapport avec l'Etat, 
et une association défensive (voir p. 38) ; on reconnaît 
■que l'on ne possède «sur ce qui se passe dans ses réu- 
nions que des informations confidentielles difficilement 
contrôlables» (Livre rouge p. 3^). Peu importe! xMais 
•on fait grand cas des dépositions d'un mouchard avéré 
tel que Yovo Yaglitchitch et l'on remet en scène, « en 



- i88 — 

considération de ses connaissances relatives sur l'activité 
de Narodna Odbrana (Livre rouge, p. 54), le boulanger 
Tritko Krstanovitch, fait prisonnier sur le front italien, 
dont on lit les balivernes débitées lors du procès de Sara- 
levo contre Princip et consorts ^ Pourquoi des preuves, 
si la justice en ûiic le même cas que le gouvernement, 
ainsi qu'il ressort de l'exemple suivant : « Les puissances, 
— qui n'eurent connaissance que le 24 de la note de 
l'Autriche et sans le dossier nécessaire, — représentèrent 
qu'une prolongation du délai était nécessaire pour pou- 
voir étudier ce dossier et agir sur le gouvernement 
serbe. Berchtold repoussa leur demande en déclarant 
que l'examen des preuves était superflu, que la communi- 
cation autrichienne aux puissances avait seulement 
le caractère d'une information que l'on considère comme 
« un devoir de politesse internationale » et que l'action 
de Vienne était une affaire n'intéressant que la Serbie et 
l'Autriche, sur laquelle les puissances n avaient pas à 
faire connaître leur opinion'^. )) 

Quant à l'honorabilité et à la bonne foi des témoins 
on en tint compte comme au procès de Zagreb, où le 
tribunal déclarait «que la crédibiUté personnelle du té- 
moin Nastitch lui était indifférente et qu'il était sans 
intérêt pour lui si le témoin avait répondu ou non la 
vérité aux questions de la défense. » 

^ Les amateurs d'aventures romanesques Hront avec inté- 
rêt les aventures extraordinaires de Trifko Krstanovitch et 
de Yovo Yaghtchitch dans le Livre rouge austro-hongrois^ 
p. 34-61. 

- J'accuse ! Edition française p. 208. 



— i89 — 

Ainsi deux «vérités» sont jusqu'ici nettement établies 
pour les juges de Banialouka : 

1° la Narodna Odbrana est une association révolution- 
naire; 

2° les sociétés serbes de Bosnie-Herzégovine (Pf(7^t'^/âf, 
Sokol, etc.) sont en réalité des entreprises révolution- 
naires. 

Les deux documents dont nous venons de parler 
fournissent donc au tribunal le point capital de son ar- 
gumentation : à savoir que la Narodna Odbrana est une 
association révolutionnaire et que les sociétés yougo- 
slaves, Sokols, Pohraiimstvo, Prosveta, etc. sont en quelque 
sorte des succursales de la Narodna Odbrana de Belgrade. 
A propos des procès de Zagreb et Friedjung nous avons 
donné plusieurs exemples de la manière de raisonner 
des juges de Bosnie ; on comprendra qu'avec des raison- 
nements analogues on puisse prouver tout ce qu'on veut 
prouver. 

iMais ces sociétés « révolutionnaires » avait, des années 
du/ant, été tolérées par le gouvernement austro- hon- 
grois qui, dans leur action, et en dépit d'une constante 
surveillance, n'avait rien pu trouver de répréhensible. Il 
fallait donc inventer un prétexte plausible, non seulement 
de leur attribuer un caractère subversif, mais surtout 
d'incriminer un certain nombre de leurs membres et de 
constater l'affiliation de ces sociétés à \a Narodna Odbrana. 
C'est là qu'intervient le fameux carnet du major serbe 
Kosta Todorovitch. Nous avons au début de ce chapitre 
indiqué le contenu de ce document. 

Hâtons-nous de dire que le document Todorovitch 



— 190 — 

est lui aussi considéré par le tribunal comme d'une au- 
thenticité irréfutable. Quoique maintes fois les accusés 
parviennent à prouver qu'il contient non seulement des 
erreurs, mais de grossiers mensonges, ce document 
reste pour les juges parole d'Evangile. Or, disent ces 
juges, le major Kosta Todorovitcli est sans aucun doute 
un membre de la Narodna Odbrana car il a adressé à 
cette association révolutionnaire un rapport eu 1912; 
d'autre part les personnes désignées dans ses notes et 
dont il se sert pour son service de renseignements sont, 
elles aussi, des émissaires de la Narodna Odbrana. Mais 
ces personnes — les accusés de Banialouka — sont les 
membres influents des sociétés serbes de Bosnie-Herzé- 
govine, donc ces sociétés sont des succursales de Na- 
rodna Odbrana, coupables comme elle de haute trahison. 
Le raisonnement est parfait, mais pour maintenir et 
justifier la culpabilité des condamnés de Banialouka, il 
faut prouver l'authenticité du document Todorovitch, 
et pour démontrer la responsabilité de la Serbie dans la 
guerre actuelle il faut de plus établir; 1° l'identité de la 
Narodna Obrana et du gouvernement serbe ', 2° l'exac- 
titude de tout ce que dit le Livre rouge. 

' Une femme de Semlin, Yelena Dimitriyévitch, fut arrêtée 
à Belgrade pour espionnage peu avant la guerre. Elle avoua 
avoir, pour le compte du gouvernement de Bosnie-Herzégo- 
vine, cherché à se procurer la liste des membres de la Na- 
rodna Odbrana, sujets austro-hongrois. Après une enquête 
très minutieuse sur cette société, le Tribunal acquitta l'ac- 
cusée, arguant que la Narodna Odbrana étant une société 
absolument privée, sans aucune attache avec l'Etat serbe^ 
chercher à se renseigner sur une telle société ne peut porter 



— 191 — 

Nous occupant plus particulièrement du procès nous 
nous contenterons — ayant suffisamment insisté sur le 
Livre ronge — de parler du document Todorovitch. 
On dit que dans ses écrits le major Todorovitch raconte 
ses rendez-vous, les connaissances qu'il a faites, sa cor- 
respondance avec quarante-huit des accusés ; il expose 
comment il les a engagés à lui procurer des renseigne- 
ments concernant la situation militaire en Bosnie-Her- 
zégovine, développe son programme pour la direction 
de la révolte dans ce pays. Il exprime en outre l'opinion 
que des relations avec les Sokols et les Pobratimstvos se- 
ront de la plus grande efficacité pour parvenir au but 
désiré : la révolution. 

Le fait que quelques-uns des accusés (dont presque 
tous niaient absolument avoir connu le major Todoro- 
vitch) ont réussi à prouver indubitablement leur alibi au 
moment où Kosta Todorovitch prétendait avoir eu des 
conférences avec eux à Koviliatcha et le fait que le Tri- 
bunal lui-même a confirmé un alibi * en faveur de 



aucun préjudice à TEtat, ne peut donc pas constituer de 
délit. Ceci constitue une excellente preuve de l'inanité de 
Tinculpation de liens existant entre la Narodna Odbrana, 
le Gouvernement et la Cour de Serbie. Par contre nous 
voyons dans cette affaire une bonne preuve que TAutriche- 
Hongrie, manquant de motifs suffisants pour accuser ses 
sujets serbes, en faisait chercher en Serbie par des espions. 
^ Ce alibi concernait un rendez-vous avec Kosta Todo- 
rovitch le jour où celui-ci devait présenter M. Petkovich 
et M. Popovitch au prince Alexandre. Les carnets des 
gardes-frontière austro-hongrois concernant les traversées 
de la Drina confirmèrent ces alibis. 



— 192 — 

Milan Petkovitch et de Mathias Popovitch prouvent 
incontestablement que le manuscrit Todorovitch n'est 
pas exact et permettent de douter de son authenticité. 
Cela n'empêche ni l'expert militaire assermenté, colonel 
Sertitch, ni le tribunal d'avoir une confiance absolue 
en ces notes et de baser sur elles la responsabilité pénale 
des condamnés. 

Ce qui est fort curieux chez un militaire c'est que, 
parmi les notes de l'officier serbe, on lit, paraît-il, de 
longs essais psychologiques sur un grand nombre d'ac- 
cusés, qui d'ailleurs ne sont pas indiqués par leurs noms, 
mais seulement par des chiffres ou des lettres, que l'ac- 
cusation se flatte d'avoir déchiffrés et attribués à leurs 
véritables porteurs. Ainsi Kosta Ghniatitch est désigné 
par la lettre « A » et le « n° i ». 

Un des accusés, l'avocat D*" Vasilj Roundo, a démon- 
tré que les notes de Todorovitch qui le concernent 
Trahissent un style tout à fait étranger et contiennent 
une phraséologie non seulement inusitée, mais impos- 
sible dans la langue serbe; donc que certainement elles 
n'émanent pas d'une plume serbe. Remarquons à ce 
sujet qu'au procès Friedjung le premier soupçon sur 
l'authenticité des faux documents forgés sous les aus- 
pices du comte Forgach fut précisément éventé par leur 
étrange langue «germano-serbe ». 

Mais, dit le procureur de l'Etat, l'authenticité du 
cahier de notes du major serbe Kosta Todorovitch est 
prouvée par des experts en écritures. On sait ce que 
vaut la (c science » de ces experts, même s'ils sont de 
bonne foi et dans un pays où la justice n'est pas comme 



— 193 — 

n Autriche-Hongrie une sinistre parodie. Bornons-nous 
rappeler qu'au procès de Zagreb des experts asser- 
mentés avaient déclaré que, conformément à l'affirma- 
ion de l'accusateur public, « le statut révolutionnaire 
1° II» qui jouait un rôle important dans ce procès était 
le la main de Milan Pribitchévitch, officier dans l'armée 
erbe et frère des deux principaux accusés. Or la défense 
ournit la preuve irréfutable que les allégations des ex- 
>erts étaient fausses. 

D'autre part le colonel Sertitch, désigné par le tribu- 
lal comme expert militaire, admet qu'aucun rapport confi- 
lentiel ne fut trouvé en original parmi les papiers du major 
erbe. Ce qui enlève toute base à l'affirmation du tribu- 
lal que Todorovitch était membre de la Narodna Od- 
hrana. 

Enfin il est caractéristique que, de l'aveu même de 
'acte d'accusation et de l'expert militaire, il ne se soit 
)as trouvé dans les archives du major serbe une seule 
ettre originale d'un des accusés avec lesquels il écrit 
ivoir été en correspondance si fréquente. Il est incom- 
préhensible aussi que Todorovitch, que le colonel expert 
Sertitch qualifie d'homme exceptionnellement capable 
n circonspect, ait emporté toutes ses archives avec lui 
îur le front, archives dont il ne pouvait avoir besoin et 
qui, si elles tombaient aux mains de l'ennemi, auraient 
donné lieu à de terribles représailles contre la population 
serbe de Bosnie-Herzégovine. 

Si le major Todorovitch avait été un traître il aurait 
agi ainsi, mais ce ne peut être un traître celui qui 
donne sa vie pour défendre sa patrie! Ces présomptions, 

13 



— 194 — 

jointes à plusieurs preuves péremptoires, par exempl 
quand le tribunal est obligé de reconnaître que certaine 
allégations contenues dans les notes de Todorovitd 
sont absolument controuvées, démontrent quelefameu; 
carnet du major Kosta Todorovitch est un faux. Pourceu 
qui sont au courant de la « justice» dans les procès po 
litiques en Autriche-Hongrie cela n'a rien de surprenant 

Cependant, même si ces notes devaient être con 
sidérées comme authentiques, elles ne donnent aucun 
indication permettant de supposer que les prévenus fus 
sent membres de la Narodna Odbrana. Les accusés son 
« des personnes de toute confiance dont je me sers pou 
espionner la situation militaire en Bosnie-Herzégovine» 
explique le major serbe. Mais le tribunal raisonne au 
trement. Il admet que puisqu'il a envoyé un rapport à l 
Narodna Odbrana, Todorovitch était en relations ave^ 
elle et que par conséquent tout individu en relations d' 
confiance avec lui devait, par cela même, être membn 
ou confident de la Narodna Odbrana. Avouons qu'il fau 
une certaine dose d'imagination et d'illogisme pour ar- 
river ainsi à la conclusion que les accusés ont ét( 
membres de la Défense Nationale. 

Et si même le raisonnement des juges de Banialouk; 
était exact, est-ce qu'être membre de la Narodna Odbram 
signifie en même temps, d'après l'article m du C. Pj 
que l'on veuille entreprendre un crime aboutissant a la haut 
trahison ? Chacun peut devenir membre d'une sociétj 
même «révolutionnaire», mais il y a loin entre fairi 
partie d'une société révolutionnaire et commettre u: 
acte qualifié par la loi de haute trahison. Le crime d 



— 19) - 

laute trahison suppose que le coupable a travaillé avec 
loi, étant conscient du but de son action révolution- 
laire et qu'il a entrepris par la violence quelque acte 
►cuvant mettre en danger l'existence de l'Etat ou du 
ouverain. Or tous les condamnés nient énergiquement 
.voir su — et comment l'auraient-ils su ! — que la Dé- 
ense Nationale fût une société « révolutionnaire ». Il est 
lors de doute que le tribunal n'avait aucune raison de 
:onsidérer comme prouvé que les condamnés, même en 
levenant membres de la Défense Nationale, eussent l'in- 
ention de commettre tous les crimes que le Manifeste 
mpèrial et le Livre ronge attribuent comme tâche à la 
Narodna Odbrana. 

Tantôt le tribunal a considéré les notes de Todoro- 
;itch comme des détails insignifiants, tantôt comme des 
jreuves péremptoires. C'est ce qui est bien illustré par 
.e fait suivant : on sait que Vasilj Grdjitch, l'âme du 
Darti serbe en Autriche, un homme éminemment intel- 
ligent, actif et influent, était le plus visé dans toute 
:ette atïliire dont l'un des principaux objectifs fut de le 
Faire disparaître. Or le manuscrit Todorovitch dit que 
«les principaux organisateurs et instigateurs de toutes 
les actions révolutionnaires étaient Vasilj Grdjitch et le 
docteur Sava Ljoubibratitch, qui furent directement en 
relations avec le Comité central de la Défense Nationale^). 

C'est l'unique mention concernant ces deux per- 
sonnes, qui se trouve dans les notes du major serbe. 
Néanmoins le tribunal base sur cette phrase sa convic- 
tion que Vasilj Grdjitch fut l'instigateur de toutes les 
actions révolutionnaires et le condamne à mort le der- 



— 196 — 

nier, c'est-à-dire qu'il doit d'abord assister au supplice 
des quinze autres condamnés ; et, sur la base de cette 
même phrase, le D*" S. Ljoubibratitch est acquitté. 

Il résulte des documents du major Todorovitch que 
c'est lui qui aurait donné l'idée à la Narodna Odbrafta 
de se servir pour l'espionnage des organisations de SoJcoi 
et de Pobratimsivo. 

Se basant sur le fait que les Sokols serbes, croates, 
Slovènes, tchèques et bulgares avaient des réunionî 
communes dans le Royaume de Serbie, et sur le fait 
qu'on avait répandu des journaux propageant l'idée dej 
Sokols, le Tribunal admet que les Sokols et les Pobra- 
timsivos serbes étaient des organes de la Narodna Od- 
hrana et condamne dix-sept de leurs fonctionnaires ei 
membres dirigeants pour crime de haute trahison. Pluî 
•de la moitié d'entre eux sont condamnés à des peines 
de dix à dix-huit ans de travaux forcés. 

Si vraiment les Sokols et les Pobratimstvos étaient en 
rapport avec la Narodna Odbrana comment peut-on in- 
culper les membres de ces associations des actes révolu- 
tionnaires qu'on prétend trouver dans le programme de 
la Narodna Odbrana? Le jugement devrait distinguer ei 
préciser la responsabiUté pénale de chaque accusé; enfin, 
confirmer les actes réels qu'il a entrepris dans l'inten 
tion de commettre un crime de haute trahison. Au con- 
traire, le jugement a admis que les dix-sept accuséf 
étaient tous coupables du crime de haute trahison, 
simplement pour avoir été membres des Sokols et de.' 
Pobratimstvos. 

En Croatie-Slavonie, les membres des Sokols serbe: 



— 197 — 

Dnt été poursuivis pour le même objet que ces dix-sept 
:ondamnés de Banialouka, mais leur action a été qua- 
.ifiée non plus de crime de haute trahison, mais de 
:rime contre la paix publique, ce qui entraîne une peine 
le dix ?nois d'emprisonnement. Pourquoi une même 
iction est-elle qualifiée si différemment dans deux pro- 
vinces où sont en vigueur presque les mêmes institu- 
ions judiciaires ? 

Au deuxième chapitre de cet ouvrage nous avons ex- 
posé le but des Sokols et des Pobratimstvos . A ce propos il 
;st intéressant de rappeler qu'en Bosnie-Herzégovine 
îxiste une loi spéciale sur les associations. Les statuts 
les sociétés doivent être approuvés par le gouverne- 
ment; en outre des délégués du gouvernement assistent 
LUX séances et exercent un contrôle très minutieux sur 
e travail de l'association. Il s'ensuit une impossibilité 
)our les sociétés d'agir dans une direction contraire aux 
dées du Code pénal. Ajoutons que le gouvernement 
Lustro-hongrois et les pouvoirs militaires eux-mêmes 
'econnaissaient la valeur et le mérite de ces organisa- 
ions. Le chef du XV^ corps d'armée à Saraïevo offrit à 
'organisation centrale des Sokols serbes les moyens 
l'exercer leurs membres au tir. Souvent aussi le minis- 
:ère de la guerre libérait des cours de répétition mili- 
aires les maîtres de gymnastique des Sokols. 

Pour la Prosveta ce fut la même chose; trois membres 
urent condamnés pour crime de haute trahison parce 
qu'ils avaient travaillé selon le programme de cette asso- 
:iation. On les rendit responsables des articles du jour- 
lal (■<• Prosveta y), du contenu d'un almanach et des con- 



— 198 — 

férences du secrétaire de la société, ce qui équivalait 
au crime de haute trahison, car on leur attribua la 
responsabilité pénale d'avoir eu conscience de tout 
cela. 

Le fait du reste que ces sociétés étaient tolérées par le 
gouvernement prouve que leur travail ne fut pas con- 
traire aux intérêts du pays. Quand, par exemple, en 
19 13, le gouvernement de Bosnie-Herzégovine a dis- 
sout toutes les associations serbes et confisqué leurs 
biens, les commissaires perquisitionnèrent dans les ar- 
chives de ces sociétés. Cependant il ne fut pas constaté 
dans leur activité la moindre incorrection et le général 
autrichien Potiorek, gouverneur du pays, put, en no- 
vembre 19 13, déclarer à la Diète de Bosnie que ces 
mesures avaient été prises envers les sociétés serbes par 
précaution en vue d'un conflit européen éventuel, mais 
que le gouvernement ne voulait pas entacher du moin- 
dre soupçon le travail de ces sociétés, qu'il considère 
comme loyal et exact. 

Telle était alors, après une analyse minutieuse, l'opi- 
nion du gouvernement sur une activité que le tribunal 
de Banialouka qualifie actuellement de révolutionnaire. 

En ce qui concerne les articles du journal et de l'al- 
manach iaProsveta^^ il est utile de rappeler qu'en Bosnie- 
Herzégovine, d'après la loi sur la presse, la police a le 
droit de confisquer tout imprimé avant sa distribution 
et que le procureur peut en outre poursuivre les éditeurs. 
Or il a été prouvé au cours du procès que le journal 
(.(. Prosveta >^ n a jamais été confisqué depuis dix années 
qu'il paraît et que pas un de ses collaborateurs n'a éû 



— 199 — 

poursuivi par les tribunaux. Etant donné l'état de 
choses en Bosnie-Herzégovine où les journaux Serbes 
ont, en un an, été confisqués une centaine de fois (voir 
annexe VI), il n'y a pas d'exemple plus évident de la 
loyauté du journal i^Prosveta». 

L'almanach Prosveta fut une seule fois confisqué à 
cause d'un article de feu Rista Radoulovitch, article 
qui fut qualifié par la justice de « contraire à la paix 
publique » et valut à son auteur, d'après l'art. 142 du 
Code pénal, 4 mois de prison. On ne précise pas, dans 
l'acte d'accusation du procès de Banialouka, lequel des 
articles de l'almanach est subversif, mais on y incrimine 
l'almanach en bloc. Nous devons admettre que l'article 
de M. Radoulovitch seul est contraire ci la loi, car lui 
seul a été puni. D'après le code pénal et la loi sur la 
presse, un membre d'une société n'est pas responsable 
des articles des organes de la société (à moins qu'il les 
ait signés). Comment donc un membre de la Prosveta 
peut-il, pour la même raison, être une fois condamné 
d'après l'art. 142 et une seconde fois accusé d'après 
l'art. III du même code? 

En somme il na pas même été prouvé pour un seul des 
accusés quil ait commis le crime de haute trahison. Le 
« tribunal », sur la base de ces intentions supposées que 
fait ressortir l'acte d'accusation du procureur général, 
acquiert la conviction de la responsabilité individuelle 
des accusés et prononce son odieux jugement. Seize 
des inculpés sont condamnés à mort par pendaison, 
quatre-vingt-deux à des peines d'emprisonnement variant 
de 20 cà 2 ans avec ou sans travaux forcés et jours de 



— 200 — 

jeûne '. De plus, on exige des condamnés le payement de 
dommages-intérêts à l'État, soit la somme colossale de 
14,670,000 couronnes pour une partie des frais de 
mobilisation dont on les considère responsables. 

VII 
Conclusion. 

Il s'agit évidemment d'un procès politique et par cela 
même d'un procès de tendance où la raison d'Etat 
prime toutes autres considérations. En sacrifiant ces 
innocentes victimes, le gouvernement austro-hongrois 
tente : 1° de procéder à l'intimidation des Serbes et des 
autres peuples asservis de la Monarchie afin de les 
empêcher de secouer son joug pendant la guerre ; 
2° de prouver aux peuples d'Autriche-Hongrie et d'Eu- 
rope qu'il a été forcé de faire la guerre à la Serbie, ce 
pays « animé envers lui d'une haine fanatique, ce pays 
où l'assassinat, comme le prouve la catastrophe de 
Saraïevo, est permis même aux classes élevées de la 
société et où, de plus, il est glorifié ! ^ » 

Mais, comme l'écrivait récemment dans La Victoire 
M. Gustave Hervé : « Ce qu'en Allemagne et en Autriche 

^ Trois des accusés sont morts en prison au cours de ces 
22 mois de détention préventive, 55 ont été libérés, i (Obro 
Golitch) a été pris comme témoin. 

2 « Directions pour l'attitude à observer à l'égard de la 
population serbe » ; distribué aux troupes austro-hon- 
groises du gme corps par le général d'infanterie Hortstein, 
en 1914. 



201 



on appelle haute trahison, nous l'appelons honneur et 
fidélité )). En eftet, c'est bien parce que la loi martiale 
est actuellement en vigueur dans les provinces slaves de 
la Monarchie que son gouvernement peut impunément 
et même avec un semblant de légitimité commettre des 
crimes aussi abominables contre ses sujets. 

Tandis que la presse italienne claironne à grand 
fracas et en termes grandiloquents la mort de Cesare 
Battisti et d'autres martyrs de l'irrédentisme, des milliers 
de martyrs yougoslaves ont trouvé obscurément la mort ; 
d'autres, par milliers aussi, languissent oubliés dans la 
nuit des cachots ou, dépouillés de leurs biens, chassés 
de leurs foyers, séparés de ceux qui leur sont chers, s'en 
vont misérablement vers les camps de concentration. Et 
ces plaintes contenues, ces détresses résignées de fem-^ 
mes et de tout-petits, ces héroïsmes d'hommes et 
d'adolescents, toute cette chair qui souffre au delà de 
toutes les douleurs, ces âmes angoissées mais où l'espé- 
rance vit toujours, ce peuple yougoslave admirable 
autant que ses frères d'Outre-Drina, n'a point d'apolo- 
giste ; il n'a personne pour crier au monde son obscur 
martyre et l'auréoler d'une gloire immortelle. Nous 
n'avons pas qualité pour nous faire le porte-voix de ces 
cris de douleur, des plumes plus autorisées que la nôtre 
s'y attacheront, espérons-le. Cependant, comme neutre 
et comme Suisse, nous avons tenu à exposer les souf- 
kncQs de quelques-uns de « ceux dont on ignore le 
martyre ». En exprimant librement notre sympathie 
pour ces malheureux, en stigmatisant le joug intolérable 
qu'ils portent, nous croyons être l'interprète des senti- 



— 202 — 



ments de tous ceux qui, chez nous, sentent et réflé- 
chissent. Notre but n'est pas de semer la haine contre 
l'Autriche; nous savons trop que, comme nous l'exposait 
un jour un paysan serbe, « ce n'est pas le peuple, c'est 
le gouvernement qui est coupable ». C'est lui, par 
conséquent, le seul responsable de tous les actes que 
nous avons exposés. En tant que Suisse, ce nous est 
aussi un devoir de justifier nos compatriotes qu'on 
méconnaît à l'étranger, qu'on accuse même d'avoir 
assisté impassibles à la violation de la neutralité belge 
ainsi qu'à tous les actes arbitraires et inhumains 
qu'ont enregistrés les tristes annales de cette guerre. 
Si notre gouvernement n'a pas protesté officiellement 
c'est qu'il avait de bonnes raisons d'agir ainsi ^ Mais 
notre gouvernement n'a pas la prétention d'incarner 
l'âme et la conscience du peuple suisse. Il n'est qu'un 
organe de la machine administrative ; il ne fait pas 
l'opinion et même ne représente celle-ci que dans une 
•certaine mesure. Or, cette opinion, elle s'est manifestée 
très nettement quand elle a été éclairée. L'âme suisse a 
été profondément affectée chaque fois qu'elle a eu 
connaissance d'actes contraires au droit des gens, au 
droit international et à la liberté des petites nations. Et, 
malgré la détresse qui règne dans notre asile de paix, 
nous avons eu la pudeur d'étouffer nos plaintes en face 
de détresses beaucoup plus grandes. Bien plus, en grand 
nombre les œuvres charitables et humanitaires ont 



* Du reste, la Suisse n'était pas signataire du traité garan- 
tissant la neutralité de la Belgique. 



— 203 — 

généreusement surgi du sol helvétique. Ne sont-elles 
pas un témoignage cent fois plus cloquent de l'état 
d'âme du peuple suisse, que de véhémentes et éphé- 
mères protestations qui ne coûtent rien à personne et 
ne produisent d'autre etîet que d'attiser les haines! 

Nous le savons, « la Serbie a assumé la tâche glo- 
rieuse de délivrer toute la race serbe, croate et slovène 
du joug étranger. Il ne s'agit point pour elle de con- 
quêtes, d'agrandissements territoriaux plus ou moins 
considérables, de débouchés à la mer plus ou moins 
importants. Il s'agit de la délivrance et de l'union de 
toute cette race sous le sceptre glorieux de Pierre P^ 
roi de tous les Croates, Serbes et Slovènes^». Nous 
avons vibré d'enthousiasme à la nouvelle des magnifi- 
ques victoires des Serbes et nous avons compati à leur 
immense affliction ; mais si nous suivons, anxieux, la 
marche de ces héros qui disputent leur patrie à ses 
ravisseurs, notre cœur est aussi avec ces femmes, ces 
vieillards, ces enfants restés au pays et cruellement 
opprimés par des ennemis abhorrés; souffrant de la faim, 
du froid, de la misère, des épidémies, et supportant 
avec un héroïsme admirable les continuelles vexations 
et les actes arbitraires ^. 



^ V. La Serbie du 27 août 1916. 

2 Dans la Tribune de Genève du 22 juillet 19 16 nous 
avons publié sous le titre « I.a terreur en Serbie » un long 
article commentant d'abord le décret de Tarchiduc Frédé- 
ric (décret mis en vigueur le 28 juin 1916», et montré qu'en 
se basant sur les conclusions du tribunal de Banialouka 
l'autorité militaire pouvait à son gré confisquer la fortune 
de tous ceux qui à quelque titre peuvent être rendus res- 



— 204 — 

La justice austro-hongroise qui couvre d'une manière 
si infâme les exactions et les crimes des autorités de la 
monarchie danubienne contre ses propres sujets ne se 
lasse pas de continuer à prêter main-forte au projet ma- 



ponsables de la guerre actuelle contre l' Autriche-Hongrie , 
autrement dit de toute la population serbe. Nous avons 
ensuite énuméré les nombreux actes commis par les occu- 
pants austro-magyars et bulgares, au mépris des principes 
les plus élémentaires du droit international : « Par exemple, 
on a ouvert en Serbie des écoles autrichiennes, où l'on 
force les enfants à apprendre l'allemand et les instituteurs 
à enseigner une histoire serbe blâmant le gouvernement et la 
dynastie serbes. Par l'introduction de l'allemand dans tous 
les tribunaux on n'a pas respecté l'organisation judiciaire, 
de même qu'en plaçant à la tête des conseils municipaux 
des créatures dévouées au gouvernement occupant on n'a 
pas respecté l'administration communale. On a supprimé 
l'écriture nationale (cyrillique). En vidant de leurs valeurs 
les musées, les bibliothèques, le palais royal, les séminaires, 
les institutions publiques et les maisons privées, comme 
aussi en édictant le décret de l'archiduc Frédéric on n'a 
respecté ni la propriété de l'État, ni la propriété privée. » 
Mais ce n'est pas tout, l'autorité militaire austro-magyare 
procède, depuis quelque temps déjà, à la déportation en 
Hongrie de familles serbes entières et cela sans aucun 
motif. Et comment qualifier le pillage du trésor du monas- 
tère de Detchani, le lieu saint de l'église orthodoxe serbe ! 
Chaque semaine nous apporte l'écho de nouvelles mesures 
de représailles; ainsi le journal bulgare Outro, du 1 3 IX 1916, 
écrivait : « Il est défendu à la population de Belgrade de 
sortir dans les rues après 8 heures du soir et de fermer à 
clef les maisons pendant la nuit. » Beogradske Novine, 
12 IX, organe officiel du gouvernement occupant, annon- 
çait : « On a arrêté rue Bosanska deux garçons, l'un de 
seize ans, l'autre de douze, parce qu'ils s'amusaient pendant 



— 20) — 

chiavélique d'exterminer systématiquement les Slaves en 
général, et les Serbes en particulier. 

Il y a peu de jours VA:{ Ujsâg (12, ix) écrivait « que 
la police de Novi Sad a ouvert une nouvelle enquête 
contre M. Vassa Stayitch, professeur à l'Ecole normale 
de Sombor (Batchka), que le tribunal de Szegedin avait 
déjà condamné à huit ans et demi de travaux forcés pour 
haute trahison. Cette nouvelle enquête a pour base les 
archives de la Narodna Odbrana (Défense Nationale) qui 
sont dans les mains des autorités austro-hongroises. 
On y trouve deux pièces qui sans aucun doute dé- 
montrent que Stayitch a voyagé gratuitement sur les che- 

leur promenade à manifester des idées panserbes en chan- 
tant : « Ma Serbie, tu seras quand même grande ! », « Serbie, 
ô ma mère, tu seras un Empire.» Tous deux ont été arrêtés, 
conduits à la police qui les a punis exemplairement : l'aîné 
a été interné, tandis que le cadet a été dirigé au dépôt des 
travailleurs, à Banitza. i> Le journal du lendemain' disait : 
« La servante Nathalie Radovitch, 82 Rue du Prince Michel, 
a craché le soir du 7 septembre, d'un balcon du premier 
étage dans la rue, tandis que défilait la retraite aux flam- 
beaux, mais sans atteindre personne. Elle a été punie de 
14 jours de prison. Elle est emprisonnée dans une cellule 
spéciale. » Les Bulgares violent le droit des gens d'une 
façon plus inouïe encore puisqu'ils ont eu l'audace et le 
cynisme de créer dans tous les territoires occupés par eux 
(soit la majorité des nouveaux territoires et plus de la 
moitié de la Serbie d'avant 191 "2) des commissions de 
recrutement qui enrôlent dans l'armée bulgare les Serbes 
restés dans leur pavs. Le Preporet^, organe de M. Malinoff, 
l'avoue comme s'il s'agissait d'une chose toute naturelle. 
Voir notre article dans la Tribune de Genève des 8 et 
9 octobre 1916 : « Une violation inouïe du droit des gens.» 



200 

mins de fer serbes, et qu'il a été membre de la Narodna 
Odbrami. Un délégué de la police de Novi Sad s'est 
rendu il 3^ a quelques jours à Szegedin pour interroger 
Stayitch qui se trouve dans la prison de Csillag. Stayitch 
nie l'authenticité de ces pièces. » 

M. Vassa Stayitch est un homme de lettres serbe très 
connu. Il a étudié à Paris, et a été considéré comme le 
chef intellectuel de la jeunesse de la Voïvodina (Syrmie, 
Batchka et Banat). Il a été rédacteur d'une revue pour la 
jeunesse, le Nouveau Serbe, et d'un journal populaire 
Srpska Prosveta. Il a été déjà poursuivi par les autorités 
magyares pendant les guerres balkaniques et depuis 
19 13 il est presque constamment dans les prisons. Ses 
amis, de jeunes instituteurs serbes, des avocats, des 
prêtres de Pantchévo, de Betchkcrek et de la Vélika Ki- 
kinda, partagent le même sort dans les prisons hon- 
groises; tels sont les frères Yakchitch, le juriste Roller, 
l'instituteur Stayitch, par suite de l'arrêt du procès de 
haute trahison de Vélika Kikinda; ensuite les frères Yo- 
vanovitch de Pantchévo et tant d'autres. Des centaines 
d'intellectuels serbes du Banat et de la Batchka, tous 
sujets de la Monarchie, gémissent dans les prisons 
magyares ou dans les camps de concentration d'Autriche- 
Hongrie. 

Nous avons parlé du procès intenté à Stiépan Grdjitch, 
député et frère du héros de Banialouka ; de pareilles 
poursuites sont fréquentes « aujourd'hui où, pour le plus 
petit murmure, on distribue six à huit ans de prison ^ », 

* Interpellation du député Bêla Mezôssy à la séance du 
19 IX du parlement hongrois. 



— 207 — 

« aujourd'hui qu'on emprisonne et qu'on pend pour une 
futilité '. » 

Voici, entre plusieurs (voir -annexe II), un exemple 
de condamnation pour un motif futile : 

Après le meurtre de François-Ferdinand, à Saraïevo, 
la maison de M. Grigoriyé Yeftanovitch, un vieillard de 
soixante dix-huit ans, l'un des chefs du parti radical serbe 
en Bosnie, fut détruite par les agitateurs. En pillant, on 
trouva dans la cave de cette maison un écusson aux. 
armoiries de tous les pays yougoslaves. M. Yeftanovitch 
fut, pour cela, accusé de haute trahison et condamné à 
un an d'emprisonnement, tandis que son fils était con- 
damné à six mois de la même peine. 

Conune nous le disions, rien n'arrête les autorités- 
austro-hongroises dans leur guerre d'extermination des 
Yougoslaves. Après le cynique procès de Banialouka, 
d'autres ont été intentés et chaque mois en amènera 
de nouveaux. Ainsi le journal Novosti, du 1 1 octobre 
191 6, annonce pour le 23 octobre une réédition du 
procès de Banialouka. Nul doute que cette fois-ci les 
indésirables qui avaient miraculeusement échappé soient 
enfin emprisonnés ou pendus ; nul doute aussi que la 
procédure judiciaire de ce nouveau procès ne le cède en 
rien à celle que nous avons trop longuement exposée. 

Voici l'extrait du Novosti : 

« Lorsqu'on a trouvé à Loznitza les fameux papiers 
du commandant serbe Kosta Todorovitch, qui révé- 
laient l'organisation de l'espionnage serbe en Bosnie,. 

^ Interpellation du député Géza Polonyi, même séance» 



— 2o8 — 

tous ceux qui y étaient signalés comme espions serbes 
furent emprisonnés. Une partie de ces personnes ont déjà 
été condamnées dans le procès de Baniaîouka. L'autre 
partie, comprenant 39 personnes, dont une est morte 
en prison, est emprisonnée à Saraïevo et sera jugée 
séparément. Le procès commencera le 23 octobre, devant 
le tribunal de première instance de Saraïevo. » (Voir 
pages 236 et 286.) 

Enfin l'anecdote suivante, malheureusement au- 
thentique, peut donner une idée de la justice ma- 
gyare et du traitement des « nationalités » ^ pendant la 
guerre. 

Nous l'extrayons d'un organe socialiste hongrois, le 
Neps:{ava, du 12 septembre 19 16. Le reporter de ce 
journal décrit ainsi sa tournée au palais de justice : 

« Vêtu d'une blouse de forçat, un jeune homme est 
introduit. Il est accusé de complicité dans le vol de deux 
cartes de pain. 

« M. le juge, le D' Jules Szurtogh, est très ner- 
veux, tandis qu'un caporal dépose comme témoin. 

— Eh bien, qu'est-ce que vous en dites, Pinka ? 
Mais André Pinka nie les assertions du témoin. 

— Ferme ta gueule ! crie le juge pour le calmer. 

(Le juge lit. Il faut être bien habile pour comprendre 
ce qu'il lit.) 

— Ne chuchotez pas, mais faites attention, c'est à 
vous que je parle ! 

' Nom générique donné aux populations non-magyares 
de la Hongrie. 



— 209 — 

— Je ne comprends pas le magyar, se récrie l'accusé 
slovaque. 

— C'est égal ! vocifère le juge ; et sa grosse voix magyare 
emplit le prétoire comme s'il croyait qu'un Slovaque 
devait nécessairement le comprendre quand il élève la 
voix. 

André Pinka se tait. 

— Eh bien, dit enfin le juge en prononçant la sen- 
tence : — deux mois de prison ! — pour deux cartes de 
pain dont l'accusé n'a pas même fait usage. 

Entr'acte. Un autre numéro. Nouveaux acteurs, mais 
toujours le même thème. » 

Mais les dés sont jetés. A la pécheresse endurcie 
qu'est l'administration habsbourgeoise il est trop tard 
pour revenir en arrière, trop tard pour méditer cette 
parole du vieux prophète Esaïe (chap. X, 2) : «Le peuple 
ne revient pas à celui qui le frappe. » 

Nous l'espérons proche ce jour où les écailles tombe- 
ront des yeux de ceux qui prétendent encore que cette 
puissance surannée est une nécessité européenne. L'Au- 
triche-Hongrie a perdu le droit d'exister. Il ne s'agit 
plus de l'inventer ' pour servir de contrepoids à l'Alle- 
magne; il faut, au nom du droit et de l'humanité, donner 
l'indépendance aux peuples qui la composent. Alors 
chaque peuple disposera de ses destinées et, selon son 

* Cette parole célèbre du grand patriote Tchèque Fran- 
çois Palacki, à laquelle beaucoup d'auteurs ont donné un sens 
parfaitement abusif a été prononcée quand l'Allemagne me- 
naçait d'incorporer la Bohême à son empire, faisant dispa- 
raître ainsi la noble nation tchèque. 



14 



— 210 — 

histoire, selon sa race, sa langue et ses affinités, s'orga- 
nisera en une nation indépendante. L'instruction ne 
sera plus entravée et considérée comme nuisible à la 
sécurité de l'Etat. On ouvrira plus d'écoles qu'on n'inau- 
gurera de casernes. La liberté de conscience, la liberté 
de la parole et de la presse, la liberté de sentiments, 
l'égalité et la justice seront en honneur au sein de ces 
grandes familles d'une même race. Au pays yougoslave 
comme au delà de la Drina, du Danube et de la Save, 
les hommes auront le droit de se sentir et de s'appeler 
(c brat » (frère). 

Puisqu'il n'est pas permis à ces malheureux de se dé- 
fendre, nous, Suisses, nous avons le devoir de protester 
pour eux et de flétrir le régime d'oppression qui piétine 
les Yougoslaves, comme nous protestons contre les tor- 
tures infligées aux Arméniens. 

Même s'il était prouvé que les juges de Banialouka 
eussent raison sur toute la ligne, si tous les accusés 
étaient coupables de haute trahison, si l'irrédentisme 
des Slaves du sud avait vraiment fomenté un soulève- 
ment pour secouer le joug austro-magyar, nous devrions 
pour les Yougoslaves être transportés d'admiration, de 
sympathie et de pitié. Pourquoi ces gens-là payeraient- 
ils d'un loyalisme suranné l'oppression autrichienne et 
les procédés terroristes de magyarisation dont ils sont 
les victimes ? Ce serment du Grûtli, cette vaste conspi- 
ration et les luttes héroïques contre cette même Autriche, 
qui constituent les pages les plus sublimes de notre his- 
toire nationale, difl"èrent-ils des manœuvres attribuées à 
la coalition serbo-croate et à ces douloureux condamnés 



21 I 



de Banialouka ? Non, l'irrédentisme n'est autre que la 
manifestation du besoin de liberté inné dans chaque être. 
Pour nous, Suisses, cet élan vers tout ce qui se nomme 
liberté est à tel point naturel et spontané qu'il fait partie 
intégrante de notre moi. Or, le crime dont les juges de 
Banialouka chargent les accusés est d'avoir voulu cette 
liberté pour leurs compatriotes et pour eux. Il paraît 
que, chez nos voisins de l'Est, c'est un abominable for- 
fait que seule la mort peut expier ! Mais pour nous, fils 
de Tell et fils de Rousseau, c'est une action noble et 
glorieuse, qui force notre respect et notre admiration ! 
Nous nous sentons frères de ces martyrs de la liberté. 
Leur sainte cause est nôtre, leur ardent désir d'idéal est 
si adéquat à notre mentalité qu'il nous reporte incons- 
ciemment au souvenir des luttes héroïques de nos pères 
contre les Habsbourg. 

Honneur à toi, Vasilj Grdjitch ? honneur à vous 
patriotes martyrs de l'idée de liberté! Les vrais Suisses 
(ceux qui sont fidèles à leurs anciennes traditions d'indé- 
pendance) vous envoient un message enthousiaste de 
sympathie. 

Et vous, Alliés, champions du droit, vous ne voudrez 
pas que subsiste ce régime de terrorisme et d'injustice ! 
Alliés ! vous ne voudrez pas que ces huit millions de 
Yougoslaves martyrs agonisent sous un joug qui écrase 
et qui exploite aussi lesTchèco-Slovaques, les Ruthènes, 
les Italiens et les Roumains ! Alliés^ c'est en votre équité 
que la nation Yougoslave fait appel. Souvenez-vous de 
cette lUyrie enfantée par le génial Empereur, et songez 
qu'un cœur serbe bat dans toutes les poitrines yougo- 



— 212 — 

slaves. N'oubliez pas que les deux tiers des soldats austro- 
hongrois sont des Slaves ^ qu'on force à mener une 
guerre fratricide pour des fins anti-slaves ! Vous ne per- 
mettrez pas qu'une paix devienne possible sans avoir dé- 
livré les Slaves du sud d'une servitude plus de cinq fois 
séculaire et sans avoir brisé les chaînes de tous les mar- 
tyrs de l'irrédentisme languissants dans les prisons. 
Votre équité, votre désintéressement, votre enthou- 
siasme pour les causes justes et belles vous feront crier 
avec ceux qui attendent tout de vous : l'Autriche-Hon- 
grie a trop duré ! 

Notre livre aura atteint son but s'il a réussi à attirer 
l'attention sur l'état de sujétion des Yougoslaves et à 
éveiller de la sympathie pour ce peuple martyr de l'idée 
de liberté. Q.ue la paix lui apporte enfin la complète 
réalisation de ses espérances séculaires ! C'est le vœux 
que nous formons pour lui. 

* Dans les circonscriptions mihtaires (Erganzungsbezirk) 
slaves on a levé trois à quatre fois plus dhommes que dans 
les circonscriptions allemandes. Avec beaucoup de ces 
Slaves on a formé des corps volants (fliegende corps) qui 
ont toujours été lancés au premier rang dans les endroits 
les plus exposés ; aussi n'est-il pas étonnant que les 60 % 
des troupes yougoslaves soient tombés au cours de la pre- 
mière année de guerre. On évalue jusqu'à présent les pertes 
yougoslaves à plus d'un demi-million de tués, invalides et 
prisonniers. 



VIII 
Annexes. 

Les documents que nous publions comme annexes 
méritent l'attention du lecteur, car ils sont extraits de 
la presse austro-ungaro-bulgare. Il va sans dire que 
tout n'a pas été publié et que ce que nous publions ici 
n'est qu'une minime partie de ce que l'humanité en 
général et les Yougoslaves en particulier peuvent repro- 
cher aux Austro-Hongrois et aux Bulgares. Chaque jour 
amène, encore actuellement, de nouveaux méfaits. Nous 
avons divisé ces documents dans les sept annexes sui- 
vantes : 

1. — Fusillés ou pendus. 

2. — Condamnés aux travaux forcés, à mort, à la 
prison, etc. 

3. — Confiscations. 



— Expulsés. 

— Exclus de la liste des avocats. 

— Ouvrages, brochures et journaux saisis. 

— Règlements, décisions, ordres par lesquels on 

attente aux droits et à la fortune des Yougo- 
slaves. 



* 
* * 



Annexe I. 

Fusillés ou pendus. 

Les trois frères Kourman, Milivoï et Svétislav Pétro- 
vitch, de Prhovo, près de Semlin, ont été pendus en 



— 2 14 — 

19 14 -'ipi'ès que l'armée serbe se fût retirée de Syrmie. 
Le notaire Sava Radovanovitch, de Popintzi, a été fu- 
sillé le 29-VIII-1914, près de Pétrovtzi. En août 19 14 
le prêtre orthodoxe de Mali Gradatz, près Biélina 
(Bosnie), a été pendu par les troupes magyares ; sa mai- 
son a été pillée et saccagée (source privée). 

Ivan Brénotch, grand propriétaire de Dobje (Carniole), 
a été fusillé pour crime de lèse-majesté. 

(Slovenetz, 24-VIII-15.) 

Franio Pétritch, a été condamné à mort pour espion- 
nage et Aloyziyé Rasberger, aux travaux forcés pour délit 
contre la puissance militaire de l'Etat, par le tribunal de 
landwehr du 5^ gouvernement de l'armée. 

(Slovenetz, 7-XI-15.) 

Andro Rafousdovitch et Milorad Yovanovitch ont été 
condamnés à mort par le tribunal de Pétrovatz, pour avoir 
attaqué une patrouille hongroise, et pour n'avoir pas 
rendu leurs armes. (Obzor, 23-I-16.) 

Le 28 janvier 1916 fut pendu dans la caserne de 
Philippovitch, à Saraïevo, le paysan Malicha Savitch (âgé 
de 52 ans), de Tchaïnitche, pour cause de haute trahison. 

(Obzor, 2-II-16.) 

Le tribunal militaire allemand à Yagodina a con- 
damné à mort trois paysannes (sœurs) : Miléna, Militza 
et Andrïa Vésélinovitch, pour avoir tué le sous-officier 
de gendarmerie allemande, Hahn. 

La peine fut exécutée le 12 janvier. 

(Slovenski Narod, 3-V-16.) 



— 215 — 

Petar Prvoulovitch (sujet serbe) a été condamné à 
mort le 15 janvier 19 16 par le tribunal militaire, de 
Paratchin, pour cause d'espionnage. 

Paoun Bokotch et Antoniyé Yogan (sujets serbes), 
ont été condamnés à mort le 15 janvier 1916, par le 
4^ gouvernement d'étape, pour avoir porté des armes 
interdites. 

L'exécution eut lieu le 18 janvier à Naresnitza. 

(Slovenetz, 14-II-16.) 

'^ Le tribunal militaire, s. Chabatz, a condamné à mort 
par pendaison Kosta Djokitch, pour avoir bâtonné un 
soldat autrichien. Il fut fusillé, à cause du manque de 
pendeur. (Beogradske Novine, 19 16.) 

Le tribunal militaire, à Gorgni Milanovatz, a con- 
damné à mort le paysan Miladine Pétrovitch pour crime 
de lèse-majesté (contre François-Joseph). 

(Beogradske Novine, 15-II-16.) 

Le tribunal militaire de Saraïevo a condamné à mort, 
le 21 février, Atchim Bliélogrlitch, de Fotcha, pour 
crime contre la puissance militaire. La peine fut exécutée 
le même jour. (Bosnische Post, 23-II-ié.) 

Le tribunal militaire de Gorgni Milanovatz a con- 
damné à mort par pendaison, le 28 février 19 16, le 
paysan Jivota Radovitch, pour avoir tué avec une bûche 
deux soldats autrichiens. L'ancien soldat serbe Mile 
Maksimovitch et le paysan Lioubinko Sizovitch, furent 
également fusillés, par suite du manque de pendeur. 

(Beogradske Novme, 9-III-16.) 



- 2l6 - 

PetarTopalovitch, de Vichégrad, a été condamné à mort 
par le tribunal, à Saraïevo, pour avoir lutté dans les rangs 
des comitadjis serbes contre la Monarchie. Topalovitch a 
été fusillé le 27 mars 19 16, par suite du manque de per- 
sonnel pour le pendre. (Saraïevski List, 28-III-16.) 

Un paysan de Boka-Kotorska (Dalmatie) a été pendu 
à Tzétigné pour avoir combattu dans les rangs de l'armée 
monténégrine. (Bosnische Post, 5-IV-16.) 

Le tribunal régional à Zadar (Dalmatie), a ordonné 
la confiscation de la fortune de Ivan Lazitch, de Palatcha, 
et l'a condamné à mort pour cause de haute trahison et 
pour avoir avoué ouvertement qu'il était Yougoslave et 
avoir agi dans ce sens. (Slovenski Narod, 8-IV-16.) 

Une patrouille de « Schutzkorps » constituée de Ibra- 
him Douzitch, Salih effendi Zeynilovitch, Moustafa Vou- 
sitch, Aliya Hadjovitch, Ahmed Helda,Adem Tsvorâk et 
Hasim Abazovitch, a été reconnue responsable devant le 
tribunal de Saraïevo d'avoir assassiné plusieurs Serbes, en 
septembre et octobre 19 14, dans-les environs de Saraïevo. 

Moustafa Vousitch a été condamné à mort par pendai- 
son; Aliya Hadjovitch à 15 ans de travaux forcés;. 
Salih Zeynilovitch, ainsi que les autres, ont été libérés. 
(Arbeiter Zeitung (de Vienne), é-V-i6.) 

Andjelko Stanitch, de Margétitch (Bosnie), est con- 
damné, par le tribunal de Saraïevo, à mort par pendaison,, 
pour avoir servi de guide aux soldats monténégrins,, 
pour avoir attaqué les musulmans et tiré sur des aéro- 
planes. Il fut pendu le 18 mai 19 16. 

(Arbeiter Zeitung, 24-V-16.) 



— 2 17 — 

Djouro Zénovitch, Serbe, a été condamné pour crime 
de haute trahison et pendu à Erzeg-Novi, le 29 juillet 
1916, pour avoir accepté la fonction de maire de la com- 
mune de Boudva pendant l'occupation monténégrine» 

(Die Drau, 2-VIII-16.) 

A la séance du 21 -VI- 19 16 le député Stiépan Zago- 
ratz a interpellé le gouvernement en demandant pour- 
quoi des Serb^ de Syrmie sont encore tenus dans des 
prisons. Il a cité des exemples d'après lesquels il y en a 
qui ont été fusillés et qui, après leur mort, ont été dé- 
clarés innocents par le tribunal; cependant d'autres ont 
été acquittés par le tribunal, et les autorités ne les lais- 
sent pas rentrer chez eux. (Novine, 22-VI-16.) 

L'ancien ministre de la guerre, monténégrin géné- 
ral Véchovitch, a tué un officier « impérial et royal » puis, 
avec ses deux frères, il s'est fait rebelle. La personne qui 
l'attrapera recevra, à titre de récompense, 50,000 cou- 
ronnes du gouverneur général militaire de Tzétigné. 

(Hrvatski Dnevnik, 17-VI-ié.) 

Le 27 juin a été exécuté Vladislav Véchovitch, frère 
de l'ancien ministre de la guerre monténégrin, général 
Radomir Véchovitch, qui, après l'assassinat du lieute- 
nant Péchera, s'est sauvé. Le père du général qui était 
retenu comme otage fut gracié. 

(Bosnische Post, 4-VII-16.) 

Yosip Yéglitch,de Lioubliana, a été condamné à mort 
par le tribunal de Lioubliana pour avoir agi contre la 
sécurité publique. 

(Tagespost, 3 -VI- 16.) 



— 2l8 — 

Le président de la commune de Boudva : Stévo Srzen- 
titch, a été condamné à mort, pour crime de haute 
trahison, puis gracié et condamné à 20 ans de prison. 
A Grblyé, trois reUgieux orthodoxes ont été pendus, 
(Source privée.) 

Le 21 juillet Andria Tschouskitch, de Tschélébitch, a 
•été condamné à mort, et le 4 septembre il a été pendu 
pour crime de haute trahison. 

(Bosnische Post, 5-IX-16.) 

Lundi, le 30 octobre, le tribunal militairede Saraïevo a 
jugé le paysan Pavlé Vouitchitch, de Tchourevo, canton 
■de Fotcha, pour le crime de haute trahison. Vouitchitch 
.a été accusé de s'être engagé volontaire, lors de l'irrup- 
tion de l'armée monténégrine, en 19 14, dans une com- 
pagnie d'avant-garde. 

En vertu du §J444 du Code militaire, Vouitchitch a été 
<:ondamné à la pendaison. Le commandant de la forte- 
resse de Saraïevo ayant sanctionné la sentence, Pavlé 
Vouitchitch a été exécuté hier, à onze heures du matin, 
<ians la cour de la prison de la forteresse, par le bourreau 
Aloys Seyfried. (Bosnische Post, 1-XL16.) 

Annexe ii. 

Condamnés aux travaux forcés, à mort, à la prison, etc. 

D"" K. Krsmanovitch, directeur du collège à Bania- 
louka ; Y. Militch, W. Skaritch, P. Popovitch, profes- 
•seurs; S. Alagitch, T. Veljkovitch, S. Kliska, S. Mila- 



— 2 19 — 

ovitch, M. Mandirch, L. Militch, M. Yankovitch, M. 
[oufitch, S. Bayitch, V. Souyouka, M. Tomljanovitch, 
. Philipovitch, P. Timsisina, R. Birger, S. Bahtiyaré- 
xch, D. Divlyak, D. Kanditch, Y. Stéfanovitch, Y. 
ayitch, M. Simitch, S. Radovitch, B. Pétrovitch, élèves 
u collège; R. Kourtajitch Karakoula, E. Birger, A.Kou- 
novitch, D. Biyélitch, élèves passant leur baccalau- 
jat ; F. Kourtajitch, employé de banque; L. Djoukitch, 
ève de l'école normale (condamné dans le procès de 
attentat à lo ans de travaux forcés) ; M. Zaritch, 
laître de l'école primaire; N. Kostitch, prêtre, tous 
:cusés du crime de haute trahison à Banialouka, le 
mars 19 15, et condamnés comme suit : 

huit à 6 mois de prison ; 

deux à 4 mois de prison ; 

quatre à 2 semaines de prison ; 

et directeur Krsmanovitch à 4 mois de prison. 

(Hrvatski Pokret, N° 299, 15.) 

W. Lalitch, R. Grdjitch, O. Mastilovitch, gymna- 
.ens de Mostar, sont condamnés par le tribunal de Sa- 
lïevo, le 12-V-1915, à 12 mois de travaux forcés pour 
rime de haute trahison. 

(Pokret, N° 299, 15.) 

Y. Saritch, M. Grdjitch, C. Mitrinovitch, B. Bratitch, 
L. Misita, collégiens de Mostar, sont condamnés à 10 
lois de travaux forcés par le tribunal de Saraïevo, le 
2-V-1915, pour crime de haute trahison. 

(Pokret, N'' 299, 15.) 



— 220 — 

A. Nikchitch, G. Nikchitch, M. Zvono, M. Tchén 

gitch, H. Koukitch, A. Koulinovitch, M. Bankovitch 

M. Kranyévitch, R. Kouzmitch, M. Kouch, R. Grtséts 

W. Gouptchitch, N. Yolitch, Ph. Zékitch, L. Djousi 

chitch, G. Popovitch, V.Tschoubrilovitch, Y. Kranytch^ 

vitch, B. Zagoratz, D. Kalember, tous de Bosnie et d'Hei 

zégovine, sont accusés d'avoir fait de la propagande serb 

et punis, le 13-VII-15, parle tribunal de Travnik, d 

6 semaines à 3 ans de prison. 

(Bosnische Post, 15.) 

C. Doder, artisan et D. Pavitch, collégien de Mostai 
sont condamnés par le tribunal de Saraïevo, le 12-VI] 
15, à I mois de prison pour avoir fait de la propi 
gande serbe. (Pokret, N° 299, 15.) 

Le tribunal suprême de Vienne a approuvé la ser 
tance du tribunal de Split d'après laquelle Gaja Rade 
nitch, commerçant de Kostel a été condamné à trois an 
de prison pour cause d'espionnage et de dénonciation 

(Novine, 16-VII.) 

Le colonel serbe Radakovitch, qui se trouve comm 
prisonnier de guerre à Grôding près de Salzburg a et 
enfermé et traduit devant le tribunal de guerre de Sa 
raïevo, car les archives secrètes serbes que les Bulgare 
ont trouvées à Nich prouvent sa complicité dans l'ai 
tentât contre le prince héritier autrichien. 

(Basler Nachrichten, 18-VIL) 

Ivan de Horvat, de Sv. Nédélia, vieillard de 60 ans 
rentier, a été mis en accusation par le procureur généra 
d'Agram, pour avoir manifesté ses sentiments pour l 



— 221 — 

oi Pierre de Serbie et affirmé que les armées serbes et 

Lisses sont les plus fortes. 

M (Hrvatska, 30-A^III-i5.) 

fr*' 

Bojidar Lopatitch, élève de y""" classe de gymnase, 
e Gospitch (Lika), a été accusé, à Zagreb (Agram), 
'avoir dit à un de ses camarades qui désapprouvait 
attentat de Saraïevo, que cela lui est tout à fait indif- 
^rent: « ...Un archiduc de plus ou de moins!... », et d'a- 
oir dit également que lui et ses camarades ne seront 
our les Russes que « Kanonenfutter » (de la chair à 
an on). 

(Le procès a eu lieu le 31-VIII-15, à Agram.) 

Douchan Goutécha, élève de 5™= classe de gymnase à 
jOspitch(Lika), a été accusé à Zagreb (Agram) d'avoir 
manifesté son mécontentement et son aversion envers 
îs autorités gouvernementales et de les avoir criti- 
uées», et d'avoir dit à ses camarades qu'il se serait 
endu aux Russes si on l'envoyait contre eux. 

(Le procès a eu lieu le 3 i-VITI-i 5 .) 

Yanko Borkovitch, d'Orljakovo, âgé de 55 ans, con- 
.amné par le tribunal d'Agram (Zagreb), le 7-IX, à 7 
nois de travaux forcés, pour s'être exprimé « de ma- 
lièrenon permise sur l'empereur François-Joseph». 

(Hrvatska.) 

Marko Ilitch, théologien à Reljevo, condamné à 12 
ns de réclusion; Bojidar Tomitch, à 12 ans de réclu- 
ion ; Voï. Vasiliévitch, à 15 ans de réclusion; Stévan 
^otitch, à 17 ans de réclusion; Mladen Stoyanovitch, à 
:6 ans de réclusion; Stévan Stoyanovitch, à 10 ans de 



I 



— 222 — 

réclusion; Drngo Madjar, à 3 ans, tous pour crime c 

haute trahison. 

(Obzor, 10-IX-15.) 

Ivo Grizogoni, conseiller au tribunal de Ragus 
(Doubrovnik), a été mis en prison depuis le début de 
guerre et interné en Basse-Autriche. Son procès a e 
lieu le lO-IX après-midi, au tribunal de Zadar. 

Le tribunal de Zagreb a condamné, le 15-IX, Con 
tantin Boumbitch, négociant de Chatrinatz (Syrmie), 
8 mois de travaux forcés, pour avoir crié dans un ca 
« vive la Serbie ! » 

A été condamné, le même jour, Bogdan Sviratchévitcl 
de Boudianovtzi, à 7 ans de travaux forcés, pour ave 
été maire de la commune pendant l'occupation de se 
village par l'armée serbe. 

(Les journaux d'Agram.) 

Des trente-huit collégiens de Bihatchquicomparurei 
devant le tribunal de Touzla avec trois de leurs profe 
seurs sous l'inculpation de haute trahison, de pertu 
bation de l'ordre public et de fondation de sociét 
secrètes, l'un fut condamné à mort, six de 16 à 10 a: 
de travaux forcés, huit de 5^3 ans, vingt-deux ( 
30 mois à I mois de la même peine. (Nous avo: 
donné les noms des trente-sept condamnés à la pa; 
76-77 de cet ouvrage.) (Obzor, 16-IX-15.) 

Tschoulitch, stud. jur., rédacteur de Sloboda et Osk 
Tartalia, rédacteur de Zastava, paraissant à Spalato, 
trouvent en prison depuis le début de la guerre. 

(Obzor, 27-IX-15.) 



— 22^ — 

Djoka Nikolitch, coiffeur, de Karlovtzi (Syrmie ), a 
été mis en prison pour avoir agi contre l'ordre public. 

(Obzor, 25-IX-15.) 

, Stiépan Bentchévitch, le maire de SI. Brod, a été 
arrêté de nouveau avec beaucoup d'autres fonctionnaires 
de police (cause inconnue). La première fois a été arrêté 
pour cause d'espionnage en faveur de la Serbie et remis 
en liberté par suite de l'insuffisance des preuves. 

(Obzor, 27-X-15.) 

L'évêque de Niche a été fait prisonnier et interné 
dans un couvent près de Sofia. 
1^ (Neue Freie Presse, 11 -XI- 15.) 

Svétozar Popovitch, garçon boulanger, a été condamné 
par le tribunal militaire d'Agram à 3 ans de travaux forcés 
pour crime contre l'autorité militaire de l'Etat (Il a crié 
à l'entrée des Serbes à Semlin : « Vive le roi Pierre ! «) 

(Hrvatska, 12-XI-15.) 

Manda Djourdjévitch et Niko Djouritch sont con- 
damnés, à Spalato, à 7 jours de prison, pour cause de 
protestation contre le manque de farine. 

(Nache Yedinstvo, 25-XI-15.) 

Le tribunal de guerre bulgare a condamné à 15 ans 
de travaux forcés un certain « Serbe Yvanovitch » pour 
avoir tenté de tuer, avant la guerre, M. Yakow, fonc- 
tionnaire de la légation de Bulgarie. 

(Bosnische Post, 12-XII-15.) 

Josip Kouban, âgé de 52.ans, a été condamné à 4 mois 
de prison pour avoir offensé Sa Majesté. 



— 224 — 

Panta Rébitch, condamné à lo mois de travaux forcés 
à cause du même crime (Agram, le 28 mars 19 16.) 

(Les journaux d' Agram.) 

Un cocher a été arrêté pour avoir passé à travers les 
rangs des soldats en marche. 

(Beogradske Novine.) 

Le 10 janvier 19 16 ont été arrêtés et condamnés pour 
crime de haute trahison, le D' Laza Popovitch, à 14 
mois; le D*" M. Métikoch, à 10 mois et le D' Srdjan 
Boudisavljévitch à 8 mois de travaux forcés. 

(Obzor, 14-XII-15 et 11-IX-16.) 

Le tribunal supérieur a ratifié la condamnation de Gri- 
gorijé Yeftanovitch et de son fils, le D' Douchan, pour 
avoir agi contre l'ordre et la sécurité publics. Le premier 
est condamné à i année et le second à 6 mois de prison. 

(Slovenski Narod^ 4-I-16.) 

Vers la moitié du mois de décembre 1915, un procès 
a été intenté à Spalato contre plusieurs femmes qui se 
sont révoltées à cause de la disette de vivres. Elles ont 
été condamnées à 2 mois de prison. 

(Slovenetz, 5-I-ié.) 

Le D' Maté Drinkovitch, un notable dalmate, a été 
condamné par le tribunal de Gratz, le 23 décembre 191 5: 
à 6 mois de prison pour avoir agi contre l'ordre et b 
sécurité publics. (Slovenetz, 5-I-16.) 

Une femme a été arrêtée pour avoir répandu de faus-j 
ses et inquiétantes nouvelles. 

(Beogradske Novine, n°45, 1916.) 



— 225 — 

La chambre criminelle d'Ossiek a condamné, le 3 
mars 19 16, Anna Touginski à 8 mois de travaux forcés 
pour crime contre l'ordre public. 

(Les journaux d'Agram.) 

Douchan Périchitch, originaire de Tisza-Szent-Miklos, 
a été mis en prison à Belgrade pour cause de haute trahi- 
son, pour avoir seryi, pendant la guerre serbo-bulgare 
de 19 13, aussi bien que pendant la guerre actuelle, dans 

l'armée serbe. 

(Obzor, 22-L16.) 

Sont renvoyés du service de l'Etat : Petar Milétitch, 
directeur de l'école de commerce à Touzla ; Vladimir 
Voujasinovitch, professeur de l'académie commerciale 
à Saraïevo et Adem Bise, maître de l'école de commerce, 
à Touzla (cause inconnue). 

(Bosnische Post, 9-in-i6.) 

D' Kosta Krsmanovitch, directeur de gymnase à Ba- 
nialouka, est renvoyé du service d'Etat (motif inconnu). 
ite: (Bosnische Post, 2 5 -III- 16.) 

Le procès de Banialouka est terminé après 4 mois et 
If jours, intenté à 156 Serbes pour cause de haute 
trahison. Les défenseurs ont été : Danilo Dimovitch, 
qui a parlé pendant 17 heures; D"* Vlado Andritch, qui 
a parlé pendant 27 heures, et Sonkal, qui a parlé 26 
heures. Les procureurs généraux Kônig et Pinter ont 
parlé, le premier 14 heures et le second 11 heures. 

L'élaboration de la sentence exige beaucoup de temps. 

(Arbeiter Zeitung, 30-III16.) 



15 



— 22é — 

Le tribunal de première instance de Szegedin a con- 
damné le 6-II-16 Veljko Zagoritza, le D'Ivan Zagoritza, 
Marko Manoïlovitch et Isa Yvanitch à i an de prison et 
600 couronnes d^amende avec la perte de leur fonction 
publique pendant 2 ans. Le même tribunal a condamné 
Lazar Voukovitch à 2 ans de prison et 200 couronnes 
d'amende avec la perte de sa profession pendant 2 ans. 
Stévan Tavanski a été condamné à 2 mois de prison, à 400 
couronnes d'amende et i année de perte de sa fonction, 
tous à cause du crime de manifestations interdites (ils se 
sont embrassés le jour de leur fête de famille avec les 
prisonniers russes et ont chanté l'hymne russe). 

(Az Est, 2-IV-ié.) 

Milan Kékouch, commis, âgé de 17 ans, à été condamné 
par le tribunal d'Agram à 4 mois de prison pour avoir 
loué les Serbes et les Italiens et dédaigné les Autrichiens. 

(Hrvtska, 11-VI-16.) 

Le tribunal de division de Landwehr a condamné la 
femme Yéléna de Benko^ veuve, de Semlin, à 1 3 ans de pri- 
son et ses trois filles, Sophia, Despa et Mila, à 8 ans, pour 
avoir accueilli solennellement l'armée serbe à son entrée 
à Semlin et pour s'être enfuies avec celle-ci en Serbie. 

(Hrvatska, 11 -IV- 16.) 

Les musulmans : Ibrahim Douzitch, agent de police à 
Saraïevo, Salich Zéyinovitch, Moustafa Vousitch, Aliya 
Hadjovitch, Kadro Pozdar, Nazif Héron et Souljo 
Koryenitch sont inculpés d'avoir, en service, commef 
membres des Schutz-Korps, commis des crimes et de^ 



227 



délits dans les environs de Saraïevo sur la population 
non-musulmane. 

Leur procès va durer 8 jours à peu près. 

(Bosnische Post, 27-IV-ié.) 

Ivka Sloyitch, paysanne de Miotch (district de Viche- 
grad) est condamnée le 18-IV-15 par le tribunal de 
Saraïevo à 4 mois de travaux forcés pour avoir approuvé 
le I -VII- 15 l'attentat de Saraïevo : 

Cette « petite peine » de 4 mois de travaux forcés lui 
a été infligée vu ses 3 petits enfants et la fidélité de son 
mari pendant son service dans l'armée autrichienne. 

(Bosnische Post, 19-IV-16.) 

23 membres de la société de gymnastique Sokol, à 
V. Kikinda, ont été accusés à cause de l'œuvre de haute 
trahison accomplie par leur société, à savoir : Ljoubo- 
mir Arsine, maître à disposition, Petar Djoukénov, Sto- 
yan Yakchitch, prêtre, D" Sava Poutnik, avocat, Milou- 
tine Yakchitch, professeur en retraite, Slavsko Lékovitch, 
maître, D*" Sv. Mihaïlovitch, avocat, Kamenko Bonditch, 
prêtre, Mihaïlo Radivoyévitch, cafetier, Sima Yovano- 
vitch, libraire, Stévan Vassitch, maître d'école primaire, 
Maritz Goldstein, marchand de machines à coudre, 
Djordje Knéyévitch, maître, Kosta Sévitch, ingénieur, 
Nikola Militch, charcutier, Nicola Raykof, cultivateur, 
OurochNovakovitch, aubergiste, Branko Roser, étudiant 
en droit, professeur de gymnastique au Sokol, Er. Garko 
Yakchitsch, avocat, Milivoë Létitch, négociant. Milan 
Péchitch, trésorier de la Caisse d'épargne, Djordje Na- 
doutchine, négociant. (Ujvidéki Hirlap, 4-V-16.) 



— 228 — 

Anton Sturm, prêtre de Brdo (Carniole), a été con- 
damné par le tribunal à i8 mois de travaux forcés pour 
avoir agi contre la sécurité publique. 

(Slovenetz, lO-V-ié.) 

Ljoudévit Kresnik, de Tschréchniévitza (Styrie), est 
condamné à 2 ans de réclusion pour ne pas avoir dit, 
comme témoin devant le tribunal militaire, tout ce qu'il 
savait au sujet du procès intenté à Simon Pouzivka, du 
même endroit, qui a été accusé et condamné à i8 mois 
<le prison, à cause de certaines déclarations serbophiles. 

(Zeit, 10-V-16.) 

Marta Bobyak, maîtresse à Tseite, a perdu sa fonction 

pour avoir dit qu'elle se réjouissait de l'arrivée des 

troupes russes et pour avoir dit que les officiers cosaques 

sont « chics ». 

(Az Ujsàg, 7-V-16.) 

Branko Aksien Jlvkov est condïimné par le tribunal de 
Novi Sad, le 10-V-16, à 6 jours de prison pour avoir 
chanté des chansons serbes. 

(Ujvidéki Hirlap, 11-V-16.) 

Stévan Sékoulitch, prêtre serbe à Srpska Itébéya 

(Banat), a été déféré au grand tribunal de Vienne afin d'y 
être jugé pour avoir dissuadé les soldats de prêter ser- 
ment à l'empereur. 

(Alkotmany, 31-V-16.) 

Milovan Antitch, marchand de légumes à Budapest, 
est condamné à 8 mois de prison pour avoir insulté les 



— 229 — 

Magyars devant les marchands de légumes turcs et 

bulgares. 

(Magyarorszag, 1-VI-16.) 

Fran Grafenauer, député au Reichsrat et à la Diète 

provinciale, à été condamné par un jugement du 

commissaire militaire à 5 ans de travaux forcés pour 

avoir agi contre l'ordre public. 

(Slovenetz, 7-VI-16.) 

A Gradatz (Styrie), Erkolano Salvi, membre de 
Spalato, de la Diète provmciale dalmate a été arrêté. 

(Narodni List, 12- VI- 16.) 

Emil Lontchar, employé à la perception des impôts, à 
Ossiek, s'est enfui après la chute du Monténégro, 
comme officier prisonnier des autorités qui le pour- 
suivaient pour cause de délit contre l'autorité militaire 
de l'Etat. 

(Die Drau, 9-VI-16.) 

Un certain Petar Pétrovitch a été arrêté et livré au 
tribunal afin d'être jugé pour avoir crié dans la rue qu'il 
était Serbe et critiqué l' Autriche-Hongrie. 

(Die Drau, 24-VI-ié.) 

Miléva Kapor, de Hadzitch (Bosnie), a été condamnée 
par le tribunal de guerre à 4 mois de prison pour faux 
témoignage contre un accusé qui, dans un café, aurait 
parlé du roi Pierre. 

(Bosnische Post, 27-VI-16.) 

Mate Cossara, Italien, ancien secrétaire de la commune 



— 230 — 

de Kanfiinar, a dénoncé le maître slovène Antoun Hvala 
qui a été condamné à 6 mois de prison. 

Ce dernier s'étant plaint, sa condamnation lui a été 
augmentée à 10 mois. 

(Slovenetz, 28-VI-16.) 

Danitza Matitch a été arrêtée à Belgrade pour avoir 
répandu la nouvelle que les troupes autrichiennes se 
retireront de Serbie. 

(Beogradske Novine, 1-VII-16.) 

Un train venant de Bosnie, avec des officiers et des 
intellectuels monténégrins, parmi lesquels deux généraux 
et deux anciens ministres, est arrivé. Ils seront conduits 
au camp des prisonniers car ils ont agi contre l'ordre 
public. (Le nombre d'officiers est de 280, celui des 
autres n'est pas connu.) 

(Nepszava, 4-VII-16.) 

Milan Statiyévitch, journalier, a été arrêté à Ossiek, 
pour avoir qualifié l'état actuel de très difficile, en mo- 
tivant ses allégations par des inventions. 

(Hrvatska, 5-VII.) 

La Cour de cassation a cassé le jugement du D"" Srdjan 

Boudisavljévitch qui était condamné à une année de 

prison. 

(Les journaux d'Agram.) 

Après l'instruction du procès de Antoun Trésitch 

Pavitchitch, député au Reichsrat, qui a duré 20 jours, 

l'inculpé a été remis en liberté. 

(Slovenski Narod, 8-VII-16.) 



— 231 — 

Le tribunal suprême de Vienne a ratifié la condam- 
nation de Gaya Radounitcli, négociant de Kastilo, con- 
damné, par le tribunal de Spalato, à 3 ans de prison. 

(Novine, 16-VII-16.) 

Petar Popovitch, aubergiste de Mitrovitza, a été mis 
en prison car il est un esprit turbulent. 

(Hrvatska, 30-VII-16.) 

Ibrahim Kaïzerovitch, de Zabare (Mitrovitza), âgé 
de 96 ans, a été condamné à mort pour le double crime ; 
de ne pas avoir respecté l'ordre de livrer les armes jus- 
qu'au 10 mars, et d'avoir extorqué, sous menace, de 
l'argent à un paysan. Cette peine a été commuée en 

travaux forcés. 

(Beogradske Novine, 17-VII-16.) 

Mousel Joumérovitch, âgé de 40 ans, a été condamné 
à mort par le tribunal de la commandature de Mitro- 
vitza (Kossovo) pour n'avoir pas livré ses armes. Cette 
peine a été commuée en celle de 5 ans de travaux 
forcés. 

(Beogradske Novine, 17-VII-16.) 

Le tribunal de la commandature de Gorgni Milanovatz 
a condamné à mort MilechRadivoyévitch, de Ladjévatz, 
pour cause de meurtre de son mari. Par suite de cir- 
constances atténuantes, sa peine a été commuée en celle 
de 20 ans de prison. Le môme tribunal a condamné à 
la pendaison les paysans : Radomir Zoutchovitch, de 
Travnik, Ilinka Militch, Milorad et Milisav Ilitch, tous 



— 2^2 — 

pour meurtre. Leurs peines ont été commuées en celles 
de travaux forcés. 

(Beogradske Novine, 18-VII-16.) 

Branko Roller, professeur de gymnastique, à V. Ki- 
kinda, a été condamné, par le tribunal de Szegedin, à 3 
ans de prison pour cause de haute trahison. 

(Szegedi Naplo, 20- VII- 16.) 

Kayétan Radountché, marchand de vins à Spalato, a 
été condamné à 3 ans de prison pour cause de dénon- 
ciation. 

Marko Laous, paysan, condamné, à Doubrovnik, à 
I année et demie de prison pour avoir dénoncé le préfet 
de Blato, Kounyachitch, le D'' Tzvétitschévitch, défen- 
seur de Laous, a été condamné à 6 jours de prison. 

(Slovenski Narod, 22-VII-16.) 

Nikola Bartoulovitch, ancien rédacteur du journal 
Sloboda, de Spalato, a été condamné, par le tribunal de 
Gradatz, à 5 ans de prison, pour cause de haute tra- 
hison. 

(Narodni List, 22-VII-r6.) 

Djouro Savitch , d'Ossiek, a été arrêté pour avoir offensé 
S. M. l'empereur et agi contre l'ordre public. 

(Hrvatski Dnevnik, i-VIII-ib.) 

Par le jugement du tribunal d'Agram, Pavlé Ar- 
chinov, de Véliki Betchkerek, professeur à Belgrade, 
est mis en liberté après avoir été inculpé et jugé pour 



— 233 — 

cause de haute trahison en vertu du § 58 du Code 

pénal. 

(Hrvatska, lo-VlI-ié.) 

Le député national de Kortchoula, M. Yvo Loupis, 

a comparu devant le tribunal de Trieste, étant inculpé 

de haute trahison. 

(Obzor, 13-VII-16.) 

Yvana Kouttnik, sage-femme à Slovenska-Bistritza, a 
été condamnée, par le tribunal de guerre de Maribor, à 6 
semaines de prison, pour avoir désavoué devant le tri- 
bunal sa déclaration antérieure au sujet du délit de 
Simon Pouchnik, ancien président de la commune de 
Kerschbach, qui a été jugé et condamné pour cause de 

cris serbophiles. 

(Tagespost, 17-VII-ié.) 

Pour le procès de haute trahison à Banialonka, avec 98 
CONDAMNÉS^ dont 16 à mort par pendaison, voir le 
jugement de ce procès page 170-177. 

Obro Golitch, Mica Militch, Bojidar Tomitch furent 
d'abord accusés puis pris ensuite comme témoins. 

Pendant le procès qui dura près de deux ans (les dé- 
bats seuls 175 jours) les inculpés Rista Baniakovitch, 
Dragolioub Késitch et Yovo Pavlovitch sont décédés en 
prison. 

(Obzor, 25-IV-16.) 

Le forestier Paul Stanoyévitch, de Mitrovitza (Syr- 
mie) a été arrêté parce qu'on a trouvé chez lui des écrits 



— 234 — 

de haute trahison et parce qu'il avait envoyé ses enfants 

à l'école de Belgrade. 

(Hrvatska, 3 i -VIII- 1 6.) 



'&' 



On a condamné à 14 jours de prison et à 50 cou- 
ronnes d'amende Ilia Ralitch, de Zagreb, parce qu'on a 
trouvé dans sa maison Petar Gloumatz, directeur de la 
Caisse d'épargne serbe de Derventa. Ce dernier ne s'est 
pas présenté devant la commission médicale militaire, 
quoique étant interné il ait été libéré dans le but de se 

rendre ci cet examen médical. 

(Obzor, 13-IX-ié.) 

1000 procès à Chabat:(, en Serbie. 

On informe de Budapest que le tribunal de Chabatz 
s'est occupé de 1000 procès contre la population qui a 
caché le maïs pour ne pas le livrer à la centrale des ré- 
serves de maïs. 

(Kurjer Codzienny, 22-IX-16.) 

Nombre de personnes civiles possèdent encore des 
armes et des cartouches ; le port illicite des armes est 
puni très sévèrement par le paragraphe 327 du Code 
militaire. C'est ainsi que le tribunal de Kolachine a 
prononcé les condamnations suivantes pour port illicite 
d'armes: à 20 ans de travaux forcés, Yovan Minitch 
et Yagoch Minitch, de Vélia Douboko (arrondissement 
de Rovtzi), et à 15 ans Yovan Simonovitch, de Vélika; 
à 10 ans Matija Minitch et Spassoïé Radovitch, de Vélia 



— 235 — 

Douboko, ainsi que Mitar, Bogdan et Nicolas Yovitch, 
tous trois de Vélika. 

(Tzétignské Novine, 8-X-16). 

On vient de commencer à Saraïevo un procès de haute 
traliison contre 39 Serbes de Bosnie-Herzégovine. 
Voici les noms des accusés : 

I. Damian Djouritza, 34 ans, 6 enfants; 2. Yakov 
Popaditch, 31 ans; 3. Simo Nikolitch, 29 ans; 4. Milan 
Hadji Voukovitch, 44 ans; 5. Miloch Tomachévitch, 
26 ans; 6. Ighniatiyé Vidovitch, 32 ans; 7. Stoyan 
Yourichitch, 32 ans, 2 enfants; 8. Vid Tzernadak, 43 
ans, 8 enfants; 9. Rista Fortzan, 30 ans, i enfant; 
10. Milovan Zaritch, 26 ans; 11. Proko Yerkovitch, 30 
ans; 12. Miloch Milochévitch, 52 ans: 13. Yakov 
Pétrovitch, 50 ans, 2 enfants ; 14. Milan Ivézitch, 20 
ans; 15. Ranko Rankitch, 41 ans, 6 enfants; 16. 
Vasiliyé Ivanitch, 45 ans, 6 enfants; 17. Nikola Popo- 
vitch, 41 ans, 7 enfants; 18. Douka Déyitch, 52 ans, 5 
enfants ; 19. Kosta Yovitchitch, 22 ans ; 20. Milan 
Bojitch, 29 ans, 2 enfants; 21. Stévan Philippovitch,' 
42 ans, 5 enfants ; 22. Mihaïlo Pétrochitch, 29 ans, i 
enfant; 23. liiya Pétrovitch, 36 ans, 6 enfants; 24. 
Iliya Koulitch, 27 ans, 2 enfants; 25. Voïne Panitch, 
41 ans, I enfant ; 26. Lazare Markovitch, 47 ans, 2 
enfants ; 27. Rade Yokitch, 20 ans ; 28. Mitcho Mi- 
chitch, 26 ans; 29. Aleksa Yovanovitch, 22 ans ; 30. 
Vasso Ristitch, 33 ans, 4 enfants; 31. Salih Tchichitch, 
25 ans; 32. Ibrahim Alaïbégovitch, 25 ans; 33. Vla- 
dimir Goutécha, 19 ans; 34. Petar Goutécha, 20 ans; 



— 236 — 

35- Douchcin Marianovitch, 36 ans, 2 enfants; 36. 
Milovan Djokitch, 39 ans, 3 enfiints ; 37. Dragomir 
Tchitoïtch, 47 ans, 4 enfants; 38. Gavro Novtchitch, 
45 ans, 8 enfants; 39. Djoura Gatchitch, 38 ans, 3 
enfants. Au total 86 enfants. 

Au point de vue professionnel, il y a 9 intellectuels, 
14 commerçants, 3 propriétaires et 23 paysans. 

Le tribunal est composé comme suit : Koloman von 
Milletz, Julius Ansion, D' Mayer-Hofmann, procureur, 
D"" Wilhelm Kônig. 

Défenseurs : Danilo Dimovitch et D"" Vlado Andritch. 

Les 32 premiers accusés sont inculpés « d'avoir, de 
19 II au mois de juillet 19 14, appartenu cà l'organisation 
Narodna Odbrana, avec l'intention de changer par la 
force la situation étatique de la Bosnie-Herzégovine 
envers la monarchie austro-hongroise ». Les 7 derniers 
accusés sont inculpés « d'avoir intentionnellement omis 
d'informer les autorités de l'action des 32 premiers 
accusés quoique cette action leur fut connue ». 

(Agramer Tageblatt, 26-X-16.) 

On remarquera que le nombre des intellectuels accu- 
sés est excessivement petit par rapport aux précédents 
procès; c'est là une conséquence naturelle du tait que 
toute l'élite intellectuelle a déjà été condamnée, internée, 
massacrée ou s'est exilée à l'étranger. Une autre remarque, 
la composition du tribunal est la même pour ce 
procès que pour celui de Banialouka. De nouveau des 
Slaves sont jugés par des Allemands. Enfin l'accusation 
de ces 39 personnes (dont une est décédée) repose unique- 



— 237 — 

ment sur le document Todorovitch. C'est donc une 
continuation du procès monstre de Banialouka. 

Il ne parvient actuellement en Suisse et encore fort 
irrégulièrement qu'un seul journal bosniaque, la semi- 
officielle Bosnische Post qui paraît en langue allemande à 
Saraïevo. Dans ce journal, la censure laisse passer fort 
peu de choses sur ce procès. Pourquoi ce mystère? 

Ce procès s'est terminé le 5 décembre par 19 con- 
damnations dont trois à la pendaison. L'accusé Ibrahim 
bey Alaïbégovitch est décédé en prison, 19 accusés ont été 
libérés. Les journaux de Saraïevo sont à tel point cen- 
surés qu'on ne peut savoir s'ils contiennent quelque 
chose sur ce procès, mais voici ce qu'écrit sans autre 
commentaire un journal de Zagreb, les Narodne Novine 
du 9 XII : 

« Mardi a pris fin devant le tribunal de première ins- 
tance le procès de haute trahison qui a duré cinq semai- 
nes. 

Sont condamnés : 

A mort : i. Proko Yerkovitch, 30 ans, agriculteur, 
de Brana-Bratchitch (environs de Vichegrad) ; 2. lUiya 
Pétrovitch, 36 ans, père de 6 enfants ; 3. Mihaïlo Pé- 
trochitch, 29 ans, père d'un enfant, rentier, de Jania. 
Yerkovitch sera exécuté le premier, ensuite Illiya, puis 
Mihaïlo. 

A 16 ans de travaux forcés : i. Damian Djouritza, 
34 ans, père de 6 enfants, prêtre orthodoxe de Drago- 
vitza ; 2. Milan Bojitch, 29 ans, père de 2 enfants, 
prêtre orthodoxe, de Vichegrad. 

A 10 ans de travaux forcés: i. Milan Ivézitch, 20 ans. 



- 238 — 

commis ; 2. Ighniatiyé Vidovitch dit Martitch, 32 ans, 
commis; 3. Ranko Rankitch, 41 ans, père de 5 en- 
fants, commerçant; 4. Mitcho xMichitch, 26 ans, bou- 
langer . 

A 8 ans de travaux forcés ; i. Vassilié Ivanitch, 
45 ans, père de 6 enflmts, commerçant ; 2. Voïne 
Panitch, 41 ans, père d'un enfant, commerçant. 

A 5 ans de travaux forcés: i. lUiya Koulitch, 27 ans, 
père deux enfants, agriculteur ; 2. Salih Tchichitch, 
25 ans, étudiant en philosophie, musulman. 

A 3 ans de travaux forcés : i. Milovan Djokitch, 
39 ans, père de 3 enfants, agriculteur. 

A 2 ans de travaux forcés : i. Stoyan Yourichitch, 
32 ans, père de 2 enfants, agriculteurs; 2. Vid Tzrna- 
dak, 43 ans, père de 8 enfants, agriculteur; 3. Vladimir 
Goutécha, 19 ans, commerçant; 4. Petar Goutécha, 20 
ans, bachelier. 

A I an : i. Aleksa Yovanovitch, 22 ans, commerçant. 

Les autres accusés ont été libérés. » 

Ainsi, le gouvernement austro-hongrois, pour des 
motifs humanitaires, offre actuellement la paix tout en 
continuant à l'intérieur une véritable guerre d'extermi- 
nation contre des sujets yougoslaves. 

Annexe m. 

Confiscations. 

Toute la fortune mobilière et immobilière des per- 
sonnes-suivantes a été confisquée: D' Ante Troumbitch, 



- ^39 — 

de Spalato, D' Youliyé Gazzari de Chibénik et D'" Ivo de 
Giouli, de Doubrovnik (Raguse). 

(Obzor, II -IX- 15.) 

A été confisquée pour cause de haute trahison la for- 
tune de : Obren Stiyajitch, à Lostotz, de Péra Pétrovitch, 
à Gorovitza, de Djoura Bendaritza, de Radeta et de Tritkô 
de Lastva; de Djordje Kouzmouk, à Pribagni et de 
Yovan Dérétitza (fils de feu Mitar) à D. Grahovitza. 

Saraïevski List 
(Journal officiel du gouvernement de 
Bosnie et d'Herzégovine.) 

Le tribunal de Fiume (Rieka) a procédé à la confisca- 
tion de la fortune de Frano Soupilo, ancien rédacteur 
et propriétaire de Rietchki Novi List pour cause de haute 

trahison. 

(Obzor, 27-X-15.) 

Le tribunal d'Agram (Zagreb) a procédé à la confis- 
cation de la fortune du D' Hinkovitch pour cause de 

haute trahison. 

(Narodne Novine, 20-XL15.) 

Le « Casino militaire » (Oficirski dom) de Belgrade, 
dans lequel sont transportés tous les meubles de la Cour 
Royale Serbe, sert à nos officiers de très beau local 
pour leurs réunions fiimilières. 

(Frankfurter Zeitung, 3-I-16.) 

Le tribunal Impérial et Royal de Vienne a confisqué 
toute la fortune de Frank Sakser (Slovène), rédacteur 



— 240 — 

du journal Glas Naroda, paraissant à New-York, pour 

cause de haute trahison. 

(Slovenetz, 17-I-16.) 

La valeur des propriétés serbes confisquées à Semlin 

pour cause de haute trahison se monte à 550 millions 

de couronnes. 

(Hrvatski Dnevnik, 22-I-16.) 

La Chambre industrielle et commerciale de Budapest 
procédera prochainement à la vente aux enchères publi- 
ques, à Semlin, de 250 wagons de prunes sèches trou- 
vées (sic !) en Serbie. 

(PesterLloyd, 25-I-16.) 

Le tribunal de Spalato a confisqué la fortune des per- 
sonnes suivantes: Milan Marianovitch, Don Nicola 
Grchkovitch, D"" Dinko Trinaïstitch, député à la Diète 
provinciale d'Istrie et avocat à Pazin, D"" Goustav Gré- 
gorine, député au. Reichsrat et à la Diète provinciale de 
Goritza, avocat slovène à Trieste, Frano Pétrinovitch et 
Vladimir Tchérina. (On ne dit pas la cause de ces con- 
fiscations, mais selon toute probabilité, c'est pour crime 

de haute trahison). 

(Slovenski Narod, 25-I-16.) 

Des wagons pleins de la fortune mobilière de l'Etat 
Serbe arrivent tous les jours à la gare de Sofia. Cette 
fortune sera répartie et employée en Bulgarie. 

(Dnevnik, 12-II-16.) 

Le Ministère de l'Agriculture bulgare a décidé que 
toute la fortune mobilière des institutions publiques 



— 241 — 

ierbes, en tant qu'elle n'a pas été employée dans les 
nstitutions bulgares de la Morava, serait transportée 
n Bulgarie et employée pour les maisons privées. 

(Dnevnik, 7-II-16.) 

Le Ministère de l'Agriculture bulgare a décidé que 
oute la propriété mobilière « abandonnée », en tant 
[u'elle n'a pas été employée dans les institutions publi- 
[ues bulgares, serait vendue aux enchères publiques. 

(Dnevnik, 7-II-16.) 

Les meubles de la Légation Serbe à Sofia sont con- 

isqués comme « res nullius». 

(Mir, 29 (i6)II-i6.) 

A la gare de Sofia sont arrivés : un wagon de monu- 

nents funéraires de la Vieille Serbie et deux wagons 

i'objets de verre de Serbie. 

(Dnevnik, 24-II-16.) 

Le rapport du délégué du Ministère de l'Agriculture 
bulgare, M. Hz. S. Géorgieff, parle dans sa majeure 
partie du pillage des Austro-Allemands à Négotine. 
(Narodni Prava, i^-iyiG-ll-id.) 

Le Conseil des ministres bulgare a décidé que la mine 
le cuivre de Bor (que les Bulgares ont prise aux Serbes) 
;erait cédée aux Allemands pour l'exploitation. 

(Vossische Zeitung, 24-II-ié.) 

Le roi de Bulgarie a ratifié la décision du Conseil des 
ministres par laquelle les fortunes des réfugiés serbes 
qui ne rentrent pas appartiendront à l'Etat. 

(Dnevnik, 17-III-16.) 

16 



— 242 — 

Toute la récolte de cette année est d'avance confisquée 
par le gouvernement hongrois, (^ui se serait soustrait à 
cette ordonnance sera puni de 6 mois de prison et de 
2000 couronnes d'amende. 

(Frankfurter Zeitung, 3-IV-ié.) 

Les fortunes « abandonnées » dans les régions occupées 

ne seront pas confisquées, mais tous les revenus jusqu'à 

la fin de la guerre iront à l'Etat. 

(Dnevnik, 8-II-16). 

La Chambre criminelle du tribunal d'Agram a or- 
donné la confiscation de la fortune du D*" Kosta Radoït- 
chitch et de sa femme Zorka, de Semlin, parce qu'il 
existe le doute qu'ils aient eu des communications avec 
l'ennemi. 

(Narodne Novine, 13-IV-16.) 

La vente des fortunes « abandonnées » a été ordonnée. 

(Narodni Prava, 28-IV-16.) 

Le Ministère bulgare de l'Agriculture a procédé à la 
vente des fortunes « abandonnées » dans des régions de 
la Morava. Si cette fois aussi il n'y avait pas assez d'ad- 
judicataires ou si les prix étaient trop bas, une com- 
mission sera formée pour mettre en location ces for- 
tunes. 

(Dnevnik, 30-IV-16.) 

Les acquittements des objets réquisitionnés sont 
ajournés à une date indéterminée. 

(Outro, 1-V-16.) 



— 243 — 

La chambre criminelle du tribunal d'Agram (Zagreb) 
a confisqué toute la fortune mobilière et immobilière 
de Nasta Nikolitch (femme), parce qu'elle s'est réfugiée 
en Serbie. 

(Narodne Novine, 18-V-16.) 

La chambre criminelle du tribunal d'Agram (Zagreb) 
a confisqué la fortune du D"" Veljko Ghéorgiévitch, 
avocat, de Rouma (Syrmie), qui se serait réfugié chez 
l'ennemi et y aurait servi comme fonctionnaire serbe. 

(Narodne Novine, 31-V-16.) 

La Chambre du commerce et de l'industrie annonce 
que l'importation de marchandises de la Monarchie 
dans les régions occupées en Serbie est soumise à la 
douane. 

(Narodne Novine, i-VII-ié.) 

Selon l'ordonnance du haut commandement, toutes 
les céréales, comme l'orge, l'avoine, seront rachetées 
dans les nouvelles régions, sauf le froment et le maïs 
qui seront laissés aux producteurs. 

(Outro, 3-VI-16.) 

Le tribunal impérial et royal de Zadar a confisqué la 
fortune de Stéfane Srzentitch pour cause de crime (on 
ne dit pas lequel) pendant la guerre, crime pour lequel 
il a été condamné. 

(Hrvatska, 3-VII-ié.) 



— 244 — 

On a décrété en Macédoine que personne ne peut 
vendre le foin qui est déjà d'avance considéré comme 
acheté par les commissions de réquisition. 

* 
* * 

La chambre pénale du tribunal d'Agram a confisqué 
les fortunes des personnes suivantes : de Danitza Gavri- 
lovitch (femme), Draga Djordjévitch (femme), Lenka 
Djordjévitch (femme), Georg Ylitch, Milka Lazarévitch 
(femme), N. Markovitch-Spanïa, Marco Martinovitch, 
Sofia Pétrovitch (femme), Emilia Siyak (veuve), N. To- 
chitch et Milan Jivanovitch (tous de Semlin), pour cause 
de soupçon d'avoir servi à l'ennemi, avec lequel ils se 
sont enfuis, en commettant par là le crime contre la 
puissance publique de l'Etat. Des poursuites judiciaires 
ont commencé contre eux. 

(Les journaux d'Agram.) 

La chambre criminelle d'Agram, par son jugement 

du 28 février 19 16, a confisqué la fortune de Stipa 

Droujinatz, de Nikola Chtimatz et de Djoura Mikovitch, 

pour cause de soupçon de s'être enfuis avec l'ennemi 

pendant la guerre. 

(Les journaux d'Agram.) 

La chambre criminelle d'Agram a confisqué les for- 
tunes de Douchan Zorkitch, de Milan Djouritch, parce 
qu'ils sont entrés dans l'armée ennemie, le premier 
comme prisonnier, le second comme volontaire. 

(Les journaux d'Agram.) 



— 2 45 — 

Le ministère des finances a pris la décision de retenir 
20 7o ^^cs marchandises en transit par la Bulgarie, à 
savoir : sucre, huile, savon, poisson, olives, etc. 

(Outro, 6-VI-16.) 

Le ministère de l'intérieur a ordonné aux préfets de 
département de prévenir les commissions de réquisition 
d'utiliser tous les chars des paysans avant que les 
travaux agricoles aient commencé, étant donné que 
l'approvisionnement de l'armée est assez difficile. 

(Dnevnik, 6-VI-16.) 

Le tribunal suprême de Vienne, selon l'ordonnance 
impériale du 9 juin 1915, a ordonné que l'Etat, à 
titre de compensations aurait la priorité sur les fortunes 
des personnes condamnées pour haute trahison. 

(Arbeiter Zeitung, 11-VL16.) 

La commission de réquisition a été constituée à 

Uskub. 

(Dnevnik, i3-VLié.) 

Par l'ordre du ministère des finances du 13 juin 19 16, 
qui entre immédiatement en vigueur, toute importation 
ou exportation de billets de valeur, en dinars ou en 
perpers, est défendue. 

(Neue Freie Presse, 14-VL16, édition du soir.) 

Le ministère des finances a pris la décision que les 
commissions de réquisition doivent se former dans les 



— 246 — 

villes des territoires occupés, à cause de l'excédent de 
nourriture parmi la population. 

(Narodni Prava, 14- VI- 16.) 

L'ordonnance du 15 juin a interdit les récoltes sans 
la présence et le contrôle des inspecteurs de l'Etat. 

(Neue Freie Presse, 15-VI-ié.) 

Il arrivera à Sofia 1000 kg. de laine « abandonnée » 
qui sera vendue. 

(Narodni Prava, lé-VI-ié.) 

Dans toute la Monarchie, y compris les territoires 
occupés, il a été ordonné la réquisition du cuivre, du 
nickel et du zinc. Les objets d'art ou historiques doivent 
être remis. L'inexécution des ordres sera punie de 3 
ans de prison ou 20,000 couronnes d'amende. 

(Neue Freie Presse, 17-VI-ié.) 

La séance des préfets de département aura lieu pour 
la seconde fois à Niche les 19 et 20 juin, pour y déli- 
bérer sur les mesures nécessaires qui doivent être prises 

pour les récoltes. 

(Narodni Prava, 19-VI-16.) 

Les autorités bulgares exploitent avec de grands pro- 
fits les mines de cuivre, d'or et de charbon dans la 



région de Morava. 



(Outro, 20-VI-16.) 



Le tribunal impérial et royal, à Zadar, a confisqué les 
fortunes de Ylia Moudritch-Djourov et du D' Yvan 



— 247 — 

Pétrovitch, les deux de Dalmatie, pour la compensation 

des dommages causés à l'Etat par leurs actes de haute 

trahison, pendant la guerre. 

(Hrvatska, 26-VI-16.) 

Les autorités hongroises ont confisqué la caution 
déposée par le journal de M. Soupilo, Rietchki Novi List, 
dont le montant est de 21,000 couronnes. Peu après 
cela, les autorités ont suspendu le journal même. 

(Obzor, 28-VI-16.) 

La commandature impériale et royale du département 
de Belgrade a décrété le i^*" juin 19 16 que les proprié- 
taires des logements réquisitionnés ne pourront deman- 
der aucune compensation à titre de loyer. 

(Beogradske Novine, 4-VI-16.) 

Deux ordonnances ont été données à propos de la 
réquisition delà laine coupée et de celle qui esta couper. 
Quiconque se soustrait à ces ordonnances sera puni de 
6 mois de prison ou de 2000 couronnes d'amende. 

(Narodne Novine, 3 -VI- 16.) 

On mande de Sofia : dans la section de réquisition du 
Ministère de l'Agriculture, la vente de 571,840 pièces 
de cuir de mouton et de 117,321 pièces de cuir de veau 
aura lieu. 

(Beogradske Novine^ 28-VL16.) 

Le gouvernement militaire a ordonné l'estampillage de 
tous les billets serbes dans un délai fixé. A l'expiration 
de ce délai, le timbrage des billets ne s'effectuera plus. 

(Neue Freie Presse, 29-VLié.) 



— 248 — 

On a « trouvé » et confisqué 1717,5 quintaux de blé. 

(Pester Lloyd, n° 89, 19 16.) 

Selon une ordonnance du commandement militaire 

autrichien, tous les payements de la Serbie dans les pays 

ennemis sont interdits. 

(Pester Lloyd, 3-V-16.) 

Le général Sarkotitch a ordonné la saisie de la récolte 

de cette année. Q.uiconque se soustraira à cet ordre sera 

puni d'une semaine à un an de prison et de 20,000 

couronnes d'amende. 

(Hrvatski Dnevnik, 13 -VII- 16.) 

Le tribunal de Zadar, en vertu de l'ordonnance impé- 
riale du 9 juin, a ordonné la confiscation de la fortune 
de Milan et de Mitar Radovanovitch, de feu Marko de 
Vichniévo, de Bossa et de Draga Stoyanovitch, de 
Djénovitch, à Boka Kotorska, pour les dommages-inté- 
rêts résultant du crime de haute trahison. 

(Narodni List, 2é-VII-i6.) 

La fortune du Serbe Nika Yokitch, de Krtola, a été 
confisquée parce qu'il s'est enfui avec l'ennemi. 

(Slovenetz, 3-VJII-ié.) 

L'étude et la fortune du D'' Ghiga Aranitzki, avocat, 
sont confisquées, car Aranitzki, ayant été fait prisonnier 
par les Serbes, a été mis en liberté. 

(UjvidekiHirlap, 27-VII-16.) 

« Sur la base des pouvoirs civils et militaires qui m'ont 
été/ .conférés par ordre de S. M. l'empereur, j'ordonne 



— 249 — 

dans les territoires serbes occupés, qui se trouvent sous 
l'administration militaire austro-hongroise, ce qui suit : 

« Art. I. — Déchéance de la fortune des criminels 
d'Etat : Les personnes qui, par instigation, participation 
ou consentement sont complices de l'assassinat commis 
à Saraïevo, le 28 juin 19 14, ou qui, par un autre acte 
délictueux, sont responsables, à quelque titre, de la 
présente guerre contre la monarchie austro-hongroise 
répondent, avec toute leur fortune, de la disette causée 
par la guerre. La déchéance de la fortune sera prononcée 
en même temps que la culpabilité. 

« Art. 2. — La déclaration de déchéance s'appliquera 
également aux biens-fonds qui ont été aliénés ou don- 
nés en gage depuis la mise en vigueur dé cette ordon- 
nance. L'ignorance de la culpabilité du vendeur ou de 
l'auteur du gage ne sera admise comme une excuse que 
si l'acquéreur ou le gagiste ont demandé au gouverne- 
ment militaire son assentiment pour leur acquisition. 

« Art. 3. — Dans le but d'assurer la conservation des 
biens, leur saisie peut être ordonnée dans le territoire 
occupé s'il existe une présomption suffisante des actes 
prévus à l'art, i. 

« Art. 4. — Cette ordonnance entre en vigueur 
aujourd'hui 28 juin. » 

(Signé) : Feld maréchal 

archiduc Frédéric. 
(Neue Freie Presse, 8-VII-16.) 

Les autorités militaires ont enlevé les cloches de toutes 
les églises d'Agram, à savoir de l'église de St. Marko, 
de l'église de St. Yvan, de l'église du Cœur de Christ,. 



— 250 — 

<le l'église de la rue de Frnnkopanska et de l'église de la 
place de Préradovitch. 

(Agramer Tag'blatt, 11-VIII-16.) 

La fortune de Miloutine Tchavitch, de Semlin, a été 

confisquée, par une décision du tribunal d'Agram, pour 

cause de haute trahison. 

(Novosti, i2-VIII-ié.) 

La préfecture de police de Lioubliana, par un arrêt en 
date du 14-VIII-16, a interdit la mise en circulation des 
cartes à jouer faites par « la première fabrique slovène 
de cartes à jouer » à Lioubliana et portant les noms 
de « Slava », « Primorska » et « Slovanski Tarok ». 

(Tagespost, 18-VIII-16.) 

Le tribunal de première instance de Zagreb a ordonné 

la confiscation des biens de la veuve Yetza Tsvéitch, 

de Semlin. 

(Hrvatska Riétch, 14-VIII-ié.) 

Le tribunal militaire de la VIIl^ division a ordonné la 
confiscation des biens de Yosip Bernik, de Vitch, près 
Lioubliana, et le tribunal départemental ceux de Ivan 
Lobe, pour avoir déserté à l'ennemi. 

(Laïbacher Zeitung, i9-Vin-i6.) 

Le tribunal de première instance de Zagreb a ordonné 
la confiscation des biens de Nikola Babitch, d'Irig, de 
Petar Ninkovitch, de Bejania. 

(DieDrau, 24-VIII-16.) 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation 



— 251 — 

des biens de Dimitriyé Atanaskovitch, pêcheur à 
Seinlin. (Narodne Novine, 24-VIII-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine 
a ordonné la confiscation des biens de Petar Yovanovitch 
et de son fils Petko, de Douganyitza. 

(Hrvatska, 25-VIII-16.) 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation des 
biens de Nikola Stéfanovitch, de Mile Yvantchévitch et 
de Paul Stéitch, de Semlin. 

(Narodne Novine, 28-VIII-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine 
a ordonné la confiscation des biens de Yovan Chorak, 
de Gourditch, de Bogolioub Yélitch, de Lioubouchki, 
de Djordje et Obrad Kovatchévitch, de Kolesko. 

(Saraïevski List, 28-VIII-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine a 
ordonné la confiscation des biens de Ouroche Tetcha- 
novitch, de Bos. Kroupa, de Dimitriyé et de Mitcha 
Kapouran, de Douganjitza. 

(Saraïevski List, 29-VIII-1916.) 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation des 
biens de Laza Militch, de Vitoyévatz, et de Milivoë 
Krstitch, de Platitchévo. 

(Narodne Novine, 30-Vin-i6.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine a 
ordonné la confiscation des biens de Vélimir Voul itch, 
de Priyédore. 

(Saraïevski List, jo-VIILié.) 



- 252 — 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine 
a ordonné la confiscation des biens de Yovan Zèlenika, 
de Priyédore, de Blagoyé Stiyatchitch, de Radinov dol. 

(Saraïevski List, 31-VIII-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine a 

ordonné la confiscation des biens de Rastko Yvanovitch, 

de Bos. Kroupa, et de Marko Routéchitch, de Klobouk- 

Zagradié. 

(Saraïevski List, 1-IX-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine a 
ordonné la confiscation des biens de Djordje Stiyatchitch, 
de Radinov dol et de Blagoyé Chourbat, de Grantcha- 
révo-Gornié. de Yovan Stiyatchitch, de Radinov dol. 

(Saraïevski List, 2-IX-16.) 

Le gouvernement territorial de Bosnie-Herzégovine a 

ordonné la confiscation des biens de Louka Bakotch et 

de Spasoyé Stiyatchitch, de Radinov dol, de Bogdan 

Babitch, de Boja Bendératcha, de Louka Routéchitch, 

tous de Klobouk-Zagradié ; de Yefto Stiyatchitch, de 

Klobouk-Rogui. 

(Saraïevski List, 4 et 5-IX-16.) 

Le tribunal militaire a ordonné la confiscation des 
biens de Anté Ostoïtch, de Seltzi, près de SpUt, de Ivan 
Jilko, de Hvar, de Petar Mézoulitch, de Prémantoura, 
tous des soldats, pour cause de désertion à l'ennemi. 

(Hrvatska, 5-IX-16.) 

Le 2:ouvernement de Bosnie-Herzés^ovine a ordonné 
la confiscation des biens de Vidak Stiyatchitch, de 



— 253 — 

Radinov dol, de Rade Bakotch, de Radinov dol, de 
Radovan Stiyatchitch, de Kobouk Dobridoub, de Atchim 
Miyanovitch, de Grantcharevo-Gornié, de Djoka Kouyat- 
chitch, de Klobouk-Radov dol. de Stévan Stivatchitch, 
de Kloubouk-Dobridoub. 

(Saraïevski List^ 6 et 7-IX-16.) 

Le tribunal militaire a ordonné la confiscation des 
biens de Nikola Dobronitch et de Matiya Renditch, tous 
deux de Soupetar, pour cause de désertion à l'ennemi. 

(Narodni List, 6-IX-16.) 

Le tribunal territorial de Gratz a ordonné la confis- 
cation des biens de Petar Panïan, soldat du dernier ban, 
propriétaire à Sodevzi (Carniole), pour cause de déser- 
tion à l'ennemi. 

(Slovenski Narod, 14-IX-16.) 

Le gouvernement de Bosnie-Herzégovine, a ordonné 

la confiscation des biens de Yovan Ilitch, de Klobouk- 

Zagradié, de Yakcha Benderatcha, de Klobouk, de 

Djordjé et Vasiljé Kouyatchitch, de Klobouk-Zagradié. 

(Saraïevski List, 13 et 14-IX-16.) 

En vertu de la loi du 7 octobre 19 14, ont été confis- 
qués les biens de feu Yovan Chegrt, de Arandjélovo, 
de Yanko et Miloch Chegrt. 

(Saraïevski List, 23 -IX- 16.) 

Le tribunal de Zagreb a décidé la saisie conservatoire de 
tous les biens meubles et immeubles des nommés Kosta et 



— 254 — 

Milan Lioubinkovitch de Petrovtchitch, étant donné que 
les preuves déposées contre eux créent le soupçon fondé 
d'avoir en 19 14, au cours de la guerre et lors de l'irrup- 
tion des troupes serbes en Syrmie, reçu celles-ci solen- 
nellement, de s'être réfugiés, en les accompagnant en 
Serbie, ainsi que d'y avoir reçu des secours en argent, 
certainement pour les services rendus au gouvernement 
serbe. 

(Narodne Novine (officiel de Zagreb), 21-XI-16.) 

Le tribunal de Zagreb a décidé la saisie conservatoire 
de tous les biens meubles et immeubles de Jivan Vouïn 
de Detch et de Nikolas Amidjitch de Achania, vu que 
les preuves déposées contre eux créent le soupçon fondé 
d'avoir en 19 14, au cours de la guerre et lors de l'irrup- 
tion des troupes serbes en Syrmie, reçu celles-ci solen- 
nellement, et d'avoir avec leurs chevaux et leurs voitures 
servi dans les trains de ravitaillement serbes, ensuite, 
d'avoir suivi les troupes en Serbie, en y recevant des 



secours en argent. 



(Narodne Novine, 23-XI-16.) 



Ces deux condamnations touchent les pauvres Serbes 
de Syrmie partis de leurs foyers lors de la retraite des 
armées serbes par peur de la vengeance des Autrichiens. 
En Serbie, sans abri et sans aucune ressource, ils étaient 
obligés de recevoir des minimes secours des fonds que 
les journaux avaient ramassés par une souscription pu- 
blique. 



* 
* * 



— 255 — 

Le tribunal de Zagreb a décidé la saisie conservatoire 
de tous les biens meubles et immeubles de Marko Mou- 
nigagea, fantassin au 79"'^ régiment, né à Dolni Baïatz,. 
vu que les preuves déposées contre lui créent un soup- 
çon fondé de s'être, en 19 14, comme prisonnier de 
guerre aux mains des Serbes, engagé dans la gendarmerie 
serbe et d'en avoir fait le service. 

(Narodne Novine, 23-IX-16.) 

Le tribunal de Zadar (Zara) a décidé la saisie conser- 

■ vatoire des biens du commerçant Petar Pourkout de 

Kambélovatz, pour assurer les dommages-intérêts du 

procès de haute trahison. 

(Hrvatska, 23 -IX- 16.) 

Le tribunal de Trieste a décidé la saisie des biens de 
Miloch Ouroch, en 1896, à Knin, en Dalmatie, et de 
Dragoniire Kral'ievitch de Pantélitch (arrondissement de 
Soupetar) accusés d'avoir, comme soldats du 64^ régiment 
d'infanterie, passé à l'ennemi. 

(Slovenetz, 22-IX-16.) 

D'après les instructions menées par les autorités de 
l'arrondissement de Trebigné et conformément à la loi 
de 1914, le gouvernement de Bosnie-Herzégovine pro- 
nonce les arrêts suivants : les biens de Petar Gobovitch 
d'Arhandjélovo et les biens de Damian Stiyatchitch, de 
Klobouk-Dobri Doub sont confisqués au profit des 
Biens publics de Bosnie-Herzégovine. 

(Saraïevski List (officiel de Saraïevo), 22-IX-ié.) 

Le gouvernement de Saraïevo, en vertu de l'instruc-- 



— 256 — 

tion dirigée par les autorités départementales de Trébi- 
gné, et conformément à la loi du 7 octobre 1914, a pro- 
noncé les sentences suivantes : les biens de Blagoïé 
Chegrt Djourovitch et de Stéva Gradiniatz Perko- 
vitch, tous deux du village d'Arhandjélovo, sont con- 
fisqués au profit des Biens Publics de Bosnie et Herzé- 
govine. 

(Saraïevski List, 26-IX-16.) 

Le tribunal impérial et royal de Zadar (Zara) a or- 
donné la confiscation de tous les biens meubles et im- 
meubles du nommé Obrad Voulinovitch, de Bratich- 
kovatz (commune de Skradine), pour assurer les fi'ais de 
jugement et les dommages-intérêts causés par son 

crime de haute trahison. 

(Obzor, 28-IX-16.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 
raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 
départementales de Trebigné, et en vertu de la loi du 7 
octobre 1914, a prononcé les sentences suivantes : Les 
biens de Okitza Ghegrt Ristitch et de Louka Gobovitch 
Ostojâtch, tous deux du village d'Arhandjélovo; les biens 
de Spassoïé Chegrt Voutchkovitch, de Klobouk-Vout- 
chié et de Trifico Konïatchitch Stévanov, de Klobouk- 
Rakov Dô ; les biens de Nicolas Chegrt Voutchkovitch et 
de son fils majeur Petar, du village Klobouk-Voutchié, 
ainsi que les biens de Tzvetko Madich Stoïanovitch, de 
Joupa, sont déclarés confisqués au profit des Biens pu- 
blics de Bosnie et Herzégovine. 

(Saraïevski List, 27-28-29-IX-16.) 



— 257 — 

Il a été décidé de procéder à la confiscation des biens 

de Ivo Tchipiko, homme de lettres, et administrateur 

départemental des forêts, actuellement retraité, pour 

assurer les dommages causés à l'Etat par son crime de 

haute trahison. 

(Narodni List, 29-IX-16.) 

Ivo Tchipiko est un homme de lettres serbe d'une 
très grande réputation. Originaire de Trogir (Dalmatie), 
après avoir été mis en retraite par les autorités autri- 
chiennes, il est allé s'établir en Serbie en 1912, où il 
est entré au service du Ministère de l'Agriculture. Ses 
romans, ses contes et ses drames, qui se déroulent en 
Dalmatie et dans les îles de l'Adriatique, ont une place 
toute spéciale dans la littérature serbe, par la puissance 
de l'expression et aussi par l'admirable description de 
la beauté du littoral adriatique et de la vie de sa popu- 
lation. Quelques-uns de ses chefs-d'œuvre ont été tra- 
duits en plusieurs langues. 



I 



* 



Le tribunal de Zadar (Zara) a ordonné la confiscation 
des biens de Marco Kalostro Simitch et de Nicolas Pav- 
lovitch Stévanov, tous deux du village de Réjévitch (Bou- 
ches de Cattaro), pour assurer les dommages causés à 
l'Etat par leur crime de haute trahison. 

xMarko et Nikola ont été condamnés à mort. 

(Narodni List, 29-IX-16.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 
raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 



17 



— 258 — 

départementales de Trébigné, et en vertu de la loi du 7 
octobre 19 14, a prononcé les sentences suivantes: Les 
biens de Ilija Mrditch Stoyanov, de Joupa, de Trifko 
Chegrt Tchetkov, du village d'Arhandjélovo sont déclarés 
confisqués au profit des Biens publics de Bosnie et 
Herzégovine. 

(Saraïevski List, 30-IX-16.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 
raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 
départementales de Trébigné, et en vertu de la loi du 
7 octobre 19 14, a prononcé les sentences suivantes: 
les biens de Milovan Mrditch Simov, de Joupa- 
Gnilichté et de Yefta Srédanovitch Radov de Klobouk- 
Voutchia sont déclarés confisqués au profit des Biens 
publics de Bosnie et Herzégovine. 

(Saraïevski List, 2-X-16.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 

raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 

départementales de Trébigné, et en vertu de la loi du 7 

octobre 1914, a prononcé les sentences suivantes: les 

biens de Stoyan Maksimovitch Djourov, de Klobouk-I 

Voutchia, et de Vouk Gradiniatz Savov, d'Arhandjélovo,' 

sont déclarés confisqués au profit des Biens publics de 

Bosnie et Herzégovine. 

(Saraïevski List, 4-X-16.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 
raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 
départementales de Trébigné^ et en vertu de la loi du 7 
octobre 19 14, a prononcé les sentences suivantes : le^ 



— 259 — 

biens de Obren Srédanovitch Radov de Klobouk- 
Voutchia sont déclarés confisqués au profit des Biens 
publics de Bosnie et Herzégovine. 

(Saraïevski List, 4-X-ié.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine à Sa- 
raïevo, en suite des instructions ouvertes par les autorités 
départementales de Trébignè, et en vertu de la loi du 7 
octobre 19 14, a prononcé les sentences suivantes : les 
biens de Stiépan Srédanovitch Todorov, de Joupa- 
Ravni Brieg ; de Blagoïé Srédanovitch Matov, de 
Klobouk-Voutchia ; et de Spassoïé Srédanovitch, de 
Klobouk-Voutchia sont -déclarés confisqués au profit 
des Biens publics de Bosnie et Herzégovine. 

(Saraïevski List, 4-X-16.) 

Le journal officiel du tribunal de Trieste annonce la 
confiscation des biens des soldats du 4^ régiment de 
Bosnie et Herzégovine; du sergent Obren Savitch de 
Yeznik (Herzégovine) ; de Yva Rimatz de Livno (Bos- 
nie); de Atchim Kourtaghitch de Bihovo (Herzégo- 
vine); de Péra Voulitch de Biéla (Herzégovine) et 
de Rista Glichitch de Rassevtchevo (Bosnie). Tous 
ces soldats sont accusés d'avoir déserté et passé à 

l'ennemi. 

(Edinost, 5-X-ié.) 

Le tribunal de Trieste a ordonné la confiscation des 
biens de Marine Barichitch, de Slan ; de Ivan Touchitch, 
de Selatz ; de Douchan Tchoko, de Knine ; de Fragna 
Knéjévitch de Bilian ; de Stiépan Biélovoutchitch de 



— 2é0 — 

Yagnina et de Georges Kaménarovitch de Herzeg Novi. 

Toutes ces personnes sont accusées de s'être enfuies chez 

J 'ennemi. 

(Obzor, 9-X-16.) 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation de 
tous les biens meubles et immeubles de Douchan Plat- 
chitch, de Sourtchine et de Marco Prokoplyévitch, de 
Pétrovtchitch, étant donné que les preuves déposées 
contre eux créent le soupçon fondé de s'être joints au 
cours de la guerre, et lors de l'irruption des troupes 
serbes en Syrmie, à l'armée ennemie; le second s'est 
joint à la division du Danube. En se réfugiant avec 
l'armée ennemie, en Serbie, le premier a reçu des se- 
cours en argent de la rédaction du journal « Balkan » 
pour services rendus, et le dernier a servi dans le 
train de convoi de la division du Danube. 

(Narodne Novine, 12-X-ié, journal officiel de Zagreb 
(Agram). 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation des 
biens, meubles et immeubles de Milan Rouvaratz, de 
Kouvejdine, soldat du 70^ régiment d'infanterie ; de 
Slavko Oblatchitch, de Mokol (Banat) habitant Kar- 
lovtzé (Syrmie), ainsi que de Nicolas Gloumatz Yovit- 
chitch, d'Ogar, étant donné que les preuves déposées 
contre eux créent le soupçon fondé qu'en 19 14, au 
cours de la guerre, après avoir été faits prisonniers de 
guerre par les Serbes, ils se sont engagés dans le 
service de la gendarmerie serbe et qu'ils ont fait ce ser- 
vice. 

(Narodne Novine, 12-13-X-16.) 



— 26l — 

Le tribunal de Zagreb a ordonné la confiscation des 
biens, meubles et immeubles, de Petar Pétrochévitch, 
de Karlovtchitch, étant donné que les preuves déposées 
contre lui créent le soupçon fondé qu'en 19 14, au cours 
de l'irruption des troupes serbes en Syrmie, il s'est 
joint volontairement avec voiture et chevaux aux trou- 
pes serbes, avec lesquelles il a passé ensuite en Serbie 
où il a reçu, pour services rendus, des secours de la ré- 
daction du journal « Balkan )>. 

(Narodne Novine, 14-X-ié.) 

Le tribunal de Zadar a ordonné la confiscation des 
biens de Krsta Vassa Voukovitch, de Tchamidol (Dal- 
matie), pour assurer les dommages causés à. l'Etat par 
l'acte de haute trahison dont il a été accusé, et pour 
lequel il a été condamné à mort. 

(Narodni List, 21-X.) 

Le tribunal de Zadar (Zara) a ordonné la confiscation 
de tous les biens, meubles et immeubles de Bojar Bet- 
chir, de Grblié, pour assurer les dommages causés à 
l'Etat par son crime de haute trahison. Betchir a été 
condamné à 12 ans de travaux forcés. 

(Narodni List, Zadar, 31-X-16.) 

Le tribunal de Saraïevo a, sur la base de la loi du 7 
octobre 19 14, procédé, au profit des biens publics, à la 
confiscation de tous les biens de Mehmed Tchichitch, 
sujet de Bosnie, qui s'est expatrié. 

(Bosnische Post, 2-XL16.) 

• Le tribunal de première instance de Zagreb a ordonné 



— 262 — 

la confiscation des biens de Djoka Béliakovitch, de Ze- 
moun (Semlin), attendu que les preuves déposées contre 
lui créent le soupçon fondé qu'au cours de 19 14, pendant 
l'irruption de l'armée serbe en Syrniie, il a passé à l'ar- 
mée ennemie, et aidé par des soldats serbes, qu'il a pro- 
cédé à la réquisition des chevaux et des voitures pour 
l'armée ennemie. (Narodne Novine, 23-XI-16.) 

Le tribunal de Gradatz a ordonné la confiscation des 
biens de Victor Desinger de Chkrofié Loke, employé 
de banque de Lioubliana (Laibach) pour crime contre 
la force militaire parce qu'il a combattu contre les 
troupes austro-hongroises comme franc-tireur (comi- 
tadji) et qu'il a été tué devant Zemoun (Semlin). 

Le même tribunal a confisqué les biens de Frania 
Goretz de Lioubliana, d'Auguste Yenko de Lioubliana 
(tué comme franc-tireur serbe) et de François Rodecht- 
chek, ancien employé de banque de Lioubliana. 

Le tribunal de Trieste a ordonné la confiscation des 
biens de Eugène Lioubitch de la banque « Union », na- 
tif de Trieste, qui est accusé d'avoir tui à l'ennemi. 

(Obzor, 29-XI-16.) 

Le tribunal provincial de Trieste a ordonné la confis- 
cation des biens deAloïs Peteyani, instituteur, de Tcher- 
vinyani, natif de Goritza et de Matéi Bojitch, agricul- 
teur à Dolnié Trebouché (département de Tolmin) et 
officier au 20™^ bataillons de chasseurs, condamné 
pour avoir déserté. 

(Slovenski Narod, 9-XII-16.) 



263 — 



Annexe IV 



Expulsés. 

Fragno Soupilo, rédacteur en chef du Nouveau Journal 

de Riéka tlDx^agoviiinQ Goustintchitch, ingénieur, ont été 

expulsés pour avoir commis le crime contre la torce 

militaire de l'Etat. 

(NarodneNovine, 20-IX-15.) 

Le D*" Hinko Hinkovitch, avocat et député national, a 
été expulsé conformément au jugement rendu par le 
tribunal militaire d'étapes N° 81, le 12-IX-1915, N° K. 
555^ 24-1915 ; D*^ Frano Pototchniak a été expulsé pour 
le crime contre la force militaire de l'Etat. 

(Narodne Novine, 20-IX-15.) 

Ante Vrcanine, ingénieur, etTitoSmodlaka, ingénieur 
de Split, ont été expulsés parce qu'ils se sont engagés 
comme volontaires dans l'armée serbe. 

(Hrvatska, 22-IX-15.) 

Le D' Yosip Smodlaka a été expulsé pour avoir commis 
le crime contre la puissance militaire de l'Etat. 

(Observatore Triestino.) 

282 fitmilles, avec tous leurs membres, du départe- 
ment de Fotcha, ont été expulsées de Bosnie et d'Herzé- 
govine, et leurs biens ont été confisqués au profit de 



— 264 — 

l'Etat, car elles se sont rendues coupables d'avoir passé 
à l'ennemi. 

(Saraïevski List, 6-8-XI-15.) 

20 familles du département de Fotcha ont perdu l'in- 
digénat pour la Bosnie et l'Herzégovine parce qu'elles 
ont pris les armes contre la puissance défensive de la 
Monarchie, qu'elles étaient en communication avec 
l'ennemi, et qu'elles ont quitté le pays. 

(Saraïevski List, 12-XI-15.) 

Le maire d'Adelsberg(Postoïna),FragnoLavrentchitch, 
industriel et grand propriétaire a été interné à Aussée, 
à cause de ses sentiments serbophiles. 

(Narodne Novine.) 

500 nouveaux prisonniers serbes, parmi lesquels un 
grand nombre de prêtres sont arrivés à Sofia. 

(Narodni Prava, 22 (9) I-16.) 

5 6 familles du département de Fotcha ont été expulsées 
et leurs biens confisqués pour cause de crime contre la 
sécurité de la puissance militaire de l'Etat. 

(Saraïevski List, 17-18-20-XI-15.) 

Par ordre du gouvernement 23 familles de Kotarevo, 
Kladagné, Srébrénitza et Névésigné ont été expulsées et 
leurs biens confisqués, pour avoir commis le crime 
contre la sécurité de la puissance militaire de l'Etat. 

(Saraïevski List, 22-XL) 



- 265 - 

Annexe V 

Exclus de la liste des avocats. 

D' Ante Troumbitch, D' Youliyé Gazzari et D' Ivo 

DégiuUi ont été exclus de la liste des avocats parce qu'ils 

habitent l'étranger. 

(Slovenski Narod, 18-II.) 

Douchan Vassiljévitch, avocat, a été exclu de la liste 

des avocats étant déjà (le 28 août 19 16) privé de son droit 

d'indigénat. 

(Saraïevski List, 4-II.) 



'&' 



Par le jugement du tribunal de Saraïevo du 11 juillet, 
le D' Milan Srchkitch, avocat, a été exclu de la liste des 
avocats pour la Bosnie et l'Herzégovine ; Srchkitch, 
comme officier de réserve, a été fait prisonnier par les 
Russes et il se trouve absolument libre à Pétrograde 
(le ministre serbe Spalaïkovitch est son parent); il 
voyage en Suisse et en Grèce ; par conséquent on le 
considère comme un «grand-traître », ses biens ont été 
confisqués et il a été déchu de l'indigénat bosno-herzé- 
govin. 

(Hrvatski Dnevnik, 12-VII.) 

Le tribunal supérieur de Dalmatie, conformément à 
l'avis du procureur général, a exclu de la liste des avocats, 
en vertu du § 36 d. p. r. le D' Dinko Trinaïstitch. 

(Tagespost, 7-VIIL) 



— 266 — 

Sont privés du droit d'exercer leur profession d'avocat : 
le D' Gazzari, le D' Ivo Bakotltch de Chibénik, leD' Ante 
Troumbitch de Split, le D*" Mitchitch et le D' A. Svi- 
lokos de Doubrovnik. 

(Zeit, 4- VII- 19 16.) 

Annexe VI 

Ouvrages, journaux et brochures saisis. 

Le Ministère du commerce et de l'apriculture a 
nommé les membres de la commission qui est chargée 
de recevoir les ouvrages de la Bibliothèque Nationale 
Serbe, de la Bibliothèque Universitaire et des autres. 
Les ouvrages sont déjà transportés à Sofia. 

(Dnevnik, 11-II-1915.) 

Le journal Goregnet^^ paraissant à Kragne ne pourra 
plus paraître par ordre, de l'autorité. 

(Slovenetz, 23-III-1916.) 

Les autorités scolaires autrichiennes ont interdit la 

lecture du roman de Eugène Koumitschitch : Ourota 

Zrignsko-Frankopanska. (Ces deux comtes croates qui 

avaient conspiré ont été décapités le 31 avril ibyi sur 

l'ordre de la Cour autrichienne pour leurs agissements 

patriotiques.) 

• (Narodni List.) 

Le tribunal départemental de Mostar a confisqué les 
livres suivants : La grande Lyre nationale serbe ; Nos 



— 267 — 

jours, de M. Yélitch ; L'orthodoxie en Bosnie, de P. M. To- 
mitch ; Le souvenir d' Avda.j rédigé par Schiatchki, Balkan- 
Chicago, Osvetnit/^i Posvetnit:(i, et Recueil de Chansons sur 
la Bataille des Balkans, de Viln Zagorkigna. 

(Saraïevski List, 7-IV-1916.) 

Le Ministre du Commerce hongrois a interdit le trans- 
port postal dans les pays de la couronne des livres cy- 
rilliques suivants : La vieille Serbie et les Albanais, de P. O. 
(Belgrade 1904), Sur les ruines de l'Empire Serbe, de 
Nadja Mouredi (Belgrade 1907), Le patriote, de M. Novi 

(Belgrade 1895). 

(Alkotmany, 10-IV-1916.) 

Les autorités allemandes ont saisi Les Croates et les 
Slovènes (léna), par le D"" JeanKrek et A. Miltschinovitch. 

(Slovenetz, 20-IV-1916.) 

Le tribunal d'Agramafait S2i\s'ir L' amour du serbe pour 
sa nation et sa patrie, du D"" Voyislav Banitch, pour cause 
d'excitation contre la Monarchie. 

(Hrvatski Dnevnik, 22-IV-i9ié.) 

Le tribunal de première instance de Novi-Sad a con- 
fisqué les livres serbes suivants : Frouchka Gora, de André 
Knitchanine, La grève des collégiens à Gorgna Tou^Ja. 

(Ujvideki Hirlap, 12-V-1916.) 

Le Ministre du Commerce hongrois a interdit : la 

Nation Tchèque (Paris) ; le Bulletin Yougoslave fParis) ; 

Spomenit^a de Dositeï Obradovitch Çédïùon de la Zadrouga 

littéraire serbe, 191 1.) 

(Obzor, I9-V-I9ié.) 



— 268 — 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine a in- 
terdit, en vertu du § i8 de la loi sur la presse, la dis- 
tribution du journal La Liberté, paraissant à Buenos- 

Ayres. 

(Hrvatski Dnevnik, 23-VI-i9ié.) 

Le gouvernement de Bosnie et d'Herzégovine a in- 
terdit l'entrée de La Suisse, paraissant à Genève, et du 
Obrana, paraissant à New-York. 

(Hrvatska, 16-VI-1916.) 

Le tribunal royal de Mitrovitza a prononcé la main- 
mise sur l'Histoire illustrée de la guerre balkanique (Bel- 
grade, 19 13), pour cause de menace contre l'ordre 

public. 

(Narodna Novine, 9-VL) 

« Comme le tribunal a prononcé la mainmise sur notre 
caution (25,000 couronnes), nous nous voyons obligés 
d'arrêter notre Rietschki Novi List. » 

(Rietschki Novi List, 19-XII-1916.) 

A Pétrigna les autorités ont confisqué : V Album de 

chansons nationales serbes-, pour cause de menace à l'ordre 

public. 

(DieDrau, 11-VIII-1916.) 

Ga:(eta Polska, journal actuel de Varsovie, est interdit 
pour la Bosnie et l'Herzégovine. 

(Hrvatski Dnevnik, i-VIIL) 

Par ordre du gouvernement de Croatie, le journal 



— 269 — 

Hrvatski Pohret cl'Agram ne pourra plus paraître, étant 
« un journal dangereux pour les intérêts de la guerre ». 

(Slovenski Narod, lo-XI.) 

Le tribunal de Mitrovitza a saisi les livres suivants: 
Serbischc Konver salions Grammatih, deVoyislav Pétrovitch; 
les Frères Pribitchévitch, poème de Dragan Anitchitch 
(Belgrade, 1910) ; Le recueil de chansons d'églises pour les 
écoles orthodoxes, de Alexandre Yorgowitch. Le tribunal 
de Biélovar a fait saisir: La gloire de la guerre, par un 
Croate. (Narod ne Novine.) 

Le Ministre du commerce hongrois a interdit la vente 
des ouvrages serbes cyrilliques suivants : Poèmes, de 
Voyislav Ilitch jeune, Poèmes choisis pour la jeunesse scolaire , 
de Lyouba Nenadovitch ; L'état de choses en Croatieet V unité 
nationale serbo-croate, d'un journaliste ; Morceaux choisis 
delà lutte pour la constitution et la lutte nationale en Serhie, 
de St. Protitch ; Triangle illyrien, de Yovan Dragaché- 
vitch ; VInstituteur, organe de l'Association des institu- 
teurs ; Le journal littéraire, rédigé par le D"" Laza 
Tomanovitch (Tzétigné) ; L'Italie contemporaine, de 
A. Mitrovitch. 

Le tribunal de Mitrovitza, le 5 février 1916, a pro- 
noncé l'ordre d'anéantir et d'arrêter la distribution de 
V Histoire de la station serbe, de St. Stanoyévitch (Belgrade, 
19 10), car elle excite les sentiments de mépris et de 
haine contre l'intégrité de la monarchie austro-hon- 
groise, contre sa manière de gouverner et contre son 



gouvernement. 



(Narodne Novine, 4-Vn-i9i6.) 



— 270 — 

Les autorités impériales et royales de Trieste ont 
fermé : 1° la salle de lecture serbe de Trieste ; 2° Tchi- 
talnitza de Goritza na Blantchach ; 3° la salle de lec- 
ture slave de Goritza. (Edinost, 25-VI-1916.) 

Le tribunal de Mitrovitza (Syrmie) a interdit la vente 
de la revue Utchiteil (l'instituteur) pour l'année scolaire 
1908- 1909, imprimée chez Davidovitch, à Belgrade, en 
1909. 

Le gouvernement de Bosnie-Herzégovine a interdit 
l'entrée du journal La Serbie en la Bosnie-Herzégovine. 

(Hrvatska, i9-Vni-i9 1 6.) 

En vertu du paragraphe 26 de la loi sur la presse, 
l'Autriche-Hongrie a défendu l'entrée dans la Monarchie 
des journaux suivants : 

Le Yadran (L'Adriatique), paraissant à Buenos- Ayres ; 

La Yougoslovenska Drjava (L'Etat Yougoslave), pa- 
raissant à Antofagasta, au Chili ; 

La Hrvatska Chtampa (La presse Croate), paraissant 
à Youngstown ; 

Le Napredak (Le Progrès), paraissant à Chicago; 

La Srpska Sloga (La Concorde Serbe), paraissant à 
Pittsburg ; 

La Srpski Radnik (L'ouvrier serbe), paraissant à Cleve- 
land ; 

Le Srpsko Yedinstvo (L'\] mon serbe), paraissant à San 
Francisco. 

(Slovenetz, 25-IX-1916.) 



— 271 — 

Les confiscations musicales. 

Parmi les livres qui sont confisqués dans la librairie 
Raykovitch et Tchoukovitch à Belgrade, se trouvent les 
pages musicales suivantes : La marche du roi Pierre ; C'est 
avec plaisir que le Serbe devient soldat (composition croate) ; 
V hymne du Vidovdan (anniversaire de la bataille de Kos- 
sovo) ; Onamo, onamo (Paroles du roi Nicolas de Mon- 
ténégro, composition qui sert de chant national serbe) ; 
Dieu protège le t^ar (hymne russe.) 

(Beogradske Novine, 26-IX-1916.) 



Confiscation des livres religieux 

Le tribunal de Zagreb (Agram) a confisqué la dixième 
livraison de la « Collection Chrétienne » parue en 1904, 
à l'imprimerie Mile Maravitch à Agram, qui porte le 
titre: a la fête patronale», étant donné que cet opus- 
cule, par la matière qu'il traite, constitue le crime d'at- 
teinte à l'ordre public. 

En vertu de ses attributions exceptionnelles pendant 
la guerre, le ban a confisqué les livraisons suivantes de 
la « Collection chrétienne » et les a éliminées de la liste 
des ouvrages admis dans les bibliothèques scolaires, à 
savoir : liv. 3 : « Enfants, la malédiction paternelle est 
terrible ». Zagreb, 1900. Imprimerie serbe ; liv. 5. « En 
quoi consiste le meilleur héritage pour les enfants ». 
Zagreb, 1900. Imprimerie serbe, liv. 7. « Tu ne dé- 
roberaspoint ! » Zagreb, 1901. Imprimerie serbe ; liv. 8. 



— 272 — 

« Tu ne feras pas de faux témoignage ! » Zagreb, 1901. 
Imprimerie serbe. La confiscation de ces livres est mo- 
tivée par l'incitation à la propagande de tendances pan- 
serbes, qu'ils contiennent. 

(En Autriche, on voit la propagande panserbe même dans 
les livres de religion qui enseignent les commandements de 
Dieu!) 

(Die Drau [Ossiék, Slavonie], 12-X-1916.) 



Confiscation des ouvrages d'un poète serbe. 

« On mande de Novi Sad que le tribunal de cette 
ville, présidé par le D*" Fischer, a ordonné la confisca- 
tion des œuvres de Zmaï Yovan Yovanovitch, le plus 
grand poète serbe en Autriche-Hongrie. Il a été corres- 
pondant d'une société littéraire hongroise : «Kisfaludy». 
C'est Zmaï qui avait traduit les classiques magyars en 
serbe et avait été élu pour cela correspondant de ladite 
société. La ville de Novi Sad a donné le nom du poète 
à l'une de ses rues. On lui a érigé un monument à 
Kaménitza, en face de Novi Sad. 

Les œuvres de Zmaï Yovanovitch sont incriminées 
d'avoir été écrites aux fins de propagande en faveur de 
l'annexion au royaume de Serbie des territoires hongrois 
habités par les Serbes. Le tribunal a ordonné la confis- 
cation de ses œuvres en donnant comme motif qu'elles 
sont imprégnées de l'esprit de révolte contre l'intégrité 
du territoire hongrois et qu'elles constituent le crime 



— 273 — 

de haute trahison et d'atteinte à l'ordre public. Yova- 
novitch recevait 4000 francs du gouvernement de 
Serbie. » 

La confiscation de l'œuvre de Yovan Yovanovitch Zmaï 
est tout ce qu'il v a de plus absurde. L'œuvre poétique 
de Yovanovitch n'a rien à faire avec la politique. Tous ses 
livres ont vu le jour en Autriche-Hongrie, à Zagreb ou à 
Novi Sad. Si l'on incrimine maintenant ses ouvrages pour 
incitation à la révolte, et si l'on trouve qu'ils constituent 
actuellement le crime de haute trahison, c'est que les auto- 
rités austro-hongroises tiennent à détruire tous les vestiges 
d'une activité intellectuelle quelconque des Serbes en Au- 
triche-Hongrie, comme ils se débarrassent sommairement 
des Serbes eux-mêmes. 

On ne sait comment qualifier ces procédés des Austro- 
Hongrois de confisquer les livres qui ont été écrits depuis 
«i85o, et dont l'auteur est mort il y a douze ans. 

Ce poète, un des plus grands poètes serbes en général, 
est un Serbe originaire des pays austro-hongrois. Né en 
i832, à Novi Sad (Batchka), il a fait ses études à l'université 
de Budapest. Très jeune, il a commencé à écrire des vers 
qui ont immédiatement révélé en lui un grand poète. C'est 
par ses productions Ivriques, originales et traduites, qu'il a 
acquis sa réputation indiscutable dans le monde littéraire 
parmi les Slaves du Sud. Les poètes français qu'il a tra- 
duits avec un grand art sont surtout : Lamartine, V. Hugo 
et Béranger. Lermontow et Pouchkine ont été ses auteurs- 
préférés dans la littérature russe. Tous les grands poètes 
hongrois ont été traduits en serbe par lui. Il est aussi très 
connu par ses poésies satiriques et surtout par son journal 
humoristique, le « Starmali ». Membre de l'Académie Royale 
de Belgrade et de l'Académie Yougoslave de Zagreb, Yova- 
novitch a passé la plus grande partie de sa vie dans les pays 
austro-hongrois. En Serbie, il n'a vécu que peu de temps 
en qualité de médecin. La Chambre des Députés (Narodna 
Skoupchtina) de Belgrade lui avait voté un crédit de 4000 

18 



— 274 — 

dinars par an, en signe de reconnaissance du peuple serbe 
envers Son poète le plus populaire. Yovanovitch est mort 
en 1904. 



ANNhXE Vil 

Règlements, Décisions, Ordres, par lesquels on attente aux 
droits et à la fortune des Yougoslaves, 

Tous les écriteaux sur les édifices publics, sur les 
trams et ceux indiquant les noms des rues qui sont 
écrits en caractères cyrilliques doivent être remplacés, 
dans un bref délai, par l'alphabet latin. 

(Beogradske Novine, n° 32.) 

L'alphabet cyrillique est interdit en Styrie. 

(Slovenski Narod, 7-I-1915.) 

Le gouverneur général de Serbie, comte Salis-Seewis, 
a donné l'ordre de ne se servir que du calendrier gré- 
gorien dans tous les territoires occupés, sous peine 

d'amende. 

(Beogradske Novine, 17-11-1916.) 

L'usage du calendrier orthodoxe est interdit pour 
toute la Hongrie, le 24 juillet 1916. 

(Hrvatska, 2 5 -VII- 19 16.) 

Une ordonnance du tribunal militaire du Tyrol 
interdit l'envoi de l'argent aux déserteurs austro-hon- 
grois qui se trouvent en Suisse. Celui qui envoie de 



- 275 — 

Targent commet un crime de haute trahison et doit être 
considéré comme complice de ceux-ci. 

(RisvegUo Tridentino.) 

Il est porté à la connaissance de la population que les 
dénonciations et les fimsses nouvelles seront punies très 
sévèrement par l'emprisonnement et l'internement. 

(Beogradske Novine, i8-VI-ié.) 

Par ordre du gouvernement général militaire de Bel- 
grade du 24 juillet 19 16) l'alphabet cyrillique a été 
aboli dans toutes les écoles nationales. 

(Reichspost, 9-VIII-1916.) 

L'alphabet cyrillique est aboli et interdit dans l'admi- 
nistration et dans les écoles. 

(Saraïevski List, ii-XL) 

Le préfet de Nich a envoyé au maire de Sofia 8000 
levs pour acheter et distribuer de la nourriture à la 
population pauvre de Sofia. 

(Dnevnik, i8-VII-ié.) 

Le 18 août, le capitaine Gvido Gyergoupal a fait 
sauter le couvent serbe de « Kossiévo », près de Trébigné, 
qui servit de « position stratégique » aux Monténégrins 
pendant les opérations et, en temps de paix, de « gîte 
de la grande propagande serbe ». 

(Hrvatska, 27-XI-r6.) 

Les envois postaux et les lettres de Serbie ne sont 
plus acceptés pour l'étranger (y compris la Bulgarie). 
Les adresses en caractères cyrilliques sont refusées. 

(Beogradske Novine, 10-VL16.) 



— 276 — 

En Syrmie, les autorités ont interdit aux Serbes 
orthodoxes d'orner leurs maisons de fleurs le jour de' 
St-Ivan. 

(Hrvatska, 20-VII-16.) 

L'autonomie de l'église serbe en Bosnie et Herzégo- 
vine a été abolie par l'ordre du gouvernement de 
Bosnie-Herzégovine n^ 6743 en date du 3 juillet 19 16. 

Le « Narodni List » de Zadar du 27 mai se plaint que 
le pain et le sucre ne seront distribués que sur la pré- 
sentation des billets écrits exclusivement en italien. 

(Edinost, 2-VI-16.) 

Au début de la guerre la société scientifique Malit^a 
Slovenska de Ljoubljana a été dissoute ; tous ses biens, 
d'une valeur de 2 à 300,000 couronnes, ont été confisqués 
et son président, l'écrivain slovène M. Frane Yléchitch, a- 
été mis en prison. Cette société édite chaque année des 
ouvrages scientifiques et littéraires et des livres pour les 
gymnases et la future université que les Slovènes 
réclament depuis de nombreuses années. Elle avait 
élaboré une carte des pays Slovènes, carte qui a coûté 
plus de 25,000 couronnes ec plus de dix années de tra- 
vail. L'administrateur nommé par l'autorité autri- 
chienne, un chauvin avocat allemand, a immédiatement 
ordonné la destruction du cliché de cette carte. 

Ces représailles ont été ordonnées sur la base de la 
confiscation du roman d'un oflScier autrichien, roman 
intitulé « Gospodine Fragno », édité par la société. 
L'auteur y stigmatisait de façon romanesque les condi- 
tions politiques et économiques de la Bosnie-Herzégovine 



— 277 — 

sous le régime austro- hongrois. Cet ouvrage a paru 
plusieurs années avant la guerre, il avait été accepté par 
la censure et circulait librement en Autriche. Evidem- 
ment cela n'était qu'un prétexte, il fallait frapper au 
cœur cet instrument de la culture slovène qu'est la 
Ma t it:(a Slovenska , 



* 
* * 



Avec la collaboration des autorités militaires, la com- 
mission chargée de foire payer les dettes en Serbie, au 
Monténégro et en Albanie, pour le compte des capita- 
listes germano-austro-magyars, déploie son activité avec 
succès. Le montant de ces dettes est de 100-120 millions 

(45 millions sont annoncés.) 

(Zeit, 1-VII-16.) 

Conformément à la résolution du gouvernement 

croate d'Agram, « L'alliance des sociétés agricoles serbes » 

a été dissoute. 

(Hrvatska, 2 6 -XI- 15.) 

Par le décret royal du 4 juillet, la Diète croate a été 
prorogée. 

(Obzor, 5-VII-16.) 

Sur la demande du gouvernement allemand, l'art. 19 
de la Constitution, garantissant l'égalité des nations en 
Hongrie a été abrogé. 

(Slovenetz, 6-VII-16.) 

Il est interdit à la population de pêcher dans le Da- 
nube et dans la Save, sous peine d'emprisonnement. 

(Bosnische Post, 10-XII-15.) 



- 278 - 

La Macédoniens appartenant à l'armée serbe sont 
incorporés dans l'armée bulgare. 

(Pester Lloyd, 1-I-16.) 

Ludwig Ganghofer, romancier bavarois, écrit de Novi 

Pazar à son journal : « Les Albanais armés furent chargés 

du maintien de l'ordre dans la ville. Sitôt qu'ils eurent 

reçu les fusils et les cartouches, la chasse « au çibier 

serbe » a commencé. 

(Neue Freie Presse, 5-I-16.) 

Les corporations suivantes de Dalmatie ont été dis- 
soutes : Soko croate de Split, Omich et Kastel-Novi ; la 
Caisse d'épargne populaire de Vélika Varoch (Split) ; la 
Caisse d' épargne populaire de Split ; la Caisse d'épargne po- 
pulaire de Loutchatz (Split) ; L'aurore populaire de Split ; 
La société politique et démocratique croate de Split ; No-i 
Kolo du progrès de Makarska. La concorde serbe à Split; 

le club académique croate de Split. 

(Slovenetz, 5-I-16.) 

La société de gymnastique Sokol, de Star Grad, a été 
dissoute (la cause n'est pas indiquée). 

(Obzor, 16-III-16.) 

Les conseils municipaux de Boudva, Grblyé, et Pach- 

trovitch (Dalmatie) ont été dissous et remplacés par 

des commissariats. 

(Hrvatska, 20-III-16.) 

Le haut commandement autrichien de Tzétigné a 
donné l'ordre qu'on fasse timbrer les papiers-monnaie 
mojiténégrins. Le délai échu, les papiers-monnaie ne 



— 279 — 

seront plus acceptés nulle part, ni aux caisses militaires, 
ni pour l'achat de produits alimentaires. 

(Neue Freie Presse, 27-VI-ié.) 

Ce sera la troisième année qu'il nous est défendu de 
célébrer notre fête nationale de S' Cyrille et Méthode. 

(Edinost, 28-VI-ié.) 

De nouveaux timbres-taxes sur lesquels manquent 
les caractères cyrilliques habituels ont été mis en circu- 
lation en Bosnie-Herzégovine depuis le i*^*" août. Les an- 
ciennes lettres de change ne seront valables que jusqu'à 

la fin de l'année courante. 

(Hrvatska, 13.VIII-16.) 

Aujourd'hui, nous pouvons dire franchement que la 

cause de cette guerre n'était pas la tragédie de Saraïevo... 

mais nous nous sommes vus obligés de finir une fois 

pour toutes avec l'agitation serbe, laquelle, après les 

guerres balkaniques, est devenue insupportable et c'est 

.pour cela que nous avons dû adresser au gouvernement 

serbe un ultimatum si sévère... Si la guerre avait pu être 

évitée et si l'ultimatum adressé à la Serbie avait été 

adouci, notre conflit avec la Serbie n'aurait pu quand 

même être réglé par voie de transaction... Si ce n'avait 

pas été le 28 juin 19 14 (jour de l'attentat), cela aurait 

été une autre date... 

(Pesti Hirlap, 28-VI-1916.) 

Vers la fin de juillet 19 15 tous les objets précieux que 
possédait le monastère serbe de Vissoki Detchani, de 
grande et de petite valeur, avaient été transportés en 



— 28o — 

Bulgarie. C'est le ministère bulgare de l'Instruction pu- 
blique qui seul est en mesure de fournir des renseigne- 
ments à ce sujet. 

(Onsaitquecelieu saint, — qui pour le peuple serbe est 
ce qu'est Czenstohowa pour les Polonais, — contenait un 
trésor d'une valeur de plusieurs millions. Le Novosti, 
du 6 août, écrit de Zagreb qu'aune âpre discussion 
scientifique se produira encore dans cet antique monas- 
tère serbe » relativement à l'attribution de ces trésors 
que les Hongrois et les Allemands revendiquent aussi 

bien que les Bulgares.) 

(Narodni Prava, 31-VII-16.) 

Il est défendu à la population de Belgrade de sortir 
dans les rues après huit heures du soir et de fermer à 
clef les maisons pendant la nuit. 

(Outro, 13-IX-ié.) 

Le Ministère des Finances a donné l'ordre aux percep- 
teurs d'impôts dans la Morava et la Macédoine, de pro- 
céder à la perception des contributions directes pour 
l'année 19 16. Tous ceux qui sont astreints au payement 
des contributions en Macédoine et dans la Morava sont 
obligés de faire, dans le délai d'un mois, la déclaration 
des sommes qu'ils ont payées comme impôts sous le ré- 
gime précédent. 

(Outro, 30-IX-ié.) 

Le Conseil des Ministres a décidé de céder toutes les 
machines agricoles « sans propriétaire » à la Banque 
Agricole bulgare qui les réparera et les vendra à la po- 
pulation agricole. 



— 28l — 

(Ces machines sont le produit du pillage de la Serbie par 
les autorités civiles et militaires bulgares. C'est ce que les 
Bulgares appellent des objets «sans propriétaire»!. 

(Preporetz, 6-X-ié.) 

Une commission militaire a commencé son travail le 
16-IX-1916 dans la ville de Ressan (Resna). 

Dans toutes les parties des pays bulgares libérés se 
pressent aujourd'hui, devant les commissions de recru- 
tement, les jeunes gens aptes au service militaire... Par 
leur entrée dans les casernes, les forces de la Bulgarie 
croissent et, avec cela, croissent aussi les gages pour son 
avenir brillant. 

(Ainsi les autorités bulgares, de l'aveu même des journaux 
bulgares, commettent systématiquement, dans la partie de la 
Serbie qu'elles occupent provisoirement, cette inouïe vio- 
lation du droit des gens qui consiste à enrôler dans les 
armées bulgares les ressortissants des territoires occupés.^ 

(Preporetz, 26-IX-ié.) 

Les sociétés de la Croix-Rouge bulgare et austro- 
hongroise, en vertu des stipulations de la convention de 
Genève, ont informé le Bureau international de la Croix- 
Rouge de Genève, qu'il ne peut exister qu'une seule 
société de la Croix-Rouge dans un Etat, et que l'ancien 
territoire serbe est partagé entre les compétences des 
Sociétés de la Croix-Rouge bulgare et austro-hongroise. 

On sait que la Croix Rouge de Genève, sur une re- 
quête de la société de la Croix-Rouge serbe, s'est adres- 
sée, il y a quelque temps, à la Croix-Rouge bulgare 



— 282 — 

pour un nombre de questions concernant les prisonniers 

serbes et la population de la Serbie. Il lui a été répondu 

officiellement que la Bulgarie ne peut plus reconnaître 

la société de la Croix-Rouge serbe, étant donné que 

l'Etat serbe n'existe plus et que les Serbes sont doréna 

vaut nos sujets dont nous avons à prendre soin nous- 

m.êmes. 

(Balkanska Pochta, 20-IX-16.) 

l.es raisonnements pareils des Bulgares et des Austro- 
Hongrois ne reposent ni sur les principes, ni sur les stipu- 
lations écrites de la convention de Genève. La vérité est 
que l'existence de la Société de la Croix-Rouge serbe est 
liée à l'existence même de l'Etat Serbe. Voilà pourquoi on 
ne peut contester que par une violation flagrante des prin- 
cipes internationaux les droits à l'existence de la Société 
de la Croix-Rouge serbe (qui n'a d'ailleurs jamais cessé 
d'exercer ses devoirs humanitaires auprès de l'armée serbe) 
avant qu'on ait contesté le droit à l'existence de l'Etat Serbe 
lui-même. L'Etat Serbe a gardé toutes ses attributions ; ,à 
supposer môme que son territoire ait été, au cours des opé- 
rations militaires, occupé par des forces ennemies, cet' état 
de choses momentané est loin d'avoir une sanction inter- 
nationale. Voici du reste quelques observations qui mon- 
trent clairement que la Croix-Rouge bulgare s'est mise, au 
mépris de ses fonctions purement humanitaires, au service 
des conceptions politiques du gouvernement de Sofia. 

I. Le Bureau de renseignements pour les prisonniers 
de guerre a été institué en Serbie en vertu du § 14 de 
la Convention de la Haye, comme en France il est sous 
la direction du ministère de la Guerre. En cette qualité, 
il a été en rapports avec les bureaux de renseignements 
des pays ennemis jusqu'à la. retraite serbe. 



— 283 

2. En vertu du § 14 de la Convention de la Haye, 
d'après lequel le Bureau de renseignements doit être 
institué dans le pays, ou, au besoin, dans un pays neutre 
qui a sur son territoire des belligérants, le bureau serbe, 
après la retraite, s'est installé à Genève, avec cette seule 
ditîerence que le gouvernement serbe a transféré ses 
fonctions sur la Société de la Croix-Rouge Serbe. Le 
chef de ce bureau est d'ailleurs resté le même qu'<à 
Niche. 

3. En vertu du même paragraphe de la Convention 
de la Haye, le Bureau de renseignements n'est pas 
chargé seulement de donner des renseignements aux 
familles des prisonniers, mais il a une fonction plus 
large, comme par exemple celle de tenir en évidence, 
pour chaque prisonnier à part, une fiche individuelle 
qui, après la conclusion de la paix, doit être remise à 
l'Etat ennemi. 

4. Le Bureau d'informations serbe de Genève, fidèle 
aux fonctions que lui prescrit la Convention de la Haye, 
recueille toujours des renseignements sur les prisonniers 
de guerre austro-hongrois, allemands et bulgares, et 
continuera à le faire dans le cas où de nouveaux prison- 
niers viendraient à s'ajouter aux anciens. 

5. Les fonctions de la Croix-Rouge ne sont pas an- 
nulées par la perte du territoire, puisque la Craix-Rouge» 
tant en vertu de ses statuts qu'en vertu de la loi qui 
l'institue, doit coopérer, en temps de guerre, avec le 
Ministère de la Guerre, en remplissant sa mission hu- 
manitaire. 



— 284 — 

6. Le Bureau central de la Croix-Rouge se trouve 
donc là où se trouve l'armée serbe et où est le gouver- 
nement; il est libre de fonder des sections partout où il 
il croit que ces sections pourront le mieux remplir leur 
mission noble et humanitaire. 



Selon une décision du ministre de l'Agriculture, 
tous les objets « sans propriétaire », comme habits, chaus- 
sures, etc., provenant des nouveaux territoires seront 
distribués, par le canal du Ministère de la Guerre, aux 

familles des soldats et aux pauvres. 

(Mir, 10-X-16.) 

Le Ministère de l'Agriculture par une circulaire a re- 
commandé aux fonctionnaires des finances dans les nou- 
veaux territoires de procéder à la vente des objets 
«sans propriétaire», selon les prescriptions de la loi. 
Les objets qui peuvent se détériorer doivent être vendus 
d'urgence. Les objets vendus ne pourront être remis à 
l'acquéreur que lorsque la vente en aura été autorisée. 

(Ces objets « sans propriétaire » sont le résultat des pil- 
lages accomplis systématiquement par les Bulgares dans 
tous les territoires occupés par eux.) 

(Balkanska Pochta, 11-X-16.) 

Le Ministère de l'Agriculture a décidé de donner à 
bail tous les biens «sans propriétaire» ainsi que ceux 
de l'Etat dans les nouveaux territoires. La commission 
fixera le délai du bail. Tous les agriculteurs qui vou- 



- 285 - 

(iraient louer des terres de cette catégorie doivent 
s'adresser à la Direction des Finances. 

(Narodni Prava, 1-X-16.) 

Dans le musée ethnographique de Sofia, on arrange 
les vitrines des costumes nationaux et des autres objets 
qui ont une valeur ethnographique et historique, et qui 
ont été recueillis en Macédoine. Le Musée s'est enrichi 
considérablement sijrtout, en costumes nationaux. 

(Balkanska Pochta, 11-X-16.) 

Le ministère des Finances étudie la question de l'in- 
troduction dans les provinces macédoniennes de toutes 
les contributions directes perçues dans le royaume. 

(L'Echo de Bulgarie, 14-X-16.) 

L'évacuation de la population mâle. 

I.es mesures militaires bulgares prises dans la Macédoine 
serbe témoignent l'intention d'évacuer toute la population 
mâle devant l'éventualité de la perte de ces territoires. 

Tous les hommes de Tétovo âgés de 15 à 50 ans, qui 
ne sont pas établis en permanence dans cette ville et qui 
ne sont inscrits nulle part dans les registres militaires, 
sont invités à se présenter jusqu'au 10 ce mois, au plus 
tard, devant la commission de recrutement qui fonc- 
tionnera cà Tétovo. 

(Dnevnik, de Sofia, 6-X-1916.) 

* 
* * 

La saison de travail arrivant, le Ministre de l'Agri- 



- 286 — 

culture a ordonné de vendre aux enchères dans le plus 

bref délai, à la population qui en a besoin, tous les biens 

¥■ sans propriétaires ». 

(Outro, I4-X-I9ié.) 

Les autorités militaires ont interdit aux voyageurs 
de transporter des lettres quelles qu'elles soient : celui 
qui serait trouvé porteur de lettres sera arrêté dans son 
voyage^ les lettres lui seront confisquées, le voyage lui 
sera interdit pour toujours et il sera condamné. 

(Beogradske Novine, 22-X-1916.) 

Dans le but d'assurer l'alimentation de la population 
jusqu'à la récolte prochaine, la municipalité de Belgrade 
a fixé les nouvelles rations de farine qui seront mises en 
vigueur depuis le i" novembre. Les rations comprennent 
200 grammes de farine de maïs et 300 grammes de pain 
de maïs par jour pour chaque adulte, et 120 grammes 
de farine de maïs ou 180 gra'mmes de pain de maïs pour 
chaque enfant. Le prix sera fixé plus tard. 

(Beogradske Novine, 28-X.) 



L' eni^olement bulgare des sujets serbes. 

« La commission départementale des recrues à Kava- 
dar Informe que .la visite des recrues et la vérification 
des personnes de 18 à 19 ans et de 37 cà 50 ans sont 
prolongées jusqu'au 25 du mois courant. La com- 
mission travaillera dans le chef-lieu du département les 



— 287 — 

i8 et 19 pour rarrondissement de Guevgueli, les 20 et 
21 pour l'arrondissement de Doïran et les 21 et 25 
pour l'arrondissement de Négotine. » 

(Narodni Prava, lé-X-ié.) 

« Dans le camp de concentration de Branau il y a plus 
de 200 enfants serbes pour lesquels on vient d'ouvrir 
une école. » (Beogradske Novine, 24-X-16.) 

« D'ordre du Ministre des Fmances, la Banque Natio- 
.nale a ordonné à ses succursales et ci ses agences de 
changer les dinars (francs serbes) contre de la monnaie 
bulgare en comptant le dinar à 50 centimes. Les billets 
de banque serbes n'ont aucune valeur et peuvent être 
exportés. On a ordonné aux autorités administratives 
et autres de ne pas permettre l'exportation des pièces 
serbes en argent. Les contrebandiers d'argent serbe 
seront déférés aux tribunaux militaires. Après le 3 i dé- 
cembre de l'année courante, toute personne qu'on 
trouverait porteur de monnaie serbe en argent sera 
traduite devant les tribunaux comme contrebandier et 
receleur. » (Mir, 27-X-16.) 

Par cette mesure illégale et cynique le gouvernement 
bulgare obtient : 

1. la disparition de la circulation du billet serbe; 

2. l'appauvrissement de la population serbe qui ne pos- 
sède que de la monnaie serbe ; 

3. la dépréciation du dinar (franc) serbe en argent au 
préjudice de la population serbe et au profit de l'Etat qui 
obtient ainsi une grande quantité d'argent à bon marché; 

4. Le découragement de la population serbe. 

En outre cette mesure permet aux Bulgares de commettre 
une masse d'actions illicites pour s'enrichir. 



- 288 — 

Après le pillage de tous les biens publics et des valeurs 
de toutes sortes qui ont pris le chemin de Sofia, vient 
maintenant cette dernière mesure de spoliation officielle. 

Les « Tzetignskc Noviné » (2 XI) publient un article qui 
fait savoir au habitants de ce malheureux pays qu'il ne leur 
sera plus possible d'acheter quoi que ce soit moyennant 
argent et à n'importe quel prix. Il s'agit d'une nouvelle or- 
donnance du gouvernement militaire que voici : 

« Les grands sacrifices imposés par la longue durée 
de la guerre ont forcé le gouvernement militaire d'or- 
donner dans les pays ennemis occupés au moins les 
mêmes mesures pour l'alimentation que la Monarchie 
même, par suite du grand nombre de ses ennemis, a 
demandé à ses propres citoyens depuis le commence- 
ment de la guerre. 

Sans recourir aux moyens extrêmes et sans user des 
droits qu'on a dans un pays ennemi, et qui sont permis 
même par le droit des gens, le gouvernement militaire 
du Monténégro a pris la résolution de défendre désor- 
mais la vente, argent comptant, dans ses magasins, des 
vivres qui manquent — et on ne saurait trop le répéter 
— dans la Monarchie même. On pourrait avoir des 
vivres qu'en échange d'objets désignés. A partir du 10 
novembre, personne ne pourra obtenir dans les maga- 
sins officiels des articles qu'en échange de métaux, de 
laine, de peaux, de cire, d'armes, etc. 

Cette ordonnance s'applique aux simples habitants de 
même qu'aux commerçants. 

Les armes trouvées seront échangées aussi contre des 
vivres. » 



— 289 — 

Le gouverneur niilitaire du Monténégro a fait publier 
l'ordre suivant qui se passe de tout commentaire : 

« Dans le pays croisent constamment des bandes qui 
menacent la sécurité des habitants et celle des troupes. 
L'existence de ces bandes est rendue possible par les 
services que leur rendent les habitants en leur donnant 
ibri et en les nourrissant. Toute personne qui se rallie 
1 ces bandes commet le crime contre la force armée de 
,'Etat et sera, par conséquent condamnée à mort par le 
:ribunal militaire. 

En même temps tous ceux qui rendent des services, 
îoit aux bandes entières, soit aux brigands séparément 
ïn leur donnant abri, nourriture, armes et munitions, 
seront aussi jugés par le tribunal militaire pour le 
même crime et condamnés à mort. 

Au surplus je me réserve de punir tous les cantons 
[^capetania) dans lesquels séjournent des bandes sembla- 
bles, soutenues par la population. 

Je fais savoir à tous de bien se garder de commettre 
[es dits crimes, car les coupables seront jugés avec une 
extrême sévérité. » 

(Tzetignské Noviné, 2XI-16.) 

Contribution illégale. 

« Le comité a iimposé aux habitants plus ou moins 
lises de Nich un somme de 10.000 levs (francs) qui doit 
être versée chaque mois comme souscription volontaire 
£t qui sera employée pour les besoins de la population 
indigente. )) 

(Dnevnick, 17-X-16.) 



1» 



— 290 — 

L'exploitation de la Serbie occupée. 

« Le département de Pojarévatz est un des plus riches 
centres de la production agricole. Le gouvernement a 
décidé d'exporter de ce département cà peu près 50 mil- 
lions de kilogrammes de maïs pour l'ancienne Bul- 
garie. » (Outro, 19-X-16.) 

Les impôts bulgares en Serbie. 

« Le Ministre des Finances a informé hier télégra- 
phiquement ses subalternes en Macédoine que le systè- 
me d'imposition en Bulgarie sera appliqué à la Macé- 
doine. » (Mir 28-X-ié.) 

Comment les Bulgares assistent les pauvres en Serbie. 

« Le comité pour l'assistance des familles pauvres à 
Nich a acheté à Pojarévatz, 60.000 sacs de farine qui sont 
vendus 45 levs. Cette farine a été achetée avec l'argent 
pris aux citoyens riches de la ville de Nich. » 

(Balkanska Pochta, 15 -XI- 16.) 

« Dans le camps de concentration de Braunau en 
Bohême une école de 5 classes a été ouverte pour plus 
de 800 enfants serbes de 9 à 19 ans. Les professeurs 
sont des instituteurs serbes fait prisonniers ou des insti- 
tuteurs austro-hongrois. On projette d'ajouter à cette 
école une classe où l'on enseignera à ces enfants l'agri- 
culture. » (Reichspost, é-XII-i6.) 



— 291 — 

C'est là une preuve de plus de ces déportations en 
masse d'enfants, lesquelles sont absolument injustifiées et 
inexcusables. 

En somme, on le voit, la déportation, le travail forcé 
imposés à la population belges, mesures qui pourtant 
soulèvent des protestations véhémentes des états neu- 
tres, sont encore très humaines si on les compare à 
cette croisade d'anéantissement sous toutes ses formes 
dirigée contre une race entière, dont la cinquième par- 
tie est déjà tombée victime des Austro-germano-bulgares. 
Pourtant personne chez les neutres n'a l'idée de protes- 
ter ! Les Yougoslaves ont-ils démérités pour n'avoir 
pas droits à notre intérêt ? Non, c'est dans notre ignoran- 
ce des ces questions que réside la véritable raison d'une 
attitude qui contraste singulièrement avec nos traditions 
historiques. 



Le Martyre continue. 



Au moment où nous terminons cet ouvrage, de nou- 
veaux détails nous parviennent sur le procès actuelle- 
ment en cours à Saraïevo (procès dont nous avons parlé 
page 207 et 235-238). L'accusé Milan Hadji Voukovitch 
commerçant serbe âgé de 44 ans, un des propagateurs 
fervents des Pobratimstvos et président de la Communauté 
orthodoxe serbe à Fôtcha (Herzégovine) est particulière- 
ment caractéristique. 

Au début de la guerre il fut pris comme otage avec 
d'autres serbes de Fochta. On le conduisit avec quatre 
de ses compagnons (deux commerçants et deux prêtres) 
sur un des ponts de la Drina. Ordre avait été donné de 
fusiller ces otages si quelque accident se produisait sur 
ce pont. Rien n'arriva, mais contrairement à l'ordre 
donné à l'officier, un soldat avait reçu mission de passer 
sans retard ces otages par les armes. L'officier fut seule- 
ment informé de ne pas empêcher son subordonné 
d'accomplir la mission reçue, mission dont il ignorait 
la nature. Les cinq Serbes furent passés à la baïon- 
nette. Trois tombèrent raide-morts; deux survécurent, 
c'étaient Milan Hadji Voukovitch et le prête Vassiliyé 
Kanditch. 



- 293 — 

Comme l'alarme avait été donnée et que le soldat 
n'avait pas eu le temps de cacher ses victimes, on dut 
transporter les deux survivants à l'hôpital de Gorajda. 
A peine rétabli Vonkovitch fut interné à Arad, d'où 
on l'envoie maintenant a Saraïevo sous l'inculpation de 
haute trahison. 

Ces informations ont été corroborées par un officier 
slave qui commandait le détachement chargé de sur- 
veiller le pont et qui fut plus tard fait prisonnier par les 
Monténéo^rins. 

Impitoyablement le martyre continue. 

De tels procédés renversent toutes nos conceptions de 
droit et de la plus élémentaire morale. Ils n'ont cepen- 
dant rien qui doive étonner les personnes quelque peu 
au courant du régime gouvernemental austro-magyar. 

Il y a peu de temps, à l'occasion de la déclaration de 
de guerre bulgaro-roumaine^ le chef du gouvernement 
hongrois, comte Tisza faisait dans son organe per- 
sonnel A:(^ Ujsàg (9. IX. 1916) sa profession de foi de 
diplomate, une page digne de passer à la postérité. Nous 
ne pouvons résister au désir d'en relever les points 
suivants : 

« Il n'y a dans la politique extérieure ni morale, ni 
promesses, ni parole d'honneur. Si la guerre n'est en 
somme autre chose qu'une continuation plus brutale 
de la politique extérieure, celle-ci, à son tour, n'est 
qu'une introduction à la guerre par des moyens plus 
doux. Non seulement tout est permis en temps de 
guerre, mais on a le devoir de mettre en œuvre tous 
les moyens susceptibles d'assurer la victoire. Il est per- 



— 294 — 

mis de soupçonner, de feindre, d'induire en erreur. 
Naturellement ce n'est pas l'affaire des gentlemen ; 
qu'il ne fasse pas de la diplomatie celui qui ne voudrait 
rester que gentleman ». 

C'est l'application de l'adage « la fin justifie les 
moyens». Mais on comprend que des principes d'une 
telle élévation morale chez ceux qui ont mission de 
présider aux destinées d'un peuple soient féconds en 
résultats. Et quels résultats : l'oppression, la misère, 
l'injustice, la haine, la révolte, la guerre, la ruine ma- 
térielle et morale de millions d'individus ! C'est pour- 
quoi une transformation totale du régime gouverne- 
mental moyennageux, pratiqué encore aujourd'hui dans 
la double monarchie, s'impose absolument. Si cette 
guerre n'atteint pas ce but elle n'aura fait que préparer 
une nouvelle guerre plus sauvage encore que celle-ci. 
Il est des questions qu'il faut résoudre entièrement, 
comme il est des maisons qu'il vaut mieux démolir que 
d'essayer de réparer. La question du régime habsbour- 
geois est de ce nombre. Bien naïf celui qui s'imaginerait 
que les Habsbourgs changeront jamais leur mode de 
gouverner, ou que les Magyars, d'une république ou 
d'un royaume indépendants, cesseront d'opprimer les 
«nationalités». Les Yougoslaves sont tellement con- 
vaincus de ce fait qu'ils préfèrent tous périr plutôt que 
de continuer à vivre avec les Autrichiens ou les Magyars 
quels que puissent être les rapports étatiques qui les 
uniraient à ceux-ci. 

Et dans cette lutte pour être ou ne pas être, si le noble 
sang des Serbes libres coule à flots pour assurer la déli- 



— 295 — 

vrance de « leurs frères d'outre Danube et d'outre Save ^ » 
c'est qu'ils savent bien que leur cause est aussi celle de 
ces frères yougoslaves chez qui, des siècles d'oppression, 
n'ont pas tué le désir de liberté. Les motifs qui font agir 
la Serbie sont d'une sublime grandeur morale. Toutes 
les insinuations tendant à ternir cette pure gloire ne sont 
que calomnies et mensonges. Nous le répétons en ter- 
minant, il n'y a pas de différence entre les Slovènes, les 
Croates et les Serbes : « un frère m'est cher quelle que 
soit sa religion » dit un vieux proverbe yougoslave. 
Tous ils sont le sang d'un même sang, la chair d'une 
même chair, tous ils ont un idéal semblable : La libéra- 
iîon intégrale de leur race et son union en une Yougoslavie 
indépendante. 

B ' Les Serbes appellent les Yougoslaves Nachi Prétchani, 
c'est-à-dire « nos (frères) de l'autre côté (du Danube et de la 

•Save) ». 






Table des matières. 



Pages 

Avant-propos III 

I 

Les Yougoslaves et leurs oppresseurs .... i 

Etat de dépendance des Slaves austro-hongrois. 
— Coalition croato-serbe. — Lutte des You- 
goslaves contre le régime austro-magyar. — 
L'Autriche fait la guerre à ses sujets. — La 
Serbie, « Piémont» des Yougoslaves. — Les 
guerre balkaniques. — La terreur en Bosnie- 
Herzégovine après Fattentat de Saraïevo. 

II 

Luttes culturelles des Yougoslaves en Bosnie- 
Herzégovine i3 

Lutte pour l'instruction publique. — Etat so- 
cial des « nationalités ». — Mouvement de 
la jeunesse universitaire. — Sokols. — Po- 
bratimstvos. — Ecoles. — Société Prosveta. 



— 297 — 
III 

Pages 

Evénements contemporains en Serbie .... 3i 
Emancipation économique de la Serbie. — La 
guerre douanière. — L'œuvre de Pierre P"". 
— Influence de l'annexion de la Bosnie-Her- 
zégovine. — La Narodna Odbrana. — La 
nouvelle Narodna Odbrana. Son program- 
me, ses tendances, son activité. 



41 



IV 

Les attentats 

Notre ignorance de la situation des Slaves, 
dans la monarchie. — Nos préjugés à Tégard 
des Autrichiens et des Magyars. — Cause, 
but, et significatoin des attentats. — L'atten- 
tat contre François-Ferdinand. — Comment 
on doit l'envisager. — Hypothèses diverses 
à son sujet. 



V 

\ 

'Les procès politiques contre les Yougoslaves . 5 1-162 

1. Procès de Zagreb 5-2 

2. Procès Hinkovitch 60 

3. Procès Friedjung 67 

4. Les procès scolaires en Bosnie-Herzégovine 72 

5. Procès Drinkovitch 77 

6. De quelques banales persécutions. ... 80 

7. Procès Stiépan Grdjitch 90 

; 8. Leurs procédés d'instruction juridique . . gS 

9. Vasilj Grdjitch et Rista Radoulovitch . . 98 



— 298 -- 



VI 

Pages 

Le grand procès de Banialouka io3-2oo 

Les accusés io3 

Le document accusateur 104 

Mécanisme de l'accusation 107 

D'autres*preuves à conviction 114 

Les juges 118 

Les débats 120 

Le service de reconnaissance militaire ... 120 

Défense des organisations nationales de Bosnie- 

Her\égovine 123-143 

1. La Prosveta i23 

2. Les Sokols et les Pobratimstvos ... i3i 

3. Le mouvement de la jeunesse yougoslave i38 

Les dépositions des témoins 143 

Réquisitoire 164 

Sentence 170 

Quelques mots d'analyse juridique .... 180 



VII 
Conclusion 200 

VIII 

Annexes 213-291 

1. Fusillés et pendus 214 

2. Condamnés aux travaux forcés, à mort, à 
la prison, etc 218 



— 299 — 

Pages 

3. Confiscations 238 

4. Expulsés 263 

5. Exclus de la liste des avocats 265 

6. Ouvrages, journaux et brochures saisis . . 266 

7. Règlements, décisions, ordres par lesquels 
on attente aux droits et à la fortune des 
Yougoslaves 274 

Le mai'tyre continue 292 



I 



D Kuhne, Victor 

4-^5 Ceux dont on ignore le 

K83 martyre 



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