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Full text of "Dictionnaire historique et critique"

HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



DICTIONNAIRE 

HISTORIQUE ET CRITIQUE 

DE PIERRE BAYLE. 

TOME CINQUIÈME. 

CE-DO. 



. r.e ;•«?<? 



C-? 



^Nr 



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M 



h/^--' 



. , .-i 



DICTIONNAIRE 



HISTORIQUE ET CRITIQUE 



DE PIERRE BAYLE. 



CE. 



'UÉA , ou CÉOS , île de la mer 
Egée. T^qjez Z\k , tome XV. 

CÉRASI (Tibère), florissait 
vers la fin du XVP. siècle. II 
exerça la profession d'avocat 
pendant vingt ans dans le bar- 
reau de Rome , et puis il devint 
avocat consistorial en i58q. Il 
fut aussi avocat du fisc et de la 
chambre apostolique , et puis 
clerc de la même chambre , et 
enfin trésorier du pape. Quoi- 
qu'il eût écrit beaucoup de cho- 
ses , le public n'a vu que ses 
Réponses parmi les conseils de 
Farinacius. Il mourut à Rome le 
7 de mai 1601 , de regret, dit- 
on , et de chagrin d'avoir été re- 
pris un peu fortement par le 
pape Clément VIII (a). II cou- 
rait sa cinquante-septième année. 
Il laissa tous ses biens à l'hôpital 
de la Consolation , et fut enterré 
dans l'église Notre-Dame del 
Popolo {b). 

(à) Tiberii mortis causant attulisse diciliir 
démentis ponlijicis acris quadain ac vefie- 
mens objurgatw. Prosp. Mandosius, Biblioth. 
romanx cent. 1 , pag. 2^. 

[b) Tiré du même , là même. 

TOME V. 



CÉRATINUS (Jacques), sa- 
vant homme du XVI". siècle, et 
bon grec , se donna ce nom sui- 
vant la coutume du temps, à 
cause qu'il était de Hoorn en 
Hollande (A) : nous explique- 
rons cela (B). Il a été orné de 
grands éloges par Érasme (C) ^ 
non-seulement du côté des bon- 
nes mœurs , mais aussi du côté 
de la doctrine. Erasme, ayant été 
prié par Georges électeur de 
Saxe de choisir quelqu'un pour 
remplir la place que la mort de 
Mosellan laissait vide dans l'uni- 
versité de Leipsic , lui envoya 
Cératinus («), auquel on offrait 
d'ailleurs à Louvain la profession 
de la langue grecque au collège 
des trois langues. Cératinus ne 
fut pas trop bien reçu à Leipsîc, 
et il paraît par quelques lettres 
d'Érasme {b), qu'il s'attira ce 
rebut, pour n'avoir pas témoi- 
gné assez d'éloignement du lu- 
théranisme. Ceci se passa en 
i525. Avant cela il avait ensei- 

(a) Erasm , epistol. XXIX, lib. XX, pag . 

994- 

(6) La XLII'. et la XLIV. du XXX-:. li^. 



2 CÉRATINUS. 

gné la langue grecque eu parti- iQ Jl '^ ^^i ^mé de grands éloges 

" ,. , T • / N ' -1 '^*„"t par Z,V«57ne. Erasme le croyait assez 

cuber a Louvam (c/, ou il s était z;^^^^^ ^^^^^ professer au milieu de Tl- 

retire lorsque la guerre et la pes- x^Axe, et beaucoup plus fort que ne 

te lui firent quitter la charge l'avait été Woselian. Jacobus Cerati- 

qu'il avait dans le collège de nus , dit-il (i) , homo ta 



Tournai. Il mourut à Louvain , 
le 20 d'avril i53o, à la fleur de 
son âge (éf). Il était prêtre , et 
il se passa une chose au temps 
de son ordination qui mérite 



Orœcani- 
cœ liUeratuvœ callens , ut possit reZ 
in medid Italid projiteri , nec se ipso 
inferior in litteris latinis. Dans une 
autre lettre (2), il s'exprime encore 
plus fortement : Grœcatiicœ Uttcvalu- 
rœ tarii exacte callens ut t'ix unum 
aut alteriim habeat Italia quicunidu- 



d'ètre sue (D). Il se trompa lors- bitem hune commitere , nec in latinis 
qu'il écrivit à Érasme qu'il l'avait sut dissimilis est. Voici comme il par- 
vu à Deventer (E). On a de lui le en .m autre lieu (3) : Succéda Pe- 
■ , , r> /^ H'O Mosellano , sed décent JMoseUa- 
un traite de bono Urœcarum ^^^ erudiiwv , eiiam Dlosellam doc- 
Literaruvi , la traduction du trinam et ingenium haud vulgariter 
premier et du second dialogues a7?iairtw. A 1 égard des mœurs, il dit 
de saint Chrysostome sur l'ex- quec'est la meilleure âme du monde , 
,, , , -^ . . . sans fard ni arlilice , et si modeste 
eellence de la prêtrise, et un ,j„e cela n a jusqu'à l'excès. /l/oJe^tfa 

Lexicon grec et latin (F) ,> qui penè immodicd moribusque plané ni- 

fut imprimé avec une préfadfe t'cis et ab omni fuco pi-orslis abhor- 

d'Érasnie l'an 1524. ''«""^"^ (^^ -''^""^'"* ^'' ''' 



(4) IMoribus est since 

rissiniis et ad amicitiani appositis ; 
adeo ut non miniis uideatur natus 

graliis quam musis (5) Habet 

unum hoc uitium Ceratinus noster , 

immodicè modeslus est , sic uerecun- 

dus ut penè putidulus sit (6). Valère 

(A) Il se donna ce nom,... a cause André rapporte une bonne partie de 

au' il était de Hoorn , en Hollande. ^ ces passages, et cite outre cela Junius, 

1\J. Moréri ne devait pas être en sus- qui a fort loué Ceratinus dans ses Pro- 

pens là-dessus : il ne sait si Ceratinus verbes ( j'en parlerai ci-dessous ) , et 



(c) Erasm. , epist. XII, lib. XVll , pat 
756. 

(<i) Valère André, EibliotL. belg. , pa^ 
406. 



était né ii Hoorn , en Hollande , ou 
a Home, dans le pays de Gueldres. 
A proprement parler , Y Home qu'il 
indique n'est point au pays de Guel- 
dres. 



dans sa Batavia , In qud a singulari 
mofleslid ac uirginuli qiiodant pudore 
commendat. Mais Valère André n'a 
point pris garde (|ue l'éloge lïej actis- 
sinii l'ir judicii , qu'il croit qu'Eras- 



(B) lYous expliquerons cela.] me donne à Ci;ratinus , est pour 

Hoorn , en flamand , veut dire une Henri Stromer , au<|uel on le rernm- 

corne. En grec , une corne s'appelle mande. Voyez la Lettre XXIX du XX^. 

«êpstç : ainsi Jacques Ceratinus est la livre (7). 

même chose que Jacques le Cornu, ou (D; // se passa une chose au temps 

le 'Cornnrd , titr« <jui fut préféré à de son ordination qui mcrite d'être 

celui de Hornanus , sous lequel cet i«e.J Hadrien .limius , com|)afriole de 

auteur est quelquefois désigné , et à Ceratinus, après avoir répandu sur 

celui de Teyng , qui était son nom lui des louanges à pleines mains, 

de famille : il fut , dis-je , préféré à 

tout autre, tant parce tju'il était grec, (,) Erasm. , epist. XXVIII, Ub. XX, pag. 

et que sous cette langue il ne montrait 99^- 

qu'à peu de monde l'infamie qu'on a (2) i« XXXI'. du même livre, pag. 993. 



ittachée au mot de corne, qu'à cause 
peut-être que le célibat de Ceratinus 
le mettait à l'abri des mauvaises allu- 
sions auxquelles son nom l'aurait ex- 
posé s'il avait eu une femoie. 



(S) Epist. XLI , lib. XXX. 

(4) Kpist. XXVm , lib. XX, pas- 9!)3- 

(5) Epist. XXIX, Ub. XX , pag. 994. 

(6) Epist. XXXI , hh. XX, pag. 995. Fide 
etiam epist. XLI, lib. XXX, pag- »9'9' 

(':) J tapage 994. 



CÉRATINUS. 



ajoute (8) qu'il sait tle bonne part que 
Cératinus , ne voulant point désobéir 
aux ordres sévères de son père , alla 
à U treclit pour se faire ordonner prêtre . 
On l'esamina selon la coutume, et sur 
ce qu'il confessa ingénument qu'il ne 
savait point par cœur une refile de 
grammaire qu'on lui demandait, on 
le lit sortir comme un ignorant, et on 
lui commanda d'aller étu lier sa gram- 
maire avec plus d'application. Il se 
retira sans faire du bruit, et se con- 
tenta de dire la cause de son exclusion 
à un savant ecclésiasti(jue , qui en- 
trant tout à l'heure dans l'assemblée 
des examinateurs leur représenta la 
bévue qu'ds venaient de faire ; qu'il 
n'y avait point à Louvain un plus sa- 
vant personnage que celui qu'ils ren- 
voyaient à ses rudimens ; et qu'il avait 
donne des preuves publiques de son 
savoir, par une version latine très- 
pure des livres de saint Chrysostome 
touchant la dignité sacerdotale. On 
entendit raison , on rappela Cératinus , 
on lui lit des excuses sur la nécessité 
de se conformer à la routine, et on 
l'ordonna prêtre. Si ces messieurs 
avaient demandé lejierqunm regulam ■ 
à Cératinus, comme on fait aux éco- 
liers que Ton examine sur leur Des- 
pautèi-e, et que l'on oblige à décliner 
leur nom par règle; si , dis-je , ils l'a- 
vaient traité de la sorte , parce qu'ils 
auraient été avertis quo c'était un or- 
gueilleux , ils n'auraient pas été bld- 
raables. H court un conte , qu'un jeune 
présomptueux f»rêt à recevoir les or- 
dres eut la mortification d'être d'a- 
bord interrogé en cette manière , 
Musa quœ pars orationis? e^ qu ayant 
répondu ^^î«/rt non caplaL muscas , 
on lui répliqua JYeque Ecclesia super- 
bos , et qu'on le renvoya. 

(JL) Il se trompa lorsqu'il c'criuit a 
Érasme qu'il V avait %>u a Deuenter. J 
Une lettre qu'Érasme lui écrivit au 
mois d'avril iSig (9), dans laquelle 
il le nomme Hornensis, nous apprend, 
1°. que Cératinus avait demandé à 
Érasme son amitié, et qu'entre autres 
choses il lui avait dit qu'il avait eu 
l'honneur de le voii; à Deventer ; 2°. 
qu'il lui avait indiqué quelques cir- 
constances qu'il avait crues propres à 
Ton faire ressouvenir. Érasme lui ré- 
pondit que c'était une illusion, et se 

rS; .\d.ig. IV , cent. V. 

(;,} Cen la XXXI I^. du V. li». 



servit pour le lui prouver de ces mê- 
mes circonstances : i! lui marqua que 
quand il partit de De>enter le |>ont 
n'ctail pas encore fait , et qu'il n'alla 
point aussitôt tn AngleU-rre ( 10). Si 
l'on me demande pourquoi j'observe 
ces minuties, je réponds que c'est pour 
donner un illustre exemple d'une illu- 
sion qui est fort commune , et de la- 
quelle on se pourrait mieux défendre 
que l'on ne fait, si l'on considérait 
bien que de fort habiles gens y tom- 
bent. Quand un auteur devient fort 
célèbre , ceux qui ont étudié aux mê- 
mes académies que lui se fout je ne 
sais quel plaisir de dire dans les com- 
pagnies où l'on parle de ce grand au- 
teur, qu'il y a long-temps qu'ils le 
connaissent, qu'ils l'ont vu écolier, 
etc. Ou s'imagine que ce sont là des 
relations qui font participer en quel- 
que sorte à la gloire de ce grand 
homme ; et là-dessus on débite plus 
de faits que l'on n'en croit, et l'on 
en croit plus qu'il n'y en a de vé- 
ritables (11). Je suis sûr que bien des 

gens se reconnaîtront ici. En tùut CaS, 

nous y voyons par l'exemple de Céra- 
tinus qu'il ne faut point trop se fier à 
sa mémoire; car il ne faut point dou- 
ter qu'il ne fût dans la bonne foi. 

(F) On a de lui. . . un Lericon grec 
et latin. ] Boxhornius (1.2) se trompe 
de prétendre que c'est ie premier 
Lexicon grec qui ait été fait. Valère 
André (i3) ne se trompe guère moins , 
lorsqu'il dit que Cératinus est le pre- 
mier qui après Aide Manuce a aug- 
menté et publie un tel Lexicon. La 
préface (i4) qu'Érasme a mise au de- 
vant de cet ouvrage de Cératinus 
sufTit à faire voir qu'il avait été déjà 
augmenté par plusieurs personnes , et 
réimprimé plusieurs fois. 11 s'était 
même trouvé quehju'un qui y avait 
inséré quelques noms propres , ce 
qu'Érasme n'approuve pas. 11 semble 
d'abord que Gesner ait cru que cela 
s'adresse à Cératinus {i5) ; ce qui est 

(10) Quoi! exislimds me tibi Daventrice con- 
speclum vcl- hue nrgumeiHo Jacilè deprehendes 
te \.'aud liiili menti' imaginattone , iju'od c'um 
ego Daventriâ difcederein , nondwn Jluvius 'jui 
uràein prœler/luU ponte junclns eral. 

(11) Vu\ez Ci-dessus lu mnanfue (I) de l'ar- 
ticle CiMKBN , tome ly, pag. i'fi- 

(12) In Thratr. UoWanA. , pag. 378. 
(i3; hiblioth. belg., «ac- 4"6. 

(i4) Elle est au XXrill*. livre de ses 
LeUres. 

(i5j Gesn. , in Bibliolh. , in Cer«lino. 



4 CÉRINTHUS. 

visiblement faux , pour peu que Ton Cérintlius est venu après Carpo- 
examine la préface : mais en consi- ^^,g,^^^ ^^^^^ pervertir la chrouo- 
derant de près 1 expression de lies- , . ... A-,^ 
ner, on le disculpe. Le même Box- ^Ogie (A). Cennthus passe pour 
liornius ne distingue pas la manière l'un des principaux chefs des 
dont Cératinus enseignait le grec millénaires : on l'accuse d'avoir 
dans Louvain. Gr«w (lingnœ) pro- e^sei^né qu'après la résurrection 
iessoreni eeit Lovanii , dit-il : ces ■,,',■ t ' • i 
paroles sont trompeuses ^ elles con- ^ église demeurerait sur la terre 
duisent tous les lecteurs à se figurer pendant mille ans, et que ce se- 
que Cératinus a été professeur en j-git le règne terrestre de Jésus- 
langue grecque dans l'université de Christ , temps de prospérité tem- 
Louvain : ce qui n est pas. swert (lo), , ' , ^ , * > A^. t. i 
dont Boxhornius a pris l'épitapbe de porelle et de volupté (B). La-des- 
Cératinus , avec la faute d'impression SUS , quelques-uns crurent qu'il 
Minoriiidas pour Minoritas , c'est-à- ^tait le vrai auteur de l'Apoca- 
d.re , les cordeljers , lui devaient ap^ Ivpse (C) , et qu'il la supposa 



firendre que Cératinus n'enseignait 
e grec qu'en perticulier , prifatiin. 
Valère André emploie le même mot. 



(iC) Atlieii. , Belg. , j>ag. 358. 



à saint Jean. Chacun sait ce 

que l'on dit de cet apôtre par 

rapport à l'aversion pour Cérin- 

thus; chacun , dis-je , sait que 

CERINTHUS , hérésiarque l'on raconte qu'il ne voulntpoint 

contemporain des apôtres, n'at- entrer dans le même bain oU 

tribuait point à Dieu mais aux était l'hérésiarque. Les anciens 

anges, la création du monde (a), ont varié sur ce fait— là , et les 

Il enseignait que Jésus-Christ modernes y ont ajouté des cir- 

était fils de Joseph ; et qu'il fal- constances qui pourraient passer 

lait retenir sous l'Évangile l'usa- pour une fraude pieuse (D). 

ge de la circoncision. On le re- Quelques-uns ont appliqué à 

garde comiue le chef des juifs Cérinthus ce qu'a dit Théodo- 

convertis qui excitèrent dans ret touchant certains défenseurs 

l'église d'Antioche (Z») le tumulte de la loi de Moïse qui voulaient 

dont saint Luc a fait l'histoire que l'on adorât les«nges , et qui 

au chapitre XV des Actes des se fondaient sur cette raison , 

apôtres. Ils causèrent ce trou- c'est que , Dieu ne pouvant être 

ble , en déclarant aux fidèles ni vu , ni touché , ni compris , il 

que sanscirconcision onne pou- fallait se procurer la bienveil- 

vait pas manquer d'être damné, lance divine par le ministère des 

On dit aussi qu'il fut l'un de anges (y). On prétend aussi que 

ceux qui quelques années aupa- saint Paul avait en vue cet héré- 

ravant (c) , avaient censuré saint tique , lorsqu'il avertissait les 

Pierre d'avoir annoncé l'Évan- fidèles de rejeter ceux qui par 

gile à des gentils {d). Saint Epi- humilité d'esprit , et par le ser— 

phane , qui assure tout cela (e) , vice des anges , s'ingéraient aux 

ne laisse pas de prétendre que choses qu'ils n'avaient point vues; 

et l'on assure que Cérinthus , 



(a) Epiphan. , advers. Haeres. , pag. I20. 
{b) En l'année 5l. 
(Ci C'est-à-dire , en l'an 35. 
{d) Voyez le chap. XI des Actes des Apô- 
tres, 
(e) Epiphan. , adv. Hxree., pag. m. 



ayant 



eu des liaisons dans 



(_/■) l'oyez le père Garnier , in Auctario 
Operutn Theocioreli , apiid llligi'im de HiC 
reiiarc. s»culi I et II , png. m. 52. 



CÉRIKTHUS. 5 

Alexandrie avec les juifs, avec les à la preuve. Danean n'oublie pas a'ob- 

païens, et avec les magiciens, server que saint Ep.phane s'est réfuté 

i, ' ° ' Inimeme , ajant reconnu que Lcnn- 

tabnqua une hypothèse compo- tliuss\)pposaplusd'unefoisauxapôtres 

see de jmlaïsme , de paganisme, (61. Concluons que M. Jlorcri s'est 

et de magie, et la débita prin- aijuse , quand il a dit que Cerinthus 

1 i m • t D' ■ fut disripie de Carpocrates. 
cipalemeuten Fhrygieeten Pisi- ,f,. /} ,, * ,, •„ . 
i ,^ ^ Al j- e^*) *^" i accuse (lavoir enseigne 
die, et qu il ht même des prodi- \q rèjrne de mille ans , temps de pro- 
bes par l'invocation des anges spcriie temporelle et de volupté.\\ o\ci 
(g). Il rejetait les Actes des apo- de quelle uianlère Caïus rapporte ce 
,„ i.iif'>* j -tiii sentiment (7). Par certaines relations 
très, et les hpitres de saint raul , p.- \^' ■ ■. _ ^^-i 
' 4 y^ ,' que Lerintlius a écrites, comme s 11 

et n admettait que l Lvangile de eût été quelque grand apôtre, il nous 



saint Mathieu (h). Il ne l'admet 
tait pas même tout entier , si 
nous en croyons saint Epipha- 
ne {i). 

(g-'] Garner. , in Auct. Theod. , aptidïtùg. 
de Hœres. I et II Sec. , pag . 52. 

(h) Pliilaslr. , cap. XXXf'I , apudenmd. 
iind. • 

(j) Epiplian. , Hœres., XXXfllI, cap. V. 



conledes ssntimens' monstrueux qu'il 
feint que les anges lui ont révélés : il 
aRhine que le règue de Jésus-Christ 
s'établira sur la terre après la résur- 
rection , et que les hommes vivront 
dans Jérusalem sujets encore aux con- 
voitises et aux voluptés , et que ce 
sera une fête de mariage qui durera 
mille ans. C'est ainsi que Caïus repré- 
sente ce fait-là. Denys , évt'cjue d'A- 
lexandrie au temps d'Eusèbe , se sert 
{K) Saint Kpiplidne.... pr<-tcnd nue de traits plus grossiers. Cerinthus, 
Cerinthus est venu après Carpocra- dit-il (8), a cru que le règne de 
tes : c'est pervertir la chi'onologie."\ Jésus-Cbrist serait terrestre ; et comme 
Lambert Daneau censure très juste- il était fort adonné aux plaisirs du 
ment ceux qui débitent que les cérin- corps , il a feint que les voluptés qu'il 
thiens sont un rejeton des carpocra souhaitait feraient l'essence de ce 
tiens (i). Il dit que Tertullien et saint règne : il l'a fait consister à satisfaire 
Epiphane débitent cela , que saint le ventre et les parties d'au-dessous , 
Augustin le débite, trompe par saint c'est-à-dire, à manger, à boire. 



Epiphane , et qu'Isidore (2) a copie 
cette faute de saint Augustin. Il 
moutre par deux raisons que Cerin- 
thus a vécu au temps des apôtres ; 
l'une est tirée de ce qui sera rap- 



se marier , à célébrer des fêtes , et à 
offrir des sacrifices; car il cachait sous 
ces derniers termes , qui sont plu.* 
honnêtes , ces voluptcs-là. Je rappor- 
terai les paroles grecques , avec la 



porté ci-dessous, quand nous dirons version latine de Henri Valois, afin 

que saint Jean n'entra point au bain 5 qu'on voie si ma conjecture a quelque 

l'autre est prise de ce qu'il semble sorte de fondement (9) : "ETrlynov ic-'.r- 

qiie cet apôtre a réfuté quelques er- 8*1 thv toù Xpiç-oï /icts-iXêi'av x*; m a.ù- 

reurs de Cerinthus (3), Il soutient toç mpiyiTo <|iix&s-a//£tToc à'v mù Trâiv'j 
d'autre côté que Carpocrates a vécu ' ' ' ' . ~ « r, 

sous Antonin Pius (4) ; et il observe 
que Théodoret le place sous l'em- 
pire d'Hadrien , et qu'Eusèbe le fait 
vivre au même temps que Saturnin 

dogmatisait (5). On eût dû dire Regnum Christi terrenum futurum. 

qu'Eusèbe n'avance cela qu'en citant Et quarum reruin cupiditale ipse fla- 

saiutlrénée. C'eût été donner du poids grabat -, ulpote voluptatihus corporis 



yst-Çfo; x.a.1 tûJv Ûtto yocçîpx Trxnj-^ovàv. 

TOt/TÉç'l 0-ITIOIÇ KO-I ÎTOTOIÇ y.SLI yct/J-'AÇ, XXt 

(Ti'âv «ù<^))ijUÔTfpov Tcti/Tx ÛyiSw 7r&pi{(î-5ai, 
îofntiç kaÏ ()v3-ixi; >itt.i isfêiaiv s-(fxy<tiç. 



(1) Lamb. Danxus , âe II;<res. , cap. FUI , 
Jolio m. a5. 

(2) Isldor., l,b. VIII, Etymoiog. , cap. V. 

(3) Dans sa V. é|iître, chap, II, vs, ig, 21, 
et chap. ly , vs. 3. 

(4) Danœus , de Hxres. , cap. VU , folio i2 
verso. 

15) Euseb, W. IV, cap. VII. 



(G) Danaeus , de Hieres. , cap. VIII, fol. 2S. 

(r) Cains, adversus Procluiu, apiid Eusebium, 
Hist. eccles. , lib. III, cap. XXVIII, pag. 
m. 100. 

(8) Dionysius, lib. II de PromissioDibas , 
apud Eusebium , ibid. 

(f)) Eusebius , Hist. eccles., lib. III, cap. 
XX. VIII, ex Dionysio, lib^It y de Pcomitsioa. 



CÉRIÎsTHUS. 



obnoxius carnique addicLus , in Us 
Regnum Dei situmjore somniai^it , in 
i'entris , et earum quœ infra l'entrem 
sunt , pariium explendd libidine : hoc 
est in cibo et potu , oc nuptiis , atqiie 
ut honestiori vocabulo ejusmodi uoliip- 
tates velaret-, infestis (lo) e^ sacrijiiis 
et kostiarum juactationibus. Ma con- 
jecture est que Cerinthus n'ensei- 
gnait pas expresse'ment que le bonheur 
et la gloire du règne de Jésus -Christ 
consisteraient à contenterla gourman- 
dise et la luxure : il se servait d'un 
autre tour d'expression , il recourait 
aux réjouissances qui sont propres aux 
jours de fêtes , jours particulièrement 
destine's à immoler des victimes , et à 
faire des repas de sacrifice. Les paroles 
grecques que j'ai citées insinuent clai- 
rement qu'il se couvrait sous des 
phrases d'honnêteté. Mais on crut 
qu'il était permis de tirer le voile , et 
de les paraphraser de telle sorte qu'il 
fiit facile de voir toute la laideur de 
ses opinions. Si ina conjecture était 
certaine , il y aurait quelque peu de 
supercherie dans la procédure des 
ennemis de Cerinthus 5 car enfin , 
quel droit a-f-on d'imputer à un au- 
teur un détail qu'il n'expose pas ? 
Pourquoi ne peut-il jouir du bénéfice 
qu'il doit attendre de la généralité de 
ses expressions ? Au reste, Henri Va- 
loisn'a;. prouve point qu au lieu d'ê:/<f)t- 
yMoTêfcv on lise tùBu/Ao^ifoM (i i) , et il se 
fortifie de la version de Rufin : IVec 
aliter leiiisse Rufinum ex vcrsione 
ejus apparet. otc enim l'erlit : tt ui 
aliquid sacratiusdicere videretur, léga- 
les ajebatfestivitates rursùm celebran- 
das. Festorum scilicet et sncrificiorinn 
nondne libidines suas i'cUibat Cerin- 
thus , ut honestatem quandam in spe- 
ciem prœferret (12). 

(C).... L'a-dessus, quelques-uns cru- 
rent qu'il était le i^rai auteur de V yi- 
pocalypse. ] Le même Denys que j'ai 
cité dans la remarque précédente nous 
apprend , qu'il y avait eu des per- 
sonnes qui avaient entièrement rejeté 
l'Apocalypse comme un ouvrage qui 
n'était point de saint Jean , ni d'au- 

(10) Zn traduction qui a été faite de ces pa- 
râtes grecques rapportées par Eusèbe au chap* 
XXrdu VII'. iii're , nie parait meilleure; la 
voici : Et in iis quibiis ista honestius parari exis- 
timabat; (estis oimiriim, etc. 

(il) Comme a fait Cliristophorson. 

(i-i) Valesius, Not. in Eusebium , pag. m. 54- 



cun apôtre , ni d'aucun auteur ecclé- 
siastique , et qui ne méritait pas 
d'être intitulé Révélation , puisqu'on 
le voyait si couvert d'un voile opa- 
que, qu'on n'y pouvait rien connaître 5 
que Cerinthus l'avait composé , et y 
avait mis le nom de saint Jean , afin 
de persuader ses visions sous l'autorité 
d'un apôtre si vénérable : Kn'pjvSov <^£ 

TOV KCtl TJ)V Àt' iKtivOU XX«9sTî-<*V K«pV- 

y.a.Ti 'ùvrjy.x. Cerintlium enim , qui 
nominis sui sectam conflavit , citni 
magnœ auctorital'is nonien ad j'acien- 
dam Jidem^ommentis suis uellet prœ- 
figere , Joannis titulum. operi suo in- 
didisse (i3). 

(D) On raconte que saint Jean ne 
l'oulut point entrer dans le m.éine 
bain oit il était. Les anciens ont varié 
sur ce fait-la , et les modernes y ont 
ajouté.... une fraude pieuse. ] La va- 
riation des anciens consiste en ce que 
les uns prétendent que ce fait con- 
cerne Cerinthus , et les autres qu'il 
concerne Ebion. Vous trouverez dans 
Eusèbe , que saint Jean étant entré 
dans le bain , et ayant appris que 
Cerinthus y était ; prit incontinent la 
fuite , et dit à ses compagnons qu'ils 
en fissent tout autant r Fuyons, leur 
dit-il , de peur qu'un bain où se 
trouve l'ennemi de la vérité , ne 
tombe. <bvyaiy.iv fjt» KHI To ^ctXeLViïdv 
(ruy.7ria-vj , svfTt/v bvToç KnfiivSou Tot/ aitc 
à.KtiSua.ç î;)(fipod. Fiigiamus , inquit , 
ne batneum coiTuat in quo Cerinthus 
est i^eritatis inimicus ( i4 ). Eusèbe 
cite saint Irénée , qui assure que l'on 
avait ouï dire cela à saint Poîycarpe 
(i5) , et que la chose se passa dans 
Ephèse. Si vous consultez saint Epi- 
phane, vous trouverez que saint Jean, 
qui n'allait jamais au bain , fut poussé 
un jour par le Saint-Esprit à y aller. 
Mais ayant su que l'hérétique Ebion y 
était, il comprit la cause de l'inspira- 

(i3)Easeb!us, lib. VU, cap. XXV, pag. 
m. 273 , ex eodein Diony^io. 

(i!{) Eusebius, Hist. eccits. , lib. Ill, cap. 
XXIX . pa^. 100. Il cite saint tréoée au III'. 
li''re contrfi les Hérésies. Voyez le ine'me ïùuiè- 
he, tiv. IV, chap. XIV , pag- iî8. 

(i5) 'n.î ix, 7retpa.éia-ia>ç lïohUKÔ.pTou , 
c'est-à-dire , selon la version de Henri Valois, 
ait ila se à Polycarpo accepisse ; mais puis- 
qiiKusèhe, liv. IV, chap. XIV, pag. 12H, ob- 
serve qu'lréoée raconte que des gem qui vivaient 
encore avaient oui dire cela à Polycarpe , c'r" 
une preuve qWliéaée n était pas de ce nombre . 



ÇÉRINTIIUS. 7 

tion qu'il av;ùt reçue ; il reconnut ajouli: aux l)roilures de Siaiat tpi- 
que le Saint-Esprit ne l'avait porte à pl)ane. 

retle démarche , que pour lui ilonner J'avoue inge'ntiment que je n'avais 
une occasion de faire paraître corn- jauiais lu cotte atldition , lorsipie je 
bien il faut estimer la vérité , et avec l'appris dans une lettre du savant Kei- 
quelle distinction l'on doit traiter les nesius ; mais je l'ai trouvée depuis en 
amis de Dieu , et les instrumens du plusieurs auteurs qu'il n'allègue pas. 
diable. 11 ge'mit donc, et prononça II en ]iarle après avoir observe que 
assez haut pour être entendu de tous les écrivains contemporains ne di- 
ceux qui étaient là. Hâtez-vous , mes sent pas que Frédéric Barberousse fut 
f/'L-fes , sort>ins d'ici , de peur que foule aux pieds par le pape \ mais 
les bains ne se rcm^ersent , et ne nous que leur silence n'a pas empêche' leurs 
écrasent avec Ehion , et a cause de desccndans d'inventer celte circon- 
40/z t.'n/>/''<e' (i6). Baronius , pour con- stance, et de l'affirmer hardiment, 
cilier saint Irénée et saint Epiphane , Similis huic historiœ interpotalio ie- 
dit que peut-être Cérinthe et Ebion meratioi^e , A']o[i{ii-t.-'û {'io) , commissa 
étaient ensemble dans le bain (17): est ab ilhs , f/ui si,'e Ebionem sive 
mais M. de Tillcmont remaripie qu' il Cerinlhuin ( variant eniiu ) Ephesi 
n'est point nécessaire de recourir a ruina balneurum , in quibus disputa- 
cette conjecture , n'étant pas rare que ret , unn cum oudàoribus suis opjnvs- 
saint Epiphane se trompe dans l'his- sumcsse narrdrunt. Ciimenim legis- 
taire (18). Il ajoute à celle-là , dit-il sent apud Iren. 1. 3. c. 3. Epiphan. 
(19) , dii^erses particularités moins as- hœr. 3o. Euseb. 1. 3. Hist. ecel. c. 23. 
surées et moins importantes. Notez ici et 1. 4- c. i4- è relatu B. Polycarpi , 
les progrès des relations : saint Irénée S. Joliannem Ei^ang. et ApostoLum , 
fut apparemment le premier qui pu- ciim in balneis quas loturus intrai-e- 
blia l'action de saint Jean : il se con- rat Cerinthum cum suis esse audii'is- 
tenfa d'en rapporter ce qu'il en avait ^e^, Festinate , dixisse, fratres ; egre- 
ouï dire 5 mais ceux (jui lui succédé- diamur, ne do m us corruçit et perca- 
rent , trouvant trop nue sa narration , mus cum Cerintho , qui intiis est , ini- 
y joignirent des brodures. Ils ne cru- viico veritatis ; quod ti mère ne fie ret 
rent pas qu'il fi'lt glorieux à la mé- dixcrat npostolus , id j'aclum sic esse 
moire de cet apôtre, que l'on put interpretatisunt. Inhdc culpd est ille 
penser qu'il se baign;\t dans un lieu qui notas marginales Epiphanie lali- 
public ^ c'est pourquoi ils affirmèrent «o , excuso Basil, an. idGo intulit ; 
qu'il ne le faisait jamais , et que si un fngit enim miraculura à Johanne edi- 
jour il eut ce dessein , ce fut par ordre tuui , et Victor. Slrigel. qui SchoK ad 
d'en-haul. Il fallut ensuite chercher Provcrb. Salom. c. 11 tanquam Ire- 
une cause de l'inspiration, on la trouva nœi p'ïî-iv adj'ert hœc : Egresso Jolian- 
dans l'importance de faire savoir aux ne domus statim collapsa Cerinthum 
fidèles qu'ils doivent avoir en horreur et turbam reliquam oppressit : ^/toc/ 
les ennemis de la vérité , et croire que feterum et proximorum apostoli et 
la justice divine est toujours prête à Cerinthi temporibus nemo dixerat. 
établir de grands exemples de sévérité Plura ejusmodi oratorts tam eccle- 
contre les hérésiarques. Mais comme siasticos qu'nvi politicos peccdsse circa 
il ne sembla pas qu'il fût utile de lais- historias sine dubio notdsti ( sanè ob- 
ser penser aux lecteurs que saint Jean sen^antur quotidiè ) deque iis moneri 
eftt peur sans nécessité , ou que la juwcntutem t'erœ historiœ et efegan- 
menace implicite contenue dans ses tiorum litterarum interest. Si j'eusse 
paroles frtt vaine , l'on a trouvé à pro- accourci ce passage , j'eusse dérobé à 
pos de supposer que l'hérétique , avec plusieurs de mes lecteurs une con- 
qui il ne voulut |ias se baigner , fut naissance ipii leur plaira ; c'est qu'on 
écrasé sous les ruines de la maison, trouve de semblables falsifications 
Voilà ce que les siècles suivans ont dans les orateurs ecclésiastiques et 
, ^,T- • t. 1 u 1 „-» dans les orateurs laïques, desquels il 

(iG)Epiphan. , aJvers. Hœres. , nutn. 3o, pa^. ""■■ n _ ) 1 

- ' ■' ' est important que la jeunesse soit a- 

verlie. Défaut cent fois plus commun 



(i-j) Raron. , ail ann. 74 > """'• 9- 

(18) Tillemont , Mémoires de l'Histoire ecclé- 
siastique ; lom. /, png. io85, c'dil. de Bruxelles. 

(19) Là mime , pag. 914* 



(30) T>]omas Reincsius, cpist. LVII iJ Ru- 
pcrCum, pag. dso, Sai. 



8 CÉKIINTHUS. 

qu'il ne faudrait. Qu'un auteur dise aliquando in halneuvi Joannem , et 
qu'on craig;nit certaines choses , un illic reperisse Cerinthum hœrelicum. 
autre dira qu'elles arrivèrent efl'ecti- una cuni consoriio suorinn sedenlem, 
■vement. Mauvaise et honteuse imita- inter qaos Cerinihiis acerrimè dlspu- 
tion des nouvellistes (21) ! Reincsius tabat, impudenterque blaspliemus ne- 
peut-être ne se souvenait que des deux gahat Christuni Ueuni esse, yitniie 
auteurs qu'il cite : l'un est celui qui surgens Joannes monuit amicos suos 
a mis des notes aux marges de saint qui ci assidebanl , ut una secum abi- 
Epiphane ; l'autre est Victorin Stri- rent : iiani non t'elle Deum aniplihs 
ge'lius; mais en voici plusieurs autres, ferre blasphemias tam impudentes. 
Frère Bernard de Luxembourg conte lllicà uerô cinn egressus esset , col- 
que le vénérable Beda assure que saint lapsa donius Cerinthum cum sua co- 
Polycarpe re'cite (22) ce que saint Jean horte extinxit. Ex quo licet i-idere 
dit et fit ; et qu'aussitôt qne l'ajiôtre horrendum exemplum diyinœ ultionis 
fut sorti , la chute du bain écrasa Ce'- et v^indictœ in eos , qui m.anijestd im- 
rinlhus. De isto Cerintho dicit Beda pietate nomen Dci et ejus sanam doo- 
super epislolani Joann. ; narrât enini trinam blasphémant , non i^erentes 
de illo , scdicet Joanne , auditor ejus sectas perditionis introducere : et 
sanctissimus uir et martyr j'orlissimus quant ira diinna illos nonpatiaturtan- 
Polycarpus Smyrneorum antistes , dem inultos (24). Joignez avec ce la- 
quod tempore quodaru ciim apud E- tin ces paroles de IVT. de Tillemont 
phesum balnea lai'undi gratid fuisset (aS) : Feuardent cite de saint Jtrô- 
ingressus , et vidisset ibi Cerinthum me contre les lucijeriens que le bain 
exire , continua discessit non lotus , tomba effertii'ement , et écrasa Cé- 
dicens : Eugiamus hinc ne balnea tpsa rinthe. J' ai lu exprès tout ce traité 
nos corrumpant , in quibus est Cerin- sans y rien trouter de semblable. J'ai 
thus inimicns ueritatis. Quo egresso, un catalogue d'hérétiques , composé 
halneum cecidit , et hœi'eticum cum en forme de catéchisme par un mi- 
suis oppressif (23). Pratéohis assure nistre allemand (26), et voici la ré- 
que saintirénée, au chapitre III du li- ponse que j'y trouve à la demande ; 
vie III contre les hérésies, rapporte Qaomodo periit {CtiYir\\h.ai)'> Ruina 
que saint Jean trouva Cérinthus assis balnei oppressus : Cùm enim Johan- 
au bain avec ses fauteurs, et disputant nés ci'angelista , cum discipulis suis , 
violemment , et niant eflrontément et Ephesi lai-andi caussd in balncum le- 
comme un blasphémateur qne Jésus- nisset , ac l'idisset intiis esse Cerin- 
Christ fût Dieu : saint Jean se leva, et thum , resiluit indc statim , ac dixit ;■ 
avertit ses amis de se retirer avec lui , Discedamus cita , ne ruina balnei op- 
puisque Dieu allait punir des blasphè- primamur, ciim intiis sit Cérinthus , 
mes si impudens. Aussitôt qu'il fut "ostis i/eritatis. Id quod etiam , disce- 
sorti , la maison tomba, et lit périr dente eo , J'actum est. Ut exprinulur 
Cérinthus et toute sa troupe. Vous «« t'ersibus Strigelii : 
pouvez croire crue Pratéolus ne se tire i„ • r .1 - ^, . 

pas d un tel endroit sans naoraliser D?,m facit, et stultù garruhtaie furit : 

contre les auteurs de secte. Lisez tout Concidit elrapMo blasphemum comuditicta 

ce qu'il débite. Quod t'erô COntem- t^ollapsœ subito facta ruina domûs. 

poraneus sancto Joanni e^angelistœ Micrœlius n'a pas été plus exact à con- 

fuerit, testatur Divus Irenœus lib. 3. sulter les originaux, quoiqu'il les ci- 

adt^crsùs hœreses cap. 5. cum de Bea- te : voyez la citation (2-7). M. Ittieius 
io Polycarpo loquens , ait t^enisse 

(21) Ilj- a un endroit dans ce DictioDnaire , f"*^ Praleolus in Elencho alphabet. Ha;reti- 
[lafn de la remarque (K), de l'article \iR. «"■;• - A'"^- ""■ 128. 

oiLE, évêque de SaUzbourg, ] oh j'ai dit que . '^^) Tillpmont , Mémoires de l'Histoire ecclé- 

les nouveiUites ayant i-u des lettres qui ap- siast.que , loin. I , pag. 108S. 

prennent qne Varme'e de leur parti se prépare à ('6* Joannrs Pontaous , eccles. Regioponianse 

mettre le sie'ge devant une ville, assurent que '" J^eoniarchid pastor , et vicinarum inspeclor, 

le sie'ge est tout formé. in Calalogo Haireticornm, /b/io E 3 verso. Ce 

(22) Il n'est pas vrai que saint Polycarpe re- livre fut imprime' ran i6i5 , m- 12. 

eite cela : saint Irénée dit seulement qu'on le lui (i-]) Ephesi , Irena;o teste , lib il[ , cap. III , 

tivait ouï dire. C'est donc dejit une brodure, è halneo egressus {ioa.nnes) Cerinthum hiers~ 

(23) F. Bernardus Lutzenburgiis , in Catalogo siarchain vidit cedium ruina obrui, Micrn;]. , 

iheiclicoruiB, voce Cherintinni. Syntag. hist, eccles., ;?rt_^. m, 223. 



CÉRISANTES. g 

semble croire que Pratéolus est le i>re- tliic de Caudale , mais il soutient: 

mier qui ait joint à la narration d'Ire- qu'on en rapporte faussement 

née ce (,ui concerne la cli.ite de la ^^^ circonstances et les suites (B). 

maison ou Ccnntlius se baignait (20). j. . -. . p* . 

Il est sur que cette Uroduie est plus H ne nie pasqueson Irere ne tut 

ancienne que Pratéolus. un peu trop allier , et ne pous- 

(s8) luiglus , <)e Haercsiarch. 1 e( Il sœculi, S lit peul-être IIH peU trOp loin 

pag. 5S, eju. 1690. g^^ ambitiçn {d ); mais , ajoute- 

CÉRISANTES , gentilhomme t-il , si un semblable défaut 

de beaucoup d'esprit et de cœur peut troui>er des excuses en cpiel- 

au XVII". siècle. Vous trouverez qu'iai , il pouvait être toléré en 

son article dans le supplément de lui , qui était bienfait de sa 

Mbréri ; mais ne vous laissez pas personne, fort spirituel , savant 
séduire par les mensonges qui ({ans les belles-leUrcs , extrême- 
peuvent s'y être glissés , et pre- ment brave , de grande capacité 
nez bien garde aux observations pour la guerre , et qui possé- 
que je rapporte. Elles sont tirées doit enfin , en un degré be/aicoup 
d'une apologie manuscrite , que au-dessus du médiocre, lestalens 
M. de Sainte-Hélène {a) m'en- qui peuvent rendre un homme 
voya de Londres deux ou trois recommandable dans le monde , 
mois avant qu'il mourût. Il la ^q^i ^n paix soit en guerre. On 
composa pour M. Cérisantes son nie qu'il ait été congédié delà 
frère, quelque temps après que reinedc Suède (C), et l'on désap- 
les mémoires du duc de Guise prouve sa sortie de la cour de 
eurent paru. M. de Cérisantes France. On insinue ie) qu'il se 
est fort maltraité dans ces mé- retira du service de la Suède , 
moires; mais l'auteur de l'apo- afin d'exécuter la résolution qu'il 
logie soutient que ce sont des avait prise de changer de reli- 
médisances destituées de vérité, gion : il quitta en effet la pro- 
II ne croit pas que le duc de testante, et embrassa la romaine. 
Guise soit l'auteur de cet ouvra- H fut envoyé à Naples , pour y 
ge, et il soupçonne M. de Saine- être l'homme du l'oi , et pour 
tion (.6) de r avoir forgé , ou de observer les démarches du duc 
l'avoir emb lli de ce qu'il jade de Guise qui était un peu sus- 
plus fabuleux, soit par un exlrê- pect à la cour de France (/). 
me z'elepour son maître , so't... On nie qu'il y ait pris la qualité 
pour rendre la pièce plus agréa- d'ambassadeur (D) , et que le su- 
ble (c) , et plus digne d'être bien jet et les circonstances de sa dé- 
payée du libraire. Il réfute d'à- tention aient été rapportés fidè- 
bord certains termes méprisans lement fE). On se plaint de quel- 
que l'on emploie , et le reproche ques déguisômens de la vérité 
de peu de naissance (A). Il avoue touchant sa mort (F), et l'on 
la qu relie de Cérisantes avec le rejette comme fabideux ce qui 

(a) Il sorlU de France au temps des dcr- COUCeme SOU testament (G). 
nièrespeisL-iulions, else re/ui:ia cn^nijle- Q'^^^^ ueut-être , dc tOUteS leS 
lerrc. Il mourut à Londres , le 20 de janvier A ' 

' \b' Secrétaire de ce duc , el celui qui a pu- ('') -^"^ '"^'"^ • P^S- '*■ 
(rliéces Meinûir.s. («) ^^ même, pag. 17. 

c) Ayologie manuscrUc , pag. 3. (/) Voyez la remarque (D'. 



lo CÉRISANTES. 

médisances qui ont paru contre II dit que ces terme? paraîlronl 

lui, celle crui est la p'us propre à trcs-ridicles , quand on saura que /e 

1», .] • 1 'i I caruLiial fie Richetteu eut assez bonne 

1 exposer a la moquerie de tous les o^,,„ ■„„ j^ Crn,antes pour l'envoyer 

lecteurs, mais eu même temps à Constantinople , l'an i6/|i , afin 

c'est celle qu'on peut réfuter de d'y traiter de (juelriues affaires im- 

la manière la plus invincible; Pariantes, et qu'en iG^ , /e chance- 

, ^1 . . , . lier Uxenstern -, et les autres resens 

car par un acte de notaire, c est- ^^ ^•„^,^g pendant la minorité ^e la 

à dire , par l'exhibition du tes- reine Christine , le jugèrent digne 

tanient de Cérisantes , on peut d'e'lre adnns au nombre des conseil- ■ 

convaincre de fausseté ceux qui ti-rs d! état de ce. royaume-la et d'être 

j r, . _, , . T^ ensuite enuoye a la cour de rrance 

débitent ce conte. L apologiste ne en ciualaé de résident Ceci est 

manque pas de nous avertir {g) justifié par les provisions du sieur de 

que cela suffit pour décréditer Cérisantes , par une lettre que ledit 

♦^,,+^t- 1,^, „ t..„^ /J" chancelier lui écrii'it h Paris , et par 

toutes les autres médisances; car , , /^i . / 

j ' une autre que le sieur C/ianul , lors 

qui est capable de publier des résident de France en Suède , écri^dt 
faussetés démenties par des actes au sieur GueJ/ier , à Rome , lesquelles 
de notaire ne mérite aucune foi. /^"^ce* sont entre les mains du sieur 

/- j i 1 i- -de Sainte 'Hélène , comme toutes les 

Cependant les narrations qui autres dom d sera parlé ci- après i-^), 
concernent Cérisantes dans les Notez que la reine de Suède avait tlon- 
memoires du duc de Guise ont "e d'abord à Cërisanles un régiment 
fait beaucoup d'impression sur dans l'armée d^Allemagne; zna-w 6-?«7if 
1 1 , 17)1 ■'. ' j deja a deux jourmes de Stockolm 

les lecteurs. Elles ont passe dans pLr en aller prendre possession , un 
d autres livres. M. du Maurier courrier, qui fut em'oyé après lui , 
les a adoptées : le continuateur l'obligea a retourner sur ses pas ; 
de Moréri a copié M. du Maurier ^^* ^<5^"* ^^ ^f couronne de Suède 
. ., A^ 11- •.•.!' ayant trouve plus a propos de l en^ 

et il parait par le livre intitule ^^^.^^ ^„ p,.^„^^ en qualité de ré- 

Mënagiatia ^ qu'elles servaient 5iVZe/7« (3). Notez aussi qu't7 rtM^zt c<e 

d'entretien aux beaux esprits qui lieutenant de la mestre de camp du 

s'assemblaient chez M. Ménaee régiment de iTavarre,... et que, dans 

/TTs T7 •!■ I r- les charges qu II exerça dans ceregi- 

(H). Voila comment la fortune ,„e„,^ il fit de si belles actions , et fit 

exerce sa tyrannie capricieuse paraître tant de vigueur , de capacité 

sur la mémoire et sur la repu- «* ^e courage en plusieurs combats , 

. ,- i„, „j. ,„i^:„ •! que I\f. le Prince, lors duc d'E/i- 

tation des eens , et combien il '; ,, . , i r-i '.n 

o -' gliien ., elles marecnaux de dut lillon, 

est dangereux de tomber entre ^/^ u Medleraje et de Gassion , lui 

les mains d'un historien qui veut en donnèrent publiquement, en ppé- 

divertir, et qui sait plaire. Je sence de tous les officiers , des louan- 

II- 1 aes capables d'insi/irer de la vanité 

au public les * ^ / ' ; i ^ tf\ 

■ aux personnes les plus modestes (4). 

On fait remarquer à l'auteur de ces 
me'moires du duc de Guise, qu'en 
donnant trop peu de mérite et d'ex- 
périence a M. de Cérisantes, il est 
tombé en contradiction , reconnais- 



communiquerai au pi 
particularités qu'un ami de l'a- 
pologiste de Cérisantes a bien 
voulu ine communiquer (I). 

{g) Apologie manuscrite , pag. 28. 



(A) // est fort maltraité dans les sant , dans la même page 177, qn'il 



mémoires du duc de Guise. Son frère. 

qui composa une apologie , réfute 

certains termes méprisajis (i) , 

et le reproche de peu de naissance. ] 

(i) JU sont h la page 116 rfe.f Mémoires du 
duc de Guise, e'dil, dé Paiis , in•t^°. 



avait de l'esprit et de l' éloquence ; 
dans la page suivante , qu'il était 

(2) Apologie mnnuscrile , ptlg. 4 el 5. 

(3) La même, pag. iS; on nous renvoie a lit 
Lellre df V. ChamU. 

(4) LU même, pag. 11. 



CÉRISANTES. 



homme de cœur, et que peu de gens 
de ce siècle l'égalaient dans la poésie 
latine; dans la page igS, qu U fit un 
logement a dix pas d'un poste oii les 
ennemis avaient 5oo hommes , !i. quoi 
il se porta aussi bramement qu'il await 
fait a l'attaque , et qu' d le mit si bien 
en dcjense , qu'il fut toujours con- 
serué depuis ; dans la page 254, que 
le duc de Guise ayant engagé un 
combat , seulement pour tirer Jacomo 
Rousse d'un grand péril, et voyant 
qu'il était en siiretc, il ne i^isaplus 
qu'il sa retraite , dont il donna le soin 
au sieur de Cérisanles , qui lui arrii^a^ 
( dit l'auteur des mémoires )fort heu- 
reusement, cequ'il/ît, et rejoignit Mde 
duc de Guise après une légère escar- 
mouche , sans perdre aucun de ses 
gens. On ajoute it tout cela , que le 
commandement d'un corps d'armée 
de 4ooo Calaurois , que ce duc lui 
donna, étaiL encore une preiwe in- 
contestable de la bonne opinion qu'il 
auait de son expérience au fait des 
armes. La page ^-jS' fait foi de ceci , 
comme aussi les Mémoires du comte 
de Modcnc , tome 3 , page 5ï , et en- 
core la commission qui fut donnée par 
le duc de Guise au sieur de Cérisan- 
les pour cet emploi. On conclut que 
les raisons alléguées par l'autour aes 
Jlemoires pour le refus qu'il dit que 
le duc de Guise fit au sieur de C'eri- 
santes de la charge de mestre de camp 
général , sont faibles , puisqu'il lui en 
accorda une autre ensuite beaucoup 
plus considérable pour les fonctions , 
et un peu moins pour la dignité (5). 

A l'égard du peu de naissance , on 
observe que l'auteur des Mémoires dit 
faussement que le père de M. de Céri- 
sanles était ministre (6) , et Ton ré- 
fute la conséquence qu'il en a voulu 
tirer. On lui soutient (jue cela ne prou- 
verait pas (jue Cérisantes n'était point 
noble j et puis voici ce qu'on dit: 
« Sou père , nommé Mare Duncan , 
» était un fameux et célèbre docteur 
» en médecine , Ecossais de nation et 
» gentilhomme de naissance. Etant allé 
» voyager en France dans 8a jeunesse, 
» il s'établit à Saumur en Anjou , où 
i> il épousa une demoiselle de bonne 
» maison. 11 n'y demeura pas long- 
« temps qu'il acquit une si grande ré- 



» pulalionen son art, que Jacques l"^""., 
i> roi delà Grande-Bretagne, le de- 
» manda pour servir auprès de sa 
» personne en qualité de médecin or- 
» diuaire , et , pour cet cilct , il lui 
» eu lit dépèclier la patente, alin de 
» lui servir d'assurance de la charge 
» qu'on lui proposait , avant (jue de 
w passer la mer : mais comme sa 
» femme avait beaucoup de répu- 
» gnance à abandonner son pays , ses 
» parens et toutes ses habitudes , il 
» se laissa vaincre par les larmes 
» d'une femme qu'il aimait avec pas- 
« sion , il se dispensa d'accepter un 
') emi)loi si honoraide et si avanla- 
» geux à sa famille , et resta pendant 
» tout le reste de sa vie dans la ville 
)) de Saumur, où il nioiiiut l'an i64o, 
» regretté de tout le uionde, tant ca- 
5) tholiques que réformés de quelque 
» qualité qu'ils fussent. Il possédait 
» admirablement la philosophie , la 
» théologie et los mathématiques, 
)i outre la médecine qu'il exerçait a vee 
n beaucoup d'honneur. Ce qui est le 
)) plus estimable, est qu'il était homme 
j) d'une grande probité, et dune vie 
« exemplaire (7). » Joignez à ceci ce 
que je dirai dans la dernière re- 
marque. 

(D) Il auoiie la querelle.... auec 

le duc de Caudale ; mais il soutient 

qu'on en rapporte faussement les 

suites. ] Voici les paroles de l'apolo- 
gie , elles éclaircissent un fait que bien 
des lecteurs trouveront curieux. « Le 
» sieur de Cérisantes eut querelle avec 
» le duc de Caudale, et le fit appeler; 
» mais le duc de Guise, s'il était au- 
J) teur des Mémoires , serait moins 
» fondé que qui que ce soit à lui en 
)' faire reproche , puisque ce fut pour 
)) soutenir les intérêts de la belle ma- 
» demoiselle de Pons , sa maîtresse, 
» qui était alors une des filles d'hon- 
■>■> neur de la reine l'égente , à qui le 
» duc de Caudale avait fait affront en 
» plein cours, comme elle était à la 
M portière d'un carrosse avec le sieur 
î) de Cérisantes. De plus , je confesse 
)) ingénument, qu'étant alors résident 
» de la couronne de Suède , les règles 
M les plus étroites de la prudence ne 
» lui permettaient pas de porter si 
» loin son ressentiment; mais où sont 



(5) irt même , P"S' ^ ^' 7' 

Çt)) Mémoires du duc de Gaiîe , Fdg. 178. 



(7) Apologie , pus- 0- f'orei l'i lemai-qti-» 
suivant'. 



12 CÉRISANTES. 

j) les hommes ge'nereux qui peuvent » fit une raillerie de toutes les Ititres 

» suivre une Acrlu si austère, lors- » dont elle se voyait accablée au dësa- 

» qu'ils Sont attaqués eu leur bon- » vantage de son résident , qu'elle ne 

» iieurPSans doute le mauvais traite- )> continua|iasseulementensat'onction 

» ment que cette belle personne avait » à la cour de France, comme j'ai déjà 

» reçu publiquement réflécbissait de » dit,maisdoiitelleai)prouvaenroreie 

j) telle sorte sur celui qui avait alors » procédé avec le duc de Candale (8).» 

» son entretien que malaisément se (G) On nie qu'il ait l'té congédié 

5) pouvait-il exempter d'en entrepren- delà reine de Suède. ] « C'est encore 

y> la réparation. Le sieur de Sainte- » une fausseté de dire que la reine 

5) Hélène, sou frère, sur ce sujet lui » de Suède congédia le sieur de Céri- 

« ayant dit librement, quel(]ues mois » santés, puisque l'on peut faire voir 

» après, qu'à son avis il avait ofl'ensé » par une lettre qu'il écrivit deStoc- 

a son caractère par un tel procédé, et » kolm , au sieur de Sainte-Hélène , 

» en quelque façon renoncé aux pri- « son frère , en date du 28 avril 1646, 



M et qui est entre ses mams, qu 11 se 
« ^congédia lui-même , et qu'il partit 
» de la cour de France à l'insu de la 
» reine sa maîtresse. Je ne prétends 



» vileges que le droit des nations lui 
» donnait comme personne publique: 
■» Tu as raison, mon frère, lui dit-il; 
» mais il faut que tu saches que les 

» femme de la cour sont en possession » jvas défendre ni excuser ce départ 
3) de tout temps d'élre Ls dispensa- w sans ordre , étant très certain qu'a- 
» trices de la réputation. Si j'avais » vec justice on pouvait faire son 
3) souffert qu'une dame élit reçu une » procès. Le sieur de Cérisantes n'en 
v> injustice à ma barbe , je demeurais » ignorait pas la dangereuse consé- 
» perdu d'honneur pour jamais dans » (pience : mais étant bien informé 
» l'esprit du sexe, devant qui je n'au- » que de puissans amis du sieur Gro- 
■» rais plus osé paraître. Mais je nie » tius visaient à saper sa fortune, en . 
3) absolument que ce démêlé précédât » haine de ce que le sieur de Céri- 
3) sa résidence, et l'obligeât à quitter » santés, comme ils croyaient , l'a- 
» Paris. Plusieurs gens de la cour de » vait supplanté, il joua à quitte ou 
3) ce temps-là se souviendront bien n double , et hasarda son voyage pour 
3) que lorsqu'il fit porter parole au » donner vigueur à son parti par sa 
3) duc de Candale, il y avait déjà » présence, et défendre un poste que 
» plus d'un an (pi'il exerçait son mi- » ses ennemis attaquaient avec tant 
» nistère , et qu'ille continua neuf ou » de furie, ou bien s'ensevelir dans 
» dix mois depuis, en dépit des solli- d ses ruines. Il est aussi très-évident 
» citations que S. A. h le feu duc n parle congé même que le sieur de 
» d'Orléans, le duc d'Epernon , et )> Cérisantes a obtenu de ladite reine, 
» M. de Mets, lors abbé de Saint-Ger- m sa maîtresse, qu'elle était fort con- 
3) main-des-Prés , et à présent duc de » tente de ses soins et de ses négocia- 
» Verneuil, employèrent vers sa ma- » fions, et (ju'elle désirait le retenir 
» jesté Suédoise, pour le faire révo- » à son service; car il est dit en ter- 
» quer. Pour cet effet, ils mirent tout » mes exprès dans ce congé, que c'est 
3) bois en œuvre, et l'attaquèrent du » lui qui l'a demandé pour pousser sa 
» côté de la naissance ( soit par pure 3> fortune d'un autre côté , et que 
» malice , soit par le même raisonne- )> pendant tout le temps qu'il a eu le 
V ment dont l'auteur des Mémoires » maniement des intérêts de sa cou- 
3) se sert, qu'étant fils d'un homme » ronne, il s'en est acquitté avec 
■-) de lettres, il y avait quelque appa- » toute sorte de diligence , de fidélité 
3) rence qu'il n'était pas gentilliom- 3) et d'industrie. La lettre du sieur 
-,) me ). Mais ce fut inutilement; car 3) Chanut, déjà mentionnée par deux 
3> le sieur de Cérisantes, ayant été u fois, fait foi de la même chose, di- 
3) averti par M. de Lyonne de tout ce » santque la reine l'avait assuré de sa 
3> qu'on tramait contre lui, envoya » propre bouche , que pour conservei- 
3> en diligence en Suède copie de ses » ledit sieur de Cérisantes à son servi- 
» titres de noblesse , collationnée par » ce,elleluiavaitoffertunrégimentou 
3> un secrétaire d'état, de quoi la reine, » une bonne pension à son choix (9).» 
» sa maîtresse, témoigna être entière- (g) Apologie, ^'«5. 12- 
j> ment satisfaite, ds sorte qu'elle {g) Là iiiê::is,pag. iSeuuit. 



CÉRISANTES. 



li 



I^^D) On nie qu'il ait pris a IVapies de plusieurs autres personnes de qua- 
la qualité d'ambassadeur. \ a Tous lité et de mérite , qui ont honoré de 
» les Français qui étaient à Naplcs leur estime le sieur de Cérisantes 
» en même temps peuvent témoigner bien loin de le tenir pour un fou , un 
}> qu'il ne s'y lit connaître que sous visionnaire et un extravaqnnt. 

n celle d'homme du roi , laquelle les (E) Et que le sujet et les cir- 

» Me'moires mêmes dont est tjuesfion constances de sa détention aient été 
» lui accordent, dans la page ii6, rapportés fidèlement. ] « Voici This- 
« comme aussi ceux du comte de Mo- « toire comme je la tiens de son valet 
» dène, dans le second tome, page » de chambre (i3). Leduc soupcon- 

;> 237 Comme tel, il était donc » nant que le sieur de Cérisantes lui 

» en droit de faire assembler le con- » rendait de mauvais oflices à la cour 
3) seil, et d'y faire les propositions >- de France, et auprès du marquis de 
)) qu'il jugeait- à propos, ayant des » Fontenai à Rome, l'alla nu jour 
» ordres particuliers pour cela , et de' » trouver à son logis fort accompa- 
» généraux pour éclairer les actions » gne', et , étant entre' dans sa cham- 
» du duc de Guise, et donner avis de » bre , voulut l'obliger, en partie par 
)) ses déportemens, vu que dès Rome » belles paroles, et en partie par me- 
» ses intentions parurent fort suspec- » naces , à lui mettre ses chifl'res en- 
i) tes aux ministres de France (10). » » tre les mains , pour tirer ëclaircis- 
L'auteur des Mémoires dit que Céri- » sèment sur ses soupçons de quelques 
santés voulut se placer au coté gauche '> lettres qu'il avait interce{)tées ■ ce 
du duc de Guise à la messe et aux ce- « que le sieur de Cérisantes lui refusa 
rémonies publique? , et que le duc ne )> tout net , lui protestant que n'ayant 
le soufiVit point et le maltraita. L'apo- » point à lui rendre comjite d'aucune 
logiste répond (11) qu'il n"a jamais » de ses actions, il ne s'en dessaisi- 
rien oui dire de cette dispute , et que » rait jamais que par force. Là-dessus 
Cérisantes était si brave et si délicat " ils en vinrent aux grosses paroles 
sur le point d'honneur, que n'ayant » départ et d'autre, et le duc, s'é- 
point témoigné son ressentiment par " chaufl'ant outre mesure , le fit arrê- 
quelque action désespérée, ou par sa « ter par ses gardes, à qui il donna 
sortie de Naples , l'on doit croire que )' ordre de le veiller et de l'observer 
le duc de Guise ne lui dit pas les in- » de sorte qu'il n'eût de communica- 
jures dont on parle dans ses Mémoires. » tion avec qui que ce fût. Peu de 
Toute la page 2o5 , ajoute-t-il (12) , » jours après, le duc, revenu de son 
est pleine d'injures et de paroles ou- » emportement, retira ses gardes • et 
trageantes qui ne méritent pas de ré- a après s'être excusé vers ledit sieur 
ponse , parce qu'U est aisé de recon- » de Cérisantes de son procédé rigou- 
naîlre que la passion toute seule les a » reux, et en avoir rejeté la cause sur 
dictées , et que le péché originel du » quelques personnes malicieuses et 
sieur de Cérisantes est d'auoir été » malintentionnées qui l'avaient ai^ri 
tout entier dans les intérêts du viar- » contre lui par des raisons arlitî- 

fiiis de Fontenai Mareuil , alors arii' » cieuses , il le flatta de telle manière 
assadeur de France a Rome , et trop » ( étant passé maître en l'art de ga- 
clairwoyant pour se laisser sur/n'en- » gner la bienveillance des gens et 
dre par les artifices du duc. Toute- » de les captiver quand il en' avait le 
fois, je ne laisserai pas de dire que » dessein ), que depuis ils vécurent 
les calomnies d'un prince fort pas- :> toujours en bonne intelligence, ou 
sionné ne peuvent être jnises à la ba- 
lance ai'ecl' approbationdescardinaux (li) L'auteur Je /'Apologie, pag. ig , dit 
de Richelieu, Mazarin, Sainte- Ce- 1"'}^ ''' "" '"y^se c»("-ès k Paris, pour êire 

11} r t\ . . 1 loforme par le valel de cbambre du défunt 

elle , du chancelier (henstern et des nouvellement de retour de Naples, de loi" ce 

autres régens de Suède , de l' évêqiie qui était arrivé au ^eur de Cérisantes, son 

d' Angers , du marquis de Fontenai , ™»'''^e. depuis son départ de Suède, tant aux 

des sieurs de Lyonne et Chanut , et TT/TI 'r ^"'"»°''' '^" s^aml-duc de Mo.- 

• -' -^.vi.,.«i , wi- covje, et de I empereur , que j>articulièrenient 

à Kome et à Naples. Il ajoute, pa^;. sU, que a 
(10) Là m?me , pa^. 5. '■"'^' '^^ chambre Aau un fort houuêle homme, 

,, ^ T- - *• reconnu si brave par le duc de Guise 

(uj ia mené, pa^. „i H 10 même, qu'il le fit cornclte après la mon de Cé- 

{it) La iiume, pa^. 12 risauteî. 



ï4 CllRISANTES. 

3) du moins Us en firent le sem- 
X blant (i4). » 

(Fj On se plaint de quelques dégui- 
sertiens de la uérité touchant la mort 
de Cérisantes. ] « Le duc, ici ( i5) 



» et qu'il décéda le lendemain ou le 
j> surlendemain , c'est-à-dire , le 28 
■» ou le ag ; à quoi aussi s'accorde la 
« gazette dont j'ai fait mention. Ceux 
« qui ont oui parler des honneurs fu- 



3> comme en plusieurs autre* lieux des 3> nèbres qui furent rendus au corps 
j) Mémoires , épargne bien fort la ve- )> de ce défunt, du grand convoi qui 
5> rite ^ car je sais de bonne part que j> l'accompagna, et des regrets de tou 



j) le sieur de Cérisantes ayant déjà 
j) fait emballer son bagage, pour re- 
3> passer à Fiome où il était appelé 
» pour y être camérier du pape Inno- 
)) cent X (16) , le duc le pria instam- 



» les ofliciers et soldats des troupes 
» calabroises, des gentilshommes fran- 
» cais et du peuple , en tireront une 
)) conséquence infaillible du mérite 
» de ce gentilhomme (J7)- » Céder 



)) ment de diflérer son voyage jusques nier fait semble être allégué comme 

j) après l'attaque générale qu'il avait le reproche d'un péché d'omission: 

j) dessein de faire à tous les postes des il est vrai qu'on ne forme point les 

3) ennemis en même temps ; ce que le plaintes précisément comme dans ces 

» sieur de Cérisantes n'eut pas de termes de la page 3i : Les Mémoires 

3) peine à lui accorder , étant ravi de du duc da Guise ne disent T'ien de ce 

■» rencontrer une si favorable occa- que le sieur de Cérisantes était telle- 

J) sion d'acquérir de la gloire. Et de ment aimé du peuple de Naples , 

3) fait , il signala extrêmement sa va- qu'il lui donna une belle maison de 

3> leur en l'attaque du côté de la porte campagne à quelques milles de la 

3) deChiaie, au rapport de plusieurs taille , oii ses i'alets demeurèrent quel- 

i) gens <{ui en furent les témoins ocu- ques jours après sa mort. 

3) laires; requise peut encore justi- (G) Et l'on rejette comme fabu- 

3) fier par luie gazette de Paris du 22 leux ce qui concerne son testament. ] 

3) avril 1648, de laquelle l'extrait est « L'auteur des Mémoires, pour cou- 



3) contenu dans une lettre que le sieur 
3) Roussin , secrétaire du sieur de Cé- 
3) risantes, écrivit à Saumur au sieur 
3) de Sainte-Hélène, le 18 mai 1648 , 
3) de Paris , où ledit sieur de Céii- 
3) santés l'avait laissé pour quelques 
3) affaires, ce qui lui fut confirmé en- 
33 suite par le valet de chambre dont 
3) j'ai parlé ci- devant.... Quoique les 
3) historiens soient responsables de la 
3) vérité de tout ce qu'ils couchent par 
}) écrit , et que leurs méprises ne re- 
3) çoivcnt point d'excuses , je ne pré- 
3) tends pas me prévaloir beaucoup 
33 de la fausseté qui se rencontre dans 
3) les Mémoires sur le temps de la 
3) raort du sieur de Cérisantes , parce 
3) quelle ne porte aucun coup, et peut 
3) passer pour une erreur fort inno- 
3) cente. Je dirai seulement que les 
■» j30stes furent .attaqués le 12 février 
33 1648, disent les Mémoires, et qu'il 
3) mourut trois jours après ^ ce qui est 
33 manifestement faux, puisque son 
3) testament est du 27 du même mois, 

(i4) Apologie manuscrite , pag. 2$. 
(i5) C'est-à-dire, à la page 3^4 «' ^l^- 
(lô) L' apologiste , pag. .^i , se plaint qu'on 
n'ait point parle' de cela dans les Mémoires du 
•duc de Guise : il reproche ce silence <umme un 
pc£hé d'omission. 



ronner l'œuvre, finit ses calomnies 
par la plus insigne fausseté que ja- 
mais personne ait prononcée, di- 
sant que le sieur de Cérisantes, 
pour pousser sa vanité jusqu'au 
bout , choisit le duc pour exécuteur 
testamentaire , à quoi il ajoute qu'il 
lai'^sa en fondations , donations ou 
legs pieux , plus de vingt-cinq mille 
écus , quoiqu'il n'eût pas un quart 
d'écu de bien ( ce sont les propres 
termes des Mémoires ). Ce qui se 
peut aisément convaincre de fau.x 
par une copie du testament même 
délivrée par le notaire qui l'a pas- 
sé , laquelle est entre les mains du 
sieur de Sainte -Hélène. On peut 
voir dans ce testament, que le si- 
gnor Carlo Carola en est nommé 
l'exécuteur, et que les legs, dona- 
tions et fondations montent seule- 
ment à la somme- de cinq cent cin- 
quante ducats : il ordonne, outre 
cela , que le prix de quatre-vingts 
tonneaux de vin rpji appartenaient 
audit défunt serait employé par 
ledit exécuteur à l'ornement de la 
chapelle Sainte- Anne de l'église des 
Carmes de Napies , où il veut que 

(i-) ApoJo^le manuscrit»^, P^o- ^-*? ^^* 



CÉRISANTES. ij 

» son corps soit enterré , et à lui ment du sieur </e Cérisanles qu'il ne 
j» faire une e'|nlaphe , ce qui est bien légua en legs pieux nue 55o (hicais , 
V loin de vin|;t-cinq mille écus (i8). » et qu'il ordonna que l'argent de qua- 
(H) // parait ])ar le lii're intitulé tre-i'ingts tonneaux de vin , desquels 
Menaf;inna , <///e les précédentes nar- la ville de Dfaples lui avait fait pré- 
valions servaient d'entretien sent, serait appliqué ii l'ornement 

chez M. Ménage.'\ L'apologiste nous et une chapelle de l'église des Cannes, 
apprend (19) qu'il n'eiU point tiré son oii il voulait être enterré, et h lui 
manuscrit du fond du coffre oii il faire une épitaphe. Quand le sieur 
l'avait relégué , si personne nVùt de Cérisnntes mourut , il n'avait 
raédit de Cérisantes que Técrivain qu'unfr'cre cadet nommé Sainte- H é- 
des mémoires du duc de Guise. Sa lène. L'exécuteur testamentaire ne 
première pensée avait été de publier fut pas le duc , mais un nommé Car- 
l'apologie; mais il ciianj^ea dedessein, lo Carola{i\). 

lorsque ses amis lui eurent représenté, (I) Je communiquerai les par- 

1°., que ces Mémoires étant regardés ticularités qu'un ami de l'apologiste 
comme un roman fort bien écrit It la de Cérisanles a bien voulu me com- 
vérité et très-divertissant , étaient muniquer.^ Vri'ici un extrait de sa 
fort dccrédités il l'égard de la plupart lettre : « Duncan s'établit à Saumur, 
des aventures qui v sont contenues; » où il piatiqua la médt:cine avec 
2". que la réputation de son frère 
était trop bien établie pour avoir be- 
soin de défense. Mais quand il eut 
vu que d'autres auteurs ado[)taient 
les faits rapportés dans ces Mémoires, 
et qu'ils y joignaient d'autres choses , 
il crut (jn'il ne fallait plus garder le 
silence. Voici encore un morceau de 
son manuscrit Dans le livre qui a 
pour titre Ménagiana, onjait dire h 
Ménage (ao) que 31. de Ctrisanles , 
privé de P emploi de résident de Suède 
en France, résolut de s'aller faire 

Turc dans l'espérance de devenir 

grand visir en moins de deux ans , 

et de trouver ainsi le moyen de se 

venger des Suédois. Tout cela est faux 

et ridicule. Le sieur de Cérisantes fut 

envoyé a Constanlinople en i6\i , 
par le cardinal de Richelieu , el ne 
fut résident de Suède qu'en \(î\\ , 

comme j ai dit ci-devant dans la page 

5 de ce manuscJ'it. J l d t ensuite 

que le sieur de Cérisantes mourut au 

service du duc de (iuise : cela est 

encore faux. Il était homme du roi 

de France , et non pas au service du 

duc. Il ajoute que ]iar son testa- 

ment il laissait a son frère aîné ses 

terres et ses pierreries , el a un autre 

pai'ent son argent comptant et ses 

meubles , et deux cent mille livres 

en legs pieux , et qu'il eut le front de 

faire le duc de Guise son exécuteur 
testamentaire. Il paraît par le testa- 

(18) A|Jolof;ie manuscrite , pag. 27 , 28. 

(19) Là même, pag. 36. 
(70) !>rcn».,'iana , pn£. 4"' '' 4"* d'impressian 

de fiollatiih-. 



» grande réputation. 11 fut d'abord 
)> professeur en philosophie, et pu- 
)) blia un abrégé de logique (22). Il 
)) quitta cet emploi, et fut princijjal 
» du collège. Il eut trois fils, Céri- 
» santés, Sainte-Hélène , et .Montfort, 
» ( noms en l'air) et trois filles. Il fit 
J) un livre au sujet de la prétendue 
» possession des religieuses de Lou- 
» dun ('23) , sur quoi Laubardemont 
J) lui aurait fait une grande affaire , 
» n'eût été le crédit de madame la 
» maréchale de Brézé dont il était 
» médecin et fort chéri. Il avait un 
5) valet dont le fils âgé de douze à 
» treize ans cracha sa langue en tous- 
» sant, et la porta à son père : tenez, 
» lui dit-il. voilà ma langue, que je 
» viens de cracher. Ce garçon parla 
>) aussi bien après cet accident , (qui 
» lui vint sans doute de la petite vc- 
» rôle (pii lui avait mangé la racine 
w de la langue) qu'il faisait aupa- 
» ravant , hormis qu'il prononçait 
» avec peine la lettre r. 11 fut prorae- 
)) né par toute l'Europe , et a vécu 
i> long-temps. Un chirurgien deSau- 
» mur ayant composé sur cela un 
« traité dont M. Duncan lui donna 
)» le titre, savoir .'fglossostomoqra- 
» phie , un autre médecin de S.iuuiur 
)) (24), qui n'aimait pas M. Duncan, 

(21) Apologie manuscrite . pag. 72. 
(22; Burgcrsilicius/f/ouf/ort 'tant la pr(facc 
de .re.t Inslilutioncs Logicœ , r/u'il a bâties sur 
ce modèle. 

(23; fo>c» la remarque (B) dr l'article 
Grandier, au commencement . tome VII. 

(24) Il s'appelait Benoist. C'est celui qui a 
donne' une traduction laiim^ tic Lucien. 



ï6 CÉSALPJN. 

» fltinoprimer une dissertation pour ris en 1687. Les journalistes en ont 
« prouver qu'il fallait dire Aglosso- parlé avec ëloge (26) *. 
-» stomatographie, et mit ces vers à la 

C26) Voyez i'Apparalus ad Histori.nm litcra- 
riam de M. Van Beughem , pag. 128 de la I". 
partie, elpag. 107 delà 11^. 

[ * M. Duncan , qui demeure présentement, 
9 lévrier i';26, à Londres, a publié divers au- 
tres ouvrages, entre autres : A\if salutaire à tout 
le monde contre Cabut des choses chaudes , et 
particulièrement du café', du chocolat et du 
the', in-8°., Kotterd. ,' i-o5 ; et Chrmiœ nalu- 
ralis spécimen, in-S"., Àmst. , 1710, Add. de 
VédU. d'Amsterd. ] 

CÉSALP]N( André), en latin 
Cœsalpinus , a été un très-habile 
homme, tant en philosojihie qu'en 
médecine. Il était d'Arezzo , et il 
professa long-temps à Pise ; après 



itograj, 
» suite de son écrit : 

» Lecteur, lu Cesmerveilleras 

» Qu'un garçon qui n'a point de langue 

«•- Prononce bien une harangue ^ 

» Mais bien plut lu l'eslunneras 

» Qu'un harlier qui ne sçait pas lire 

• Le grec se inede li'en escrire. 
" Que SI ce plnisanl e'pigrainine , 

• Vouxjrutt d'un penser de mon aine, 
f* Te semble n^aller pas tant mal ^ 
» C'est que je l'aij'ail à cheval. 

Quelques gens malins changèrent 
j) le dernier vers dans les exnnplai- 
3) res qu'ils purent trouver, et y mi- 
J) renl c'est que je l'aijait en cheval. 
« 11 y a encore une chose que je 

3) trouve assez singulière, c'est gue ;.„„: i j ~- . " ■ *j 

.. M Duncan , ses Irms fils et le fils a""^ '' ^^^■^"* premier mede- 
» unique de Saint-Hélène , les cinq 
3) personnes qui faisaieut toute la 
)' lignée de celte branche , sont morts 
» et enterrés en cinq royaumes difle- 
» rens , M. Duncan en Irance, Céri- 
V santés à Naples, Montiort à Stock- 



cin du pape Clément VIII. Il 
mourut à Rome , le 23 de fé- 
vrier i6o3 (a), à l'âge de qua- 
tre-vingt-quatre ans (b). Il quit- 
ta la route ordinaire des périjDa- 

)> holm , Sainte Hélène à Londres, et téticiens en plusieurs choses (A); 

>. son fils en Irlande.» et, pour bien dire , c'était un 



C'est a^ec bien de la joie que je 
trouve ici une occasion de parler de 
M. Duncan , qui pratique la médecine 
à Berne avec beaucoup de gloire , et 
pour lequel j'ai eu toujours beaucoup 
d'amitié et d'estime dejiuis que nous 
étudiions ensemble en philosophie l'an 
1668. Il est issu d'im célèbre profes- 
seur en philosophie (2 5), qui était de 
la même famille que le médecin de 



très-mauvais chrétien eu égard 
aux opinions. Il croyait , dit-on , 
que les premiers hommes furent 
formés de la manière que plu- 
sieurs philosophes s'imaginent 
que s'engendrent les grenouilles 
(B). Nous examinerons si l'on a 
dû lui attribuer ce sentiment. 



Saumur. 11 est ne a iMonfauban , il y ç„, „„,„„•„„ j\cc' 

• ,i j ■ 'y oes principes ne dîneraient gue 

exerçait la médecine avec une grande ,' ^ , „ . A & J:. 

î'éputation , lorsque le désir de vivre 
selon les lumières de sa conscience 
l'obligea à se retirer à Berne quelque 
temps après la révocation de l'édit de 
Kantes. Les livres qu'il a publiés sont 
excellt ns , et Ini ont fait beaucoup 
d'honneur. C'est lui qui a fait V Expli- 
cation nouvelle et mécanique des 
actions animales , imprimée à Paris 
■'au iC'-S; la Chimie naturelle , ou 



re de ceux de Spinosa (C). Ou 
verra ci-dessous le titre de ses 
écrits (D) Un auteur moderne 
le compte parmi les j^lus grands 
génies qu'on ait jamais vus (c). 

Ce serait dérober à Césalpin 

une gloire très-précieuse , que 

de passer sous silence qu'il a 

explication chimique et mécanique de COnnu la circulation du sang(E): 



la nourriture de l'animal, en trois par 
ties imprimées à Paris , la première , 
l'an 1681, et les deux autres l'an 16875 
Hibloire de l'animal , ou la connais- 
sance du corps animé parla mécani- 
que et par la chimie, imprimé à Pa- 

(•sS) Pans Vacade'mie de Monlaiiban. 



les preuves en sont si claires 

(n) Ex Tliuano, lib- CXXIX , pag. n 
ioo3. 

[b] Witle , Diar, Biogr.Tph. 
, (c) IJiblio£;rapliia curiosa, npiid Teissifr 
Eloges des Hommes savans , lom. II , vov 
33o. 



CÉSALPIN. 



qu'il n'y a point cle chicane qui 
puisse les éluder '•'. 

* Chaiifepië tiit qu'à ce rjue dit Bayle on 
peut ajouter que Ce'salpin a e'té un des prin- 
cipaux e'criviiins de botanique , et il déve- 
loppe son opinion dans une remarque. 

(A) Il quitta la route ordinaire des 
pcrijiatcticiens eu plusieurs choses.] 
N'allez pas croire qu'il ait invente des 
principes difle'renscleceiix cî'Arislote j 
car , au contraire , il ne doit passer 
pour novateur, que parce qu'il s'est 
attaché au sens d'Aristote. 11 a péné- 
tré le fond du système péripatélicien 
et l'a soutenu selon le vrai sens du 
fondateur, et non pas comme faisaient 
les scoiastiques , qui sous la profession 
de disciples d'Aristote n'enèeignaient 
rien moins que ses dogmes. Le mal 
est que Césalpin ne s'attacha princi- 
palement à développer les énigmes de 
ce système , que dans les articles les 
plus opposés à la religion. De la ma- 
nière qu'il développe la doctrine de 
son maitrc touchant le premier mobi- 
le , il renverse non-seulement la pro- 
vidence , mais aussi la véritable dis- 
tinction entre le ciéateur et la créa- 
ture : et néanmoins, son livre (i) n'a 
point été censuré par l'inquisition. Il 
eut l'adresse de déclarer à la fin de 
sa préface , que si en certaines choses 
Aristote n'est point conforme à l'Écri- 
ture , i! l'abandonne , et qu'il recon- 
naît qu'il y a du paralogisme dans ses 
raisons, mais qu'il laisse cet examen 
à ceux qui professent une plus haute 
théologie (a). On lui pourrait alléguer 
la maxime des jurisconsultes, Protes- 
talio facto contraria non i^alet. Le 
docteur Samuel Parker a très-bien 
développé les dogmes et les artifices 
de Césalpin : il dit que c'est le pre- 
mier et presque le dernier des mo- 
dernes qui ait compris le sentiment 
d'Aristote : Quem quid velit recentio- 
runi hic prinnis et penc postremus 
cepisse t^isus est (3). Ce que nous di- 
rons dans la remarque (B) confirmera 
ce que j'ai rapporté ailleurs (4) tou- 

(i) J'entends ses Qusestiones perip.itetlcœ. 

(2) Sicuhi ab lis quœ in sacns divmion modo 
revelala nobissunt, dbcedat, minime cum Ulo 
sentio, fnteorque in rationibus dcteptiunem esse ■■ 
non lamen in prœsenùa meum est hcec aperire, 
sed ils qui altiorem theologiam prujiienlur. 

(3) Parkerus , Disput. de Deo, sect. XI y , 
pas- 64. 

(4) Dans l'article Aristote , citalion (k), 

TOJIE V. 



»7 

chaut la conformité de Spinosa avec 
Aristote. 

(B) Il croyait que les premiers hom- 
mes furent formés de la manière. ..que 
s'engendrent les grenouilles.] Lisez 
ces paroles de M. Saldénus ; refcrendus 

^'"«^ Andréas Cœsalpinus, medicus 

romanus , qui primas et uetustissimos 
hommes, instar murium et ranarum 
ex putri malevidfactos esse , pronun- 
ciai'it : adoptato procul dubio eo er- 
rore ex Deinocriti Abderitœ hypothe- 
sibus , cui e.r aqud liinoqiie priniuin 
^isum est hommes procreatos esse. 
Non multlim ahludente eliam Epicu- 
ro, quicredidtt, limo calefacto uteros 
nescio quos radicibus terrce increi'is- 
se, et infantibusex seeditis ingenuum 
lactis humorem , naturd ministrante , 
pi^œbuisse, hosq-ie , ita educatos et 
adultos , hominum genus procréasse 
(5). On aurait pu joindre à Démo- 
ente et Epicure deux autres grands 
philosophes , Anaxagoras et Arché- 
laûs (6; : cela eût servi à étaler plus 
de lecture , mais non à faire voir 
plus de justesse. Le bon M. Saldénus 
n'avait pas bien consulté les origi- 
naux, et apparemment il avait Vu 
bien loin .le la source ce qui concer- 
nait Césalpin. J'ai cherché dans les 
écrits de ce philosophe ce qui pouvait 
avoir donné lieu à lui imputer ce 
sentiment , et j'ai trouvé un grand 
mécompte. J'ai trouvé qu'en raison- 
nant sur les principes d'Aristote il 
établit que tout ce qui est fait de se- 
mence peut être produit sans semen- 
ce , quœcunque ex semine fîunt 
eadem fieri posse sine semine; c'est 
le titre de la première question du 
Ve. livre 5 mais d'abord il déclare 
qu'il ne croit point que l'iime de 
l'homme , ni celle dos bétes , puissent 
avoir pour principe une matière cor- 
rompue. Un peu après , il distingue 
entre la première production des ani- 
maux et des autres êtres , et leur suc- 
cession. 11 suppose que la première 
production émana de la première 
cause au commencement, et qu'en- 
suite les espèces se conservèrent par 
des générations successives , et que la 
production des individus, soit qu'elle 
vienne de semence, soit qu'elle vienne 
d'une matière corrompue, appartient 

(5) Saldénus , in Oills llieol., pas^. 64. 

(6) Voyez tome II, pag. 2^7, la remarque (B) 
de l anicle ARCttÉLAVS , pbilosophe. 

3, 



CÉSALPIN. 



à cette conservation successive des 
espèces , et non pas à leur formation 
primitive : de sorte que s'il a quelque- 
lois dit que les animaux parfaits fu- 
rent engendrés d'un ver au commen- 
cement , il ne faut point entendre 
cela d'une première production pro- 
prement dite^ ce n'est qu'un renou- 
vellement des individus , se pouvant 
faire dans le cours d'un temps infini 
que tous les individus d'une espèce 
meurent , auquel cas il n'en peut 
point naître de nouveaux par une ^é- 
ne'ration univoque, il faut donc cher- 
cher un nouveau commencement dans 
quelque matière corrompue. C'est , 
ce me semble, le vrai sens du texte 
latin que je m'en vais rapporter. 
Prœterea cùmalia sit prima omnium 
animalium et cœteroriini entium crea- 
tio , quœ a primo ente in principio 
ejfluxit : alia eorumelent siiccessto : 
dicimus ortum ex putredine similem 
esseei, qui fit ex semine , ad succes- 
sionem sciUcrt imtitutum. , non ad 
primant specierum, dependentiam al- 
qiie productionem. IVisi enim hœc 
prœcessisset , nequicquam neque ex 
semine neque ex putredine ortum. 
esset. Quod si aliquandô meminerim 
primant perfecforiim animalium sfene- 
rationem ex i>erme ûeri , sic inteUigi- 
musprimam , quia in tempore infînito, 
quod supponitur à peripateticis , de- 
ficientibus in aliquo tempore omni- 
bus singularibus alicnjus speciei , 
printum aliquod ex putredine oriri 
potest , ex cujus semine propagetur 
species, nec quibusdani contingit ex 
putredine tantum propagari ("j) . Et 
notez que Césalpin ne supposant point 
que tous les hommes aient jamais 
përi , on ne peut pas lui imputer d'a- 
voir prétendu que les premiers hom- 
mes aient été engendrés d'une matière 
pourie. Il veut que selon l'hypothèse 
d'Aristote toutes les espèces soient 
éternelles (8) , et que leur éternité 
soit une cause s<»ffisante à rétablir les 
individus , s'il arrivait une inter- 
ruption aux générations ordinaires : 
si, dis-je , celte interruption arrivait 
par la mort de tous les individus. 
JYon est liinendum ne aliqua species 

f ■j) Cœsalp. , Qosest. pcripateticar. , lib. f^ , 
cap. I, folio 104 verso, edil. i5<)3. 

(8) Species tBternœ sutit, generantnr antptn et 
corTumpunUir iita singuiaria. Idem; ib\â. ,J'ul. 
loS. 



unquam deficial , quanwis omnia 
singuiaria contingat aliquandô cor- 
rupta esse : renianet enim in agente 
ceterno uirliis œterna omnium specie- 
rum (9). J'avoue qu'il fait entendre 
que cette interruption serait possible 
dans l'espèce humaine (10); mais ce 
n'est point dire ce que Saldénus lui 
impute. Au reste, c'était l'opinion 
courante de l'antiquité , que toutes 
les espèces d'animaux pouvaient être 
renouvelées sans l'aide du mAle et 
de la femelle. Ovide, qui n'a fait que 
rapporter la commune tradition de« 
Grecs, suppose qu'après le déluge les 
[lierres furent la matière d'où furent 
formés de nouveaux hommes , et que 
la chaleur et l'humidité de la terre 
rétablirent les autres animaux, et 
formèrent même des espèces incon- 
nues au premier monde (i i). 

Cœtera divertis tellus animalia forinis 
Sponte sud peperit ; poslquàm vêtus huinor ah 

igné 
Percaluit joli! , cœniimq: ■• udceque paliirlfs 
Tntumué're œslii , j'œcwidaque seinina reruin 
J^ivaci nutrita solo , ceu mairie in aho , 
Crevenint^j'acieinquealiquain cepere inoraii- 

do (12). 

Ergo ubi diluvio tellus lutulenla recenti 
Sotibus œthereis altoque reconduit œstii, 
Edidit innunieras species , partimque Jiguras 
Reddidit antiquas , ptiriiin nova monslra 
creavit (i3). 

Un commentateur a dit sur cela , 
qu'Avicenne a cru que les semences 
humaines, ranimées par le soleil dans 
les cadavres de ceux qui avaient péri 
au temps des déluges , ont redonné de 
nouveaux hommes. Sed qiiis ferai 
yluicennam ? qui lib. de Diluriis 
asserit ex reliquo cadai'eruni huma- 
norum seminio à sole animalo , hoini- 
nés post immensas terrarum inunda- 
tiones natos (i4)- 

11 faut observer encore une chose 
pour mieux entendre la doctrine que 
Césalpin a débitée , fondé sur les prin- 
cipes d'Aristote , à ce qu'il prétend. 
Il veut que cette maxime , l'homme 
et le soleil engendrent l'homme (i5) , 
signifie , non pas que l'adjonction 
du soleil est nécessaire à la produc- 
tion de l'homme , mais que le sc^ 

(9) Idem , ibid. , foî. 109. 

(10) Ibidem , fol. 108. 

(11) Ovid., Metam. , lib. /, vs. l^oo. 
(i2) Idem, ibidem, vs. ifi6. 

(.3) Ibidem, vs.i,î/,. 

(i4) Varnab. , in Uvid. , ibid. , vs. 4j6. 

(i5) CKaalp. , QuKit. perip<steticiir._/o/. 10.'^... 



CÉSALPIN. 



Icil sans l'aide de l'homme est une 
cause siiilisaute de la production de 
l'homme. Il prétend (|ue la matière 
de tous les êtres subluuaires n'est 
qu'une puissance passive, qui acquiert 
par le mouvement des cieux toute 
son actualité (i6)- 11 donne à l'intel- 
ligence motrice des cieux la première 
formation des êtres comQ)e à la cause 
jiriucipale , et aux cieux comme à la 
cause iustrumenfale(i7). Tout cela 
s'accorderait aisément avec le dogme 
que la secte des lettrés a embrasse 
dans la Chine , qu'il n'y a point d'au- 
tre pve^nier principe que le ciel matc- 
riel , ou ses parties les plus subliles 
qui sont comme sa l'ertu ejjïciente. 
Voyez ce que le père Aleonessa (18) 
a représenté au pape. 

(C) Ses principes ne dijf'i raient 
guère de ceux deSpinosa.^ Il admet- 
tait avec Aristote des intelligences 
motrices dans les sphères célestes j 
mais il les réduisait toutes à une 
seule substance : il admettait aussi 
des anges , ou des démons ; mais il 
disait que ce n'étaient que des parti- 
cules de Dieu unies à une matière 
fort subtile. Bien plus, il prétendait 
que r;îme de l'homme, et l'iime des 
bêtes , étaient des portions de la sub- 
stance de Dieu : de sorte que s'il re- 
i^onnaissait plusieurs démons et plu- 
sieurs âmes, ce n'était que par rap- 
port à la matière, car hors de la ma- 
tière il n'admettait point le nombre 
jiluriel. Il n'y avait donc selon lui 
qu'une âme, qu'une intelligence hu- 
maine , qui se multipliait à propor- 
tion que les hommes se multipliaient 
(19). L'unité, (|ue les scotistes recon- 
naissent dans les genres et dans les 
espèces , est dans le fond la même 
chimère que celle de Césalpin (ao) ^ et 
il n'a fallu qu'un peu d'esprit métho- 
dique, pour former de là le système de 
Spinosa. Au reste , si Césalpin avait 
été entièrement spinosiste , et (|ue 
néanmoins il eOlt admis des démons 
tels qu'on les admet ordinairement , 
je ne m'en étonnerais pas. 11 me sem- 

{16) Ibidem, fol. io5. 

(17) Ibidem , folio 109 ver.fo. 

(i8) C'eU un franciscain. Voyt:. le Mercure 
iiUlorique du mois d'aoïil 1699 , au commence- 
ment, 

(19) Voyez Vossius , de Origine et Progr. Ido- 
loktriie, Ub. II, cap. XL,pag. 5ji , edil. 
Prancof., 1673. 

(10} yorei tome I, pag. 55 , la remarque (C) 
de l'article ABÉkAHD. 



19 

ble qu'il n'y a point de système qui, 
en ne suivant que les idées de la rai- 
son , se puisse moins disiienser que le 
système de Spinosa de reconnaître ce 
qui se dit des bons et des mauvais 
anges parmi le peuple. Je ferai peut- 
être un jour une dissertation là-des- 
sus , où je montrerai qu'en raison- 
nant conséquemment les spinosiste* 
doivent plus pencher à reconnaître , 
qu'à ne pas reconnaître des jieines et 
des récompenses après cette vie. 

(D) On ferra ci-dessous le titre, de 
ses écrits.'\ K^tott^îcv , sii'e Spéculum 
ytrtis Medicœ Hippocraticum ; de 
Plantis libri XP'I ; de Metallicis li- 
bri III ; Quœstionum Medicarum 
libri II ; de Medtcamentorum facul- 
taltbus libri II j Praxis universœ 
jyiedicinœ ; Dannonum in^'estigatio 
peripatetica ; Quœstionum peripate- 
ticarum libri P^. Nicolas Taurel mé- 
decin de Mombelliard a écrit conire 
ce dernier ouvrage (21), et a intitulé 
son livre , yllpes cœsœ , hoc est ./-In- 
dreie Ca'salpini nionstrosa dogmala 
discussa et excussa (22). 

(E) // a connu la circulation du 
sang.'] Voici comme il parle dans 
un endroit de ses ouvrages : Idcircà 
pulmo per fenam arterits similem ex 
de.rtro cordis uenlriculo Jeri^idum 
hauriens sanguineni , cumque per 
anastoniosim artei'iœ uenali reddens , 
qud in sinistrum cordis i-entiiculum 
tendit., transmisso intérim aëre irt- 
gido per asperœ arteriœ canales , qui 
juxta arteriani lenaleni protendun- 
tur, non tamen osculis communican- 
tes , ut putaidt G aie nus , solo taclu 
tempérât. Huicsanguinis circulationi 
ex deoitro cordis ventriculo per pul- 
mones in sinistrum ejusdeni ventricu- 
lum optimc respondent en quœ ex 
dissectione apparent. lYam duo sunt 
rasa in de3.trum i^entriculiim desi- 
nentia, duo etiam in sinistrum : Duo- 
rum autem unum inlromittit lantuin, 
alterum ediicit , membranis eo iwe- 
nio consCitutis {"ii). Ce qu'il dit ail- 
leurs (24) > et que je me contente d'in- 
diquer , n'est pas moins précis. 

(at) Il fut imprime' à Venise, chet les Juntes, 
in-4°- , l'an jï-^i et puis Pan i5q3. L'e'pûre di- 
dicatoire est datée Je Pise, le i", de juin i5Gq. 

(j2) Teissier, Éloges , lom. II, pag. 33o. 

(ï3) Tiesalp. , QoîeM. pcrliiateljc. , Ub. V, 
cap. IV, folio 135 verso. 

(94) Idem , Qiia-st. inedicarun lib II , cap. 
XyiI,JoUo j3',, edil. i59i, 



20 CÉSAR. 

CÉSAR (a) , premier empe- poursuite de ce fuyard ; ce qui 

reur de Rome , avait toutes les fut cause de la fin tragique de 

qualités nécessaires à un grand Pompée, car, selon toutes les 

conquérant, et l'on aurait tort apparences , on ne l'eût pas fait 

de croire qu'il y eut plus de bon- mourir , si l'on n'eût été assuré 

heur que de conduite dans sa que César le poursuivait. Quand 

fortune. Il ne gagnait pas des on songe en général aux guerres 

batailles pour donner simple- qu'il a glorieusement terminées , 

ment de l'occupation aux cour- on ne peut que l'admirer ; mais 

riers qui en portaient les nou- lorsqu'on fait réflexion sur le 

velles : il en tirait tout le pro- nombre prodigieux de gens dont 

fit qui s'en pouvait recueillir; et il a causé la mort, la pauvreté , 

c'est ce qui le distingue de tant ou la servitude, on a de la peine 

d'autres princes guerriers qui à ne l'avoir pas en horreur (D). 

savent vaincre, mais non pas Le plus grand crime qu'il y ait 

profiter de leur victoire (A). Je dans tout cela , c'est que , pour 

crois qu'il trouva des dispositions venger des querelles particuliè- 

dans Rome qui facilitèrent l'exé- res , qu'il ne s'était attirées que 

cution de ses desseins ambitieux; par sa conduite trop ambitieuse , 

mais avec les qualités qu'il avait, il employa à l'oppression de sa 

il était homme à se procurer lui- patrie les mêmes armes que ses 

même des occasions favorables souverains lui avaient mises en 

(B) , je veux dire à convertir main pour subjuguer leurs enne- 

en ces sortes d'occasions ce qui mis. C'est dommage qu'un hom- 

aiirait été de sa nature très-mal me qui se plongea dans un atteii- 

propre à le servir , ou à concou- tat si énorme ait eu tant de bel- 

rir aux entreprises d'un autre, les qualités. Il n'était pas moins 

La promptitude , la vigilance , propre aux intrigues , qu'aux 

et une certaine ardeur qui ne combats (^E) , et il n'avait pas 

permet pas que l'on se relâche moins d'esprit que de cœur (F). 

pendant qu'il reste quelque cho- Il était savant , et si éloquent, 

se à faire , étaient en lui des qua- qu'il n'y eut que l'envie d'occu- 

lités tout-à-fait propres à le ren- per la première place du gouver- 

dre ce qu'il devint (C). La vie— nement qui l'empêchât de dispu- 

toire de Pharsale , qui avait été ter la première place aux ora- 

iin coup décisif, et pour ainsi leurs les plus célèbres (b). INous 

dire un arrêt du ciel prononcé avons encore deux de ses ouvra- 

sur les guerres civiles de Rome , ges (G) : les autres en assez grand 

ne l'éblouit pas tellement , qu'il nombre se sont perdus (c). S'il 

ne songeât que Pompée , le chef était épicurien , ce n'était que 

du parti opposé , était en vie ; et pour la pratique ; car il s'aban- 

qu'ainsi ce serait bientôt à re- donna aux voluptés (c?) :' mais il 

commencer, si on lui donnait (^j pi^,^,,,^^, ,„ Caesa.e,;.-.^'- 708. Sue- 
le temps de recueillir les debns ton. , i« Casare, c^;?. £^'. 

de son armée. C'est pourquoi il (c) ^ojez-en les aires dans Suétone, in 

, . i . ^ , , C«sare , cap. LV, tVl. 

donna ses premiers soins a la ,^,j ,.^^4 ^^^^^^^ .^ C^,^^^ . cap. 

(a) En latin Caius Julius Ciesar. A'£/.Y et sequent. 



CÉSAR. 21 

faisait des actes de religion , et nière victoire qu'il gagna (g) fut 
l'on aurait tort de le prendre colle qui lui coûta le plus (K). Il 
pour un épicurien de théorie à vit l'heure qu'il la perdrait : et 
l'égard de la providence (H), il ])renait déjà des mesures pour 
sous prétexte d'un passage de se tuer , afin de ne tonil>er pas au 
Salluste, et d'un passage de Lu- pouvoir des ennemis. 11 la gagna 
Gain. Il ne faut pas croire qu'il pendant la fête des Bacchanales 
ait été le premier qui sauta de [h). Cette circonstance me fait 
son vaisseau sur le rivage bri- souvenir des quatre vers que l'on 
tannique. On lui a fait dire cela verra dans la remarque (K). 
dans une harangue (e) ; mais il a Personne peut-être n'a mieux 
dit tout le contraire dans ses réussi que Salluste a représenter 
écrits. Selon toutes les apparen- le caractère de César , qu'il a 
ces , il aurait joui plus long- mis en parallèle avec celui de 
temps de l'usurpation de l'em- Caton d'Utique. Il a dit entre 
pire , s'il avait pu renoncer au autres choses , que César chei'- 
nom et à l'extérieur de souve- chait les grandes charges, les 
rain. Ses amis, qui auraient dû entreprises d'éclat, le comman— 
le soutenir à un endroit si glis— dément des armées, afin de faire 
sant, le perdirent pour s'être briller son mérite; mais que Ca- 
un peu trop hâtés à tâcher de lui ton s'arrêtait à se signaler par la 
procurer les ornemens de la modestie , et par l'éminence de 
royauté. Et lui et eux devaient la vertu, aimant mieux être hon- 
faire réflexion que les peuples nête homme que de le paraître 
libres s'accoutument aisément à (L), et parvenant à la gloire plus 
la servitude , pourvu qu'on ne sûrement par l'indiflérence d'y 
la nomme pas ainsi ; et qu'ayant parvenir. Je ne dois pas oublier 
perdu la réalité de leurs privi- une observation que j'ai trouvée 
léges sans s'émouvoir , ils s'efFa- dans un ancien historien. Elle 
Touchent, et se gendarment, pour regarde le soin extrême qu'avait 
s'opposer à un titre et à un or- César d'accumuler des richesses, 
nement de tête. Si qi^elque chose et de se faire donner de l'argent 
fit résoudre les conjurés à hâter sous quelque prétexte que ce fût 
l'exécution , ce fut la crainte que (M). Le sénat lui déceriia des hon- 
César ne prît hautement le nom neurs si excessifs (/") , qu'on ne 
de roi. Cette crainte n'était pas peut en être assez étonné, quand 
trop mal fondée (I). Remarquez on envisage l'esprit de servitude 
qu'encore qu'il fût naturellement qui paraît d'abord dans cette 
hardi, et que la fortune lui eût ,„„,/„^ ,„„,,„„„„,- /;«■/,« es,. Quo sœpiùs 

été extrêmement favorable , il viasset, hoc minus expenendos casils opi~ 

devint enfin fort circonspect, nans: mhUcr^e se t^ntum acr,ui,,lurum ^ic- 

,1 -, luria, quanlnni anjcrre calaniilas possel. 

comme s'il avait appréhende Sixelon, in Cesare. cap. LX. >oj-ez /es pa- 

ou'elle ne le prît pour un impor- '"'■■^ * Florus , dans la reman/ue ^Kj , cj- 

tun insatiable , qui mentait cl e- (^,) c-si celle de Munda en Espagne , con- 
tre un peu mortifié (/'). La der- tre les fils de Pompée. 

1 "^ ^ ^h. Flut. , in essaie, ;i<7,o-. ^S^, A. 

(c) Julianus, in Caisarihiis , paff. m. 170. (1) Voyez Dion Cassius, lib. XLIF, Ciica 

{/) Nue nisi tempore e.'clreiito ad dinii' inilium. 



23 CES 

conduite : mais il faut se souve- 
nir qu'il y entra beaucoup de 
(inesse républicaine; car dès que 
les sénateurs eurent aperçu qu'il 
se plaisait aux distinctions hono- 
rables et glorieuses qu'ils lui con- 
féraient; ils en inventèrent de 
nouvelles sans mesures ni sans 
bornes, afin de le rendre odieux, 
et de préparer sa perte plus 
promptement (k). Ce fut la vue 
de la plupart des sénateurs : quel- 
ques autres furentvéritablement 
animés d'un esprit de flatterie , 
et il y en eut même qui ne son- 
gèrent qu'à se moquer. Il s'en 
trouva qui furent d'avis qu'on 
lui décernât la permission de 
jouir de toutes les femmes qu'il 
lui plairait, attendu qu'encore 
qu'il eût plus de cinquante ans 
il se servait de plusieurs femmes 
(/). Il ne découvrit point le piè- 
ge : il se laissa éblouir à l'éclat 
de ces décrets de la compagnie : 
il s'oublia un peu trop , et une 
fois même il ne daigna se lever , 
lorsque le sénat lui porta l'arrêt 
qu'on venait de faire pour aug- 
menter ses honneurs. Cette in- 
civilité fut l'une des principales 
causes de sa ruine (N). Tout le 
monde sait qu'on l'assassina dans 
le sénat le i5 de mars 710 
(0). Je remarque ailleurs (m) 
que , quand même l'on accorde- 
rait qu'il y eut quelque justice 

(AO Dion Cassius , lib. XLIV , pa^, 276. 
y oyez la remarque (N), citation {no),et Plu- 
tarqiie, in C*s., pag-. 764, quiobseri'e que les 
ennemis de César ne contribuèrent pas moins 
que sesjlalleurs à ces de'crets dusénat.' Oic 
«t/Jsv Attov ô/tiVTa.1 o-t/v«tVû)ViVa.£râa.i Tav 
Koxa.KiurtVTUiv Kstis-apa. Tot/ç//i(royvT«.ç. In 
quibus non minus inimicos Cœsaris çuàm 
adulalores putanl élaborasse. 

Il) Plut,, tn Cxsar. , paff. 754. 

(m) Tome ly, pag. igo , remarque (F) de 
l'article Bhi'Tus ( Maic. Junius). 



AR. 

dans cet attentat , on ne pour- 
rait nier qu'il n'eût été entrepris 
fort mal à propos. Sénèque , qui, 
par la raison qu'il voyait entre 
les ennemis de César les deux 
plus grands ornemens de la sec- 
te des stoïques (//) , devait avoir 
des dispositions très-fortes à 
condamner cet usurpateur , n'a 
pas laissé de blâmer ceux qui le 
tuèrent , et de condamner l'a- 
veuglement qui les empêcha de 
voir, qu'en l'état oii étaient les 
choses {o) , il ne fallait point se 
promettre le retour de la liberté. 
Il y avait si long-temps que 
l'ambition et le luxe faisaient de 
Rome un théâtre de désordres , 
et de confusions violentes {p) , 
que le gouvernement monar- 
chique lui était un mal néces- 
saire. Les plus sages avaient pré- 
vu qu'une telle corruption des 
lois et des mœurs finirait par 
une crise qui serait une révolu- 
tion d'état. Le même Sénèque 
remarque que César s'était uni 
et incorporé de telle sorte avec 
la république , qu'on ne pouvait 
y faire de séparation sans gâter 
et ruiner tout (P). Il est bien 
certain qu'il n'y avait que lui 
seul qui pût réparer les maux 
que le peuple romain avait souf- 
ferts ; et si l'on veut prétendre 
que Cicéron ne pensait pas ce 
qu'il disait lorsqu'il assurait cela, 
on doit aussi reconnaître qu'il 
devait penser ce qu'il disait en 

(n) Caton d'V tique et Brutus , dont celui- 
là périt avant César , et celui-ci fut l'un des 
meurtriers de César, et périt ensuite dans le 
soutien de la cause. 

(o) Voyez tome iF, pag. 190 , la citation 
(l4) de l'article de Brutus ( Marc. Junius ). 

{p) yoye::-en la description dans Lucain, 
au /<■■■. liu. de la Pharsale, vs. l6o et suiv. 
Conférez avec ceci la citation (.Ï5) dv l'article 
Catulle , tfime ir, pag. 59g. 



CES 
cette rencontre (Q). Il faudra 
loucher quelque chose de la fa- 
mille de César, et contre ceux 
<iui n'ont pas bien su pourquoi 
il portail ce nom (K). On don- 
lu-ra un supplément sur ce qui 
regarde ses commentaires (S). 
On a marqué dans un autre en- 
droit (^^r) quel({ues circonstances 
de sa déification. 



AR. 



a3 



(17) J'oyvz ci-(les.'<oiis la remarr/iic (D) de 
l'arliclc Dolabella, el les PtjuscLs diverses 
sur les Comèles , niim. 82 , 83. 

(A) Sa coiidinte le distingue 

des princes qui savent vaincre , mais 
non pas profiler de leur victoire. ] 
Ils peuvent se consoler de ce de- 
i'.Mit , puisque Tun des plus grands ca- 
pitaines du monde (i) y fut sujet , et 
bien h son dam. Ils peuvent trouver 
une antre consolation dans lenr grand 
nomlire ; car il n'y a guère de victoi- 
res qui soient sembiahles , quant aux 
suites , à celle que Gustave remporta 
proche de Lcipsic. On en trouve de 
femps en temps et de loin à loin 
quand on parcourt l'histoire de tous 
les siècles et de tous les peuples, li 
faut aussi excepter les guerres des pre- 
niiers successeurs de Mahomet, celles 
d'un Tamerlan , d'un Gengis-Kau , 
et de tels autres fondateurs de grands 
empiles , qui paraissent trois ou qua- 
tre fois dans l'espace de mille ans plus 
ou moins. A la reserve de cela, toutes 
les batailles sont presque incapables 
de décider, par le fruit qu'elles pro- 
duisent , les disputes des gazetiers. 
Chaque parti s'attribue ou la victoire 
toute entière ou le rëel de la victoire. 
Quand on ne peut pas disconvenir de 
la perte du^ champ de bataille , on 
soutient qu'on a perdu peu de mon- 
de , et que la perte de l'ennemi tant 
en morts qu'en blesses ne se peut re- 
présenter. Le parti qui a mis en fuite 
ses ennemis ne se contente pas du par- 
tage qu'on lui fait , on lui laisse le 
chant du Te Deum , le bruit du 
triomphe , l'eciat des feux de joie 5 
maison prétend (ju'au bout du comp- 
te ce ne sont que des chansons , que 
de vains titres , que de la fumée , et 
qn d n'a point le solide et l'avantage 
(0 .4w,ibal. Fojez lafn de cette ronbrque. 



réel; qu d a plus déraison de fairo 
cJianter le De profundts , que le Je 
JJeum , et que s'il remporte une se- 
conde victoire à ce prix-là , il est perdu 
sans ressource. Ce partage , encore un 
coup , ne plaît point a ceux qui sont 
demeures les maîtres du champ de 
tiatai le ; ils prétendent que l'avan- 
tage leur est ilemeure en toutes ma- 
nières. Le véritable moyen de termi- 
n<r ces disputes des nouvellistes serait 
(1 agir en victorieux après la bataille. 
Si ceux qui renoncent au nom , et qui 
s attribuent la cliose, allaient promp- 
lement porter le fer et le feu dans L 
pays ennemi , le procès serait vide en 
leur laveur; mais il serait vidé à leur 
honte, SI le parti qui s'attribue le 
nom et la chose se débordait comme 
un torrent sur leur terres , et y pre- 
nait de bonnes places. En un mot , il 
faut due ici ce qu'un apôtre (2) a dit 
sur d'autres matières , la foi sans le.-: 
œuvres est morte. Vous croyez avoir 
remporté la victoire , mais à quoi 
vous sert cette foi sans les œuvres'' 
montrez votre foi par les œuvres. Ce 
qu 11 y a de remarquable , c'est qu'au- 
cun parti ne peut dire à l'autre, Vo«* 
avez la foi , et mot f ai les œuvres ■ 
montrez-moi donc votre foi sans les 
œuvres , et je vous montrerai ma foi 
par mes œuvres. Ce serait pitoyable- 
mentjustifier les généraux qui ont tout 
I honneur d une journée , le champ 
de bataille , l'artillerie , bon nombre 
de prisonniers et de drapeaux , sans 
en retirer aucun avantage considéra- 
ble , nue de dire qu'ils agissent avec 
un désintéressement merveilleux - 
qu'ils se contentent de l'honnête , et 
ne se soucient point de l'utile ; qu'ils 
ne font point la guerre en marchands 
pour gagner du bien , mais en héros 
pour acquérir de la gloire , prœter 
laudeiu nallius avari (3) : ce serait , 
disje , pitoyablement les justifier •' 
car .dans cette nature d'affaires, l'-ifilè 
n est point séparé du glorieux. Rien ne 
contribue davantage à la gloire d'un 
grand capitaine , que l'activité , la 
promptitude, l'habileté qu'il fait pa- 
raître a profiter de la déroute des en- 
nemis , et a faire des coups de partie 
pendant qu ils sont encore tout éton- 
nes de leurs premières disgriîces. A 
Kome, où l'on se connaissait parfai- 

(a) .Vain/ Jacques, auchnp. II, vs. 10. 
{i) llor»t. , <le Arte poclicâ , ^4. 334. 



24 CÉSAR. 

tement en guerriers , on faisait une que inlra cJiem epulari Annibal I?; 
grande difftirence entre ceux qui ga- Capitolio potueril , si {quod Pœnum 
gnaient simplement des batailles, et illum dixisse Adherbalein Bomilcaris 
ceux qui achevaient une guerre (4). feriint) Annibal quemadniodum sci- 
On louait bien plus ceux qui entraient ret uincere , sic uti l'ictorid scissel 
en triomphe avec les efligies de plu- (7), Dans Tite-Live , c'est Maharbal , 
sieurs provinces ou de plusieurs villes qui voyant qu'après la bataille de 
conquises , que ceux qui ne se pou- Cannes Annibal rejeta le conseil qu'il 
vaient vanter que d'avoir fait mourir lui donnait d'aller droit à Rome , quoi- 
beaucoup de gens. C'e'tait une bonne qu'il l'assurât que dans cinq jours ils 
politique que celle de Rome , quoique souperaient au Capitole , lui dit : JYon 
elle eût d'ailleurs quelques inconvé- om/iia nimiriini eidern DU dederunt ; 
niens. On ne continuait pas pour l'or- uincere scis ., Annibal, uictorid uti 
dinaire les ge'néraux d'nrme'e deux ou nescis (8). Antigone trouvait le même 
trois anne'es de suite dans leur char- défaut dans Pyrrhus (g), 
ge j tous les ans presque le nouveau (H) Il etaà homme li se procurer lui- 
consul allait relever celui de l'anne'e même des occasions favorables.'] C'est 
pre'ce'dente : chacun à cause de cela une grande illusion que de croire 
faisait tout ce qu'il pouvait afin d'à- qu'Alexandre devait ses conquêtes aux 
chever la guerre , et de ne pas laisser à circonstances des temps et des lieux 
un autre 1 honneur de couronner l'œu- où il se trouva , et que bien d'au- 
vre ( 5 ). Chacun aspirait à la gloire très dans une pareille situation n'en 
du debcllare. Mais quand un gênerai eussent pas fait moins que lui (10). 
s'est assure' du commandementjusques Voici ce que Pasquier pense là-dessus. 
à la tin de laguerre , il n'est pas tou- Je crois , dit-il (i i) , qu'au pape Ni- 
jours d'humeur de se presser , il est colas P'". appartenait le surnom de 
bien aise d'ëloigaer la paix , il se règle très-Grand, non qu d excéddtde sens 
dans ses victoires par la mas.inie, qu'il Léon et Givgoire premiers (12) ; mais 
faut faii'e un pont d'or h son ennemi il en eut autant qu'eux tant de natu- 
vaincu ; ce n'est pas qu'il soit désin- rel que d' acquit es choses où il vou- 
téressé , et c]u'il ne cherche point l'u- lait donner atteinte. Fa outre ce il 
tile ; c'est au contraire son intérêt trouva le temps propre et favorable 
particulier qui le porte à ne point ôter pour mettre a exécution ses desseins , 
aux fuyards les moyens de se réta- qui est le point qui nous J ait paraître 
blir , et de soutenir long-temps la plus grands entre les hommes. Car il 
guerre (6). Un roi qui commande ses ne faut pas estimer que Pyrrhus et 
troupes en personne , et qui ne se sert Annibal fussent moindres en vail- 
point de ses avantages , n'a point le lance ou conduite qu Alexandre de 
même motif : il fait sans doute, ordi- Macédoine ou Jules César; mais 
nairement parlant, tout son possible lorsque les deux premiers heurtèrent 
]30ur profiter lie ses victoires : mais un leur fortune contre l' état de Rome , 
César, un Alexandre, un prince en *^ n'était encore disposé a prendre 
un mot qui en sait bien profiter , est coup , pour une infinité de raisons , 
une grande rareté. Un géne'ralquirem- comme il fut du temps de Jules Ce- 
porte des victoires, dont tout le fruit ^^r , et celui d'Asie du temps d'A- 
est pour ceux qui vendent des crêpes lexandre. Aussi ne fais-je aucun 
et du drap noir , se trouve partout. doute que si J^éon ou Grégoire fussent 
Le grand capitaine , dont j'ai pre'- tombés sous le siècle de Nicolas oii les 
tendu parler au commencement de affaires de notre église étaient en dé- 
cetfe remarque , est Annibal. Lisez ce sarroi, ils n'eussentjait ce que fit JYi- 
qui lui fui dit par Adherbal. Diibium 

deindè non erat quin ultimum Ulum '^ !''.'":"= ' 't i^' '"^- ''^ , , 

diem habitura fuerU Roma , quintum- ' p\T:^ p ,' ""'' / a t 

•' ' l (9) Plutarch., in Pyrrho, pag. 400 , A. Je 

ff\ />< • I rapporte ses paroles ci-dessous , cilalion (i4)- 

fo r "''l"\ V """■* "'""'■* *' ''^''^"^'■«- (>") yorez la remarque («) de l'arlicle Ma- 

(5; l-mis habet laudetn , mêla coronal opus. ctDoiNE , lame X. 

(p) C'est la cause la plus ordinaire de l'muti- {it) Pasquier, Recheiclies de la France, /iV. 

lile des batailles : le commandant de l'arme'e JH , chap. XI, pag. 198. 

riciorieuse craml la paix , et ne veut point ré- (12) C« deux papes ont tu le surnom de 

autre le vaincu à la nécessité de la demander. Grand. 



CÉSAR. 25 

f :',TS , et lui en leurs temps ce qu'ifs sont beaucoup parles fautes qu'ils ont 
preiH et non plus. Si Pasqiiier n'avait faites. Ne croyons donc pas que Pas- 
ii.iiteque la llièse gene'rale,il aurait quier ait raisonné juste. 
,1 avancer un dogme aussi certain Je crois qu'il y a des inconnus qui , 
iirun aphorisme de nnécani(iue. Sup- y la |)lace d'un premier ministre , fe- 
)j osez d'un côte que deux hommes ont raient de plus grandes choses qu'il 
ios mêmes talens, et de l'autre que les n'en fait Je crois qu'un premier mi- 
mèmes occasions qui concourent avec nistre qui ne réussit point en certaia 
l'iui concourent aussi avec l'autre , il temps ferait des merveilles en un au- 
o<t manifeste que ce que l'un produira, tre siècle (t5 ; mais d'ailleurs , je suis 
1 autre le pourra produire. Far mêmes très-persuadé que si Pyrrhus et Anni- 
t.ilens et par mêmes occasions, je n'en- bal avaient osé dire qu'Alexandre 
tends pas des choses qui soient les raê- n'eût pas fait en Italie ce qu'il fit en 
mes en nombre , j'entends des choses Asie, on aurait dft leur répondre qu'ils 
ii,toutescompensationsfaites,soient n'auraient pas fait en Asie ce qu'il y 
jiiivalentes. Dans cette supposition, fit. Un habitant de Sériphe dit un jour 
il serait aussi nécessaire que Pyrrhus à Thémistocle : f^ous êtes da'enu il- 
'subjuguât Kome , de même que César lustre , non pari'ous-ménie , mais par 
la subjugua , qu'il est nécessaire que la gloire de i^otre patrie, f^ous a^^ez 
deux poids soient en équilibre , lors- raison , lui répondit Thémistocle ,je 
rpie l'un trois fois plus petit que l'au- ne seiviis pas dei>enu illustre , si ) e- 
Irj est trois fois plus éloigné du point tais né h Sériphe ; mais l'O'is ne le se' 
d'appui. La thèse générale est donc riez point deuenn , quand iitêmefous 
(cilaine , mais l'hypothèse ou l'appU- seriez né dans ylthrnes (i6;. Vodà uq 
rition de ce dogme à Pyrrhus et à modèle de réponse pour quand oa 
Csar , au pape Léon et au p:ipe Ni- trouve des gens qui ne m.-tfent de 
rolas , n'a rien de sûr; parce que nous la différence entre Cé-^ar ou Alexandre 
,ie connaissons pas exactement les pro- et les autres princes qu'ils auront choi- 
portions réciproques de leurs talens sis dans l'histoire , qu'eu ce que les oc- 
p.-rsonnels, et des occasions qu'ils ont casions de conquérir un grand em- 
ciies. La connaissance que l'histoire pire sont tombées entre les, mains de 
mus fournit est plus propre à réfuter cet autre prince : i^rt/is ces occasions , 
(pi'à justifier Pasquier. On n'ignore pas doit-on dire à ces gens-là , ils n'eus- 
le compliment qui fut fait à Àunibal , sent pas conquis an si grand empire; 
que les dieux en lui accordant le don jimis at'cc les mêmes occasions i^otrs 
tle remporter des victoires, lui avaient prince ne l'eût point conquis. Voyez 
refusé celui de s'en prévaloir (i3). On dans la remarque suivante quelques- 
saitque , quand cela lui fut dit, il ve- unes des qualités belliqueuses de Gê- 
nait de rejeter l'occasion la plusfavora- sar. 
ble qui se pût offrir de prendre Piome. (G) La promptitude , la l'igilance , 

On sait que Pyrrhus , au jugement et une certaine ardeur étaient en 

d'un grand capitaine, était comme ces lui des qualités propres nleren- 

joueurs à qui le hasard fait venir beau dre' ce qu'il dcuint. ] Ges qualités ad- 
jeu , mais qui ne savent pas s'en ser- mirables ont donné li<u à un grand 
'. ir (i4). Ainsi , voilà deux grands ca- éloge que l'on trouve dans une haran- 
plîaines qui n'égalent ni Alexandre , gue de Cicéron. Il n'est pas sans hy- 
ni César. Ceux-ci se sont merveilleu- perbole , mais il est encore moins sans 
s. -ment prévalus des occasions qui fondement. Voici ce (jue cet illustre 
leur sont tombées en main , l'événe- orateur disait à ce grand guerrier : 
ment parle pour eux : on n'a pour les Sotco srvpè ante oculos ponere , idque 
.autres que des conjectures ; et encore Ubcnter crcbris usurpare sermonibus , 
sont-ce des conjectures qu'ils affaiblis- onines nosirorum imperatorum , om- 

nes exterarum gentium , polentissi- 
'^'^},?'f""f'?""r^^'>\ .. , morumque populorum , omnes cla- 

(H) 09fv ctT^i^çv «t/Tov AvTi^ovoç rissiniorum regum res gestas cumtuis 

y-J-iHITl} TT^KKX fe3t.?.>.'j\iri K!tl xax*, /^(«s- 

6ai (Ts eux, '(Tiç'xy.hut Toîç Tri^oÛTi. Vndè f,5) Qnaatùm interest in qn» tempora cuja»- 

comparat eum Àntigonus aleatori qui mulla et qne virliis inciderit, disaU Me'ietlus de Scipion 

secunda jacil , sed uli nescil jaelu. Plutarcli , C Africain. 

m Pjrrho, pag. 4oo. (iG) Plutarcb., in Tl»emi5t. , pdj. lai- 



îG 



CESAK. 



nec contentioninn inngnUiuUiie , nec 
numéro prcelionim , nec i'anetate re- 
gionuni , nec celeritate conficiendi , 
nec dissvnilitudine bellornm posse 
confeni : nec i^ero disjunctissimas ter- 
ras citiùs cujusquam pnssibiis potuisse 
peragrari , quant tuis non dicam cur- 
sibus sed uictorlis illustratœ sunt{i']). 
Jamais homme n'avait mieux compris 
que lui combien il importe à un gê- 
nerai d'armée d'être diligent (i8j. 
Combien de fois a-t-il été redevable 
de la victoire à ses promptes marches ? 
11 ne donnait pas le temps aux enne- 
mis de se reconnaître et de se précau- 
tionner : il courait comme la foudre , il 
devançait la renomme'e, ses ennemis 
n'apprenaient qu'en le sentant fondre 
sur eux , qu'il eût fait marcher ses 
troupes. ^4cie triplici instructd , et ce- 
leriier oclo millium itinere confecto , 
priks ad hostiuni castra peri'enit , 
quam quid ageretur Germani sentire 
passent. Qui omnibus rébus subito 
perterriti , et celeritate aduentils nos- 
tri el discessu suorum , neque consilii 
liabendi , neue arma capiendi spalio 
dato , perturbabantur , copiasne ad- 
i>ersiis hostem ducere , an castra de- 
J'endere , an fugd salutem petere 
prœstaret (19). Rien ne l'arrêtait : les 
montagnes et leurs neiges trompaient 
ceux qui les avaient regardées comme 
tm rempart assuré contre ses marches. 
Etsi mons Gebenna , qui ^n'crnos 
ab Helv>iis discludit , durissinio tem- 
pore anni , altissimd nive iter impe- 
diebat : tamen discussd niue sex in al- 
titudinem peduni , atque ita uiis pate- 
factis , summo militum labore ad fi- 
nes ytrwernorum peri/enit : quibus op- 
pressis inopinantibus , quod se sic Ge- 
benna ut niuî'O munitos existimabant , 
ac ne singidari quideui unquani ho- 
mini eo tempore anni semitœ patue- 
rant , equitibus imperat , etc. (20). 
Etant arrivé avec cette promptitude 
sur les frontières d'Auvergne , il ne 
s'y arrêta que deux jours; il s'en alla 
avec la même vitesse en un autre lieu , 
afin de rendre inutiles les desseins de 

(n) Cieero, Orat. pro Marcello, cap. II, 
(iS) Ul celeritate reliquas res conficeret , quâ 
yleraque erul consecutut. C^sar, de Bello gall., 
/16. yil ^ cap. Xy. Vmun communis salutix 
auxiliuin in celeritate ponebal. Venit magnis 
ilinerihus in Nerviorum fines. Idem - ibld. , lib. 

jr. 

(19) îdem , ibidem, 

(•■^o) Idem , ibidem, lib. m, cap. FUI. 



Vercingenforix. His constitutis ré- 
bus , omnibus suis inopinantibus , 
quant maximis potest ilineribus J^ien- 
nam pet\'enit , ibi nactus recenteui 
equitalum quem multis antè diebus eu 
prœmiserat , neque diurno neque noc- 
turno itinere intermisso per fines 11e- 
duorum in Lingones contendit , ubi 
duce legiones hyeniabant , ut si quid 
etiam de sud salute ab Hedids inire- 
tur consdii , celeritate prœcurrerel. 
Ko ciim peri^enisset , ad reliquas le- 
giones mittit , priiisque in unum lo- 
cum o/unes cogit , quhm de ejus ad- 
l'entu Aruernis nunciari posset {i\). 
Plufarfjue rapporte une chose bien 
singidière touchant la défaite de ce 
général gaulois. Les habitansd'Alexia 
assiégés par Jules César attendaient 
avec impatience que Vercingenforix à 
la tête de 3oo mille hommes vînt faire 
lever le siège : ils ignoraient que Cé- 
sar se fût mis en marche pour aller 
combattre celte grande armée ^ ils ne 
l'apprirent que lorsque de dessus leurs 
murailles ils le virent revenir au siège 
en victorieux. Leurs cris et leurs plain- 
tes donnèrent aux soldats romains qui 
gardaient les lignes decontrevallatioa 
la première nouvelle de la victoire de 
César (22). Cela est encore plus singu- 
lier, comme Plutarque l'observe. Il a 
raison de dire que la grande armée de 
Vercingentorix s'évanouit comme un 
songe et comme un fantôme (a3). C'est 
désigner à merveille la promptitude 
avec quoi Jules César exécutait de 
grands desseins. Il faisait en un besoiu 
cent milles par jour , il passait les ri- 
vières à la nage ou sur des outres , et 
ainsi il arrivait avant les nouvelles de 
sa marche. Longissimas fias incredi- 
bili celeritate conjecit expeditus , nie- 
ritorid rhedd centena passuunt millia 
in singulos dies : si flumina moraren- 
tur , nando trajiciens , i^el innixus in- 
flatis utribus,utpersœpè nuntiosdese 
prœ\^enerit (24)- Si je l'ai comparé à la 
foudre, c'estaprès Florus : i^M/ic(Phar- 
nacem ) Cœsar agrcssus , dit-il (aS) , 

(21) Idem, ibidem, 

(22) Plut-, in Cœsare, ^a^. 721. 

uia-Trifi siiTûjXov àôvsifov m^AVio-o Jtsti Sutti- 
<^opMT9. Tarn brei'i momento adeo immensa 
manus sicul speclrum vel soinniuni enanuil ei 
distipala est. Idem , ibid. 

(24) Sueton. , in Caesare , cap. IVII. 

(25) riorus , Ub. IV, cap, II, niim. 63.. 



CÉSAFx, 



iinn^ et ut sic dixerlm non toto pra>- 
hn , obtriuU , MORE FDLTMiNis , qiind iino 
tinleuujue vioinento i'enlt, percussit , 
ahscessit- Nec i'cxna de se prœdicatio 
est Cœsaris , antè uictam lioslem esse 
quani t^isiun. Voici comme Suëtone 
()arle touchant la promptitude avi'C la- 
quelle Piiarnace l'ut vaincu. Poiitico 
triuinpho i/tler pompœ fevcula trium 
ferborum pnvtu/it titulum V'eni , vidi, 
Vici , non acta helli significanteni si- 
cut cœteri , sed celeriter confetti no- 
tiitn (a()}. Plutarque veut que (]esar ait 
écrit à un ami les trois mots , veni , 
fidi , l'ici , pour lui marquer le peu de 
durée de cette guerre (2'-). Cicéron , 
dans le temps même qu'il parlait de 
César en ennemi , le ref^ardait com- 
me un prodige de promptitude et 
de vigilance , sed hoc Tspaç , hor- 
ribili t'isilantid, celerilale , dilisen- 
iia est (28). Qu il me soit permis 
de mettre ici le bel éloge qu'il lui 
donna dans sa harangue contre Pison. 
Il considère les grandes actions de Cé- 
sar , comme une chose qui rendait dés- 
ormais inutiles et superflus les rem- 
parts que la nature avait donnés à TI- 
talie. Je voudrais qu'il eût eu cette 
pensée touchant la valeur même , et 
la diligence de César : Dicnni ex ani- 
mo , patres conscvipti , quod sentio , 
et quod i>obLS audientibus sœpc jam 
dixi , si mdii nunquam amicus Caius 
Ccesar Jïiisset , semper ivatus , si as- 
pernaretur amicitiam meani , seseque 
mihi iiuplacabilem inexpiabi/einque 
prœberet , tainen et, ciim tantas res 
gessisset , gereretque quolidiè , non 
amicus esse non possem •■ cujus ego 
imperio non yllpium vallum contra 
adscensum, transgressionemque Gal- 
loruni , non Rheni fossani gurgitibus 
Mis redundantem , Germanorum im- 
manissimis gentibus objicio , et oppo- 
no : perjecit ille , ut , si montes rese- 
dissent , amnes exaruissent , non na- 
turœ prœsidio , sed i^ictorid sud, re- 
busque gestis Ilaliam munitarn habe- 
remus (29). 

Celte prompte activité n'était pas 
un feu qui épuis.lt bienlùl ses forces ; 
elle était accompagnée d'une applica- 
tion constante. César ne comptait pour 
rien ce qu'il avait fait , si quelque 

(2(i) Sueton. , m Ctti. , cap. XXXVIl. 
(2';) Plui. , in Cœsare, pag. nSi , E. 
(58) Cicero , fpUt. IX, ad Auic. , lib. VIH. 
(ag) Cicero, in Pison. , yô/io -xtS , C. 



chose restait;! faire : il ne voulait point 
laisser de queue aux guerres où il s'en- 
gageait : il aurait cru mettre en main 
à la fortune une occasion de défaire 
ce qui n'aurait pas été aclievé. On va 
nous le dire fort noblement en lalin : 

At njwquam patient pacis , longœque qnietls 
j4nnoniin , ne quidfatis iniitare licerel, 
Assrqiuinry iierterùjue preitiU vexti^ia CtBsar< 
Stifficerenl aliis primo loi mania cursu 
Rapla , loi opprrsiœ ilejeclii hoslibus arces : 
Ipsa rapul inundi, bellornni maxiina merces^ 
Bonia capi facUis : sed Cwsar m omiiia pr/f 

ceps , 
Ifd nclwn cn-dent , dum tjuid siiperesset 

agrnduin (3o). 

Surtout il pressait les ennemis pen- 
dant les moraens précieux où la for- 
tune lui faisait un bon visage : 

Diimfoilunacalel, dum conjicil omniaicy 
ror (3i). 

De là vint qu'il ne gagna jamais de 
bataille sans se rendre maître du camp 
de ses ennemis tout aussitôt : jYulluiu 
unquhiii hostenifudit qtiin casiris quo ■ 
que exueret , ita nulluin spaliumper- 
territis dabal (Sa). 11 ne faisait pas 
comme Pompée qui , pour épargner 
l'eiTusion de sang , laissa échapper l'oc- 
casion de mettre fin à la guerre (33). 
Pour lui , rien ne l'arrêtait \ une résis- 
tance à demi vaincue ne l'animait pas 
moins qu'une résistance encoreentière. 
Nous allons voir son portrait et son ca- 
ractère dans ces vers de la Pharsale : 

Sed non in Cœsare lantum 

Noinen eral, nec Jama ducis : sed nescia 

virlus 
Slare luco : .<olu.<ijue pudornon vincere bcllo, 
Acer , el indoniilus ; quo spes^ quoque ira vo- 

cassel. 
Ferre mn/ium, el nunquam temerando par- 

cere J'erro , 
Succefsus urgere suas : inslarc favor 
Numinis ; impellens quicquid sibi sumina pe- 

tenli 
Ohslarel : gaudensque viam fecisse ruina 34). 

(D) Lorsqu'on fait réflexion sur le 
nombre prodigieux de gens dont il n 

causé la mort on a de la peine a ne 

l'ai'oir pas en horreur.] Il combattit 
dans les Gaules contre trois milliwis 
d'hommes , dont il n'y eut que le tiers 
qui lui échappa ; car il en tua un mil- 

(3o) Lucanus, Phars. , lib. II, vs. 63o. 
(3i) Idem, Uh. y II, w. 34. 

(32) Siielon. , l'i Caesare, cap. LX. 

(33) .... Dolel heu semperque dolebit, 
Quod scelerum Cœsar prodesl tibi jummn 

iHOrum , 

Cum genero pugnaste pio ? 

Luciu., lib. VI , vs. 3«3. 

(34) Idem, lib. I, vs. 143. 



28 CÉSAR. 

lion, et il fit un millionde prisonniers, humani generis injuria (40 La pensée 

C'est le compte de Plutarque (35). Ce- qu'il attribue à Pline revient à ceci : 

lui d'Appien est la même chose quant tant s'en faut que je trouve glorieux à 

aunombredesmortset desprisonniirs, Jules César d'avoir fait périr cette 

mais non pas quant au nombre des multitude d'hommes, que je croirais 

ennemis. Ils étaient quatre millions , même que l'on aurait fait un grand 

à ce que dit Appien (36) , qui ajou- tort au genre humain , si l'on avait 

te que César prit dans les Gaules plus rassemblé de divers endroits un tel 

de 8oo villes. Plularque le dit aus- nombre de personnes. Le père Har- 

si. Mais César , dans la harangue douin n'a pas daigné faire mention 

que Julien l'apostat lui prête (87), de cette critique; il s'est contenté 

ne parle que de 3oo villes prises , d'observer qu'il n'y a là aucune dilK- 

et de deux millions d'hommes vain- culte. Pline , dil-il, a voulu dire qu'il 

eus. Velléius Paterculus , travaillant ne regarde point comme une chose 

plutôt à relever qu'à exténuer la glorieuse une tuerie si dommageable 

gloire de ce conquérant ne fait mon- au genre humain, encore qu'il semble 

ter néanmoins le nombre des morts peut-être que César ait été contraint 

qu'à quatre cent mille (38). 11 est par l'injure qu'il avait rpçue à faire 

vrai que dans le chapitre précédent ce grand carnage (42). Chacun voit 

il avait dit que le nombre des morts que l'explication de ce jésuite est m- 

et des prisonniers est innombrable, comparablement meilleure que celle 

Ciim ileindè immajies res idx multis de Saumaise. Néanmoins, je ne saii- 

i'oluininibus explicandas C. Cœsar rais croire que Pline ait voulu insi- 

in Gallid ageret , nec contentus plu- nuer en faveur de Jules César l'excuse 

rimis ac felicissimis i^ictoriis , innu- dont parle le père Hardouin. En efl'et , 

menihilibus cœsis et captis hoslium César n'a pu colorer de cette excuse 

millibus {3q). Pline Ta plus loin que que sa guerre contre Pompée et les 

tous les autres : il fait monter le autres guerres civiles qui sont nées de 

nombre des morts à un million cent celle-là. Or Pline dit expressément 

((uatre-vingt douze mille ; mais aussi que le million cent qualre-vingt 



il comprend toutes les guerres de Cé- 
sar , excepté la guerre civile. Voyons 
ses paroles : nous y apprenons que 
César donna cinquante batailles. Sig- 
nis coilatis quiwjungies dimicai'it 



douze mille hommes , que César tua 
dans ses combats , diflèrent de ceux 
qu'il tua pendant les guerres civiles : 
il n'y a donc nulle apparence que 
Pline l'ait eu en vue de la manière 



solus 31, Marcellam transgressus que le père Hardouin suppose. J'aime- 

quiundequndragiesdimicauerat. JVam rais mieux dire que le sens de cet au- 

prœter cwiles uictorias iindecies cen- teur est celui-ci : La tuerie d'un 

tena et XCII. M. hominuin occisa ndllion cent quatre-i^ingt-douze mdie 

prœlds ab eo non equidem in gloriâ hommes est un dommage si considc- 

posuerim , tantani etiam coactam hu~ rable pour le genre humain-, que je 

mani generis injuriam, quod ita esse ne la tinui'erais pas glorieuse, quand 

confessas est ipse , bellorum ciuilium même on la ferait par contrainte , 

stragem non prodendo (^o). Saumaise comme dans les guerres défensives ; 

prétend que ces paroles sont inexpli- et puisque César a supprimé le car- 

cables , et qu'il faut les corriger de nage des guerres cii^iles , il faut qu'il 

cette façon tanta etiam coacta , in ait reconnu la uérité de monprincipe. 

(35) Pl,.i., ,„C«:sare, pag. 7.4, 7>5. Ce sentiment fait honneur à Pline, 

(36) Appian. , in Celticis. et je pourrais nommer de grands ca- 

(37) Juiian. , in <' aesarihus. Vojez l'édition de pitaines qui Ont extrêmement redouté 
r^^fp!!"/"'' '"■4°'P''f- '7'- , ^ ■■ au lit de la mort le souverain juge 

(30) fer hœc insei-juenUaque et quce prœdixi- J n 

(4i) Salraas. , in Solinum, pag. /Jg. 

(42) Quœril Salmasius 1 png. 49 1 9"' l'"'^ 
verba sibi explanel. Non opus est vale in re pla- 
nissimâ. JU Plinius minime se in laude nhquci 
positurum occisa tôt hominum millia ob lanlain 
humani generis cladem : licel ad hanc inferen- 
dam coactus videri forlassis aliéna injuria 
nueai. Hardilinus, in Plinium , Ub. VU , ««?■ 



mus tempora amphits quadringenla mdha hos- 
tium a C. Cœsare cœsa sunl , plura capta. Vel- 
léius Paterciil., tib. II, cap. XLVIl. Lipse 
corrige oclingeiila au lieu de quadringenla. Le 
père Hardouin, in Plin. , Ub. VII, cap. XXF, 
prétend nue Paterculus ne parle que de qua^ 
rante mille , amplius XL miUium hominum a C. 
Caesare c;«sa esse. 

(3q) Palerc, Ub. II, cap. XLVI. 

(40) Plinius , Ub. VU, cap. XXV. 



:xv. 



CÉSAR. 



du monde , en se sourenanl du sanç; 
qui avait tite répandu dans des guer- 
res de religion qu'ils croyaient très- 
justes , et qu'ils avaient dirigées (43). 
La nécessite où Ton est réduit de faire 
certaines choses est quelquefois plus 
capable de nous faire regarder un 
prince comme malheureux, que com- 
me couvert de gloire. 

(E) IL n'etaitpas moins propre aux 
inlvignes (juaux combals. ] Il n'y 
avait point d'homme qui dans le be- 
soin se slU mieux servir de l'hypocri- 
sie , et de la flatterie (44)- .Il «"^ si 
bien faire sa brigue quand il voulut 
être grand pontife, qu'il emporta 
celte charge sur deux illustres com- 
pétiteurs (45) , qui étaient beaucoup 
plus .Iges que lui et beaucoup plus 
rccommandables par des services ren- 
dus à la republique. Son grand cœur 
et sa fierté naturelle devinrent si sou- 
ples , c|u'il s'abaissa aux plus indignes 
flatteries envers ceux qui lui pou- 
vaient être favorables (46) , et , pour 
mieux parvenir à son but , il s'avisa 
d'emprunter de très-grosses sommes , 
afin d'acheter les suffrages. Par ce 
moyen , .il mit dans ses intérêts et 
les pauvres et les riches : ceux-là , 
parce qu'ils se crurent obligés de fa- 
voriser un homme qui leur avait don- 
ne tant d'argent; ceux-ci, parce 
qu'ils craignirent de n'être jamais 
paye's, si César manquait son coup 
(47). Kn cfl'et , il aurait c'te contraint 
de vider la ville et de faire banque- 
route , s'il n'ei\t pas été élu grand 
pontife. C'est pour cela qu'il dit à sa 
mère , en allant au lieu où se devait 
faire l'élection, f^ous vie verrez au- 
jourd'hui, ou grand pontife ou fugi- 
tif (/{S), Voulez-vous (uie ruse mieux 
entendue que celle dont il se servit 
pour empêcher que son absence ne 

(43) Voyez dans l'article du duc de Weiinar 
[ cet arliclii n'exisie pas ] ce qui tera du de 
Guillaume /"■. du nom, prince d'Orange. 

(44) Appian. , lib. II , Bell, civil., pag. m. 
«7. 

(45) Q. Lulalius Calulus , et P. Servilius 
tsauricus. 

(46) Dio , Ub. xxxrii. 

(47) Appian. , Uh. II, Bell . civil. 

(48) Plutarcli. , in Cacsare , pag. 710, D. 
Suélonc , in ejut Vilà , cap. XIII , parle ainsi : 
PoDtilîeatuai maximum petit aoii siac prolu:iis- 
sim^ lar^tlione , in quà ropiilans mogniludinem 
ea-is alieni ctim maaè ad comitia dcrenderet, 
prxilixisse matri osculaati fectur, duiuum se nisi 
pontiUcexa aoa reverâurum. 



lui fût nuisible ? Il enchaînait pour 
ainsi dire tous ceux qui montaient 
aux charges; car il travaillait à en faire 
exclure par ses intrigues et par son 
crédit tous ceux qui ne lui voulaient 
pas promettre de le soutenir peiidaut 
qu'il sei'ait absent : de sorte que le 
seul moyen d'arriver aux charges par 
sa recommandation était de s'engager 
dans ses intérêts , et de lui [jromettre 
en quelque façon une obéi.ssance aveu- 
gle. 11 ne se contentait pas toujours 
d'une promesse verbale , il exigea de 
quelques-uns le serment et une pro- 
-messe par écrit. Etait-il difficile de 
prédire qu'une république où ré- 
gnaient de tels désordres ne durerait 
pas long-temps ? ^d securitatein ergb 
posteri temporis in magno negotio 
habuit obligai'e semper annuos ina- 
gistratus , et è pelitorihus non alios 
adjurare a ut ad honoreni pati perue- 
nire , quani qui sibi recepissent pro- 
pugnaturos abscntiam suam , cujus 
pacti non dubita^'it a quibusdam jus- 
juranduin alque etiaui .syngrapham. 
exigere (49)- Sylla avait bon nez , 
lorsque, céclantaux prières réitérées de 
plusieurs personnes de qualité, il leur 
dit qu'ils se repentiraient un jour d'a- 
voir empêche qu'il ne se détît de ce 
jeune homme , qui contenait en son 
sein plusieurs JMarius. Salis constat 
Syllatn chrn deprecantibus amicissi- 
mis et ornatissimis ^'iris aliquandiic 
denegdsset , alque illi perlinaciler 
conlenderent , e.rpugnatum tandem 
proclamasse (siue dii'iniliis, sit'e ali- 
qiia conjeclurû ) l'incerent , ac sibi 
habcrenl : dummodà scirent , euni , 
quem incolumem tanto opère cupercnty 
quandoque optimalium partibus , quas 
secum, simul défendissent , exitiofu- 
turum : nam Cœsari multos JMarios 
inesse (5o). 

(F) Il n'aidait pas moins d'esprit 
que de cœur. ] Je me servirai des ter- 
mes de Pline, pour représenter la vaste 
étendue et l'activité de cet esprit. 
yinimi t'igore prœstantissimum arbi- 
trer genilum Cœsarem diclalorem. 
JYec l'irtutem constantiamquc nunc 
commemoro , ncc sublimitatcm om- 
nium capacem , quœ cœlo continentur: 
setl proprium t'igorem cclcritatemque 

?'uodam igne i^olucrem, Scribere aut 
egere, sunut dictare et audire solilum 

{4q) -Suel. , in CiEsarc , cap. XXUl. 
(riô) Idem , il/id. , cap. I . 



CÉSAR. 



accepîinus. Epislolas vevo tantarum 
rerum niiaievnas pariter librards dic- 
tare : aut si nihil aiiiid ageret , sep- 
tenas (5i). César lisait ou écrivait en 
dictant à plusieurs personnes en mê- 
me temps. Pour ce qui est de son" in- 
trépidité et de son courage, voyez 
Suétone (Sa). 

(G) IVous auons encore deux de ses 
ouvrages. ] Savoir VU livres de la 
guerre de Gaule , et IJI livres de la 
guerre civile. Ce ne sont propreaient 
que des mémoires. On y trouve ime 
grande netteté de style, et toutes les 
beautés négligées qu'un génie aussi heu- 
reux que celui de Jules César pouviiit 
répandre dans un ouvrage de cette 
nature, qu'il composait à la hâte (53), 
et sans artifice. On prendrait volon- 
tiers pour un éloge flatteur ce qu'Hir- 
tius en a dit , si l'on ne voyait un 
semblable éloge dans un ouvrage où 
Cicéron n'entonnait pas le panégyri- 
que , comme il a fait dans quelques 
harangues (54)- Constat inter ornnes 
nihil tant operosè ah aliis esse pertec- 
tum, quodnon horuni elegantid Com- 
mentariorum superetur : qui sunt 
editi ne scientia tantarum rerum ges- 
Tarum scriptoribus desit , adeoqne 
probantur omnium judicio , ut prœ- 
repta non prœbitafacultas scriptori- 
bus l'ideatur. Voilà les paroles d'Hir- 
tins (55), et voici celles de Cicéron : 
Commentarios quosdam sciipsit rerum 

suarum , valdè probandos : nu- 

di enim sunt , recti et i^enusli , omni 
ornatu orationis tanquam i^este de- 
tractd : sed dum uoLuit alios habere 
parata undè sumerent qui relient 
scribere historiam, ineptis gratum for- 
tasse fecit qui uolunt illa calamislris 
inurere , sanos quidem homines à scri- 
hendo deterruit : nihil enim est in his- 
torid purd et illustri brei'itate dulcius 
(56). Tout le monde n'en jugea pas 
«■-omme Cicéron et Hirtius; car nous 
apprenons de Suétone, qu'Asinius Pol- 

(5i) Plinîus , lib. VII, cap. XXF. 

(Sî) Suet. , in Caesare, cap. LX et seq. Voyez 
aussi Valère Maxime, Uv. III, chap. II, 
nuti. 19. 

(53) Cœteri quam béni altjtie emendalè, nos 
etiam quàm facile atque eeleriier eos confeceril 
scirnus. Hirliiis , prtej. , Ub. VIII àe Bello Gal- 
iico. 

(54) If ans les oraisons pro Marcello, pro Li- 
gario, pro rege Dejotaro. 

(55) In prœf. lib. VIII de Bello Ralllco. 
(56j Cicer. , in Bruto , cap. LXXIV. 



lion trouvait trop de négligence et bien j 
des mensonges dans ces Commentai- 
res; soit que César eitl ajouté foi à 
de faux rapports , soit qu'à l'égard 
des choses qu'il avait exécutées lui- 
même , Pamour-propre ou un défaut 
de mémoire , l'eussent engagé à pro- 
duire des faussetés. Pollio Asinius 
parimi diligenter pariimque integi-d 
i^eritate compositos putat, ciim Ccesar 
pleraque et quœ per alios erant gesta 
temerè crediderit , et quœ per se uel 
consulta , t^el etiam memoriâ lapsus 
perper'am ediderit, existimatque re- 
scripturum et coivecturum fuisse (5^). 
Un critique moderne (58) a fort cen- 
suré ce jugement de PoUion , mais 
l'auteur des Nouvelles de la républi- 
que des lettres s'est déclaré contre ce 
critique. // serait difficile , dit-il 
(Sg) , de coni'aincre Asinius Pollio 
d'ai-oir faussement accusé de men- 
songe les Commentaires de César; 
car pourquoi ne croirons- nous pas 
qu'un auteur contemporain , et qui 
était en tous sens du même métier 
que César, capitaine , historien et 
orateur aussi-bien que lui, s'est in- 
struit de mille choses qui ont fait t'oir 
?'ue César débUail des fables ? Pour 
e reste , il est très-certain que les 
mémoires de ce conquérant sont écrits 
d'une manière trop négligée, et si 
AI. le pi'ince de Condé s' avise jamais 
de faire la relation de ses campagnes 
de cet aird'a , il peut s'assurer que son 
lii^re ne sera pas admiré des connais- 
seurs : mais infailliblement on y t^er- 
rait toute une autre force. Je m'assure 
qu'il y a peu de partisans de l'anti- 
quité assez prévenus , pour soutenir 
que les mémoires du duc de la Roche- 
foucaut ne sont pas meilleurs que ceux 
de César. Consultez Vossius (60) , qui 
montre deux choses avec la dernière 
clarté : 1°. que César est le véritable 
auteur des Commentaires qui portent 
son nom ; a*', que la vérité y est sou- 
vent épargnée (61). Voyez ci-dessous 
la remarque (S). 

(H) On aurait tort de le prendre 
pour un épicurien de théorie a l'égard 

(5-]) Suet. , in Ciïsare , cap. LVI. 

(58) MorhoCus , de PatEvinitale Livianà , 
pag. 45. 

(Sg) Mois de juin i685 , pag. 629. 

(60) Vossius , de Hist. latinis , pag. 62 , 63* 

{61) Vojei la remarque (D) de l'article 51 i- 
TELLVS (Lnciu?), (orne X. 



CÉSAR. 



lie la Providence. ] On peut m'objec- 
ter trois choses sur ce point-ci. La 
jiremière est ce passage de Salluste : 
l)c pœnd , possum cijiiiilcm tlicere iil 
rfiiotl res habcl , in liictti alaue rnisc- 
riis niorlein œi-uninurum ref/uiem non 
< ruciatum esse , eam cuncla niorta- 
liiim tiiala tlissoh^ere , ultra neqiie 
I urœ neque gaudio lociiin esse (62). 
C'est César qui paile ainsi dans le 
M-nal , en opinant sur la peine que 
Fan de\ait inflis;er aux complices de 
Catiiina. Il décide nettement et sans 
la moindre réserve , que la mort met 
/in à tous nos biens et à tous nos 
maux : c'est nier tout court l'immor- 
falilé de T^me. On peut s'étonner 
avec justice qu'un sénateur ait osé 
j)arler de la sorte devant toute la 
compagnie. Catou ne laissa pas tom- 
ber cette doctrine de César j mais il 
n'en ût qu'une censure indirecte et 
bien modérée. Benè et composite , 
C. Cœsar paulb ante in hoc ordine de 
ritû et morte dissernit, credo j'alsa 
cxislimans èa qiiœ de inferis raemo- 
lantur , diverso ilinere malos à bonis 
lora tetra , inculfa , fœda atque for- 
uiidolosa liabere (G.3). La seconde ob- 
ji'ction' est tirée de Lucain. Ce poète 
recite que César ayant assiégé iMar- 
seille , donna ordre que l'on abattît 
un bois consacré à une divinité, d'au- 
tant plus dévotement repcctee par les 
habitans , qu'ils ne la connaissaient 
point (64). Les soldats n'osaient obéir j 
lis craignaient que leurs haches ne 
tussent repoussées sur eux-mêmes : 
il fallut que César mît la main à l'œu- 
vre tout le premier , et qu'il les encou- 
I igeât non-seulement par le succès 
les coups de hache qu'il donna à l'un 
<1:; ces arbres consacrés, mais aussi en 
déclarant qu'il se chargeait de toute 
la faute et de toute l'impiété qu'ils 
pourraient commettre. 11 fut obéi , 
non pas tant à cause qu'on n'eut plus 
'11- peur, qu'à cause que tout bien 
compté on aimait mieux s'exposer 
( la colère du ciel , qu'à la sienne. 

Sed fortes tremuére manus , molique verendd 
Ma/estalc loci, si robora sacra Jerirent , 
In sua creilebanl redituras mernbrn srcures, 
ImplicUas magno Cœsar terrore cohortes 

(Gj) Sallust. , de Bello Catllin. , cap. LI. 
((;3) Idem, ibid. , cap Lit. 
(64) • • • • Non fiilgatit sacratafiguris 
A'umina sic meluunl : tanluin lerroribus addit 
Hiios liineant, non nôtse Deos. 

Lucan. , Phars. , lib. III, vs. 4i5. 



Vl vidil , piinii,, rnplam Uhrurf hipi-nnem 
Ausus , et aerinmjrrro proscmdere qu-rcum, 
J-'IJatur inerso ,'iolala in robora p-rro ; 
Jutn ne ijius veslrUin dubitel subvertere sil- 

vam , 
Crédite me fecisse ne/as. Tune paruil o.nm, 
Imperus non suhlalo spcura pafore 
Turba , sed expensa Superorum , et Cœsans 

ira (65). 

Si tout ce qui m'est nécessaire de la 
narration de Lucain ne finissait pas ici, 
,) ajouterais qu'il remarque que les^ha' 
bitans de Marseille, bien loin d'avoir 
du regret de la pcrtede leur bois sacré, 
s en rejouirent extrêmement , parce 
qu'ils s'imaginèrent qu'une si grande 
impiété ne demeurerait pas impunie ^ " 
mais, dit Lucain, ils éprouvèrent 
que les dieux ne se f.lchent que contre 
b's malheureux (G6). C'est parler 
d une façon trop profane : c'est im- 
puter à la Providence la faute dont 
on accuse les juges de la terre , quand 
on dit que les gibets ne sont faits que 
pour les malheureux. La troisième 
objection est fournie par Suétone, 
qui assure que jamais la religion , 
c est-à-dire les mauvais présages des 
Mctimes, ou tels autres avertissement 
célestes , ne délournèrent César de 
commencer ou de poursuivre ses en- 
treprises. lYe religione quidem ullà 
a qnoquam imepto absterritus un- 
qiuini t'elretardatus est. Ciim imvio- 
lanti aufuqis.'ict hostia , profeclionem 
adi^erdis Scipionem et Jùhnm non 
distulit (67). il en donna un bel exem- 
ple le jour de sa mort , puis(pi'il alla 
au sénat, encore que les victimes 
qu'il fit offrir ne lui présageassfnt rien 
de bon (68). Voilà trois argumeus 
auxquels je m'en vais répondre. 

Je dis contre le l"-'. , qu'il prou- 
ve trop : car si le passage de Sal- 
luste est une preuve que César ne 
croyait point la providence des dieux, 
il faudra dire queCicéiou ne la croyait 
point , lui qui en pleine audience as- 
sura aussi nettement que César, que 
la mort fait cesser toutes nos misères, 
lui qui traita de fables et de rêveries 

(65) Idem , ibid. , vs. 42g. 

(66) ■ • • • />Iuris sed clausa juventus 
Exullat : gius enim Icesos impunè pularel 
E.ye Deos ? srrvat muUos forluna nocentes 
Le tantum inisens irasci nun.ina possum. 

Jbid., ^j.44(;. 

(67) Snet. , m Cxsàre , cap. LIX. 

(08) Dein pluribus hostiis cœsis nim litarr 



32 CÉSAR. 

tout ce qu'on disait touchant les tour- moqua fort plaisamment des scrupu- 
mens des enfers. Huic mortem matu- les de son messager. Disons donc que 
rabat inimicus , quotl illi unum in la hardiesse de César contre le bois 
malis perfiigiuni erat calaniitatis ? sacré de Marseille ne prouve point 
qui si f/uid animi -, ne i'irlutis habuis- qu'il niât la Providence : elle prouve 
sel (lit midti scepè fortes uiri in ejuà- seulement , ou qu'il se moquait en 
modi dolore) mortem sibi ipse conscis- particulier de cette superstition des 
set : huic quainobrem id vellet inimi- habifans de Marseille, ou qu'il passait 
eus ofen'e , quod ipse sibi optare de- par-dessus les règles de la religion , 
béret ? Nam nunc quidem quid tan- quand il s'agissait d'une utilité fort 
dem illi mali mors altulit ? nisijortè importante à ses aflaires. Les princes 
inevtiis acjabv.lis ducimur, itt exis- chrélieus qui , dans les cas de néces- 
timeinus illum apud inferos impio- site , s'emparent des biens de l'e'glise, 
rum supplicia pei^jerrè , ac plures savent fort bien qu'ils font mal j mais 
iU'ic offendisse inimicos , quàm hic re- ils aiment mieux commettre ce crime, 
liquisse : à socnis , ab uxornm , a que d'être vaincus par leur ennemi : 
fratris a liberdm pœnis aclum esse tout de même qu'ils aiment mieu.ï 
prœcipitem in sceleratorum sedcm , violer contre leur conscience les lois 
attiue regionem. Quœ si falsa sunt , de la chasteté, que mortifier leurs 
id quod omnes intelligunt, quid ei désirs. La S'', objection n'est pas plus 
tandem aliud mors eripuit , prœter forte que les précédentes 5 elle mon- 
sensuiu doloj'is (69- ? On aurait le tre seulement qu'il faut dire de Cé- 
plus grand tort du monde de conclure sar ce que nous disons des chré- 
de ce iiassa-'c, que Cicéron ne croyait tiens c[ui ont la fol et non pas la cha- 
ni une antre vie, ni la providence des rite, qui croient rÉvangile sans en 
dieux : ses érrils témoignent trop vi- observer les préceptes; en un mot, 
siblcmenl le contra re. D'à. Heurs , qui ont la foi sans les œuvres. César 
tout le m'^iide ne convient pas qu'il croyait la religion des augures et la 
V ait une liaison nécessaire entre l'ira- consultait ; mais il ne s'y conformait 
mortalité de l'ame et la providence pas, lorsque sa prudence ou ses pas- 
de Iheu. Les saducéuns niaient le sions lui conseillaient le contraire, 
nn niier de ces deux dogmes et ad- C'est ainsi que les chrétiens se gou- 
mtMtaienl le dernier. Je me sers d'une verneuf à l'égard des directeurs de con- 
semblable réponse à l'égard de la science : ils les consultent et ne leur 
a"^. objection. Syila était 1 homme du obéissent pas. Mais comme le soin qu'ils 
monde le plus éloigné de l'athéis- ont de les consulter est une marque 
me. 11 voulait qu'on eût une grande qu'ils sont persuadés des dogmes de 
déférence pour les ordres que Dieu religion , il faut dire pareillement 
donne par l'intervention des songes : que le soin que prenait César de con- 
il attribuait ses victoires à la faveur sulter les entrailles des victimes (^4) 
de la fortune , beaucoup plus qu'à sa et les autres oracles de la discipline 
prudence (70) ; il avait de la foi pour angurale , témoignait qu'il ne man- 
ies présages (71) ; il vouait une partie quait pas de foi sur ce chapitre. Le 
de ses biens aux dieux , et il observait jour qu'il fut tué , il balança s'il sor- 
ponctuellement les cérémonies que les tirait , ou s'il ne sortirait pas , quoi- 
prêtres lui enjoignaient (72). Cepen- qu'il sût que ce jour-là avait été des- 
dant lorsqu'il eut besoin de bois et tiné à la discussion de pluseurs aflaires 
d'argent au siège d'Athènes , il ne fit de la dernière importance dans le se'- 
aucun scrupule de faire abattre des nat. La cause de son irrésolution ne 
arbres sacrés et d'enlever des temples, venait que d'un mauvais songe de sa 
et même de celui de Delphes , les ri- femme. 11 fut ébranlé par ce songe , 
chesses qui s'y ti-ouvèrent (73). 11 se mais non pas jusques au point de ne 

vouloir pas sortir. 11 fallut pour lui 
{6çi) Cicero ,f>roC\\ieni\o, cap. LXI. Notez faire prendre Cette résolution, qu'il 

,,uc Cicéron jmrlc d'une toute autre manière apprît que les victimes qu'il avait fait 

dan, iW.on pro C^ Rab.no. immoler n'annonçaient rien de favo- 

(-0) Plut. , m eius Vila , pas. àou. , , , -i • 1 - 1 - ■■ 11 

;'(,,., ) r o t t rable. Le voua donc résolu a n aller 

(71) Ibidem. 

(•■7.) Ibidem , pag. li'}!\. {'jl^) Dein pluribiis ho.ttiis ctstis cum htnis 

(73) Ibidem, pag. 45(). non posset. Suet., m Cœs., cap. LXXXI. 



I 



CÉSAR. 



33 



point au sénat (75); et il n'y serait 
point allé , si Tiin des conjures n'avait 
eu radresse de le prendre par son 
faible. Il lui dit entre autres choses : 
Que diront uos ennemis , s' ils ap- 
prennent que uous attendez a venir 
régler les plus importantes affaires de 
la république , que votre femme fasse 
de ieaux songes P'ElJ'i <|)pâ^oi riç ctÙToU 
K«.9sî['o//svoK, vùv jufv à,7rcihKâ.ma-Bu,i , 

TXfiii'/ctt <r' àuSlÇ ÔTStV ivrilX"' /îêATKj5-(V 

ovÉï'fOiç KstXTOt/pvi'ît , Ti'vstÇ ia-i(r8xi Xnyovç 
TitpÀ TMv «fpovoûvTaiv : Quihus si quis 
consulenlibus dicat , in prœsenlid ut 
discedant , redeantquc ubi nucta fue- 
rit Calpurnia lœtiora somnia ; qua- 
Ics futuri sunt apud inuidos sermoncs 
(7G; ? Nous avons donc ici un homme 
(jni ajoute loi aux présages ; nous sa- 
vons d'ailleurs c[u'il a composé plu- 
sieurs livres sur les auspices (77), et 
qu'il fut encouragé par un prodige à 
passer le Rubicon : Eatur, dit-il 
(78), quo OV.ORVM ostenta et inmiicorum 
iniquitas l'ocat : jacta aléa est. Nous 
savons qu'il lit sa prière aux dieux, 
111 se préparant à la bataille décisive 
contre Pompée. n£pi;t*f''f î^vo/^êvoc xa.* 

iÙ^dy-iVOÇ TOK 61OIÇ TT a. fiT ATT i TJIV <fît- 

XAyyA. Ihi lœtus et deos precaths 
nciem ornât (79). Nous savons qu'il 
avait une confiance extrême en sa 
fortune , comme il paraît quand il 
rassura son pilote , Quid times ? Cœ- 
sarem reliis. De quoi as-tu peur ? Tu 
portes César (80). Ses paroles sont 
plus expressives dans Plutarque (81). 
Nous savons qu'il tombait d'accord 
que la fortune se mêlait de tout , mais 
qu'il n'y a rien où elle préside plus visi- 
blement qu'à la guerre. 3/ultiini ciini 
in omnibus rébus , tiim in re militari 
fortuna potest (83). Fortuna quœ 

("5) 'ne <r« KXt TTOXA» XStTCtS^/J'aVTÎÇ 

01 //jtvTSiç ê<fia3"av a.ÙTa> ^u^npiiv , lyvce , 
Tri/A-^aç 'Avtoiviov , Àt^iivcti tjiv a-w^Kltt- 
TûV. Vt verà intitlis jain cœsit hosiiis renuncia- 
verunt ei aruspices lilari non passe ^ slaluit 
inisso Antonio senalutn dîiÊiUtere. Plut. , in ejus 
\>tà,pas. 738, B. 
(70 J Idrm , iliid. , C. 

(77)Macrobc, Saturn., W. /, cap. XVI , 
pag. m. 2G7 , en cite U XVI'. 

(78) Snet. , in Ca:sare , cap. XXXII. 
\ (79) PI'»*., in Cœsare, pag. 728, E. 
I (80) Florus, lib. IV, cap. II , iium. 37. 
I (81) Yliçii/i tÎÏ ti//^vi , yv^ùç oti KctiTO.- 
fct x.riiy.i^iiç. Fide fortunœ sciens te Cœsarim 
vehere. Plul. , 111 Apopli. , pag. ao6 , C. 
(82) Cœsar. , de BeUo gall. //ij. II. 

TOME V. 



jjlurimiim potest tiim in reliquis rébus, 
tiimprœcipuè in bello , parvis momen- 
tis magnas rerum commulationes ef- 
ficit , ut tiim accidit (83). il n'est pas 
besoin ({ue j'observe que rien n'est 
plus opposé au système d'Lpicure que 
i'hypolhèse des présages et de la for- 
tune. Dites de la fortune tout le mal 
que vous voudrez : iaites-la aveugle, 
injuste, volage, ca[>ricieuse, etc. ; vous 
admetlez nécessairement un principe 
distinct des atomes , doué de direc- 
tion „t de volonté, et qui se mêle de 
nos aflaires (84). 

J'ai oublié un acte de religion qui 
est curieux. Les Auvergnats se van- 
taient d'avoir l'épée de Jules César , 
et la montraient encore du temps de 
Plutarque , appendue à l'un de leurs 
temples. César la vit et n'en fit que 
rire , et ne voulut pas permettre A ses 
gens de la reprendre, 11 la considéia 
Comme une chose sacrée (85). 

Je n'allègue point comme un scru- 
pule de conscience les égards qu'il eut 
pour un monument. 11 n'osa ruiner le 
trophée que Mithridate avait érigé 
après la défaite de Triarius (86); il n'o- 
sa , dis-je, le renverser, attendu que 
c'était un monument consacré aux 
dieux des armes (87); mais il érigea un 
autre trophée vis-à-vis de celui-là, lors- 
qu'il eut vaincu Pharnace. 11 se conten 
ta d'opposer monument à monument , 
et de telle sorte que le sien obscurcis- 
sait , et en quelque façon détruisait 
l'autre. Ka98Âs7v//êV'),àp to tou fiafCûpou 
oôn tToX/una-iv , cêç koli tc7c îfjtTrcAifAtotç 

ÔjOIÎ hf.tif/.iVOV T? J'i Jll TOÛ ÎJirjU TTO.- 

fag-irit Kcti £«£<vo a-u;'iTiila.iTi , ku-'i tcÔtov 
Tivà Ktti KcLTiç-fi-^i. Evertere quidem 
trophœum barbari non est ausus , ut- 
potè belli deis consecratum : sed sut 
ipsius trophœum constituendo ilhid 
aliud obscuravit , quodamque modo 
dejecit (88). Il pourrait efléctivcment 
avoir eu peur d'ollénser les dieux de 
la guerre : il pourrait aussi s'être mo- 
qué intérieurement tle cet article de 
religion : n'insistons donc pas sur cette 
preuve: permettons qu'on croie que, 

(83) Idem , de Bello civil. , lib. IJI. 

(84) Voyez l'article Timollon , remaïquer 
(i;e£(K , tome XIV. 

(85) Plut., in Apopli., pag. 720 , E. 
(sC.) Uio, IU>. XLII, pag. m. 1^. 

(87; Vojet tome II, pag. 670, l'article kv- 
RtLiKN , remarijue (D). 
rSSîDio Jtb. XLII, pas- o3ii. 



34 



CÉSAR. 



sans avoir respecte dans le fond Ac de ces flatteurs. Ceux-ci ne se rebutè- 
ïàme ou Mars, ou Bellone, ou Mi- rent point j car pendant la fête des 
ncrve , etc. , il s'abstint en bon politi Lupercales , Marc Antoine , qui était 
que de choquer la foi des peuples, consul, s'approcha de César, et lui 
Mais voici un fait qui ne permet pas voulut mettre le diadème. Un petit 
de douter qu'il ne filt superstitieux, nombre de gens apostés a])plaudirent; 
Il avait un formulaire de prière, qu'il mais le peuple ne les imita point. Cé- 
répétait trois fois dès qu'il avait pris sar repoussa Marc Antoine : alors les 
sa place dans son carrosse : et il en applaudissemens du peuple firent re- 
usait ainsi pour se procurer un heu- tentir le lieu. Cette tentative de Marc- 
reux voyage; et il ne commença Antoine fut réitérée un peu après, et 
d'employer cette dévotion , que de- précisément avec la même fortune, 
puis que son carrosse eut pensé verser. Ce qu'on n'avait pu faire sur l'oiigi- 



Cœsarem dictatorem post unum anci- 
pltein fehicu/i casuin , fei'unl sernper, 
ut primiun conseilisset , id quod p/e- 
rosque mine facere sciinns , carminé 
ter repetilo securltatem itinerum an- 



nal , on le Ht sur les copies : on mit 
des diadèmes à la tète des statues de 
César : deux tribuns du peuple (lient 
ôter ces diadèmes , informèrent con- 
tre ceux qui avaient les premiers don- 



cupari soUtum (89). J'infère de tout né à César le titre de roi, et les me- 

ceci , qu'il ne pouvait être épicurien nèrent en prison : le peuple les en bé 

tout au plus que de pratique (90). nit , et les suivit avec de grands ap- 

(I) La crainte qu il ne prit haute- plaudissemens. César, au contraire , 

ment le nom de roi n'était pas les déposa de leur charge (92;. Ainsi 

trop mal fondée.'] Les favoris de César tous ceux qui sentaient encore dans 
étaient à proportion plus avides et leurs veines une goutlc de sang ro- 
plus insatiables que lui-même : ils ne main (93) , crurent qu'il n'y avait pas 
lui voulaient procurer le titre de roi de temps à perdre, et sollicitèrent 
que parce qu'ils espéraient de jouir Brutus à se souvenir qu'il portait le 
d'une plus grande puissance sous cette nom de celui (jui chassa Tarquin. 
nouvelle forme de gouvernement. La Voyez dans Suétone à quoi César avait 
première chose qu'ils firent fut de réduit la libei té de la république (9 j). 
mettre en œuvre la machine de la re- 1! est certain, comme on veut que Cc- 
ligion : ils semèrent parmi le peuple, sar l'ait dit lui-même , que ce n'était 
afin de pressentir les esprits, que les qu'un mot. C'était un cadavre ou un 
vers de la sibylle déclaraient formel- squelette. Nec /ninoris impotentiœ ro- 
lement que si les Romains envoyaient ces propalam edcbut , ut T. Ampius 
contre les Parthes une armée com- scribit , nihil esse reinpuhlicani , ap- 
mandée par un roi , ils les subjugue- pellationeni modo sine corpore acspe- 
raient ; mais qu'autrement ils les trou- cie. Syllain nescisse lilteras , qui dic- 
veraient toujours invincibles. Après taturam deposuertl : debere homincs 
cela , les favoris essayèrent si le peu- consideratiiis jam loqui seium ac pro 
pic était assez préparé; car un jour legibus habere quœ dicat (y5). 

que César rentrait dans la ville, ils (K) Sa dernière uictoire fat 

lui donnèrent le nom de roi. Le peu- celle qui lui coula le plus.^ La fortu- 
ple en murmura , et alors César prit ne se montra irrésolue sur sa condui- 
habilement son parti , il rejeta ce ti- te : on eût dit qu'elle examina si elle 
tre (91) ; mais il se retira tout chagrin excepterait César de la règle générale 
de Yoir que le peuple ne l'avait pas qu'elle a coutume de suivre , (jui est 
contredit lorsqu'il rejeta la sahilation d'abandonner ses amis lorsqu'elle les 



(89) Plin. , lib. XVJII, cap. II. 

(90) Exceptez-en même les plaisirs de la 
lionne chère. Voyez Suétone , in ejus Vilâ , cap. 
I.III , oit il rapporte ce que di>ail Calon : 
TJnum ex omnibus Cœsarem ad everlendara 
renipublicam sobrium accessisse. Voye% aussi 
Paterculus, Uh. Il, cap. XLI. 

fgi) Conjèrei avec ceci ce qu'on rapporte île 
Croinuel dans l'Histoire des Ouvrages des Sa- 
vans , mois de janvier ifjpg , pag. 7 , à Vexirtlit 
difs iltir-iure» de Ludlow. 



a élevés , et de leur faire payer dans 
un jour tout le bien qu'elle leur a fait 
pendant un boa nombre d'anuées. 

(92) Plut. , in Cœsare , pa/;. --j'iG. 

(qi) On peut supposer qu'ils se demaadaient, 

ilivc fièrent si tesliculi venu ullapalerni 

Viverel in nobis 

Persiiis, sat. I , vs. io3. 

(94) Sucton. , in Cœs. , cap. LXXVI. 

(95) Idem, cap.LXXriI. 



CÉSAR. 



35 



Ecoutons Florus. Omnium postrc.ma 
1 irtaminiim Manda, ilïc nonpro cce- 
icrJ felicilate, sed anceps, et diii triste 
pric'lium : ut plane uideretur nescio 
ipiid delibcrarc fortuna. Sanè et ivie 
tinte acicin inœùior non ex more Cœ- 
stir, iii'e respecta jra^ditiilis hurna- 
/;,(• , sii-e niiniam prosperorum sus- 
ne, lum habeui conlinuationem : uel 
ilem timens , ])ostquhnt, idem esse 
. iperat , quod Ponipeitis {g6). Il ra- 
conte ensuite comment les lioii|)esde 
Ccsar commencèrent à leciiler. JYo- 
i'issimè ilLud inusilatiim Cœsaris ocu- 
lis ( nef as ) pust (juatuordecim annos , 
probala l'eteranorum manus gradum 
rétro dédit. Quod etsi nondltin Juge- 
l'al , apparebat tamcn , pudore nta- 
u's , <iuhm idrtute , resistere. Itaque 
,d)fegato equo , simiUs furenti , pri- 
niam in aciem procurj'it. Ibi prensare 
I ugientes , confirmare ; per totum de- 
nique agmen oeulis , ma/ùbus , cla- 
::i)re , wolitare. Dicitur in illd per- 
■'rbatio/ie et de extremis ugitâsse se- 
um , et ita manijesto uultuj'uisse , 
;!(asi occupare manu morteni wellet 

):)• . , . . 

Les quatre vers que je dois citer sont 
Ji- M. Pellisson : je les tire de son dia- 
logue avec Pejjase. 

Mais ce fameux César, qui presque sans 

coinbatire 
Venait, l'oyait, vainquait, ne le suivais-tu 

pas ? 
Jamais il ii^etit quilté la belle Cle'opdtre , 
Four aller prendre Dole un jour de mardi 

gras. 

Pourquoi ne l'aurait-il pas quittée à 
pareil jour pour prendre une ville , 
j)uis(|u'à pareil jour îl tlonna une 
V)ataille cpii fut cent fois plus péril- 
leuse (|ue ne l'eût été le siège d'aucune 
ville? 

(L) Salluste a mis en parallèle 

le caractère de César at^ec celui de 

Caton, qui aimait jyiieur être bon- 

ne'te homme que de le paraître. ] Je 

vais copier les paroles de cet histo- 

lien. His ( €;c5aii et Catoni ) genus , 

œtas y eloquentia prope œqualiaj'ué- 

re : magnitudo animi par , item glo- 

ria , sed alia alii. Cœsar beneficiis , 

I ac munificentid magnus habebatur ; 

I integritate intiv Cato. llle mansuetu- 

j dine , et misericordid clarus j'aclus : 

! huic severitas dignitatem addideral, 

(gG) Florus , lib. IK, cap. II, niim, -S. 
(i)7) Ibidem , num. 8i. 



Cœsar , dando , sublefando , ignos- 
cendo ; Cato , nihil largiendo , glo- 
riam adeptus est. In altéra viiseris 
perfugium ; in altéra malis pernicies. 
lllius facilitas , hujus Constantin lau- 
dabalur. Postremo Cœsar in animum, 
indiixerat , labarare, t^igilare ; riego- 
tiis amicornm intentas , sua neglige- 
re ; nihil de ne g are -, quod dono dig- 
num essel ; sibi magnum imperiuin , 
exercitum , bellum novum exoptabat, 
ubi wirtus cnitescere posset. JJt Ca- 
toni studium modestiœ', decoris , sed 
maxumè sei'eriUitis erat. Nondii'itiis 
cum dii'ite , neiiue jactione cum jac- 
tioso ; sed cu/n strenuo i'irtute , cum 
modesto pudore , cum innocente absti- 
nentid certabat ; esse , quhm uiden , 
bonus malebat ; ita , quo minus glo- 
riam pelebat , eo mugis adsequebatur 
(98). Tout homme <|ui, dans la dis- 
tribution de CfScloges, aimerait mieux, 
la part de César que la part de Caton, 
ferait paraître son mauvais goût. 11 
n'y a point de bon juge qui, tout bien 
compté , ne préférât ;'i cent autres 
belles qualités celle qu'avait Caton , 
d'être plus sensible à la possession de 
la vertu, qu'à la réputation d'être ver- 
tueux (99). Ce fut aussi le partage d'A- 
ristide, ce fut l'éloge qu'un excellent 
poète donna au devin Amphiaraiis. 
J'ai raisonné sur cela dans un autre 
endroit de ce Dictionnaire (100) , et 
j'y ai examiné une maxime attribuée 
à Socrate , qui ne s'accorde pas mal 
avec ces paroles d'un poète latin : 

Tu rectè vivis , si curas esse quod audis (loi). 

Postel a fait sur ce vers-là une consi- 
dération très-solide , dans une épître 
dédicatoire (loi) , (jui est d'ailleurs 
toute hérissée de galimatias. 

(.M) // auait un soin extrême de se 
faire donner de l'argent sous quelque 
prétexte que ce Jdl.] Il exigeait (juel- 
quefois des sommes d'argent , sous 
prétexte qu'elles avaient été promises 
à Pompée. Il enleva le trésor du tera- 

(98) SallHstlus, de Bello Calllin., C. Lir. 

(Ôç,) Consultez Lucalii , Ph.irs. , /i6. //, f.c. 38>. 
et seq. J'ai tu d.iii< tr SIercure Volant, imprime' 
en 1705, paii- (ji , qu'on a dit de Caton : Nud- 
quàiu rectè fecit, ut facere videretur , bid quia 
aliter facere non poterat. 

(100) Dtmt In remarque (II) de l'article Aji- 
PUIAKAUS luine l, piig. 5^2. 

(lOi) Horat. , epi.st. XVI, Ub. I, vs. 17. 

(10:2) Celle de ses Hisio'iri^s oricul^\eî , impri- 
mées à Paris l'an i575, et dédiées ait duc d'A- 
l:iiron , frère d'Henri III. 



36 



CÉSAR. 



pie d'Hercule , à Tyr , sous pre'texle 
que les Tyriens avaient reçu dans leur 
ville la femme et le fils de Pompée. Il 
se fit donner des couronnes d'or aux 
rois et aux princes , en qualité de 
vainqueur (loB). En un mot , quand 
une raison lui manquait, il en savait 
bien inventer une autre. Cette con- 
duite et ces exactions ne proce'daient 
pas de méchanceté , si l'on en croit 
Dion (io4) , mais des de'penses exces- 
sives qu'il avait à faire. Il ne s'appli- 
quait à amasser de l'argent qu'à cause 
qu'il était persuadé que , pour acqué- 
rir la domination, pour s'y maintenir, 
pour s'y agrandir , on avait besoin de 
deux choses cpii se soutenaient l'une 
l'autre : on avait besoin d'argent et 
de troupes. On conservait les armées 
en leur foui'nissant ce qui leur était 
nécessaire , et par les armées on trou- 
vait les fonds de leur subsistance ; et 
si l'une de ces deux choses venait à 
manquer, l'autre tombait en ruine. Si 
Dion s'imaginait que c'étaient-là de 
bonnes excuses, il raisonnait mieux en 
homme de guerre, en bon politique , 
qu'en bon citoyen. Voici ses paroles : 

TÔ T£ O-iiy.TTO.'i i'tTTW , ;tpM//a.Tci^oiôç ctv«p 
êVSVSTO , cft/0 Tê iheti MyUV TO. TCtÇ éu- 

va.ç-ê/stçoTa,pst!rxêi/a^ovTa. xa* «çi/Xctcrs-ovTa. 
KOLi ÎTra.v'^ov'Ta., ç^cltiÛto.; x-ai X'^if^-o.- 
Ta., xct/ Tai/T* <f(" ÀKKriKùDV iruviç-»>iiva.r 
tÎï Tê yà.i> Tpo^îîî Ta çfctTiiif/.a.Ta, auii- 

yiT^SLl , Ka.1 SXêivUV iX- Ta)V tTTAaiV (TUK'hi- 

yi(rèa.r xav 6iT«|)0V ÔTOTêpo5-0!/v aÙToev 
ivJùç «, Jtcti ro êTspov i7-uyK!tTaLXuByiTio-- 
Qcti. JJtque summalim dicam , pecu- 
niarum coactor erat César, duas esse 
res dicens , quibus et pararentur , et 
conseri^arentur et augerenluv impe- 
ria , nenipè milites et pecuniam. Ea- 
rum alteram per alteram consistere , 
nom et annond contineri exercilus , 
et eam arniis parari , atque alterutro 
déficiente , reliquum simiil concidere 
(io5). Cet historien observe que César 
étant arrivé en Italie , après la défaite 
de Pharnace, continua ses exactions, 
tantôt sous le titre de présent, tantôt 
sous celui d'emprunt. Il empruntait 
aux particuliers et aux villes , et n'a- 
vait aucune intention de rendre , et 
il les contraignait de compter tout de 

(io3) Fojci Dion Cassius, lib. XLTI , pa^- 

»34- ... V , . , 

(lo4) Toi/TO J'i OVX !"'■* X-U.KIU.Ç ITTOm. 
QucE oinnianoniniproùUalefaciebat, Id. , ibid, 
(loS; lUein, ibid. 



même que s'il eût exigé le paiement 
d'une dette (106). 

(N) Une fois .... il ne daigna se le- 

l'Cr dei'ant le sénat cette incivilité 

fut l une des principales causes de sa 
l'uine-l Deux passages , l'un de Sué- 
tone , l'autre de Dion Cassius, vont 
donner la preuve de tout ceci. Prœ- 
cipuani et inexpiahilem sibi ini'idiam 
hinc maxime moi'it : adeuntes se cum 
plurimis honorificentissimisque decre- 
tis unii'ersos patres conscriptos se- 
dens pro œde p^eneris genetricis ex- 
cepit. Quidam putant retentum à 
Cornelio Balbo , ciim conarelur as- 
surgere : alii ne conalum quidem om- 
ninà , sed eliam admonentein Caium 
Trebatium , ut assurgeret, miniis fa- 
miliari i^ullu i^espexisse (107). Dion 
Cassius raconte la chose avec toutes 
ses circonstances. Un jour, dit-il (108), 
qu'on délibéra dans le sénat touchant 
plusieurs grands honneurs qu'on se 
proposait de décerner à Jules-César , 
toutes les voix des sénateurs , hormis 
celles de Cassius et de quelques autres, 
concoururent à ce décret, après quoi 
la compagnie se leva pour en aller 
porter la nouvelle à cet empereur , 
qui était assis dans le vestibule du tem- 
ple de Vénus. 11 était demeuré là , 
afin que personne ne pût dire que sa 
présence avait olé aux sénateurs la li- 
berté d'opiner. Il ne se leva point en 
voyant venir le sénat , et il écouta as- 
sis ce qu'on avait à lui dire. Cela mit 
si fort en colère , non-seulement les 
sénateurs, mais aussi les autres lÀo- 
mains , que ce fut l'un des principaux 
prétextes de 'ceux qui formèrent la 
conspiration contre sa vie. L'historien 
ne sait pas si cette incivilité fut un 
coup fatal de la providence , un étour- 
dissement venu d'en haut, ou l'eflét 
de l'extrême joie de César, KaSrif/.ivoc 
o-<pâç,ïîVoi/v âêoCxaC/ot Tfvi, «iTa kcli Tripi- 
X'i'-P'f 7 TrfjTiéî^a.'T'j : Sedens senalum '■ 
excepit, sive falali quodam errore ^ 
siue niniio gaudio correptus (109) ; 
mais il observe qu'on n'ajouta point 
de foi à ceux qui tâchèrent de justifier; 
cela en disant que César avait alors 
un flux de ventre qui lui fit craindre 
de mettre à bout la faculté rétentrice 
en se levant. Cette excuse ne fut point' 

(106) Idem, ibid., pag. 235. | 

(icJjSuetOD., m Julio, ca)j. LXXVIIl. 1 

(io« Dio, Ub. XLII , pag. 255. j' 
( 1 09) Idem , ibidem. 



CÉSAR. 



37 



admise, car on savait que pou aprts 
il se relira à pied chez lui. On altri- 
biia donc à son orgueil la posture qu'il 
avait gardée. On l'avait rendu super- 
be par les honneurs qu'on lui avait 
>nferes , et on le haït quand il fut 



tissimo cuique affcrunt-, ut se jam ta- 
lcs esse , quelles prœdicantnr , existi- 
711 ont (1 i4j' 

Examinons un peu la raison pour- 
quoi on ne voulut point croire que 
C('sar se tint assis de peur (jue son dé- 



devenu superbe. Je me contente de voiement ne lui joulit quelque mau 
rapporter en latin le passage de Dion. 
Ound enini nonnidU j)in\:^andi Cœ- 
siiris causa posLe'a attulerunt, pro/lii- 
iio eum i>entris labordsse , verUiiin- 
inter assurgendinn aluitm 



'/" 



vais tour. Elle ne me semble pas so- 
lide ; car de ce que peu après il s'en 
retourna ciiez lui à pied, il ne s'en- 
suit pas qu'il n'ait pu sentir des tran- 
che'es violentes au moment que le se'- 



di'jiceret , consedisse ; id propterca j,at approchait. Un flux de ventre n'est 
(rcditum non est , quod paulo post pas toujoursegalement importun. Mais 
pfddius ipsc domiun redi^erit : sed gj cette excuse était bien fondée, nous 
jaslii clalum hoc jecisse suspicaban- aurions un grand sujetd'admirerla bi- 
itir , eumqiie snperhiœ nomine odio zarrerie des évenemens : nous pour- 
firoseqiiebanlitr, qiieni iinmodicos ho- rions dire que les plus considérables 
/mivs dcferendo ipsi siij>erbum reddi- g^ jg^ ^jyg funestes sont liés à des vé- 
dcranl (110). L'iiistorien fait paraître ailles , et que les ressorts les plus ché- 
dans ces dernières paroles la même {jf^ (g^r donnent le branle. César eût 
eu\ie de critiquer le sénat qu'il avait hAté sa ruine pour n'avoir pu se met- 
dejà marquée. Il avait dit que , dans {,.£ ^ja^g urig posture de civilité , à 
les choses qui exposèrent César à la caused'unpetitdésordre deses boyaux 
haine et à l'envie mortelle qui le per- ^^^^\ g^, m,g antre rencontre eût été 
dirent, 1.1 faute des sénateurs fut plus sans conséquence ; mais alors c'était 
.i:randc que celle de César même (m). ,„^g grande afl'aire; l'accident que l'on 
JU lui déférèrent de nouveaux bon- craignait , si l'on se levait, eût eu des 
iieurs ([ui allaient trop loin, puis ils guijgg fâcheuses. Il eût servi de risée 
le censurèrent de ce qu'il se plaisait a ^ {gy|. jg peuple romain , et les mal- 
les accepter, et qu'il en devenait plus intentionnés y eussent donné une in- 
orgueilleux. 11 fut sans doute blâma- tcrprétation terrible. Quel mépris de 
ble de n'en refuser pas une partie , et ja religion et du sénat ! Quoi ! dans le 
de croire qu'on était efléctiveraent temple même de Vénus , et en présen- 
persuadé qu'il les méritait (1 12) ; mais ^g jg ja pjus auguste compagnie qui 
les sénateurs furent encore plus bUl- fût au monde! L'action pouvait être 
raables, eux qui en lui conférant ces empoisonnée par tant d'endroits , que 
honneurs-là lui ouvraient un préci- cela eût pu faire prendre la résolution 
pice : car s'il les eût refuses , il eût ^^. jjg point sortir de sa place à un 
j'assé pour dédaigneux, et il s'expo- liomme même qui aurait fortement 
.sait à la vanité en les acceptant , vu envisagé foutes les suites de ce repos, 
que les personnes les plus modestes se Constantin Copronyme ne s'acquit-iL 
laissent corrompre par ce venin ,^ et ^as une épithète Ircsodieuse et très- 
s'imaginent être ce que Ton dit qu'el- méprisable, qui persécute encore au- 
lessoDt (ii3). Ti yà.f Ô7rifSâ.xx(jv ^tuv jourd'hui sa mémoire? Ne devint-il 
Tî^Tiy.Sv Kxt T^v (iTxi\t»v X'^uv'''^h^'^^ pas l'objet de ccnt in vccti ves, et d'uuc 
TTwç KO.) Toùî ■^â.w sra^fovic , avê >tij' infinité de réflexions injurieuses, poui 

avoir sali les fonts baptismaux sans y 
penser, sans savoir ce qu'il faisait ? 
Impio patri scclestUsima successit 
proies Constfinlinits coi(nomento Co- 
pronymi , qiind injans haplisini lava- 
cro admotus , iiiciliis sacris a/irnonii 
cxcr-emenlo aquam jiollucnil (ii5). 
C'eût été bien pis si pareille chose 
iui fût arrivée dans une église pendant 

{114) Dio, lib. XTJI.pai;. 3-.',. 

Ui5) Jo. Bapl. Egnatius, m hoiiian. l'riaci- 

pibliS. 



Troiù. JYam immoderati honores lau- 
desque, leidlatem animi etiam modes- 
(iio) Dio, tib. XLII, png. a-7. 

(m) Idem, ihid. , pag. a^4- 

<iio) T,lem,ibid. 

(«i3) /^or. /« Nouvelles de laRépnbliqac dfs 
Lettres, juin il 86,«/(. /, p. 63i. f'vusr.iroiive- 
rei ces paroles de ta IV'. sut. de Juve'nalj v. 70. 
^ Nihil r-M quoil credere de se 

No» l'ossit, c'um l.niidaliir Diis xqua poteslas. 
Korei aussi dans /'cpître XVI du I". lifi-r^ 
(iUIoracc , le Sed ^ereor ne ciii de te pliisquâm 
t bi crrdas , etc. 



38 



CESAR. 



au'il faisait la guerre avx protecteurs 
es images. De tout temps on a trou- 
ve là les airs d'un mépris extrême ou 
un sujet de moquerie (i 16). Quoi qu'il 
en soit , on pouvait mieux réfuter les 
défenseurs de César , que par la rai- 
son que Dion a rapportée. On pouvait 
leur dire que si cette infirmité corpo- 
relle eût été cause que César ne se le- 
va point , il eût allégué celte exruse 
aux sénateurs. Ne l'ayant prànt fait , 
c'est une marque qu'il se souciait bien 
peu que l'on juge.^t qu'il manquait de 
civilité envers cette auguste compa- 
gnie ^ et par-là il retombe dans le pre- 
mier inconvénient. Nous pouvons nous 
figurer que les sénateurs se seraient 
payés de cette raison. Laban, quoi- 
qu'il fût bien en colère , se paya d'une 
excuse à peu près semblable , lorsque 
sa fille le reçut sans se lever ( 117 ). 
Voici un autre modèle d'excuse (i 18). 
.( Une fois M. le cardinal du Perron 
ij se trouva bien embarrassé, portant 
» la parole pour le clei-gé à la feue 
)) reine, mère du roi, car se voyant 
)' dans une chaise où la goutte le con- 
» traignait de demeurer devant une 
)• princesse si pleine de majesté , il 
» voulut lui en faire un compliment 
» qu'il n'avait point préparé. Mada- 
M me , lui dit-il , je suis a genoux du 
■n cœur , quoique vous me uoyiez as- 

y, sis A ce ai'^t, s'apercevant qu'il 

3) n'était pas respectueux de nommer 
)) la partie sur laquelle il était assis , 
« il fut long- temps à chercher quel- 
I. ques termes plus honnêtes , et n'en 
i) trouvant point, iLfut réduit à ajou- 
3. \er,desjatnbes{iig).i^ 

Je viens de lire une chose qui peut 
nous faire douter du discernement de 
Dion : voici ce que c'est. Plutarque 

(,,G) Ka) fiouMiu^i oivTd.7ra- 

TTO.fié'iTy 
rifOÇ TStÇ yéfÔvTAÇ. 

Voldque oppcdere 

Veslris lonilribus. 

Aristoph., in Nnbib., "cl. I,sc.lf' . 
Vin tu curlis judœif oppfderef Horat., sat. IV, 
lib. I. Voye-L le CalViolicon d'Espagne, à Ver- 
droit où il eH parlé des se'ances des députés 
aux e'iats , pag. 3^ , édit. de iGj)9. 

(117) ElUachel du à son père, qu'il ne des- 
plaise point à mon seigneur de ce que je ne me 
puis lever devant lui, car j'ai ce qui a accous- 
iumé de venir aux femmes. Gènes. , cJiap. 
XXXI, us. 35. 

(118) César eût pu dire : Je suis rlebout dn 
cœur quoi que je sois assis, etc. 

(119) Costar , Suite de l.i Défense de Voiture, 
rng. 189. 



observe que César fut au désespoir 
de l'incivilité qu'il avait eue pour le 
sénat , et qui déplaisait si tort au 
pcuple(i2o). Toutefois on dit , ajou- 
te Plutarque (121) , que depuis , pour 
s'excuser de ceste faute, il alltgita 
sa maladie, à cause que le sens ne 
demeure pas en sonentier a ceux qui 
sont sujets an mal caduque , quand 
ils parlent debout sur leurs pieds de- 
vant une commune , ains se troublent 
aisément et leur prend soudain un 
esblouissement : mais cela estait faux. 
Dion avait lu Plutarque , il faut croi- 
re cela pour .son honneur. D'oîi vient 
donc qu'il ne dit rien de celte excuse , 
et qu'il en allègue une autre bien 
moins vraisemblable , et qui en quel- 
que façon est risible ? 

(0) On l'assassina dans le sénat 
le i5 de mars 7T0. ] Les auteurs ne 
s'accordent pas touchant ce point de 
chronologie à l'égard de l'année : 
quelques-uns , comme Sigonius , Cal- 
visius, etc., disent qu'on tua César 
l'an 709. .Vai suivi leur hypothèse 
dans l'article de Bruti's (122), et 
peut-être aussi dans quelques autres 
endroits ; mais je trouve plus raison- 
nable le sentiment du père Pétau, 
que César fut tué en 710. C'est à pré- 
sent l'opinion courante. 11 avait cin- 
quante-six ans plus ou moins : on lui 
donna vingt-trois coups (i23) ; cha- 
cun des conjurés s'empressa de le 
blesser, et dans cet empressement 
quelques-uns d'eux s'entre-blessèrent 
(124). Ils avaient cru que leur action 
serait approuvée du peuple, mais il. 
curent lieu d'en douter dès le joui- 
suivant; carie peuple se tint dans un 
trè,s-profond silence , lorsqu'ils li:i 
exposèrent ce qu'ils avaient fait. Lr 
sénat les rassura, puisqu'en déférant 
d'un coté les honneurs divins à César, 
il accorda de l'autre aux conjtirés 
beaucoup d'avantages; mais la pomp." 
funèbre de César bouleversa tout. 
Marc Antoine fit un discours , qui 
anima de telle sorte les assistans , 
qu'ils allèrent mettre le feu chez les 
conjurés, et qu'ils les cherchèrent 
par' toute la ville pour les mettre en 

(120) Plut., in Cœsare, pa;;. 73C. 

(121) Idem, ibid. , version (i'Amyot. 

{ni) Tome IK , pOj^. 18G , dans Varlic'e 
RntiTus ( iVIarc Junius nu texte , oit je mets la 
bataille de Philippe s à l'an -^ii. ^ ^ ^. ,. , , , 

(i23) Suetou. , !« Cs-saie, cap. J,X\\1I1. 

Cia4)Plut. , in Cœsare, pag. ^Bg. 



CÉSAR. 



39 



pièces. Ce qui toucba principalement 
]t s aiiclitenrs fut qu'il leuV, montra la 
tiini(|ue lie César loutc pt rcée et cn- 
sanj^lanlée (i25). l'iutarqiie , et Ap- 
pien son copiste, nous Tassurent j 
mais les autres liistoricns ne touchent 
l'as cette circonslancc. Cicéron , re- 
) rochant à Marc Antoine le procède 
tle cette journee-là , ne dit rien de 
cette particularité. Jùsi tum cùm 
optiniiiiii le putahcnn , me quidcni dis- 
senlicntc , Juneri ty'vanni , si il/ml 
fucus fuit , scclcratissirni' prirfuisti. 
Tua il.la put dira laudatio , tua mi- 
Seratio , tua coliortatio , tu illas faces 
incendisti , et eas quibus semiustula- 
tus illc , et eas ijuihus incensa L. Bel- 
lieni donius deflagrauit. Tu illos 
inipctus perdilQvum himiinum , et ex 
ma.riwi! parle servorurn , quos nos 
l'i vianuquc repulivius , iii nostras 
domos iimnisisli (126). Et notez 
que Suétone , bien loin de faire 
mention de cela , donne à entendre 
que Marc Antoine ne fit point d'o- 
raison funèbre. Laudationis loco con- 
sul ylnlonius j)er jira^ci) lient proiiun- 
tiavit S . C. quo ovinia ei dii'ina simul 
atque humana decreuerat : item jus- 
jurandum -, quo se cuncti pix) salute 
unius udstrinxerant : quibus perj)au- 
ca a se vcrba addidit (127). N"est-il 
pas étrange qu'il ait pu douter d'un 
fait que Ciceron avait ailirme en plein 
sénat pendant que la chose était toute 
fraîche? Il y aurait mille observations 
à faire sur les difiérences qui se trou- 
vent entre les historiens. Je suis bien 
surpris que Casaubon (128) ait préten- 
du confirmer par le témoignage d'Ap- 
picn 1,1 narration de Suétone, car il est 
visibletpi'Appien (129) assure <]uei\Iarc 
Antoine harangua très-ampleraent. 

(P) Srin-que remarque que César 
s'était uni et incorpore de telle sorte 
. auec la république , qu'on ne pouuait 
y f cire de séparation sans , . . ruine?' 
tout. ] Voici comme il parle : Olim 
il a se induit Reip. Ccesnr , ut seduci 
alterum non possit , sine utriusque 
pernicie, nam ut Uli firibus opus , aa 
''t huic capite (i3o). C'est la conclu- 

(lîS) Tirc'd^ PliiUrqiic, l'a même, pns '■!\0. 
(n6) Cicero, Pl.ilip^. II , cap. XXXVl. 
(11-) Sueton. , in Cœsare, cap. LXXXI f. 
ï i?8) Casanb. ad Sueton. , in Caîsarc , cttp. 

Lxxxrr. 

(iîq) Appian., de BcIIis civil., lib. II,png. 
m. a85. 

(i3(i) Sontr,i , de CIr.menllâ , lih. /, cap. TF. 



sion de plusieurs belles maximes qu'il 
venait de proj)oser sur l'obéissance 
des sujets. On en fit mention dans 
récrit ((u'iin rojali.ile de Irancc pu- 
blia contre les ligueursl'an if)93. IVec 
solinn proptei' irani , id est nietu pœ- 
nœ illis obediendum est, sed propter 
conscientiam , quia niniiriim omnes 
scire oportet , id e.r dii^ind i'oluntate 
et conslitutione fieri debere. Quod 
etiain Ellinici agnot'erunt , inter quos 
illo sa'culo quo D. l'au/us scripsit , 
luvc sapiens philosophus dicebat , 
principes regesque et quoctinque alio 
nomine sunt , tutores stafrts publici 
amandos efiam ultra pi-ivatas ncces- 
situdines. Et olim. inqnit , ita se in- 
duit beip. Cœsar . . . (i3i). Ilie enim 
est vinculum per quod Respubl. co- 
h.xret: ille spiritds vitalis, (juera lirec 
tôt millia frahunt, niiiil ipsa per se 
fulura , nisi onus et prœda , si mens 
illa imperii subtrahatiir. On trouve ces 
paroles à la page 76 d'un ouvrage qui 
a pour titre P'indiciœ secundiim liber- 
talem Ecclcsiœ Gallicanœ , et regii 
status G allofrancorum , sub Henri- 
co IF' rege Francorum et Nai'cirrœ. 
L. S. A. R. On croit que ces quatre 
lettres signifient Ludoincus Seivinus 
y/di'ocatus Regius. 

(Q) // n'y auait que lui seul, qui 
put réparer les maux du peuj>lc l'O- 
iiiain ; • . • Cicéron . . . qui l'assu- 
rait . . • dei'ait penser ce qu'il disait 
en cette rencontre . ] Rapportonr. qiiel- 
cpies morceaux de sa harangue pour 
Marcellus. Qui est omnium tam igna- 
rus reriim , tam rudis in republicd , 
tain nihil iinquhm nec de sud , nec de 
communi salute cogitans , qui non in- 
telligat tua salute contineri suant, 
et e.r unius tua ritam pendere om- 
nium.?. . . si ad humanos casus , in- 
certosque ei^riilus feletudinis , scele- 
ris etiam accédât insidiarumque con- 
sensio : qiiem Deum , eliamsi cupiat , 
opitulan posse reip. credamus ? ()m- 
nia sunt excilanda tibi , C. Cœsar . 
uni, quœ jacere sentis, belli ijisius 
impctii , quod necesse fuit , percuha , 
atque prnstraia ? constitiienda judi- 
cia , rei'ocandu fidcs , comprimendœ 
libidincs , propuganda soboles : om- 
nia , quic dilapsa jam defluxerunt , 
sci'cris legibus uincienda sunt. IVon 
fuit recusandum in tanto civili be.llo , 

(i3i) Notei qur dam Séncijiie crci prccrdi" c- 
nui concerne César. 



Âo 



CÉSAR. 



tantoqiie animorum ardore , et armo- 
rum, qiiin quassata rap. quicuinque 
helli et'entus fuisset , multa perderet 
et ornamenta dignitatis , et prœsidia 
stabUitatis suce , multaque uterque 
dux faceret ai^matus , qitœ idem to- 
^atus fieri prohibiiisset. Quœ quidem 
nunc tibi omnia belli i^ulnera sanan- 
da sunt ; quibus pBjETER te mederi 

NEMO POTEST. 

Selon toutes les apparences , si 
Cësar eût vécu encore dix ans , il eût 
fait les plus belles choses du monde 
pour la gloire, et {wur la prospérité' 
du peuple romain. Il fut tue au mi- 
lieu des plus grands projets qu'un es- 
prit sublime et un courage héroïque 
puissent entreprendre (iSa). 

(R) Il faudra toucher quelque cho- 
se de la famUle de César, et contre 
ceux qui n'ont pas bien su pourquoi 
il portait ce nom (i33). ] 11 était de 
la maison Julia , qui. prétendait être 
issue de Vénus par Enée , fils d'An- 
chise , et de cette déesse. Nous ver- 
ions ailleurs (i34) le soin qu'on pre- 
nait de fomenter la tradition de cette 
origine de Jules César. La postérité 
d'Ascagne , fils d'Énée et de Creuse , 
et surnommé lulus , subsista dans 
Albe jusqu à ce que cette ville lut 
ruinée par Tullus Hostilius, roi de 
Borne. tUe fut transportée à Rome 
par ce prince , et y prospéra. On ne 
trouve point qu'elle y ait formé plus 
de deux branches principales : la pre- 
mière porta le surnom de Tullus , 
l'autre eut le surnom de César. Les 
personnes de la première branche, 
ijui commencent à paraître dans l'his- 
loire, sont Caius Julius Tullus, et 
Vopiscus Julius Tullus. Celui-là fut 
consul l'an de Rome 265, et décemvir 
l'an 3oo. Celui-ci fut consul l'an 271. 
tes plus anciens Césars que l'on trou- 
ve eurent des charges la onzième an- 
aée de la première guerre punique , 

(i32) Foyez Suéton. , in Cœsare, cap. XLIf , 
et Plutarqiie , in Cœsare, png. 735. 

fi33) Ces paroles de Pliac , lib. VU, char- 
IX, les ont trompés : Auçpicati'us CDeclâ paren- 
ie gisniintur : sicut Scipio Africacus prier natus, 
primusque Csesarum à cœso matris utero dictns. 
ïls ont applique' à César le dictateur ce que 
Pline n'avait dit que du premier qui fut sur- 
nommé César. Notez que Solm n'a pas bien 
anlendu cela; il a cru que Pline avait dit que 
Scipion l'Africain fut le premier qu'on nomma 
Cxsar. 

(i?4) Dans l'une des remarques de l article 
'i"ii<iiB f Bayle o'a pas donni ct-t article ]. 



c'est-à-dire, l'an de Rome 546. De- 
puis ce temps-là , on voit paraître 
Siresque toujours quelque César dans 
es charges de la république , jusques 
à Caius Julius César , père de l'empe- 
reur. Il était fils d'un autre Caius Ju- 
lius César dont l'histoire est incon- 
nue : on sait seulement qu'il fut ma- 
rié avec Martia , qui descendait de la 
famille du roi Ancus Martius (i35). 
Il eut trois enfans , deux fils et une 
iille ; celle-ci fut femme de Marius : 
les deux fils Caius Julius César , et 
Lucius Julius César, n'allèrent pas au 
delà de la préture, étant morts à la 
fleur de l'âge , et d'une façon singu- 
lière ; car l'un et l'autre expira en se 
chaussant le matin , Caius à Pise , 
Lucius à Rome oîi il exerçait la di- 
gnité de préteur. Wullis e^'idenlibus 
causis obiére , duin calceanlitr niatu- 
tino , duo CcEsares , prœtor , et pra- 
turd perfunctus dictatoris Cœsaris 
pater , hic Pisis exanimatus , ille Ro- 
mœ (i36j. Caius épousa Aurélie.et en 
eut un fils et quelques filles. Le fils 
est celui qui fait le sujet de cet ar- 
ticle. Il naquit à Rome le 12 du mois 
Quintilis (iS^) 653 , et perdit son 
père l'an 66g. J'ai tiré ceci d'un livre 
où il y a un fort grand détail sur la 
maison Julia (i38). Vous n'y trouve- 
rez point le passage de Suétone qui 
témoigne de quelle noblesse on se pi- 
quait de descendre dans cette mai- 
son , et avec quelle élégance César 
savait exprimer cela. Voici ce pas- 
sage : Quœstor Juliain amitam , uxo- 
remque Corneliain , dejunctas lauda- 
t'it è more pro Kostris ; sed in aniitœ 
quidem laudatione , de ejus ac patris 
sui utruque origine sic refert : limitée 
meœ Juliœ maternum genus ab regi- 
bus ortum , paternum cum diis im- 
viortalibus conjunctum est. JYam ab 
Anco JYorcio sunt Mardi reges , quo 
nomine fuit mater : h f^enere Julii , 
cujus gentis familia est nostra. Est 
ergà in génère et sanctitas regum , 
qui plurimiim inter homines pollent : 

(i35) f'orez ci-dessous, citation (lioî), le pas - 
sase (le Suétone. 

(i3C) Plinius, lib. Fil, cap. LUI, pag. S8. 

(i3"7) Quiful ensuite nomme Julius, en l'hon- 
neur de Jules César. 

(i3"î) Composé par Joannes Glandorpiiis, et 
intitulé Familias Gentis Juliœ... concinnatM. Il 
fia imprimé à Baie, l'an 1576, in-S°. , par les 
soins d'Ambroise Ghadorp , Jils de l'auteur : 
on l'inséra ensuite , l'an 1589, dans /'Onomas- 
Jicon Historia; rouiaD% du même auteur. 



CESAR. 



4' 



et cei-emonia deorum , quorum ipsi in 
polesUite snnl veges (iSg). Suelone 
nous parle là de la mort de Cornclie 
femme de César. Disons par occasion 
quelque chose des mariages de cet 
empereur. On l'avait fiance avec une 
fille très-riche nommée Cossutia. 11 
avait encore la robe d'enfance , et il 
ne tarda guère à renvoyer cette fian- 
cée. 11 épousa ensuite Cornélia fille de 
Lucius Cornélius Cinna , et ne la 
voulut jamais répudier, quelque pé- 
ril qu'il y eût à résister en cela aux 
fortes instances de Sylla (i4o). 11 en 
eut une fille (|ui fut femme do Pooi- 
pée- Sa troisième femme s'appelait 
Pompéa (i4i)' '-■t 'e mit dans la même 
catégorie où il mettait tant d'autres. 
Elle fut aimée de Clodius et l'aima 
réciproquement j mais César et Au- 
rélia sa mère , dame de beaucoup de 
vertu, prirent garde de si près à sa 
conduite , qu'il fallut que Clodius 
cherrhAt l'occasion de l'approcher 
pendant que l'on célébrait dans la 
maison de César les mystères de la 
bonne déesse. Il se déguisa en femme, 
il se mêla dans la foule, il entra; 
mais il fut reconnu. Cette affaire fit 
un grand bruit. César répudia sa 
femme , sous prétexte , disait-il (142), 
qu'il voulait que sa maison ne fiil pas 
même soupçonnée ; mais au fond il 
ne doutait point que son épouse n'eût 
fait le saut tout entier (i45)- Otiroc 
à'c* no//tT>n'a.ç T«ç KitiVstfoç yuvu.ix.oc , 

Tiïc ^WV(tlX!»Vl'TI<r!>Ç àx-fiCiiç ))<rav , « 
TS //OiTnp ToS KaiiVstfoç, Aùftixict, yuv» 
o-û^ctev, -rm'nrwTi. tJiv vvy.i^nt du, 

)f^KiTït1 tttti Trapit.KiKlvJ'UViU/nivllV fliwTOK 

«Toi'uTJiv ÉVTÉufiv. Hic (Clodius) uxo- 
rem Cœsaris Pompeiam amahnt ne- 
tjue ini'Uam. f^erùmmuliei-em Ccvsar 
uicri sepsernt custodid, ejusque mater 
Aurélia , j'emina honesia , perpétua 
Literi adhœretis Pompeiœ, arduum et 
periculosum ejus congressum efficie- 
hat (i4î)- 1' épousa depuis Calphurnie 
fille de Pison, et mourut avant elle. 

Servius , en commentant ces paro- 
les de Virgile (i 45), 

(iSg) Sueton. , in Cîcs. , cnp. VI. 
(l'io) Idfm, ibid. , cnp. I. 
(141) Fille de Quinlut Fompeiut Ritfus. 
(i4î) Plut. , in Caes-ire , pn^'. -12. 
(i^i) Suelou. , in C.TTi., cap. VI. 
(i44) Plul. , in C.x-sare , pa^. 711 , D. Vajei' 
le ausfi. in Cicérone, pag. B74. 
(145) VirgU., Ma. , lib. I, yi. a86. 



Nascetar pulchrd Tro'jitnui origine 

Cœsar... 
Julius il magno demissunt nomen lu- 

lo (i46), 

s'est fort abusé. Il a cru que le sur- 
nom de César fut donné à notre Caïus 
Julius le dictateur, ou parce qu'on 
l'avait tiré du sein de sa mère par 
une opération de chirurgie, ou parce 
que son aïeul avait tué un éléiihant. 
f^el quod mais ejus in ytfricd manu 
prop.-idoccidà elephantem, qui Cœsar 
dicitur Pa-norum Itngud {i^-j). P«i 
l'une ni l'autre de ces raisons ne va- 
lent rien, pifisque dès le temps de la 
première guerre punique il y avait 
des Césars dans Rome, ancêtres de ce- 
lui-ci. Notez que Cédrénus, l'auteur 
de la Chronique d'Alexandrie, Malala, 
Suidas, Glycas, et Constantin Ma- 
nassé , assurent qu'il fallut faire une 
incision pour tirer César hors du ven- 
tre de sa mère. Zonaras a réfuté ce 
mensonge (i48). Comment a-t-on pu 
ignorer que cette dame \ivait encore 
* lorsque son fils était marié avec 
Pompéa ? N'avait-on point lu ce qu il 
lui dit le jour de l'élection du grand 
pontife (149) ? Ignorait -on qu'elle 
avait pris un très-grand soin de 1 éle- 
ver (i5o) ? car c'était une femme sa- 
vante et éloquente ( i5i ). Elle mou- 
rut pendant que son fils faisait la 
guerre aux Gaulois (i 52) .J'ai marque 
la source de la bévue (i53). 

(S) f^oiciun .supplément. nir ce qui 
regarde ses Commentaires. ] Je m'é- 
tais contenté de dire dans la première 
édition (i54), que Vossius a montré 



(i46) C'esl-'a-dire, A<ca^nefilsd'Enfe; car 
Virgile , la même , vs. 267, avait du : 

At puer Ascanius, cui nunc cognomen lulo 

Ailditur r ' ' ' 

(li-l) Scrvins, in jEn. , Itb. I, "s. 386. 
f.ls) rovrr /" Nole^ de M. Benllev sur la 
Chronique de MaUla. Vorr: fl„r«^ /^ Saelon» 
de M. Gra:vius, seconde édition tn-!\'>. 

* JoW dans SCS Addiliom rn|iporlr une note 
de l'abbé Bonardy qui observe que Bayle semble 
croire que la mtrc de César n'aurait pu survivre 
à lopéraliou dite Césari. onc ; et rappelle quon 
a des exemples du double ,uccc5 de celte oper.-,- 
t.on. Mais Jolv i son tour remarque fort b. en 
qu'il faudrait prouver que du temps de César 
l'opération se faisait sans qu'il en coulai toujour. 
la vie à la mère. 

(i4(>) ^<"'« '-» remarque (¥.) , cUaUon (4»>. 

(i5o) Tacitus, de Orat., cap. AA. 

(i5i) Cbnaorp., Onomast. , pag. 4a6. 

(1S11 Sueton. , in Cks. , cap. XXFJ. 

(i53) Dant la citation (i33). 

(i54) Fcne: la rcm.trq.ie (G) , à lafn. 



42 CÉSAR. 

que Jules César est le ve'ritablo auteur sons aussi qu'Appien a cite les mêmes 
des Commentaires qu'on luialtribue; Ephemerides dans ces paroles : KaiW» 
mais aujourd'hui, je me \eux un peu sv txÏ; iJ^ictiç ci.-)uypai<fa.7; Tœv i<^vi/uîpa)v 
étendre sur ce sujet. François Flori- ïfiycev 4ii)5-( (i6i). il est d'ailleurs très- 
dûs a soutenu que ks 111 livres de Ja vraisemblable que Pdyœnus les avait 
guerre ci i'e n'étaient point de Jules eues en main ; car il rapporte plu- 
Cesar (i55). Un autre a soutenu la sieurs stratagèmes de César qui ne 
même chose touchant les Vil livres sont point contenus dans les Com- 
de la guerre des Gaules (i 56). Vossius mentaires. On peut penser la même 
observe que Louis Caduccus (157) les chose touchant Frontin V. y 7. les re- 
donnait a Sue'tone. Mais ce sont tou- marques de Denys Vossius '.162"', im- 
tes opinions imaginaires, que nous primées en 1697, avec les Commen-- 
pouvons réfuter solidement par l'an- taires de Jules César, et avec un livre 
torité des anciens auteurs , sans qu'il que l'on a intitulé Jiilius Celt,iis de 
faille s'arrêter à la réponse qu'on pour- Kitd eL Rehus gestis C. Jiûii Cœsa- 
rait faire que ces livres de César se ris (*) , et qui avait été imprimé l'an 
sont perdus di-puis que les anciens iÎ73. Il était si rare, que le scoliaste 
e'crivains les ont cités. Ceux qui pen- Dauphin sur Jules César n'en put 
sent, qu'outre les Commentaires qui trouver aucun exemplaire dans Paris, 
nous restent, César avait composé des M. Grœvius estime quf» l'auteur de ce 
Ephémérides qui se sont perdues, ont livre-là vivait au Xiii®. ou au XII^. 
beaucoup plus de raison : c'était un siècle (i63). Notez ({u'il y a des gens 
Journal de sa Vie. Servius en a tiré qui croient qu'Orose attilbue à Sué- 
un événement fort singidier. Caius tone les Commentaires do Cc^ar, lors- 
Cœsar, dit-il (i58) , cinn .UmicareL qu'il se sert de cette expression : //rt«c 
in G allia , et ah hosie raptus equo historiam ( de^Cœsaris bello (Jallico ) 
ejus portaretur arniatus , occurrit Suefonius Trancjnillus pleni ssiinè 
quidam ex hosiihus , qui eum nossrt , explicuit , cujus nos compétentes por- 
el insidtans ait, Ceros Cfesar* : quod tiuncu/as decerpsimus (i64)' C'est le 
Gallorum lingua , Dimitle, signifî- sentiment de Savaron . comme il pa- 
cat : et itafactiim est, ut dimitlere- raît par la manière dont il commente 
tur. Hoc auteiii ipse Cœsariii ephe- le quis opéra Suetonii de Sidouins 
meride sud dicit , uhi propriam, com- ApoUinaris, id est , dit-il (i65) , f^i- 
meinnrat felicilatem. 11 y a beaucoup tant Julii Cœsaris , et libros de Bello 
d'apparence que lorsque Plutarque à Gallico,quos Snetonio asserit (Jrosins 
cité les Ephémérides de César (iSg) , l'h- 6 , cap. 7, et ex eo Mist. llliscella. 
il n'a point entendu les Commentai- IH>- 6,ila i>isam est Lodoicn Cadnceo 
rcs , mais le même ouvrage auquel mihi propter eradiiionem et huma ni- 
Servius nous a l'envoyés. Je sais bien talem am.cissimo , in cujus comindi- 
que ce qu'il allègue en cet endroit-là tio mulliim me profecisse liberh Ja- 
se trouve au IV*. livre des Commen- teor. Peut-être vaudrait il mieux dire 
taires de César j mais il n'était pas que Suétone avait fait un ouvrage 
possible que ce guerrier ne mît très- particulier touchant ta guerre des 
souvent les mêmes choses, et dans son Gaules, et que c'est de là qu'Orose 
Journal , et dans ses Commentaires, avait tiré ses recueils. Le bon M, de 
Disons donc que Plutarque avait lors Marolles a mal rapporté ce qu'il avait 
en vue les Ephémérides, et que , s'il lu dans Vossius , dont i! copie nean- 
eût voulu alléguer les Commentaires , moins très-fidèlement !a faute que j'ai 
il se fût servi du mot ^5roviv»)//stT<t , ohacryéc {166). Louys Caducéus . . . . 
comme avait fait Strabon fi6o). Di- 

' ('"') Appian. , in Excerpt. hegit. , pag . Sîg. 
(i62_) ^ la troisième pa^^e^ 

(i.";;) Fr. Flnrirlus Sabioùs , Subclsivar. Lect., (♦) /^or.?z l<- nouveau Ménaeiana , tom. ///, 

lih. I , cap. III, el lib. II, apud Vossium , île pas. j5' et tuiv Kem. crit. 

Hist. lat. , png. 62. ç jg3j ' f^^y^z sa préface à l'édition de César, 

(i5Gi Ludov. Carrio , apuïi Vossium , «6i«/. iGq". 

('5:) Il fallait dire Caducéus. yojrez ci-des- (ig^) OrOMUs, lib. VI, cap. VII , folio m. 

sous , citaiwn (i65). 2^6 verso. 

(i58; Servius, in Mn. , lib. XI, vs. 743. (,65) Savaro , in eplst. XIV, lib. IX Sidonii 

(iSg) Plut., in Cœsare, pag. 718, D. Apollin. , pag. 60C. 

(160) Strabo , lih. IV, init. (166) Ci-dessus , citation (iS;). 



i.t'rit que les Vil livres de la guerre 
tics Gaules sont l'ouvrage de Suctone , 
rc nu il prniu'e par ces paroles au 7". 
chiip. de son ô*". /(Vre. Suefone , dit- 
(7 , a am{>lement explique cela clans 
son histoire de César de la îçuorre des 
Gaidf'S. C'est ce que dit Vabbe de 
:\IaroUes (1G7). Cela ne marque-f il 
]i;i< que son prétendu Louys Cadii- 
criis a publié un ouvrage (jui contient 
pour le moins VI livres ? N'est-ce 
point faire courir inulilomeiit les bi- 
bliographes ? 

Je ne connais que trois traductions 
françaises des Commentaires de Jules 
César, celle dEtiennc de l'Aiguc , 
colle de DIaise de Vigenère , et celle 
do M. d'Ablancourt. La première fut 
imprimée l'an i53i (168). La seconde 
parut en iS^G, et fut accompagnée 
.l'un commentaire assez docte. Elle 
lit réimprimée Tan 1G09 , avec quel- 
ij'.ies notes marginales d'Antoine de 
tjandole , qui y joignit aussi ses Pa- 
ra/ fêles de Ccsar et de Henri I f- 
la version de M. d'Ablancourt fut 
imprimée pour la première fois en- 
\iron l'an i65i , si je ne me trompe. 

(167) Dnnt la Vie de Jules César, qu'il a 
mi.tf au II'. tome de .ion Augmentation de 
rilistoirr romaine , pag. 289 et suif. 

(168) T'om ci-dessu.t la remarque (B) de 
l'article Aqdxos, tome //, pag. 2ir|. 

CÉÏHÉGUS, famille romaine, 
branche do la maison des Cor- 
nélius, a produit plusieurs per- 
sonnes dont la mémoire s'est 
conservée. Je parlerai de quel- 
ques-unes. CoRXÉLIUS CÉTIIKGUS, 



CÉTHÉGUS. 43 

1.1US Cétiikgu.s fut élevé à la 



charge de censeur l'an 5^4 , 
avant que d'avoir été consul. 
Cela était contre l'usage (A). Il 
obtint le consulat cinq ans après. 
Ce fut un grand orateur (B). 
Caïus Cornki.ics Cf.thV:gus, qui 
avant que d'avoir été édile lut 
proconsul en Espagne , y rem- 
porta une victoire signalée (c). 
Il fut fait édile peu après pen- 
dant son absence, l'an 555 {d). 
Sigonius le confond avec Cneïus 
CoRNKî.ius Cktiiégus (c) , qui fut 
consul en 556 , et qui triompha 
des Insubres (/). 11 suppose 
faussement que Cicéron et Tite- 
Live donnent à ce consul le pré- 
nom Caïus : ils lui donnent ce- 
lui de Cneïus. Passons à Plelhjs 
Cornélius Céthécls , qui suivit 
ardemment le parti de Marins 
contre Sylla (g) , et qui fut dé- 
claré pour cela ennemi du peu- 
ple romain (/?) , lorsque ce parti 
fut abattu. Il se sauva en Afri- 
que auprès de Marius (/) , et puis 
implora la miséricorde de Sylla , 
et s'offrit à le servir en toutes 
choses (A). Il fut reçu en grâce ; 
et peut-être ne le faut-il pas dis- 
tinguer de ce Cfthécus , qui eut 
un si grand crédit dans Rome, 
créé consul avec Quintius Fia- qu'on ne pouvait rien obtenir 
rainius , distribua du vin raix- sans son entremise : or, comme 
tionné au peuple après que son il avait une maîtresse à qui il 
élection fut faite (o). Ces deux ne pouvait rien refuser, il arriva 
consuls furent obligés de se dé- qu'une mallionnête femme eut 
mettre de leur charge , parce à sa disposition toute la ville. Il 
qu'il y eut de l'irréorularité dans 

- - ' - - (r Tit.isLivIns.W.XYX/. W/./,.. 

{J Idem , ibid. 

(<î Sigonius , in Faslis , ad ann. 556. 

f/) roYCzT\{e-\Àve. lii>. XXXIt, chap. 
XXriIer/ii'. XXXIII. chap. XXIII. 

{g) Appian. , de Bellis civil. , lib. I , p"',;. 
m. 204. 

(/i) l'Iem , ihi-l. , fa^. 196. 

\i) Idem, ihid. , pas;. ip7. 

{kj Idem , ibii. . pog. Zii^- 



leur création. Ce fut l'an de Ro- 
me 4^-1 ( ^ )• Maucls Corné- 

(n) Im'enin rmisUim ruiatitm popitlo dn- 
tiim à C'irnelio Celhego in cnnsiilalit collegd 
Q'inlii Flaminini comiliis peractis. PUnias, 
lih. /.Y, cap. rill. 

(i) yoyez le père Hai-douin sur ce pas- 
snge de Pline. 



44 



CÉTHÉGUS. 



fallut que Lucullus fit sa cour à 
celte femme (C) , lorsqu'il vou- 
lut obtenir la commission de 
faire la guerre àMithridate; car 
sans cela il n'aurait jjoint obtenu 
ce bel emploi. Plusieurs autres 
grands seigneurs firent cent bas- 
sesses pour monter aux charges 
par la recommandation de ce 
Céthëgus ; car c'est de lui sans 
doute que Cicéron parle dans 
1 un de ses paradoxes (D). Il a 
parlé d'un Céthégus orateur, 
qui apparemment ne diffère point 
du galant de cette femme (E). 
Caïus Cornélius Céthégus fut 
convaincu d'avoir conspiré avec 
Catihna la ruine de sa patrie , et 
comme tel , il fut étranglé dans 
sa prison (/). Il fut le plus em- 
porté de tous ses complices (F); 
il était toujours d'avis que l'on 
se hâtât. Céthégus sénateur ro- 
main fut décapité pour le crime 
d'adultère sous l'empire de Va- 
lentinien l'an 368 (w). Notez que 
ceux de cette famille affectèrent 
une manière jjarticulière de 
s'habiller (G). 

WSallust., in BelIoCaliliQ,, cap. I,V 
Jîn. '^ 

(m) Ammian. MarcelIÎD., lib. XXVIII 
cap, I. ' 

(A) M. Corn. Céthégus /mï. . . cen- 
seur . . . avant que d'auoir été con- 
sul : cela était contre l'usage. ] C'est 
ce qu'on peut recueillir de' ces paro- 
Jes de Tite-Live : Censores hic annus 
{i)habuit L. Veturium Philonem , 
et P. Licinium Crassum pontificem 
maximum. Crassus Licinius nec con- 
sul nec prœtor antè fuerat quhm 
censor est factus ; ex œJilitate gra- 
dum ad censuram fecit {i). ]i me 
semble que Tite Liv'e n'eût pas fait 
cette remarque , s'il n'eût été estraor- 
dioaiie qu'un homme obtînt la cen- 
sure avant que d'avoir été consul. Il 

(i) C'est Van 543. 

(2; Titus LÎTius, Itb. XXVtl ^ cap. Vi. 



fallut procéder Tannée suivante à la 
création d'autres censeurs ; car l'un 
de ceux-là étant mort, son collègue 
quitta la charge (3). Ceux que Ton 
choisit n'avaient pas été encore con- 
suls : Tite-Live le remarque expres- 
sément. Creali censores ambo , qui 
nondiim consules fuerant , M. Cor- 
nélius Cethegus , P. Sewpronius 
Tuditanus (4). 

(B) .... Ce fut un grand oraleur.\ 
Eu égard à ce temps-là ; car qui l'au- 
rait comparé aux orateurs des siècles 
suivans l'eût trouvé barbare. Voici 
ce que Ciccron a dit de lui : Quem 
i'ero extet , et de quo sit memoriœ pro- 
ditum eloquentemfuisse et ita esse ha- 
hitum , primus est 31. Cornélius Ce- 
tliegus : cujus cloquentice est auctor , 
et idoneus quidem med sententiâ , 
(J. Ennius , prœsertiin ciim et ipse 
eum audii'erit , et scrihat de morluo : 
ex quo nulla suspicio est , amicitiœ 
causa esse mentitum , est igitur sic 
apud illum in nono , ut opinor, an- 
nedi (5). Les vers d'Ennius que Cicéron 
cite , et que je déj^age des interrup- 
tions qu'il y insère , sont ceux-ci : 

j4d<litur oralor Cornélius suaviloquenti 
Ore Cethegus Marcu Tuditano collega, 
Marcijilius , is dictus popularilus ollis 
Qui tuin vivebant homines , nique cEvuin agi- 

tabant , 
Flos deliùatiis popidi, suadœr/ue meduUa. 

Il remarque en un autre endroit, que 
cet orateur, devenu vieux , ne laissait 
pas de faire valoir sou talent avec lyie 
application extrême (6). 

(C) Un Cethegus arait une 

maîtresse à qui il ne pouvait rien re- 
fuser ; . . . . il fallut que Lucullus fit 
sa cour a cette femme. ] Pour con- 
naître le caractère de ce Céthégus , il 
ne faut que lire ces paroles de Plutar- 

que (7) : Lucullus pensoit que si 

César (8) retournait à Borne. ... il 
feroit et obtiendrait facilement tout 
ce qu'il voudrait, attendu mesme- 
vicnt que Céthégus , qui avait pour 
lors tout le crédit et la vogue au gou- 
vernement des affaires dedans Rome, 
a cause qu'il disait et faisait enlière- 

; (3) Ihidem. 

(4) Idem , ibid. , cap. XIII. 

(5) Ciceio , in Brulo , cap. XV. 
(G) Idem , de Senecliite, cap. XIV. 

(7) Plut. , in Liicullo , pag. 494 : /« 'ne sers 
de la version cCAmyot. 

(8j II commandait alors en Espagne. 



CÉTHÉGUS. 



45 



vient tout ce qu'il sentait estre phn- 
suni cl a^rcabtc au commun peuple , 
esloil en pique a l' encontre de lui , 
iiui liaissoit ses mœurs et sa manière 
de l'ivre , comme de personne aban- 
donnce ii tout fice et h toute dissolu- 
tion (<)), au moyen de quoi il faisoit 
la guerre tout ouvertement h ce Ce- 
tlu'gus-là. Plutarque ajoute que le 
gouvernement de Cilicie étant venu à 
vaffiier , [ilnsieurs personnes le bri- 
guèrent et firent la cour ii Celhégus, 
comme ci celui qui plus que nul autre 
avoit moyen de le faire tomber entre 
les mains de qui il t'oudroit. Luculle, 
espe'rantque , s'il l'obtenait, il aurait 
aussi la commission de faire la guerre 
à Mithridate , « résolut de faire tout 
}> son efort , et essayer tous raoïens 
î) de parvenir à ce qu'autre ne l'enst 
i> que lui ; et après avoir tenté tout 
)> autre expédient , il fut contraint à 
» la fin , contre son naturel, de re- 
1) courir à un raoïen qui n'estoit ni 
)) beau , ni honeste , mais bien le plus 
» expédient cpfil eust sceu avoir pour 
» parvenir à la tin cju'il désiroit. 11 y 
j) avoit en ce îemps-là une femme à 
)) home , qui s'appeloit Praccia , fort 
» renommée, tant pour sa beauté, 
)) que pour sa bonne gri\ce à plaisam- 
i> ment deviser, au demourant aussi 
» peu boneste que celles qui publi- 
3) quement font marcbandise de leurs 
» corps : mais pour autant qu'elle em- 
j) ployoit le crédit et la faveur de 
)) ceux qui la bantoyent et qui al- 
» loyent deviser avec elle , pour ser- 
» vir au bien des afaires et des bri- 
» gnes de ceux t[u'elle aimoit, elle en 
>i acquit le bruit , outre ses autres 
)i gi';lees et parties louables qui es- 
j) toyent en elle , d'estre femme de 
» bonne amour et de menée pour con- 
» duire à ciicf une bonne entreprise , 
» ce qui lui donna très-grande répu- 
» talion. Mais encore depuis qu'elle 
}> eut gaigné Cétliégus , (pii avoit 
» pour lors la vogue , et manioit à son 
» plaisir toutes les afaires de la chose 
3» publique, estant devenu si amou- 

(9) f^oi" '* ffri^c df Plnlarque : KÉOJiyoç 

?;tÔp«v Tivoè. TTfôç Aoixot/xxov 6Î;t£,/î/e- 

XUTTÔ^êVOV ott/Toû tÔv /î«!i» , etir^^pùiv i^a- 
tav KAI {/tipiO:; KCiî TTKK/Xf/.iKiAÇ fAiS-ùV 01- 

TUL, Ceihegosiniuhas intercedebalcwn Lucullo, 
fut illius deteslabatur vitum infjinihu! aino- 
nbiir luflrisijue rUt/iir otnni improbiiale delibu- 
lam. Plut. , m Lucullu , pag. 494- 



» reux de ccste femme , qu'il ne la 
)> pouvoit csloigner de veue ; adonc 
» toute la puissance et l'autorité de la 
» ville de home se trouva entre ses 
» mains, pource qu'il ne se dépé- 
)) choit rien par le peuple, que Cé- 
» thégus n'en fust le poursuivant, et 
» Cétliégus ne poursuivoit rien , que 
» Prœcia ne lui commandast. Parquoi 
)) Lucullus se mit à la gaigner et à s'in- 
>i sinuer en sa bonne gr;lce , par pré- 
)) sens, et toutes autres manières de 
)) caresses dont il se peut aviser, on- 
)) tre ce que c'estoit desjà un très- 
)) grand salaire à une femme ambi- 
» tieuse et superbe , comme estoit 
» celle-là , qu'on la vist requise et re- 
)) cherchée d'un tel personnage que 
» Lucullus, lequel par ce moien en 
» vint à avoir incontinent Cétliégus 
)' à son commandement^ car il ne fit 
» plus que le louer en toutes assera- 
n blées du peuple , et à lui prochas- 
» ser et procurer le gouvernement de 
» la Cilicie, et depuis (pie cela lui eut 
X une fois esté ofroyé , il n'eut plus 
» besoin de l'aide de Pra;cia ni de Cé- 
» thégus; car tout le peuple de lui- 
» raesme lui déféra unanimement la 
» charge de faire la guerre à Mithri- 
» date , comme à celui seul qui le sau- 
» rait mieux desfiùre que nul capi- 
« taine. ;i 

N'est-ce pas une chose déplorable, 
((u'un homme illustre , et si digne de 
commander l'armée romaine contre 
Mithridate, et qui s'en acquitta avec 
tant de gloire, n'ait pu obtenir cet 
emploi ({u'en s'abaissant à faire la 
cour à une femme galante ? S'il v eût 
eu un .luvénal en ce temps-là, n'eùt- 
il point trouvé dans cet état de la ré- 
publique une raison suffisante de sali- 
riser ? N'eÛt-il point dit : 

Difficile est saliram non scribere , nam guis 

iniqitiv 
Tain paliens urbis , tam ferreus, ut lencat 

«(lo)? 

Ce qu'il y a de filclieux, c'est qu'un 
tel désordre s'est renouvelé mille et 
mille fois dans tous les paysdu monde. 
Cette voie des avancemens a toujours 
été praticjuée; elle a conduit aux gran- 
des fortunes ceux qui en (•laient indi- 
gnes , et même ceux qui les méri- 
taient; elle a fait gagner des procès 
injustes, et des procès mémo où l'on 

(lo) Juvcn. , «al. i , fs. 3o. 



Ae> 



CÉTHÉGUS. 



avait de son côte une justice qui efit era par abbracciare ogni altro mezzu 

succombé sans cet appui. On admire fuori che questo 5 e cosi il cardinaU: 

quelquefois que certaines gens aillent jece il fatto suo con la Francia , iiè 

à grands pas aux dignités les plus émi- mai alV ambaiciatore uenne in cogni- 

nentes; ils n'y montent point peu à tcone che la scovza de' trattali (12). 

peu , et de degré en degré ; ils volent L'autre exemple est plus récent : celui 

de la plus petite à la moyenne, et de d\m ambassadeur d'Espagne en Aii- 

celle-ci à la plus haute. On se deman- gleterre sous le règne de Charles 11. 

de , en vertu de quoi ? qu'a-t-il fait? Vous trouverez dans les paroles sui- 

S'il a du mérite , il n'égale pas, ou il vantes le conseil qu'on lui donna , cl 

ne surpasse pas tels et tels qui demeu- sa réponse. Paiiando questo con un 

rent très-long-temps aux mêmes pos- viilord suo grande amico , e d' antu~; 

tes. La solution de tout cela est qu'une tempo dii^oto a quella corona , sopra 

femme toute-puissante le protège par i mezzi che J'ossero piii propri a tirai e 

un crédit qu'elle a gagné , et qu'elle H rè d' 1 nghilteira ad abbracciare al!' 

conserve aux dépens de sa vertu. On aperta conpronti soccorsi la proteltiu.i 

fera les mêmes plaintes d''ci ;: mille délia Fiandra, il milord si lascib dire, 

ans , si le monde dure jusqu'à ce che tutti i rimcdi cran buoni , nui 

temps-là ; et comme un particulier che stimava quello délia Porchemoutli 

n'est point capable de réformer cette favorita del rè il migliore : l'ambai- 

confusion, on trouvera (11) que la ciatore con certe rodomontale spa- 

prnJence lui peut permettre de s'en gnole che mal lai voila gli saltaito 

servir comme lit LucuUus ; et l'on blû- adosso quasi sdegnalo gïi rispose . 

mera les ambassadeurs qui feront milord, amarei megho che il mio rè 

scrupule de s'en prévaloir. M. Leti , perdesse la meta del corpo délia si. a 

parlant des caprices qui peuvent faire monarchia , che di conservarne ii;i 

qu'un ambassadeur ne serve pas bien membro col favore d'una cortegiann 

son prince , en 1 apporte diux exem- Jl medesimo milord me lo riferi a me 

pies. Un ambassadeur d'Espagne à la arizi mi disse , che gli aggiunse , 

cour de Rome sous Urbain VUI, ayant per me ho risolulo più tosto di n 

eu ordre de découvrir les intrigues f^r niente , che molto con que ' 

du cardinal Antoine, apprit d'un mezzo. E v'eramenle niente egli /,,' 

abbé romain qu'il n'y avait qu'un fatto : m'a perb il Barillon amhascta 

chemin qui i)Ùt mener 1^. Irne voulut tor francese non ha lasciato di Jar 

point le prendre , parce qu'il aurait tutto ,e con quai mezzo non uoglio sa- 

fallu encenser une maîtresse de ce pcrlo , so bene ch' egli è sat^io , e pru- 

cardinal, et il fut très-mal instruit du dénie (i3). 

secret. Rapportons les termes de Nous verrons ci-dessous (i4), dans 

'%\.he\.\: Ad ogni modo stimai'ad'iffi- ^^ beau passage de Cicéron , cora. 

c'de di penetrar quelle del cardinal ment il faut déplorer le malheur des 

Antonio , e perche era ben seruito da' temps où la justice est obligée de s'ap- 

&uoi domestici , e perche non mancaua puyer du crédit d'une courtisane. 
di precaut'ioni : ma corne questo car- (D). . . Ciceron parle de lui dan. 

dinale era 'idolâtra délie jemine , che l un de ses paradoxes. ] C'est dans cl 

credeuapotesse assaiseruire il mezzo Jui q^ il montre qu'il n'y a que h s 

délia Cadora granfauorila allora del gens sages qui vivent exempts de L 

cardinale , et acciô meglio facilitasse servitude (i5). Il observe (jue les ani- 

tabbate ail' ambasciatore il cami/io , bitieux faisaient des choses qui étaient 

gli mostrhi mezzi per otlenerdaqifesta „„ véritable esclavage. Ils faisaient 

cortegiana quanlo si roleua. Turbossi (Jes présens à Céthégus , ils l'allaient 

non poco di questa proposta l' ambas- trouver de nuit, ils lui faisaient dts 

ciatore , respondendo che questa non supphcations. llla cupiditas {quœ ul- 

era propositione a farsi da un' abbate detur esse liberalior) honoris, impe- 
romano, ad un' ambasciatore spa- 
gnoloj che vi andava délia sua con- 
scienza , e délia graudezza délia mo- 
narchia l'incensar le puttane, e ch' 



(11) Notez ijue je ne dis point tjuon art 
raiiOii, 



(12) Leti , Ceremomale Pulitico , pa;i. /, /li 

[l'i) Idem , pas- yS , ^q- 

(i-tj Daiii l'article Chélidokis , reirinraw 

(i5) Soluin stipienleni liberum esse. 



CÉTHÉGUS. 



47 



rii , proi'inciarnm , qiiam dura eU do- avoir très-mal réussi à faire la guerre 
mma ! aiùnn impenosa ! quhm i e/ie- aux liabitans de l'île de Crète , envi- 
mensl Cethe^o hoinini non probalis^i- rou Tan 682. Ainsi , ou la chronologie 
mo servire coëgU eos, qui iibt e^se du Falercuhis , ou celle des soiuoiaires 
amplis^imi l'ideùanlur; mimera mil- de Tite-Live nous trompe. 
tere, noctu l'cnire domuni ad eum, (F) Caïus Cokn. Ci-Tiiicvs fut con- 

■ " ■ ' Cad-. 

de 




ï 



qii on 11 eut p 

iudice du lecteur. CettiK-i^us Cicewiiis jaiituim ubsiderct, 

(K) . ... et d'un Crtht'ifus orateur, eniuque l'i aggredcrelur. . . . Inier 
qui apparemment ne dij'î-rc poiitt du luvc parata alque décréta, Celhcgus 
galant de celte femme. J Voici com- iemper querebatur de igiiawid socio- 
naent Cicéron en parle: Kjus (17) rum : illos , dubilando , et dies piv- 
cequalis P. Cethegus , cui de repu- latando , tnagnas opporlunitates cor- 
blicti salis suppedilabat oratio : totani rumpere ; Jaclo, non consulta, in tali 
Unim tcnebat eam , penitiisque cogna- periculo opns esse ; seque, si pauci ad- 
rat ,itaque in senaluconsutarium au- juvarent , languenlibus aliis , impe- 
toritatcm assequebatur , sed in causis tum in curiam factura m. Nalurdfe- 
publicis nilùl , prumlis salis , yelcra- rox , reliemens, manu promptus erat : 
tor l'idebalur (iS). C'est le ruèine , si maximum bonum in celeritate puta- 
je ne me trompe, que celui dont il bat (li). 11 avait raison de croire 
fait mention dans le plaidoyer pour qu'il fallait user de promptitude; car 
Clutntius (19) , comme d'un liomme .si dans presque toutes le.s atiuires 
ni avait voulu éloigner des alljires d'importance il faut éviter de ne per- 
e la république certain Slalénus , ou dre poiut son temps à délibérer, cela 

3ui pour d'autres raisons lui avait est surtoiit nécessaire dans une con- 
onné un mauvais conseil. Asconius s|)iration. Pour peu qu'on soit lent à 
Pédianus conlirme ce que Ciréron ob- l'e.xécuter, il se trouve quelque faux 
serve touchant le crétiit de cet hom- frère «pti la dénonce afin d'obtenir 
nie ; car il prétend que Marc Antoine, son pardon, et une ample récompense, 
celui qui obtint une autorité si gêné- Il est vrai aussi qu'on peut g;Uer tout 
raie sur toutes les côtes, fut porté parla ))récif>itafion Les associés que 
par le consul Colfa et par la faction Catilina laissa dans home ne se res- 
de Céthégus. Jlic est 3J. ylntonius, semblaient guère; les uns n'avaient 
dit-il (30), qui gratid Cotlœ consu- pas assez de lenteur, les autres en 
lis et Cethegi factione in senatu eu- avaient trop. Céthégus était des pre- 
rationem injinitam nactus totius orœ miers : Cicéron à cause de cela ne le 
murilimœ , etc. Je ne pense ))as <|ue craignait point. Quem quideni ego 
tout ce qui est dans ce passage soit ciim ex urbc pellcbam, dit-il (a^) , 
vrai; car, selon Paterculus (21) , on hoc prowidebam aiiimo , Quirites , re- 
cunféra cette commission deux ans TJioto Catilind , nec nuhi esse P. Len- 
avant que Pompée en obtînt une sem- tuli somnum , nec L. Cassii adipem , 
blable. Or, Pompée l'obtint l'an de nec C. Cethegi jurinsam lemeritateut 
Borne 68G, et l'on ne trouve aucun ^ert/weice«<irtm. Quelques-uns croient 
Cotta dans le consulat qu'en remou- que ce Céthégus est le même qui eut 
tant jusqu'à l'année 679. D'ailleurs, recours à la cléuience de Sylla (uS) j 
selon Paterculus, cette i;rande auto- niais je ne crois pas qu'ils aient rai- 
rité fut donnée à Marc Antoine pré- son ; car s'il eftt eu part aux troubles 
teur, qui niinirut dans sa prélure , se- énormes , et aux massacres ipie la fac- 
lon l'épitome de lite-Live (aa} , après tion de .Manus lit dans lionie , on 

n'eût point passé cela sous silence , 

(l6)Cicero, in Paradoio V. 

(17) C'ra-a-dire, d,- l'orateur iaWu!. César. ^,3) SalluMios, de Bello Calll.. cnp. XtlII. 

(18) r.icero , in Rrulo, cap XLyilI. Voyez autci Cicéroo , orat. Il in Catiliuam , cl 
(19J Idem, m Orat. pro Cliientio, c. XXXT. orat pro Sylîî. 

(30) Aïcon Peilian., m Vprrin. , pag. m ii3. ("i^tj Cicero , oral. III in Catilin , cap. III. 

(îi) \ e 1 Palfrciilus , lib. XX, cap. XXXI. (ir>) Vorez le Conjmrnlaire Varioruni iur Sal- 

(1-i) ICpIlome Liviana XCMl. tu--lc , pag. 41 , i63, edu. Ludg. Bata>-. , l'rA- 



48 



CHABOT. 



lorsqu'on parla de son voyage d'Es- 
pagne , et de la blessure de Métellus 
Plus. Quis de C. Cethego , atqiie ejus 
in Hispaniam prqf'ectione , ac de i/ul- 
nere Q. Metelli Pu cogitât , cui non 
ad illius pœiiain carcer œdificatus 
esse l'ideatur (26; ? Caton , si je ne 
me trompe , a eu e'gard à ce voyage , 
lorsqu'il dit que Céthégus, en conju- 
rant avec Catilina , fait la guerre à sa 
patrie une seconde fois (2^). Quicon- 
que aura lu ceci entendra sans peine 
cet endroit de Juvénal : 

Quis cœtuin terris non misceal , et mare cotlo^ 
Si fur displtceat Verri^ homicida Miïoni^ 
Clodius accusel triccckos, Catilina Cethc 
gum (28)? 

(G) Ceux de cette famille affectè- 
rent une manière particulière de s'ha- 
biller. ] Vous la trouverez explique'e 
dans la note de M, Dacier sur ce vers 
d'Horace , 

Fingere cinclutis non exaudita Cethegis (29). 

K 11 représente ici les Cefhe'gus comme 
)) des liommcs mâles et laborieux, qui 
3) avaient retenu dansleurs habits l'an- 
3) cienne manière de leurs pères, les- 
3> quels méprisant la tunique , comme 
3> trop embarrassante, ne portaient 
3) qu'une espèce de tablier qui leur ser- 
■n vait de caleçon depuis la ceinture en 
3) bas ; et mettaient là-dessus leur toge, 
)) de manière que le pan qu'ils jetaient 
3) sur l'épaule gauche , «t qui passait 
j> derrière le dos , venait faire la cein- 
» ture , et laissait le bras droit tout 
» nu ; et c'est ce qu'on appelait pro- 
j) prement ct/icîifi Gahinus, m\\é\a\i 
3) ordinaire aux consuls et aux prê- 
■n teurs quand ils faisaient leurs fonc- 
3) tions (3oj. » Que ce fût le propre de 
cette famille , nous l'apprenons de Si- 
lius Italiens. 

Parebal legio audaci permissa Cethego 

Jpse kuinero exerlus , gentili moke ;7aren- 

tuin 
Difficili gaudebat equo , rohurque juvénile 
Fiexu cornipedis dura exercehal in ore (3i). 

La note de Dausquéius ne nous sera 
pas inutile. Cethegis , dit-il (32), ami- 

(26) Cicero , Orat. pro Syllâ , cap. XXV. 

(2'^) I^noscile Cethegi adolescentiœ , nisi 
ilerum jam palriœ belîuin inferl. Sallust. , de 
Beilo Catilin., cap. LU. 

(28) Juven., sat. II, M. ïS. 

(2()) Horat., de Arle poéticà, vs. 5o. 

(3o) Dacier, sur l'Arl poétique d'Horace, p^g. 
121 , édition de Hollande. 

(3i) Sillus nal.cus , M. VIII, vs. 576. 

(32J Dausquéius in Siliuui Ilalicura , pn^. 376. 



cum expapillato hrachio depugnare : 
nolum illud Lucani : 

. ■ . Exertiqiie manus vesana Celhegi (33). 

Ut enim liahiliiis i'alentiùsque teliim 
ewibrarenl , substrictiores erant. Inde 
Horatius. 

■ . . Cinclutis non exaudit.i Cethegis. 

Ubi Porphyrio à cinctu qui tunicee 
aptatus esset infra pecfus , acrone me- 
lius expciuit Horatium. Taies olim. 
exfilati dicehantur. 

(33) Lucain dit cela, Pbars. , lin. II, vs. 543, 
en parlant du complice de Catilina. jijoulei 
qu'il dit , liv. V, vs. 7g4 , nodique Cethegi. 

CHABOT (Pierre Gauthier), 
savant humaniste, né à Saint- 
Loup dans le Poitou en i5i6(A), 
était fi!s d'un vendeur d'huile. Il 
étudia le latin à Saint -Loup mê- 
me , et puis il s'en alla à Poitiers , 
à l'âge de vingt-quatre ans , afin 
d'y étudier le grec. On le rap- 
pela bientôt pour lui donner à 
instruire la jeunesse dans sa pa- 
trie. Il y régenta six ans, après 
quoi il fut faire à Paris {a) son 
cours de philosophie au collège 
de Prêle sous Orner Talon. Ayant 
employé à cette étude trois ans 
et demi , il reçut le degré de 
maître es arts , et se mit à en- 
seigner. Il eut pour discijîles 
plusieurs enfans de bonne mai- 
son , et s'acquit tellement la ré- 
putation de bon pédagogue , que 
le chancelier de l'Hôpital résolut 
de l'attirer à sa maison de cam- 
pagne , pour lui confier l'édu- 
cation de ses petits-fils {b). Il lui 
en fit parler par Pierre Ramus , 
et par Jean Mercier , professeurs 
royaux. Chabot accepta cette 
condition , et la garda douze ans ; 
cinq pendant la vie , sept après la 

{a) Il y alla au mois d'octobre l5:^6. 

[Jh] Ils étaient six. Leur père, nommé M. de \ \ 
'Belesbal , était de la maison de Huraut , et 
avait épousé laJiUe de ce chancelier. 



mort de ce cliancelier (c). La 
principale de ses occupations fut 
l'explication d'Horace (B). Il ré- 
pandit sur ce poëte tous les fruits 
de ses études. C'était un homme 
de bonnes mœurs , et qui sup- 
porta patiemment trois fois le 
pillage de son bien pendant les 
désordres des guerres civiles. Il 
se plut toujours à une vie fort 
solitaire (C), et vécut plus de 
quatre-vingts ans {d). Il mourut 
environ l'an iSg^. J'ai lu en 
bon lieu (e) qu'il avait été pro- 
fesseur dans l'université de Pans ; 
mais le silence de Boissard rue 
fuit douter décela. 

(f) // mourut l'an iSjS. 

i'i/> /"(re'c/e Jean- Jacques Boissard , l'n Ico- 
ni'jiis Viioruin illustniini. 

i; Dans la /néface Je lu Mélhode grecque 
ilc doin Laacelol , pag. 22. 

(A) Il t'tail né en i5i6. ] Boissard , 
(]ai avait eu avec lui des liaisons très- 
itioites, n'a pu néanmoins nous ap- 
prendre ni le mois, ni le jour de sa 
naissance. Il s'en informa si exacle- 
nient , qu'il voulut même savoir 
riieure, afin de la marquer dans son 
t'ioge, comme le pratiquent les Alle- 
mands (i^. Mais il ne put déterrer, si- 
non que l'on avait oui dire aux parens 
el aux voisins que Ciiabot naquit l'an 
i5i6. Fando lantiini a propinqnis 
jnidiisque l'icinis est recepturu , ipsiiis 
'n-tum sub i5i6 ceciilisie (2). Notez 
.|uil y a des gens fpii lui donnent 
ji.iur vrai nom (iuaft/ierus , et non 
pas Chabotiiis (3). ]I est pourtant 
})lus connu sous ce dernier, (pii était 
celui de sa mère , que sous l'autre qui 
(•t. lit celui de son père. 

(13) La firincipa/e de ses occupations 
lui l'explication d' Horace.] Sou com- 
mentaire est d'une méthode peu com- 
mune. Il contient l'analyse du te.xle , 
lant selon les règles de la grammaire, 

I 1) Roland Des-Marets, epist. Philol. XXV , 
.. //, Ik en l)lam&. Il dil que telles choses 
ne sont bonnes à dire que luuchiinl les rois , ou 
les personnes e'minentes. 

(j) Roi&urd. , in Iconibus. 

(3) Uraiidius, Bibliotli. class. , pag. 1088 <>( 
ïïoç) , edit. i6a5 , et rEpitome de la Biblio- 
ihéijue de Gesoer. 

TCME Y. 



CHABOT. 4c, 

que selon celles de la rhétorique et de 
la logique. Je répéterai ici ce que )'ai 
dit dans le projet, à l occasion d'un 
passage que l'on peut voir ci-dessus 
f4) , et (jui est un peu hieii brouillé. 
Pareils désonh-es se trouvent souvent 
dans ce commentaire de Petrus Gual- 
therus Chabotiiis sur Horace , de l'é- 
dition de iGi5, in-jolio. Il ne faut point 
les imputer à l'auteur, qui était un fort 
savant homme , et cpii a travaillé sur 
ce poét>. , non-seulement avec une lon- 
gue et une forte application , mais aus- 
si avec une méthode fort siugtdière et 
très-utile. Le mal vient du ce qu'ayant 
vécu neuf ou dix ans, depuis ïpi'il 
eut publié à IJâle son commentaire en 
1587 , il ramassa naturellement des 
remanjues pour une seconde édition, 
sans avoir pu etlèctuer son dessein. 
Après sa mort , Jacques Grassérus 
ayant en main ces recueils, les in 
sér.i en leur place le mieux qu'il 
put dans l'édition de l'an 161 5. Mais 
n'ayant pas toujours discerné , comme 
l'auteur aurait fait lui-même , les ci- 
tations d'avec les remarques que 
Chabot y ajoutait, il nous a donné 
assez souvent comme citation d'un 
ancien, la pensée de Chabot. Ailleurs, 
on sent bien que les réflexions de l'au- 
teur n'avaient été <pie comme une 
première vue, que l'on éciit sur ses 
recueils afin qu'elle n'échappe pas à 
la mémoire , etqu'on s'attend d'éclair- 
cir avant que de la publier. Mais 
quand un autre homme tombe là- 
dessus , il ne sent pas toujours ce qui 
y manque. Il ne faut donc pas s'e'ton- 
ner si les ouvrages posthumes, aug- 
mentés sur les mémoires informes des 
auteurs , sont défectueux. Les fautes 
d'impression sont trop fréquentes 
dans ce commentaire, et les e.\pres- 
sions françaises que l'auteur y parse- 
mait, pour mieux faire entendre à 
ceux de sa nation celles d'Horace, y 
sont presque toujours déligurées. 11 
est surprenant que Draudius n'ait eu 
nulle connaissance , ni de l'exposi- 
tion analytique d'Ilorare, publiée par 
Chabot à Paris en i582//i-8°. comme 
un extrait du grand commentaire , 
ni des deux éditions de ce commentai 
re. H a seulement parléd'une lettre que 
Chabot avait écrite sur son état, et 

(4) Remarque (G) de l'article Cauius Sivr- 
Rts (Titus), çtiation (Si) . tame IV, pag. 5j8.. 



5o 



CHALVET. 



ur la vie qu'il avait menée (5). On Chalvet, issu de la famille de,- 

peut aussi s'étonner que le théâtre de ChalveAs , de Roche-Montez en 

Paul Fréhérus, où l'on voit un abre- ^ ^ Auverene , naquit Van 

ce de la vie de Chabot , ne fasse men- '" -a • ii f,.i 

p , , .,,>,Up anaW^e d'Ho- 1 020 , ûîi /?^o^.s de mai. 11 tut 

tion que de la petite analyse u "" . , r> • i> ro 

race. C'est une grande absurdité amené a Fans 1 an lOJg, par 

que de dire que Chabot a copié près- ]y[ J^izet son onde, qui était 

que tout entier le commentaire de ^j^^.^ avocat général au parle- 
Torrentius sur Horace (6) : car Cha- ^p Pp,.,s f/;^ et nui le fit 

bot n'était plus en vie quand ce com- ineit de Fa. ib (^J , et qui le ht 

mentaire fut imprimé en 1607(7). étudier aux bonnes lettres pen- 

(C) Il se plut toujours h une uie ^^^^ ^[^ ^ns sous Oronce Fine , 

fort solitaire] W était si sobre ,qu au Tusan , sous Buchanan , et 

'nierl de la lettre il ne mangeait que ' 

P vivre : cela fut cause .,"«« mêlne SOUS quelques autres savans per- 

dans sa jeunesse il ne voulut jamais sonnages. 11 alla a louiouse 1 an 

se trouver à de grands repas. Taie , 5^5, pour y apprendre le droit 

porrà temperantiœ studann exstua ^.^., ^^ j^ ^^.^^ Turnèbe, 

;L;r';r«sre;;,/ii":î:|: Mercér„s et çovéa (c) n «. .. 

simis perttnaater recnsdrU[S). On voyage en Italie 1 an 1 5i)0 , pour 
ne le vit presque jamais aux places continuer ses études , et fut 

publiques, ni aux promenades ou jj^^j .^ a'Alciat àPavie, et de 

Kp rendent tant de gens pour demtei , „.!,„, V'^ . 

ou poitapprendii des nouvelles (9). Socin à Boulogne, f.tant revenu 

En un mot, il vécut diins un grand en F,rance , il tut achei>era lou- 

éloignement des plaisirs du monde, l^use sOfl COurs hs lois ., el il fut 

sans femme, '^«"^*«^';^'j^' ,f °' J^™' compagnon des sieurs Roaldes 
mpnadps sans festins. Le qui ne pro- /. ?. ,. 1 i r 

Sait pas d'humeur misanthrope . et Bodin , lisant ensemble le 

mais de quatre intirraités corporelles, droit aux écoles publiques avec 

qui tia'xenicrebrameiendiorcxis, au- réutitalion. Ayant pris ses de- 
diendi graduas mamhndi mibecdh- .^ ^^ docteur dans cette uni- 

*/ic frfniipn'i alteriialio ileanwulanai o .,.,,, 1, n . t\ ■ 

;-";/,S"e.i« ;™;,.e,- rarnœes m- versité , il résolut d'aller a Pans 

,^-MÙ»i//itio). Cela ne l'empêcha point pour établir sa fortune; mais, 

de vivre plus de quatre-vingts ans. quoiqu'il fût poussé à cette réso- 

(5)Draua.,Bib.clas.,pa5. 1088 e£ 1289. erfi/. lution par k'S Icttrcs de M. Li- 

'%OnUdUpourt,znldans InDecsVec». Zet , il nC l'exécuta poiut : il 

dum (i'Aibçrt Fabri, ««m. 99. ""?"""''« « tiouva plus à propos de sc fixer 

^^(0 '^'Mè'r? Anaré , Bibl belg. , pflg. 6.0. à TouloUSC , Oll il épOUSa BU 

(S /Sl:r;'wc;». '""'*'"■ 1552, Jeanne de Bernuj fille 

iio) Idem, ibid. du scignew de Palficat , baron 

CHALVET (Matthieu de), en de Villeneuve. Il lut reçu con- 

latin Cah'cntius , président aux seiller au parlement de la même 

enquêtes au parlement de Ton- ville l'an i'j5'6 , puis créé juge 

louse. Son article , tiré des Éloges de la poésie française , et main- 

de Sainte-Marthe («), se voit dans uneur des jeux floraux. Il fut 

le Dictionnaire de Moréri : je le fait président des enquêtes par 

donnerai néanmoins tout entier, la nomination du parlement en 



parce que je puis l'assortir d'un 
plus grand détail de circonstan- 



ce") // fut ens'tile premier président de Ce 



pmsgraim ULiuu^^c ^eW./'«'/e'«fi«'^q>- ''«'•'• '«'««^^Lizet. 

ces. Je dis donc que Matthieu de ^^ ^^ ^^^ ^^^ ^^^^^^ ^^,^,,,^ .;^. ^, ^^,., 



(a) Lib. Vy pas- m. l3o e.1 scq 



l'écrit d'où je lire cet article 



CHALVET. 5i 

Comme il avait l'ame » application , dans sa traduction de 



1 578 

tiiiiiquille el innocente , il se re- 
tira eu sa maison eu Auvergne 
Jurant le^ premières et dernières 
fureurs des guerres civiles , pour 
:if voir les désordres quil pré- 
v:)}aii devoir arriver dans Tou- 
louse. Ce fut dans cette retraite 
f/ii'il se mit à lire et à traduire 
Sénèque {k) , pour se consoler 
des misères publiques , et pour 
cnifjloj'er utilement son loisir. 
Sans compter ses talens corpo- 
rels, il eut entre plusieurs bon- 
nes qualités une grande fidélité 
j)()ur son prince (B). C'est ce 
'jui le fit estimer très-particu- 



» Sé[iù((iif (*')• iM. Hiict témoigne 
» poiH'tant ({u'il ne s'est pas bi-au- 
') coup soucie de s'assu|ettn' à son 
» auteur , et de le rendre mot pour 
» mot ; et cju'an lieu qu'il n'y a rien 
» de plus sec et de plus concis que 
)) Senèipie , on ne trouve prcscpie 
» rien de plus étendu et de plus am- 
» pie (pie cette version (*').» C'est 
M. Da.llct qui s'exprime ainsi (i) ■^. 
(B) Sans compter ic.<> talens corpO' 
rels , iL eut entre plusieurs bonnes 
i/ualitcs une grande fidélité pour son 
prince. ] « Durant les e'tudes de sa 
» jeunesse , il reldchait souvent son 
» esprit par les plus honnêtes exer- 
» ciccs du corps, auxquels il s'était 
» instruit en Italie : e'tant fort bon 
)> homme de cheval, beau danseur, 
» et le meilleur joueur de paume 
ièrement du roi Henri IV, qui " '^,*' son temps. Il tempérait aussi 

..,1 •K^'î 7^ /7/ ^^.,-,„,;/„, ^.. „ " l'austérité de la doctrine des lois 

en 1000 te lit conseiller en ses ■ i „ i 1 • • i »• 

., ,•; ■ / TJ ' " par la douceur delà poésie latine et 

conseils d état et prive. L année „ française, es quelles il n'était point 

suivante, il résigna sa dignité » des derniers, comme il paraîtra 

(le président à François Chalvet " Pa»" ses vers , si sts héritiers ne les 

^ 1 r •Il„^ '7» j " envient point au public (j) 

sieur de reuouiUet, / un de ses n „ » <■ L • 1 1 i 

. , . » H eut iorce amis : aussi les savait-il 

Jils , et se retira Citez SOI pour ne „ bien cultiver; mais surtout il y 

jienser plus qu'à prier Dieu., et » eut une singulière et parfaite ami- 

à couler doucement le reste de '' tie entre M. du Faur de Saint-Jory 

• 7 M 7 " premier président de Toulouse, et 

ses lours panni le repos et les \ ■ . } ii , ""'^'^«• 

,. -' _/ , , ^ y » lui, tant pour 1 amour des lettres , 

livres. Il vécut après cette heu- „ q„e pour leur prochaine affinité. 

relise retraite deux années .y avec » Il avait la taille haute et carrée, 

tant de satisfaction qu'il disait " '"°^'' '"»»"'' ,''^,1'°'' '^'"«'J» le visage 

, > ■ ^ ^ / » doux et vénérable , le maintien 

s auvent a ses narens, que tout le , „..„ ,^ ^J„,^ . i- ^ ■ 

, 7 • . grave, modeste, et plein de raaies- 

iong du reste de sa vie passée ' " 

// n^ avait aucunement vécu (C) 

// mourut chrétiennement à Tou- 

louse , le 10 de juin i6ny, âgé 

de soixante-dix-neuf ans {d ) 



» té ; le propos et la conversation des 
» plus agréables du monde (i). Au- 
w cun presque ne labordait , qu'il 
)) n'en restât comme charmé ; car il 
)) était d'un naturel atl'able , courtois, 
» bienfaisant, franc, sans hypocrisie. 



Plusieurs auteurs lui ont donné » sans ambition, sans avarice, s'em- 
des éloges (D). 

(f/i Tiré du Sommaire de sa Vie, au-dc- 
iiinl de sa traduction de Se'uèque. 

(A) // se mil a lire et à traduire 
'Scnèque.'\ Il dédia cette traduction 
à Henri IV', Tan i6o3. Elle fut réim- 
primée in-folio, à Paris, chez Guil- 
laume Loyson , l'an 1624. et chez 
.h;an Richcr , l'an 1634. « AI. de Sain- 
» te-Marthî dit qu'il a fait éclater 
» son industrie, sa iiJélité , et son 



« ployant beaucoup plus volontiers 

{'') Sammarili , Elogior. lib. V, pae. i5o. 

(*') Huetius, (le claris Interpret. , lii. Il , 
pag- i85. 

(i) Baillet, Jugement des Savans, loin. If^ , 
pas 5.<5, Siitj. 

* Joly reproflie à Baillet d'avoir rendu le jd' 
gement «le Fluct sur Cbalvel plus sévère qu'il 
n'est, et à Baylc de d avoir pas consulté le texte 
de Huet. 

(2} Sommaire de la Vie de Matthieu de Cbal- 
vel , iiu-ilffUiU de son Sénèque. 

(3j forez sur lout ceci les vers latins de Crit- 
ton, professeur rojal, au-devant de sa vertion 
de Scnèque. 



ki 



52 



CHAM. 



1» pour autrui que pour ses affaires 
» propres, craignant Dieu, détestant 
5) et condamnant toutes sortes de vi- 
V ces , et principalement les violen- 
i> ces et les nouveaute's, même celles 
j) de la religion. Il aimait l'ordre, la 

5) droiture, et la paix.r Parmi 

)) les confusions de la France , il per- 
» se'véra constamment en Tobéissan- 
■» ce de son prince, le parti duquel , 
3) comme le jugeant seul juste et le- 
y> gitime, il a toujours fidèlement 
» suivi. Aussi, lorsque le parlement 
■u fut transfère de Toulouse à Castel- 
» Sarrasin, il fut choisi entre tous, 
M pour aller de sa part saluer le roi 
)) à Lyon l'an iSgl, de quoi le roi 
» fut merveilleusement content , com- 
» me il témoigna par le gracieux 
)) accueil qu'il lui fil, et par un pré- 
}> seut qu'il lui donna : et lui s'esti- 
5> ma bien heureux d'avoir e'té le pre- 
» mier officier du parlement de 'l'ou- 
■» louse que le roi vît depuis son avë- 
}) nement à la couronne, et depuis le 
» commencement de la réduction du 
» Languedoc à son service. Derechef 
» en l'an i6o3 il fut délégué par le 
» même parlement devers sa majesté, 
3> pour plusieurs afiaires importan- 
)) tes : auquel voyage, pour une ho- 
w norable récompense de ses longs 
» services , le roi , de son propre 
î) mouvement , et sans qu'il l'eiit de- 
» mandé , le fit conseiller en ses con- 
3) seils d'état et privé , dont il prêta 
)> le serment es mains de M. le chan- 
» celier de Bellièvre , auquel il ap- 
3) partenait de quelque alliance (4). » 
(C) Il trouvait tant de satisfaction 
depuis sa i-etraite , qu'il disait sou~ 
vent , que tout le long du reste de sa 
Mi'e il n'avait aucunement l'ecw.] Il 
se pouvait donc comparer à un hom- 
me illustre qui fut préfet du prétoire 
sous l'empereur Hadrien. Je parle de 
Similis , qui n'était monté à cette 
charge qu'à regret , et qui s'en défit 
volontairement , après quoi il se re- 
tira à la campagne, et mourut au 
bout de sept ans. U voulut que l'on 
mît sur son tombeau , ici gît Similis , 
dont Idge a été fort long;jnais qui 
n'a vécu que sept années{5). Voyez 
plusieurs recueils touchant de pareil- 
les choses dans les Méditations histo- 

(4) Sommaire de la Vie de M. de Cbalvet. 

(5) XipLjlin. , in Hadiiauo , pag. m. 26C. 



riques de Camerarius , au chapitre V 
du m*, livre du I^"'. volume. 

(D) Plusieurs auteurs lui ont don- 
né des éloges.] Je n'en donnerai pour 
preuve que les quatre premiers vers 
d'une épigramme latine , que Pierre . 
le Loyer lui adressa : 

C'um sua tjuisqup iibi cullo munuscula versn 
Of ferai , el genlo dedicel illa tuo , 

Ilaud ego postreinos iiiler itumerabor ainicoff 
El levia , al sallein munera grata dabo. 

Cette épigramme est à la suite des 
vers français par lesquels l'auteur de'- 
dia sa comédie du Aliiet insensé à ce 
président aux enquêtes. Voici com- 
ment il le loue , 

Qaand j'aiirois autant d'or qu'en versent le 

Pactole 
El le Tage espagnol en leur arène molle : 
Quand je tiendrais à moi tous les biens plaA- 

tureux 
Et les riclies thrésors des Attales beureux, 
Encor je n'oublîray le doux soin qui m'amuse. 
Et le désir ardent que je porte à la muse : 
Encor le dieu Pbéb-is et son docte savoir, 
Pourroienl d'un feu gentil ma poitrine «smoa- 

voir. 
Et encor , mon Cbalvet , chère teste et sa- 
crée , ' 
L'bonneur de ton Auvergne, et le mignoa 

d'Astrée, 
Je chanteray ton nom et je voudray semer 
Par mes vers tes lionneurs aux deux coins 

de la mer. 
Soudain que je t'eus veu et gousté la doctrine, 
Et les grâces des dieux miser, dans ta poitrine , 
Aussitôt j'eus au cueur vouloir de t'bonorer, 
Et en quelque façon une fois te montrer 
Combien j'ai en amour tes mœurs et ta 

science. 
Et ton parler bumain et ta douce éloquence, 
Et combien je l'estime , àcause que te vois 
Honorant le sçavoir de ces braves Grégeois , 
Ces Grégeois anciens , qui dn milieu de Grèce 
Nous ont icy coulé l'amour de la sagesse {6). 

(6) OEuvres et Mélanges poétiques de Pierre 
le Loyer, fol. 122 verso, édit. de Paris, lâ^g. 

CHAM, le plus jeune des trois 
fils de Noé (A). Ou ne sait de 
lui autre chose , sinon qu'il alla 
dire à ses frères qu'il avait vu 
Noé tout nu dans sa tente (a). 
Sur ce fait unique on a bâti je 
ne sais combien de grotesques ; 
un peu de levain a fait lever en 
cette rencontre une énorme 
quantité de pâte. On a cru que , 
puisque Cham fit paraître tant 
d'indiscrétion envers son père , 

{a) Gènes., ckap. IX, fs. 22, 



c'était une âme maudite , qui Ilainmon. 



Ou 



53 

a répondu de 



avait commis toutes sortes d'à- plaisantes choses à la question , 
bominatious. On le faitl'inven- comment Noé sut que Cham eu 
teur de la magie (B), et l'on avait si mal usé envers lui (c). 
conte bien des choses Ik-dessus : M. Moréri n'a pas dû dire , ni 
on vent qu'il ait donné un exem- que Cham se moqua de Noé en 
[lie d'incontinence peu édifiant le voyant nu , ni que Chanaan 
C) , c'est-à-dire, qu'il ait en- fut lo premier qui s'aperçut de 
grosse sa femme dans l'arche la nudité de Noé , et qu'il alla 
laème. I! y en a qui disent que la dire à son pore ce qu'il avait vu; 
faute, qu'il commit envers son car l'Kcriture , ni aucun auteur 
père, fut infiniment plus atroce qui ait pu savoir la chose, n'ont 
que l'on ne la représente dans rien dit de tout cela. Si M. Mo- 
la sainte Écriture. Les uns veu- réri nous eût donné ces deux 
lent qu'il l'ait châtré (D) ; les faits pour la conjecture de quel- 
autres , qu'il Tait rendu impuis- ques commentateurs , on ne 
saut par la vertu de quelques pourrait pas le reprendre; mais 
I harmes magiques (E) ; les au- A les donne comme une partie 
(res, qu'il se soit plongé dans de l'histoire de Cham copiée de 
l'inceste avec la femme de Noé l'Ecriture. C'est là le mal. 
f F). Ce qu'il y a d'assez étrange, 
c'est que l'Écriture ne marque 
point que ce patriarche ait rien 
fait à Cham : il ne lui dit pas 
même un mot de censure ; il se 



(r) Voyez lu remarque (C). 



(x\) Lp plus jeune des trvis fils de 
l\\ifi. I Cela est clair et incontestable, 
puisque TEcriture naarque expi'esse- 
^, ment, après avoir récite l'action de 
contentade maudire Chanaan his Cham, que IVoé éi^eilU-de son ubi sut 
de Cham ; mais cette malédiction ce que sonjils le plus petit lui aidait 
n'étaitautrechosequ'uneprophé- /«'KO- Et néanmoins, une infinité 
^- 1 . , - I j UL- commentateurs soutiennent que 

tie des victoires que les descen- cham elaitlc seconddestilsdeNoeuls 
dans de Sem remporteraient sur préfèrent à une déclaration aussi nette 
les descendans de Chanaan sous que celle-là les paroles où les trois 
Josué, c'est-à-dire , sept ou huit <V.'>-'^s sont range^ de celte façon, 
-, , , , c \ 1 ni Ofni, Cliam , et Jnphelii) : et pour 

Siècles après la faute de Cham. ^^^^^ ,ç ^.^^^^^ 2Jque je cite, il y 

Voilà toute la punition de ce fils en a qui prétendent (jue TÉcriture ne i 

mal né; car c'est un conte chi- parle point là de Cham , mais de> 

méri(,ue, que ce que l'on dit Chanaan pel.t-flls de Noé. D'autres^ 

,. 1 . ' 1 VI 1 • i • prétendent (lue Cham na ete appelé 

ordinairement qu il devint noir, j^ j,,^, pg,;^ o^, 1^ p,,,, j^^^^ '^^.^ 

et qu'il communiqua sa noirceur cause que sa conduite était moins 
à ses descendans , et que de là prudente que celle de ses autres frè- 

vient qu'encore aujourd'hui il y '^"P)- f"»"" P«'"t ouvrir la porte 

, S , ' ■ , n i « des "loses qui seraient capables 

a tant de peuples noirs dans 1 A- j'obscurcir jes expressions les plus 

frique. H y a beaucoup d'appa- claires de l'Écriiure? 

rence qu'il s'établit en Egypte (l^) ^n le fait l'inventeur de la 
{b) , et qu'il y fut adoré après 
sa mort sous le nom de Jupiter 



[b] ''/-oje; Bocharl , Geojraph. sacra, lib. 
ir. caf,. I. 



(i) Genej. , chap, tX, vr. ï4- 

(i) Ibid. , V!. i8 el pastun alibi. 

Ci) H<riHcgçi!r , flislor. Patriarch. , exercUat. 
XX , iiKiM. 4 , nomme quclptei auteurs de ces 
divers tenù'iieni. 



54 



CHAM. 



magie] En ce sens que ce fut lui 
seul qui la conserva , et qui la fit pas- 
ser dans le nouveau monde. C'est 
ainsi que j'appelle les descendans de 
Koe. Du reste, ce ne fut point Cham 
qui inventa cette noire science : ce 
furent les anges amoureux du sexe qui 
l'enseignèrent aux hommes (4) 5 mais 
comme Chara n'o?a point porter avec 
lui dans l'arche des livres qui concer- 
naient cette matière , il en grava les 
principaux dogmes sur des corps très- 
durs qui pouvaient résister aux eaux 
du dëiuge : il cacha soigneusement 
ce trésor; et après qu'on fut sorti de 
l'arche , il le retira du lieu où il l'a- 
vait mis. On lit ces fadaises dans Cas- 
sien : Quantiun , dit il (5), aniiqtiœ 
traditionex feriint , Chainjilius IVoe, 
qui iupej'stitionibus istis , et sncrile- 
gis fuit ariihiis et profanis injectas, 
sciens nulUivi se posse super his me- 
morialem lihrum in arcam prorsiis 
inferre, in qiiam erat un'a cum pâtre 
justo j et sanctis fratrtbus ingj-essu- 
rus , scelestas arles , et jivofana com- 
menta (lii'ersoruin metalloriim lami- 
nis , quie sciticet aquarum non cor- 
rumperentur injuria , et durissiniis 
lapitlibus insculpsit. Quœdiluuio per- 
acto , eddem qud il/a celarerat cu- 
riositate pcrquirens , sacrilegiorum ac 
perpétuée nequitiœ seminarium trans- 
nusit ad posteras. On piètend que 
Misraïm fils de Cham apprit de son 
père tous ces abominables secrets , et 
qu'ainsi les sectateurs de cette scien- 
ce regardèrent Cham comme leur 
premier fondateur , et le nommèrent 
Zoroastre , c'est-à-dire l'astre vivant , 
et l'honorèrent comme un dieu. 
Chamum eumdem esse iolunt cum 
Zoroastiv mago. fiujus sententiœ 
S primas author, quod quidem sciam , 
'est Pseudo-Cleniens , qui Uhro IV 
Recognitionum magiam scrihit homi- 
nibus ante dduvium a mulierosis illis 
angelis traditam , ^Egyptiorum con- 
ditorem Mesraimum didicisse it Cha- 
mo pâtre, et Chamum a posleris hu- 
jus artis adnùratoribus Zoroastrem , 
seu uiuum astrum , propterea fuisse 
dictumetpro Deo habituai (6). V'oyez 
ci-dessous la remarque (E). 

(C) On ueut qu'il ait donné un 

(4) y^oyei Bochart, Geograph. sacra, lil>. IV, 
cap- 1 ■ 

(5) Collât. VIII, cnp. XXI. 

(6) Bochart, Geograph. sacra, lih. IV, cap. I. 



exemple d' incontinence peu édipajit."] 
Saint Ambroise trouve que les expres- 
sions de Moïse nous portent à croire 
que les fonctions matrimoniales furent 
sursises et suspendues pendant qu'on 
ve'cut dans l'arche. C'était alors, di- 
sent <|uelques interprètes , qu'il fallait 
songer à la maxime que Salomon a 
publie'e long-temps après : yl toute 
chose sa saison , et h toute affaire 

sous les deux son temps temps. 

d'embrasser , et temps de s'éloigner 
de l'embrassement [']). Le terrible 
jugement que Dieu exerçait sur le 
genre humain ne devait inspirer à 
Noè et à sa famille que de< pensées de 
jet^ne et de pénitence. Qui { Ambro- 
sius ) etiam notcwil tam in ingressu , 
qu'am in egressu arcœ , seorsim uiros 
omnes ab uxoribus nominari ; ut ex 
ipscî descriptione insinuaretur per- 
sewerans conjuguai continentia ab in- 
gressu ad egi'essum usque : idque 
admodum t>erisimililer. JVam , ut ait 
Salomon , tempus amplexandi , et 
tempus longé fieri abamplexibus... l'^t 
i>erè lacrjmarum potiiis , et oraiio- 
num id tempus fuit ad placan- 
dam dii'inam iram , horribilem in 
modum sœfientem (8). Néanmoins , 
c'est une opinion assez répandue , que 
Cham ne se contint point, et que sa 
femme devint mère de Chanaan dans 
l'arche même. On dit aussi, qu"à cause 
que Chanaan était le fruit d'une in- 
continence exercée hors de saison , il 
fut méchant. C'est lui , dit-on , qui 
s'aperçut le premier de la nudité de 
Noé , et qui en avertit son père avec 
des airs de moquerie. Si cela était, 
on comprendrait mieux pourquoi la 
malédiction de Noé tomba sur Clia- 
naan et non pas sur Cham. Quand on 
demande à quelques docteurs par 
quel moyen ce patriarche vint à con- 
naître que c'était Cham qui avait ré- 
vélé sa nudité , ils répondent qu'il 
l'inféra de l'eflronterie que Cbam avait 
eue de profaner l'arche en s'appro- 
chant de sa femme. Conjecturam 
Hebrœi comminiscuntur ejusmodi. 
Nenipè IVoachum in ipscî adhuc arcii 
Chami libidinosum animum arcam 
intempestii'd ^/enere pollue ntis notâ.s- 
se. Mme expergefactum statim cul- 
pam ludibrii hujus in eundem conje- 

(7I Eccles. , chap. (Il, vs. i et 5. 
(8) Salianns , tum. I, pag. 290, num. 7. Il 
cite saint Ambroise , de Noe el Arcâ , cap. XXI . 



CHAM. 



cisse(cf}. Rapportons par occasion la 
ruponse que font d'autres : ils ilisenl 
que Cliam , drs qu'il eut repu sa vue 
d'un (cl objet, soiiflVit des change- 
meus extraordinaires siu' son corps. 
Les yeux lai devinrent rouges ; ses 
cheveux et sa barbe lurent brûlés ; 
ses lèvres se tordirent ; il savait si peu 
ce tpi'il faisait , qu'il se dépouilla tout 
nu , et marcha en cette posture. Noé 
voyant tontes ces choses en conclut 
que c'était Cham qui lavait désho- 
noré. .Mais quelques-uns veulent qu'il 
n'ait su cela tpie par les lumières de 
la prophétie. Saint Clirysostonie est 
très-raisonnable, lorsqu'il croit que 
Noé s'élant vu couvert d'un manteau 
<|ui ne lui appartenait pas , demanda 
ce que c'était , et apprit de ses deux 
bons Cls comment la chose s'était 
passée (lo). 

(D) Les uns veulent qu'il oit châ- 
tré son propre père.] Quelques doc- 
teurs juifs ont débile (il) qu'il se 
porta à cet acte violent, afin d'em- 
pêcher (pie Noé ne luidoun.lt de nou- 
veaux frères. Fallait-il (pi'il craignît 
((ue sa portion dans le partage de 
tout le monde ne fût trop petite? Des 
gens graves ont pris la peine de réfu- 
ter cela fort sérieusement par ces pa- 
roles de l'Ecriture : Noti éveillé de 
son l'in sut ce que son fils le plus 
petit lui avait fait. Si l'on eftt fait 
sur lui , disent-ils , une opération 
aussi douloureuse que celle dont il 
est (|uestion , il n'aurait pas attendu 
à se réveiller qu'il eùt pu cuver son 
vin : la douleur l'aurait éveillé bien 
vite, et il aurait surpris le malfaiteur 
sur le fait même, et n'aurait pas eu 
besoin de demander <pii c'était. Id 
Scriplura salis refellit ^quœ ait : IVoe 
cîini ex l'ino evigildsset didicissc quœ 
Jecerat ei filius suus. ytt non evigi- 
ldsset è vino , tonsumptis scilicet va- 
povihus , sed ingenti dolore som/ius 
c.rciissus J'uisset-, ncc ojius J'uisset , 
disceiv quul fecisset Chant , sed euni 
in ipso facinore <lepfehendiss€t [12). 
C est ici que messieurs les Hébraïsans 
triomphent, ils prétendent qu'on ne 

(9) HeiileKg , Hist. Palriarch. , exercit. XX , 
pag- 627. Il cite If rablin S.ilomon Ephraim , 
qui a du que c'était la liadiliun de quclijues 
maures. 

(10) f'om Heidegger , j7)iW. 

(11) Tieferenle R. Levi m cap. /X Geneseo.i, 
apud Salîanum, tom. /, pag. 397. 

(lî) Sallanus, ibid. 



saurait plus nier que tous les dieux 
des païens n'aient été pris de la tra- 
dition juilaïquc. Ne voyez-vous pas , 
disent -ils, que Noé est le Saturne 
des païens, et que le conte <pic font 
les poètes que Jupiter châtra son 
père Saturne est tiré de l'aventure de 
Cham? Il faut tp>e le comte de Gaba- 
lis nouf régale ici d'un morceau de sa 
comi'die. Il suppose (|ue Noé après 
le déluge céda sa femme Vesta au 
Salamandre Oromasis prince des sub- 
stances ignées, et persuada ses trois 
enfans de céder aussi leurstrois femmes 
aux princes des trois autres élcmens 
(i3). Cham , ajoute-il , fut rebelle an 
conseil de Noé, ei ne put résister aux 
attraits de sa femme ; mais son peu 
de comi)laisance marqua tonte sa 
noire postérité ; le teint horrible des 
peuples qui habitent la zone torride 
est la punition de l' ardeur profane de 

leur père f ous croyez , par 

exempte, poursuit-il (i4)i que l'injure 
que Cham fit il son père soit telle 
qu'il semble à la lettre-, vraiment 
c'est bien autre chose, DToé , sorti de 
l'arche, et voyant que f^esta sa fem- 
me ne faisait qu'embellir par le com- 
merce qu'elle avait avec son amant 
Oromasis , redevint passionné pour 
elle. Cham , craignant que son j>ère 
n'allât encore peupler lu terre d'en- 
fans aussi noirs que ses /éthiopiens, 
prit son temps un jour que le bon 
vieillard était plein de vin , il le châ- 
tra sans miséricorde. 

(E) ... les autres qu'il l'ait rendu 
inijiuissant par la verti^ de quelques 
charmes magiques. ] Le lîcrose de 
l'imposteur de Vitcrbe nous apprend 
cette rêverie. Il dit que Noé , ne pou- 
vant souiirir les mœurs déréglées tTe 
son fils Cham , qui s'était ac(juis le 
surnom de Zoroastreà cause de son at- 
tachement à la magie, devint odieux à 
ce fils , et cela d'autant plus facile- 
ment qu'il avait beaucoup de ten- 
dresse pour ses autres fils plus jeunes 
que Cham. Celui-ci trouvant une oc- 
casion de vengeance ne la laissa point 
échapper. Il empoigna les parties na- 
turelles de son père cuvant son vin , 
et se mit à marmotferquelqucs paro- 
les qui le rendirent impuissant pour 
le reste de ses jours. JVactus opportu- 

(i3) Entretiens sur les Scieoces secrètes , ;)ag. 
m. 304. 
(i4) Là même , page 206. 



56 



CHAMIER. 



nitatem , ciim JVoa pater madiJus ja- honte de son mari ; et par conséquent, 

ceret , illius i^iv'dia comprehendens selon ce style, avoir vu la nudité de 

tacitèque siibmunnurans , carminé Noé, est une façon de parler cnvelop- 

magico patri dlusit , simul et sterdem pée , qui signifie avoir eu aff;iire avec 

pertnlè atc/ue castratum effecil , ne- la femme de Noé. Cet auteur suppose : 

que deinceps Noa fœmcll am aliquam i°. que Cham prit son temps pour 

fœcundare poiuU (t5j. Ce ne fat pas faire ce coup , lorsque Noe' cuvait «ou 

néanmoins Ce qui porta Noé à chasser vin; 2". que quelqu'un s'élant aperçu 

ce fils ; il le chassa pour ses autres de l'attentat courut en donner avis 

crimfs. Ce malheureux enseignait aux deux autres fils de Noé; 3°. que 

qu'il fallait vivre comme on faisait ceux-ci , indignés de TatTront sanglant 

avant le déluge, commettre toutes qu'on faisait au patriarche , se trans- 

sorles d'incestes et quelque chose de portèrent sur les lieux au plus vile , 

pis, et il pratiquait ses leçons abomi- et qu'ayant surpris leur frère en fla- 

nables. yll l'crh Cheni ciini publiée grant délit , ils jetèrent leurs man- 

corrumperet morlale genus , osserens teaux sur lui et sur sa complice ; 

et re ipsd exequens congrediendum 4"'- qu'ils firent rapport à leur père de 

esse, ut ante inundationem , cum ma- tout ce qu'ils avaient vu ; 5". «pie Noé 

tribus , sororibus , filiabus , masculis, fort en colère ordonna par son festa- 

hrulis , el quouis alio génère , ob hoc ment, que Chanaan qui devait naître 

ejectus h Jano piissimo et castimonid de ce commerce incestueux serait en- 

alque fiudicitia refertissimo (16). Oue tièrement privé de la succession (18). 

cela ne nous préoccupe point contre Ces hypothèses sont doctes et ingé- 

Cliam , l'auteur que je cite n'est nieuses; mais si une fois il est permis 

qu'un tissu de fictions et de chimè- desupposer que les narrations de Moïse 

res. Les rabbins ne méritent pas plus sont si déguisées, il est à craindre 

de foi lorsqu'ils disent ce qu'il leur qu'on ne transporte cette méthode 

plaît touchant la conduite de Cham. jusqu'à l'histoire delà tentation et de 

Considérez ces paroles de Gabriel la chute d'Adam, comme quelques-uns 

Naudé (17). Selon le rabbi Samuel (*), ont ose le faire, 
il fit à son père « une chose .si vilaine 
V et abominable, que je n'en veux 'f ? ^°-' "'%'"'" '"'!i'''''' ^^^ïr^nlfT 

,. 1 j 1 I I Phjlologicanim tomus , dans le Journal oe 

» rien dire , de peur de heurter les Leipsic, mo<> docioire 1693, pag. 466. 
)) chastes oreilles, que ce qui fut dit 

M autrefois par Laurens Valle sur la CHAMIER (DanIEl), l'un des 
« rencontre d'un mot de pareille vi- ]„s grands théologiens du parti 
>) lenie et sienilication , 77ia/i) /jw/ioran K ^, r. > '^ -. ' t\ 
y> quam medocente cognosci n «^^s reformes , était ne en Dau- 
(F) ... les autres, qu d se soit pion- phiné *. Il fut long-temps mi- 
gé dans l'inceste awec la femme de nistre à Montélimar («) , d'oîl il 
iV^oe. ] C-est le sentiment de M. van y^^ ,^^,^ ^ Montauban , 
der Uart , prolesseur aux langues ^^ » ™ x^ • 
orientales dans l'académie de Helm- pour y être professeur en theo- 
stad.Il croit que l'injure que ce patriar- logie. Il y fut emporté d'un coup 
che reçut de Cham consista dans l'in- (]e canon , pendant le siège, l'an 
fâme témérité qu'eut ce fils brutal de ^g^ ^ .^x ,^s q^ ^^ ^^^j qu'être 
coucher , ou avec sa propre mère ,011 > ■' \ ' . ^ ^ 
du moins avec sa marâtre. Il prouve surpris de voir que personne 
cette explication par divers endroits n'ait fait sa vie. Il n'y a au mon- 
de l'écriture , où la phrase decouunr (Jg qug ]ç^ Français qui soient ca- 
la honte ,7-,,«e/emme signifie coucher , j^^ ^,^^^ ^^fj^ négligence. Si 
avec elle. Dans les mêmes endroits de f;. . ,.,,'-''-' 

Charnier était dune autre na- 
tion , son histoire assez ample 

* Il était de Montélimar, «lit Joly. 
(a) Histoire de l'édit de Nantes, ioin. 
Il , pn^- 86. Voyez la remarque (D). 
{b'] Le l6 d'octobre. 



VÉct iture il est dit que la nudité ou la 
honte d'une femme est la nudité ou la 

(i5) Berosias, lib. III , pag. m. 80. 
(16; Idem , ihid. 

(17) Apolog. pont les grands Hommes, liv. I, 
ehap. yiJ, t:a^. m. i53. 
{'; In Fortaliùo FiJci , lib. III, pag. 204. 



pas, ils s'en retourneront par le che- 
min (ju'ils sont l'cnus. De ses amis lui 
ont ouï dire , ajoute la relation , qu d 
croyait moui-ir en ce siège (l'un coup 

fie canon , et ce Jimanche matin 

il prophétisa par accident ce qui lui 
ai'int sur le soir. Josion son collrgue 



CUAMIER. ^7 

pour souffrir la reliure paraîtrait f' ^°''''"V\^1îun^!^J:ê^-Jve!l^^^ 

\ 1 1 i 1- .1 ' l,n , auœ distinctd ter vote lepcuciuL. 

dans toutes les bibliothèques, vu ]y,J i,^^y.edientur {\). La relation du 

surtout qu'il laissa des (ils qui ^i^j^g de^Montauban ne nous apprend 

furent de sa profession , et dont pa^TquM eftt pris les armes , mais sen- 

la postérité est encore dans le ^^^^-'}i^'r''^7;r^;^j::j::'^,u^ 

. ^. , ,x 11 >'. -i • o canon a I entrcc du bastion au I (ui 
ininistere(c). H n était pas moins ^^^ ^ ^^ ^^^^-^.^^ ^^^ j.rcdicalion du jour 
dans son parti minisire d'état py/ccdent sur le 34''- l'crset du cha- 
(jue ministre d'église. On ne vit pitre ^^d'IUaie , ,7 appliqua à 3Ion- 
• • 11 -1^ tauhan la promesse de deln^rance que 
laniais un homme plus raide , w"""" '« /^' ,„ ., nt de Dieu h 
> . ^ ., , ,T,> I • . - ptle prophle de la part cte jneu II 
plus inflexible (13), plus intrai- ^j^,,us}ilem assirgœ par Rapsah- , ge- 
table , par rapport aux artifices ,it'rul de l'armrede Sennachenh , re- 
nne la cour mettait en usaere pétant avec grande véhémence ces 
^ ir i r 1 » * r^ mots ■ Non , non, ils n y entreront 
pour affaiblir les protestans. Le '""'*•/»"«' ' y ../„-».„_ 

fut , dit-on , lui qui dressa l'é- 
dit de jNautes (C). Il fut honoré 
de diverses députations (D) , et il 
présida à quelques synodes [d). 

Le temps qu'il donna aux affai- ,,^^„^ ^,^, ^_. „_.^.. 

riN politi([ues du parti ne l'era- hd demanda si ce n était point a lui 
pécha point de devenir fort sa- de prêcher h l'après-dlner. JSulle- 
i ^. 1 ' 1 ment , dil-d , ne savez-vous pas que 

vaut. Il en a donne des preuves '^^^ ^^ .^^^^^j^ ^^„„ ,.^^,,, ^'^^ ? ies 

dans sa dispute contre le père écrivains catholiques ont ternble- 
Coton (E^ , et dans ses livres (F), ment glosé sur la mort de ce célèbre 
La pensée de ceux qui le font ministre , et en ont pris occasion de 
, f' , ,• 1 f 1 '. ^u„ le décrier comme un boute-teu , qui 
chef de parti , chef des metapho- ^^ ^^ contentait pas de prêcber la ré- 
ristes (G) , ne mente pas d être jjeUion , mais cpii payait d'exemple , 
réfutée. Elle est plus absurde et qui endossait le harnais , sans con- 
que l'audace de ceux qui nous sidérer , disent-ils , que comme dn est 
^ j . , X j '^ j ras permis aux laïqius do raettie la 
ont donne la secte des prétendus J^^^ J , y^^^^^^^^,. , 'ii ne doit pas être 

bézauites. permis aux ministres de Tévangile de 

, , ^ . ., (. , mettre la m.un à l'épée. On leur ré- 

{c) On ecntcec,ien\Ki^. , .„^„ imur 7iiinple fiu il 

,J „ , ,. 7 j /- „ ;•„, pond, comme pour ^uingit. , iju n 

(d) Entre autres au national de uap, l an r ' . ii ii .- ...iv <~niine nnur 

g^o ' leur est permis d aller aux coups poui 

recommander à Dieu la cause, et pour 

(A) Il fut emporté d'un coup de consoler et fortifler ceux qui ont be- 

canon , pendant le siège de Montait- soin de ce secours, 

ban, Can 1G21.] Il y a des historiens (B) Qn ne vit jamais un homme 

qui disent qu'il fut tué sous les armes, plus raide , plus inflexible. ] L'histo- 

c'est-à-dire , la pique à la main et rien de l'édit de Nantes caractérise 

cuirassé; et que dans le sermon qu'il heureusement Tesprit de Charaier. Il 

avait prêché ce jour là, il avait répété .^e morfondait à la cour , dit-il (3) , où. 

trois fois en finissant. Ils n'entreront (e synode de la Rochelle l'avait dé- 

point. Chamierus... quanqnam pro- pute aprcs six mois de séjour, 

pugnacido tegebatur , torinentariâ il ,{ avait pu encore obtenir l'honneur 

piîd infrusta \liscerpitiir , vix agnilo de parler au roi. Sa personne n'était 

9inrJl. trl^l.Ê.c at tltàl^ t It7 tli t C C tl C ' in ^ ^ e. ^ ^i*^l^lt/a n/X**/.^ nil'îl é^lfllt dP. CPS 



undè globiis , et qua immissus ; in 
utruinque panitus homo audax , tho- 
race ferreo , hastâque ad manum vé- 
nérât in hune locuin , addtturus militi 
animos , postquam eddemmet die con- 
eivne in teniplo pathçdcè habita de re- 



pas agréable , parce qu'il était de ces 

(i) Barlliol. Gramondus , Hiitor. Galliz , liO. 
X, pag. m. 5o2 

(3) Siège de Monlauban , pag. m. iS5. 

(3) Tome I, pag. 44<J , 44? > à l'ann, 

iCo-. 



58 CHAMIER. 

Jous du synode (4) que le roi n'aimait coupeaux uoJaient a la moustache et 
pas , de ces têtes dures querien ne fié- a la bouche de l'orateur; un donna 
chit , de ces cœurs inaccessibles aux dans l'œil de Rosny , et cette conte- 
craintes et aux espérances qui sont les nance réprouvait tout ce que l'on pou- 
plus fortes machines de la cour. Il i^ait dire de lui. 

avait dit dans un autre lieu (5), en (C) Ce fut , dit-on, lui qui dressa 

parlant des députes sur raffiiirc de Te- l'édit de Nantes.] J'ai lu cela dans 

dit de Nantes, que Chamier était un une ëpître dedicatoire de Varillas. 

des plus raides , et h cause décela Comme l'hérésie, dit- il (7), est en 

aussi odieux à la cour qu'il était con- possessio/i de ne trouver jamais de 

sidéré des églises. Nous dirons dans sûretés qui lui paraissent suffisantes, 

la remarque (B) de l'article Ferrier , le calvinisme avait obtenu par ses im- 

<|u'en i6ii , à l'assemblée de Saumur, portunités que tout ce qu'il y aidait 

il fut le chef de ceux qui voulaient d'avantageux pour son parti dans les 

qu'on disj/ulat le terrain à toute ri- éditi de Y>ac\ûcalïon fût renfenné dam 

gueiir, et jusqu'à un pouce de terre, ce/ni de IVantes. Le plus habile de 

eu e'gard à l'e'dit de Nantes. JMais si ses ministres , Daniel Chamier, avait 

vous voulez connaître l'humeur de eu la commission de le dresser. Il y 

Chamier et de ses semblables , lisez avait employé trois mois entiers , et 

ce que d'Aubigne' en a dit d'un style s'était vante de n'avoir rien oublie de 

un peu goguenard. Or, il a paru plus ce qui servait a l'affermissement du 

d'effronterie h ces gens , dit-il (6) , jvpos de sa secte. 

au dernier traité de paix , et aux as- (D) // fut honoré de diverses dépu- 
semblée s qui ont duré quatre ans , oii tations.] Ce que M. Varillas vient 
ces opiniâtres ont impudemment ré- de nous dire est peut-être faux ; mais 
sisté, non-seulement aux plus honné- il est certain que Chamier fut une 
tes députés que le roi pût choisir en des principales têtes des assemble'es 
son conseil d'état : mais aussi aux des réformés , où la dernière pacifica- 
plus grands seigneurs de leur parti , tion avec Henri IV fut discutée et 
lorsque, considérant les affaires du conclue. La Trimouille, Du Plessis , 
royaume , Us les voulaient ploy er li d'Aubigne et lui furent choisis, pour 
quelques honnêtetés. Vous voyez p a- contester sur le tapis les matières qui 
raîlre d'entre eux un au front d'ai- n'eussent pu, sans trop de confusion y 
rain qui répondait franchement. Ces être digérées parle corps de l'assem- 
proposilions ne répondent pas il la hlée qui était lors de 70 létes, et quel- 
bonne opinion qu'ont prise de nous quefois de 80 (8). Il ne parut pas 
ceux qui nous ont envoyés. On de- moins dans l'assemblée de Saumur 



appelle , messieurs , trahir les et comme il entendait les affa, 

églises de Dieu. J'ouïs ces jours conclusion dépendait à peu près du 

M. de Villeroi , qui contait com- tour qu'il leur donnait en opinant 

ment lui avec messieurs de Rosny et (g). L'auteur dont j'emprunte ces pa- 

de Hioii et autres , s' étant abouchés rôles nous apprend un fait qui est di- 

avec quatre de ces malhonnêtes gens , gne d'être rapporté. On s'avisa , di!- 

cependant que Calignon de la part i\ (-[o), de lui faire une affaire person- 

du roi voulait adoucir ces esprits par nelle, pour le dégoûter des assem- 

son bien dire, le gros Chamier, ayant blées oii il était trop autorisé. Le con- 

mis son manteau sous ses fesses , sistoire de Montélimar, où il était 

avait le coude gauche avancé jusqu au ministre , prit le temps de son absence 

milieu de la table , de l'autre main et de sa députation pour donner sa 

faisait ses ongles avec des ciseaux ; les place a un autre- Cela se fit sans le 

consulter et sans l'entendre , par je 

(4) L'aïUenr avait JU pag. 44^ > î"''/ avait 

<7ej esnj rtî( JVHode que la tour appelait les fou» , x ^r ■„ ■ ^ j'j- . j jrr , j 

du sfnode , parce qu'elle trouvait"q„',U avaient Jl) > "'"•, ' T'î''.^ '^"^'"''- ''" ^ " """* '^^ 

la t/te trop Tlure, et quMs pensaient trop forte- Hlistoire de l'Heres.e. 

ment i leur sûreté. (8) D'Aubigne , Histoire univers. , lom. III, 

(5) Pag. 253. ''"• ^. <^f"'P- ^1 P«ff- '"• 623- 

(6J Confession catholique de Sanci, Ia\ II, (çt) Hisl. de l'Édit de Nantes, iom. II, p. 55. 

chap. Fil , pag. m. 4^2 , 4-3. (10) Là méine,pag. 56. 



CHAMIER. 59 

ne sais quelles intrigues où il est vrai- " rait déconcerte leur héros , s'il n'a- 

semblable que Lesdiguières avait » vait paré le coup i>ar des discours 

\vavt , puisque cela se faisait flans sa » élormcns et hors d'œuvre (jiii no lui 

,f>r(H>ince , sous ses yeux, et dans une » coûtaient rien 1,12). 

nllc oit il poHi'ait ce qu'il l'oulait. (1') .... et dans ses lii>res.'\ Son 

Joints pour rendre l'injure encore plus traité de OF.cumenico Poniifice et ses 

odieuse, le consistoire enuoya fouU 1er lettres jésuitiques * méritèrent IVs- 

' hrz lui , et remua toute sa bibliothc- timc de Scaliiier (i3}. On se plaignit 

'iiie ih'ec assez de violence , sous pré' aif;remen-; qu'il eût publié avec ses 

(i-j te. de reprendre des papiers qui gloses et ses remar(pies l(;s lettres do 

l'I'/iarlenaient a l'église. La conduite quelques jésuites. Si on traite douce- 

dii consistoire avait quelque chose de ment les ministres , c'est les inviter 11 

si choquant, et oii il paraissait tant de faire pis, et leur donner occasion de 

nupiis pour la personne de Chantier, tourner le sucre en poison. On. l'a vu 

ij'é il enj'utfort ojjenséy'd' autant plus ces ans passés es ministres de Daufdii- 

que son intén^t Y était blessé comme né, spécialement en Chaniier, ii qui 

\son honneur... Il en porta ses plain- le père Coton et le père Ignace Ar- 

\ tes il l'assemblée comme d'un ou- mand avaient écrit privémenl de 

trage qui passait de lui jusqu'il elle, quelque point de la foi , par manière 

rt parut tout prêt il partir de S aumur de conférence, avec lettres pleinea 

l^ur aller chez lui donner ordre 'a ses d'humanité ; comment s'en est-il aidé? 

'i(l<iires. C'était justement ce que la II les a fait imprimer sans leur su , et 

cmir aurait demandé, pour iiffiiiblir contre leur intention ; et, y mettant 

il Une bonne tcle le parti dont elle ses gloses, a e.rposé en public ce qu ils 

craignait la résistance , .... mais on avaient communiqué a lui seul, qui 

''ii-éta Chantier en lui faisant justice, est un affront perfide ; car on écrit 

l. assemblée le maint inl dans le mi- plusieurs choses en privé, qu'on ne 

altère a jyjontelimar. Je trouve qu'il voudrait si facilement mettre au jour 

i.ait quitté cette église l'an 1606, (i4). i\Iais le bel endroit de Charnier , 

pour aller professer la théologie dans en (pialité d'écrivain, est sa Panstrq- 

i',iead(finie de Die (i 1). Je ne sais point tie catholique ou ses Giieives de l' E- 

l.i raison ipii l'obligea à retourner à teriiel (i5 . 11 y traite doctement les 

Min premier poste. controverses des protcstans et des ca- 

,K) // a donné des preuves de son tholiques romains, et s'attache parti- 

-.ivoir dans sa dispute contre le père culièremenf à réfuter DellaiMniu. Cet 

^ iVOrt.] Je rapporterai ce (pi'en dit un ouvrage contient quatre volumes in- 

auleur moderne , bon protestant *. folio, et n'est pas complet. Il y man- 

' Chamier avait eu à Nîmes en l'année f|ue la controverse de l'église, qui est 

1 1600, une conférence avec ce jésuite, une vaste matière, et qui aurait fait 

I <c dont chacun s'était vanté à l'ordi- le V*. tome. La mort de l'auteur l'em- 

I » naire d'avoir eu tout l'avantage. La pécha d'y travailler. Voici ce qui fut 

j » vérité est que le jésuite avait ébloui écrit de Genève (16), touchant cette 

i ') les auditeurs par des diiiressions - , ., 

■I L ' r • • 1 1 j fn) Histoire tic l'EHit de Nantes , loin. I, 

(•lo<pient.'s , qui taisaient perdre de '^ '-, ' 

vue a tout moment le sujet delà * Le volume de rcs lettres est iotitnic : /?;>iV- 
dispute ; et que Chamier, plu> SO- lolt^ iesuiticœ et ad eas ii-sponùones ilein per 

:> lide et plus scolastique, avait obligé «;/«'"'''" d^"^' "';"'■";"'.■" ^'f ^^"- ^."l" 

' '■•,■," bergœ, Irpis J. SclioufelUt , iDih , in-n. Jolv 

■' par ses argumens le jésuite a se ,,cn5.- que le pocme qu'on trouve i la suite, et 

sauver par cel arliûce. CeUX-raêmeS intitule .- TntroducCo inarlt^m, est de Charnier, 
(lui ont écrit la vie de ce jésuite en 'l"""!"* imprimé sous 1« nom de Gabriel de 

). disent assez, pour faire connaître (,;,) Chn,me,us ,h OEcumenico pomifice et 

» que la sécheresse de Chamier au- rpislolas jfsuitii:as edidU,bona opéra'. Oh', que 

chamier écrit bien entrée, et mieux que Colon ! 
Scaligér.ina , pan. ^9. 

(14} Richeomc , Lettre à «a gentilhomme de 
Provence , au-devant de son Examen catégo- 
rique de rAnli-Colon. 

(tB) C'r.rt le titre dont M. Saarin , Examen de 
la Théologie de M. Jurieu, loin If, pa^. ^-'i , 
i'etl ceri'i en citant Charnier. 

(iG, Par Simon Guulart à Josrph Sciîigif. 



(il) Simon Conlart l'e'irivit à Soaligcr. Vorez 
les Epitres françaises écrites à Sciliger, liv. III, 
pas 44- , 

* K ce lémoiqnage d'un autrur moderne , bon 
prolestant, Joly oppoe Cfliii d'un auteur con- 
temporain . f-(jn catholique le père François 
de la Vie, dont les '^Teinuire, ciaieot conservés 
dans la bibliothèque de Dijon. 



6o CHAMIER. 

P.uîsfraHe , Tan jGoG. « M. Charnier (G) On l'a fait. .. chef des méta- 

» travaille fort aux controverses. S'il phoristes. ] Uu jésuite , nommé Jac- 

» puiiisuit selon ses commencemens , qiies Gaultier, l'homme du monde qui 

» et il trouve imprimeurs à poste , il s'est fait le moins de scrupule de mul- 

» nous donnera autant de volumes tiplier les sectes protestantes, en a 

y> que Baronius en ses légendes ou trouvé sept dans les premières années 

» lugpudes ecclésiastiques qu'il sur- du XVII". siècle. La première est celle 

« nomme Annales. » Ce corps decon- des métaphoristes , dont il n'attribue 

troverse fut imprimé à Genève l'an les erreurs qu'à Daniel Charnier. 11 dit 

1626 (17). Adrien Charnier, ministre que la principale erreur des métapho- 

doiMontélimarf, et fils de l'auteur, le listes, et celle qui leur a donné le 

dé ha au synode national des églises nom qu'ils portent, consiste à dire 

réformées de France, comme un ou- que Jésus-Christ n'est pas propremeut 

Trag? qui leur était dft , non-seule- le verbe et l'image de Dieu le Père, 

ment à cause qu'il avait été composé mais métaphoriquement. Il ajoute que 

à leur prière, mais aussi à cause Daniel Charnier prononça diverses fois 

qu'elles avaient répandu sur Daniel ce blasphème dans la conférence qu'il 

Charnier diverses gratifications pour eut avec lui, Jacques Gaultier, au 

l'encourager à ce travail; et qu'après commencement de janvier 160T. Hoc 

.sa mort elles avaient fait sentir à sa speciatini ineuriie januario anni \6<i\, 

famille les marques de leur libéralité, notaium fuit in Daniele Chamerio 

et avaient contribué aux dépenses de Montiliensi ministro, quiiin UU mecuin 

l'impression. Beu'ût Turretin, profes- Alani esset disceptatio , m qud ille 

senr en théologie à Genève, donna ses non semel sed mullolies inpleno cnn- 

soins à l'impression de la Panstratie, sessii hanc ipsam blasphemiam enun- 

ct y mit une préface courte et bonne, tim^ii , diclafil surique ntanu suhscrip- 

On vit paraître à Genève, l'au 1643, sit. (19). Nous avons là un exemple de 

un abrégé de la Panstratie , sous le ti- ce que peut l'entêtement ; car en 

tre de Chamierus Contracttis. Fridé- i^r. lieu, il n'y eut jamais parmi ceux 

rie Spanheim est l'auteur de cet abré- de la religion une secte de métapho- 

gé en un volume in-folio. Ceux qui ristes ; jamais leurs synodes n'ont eu 

savent que la Panstratie comprend rien à discuter sur ce sujet , ni avec 

quatre gros volumes pourront-ils bien de tels gens. En 2*. lieu, où ce jésuite 

croire que l'auteur de la Bibliothèque a-t-il appris que ce soit une hérésie et 

de Dauphiné sache ce que c'est , lui un blasphème de dire que les mois pa- 

qui a nommé cet ouvrage une pens- rôle et image ne se prennent point au 

Iracie ou discouj-s sui- les points con ■ propre , mais au figuré , quand on les 

troi'ersés des deux tvligions ? C'est dit de Jésus-Christ , par rapport à 

ainsi qu'on désignerait un petit livre Dieu le Père? Au propre , le premier 

à mettre à la poche , celui par exem- de ces deux mots ne signifie que l'ac- 

ple que notre Charnier publia contre tiou d'un homme qui parle; le second 

le père Tolosain , abbé général de ne signifie qu'une figure qui repré- 

Saint-Antoine (i8j , ou les Considéra- sente quelque corps. II est bien cer- 

tions qu'il publia en 1600 contre les tain qu'en ce sens-là rien ne peut être 

Avertissemens de Porsan. On imprima ni la parole, ni l'image de Dieu le 

à Genève, en i65,3, son Corpus Théo- Père. Quoi donc! Jésus-Christ ne sera 

logicum. C'est un petit in-folio qui le verbe et image de son père qu'en 

contient aussi ses Epistolœ jesui- figure? Voilà l'entêtement : est-on 

ticœ *. aveuglé par ses préjugés , on s'ima- 

forpi les Lettres françaises écrites à Scallger , Desespoirs de Charnier sur la conférence quil 

ItVi III. pa^. 445- fieuealjpcioure avec le révérend père Alexandre 

(1-,) Le Catalogue d'Oxford a mis 1606: c'est Bégourd en mai 1618, avec la réfutation de la 



une faute a i 

(iS) f^oygs ia Table chronographique <iu père 
G.iullier, pat;. 822. 

* Dix-tiuit ans après la conférence dont il est 
question dans la remarque (E) , Charnier eut, 
dit Joly» une conférence avi c le père RégourJ. 
Ce fut quelque temps après que Charnier publia 
sa Jé'Uitomajûe , ouvrage que B.iyïe n'a pas 
eoi'uu. Peu après parât le volume inlilulé : Us 



Jésuitomanie, et l'éclaircissement de quatre 
célèbres difficultés, etc. par le père Timolhée 
de SainclefuY, Cahots, i6i8, in-8°. Un autre 
ouvrage de Charnier inconnu à Bayle , et dont 
Joly ne parle que d'après an passage de Charnier 
lui-même, est sa Dispute de la vocation des mi- 
nistre! de l'église réformée contre du Perron , 
La Rochelle ,"1598, in-8». 

(19) Gaalter. , Tabula chron. , pag. m. S23. 



CÏIANGY. 



6i 



giiie quil n^ a rien de rcel dans Ic-^ première ui la seconde : elle est 

Inelai.l.oies (ao) , et Ton «e vc.t plus j^. p.,j.j ^.^^^^ Jacques Kerver , 
entendre raison. Celui qui a ilit (|iie r ■.} - »^o ^ > '. ' 

les Scipions africains étaient deux l 5/,3 , in-b . , et n a elc connue, 

ifoudrts de guerre (il), ne leur at-il m a la Croix du Maine, ni a 

jpas attribue tout ce qu'il y a de i>liis tin \erdier Vau-Privas (b). Ou 
réel de plus actif et de plus solide ajouta ^r' noin'eau une Iris- 

dans la vertu militaire r 11 est ncaii- •: .,' ^ . ,. . 

moins très-vrai qu'il s'.st servi d'une Olitve et J/iicUieusc institution 

métaphore, et qu'il faudrait être fou de la vertu d'humilité ; avec une 

pour oser nier que les Scipions ne sont f^plire de saint Bernard louchant 

un foudre que par métaphore et au ^^ ^^^ ^^ gouvernement d'une 

figure. Un auteur , qui a eu place 



dans la remarque précédente , assure 
I fort gravement que Charnier a <te 
l'un lies principaux sectateurs de la 
faction des nictaphoristcs (as). Com- 
bien de gens répéteront ce mensonge, 



maison. L'auteur était déjà mort. 
Il avait dédié l'ouvrage à sa fille 
Marguerite *. 11 avait plus de 
soixante ans , lorsqu'il travailla 



sans s'informer de la chose, sans sonp- a cette version , et il était lort 

conner que cette faction des méfapho- maltraité de la goutte (c). H 

ifistes soit une chimère de Jacques avait jiorté les armes dans sa 

! Gaultier, et sans savoir qu'eux et ce -^^^^^ ^^ ^^^-^ g,, français six 

lesuite , et en gênerai tous les oitlio- > ' " -i- 

I doxes les plus rigides , sont métapho- "vres de Pline (A), au milieu 

j ristes au sens que Cliamier Tétait ?, T'ai des embarras de la guerre. Il 

i dit ailleurs (a3) quelque chose contre ç^^^^ ^](^^ f,|^ qui furent hommes 

■ l'illusion ridicule de ceux qui ont tant ^y^ ,^,,^^.^.^ ^^^^^^^^ • j^. ^,-^ j^^^^ 

grossi la liste des sectes, , ' > 

i remarque. 



gross 

(îo) On n'a qnà lire Vau;'elas, Ir père Bou- 
'.iuurs, Ménage , clc. , i/flni /fur.t Remarques sur 
1,-1 l-ngue française : on verra par la ilifference 
ilu propre et dujigure' , que ce dernier ne signi- 
Uepas des objets moins effectifs qile le premier. 
(ai) Geminos , duo fulmina beltt, 
Scipiadas , cladein Libjie. 

Virgil., Bn.,'tih. FI, «. 842. 

j Ammicn M.irccllin , liv. XXIV, chap. VI, pag- 

m. 409 , a dit , Longa: loquanliir œlatcs Sopha- 

' nem et Aminiam et «:allimacluim et (.yn.-egiriim 

i inedicorumîn Orsecià fulmina illa bellorum. Lu- 

I crèce, liv. III, w ^oi,: , a fourni à Virgile 

CfJle pensée. Voyez M. Drelincourt , in Indice 

Acliillen, ;;ag. 44i"""'- » ig ,«'/"»«• 46 . rtuni. 

"4- 
(ja) AlUrd, Bibliolh. ite Dauphiné , pag- oa. 

(2i) Dans l'art. BLikiiirt.s, tome III, pag. 
39'- 

CHANGY (PiERRF.DE),écuyer, 
vivait au XVP. siècle *. 11 mit 



(i) La Croix du Maine n'a connu aucune 
des éditions. Du Verdier Vau-Privas ne J'nll 
mention (/itc de celle de Poitiers , en 15^4» 
in-i6. ; et de celle de Paris , 1579 , ini6. 

* Papillon , dans sa Tiildiothéi/iie de Bour- 
gogne , 1, I2y, distinguo et rc|)roclie à 
Bayle de n'avoir pas distingue' l'Institut, ou 
de la femme chrétienne , traduite de Vivéi 
I qu'il avait sous les yeux, d'avec uu autre 
ouvrage de Changy intitulé : Insiruclion 
chrétienne pour femmes eljlllcs mariées et à 
marier. C'est ce dernier ouvrage que cite 
du Verdier sous la date de i545 \^et non l54^ 
comme dit liayle). 

(c) Voyez au-devant du livre les vers latins 
de Simunis Romyghci Andegavensis. 

(A) lia... mis en français sijr livres 
de Pline. ] Voici comment on I»; fait 



en français le livre latin de Louis parler dans m.elques vers (i) qui sont 

au-devant de .'a traduction de 1 011- 



Vivès de l'Institution de la fem- 
me chrétienne , tant en son en- 
fance , que mariage et viduité ; 
aussi de VOJJice du mari (a). 
L'édition que j'en ai n'est ni la 

* Il était né à Dijon , dit Joly. 

(a^! l'oyez à ta fin de la remarque 'M' di' 
rartir/c SAINTE- Aldegonde le /iifreminl de 
Plantin sur cette version , tome XIÎI. 



vrage de Louis Vives. 

Me miserum ( cjebat ) qui bella ferocia 
gesfi, 

Pro patrid, corpus ditm juvénile foret; 
Qui P Uni bis tr-s m gallica vrrba libellas. 

Mars , vertt in caslris sanguinolente tuit. 

La Croix du Maine , ni du Verdier 
Vau-Privas ne disent rien de la ver- 

(1) Simonis RouiTsIxi Andegavensis. 



62 



CHARLES 



sion de ces six livres de Pline * , mais 
ils observent que son sommaire des 
XVI premiers livres de Pline fut im- 
prime à Lyon , jiar Jean de Tournes , 
l'an i55i , in-i6. Ce fut Blaise de 
CiiANGY , l'un de ses fils , qui le publia 
(2). Il était curé tï Espoysf,e , comme 
me rapprend un dizain qui est au 
commencement de la traduction du 
livre de Vives. Pierre Pesselière , na- 
tif d'Auxerre , en est l'auteur. Jacques 
DE Changy , autre iils de notre écri- 
vain , était avocat. Je crois que la 
terre de Changy est en Bourgogne j 
car voici le commencement de i'é[)îtrc 
dédicatoire de ce traducteur : 

yi li/arguerite ma fille. 

De la librairie du seigneur Sai/ict 
Anthot , conseiller en nostre Souve- 
raine court à Digeon, ton frère niais- 
tre Jaques , docteur es droictz , m'a 
apporte ii Changy ung Hure en latin , 
composé par un homme éloquent , 
contenant honeste érudition de lu 
Femme Chrestienne. 

Du Verdier attribue à Jacques de 
Changy , docteur es droicts , et avocat 
a Dijon , une traduction française du 
livres de Jean-Louis f^iuès , Institu- 
tion de la Femme Chrétienne , etc. 
(3). 11 dit qu'elle lut imprimée iiLyon, 
in-16 , pour iS'ulpice Sabon , et que 
Joys 7 orquct (4) a fait aussi une au- 
tre plus nouue/le traduction du même 
livre. On voit bien qu'il donne au fils 
dans la page 597 , ce qu'il donne au 
père dans la page 1000. Pourquoi ne 
marque-t-il pas l'année de l'édition 
de Lyon ? 

* Joly croit que l'auteur des vers cités fe 
liompe.et qn il s'agit du Sommaire dfs Singuta- 
ritr'.t de Pline ; extriiil des seize livres de sa r^a- 
t.irelte hislvire, elc t.'éditeur B. de Changy dé- 
dia l'ouvrage au cardinal de Meudon qu'il tutoyé 
dans sou épîlre dédicatolre. 

(2) La Croix du Maine, Biblioth. française , 
pas- 38g. 

{'i) Du Verdier, Bioliolbéque française, pag. 

597- 

(4) Il fallait dire , Turquel , comme dans la 
page 821. 

CHARLES -QUTÎ^T, empe- 
reur et roi d'Espagne, né à Gand 
le ?4 de février, fête de saint 
Mathias i5oo, a été le plus grand 
hoinmequisoit sorti de l'auguste 
maison d'Autriche. Il était hom- 



-QUINT. 

me de guerre, et homme de 
cabinet: de sorte que se trouvant 
maître de tant de royaumes et 
de provinces , il aurait pu sub- 
juguer toute l'Europe , si la va- 
leur de François I*''. n'y eût 
apporté des obstacles (A). Il y 
eut une concurrence continuelle 
entre ces deux princes , dans 
laquelle la fortune se déclara \ 
presque toujours contre la Fran- 
ce ; ce qu'il fallait attribuer en 
partie à la supériorité de forces 
qui favorisait Charles-Quint , et 
en partie à la mauvaise conduite 
du conseil de France , oii l'on 
faisait plus de fautes que la va- 
leur des troupes françaises n'é- 
tait capable d'en réparer. Tout 
cela n'empêcha point Charles 
d'éprouver plusieurs revers de 
fortune dans ses expéditions con- 
tre la France. On prétend qu'il 
fut un de ces esprits tardifs , qui 
ne promettent rien moins dans 
leur jeunesse que ce qu'ils seront 
un jour. On veut même que cel.i 
lui ait été fort utile pour obtenir 
la préférence sur François 1*"^. par 
rapport à la couronne impériale 
(B). Quoiqu'il eût un habile pré- 
cepteur (a) , il n'apprit qii • 
peu de latin {b}; il réussit beau- 
coup mieux aux langues vivantes . 
Il avait la française tellement en 
main , qu'il s'en servit pour 
composer ses propres annales ((?. 
On prétend néanmoins qu'il e;- 
timait plus l'espagnole (D) lia 
harangué en certaines occasions; 
mais il s'oublia d'une terrible 
manière dans la harangue qu'il 
prononça en espagnol devant le 

ya) Il a été /jafje sous le nom cVIIadrU n 
VI. 

[b)) Voyez la reinarque iF) du l'article 
rf'HADR;EN Yl, tome VII. 



CHARLES-QUINT. 63 

pape, l'an i536 (E). On n'eut exempt de rinfirmité humaine 
pas sujet en France d'être cou- par rapport aux femmes , et il 
tent des ambassadeurs de la na- était beaucoup plus sobre que 
tion qui assistèrent à cet acte (F), chaste (Uj. Il mourut le 21 de 
lîien des gens l'ont accusé d'à- septembre i558, dans le mo- 
voir fait une grande faute lors- nastère des hiéronymiles ou il 
qu'il se livra à la bonne foi de avait choisi sa retraite. Son corps 
l'rançois ^^ (G). Il faut être bien y fut laissé en dépôt jusqu'à l'ar- 
salirique pour appeler cela une rivée du roi Philippe II en Espa- 
f;uite(H). Les historiens flamands gne.Onlui fit de magnifiques fu- 
oiit été, ou fort simples, ou nérailles quelque temps après, 
fort malhonnêtes , en rapportant Celles qui lui furent faites à 
i e qui se passa en cette rencon- Bruxelles dans l'église de Sainte- 
Ire (I). La levée du siège de Metz Gudule furent infiniment super- 
ful une des rudes mortifications bes : aucun de ses exploits ne 
qu'il eût essuyées eu toute sa vie; fut oublié dans les iuscriptions 
• L on lui fait dire unbonmotsur qui décorèrent l'église (c); et je 
l'ascendant que l'étoile de Henri ne crois pas que l'on ait jamais 
Il prenait sur lui (K). Quelque donné autant de titre.: à aucun 
grands succès qu'il ait eus dans prince du monde qu'on lui en 
ses entreprises , il est néanmoins donna alors. Si le sujet était 
certain que son histoire n'est grand , l'imagination et la rhé- 
^jn'un mélange de bonheur et de torique des Espagnols le furent 
malheur (L). Son abdication est aussi; et sûrement les historiens 
quelque chose de fort singulier : de ce prince auraient plus ho- 
ee fut un beau thème pour les noré sa mémoire, s'ils avaient 
faiseurs de réflexions; ils dirent donné plus de bornes à leurs 
des choses bien différentes sur louanges. Une page de M. de 
ses motifs (M) , et sur les occupa- Thou (d) est pre'lérable à un vo- 
tions de sa solitude (N) ; et quel- lume de Sandoval , parce que 
ques-uns prélendirenlqu'il sere- M. de Thou , bon français , n'est 

pentit bientôt d'avoir cédé ses point suspect de flatterie Oji 

états à nu fils surtout qui en té- n'a pas manqué d'observer que 

moigna si peu de reconnaissance plusieurs présages distinguèrent 

(0). Il n'oublia point, dit-on , de la mort de cet e/npereur (e). On 

s'y donner la discipline (P) : et a même débité que son cadavre 

en général quelques auteurs par- fut préservé de la pouriture (X;. 

lent fort avantageusement de sa Sa vie fut publiée en italien , l'au 

piété (Q). D'autres prétendent 1 559 , par un Espagnol nommé 

qu'il avait plus d'ambition que AlfonseUlloa , etdepuis celemps- 

de religion (R), et qu'il mou- là bien d'autres plumes se sont 
rut presque luthérien (S). La 

première de ces deux choses est .'•'^^ ^""-^" Branlôme. Mémoires des Capi- 

', 111 11 ■' laines etrjngvrs , tiim. T. paff. iii. 

plus probable que la dernière. ,j c'.^^ la 43o'. du xxi^. ii.,-e de Védi- 

On cite mal à propos sur celle-ci Hon de Francjurt . 1625. 

l'anolocie du nnuce d'Orange (ei''o>vr5//ite/rt/e£ Pensées diverses sur 

,rr n, i r\ ■ r ° les Comctcs . pag^. 2bj , ci ainsi pae. z-jg, 

(1;. Lharles-Quint ne tut pas 2^4. 



64 - CHARLES-QUINT. 

exercées sur cette belle matière de retirer d'entre les mains de, 

(Y). J'ai oublié d'observer que cette couronne ce qu'elle avait 

l'on a dit , qu'afin de goûter de conquis. Si son successeur en 

toutes sortes de dominations, recouvra la principale partie, ce 

il aspira à être pape (Z). Si on fut par un traité de paix oii la 

l'avait traité en cet état comme France se laissa duper et trahir 

il traita Clément VII , il eût été honteusement, 
bien marri que ses vœux eussent Les historiens de Charles-Quint 

été exaucés. On prétend que les ont trop imité les poètes : ils 

ravages d'Alaric et de Totila, et ont entassé souvent beaucoup de 

tout ce, en général , que les peu- prodiges dont ils prétendent que 

pies les plus barbares ont fait ses victoires furent précédées, 

dans Rome, n'approche point C'est ce qu'ils ont fait principa- 

des excès que l'armée de Char- lement à l'égard de la bataille 

les-Quint y commit. 11 y eut de Mulberg, qu'il gagna le 24 

là-dessus une chose remarqua- d'avril 1547. ■"* disent que le 

bie. Ce prince prit le deuil pour soleil s'arrêta (BB) , et que Dieu 

cette victoire : il fit défendre le fit en faveur de sa majesté catho- 

son des cloches {/) , et ordonna lique le même miracle qu'il avait 

des processions et des prières pu- fait pour Josué. On fit courir 

bliques par toutes les églises une prophétie qui promettait à 

pour la délivrance du pape son cet empereur la défaite des Fran- 

prisonnier {g) ; et néanmoins il çais , celle des Turcs , la con- 

ne châtia aucun de ceux qui trai- quête de la Palestine , etc. (CCJ. 

tèrent le pape et la ville de Ro- Nous dirons un mot touchant un 

me si indignement {h). Ces ar- lis qu'il avait planté dans le jar- 

tifices d'une profonde politique din de sa solitude (DD). Je ne sais 

n'ont pas été moins remarqués si l'on a jamais réfléchi sur une 

que ceux dont il se servit dans la circonstance notable du siège de 

rébellion de Naples (AA). Ceux , Metz. 11 ne forma point d'entre- 

qui le préfèrent à tout ce qu'il prise qui fût plus juste quecelle- 

y avait eu de plus grand éans là; ni dont le succès tût plus 

V Europe depuis les Romains {i), malheureux (EE). On ne doit, 

le flattent ; car qu'acheva-t-il ? point passer sous silence ce qu'il 

La guerre qu'il fit dans l'empire dit à François 1". Nous com- 

pour sa religion ne fut-elle point mandons vous et moi à des peu- 

terminée à l'avantage des protes- pies si bouillans^ si fiers et teni- 

tans? et bien loin d'avoir con- pestatifs ^ que si nous ne noui 

quis quelque chose sur la France, faisons quelque guerre par in~ 

il n'avait pas eu même la force tervalles pour les amuser, et 

, ^ , „ , , ,. ,. leur amortir celte impétuosité 

(f) La Mothe-le-Vayer , tom. II , pag. , ,,. . ^ 

,^8. belliqueuse, nos sujets propres 

(^) MaimLours, Histoire du Luthéran. , nous la feront, qui Sera bien 

(/rLa'Motlie-leVayer,/om.//,;>«g-,l78. i^" (/O- H '^ISSa UUe mstrUC- , 

(i) Bauiru le faisait. Voyez SaiDi-Evie- tiou à son fils , dans laquelle en- ! 

moud , OEuvres mêle'ts , iom. /, sur le mol ! 

de Vaste, pag. lo3, édll. de Hollande [tom. (A) Matthieu, Histoire de la Paix, /iV. /, j 

IF, pag. 21 , édition de Hollande , 172(3.] narrât. II. pag. m. 66 , 67. 



CHARLES 

tre autres conseils il lui donna 
celui-ci , « de caler la voile 
« quand la tempête est trop 
» forte , de ne s'opposer point à 
» la violence du destin irrité, 
» d'es<[uiver avec adresse les 
» coups qu'on ne peut soutenir 
» de droit fil ; de les laisser pas- 
» ser ; de se jeter à quartier , et 
» d'observer l'occasion de qucl- 
» que favorable révolution , et 
» d'une meilleure aventure (/). » 
Il pratiqua ce conseil à la paix 
de Passav , qui eût été honteuse 
à l'empire, si la nécessité ne 
Ffilt plutôt faite que V inclina- 
tion cle V empereur. Il le prati- 
qua à la paix de Soissons , oii 
la disette d'argent interrompit 
la prospérité de ses armes , et 
lui-même fut contraint de s'of- 
frir en otage aux Allemands 
qui , sans cela, faisaient dessein 
de s'en saisir (m). Lui et son fils 
se croyaient capables de se bien 
servir des occasions; car c'était 
un de leurs mots , Vo y el liein- 
pos para dos otros ; Moi et le 
temps à deux autres (n . L'au- 
teur que je cite (t>) raconte une 
chose qui témoigne égaleiuent 
la curiosité de cet empereur pour 
l'astronomie, et son intrépidité. 
La magnificence avec laquelle les 
Fuggers le reçurent dans leur 
maison à Ausbourg ne doit pas 
être oubliée (FF). 

f/'i Silhon . ministre d'état, toin. I, liv. 
in, c/iap. f'f, pag. m. 36i. 

(irî) Là même. 

(n) Là mente. 

(o) yoyez Melcliior .\dam, dans la Vie 
de Pliilippus Apianiis, à la page 3^9 du 
Vit* Germaaorum plulosopliorum. 

(A) // aurait pu subjuguer toute 
l' Europe, sila uale.urde François /'"'. 
n'y eût apporté des obstacles. ] Il fut 
presque le seul qui s'opoosa au tor- 

TOME V. 



-QUINT. 



65 



rent ; et si l'on examine bien l'his- 
toire , on trouvera que l'erapereur 
avait ordinairement plus d'alliés que 
François 1^'". : et bien loin cpir l'An^le- 
terr»; soiigeiU à tenir la balance ogale 
entre ces deux princes, elle se lignait 
très-souvent avec rfMnpercur. Ne sait 
on pas «pi'en i54^ Charlcs-Quint et 
Henri Vlll avaient dt-jà lait entre eux 
le p.-irtage de la France , et que leur 
traité portait tju^ils joindraient leurs 
armées devant l'aris , poui' saccager 
celte grande ville ( i ) ? ils travail- 
lèrent à l'exécution de ce projet en 
même temps , puisque tandis que 
l'empereur iit une irruption en Cham- 
pagne , les Anglais descendirent en 
l^icardie. Voilà comment le roi de 
France fut payé de toutes les mau- 
vaises brigues , dont il se servit en 
faveur des amours de Henri VIII pour 
Anne Bolein. Voilà comment l'esprit 
souple de Charles-Quint sut oublier 
les affronts faits à sa tante répudiée , 
et les promesses qu'il avait faites à la 
cour de Rome (?.). On prétend (pie ce 
fut une des choses que sa conscience 
lui reprocha dans la suite , et pour 
lesquelles il se retira du monde. lisse 
non pauca cjuce Caroli uellicarent, 
aniinum pietatis omnino non suriliim. 
Icisse fœdus cnm Uenrico A ngliœ 
i-ege , à fidelium societalc. , diris pon- 
tificiis , in Caroli gratiam expuncto. 
In quo ille et injuriam , quam ab 
Henrico accejierat , repudiatd Catha- 
rind uxore , Cœsaris materterd ; et 
conslantiam pmmissi , nunquhni se 
cum hœvelico rege , nisi is pontificiœ 
dignitati satisfaceret , in gratiam re ■ 
diliirum; niinis quam impotenler post- 
Jiabueral ulroci me-ipiabilique in Gal- 
liiin indignationi (3j. Ce que je vais 
dire est une chose jilus notable qu'on 
ne pense. Charles-Quint avait phis de 
forces que François 1"'. , et néanmoins, 
par son adresse , ou parce qu'on ne 
trouvait pas autant d'inconvéniens à 
le craindre , qu'à craindie la supério- 
rité des Français , il li)rmait des ligues 
en sa faveur plus nombreuses ordiuai- 

(O Mêlerai , Abrégé cbronol. , tom. fi, pag. 
m. 628. 

(■i) L'empereur ne fallait point de .tcrupule 
d'avoir pour allié un prince noirci des foud/es 
de l'Égltse , ennemi mortel du saint - sir'ge, et 
qui avait Irattr ji ri^uureusemrn'. sa tante. Mê- 
lerai , Abrégé ctioaol. , tom. IF , pag. 6jo. 

(3) Famiana5 Slrad» , de Bcllo be!g. , dci:. /. 
hb. ftpag. m. iij. 



CHARLES-QUINT. 



66 

reraent que celles de ses ennemis. Je 
dirai en passant que Brantôme a parle 
avec trop de mépris des autres princes 
qui s'opposèrent à l'ambition de Char- 
les-Quint. Sans notre gj-and roi Fran- 
çois , dit-il (4) j i'oire sans son ombre 
seulement , cet empei-eur fiit venu 
tiisement a ce dessein. Et autant de 
petits princes et potentats qui s y eus- 
sent uoulu opposer, il en eût autant 
abattu comme des quilles , et leur 
puissance n'y eût eu pas plus de 
\>ertu , que celle des petits diablotins 
de Rabelais , qui ne font que grêler 
les choux et le persil d'un jardin: le 
pape ne lui eût peu 7'csister, puisqu'il 
fut pris dans sa forteresse de Saint- 
Ange prétendue imprenable. 

(B) On prétend qu U fut un de ces 
esprits tardifs,.... et que cela lui ait 
été fort utile pour obtenir la préfé- 
rence sur François /«' . n la couronne 
impériale.'] Il est certain qu'après la 
mort de l'empereur Maximilien , ar- 
ïive'e le 22 de janvier iSig, Fran- 
çois !'="■. brigua assez hautement l'em- 
pire , et qu'il acheta des voix , qui 
après avoir touche le paiement se 
tournèrent vers son compétiteur. La 
gloire qui environnait déjà ce monar- 
que fut une des causes de son exclu- 
sion. « Plus il paraissait avoir de mé- 
)> rite , plus on craignait qu'il ne 
M réduisît les princes d'Allemagne au 
j) petit pied , comme ses prédéces- 
;> seurs y avaient réduit ceux de la 
» France ^ et s'il y avait à redouter 
3) de l'oppression de tous les deux 
>i côtés , elle ne paraissait pas si pro- 
i> che du côté de Charles qui était 
5) plus jeune de cinq ans que lui , et 
)) en apparence un fort médiocre gé- 
» nie. EnGn , avec toutes ces consi- 
-> dérations et avec 3oo,ooo écus, qui 
» dès l'an précédent avaient été ap- 
» portés en Allemagne , et qui ne fu- 
» rent distribués que bien à propos , 
3) Charles l'emporta , et fut élu à 
» Francfort le 20 juin , étant pour 
» lors en Espagne , où il était passé 
>) il y avait près de deux ans (5). » 
Ceci confirme ce que j'ai déjà remar- 
qué plus d'une fois [6), qu'en quel- 

C4) Brantôme , Capitaines étrangers , loin. I , 

pag. 24- , , ,»^ . , 

(5) Méjerai, Abrège cliron., loin. Il , p. 4:i ■ 
C?) Daru la remarque (A) d'AmoiNE (M..rc; 

le Critique, tome JI, pag. lEt}, el la remarque 

(X) de CarlUle Bellahmim j avant ralicca , 

terne IIIj //"g- 28.2. 



ques rencontres la supériorité de for- 
ces , de mérite , sert plutôt à faire 
échouer un dessein , qu'à le faire 
l'éussir. 

(C) Il aidait la langue/raHcaùe tel- 
lement en main , qu'il s'en sentit pour 
composer ses propres annales. ] Je 
n'ai lu que dans Jérôme Ruscelli que 
Charles-Quint ait composé en français 
les mémoires de son règne , et c'est 
aussi l'unique auteur que Valère An- 
dré allègue (7) , quand il parle de cet 
ouvrage de Charles-Quint. Je m'étonne 
que ces mémoires n'ai^jnt jamais vu le 
jour , puisqu'on en avait des copies , 
et que Guillaume Marindo les avait 
traduits en latin , à dessein de les 
publier incessamment. C'est Fiuscelli 
qui l'assure. Fgli stesso il predetto 
imperator Carlo Quinto era fenuto 
scrii'cndo in lingua francese gran 
parle délie case sue principali , come 
gia di moite délie sue proprie fece d 
primo Cesare , et che s aspetta di hora 
d'hauerle in luce faite latine da Gu- 
glielmo Marindo (8) . Brantôme a 
raison de dire que cet ouvrage se lût 
bien vendu ; mais il ne fallait pas 
douter comme il a fait de la \ersion 
de Marindo , sous prétexte qu'elle 
était demeurée dans l'obscurité. 11 a 
cru que l'auteur qu'il cite parlait de- 
cette version comme d'un ouvragi- 
qui était déjà public , et c'est ce qu'il 
n'a pas dû croire. Voyons maintenant 
ce qu'il dit : J'ai vu une lettre (9) 
imprimée parnd celles de Belleforcsi , 
qu'il a traduite d'italien en français , 
qui certifie que Charles-Quint écrivit 
un livre comme celui de César , et 
avait été tourné en latin à P'enisepnr 
Guillaume Marindre : ce que je m- 
puis pas bien croire ; car tout le monde 
rftit accouru pour en acheter, comme 
"du pain en un marché en un temps 
de famine : et celtes la cupidité d'a- 
voir un tel livre si beau et si rarv , y 
eût bien mis autre cherté qu'on ne 
l'a vue, et chacun eût voulu avoir le 
sien (10). Le Ghilini a mis ce prince 
parmi les auteurs , el a prétendu que 
l'ouvrage dont j'ai fait mention avait 
été imprimé. Opère sue , dit-il (n) ' 

f") Biblioth. belg. , po?. 1^3. 

(8) Ruscelli , Lettre à Plillippe II, parmi lr< 
Lettres .les Princes, loin. III, pa^. '!<)• 

(C)) Cest celle de Roscelli que j'ai cUie. 

\\o) Braolôme , C.ipilaines étrangers, loin. I , 
pag. !{i- 

(iij Ch.lim, Teatro, part. Il, pas- "• 



CHARIES-QUINT. 



67 



rhe puhlicate , accvescono non pocn 
fama al suo per alltn celcbralisiimo 
nome, e sono, Istoria délie cosc cla 
lui fatle , In <ptal scrissc in lingua 
francesc ad irnilazione tli C. Giidio 
' Cesatv. Puis il donne le titre de quel- 
(|ue9 lettres, et de quelques manifestes 
de cet empereur. Nouvelle faute 5 car 
il faisait faire ces ecrits-là par ses 
secrétaires. Je m'imagine que si le 
1'. Boidiours se fiU souvenu de ce que 
lîuscclli rapporte , il en eût parle 
dans l'endroit de ses entretiens où il 
a dit , que Charles-Quint ai'ait une 
grande, idée de notre langue : il la 
I rayait propre pour les grandes aj- 
fitires et il l'appelait langue d'e'tat , 
selon le témoignage du cardinal du 
PeiTon (*'). C'est peut-être pour cela 
(pi il lui ut l'honneur de se seri'ir 
d'elle dans la plus célèbre action de 
xa vie. L'histoire des gueiTes de Flan- 
dre ( *' ) nous apprend qu'il parla 
français aux états de Bruxelles , en 
remettant tous ses royaumes entre les 
mains de Philippe JI {^"2). Joignez à 
<'ela ces paroles de. Brantôme : Entre 
toutes langues , il entendoit la fran- 
çaise tenir plus de la majesté que 

toute autre , et se plaisait de la 

parler, bien qu'il en eut plusieurs 
autivs familières (i3). 

(D).... On prétend néanmoins qu'U 
estimait plus l'espagnole. ] Citons 
■encore le père Bounours. « Si Charles- 
/' Quint revenait au monde , il ne 
- trouverait pas bon que vous missiez 
.'! le français au-dessus du castillan , 
lui qui disait que , s'il voulait par- 
ler aux dames , il parlerait italien ; 
que, s'il voulait parler aux hommes, 
il parlerait fran(;ais ^ fpie , s'il vou- 
lait i>arler à son cheval , il parlerait 
< allemand ; mais que, s'il voulait par- 
'< 1er à Dieu, il parlerait espagnol. 11 de- 
)> vaitdire sans façon, reprit Eugène , 
;> que le castillan était la langue 11a- 
» turcllc de Dieu , comme le dit un 
' jour un savant cavalier de ce pays- 
' là, qui soutint hautement dans une 
bonne compagnie , qu'au paradis 
' terrestre le serpent parlait anglais ; 
" que la femme parlait italien ; que 

(*') Pcrroniana , {an mot Langue). 
(*'; Slrada , de Bello belg., lib. I. 
(la) Bouhoars, Entrelien II d'Ariste et d'Eu< 
sine , png. m. 83. 

(i3) Hr^otûme , Capitaines «iraagers, tom. I , 



)) riioinmc parlait français; mais que 
» Dieu |iarlait espagnol (i4)- " Ci;ti 
diiVère beaucoup de ce qui lut dit jiar 
un Espagnol à un Allemand : l.s All.- 
niands ne parlent pas, lui dit-il , mais 
ils foudroient ; et je crois que Dieu 
employa leur langue , lorstju'ii ful- 
mina sur Adain l'arrêt de condamna- 
tion. On lui repondit que le serpent 
s'e'tait servi dés afle'lcrics de la langue 
castillane pour frouijx'r Eve. Pcirns 
lioyzius IMaurœus , Hispanus , poéta 
illo seculo celeberrimus , consiliariiis 
regius, et ob eruditionem Lango (i5) 
acceptissimus ; etiam in quotidiano 
conuictu , sed qui velut Àveth^iCuri^ç 
Germanicam linguam riderc soleret, 
Itaquefamiilos ÏMngi oratoris , men- 
sœ aliquandù adstantes , atque dura 
pronunciatione et accentu njfectatè 
l'Oces Germanicas exaspérantes , isto 
scommate jocoi'e illusit : Gcrmani . 
inqiiit , non loc(UHntur , sed fuliTii- 
nant. Et credo ego, mi Lange orator , 
Deum ex indignatioue lioc sermoiiis 
fulmine usum , cv'ini nrinios parentes 
extrtideret paradiso. Cui Langus, Ego 
rursijs , inqiiit , verisimile censeo , 
serpentera suavi et blando vocis his- 
panicae fuco usum, ciim impostiit Ev.Te. 
Hoc argutulo Royzium et comàuis et 
adstantibus propinavit deridendiim : 
quod et ipsum regem hoc audientem 
mire delectamt (16). J'ai allongé cette 
citation afin qu'on vît que le roi 
même de Pologne fut régalé de ces 
railleries. Mais voici un autre partage 
qui ne s'accorde pas tout-à-fait avec 
Cliarles-Quint , et qui plaît beaucoup 
à un docteur espagnol : la langue al- 
lemande y est pour les soldats , la 
française pour les lerdmes , l'italienne 
pour les princes , et l'espagnole pour 
Dieu. De prœstantid.... illurum ( lin- 
guarum ) quœ /ùiropœisfrequcntiora 
sunt , sic Tympius (*) distingnendum 
pulat , ut si qiiispiam cum IJeo locu- 
turus essel , hispanicè dcberct loqui , 
ob lingiiœ majestalem : si cum aliquo 
principe , italicè propter hiijus ele- 
gantiam ; si cum J'ceminis , gallicè 
ob suavitatem ; si cum militibus , ger- 
manicè quôd sit omnium robustissima ; 

(i4) Bouliours, Entret. H d'Aristeeld'Eugènc, 
pag. 81. 

(i.ï) Celait J^an T.an^us, ambassadeur âf 
Ferdinand en Pologne. " 

(16) Melcli. Adam, i;i Vitis Jiirisc. , pag. 81. 

(*y In SIrnsà Tbcpiili I05. , pag. 3. 



68 



CHARLES-QUINT. 



ac sic ovines suo encomio ewexit, sed serait aidant , ainsi qu'il avait ete par 

hispanicam cœteris siiperiorem meritb le passé (20). Voyez la citation (21). 

cxtollit (17). On fait encore un autre 11 ajouta que son assurance de vaincre 

partage , selon lequel la langue espa- était fondée sur trois raisons , 1°. Sur 

onole est propre pour le commande- son bon droit; 2" sur ce que les con- 

ment , l'italienne pour persuader , et joncturesdu temps lui étaient les plus 

la française pour s^excuser. De là vint, favorables qu'on se pClt imaginer j 3°. 

disait un Espagnol , que Dieu se servit sur ce qu'il trouvait ses sujets , capi- 

du' castillan pour défendre au pre- taines et soldats , si bien disposés , en 

mier homme de manger d'un certain si bonne amour, affection et volonté 

fruit , que le serpent se servit de vers lui , et si bien expérimentés en 

l'italien pour tromper Eve , et qu'A- l'art militaire , qu'U se pouvait entiè- 

dam parla français pour justifier sa rement reposer dutout sur eux. Chose 

faute (18). " au il savait certainement être du tout 



(Y^ Il s'oublia d'une terrible ma- au contraire envers le roi de France: 

ère dans la harangue qu'U pro- duquel les sujets , capitaines et sol- 

■ pape l'an 1 536. 1 dats , étaient tels et de telle sorte , que 

'apmirat qu'il vou- •*' /«* siens de lui étaient semblables , 



niere 

nonca-.- devant le^ 

Ge fut une cause d'app 




ment tout ce qu'il jugea' de plus pro- s;--rvir de la demande que fit Ulysse à 

pre à justifier sa conduite , et à con- Agamemnon : 

damner celle de François I"""". 11 déclara 'An-ptUn, to?Ôv o-t iTToç «^x/'jèv ïpoç 

les conditions sous lesquelles il était ixTôvTœv ! 

prêt de conclure un traité de paixaveC Alrida , quale verbum fugil ex seplo deii- 

la France. U dit que , si ce parti ne '""« (^3; ! 

plaisait pas à François I''" -, il l"i en oi- C'est ici que l'on peut s'étonn( r avec 

frait un autre sur quoi il attendait justice qu'un discours beaucoup plus 

réponse dans vingt jours ; c'est que dj^ne d'un capitan de théâtre , ou 

pour éviter l'eflusion du sanghumain, d'un chevalier espagnol, que d'un 

ils vidassent entre eux deux leurs empereur d'Allemagne , soit échappe 

différens . de personne a personne... ^ ^g sage prince devant une si auguste 

en combattant en une île ou sur un assemblée. Sanè mirati sunius velie- 

pont , ou bateau en quelque rivière , mentissimè ciim hanc orationem legi- 

et que quant aux armes , eux deux se ^j^^ apud Bellaium et altos , potuisse 

pourraient aisément accorder a les ejusmodi verba et alia quamplurima 

prendre qu'elles fussent égales , et ^g^. miniis jerocia , quœ iideni auclo- 

que lui de sa part les trouverait toutes j.^g recitant , e.i cidere in tali conventu 

bonnes , fut-ce de l'épée ou du poi- adeà sapienti ac prudenti ab omnibus 

gnard en chemise (19)- Si ce parti ne habito principi , quœ mugis Pyrgopo- 

plaisait pas , il en oflVit encore un Jinici Wiliti glorioso Plautino conve- 

antre , ce fut la guerre. 11 déclara que „„.e videntur (-î^). Mais, comme le 

si l'on en venait là , il prendrait les remarque im historien moderne , la 

armes de telle heure que choie du bonne fortune , les panégyristes et 

monde ne l'en détournerait , jusqu'à les prophètes , avaient concouru à 

ce que l'un ou l'autre des deux en remplir de vastes desseins l'esprit de 

demeurât le plus pauvre gentilhomme cet empereur. Depuis c[u'il s' était vu 

de son Davs. Lequel malheur il espc- , .t- - c 

ac S'J'i- y"-} ^■"- I ' , f^o\ J^a même , pae. Sot. 

rait et se tenait sur et certain qu U 
tomberait sur le roi : et qu'il lui Dieu 



h 1 ) Z 

ficenUut 



fn)Gasparà Reles, F.lysio jucund. quœst. 
Can.po. ,»«-.«. ir. ,uhji,..,pag. H^'i. 

C18) Vurei I>a Moilie-lf-V.nyer , Prodlènifs 
sceptiques", cliap. XV, à ta page iS.j du XIII'- 
10 me. 

(tçt) Mémoires de Guillaume du Bellai , tiV. 
r, png. m. 5o6. 



ocariis in Caroli Vild eliam maffni* 
cnbil Caroluin ad ducllnin Galluin 
septetn oblulis optionthus . ni mari 
el Irrrii. veljliimine, equo vel pediliut , Colle 
pi planitif . tnter se dfcerlurent. Spoudaaus , 
d ann. i536 , num. 7. 

(22) Mémoires Je Guillaume du Bellai , pai;. 
■i. 5o3. 

(23) lliad., lib.IV, vs. 35o. 

(24) Spondanos , ad ann. i536 , num. 7. 



CHARLES-QUINT. 



69 



h la tête de deux grandes armces 
faire reculer Soliman , et fuir Bar- 
herousse , il ne respirait plus que la 
guerre. Les flatteurs , qui perdent 
l'esprit de^.princes les plus sages par 
leurs , louanges excessii'es-, ne lui pro- 
mettaient pas moins que l'empire de 
toute l Europe : les poètes et les pa- 
négyristes l'en assuraient ejfrontc- 
ment , et les devins et les astrologues ^ 
qui ne sont pas moins hardis men- 
teurs , avaient tellement répandu cette 
croyance par leurs jircdirtions , qu ils 
avaient fait imjiression sur les esprits 
faibles ^25). Ce fut en ce même temps 
que l'empereur, enfle des victoiresqu'il 
venait de remporter , et de celles c(u'il 
tenait déjà pour certaines, dit à Paul 
Jove : Faites bonne provision de pa- 
pier et d'encre , je vous ni taille' bien 
de la besogne {i6j. Mais jamais on ne 
vit la providence de Dieu mortifier 
plus visiblement la présomption de la 
treature. Charles-Quint, à la tête de 
dix mille ciievaux , et de plus de qua- 
rante mille hommes d'infanterie, sou- 
tenu d'une bonne flotte commande'e 
par le fameux André Doria , fondit 
sur la Provence j et fît entrer en même 
temps une autre armée de trente mille 
hommes dans la Picardie (27). Ce fat 
Tenfanlement de la montagne , 

Parturiunt montes, nascelur ridiculus 
mus (28). 

L'arme'e de Provence e'choua devant 
IMai'Scille, et fut réduite en un état pi- 
toyable sans avoir livre combat. Celle 
de Picardie échoua devant Péronne 

(F)... On n eut pas sujet en France 

d'être content des ambassadeurs 

qui assistèrent à cet acte. ] L'e'vêque 
de M.lcon , qui e'tait alors à Rome en 
(|ualité d'ambassadeurde François l"^""., 
et le sieur de Velli qui faisait la même 
fonction auprès de sa majesté' impe- 
ria'e , furent présens à la harangue. 
Le premier ne put répondre que peu 
de chose à cause qu'il n'entendait pas 
l'espat^nol ; et ni l'un ni l'autre n'eu- 
rent le temps de parler beaucoup. Le 

(25) Mêlerai , Abrégé chronol. , tom. If^, 
pag. 591. 

(36) Kovcz Brantôme, Discours sar Calberine 
de MéJicis , au commpncemmt. 

(»■)) Mézerai , Abrégé chronol. , tom. IV , 
fng. 535. 

(28) Hora». , de Arte poët. , vs. i3g. 

(39)Mé2crai, Abrège chrgnol. , loin. IF, 
pag. 595 , 599. 



pis est qu'ils ne rendirent pas à leur 
maître un fidèle compte de fout cC 
([ue Charles-Quint avait proposé. Ils 
en supprimèrent l'oflVe du duel , les 
louanges qu'il avait données à ses sol- 
dats , et le mépris qu'il témoigna pour 
ceux de France. Ils supprimèrent fout 
cola à la prière du pape , et afin de 
n'éloigner pas le traité de paix en ai- 
grissant l'esprit de leur maître (3o). 
Brantôme est plaisant , lorscpi'il dé- 
crit les postures (pi'un ambassadeur 
homme d'é]>ée avait faites pendant la 
harangue , et celles que fit le sieur de 
Velli homme de robe (3i). 

(G) Bien des gens l'ont accuse' d'a- 
voir jf'ait une grande faute , lorsqu'il se 
livra a la bonne foi de François /*■". ] 
La ville de Gand se souleva l'an i5.3g , 
et offrit de se donner à la France, Le 
roi , non-seulement n'accepta point de 
telles oflVes , mais aussi il en avertit 
l'empereur, qui ne trouvant point de 
meilleur remède à un mal dont les 
suites étaient à craindre , <]ue d'y ac- 
courir en personne , demanda pas- 
sage par la France , toufre autre voie 
lui paraissant longue et périlleuse. Il 
obtint ce qu'il demandait , et reçut 
des honneurs extraordinaires par tout 
le royaume, et à la cour principale- 
ment. Cette conduite de François 1*>'. 
fut sans doute fort belle et fort géné- 
reuse : mais c'est une grande illusioa 
que de lui donner des louanges de ce 
qu'il n'attenta point à la liberté de 
l'empereur. Est-on louable quand on 
ne commet pas une insigne perfidie ? 

(H) Il faut être bien satirique 

pour appeler cela une faute.] La plu- 
part de ceux qui ont bLImé Charles- 
Quint de la confiance qu'il eut en la 
générosité de François I*''. ne son- 
geaient point à médire de cet empe- 
reur , mais à donner une idée affreuse 
de ce roi ; car si l'on choque les rè- 
gles de la prudence en se fiant à la pa- 
role de François I'^''. , c'est un signe 
qu'il est très-probable qu'il fera une 
action de lâcheté et de trahison dès 
qu'il le pourra. J'avoue que quelques 
auteurs se fondent sur les fourReries 
continuelles qu'ils imputent à Char- 
les-Quint à l'égard du roi de France, 
et voici comment ils raisonnent : cet 

(3o1 Mémoires de Guillaume du Bellai, pag, 
519, 320. Brantôme, Hommes illusUci , tom. 
/, pag. m. 24G. 

(3i) Là même. 



yo 



CHARLES-QUINT. 



empereur devait craindre que Fran- 
çois I*"". ne troiiv;1t beaucouv» d'excu- 
ses spécieuses de ce qu'après tant d'in- 
jures soufl'ertes , il violerait les droits 
de l'hospifalile; donc la i>rudence ne 
soiifl'rait pas que l'on se fi;lt à ce mo- 
narque. Ils diront tout ce qu'ils vou- 
dront , leurs pensées seront eu eiîét 
plus desobligeantes pour François 1*^'. 
que pour Charles-Quint ; et l'on ne 
peut dire sans flétrir l'honneur de ce 
roi, qu'il ait mis en délibération dans 
son conseil s'il ferait prisonnier ou 
non Charles-Quint. Camérarius , au- 
teur allemand , ne trouve nulle vrai- 
semblance à cela (32). 

([) Les historiens flainands ont 

été simples ou malhonnêtes , en rap- 
portant ce qui se passa en cette l'en- 
contre.'] La candeur belgique , germa- 
nique , etc. , des historiens générale- 
ment parlant, est une chimère : il n'y 
a peut-être point de nations où il y 
ait ni plus de plumes équitables , ni 
plus d'écrivains passionnés , que dans 
celles-là. Leur médisance est aussi ai- 
gre et pénétrante que celle de delà les 
monts , et outre cela elle est quelque- 
fins biifie sur des fables très-grossiè- 
res. Je ne rapporte point toutes cel- 
les qu'ils ont produites touchant le 
passage de Charles-Quint par la Fran- 
ce , je me contente de citer ces pa- 
roles d'un annaliste , Français de na- 
tion (33) : iVec uUo modo audien- 
dus insipidus quidam helgicus chro- 
nologus * diim scribit, Cœsarem pas- 
(ptillis qtiibusdam lotam per urbent 
Lutetiam disseminatis prœsentissi- 
mum sut periculum ciuri uitâsset , 
pernicissimo cursu primiim Camera- 
cum , hinc Gandarum concessisse. 
Jnsulsiora namque sunt ista quant ab 
homine mente sobrio proferanlur. At 
sic lubet plerisque Belgis ciiin de 
Francis agilur , fatuari et ineptire , 
qualia permulta apud Maierum , 
ly/assceum , et alios ejus generis ho- 
mines reperire liceat. Les longues guer- 
res de France avec la maison de Bour- 
gogne avaient tellement aigri les Fla- 
mancîU , que ceux qui ne pouvaient 
pas exercer des hostilités l'épée à la 
main , en exerçaient à coups de plu- 

(3l1 Méditât, liisloriqaes , vol. III, liv. III , 
chap. III. Je parle de la traducUon française 
publiée par Simon Goulart. 

(33) Spotidanu'î , ad ann, i54", nuni. i. 

C Lccr: , hoc ar.. 



me , ou à coups de langue. Or , dans 
ces diverses sortes de guerre il y a 
beaucoup de personnes qui se servent 
également de la maxime , Dolus an 
virlus , quis in hoste requirat ? Un his- 
torien <[ui ose dire que Charles-Quint 
se sauva en poste , et qui ne sait pas 
ou qui feint de ne savoir pas , que ce 
prince fut accompagné jusqu'à la fron- 
tière par deux fils de France , et reçu 
par toutes les villes comme le roi mê- 
me, quelle sorte d'iiomme doit-il être ? 

(K) On lui fait dire un bon mot sur 
l'ascendant que l'étoile de Henri II 
prenait sur /(»'.] Je vois bien , disait- 
il , que la fortune ressemble aux fem- 
mes , elle préfère les jeunes gens aux 
vieillards. Strada rapporte en gros 
cette pensée de Charles-Quint (34) : 
c'est à tort que Scioppius l'en censure 
(35) ; et c'est par un esprit de contra- 
diction qu'il doute que cet empereur 
ait dit cela. 11 fait le théologien mal à 
propos , et il se trompe de croire que 
ce mot de Charles-Quint donne tout 
au cas fortuit. Est-ce le hasard aveu- 
gle qui fait que les femmes aiment 
mieux un jeune mari qu'un vieux ? Il 
n'y a rien de plus opposé à la fortune , 

3ue l'aflectation quelle qu'elle soit , 
e favoriser une chose plutôt qu'une 
autre. Si la maxime de Charles-Quint 
était vraie , elle prouverait infiniment 
mieux le dogme de la providence gé- 
néralement parlant , qu'elle ne prou- 
verait le sentiment opposé. Scioppius 
a plus de raison lors([u'il dit que cette 
maxime se trouve dans Machiavel i 
car voici ce que l'on trouve dans le 
Prince de cet auteur florentin , au 
chapitre XXV. lo giudico ben questo, 
che sia meglio essere impetuoso che 
rispettit'o , perche la fortuna è donna , 
ed è necessario l'olendola tener sotto , 
batterla edurtarla. F. si uede che la si 
lascia piii uincere da questi , che da 
quelli che fredd ameute procéda no. E 
pero sempre (come donna) è arnica 
de' giovani , perche son meno rispet- 

(34) Qui» et vulgb credebatur, Cîesaris fortu- 
nain fastidio ac satietate jam captam retrncedere 
inccepisse : felicemque imperatoris hactetiùs in- 
victi genium in Heni-icuDi G.illiae regem immi- 
grasse. Ipso Caîsare non dissimulante , quem au- 
ditiim fcrebant qu'um diceret, iSeinpe Fobtdnam 
esse juvenum amicam. Slrada , de Bello belg. , 
dec. I, pag. m. 17. Il cite une lettre d'Hippo- 
lyle Chiîiala, qui est au III'. livre des Lettres 
des Princes, folio m. 212 verso; il la cite, 
di'-je, pour la première partie de ce passage. 

(35) Infam. Fam. Strad. , pag. m. iti. 



CHARLES-QUINT. 



tii'i , piii feroci e con piu audacia la 
coniinanclano. 

(L) Son histoire n'est qu'un mélan- 
iredehonheurctde malheur.'] Il avoua 
lui-racme dans la harangue qu'il lit en 
se depuiiiliaiit de ses états ,71*6 les 
plus i^n-andes prospérités r/u'â aidait 
jamais eues dans le monde, Ui'aient été 
mêlées de tant d' adi^ersilés , qu'il pou- 
t'ait dire n'auoir jamais eu aucun 
eontentement CâG). On prétend que 
depuis son abdication il avait accou- 
tumé de dire (ju'un seul jour de sa 
solitude lui faisait goûter plus de plai- 
>ir que tous ses triomplies ne lui en 
j valent donné (87). 

(M) On a dit des choses hien-iliffé- 
rentes sur les motifs de son abdica- 
tion.] Strada remarque que l'abdica- 
tion de cet empereur est devenue un 
,uiet de déclamation dans les écoles. 
:Yon ignora eam rem uario tune ho- 
ininum sermone fuisse disceptatam •• 
liodièquedeclamatorum in scholis (38), 
l>()liticorum inaulis , argumcntum esse 
Caesvrem abdicantem (39). Quelques- 
ins ont dit que ne se sentant plus capa- 
ble , à cause de ses maladies, de sou- 
lenir le poids de sa gloire , il prévint 
habilement la honte d'une plus grande 
décadence de réputation. On a dit 
aussi que le dépit de voir sa fortune 
inférieure à celle d'un aussi jeune 
prince que l'était Henri II ; sa fortune , 
dis-je , qui avait triomphé en tant de 
rencontres de celle de François P^ , 
l'obligea à quitter le monde. Je dirai 
dans les remarques suivantes , que le 
dépit de n'avoir pu devenir pape , et 
l'envie de servir Dieu selon le rit des 
protestans , ont passé pour la cause de 
sa retraite. Mais tout le monde n'a 
point envisagé d'un esprit critique 
cette grande action. Il y a eu des gens 
qui ont dit qu'un désir sincère de mé- 
diter sur le néant de ce monde , et sur 
les biens solides du paradis , le porta 

(36) Mémoires de Beaavais-Nangis , pag. 220. 
n-) Camérariiis , Méditât, bistor. , vol. I, 

li^. iii, chap. y. 

(38) Cela me fait souvenir des paroles de 
Juvéïial, sat. I , vs. i5, q'u te'inoisnenl que les 
e'colien de son temps déclamaient sur Vabdica- 
tion de Sjlla. 

Et nos ergb manum ferulse subduximus, et 
nos 

r.onsUium dediinus SuUae privatus ut altum 

Dormiret • 

(Î9) Strada, de Bello belg. , Uh. I , dee. I, 



à chercher une solitude , afin d'expier 
par des exercices de pénitence les 
maux qu'il avait causés à la chrétien- 
té , et pour se préparer de bonne 
heure et utilement à la mort , par une 
etitière application à l'alVaire du salut. 
Voyez dans Strada (/fo) la plupart de 
toutes ces choses , et plusieurs autres 
noblement représentées. 

(N) A'/ sur les occupations de 

sa solitude.] Il la choisit dans le mo- 
nastère de Saint-Just C), situé sur les 
frontières de Castille et de Portugal , 
proche de Placenlia. Les religieux 
de ce monastère s'appellent hiérony- 
mites. Il lit bâtir une petite maison 
joignant ce couvent , coniposée de six 
ou sept chambres , et s'y enferma au 
mois de février iSS?. 11 ne retint au- 
près de lui qu'une douzaine de do- 
mestiques et un cheval. Il ne s'occu- 
pait pas tellement aux exercices de 
(lévoliwn , qu'il ne s'amusiU à bien 
d'autres choses j à la promenade sur 
son cheval ; à la culture de son jardin , 
à faire des horloges , et à des expé- 
riences de mécanique avec un iameux 
ingénieur (40- Quelques jours avant 
sa mort , il lit célébrer ses funérailles 
et y assista en personne {^-i)-^ Quel- 
ques-uns ont dit qu'il tâcha d'accor- 
der ensemble plusieurs horloges, avec 
une si grande justesse qu'elles sonnas- 
sent l'heure au même moment^ et que 
ce dessein n'était pas aussi dilBcile à 
exécuter que l'accord des religions 
qu'il se mit en tête du temps de 
V Intérim. 11 n'avait pas si absolument 
renoncé au monde , qu'il ne s'infor- 
mât des nouvelles de la guerre , et 
qu'il n'en dît son sentiment. Témoin 
ce qu'on veut qu'il ait dit et fait , 
après avoir su que son fds victorieux 
à Saint-Quentin n'avait point su profi- 
ter de ses avantages. Voici de quelle 
manière on le raconte : « Encor tout 
» religieux , demi-saint qu'il étoit , il 
)) ne se put engarder (ce disoitonlors, 
)) que la commune voix en couroit 
» partout) que quand le roi son fils 
)) eut gagné la bataille de Saint-Quen- 
» tin , de demander aussitôt que le 

(4o) Idem, ibidem. 

(*) JusTus, niim de saint, folt en français /«^f 
mouosyllabe. Uem. crit. 

(4i) Strada, là même, pag. i3, i4 , '« 
nomm:' Janiiellus Turrianus, et en conte def 
choses très-singulières. 

(42) Ex Strada, lit/. I, dec. I, pag. 1^. 



72 



CHARLES-QUINT. 



}> courrier lui apporta les nouvelles, 
» s'il avoit bien poursuivi la victoire, 
» et jusques aux portes de Paris ? Et 
» quand il scut que non , i! dit qu'en 
y son âge et en cette fortune de victoi- 
w re , il ne se fust arrêté en si beau 
» chemin , et eust bien mieux couru : 
3) et de dépit qu'il en eut, il ne voulut. 
» voir la dépêche que le courrier ap- 
3) porta f43)- 3' N'oublions point ce qui 
lui fut dit par un jeune moine. « L'em- 
3) pereur allant un matin réveiller à 
3) son tour les autres religieux, iltrou- 
33 va celui-ci , qui était encore novice, 
33 enseveli dans un si profond som- 
33 meil , qu'il eut bien de la peine à le 
33 faire lever : le novice se levant en- 
3) fin à regret , et encore à moitié en- 
33 dormi , ne put s'empêcher de lui 
» dire , qu'il devait bien se contenter 
3» d'avoir troublé le repos du monde , 
33 tant qu'il y avait été, sans venir en- 
33 core troubler le repos de ceux qui 
» en étaient sortis (44)- " J'ai lu une 
chose qui me paraît digne d'être rap- 
portée. C'est un extrait d'une pièce 
que Balzac avait reçue de Rome sur la 
retraite de Charles-Quint. Balzac (45) 
en rapporte ainsi le commencement : 
Lorsque Charles ennuyé du inonde 
t'oulut tnourir sous l'empire de son 
jrère , et sous le règne de son fils. 
L'auteur de la pièce ayant bien mora- 
lisé nous sert de ce petit conte : « Tou- 
33 tefois comme il n'est rien de si net 
33 que la médisance ne salisse, ni de si 
33 bon quelle n'interprète mal , quel- 
j> ques-uns ont voulu dire que ce prin- 
33 ce s'était repenti de sa retraite , et 
3) en avait conçu un chagrin qui lui 
33 avait même touché l'esprit. Pour 
3) preuve de quoi ils débitent cette fa- 
3> ble ; ils disent qu'il avait cinq cents 
33 écus dans une bourse de velours 
33 noir, de laquelle il ne se dessaisissait 
33 jamais, jusqu'à la faire coucher avec 
33 lui toutes lesnuits* : si on les en veut 
3) croire , il baisait , il caressait , il 
3) idolâtrait cette bourse. Et après 
» avoir méprisé les richesses de l'un 

(43) Brantôme , Mémoires des Capitaines 
étrangers, tom. /, pag. 12. 

(44) Saint-Réal, Histoire de don Carlos, png. 
m. 21 , 22. 

(45) Entretien I*'. , pa<,'. m. 10. 

* Joly dit qu'il ne sait si l'on trouve ailleurs 
que dans les Contes iTEulrapel , . que Ctiarles- 
» Quint dans sa retraite avait cache quatre cents 
• écus qui lui furent dérobés par un hiéronymite, 
•■ et qu'il en pensa moarir de chagrin. " 



33 et de l'autre monde , les perles et 
3) les diamans de tant de couronnes 
3) qu'il avait portées, il était devenu 
33 avare pour cinq cents écus. Un su- 
3) jet naturel du roi d'Espagne me fit 
33 autrefois ce conte ; mais je m'en 
33 moquai , et le rais au nombre des 
)3 histoires apoci yphes. 11 y a bien plus 
3) d'apparence que si l'empereur s'est 
3) repenti de quelque chose dans sa so- 
33 litude , c'a été de ne s'être pas plus 
33 tôt retiré du monde , ou , comme en 
3) parie un auteur de delà les monts, de 
3) n'avoir pas plus tôt coupé jeu à la 
33 fortune. Car par -là, dit -il , il at- 
3) trapa la fortune, quoiqu'elle soit si 
33 foBte , et qu'elle sache si bien pi- 
3) per (46). » 

(0) Quelques uns prétendirent qu'il 
se repentit bientôt d' auoir cédé ses 
états rt unûls qui lui en témoigna si 
peu de reconnaissance. ] On rapporte 
une réponse faite par Philippe il au 
cardinal de Granvelle , d'où il faudrait 
inférer que le repentir de Charles- 
Quint ne tarda point jusqu'au lende- 
main , et que la bonne volonté de re- 
noncer au commandement ne passa 
pas les vingt-quatre heures. Il y a 
aujourd' hui un an , dit le cardinal de 
Granvelle au roi Philippe , que l'em- 
pereur se démit de tous ses etatj. Il y 
a aussi aujourd' hui un an , répondit 
le roi , qu'il s' en repentit. Ceux qui ne 
sont pas si matins prétendent qu'il ne 
commença à regretter ses couronnes 
que lorsqu'au traversant plusieurs pro- 
vinces d'Espagne pour se rendre à Bur- 
gos , il vit si peu de noblesse venir au- 
devant de lui. Outre qu'étant arrivé 
dans cette ville, il fut obligé d'y at- 
tendre assez long-temps la somme qu'il 
s'était réservée. Il avait besoin d'en 
toucher une partie , afin de récom- 
penser les domestiques qu'il devait 
congédier ^ et on le renvoyait de 
jour à autre pour le payement : cela 
lui déplut beaucoup. Citons un long 
passage de Strada (47) , où l'on verra 
qu'il n'afErme rien sur le repentir en 
question (48). Quiim in Cantahriavi, 
appulsus , ac projectus indc Burgos , 
raros adinodiun sibi obt'ios uidit llis- 
pa/ios proceres , (quos nempè solus , 
incomitalusque iitulis suis Carolus 

(46) Balzac , Entret. I". , png. 12 , i3. 

(47) Strada, decad. T, lib. I, pag. 10 , 11. 

(48) A la suite de ce que je cite d rejeUe ce 
rppenlir comme un bruUJoil mal fondé. 



CHARLES-QUINT. 



non allexerat ) sensit tiini prirnîun nu- 
ditalein Jiiam. AccessUque et illiid , 
qw'xl ex ccnliim namnuirn aureovuni 
mil/ibus , ( (/ttem sibi reiUtutn ex lui- 
mensis oplbus taiitummod!) icpusne- 
rat) fjiiiun eovnm parte opus tune esi,et, 
qiulj'amiilos aliquot donaret, dirnitle- 
relqiie , expectandum ei pluiculum , 
necsine stomacho B urgts j ait , dnm ea 
t'ide! icet summa nliquandij reddereliir- 
(Jiiiiiii ille ojjensionem .sicut dissiiiiu- 
lanler haud tiilit , ita occasioncni non- 
nuUis forte prœhiiit affirmandi, reg- 
nis l'/.r ejiiratis , cœpisse Caroluin 
ifiili consilii pœnitere. Quamquarnaiii 
i/iso ejurationis die inutchse dlum sen- 
lenliam ex eo narrant , quod idiqnot 
post annis , quiini cardinalis Gran- 
vellanus ex occasione Phdippo régi 
reuocdssel in nienteni , annii'ersarcum 
illum esse dieni , quo Catnlus pater 
irnperio regnisqtie cesserat ; respon- 
deril illico rex : Ht hune quoque dieni 
anniuersarium esse, quo illum cessisse 
pœnituit. 0uod incerlo rii>nore j>ro- 
latunt facile percreùruit apud lionii- 
nes, non sibi in tant inaudilo Jacino- 
re constantiani l'el unius diei persua- 
dentes. Nisi forte PhiUppus non pu- 
tai^it in parente laudanduni , qnod 
iniitandum sibi non statneret. Un a 
prétendu que U: roi Philippe fit bien 
pis que de nVtre pas ponctiiel sur le 
paiement de la pension II la diminua, 
dit-on , des deux tiers. Ecoutons 
Brantôme. « J'ai lu dans un petit livre 
» fait en Flandres, inscript /V//)o- 
'> logie du prince d'Orange , une 
'> chose étrange, tpie je ui; vens ni 
!• puis croire ni être croyable, étant 
w faite des ennemis du roid'Espa£;ne; 
» possible aussi ce pourroit être , je 
}> n'allirme rien , si non ce que j'ay vu 
)' et bien certainement sçeu , que de 
» cent mille escus réservez ou autre 
i> revenu, le roi son lils lui en retran- 
» cha les deux parts , si bien que la 
w pluspart du temps il n'avait le 
» moyeu de vivre ni pour lui ni poin- 
» les siens, ni pour donner ses au- 
» mônes et exercer ses charitez envers 
)) ses vieux serviteurs et fidèles sol- 
» dats, qui l'avoient si bien servi, ce 
» (|ui lui fut un j^rand despit et cre- 
)> ve-cœur , qui lui avança ses jours 
" (49) " E° f^édéral , on peut dire 
qu, l'ingratitude a mis son principal 

(4g^ Brantôme , Capitaines étrangers , lorti. J, 
."'i'- 39. 



trône dans la conduite des enfans 
envers les pères. 

[V) H n'oublia point , dit-on , de 
se donner la discipline ] Strada n'en 
garle que sur le ton allirmatif (5o) , 
et i! n'est pas le seul qui assure (|ue 
le (ouet employé par Charles-Ouint , 
et teint de son sang , est gardé 
comme uuè espèce de relique. Ce qu'il 
dit que le roi Philippe H se lit porter 
le fouet de sou père , et le mit entre 
les mains de son fils, est confirmé 
par d'autres historiens. Vous trouve- 
rez cela dans les mémoires deCliivcrni 
(^);5i), et dans les mémoires de IJran- 
tôme : je ne citerai que ce dernier. 
// fit aussi tirer hors d'un coffret un 
fouet de discipline , qui était sanglant 
par les bouts ; et le tenant en haut il 
dit : ce sang est de mon sang , non 
toutesfois proprement du mien , 
mais de celui de mon père , que Dicit 
absolve ; lepiel aïoit accoutumé de 
se sen'ir de cette discipline. Je l'ai 
bien voulu déclarer ,5'2;. Scioppiusse 
vante d'avoir niauié ce fouet dans le 
monastère de l'Escurial. Quod ego 
in monasterio Laurentiano manibus 
tractavi et Car. V. sanguine, ut aie- 
hant , adhuc oblitum uidi. Il raille 
Strada d'avoir observé que ce fouet 
est encore teint du sang de Charles; 
cai* c'est une preuve que les descen- 
dans de cet empereur ont laissé sa 
discipline pendue au croc , sans lui 
donner aucun exercif-e sur leurs épau- 
les, ce que Scioppius ne trouverait 
p.>int mauvais. Ce qu'il dit là contre 
les flagellations est assez curieux. 
f^ereor ne Austriaci principes piela- 
tem suant frigide laudatam pulent , 
c'im flagellum illud adhuc Caroli 
sanguine notatum prœdicetur : quod 
arg imento est y ulipsos jamoctoginta 
annos ferreatum de parietibus clai'O 
pependisse , nec (^cljilii ejus vel ne- 

(50) Quin eliam plexo e fuin,.ulis lormenlo... 
exigere à sese atUeactiv iuœ pœnas penaei i 
captt. Quo.t ind'e funicuto! h Phitippo rege le- 
veienter habitas , ab eoijtie morti proximo aj- 

f Tfi aii se jussot, et. ut eranl cruoie Caroli 
patris aspersi , Jilio PhUippo III traJitus , 
inler Aiutriaca; monum'nla pielatis assenari 
fuma est. Strada , dec. I, lib. I, pag- i4- 

(*) Tous ces faite sont tirés d'un petit livre 
in-8°., imprime CD i6uo à ÎVIayence , chez Za- 
cliarie Durant, ions le titre de 2'esiament de 
Philippe II. Rem. crit. 

(51) Pag. a<)4, e'dil. de Paris, iGSC, in-!^°. 
(.'i'2) Braniôme, Capitaines étranger.", ion. 

II, pag. jo5. 



/ 



74 



CHARLES-QUINT. 



polts ac pronepoluiii dorso mol&stiœ qu'il n'y ait là un exemple de ce qaî 
mulLùin créasse (53j. a ete dit ci-dessus (56) de la keligiom 
(Q) Quelques auteurs parlent f 01% des souverains. Entant qu'hommes , ils 
avanlagcusement de sa piété.'] Guil- sont zélés pour leur religion : ils 
laume Zénocariis assure que Charles- prient Dieu , ils vont aux églises dé- 
Quint composait lui-même des prié'- votemeut 5 mais dés qu'ils se considè- 
res à chaque expédition qu'il entre- rent revêtus de la qualité de souve- 
prenait , qu'il les écrivait de sa rain, ils ne songent qu'à vaincre leurs 



propre main, qu'ellesétaient aussi lon- 
gues que les sept psaumes de la péni- 
tence, et que les ayant fait approuver 
par ses confesseurs , il les récitait cha- 
que jour au milieu de ses armées. 
Quelquefois , lorsqu'il sentait les émo- 
tions et les componctions dévotes , il 
se mettait à l'écart sous prétexte de 
quelque nécessité naturelle , afin d'ê- 
tre plus long-temps dans la ferveur 
de l'oraison. Il donnait ces prières à 
garder à Adrien Sylvanus, avtc ordre 
de les déchirer en petits morceaux et 
de les jeter au vent, si quelque mal- 
heur lui arrivait. Plusieurs, ayant ob- 
servé le temps que cet empereur em- 
ployait à ses prières , dirent qu'il par- 
lait plus souvent à Dieu qu'aux hom- 
mes (54 j. 

(f^) d' autres prétendent qu'U 

aidait plus d'ambition que de religion.^ 
Ils soutiennent que l'envie de s'agran- 
dir au préjudice de François !«', fut 
cause qu'il laissa prendre Belgrade et 
Rhodes à Soliman , et qu'il ne se ser- 
vit point des occasions favorables 
que Dieu lui mettait en main contre 
les Turcs, soit en Hongrie, soit en 
Afrique. Il aimait mieux venir rava- 
ger la France, que profiter des avan- 
tages qu'il remportait sur les infidèles. 
On l'accuse d'avoir fomenté le luthé- 
ranisme, qu'il lui eût été facile d'e.x- 
terminer. 11 trouvait son compte dans Maimbourg. 



ennemis, et ils attaquent avec le plus 
de vigueur , non pas celui qui est le 
plus opposé à leur créance , mais 
celui pour lequel ils ont la plus grande 
haine, ou par crainte ou par jalousie, 
fiU-il le plus grand soutien de leur 
religion. Au reste , on a débité un 
grand mensonge dans la vie de Char- 
les V (S^) , le voici : « Estant obligé 
» d'éviter le duc Maurice, n'estant 
» accompagné que de six cavaliers , 
» les princes d'Allemagne lui propo- 
» sèrent que , s'il vouloit seulement 
» commander que leurs opinions 
» fussent disputées , ils lui fourni- 
» roient cent mille hommes pour 
» s'opposer au Turc qui descendoit 
» en Hongrie , et qu'ils les entretien- 
» droient jusqu'à ce qu'il se fust ren- 
» du maître de Constautinople : il 
» répondit qu'il ne vouloit point de 
» royaumes à si cher prix, ny l'Eu- 
» rope mesme avec une telle condi- 
» lion ; mais qu'il ne désiroit que Jé- 
)' sus-Christ (58).» Il est plus que 
manifeste qu'après cette fuite de 
Charles -Quint devant Maurice, les 
protestans obtinrent presque tout ce 
qu'ils voulurent. Voyez le Luthéra- 
nisme de Maimbourg (Sg). J'y renvoie 
parce que c'est un livre cent fois plus 
commun que Sleidan , que M. de 
Thou , que Chytreus , cités par 



les divisions que cette secte causa , et 
s'en servait à toutes mains, tantôt 
contre le pape , tantôt contre la Fran- 
ce, tantôt contre l'Allemagne même. 
Il rejeta , dit-on , les offres que les 
protestans lui firent de le servir contre 
les Turcs, moyennant la liberté de 
conscience; mais il la leur accorda 
amplement dès qu'ils lui promirent 
de renoncer à l'alliance de la France 
(55). Si cela est , on ne peut nier 

(53) Scioppius , Infara. Fam. Stradie , p. 13. 

(54) Guill. Zeoocarus, liO. V dey\là Caioli 
V, ajind MailUiam Caslriciiim de Virtiitbus 
princjpum Geimania; , hb. I, cap. XXXI F. 

{US) Voyez La Mottie-le-Vayer. lom. II, 
j'U^. ii3, II.), ji5, éda. in-12, 1G81. Foret 



(S) et qu'il mourut presque 

luthérien.] Brantôme sera le pre- 
mier que je citerai. « Ce livre 
)) (60) dit bien plus , qu'il fut une 

aussi IVlaimbourg, Histoire du Lutliéranisme , 
iom. I, pag. 247 , 248» ^' lom. II,pag. iSg. 

(56' Uaits la remarque (H) de Varùcle AcÉsi- 
!.*us II, lome I, pag. 258, et dans la remar- 
que (C) de l'art. Aristide , lome II , pag. 344- 

(37) Composée par Jean Antoine de Vera et 
Figueroa , comte de la Roca. 

(58) Le comte de la fioca , Hist. de Charles- 
Quint , pag. 335 , édit. de Bruxelles , i663 , 
i/i-12. 

(59) 7*0»!. //, pag. i58, à l'ann. lâSa. 

(&>) C'est-a-dire, ^'Apologie du prince d'O- 
range. Je n*rt( point trouifé cela dans mon e'di- 
tton , qtU est celle de »58i ; non plus que ce 
qui est cité ci-dessus, remarque (O) , citaiisn 
('19} • ^'"V* '<' remarque (T). 



CHARLES-QUINT. 



75 



.') fois arrcld à ririquisition d'Espa- 
■' gue , le roi son fils présent et cun- 

> sentant, de desenterrer son corps, 
» et le faire brlMpr comme he're'tiqiie 
" (<|iielle cruauté!) pour avoir tenu 
') en son vivant quelques propos lé- 
'I gers lie foi , et pour ce étoit indigne 
') de sL'pidture en terre sainte, et 

> très-brûlable comme un fagot ^ et 
' même (ju'il avoit trop adhéré aux 

)' opinions et persuasions de Tarrhe- 
" vèqnede Tolède, qu'on tenoit pour 
)) hérétique , et pour ce demeura 
-' long- temps prisonnier à Tinquisi- 
' tion , et rendu incapable et frustre' 
) de son évêché, qui vaut cent à six- 
'< vingts mille ducats d'intrade : c'é- 
)) toit bien le vrai moyen pour faire 
' à croire qu'il étoit héréli(|ue, et 
' pour avoir son bien et sa dépouille 
(61).» L'auteur quej'ai à citer don- 
ne un détail plus curieux de tout 
ceci. Entre les fjriiils qui avaient 
cmiru, dit-il (62) , ihi/ix le monde sur 
1(1 retraite de l'empereur, le plus 
ctrange Jut que le commerce con- 
tinuel, qu'il ai'ait eu ai^ec les pro- 
tcstans d' Jlllemagne , lui auait don- 
ut quel'jue inclination pour leurs 
icntimens , et qu il s' était cache dans 
une solitude , pour ai'oir la liberté de 
jinir ses jours dans des exercices de 
pieté, conjormes a ses dispositions 
.••ccrètes. Jl fît choix de personnes 
Imites suspectes d'hérésie pour sa 
conduite spirituelle , comme du doc- 
teur Cacalla son prédicateur , de 
iarcheuéque de Tolède, et surtout 
de Constantin Ponce éfcque de Dros- 
se , et son directeur. On a su depuis , 
que la cellule où il mourut h Saint- 
Just , était remplie de tous cotés d^é- 
criteaux faits de sa main, sur la justi- 
fication et la ifrâce , qui n'étaient 
pas fort éloignés de la doctrine des 
novateurs (63). Mais rien ne con- 
firma tant cette opinion que son tes- 
tament. Il n'y auait presque point de 
legs pieux, ni de fondation pour des 
prières; et il était Jait d'une manière si 

(6j) Brantûme , Capitaines étrangers, toni, I, 
pif; içt. 

(65) L'abbé de Saint-Eéal dans son Histoire 
iledon Carlos. Il cit? MM. de Thou, Aubi- 
gné, etc. 

(63) Appliquez ici une chose vraie ou fausse, 
qui se lit dans Mélancblhon, in cnp. XXK 
Malthaei, pag. m. 558. Caroliis V jussi't amoveri 
monacbos a conjuge moriturâ , et |nssit prxcep- 
torem Clii sui proponere consolaliones de 
Cbristo. 



dijferente de ceux des catholiques 
zèles, que l' inquisition d' Espagne 
crut avoir droit de s'en formaliser. 
Elle n'osa pourtant éclater avant 
l'arrivée du roi ; mais ce prince ayant 
signalé son abord en ce pays par la 
supplice de tous les partisans de la 
nouvelle opinion, l' inquisition ,deue- 
niie plus liurdic par son exemple , 
attaqua premièrement l'archevêque 
de Tolède , jiuis le prédicateur de 
l'empereur , et enfin Constantin Pon- 
ce. Le roi les ayant laissé emprison- 
ner tous trois le peuple regarda sa 
patience, comme le chef-d'œuvre de 
son zèle pour la véritable religion; 
mais tout le reste de i Europe vit avec 
horreur le confesseur de l' empereur 
Charles , entre les bras duquel ce 
prince était mort , et qui avait comm.e 
reçu dans son sein cette grande âme , 
livré au plus cruel et au plus hon- 
teux des supplices , par les mains 
mêmes du roi son fils. En effet , 
dans la suite de l'instruction du 
procès , l'inquisition s'étant avi- 
sée d' accuser ces ti'ois personnages 
d'avoir eu part au testament de l'em- 
pereur, elle eut l'audace de les con- 
damne}- au feu avec ce testament. Le 
roi se réveilla ii cette sentence , com.- 
mc à un coup de tonnerre. D'abord, 
la jalousie qu il avait pour la gloire 
de son père lui fit trouver quelque 
plaisir a voir sa mémoire exposée h 
cet affront; mais depuis , ayant con- 
sidéré les conséquences de cet atten- 
tat , il en empe'cha l'effet, par les 
voies les plus douces et les plus se- 
crètes qu'il put choisi!' , afin de sauver 
l'honneur du saint office , et de ne 
faire aucune brèche 'a l' autorité de ce 

tribunal Cependant le docteur 

Cacalla fut brillé vif, avec un fan- 
tome qui représentait Constantin 
Ponce , mort quelques jours aupara- 
vant dans la prison. Le roi fut con- 
traint de souffrir cette exécution, pour 
obliger le saint office de consentir 
que l'archevêque de Tolède appelât a 
Jiome , et de ne parler plus du tes- 
tament de l'empereur. Si ces chose» 
e'taient véritables , il faudrait ou (jue 
l'empereur ciU poussé la comédie 
aussi loin <|u"elle peut aller, ou que 
les historiens qui parlent de ses dé- 
votions (64) , et de sa haine pour les 

C64) f'oje: Sltida, decad. I, Ub. I, pag. 
>4. '5- 



76 



CHARLES-QUINT. 



hérétiques (65), fussent de grands 
fourbes. On prétend qu'il comptait 

Earmi ses crimes de n'avoir point fait 
rûler Luther, nonobstant le sanf- 
conduit qu'il lui avait accorde (66). 
Ayez recours aux remarques de 
l'article de Carranza, où vous trouve- 
rez diverses choses concernant cette 
matière. Ce qui suit pourra passer pour 
un supplément, et indiquera quelques 
fautes de Don Carlos. i°. Les histo- 
riens espagnols neconviennent pasqne 
Constantin Ponce (67) ait e'té le di- 
recteur ou le confesseur de Charles- 
Quint : ils avouent seulement qu'il 
avait ële son pre'dicateur. 2°. Il n'e'- 
tait point e'vêque de Drosse. Je ne 
trouve aucun e'vêque dans l'Espagne , 
ni ailleurs, qui ait ce nom-là. Jl est 
■\'rai que M. de Thou parle d'un epis- 
copus Drossensis (68y (c'est sans dou- 
te ce qui a trompe l'auteur du Don 
Carlos) ; mais il ne dit pas que ce fut 
Constantin Ponce : c'était un prédica- 
teur de Séville nommé Giles , com}'a- 
gnon d'opinion et de fortune de Con- 
stantin Ponce ; car ils moururent tous 
deux avant que Y^uto de fé se fît, 
et ils furent brûlés en effigie tous deux 
(69). Ce Giles fut nommé par l'empe- 
reur à l'éxèché de Tortose^^o) 3°. Jl 
n'est point vrai que l'inquisition at- 
tendit à attaquer le docteur Caçalla 
et Constantin Ponce , que Philippe 
fût arrivé en Espagne : il n'y arriva 
qu'au commencenieut de septembre 
i559, et ces deux hommes étaient 
aux prisons de Tinquisitioa avant la 
mort de Charles-Quint , arrivée , 
comme chacun sait, le 21 se[>tembre 
i558. Le comte de la Roca rapporte 
ce qui fut dit par cet empereur au su- 
jet de la sentence de Caçalla (71) , et 
de l'emprisonnement de Constan- 
tin (72). Un autre historien (78) rap- 

(&S) ycyez le comte âe]a Roca, pag-. 334- 

(66)^0^2 La Molbe-le-Vayer , lom. II, 
yag. 199," e'dU. in-i'i. 

iG"-) Ponce n'etau point son nom : fen ai 
a^'Prti , citaliun (20) de l\irt. Carranzi , tome 
jy, p^S- 479- f^oyez nusxi le commencement de 
l'article Ponce , lome XII. 

(68; ThuaD. , Ub. XXIII, pag. 470, ad 
ann. i55g. 

(69 Idem, ibidem. 

[-,0) Il eut fallu donc le nommci- Episcopus 
Torrosensis , ou Derlossensis , ou plutôt Deitu- 
sensis. 

(71) Histoire de Ctiarles-Quinl, pag. 334- 

(72) Là même , pag. 335, 



cap 



{73) Herrera, Hisloria gênerai., lib- Vit 
■p. XVI , VS' '"• •I''*' 



porte que Caçalla , dans la maison 
duquel se tenaient les assemblées de 
ceux de la religion à Valladolid , fut 
exécuté le 31 mars i559 , pendant que 
Philippe était encore dans le Pays-Bas. 
4°- Puisque Constantin Ponce fut em- 
ju'isonnné par l'inquisition pendant 
la vie de Charlcs-Quint , il ne rendit 
aucun service à ce m marque au lit 
de la mort, tant s'en faut (ju'il ait 
reçu dans son sein celte grande âme. 
M. de Thou a trompé l'auteur du 
Don Carlos (74^ ; ce qui doit servir 
d'avis à tous les auteurs, qu'il ne 
faut se fier aveuglément à personne. 
Si l'on s'égare à la suite de M. dé 
Thou , que ne doit-on pas craindre 
à la suite des historiens à la douzai- 
ne ? 5". Ttjute réflexion décochée 
contre Philippe , en vertu d'une pré- 
tendue permission par lui accordée 
d'emprisonner Caçalla et Constantin 
depuis son retour en Espagne , est 
chiméri(|ue ; car ces deux hi>mmes 
étaient en prison avant que IVmpe- 
reur fût mort. 6". 11 y a des histo- 
riens qui disent (76^ que Caçalla se re- 
pentit, et qu'il tâcha vainement de 
convertir un de ses complices , dont 
l'opini.'ltreté fut si grande qu'elle le 
porta à se laisser brûler vif. C'est 
dire assez clairement que Caçalla ne 
fut brûlé (|u'après sa mort. 7°. En 
tout cas, il ne fut point hriilé wif as^ec 
un fantôme (jiii repj'ése niait Con- 
stantin Ponce ; car 1 exécution de Ca- 
çalla se fit dans Y Auto defëàa 21 
de mars iSSg à Valladolid, et celle 
de Constantin Ponce dans un autre 
Auto de fé à Séville ( 76 ). 8°. Le 
roi n'obligea point le saint office de 
consentir cpie l' arclieuéqiie de Tolè- 
de appelât a Rome ; car , en premier 
lieu, la cause de cet archevêque ne 
fut point portée par appel à la cour 
de Rome; elle y fut évoquée, et le 
pape qui aurait voulu que l'inquisi- 
tion d'Espagne lui eût d'abord en- 
voyé ce prisonnier, et qui sévit obli- 
gé à consf-ntir que ce tribunal fît des 
procédures , se réserva toujours la 

(74) Contanlinus qui a sacns confessionibut 
diit i^te^ari etque in iolititdine sud post impe~ 
rii ac regnorum ahdicationem , ac postremb 
animam agenti semper picesto fuerat , ad idem 
mox tribunal raptus , etc. TbuaD., lib. XXI 11^ 
pag. 47^ 1 ^^ ann- 1559. 

(75) Herrera , Historia genetal. , ubi supra. 
(-6) Herrera, ibidem. 



CHARLES-QUINT. 



sentence définitive (t^)- En second 
lieu, le roi Pliilippe était si éloigne' 
de souhaiter que Carranza appelât à 
Rome, qu'il résista fort long-temps 
aux instances que faisait le pape, 
qu'on lui renvoyât l'affaire de cet ar- 
chevêque. Les pères de Trente se 
plaignirent diverses fois aux légats 
de ce que l'inquisition d'Espagne pra- 
tiquait envers Carranza : les légalsen 
écrivirent au pape; le pape chargea 
ses nonces d'agir vigoureusement; et 
vous verrez dans Palavicini (78) , que 
ceux (|ui croyiiient que sa sainteté 
n'eut point en cela toute la vigueur 
nécessaire , se; aient des gens qui ne 
considéreraient pas la nécessité qu'elle 
eut de céder par principe de pru- 
dence aux oppositions de Piiilippe. 

Vous ne trouverez aucune de ces 
remarques dans les Sentintens d'un 
homme d'esprit sur la noui^el/e in- 
titulée Don Carlos (7g) , et cepen- 
dant cet homme d'esprit fait tout ce 
qu'il peut pour critiquer cette nou- 
velle par toutes sortes d'endroits. Cela 
me surprend ; car faut-il s'ériger en 
censeur public d Un livre, sans s'in- 
former s'il choque l'iiistoire? 

(T) On cite m.al h propos l'A- 
pologie du prince d' Orange.'} Bran- 
tôme se vante d'y avoir lu que le roi 
Philippe II consentit (jue le corps de 
Charîes-Qiint fVlt déterré et brùlé 
comme héreticpte. Il se trompe, et 
peut-être n'ai-|e pas mal deviné la 
cause de son erreur. Je conjecture 
qu'il avait lu cette aiiologie reliée 
avec d'autres petits écrits qui avaient 
couru contre Philippe II en faveur 
du prince Guillaume. Il crut ou que 
toutes ces pièces étaient des parties 
de l'apologie , ou il ne se souvint 
pas dans laquelle de ces pièces il 
avait trouvé ce qu'il rapporte; et 
comme l'idée de l'apologie ra\ait 
plus fortement touché , il se persuada 
que c'était dans ra|)ologie qu'il avait 
lu ce fait étrange. La vérité est que 
ce reproche ne s'y trouve pas (80) ; 

(") P.nlavirin., Hist. Concilii Trident. , lib. 
X.t/, cap. m, num. 7. 

(78) Ibid'tn. 

\-,Çl) L'édition qut j'en ai eitd' 4m.<tfrit. id-'^- 

(80) N^lez ijue ce iiletcce du prince est une 
marque t/uU ne ttxtu^ni'. aucun fondement dnn< 
la choie ; car il ne ménage aucunement Phi- 
lippe If II lui reproche des: crimes affreux : d 
lui aurait reproche celui-là auy.fi librement que 
Us autres , s'il Cuvait cru véritable. 



11 



mais on le rencontre dans un écrit 
anonyme publié l'an i582 sous ce 
titre, Discours sur lu blessure de 
monseigneur le prince d'Orange. 
Oa y lit CCS propres paroles : Paul- 
il y a\^oir entre les humains crJature 
plus méprisable qii ttn (ils si ingrat 
et si dcnatitré enfers un tel père nu' é- 
tait l empereur Charles , empereur de 
si grand renom et autorité , qui auait 
de son ridant donné de si grandes 
richesses à un misérable fils, et n'a- 
vait résetfé que deux cent mille du- 
cats de rente sur l'Espagne , et toute- 
fois qui n'en a rien reçu depuis qu'il 
se démit de ses jvyaumes? Un fils, 
dis-je, qid a laissé un tel père passer 
le reste de ses jours avec des moines , 
et se nourrir de ses bagues qui lia res- 
taient , et de ses meubles , qu'il était 
contraint de uendre et engager pour 
se sustenter? Un fils ingrat avoir en- 
duré que des inquisiteurs aient mis 
en doute , si on devait déterrer les 
ossemens de son père , pour être bru- 
lés comme un hérétique , pour avoir 
confessé li sa mort sur la remontran- 
ce de V archevêque de Tolède , qu'il 
s'attendait au seul mérite de Jesds- 
Christ , et n'avoir son espérance ail- 
leurs ! Un fils dénaturé avoir ravi 
tous les biens de ce bon archevêque 
pour avoir assisté V empereur jusqu ii 
la mort, et l' avoir instruit de son sa- 
lut; l'avoir tenu prisonnier jusqu'il 
ce qu'il ait été contraint de le laisser 
aller ri Rome , oit après avoir le bon 
archevêque gagné sa cause , a été 
empoisonné par les ministres de ce 
roi, de peur qu'il ne rentrât en deux 
cent mille ducats de rente que vaut 
V archevêché de Tolède ! Si l'on trou- 
vait cela dans l'apologie du prince 
d'Orange, on serait fondé à le débiter, 
et à l'insérer dans une histoire; car 
le nom d'un si grand prince, et l'au- 
torité dont il revêtit son manifeste. 
Sont de bons garans : mais pour Ct; 
qui est d'une infinité de petits écrits 
qui couraient en ce temps-là, sans nom 
ni d'auteur ni d'imprimeur, ils no 
UK'ritent ];as plus d'être cités que 
ceux qui inondent l'Europe depuis 
trente ou quarante années, imprimés 
chez Pierre .Marteau. Ce n'est pas que 
dans ces sortes d'écrits, soit qu'ils 
aient couru le monde du temps du 
duc d'Albe et pendant le reste du 
XVI*. siècle , soit qu'ils n'aient vu 



78 



CHARLES-QUINT. 



le jour ([lie iie notre temps , il n'y 
ait des vérités j mais après tout , pen- 
dant que Ton ne sait pas d'où ils 
viennent , la prudence ne permet pas 
de s'y arrêter : tant s'en faut qu'un 
auteur grave puisse adopter ce qu'il 
y trouve. Pour l'ordinaire, ces livrets 
sont les e'gouts îles nouvellistes de la 
place Maubert : ceux qui les forgent , 
e'tantsùrs de ne rendre jamais compte, 
avancent témérairement tout ce qu'ils 
entendent dire. Nous voyons ici une 
fausseté manifeste touchant l'arche- 
vêque de Tolèdf. Il ne gagna point sa 
cause, il fut oblige' d'abjurer , il fut 
suspendu pour cinq ans(8i) , et il en 
avait soixante-treize : pouvait-on s'i- 
maginer qu'il vivrait plus de cinq ans 
après une si longue prison ? et en tout 
cas, on eût attendu à s'en défaire , que 
les cinq ans fussent sur le point d'expi- 
rer. 

(*) On peut même soutenir que 
tout ce qui fut débite dans l'apologie 
du prince d'Orange n'est pas vrai. 
Grotius assure que celui qui la dressa, 
et celui qui avait dressé l'arrêt de 
la proscription de ce prince, mêlè- 
rent le vrai et le faux dans leurs di- 
gressions (82) : ^duershs noui nioris 
edictiim Âvaiisionensis apud ordines 
Jielgicos et Christianos principes li- 
bello se défendit , adjuuante Petro 
f^illerio (83), homine gallo , qui siib- 
actum rébus Jorensibiis ingenium , 
ad religionem docendnm , et hinc 
ad intiniœ ^rausionensis consilia 
iranstuleral. Extat scriplum utrum- 
fjue pari acerbitdte , (]ud post cri- 
mina ad causant peHinentia , hinc 
nnimum ingratum et perduellem , 
indè sœuam ac perfîdam dominatio- 
nem, VEMS F ALSISQU E NAR- 
RATION IBVS PERMIXTIS , 
porro ad alia , rixantium more , pro- 
lahebantur, 

(U) // était beaucoup plus sobre 

{81) Voyez, Varillas, préface du V. tome de 
^'Histoire de rHérésie. 

(*) Ces paroles, on peut même.... Grotius 
ttsiure... mêlèrent le vrai avec le faux ^ elc. sont 
contraires, ce me semble, à celles qui sonl ci- 
dessus dans la page précédente : Si l'on trouvait 
cela dans l'apologie , elc. J'ajoute mie le témoi- 
gnage de Grotius doit être suspect. Rem. cp.it. 

(82) Grotius, Annal, belg. , Ub. III, subfn. , 
pag. m. 9g , 100. 

(83) Nous dirons dans la remarque (E) de 
l'article de Langhet , tome IX , qu'on a cru 
tjue cette Apologie du prince d'Oraiigcyu/ com- 
posée par Languct. 



que chasie.l <c On raconte. qu'il 

» buvijit toujours trois fois à son 
» dîner et à son souper , fort sobre- 
» ment pourtant en son boire et en 
w son manger. Lorsqu'il couchoit 
'> avec une belle dame , (car il aimoit 
» l'amour, et trop pour ses gouttes) 
') il n'en eût jamais parti qu'il n'en 
J> eût joui trois fois (84).» Voilà une 
grande inégalité dans le même nom- 
bre : trois prises de vin à table , trois 
prises d'amour au lit, ne méritent 
point la même qualification ^ celles-là 
sont un acte de modération , celles- 
ci sont un excès. Au reste, c'était le 
moyen de ne se point exposer à ce rcr 
proche : 

Inachia langues minin ac me. 
Inachiam 1er nocle putes : mihi semper ad 

unum 
Mollis opus (85) 

Afin que mes lecteurs aient de quoi 
s'exercer, en examinant si Brantôme 
est plus croyable que d'autres , je di- 
rai que Guillaume Zénocarns loue non- 
seulement la frugalité de Charles- 
Quint , mais aussi la chasteté. Cet 
empereur, dit-il (86), ferma lui-même 
souvent ses fenêtres, lorsqu'il voyait 
venir de belles femmes , ou lorsqu'il 
savait que de belles femmes devaient 
passer. L'auteur qui rapporte cela (87) 
dit que ce prince en usait ainsi pen- 
dant la vie de l'impératrice. D'autres 
ont remarqué qu'il garda la foi con- 
jugale (88) , et qu'il cachait autant 
qu'il pouvait ses amourettes (8g) : Si 
non caste , saltem cautè. 

Ordinairement on ne lui donne que 
deux enfans naturels , Marguerite 
duchesse de Parme , et don Juan 
d'Autriche; mais M. Imhof rapporte 
que Bernard Justiniani, dans son his- 
toire d'Espagne, lui en donne deux 
autres , savoir, Priam Conrad d'Au- 
triche , et encore un Juan d'Auti iche 
qui mourut l'an i53o , à l'âge de sept 
ans (90). Je cioisque ce Priam Con- 

(84) Br.nnlômc, Capiiaines étanger.s, tom. I , 
pag. 18, 19. 

(85) Horat., Uh. Epod. , od. XII, vs. i4. 

(86) Zenoraras , m Vitâ Caroli V, l,i. III ^ 
apud Casiritium, de Virtutibus Princ. Germa- 
nise, pai;. 224- 

{87) Idem , lib. 7'', apud eumdem. 

(88j Ed (conjnscl vivenle servdsse Caiolum 
perqnnm sanctè conjugalem Jidem J'ama est. 
Strada , dec. I. lib. X, png. ni. 612. 

(89) Thuan. , m,. XXI, pag. /,ii. 

(90) Jacobus Wilbelmus Imliolius , Notiiia 
Germanise Proceruœ . png. Jl , edti. Tubmi: , 
lCy3. 






CIIARLES-QUINT. 



I ad ne diffère point d\m certain Pj- 
lame Conrad dont j'ai parle ci-des- 
sus (gi), (|ui passait pour Irère utérin 
de don Juan d'Autriche. Notez qu'il 
courut un bruit (|ue Cbarles-Quint 
avait la vérole. Imperator, ut non- 
niiUi confirmant , ex tnorbo Gallico 
laborut. ylccedit ad morhiim hujiis 
hrlli ( Turcici ) imp'jndenlis mcttis. 
tlanc ego in nialis \j(duplatevi ca- 
jiio , qiiôd eum qui in nos tant cru- 
tlelis fuit , non soliim corpore (vs^ro- 
tare , yeriim etiarn animo angi l'idere 
mihi i^ideor ig'i). C'est ce que l'on 
trouve dans une lettre de Bunel , da- 
tée de Venise au mois de juin i533j 
vt voici la note que M. Graverol a 
laite sur ce passaj;e. yln itlud ( ex 
luorbo Gallico ) xstT* ttÔcT* , an in sen- 
ôu mystico intelligendum sit , disqui- 
runt multi : sanè quœ sequuntur , 
I mperatorem ex niorbo venereo labo- 
ràsse confinnant : utatur quisquc Jidc 
i;i re judicio sua. Hoc unum scia , non 
• imnes qui grnuioris sunt supercdii , 
rtgidœ itirtutis esse sequaces : amai^it 
f'ranciscus J , amavit et Cai\>liis f^, 
et ne quid tain strenuo rix'ali in Indo 
amatorio exprobraret , niorbo etiam 
(rallico laborat'it. Félix , et niniHim 
felix , si grai'ioi'i non labordsset ! sed 
iiorunt Hi.spani quid sit el remédie 
de Carlos quinto. 

(X) On a débité que son cadaure 
fat préseri'é de la pouriture- ] Quel- 
({ues auteurs espagnols soutiennent 
qu'il s'est conservé en son entier (gS)^ 
«•t, comme il n'avait pas été embau- 
mé , ils attribuent cette exemption de 
corruption à la sainteté de mœurs, et 
,-i la candeur admirable qui éclatèrent, 
tli=;ent-ils , dans la conduite de ce 
))rince. Ciini nullis balsaniis aut 
viedicamenlispollinctunij'uerit regale 
cadai'cr , quœ a corruptione prœset^ 
tare potuissent , ipso iniperatore sic 
unie obitunijubente ; quid aliud dice- 
vf possumus , nisi eximium illius ani- 
iiii candorem et uirtutis splendorcni , 
cujus ingens semper dédit spécimen , 
posteris Deum ostendere l'oluisse ? 
cujus adhuc viultà anteh certissimn 
indicia prœstolatus Juerat : namciim 
anno quatuor décima ah illius obilu , 

(gi) Dans la remarque (C)de l'arUcle Bto>t- 
»B»o ( Barbe , tome III, png. 464. 

(9j)Biinellii5. epist. XliM U\, pag . i;i , 112, 
edtl. Tolot., \i\$-. 

(yîj Vejei la citation (gî). 



79 



in c-œnobio S.-Jusli corpus exhuma- 
rc'lur , non soliim integrum et incor^ 
riiplum ini'cnlum est , sed thymi quo- 
que ramusculi , quibiis monachonim 
more rcspersum juerat , l'irides el 
optimum odorem adhuc spirantes ap- 
pariierunt (9^). yinno iGfïG , riim 
jiolentissinn rrgis nostri PHILIP- 
PI jiissu antecessorum siioruni re- 
gia cadafcra ad insigne illiid Pan- 
theonis monumentum traduceivntur , 
ini'ictissimi imperatoris Caivli f 
cadaver adhuc incorruptum reperlum 
est , labe nulld , nulld temporis eda- 
ctfate , aut putredinis carie injecliim ; 
speclaculum sanè ntiri/icum , et plané 
admirandum , post annos 96 incor- 
ruptum peimansisse , lit tradit P. f. 
J'ranciscus de los Sanctos in descrip- 
tione Fabricae D. Lanrentii et Pantheo- 
nisfgS). 

(Y) Sa vie fut publiée l' an 

1 55g par ^Itfonse Ulloa, et depuis 
bien d'autres plumes se sont exercées 
sur cette matière.^ Louis Dolcc a fait 
l'histoire de cet empereur. Guillaume 
Zénocaru.s de Schauenbnrg l'a faite 
aussi (gC). La vida del empcrador 
Carlos P' , por Don Antonio Figue- 
roa , fut imprimée à Bruxelles, in-4''., 
l'an i656. La vida y hechos del empc- 
rador Carlos /^, por Prndencio de 
iS'tindoval , parut à Pamplune, l'an 
iGi4, en 2 volumes in-folio (97). Je 
laisse les autres, et si l'on voulait 
Compter tous ceux qui ont travaillé 
sur quelques parties de cette liistoire , 
CL- ne serait jamais fait (98). Je ne par- 
Irrai que de Guillaume Godelevaeus, 
qui a fait l'histoire de l'abdication. 
Slais n'oublions pas Jacques Masénius , 
jésuite allemand , (jui publia à Colo- 
gne, l'an 1679, , in-4°., Anima His- 
toriœ hujus temporis . injuncto Caro- 
li K et Ferdinandi I fralrum impe- 
rio reprœsentata. Cet ouvrage méri- 
tait de n'être pas inconnu au père jé- 
suite qui a continué Alegambe. 

(Z) L'on a dit que il aspira 

(94) Gaspar à Keies , in F.Iysio Jucnndar. 
Qiiaist. Campo, quatsl. XXXI f, nuin. qC , 
ya:;. m. 4» 3. 

(ç)^) Idem , ibidem. 

(96) En latin, imprimée à Anvers, i5()C . 
folio. 

(<)7) Ils ai>aient e'té de'ja imprime's l'un après 
l'autre à ValladoUd , le premier en 1C04 , le 
second en i()o'i. 

'ij8) f-^orez Micliael Hertiliis, in Blbliotliecâ 
Germanicn , imprimée à £r/ort, l'an 1679, 
niiin. 811 et seq. 



gy CHARLES-QUINT. 

à être pape.] Brantôme , que j'ai d'abord imprudente ; car elle est pro- 

deià cité plusieurs fois, est le seul au- pre à dégoûter les bons sujets , et à 

teur où j'aie lu cette particularité*, enhardir l^s factieux iMais il faut que 

S'il eut pu accomplir , dit-il (99) , mm l'expérience ait enseigné le contraire ; 

dessei/i qu'il aidait de se faire pape , car les plus grands princes se sont ser- 

comme il i^oulait , il eût encore mieux vis et se servent de cette méthode. Ils 

éclairé le monde -, comme étant tout négligent ceux dont ils se tiennent as- 

diuin; mais il ne le put pas par les sures, et travaillent principalement 

voix des cardinaux : comme fut le à gagner ceux dont ils se défient. Les 

duc Amédéede Savoie , qui fut élu , plaintes semblables à celles du frère 



sien, lequel pourtant ) ai oui aire ncalions aes rrounies. uu lemps uc 

que s'il eut eu encore des forces du Henri-le-Grand , les ligueurs obtin- 

corps comme de son esprit, il fit allé rent bien plus de charges (*) que les 

jusqu'il Rome avec une puissante ar- anciens serviteurs (102). C'est une po 

niée , pour se faire élire par amour Htique qui remédie au présent , et 



ors 
pas 



ou par force; mais il tenta ce dessein c'est ce qu'on cherche : on met en ri 

trop tard, n'étant si gaillard comme que l'avenir, mais on espère qu'alo 

d'autres fois ; aussi Dieu ne le per- Dieu y pourvoira , et enfin ce n'est p: 

mit, car il voulait rendre le papat un mal certain. 

héréditaire ( chose pour jamais non {hB) Ses historiens ont entassé 

ouïe) en la maison d'Autriche. Quel beaucoup de prodiges: ils disent 

trait, et quel homme ambitieux que que le soleil s'arrJta.] .Te n'ai point 

voilà! Ne pouvant donc être pape , il en espagnol la relation de Louis d'A- 

'sc fitreli'^ieux ; c'était bien s'abaisser, -vila ; mais voici ce qu'elle porte dan^ 

S'il eut au moins tdté de ce papat , ];, traduction latine (io3). L'auteur 

comme ce duc, encore mieux pour lui, parle comme témoin oculaire : Z^fs- 



sranleur. Le chancelier de Chiverni mirahilius est , perindè ac si cursiim 

remarque (100) qu'on avait cru que tarddsset, spatiumque diei addidisset, 

le roi Philippe II se démettrait de ses qiàim intentius intueremur altior , 

états et qu'il se ferait donner un quhm pro horarum ratiojie , feri'i ui- 



qunm pro liorarum ratio/ie , fe, 
sus est. Constans omnium hdc de re 
opinio est , nec ego certc refellere au- 
sim ( io4 )• Flnrimond de Kémond a 
rapporté le même passage (to5) selon 
la version française que l'on avait pu- 

(*i Donnons ici ce qu'a dit sur le même sujet 
Jean Névixan ( /iV. /K. n. iSî, de la Foiêt 
Nuptiale): Quandoque , dit ce facélieux écii- 

vain , princeps ul inimicum vincnl oliseifuio 

eum plus exwlhl semtore suo , ade'o quod 
qiiandoque boni nervilores iiidignali dicanl : si 
qui'piam a principe noslro vHiL quicquam obti- 

lere , oporlet quod in eum aliquam coinmiltat 



chapeau de cardinal, afin de se faire 
élire pape à la première occasion. 

(A A) // se servit d'artifices dans la 
rébellion de Naples.] Il récompensa 
les chefs des rebelles , et ne donna 
rien à ceux qui l'avaient servi fidèle- 
ment. Omnes qui Cœsarem adjuvà- 
runt , qui bona , qui vitam pno eo de- 
posiierunt , iiTemunerati remanse- 
runt: qui adversœ factionis hostes il- 
lius nati sunt , qui amia contra illum 
tulerunt , omnes fuerunt optimè et se- ..,., . _^, , . , , ■ p „■ ,, , 

lUteiuni, J jf- p, j prodàic,««n. Le .lisrour- de U Ruffie yliv. I , 

cundum vota sua e^^/'"""' /" '^*',, ^"^ ^/, ^ de l„ r.o„(. de San. y; semble avoir 

aue l'on trouve dans les lettres d A- ^^ ;„e ces paroles. Kem. ckit. 

(102) forez l'Apologie de ce prince , attri- 
bue'e à la duchesse de Rohau Elle e<t impri- 
me'e avec le Journal de Henri III , dans l'e'dilioii 
de 1693. J'en parle dans Vurti.le ParTHENAI 
fCalhérine de) . remarque .F). /-'07 <»i aussi la 
remarque (V) de Varlicle de I'enri IV. 
(m'Vj Faite par Gulielnius Malin-.eus 
(io4) Ludovic ab Avilâ et Zuunigà , Com- 
ment, de Bello Oerra , lib. II. folio 126, edU. 
Antuerp. , i55o. 

rioS> Flor. de Rcmond, KIst. de l'Héré>ie, 
Uv. ÏII, chap. XVI, pa^. m. ZCn. 



que l on -• . 

grippa (loi). Cette conduite parait 

* Ledncl.at ajoute que ce projet de Charles- 
Oulot est au.si rapporté dan-^ une leUre de 
l'empereur Maximilitn 1". à Marguerite d A.u- 
triclie sa fille .cette lettre est la 1'*- du tome 
IV des lellres de Louis X/i, etc. , Bruxelles , 
1712, ^ -vol. in-12- ,„ 

(ç,Ç)) Capitaines étrangers, lom. d,pag. jU. 

(l'no; Mémoires . pnt;. 9t)3. 

(loO Dans la X«. lettre du ni', livre, pag. 
joio. Elle fui e'erile à Atripv;a par un ami, H 
est daléede Fatisbonne , le i-j juillet I0i2. 



CIIARLES-QUINT. 8f 

l)liee de cet ouvnige espagnol. Il a L'auti-ur de la traduction assure qu't'i 
rapporte aussi les paroles italiennes l'a fait faire awec toute l'caaclilude 
de Baptiste Gribalde , (pii avait été possible, mxil n'y a rien mis du sien, 
présent à i'at tioii , et les termes espa- et qu'il n'a lien otc ni du corps de 
gnols de Gonçalo de lUescas, tires de l'/ustoire ni desj'ails. 
la Jl*. partie de son Histoire pontifi- i^^-) On fit courir une propliétie 
cale , et les vers latins d'un anonyme; qui promeituit ii cet empereur la dé- 
et il s'est eiiorcé de prouver que le J'aite des J'rtincais , celle des Turcs , 
fait est vrai. 11 s'est prévalu, entre au- la vojiqucte de la Palestine, etc.] An- 
tres choses, de ce que Sleidan , qui toine Fontus , tpâ avait porté les ar- 
témoigne beaucoup décolère contre mes dans l'ex|-édition de l'unis , sous 
Louis d'Avila , ne Je réfute point sur Charles-Oiiint , en composa une rela- 
cet arrct du soled. Mais le père Maira- tion cjui n'a été rendue piiblicpie (jue 
bourg s'est moqué comme il fallait de depuis un an ( 109 )• 11 dit dans son 
celle vision espagnole , et de (juelqut'S préambule que, pour augmenter le 
autres qui concernent la même ba- courage des soldats , il veut rapporter 
taille, et il les a combattues par quel- deux clioses ; l'une est une \ ieille pro- 
ques raisonnemens (106). 11 n'a pas phétie , l'autre est le «liscours d'un 
oublié de rapporter (|ue le duc d'^/l- spectre qui s'était montré au temps de 
Le, homme J'ort solide , el qui ne don- l'expédition d'Odet de Foix dans le 
nait nullement dans la bat^atelle , fit royaume de Naples. Laissons ce qui 
bwn connaître qu'il ne croyait rien de regarde ce fantôme, et contentons- 
ce qu'on disait de ce prétendu mira- nous de ce qui concerne la prophétie. 
de , lorsqu étant l'enu en France Duo hiec ante prœlihentur, non qulid 
pour y épouser au, nom du roi Phi- histoiiœ inseryiunt , sed ut animi nos- 
lippe la princesse J'.lisahetli , fille de trorum milituin alacres nunc his au- 
Henri II , il répondit plaisamment ti ditis ad arnui fiant alacriores- Quo- 
ce prince , qui r interrogeait sur cela : rum illiid uniim imprinus subi^'enit , 
Qu'il était si occupé ce jour-là à ce et ut uulgatissimum ila quoque anti- 
(jui se passait alors sur la ferre, qu'il quissimum t^otis illius , quœ prophe- 
ne prit pas garde à ce qui se faisait tia dicitur , uerbum dii^inum , quod 
au ciel. Florimond de Rémond a rap- quidem taie circumj'ertur , Caroluni 
porté cette réponse du duc d'Albe , et Philippi Jiliiim ex natione Lilii , ut 
fait savoir à ses lecteurs qu'il l'avait ejus i'erba prœstringam, post Gallos 
apprise d'un gentilhomme basque, Hispanosque domitos, Romam quoque 
goiu'erneur d' Acqs , qui parlait et v'i- et Florentiani , congregato magna 
t'ait à l'antique en ce temps-la , fort e.rercitu regem Grœcorum i'Ocari, in- 
priué et fai^ori du roi (107). Notez dèqne post wicios l'urcas, Chaldœos , 
bien cela : cet historien n'avait vu Patœstinosque , sanctam Hierusalem 
cette particularité dans aucun livre, recitperatunim,atque inibi a Dei nun- 
il la tenait d'un gentilhomme qui était cio coronatum in sumnii principis sinu 
alors II la cour de Henri II. Il est peut- vitam exjnraturum , Jacietque priiis 
être le premier auteur qui l'ait pu- edictuni, ut qui sanclœ crucis signuni 
bliée , et celui dont tous les antres non adorai'erit morte puniatur (i 10). 
l'ont j)rise ; et peut-être que s'il n'en Comparez cela avec une prophétie que 
ei\t point parlé, nous ne la trouverions David Paréus inséra dans son Com- 
pasdansl'histoiredu ducd'Albe(io8), menlaire sur l'Apocalypse, l'an iSgS, 
(ju'on nous a donnée en français il n'y et vous trouverez un échantillon des 
a (|uepeu de temps, comme la version fraudes qui se commettent en pareils 
d'un livrr^ latin imprimé à Salainan- cas. Le sieur Comiers ranonle (111) 
que, l'an 1669, sous le titre de Fita qu'étant à Orange, l'an 1660, on lui 
Ferdinandi 2oletani ducis Albani. prêta cet ouvrage de Paréus, imprimé 

(106) Maimbourg, Histoire du Lulbéranisme, (109) ^^ Le^fde , iGqS , dant le Veteris œvi 

toin. II, pa^. 55 et suiv. , e'dil. de Hollande. Analecta de M. Mattlixus. 

Voyez les Pensées diverses sur les Comèles, fiio) Anton. Pontus Conscntinus, in Haria» 

fag' 2'*4. 375. deno Harbarossn , pa(^. 2. 

^I0';) Flor. de Rémond , Histoire de l'Hérésie, ( il i) ClaiuleC.omiers, pi éti e,prevôlde l' e'j^lise 

liv. III, chap. Xyi, pag. m. 362. colle'j;iale de Ternan, et chanoine en la calhc- 
(108) Au chap. X du III'. livre, pag. 218 , drale d'Ainbiun , de la Nature et Présage des 

cdit. de Vans , chei Jean Guinard , 1C96. Comètes , pag. 4^9, e'du. de Lyon, i665. 

TOMr V. 6 



b?. 



CHARLES-QUINT. 



à Heidelberg, et qu'à la page 9^0 il reur , ils la tronquèrent dun côté , et 
y lut une prophétie que l'auteur avait ils l'augmentèrent de l'autre : ils y 
trouvée in œdibns Pi'œpositiSalezia- fourrèrent le nom de son père et le 
ni , et qui contenait ce qui suit : Sur- sien , et la conquête des Français j ils 
set rex è nutione illuslvissimi Lilii , en ôtèrent le nez aquilin et quelques 
habens Jronlem longam, supercilia autres traits de visage, 3'ai vu de fort 
alla , oculos longos , nasinnque aqui- bonnes gens infatués de prophéties , 
iiHum : Is congregabit exercilum mag- qui pendant la dernière guerre (1 15; 
num , et omîtes tyrannos regni siii appliquaient tout ce prétendu oracle 
destruet, et morte percutiet omnes fn- le mieux qu'ils pouvaient à S. M. B. le 
gientes montibus , et carernis sese ab- roi Guillaume. Notez enfin l'aveu de 
scondenleshjacieejus.Naniutspon- Pontus , qu'il a publié la prophétie 
sus sponsœ , ita erit justitia ei asso- afin de donner plus de courage aux 
data , lAini illis usque ad quadrage- soldats de Charles-Quint, et soyez pet- 
siinuui annum deducet bellum subju- suadés que la plupart de ces inventeurs 
gando Insutunos ,Hispanos et llatos. ou promoteurs de prédictions ne se 
JîomaTii et Florentiam destruet et coin- proposent que d'amuser la populace , 
buret , poteritque sal seminari super et de lui inspirer les passions dont ils 
terrani illavi. Clericos qui sedem Pe- souhaitent qu'elle se remplisse , et , 
t}i immserunt morte percutiet : eo- pour mieux y réussir, ils se servent 
demque anno duplicem coroiiam obti- et de subreption et à'obreplion, 
nchit. PosiremuTU mare transiens (DDj Nous dirons un mot touchant 

un lis qu'il at^ait planté dans sa soli- 
tude.^ Il le planta à la fin d'aoAt i558, 
et il mourut le 21 de septembre sui- 
vant. ^4u moment de sa mort , cet o- 
non de lis jeta tout d'un coup une 



cum ^xercitu magno , intrabit Grœ- 
ciani , et rex Grœcorum vocabitur. 
- Turcas et Barharos subjugabit , jii- 
ciendo edictum : Quicumque cruci- 
tixum non adoraverit , morte morie- 

tur. Et non erit qui resistere poterit tige de deux coudées, ai'ec une mer- 
ci, quia brachium sanctum h Domino fjeilleuse Jleur y aussi épanouie et 
semper cum eo erit, et dominium ter- aussi odoriférante que ces sortes de 
rœ possidebit. Mis factis sanctorum fleurs ont accoutumé de l'être en E s- 
requies chrislianorum i'ocabitur , etc. pagne en leur saison ordinaire. Je 
Comiers donne une traduction fran- me sers des termes que le supérieur 
caise de cela en prose et en vers , et des pères de l'Oratoire de Paris em- 
aioute («12) 7"' £7 a trouvé la même ploya en haranguant la reine d'Espa- 
prophétie, mais en termes dijférens , gne , l'an 1679 (116). Je laisse le pré- 
dans le neuvième tome des œuvres de sage ridicule qu'il trouva dans cette 
saint Augustin , au milieu du traité végétation (117) j mais il faut que je 
de l' Ante-Christ (ii3) , page 454 du remarque que le comte de la Hoca ne 
l'impression de Lyon, en l'année rapporte point le fait dans les mêmes 
i58o5 et notez qu'il applique à Louis circonstances. Voyons ses paroles : 
XIV l'une et l'autre de ces deux pro- « Un auteur sincère écrit qu'il y avait 
phéties. Comme la conquête de l'uni- » un pied de lis dans un petit jardin 
vers, dit-il (ii4)) n' est pas l' ouvra- » où donnait une fenêtre de Tappar- 
ge d'un jour, nous devons du moins » tement de l'empereur , qui au coni 
espère?- qu'en l'année prochaine 16G6 » mencement du printemps jeta deux 
notre grand monarque jettera les pre- » tiges, dont Tune rompit sa tuni- 
nders J'ondemens de cet empire uni- » que, fit éclore sa fleur, rendit une 
versel. Mais prenez encore mieux gar- » odeur agréable , et mourut enfin ; 
de à la supercherie des flatteurs de » et l'autre, quoique de même âge , 
Charles-Quint, ils empaumèrent la » et qui n'était pas si avancée, se rc- 
première de ces deux prédictions , et , „ tenait en son bouton , ce qui causa 
afin de la faire cadrer à cet enipe- » de l'étonnement à plusieurs, parce 



(112) Cl. Comiers, de la Nature et Présa;;<s 
des Comètes , , pag. 4'8. 

(ii3) Fojez louchant ce l'railé, M. Audigler, 
Je rOrigine des Français et de leur empire, 
lum. II, pag. 465 et sun'. 

(ii4) Comiers, de la Nature des Comèlc» , 



(ii5) On e'cril ceci en t6f)g. 

(iiH) Sa Harangue est toute entière dans la 
11^. f>artie du Mercure Galant du mais d'octo- 
bre i67<). Vuyei les Pensées sur les CiimètcA, 
pag. 394. 

(117) Vorez les Pensées snr les Comètes, lU 



CHARLES-QUINT. 



83 



)) qu'elle ne manquait ni d'eau ni de se vint loger au même jardin , sans 
» soleil ; et la même nuit que Filme qu'on sftt d'où il venait. Selon l'hy- 
)' de l'empereiu- quitta la prison de j)othèsc des piesages , tout cela devait 
)i son corps, cette belle fleur s'epa- promettre un glorieux et long elahiis- 
]) nouit , fut coupée avec respect et sèment ; et néanmoins , cette secte 
î> admiration , et mise sur le grand fut bientôt contrainte de quitter Her- 
!) autel (ii8). » Tout le merveilleux ford. 

du harangueur des pères del'Oratoire (KE) 1/ /w forma point d'entreprise 
de Paris s'évanouit à peu près dès plus juste que le siège <le Metz , ni 
qu'on examine attentivement la nar- donc le succès fut plus mullteureux.] 
ration de l'historien espagnol. Je ne Henri 11 , ligne avec qnol(|ues princes 
connais point cet flJtïe7<7'5(«cè7'e qu'on d'Allemagne, avait été déclaré pro- 
a prétendu citer , mais je m'imagine tecteurde la libertégermanique (12 r), 
qtif lui ou le comte de la Roca ont été et il se glorifiait de n'agir <jue selon 
copiés par Fabien Strada. Vous le cette qualité (123). Néanmoins, il se 
croyez aisément si vous comparez les rendit maître de Metz , ville impé- 
paroles de ce comte avec ce latin : riale ; il la dépouilla de sa liberté, et 
Nec illud admiratione caruit : in Ca- cela parla plus insigne de toutes les 
roli , quem dicebani , hortulo , binos fourberies. On ne peut lire sans hor- 
•'odem tewpore stylos émiserai can- reur le prétendu stratagème dont on 
dens lilium. Alter 31ajo mense , uti se servit pour assujettir cette petite 
assolet , calj ce déhiscente floruit : république , qui ne regardait ce mo- 
alter , quamuis eddem culturd pro\^o- narquc que comme un tuteur. C'est 
catus , tumorem tamen ac parlûs alors qu'on avait raison de dire : AW 
signa vere toto atque œstate susti- quis custodiet ipsos custodes (i23; ? 
nuit : endemque demiim nocte , qud Ainsi toutes sortes de raisons autori- 
Caroli animus integumento sese cor- saient Charles Quint à réunir au corps 
poris ei'oli'it , explicato repente Jol- de l'empire une ville qui en avait été 
liculo , intempestifd nempe atque in- détachée de cette manière. Il y em- 
speratd gerniinatione promisit florem. ploya ses plus grandes forces , et y 
Id uerà et ohsen'atum ab omnibus, et échoua honteusement (124) ; et il a 
lilio super ard templi maximd ad fallu enlin qu'à la paix de Munster 
^peclandum proposito , fausti candi- l'empire renonç.lt à ce morceau , et 
dique ominis loco acceptum est (\\q). le laissait à la France. Cet empereur 
le me souviens ici d'une observation avait réussi admirablement dans des 
que j'ai lue dans un ouvrage de made- entreprises tout-à-fait injustes, 
raoiselle de Schurman. Elle raconte (¥V) La magniftcence'ai'cc laquelle 
(120) qu'au temps que du Lignon, l'un les Fuggers le 'recurent ne doit pas 
des disciples de Labadie travaillait ^tre oubliée. '\ Nous parlerons ci-des- 
à l'établissement de la secte à Her- sous(i25)de leur richesse : en voici 
ford , il arriva trois prodiges. Le pre- une belle marque. « M. Félibien (luG) 
raier était qu'un tronc d'arbre sec de- „ rapporte un trait fort joli des Fouc- 
puis quatre ans poussa tout à coup „ l^ers , ces fameux négocians d'Alle- 

» raagne , qui, pour témoigner leur 
H reconnaissance à Charles-Quint , le- 



quclques jets de quatre ou cinq pieds, 
et chargés de f( uilles. Ce fut pendant 
Tautomne , et dans un lieu clos et 
couvert, proche du temple que l'on 
assigna depuis aux labadistes. Le se- 
cond prodige était que tous les arbres 
ileurirent dans le jardin de la prin- 
cesse pendant l'automne qu'elle pro- 
mit de protéger leur petite église. Le en prose aussi glorieuses aux Fronça 

troisième était qu'un essaim d'abeilles ::!.'„';T"i!:'P!:''r;.,!.'.'!f,:ri^'f."?/ 

'(118) Le comte de la Roci , Histoire de 
Cliarles-Qulnt , f>ag. m. 349, 35o. 

(iiq) Famian. Strada , de Bello bclg., Jec. I, 
Hb. I , pag. m. 16. 

(120) Anna Maria à Scliurmao , in cap. II , 
part. II, Euclerias. 



(121) Mézerai, Abrégé chroo. , tom. IV^,pag. 
670, « l'ann. iSSî. 

(122) rojezSleidan, liv. XXI F, folio ,n. 
G95. 

(i23) Juven. , sat. VI , vs. 345. 

(J24) Il courut alors mille pièces en vers et 

"^ qti^inJH- 

\ prirent 

ujct de changer en plus cilrà le plus ultra de sa 

devise Histoire ila duc d'Albe , ^r. ///, chap. 

XXIV, pag. 284. 

(uS) Dans Varticle Fogcer, remarque (A). 

f i2ti) Journal de» Savans Ju 8 janvier ifiS.ï , 

pag m. 11, dam l'Kxlrail de la IV'. partie 

des Entretiens sur les vies et les onvragfs île* 

peintres. 



84 CHARNACÉ. 

» quel, à son retour de Tunis, leur » la bataille de Lutzen , qui le fit re- 
» avait fait l'honneur d'aller loger » tirer en France. Il avait aussi négo- 
» chez eus, en passant par Ausbourg, » cie' avec l'électeur de Bavière à Mu- 
» un jour, parmi les magnificences » nich, mais avec peu de succès, à 
)) dont ils le régalaient , tirent met- » cause de la mauvaise humeur de 
» tre sous la cheminée un fagot de » Saint-Etienne (i) , parent du père 
j) cannelle, qui était une marchandise » Joseph , qui étant jaloux de voir en 
« de grand prix , et l'allumèrent » cette cour-là un plus habile homme 
» avec une promesse qu'ils avaient de » que lui , traversait toutes ses négo- 
)> l'empereur d'une somme très-con- » dations , au grand préjudice des 

" » afl'aires du roi leur maître. Ce fut 

» Chariiacé qui signa , le aS". jour 
« d'avi'il 1634 , le traité de la Haye , 
)) après lequel il fut jugé à propos de 
» faire celui du 8 janvier de l'année 
» suivante, où il intervint comme un 
» des commissaires du roi. Par le 
» traité de i634, le roi promit de faire 
)> lever et d'entretenir au service des 
« états un régiment d'infanterie, et 
» une compagnie de cavalerie, dont le 
j) commandement fut donné à Char- 
■» iiacé , qui , mêlant la profession de 
» colonel à celle d'ambassadeur , 
» voulut se trouver au dernier siège 
)) de Bréda , où il fut tué dans la 
tranchée (2). » Comme on ne voit 



empereur , 



» sidérable (la?)- » 

(129) Voyez l'article Hadrien 
cUalion{22), tome Fil. 

CHARNACÉ (a) (le Baron de), 
s'acquitta heureusement de di- 
verses ambassades sous le règne 
de Louis XIII (A). Il n'était pas 
moins brave soldat qu'habile 
négociateur , et il eut tout à la 
fois eu Hollande le caractère 
d'ambassadeur , et la charge de 
colonel. Il fut tué faisant les 
fonctions de cette dernière au 



siège de Bréda l'an 1637 (B). Il pas dans ces paroles de Wicquefort 

n'est pas vrai que la perte de l'occasion de l'ambassade de Hollande, 

„ *^ ■ j ■. I • i> f il faut ou un autre livre nous Ja lour- 

sa femme ait produit en lui 1 et- ^.^^^ {\^^^ ,^ ^,^^ j^ cardinal de Ri- 

fet funeste dont on a parle dans chelieu ; vous y verrez que Charnacé 
le Mercure Galant (C;. alla en Hollande pour empêcherque les 

états n'écoutassent les piopositions de 
(<i) Son nom de baptême était Hercule. trêve que les Espagnols leur faisaient. 

// ménagea si adroitement l'inclina- 
(A) // s'acquitta heureusement de ii^n de MM. les directeurs et dtipu- 
dii'erses ambassades sous le règne de tés des états , et leur sut si bien re- 
Louis XIII.] « Il était du choix du présenter les artijices et les maui^ais 

» cardinal de Richelieu, ce qui doit desseins des Espagnols qu'ils ré' 

j) d'abord donner une opinion très- solurent enjin de préférer, par 

» avantageuse de l'ambassadeur. Mais nécessité autant que par raison , la 
« celui dont je parle n'avait pas be- continuation de la guen-e h la tre^e. 

V soin de ce préjugé. Les négociations yi quoi ne contribua pas peu l'ordre 
•j> qu'il a faites avec Gustave-Adolphe, qui aimit été donné a Charnacé, non- 
i> roi de Suède, qui produisirent le seulement de solliciter le prince d'O- 
5) traité de Berv^alt , le a3 janvier range , que l'on suivait être assez por- 
» i63i , et qui firent un si grand ef- té, par intérêt, a la continuation de la 
ï) fet en Allemagne , eusont des preu- guerre ; mais encore d' offrir a mes- 
1) ves bien convaincantes , quand il rieurs les états un secours de dix ou 
» n'y en aurait point d'autres. C'est douze mille Suédois , nation belli- 
» lui qui fit passer les armes de Suède 

-» dans l'empire, et qui jeta les pre- (i) Wicquefort, p«;j. 170 du tom. Ida Trai- 

V miers fondemenS de l'alliance qui l<;^lel'Ambassacleur, ^,( «c./ Cbarnacé et Saint- 
' "'"'••'_ . . j' Etienne , étant a la cour de Baviure de la part de 

V acte SI utile et SI glorieuse aux deux ^ France en Tan 1(532, se portèrent k de si 
)) couronnes , et qui l'est encore à grandes exlrémités, qu'ils se voulurent battre en 
:> celle de Suède. 11 continua de né- duel, tellement que leur a,vison les rendit inu- 

, ^ . . 1 tiles auprès de 1 elicleur. 

3) gocier avec le même roi et avec le ^^^ w.cquefort , Traité de l'Ambassadeur, 
j* chancelier Ox^ustern , jusqu'après lom, II,pas.^i. 



CHARPENTIER. 



85 



gueuse , et alllce de la France , qui 
s'en était heureusement prév'aluc de- 
puis trois ans ou enwii-on, qu Adol- 
phe-Gustai'e , t^oi de Suède , ai'ait 
fait descente en Allemagne , et auait 
rempli de terreur cette grande pro- 
vince (3). 

(B) Il fut tue' faisant les Jonctions 
de colonel au siège de lireda , l'an 
iOj^,] Nous avons vu dans la remar- 
que pre'ce'dcnte ce (jue !\I. de Wicqne- 
fort en a dit : ajoutons-y ces paroles 
d'un autre auteur (4) : « M. de Char- 
J' nacé fit tout ce qu'il put pour por- 
» ter le prince d'Orange à assiéger 
» une anire place, plus importante 
3) î)our l'avantage commun des alliés, 
)' que celle-là. En cjuoi cet ambassa- 
') deur avait lui-même plus d'inte'rêt 
» qu'il ne croyait . puisque ce sie'ge 
» lui di'Viiit être fatal , y ayant été 
)' tué d'un coup de mousquet à la tête , 
» qu'il reçut à l'attaque d'une corne. 
« On le regretta fort à la cour , tant 
w pour ses bonnes qualités , et pour 
)) les grands services c[u'il rendait à 
'I l'état, (jue pour l'alliance qu'il a- 
') vait avec le mai'échal de Brézé , à 
» cause de Jeanne de Drézé , son 
» épouse. Son cœur fut apporté en 
)| France, et est enterré dans l'église 
)j des carmes d'Anvers , avec une épi- 
» taphe où sa mort est marquée 
» le 1^''. de septembre. » 

(C) // n'est pas virai que la perte 
de sa femme ait pinduit en lui l'effet 

juneste dont on a parlé dans le Sler- 
• ure Grt/rt«/.] L'abbé Deslandes, grand 
archidiacre et chanoine de Tréguier , 
a fait insérer une lettre dans le Mer- 
cure Galant (5) , où il assure que 
Charnac<\ étant en Allemagneauprès 
de Gusiaue , fut si touché de la nou- 
velle qu'il apprit de la mort de son 
épouse , de la maison de Brézé - qu'il 
f-n perdit la parole pour toute sa vie. 
Chacun voit que c'e.^t une fable. Gus- 
tave périt à la bataille de Lutzen , 
l'an iGSci , et Charnacé déployait en 
llolland.' toute sa plus fine rhétorique 
l'an 1634 , pour euq rcber qu'on ne 
conclût une trêve avec l'Espagnol. 
Etait-ce l'allaire d'un homme muet? 
On ne saurait rectifier ce faux conte , 

(3) Aaberi, Hist. du c.irdin. de Ricbelicu , 
llu. IV, chap. XLII, pa^. m. 3qo , 3gi. 

(4) Là même, Uv. V, chap. LU , pag- SgG, 
597- 

(5) Au moit de novembre ifJgS. 



en changeant le temps et le lieu où 
Charnacé apprit la mort de sa femme; 
car nous avons vu qu'il tAcha de per- 
suader qu'on n'assiégeilt point Bréda, 
mais une place dont la perte fût plus 
pernicieuse à l'Espagne. Ses conseils 
furent inutiles : on fit le siège de Bré- 
da ; et il y perdit la vie. Où trouve- 
rons-nous donc le temps qu'il n'a jiu 
parler? Nous verrons ailleurs (6) que 
l'abbé Deslandes n'a pas débité un 
conte moins apocryphe touchant Fcr- 
tiel. 

(6) Dam la remarque (G) de l'article de 
Fernel , tome VI. 

CHARPENTIER (PirRRE) , en 
latin Carpentariiis , natif de 
Toulouse {a) au XVI*. siècle , 
faisait profession de la religion 
réformée ; mais il publia un 
écrit qui le fit considérer comme 
un furieux ennemi des réformés 
(A). Il enseigna quelque temps 
la jurisprudence dans Genève 
{b) , et il en sortit fort mécon- 
tent , et sans dire adieu à ses 
créanciers. Cela paraît par une 
lettre que Théodore de Bèze lui 
écrivit le i*"^. d'avril iS^o (c). 
Cette même lettre témoigne qu'il 
avait femme et enfans. Il fit im- 
primer quelques autres livres (B) : 
il vivait encore l'an i584, et il 
était avocat du roi au grand 
conseil {d). M. Rivet , qui avait 
tant de connaissance de toutes 
sortes d'auteurs , ne connaissait 
guère celui-ci (C). 

(a) TLuan. , lib. LUI, pag. m. 1092 , 
col. 3. 
(l>) Idem , ibid. 

(c) C'est la LU', lettre de Tliéodore de 
Bèïe. 

(d) La Crois- du Maine, Bibliotliéque 
franc. , pag. 389. 

(A) Il publia un écrit qui le fit con- 
sidérer comme un furieux ennemi dex 
réformés. ] Cet écrit était tombé dans 
l'oubli ; mais un religieux bénédictin 
(i) l'ayant inséré dans ses Entretiens 

(i) Nommé [e pire Osnjrs de Sainlf-Marlhe. 



86 



CHARPEMIER. 



touchant V entreprise du prince d'O- » d'amasser de l'argent , d'assembler 
range sur l Angleterre , imprime's à » secrètement des troupes dans les 
Pai]is , l'an 1689, a été cause qu'on » provinces , de lier des intelligences 
en a parlé beaucoup depuis ce temps- » avec les princes étranpjers. Il ajoutait 
là. I\l. Jurieu, pourdécréditer entière- » <|u'ils entretenaient des hommes sè- 
ment cettepièce, se crut obligé de pu- » ditieuxdanstouteslesvillesduroyau- 

» me, pour t.'icher de troubler la paix 
» que le roi avait accordée aux protes- 
» tans par un effet de sa bonté, et qu'il 
'> n'y avait que Tépée de Dieu , que 
» les princes portent , qui put répri- 
» mer leur audace • qu'd reconnais- 
» saà bien que c'était Dieu qui a^^ait 
» inspiré le dessein de la réprimer 



l)iier ce qu'en avait dit M. de Thou, et 
comme cela tut trouvé fort à propos je 
mettrai ici cette narration (2) : <c Un 
» nommé Pierre Charpentier , qui 
» était de Toulouse, et qui avait pu- 
» bliquement enseigné le droit à Ge- 
)) nève , étant entré fort avant dans 
■» la familiarité de Bellièvre , se sauva 



>i chez lui pendant le massacre avec » par les voies les plus sévères à un 



» plusieurs autres personnes moms 
51 distinguées \ car il aurait été trop 
)) dangereux pour un courtisan de 
5) donner retraite à des gens distin- 
» gués dans une occasion de cette na- 
» ture. Pour s'accommoder à la for- 
)) tune, et par un effet de son humeur, 
» qui lui faisait défendre le parti où 
» son intérêt l'obligeait d'entrer , il 
)) commença à se déchaîner, non pas 
» contre les auteurs du massacre , ni 



» roi qui était naturellement fort 
» doux. Danslescommencemens, Char 
» pentier se contentait de parler ainsi 
» en particulier dans les conversa- 
» tions familières qu'il avait avec 
» Bellièvre ; mais comme on vit en- 
» suite qu'il disait les mêmes choses 
)) en public , on jugea qu'il était fort 
" propre pour le dessein qu'avaient 
5) le roi et la reine de justifier le mas- 
sacre , le mieux qu'ils pourraient. Il 



« contre l'horrible boucherie qu'ils » se chargea volontiers de cette com- 
» avaient faite , mais contre ce qu'il » mission ; et , après avoir reçu une 
appelait la cause, c'est-à-dire, con- » somme d'argent qu'on lui donna , 



» tre la faction des protestans , pour 
)) laquelle il témoignait une grande 
» horreur , et qu'il disait que Dieu 
» avait justement punie pour tous ses 
M désordres , parce qu'elle s'était ser- 
» vie du prétexte de la religion pour 
» couvrir son esprit de sédition et 
n de révolte, et que les prétendus dé- 



et de grandes promesses qu'on lui 
« fit de l'élever à de grandes charges , 
» promesses qu'on lui tint ensuite 
« religieusement quelque indigne qu il 
« en fût , il partit de Paris avec Bel- 
» lièvre qu'il laissa en Suisse , et se 
retira à Strasbourg, où il avait aussi 
autrefois enseigné, afin qu'il pût plus 



» vots qui la composaient avaient » facilement répandre de là dans 
» pris les armes contre leurs compa- » l'Allemagne les bruits qu'il voulait 



triotes au lieu de se servir des lar 
M mes , des prières et du jeûne pour 
j> toutes armes , qu'ils s'étaient saisis 
j) de plusieurs villes du royaume, 
)) qu'ils avaient fait mourir une infi- 
» ni té de personnes, et poussé leur 
i> insolence jusqu'à faire une guerre 



» semer. Étant arrivé là , il écrivit 

» une lettre à François Portes (3) 

» Candiot , qui était fort savant dans 

i> la langue grecque , et qui avait 

» été autrefois élevé en Italie dans la 

» maison de Renée , princesse de Fer- 

» rare. Dans cette lettre, qui était 

ouverte à "leur souverain. Il disait „ Jatée du i5 de septembre, il disait 

n que leurs assemblées , où l'on ne fai- » qu'il y avait deux partis parmi les 

)) sait autrefois que prier Dieu, étaient ,, protestans , l'un des pacifiques qui 

■n devenues des conventicules et des » agissaient de bonne foi par prin- 

conféiences séditieuses dans les- « cipe de religion , et qui suivaient 



» quelles on ne parlait ni de la piété , 
» ni des mystères de la religion , ni 
» de la correction des mœurs, mais 



(ï) M. de Thou , flisloii.-e lib. LUI, pag. m. 
1092, ^'^9^1 'ï'^ (inn. i5^2. Je me sers de la 
traduction que M. Jurieu a faite de cet endroit 
dans son litre de la Keligion des Jésuites, im- 
primc à la Ilf'je , lOScj, paj^. 12g et suiv. 



» les maximes de celle qu'ils profes- 
» saient , l'autre de ceux qui soute- 
« naient la cause , gens factieux et 
» ennemis de la paix : que ces deux 

(3) n fallait direVonm. M. Jurieu, à la pag - 
81 , s'e'tait lourdement abuse', arant parle d'une 
lettre (i'un charpentier adressée à Candiois con- 
tre les protestans. 



CHARPENTIER. 87 

; partis avaient Ictus pasteurs , que » avec li-s Genevois (jui empèclie- 

' le premier av;iit pour lui d'Espina , » raient , disait-il, (ju'on ne l'eu erùt, 

' Sorel ((/ y a , dans la /dire de Cltar- » sur la matière ^ que, dans la vérité, 

>, pi'iiliev <iue!e pire de Sainte-iyidr- w il ne voulut pas justifier le rnassa- 

!i the a J'oil iniprinicv, ilcsYxnûcY^ {\) » crc, parce qu'il le délestait, et 

') au lieu de Sorel ) , Albrac , Capel, » <|u';tyant même lu la lettre de Ciuir- 

> la Haye, Mercure; mais <jue les » peritier, il y ri'uiarqua dt; grands 
') autres ministres ne pouvaient souf- « défauls de uiénioire et- de grandes 
V frir la modération de ceux-là , et » liévues , en ce (pfii rapportait de 
^) surtout Théodore de Bèze , qu'il » l'histoire ancienne. » 

■■ ap|ielle la trompette de Seha (*) , Le leligieux bénédictin donna uns 

" et contre lequel il se déchaîne sur- suire de ses Entretiens , dans la(|uclle 

" tout tlaus son livre. Non-seulement il élude autant uu'il peut ce téraoi- 

» il excuse le massacre, mais il prouve gnage de M. de 'liiou (5). 

1 fort au long , et avec beaucoup d'à- Vous trouverez le précis de la même 

)> dresse, qu'il a été fait justement , lettre de Charpentier dans le troi- 

" et ffu'on a dîi le faire pour abattre siéme volume (6) de la grande llisloi- 

■> une faction impie , cpii ne pensait re de Hfézerai. Cet hislorien ))réten(i 

■> <pi'à renverser l'autorité royale , à que cette lettre servit de réplique 

> débaucher les villes du royaume de à Wolfangus Prisbiachius C) , Polo- 
•' l'obéissance qu'elles devaient à leur nais , qui avait répondu fort aigre- 
'> souverain, à troubler la tranquil- menl à la harangue île Bellièvre (7). 

' lifé publitfue, et qui semblait avoii' D'Aubigné (8), au contraire, veut<(ut? 

' é\é formée pour la ruine même de // olfgani^ PriibvdcJi el Portas Cré.- 

•1 la religion protestante, par des tin que Cliarpenlier prenait a tétnoin 

■•■ gens turbulens et ennemis de leur (f)) aient écrit contre Bellièvre et 

■> patri-". On publia une réponse à Ciiarpentier. Il s'exprime mal, ca.' il 

' cette lettre sous le nom de Portes, fallait dire que Portus écrivit contre 

' datée du premier de mars de l'an- celui-ci, et Prisbrach contre celui l.i. Jl 

» née suivante , qui était remplie de ne paraît point fjue Charpentier ait eu 

' paroles extrêmement aigres. M. de vue l'ouvrage de ce Prisbrach. Je crois 

,> Thon ajoute (|ue le duc d'Anjou donc que M. de Mézerai se trompe- 
■ sollicita fortement François Bau- Cette lettre de Charpentier à Portus 

> douin , jurisconsulte, qui, après servit d'épisode à un catholique ro- 
» avoir autrefois embrassé la religion raaln (îo) pour sa préface d'un livre 
>' protestante en Allemagne , s'était de controverse qu'il publia l'an i585 

> laissé gagner par les avis modérés (1 1). Ill'y fourra presque toute entière, 
') du théologien Cassandre , et était et il en a averti ses lecteurs dans un 

• rentré dans la religion romaine, et ai. Ire livre (12). Je dois ajouter qu'elle 

» qui enseignait alors à Angers , à se trouve dans le premier tome des 

I travailler au même dessein que Mémoires de l'état de France sous 

> Charpentier {c' est-a-dire ii justifier Charles IX (i3) , avec la version fran- 

> le massacre) -^ mais que ce jiuis- çaise de la réponse latine que François 



-> consulte s'en excusa modestement 
') sur les contestations qu'il avait eues 

(4) Mon ûiiic/é? Rosier , tome XÎI , l'Ouf ap- 
^rfndra que le père de Sainte-Marthe el !\I. de 
Thon di'tnl la même chose y el qu'ainsi celle pa- 
renthèse esl inutile, ou qu'elle devait contenir 
quelqu^nutrf chose, 

(*) Allusion de Seha , anagramme Je Beta , 
à Selia , nom de ce i-éditieu% dont il est dit au 
ll«. liv. de Samuel ( chap. XX), qu'il ^onna de 
la trompette pour soulever le peuple contre Da- 
vid. On reste, la lettre de Charpentier en date 
du i5 septembre i57î , I.1 réponse de François 
Portus , et l'extrait des remarques de François 
Haudouin sur la lettre de Charpentier, se trouvent 
dans les Mémoires de l'état de France sons le 
roi Charles IX, {depuis le feuillet '622 du tome 
J , /utçii'au 368'. de l'c'diiion de 1579.^ Uem. 

CKIT. 



(Si yorei le .Tournai des Savans du I5 de no- 
vembre ttior , pag. 65r, édition de Hollande. 

(G) A la pa^e 264. 

(*) On lit Prishach dans les Mémoires de 
l'état de France , ( tom. Il , fol. ao verso , ou 
cette pièce esl insére'e.) \\t.m. crit. 

(7) Fade à l'assemblée des cantons suisses 
à Baden , pour justifier le niassatre de la Sainl- 
Barthélemi. 

C8) D'Aubigné, Hist. univers., tom. II, chap. 
VU , pag. 5G.Î , a l'ann. i5-;2. 

(c)) H devait dire que Charpentier lui adressa 
cette lettre. 

(10) Corneille Scliullingios. 

(11) f',nri la préface du IV'. tome de son 
Confessio tlieronyraiana. 

( 1 1) y ut ez la pnge 256 du IV'. tome de son 
Bibliotheca catholira. 

(i3) Pag. m. Coo el suiv. 



88 



CHARRON. 



Portus lui fif. Celte réponse contient uixerunt , et justam ejus indignatio- 

beaucoup de particularités delà vie de nem incurrerunt , inter eos qui ultimi 

Charpentier, peu honorables, pour ne stelerunt in adt^ersis partihus , an tlig- 

pas dire ignominieuses. ni sunt quorum testimonio contra ta- 

(B) lijit impiimer quelques autres les habeatur fides (19)? Si M. Rivet 
liures. ] Selon la Croix du Maine , i/ avait su qu'on lui objectait le même 
a escrit plusieurs liires tant en latin Pierre Charpentier qui avait écrit une 
qu en français , lesquels ont esté ini- apologie pour la Saint-Barthélemi , 
primez pour la pluspart ; mais je ne que M de Thou avait marqué presque 
scai si ceux qui sont tnis en son nom , d'un fer chaud , eût-il gardé le silence 
il les \'ouldroit aduouer pour siens , sur de telles choses ? Je m'imaginequ'il 
d'autant qu d y en a plusieurs qui lui se trouva dépaysé par la citation va- 
ont mis assus des lii^res desquels il gue de cet auteur, et que , n'osant le 

n'estoit pas auteur J'ai v'eu un prendre pour cet avocat qui fut roué 

sien traicté latin louchatit le port des à cause de ses intelligences avec TEspa- 

armes ; mais je ne scai si la traduc- gne (30) environ l'an 1696, et (|uiétait 

lion francoise est faite par lui. Il a fils Ae Jacobus Carpentarius, grand 

esté imprimé a Paris en l'une et V au- adversaire de Ranius , il s'expliqua 

tre langue f i4S Cet ouvrage de Char- faiblement. 

pentiev a pour titre , Piuni et chris- 

tianum de armis consdium , et fut J'^V^Vr'"!: 'ri''",f 'T;'}'?,'"' '' ^'^^' 

, , „ . ., - - |, . -, num, -^it , p(if^' Ooo , loin. I II Oper. 

imprime a fans , l au 1373. J ai parle (20) Voyez la grande Histoire de Mêlerai , 

ailleurs (i5) d'une réponse qui y fut tom. III, pag- ii8g. 
faite. 

(C) M. Rii'etne connaissait guère CHARRON (Pierre) , auteur 
Pierre Charpentier] Les controver- d'un livre quia fait beaucoup 
.sistesde Rome reprochent éternelle- j^ ^^^^^- ^^ • ^ ■ 
ment à ceux de la religion les guerres „ ' ^ ■ ^ r, ■ 1, 
civiles de France , comme une chose LA JJAGESSE , naquit a Pans 1 an 
approuvée par les ministres. Us se ser- 1541, et y fit avec beaucoup 
vent quelquefois du témoignage de Jg progrès ses classes et son 
Charpentier (.6). Le, ésu.tePétraSauc. ^^^ philosophie. Il étudia 
ta , dans un ouvrage qu il publia con- .1.1 ' " 
tre M. du Moulin , eut la hardiesse ensuite le droit Civil et le droit 
d'avancer (ju'on prit des mesures à canon , à Orléans et à Bourges, 
Genève pour faire périr en même et reçut le doctorat en cette 
temns François II, Catherine de Mé- • "' j i j •< 1 

v .' . • ^T >.; «sr„a..f co (^ science dans la dernière de ces 

dicis sa mère , Wane Stuart sa lem- . ■ - r> • -i 

me et ses frères, etc. (17). Il cite Su- deux universités. Puis il revint à 

rius, l. 4- adann. i56i ; Petrus Car- Paris, et ayant été reçu avocat 

pentarius; Genebrardus in chronol. ^^ parlement, il fréquenta le 

M. Rivet, réfutant 1 ouvrage de ce i,„„^paii avPr bp-iTirmm d'n^*irlni 

jésuite, dit entre ai très choses que t.arreau avec beaucoup d assidu 1- 

ces trois témoins n'avaient nulle au- te Cinq OU Six années; mais 

torité ^ que Sunus a été convaincu de comme il prévit qu'il lui serait 

calomnie par Baronius , pour avoir difficile de s'avancer par cette 

diffamé Victorin , éveque de Poitiers . . ,1 . .. ■ 

(,8,; et que Charpentier et Gène- route a cause qu il se sentait 111- 

brard, ligueurs opiniâtres, encouru- capable de s abaisser à faire sa 

rent la haine du roi. Carpentarius et cour aux procureurs et aux sol- 

Genebrardus qui inier régis perduelles Jiciteurs de procès, il s'appli- 

(i4) La Croix du Maine, pag. 38c). qua tout dc bon à l'étude de la 

r,ii:f).JZ:^J,.l;nru;:;:':rri^!" théologie , et à la chaire, et ,1 

(16) Voyez Brcrieius, Apoiog. protesiaotura devint uu si grand prédicatcur 

pro Romauâ ecclesiù . pag. 642. 1 • , / a , 

, , c 1 . u . ^J^-, ^-„, c ;„ «.,;=ioi Que plusieurs eveques s enipres- 

i'^l) Sylvester Petra-bancta , ESotis iQ episloi. 11 . u 1 

Pétri Moiinœi ad Bahacum , png. 102 serciit à l'attirer dans leurs dio- 

4:!'Ji"::::o;:;.^lo:n^^^^^^^^^^^ cèses. Arnaud de Pon tac, évêque 



CHARRON. Ht) 

tle Bazas , l'ayant ouï prêcher des casuistes qui le déclarèrent 
dans l'église de Saint-Paul , l'an (quitte de son vœu (c). C'est 

I 571 , conçut pour lui beaucoup pourquoi il résolut d'achever sa 
d'affection , et le mena à Xain.' vie sous le caractère de prêtre 
les, à Boitrdeaux , et en son séculier. Il prêcha le carême à 
cvesche' , et autres lieux de la Angers l'an i 58q , et puis il s'en 
Gascoigne et du Languedoc (a), alla à Bordeaux oii il lia une 
Cliarron s'acquit une telle repu- amitié très-étroite avec Michel 
tation par son éloquence , ^i/'ort de Montaigne (B). Il y publia 
le recherchait partout, et que son livre des trois Vérités l'an 1 
les e'i'estjues de di\'ers diocèses 151)4 {^') '• ce qui lui valut la 
oii il avoitpresché , luj- offraient dignité de grand vicaire de Té- 
libéralenient les chanoinies the'o- vêque de Caliors , avec la chanoi- 
logales de leurs églises, et ou- nie théologale. On le députa à 
très dignités et bénéfices , et lui l'assemblée générale du clergé 
faisoient plusieurs — présens, l'an i5g5 (d)., et il fut choisi 

II fut successivement théologal pour le premier secrétaire de 
de Bazas , d'Acqs , de Léthoure, cette assemblée. Étant retourné 
d'Jgen, de Cahors et de Con- à Cahors il s'y arrêta jusques à 
dom, chanoine etmaistred^escole l'année 1600, et y composa en— 
en Véglise de Dourdeaux , et tre autres ouvrages les trois li- 
chantre en Véglise de Condom. yres dk la^ Sacesse. Il fit im- 
La rojne Marguerite le retint primer à Bordeaux ses discours 
j)Our son prédicateur ordinai- chrétiens l'an iHoo (D). Il n'é- 

re Il fut aussi à la suite du tait plus à Cahors : il s'était déjà 

cardinal d'Armagnac, \ê^i\\.àW.- établi à Condom, ou il avait 
vignon. Il n'affecta point le de- accepté la chanoinie théologale 
gré de bachelier en théologie , ni gt ]a dignité de chantre que l'é- 
cetui de licencié, ou de docteur, yêque lui avait offertes. Il pu- 
ou de professeur en cettte scien- yia à Bordeaux son traité de la 
ce; il se contenta du caractère Sagesse l'an 1601. Deux ans 
de prêtrise. Il fut dix-sept ou après, il fit un voyagea Paris, 
dix-huit ans sans retourner à pour remercier un évêque qui 
Paris , et y étant revenu l'an i^j avait offert la théologale de 
l588,il eut envie d'y finir ses son église (E) , et pour y faire 
jours parmi les chartreux. 11 „ne nouvelle édition de cet 
avait fait vœu d'embrasser leur écrit. 11 ne vécut pas assez pour 
ordre , et il s'en ouvrit au prieur g^ voir plus de trois ou quatre 
de la chartreuse [b). On eut des feuilles réimprimées : il mourut 
raisons de ne le pas recevoir (A): subitement dans une rue le 16 
il s'adressa au prieur des cèles- jg novembre i6o3 *. L'impres- 
tins , et trouva les mêmes ob- 
stacles : ensuite de quoi il y eut ("^^ ^"y^ ^^ remarque (A). 

' T. ^ (^, £IIp çg (i„t ^t Pans. 

(a) Je rapporte les propres termes de l'É- * Un passage du Journal de Uenri IV pav 

loge que je citerai ci-dessous , citation (l). P- àe lEloile, transcrit par Joly, dit que 

,6) Il se nommait Jean Mic/icl ; il mourut cela arriva r.ip Saint-Jean de Beaiu'ais. - A 

prieur gênerai de la grande Chartreuse ' l'instaol o.i il se sentit mai, il se jeta o 

en Dauphiné. • genoux dsn? la rue puur prier Dieu; mais 



[)o , CHARRON. 

sion de cet ouvrage fut aclievée quêtant de personnes voudraient 
malgré les obstacles presque in- mettre sur l'esprit , et qu'on ap- 
iînis que l'on eut à surmonter prouvait la liberté de philoso- 
{e)(F) ; car comme l'auteur avait pher quand elle se contenait dans 
dit beaucoup de choses suivant certaines bornes. Le plus violent 
les lumières de la philosophie, déclamateur qui ait paru contre 
il n'avait pu attaquer les senti- ce livre de la sagesse est un jé- 
mens populaires et superstitieux suite nommé Garasse. Il a mis 
sans avancer des maximes qui Charron dans le catalogue des 
semblaient choquer les vérités athées les plus dangereux et les 
de la religion. C'est pourquoi plus méchans (H). Jl était trop 
il y eut beaucoup de gens qui pénétré des préventions les plus 
s'élevèrent contre son livre, et basses (/"), pour avoir la force 
qui le décrièrent comme un se- de connaître qu'il faut faire une 
minaire d'impiétés. Mais il se grande différence entre ce qu'un 
trouva de grands esprits qui homme croit par l'efficace de la 



s'opposèrent à cette persécution 
et qui distinguèrent les choses 
comme il fallait. Heureusement 
pour la mémoire de Charron et 
pour son livre , il y eut des gens 



foi , et ce qu'il avoue ingénu- 
ment que la raison lui suggère 
sur les dogmes de la religion. 
L'une des choses que ce jésuite 
a censurées le plus fièrement 



d'état aussi illustres par la force et le plus malignement est au 
de leur génie , que par leur au- fond très-raisonnable; et si on la 
torité, qui semblèrent de cette lit avec attention, on ne peut 
affaire : sans cela , il aurait été s'empêcher de la trouver telle , 
flétri très-durement, et l'on au- et de s'offenser ou de l'ignoran- 
raitexterminéson ouvrage. Aussi ce ou de la mauvaise foi de 
avait-il toujours souhaité d'avoir 
pour juges les personnes de ce 
caractère (G) : il n'espérait point 
la même équité de ceux que leur 
profession engage à s'échaufïer 
trop , et à qui elle fait contrac- 
ter une habitude de condamner 
précipitamment tout ce qui s'é- 
carte de leurs préjugés. Quel- 
ques-uns croient qu'il est glo- 
rieux à la France d'avoir permis 
la publication de ce livre, mal- 
gré les oppositions et les mur- 
mures de beaucoup de gens. On 
fit voir par-là qu'on n'approu- 
vait point le joug tyrannique 



• il ne fut silôl ageaouillé ffue se tournant 
- de l'aufre côté , il rendit l'âme à son ciéa- 

• leur. » 

(e) 7'iré de /'Éloge de Pierre Charron ai:- 
dci-anl du livre de la Sagesse. 



a mauvaise loi de ce 
chicaneur. Cela regarde un cer- 
tain degré de force que Pierre 
Charron attribue à ceux qjiii se- 
couent entièrement la foi de 
l'existence divine (I). Ces cen- 
seurs n'ont pas pris garde aux 
avis qu'il avait donnés, et qui 
étaient si capables de les détour- 
ner des jugemens téméraires (K). 
Quoi qu'il en soit , les mœurs de 
ce personnage étaient sans repro- 
che , et il est aisé de prouver, tant 
par ses écrits que par ses actions, 
qu'il ne doutait point des vérités 
du christianisme (L). Le mal est , 

{/) Garasse, mon ami, qufe supra nos niliil 
ad DOS ; les livres de Charron sont :in peu de 
trop hante gamme pour des esprits bas et 
populaires comme le. vôtre, Ogier , Jugement 
et Censure de la Doctrine curieuse, pag. 
i55. 



CHAR 

ri le grand désordre, que de 
•ent mille lecteurs, à peine y en 
i-l-il trois , dans quelque siècle 
jiie l'on choisisse , qui soient 
< apahles du discernement qu'il 
laut faire lorsqu'il s'agit de ju- 
_;cr d'un livre où l'on oppose les 
liées d'un raisonnement exact 
•t métaphysique , aux o]nnions 
ii^-i plus communes. J'admire que 
M. Moréri ait pris le parti de 
Charron (M); car il aurait pu se 
trouver enveloppé dans la criti- 
que que la taille-douce qui est 
au-devant du livre de la Sagesse 
expose aux yeux du public. Il 
semble que ce soit une figure 
favorable aux pyrrhoniens (N). 
11 faudra dire quelque chose de 
<e que le sieur Sorel observe 
touchant notre auteur (0). Ce 
sera une occasion très-naturelle 
de rapporter les deux passages 
qui ont fait le plus crier contre 
notre théologal : l'un concerne 
l'immortalité de l'âme , l'autre 
>e rapporte simplement à la re- 
ligion. Je crois pouvoir dire que 
la bonne foi avec laquelle ce sa- 
vant homme représentait toute 
la force des objections , contri- 
bua puissamment à faire douter 
de son christianisme. Il est cer- 
tain qu'il n'énervait jjoint les 
ilifficultés des libertins. J'en 
donnerai un exemple, qui se 
rapporte aux divisions des chré- 
tiens (P) , et à la haine qu'ils ont 
les uns pour les autres. Il est 
remarquable, qu'en l'an 1G07 
[g) , il ne restait aucune posté- 
rité masculine de Thibaud Char- 
ron {h) , père de celui dont je 
parle dans cet article, quoiqu'il 
eût eu vingt-cinq enfans ; qua- 

(ff) Eloge de Charron , ttu commencement. 
[h) Celait un libraire de Paris. 



RON. «j» 

tre de sa première femme , et . 
vingt-un de la {i) secoude(,A-). 

(1) Celle-ci était In mhre de Pierre Charron. 
|,A) Éloge de Pierre Cliarroo , au commen- 
cement. 

(A) On eut des raisons Je ne le pas 
recei'oir chartreux] Afin (iiTon ne 
croie pas que ces raisons furent fon- 
dées sur qiieliines d.'faiits de Pierre 
Charron , on ([u'il rcnonija trop lef;e- 
rement à son vœn , il faut «jne je com- 
mente le texte de cette remarque par 
ces paroles : // .se prisenta au pneur 
de la charlreuse qui est lez Pans . .. 
Mais il ne peut y cslre recru , quelque 
ardaiite prière 'et instante poursuilte. 
qu'il en fîst , et ce seulement à cause 
de son âge trop aduancé , qui estait 
de quarante-sept a quarante-huit ans, 
et s'c.rcusoit-on sur ce qu'il jalloit de 
jeunesse s'estre accoustume !i suppor- 
ter l'austéi-ité de ccst ordre religieux. 
Voyant ce refus , il s'adressa au pro- 
uiiicial des cclestins de cette l'die , 
pour estre pareillement receu en leur 
ordre , oii il se trouua pareille diffi- 
culté , empeschement et refus. De 
sorte qii ayant fait tout ce qui estoil. 
en luy , et ne tenant a liiy que son 
l'œu neiLSt esté accomply , d fut asseu- 
ré par MM. Faber de là Sorbon- 
ne , Tyrius , jésuite écossais , et Feu- 
ardarit , cordelier , très-doctes théo- 
logiens , qu'en conscience il esloit 
quitte d'un tel l'oeu, et que librement 
il pouijoit demeurer au monde comme 
séculier, et qu'il n'cstoil obligé d en- 
trer en autre ordre de religion (1). 

(B) Il lia une amitié très-étroite 
at'ec Michel de Montaigne. ] Charron 
fit un merveilleux cas des Essais de 
cet auteur , et en adopta plusieurs 
maximes. On peut croire sans témcnle 
que cehii de ces deux amis qui eftt dii 
instruire l'autre en fut le disciple , et 
que le théologien apprit plus de cho- 
ses du gentilhomme, que celui-ci du 
théologien. Il y a dans les livres de la 
Sagesse une infinité de pensées qui 
avaient paru dans les Essais de Mon- 
taigne. Ne doutez pas que cette doci- 
licitc de Charron n'ait contribué beau- 
coup à raflection très-particulière 

(i) Éloge de Pierre Chnrron , par G. M. D. I". . 
{c'esl-a-dtic , George Micliel de Kocljemaillcl) 
a la léie lifs itirea de la Sagesse , édition de 
Pan<. if;..-. 



92 CHARRON. 

qne Moutaigne avait pour lui , et qui son église , qu'il accepta , et y estant , 

fit quil lui permit par son testament il fit imprimer pour la seconde J'ois 

de porter' après son dcceds les pleines son liurc a Boiirdeaux, en l'an l'îgS, 

armes de sa noble famille, parce qu'il Y mettant son nom, et l'augmenta 

ne laissait aucuns enfans masles (■î). d'une réplique * contre la response 

Cliarron fit paraître une gratitude qui ai'oit esté imprimée h la Rochelle, 

hien solide par son testament ; car il faite a sa troisième i^érité (6). Fran- 

laissa cinq cents écus a demoiselle cois du Jon, ou Junius , professeur 

Léonor de Montaigne , femme du en the'ologie à Leyde , composa une 

sieur Camein, conseiller au parlement re'ponse (7) à cette seconde édition 

de Bourdeaux , la bonne sœur du feu des trois Vérités , et la publia en fran- 

sieur de Montaigne , clieualierdet'or- çais , Tan iSgg 11 y inséra toul entier 

dre du roi et sa commère , et il insti- l'écrit de son adversaire. Notez que 

tua ledit sieur de Camein, son héritier Charron l'avait revu et de beaucoup 

seul et unii'ersel, en payant et acquit- amplifié depuis l' édition de l'an iSgS, 

tant les legs contenus par son testa- et qu'il avait fait une autre réplique 

ment, reuenans , peu s'en faut, et la à la seconde réponse faite a la troi- 

somme de quinze mille lii^res tournois sième l'enté (8j. Tout cfla prêt à être 

(3). mis sous la presse fut trouvé dans son 

(C) Il publia a Bordeaux son Hure étude après sa mort. On fit espérer 

des trois F'érités , l'an i594 ] 11 n'y que son héritier universel publierait 

mit point son nom. Voici quelles sont ce manuscrit , et qu'il le dédierait au 

ces trois vérités : la première, qu'il y cardinal de Joyeuse '9). 

a un Dieu et une vraie religion :1a (D) Il fit imprimer ses Discours 

seconde, que de toutes les religions la chrétiens l'an 1600. ] Ils sont au nom- 
chrétienne est la véritable: la froi- bre de seize : les huit premiers traitent 
sième, que de toutes les communions de l'eucharistie j les autres concernent 
chrétiennes la catholique romaine est la connaissance el la providence de 
la seule vraie église. Par la première , Dieu , la rédemption du monde , et la 
il combat les a'hées ; par la seconde , communion des saints (10). 
les païens , les juifs , les mahométans j (E) If fit un uoya^e h Paris , pour 
et par la troisième , les hérétiques et remercier un éuëque qui lui auait offert 
les schismatiques. Il y a beaucoup de In théologale de cette église. ] Claude 
méthode dans cet ouvrage. 11 attaqua Dormy, évêque de Boulogne-sur-mer, 
dans la dernière partie le Traité de et prieur de Saint-Martin-des-Champs 
l'Eglise que M. du Plessis Mornai à Paris, était celui qu'il avait à re- 
avait mis au jour depuis seize ans. mercier : il en avait reçu des lettres 
Un écrivain de la religion publia bien- fort obligeantes qui témoignaient que 
tôt à la Rochelle une réponse (4) pour ses livres étaient bien au goût de ce 
ce Traité de du Plessis. L'ouvrage prélat , et qu'il lui ferait plaisir s'il 
des trois Vérités fut applaudi par les voulait être le théologal de sa cathé- 
catholiques : on l'imprima deux ou drale(i i). Notez que l'approbation de 
trois fois à Paris sur l'édition de Bor- cet évêque se rapportait aux trois li- 
dcaux, et puis on le publia en Flan- vres de la Sagesse , aussi-bien qu'aux 
dre , sous le nom de Benoît Vaillant , seize discours. 11 n'accepta point ces 
avocat de Sainte-Foi (5). La publica- offres , et il dit « un sien intime ami, 
tion de cet ouvrage fit connaître qu' il eust assez volontiers accepté ceste 
Charron a niessire Antoine d' Ebrard théologale pour quelques années, mais 
de Saint-Sulpice , éuesque et com,te 

de Caors , lerniel sans auoir ueu ledit * *.""* «pli^ne le protestant anonyme fit 

y-,. ' , , une réponse qui, du Joly , a ete inconnue à 

■'.leur Charron , au seul gOUSt de son B.nyle et k ^^ceron. Elle a pour titre : Défense 

Hure , le fiit approcher de luy , le de la repon<p Jaae à la tioitièine prétendue 

faisant son uicaire sénéral , et luy "'"''■',"■'' ""';* (•; '■éplique que l'auteur y a faite 

j„„„„ #; i ■ • ^1 - 1 1 '7 en la seconde édition de son livre , i5qt . in 8". 

donnant la chanoime theolosale de ,r^ r- , "■ » . 

O (o) La même. 

, . ^, , „. „, (-) C'est un gros in-quarto. 

(2 Eloge ae Pierre Charron. (g^ ^^ ^f,„l 

(3) Lu même. / , r • ' 

(4) Qmfutre'imprime'e à Genève, par Gabriel ^^' ■ même. 

Cartier, l'an i5c)5 , in-8°. f'Oj Eloge de Pierre Charron. 

(■^) Eloje de Pierre Charron. (11) Là même. 



CHARRON. 



(jue l' air et le climat froid , humide , 
et proche de la mer, estait non-seule- 
ment mal plaisant et triste il son hu- 
meur et naturel , ains malsain , ca- 
tharreux , et rheumatique ; qu'il estait 
solaire du tout ; que le soleil estoit son 
Dieu sensible , comme Dieu estoit son 
{ soleil insensible , parquoy qu il crai- 
enoit ne se pouvoir accommoder ny 
habituer il Bologne sainement ny 
plaisamment , et partant nullement 
(la). Il n'est pas Je seul homme de 
lettres à qui les climats froids et hu- 
mides sont incommodes , et pour qui 
le soleil est un Dieu sensible. 

(F) L' impression des livrés de la Sa- 
gessej'ut achet^ee maigre les obstacles 
infinis que l'on eut il surmonter. ] Ser- 
vons-nous delà narrationqui se trouve 
dans son e'ioge. Il avait recommandé 
affectueusement net ouvrage et les 
discours chrétiens à l'un de ses plus in- 
times amis, avocat au parlement (i3). 
Cet ami en eut tant de soin , qu'ils 
sortirent de dessous la presse « iion- 
)i obstant les traverses et erapesche- 
» mens qui luy furcntdonnez par des 
» hommes malicieux ou superstitieux 
)) qui avoient l'esprit bas , foible et 
>| plat , et estoient perqulim similes 
)) noctuis, quariimoculi tantiim splen- 
)> dorent ferre nonpoterantet adistius 
j) solis numen calig'abant , ne pou- 
i> vans souflrir ny supporter les es- 
» ciats et belles pointes de cet esprit 
51 singulier , rare , vigoureux , mer- 
J) veiileusement relevé et divin. Car 
» on vouloit empesrher l'impression 
« nommément de ses livres de la Sa- 
)> gesse , et pour cest efléct on y em- 
» ploya l'authorité du recteur de l'u- 
:» niversité j et d'aucuns docteurs de 
)' Sorbonne , mesmes de messieurs les 
» gens du roy , tant au parlement 
j) qu'au chasteiet , et outre on y lit 
» intervenir Simon Millanges , irapri- 
)' meur de Bonrdcaux , pour son inte- 
)> rest particulier ; il en fut fait plain- 
>| tes en divers lieux , au chasteiet , 
» aux requfistes de l'hostel , en la cour 
') de parlement , et au privé conseil , 
» et mesmes elles vindrent jusf[ucs aux 
» oreilles du roy ; on saisit par trois 
» diverses fois les feuilles qui en cs- 
» toienf imprimées , et la minutte de 
)| l'auteur. 31ai3 parce que le fidèle 

(lî) I,à même, 

(»3^ Nommé George Michel Je Rochcmaillet, 



93 



» amy en avait deux ou trois coppies, 
» et qu'il desirait faire paroistre par 
« bonnes preuves que l'amilié qu'il 
» portoit au défunct sieur Charron 
» n'estoit finie par sa mort , il fit tant 
» qu'enfin tous les livres furent im- 
)< primez , et auparavant que de les 
» pouvoir vendre , il en falloit plai- 
■» der en plusieurs endroicts , et fina- 
)) lement messieurs les chancelier , 
» procureur général du roy , les fi- 
« reut voir à deux docteurs de Sor- 
)) bonne , qui baillèrent par escrit ce 
» qu'ils trouvoient à redire en ces li- 
'> vres j qui ne parloient que de la 
^ sagesse humaine, traictée moralc- 
)) ment et philosophi(juement. Et fout 
» fut mis entre les mains de monsieur 
■» le président Jeannin conseiller d'es- 
)) fat, personnage des plus judicieux 
» et expérimentez de ce temps , qui 
" les ayant veus et examinez, dit haut 
" et clair , que ces livres n'estoietit 
)> pour le commun et bas estage du 
» monde , ains qu'il n'appartenait 
)> qu'aux plus forts et relevez esprits 
» d'en faire; jugement , et qu'ils es- 
» toient vrayement livres d'esfat ; et 
» en ayant fait son rapport au conseil 
)) privé, la vente d'icenx en futpermise 
" au libraire qui les avait fait impri- 
» mer, et eut entière délivrance et 
« main-levée de toutes les saisies qui 
-» avoient esté faites , après qu'on eust 
» remonstré et justifié que ses livres 
)» avoient esté corrigez et augmentez 
» par l'autheur depuis la première 
» impression fuite à Bourdcaux , en 
» l'an 1601 , et que par ces additions 
» et corrections il avoit esclaircy et 
)) fortifié, et en quelques liens adoiicy 
M ses discours sans avoir rien altéré du 
» sens et de la substance , ce qu'il 
» avoit fait paur fermer la bouche aux 
» malicieux , et contenter les simples , 
« qu'il les avoit fait voir par aucuns 
)' de ses meilleurs amis , gens clair- 
» voyans et nullement pédaus, qui en 
)) estoient bien édifiez et satisfaits , et 
)) que sans cela ils ne l'cstoient pas j 
» et que sur tout il se soubraettoit , 
)) et ses livres , à la censure et juge- 
» ment de l'église catholique aposto- 
)' lique et romaine. » 

Vous comprenez bien par ce narré , 
que l'édition de Paris 160^ n'est point 
conforme en toutes choses à l'édition 
de Bordeaux 1601. Celle-ci contenait 
des chosui qui furent . ou supprimées 



94 



CHARRON. 



dansTautre , ou adoucies et rectifiées. » tels que ledit seigneur, c'est-à-dire, 
Cela fit ({ue l'édition de Bordeaux fut » qui eussent l'esprit hardi , fort , gé- 
plus rechercliée par les curieux ; et de » néreux , relevé' , et nullement su- 
là vint que les libraires firent réimpri- » perstitieux ni populaire; ce qui a 
mer le livre en dwers endroits , sui- » este fait suivant son désir et inteu- 
l'ant cette édition-là (i4) , ce qui fit » tion (i6). » 

qu'un libraire de Paris procura une (H) Garasse a mis Chanson dans le 
édition où il ajouta à la fin du livre catalos^ue des athées les plus dan- 
tous, les endroits de la première qui gereux et les plus méchans. ] On ne 
avaient été retranchés , ou corrigés , vit jamais un acharnement aussi fu- 
et tous ceux que le président Jeanuin , rieux que le sien : on ferait un livre, 
commis par monsieur le chancelier a si l'on copiait toutes les injures qu'il 
la censure et examen de ce lii're , a vomies contre Charron , dans sa 
a\a\tju^és de^'oir être changés (i5). Somme théologique, dans sa Doctri- 
Celte édition , qui est de Paris 1607 , ne curieuse , etc. Contentons- nous 
a été suivie dans la léimpression de de ce passage : J'ai défini , dit - il 
l'ouvrage, à Rouen iGaa , et ailleurs : (17) , l'athéisme brutal, assoupi ou 
elle est sans doute préférable à la pre- mélancolique , une cerlauie humeur 
mière ; car ou y voit le livre tout tel creuse , qui a transféré le diogénisme 
que l'auteur l'avait corrigé et aug- dans la religion chrétienne , par la- 
menté pour la seconde édition, et l'on quelle humeur un esprit accoquiné 
y trouve déplus à part ce que celle de à ses mélancolies langoureuses, se 
Bordeaux avait de particulier. Toutes moque de tout , par une grai'ilé 
les procédures devinrent par-là inutiles, sombre , ridicule et pédantesque. 
(G)... De grands esprits... se mélè- Ceux qui ont lu la Sagesse, et les 

i-^nt de cette affaire il avait tou- trois Kérités , entendront bien ce 

jours souhaité d' avoir pour juges les que je veux dire par ces paroles ; car 

personnes de ce caractère. \ « Il avoif voila Vhumeur de cet écrivain naive- 

» bien senty et préveu de son vivant , ment dépeinte.... De notre temps , le 

» que son livre de la Sagesse, entre au- diable , auteur de l'athéisme , et singr 

« très, ne seroitpasle bien venu parmy des œuvres de Dieu , a suscité deux 

3) les esprits foibles et superstitieux, et esprits profanes , chrétiens en appa- 

» qu'il seroit censuré par les présomp- rence , et athéistes en effet , pour 

« tueux, rognes, affirmatifs, et fiers ré- faire a l' imitation de Salomon , UNE 

3) solus, gens testus, opiniastres,aheur- SAGESSE ou une SAPIENCE , 

3) tez , qui pensent tout sçavoir , et L'un Milanais (18), qui a composé en. 

3) estre les plus sages et ad visez de ce latin; Vautre Parisien, qui l'a fait en 

n monde , combien que pour la plus- sa langue maternelle ; tous deux 

3) part , ils soient les plus ineptes et également pernicieux , et grands en- 

3) ignorans,etdontaucunssonttouchez «e/Mzs </e Jésus-Christ , et lïe l'honné- 

3) de maladie presque incurable et sans teté des mœurs , comme nous veiTons 

3) remède. C'est pourquoy peu de mois en son lieu , au rapport et enl' examen 

3) auparavant son trespas , il dressa un de leursméchantes propositions .C est- 

3) petit traité de sagesse , contenant a-dire , en un mot , que ces deu.T, 

3) un sommaire de son livre, et une prévaricateurs ont tâché de faire voir 

3) apologie et response aux plaintes et 5'"^ '« vraie sagesse consiste au mé- 

3) objections qu'on faisoit contre ice- Z»^" de la religion et des bonnes 

3) luy, quia esté en l'an 1606 imprimé mœurs Teriullian disait un bon 

3) à part avec quelques discours chré- "'»* «" ehap. 14 de son Apologétique , 
3, tiens , par David le Clerc maistre ^^^^ jj,„g^ j^ pj^^^^ Chorron. 

3, imprimeur, qu il désira estre de- (,,) Garasse, Somme théologique, pa^. 6G, 

» dié à monsieur de Harlay premier 67. Dans son Apologie contre le prieur Ogier , 

3) président de la cour de Paris, p«^- ^Çj , 262 , i7 dit .- Charron est plus dan^e- 

1.1- „ I 1 'A' _ reux a la îeunesse et aux hommes du siècle qui 

3, sçachant bien que pour la detense „^ ,„„, ^.J^ médiocrement savans, que les livL., 

3> de ses livres , et pour en juger sans de Théophile et de Lucilio Vanino, d'autant 

3) passion, il avoit besoin d'hommes qu'il ilit plus de vilenies qu'eu», les dit avec 

quelque peu d'honnêteté, c'est-à-dire , d'autant 

(i4) Vorei TAvertissement aux lectenrs k Ve'- P''" danfjereusement qu'il se tient sur ses gardes, 

dition de Paris, 1607. et qu'on lit la Sagesse comme un livre dévot. 
(iS) Lii même. (18) C'esl-ii-dire , Cardan. 



CHARRON. 



qui me peut seivir eu ceci rJe garant ; 
car parlant de Marcus l^'aiTo , qu'on 
cslimait la sagesse îles Riimains , il 
fait i'oir , qu'en ses écrits , lesquels 
de bonne fortune et grâces « Dieu se 
sont perdus , il était plus athéiste et 
plus cynique que Menippus et Dio- 
gène , d' autant qu'il aidait écrit des 
alhéismes ai^ec quelque espèce d'hon- 
neur , de retenue, de l'raiseiublance ; 
iiu lieu que les autres a)ant écrit des 
impiétés , les ont rendues suspectes 
jiar la seule façon d'icrire. J'en dis 
le même de ces écrivains mélancoli- 
ijucs et languissons qui , sous le nom 
de sagesse , de l'entés , de discours 
catholiques , ont anéanti doucement 
le sentiment de la piété. L'abbé de 
Saint-Cyran n'abandonna point l'hon- 
iit'ur de Charron à la médisance en- 
venimée de ce criti(jiie : il prit son 
parti lorstpi'il releva les fautes de 
la Somme théologique de Garasse (19). 
.le me souviens entre autres choses 
qu'il se j)l;iif;nit de l'injuslice de ce 
censeur qui , abusant d'une faute 
d'impression , avait poussé l'invective 
d'une étranfje sorte. Toute la suite 
du discours de Charron montre qu'il 
•T voulu dire que Dieu agit tenipo- 
rellement 5 mai-; les imprimeurs, au 
lieu de temporellemenl , mirent te- 
mérairement. Voyez ce que je citerai 
ci-dessous du prieur Ogier. 

(J).... Cela regarde un certain de- 
gré de force que Pierre Charron at- 
tribue à ceux qui secouent entière- 
ment la foi de l'existence dii'ine. ] 
Pour bien juger de sa doctrine sur ce 
point-là , il faut peser toutes ses pa- 
loles , et ne retrancher ((uoi que ce 
■.oit de ce tpi'il a dit. Voici donc le 
passageaussientierqu'il le faut. «Geste 
" espèce d'athéisme (20) , première , 
.) insigne , formée et universelle , ne 
)i peut loger qu'en une âine estrême- 
" ment forte et hardie , 

i» JIU rohur et œs triplex 
» Circa peclus eral (') , 

)' forcenée et maniacle. Certes il sera- 
n ble bien qu'il faut autaut , et ( peut- 
» estre ) plus de force et de roideur 

(19) Voyez le IT^. tome de In .Somme (les 
faussetés capitales contenues eu ta Somme théo- 
logique (lu père Garasse, p(2^. ^4'' et suiv, 

(20) C*p\t-a-dire , de ceux tjiti tout à ptat 
nient la déilé, et par discours veulent rcsoudic 
n'^ avoir point du tout de Dieu. 

(*.) Horal. , W. / , 0.1. m, !■.(. 9 , .0. 



» d'ilme, à rebuter et résoluement se 
)) despoiiillcr de l'appréhension et 
» créance de Dieu, comme à bien et 
» constamment se tenir ferme à luy : 
» qui sont les deux extrémités oppo- 
» sites , liès-rares , et difllciles; mais 
» la première encor plus. Tout ce qui 
M est au mylieu est d'une force et 
» vertu médiocre , qui est de ne se 
» pouvoir desfaire de Dieu , toutes -fois 
)i laschement et nonchalamment .se 
}> tenir à luy. En quoy presque tous 
» sont loçez selon plus ou moins , par 
» une inhnité dedegrez.... A ferme- 
)' ment et inviolablement se tenir à 
» Dieu , est requise une très-grande 
>' force et attention d';1me tousjours 
» bandée et tendue , une très-excel- 
» lente et spéciale faveur et grîlce di- 
» vine , une continuelle assistencc 
i> du Saint-Esprit. Au contraire , se 
» desprendre , et du tout rejecter le 
» sentiment et l'appréhension de déi- 
» té , chose attachée à la mouelle de 
J> noz os , il y faut une monstrueuse 
» et enragée force d'Ame , et telle qu'il 
» est très-malaisé d'en trouver , qtiov 
» (jue s'y soyent cstudiez et eflbrcez 
)> ces grands et insignes athées , qui 
» d'une très-haute et furieuse audace 
» ont voulu secouer de dessus eux la 
» déité , et se despestrer de toute 
» supériorité. Mais les plus habiles , 
» qui s'y sont esvertuez , n'en ont ' 
» peu du tout venir à bout. Carcom- 
i> bien qu'estans à leur aise , et mais- 
» très de leurs discours, ils semblas- 
» sent gaignei- ce poinct en se gaudis- 
11 sant de toute imagination de Dieu 
)> et de religion; toutes-fois , avenant 
>i qu'ils fussent fort pressez . ils se 
» rendoyent comme petits enfans. S'il 
» se présentoit quelque grand et subit 
» prodige , monstre de l'ire de Dieu , 
» ils devenoient plus eflrayez et plus 
» pâlies ((ue les autres , se cachans à 
)) im esclair de tonnerre, à une tem- 
» peste. Et ainsi ne voulans confesser 
» une déité pour ne la craindre , la 
>i crainte des moindres choses la leur 
» faisoit confesser (21) ». Voyons à 
présent les paroles du censeur (32) ■ // 
avance par maxime , qiie la première 
el insigne espèce d' ntlieisme ne peut 
loger que dans une dme extrcmement 

C21) Cliarrun, au chap. III des trois Vérité-, 
pas;, m. li et i^. 

(i-i) Garasse, Apolog. ; chap, XXI , ptt§. ir,. 
203 et suiv. 



96 



CHARRON. 



orie et hardie , et qu'il faut plus de les grands et insignes athe'es, auenant 



force et de raideur à rebuter et re'so- 
lument se despouiller de l'apprétien- 
sion et cre'ance de Dieu , comme à 
bien et constamment se fouir ferme à 
luy. Et quoy qu'il tasche d'adoucir 
ceste proposition par locution trais- 



qu'Us fussent fort pressez , se ren- 
daient comme petits enjans. On peut 
donc dire que Garasse s'est battu con- 
tre son ombre ; il a prouvé ce que 
l'adversaire ne niait point , ce que 
Charron avouait form; llement. Lais- 



ireuse ■, je dis néantmoins quelle est sons donc là ce chapitre de la Somme 

meschante et dangereuse , pource thcologique , et la dernière partie du 

qu'elle hausse le menton h plusieurs passage que j'ai rapporté : considérons 

jeunes desbordez , qui flottent entre seulement l'autre moitié de ce pas- 



/leux eaux , n'ont encores assez de 
rase , pour se deffaire entièrement de 
la créance et de la crainte de la Di- 
i^inité. Car comme il n y a personne 
oui ne fust naturellement chatoudlé 
de ce désir d'estre réputé pour bon 
esprit , et fort puissant , s'il arrive 
que de jeunes estourdis et esbranlez 
tombent sur ceste proposition, comme 
ils ny tombent que trop , de libertins 



sag 

J'y trouve plusieurs défauts \ car 
en 1^". lieu , le jésuite a supprimé tout 
ce qui fait voir l'orthodoxie de Char- 
ron , tout ce qui sert à développer le 
vrai sens , tout ce qui peut guérir les 
mauvaises impressions que la maxime 
proposée en gros , et d'une manière 
crue , serait capable de former. En 
cela 



lieu , il appelle tout cela une 
ds se font athéistes enragez. Tout le locution traîlreuse ; or c'est une con- 
discours de Charron porte l'esprit de duite si lâche et si déloyale, qu'elle 
.ses lecteurs à ceste rage maniaque de devrait être soumise aux recherches 



.secouer la créance de Dieu , qui néant- 
moins n'est qu'une lascheté de beste , 
comme il se vérifie en tous les athéis- 
tes , qui meurent ou enragez ou pol- 
irons , ainsi que nous avons veu en 
la personne de Fontanier et de V a- 
ftino , lesquels , après avoir fait des 
bravades insolentes contre la Divi- 
nité , estant enprison , ne pouvaient 
.se saouler de faire des confessions 
feintes et sacrilèges , pour paroistre 
gens de bien. Notez que Garasse , dans 
sa Somme tliéologique , qui est un 
livre postérieur à l'apologie que je 
viens de citer , emploie toute une 
section (a3,) à réfuter ce sentiment de 
notre théologal. 11 allègue l'exemple 
de quel<jues pères de l église , qui ont 
témoigné un courage inébranlable : il 
soutient que l'athéisme ne procède 
que de lâLiieté ; il le soutient, dis je , 
en considérant 4es choses par une au- 



des lieutenans criminels. Il faudrait 
même établir des chambres ardentes 
contre les auteurs qui, par de tels coups 
de perfidie, déchii'ent l'honneur , la 
réputation ,1 a mémoire d'uu écrivain. 
Vous supprimez une chose , et vous 
ne laissuz pas de dire cpi'elle est traf- 
treuse. Il fallait la rapporter toute 
entière , et puis la qualilier ; mais vous 
avez mieux trouvé votre com[)teà sur- 
prendre les lecteurs , en interposant 
votre jugement sur un fait que vous 
ne leur montriez pas , et que vous 
étiez fort assuré que la plupart ne 
chercheraient point. Je dis en S*", 
lieu , que Garasse bâtit sur un mau- 
vais fondement , car il s'appuie sur 
ce principe : Quand même l'athéisme 
serait véritablement l'effet d' une gran- 
de force d'âme , il ne faudrait pas 
i' avouer , il faudrait ou supprimer 
cette vérité , ou avancer hardiment 



tre face , et selon des vues détournées l'opinion contraire , afin de ne donner 

tt qui ne combattent point directe- point Cenvie aux présomptueux de 

ment les notions de Charron ^ et il re- tomber dans un état qui est la marque 

vient aux dégaisemens timides des d'un esprit fort. 11 est manifesté par 

deux athées qui avaient été punis de l'objection «Je ce jésuite, que c'est 

mort depuis quelque temps. Celte ro- ainsi qu'il raisonne (24)- f*'' .j*^ laisse à 



futation n'est point solide , puis que 
Charron av;iit avoué nelteraeiit et 
précisément, 1° que pour élrc ferme 
dans la vraie foi de Dieu il faut yne 
très -grande force d'âme ; 2". que 

(aS) C^esi la section III de la, II'. partie du 
/". livre, pan. 4S et ju"'. 



juger à tout es]irit équitable , si c'est 
agir de bonne foi ; et si ce n'est pas 
introduire dans la religion une poli- 
tique purement humaine , et le grand 

(24) Conférez avec ceci , rAdditlon aux Pen- 
fées diverses sur les Comètes, pat;. 83, 84, e'dit. 
de 1694. yojes, aussi pag. ^4 > l^. 



CHARRON. 



97 



secret de l'art militaire ? Si ce n'est la prospérité' , et faibles dans l'adver- 
j)a5 enfin décider que pourvu que l'or- site : ainsi les qualitf's contraires qu'il 
thodoxie Iriouiplu; , il n'importe par leur attribue sont deux clioses qui su 
où ni comment ? Ne faudrait-il pas se succèdent l'une à l'autre. Ce n'est 
contenter de se conduire de la sorte ? donc pas se contredire que de les ad- 
Fauf-il de pins exigerde chaque auteur mettre dans un même sujet : la con- 
qu'il marche par cette route ? Ne sera- Iradiction suppose que les deux ter- 
t-il point permis à Pierre Charron de mes subsistent ensemble en même 
prefi'rer la sincéi'ite à l'ufilitc'? Pas- temps. Elle demande aussi qu'on les 
sons plus avant , et disons qu'il sui- aiKrme d'un même sujet selon la mê- 
vait les idées de l'honnête , sans met- me notion ; et de là vient (pTon peut 
tre l'utile en compromis. N'assurait il assurer sans se départir des règles des 
pas que l'athe'isme demandait une propositions contradictoires , que les 
âme i'orle, force nre et maniacle ; et mêmes personnes sont timides et bar- 
que cette force était monstrueuse et dies en même temps , timides par 
enragée , et une très-haute et furieuse rapport à certains objets, hardies par 
audace? Y a-t-il là de quoi tenter un rapport à d'autres choses. Cela se voit 
ambitieux? Et si cela peut leurrer tous les jours. 11 y a des gens d'une in- 
fpielqu'un , ne faut-il pas que ce soit trépidité extraordinaire , (jui pour 
l'esprit le plus mal tourné du monde , rien du monde ne voudraient coucher 
t't une ;1me dépravée au souverain dans une chambre, s'ils entendaient 
[).)int ? Des gens si perdus , si gâtés , dire qu'il y revient des esprits. D'au- 
<i incorrigibles, méritent - ils qu'en Ires y coucheraient hardiment tout 
leur faveur on ne dise pas les choses seuls, quoi([uc leur poltronnerie soit 
selon les idées qu'on croit les plus si outrée qu'une épée nue les fait fris- 
bustes ? Quand Cicéron avoua que sonner. L'intpiiétudccpii trouble ceux- 
Marc Antoine possédait beaucoup de là au sujet d'une bagatelle qu'ils au- 
force de corps (25), quand Tacite ront prise pour un mauvais présage , 
reconnut cette même qualité dans un cette incjuiétude , dis-je, qu'aucun 
petit-fils d'Auguste (26) , avaient- ils raisonnement ne peut dissiper , ne les 
■;ujetde craindre que leurs lecteurs ne empêchera point de se battre comme 
souhaitassent d'acquérircette force-là? des lions. Ceux-ci se moquant de tous 
N'était- elle point caractérisée d'une les mauvais augures fuiront comme 
façon à dégoûter? Or je vous demande un lièvre s'ils se voient atta<piés en 
si Charron n'a point employé un cor- nombre égal. Tel qui n'a pas le cou- 
rectif encore plus propre à inspirer , rage de voir saigner une personne , 
je ne dirai pas du dégoût , mais de ou de tuer un poulet , supporte les 
i horreur ? Notez "ici la maxime de plus cruelles douleurs avec toute la 
^aint Augustin , que la grande piété et constance imaginable, et attend la 
(pie la grande impiété sont aussi rares mort dans son lit avec une fermeté 
l'une que l'autre. Insania ista pau- héroïque. Un autre , cpii conserve son 
< orum est ; sicut enim magna pietas sang froid dans les périls les plus af- 
paucorum est , ita et magna impietas freux de la guerre, tremble de frayeur 
nihilo minus paucornm est ("i"]). Cela lorsqu'un médecin lui déclare (ju'il 
levient à peu près à l'une des propo- faut mourir. La force d'àme que Ton 
sitions de Pierre Charron. a décrite , quanti on a dit qu'un 
On croira peut-être qu'il s'est con- homme ferme ne s'étonne ni des me- 
t redit , ayant reconnu dans les athées naces d'un tyran, ni du péril du 
une grande force d'âme, et une fai- naufrage, ni du tonnerre , ni de la 
blesse puérile ; mais sûrement il a " ' 
t'ait cela sans tomber en contradic- 
tion, puisqu'il lésa considérés sous 
divers états. Il les croit forts pendant 



(25) Tu isLis faucibus , istis lateribus , i.sLd 
slaiitaiorid lotius corporis Jirniuate. Cîcero , 

iM.iiipp. II. 

(2G) Budein sani honarum artium , et robore 
roi ports slolidi ferocem. Tacil. , Annal. , lit). /, 

( ^7) Angustinus , aermone X d« veibis Uouiini . 

TOME V. 



foudre, et que les débris du monde 
tomberaientsurlui sans luifaire peur : 

Justuin , et tenncem propositi i-irum , 
Non civium ardor prava jubentiwn , 
Non vultus in.rtnnlis trranni 

Menle qunut solidd : nrque ausler , 
Dttx inquicti tuHndux Àdnre , 
Nec J'ulifimanUs magna Jo\'is maniis : 
Si fracLus illahatur orbis^ 

Impavtdum j'erienl niinee (ï8). 

(iS) Horat., od. ni , V!. I , Lb. III 



^S CHARRON. 

cette force , dis-ie , ne se trouve près- la torture. La force de son âme ne 
que nulle part dans toute son éten- s'est point tournée vers les objets du 
due ■ on n'en voit guère que des por- corps, mais vers les objets de l'esprit. 
tions. Il y a de belles âmes qu'aucune Une âme basse , capable de toutes 
promesse , ni aucune flatterie , ne sortes de lâchetés et d'infamies, uq 
peuvent faii-e sortir du chemin de la esclave de Cappadoce (3i) , le plus 
vertu; mais elles ne sont pas à l'é- grand poltron, et le plus grand co- 
preuve des menaces du cachot, ou de quin du monde , a quelquefois une 
tels autres mauvais traitemens. Il y en force surprenante pour résister aux 
a qui forment les plus nobles et les tourmens : la question ordinaire et 
plus magnanimes résolutions pour le extraordinaire la plus rude ne lui fait 
bien delà patrie. Tout est grand dans rien avouer ; mais combien y a-t-il 
leurs idées , tout y sent la générosité' d'honnêtes gens , et d'une probité ad- 
et la force, mais ils ne seraient point mirable , qui s'accuseraient plutôt 
capaWes de l'exécution : ils feraient eux-mêmes à faux, que de s'exposer à 
très-mal leur devoir dans une ville la gêne ? Combien y a-t-il eu de per- 
assiégée si on les mettait à la brèche; sonnes, qui avaient un attachement 
une peur très-involontaire s'empare- réel pour leur religion, qui entre- 
rait d'eux y et les ferait fuir avant couru à toutes sortes de déguiseraens 
même qu'ils s'en aperçussent distinc- et d'équivoques , et qui ont chicané 
tement. Le corps ne seconde point le terrain autant qu'il leur a été pos- 
l'âme de ces gens-là : une je ne sais sible dans les prisons de l'inquisition 
quelle disposition des organes , qui (3?.) ? La crainte du supplice démon- 
forme machinalement la timidité, tait leur âme, et suspendait toute la 
attère la partie supérieure , et lui fait force de leur piété. C'est ainsi que les 
perdre toute contenance (29). Il y a lois de l'union de l'âme et du corps, 
sans doute une hardiesse, ou une in- diversifient les hommes, 
trépidité d'esprit, qui est quelquefois Je remarque toutes ces choses, afin 
accompagnée d'une grande timidité deconcilierPierreCharronavecM.de 
de corps. Le courage et la force d'Hob- la Bruyère. Les espi-iis forts , dit ce 
bes ne se rapportaient qu'aux objets dernier (33) , savent-ils qu'on les ap- 
de l'entcudement. Il n'y avait guère pelle ainsi par ironie? Quelle plus 
de proposition ou de paradoxe qui grande faiblesse que d'être incertains 
l'étonnât , ou à quoi les scrupules de quel est le principe de son être, de sa. 
sa conscience succombassent ; mais le j^/e , de ses sens , de ses connaissan- 
plus petit péril du corps lui faisait ces , et quelle en doit être la fin ? 
peur. Montaigne , qui paraît si au-des- Quel découragement plus grand que 
sus des préjugés, et si bien fourni de de douter si son âme n'est point ma- 
la prétendue force de l'incrédulité, tière comme la pierre et le reptile^ 
avait une mollesse d'âme qui ne lui et si elle n'est point corruptible comme 
permettait pas de voir égorger un ces toiles créatures? lY'y a-t-il pas 
poulet sans déplaisir , ni d'entendre plus de for-ce et de grandeur a recc- 
patiemment gémir un lièi^re sous les l'oir dans notre espnt l'idée d'un être 
dents de ses chiens (3o). Ces variétés supérieur a tous les êtres ? etc- Ils 
dépendent du tempérament : ne nous ont tous deux raison : et leur diffé- 
étonnons donc pas qu'une personne , rence ne roule que sur les divers rap- 
qui a la force de secouerles opinions les ports du mot de force ; et je ne pense 
plus générales et les plus sacrées , ait pas que M. de la Bruyère eût nié à 
la faiblesse de trembler à la vue d'un Charron , que les athées n'aient de la 
bourreau et de recourir à mille dé- force au même sens que ce frénétique 
guisemens pour éviter les douleurs de qui rompait toutes les chaîne dont 

(îg) On en peut dire comme de la débauclie : (3i) Voye* tome If^ , P'^S- 4'3 , l'ai'ticlf 

Quin corpus onustuin Cappadock , citation (19). 

Hesleiins viliis animum quoque priEgraval (i-z) Je nie sers ici de ce mot pour de'signei 

"na , en gênerai des tribunaux qui ont condamne' au 

Jlque fiffigil humi divinœ parliculam aurœ. supplice pour cause de religion- 
Boni., sat. Il, w. 77 , lib. II. (33) La Bruyère, Caractères Ae ce siècle, 

(3o) MoDlaigoe , Essais, liv. Il, chap. XI, pag. 666, c'dit. de Paris, 1694. Ployez aussi tes 

png. m. 171. Pensée* Jiverses sur les Cooièles , pag. ^lï. 



CHARRON. 



99 



•jn le chargeait , et que personne ne 
pouvait dompler(34). Quant au reste, 
la précantion que Garasse aurait vou- 
lu que l'on gardiU ne pourrait pas 
servir de beaucoup; car on ne cor- 
rige pas aisément les idées qui font 
juger dans le monde que, puisque la 
peur d'une salière renversée est une 
faiblesse, c'est une force que de se 
mettre au-dessus de cette peur, et 
ainsi des autres choses de degré en 
degré. On ne corrigerait point les 
gens sur ce chapitre , quand même 
tous les auteurs s'abstiendraient soi- 
gneusement de donner le nom de for- 
ce à ce tour d'esprit. Les impies en 
appelleraient à leur patriarche Lu- 
crcce. 

Humana anle ociilos fade cum vita jacerel 
In terris oppressa ^ravi sub relligione 

Prim'itin Graius homo morlaleis lollere contra 
Est ociilos ausus, priinusque obsistere contra: 
Client neejama Deiiin , nec fulmina , nec mi- 

nttanli 
iUiirmtire cornpressil cœlum , sed eà magis 

acrein 
f'irtulem irritât animi , confringere ut arcta 
Nnturœ primus portaruin claustra ciipiret. 

Quarr relligio pethbus subjecta ficissini 
Ol'lerilur, nos exœquat yictoria cœlo (35). 

(R) Ses censeurs n'ont pas pris 
garde aux auis qttil ai'dil donnés , et 
qiti étaient si capables de les détour- 
ner des jugeniens téméraires. ] Com- 
me Charron n'est pas le seul qui ait 
besoin de faire senlir aux critiques ce 
qu'ils doivent distinguer , s'ils veu- 
lent être écpiitabîes , je rapporterai 
mot à mot l'avertissement ((u'il leur 
donna. <t Bien veux-je advertir le 
» h-cieur qui entreprendra de juger 
» de cest œuvre . qu'il se garde de 
» tomber en aucun de ces sept mes- 
» comptes, comme ont fait aucuns en 
» la première éJllion, qui sont de 
» rapporter au droict et devoir, ce 
j) (|ui est du fait : au faire, ce qui est 
» du juger : à résolution et dctermi- 
j) nation , ce qui n'est (|ue propose , 
■n secoue , et disputé problématique- 
j) ment et académiquement : à moy 
j) et à mes propres opinions , ce qui 
)> est d'autruy , et par rapport : à 
» Testât , profession , et condition 
)) externe , ce qui est de l'esprit et 
>> sisllisance interne : à la religion et 

(34) Évangile selon saint Marc , chap. V i 
i-s. 4. 
JiSj Luctct. , lib. /, fs. G3. 



)) créance divine , ce qui est de l'opi- 
» nion humaine : à la gr.lcc et opé- 
)) ration surnaturelle , ce qui est de 
» vertu et action naturelle et mo- 
» ralle. Toute passion et préoccupa- 
» tion ostée , il trouvera en ces sept 
» poincts bien entendus , dequoy se 
■) résoudre eu ses doutes, dequoy res- 
» pondre à toutes les objections que 
)) îuy mesme , et d'autres luy pour- 
)) roient faire, et s'esclaircir de mon 
j) intention en cest œuvre. Que si en- 
» core après tout , il ne se contente et 
>) ne l'approuve , qu'il l'attaque har- 
« diment et vivement ( car de mes- 
)) dire seulement , de mordre , et 
)) charpenter le nom d'autruy , il est 
)) assez aisé , mais trop indigne et 
» trop pédant ) il aura tost ou une 
)) franche confession et acquiesce- 
» ment ( car ce livre fait gloire et 
» leste de la bonne foy et de l'ingé- 
)) nuité ) , ou un examen de son im- 
j) pertinence et folie (36). » Ce qu'il 
venait de dire est trop beau pour ne 
devoir pas être inséré dans cette re- 
marque : une infinité de lecteurs y 
apprendront leur devoir ; ils y ver- 
ront de quel esprit il faut être revê- 
tu , lorsqu'on veut juger d'un livre 
qui n'est point biUi selon le goût gé- 
néral, ou selon les préjugés de la 
multitude, c'est-à-dire, où l'auteur 
étale sans dogmatiser, ni chercher à 
faire secte , les pensées qui lui vien- 
nent. Aucuns trouvent , c'est Charron 
qui parle (3^) , ce livre trop hardi et 
trop libre à lieurter les opinions com- 
munes , et s'en offencent. Je leur ré- 
pons ces quatre on cinq mots. Pre- 
mièrement , que la sagesse qui n'est 
commune , ni jiopiilaire , a propre- 
ment cette libeHe et authoyilé , jure 
suo singulari , déjuger de tout (c'est 
le privilège du sage spirituel , spiri- 
tualis omnia dijudficat , et à nemine 
judicatur ) et , en jugeant , de censu- 
rer , condamner ( comme la pluspart 
erronées ) les opinions communes et 
populaires. Qui le fera donc ? Or ce 
faisant ne peut qu'elle n'encoure la 
mal-grace et l'envie du monde. D' ail- 

(Vi) Charron , préface des livres de la Sagesse, 
à la seconde édition. VoycT. aussi la piéface de 
son petit Traité de la Sagesse , vous r trouvères, 
les mêmes paroles. Le prieur Ogier , dans sa 
Censure de la Doctrine curieuse du père Garasse, 
pag. i5i , i5ï, les allègue pour disculper 
Charron. 

(Ï7) irt même , folio B verso. 



100 CHARROI*. 

leurs, je me plains d'eux, et leur regard de ses mœurs, ajoute-t-il . 

reproche ceste faiblesse populaire et com^ersation de t^ie , et actions tant en 

délicatesse féminine , cojjwie indigne priué qu'en public, il n'en sera ici 

et trop tendre pour entendre chose écrit autre chose , sinon qu'il se con- 

qui v'aille et du tout incapable de sa- formait du tout aux règles et offices 

sesse : les plus fortes et hardies pra- qui sont compj'is dans les 12 chap. de 

positions sont les plus séantes à l'es- son second lii^re de Sagesse , et la 

prit fort et relevé, et il n'y a rien pratiquait fort exactement : Et de 

d' estrange a celuy qui scait que c'est quelle religion et créance il estait , en 

que du mande. C'est faiblesse de font assez de foi ses lit^res des trois 

s'estonner d'aucune chose, il faut f^érités ... et ses Discours chrétiens , 

roidir son courage , affermir son âme, qui ont esté imprimés depuis son de- 

V endurcir et acerer àjoujT, scavair , cez, et font un juste i^olume Sa 

entendre , juger toutes <:hoses , tant bonne conscience paraist aussi àanshi 

estranges semblent-elles : tout est sor- manièi-e dont il possedoit , ou quil- 

table et du gibier de l'esprit , mais toit ses bénéfices. Sa piété éclate dans 

qu'il ne manque point h soy mesme •■ le testament qu'il escriuit de sa maui 

mais aussi ne doit-il faire , ny con- le 5o janvier 1602, par lequel ■ 

sentir qu'aux bonnes et belles , quand après avoir rendu grâces très-humbles 
tout le monde en parlerait. Le sage h Dieu des biens qu'il avait receus de 
monstre également en tous les deux lui en sa vie , l'avoir très-instamment 
son courage : Ces délicats ne sont supplié au nom de son infinie et in- 
capables de l'un ny de l' autre , foi- compréhensible bonté , miséricorde de 
blés en tous les deux. Tiercement, en son fils et bien aimé JYostre-Seignetir 
tout ce que je propose , je ne prétends et Sauveur Jésus-Christ , et de tous 

Y obliger personne ,je présente seule- ses mérites Tnultipliez et respandus par 
ment les choses , et les estalle comme tous ses membres les saints éleus, de lui 
sur le tablier. Je ne me mets point en octroyer pardon , grâce , et rémission 
cholère si l'on ne m'en croit, c'est à de ses offenses y le vouloir prendre et 
faire aux péd ans. La passion tesmoi- tenir pour sien , l'assister et conduire 
gne que la raison n'y est pas ; qui se par son Saint Esprit, tant qu'il sernif 
tient par l' une à quelque chose, ne en ce monde, le conserver et faire 
s'y tient pas par l'autre. Mais pour- persévérer avec ban sens en son amour 
quoY se courroucent- ils ? Est-ce que et service, et au point de sa mort rc- 
je ne suis pas par tout de leur advis? cevoir son esprit a soy, en la compa- 
je ne me courrouce pas de ce qu'ils gnie et au repas de ses bien- aimés, 
ne sont pas du mien. De ce que je dis et inspirer tous ses saicnts cleiis de 
des choses qui ne sont pas de leur prier et intercéder pour lui ; il lègue 
soust ny du commun? et c'est pour- entre autres choses h l'église de Con- 
quoy je les dis. Je ne dis rien sans dom 300 livres tournois, s'il est en- 
raison ; s' ils la scavent sentir et gou- terré en icelle , à la charge qu'au 
ster, s'ils en ont une meilleure qui jour de son déceds , tous les ans il se- 
détruise ta mienne , je l' escauteray roit dit une messe haute en son inten- 
avec plaisir et gratification à qui la tian , et une absolution sur sa fosse: 
AVa. J'exhorte tous mes lecteurs à me- Davantage il donne aux pauvres esco' 
diter profondément sur ces deux pas- Uers , et filles à marier deux nul 
sages. quatre cens escus , dont la rente se- 
lf.) Il est aisé de pi'ouver , tant par roit annuellement et perpétuellement 

ses écrits que par ses actions, qu'il distribuée, moitié a trois ou quatre 

ne doutait point des vérités du chris- escaliers, et l'autre moitié à trois, qua- 

/(anwme. ]« Son innocence , naifveté tre , ou cinq pauvres filles. Joignez 

i) et candeur de ses mœurs , et sa à ceci : 1°. le désir ardent qu'il eut de 

» preud'horamieaccompagnéedepro- se confiner dans un monastère selon 

» bité, ont enfin vaincu et surmonté le vœu qu'il en avait fait ; 2°. la pré- 

3) les calomnies et mesdisances de ses caution de s'assurer de la décision de 

» adversaires. » ("est ainsi que parle trois casuistes , avant que de se ttiiii 

l'auteur de l'Éloge (38). Pour !e pour quitte de ce vœu-là (Sg). Peut- 



(38) Eloge (le Charron. Vorez ainsi l'e'pîdv 
drdiculvire Uu yjftU l'raité de la Sagesse* 



on assez s'étonner qu nu tel ptrson- 
(Sy^ yujci la remarque (A' 



CHARRON. loi 

n.T^e soit diffamé comme un curie- autre nuUu , toutesfois il faut disiin~ 

uii du christianisme , et comme un i;ucr. Quant a la réception, la pre- 

alliee? N csl-ce {ioint-là un ell'ct vi- nucre et générale pubticalioii et in- 

sible et déplorable , ou de la mali- stallation d'icelles a ente Domino coo- 

"nite , ou de la faiblesse de Tesprit pcrante, sermonem contirmaute se- 

iiumain ? Voici des vers du prieur quentibus sIgnLs , dii'ine et ndracu- 

l)"ier contre le père Garasse en faveur leuse. Un peu auparavant n'avait -il 

Je Ciiarron : point dit (jue les mescroyans et irre- 

Damiialuràc Charro ries doctusquf.Garasso (igieux SOnt ieh pour ce qu'ils COn- 

Execriiore , lUque puer cuna'jtUa fandi sullenl et escoulcril trop leur propre 

f^ix habel , el, pnince lallat ducuineiUa^ lUi- 



Quamvis snttcla ejiis toi adhuc eccle.tia verhis 
PersoneL eloquii, verique m tripUce libro 



jugement , l'oulans examiner et juger 
des affaires de la religion , selon leur 
portée et capacité , et la iraitler par 

FurtUer hcerrUcx frangat inendacia sec- l^uyg outils propres et naturels. Il 

'" vW- ^ ^ Jaut eslre simple , obeys^ant , et dé- 
La prose de cet écrivain est encore bon nair-e pour estre propi^ ii recevoir 
plus glirieuseà Pierre Charron. Lisez religion, croire et se mainUnir sous les 
le chapitre XI de son Jugement de la [oix , par révérence et obeyisance , as- 
Doctriue curieuse; vous y trouverez sujettir son jugement et se laisser me 
la Kéfutatiou de Garasse sur les preu- „(,,. ^i conduire a iaulhorité publi- 
ées prétendues de l'athéisme du théo- que . Captivantes intellectum adobsc 



logal de Condom. Lisez aussi la ré- 
piiijue de Garasse (4i) : elle servira 
autant qu'aucune autre chose à mon- 
trer sa témérité ; car tout ce qu'il 
cite de Charron est ou vérilable , ou 



quium fidei (43). Ces paroles lui peu- 
vent servir de bouclier conli* tous les 
traits de ses ennemis ; car si vous lui 
objectez qu'il fait des remarques qui 
donnent atteinte à la religion , et qui 



mal rapporté, ou peut souflVir un bon témoignent qu'il était plus persuadé 
-eus. de la force de ses remarques, que des 

Mais , dira-t-on , cet homme-là n'a- \érités qu'elles attaquent , il peut 
t-il point dit que tous les hommes se vous répondre , je serais tel que i-ous 
lantent à tort d'avoir une religion dites , si je me réglais sur les petites 
qui vient de Dieu ? Voici ses paroles : lumières de ma raison; mais je ne me 
Il faut que les religions soient ap- fie point a un tel guide, je me sou- 
portées et baillées par rét^élation mets il l' autorité tle Dieu , je captive 
extraordinaire et céleste , phases et mon entendement a l' obéissance de 
receues par inspiration divine , et la foi. 

comme venant du ciel. Aitui aussi (M) J'adniiiv que M. Moréri ait 
disent tous qu'ils la tiennent, et la pris le parti de Chan'on.l 11 l'a pris 
croient, et tous usent de ce jargon , avec chaleur, et jusques à dire que 
que non des hommes , ni d'aucune Dupleix s'emporte brutalement (44) ^ 
créature , ains de Dieu. Mais adiré son ordinaire. Cette expression me 
vrai, sans rien flatter ni desguiser , semble trop forte: Dupleix, parlant 
il n'en est rien. Elles sont , quoi qu'on Jes Begards , dit (45) qu ils croyaient 
dise , tenues par mains et vioiens qu on ne pouvait faillir en suivant la 
humains {'^'i). Je réponds que dans la nature; « et qiCen sa jeunesse il avait 



seconde édition il excepta la religion 
véritable. Ce qui est vrai en tout sens 
des fausses religions , contiuue-t-il , 
n'estans que pures inventions humai- 
nes ou diaboliques : les urayes , com- 
me elles ont un autre ressort , aussi 
sont elles et receues et tenues d'une 

(4°) Voyez le Jugement et Censure Ae la 
Doctrine curieuse , imprimé à Paris , 1623 , ci 
la page 169. 

(4i> Cesl-a-dire, jon Apologif contre l'auteur 
de la Cen>ure de la Doctrine curieuse , chap, 
XXI et XXII, pag. 259 et suiv. 

(4»' Charron, de la Sagesse , liv. II, chap. 
V, pag. m. 386. 



qu en sa je 
)) connu familièrement Pierre Char- 
» ron, théologal à Condom , qui était 
» préoccupé de semblables erreurs , 
u et les prêchait dans ses semions , et 
T> qu il a.vait beaucoup d'autres opi- 
V nions dangereuses , dont il avait 
» glissé quelques-unes parmi les fo- 
» lies de sa Sagesse libertine. » f^odà 
un grand outrage que cet auteur fait 

(43) Là même, pag. 385. 

(44' O" " ôté ce mot avec raison dans le Mo- 
réri de IfvUande. 

(45) Sorel , Bibliotb. franc. , pag. 94 > citant 
i'Histcirede Dupleix ioui Charles-le-Èel. 



102 CHARRON. 

a Charron. Il y aidait eu peut-être (0) Il faudra dire quelque chose 
quelque querelle entre eux, ce qui le de ce que le sieur Sorel obseive tou- 
faisait parler awec tant d'animosité, chant notre auteur.^ Il dit entre au- 
Ces paroles sont de Sorel (46) : il s'e- très choses qu'il y a des gens qui assu- 
chauffe trop lui aussi ; ne comprenant rent que Chanson est plus dangereux 
pas que Dupleix avait plus en vue que Montaigne, qui était un caualie?; 
d'avancer une antithèse , et une poin- parce que , pour lui , étant docteur en 
te, que de dire des injures bien cho- théologie , et prédicateur , on lit son 
quantes. Notez que M. Moréri racon- /<Vre comme une pièce receuahle pour 
te très-naal ce qui concerne l'envie l instruction chrétienne , et que ce- 
qu'eut Charron d'être chartreux. Il pendant il a de très-mauvais senti- 
B'explique point pourquoi l'âge de mens de la religion (48). Sorel en rap- 
quarante-sept ans y fut un obstacle , porte deux ; mais comme il abrège 
et il suppose que Charron ne se con- trop les paroles de l'original , je me 
sacra à l'ëtat ecclésiastique , que de- réserve à les donner dans toute leur 
puis le vœu inutile du monacat. Ce- étendue à la fin de cette remarque, 
la est très-faux. On répond a ceci, pousuit-il , que 

(N) // semble que la taille-douce , Charron faisait profession de parler 
qui est au-dei'ant de sa Sagesse , soit auec franchise selon ses pensées , et 
une figure fai'orahle aux pyrrho- que , si ayant l' intention bonne on 
niens. \ Charron fit représenter , sur explique toutes ses paroles en mau- 
l'inscription de son livre , la Sagesse ^'aise part , il n' est point coupable de 

par une belle femme toute nue cette faute. Disons en passant qu'un 

au i'isage sain , masle , riant . . . les auteur laïque et sans caractère doit 
pieds joincts sur un cube : sur sa teste jouir d'une plus grande liberté de 
une couronne de laurier et d'oliy'ier , dire tout ce qu'il pense qu'un doc- 
c'est victoire et paix ; un espace ou tenr en théologie , qu'un prédicateur , 
uuide a l'entour qui signifie liberté, qu'un professeur j car on présume 
^ son costé droict ces mois je ne sçai que de telles gens n'avancent rien que 
rjui est sa devise , et au costé gauche sur le pied de leçon , et qu'ils souhai- 
ces autres mots paix et peu qui est la tent de persuader leurs sentimens. 

devise de l'auteur ^u- dessous Dès lors on suppose qu'ils ont bien 

r a quatre petites femmes , laides , examiné leurs dogmes ^ et quand on 
chetiues , ridées , enchaisnées , et songe à leur caractère, on se laisse 
leurs chaisnes se rendent et ahou- facilement entraîner au poids de l'aii- 
îissent au cube qui est soubs les pieds torité. Mais si l'on songe que c'est un 
de la Sagesse , qui les méprise , con- laïque non titré qui parle , on ne s'en 
damne et foule aux pieds , desquel- ébranle point; on regarde ses opi- 
les deux sont du costé droict de l'in- nions particulières comme des enfans 
scription du livre, scavoir , Passion exposés , et par conséquent son pyr- 
et Opinion. La Passion ?naigre , au rhonisrae ne tire pas à conséquence. 
visage tout altéré:^ l'Opinion, aux II est donc vrai que le venin qui pour- 
yeu.x esgarez , volages , estourdie , rait être dans les écrits de Montaigne 
soustenue par nombre de personnes , serait sans comparaison moins dange- 
c'est le peuple. Les deux autres sont reux que celui qui se trouverait dans 
de l'autre costé de l'inscription : sça- les livres de Charron. J'ai parlé ail • 
uoir, Superstition au visage transi, leurs d'une chose que Sorel a obser- 
joignant les mains comme une ser- vée, c'est qu'un médecin, nommé 
vante qui tremble de peur •" lit la Chanet , soutint contre Charron que 
Science, vertu oupreud'hommie artifi- les bêt^s ne raisonnent pas. Il ajoute 
cielle , acquise , pedantesque , serve que quelqu'un (49) a dit que Charron 
des loix et des coustumes , au visage n'était que le secrétaire de Montaigne 
enflé, glorieux, arrogant, avec les et de du f^air. En effet Charron a 
sourcils relevez, qui lit en un livre , pris beaucoup de sentences phitoso- 
oiiy aescrit, ooy, non (47). phiques mot pour mot des Essais de 

. _ Montaigne , et sa description des pas- 

(46) C'est de lui que Moiéri a tiré presque 

tout l'article de Charron. (48) Sorel, Blbliotb. franc. , pag^. (p. 

(47j Tiré de l'explication de lafigurt à la (/jg) C'est Balzac , si nous en croj'oiis Moréri 

fin di la préface du liyrt de U Sagesse. dans l'arlule de Pierre Charron. 



CHARRON. 



io3 



sions est toute entière de M. du f'iiir. qui descouvre mieux Infoihlesse liu- 
II observe qu'tV y a eu beaucoup de niauie ejue la religion? h avintiironyc 
gens d'honneur et de probité (jui ont cela par rÉcriture et par des notions 
tenu le parti de Charron {5o). Le sa- évidentes. Tout cet endroit fut con- 
fant Naudé a dit dans sa Bibliothë- serve dans Tedition qu'il corrigea , 
que , « Qu'il l'estimaU tant qu'il le et qui fut examinée après sa mort. 
)) préférait a Socrate ; que Socrate D'où nous pouvons recueillir qi'cQ 
j) nui'ait parlé a ses disciples que plusieurs rencontres on ne paraît he'- 
)) confusément, et selon les occurrin- réticpie (jiie parles manières de s'ex- 
» ces , au lieu que Charron ai'ail /v- primer. Otez certains mots qui sem- 
)) duit la sagesse en art, ce qui était blent être trop crus, employez-en 
)> une œuvre divine; et que si en quel- d'autres qui signifient la même chose, 
V ques endroits il parlait comme Se- mais qui sont moins brusques, vous 
}) ncque et Plutarque , il les menait passerez de la réputation d'herëtique 
5) toujours plus auant qu'ils n'avaient à celle d'un vrai fidèle ; l'impressicii 
i> voulu aller. » Enfin il ne faut pas de votre ouvra;;e ne sera plus inter- 
vroire qu'un homme de bonnes mœurs, dite, on en ])cnnettra le débit. Dans 
comme Charron, dont la vie était le fond, cette thèse du théologal 
sans tache , et qui était dans une mo- prouvée et développée de la manière 
dération exemplaire , ait eu aucune qu'elle paraît dans son livre , est très- 
mauvaise intention dans ses écrits. 
Cette conclusion est infiniment meil- 
leure que la traduction du latin de 
Gabriel Naudé. Voyez au bas (5i). 

Kapportons les deux passages que 
j'ai promis. « Il faut quelquefois legi- 

» timer et authoriser non seulement 

3) les choses qui ne sont point bonnes, 
mais encores les mauvaises, comme 



véritable. Voici le second passage 
« L'immortalité de l'ilrae est la chose 
» la plus universellement , religieu- 
)) sèment et plausiblement receue par 
)) tout le momie , (j'entends d'une 
» externe et publique profession , non 
)) d'une interne, sérieuse et vraye 
» créance, dequoi sera parlé cy après 
)> {*) ,) la plus utilement creue, la 
3) si pour estre bon il falloit estre un » plus foiblement prouvée , et esta- 
3) peu meschant. Et ceci se void non » blie par raisons et moyens hu- 
3) seulement au fait de la police et n mains. » Ces paroles se lisent au 
» de la justice , mais encores en la chapitre XV du P^ livre de la Sa- 
■» religion, qui monstre bien que toute gesse, à l'édition de Bordeaux : elles 
il la cousture et conduite humaine furent rectifiées de la manière que 
5) est bastie et faite de pièces mala- vous allez voir. IJ immortalité de 
1) dives. » Voilà le premier : vous le l'dme est la chose la plus universelle- 
trouverez au chapitre IV du 1". U- vient, religieusement {c'est le pria- 
vre de la Sagesse, à la page iS de dpal fondement de toute religion,) 
l'édition de Bordeaux i6oi. L'auteur et plausiblement retenue par tout le 
retrancha les dernières lignes dans monde : j'entens d'une externe et 
l'édition de Paris i6o4- H s'arrêta publique profession; car d'une sé- 
ayrès A\oiT dit (S'ï) et ceci se void par- rieuse, interne et vraye , pas tant, 
tout en la police , justice , vérité et re- tesmoin tant il épicuriens , libertins 
ligion. Mais notez qu'il n'èta rien de 
ce qu'il avait avancé pour la preuve 
de sa thèse. Après tout , avait-il dit , 

(5o) Sorel, Bibliolh. franc., pag. qS , 96. 

(5i) Voici le< paroles de Naudé, pag. m. i3 
de la Bibllograptiie politique. Pelrtii Charon- 
das vel hoc ipso Socrate sapienlior œstiinandu! 
vrnit, quiid sapieiUiœ ipsius prœcepta priin 



et mocqueurs .- "Toulesfois les Sadu- 
céens, les plus gros milours des Juifs, 
n'enfaisoientpointlapetiteboucheiila 
nier : la plus utilement creue, aucu- 
nement assez prouvée par plusieurs 
j'aisons naturelles et humaines , mais 
proprement mieux eslablie par le res- 
sort de la religion , que par tout 

ijiiod sciam , admirabiti prorms mrlhodo , doc- autre mO)''e/l (53). Après Cette COr 



trind , judicio in artem redujcerit. Sanè ejus li- 
ber et Arislolelem nobis exhibel , et Senecam , 
et Plularchum , ac diiinius eliain aliquid prie 
se- l'erl , quiiin aniiijuioribus cunctis el recenlio- 
rihusJuerU concessuin. l\ esl évident que Sorel i 
perverti la pensée de Naude. 

(32) Au chapitre XXXFIII du 7". livre , 
j>ag. m. 18S. 



rection , il ne restait nul bon prétexte 
de murmures ; car on serait très-in- 

(•) Liv. Jî, chap. y. 

\^Z) Charron, de la Sagesse, lio. 1, chap. 
Vtl de l'édition de Paris , 1604 ; c'est fige 63k 
de l'édition de Rouen , 1623. 



[oA 



CHARRON. 



juste de blâmer un homme qui décla- 
rerait que les plus forts argumens qui 
le convainquent de l'immortalité de 
l'âme sont ceux qu'il tire de la parole 
de Dieu. C'est de quoi je parle ample- 
ment dans l'article de Pomponace. 
Avant la correction , on ne se pouvait 
justement plaindre que du préjudice 
qu'un tel aveu pouvait causer, non 
pas à l'égard des simples , dont la foi 
quant à ce dogme n'est fondée que sur 
la révélation (54) , mais à l'égard des 
libertins qui se pouvaient prévaloir 
de l'autorité d'un ecclésiastique si 
célèbre. Il semble après tout que ce 
préjudice n'était pas à craindre ; car 
les libertins savans se soucient peu 
qu'un théologien avoue que les preu- 
ves philosophiques de l'immortalité 
de l'âme ne sont point fortes. Ils n'i- 
gnorent point qu'une telle confession 
n'avance point leurs affaires , pendant 
que les preuves tirées de l'Ecriture 
sont aussi démonstratives qu'elles le 
sont. Ils savent bien que les hypothè- 
ses d'Aristole (55) sur la mortalité 
et la matérialité de l'âme des bétes , 
et sur la distinction réelle entre le 
corps et l'étendue (56) , énervent 
toutes les raisons naturelles de la 
spiritualité de notre âme. Qu'on l'a- 
voue ou qu'on ne l'avoue pas , ils sup- 
posent que la chose n'en est pas moins 
claire. Encore aujourd'hui, ils s'opi- 
niâtrent dans leurs préjugés, parce 
qu'ils voient que les fortes preuves 
que la nouvelle philosophie a données 
de l'immortalité de l'âme conduisent 
à l'un ou à l'autre de ces deux abîmes, 
ou que l'âme des bêtes est immortelle, 
ou que les bêtes sont des automates. 

(P) // n'éneivait point les dijjicultcs 
des libertins. J'en donnerai un exem- 
ple qui se rapporte aux divisions des 
chrétiens. } « C'est à la vérité chose 
« eslrange , que la religion chres- 
« tienne , qui estant la seule vraye 
■ au monde , la vérité révélée de 
« Dieu , devroit estre très-une et unie 

(54) Le peuple ne connaît point les argumens 
de philosophie pour l'immortalité' de Vâme. 

(55) Selon qu'on les expliquait au temps de 
Charron dans tes académies catholiques, et 
dans les acade'mies protestantes , ils reconnais- 
saient les catégories d'Arislote; ils croyaient 
donc que la quantité' e'tait distincte de la matière, 
comme l'accident est distinct de la substance. 

(56) Les pe'ripate'liciens protestons ont bien 
soutenu que la quantité' actuelle e'tait inse'para- 
ble du corps , mais non pas qu'elle en fût 
l'esicncc. 



« en soy , comme il n'y a qu'un Dieu 
» et qu'une vérité, soit toutesfois des- 
« chirée en tant de parts, et divisée 
" en tant d'opinions et sectts con- 
» traiies^ tellement qu'il n'y a article 
» d.' foy , ny point de doctrine , qui 
)' n'aye esté débattu et agité diverst- 
« ment , et n'y aye eu des hérésies et 
» sectes contraires. Et ce qui le fait 
» trouver encores plus estrange est , 
» qu'es autres religions fausses et bas- 
» tardes, gentile, payenne , judaïque, 
)) mahumetane, telles divisions ny 
» partialitez ne s'y trouvent. Car 
)) celles qui y sont ou elles sont en 
» petit nombre , légères et peu im- 
w portantes , comme en la judaïque et 
)) mahumetane : ou si elles ont esté 
« en nombre , comme en la gentile 
» et entre les philosophes , au moins 
» n'ont-elles point produit de fort 
•n grands et esclatans eflécts et re- 
» muemens au monde j et n'est rien 
)) au regard des grandes, pernicieuses 
» divisions , qui ont esté dès le com- 
)) mencement et tousjours depuis en 
» la chrestienté. Car si nous regar- 
)> dons aux effects qu'ont produicts les 
j) divisions de la chrestienté , c'est 
» chose effroyable. Premièrement tou- 
•» chant la police et Testât, il en est 
» avenu souvent des altérations et 
» subversions des republiques , des 
■n royaumes et des races , divisions 
)) d'empires, jusqu'à un remuement 
» universel du monde , avec des ex- 
» ploits cruels , furieux et plus que 
» sanglans , au très-grand scandale , 
)> honte et reproche delà chrestienté: 
)) en laquelle, sous titre de zèle et af- 
» fection à la religion , chasque parti 
» hayt mortellement toutes les autres, 
» et luy semble qu'il luy est loisible 
» de faire tous actes d'hostilité. Chose 
» qui ne se voit es autres religions. 
» 11 est permis aux seuls chrestiens 
)) d'estre meurtriers , perfides , trais- 
» très et s'acharner les uns contre les 
M autres par toutes espèces d'inhuma- 
» nité contre les vivans , les morts , 
)) l'honneur, la vie, la mémoire, les 
M esprits , les sepulchres et cendres , 
» par feu , fer, libelles très-piquans , 
» malédictions, bannissemens du ciel 
M et de la terre , deterremens , brus- 
» lemens d'os et reculement de l'au- 
M tel : et ce sans composition , avec 
» telle rage , que toute considération 
h de parenlage , aliance , amitiez , 



CHASTEL. ïo5 

» mérite, obligation est mise eu ar- » Prévarication desloyale et ordin;iire 
)' riere : Et celiiy estoit hier eleve de >, à ces deux écrivains (fio). » 11 est 
» louanges ius((iraii ciel, et publie très-faux i|ue Charron fasse cela ; car 
» grand , savant , vertueux, sage , se a|)rés avoir proposé lldèlement les ob- 
» mettant aujourd'huy d'autre parti, jeclious des athées , il les réfute avec 
» est presché , escrit , proclamé igno- beaucoup d'application et avec beaii- 
w rant , mal heureux. Là se montrent coup de solidité. Mais voilà ce qui dé- 
>' le zèle et l'ardeur a sa religion j plaît aux auteurs vulgaires, et même 
» hors de là par-tout ailleurs en l'ob- à de grands auteurs ((ui ont plus d'es- 
)' servatiou de la religion , froideur, prit et de science que de bonne foi. Ils 
' Ceux qui s'y portent modérez et re- voudraient que l'on fît toujours paraî- 
" tenus, sont notez et suspects comme tre sous un équipage languissant et ri- 
» tiedes et peu zelez : C'est faute abo- dicule les ennemis de la bonue cause , 
" raiuable, que de faire bon visage ou que pour le inoins on oppos;lt à 
') et traitement amiable à ceux du leurs fortes objections une réponse 
<- parti contraire. De tout cecy aucuns encore plus forte. La sincérité s'oppose 
» en demeurent scandalisez, comme au premier parti; et la nature des 
» si la religion chrestienne aprenoit matières rend quelquefois l'autre ira- 
» à hayr et persécuter, et nous ser- possible. Il y a long-temps que je suis 
» voit de courretier pour mettre en surpris de voir qu'on regarde comme 
» besoigne et faire valoir nos passions prévaricateurs ceux qui se proposent 
" d'ambition , avarice , vengeance , de grandes difficultés, et qui les réfu- 
') haine , despit , cruauté , rébellion , tent faiblement. Quoi! vous voudriez 
') sédition : Lesquelles ailleurs chom- q,ie sur des mystères qui surpassent 
> ment et ne se gendarment point si la raison , les réponses d'un théolo- 
» bien , comme estant resvcillées par gien fussent aussi claires que les objec- 
.' le faict de la religion (5y). » On tions d'un philosophe ? De cela même 
pourrait bien représenter aujourd'hui qu'un dogme est mystérieux et très- 
ce grand scandale avec des termes peu compréhensible à la faiblesse de 
plus élégans ; mais je délie nos meil- l'entendement humain , il résulte né- 
It ures plumes de l'exprimer avec plus cessairement que notre raison le com- 
de force et d'en faire mieux sentir la battra par des argumens très-forts et 
turpitude. Charron le lève avec toute qu'elle ne pourra trouver d'autre bou- 
Tindustrie de son esprit ; il n'y épar- ne solution que l'autorité de Dieu. 
gne rien : on aurait autant de tort de Quoiqu'il en soit, notre Charron ne 
lui reprocher à cet égard quelque pré- flattait point son parti. Il avait l'cs- 
\arication, (jueGarasseenadeluifaire prit pénétrant , il découvrait à perte 
ce reproche à l'égard d'un autre point, de vue les ressources et les répliques 
Citons les paroles de ce jésuite : elles d'un adversaire qui attaque , ou que 
sont les plus injustes du monde (58). l'on attaque. H prenait ses mesures 
(I Là mesmes (Sg), il dit ouvertement, là-dessus , il s'expli((uait ingénument 
» quoy qu'à son ordinaire avec une et n'employait point la ruse pour 
)• traistreuse et coulante traisnée de vaincre. Mal lui en prit ; car le monde 
)• paroles. Que la religion est une ne s'accommode point de cette can- 
" sage intention des hommes , pour deur. 

)| contenir la populace en son (hi'oir : Je donnerai ailleurs (6i) un autre 

X et quoy qu'il fasse semblant de le exemple de sa bonne foi à étaler les 

)' dire en la personne des athéistes, diflicultés. 
>' néantraoins , il fait comme Lucilio 

)■ Vanino : ou plustost celuy-ci COm- , ^^°) Garasse, Apologie contre U Censure de 

, _ 1 i> -1 » 1 ■«. la Doctrine curieuse, pas. mb. 

>. me celuy-la , il trahit sa cause : car ((j.) Dans la re.nar^uêi^G) de VarticU S.mo- 

» \\ rapporte la force de leurs raisons, nide , lome XIII. 
>) les expose, les commente, les met 

» en posture , et puis nous laisse là. CHASTEL (Jean), fils d'un 

marchand drapier de Paris , at- 

{5-;) Charron , au I". chapitre du III'. livre ^ , . i • j tt • 11T i 

lie! trois Vérités. tenta a la vie de rlenri IV , le 27 

(5S) Là même. de décembre i5g'j. Ce prince , 

(5o) C'e.it-à-dirt , dans le premier lit're des a r • i 1 

vois" Vérités. ayant tait un voyage vers les 



io6 CHASTEL. 

frontières du pays d'Artois , était rie du Palais , et répéta ce qu'il 
revenu à Paris ce jour-là, et avait dit dans le premier inter- 
comme il estait dans la chambre rogatoire (/z). Il fut condamné 
de sa maîtresse (a) , logée à au dernier supplice , par arrêt 
Vhoslel du Bouchage , et qu'il du parlement , le 29 de décem- 
s'advancoitpour embrasser Mon- bre i5g4 (B) , ce qui fut exécuté 
tigtij- , il reçut un coup de cou- le jour même aux flambeaux. 
teau dans la lèvre d'en bas , qui Le même arrêt bannit de France 
luj rompit une dent (b). Jean tous les jésuites (/). Le père de 
Chastel , qui fit ce coup , et qui Jean Chastel et le jésuite Guéret, 
avait eu dessein de le porter à la sous lequel l'assassin faisait sou 
gorge (c) , n'avait que dix-huit à cours de philosophie, furent ju- 
dix-neufans. Dès qu il l'eut las- gés le 10 de janvier suivant (k). 
che, il laissa tomber sojicousteau, Nous rapporterons ci-dessous à 
etsefnilaumilieudelapresse... quelle peine on les condamna 
Chascun jouoit à Vesbahi, bien (C), et nous donnerons une pe- 
empesché à qui donner le tort; tite analyse d'un ouvrage qui 
et peu s'en fallut que ce mal- fut imprimé quelque temps après 

heureux jeune loup n'évadas t et qui fut inthu\é : u4pologie 

Quelqu'un jetla les yeux sur luj pour Jehan ChastelÇD). L'auleur 
il fut pris à coup perdu {d). de ce livre raconte qu'on fit dé- 
« A son visage effaré , on connut guiser en prêtre un laïque , et 
qu'il avait fait le coup (e). » Le qu'on le donna pour confesseur 
r<y commanda au capitaine des à Jean Chastel, afin d'apprendre 

gardes qui Vavoit attrapé , par-là tout le secret de l'affaire ; 

qu'on le laissast aller^ disant mais que ce prétendu confesseur 
qu'il luj pardonnoit. Puis , en- ne sut pas jouer son personnage 
tendant que c es toit un disciple (E). On a lieu de s'étonner que 
des jésuites , dict , falloit-il donc les relations de cet horrible as- 
que les jésuites fussent couvain- sassinat aient été si différentes 
eus par ma bouche {f) ? Ce par- (F) , et ce n'est point la particu- 
ricide , mené es prison du For larité la moins scandaleuse de 
l'Évesque {g) ^ iuX'xniervo^é^ar cet accident. Dupleix a eu tort 
ïe prévôt de l'hôtel , et déclara dédire que Jean Chastel répon— 
les raisons qui l'avaient porté à dit aux juges que le diable l'avait 
cette entreprise (A). 11 fut ame- poussé à cet attentat (/). 
né le lendemain en la concierge- 

(Ji) Là même , folio 433 i^erso. 

{a) Gabrielle d'Estrée. ç,.^ royez In remarrjue (G) de l'article 

(b) Mézerai, Abrégé chronologique, édit. GuicNARD, tome VII. 

d'/tmslerdam, chez IVolfgan^ , en 1676, (A) Tbuanus Ub. CXJI , pag. m. (i^s. 

iom ri.pag.^^-j (r, DupleU , Hisloire d'Henri IV , pa„-. 

(c)Cayet, Chronol. novenaire , a l année ^ jg3 
l5()4 ^ folio 432 verso. 

((/)Pasquier Catéchisme des Jésuites , . ^. j^ attenta a la i'ie d'Hen- 

l... ///, ckap. rill, pag. m. ^ji. \^ ^^ déclara les raisons 

r?^t'\t ' °' ^'^^°"'''°S"ï"'' """• qui l'alaientponé a cette entreprise.-\ 

(/)Cayet, Chronol. novenaire,àr«««ee Je ne saurais me servir d'"" '^^r 

1594 folio 432 ,erso. gnage qui doive être moins su.pect 

{s)Là même. que Celui de Ihistonen doct je vais 



CHAS TEL. 



Î07 



citer les paroles. « Ce parricide, mené 
» es prisons du For l'Evesques , dit- 

)) il (i), confessa y avoir long- 

1» temps qu'il auroit pense en soy- 
)i raesme à faire ce coup , et y ayant 
)' failly le feroit encores s'il pouvoit , 
» ayant creu que cela seroit utile à 
') la religion. Qu'il y avoit huict jours 
3> qu'il auroit recommencé à délibérer 
» son entreprise , et environ sur les 
') unze heures du matin qu'il avoit 
)> pris la résolution de faire ce qu'il 
11 avoit faict, s'estant saisi du cou- 
i> teau qu'il avoit pris sur le dressoir 
3' de la maison de son père , lequel il 
)) auroit porté en son estude , et delà 
» seroit venu dîner avec son père et 
>j autres personnes. Examiné sur sa 
« qualité , et où. il avoit faict ses es- 
}> tudes, dit que c'estoit aux jésuistes 
3) principalement , où il avoit esté 
» trois ans , et à la dernière fois sous 
i> père Jean Gueret jésuiste : Qu'il 
}> auroit vu le dit père Gueret vendre- 
» dy ou samcdy pi-éccdaot le coup , 
» ayant esté mené vers lui par Pierre 
il Chastel son père , pour un cas de 
il conscience, qui estoit, qu'il desespe- 
» roit de la miséricorde de Dieu pour 
il les grands péchez par luy commis. 
.') Qu'il auroit eu volonté de commet- 
i> tre plusieurs péchez énormes con- 
31 tre nature , dont il se seroit con- 
» fessé plusieurs fois : Que pour ex- 
11 pier ces péchez , il croyoit qu'il 
» fallolt qu'il fist quelque acte signalé : 
i' Que souventes fois il auroit eu vo- 
') lonté de tuer le roy , et auroit parlé 
'' A son père de l'imagination et vo- 
)> lonté qu'il auroit eu de ce faire : 
^) sur quoy son dit père luy auroit 
>i dit que ce seroit mal faict ». Ce fut 
!.a réponse quand il fut interrogé de- 
vant le prévôt de l'hôtel; et voici ce 
qu'il répondit le lendemain aux ofTi- 
rier;; du parlement. <t Interroge f[uel 
)) estoit l'acte signalé qu'il disoit 
)) avoir pensé devoir faire pour ex- 
» pier les grands crimes dont il sen- 

» toit sa conscience chargée , dit , 

)) Qu'ayant opinion d'estre oublié de 
» Dieu, et estant asseuré d'cstrc dam- 
» né comme l'Ante-Christ, il vouloit 
M de deux maux éviter le pire, et 
)> estant damné aimoit mieux que ce 
» fust ut quatuor que ut octo. Inter- 
» rogé si se mettant en ce desespoir il 

(i) Cayet, Chronol, novenaire , h Vannée 
iSg'!, fol. 432 verso. 



pensoit esfre damné , ou sauver son 
ame par ce meschant acte , il dit , 
qu'il croïoitquc ccst acte estant faict 
par luy, serviroit à la diminution 
de ses peines, estant certain qu'il 
seroit pUis puny s'il mouroit sans 
avoir attenté de tuer le roy, et 
qu'il le seroit moins , s'il laisoit 
eflbrt de lui oster la vie : tellement 
qu'il estimoit que la moindre peine 
estoit une espèce de salvation en 
comparaison de la plus griesve. En- 
quis où il avoit appris cesle théolo- 
gie nouvelle , dit , que c'estoit par 
la philosophie. Interrogé s'il avoit 
estudié en la philosophie au collège 
des jésuistes , dit, que ouy , et ce 
sous le père Gueret , avec lequel il 
avoit esté deux ans et demi. Enquis 
s'il n'avoit pas été en la chambre des 
méditations , où les jésuistes inlro- 
duisoient les plus grands pécheurs , 
qui voyoient en icelle chambre les 
pourtraicts de plusieurs diables de 
diverses figures espouvantables , 
sous couleur de les réduire à une 
meilleure vie , pour esbranler leurs 
esprits et les pousser par telles ad- 
monitions à faire quelque grand 
cas, dit, qu'il avoit esté souvent 
en ceste chambre des méditations. 
Enquis par qui il avoit esté per- 
suadé à tuerie roy , dit , avoir en- 
tendu en plusieurs lieux qu'il falloit 
tenir pour maxime véritable qu'il 
estoit loisible de tuer le roy , et 
I que ceuxqui le disoient l'appelloient 
' tyran. Enquis si le propos de tuer 
1 le roy n'estoit pas ordinaire aux 
i jésuistes , dit , leur avoir ouy dire 
' qu'il estoit loisible dé tuer le roy , 
et qu'il estoit hors de l'église , et ne 
luy falloit obeyr ny le tenir pour 
roy jusques à re qu'il fust approuvé 
par le pape. Derechef interrogé en 
la grand'chambre , messi^-urs les 
présidens et conseillers d'icelle et 
et de la tournelle assemblez, il fit 
les raesmes responses , et signam- 
mcnt proposa et soustintia maxime. 
Qu'il eitoit loisible de tueries roys, 
niesmemenl le roy régnant IcrjueL 
n estoit en l'cqlise, ainsi qu'il disait, 
parce qu'il n'estoit approuvé par le 
pape (3). 

(B) // fut condamne au dernier 
supplice par arrêt du parlement , le 

(a) Idem, ibid. , folie 433 verso et smv. 



;o8 



CHASTEL. 



29 Je décembre iSg^.] Pour connaître « de la censure (4). » Un de ceux qui 

le détail des peines à quoi on le con- écrivirent contre le mystère d'iniquité 

damna, il faut lire ce qui suit. La (5) recourut à la même distinction. 

cour a condamné et condamne hivet , qui lui répliqua , convint du 

ledit Jehan Chastel h faire amende fait ; myis il soutint que la censure ne 

honorable dei^ant la principale pone laissait point d'être condamnable (6). 

de l' église de Paris , nud en chemine, Observons aussi que les jésuites jurent 

tenant une torche de cire ardente du imprimer en Flandre , tant à Douai 

poids de deux libres , et illec a se- qu'en d'autres ailles , un at^ertisse- 

noux dire et déclarer , que malneti- ment aux catholiques , sur l'arrêt qui 

reusementetproditoirement il a attenté auait été donné contre eux. Cet aver- 

ledit très-inhumain et très-abominable fissement courut tant en latin qu'en 

parricide , et blessé le roy d'un cous- français, en dii^ers royaumes de la 

leau en la face : et que parfaulses et chrétienté {']). On y fit une réponse. 

damnables instructions il a dit audit Vous trouverez dans Victor Cayet (8) 

procès estre permis de tuer les roys , les principaux points de ces deux 

et que le roy Henry quatriesme, à écrits. 

présent régnant, n'est en l'église, {C) Le père de J. Chastel et le jé- 

jusques à ce qu'il ait l'approbation suite G ueret ,... furent jugés;... 

du pape : dont il se repent et demande nous rapporterons. .. . ci quelle peine 

pardon a Dieu , au roy et à justice, on les condamna. ] <t La cour a banny 

Ce faict estre mené et conduit en un » et bannit lesdits Gueret et Pierre 

tumbereau en la place de Gre^e : illec » Chastel du royaume de France, à 

tenaillé aux bras et cuisses , et sa » sçavoir ledit Gueret à {)erpétuité, 

main dextre tenant en icelle le cous- » et ledit Chastel pour le temps et es- 

teau duquel il s'est efforcé commettre » pace de neuf ans , et à perpétuité de 

ledit parricide couppée : et après » la ville et fauxbourgs de Paris, à 

son corps tiré et démembré ai'ec quatre » eux enjoinct gardt r leur ban à peine 

chei^aux , et ses membres et corps jet- » d'esire pendus et estranglez sans 

tez au feu et consumez en cendres , et » autre forme ne figure de procès. A 

les cendres jettées au uent. A déclaré « déclaré et déclare tous et chacuns 

et déclare tous et chacuns ses biens » les biens dudit Gueret acquis et con- 

acquis et confisquez au roy. yfv'nnt » iîsquez au i"oy 5 et a condamné et 

laquelle exécution sera ledit Jehan )> condamne ledit Pierre Chastel en 

Chastel appliqué h la question ordi- » deux mil escus d'amende envers 
naire et extraordinaire, pour savoir » ]e roy, applicable à l'acquict et 



la vérité de ses complices et d'aucuns 
cas resultans dudict procez{3). 

Observons que cet arrêt du parle- 
ment de Paris fut mis à Rome dans 
VIndex des ouvrages défendus. L'au- 



n pour la fourniture du pain des pri- 
w sonniers de la conciergerie , à tenir 
« prisonjusques au plein payement de 
« ladite somme, et ne courra le temps 
» du- bannissement , sinon du jour 



teur de l'Anti-Coton n'oublia pas celte » qu'il aura icelle payée. Ordonne la 



circonstance ; mais voici ce qu on ré 
pondit : « Quant à ce qu'il adjouste , 
" que l'arrestde Chastel a esté censuré 
■) à home, on respond qu'il est faux, 
» parlant ainsi absolument ; car on a 
" respondu de Rome au feu roy , que 
» l'on n'a censuré que ce qui est du 
» droict, et non pas ce civi est du 
« faict ; l'asseurant qu'ils détestoient 
» l'attentat de Chastel , autant que la 
>i France mesme ; mais qu'il y avoit 
n dans l'arrest une clause définitive 



dite cour, que la maison en laquelle 
)) estoit demeurant ledit Pierre Chas- 
» tel sera abbattue , démolie et razée , 
» et la place appliquée au public, 
M sans que à l'advenir on y puisse 
w bastir j en laquelle place pour mé- 

(4) Képonse apologétique à l'Anti-Coton, pag. 
45 de la seconde édition de 1611. Voyez aussi 
Ricljeome , p«^. 170 de TExamen catégorique 
de rAnli-Coton. 

(5j C'est un livre de M. Du Plessis Mornai. 

(6) Rivet, Défense des deux épîtres et de la 



j) d'hérésie, qu'ils avoient estimé estre préface du Mystère d'iniquité , contre les cavilla 

» de la cognoissance et détermination «'«"^ «' calomnies de Pelletier ei du Bray, pas- 
M de l'église; et cela a esté le subject ^ ' ?t 



(3) Cayet, Chronol. novenair» , 
iTiPii y fol. 434 "erso. 



(7) Cayet, Chronol. novenaire , a l'année 
Vannée '594, /o<. 437 «"Ç.. 

(8) La même f folio !^io et sniv. 



CHASTEL. ,01^ 

)> inoiie perpcliielle du très-mcschanf t<ils , et de toutes loir tant dannes que. 
» et très-dcU\stable parricide attenté humaines elfondanienta/es du fDvaul- 
» sur la personne du roy , sera mis et ine , et de temps immtmoriaL receues 
» érigé un |)iilier émiuent de pierre publiées , reuérees , practiquves et te- 
» de taille, avec un tableau auquel nues en France , a sçauoir un ercom- 
» seront inscriples les causes delà- munie, un hérétique, un relaps un 
» dite démolition , et érection du- profanateur de choses sacrées un 
» dit pillier , lequel sera faict des de- drclaré enneniy public, un oppresseur 
» niers [)rovenans des démolitions de de la religion ', et comme tel exclus de 
" ladite maison (9). )) L'historien (|ue tout droict de pan'enir ii la couronne 
]i; copie ajoute tout aussitôt : Cet ar- et partant un tyran au lieu de roy 
rcstfut aussi exécuté , et ceste maison un usurpateur au lieu de naturel sei- 
> ut desmolie, en la place de laquelle teneur, un criminel au lieu de prince 
l'itt dressé un pilliei , aux quatre Ja- lés^itime, se i^ardera bien de dire aut- 
res duquel furent grai>ez sur tables de .trement (si ce n'est qu'il eust perdu le 
marbre noir en lettres d'or , scai'oiren sens, et toute appréhension d'huma- 
l' une l'arrest de Jehan Chastel et des nité et d'amour enuers Dieu entiers 
Jésuites, et es trois autres faces , des l'église et sa /latrie) , sinon que d'en 
t^ers et plusieurs autres inscriptions, auoir uoulu dcpescher le monde est 
Ce pillier a esté depuis abbattu , et au un acte généreux , vertueux et hcroi- 
lii.'u on Y a fait i'enir une fontaine , que , comparable aux plus grands et 
iiinsi que nous dirons en la continua- plus recominandables , qui se soient 
.'ion de nostre histoire de la paix (\o). t'eus en l'antiquité de l'hisloiiv tant 
Cet écrivain a oublié une circon- sacrée que profane. JY'y ayant qu'un 
slance (jui ne devait pas être omise, poinct a redire, c'est qu'il ne l'a mis 
("est que Gueret fut appliqué à la a chef , pour ent'oyerle meschant en 
(juestion , et n'avoua rien. son lieu, comme Judas dont il sous- 

(D) Nous donnerons une petite ana- lient les sectaires qui sont les cali'inis- 

Ivse d'un oui'rage intitulé hipcAo- tes. Et comme de ce que le coup a 

;e pour .lelian Chastel, ] En voici leti- ./'^'^{k » le premier dira , que c'est une 
. re tout entier : Apologie pour Jehan faveur manifeste du ciel , et que qui 
Chastel, Parisien , exécuté li mort, en doubte est athée (comme quelque 
ft pour les pères et escholliers de la discoureur l'a escrit) ; aussi dira le 
société de Jésus , bannis du royau- second, et auec trop plus de jugement, 
me de France , contre l'arrest de par- que c'est une démonstration , non de 
hment donné contre eux 'a Paris le faveur, mais de fureur , non de com- 
19 de décembre , anno 1594. Dii'isée passion, mais d'indignation de Dieu. 
a cinq parties. Par François de f^é- contre son peuple , sur lequel il n'a 
ronc Constantin. uoulu encore faire cesser la fergc 

La première partie contient sept d' A ssur {que d'ailleurs il a maudicl), 
< hapitres , (jui tendent à détromper "V dépecer le joug du fardeau , ny le 
1 eux qui ne jugent des choses que par baston de son espaule , ny la verge de 
la conformité extérieure que l'on voit son exacteur , comme au jour de Ma- 
.issez souvent entre le mal et le bien. dian. Et que pour l'égard du tyran. 
Si l'on s'ariéte à l'écorce de l'action ce n'est tant consen'ution que dilution 
lie Jean Chastel , et si l'on y considère " une saison medleure , et heure que 
Maniement l'apparence des personnes. Dieu a choisie, pour plus furieuse- 
on trouvera qu'il a commis un parri- ment le punir en l'aultrc monde, 
lide Irès-abomiuable ; car on croira quand sa malice sera consommée et le 
(pi'un simple particulier a voulu cou- peuple chastié. Notez qu'au chapitre 
l>or la gorge à son prince légitime : XII de la \^. partie, page i^ç), il fait 
mais qui i-erra aussi, ajoute l'auteur espérer qu'un autre assassin réussira 
(11), non ce qui se dict , mais ce qui mieux : si defj-aische mémoire , dit-il, 
e.st , et par le jugement , non de juges le premier coup , donné au prince des 
passionnez , mais de l'église et des es- Crueux, (il parle de Guillaume princ>j 
,,-, . -.,/■, d'Orange) n'adressa qu'en la mn- 

fil) Apologie pour Jflian Cliastel , /'<■ pari , ''^««' le premier J ut le présage , com- 
chap. VII, pas- m. 31. me encore sera-t-il en. celui qui en a 



I lO 



CHASTEL. 



eu au mesme endroict. Mon lecteur par la confession des docteurs , tout 

comprendra par-là que cet e'crivaio droict de consanguinité cesse au dixic- 

ne fonde son apologie que sur la sup- ?nc degré , on peut juger quelle est 

position qu'Henri IV n'était point loi, l'infirmité , i/oire nullité du droict de 



positic 

mais un t^ ran usurpateur. 

11 entreprend de prouver dans la 
seconde partie, que L'acte de Chasttl 
est juste. 11 accorde que les personnes 
des rois sont imàolables (i2j j mais il 
soutient que l'intention de Chastel n'a 
esté d'offenser ou tuer un roy , quoi- 
que bien un soy disant roy , et en qui 
sans plus est la semblance d'un roy , 
sinon en grai^ité ou mérite de la per- 
sonne 



celui qui n est qu au t^ingt-deuxième. 
Il compte autrement que M. de Pe'ré- 
fixe , qui ne met que dix à onze de- 
grés de distance de Henri III à Henri 
IV (20), comme je l'ai dit ailleurs 
(ai). Il dit dans le chapitre XI, que 
les commandemens supérieurs déro- 
gent aux inférieurs , et que suivant 
cesle règle , s'il est défendu en géné- 
ral de tuer, cela ne laisse d' estre per- 



au moins pour estre réputé mis en certaines sortes de personnes , 
extraict du sang des roys de France, et en deux entre les autres qui sont 



et pour estre servy en roy. Quoiy 
qu aultrement il ne l'est non plus, 
qu'il n'est héritier ny de la foy , ny 
de la iieitu , ny du mérite des roys de 
France. Et qu'en ayant esté pour 
cela , c'est-à-dire , pour son impiété , 
hérésie , très-justement exclus par l'é- 
glise et les estats , il ne le peult estime 
en tout , sinon de faict et non de 
droict, ce qui s'appelle tyrannie, et 
tyrannie au premier chef(ï3). 11 dit 

' 1 . •-_ .'»„_J.._ J'U : 



les hérétiques et les tyrans (22). Il al- 
lègue sur cela quelques passages de 
l'Ecriture, et du droit canon ; et il sou- 
tient dans le chapitre XII , que les hé- 
rétiques doivent être exécutés par les 
particuliers , si autrement ne se peuti 
Il allègue (23) un arrêt de parlement, 
de l'an i56o, prononcé /'«/•Jéw mon- 
sieur le président le Maislre , contre 
les huguenots , par lequel il est per- 
mis a un chascun de les tuer. Et non 



que la conversion prétendue d'Henri sans grande considération, pour n'y 

IV ne peut point lui conférer le titre ai'oir beste plus funeste , que celle qui 

de roi (i4)> ^u préjudice de l'excom- dévore les âmes; ny laiTon plus per- 

munication tant de droict comme de nicieux , que celiiy qui pille la foi et 

faict, qui le tient tousjours lié, et qui la religion des hommes; ny plus l'é- 

opcre tousjours son ejféct, pour lepn- néneux aspic , que celuy qui en bhin- 

uer de la royauté (i5). Il assure dissant donne di-oict au cœur; ny plus 

même (16) que l'absolution du pape dangereux empoisonneur, que celuy 

ne serait pas suffisante à réhabiliter qui corrompt les eaux du puits de Ja- 

un homme qui avait été condamné , cob C) (qui est la parollede Dieu ou 

non-seulement par l'église, mais aussi l'escriture) , comme jadis les Philis- 

par les estats, car le pape peut bien tins.W compile dans le chapitre XIII 



relascher la condamnation ecclésiasli 
que, mais non pas la civile (17). Il 
passe plus avant :, il lui conteste le 
droit de succession (18) j il cite quan- 
tité d'exemples qui prouvent qu'en 
France même on a exclus les plus pro- 
chains héritiers de la couronne pour 
faire valoir le droit d'élection en fa- 
veur des plus éloignés. Et quant au 
règlement spécial pour le faict des 
successions , ajoute-t-il (19) , veu que 

(12) Apologie pour J. Cbastel, II', part-, 
chap. II. 

Ci3) Là même , chtip III, pag. 3j. 
(i4) Là même , chap. //' . 
(i5) Là même , cluip. V, pag. 38. 
16) Là même, chap. VIII. 

(17) Là même, pag. 55. 

(18) ià même, chap. IX. 

(19) Là même , pag. "-i. 



ce qui a été dit par di\ers auteurs , 
qu'il est permis et louable d'ôter la 
vie aux tyrans. Il dit que Lyranus 
(*") , Cajelan, Soto , Sylvester , Fu" 
mus et autres , après saint Tho- 
mas , Fernandus f^asquius , Co- 

(20) On n'en trouve pas davantage enfre Eo- 
berl de France , lige des Bourbons , sixième /ils 
de saint Louis , ( tii^e commune à Henri III , 
el à Henri IV), et Henri IV.' Ce Bobert naquit 
Van 1256, el Hcnn IV l'an i553 ; mais la 
différence entre M. de Péréfixe el l'auteur de 
/'Apologie de Cliaslcl , vient de ce rju on compte 
autrement ces degrés dans le droit civil que 
dans le droit canonique. 

(21) Dans la remarque (E) de l'article Hbn- 
»i IV , tome VIII. 

(22) Apologie pour J. CLastel , //'. part. , 
chap. XI, pag. ';5. 

{■i'i) Là même , chap. XII, pag. 81. 

('■; Gcnes. XXVI. 

Lyr. , la XXXI num. 



CIÏASTEL. 

farriuàus {*) et autres , accident tous » sainct , pour le meurtre par liiy 



d'un mc'me accord , et racme sans tou 
cher le fait de la relii^ion « qu'en ma- 
» tlère de tyrans , qui s'usurpent par 
» armes , ou aultres voyes iniques , 
)i une seigneurie injuste , et où ils 
» n'ont droict , et où il n'y a recours 
» aucun supérieur, pour en avoir jus- 
>' tice , ny aultre- moyen d'oster la ty- 



» commis en la personne du gi'and 
)i l'rançois de Lorraine, duc de Guyse, 
)) que sur tous ils qualilioient tyran. 
)) N'y ayant , pourccst égard , dillé- 
» rence d'entre eux et nous , sinoa 
» pour la particulière di.'termrnation 
» du tyran , pour sçavoir qui l'est ou 
» ne l'est pas. ;> 11 Unit cette seconde 



rannie , il est loysible à un chacun partie par un long dénombrement des 
ji du peuple de les tuer, flaire-, ad- utilités particulières de l'entreprise de 
» joiisle Cajetan , par poison et pro- Jehan Chastel , et là-dessus il étale les 
» ditoirement. Et saint Thomas pour injures les plus satiriques et les plus 
» cest égard justifie le dire de Cicé- outrées contre Henri IV. 
1) ron, cy-dessus'alléguc en ses livres II soutient dans la troisième partie, 
i> des OJfices. Adjoustanl pour rai- que l'acte de Chastel est héroïque. Il 
i> son, que d'autant que le tyran a l'élève au-dessus d'Aod et de Phinées , 
)) guerre injuste contre un chacun du et de Jlatathias (•26)- et il n'oublie 
» peuple, en géuéral et en particulier, point de comparer son courage à celui 
)• et que tous au contraire ont juste des deux assassins du prince d'Orange 
1. guerre contre luy, pourtant peu- ('27) , et à celui de Jacques Clément. 
> vent contre sa personne , ce que le II n'oublie point non plus le défot 
,. droict de guerre permet contre un poêle Cornélius Musius (28) , marty- 
.) vray ennemy. Et si ainsi on le tue , risé en Hollande , dont , ajoute-t-il , le 
)i que cela est par authorifé , non pri- bourreau de Lumaj fust après payé 
>vée, mais publique (24)- Les héré- comme il méritoit , deschiré qu'il Just 
„ tiques mesmes , « continue-t-il (aS), et mangé de ses propres chiens. Notre 
w quoy qu'ils changent de discours, apologiste décrit en détailla constance 
» selon la marée de leurs affaires, et de Chastel en sa confession, en l'in- 
» selon qu'ils ont un prince , ou con- terrogatoire , en la question , en l'a- 
1) traire ou favorable, en ont remply mende honorable et au supplice. On 
)) leurs livres. Tesmoin l'autheur de /e/>re55e Je fZ/re , lors de l'amende ho - 
» ([uestions , soubs le nom de Junius norable , qu'il se repent, et demande 
)) Brutus. Georges Bucchanan en son pardon à Dieu ; mais tout estropié 
^A'\vre,dejureregni,etc.,oh\\mei\. qu'il est de la question endurée, il 
)) le tyran au nombre des bestes dit « c[u'il crie à Dieu mercy des pé- 
)) cruelles , etqui doibt estre traictéde » chés qu'il a commis en tout le dis- 
» mesnie, Dodin aussi en sa Républi- « cours de sa vie , et notamment de 
» que qui condamne le tyran usant de » n'avoir mis à chef ce qu'd a essayé 
» violeuce à passer par la loy Vale- w de faire pour délivrer le monde de 
» ria , qui ordonne telles gens estre » l'ennemi le plus funeste que l'église 
)) eïécutez, sans forme ne figure de » eust aujourd'huy 5ur la terre (29). » 
» procès. Et en conséquence , les exé- Chose déplorable, <iue des assassins de 
5j cutions , que sur ce discours ils ont cette nature témoignent autant de fer- 
» faictes , sur la plnspart des nobles mefé (pie les martyrs les plus illustres 
» en France , en Escosse , Angleterre de la primitive église ! 
» et Allemaigne , par le conseil des H critique dans la quatrième partie 
). ministres , soubs couleur de les dire l'arrêt du parlement de Paris contre 
» ty'rans, pource qu'ils estoient calho- 



i( liques. Et sur la personne raesrae 
» des roys, comme de Charles IX. Et 
)i surtout le panégyrique de Bèze, qui 
» canonise Poltro , et en faict un 

(•) Covanuv. , Disp.de Matrim., num. 6. 
Fumus, l'i Armil. Cajet. i. a. q. 64, an. i , 
th. -2, trnt. disl. ult. q. 2, art. 1 , ad uU. 

('24 Apolojie pour J. Chast:!, Il', part. , 
pag. 84, 85. 

i) Li mc.n-. , pa;. 8> , Si. 



(26) La mnne , pari. III, chap. /, pag. 117. 

(27) i'uii J'ut Jehan de Jaureguy , bhcain 
di' nation, aage de dix-huit ans , qui lui donna, 
d'un piilolet dans les mâchoires , en la ville 
d' /Invers , te iS de mars i582 : et l'autre Bnl- 
thasar Gérard, gentilhomme bouri:uij;non , 
ange de Irentequalre ans, qui d'un nuire pisto- 
let , charge' de Irait halles, le rendit roide 
mort en la ville de Delphi , en Hollande , le 10 
de juillet lS9ll^. Apologie pour J. Chastel, pag. 

"9- . ^ 

(28) Lamente, pag. 120. 

(^7^) La mime, pag. il^i- 



CHÂSTEL. 



112 

Jean Chastel, et il prétend y décou- 
vrir quelques faussetés notoires , et 
une hëresie manifeste et des imperti- 
nences en la censure du fait, et en la 
condamnation à l'amende honorable, 
et en l'inhibition de proftrer les pro- 
pos de Jehan Chastel. Il soutient 
qu'ils ne sont , ni scandaleux , ni sédi- 
tieux, ni contraires à la parole de 
Dieu. 



d'attenter a sa personne. 4". La qua- 
trième est intitulée , Les Souspirs de 
la France sur la. mort du Roy' Hen- 
ry If^ , et la fidélité des François. 
Le recueil de toutes ces pièces com- 
prend 323 pages in-8®. , dont les 266 
premières sont pour l'apologie de 
Jean Chastel. Cette seconde édition 
n'a pas empêché que ce livre ne soit 
devenu très-rare ^ et c'est pourquoi 
La cinquième partie est destinée à j'ai cru que mes lecteurs seraient bien 



montrer les uices et impertinences 
qu'il prétend être dans l'arrêt contre 
les jésuites. C'est là qu'il s'emporte 
brutalement contre Achille de Harlai 
premier président, et contre Servin 
avocat général au parlement de Paris. 
Il soutient qu'il y a des calomnies et 
des impostures dans cet arrêt ^ il s'é- 
tend sur les louanges des jésuites; il 
répond au plaidoyer d'Antoine Ar 



aises d'en trouver ici une analyse. 

Celui qui le fit réimprimer l'an 1610 
avoue que la cause principale qui l'y 
porta fut , entre plusieurs autres , 
ajin que le inonde t'ist clairement 
que c estde l' école des jésuistes que les 
assassins comme Ravaillac s'ai^an- 
cent. Il dit que ce parricide s'était en- 
hardy d'assassiner son roy , suii^ant 
entre autres la doctrine damnée de 



nauld ; il s'efforce de justifier les deux ceste apologie de Jehan Chastel , par 
jésuites, dont l'un avait été mis à la laquelle est nié impudemment qu'tien- 
question (3o), et l'autre pendu (3i). 11 ry IV, quandraesmes il seroit absoubz, 
fait un martyr de celui-ci. Il conclut pourroit estre roy, et en oultre en- 
son livre par une forte exhortation à seigné en termes exprès, que les héré- 
exterminer l'ennemi de Dieu et de son tiques et faulteurs d'iceux , députez à 
^crlise. I3 mort par droict divin et humain , 
Celte apologie de Jean Chastel fut et principalement les relaps, peuvent 
imprimée l'an iSgS. Quelqu'un la fit être exécutez jiar les particuliers, si 
réimprimer l'an 1610, après la tragi- anltrement ne se peult; comme cela 



que mort de Henri-le-Grand , et y 
ajouta quatre autres jpetites pièces. 
1°. La première avait été imprimée à 
Paris, l'an iSSg , chez Nicolas Nivelle, 
rue Saint-Jacques, aux deux colonnes, 
et Rolin Thierry , rue des Anglais, 
près la place Manbert, libraire et im 



se peuh ueoir aux chapitres 8 et sui- 
i^ants de la seconde partie (Sa). Notez 
qu'il observe que les jésuites avaient 
troui'é expédient de coui^rir et suppri- 
mer la susdite apologie ; non pour 
honte ou pénitence , qu' ils pourroieni 
at^oir des meschancetez et parricides 



s en appercei'ants en pourraient pren- 
dre contre eux , ne les empeschast 
d entrer en leurs cours et conseils 
pour y exécuter les folontez du j»ape 
(33). L'auteur de l'anti-Coton assura 



primeur de la sainte union, et a pour si abominables , mais seulement afin 

titre Effects épouvantables de l' Ex- que l'horreur, que les roys et princes 

communication de Henry de Valois et ■•' ■ .....,*. « «.- 

de Henry de Navarre , où est contenue 

au l'ray l'histoire de la mort de Henry 

de Valois , et que Henry de Navarre 

est incapable de la couronne de 

France. 2°. La seconde est une lettre que l'apologie de Jean Chastel était 

sortie de la boutique des jésuites (34) i 
mais ceux-ci soutinrent que c'était 
une imposture , et que jamais jésuite 
ri y mit la main (35). Chascun scait 
ce sont les paroles de Richeonie (3.5) . 
que les jésuites ne sont aucunement 

(32) Apologie pour J. Cbaslel,yo/. A 3 versu. 

(33) Là même , fol. A 2 verso. 

(34) Ami-Coton , pag. i8. 

(35) Réponse apologétique à l'Anti-Colon , 
pag. 4.5. 

(36) Richeome , Examen catégorique de l'An- 
li-Coton, pug. 185. 



de l'illustrissime cardinal Montalte, 
escrite par le commandement de nos- 
ti-e saint père le pape au conseil géné-^ 
rai de la saincte union. Elle avait été 
imprimée à Paris, avec privilège, 
l'an 1689, chez les mêmes libraires 
que l'autre. 3°. La troisième a pour 
titre , Discours par lequel il est mons- 
tre qu'il n'est loisible au subject de 
médire de son roy , et encor moins 

(3o) Jenn Cuerel. 

f3i) Jeam Guicnaud. Voyez son article, tome 

Fil. 



CHASTEL. 



aiictciirs du \i\re <k juUd Ilenrici ter- 
ni Ahihcatione , ni de l'apologie de 
Véron Constantin pour Jehan Chas- 
tel j et le feu roy (37), très-bien in- 
formé de la fcriié de iiostre innocence, 
'j'eni'oya loi/iif tuas les calo?uniateurs, 
(lui nous encliurgeoient de^'ant sa ma- 
jesté. 

Il y a beaucoup d'apparence que ces 
deux livres furent composes par Jean 
Ijouciicr , qui , comme on Ta vu dans 
sou article (38), était le plus séditieux 
et le plus enrage prédicateur qu'ait 
j.uuais inspire l'esprit de révolte con- 
tre les puissances légitimes. 

(E) L'auteur de ce lii're ra- 

fonte qu'on fil déguiser en prêtre un 
laïque, et qu'on le donna pour confes- 
seur à Jehan Chastel ; ... mais que ce 
jirétendu confesseur ne sut pas jouer 
ton personnage. ] Voici les propres 
paroles de l'auteur de l'apologie. « Et 
•■' pour parler des artifices, le bon lieu- 
;/ tenant Lugoly , <|ui y a si bien joué 
'. son roullet, sçait bien en conscience 

> qu'en dire. Et ceux qui ont eu par- 
' ticipation au sacrilège par lui com- 
>| mis , se déguisant en habit de pres- 

• tre, et supposant la personne d'un 
" confesseur , pour tirer , ou pouvoir 
» dire avoir tiré du [)énitent , en 
:> guise de confession sacramentale , 
■) chose dont on peust se prévaloir, 
ij tant contre luy que contre ceux qui 

j' ont leur part au martyre (Sg) 

•Il Ouel maintien au pénitent , en une 
->' fourbe si infâme? Cest araeçon est 
yt trop foible pour lever un si gros 
:)> poisson. Ce sont traicisde petits en- 
>; fans, et subtilités trop grossières. A 
)) telles toiles d'araignée, ne se prent 
î» une si forte mousche. Tels lièvres ne 
» se prennent à ce tabourin , ny tels 

> oyseanx à la vue du retz. 11 fault 
» pour jouer un roullet , apprendre 
» mieux les contenances. Et le pauvre 
» animal, qui ne sçavoit les traicts du 
)' meslier de confesser, comme celuy 
i> fuii ne fréquente ce sacrement , 
5) qu'en forme commune , tous (es ans 
il une J'ois ( comme respondit l'An- 
« gloix de luymesme, après la tia- 
» liyson de Paris ) et partant n'estant 
î> rusé à cela , comme il est aux tours 

(37) C'est-à-dire, Henri IV. 

(38) Voyei la remarque (B) de l'article Boo- 
««ER , tvme If^, yag. 23. 

(?9) Ai'ologie pour J. Chastel , par(. ///, 
chnp. III, png. 127 , 128. 

TOME V. 



» du palais, et à tromper filles cl feni- 
)) mes, quelque bonne morgue qu'il 
» feist lors , et quelque obscurité 
« qu'il y eust , ne laissa d'estre descou- 
j) vert du premier coup , par celuy 
» <{ui rcntendoit mieux, el en esloit 
3) plus prartic ((ue luy ^ pour avoir ce 
«révérend père en Dieu, nouveau 
)) imprimé , lailly à dire l'oraison , et 
j) bénédiction orilinaire, que le con- 
» fesseur dict au pénitent avant la 
)) confession. D'où conneu par (>has- 
i)tel, pour n'es Ire prebstre, comme 
)) le rat a son bruict, et comme l'asne 
» à son ramage, aussi propre à ce mes- 
» ticr , comme un enfant à faii e l'Her- 
wcule, ou un fol le philosophe, et 
)» ayant besoing de jjrofocolie, com- 
j) me les joueurs tle l'hostel de Bour- 
» eoene , la mine estant éventée , 
» avant qu avoir peu prendre leu, 1 in- 
» vention est mise au néant , et le mi- 
j) sérable autant confus , que son im- 
)> pie ignorance . et ignorante impiété 
» le requéroit. Sauf iK'anlmoins son 
i> recours à faire courir itnpudem- 
» ment les bruicts et ordures que des- 
)) sus , contre celuy de qui il n'avoit 
» ouy aultre propos , (pie d'une sévère 
» réprimande, et délestalion de son 
)) sacrilège (4o). >> L'apologiste décla- 
me de foute sa force contre cet abus 
du sacrement de pénitence , et le 
traite d'impiété et de sacrilège, et ne 
prétend pas que l'on se poisse excuser 
sur les exemples précédens. « Bien 
» est-il que par cy-devant , dit-il , le 
)> semblable avoit este faict , par deux 
>) aultres de la mcsmc faction , l'un 
» ouvert ennemy et hérétique , el 
)) l'autre trahystre et hypocrite. Dor'! 
» le premier fust Sautour Champenois, 
» en la persone du docteur et prédi- 
» cateur Mauclerc, qu'il prit sur le 
» chemin de Troycs, où il avoit pres- 
» ché le quare^me, comme il s'en re- 
» tournoit à Paris, l'an iSSg. Auquel 
» il usa de ce traict , après luy avoir 
» donné toutes les frayeurs de la 
)) mort , et estant requis «le luy, qu'il 
» peust avoir un confesseur. L'aultre 
3) a esté Jlarins Gaston, nepveu du 
» sieur de Belin , l'un des ministres de 
)) la frahyson de Paris , et laissé à cest 
» eflect dai!^ !a ville , en la personne 
j) d'un chirurgien, domestique du 
j) sieur le Bailleur . l'an 1 5g^ , peu au- 

(4o) L'a même, Jtif. FI, /">£■ «î/ > '38. 

8 



ii4 



CHASTEL. 



gue égarée , à la maison d'une misé 
» rable trop connue , et de laquelle , 
)) comme d'aultres, et de ses plus pro- 
j> ches il abusait alors, et sur le soupçon 
y> qu'il eut , que le chirurgien qui l'es- 
» toit venu penser leans , l'eust prise. 



» paravant la trahyson, pour une ba- couleur de dire que c'est pour une 

I ; Il „,.„^ bonne fin, il ce qu'ils n'errent en la 

justice , et que le coulpable n'eschap- 
pe , et l'innocent ne pâtisse , et le pas- 
sent ainsi doucement en coustume , 
souslenant que c'est bienfaict : 6 ridi- 
cule hypocrisie, et damnable impié- 
» Auquel après avoir à ceste occasion /e(43) ! Il soutient que les prêtres ne 
» serré Us poulces, et après avec plu- doivent jamais révéler la confession , 
» sieurs oulfrages l'avoir mené de pour quelque subject ou comniande- 
» riuict , les yeux bandez , à la ri- ment de qui que ce soit , et qu'Us sont 
j) vière , pour le jetter dedans , final- tenus d'endurer plutôt la mort qui 
» lement , comme le pauvre aftligé leur sera un juste martyre {^^) . Li 
M demandoit confession , luy en usa là-dessus, il loue le jacobin Antoine 
» de mesme l'aultre , se supposant Aufonin Temermaus , natit de Dun- 
■» pour un prebstre. Et le lendemain ker(|ue,quifut étranglé à Anvers, l'an 
» fust la bague rapportée à la dame i582, pour n'avoir pas voulu révéler 
■» par un de ses aultres amoureux , la confession de Jaurcguy (45). 
» qui par passetemps s'en estoit sai- La relation, dont je parlerai dans 

» sy (40 Mais si cela est digne Ja remarque suivante, ne rapporte 

3) d'uu viblenr, d'un volieur, et d'un point le fait de la manière que nous 
» hérétique , (comme cela est une in- l'avons vu ci-dessus. Elle suppose que 
w venlion de bordel et d'hérétique , JeanChastel ayant été pris, quelques- 
■n pour abuser les femmes , et se rire uns des principaux de la course ser- 
3) de l'église) pouripioy d'un homme virent de tous les moyens imaginables 
j> de iustice , d'un lieutenant de pre- pour lui faire déclarer ses instigateurs, 
3) vost d'Uostel , et de robbe longue , et qu'ils le jetèrent par terre, et lui 
)) et d'un qui avec sa soutane et son mirent un poignard sur la poitrine, 
» chapelet contrefaict le jésuite ? Si g^ le menaçant de lui percer le cœur 
3) l'hérésie joincte aux armes , et la ^out à l'heure , s'il ne révélait la vé- 
D témérité et furie de Mars au bordel rite; qu'il répondit que personne ne 
•» de Vénus, ont lâché biide à ce Pavait poussé à cette action , et qu'il 
» sacrilège , pourquo}' la discrétion demanda un prêtre à qui il se pût con- 
1) et la sagesse de ceux qu'on appelle fesser ; qu'on lui permit cette grâce , 
ji dieux, et qui se disent catholiques, mais qu'on suborna im laïque qui, se 
)) se porter à ce 
» impiété si grî 

■}} iiauce, de la guerre qui u escouiie represet 

») point les lois, et de la gravité de d'esprit qui l'empêchait de se souve- 
5) l'état de ceux qui parlent des lois? nir de ses péchés, et le pria de faire 
»> de la barbarie et licence des armes, en sorte qu'il pût avoir un papier où 
)) et de la majesté de justice? Sup- W avait mis par écrit sa confession 
» poser une personne sacrée , etc., générale peu de jours auparavant ; 
j) (42).))11 réfuie aussi ceux qui eus- que l'on trou^ a le papier dans le logis 
sent voulu dire qu'on avait suivi les Je son père, et qu'on n'y trouva quoi 
erres des premiers de ce parlement , que ce soit qui marquât la suggestion 
qui nommèrent , aux grans jours de de personne. Voyez au bas : vous y 
Poicliers , les prebstres qui dei/oyent trouverez une narration bien diffé- 
conj'esser , avec dejjences d'aller a rente de celle-là quant au papier où 
d'aidtres , et e.ïigeoyent d'eux qu'ils l'assassin avait écrit sa confession gé- 
eussent îi reteler les confessions sur uérale (46). 
peine de la fie , ce qu'ils ont depuis 
continue, et semblent vouloir aujour- 
d'iiuy continuer il Paris , par la 
mesme façon de nommer les confes- 
seurs , dont encore ils usent , soubs 



1 se disent cattioliques , mais qu on suborna im laïque qui, se 

3 mesme crime ?et à une déguisant en prêtre , s'approcha de lui 

,rande ? (^iuelle conve- pour l'ouïr en confession ; que Chastel 

1 guerre qui n'escoutte représenta à ce faux prêtre le trouble 



(4i) Apologie pour J. Cbaslel , III'. part, 
chup. lit, Vg- >28, 139. 
(C^i) Là mâne , chap. III , P'tS- '^o. 



(4^) La même , chap. IV , pii;. i3i. 

(!,/,) Là même ,p<is. i33. 

(4';) Assassin du prince d'Orange. 

(46) M. Ae T1.0II, IW- CXII, pag. m. 652 
dit que ceux qui furent em'oyés chei le père d: 
Jriin Clintlel Irou^'irenl, en Joui 'tant tous les 
recoins du logis, le papier où ce malheureux 
avait écrit sa confessiou s^'nerale : il ne desa- 



CHASTEL. 



Je n'ai garde de croire , sur le té- 
mois^nage de l'apologiste, que l'on 
ail tiiclie de dccoturir le secret par 
lin prétendu confesseur : mais je ne 
sais si l'on ferait bien de le nier ab- 
soliinionlj car si dans un procès or- 
dinaire , et d'assez petite conséquence, 
les juges se croient permis d'employer 
mille mensonges pour faire avouer la 
Ncrltc ou aux accuses ou aux témoins, 
pourquoi croirions-nous que s'agis- 
saut de la vie de Henri IV, dela({uelle 
dépendait alors le salul public, les 
juges se seraient fait un scrupule 
d'employer la voie du confes-iional? 
Ils savaient c[ue la faiblesse d esprit 
qui expose un homme à se laisser per- 
suader un semblable assassinat le 
rend susceptible d'tuie extrême force 
de courage. Ceux cjui par le motif du 
bien tie l'église lui suggèrent le des- 
sein de tuer un prince lui suggèrent 
aussi , par l'espérance delà gloire du 
martyre, la ferme résolution de souf- 
Irirtous les fourmens , et lui persua- 
dent qu'il perdra tc)utle mérite de son 
•icliou , s'd révèle les complices^ mais 
que s'il a la force de se taire, sa 
constance lui procurera mille et mille 
bénédictions en ce monde , et un 
haut degré de gloir^' dans le paradis. 
Ils desaient donc croire que Jean- 
Cbastel résisterait à la torture , et 
qu'ainsi le seul moyen de découvrir 
d'où venaient ces conseils pernicieux 
et funestes qui exposaient la vie du 
roi à tant de noirs attentats , était la 
subornation d'un prétendu confes- 
seur. Si le papier que l'on trouva dans 
le logis de son père eClt contenu ce 
que l'on cherchait , on eût pris cela 
sans doute pour une de ces preuves 
convaincantes sur les((uell s <>u peut 
justement fonder un arrêt de con- 
damnation. Les juges de la dame de 
brinvdliers en usèrent de la sorte (47), 
sans avoir égard aux raisons de sou 
avocat. Voyez le factum de M. Nivelle 
pour cette dame (48). 

fF) On a lieu de s' étonner que les 
relations de cet horrible assassinat 

voua point cet e'cril. Il s[r reconnaissait coupa' 
bu de sodomie , et d'avoir voulu commettre in- 
ceste avpc sa saur. 

(47) •^^"'t notet qu'ils avaient beaucoup d'au- 
tres premes que celles qui furent prises de 
l refit ou elle aiail marque' ses pe'cke's pour 
t en confesser. 

(48) Imprime' a Paris , l'a-i 1676. 



n5 



aient été si différentes.] On a vu dans 
la remarque précédente un récit 
que j'ai tiré d'une relation latine, 
qui tut imprimée à Strasbourg l'an 
iSQfj. et dont Jacques Gretser donna 
un extrait ;'. la fin de sa traduction 
laline(49)de la réponse de François 
des .Montagnes ( 5o) au plaidoyer d'An- 
toine Arnauid. Cet extrait .4 l'égard 
du prétendu cofifesseur, diflère nota- 
blement du narré de l'apologiste de 
Jean Cliastel, et ne s'accorde point 
du tout avec ce qu'on trouve dans 
W de Ihou, touchant la confession 
générale de cet assassin trouvée sur 
un pa|)icr. Voici une autre difiérence. 
Celui qui publia cet extrait n'oublia 
rien de ce qui sert à la décharge des 
jésuites j mais il supprime tout ce qui 
les peut charger. Il insiste à tout mo- 
ment sur ce que Cbastel ne nomma 
personne qui lui eût mis dans l'eq^rit 
la résolution de tuer Henri IV; et il ne 
dit pas un mot de ce que j'ai rapporté 
dans la remanjue (A) , et qui fut 
trouvé si capable de rendre suspect 
les jésuites. La bonne foi ne permet 
point ces sortes de suppressions : il y 
a là un artifice Irès-scandaleux. Ri- 
cheome ne put éviter la discussion 
des réponses que Jean Cbastel fit aux 
juges (5i) : ce fut un fort mauvais pas 
pour lui, quoiqu'au reste il ait fait 
valoir très -adroitement les circon- 
stances favorables à son ordre qui se 
trouvèrent dans ce procès (Sa). N'ou- 
blions pas qu'il s'inscrit en faux con- 
tre l'interrogatoire (53; que j'ai tiré 
de Cayet(54), et que M. de thoii et 
cent autres écrivains allèguent. Et 
notez que cette inscriplion en faux 
est dans un livre où l'on réfute un 
écrivain qui s'était servi de ces pa- 
roles : (t Voicy les propres mots de 
)) l'interrogatoire de Cbastel, dont 
>» votre majesté peultveoir l'original 
» qui vous sera tesmoigné trés-ve'- 
w ritablepar plus do trente de MM. les 
)) présidensou conseillers, pluscroya- 

(49/ I"'priine'eà In^olstad, Tan lîgS, /n-S». 

(5o) C est un masque, sous lequel le je'suile 
Rlrlieome se cacha, /'oyez -Megambr , pag. 3o8. 

(5i) Kuvei .ta Plaiule afiologétique, rjur»i. 41, 
pa^. m. iS^ et suiv. 

(5^) f^orez le même livre, num. 38 et suiv.. 
et sa Kép()ll^e sous te nom de Uené de la Fon 
au i)Uidoy.r du sieur Manon , cliap. XIV. ' 

(.ïS) Kiclieome, Képon.sr apologétique i t'An- 
ti-Coton , num. 3S, pag. i4g. 

(54) Dans la remarque {&■), 



ii6 



CHASTELAIN. 



» blés mille fois que tout ce que sçau- 
» roient dire les parties en leur pro- 
)) pre cause. Enqiùs oh il ai>oit ap- 
i> pris ceste théologie nouvelle , a 
» dict que c' estait par la philoso- 
j) phie , etc. » 

CHASTELAIN (George), en 
latin Castellanus , gentilhomme 
flamand (a), entendait fort bien 
la langue française , et composa 
quelques traités (A), qui n'ont 
pas eu la destinée qu'Olivier de 
la Marche leur avait promise 
(B). Il mourut l'an 1/475 {b). Il 
avait été élevé dans la maison 
des ducs de Bourgogne (c). 

(a) Eçues Gandensis. Valerius Andréas , 
Bibliothecse lielgicae pag;. 262 

(b) Obiit eo ipso îenipore i/uo Carolns au- 
ddx Novesium obsidehal. Valerius Andréas,. 
Bililiollieca" l.eleicw pag. 203. 

(c)La Croix du Maine, Bibliothe'que fran- 
çaise , pag. 118. 

(A) // composa quelques traités...^ 
Il écrivit(i) en vers Jancais un re- 
cueil des choses men^eillenses adi'e- 
nues de son temps , iniprimé avec les 
oeuures de Jean Moulinet sot» disci- 
ple (î). Le Temple de la ruine d'au- 
cuns nobles malheureux , tant de 
France que d'autres nations étran- 
eères, a l' imitation de Boccace , im- 
primé a Paris , par Galiot du Pré, 
l'an iSiy. L Instruction du jeune 
prince contenant huit chapitres , im- 
primée avec les autres œuvres (3). 
Les Épitaphes d'Hector et Achille , 
avec le jugement d' Alexandre le 
Grand^ imprimés a Paris iS^S , in- 
8°. (4)- L'histoire de Jacques de La- 
lain chevalier de la Toison d'or, im- 
primée a Bruxelles , in-^°. l'an i634 ; 
et plusieurs autres ouvrages qui se 
trouvent en manuscrit dans l'abbaye 
de Saint Vast d'Arras(5). Il fit en 
français la vie de Philippe-le-Bon duc 
de Bourgogne. Je ne crois pas qu'elle 

(i) La Croix du Maine, pag. 118. 
(ï) Valerius, Andréas , Bibliothec, belgic. , 
pag. 263. 

(3) La Croix du Maine , pag. 118. 

(4) Du Verdier, Bibliothèque française, pn^. 

447- 

(5) Yaler. Audrcii., Bibl. telg. , pag. 265. 



ait e'té imprimée. Pontus Her.téru'; 
l'avait lue , et en a tiré quelque cho- 
se (6) *. 

(B) qui n'ont pas eu la des- 
tinée qu'Olivier de la Marche leur 
avait prondse.'\ Voici ses paroles : Je 

plains et regrette que je ne puis 

avoir le stile et subtil parler de mes- 
sire Georges Chastelain , trépassé ~ 
chevalier de ma congnoissance , natij 
flamand, toutesfois mettant par es- 
cript en language francois , et qiu 
tant a fait de belles et de fructueuses 
choses de mon temps , que ses œuvres . 
sesfaicts , et la subtilité de son par- 
ler lui donneront plus de gloire et de 
recommandation a cent ans « venir 
que du jourd'huiy'f). Cettf prédic- 
tion a été fausse : la mémoire de cet 
écrivain s'est avancée de jour en jour 
vers le tombeau de l'oubli , et peu de 
personnes le connaissaient par se.-; 
écrits cinquante ans après sa mort. 
Olivier de la Marche le nomme la 
perle et l'estoile de tous les historio- 
grajes qui de son iems ni de pieca 
ayent mis plume , encre, ne papier 
e.n labeur ou en œuvre (8). Jean le 
Fèvre seigneur de Saint-Remi avait 
sans doute beaucoup d'espérance que 
les écrits de cet auteur seraient im- 
mortels. Il déclare qu'ayant rédigé et 
mis par escrit aucunes petites recor- 
dations et mémoires, il les a envoyées 
au noble orateur Georges Chastellain, 
pour aucunement ii son bon plaisir 
et selon sa discrétion les emploier es 
nobles histoires et croniques par lui 
faites , jacoit ce que la chose soit de 
petit frnict au 7 égard de son œuvi-e... 
je parlerai des hauts et loables faits 
du duc et des chevaliers de son ordre : 
non mye si au long 'a la cenliesme 

(6) Pontus Hetiterus , Rernm burgund. , lib. 
ir, pag. '". i5i. 

■ La Monnoie, dans ses notes sur la Croix 
du Maine, attribue à G. Chastelain un poème 
de deux mille trois cents -vers, imprimé chez 
Michel Lenoir, 1489, in-4°., et intitulé: Le 
Chevalier délibère (l»T la mort de Charles duc 
de BourgO;;ne ). Charles le Téméraire n'est mort 
que le 5 janvier l477 . p'us d'un an après la prise 
de Nancy, et sa mort n'a pu conséquemment 
être chantée par Chastelain , qui était mort pen- 
dant le fie'ge de Nancy, comme Bayle le dit 
dans le texte, d'après Valère André Le Cheva- 
lier de'hht're est d'Olivier de la Marche ( VnyeJ. 
son article dans le tome X). 

(r) Olivier de la Marche , dans la préface de 
ses Mémoires , pag. m. 3. 

(8) I.à même , dans la préface du I". '11 . 
pag. ;4. 



CHASTELUX. 



117 



partie fjuc en a descripL notable ora- 
teur Georges le Chastellain (9). 

(q) Jeao le Tèvre, seigneur de Snint-Remi , 
nu prologue lie niisloirc de (.;iiarlfs VI, publiée 
pur M. le Laljoiireiir, à la Jin de celle du 
moine de Saiiit-Denys. 

CHASTELUX (Claude , sike 
DE ) , vicomte d'Avalon , baron 
de Quarré , conseiller d'état et 
chambellan du duc de Bourgo- 
gne , fut créé maréchal de Fran- 
ce le 2 de juin 1418. 11 fut en- 
voyé en Guyenne l'an 1419 > ^t 
destitué de sa charge de maré- 
chal le 25 de janvier i4^i- Il 
soutint le siège de Crevant con- 
tre le connétable d'Ecosse , Fan 
i4?-H , et s'acquit par-là un pri- 
vilège fort particulier dans Auxer- 
re (A). Il assista en i43i de 
la part du duc de Bourgogne à 
l'assemblée qui se tint dans la 
même ville pour y traiter la 
paix avec les ambassadeurs des 
rois de Fraiu;e et d'Angleterre, 
et mourut l'an i453 (a). Il était 
d'une très-ancienne noblesse : 
sa postérité subsiste encore (B). 

(n) Tiré du père Auseline, Histoire des 
graads officiers, pog- l^o, J^l. 

(A) // soutint le siège de Cre- 

l'iint , et s' acquit par-ih un prii'i- 

Icge tout particulier dans yiuxerre. \ 
Servons-nous des paroles de M. de 
Vize. « Vous savez sans doute, » dit- 
il (i) , « le privilège de Taîne de cette 
H maison dans l'église cathédrale 
)) d'Auxerre. Il leur a etë acquis sur la 
)> fin du quatorzième siècle (3) , par 
)i Claude, sire de Chastelux, — pour 
» avoir défendu à ses dépens la ville 
» de Crevant appartenante au chapi- 
» pitre, contrelesEcossais,(|u'il chassa 
;; etqu'ilde'fit,ayantfait prisonnier de 
)) sa main le sieur comte de Doukan , 
» connétable d'Ecosse, qui les com- 
» mandait. Comme il rendit libe'ra- 



» lemeut le hieu de l'église d'Auxer- 
» re, le chapitre par acte juridique 

J) lui accorda pour lui, et sa pos- 

>> terité mule possédant la terre de 
» Chastelux » le privilège dont il est 
ici question. C'est d'ai'oir la première 
place du chœur , et d' y cire assis en 
habit de guerre, un surplis pardes- 
sus , un baudrier , el une auiniisse au 
bras , un oiseau de chasse sur le 
poing , au'ec siuince et voix deltbcra- 
tii^e dans le chapitre , el droit de dis- 
tribution , comme chanoine. 

(U) Il était (fune très - ancienne 
noblesse : sa postiritc subsiste enco- 
re.'] Le père Anselme ne remonte que 
jusqu'au père de notre Claude de 
Chastelux (3) ; mais M. de Vizé assure 
que cette maisou est des plus ancien^ 
nés du royaume , qu'elle n'a point 
d'autre origine que Chastelux , et que 
depuis la /in du dixième siècle, qu'on 
commence d'en sai'oir les successeurs 
en ligne directe , jusqu'il aujourd'hui. 
Al. le comte de Chastelux, mort au 
mois de septembre 1701 , est le ving- 
tième en ligne directe de père en fils , 
et que ses pères ont possède toutes 
les charges militaires de V Etal, l-^oiis 
en tromperez parmi les maréchaux 
de France , parmi les amiraux , gou- 
verneurs de pjwince , lieutenans 
généraux , gentilshommes ordinaires 
de la chambre du roi , chambellans 
des ducs de Bourgogne , enfans 
d'honneur des rois , capitaines de 
cent hommes d'armes des ordonnan- 
ces , dans le temps que ces compa- 
gnies étaient si considérables (4). 

Ajoutons ce que le même auteur 
raconte sur l'e'tat présent de cette 
maison. 11 dit (5) (|ue Philibert Paol 
comte DE Chastelux qui lut tué à l'at- 
taque de Chiari en Italie le i^"". de sep- 
tembre 1701, à l'âge de Irente-lrois 
ans , « a eu trois frères et trois soeurs : 
» son cadet servait en Allemagne, où 
» il est mort. André de Chastelux , 
» qui est aujourd'hui l'aîné , est eu- 
» seigne de vaisseau du roi. Le troi- 
» sième est Guillaume-Antoine , abbè. 
» La sœur aîncc est Bo^ne de Chaste- 
)) LUX, mariée à François comte da 
y Saint -Chamans , marquis de Méry. 
■u La cadette est Judith de Chastelux, 



(i) Mercure Galant du mois de sept. 1701, (3) Anselme , Histoire des grands OScierj , 

pag. i&C{et suiv. P"-!- '4'- 

ti) Ou ptulôl , après le commencement du (4) Mercure Galant de sept, i-oi , pag. 363. 

Xy'. siècle. (S) Là même , pag. 353. 



i8 



CHATEAUBRIAND. 



)i dame et chanoinesse de Pousangy 
3» en Champagne. La troisième est 
3) Anne de Chastelux, mariée à Char- 
>t les de Vienne, comte de Comma- 
■» rain en Bourgogne, clief de l'illus- 
» tre maison de Vienne 6) . »Le père de 
ces sept enfant était César-Philippe de 
Chastelux, capitaine lieutenant des 
gendarmes de Monsieur le Prince (7). 
Sa veuve , qui vit encore (8) , se nom- 
m.' Judith de Barillon , et est fille de 
Jean -Jacques de Barillon président 
au parlt ment de Paris. Ce Cësai-Phi- 
lippe, dix-neuvième baron ou comte 
de Chastelux , avait trois frères qui 
sont morts au service du roi. L'aîné 
fut tué h la bataille de Nortlingue , 
J'aisant la charge de maréchal de 
bataille. Le cadet aidait été tué un 
peu auparavant en Roussillon, d'un 
coup de canon , étant commandé 
pour empêcher la descente des Espa- 
gnols. Le troisième, qui était cheva- 
lier de Malte , mourut aussi au ser- 
fice du roi (9). Notez que les autres 
branches de cette maison étaient pé- 
ries en la personne de Philippe de Chas- 
telux, baron de Coulannes, mare'clîal 
de camp , qui fut tué à la bataille de 
Sintzeimen Allemagne, Tan 1624(10). 

(6) Merc. Haï. de sepl. i';oi , pag. 362. 

(7) Là même, pag. 35f) el juiV. 

(8) Cesl-à-diie ., en sepLemltre i-^oi. 

(y) Meniire Galant de septembre 1701, p. 36i. 
(loi Là même. 

CHATEAUBRIAND (LA Com- 
tesse de), femme du comte de 
ce nom , fille de Phëbus deFoix, 
et sœur de Lautrec , et du ma- 
réchal de Foix , a été maîtresse 
de François \" . , à ce que disent 
quelques auteurs (A). M. Varil- 
las est celui qui a rapporté avec 
le plus d'étendue l'histoire de 
cette intrigue amoureuse, et il 
n'a pas oublié de dire que le 
comte fit mourir sa femme. 
D'autres prétendent que cette 
histoire est un conte très-fabu- 
ieux , et ont publié un factum 
contre M. Varillas. Voyez les 
Nouvelles de la république des 
lettres (<■?). 

• d) Au mois de janvier 1686, art. II. 



(A) Elle a été maîtresse de Fran- 
çois l"., h ce que disent quelques au- 
teurs^ Brantôme raconte des circon- 
stances bien particulières de ces 
amours. J'ai oui conter, dit-il (i) , et 
le tiens de bon lieu , que , lorsque le 
roi François I^'^. eut laissé madame 
de Chateaubriand , sa maîtresse Jort 
favorite , pour prendre madame d' Es- 
tampes... ainsi qu uncloudchasseV au- 
tre , mad. d' Estampes pria le roi de re- 
tirer de ladite dame de Chateaubriand 
tous les plus beaux joyaux qu'il lui 
avait donnez, non pour le prix et la va- 
leur, car pour lors les pieiTeries n'a- 
voient la vougue qu elles ont eue de- 
puis, mais pour l'amour des belles de- 
vises qui étoient mises , engravées , et 
empreintes , lesquelles la reine de JVa- 
varre sa sœur avoit faites et composées, 
car elle étoit tris -bonne maîtresse. 
Brantôme ajoute que quand le gentil- 
homme envoyé' à mad. de Chateau- 
briand lui demanda ces joyaux de la 
part du roi, elle fit de la malade sur 
le coup , et le remit dans t)'ois jours 
a venir, que cependant de dépit elle 
fit fondre tous ces joyaux, et les don- 
na en lingot au gentilhomme quand 
il revint , et qu'elle fit dire au roi 
qu'elle n'avait pu permettre qu'autre 
qu'elle jouît des devises; que le roi 
lui renvoya ces lingots ( car il ne re- 
demandait les joyaux que pour l'a- 
mour des devises ) et dit , e//e a mon- 
tré en cela plus de courage et géné- 
rosité que je n'eusse pensé provenir 
d'une femme Brantôme joint sa ré- 
flexion à celle du roi. Un cœur de 
femme généreuse , dit-il , dépité et 
ainsi dédaigné J ait de grandes choses. 
Il assure dans un autre endroit de ses 
mémoires fa), que A/, de Chdteau- 
bi'iand donna sa belle maison de 
Chateaubriand au connétable de 
Mommorenci pour avoir l'ordre. 
Voici ce que M. le Laboureur (3j a 
observé là-dessus : Ce fut pour avoir 
le gouvernement de Bretagne , et 
aussi pour se tirer de la poursuite 
qu'on faisait contre lui pour la moi't 
de sa femme dont il était accusé. 
L'auteur des Galanteries des rois de 

(i) Braniùme , Mémoires des Dames galantes, 
lum. II, pag. 394. 

(ïj Au Discours du connétable de Montmo- 
reiïci. 

(3) Additions aux Mémoires de Castelnau, 
lom, I , pag. 346. 



CtlATEL. 119 

France imprimées depuis peu (4), pnJi- défit l'armée de Ladislas , roi de 

vers erulroits, rapporte les amours de ■^r^n\cs, l'an l4oq. 11 fut ensuite 
François I*''. pour la comtesse de Cliit- <. j n • * -i 

teaubriaud tout de la même manière P'-^'VOl de Pans , et il prenait en 

fpie Vanllas , et conclut ainsi (5) : l4'9 et 1420 la qualité de mare- 

« Quelques critiques oni protendu rpie chai des guerres de monsieur le 

» M. de Varillas,dequi j'ai tireces dauphin, récent du royaume 

» memoues , avait ete mal intorme; ^ \ ^ ti ■,'? , S 

» que la comtesse de Chateaubriand («)• \^ »'end't beaucoup de SCr> 

» s'était réconciliée avec son mari, vices à ce prince (b) (4), et le 

3) et qu'elle n'était morte que dix délit de son plus dangereux en- 

» ans après le retour du roi : mais il ^^^^- ■ ^^.^j^ j^.^^^ ^^^^ j^ 

» V a SI bien repondu , (lUc 1 ai cru „ \ ,,,, -, . ., ' 

>. que la tin tragique de la corn- Bourgogrle (I.). Mais il y eut une 

)) tesse devait demeurer pour cou- insigneperfidie dans cette action. 

» startte^ et je n'ai fait nulle dif- IJ est étonnant que le père An- 

~"* ^^ ^^' selme n'en ait rien dit (c) : son 



ficulte de suivre mot à mot 
)> lèbre historien.» Prenez cela pour 
une imposture. Je priai l'un de mes 
amis de s'informer de cette réponse 
de Varillas, et voici eu propres ter- 
mes ce qu'il m'apprit dans une lettre 
datée de Paris le 10 juin i6()5. « Quoi 
« qu'en puisse dire l'auteur des Ga 



Silence a été cause de celui de 
M. Moréri. Le meurtre du duc 
de Bourgogne ne fut pas le seul 
queTannegui du Chàtel commit : 
il tua aussi le dauphin d'Auver- 



» lanteries des rois de France, on gne (C) , l'an l/\'?.'\ , et cela en 

>' n'a point vu ici aucun écrit de présence du roi , et en plein con- 

» M. Varillas, par lequel il se soit ^^-i r^n^ ^^t' „r.i i 

..,, , , ' ' J m H - • seil. Lette action aliéna du ser- 

)) justiiie de ce que tcu IM. Hevin , . i /^i 1 attï 

» avocat au parlement de Rennes, a Vice de Lharles VU plusieurs 

» écrit contre lui au sujet de la com- personnes de la première quali- 

» tessedeChdteaubriand;et M- d'Ho- |^. gj [[ (g^\\^^^ q^g ^u Chàtel se 

)) zier m'a dit , sur cela, que M. de ,,• i,. ]„i „ • 1 j 

r ,■ V 1 ■ ■ .t „ retirât de la cour ou , se on quel- 

)) Cauaiartin , 1 un de nos six inten- ' . 1 

)i dans des finances, a dans sa biblio- ques auteurs , il ne revint plus. 

» Iheque le factum que le connétable D'autres prétendent qu'il v re- 

i> Anne de Montmorenci fît faire con- ^int (D) , et qu'il y essuva" une 
» Ire les héritiers de IM. de Château- j j- » • 1' « 

, • . » ■ 1 j , seconde disgjrace qui ne I empe- 

)) briand , pour simtenir la donation i> • ■ i <- ' ' • 

^. cpi'il lui avait faite de cette terre , cha pas d avoir soin des f unerail- 

)) et que ce factum commence par les de Charles VII(E), négligées 
» ces mots : Les malheujs fn o'it jg^ ^ourtisans. Il eut un ne- 

)) accompasnc la vie de J/. de Clin- * ^ rr n 

» teaubLnd sont si connus de toute ^eu nomme TannecUI DU ChaTEL 

5) la France , qu'il est inutile de les (F) , qui parut beaucoup a la 

» rappoiter.-» cour de France sous Louis XL 

(',) L\in i6ç)4. Ouelques-uns par une insiene 

(5) Toin. I , pas. m. jm. ' ■ ^y . r 1 ^ 

.r^TT.mr^T t^ n i iiieprise 1 Ont coutondu avec ce- 

Cil A ILL (Pierre DU ), grand- - ^ 

ouinônicr de France sous Hen- 
ri IL Cherchez Castellax, tome 
IV. 

CflATEL (Tanmegui du), gen- 
tilhomme breton , fut un des 
braves du XV. siècle. Il com- 
manda eu Italie les troupes de 
Louis d'Anjou , roi de Sicile , et pag. l'iz 



lui qui tua le duc de Bourgogne 
(G). Un auteur italien a fait ici 
de lourdes bévues (H) , comme 
on le verra dans la dernière re- 
marque. 

(a) Anselme , Histoire des grands Officiers, 
pag. 142. 

(b) Ce fui le roi C/iartcs VIT. 

(c) Anselme , Histoire des grands ofRcicrs, 



T20 CHATEL. 

(A) // rendit beaucoup de services de Pasquier (5). Les deux principaux 
au dauphin. ] La faction de Bourgo- ministres des actions de Chirles VJI, et 
gne , s'e'tant saisie de Paris la nuit peut être de sa ruine , furent Tanne- 
du 28 de mai i4i8, se serait saisie gui du Chdtel et Loui>et , président 
du dauphin, si Tanuegui du Châlel de Pruwence ; car ils furent cause de 
(t) neiit couru, le prendre dans son la mort du duc Jean, Ceux-ci le pos- 
lit , et l' enveloppant dans sa robe de sédèrent longuement par-dessus les 
chambre ne l'eût snui^é à la Bastille, autres, même Tannegui du Chdtet 
et de l'a a ]Melun{i). Nous verrons ai^ec une arrogance infinie , lequel, 
dans la remarque suivante avec quelle abusant de la facilité de son maître , 
ardeur il a£;it contre l'ennemi de ce tua en sa présence et en son conseil , 
prince, sur le pont de Montereau- le comte dauphin d' A uuergne , l'an 
faut-lonne. '4^4' (^ont les princes et seigneurs 
(B) Et le défit de son plus courroucés , la reine de Sicile , belle- 
dangereux ennemi .... Jean , duc de mère du roi , le connétable de Riche- 
Bourgogne. ] Si la monarchie Iran- mont et autres seigneurs de marque 
çaise se vil à deux doigts de sa ruine V abandonnèrent- Qui fut cause que 
sous le règne de Charles VI, et soiss Tannegui fut contraint de quitter sa 
celui de Charles Vil , ce fut le crime place , demeurant fjouuet seul en son 
des princes du sang , ce fut Tambition lieu. Mais luise voyant assiégé de mé- 
de'mesure'e de la branche de Bourgo- me haine, et ne pouvant résister aux 
gne qui, depuis ce temps-là, n'a point grands seigneurs , se relira en yiui- 
senti |)liis de tendresse pour le sang gnon, et onc puis ni l'un nii autre ne 
dont elle sortait, que pour la maison furent vus. llëzerai dit que Charles VJI 
ottomane. Elle a ete toujours iigue'e s'engagea à éloigner tous ceux qui 
avec ks plus grands ennemis du nom avaient eu part au meurtre du duc de 
français , jusqu'à ce qu'elle linit en Bourgogne, qu'il s'y engagea , dis-je , 
la personne de Marie, qui transmit lorstju'en 1424 il donna t'ëpe'e de con- 
toute cette haine à ses descendans. nëtable au comte de Piichemont (jui 
Jean, duc de Bourgogne, ne se conten- avait quitté le parti du roi d'Angle- 
ta pas d'avoir fait assassiner (3) le duc terre; et que là- dessus Tannegui sa- 
d'Orléaus , frère de Charles VI : il crifiant généreusement sa Jbrtune 
ajouta plusieurs autres attentats à pour servir son roi , lui demanda son 
celui-là; mais enfin il périt lui-même congé pour récompense (6). Varillas 
l'an 1419- Les serviteurs du duc d'Or- prétend que Charles VII fut contraint 
léans, et particulièrement notre Tan- parle traité d'Arras d'abandonner du 
negui du Châtel et le président Lou- Châtel, qui se réfugia dans son pays 
vet , négocièrent des entrevues entre et ne revint à la cour que lorsqu'il sut 
le duc de Bourgogne et le dauphin , que personne n'avait soin de faire en- 
à desssein de massacrer celui-là ; c'est terrer ce prince (7)- Selon cela il 
re qu'ils exécutèrent sur le pont de n'aurait quitté la cour qu'en i435. 
Montereau-faut-\onne , où ces deux Nous allons dire à quoi il semble (ju'il 
princes étaient convenus de conférer, soit plus sûr de s'en tenir , et nous 
Comme le duc Jean se présente , Je l'empruntons d'un historien (8), qui 
me sers des paroles de Pasquier (4), s'étant borné aux recherches qui con- 
Tannegui du Chdtel lui dresse une cernent la Bretagne, est plus croyable 
querelle d'allemand , disant qu'il ne sur ce qu'il dit de Tannegui du Châ- 
rendait au dauphin l'honneur qu'il tel , illustre Breton , que ceux qui 
lui devait et avec une hache lui don- n'en parlent que dans des histoires 
ne tel hurion sur la tête qu'il en générales. J'excepte ce qui est apolo- 
mourut. gétique , car là-dessus les historiens 
(C) Il tua aussi le dauphin d'Auver- particuliers d'une province sont plus 
gne.] Je me servirai encore des paroles suspects que les autres. Ainsi je m'ar- 



(1) Il clail alors prevôl de Paris. 

(2) Mézerai, Abrégé chronol., loin. III, pag- 

i'i) En 1407. 

^4) Pasqnter, Rerlierrlies de la France, liv. 
f^'I. clinp. III, pag. 45-2. 



(5) Là même, chap. IV , png. 453. 

(6) Mézerai, Abrégé clirouol. , loin. III, 
png. 23fi. 

(7) Varillas, Histoire de Charles IX, Uv. I , 
P"ë- 4- 

(8) Bertrand d'Argentré, Histoire de Brela- 
çiie , lit'. X, chap. XXX. 



CIIATEL. 121 

rête peu à ce que nous dit Bertrand auez fuit a moi pni'ùculièremcnt et au 
d yVrsentre (9) toucliant rinnoceii- royaume. Ce sera malgré moi et 
ce de 1 annegiii du Cliâlel , par rnp- contre mon cœur qu il se fera (pia 
port a l'assassinat du duc de Bour- >'ous es/oiqnez île moi .- mats l'oyant 
gosne. Voyons ce qu'il dit sur d'autres mes ajfaires réduites it ce point qii'iL 
'"^' ffiut (jueje prenne la loi d'autrni .je 
Il assure que le comte de Richemont, ''<"" ]'>''e de coniporter cet accident 
ayant reçu l'epe'c de connelable le 7 auquel je suis plus que forcé , en ai- 
de mars i425, fut envoyé' en Krefa- tendant que cette nue passe , et que je 
sue pour y lever des soldats. Du Clul- i'oye si ceux qui me veulent esloignei 
ici y (ut envoyé eu même temps cora- }>our occasion de t'ous , feront chose 
me ambassadeur de Charles Vil , pour récompensant ce qu'ils m'oslent. J'ai 
demander au due <le Bretaj:;iif la per- pensé en ce fait , uous vous en irez 
mission de lever du monde daus ses cependant en paix a Beaucairc , je 
états. Voilà ce qu'étaient alors les rois ^'Ous donne la sénéchaussée de ce 
de France : ils étaient environnes de ^'<^" • ^ous retiendrez l'office de pre- 
]ilusieurs petits souverains qui leur fai- 'oslde Paris, duquel il ne l'ous sera. 
>aientmillepièces.Ainsi c'est une gran- pointjail de tort, vous aurez pensions 
de illusion que de dire que les Anglais telles et si bien assignées que vous 
ont prcs(|ue concpiis aulrel'oisla Fran- n'aurez pas a craindre la pauvreté : 
ce. 11 faudrait dire qu'avec les secours pour la seureté de vostre personne 
des plus grandes provinces de France , niirez quinze archers qui vous seront 
ils ont pense conquérir les autres. Mais appointez: et je donnerai bon ordre. 
ce n'est pas de quoi il s'agit. Du Cliû- ^ leur payement. S'il vous survient 
tel ne remporta autre réponse , si ce ^itelque chose advertissez-moi , j'y 



n est qu on donnerait du secours après pourvoirai, comme aussi a trouve 

que le roi aurait chasse les personnes ocasion de vous revoir la première 

dont on lui avait demande' l'eloigne- qui s'offrira. Avec cela messire Tan- 

ment. Il était lui-même l'un de ceux» negui se retira a Beaucaire : mais 

là , et il se voulut e'ioigner lui-même encore fît- U des voyages de Franco 

sans se prévaloir de l'envie qu'avait ^^cpuis {10). 

son maître de le retenir. Sire , dit-il ^'^ crois qu'on peut inférer de ce 

je suis gentilhomme , et vous ai fait Passage que tous ceux qui ne mettent 

service ; mais il ne faut pas que vous P^^ ^^ retraite de Tannegui du Chàtel 

perdiez le service des grandes person- "^ ^'"^ i425, ou qui ne le font jamais 

nés qui vous peuvent tant servir con- revenir, ou qui lui donnent des am- 

tre vos ennemis , pour personnes si Passades auprès du pape, ou la charge 

'■'"■'" de grand ëcuyer de France, ou celle 




plaît à la vieillesse qui m'est venue il - --- o — —-' 

vostre service , et me donnez quelque *'' '^^^i* ^^ai que l'oncle eût été eu 

moyen de soutenir' le reste de mes ambassade au delà des monts, l'an 

jours avec secours et moyen de vivre : '44^ ^^ l'^n '4»^ 7 comme le père 

et ce fait ja n'advienne que par moi Anselme va nous le dire , on ne pour- 

\'ous tombiez en tel inconvénient que ^"^^^ excuser la négligence d'Argentic, 

de vous défaire de vos parens et ser- piii?c[u'il n'en dit rien ici , et que 

vdeurs, dont vous avez grand besoin lorsqu'il parle (11) de l'arabas.sade di 

en ce tems. Le roi a son très-grand I'><Jme, il ne marque point si Tannegui 

déplaisir fut contraint en passer par ■ '^" Ch-ltel , qui fut l'un des ambassa- 

l'a , et lui dit : Mon bon père et ami, deurs , était le même que relui qui se 

je vous tiendrai tousjours en degré de «élira de la cour l'an 1426. 
/>ère. Je sai que je vous le tlois de 

long tems, et m'en souviendra toute («0/ Bertrand d'Argentré, Histoire Je Breta- 

>ua vie, et de vos sen'^ces que vous ^{,5.''"'' ^' "'""'' ^^"^ ' ^"^^ "'' " ''"""' 

'■^} farnerne, pag. m. :,3i. l'an,,. t^S. " 



122 CÎÎATEL. 

On Ut dans l'Histoire de Marseille au second cas. C'est toujours une 

(12), qu'en i43i , celui-ci fut l'un belle chose que de persister dans sou 

de ceus qui négocièrent une trêve devoir , lorsque tous les autres le né- 

entre les Marseillais et les Catalans, gligent , et d'avancer son argent pour 

Il était alors capitaine général de la les funérailles de son roi. On dit que 

milice de Provence. Louis XI laissa passer plusieurs années 

(D) Il fallut, qu'il se retirât de la avant qi4e de rembourser les sommes 

cour o II , selon ipiet'/ues auteurs, il que Tannegui avança (i6j. Ce der- 

ne retint plus. D'autres prétendent nier eût été bien vieux à la mort du 

ç-f/'// r ''ei;«z] Le père Anselme ayant ro' son maître, s'il avait été général 

dit que Tannegui .se 7'e?/rrt f/e /rt coH/' d'armée en Italie dès Tannée 1409. 

pour le bien des affaires du roi Char- Ces sommes, si Ton en croit M. de 

les PII y l'an i^jS (i3), continue à Thou , montaient à trente raille écus 

parler ainsi : Depuis il fut créé séné- {''])• H ne s'accorde pas avec Beau- 

clial de Prni'ence , et dépéché h caire sur la cliarge de Tannegui. Il 

Gènes en 1^46 , pour morenner la 'e fait grand chambellan, et il est de 

réduction de cette l'ille h l'obéissance ceux qui le font disgracié. Castellus is 

du tvi , qu'elle demandait pour son perilluitriinylrmoricdprognatnsgen- 

seigneur ; et l'an \\^'à il fut envoyé te cubicidariorurn noLilium princeps 

en ambassade a Rome avec l'arche- ^'dj Cai-olo VII fuerat : et quamvis 

i'éque de Reims , l'éuéque d'Aleth et oplimè de rege ac regno merilus ciim 




temps après , sans laisser enf ans d' I- pecuniâtrigenLanidlia aureorum egre- 
sahelle le Vayer , sa femme. .M. Mo- g'o grati animie'xemplo dépendit (\8) . 
réri n'a point copié tout cela • il en a Nous aurons recours ci dessous au 
étéempêchépouravoircruqiieTanne- sieur d'Argentré , pour mieux con- 
gui du Chîltel eut soin des obsèques de naître les circonstances de tout ceci. 
Ciiarles VII. Si le père Anselme l'avait Voyez la remarque (G) , à la fin. 
cru aussi il n'aurait point dit que Tan- (F) H eut un neveu nommé T.\nne- 
T^e^m du Chà\e.l mouvi\t peu de temps gdi du Chatel.] Ce neveu avait été 
après son ambassade de Tan i448 Ce élevé chez son oncle à la cour de 
lait ne peut s'accorder avec ce que France , et fut un homme de tète- Il 
tant d'autres i;istoriens remarquent, s'attaciia au service du duc de Breta- 
qu il fit les frais des funérailles du gne , et devint giand-maître de sa 
roi son maître , décédé Tan 1461. Ils maison. Il lui donna un fort bon cou- 
se trompent. seil Tan i464 , dans une conjoncture 

(E) On prétend qu'd eut soin délicate ; car il s'agissait d'éviter des 

des funérailles de Charles VII, ] P'éges tendus par le roi Louis XI (19). 

Quelques auteurs disent que Tannegui C'était au reste un homme de probité, 

était en disgr.1ce lorsque Charles VII ^^ q"^ "^ flatta nullement son maître 

mourut ; d'autres disent qu'il était S"'" ^^ chapitre de la galanterie. Le 

actuellement grand écuyer. Funus *^"*' ^^ Bretagne, à Tctge d'environ 

suissumptibus curavit Tanneguius trente ans , ne faisait pas grand cas de 
Castellus summus regiorum equorum 

magisier (nam cœleri Carolidomestici ('^^ Quam quidem pccuniam non statim re- 

vietu Ludovici fdii se diversi sub- P"^;^"'"'"' /■"^"!"';»s ^-jl '"uliis post annis 

, , r-\ -l ■ CaUiUom, Faciacique fiindi alque aliorum ali- 

t«"J-erflrt«; (l5j. Au premier cas, son quoi .■endkwne dissoU'il. Ibidem. Au livre 

action serait plus louable ; mais elle .XX/^X , num. 10, il dit que le remboursement 

ne laisse pas de mériter des éloges •'«/'/"■"<'/"","<'" muUopoM. 

" (17) Mczcrai, Histoire de François II, pa^. 
44 du IIl^. vol. , in-fulio , dil, trois cent mille 



(lî) Rnffi, HiMoire de la ville de Marseille , 
liv. VI, chap. IX. 

(ï3) Anselme, Histoire des grands OfEciers , 
pug. \t\-i. 

(i4) les C.lironiqnes de France, par Bellpfo- 
jèt , liiées de Monstrelet, de Nicole Gilles, etc. 
le disent aussi. 

(•5j Belcatlus , lih. 7, num. i. 



dit, 
livres. Varillas , Histoire de Charles IX , pag. 4, 
dit, cent soixante-huit mille francs. Argeoiré , 
Histoire de Bretagne, liv. XII, chap. XVII, 
dil, plusdr cinquante mille livres. 
(18) Thuan. , lib. XXV, pag. 524- 
(iC)} foyiii Bcaucaire , liv. I, num. i5 ; el 
Varillas, Histoire de Louis XI , Uv. III , p^g- 



cil AT EL. 12.3 

sa femmp, fille du roi d'Ecosse, et me- qui concernent Tannegni du CliiUtl 
nait}iarloiita\ecluiiincmaîtressedont le neveu, et <|iii merilent d'elle lap- 
il c'ait passionnément araonreux. tUe poité.î ici. l'drcalnliis (25j dit i|ne 
s'a|ipelait Antoinette de Maiili;7.é , et Tannegni fut l'ini des trente-six elie- 
était IVmme du seigneur de Villequier. valicrs de Tordre de Saint-Michel, 
Tannet;'ii leprésenta souvent et libre- à la première institution (pii en fui 
nient à ce duc les chAtimens que la faite par Louis XI ('^G). 11 en était 
justice divine déploie sur les jjrinces bien digne, continue Forcatulus, puis- 
impuditjues et adultères; mais il ne que , sous le rèi;ne de Cliarlcs VI , il 
fit ijue se rendre odieux. S'étant aperçu avait exercff le j^ouvernement de Paris 
de la colère de son maître, il ne vou- avec tant de bonheur et tant de pru- 
lul point y demeurer ex[)osé, et se dence. Voilà où est la méprise. Tan- 
relira dans sa maison. La dame de negui du CIkUoI , ciievalier de Tordre 
Villetpiicr lui fit dire qu'elle le récon- de Saint - Michel et gouverneur de 
cillerait avec le duo, s'il voulait cesser Roussillon , Tan 1469, négocia une 
de lui faire des remontrances. Il re- trêve Tan 147^ : il n'est donc point le 
jeta ces propositions, et quoique la même que celui {pii fut prévôt de 
dame se servît plutôt de son crétlit Paris sous Charles VI ; car celui-ci 
pour avancer les personnes de mérite, commandait une armée en Italie , 
que pour venger ses injures, il ne Tan 1 4'^9 , ce qui marque qu'il a\ait 
laissait pas de la redouter (20). Louis pour le moins trente ans. il était ilonc 
XI , averti des dispositions où du Chil- né environ Tan i38o. Aurait-il été 
tel se trouvait, lui oflrit de belles plénipotentiaire à T;lge de quatrc- 
chavges. Ces offres furent acceptées , vingt-quinze ans , sans qu'aucun his- 
et voilà comment notre Tannegui torieii eût parlé d'un esprit de si longue 
passa au service de la cour de France vie, chose b(;auconp plus rare (ju'un 
(ai). On lui donna le gouvernement homme ;1gé de cent ans? Nous avons 
de Roussillon et de Cerdagne. Nous vu ci-dessus (27), qu'en I^^'i5, Tan- 
verr<ins bientôt qu'un jurisconsulte, negui , le prévôt de Paris , se considé- 
qui ne manquait pas d'érudition , a ralt comme un vieillard ; il avait 
])ris ce pays lie Cerdagne pour Tîle de donc plus de trente ans , et pour le 
Sardaigne. Tannegui du Chatet fut moins quarante ou quarante-cinq, lors- 
employé en 1^75 à la trêve de neuf qu'il commandait en Italie. Forcatu- 
ans {12). Il fut tué au siège de bon- lus rcmaicpie que Tannegui fut un 
chain , Tan 1478 (23). Au reste, si des juges du cardinal Balue , et que 
nous en croyons Pierre .Matthieu (24) , le roi lui donna les meubles et les 
celui qui enterra Charles Vil fut le belles tapisseries de ce cardinal. Il 
même Tannegui qui exhortait si chré- fait une description avantageuse du 
tiennement a la chasteté le duc de bon ordre que Tannegui établit dans 
Bretagne. 11 était neveu de Tannegui la province de lioussillon (28). On 
qui tua le duc de Bourgogne. Le dépit n'oublie point son voyage au monas- 
de n'être pas remboursé des frais des tère de Roncevaux , ni les belles 
obsèques de Charles Vil l'obligea de exhortations qu'il fit aux moines , ni 
se retirer auprès du duc de Bretagne, la demande qu'il leur fit après avoir 
Cela mérite d'être examiné. vu leur bibliothèque , s'ils avaient 

(G) Quclf/ties-iins l'ont coti- quelque morceau de la lyre ou de la 

fondu avec celui qui tua le 'lue de tête d'Orphée. Si l'on me demande 

Bourgogne. 1 J'ai trouvé cette faute pourquoi ce jurisconsulte parle am- 

dans Forcatulus, avec quelques faits plement du voyage de Tannegui du 



(ao) Ceci ne s'accorde guère avec ce que l'on 
dira dans la remarque suivante , en citant Ar- 
ginlré. 

(21) Beaiicairc , Zi'c IT, num. n. Varillas, 
Hist. d Loni^ XI, Uv. ly, pasi. 289. 

(23; Mattliieu , Hbl. de Louis XI , liv. Xf , 
pas- m :4: 

(23) Mêlerai, Distoire de France , tom. II, 
POo- 737. 

(24) Malihieu , Histoire de Louis XI, ^V. //, 
pas- 87. 



(25) Forcalul. , de C aller, itnperio et pliiloso- 
pliiâ , lib. VII, pag. m. mi et scq. 

(36) L'an 1469. 

(37) Bemarque (C) , citation (lo). 

(28} Il avait quelque répugnance à accepter 
ce gouvernement : Duh-.tans ne non Uispanica 
pen.f imperimn suuin ferre porset , aitl ipse mu- 
res ejus et hcenîiam. Forcatut. , de Call. iiiip 
et pliilos. , pag. m?. Argeilré, Hist, de Biel , 
Itv. X, chap, XXX, s'accorde en divene.^ 
r/ioet nvec Forcatoliis. 



'^-t CHAT EL, 

Châtel , je repondrai que c'esf à cause qu'a grand peine il en demeura pour 
que son bisaïeul eut beaucoup de i>on service ordinaire , ne lui restant 
part aux bonnes grâces de ce gouver- qu'un seul jidèle , loyal et ferme , 
netir de Roiissillon ; mais non pas tant qui fut messire Tannegui du Chdtel , 
qu'un f;entilhomme nomme Polerme, grand éciiyer de France ^ lequel au 
issu de la maison de Grammont , le- perd de ce qui en pouuoit aduenir se 
quel fut lieutenant de Tannegui en tint seul ii son sennce , et l'accompa- 
Cerdagne. A propos de quoi Força- gnajusqucs a la fin , ne se troui'ant 
tulus nous débite quelques vers de homme en France qui woulust frayer 
Clandien et de Martial, qui décrient pour les frais , ni faire un pas 
le mauvais air de Sardaigne, et assure pour les obsèques du roi. Bu Chdtel 
quéPolerme, bien informé des désor- s'y voulut engager , faisant tous les 
dres de cette île , n'en accepta le gou- préparatifs du service en la forme 
vernement qu'à son grand regret (29). accoutumée aux rois , et en advanca 
Voilà ce (}ue j'avais promis sur la iin les frais , estans les choses en tel 
de la remarque [)récédente. estât qu'il n'y avoit espérance d'en 

Les variations que l'on vient de lire rien recouvrer , en quoi il lui convint 
peuvent faire comprendre à tous mes despendre plus de cinquante mille 
lecteurs la négligence avec laquelle livres du sien, dont il ne fut rem- 
les historiens circonstancient les clio- bourse que dix ans après , et par for- 
ses. Le peu de conformité qui est en- lune lui estans assignez en payement 
tre eux va tout droit à nous empêclier /e^ châteaux et seigneuries de Châ- 
tie savoir au juste quand Tannegui tillon sur Andely , Pacy , Oysy et 
du Châtel se retira de la cour de J^onancourt , en Normamlie , quide- 
Charles VII; s'il y revint avant la /""■« furent relirez de ses héritiers 
mort de ce prince j s'il était grand pour estre parcelles du domaine du 
écuyer ou grand chambellan ; quelle roi. Et après la mort de son maistre 
somme il dépensa pour les funérailles "e trouvant place en la maison dit 
de son mattre ; si celui qui tua le duc roi successeur, ni de grâces de ce roi, 
de Bourgogne est le même que celui *e retira en Bretagne , oii il fut re- 
qui'fit enterrer Charles VII ; si celui cuedli très-volontiers du duc qui le fit 
qui censura les amourettes du duc de grand-maistre de son hostel et capi- 
Bretagne s'était retiré de la cour de laine de Dfantes , et le maria a la se- 
France , à cause qu'on ne lui resti- ronde fille de la maison de Maletroit, 
tuait pas ce qu'il avait déboursé pour ayant le maréchal de Rieu.v espousé 
les funérailles de ce monarque. On l' aînée ; mais cette faveur ne dura 
trouve une infinité de semblables long-tems , encor qu'il l'eust très-bien 
variations sur la vie de tous les grands méritée , comme nous dirons ci-après. 
hommes; et cela est surprenant, vu Ces dernières paroles se rapportent à 
qu'il serait très-facile de caractériser l'histoire de la disgrâce de Tannegui. 
de telle sorte les faits dont on parle L'auteur en parle dans la page 6o3 
dans une histoire , que même un lec- et dans la page 608 , et paraît se con- 
teur peu pénétrant pourrait éviter de trodire. Il dit dans la page 6o3 , que 
les confondre les uns avec les autres. Tannegui, pendant le voyage que 
Voici encore un passage d'Argentré ^"^ ^'^'^ *^'^ Bretagne fit en Normandie 
(3o) , qui nous fera voir un peu plus contre le conseil de Tannegui , obtint 
clair dans cette aflaire. Voyans les permission d'aller voir sa femme , eî 
officiers la fin du dit roi Charles s'ap- ^'^^ ^^ <i"<^' ayant éprouvé f[ue les dé- 
procher, et connoissans qu'ils ce- fi^m^esque Tanneguiavaittâché de lui 
noient ii tomber entre les mains d'un inspirer n'étaient que trop bien fon- 
priuce fort soupçonneux , tous uban- t^ées, le crut complice du complot; 
donnèrent le roi Charles dès son vi- àe sorte que jamais d ne le voulut voir, 
uant l'un après l'autre, tellement ^laisdaiis la page 608, il nous apprend 

que Tannegui ne put supporter la vie 

(29) Àudierai verb Polermus intulam crebrd qne le duc menait avec la dame de Vil- 

doinrnorwn muiuiioue impacauim et lurbis de- lequier. Ce qui fut cause qu'elle corn- 

ditain. Forcatulus, de Gall. Imp.. etc., pan. ... ' ; / •• 1 . ,. ii 

,,20. • • i" > ' ^ o menca a le haïr de mort, et qu il 

rSo) Histoire de Breujne, hv. XIT , chap. passa en France Cl grande haste pour 

fffr V"S- '''.i"- mettre sa personne en siiretc. Il fut la 



CÎIÉDERLES. 125 

très-bien venu auprès de Louis XI en ii^'jSàiin siège (35). La troisième 
et avaucé à de grands honneurs, est que, s'il était mort l'an i^fiS, il 
et nommément au gouvernement de n'aurait pu recevoir de Charles VJJI ;ui- 
Houssillon (3i). Notez que la dame de rune charge , ni aucune re'conipense ; 
Villequier fut débauchée parle duc car ce prince ne commença de régner 
après le voyage de Normandie , Lan qu'en i483. 
1)65 (3;!). 11 faut donc (pi'après ce 
voyage Tannegni parut à la cour : car 
s'il eût été en pleine disgrâce , qu'eôt- 
jl pu faire auprès tlu duc contre la 
dame de Villequier ? 

Quoi qu'il en soit, nous pouvons 
être assurés , gii^ces à Bertrand d'Ar- 
gentré, 1°. que Tannegni du ChiUel 



(3?i) A criui de Bouchain, oîi il fut lue. 

CHÉDERLES , est parmi les 
Turcs ce que saint George parmi 
les chrétiens. Les dervis contè- 
rent à Busbcc , lorsqu'il allait à 
"qui enterra Charles VlT, n'est point Amasie dans la Cappadoce , que 
le même que celui ({iii tua le duc de Cliéderles a été un grand héros, 
Bourgogne ; ■2-. ((u'il est le même que j ^ ^ ^^^ ^^ furieux dracon 

celui qui se retira de lirefagne en ' '' ^,, ,, . ^ 

France sous le règne de Louis XI , et ^^uva une hileque 1 on avait ex- 
qut fut gouverneur de Roussillon ; posée à cette vilaine bêle, lis 
3°. qu'il ne revint point de sa maison ajoutaient qu'après avoir long- 
pour prendre soin des funérailles , ^^ ^^^.^ j^j^^ j^, jj^^^^_ 

mais qu il se trouvait actuellement en ^., , . „ ' .*' , , 

possession de la charge de grand ""S il était enfin arrive sur les 
écuyer, et qu'il jouissait de l'aflection bords d'un fleuve dont les eaux 
de Charles VU, lorsque ce prince rendaient immortels ceux qui en 

mourut. ,,,..,, r>. buvaient ; que ce fleuve est tmi- 

11 n y a guère il articles clans ce Uic- . . j? • i 

tionnaire, qui, pour sa longueur, soit jourscouvertd une nuit obscure , 

nn centon d'autant de pièces difléren- et que depuis Chéderles il n'a été 

tes que celui-ci • mais il ne laissera yu de qui que ce soit. Ce héros 

pas , je m'assure de faire connaître Je^en^ immortel , et monté sur 
aisementa mes lecteurscomment il tant , , i • • i i 

distinguerlesdenxTANNEGDiDuCHATEL. "" «eau cheval a qui les eaux de 

(H) Un auteur italien a fait ici de cette rivière ont procuré le mê- 

lourdes héi'ues. ] Voyez un livre im- i^^e avantage , court par le mon- 



prime a Rome l'an 1C4G, intitulé 
Jiilratli ed Elot^ii di capilani illiistri ■ 
vous y trouverez (33) que Tannegni du 
Chdtel , prévôt de Paris, et ensinle 
lieutenant du dauphin , fut orné ma- 
goillqnement de récompenses mili- 
taires par Louis XI et par Charles VIII, 
et l'un des premiers chevaliers de 
l'ordre de Saint - Michel , et qu'il 
mourut l'an i6i8. La picmière faute 
est de confondre l'oncleavec le neveu ; 
car le lieutenant du dauphin et le 
prévôt de Paris, n'est point le même 



de , aime les combats , assiste les 
guerriers qui ont la meilleure 
cause, ou qui l'invoquent , de 
quelque religion qu'ils soient. 
] I a été , disent-ils , un des capi- 
taines d Alexandre (A) , et néan- 
moins ils veulent qu'il ne soit 
pas différent du saint George des 
chrétiens; tant ils ignorent la 
chronologie. Ils ont dans leur 



que le che\alier de Saint-Michel. La se- mosquée une fontaine de mar- 

condeestqnecelui((ui fui chevalier ne Jjre dont l'eau est fort claire, 

mourut pas I an ijtiS, vu iiu'en iir5 ,. •!„ j- , , >„ii„ j -, 

-, ,. . '1 , . ^. ' ,1' et ils disent qu elle doit son com- 

il lut employé a négocier une trêve A ,, . , 

de neuf ans' (34), et qu'il se trouva mencement a 1 urine du cheval 

de Cliéderles. L'Hippocrène des 

(s'I^imlm'.' poètes fut imaginée moins gros- 

(3:!) f «g. 144, 145. sièrement. Ils montrent fort 

(34) Matthieu, Histoire de Louis XI, /,i'. • J i> i . i i 

A/,/flà. m. 747. près de laies tombeaux de son 



120 



CIIÉDERLES. 



palefrenier et de son neveu (a), de ses grandes conquêtes (i). Plusieurs 

' -1^ J;^„v,* ^,,M co fait ^r>n ti_ musulmans confondent Khedher avec 
OU ils disent quii se laii conii— i , cr ■ v . j 

-T- . , p le j)ropliete bue ; mais L auteur du 

nuellenient des miracles en ta- Tankb Montekheb en fait fort bien 

veur de ceux qui les invoquent la distinction , et ajoute que Khedher 
(b). Ils veulent que si l'on avale f'iV»'* du temps de Caïkobad, an- 
■ e ' J« lo T-o^liii-Q /lûc cie/i roi de Perse; et au' ayant trou- 
une inrusion de Ja raclure des ■ , 4.- , ■ 7 ' , 7 j 

' ni ' 1 1 ^^ la jontaine de vie-, et bu de son 

pierres de la terre ou Lhederles g^„ ^ -^ „g j^,^^ ^^^ mourir jusqu'au 

s'arrêta lorsqu'il attendait le dra- son de la trompette-, c est-a-dire , 

gon , ce soit un remède contre la jusqu'au jour du jugement dernier 

fièvre , contre le mal de tête, et ^""^^^^ Un passage de Postel ser- 

contre le mal dyeux. Les lurcs i^ira de supplément aux choses que je 

ne sauraient s'eiupêclier de rire , l'iens de tlire.^^ Cet auteur raconte 

quand ils voient dans les tem- qu''l y «.en Turquie une infinité de 

^, , 1 '.■ ]'■ „„ „ i„ saints qui font des miracles, et qui 

pies des chrétiens 1 image de o^t chacun leur métier. //j- e« ««« 

saint George, leur prétendu Che- ^,tj conforte les désolés , un autre 

derles ; car les Grecs le peignent qid aide aux peregrinans qui l'irtt'O- 

avant un petit enfant en croupe l^ent. Un autre auprès de la Surie , 

'^ . , . ^ j - i' \ "\r • I > non trop loins d yldena , qui se nom- 

qui lui verse du vm (c). Voila „,eSeJ^icad[ , sirq. ou seigneur juge : 

un morceau de parallèle pour [^ qj^ h^ dient que toutes i'olon- 

qui voudra grossir les livres qui tés s' accomplissent , et la les gens dar- 

ontdëià paru sur les conformités "'«^ ''' recommandent fort, et ont 

>. }■ pour persuade que qui La esté foir 

des religions. ^ ,jg meurt pas en guerre. Les autres 

Le passage que je rapporterai enseignent les choses perdues (3) : et 

de Postel , cosmopolite , deux y en a un grand en la Natolia , au- 

fois de là retourné, et véritable- Pf" ^« Canafar qui se nomme Gu- 

J , .j. ■ 1 zel-mirssin OM (jotuelmirss , /e foo»z rrt- 

?nent informe [d), servira de meneur , qui troLwe toutes lestes per- 

supplément aux choses que je " " 
viens de dire (B). 



(rt) Fds de sa sœur. 



dues. Un autre qui se dit Bassaessic , 
le dieu d'amour, ou le prince de ce- 
la , ia oit ils t'ont pour estre bien for- 
tunés en mariage , pour ai^oir enfans , 



\b) Vbi miilia fjnotidiè opem dlorum iiwo- pour se reconcilier. Il y en a encor 



un qui est le général capitaine de 
tous ; car il seit de tous les mestiers 
des autres , et dient qu on ne luy de- 
mande rien qu'on n'en aie consola- 
tion : et cestui-ci n'a point de lieu dé- 
dié , mais se pourmeine sur une ju- 
ment grise par tout le pais de lYato- 
lie seulement, et apiiaroist partout a 
ils le nomment Che- 



canlibus divinilUs bénéficia conferri persua- 
dere nobis conabanlur. Busbeq. , cpist. I , 
pag. m. 93 el ser/ 

(c) ExBusbequii epislolâ I , pag. m. 98 et 
seq. 

{d] C'est ainsi qu'il se qualifie à la lele 
du livre. 

(A) Il a été un des capitaines 

d'Alexandre.} Ou n'en convient pas qui l' infoquent : 

dans le Supplément de la Bibliothèque derelles , et pensent que ce soU saint 

orientale de M. d'Herbelot ; car on y George, car ils appellent sai?U Geor- 

assure que, selon les traditions des ge Chederelles , ei y a tout plein de 

Orientaux, Khedher a été le compa- gens qui se dient de lur : et scauent 

gnon ou le conseiller , et général mesmes en quel temps les christiens 

d'armée de Dhoulcarnein , qui n'est en font la feste ,et les ^'iennent inci- 

pas Alexandre le Macédonien, mais ter det^ant, ou à ce jour, a donner 

un monarque du monde plus ancien des aumosnes pour l'amour de luy : 
oue lui , nuiai porté le premier le nom 

d'Iskendir^Dhoulcarneïn , Alexan- g ^;^'^:.;^';:,;'''',^^,7,^-,.r ' ^^ 

dre le Grand n'ayant porté le même ^.^^ Postel, des HistoirV.s o'nentalcs, II'. pari., 

nom qu'à son imitation, et à cause pag. ■2'ii. 



CHÉLIDONIS, 



12' 



car quand ils demandent quelijue non ciijiisqumn aiicloritas piv pretio , 
chose à ces saints-lh , Us leur pro- non gratin ualeret, stalituiitid sibiop- 

tiniinn esse Jactu , qiiod cuh'is l'ents- 
sel in nienlem , pelere auxiliuui h 
Chelidone , quœ isto prœtore , non 



niellent selon leur faculé, manger 
pour l amour d'eux un pain chaut , 
ou un chapon, ou un mouton , ou un 
heiif, ai^ec les panières, et les pèle- 
rins , ce q.i'ils gardent diligevuucnt. 
Ils mangent avec les pauvres pour 
l'amour de leurs saints (4). 

(■4) Conférez avec ceci les Pensées diverses 
sur les Comètes, tium. 3i. 

CHÉLIDONIS , femme de 
mauvaise vie, dont je ne parle 

que pour avoir lieu de rapporter JjVj,^ sui 1\ Potitius tutor. O mal 
une chose que j'ai promise ci- tis acerbam, 6 miseram, alque in- 
dessus (a), et qui se trouve dans dignam prœturam tuam ut mittam 
r^- , \^ . (• ■ ■. cœtera , quo tandem pudore taies i'i- 

Liceron. Cette renime aimait 

Verres , et avait sur lui un très- 
grand pouvoir. Tous les plai- 
deurs recouraient à elle pendaat 
qu'il était préteur ; et, comme 
c'était l'unique moyen de réussir, 



modo in jure civili , prii'atorumqu^ 
omnium conlroversiis , populo lioma- 
no pncjtiit , t'critm etiam in his sai'tis 
tectis dominata est, P'enit ad Clieli- 
doncui C. iMustius eqiies romanus 
publicanus, homo cumprimis hones- 
tus : venit J)J . Junius patruus pueri , 
frugalissimus homo , et castiisinius : 
l'cnit homo summo honore , piidure , 
et summo ofjlcio , speclatissimus o;'- 



il V eut des gens d'honneur et 
bien fondés dans leur cause, qui 
furent contraints d'aller le solli- 
citer chez Chélidonis. L'indignité 



qiio tandem pi 
ros , quo dolore mei'etr.cis domum 
l'enisse arhitramini? qui nulld condi- 
tione islam turpUudinem subissent , 
nisi ojficii , necessitudinisque ratio 
coc'gisset{i). On la trouva toute envi- 
ronnc'e de plaideurs , et il fallut 
a\anl que d'avoir audience la laisser 
e.\|)edii'r bien des f;ens. l.nfin , OQ 
eut son tour, on lui proposa l'aflaire, 
on lui demanda ses bons ofllcts , et 
on lui promit de l'argent. Elle leur 
re'pondit en courtisane, je vous ser- 



decet état fut éloquemment dé- -virai de tout mon cœur, je lui en 
crite par Cicéron (Aj. Il observe P^''*^''^' ?^« la bonne sorte ; niais , le 
, J . , ' j ,. r lendem;iin , elle déclara (lu elle n a- 
quun jeune homme de qualité ^^.jt pu le fléchir, et qu'il attendait 
eut beaucoup de peine à nommer de ce procès une grosse somme. /Re- 
cette créature (B). Elle fit son niunt,ut dico, ad CheUdonem. Do 
testament au profit de Verres {b). 



mus erat plena , nova jura , noua 
décréta , nova judicia petebantur. 
3Iihi det possessionem , mihi ne adi- 
viat . in me judicium ne det , ndhi 
bonn addicat. yllu nunimos numera- 
banty alii tabulas obsignabant, Do- 
niiis erat non meretricio conventu , 
sed prcetorid turbd rejerla. Simul ac 



[à) Dans la remarque (C) de l'article CÉ- 
THÉGCS , à lajin , pag. 4t). 

{fi) Cic. , in Ver. , II, cap. XLVll. 

(A) L'indignité de cet état fut élo- 
quemment décrite par Cicéron-'] Le ^ ^ 
beau-père , l'oncle , et l'un des tuteurs polestas primiim data est , adeunt hi 
d'un pupille, le voyant menacé d'un quos dixi ; loquitur Alustius , rem 
grand procès , s'adressèrent à Marcus démo ns ira t , petit auxUium ., pecu- 
Warcellus aulre tuteur du jeune gar- niam polUcetur. Hespondit illa , ut 
con. Marcclins alla prier Verres de merelrix , non inhumanc , libenter 
protéger l'innocence du pupille, et ait se esse Jacturam , et se cum isto 
n'obtint aucune promesse. Ce fut alors dUigenter ^erntocinaturam , reverti 
que , toute autre |)orle étant fermée, jubet ; tumdiscedunt : postridic rcvei^ 
on recourut à Chélidonis. Quiim sibi tuntur. JSegal illa passe hominem 
omnes ad islum allegaliones difficiles, exorari, ]>ermagnam eum ilicere ex 
omnes adilus arduos ac poliiis inter- illd rc pecunuun conjici passe (2). 

clusos viderunt , apud quem non jus, , . r- n .. • v r rr 

' ' . ' . , -' (i)Cicero, Orat. m Vcrrem I , cav. LI, 

non œquitas , non misericorMia , non etsen. 

l.r<)pinquio7'atiu, non amici volunlas, (2) Idem , ibid. 



erat a<} eum t'cntum , et m aurem 
ejus insusurratum , atihs reuocahat 
eos inier quos jam decre^'urat , 
decretiimque mutabat 
alios contrarium sine 



alias inter 
ulld relisio - 



128 CHÉLONIS. 

Les avocats consultans n'avaient rien dans Lacédémone contre Lf'oni— 

ù faire i on n'allait plus chez eux; on jgg gj-^ faveur de Cléonibrotus, 
n'allait que chez Cliëlidonis:c était le premier fut contraint de 

elle qui réglait les jugemens; le pre- ^ . ^ -, ., . 

teur cassait ses sentences, et en pro- se retirer dans un asile , et que 

noncait «le toutes contraires les unes le dernier fut élevé sur le trône, 

aux autres , selon qu'elle le lui suggé- Chélonis , bien loin de prendre 

vait flicéron décrit cela extrêmement 1 > 1 r i j 

lait. oueion "tci.i ^^„„, ;„ Sa part a la fortune de son mari 

\i\en. Ouœso redite m menioriam,]u- *■ ■ -, ^ ^ ^ ^ 

dices,\uœ libido istins in jure dicen- se retira dans le même temple 

dofuerit, quœ warietas decretnrum, que son père, et y parut comme 

quœ nundinatio , quhm inanes domits j^^- ^^^^ ^^^^ fijnire mortifiée qui 
pnrnrri nmniiwi , auide jure civ'ili con- .^° 

eoriim wnniuiii , j , ^^^_„^_^-,. accompagnait ceux qui recou- 
sidi soient , quam plena atqne rejei- . i & -, r» 

ta Chelidonis, a qud muliere quiim raient a ces asiles. Un ne saurait 

mieux les comparer qu'à des péni- 
tens couverts de sac et de cendre. 
Quelque temps après , on permit 
à Léonidas de se retirer à Tégée. 
ne decernebat , ac proximis paulà Chélonis y fut avec lui la compa- 
antèdecrererat{3). g,.,g inséparable de sa mauvaise 

(B) Un jeune homme .eut ^^^^^^^ ^ ^^^ j^^^. Cléombrotus 

beaucoup de peine a nommer cette • 1 , r 1 • j» 

cri^atiire.] Ciréron ne manqua pas de eut besoin de la tranchise d un 
s'écrier , quelle honte qu'un préteur temple. Léonidas fut rappelé 
ait fait les fonctions de sa charge ^^ remonta Sur le trône. Alors 
commeil à plu à une f*^'^'"'; ';i"^^"- Chélonis quitta son père, et alla 
mitius n a pas cru pouvoiv nonimei 1 . ^' c 

sans choquer l'honnêteté. L. Domi- trouver son mari. Ce tut un spec- 

tius de Chelidonc reticuit , quoad tacle très-digne d'admiration, 

potuit , alib responsioneni suam deri- q^g de la voir intercéder pour 
tmi'it. Tantus in adolescente clans- ^ • > i 

' " • . ,„„^„,„/,c „„dnr son mari auprès de son père , 

siino ac principe jiwentutts puaot , . , ^i * 

fuit , ut aliquandiii , quhm a me pre- tres-resolue de partager avec 

meretur-, omnia potiiis responderet , celui-là l'état de disgrâce, quoi- 

quàm Chelidonem nominaret Primo „^'^\\q ^'^^1 point participé d SOn 

necessarios istius ad eum allegatos :^ i, i ^;„».\,„.4„ 

essedicebat. deindè aliquandàcoac- bonheur, et de ne point paita- 

tus Chelidonem nominawit. Non te ger avec Son père 1 état de pro- 

piidet, P'erres, ejus mulieris arhi- spérité , quoiqu'elle eût pris part 

tratu gessisse prœturam, quant L. ^ ^^^ infortune. Léonidas vint 
Domitius ab se nominan l'ix sibi no- , . , 

nestum esse arhitrabatur [li) ? irouMev a main armée son gen- 
dre dans l'asile oii il se tenait , 

(3) Cicero, Orat. in Verrem I, cnp. xir/. et lui reprocha avcc toutc l'ai- 

fore; auwi Orat. V in Veirem, cap. X7//. . ^ . ■■ i i •„• t-i 

(4) ide,n, Orat. in Verrem I , caj,. LUI. grcur imaginable les injures qu il 

en avait reçues, la perte du 

CHÉLONIS, fille de Léonidas, trône , l'exiîet ce qui s'ensuit, 

roi de Lacédémone , et femme Cléombrotus n'avait rien à ré- 

de Cléombrotus , roi aussi de pondre. Sa femme parla pour 

Lacédémone, se trouva dans un lui, et le fit d'une manière si 

embarras fort délicat , dont elle forte et si touchante , en protes- 

se tira, non pas en habile fem- tant même qu'elle mourrait avant 

me, mais en héroïne de roman, son mari en cas que ses larme? 

Une faction si redoutable s'éleva et ses prières fussent inutile-;. 



CHESNE. 129 

qu'elle lui sauva la vie, et lui se rendit célèbre par la chimie 

obtint la liberté de se retirer oii (A), et il publia des ouvrages qui 

il voudrait. Entre autres choses, furent fort bien reçus, et sou- 

elle représenta à son père qu'il vent réimprimés (K). Je crois 

faisait l'apologie de son gendre , qu'il était de la religion, comme 

etqu'elleavaitfaitparsaconduite on l'assure dans \ Index libro- 

un manifeste contre son mari riini prohihitorwn [b). Il fut 

(A). Après que Léouidas lui eut marié avec Marguerite de Trie 

accordé la vie et la liberté de (c) , dont la mère était fille du 

Cléombrotus , il la pria tendre- savant Guillaume Budé. Il en 

nient de demeurer avec lui Léo- eut une fille , dont je parle ail- 

nidas ; mais elle s'en excusa , et leurs {d). Patin l'a fort mal traité 

donnant à tenir à son mari l'un (C), et il n'avait garde de l'épar- 

de ses enfans pendant qu'elle te- gner , vu la haine qu'il avait 

liait l'autre, elle alla faire ses pour les chimistes, et pour l'an- 

prières auprès de l'autel : après timoine. Le sieur de la Violette 

quoi , elle partit avec son mari n'ordonnait point ce médica— 

pour le lieu de leur exil {a), ment; mais il s'en rendait en 

L'endroit oii Montaigne l'a louée quelque manière le défenseur 



mérite d'être consulté {b). 

(«) Tiré de Plutarquc, dans la Vie d'Agis 
et de Cléomène. 

(b) Montaigne , Essais , liv. III, chap. 
XIII, pag. m. 578. 

(A) Elle représenta à son pètv , 
qu il faisait l' apologie de songendre , 



(e). (iela , et quelques autres ar- 
ticles de sa pratique lui attirè- 
rent des ennemis. Il eut à répon- 
dre à quelques livres de Riolan , 
qui n'étaient pas sans injures. 11 
se pouvait consoler de ces pe- 

et quelle aunilfaitl un manifeste tites persécutions; car il se voyait 

contre son mari.] Si mon mari, di- honoré de la bienveillance des 
sait-elle (i) avait eu quelques raisons „rands. M. de Silleri , qui a été 
spécieuses de vous oter la couronne, '-', ,. j r Vu 

je les réfutais, je portais témoignage chancelier de i^rance, fut 1 un 
contre lui en le quittant pour vous de ses patrons. Il le mena avec 
suivre ; mais si vous le faites mourir, lui en Suisse , lorsqu'il y fut en- 
ne montrerez-vous pas qu'il a été ex- ^ ' ^^ ambassade pour le re- 
cusable : n apprendrez- vous pas au •' ,, ^ j n m- 1, 

monde qu'un royaume est quelque nouvellement de 1 alliance , 1 an 
chose de si grand, et de si digne de 1601 ; et comme alors on parlait 
nos vœux, que l'on doit, pour se l'as- beaucoup d'une fille qui avait 
surer répandre le sang de son gendre, ^,^^^ long-temps sans manger, 
et ne tenir aucun compte de la vie ., ,, . t> '^ . ' 

de ses propres enfans ? il ' envoya a lierne pour exami- 

CO Pi«t.,m Vi,âAgid.etCieom.,p«„..8o3. "^r cc qui en était. Son rapport 

futqueleconte était véritable f/") 
CHESNE ( Joseph du ) , en la- ^ ^ ^ 

tin Quercetanus , sieur de la {h) A la page 660 de l'cdUion de Genèç-e , 

Violette , conseiller et médecin iSdy 
du roi , était d'Armagnac en 
Gascogne , et mourut à Paris 
l'an i6og. Quelques-uns lui don- 
nent la qualité de baron (a). Il 

i'«) yojrez la retnarque (B). 
TOME V. 



(«-') f^oyez la remarque (C) de l'article 
SpANHEi.m, iom. XIII. 

(d) Dans la même remarque. 

(e) Voyez son Diaeteticoo, folio Tt. 458 
et seq. 

' {/) ^"'^ ''" Diietelicon de Josepli du 
Cbesne,yb/iO 3i, 

9 



i3o 



CHESNE. 



Je marquer! une petite méprise J^^-^jJ^-- ^'^^ ' ^^>^' ^^ 
qui s'est glissée dans le catalogue .^^ j^ ^^^^^-^ ^j^^ ouvrages qui fu~ 



d'Oxford (D). 

(A) Il se rendit célèbre par la chi- 
mie.} Le passage de Gaflarel qui me 
peut servir de preuve contient une 
• , -i_„u^ «■,; mVninprhe de le ré 



rentfort bien reçus et souvent réimpri- 
viés.'\ 11 ne faut que voir le nombre 
des éditions qu'on en marque dans 
Lindenius re/iot'atus (2). J'y renvoie 
mon lecteur, et quant à cela, et 



singularité qui m einpectie de le re- q^g^t ^^^^ titre des livres. Je dirai seu- 
duire aux seules paroles qui regardent jej^ent, 1°. qu'autant que je l'ai pu dé 



la capacité de notre du Chesne; on le 
lira tout entier avec plaisir. M du 
Chesne sieur delà Fiolette, un des 
meilleurs chimistes que notre siècle 
ail produits , rapporte qu'il avait i'u 
un très-habile Polonais , médecin de 
Cracovie , qui conservait dans des fio- 
les la cendre de presque toutes les 
plantes dont on peut avoir connais- 
sance ; de façon que lorsque quel- 
qu'un par curiosité voulait voir, par 
exemple , une rose dans ces pôles , U 
prenait celle dans laquelle la cendre 
du rosier était gardée , et la mettant 
sur une chandelle allumée, après 
quelle avait un peu senti la chaleur, 
on commençait a t'oir remuer la cen- 
dre puis , étant montée et dispersée 
dans la fiole , on remarquait comme 
une petite nue obscure qui , se divi- 
sant en plusieurs parties, venait enfin 
a représenter une rose si belle, si fraî- 
che et si parfaite , qu'on l'eût jugée 
être palpable et odorante comme celle 
qui vient du rosier. Ce savant homme 
dit qii'd avait souvent taché de Jaire 
le même, et n'ayant su par industrie, 
le hasard enfin lui fît voir ce prodige : 
car comme' a s'amusait avec M. de 
Luyncs , dit de Forme ntières , con- 
seiller au parlement, a voir la curio- 
sité de plusieurs expériences , ayant 
tiré le sel de certaines oities brûlées , 
et mis la lessive au serein en hiver , 
le matin il la trouva gelée , mais avec 
cette merveille que les espèces des 
orties , leur forme et leur figure 
étaient si naïvement et parjaitement 
représentées sur la glace, que les 
vivantes ne l'étaient pas mieux. Cet 
homme étant ravi , appela ledit sieur 
conseiller pour être témoin de ce se- 
cret , dont l'excellence le fît conclure 
en ces termes : 

quoique le 



Secret dont on comprend que 

corps meure, 
Les formes font pourtant aux cendres leur 

demeure 

rar 



' présent ce secret n'est plus si rare , 
r M. de Claves , un des excellens 



couvrir , le premier livre qu il ait pu- 
blié est Apologia pro chimicis. C'est 
ainsi que du Verdier en donne le 
titre (3) : il en marque l'édition à 
l'an 1675, à Lyon, in-^°. C'est sans 
doute le même livre que le Ad Jacobi 
Auberti , iTindonis , de orlu et causis 
melalloriim contra chymicos explica- 
tionem , brevis Responsio. Et de ex- 
quisitd mineralium , animalium et 
vegetabilium medicamentorum spa- 
gyricd prœparatione et usa perspicua 
tractatio, à Lyon, 1675 m-8". Du Ver- 
dier luidonne, Traité de saint AugiiS' 
tin de la vie chétienne, avec les Traités 
de charité, et de la vanité de ce siècle 
et momie inférieur d'obédience et 
d'humilité; et V Échelle de Paradis , 
à Paris, i542. Mais je ne saurais m'ir 
maginer que cet ouvrage soit de lui , 
si l'année 1642 est bien marquée. Je 
crois que sa taille-douce, au-devant 
de son Diœleticon imprimé l'an 1606, 
fut faite cette année-là. Or on y mar- 
que qu'il était âgé de soixante ans. 
En ce cas-là , il serait né depuis l'im- 
pression de ce Traité de saint Au- 
gustin. 2". Je dirai que dans la Biblio- 
thèque de du Verdier il n'est que sieur 
de la Fiolelte , conseiller et mé- 
decin ordinaire de monseigneurfrère 
unique du roi ; mais que dans celle de 
la Croix du Maine il est simplement 
baronet seigneur de Morencéel Lyse- 
rable. 11 est certain que ces deux biblio- 
thécaires parlent du même écrivain 5 
car ils donnent à leur Joseph du 
Chesne le Traité de la cure générale 
et particulière des arqnebusades , \xn- 
primé à Lyon l'an 1.576. Il y fut impri- 
mé en latin et en français la même 
année. M. Baillet fait mention du ba- 
ron de Morencé qui s'appelait Joseph 
du Chesne (4). H n'en parle que com- 

(i) Gaffarel, Curiosit. inouïes, chap. V, 
num 9 , pag. m. loo. 

(2) Jiix pages 710 et 711. 

(3) Du Verd.er , Biblioth. franc , pag. 773. 

(4) Baillet, Jugement sur les Poètes, loin, 
m , num. ili-i , pag. 363. 



CHEVREAU. CHIGI. 



me d'un poète, et il est sur que ce 
médecin faisait des vers. Du Verdier 
lui donne la Moroscoinie , ou fie la 
jolie , uaniU' et inconstance du mon- 
de , en cent octo/uiires. yii'ec deux 
chants doriques de l'amour céleste et 
du souuernin bien, à Lyon, i58.5, 
in-l^". Je crois que cette édition n'est 
pas la première^ car Tauteur , citant 
cet ouvrage dans son Diœleticon (5j , 
imprimé Tan 160G, observe qu'il y 
avait vingt-six ans qu'il l'avait fait 
im[)ritner. 

(C) Patin l'a fort mal traité. \ 
« Cette même année (1609), il mou- 
» rut ici un méchant pendard et cliar 
>' latan, qui en a bien tué pendant 
J> sa vie et après sa mort par les m;d- 
» heureux écrits qu'il nous a laissés 
» sous son nom , qu'il a fait faire par 
j) d'autres médecins chimistes deçà et 
)) delà. C'est Josephus Quercetanus , 
» qui se faisait nommer à Paris le 
« sieur de la Violette. I! était un 
» grand ivrogne et un franc igno- 
» rant , qui ne savait rien en latin , 
)> et (pii n'étant de son premier iné- 
5) tier que garçon chirurgien du pays 
» d'Armagnac , qui est un pauvre 
» pays maudit et malheureux , passa 
» à Paris et particulièrement à la 
)) cour pour un grand médecin , par- 
»> ce qu'il avait appris quelque chose 
» de la chimie en Allemagne. Le 
» meilleur chimiste , c'est-à-dire, le 
» moins méchant, n'a guère fait de 
» bien au monde, et celui-là y a fait 
» beaucoup de mal (6). )) Il y a bien 
de l'emportement dans ces paroles de 
Gui Patin. 

(D) Je marquerai une petite mé- 
prise qui s'est glissée dans le Cata- 
logue d' Oxford. ] On y a parlé (7) 
d'un Jean du Chesne à qui l'on donne 
le Traité de la cure des arquehusa- 
des , imprimé à Lyon , iS^ô, in-S°. , 
et le grand HJitvir du Monde , im- 
primé dans la même ville , l'an 1 587 , 
in-4°. Ces deux ouvrages sont certai- 
nement de notre Joseph du Chesne. 
M. .MrTcklinus ne parle pas du der- 
nier (8) ; mais l'auteur le cite lui- 
même au feuillet 3g8 de son Diœteti- 
con Polyhisloricon. 

(5) j^u feuillet 17. 

(6)Palin, lettre XXXI, pag. ll^^ du I". 
tome , e'tht. de Genève , 1C91 . 

(7) A la page i58 de la I'^. partie. 

(8) In Lindenio renovato. 



i3i 



Je remarque outre cela que le cata- 
logue d'Oxford, donnant (9) une lon- 
gue liste des livres latins de Josephus 
Quercetanus , n'avertit pas qu'on 
avait déjà parlé de lui sous le mot 
Chesne. 

(9) A la page 88 de la II*. partie. 

CHEVREAU (Urbain), natif 
de LouduM , et auteur de plu- 
sieurs livres, et eatre autres d'u- 
ne histoire universelle (a) dont 
on a fait plusieurs éditions *' , 
mourut dans le lieu de sa ïiais- 
sance le i5 de février 1701 , à 
lage de quatre-vingt-sept ans, 
et quelques mois. Voyez sou 
éloge dans le Journal de Trévoux 
(ù) : on n'y a point mis tous les 
ouvrages qu'il a publiés , car on 
n'y a point parlé de son roman 
d'Heriniogène , imprimé à Paris, 
l'an 1648 , in-S" , ni du volume 
de lettres qu'il publia dans la 
même ville , l'an 1642 , in-S". *^. 

(a) Voyez l'article Babvlas, remarqua 

(F). 

*' La remarque (F> de l'article Babylas, 
toni. III , pag. », concerne Chevreau. 

{b) Mois de mars et a\>ril i j-oi , pag. 2/11 
édil. d'Amst. ' 

*^ Joly , sur le te'nioi<;nage du père Jacob, 
parle de Lettres nouvelles de Clievrtau qui 
auraient e'Ie' imprimées chez Sommaville 
eu 1646, in 8'. Le père Jacob est le seul 
qui parle de ce volume. Les auvres mêlées 
de Chevreau, 1717, deux volumes in-12 
(dont la pagination se suit), sont données 
comme la réimpression de lellres publiées 
par Chevreau lui-même deux ans avant le 
Chevrœana ^dont le I'^''. volume est de 1697, 
et le W. de 1700); mais ne sont peut- 
être que lédilion de 1697 d. s œuvres mê- 
lées, un volume in-12. Joly renvoie aux 
tomes XI et XX des Mémoires de Niceron. 
On trouve aus>i un curieu.t aiticle sur Che- 
vreau dans les Mémoires d'Ancillon paaes 
147-219., 

CHIGI [n) , famille noble de 
Sienne , qui faisait figure depuis 
long-temps dans sa patrie , lors- 
qu'elle commença à se pousser 

[n] Le véritable nom est, Ghigi. 



i32 CHIGI. 

à la cour de Rome sous le pon- frère aîné, gouverneur de Rome, 
tificat de Jules II (b). A la véri- ne se mêla presque point de po- 
te , elle ne monta point jusqu'aux litique ou d'affaires d'état ; mais , 
prélatures , mais elle eut des en récompense , il fut extrême- 
emplois considérables dans la ment appliqué à gagner du bien 
chambre apostolique. Jules II (c), et il trouva là-dessus des in- 
donna l'intendance des finances ventions très-efficaces, et qui 
à Au&usTiN Chigi , et se trouva faisaient bien crier le peuple. La 
très-bien de ce choix. Personne donna Bérénice sa femme (d) , 
n'ignore l'humeur guerrière et qui était venue à Rome, sans sa- 
inquiète de ce pape , ni les dé- voir les manières de la cour , y 
penses à quoi une humeur com- fut bientôt si aguerrie, qu'elle 
me celle-là engage nécessaire- aurait pu en faire leçon aux au- 
ment. 11 fallut qu'Augustin Chi- très. Elle allaita l'audience du 
"^i déployât tout son savoir-faire pape très-rarement : on la mit 
pour trouver les fonds de tant d'abord sur le pied de ne semê- 
de dépenses : il eut en cela l'ac- 1er que de ses affaires : on profita 
tivité , l'esprit d'invention , et la des plaintes qui duraient encore 
fidélité nécessaires (A) ; de sorte contredonnaOlympiabelle-sœur 
nue Jules II très-content de son d'Innocent X. Flavio Chigi, fils 
financier l'honora d'une espèce de don Mario , fut fait cardinal 
d'adoption : il voulut qu'Augus- patron. Il aimait trop ses plaisirs 
tin Chigi et ses descendans fus- (B), et il était encore trop jeune 
sent censés appartenir à la fa- pour se faire estimer par le ma- 
mille de la Rovère. Sous le pon- nége d'un homme d'état (C). Il 
tificat de Paul III , la famille ne se souciait point de thésauri- 
Chigi éprouva une révolution de ser , soit qu'il aimât trop la dé- 
décadence qui la contraignit de pense, soit qu'il lui importât peu 
quitter Rome et de retourner à d'amasser pour une autre bran- 
Sienne. Elle avait un beau jardin che; car il n'avait point de frère, 
sur le Tibre, proche le palais Far- Nous parlons plus amplement 
nèze : ce voisinage fut fatal ; de lui dans les remarques. Au- 
l'embellissement de ce palais de- guste Chigi, frère de don Mario, 
manda que l'on y incorporât cet- avait laissé deux fils, dont le 
te belle portion de l'héritage des pape Alexandre VII eut un grand 
Chigi. Depuis ce règne , jusques soin. L'aîné, Augustin Chigi. 
à celui d'Urbain VIII, leur destiné à être chef de la famille, 
famille se tint coite à Sienne ; épousa (e) un des plus grands 
mais alors Fabio Chigi alla cher- partis de Rome , savoir la nièce 
cher fortune à Rome , et le fit du prince Marc-Antoine Bor- 
si heureusement qu'en i655 il ghèse. Elle avait cent quatre- 
fut élevé au papat sous le nom vingt mille écus de bien , elle 
d'Alexandre VII. J'en parle dans ,,„.,.„ , ,., 

. /^ 4. W ■"'^ "' allro SI compiace c/ie ai Irofnr 

larticle suivant. Ce pape eut un modi di accumular dcnari. Angelo Coiraio. 

grand soin d'enrichir et d'agraii- ReUzione di Roma, pa^. i5. 

S- • -nr /-■ (d, Elle était Siennoise , de la famille 

dir sa maison. Makio Ckigi, soq dellaCaia- 

{b) Voyez ci-deisous la remarque [F;. (e) Van l658. 



CHIGI. i33 

était belle , et avait élé élevée par la cour rie Rome sous le ponti- 
un dame d'une excellente vertu ficat de Jules II : mais il faut 
{f). (^e mariage ne se fût point corriger cela; car elle y parais- 
fait peut-être, si l'oncle ne fût, sait avec distinction sous Alexan- 
pas mort; l'oncle, dis-je , qui dre VI (F). 

écoutant avec beaucoup de civi- /.s » ^ j . 7 

,. , , .. 1 ... (Aj Augustin L.HIG1 , intendant des 

hte les premières propositions , f,n„„ccs de Jules II,... eut ...la 
ne laissa pas de demander quels ^fldéUu- nrceasaire. \ J'ai suivi exac- 
bienset quelles dignités on don- tement mon original, qui porte que 

nerait à don Augustin. C'était 1'°» "''^"' Jf."^!^ '^^ d entrer ea 
, , o . soupconsur I inteei'ite (te ce unancier. 

balancer, et ne croire pas que jYonhehbe mai Gmlio che ombmi^i 

l'alliance du pape valût toute deli integrita di che L'esercUai^a{\).. 

seule autant que la demoiselle. Je n ignore point d'ailleurs qu'on a 

Or cela ne plaisait pas à sa sain- P"^''^ ^^^\ choses tout-à-fait étranges 

, p., .,,1 1 r\ 1 loucliant le luxe d Augustin Lhigi.!! 

tête. D ailleurs , le his du con- i^aita un jour le pape et tout le sacré 

nétable Colonne recherchait la collège, avec tant de magnificence, 

belle, et lui plaisait plus que qu'on eût dit qu'il avait dessein dVn- 

,i^„ t „>• TV/T ■ 1 ^\,„ chérir sur l'ënormité de Vitellius. 

don Aueustin. Mais le prince ,, , , 1 j i- » 1 i -,, 

,_ o . T» 1 , ^ ' L abondance , la délicatesse, le chou 

Marc -Antoine Borghese étant des mets, auraient sufli à faire adrai- 

venu à mourir , l'affaire futcon- rer ce festin; mais ce ne fut point 

due avec une extrême rapidité , P-";'à que Ton se voulut distinguer : 

11 n' j I ■ on faisait leter dans le 1 ibre a chaque 

par les bonsoflicesde la princesse ^^^.^-^^ ^J^^ ^^ ^^,. ^^ ,^^^.j ^^ ^^l^^ 

de Rossane (D) mère de la demoi- la table , néanmoins toute la vaisselle 

selle. Un mariage si avantageux était d'argent : et l'on servit en der- 

par tant d'endroits ne fixa point "ier lieu quantité de langues de per- 

I j j A •• /T?\ roquet apprêtées en cent manières, 

les amours de don Augustm (E). u^\,„3„î,|;, ^^i ,^ ^3, jg j, .^rte a 

Le pape lui acheta la principauté bien la mine de ne s'être pas enrichi 
deFarnèse, qui est un fief de légitimement. Je voudrais que l'auteur 
l'empire dans la province du pa- qni m'apprend ceci eût eu la bonté 
.•^. , -i- »^ *^etl eqinte de m apprendre «ians quel 

triraoïne, et qui lui coûta cent 3,,^^^;*^. ;, p,,^.^^^ \l ^^ ^,^^t ^.^^^^ 

soixante-dix mille écuS.SiGISMOND faute, s'il a voulu qu'on l'en croie 
Chigi, frère de don Augustin, sur sa parole. En tout cas, voici ce 
fut gratifié de plusieurs riches i{f^\à\\.- Prhmtumhominemad pro 
°- - * • - - digiosi lu.xus enorniem licitationem 

non macelli unius , sed peregrini 
quoque orbis conturbatricem aspirasse 
quis non nterilo maxime demiretur ? 
Is fuit Auguslinus quidam Chiesiiis , 
Romanus trapeziies , qui Leoni X 
Pontifiai Maximo totique purpurei 



pensions par le pape Alexandre 
V II {g), et promu au cardinalat 
par le pape Clément IX en 
1667(71). 

La relation d'Angelo Corraro 
que i'ai citée porte que cette fa— senatûs cœtui, exteivj-umque regum 
mille commença à se pousser à {e,^atis , ob Jilium ab illo bnptismi 



{J') Par sa grand'mère. 

(g) Tiré de la Relation de la Cour de Ro- 
me, du cafaZier Angelo Corraro, ainbassa- 
deurde Venise, imprimée à Leydc l'an i663. 
Voyez aussi le Népotisme, I'^. partie, Uv. 

m. 

[h] £'Idée du Conclave présent , imprimée 
à 4m<lerdam , 1676. 



lavacro tincium , splendidissinia , ut 
ita dicam , repotia constituit, in qui- 

(1) Relazioae délia Corte romana .falla dnl 
.tignor Aogelo Corraro , pa^. 9 he Journal lic 
Trévoux , mois de juillet l'joï , png. 45, e'ilit. 
de France , nous apprenti que M. du Toi , 
conseitlpr au parlement de Rouen , est l'auteur 
de celte Kelation de la cour de Uome. Voret, 
«u.r^i il Sindicato di ÀUssandro VII, pag. 2ij , 
f'dUton de 16G8. 



i34 



CHIGI. 



bus non satis fuit eduUoruiii omnis 
generis inissuumque exquisitissirno- 
Tum apparatui niodum omnem ade- 
niisse , nisi eliam lances , pinaces , 
cœleraque c'uni escaria rasa , tùni 
potils instrumenta ex argento affabrè 
facta omnia Tiberis prœterlubentis 
alueum inani luxiis ostento pirecipi- 
tarentur , idque non und modo sed 
pluj'ibus quoque i'icibu^, quotiescun- 
que scenicuin illud ferculorum et 
inensarum choragiuni mutandum fo- 
ret, ^tque ista paruo constitisse œsti- 
mandum erat , nisi et alieno ex orbe 
petitarum immanipretio avium ( quos 
psittacos noininamus ) solœ linguœ 
variis in palinis conditœ , ultivio 
ferculo omnem tuxus oslcntationem 
longé superdssent (2). Cet auteur se 
sert du terme de trapeziles , ban- 
quier, en dé>it^nant les qualités de 
notre Chij»i. Cela vaut bien l'expres- 
sion de Mézerai (3): 

Ceux qui entendent le latin seront 
re'galës ici d'un conte que j'ai trouve 
dans Paul Jove , et qui confirme ce 
qu^on vient de voir touchant le luxe 
de notre Chigi. On y apprendra aussi 
qu'il avait une maîtresse, à qui il fit 
présent de la tête d'un poisson que 
le cardinal lie Saiut-Severin son dé- 
biteur lui avait envoyé. Un fameux 
parasite de ce temps-là suivit cette 
tête juscjues au logis de cette garce, 
et satisfit enfin sa gourmandise après 
s'être bien fatigué en courant ce bon 
morceau. Ce récit a bi'aucoup de 
grâces dans l'original : je n'en retran- 
cherai rien (4) Eam ( umbram ) ho- 
diè Romani umbrinam i^ocant. Ca- 
piLa umbraruiii , sicuti et silurorum 
triumi'iris re; Romance conseri'atori- 
bus dona dantur , qui piscatores in- 
veteratd quâdam consuetudine eorum 
capitum tribuli nomine vectigales fe- 
cerunt.... Extat adhuc in ore quorun 
dam facetorum ridenda Jabula de 
T. Tamisio , qui Romanis aulicisque 
salibus erat insignis , sed gulœ adeo 
prostitutœ , ut infamis haberelur. Is 
quiun per sennim , qui inforo pisca- 
rio in eam curani intentas esse sole- 
il) Hadrlanus Junius , Animadvers. , lib. IV, 
cap. VI ir. 

(3) .4ugusUn Ghisi , fermier des salines du. 
pape (Jules II ; , s'^en riant plaint à sa sainte- 
té'. Mézerai, Abrégé chronol. , totn. IV, pag . 
m. 45 , rt l'ann. i5io. 

(4) Paulus Jovius , de Plscibiis romanis , cap. 
V,pag. i^çfelseq., edit. Frobeniana , iS'ii. 



bat , ingentis umbrœ caput triumid- 
ris delatum esse cognoi^isset , in Ca- 
piioliumprotiniis ascendit, ut simu/ato 
apud niagistratum negotio , sermoue- 
que de industrid protracto , pramhum 
captaret. I^eriun illud triumviri jam 
Riario cardinali donandum decreue- 
rant : ita Tamisius quiim limine curice 
efferri ingenti coronatâque patina ca- 
put illud nobile conspexisset , primo 
deceptus consilio, illud subsecutus est 
prœ77iisso seruo , qui t'estigits deferen- 
tium ministroruminsisteret. lYec multà 
posl quiim Riarianis œdibus inferre- 
tiir, benè habet , salira res est , inquit 
Tamisius , opiparè -excipiemur : erat 
enim inprimis mensce Riarianœ , qnœ 
longe omnium semper lautissima fuit , 
familiaris. At Riarius, ut erat natu- 
rd munijicus , maximum inquit hoc 
triumuirale caput maximo debetur 
cardinali , statimque Federico Sanse- 
i^erino pivceritatis admirandœ cardi- 
nali iransmittitur. Colligit extemplo 
togam Tamisius , Riariuvi intempes- 
tii'œ munificentiœ incusans , in mu- 
latnque resiliit, et munus ad Sanse- 
i>erianam domum consequitnr. Idem 
pari liberalitatefacit Federicus, caput- 
que ipsum splendidis exornatum uer- 
bis ( 5 ) , auratdque illalum patina 
Ghisio publicano ditissimo deferri ju- 
bet , quôd ei multo œre alieno , grat'i- 
busque usuris obstrictus erat. f^olitat 
tertid jam spe ai'idam frustratus gu- 
lam œstuans Tamisius , festinabun- 
dusque incalescentejam die in Trans- 
tiberinos hortos quos ipse Ghisius 
magnificentissimos exstruebat , con- 
tendil : ibique fessus admodiim et 
mullo sudore madidus , quod gratis 
sit abdominis , quarto a Forlund de- 
cipitur : quippe qui Ghisium caput 
illud recentibus floribus redimitum 
adamato scorto , cui ab forma erudi- 
tisqiie illecebris Imperiœ cognomen 
fuit , ut extemplo dejerretur , curan- 
tem reperit. Flectit itaque indigna- 
bundus habenas rétro , nec tamen sub- 
iratus gulœ , quœ Herculeos labores 
attulerat , et ad Imperiamjam multo 
sole Sixtini ponlis senUtam exurenLc 
adequitat Ad extremum anlielantis 
gidce en w* atque libido fuit , ut qui 

(5) Il y a ainsi dans l'e'ihtion de Bdle , que 
je cite; el dam celle de Bdle, i56i , in-8°. , 
apud Henncum Pétri ; el dans celle de Bdle , 
1577, in-folio, apud fetruni Pernain; mais 
c'est sans doute une faute d'impressiun pouf 
Iieibis. 



ClIIGI. 



i35 



ncr totani urhemfueral raptatus , idem d'un, lionime d'état. ] Angelo Corraro 
et logatus et senex cntn scorto adini- en parle avec assez de me'pris de ce 
raiite nowi hominis ad\^entuin , nullo côle-là. On ne tirait de lui que des 
pudore disciibuerit . complimens et des promesses (|iu 

(B) Flavio Chigi.... aimait trop ses n'aboutissaient à rien ; et de là vint 
plaisirs. ] Il n'est pas malaisé d'en- que Corraro ne s'adressa plus à lui , 
tendre ce que voulait dire Angelo mais au pape directement. Di quel 
Corraro , lorsque , sans faire semblant che i^ai-lia , dit-il (lo) , nel negolio 
d'y toucher , il disait que ce cardinal non mi d'à l'animo d' affermare cosa 
gardait le lit plus souvent que sa jeu- cerla , perche s'egli non sajare pià 
nesse ne semblait le demander , et di quelle che fa , hisogna dire che 
qu'il priait ses médecins de n'en point uaglia poco , gia che da esso non ri- 
dire la raison au pape , de peur que portano se non complimenti , genti- 
sa sainteté ne s'imaginAt qu'il aimait lezze di concetti , e speranze di uoler 
trop la bonne chère et le sexe. Gode- far assai , che in fine si risolt^ono in 
rehbe assai migliore sanit'a , se fosse nulla : terminando le risposte in re- 
piÎL temperato nel mangiare , nel che pugnanze trot^aie in S. S. , ed in qual- 
eccede ogni precetto di l'ii'er sano , che motiuo délie cause , o délia iiega- 
con largo e succoso pasto. Vogliono ttua , o délia prolatione. Onde io ho 
anco che non sia sobrio quanlo do- rilroi'atomeglio ne negozi importanli, 
t'rebbe ne' piaceri del senso , onde è andarmene di primo tratlo al papa 
t'he piii spesso diquello che doi^erebbe medesimo , che l'a/ermi dell' inlerpo- 
aspettarsi dalla sua giouentii , l'iene sitione del cardinale. Il marque deux 
obligato al letlo. I jnedici perà non ou trois défauts qui l'empêchaient 
riportano al papa le uereragioni délia d'être homme d'afl'aires : i**. le trop 
sua decumbenza , cosi at'wertiti dal d'attachement aux plaisirs ; a°. l'oubli 
cardinale , acci'o sua Santit'a non con- des circonstances les plus capables de 
cepisca sinislra opinione dilui, como faire obtenir ce qu'on demande ^ 3°. la 
di crapuloné ed incontinente (6). On a facilité de se relâcher , dès qu'il sen- 
voulu dire que l'insulte qui fut faite tait qu'une chose mettait en peine 
(']) au duc de Créqui , ambassadeur à l'esprit du pape (i i). Il est certain que 
l\ome, venait originairement de quel- voilà trois obstacles capitaux au suc- 
((iie passion de galanterie que le car- ces d'une négociation confiée à une 
dinal patron avait en tête. M. de personne. Il faut que ce cardinal se 
Cussi-Rabutin a bàli sur ce fondement soit corrigé en vieillissant ; car il a 
(8j , comme on le peut voir dans ses maintenu son crédit , et il l'a fait fort 
Satires. Quoi qu'il en soit , le cardinal bien valoir dans les conclaves, à la tête 
Chigi était dans un décri prodigieux des créatures de son oncle. On n'a 
du côté du plaisir vénérien , quand il guère vu de grandes affaires à la cour 
e'tait en France l'an 1664 (9), et on de Rome, où il n'ait tenu sa partie 
chantait. partout le royaume une in- avec quelque distinction d'autorité, 
fiiiité de vaudevilles sur son compte. C'est qu'il s'était bien muni pendant 
Les longues maladies qu'il a eues pen- la vie de son oncle : or, quand on a 
dant les dernières années de sa vie , une fois les mains bien garnies , oa 



et dont les gazettes ont tant parlé 
ne sont que des preuves équivoques 
d'une jeunesse débauchée. Voyez la 
remarque (C) de l'article suivant. 
(C) et il était encore trop jeune 



se fourre partout , on parle haut , on 
ne manque pas de cliens. Voici ce 
qu'on a dit de cette éminence dans 
un livre imprimé à Amsterdam (xa). 
« D«ns la faction de Chigi , il se pré- 



pour se faire estimer par le manège « sente bien des cardinaux papables, 

» dont le chef Flavius Chigi est puis- 



(6) Corraro, Relat. délia Cotte romana, pag. 
16. 

(7) En 1662. 

(8) Suppose qu'il soit l'auteur des Amoiiri du 
Palais- Royal , ce qu'il n'avouait pas. Vorut 
loin- Xydf cfi Dictionnaire, la DisserlatioQ sur 
Us lilitlles diffamatoires, reinan/ue (0). 

(g) Il y alla avec le caractère de le'gal à 
Utere , pour faire satisfaction louchant l'insulte 
■jue J\I. le duc de Cre'ijui eivait soufferte- 



i> sant , et a su si bien se ménager 

(lo) Angelo Corriiro , Relat. délia Corte roma- 
na , pa^- 17. , , . 

(il) E bene spesso diverlito da suoi pnssa- 
teinpi, o si scorda délie circostame eisentiali 
delV affire , che poisun.i fncduare Pintento , o 
caglta aile prime perplessttà che scuopre nel 
papa- Ibid. 

{il) Idée du Conclave présent (1676), pag. 74-. 



:36 



CHIGI. 



)) depuis la mort d'Alexandre VII son tèrent don Camille Pamphile , nevpii! 

i> oncle , qu'il a déjà eu un pape à sa d'Innocent X , et cela afin d'avoir part. 

V dévotion , parce qu'il ne s'est pas au gouvernement. La même raison la 
» trop opiniâtre dans les deux con- porta à préférer pour sa fille un ne- 
j» claves derniers à vouloir une de ses veu de pape au fils du connétable 
» créatures en particulier; mais il s'est Colonne (i6j : elle ne le Ht q\ie pcf 
» contenté de s'accommoder aux au- guadagnar l' affetto délia casa pou- 

V très factions , autant qu'il a pu en tificia, e perhauer parte al P'aticano, 
j) s'accommodant lui-même. Et Bar- che c tiitlo quello che sempre ha cer- 
}) berin , pour n'en avoir pas usé de cato questa signora. Elle se vit bien 
)) même , n'a jamais eu de pape qui attrapée sous Innocent X ; car au lieu 
■» lui ait été obligé de son exaltation.» d'entrer dans sa faveur par son ma- 
Le conclave de Clément IX apprend riage avec don Camille , elle fut con - 
qu'encore que le cardinal Chigi ne trainte de le suivre dans son exil, 
souhaitât point que le cardinal Ros- L'instruction des ambassadeurs de 
pigliosi fût créé pape, il fut impos- France à Rome attribuée au bailli de 
sible de donner le papat à ce dernier Valençai parle de cette princesse fort 
cardinal , qu'après que l'autre se fut désavantageusement. « De la façon 
laissé persuader d'y concourir. Le » que Dieu résiste aux personnes al- 
conclave de Clément X (i3) témoigne » tières et superbes , ainsi la princesse 
que le cardinal Chigi avait eu presque » Rossane se voit abaissée , humiliée , 
autant de crédit sous Clément IX, que » mortifiée, et déchue de cette su- 
sous Alexandre VII. Ce cardinal était » prême grandeur, et de ce haut degré 
si fort dans le conclave où Clément X » de gloire et d'honneurs desquels 



fut élu, que le cardinal d'Esté lui dit un 
jour : Eh bien , monsieur le cardinal 
Chigi , que faisons nous ici? que ne 
nous donnez-fous un pape (i 4) ? Et en 
effet la création d'Altieri n'aurait ja- 
mais réussi sans l'influence de Chigi. 
Disons, en passant, que dans le con- 
clave de Clément IX , le cardinal d'A- 
rach, chef de la faction espagnole, dit 
au cardinal Chigi , qu'il n'était pas 



» elle avait fait paraître et éclater un 
» si grand faste , et une si grande os- 
)) tentation sur le théâtre de cette au- 
)) guste et glorieuse ville de Rome ; et 
» présentement elle est d'autant plus 
» éloignée et écartée et séparée de la 
» scène , se compatissant et se com- 
» plaisant tant seulement dans de cer- 
» taines humeurs mélancoliques et 
» romanesques qui , ne se contentant 



fort expérimenté dans les affaires » jamais des choses présentes , vont 

présentes , que puisque c'était le pre- » spéculant et regardant indiscrète- 

mier conclave oii il se trouvait , il ne » ment sur des choses qui sont il y a 

pouuait pas Y afoir toute l'expérience v déjà beaucoup de temps passées et 

possible , et qu auparai'ant que d'en' » écoulées , et sur celles qui sont pour 

treprendre de conduire une affaire de w arriver ci-après. Pour moi... je ne- 

celte importance , il fallait s'en j'en- » puis point m'imaginer que cela 

dre capable {i 5). « puisse apporter quelque trouble tant 

(D) La princesse de Rossane, ] Elle » soit peu d'importance,., quand bien 

s'appelait </o«/irt Olympia Aldobran- m cette dame bornera son ambition 

dina. Elle était pelite-nièce de Clé- » et la renfermera dans les limites 

ment VIÏI , et avait épousé en pre- » étroites des portes et des chambres , 

raières noces le prince Borghèse. » plutôt que de la faire paraître et 

L'ambition de cette dame élaitconnue «éclater visiblement par des osten- 

depuis long-temps : étant demeurée » tations ridicules et superflues des 

veuve dans une grande jeunesse , et » carrefours , places , passages , et 

ayant de la beauté , de la naissance , « promenades de la ville (17). « L'au- 

du bien , de l'esprit , elle fut recher- teur du Voyage de la reine de Polo- 

chée de plusieurs princes ; mais elle gne (18), ayant parlé au fameux 
préféra à tous les partis qui se présen- (,5, ^„^„ i, ,,,« inUiuW , il Népotisme, 



(i3) Par Amelot Je la Houssaye, pag. 14. 

(ii'l) Mi':moires des intrigues de la Cour de 
Rome, iiiipiiinc's a Parit, '677, pag- ig. 

(i5) Conclave de Clément IX , imprime à 
Paris, iCO\j,pag. jg. 



part. /, lib. III, pag. 143, 193. 

(17) f^ojei li^ Recueil (fe diverses Relations 
des eonrs de TEurope, itnpritnp' il Cologne, 
1G81 , pa^;. 332. 

(iS) Le Laboureur, Voyage de la reine de 
Polor;ae, III'. pari. , pfg. 222. 



CHIGI. 



i57 



janlin â Aldohrandia très-jus te ment l'avait obtenue par le cre'dlt et l'aii- 
appelé Beiieder , qui est à Frescati , torité du pape son oncle. Le fils du 
continue ainsi (19) : De ce lieu est h connétable se maria quelques années 
présent possesseur le prince PanipJti- après avec une nièce du cardinal Ma- 
lionei^eudupape , ci-devant cardinal; zarin (22). Le parti quant aux riches 
comme aussi de la princesse héritière ses fut beaucoup meilleur "' 

de la maison Aldohrandine , dont le '' ' 
premier mari , prince de hossano , hé- 
ritier présomptif et l'unique espé- 
rance de celle des Borghèzes , était 
tort (jueù/ues jours aidant notre arri 



mais ç a 
été un mauvais ménage. Le public en 
a vu l'histoire. 

(F) Cette famille paraissait ai'cc 

distinction ii la cour de Rome , sous 

y/lexandre l^I. ] Tomaso Tomasi , 

l'ée {20}, dedans ce mcttie lieu, dgé de dans la Vie du duc de Valentinois , 



moins de vingt-deux ans , comme 
elle, et lui ai'ait laissé deux fils et 
deux filles. C'est un bonheur pour ce 
cardinal d' a^'oii^ sitôt trouvé un parti 
si avantageux en richesse et en beau- 
té ; car c'est la plus belle princesse de 
tout le pars , et outre cela des plus 
spirituelles. 

(E) Le mariage ne fixa point les 



remarque que Lai'f.fns Chigi , gcnlll- 
homme siennois , fut écrasé lorscpfune 
tempête renversa une cheminée dans 
l'une des cliambres du Vatican le jour 
de la fête de saint Pierre (23). Ce ravage 
pensa être fun«iste au pape Alexandre 
VI. Cet auteur ajoute (24) , que lors- 
(fuele duc de Valentinois se prépara à 
l'expédition de la Romagne l'an i5oo , 



amours de don .-Augustin. ] Sa femme Augustin Chigi , frère de Laurens , 

un des riches et magnifir/ues gentils- 
hommes qui fût pour lors h In cour 
(25) , lui prêta non-seulement j>tu- 
sieurs milliers déçus , nuiis même 
jusque-ia qu'il fit fondre toute son 
argenterie , qin était considérable , 



lui avait apporté des biens immenses , 
elle était belle , elle avait été bien éle- 
vée , elle lui donna d'abord des en- 
fans ^ et néanmoins il s'allait ragoCiter 
tantôt ici, tantôt là. Quel désordre ! 
Essendo la sposa di non ordinarie 

bellezze, ed alleuata sotto la disciplina pour la mettre en monnaie. 
delV ava , signora di santissimi cos- 
tunii , non restava che desiderar piii 
in questo génère di contentezze , e 
eia s'è cominciato a goderne i fruiti , 
Itavendo la principessa gia dato se- 
gno di fecondita , co 'l porto di una 
jigliuola. JYon resta pero che il Sig. 
D. Agostino non uada t'agando in 
altri amori , corne lo lusinga la sua 
natura provlive al gusto del senso 



(21) Tire li^ttn livre intitulé, Il Nepolismo , 
part. I, lib. III, pag. iq4. 

(23) Tomasi, Vie du duc de Valentinois , pag. 
3o3. 

(^4) I^h même, pag. 3i3. 

(25) Voj/ez la remarque (A), 

CHIGI (pAmo), né à Sienne 
le 16 de février iSgc) {a) , a été 
pape sous le nom d'ALF.XAVDF.E 



la facilita di pnscerla quando gliene VII. Sa famille, Voyant en lui Un 



passa mai venir uoglia (21). U n'a 
vait jamais été trop délicat sur le cha- 
pitre de la tendresse pour sa femme , 
puisque après ses noces il ne put s'em- 
pêcher de dire que son mariage lui 
donnait plus de joie à cause du triom- 



sujetde belle espérance, l'envoya 

de bonne heure à Rome , où il 

lia avec le marquis Pallavicini {h) 

une amitié fort utile; car ce 

...... , marquis le recommanda de telle 

plie ciu il avait remporté sur son ri- , tt 1 • aj^ttt ' i 

• , ^ .. „ ■ *, ., sorte au pape lirbam V 111 , qu il 

val , f[u a cause de la princesse cpi d l. 1 '1 

possédait. Le connétable Colonne ay.ait lui fit avoir en peu de temps la 
su cela répondit que son fils avait charge d'inquisiteur à Malte. 
recherché la -princesse parce qu'il ~- - 
avait assez de mérite pour la pouvoir 
demander , mais que don Augustin 

(19) Lu même, pag. 2ar». 

fao) Leur arrivée tombe .^ur le iS de juillet 
1646. L'auteur publia sa Kelalion l'année sui- 
vante . 

(21) Corraro , Ptelalione délia Corte romana , 



Chigi ayant fait paraîtredans cet 
emploi qu'il était capable de ])liis 
grandes choses, fut envoyé à 
Ferrare en qualité de vice-légat 

(a) Angclo Corraro , Relation de la Cour 
de Konie. 

\fi II n été depuis jésuite et cardinal. 



CIIIGI. 



et puis nonce en Allemagne (c). 
Il eut la plus favorable occasion, 
qu'un houinie de ce caractère 
puisse souhaiter , de faire paraî- 
tre l'esprit d'intrigue ; car il fut 
médiateur à Munster pendant 
les longues conférences qui s'y 
tinrent pour la pacification de 
l'Europe. Il y joua bien son per- 
sonnage (A). 11 avait eu avant 
que d'aller à Munster la noncia- 
ture de Cologne , et il l'exerça 
encore quelques années depuis la 
conclusion de la paix. Il l'exer- 
çait , lorsqu'en i65i le cardinal 
Mazarin se réfugia chez l'électeur 
de Cologne , et il eut même or- 
dre de se plaindre au nom du pa- 
pe Innocent X , grand ennemi 
de ce cardinal, de ce que cet 
électeur permettait à cette émi- 
nence de lever des troupes {d). 
Le cardinal Mazarin en garda 
quelque ressentinient contre Fa- 
bio Chigi , qui fut promu peu 
après au cardinalat , et à la char- 
ge de secrétaire d'état par Inno- 
cent X; mais ce ressentiment fut 
sacrifié aux intérêts de la politi- 
que , lorsqu'il fut question de 
créer un pape en i655. Le car- 
dinal Sacchetti , bon ami du car- 
dinal Mazarin , ne voyant point 
jour à obtenir le papat , à cause 
des puissans obstacles de la fac- 
tion espagnole , conseilla à cette 
éminence de consentir à l'exal- 
tation de Fabicf Chigi. On lui 
accorda ce qu'il souhaitait. Dès 
qu'on sut dans le conclave les 
dispositions de la France , tous 
les partisans de cette couronne 
réunirent leurs suffrages en fa- 

(c) De la Relation Je la Cour de Rome , 
par le cavalier Angelo Corraro. 

(d~ Conclave d'Alessantlro VII. Voyez 
aussi niistoire de la Paix des Pjiéoées, par 
Gualde Prioralo. 



veur de Chigi. L'escadron volant 
qui le regardait comaue sa prin- 
cipale pièce , n'eut garde de ne 
lui être pas favorable. La faction 
de Médicis et les Espagnols eu- 
rent des raisons particulières de 
le choisir ; de sorte qu'il fut 
créé pape (e) par les voix de tous 
les soixante-quatre cardinaux qui 
se trouvèrent au conclave {f). 
Il y a très-peu d'exemples de 
cette uniformité dans les élec- 
tions des papes. Le cardinal Chi- 
gi mérita ce jour-là et les années 
suivantes l'éloge que le duc de 
Guise donne à Innocent X (B). 
Comme on savait dès la veille de 
l'élection le choix que le Saint- 
Esprit avait résolu d'inspirer le 
lendemain , les cardinaux allèrent 
féliciter cette éminence , qui ne 
leur répondit d'abord que par 
des soupirs , et la larme à l'œil 
(g-), et en les priant de mieux 
choisir {h) : il prit ensuite cou- 
rage, et les remercia de leur 
bonne volonté. Apres 1 élection 
on le porta selon la coutume à 
l'église de Saint-Pierre , pour y 
recevoir sur le grand autel l'ado- 
ration des cardinaux. Il ne vou- 
lut pas être mis au milieu de cet 
autel , mais à l'un des coins ; et 
cela , parce qu'il ne se jugeait pas 
digne , disait-il , de la place que 
ses prédécesseurs avaient occu- 
pée. Pendant toute la cérémonie 

[e) Le 8 d'avril l655 

{f) Voyez le Conclave d'Alexandre VII , 
en latin, par Jean Schviarzkof Ras , apud 
Heideggerum, Historiae Papatûs paff. 1^0^ 
et seç. 

(g) Eglida principio pianse tenendo agi' 
occhi la mano, e doppo fiittosi anima rin- 
grntiava tutti del loro buon affetlo. Conclave 
d'Alessandro VU. 

[h) Gratulationes excepil Chisius profiisis 
lacrymis , su/nndc nrans, ut dignivrem 
aliiim eligereiit. Heidegger ,Histor., PapaM'is, 

piig. 4 06. 



en ICI. i39 
de l'adoration , il demeura pio- c[iii fut élevée à Rome après l'in- 
sterné à terre, un crucifix entre suite que les Corses firent au duc 
ses bras, avec une extrême hu- de Créqui. Ce pape ne mérite 
milité. Arrivé qu'il fut à sou ap- aucune louange pour les satis- 
partemerit du Vatican , il com- factions qu'il fit à la France dans 
manda, avant que de songer à cette rencontre; car il ne les fit 
nulle autre chose, qu'on fit le qu'à son grand regret, et pour 
cercueil oii son corps serait cou- éviter une guerre qui l'aurait en 
elle après sa mort , et qu'on le peu de temps obligé d'abandon- 
mit sous son lit, afin de s'ani- ner Rome. La France n'a jamais 
mer de plus en plus à la sainteté été bien persuadée qu'il fût sans 
par cette idée continuelle de la partialité contre elle. Les Espa- 
mort. Quand on le revêtit des gnols ne furent pas toujours sa- 
habits pontificaux , on lui trouva tisfaits de sa conduite (F). Je re- 
un ciiice sous la chemise. Il con- marquerai, pour la rareté du fait, 
tinua de jeiiner deux fois la se- qu'il y a des livres imprimés ou 
maine comme il aurait fait étant l'on assure qu'il a eu envie d'ab- 
cardinal. Le lendemain de son jurer sa religion, et de devenir 
élection , il repoussa rudement huguenot (G). Les gazettes de 
la siffuora Olympia , qui était Hollande lui donnèrent beau- 
venue le féliciter, et lui dit coup d'éloges (H) , et apprirent 
qu'il n'était pas de la bienséance au public qu'il n'avait point ap- 
qu'une femme mît le pied dans prouvéles violences exercées dans 
le palais du chef de l'ég'ise. Il le Piémont sur les Vaudois. On 
défendit à ses parens de venir à a fort parlé de ce qu'il dit à des 
Rome sans sa permission (/). La gentilshommes protestans, qui 
suite de son pontificat a montré voulaient lui baiser les pieds (1). 
que ce n'étaient que des grima- D'autres livres ont assuré, non 
ces et des finesses ; et plusieurs sans y trouver quelque mystère, 
catholiques romains n'ont point qu'il était parent du grand-sei- 
fait difficulté de se plaindre de gneur Mahomet IV (K). Cette 
sa vie artificieuse. Il s'humanisa singularité est beaucoup plus ra- 
dans la suite avec ses neveux(C), re que celle dont je vais parler, 
et les combla de bienfaits; ce Alexandre VII a été auteur (L): 
qui fut un très-fâcheux contre- nous avons un volume de ses 
temps au fameux antagoniste du poésies. Il aimait les belles-h-t- 
père Paul (D). Ce que dit M. Mo- très , et à s'entret-^nir sur la poé- 
rén , qxi'Alexandre VII s'em- sie, sur l'histoire , sur la politi- 
pressa avec un soin vraiment pa- que , avec des personnes doctes. 
ternel pour la conclusion de la H aimait la pompe des bâtimens, 
paix entre la France et VEspa- et il ne tint pas à lui que toute 
gne par le mariage àel.ovàsliW la ville de Rome ne devînt éga- 
avec l'infante , a besoin d'un lement magnifique et régulière 
correctif (E). Il a eu tort de le quant aux rues et aux places , et 
louer à roccasiou de la pyramide et aux maisons. Le mal étgiit que 
,.. „ „ I - Al j ï;^ii j ces dépenses épuisaient la chaiii- 

(0 Ex Conclavj Alexandn VU . apua , ^ ,. i 

Heidssgerum, Hist. Papatûs, pag-. 406. bic apostolique, et qu en or- 



i^o CHIGI. 

donnant la démolition de plu- radresse de se conserver l'estime des 

sieurs logis qui choquaient la Esi^agnols et des Impériaux , encore 

symétrie , il ruinait les proprié- V '^ '"' ^^^ '?'^"''' ^'"'^. aigrement 

^ /js Ti 1 11 d avoir consenti a une paix si méiu- 

taures (A). Il y a quelque chose de diciable à l'éf;l.se catholique ^ ^ 
grand dans le dessein du collège (B) Ji mérita.... l'éloge que le duc 

de la Sapience qu'il acheva de '^'^ (^'"^e donne a Innocent X ] a tes 
faire bâfir, et qu'il orna d'une 



discours (jue lui avait tenus moa- 
« sieur le cardinal Grimaldi, et la ma- 
* nière de négocier de monsieur de Fon- 
» tenaj et de monsieur l'abbé de Saint- 
» Nicolas lui tenant fort au cœur , lui 
» étaient insupportables, publiant par- 
» tout , à ce qu'il disait , qu'il était 
» un fourbe , et qu'on ne devait ni ne 
w pouvait pas se fier à sa parole, dont 
» il me fit paraître tant de chagrin , 
/) que leslarmeslui en vinrent auxyeux 
» de colère. Ce qui toutefois ne me 
» toucha pas fort sensiblement , sa- 
» chant bien qu'il en répandait quand 
» il lui plaisait , et qu'il était fort 
» grand comédien (3). » 

(A) Il fut médiateur a Munster (C) Il s' humanisa dans la suite awec 

y iniin hlpn -inn „^^cn„„„,,.. I fT_ ses nei'cu.r. j Jamais pape n'a mieux 

mérité la pasquinade , et homo factus 
est , ni ne s'est mieux prévalu des pri- 
vilèges du népotisme. On dit , je n'en 
sais rien , qu'il avait juré de né rece- 
voir jamais ses parens à Rome , et 
qu'embarrassé de la religion de son 
serment , il ne savait comment satis- 
faire l'amitié qu'il avait pour sa fa- 
mille ; que le père Pallavicin le tira 
de ces scrupules, en lui conseillant 
daller recevoir sa parenté à quelques 
lieues de Rome , et qu'il lui fit bien 



très-belle bibliothèque. Les avo- 
cats consistoriaux lui dressèrent 
une pompeuse inscription sur ce 
sujet (/;. Il mourut le 22 de mai 
16')-, beaucoup plus regretté des 
jésuites que des jansénistes, 

(A) Augelo Corraro, Relation de la Cour 
de Rome. 

{l Elle est rapportée ;)(îr Spizelius, in Dis- 
sert, prœlimiii Specirainis Bibliotli. univers. 
yojrez le Musaeura Jtalicum du père Mabil- 
lon , toin. I , pag. l5o. 



Il Y joua bien son personnage. ] Un 
auteur moderne a observé que la mé- 
diation de Danemarck , qui avait été 
d'abord agréée pour la paix de Mun- 
ster , ayant été ensuite rejetée par la 
Suède , « toute la médiation demeura 
5) au pape , et en quelque façon à la 
i> république de Venise , qui se survi- 
J) rent des talens de Fabio Ghisi et 
V d'Aloysio Contarini , pour la per- 
» fection d'un si glorieux ouvrage. 
5) Le premier avait , entre plusieurs 
» autres grandes qualités , celle de 
» savoir parfaitement bien couvrir 
» ses mauvaises , et avec un si admi- 
» rable artifice que tout le collège des 
«cardinaux ne les reconnut , qu'a- 
)) près qu'il l'eut fait pape. L'autre 
» était homme d'honneur , et il était 
» sorti avec réputation de tant d'am- 
3) bassades , qu'il y avait acquis celle 
î) d'un des plus habiles négociateurs de 
)> son temps (i). m Le cavalier Angelo 
Corraro remarque , qu'encore que Fa- 
bio Chigi n'ait pas pu soutenir heu- 
reusenaent les intérêts de la catholi- 
cité , à cause ([ue le crédit des pro- 
festans était supérieur à celui des 
catholiques dans l'assemblée de West- 
phalie , il ne laissa pas de bien faire 



comprendre que le serment de sa 
sainteté ne portait pas qu'elle ne re- 
cevrait point ses parens sur le chemin 
de^ Sienne à Rome , mais seulement 
qu'elle ne les recevrait point à Rome j 
que le pape , fondé sur une si ingé- 
nieuse distinction , alla au-devant de 
sa famille, et la reçut au beau rai- 
lieu du chemin. Depuis ce temps-là , 
il fit pleuvoir à seaux sur ses parens 
les dignités et les bénéfices. Don Maria 
son frère fut fait gouverneur de l'état 
ecclésiastique. Flavio Chigi fils de don 
Mario fut fait cardinal patron. Sigis- 
raond Chigi , fils orphelin d'un autre 
frère du pape , fut gratifié de plusieurs 
bonnes pensions , en attendant l'âge 



son devoir (2 )^ jusque-là qu'il eut où on le pût faire cardinal avec quel 

(0 Wicquefon, Traiu,. l'Amba.adeur. '^"'^ ^'enséance (4). Augustin Chigi 

"'?',■//;.!"'*/■ ^"^',2"9- . (3) Mémoires du dac de Gnise , pag. 6 de 

(î) Fcce nbnrno le ynm ,nf e^re^ia.y.enl-. fedUion de Paris, ,681 , .«-12 

'' ^ vt.' ■^'- Heiaegger , pa^. -Jjj , assure ^uil 



CHIGI. 



(5) , ilestine à êlre la colonne de la 
maison , fut marié à une tiisriclie 
nitce du prince Corghèse. yiiii^uati- 
niiin fuluruin Chiiianœ familiœ co- 
Inmen , cm princijià /Soriçheiii nep- 
tini opulentissiinam conjui^em , dote 
cc/ituiu milliiiin ducalorum et vigintL 
inxupcr inilUbus ditplioiiuni ioco uiar- 
ganiuvuni exjiensis , deniquc sexa- 
gi/ita niil/dnis duplionmn in manns 
tputis .\ponii rexignatis iinjietivii'it (6) . 
Un des lils de la soeur du pape (7) fut 
fait cardinal; l'antre, qui était che- 
valier de Malte , fut fait général des 
galères. La donna Bérénice, femme de 
don Mario , et ses filles , eurent aussi 
de riches présens (8). Flavio Chigi , 
qui a été cardinal patron , et qui fut 
envoyé en France légat h latere , pour 
faire satisfaction touchant l'afl'airedes 
Corses , a bien fiiit parler de lui. 11 est 
mort (9) chargé de bien et de titres , 
vice- doyen du sacré collège , évêque 
de Porto, archi-prêtre de Saint-Jean- 
de-Latran , préfet de la signature de 
justice, etc. 11 a institué pour prin- 
cipal héritier , don Livio Chi^i , son 
ïieveu ; et il a laissé dix mille écus, et 
la jouissance des biens qu'il avait à 
Sienne , au marquis Zandedari son 
hcau-frère , qu'il a chargé de prendre 
le nom et les armes de la maison Chigi 
(10). Voyez la remarque (B) de l'ar- 
ticle précédent. 

(D).... ce qui fut un très-fdcheux 
rontre-temps au fameux antagoniste 
du père Paul. ] Je jjarle du père 
Sforce Pallavicini , auteur d'une his- 
toire du concile de Trente , destinée 
;"i la réfutation de Fra-Paolo , et qui 
fut récompensé d'un chapeau de car- 
dinal. Il mit à la tète de son ouvrage 
un pompeux éloge d'Alexandre Vil , 
où il n'avait pas épargné l'encens , 
sur le dessein où le saint père avait 
persisté de ne point souflrir que ses 
parens vinssent à Rome. Chacun voit 
qu'il y a cent belles choses à dire sur 

ohlinl d' Alexandre VU , a l'âge de dix-sept 
ans , le chapeau de cardinal. Mais je trom'e 
Vii'iî ne fui promu qu'en iWi; , par Cle'menl 
IX , successeur d' .Alexandre Vil. 

(5) Frère de Sigismund. 

(b; Heidegger, Hist. Papatûs, pag. i\i2. 

(7) Elle afoil été marie'e à Sienne at'cc 
M. Bich,. 

iS) Heidegger. , Histor. Pap. , pag. 43i. 

(9) ^^ '^ '^^ septembre iGg'i , à l'âge de 
soixante-trois ans 

(10) Mercure Historique, mois d'cclohie iGi(3, 
pag. 364. 



celle matière , et qu'il n'y a point de 
[>ani'gyrifiue qui [misse devenir plus 
hriil.iiit que celui-!,! , entre hs mains 
d'un bon orat(;ur. iMalheureusetnent 
pi3ur le père Pallavicini , le jiape chan- 
gea de résolution, et sordiaita d'a- 
grandir les siens selon l'usage du né- 
potisme. Il fallut même , dit-on , (jue 
ce pèi-e lui lev.1t les scrupules de con- 
.s( ience (|ui l'arrêtaient. Au fond , il 
était plus avantageux d'obliger lejiape 
et sa famille , que du sauver un prolo- 
gue déjà imprimé , quelque beau t|ue 
fût le panégyri({ue qu'il contenait. (iela 
ne laissait pas d'avoir ses désagrémens 
pour un auteur ; mais il fallut bien 
passer par-là , supprimer ce qui était 
déjà sorti de dessous la presse , et ra- 
juster les choses le mieux qu'on put. 
Si ce que je viens de dire n'est pas vé- 
ritable , il ne faudra pas s'en prendre 
à moi , mais à ceux dont l'auteur (|ue 
je cite l'emprunte. Voici comment il 
parle : Janique cardinalis Pallavici- 
niis in ejiis laudes effusissiuiiis histo- 
riiL' concilii 'Tridentini galealiini pix)- 
logtini prœfi.ieraUqiio ^/le.t aiidri ceii 
.,■1 ngeli a.TrpoTùiTrcK^TT'rrjii lieroicuni ist- 
hoc neglecti nepotismi facinus tertium 
usque in cœltiui lulit : queni tanten , 
ciiin l'es aliuui longé erentuni sortita 
esset , non sine pudore et impensarum 
jacturd ( pluriinn enimfolia jam im- 
pressa , laudes has fictitias ehuccinan- 
tia , supprimi debuerant ) ceii aboi- 
tii'umfœlum tollerc , et eum nescio quo 
epilogo operis ( qui ipse lanien post 
niorlem Ale.randrt , saltem in latind 
edilione Baptistœ Giattini , omissus 
etiamfuit) commutare necesse habuil 
(11). Cet auteur prétend que le car- 
dinal Pallavicini était confesseur d'A- 
lexandre VII , et qu'il était cardinal 
avant que la parenté de ce pape vînt 
à Rome ; mais il est certain (ju'il ue 
fut promu ([u'après l'édition tie son 
histoire : d'où il résulte , par la pro- 
pre narration de cet auteur , que le 
cardinalat de l'historien suivit l'ac- 
cueil que le pajjc fit à sa famille. Je 
ne crois pas «ju'un cardinal soit jamais 
le confesseur ordinaire du pajie , ni 
(jue le père Pallavicini l'ait jamais été 
d'Alexandre V'il (12). L'auteur du 

(11) Heidegger., Histor. Papalûs , pa^-. 43i. 

(la) Pour mieux m'en e'claireir, j'ai consu'lt 
une personne qui le pouvait bien savoir, et qui 
m'a répondu que le père Pallavicini n'ii jamuis 
e'té confesseur d'Alexandre VU. 



142 



CHIGI. 



î}épo(isme l'assure pointant (i3) , et 
peut-être ne Ta-t-il fait qu'aUn de 
mieux décorer le conle qu'il voulait 
faire , concernant le livre de ce jé- 
suite. Il ne dit pas qu'on eût mis un 
panégyrique à la tête de l'histoire , 
mais seulement qu'en divers endroits 
on avait coulé quelques traits de 
]ouang,es pour le pape , sur ce que la 
famille Cliigi n'avait point la permis- 
sion de venir à Rome. Il se trouva 
plus de vingt feuilles qui contenaient 
quelque chose sur ce sujet , lesquelles 
il fallut réimprimer. Ceci en tout cas 
me paraîtrait plus ^^aisemblable que 
l'autre conte. 

(E) Ce que dit M. Moréii.... a be- 
soin d'un coireciij. ] Il n'y eut rien 
à la paix des Pyrénées à quoi le public 
fît plus d'attention qu'à ceci , c'est 
qu'elle fut conclue sans l'intervention 
«lu pape. Il y avait eu des cardinaux 
qui n'avaient donné leur sufl'rage à 
Fabio Chigi , que sur l'espérance qu'il 
x' appliquerait a pacijier les deux cou- 
ronnes , et qu'il y réussirait mieux que 
pas un aut)V. Cependant , la chose a 
réussi d'une manière si contraire, c'est 
Galeazzo Gua!d<> Priorato qui parle 
('4) ' 7"^ plusieurs ont publié que 
celte paix était honteuse au saint 
siéqe , et qu'a Rome même plusieurs 
en ont mal parlé. En ejfet on ne l'a 
regardée que comme l'ejfet des soins 
et de la dUigence des deux premiers 
ministres seuls qui l'ont conclue dans 
un temps ou sa sainteté n'y travaillait 
plus , et peut-tire n'y pensait plus. 
Je ne nie point que Priorato n'ajoute 
(i5) qu'Alexandre , dès son entrée au 
pontifical , employa avec de grandes 
iustances les offices de père commun , 
pour porter les deux couronnes à la 
paix , et pour obtenir même que les 
conférences se tinssent à Rome en sa 
présence 5 mais il dit aussi que , pen- 
dant les ojjîces que le cardinal jit faire 
auprès du pape pour la paix par le 
père Donnelli jésuite , le pape fit voir 
des défiances et une froideur qui ont 
été (i la France une excuse sujjîsante 
pour l'exclure du traité de paix (16). 

(i3) Népoti'ime, part. J , iiV. /// , pag. m. 
19 et i';6. f^orei aussi II Sindicato d'Alcssandro 
'V [I , pag. 83 et seq. 

(i4) Priorato , Histoire de la Paix, pi'S- "'9' 
tait, (le Cologne , i66r. 

(i5) L'a même, pag. lîo. 

(j6) là mcmn .pag. iï5. 



Il ne fut point nommé dans les préam- 
bules des articles du traité, ce qui le 
filcha 5 et l'on a même sit que le car- 
dinal Mazarin at^ait été en disposition 
de ne faire nulle mention du pape. La 
mauvaise intelligence qui avait régné 
entre eux s'augmenta , par la raison 
que la paix s'était conclue sans l'in- 
tervention de la cour de Rome ; et 
cela fît que le pape fut fâché de cette 
paix. « Aussi le cardinal disait quel- 
w quefois dans l'entretien familier , 
J> que dans la consolation qu'il sentait 
j) de la paix générale , il y trouvait 
)> l'ameitume de ne pas voir que sa 
)> sainteté en eût de la joie; et le paj>e 
» de sa part eût pu dire le proverbe 
)) espagnol : Pounu que le miracle 
» se fasse , il m'importe peu si Dieu 
» le fait , ou le diable (17). » Con- 
cluons de tout ceci , que M. Moréri ne 
regardait guère de près aux choses 
qu il a débitées. S'il avait lu la Relation 
d'Angelo Corraro, il n'aurait pas tant 
loué les secours donnés aux Vénitiens 
par ce pape pour la gtiei re de Candie ; 
car on se plaint de deux choses dans 
cet écrit : 1°. de ceque le pape refusait 
obstinément toutes les grâces qui pou- 
vaient servir dans la guerre contre 
les Turcs ; 2°. de ce qu'd n'avait eu 
aucun zèle pour la paix des deux cou- 
ronnes. Chihai'erebbemai pensato clia 
un cardinale , che prima anche d'es- 
sere cardinale , spirai^a tutto zelo , c 
monstrava di languire su la conside- 
ratione dello stato miserabile , in che 
si andai'a jiducendo il mondo chris- 
tiano , con una gucrra cosi ostinaln 
Ira le maggiori corone di esse , non 
doi^esse assunto al pontificato infer- 
i-orarsi per la pace unii'ersale (i8j? 
(F) Les Espagnols ne furent pas 
toujours satisfaits de sa conduite ] M. 
de Wicquefort m'en fournit la preuve 
en cette manière. <( Don Pedro d^^I- 
}> ragon , ambassadeur d'Espagne .-'i 
3) Rome en l'an i665 , s'étan! laissé 
)) échapper quelques paroles de res- 
■» sentiment contre la cour, qui favo- 
i> risait les afl'aires du roi de Portn- 
» gai, en ce qui regardait les églises 
3) de ce royaume, le pape Alexandre 
i) VII , qui en avait été infirmé , lui 
» dit , qu'il était un méchant homme, 
» et un ministre incapable de sersir 
v le roi son maître. L'ambassadeur 

(17} Lit même ^ pag. lî^- 
;iS) Corraro, png. t'i. 



CHIGI. 



143 



n repartit que le pape avait raison m brug. Cliigi, qui y avait ete envoyé 



j) de l'accuser de négligence et d'in 
y> capacité , puisqu'il avait bien vou- 
» lu ne pas exécuter l'ordre du roi , 
J) lorsqu'on traitait , à son préjudice, 
» avec le minisire de Portugal. Que 
» le pape , eu lui faisant ce rt;|)roclie, 
» lui reprochait aussi sa bonté, mais 
» avait tort de dire qu'd était un 
» nn.'chant homme ; et que lui pou- 
» vait dire, avec plus de justice, que 
» l'\ihio Gliisi était nu méchant 
=' homme, puisqu'il le contraignait 
» d'exécuter les ordres du roi son 
'> maître, et de prier le collège des 
» cardinaux de considérer s'il im- 
J) portait plus au siège de Rome de 
» i'aire (juelijue chose pour quatre 
)) évèchés de Portugal , que de hasar- 
» der cent trente évêchcs et soixante 
» abbayes en Espagne. Le pape lui 
)> dit aussi que les assemblées qu'il 
» faisait chez lui étaient fort dange- 
» reuses, et pourraient donner oeca- 
;> sion au pillage de la ville. L'ambas- 
» sadeur répondit que , si c'était là 
» son intention , il n'avait qu'à se 
» retirer avec tous les sujets du roi 
:> son maître, parce que ceux qui 
» resteraient, ne pouvant pas sub- 
j) sister , feraient le désordre que 
)) l'on ne pouvait pas craindre de 
« lui (19). 

(G) Jl y a fies liut'es imprimés où. 

l'on assure qu'il a eu erit'ie de 

deuenir huguenot. ] Le livre qui 
m'apprend cela est un voyage de 
Suisse , imprimé l'an 1686 , à Genève, 
quoique le titre porte ii la Haye, chez 
Pierre du Glassoa. L'auteur de ce 
voyage est un ministre français , ré- 
fugié en Hollande , et s'appelle M. La- 
biuue. Je m'en vais rapporter ce 
qu'il débite touchant la religion 
d'Alexandre VII. La chose ne saurait l'k 
manquer d'appartenir à ce Diction- 
naire. Est-ce véritable? il s'en saisit 
en tant qu'historique : est-elle fausse? 
il s'en saisit en tant que critique. 
« Fabio Chigi fut envoyé in- 



en qualité de nonce du pape, et qui 
était obligé de s'entretenir tous J is 
jours avec les princes piolestans ou 
avec leurs ministres (20) , se fit une 
idée de leur religion ; et quoiqu'il 
ei\t publié, à peu près dans ce mê- 
me temps , sous le nom supposé 
d'un certain Ernest Eusèbe, ce Ju- 
gement d'un Tlu-olngien , où les 
protestans sont si maltraités , il de- 
meura pourtant convaincu qu'il n'y 
avait rien d'hérétique dans leur 
doctrine. Mais il ne poussait pas 
plus avant. Le comte Pompée , l'un 
de ses proches parcns d'Italie , 
acheva de lui ouvrir les yeux. Ce 
comte passait ses jours dans une 
terre d'Allemagne qui lui était 
échue en partage du coté de sa 
mère.... Chigi... ne voulut pas re- 
tournera Rome sans avoir vu ce pa- 
rent ... : il se rendit donc chez lui , 
avec deux de ses neveux qui l'a- 
vaient accompagné à Cologne , et. 
passa dans cette terre tout un hi- 
ver Ils se jetèrent sur le chapi- 
tre de la religion, et après beaucoup 
d'entretiens ils résolurent de lire la 
Bible avec les notes de M. Diodati. 
Le comte avait déjà lu ces savantes 
notes, et il en savait même les en- 
droits les plus forts. Ils faisaient des 
réflexions tous deux , et ils étaient 
surpris de se voir convaincus à tout 
moment. Ils ne savaient quel parti 
prendre j mais enfin , après y avoir 
bien pensé, ils tombèrent d'ac- 
cord que la religion protestante 
était la véritable , et Chigi s'enga- 
gea dès lors avec son parent d'aban- 
donner ses erreurs, dès qu'il aurait 
rendu compte de sa nonciature, et 

(20) M. Je Wirquefort, an I'". volume de 
'Amba^satteur, pag. 6^8, dà qttr ce nonce dé- 
clara qu'il ne voulait point avoir de communi- 



cat 
être 



les hérétique! , et qu'd ne pre'tendail 
lialeur que des princes catholique.' ro- 
mains. M. de Wicquefort appelle cela une 
étrange bizarrerie d'esprit en Fahio Chigi et en 
^^^ «,..,„ ^ ... '^*'"' 1'" 'employaient, laquelle d oppose à ta 

Ml.„' ,: 'i"^„„i' • conduite de Bevilaqua , nonce aux conférences 
alte , vice - légat a ,/, m,né^ue , qui non-srulement n'abhorrait 



)) qHlSlteUr à ..— ...,, ...- ..„„, .. ae lyime^ue , qu 

» Ferrare , et puis enfin nonce du point la fre'quemalion des ministres des princes 

)) pape à Cologne , lorsqu'on fit la <■"}'■' ^'lay proleslans , mais ojfrit mi^me de Uf 

» paix de Munster. Les affaires des Srr'rt„T,Z>tr\'„^^i7r''''''' '';°r"'' 

' • 1 nr- r •. i • - l" ils y répondraient. Angelo Corraro dit n««i 

JJ princes de I h,ur0pe turent terminées mie Chigi n'avait aucune communication avec 

» assez heureusement, après deux ans '" ambassadeurs protestans .- con i quali rispet- 

>. de négociation à Munster et à Osna- tere'comrunT.Mino^ ''«'" T ' T" ^Tl" ^r' 

a vere communicalione. fllais l auteur du Syndi- 
cat d'Alejandrï VIF, pag. X , tissiirc U cv:i- 

(itl) De IWmba^s.ileur , to-n. Jl , png. 168. traire. 



î44 



CHIGl. 



}> de l'aller rejoindre dans sa terre , le 
» conjurant de taire incessamment ab- 
» juràlion de la religion romaine, 
V puisque Dieu lui avait tait la grâce 
3) de connaître la vérité et d'être li- 
}) bre. Chigi partit donc avec ses ne- 
3) veux dans une grande résolution 
3) d'abandonner la cour de Rome , et 
3) il n'écrivit même jamais au comte 
3) qu'il ne l'exhortât à exécuter son 
» dessein. Son voyage fut plus long 
3) qu'il n'avait pensé. La maladie d'un 
3) de ses neveux , qui se termina enfin 
3) par la mort, en fut cause. Cepen- 
}) dant le comte Pompée se disposa à 

3) faire ce qu'il avait résolu 11 se 

3) rendit à Orange, où il fit publi- 
3) quement profession de notre reli- 
33 fiion. Il fut même quelque temps 
33 après à Nîmes , et se fit connaître. 
3) Cetle conversion fit de l'éclat. On 
3) en parla par toute l'Europe. On en 
3) parla même trop ; car comme il se 
3, retirait en Allemagne, il fut em- 
3) poisonné à Lvon on il mourut. Celte 
3, nouvelle accabla Chigi. La mort du 
3) comte. . . lui rompait toutes ses me- 
3) sures. Il s'imagina qu'il pourrait 
3) bien avoir le même destin ; il se vit 
3) privé d'un asile ; mais dans le temps 

3) qu'il balançait il fut fait car- 

3) dinal, et premier secrétaire de la 
3) chambre apostolique. H n'en fallut 
3) pas davantage pour étoufler dans 
3) le cœur de Chigi ces semences de 
3) la vérité , qui n'y avaient encore 
3, pris que de fort "légères racines : 
3, l'éclat de la pourpre l'éblouit. . . il 
3, fut fait pape par les fourberies que 
3) chacun sait. U aflécta dès qu'il fut 
3, cardinal d'être toujours malade. Il 
3) fit tendre son appartement de deuil, 
3) et parer sa chambre d'une bière et 

3) d'une tête de mort (ai) 11 était 

3) calviniste dans son âme. Il eut beau 
3) se vouloir cacher dans l'affaire des 
» jansénistes , on ne laissa pas de le 
3) découvrir. Il s'imprima sous son 
3) pontificat des livres en Flandre , 
3) qui l'accusaient d'être hérétique. 
3> Ce sont des livres que tout le monde 
3) a vus. M. Amyiaut eut un jour un 
3) entretien avec M. le duc de Longuc- 
3) ville, dans sa maison du Plessis 

(21) M. Helilegscr, Histor. Papalùs , pag. 
411, ne parU de cetle bihe , que quant au 
temps qui suimU C exaltation. Pour le temps qui 
précéda , il dit seulement que Chigi couchait 
sur la dure et jeûnait deux fois la .'eniaine. 



» Belleau (aa) , qui s'accorde fort bien 
w avec ce que nous avons dit. M. Amy 
" raut était sincère. Il racontait que 
» ce prince , qu'il avait l'honneur de 
» voir fort souvent, lui avait dit que 
» lorsqu'il était plénipotentiaire à 
3) Munster pour sa M. T. C, il avait 
» connu à fond ce pape qui tenait le 
» siège pour lors 5 qu'il avait de gran- 
)' desdispositions à une réforme, et que 
» si les huguenots voulaient relâcher 
» quelque chose , il n'y avait jamais 
» eu de plus belle occasion de se réu- 
» nir , puisqu'ils pouvaient être assu- 
» rés que le chef de l'église ne leur se- 
)) rait pas contraire- 

Je suis persuadé que l'auteur de ce 
récit ne trouvera pas mauvais que je 
communique à mes lecteurs l'éclair- 
cissement que m'a donné M. Amyraut 
le fils. Il m'a assuré qu'il n'a nulle 
connaissance que jamais son père ait 
eu des conversations avec M. de Lon- 
gueville sur le nonce Chigi , ni sur le 
pape Alexandre VII ; qu'il est bien 
vrai que le duc de Longueville avait 
une terre à trois lieues de Saumur ; 
mais qu'il n'est pas vrai qu'elle s'ap- 
pelât le Plessis-BoUeau : elle s'ap- 
pelait 3'Ionstreuil- Bellai (a3). Lors- 
qu'il y allait, il ne manquait point 
d'envoyer faire des honnêtetés à 
M, Amyraut, qui de son côté était ex- 
trêmement ponctuel à lui aller faire la 
révérence , et qui en était toujours 
très-bien reçu ; de sorte que celle al- 
tesse doit être ajoutée aux grands sei- 
gneurs qui ont témoigné leur estime 
à ce ministre (24). Or, puisque 
M. Amyraut le fils n'a jamais ouï par- 
ler de ces entreliens de M. de Longue- 
ville touchant Alexandre VII, il faut 
conclure sans hésiter que jamais 
M. Amyraut le père n'avait appris 
rien de semblable dans ses conversa- 
tions avec M. de L-ongueville. Et nous 
avons ici un exemple qui nous avertit 
combien il faut se défier des contes qui 
ne sont fondés que sur l'ouï-dire. A 
l'heure qu'il est, je tiens l'auteur de ce 
voyage de Suisse pour pleinement 
persuadé qu'on doit être soigneuse- 

(■22) Conférez avec ceci ce qui a été dit dan> 
l'article ^'Asitradt , remarque (D) , tom. I" . , 
p. 5i2 , f t voyez s'il n'y aurait point eu quelque 
mélange de divers faits dans ces narrations. 

(23) Il la vendit au maréchal de la Meillc- 
raye. 

(24) Voyez ci-dessus , dans l'article tiKXRuvx 
<l!i texte , tom. J^'. 



CHIGI. 



i4f 



ment sur ses gardes contre ces sortes eues de notre saint père , je lui ai 

de traditions. parlé a^-ec la même liberté que je uons 

(11) Les gazettes de Hollande lui entretiens, sa debonnanvte l'ordun- 

donnèrent beaucoup d'éloges. ] C'est nant ainsi ii tous ceux oui s en apnro- 

ce que j'aiiprends d'une lettre que client. Je uous dirai ia-dessus une 

Courcelles , [)rofesseur des arminiens particularité remarquable, que vous 

à Amsterdam, écrivit au sieur Sor- 'te serez peut-être pas marri desavoir. 

bicre le aj de de'<'embre i655 (aS). il r eut un peu avant mon départ 

Je veux croire, dit-il, qu yllexan- quelques genlilsliommes anglais qui 

dre J^Il a mérité une bonne petite voulurent être témoins de ce que je 

paitie des éloges que la voix publique vous raconte de sa sainteté, et qui 

lui donne. Les courantes d' ylmslcr- *« mclùrent parmi ceux qui allaient ti 

dam , qui n'ont pas accoutumé de ce- genoux luijaire la révérence. Il leur 

lébrer les louanges des papes , comme demanda d' oit Us étaient , et ensuite 

les gazettes de Paris font souvent, s'ils n' étaient pas protestans , ce (lu ils 

nous ont dit tant de biende lui , qu'il lai avouèrent. Sur quoi sa sainteté 

ne se peut faire qu'il n'en soit quel- lnur répliqua avec un visage riant : 

que cliose. Elles ont même rendu té- Levez-vous donc , je ne veux point 

moignage qii'd avait improuvé les que vous comraeltirz , selon voire 

cruautés exercées depuis peu sur ces opinion , une idolâtrie. Je ne vous 

pauvres Kaudois des vallées de Pié- donnerai pas ma bénédiction , puis- 

mont, disant que ce n'était point la que vous ne me croyez pas ce que je 

procédure qu'il fallait tenir pour ra- suis, mais bien je prierai Dieu qu'il 

mener les dévoyés dans le giron de vous rende capables de la recevoir. 

l'église. S'il est vrai cjue ce pape ait Un fameux controversiste profes- 

désapprouvé la conduite du duc de tant rapporte mal cette histoire. Voici 

Savoie, les Vaudois s'en pouvaient ses paroles; je les tire de la page i58 

glorifier avec beaucoup plus de rai- de sa réponse à un livre de M. Brueys 

son, que les réformés de France n'ont (ayj. « H faut que je renvoie AI. Brueys 

{>u se glorifier du jugement qu'on dit » à un converti comme lui : c'est Sor- 

qu'Innocent XI faisait de la dragon- » bière , qui dit quelque part, que des 



nade ; car la mauvaise humeur de ce 
pape contre la cour de France pouvait 
seule lui faire dire qu'il n'approuvait 
point ces manières de convertir. 

■ (I) On a fort parlé de ce qu'il dit il 
des gentilshommes protestans , qui 
voulaient lui baiser les pieds. ] Sor- 
bière (26 ) , aj'^ant à répondre à une 
lettre oli on lui avait écrit que son 
voyage de Rome le ferait rentrer dans 
l'église réformée, déclara qu'il n'avait 



)) Anglais, étant à Rome, voulurent 
» voir le pape Alexandre VII, le saluer 
» et lui baiser la pantoufle. Ce pape 
)) ayant su qu'ils étaient Anglais , il 
)) (28) leur demanda de quelle rcli- 
w gion ils étaient. Ils craignirent, et 
» firent difficulté de confesser qu'ils 
)) étaient protestans. Alexandre VII 
n les ayant rassurés là-dessus , ils con- 
» fessèrent; et sur cela il leur dit : De 
» la religion dont vous êtes, votre 



rien vu à Rome qui ne l'eiU édifié, et " conscience ne vous permet pas d« 

que la pompe de cette cour n'empê- " ™e rendre Fhommage du baiser des 

che pas qu'on n'y ait beaucoup d'afl'a- " pieds. Je ne le reçois pas en qualité 

bilité et de modpstie. En mon parti- " '^^ prince temporel de Rome, et c'est 

culier, \)omsint-i\, je vous puis assu- "font ce que vous reconnaissez en 

rer, monsieur, que je n'ai point re- '■' ™oi 5 je le reçois comme vicaire de 

marqué en aucune des éminences ^' Jesus-Christ , qualité que vous ne 

dontj' ai eu l'honneur de m' approcher; «reconnaissez pas. Je prierai Dieu 

tant de fierté qu'il y en a en quelque " qu'il vous convertisse , je vous 

ministre de notre connaissance, et " donne ma bénédiction j mais, en at- 

qu'en toutes les audiences que j'ai " tendant votre illumination qui doit 

» venir d'en haut, je n'exige pas de 

(i5) Elle fui d'abord imprimée à pan in-%°. M VOUS que VOUS fassiez par complai- 

Vo^. la. trou.errz dans t.s Pr^stant.um ac eru- „ g^^^e aucune chose Contre votre re- 

S,6 d. l-édU .n-foUo , ,684. (,,) rnuiul.: , Suit, du Pr«erva.if contre U 

[10) Aa Lettre esl imprimée avec celle de Cliangement de religion, y/ la Haye i(JS3 

Courcelles inS". (a8} Cel il esl ici »n barbarisme. ' 

TOMi: V. ,0 



i46 



CHIGI. 



î) lieion et votre honneur. Je ne sais si dont le fils Ibrahim fut père de Maho- 

n Sorbière a compose cette petite his- met IV. D'ailleurs Le'onard Marsili, frè- 

» toire pour faire honneur au pape re de Marguerite, eut un fils nommé 

« Alexandre VII. Quoi qu'il en soit , ce César Marsili , qui fut père d'Alexan- 

» sont là des sentimens d'honnête dre Marsili et de Laure Marsili, mère 



)> tiére de religion, » «Jn voii oien , eu cire {oo) aiiegue la uanainju uc i lau- 

comparant ces deux relations, que no- cois Niger, touchant la prise d'un 

tre controversiste n'avait jamais lu château du territoire de Sienne. Les 

l'écrit de Sorbière , ou pour le moins corsaires turcs , qui pillèrent ce châ- 

qu'il ne l'avait pas sous ses yeux lors- teau environ l'an iSîS , y trouvèrent 

qu'il répondit à M. Brueys. Il avait Marguerite Marsili; et parce qu'elle 

oui parler de la chose en gros , et il se était fort belle , ils la gardèrent pour 

chargea de la brodure. La prudence Soliman. 

ne veut pas cela; il faut se défier de (L) Alexandre VU a été auteur.'\ 

sa mémoire. Quand on falsifie un ré- La plus belle édition de ses poésies 

cit en ces deux points, l'un que les latines est celle du Louvre , in-folio., 




chose d'essentiel. J 
bien des réflexions s 
cootroversistes , mais 



gédie intitulée Pompé 

pourrais faire teur la fit à la campagne , l'an 1621 
r le sort des il se proposa Sénèque pour modèle 
elles seraient tant pour l'économie de la pièce, qu 



pièce, que 
es vers. Une lettre * 



hors de propos. L'auteur du Préserva- pour la mesure d-_ - . 

tif ne prévoyait pas , quand il louait qui est au-devant de ce recueil , nous 

les maximes d'Alexandre VII , qu'il apprend qu'il eut de la peine à con- 

s'engagerait à écrire sur la conscience sentir à l'impression de ses poésies, 

erronée , qu'il se réfuterait lui-même , et qu'il ne voulut point soufl'rir qu'on 

et qu'il établirait des principes selon y mît son nom , ni d'autre titre que 

lesquels ce pape aurait eu grand tort celui qui fait connaître que ce ne sont 

de s'opposer aux génuflexions des que les fruits de ses jeunes ans (3i). 

Anglais. 11 est pourtant vrai que tout n'est pas 

(K) Des livres ont assuré qu'il de cet ûge : il s'y trouve beaucoup de 

était parentdu grand-seigneur Maho- pièces qu'il composa étant homme 

met//'^.] Je n'ai point le livre où l'on a fait , et chargé de grands emplois. Il 

prouvé cela ; ainsi je ne puis servir à est bon de lire la page 65 et la 60"=. du 

mon lecteur que ces paroles de M. Hei- Traité de M. (3a) Kortholt de Poëtis 

de-Tger : Iflahometein eo ipso tem- e;;(icopj5, imprimé à Kiel , l'an 1699. 

pore imperalorem turcicum quinto Piorrichius trouve que le pape Urbain 

gradu consanguinitatis , ex Alanc VIII avait plus de naturel et plus 

MorugUo , communi stirpe et atavo d'acquis pour la poésie , que le pape 

utriusque parentis pontificii et tur- Alexandre Vil; maisque celui-ci appor- 

cici , pessitno utrique omine coiitigit , tait plus de travail et plus de soin à 

uti quidem Pastorius in Henninge ses poésies que l'autre (33). Il trouve 
rediuivo page 167 demonsiraiàt (29). 

J'ai rencontré depuis un livre qui (3o) Joli. Ulricus Wallirhius, in tracUlu dr 

.o'rr.r.co rlarx: iino iaKIp la narputé d'A- religione tiircicâ, Mahomelis Vilâ , et Orientalis 

«xposedansunetablelaparemeaA s q^^jj^^,^,;' Ami-Chrisio comparatione, 

lexandre VII , et du Orand-Tmc. On ^^^ 3^^ ^, ^^^„^„, 

prétend que Marguerite Marsili , lille . ^^^^ 1^3 éditions de 1697 et de \roi da 

de Nani Marsili noble Siennois , fut Dictionnaire de Bayle on lit en note marginale: 

femme de Soliman et mère de Sélim II, • r^auc."- de -"^ f>^- 2' Tr^^èTll t 

, 1 r-i 4 .1 Tif ri ' J » Furslemberg , chanoine ae iieves ei ae 

dont lattis Amurath lll , tut pete de , Munster. Il a été depuis évê4ue de Padei- 
Mahomet III. Celui-ci fut père d'Ach- . born et de Munster - 

met l*^,qui fut père d'AmurathlV, (3i) i« wre ejt Pliilomalhi musaj juvéniles 

(32) Se'hastien. 
(2q) Heidegg. , Hist. Papatùs , pas- 4' 3. {iij Borricli. , de Poèt. lat. , p'^g. 108. 



CIIOCQUET. 



147 



quelque dureté dans les vers e'piques 
où Alexandre a décrit son voyace de 
Rome à Ferrare , de Ferrare à Colo- 
gne , de Malte à Rome. Ce n'est là 
qu'une partie de ses voyages : il a dé- 
crit de plus celui de Cologne à Mun- 
ster, celui de Munster à Aix-la-Cha- 
pelle , celui d'Aix-la-Chapelle à Trê- 
ves, etc. Si toutes les louanges que les 
auteurs des acclamations poétiques 
(34) ont données aux vers de ce pape 
étaient véritables , on ne pourrait pas 
s'empêcher de dire qu'il a été le plus 
accompli de tous les poètes. Mais 
comme ces auteurs ont été de la pléia- 
de qui a fleuri à Rome sous ce pontife, 
ou ne doit pas trop se fier à leurs 
éloges (35). Je n'oserais assurer qu'un 
écrit qui parut l'an 16^6 , sous le 
titre de Jiidicium Theologicuni super 
quœstione an pax qualein desiderant 
protestantes sil secundkm se iliicita... 
operd ac studio Ernesti de Eusebiis 
cwis romani , soit du nonce Fabio 
Chigi : je me contente de croire qu'il 
fut imprimé sous ses auspices et par 
sou ordre. On t;lcha de persuader 
dans cet écrit que la paix demandée 
par les protestans était trop désavan- 
tageuse à l'église catholique , pour 
pouvoir leur être accordée en con- 
science par l'empereur. Mais toutes 
ces remontrances furent inutiles : il 
fallut accorder aux protestans mille 
choses qui plongèrent la cour de Rome 
dans le chagrin , et contre lesquelles 
le nonce Chigi protesta d'une manière 
très-enflammée , secouant la poudre 
de ses pieds. Le pape lança une bulle 
de même style contre le traité de 
Munster. Temps et papier perdus 
que tout cela. C'est ici que je dois 
dire qu'il y a dans la bibliothèque du 
cardinal Chigi plusieurs manuscrits 
ornés de notes de la propre main d'A- 
lexandre Vil et un gros recueil d'actes 
et de pièces authentiques dressé et 
compilé par ce pape , et qui témoigne 
son application à l'étude (36). J'ai lu 
dans le livre qui m'apprend cela (3^) 
\iae chose qui fait voir son inrlinalioii 
pour les lettres ; il attira à Rome trois 

(34) EllfS sont imprimées à la fin de l'édition 
des Philomathi musae juvéniles. 

(35) Korez M. Baillft , JusemeiU sur les 
poètes, tom. y, nuin, i5o6 <rt 1527. 

(36) Tov»! le MusKum liai, du pare Mabil- 
lon , loin. /, png. ()4' 

(3;) MabilloQ , il/td. , pag. 9. 



libraires de Hollande, qui le trompè- 
rent vilainement sur la Bible poly- 
glotte de Paris ; car ils lui tirent 
accroire que c'était une édition qu'ils 
entreprenaient sous ses auspices et en 
son lionneur : ils y firent imprimer 
un nouveau titre avec une épître dé- 
dicaloire aussi flatteuse (pie si de 
bons papistes en eussent été les au- 
teurs; mais ils ne purent point cacher 
long-tem[>s leur filouterie, yib ullimis 
Jie/garum, urheni dvrninam , sedein 
uestram Romani, diuinaravi literarum 
sarrind iitstructi viagis (piam onusti , 
muLliplicè sanctilatis uesirœ illicio , 
reu potentiore quodam magnele forli- 
ter suaiJiterque protracti, aidielis non 
tant fatigatione quant exultatione 
aniniis passibusqiie subintramus , de- 
sideratissinie terris et nobis pontijex 
maxime (38). Le nouveau titre por- 
tait BlBLIA Alexandrina Hf.I'TAGLOTT A 
auspiciis S. D. yilexandri Vil anno 
sessionis ejus A II féliciter inchoato. 

(38) Idem , ibidem. 

CHOCQUET (Louis\ fameux 
poëte français vers le milieu du 
XVP. siècle, et auteur d'un ou- 
vrage fort rare et fort singulier*, 
dont nous donnerons ci-dessous 
des extraits (A). Il a été inconnu 
à la Croix du Maine , mais non 
pas à du Verdier, qui l'a mis dans 
sa Bibliothèque {a) comme l'au- 
teur d'un in-folio qui fut impri- 
mé à Paris l'an 1 5/( i . Il s'est con- 
tenté de marquer que c'est un 
volume oii les Actes des apôtres 
et l'Apocalypse de saint Jean ont 
été mis en rime française par 
personnages. Il a négligé d'en 
rapporter des extraits, et ce n'est 
point sa coutume de négliger ce- 
la quand un livre contient des 
choses un peu singulières. Il a 

* Joly dit que Bayle veut parler des Actes 
des apôtres el de l'Apocalypse , comme si 
Bavle n'indiquait pas lui- même ce livre dans 
sa remarque A, où it donne, de l'aveu de Le- 
clerc , une fort bonne notice des Actes des 
apôlies. 

'a) Pag. 79C 



i48 



CHOCQUET. 



même assez souvent rapporté de 
longs passages qui n'avaient rien 
de fort exquis. On peut donc s'é- 
tonner avec raison qu'il n'ait rien 
cité des poésies de Louis Choc- 
quet ; car on y trouve des scènes 
bien étranges et bien surpre- 
nantes. Nous suppléerons à ce 
défaut , et nous ferons connaî- 
tre cet ouvrage un peu mieux 
qu'on ne le connaît dans du Yer- 
dier. 



(A) // est auteur d'un ouvrage.... 
fort singulier , dont nous donnerons 
'des extraits. ] Uexemi)laire qui m'a 
ete prêté ( I ) contient trois parties, 
dont la I-^^ est intitulée, Le premier 
uolume des catholiques œwreset actes 
des apostres j-edigez en escript par 
saint Luc ewangeliste et hystoriogra- 
phc , députe par le sainct Esj^rit. 
Icelluy sainct Lucescripuant a Théo- 
phile^ Auecques plusieurs hfstoires 
en icelluy insereez des gestes des Cé- 
sars. Et les demonstrances des figu- 
res de l' Apocalypse ueues par sainct 
Jehan Zebedee en l'isle de Pathmos 
souhz Domician César, auecques les 
cruautez tant de Néron que d' icelluy 
Domician. Le tout veu et corrige bien 
et deuement selon la uraye uerite , et 
joue par personnages k Paris en 
l'hostel de Flandres , l'an mil cinq 
centXLI. Avec privilège du roy. On 
les vend en la grand salle du Palais 
par Arnoul et Charles les Angeliers 
frères tenans leurs boutiques au pre- 
mier et deuxiesme pilliers devant la 
chappelle de messeigneurs les presi- 
dens. Ce premier volume contient en 
•jio feuillets cinq livres des Actes des 
apôtres. Voyons le titre de la II'-, 
partie : Le second volume du magni- 
ficque mf stère des actes des Apostres 
continuant la narration de leurs 
faicts et gestes selon V escriptiire 
saincte, avecques plusieurs histoii-cs 
en icelluy insérées des gestes des 
Césars. Veu et corrige bien et deue- 
ment selon la vraye vérité, et ainsi 

(i) M. Sloane , médecin célèbre a Lonilres, 
tjui a plusieurs Inres rares dans sa nonibrfuie 
bibliolhéque , m'a faii In faveur de me le pié- 
ter , et M. Silvcsùe a pris la peine de me le 
faire tenir. 



que le mystère est la joue a Paris 
ceste présente année mil cinq cens 
quarante et ung. Avec privilège. Ce 
second volume contient i65 feuillets , 
et finit an neuvième livre des Actes des 
apôtres. La IIl^. partie est l'Apoca- 
lypse Sainct Jehan Zebedee , ou sont 
comprinses les visions et révélations 
que icelluy sainct Jehan eut en l'isle 
de Pathmos , le tout ordonne par fi- 
gures convenables selon le texte de 
la saincte escriptiire. Ensemble les 
crnaultez de Domician César, Avec 
privilège M. D. x l i. Elle contient 
46 feuillets , et fut achevée d'impri- 
mer le 27 de mai i54i. L'ouvrage est 
in-folio. 

Louis Chocquet n'a mis son nom 
qu'au commencement de la troisième 
partie *. 11 l'y a rois en deux maniè- 
res , premièrement par une épigram- 
me latine au revers du premier teuil 
let (2), et puis au haut du second 
feuillet. « Cy ensuit le mystère de 
» l'Apocalypse Sainct Jehan , avec 
» les cruaultez de Domician empe- 
>) reur de Romme , compose par mai 
)) stre Loys Chocquet. » On ne trouve 
aucune mention de lui dans les pri- 
vilèges d'imprimer. Ce fut Guillau- 
me Alabat, marchand , demeurant a 
Bourges , qui obtint le privilège de 
François I«^, à Lyon , le 1^ de juil- 
let 1836. Il l'obtint pour six années. 
11 expose que , a l'honneur et louen^e 
de Dieu , de nostre mère saincte égli- 
se , et de la saincte foy catholicque , 
et pour condition et consolation de 
tous bons et vrays chrestiens , il fe- 
roit voulentiers imprimer le livre des 
Actes des apostres en cinq ou plu- 
sieurs volumes qu'il a par devers luy 
et qui a este compose en ryme fran- 
çoise et corrige a grands frais et nii- 



* La Monnoie , dans ses Remarques sur du 
Verdier , dit que, puisqu'ainsi que fiayle l'a re- 
marqué, le nom de L. Chocquet ne se trouve 
qu"à la tête du Mystère de l'Apocalypse ( qui 
forme la 3'. partie), Bayle devait conclure con- 
tre du Verdier qu'on pouvait bien douter que les 
Actes des apolres lussent de la composition de 
L. Chocquet. Ils sont en effet de Grtban; voyer 
l'article Gree»n, lom. VIII De-maiseaux, dans 
les Oeuvres diverses de Bajle, a mis sur la 
lettre du i- octobre 1702 une longue note qui , 
dit-il, peut «ervir de supplément à l'article sur 
Chocquet, dans M. Bayle. 

2) î-iidovici Chocquet , ad roagistrum Anlo- 
nlum le Coq doclorem inedicura perdoctnni, 
epi^ramma Cette épi^rainme est de sciie vers , 
Itexamèlres et penlainètres. 



CHOCQUET. 149 

ses. Lui et ses libraires * (3) curent notre Chocqnel. Ils sufîîront à nous 

un procès au parlement de Paris , l'an apprendre (|ue , pendant que Ton de- 

i54o contre inaislre François Ilamc- fendait au peuple de voir les histoires 

Un, François Polrain, Jehan Lou- saintes dans le livre c[ui les contient 

vet , et Léonard Chollet , maistrcs et purement et tidèlement , on lui per- 

enlrepreneurs <lu Mystère des yictes mettait de les voir sur le théâtre, 

des apostres à Paris , cette annee-là. souillées de raille inventions t^ros- 

La cour ordonna que ces quatre en- sières , dont on exprimait la plupart 

trcpreneurs ne pourraient faire im- d'une façon basse, et en st^le de far- 

primer le mystère des dicts actes des cenr. 

apostres par autres que par ceulx La première histoire que Ton ait 

qui ont eu te priuièege de les impri- décrite dans ce volume est Télertion 

nier quelque addition qu'ils y fissent, d'un apôtre à la place de Judas. On a 

On voit dans une ballade , au commen- supposé bassement que les apôtres 

cernent du 11^. volume , les noms de firent tirer à la courte paille; car 

ces quatre entrepreneurs et qualilez. c'est ain^ique je puis qualifier l'expé- 

Voici en quels termes : dient qu'on raconte (5) : 

j4u plasmateur rendent ?,race les quatre Baillez les feslus préparez 

/le bon vouloir entre Parisiens, Ainsi que Cavons assigne. 

T.es quels ont faict apparoir le théâtre L'ung en y a qui a iing signe 

Bien ensuivant les Bommains anciens. Comme il appert, signe l'avons 

Four l'amour de nos compagnons. 

Le second de signe na point , 

Dont pour achever nostre poincl , 

Prançort de nom les deux, n en J'autdehatre , Pierre, tenez les en vos mains, 
Vung Hamelin, l'autre Fotratn, scients El eulx deux , qui sont incertains 
Vung en practique , et l'iiutre pour s'embatre Ou le signe est, n'en quelle espèce, 
Tixlre lapis soubs rethoriciens Viendront tirer chascun sa pièce, 
Sçail assez bien , puis pour l'exploict parfaire El cetluy auquel escherra 
Léonard Chovelel boucher voulut bien faire Le signe, subrogue sera 
El Jehan Louvet operateur aux Jleurs y4u lieu qui est ja devise. 
Bien congnoissanl des bons grains tes meil- 
leurs. Après que les deux fétus furent lires , 
^ iceulx quatre honneur royal désire (es apolres regardèrent qui aunit le 

Donner faveur abollir les erreurs .■>-•' i. > ui 

Qui font humains a vertu contredire. *'é'«e , et S ecrie. ent tOUS ensemble , 

Je rapporte toutes ces petites particu- ^'"' ''^"'^"^^ • 

larifés , parce rju'elles peuvent servir Sur quoi saint Pierre s'exprima ainsi : 

à faire connaître cruelriues circonstan- r„ „■, n- 

j , 1 J ..Il Loue soit Dieu, 

ces de la comédie de ce SieCle-la. Ca Mathias , entre nous autres 

Quelques-unes de ces circonstances Faines noml-re des douze apostres. 

«e sont point dans le Moréri (4) : ^"'^'^ '" '"" • P'f ""';.., 

* , , ^^- ' Conjerme soyez en i estât (Ol. 

car , par exemple , on n y trouve 

point que l'hôtel de Flandre ait ja- On met très-souvent les diables en 
mais été le lieu oti se soient données jeu; et c'est dans ces endroits -là que 
les représentations dramatiques des le poète s'excite le plus , et qu'il met 
histoires de la Sainte Écriture dans principalement eu œuvre son indu- 
Paris. Mais pour faire mieux con- strie ; mais il soutient mal lescarar- 
naître ce que c'était en ce temps-là tères , et au lieu d'inspirer de l'hor- 
que le théâtre français , je rappor- reur , il était plus propre à faire rire, 
terai quelques morceaux des pièces de 11 s'abandonnait au burlesque, tant 

le goût qui régnait alors était roau- 

* Joly dit que les Angeliers étaient cession- vais. Il introduit Lucifer qui convo- 

naires d'Alabat. e to„5 jg^ diables, et il lui fait dire : 

(3) Arnoul et Charles Langelier. 

(/,) Dont Ve'dilion de Paris, i6»)0, au mot Drables meschan< destinet en terre estre. 

Comédie. Remarquez en passant qu'on a corrige' ^J"' " /"""»" «'«"^ ',' ""ire terrestre , 

dans celle édition une bévue très-grossière des tiendrez vous point a mes cns et abojs , 

précédentes , mais non pas sans y laisser glisser ^"^tez au feu de nostre infernal être, 

une faute d'impression. Ily avait dans les pré- ^'"" '"" n""'-^ "" """* P<"" bien cor.- 

cédentes , sur quoi l'on peut voir Boccalini et gnoislre 
Uagguaglio ; et on a mis dans l'édition de t6cyç), 

sur quoi on peut voir Boccalini dans son Fagua- (5) Premier livre des Actes des apôtre^ 

lio di Parna.sso. Il fallait mettre dans ses Rag- /ô''" 3. 

-uagli dl Parnasse. ,6) Lit même. 



i5o 



CHOCQUET. 



Que c'est à droiclque complaindre me doibs- Satan répOnd : 

Haro , haro , nul de vous je ne veoj^s ^ 

Si ne venez désespérer m'en vojs, 

Dyables maudicts , dyablesses , dyablMons , 

Courez en Vair , traversez champs et boys, 

Fou!dre gectez , accordante à ma voix , 

approchez lost djaboliccfues lujtons , etc. (7). 



Voici la réponse de Satan : 

Prince d* enfer tes cris as faict estendre 

Si très-avant qu'ils sont venus descendre 

Jusques au fons des noires régions , 

Nos vils manoirs tu as presque faict fendre. 

Que te fault-il? Es-tu prest de te pendre? 

Dyables sont hors par grandes légions (8). 

Autre discours de Lucifer : 

» Haro, haro, approche toy granldyable, 

* Approche toy ootaire mal fiable. 

» Fier Belyal , procureur des enfers , 

» Si tu ne fais uag faulx traict desvoyable 

* Nous perdons tout le genre humain salvable 

* Et demeurons seuls enchaynez en fers. 



• De tous les droicis assez entends Teffaire 

• Pour exploicter sans long temps prétendu. 
»♦ Au fonds d'enfer je puisse eslre pendu 
M Si en brief temps je ne fais de<i merveilles , 
» Puis qu'il convient que je souffle es oreilles , 
» Bien tosl mourront les coquins de Jésus. 



• Sur terre avons des ennemis pervers 
» Encontre nous machinans pre^cherie. 
» Ce sont villains yssus de pescherie, 

» Voulans noncer de dieu la paix chérie. 

» Mais si votre art a mort ne les ruyne 

» Ravis serez tous à la boucherie 

» Si gay n'aura de qui la bouche rie, 

*• S'il le convient laisser mètre en ruyne. 

Autre réponse de Satan : 

• Prince daropne de ténèbre et bruyne , 
•• Loup ravissant , ton hurlement ne Cae, 
» Que te fault-il ? as tu la rage au cueur ? 

it Prens plomb fondu , chaulx, souiTre et poix 
résine, 

• Métail bouillant qui seront drogue fine 
^ Pour destouper ta mauldtcte rancueur. 

Autre discours de Lucifer : 

» Après que Christ fat au tombeau rendu, 

» Troi*. jours après de mort ressuscita 

» Et qui plus est tout vif se présenta 

M A sr^ amys qui ne sont pas des nostres , 

» Donze coquins qui se nomment apostres , 

- Grans séducteurs de la toy judaïque, 

• Ausquels il dit : le texte evangelicque 

> Soit sousienn et presche de par von.s. 
» Après es cieulx il monta devant tous 

En les laissant tous douze sur la terre, 

•> I^esquels présent nous meinent dure guerre 

1 En la cite Hierusalem nommée 

- Et tout autour du pays de Judée 

■> Qui est pour nous grande perplexité. 
» Dyables obscurs chascun soit incite 

- Pour ces maraulx a la mort faire rendre. 
» Si dessus nous les laissez entreprendre 

• Dieu pis vra pour nous dessus les rens. 

• Pour ce Sathau vers eulx le chemin prens 
» Pense soutdain de leur livrer bataille 

» Pour mettre a fîn la maiidicte canaille. 

- Transporte-loy aux prestres de la loy , 

• Lesquels tousjours ayent lor et aloy 

» En recordant leur mauldicte avarice, 
» De ces coquins donne bien la noti- 
ce, etc. (q\ 

("7) Premier livre des Actes des apôtres , 
folio 3 verso. 

(8) Là même, fol. 4. 

(9) lU même , /olio S, 



Lucifer ayant partagé entre les dia- 
bles ses commissions, Satan lui parla 
de la sorte : 

» Voy Lucifer tous dyables sont enclins 

■• Par tours souldains mouvemens et déclins 

• Dessus les champs leur devoir très bien 

faire , 

» Mais an départ, pour mieulx nous satis- 
faire , 

. Ta patte estends sur nos groings dyabo- 
licques 

•• Pour confermer nos esprits drachoniqiies 

» Que recevons pour bénédiction (loj. 

Voici ce que Lucifer répond : 

• Dyables dampnez en malédiction 

» Dessus vous tous par puissance interdicte, 

• Ma patte estends qui est de Dieu mauldicte 

>• Pour de tous maulx et mallaicts vous ab- 

souldre, 
» Couverts soyez de fulminante fouldre. 

N'était-ce pas donner dans le ridi- 
cule , et y tourner indirectement la 
sainte et apostolique cérémonie de 
l'imposition des mains ? 

Après ces dialogues des démons , 
on en voit d'autres qui sont pires en 
leur espèce ; car les discours que l'on 
fait tenir à Dieu et à Jésus- Christ 
sont indignes de la majesté du sujet. 
Les sergens qui emprisonnèrent les 
deux apôtres qui guérirent un boiteux 
parlent si burlesquement , que c'est 
un morceau de farce. 

AGR I C P ART. 

Prens moy ce galland par le poing 
Et le me lye d'une corde. 

Griffon. 

Si je luyfais miséricorde , 

Beau sire, je veuil quon me tonde, 

ÂGRIPPJlRT. 

Est-d lye ? 

Cri F foi». 

Le mieulx du monde, 
.allons les cacher pour la plùye. 
Vous serez enfans de ta pye , 
Gallons , car vous serez en cage [11). 

Trottemenu , messager du gi-and sa- 
crificateur Anne , enchérit sur ce 
burlesque. 

• C'est rage comme je chopine ; 
» De chanter ne me puis tenir, 
> Toutes les fois que je chemine 

(10) Là même , folio 5 versol 
(il) Là même, fui. 6. 



CHOCQUET. 



i5i 



• Il nVst diose qui ne se mine. 

• J'ay liuy si bien tire laureille , 
» Puis le matin a ma bouteille, 

» Que tout est pieca mis eu vente , 
» Je n'ay garde qu^elie s'esvente , 
» Car plus D*y a raisin ne moust^ia). 

Rapportons quelques morceaux du 
dialogue d'Anne et de Caïjihe. 
Anhe. 

» Je les ai veus très bonnes gens (i3). 
» Loyaulx et de bonne fasson 

• Et m*oot apporte du poisson 

• Cent fois a vendre en mon hostel. 

Càt p H A s. 
» Est-il vray ? 

A H M E. 

Par dieu il est tel ; 
» Mes gens en ont bien souvenance ; 
» Mais pour mieuU vivre a leur plaisance 
» Ils ont délaisse lenr mestier 
» Dont ils n'avoient pas mcstier , 
» Car très-bien ils en pouvoient vivre ; 
« Et depuis ont voulu ensuyvre 
•' Jésus le mauvais scismatictjue 
■• Qui leur a apprins la magicque 
» Et nygromance , on le scait bien , 
» Car il estoit magicien , 

• Le plus grand qni fust jusqu'à Bomme ( i4) • 

L'interrogation juridique qu'on Gt au 
boiteux me semble devoir être rap- 
portée : 

Ann I. 

.,..<• Mais je te veiiil demander 

" S'il est vray ce qu'on a compte, 

<ft On nous a ici recite 

» Que pour trouver moyen de vivre 

» Toy qui estois fort et délivre 

■• Faignoys d'estre tout contrefaict. 

y Dy hardiment si lu Tas faict, 

• Je te le feray pardonner ; 

». Avecques ce te feray donner 

» De l'argent pour toy bien pourvoir 

• Plus qu'ils n'ont : on peut bien scavoir 
» Qu'ils t'en ont donne et promis , 

» Afin que dies qu'ils t'ont mis 
» En bon estât et en sanle, 
» Pour avoir bruyl par la cite 
- De faire miracles païens (i5). 

Par ces échantillons du premier li- 
vre , on pourra juger de tout le vo- 
lume j mais il faut se souvenir qu'ils 
ne sont pas aussi grotesques qu'une 
infinité d'autres endroits. 

Il faut noter que l'auteur se con- 
forme soigneusement aux traditions 
populaires. 11 fourre (16} un long épi- 
sode concernant Denys l'Are'opagite , 
et son ordination à l'épiscopat. Il en 

(l^) Là même, fol. n. 

(i3i II parle des deux apôtres Pierre et Jean 
emprisonnés . 

(i4) Premier livre des Actes des apôtres , 
folio 8 verso. 

(i5) L'a même, folio 8 verso. 

(16) Au F', livre. 



fourre (17) un autre beaucoup plus 
long touchant la mort , la résurrec- 
tion , et l'assomption de la Sainte 
Vierge. On admirait en ce temps-là 
cette manœuvre de théâtre; mais au- 
jourd'hui , elle fait pitié. C'est ici 
qu'il faut queje cite ces vers de M. Des- 
préaux : 

Chei nos de'vot! aïeux le théâtre abhorrf 
Fut long-temps dans la France un plaisir 

ignoré. 
De pèlerins\ dit-on, une troupe grossière 
En public a Pans y monta la première , 
El sottement zélée en sa simplicité 
Joua les saints , la fierge et Dieu , par 

piété. 
Le savoir a la fin dissipant l'ignorance , 
Fit voir de ce projet la dévote imprudence. 
On chassa ces docteurs préchant sans mis- 
sion , 
On vit renaître Hector , Andromaque , 
Ilion (18;. 

Si vous voulez un commentaire sur 
cela , lisez ces paroles (19). Il est 
« certain que les pèlerinages intro- 
« duisirent ces spectacles de dévo- 
« tion. Ceux qui revenaient de Jé- 
» rusalem et de la Terre-Sainte, de 
» Saint-Jacques-de-Compostelle , de 
» la Sainte-Baume de Provence , de 
» Sainte-Reine , du mont Saint-Mi- 
J> chel , de Notre-Dame du Puy , et 
» de quelques autres lieux de piété, 
j) composaient des cantiques sur leurs 
)) voyages , y mêlaient le récit de la 
» vie et de la mort du Fils de Dieu , 
il ou du jugement dernier, d'une ma- 
j) nière grossière , mais que le chant 
» et la simplicité de ces temps -là 
)) semblaient rendre pathétique, chan- 
)) taient les miracles des saints , leur 
)i martyre , et certaines fables à qui 
» la créance du peuple donnait le 
« nom de visions et d'apparitions. 
)) Ces pèlerins qui allaient par trou- 
» pes , et qui s'arrêtaient dans les 
« rues et dans les places publiques 
» oii ils chantaient le bourdon à la 
5) main , le chapeau et le mantelet 
» chargés de coquilles et d'images 
» peintes de diverses couleurs, fai- 
)) saient une espèce de spectacle qui 
» plut, et qui excita la piété de qucl- 
M qiies bourgeois de Paris à faire un 
» fonds pour acheter un lieu propre à 

(17) L'a même. 

(i8)'Despréaax, Arl poétique, cAflnt ///, vs. 
81 et suiv. 

(19) Tirées de IMcnestrier , li» Beprésenta- 
tions en musique anciennes et modernes , pas. 
iS3 , 154. 



,52 CHRYSÉIS. 

j> élever un ihe'iUre , où Ton repré- quoi il voulait garder cette con- 
„ senleraif ces mystères les jours de cubine (A). Chrvsès pria Apollon 
» tète, autant pour 1 instruction du , , ,. c^ ' ^ 

), peuple, .("c pour son divertisse- «e le venger, et tut exauce : la 
î) ment. L'iialie avait des théâtres f.este se mit dans l'armée grec- 
» publics, où Ton représentait ces que, et ne cessa que lorsque, sui- 
;> mystères , et j'en ai vu à Vélétri , ^,^^^ y^^r^^ ^^ ^j^^-j, Calchas , on 
» sur le riiemiD de home a J\aples , . , „, .. , 

), dans une place publique , où il n'y eut renvoyé Chryseis a son père 
). a pas quarante ans que Ton a cessé (c). Elle était grosse ; cependant 
» de représenter les mystères de la elle se vantait que personne ne 
„ vie du Fils de Dieu. Ces spectacles j.^^^j^ touchée : et lorsqu'elle ne 
" de picte parurent si beaux dans ces , -^ ^ n 

., siècles ignorans, que l'on en faisait PU* plus cacher son état, elle 
■( les principaux ornemens des récep- soutint que ce n'était point le 
). tions des princes quand ils en- fait d'un homme, mais le fait 
« fraient dans les villes ; et comme ^u dieu Apollon (^). Le fils dont 
)) on chantait lYoel Bloel , au heu i^ \ ^ z^i > 

>. des cris de viveleroi, on représen- elle accoucha eut nom Chryses. 
» tait djns les rues la Samaritaine, Il n'apprit qu'un peu tard son 
i) le mauvais Riche, la Passion de extraction; mais il l'apprit assez 
Wésus- Christ et plusieurs autres tôt pour pouvoir rendre un bon 
» mystères , pour recevoir nos rois. y i /-» , ^nx 

„ Les psaumes et les proses de l'église service a son frère Oreste (B). 
); étaient ies opéras de ces temps-là. Quelques-uns disent qu'Iphigé-- 
:■> On allait en procession au-devant ^jg était fille d'Agamemnon et 
,. de ces princes avec les bannières jg Chrvseïs (e). D'autres content 
5) des églises : on chantait a leur /^i - i i 

« louange des cantiques composés de que Chryses , ayant su le bon 
)) divers passages de rÉcritnre liés traitement que les Grecs firent 
» ensemble pour faire des allusions ^ ga fille , la ramena à leur ar- 
« sur les actions principales de leurs ^^^^ ^^ j^ ^.^^^^-^ ^^^^,^ j^^ ^^^^^ 

)) règnes. » i, » , r\ tm 

" d Agameranon {f). J>ous avons 

CHRYSÉIS , fille de Chryses, montré dans les remarques de 
prêtre d'Apollon , est plus con- l'article Briseïs , qu'Horace rai- 
nue sous ce nom patronymique, sonnait mal , lorsqu'il se servait 
que sous celui d'Astynome qui de l'exemple de ce prince grec 
était son nom propre. Elle fut pour prouver que son ami ne 
prise par Achille, lorsqu'il sacca- devait pas avoir honte d'aimer 
gea Lyrnesse , et quelques autres sa servante. Je remarquerai ici 
endroits voisins de Troie : elle que Briseïs et Chryseis étaient 
était mariée au roi de ce pays-là cousines germaines (C), 
(«). Agamemnon , la trouvant (c) idem,ibid. 



fort à son goût , la retmt pour 
lui , et bien loin de la vouloir 
rendre au bon homme Chryses 
qui étaitvenu la redemander, re- 
vêtu de ses ornemens sacerdo— 



{d) Hygin. , cap. CXXI. 
(e) Tzetzes, in Lycophr. et Magnum Ely- 
mologicum in voce Xtua-'oTroKiç. 
(/) Dictys , lib. Il , pag: i8o. 

(A) On uoit dans Homère pourquoi 
Agamemnon voulait garder cette con- 



taux et muui d'une tr'es-grosse cubine. ] Il déclara au conseil de 

rançon , il le chassa indignement, guerre, qu'il la trouvait préférable à sa 

/Ts"/-» •» j n ' femme Clyfemnestre , aquelle il avait 

(b), On voit dans Homère pour- ',^^^^,^ f,f,^. ^^ ^^^.^ ciiryseïs ne cédait 

en rien à Cly temnestre.ni pour le corps, 
ni pour l'esprit, ni pour le travail. 



[r.'; Dictys, /il>. Il , png. m. 172 
'6, Hunier. , Iliad. , iib. I. 



01/Tê Tl ipyX, 

Quoiliam valde cupio ipsain 

Doini habere. Eleiiim ClrlemnestriP pra-posui 
Uxuii quam lir^inem duxi , ijuuniam non ip- 

sa est injerior 
Neque corpoie , neque indole , neqne mente , 

neque opeiibus (i). 



CHRÏSIPPE. »53 

'ETTÙTTiiKÔ lioÔKofAobi nôrh (B) Le fils dont elle accoucha...., 

Oï^toi é';t«'V "«'>*/' p* K.M/Tcti//v>)V/!»c rendit un bon aeivice h son frère 

.TTfioCîSouX'x , Oreste. ] En aidant un peu à !a let Ue , 

Kot/fKTiMÇ tixoXou , iTTÙ OÙ ë9«v èç-' X'-' on trouve dans Je cliapitre CXXJ d'ily • 

pêi'ffiv , gin , qu'Oreste et Iphigenie , sVtant 

Ot/' <rê//(«tc, oJJ'è <|iî/MV, oi/V à'f <^|)svaç, sauves de la Chersoimè.se Taunque 

avec la statue de Diane , abordèrent à 
Tîle de Sminthe , où Chryscs était 
j)rêtre d'Apollon. Le jeune Chrysis, je 
veux dire le fils d'Agamemnon et de 
Cliryseïs , voulait renvoyer ces deux 
personnes à Thoas, roi de la Taurique ; 
Il avait déjà dit à Chrysès , qu'il re- mais son père lui fit savoirla fraternité 
tiendraitChryscïsjusqù'àrequ'cUefAt qui était entre lui et ces deux uou- 
vieille , et qu'il prétendait la garder veaux venus. Alors , le jeune Chrysès 
afin qu'elle lui fît delà toile, et qu'elle se joignit avec Oreste pour retourner 
couclult avec lui. dans la Taurique, afin d y tuer 1 hoas ; 

ce qui ayant été exécuté , ils s'en allè- 

Ti)v cT" f>a' oJ xt/a-a), îrp'v ^iv )f«i>M- rent à Mycènes avec la statue de 

pctç ÉTêicriv, Diane. On rapporte assez mal ceci 

H,ufT£/ia f v; oix» sv "Afyii -ruMâ. tt*- j^ng \^ Supplément de Moréri j on y 

ajoute des circonstances qui ne sont 
pas dans Hygin , et l'on oublie celles 
qui sont dans cet auteur , et c'est 
pourtant le seul qu'on cite. Etienne 
de Byzance nous apprend que la ville 
de Chrysopolis avait pris son nom de 
Chrysès fils d'Agamemuonetde Cbry- 
M. Perrault , en se moquant de cet en- seis. Ceux qui disent que cette femme 
droit de l'iliade , a pris un nona pour soutint qu'elle rapportait son honneur 
un autre : qu'Agameranon, dit-il, g^arJe sain et sauf de l'armée grecque , sui- 
Briseïs la fille du grand sacrificateur vent la vraisemblance; car c'est le 
pour lui faire de la ioUe (3). Au reste , langage de presque toutes les femmes 
quelque content qu'Agamemnon se enlevées , ou qui se trouvent aux villes 
trouvât de Chryseis , il déclara au prises d'assaut (6). C'était une chose 
conseil de guerre que, pourvu qu'on bien commode au tenaps du siège de 
le dédommageât, il la rendrait, SI cela Troie, de pouvoir dire qu'on était 
était nécessaire pour empêcher que grosse du fait d'un dieu, 
l'armée ne pérît. Il la rendit efî'ective- (C) Briseïs et Chryseis étaient cou- 
ment , mais il se dédommagea aux dé- sines germaines. ] Car Brisés et Chry- 
pens d'Achille auquel il ôta Briseïs ses étaient frères. B^iVhc yà.( kxi X^ûs-dc 
(4). Achille cessa de se battre , d'où ÀSiX^^a) i\<TtLi , TrttiS'îç AtTpi/oç. Ce sont 
sortirent une infinité de maux; et les paroles d'Eustathius (7). Le savant 
ainsi les malheurs de cette guerre et l'obligeant M. Drelincourt me les a 
étaient toujours causés par des fem- indiquées. 



TfMC 

'Iç-àv ÎTratXofJtivnVt neù î/nov >-îX'^' *''" 

TIOÙ) 3"CtV. 
Hanc autem ego non liberabo anleijuam ip- 

iani vel senectits adeat 
Nostrd in domo Argis , procul a patrid 
'" ' ■ percurrentein et ineuin lectitm partiel' 

pantem (3). 



Telan 



mes. Si trois ou quatre personnes 
avaient pu coucher sans femelle , on 
etit épargné la vie à deux ou trois cent 
mille hommes. Le cas n'était point si 
déplorable ni si indigne lorsqu'on di- 
sait : 

Scilicet ut Turno contin 



(6) Louis Guyon, dant ses diverses Leçons , 
loni. ///, /iV. IV , chap. Xiy et XV , ap- 
prouve et conseille ce langage. 

(7) In Iliad., A , pag. 58, lin. 38. 



egia eonjnx , 



CHRYSIPPE, fils naturel de 
Pélops (A) , fui d'une beauté in- 

jyos animiB vues mnuinaia mrtetaque turna. i i ^ \ T •• J ' t 

Sternamur campis (5). . . . '. ; Comparable (a). Laïus en devint 

passionnément amoureux et l'en- 
leva (b); mais il fut poursuivi 



(1) Homer. ,Iliaa., Ub. I, vs. 112. 

(2) Ibidem., vs. jq. 
(3; Parallèle., tom. II, pag. 34- 

(4) y oyez f Épictèle d'Arrien , liv. II, 

xxir. 

(5) VIrgil. , ^n. , Ub- XI, vs. Z-;i. 



•hap. 



{à) Hygin , cap. LXXXV et CCLXXII. 
{fr} l'oyez la remarque (B). 



i54 



CHRYSIPPE. 



avec tant de promptitude , qu'on 
lui arracha sa proie , et qu'on 
l'amena prisonnier à Pélops , qui 
lui pardonna cette action , en 
considérant que l'amour l'y avait 
poussé. L'amitié de Pélops pour 
Chrjsippe était plus grande que 
celle qu'il avait pour ses en fans 
légitimes; c'est pourquoi Hippo- 
damie , son épouse , animée de 
tout l'esprit de marâtre , exhorta 
Atrée et Thyeste, deux de ses 
fils , à ôter la vie à ce bâtard : 
elle ne doutait point qu'il ne dût 
un jour aspirer à la couronne. 
Ils lui refusèrent ce vilain acte 
de complaisance , et alors elle 
prit la résolution d'exécuter elle- 
même ce mauvais dessein : elle 
prit l'épée de Laïus jîendant 
qu'il dormait, et s'en servit à 
tuer Chrysippe. Les soupçons 
tombèrent sur Laius , à cause de 
son épée ; mais Chrysippe avant 
que de rendre l'âme eut le temps 
de le disculper. Pélops se contenta 
de chasser Hippodamie (c). Il y a 
des auteurs (d) qui disent qu'elle 
ne tua point Chrysippe de sa 
propre main , mais qu'elle fit 
faire ce meurtre par Atrée et j^ar 
Thyeste , et qu'après avoir tué 
Chrysippe ils le jetèrent dans un 
puits. Leur père ne les voulut 
plus voir, et ils se retirèrent en 
Triphylie (e). Quelques-uns di- 
sent [f) qu'il ne fut pas assez 
indulgent pour se contenter de 
bannir sa femme , et que ce fut 
principalement sur elle qu'il vou- 

(c) Tiré de Plutarque in Parallelis , pag. 
3l5. licite Dositheus, in Pelopidis. 

(d) Sclioliast. Euripidis in Orest. Tzetzes , 
Histor. Xyill, chil. I. Forez aussiYlyem., 
cap. LXXXr. 

(e) Partie de l'Élide au Péloponnèse. 
(y) Pausan., lib. FI, pag. 5o2 , edit. 

1696. 



lut venger la mort de Chrysip- 
pe ; mais qu'il ne le put , parce 
qu'elle se sauva à Midée {g). 
D'autres disent que se voyant 
accusée par son mari elle se tua 
{h). Nous apprenons de Thucy- 
dide qu'Atrée se réfugia chez 
Eurysthée, son neveu, roi de 
Mycènes (/). Il ne faut point s'i- 
maginer que ce Chrysippe soit 
différent de celui que Clément 
d'Alexandrie , Arnobe , et Fir- 
micus Maternus , ont associé à 
Ganymède (B). On n'a point en- 
core parlé de ce fils de Pélops 
dans le Moréri , ni de Chrysippe 
de Tyane (C) , auteur d'un livre 
de la manière de faire le pain (A) : 
mais on n'y a pas oublié Chry- 
sippe , médecin fameux, natif de 
Cnide (Dj , ni Chrysippe, disci- 
ple d'Érasistrate. On a eu tort 
d'assurer de ce disciple d'Érasis- 
trate, qu'// avait composé des 
Géorgiques • car c'est un ouvra- 
ge que Diogène Laërce attribue 
à un Chrysippe différent de ce- 
lui-là (/). 

{g) Fille du pays d'Argos. 
{h) Hygin. , cap. LXXXF. 

(j) 4>££/'yûVTa, tÔv TToLTipeL cTfSt TOV "XpU- 

trtTTTrou BaLvctTov- P atrem fugicnli {klreo) 
propter Chrysippi necem. Thucyd. , lib. I. 
Foyeî aussi Platon , in Cratylo, pag^. m. 
272, C. 

' k) Athenfcus, lib. III, pag. ii3, et lib, 
XIF,pag. 647. 

(/) Diogea. Laërt- , lib. Fil, num. 186. 

(A) Il était Jîls naturel de Pélops. ] 
Les uns disent que la maîtresse qui lui 
donna ce bel enfant était la nymphe 
Danaïs (i). D'autres la nomment Axio- 
che (2) , ou Aslyoche (3) ; mais le sco- 
liaste d'Homère prétend que la mère 
de Chrysippe était femme légitime 
de Pélops. Voyez-le sur le vers io5 du 

(i) Plut. , m Parallel. , pag- 3i3. 
(ï) Apostolius, cent. XFIII, num. 7, Sche- 
lia.t. Euripid. , in Orest. , vs. 5. 
(3) Scboliast. Piodari ad Olymp. A. 



CHRYSIPPE. i55 

II*, livre de riliade. Il parle comme (^mJ/crtii/r (6). Son commentateur (y) 
les autres de la jalousie (l'ilii»po(lamie, n'a eu rien à dire. J'ai cherché en vain 
et de l'assassinat commis par Atre'e et quelque note dans Théodore Cante- 
par Thyeste , et il cite Heilanicus. rus, dans Godescalc Stéwechius, dans 
(B) Il ne faut point s'imaginer que Gebhart Elmenhorst , dans De'sidérius 
ce Chrysippc soit diffcrent de celui Ht-raldus , quatre célèbres commenta- 
que Clénientd' Alexandrie, ylrnobe,... leurs d'Arnobe; je les ai trouvés tous 
ont associé a Ganymède. ] Clément quatre muets comme des poissons , 
d'Alexandrie reproche aux païens la quant à ce qui concerne notre Chry- 
pédérastie de leurs dieux , et se sert sippe , et le dieu ou le héros qui l'ai- 
de ces paroles : OùS'i yà.^ oùSh TntiSmv ma criminellement : mais d'oi!i peut 
ÀTria-X/'VTa o'i Traf ùfjih Ôèoi' ô ^Iv tk venir que les trois anciens auteurs que 
'Txxoy, s Js 'TXH.IV&QV, S\ néxoTToç, j'ai cités se tiennent dans des exprcs- 
«Tê Xpv^lTTTroii , (Tj TdLVJ/iA»(i'ouç spœvTîç. sions si vagues siu* ce dernier point , 
Tûi/Toi/ç ô/L/Mv aÀ yuvctuiç -Trfos-xf vot/vaœv et que le premier même s'est abstenu 
roùç ôêoûç" Toiot^To:/ç (Ts £[/;^so-9a)v sivcti de nommer l'amant d'Hyacinthe , et 
roùç âvJ'fia.çTQÛi ÎolutÔcv jOurco o-aj(^povaç, celui de Ganymède ? Il y aurait de la 
ïvot »<riv 0^0)01 TOiç ôio7ç, Ta. iVa, i^uKie- témérité et de l'injustice à le soup- 
xÔTêç. IVam nec a pueris quidem dii conner de quelque ruse , comme si sa- 
uestri nbstinuére , unus quidem Hyl- chant que celui qui aima Chrysippc 
lani , alius i^erà Hyacinthum , alius était un simple homme, il n'avait osé 
Pclopem , alius Chrysippum , alius le nommer ; et qn'aûn qu'on ne crût 
auleni Ganymedem , amantes. Hos pas qu'il y eût quelque artifice dans 
deos vestrœ uxores adorent , taies au- cet oubli , il avait supprimé en même 
tern suQS esse maritos precentur ,adeb temps le nom des autres. Disons, ou 
tempérantes , ut sint diis similes , si- que sa mémoire le trompa, et que sur 
milia consectantes (4). Arnobe , co- des idées confuses il entremêla Chry- 
piste de ce passage comme d'une infi- sippe parmi les garçons que les dieux 
lîité d'autres du même père, s'exprime avaient aimés; ou plutôt disons qu'il 
d'ime façon qui n'est pas moins vague: se souvenait que certains auteurs (8) 
Quid , quod noncontentifœminei ge- attribuèrent à Jupiter ce que presque 
ncris atlribuisse Diis curas , etiam tous les autres attribuèrent à Laïus. 
sexus adjungitis adamatos ah his ma- Tenons-nous à cette dernière tradi- 
res ? Uylam nescio quis diligit : tion , et disons que l'amant de ce beau 
Hyucintho est alius occupatus : ille jeune homme n'était ni im dieu ni un 
Pelopis desideriis flagrat : hic in demi-dieu , c'était un Thébain (g) , 
Chrysippum suspirat ardentiiis : Ca- fils de Labdacus. Consultez Athénée , 
lamitus rapitur delicium futurus , et qui vous apprendra que Laïus étant 
poculorum custos : et ut Jouis dicatur logé chez Pélops devint amoureux de 
pulliis , in pnrtibus Fabius adurilur Chrysippe fils de son hôte , et l'enleva, 
moUibus , obsignaturque posticis (5). et s^ienfuit avec lui à Thèbes (lo). Cet 
Firmicus Maternus particularise un auteur ajoute qu'on disait que Laïus 
peu plus : il nomme non-seulement fut le premier qui aima de cette façon. 
Jupiter à l'égard de Ganymède , mais Élien assure la même chose , et que 
aussi Hercule à l'égard d'Hylas , et de là vint que les Thébains trouvèrent 
Apollon touchant Hyacinthe. Il n'y a beau et louable de faire l'amour ainsi 
que Chrysippe et Pélops dont il n'a (n). Notez que selon Hygin ce fut 
pas nommé les amans. Pfteontm «//- Thésée qui enleva Chrysippe (la) ; 
quis delectatur amplexibus , Gnny- mais il faut croire que le passage est 
inedem in sinu Jouis quœrat , JJercu- 

lem l'ideat Hylam impatienti amore '!^] f """C«s Maternus , de Errorc profanar. 

— . /r ■ ^1 ■ / i • relieionum , pas. m. 24. 

quœrentem , Jiyacintlu desuieno cap- ,°, , ' . %,, 

tum Apollinem discat. Chrysippum ,3) Aihénée, U.. XIII, pag- Co3, 6o4, cUe 

alius , alius Pelopem uideat , ut per Praxilla Sicyonia. 

Deos suas sibi licere dicat , quicquid (ç; H fm roi de Thèbes. 

hodiè seuerissimè Romanis lesibus (lo) Kihen., Ub. XIIT , pag. 60'i , 60^. 

(lOvElian. , Var. Histor. . lib. Xfll, cap. 

(4) Clem. Aleiandr. , in Protrepl. , pag, ^. '« Hislor. animal., lib. l'I, cnp.XF, }">£■ 
îi , A. m. 339. 

(5) Arnob. , lib. IF, pag. i45. (n) Hygin. , cap. CCLXXIl. 



■'55 CHRYSIPPE. 

coirompu ; et voyez la conjecture in- clés , dont elle eut deux fils qui étu- 

ge'niense de M. Periz'iuius (i3, , par dièrent en philosophie sous Thëo- 

laqiielle au lieu de quem Theseus lu- phraste ; 3°. au médecin Mëtrodore , 

dis rajniit , il veut qu'on lise quem qui avait été disciple de Chrysippe le 

Nemeis Lauis rapiiit. En effet, Hygin Cnidien , et qui enseigna Érasistrate. 

avait rapporté dans son chapitre De ce troisième mariage sortit un fils 

LXXXV, que Laïus avait enlevé Chry- qui fut nommé Aristofe. Peut-être 

Sippe aux jeux de Némée (i4). Notez qu'Érasistrate fut adopté par Métro- 

qjil ajoute que Pélops le recouvra, dore et par Pythias (21), et sur ce 

ayant fait la guerre au ravisseur, pied-là Pline ne serait coupable que 

ISotez aussi que Pisander était d'opi- d'avoir un peu mal choisi le mot j^e/zj- 

nion que le jeune homme eut tant de fj«. Nous voyons dans Diogène Laèrce 

honte de son aventure qu'il se tua. qu'Érasistrate reconnaissait qu'il avait 

Pisanilerapud Eurip. Scholiast. pag. appris beaucoup de choses de ce Chry- 

402. Edit. Steph. ipsum ( Chrysip- sippe (ssj) ; mais l'expression étant 

]pam) prœ piu/oie intulisse sibi maniis équivoque, on ne peut déterminer 

autujriat (i.)). s'il avait appris cela de vive voix, ou 

(C} On n'a point parlé dans Mo- par la lecture. Galien regarde Chry- 

reri.... de Chrysippe de Tyane. ] Jon- sippe le Cnidien comme le maître d'E- 

.siiis préfend qu'Athénée lui a donné rasistrate , et comme le chef de ceux 

l'éloge de très- vénérable écrivain (16): qui désapprouvaient la saignée (aS). 

mais c'est une pure ironie dans la hou- Le père Hardouin remarque que ce 

che des interlocuteurs d'Athénée 5 et Chrysippe composa un traité <^e£rfl5- 

a coup sûr l'on peut comparer cela sied , et un ouvrage entier Tnp) An^Â- 

au docte Cad dont j'ai parlé ci-dessus vmv , de Olertbus. Il cite Pline et 

(17). On a plus de raison de dire qu'A- Diogcne Laèrce touchant la première 

thénée l'a nommé habile discoureur de ces deux choses , et le scoliaste 

de tartres et de gâteaux.2o<^(iç Triy.y.a.- de Kicandre {1^) touchant la seconde 

'roxiyoç-, Sapiens illePemniatumscrip- (25). Mais Camérarius , dans le Cata- 

tor (18). logue des Auteurs de lie Ruslicd (ju'il 

(D) Chrysippe, médecin fameux natif a joint à son traité de Re Rusticd , im- 

de Cnide. ] Pline a parlé de lui comme primé à Nuremberg iSgS , in-12 , a 

d'un homme qui avait extrêmement donné le livre de Bt assied à un Chry- 

innové dans la médecine : Horum sippe disciple d'Erasistrate. Voyez 

placita , dit-il C19) , Chrysippus in- Jonsius , qui a recueilli jusqu'à 19 

genti garruliiate mutavit, plurimum- Chiysippes , sans pourtant prétendre 

que et ex Chrysippo discipulus ejus qu'ils soient tous distincts. (26). Ses 

Erasistratns ^Aristotelis filid geni- recueils sont bons et curieux. L'au- 

tus. Remarquons les deux qualités que teur du traité de Brassicâ érigeait le 

l'on donne là à Érasistrate : la 1''*. chou en panacée. Chrysippus medi- 

est celle de disciple de Chrysippe j eus peculiarem hrassicœ librum. di- 

la 2*=. , celle de fils de la fille d'Aris- cai^it , omnium morborum ex ed re~ 

tote. Cela ne s'accorde point avec ce média continentem ( 27). N'oublions 

qu'on lit dans Sextus Empiricus (20) , pas que Chrysippe le Cnidien fut père 

que Pythias fille d'Aristole fut mariée d'un autre Chrysippe qui fut méde- 

trois fois, i". à Nicanorj 2". à Pro- cin du roi Ptolomée , et qui , opprimé 

par la calomnie , fut fouetté et puni 

(l'i) In îioùs ad fiunclocum, referenu Tho- de mort (28). Piemarquons enfin que 

H>n Murckero. 

(:4' Propter formée dignilalem Nemea, ludis ,,,) y [^ -^^ Hardouin sur ce passage 

rapml. }iy^,a. ^ cap. LXXXF. de Pline. . 

(i5) Miinckerus , in Hygin. , ibid., pag. i4o. ^^^j pi^g l^^,, ^ ;,j yjj „„„ ,gg 

C'"^ SsyUvÔTa,TOç a-uyyfa.^ii/( dicUur (23) Galen., de Venœ sect. contra Erasistr. , 

apud ALhenaum , XIV , 16, Jons. , de Script., cap. II et V, item, alibi. 

Hist. pliilos. , pa^. \Sn. (24) Ad Theriac, pag. Sg. 

d"]) Peinarque (E) de Varlicle CtTivs , loine (25) Hard. , m Indice auctor. Plinii , pa^. 104. 

ly, pag. 584. (26) Jonsiu5, de Script. , Hist. philos. , pa^. 

(18) AlLen. , lih. Xir, cap. Xf, pag. 648. iSy. 

(i<)) Pliniii.; , Ub. XXIX, cap. I pas m. (27) l'iioius Valerianus , de Re medicâ , iii. 

6(;3. "^ - /f, cap. XXIX. Vojei aussi Pline, lio. XX, 

(20) Scxt. F.mpiricus , advers. Mattemat,, cap. chap. IX. 

XII, pag. 5i. (28) Diog. Laëri. , lib. VU, miui. 186. 



€HRYSIPPE. 15; 

More'ri a eu tort de dire qu'on ne sa- (^) ^ mais sa présomption était 
Tait pas bien en quel temps Chrysippe fort grande (D). Il s'associa peti- 
de Cnide a vécu. Il est facile cl inlerer i ,° i . , ^ 

qull a vécu au temps d'Alexandre le t'anl quelque temps avec les aca- 
Grand , et du premier Ptolomée. déiuiciens, et raisonna à leur 

manière sur le pour et sur lecon- 
CHRYSIPPE , philosophe tre (/). Cola n'empêche pas que 
stoïcien , était de Solos , ville de simplement et absolument on ne 
Cilicie (a). Quelques-uns disent le regarde comme un véritable 
qu'il fut disciple de Zenon (b) : stoïcien , et même comme l'un 
on sait plus certainement qu'il des plus illustres ornemens, et 
étudia sous Cléanthe, successeur des plus zélés et habiles défen- 
de Zenon (c); mais comme il seurs de cette secte {k). Sciop- 
avait l'esprit fort subtil (A), et pius l'a fort maltraité (E) , et ce- 
beaucoup de facilité à raisonner, la dans un ouvrage oii il relève 
il s'écarta de la doctrine de ces le plus qu'il peut les opinions du 
deux grands philosophes, et les portique. 11 le traite de la sorte 
combattitsurplusieurspoints(£?). parce qu'il le considère comme 
Il composa quantité de livres : un esprit orgueilleux et contre- 
on les fait monter à plus de sept disant, qui avait fait un grand 
cent cinq, parmi lesquels il y en tort à tout le parti par ses ma— 
avait beaucoup qui concernaient nières outrées et audacieuses. Les 
la logique (B); car il s'attacha stoïciens se plaignirent de ce que 
ardemment à cultiver et à raffi- Chrjsippe avait ramassé tant 
ner cette partie du système. On d'argumens pour l'hypothèse des 
ne s'étonnera pas tantde ce grand académiciens, qu'il ne put en- 
nombre de compositions, quand suite les réfuter (F) ; ce qui avait 
on saura qu'il écrivait plusieurs fourni des armes à Carnéadeleur 
fois sur une même matière; qu'il antagoniste. Il semble que cela 
employait tout ce qui lui tom- montre qu'il avait agi de bonne 
bait sous la main; qu'il ne se foi, et qu'il n'avait pas cherclié 
mettait guère en peine de corri- une victoire fondée sur la supor- 
ger son travail (C) ; qu'il allé- chérie de ne proposer que faible- 
guait une infinité de témoigna- ment les raisons de l'autre parti, 
ges (e); qu'il était outre cela fort Mais comme d'ailleurs il désap- 
labocieux (J^ , et qu'il vécut jus- prouvait ceux qui ont autant de 
qu'à l'âge de plus de quatre-vingts soin de faire valoir les raisons de 
ans (g-). Sa taille était très-petite l'antagoniste que les leurs pro- 
pres , on pourrait croire qu'il y 
(a) Sirabo, lib. XIV, pag. 462. gut plus de Vanité que de bon ne 

(/y) Diog. Laërl. , /li. 1^//, in Clirvsippo, r ■ 1 J •» •. , .. 

tium. i-Q J l'r • toi dans sa conduite; et eu tout 

(c) Vaière Maxime, liv. Vîii. cjiap. VIT, cas , On lui pouvait reprocher 

num. 1 1 , ext. , suppose que ciéanUiefiu dis- qu'i] n'accordai t pas ensemble ses 

fiple de Chrysippe : c'est se tromper lourde- ^ -, '.. ,yi>T 

ment. conseils et ses actions (G). Les 

(ci; Diog. Laërt. , lib. VU , in Chrysippo , 

"""»■ «79- [h) Diog. Laërt. , lib. VU, in CliryHini.o, 

(e) Idem , ihid. , num 180. num. l8.3. 

if) Idem, ibid. (i) Idem , ibiJ., num. 184. 

ig) yojres la rêina'fjue (B) , citation [çj . [Ji] l'aj-cz la remarque ^L;. 



,5S CHRYS 

stoïciens eussent pu se plaindre 
encore plus justement de la té- 
mérité avec laquelle il soutint 
plusieurs doctrines capables de 
rendre odieuse leur secte ; car il 
ne fit point difficulté d'enseigner 
qu'on pouvait commettre iaceste, 
les pères avec leurs filles , les fils 
avec leurs mères , les frères avec 
leurs sœurs (/), et qu'il fallait 
manger les cadavres (m). La plu- 
part des contradictions et des 
paradoxes absurdes que Plutar- 
que objecte aux stoïciens {n) et 
sur quoi il leur a fait une rude 
guerre , qui devait les chagriner 
prodigieusement , sont tirés des 
ouvrages de Chrysippe. S'il ne 
leur avait reproché que de s'ê- 
tre contredits dans la doctri- 
ne de la destinée , et dans celle 
de la liberté de l'homme , il 
n'aurait pas remporté sur eux 
tant d'avantage ; car on répon- 
drait , pour justifier Chrysippe, 
les mêmes choses que l'on répond 
aujourd'hui en laveur de ceux 
qui ne peuvent accorder les dé- 
crets de Dieu avec notre franc-ar- 
bitre, et qui ne sauraient choisir 
des termes quand ils parlent de 
la prédestination , qui ne sem- 
blent être opposés aux phrases 
dont ils se servent en exhortant 
l'homme à la vertu , et en le cen- 

(/) Diog. Laèrt. , lib. VU, mon. 188. 
Voyez aussi Sextiis Enipirlcus , Pyrriion. 
Hvpotypos., lib. UT, cap. XXI V , XXF. 

(m) Idem. . lib. VII, num. 188. Voyez 
aussi Empiricus. Pyrrlioti. Hy^)otyp. , lib, 
III , cap. XXIV. Je ne parle pas de la coin- 
munaulé de femmes entre les sages ; il l'en- 
seignait , mais d'autres philosophes lui ser- 
vaient de guide : asçi aôv îvT!/;^'jvTa tm sv- 
TVXotia-tj ;tfMS-âaij ul t/uilibet illi congre- 
diatur qiiœ sibi occurrit. Diog. Laert. , lib. 
VII, in Zenuiie , num. i3l. 

(n; Voyez son ?;'«i/V de RepugnanliisStoi- 
corum, et celui de conimuiiibus NotilJis con- 
tra Stoïcos. 



IPPE. 

surant de ses vices. Il n'y a point 
eu de philosophes qui aient parlé 
plus fortement de la fatale né- 
cessité des choses , ni plus ma- 
gnifiquement de la liberté de 
l'homme (o) , que les stoïciens. 
Jugez si Chrysi2:)pe, qui écrivait 
tant de volumes précipitamment, 
et qui avait l'esprit vif et fort 
hardi , se pouvait tirer de là sans 
avancer dans ses traités de mo- 
rale beaucoup de propositions 
qui ne pouvaient s'accorder avec 
ce qu'il débitait dans ses traités 
de métaphysique. Plutarque l'ac- 
cuse de faire Dieu auteur du pé- 
ché : Lipse ayant entrepris de le 
laver de cette tache n'y a pas 
trop bien réussi (H). Je ne m'en 
étonne pas , la seule définition 
que Chrysippe donne de Dieu 
{p ) sufl&t à faire comprendre 
qu'il ne le distingue point de 
l'univers; de sorte qu'en raison- 
nant conséquemment il faut 
qu'il le fasse le producteur et du 
mal moral , et du mal physique. 
On ne peut lire sans horreur ce 
qu'il enseignait touchant la mor- 
talité des dieux (I). Non-seule- 
ment il les croyait périssables , 
mais il soutenait aussi qu'ils pé- 
riraient dans l'incendie du mon- 
de; et s'il en exceptait Jupiter, 
ce n'est pas qu'il ne l'assujettît 
actuellement à la mutabilité. Un 
certain livre oii il traita des 
amours de Jupiter et de Junon 
était si rempli d'obscénités (K) , 
qu'on en murmura beaucoup. Il 
est donc facile de comprendre que 
les stoïciens n'avaient pas trop 
de sujet de se louer de sa plume; 

(o) Voyez Praestantium et eruditor. Vi- 
ror. Epist. ecclesiasticae ac tlieologica; , pag. 
640, 659 , èdit. 1684. 

(y/) Voyez la remarque ''H) , citation (49), 



CHRYS 

caria figure qu'il faisait dans leur 
parti (L) donnait lieu de mettre 
sur le compte de tout le corps 
les erreurs d'un particulier si cé- 
lèbre. Aussi ne voyons-nous pas 
que les grands auteurs stoïques , 
les Sénèque , les Épictète , les 
Arrien , s'empressent beaucoup 
à lui témoigner leur vénération 
(M). Us sont là-dessus fort sobres 
la plupart du temps. Je ne trou- 
ve point qu'on l'attaque du côté 
des mœurs : cela me fait croire 
qu'il menait une vie irréprocha- 
ble. On ne lui donne pour tout 
domestique qu'une fort vieille 
servante (N). C'est une preuve 
de sa chasteté et de sa frugalité. 
Il alléguait très-souvent cinq vers 
d'Euripide {q) qui contiennent 
la condamnation de la bonne chè- 
re, et qui nous font souvenir que 
la nature a suffisamment pour- 
vu à nos besoins par le moyen 
du pain et de l'eau ; et il détes- 
tait les ouvrages d'Archestrate 
(r). Cela nous peut faire croire 
qu'il était fort sobre. J'ai déjà 
dit qu'il s'attacha extrêmement 
à la dialectique : j'ajoute ici 
qu'il fit des efforts extraordinai- 
res pour trouver la solution d'un 
sophisme, qui embarrassait beau- 
coup les philosophes , et qu'on 
appelait Sorties (0). C'était un 
amas d'interrogations oii l'on ne 
trouvait aucun bout. Les progrès 
qu'il fit en qualité de dialecticien, 
quisausdoute furent très-grands, 
ne lui servirent de rien quant au 
style. Denys d'Halicarnasse le 
donne pour un exemple qui suf- 
fit à faire voir que les auteurs 
consommés dans la logique ob- 
servent très-mal les règles de la 

O 

(9) Aul. Gellius. , fib. y II , cap. XVI. 
(/-) Vojf-et la citation ^8oj. 



IPPE. ,59 

grammaire touchant la situation 
des mois (P). Cette négligence 
dans le langage surprend moins 
d'abord , que de voir que ce phi- 
losophe sapa lui-même tous les 
fondemens de la science qu'il 
avait tant cultivée (Q); mais cela 
non plus ne paraît pas fort 
étrange , après que l'on a consi- 
déré attentivement quels sont les 
effets d'une longue et ardente 
application aux subtilités de la 
dialectique. Il arrive presque 
toujours qu'un homme d'esprit 
s'attachant trop à cette étude de- 
vient chicaneur, et embrouille 
par ses sophistiqueries les thèses 
mêmes qu'il avait soutenues le 
plus chaudement. Il ruinerait 
plutôt son propre ouvrage , que 
de s'abstenir de disputer, et il 
forme des difficultés contre sa 
propre doctrine, qui mettent son 
art à bout. Les scolastiques es- 
pagnols sont une preuve parlante 
de cela. Us n'ont pas eu l'avan- 
tage qu'avait Chrysippe , ils ne 
joignaient pas comme lui la 
connaissance des belles-lettres 
avec celle de la logique. C'était 
un homme universel; il possé- 
dait la mythologie , les poètes an- 
ciens et modernes, l'histoire, etc. 
{s). Il y eut bien peu de ma- 
tières sur quoi il ne fit deslivres, 
et il s'abaissa jusques aux petits 
préceptes de l'éducation des en- 
fans (R). Comme c'est une chose 
dans le fond très-importante au 
genre humain , nous devons le 
louer de l'avoir traitée. Il ne mé- 
rite pas une semblable approba- 
tion , ni pour ses ouvrages de 
grammaire (/) , ni pour ses livres 

{s) Pemiiilta alia collii^il Chrjsipptis , ut 
est in oinni historiâ curiostis. Cicero, Tus- 
cul. , lUi. /, cap. xt.y. 

;/) Varron, île Lingiii laliaâ, lib. VU. 



i6o CHRYSIPPE. 

de Divinatione , oU il expliquait est, utitur , totum Ubrum sumn lus 
jusqu'auxprésagesdessonpC). Tf^liZlS^:::^:!,;;^^^^,^;;:;. 
Il n'avait garde d oublier la très- ^^^^^ admodhm dicat .- nec lus fâbu- 
fameuse dispute des choses pOSSi- las , sed hœcfabuUs inscrit. Et comme 
bles et des choses impossibles il craint qu'on ne le Wâme d'avoir 



soumis à sa censure un tel philosophe, 
voici le bouclier dont il se munit : Tu 
modo nos tuére , si quis indii objiciet , 
qubd Chrysippum in ordinein coëge- 
riui , magnum me hercule l'irurn , sed 
tamen Grœcum , cujus acumen nimis 
tenue retunditur , et in se sœpè repli- 
catur : etiam ciim agere aliquid uide- 



(S) : elle le concernait comme 
philosophe fauteur du destin. Il 
débita dans son traité de la pro- 
vidence une pensée qu'on peut 
regarder comme une assez bonne 
ébauche d'vm des plus beaux 

principes qu'un grand philoso- tur, pungit non perforât.' Hoc l'cro 
phedu XVir. siècle ait avan- quod acumen est?.... Ad hanchones- 
■1 , , , . . rp\ r\ 1 tissimam contentionem , benenciis be- 

ceseteclaircis(l). Quelques au- ^^^^^^ ^incendi, sic nos adhortatur 

leurs ont débité qu'il prenait de Chrysippus , ut dicat uerendum esse , 
l'ellébore, afin d'augmenter les ne quia Charités Jouis Jilice sunt , pa- 
forces de son génie {x). H mou- ''f ^ *« SJ-f.^ S^rerf. > sacHlegium sit , 
- ï»i ' \ / -i / \ ^' '^"* bellis pueLLis pat injuria. lu 

lut dans 1 olympiade 14 J {j)._ me aliquid eorum doce ,per quœ be- 

neficentior, gratiorque aduersiis benè 
merentes fîatn , per quœ obligantium , 
obligatorumque aniini certent , ut qui 
prcestiterint , obHuiscantur , pertinax 
sit memoria debentium.Istœ uero inep- 
tiœ poètis relinquantur : quibus aures 



On lui dressa un tombeau parmi 
ceux des plus illustres Athéniens 
(z). Sa statue se voyait dans le 
Céramique (U). Il avait accepté 
la bourgeoisie d'Athènes , ce que 
Zenon ni Cléanthe n'avaient point oblectare propSsitum est\ et dulcem 

fait. La critique de piutarque >^"^^"' '^'^f «'"^r ^' 9" V"^'''"" ^'^ 
1 , .1 nare , et pdem in rébus liumanis re 



là-dessus me parait trop rigou- 
reuse (X). 

j'og. m. 101 , fait mention des six livres de 
Chrysippe TTifiTtiç aiv(>/Ji.ci.Kixç. U l'appelle 
homo acutissimus. 

(«) yoyez Cicéron . in libris de Diviaa- 
tioDe, f. g. l. 19, et 20 , et 3g , II , ï5 , eh. 

(x) Voyez la remarque (K^ de l'article 
Cabnéade , tome IV , pag. 462. 

(y) Diog. Laértiiis, lib. VII , num 184. 
Touchant les circonstances de sa mort , 
voyez la citation (119). 

(z) Pausan., lib. I, pag. 55. édition 1696. 

(A) // auait l'esprit fort subtil. ] 
Voyons ce que Sénèque en disait,- mais, 
pour mieux entendre sa pensée , sou- 
venons-nous qu'il venait de censurer 
plusieurs bagatelles , débite'es par les 
anciens touchant les trois Gr.lces. 
Chrysippus quoque , ajoute-t-il (i), 
pcnès quem subtile illud acumen est, 
et in imam peneirans veritatem , qui 
rei agendce caussâ loquilur , et uerbis 
non ultra , qiiain ad intellectiun satis 

(i) Sensca, de BeneCc. , hb. l,cap. III. 



tinere , memoriam ojjîciorum ingerere 
animis polunt , serib loquantur , et 
magnis uiiibus agant : nisi forte exis- 
tinias , le fi ac fabuloso sermone , et 
anilibus argumentis , prohiberi posse 
rem perniciosissimam , beneficiorum 
nouas tabulas (2). On ne peut rien voir 
de plus judicieux que cette critique 
de Sënèque : il faisait fort bien de 
montrer le ridicide de ces raisons poe'- 
liques , e'tale'es dans un ouvrage qui 
concernait l'un des principaux de- 
voirs de la vie civile- Quoi qu'il en 
soit , il se souvint équitablement de 
faire paraître dans sa censure l'un 
des plus beaux traits du caractère de 
Chrysippe : c'était la subtilité. Nous 
allons voir les épithètes que Cicéron 
a choisies en parlant de ce philoso- 
phe : Chrysippus, qui StotcoruT/i soin 
nioriiin uaferrimus habetur interpres 
magnam titrbam congregat ignoio- 
rum Deorum , atque ita ignotorum 
ut eos ne conjectura quidem Infor- 

{1) Seneca, tle Beneficiis, lib. I, cap. f. 
CojiJ'er 171KE (Plutarcbus, de audiendis l'oël.s, 
pag. 3i , E. 



CHRYSIPPE. 



i6] 



mare possimus , ckm mens nostra 
qiddi'is l'ideatur coi^italione passe de- 
pinqere (3). Chrysippus quidem qiian- 
quain est acerrimo ingénia , tamen ea 
aicit ut ea ah ipsd naturd didicisse , 
non ut ipse veperire uideatur {^). Et 
Clirysippus tibi acutè dicere uideha- 
tur , homo sine dubia uersutus et cal- 
lidus. f^ersutos eos appello > uorum 
celeriter mens l'ei'satur : ca/lidos nu- 
tem quorum tanqnam manus opère , 
sic anitnus usa concnlluit (5). L'atta- 
chement de Cliiysippe pour la dialec- 
tique , duquel je vais faire mention , 
est une très-forte preuve de sa subtilité. 
(Bj II composa quantité de lii'res... 
parmi lesquels il y en ai'nit beaucoup 
qui concernaient la logique. ] Dio- 
gène Laërce les fait monter jusqu'au 
nombre de 3ii (6). Cela me fait trou- 
ver de l'obscurité dans ce que dit 
Valère Maxime , que ce philosophe 
commença à l'âge de quatre-vingts 
ans son trente-neuvième traité de lo- 
gique. Citeriores œtatis metas , sed 
non parri tamen spatii , Chrysippi 
i>ii'acitas flexit : nam octoqesimo an- 
no cceptum undequadragesimum ^o- 
^ixâv exactissimœ subtilitatis uolu- 
vien reliquit, Cujus studium in tra- 
dendis ingenii sui monimentis tantiini 
operœ laborisque sustinuit , ut ad ea 
quœ sctipsit penitiis cognascenda , 
longd l'itd sit opus (^). Il y a des 
exemples qui montrent que les au- 
teurs ne ))ublient pas chaque partie 
d'un ouvrage selon son ordre. Nous 
savons que Jules-César Scaliger pu- 
blia le XV^. livre de ses Exotericœ 
Exercitationes sains les XIV qui le de- 
vaient précéder, et qui, si je ne me 
trompe, n'ont jamais paru. Vous ver- 
rez un exemple tout semblable dans 
l'article iVIorison. On pourrait donc 
croire que Chrysippe , divisant un 
ouvrage de dialectique en plusieurs 
traités, sauta le trente-neuvième et 
le renvoya à un autre temps (8) , et 

(3) Cicero, de Naturâ Deor., lib. /, cap. XF. 

(4) Idem , ibid. , 1,1,. Il, cap. VI 

(5) Idem , ib,d. , Uh. III, cap. X. Dan< le 
II'. livre ie Fioibiis, cap. XI r, il le nomme 
liomo acnlus et diligens. 

(6) Diog. Laèrt. , Itb. VU , num 198 , pag. 
m. 485. 

(:) Val. Maxîmus, lib. VIII, cap. VII, num. 
10 de Stud. et Iiid. 

(8) Diog. Lacrce, liV. VIII, num. 198, ob- 
'erve que l'ouvrage TTift râv KXroLKiyOfAÎ- 
. te» ÇllTH/XATOlV conlenail XXXIX livres. 

TOMF. V. 



n'y travailla que dans la quatre-ving- 
tième atinée de sa vie. Peut être aussi 
doit-on supposer fju'il y avait une di- 
vision de tous ses ouvrages de logique, 
selon la(pielle le trente-nciiviènie li- 
vre était presque le dernier. Nous 
pourrions par-là mettre d'accord Va- 
lère Maxime avec Diogène Laérce. 
Notez que M. .Moréri s'abuse ici pro- 
digieuseracnl. f^'alère Maxime , dit- 
il , rapporte qu'a l'âge de quatre- 
i'ingts ans , il achera un traite de lo- 
gique , qu'il auait commencé a qua- 
rante. M. Ménage a commis la même 
faute (g). Lucien n'a pas manqué de 
plaisanter sur les subtilités dialecti- 
ciennes de ce philosophe (lo). Au 
reste, il le fait vivre quatre- vingt et 
un ans (n) : eela confirme le témoi- 
gnage de Valère Maxime, touchant 
la longue vie de Chi-ysippe ; et ainsi 
je n'ai pas cru devoir m'arrêter à 
Diogène Laërce qui le fait mourir à 
l'âge de septante-trois ans (12). 

(C) Il ne se mettait guère en peine 
de corriger son travail.] Je prétends 
dire cela après Diogène Laërce , quoi- 
qu'on voie tout le contraire dans les 
éditions de cet auteur. 'ETrXn&t/vi Je 
ttÙTa. y TTùhKa.x.n; ÔTrep Toù à-utoZ i'ayy.a.- 
Toç î^TtX^'f'V -, xst; TTctv tÔ Ctottitov ypi- 

<fCDV XSti JlOflBoÙ/UtViÇ TTKi'j^ â.Klç- 'TT'kilçYi 

Ti Twv /ua.pTvpiaiv 7ra.fa.bi<ni X(a>f/.iiai. 
Ea fera tam multa consci'ipsit , quod 
de eâdem re sœpè scrihere aggrede- 
retur, omneque quod incideret man- 
daret litteris, ac sœpè emendaret, 
magndque festimoniorum nube utere- 
tur(]3). Vous voyez dans ce passage 
un très-mauvais raisonnement ; car 
l'on y assure que ce (jni fît que Chry- 
sippe composa un si grand nombre de 
livres fut qu'il écrivait souvent sur 
une même matière , et qu'il se ser- 
vait de tout ce qu'il rencontrait, 
et qu'il corrigeait souvent, et qu'il 
citait beaucoup de témoins. Voilà 
quatre raisons : la i""^., la 2^., et la 4*., 
sont très-bonnes ^ mais la 3*. ne vaut 
rien , et ruine même le but de l'au- 
teur : vu que la peine de retoucher 
souvent un ouvrage , et d'y repasser 
la lirae de temps en temps, est la 

(9I Menas , in Laért. , Icv. VII, num. iRg. 

(10) Lucian.. i/i Vilar. Auctione, pag. 3-4 et 
seq. , lom I . flores ausii son Icaromenippus , 
pa:;. iç\^ . l'jm II. 

(n) Idem , in Macrobiis. pag. 641, lom. H 

(11) Diog. Lacrt , lib. VII, nwn. 184. 
(l'i) Idem^ ibid , num. iSo. 

I I 



i62 CHRYSIPPE. 

chose du monde la plus capable d'em- 
pêcher qu'un écrivain ne donne au 
public quantité de livres xMais s'il 



gène Laèrce les avait marqués. C'est 
le sentiment de Jonslus. Voyez son 
traité de Scriptoribiis historiée philo- 
sophicce {iS) ^ où il tâche de réparer 
en quelque façon la perte de cet en- 
droit-là. Notez que Chrysippe ne dé- 
ne corrige guère son premier travail, dia jamais rien à aucun roi (19) : on 
il peut inonder de ses ouvrages la veut que ce soit un signe de son hu- 
république des lettres. Je crois donc meur fière et méprisante , et l'on 
que Diogène Laëice avait assuré que ajoute qu'il refusa d'aller trouver 
notre Chrysippe , la plupart du temps, Ptolomée , qui avait prié Cléanthe , 
ne corrigeait point ses compositions, ou de venir auprès de lui , ou de lui 



verse sur le papier tout ce qui lui 
vient en l'esprit, et tout ce qu'il trou- 
ve dans les auteurs écrivains , et s'il 



Je crois que les copistes ont oublié 
l'alpha privatif au mot J'iOfi&où/Aiva; 
(i|). Ce qui me confirme dans ma 
conjecture est que Diogène Laërcri , en 
un autre lieu, remarque que Chry- 
sippe, voulant publier autant de livres 
((u'Épicure, usait souvent de redites, 
et donnait sans le corriger tout ce 
qui se présentait : il ne relisait 
pas son écrit , il se hâtait trop, et 



envoyer quelques-uns de ses disci- 
ples (20) ; mais bien loin que Chry- 
sippe soit blâmable dans aucune de 
ces deux choses, qu'au contraire il mé- 
rite d'en être loué : rien n'était ph>s 
digue d'un philosophe que d'agir de 
celte façon. Nous allons donner de 
meilleures preuves de son arrogance. 
(D) S fi présomption était fort gran- 
/( .] 11 disait souvent à son professeur : 



se remplissait de citations (i5): E» yâ.p 11 me suffit qu'on me montre les doc 

■Ti ypilcit o'EiriKùZpoç, i'^ixoviix.i too-oûto triues, je n'ai besoin que de cela , je 

-iiû.lni à Xfi/cri'TcTOî" x«i cTi* toZto Kcti trouverai moi-même les pi'euves (a»}- 

To/Xoticiç TtLwvà. 'yîypet(^i' kh.) to ÎTTiKfiov A qui recommanderai-je mon-fils ? lui 




Epicurus scriheret , tantiimdem scri- 
here et Chrysippus contendebat. At- 
que ideo sœpius eadem scripsit- Undc 
et tiunultariè scribere acpariim eme/i- 
datè illi ex festinatione contingebat , 
lotque testimonia inscrit , ut ex iis 



losopher sous eux (aa). 

(E) Scioppius l'a foi^ maltraité.^ 
Il le regarde comme le chef de ces 
stoïciens qui avaient déshonoré la 
secte , en abusant de leur esprit , et 
en courant après de vaines subtilités 



solis libri pleni esse videantur. 11 est qui n'étaient propres qu'à faire expo 

manifeste que l'historien a voulu dire ser au ridicule la gravité du portique, 

la même chose dans ces deux endroits, JYeqiie tamen , dit-il (23) , defendere 

et qu'ainsi il faut corriger l'un par ac negare uelim fuisse stoïcorum non 

l'autre. Au reste, cette passion de paucos qui specie ingenii illecli , ina- 

publier une infinité de livres cnga- uibus argutiis ludibria quœdamexci- 

gea notre philosophe, non-seulement tandodignitatemstverissimœetgrauis- 

à citer beaucoup et à répéter, mais simœrationis in contemptum adduxe- 
aussi à se contredire ^ car tantôt il se 



copiait lui-même , et tantôt il se ré 
fntait (17). 11 n'y a aucun de ses ou- 
vrages qui soit parvenu jusqu'à nous : 
il ne nous en reste que les titres^ en- 
core croit-on que nous avons perdu 



rint ; quorum princeps jure dici possit 
Chrysippus, qui cùm essetmagnd quâ- 
dam ingenii i^i prœditus , mirèque ad 
quidi^is excogitandum celer et acutus , 
nihil œquè solebat laborare quhm 
ut non j-eliqua?-am tantiivi sectannii 



quelque chose de l'endroit où Dio- in^entorihus coatradiceret,sed h ma- 

gistris etiam suis Zenone et Clean- 

(i4) Ou peut-être «TiOfSoû/XSVOV. 
(i5) Diog. Laërt. , Ub. X, png. 724, edil. 
Oencv.y 1616. 

(16) L'édition d'Amsterdam de 1692 a ici 
tSi /Ult iTtiyJiitt' acLI àtTlÔp^aiTO. , etc. F.i) 
tjùod non rrlrgfret , et inemendala adjumil , 
eh qu'od feslinai et. 

(i-) Voyez l'nrllj,; fi'ÉncLRï a la rcniar- 
t)!ie (Ej, tome yi. 



(18) Au chapitre VIII du II', liore , pat;. 
iSi et t»iV. Voyi-z aussi M. Ménage, in Laerl , 
hb. VII, num i»)o et seq. 

(iqj Diog. l.aërt. , Ub. VII, num. x85. 

{10) Idem, ihid. 

ill) Id^m , ihid., num. l-.,. 

(22) Idem, ihid . num. iSi. 

(z'i) Scioppius , Elciiieol. pliilosopti. St'iic» 



CHRYSIPPE. 



ï63 



the plerisfJJie in rébus dissiderct. Son 
ori^iu'il , ajonfe - t - il , l'eng-if^ea à 
ilisiuikr tlii v>our et du contre sur 
la plupart des matières , et à com- 
poser bejuicoiip par Tenvie qu'il por- 
tait à Epiciire , (pii avait fait plus de 
livres ciiraucun autre philosophe ; 
mais il eut beau faire, il n'égala jamais 
ce concurrent : il redit souvent les 
mêmes choses, et il en dit plus sou- 
vent qui se réfutaient les unes les au- 
tres (24). C'est pourcpioi Plutarqueeut 
quelque raison d'attaquer principale- 
ment ce stoïcien , et de réprimer sa 
témérité', et son audace. Voilà, con- 
tinue Scioppius, ce qui arrive lors- 
qu'on songe plus à la victoire qu'à 
la vérité, dans une dispute. Setl solet 
hoc jieri , quolies l'ictorin' majorern , 
^ui disputant, qitam l'eritatis ratio- 
nem ducunt, verumque est illud poë- 
iœ : 
Nlmium altercando veritas amittitiir. 

Qiiod Carncatli quoque ewenissc Ci- 
t.crotestatnr, iitodio scilicet stoïcoriim 
in constitiiendo honorum fine , plu- 
riniiim h reliquorum academicorum , 
sudque ipsius sententid discedervt 
(a.')). On ne peut nier que ces ré- 
flexions de Scioppius ne soient judi- 
cieuses. C'est un très-grand mal à 
une secte que d'avoir pour son défen- 
seur un écrivain qui a l'esprit vaste , 
vif, prompt et superbe, et qui aspi- 
re à la gloire, non-seulement de belle 
plume , mais aussi de plume féconde. 
Le grand et unique but d'un tel écri- 
vain est de réfuter quelque adversaire 
(jue ce soit qu'il entreprend de com- 
battre ; et comme il travaille plus 
]>our sa propre réputation , que pour 
l'intérêt de la cause, il s'attache 
principalement aux pensées particu- 
lières cjue son imagination lui four- 
nit. Il lui importe peu qu'elles ne 
soient pas conformes aux principes 
de son parti , c'est assez (ju'elles soient 
iitdes ou pour éluder une objection , 
.>u poiii' fatiguer les adversaires. 
Ébloui de ses inventions, il n'en voit 
pas le mauvais coté, il ne prévoit pas 
les avantages que les mêmes ennemis, 
ou une autre sorte d'antagonistes , 
en retireront. Le présent lui tient 

(24) Stepè enim scripsit eadem , scepi'ns sihi 

contraria tic repugnantia. Idem y ihîd. ,Jul. 160. 

(26) Scioppius , Elément. Pliilos. Stoïcw Mo- 



lieu de loules choses, il ne se 
met point en peine de l'avenir. En» 
tassant d'ailleurs livre sur livre tan- 
tôt contre cette secte, tantôt contre 
une antre, il ne sauvait éviter de se 
contredite; il ne saurait raisonner 
consécpiemment. Il tiahit pur ce 
moyen les intérêts de sa comnuinion , 
et à force de s'éloigner d'une extré- 
mité, il tombe dans j'atitie et succes- 
sivement dans toutes les deux. la sen- 
tence d'un ancien poète alléguée par 
Scioppius, (ju'en disputant trop nous 
perdons la vérité , fera croire à plu- 
sieurs personnes (pie les procès de phi- 
losophie ressemblent à celuide l'huître 
que M. Despréaux (2G) , et IVI. de La 
Fontaine (27), ont si bien décrit. Mais 
il y a une grande diflérence à obser- 
ver; car si l'huîlre dont on disputait 
ne fut adjugée à nid dos plaidans, 
elle fut au moins le partage d'un troi- 
sième : les disputes des philosophes 
ont un autre ell'et : elles fout perdre 
la vérité et aux spectateurs du com- 
bat , et aux combattans; personne 
ne s'en saisit , et ne saurait s'en 
saisir dans le séquestre où on la 
laisse pendant le procès. Je m'arrê- 
terai un peu plus sur cette ma- 
tière dans l'une des remarques de 
l'article Eoclide(28). 

(F) Les stoïciens se plaignirent de 
ce que Chrysippe aunit ramasse tant 
d'ai'gumens pou?' l'hypothèse des 
académiciens , qu'il ne put en- 
suite les rcfuler.^ Les paroles que je 
m'en vais rapporter sont très-nota- 
bles. Cicéron les fait dire par un 
académicien. De quibus uolumina 
impleta sunt non a nostris soliim , 
sed etiam h Chrysippo , de quo queri 
soient stoïci , dam sludiosè omnia 
conquisierit , contra sensus et perspi'- 
cuitatem , contraque omnem consue- 
tudinem , contraque rationem , ipsum. 
sibi respondcnlem in feriorem fuisse : 
itaque ah eo armatum esse Cnrnea- 
dcm{icf). Plutarque s'est bien étendu 
là-dessus ; que Chrysippe « lui-mes- 
w me , non en peu de lieux, ains sou- 



)/ vent et en plusieurs endroits, ait 
» contirmé et corroboré les résolu- 

fïG) Dans sa II', cpîlrè. 

(a-) DflMc la IX«. fable de la If*, partie, 
lii>. III , pag. m. 44- 

(28) Pans la remarque (E), tome VI. 

f^q) r.icero , acailrm. Qiiaest. , Uh. 11'^, rap. 

XX m. 



,64 CHRYSIPPE. 

» lions contraires à la sienne , avec cette exclamation , et Chrysippo so- 
» sollicitude, affection et diligence , lent acclaniare : infelix , tua le fis 
H telle qu'il n'est pas aisé à chacun perdet. J'aimerais mieux dire que 

cette expression se rapporte à Car- 
ne'ade, et qu'elle signifie que ce phi- 
losophe réfutant Cbrysippe , l'apo- 
strophait de cette manière dans ses 



telle qu 11 n'est p 
3) de discerner laquelle lui plaît le 
)) plus : ceux-mêmcs qui admirent la 
» subtilité et vivacité de son en- 
)) tendement le disent, et tiennent 
» que Carueades n'a rien de soi mes- 
» me, ne qui soit de sa propre in- 
» vention , ains que des propres 
» moyens et argumens dont Chrysip- 
» pus cuidoit prouver ses assertions , 
)) il les retournoi t au contraire alen- 



lecons , en lui appliquant ce vers. Il 
n'était pas nécessaire pour cela , ni 
que Chrysippe fût présent , ni qu'il 
fût encore au monde : et notez que 
Plutarque observe en un autre lieu 
assez voisin de celui-là , que ces deux 



» contre de lui , de manière que bien philosophes ne vécurent pas en même 



souvent il lui crioil tout haut en 
disputant ce vers de Homère , 

» O malheureux , la force le perdra ! 

II. VI. v. 407. 

pource que lui-mesme donnoit de 
si grandes prises et de si grands 
moyens à ceux qui vouloyent ren- 
verser ou calomnier ses opinions 



temps. 11 introduit un stoïcien , qui 
remarque que ce n af oit point esté par 
fortune , viais par divine providence , 
que Chrysippus avoit esté après Ar- 
cesilaus et devant Carneades , des- 
quels l'un est auteur et promoteur 
de l'injure et outrage fait alencontre 
de la coustume , et l' aiiti^e a eu plus 



., Mais quant à ce qu'il a mis en avant de vogue que nul autre de tous les 

» contre la coustume et l'ordinaire , académiques. Et Chrysippus ayant 

i> ils s'en glorifient si fort, et l'en esté entre les deux, par ses escrits 

» magnifient si hautement , qu'ils di- contraires h la doctrine d' Arcesilaus 

y> sent que tous les livres des acadé- boucha et coupa chemin à l'éloquence 



» miques , qui les mettroit ensemble , 
>) ne sont pas dignes d'estre comparez 
■» à ce que Chrysippus a escrit de 
)) l'incertitude des sentimens. Ce qui 
» est un manifeste signe de l'igno- 
» rance de ceux qui le disent , ou 
« d'une aveuglée amour de soi-mes- 
î) me : mais cela est bien vrai que , 
)) depuis ayant voulu deffendre la 
» coustume et les sens, il s'y est 
)) trouvé de beaucoup inférieur à soi 
j) mesmc 



de Carneades (32). Ce stoïcien ne 
demeurait pas d'accord que notre 
Chrysippe eût fourni des armes à 
Carnéade ; car il le comparait à un 
général d'armée qui met une bonne 
garnison dans une place que les en- 
nemis doivent assiéger, et qui assigne 
aux soldats avec beaucoup d'ordre et 
de prudence les postes qu'il faut dé- 
fendre (33). 

(G) On lui pouvait repivcher qu'il 



t le dernier traité beau- n'accordait pas ensnnble ses conseils 
» coup plus foible et plus mol que le et ses actions.] J'ai dit (34) q'/il sem 



)) premier, de manière qu'il se con- 
» tredit, etc. (So).» Notez en passant 
une faute d'Arayot : ces paroles, bien 
souvent il lui crioit tout haut en dis- 
putant, insinuent d'une façon trop 
évidente , que Chrysippe et Carnéade toute leur force , qu il ne lui lut pas 
disputèrent plusieurs fois tète à tète, possible de les réfuter avec le même 



ble qu'il n'avait point agi de mau- 
vaise foi , et (|u'il n'avait pas eu re- 
cours à la ruse de ne rapporter que 
faiblement les objections de l'adver- 
saire. 11 leur conserva si fidèlement 



Or , cela n'est point vrai (3i) : Chry- 
sippe mourut avant que l'autre lût 
en état de lui résister. Le grec de Plu- 
tarque , x«t( woX^ixK 7rci.fct(^Bîyyi<TBa.t, 

Asi»//ûVis , <^6iVêi en tÔ crh ^svoç , 
signifie selon Xylander non pas ^ue 
Carnéade disait cela , mais qu on 
avait de coutume de faire à Chrysippe 

(3o) Plularcli., de Répugnant. Sloicorum , 
fiag. loSG, l'ersion d'Aroyot. 

(3i) Vvy.la remarq. (E) di- fart. C/,kkLa.dv., 
tilalions {39) et {^o) , lome IV, ^ag 463. 



bonheur qu'il les avait proposées. 
Ou l'accuse d'avoir démenti en cela 
ses propres principes, et c'est l'un des 
reproches de contradiction que Plu- 
tarque lui a f.iits. Voici la suite du 
passage que j'ai allégué ci-dessus (35). 
« De manière qu'il se contredit et 

(32) Idem, 6e Commiinibus nolionibus advers. 
slolcoi , inil., pag. loSg , B, version d'Amyot 

(33) Idpin, ibid. 

(34) Pans le corps de cel article. 

(35) CtUilion ;3o). 



CHRYSIPPE. 



i65 



'> répugne à soi-même , al Icndu qu'il 
5) commande qu'on propose toujours 
i> les opinions et sentences des adver- 
» saires, non comme en y consentant , 
« mais avec une monstre , en passant , 
') qu'elles sont hors de la vérité, et 
« puis se monstre plus aspre et plus 
» ve'hément acusateur que non pas 
ï) défenseur de ses propres sentences. 
'» Il conseille aux autres de se donner 
'» garde des raisons contraires, comme 
» de celles (jui destournent et empes- 
» chent la compréhension , et ccpen- 
" dant il est plus diligent à recueillir 
" et confirmer les preuves et raisons 
w qui destruisent la compréhension , 
'> que celles qui l'establissent et con- 
» firment. Et toutesfois qu'il craignist 
" cela mesrae , il le monstre claire- 
" meut au quatrième livre de ses Vies , 
M là où il escrit ainsi : Il ne faut pas 
3> facilement ni légèrement proposer 
" les opinions contraires , ni rcs- 
« pondre aux argumeus vraisembla- 
» blés qu'on allègue alencontre des 
" sentences vrayes, ains s'y faut por- 
» ter bien reservement , craignant 
» tousjours que les auditeurs destour- 
3J nez par icelles ne laissent aller leurs 
" compréhensions , et que n'estans 
'' pas capables de comprendre suIK- 
" samment les solutions , ains les 
5» comprenant si foibîeraent , que 
5) leur compréhension soit facile à 
>' esbranler et secouer , veu que ceux 
» mesmes qui comprennent par la 
5' coustume les choses sensibles, et 
M qui dépendent des sentimens , se 
» laissent facilement aller , divertis 
» par les interrogations mégariques , 
» et par autres encore plus puissan- 
)' les et en plus grand nombre (36). w 
On l'attaque sur cela par deux en- 
droits, et on le pousse dune terrible 
façon ; car on lui soutient , \°. que sa 
maxime est mauvaise ; 2". que ne 
l'ayant point suivie il s'est contredit 
grossièrement. Lisez (juant au premier 
point ces paroles de Plularque : // 
flit que , disputer sur une mesme ma- 
lière en l'une et en t autre partie , il 
ne le réprouve pas unii'ersellement , 
mais aussi conseille-il d'en user bien 
reservement , et y eslre bien retenu , 
comme quelquefois on fait en plai- 

(36) Plut. , de Repagnant. sloîcor. , pag. 
io36, venion d'Amyot. J'y change laconstruc- 
lion en un endroit, afin qu'on y yxùtsc enten- 
dre la pense'e de Plutarcjuc. 



dant, ou on allègue les raisons des 
adi'ersaires , non pour les sous tenir, 
viais seulement pour les réfuter, et 
dissoudre ce qu'il y a de vraisembla- 
ble apparence : car autrement , dit-il, 
cela est 11 faire a ceux qui doutent et 
retienent leur consentement de tou- 
tes choses , pource que cela leur sert 
h ce qu'ils prétendent. Mais à ceux 
qui veulent imprimer es cœurs des 
hommes une science certaine, selon 
laquelle on doit indubitablement se 
conduire , il faut fonder te contraire , 
et de point en point y conduire ceux 
qu'on y introduit depuis le commen- 
cement jusques h la fin , en quoi il 
eschet bien quelquefois oportunité de 
faire mention des opinions et senten- 
ces contraires , pour réfuter et résou- 
dre ce qu'il y pourrait avoir de vérisi- 
militude, comme on fait en plaidant 
devant les juges , voila ce qu'il en dit 
ennropres termes. Or, que ce soit cho- 
se fiors de tout propos que les philoso- 
phes doivent amener les opinions des 
autres philosophes contraires h la leur, 
non avec toutes leurs raisons, mais seu- 
lement à la mode des avocats plaidans 
en jugement , en affaiblissant les preu- 
ves et argumens d' icelles, comme si la 
dispute sefaisoit, non pour trouver 
la vérité , ains seulement pour aquerir 
l' honneur de la victoire , nous l'avons 
ailleurs discouru contre lui (3^). Quant 
au second point, voici bien de l'em- 
ban-as pour Chrysippe. On lui cite 
(38) un de ses ouvrages , où il avait 
parlé des argumens de Stilpon et de 
Ménédémus (39) avec le dernier mé- 
pris : Mais cependant , bon homme , 
continue-t-on , ces argumens-lèt dont 

tu te moques comme contenans 

apcrlement une fallacieuse malice , 
in cj'ains neantmoins qu elles ne di- 
vertissent aucuns de la compréhen- 
sion. Et toi-mesme escrivant tant de 
livres contre la coustume , otc tu as 
ajousté tout ce que tu as peu inventer 
de toi-mesme , t'effoixant de surmon- 
ter Arcesilaus , n esperois-tu et ne 
t'attendois-tu point de divertir et es~ 
branler aucuns des lecteurs ? Car il 
n'use pas seulement de nues argu- 

(37) Plut. , de Repagn. sloicor. , }>ag. io35 , 
io36. 

(_iS) Idem, ibid., pag. io36, version d'K- 
luyoC , comme ci-dessus, 

(3ç)1 C'est ta même chose que ce qu'il avait 
nortime Inttrroga lions Mégariijues. 



,66 CHRYSIPPE. 

mentations en disputant contre la propres maximes au de'sîr de profiler 

coiistuine , ains comme si c estait en d'une occasion favorable de faire pa- 

un plaidoyer, il esmeut les affections, raîfre la subtilité' de ses pense'es , ant 

sepassionnantetnffectionnantlui-mes- dépens des vérités que le portique 

me, en l'apellant quelquefois folle et eii'^eignait. La gloire qu'il se prn- 

quelquefois uaine et soie : et afin qu'il mettait , pourvu qu'il put faire dire 

ne peust plus dire du contraire que qu'il avait enchéri sur Arcésilas , et 

lui-mesme ne se contredie , il a ainsi poussé beaucoup mieux que lui les 

escrit en ses Positions naturelles : On objections de l'académie, le trans- 

pourra bien , quand on aura parfaite- porta de telle sorle qu'il^ se mit très- 

ment compris une chose, arguer un peu en peine du reste. C'est ainsi que 

peu alencontre, et en appliquant la de- Ion a vu de nos jours un controver- 

fense quiestenla chose mesme: et quel- siste ne faire aucune difficulté de se 

quefois quand on ne comprendra ni contredire en toute occasion, ni d'ex- 

î'un niV autre, discourir de l'un et de poser dangereusement les intérêts de 

l'autre ce qui en est. Et au traité de son église , et les vérités mêmes les 

l'Usage d'oraison, ayant dit qu'il ne plus générales entre les chrétiens, 

faut pas user de la force de la raison , pourvu qu'il s'acquît la réputation 

'nonplus que des armes, contre ce qui d'avoir trouvé de nouvelles routes , 

n'y est pas propre , il y ajouste puis ou de nouvelles méthodes d'attaquer 

apiis : car d en faut user a trouuer et de défendre. Quel était l'idole qu'il 

la vérité , et ce qui lui ressemble , non encensait, et à quoi il sacrifiait ? C'est 

pas le contraire, combien que plu- qu'au pis aller , se disait-il à lui-même, 

sieurs le facenl. En disant plusieurs , on avouera (jue nous avons 1 esprit 

a l'ai'enture entend- il ceux qui clou- vaste et l'imagination heureuse. 
tent et qui swseent leur jugement de Développons un peu la fausseté des 

tout. Mais ceux-là, d'autant qu'ils maximes de Chrysippe. 11 voulait 

ne comprennent ni l'un ni l'autre , ^^^ cg„x qui enseignent une vérité 

ils arguënt et contre l'un et contre ^^ parlassent que sobrement des rai- 

V autre, comme monstrant la uerité ^^^^ jy pgrfi contraire, et qu'ils 

ceinauie compréhension de soi-mesme imitassent les avocats. C'était l'esprit 

en ceste seule ou principale manien , général des dogmatiques : Il n'y avait 

s'il Y « "d eu monde qui soit com- gp^re que les académiciens qui pro- 

prehensihfe. Mais toi qui les accuses , posassent avec la même force les ar- 

escîit^ant le conti'aire de ce que tu gymens des deux partis. Or je sou- 

comprens touchant la coustume , et jjg^s que cette méthode des dogmati- 

enhorlant les autres à le faire ai'cc g^g, ^'f^jj mauvaise , et qu'elle difie- 

affection de défense , confesses que tu j-^j^ très-peu de l'art trompeur des 
uses de la force d'éloquence en choses sophistes rhétoriciens qui les rendit si 
non-seulement inutiles , mais domma- adieux, et qui consistait à transformer 

geables, par une uaine ambition de j,^ moins bonne cause en la meiller.re 

monstrer ton bel esprit, comme un ^^^j. ^.^^ p^^ jg jgurs principaux 

jeune escolier. artifices était de cacher tous les avan- 

On ne peut pas bien comprendre jaggs de la cause qu'ils combattaient, 

que Chrysippe, avec toute la subtilité ^^ vous les lieux faibles de celle qu'ils 



de son esprit , eût pu se retirer de ce soutenaient, sans oublier néanmoins , 
mauvais pas: """'" 

très-indi 
avait pi 



lis pas: car ses maximes sont pour la forme, de se proposer quelques 

dignes d'un philosophe : et s il objections , choisies entre les plus ai- 

pu' les justifier, il aurait par géesàréfuter. Voilà dans le fond ce que 

cela même instruit son procès, et Chrysippe voulait que les philosophf s 

prononcé contre sa conduite uu arrêt pratiquassent : il voulait qu'ils passas- 

de condamnation , puisqu'il les avait ^^^^ légèrement sur les raisons favo- 

violées en soutenant de toute sa force, tables à l'autre parti, et capables 

et mieux ([u'Arcésilas même, la cause ^'^branler la persuasion de l'auditeur 
d<>s ;iradcmiciens qu'il croyait trés- 

..pposée à lavérité On n'avait pas ^^^^ ^.^ .^^^^ ^ ,^^^ ^,,^;^_ 

tort, ce me semble, de lui dire qu une ^^,_^„,„ ,„/j,,„,„^e,n p'ùorem efwer,. /'qiv. 

vanité déjeune homme 1 avait telle- Cresolliu5,"Theaii. Soiiliisuur. , iii. /, ca;». Xf» 

meut saisi, qu'il avait sa<;riGé ses png. -^o " ""l- 



CHRYSIPPE. 167 

ou du lecfenr, et qu'ils innliisscnt rapporteurs : car si quelqu'un repre- 
ceus qui plaicltnt dans un barreau, sente de bonne foi , et sans n<i1 dt'^ni- 
Qiie ne di«ait-il tout net qu'il faut sèment, toute la iorre du parti con- 
faire comme cens qui vendent dans traire , il se rend odionx et suspect , 
une boutique , pbilosopher à la mar- et il court risque d'être traite comme 
chande , ne parler que des bonnes un infdme prévaricateur (42). La pru- 
qualiles de ses denrées, ou de ses dence humaine, la politique, l'inle- 
ëtofles , en préparer bien la montre, rét de parti , ne sont pas toujours la 
et décrier adroitement celles du voi- causedecequ'ona^it enbonavocatpu- 
sin ? Que ne disait-il encore qu'il faut remeut et simi)lenient. Un zèle chari- 
faire comme ceux qui , après s'être table inspire aussi cette conduite , et 
querellés, vont porter leurs plaintes j'alléguerai là-dessus ce qui me fut dit 
aux juges? Chacun conte la chose tel- l'autre jour par un docte théoloden , 
lement à son avantage , qu'à l'en parfaitement honnête homme. Je lui 
croire il n'a pas le moindre tort (40 : soutenais qu'un aiiteur qui , sans se 
c'est qu'il supprime tout ce qui lui est mêler de dogmatiser, se renferme 
contraire, et tout ce qui est favorable dans les bornes de l'histoire , peut et 
à son ennemi. Chrysippe était biit- doitreprésenterGdèlemenl tout ce que 
mable , non-seulement à cause de la les sectes les plus fausses ont à dire de 
main aise foi et de la supercherie par plusspécieux, soit pour se justiGer, soit 
où il voulait qu'on gagn;1t la victoire, pour attaquer l'orthodoxie : il me nia 
mais aussi à cause de l'indiscrétion cela. Je suppose, lui répliquai-je , que 
aveclaqucUe il révélait cette pratique, vous êtes professeur en théologie, et 
Ce n'était pas une chose qu'il falltM que vous choisissez le mystère de la 
communiquer an public dans un on- Trinité pour la matière de vos leçons 
vrage : il la fallait tenir cachée , de tout un hiver. Vous examinez pro- 
comme font les politiques leurs coups fondement ce qu'ont dit les ortho- 
ou leurs maximes d'état , arcana im- doxes, ce qu'ont objecté les hérétiques; 
perii ; il fallait tout au plus la dire et vous trouvez par votre méditation 
à l'oreille à quelque disciple sage et et par la force de votre esprit, que l'on 
savant. pourrait répliquer aux solutions des 
Notez que l'antiquité avait deux orthodoxes beaucoup mieux que les 
•sortes de philosophes ; les uns ressem- sectaires n'y ont répliqué. En un mot, 
blaient aux avocats et les autres aux vous découvrez de nouvelles difficul- 
rapporteursd'un procès. Ceux-là , en tés plus malaisées à résoudre que tout 
prouvant leurs opinions, cachaient ce qui a été objecté jusques ici , et je 
autant qu'ils pouvaient l'endroit fai- suppose que vous les proposez à vos 
ble de leur cause et l'endroit fort de auditeurs. Je m'en garderais bien, 
leurs adversaires. Ceux-ci, savoir les me répondit-il , ce serait leur creuser 
sceptiques ou les académiciens, le- un précipice au milieu de leur courser 
présentaient fidèlement , et sans nulle la charité ni le zèle pour la vérité ne 
partialité le fort et le faible des deux permettent point cela. Ce fut sa ré- 
partis opposés. Cette distinction a été ponse. Il se pourrait donc bien faire 
vue fort peu parmi les chrétiens dans que certains auteurs se vantassent 
les écoles de philosophie , et encore dans une préface d'avoir renversé 
moins dans les écoles de théologie. La tous les remparts de l'hérésie ,^ et 
religion ne souffre pas l'esprit académi- qu'ils se souvinssent néanmoins d'a- 
cien ; elle veut qu'on nie ou cpie l'on voir omis par charité la discussion des 
affirme. On n'y trouve point de juges argumens les plus captieux. On a prin- 
qui ne soient parties en même temps: cipalement sujet de croire cela des con- 
on y trouve une intlnité d'auteurs qui troversistes de Rome, depuis les plain- 
plaident la cause selon la maxime de tes qui ont été faites contre Bellarniin, 
Chrysippe , je veux dire qui se tien- que sa bonne foi à leprésenter les rai- 
nent dans la simple fonction d'avocat j sons des béret icjues a été préjudicia- 
mais on n'y trouve presque point de ble (43). 

^t) Conférez cf i/ui a e'ie dit tome III, p^rS, (4-^) ^oyez la remarque (P) lie l'arlwU 

dans l'article Blondel ( Daviil ), reinaïque Charron , pri^. 104. 

(Q), à /'alinéa totichantla narration Hes t'.iits (43) ^OT" tome III, pag, 2^5, la reinarttue 

'iani les de'métt's des savons. fh) de l'article Bcllaioiin, 



i68 CHRYSIPPE. 

C'est ici que je dois examiner une dre. H faut donc que l'espe'rance oîi 
chose que j'ai promise dans l'article la peur qu'on a viennent d'ailleurs. 
de ce cardinal (44)- Est-ce raisonner II faut que l'on juge que ce qui est 
conséquemment, est-ce tenir une con- un antidote suffisant lorsque les lec- 
duitc uniforme et bien liée, que de leurs comparent ensemble ce que Tor- 
faire brûler les e'crits d'un hérétique, thodoxe cite des livres d'un hérétique, 
et de permettre la lecture des auteurs et ce qu'il y répond, n'est pas un bon 
qui l'ont réfuté ? Non , répondrez- remède lorsqu'ils comparent ensem- 
vous ; car la raison pour laquelle on ble tout le livre de l'hérétique et tout 
interdit la lecture et la vente des li- le livre de l'orthodoxe. Il faut donc que 
vres hérétiques, est qu'on craint qu'ils l'on suppose qu'indépendamment de 
n'empoisonnent les lecteurs. On ap- la réponse , les raisons de l'hérétique 
préhende en Italie que ceux qui ver- sont plus faibles dans l'ouvrage de 
raient de quelle manière un écrivain l'orthodoxe que dans l'ouvrage même 
protestant prouve ses dogmes et atta- de l'hérétique ; et par conséquent on 
que la doctrine catholique , ne se suppose que l'auteur de la réponse a 
remplissent de doutes et ne se laissas- eu la prudence de les rapporter dé- 
sent même entièrement persuader par guisées, mutilées et tournées d'une 
les raisons de cet auteur-là. Mais n'a- manière à ne pouvoir surprendre ceux 
t-on pas lieu de craindre le même qui n'en verront que cela , et qui le 
malheur , s'ils lisent les écrits de Bel- compareront avec la réfutation. Sur ce 
larmin ? N'y verront-ils pas les preu- pied-là , les inquisiteurs qui inter- 
ves et les objections des hérétiques ? disent un livre, et qui permettent la 
Et supposé que Bellarmin ait agi de lecture de ceux qui l'ont réfuté, ne 
bonne foi , ne les y trouveront-ils pas se coupent point : leur conduite n'est 
aussi fortes que dans les livres même point composée de procédures discor- 
du plus habile protestant? Oui, me dantes; ils sont assurés que la pro- 
dira-t-on; mais ils les trouveront scription sera utile, sans que la per- 
jointes avec la réfutation, au lieu que mission puisse causer quelque mal. 
s'ils lisaient seul le livre de l'héréti- Mais quoi qu'il en soit , inférons que 
que, ils tomberaient sur le poison la même politique, la même prudence, 
sans avoir en même temps un préser- la même charité, le même zèle, (ser- 
vatif salutaire et bien préparé. Cette vez-vousdu terme que vous voudrez,) 
réponse ne satisfait pas j car elle sup- qui portent à faire brûler certains 
pose dans les lecteurs une imprudence ouvrages, ou à défendre qu'ils ne 
et une paresse tout-à-fait extraordi- soient ni lus ni vendus, doivent por- 
naires : c'est supposer qu'ils aimeraient ter par une conséquence nécessaire 
mieux risquer leur salut, que prendre à n'insérer pas dans les livres où on 
la peine de passer d'un livre à un les réfute , toutes les raisons de l'au- 
autre ; et que sachant qu'ils pour- teur j car si , en s' éloignant tout-à-fait 
raient trouver les livres de Bellarmin de la maxime de Chrysippc, on rap- 
clans la boutique où ils auraient ache- portait avec la dernière sincérité toute 
té l'ouvrage d'un calviniste , ils déci- la force de ces raisons , il ne servirait 
deraient en faveur de celui-ci avant de rien d'abolir ces mauvais livres , 
que de s'informer des raisons de ce à moins qu'on ne proscrivît en même 
cardinal, quoique tout à l'heure ils temps les écrifsqui les réfutent Celacst 
pussent mettre sur table le livre où si évident , qu'il est très-probable que 
est le poison et le livre où est l'anti- tous les auteurs qui ont du zèle pour 
dote. Vous m'avouerez que la difie- le maintien de la discipline s'accom-' 
rence entre les raisons d'un hérétique, modent à l'esprit des tribunaux qui 
reliées avec les raisons d'un orthodoxe, condamnent certains écrits j il est, 
et ces mêmes raisons-là , reliées sépa- dis-je, très-probable que si ces auteurs 
rément , celles de l'hérétique dans un entreprennent de réfuter quelqu'un 
Tolume , et celles de l'orthodoxe dans de ces livres-là , ils font en sorte que 
un autre 5 vous m'avouerez, dis-je, leur réfutation ne donne pas à con- 
qu'une telle différence n'est pas un naître ce qui pourrait ébranler la foi 
juste sujet ou d'espérer ou de crain- des lecteurs. Ils réduisent à trois ou 
■ (44) Tome III, pas. 2,7, cUaUon m de ^^^^re lignes une objection qui avait 
'article BuLhi-t^am. règne dans plusieurs pages j ils la 



separenf <3e ses appuis el an ses piéli- 
niinaires, ils laissent ce qu'ils ne j>our- 
raient résoudre (45). Et après tout il 
est difficile qu'un ouvrage , quelque 
fort qu'il soit par rapporta ceux qui 
le lisent tout entier et tout de suite , 
paraisse avoir de la force daus les frag- 
mens qu'un adversaire en allègue et 
qu'il re'pand en divers endroits de 
sa réponse , ici quatre lignes , là cinq 
ou six , etc. : ce sont des branrhes 
détachées de leur tronc; c'est une 
macliine démontée : on n'y saurait 
reconnaître le corps démembré (46). 
Tous les controversisles se plaignent 
réciproquemeut de l'artifice de ceux 
qui écri\ent contre eux (47)- ^'^^ 
connu un catholique romain qui di- 
sait que tous les ouvrages publiés con- 
tre Bellarmin méritaient le titre de 
Bellarniiniis enen'atus , dont Amé- 
sius s'est servi; eneruatus , ajoulait- 
il , non par la force de la réponse , 
mais par la manière de représenter 
ses objections. Les prolestans se plai- 
gnent encore plus des supercheries de 
leurs adversaires. Prenez garde aux 
querelles qui s'élèvent quelquefois en- 
tre des gens de même parti : lisez les 
écrits des deux tenans , vous y trou- 
verez de la force ; mais si vous jugiez 
des livres de Mœvius j^ar les mor- 
ceaux que Titius, son antagoniste, 
en cite , et par la censure qu'il y ap- 
pose , vous diriez que Maevius ne sait 
ni écrire ni raisonner , et qu'il n'a 
pas le sens commun. 

Notez que je ne prétends pas soute- 
nir que les tribunaux de la proscrip- 
tion des livres soient exempts d'in- 
conséquence (48). 

(H) Plularque l'accuse de faire 
Dieu auteur du péché : Lipse ayant 

entrepris de le lauer n'y a pas 

trop bien réussi. ] Vous trouverez 
l'accusation dans la remarque (G) de 
l'article Padlicieks. Ne la tirons point 
de cet endroit-là puisqu'elle y fut 

(45^ Et qum 

De.'perat tractata nilesiere passe , relintjiiit. 
Horat., de Arle poët. , vf. i5o. 
Vorei les Nouvelles de la République des Let- 
tres , juillet i68d , art. III , pag. 804. 

(46) Non 

Inventai etiam disjecti memhra pn'gtœ. 

Horat. , sat. IV, lib. I, vt. 62. 

(47) Conjerez les Nouvelles de la République 
des Lettre. , juillet i68.t , art. III. 

(48; Voyez les Nouvelles de la République 
lies Lettres, sept. if)85 , pnç. io5.' ; jmn 1686, 
-•t. m, p. 63n; juillet 1686, art. VIII, p. 810. 



CHRYSIPPE. 169 

mise dans la première édition de cet 
ouvrage. Examinons seulement ici le» 
moyens de justification que Juste 
Lipse a pris la peine d'avancer ; mais 
avant toutes ciioses, voyons la pensée 
de Chrysippe touchant la nature de 
Dieu. Ait (Chrysippus) uim diuinani 
in ratione esse positam , et unii^ej'sœ 
naturœ animo , alque mente : ipsum- 
qite niundum Deuin dicit esse , et ejtts 
animi fusionem uniuersain : tum ejus 
ipsius prtncipatuni , qui in mente et 
ratione wersetur , covimunenique re- 
l'um naturam uniuersa atque omnia 
contincntem^ tum falalem umbram, et 
necessitatein rcrumfuturarum , ignem 
prœlereh , et eiiin quein anleh dixi 
œthera ; tum ca quœ naturd fluerent , 
atque manarent , ut aquam , et ter- 
rant , et aéra , solem , lunam , sidéra , 
uniuersitatemqiie rerum , qud omnta 
conlinerentur , atque homines etiani 
eos , qui immort alitatem esscnt con- 
seciiti. Idemque disputât , œthera 
es.'-e eiim , quem homines Jouem ap' 
pellarent : quiquc aër per maria ma- 
naret, eum esse A'^eptunum : teitant 
eam quœ Ceres diceretur ; similique 
ratione persequitur t^ocabula reliquo- 
rum deorum. Idemque etiam legis 
perpetuœ et œternœ vim , quœ quasi 
ditx l'itœ, et magistra ojffîciorttm sit, 
Joi'eni dicit esse : eamdemque fata- 
lem necessitatem appellat , sempitei^ 
namreriim futurarum i'eritatem. Quo- 
rum nihil taie est , ut in eo wis diutna 
inesse videatur. Fa hœc quidem in 
primo libro de JVaturd deorum. In 
secundo autem i^ult Orphei, Musœi, 
Hesiodi , Homérique fabellas accorn- 
modare ad ea quœ ipse primo libro de 
diis tmmortalibus di.rerat : ut etiam 
veterrinii poëtœ , qui hœc ne suspicati 
quidem sint , stoici fiasse fideantur 
(49) '.Le procès serait vidé à sa confu- 
sion par ce seul passage , si c'était im 
liomme qui se tînt ferme sur ses prin- 
cipes ; mais comme il raisonnait au 
jour la journée , et qu'il soutenait 
tantôt le blanc, tantôt le noir, ses 
apologistes ont des ressources , et à 
la faveur de ses contradictions et de 
ses inconséquences , ils peuvent, pen- 
dant quelque temps , le maintenir or- 
thodoxe, et amuser lebureau. On voit 
dans le passage de Cicéron que j'ai 
rapporté , un galimatias incompré- 
hensible, et un chaos plus confus que 
(49) Cicer. , (le Kat. Dcor. , lih. J, cap. X/'. 



lyo 



CHRYSIPPE. 



celui des poè'fes ; mais on ne laisse 
pas d'y voir clairement que , Sflon 
Cfirysipps, Dieu e'tait l'âme du mon- 
de, et que le monde e'tait l'extension 
universelle de cette âme, et que Ju- 
piter était la loi éternelle , la nécessité 
fatale, la vérité immuable de toutes 
les choses futures. La conséquence né- 
cessaire et inévitable de cela est que 
l'âme de l'homme est une portion de 
Dieu , et que toutes ses actions n'ont 
point d'autre cause que Dieu même. 
Laissons néanmoins à ce philosophe 
la liberté de forger des distinctions 
tout-à-fait f;ratuites : il retombera 
enfin dans l'abîme après ses circuits 
et ses détours. Il suppose que l'âme de 
l'homme s'est sauvée de la fatalité 



dent pas d'une cause externe princi- 
pale , mais seulement d'une cause ex- 
terne non principale , et qui ne fait 
qu'exciter , il concluait que notre âme 
les produisait librement , et en était 
la maîtresse. Elle avait besoin d'être 
excitée par les objets , sans cela elle 
n'eût pu former aucun acte de con- 
sentement ; mais les objets qui l'exci- 
tent ne produisent point les actes de 
sa volonté ; c'est par sa propre force 
qu'elle se détermine après que les objet s 
lui ont donné un premier branle. Il 
expliquait cela par une comparaison. 
Celui qui pousse un cylindre , disait- 
il , lui donne le premier mouve- 
ment , mais non pas la volubilité; 
ce cylindre roule ensuite par sa pro- 



générale; il l'exempte de la condition propre force : ainsi notre âme ébran 

de toutes les autres choses ; il la fait lée par les objets se meut ensuite 

libre. Ac mihi quidem viJetur , quiim âLeWe-rQètae.Quamqunmassensionon 

duce sententiœ fuissent veterum phi- possit fieri nisi coinmoln uiso , tamen 

losophorum ; una eorumqui censerent quum id i>isum proximam causant ha- 

omnia itafato fie ri , ut id fatum uim beat non principalem, hanc hal>ct ra- 

necessifntis afferret , in qud senlentiâ tionem , ut Chrysippus l'Hit , quam 

Democritus, Heractitus, L'mpedocles, dudum dirimus , non ut illa quidem 

jiristoteles fuit : altéra eorum quihus fieri possit nulld vi exlrinseciis exci- 

uiderentur sine ullo fato esse animo- tata , necesse est enim assensionent 

rum motus woluntarii : Chrysippus wiso commoveri , sed rei^ertitur ad ey- 

tanquam arbiter honorarius niedium lindrum , et ad turbinem suum , quœ 

ferire foluisse ; sed applicat se ad eos mni'eriincipere nisi puisa nonpossunt. 

potilis , qui necessitate motus anirnos Id auteni quiim accidit , sudpte nti~ 

liberatos folunt (5o) Chrysippus turd , quod superest ^ et cylindrum, 

autem càm et necessitatem improba- uoh>i, et l'ersari turbinem putal. Ut 

ret , et nihil uellet sine prœpositis i^^itur, inquit, quiprotrusit cylindruTn 

kausis euenire , causarum gênera dis- dédit ei principium motionis , i>olubi- 

tinguit , ut et necessitatem effiigiat , lii.atem autem non dédit , sic i/isum 

et retineat fatum. Causarum enim., objectum imprimet illud quidem., et 

inquit , aliœ sunt perfectœ et princi- quasi signabit in animo speciem suant, 

pales, aliœ adjurantes et proximœ. sed assensio nostra erit in potestate, 

Quamobrent quiim dicintus omnia eaque, quentadmodum in cylindro dic- 

fato fieri causis antecedentibus , non tum est , extrinseciis puisa , quod re- 

hoc intelligi i'oluntus^ causis perfectis liquunt est sudpte ui et naturd moife- 

et principalibus , sed causis adjuvan- bitur (5a). Prenez garde que Cicéron 



tibus , antecedentibus , et proximis 
(5i). Vous voyez qu'il ne nie point 
que chaque chose ne soit produite 
par une cause antécédente , mais il 
admettait deux sortes de causes , dont 
la dernière ne détruisait point la li- 
berté. Les causes parfaites et princi- 
pales , disait-il , ne permettent pas 
que l'action soit libre ; mais les cau- 
ses qui ne font qu'aider n'empêchent 
pas qu'elle ne le soit. Comme donc il 
prétendait que nos désirs ne dépen- 

(5o) Cicero , de Fato , cnp. Xfll et set). 
(5tj fdem, ihid. 



avait dit que Chrysippe s'embarras- 
sait de telle manière , que bon gré 
mal gré qu'il en eût , il confirmait la 
nécessité du destin (53). Cela ne pa- 
raît pas trop dans cet ouvrage de Ci- 
céron, et c'est pourquoi je croirais faci- 
lement avec Juste Lipse qu'il manque 
certaines choses en cet endroit-là (54), 

(53) Idfin., ihid. , cap. XriII. 

(53) Dumaulem verbis ulilur suis , delahitur 
in eas dijjicuhales ul necessilalam Jati confir- 
met tnvilus. Idem , ibid. , cap. IX. 

(54) Sed ifuod in Viso Cicero dicit , et hre- 
ret , parum pro inleriore ipsd re videliir , et 
credo ptura addidisse quœ eevo exciderunl. 
I.ipsin» , Phys. stoïc. , ti. l,diiser(. XIV. 



CHRYSIPPE. 



17/ 



comme il est certain qu'il en manque 
en ((uel(jues autres. Lipse s'adresse à 
Auhi-Gelle , qui nous a conserve plus 
exactement cette explicaKon de Chry- 
sippe. On me permettra , je m'assure , 
de rapporter un peu an long ce qu'il a 
dit ; car celle matière est si sublime, 
si embarrasse'e , si inexplicable, qu'il 
ne faut point se piquer de brièveté 
dans les citations. F.,es retranchemens 
ne serviraient qu'à obscurcir ce qui 
n'eAt pas éie' retrancbé. Vous verrez 
d'ahord dans le passage d'Aulu-Gelle la 
déiinition de la destine'e selon Chry- 
sippe , et puis la conse'quence qu'on 
en tirait que l'homme ne pe'chait 
point, et qu'il fallait imputer tous les 
crimes à la destinée ; et enfin la ré- 
ponse de ce philosophe. Fatum , quod 
Civœci 'Trt-rfUf/.iVfiv uel i'ijua.fifji.ivnv t'O- 
cajit , acl hanc Jerme sententiam 
Chrysippus stoïcœ priiiceps philoso- 
phiie définit. Fatum est , inquit , sem- 
piteriia quœdamet indeclinabilis séries 
rertim et vate/ia, s^olwens semetipsa 
sese et implicans per œternos conse- 
quentiœ otYlines , ex qtiibus apta con- 
nexaque est (55).... yiliarum. anteni 
opiiiionitm disciplinariimque auctoixs 
hiiic definilioni ita ohstrepiint. Si 
Chrysippus , inquiiint , jato piitat 
omnia mtyueri et régi, nec declinari 
transcendique passe agriiina fati et 
volumina : peccata qiioqite hominiim 
et delicta non sustentanda neqiie con- 
dicenda sunt ipsis voluntatihusque eo- 
rum; sed necessitati ciiidarn et in- 
stautiœ , quœ oritur exfato ; omnium 
quêe sit renini domina et arbitra ; per 
qiiam. necesse sit fieri quicquid fntu- 
rum est ; et propierea nocentium pœ- 
nas legibns inique constilatas , si ho- 
mines ad maleficia non spontè t'e- 
niunt , sed fhto trahuntiir. Contra ea 
Chrvsqipns tenuiter mu/ta et argula 
disserit. Sed omnium Jhrc , quœ su- 
per ed re scripsit , sententia\ hujus- 
cemodi est. Qnamquani ita sit , in- 
qutt , ut ralione qitddam pnncipali 
Uecessarià coacta atque connexa sint 
fato omnia; ingénia tamen ipsa men- 
tium nostraruni prnindè sunt fato ob- 
no.tia , ut proprietas eornm est ipsa 
et qna/itas ; nam si sunt per natnram. 
priniiliis salubnter utilUerque ficta , 
omnem illam. finii, quœ de falo e.r- 
irinseàiis ingntit , ino^ensiiis tracta- 

• jS) Aulus Gellias, lit. VI, cap. IL 



biliiisque tran.'.mittunt. A'in vern sunt 
aspcra et inscita et rudia , nul/isque 
aj'tinm bonarum. adminiculis J'ultn; 
etiam si pari'O siue nullo fatal is m- 
commodi con/lictu urgeniifur; sud ta- 
men scœvitntc eti'oluntario impeluiit. 
nssidua delirta et in errores ruunt. 
Idque ipsiim ut en rniione pat natu- 
ralis dla et necessaria rerum conse- 
quentia ejjicit , quw fatum vncatur. 
E.st enim génère ipso quasi fatale et 
ronsequens , ut mala ingénia pecratis 
et erroribiis non l'accnt (56). Aiirès 
cela, Aulu-Gelle rapporte la comparai- 
son du cylindre , et la conclusion que 
Chrysippe inférait de son discours» 
c'est que personne ne doit être ncu :i 
s'excuser sur la destinée , et qu'il ne 
faut pas écouter les malfaiteurs qui 
recourent à un tel asile. Proptere'a 
negat oportere ferri audirique homi- 
nes nul nequam aut ignai'os et nocen- 
tes et audaces; qui, ciim in culpd il 
inmaleficio revicti sunt, perfugiunt 
ad fati necessitatem , tanquamin aîi- 
qund fani asylum ; et , quœ pessimè 
jfecerîint , ea non suœ temeritati , sed 
fato esse attribuenda dicunl (57). 

On voit sans peine que ce philoso- 
phe ne se tire point du bourbier , que 
sa distinction entre les causes externes 
c|ui nécessitent , et celles qui ne néces- 
sitent point , ne lui est d'aucim usage. 
Il ne fait que rôder autour du pot, et 
enfin il se trouve au même lieu que 
ceux qui soumettaient tout à l'inévita- 
ble nécessité du destin. Il ne faut pour 
s'en convaincre que lier ensemble sa 
comparaison du cylindre , et l'aveu 
qu'il fait que les (jualités intérieur» s 
de l'îime qui la poussent vers le mal 
sont une suite naturelle et néces'-aire 
du destin (58). Il dit qu'il y a des 
.Imes bien formées dès le commence- 
ment, qui essuient sans dommage la 
tempête qui tombe sur elles de la iiart. 
An fatum ; et qu'il y en a d'autres si 
raboteuses , et si mal tournées , que 
pour peu que le destin les heurte , ou 
même sans aucun choc du deslin , 
elles roident vers le crime par un mou- 
vement volontaire. C'est un certain 
travers naturel qui en est la cause. Or, 
il a dit que la fatale nécessité de toii- 

oG) Idfm , Md. 

( 'î';' Idem , ibid. 

(58) Idque ipsum , ut eâ ralionrJSal , nalii- 
ralis itta et necessaria renini consetjuenliti ejjt- 
eil qutr fatum voctllur. Idem , ibid. 



l']2 



CHRYSIPPE. 



tes cliosps est le principe qui fait qu'il 
y a des âmes bien ou mal condition- 
ne'es, il faut d<^nc qu'il dise qu'on 
peut et qu'on doit attribuer au destin 
tous les crimes que les hommes com- 
rnettent ; de sorte que reconnaissant 
d'ailleurs une providence divine , il 
fallait qu'en bien raisonnant il regar- 
dât Dieu comme la cause de tous ces 
crimes , et par conséquent l'accusa- 
tion de Plutarquc est très-bien fondée ; 
car afin que la comparaison du cylin- 
dre soit juste, il faut comparer la des- 
tinée, non pas au premier venu qui 



a été si bien réfutée par Plutarquc 
(6o) , qu'elle ne peut servir de quoi 
que ce soit, Eusèbe nous a conservé 
un fragment d'un philosophe péripa- 
téticien , nommé Diogénianus , qui 
avait fort bien montré les défauts de 
la doctrine de Chrysippe sur ce point- 
ci (6i). 

Notez que Calvin , par exemple , ni 
aucun autre défenseur chrétien de la 
prédestination absolue , n'est point 
exposé à cette attaque, vu qu'ils dé- 
déclarent qu'il n'y a eu dans rame du 
premier homme aucune qualité néces- 



le pousse , mais au menuisier qui l'a sitante du coté du mal 



fait, et qui ensuite lui donne du pied. 
Ce que le cylindre roule fort long- 
temps vient de sa figure , mais parce 
que le menuisier lui a donné cette fi- 
gure, cause nécessaire d'un mouve- 
ment durable , il est la véritable cause 
de la durée de ce mouvement. Toute 
la différence entre un cube qui ne 
roule point , et un cylindre qui roule, 
toutes les suites , toutes les régularités 



J) On ne peut lire sans Jiorreurce 
qu'il enseignait touchant la mortalité 
des dieux.] Plutarque, ayant dessein 
de montrer que les stoiques avaient 
gâté toutes les notions communes que 
les hommes avaient des dieux , com- 
mence par l'idée de l'éternité et de l'in- 
corruptibilité. Qui est ou qui a esté 
celui des hommes , dit-il (62J , quija- 
mais n'ait entendu que Dieu scit in- 



ou irrégularités du repos de l'un , et corruptible et éternel ? Quelles con- 

du mouvement continuel de l'autre , J'essions fait-on plus couslumières , et 

doivent être attribuées à l'ouvrier qui de plus certain consentement que cel- 

a donné à ces deux corps la forme les-ci?,.. On pouiroit h l'aventure 

d'où elles résultent nécessairement, trouver quelques nations barbares et 

Chacun peut faire l'application de cela sauvages , qui ne pensent point qu'il 

aux âmes humaines. Lipse s'est bien y ait de Dieu , jnais il n'y eut jamais 

aperçu de cet embarras ; c'est pour- homme qui eust quelque imagination 

quoi il suppose, afin de tirer d'affaire de Dieu, qui ne l'estimast quand et 

son Chrysippe, que les stoïciens attri- quand immonel et éternel. Qu'il soit 

huaient à un vice réel et incorrigible vrai , ces malheureux qui ont esté ap- 

de la matière, et non pas à Dieu, les peliez athéistes , un Diagoras , un 

défauts de l'âme de l'homme. Sed Theodorus, un Nippon, n'i 

heus Chrysippe , si a naturd hœc osé dire que Dieu fust corrupttl 

constitutio aut devergium : Deum a mais ils ne croyaient pas que il y eust 

malo qui excusas ? Quomodo non ille rien au monde qui peust eslre incor- 

naturae auctor, atque ipsa natura , ruptible ; ainsi conservoient-ils la 

malummalosque genuit, si taies Jecil? commune anticipation des dieux, 



tvas 
mie , 



Hoc caput est , et ai'x , ut sic dicam, 
caussœ , nunc adeunda et occupanda. 
Aïo stoicos mali principium non in 
Deo, sed in materid (quœ tamen Deo, 
ut ipse aliique voluerunt , cevo œqua- 
lis et œterna) in materid, inquam , 
constituisse. Itaque cùm Deiis homi 



mais ils ostoyent l'incorruptibilité de 
substance : la oii Chrysippus et Cléan- 
thes ayans rempli de paroles , par 
manière de dire , et en leurs escrits , 
tout le ciel , la terre, l'air et la mer, 
de dieux , néantmoins de tant de 
dieux ils n'en font pas un éternel, ni 



nés aliaque faceret , omnia bona et pas un immortel, sinon Jupiter seul , 
in bonum finxisse , sed repugnantem en qui ils dépendent et consument tous 
aliquam viiu et malitiosam in il là 
fuisse , atque eise , quœ alio traheret, 
atque hinc interna , atque etiam ex- 
terna, mala extitisse (09). Mais cette 
prétendue justification de Chrysippe 

Ub. I, disseil. 



fSol Lipsius , Phys. sloïc. 



f6o) Voyez la remarque (G) de l'article Pao- 
LiciENS , tome XI. 

(61) Voyez Fiisèbe , Praeparat. Evangel. , 
lib. VI, cap. VIII ^ V"S- '62 et seij. Voyez 
aussi ce que dit Œnomaùs contre le même 
Chrysippe , là même, chap. VII. 

(62^ Plut., de commua. Noliiiis contra sloï- 
cos, pag. 1074, 10^5, version d'kmjol. 



CHRYSIPPE. 1^3 

les autres, tellement que le résoudre une autre manière qu'eux qui sont 

en lui n'est de rien ineillenr que l'es- engendrez et consumez par le feu. En 

tre résolu ; car autant est-ce d' imhé- ce lieu il maintient que tous les autres 

cillité d'estre par résolution tourné en dieux se nourrissent , exceptez Jiipi^ 

un autre , comme d'estre entretenu et ter et le monde. Et au premier de la 

nourri par la résolution des autres en providence , il dit que Jupiter s'aiig- 

soi. Et cela n'est pas comme les autres mente tousjours jusqu'il ce que toutes 

ahsurditez : que on tiiv par illation choses soyent consumées en lui; car 

des pi-emisses et suppositions qui estant la mort la séparation du corps 

soyent en leurs escrits, et qui par né' et de l'dme , et l'dme du monde ne se 

cessaire conséquence s'ensuivent de sépare point, mais bien s'augmente- 

leurs doctrines ; mais eux-mesmes t-elle continuellement jusqu'il ce 

crians h pleine teste le disent exprès- qu'elle ait consumé toute la matière en 

sèment en leurs escrits des dieux, de soi : il ne faut pas dire que le monde 

la providence , de la destinée, de la meure. Qui pourrait plus se contre- 

nature. Que tous les dieux ont eu dire a soi-mesme que celui qui dit 

commencement d'essence , et que tous qu'un mesme Dieu se nourrit et ne se 

seront résolus par le feu, fondus en nourrit point (65)? Est-il possible 

soi, comme s'ils estoyent de cire ou qu'un philosophe aussi subtil que ce- 

d'estain Chrysippus donc dit que lui-là ait eu desidées si monstrueuses? 

Jupiter ressemble a l'homme, et le (K) Un livre oiii' traita des amours 
monde aussi, et à l'dme la provi- de Jupiter et de Junon était... rem- 
dence ; quand donc l'embrasement pli d'obscénités.^\)\o^ène\.aiércei\es\ 
sera fait, Jupiter seul des dieux in- pas le seul qui nous apprenne cela : 
corruptible se retirera ii la providence, EiV» i't , dit-il , oï x*TotTps;^o:/!n tgw Xpw- 
et demeureront tous deux en la sub- o-ittoi/ aç TroXKà niirXfôôç ko.) ijipnTaiç 
stancc de l'œlher (63). 11 me semble àvït'y£')-p!t<^ÔToç. 'Ev^sv yxf toô Tnfi 'rôêi 
qu'il y a là une se'paration du corps et ÀfX"-'""'^ <^ii!nr,Kl)ya>v o-uyypaifA/jiu.'Ti ait- 
de l'.lme, et par conséquent une mort. XP'^^ '''* ^^f' ''■»>' "H^*v xa» tov Ala. 
Nous avons vu (64) que Chrysippe sup- àv*^A«tTTêi, KÎymv katÀ Tniiç iioLKn- 
posait (jue Dieu est li^me du monde, o-îijuçç-ixoi^ç a.fjtiti^iiçiiTuX'fx-i'^/^oKCvitYTà 
et il vient de nous apprendre que lors- ç-'auct , hWi «tv. AlTXpoTxrïtv ysip (^xti) 
que le monde sera brûle, Jupiter se t*!/tmv otvstTxiTTÉi «Vod/av , u koli 'ittai- 
retirera dans un autre lieu. Voyons la viï ccç i^iiiTiK.yiv , ;t*,"*'T''^*'5 p-sixx^v 
batterie des contradictions , et en raé- 7rpÎ7rouTa.v i) Ssoîc" sti ts tÙ. Trctpà. toTç 
me temps un parallèle entre l'impiété w«p/ wivixaiv ypi^etn >i!tTstK(Xiepi3-p.î- 
d'Épicure et l'impiété de Chrysippe : ]int.JVondesunt,quietChrysippumla- 
Ceux , dit Antipater , qui ostent la cerent, dicenles illum complura turpi- 
bénéftcence aux dieux , touchent en ter obscœnèque scripsisse. JYam in eo 
partie h i anticipée connoissance d'i- opère , quod de antiquis physiologis 
ceux , et par mesme raison ceux qui scripsit , fœda de Junone fingit ac 
estiment qu'ils soyent participa ns de Jove , ea dicens sexcentis ferè versi- 
génération et de corruption. S'il est bus quœ nemo nisi illoto ore dixisset. 
ainsi donc que celui qui estime que Turpissimam enim , aiunt , luinc fin- 
ies dieux soyent périssables et coii'up- git historiam , elsi , ut naturalein 
tibles , soit autant faux et abusé que laudat , lustris tamen magis convc 
celui qui pense qu'ils n'ayent point de nientemqulimdiis. JVeque ab iisquide 
bénéficence , ni de bénigne affection tabulis scripsére insertam (66). Nous 
envers les hommes; autant donc est pouvons joindre à cela un passage 
eslongnédelaveriléChrysippus, com- d'Origène : K*« ti pu Siï xsLTAXÎyuv 
me Epicurus, parce que l'un osie aux roi; Tnpî 0êàv àtotoi/ç 'Exkm'voiv îropi'ic , 
dieux l'immortalité et incorruptibilité, eÙT'/jùvt\ç stt/TÔ9«v oitletç, «ai ÀKhriya- 
et l'autre leur oste la bénéficence et po^juîvaiç; otou ts ô Soxti/ç Xp^j-i-TToç , 

libéralité f^cs autres dieux , dit ô T»tv SToàv tmv ^ixos-ôcpaiv TroxKiîç a-uy- 

Chrysippe , usent de nourriture , s'en- ypi.p.fj.a.71 s-i/vêtok )cex(îc7/)iKsva.i vo//i^i- 
tretenans de metme également par ^6voc,7rst/:«p//>tvêw«iypa<f«v txv sv 2*^û), 
icelle, mais Jupiter et le monde par 



(fi3' Tdrni , iind. . pag. 1077 , D. 
\G^) Ci-dessus , citation (49). 



(65^ Plut., Je Répugnant. , p<i 
sion «rAmyot. 

(66; Diog. Laert. ,Ub. Kll , r.um. 1S7 



io5î , ver- 



174 



CHRYSIPPE. 



•)/p«.TTO. Et quid me opus est eniime- 
rare absurdas de dits historias Grce- 
corniu , pudendas et ex se , et per al- 
legoriam ? qiiando Chrysippus So/en- 
.•iis , qui pluriinis scrlptis porticum 
philosophcirum ornasse creditur , in- 
tevpretatur picluram in Samo , ubi 
Juno depicta est , morem gerens Jo- 
ris non nominandœ libidlni (67). 
Quelle horreur qu'il y eût «le tels tu- 
]>leaax dans les temples du paganisme! 
Notez que Chrysippe allégorisait cela, 
et le réduisait non pas à des sens mo- 
raux , mais à des explications physi- 
ques. Je vous laisse à penser si ses ex- 
p ressions pouvaient être chas'es. Vous 
avez pu voir ci-dessus (68) qu'il avait 
allégorisé de la même manière toutes 
les extravagances de la raj-^thologie : 
il y avait trouvé toute la théologie des 
stoïciens. 

(L) // faisait figure dans le parti 
des stoïciens. ] On le considérait 
comme la colonne du portique (6g) , 
et il passa en proverbe que sans lui 
le portique ne serait point -."Oiiv <fx(7-it 

iTt à.W'Âl XiX^XVCtl, 

OJ'jS TrÎTTVUTett , Toi (f' ÛJÇ a-xi*< etlT- 
<TVJT\. 

El/*/) -y-àp >iv XpwJ-iTrT'jÇ , oi/Jt ctv «y s"o*. 
IJndh de ipso dictum aiunt : 
IWc soUis sapit : ast alii velut umbra feiimtur. 

Misi Chry»ippus fnisset , porticus non 
essel (70). 

(M) Les Sénèque , les Epictète , 
ies yirrien ne s' empressent pas beau- 
coup à lui témoigner leur i>éncration.^ 
Nous avons vu (71) comment Sénèque 
lui disait ses vérités dans l'ouvrage de 
Beneficiis. Il le cite en quelques autres 
endroits , et presque toujours sans 
éloge. J'avoue néanmoins que dans son 
traité de Otio sapientis , il assure que 
Zenon et Chrysippe ont fait de plus 
grandes choses par les travaux de leur 
C'abinet , que s'ils eussent commandé 

{67) Origines , contra Celsuni , lib. JV. 
f6Sj Dans la remarque (H) , cilalion i^O)- 

(69) Chrysippus, qui fulcire pulatur porti- 
cum stoîconim. Cirero, acadera. Qu;esl. , Ub. 
jy , cap. XXVIIl. Voyez plusieurs passa- 
.■^es semblables dans M. Ménage , in Diogen. 
Laërl. , Ub. VU, num. i83 , pan . m. SBg. 

(70) Diog. Laert , lib. Fil, num. l83. 

(71) Dans la reman/ue (k). 



des armées; il les considère Comme 
des législateurs du genre humain (72). 
JVos cerlè sumus, qui dicimus , et 
Zenoiiem et Chrysippum majora 
egisse , quam si duxissent exercitus , 
gessissent honores , leges tulissent , 
quas non uni cii'itati, sed totihumano 
generi tulerunt. Epictéle rembarre 
ceux qui se glorifiaient d'expliquer les 
sentiraens de Chrysippe, et leur or- 
donna de se dire à eux-mêmes , si 
Chrysippe n'ai'ait pas écrit obscuré- 
ment , nous n'aurions pas de quoi 
nous glorifier (73). Arrien revient 
souvent à la charge contre ceux qui 
s'attachaient à la lecture de ce philo- 
sophe, et qui comptaient cela pour un 
grand exploit (74]. On ne peut pas dire 
positivement, ce me semble, qu'il 
lui approprie l'éclat et la gloire qui 
résultent d'une réflexion qu'il fait ea 
considérant les honneurs divins qui 
furent rendus à Triptolème (75). Je 
crois qu'il entend en général que celui 
qui a découvert aux hommes la vérité, 
et le chemin de la vertu , mériterait 
des autels à plus juste titre, que ceux 
qui enseignèrent à semer du blé. 

(N) Il nufail pour tout domestique 

Î a une fort vieille servante. ] Diogene 
aèrce en parle deux ou trois fois : 
'nf.KH'To T£ ypctiiim y.ovo), solâ autem 
aniculd contenlus erat (76). Il avait 
déjà dit qu'on avait su de cette 
vieille servante que Chrysippe avait 
de coutume d'écrire cinq cents lignes 
chaque jour (77). M. Ménage se trom- 
pe (78) , lorsqu'il prétend que Plutar- 
que a parlé de la même vieille dans 
les paroles que je vais citer selon la 
version d'Amyot , Si dit encore Chry- 
sippus au traité qu'il a fait de Jupiter, 
que c'est chose froide , maigre et im- 
impertinente de louer de tels actes , 
encore qu'ils procèdent de la vertu , 
comme de porter vaillamment la pi- 
^queure d'une mouche guespe, et s'abs- 

(72) Sencca , de Otio sapientis , subjin. 

(73) Epictet. Enchir. ,cap. LXIV. 

(■74) '^oyez Arriani Epicleliim, lib. I, cita. 
X , Xrit , lib. II, cap. XVI, et alibi. 

(75) Arrianas, ibid., lib. I, cap. IV. Jacques 
Schegkius , son traducteur latin , met l'a en 
mar^p Chrysippus Triploleœo divinis honoribufi 
dignior 

(76; Diog. Laërt. , Ub. VII, num. iS5. 

(77) 'H (TÈ wetpjtfpêt/ova-a TTfiT^ûriç AÙrû 
fhfyiv , etc. ^nuc quœ illi assidebat dice- 
bat, etc. Idem , ibid., num. i8i. 

(78) Ménage , in Lairt. , lib. Fil, pag- 339. 



CHRYSIPPE. 



tenir chastement d'une rieil/e tirant 
rt /a mort (79)- Chrysippe parlait là 
en gênerai , et sans nulle relation à 
sa servante. Son censeur l'entend 
ainsi , et il n'allègue cela que pour 
reprocher aux stoïciens qu'ils se con- 
tredisent , et qu'ils combattent les 
notions communes : Ils tiennent , 
avait-il dit peu auparavant, qne ce 
sont choses égales mourir pour son 
pays et s'abstenir de connoistre une 
l'ieille estant sur le bord de sa fosse , 
ft que l'un et l'autre sentblublement 
font ce que requiert le det^oir , et tou- 
tesjois pour cela , comme pour chose 
grande et glorieuse, ils seroyent prêts 
et disposez h perdre la vie , la oii se 
(vanter de cestui-ci scroit une honte 
et une moquerie. Je l'ai dit cent fois , 
on s'expose à faire de fausses applica- 
tions lorsqu'on se sert d'un passage 
avant que d'avoir examiné ce qui 
le précède , et ce qui le suit. M. Mé- 
nage en est ici une preuve. J'ai trouvé 
dans Athénée une chose qui confirme 
la bonne opinion qne l'on doit avoir 
de la tempérance deChrysippe. Voyez 
la citation (80). 

(0) Il fit des efforts extraordinaires 
pour trouver la solution d'un sophis~ 

nie qu'on appelait sorites.] En 

f;rec cratpiiTuç, du mot c-ajfoç qui signi- 
fie acerwus , un monceau. De là vient 
que les Latins crurent qu'ils pour- 
raient nommer ce sophisme acervalcni 
(81). Ulpien l'a défini, ciini ab eviden- 
ter ueris , per brevissimas mutationes 
disputatio ad eu , quœ evidenter falsa 
iiint , perducitur (82) . Cicéron le dé- 
crit d une manière qui fait entendre 
I étymologie du mot : Primiim. qiii- 
detn hoc reprehendendum quod cap ■ 

(79) Plut., de comin. Notilils, pag. 1060. 
forei-le aussi de Kepugn. stoïcur. , pag. 
io38 , loSg. 

(80) Xpua-i^Trov i' , S.ti'fH ^»Xoi , Tov tÎÏc 

TM O^C'^.O'^l'ot. 'Af/^^SÇ-fstTOV dit Tt'tiTi //.iToL 
'it/.ttIfié'jÇ XCtTstTalTTOVTît, iiç iiv àvoK^s- 

têTa.1 tÀ TTiti ' A^foiis-lciiv Àxôxa.ç-ov a-ùy- 

7f*y-y-*- Chry'ippum , ô amici viri , slutco- 
rurn ducin ac priiicipem, ego ine/tercte in inuC' 
Us admiror^ oh id latnen iinpensius îaitdo ^ 
qubd famosum jui'r de obioniis icriptis Arches- 
Uatttrn in eodem toco ac numéro teinper cotto' 
carii ciiin Phtlienide cui turpissimurn de venereii 
epus ndsciibunl. Athrn. , lib. yjll, pag. 'i'iS. 

(Si) C.lcero, de Divinat. , lib. Il, cip. II'. 

(Si)L'!pian., L 6i,^ de Tteg. juns. 



175 



tiosissimo génère intcrrogationis utun- 
tur. Quod ge nus minime in philosophul 
probari solet , quiim aliquid minula- 
tim et gradalim additur aut deniitur : 
sorilas hos i-ocant qui acervuin ejji- 
ciunt uno addito grano (83). On pre- 
nait pour exem()lc un grain de blé, 
comme vous verrez ci-dessous, et de 
celte proposition très-véritable, un 
grain de blé n'est pas un monceau, 
on tâchait de conduire peu à peu le 
soutenant jusqu'à cette fausseté visi- 
ble , un grain de blé fait un monceau. 
Vous trouverez dans Sexlus Kmpiricus 
c^uelques exemples de l'emploi que 
1 on faisait de cette manière captieuse 
d'interroger. Je citerai bientôt un 
long passage de Cicéron qui nous ap- 
prendra que par le moyen du sorites 
on prétendait faire voir que l'esprit 
de l'homme ne parNlent jamais à la 
connaissance du point fixe qui sépare 
les qualités opposées , ou qui déter- 
mine précisément la nature de chaque 
chose. En quoi consiste, demandait- 
on , le peu, le beaucoup, le lon^; , la 
large, le petit , le grand, etc. , trois 
gr.uns de blé font-ils un monceau ? il 
fallait répondre que non : quatre le 
font-ils? même réponse qu'aupara- 
vant ; on continuait d'interroger 
sans fin et sans cesse grain à grain . 
et si enfin vous répondiez, voilà le 
monceau , on prétendait que votre 
réponse était absurde , puisqu'elle 
supposait qu'un seul grain consti- 
tu.iit la différence de ce qui n'est pas 
monceau , et de ce qui l'est. Je prou- 
verais par cette méthode qu'un grand 
buveur n'est jamais ivre. Une goutte 
de vin l'enivrera-t-elle ? demande- 
rais-je. Non, répondriez- vous. Et 
deux gouttes quoi ? nullement , ni 
trois , ni quatre non plus. Je continue- 
rais mes demandes goutte à goutte , 
et si à la neuf cent quatre-vingt-dix 
neuvième vous me répondiez, il n'est 
point i\re, et à la millième, il est 
ivre , je conclurais cju'une goutte de 
vin constitue la dlflérence spécifique 
entre l'ivresse et la non-ivresse dun 
grand buveur, ce qui ( st absurde Si 
les interrogations se faisaient de trois 
pintes eu trois pintes vous marqueriez 
aisément la diilérence entre Tassez et 
le trop ; mais le faiseur du sorites a 
le choix des armes , et il se sert des 
C8S1 Clcero, acadei» Qu»>t , Ut;. IV, cap. 

xxyjir. '^ 



,^6 CHRYSIPPE. 

plus petites parties de la quantité , et 
passe de l'une à l'autre afin d'empê- 



passe Ue l une a i auue au.ii J emp 
cher que vous ne trouviez aucun 
point fixe qui sépare la non-ivresse 
d'avec l'ivresse, le peu d'avec le beau- 
coup , Tassez d'avec le trop , etc. Un 
homme du monde se moquerait juste- 
ment de pareilles ergoteries; il en 
appellerait au sens commun , et à ce 
degré de lumière qui , dans l'usage de 
la vie civile , suffit à nous faire discer- 
ner en gros le peu , le beaucoup , etc. 5 
mais Un dialectitiennle profession ne 
pouvait pas recourir à ce tribunal; il 
était obligé de répondre en forme, et 
à moins qu'il ne trouvât une solution 
selou les règles de l'art , il perdait le 
champ de bataille : sa défaite , sa dé- 
route étaient un événement incon- 
testable. Aujourd'hui un répétiteur 
hibernois, qui harcèlerait par mille 
chicanes de logique un professeur de 
Salamanque , et qui se verrait payé de 
cette réponse , le sens commun , la 
notoriété publique , nous montrent as- 
sez que ^os conséquences sont faus- 
ses , passerait pour victorieux , et l'on 
dirait avec raison que le professeur 
aurait été terrassé , car il était de son 
devoir de répondre en forme , et se- 
lon la rubrique du métier , puisque 
c'était par cette rubrique que l'on 
attaquait sa thèse. Chrysippe , qui sur 
ce point-là savait très-bien son de- 
voir , comprit clairement que le so- 
rites des dialecticiens de Mégare de- 
mandait une solution catégorique. On 
verra son invention , après que j'au- 
rai cité un peu de latin. Sed quoniam 
tantiim in ed arte ( Dialecticâ ) poni- 
tis , c'est ainsi que Cicéron fait parler 
un défenseur de l'incertitude, i^idete 
ne contra ^'0s tota nala sit , quœ pri- 
mo progressu festiuè tradit elementa 
loquendi , et amhiguorum inleitigen- 
ttam concludendique rationem , tum 
paucis additis venit ad soritas lubri- 
cnm sanè et periculosum tocum,quod 
tu modo dicebas esse intiosum inter- 
rogandi gênas. Quidergo , istiiis uilii 
num nos'tra culpa est ? Herum natura 
nullam nobis dédit cognitionem Ji- 
nium , ut idlâ in re statuere possi- 
mus , qiinteniis nec hoc in aceivo 
tritici solum undè nomen est. Sed nul- 
lâ omninà in re minntalim interro- 
gandi dives , pauper, clarus , obscu- 
rus sit, milita , pauca , magna, par- 
va, , longa , breuia , lata, angus- 



ta , quanto aitt addito aut âempto 
certuin respondeamus non habem.us, 
At t'itiosi sunt soritœ. Frangite igi- 
tur eos si potestis , ne molesti sint. 
Erunt enini, nisi caweatis (84). Chry- 
sippe ne trouva point d'autre expé- 
dient que de ne répondre qu'à un 
certain nombre d'interrogations , et 
puis de se taire. On appela son inven- 
tion la méthode du repos. Multiim in 
eo Chrysippus sudawerat , ut finito- 
rem acend inueniret , sed frustra , 
quare spe inueniendi quod qucerebat 
dejectus , katcL S'iÙTipôv tiv* ttmuv , 
quod aiiint , excogita\'erat quem vo- 
cabat Tùv »!rt/;^^a.^ovTst 'khy^v (85) : eum 
inlerrogatus sustinebat se priusquhm 
ad finem interrogans perueniret (86). 
Consultez Casaubon dans son excellent 
commentaire sur ces mots de Perse , 

, • . Depunge ubi sislain 

Invenlus Chrysippe, luijinuor acervi(i'^). 

Cette invention de Chrysippe ne fut 
pas heureuse ; et vous allez voir com- 
ment Carnéade la renversait de fond 
en comble (88) : Caiitum est inquit. 
Placet enim Chrysippo quhm gra- 
datim inlerixtgetur ; werbi causa tria 
pauca sint (89) , an ne multa , ali- 
qiianto priusquhm ad multa peri'e- 
niat quiescere , id est , quod ab his 
dicitur ticruxâ-^i^v. Per me fcl stertas 
licet , inquit C'arneades , non modo 
quiescas. Sed qiiid profcit? Sequitur 
enim qui te ex somno excitet , et eo- 
dem modo inlerroget , quod in nu- 
:uero conticuisti. Si ad eum numerum 
unum addidero , multa tie erunt ? 
progrediar rursiis quoad i^idebitur , 
qiiid plura ? Hoc enimfateris , neque 
ultimum tepaucorum, neque primum 
multorum respondere posse. Cujiis 
generis envr ita manat , ut non p-i- 
deam qiib non possit accedere. NihiL 

CRJ) Cirero, acarlcm. Quœsl. , Ub. IF, cap. 

XVI et xxyiii. 

(85) On pourrait traduire cela par le quié- 
tiste, et nommer ainft cet expédient de di^putt, 
comme d'autres étaient appele's le moissonneur, 
le menteur , elc. 

(f)6) Casar.bonus, in Persiom , sat. nlt. , vs. 
uhimo , pat^. m. 5ji. 

(87) Pcrslas, sat. ult. injinc. 

rSS) Cicer. academ. Qusest. , lib. IV, cap. 

xri. 

(89) Ceci montre qu'il r a une lacune dans 
Dlo3. Loërt., lib. VII , in Zenone, num. 82 -, 
car l'exemple qu'on r ^'"'l du soplùsme ohyeU- 
tns convient manifestement au sorites. C^est ce 
ijue I uj.is, tractatn V ad Africanum , et Gassen- 
di , OperuBi lO'H. /, pag. 41, ont bien remar- 
que'. 



CHRYSIPPE. 



17^ 



jne lœdit , inqidt. Ego enim ut agi- avait point de dieux Ridet il- 

tator callidtis priusquhtn ad Jincni lud im'entiim Carneades apiul Cicero- 
t-'eniam eques sustinebo , eoque niagis nem... Tamen ipse Carneades sorlticè 
si locus is qub ferentur eqiii prœceps multa rogat apudSextiim Empiricum. 
erit. Sic me , inquit , ante sustinebo , adi-ersiis malhematicos , jiag. 389 et 
nec diutilis captiosè inlerroganti res- 34o , durn probare salagit non esse 
pondebo. Si habes quod liqueat , ne- JJeos (9a). Mais bien loin que le mé- 
que respondes superbis •' si non habes , pris de Carneade poi^ le quii liste de 
ne tu quidem perspicis, quia obscura raiitre philosophe le dûtempêi her de 
conceais.Sednegas teusquead obscu- se servir du ion7e5 , qu'au contraire 
ra progredi : iilustribus igitur rébus c'était ce qui le devait le plus pousser 
insislis. Sud tantummodà ut taceas , à s'en servir. 

nihil assequeris. Quid enim ad illum (P) Denys d' Halicarnassele donna 
qui te captarv l'ult , utrum tacentem pour un exemple , . . que les auteurs 
irretiat te , an loquentem ? Sin autem consommés dans la logique obitruent 
usque ad noi>em , i-erbi gratid , sine très-mal les règles de la grammaire 
dubitatione respondes pauca esse , in touchant la situation des mots. ] Je 
decimo insistis , eliam à cerlis et il- m'en vais le citer selon la version la- 
lustrioribus cohibes assensum , hoc tine : Denique temporibus consequen- 
idem me in obscuris J'acere non sinis. tibus omnino neglecta est ( bona col- 
IVihil igitur te contra soritas ars ista locatio verborum) nullusque prorsii^ 
adjui'at , quod nec augendi nec mi- existimabat ( eam ) necessarium esse , 
nuendi quid aut primum sit , aut pas- quidpiamue ad oralionis pulchriludi' 
tremum , docet. Les sceptiques se pre'- ncTu conj'crre. Itaque ejusmodi struc- 
valurent de cette invention de Chry- turns reliquerunt .... Dico autem 
sippe , et la firent servir d'un argu- Phylarchum, Durim ... et alios in- 

ment ad hominem. Voyez Sextus Em- Jinilos f^eriim quid opus eos 

piricus (90). Notez qu'Horace attaqua admirari , ubi etiam hi qui philoso- 
par un soriles les admirateurs des phiam, projîtentur , et de dialecticis 
anciens : l'endroit est brillant ; qu'il disserunt disciplinis , adeô sunt in 
me soit permis de succombera la collocandis uerbis futiles , ut etiam 

pudeat dicere? Sujffîciat autem ar- 
gumenta uli oratione Chrysippi sloï- 
ci : ( ulteriiis enim non procédant ) 
quo neque meliiis quisquam , nequ6 
exactiiis Dialecticas disciplinas pro- 
sequutus est (gi) : neque deteriori 
juncturd compositos sermones protu- 
lit, ex his qui alicujus nominis et fa- 
mée sunt (94)- Diogène Laërce nous 
peut servir à confirmer ce juf;ement 



tentation de le mettre ici : 

Si meliora difs, ul vina , poimata reddit , 
Scire velini , pretium charùs quotas arrogel 

annuf. 
Scriplor abhinc annos cenluin qui decidit , 

inler 
Perfectos veieresqtie reffrri débet? an inler 
KHes alque no'Os ? excludal jurgia finis. 
Est velus alque probus , centuin qui perficit 

annos. 
Quid ? qui deperiil minor uno mense , vel 



Inler quos referendus erit? veteresne poêlas? j r» J"U !• " vi 

An quos el irœsenset postera respuel œlas ? «C Den^S d HallCarnaSSe ; Car S il nOUS 

Isle qutdein veleres inler ponetur honestè ^ 

Qui vel mense brevi , vel loto est junior anno, 

Vlor permis 10 , caudteque pilos ut equince 

Paulalim vello , démo unum , démo etiam 

unutn : 
Dum cadat elusus ratione ruentis acervi , 
Qui redit ad J'astos y el virlulern txstimat a/i« 



Miraturque nihtl, nisi quod Libilina sacra- 
vit (91). 

Je trouve dans M. Ménage un tamen , 



apprend d'un côté que l'on admirait 
tellement la logique de Chrysippe , 
que l'on disait que les dieux s en fus- 
sent servis au cas qu'ils eussent voulu 
employer la dialectique, il observe 
de l'autre que ce philosoplie n'écri- 
vait pas bien. Oiiru S' êTr/Jo^oc «» 

TOIÇ i'uthtKTtKI^IÇ {■VêVSTO , âç"{ (TojCSIV TOt/C 



un néanmoins , qui est mauvais. Il dit o"" *_* «^ f^^» « » Xfua-iTrTruoc 7rx«oy«s-stç 

que Caméade se moqua de cette in- S^irû(7rf.<iy/xAin,rny hi^ti où )ia.Tci>fdaiTf. 

vention de Chrysippe , et que cela ne „ „. , , ,,,, 

empêcha point de se servir du so- „ ^i* .„, „„1 .„ t/t > " '"t 

r I num. 197 , pag. m. 34J. 

mes en tachant de prouver qu il n y ^^3^ Le grec poneToÙTt^u... uf^t,,,, oùii)e 

(90) Sïxt. F.mpiricu», Pyrrhon. Hypotypos. , Taîç S'iO.Xlx.TtKÀç T£;tVttC tlKflfiaiTf)/. 

lib. II, cap. XXII. (g^) DioDTs. Halicarn.,de CoUocationc vcrbo» 

(91) Horat. , epist. F, lib. II, vs. 34 et leq. rum , cap, "XV, pag. m. le. 

TOMK V. 12' 



, 



1^8 CHRYSIPPE. 

Adeb autem in dialecticd insignis conceptions du sens commun , etail 
fuit , tantœque apud omnes œslima- plus coupable qu'eux de cette faute. 11 
tionis , ut pterique dicerent, si apud faut dire pour le moins , que notre 
heos usas esset dialecticœ , nonfu- Chrysippe mérita tout autant qu'Ar- 
turam aliam quam Chiysippeam. césiïas d'être comparé à ces tribuns 
Cœteriim quiim esset rerumfœcun- de Rome qui troublaient le repos pu- 
dissimus , non usque adeb dictione blic (97). 11 n'y eut jamais un plus 
clarusfuit (gS). grand perturbateur de toutes choses 

(Q) Il sapa lui-même les fonde- dans l'empire de la philosophie; et 
mens de In science qu'il auait tant quoique de nom il fût dogmatique , il 
cultiuée. ] En voici la preuve : Plu- travailla en efl'ct pour le pyrrhonisme 
tarque nous la fournit. Croi , dit-il autant que les plus outrés sceptiques 
(96) , rt nos amis de iescole stoique , de profession. Car si dans le syllo- 
que nature a porté et produit , non gisme , comme on prétend qu'il l'assu- 
par cas de fortune , mais de certaine rait, la conclusion tirée de la majeure 
providence diuine , Chrysippus , vou- et de la mineure véritables, est telle- 
lant renverser la vie humaine , et ment vraie , qu'elle n'empêche pas 
mettre le dessus dessous , et au con- qu'une conclusion contraire ne soit 
traire le dessous dessus, car il n'y véritable aussi, c'est peine perdue que 
eut jamais homme qui fust plus a pro- de raisonner, et il ne faut plus se 
pas pour faire cela que lui : ains promettre de parvenir à la certitude : 
comme Caton disoit de Jules Cœsar, les propositions les plus évidentes 
que devant lui nul n estait jamais ve- sont problématiques • c'est autant ou 
nu sobre ni avisé a conspirer la ruine plus que si l'on mettait en doute avec 
de la chose publique : aussi me sem- Carnéade , que les choses égales a une 
ble il que cest homme avec plus gran- troisième soient égales entre elles (98). 
de diligence , et plus d'éloquence , et Voilà le sort de ceux qui s'attachent 
de vivacité d'entendement , abolit et excessivement aux subtilités de la dia- 
destruit la coustume autant qu'en lui lectique : ils tombent enfin dans leurs 
est. Ce que tesmoignent ceux mesmes propres pièges, et ne s'en peuvent dé- 
qui le magnifient , quand ils combat- barrasser; ils découvrent des diflicultés 
tent contre lui du sophisme qu'ils ap- à quoi ils ne peuvent répondre , et qui 
pellent le menteur ; car de dire que ruinent même ce qu'ils avaient établi 
ce qui est composé de positions con- auparavant. Cicéron a très-bien décrit 
traires ne soit pas notoirement faux : leur caractère : je rapporte ses paroles, 
et de rechef de dire aussi que des syl' quoique je m'en sois déjà servi ailleurs 
logismei ay ans les prémisses vray es, dans la première édition de cet ou- 
et les inductions vrayes , puissent en- vrage. Dialeclici ad extremum ipsi se 
core avoir les contraires de leurs con- compungunt suis acuminihus, et multa 
clusions vrayes , quelle conception de quœre/ido reperiunt non modo ea quœ 
démonstration , et quelle anticipation jam non possint ipsi dissolvere , sçd 
defoy est-ce que cela ne renverse . . . etiam quibus ante exorsa et potiiis de- 
la dialectique de Chrysippus ostant texta propèi'etexantur{ç)g)C'es\])0\\r 
et subvertissant les principales parties cela qu'il compare la dialecti({ue à 
d'icelle , quelle autre conception lais- Pénélope qui défaisait elle-même sa 
se elle qui n'en devienne suspecte ? propre toile (100). Personne n'eût pu 
Car on ne sauroit penser que cela se mieux reconnaître que Chrysippe 
soit seur 1 et ne bransle point 1 qui est dans le portrait cjue Cicéron nous a 
basti sur des fondemens qui ne de- laissé des dialccticityis. 
meurent point fermes , ains oii il y a (R). // s'abaissa jusques aux petits 
tant de doutes et de troubles. Plutar- préceptes de l' éducation des enfans,'] 
que ajoute que la secte des stoïques , 
qui se plaicnait de ce que les acadé- (07) f^oyet VariicU XBcisiLA.s, citation dçt). 

• • • ■ ^ I (08) Tomf If^ vas- 46i , citation (26) de 

micieas pervertissaient les communes w»^ -'o'»- /' . p«s ■»" > ^ -* 

' i aiïlCfe 1.4RNEADE. 

(95) DioR. Laërtius, lib. Fil, num. 180. (qq) CIcero, de Orator. , lib. II, cap. 
Voyei Cicéron, au IV^. livre de Finibus , XXXyiII. 

cap. III, où il parle delà rhéloriifue de Chry- (100) Quid quod eadem illn. ars quasi Pene- 

sippe a^'ec le dernier me'pris. lopes lelam relexens tûllit ad extremum^ supe- 

(96) Plut. , de comm. Notlliis adrers. stoicos, no»a. CIcero , arailem. QmksU lih. IV, cap, 
init. , pag, loSg, version d'hmyot. XXIX, 



CHRYSIPPE. 



»79 



Il avait prescrit aux nourrices une cer- 
taine manière de chanson, et il con- 
seillait de les choisir les plus saj^es 
qu'on pouvait trouver. 11 aurait même 
voulu que , s'il eût été' possiiïle , ou 
n'eût fait nourrir les entans que par 
des femmes savantes. Et Chrysippus 
etiam nutricum quœ adhibentur in- 
fant ibus , alleclalioni suum quoildaiu 
carnien assignat (loi). Antcomnia ne 
sit l'itiosus sermo nnlricibus : qiias , 
si fieri posset , sapientes Chrysippus 
optat^it : cejtè , qiiuntinn ?vs palere- 
tur , optimas eligi foltiit (loa). Il 
voulait que les enfans fussent pendant 
trois années sous le soin de leurs nour- 
rices , et que sans attendi'e qu'Us fus- 
sent plus ^gés elles leur donnassent de 
bonnes leçons. Il n'approuvait point 
qu'on ne commençât à les instruire (|ue 
lorsqu'ils avaient sept ans. Quintilien 
est de son avis. Quidam litej'is instituen- 
dos qui minores septem annis esscnt 
non putarerunt.... meliiis autem , qui 
nullum tempus i^acare curd volunt , 
ut Chrysippus , narn is quamvis nu- 
tricibus tnennium tleilcrit , tumen ab 
itlis quoque jam inj'nrmundam quant 
optintis inslitutis mentent infantiunt 
judical{\o'i)- Il avait examiné la ques- 
tion s'il faut battre les écoliers , et 
s'était déclaré pourl'adirmative. Cœdi 
uerb discentes, quanquant et receptum 
sit, et Chrysippus non improhet , mi- 
nime relim (io4). Je voudrais bien 
savoir sur quoi Vossius se fonde (to5) 
quand il dit que le stoïcien Clirysippe 
est l'auteur de ces chansonsde nourrice 
qu'Athénée nomme KaTa.oAU)cax>i'5-êic 
(io6). Les paroles que j'ai citées et 
qu'il cite aussi du X*. chapitre du 1"="'. 
livre de Quintilien , ne sont pas un 
bon fondement. 

(S) Il n'oublia pas la très -fa- 
meuse dispute des choses possibles, et 
des choses impossibles.'] Elle devait «a 
naissance à la doctrine des stoïciens 
touchant le destin. H s'agissait de sa- 

(loi) Quintil. , Instit. Oralor. , Uh. /, cap. 
X, pag. m. 55. 

(loa) Idem , ibidem, cap. I, pag. 6. 

(io3i Idem, ibid., pag. 8. Aolfi 'juil le cite 
encore au chap. XI du même li^re , pag. 5-]. 

(io4; Idem, ibid. , cap. III, pag. 17. 

(io5) Voss.us , Ae Poëlis gr;i.xi5 , pug . 87. 
(loG) AÎ (fis TaJ» TiÔnuoorajv ciiitt icetraL- 
;3aW)tîtXnî'êiC oy^Uit^t-ITctl. Pi'utricumlactan- 
uuin canlileno' calabaucaleses riuncupanlur. 
Alhen., lib. XIF, cap. tll , pag- «18. 



voir si parmi les choses qui n'ont ja- 
mais été et <]ui ne seront jamais , il y 
en a de po.isibles , ou si tout ce <pii 
n'est (loint, tout ce qui n'a jamais été, 
tout ce qui ne sera jamais, était im- 
possible? Un fiimeux dialecticien de 
la secte de .Mégare, nommé Diodore, 
prit la négative sur la première de ces 
questions , et l'aflirmative sur la se- 
conde ; mais Chrysippi' le combattit 
fortement. Voici deux jiassages de Ci- 
céron : Ttifi Suv-xtÛv me scito icuTti, 
Si'jifai poi KfUiw. Quapropler, si t^entu- 
rns es, scito neccsse esse te venirc, Sin 
autent non es, rôàt acTt/vaTav est te l'c- 
nire, lYnnc i'ide , ultra te h^kti; masis 
delectet Xpus-iTTTrtict ne an hœc , quant 
noster Diodorus (lO'j) non concoque- 
bat (108). Ceci est tiré d'une lettre que 
Cicéron écri\it à Varron. Il expose 
plus amplement tout l'état de la ques- 
tion dans le petit livre de Futo. J"ea 
vais citer quehjues morceaux. Vigila, 
Chrysippe , ne tuant causant , in quâ 
tibi cunt Diodoro l'aïeule dialectico 
magna luctatio est , deseras.... omne 
ergh qiiod falsitm dicitur in Jntiiro , 
id fieri non potest. ylt hoc , Chry- 
sippe, minime fis , nuiximèque tibi de 
hoc ipso cunt Diodoro ceriamen est. 
Ille enim id solunt fieri posse dicit , 
quod aut sit i>erum , aut futurunt sit 
i^erum : et quicquid futurunt sit , 
id dicit fieri necesse esse : et quic- 
quid non sit fulerum , id negat 
feri posse. Tu etiam quœ non sint 
futura posse fieri dicis , ut frangi 
hanc gemmant , etiamsi id nan'/nimi 
futurunt sit : neqne neccse fuisse 
Cypselum regnnre Corinthi , quan- 
quant id miltesimo ante anno Apolli- 
nis oraculo editum esset P la- 
cet Diodoro , id solum Jieti posse , 
quod aut uerum sit , aut uerunt futu- 
runt sit : qui locus attingit hanc quœs- 
tionem , nihil fieri quod non necesse 
fuerit : et quicquid fieri possit , iil aut 
esse jam, autfulurum esse : nec ma- 
gis commutari ex weris in Jàlsa ea 
posse quœ futuia sunl qu'am ea quœ 
fada sunl : sed infuclis immutabili- 
tatcm apparere , in futuris qiiibus- 
dam , quia non apparent, ne inesse 
quident l'ideri ; ut in eo qui ntoriifero 
morbo urgeatur, verunt sit , hic mo- 
rietur hoc morbo : at hoc idem si weiè 

(10-) Vn stoïcien qui avait logé long-temps 
chet Cicéron. 

(108) Cic«ro, epist. IV , i(>. IX ad Famili»'- 



,8ô CHRYSIPPE. 

dicatur in eo in quo tanta vis morbi ne traitait que des propositions vraieï 

non appareat , nihilominiis futurum et fausses , possibles et impossibles , 

sit. Ita fit ut commutatio ex uero in contingentes , ambiguës , etc. ; ina- 

faisum , ne in futuro quidem ulla tière que nos scolastiques ont bien 

ûeri posait ( 109). Cicéron fait assez rebattue et quintessenciëe. Notez que 

comprendre queChrysippe se trouvait Chrysippe reconnut que les choses 

„„.„,«r,t »mV.arrassé dans cette dis- nassëes étaient nécessairement \éri- 




point 

Ka.\0^ iÇI KOL^â/Trif 0» 

■(761*1 (Toxoî/o-i. Non 



car ic pdiii 41*»» c,«»v ,,-•- « — .. . ,„„_._..-- ,- 

point lié avec son dogme de la desti- mi\«6oç àxhÔsc «vat- 

née; et s'il eût su, ou s'il eût osé rai- Trift KxêivÔnv <^ifi --• 

sonner conséquemment , il eût adopté omne prœteritum ex necessitale f^e 

de bon cœur toute l'hypothèse de Dio- rum est, ut illi, qui Cleanthem se 




de la volonté humaine ne fussent des crois que les stoïciens s'engagèrent a 
suites inévitables du destin , d'où il donner plus d'étendue ans choses pos- 
résulte que tout ce qui n'arrive pas sibles qu'aux choses futures , afin d'a- 
est impossible , et qu'il n'y a rien de doucir les conséquences odieuses et 
possible que ce qui se f^iit actuelle- aflreuses que l'on tirait de leur dogme 
ment. Plutarque le bat en ruine, tant de la fatalité. C'est aujourd'hui un 
sur cela, que sur sa dispute avec Dio- grand embarras pour les spinosistes , 
dore et lui soutient que son opinion que de voir que selon leur hypothèse 
de la possibilité est tout-à-fait opposée il a été aussi impossible de toute éter- 
à la doctrine du Ffltum (il i). Remar- nité que Spinosa , par exemple, ne 
quez que les plus illustres stoïciens mourût pas à la Haye, qu'il est impos- 
avaient écrit sur cette matière sans sible que deux et deux soient six. Ils 
suivre la même route. Arrien en a sentent bien que c'est une conséquence 
nommé quatre, qui sont Chrysippe, nécessaire de leur doctrine et une con- 
Cléanthe , Archédème et Antipater séquence qui rebute, qui effarouche 
(112). Il témoigne un grand mépris qui soulève les esprits par l'absurdité 
pour cette dispute , et il ne fallait pas qu'elle renferme, diamétralement op- 
que M. Ménage le citât comme un écri- posée au sens commun. Ils ne sont pas 
vain qui avait parlé honorablement bien aises que l'on sache qu'ils ren ver- 
de l'ouvrage de Cnrysippe a-sf! (TuvitTMv sent une maxime aussi universelle, 
( ii3 ); car sûrement ces paroles, yî- aussi évidente que celle-ci, Tout ce 
•yp*4i4 (Tèxatl XpuiTiTra-oç 9ttî/(Moiç-âç, etc , qui implique contr'adiction est imposai- 
de his rébus mira scripsit Chrysip- ble, et tout ce qui n'implique point con- 
nus , etc. ne sont point en ce lieu-là tradiction est possible. Or quelle con- 
un éloge. Cela paraît par ce qui pré- tradiction y aurait-il en ce que Spinosa 
cède et par ce qui suit. Denys d'Hali- serait mort à Leyde ? La nature aurait- 
carnasse fait mention (ii4) de deux elle été moins parfaite, moins sage, 
traités de Chrysippe, où sous un titre moins puissante ? 

qui promettait d'autres choses, on Ne finissons pas sans remarquer que 
avait battu bien du pays sur les terres Chrysippe a mis parmi les événeraens 
des logiciens. L'ouvrage était intitulé possibles la résurrection des hommes, 
vifi a«c srt/vT*|4a)C tcÏv toi/ hoyov [Aifwi , g( jenr rétablissement au même état 
de partium orationis collocatione , et q^j chacun d'eux aurait paru. C'est 
yr . Lactance qui nous l'apprend , et qui 

(109) Cicero , de Fato , cap. Kl et seqrf. ^ 

(110) Dans la remarque (H). ^^ ^5^ Oinnia enim vera in prœlerUis necessa- 
(iil)Plul , de sloïcor. Repugn., pag. lo53, ,.,^ mnl , ut Chrjsippo placel dissenlienti a 

lo54. mai;islro Cleanlhe , quia sunl immtUabiha, nec 

(iiî) Arrian., in Epictet. , lih. IJ , cap. in jfalsum è vero prteieritapossunl converti. Ci- 

XIX, pag. m. 166. cero , de Falo, cap. VU. 

(ii3) Cilalur honorific'e apud Arrianum. (116) Arrian., in Epictet., lib. Il, cap. 

Meoag. , in Laërtium , lib. VII, pag. i^i. XIX , pag. m. iSâ. 

(ii4) Dionys. Halicam. , de CoUocalioDe rer- {11:) Dans la remarque (M) del-ar-Mlt 

borum.cap. XVII , pag. m. 11. BintHctR , (orne lll ,pas- HV 



CHRYSIPPE. 



i3i 



cile m^me ses paroles (u8). Metius turc préparait la sanle , et en même 
Chiysippus ..... qui in libris , quos tem|>s il a fallu par une espèce de 
de piwidentid scripsit, ciimde inno- concomitance que la source des ma - 
uatione mundi loqueretur, hœc intulit. ladies fût ouverte. Il en va de même à 
Tûirow «Ts c.t!Tû)ç t'/;;ovTcit, cTvïxov œc ot/<riv l'ëgard de la vertu; l'action directe 
««TiivaTcv , K*i iifj.S.(; /AiTà. tô TiKiwrviTa.t, de la nature qui l'a fait naître a pro- 
îTiiMv jrê/;(0(faiv Tivâv {i\)i///xévov Jtfôvof duit par contre-coup l'engeance des 
iUo vtîv t<rfAh xaraç-nVes^tt. a-x^tJ-oL. Le vices. Je n'ai pas traduit littéralement- 
même père lui attribue un autre grand c'est pourquoi je mets ici le latin mê- 
point d'orthodoxie , qui le porta à une me d'Aulu-Gelle en faveur de ceux qui 
mauvaise action : il lui attribue d'à- entendent cette langue. Idem Chry- 
voir cru que son âme monterait au sippus in eodem libro ( quarto Trifi 
ciel en sortant du corps , et de s'être TTfovoi'ac) tractât consideratque , dig- 
tué pour aller jouir de cette beati- numque esse id qiueri piitat , li a.ï 
tude (i 19). Multi ex iis quia (Sternas tS\i ÀvôfûiTraiv vôs-ci xotToî <|it/3-(v ■v/vovr*». 
esse animas suspicabantur , tanquam Id est, naturanc ipsa rerumuel pro- 
in cœlum migraturi essent , sibi ipsi videntia , quœ compagem hanc mundi 
manus intulerunt , ut Cleanthes , ut et genus hominum fecit , morbos quo- 
Chrysippcjs, ut Zenon (120). que et débilitâtes et œgritudines cor- 

(T) Il débita une pensée poruni , quas patiuntur homines , fe- 

qu on peut regai-der comme une assez écrit. Existimat autem non fuisse hoc 
bonne ébauche d'un principe qu'un principale naturœ consilium , ut fa- 
philosophe du Xf^II^. siècle a éclair- ceret homines morbis obnoxios : nun- 
ci.] Chrysippe, dans son ouvrage de qulim enim hoc conuenisse naturœ 
la Providence , examina entre autres atictori parentique rerum omnium 
questions celle-ci : Z^fl «afure <7e5 c/io- bonarum : sed quiim mulla , inquit , 
ses, ou la prouidence qui a fait le atque magna gigneret pareretque 
monde , et le genre humain , a-t-elle aptissima et utilissima , alla quo- 
f ait aussi les maladies il quoi les hom- (fue simul agnata sunt incommoda 
mes sont sujets ? Il repond que le "* «/'^'•s > quœ faciebat , cohœren- 
principal dessein de la nature n'a pas tia : eaque non per naturam , sed 
été de les rendre maladifs , cela ne per sequelas quasdam necessarias 
conviendrait pas à la cause de tous fncla dicit , quod ipse appellat, koltà 
les biens; mais en préparant et en ■ntptt.iiiiX'jôSiiTtfi , sicut, inquit, quhm 
produisant plusieurs grandes choses corpora hominum natura fingeret , 
très-bien ordonnées et très-utiles , ratio subtilior et utilitas ipsa operis 
elle trouva qu'il en résultait quelques postulat'it ut tenuissimis minutisqu» 
inconvéniens, et ainsi ils n'ont pas ossiculis caput compingeret : sed 
été conformes à son dessein primitif hanc ulilitatem rei majoris alia quœ- 
et à son but ; ils se sont rencontrés à dam incommoditas extrinsecùs consc 
la suite de l'ouvrage; ils n'ont existé c"'« est; ut fieret caput tenuiter 
que comme des conséquences. Pour munitum , et ictibus offensionibusque 
la formation du corps humain , di- parais Jragile : proindc morbi quoque 
sait-il, la plus fine idée, l'utilité raè- et œgritudines partœ sunt , dumsalus 
me de l'ouvrage demandait que la paritur : sic hercle , inquit dum wir- 
tête fut composée d'un tissu d'osse- '"•^ hominibus per consilium naturœ 
mens minces et déliés; mais par-là gig^^itur , t^itia ibidem per affinita- 

tem nata sunt(i2i). Je ne pense pas 
qu'un païen ait pu rien dire de plus 
raisonnable dans l'ignorance où il 
était de la chute du premier homme , 
chute que nous n'avons pu savoir que 
par la révélation , et qui est la vraie 
cause de nos misères : si nous avions 
plusieurs semblables extraits des Qu- 



elle devait avoir l'incommodité de 
ne pouvoir résister aux coups. La na- 

(118) Lactant. , Divin. Institut., lib. VU, 
cap. XXII f, pag. 5o6 

II <9) Diogéoe Laërce ne parle pas de cria ; 
il rapportr seulement, liv. VII , num. i8i , 
l85, qu Herinii>pui a dit que Chrysippe invile à 
un sacrifice par ses e'coliers , prit au vin doux 
pur, el tomba dans un vertige , et mourut cinq 

jours après; mais quUl y en a qui disent qu'il vrageS de Chrysippe, OU plutôt St 
•nourut de rire en disant à sa servante de don- ^OUS avionS SCS OUVragCS , nOUS aU- 
ner du vrt a I ar:e qui avait mange set figues. ■ •>. , » "> "i^uj ci» 

(lîo) Laciant , Divio. lasiituj., Ub. III, "°"^ "°^ '<*'='^ P'"s avantagcusc quet 
cap. XriII,pas- 194. C"») Aulas GclUus, Ub. Vt, cap. I. 



iSa 



CHRYSIPPE. 



nous n'avons de la beauté de son sieurs autres aient approuvé la prea- 

Qén'ie. "*'*^ dont ils piélendent que Dio- 

Le philosophe moderne , dont f ai gène Laërce s'est servi. Chesippum 

voulu parler quand j'ai dit qu'il a contiuneliosè quasi latrinam dixeris 

éclairci un très-beau principe , dont iccabat Zeno{iiQ), teste Tullio in 

la pensée de Cbrysippe était une t de Natiir. Deoruni. Chrysippum 

bonne ébauche, est l'auteur célèbre Carneades , quia esset exiguus , ita 

de la Recherche de la Vérité. On pour- ut statua ejus in Ceramico posita a 

ra voir le précis de son principe , dans l'icino équité occuleretur ; teste Laër- 

les Pensées diverses sur les Comètes tio{\i']). Je dirai en passant que l'on 

(123), et juger par-là si Chrysippe se trompe, quand on dit que Diogène 

avait entrevu la même idée. Laërce , qui a rapporté ce jeu de 

Qoa'it aux autres choses qu'il avan- mots de Carnéade , a rapporté aussi 

ca pour disculper la providence(i23), que le même Carnéade accusait Chry- 

vous en trouverez la discussion dans sippe d'être un parasite de livres, 

les remarques (E) et (G) de l'article pour avoir copié mot à mot les ouvia- 

Pauliciens. Voyez aussi la remarque ges d'Epicure : Hune (Chrysippum) 

(F) de l'article Déjotaros. Carneades lepidè parasituui lihrorum 

(U) Sa statue se i^oyait dans le Ce- appel/at , quàd scripta Epiciiri sit 

ramique.] Dfogène Laërce en disant furatus , scripsitque eadem etuerbis 

cela, y a joint une observation un 'et numeris Diogenes (128). Voilà ce 

peu trompeuse. Voici ses paroles : que Volaterran osait dire comme tiré 

H^v il Kcti To a-a,f^i.Tw iàiTihM- m «Tmàov de Diogène Laërce. C'est une étrange 

«K Tou av<rf(avT£iç T-cD èv mpeL/j^iiKÛ , oç corruption d'un autre reproche , sa- 

erXi'^ôv Ti Ô7r'jKÎKpu7rra.i tZ TrÀMtr.'ov 'tTrTnr voir : que Chrysippe pleind'éraulalion 

û6ev cLÙTov Y^upiâ.Sïii Xpùn-xTrov ÏKi- pour tpicure se mettait à faire un li- 




equite occulitur Qi - / \ - , r, 

neades Chrysippum uocabalin^). 11 laterian (129). Au reste , selon Pausa- 

semble qu'aTin de prouver que la sta- nias (i3o) , la statue de notre philo- 

tue de Chrysippe était petite, il ait phe n'était point dans le Céramique , 

allégué qu'une statue équestre qui mais dans dans le collège qui portait 

était auprès, la cachait presque toute le nom de Ptolomée son fondateur, 

entière. Mais ce serait fort mal rai- M- Ménage concilie cette diflérence, 

sonner , et j'aime mieux croire , pour eu supposant que cette statue e'tait 

son honneur, qu'il a marqué ce voisi- placée dans le Céramique intérieur 

nage comme un simple fait, et non 03i). Lipse avait déjà dit cela(i3a). 

pas comme une preuve de ce qu'il ve- Plularque a parlé d'une statue de 

nait dédire ^ car enfin, il est aisé de bronze érigée à Chrysippe par l'un 

comprendre qu'un homme à cheval de ses écoliers avec une glorieuse 

nous peut dérober la vue d'un piéton inscription. 'Apiçonpîaiv y(>dv Xfi/o-iV- 

de belle taille. Si nou-i joignons à cela Tau /xaOnTMç ko.) olnùoç, ÙKÔva.^ ;t<*^''«>' 

que la statue de ce philosophe était dv^çnhcéo-ctç Î7riyf,a,-\t mh tÔ èxe^/sTov, 

assise (1 25), nous comprendrons en- ^,^^^^ ^,^^ Xpù^.^mv 'Ap,^o>ipimv iû^ 



core mieux comment la statue équestre 
la pouvait couvrir presque toute sans 
que ce ft\t une marque de petites.se. 
Je m'étonne donc que Vossius et plu- 

(122) Au paragraphe CCXXXIV , pag. 
•■o^ et suivantes. 

(123) roreï Aulu-Gelle , IW. T , chap. I. 

(124) Dio;;. Laërliiis , lib. VII, num. 182. 
(i25) Statua est in Ceramico Chrysippi se- 

àentis , porrecla wmnu. Ciccro , de Finib. , lib. 
I , cap. X.I. Notez que SiHonius Ajiollioaris , 
episl. IX , lib. IX , Hit rjit'on repre'senin Chry- 
sippe digills projjter numeronim jndicia conslrjc- 
îis. VoTCfle auisi Carm. XXIII, vs. 118. 



Taiv ' AKaé'ttfjtia.Kcev crpa.yyctXiS'iev xowi- 
J'et. 

f 126) Vossius , de Pliilosoplior. sectis , cap. 
XIX, num. II , paf;. m. 102. 

(12") C'est-à'/lire , Ze'nan Ve'picurien. 

(128; VolateriMn. , Ub. XIV . pag. m. 53i . 

(129) Fojez Tliomasius, de Plagie lilterario, 
pag. 170 , i':i. 

(i3o) Pausan., lib. /, pag. 3p- 

(i3i) Mcnag. , in Laëitium, iib. VII , nttm. 
182. 

(i32) Lipsius, Maniid. ad stoïc. PhilosD- 
ptor. , lib. /, diisert. XI , pag. m. 654. 



Aristocreon qnulem Chrysippi dii- 
cipulus et fumiliaris , œreaiti imagi- 
neni in coluinnd poiiens , hos elegos 
inscripsit , 



CHRYSIS. ,8à 

fut entièrement brûlé. Elle avait 
mis une lampe trop proche des 
orne«iens sacrés ; ils s'allumèrent 
et comme elle dormait si profon- 



ITunc acatlrmiacos solUum discindere nexux * ^ 

Chrysippum. juvenem ponit Aristocreon dcfnent qu'clIc HC s'évciUa pomt 

assez tôt pour prévenir les suites 

(X) Il auait accepté la bourgeoisie j^ ^et accident , le feu consuma 

a yltnenes : la critique de 1^ lu- . 4.1, \ , \ 1^ 1 

tarque Ih-dessus me parait trop ri- ^^"^ '^ tcinplc (a). Queiques-uns 

goureuse.} (t Antinater , au livre de disent qu'elle périt elle-même ail 

- la dissension d entre Cleanthes et milieu des flammes (A) • mais 

Chrysippus, escrit que Zenon et d'autres assurent qu'elle se sauva 

LIcantues ne voulurent onc estre , p,,,- . , .^ , ^^ _,,, 

faits citoyens d'Athènes, de peur ^ fnliunte la nuit même (B). Elle 

qu'il ne semblast qu'ils fissent tort eut raison de craindre le ressen- 

et injure à leur propre pais. Or, timent des Argiens ; car au lieu 

si ceux-là firent bien , il n'y a que J„ i„ ^„,>„«1^„ .i, " - * 

, • ri ■> » 1 r 1 oe la rappeler 1 s créèrent une 

tenir que Chrysippus n ait mal fait ^^ _ . ' , 

en se faisant enrôler et immatricu- ^Utre prêtresse (b). Cette dignité 

1er au nombre des citoyens d'Athè- était parmi eux très-considérable: 

nés : toulesfois je ne me veux point elle était la rèffle de leurs dates 

arresfer à le discourir plus avant _* j_ i„„„ ^iT i ■ / \ n t. 

.1 • ' u- j' et de leur clirono oefie (c). Cet 

pour ceste heure, mais bien dis- . ,. . " 6 ' ^^J- ^^^ 

je , qu'il y a une grande et mer- mcendie arriva la neuvième 

veilleuse répugnance en leurs faits, année de la guerre du Pélopon- 

de conserver à leur pais le nom nèse (C). 

tout nud de patrie, et cependant c • 1. t ' • ^ tpp i- 

lui oster la présence de leurs per- ^^'"^ Jérôme , dans son I . h- 

sonnes et de leurs vies , en s'en al- Vre contre Jovinien (d) , a ob- 

lant ailleurs demeurer si loin en serve que notre Chrvsis, prêtres- 

estrange terre : qui est tout ne plus ^e de Junou , était vierge. C'està 

ne moins que si quelqu un laissant . tvt • it- • 1 

et abandonnant sa femme légitime ^'^^^ «ï"^ Marianus Yictonus dans 

s'en alloit habiter avec une autre , ses notes sur cet endroit-là dé- 

qu'il couchast ordinairement avec bite que ce père parle de Chry- 

elle , et lu, tist des enfans , sans que ggis qu'Acamemnon enleva, 
toutestois il la voulust épouser , ne 1 a 



passer contract de mariage, de 
peur qu'il ne fist tort et injure à sa 
pri'mière(i34).'> Chacun peut voir 
pie Plutarque nous donne là un pa- 
rallèle entre deux choses qui ne se 



{a) Tliucydides, lih. IF , sub fin. 
(Jb) Nommée Phaëinis. Tliucydid., lib. IV . 
(fi Josua Bariiesius, in Vilâ Euripid. pag. 
'J. Voyez la remarque (G). 

((/) Hioronvm. , advei'sus Jovioianutn , lib. 
498. 



ressemblent point. Le ménagement J , pa^ 

de Zenon et de Cléanthe pour leur 

patrie était dans le fond une honnê- (A) Quelques-uns disent quelle 

tcté qui était reçue comme telle ; mais périt au milieu des flammes. "^ 

le ménagement du mari à quoi le Non-seulement Arnohe l'assure, mais 



censeur la compare ne passera Jamais 
que pour une moquerie 



il en tire un argument contre le» 
païens. Ubi Jiino regina , dit-il (i), 
cum inclytum ejus fanum sacenloteni- 
qiie Chrysidem eadem uis flamjnœ 
Argi\>â in ciuitate deleret ? Clément 
d'Alexandiie lui avait fourni tout cela, 
le fait et la conséquence (a). Il n'y 
CHRYSIS, prêtresse de Junon avoit guère de jugement à se servir 
à Areos, fut cause par sa néeli- , , . , ,, .,, 

O ' , . i^j 1 J'° {i) f^rnoh., l.b. FI , pag. m. io^. 

geace que le temple de la déesse ;,; ciem. Aleîaadr. , ,n Prouept. , pfl.ç. 31. 



(i33) Plut. , de Repugn. stoïc. , init. , pag. 
jo33, D. 

(i34) Idem, ibidem, pag. io34 , version 
(i'Amyot. 



i84 Christine: cicchus. 

d'une telle preuve contre les dieux rum temporum numerare. At illa 

des païens 5 car outre que Lucrèce se qukm per quinquaginta {*) sex an- 

sert d'une raison toute semblable nos suo fungeretur offîcio , tum de- 

pour ruiner en géne'ral le culte des nium lucernd negligènler ad corollas 

dieux, ne pouvait-on pas rétorquer la positd, templum incendia conjlagra- 

question d'Arnobe sur lui-même ? Ne v'it{^). Iln'y a personne qui ne juge en 

lui pouvait-on pas demander où était voyant le lieu où M. Barnes a placé 

le dieu d'Israël , lorsque le roi de Ba- la citation de Thucydide , que cet 

bylone pillait et brûlait le temple de ancien historien nous apprend que 

Salomon ? Je ne sais à quoi les pères Chrysis était dans la 56"^. année de sa 

songeaient dans quelques>uns de leurs prêtrise quand le feu consuma le tem- 

argumens contre les gentils. pie; et néanmoins Thucydide ne par- 

(B) D'autres assurent qu'elle le point de cela : il dit seulement 

se sauva a Phliunte la nuit même.] qu'il y avait alors huit ans et six mois 
Puisque Thucydide , qui vivait en que la guerre du Péloponnèse était 
ce temps-là, assuie ce fait (3) , il y commencée. Si quelqu'un voulait 
a bien de l'apparence qu'il est vérita- faire là-dessus un procès à M. Barnes , 
ble, et qu'ainsi Arnobe a fondé sur il serait un chicaneur; car si l'on est 
un mensonge une très-mauvaise ob- une fois certain que Chrysis fut éta- 
jection*. Pausanias (4) conte que cette blie prêtresse l'an 3 de la 75*. olym- 
prêtresse se réfugia à Tégée à l'autel piade , on a quelque droit de se fon- 
de Minerve, et que les Argiens par der sur l'autorité de Thucydide pour 
respect pour cet asile, ne demandé- soutenir que cette femme était dans 
rent pas qu'on la leur livrât(5). Ils la 56«. année de sa prêtrise, plus ou 
conservèrent même sa statue , car moins, lorsque le temple fut brûlé , 
on la voyait encore du temps de Pau- puisque Thucydide remarque que cet 
sanias à l'entrée de ce même temple incendie arriva l'an 9 de la guerre du 
qui avait été brûlé (6). Péloponnèse (9) . Il y a plus ; c'est que 

(C) Cet incendie arrii/a la neuvième Thucydide, dans un endroit que 

année de la guerre du Péloponnèse.] ^' Barnes ne cite pas (10) , remarque 

C'est Thucydide qui l'assure (7). Le 9"^ 'a guerre du Péloponnèse com- 

savant homme à qui le public est re- mença l'an 48 de la prêtrise de Chry- 

devable de l'édition d'Euripide faite *i*- 1' fst vrai que cela prouve que 

en Angleterre l'an ifigi , nous ap- cette prêtresse était dans la 5^*. an- 

prend que Chrysis fut établie prê- née de sa charge au temps de l'incen- 

tresse de Junon à Argos l'an 3 de la <^ie , et non pas dans la 56*^. . comme 

75*. olympiade , et qu'il y avait cin- M. d'Ablancourt (i i) et M. Barnes 

quante-six ans qu'elle exerçait cette ^ assurent, 
charge lorsque le temple fut brûlé. 



Voici ses paroles et sa citation : Argis 

Îuidem hoc anno Chrysis sacerdos 
unonis constituitur , ex cujus sacer- 
dotio mes erat Arg\\is periochas suo- 

(3) Tbucyd., lib. IF, sub.ftn. 

* L'autenr des Observations critiques insérées 
clans la Bibliothèque française , XXIX, 194, 
remarque que l'objectioa d'Arnobe ne porte 



(*) Thucyd. , lib. IV, in ipso fine, folio 164. 

Vide Joh. Meursii Archont. Alben., /. m, c. 6. 

(8) Josua Barnesias , in Vilâ Enripidis, 

Cp) C'est-à-dire , la deuxième année ou en- 
viron de la 8q*. olympiade. 

(10) Lib. II , inilio pag. m. gg. 

(11) Dans la traduction de Thucydide. 

CHRISTINE , reine de Suè- 



poinl sur un mensonge. Cette objection est Jc , lHOrte à Rome le IQ d'avril 
fondée sur le Tait de lembrasement du temple „„ o x »j^ >*••>•'* 
de Junon, ^u'Arnobe regarde comme une preuve IDDÛ. ChercheZ SuÈDE '''• 
-que cette déesse n^araitpas le pouvoir de garan- 
tir des flammes un lieu consacré à son culte; * Bayle n'a pas donné cet article, 
ce qui est vrai indépendamment du sort de la 

prêtress... Joly renvoie au, AfeWre. de Tré- CICCHUS (fl) , natif d'AsColi 

vaux, mai 1730, qui contiennent, article 56, t 1* \ /" ' 

vue jipologie d'Arnobe, calomnie' en plusieurs en Italie, paSSa pOUl" UU autCUf 
endroits du Dictionnaire de M. Bajle. 

(4) Paosaq. , lib. II , pag. 5g. (a) // est nommé Cicctius de Ksculo ou Es- 

<5) Idem , lib. III, pag. 86. culaDus, ou jEsculanus , ou Âsculaniis. Quel- 

(6) Idem, Ub. II, pag. 60. çues uns au lieu de Cicchu» (lisent Cichus ou 

<7) Ttucjd., lib. JV, sut fin. Cliicus. 



CICCHUS. 



i8{ 



qui s*amusait aux superstitions 
magiques. Il n'est pas certain 
qu'il s'attribue un esprit familier. 
Son commentaire sur la Sphère 
de Sacrobosco fut imprimé à Ve- 
nise l'an 149^)- J<^ rapporterai le 
jugement que Gabriel Naudé a 
fait de lui (A). 

Il le fait vivre en l'an i Sac (^), 
du temps de Garbo qui était un 
médecin de Florence, qui le dé- 
nonça comme m.agicien aux in- 
quisiteurs par arrêt desquels il 
Jfut brûlé vif. Il ajoute qu'il a vu 
son procès à Rome dans la biblio- 
thèque du chevalier del Pozzo , 
et que c était un drôle qui faisait 
le magicien , et qui a fait une 
Physique en rimes italiennes. 

L'auteur du Turco-Papismus 
s'est lourdement abusé , lorsqu'il 
l'a fait vivre sous le pontificat de 
Paul m (B). Il y a près de deux 
siècles entre la mort de cet as- 
trologue et l'installation de ce pa- 
pe, sî nous voulons suivre M. l'ab- 
bé Crescimbéni , qui dit que 
Cecco d'Ascoli fut brûlé à Flo- 
rence le 16 de septembre iZi'j 
{c). Sur ce pied-là , je devais dire 
qu'il a vécu, non vers la fin du 
XV'. siècle, mais vers le com- 
mencement du XIV. Il ne faut 
pas que j'oublie qu'on lui donne 
une assez bonne figure parmi les 



Le seul commentaire que nous 
avons de Cliicus iEsciilunus sur la 
Sphère de Sacrobusfo monstre assez 
qu'il n'e'toit pas seulcracnf super- 
stitieux , comme l'appelle Deirio 
(3) , mais qu'il avoit aussi la teste 
mal timbrée, s'eslant estudié d'ob- 
server trois choses en icelui (pii ne 
peuvent moins faire que de descou- 
vrir sa folie : la première , d'inter- 
préter le livre de Sacrobusto sui- 
vant le sens des astrologues , nccro- 
mantiens , et chiroscopistes : la 
seconde , de citer un grand nombre 
d'auteurs falsifiez, et remplis de 
vieux contes et badineries, comme 
poin* exemple Salomon de umhris 
idearum , Hipparchus de rincuto 
spiritUs , de ministerio naturœ , de 
Hierarchiis spirituum; Apollonius 
de Arte magicd , Zoroastre de Do- 
minio quartnrum octartv spherœ , 
Hippocrate de stellarain aspectibus 
seciindlim lunam, Astafon de mi- 
neratibus conslellatis , et beaucoup 
d'autres semblables : et la troisième, 
de se servir fort souvent de:, révéla- 
tions d'un esprit nommé Floron {*'), 
qu'il disoit estre de l'ordre des ché- 
rubins, et qu'estant une fois entre 
autres interrogé ce que c'estoit que 
les taches de la lune, il respondit 
briefvement , ut terra terra est. 
Mais outre qu'il ne s'attribue cet 
esprit en aucun endroit dudit com- 
mentaire , il est encore facile de 
juger que cette narration est sem- 
blable à ce que dit Pline (*') du 
grammairien Appion , qui évo({ua 
le diable pour savoir de quel pais 
estoit Homère. » Léon Allatius rap- 
porte plus amplement la réponse de 
ce Floron : Patrum nostroriim memo- 
T~ia (3), dit-il (/|), Cichus yisculanus 



poètes italiens. On a imprimé Commentar.deSphœrd, cap. ^ , tra 
quelques-unes des poésies qu'il dit Floron spirilum naturœ nolilissi- 
^.^T^T>^:.o o^ ^«t«/> l«^.„,« rr\ mce ex cherubinicd hierarchid quœ- 

rentiquœ essetUla umbra quœ in lunâ 



composa en cette langue (C). 
Quelqu'un a dit qu'il était meil- 
leur astrologue que poète {d). 

{h) Naudaeana, pag. ^1 , édition de Paris. 

[c] Giovanai Mario de' Crescimbéni, Isto- 
ria délia volgar poesia , pag. ^7 ef 262. 

(d) Leaadru Alberti, Descrit. di lutta l'I- 
talia , /olio m. 267. 

(A) Je rapporterai le jugement que 
Gabriel IVaudé a fait de lui (i).] 

Ci) Apologie des grands HoQunc* , shap» 
XIII , pag. m. 344* 



conspiceretur , tradit rcspondisse , ut 
terra terra est, sic idea humiditatum 
est lerra ; si totam umbram habueris , 
te non decipiet sicut umbra. Bursum- 
que, ab alio de Christo inlerrogalurn 

(i) Disijuisil. , lib. I , enp. III. 
(*') Cap. 4, Sph. 
(*') Lib. 1, cap. 3o. 

(3) Ce n'est pas bien savoir le temps o'tt îl d 
vécu. 

(4) AUatiai , de Pâtriâ Hoiaeri , pag. 3 et 4. 



iî56 



CICONIA. 



dixisse, carnem siimpsit humanam, CTCONIÂ (FlaMI\IUS) , natif 

'7RrA'^T'*fT''"''p'"'- "''''■''• de Vicence en Italie, était un 

(li) L auteur au lurcoï'apismMS... , , ., , ' 

l'a fait vwre sous le pontificat de ^^sez bon philosophe vers la fin 

Paulin.'] Il met ce pape entre ceux du XVP. siècle. Je ne doute pas 

qni ont cte adonnes à la magie, et il q„e son nom en italien ne fût 



im- 
an 



Im reproche , comme une preuve de i->- /->• ti c. • 

^ ''.II- iiA I • Licoffna ,oi\ Lisrosna. 11 ht ii 

cela, son etroilenaisonavecl Asculani, . ^ ' o.o 

magicien insigne (5) : Paulum ter- pnmer un livre a Vicence L 

tiuvi cum Cecio Aiculano , magiœ et 1 5g ». (A). M. Konig ne connais— 

necromantiœ insigmter perilo , ma- sait pas cette édition (a). Il y a 
irnam famdiarilatem hahuisse testan- en r-i 

y,„. 7,,-;„,.- ,f^ Cl ■ 1 p ,1 eu un ôtrozzi Ligogna , erentil- 

fi(r//(i/or((T (^'^j. bleulan, 1 un des deux . . . i < , • 

auteurs qu'il cile, ne peut pas être "omme vicentin , théologien , 

accuse de celle faute. Voici ses paroles ; philosophe et docteur en droit, 

il les tire d'un libelle qni avait paru et nonce de la cité de Vicence. 

contre ce pape. An non lurpissimum /-•„ „ . i .-. j-i j 

»c* t^ ,.«„ /^,L .^, j. / ; , '-'G sont les titres qu il se donne 

f.st te penaere lotum ab astroLogis et , , a t, ^ vi i ' 

necromanticis ? Negati factum non « '^ tele d un ouvrage qu il de- 

poteit : nain et humorilus illos et fa- dia au doge de Venise et au con- 

cMltatibus atque donis ampUJicdsti , seil des Dix, le i6 de iuillet 

Cecium , JiJarceUum , GaujicumLu- ^r- ^ /p\ 



sitanum , et altos (G). C'est-à-dire, 
.•îelon la version française, imprimée 
chezCrespin (7 ): « N'est-ce point une 
:' chose deshonnesie, que tu dépens du 
-•> tout des aslroioaiens et necroman- 
» ciens? Cela ne ss peut nier : car tu 



i6o5 (B). 

(a) Il dit que Cicooia piihlia Quaesliones 
nalurales l'an it>o3. 

(A) Il fit imprimer un Hure a li- 
cence l'an 1592. ] C'est un in-4''. de 



» les as avancez en honneurs, biens et 80 feuillets , intitule, Quœsliones na- 
- pvesens ; à savoir, Cecius, Marceau, un-ales in quibus juxta Aristotelis 
-■' Gaunce Porlugalois , et autres- >' principia mulla dUigenter pertrac- 
Meidan dit bien qu'un Cecius avait tantur , et summd facilitate dispu- 
cu pari aux bonnes gr:1ces de Paul III, tantur contra Roberlum Juuenaten- 
inais il ne le surnomme point Ascu- sem. J'ai un livre qui fut imprimé à 
/rt«us; et ainsi il se peut lirer d'aflaire. Venise l'an i585 et qui a pour titre , 
S il avait eu une semblable précaution Quœstiones très R. P. Domini Ho- 
quant à Gauric, on ne lui pourrait noratide Roherùs Juuenatiensis, Con- 
j>as reprocher la faute d'avoir donné gregalionis Lateranensis , Canonico- 
liour ])atne le Portugal à un Italien, "rum Regularium Sancti Augustini. 
(C) On a imprimé quelques-unes des Voilà les noms et les qualités de l'au- 
poésies qu'il composa en langue ita- tgur que Ciconia réfute. Il en attaque 
henné.'] Son pocme délia naturadeW- par-ci par-là quelques autres , Aver- 
Vniverso fot imprimé la première ,-oès , Pomponace , Zimara. Aujour- 
lois l'an i4;8, avec le commentaire d'hui toutes ces sortes de livres sont 
d'un anonjme; cl puis l'an 1 5 16, et Jg la monnaie au billon. 

enfin l'an i552 , in -8". (8). L'abbé (K) STROZZI CIGOGNA 

dédia un ouvrage au doge et au conseil 

des Dix en i6o5.] Il est intitulé, 

Del Palagio de gl' Incanti , et délie 

gran merauiglie de gli Spiriti , et di 

lutta la natura loro. L'édition dont je 

(5) Sntlivlns, m Turco-Paplsmo , W. /, cap. me Sers est de Bresce , appresso Co- 

mino Presegni , i6o5, in-8'\ Le Cata- 
logue d'OxIord marque une édition 
de Vicence in-4'', faite aussi en i6o5 
(i). Cet ouvrage fut imprimé en latin 
l'année suivante , à Cologne , in-8°. , 

(i) Konig ne marque tjue l'e'dition de 1617, 



Crescimbeni, qui m'apprend cela , dit 
ailleurs (9) , que Vopera intitolata , 
/'Acerba di maestro Cecco tlAscoh 
astrologo del duca di Calavria a vu 
le jour 



668, ad 



rill,pag. 55 

(*) SIeidan et Verger. 

(6)Sleidan. , Ub. XXI, pag. m 
pr.n. 1549. 

(7) Fijlio B-Q verso. 

(8) Crescimbeni , Istoria délia volgar Poesia , 

<9) J,h même , pag. 4:. 



CIÉCA. CYGNE. CIMON. 



187 



sons le titre de Magiœ Tlieatrum de 
Spiriluum et Incantntionum nntiird. 
L auteur de cette version s'appelle 
Gaspar Ens. 

CIÉÇA, auteur espagnol d'u- 
ne histoire du Pérou. Cherchez 
Léox , tome IX. 

CYGNE (Martin du), jésuite, 
a passé pour le p!us fameux rhé- 
teur du XVIP. siècle. Il fit im- 
primer en i66i une analyse des 
Oraisons de Cicéron qui a été 
réimprimée plusieurs fois et nom- 
mément à Paris en 1704. Il a 
laissé outre cela une poétique , 
un art historique , et une rhéto- 
rique. Il mourut à Ypres , l'an 

i669(«)*. 

(a) Tiré des Mémoires de Tre'voux , Juil- 
let 1704, art. Xcr. 

* Joly , qui a eu la prétention de complé- 
ter cet article posthume, donne le titre de 
cinq ouvrages de du Cygne; mais il indique 
un /4rs rfielorica et VÈxplanatio r/icloricœ , 
comme deux ouvraijcs, tandis que c'est le 
même ouvrage sous deux titres. Paquol, 
dans ses Mémoires pour servir à l'iiisloirc lit- 
téraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, 
tome III , in-folio , pag. aSg- 2^4 . '"^ donné 
i:n long article à du Cygne. Paquol ne cite 
comme source que Sotuel , qui n'a guè- 
re consacré à son confrère qu'une demi-co- 
lonne de sa Stbliot/ieca scriptoriim societatis 
Jesu , et qui ne parle que de quatre ouvrages. 
Paquot en mentionne liuit , et remarque que 
VExplanatio rheturicœ n'est qu'une nouvelle 
édition de V^irs rhetorica. 

CIMON , fils de ce Miltiade 
qui vainquit les Perses à la fa- 
meuse journée de Marathon , 
fut l'un des meilleurs généraux 
de la république d'Athènes. Il y 
a des historiens qui content 
qu'il fut mis dans la prison où 
Miltiade était mort , et qu'il 
n'en sortit qu'en payant l'a- 
mende à quoi le défunt .avait été 
condamné , et qu'il n'eut point 
eu le moyen de la payer , si 
Elpinice sa sœur et sa femme 



n'eût épousé Callias (A). D'au- 
tres disent qu'il sacrifia volon- 
tairement sa liberté à la per- 
mission d'enterrer son père (R). 
On ne réfuterait pas bien cette 
dernière opinion , en disant qu'il 
fut décrié pour ses débauches 
pendant sa jeunesse (C) ; car ceux 
mêmes qui l'ont blâmé demeu- 
rent d'accord que son naturel 
était franc et tout-à-fait géné- 
reux {a). On a lieu de croire que 
dans sa jeunesse il ne fut pas dé- 
pourvu , comme quelques-uns 
le disent {b) , ni des avantages 
de l'instruction , ni des talens de 
l'esprit. J'aurai plusieurs choses 
à dire sur son mariage avec sa 
sœur (D). Il se signala à la ba- 
taille de Salamine (c) , et il se ren- 
dit si agréable aux Athéniens 
qu'il s'avança promptement aux 
plus belles charges. Si d'un côté 
son mérite lui fut favorable, il 
trouva de l'autre un puissant ap- 
pui dans l'envie que l'on portait 
à la gloire de Thémistocle , trop 
accrédité depuis long-temps (E), 
pour ne point faire souhaiter 
qu'un autre se mît en train de 
le supplanter. L'honnêteté de 
Cimon , et le bon ordre qu'il éta- 
blit parmi les troupes athénien- 
nes qu'il commandait sous Pau- 
sanias , général de tout les Grecs, 
homme fier et rude , contribuè- 
rent beaucoup à ôter à Lacédé- 
mone la supériorité qu'elle avait 
sur toute la Grèce , et à la don- 
ner aux Athéniens. Tous les al- 
liés se mirent sous sa conduite 
pour assiéger dans Byzance Pau- 
sanias(rf) , dont ils ne pouvaient 

(rt) l'oyez la remarque \C) , citation (l8) 
{h) Voyez la remarque (C). 

(c) Plut. , in Vitâ Cimonis , pag. l\9l ■ 

(d) fis ne purent point le prendre; il s'é- 



ï88 CIMON. 

plus souffrir les mauvais dépor- Perses (/). Il fut ensuite atta- 
temens , et ensuite pour attaquer quer les quatre-vingts voiles phé- 
îes Perses dans une ville de niciennes qui devaient joindre la 
Thrace (e) sur la rivière de Stry- flotte de ce monarque , et les 
mon. Ils les battirent sur cette vainquit si pleinement qu'il ne 
rivière , après quoi ils firent une s'en sauva aucune. Le traité de 
descente dans le pays , et blo- paix qui fut le fruit de tant de 
quèrent tellement la ville que le victoires mortifia cruellement 
gouverneur, désespérant de la l'ennemi (H). Les exploits de 
sauver, y mit le feu. Cimon se Cimon depuis cette paix , furent 
rendit maître quelque temps de vaincre les Thraces et les ha- 
après de l'île de Scyros (F) , bilans de l'île de Thasos ; mais 
d'oii il fit porter à Athènes les os parce que ces victoires lui of- 
de Thésée. Les exploits qu'il fit fraient une occasion favorable , 
depuis ce temps-là sont bien plus dont il ne se servit pas, d'oc- 
considérables. Il ne se contenta cuper une partie de la Macé- 
point d'ôter aux Perses tout ce doine , on l'accusa de s'être laissé 
qu ils avaient dans le pays grec , corrompre par les présens du roi 
il les poursuivit à la chaude dans Alexandre. Il se justifia , et fut 
leur pays, et sans leur donner absous à pur et à plein. Il ne 
le tempsdese reconnaître. Quand lui fut pas si facile de conjurer 
il fallait se servir des armes, il les une autre tempête qui s'éleva 
employait à subjuguer ; mais , si contre lui ; car il ne put éviter 
les intrigues lui paraissaient plus le bannissement de l'ostracisme. 
à propos , il se servait de cette II s'était rendu odieux par l'af- 
voie pour gagner des villes en fection qu'il portait aux Lacédé- 
les portant à la rébellion. Il fit moniens, et par son opposition 
tout cela avec un succès si ad- au crédit du peuple. Il aimait 
mirable, qu'on ne vit paraître mieux que l'autorité fût entre les 
aucunes troupes du roi de Perse mains des notables , qu'à la dis- 
dans les pays situés entre l'Ionie crétion de la multitude. Cela lui 
et la Pamphylie. Ayant su que fit beaucoup d'ennemis , qui non- 
la flotte de ce monarque osait se seulement le chassèrent de la 
jnontrer sur la côte de Pamphy- ville, maisqui empêchèrent aussi 
lie , il partit du port de Cnide qu'il ne servît dans l'armée athé- 
avec deux cents galères, et, après nienne contre les Lacédémoniens. 
avoir subjugué les Phasélites , il H s'y était transporté pendant 
attaqua cette flotte et la ruina son bannissement pour y cora- 
proche l'embouchure de l'Eury- battre comme volontaire, et il 
Tnédon (G); et le jour même il fallut qu'il se retirât, à cause 
fit débarquer ses troupes , et des plaintes de ses ennemis. La 
battit l'armée de terre du roi des bataille que les Athéniens per- 
dirent proche de Tanagre dans 



f>ada secrètement. Plutarch. , in Vitâ Cimo- 
nis , pag. \i3 . C. Voyez f article ClÉONICE, 
remarque (A. ) dans ce volume. 

(e) Nommée Eione. Voyez la remarque (B) 
de Carticle AsÉsiPOLis , tome I, pag. 264. 



if) Il se servit d'un stratagème qui fut 
heureux , et qui est décrit par Diodore d» 
Sicile, lib. XI, cap. LXI , ad Olymp.'jj, U 
Jil habiller ses soldats à la persienne. 



CI MON. 189 

cette guerre, les oblicreaàle rap- position; maïs Elpinice déclara quMle 

, "^ • • 1 • J„ -, ne soiifli irait point (iiie le his de iMil- 

peler : sou princii^al soin depui. ^^^^^^ „,ourùt en prison , et que puis- 

son retour fut de rétablir la paix, qu'elle pouvait IViupècher en epou- 

et il y réussit (I); mais voyant sant Cailiys , elle le ferait. Ce fut le 

qu'ils ne songeaient qu'à la guerre denoûment de railaire .- Cimon re- 

\ ■ P \. 1 „,„.,„ couvra la liberté par le nianase d Ll- 

et craignant que cette humeur ^.^^^^ ^.^ ^^^^. f^^ ^ ^^^^^^ ^ ^^. ^^^ 

belliqueuse, si elle n était em- passait point pour chaste (3) ; j'en ai 

ployée contre les barbares, n'exci- parle à un autre endroit (4 : elle ne 

tàt du trouble parmi les Grecs , refusa rien à un peintre; c'était Polig- 

., , . \ i^ ._ notus : je ne sais pas s il lui témoigna 

il prépara toutes choses pour sa reconnaissance autrement que par 

attaquer 1 ile deCypre et 1 Egyp le portrait de Laodice. Pour entendre 

te. Il gagna une bataille navale ceci, vous devez savoir que Polig- 

contre les Perses sur les côtes de °otus , ayant à peindre les dames 

T^ 11- . VI f». • ♦ troyenncs , peignit Laodice toute 

Pamphylie,et s il ne fut point semblable à Elpinice (5). Notez qu'Hé- 

mort au siège de Citium , dans rodote , parlant du procès d^ JIil- 

l'île de Cypre , on croit qu'il eût tiade (6) , ne dit rien ni de la prison 

subjugué toute l'Égvpte (g). Sa î^" .P"*^ "' ^^ '•■» P'^son du Ills et qu'il 

,., .' Y-.' 1 1 1 1 insinue clairement (lue Miitiude ne fut 

libéralité envers tout le monde, ^^-^^^ emprisonné. Ce grand homme 

et sa charité envers les pauvres , fit une chute au siège de Paros , et se 

étaient admirables (h) , comme blessa à la cuisse , et à cause de cela 

on le peut voir dans le Moréri. '' "^ put repondre lui-même à l'accu- 

c ■ 1 ^ I • ,. 1 11 . sation : sa blessure le retenait au ht : 

Suidas lui attribue un excellent „„ ,^ condamna à une amende de 

livre sur la méthode de connaî- cinquante taiens; et comme il mourut 

tre les chevaux (i). peu après de la pouriture de sa cuisse, 

ce fut son fils Cimon cpii paya Pa- 

(g) TireV/e Plutarque, in Vitâ Cimonis. mende. Voilà le narré d'Hérodote. Il 

(h) Voyez Cornélius Népos, in Vitâ Cimo- y manque une circonstance que Pla- 

nLs, cap. IV ; Cicéron , de Officiis /i^. It , jq,, ^^^^ apprendra. Le décret portait 

cap. xrirr Pl^i,r<i.e in V.ta C.mon.s. Miltiade Serait mis dans le cachot : 

pas'. 404 : Atlienee , liv. XII , paff. Mi , ci- ^ . .. , j. , . . ,' 

tant le h. Hure de Theopompe '"^'f •^'^"^ sentence ne fut pomt exe- 

(.rE^f*4«v;TTo.-xoT.xiv/S.fAicy9^.y.i- *="*^'^ -■ ]^ collège des prytaness^y 

„ov. AdZrahilem hbrun, de cognoscendis opposa. M,XT,=c<f>.v .T. T.v 3V M:tp*6a,v, 

eçiiis agentem scripsil. buuias , in T^iuûiv. < • r i ^ ' ^ '-r '^' "•-^' 

' «( |M« dix Tov ^puTaviy , iVi7ri(riy ctv. 

(A) lira des historiens qui disent ^'^Jdliadem i'er6fjia imWarathonepug ■ 

au' a fut mis dans la prison oii MU- nai^n , incarcéra baralhrumdetruderer 

tiade était mort , et (lu il n'en sor- decret^erunt , ac nisi obstitisset magis- 

tit , etc....] Cornélius Népos a suivi ce tratus , procul dubio incidisset (7) il est 

sentiment : Quiim pater ejus , dit-il étrange que si la chose s'est ainsi pas- 

(i) , lilem (cstimatam populo soh'ere. «ée, Cornélius Népos la raconte comme 

nonpotuisset , ob eamque causiim in ^o"* venez de voir : et voici ce qu'il 

t'inculis publicis decessisset , Cimon » dit dans la Vie de Mii tiade : Ilanc 

cddem custodid tenebatur , neque le- pecuniam quijd soh'ere non poterat , 

gibus atheniensibus emilti poterat, '« v'incnla publica conjectus est, ibi- 

nisi pecuniam , e/ud pater viulctatus que diem obiit iM/^/ewuw. J'alléguerai 

erat , soli'isset. Callias , ajoute-t-il , dans la remarque suivante quelques 
personnage mieux fourni d'argent que , ^ t r j . 1 - il . cj i-^i 

t, , , , . , " K (j) J ail modo cuslodia liberafus. M.,ibiJ. 

de noblesse, souhaita de se marier <:,) piu,. , .„ Cimone, p«^. 480, F. 

avec Elpinice , et offrit le paiement (4^ p„„, Vartide de PiMci.ks , remar.ju, 

des dettes de Cimon , si l'on voulait (N). 

la lui accorder. Cimon rejeta la pro- (5 Plm., in Cimone, /joy. .'',80, F. 

(G; Herodot. , l,b. ri , cap. CXXXr/. 
(i) Cornet. Nepos , in Vilâ Cimonis , init. (',) Pl»!o , in Oorgià , pag. m. 35^ . B. 



igo CIMON. 

auteurs qui soutiennent que WiUiade dans les recueils de Valèie Maxime ; 
mourut en prison. mais voici une autorite de plus grand 

{J&).... D'autres disent qu'il sacrifia poids. Grfl?rt chicem constituant Ci- 
volontairement sa liberté ci la per- monem y/the/iiensem , filiuin Mil- 
mission d'enterrer son père. ] Cette tiadis , quo duce apud Marathonem 
action était si belle, que je m'étonne pugnatumest,jufenem,cujus magni- 
que Plutarque n'en ail rien dit, lui qui tudinem' futui\nn pietatis documenta 
a suivi l'opinion de ceux qui assurent prodiderunt. Quippe patrein ob cri- 
que Miltiade mourut en [)risou (8). 11 nien peculatiis in carcerem conjectum, 
paraît par les controverses de Séné- ibique defunctum , translatis in se 
que (9) , que Miltiade emprisonné, et i'inculis ad sepulturam redemit (i3). 
Cimoii rais à sa place , servaient de (C) Il fut dtcrie pour ses débauches 
thèmes aux déclamations des rhéteurs, pendant sa jeunesse. J Non seulement 
Voyez aussi Valére Maxime , qui ra- ou l'accusait de stupidité , mais aussi 
conte que les habitans d'Athènes con- de dissolution et d'ivrognei'ie , et de 
traignirent Miltiade à expirer sous coucher avec sa sœur (i4)> Ka-jcâs 

les fers, et qu'ils ne permirent qu'on yin-auiv , œc aTstKToç kcli TroxuTrlt'rnç 

l'enterrât (ju'à condition que son fils vîoi û-i M'riav iTXi7rXïta-Ki.^iiv t^ à.S'iXifK. 
irait en prison. Benè egissent yithe- Malè audii^it ex lusiris et tdnolen- 
nienses cum Miltiade , si euni post tia.... adolescentia ejus famosa fuit 
trecenta millia Persarum Maratlwne quasi sorori suœ illuderet (i5). Voilà 
devicta , in exilium protiniis misis- de grands défauts de cœur et d'esprit. 
sent , ac non in carcere et vinculis II est raisonnable de croire qu'il y 
niori coégissent. Sed ut puto , hacte- avait de la calomnie dans la première 
niis sœuire advershs optimè nieritum accusation ; car il fit paraître tant 
abundè non duxerunt. Imo ne corpus d'habileté depuis son avancement 
quideni ejus , sic cxpirare coacti , se- aux cliarges , qu'il n'y a nulle appa- 
piillurœ priiis mandari passi sunt , rence qu'il ait jamais été niais et 
qutini Jilius ejus C'imon cisdem vin- sot. J'avoue que certains esprits pe- 
culis se constringendum traderet. sans se développent peu à peu , et 
I/anc hœreditatem paternam maximi qu ils deviennent habiles par l'usa{;e 
ducis filius , et futur us ipse œtatis des affaires , mais prenez-y garde, ce 
suœdux maxinius ,solam se sortitum, sont des esprits qui dans le temps 
catenas scdicet et carcerem , gloriari même de leur pesanteur agissent avec 
potuit (10). Dans le chapitre suivant il jugement , et s'ils n'ont point de vi- 
marque en termes formels que Cimon vacité, ils ont du bon sens, et ils ne 
au prix de sa liberté acheta volontai- méritent rien moins que le blâme de 
rement la permission d'enterrer son stupides et de bêtes. Tenons-nous en 
père : JVe te quideui Cimon silentio donc pour le pis-aller, au témoignage 
involvam, qui patri tuo sepulturnin de Stésimbrotus : c'était un homme 
roliintariis vtnculis emere non ditbi- à peu près contemporain (16): or 
tdsti (11). Je ne ferais pas grand cas qu'a-t il dit de notre Simon? c'est 
du témoignage de cet auteur, si je ne H^ en sa jeunesse il n'apprit ni la mu- 
le voyais confirmé par un historien; sique, ni aucune des autres choses 
car quand même personne n'eût dit M" o" faisait apprendre parmi les 
cela que les rhéteurs de Sénè(|ue (12) , Grecs à ceux à qui l'on donnait une 
nous n'eussions pas laissé de le voir bonne éducation (17) , c'est qu'il n'a- 
vait pas cette gentillesse et ces agré- 
(8) 'ETiMÙTiitriv êv tÔù é'i^/xoDTiifia. mtns de langage qui étaient propres 
Piein stmm obiit in carcere. PluUrcli. , in Viiâ aux Athéniens , et que Sa candeu)' et sa 
Oimon fag. 48° , D. générosité sentaient plutôt le Pélopon- 

X\k^°ras. m'V^r '"'■' ' ""'''"'"'• nése que rAttique. T^' t^^^ ttoxÙ -ri 

(lo)'valer. Maxim., Ub. V , cap. III, num. >« VV^^OV X«i aA«5s{lvi/7r«/!;t«'V, "ai/zâ/.Aoy 
3, "'. ,p«S. m. 460, 461. 

(,,\ / j. „ t. j „ rv . (i.Sl Justin. , lih. II, siib fin. 

{Il) Idem, ibid. , cap. IK , num. 2, ext. , \ / ... ' „. ' , 

pag. 47H. {'-V rlut. , ta Ciinoae, ptig. 4S0. 

(12) Mdùadei, peculalÙ! damnalus in carcere ('^^ ^f''''"' ' ibidem. 

nlUgalus decetnl, Cimonque Jilius ejus ut euin [16) Idem, ibidem. 

sepelirel ytcarium se pro corpore jialris dedU. ('17) Slesinibrotus Tbasiiis , apud Plutarcli. , 

ieneca, controv. XXIX, pag. a43. ibidem. 



i 



CIMOiS. ,çj, 

sîvat neXowovvnViov To ;i(;p>îiMot TMç ■xf-^/t'is ytvîa-Sd.t. At rjui apparet nmnin'> hœ~ 
Toû ÀvJ'phç. JMotvs insii^ni gencrositttle sisse cii'ca luulierum libulincs Cinio- 
et siiiccrltatc tinclos ^poliusque ingc- nem ('23). Il cilc Je noctc Melanflic , 
niumhiijus viriPetoponiiesiutiiJ'uisse qui avait ni)nimc ilciix concubines 
'i8). Je ne sais même si ce témoignage (24) dont ce général fut fort passion- 
le Stesimbrotus est véritable ; car on né ; mais on pourrait èlre suipiis de 
dit que Cimon ayant été prié de clian- ce (pi'il allègue la douleur d'avoir 
ter en dînant chez Laomédon , eut la perdu une femme légitime ; car ce 
complaisance de le faire , et qn'il s'en sentiment n'est pas toujours une pren- 
acquitta bien. n2£pa.KX))9£'vToç çta-*! kclï ve d'impiidicité : les plus vertueux 
ci3-itvToç aux. àjuTwç, cluii rogulus cssct sont (piel([uefiiis iiicunsoiablcs de la 
cancre, et mm dlepidc ceiiiiisset{\()). mort de leurs épouses. Quoi ipi'd en 
Ion, qui était de ce repas, publia soit , vous trnu\erez cette obsirvaliun 
cela dans l'un de ses poèmes. Corné- dans le même endroit de Pîutarque 
lias Népos allîrme que Cimon fut de où il s'agit de prouver la lasciveté do 
bonne heure assez élu(]uent , et fort Cimon : vous y trouverez aussi qus 
versé dans rintelligcuce du droit ci- cet épou,\ désolé eut besoin des philo- 
vil , et dans celle de la guei're : Celé- sophes en cette rencontre , et qu'on 
rilev ad priiicipntutu perrcnit , habe- croit qu'Archélaii-! composa les Élégies 
bat enini satis eloquentiœ , muninani de consolation (pji furent édites sur 
liberalitalem , magnam priidciitiam ce sujet. Amaoç cT' iç-i -.ta.] Trpoç IcrocT/KHr , 
ciiiu juris cwdis , tiitn rei inditaris , rhv hùfUTnaxîfAOLi pi.sv Bi/ya.riùct toZ Mî- 
quod cum pâtre h piiero in cxercitu yetx.xîoi'ç, na.'rà.'vôjuoijç S"' a.ÙTÛa-ujuSntis-a.- 
fuerat l'ersalus (20). Citons aussi Plu- tra-v , K.îju.a>v 'eju7rct8îç-ipoi J'iunSù; , x*j 
tarque : il ne confirme guère ce (]ue S'u^<^opyi7-ci; âroâcivoi/a-Hç, il ti ifs» ték- 
l'on conte de la sottise et de la mau- jucLipicrSxtTdiî; yiypa.1y.fjt.iva.11; iTr't Tstp-vo- 
vaise éducation do ce jeune homme, pîci toù vtsvÔo:/? sxi-^iixiç Trplç «t^Tc,v"a» 
Cimon , dit-il (21) , ne ceihit , ni a nava»Tioç i^ixds-o^oç oiWsti ttoimtdv yi- 
Milliades en hardiesse , ni a Tlicniis- yovivAt tov (fvs-iKov 'Ap^î^nov , ot/x. à.7ro 
tocles en bon sens et sagesse , et rpoTou toÎc ;^pôvoiç i]x.xÇ,aiv. Jam non 
si est sans doute , qu'il estait plus obscuro amore filiant Jùiryploleiui 
juste et plus homme de bien que tons Jfleglacis filii , justani tamen uxo- 
les deux : car n'estant de rien nioin- rem , est Cimon pmsequutus , ejus~ 
dre qu'eux es parties d'homme de que morlem tulit œgcrrimè , qualcnit.'i 
guerre et vertu de bon capitaine , il conjicere licet ex scriptis ad lenien- 
les surpassait grandement tous deux dum luctum ejus elegiis, quas Panœ- 
és qualitez de bon goui^crneur , cl en tins philosophas condidisse physicum 
r administration des affaires de fille, Archelaum putat , neque absurde du- 
du temps qu'il estait encore jeune et rit ex temporibus conjecluram (25'*. 
non expérimenté en la guerre. Ouoi Disons, en passant, ({u'il courut uu 
qu'il en soit , nous trouvons ceci bruit (pic Cimon avant découvert que 
dans un vieu.K compilateur , Cimonis sa femme , tille de Callias, se plongeait 
incunabula opinione stultilicej'uerunt dans l'adultère, la fit mourii-. l,f<- 
referta (22). rhétoriciens firent sur cela beaucoup 
Voilà pour ce qui concerne la pre- de discours (26') j car ils supposèrent 
mière accusation. La seconde, je veux qu'il fut accusé d'ingratitude , sous 
dire celle qui a du rapport aux mau- prétexte qu'en épousant cette femm:,- , 
vaises mo?urs , n'est pas si aisée à ré- il avait en le moytn de payer les dettes 
futer. Plutarque confesse que Cimon pour lesquelles on le détenait en pri- 
croupit dans le bourbier de l'amour, son. Quelques-uns disent que c'est uu 
OJ //iiv à-KKa. icai cKu; <f aiV€T:ti tcic cTîf* 
Tàj aî/Virx*c 'ipoo'rr.i'.h h Klu:t)i ho^'H ('3J Plut., /n Cimone , pa^. 48.. 

/ o\ Tj LJ (2.Î) Plut. , i;j <;iraone , pai7. .(81. 

(iS) Idem, ibidem. //sir , vx iv, , c- • 

) \ ni . ■ <'• /or ri ■. r C''0J ' "Je- lit XM>^. conlroverac ile Seiie- 

(10) Plut. , m Cimone, prti.'. 4°4' IlcUeloo. ^^ ^ • ,111 ^ ■ .jt ic 

) y' „ '„ . , .'^. "..^ ^ . ,, que, pag.m. l'yi : elle conUciU au utre ..•«-> 

(îo; Corn, ^epos, m Vila Cimoms, cap. If. p,trule.< : Tal'.ios »or,litli ct.ic^ iiatus rtclemit 

(îi) Plut., m Cinione, pa^. 481. Je me sert eum i republiià et pecuniam suivit , eiijuc liliam 

de ta version <i'.\in\ut. sii.nciv colloo.n\it , quaiii Ilie diprcliensira <n 

(as)Valer. Maximus, lib. Vf, cap. IX, num. adultriio, deprtrante paire occijil. Injrali r"us 

3 ext, , pas- m. 583. ist. 



192 



CIMON. 



cas suppose , et que les rhe'teurs chan- est des premieis : Ncquc enim CiinO' 

gèrent l'espèce , pour mieux employer ni fuit turpe Atheniensiuni summo 

leurs jeux d'esprit (27). Cela pourrait t^iro , sororem germanam habere in 

être , mais la raison sur quoi Ton se matrimonio : quippe quiini dues ejus 

fonde ne me paraît pas convaincante, eodem uterentur instituto. C'est ainsi 

Callias , dit-on , paya l'amende , non qu'il parle dans sa préface. Habebat 

pas afin de procurer à sa tille l'avan- aulem , dit-il ailleurs (3i) , in matri- 



tage d'épouser Cimon , mais afin de se 
procurer à soi-même le bonbeur de 
se marier avec Elpinice sœur de Ci- 
mon. Quelqu'un ne pourrait-il pas ré- 
pondre que Callias stipula ces deux 
mariages en déboursant cinquante 
talens , je veux dire qu'il engagea Ci- 
mon à lui donner Elpinice , et à épou- 



monio sororem suam germanam no- 
mine Elpinicen , non magis amore 
qiihm more cluctus , nam yithenien- 
sibns licet , eodem pâtre natas , uxo- 
res ducere. Athéûée en parle d'une 
façon toute contraire : il assure que 
Cimon couchait avec Elpinice contre 
les lois (3a). J'aicilé un homme qui 



ser sa fille ? Il y a bien des brouilleries prétend que cet infâme commerce eût 



sur tout ceci dans les auteurs ; car 
Tzetzès conte que Callias, fils de Cimon 
et d'Isodice, paya une amende de cin- 
quante talens pour empêcher que son 
père ne fût puni d'avoir couché avec 
sa sœur (28). Mettons hardiment cet 
inceste parmi les débauches de Cimon. 
A l'égard de l'ivrognerie , je ne vois 
point que Plutarque se fasse fort de le 
disculper : il s'attache à dire qu'elle 
ne l'empêcha pas de faire de grandes 
actions. Voici ses paroles selon la ver- 
sion d'Amyot (ay) : A quoi se rappor- 
tent les i^ers du poète Eupolis fort 
dit^ulguez à L' encontre de Cimon ; 

Meschant n'est-il, mais il est négligent. 
Aimant le vin plus qiiil ne fait l'argent . 
mt quelquefois secréit-ntent s'escarte , 
Pour s'en aller les nuicts coucher à Sparte, 
Laissant sa sœur au logis , la pauvrette 
Helpinicé , dormir toute seuletle (3o). 

Et s'il est ainsi , qii' estant paresseux 
et sujet au vin , U ait pris tant de 
villes et gaigné tant de batailles , il 
est certain que s'il eust esté sobre et 



exposé Cimon à quelque peine fâ- 
cheuse , si l'on n'eût payé pour lui 
une grosse amende : 

yUlOI/Tstl, 
OtTOÇ KlfAUV TTO.TÏIf /XyiS^iV (Têivôv Tl 

Decies talentn quinque multam Callias 
Solvit , Cimon ne quid mali paterelur ob 
Turpes sororis atque fratris nuptias (33). 

Rutgersius , qui rapporte ce pas- 
sage, et puis celui d'Athénée, comme 
deux autorités qui témoignent que cet 
inceste de Cimou fut puni , allègue 
trois autres auteurs pour le même fait, 
Andocide , Suidas, Varin. Le pre- 
mier assure que Cimon soufl'rit la 
peine de l'ostracisme , pour avoir vio- 
lé ks lois en couchant avec sa sœur 
(34)- Selon Suidas , il fut accusé d'a- 
voir couché avec elle , et on le bannit 
à cause de ce forfait (35). Varin ob- 



l'igilant , il n'y eust eu ni devant ni serve la même chose (36) ^ mais , pa 

après lui , capitaine grec , qui leust un défaut de mémoire, il met Aristid 

passé en gloire de faits d'armes. au lieu de Cimon. Tous ces écrivains 

(D) J'aurai plusieurs choses a dire débitent des rêveries , si nous en 

sur son mariage avec sa sœur. ] Le croyons Rutgersius (S^) : il leur op- 
commerce de Cimon et d'Elpinice est 



rapporté diversement : quelques-uns 
ne le considèrent que comme une 
chose légitime ; d'autres , que comme 
une chose illégitime. Cornélius Népos 

^27) Rutgersius, Vatiar. Lect. lib. I , cap. 
IX, pag. 4i. 

(28; Tzetiei , chil. I , hist. XXII. 
(29) Plut. , irt Cimone, pag. 488. 
(io) Voici le grec (i'Eupolis : 
KstKoç^av oi;h mv, <fiX07rÔTMç cTs Kd.y.l'hïii. 

Kàvi'oT' ciTTlKOt/Utûr a.V ÉV ActXêtTctljMOVf, 



(3i) Corn. Nepos , in Yiiâ CimoDis , cap. I. 

(Ba) J'ai rapporte' ses paroles dans la reinar' 
que (fi) de l'article de PtaicLÈs, tome XI. 

(33) Tzelzes, chU. I, hut. XXII. 
(34)0(Tiveç t^oç'pâ.Kt^ttv KljUûùva. «Tià Tret- 
fa.v<ijula.v on t« aiS'i}^^^ tv ntuTov eruvei- 
m^i Anclocides, in Oral, contra Alcibiadem , 
apud Kutgers. Variar. Lect., lib. I , cap. IX , 
pag. 39. 

(35) Suidas, in voce Kl/^oiv et 'OÇj>dt.Kl9-- 

(36)Varinus, in voce'Oçpa.y.ivJ^a.. 

l^î) Axftiûn. Rutgers., Yar. Lect., pag. 3». 



pose que les lois des Athéniens per 
mettaient le mariage entre les frères 
et les sœurs de père , ce qu'il prouve 
par le témoignage de Cornélius Ne'pos 
(38) , par celui de Philon (Sg) , et par 
celui du scoliasle d'Aristophane (4o). 
11 cite ces paroles de Minucius Félix , 
^4ihenis cum sororibus légitima con- 
jugia ; et Sénèqueqiii a dit , Athenis 
dimidium licet , Jllexandriœ totiini 
(4i)i et Plutanjue (4>-) qui rapporte 
qu'Archeptolis fils de Thémislocle quatre choses 
épousa Mnésiptolème sa sœur germai- 
ne (43). Il emploie encore d'autres 
batteries j il prétend que l'ostracisme 
ne servait point à punir les crimes , 
mais à diminuer l'éclat d'une vertu 
enviée, et il fait voir les variations de 
ceux qui disent que Cimon fut châtié. 
Les uns prétendent qu'on le bannit , 
et les autres qu'on le condamna à une 
amende de cinquante talens. Les uns 
assurent qu'il fut condamné h cette 
amende pour la faute de son père , et 
là-dessus il nous cite plusieurs écri- 
vains , Hérodote , CornéRus Népos , 
Sénèque le père , Valère Maxime , 
Justin : citations très - inutiles , très- 
mal entendues ; car elles n'ont nul 
rapport à la question (ju'il examine , 
elles ne concernent aucunement la 
peine dont les auteurs qu'il réfute ont 
voulu parler. Ils n'ont entendu que 
le châtiment que l'on Gt souffrir à 
Cimon après une longue administra- 
tion de la république. Enfin il cite 
Démosthène , qui assure que Cimon , 
ayant voulu s'approprier le gouver- 
nement public , fut condamné à payer 



CIMON. 19J 

et raison à divers égards. Il est bien 
fondé à soutenir que les lois d'Athènes 
permettaient aux hommes de se ma- 
rier avec leurs sœurs non utérines , 
et que le bannissement de Cimon ne 
fut point fondé sur son mariage avec 
Elpinice. Mais il a tort d'imputer à 
Athénée ce qu'il lui impute. Athénée, 
donnant le détail des impuretés de 
Périclès , le conclut par l'aventure 
d'Elpinice. Cette conclusion contient 
quatre choses : 1". que Cimon avait 
joui criminellement de cette sœur ; 
•i". qu'il l'avait ensuite mariée avec 
Callias; 3". qu'il avait été exilé; 4°- 
que Périclès pour l'avoir fait revenir 
fut récompensé de la jouissance d'El- 
pinice. Voilà ce que dit Athénée; mais 
ce n'est point dire queCimon fut exilé 
pour avoir joui de sa sœur, butger- 
sius est donc blâmable d'avoir inséré 
dans la traduction des paroles grec- 
fjues de cet écrivain une clause qu'il 
ne devait pas y mettre. Vous la trou- 
verez dans la parenthèse des paroles 
suivantes : Cùm Cimon Elpinice so- 
rore quamposteh Calliœ elocauit con- 
tra leges abuteretur , ac {ob id ) in 
exilium pulsiis esset (46). 11 n'est pas 
le seul qui se trompe là-dessus. Wo- 
wer (47) , Kirchmaier (48) , et plu- 
sieurs autres, imputent la même chose 
à Athénée. Le pis est qu'ils l'imputent 
aussi à Plutanjue , quoiqu'il ait dit 
fort clairement que la cause de l'os- 
tracisme de Cimon fut le dépit que 
l'on conçut d'un affront que les trou- 
pes athéniennes avaient reçu à Lacé- 
démone (49). Ce dépit renouvela et 



cinquante talens, et qu'il ne s'en fallut redoubla les mauvaises intentions que 
que trois voix qu'on ne le punît du l'on couvait contre Cimon , suspect 
dernier supplice (44)- ^ rapporte depuis très-long-temps de trop d'ami- 
aussi un passage de saint Cyrille (45) , 
où l'on trouve <[ue la punition de Ci- 
mon fut fondée sur ce qu'on le con- 



vainquit d'avoir aspiré à la 
raineté. 

Rutgersius , ce me semble 



a tort 



(38) Ci-dessus, citation (3i). 

(39) Philo, 5T5C» TMV Àt^t^lfO/UtîVùO]/ êï êï- 
J'it V5//a)V. 

(40) Schol. Aristopli. , in Nub. acl. V , se. 
JI , pas- m. 168. 

(4i) Senec. , in Ludo de Morte Claudii. 
(42) Plut. , l'n Themistocle, sub fin. , png. 

(43) 'O//.CTa.T(:i0V , eodem paire genilain. 

(44) Deraost. advers. .\ri5t0crat., pfg- "■• 4^7 
'4^' Cvrill , lib. yi , conira Jiiliaaum. 

TOME V. 



tié pour les Lacédémoniens , et odieux 
à la faction i)opulaire (5o), parce 
qu'il tâchait de rétablir l'autorité de 
l'aréopage , et de faire rendre aux 
nobles les tribunaux que le peuple 
leur avait ôtés. La raison qui a pu 
tromper ceux que je critique ici est 
bien faible. Plutarque raconte que le,« 
efforts de rétablir l'aristocratie firent 

(461 Rutgersii, Variar. Lecl. pag. i38. Dale- 
champ , dans sa version c^'Alhénév , n'a point 
mis ob id. 

(47) Vow. , in Miouc. Felicera , pag. m. 3o4. 

(48) Georgius Gaspar Kirchin. , in Cornel. 
Nepotis Cimon., pa§. m. 24a. 

(4i)) Plut. , in Ciraone . pag. 48g. 
i ".o; IJein , ibid. , pa$. 488. 

i3 



194 CIMON. 

crier contre Cimon , et qu'on anima le rapporté que Callias , fils de Cimon 

peuple contre lui , et que l'ou reuou- et d'Isodice , paya cinquante talen» 

vêla les médisances touchant son com- pour prévenir le malheur à quoi sou 

merce avec Elpinice (5i). Est-ce une père s'était exposé par son mariage 

■ . cet avec Elpinice? J'avoue qu'il dit cela: 

Ta S' oToi tclÛtx •^fâ.(^wm, fMtufiiv 

iç-'t JU'A Âf-J/êlV , 

EV< ^«'•P 'TTKnQaç ATritpdy Tm ta.Z'ra 

O» Xû)jMl;(.0< , KCLI plÎTO/lêÇ, ^loS'CefOÇ KAi 

Quoi isla tradant, longum ici essel exequi, 
^am sunt eoruin plurimi , ijui hœc scripse- 

runt , 
Diodorus 1 nlii, comici, ate/iie ihetores (5î), 



raison valable pour soutenir que 
auteur nous apprend que ce commerce 
fut la cause de l'exil de Cimon ? Ne 
faut -il pas convenir qu'une infinité 
d'auteurs examinent mal ce qu'ils al- 
lèguent, et qu'on en voit peu qui soient 
exacts? 

On vous accorde, me dira- 1- on , 
qu'Athénée , que Plutarque , n'ont 
point dit ce que plusieurs leur impu- 
tent : il n'en sera pas moins vrai que le 
commerce de Cimon avec Elpinice le fit Mais, en i'^''. lieu, il ne reste aucun 
hannir. Je réponds qu'il ne reste pour écrivain qui fasse mention d'un Cal- 
ce fait-là aucune autre autorité que lias, fils de Cimon, ni qui rapporte 
celle de l'orateur Andocides ; car on qu'un fils de Cimon paya pour son 
peut croire que Suidas se fonda sur père. En 2''. lieu , les écrivains qui 
lui ; et pour ce qui est de Varin (Sa) , nous restent nous fournissent de quoi 
son témoignage n'est d'aucun poids ; douter de ces faits , et ainsi nous ne 
il a vécu au commencement du XVI'=. devons pas compter pour beaucoup le 
siècle.Voyonsdonclecasqu'ilfautfaire témoignage d'un tel poète, qui a vécu 
d'Andocides, et souvenons-nous qu'un dans un si^le fort éloigné de l'anti- 
orateur ne fait point scrupule d'exté- quité. En S^ieu, je vous prie de pren- 
nuer ou d'amplifier les choses selon dre garde qu'il indique principalement 
l'intérêt de sa cause. Il éclipse les cir- des poètes comiques et des rhéteurs , 
constances qui ne l'accommodent pas j gens qui se jouent des circonstances , 
il prend pour le principal ce qui n'a et qui en disposent à leur fantaisie, 
été que l'accessoire, ou pour l'accès- Enfin, je dis qu'il est ordinaire à des 
soire ce qui a été le principal. Ando- écrivains, qui sont un peu plus soli- 
cides savait , ou par ses lectures ou des que Tzetzes , de citer plusieurs au- 
par tradition, que les ennemis de Ci- teursàlafind'unlongrécit, encore que 
mon le décrièrent autant qu'ils pu- ces auteurs n'aient rapporté que le 
rent , lorsqu'ils travaillèrent à le faire gros de ce récit. Nous pouvons donc 
condamner au bannissement. Us vé- supposer que ce grand nombre d'au 
vêlèrent toutes les fautes de sa jeu- teurs , à qui Tzetzes nous renvoie . 
nesse , et surtout ils remuèrent la avaient seulement parlé des amours 
vieille ordure de son commerce avec illégitimes de Cimon et d'Elpinice. 
Elpinice. Il fut banni , non pas pour II me reste une autre difficulté à 
cela, mais parce qu'on le soupçonnait examiner. S'il était permis dans Athé- 
de trop d'ambition, et qu'on haïssait nés d'épouser sa sœur non utérine . 
son attachement aux intérêts de La- d'où vient que Cimon fut si diffamé 
cédémone. Il ne servait de rien à An- pour un pareil mariage ? Je réponds 
docides de toucher cette vraie cause du qu'apparemment la médisance, qui 
bannissement j c'est pourquoi il n'en s'éleva contre lui, ne fut fondée que 
parla pas. Mais comme il lui était fort sur la supposition qu'il avait couché 
utile de représenter que leurs ancêtres avec Elpinice avant que de l'épouser, 
avaient puni sévèrement les mœurs Plutarque nous conduit là, puisque 
scandaleuses , il n'insista que sur les après avoir observé (54) que l'on crut 
reproches de mauvaise vie , allégués Cimon coupable d'un mauvais coui- 
par les ennemis de Cimon , et il fut merce avec sa sœur, il ajoute que d'au- 
bien aise de les donner pour la seide très disent qu'elle était sa femme , et 
cause de l'exil de ce grand homme, que n'ayant pu trouver un parti soi- 
Mais Tzetzes, répliquera-ton, ne dit- ,,,, „ ,., r .-, vytt n,„j. 

n pas qu'une infinité d auteuis ont ji,„g„sium, Var. Leci. , Ub. I, cap. IX, pa,;. 

(5i)Plut. , mCimone, Dflg-. 488, A. "i-j , i». ,a v 

(52) CtitU-due, Yariuus Pliavorimn^. (54J Plut. , m C,m»ne , pag. 480 , F. 



CIMON. 195 

table à cause qu'elle était pauvre, elle dont Flutarque fait menlion. Vous 

avait choisi son frère pour son e'poux. voyez bien, à cette heure, qu'en sa- 

E<c-< tT" 0/ T)iv 'EXTrivuinv, oJ xpv<fx toi chant ce que permettaient les lois d'A- 

Kiy.aVi, <fctvifâ;ii ■})t//at//£v>iv o-i/votxiïrai thènes , on a pu dire que notre Ciniou 

^«■yet/a-jv , d;ioii tmç iù-^iviioi.; vi/y.<|>ioc/ transgressait les lois par son com- 

éa^^Th -myieLv à^ro/joSo-Av. Sunt qui El- merce avec sa sœur. Si l'on me de- 

pinkén non cLàni cum Cinione, seci rnande pour(|uoi il ne Tepousa pas dès 

apertc ferant contractis nuptiis ut qu'il commença de l'aimer, je rcpon- 

uxorem habitasse , quod sponsum pro drai que ce fut à cause qu'elle ëlait. 

gcneris dignitate non ini'eniret ob ino' pauvre. Il fut bien aise de se divertir 

piam (55). Autant que les histoires de sans aucun engagement qui lui ôtât la 

cette nature peuvent être certaines , liberté de se marier avec une fille ri- 

nous devons être assurés, en consé- che, si l'occasion s'en présentait. Lors- 

auence de ces paroles, que Cimou jouit que l'infamie de son commerce tomba 

e sa sœur sans qu'elle fût son épouse, sur lui , il fallut prendre d'autres me- 

(56). Ils étaient l'un et l'autre d'un sures , et convertir en noces le con- 

tempérament amoureux ; s'il était cubinage. Nous voyons assez souvent 

impudique , elle n'était point chaste, de pareilles conversions. 

Ils étaient fort jeunes , ils logeaient Je ne me souvenais pas qu'on se fût 

ensemble : jugez , je vous prie , s'ils déjà servi de la distinction que je viens 

se purent contenir. De tels commerces de faire ; mais ayant relu deux chapi- 

ue durent guère sans que le public en très de Muret, où il criti([ue Cornélius 

ait des soupçons; la médisance rem- Népos, j'ai trouvé qu'il y a plus de cent 

plit bientôt toute la ville : voilà donc ans que le traducteur latin de Plutar- 

Cimon dillamé. 11 est probable que (|ue l'a employée. Voyons un peu le 

pour se mettre à couvert de la satire , précis de cette critique. Muret déi lare 

sans se priver des douceurs de ce com- (67) qu'ayant lu dans Cornélius Né- 

inerce , il fit ce que les lois permet- pos que ce ne fut point une honte à 

taient, je veux dire qu'il épousa El- Cimon d'épouser sa sœur germaine, 

pinice. il en usa comme bien d'au- puisque l'usage des Athéniens permet- 

tres, qui épousent les maîtresses qu'ils tait cela , il en fut surpris ^ car il ne se 

ont déshonorées. C'est une réparation souvenait pas qu'aucun autre auteur 

d'honneur par rapport aux magis- dise des Athéniens une telle chose. Il 

irats , mais non pas envers les parti- médita là-dessus attentivement , et il 

culiers. Ceux-ci continuent à punir la rappela dans sa mémoire la harangue 

faute par leurs satires ; la brèche leur d'Andocides , où il est dit que Cimon 

semble toujours ouverte j c'est une fut exilé pour ce mariage comme un 

plaie mal fermée qu'ils rouvrent ma- transgresseur des lois ; il crut doue 

iignement lorsque l'occasion s'en pré- trouver en faute Cornélius Népos. 

sente. 11 ne faut donc pas s'étonner Deux ou trois ans après (58) on vit pa- 

que les ennemis de Cimon se soient raître l'apologie de cet ancien liisto- 

prévalus de son ancienne infamie, rien dans des notes sur Plutarque (Sy). 

toutes les fois qu'ils le voulaient cha- L'apologiste se servit de deux moyens, 

j^riner et persécuter. Mais quand des II dit 1°. que Cimon ne fut banni que 

historiens lui ont été favorables , ils pour avoir eu afl'aire avec sa sœur 

n'ont considéré la chose que du bon avant qu'elle fût sa femme; 2°. que le 

côté j ils ont laissé là les préliminaires fils de Thémistocle épousa sa sœur de 

du mariage, et se sont contentés de père, comme Plutarque le témoigne, 

dire que Elpiaice était sa femme. Cor- et qu'aiusi Cornélius Népos n'est point 

nélius Népos a suivi aveuglément cette le seul qui ait imputé aux Athéniens 

route, à l'imitation de ces autres gens un tel usage. La première observation 

fut confirmée par le mot Trctcctii/xiDç^ 

(55) Idem , ibidem, pag. ii9i, \. conlra leges , dont un auteur s'est 

(56) Plutarque, de l<is qui serô a oamine pa- 

i.mnlur , pa^. 502 , suppose qu'on eut pu/aire (5.^^ Muret., V»r. Lect. , Ub. Fil , cap. I, 

lin procès criminel à Cimon , it cawie de son pgcr, ,„. ,,Sq. 

comme ce avec sa sœur^ : » T(^if^OfV:t «rwvûVTO. (53^ Idem, ibidem, Ub. XF, cap. V, pag- 

TY, f'.d'i). .1 éici^cti ÙMt : aut Cimonem cum Ii38. 

.rore concumbentem in judicio reum tuiU cri- (69) Voyez les Notes de XylaoJer et de Cra- 

junis perejisiet, «frius ia Vitas Plat , VT,' 4«- 



196 CIMON. 

servi en parlant de ce commerce (60), conscience de tous les savans j un mof, 
mot qui eût été inutile si en aucun s'il vous plaît, messieurs : Croyez-vous 
cas les lois d'Alhènes n'eussent permis qu'un habile homme qui a traité de 
de coucher avec sa sœur. Muret repli- mensonge ce qu'a dit Cornéhus Né- 
qua qu'il n'ignorait pasquelesloisd'A- pos , qu'il était permis, selon les lois 
thènes permettaient le mariage d'une des Athéniens , d'épouser sa sœur, se 
sœur non utérine avec son frère (61). contente d'alléguer Andocides, et fî- 
Théon , poursuit-il, me l'avait appris nisse là son chapitre , lorsqu'il sait ce 
dans ses notes sur Aristophane ; et j'a- qu'un interprète d'Aristophane et Phi- 
vais lu dans Philon la différence qu'il y Ion ont observé? Croyez-vous que s'il 
eut entre Solon et Lycurgue : celui ci se souvient qu'ils nous disent qu'il 
permit d'épouser la sœur utérine, ce- était permis dans Athènes d'épouser 
lui-là permit d'épouser lasœur de pèi'ej sa sœur utérine, il ne fera point là- 
mais je ne savais pas qu'ils eussent dessus ses réflexions , et qu'il quittera 
permis d'épouser les sœurs de père et brusquement Cornélius Népos , sans 
de mère j et siElpinice était sœur non faiie part au public d'une différence 
utérine de Cimon , c'est une faute à aussi curieuse que celle que l'on voyait 
Cornélius Népos de l'avoir nommée so- entre les lois de Lycurgue et les lois de 
rorem germanam , et l'on n'eût pas eu Solon , quant aux mariages des frères 
un juste sujet de bannir Cimon 5 car avec leurs sœurs ? Je suis assuré qu'en 
ce n'est pas un inceste , mais unesim- parlant sincèrement vous me répon- 
ple fornication , que de coucher avec drez par la négative , et que si Muret 
une fille que les lois permettent de n'a pas inséré ces remarques , c'est 
prendre à femme. L'addition du mot uniquement à cause qu'il ne savait 
mtpaLvifAcvç ne prouve rien ; j'aimerais pas encore ce que Théon et ce que 
autant qu'on me dît que Cicéron n'eût Philon lui enseignèrent depuis. Disons 
:ias employé le terme nefariè en par- donc que dans cet endroit de sa ré- 
ant de l'entreprise de Catilina (bi) , ponse à l'apologiste de Cornélius Ne- 
si en aucun cas il n'était permis de pos , Ego autem non erani nescius li- 
conspirer la ruine de sa patrie. Muret cuisse ^theniensibus sorores eodem 
conclut <|u'Elpinice et Ciraon avaient pâtre, dum ne eddem matre , na- 
et le même père et la même mère , et tas uxores ducere. Docuerat me id 

que ce fut la raison pourquoi l'on con- Thcon docuerat me id Philo 

sidéra leurs noces comme une infrac- (64) , il succomba à la faiblesse de plu- 

tion des lois. Il ajoute que saint Cyrille sieurs savans, qui ne peuvent obtenir 

(63) n'eût point reproché à Cimon ce de leur vanité la confession ingénue 

mariage comme une vilaine action , si d'être redevables de quelques lumiè- 

cela eût été conforme aux usages des rcs à leurs censeurs ( 65 ) , soit qu'on 

Athéniens. En ce cas-là , il aurait fallu leur ait cette obligation à cause de ce 

condamner Solon , et non pas Cimon. qu'on a pris dans leurs ouvrages , soit 

Faisons quelques notes sur cette dis- à cause que l'on y a vu des choses qui 

pute de Muret. 1°. Il était si naturel de ont fait faire des recherches que sans 

i oindre avec la censure de Cornélius cela l'on n'aurait pas entreprises. Ce 

<épos l'observation du scoliaste d'A- qui me confirme dans cette pensée est 

ristophaoe, et celle de Philon, qu'on que s'il eût su alors ce que disent ces 

ne peut s'imaginer que le critique les deux écrivains, il eût vu la fausseté de 

ait omises, que parce qu'elles lui sa critique j car il ne pouvait pas igno- 

étaient inconnues. J'interpelle ici la rer que l'historien qu'il censure sup- 
pose très-clairement qu'Elpinice était 



£ 



(60) Alïiénée , au livre XIII. 

(61) Voyei le chap. V du XV'. livre de ses 
Varia Lectiones. 

(62) Nam illud quidem argumernum ex Athe- 
titso , non fuisse addilurum, wapavû/zaiÇ, nisi 
idem Jieri passe etiatn O:/ -Tra.fa.yuy.diÇ , tequè 
bellutn est, ac si qiiis , quia Cicero alicubi di- 
eu , Caldinatn peslern palrice nefariè moliri , 
cotligaL , idem non semper nefariè, sed inter- 
dum etiani sine scelere Jieri passe. Muret., 
Var. Lect., lib. W. cap. y,pag. ii38, iiSg. 

((J3) Cyrillus , Ub. ^/ adversus Julianiim. 



la sœur non utérine de son mari (66). 
Ou n'auraitdoncpu l'accuser que d'un 
mot impropre, en soutenant que so- 

(64) Muret., V.-.r. Lfct. , lib. XV, cap. V. 

(65) Confe'rei la remarque (E) de l'article 
S'Iakcionites , lome X. 

(66) Habebal in malrimonio sororem germa- 
nani suam , nomine Elpinicen : non magis amO' 
re , quam patriu mare , ductus. N&m Athénien- 
sibus licet eodem paire nalas uxores duçere. 
Cornel. Nepos , m Vità Cimoais, cap.!. 



CIMON. 



t'or germana si^mfic une sœiii' de père 
et, (le mère. 2°. IMuret n'a pas oublie 
cette note de grammaire , quand il a 
re'pondu à l'apologiste ; mais qui croira 
qu'un auteur poli au temps d'Auguste 
ait ignort^ que germana ioror peut si- 
gnifier une sœur de père ? On a mon- 
tre' à Muret que sa critique est mal 
fondée (67). 3°. Il a tort de s'imaginer 
que , sous prétexte qu'il e'tait permis 
d'c'pouser sa sœur non utérine , ce ne 
fiU point un attentat punissable que 
de se souiller avec elle hors du ma- 
riage. Il faut supposer que les lois , en 
permettant certaines clioses , ne déli- 
vrent point du blâme ceux qui les 
commettent. Je suis sûr que peu de 
gens parmi les Athéniens en ont usé 
comme Cimon , et que le public était 
choqué de cette espèce de mariage. On 
y trouvait , si je ne me trompe , quel- 
que objet odieux et scandaleux. On 
regardait donc comme un fait horri- 
ble l'action d'un homme qui débau- 
chait sa propre sœur, et qui, la pou- 
vant épouser, aimait mieux vivre avec 
elle dans le commerce du concubi- 
nage. 4°- L'argument tire' du mot 
îr*f«tvô//a)c pouvait être mieux réfuté j 
on aurait pu alléguer Athénée même, 
qui dit quelque part qu'Alcibiade fut 
accusé de n'observer point les lois dans 
ses amours pour les femmes, vu qu'il 
couchait avec sa mère , avec sa fille 
et avec sa sœur *. llst^ivo/^ov eîvai xîyov 

KAI i'iç yUVd.Tx.XÇ KClt ik T))V «XX)tV S^lttlTOLV 

<Tuvitva,i yetf <fii!rtv ài/Tov ko.) /unTf'i 
xsti ôuyurpt Koù ÀS'ih^'i , asç toJî nlpraç. 
Dicens contra leges eum et Jemina- 
runt congT'essu ahuti , et reliquam 
citœ partem agere ; esse !Ham(^ve illi 
ciim matre ,Jilid, sorore , more Per- 

(G7) yqyetWovieius in Miauciiim Felicem , 
pag. m. 3o4, et Rutgersius , Var. Lection. , Itb. 
I , cap. IX , pag. 41 • 

* CeUe critique faiti; par Bayle de l'opiDion 
de Muret, a donné lieu à quelques remarques 
dans la Bibhoihe'fjue française , XXIX , lyfi , 
Ou l'on lit ; - Il me semble que la prenne de 
» M. Bayle vaut beaucoup moins que celle de 
» Muret. Alhéne'e n'applique pas le terme TTO.- 

patvo^aiç au commerce d'Jlctbiade avec sa 
•■ mère , sa fille , sa saur : il ne dit point qu'il 
» couchait a^ec elles dans des circoastaoces non 
> autorisées par les lois. > Un anonyme prit la 
défense de Kayle par une réponse qui est dans 
li Bibliothe'que française , XXXllI, 333 ; et une 
réplique du premier critique lut imprimée dans 
le lomeXXXVIll, 2o3. Joly parle des deux 
premiers morceaux ; mais il paraît n'aToir pas 
eu cunnaissaace de la réplique. 



'97 



sarum , stupn consuetudinem (68). 
5°. Ce qui regarde saint Cyrille est 
faible. Voici les paroles de Muret : 
Postremo sanctissimus et eriiditissi- 
mus uir Cyrillus Alexandrinus libro 
sexto athersUs Jidianum , nonfurii- 
yos concubitus , sed niiptias cum «o- 
rore Cimoni , ut scelus nefariiun , 
ohjicit : non facturus , si id apud 
Athenienses legitimum et iisitatum. 
fuisset. Tune enim accusari Soionem 
oportuerat , qui id permisisset , non 
civ^etn , quipatriœ suœ legibus paruis- 
set (69). Si saint Cyrille n'a parlé que 
du mariage, ce n'est pas à dire que 
Cimon n'eût abusé de sa sœur avant 
que de l'épouser. D'ailleurs, il y a des 
permissions si opposées à l'honnêteté , 
que ceux qui s'en servent sont très • 
blâmables ^ et puis n'est-il pas visible 
que ce père s'est proposé principale- 
ment de faire honte au paganisme sur 
les désordres publics qui s'y commet- 
taient ? N'est-il pas visible qu'il vou- 
lait percer par les flancs de Solon la 
république d'Athènes ! 

Je ne puis finir sans dire un mot 
sur le contre-pied que prirent Solon et 
Lycurgue. Celui-là permit d'épouser 
les sœurs de père , et défendit d'épou- 
ser les utérines. Lycurgue , au con- 
traire, permit de se marier avec cel- 
les-ci, et défendit d'épouser les autres. 
Il y a du ridicule de chaque côté , et je 
voudrais bien savoir sur quelles rai- 
sons ils fondèrent leur distinction : il 
me semble qu'elles ne peuvent être 
que frivoles ; car qu'y aurait-il de 
plus fade que de dire , pour disculper 
le législateur athénien , que*^ la pa- 
renté est toujours certaine par rap- 
port aux sœurs utérines, au lieu que 
les filles du second mariage d'un 
homme ne sont quelquefois rien aux 
enfans du premier lit ? Cela diminue- 
t-il l'inceste? Ne sufEt-il pas que l'on 
croie que l'on épouse sa sœurr Le lé- 
gislateur d'Egypte se moqua très-jus- 
tement du scrupule de ces deux Grecs, 
et quoique au fond il eût très-grand 
tort de réunir ce qu'ils avaient divisé, 
il avait lieu d'appeler leur division une 
chimère. Lisez ces paroles de Philon : 

O fAlV oiv ASuVsHOÇ iâkûOV ÔyU07ratTfl'ot/« 

i<^it'iç «■j/ts-Sai, Tac ôyojWHTfi'ouc 'tKùthu- 
a-ty' h et Art)c«(fijiijMov/»v voyU'y^fTHç ïy.7ra.- 

(68) AlLen. , hb. V, cap. XX, pag. 220. 
(6g) Muret., Var. Lect. , lit. XF , cap. f , 
y If g. m. Ii3q. 



igS CIMON. 

Mv , Tov ÎTri T*7ç 'o/xoynTfton yâi.juov Im- » res , le peuple le receut et recueillit 

' ' ' ■ • - ■•~--' w à grand' joie, estant desia las et 

» eunuye' de Thëmistocles , à rocca- 
» sion dequoi Cimon fut incontinent 
" élevé et avance a\ix plus grandes 
» charges et aux plus grands hon- 
'I neurs de la ville , estant agréable à 
» la commune , à cause de sa douceur 
J> et de sa simplirité : joint aussi 
>' qu'Aristides lui servit de beaucoup 
son avancement, tant pource 



-TTiV S'i TMV ' KiyuTT^icei , ;t^«''*?*^ ''■'" 
êxaTspaiv luhxCitetv , œc >if/.lipya. JtsiTstT- 
Touhav , êf<^opti^5v s'Ç dtrikyitctv , i-TTt- 

/ji.etTi X.CII 4"/t*'î ÀKfdia-inv , icct) 'rta.- 
tetTXoii àiS'it'J.v à.7ra.<rat.ç dS'iX^Àç èiyicrôiti, 

ToûS'i, » Tot/cTê, Kct-ï Tac il; d//.<^oiv , kcl'i 
Tac ùù vêaiTêpstc ^aôvov , ÀKka. kili Trpêo-fet/- 



Tifitt; Kxi i^MKtKU.; X.CLI ift'(ft/^oi , ydf ttok- » qu'il voyoit en lui une adroite et 
xoLKic, syivvyiQ»<ritv , o'ùç » fjih <^ûiTtç êl/^u, » gentille nature, que pource qu'il 

T« yiVVS!Til S'iÀfTtlirt KCtl é'iîÇOJ^iV. H (T 

ÀKoh-iiTia, x,cii <^iAMJbv/«. iU xoivaiviav èx,*- 

MTiV ÀjCOIVMVMTOV j KCtl Àp/A.OvlctV Cl.Vcl.f- 

yaoç-ov. yitheniensis Solon hoc obseri'at 
in uterinis tantiun germanis , eodein 
pâtre prognatis relinquil liberum : 
contra LaceJœmoniorum legislator 
uterinis non interdicit connubio , seJ 
salis eodem pâtre genitis , at /Egyp- 
tius ridens utriusque simplicitatem et 
semiperfecta placita , Inxavlt libidi- 
nem , et auxit in corporibns animis- 
que insanabde nialuin inteniperantice, 
permisse licentid ducendi sorores , 
siue per alterutrunt parentem siue per 
utrumqiie cognatas, majores pariter et 
minores œqualesue,ne gemellis quident 
exceptis , quas natura ipsa natalise- 
junxit , intemperantia l'cro societate 
copulax'it insociabili , et maie compa- 
ratd jiincturd {']o). Voilà trois sortes 
de législateurs que Philon condamne i 
mais qu'aurait-il pu répondre à ceux 



» en vouloit faire un contrepoids à 
» rencontre de la ruse et hardiesse de 
» Thémistocles(^3).)) Voilà les deux 
causes de l'avancement de Cimon 
très-nettement expliquées j son mé- 
rite, et le plaisir qu'on se fit de cha- 
griner Thémistocle. Nous voyons là 
l'inconstance humaine , et les efi'ets 
de l'envie. On se lasse d'admirer 
long-temps les mêmes personnes , et 
par celte lassitude on cherche de 
nouveaux sujets d'admiration , on se 
tourne vers le premier soleil levant 
qui se présente. La république des 
lettres n'est point exempte de cet es- 
prit de légèreté et de jalousie (74) • Oa 
y favorise quelquefois un jeune au- 
teur, parce qu'on trouve qu'un autre 
jouit des louanges depuis trop long- 
temps. Aristide, qui passait pour si 
équitable , n'eût peut-être rien con- 
tribué à la fortune de Cimon, sous 
une autre conjoncture ; mais par- 



qui lui auraient dit, Solon n'autorise ce qu'il s'agissait de contrecarrer Thé 
qu'une loi qui était en vogue au temps mistocle , il se rendit le grand pro 



de vos patriarches, et qu'Abraham 
le père «t la souche de vos croyans 
mit en pratique (71)? Il est sûr que 
Clément d'Alexandrie (7a) a inféré des 
paroles de ce patriarche , que pourvu 
qu'on n'épousât pas sa sœur utérine, on 
ne péchait point en ce temps-là lors- 
qu'on épousait sa sœur. 



moteur de ce jeune homme décrié 
pour ses débauches (75). Si l'on con- 
naissait les motifs de la plupart des 
services que les hommes s'entreren- 
dent , l'on saurait que le dessein de 
faire plaisir y a moins de part que le 
dessein de chagriner. Vous recom- 
mandez un tel avec ardeur , vous le 



(E) /Z t7-ouua un puissant protégez, vous l'avancez à grands pas; 



appui dans l'ent'ie que l'on portait 

à Thémistocle.] Citons Plutar- 

que selon la version d'Amyot. « Aus- 
)) sitost qu'il commença de s'entre- 
îj mettre du gouvernement des affai- 

(70) Philo , de specialibus teglbas quœ ad ses- 
taiu et septimutn pra^cepttim Decatogi referua- 
tur, pag. •j^g, >;8o , eciU. Franco f., 1691. 

(71) yoyez la première remarque de l'article 
Sa» A , lome XIII. 

(72) Clein. AUxandr. , Stromat. , lit, fl, pue- 



n est-ce point à cause que vous l'ai 
mez , et que son mérite vous enlève? 
Il y a deux réponses à cette demande ; 
celle de la bouche , et celle du cœur. 
La première prend l'afErmative , mais 
le cœur répond ceci : j'élève autant 



(73) VUn. , in Vitâ Cimonis , pag. Ifii. 

(74) Voyez la préface des Nouvelles Letlret. 
contre l'Histoire du Calvinisme de M. Maim- 
bourg. 

(75) Voyez Plutarque, an seni sit gerenJ^ 
respublica , pag. 7g5 , C. 



CIMO'N. 



'99 

ignation d'un 



que je pui* un tel, afin d'abaisser un historiens que par la des! 

tel; ce que je procure à Tun est autant lieu véritable qu'ils n'ont point mar 

de pris sur la fortune de l'autre. La que. 11 arrive assez souvent que l'on 

iuax.iiiie des physiciens se peut eten- donne à une bataille deux ou trois 

dre sur les actions politiques, Gène- noms , un auteur ne se trompe point 

ratio uuius est corruptio altérais ; lorsqu'il préfère l'un de ces noms à 

mais au lieu que la nature se propose tous les autres , et qu'il ne fait même 



Mais en 
ction se soit 



directement la génération, et qu'elle ne aucune mention des autres 
tend à la destruction que par accident, ce cas-là il faut que l'actic 
il semble que dans les offices de la vie passée proche de deux ou trois lieux 
civile l'on se propose la destruction dont les noms peuveht servir à la ca- 
direclement : c'est la fin ^ la gênera- ractériser. C'est ce qu'on ne peut point 
tion n'est que le moyen. dire de Mycale, et de la rivière d'Eu- 
(¥) Il se rendit maître quelque temps rymëdon, onde quelqu'autre partie 
après de l'ile de Scyros.^ Cornélius des côtes de Pamphylie. Orlescircon- 
Kepos a mal observe ici l'ordre des stances veulent que l'on avoue que ces 
temps; car il suppose que la conque- deux batailles de Cimon furent den- 
te de cette île fut postérieure aux deux nées sur cette côte. Je croirais sans 
batailles que Cimon gagna sur les peine que Cornélius Népos est tombé 
Perses dans un même jour (76;. Je le dans cette erreur par des idées con- 
réfute, non pas en citant Pliitarque fuses du combat qui fut gagné sur les 
qui fait précéder ces deux victoires Perses proche de Mycale (81) , le jour 
par la réduction de l'île de Scyros, même que Mardonius fut battu dans 
mais en citant un auteur qui observe la Béotie (82). 

mieux que Plutarque l'exactitude (H) Le traité de paix , qui fut le 

chronologique. Cet auteur est Thucy- fruit de ses victoires , mortifia cruel- 

dide : lisczle , vous trouverez que lement l'ennemi. ] On ne peut rien 

cette île fut subjuguée immédiatement voir de plus honteux que les coadi- 

après ce qui se passa sur la rivière lions de paix que les Grecs, lui impo- 

de Stryraon(77). Cette faute de Cor- sèrent. Laissons parler le Plutarque 

nélius Népos est dans Moréri , et n'a d'Amyot. Cest exploit d'armes ra- 

point été observée par les commenta- baissa et domta tellement l'orgueil 

teurs que j'ai consultés (78). du roy de Perse , qu'il en fit ce irai- 

(G) // ruina la flotte des Perses té de po.ix qui est tant mentionné es 

roche l'embouchure de V Eurymé- anciennes histoires , par lequel il pro- 



don. ] Voici une autre faute de Cor 
nélius Népos , adoptée par Moréri 



mit et jura que de Va en av'ant ses ar- 
mes n approcheroyent point plus près 




navale et la bataille de terre que Cyanées , ai'ec galères ni OMtres uais- 
Cimon gagna le même jour, furent seaux de guerre. Toutesfois l'histo~ 
données proche de Mycale. Il se trom- rien Callisthenes escrit que cela ne 
pe , soit que l'on entende par Mycale fut point couché dedans le traité : 
I 80) une ville maritime de Carie , soit Jnais que le roy l'obserfoit pour l'ef- 
que l'on entende une île de l'Ionie. f roi qu' il eut de ceste grande desfaite ; 
Cette ville et cette île sont trop éloi- et que depuis il se tint tousjours si 
"nées de la Pamphylie , pour qu'on loin de la merde Grèce que Pericles 
puisse disculper Cornélius Népos , en cuec cinquante t^oiles , et Ephialtes 
supposant qu'il ne diffère des autres avec trente seulement ^ nai'igerent 
(-&)Cornsl.'Nepo., in Vitâ Cimonis , c«^. jusques par de lu les isles Chelido- 
- ' niennes , sans que jamais il leur uinst 

h V encontre flotte quelconque des bar- 
bares. Si est-ce pourtant , qu'entre les 
actes publiques d' Athènes que Crate- 
rus a recueillis , se troui^ent les ar- 

(8.) Vojei Hérodote, Itv. IX, ehap. XCIX 
et sutv. 

(Sj) APlalft. 



II. 

(n-) Thncydid. , lib. I ,pas- m. 53. 

(78) Gybertus Longolias , Januf Gebhardus , 
Georgiiis Caspar Kirclimaier. 

(7Q) ^oVp» Kirchmaier sur cet endroit de Cor- 
nélius Népos : |7 cite deux autres commentateurs , 
CViristianus FridericusFrauckensleinius, el Joan- 
nes Aadreas Bosius. 

(80) Voyei le Thésaurus Gtogra^ibicus ti'Or- 
vViut , au mot Mycale. 



200 CINYRAS. 

iicles de ceste paix couchez tout du (I) Son principal soin depuis son 
long, comme d'une chose qui véri- retour fut de rétablir la paix , etilj 
tailementaesté .- et tient-on que pour réussit. ] J'ai suivi Plutarque (88) , et 
ceste occasion les athéniens fonde- non pas Cornélius Népos , qui semble 
rent un autel de la paix , et qu'Us fi- dire qu'avant de retourner à Athènes, 
rent un très-grand honneur a Callias, il s'en alla à Lace'dëmone, et y accor- 
qui auoit esté ambassadeur devers le da les difïe'rens de ces deux villes. 
roy de Perse pour lui faire jurer ce Ule , quôd hospitio Lacedœmoniorum 
traité(83). Diodore de Sicile fait men- utebatur , satiiis existimans conten- 
tion de ce traite'; mais il ne s'accorde «'ère Lacedœmonem , sud sponte est 
point avec Plutarqne quant au temps : profectus pacemque inter duas po- 
il ne dit point qu'on le conclut après tentissimas ciuitales conciliat^it (89). 
que Cimon eut remporté deux victoi- L'orateur Eschines observe que Ci- 
res en un même jour dans la Pamphy- ^op, qui jouissait du droit d'hospita- 
lie : il met ces victoires sous la 77*. 1'*^ à Lacédémonc , moyenna une 
olympiade (84I , et le traité de paix t>'êve de cinquante ans , et qui ne 
sous la 82*. (85). Il est vrai qu'il dura que treize années (90). Ce nom- 
suppose qu'un peu avant que le roi ''re m'est un peu suspect , quand je 
de Perse consentît à des conditions considère que Thucydide ne fait men- 
si honteuses , les Athéniens , sous *ion que d'une alliance de cinq ans 
la conduite de Cimon , avaient ga- (gO-, Notez que l'exil de Cimon , qui 
gné deux batailles près à près , l'une devait durer dix ans , n'en dura que 
sur mer et l'autre sur terre, l'une cinq (9'ï). 
dans la mer de Cypre , et l'autre .sur /««n p, , v.- r- ■ 
les côtes de Cilicie. La nouvelle de ll^]r :'l Z'^^A^'^^"' 

ji ■ , .. ..,,,. " (89) Cornet. Nepos , i» Vitâ Cimou s c«p 

ce desastre, continue-t-il , obligea le //. uo.s, c«;?. 

roi à faire savoir à ses généraux qu'ils (9°) ^'cbines , de faUâ Legaiione, f>ag. m. 

(91) Thucydide*, lib. I, pag. m. Sg , 60. 

(92) Cornet. Nepos, in Vitâ Cimonis, cap. 



CINYRAS, roi d'Assyrie se- 



conclussent une paix à quelque prix 
que ce fût. Ils envoyèrent pour cela 
des députés à Athènes : leurs propo- 
sitions furent agréables aux Athé- 
niens, qui nommèrent tout aussitôt „.^.^^w^.^, .«. «.*o^..i^ c^- 

Callias pour le chef de leurs pléni- ]on quelques-uns, ou de Cypre 
potentiaires , et voici ce qui fut con- 1 ^ ^i \ , "^ ^ 

du : Ut Grœcis per Asiam cwita- ^^'?" quelques autres , n a rien 

tibus uniuersis libertate ac suo jure qui le rende plus célèbre , que 

uti permittatur. Ne Satrapœ Per- d'avoir eu Adonis de sa propre 

'nrZZ'7' "^'T"^ '^"T '"/"'"" fiHe Myrrha (A). Nous disons 
ad mare descendant. Ne lonsâ naui -,, *', , ^ ^ . ^ 

intra Pkaselidem et Cyaneas excur- f "'eurs [a] que cet inceste fut 

ratur. Hœc ubi rex et militiœ prœ- involontaire de sa part , attendu 

fecti rata habuerunt , Athenien<:es qu'il ignorait que la fille qu'on 

Zrw"''''''""''*^'"^T"""''''.^r lui avait amenée fût Myrrha. 

taxerxis arma non expedituros (86). p.. ,, ,, ., , , -^ , , 

Comme Diodore de Sicile est plus Ues qu il 1 eut su , il tacha de la 

exact que Plutarque à marquer les tuer, et il ne tint pas à lui qu'il 

Jemps , les préjugés sont pour lui. ne la tuât. On veut que le dé- 

Lnt"L^r'"!^^r P'"*^'•'^"^ °>* plaisir de cet inceste l'ait porté 

point un bon guide de chronologie; 4 ,, , • /,, -^ "*>- jj"* it 

il transpose quelquefois lesévénemens ^ ^ oter la Vie [b) : mais on conte 

tout comme s'il composait nn poème aussi d'autres causes de sa mort, 

épique , et qu'il aspirât à l'éloge car il y en a qui disent qu'il 

qu Horace donne à Homère es?'). ' -^ • j- *- i - 

-1 d uomcic(^o7;. périt pour avoir dispute le prix 

Sl^^^ n"'; 'c" T''^ 9î"°S.'r' f"^- ^^S' ^^'- tle musique contre Apollon (c) : 

(S!i) Uini. Sicu\ai , lib. XI, cap. LXI. ^ i V / 

(85) Idem, Ub. XII, cap. IV. 

(86) Idem , ibidem , pag. m. 4i3. («) Dans les articles Adonis et MvRRHA. 
(5'^ ^" médias Tes (i) Hveio , cap. CCXLII. 

JSon secus ac notas auditorem rapil.... , !. o -j, '^ , 

Horat , de Ane poël. , w. , ',8. ''^) Suidas, in K.v:/p«f. 



CTNYRAS. 2ot 

ce fut après avoir manqué de nyras(C). Le principal temple de 
parole aux Grecs (B). Il devait Vénus , dans cette île, était celui 
leur fournir des vivres pendant de Paphos. A la vérité , c'était 
le siège de Troie , et il n'en une ancienne tradition qu'il 
fit rien (c?). Agaraeinnon le char- avait été bâti par le roi Aërias 
gea de malédictions, et le pis fut (n); mais la tradition moderne 
que les Grecs se rendirent mai- portait que Cinyras l'avait consa- 
tres de l'île de Cypre , et qu'ils cré , et que la déesse y aborda en 
l'en chassèrent (e). La longue naissant. Ce ne fut point lui qui 
vie qu'Anacréon lui a donnée institua la science des aruspices; 
(/) ne s'accorde pasaveccecom- ce fut Thamyras , venu du pays 
bat de musique dont j'ai parlé ; de Cilicie : après quoi on fit un 
car qui croirait qu'un vieillard règlement que les descendans de 
de cent soixante ans vouliit Cinyras , et les descendans de 
entrer en lice sur ce sujet avec Thamyras présideraient aux cé- 
Apollon? L'histoire mytholo- rémonies sacrées. Dans la suite 
gique est toute pleine de variétés des temps , ceux-ci cédèrent leur 
touchant le père , les femmes , droit aux autres ; et alors on 
les fils et les filles de Cinyras n'eut point lieu de se plaindre 
(g). On lui donne jusques à cin- comme d'une irrégularité, que 
quante filles , qui furent toutes la famille royale n'eût point de 
métamorphosées en alcyons (h) : prérogatives sur une famille 
d'autres disent que Junon les étrangère. Tacite remarque (o) 
convertit en pierres , qui ser- qu'il n'y avait que le Cinyrade 
virent de degrés dans l'escalier (p) que l'on consultât. Cinyras 
de son temple (i). Il fut fort ai- avait réuni en sa personne la 
mé d'Apollon (k) , et il acquit prêtrise et la royauté (^) : d^oii 
tant de richesses qu'elles ont pas- vint qu'ensuite le sacerdoce de 
se en proverbe comme celles de Vénus la Paphienne fut toujours 
Crésus (/). 11 était d'ailleurs très- entre les mains d'un prince du 
beau (m) , et il eut beaucoup de sang; et c'est pour cela que Ca- 
part aux faveurs de Vénus. Les ton crut faire des offres très— 
pèresdel'Églisequiontécritcon- avantageuses au roi Ptolomée, 
tre les abominations des païens , en lui faisant dire que , s'il vou- 
leur ont reproché que la Vénus lait céder l'île , le peuple romain 
qui était honorée dans l'île de le ferait prêtre de Vénus (r). On 
Cypre, avait été la garce de Ci- parlait d'un autre temple que 

Cinyras avait fait bâtir sur le 



(d) Eustalh, , io lib. X Iliad. 

(e) Theopompus , apud Photium , pas'. 
389. 

(/) ^pitd Pliaiam, lih. VII^cap.XLyiTI. 

(g) Voyez Meurjius, in Cypro , cap. IX. 

{h) Eustatliius in Iliad. , lib. X. 

(i) Ovi'Jius, Metamorph. , Ub. VI. 

\k) PinJar. Pylii. , od. II. 

(/) Idem. Nem., od. VlU. Plaro, de Legi- 
bus, lib. II , Suidas j/i KiTst^.Hfstj-Aïc 

(m) \nll.ol. , Ub. IV , cap I Hv'io. , 
rap. CCLXX. 



mont Liban (s). Il avait aussi 
fait bâtir trois villes , Paphos, Ci- 
nyrée et Smyrne : il donna à 

(n) Tacit., Hist". , Itb. Il , cap. III. 
(o) Ibidem. 

(p) C'est-à-dire celui qui descendait de 
Cinjrras. 

(ff) Scholiast. Piadari io Pyth., od. If. 
(n Plularch , in Vitâ Caloni?. 
(S' Lucian (''; D'à Svriâ. 



202 CINYRAS. 

cette dernière le nom de sa fille {^) ^ près a,,oir manqué de parole 
, . , . 1 awj: Grec5. Palamede avait ete depe- 
(/). Il inventa plusieurs choses; ché vers lui pour en obtenir des Hou- 
les tuiles , les tenailles , le mar— pes auxiliaires 5 mais , au lieu de lui en 
teau le levier, l'enclume («). demander, il lui persuada de ne se pas 
Il fut aussi le premier qui décou- Joindre aux Grecs. 11 revint chargé de 
ai luiauooi ic ^^ ^ vj j ^ presens , elles earda tous pour lui , 

hormis une méchante cuirasse qu'il 



vrit des mines de cuivre dans 



l'île de Cypre. On le compte 
parmi les anciens devins (x). 
Son tombeau et celui de ses des- 
cendans étaient à Paphos au 



donna à Agameuinon de la part de 
Cinyras. Il lit espérer que ce roi de 
Cyprc enverrait une flotte de cent 
vaisseaux j cette espérance se trouva 
nulle. Voilà quelques-unes des accu- 



temple de VénviS , comme le re- sations d'Alcidamas contre Palamède 

marque Clément d'Alexandrie H aurait tort de parler avec mépris 

, , ^ -. . iM • i • j du; de la cuirasse , sielle ressemblait a la 

ij^)en citant 1 histoire de Phi- description qu'Homère nous en a lais- 

lopater, composée par Ptolomee s^g ^3j_ Quelques-uns ont dit que tous 

fils d'Agésarche. Quelques-uns les vaisseaux envoyés par Cinyras 

ont dit qu'il n'était point né dans étaient de terre , et montés d'hommes 

,,», in ■ '1 '4„:i. de verre *, a 1 exception d un (4). 

1 lie de Cypre , mais qu il y était ^.^^^ ^^j ^'^^j^^^ ^^^^^ Ci^y,.^^ j^, 

passé de l'Assyrie ou il régnait, païens soit le Noé de la Bible (5) , 

Voyez la remarque (A) de l'arti- auraient bien de la peine à faire ca 



cle Adonis. 

(0 Hygin., cap. CCLXXf. 

(u) Pliniui, lib. yil, cap.LVl. 

{x) Clem. Alexand. Stiotnat. , lib. I, pag. 
>n. 333. Meursius de Cypro, pag. iio. 

(y) Âdmou. ad Gent. , pag. 29. Âmob., 
lib. FJ , pag. 193. 

(A) Il n'a rien qui le rende plus 
célèbre , que d'ai^oir eu adonis de sa 
propre fille. ] Ce n'est pas qu'il n'y 
ait d'autres choses bien singulières 
dans sa vie 5 mais les livres de classe, 
les dictionnaires historiques, les com- 
pilateurs de lieux communs n'en par- 
lant pas , comme ils font de l'aven- 
ture de Myrrha , il est arrivé que Ci- 
nyras n'est guère connu au peuple 
de la république des lettres que par 
l'endroit que je marque ici. De fort 
savans hommes ont cru que Pin- 
dare se trouve accablé de l'abondance 
de son sujet lorsqu'il veut parler de 
Cinyras (1)5 et ils entendent de ce 
prince ces paroles de Pindare : TloKKsi 
"yà-p ■TTiXKci; xÎKix.Ta,i : Plusieurs ont 
dit beaucoup de choses de lui (2). Mais 
la suite du discours ne contient rien 
qui demande qu'on entende ainsi les 
paroles de ce poète. 

(i) Pindar. , Nem. od.VIII. 

(2) Méziriac, sur les Épîlres d'Ovide, pag. 
398. Benedictus, in PindariNcm. , od. VIII. 
Méziriac lit ^ Trohhà. •yà.f TTr^KKa. AïAîXT*!. 
€>n dit de luipUisieurs eiplusieurs chOies, 



drer à Noé ce que nous venons de 
dire de Cinyras , et ce que nous en 
allons rapporter. Je ne prétends point 
qu'on n'en puisse venir à bout ; car 
où est-ce que l'habileté de M. Uuét 
(6) n'a point déterré Moïse ? 

(C) Les pères ont dit que la V^é- 
nus, ..... honorée dans l'île de Cy'pre, 
avait été la garce de Cinyras. J Ar- 
nobe tout le premier nous en dira des 
nouvelles. IVumquid rege à Cyprio , 
dit-il {'^), cujus nomen Cinyras est, 
dilatant merelriculain , T^eneretn diuo- 
ruvi in numéro consecralam ? Firmi- 
cus Maternus ne s'exprime point avec 
moins de force (8) : Audio Cinyram 
Cyprium templum amicœ meretrici 
douasse, eierat Venus nomen. Initias- 
se etiam Cypriœ Veneri plurimos et 
uanis consècrationibus députasse , sta- 
tuisse enini ut quicunque initiari l'ellet 
secreto Veneris sibi tradito , assem 
in manummercedis nominedeœ daret. 
Quod secretum quale sit onines taciti 
intelligere debemus , quia hoc ipsuni 

(3) Iliad. A. V. 24 seq. 

* EustalLe à l'endroit cite dit : ymyouç ctv- 
S'ùctç , hommes de terre. Il est donc probable 
que c'est par faute d'impression que toutes les 
éditions de Bayle portent hommes de verre. 

(4) Eusiat. , in Iliad. A. pag . 827 . «P"<^ 
Meurs. , in Cypro, pag. j,i. 

(5j Biblioth. universelle, lom. III , pag. 18. 

(fi) Il est évéque d'Jvranches. 

il) Lib. IV, pag. m. 143. 

(8) De Errore prof. r.«lig. , pag- nu zz. 



propter turpitiidinem manifestiits e.r- 
plicare non possunius. Jienè aniator 
Cinyras merelriciis legibus seruit , 
consecratœ f^eneri a sacerdolihiis suis 
stipem dari )ussit , ut scorto. Quel dés- 
ordre ! quel dérèglement ! On insti- 
tuait des mystères dont le rituel por- 
tait que celui qui était initié recevrait 
une poignée de sel et un phallus , et 
donnerait une pièce d'argent à Vénus 
(g). Quel cordon ou quel collier d'ordre 
dounaiton là ! Consultez Clément d'A- 
lexandrie , qui nous apprend <(ue Ci- 
nyras fut le ])remier qui osa tii-er des 
ténèbres ces impures cérémonies , en 
l'honneur d'une courtisane de son 
pays. Où yi.f) y.i o Kwcrpioc o \ncna>- 



CI NU s. 2o3 

Il mourut à Boulogne, et fut 
enterré auprès de Diuus , dont il 
avait été disciple {b) (B). On met 
sa mort à l'an i 336 (c). Il ne fut 
pas moins célèbre par ses vers 
italiens que par ses leçons de ju- 
risprudence , et on le compte 
parmi ceux (jui ont commencé 
de donner des agrémens à la 
poésie lyrique toscane. Pétrar- 
que peut passer pour son disci- 
ple, et n'a pas fait difliculté de 
lui dérober des pensées. Le Can~ 
zoniere de Cinus subsiste encore. 



T«v'A<ppo<r.Tmv/=tA:^'£vT*Hpv*^«vi/xToç de quoi l'on est redevable à une 
i/x^a. ^apstcfoûvott ToA^iia-aç , ^ixoti/^ou- demoiselle {d ) que l'auteur 



juiivoç Hêiocj-ai TTopvnv ToXiTicf* : IVon 
enirn Cyprius insularis Cinyras indii 
unqiihm persuaseril tibidinosa quœ 
circa f^enerem Jiehant orgia ausus 
ex nocte diei tradevp , duin meretri- 
cetu civem i'cllet in dcos rejcrrc (lo). 
Voyez aussi Arnobe à la page 169 du 
V''. livre , oîi il dit : Nec non et Cy- 
priœ f^eneris nbstrusa illa initia pnv- 
tereamus, quorum conditor indicatur 
Cinyras rex fuisse, in quibus sumen- 
tes ea certas stipes infenuU ut mere- 
trici , et référant phallos propitii nu- 



aimait tendrement (e). Je citerai 
un passage qui fera connaître 
qu'il était sujet à cette pas- 
sion (D). 

\b) Tiré de Forsterus , Ilist. Juris civilis, 
pag. m. 498,499. 

(c) Koiiig , Biblioth. ,pag. 193, 75,1. 
(rfj Madonna Ricciarda de' Sehaggi. 
(e) Tiré de CiescemLeni , Ist. délia volgar 
Poesia , pag- 87. 

(A) // était d'une famille noble. 1, 
forsterus la nomme ratniliain Sigis- 



minis signa. Qui douterait après cela t,aldoriim (i) : quelques autres se 1er 
que ce ne soit lui que Lucien (11) ap- ^ent j,, ^-^^^ Sigisbuldi (2). Léandre 



parie avec Sardanapale , et qu'il don- 
ne comme le modèle d'un efleminé ? 



Albeiti se sert du mot italien Sim- 
baldi (3) : M. Crescembeni se sert du 
mot Sighibatdi (/^). 

(B) Il fut enterré auprès de Dinus , 

dont il a^'ait été disciple. ] Ce fut sans 

aucune distinction honorable : juxta 

Dynum pari, hoc e^t , ignohili et 

CINUS OU CYNUS, juriscon- ^'ulgari sepulchro terrœ condàus (5% 

suite fameux, était de Pistoie et î' 7 ^" ^/^"' '^^^^"^ r« ces deux 
j, c .11 , , /AN Ti jurisconsultes, et rlorien de aaint- 



(g) Clera. Alexandr., Admon. ad Cent. ,pag> 

>. 10. 

(lo) Idem , ibid. 

(u) In Rhetor. Pra:cept. 



d'une famille noble (A). Il a 
fleuri au XIV. siècle. Son com- 
mentaire sur le code fut achevé 
l'an i3i3 : il écrivit aussi sur 



Pierre reposent dans le même tom 
beau , au cloître des dominicains de 
Bologne (6). Notez fpie Cinus avait 
été professeur en droit dans l'univer- 
, 1^- 1 T Ti site de la même ville (7). On rapporte 

quelques parties du digeste. Il cette épitaphe : Sino , eximiojuns 

u'aiuiait point les interprètes du 

droit canon , et il les censura 

très-souvent. Il en a été blâmé 

par Nicolas de Tudeschis (a). 



{a) Ci-si celui qui est si connu sous le 
nom de i'auonuitanus. 



f i) Forster. , Hist. Joris civilis, pag. m. 499. 
(1) Ployez KoDJg , Biblioth. , pojT., 7.13. 

(3) Leand. Alberti, Dcscritt. d'ilalia , /o?:o 
m. 4i. 

(4) CresciinbeDi, Istoria dclla Tolgar Poesia, 
pag_. 87. 

(5) Forster. , Hist. Jnris civilis, pag. m. 400- 

(6) Lcind. .Mberli, Descritt. d'italia,/o^ 41. 
{"]) Idem , ibid. 



3o4 CIOLEK. 

consulto Bartolo prœceptore dignis- Ploczko en Pologne , était natif 

simo , popnlus pinoriensis B. 31. po- ^^ Cracovie , d'une vile et basse 

5.'i!?. Cela donne heu de croire que ses „*■ , rl.\ o^ * 

. . I t ,.„'„„,„r Iq r,^ extraction (0) , sa race et son 

compatriotes voulurent repaier la ne- . \ '^ ' , , 

gli^ence des habitans de Bologne, éducation Ji ayant ete connues de 

qui n'avaient mis sur son tombeau personne (c). Toutefois ce qui 

aucune inscription. Il faut corriger Jui manquait par sa naissance, 

un mol dans cette epitaphe, oter . ■,, . ^ /, -, -, ■,, 

Bartolo, et snhslU^evBarton ; c^r (d autant qu .1 en était dune 

Cinus fut le maître , et non le disciple très-basse ), cela était largement 

de Eartole (8j. récompensé par son esprit péné- 

(Cj Je citerai un passade qui fera t^ant , par sa sagesse, par son 

coniiaiire fiu il était sujet a L amour. \ - j .• * . ° '/ 

Julius Ch/rus ayant dit que si uni érudition , et par son éloquence 

femme couche avec son valet , elle (R). Il était dans les bonnes 

mérite punition, mais qu'une servan'e grâces d'Alexandre, roi de Polo- 

ciui couche avec son maître n'est_ point ^^^ Qn croit aussi que ce prin- 



punie , mais plutôt gratifiée d'une ré- 
compense , ajoute que cela fournit 
une raison au jurisconsulte Cinus 
pour soutenir ipie les jtrésens doivent 
être faits par ceux qui aiment, et non 
pas par les personnes aimées. La suite 
du passage doit être ici en latin plu- 
tôt qu'en français : Undh sumit argu 



ce , déjà dans le temps qu'il fut 
fait duc de Lithuanie , l'avait 
fait son intime , et se servait 
principalement de ses conseils 
{d). Alexandre étant donc monté 
sur le trône de Pologne (e) après 



menium Cynua in d. l. i. quôd ama- la mort de son frère Jean- Albert, 

tores dehcnt donare amasus suis, non -j yo^i^t ^ij^r son fidèle minis- 

c contra , suhde as : et crede experlo , /^ii .i-i i>'« 

quôd donum magis i^alet quhm suspi- tre Ciolek , et lui donna 1 eve- 

rium, imb suspirium nihil l'alet sine ché de Ploczko l'an »5o4 , que 

dono ■.ferrumtamenprœponiturauro, Vincent Y'. Przeraebski possé- 

nam secundum Juven. , Ferrum est ^^^^ ^^,^^^ ,^j Plusieurs i'accu- 

quod amant : (}uod (ut ipse ait) qui- n • i ' 

dam exponiint, id est ,ferreum mem- sent d avoir persuade Son maître 

brum, proptercujusferrifortitudinem à la tyrannie {/)• Mais au rest* 

insignes etiam seruis v'ilissimis se ex- {\ g donné des marques de sa fi- 

ponunt (9). A ce sujet , Julius Clarus ^^j-^^ ^^^^ plusieurs ambassades 

observe que le docteur Cinus tut tort r ■ ■ j n 

amoureux, et un très-bon poète. Qiiœ q" il » faites auprès de 1 empe- 

ferba D. Cyni sunt notanda , quia H- reur Maximilieu F"^. , et à la cour 

cet esset excellens doctor , fuit etiam jg Rome par ses bous services 

maximus amator, et egregius poêla, . . j^j^j^ ^^^ .^^^ , j j 

ut rranc- Petrarcha atlestatur in us ^O' i ' i t^ 

carminihus, in quibiis ipsius morlem ^^^^ y-^ ^^ pUbcio loco Craro^nœ naïus. 

déplorât. Et extant adhuc cantiones Slanislai Luhienski vila; et séries cpiscopo- 

et alia carmina amatoria D. Cyni rumPlocensium, in Operibus eyV/i .-/ntoer/x* 



non insulsa (lo). 

(8) Torsler. , Hist. Juris civil. , pag. 5o3. 
Crescembeni, Istoria délia volg. Voest», pag. 87. 

(9) Julius Clarus, recept. Senlentlarum , lib. 
V , cap. de Fornicatione , nuin. io,pag. m. 23. 

(10) Idem , ibiJ. 

CIOLEK (a) (ÉRASMUs), en 
latin Vitelliu.^ (A) , évêque de 

(«) Article communicpié par M. FerD!- 
NAKD Louis DE BresLer , à' Ascliembovrg , 
traducteur et continuateur du Moréri en al- 
lemand. Voyez tome III, pag. /J23 , Varlide 
BlBLlANDEB , Citatton {/). 



an. ]f>43 extusis , pasf. '6'jo. Erasmum Ciol- 
cum hominein plebeimn , quem admodum 
credilum est , appellal. Mart. Cromer. de 
Origine et Rébus gestis Polonorum , lib, 
XXX, cap. uli, 

[c] Lubienski , Operura pag. 36g. Quo 
génère quàve slirpe geiiitus fuerit Krasmus 
Ciolek , undè prodient, (|uomodo creverit , 
el illa ipsa, quâ vi.\it , ignuravit <etas. 

(f/l Cromenis, de Orig. et Reb. gest. Po- 
lon. , lib. XXX, cap. idl. 

[e) Van i5ol. 

(/■) Lubienski , Operum pag. 870. 

(^) Qi^oiqu'il me paraisse i'raiscmblable 



CIOLEK. 



205 



il parvint, mourut deux ans 
après (^), et Sigismond I*^, son 
frère, parvint au gouvernement 
en sa place , qui se servit aussi 
seniblablcnient de ses services, 
dans lesquels aussi-bien que son 
frère il le trouva fidèle et dili- 
gent. Il fut envoyé aussi diverses 
fois à l'empereur et au pape , 
et se trouva principalement l'an 
i5i8 à la grande et célèbre diète 
d'Augsbourg , comme ambassa- 
deur du roi de Pologne , avec 
Raphaël Castellan de Lenden et 
Boguslao, maréchal de Lithua- 
nie. Ce fut là ( comme dans un 
lieu oii se trouvèrent tous les 
grands d'Allemagne , plusieurs 
ambassadeurs et personnes de 
marque des pays étrangers) , que 
Ciolek fit paraître ses belles qua- 
lités , et fit un vendredi 20 d'août 
dans la plus considérable assem- 
blée , une harangue si énergique 
à l'empereur et aux états de l'eiu- 
pire, que plusieurs des assislans 
en pleurèrent (C). C'est pourquoi 
Jacques Spiégel l'avait fait im- 
primer. Enfin Ciolek finit le cours 
de sa vie à son ambassade à la cour 
de Rome (/}. Car après avoir été 
envoyé à Rome par le roi Sigis- 
mond P^ , pour traiter de quel- 
ques affaires secrètes avec le pa- 
pe Léon X , et avoir obtenu quel- 
ques privilèges dudit pape pour 
son église , il y mourut dans 
la même année que le pape dé- 
céda aussi, l'an 1 52 1 , et fut en- 
terré dans l'église de Santa-Maria 
de! Popolo. Raphaël Lesczynski 
lui succéda à révêché(Â:). 

que Cromer l. c. s'est trompé, et a trans- 
posé ici les ambassades t/u'il a /ailes sous 
Sigismond I"^, 

(h) L'an l5o6. 

(i) Vo)-ez la remarque (C) sur lajîn. 

'.'.1 LiiLiicnski Oppruiii J>ng. i'jQ. 



(A) En latin f^itellius. ] L'art de 
métamorphoser les noms n'a pas 
aussi été inconnu aux Polonais , et il 
semblait à ce Vitellius qu'il se serait 
bien confirmé, s'il faisait Vitellms du 
mot Cioltk , qui a quelepie rapport 
avec le mot qui s'appelle en polonais 
un Vean. Martin Cromer qui décline 
ce mot polonais par une terminaison 
latine l'appelle CioUiun (i). Il y .1 
encore une très-considérable noble fa- 
mille en Pologne qui porte le nom de 
Ciolek , et s'appelait eu latin l^itel' 
/(rtrt ; elle y est venue d'Italie l'angyr, 
du temps de Miécislaiis, par Robert, 
archevêque de Gnesne , delà race des 
Vitellius; d'autant que Paulin, frère 
de Robert, a multiplié sa race en Po- 
logne, dont il est sorti plusieurs ar- 
chevêques de Gnesne et aulres per- 
sonnes de distinction {7.). 11 est boa 
d'ajouter ici ce qu'Okolski raconte de 
quelqu'un de cette famille (3). Je veux 
rapporter ici les mêmes paroles, afin 
qu'on puisse d'autant mieux puiser de 
la source même le remède qui s'ac- 
corde très-bien à un sujet polonais. Il 
dit donc : Stnnislaiis Cioleh seti f^i- 
lellius , nobilis Polonus , circa sec. 
XK. clarus , fertiir ante consuetum 
tempus nntiis , qua propter 4 septinta- 
nns in adipe apri consen'obnliir , cre- 
l'it in maximum uirum , Castellanum 
Sendomir-i MarescaLlum Curiœ, etc. 

(B) Et par son éloquence. \ Jacques 
Spiégel (4) en fait très -bien le por- 
trait, et le dépeint, dans sa lettre à 
Erasme , comme un des plus savans 
et des plus éloquens hommes de son 
temps, en lui donnant outre cela celle 
louange : Singularis integritatis vitœ. 
Richard Bartholin (5) le confirme en 
disant : Episcopus Plocensis uir lite- 
ralus et grauis orationem habuit lati- 
nam plané et reisatis accommoi/atarn, 
in qud sapienter et eruditè de expsdi- 
tione contra Turcas suscipicndd dis- 
putai^it. Et dans u» autre endroit (6; : 

(t) Mart. Cromerns, de Origine et Rébus ges- 
tis Polonorum , Ub. XXX. capi. ulUino. 

(2) Simon Okolaki , tn Orbe Polono, tom. J . 
pa^. 108 et icij. 

Ci) Iliid. , fag. 1 14. 

(4) Dam sa LeUre à Érasme. Voret la r«- 
marijue (C). 

(5j In Concinnà descriptione de Conrentu 
Aiiguslensi ediid a Conrado Adciraann de Adet- 
inannsfeldeo, Canonicu MugusUjnu , anno i5i8, 
in-^". 

{ù] In Cojcianî descript , ifU. 



•o6 



CIPÎERRE. 



Uœc mihi ret'erendissimus episcopus enim l'iri non pauci, tum exquisiti 

Plocensis , aptid Cœsarem Polonice doctituiiiinjudicando naris emunctis- 

regis oratorem agens recilai'it, i^ir simœ, autistes Torgestinus , Peutin- 

grai'issiinus et literatus , et oui sine gerus, Huttenus, Barlholinus, Spala- 

controfersid jides adhihenda. Mais tinus , et S tatius ille in nuUo doctrines 

Stanislaùs Lubienski (7) lui donne à la génère non t^ersatiis ; Henricus Stro- 

verité le caractère d'un homme sa- mer medicus , et Laurcnlius Zochius 

■vant et prudejit, puisqu'il dit qu'il jurisconsultus , cardinalis Magunti- 

avait obtenu par son adresse l'évêche ni , flurenlissimi principis , cancel- 

de Ploczko ; toutefois il semble que lariiis. Igiturfattd mihi prinium prœ 

Lubienski n'ait pas ajoute' foi à ce que cœteris elegantissimœ hujus orationis 

Spiegel dit de son intégrité , puisqu'il copia , quia digna multoruni lectione 

dit (8) : Kafrum fuisse hominem et l'isa fuit eruditoruni calcula , et ah 

callidum , et qui régi , cujus gratid omnibus desiderata , imprimendam 

florebat, (Alexandro) tyrannidem sua- curat^i sub augusto tua Jiomine ; non 

deret-, plerique credidére. duhilo quin ut audientihus lachrymas 

(C) Que plusieurs des assistans en commouit , ita hœc eadeni legentibus 

pleurèrent. ] C'est une circonstance magis copiosas excutiet , et in rem 

toute singulière, que Jacques Spiégel , christianam propensiores eorum ani- 

conseiller et secrétaire de l'empereur, mes reddet. Au reste, pour amplifier 

remarque (9) \ et je crois que peu d'o- le récit de la magnificence de l'assem- 

rateurs aient pu faire parleurs paro- blée de la diète, dans laquelle Ciolek 

les , ce <pie fit Ciolek par les siennes, parla, je rapporterai encore ici ce 

principalement en présence d'un tel que Jean Muîler , célèbre ira]irimeur 

auditoire. Jacques Spiégol a tant de à Augsbourg , qui a imprimé la ha- 

crojance à la force de cette haran- rangue de Ciolek , a ajouté au lieu 

gue , qu'il ne doute pas qu'elle ne d'aj)pendice. Aderant , dit-il , in hoc 

fît répandre des larmes à ceux qui conuentu très réitère ndissimi Domini 

la liraient. Comme les paroles qui se Cardinales , Cajetanus , Gurœnsis , 

trouvent dans la lettre qu'il écrit à et iWaguntinus , pluresque regum ora- 

Erasme (10) sont rares , et qu'il fait tores , et omnes ferè Germanice du- 

une ample description tant de cette ce* , cujji magnd parle episcoporuni 

circonstance, que de l'éloquence de et nobilitatis suœ primariœ ; qualis 

Ciolek et de ses principaux audi- in Imperio supra 3o annos l'isus non 

teurs , je les rapporterai ici tout au est. Pour ce qui est de l'édition de 

\ong : ReuerendissimusDominus Eras- cette harangue , Jacques Spiégel , 

mus yuellius episcopus Plocensis, comme il a déjà été dit, la fit irapri- 

singulari integritate i^itœ , rardque mer in-.'j*'. à Augsbourg l'an i5i8, sous 

docttind, romandque facundiâ insig- le titre de : Oratio per R. P. Do- 

nis , i/el eo mihi nomine prœcipuè co- minum Erasmum f^itellium episco- 

lendus , quia cognominis , de te per- pum Plocensem in celeberrimo A.u- 

quam egregiam fréquenter facit men- gustensi Conventu ad Cœsarem 

tionem. Primant (ut aulicus aulico 3Iaxiniil. nomine victoriosissimi régis 

utar i^erbo ) audientiam corani Cœsa- Polonice Sigismundi habita , coram 

re , sacri Imperii Elecloribus onini- omnibus S. Imp. Electoribus pluri- 

bus , et cœteris Germaniarum prin- misque Germaniœ principibus , die 

cipibus proceribusque obtinuit. Sic Veneris , 20 -Aug. Jl. Doni. i5i8. 

ornatè , sic grauiter oj'auit , ut ad inti- Après cela elle a été réimprimée ex 

ma usque prœcordia audttorum l'ehe- Bibliothecâ Joh. Pistorii in corpore 

mentiasententiarumpenetrai'erit,plu- historiœ Polonicœ (11) tomo III , p. 

resque ad fletum concitaverit : ei verb S--^. Marquard Freher (12) dit aussi 

docto simul et facundo omnes docti et qu'elle se trouve dans Reusnéri Anti- 

eloquentes palmam tribuunt. Aderant Turcico. 

(7) Opcrum pag. 3'o , il dit Tanlum ingenio («i) ^ Baie l'an i582 , in-folio. 

valiili, ut Episcopatum Plocensem adipiscerelur. (•') In Inaice Autoruin, tome II, Rer. get- 

(8) Jbid. maa. Scriptorum ftrceinisso. 
(o) 7/1 Epist. ad Eiasmum Roter. Orationi 

viùiinpra.,m..a. CIPIERRE ( Philibert DE Mar 

(10) Ex AuEustâ Yindelic. prid. Kal. sept. r. ^ '^ ■ ^ 1 n/r^ 

«n. ,5i8. i^ . F ciLLIr i>EIGNEURDE), etaitduMa^ 



CIPIERRE. 207 
connais {a). Il donna tant de gui , et à conper par ce moyen 
preuves de courage et de pru- la racine des factions cl des trou- 
denceau service du roi Henri II, blés qui seraient capables de per- 
tant en France qu'en Italie, que dre l'état {d). Il mourut à l.ié- 
ce prince le fit gouverneur du ge , au mois de septembre i565 
duc d'Orléans son second fils , avant que d'avoir pu boire les 
qui a régné sous le nom de eaux. Ceux de la religion n"é- 
Oharles IX. On prétend que si taient pas contens de sa conduite 
d'autres n'avaient point gâté l'ex- (C) : ils firent des vers assez pi- 
cellente éducation qu'il avait quans contre lui, et pendant sa 
donnée à ce jeune prince , il en vie , et après sa mort (e). Ce fut 
aurait fait un très-grand roi (A), de lui que le prince de Condé 
Lorsque Charles IX fut parvenu sut , à Orléans , l'an 1 56o , que 
à la couronne , on trouva que le complot de la Renaudie avait 
pour l'honorer davantage il fal- été découvert {f). Ce fut encore 
lait qu'un prince du sang fut lui que l'on chargea, quelques 
toujours auprès de lui, afin de mois après, de s'assurer delà ville 
veiller su» sa conduite ; et l'on d'Orléans {g) ; car on la soupçon- 
donna cette charge au prince de nait de n'être pas bien intention- 
la Roche-sur-Yon {b) ; mais Ci- née. Il commanda pendant quel- 
pierre ne laissa point de conser- ques jours l'armée de France au 
ver son emploi (B). Ces deux siège de la même ville , après que 
gouverneurs s'entendirent bien : le duc de Guise eut été tué (h), 
le prince cédait beaucoup à Ci- et il obtint du légat du pape 
pierre , connaissant sa sujjisan- qu'il serait permis aux soldats de 
ce aussi grande que de seigneur manger de la viande pendant le 
de France : Cipierre qui était carême (D). Il fut marié avec 
tressage portait aussi grand Louise de Halluin (/) dont il 
honneur et révérence au prin- n'eut qu'une fille , qui fut fem- 

ce ^ et il faisait très-bon voir me de François de la Magdelène , 

ces deux messieurs les gouver- seigneur de Ragni, aïeul de la 

neurs près la personne du roi duchesse de Lesdiguières (A). Son 

tenant leur rang comme il J'ai' père avait épousé N de Saint- 

lait; l'un haut et Vautre im petit Amour , dame de Cipierre (/). 

bas. Cipierre fut créé chevalier 

de l'ordre par François II , l'an W P"^"; ^î'' ^^'^''^^'■• 

r- / \ A j-i '^ X (•") M. Le Laboureur en rapporte mul- 

l500 (c). On dit que, se voyant y„e..„„,. AddH.ons à Castdnau, lom. /, 

atteint d'une maladie mortelle, V'^s'^'A- 

et se préparant à aller boire les ^.^i^'^'J"'' ^''"=' ''''°"°'' """• ^'• 

eaux d'Aix , il exhorta fortement C?) Bèze , Hist. ceci. ; Hv. ///, pag. 290. 

la reine-mère à pacifier les dis- '^^'^X' '1- ^^^1 -. 

, „ i , _, ,. (/ij «rantorae , Cap. étrangers, tom. /, 

sensions des (juise et des Loli- pag:. i32. 

(i) Le Laboureur, uddilions aux Me'moires 

, deCasleloau, tnm. I , pag. i'-â. 
{a) Le Laboureur, addit. a Castcliiau , (X, Morle à l'ans , le 2 juillet >f)56, selon 

tom. I , pag. 5,2b. /ep^/£ Anselme, Hist. des Officiera, /jo,:-. 

(b) Là niéine , <(;'e c/e Branlôme. 2^i. 

(c) Le Laboureur, additions à Casteinau. (/j Le Laboureur . addit à Castrlit., tom. 
tom. l, piij. 3~!^. f, pag. 3-4. 



2o8 CIPIERRE. 

(A) Si d'autres ti afaient point gâ- qu'il ne voulait plus l'avoir pour son 
té l excellente éducation qu'il auait gouverneur. Les paroles, dont Lan- 
donnée à Charles IX -, il en aurait guet s'était servi peu auparavant , me 
fait un grand roi. J Brantôme met persuadent que le livre qu'on avait 
sur le compte des mignons, et non ôte' au jeune monarque était he're'ti- 
sur celui du gouverneur , les deux que au jugement de Cipierre : car 
mauvaises qualités de Charles IX , les cet auteur venait de dire qu'il sem- 
juremens et la dissimulation. Il sou- Liait que Charles IX et ses deux frè- 
tient que Cipierre était le plus braie res se déclareraient bientôt protes- 
seigneur qui fut jamais goui'erneur tans; que le duc d'Orléans avait déjà 
de roi , légal , franc , ouuert et du fait assez connaître qu'il était de ce 
cœur et de la bouche , point menteur parti , et que le duc d'Anjou avait 
et dissimulateur, et qu'il l'aidait nour- demandé à la reine -mère en présence 
ri très-bien et instruit , et ne l'ai'ait de plusieurs personnes , que désor- 
jamaisfait étudier dans les chapitres mais on ne lui donnât pour domesti- 
de dissimulation (i). Il ajoute qu'en- ques que des luthériens : Regina cau~ 
tre autres choses il enseigna à Char- tais sua administrât , nam ac'commo-' 
les IX à s'exprimer éloquemment. dat se tempori , et ostendit se nobis 
M. de Cipierre , dit- il (2) , parlait à addicliorem quam antea. Rex et fra- 
mon gré français , espagnol , et ita- très i^identur brewi transituri ad nos- 
lien mieux que gentilhomme et homme tras partes. Hcec si non fiunt matre 
(le gueiTe que j'aie jamais wu , et pour impellente , fiunt saltem ipsd non 
ce 5 le roi se i^oulut façonner h son nolente , nam si \^ellet , posset hoc 
beau dire, plutôt qu'à celui , disait- impedire. yiurelianensis jam salis os- 
on, de du PoTOn, depuis maréchal tendit se esse à nosttis partibus. An- 
de Retz, qui parlait certes fort bien. Il degavensis plané puer nuper petiit a 
dit en un autre lieu (3), que Cipierre matre coram plurimis , ne deinceps 
était l'homme du monde qui faisait daret ei ministros , qui non essent 
mieux un conte, le sa^'ait mieux repré- lutherani. Uœc l'erba mater excepit 
senter at^ec la meilleure grâce et les risu. Rex habuit gubernatorem nobi- 
plus belles paroles qu'on eût su dire, lem i^irum { nomine Cipierre ) Jiatum 
tant il était bien accompli en tout. in Rurgundid : ex tenui forlund sud 

(B) Cipierre ne laissa pas de con- indusirid pen'enit ad magnas opes , 
seruer son emploi. ] Les paroles de et fuit admodum charus régi Henri- 
Brantôme que j'ai rapportées en sont co. Is ciim nuper régi librum tlieolo- 
une preuve , mais il faut pourtant gicum eripuissel , ita offendit eum , 
croire qu'il le perdit pendant quelque ut cUceret matri , se nolle ampliiis 
temps, et qu'ensuite on le rappela; habere eum gubernatorem. Mater 
car Languet affirme qu'on l'ôfa d'au- itaque eum remouit a Jilii guberna- 
près du roi , et que l'intercession du tione , et ei siiffecit principem de la 
roi de Navarre pour obtenir son rap- Roche sur Yon. Ciun Nauarrus pro 
jiel fut inutile. Il n'y avait que deux remoto apud reginam deprecaretur , 
jours que ces choses s'étaient passées , iHa. respondit hoc non sud , sed Jilii 
lorsque Languet en fit mention, dans ^'ohintate essefactum , qui nolit eum 
une lettre datée de Paris le 1'='^. de habere gubernatorem. Hoc nudius- 
février i562. Ce qu'il dit de la cause tertius primum accidit. Referunt et 
de la disgrâce de ce gouverneur est alias causas , quare s il remotus : nam 
si curieux , et si anecdote , que je me f'dt valdè addictus Guisiis (4). Si l'on 
sens obligé de le rapporter. Le fait consulte le passage des Mémoires de 
est que Charles IX s'oflénsa si vive- la reine de Navarre rapporté dans son 
ment de ce que Cipierre lui avait ôté article (5), on se figurera que Languet 
un livre de théologie, qu'il déclara n'était pas un nouvelliste mal informe 

de la cour de France. 

(C) Ceux de la religion n'étaient 
pas contens de sd conduite. ] M. le 



(i) Brantôme , cité par le Laboureur, Addi- 
tions aux Mémoires de Castelnau , tom. I , pag. 

3:4- 

(5) Le même , ciu' là même , loin. II , pag. 
S60. 

(3) Le même, cite' la même. tom. I , pag. 
Si8. 



Laboureur n'en donne point d'autre 

(4) LaEg.iet. , epist. LXVIIl , lib. II, pag. 

01 , 202. 
(5; Dar.slti vfrr.c-aiLS fB.^ , lome X/. 



CIPIERRE. 



Î09 



cause , que la commission qu^eut Ci- 
pierre de de'sarmer Orléans (6)5 mais 
les vers qu'il rapporte supposent que 
cette ville fut cruellement traitée, et 
que la rigueur de Cipierre s'étendit 
et sur les murailles et sur les hommes. 
M. de Thou , <pii d'ailleurs donne des 
ëloges à ce seigneur, remarque qu'il 
e'tait dévoué à messieurs de Guise (7). 
En un mot, quand les protestans éta- 
laient leurs plaintes après la première 
paix , ils citaient non-seulement la 
Bourgogne maltraitée par Tavannes, 
et la Guyenne maltraitée par Monluc, 
mais aussi ce qu'Orléans avait soufl'ert 
de Cipierre (8). 

(D) // obtint du légat-., qu'il serait 
permis aux soldats de manger de la 
fiande pendant le carême. ] Le cardi- 
nal de Ferrare , légat du pape , était 
alors à l'armée avec la reine-mère. Il 
trouva odieuse la demande qu'on lui 
faisait, dans le temps même qu'on 
était en guerreavec les hérétiques, en- 
nemis du caresme. Mais, après avoir 
un peu songé , il fit réponse que de 
chair il n'en fallait point parler , 
comme de chose abominable , et qu'il 
permettoit seulement de manger du 
beurre, dufourmage et du laittage (9). 
Voici la réponse de Cipierre : « iMon- 
J) sieur , ne pensez pas régler nos gens 
)) de guerre comme vos gens d'église ; 
« car autre chose est de servir i)ieu , 
)> et servir la guerre. Voulez-vous que 
» je vous dise le vray , ce n'est point 
5) en ce temps , ny en cette armée , 
» composée de plusieurs sortes de 
X gens , que vous devez faire tels scru- 
» pules; (Âr quant à votre beurre, 
D fourmage et laittage , nos soldats 
» françois n'en veident point, comme 
j> vos Italiens et Espagnols ; ils veu- 
5) lent manger de la chair et de bonne 
j> viande , pour mieux se sustenter. 
» Ils en mangeront aussi bien deçà 
» comme delà , et à couvert et en ca- 
» chette, quelque deffence qui s'en 
« fasse ; parquoy faites mieux , or- 
■n donnez-leur d'en manger, et don- 
» nez-leur en une bonne dispence et 
» absolution ; que si d'eux-mesmes ils 
» s'en dispensent, vostre authorité en 

(6) Adilition» à Casteloan, tom. I , pag. SsQ. 

(7) Thuan., lib. XXri, pag. m. r,io. 

(8) Vraie Hist. des Troubles ,foUo 4 verso , <i 
Vannée i563. 

(g) BraDlôme , Capitaines étrangers, (o-n. /, 

TOJIK V. 



» sera plus supprimée; et au contraire 
» elle en sera eslevée , si vous letir 
)) permettez , et chacun dira , mon- 
)> sieur le légat , cet homme de bien , 
» nous a donné dispence, et cela ré- 
» sonnera mieux partout (lo). » Le 
légat goOlta une remontrance si sensée, 
et accorda ce que Cipierre lui deman- 
dait (i i). Ce que Brantôme avait rap- 
porté un peu auparavant est si capa- 
ble de confirmer ce que tous les gens 
de bien, pieux et sages jugent de la 
guerre, qu'il faut que je le copie. Char- 
les-Quint pour excuser les braucs et 
galands hommes , comme luy , disait 
qu'estant courageux, ambitieux , et 
grand guemer, il ne pouuoit estre re- 
ligieux et conscientieux. J'U c'est ce 
que dit une fois ce grand marquis de 
Pescayre, es guerres de Lombardie, à 
monsieur le légat, qui fut après pape 
Clément, sur le règlement des desor- 
dres et debordemens de ses soldats : 
Mon senor legado, no ay cosa mas 
difftcultosa à los que exercen la guerra, 
que con igual disciplina servir en un 
mismo tiem|)o à Mars y à Chrysto, 
porque el uso de la guerra en esta cor- 
ruption de militia parece ser todo 
contrario à la justitia y religion. 
C est-a-dire , monsieur le légat , il 
n'y a point Je chose plus di^icile a 
ceux qui exercent la guerre que de ser- 
vir en un mesme temps, et avec esgale 
discipline , ii Mars et a Christ , par ' 
ce que l'usage de la guerre en cette 
corruption de milice est du tout con- 
traire à la justice et à la religion (12). 
Voilà le jugement que font de la guerre 
ceux qui la connaissent le mieux, et 
puisque unicuique in sud arte cre- 
dendum est, il faut conclure qu'une 
armée conduite selon les lois de la re- 
ligion chrétienne est une idée platoni- 
que , une utopie de Thomas Morus, 
une pierre philosophale , qu'on ne 
trouvera jamais. 

(10) Là même, pag. i33. 

(11) Là mêin", pag. i34- 

(12) Là même , piig. i3i. 

CIPIERRE (Remé de Savoie, 
SEIGNEUR de) , était fils de Claude 
de Savoie, comte de Tende, 
gouverneur et grand-sénéchal 
de Provence , qui épousa en se- 
condes noces Françoise de Foix , 

14 



^ïo CIPIERRE. 

dont il eut un fils et une fille et ses domestiques rendissent les 

que leur mère éleva dans la reli- armes. Les mutins retournèrent 

ffion. Son mari devint fi^rt sus- peu après, et tuèrent ces pauvres 

pect dans le protestantisme , soit gens qui ne pouvaient plus se 

à cause de la profession ouverte défendre. Mais le marquis , ne 

que son épouse en faisait, soit voyant point le corps de Cipierre 

parce qu'il ne souffrit point qu'on parmi les morts (car les consuls 

usàtde violence dans son gouver- l'avaient mis en lieu de sûreté ), 

neraent, contre ceux qu'on appe- fit semblant de craindre pour 

lait hérétiques. Cette modération lui , et protesta que le seul moyen 

souleva contre lui le comte de de lui sauver la vie était de le lui 

Sommerive son propre fils. 11 remettre entre les mains. Les 

l'avait eu de son premier maria- consuls ajoutant foi à ses paroles 

ge;et il se vit conti'aint de se le lui livrèrent , et aussitôt on le 

défendre les armes à la main poignarda de mille coups (B). 

contre celui auquel il avait donne Tantlim relliglo potuU suadere malorum ! 

la vie. Tl succomba et il fut con- Qn ne douta point que la cour , 
traint d'abandonner son gouver- g^ q^g \q comte de Sommerive 
nement à ce fils dénaturé. Ci- n'eussent part à cet exploit , et 
pierre , qui avait fait tout son ^^g Cipierre n'eût été traité de 
possible pour maintenir les droits \^ sorte en haine de la nou- 
de son père, dont il avait reçu yglle religion. Le prince de Cou- 
la charge de colonel de la ca- j^ ^ l'amiral , et toute leur ban- 
valerie(rt), pendant que Cardet , jg, furent fort inquiets de cela 
son beau-frère {b) , exerçait celle ^^y 
de colonel de l'infanterie , fut 

malheureusement assasssiné par ('^^ ^-^ T''"'°°' ''*• ^^^^^ '"^ """■ '^^^■ 

une troupe de mutins à Fréjus (a) Il fut assassiné.... à Fréjus.] 

(A), l'an i568. Il revenait de C'est ainsi que je traduis le Forum 

Nice oii il avait été saluer le duc ■J'^"^" de M. de Thou. D'Aubigne (i) 

de Savoie. Les assassins lui dres- ^PP?'^^ ce lieu-là For^^es (2), et pré 



sèrent des embûches dans un 
bois, et n'ayantpu empêcher qu'il 
ne se sauvât dans Fréjus avec tout 
son monde , ils l'y suivirent , 
ils sonnèrent le tocsin sur lui , 
et l'assiégèrent dans son logis. 
Les consuls tâchèrent de le sau- 
ver , et obtinrent du marquis 
d'Arci , qui était le chef de cette 
troupe mutinée , qu'il la ferait 



tend qvi'^rci qui en e'tait gouverneur 
fit poignarder le conate de Tende lui 
trentième , et qu'il dit tout haut qu'il 
ne faisait rien sans bon aveu et corn- 
manJeineiit. Il est assez diUicile d'ac- 
corder cet historien avec M. de Thou, 
car si Gaspar de Villeneuve seigneur 
d'Ars , ou d'Arci, ylrcii regulus , avait 
été le gouverneur de la ville oîi se com- 
mit le massacre , comme le prétend 
d'Aubigne', aurait-il été nécessaire qu'il 
eût usé de ruse envers les consuls pour 
se faire livrer ce comte , après être 



retirer moyennant que Cipierre entré dans la ville à la tête des mutin 
•^ ^ -^ comme le prétend M. de Ihou.-^ 



{à) Bèze, Hist. ecclés. , Iw. XII , pag, 
319. 

(/^^ Il était de la maison de Saliices , et fut 
marié avvc laJlUe du comte de Tende et de 
/■'ratiroise de Foix. Bèze, là-mc'me, pag^. 



prête 

(D) On le poignanlade mille coups.'] 
I\l. de Thou attribue celte lâche cxé- 



(ij Tom. I, Uv. V. chap. /, jwg. S^o. 
(2) // de''aU litre Fréjus , coiiimi- fait Mé/e- 
ai , Abrégé chronologique, luin. f^, f^a- ""• 



CYRILLE 

cution à la raulliltule soulevée (3). 
Krantôme , qui n'avait que des idée^ 
confuses de cet iulilme assassinat , ne 
Tattribue qu'à une personne : Il fut 
tue , dit-il (4) , durant la paix en en- 
trant dans une \'Ule de Provence sous 
titra de pair , et un inaraut l' assas- 
sina , <pie j'ai l'eu cent jois porter 
tous les ans des limons îi la reine mè- 
re ; j'ai oublié son nom , ensemble de 
la ville oii cela fut. Les huguenots , 
poursuit -il , de la Proi'ence ai'oient 
grand' créance en lui, et s'il ne fut 
mort il edt fort remué , car il étoit 
bi'awe et l'aillant et y étoit très-grand 
seigneur. 11 venait de dire que c'était 
un brawe et l'aillant gentil/tomme , 
qu'il étoit huguenot , et que le comte 
de Sommerive son denii-frère et lui 
se faisoientfort la guerre l'un contre 
V autre , mais pourtant quelquefois 
courtoisies. 



(3) Àb irruente multitudine innwnerif pugio- 
nujn ictibtts confoditur . dfhone-tlato eiiatn poil 
inortfin repetiùs vulnerîbux cadavere. TLiuanu^, 
ttb. XLiy , pag. 8n5 , col. i. 

(4) Brantôme , Discours du connétable de 
Montiuorenci. 

CYRILLE , diacre de l'église 
d'Héliopolis proche du Liban , 
fut un grand iconoclaste sous 
l'empire de Constantin ; car se 
sentant embrasé des flammes 
de l'amour de Dieu {a) il brisa 
plusieurs simulacres adorés par 
les païens. Ceux-ci s'en sou- 
vinrent lorsque leur religion fut 
la dominante sous l'empire de 
Julien , et ils s'en vengèrent avec 
beaucoup de fureur , puisque 
non-seulemeut ils le tuèrent , 
mais aussi qu'ils l'éventrèrent , 
et qu'ils lui maugèrent le foie. 
Tous ceux qui eurent part à cet 
acte en furent punis d'une façon 
étonnante. JIs perdirent d'abord 
toutes les dents , ensuite la lan- 
gue , et enfin les yeux {b). Al- 
cyonius assure que Cyrille , avant 

(«) Zw'xa) ■rup'roKnùfjKvoç iila. Divini 
amoris astii inflammatus. Tlieodoritus , 
llistor. ecclesiasl. , lib. III , cap. yil. 

b) Tiré de Théodorel , là-même. 



, CYRUS. 211 

que de faire cet exploit contre les 
idoles , avait été banni dans l'ile 
d(; Waxos, et que Julien com- 
manda lui-même qu'on le tuât 
(A) , et que ses courtisans se re- 
pussent des entrailles de ce saint 
homme. Je n'ai point trouvé cela 
dans Théodoret. 

(A) Alcyonius assure que Cyrille.: 
auait été banni — et que Julien com- 
manda lui-mCnie qu'on le tudt. ] Voici 
ses paroles : Cvrillus quoque sempi- 
tcrnd laude l'idetur decorarulus , qui 
leidssimè suum in lYaxo insuld exi- 
liuin tolerai'it, idque principatu Mag- 
ni Constantini , apud quem postea 
tanld gratid et aucloritate ualuit , nt 
ciim bond ejus i'enid complura vete- 
ruin dcnriim simulacra suln'erterit , 
qno defuncto ciimpotestas rcrum om- 
nium pênes Julianum esset , illius 
jussu dissectus est , mandavitque in- 
super crudelissinius tyrannus , ut 
purpurati sut tàscera sanctissimi et 
innocenlissimi honunis epularenlur 
(i). I! y a quelque apparence qu'on a 
mis ici un peu de brodure ; mais si 
l'on avait envie de diffamer nommé- 
ment ce prince apostat , et d'employer 
pour cela des additions vraisembla- 
bles, que ne supprimait-on aussi quel- 
que chose? la rhétorique le permettait. 
Pourquoi parlait-on des dieux brises 
par Cyrille ? Cette circonstance di- 
minue extrêmement la cruauté des 
gentils. Les catholiques en peuvent 
juger par eux-mêmes. luen ne guéris- 
sait plus heureusement les scrupules 
du duc J'Albe , lorscju'il faisait mou- 
rir tant de protestans aux Pays-Bas , 
que de songer cpi'ils avaient été icono- 
clastes. Il faut convenir que les mar- 
tyrs remportent une couionne plus 
pure , lorsqu'on ne peut pas leur re- 
procher qu'on les a vus jouer de la 
hache contre les statues sacrées , etc. 

(i) Petrus Alcyonius, in Medice Legato priore, 
fulio ctiij. 

CYRUS , fils de Darius Nothus 
roi de Perse , se rendit illustre 
par de belles qualités ; mais rien 
n'a tant fait parler de lui que 
la guerre qu'il entreprit contre 



2,2 CYRUS. 

Artaxerxès son frère. Darius leur devant avec une belle armée. La 
père commun , se voyant ma- bataille se donna près de Baby- 
lade à la mort , le rappela de la lone : on ne doute point que Cy- 
province dont il lui avait donné rus ne l'eût gagnée , s'il n'eût 
le gouvernement. Cyrus mena pas été tué en combattant avec 
avec lui Tissapherne , en qui il trop d'ardeur et trop peu de mé- 
prenait une grande confiance ; nagement {a) (B). Aspasie , sa 
mais cet homme le trompa ; car concubine, tomba entre les mains 
il fit accroire à Artaxerxès qui d' Artaxerxès , et fut considérée 
avait succédé à Darius , que Cy- comme une des principales piè- 
rus machinait quelque chose ces du butin. INous donnerons 
contre lui. Ce rapport mit telle- dans les remarques un abrégé 
ment en colère le roi de Perse , de son histoire (C). Ce fut une 
qu'il se serait défait de Cyrus, si femme qui n'abusa point de la 
Parysatis, leur commune mère, complaisance de Cyrus , et qui 
n'avait arrêté le coup. Non-seule- se conduisit avec tant d'adresse , 
ment elle lui sauva la vie, mais aus- qu'elle se fit fort aimer de Pary- 
si le gouvernement de la province salis (D). Comme elle crut que 
qu'il avait obtenu du roi Darius, sa faveur était un présent du ciel, 
Dès que Cyrus y fut i-etourué , elle donna publiquement beau- 
il ne roula dans sa tèle que des coup de marques de sa gratitude 
desseins d'ambition et de ven- pour la déesse Vénus (Ej. Si tout 
geance : il prépara toutes choses, ce qu'on a dit d'elle était vérita- 
et pour se venger du traitement ble , il faudrait que sa beauté 
que son frère lui avait fait , et eût eu une prodigieuse durée 
pour se rendre maître de la cou- (F). Au reste , la lettre de Cyrus 
ronne. Il s'assura de quelques aux Lacédémoniens ne doit pas 
bons capitaines grecs fugitifs de nous persuader qu'il ne fit point, 
leur pays ; il leur donna ordre quand il le fallait , les protesta- 
de lever des troupes; il cacha son lions ordinaires (G), 
véritable dessein sous divers pré- , ^.. , rr / ..» ^. 

T ^ 11^ (a'< Tiré de Xéaoplion . au f '. iM-e de 

textes pendant sa marche; U ne /-Histoire ^«'.7 a composée de l'Espédiiioa 

se rebuta point de ce que l'ar- du jeune C^rus. La bataille entre les deux 
, ■ 1 • .«» ■\ fr^rci dans laauelle Cyrus fut tué, se 

gent Im manqua bientôt; il ^ta'/'l 3./aLp5e. J/^-A- ^'" '- 

fut assez heureux pour renCOn- pond à l'an 353 de Rome, selon CdUisias. 

trer une reine , qui ne se con- ,., „ . „^ 

3 ] ■ t 3^ l»„^ (\) Il rencontra une reine qui ne 

tenta pas de lui apporter de 1 ar- JJ^^,^^^ p^,jel,u apporter ùeVar- 
gent (A); il eut néanmoins cent gent,] Elle s'appelait Epyasa, et était 
difficultés à essuyer avec ces trou- femme de Syennésis , roi de Cilicie- 
pes mercenaires; et ne laissa Elle vint trouver Cyrus fort à propos, 
A -, 1 PI? 1 t„ ^t car 1 devait près de quatre mois de 

point de passer 1 Euphrate , et . ^^^ ^^^^^^^ ^ "^^ i, ,, ^„y^;t 

d'avoir lieu de se promettre une j^^jg j^j p,j^x-s assiégé devant sa porte 

victoiredécisive. Artaxerxès aver- par une foule de soldats qui deman- 

tid'assezbonne heure par Tissa- daient à être payés. Ce n'était point 

1 , • „fr J^ r,rr.,>. sa coutume de les renvoyer quand il 

pherne des preparatibde Lyrus, ^^^.^ ^^ l'argent : il était donc fort 

n'avait rien négligé pour être eu g^^ peine , car il avait lieu de craindre, 

elat de lui résister. Il lui alla au- vu sa coutume de bien payer quand 



CYRUS. 2i3 

il le pouvait , que Ton ne concUM d'un coup Je lance (3). La mêlée fut 
que ses finances étaient déjà tout rude , et Cyrus , accompaf;né de peu 
épuisées. Une telle opinion était ca- de gens, fut accablé là et tué (4). 

pable de faire avorter tous ses des- (C) JVous donncfons un abrégé 

seins. Epyaxa le délivra de ses in- de l'histoire d'AsvAsit..] Cette femme 
quiétudes ; car dès qu'elle fut arri- était de Phocée (5) , et lille d'ilermo- 
yée il paya quatre mois de solde à son timus. Selon le portrait qu'Elien nous 
armée, et soit par reconnaissance, en a laissé, ce devait être une per- 
soit que cette reine ne lui voidùt point sonne très-accomplie, tant pour le 
faire faveur à demi , il coucha brave- corps que pour l'esprit. Elle s'appelait 
ment et bien avecelle. Ce fut du moins Millo avant qu'elle fftt à Cyrus ; mais 
l'opinion commune (i). Il fit pour l'a- ce prince lui fit chanf;er de nom, et 
mour d'elle la revue de toutes ses lui donna celui de cette maîtresse de 
troupes en sa présence , et leur fit Périclès qui était devenue si célèbre 
faire l'exercice ^ et parce que les Grecs (6). Herraotimus , qui avait perdu sa 
faisant semblant de vouloir charger femme quand elle arcoucha de notre 
les barbares , les mirent en fuite , Aspasie , éleva sa fille selon la peti- 
cette reine eut part à la peur et s'en- tesse de ses moyens. Cette fille eut un 
fuit aussi. Cyrus lui donna une bonne grand chagrin pendant son enfance : 
escorte quand elle s'en retourna en c'était la plus belle enfant du monde, 
Cilicie. Elle arriva à Tarsis cinq jours mais il lui vint une tumeur au raen- 
avant Cyrus. C'était la ville capitale ton , qui l'enlaidissait horriblement, 
du royaume de Syennésis : elle fut Le médecin , auquel son père l'amena, 
pillée malgré les bienfaits et les cour- eut la dureté de lui refuser son remè- 
toisies de toute nature dont la reine de , parce qu'Hermotimus n'en pou- 
avait usé envers Cyrus ; et, ce qui est vait payer le prix. Elle s'en revint 
bien étrange, Syennésis ne se fia point toute désolée , et ne faisait qu'entre- 
à ce prince, cfuoiqu'il lui eût confié son tenir sa douleur en se regardant au 
épouse. Il se laissa enfin persuadera miroir.' ATriXÔdZ^xi^ai iKKa.iv, iX^/'^^'AÎv 
sa femme d'aller le voir : il en reçut tok yovaLo-t xÂTOTTfov , «*< éfâs-o, êAt/Tiiv 
des présens , mais qui lui coûtèrent sv àutS a-i^'oS'fst 'tihyu. A medico digres- 
bon ; car il fut obligé de compter de sa in acerbissimo luctu versata est , et 
bonnes sommes d'argent pour la sub- spéculum in genibus tenens, seque in 
sistance des troupes de Cyrus, et pour ipso contemplata i^ehemenler doluit 
préserver du pillage ses états (2). (7). Elle apprit en songe le remède 

(B) Il fut tué en combattant ai'ec qui la guérit ; après quoi elle devint 
trop d'ardeur et trop peu de ménage- la plus belle fille de son siècle. Elle 
ment. ] Les Grecs qui étaient à sa solde avait les cheveux blonds et frisés , de 
avaient tellement mal mené les Perses grands yeux , le nez un peu aquilin , 
qui leur avaient été opposés , que Cy- les oreilles petites , la peau délicate , 
rus rempli de joie fut salué roi par un teint de lis et de roses, les lèvres 
ceux qui se tenaient autour de lui. Il d'un rouge admirable , les dents plus 
ne laissa pas d'aller bride en main au blanches que la neige , les pieds et les 
milieu de six cents hommes qui l'en- jambes dans la perfection , la voix si 
vironnaient pendant l'action : il atten- douce qu'on eût dit, quandelle parlait, 
dait ce que ferait le corps de bataille qu'on entendait les sirènes. Elle ne 
d'Artaxerxès 5 et dès qu'il l'eut vu en devait qu'à la nature la supériorité de 
mouvement , il fondit de ce côté-là sa beauté 5 car ni son humeur, ni la 
avec sa troupe : il enfonça les pre- pauvreté de son père , ne permettaient 
miers rangs , il mit en fuite six mille 

hommes du régiment des gardes : il p) Clk^^^s qui e\ail dans Vannée d'Anarer- 
iiuiuui^.' ^« . g ^ j, , ^ ^^^^ avait du dans wn hislotre qu II avait pan- 

tua leur chef, et ayant aperçu le roi se cette bUsiwe. Xenophoa , Je Cyril Expedi- 

son frère, il piqua vers lui, et le blessa «ione, iib. I,pag. 157. 

(4) '/'ire' de Xénopbon , là même. Vojei aussi 

(«VEXÉ-J/eTO (Tê Kîïpov xat/ truyyUîJ^m t« Plutarque , dans la Vie d'Artaxerxès. 

KiXjVs-M. Vulgh quidem ferebntur cum Çrro (.5) $4,^.^,5. ?[„,. ^ ;„ Pericle, pag. i65. 

eam congressam. XenophoD, deCyri Expedit., Amyot a mal traduit native de la Phocide. 

tib. I , pag. m. 146. (6) Plularchus , ibidem. ^Ijanus , Var. Hist., 

( î) Tire de Xénophon , nu /". livre de f Ex- M. XII, cap. I. 

pédition du jease Cyrus , pa£. m. 146 , 147- (1) idiaous, ibid. 



^,G CYRUS. 

et ne se servit de sa faveur que pour sent , il le lai ôta par cette ruse. Il 
enrichir Hermotime son père (i6), ce voulut que cette femme fût prêtresse 
qui ne demanda pas de grandes som- de Diane, ce qui était un engagement 
mes et que pour témoigner sa recon- à la continence et au célibat. Darius 
naissance à Vénus. C'est ce que nous en fut si outré, qu'il conspira contre 
allons voir. son père , et se perdit sans ressource. 

(E) Elle donna publiquement beau- Voilà ce que Plutarque nous en ap- 
coup de marques de sa gratitude pour prend (22). Justin rapporte la même 
ta déesse f^cnus'i Elle songea souvent chose en substance, si ce n'est qu'il 
pendant son enfance qu'elle serait un ne dit pas comme Plutarque qu'on fit 
jour dans une hautefortune (17). Après Aspasie prêtresse delà Diane Anitis, 
le refus que le médecin eut fait de la qui était honorée à Ecbatanc : il dit 
guérir, elle songea qu'elle voyait un qu'elle fut créée prêtresse du soleil, 
pigeon'qui, s'étant converti en femme, et que par-là le devoir de continence 
luiappritquelevéritableremèdedeson lui était imposé (23). Ceci était très- 
mal était de prendre des bouquets de surprenant; car Aspasie , comme Plu- 
roses consacrés à Vcnus,etdelesappli- tarque l'observe , avait été la concu- 
quer sur sa tumeur quand ils seraient bine favorite de Cyrus , avant que 
secs. Elle le fit , et dissipa la tumeur d'avoir la même place auprès d'Ar- 
(i8).Se voyant toute- puissante auprès taxerxès. Tous les historiens convien- 
de Cyrus, elle crut que Vénus l'avait nent que l'expédition de Cyrus tombe 
honorée depuis long-temps de sa pro- sur les premières années du règne 
tection. C'est pourquoi elle fit des sa- d'Artaxerxès. Supposons avec Calvisius 
orifices à cette déesse ; elle lui consacra que la bataille où Cyrus perdit la vie 
une statue de fin or, elle mit auprès se donna la 3*. année de son règne; 
un pigeon tout brillant de pierreries, supposons qu'Artaxerxès^ choisit Da- 
et tous les jours elle s'allait recom- lius pour son successeur l'an 58 de son 
mander à cette idole pardes offrandes règne , il ne paraît point par le narré 
et par des prières (19). de Plutarque que ce prince ait vécu 

(F) Si tout ce qu'on dit d'elle était plus de deux ou trois années depuis 
Inévitable, il faudrait que sa beauté l'élection de Darius à la royauté 11 y 
eiit eu une prodigieuse durée. ] Ar- avait donc alors cinquante-cinq ans 
taxerxès vécut quatre-vingt-quatorze qu'Aspasie était concubine d'Àrta- 
ans, et en régna soixante-deux (30). Peu .xerxès. On ne saurait lui donner moins 
d'années avant sa mort, il avait choisi de vingt ans à la mort de Cyrus : elle 
son fils Darius pour successeur (21). avait donc soixante-quinze ans lors- 
Darius avait alors cinquante ans. Il qu'un nouveau roi la demanda comme 
y avait une loi parmi les Perses , que une grâce particulière , et lorsqu'un 
celui qui était désigné roi demandât roi à qui elle avait appartenu cin- 
un présent , et que celui qui l'avait quante-cinq ans ne put se résoudre à 
désigné roi le lui accordât si cela était la céder ; il fallait donc qu'à cet âge-là 
possible. Darius demanda Aspasie : le elle eût encore beaucoup de charmes, 
roi son père fut très-fâché de cette de- Cela n'est-il pas extraordinaire ? Peut- 
mande, quoique outre sa femme il eût on s'imaginer sans rire qu'une femme 
36o concubines très-belles. Il répondit de près de quatre-vingts ans soit faite 
qu'Aspasie était libre,que si elle se vou- prêtresse , afin qu'aucun homme n en 
lait donner à Darius , elle le pouvait ; puisse jouir ? A-t-on besoin alors d'être 
mais qu'il n'entendait pas qu'on lui engagée à la continence par vœu de 
fît nulle violence. On fit venir Aspasie religion ? Une vieillesse comme celle- 
pour savoir ses intentions; elle déclara là n'est -elle pas un asile et un rera- 
qu'elle voulait être à Darius : elle lui part beaucoup plus sûr contre les 
fut donc livrée ; mais après qu'Ar- désirs et les recherches d un homme , 



taxerxès eut accordé à son fils ce pré- 

(16) .^.lianus , Var. Histor. , lib. XII, cap. 
j,pag.^i. 

(11) ldem,pas. 5^0. 
(18) Idem, pag. 54 •• 
(igj/rffm, poK-H?- 

(20) Plularchus , m ArU-xeixe, injine. 

(21) Idem, ibidem, pag. 1024. 



(22) Ibidem, pag. 1024 etseqq. 

(23) Hanc patrein cedere sibi siculi regnum 
Danus postulaveral : qui pro indulgentid sud 
in liherot primo facUtrum se dixeral : inox pœ- 
nilentid ductus ùl hone.aè nei^arel quod lemerh 
promiserat , solis eani sncerdolio prcefecit , quo 
pripelua illi ab omnibus virit pudicUia impera- 
batiir. Jusl. , lib. X , cap. II. 



CYRUS. 217 

que la qualité vénérable de prétresse? regard de la beauté du corps depuis 
Je ne me souviens point a'avoir lu celte ceinture jusques en bas , qu'elle 
qu'aucun critique propose ces dilFi- n'en diminuât par la t'ieillesse , 014 
cultes contre IHutarque , ou qu'il dise pour l'cnuie et l' appétit de la concu- 
qu'il fallait que celte femme el\t con- piscence , qui ne tinssent à ne s'é- 
serve long -temps sa beauté. C'est teindre , ni a se refix)idir aucunement 
dans le livre d'un homme de cour par le bas ? Elle répondit , qu'elle 
que ie trouve cette remarque. // se l'eni.endoit et pour l'un et pour iau- 
lit , dit-il (3"}), qu Artaxerxes , entre tre ; car pour ce qui est de la piqueure 
toutes les femmes qu'il eut , celle qu'il de la chair, disait- elle , ne Jaut pas 
aima le plus fut Aspasia , qui estait penser qu'on s'en guérisse jusques à 
fort âgée et toutesfois très-belle , qui la moit, quoique l âge y t'euille ré- 
av'oit esté putain de-son feu frère. Ûa- pugner. 

rius son fils en dei'int si fort amou- {(j)La lettre de Cyrus aux Lacédé- 
reux , tant elle estait belle nonobstant moniens ne doit point nous persuader 
l'âge , qu'il la demanda a sonpère en qu'il ne fit pas quand il le fallait les 
partage , aussi-bien que la part du protestations ordinaires. ) Il leur c'cri- 
royaume. Le père-, pour la jalousie vit pour leur demander des troupes. 

Îu'il en eut, et qu'il participât ai'ec Sa lettre promettait tant d'avantages 
ui de ce bon boucan , la fit pi-e'iresse à tous ceux qui le viendraient joindre, 
du soleil; d'autant qu'en Perse celles que chacun se pouvait flatter de voir 

? ni ont tel estât , se l'ouent du tout a sa fortune faite en se mettant au ser- 
a chasteté. L'intérêt de Brantôme ne vice de ce prince. Ou ne comptera pas 
demandait pas qu'il fît le critique de la solde , disait Cyrus, on la menurera 
Plutarque , au contraire c'était un (a'j). 11 ne fit point un mystère de son 
avantage pour lui que de trouver dans dessein , il se vanla d'être plus digne 
cet auteur la chronologie que j'ai du trône que son frère ne l'était : J'ai 
cotëe. Il faut savoir que Brantôme plus de cœur que /«(,dit-il (28), je 
nomme plusieurs dames qui avaient suis meilleur philosophe , j'entends 
ete très -belles jusques à l'arrière- mieux la magie , je bois mieux que 
saison, et même jusques a\i cœur lui , et je porte mieux le i^in que lui 
de leur hiver, jusqu'à l'âge de (29). C'est un efféminé , c'est un pol- 
soixante et dix ans. C'est ce tju'il dit tron ; il ne monte pas a chacal lors 
de la duchesse de Valentinois. Nous même qu'il i'a à la chasse, et il n'ose 
avons vu ci-dessus (aS) qu'il en nomme pas seulement s'asseoir sur le trône 
encore une autre. Au reste , cette sa- en temps de péril. L'ingénuité de 
gesse si merveilleuse dont on a loué Cyrus est singulière : il ne cache point 
Aspasie ne paraît pas dans le choix à ceux de Lacédémone qu'il veut dé- 
qu'elle voulut faire de Darius. Elle trôner Arlaxerxès ; il ne leur dit pas 
aime mieux le fils que le père , le so- comme l'on fait dans toutes les guerres 
leil levant que le soleil couchant :, elle civiles qu'il n'en veut point à la cou- 
oubliel'amitiëconstantequ'Artaxerxès ronne , qu'il veut seulement éloigner 
a eue pour elle pendant un si grand d'auprès du prince les mauvais con- 
nombre d'années. Cela fait penser que seillers qui abusent de son nom pour 
la maxime espagnole était véritable opprimer ses sujets, et pour abolir les 
en sa personne, Que ningunas damas loix. 11 savait bien que ceux de Lacé- 
lindas . à 6 la menas pocas , se hacen démone étaient ravis que la couronne 
yiejas de la cinta liasta d baxo , c'est- de Perse fût sur la tète d'un prince qui 
à-dire, que nulles dames belles, ou leur aurait de grandes obligation'i. 
au moins peu, sont vieilles de la cein- Voilà pourquoi il ne leur cacha point 
tur-e jusques au bas, Brantôme dit son dessein. Il fit sans doute les pro- 
( a6 ) , qu'ayant ouï débiter celte 

maxime à une dame , il lui demanda (27^ Mirâou to7c ç-fàLrivo/nhoiç ovu 
comment elle l'entendait, si e était au «fiS/zov àkkx juÎTfov inySai. Stipendium 

mdilibus non annutneraturuin, sedadmensurnin. 
•■ (a4) Braniome , Dames galantes , loin. II , Plut.irclius , m ArUxerxe , p«5-. ioi3, F. 



pas 



(28) Idrin , ibide 
(=9) C 
i/ium f 
(î6) Oamc: gal.tntcs, loin. II,pas- 198, 199- lo'ii ■'^■ 



(25) Dans l'article de Jeanne d'AttACON , (29) Oivov «Tj TrXii'jV et mviiV KO.) <fê;«iV. 

remarque (G) , tome II, pag. 72-j. Vinum polarc et ferre largiiis. IJcIli, pfli'- 



2l8 



GLARUS. 



festafions ordinaires, où et quand son cause. . . des emplois publics dont on. 
intérêt le demanda : et je pense qu'au- le chargea. ] La guerre l'ayant oblige' 
jourd'hui on ne ferait pas scrupule dt; à se retirer à Mantoue, il ne s'occupait 
confier un tel secret aux princes voi- qu'à la révision de son ouvrage, afin 
sins qui espéreraient de profiter du de le mettre en état d'être donné au 
changement. public; mais ayant reçu la nouvelle 
„_ oTTc /• T \ i> j V^^ ^^ roi d'Espagne lui avait donné 
LLAKUiï (JULIUS) , lun des j^ charge de conseiller au sénat de 
bons jurisconsultes du XVP. siè- Milan, il discontinua cette révision 
cîe, était d'Alexandrie dans le (i). H fut élevé quelques années après 
Milanais , et d'une famille patri- ^ ^f *i'g"^té de président des questions 
' . r extraordinaires, et a la charge de pre- 
cienne. Jl entreprit un grand fet de l'annonet3),etàcelle'demaîfre 
ouvrage sur ce que l'on nomme des eaux. Pendant qu'il s'acquittait 
en style de jurisprudence opi- ^e ces emplois avec toute l'attention 
•^ -^ , , ,■ posssible , on le lit venir en Espagne , 
nions Yeçues,receptœ sententiœ : ^.^ ,^ roi Philippe II lui avait donné 
ce sont celles que la plupart des je caractère de conseiller au conseil 
docteurs suivent ordinairement, suprême d'Italie. Il quitta donc son 
Les emplois publics dont on le pays et sa femme et ses enfans, et fut 
r r i\ ^ • \ • 4. • ♦ oblige de voyager en Espagne, en 
chargea (A), ne lui laissant point ^^^^^^ ^^ en Flandre , et dl laisser 
le loisir qui lui était nécessaire imparfaits la plupart de ses écrits (3). 
pour achever ce travail , il en {B) ... Il en détacha quelques par- 
détacha quelques parties qu'il fit '^" qu'il fit imprimera pan.] Son des- 
'■ , ^ . /o\ ^ c -1 sein elait de publier un ouvrage ré- 
imprimer a part (B) , et enfin il ^^^,,^^„,„ sententmrum, divisé en VII 
déclara qu'il abandonnait le reste livres. Dans le I". il traitait de legibus 
(a), vu que les voyages qu'il et constilutionibus ; dàos le II''. de jure 
faisait à la suite du roi d'Espagne personarum ; dans le in-', de malerid 
, . ,^ . . • . 1 successionuin et ultimarum uoLunta- 

ne lui permettaient point de ,„,„. jans lelV^ rZeco«?rflc<(t«5,dans 
vaquer à la révision de ses écrits , le V*. de malefîciis ; dans le VI*. de ci- 
qui demandait une infinité de t'i/f^Hi j^rfiCH*. Le Vll'^. devait conte- 
livres qu'il ne pouvait point traî- "i'' <î« ^'°"« '""^'"^^ ^^ '""^ l'ouvrage. 



ner avec soi (b). Il était parti 
de Madrid pour faire un voyage 
en Italie, et il était déjà arrivé 
à Carthagène , lorsqu'une mala- 
die le saisit, qui l'ôta du monde le 



avec quelques traités qui n'avaient pu 
s'ajuster à la matière des VI livres 
précédens. Voici les portions qu'il a 
publiées. 

Premièrement , il publia le traité de 
Feudis , trois ans (4) après sa promo- 
tion à la charge de conseiller de Milan. 



3 d'avril 1575. Il fut enterré C'était un fragment du IV*. livre. Au 

à Milan , dans l'église de la Paix , bout de quelque temps , il publia le 

au sépulcre qu'il s'était fait fai- l''"'^^ '^^TTT'''^' îT^'Ztl^!^*' 

i-rr f \ 11 ' • 'I r 1 livre , et le dedia a Antoine Perrenot , 



re l'an i566 (c). Il était né le 6 de 
janvier iSaS {d). 

(a) Julius Clarus , prœfat. , Ub. f, Re- 
oept. sentcntiarum. 

(b) Idem , ibidem. 

(c) Konig. , trompé par cette dote fjnl est 
à l'e'pitapke rfe Julius Clarus, a crufansse- 
mcnC qu'il moiiriU l'an l566 ; mais ce n'est 
ijue la date de la conslruction du monument. 

{d) Tue du Ghilini , part. /'^, pag. i3i, 
ï32. 

(A) Il entreprit un grand onuragc... 
qu'il n eut point le loisir d' acfiei'er, il 



évêque d'Arras. L'épître dédicatoire 
est datée de Milan, le 1*"^. de mai 
1559. ^*^'^ fi'' suivi du traité de Do- 
nationibus et de jure emphyteutico , 
portions du IV*. livre. Enfin, il publia 
tout entier le V«. livre qui regarde les 

(i) Jiilius Clarus, epislola dedicaloria Trac- 
talùs de Teslamentis, etc. 

(2) C'esl comme qui dirait intendant des fi- 

(3l Julius Clarus, in prafalione libri V Re- 
cept. senteotiarum. 
(4) Idem , ibidem. 



CLAUDE 



matières criminelles. On réunit en- 
semble tous ces traites dans reditian 
de Francfort i57'2, in-folio, pi-ocnree 
par les soins du jurisconsulte Jean 
Ficha rd , syndic de la ville. Cette édi- 
tion a été suivie de plusieurs autres 
(5), faites en difl'érens lieux, et quel- 
quefois avec des augmentations em- 
pi'iintéesd'autres écrivains. !\I.31oréri, 

copiant Ghilini, qu'il ne'citc pas , ex- plus illustres familles de la Grè- 
posc très-mal le_ titre des ouvrages de ce , et qu'il le réduisit à la con- 



2-rg 
que j'y pourrais faire. Je me 
coutenterai dedirepré.sentemeiit 
que cet empereur ne soullrait 
pas dans les charges ceux qui 
ignoraient la langue latine. Ce 
fui pour cette raison qu'il cassa 



un magistrat issu de l'une de.s 



.lulius Clarus. Voici ses paroles : « Il 
» a composé divers traités. Opéra 
» juruUca. Receptarum scntentiarum 
» opéra omnia. I-^olumenin quo om- 
» niuin criminunt rnaferia sub accep- 
» tis sentcntiis copiosissirnè tracla- 
)) tur. » C'est ne rien dire en détail , 
mais répéter trois ou (piatre fois la 



dition d'étranger. Il y avait long- 
temps que Rome faisait paraître 
cette jalousie pour la majesté de 
sa langue , et l'on a vu la même 
passion dans d'autres pays (A). 
Quant au reste , cet empereur 



léme chose en difiërens termes. Le faisait un grand cas de la langue 

is est qu- Ton a cru que tous les ou- grecque [b) ; et il s'en servait 

rages qu on articulait diiïéraient les "^ » ^ ' i i 

"• même pour répondre aux ambas- 



uns des autres : grande bévue. Les 
louanges que Jean Fichard a données 
à notre Julius Clarus sont légitimes 
(()), et ne doivent pas être suspectes 
tl'adidalion , sous prétexte ([u'il avait 
conseillé à son très-cher compère Si- 
gisraondFeyrabend de réimprimer les 



sadeurs dans le sénat. 

(6) Sueton. , in Claudio, cap, XLII. 

(A) Il ne souffrait point dans les 
charges ceux qui ignoraient la langue 
latine .... Rome faisait paraître celte 



o''uvres de cet écrivain. Le prétexte est jalousie pour la majesté de sa langue. 



(juelquefois très -valable ; car, lors 
((u'on se trouve intéressé à louer pour 
l'honneur de son propre discernement, 
et pour le profit d'un libraire que 
l'on favorise et que l'on dirige , on ne 
proportionne pas toujours au mérite 
des personnes les expressions d'un té- 
moignage qu'on leur prête. 

(5) Je me sers de l'e'dition de Francfort , 
«582 , in-folio. 

(6) Inler illos jam r«iM(o f (jHrisperHos) cum 
hic Juliuj Clarus i-ii- rnultis certè nominibus in- 

stgnis , sive generosos natales sife eruditio- 

nem ( in jure polisiimiim civdi) plane rarain , si- 
ve dexleritaleni denique in his quœ Iraclanda 
sibi sumil felicissimam speclemus , facile prin- 
ceps sit, etc. Jo. Fichard., epislola dedicaloria 
Operum Jiilii Clari. 

CLAUDE, en latin Tihtrius 
Claudius Drusus , empereur ro- 
main , monta sur le trône après 
la mort de Caligula son neveu , 
l'an de Rome --g '4 [a). M. Moré- 
ri en parle fort amplement. Je 
renvoie à une autre fois l'examen 
dece qu'il en dit , et les additions 

■ni C'est lel^i"-. de l'ire chrétienne. 



et Von a i>u la même passion dans 
d'autres pays,^ J'ai préparc (1) mes 
lecteurs à trouver ici quelques faits 
concernant le zèle des peuples pour 
leur langue. Commençons par la preu- 
ve de ce que nous avons dit de l'em- 
pereur Claude. Splendiduni firum. , 
Grœciœque proi'inciœ principeni , l'e- 
rum latiiii sermnnis ignarum , norr 
modo albo judicum erasit , sed etiani 
in peregrinitatem redegit ( 2 ). Ju- 
geant une affaire d'importance qui 
concernait les Lyciens , il demandii 
quelque chose à l'un de leurs députés 
qui était né dans la Lycie , et qui 
avait acquis la bourgeoisie de Ronir. 
Il l'interrogea en latin , et voyant t|Uf' 
le député ne l'entendait pas, il lui 
ôta la bourgeoisie ; car , ajonta-t-il , 
ceux qui ignorent la langue de liouie 
ne doivent pa^ être Romains. E»'t«i'v 

Uil «TçiV 'P*£/.3(7oV sivott TOV p.yi KO.! Thv 

S'iif.i^iv s-iÇMv êTiç-â^îvov. Dicens Bo- 
maniini euiu esse non dcbcre qui ser- 
vionem euni nesciret (3). Notons , en 

(1) Ci-dessus , dans la remarque (F^ de l'ar' 
ticle Attila , tome II, pag. 5ii. 
(1) Surtoo. , in Claudio , cap. XVI. 
\i) Dio , lih, LX , ad ann. 796 , ptij^. in. '^'j-'. 



•2.20 



CLAUDE. 



passant , une erreur deCasaubon : il januam patefecit? ut opinor, Molo 



suppose que ce députe e'tait ne' à Ro- 
me (4) , et apparemnaent il consulta 
la version avec plus de soin que le 
teste grec 5 car s'il eût bien examiné 
la force de ces paroles : Ai/xiov y-'iii to 
'Ap^cLiov ovToÇj P'a>/Ace.toii ii yiyovoroç y 
il eût connu , en considérant surtout 
ce qui les suit , qu'elles ont été mal 
traduites , Lycium quidein origine , 
Romanum tamen natum. Le traduc- 
teur de Xiphilin a mieux réussi : il 
les a tournées , qui ohm Lycius , tum 
eiuis romanus erat (5). 



hetor., qui studia M. Ciceronis acuit. 
Euni namque ante omnes exterarum 
gentium in senatu aine interprète au- 
ditum constat. Queni honorent non 
iinnierità cepit, quoniam sumniam uini 
Romance eloquentiœ adjugerai (7). 
Dion confirme ce que dit là Valère 
Maxime, c'est que l'on plaidait des 
causes en grec dans Rome sous l'em- 
pire de Tibère (8) : néanmoins, cet 
empereur ne souflVit pas qu'un bomme 
de guerre , Grec de nation , rendît té- 
moignage en sa langue maternelle de- 



Valère Maxime remarque comme vantlesjugesCg). Dion nous l'apprend, 

une preuve de l'ancienne gravité ro- Suétone aussi parle de cela , mais il 

maine , que les magistrats répon- n'y a point d'apparence qu'il ait dit 

daient toujours en latin aux Grecs , et ce que l'on trouve dans les éditions ; 

les obligeaient à se servir d'un inler- 3Jilitein quoque grœcè testimonium 

prête. Ils en usaient de la sorte , non- interrogatum nisi latine respondere 

seulement à Rome, mais aussi dans ,.e«Mt« (10). 11 vaut mieux lire g^/wcw7« 

la Grèce et dans l'Asie. Afin qu'on que grœcè; car il n'était pas moins 

voie toute l'étendue de leur politique , indigne de la majesté de Rome d'inter- 

je rapporterai le passage de cet au- roger en grec les témoins, que de souf- 

teur : on y remarquera l'ambition de frir qu'ils répondissent en grec : c'est 
Rome , par rapport à la propagation 



de sa langue. Magistratus uero prisci 
quantopere suam populique Romani 
majestatem. retinentes se gesserint, 
hinc cognosci potest , quod inler cœ- 
tera obtinendce gravitatis indicia , il- 
lud quoque magna cum perseueran- 
tiâ custodiebant , ne Grœcis unqiihm , 
nisi latine , responsa darent. Quine- 
tiam ipsd linguce uolubilitate , qud 
plurimum t'aient , excussd , per in- 



qu lis répondissent en grec : c'est 
pourquoi nous devons juger que si 
Tibère eût permis l'un, il n'eût pas 
défendu l'autre, et que , puisqu'il em- 
pêcha qu'on ne répondît en grec , il 
ne souffrit pas qu'on interrogeât en la 
même langue. Ses scrupules , quand 
il se voyait réduit à user d'un ferme 
grec dans le sénat, sont rapportés par 
Suétone (1 1). 11 aimait mieux qu'on se 
servît d'une circonlocution dans les 
arrêts , que d'y mettre un mot étran- 



terpretem loqui cogebant ; non inurbe ger (12). 11 ne faut pas qu'on attende 
tantùm nostrd , sed etiam in Grœcid , ici une règle si générale qu'elle ne 
et Asid •■ quo scilicet latince uocis ho- souffre aucune exception : l'unifor- 
nos per omnes gentes uenerabiliordif- mité parfaite ne se voit jamais dans 
J'underetur. IVec illis deerant studia la conduite des états les mieux poli- 
doctrinœ, sed nulld non inre pallium. ces. Qu'on ne s'étonne donc point de 
togœ subjici debere arbitrabantur ; in- ce que l'ambassadeur de Rome haran- 
dignum esse existimantes , illecebris, gua en grec les Tarentins. Il prononça 
et suai'itate literarum imperii pondus mal cette langue , ils s'en moquèrent , 
et auctoritatem domari (6). Un peu et ce fut l'une des indignités qu'il eut 
après, il observe que le rhéteur Molon, 
qui enseigna l'éloquence à Cicéron , 
fut le premier à qui l'on permit de 
parler en grec dans le sénat , ce qui 
depuis passa en coutume. Quis ergo 
huic consuetudini , qud nunc Grœcis 
actionibus aures curiœ exsurdantur , 

(4) De legato Lyciorum quodam , oriundo 
ijuidem è Ljcid, sed nalo Romte. Casaub. , in 
Sueton. , Claud. ,cap. Xyi. 

(5) Xiphil., m Claudio, pag. m. i48. 
(6_) Valerius Maximas, Ub. II, cap, II, num. 

2 , png, m. i4o, 14». 



à souffrir, et dont la république ro- 
maine se ressentit fort à leur dam 
(i3). Les Romains n'étaient pas encore 
d'aussi grands seigneurs que lorsque 
l'on reprocha à Cicéron , comme une 
faute inexcusable , d'avoir parlé grec 

(^) Idem, ibid., num. l,pag. 142. 
(8;Dio, Ub. LFII,pag- ■502, aij ann. 769. 
(ç)) Idem, ibidem. 

(10) Sueton., in Tiberio, cap. LXXI. 

(11) Idem, ibid. 
(\n.)Idem,ibid. 

(i3) Dionysius Halic, , in Excerplis Légat. 



CLAUDE. 221 

dans un sénat grec. Ille negat et ait de à un passage de saint Auguslin que 
indignum facinus esse qiiod ego in je mVn vais copier, et qui concerne 
senatu grœco t>erha fecissem , ijuôd la politique des anciens Romains, qui 
quidem apitd Gnccos grœcè loqnutus avec le joue de la servitude impo- 
esseni, id fcrri niUlo modo passe (i4). saient celui de leur langue aux nations 
C'était le sujet de la plainte , et non qu'ils subjuguaient. Opéra data est 
pas qu'il eût parle' grec dans sa maison ut inipcriosa cii^itas non soliimjugum, 
avecCarneade, et avec les autres am- i'eriim ctiam linguam suam domitis 
bassadeurs de la Grèce. Celui rjui re- genlibus per pacem societatis impo- 
pre'sente la cbose de cette dernière neret. Pcr quarrt non deesset imô et 
îacon (i5; est tombe dans une crasse abundaret eliam interpretum copia 
ignorance. Ciccron ne vint au monde (19). On peut connaître par un pas- 
que long-temps après l'ambassade de sage de Grégoire Thaumaturge que, 
Carnèade : ce n'est pas la seule bévue de son temps , il fallait étudier en la- 
qui se puisse remarquer dans les paro- tin la jurisprudence • car il dit qu'il 
les que j'ai citées du sieur le Bret. N'ou- avait presque oublié de parler grec , 
blions pas une chose qui nous fournit à cause que les lois romaines étaient 
un exemple dont Casaubon s'est mal écrites en une langue qui lui donnait 
servi. Paul Emile, ayant subjugué la beaucoup depeine. E;t<fp«t<r6^vTiç cTi x** 
Macédoine , déclara en latin à cette ^a.ftt<ro6êvT££ tîÏ 'Pa/zaïaiv <fa)vîi kolta- 
nalion vaincue ce qu'il avait à lui or- 7r>.ï\iLTiKY\ /xh x.aù àxa^on, xai a-ua-X^/J'-aL- 
donner • mais tout aussitôt le préteur Tii^ouév)) ainSv tk i^au^iit tS /lots-ixixîî, 
Octavius explifiua cela en grec. Silen- <focT(xîîtf£ o^açs^oi. Cunceptœuero sunt 
tio per prœconem facto Paulits latine ac traditœ Romanorurnlingiiâ terribili 
qiiœ senatui , quœ sibi ex concilii sen- illd quidem , superbd , et imperium, 
tefitid uisa essent pronunciai>it : ea quodoùtinentprœ sejerente; cœteràm 
Cn. Octai'ius Prœtor ( nam et ipse mihi molesta et barbard (ao). Le ju- 
adcrat) interpretata sermone grœco risconsulte Triphonin observe que 
referebat ( 16 ). Casaubon prétend tons les décrets des préteurs devaient 
par ce passage de Tite-Livc, que les être en langue latine (21). 
magistrats romains employaient leur Le soin de Rome pour l'extension de 
langue , parce que pour l'ordinaire ils sa langue avait si bien réussi , qu'au 
ne pouvaient pas s'exprimer en grec temps de Plutarque il n'y avait guère de 
(17) ; car, ajoute-f-il , ceux qui par- gens qui ne parlassent latin (22), etque 
laient aisément la langue grecque s'en Libanius témoigne beaucoup de peur 
servaient dans l'occasion, et il allègue quelalanguegrecquenepérisse.àcause 
tout aussitôt le préteur Octavius. Ma- que la domination appartenait à ceux 
nifestement c'est supposer que Paul à qui la langue latine était naturelle 
Emile ne pouvait point parler grec, (aSj. Les papes concoururent dans ce 
et que, s'il l'eût pu , il eût exposé ses même soin avec les princes; et si nous 
ordres en cette langue ; mais cela est voyons l'empereur Marcien , Grec de 
faux : il la parlait quand il voulait nation , donner à la langue latine la 
(18), et si alors il se servit du latin, ce prérogative sur la grecque au concile 
fut pour donner à ses paroles un ca- de Chalcédoine, où il liarangua pre- 
ractère d'autorité, et parce que c'était mièrement en latin , et puis en grec 
la langue du souverain. (24) , nous voyons aussi que le» de'pu- 

l'ne infinité d'auteurs ont pris gar- 

(içi) Augnst. , de Civitate Dei , lib. XIX , 

cap.' yii. 

f 1^1 Cicfro, orat- I^ in Verrera , cap. /.X^'/. , . r- ti. . ■ i j .^ 

^^' ' ' ,r ^ I (ao; Gregorius Thaomaturgus , in Laudadone 

(iS) In Verrinii rtiamimenimus Marco Tul- Origenis , «pud Casaubonum , exercil. XIX in 

lio quasi crunen objrclum quod domi cwn Car- Baron. , pag. 199. 

neade c<^Uruqne G,œciœ le^aU, grœcr collo- ^^ TripboD., /. 48 ,# de re judic. 

muulus fmsset. Bretus , jn Ordine peranliqiio ) ' ^ "^ ' /* "^, , ,' ~ , ^ 

judiciorùm Civiliuiu , cap. XLIII , foUo 85 ^^^{ îi V ^aiV ( Puu:t.icei) hoya v;/v cy.<,u 

verso. TI crivTSÇ ivS^aiTci p^fâvT*!. Çuo (Roma- 

(16) T. LiyÎDs, lib. XLV , cap. XXIX. norwn) sermone univrrsi feri tnortalet nunc 

fi;) fasaob. , in Baronii exercitat. IX, art. uluniur Plutarch., m Quarst. Platooicis eircn 

IIl',pai.-.in.\Qg. fii^-ypag- 1010, D. 

(18, ff(pc gieeco sermone Perseo fPaulus)/a- (t'i) Libamm , desuâ Fortunà , apjidCasanb., 

lin* i/,.,;i'(è suis, exemplum insigne crrnitit , exercil. XIX in Baron. , pag. 201, ao2. 

tnquil , elc, Livius , lib. XLf^, cap- VIJI. (24) ^o_)m Baronius , ad ann. 16, rum. S. 



222 CLAUDE. 

tes du pape aux conciles lisaient tou- telle profanation de la lanj^ue grec- 
iours leurs de'pêches en latin, et qu'ils que, employée à signifier les volon- 
croyaieut l'aire un acte de complai- tés d'un barbare , ne pouvait être 
sance, lorsqu'à la prière de tous les pè- expiée que par la mort de l'auteur 
res ils ronseutaient qu'elles lussent d'un tel abus. La Grèce apprit sans 
expli(iuées en grec (aS). Les actes pu doute avec lui extrême déplaisir ce 
blirs ont été faits en latin pendant qui fut fait dans Cartilage au temps 
plusieurs siècles dans presque tout du premier Dcnys. On fit un décret 
l'Occident , depuis, même que l'on pour défendre à tqus les Carthaginois 
n'était plus soumis à robéissance de l'étude de la langue grecque. L'occa- 
Rome pour le temporel. On le verra sion et le but de cette défense furent 
ci-dessous, quand je parlerai de quel- que Suniatus avait écrit )une lettre 
ques états qui ont aboli cet usage. Je eu greo au tyran Denys , et qu'on 
vous renvoie au livre de Melchior In- voulut empêcher que personne ne 
chofer , Historia sacra latiiiitatis ; parlât ou n'écrivît à l'ennemi sans 
vous y trouverez beaucoup de choses interprète. Dux belli Hanno Car- 
curieuses, et entre autres celle-ci, thaginiensis erat : cujus inimiciis Sii- 
qu'il est probable que Jésus-Christ a nialus , potentissimus ed tempestate 
parlé latin quelquefois , vu qu'ayant Pœnorum , cum odio ejus , gi-œcis 
été si exact à obéir aux lois civiles, et litteris , Dionysio adi'entum exerci- 
les Romains avant établi partout leur tds , et segnitiem diicis fainiliariter 
langue, il n'y a point d'apparence prœnuntiasset , comprehemis ephto- 
qu'il se soit voulu dispenser de cette lis, produionls damnatur : fado se- 
loi-là. Outre qu'ayant été interrogé natusconsulto , ne quis poste'a Car- 
en latin par Ponce-Pilatc, il ne faut thaginiensis , aut lilteris grœcis aut 
point douter qu'il n'ait répondu en aerinoni studeret; ne aut loqui cuni 
latin (26). Cela n'est guère conforme lioste -, aul scrihere sine interprète pos- 
à la doctrine d'Arnobe , qui assure ief {3o). J'ai parlé ailleurs (3 1) de ce 
que Jésus-Christ ne se servait que que l'on conte de l'ambition d'Attila , 
d'une langue , que chacun des audi- pour la gloire de sa langue. Qn râ- 
leurs prenait pour celle qui lui était conte la même chose de quelc[ues prin- 
nalurelle , quelque diliérens qu'ils ces sarrasins : « l'usage de la langue 

» grecque^ commença un peu à s'abolir 
j) dans l'Egypte, après les conquêtes 
» des Arabes sous le règne du calife 
» Valid, qui résidait à Damas, parce 
» que ce prince défendit aux Grecs 
» de se servir d'autre langue que de 
» l'arabe dans les actes publics , ce 
» qui augmenta beaucoup l'ignoran- 



fussent les uns des autres en leur 
langage. Unus fuit è nobis qui ciim 
unani emitteret l'oceni , ah diuersis 
populis et dissonâ oratione loquenti- 
bus , familiaribus l'erborum sonis et 
suo cuique utens exislimabalw cIot 
quioÇ-i"]). 

Parlons maintenant de l'affection 
que d'autres peuples ont témoignée » ce(32j, qui devint alors si gros- 
pour leur langue. Les Grecs se signa- « sière dans la Grèce et dans l'Italie 
lèrent là-dfssus : je pourrais en dire » (33).» Le respect des Tuics pour 
plusieurs singularités, mais je me leur langue est fort singulier, si ce 
contente de celle-ci. Ils louèrent Thé- que j'ai lu dans la vie de Bajazet II est 
mistocle{28), de ce qu'il fit condam- véritable. Ce sultan menaçant de. 
ner au dernier supplice le trucheman faire la guerre aux Vénitiens , la rc— 
qui avait suivi les ambassadeurs de publique lui em-'oya un ambassadeur 
Perse, et qui avait expliqué en grec 
le commandement de ces barbares, ySApCipoïc 7r^tiÇcLyf/.tt(n tTo'Ki/.ïiiri Xf^^'*-'- 

qu'on eût à livrer au roi leur maître Imerprelem ex pUblscUo comprehenswn necu- 
1' . , ,, / \ Il t 1 vil, quùd sermone Giccco iiiandala edere bai- 

la terre et l'eau (29). Il crut qu une bJ.olumf^usetausus idem, il»d. 



(aS) f^o/fi Baronius , ad ann. jC , num. 8. 
(26) yôyei Melcbior Inchofer , Hiitor. sacra; 
Lat'iDitatis, pag. 2'io, edil. munach. , i638. 
(2-) Arnobîiis, lib. I , pag. m. 27. 
(28) Plut. , in Tliemist. , pag. 114. 
(29) 'Ef/Anvéa. avrat. a-u)\Kâ.Qa)il J'ta, ^m- 



(3o) Jusl. ,/(*. XX, in fine. 
(3i) Dans la dernière remarque de l'article 
Attila , tome II, pag. 5ii. 

(32) Conférez avec ceci le passage de Mail.i- 
lia rapporte dans la remarque (K) de VarlitU 
Castille (AUonse), tome IV, pag. 564- 

(33) H.ipm, Comparaison de Platon et li'Aii.— 



it^m-y.a.TQç À^Ixtsivev oti <fiû)V«V 'Eh.XmiS'at, tôle, IV". part., chap. III, pag. m. 3 



pour lui demander la paix. Ce Prin- 
ce lui accorda sa demande , et lui en 
fit délii'rer les articles écrits en latin ; 
mais André Grilti içenlilhomnie fé- 
nilien , qui n ignorait rien de toutes 



CLAUDE. 2'>3 

été un des plus grands hommes 
de son ordre. 11 étudia les hu- 
manités auprès de son père (a) , 
et ayant fait ensuite son cours 



les coutumes des Turcs , pour aroir de philosophie et de théoloffie à 

été Ions-temps il Constantinonle , ivr^ * i -i f * • • 

„„/ , , / 7 I 'T Montauban , il tut reçu miuis- 

auertit cet ambassadeur nue les J urcs ; *^V" ■■"«"■o 



ne tenaient jamais rien de ce >pii n é- 
tait pas écrit en leur Itiiii^ue. Cest 
pourquoi l' ambassadeur fit de grands 
efforts pour faire changer ce traité 
tangage commun du pays ; mais 



tre Tan i645, et donné à une 
église de fief, nommé la Treiiie. 
Il la servit un an ; et puis il pas- 
sa au service de l'église de Sainte- 



ce fut))eine perdue. Aussi ^dcs qu'il Afrique dans le Rouergne , et 



fut parti la flotte de Bajazet fit voile 
pour aller attaquer les places des 
/^éni tiens dans la M orée (34). Un au- 
tre auteur dit ({ue les Turcs soutien- 
nent qu'il n'y a ly/te leur langue seule, 
qui soit de bon usage en ce monde, 
qu'en paradis on parlera arabe , et 
que le jargon des Persans leurs mor- 
tels ennemis est réseri'é pour l'enj 



huit ans après au service de celle 
de Nîmes. Comme ceux de la re- 
ligion avaient une académie dans 
cette dernière ville, il eut occa- 
sion de faire valoir l'un de ses 
principaux talens , qui était de 
bien expliquer une matière de 



(35). Voici un priviléi^e de la langue théologie. 11 fit des leçons par- 

esclavonne : un gentilhomme qui ne ticulières aux proposans , si bien 

la sait pas ne peut recue.lhr aucun hé- tournées à l'usage de la chaire 

ritage, ni posséder ceitauiesterresdans , ■ i>- , n- " i ,,t^ ■ 

la Moravie, et dans la Bohême. Apud ^^ /* ' intelligence de 1 Ecriture, 

Bohemos et Alorai'os 1er est ne cui ^ju elles furent de beaucoup d'u— 

illustri wel equeslri ordine nato cujus- tilité. Il avait entrepris de réfu- 

quamhœredUalemcernere prœdui.e ter la Méthode du Cardinal de 

q/iœ nos Laaa^uUer appellamus , pos- ri- i i- ,., 

sidère liceat, nisi linguœ slai^omcce i^iclielieu (A) ; mais ayant appris 

perito (36). L'auteur qui m'apprend que M. Martel, professeur en théo- 

cela venait de dire qu'au XV1«. siècle logie à Montauban , avait mission 



le roi d'Espagne contraignit les Mores 
à renoncer à leur langue maternelle, 
et à parler espagnol. 

Mais , d'autre côté , il y a eu des 
nations si indifférentes pour leur lan- 
gue, qu'elles ne se sont avisées que fort 
tard lie l'employer aux actes publics. 
Les Espagnols (87) et les Allemands 
(38) commencèrent A le faire au XIll*^. 
sjècle,et lesFrançaisauXVP. (Sg). 

(34) Du Verdier, Abrégi^ Je l'Histoire des 
Turcs , dans la Vie île Bajazet II. Vinez 
«ujxi Bembo , H istoria Venet. , lib III,filio 
91 verso, edtl. Paris.. i55i. 

(35J La Moihe-le-Vajer, lom.XlII ,p. aâg. 
Il Cite Relat. de Thev. le jeune. 

(36) Forstcrus in Tacitum , pag. m. l'jq. 

(37) Voyez la remarque (E) de Var'.icl'e Cas- 
tille (Alfonse), tome IV, pag. 5(>3. 

(38) Voyez la remarque (AA) de l'article de 
F«àNcois !"■., tome Vï. 

{39) Voyez la même remarque. 

CLAUDE (Jean) , ministre de 
l'église de Paris, né l'an 1619, 
à la Sauvetat dans l'Agénois , a 



synodale pour cela (ù), il renonça 
à cette entreprise. S'étant opposé 
dans un synode du bas Langue- 
doc à un homme que la cour 
avait gagné pour tenter des 
voies de réunion , il en fut puni 
par un arrêt du conseil , qui lui 
défendit d'exercer son ministère 
dans leLanguedoc. Il l'avait exer- 
cé huit ans à Nîmes. Il s'en alla 
à Paris pour tâcher de faire lever 
cette défense , et ce fut pendant 
ce voyage qu'il composa un petit 
livre qui a donné lieu à la plus 
fameuse dispute qu'on ait jamais 

(a) Il était minisire , et après avoir serv- 
l'église de la Sauvetat. il servit celle de Mont 
baziliac et de Cours près de Bergerac. 

yù) La Re'ponse de M. Marlel a été impri- 
mée à Rouen . int^". , l'an lô?^. 



224 CLAUDE. 

vue en France entre les catlio- ge. Il prêchait de temps en temps 
îiques et lesprotestans(B). Après à la Haye : son dernier sermon 
avoir séjourné six mois à Paris fut celui du jour de Noël 1686. 
sans obtenir rien , il fit un voya- 11 réussit autant ou plus que ja- 
se à Montauban. Il y prêcha mais : madame la princesse d'O- 
le lendemain de son arrivée (c) , range fut très-satisfaite de cette 
et accepta la vocation que l'é- action. Il tomba malade le jour 
«^lise lui adressa. Au bout de même, et cela d'une maladie 
quatre ans , la cour lui fit faire qui l'emporta le i3 de janvier 
défenses d'exercer sa charge dans 1687. Il donna dans le lit de 
Montauban , ce qui l'obligea mort plusieurs témoignages de 
de faire un second voyage à sa piété, et de la sincérité avec 
Paris. Il y demeura près de neuf laquelle il avait professé la i-eli- 
mois , sans pouvoir forcer les gion réformée (e). Sa mort affli- 
harrieres quon lui opposait pour gea tout le parti , et fut d'au- 

son retour à Montauban tant plus sensible aux personnes 

Durant cet intervalle , il fut sages , qu'il n'y avait guère que 

recherché par Véglise de Bor- lui qui fût capable de redresser 

deaux , mais celle de Charenton les égaremens où quelques plu- 

ne souffrit pas qu'on lui enlevât mes téméraires précipitaient les 

un homme d'un si grand mérite esprits crédules , et de balancer 

(d) : elle l'appela en 1666. De- lafaction de ces gens-là. Plusieurs 

puis ce temps-là , jusqu'à la cas- ont dit que s'il eût vécu plus long- 

sation de l'édit de INantes , il a temps , on n'aurait pas vu écla- 

rendu de très-grands services à ter tant de querelles scandaleuses 

cette église et à tout le corps qui ont réjoui les catholiques ; 

par ses excellens ouvrages , et mais plusieurs autres croient et 

par le détail oii il entrait sur les disent que rien n'eiit été capable 

affaires que les députés des pro- d'arrêter le branle que cette roue 

vinces lui communiquaient. Ja- avait déjà pris avant que M. Clau- 

mais horaïue ne fut plus propre de mourût. Je ne saurais dire 

que lui pour être à la tête ou d'un laquelle de ces deux opinions est 

consistoire, oud'unsynode(C), ou la plus juste (y). Il laissa un fils 

pour disputer sur-le-champ. Cette qui était ministre (F), et qui eut 

dernière qualité parut dans la soin de publier plusieurs beaux 

conférence que mademoiselle de ouvrages du défunt. Je m'e- 

Duras souhaita d'entendre (D). tendrais sur les éloges de M. 

Il fut distingué des autres mi- Claude , et contre les déchaîne- 

nistres par la manière dont la mens de la calomnie , si je ne 

cour voulut qu'il se retirât dans voyais dans le Moréri de Hol- 

les pays étrangers (E). Il choisit lande tout ce qu'un dictionnaire 

la Hollande pour le lieu de sa ,„.,,-, xr 

id i±uiiuii j (e) Tiré de l'khi-éeéàe S3 \\e, compose 

retraite , et y fut treS-bien reçu, ^„^'>/ de la Devcze, minisire de la Haie. 

et honoré d'une pension COnsi- j'ai rectifié la méprise louchant l'ammé de la 

j ' 1 I l\/r 1„ ,„:»,^û r^'Hi-on naissance de M. Claude. 

derablenar M. le prince Cl uian- ^ , 

v*ci.iuicj^<i. J.X. 1». I ^^ ^^^ nostrum inter vos tantas coni- 

{c)CétailunjourdeCène. ,^ '.. .^. ponere litcs 

(d) Abrégé de la Vie de M. Claude. A-- 43- ^ "ê'I'u^ > «'"S- ^'^ ' ^^''- ^°^- 



CLAUDE. 225 

peut remarquer là-tlessus. Je co- son exemplaire de cet ouvrage du 
terai quelques fautes du Sunplé- cardinal de Richelieu. Cela fut cause 
,', nV ' • , lî'J-.- qu u V eut des sens qui s empresse- 

ment de Moren, selon l édition ;î^.„j ^ Tacheter J'ai ou. dire nue 



de France [G). M. Paulian a fort 
mal traité M. Claude dans sa Cri- 
tique des Lettres pastorales de 
M. Jurieu , et lui a donné faus- 
sement un livre , et le dessein 
d'un autre livre (H). Il a même 
osé publier que sa mort avait 
fait un grand plaisir à l'auteur 
de ces Pastorales. 

(A) Il aidait entrepris de réfuter la 
3fcthotle du cardinal de Richelieu.^ 
Il ne sera pas inutile de dire ici que 
cette méthode tut acheve'e d'impri 
mer le i*-'"". de février i65i : cela, 
dis-je , ne sera pas inutile , parce (|ue 
plusieurs personnes se pourraient ima- 
giner une autre date , en lisant qu'elle 
parut lorsque M. Claude e'tait déjà 
ministre de Nîmes. In hdc fihum Isaa- 
cuiti suscepil 5 Alart. i653 , coque 
tcmpore ad ecclesiain I\'^emausen- 
seni vocatus fuit-, sed laborio 



que 

bientôt après il fut envoyé en France, 
pour être mis dans la bibliothèque du 
roi *. 

(lî) // composa un petit Hure , qui a 
donné lieu a la plus janicuse dispute , 

?'u'on ait jamais mie en France entre 
es catholiques et les protestans{5).^ 
MM. de Port-Ro3'al assiégeaient M. de 
Turenne en ce temps-là , et se ser- 
vaient contre lui d'une batterie assez 
bien imaginée. C'était de montrer 
que l'on avait toujours cru dans l'é- 
glise ce que l'on enseigne dans la com- 
munion de Rome, touchant la réalité. 
Ils lui mirent en main un petit écrit 
où ils prétendirent faire voir que le 
changement de créance, tel que ceux 
de la religion le supposent, est impos- 
sible. Madame de Turenne , qui crai- 
gnait toujours ce qui arriva enûn 
après sa mort, c'est-à-dire, que son 
mari ne changeât de religion , le for- 
tifiait autant qu'elle pouvait. De là 
vint qu'elle fît faire une réponse à 
l'écrit de MM. de Port-Royal. M. Clau- 



sissimumerat munus illud, tum quàd de fut chargé de la faire , et y réussit 

conciones quotidiè habendœ essent , divinement. On la trouva si ingé- 

tiini ob alia negotia pastoralia. JYihi- nieuse , si délicate, si forte, qu on 

lominiis ingeniuni et assiduitas tdri en fit faire plusieurs copies (6). 

non tantinn occupationibus dlis sujfe- M.\I. de Port-Royal ayant su cela cru- 

cit , sed et studiis continuandis ; ita rent qu'ils ne pouvaient pas se dis- 



ut edituni TDNC h Cardinale Richelio 
contra reforniatos librum qui Metho- 
dus dicitur, refittandtim susciperet 
(i). Il n'a pu l'être avant l'année 1654 : 
car , avant que de l'èlrc , il avait servi 
huit ans l'église de Sainte-AfVi((ue {i)\ 
avant que de servir l'église de Sain- 
te-Afrique , il avait été un an minis- 



penser de la réfuter. C'est ce tjui a 
produit le fameux ouvrage qu'ils pu- 
blièrent l'an 1664 , sous le titre de la 
Perpétuité de la foi de l'église catho- 
lique touchant l' Eucharistie. 11 con- 
tient le premier écrit , et la répli- 
que à la réponse de M. Claude. Ce mi- 
nistre , qui était alors à Montauban , 
tre à la Treine (3j. Ajoutez ces neuf composa une réponse l'an 1666(7) 



ans à 1645, qui est l'année de sa ré 
ceptlon au ministère (4), vous ren- 
contrez l'an i654- 

Lors((ue la bibliothèque de M. Clau- 
de fut vendue à la Haye, on s'aperçut 
qu'il avait écrit beaucoup de choses sur 

(1) AcU eruditor. LIps. , 1687, pag . 6.Ï8. 
iVoic» que ces paroles conciones quotidiè liaben- 
Ja; e-ient , ne devaient pas être entendues com- 
me si M. Claude avait prêche' chaque jour. 
L'Abrégé de sa Vie dit seulement que l'on prê- 
chait tous les jours à Nîmes. Mais cette e'gUse 
Hfait trois ou quatre ministres pour le moins. 

(i) Abrégé de sa Vie, pag. i5. 

(3) Là même ^ P^S- ^^• 

^4} l'A même. 

TOME V. 



Cet ouvrage est intitidé, Réponse 
aux deux Traités intitulés, la Perpé- 

* Cet exemplaire ne paraît pas avoir jamais 
existé à la bibliotbéque du roi ; je n'en ai trouvé 
trace ni parmi les livres inipnmés ni parmi les 
manuscrits. 

(5^ Voyez tome II la remarque (O) de Var- 
ticle Arn.vdd (Antoine) , docteur de Sorbonne. 

(6) Voici ce qu'on dit dans la préface de la 
Perpétuité : C.cwi ds >on parti la relevèrent 
d'une manière extraordinaire, et ils la multipliè- 
rent tellement, p.ir les copies qu'ils en répandi- 
rent partout , et dans Paris , et dans les provin- 
ces , qu'elle n'est guère moins publique que si 
elle avait été imprimée. 

(7) Voyez tome II la citation (58) de l'ar- 
ticle Ak.nisd (Autoioc) , docteur de Sorbonne. 

i5 



224 CLAUDE. 

vue en France entre les catho- ge. Il prêchait de temps en temps 
îiques et les protestans(B). Après à la Haye : son dernier sermon 
avoir séjourné six mois à Paris fut celui du jour de Noël 1686. 
sans obtenir rien , il fit un voya- 11 réussit autant ou plus que ja- 
se à Montauban. Il y prêcha mais : madame la princesse d'O- 
le lendemain de son arrivée (c) , range fut très-satisfaite de cette 
et accepta la vocation que l'é- action. Il tomba malade le jour 
«^lise lui adressa. Au bout de même, et cela d'une maladie 
quatre ans , la cour lui fit faire qui l'emporta le i3 de janvier 
défenses d'exercer sa charge dans 1687. Il donna dans le lit de 
Montauban , ce qui l'obligea mort plusieurs témoignages de 
de faire un second voyage à sa piété, et de la sincérité avec 
Paris. Il y demeura près de neuf laquelle il avait professé la reli- 
mois , satis pouvoir forcer les gion réformée (e). Sa mort afïli- 
barrieres qu'on lui opposait pour gea tout le parti , et fut d'au- 

sonrelourà Montauban tant plus sensible aux personnes 

Durant cet intervalle , il fut sages , qu'il n'y avait guère que 

recherché par Véglise de Bor- lui qui fût capable de redresser 

deaux , mais celle de Charenton les égaremens où quelques plu- 

ne souffrit pas qu'on lui enlevât mes téméraires précipitaient les 

un homme d'un si grand mérite esprits crédules , et de balancer 

(d) : elle l'appela en 1666. De- lafactiou de ces gens-là. Plusieurs 

nuis ce temps-là , jusqu'à la cas- ont dit que s'il eût vécu plus long- 

sation de l'édit de Nantes , il a temps , on n'aurait pas vu écla- 

rendu de très-grands services à ter tant de querelles scandaleuses 

cette église et à tout le corps qui ont réjoui les catholiques; 

par ses excellens ouvrages , et mais plusieurs autres croient et 

par le détail où il entrait sur les disent que rien n'eût été capable 

affaires que les députés des pro- d'arrêter le branle que celle roue 

vinces lui communiquaient. Ja- avait déjà pris avant que M. Clau- 

jiiais homme ne fut plus propre de mourût. Je ne saurais dire 

que lui pour être à la tête ou d'un laquelle de ces deux opinions est 

consistoire, oud'unsynode(C), ou la plus juste (y^). Il laissa un fils 

pour disputer sur-le-champ. Cette qui était ministre (F), et qui eut 

dernière qualité parut dans la soin de publier plusieurs beaux 

conférence que mademoiselle de ouvrages du défunt. Je m'e- 

Duras souhaita d'entendre (D). tendrais sur les éloges de M. 

Il fut distingué des autres mi- Claude , et contre les déchaîne- 

nistres par la manière dont la mens de la calomnie , si je ne 

cour voulut qu'il se retirât dans voyais dans le Moréri de Hol- 

les pays étrangers (E). Il choisit lande tout ce qu'un dictionnaire 

la Hollande pour le lieu de sa ,„.,,-, ^■ 

id liuiiuii V. I le) Tiré de l' khrégé de S3 V>e, compose 

retraite , et y tut très -bien reçu, ^„^ ^>^ j^ i^ Ceveze, minislre de la Haie. 

et honoré d'une pension COnsi- j'ai rectifié la méprise touchant l'annné de la 

-, r -, j i\/r 1 • ^ A'n^.,n naissance de M. Claude. 

derablenar M. Je prince a Uran- ^ ^ 

vtciduicj^a» j-x. il. I ^^ ^^^ nostrum inter vos tantas corn- 

ac) C'était un jour de Cène. ,^ '.. .^. ponerehtcs 

(d) Abrégé de la Vie de M. Claude, p- 43- ^ "§'>""« ' "'°S- I" . ^^•■'- 'O»- 



CLAUDE. 225 

peut remarquer là-dessus. Je co- son exemnlaiie de cet ouvrage du 

terai quelques fautes du Sunplé- cardinal de Richelieu. Cela fut cause 

,', nV ' • . ij'J-.- qu 11 V put des eens qui s empresse- 

ment de Moreri , selon l édition ^.^^^^ l Tacheter J'ai ou. dire que 



de France ((r). M. Paulian a fort 
maltraité M. Claude dans sa Cri- 
tique des Lettres pastorales de 
M. Jurieu , et lui a donné faus- 
sement un livre , et le dessein 
d'un autre livre (H). Il a même 
osé publier que sa mort avait 
fait un grand plaisir à l'auteur 
de ces Pastorales. 

(A) Il aidait entrepris de réfuter la 
]\fcthotle du cardinal de Richelieu.^ 
Il ne sera pas inutile de dire ici que 
cette méthode fut acheve'e d'imiiri 
mer le i*^"". de février i65i : cela, 
dis-je , ne sera pas inutile , parce que 
plusieurs personnes se pourraient ima- 
giner une autre date , en lisant qu'elle 
parut lorsque M. Claude e'fait déjà 
ministre de Nîmes. Jn hâc filiuin Isaa- 
cutn suscepil 5 Mart. i653 , eoque 
tcmpore ad ecclesiam IVemausen- 
seni vocatus fuit, sed laborio 



que 

bientôt après il fut envoyé en France, 
pour être mis dans la bibliothèque du 
roi *. 

(B) // composa un petit livre , qui a 
donné lieu a la plus fameuse dispute , 

?tuon ait jinnais \nte en t^rance entre 
es catholiques el les prolestans{5).^ 
MM. de Port-Ro3'al assiégeaient M. de 
Turenne en ce temps-là , et se ser- 
vaient contre lui d'une batterie assez 
bien imaginée. C'était de montrer 
que l'on avait toujours cru dans l'é- 
glise ce que l'on enseigne dans la com- 
munion de Rome, touchant la réalité. 
Ils lui mirent en main un petit écrit 
où ils prétendirent faire voir que le 
changement de créance, tel que ceux 
de la religion le supposent, est impos- 
sible. Madame de Turenne , qui crai- 
gnait toujours ce qui arriva enfin 
après sa mort, c'est-à-dire, que son 
mari ne changeât de religion , le for- 
tihait autant qu'elle pouvait. De là 
vint qu'elle fit faire une réponse à 
l'écrit de WM. de Port-Royal. M. Clau- 



sissimumerat munus illud, tum quàd de fut chargé de la faire , et y réussit 

conciones quotidiè habendœ essent , divinement. On la trouva si ingé- 

tum ob alia negotia pastoralia. JVihi- nieuse , si délicate, si forte, qu on 

lominiis ingenium et assiduitas i'iri en fit faire plusieurs copies (6). 

non tanliim occupationihus dlis sujfe- M.M. de Port-Royal ayant su cela cru- 

cit , sed et studiis cuntinuandis ; ita rent qu'ils ne pouvaient pas se dis- 



ut edilum TUNC à Cardinale Richelio 
contra reforniatos librum qui Metho- 
dus dicitur, refutandum susciperet 
(i). Il n'a pu l'être avant l'année i654 : 
car , avant que de l'être , il avait servi 
huit ans l'église de Sainte-Afri<:(ue {i)\ 
avant que de servir l'église de Sain- 
te-Afrique , il avait été un an minis- 



penser de la réfuter. C'est ce tpii a 
produit le fameux ouvrage qu'ils pu- 
blièrent l'an iG64 , sous le titre de la 
Perpétuité de la foi de l'église catho- 
lique touchant l' Eucharistie. Il con- 
tient le premier écrit , et la répli- 
que à la réponse de M. Claude. Ce mi- 
nistre , qui était alors à Montauban , 



tre à la Treine (3j. Ajoutez ces neuf composa une réponse l'an 1666(7) 



ans à 1645, qui est l'année de sa ré- 
ception au ministère (4), vous ren- 
contrez l'an i654- 

Lors(pie la bibliothèque de M. Clau- 
de fut vendue à la Haye, on s'aperçut 
qu'il avait écrit beaucoup de choses sur 

(i) Act» eraditor. Lips. , 1687, pn^. 6.^8. 
jyoUi que ces paroles conciones quotidiè haben- 
Uœ C'âenl , ne devaient pas être entendues coni' 
me si m. Claude avait prêche' chaque jour. 
L'Abrégé de sa Vie dit seulement qne l'on prê- 
chait tous les jours à Nîmes. Mais cette e'glise 
avait trois ou quatre minisires pour le moins. 

(2) Abrégé de sa Vie , pag. 13. 

(3) Là même, pag. lo. 
^4} ^À même. 

to:me V. 



Cet ouvrage est intitulé , Réponse 
aux deux Traités intitulés, la Perpé- 

* Cet exemplaire ne paraît pas avoir jamais 
existé à la bibliotbéque du roi ; je n'en ai trouvé 
trace ni parmi les livres imprimés ni parmi les 
manuscrits. 

{5) yorez tome II la remarque (0) de Var- 
licle Arn.vdd (Antoine) , docteur de Sorbonne. 

(6) Vutci ce qu'on dit ilam la préface de la 
Perpe'tuitê : Ccu< ds >on parti la relevèrent 
d'une manière extraordinaire , et ils la multipliè- 
rent tellement, p.nr les copies qu'ils en répandi- 
rent partout , el dans Paris , et dans les provin- 
ces , qu'elle n'est guère moins publique que si 
elle avait été imprimée. 

(■;) yorez tome II ta citation (58) de l'a'- 
ticle Ax.NiED (AtUoiae) , docteur de Sorbenue. 

i5 



226 



CLAUDE. 



tiiité delà foi de l'église catholique Mais avant que ce dernier tome pa - 
Louchant l' Eucharistie. Il fit un bruit rût, le père Nouèt, fameux jésuiste , se 
extraordinaire ; de sorte que tel cure mit sur les rangs , et publia un livre 
de village , qui n'avail jamaisouï par- contre M. Claude , auquel celui-ci fît 
1er de du Moulin nide Daillé , savait une reponse(io), que quelques-uns 
que le ministre Claude avait attaque préfèrent à ses autres livres, et qu'il 
d'une manière dangereuse le Saint regardait lui-même comme son livre 
Sacrement. Les prédicateurs de pro- favori (i 1). Le père Nouët ne répliqua 
vince, depuis les plus célèbres jus- point, il se contenta de publier une 
qu'aux moins connus, aflécfèrent de lettre de 60 pages in 8°. (12). L'au- 
prècher pendant l'octave du Saint tetir du Journal des Savans tira son 
Sacrement, et en d'autres occasions , coup contre M. Claude, eu donnant 
contre la possibilité de l'innovation : l'extrait du livre de ce jésuite (i3). Il 
les chaires ne retentissaient alors que s'étendit fort sur les qualités et sur les 
de Paschase , deLanfranc , de Ratiam- manières de disputer qu'il faisait en- 
ne, etc. Il est certain que le beau trcr dans le caractère d'esprit de cc 
tour, la politesse et l'esprit, qui ac- ministre; et comme ce qu'il disait 
compagnaientlesraisonnemens solides n'était rien moins qu'obligeant , 
de M. Claude , contribuèrent estrê- M. Claude n'eut pas la patience de se 
meraent au grand bruit que fit son taire. Il publia une provinciale (i4) 
livre; mais il est sûr que l'état où contre lui pleine d'esprit, à laquelle 
était alors le jansénisme fut une des le journaliste répondit quelque temps 
principales causes de ce grand éclat, après (i5). On en demeura là ; mais 
Plusieurs évêques étaient les amis dé- à l'égard de M. Arnauld, il fallut que 
clarés de Port-Koyal ; plusieurs au- M. Claude s'engageât dans un travail 
très les favorisaient sous main; ce bien pénible : car il fallut battre bien 
parti avait partout une élite de savans du pays pour examiner l'opinion de 
qui osaient parler ( car le silence ne l'église grecque, et celle des schis- 
fut imposé qu'en 1668); et l'on ne matiques de l'Orient; il fallut lire 
urait dire avec quel empressement bien des voyageurs et bâtir bien des 
s jansénistes prônaient les livres de hypothèses. Toute l'habileté de M. 

ur narti C'est ce (lui fit qu'en tra- Claude parut autant que jamais 

... ' . ' 1 • -- M. j i_ _' ,...':i v.i;„ „ 



les 

leur ^ . . 

vaillant pour leur propre gloire , ils 
firent voler partout le nom et le mé- 
rite du ministre Claude. Leurs enne- 
mis travaillèrent d'autre côté avec 
ardeur, quoique par des voies indirec- 



dans la réponse qu'il publia au pre- 
mier volume de M. Arnauld. Les jansé- 
nistes n'ont fait qu'une réponse géné- 
rale à ce livre cle M. Claude. H est 
vrai que pour ce qui regarde l'opinion 



tes et occultes, à faire valoir l'ouvra- des Grecs, le père Paris , religieux de 

ge de ce ministre (8) : ils ne comp- Sainte-Geneviève , vint à leur secours 

taient pour rien son triomphe, pour- contre ce ministre. La dispute chan- 

vu qu'il servît de rabat-joie à MM. de gea de matière quelque temps après. 

Port-Koyal*'. Cela sans doute servit Ces messieurs publièrent leurs Pr^y^i- 

de beaucou]) à rendre célèbre le livre gés légitimes contre le calvinisme , 

de M. Claude. Tant il importe de se lesquels M. Claude réfuta par un des 



entreprit la réfutation du livre de 
M. Claude, et publia un gros in-l^°. 
l'an 16G9. Ce volume fut suivi de 
deux autres quelque temps après. 



de 



(8) On le trouvait à acheter chez le Ubraire di 
V archevêque de Pans. Fojez la préface du ti 
vre de M. Claude contre le père Nouët. 

*' Leclerc dit, et Joly répète que c 
absolument faux. 

fq) Quanlhm inlerest in quœ lempora ciiju 
que virtiii inaderit ! 

"^ Leclerc remarque que l\,nlasonlsl 
Cl.mde ne fut pcs Arnaud , mais Nicole. 



I est 



de 



(10) Elle fut imprime'e Van if)68. 

(11) Voyet /'Abrégé de sa Vie , pag. 4p. 

(12) Elle est adressée a M. Claude, et datéi- 
du 1'^. d'octobre i6fi8 : c^est pourquoi on ne 
comprend pas ce qu'il dit pag. 5 , que ce qu'il 
avait répondu à M. Claude at' ait occupé ce mi- 
nistre près de liois ans; car l'ouvrage du père 
Nouèl ne parut que vers la fin de l'année iHSG : 
les Itbraiies ont mis nu tare i(i(>7. 

, li) Dans le journal du 1^ juiti idd-J. 

!j4) Crsi une lettre anom me , qui a pour ti- 
tre , Lettre d'un provinci.nl à un de ses amis sur 
le .sujet du journal du 28 juin 1607. 

(i;_/ Dans le jourB.il du iù décembre 1667. 



nue i68j (i6). M. Nicole répliqua en- 
fin cette annee-là , par ses prétendus 
reformés corwaincus de schisme. 

(0) Jamais homme ne fut plus 
propre pour e'tre h la télé ou d'un 
consistoire , ou d'un synode.] Cela ne 
saurait êtie mieux commente <|ue par 
les paroles (pie l'on va lire. « M. Clau- 
)) de excellait surtout à la tête d'une 
» compagnie : il a paru tel durant 
5) plusieurs années dans le consistoire 
)' de Charenton : tel raton vu dans 
;> plus d'un synode de l'ile-de-France 

5> où il a ete modérateur Qu'on 

)> propos.1t dans le synode des atlaires 
» embrouillées par elles-mêmes, et 
» plus enveloppéesencore par le nua- 
;> ge que l'ignorance ou les de'tours 
3) des partisy répandaient, M. Claude 
» avait un esprit de discernement si 
« juste, qu'il développait dans un 
» moment tout ce chaos ; il formait 
5) une proposition claire et précise 
» pour dire son avis nettement , 
)) comme si les opinions avaient dû 
» rouler sur un oui ou sur un non : 
)i caractère qui ne trompe jamais 
M pour juger d'un homme qui pré- 
)) side dans une compagnie , puisque 
» le chois des matières et le beau 
S) jour où l'on les met est une marque 
)) certaine de la présence , de la net- 
)) teté , et de la force d'un grand gé- 
» nie (17) » 



(D). 



CLAUDE. 227 

de la confe'rence d'avec celui où les 
relations parurent. Posteli , disi;nt- 
ils(ic)) , rt«no i683, occasione illus- 
tris Durasiœ h refornuitii ad fioma- 
naui reliifionern transeUnlis coUo- 
fjuium cum episcopo Condomensi , 
postcit Medlensi, hahuil, cujus rela- 
tioncm, ni notiim est, utcrque edidit. 
(E) Il fut distingué des autres mi- 
nistres par la manirrc tlonl la cour 
l'ouliil fpi'il se retirât dans les pays 
étranire.rs. ] Voici ce qu'on trouve 
dans la page 100 de l'Abrégé de sa 
Vie. // auait quinze jours comme les 
autres ministres jtour sortir du royau- 
me : les ecclésiastiques Irourèrent 
moyen d'abréger ce temps ; car le 
lundi 22 d'octobre (20) i685 , qui 
fut le jour auquel l.'édit révocatif de 
celui de Nantes fut registre' au parle- 
ment de Paris , yT/. Claude reçut 
ordre h dix heures de partir dans 
vingt-quatre heures (21). // ohéit 
ai'ec un profond respect , et partit 
accompagné d'un \>alet de pied du 
roi qui devait le conduire jusques aux 
frontières de France , et qui , exécu- 
tant fidèlement sa commission , ne 
laissa pas d'agir honnêtement auec 
M. Claude , tant il est i-rai qu'un 
grand mérite a du pouvoir sur les 
cœurs mêmes qui n'aiment pas notre 

religion Il prit à Paris le carrosse 

de Bruxelles ; son nom , qui marchait 



ou pour disputer sur-le- devant , lui attira plusieurs honnête- 



champ. Cette qualité parut dans 

la conférence que mademoiselle de 
Duras souhaita d'entendre.] Cette 
demoiselle (18) ne voulut point abju- 
rer sa religion , sans avoir fait dispu- 
ter en sa présence M. l'évèque de 
Meaux et M. Claude. Elle eut le plai- 
sir qu'elle souhaita : ces deux illustres 
*t braves champions entièrent en lice 
chez madame la comtesse de Roie sa 
sœur, le i"^"". de mars 1G7S. Chacun 
d'eux fit la relation de la conférence, 
et sallribuala victoire. D'abord ces 
relations ne coururent <pi'en manu- 
scrit : mais enfin, M. de Meaux publia 
la sienne Tan 1682 : celle de iM. Clau- 
de la suivit de près. Les journalistes 
de Leipsien'out pasdistingué le temps 

fi6) Il a pour tUie, Défense de la Réforma- 
tion. // l'ut d'abord imprime i(i-4°. , f- RiTaen , 
l'an iG'/i; el puis à la fittre , m- 17, l'an 1682. 

(17) Abrégé de sa Vie, pag. ^5 el suiv. 

(18) Sœur des maréchaux de Duras et de 
ïorge. 



tés dans son voyage (22) 
par Cambrai oii il coucha 



Il passa 
il •)■ fut 
régalé de quelques rafraichissemens 
de la part (les jésuites ; le père recteur' 
lui fit l'honneur de le venir voir. Il 
répondit a cette civilité, et la Mver- 
sité de religion n interrompit pas ce 
commerce de complimens , et ces mar- 
ques d'une estime réciproque. 

(F) // laissa un fils qui était minis- 
tre- 1 1! s'était marié à Castres , l'an 
1648 (-23). De ce mariage sortit ]sa.\c 
Claude , né à Sainte-.Afrique le 5 de 
mars i653 (t^). Son père l'aimait 

(■19) Ai-ta Erudltor. , 1OS7, pag. 661. 
(20) Il r a décembre </njir ^Abrégé de sa Vie. 
Dans l'extrait que 1rs journalistes de Leipsic 
en donnèrent , Arta Erudil. , 1687 , pag. 66» , 
il y a cile 7 decemb. 

(ai) Il le dit lui-même dans la page g» et^Z 
des Plaintes des protestans. 

(72; AbréRé de sa Vie, pag. loi. 

(a3) La mcine, P^S- '4* 

(24) ^«^ intme, pag. i5- 



228 



CLAUDE. 



lendreraent , et fut « bien aise de père de M. Claude ait agi en homme 
» voir que son inclination le tournât impatient. 3". Et il est absurde do 
)) du côté du sanctuaire , et que ce supposer que , pour satisfaire son 
» choix qu'il fit et qui doit être si impatience , il fallut qu'il se servît de 
» libre eût répondu aux inclinations son crédit dans la haute Guyenne et 
» de son cœur : il eut cette satisfac- dans le haut Languedoc. S'il avait eu 
» tion de trouver en lui un sujet quelque impatience, elle serait fon- 
« propre à profiter de ses lumières dée sur ce que son fils fut reçu minis- 
» et de son exemple. Il étudia dans tre , n'ayant étudié que trois ans en 
» les académies de France sous les théologie ; mais un proposant d'autant 
3) meilleurs maîtres, qui prenaient d'esprit que celui-là , et à l'âge qu il 
j) grand soin de lui : il revint auprès avait , s'avance plus en trois ans que 
» de sou père qui acheva de former d'autres enquatre oucinq. 4"^. M. Clau- 
}> son esprit , surtout pour la prédica- de ne fit point de leçons publiques de 
» tion, après quoi il fut examiné à théoloeie à Nîmes. Il n'y eut jamais 
3) Sedan au mois de septembre 1678 , le grade de professeur • il y fit seule- 
" et jugé très-digne d'être reçu à la ment des leçons particulières : on le 
)) charge du saint ministère. Il fut de- marque expressément dans l'Abrégé 
« mandé par l'église de Clerraont en de sa Vie (28). 5°. Il est faux qu'il ait 
)) Beauvoisis à quatorze lieues de jamais déclaré qu'il n'entreprenait 
» Paris dans le synode de l'Ile-de- son premier voyage de Paris , que 
» France, et son père eut la consola- pour montrer qu il n'auait aucune 
)) tion de lui imposer les mains le 9 opposition au projet de réunion que 
« octobre 16-8 (aS) , » et de le trou- Ion machinait en France. 6°. La 
ver ministre de l'éi^lise wallone de la supposition de l'auteur du Supplé- 
Haye, (juand il se réfugia en Hollande, ment , que le ministère fut interdit à 
Fan iG85. Isaac Claude mourut à la M. Claude dans le Languedoc par un 
Haye , le 29 de juillet iGgS. 11 était arrêt du conseil , à cause de son éloi- 
de père en fils le quatrième de sa fa- gnement du projet de réunion, est 
mille qui eût exercé le ministère ; car conforme au narré de M. de la Devèze 
son bisaïeul était ministie. Cette par- (29). Mais si Ton suppose que l'arrêt 
ticularité a été omise par M. de la du loi contenait cette raison , on se 
Devèze. 11 a laissé un ou deux fils trompe lourdement *. Or il faut 
qu'on fait étudier*. qu'on l'ait supposé, puisqu'on a dit que 

(G) Je coterai quelques fautes du M. Claude n'a pu prétendre se justi- 
Supplément de Morcri, selon l'édUion fier, qu'en témoignant du penchant 
de France. ] 1°. La Salvetat (26) , pa- à la réunion. Pesez bien l'endroit du 
trie de M Claude , n'est point une pe- Supplément , où Ton veut convaincre 
liteuille de haut Languedoc, 7ion loin M. Claude d'avoir fait un acte de 



de Castres. 2°. H n'est pas vrai que 
comme son père souhaitait ai'ec pas- 
sion de le i>oir promptement ministre, 
il n'attendit pas a le faire recevoir 
en cette qualité qu'il eut l'âge de 
i'ingt-cinq ans. M- Claude fut reçu 
ministre l'an i645. Il a\iiit donc 
vingt-six ans, lorsqu'il fut admis à 
cette charge. Or c'est un âge où ceux 
qui ont été destinés au ministère , et 
qui ne sont pas encore ministres , 
commencent à passer pour vieux pro- 
posans (27). 11 est doue faux que le 

(25) Abrésé de sa Vie pag- 74, 7^- 

* Jean Jacques Claude, fils d'isaac , et né le 
16 janvier i684, a un article dans le Dictionnaire 
de Ôhaufepié. 

(26) Il fallait dire la Sauvetat. 

(îi) L'dge de vingl-sept ans que les journa- 
listes de Leipsiç ont, bien de'mêlé en sv.ivanl le 



fourberie pendant ce voyage, ce qu on 
tâche de prouver par cette remarque \ 
c'est qu'il fit un livre contre la per- 

narré de M. de la Devèze , devait leur faire 
faire ntlention à l'endroit qu'ils ont traduit en 
cette manière : Manus... imponente pâtre qui fi- 
lium functioni s^cra; Mature addici optabat. 
yicia Erudil. , 1687 , pag. 658. 

(28) Pag. 18. 

(29) Dans /'Abrégé de la Vie de M. Claude , 
pag. 19. 

* Le texte de l'arri'-t rapporté dans la Bildio- 
the'quefranraise , XXIX, 198, porte : •• attendu 
. qi;e le ministre Claude ," modérateur au sy- 
.. rode de Nîme- , e>l celui qui a autorise' la- 
» dite délibération , etc. ■• Le critique de lî.iyle 
fut contredit par un anonyme dans la Bibliothe'- 
que française, XXXIll , ^38 et suiv., et l'ano- 
nyme releva en même temps une erreur géogra- 
pliique du censeur; lelui-ci riposta dans la 
Bibliothèque française, XXXVIII, 2o5, et s'en 
tint au texte de l'arrêt ; il ne cliercbe pas du 
reste à se jusliCer de l'erreur géographique. 



CLAUDE. 



^29 



l>tti.iilL' de la foi : pesez bien cela, point de science , et ne pouvait point 

dis-je , et vous verrez que le continua- èlre considère comme un juge com- 

teur de Mordri suppose manifestement pe'tent en fait de guerres d'auteurs, 

«(ue M. Claude ne travaillait à faire 11°. 11 n'y a rien qui sente plus le 

lever la défense qu'en déclarant (pi'elle roman , je dis le roman forgé contre 

avait été surprise, et qu'il n'était pas les idées de la vraisemblance, que ce 

vrai, comme on le supposait dans prétendu projet de M. Claude , où les 

l'arrêt, (ju'il i'M contraire au projet ministres devaient c/emrt/iJeru/ze con- 

de réunion. Un ministre qui aurait ft-rence avec tes ét-'éques. Il est de 

tenu un tel langage à la cour , et qui notoriété publique que sous le règne 

cependant aurait fait un livre de con- de M. Claude, s'il est permis de par- 

troversc tel que celui de M. Claude , 1er ainsi, tant lui que les autres mi- 

aurait sans doute été fourbe. Mais nistres regardaient comme des pièges 

c'est une fausse imagination que de toute proposition di; dispute ou de 

dire qu'il se voulut justifier à la cour conférence. L'un d'eux (3ij publia un 

par un tel langage. 7". Je crois très- livre sur ce sujet (Sa) , où il montra 



fausse la raison qu'on donne dans le 
Supplément , pourquoi il ne s'engagea 

Îas avec l'université de Groningue. 
'ai toujours ouï dire qu'il n'y eut que 
les démarches du consistoire de Clia- 
renton, 1 1 les prières de plusieurs par- 
ticuliers, qui délerminèrenlM. Claude 
à remercier MM. de Groningue. 8". Il 
n'est pas vrai que ses sermons n aient 
jamais été tronucs excellens par les 
huguenuls mt'ines ; car ils contenaient 
tout ce que les huguenots deman- 
daient : un grand ordre, une profonde 
théologie, beaucoup de grandeur et 
de majesté , une élo(juence maie , un 
raisonnement solide. Ceux de la reli- 
gion ne font nul cas de ces orneuiens 
mondains , et de cette rhétorique 



fiu'il fallait bien prendre garde de ne 
donner pas dans ce panneau. 12°. Je 
n'ai rien à dire touchant la mystérieuse 
conférence qu'on vent que M. Claude 
ait fait demander h l'archevêque de Pa- 
ris. On en tiouvc la réfutation dans un 
mémoire que le fils de ce grand hom- 
me a fait insérer dans l'Histoire desou- 
vr.nges des savans (33). Voyez aussi le 
Moréri de Hollande. C'est une honte à 
notre siècle qu'on ait osé mettre à 
Paris dans un dictionnaire historique, 
un roman si éloigné de la vraisem- 
blance , et que cette hardiesse n'ait 
pas été châtiée. i3°. Ce fut le 22 d'oc- 
tobre , et non pas le 12 décembre 
i685, que M. Claude [larlit de Paris 
pour s'en aller à la Haye. i4°- Enfin il 



cfléminée dont les prédicateurs de est faux que M. Claude soit jamais 
l'autre parti se parent. Tout ce ((u'on demeuré d'accord de l'infaillibité di 
peut dire est que M. Claude n'avait l'église. 



pas la voix agréable ; et c'est ce qui 
fit dire un bon mot à M. Morus (3o) : 
mais cela n'empêchait point que ses 
sermons ne fussent très - estimés. 
cf. Rien n'est plus faux que de soute- 
nir (jue ceux d'entre les calvinistes 
qui ont été éclairés, ont reconnu que 
le caractère do M. Claude étttii pro- 



(H)J/. Paulian lui a donné fausse 
ment un livre , et le dessein d'un au- 
tre livre. 1 H le fait auteur de la lettre 
de quelques protcstans pacifiques, qui 
parut l'an i685. 11 dit (pie M. Claude 
l'avoue lui-même dans (juclques let- 
tres , et qu'une de ses intimes amies 
ait f^;iit depuis peu l'aveu tout 



prement celui d'un habile sophiste et ouvertement. Il cite en marge. Lettre 
d'un adroit dcclamateur. 10°. Et rien a mademoiselle Dangenu et h mada 
n'est plus admirable que de prouver „,e de la Garde (34). Ces preuves pa 
cela par les choses que peut avoir ' " ' • •■ 

dites l'illustre vicomte de Turenne ; 
car tout le monde sait cpie ce héros, 
dont le génie était merveilleux pour 
tout ce qui regarde la guerre et les 
fonctions d'un général , ne se piquait 

(3o) Lorsqu'on commençai, à jeter les yeux 
sur M. CJaude , pour l'église de Charenlon , on 
le fit prêcher. A t'issite du sennon , M. Morus 
dit : Il aura toutes Us Toix pour lui, lioimit la 
la sicDDC. 



raissent fortes , et néanmoins il est 
très-faux que M. Claude ait fait la 
lettre des protcstans pacifiques , et 

(3i) C'est le même qui depuis a publié THIs- 
loire de l'cdit île Nanles. 

(32) // en est parle dans les Nouvelles de la 
République des Lettres, mois de mai i685, prf^. 
5*j4 de la seconde édition. Voyez aussi le mois 
de décembre de la même année , pag. i333. 

(33^ y4u mois de novembre iGSg, pag. i33 el 
suivantes. 

f3'(^ C'est vers lu fin du liire. 



CLAVIUS. 



je suis très- persuade qu'il n'a e'crit à voudrais qu'il eût plu à M. Biilhirt de 
personne qu'il en fût l'auteur. Le cri- citer le livre où Scaliger déclara cela ; 
tique des Lettres pastorales ne s'abuse 
pas moins en disant (35) que M. Clau 
de s'était charge d'écrire rhistoir( 



de s'était chargé d'écrire 1 lustoire 
de la persécution , sous le titre dCMis 
toire dragoniude , mais ^u'il mourut 
avant que de l'achever. M. Claude 
était un trop grand auteur pour 



car si la citation était fidèle nous y 
trouverions un acte de modestie et 
un acte de contradiction. A l'égard 
de la modestie , la chose part d'elle- 
même ; quant à l'autre point , si vous 
consultez le Sealigérana , vous y ver- 
rez Clavius fort peu estimé *. 11 y est 



adopter un tel titre : il ne travaillait traité d'âne , de bête, de gros ventre 
point à rhistoire de la dernière per- d'Allemand (a) , d'esprit lourd , hom- 
sécution , mais à celle des princes me qui déjeunait deux fois , et qui 

buvait bien. 11 n'est guère mieux mé- 
nagé dans les lettres de Scaliger : In- 
fanliorem , imperitiorem , et ruai-is 



d'Orange. 
(35J Pag. i6. 

CLAVIUS ( Christophle ) , jé- 
suite allemand , natif de Bam- 
bere, excella dans la connais- 



j'idiculuin reperies neminem (Chris- 
tophoro Clavio) si quidein uniits geo- 
metriœ scientiam excipias , quum in 
eo etiam si stipes esset propler loii- 



sance des mathématiques , et tut ^,^,,j tempus quo illud saxum l'oluit 

un des principaux instrumens nliquam oportet esse. Quinguaginia 

aue Ton employa pour la correc- '^nim annos publiée Eudidem legit. 

\ -, 1 j • j „* „.,cc; Une unum excine , tantus est stiipor 

tion du calendrier dont aussi j,,^„^^,^^, ,,t,„ Jetiamquœ ad Mathe- 

il entreprit la défense contre ^./,j ipsam pertinent M/în/j/tToç Tuc/Kii- 

ceux qui la critiquèrent , et nom- T«p.î su (3). Voyons ce qu'il dit dans 

mément contre Scaliger. Je ne "" autrclivre. Cenh non video quid 

■ . I • • 4. ^ matliematica sludia Clauio contii'.e- 

crois point que celui-ci ait ren- ^^.^^^ ^ ^^^. ^.^ j^^^ ^^^^. , ^^j.^^^ ^^^ ^^^ ^,,^_ 

du les armes aussi humblement Jiocriter Hteris humanioribus tinelus 

qu'un moderne l'a débite (j^) , hœe meliiis intelUgat, quhm ille qui 

nique Clavius soit mort de la ma- toio uitœ suœ tempore mhil prœter 

..^ , ^ 1 i„ niatliematieatractai'itUi). Onrae awA 

niere qu un autre moderne le p^ut.^tre que , nonobstant toutes ces 

conte (B). L'humilite extraordi— injures, Scaliger a pu convenir que 

uaire que Alegambe attribue Clavius avait merveilleusement soute- 

à Clavius (Cl , ne s'accorde point "" la cause du calendrier grégorien, et 

,, ^ ' ^ , ^ y c e>t (le quoi il s agit dans les paroles 

avec d autres qualités que Lo- ^^ g^,,^^^^ . ^^j^ ^^^^^ objection sera 

renzo Crasso lui a données, le bientôt repoussée. iV//i//w(Zt/rte/j?»«s, 
représentant fort attaché à son jejunius , falsius et impudentius Ubro 
sens et fort sensible à la censu- Clauii in elenehumnostnnn de anno 
' Juliano. C est ainsi que Scaliger en 

re {a). parle dans sa lettre XXLX. Ailleurs , 

!d) Lor. Crasso, elog. , parle /a., p„g. ]\ çq parle ainsi : Clavius a tant fait 
1^3. de eouardevies touehant l' année pa- 

(A) Je ne crois pas que Scaliger ait pale ; de his ad Eusebium. Clauius 
rendu les armes aussi humblement 
qu'un moderne l'a débité. ] Joseph 
de l'Escale parut entre les critiques 
du nouveau calendrier comme un des 

plus intelligens Mais Clai^ius lui 

en donna des raisons si pertinentes , 
que ce docte critique cessa de com- 
battre ses opinions , déclarant même 
qu'il s'estimait glorieux de céder h 
un homme de cette réputation (i). Je 

(i) Bullait , Académie des Sciences, tom. II , 
f"B- "8, iig- 



* Joly croit que Scaliger ne pouvait guère 
apprécier Clavius. « Il est certain, dit Joly, cjue 
« les mathématiques ne sont pas le plus tel en- 
» droit de Scaliger. » Mais il est digne de remar- 
que que Joly ne souffle mot du jugement peu fa- 
vorable que le cardinal du Perron portail de 
Clavius , et que Bayle rapporte dans la note (2). 

(2) Le cardinal du Perron en fais ail le même 
jugement. Clavius, dil-il dans le Peironiann , 
dont les jésuites font tant d'état, est un esprit 
pesant, lourd, sans subtilité ni gentillesse, ua 
gros clieval d'Allemagne. 

(3) Joseph. Scaliger, epist. CVI. 
(4; Idem, Canon. Isagog. , W. HT. 



CLÉOFIS. 



23 I 



s'est trovipé imtme en sa coiTcction, 

il a pis fait que devant Qnœ 

scripseruTH t^nti'iora tacuit , lev'iora 
rejiitauit , sed iiunc oinnia ostendam 
in liusehn) \î)). 

Si M. liniliirt s'est appuyé sur le 
témoignage île Ricbeome , il a lait 
voir qu'il ne prenait pas exactement 
le sens d'un auteur. Car ce jésuite 
n'allègue (|u'un écrit antérieur à la 
réponse de Clavius, et dans lequel par 
consécjuent Scaliger n'a point avoué 
♦pi^il acquiesçait aux solutions de son 
adversaire. Voici les paroles de Ri- 

cheorae : Je laisse les œuvres de 

toute sorte de mathématique de Chris^ 
lophe Clauiiis, loué non-seulemcntpar 
feu M. de Candal , l' Euclide de nos 
siècles , mais aussi par Joseph de 
l'Escale (*), jusques et dire qu'il 
aime mieux être repris de lui que loue 
par un autre •■ louange d'un homme 
de la religion prétendue réfoiTiiée peu 
ami de notre compagnie , et en titre 
de cette ai'ersion, j)Jus l'ecei'able en 
son témoignage donné pour un jé- 
suite (6). 

(B) ni que Clai'ius soit mort de 

la manière qu'un autre moderne le 
conte. ] Paganinus Gaudentius atilrrae 
(pie Christophe Clavius visitant les 
sept églises de Rome fut renversé 
par un boeuf sauvage , qui lui marcha 
dessus et le tua. Christophorus Cla- 
i>ius dum seplcm urhis templa inwisit a 
huhalo humi affliclus conteritur et 
occiditur (7). Un tel genre de mort 
dans un jésuite célèbre et âgé de 
soixante et quinze ans , est trop sin- 
gulier pour n'avoir pas été marqué 
par tous ceux (pii font l'éloge de ce 
fameux maihémalicien. Or il est sur 
que ni Alegambe , ni Sotuel , ni Lo- 
renzo Crasse , ni Jean Nicitis Ery- 
thréus , ni Didlarf n'en ont rien dit. 
Les paroles de Nicius Erylhréus , <pie 
je m'en vais rapporter , ])rouvrnt 
manifestement que Gaudentius a dé- 
bité un mensonge, f^erum in islud 
etiam tantum atque immortalitale dig- 
num ingenium , sœua mors , cui ni- 
hil est cximium , nihil intactum , nihil 
sanctum , idm et crudelitatein suani 
exercuit : sed in eo sœuitiœ suœ mo- 

fS) Dans le Scaligéraoa. 

(*) Scalig. , in Castig. CaleoJar. 

(6) Riclieome , Plainte .apologétique, poç. 3i. 

(7) Paganinus Gaudentius . m Oratiouc de 
Pbilosophorum quorundaju lucluo^o eiilu. 



dum ndhihuit , qnàd non antea est illi 
ausn inanus nlfcrn: , quiim maturi- 
tiitem suani adeptum eum esse ridif.- 
set : nam senex Honuv in collegio suœ 
socictatis est morluus (8). Un auteur 
(pii moralise de la sorte sur la cruauté 
mitigée de la mort , eût-il oublié l'ac- 
cident tragifpo dont Gaudentius a 
|)arlé ? Rapportons aussi les paroles 
d Alegambe : Tandemœtate merilisque 
grains Ronnr l'itil dejunctus est die 
/^Ifehrunriianno M '/> C X 1 1 œtatis 
LX X l"^. Corrigez Lorenzo Crasso 
qui a dit le (î de janvier. 

(C) Alegambe lui attrdnie une hu- 
milité extraordinaire. 2 In que illud 
maxime admirandum extiterit , (puni 
cum tantâ erudilionis fam,1 ac nomi- 
nis sui claritudine tam insignem pie- 
tatem ac modestiam per()etuo con- 
iunclam retinuerit , ut nullum sibi 
lioniiiiem unquàiii, seipsum aliis om- 
nibus postponeret (9). 

(8) N. Eryib.-eus , Pinacoth. I . pag. 177 , 1-8. 

(9) Alegambe , in Bibliolli. soc. Jes. , pag. 74. 

CLÉOFIS , ou CLÉOPHIS , 
reine indienne , fut dépouillée 
de ses états par Alexandre-le- 
Grand; mais elle y fut rétablie 
en récompense de ce qu'elle vou- 
lut bien qu'il jouît d'elle , et ain- 
si elle conserva par son impudi- 
cité un trône oii elle n'avait pu 
se maintenir par son courage 
(a), l.r fils que ce conquérant 
eut d'elle porta le nom d'Alexan- 
dre , et fut roi des Indes (A). 
Pour ce qui est de sa mère , on 
la nomma la putain royale, de- 
puis qu'elle se fut abandonnée à 
son vainqueur (b). (^'est ainsi 
que Justin narre la chose (c). 
Voyez aussi Quinte-Curce au 
chapitre X du VIII*. livre. 

(a) Concubitii redcmptum regniim ah 
Àlexandro rccepil, illecebris consccula quod 
t.'irtute non putuerat. Juslio. , lib. XII , cap. 
VU. 

{b) Propter prosiratam piidicitiam , scor- 
lum regium ab tndts exindè appellatn rtt 
Justin. , lib. XII , cap. Fil. 

(r^ Ibidem. 



232 



CLÉONICE. 



(A) Le fils qu'Alexandre eut 

d'elle fiit roi des Indes.'] Assacan, 

son fils aîné , était mort avant qu'elle 
eût été attaquée par Alexandre (i). 
Elle avait encore un fils qu'elle amena 
à ce prince (2). Il mourut peut-être 
avant que celui qu'elle eut de son vain- 
queur fût en état de régner : peut- 
être aussi que l'on préféra le flis d'A- 
lexandre , à cause de la gloire de son 
père. On assure dans le Moréri que ce 
fds d'Alexandre et de Cléophée (3) fut 
assassiné ou empoisonné par Cassan- 
der ; mais Diodore de Sicile et Quinte- 
Curce que l'on cite ne parlent point 
de cela. 

(i) Q. Curtius, Ub. FUI, cap. X. 

(a) Idem , iiiid. 

(3) C'est ainsi que Moréri la nomme. 

CLEONICE , jeune demoiselle 
de Byzance , dont Pausanias vou- 
lut jouir, et qu'il tua par mégar- 
de. On dit que l'ombre de cette 
fille le persécuta toutes les nuits 
(A) , comme on le verra plus 
amplement dans la remarque. 

(A) Pausanias la tua par mé- 

garde. On dit que son ombre le per- 



M que son esprit revenoit toutes les 

)' nuits, et lui apparoissoit ainsi 

» comme il cuidoit dormir, lui disant 

» en courroux un carme héroïque , 

)- dont la substance est telle : 

» Chemine droit et révère ius lice ; 

» Mal et meschef h qui fait injustice. 

» Cest outrage irrita tellement et en- 
>) flamma de courroux tous les alliez 
>' à rencontre de lui, qu'ils l'assié- 
» gèrent sous la conduite de Cimon 
» dedans la ville de Bjzance , dont 
)> toutesfois il eschapa , et se sauva se- 
» crettement. Et pourtant que l'esprit 
» de la fille ne le laissoit point en paix, 
« ains le travailloit continuellement , 
» il s'enfuit en la ville de Heraclée , où 
» il y avoit un temple où l'on conju- 
» roit les âmes des trespassez , et y 
» conjura celle de Cleonice pour la 
» prier d'appaiser son courroux. Elle 
» s'apparut incontinent à lui , et lui 
» dit , que si tost qu'il seroit arrivé à 
» Sparte , il seroit délivré de ses 
» maux ; signifiant couvertement à 
» mon avis, la mort qu'il y devoit 
)> souflrir : plusieurs historiens le ra- 
)) content ainsi ( i ). » On n'a rien dit 
de semblable de la pauvre Didon , qui 
avait été plus maltraitée que Cleo- 
nice ; car non - seulement Énée fut 



sécuta toutes les nuits.'] « On conte '^•"•"pe qu'elle se tua, mais aussi il lui 
3) que Pausanias un jour en la ville 'l"Vit son honneur. Elle avait dessein 



3) de Byzance envoya quérir une jeune 
» fille nommée Cleonice , de noble 
» maison, de noble parenté, pour 
» en faire son plaisir. Les parens ne 
» lui osèrent refuser pour la fierté 
» qui estoit en lui, et la laissèrent 
2) enlever. La jeune fille pria ses va- 
5) lets de chambre d'oster toute lu- 
» miere , mais en se cuidant appro- 
» cher du lict de Pausanias, qui estoit 
» desja endormi, comme elle alloit en 
w ténèbres, sans faire bruit quelcon- 
'> que, elle rencontra d'aventure la 
» lampe qu'elle renversa. Le bruit 
« que fit la lampe en tombant , l'es- 
» veilla en sursaut, et pensa soudaine- 
» ment que ce fust quelqu'un de ses 
:j malveuillans quile vinst surprendre 
» en trahison. Si mit incontinent la 
M main à son poignard qui estoit sous 
» le chevet du lirt, et en frappa et 
M blessa la jeune fille de telle sorte, 
3> que bientôt après elle en mourut : 
« mais onques puis elle ne laissa re- 
3> poser en paix Pausanias, pource 



de s'en venger après sa mort , et de re- 
venir des enfers pour le poursuivre de 
lieu en lieu , cependant on ne dit pas 
que son fantôme ait persécuté Énée. 
Rapportons sa menace : elle est con- 
çue en des termes qu'on peut criti- 
quer. 

• • ■ Seqiiar atris ignibus absens ; 

Et ciim frigidn mors anima seduxerit artus , 
Omnibus umbralocis adero: dabts , improbe., 

panas ; 
Audiam, et hœc mânes véniel mihijama sub 

imos {2J. 

Si l'otnbre de Didon devait se trouver 
avec Énée en tous lieux , était-il be- 
soin qu'elle attendît dans les enfers 
les nouvelles du malheur d Énée ? Ne 
pouvait-elle pas les apprendre dans ce 
monde, à mesure qu'il arrivait quel- 
que désastre à ce déloyal ? Vous me 
direz que cette femme était si trou- 

(i) Plutarqiie, dans la Vie de Cimon, pag. 
4S2 : je me sers de la version rf'Amyol. Voyei 
aussi Pausanias, lib. III , cap. XFII , pag 
m. 252. 
(2) Virgil., ^Eneid. , lib. IV, vs. 384. 



CLÉONYME. :'33 

We'e , que Virgile a dft la faire parler y avaitlaissés ; Aréus , dis-je , tiui 
sans qu'elle prît garde à ses paroles. A '^^^-^^ ^i^j.g jg^g j'Jig ^^ (]rèle 
k bonne heure. Le grammairien ber- - i r' » ■ 

viusvous indiquera une autre défaite. V^ur secourir les Gortynieiis. 

Pyrrhus , craignant que la ville 
CLÉONYME , contemporain ue fut pillée s'il y entrait de 
de Pyrrhus , roi des Épirotes , nuit , renvoya l'attaque au jour 
sortit de Lacédémone pour des suivant. 11 fut si vigoureusement 
mécontentemens publics et par- repoussé dans tous les assaut* 
ticuliers. Il était fils de Cleo- qu'il donna , soit avant soit après 
mène IF. du nom , roi de Spar- le retour d' Aréus, qu'il se vit 
te {a) ; mais à cause de son hu- obligé de renoncer à son entre- 
meur violente et impérieuse, les prise. Il ne faut pas oublier le 
Lacédénioniens n'avaient aucune courage que les femmes de La- 
amitié, ni aucune confiance pour cédémone témoignèrent en cette 
lui , et laissaient toute l'autorité occasion (B). On avait résolu de 
royale à Aréus fils de son frère, les faire passer en Crète toute la 
Voilà pour les mécontentemens nuit, mais elles s'y opposèrent, 
publics , et voici les méconten- et Archidamie , l'épée à la main ,