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Full text of "Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle"

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DIOTIONiNÂIRE IIAISONNÉ 



DE 



L'ARCHITECTURE 

FRANÇAISK 

DU xr AU xvr siècle. 



Droits (le traduction et de reproduction reserves. 



-O c> o- 



PARIS 



IMPRIME CHEZ BONAVENTURE ET DUCESSOIS 

Quai des Augustins, 55, prés du Ponl-Neuf. 



MA 



DICTIOIVNAIRE RAISONNÉ 



DE 



L'ARCHITECTURE 

FRANÇAISE 
DU XV AU XVr SIÈCLE 



. VIOLLET-LE-DUC 

ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT 
INSPECTEUR-GÉNÉRAL DES EDIFICES DIOCÉSAINS 



TOME CINQUIEME 




-^. CMiiMe/i/oj: 



PARIS 

B. BANGE, ÉDITEUR 

RUE BONAPARTE, 13. 
MDCCCLXI 




HAROLn n T ^^ LÎBRARY 
BRIGHA M J MT VERSmfl 



TABLE PROVISOIRE ' 



DES MOTS CONTENUS DANS LE TOME CINQUIEME. 



Dais 1 

Dallage 9 

— employé comme cou- 
verture 20 

Dalles 24 

Damier 24 

Dauphin 25 

Décoration 26 

Délit 26 

Dent-de-scie 26 



Devis 28 

Diable 29 

Dieu 33 

Dôme 34 

Donjon 34 

Dormant 96 

Dortoir 96 

Dosseret 98 

Douelle 98 



Ebrasement 99 

Ecailles 99 

Echafaud 103 

Echauguette 114 

Echelle 143 

Echiffre 153 

Ecole 353 

Ecu _ 154 

Eglise personnifiée 154 

Eglise 161 

Egout 195 

Embrasure 197 

]in ceinte 205 

Euclosure 208 

Encorbellement 208 

Enduit 208 

Enfer 210 

Engin 210 

Enrayure 270 

Entrait 270 

Entrée 270 



Entrelacs 270 

Entre-sol 270 

Entre-toise 271 

Epauuelago 271 

Eperon . ^ 271 

Epi 271 

Escalier 287 

Eschif 331 

Escoperche 332 

Estaches 332 

Etai 332 

Etançou 345 

Etayement 345 

Etonné 345 

Etrésillou 346 

Etuve 347 

Evangélistes 350 

Evangile 352 

Evêché 352 

Evier 352 

Extrados 354 



IJ^ 



Fabliau 354 

Façade 359 

Faîtage . . 360 

Faîte 360 

Faîtière 360 

Fanal 365 

Fenêtre 365 

Ferme (Constructions rurales). 419 

Ferme (Terme de charpenterie) 420 

Fermeture 420 

Ferrure , 420 

Feuillure. 420 

Fichage 420 

Ficher 420 

Filet 422 



Fixé '. 425 

Flèche- 426 

Fleur 472 

Fleuron 472 

Flore 485 

Fondation 524 

Fontaine 526 

Fonts (Baptismaux) 533 

Formeret 544 

Fossé 544 

Four 552 

Fourches patibulaires 553 

Frise 562 

Fût 563 



l'IN UJÎ LA TABLt l'UOVlSOlKli 1)L TOMf CINQUIÈME. 



DICTIONNAIRE RAISONNÉ 



LARCHITECTURE 



FRANÇAISE 



DU xr AU xvr siècle. 



i:^ 



DAIS, S. m. C'est le nom que l'on donne à des pierres saillantes, plus 
ou moins ornées de sculptures, qui sont destinées à couvrir des statues 
à l'extérieur et même à l'intérieur des édifices religieux et civils du moyen 
âge. Les artistes de cette époque ne trouvaient pas qu'il fût convenable 
d'adosser une figure de saint ou de personnage célèbre à un mur, sans 
préserver sa tête de la pluie ou de la poussière par une sorte de petit 
auvent tenant à la construction. Ce n'est guère qu'à dater du xii" siècle, 
cependant, que les dais furent, presque sans exception, placés au-dessus 
des statues extérieures. Quelquefois, à cette époque, comme par exemple 
sur la face du porche de l'église de Moissac, les dais ne sont qu'une assise 
basse, une dalle taillée sur ses faces en forme d'arcades (1). Néanmoins, 

on voit dans des monuments du 



i 



xn^ siècle des dais richement dé- 
corés déjà et qui figurent de petits 
monuments suspendus au-dessus 
des statues. L'église du Saint-Sau- 
veur de Dinan, des deux côtés du 
portail, nous montre deux dais, 
importants comme masse et délica- 
tement travaillés, qui couvrent des 
figures de saints. Taillés dans un 
granit friable, ils sont malheureu- 
sement très-altérés par le temps. 
Quelquefois les statues étant adossées à des colonnes, les dais tiennent 

T. V. 1 




^:^^Sifi- 




[ DAIS I "— ^ — 

également à leur fut. Alors la colonne, la statue, son support et le dais 
sont taillés dans un seul morceau de pierre. Au portail royal de la cathé- 
drale de Chartres on remarque, suspendus sur la tète des figures du 
xii" siècle qui décorent les trois portes, plusieurs dais d'un beau style; 
nous donnons ici ('2) l'un d'eux. 




Les dais nous fournissent souvent des motifs variés de couronnements 
d'édifices, c'est-à-dire certaines parties de ces édifices qui sont presque 
toujours détruites ou modifiées. Il est à remarquer, même pendant les 
xii" et xni'' siècles, que ces petits modèles reproduisent généralement des 
exemples d'édifices antérieurs à l'époque où les dais ont été sculptés. Ce 
fait peut être observé au-dessus des statues de la porte centrale du portail 




orridontal de la cathédrale de Paris (3). Ces dais figurent encore des 



— 3 — 



UAiS 



coupoles, des combles plats comme on n'en taisait plus alors clans cette 
partie de la France. 

Les dais qui protègent les statues du xii^ siècle et du commencement 
du xin% placées dans les ébrasements des portails , sont taillés sur un 
modèle diflférent. Chaque statue possède son cul-de-lampe et son dais 
particuliers. Cependant il est à cette règle une exception fort remarquable 
à la porte de la Vierge de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris. 
Les statues qui décorent les deux ébrasements de cette porte sont surmon- 
tées d'une série de dais tous pareils qui forment au-dessus de la tête de 
ces statues un abri d'un style peu commun. La sculpture de la porte de 
la Vierge est, d'ailleurs, empreinte d'un caractère original, et nous ne 
connaissons rien de cette époque (121 5 à 1220) qui puisse lui être comparé 




comme grandeur de composition et (îonnne beauté d'exécution. Voici (i) 



I UAIS ] 4 — 

comment sont disposés ces dais formant une sorte d'entablement au- 
dessus des chapiteaux des colonnettes placées entre et derrière les statues, 
et ne se confondant pas avec ces chapiteaux mêmes , ainsi que cela se 
pratiquait alors. 

Les monuments religieux de la Bourgogne sont presque tous dépouillés 
de leurs statues extérieures. Dans cette province, la révolution du dernier 
siècle a mutilé les églises avec plus d'acharnement que dans l'Ile-de-France 
et les provinces de l'Ouest. Jetant bas les statues, la rage des iconoclastes 
n'a pîls respecté davantage ce qui les accompagnait, et les sculptures des 
portails ont été non-seulement brisées , mais coupées au ras des murs, 
ainsi qu'on peut le voira Semur, à Beaune, à Notre-Dame de Dijon. Le 
peu de dais qui restent du commencement du xiii"^ siècle, dans cette pro- 
vince, font regretter qu'on les ait presque partout détruits, car ces rares 
exemples sont admirablement composés et sculptés. On en jugera par 
l'efxemple que nous donnons ici (5), et qui provient du portail de la petite 
église de Saint-Père-sous-Vézelay. Ce dais était peint comme toute la 
sculpture du portail. La statue était adossée à la colonnette A, dont le 
chapiteau est pénétré par le dais. 

A cette époque déjà, les dais bourguignons sont surmontés d'édicules 
en forme de pyramide ou de tour, posés sur l'assise engagée dans la 
bâtisse. Cette superfétation ne se trouve que plus tard dans les édifices de 
l'Ile-de-France et de la Champagne. 

Vers le milieu du xiii'' siècle, au moment où l'architecture devient plus 
délicate , l'ornementation plus fine, les dais sont souvent d'une extrême 
richesse de sculpture ; alors ce sont de petits châteaux couronnés de tours 
crénelées, avec leur donjon. A l'intérieur de la Sainte-Chapelle de Paris, 
au-dessus des douze apôtres adossés aux piliers, on voit des dais crénelés 
dont les tourelles sont percées de fenêtres remplies de verres bleus ou 
rouges. Mais les dais les plus remarquables, en ce genre, que nous con- 
naissions, existent au-dessus des figures de la porle du nord de la cathé- 
drale de Bordeaux (6) '. Jusqu'à cette époque, ainsi que nous l'avons fait 
remarquer tout à Theurp, les dais d'une même ordonnance de statues 
juxtaposées sont variés dans leur forme et leur dimension : mais, à dater 
du milieu du xin'' siècle, les dais d'une même rangée de figures sont 
habituellement semblables et forment une ceinture d'arcatures uniformes, 
ainsi qu'on le peut voir au portail occidental de la cathédrale de Reims (7); 
cependant ils ne sont pas encore surmontés de hautes pyramides , si ce 
n'est en Bourgogne, où l'on voit déjà, au milieu du xnf siècle, quelques 
dais terminés en façons de pinacles ou clochetons. Pendant le xiv" siècle, 
les dais prennent beaucoup d'importance, se couvrent de détails , sont 
taillés en forme de petites voûtes précieusement travaillées ; quelquefois, 

' CeUe porle se trouve aujourd'imi engagée dans une sacristie, toute la sculpture 
en est fort helle ; les sUUues des douze apôtres ont été enlevées do cette porte et 
sont déposées depuis peu dans la catiiédrale. 



UAIS 



dans les ébrasenients des portails, sous les porches, ils figurent une arca- 
ture saillante découpée , portée de distance en distance sur des pilettes 




très-déliées, entre lesquelles sont alors posées les figures. On voit des 
pinacles ainsi disposés sous le porciie occidental non terminé de l'église 
Saint-Urbain de Troyes (8), sous le porclie de l'église deSeniuren Auxois. 



DAIS 



— () — 



Alors, au lieu de poser sur des culs-de-lampe, les statues sout debout, sur 
une saillie continue A, recevant les pilettes B, fig. 8; elles s'abritent 
ainsi sous une galerie profonde, peuvent prendre des mouvements variés. 




se tou(;her, faire partie d'une même scène, comme l'Adoration des Mages, 
la Présentation au temple, le Baptême de Jésus-Christ, elc. Cette disposi- 
tion nouvelle se prêtait au sentiment dramatique que cherchait déjà la 
statuaire à cette époque. 

Au-dessus des statues isolées, posées soit à l'intérieur, soit à l'exté- 
rieur des édifices, au xit*" siècle, les dais sont généralement surmontés de 
riches pyramides à jour qui n'offrent rien de particulier et ressemblent à 
toutes les terminaisons des clochetons d'alors (voy. pinacle). 

Sans changer notablement les formes de ces dais du xiv*' siècle, le 
xV siècle ne fait que les exagérer; les dais se voient encore dans l'archi- 



— / 



DAIS 



lecture du xvi" siècle au-dessus des figures; ils sont refouillés à l'excès, 
couverts de détails sans nombre : tels sont ceux du portail de la cathé- 
drale de Tours, ceux de l'église de Saint-Michel de Dijon. 11 paraît inutile 




"^'"^ 



X>«f-i7^/fti? 



de donner des exemples de ces derniers détails qui sont entre les mains 
de tout le monde. Les stalles en bois des chœurs des églises étaient sur- 
montées de dais qui préservaient les religieux du froid. Ces dais ont une 
grande importance comme ouvrage de menuiserie (voy. stalle). Quel- 
quefois des statues assises du Christ ou de la sainte Vierge, dépendant de 
retables ou posées dans les tympans des portails ou même des pignons 
d'églises, sont sculptées sous un dais porté sur des colonnes, disposé 
comme un cyborium. Ces sortes de couronnements accompagnant des 
figures sacrées méritent toute l'attention des artistes, car ils fournissent 
des exemples de ces décorations intérieures de sanctuaires, détruites en 
France, aujourd'hui, sans exception. Un retable fort curieux, du com- 
mencement du xn^ siècle, et qui fut, il y a quelques années, l'objet d'un 
procès entre l'État et un conseil de fabrique qui avait vendu cet objet à un 
marchand de curiosités (procès gagné par l'État, et à la suite duquel le 
bas-relief fut réintégré dans l'église de Carrières-Saint-Denis, près Paris), 



DAIS 




/r. ^.cy/zz/^/f/û r 



sp compose de trois sujets : d'une Annonciation, d'un Baptême de Jésus- 



— •> — 



1)alla(;k 



Christ, et, au centre, d'une figure assise de la Vierge tenant l'Enfant sur 
ses genoux. La Vierge est surmontée d'un dais figurant la Jérusalem 
céleste, porté sur deux colonnes (9). A la cathédrale de Chartres, dans le 




tympan de la porte de droite du portail royal , on voit aussi une Vierge 
dans la même attitude, surmontée d'un dais. A la cathédrale de Paris, la 
porte Sainte-Anne présente au sommet de son tympan un dais magnifique 
protégeant la statue assise de la Mère de Dieu. L'article arcîhe d'alliance, 
du Dictionnaire, donne un dessin du dais posé au-dessus de la statue 
adossée au trumeau de la porte de la Vierge (même édifice). 

DALLAGE, S. m. De tout temps et dans tous les pays on a employé, 
pour revêtir les aires des rez-de-chaussées, soit dans les édifices publics, 
soit dans les habitations particulières , des pierres plates, dures, polies, 
jointives, sans ordre ou avec symétrie. La plupart des carrières de pierres 
calcaires possèdent des bancs supérieurs minces, d'une contexture com- 
pacte, propres à ce genre de pavage. Les Romains avaient employé comme 
dallages des matières précieuses telles que le marbre, le porphyre, le 
granit, le jaspe même, et cela avec une prodigalité singulière. Il existe 
encore quelques-uns de ces dallages qui se font remarquer par la grande 
et simple ordonnance du dessin et la beauté des matières employées : tels 
sont les dallages du Panthéon de Rome, de la basilique du Forum de 
Trajan. Les architectes du moyen âge ne possédaient pas, comme lès 
Romains, ces matières précieuses , et les eussent-ils possédées, qu'ils 

T. V. '2 



[ nAI.IAC.K I — 10 — 

n'avaient plus les lacililés pour les tailler en j;iands morceaux et les polir. 
Lorsqu'ils voulurent décorer les aires des édifices, ils adoptèrent donc des 
moyens plus simples et surtout moins dispendieux. Dès l'époque byzantine, 
les Grecs avaient essayé de décorer les surfaces planes, verticales ou hori- 
zontales de leurs monuments, au moyen d'incrustations de marbres de 
couleur ou de mastics colorés dans des plaques de marbre blanc ou de 
pierre calcaire. On obtenait ainsi des dessins d'une grande richesse, très- 
variés et très-lins, avec des matières faciles à se procurer; ce n'était plus 
qu'une affaire de main-d'œuvre. Ces procédés furent employés en France 
dès le XII" siècle, et peut-être même avant cette époque, bien que les 
exemples nous manquent absolument. Grégoire de Tours parle de pavages 
d'églises d'une grande magnificence ; mais il est à croire que ces dallages 
étaient faits conformément aux procédés antiques, peut-être même avec 
des débris de monuments romains, ou se composaient de grossières 
mosaïques comme on en trouve encore un si grand nombre sur la surface 
de la France (voy. mosaïque) . 

Pendant le moyen âge , en France, la mosaïque ne fut employée que 
très-rarement, et ces sortes de pavages, composés de petits morceaux de 
pierres dures formant des entrelacs, connus sous le nom d'opus Alexan- 
drinum, si communs en Italie et en Sicile, ne se rencontrent qu'exception- 
nellement; encore sont-ils évidemment importés d'Italie. On voit de ces 
pavages dans le sanctuaire de l'église abbatiale de Westminster, à Londres, 
et dans celui de l'église de Saint -Benoît-sur-Loire. Cette importation ne 
fut point imitée par nos architectes clercs ou laïques. Ceux-ci adoptèrent 
de préférence les dallages en pierre calcaire dure ; et lorsqu'ils \oulurent 
les décorer, ils gravèrent des dessins sur leur surface, qu'ils remplirent 
de plomb, ou de mastics colorés en noir, en vert, en rouge, en brun, en 
bleu clair ou sombre. Deux causes contribuèrent à détruire ces dallages : 
d'abord le paseage fréquent des fidèles qui usaient leur surface avec leurs 
chaussures, puis l'usage admis généralement, à dater du xiii* siècle, 
d'enterrer les clercs et même les laïques sous le pavé des églises. Ainsi 
beaucoup de dallages anciens furent enlevés pour faire place à des pierres 
tombales qui, à leur tour, composaient une riche décoration obtenue par 
les mêmes procédés de gravures et d'incrustations (voy. tombes). 

Les plus anciens fragments de dallages gravés que nous possédions 
proviennent de l'église de Saint-Menoux, près Moulins. Ces fragments 
(l et 1 bis) datent du xu' siècle; ils sont en pierre blanche incrustée d'un 
mastic résineux noir. Le morceau de dallage (fig. 1) formait le fond; celui 
(fig. 1 bis), la bordure. 

Les nombreux fragments de dallages gravés et incrustés que l'on voit 
encore dans l'ancienne cathédrale de Saint-Omer, et qui ont été publiés 
par M. E. Wallet ', nous présentent le spécimen le plus complet de ces 
sortes d'ouvrages qui, autrefois, décoraient l'aire des chœurs et des cha- 

' Ocurripl. (In pavr (!,■ l'(nicicHi}r calh(^'J. de Sainl-Omcr. 18i7. 



11 [ 1)AI.I.\»JK 

pelles absidales des principales églises de France. Ces fragments appar 




o, M 



tiennent évidemment à diverses époques * ; déplacés aujourd'hui, ils 

' M. Vitet, dans un rapport au ministre de l'intérieur (1830), regarde ces dalles 
comme appartenant à la fin du \n' siècle. M. Hermand ne les croit pas antérieures à 
1260. Le fait est qu'elles n'appartiennent pas toutes à la même époque ; quelques-unes 
de ces dalles ont tous les caractères dn dessin du commencement du xm"" siècle; 
d'autres sont plus récentes. 



[ UALLAiil! 



— 1-2 — 




faisaient originairement partie des dallages du chœur et de plusieurs 



13 — 



DALLAGE | 



cliapelles, et ne furent pas tous exécutés à la fois. Conformément à la 
méthode employée dans la sculpture du moyen âge, chaque dalle, sauf 
quelques exceptions, inscrit un dessin complet, et l'ensemble de la com- 
position était obtenu au moyen de la juxtaposition de ces dalles. Ainsi le 
dallage était travaillé et terminé à Tatelier avant la pose. Les dessins sont 
très-variés; plusieurs de ces dalles, qui appartiennent à la fin de la 
première moitié du xiii" siècle, représentent des guerriers à cheval, 
couverts seulement de l'écu et tenant un pennon à leurs armes. Quelques 
inscriptions se lisent encore autour des figures et indiquent que ce pavage 
a été fait au moyen de dons, chaque dalle ayant été donnée par le per- 
sonnage représenté. 

Voici (2) l'une de ces pierres gravées, autour de laquelle on lit cette 
inscription : 

-|-EG1DHJS FILIUS FULCONIS DE SANCTA ALDEGUNDE DEDIT ISTUM LAPIDEM 
IN HONORE BEATI AUDOMARI. 




Les fonds sont bruns ainsi que l'inscription, et les traits de la figure et 
du cheval sont rouges. D'autres plaques de pierre provenant de la même 



DALLAGE 



— \A — 



décoration, composée d'une réunion de carrés, représentent des figures 
grotesques, des ornements, des personnages assis sur un trône. Une suite 
de dalles d'une dimension plus petite, et qui paraissent appartenir au 
commencement du xm" siècle, représentent les Arts libéraux, un zodiaque 
avec les travaux de l'année '. Une troisième série nombreuse de petits 
carreaux de pierre renferme un nombre considérable d'animaux fantas- 
tiques et d'ornements d'un beau caractère dont le dessin remonte à la fin 
du xii^ siècle ou au commencement du XI^^ M. E. Wallet ^ a essayé de 
reconstituer les compositions d'ensemble de ces dalles, et il les sépare au 
moyen de bandes formées de petits carreaux de marbre noir. Nous ne 
pensons pas que cette restauration puisse être admise, d'abord parce que, 
dans les dallages gravés dont nous possédons des ensembles encore 
existants, comme ceux de Saint-Nicaise de Reims, de Saint-Denis et de 
Canterbury, on ne trouve rien qui justifie cette hypothèse; puis, parce 
qu'en exécution le contraste de ces bandes pleines avec ces dessins déliés 
produit le plus fâcheux effet, ainsi que nous avons été à même de le 
reconnaître. Les bandes pleines, noires ou rouge sombre, se marient 
parfaitement avec les carrelages en terres cuites émaillées (voy. carrelage) 
dont les tons sont vifs et brillants et qui sont de même matière que ces 
bandes ; mais cette harmonie ne peut exister entre des pierres dont les 
fines gravures sont remplies de mastics colorés et des carreaux de marbre 
noir dont l'aspect est toujours dur et froid. Les bandes de carreaux noirs 
détruisent absolument l'effet des gravures. A défaut d'un grand nombre 
de monuments existants, nous possédons les dessins de feu Percier sur 
l'église abbatiale de Saint-Denis ; ces dessins nous donnent une quantité 
de dallages composés de pierres gravées, et aucun de ces dallages ne 
présente de ces bordures ou encadrements de pierres de couleur ; il est 
certain , au contraire , que les architectes ont voulu obtenir dans leurs 
dallages cette harmonie tranquille des tapis qui convient si bien à une 
surface horizontale faite pour marcher. Il est déplaisant de poser les pieds 
sur un pavé dont les tons violents font croire à des saillies et des creux : 
les artistes des xii^ et xtii'' siècles avaient assez l'instinct des effets de 
coloration dans les édifices, pour éviter ces défauts avec soin. 

Les dallages gravés qui décoraient l'aire de plusieurs des chapelles 
absidales de l'église abbatiale de Saint-Denis en France étaient fort beaux. 
Ils existent encore en partie, ont été rétablis à leur ancienne place, ou 
sont reproduits dans V Album de feu Percier. 

Nous donnons ici (3) une portion du dallage de la chapelle Sainte- 
Osmane. La marche de l'autel, dont notre planche laisse voir une portion 
en A, représente les quatre Vertus, avec un encadrement d'ornements très- 
délicats composés de quatrefeuilles contenant des animaux fantastiques. 

Dans la cathédrale de Canterbury, on voit encore un zodiaque ainsi gravé sur les 
dalles du chœur, qui date du xiii' siècle. 

' PI. vm. 







M^ 



If 

H' I 



Autour de cette marche, relevée de 0,14 c. au-dessus du pavé de la 



DALLAGE ] 



l(i — 



chapelle, se développent des sujets dans des médaillons circulaires repré- 
sentant les travaux et plaisirs des douze mois de Fannée (voy. zodiaque). 
Cet encadrement, relevé par des fonds noirs, se détache sur un fond plus 
simple composé de grands quatrefeuilles avec rosettes, entre lesquels 
sont gravés des animaux symboliques, des chasses entremêlées de feuil- 
lages. Une fine bordure B encadre l'ensemble de cette composition. On 
remarquera combien l'aspect décoratif de ce riche dallage est délicat, sans 
être confus ; l'artiste a eu le soin de faire les ornements de la marche de 
l'autel sur une échelle beaucoup plus petite que ceux du fond du dallage, 
afin de donner à cette marche relevée quelque chose de particulièrement 
précieux. A distance, le dessin général se comprend, et de près il attire 
les yeux par la combinaison gracieuse des gravures, qui sont toutes 
remplies de mastic noir. Quelquefois, comme dans la chapelle de Saint- 
Pérégrin de la même église, le dallage se compose d'un dessin uniforme 
entouré d'une bordure ou d^une inscription (4). Ce dallage, dont nous 







22 

E 

a? 

GO 



donnons ci-contre un fragment au quart de l'exécution, est de même en 
liais. Le fond des fleurs de lis est noir , le fond des rosaces vert olive, les 
rosettes rouges ainsi que l'inscription; de petits cubes de verre dorés 
incrustés en A égayent l'ensemble de la décoration un peu sombre '. 
Les dessins des dallages de Saint-Denis sont d'une grande pureté; les 

Ces cubes de verre sont fabriqués tomme ceux que l'on trouve dans toutes les 
mosaïques italiennes du xiii= siècle (dites byzantines), c'est-à-dire que la feuille d'or 
posée sur une pâte est garantie par une couverture très-mince en verre. 



— 17 — [ DALLAGIi: ] 

figures sont tracées de main de maître et d'un style très-remarquable. 
Tous ces dallages appartiennent aux restaurations commandées par saint 
Louis dans l'ancienne abbatiale; c'est dire qu'ils datent du milieu du 
xiii" siècle. Les gravures sont faites dans du liais (cliquart) fort dur, 
intaillées de cinq millimètres environ et remplies de mastics noir, rouge, 
vert sombre, bleu glauque et brun. Par places sont incrustées des plaques 
de verre coloré ou blanc verdâtre, peint et doré par dessous en manière 
de fixés, ou encore de ces petits cubes de pâte dorée comme dans la 
figure précédente. Quelques-uns de ces beaux dallages ont été réparés et 
remis en place; leur effet est celui produit par un tapis d'un ton très-doux 
et harmonieux. 

Il existe encore, dans l'église de^aint-Remy de Reims, une portion du 
dallage qui autrefois couvrait l'aire du chœur de l'église de Saint-Nicaise 
de la même ville. Ce dallage date des premières années du xiv* siècle et 
représente des scènes de l'Ancien Testament, inscrites dans des compar- 
timents carrés (5). Chaque dalle porte un sujet, et celui que nous avons 






u., 



■Mi^^ 




choisi figure Moïse, Aaron et Hur, pendant la bataille livrée par Israël 

3 



T. V. 



[ DALLAGE ] — 18 — 

contre Amalech ' . Là les traits gravés sont remplisjde plomb sans autre 
coloration. Il n'est pas besoin de dire que ces sortes de dallages coûtaient 
fort cher, et qu'on ne pouvait les placer que dans des églises riches, dans 
les sanctuaires et quelques chapelles privilégiées. Souvent on se contentait 
de dallages unis ou composés de carreaux noirs et blancs. Alors les 
dessins sont variés, les carreaux à l'échelle du monument et généralement 
de petite dimension. 

La cathédrale d'Amiens conserve encore presque tout son dallage du 
xHi'' siècle, qui ne consiste qu'en petites dalles carrées de 0,32 c. (un pied) 
de côté, noires et blanches, formant à chaque travée un dessin diftérent. 
Voici (6) une de ces combinaisons. Pour juger de l'effet de ce dallage, 



:5) 



ri— -iii — I 




iriiii 



■■■■■■■■■ mi 



ibnBiiaiaiii 



^ 




s.»; ""S h» S" 



fort détérioré aujourd'hui, il faut monter dans les galeries et le regarder 
de haut et à distance ; les compartiments sont très-heureusement com- 
binés; dang la nef, ils étaient interrompus par un grand labyrinthe 



' Voy. Snint-Remy de Reims, dalles du\ui' siècle, pub. par M. P. Tarbé. Reims, 
1847. 



— 19 — [ UALLAGE ] 

également formé de carreaux noirs et blancs (voy. labyrinthe). Ces 
dallages, d'une date ancienne, sont assez peu communs. On en trouve 
des débris d'une époque plus récente dans beaucoup de petites églises 
trop pauvres pour avoir pu remplacer ces anciens pavés. L'église d'Orbais 
(Marne) possède un dallage du xv^ siècle (7), composé de petits carreaux 




de marbre noir de 0,140. décote et de dalles barlongues blanches posées 
de façon à figurer une sorte de natte d'un bon effet. Ces dessins, si 
simples qu'ils soient, ne sont jamais vulgaires. Les dallages étaient 
employés non-seulement dans les édifices publics, mais aussi dans les 
habitations privées. La plupart des grand'salles des châteaux, des évêchés, 
des hôtels de ville étaient pavées en grandes dalles de pierre dure. Souvent 
même, dans les châteaux, ces dallages étaient décorés d'incrustations de 
pierres de couleur ou de mastics, ou encore les dalles alternaient avec les 
stucs peints. Dans un compte de la construction du château de Bellver, 
dans l'Ile Mayorque ', il est question des pavages de cette habitation 
seigneuriale, « faits de stucs composés de chaux vive, de plâtre et de 
grandes pierres mélangées de couleur; le tout si bien poli qu'on eût pu 
croire ces aires composées de marbre et de porphyre. » Les anciens 
avaient compris l'importance des pavages comme moyen de décorer les 
intérieurs des édifices, et le moyen âge ne fit que suivre et perpétuer cette 



' Ce compte commence au 1 " avril 1 309 et se termine à la fin de décembre de la 
même année. (Voy. \e& Mélanges géog. et hist. de Jovellanos; édit. de 1845. Madrid, 

t. in.) 



[ DALLAGE | — 20 — 

tradition. En eftet, il faut avoir perdu le sens décoratif, dirons-nous, pour 
souffrir^ dans un intérieur décoré de sculptures, de peintures et de 
vitraux colorés, des dallages gris, uniformes de ton, qui , par la surface 
étendue qu'ils occupent, prennent une valeur telle que toute ornementa- 
tion des parements, si riche qu'elle soit, est détruite, ou tout au moins 
refroidie. Les dallages colorés sont une des plus splendides et plaisantes 
décorations qu'on puisse imaginer. En France comme en Italie, le moyen 
âge ne manqua jamais d'employer cette sorte de décoration trop rarement 
appliquée aujourd'hui K 

nxLhkG^ employé comme couverture. Lorsqu'on eut l'idée de remplacer 
les charpentes qui couvraient les salles et les vaisseaux par des voûtes, 
on pensa d'abord à protéger l'extrados de ces voûtes par des dalles ou de 
grandes tuiles posées à bain de mortier; ce système de couverture s'appli- 
quait parfaitement d'ailleurs sur les voûtes en berceau plein cintre ou 
composéest d'arcs brisés. Dans le midi de la France, en Provence, sur les 
bords du Rhône et dans le Centre, on voit encore des nefs d'église dont 
les voûtes sont ainsi couvertes par des dalles superposées (8). Mais on 




reconnut bientôt que, si bien exécutés que fussent ces dallages, et si 
bonnes que fussent les pierres employées, ces pierres cependant, par 
l'effet de la capillarité, absorbaient une grande quantité d'eau et mainte- 
naient sur les voûtes une humidité permanente: on reconnut aussi que, 
du moment que les dalles étaient isolées de l'extrados, l'effet de la capil- 
larité cessait, ou du moins que l'humidité ne se communiquait plus aux 
voûtes. On songea donc, vers le commencement du xiii'' siècle, à poser 
les dallages sur des arcs au-dessus des voûtes, de manière à laisser l'air 
circuler entre le dessous des dalles et l'extrados des voûtes, et à combiner 
ces dallages de manière à éviter autant que possible les joints découverts. 
Les constructeurs reconnurent aussi que les dallages ayant une pente 
assez faible , il était nécessaire d'activer l'écoulement des eaux pluviales 
sur leur surface pour éviter les détériorations de la pierre, sur laquelle la 
pluie ne s'écoule pas rapidement. En conséquence, ils eurent le soin de 

' Ce n'est que depuis le dernier siècle que l'on a cessé d'employer les dallages colorés 
dans les édifices, et, sous Louis XIV encore, de magnifiques pavages ont été exécutés; 
nous citerons entre autres ceux de la grande chapelle de Fontainebleau et du choein- 
(le la cathédrale de Paris : ce dernier est un chel'-d'œuvre. Il est restauré et replacé. 



— '21 — [ DALLAGE 1 

tailler la surface extérieure des dalles en forme de cuvette (9). Par ce 




moyen, l'eau réunie au milieu de chaque dalle se trouvait former un 
volume assez considérable pour produire un écoulement rapide, même 
pendant ces pluies fines qui, bien plus que les ondées, pénètrent et 
détruisent les matériaux calcaires. Les joints de ces sortes de dallages 
n'étaient pas assez relevés cependant pour ne pas être baignés pendant les 
averses; on donna donc bientôt un profil décidé aux rebords des dalles, 
afin de relever entièrement le joint et ne plus l'exposer qu'aux gouttes 
d'eau tombant directement du ciel. C'est ainsi que sont exécutés les 
dallages des terrasses de la cathédrale de Paris, posés sur des arcs et 
complètement isolés des voûtes (10). Ces grandes dalles sont encore 
légèrement creusées en canal dans leur milieu, afin de précipiter l'écou- 
lement des eaux en formant dans ces milieux de petits ruisseaux. En 
outre, le recouvrement A de chaque dalle est taillé en mouchette, ainsi 
que l'indique le profil A', pour éviter que les eaux en bavant sur les 
bords ne viennent, par l'effet de la capillarité ou d'un vent violent, à 
remonter dans le lit E. 

Les dallages des terrasses de Notre-Dame de Paris reposent (comme le 
fait voir notre fig. 10) sur des pannes en pierre dure B, portées sur des 
arcs bandés de distance en distance et suivant la projection horizontale 
donnée par les arcs des voûtes, afin de ne pas multiplier les poussées. Au 
sommet et à l'extrémité inférieure de la pente, les dalles s'appuient sur 
le chéneau D et sur une assise saillante C incrustée dans le mur. 

Un ouvrier s'introduisant sous ces dallages , au moyen de trappes 
ménagées à cet effet et percées ainsi que l'indique le tracé G, on peut 
surveiller ces voûtes, les réparer, les reconstruire même à couvert, s'as- 
surer de l'état des joints des dalles, enlever celles-ci et les remplacer 



qq 



[ DALLAUE ]' 

// facilement si elles viennent à se détériorer. Certes^ l'apparence extérieure 
de rarchitecture demande chez l'architecte un goût sûr, une parfaite 



Ij^/IA^ 




connaissance des ressources de son art ; mais ces soins apportés dans la 
combinaison des parties de la construction qui contribuent essentiellement 
à la conservation des édifices et à leur facile entretien ne sauraient trop 
être recommandés , car c'est à cette attention dans les moindres détails 
que l'on reconnaît le véritable maître de Vœuvre , celui dont l'esprit 
embrasse à la fois et les conceptions d'ensemble et l'organisation intime 
de l'édifice qu'il construit. Sous ce rapport, il faut avouer, encore cette 
fois, que nous avons beaucoup à prendre à ces artistes méconnus des 
siècles passés. 

On trouve aussi des exemples de dallages dont* la combinaison est 
moins simple, mais est plus propre encore à éviter l'entretien, en ce 
qu'aucun joint n'est découvert. Ce sont des dallages combinés à peu près 
comme l'étaient les couvertures en marbre ou en terre cuite des édifices 



— -23 — 



DALLAGE 



grecs de l'antiquité. Des arcs légers (H) sont espacés de façon à recevoir 
des rangs de dalles creuses superposées ; sur les rangées de dalles servant 



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de canal sont posés d'autres rangs de dalles formant un recouvrement 
complet, comme le fait voir le profil A. Dans ces sortes de dallages, il 
n'est besoin nulle part de mastic ou de mortier pour calfeutrer les |oints 



[ DALLAGK ] — 24 — 

qui sont tous masqués. On trouve de ces sortes de dallages sur les bas-côtés 
de l'église de Chaumont (Haute-Marne) et sur ceux de Téglise collégiale 
de Poissy. Toutefois ces dallages sont chers, en ce qu'ils obligent de 
multiplier les arcs et exigent des tailles nombreuses. 

DALLES, s. f. (voy. dallage). Dalles lumulaires (voy. tombeau). 

DAMIER, s. m. Le damier est un ornement d'architecture fréquemment 
employé, pendant le xii" siècle, pour décorer les bandeaux, les archivoltes, 
les corniches des édifices en pierre; il forme, avec les billetles et les 
dents-de-scie (voy. ces mots), des découpures géométriques qui rompent 
la monotonie des moulures horizontales ou concentriques par des jeux 
d'ombre très-simplement obtenus sans avoir recours à la sculpture. C'est 
surtout dans l'Ile-de-France, le Soissonnais et en Normandie, que l'on 
trouve l'emploi des damiers à dater de la fin du xi* siècle jusqu'au com- 
mencement du XI^^ L'église de Notre-Dame de Paris était couronnée, 
dans sa partie supérieure, par une belle corniche composée de quatre 
rangées de damiers, dont trois sont encore en place autour de l'abside. 

/ 




Voici (i), en A, comment sont taillés ces damiers, dont chaque rang est 
pris dans une assise de 0,25 c. de hauteur. 



25 — [ DAUPHIN ] 

Quelquefois deux rangs de damiers sont taillés dans une seule assise B. 
Ils décorent alors la tablette supérieure d'une corniche, un bandeau ou 
un archivolte. Les damiers couvrent aussi, en Normandie, des parements 
de murs, des rampants de contre-forts ; alors ils figurent des esseulés ou 
bardeaux de bois. C'était un moyen peu dispendieux de donner de la 
richesse aux tympans, aux surfaces des murs dont l'aspect paraissait trop 
froid. 



DAUPHIN, s. m. Bouche inférieure d'un tuyau de descente se recourbant 
pour jeter les eaux dans un caniveau. Dès le xni'' siècle, les tuyaux de 
descente en plomb furent employés (voy. conduite, construction); mais 





^/^' - 



nous ne connaissons pas de dauphins affectant la forme qui leur a donné 
ce nom avant le xvi" siècle. On voit encore un dauphin en fonte de fer de 
cette époque attaché à la base d'une maison située en face le portail royal 
de la cathédrale de Chartres. La fig. 1 en donne une copie. Lorsque des 
tuyaux de descente sont appliqués à des édifices des xiii'' et xiv'= siècles, 
les dauphins (c'est-à-dire les bouches inférieures de ces tuyaux) se com- 
posent d'une pierre évidée de façon à détoui^ner les eaux dans le caniveau 
qui les doit recevoir. 



T. V. 



DEi\T-DE-SCIE 



-2(i — 



DÉCORATION, S. f. Il y a dans l'architecture deux genres de décoration : 
la décoration fixe, qui tient aux édifices, et la décoration d'emprunt, 
appliquée à l'occasion de certaines solennités. La décoration fixe, surtout 
pendant le moyen âge, étant inhérente à la structure, il n'y a pas lieu de 
lui consacrer ici un article spécial, et nous renvoyons nos lecteurs à tous 
les mots qui traitent des parties des édifices susceptibles d'être ornées, et 
notamment aux articles sculpture et statuaire. Quant à la décoration 
temporaire, elle fut appliquée de tout temps. Les anciens décoraient leurs 
temples de fleurs, de feuillages et de tentures à certaines occasions, et les 
chrétiens ne firent en cela que suivre leur exemple. Il ne paraît pas que, 
pendant le moyen âge, on ait fait dans les églises des décorations tempo- 
raires qui pussent changer les dispositions et la forme apparente de ces 
édifices. C'étaient des tentures accrochées aux piliers ou aux murs, des 
guirlandes de feuillages, des écussons armoyés, quelquefois cependant 
des échafauds tapissés destinés à recevoir certains personnages et surtout 
des exhibitions des pièces composant les trésors si riches des abbayes et 
des cathédrales. On trouvera, dans le Dictionnaire du Mobilier, des 
détails sur ces sortes de décorations. Ce que l'on doit observer dans les 
décorations temporaires employées autrefois, c'est le soin apporté par les 
décorateurs dans le choix de l'échelle des ornements. Ceux-ci sont toujours 
en proportion relative avec le monument auquel on les applique. La 
plupart de nos décorations temporaires modernes, par suite de la non- 
observation de cette règle essentielle, détruisent l'effet que doit produire 
un édifice, au lieu de l'augmenter. 

DÉLIT (voy. ut). 

DENT-DE-SCIE, S. f. Terme employé pour indiquer un genre d'orne- 
ment que l'on voit naître au xi^ siècle et qui est fort usité pendant le xn% 
surtout dans les provinces de l'Ile-de-France, de la Normandie et de 
l'Ouest. Les dents-de-scie servent à décorer particulièrement les bandeaux, 
les corniches et les archivoltes. Les plus anciennes sont habituellement 

1 




larges, formant des angles droits, et portant une faible saillie (1). Bientôt 



— :27 — [ DE>T-1)E-SCIK I 

elles se serrent, deviennent aiguës ("2), se détachent vivement sur un fond 
parallèle à leur face A , ou sur un fond taillé en biseau B. Vers la fin du 
XII'' siècle , les angles rentrants et saillants sont tronqués D. Quelquefois, 





,7^yy 




\ 




lorsque les dents-de-scie de cette époque sont d'une petite dimension, 
particulièrement dans les monuments de l'Ouest, elles sont taillées encore 
à angles droits G. Les dents-de-scie doublées ou chevauchées sont taillées 
ainsi que l'indique la fig. 3, de façon à présenter un rang de pointes 
passant sur l'autre. Dans les archivoltes, souvent plusieurs rangs de dents- 
de-scie sont superposés, s'alternant, et formant les saillies indiquées en E. 
Conformément à la méthode employée par les architectes du moyen 
âge, chaque rang de dents-de-scie était pris dans une hauteur d'assise, les 
joints verticaux- tombant dans les vides. Comme ces ornements étaient 
taillés avant la pose et que les appareilleurs ne voulaient pas perdre de la 
pierre, il en résultait que les dents-de-scie d'une même assise étaient 
souvent inégales en largeur, puisqu'il fallait toujours comprendre un 
certain nombre de dents entières dans une pierre, quelle que fût sa 
longueur. Mais ces irrégularités ne paraissent pas avoir préoccupé les 
architectes ; il faut dire cependant qu'elles sont beaucoup plus prononcées 
dans les édifices bâtis avec parcimonie, comme les églises de village, par 
exemple, que dans des monuments importants. Les dents-de-scie appar- 



I DEVIS 1 _ -28 — 

tiennent bien au moyen âge ; rien dans les édifices romains ne pouvait 

3 






-," '"^j^ 



I II III 




} 



E 




donner Tidée de cet ornement, qui donne tant de vivacité aux profils, aux 
bandeaux, et qui fait si bien valoir les parties nues de l'architecture 

(voy. BATONS-ROMPUS, ZIGZAGS). 

DEVIS, s. m. Devise. Au xiv^ siècle, on appelait devis ou devise un 
projet graphique accompagné d'une description écrite indiquant un travail 
à faire ^ et l'estimation de ce travail. 

Le devis fait, on' procédait à une adjudication au rabais, à peu près 
comme cela se pratique de nos jours, si ce n'est que, pour concourir à 
l'adjudication, il fallait faire partie d'un corps de métier, et qu'il ne suffisait 
pas de se présenter aux autorités compétentes avec un certificat délivré, 
souvent, par complaisance. Les devis étaient faits ou en bloc ou détaillés : 
s'ils étaient faits en bloc, à la suite de la description des travaux à exé- 



' « Guillaume de Longueil, vicomte d'Auge, au sergent de la sergenterie de Pont- 
« l'Evesque, vous mandons que la taache de machonerie qu'il est convenant faire au 
o pont au pain, dont mencion est faite au deviz, vous fâchiez crier à rabais accoustumé 

" par touz les lieux de vostre sergenterie où l'on a accoustumé à faire iceulz cris 

« L'an mil cec iiiixx et dix-neuf. » Marché, coll. Millin. 



29 



DIABLE 



cuter, il était dit que ces travaux valaient tant; s'ils étaient détaillés, 
chaque article de l'ouvrage était suivi d'une estimation. Les séries de prix 
jointes aux devis n'étant pas encore en usage, les adjudications étaient de 
véritables forfaits. Nos archives départementales conservent encore un 
grand nombre de ces sortes de marchés. Nous ne savons si, au xiii'' siècle, 
le maître de l'œuvre faisait le devis général de tout l'ouvrage qui lui était 
commandé; ce qui est certain, c'est que, pendant les xiv" et xv'' siècles, 
chaque chef de corps de métiers était souvent appelé à faire un devis de 
la portion des travaux qui le concernait. Ce devis fait, il soumissionnait 
l'ouvrage à forfait ; mais alors il n'y avait pas d'adjudication , c'est-à-dire 
de concurrence entre gens de même état. 



DIABLE, s. m. Deable. Ange déchu, personnification du mal. Dans les 
premiers monuments du moyen âge, on ne trouve pas de représentations 
du diable, et nous ne saurions dire à quelle époque précise les sculpteurs 
ou peintres ont commencé à figurer le démon dans les bas-reliefs ou 
peintures. Les manuscrits grecs des vii^ et viii" siècles qui représentent 
des résurrections font voir les morts ressuscitants ; mais les peintres n'ont 
figuré que les esprits célestes, le diable est absent de la scène. Une bible 
latine du ix'' ou x" siècle ' , ornée de nombreuses vignettes au trait, nous 

\ 




montre Job assis sur les ruines de sa maison ; l'ange du mal lui parle ( l) ; 
il est nimbé et armé d'ailes ; dans sa main gauche, il tient une cassolette 
pleine de feu ; les ongles de ses pieds sont crochus : c'est une des plus 

' Bibl. imp. Mss. -• 



[ UIABLE 



30 — 



anciennes représentations du diable que nous connaissions. Ici le démon 
conserve les attributs de sa puissance première. Dans la sculpture du 
xi" siècle, en France, le diable commence à jouer un rôle important : il 
apparaît sur les chapiteaux, sur les tympans; il se trouve mêlé à toutes 
les scènes de l'Ancien et du Nouveau-Testament , ainsi qu'à toutes les 
légendes de saints. Alors, l'imagination des artistes s'est plue à lui donner 
les figures les plus étranges et les plus hideuses : tantôt il se présente sous 
la forme d'un homme monstrueux , souvent pourvu d'ailes et de queue ; 
tantôt sous la forme d'animaux fantastiques. 

Les chapiteaux de l'église de Vézelay, qui datent de la fin du xi'' siècle, 
sont remplis de ces représentations de l'esprit du mal. Voici l'un d'eux, 
qui figure l'homme riche orgueilleux, arraché de son palais par trois 




démons (2) : c'est une des nombreuses visions de saint Antoine, que le 
sculpteur a représenté priant. 



— 31 — 



UIABLK 



A l'article chapiteal , nous avons donné une représentation du démon 
chassé du veau d'or par Moïse , provenant de la même église : c'est une 
des plus énergiques figures que nous connaissions de cette époque. Dans 
ces images primitives , le diable agit ou conseille : lorsqu'il agit, il prend 
la forme d'un être humain plus ou moins difforme, pourvu d'ailes et 
quelquefois d'une queue terminée par une tête de serpent, ses membres 
sont grêles, décharnés, ses mains et ses pieds volumineux, sa chevelure 
ébouriffée, sa bouche énorme, il est nu ; lorsqu'il conseille , il prend la 
figure d'un animal fantastique, sirène, dragon, serpent, crapaud, basilic 
(oiseau à queue de serpent) , chien à tête d'homme. Au xii*" siècle déjà, 
les auteurs des bestiaires s'étaient évertués à faire, des animaux réels 
ou imaginaires, des figures symboliques des vertus et des vices (voy. bes- 
tiaire) ; alors , dans les sculptures ou peintures , lorsqu'on voulait 
représenter un personnage sous l'influence d'une mauvaise passion, 
on l'accompagnait d'un de ces animaux, symbole de cette mauvaise 
passion. Dans le musée du moyen âge de la ville d'Avignon, nous voyons 
un fragment de chapiteau en marbre blanc , du xii'' siècle , représentant 
Job auquel sa femme et ses amis viennent faire des reproches. A côté 




.•^é^/T/Vi^,^^' /" 



d'Eliut, l'un des amis de Job, est une sirène qui semble le conseiller (3). 



DIABI.K 



:i'2 — 



Or la sirène , pendant le moyen 'âge , est le symbole de la fausseté, de la 
déception. Sur les portails des églises de cette époque, les vices sont 
parfois personnifiés (voy. vice) , et les personnages qui figurent les vices 
sont accompagnés de diables qui se plaisent à les tourmenter. Les diables 
apparaissent aussi dans les paraboles et légendes, comme dans la parabole 
du mauvais riche , par exemple , et dans les légendes de saint Antoine et 
de saint Benoit, qui ont eu, disent ces légendes, avec le diable, des 
rapports si fréquents. Il serait assez inutile de copier ici de nombreux 
exemples de ces figures monstrueuses; nous nous contenterons d'indiquer 
les caractères donnés aux représentations du diable pendant les périodes 
diverses du moyen âge. Pendant la période romane, le diable est un être 

que les sculpteurs ou peintres s'efforcent de 
rendre terrible, effrayant, qui joue le rôle 
d'une puissance avec laquelle il n'est pas 
permis de prendre des libertés. Chez les 
sculpteurs occidentaux du xiii'' siècle, laï- 
ques fort avancés comme artistes, l'esprit 
gaulois commence à percer. Le diable prend 
un caractère moins terrible ; il est souvent 
ridicule, son caractère est plus dépravé 
qu'effrayant, sa physionomie est plus iro- 
nique que sauvage ou cruelle; parfois il 
triche, souvent il est dupé. La scène du 
Pèsement des âmes, qui occupe une place 
principale dans le drame du Jugement der- 
nier, nous montre un diable qui s'efforce, 
avec assez peu de loyauté, de faire pencher 
l'un des plateaux de la balance de son cO)té. 
Les démons qui accompagnent les damnés 
semblent railler la troupe des malheureux 
entraînés dans les enfers ; quelques-uns de 
ces subalternes de l'armée des ténèbres ont 
même parfois un air de bonhomie brutale 
qui peut faire croire à des accommode- 
ments. Cependant l'ensemble des scènes 
infernales sculptées au commencement du 
XIII*' siècle a toujours un aspect dramatique 
fait pour émouvoir. A la porte centrale de la 
cathédrale de Paris , par exemple , tout le 
côté occupé par les démons et les âmes qui 
leur sont livrées, à la gauche du Christ, est 
sculpté de main de maître ; quelques épiso- 
des sont rendus d'une façon émouvante 
(voy. JUGEMENT DERNIER). Pamii Ics voussurcs chargées de démons et de 
damnés semble trôner un diable supérieur; il est couronné (i). Sa taille 




— 'i'^ — [ UIKt I 

est entourée d'un serpent ; il est assis sur un tas de personnages, parmi 
lesquels on voit un évêque et un roi. Ce diable souverain est gras, lippu; 
il est pourvu de mamelles gonflées et semble se reposer dans son triomphe. 
A côté de lui sont représentées des scènes de désordre, de confusion, de 
désespoir , rendues avec une énergie et un talent d'exécution vraiment 
remarquables. Les peintres et sculpteurs du moyen âge ont admis une 
trinité du mal, en opposition avec la trinité divine (voy. trintté). Dès la 
fin du xiii'' siècle, le diable, dans la sculpture et la peinture, perd beau- 
coup de son caractère féroce ; il est relégué au dernier rang, il est bafoué 
et porte souvent la physionomie de ce rôle ; dans beaucoup de légendes 
refaites à cette époque, il est la dupe de fraudes pieuses, comme dans la 
célèbre légende du moine Théophile et celle du serrurier Biscornet, qui 
fit, dit-on, les pentures des portes de la cathédrale de Paris. Ce serrurier, 
qui vivait au xiv*" siècle, fut chargé de ferrer les trois portes principales de 
Notre-Dame ^ Voulant faire un chef-d'œuvre, et fort empêché de savoir 
comment s'y prendre, il se donne au diable, qui lui apparaît et lui propose 
de forger les pentures, à une condition , bien entendu , c'est que lui 
Biscornet, par un marché en règle, écrit, livrera son âme aux esprits des 
ténèbres. Le marché est signé, le diable se met à l'œuvre et fournit les 
pentures. Biscornet , aidé de son infernal forgeron, pose les ferrures des 
deux portes latérales ; mais quand il s'agit de ferrer la porte centrale, la 
chose devient impossible, par la raison que la porte centrale sert de 
passage au Saint-Sacrement. Le diable n'avait pas songé à cette difficulté ; 
mais le marché ne pouvant être entièrement rempli par l'une des parties, 
Biscornet redevient possesseur de son âme , et le diable en est pour ses 
ferrures des deux portes. 

On le voit, vers la fin du moyen âge, le diable a vieilli et ne fait plus 
ses affaires. Les arts plastiques de cette époque ne font que reproduire 
l'esprit de ces légendes populaires dont nous avons suivi les dernières 
traces sur le théâtre des marionnettes , où le diable , malgré ses tours et 
ses finesses, est toujours battu par Polichinelle. 

Le grand diable sculpté sur le tympan de la porte de la cathédrale 
d'Autun, au xii*^ siècle, est un être effrayant, bien fait pour épouvanter des 
imaginations neuves; mais les diablotins sculptés sur les bas-reliefs du 
XY^ siècle sont plus comiques que terribles, et il est évident que les artistes 
qui les façonnaient se souciaient assez peu des méchants tours de l'esprit 
du mal. 

DIEU. Le moyen âge représentait Dieu, dans les monuments religieux, 
par ses œuvres; il n'était figuré que dans les scènes de l'Ancien Testa- 

' Ces pentures datent de la fin du xii^ siècle ou des premières années du xiiie, et 
l'histoire du serrurier Biscornet est un conle populaire; il ne fait qu'indiquer la 
tendance des esprits, au xive siècle, à ne plus voir dans le diable qu'une puissance 
déchue, dont on avait facilement raison avec un peu d'adresse. 

T. V. 5 



I DONJON 1 — 'M — 

ment, dan^ la création, lorsqu'il parle à Adam, à (laïn, à Noé, lorsqu'il 
apparaît à Moïse. Dans la nouvelle loi, le Christ représente seul la divinité. 
S'il existe des images de Dieu le Père, elles se trouvent avec le Fils et le 
Saint-Esprit (voy. xKiNtTÉ). O n'est qu'à l'époque de la Renaissance que 
les artistes, sculpteurs ou peintres, font intervenir Dieu le Père dans les 
scènes qu'ils représentent '. Cependant on voit quelquefois, au-dessus des 
tympans des portails des xni% xiv'' et xv'' siècles, représentant le Christ 
dans sa gloire, au jour du jugement, Dieu le Père en buste, bénissant; il 
est nimbé du nimbe crucifère, porte une longue barbe, sa chevelure tombe 
sur ses épaules. A la fin du xv^ siècle. Dieu le Père est habituellement 
coiffé de la tiare à triple couronne, comme un pape. Nous ne connaissons 
pas une seule statue des xui" et xiv^ siècles représentant Dieu le Père ; la 
seule personne divine prenant une place principale dans les édifices 
religieux est le Christ homme ou le Christ triomphant (voy. christ). La 
Vierge Marie et son Fils occupent tous deux l'imagination et la main des 
artistes (voy. vierge sainte). Il semble que Dieu leur ait délégué toute sa 
puissance sur les êtres créés. 

DOME, s. m. S'emploie (improprement) pour coupole. Duomo , en 
italien, s'entend pour cathédrale, église épiscopale; comme beaucoup 
d'églises cathédrales d'Italie sont surmontées d'une ou de plusieurs 
coupoles, on a pris la partie pour le tout : on dit le dôme des Invalides, le 
dôme du Panthéon ; on devrait dire la coupole des Invalides ou du Pan- 
théon (voy. coupole). Il duomo di Parigi, pour un Italien, c'est l'église 
Notre-Dame de Paris, laquelle, comme on sait, n'est pas surmontée d'une 
coupole. 

DONJON , s. m. Dongun, doignon, dangon ^ Le donjon appartient 
essentiellement à la féodalité ; ce n'est pas le castellum romain, ce n'est 
pas non plus le relrail , la dernière défense de la citadelle des premiers 
temps du moyen âge. Le donjon commande les défenses du château, mais 
il commande aussi les dehors et est indépendant de l'enceinte de la 
forteresse du moyen âge, en ce qu'il possède toujours une issue particu- 
lière sur la campagne. C'est là ce qui caractérise essentiellement le 
donjon, ce qui le distingue d'une tour. Il n'y a pas de château féodal sans 
donjon, comme il n'y avait pas, autrefois, de ville forte sans château, et 
comme, de nos jours, il n'y a pas de place de guerre sans citadelle. Toute 

' Voy. V Iconographie chrélienne, histoire de Dieu, de M. Didron. Imp. roy., 1843. 
Nous renvoyons nos lecteurs à cet ouvrage excellent. 

' Dongier ou doingier, en vieux français, veut dire domination, piiisxance. 
Cuer se ma dame ne l'ail cliier, 
J'ai por ceii ne la giierpirois, 
Adès soies en son doingier. 

[Chnmon de Chreslien de Troies Wackein, p. 18.) 



— 35 — I DONJON 1 

bomie citadelle doit commander la ville et rester cependant indépendante 
de ses défenses. 

Au moyen âge, il en était de même du château, et le donjon était au 
château ce que celui-ci était à la ville. Les garnisons du moyen âge possé- 
daient une défense de plus que les nôtres : chassées de la cité, elles se 
retiraient dans le château; celui-ci pris, elles se réfugiaient dans le donjon; 
le donjon serré de trop près, elles pouvaient encore courir la chance de 
s'échapper par une issue habilement masquée ou de passer à travers les 
lignes de circonvallation, la nuit, par un coup hardi. Mais cette disposition 
du donjon appartenant à la forteresse féodale n'était pas seulement prise 
pour résister ou échapper à l'ennemi du dehors, elle était la conséquence 
du système féodal. Un seigneur, si puissant qu'il fût, ne tenait sa puis- 
sance que de ses vassaux. Au moment du péril, ceux-ci devaient se rendre 
à l'appel du seigneur, se renfermer au besoin dans le château et concourir 
à sa défense; mais il arrivait que ces vassaux n'étaient pas toujours d'une 
fidélité à toute épreuve. Souvent l'ennemi les gagnait; alors le seigneur 
trahi n'avait d'autre refuge que son donjon, dans lequel il se renfermait 
avec ses gens à lui. 11 lui restait alors pour dernière ressource, ou de se 
défendre jusqu'à l'extrémité, ou de prendre son temps pour s'échapper, 
ou de capituler. 

Nous l'avons dit ailleurs (voy. château), le système de la défense des 
places, pendant la féodalité, n'était qu'une série de moyens accumulés par 
la défiance, non-seulement envers un ennemi déclaré, mais envers les 
garnisons mêmes. C'est pourquoi l'étude des forteresses de cette époque 
fournit un sujet inépuisable d'observations intéressantes; la défiance 
aiguise l'esprit et fait trouver des ressources. En etfet , si quelques châ- 
teaux présentent des dispositions d'ensemble à peu près semblables, les 
donjons offrent, au contraire, une variété infinie, soit dans la conception 
générale, soit dans les détails de la défense. Les seigneurs, pouvant être 
à chaque instant en guerre les uns avec les autres, tenaient beaucoup à ce 
que leurs voisins ne trouvassent pas, s'ils venaient l'attaquer, des défenses 
disposées comme celles qu'ils possédaient chez eux. Chacun s'ingéniait 
ainsi à dérouter son ennemi, parfois l'ami de la veille; aussi lorsqu'un 
seigneur recevait ses égaux dans son château, fussent-ils ses amis, avait-il 
le soin de les loger dans un corps de bâtiment spécial, les recevait-il dans 
la grand'salle, dans les appartements des femmes, mais ne les conduisait-il 
que très-rarement dans le donjon , qui, en temps de paix, était fermé, 
menaçant, pendant qu'on se donnait réciproquement des témoignages 
d'amitié. En temps de paix, le donjon renfermait les trésors, les armes, 
les archives de la famille, mais le seigneur n'y logeait point; il ne s'y 
retirait seulement, avec sa femme et ses enfants, que s'il lui fallait appeler 
une garnison dans l'enceinte du château. Comme il ne pouvait y demeurer 
et s'y défendre seul, il s'entourait alors d'un plus ou moins grand nombre 
d'hommes d'armes à sa solde, qui s'y renfermaient avec lui. Oe là, exer- 
çant une surveillance minutieuse sur la garnison et sur les dehors (car le 



[ DONJON 1 — 36 — 

donjon est toujours placé en face du point attaquable de la forteresse), ses 
fidèles et lui tenaient en respect les vassaux et leurs hommes entassés dans 
les logis ; à toute heure pouvant sortir et rentrer par des issues masquées 
et bien gardées , la garnison ne savait pas quels étaient les moyens de 
défense, et naturellement le seigneur faisait tout pour qu'on les crût 
formidables. Il est difficile de trouver un plus beau programme pour un 
architecte militaire ; aussi les donjons, parmi les édifices du moyen âge, 
sont-ils souvent des chefs-d'œuvre de prévoyance. Nous avons trouvé dans 
ces constructions, peu connues généralement ou incomplètement étudiées, 
des dispositions qui demandent un examen attentif, parce qu'elles mettent 
en lumière un des côtés de la vie féodale '. 

La raison première qui fit élever des donjons fut l'invasion normande. 
Les villœ mérovingiennes devaient fort ressembler aux villœ romaines ; 
mais quand les TVormands se jetèrent périodiquement sur le continent 
occidental, les seigneurs, les monastères, les rois et les villes elles-mêmes 
songèrent à protéger leurs domaines par des sortes de blockhaus en bois 
que l'on élevait sur le bord des rivières et autant que possible sur des 
emplacements déjà défendus par la nature. Ces forteresses, dans lesquelles, 
au besoin , on apportait à la hâte ce qu'on possédait de plus précieux, 
commandaient des retranchements plus ou moins étendus, composés d'un 
escarpement couronné par une palissade et protégé par un fossé. Le« 
Normands eux-mêmes, lorsqu'ils eurent pris l'habitude de descendre sur 
les côtes des Gaules et de remonter les fleuves, établirent, dans quelques 
îles près des embouchures, ou sur des promontoires, des camps retranchés 
avec une forteresse, pour mettre leur butin à l'abri des attaques et protéger 
leurs bateaux amarrés. C'est aussi dans les contrées qui furent particuliè- 
rement ravagées par les Normands que l'on trouve les plus anciens don- 
jons, et ces forteresses primitives sont habituellement bâties sur plan 
rectangulaire formant un parallélogramme divisé quelquefois en deux 
parties. 

Sur beaucoup de points des bords de la Seine, de la Loire, de l'Eure, et 
sur les côtes du Nord et de l'Ouest, on trouve des restes de ces donjons 
primitifs; mais ces constructions, modifiées profondément depuis l'époque 
où elles furent élevées , ne laissent voir que des soubassements souvent 
même incomplets. 11 paraîtrait que les premiers donjons, bâtis en maçon- 
nerie suivant une donnée à peu près uniforme, ont été faits par les 
Normands lorsqu'ils se furent définitivement établis sur le continent 
(voy. château) ; et l'un des mieux conservés parmi ces donjons est celui 
du château d'Arqués près de Dieppe, construit, vers 1040, par Guillaume, 
oncle de Guillaume le Bâtard. En disant que le donjon d'Arqués est un 

' Jusqu'à présent on ne s'est guère occupé, dans le monde archéologique, que de 
l'arcliitecture religieuse ou de rarcliileclure civile; cependant l'architecture féodale, 
dont le donjon est l'expression la plus saisissante, est supérieure, à notre avis, à tout 
ce que l'art du ccuistructeiu' a produit au moyen âge. 



— 37 — [ DONJON 1 

des mieux conservés, il ne faut pas croire que l'on trouve là un édifice 
dont les dispositions soient faciles à saisir au preniier coup d'ceil. Le 
donjon d'Arqués, réparé au xv° siècle, approprié au service de l'artillerie 
à feu au xvi" siècle, mutilé depuis la Révolution par les mains des habitants 
du village qui en ont enlevé tout ce qu'ils ont pu, ne présente, au premier 
aspect, qu'une masse informe de blocages dépouillés de leurs parements, 
qu'une ruine ravagée par le temps et les hommes. Il faut observer ces 
restes avec la plus scrupuleuse attention, tenir compte des moindres 
traces, examiner les nombreux détours des passages, les réduits; revenir 
vingt fois sur le terrain , pour se rendre compte des efforts d'intelligence 
dont les constructeurs ont fait preuve dans la combinaison de cette forte- 
resse, l'une des plus remarquables à notre avis. 

Disons d'abord un mot de la bâtisse. Ici, conmie dans la plupart des 
édifices militaires de l'époque romane, la construction est faite suivant le 
mode romain , c'est-à-dire qu'elle se compose d'un blocage composé de 
silex noyé dans un bain de mortier très-dur et grossier, parementé de 
petites pierres d'appareil de 0,15 c. à 0,20 c. de hauteur entre lits, sur 
0,20 c. à 0,32 c. de long. Ce parement est en calcaire d'eau douce prove- 
nant 5e la vallée de la Sie, d'une bonne qualité quoique assez tendre, mais 
durcissant à l'air'. Nous devons réclamer toute l'attention de nos lecteurs 
pour nous suivre dans la description suivante, que nous allons essayer 
de rendre aussi claire que possible. 

La fig. 1 donne le plan du rez-de-chaussée du donjon d'Arqués qui se 
trouve situé près de la porte méridionale du château (voy. château, fig. 4). 
En A est l'entrée avec son pont volant, sa double défense B, en forme de 
tour intérieure, avec large mâchicoulis commandant la porte A. Un long 
couloir détourné conduit dans la cour intérieure. En C était un petit poste, 
sans communication directe avec l'intérieur du donjon, mais enclavé dans 
son périmètre. Pour pénétrer dans le fort, il fallait se détourner à gauche 
et arriver à la porte D. Cette porte franchie, on trouvait une rampe à droite 
avec une seconde porte E percée à travers un contre-fort; puis, en 
tournant à main gauche, on montait un degré très-long E', direct et assez 
roide. Nous y reviendrons tout à l'heure. Le long du rempart du château 
en F, et masquée du dehors par le relief du chemin de ronde crénelé, on 
arrive à une autre porte G très-étroite, qui donne entrée dans une cage 
d'escalier, contenant un degré central se détournant à main gauche, 
formant une révolution complète et arrivant à un palier I, d'où, par une 
rampe tournant à droite dans l'épaisseur du mur , on monte au second 
étage, ainsi que nous allons le voir. Les deux salles basses JJ n'avaient 
aucune communication directe avec le dehors (le couloir L ayant été 
ouvert au xv'' siècle) et n'étaient même pas en communication entre elles. 

' Cette qualité de pierre était employée déjà par les Romains, on la retrouve dans 
le théâtre antique de 1/dlebonne. Depuis le \iii<' siècle on a cessé de l'exploiter, nous 
ne savons pourquoi. 



DO.VJON 



— 3S — 



On devait descendre dans ces deux salles basses par des escaliers ou 
échelles passant par des trappes ménagées dans le plancher du premier 




étage. Ces salles étaient de véritables celliers propres à contenir des 
provisions. En K est un puits de plus de 80 mètres de profondeur et dont 
l'enveloppe est maçonnée jusqu'à la hauteur du plancher du second étage. 
N'omettons pas de signakr l'escalier M taillé dans le roc (craie) et descen- 
dant par une pente rapide jusqu'au fond du fossé extérieur. Signalons 
aussi l'escalier N qui passe par-dessus le couloir d'entrée B; son utilité 
sera bientôt démontrée. 

Voyons le plan du premier étage (2). On ne pouvait arriver à cet étage 
que par l'escalier à vis 0, communiquant de ce premier étage au second, 
c'est-à-dire qu'il fallait descendre au premier étage après être monté au 
second; ou bien, prenant l'escalier N (mentionné tout à l'heure) passant 
à travers la tour conmiandant l'entrée B, montant un degré, tournant à 
main droite, dans un étroit couloir avec rampe, on entrait dans l'antisalle 
P, et de là on pénétrait dans une des salles ,1' du premier étage du donjon. 



m — 



DONJON 



Uuant à la salle .1", il lallait, pour y aniver, se résoudre à passer par une 
frappe ménagée dans le plancher du second étage. Tout cela est fort 




pes/,M 



compliqué ; ce n'est rien encore cependant. Essayons de nous souvenir de 
ces diverses issues, de ne pas perdre la trace de ces escaliers et de ces 
couloirs, véritable dédale. 

Arrivons au second étage (3). Là encore existe le mur de refend non 
interrompu, interdisant toute communication entre les deux, salles du 
donjon. Reprenons la grande rampe E' que nous avons abandonnée tout 
à l'heure ; elle arrive droit à un palier sur lequel, à main gauche, s'ouvre 
une porte entrant directement dans la salle i"". Mais il ne faut pas croire 
qu'il fût facile de gravir cette longue rampe : d'abord, à droite et à gauche 
existent deux trottoirs R , de plain-pied avec le palier supérieur, qui per- 
mettaient à de nombreux défenseurs d'écraser l'assaillant gravissant ce 
long degré ; puis plusieurs mâchicoulis ouverts dans le plancher supérieur 
de cet escalier faisaient tomber une pluie de pierres, de poutres, d'eau 
bouillante sur les assaillants. De la cage d'escalier à révolution que nous 



[ DONJON 



40 — 



avons observée à droite dans les plans du rez-de-chaussée et du premier 
étage, parla rampe détournée prise aux dépens de l'épaisseur du mur, on 




.«?" 



CJ 

KJ 



C=3 



'^ 



arrive au couloir S, qui, par une porte, permet d'entrer dans la salle i"". 
De sorte que si, par surprise ou autrement, un ennemi parvenait à franchir 
la rampe E', les défenseurs pouvaient passer par le couloir S, se dérober, 
descendre par la cage de l'escalier I (plan du rez-de-chaussée), sortir par 
la porte G, aller chercher l'issue M communiquant avec le fossé ; ou encore 
remonter par l'escalier N, la tour B (plan du premier étage), rentrer dans 
la salle J' par l'antisalle P, prendre l'escalier à vis et se joindre à la 
portion de la garnison qui occupait encore la moitié du donjon. Si, au 
contraire, l'assaillant, par la sape ou l'escalade (ce qui n'était guère 
possible), s'emparait de la salle i'" (plan du deuxième étage, fig. 3), les 
défenseurs pouvaient encore se dérober en sortant par l'antisalle P' et en 
descendant les rampes T communiquant, ainsi que nous l'avons vu, soit 
avec la salle i' du premier étage, soit avec l'escalier N. Ou bien les défen- 
seurs pouvaient encore monter ou descendre l'escalier à vis 0, en passant 



— il — 



[ DONJON ] 



à travers le cabinet V. Du palier ï on descendait au terre-plein U com- 
mandé par des meurtrières percées dans les couloirs SS'. 

De tout ceci on peut admettre déjà que la garnison du donjon était 
double dans les deux étages (premier et second) ; que ces deux fractions 
de la garnison n'avaient pas de communication directe entre elles ; que, 
pour établir cette comnmnication, il fallait monter au troisième étage 
occupé par le commandant, et que, par conséquent, si l'un des côtés du 
donjon était pris, la garnison pouvait se réunir à la partie supérieure, 
reprendre l'otfensive , écraser l'assaillant égaré au milieu de ce labyrinthe 
de couloirs et d'escaliers, et regagner la portion déjà perdue. 

Le troisième étage (4.) est entièrement détruit, et nous ne pouvons en 




o 
« 



^ 



avoir une idée que par les dessins de 1708, reproduits dans l'ouvrage de 
M. Deville K Ces dessins indiquent les mâchicoulis qui existaient encore à 
cette époque dans la partie supérieure et la disposition générale de cet 
étage, converti en plate-forme depuis le xv^ siècle pour placer de l'ar- 
tillerie à feu. M. Deville ne paraît pas reconnaître l'âge des voûtes qui 



Hisloirr (h( château d'Arquen, Rouen, 1839. 



I'. V. 



[ DONJON ] ■ — 42 — - 

couvraient encore en 1708 le second étage. Cependant les profils des arcs 
de ces voûtes (5) font assez voir qu'elles appartiennent aux restaurations 



de la fin du xv^ siècle. Primitivement, les étages du donjon, conformé- 
ment à la méthode normande, n'étaient séparés que par des planchers 
en bois dont on trouve les traces sur les parois intérieures. Le plan de 
la plate-forme, donné dans les dessins de 1708, fait assez voir que le 
mur de refend n'existait plus au troisième étage. C'était de cet étage, 
en effet, que le commandement devait se faire et la défense s'organiser 
avec ensemble. 

Ce plan donc (fig. 4) indique une seule salle X, avec un poteau central, 
destiné à soulager la charpente supérieure; un réduit Y, qui pouvait 
servir de chambre au commandant; les mâchicoulis percés dans la 
chambre Z, au-dessus de la grande rampe de l'escalier ; les deux mâchi- 
coulis aa, auxquels on arrivait par les deux baies bb; le couloir ce de 
défense, pris dans l'épaisseur du mur au-dessus des arcs de ces mâchi- 
coulis, et les mâchicoulis d'angle dd. Dans ce plan, on voit aussi la 
défense de la traverse e qui commandait le dehors et permettait de voir ce 
qui se passait dans le fossé du côté de la porte. En f est une cheminée et 
en h un four, car le donjon contenait un moulin (à bras probablement). 
Nous ne possédons sur la disposition de l'étage supérieur crénelé que des 
données très-vagues, puisqu'en 1708 cet étage était détruit; nous voyons* 
seulement, dans un compte de réparations de 1355 à 1380*, que des 
tourelles couvertes de plomb terminaient cet étage ; ces tourelles devaient 
être des échauguettes pour abriter les défenseurs, ainsi qu'il en existe 
encore au sommet du donjon de Chambois ^. Le plan de cet étage, que 
nous donnons (6), indique en 1,1' deux échauguettes; l'échauguette l' 
montrant son mâchicoulis i ouvert sur la rampe du grand escalier; de 
plus, en m, on aperçoit les ouvertures des autres mâchicoulis commandant 
les rentrants des contre-forts. Celui m' s'ouvrait sur la rampe inférieure 
du grand escalier, montant derrière un simple mur de garde non couvert, 
tracé en D' dans le plan du rez-de-chaussée, fig. 1. 

La fig. 7 présente la façade du donjon d'Arqués, sur la cour. En A est 

' Manuscrit de la Bibliothèque impériale. 
" Voir plus loin ce donjon. 



— 'i'-i — I DONJON I 

le débouché du grand couloir de la porte extérieure; en B, l'entrée de la 



6 




rampe du donjon. Les autres parties de cette figure s'expliquent d'elles- 
mêmes par l'examen des plans. 

La fig. 8 donne la coupe du bâtiment sur la ligne brisée AA,BB des 
plans. En C est le petit corps de garde tracé en C sur le plan du rez-de- 
chaussée; en D, l'escalier à révolution situé sous la grande rampe dont le 
palier arrive en E ; on voit^ en F, les mâchicoulis qui commandent ce 
palier. Aujourd'hui, la construction ne s'élève pas au-dessus du niveau G ; 
en 1708, elle existait jusqu'au niveau H, et l'extrados des voûtes faites au 
xv" siècle ne dépassait pas ce niveau G : de sorte que les murs compris 
entre G et H servaient de merlons et les baies d'embrasures pour des 
bouches à feu. Les pièces braquées sur cette plate-forme contribuèrent, en 
tirant sur les troupes du duc de Mayenne, au succès de la bataille gagnée 
dans la vallée d'Arqués par Henri IV. 

La fig. 9 trace la coupe du donjon sur la ligne CC,DD des plans. 
En A se détache du corps principal le contre-fort servant de traverse, 
pour voir le fond du fossé et le commander du sommet du donjon. En B 
est tranché le couloir au niveau du deuxième étage qui commande le 
chemin de ronde D et le terre-plein G. En E se voient les grands 
mâchicoulis avec la défense supérieure à deux étages prise aux dépens 
des murs sur les arcs. 

La coupe (10), faite sur la ligne EE,FF des plans, permet de comprendre 
la combinaison ingénieuse, des escaliers. En A se profile la grande rampe 
arrivant au second étage a\ec les mâchicoulis supérieurs qui commandent 



[ DONJON 1 — Ai — 

ses dernières marches et son palier. En R, on voit l'un des deux trottoirs 



■7 



lîT 




jir 



disj)Osés pour recevoir les défenseurs de la rampe et pour écraser les 
assaillants. En D apparaît la trace de l'étroit degré intérieur qui aboutit au 
couloir S indiqué sur le plan du deuxième étage, et qui permet aux défen- 



— 4-5 — [ DONJON 1 

seurs de se dérober ou de sortir par l'escalier à révolution B. En C est un 




e. cMZi^mfûy^ 



contre-palier qui commande les révolutions de l'escalier B. 

Le château d'Arqués, admirablement situé , entouré de fossés larges et 
profonds, commandé par un donjon de cette importance, devait être une 



noNJON 



— M\ 



place iiiexpiijiriablt' avant l'artilleiie à fou. X peine construit, il fut assiéjjv 




^, i-iifirj^j^ai^a/-. 



par (Guillaume le Conquérant et ne fut pris que par famine après un long 
blocus. Réparé et reconstruit en partie par Henri I" en 1123, il fut assiégé 
par Geoffroy Plantagenet, qui ne put y entrer qu'après la mort de son 
commandant, Guillaume Lemoine, tué par une flèche ; ce siège avait duré 
une année entière, 1145. Philippe-Auguste investit le château d'Arqués 
en 1202, et leva bientôt le siège à la nouvelle de la captivité du jeune 
Arthur de Bretagne, tombé entre les mains de Jean sans Terre. Le donjon 



~ 47 



DONJON 



d'Arqués fut la dernière forteresse qui se rendit au roi de France, après 




la conquête de la Normandie échappée des mains de Jean sans Terre. 
Henri I", comme nous l'avons dit, fit exécuter des travaux considérables 
au château d'Arqués ; mais l'examen des constructions existantes ne peut 
faire supposer que le gros œuvre du donjon appartienne à cette époque. 



[ DONJON I 48 

Peut-être Henri restaura -t-il les parties supérieures qui n'existent plus, 
peut-être même les grands mâchicoulis de la façade (fig. 7) datent-ils du 
règne de ce prince, car les arcs de ces mâchicoulis, que nous avons 
figurés plein cintre, sont des arcs brisés sur le dessin de 1708, tracé 
incorrect d'ailleurs, puisqu'il n'indique pas avec exactitude les parties 
de la construction que nous voyons encore debout. Quant aux dispositions 
générales, quant au système de dégagements, d'escaliers, avec un peu de 
soin on en reconnaît parfaitement les traces, et c'est en cela que le donjon 
d'Arqués, qui jamais ne fut pris de vive force , est un édifice militaire du 
plus haut intérêt, et, malgré son état de ruine, beaucoup plus complet, 
au point de vue de la défense, que ne le sont les célèbres donjons de 
Loches, de Montrichard, de Beaugency, construits à peu près sur les 
mêmes données. Ce qui fait surtout du donjon d'Arqués un type complet, 
c'est sa position dans le plan du château ; protégé par les courtines de la 
place et deux tours, il commande cependant les dehors ; il possède sa 
porte de secours extérieure bien défendue; il protège l'enceinte, mais 
aussi il peut la battre au besoin avec succès ; il est absolument inattaquable 
par la sape, seul moyen employé alors pour renverser des murailles ; il 
permet de renfermer et de maintenir une garnison peu sûre, car ses 
défenseurs ne peuvent agir qu'en aveugles et sur le point qui leur est 
assigné. Une trahison, une surprise n'étaient pas praticables, puisque, une 
partie du donjon prise, il devenait facile à quelques hommes déterminés 
de couper les communications, de renfermer l'assaillant, de l'écraser avant 
qu'il ne se fût reconnu. Comme dernière ressource, le commandant et ses 
hommes dévoués pouvaient encore s'échapper. Le feu seul pouvait avoir 
raison de cette forteresse ; mais quand on considère la largeur des fossés 
du château creusés au sommet d'une colline , l'élévation des murs, l'ab- 
sence d'ouvertures extérieures, on ne comprend pas comment un assaillant 
aurait pu jeter des matières incendiaires sur les combles, d'autant qu'il lui 
était diftîcile de s'établir à une distance convenable pour faire agir ses 
machines de jet avec succès. 

Les donjons normands et les donjons romans, en général, sont élevés 
sur plan rectangulaire; c'est une habitation fortifiée, la demeure du 
seigneur; ils contenaient des celliers ou caves pour les provisions, une 
chapelle, des salles avec cabinet, et toujours, au sommet, un grand espace 
libre pour organiser facilement la défense. La plupart de ces logis 
quadrangulaires possèdent leur escalier principal séparé du corps de la 
bâtisse, et quelquefois ce mur de refend qui les divise en deux parties 
égales. L'entrée est habituellement placée beaucoup au-dessus du sol, au 
niveau du premier étage. On ne peut s'introduire dans le donjon que par 
une échelle ou au moyen d'un pont volant avec escalier de bois que l'on 
détruisait en temps de guerre. 

Le petit donjon de Chambois (Orne), qui date du xii'= siècle, présente la 
plupart de ces dispositions de détail. Son plan est rectangulaire, avec 
quatre renforts carrés aux angles. Une tour carrée , posée sur un de ses 



— 4.9 — [ DONJON ] 

côtés, contenait dans l'origine de petits cabinets et un escalier de bois 
couronné d'une défense et ne montant que jusqu'au troisième étage. On 
arrivait à la défense du sommet par un escalier à vis pratiqué dans un des 
contre-forts d'angle. Les parties supérieures du donjon furent refaites au 
xiv^ siècle et conformément au système de défense de cette époque ; mais, 
des dispositions premières , il reste encore trois étages et un chemin de 
ronde supérieur extrêmement curieux. Le plan du donjon de Chambois 
est donné ci-contre par la fig. 1 1 . On voit, en A, la tourelle carrée accolée 

li 




au corps de logis et dans laquelle, au xrv^ siècle, on a fait un escalier à vis. 
Ce donjon n'était pas voûté, non plus que la plupart des donjons normands; 
les étages étaient séparés par des planchers en Ino'is portés sur des corbelets 
intérieurs. Sa porte est relevée à six mètres au-dessus du sol, et s'ouvre sur 
le flanc de la tour carrée contenant l'escalier en bois; on ne pouvait 
arriver à cette porte, dont le seuil est au niveau du plancher du premier 
étage, qu'au moyen d'une échelle, et le donjon ne se défendait, dans sa 
partie inférieure, que par l'épaisseur de ses murs. Au commencement du 
xiv" siècle, l'ancien crénelage fut remplacé par un parapet avec mâchi- 
coulis, créneaux et meurtrières. Sur les quatre contre-forts d'angle furent 
élevées de belles échauguettes avec étage supérieur crénelé, à la place, 
probablement, des anciennes échauguettes flanquantes. 

Voici (12) l'élévation du donjon de Chambois du côté de la petite tour 
carrée avant la construction des crénelages du xiv" siècle. La bâtisse du 
xii^ siècle s'élève intacte aujourd'hui jusqu'au niveau B; c'est au niveau C 
que s'ouvre la poterne. Mais la particularité la plus curieuse du donjon 
de Chambois consiste en un chemin de ronde supérieur qui, sous le 
crénelage, mettait les quatre échauguettes et la petite tour accolée en 
communication les unes avec les autres, sans qu'il fût nécessaire de passer 
dans la salle centrale occupée par le commandant. La défense était ainsi 
complètement indépendante de l'habitation, et elle occupait deux étages, 
l'un couvert, l'autre découvert. Voici, en coupe (13), quelle est la disposi- 
sition de ce chemin de ronde couvert qui fait le tour du donjon et réunit 
les échauguettes sous le crénelage. Ce chemin de ronde existe encore à 
peu près complet. Le donjon est construit en moellons réunis par un 
excellent mortier; les contre-forts d'angle sont l)àtis en petites pierres 
d'appareil, ainsi que les entourages des baies. 

T. V. . 7 



DONJON 



50 — 



Les donjons carrés, comme celui d'Arqués, ceux de Loelies, de Beau- 
{?ency, de Domfront, de Falaise de Broue, de Pons, de Nogent-le-Rotrou, 







de Montrichard, de Montbason, de Chauvigny, de Blanzac, de Pouzanges 
(Vendée), qui tous sont construits sous Tinfluence normande, pendant les 
xi^ et xii" siècles, n'étaient guère, à l'époque même où ils furent élevés, que 
des défenses passives, se gardant plutôt par leur masse, par l'épaisseur de 
leurs murs et la difficulté d'accès, que par des défenses proprement dites. 
C'étaient des Retraites excellentes lorsqu'il n'était besoin que de se garantir 
contre des troupes armées d'arcs et d'arbalètes, possédant quelques engins 
imparfaits, et ne pouvant recourir, en dernier ressort, qu'à la sape. Mais si 
de l'intérieur de ces demeures on méprisait des assaillants munis de 
machines de guerre d'une faible puissance, on ne pouvait non plus leur 
causer des pertes sérieuses. Les seigneurs assiégés n'avaient qu'à veiller 
sur leurs hommes, faire des rondes fréquentes, s'assurer de la fermeture 
des portes, lancer quelques projectiles du haut des créneaux si les assail- 
lants tentaient de s'approcher des rhurs, contre-miner si on minait; et 
d'ailleurs ils pouvaient ainsi rester des mois entiers, même devant un gros 
corps d'armée, sans avoir rien à craindre. Aussi était-ce presque toujours 
par famine que l'on prenait ces forteresses. Mais lorsque l'art de l'attaque 



— Ol — [ DONJON J 

se fut perfectionné à la suite des premières croisades, que les assiégeants 
mirent en batterie des engins puissants , que l'on fit des boyaux de tran- 
chée, que l'on mit en usage ces longs chariots couverts, ces chats, pour 
permettre de saper les murs sans danger pour les mineurs, alors les 
donjons rectangulaires , si épais que fussent leurs murs, parurent insuffi- 
sants ; leurs angles n'étaient pas flanqués et offraient des points saillants 
que le mineur attaquait sans grand péril ; les garnisons enfermées dans 
ces réduits voyaient difficilement ce qui se passait à l'extérieur ; elles ne 
pouvaient tenter des sorties par ces portes placées à plusieurs mètres 
au-dessus du sol; la complication des défenses était, dans un moment 
pressant, une cause de désordre ; les assiégés eux-mêmes s'égaraient ou 
au moins perdaient beaucoup de temps au milieu de ces nombreux 
détours, ou encore se trouvaient pris dans les pièges qu'eux-mêmes avaient 
tendus. Dès le milieu du xii® siècle, ces défauts de la défense du donjon 
normand furent certainement reconnus, car on changea complètement de 
système, et on abandonna tout d'abord la forme rectangulaire. Une des 
premières et une des plus heureuses tentatives vers un système nouveau 
se voit à Étampes. Le donjon du château d'Étampes, quoique fort ruiné, 
possède encore cependant plus de trois étages, et on peut se rendre 
compte des divers détails de sa défense. Nous ne saurions assigner à cette 
construction une date antérieure à H 50 ni postérieure à 1170. Quelques 
chapiteaux qui existent encore et le mode de bâtir appartiennent à la 
dernière période de l'époque romane, mais ne peuvent cependant dater 
du règne de Philippe-Auguste. La tradition fait remonter la construction 
du donjon d'Etampes au commencement du xi^ siècle, ce qui n'est pas 
admissible. Philippe-Auguste fit enfermer sa femme Isburge, en 1199, 
dans le donjon que nous voyons encore aujourd'hui ' : donc il existait 




^ 



avant cette époque. Le chapiteau dessiné ici (14) ne peut laisser de doute 



' Doin Fleureau. Voy. la notice sur le donjon d'Étampes, insérée d^ns le t. XII 
du BuU. momim., p. 488, par M. Victor Petit. 



[ DONJON I ^ — 52 — 

sur la date de cette forteresse : c'est bi«n la sculpture du commencement 
de la seconde moitié du xii"" siècle. 

Le plan du donjon d'Étampes est un quatre-feuilles, ce qui donne un 
meilleur flanquement qu'une tour cylindrique. Tl est posé à l'extrémité 
d'un plateau qui domine la ville d'Etampes , au-dessus de la gare du 
chemin de fer. Les défenses du château s'étendaient autrefois assez loin 
sur le plateau, se dirigeant vers l'ouest et le midi; aussi, du côté de 
l'ouest, ce donjon était-il protégé par un mur de contre-garde ou chemise 
dont on voit encore les soubassements. Ce mur (15) se retournait proba- 




blement, faisant face au sud, et aboutissant à une sorte de chaussée diago- 
nale A' destinée à recevoir l'extrémité du pont volant qui permettait 
d'entrer dans la tour par une poterne percée au-dessous du niveau du 
premier étage. Le rez-de-chaussée était voûté grossièrement en moellons, 
et ces voûtes reposaient sur une grosse colonne centrale qui montait 
jusqu'au deuxième étage. Il fallait du premier étage descendre au niveau 
du rez-de-chaussée par un escalier B, pris aux dépens de l'épaisseur du 
mur, qui ifa pas moins de quatre mètres. En C est un puits et en D une 
fosse de latrines. Du vestibule E de la poterne , tournant à main gauche, 



x\ — 



UONJON 



011 descendait donc par le degré B à l'étage inférieur ; tournant à main 
droite, on montait par quelques marches au niveau du premier étage. Le 
vestibule E était ainsi placé à mi-étage afin que Fassaillant, entrant 
précipitamment par la poterne et allant droit devant lui, tombât d'une 
hauteur de quatre mètres au moins en F sur le sol de la cave, où il se 
trouvait enfermé ; les défenseurs postés sur la rampe ascendante de droite 
devaient d'ailleurs le pousser dans cette fosse ouverte. La rampe de 
droite arrivait donc au niveau du premier étage (16), en G; de là on 

16 



a: — 




entrait dans la salle par Tembra^ure d'une fenêtre. Mais si l'on voulait 
monter au second étage, il fallait entrer dans le petit corps de garde H, 
placé juste au-dessus du vestibule de la poterne et percé d'un mâchicoulis, 
prendre la rampe d'escalier I qui menait à un escalier à vis desservant le 
second étage et les étages supérieurs ; l'arrivée au niveau du second étage 
était placée au-dessus du point G. La margelle du puits G était placée sur 
les voûtes du rez-de-chaussée : c'était donc du premier étage que l'on 
tirait l'eau nécessaire aux besoins de la garnison. En L se voit un cabinet 
d'aisances. Le premier étage était primitivement couvert par un plancher 
dont les poutres principales , conformément au tracé ponctué , portaient 
sur la colonne centrale. Vers le milieu du xiii" siècle, ce plancher fut 
remplacé par des voûtes. Les profils d'arêtiers de ces voûtes, les culs-de- 
lampe qui les portent, et la façon dont ils ont été incrustés après coup 



[ DONJON I — 54 — 

dans la construction, sont des signes certains de la restauration qui a 
modifié les dispositions premières du donjon d'Étampes. Le petit corps 
de garde H, placé au-dessus de la poterne, contenait probablement le 
mécanisme destiné à faire jouer le pont volant s'abattant sur la chaussée A'. 
Le second étage (17) était destiné à l'habitation du seigneur. Il est 




muni de deux cheminées et possède des latrines en L. On voit en G' 
l'arrivée de l'escalier dans une embrasure de fenêtre dont le sol est placé 
un peu au-dessous du plancher. Quatre colonnes engagées portent deux 
gros arcs doubleaux diagonaux dont nous reconnaîtrons l'utilité tout à 
l'heure; de plus, deux autres arcs doubleaux sont bandés en P, pour 
porter le comble central. L'escalier à vis continuait et arrivait au niveau 
du troisième étage crénelé disposé pour la défense. Le comble se compo- 
sait d'un pavillon carré pénétré par des croupes coniques. Supposons 
maintenant (18) une coupe faite sur la ligne AB des plans. Nous voyons 
en F la fausse entrée intérieure percée au niveau du sol de la poterne et 
tombant dans la cave; en B', la rampe descendant sur le sol de cette cave 
le long du puits ; en G, l'arrivée de la rampe au niveau du sol du premier 
étage ; en H , la porte donnant entrée dans le corps de garde situé 
au-dessus du vestibule de la poterne et dans l'escalier, partie à vis, dont la 
première issue se voit en G', à quelques marches au-dessous du sol du 
second étage. En continuant à monter cet escalier à vis, on arrivait à la 
porte M, percée au niveau du plancher du troisième étage, au-dessus de la 
grand'salle, étage uniquement destiné à la défense. Mais pour que les 
défenseurs pussent recevoir facilement des ordres du commandant demeu- 



o5 — 



[ DOiNJON 




rant dans cello grand'salle, ou le prévenir proniptement de ce qui sp 



DONJON 



o(i — 



passait au dehors, on avait établi des sortes de tribunes ï à mi-hauteur 
de cette salle, dans les quatre lobes formés parle quatre-feuilles, tribunes 
auxquelles on descendait par des échelles de meunier passant à travers le 
plancher du troisième étage, ainsi que l'indique le plan de la partie 
supérieure (19). Cette disposition avait encore l'avantage de permettre de 

'3 



'^ 




réunir toute la garnison dans la grand'salle sans encombrement, et d'en- 
voyer promptement les défenseurs aux créneaux. On retrouve en place 
aujourd'hui les scellements des poutres principales de ces quatre tribunes, 
les corbeaux qui recevaient les liens, les naissances des arcs doubleaux 
diagonaux et des arcs parallèles avec l'amorce des deux murs qu'ils 
portaient ; les baies supérieures sont conservées jusqu'à moitié environ 
de leur hauteur. Le plan (fig. 19) fait voir que la partie supérieure 
était complètement libre , traversée seulement par les murs portant sur 
les deux arcs doubleaux marqués P dans le plan du second étage, murs 
percés de baies et destinés à porter la toiture centrale. Les deux gros 
arcs doubleaux diagonaux supportaient le plancher et le poinçon du 
comble. En effet, ce plancher, sur lequel il était nécessaire de mettre 
en réserve un approvisionnement considérable de projectiles , et qui 
avait à résister au mouvement des défenseurs , devaR offrir une grande 
solidité. Il fallait donc que les solives fussent soulagées dans leur portée ; 
les arcs diagonaux remplissaient parfaitement cet office. L'étage supé- 
rieur était percé de nombreux créneaux, ainsi que l'indique une vue 
cavalière gravée par Chastillon , et devait pouvoir être garni de hourds 
en temps de siège, conformément au système défensif de cette époque. 
('es hourds, que nous avons figurés en plan (fig. 19), se retrouvent 



a/ 



bONJOiS 



en S sur l'un des lobes de la tour en élévation extérieure (20). Cette 
élévation est prise du côté de la poterne. Aujourd'hui les constructions 

20 




supérieures, à partir du niveau V, n'existent plus ; mais, quoique ce 
donjon ' soit fort ruiné, cependant toutes ses dispositions intérieures 



' Connu sous lo nom de tour de la GuineUe. 
\. V. 



8 



[ DONJON ] — 08 — 

sont parfaitement visibles et s'expliquent, pour peu qu'on apporte quelque 
attention dans leur examen. La bâtisse est bien faite; les pieds-droits des 
fenêtres, les arcs , les piles et angles sont en pierre de taille; le resté de la 
maçonnerie est en moellon réuni par un excellent mortier. Le donjon 
d'Étampes devait être une puissante défense pour l'époque; très-habitable 
d'ailleurs , il pouvait contenir une nombreuse garnison relativement à la 
surface qu'il occupe. 

Les donjons sont certainement de toutes les constructions militaires 
celles qui expliquent le plus clairement le genre de vie, les habitudes et les 
mœurs des seigneurs féodaux du moyen âge. Le seigneur féodal conservait 
encore quelque chose du chef frank, il vivait dans ces demeures au milieu 
de ses compagnons d'armes; mais cependant on s'aperçoit déjà, dès le 
xii" siècle, qu'il cherche à s'isoler , à se séparer, lui et sa famille, de sa 
garnison ; on sent la détiance partout, au dedans comme en dehors de la 
forteresse. La nuit, les clefs du donjon et même celles du château étaient 
remises au seigneur, qui les plaçait sous son chevet'. Comme nous 
l'avons vu et le verrons, le véritable donjon est rapproché des dehors; il 
possède souvent même des issues secrètes indépendantes de celles du 
château, pour s'échapper ou faire des sorties dans la campagne; ses 
étages inférieurs, bien murés, sont destinés aux provisions; ses étages 
intermédiaires contiennent une chapelle et l'habitation ; son sommet sert 
à la défense ; on y trouve toujours un puits, des cheminées et même des 
fours. D'ailleurs, les donjons présentent des dispositions très-variées, et 
cette variété indique l'attention particulière apportée par les seigneurs 
dans la construction d'une partie si importante de leurs châteaux. Il est 
évident que chaque seigneur voulait dérouter les assaillants par des 
combinaisons défensives nouvelles et qui lui appartenaient. C'est à dater 
du XII'' siècle que l'on remarque une singulière diversité dans ces demeures 
fortifiées; autant de donjons en France, autant d'exemples. Nous choisi- 
rons parmi ces exemples ceux qui présentent le plus d'intérêt au point de 
vue de la défense, car il faudrait sortir des limites que nous nous sommes 
imposées dans cet ouvrage pour les donner tous. 

Suger ^ dit quelques mots du château de La Roche-Guyon , à propos de 
la trahison de Guillaume, beau-frère du roi, envers son gendre Gui. « Sur 
« un promontoire que forment, dans un endroit de difficile accès, les rives 
« du grand fleuve de la Seine, est bâti un château non noble, d'un aspect 
« effrayant, et qu'on nomme La Roche-Guyon : invisible à sa surface, il 
« est creusé dans une roche élevée; la main habile de celui qui le construi- 
« sit a coupé sur le penchant de la montagne, et à l'aide d'une étroite et 

' « Si que la nuyt venue qu'il le devoit livrer, il alla (le chambellan) prendre les 
.< clelz dessoubz le chevet de Gerart qui se dormoit avec ma dame Berte en son donion, 
« et ouvrit la porte du chasteau au roy et aux Françoys. » {Gérard de Roussillon. 
édit. de Lyon, 1856.) 

' Vie de Louis le Gros, ch. xvi. Mém. rel. à l'hist. de France, trad. de M.Guiznt, 



— 59 — 



DONJON 



« chétive ouverture , le rocher même , et formé sous terre une habitation 
« d'une très-vaste étendue. C'était autrefois, selon Topinion générale, soit 
« un antre prophétique où l'on prenait les oracles d'Apollon , soit le lieu 
« dont Lucain dit : 

Nam quamvis Thessala vates 

Vim faciat satis, dubium est quid traxerit iUuc, 
Aspigiat Stygias, an quod descenderit, umbras. 

« De là peut-être descend-on aux enfers. » 

Suger parle ainsi du château dont nous voyons aujourd'hui les restes. 
Les souterrains taillés dans le roc existent encore , et s'ils ne sont point 
des antres antiques , s'ils ne descendent pas aux enfers , ils datent d'une 
époque assez éloignée. Les logements n'étaient cependant pas creusés 
dans la falaise, ainsi que le prétend Suger, mais adossés à un escar- 
pement de craie taillé à main d'homme (voy. château, fig. 8 et 9). Le 
château de La Roche-Guyon est de nos jours à peu près méconnaissable 
par suite des changements qu'il a subis ; on y retrouve quelques traces 
de bâtisses du xii'' siècle; quant au donjon, il est entièrement conservé, 
sauf ses couronnements , et sa construction paraît appartenir au milieu 
de ce siècle. 




La fig. 21 donne, en A, l'einplacement du château de La Roche-Guyon. 
Par un pont volant R communiquant avec les étages supérieurs du château. 



I DONJON I 60 

on arrivait à la plate-forme C taillée dans la colline coupée à pic; cette 
plate-forme donnait entrée dans un premier souterrain ascendant, qui 
aboutissait à une seconde plate-forme D à ciel ouvert. Une coupure E 
interceptait toute communication avec une troisième plate-forme F. Un 
pont de bois, que l'on pouvait détruire en cas d'attaque, permettait seul 
d'arriver à cette troisième plate-forme. De là, par un long souterrain 
ascendant dont les marches taillées dans la craie et le silex n'ont pas 
moins de 0,30 c. à 0,40 c. de hauteur, on arrivait, en G, dans la seconde 
enceinte du donjon, bâti sur le penchant de l'escarpement. En K est tracée 
la coupe transversale de ce souterrain. Il était absolument impossible de 
forcer une semblable entrée, et l'assaillant qui se serait emparé du château 
eût été facilement écrasé par la garnison du donjon. Voyons maintenant 
comment sont disposées les défenses du donjon proprement dit, placé, à 
La Roche-Guyon, dans une position exceptionnelle. 

Voici (22) le plan, à rez-de-chaussée, de ce donjon. C'est en A que 
débouche le passage souterrain; à côté sont disposées des latrines dans 
l'épaisseur de la chemise. Un petit redan commande l'orifice inférieur du 
tuyau de chute de ces latrines. Du débouché A pour monter au donjon, il 
faut se détourner brusquement à droite et monter le degré B qui aboutit à 
la poterne C. A gauche, on trouve l'escalier à vis qui dessert les étages 
supérieurs. Le palier devant la poterne, à l'extérieur, était en bois et 
mobile, ainsi que le ponceau D qui aboutissait au chemin de ronde E, 
commandant l'escarpement. En P est un puits ; en S, un petit silo destiné 
à conserver des salaisons '. De l'enceinte intérieure du donjon, on débou- 
chait dans l'enceinte extérieure par deux poternes GG', qui sont intactes. 
Passant sur une fosse F , les assiégés pouvaient sortir au dehors par la 
poterne extérieure H, parfaitement défendue par les deux parapets se 
coupant à angle droit. En I, à une époque assez récente, on a percé une 
seconde poterne extérieure; mais, primitivement, la tour I était pleine et 
formait un éperon épais et défendable du côté où l'assaillant devait 
diriger son attaque. Un fossé taillé dans le roc entourait la première 
enceinte, et un système de palissades et de tranchées reliait le donjon à 
un ouvrage avancé indiqué dans les fîg. 8 et 9 de l'article château. Si 
nous coupons le donjon longitudinalement sur la ligne OX, nous obtenons 
la fig. 23. 

Dans cette coupe, on voit comment les deux chemises de la tour 
principale s'élèvent en suivant la pente du plateau pour commander les 
dehors du côté attaquable, comment ces chemises et la tour elle-même 
forment éperons de ce côté. De la tour principale, la garnison se répandait 
sur le chemin de ronde de la seconde chemise au moyen du pont volant 
indiqué en D au plan; par une suite de degrés, elle arrivait au point 
culminant R. Par des portes ménagées dans le parapet de cette seconde 
enceinte, elle se jetait sur le chemin de ronde de la première, dont 

' Dans celte petite excavation, les pierres sont profondément pénétrées de sel. 



— 61 ^- [ DONJON 1 

le point culminant est en T. Un assaillant ne pouvait songer à attaquer le 
donjon par les deux flancs M et N (voy. le plan fig. 22). Il devait nécessai- 




rement diriger son attaque principale au sommet de l'angle en I; mais là, 
s'il voulait escalader les remparts, il trouvait derrière les parapets les 
défenseurs massés sur une large plate-forme; s'il voulait employer la 
sape, il rencontrait une masse énorme de rocher et de maçonnerie. En 
admettant qu'il pût pénétrer entre la première et la seconde enceinte, il 
lui était difficile de monter sur le chemin de ronde de la chemise exté- 
rieure, et il se trouvait exposé aux projectiles lancés du haut des chemins 
de ronde de la première et de la seconde chemise. Les mêmes difficultés 
se rencontraient s'il voulait percer cette seconde chemise. S'il parvenait à 
la franchir, il lui était impossible de se maintenir et d'agir dans l'étroit 



DONJON 



— 62 



espace laissé entre la seconde chemise et la tour. Il n'y avait d'autre 
moyen de s'emparer de ce donjon que de cheminer, par la mine souter- 




H- 



IS' 



^ 



raine, du point I au point S ; or on comprend qu'une pareille entreprise 
fût longue et d'une exécution difficile, d'autant que l'assiégé pouvait 
contre-miner facilement entre les deux chemises et détruire les travaux 
des assiégeants. 

L'élévation latérale (24) indique la pente du plateau de craie, son 
escarpement fait à main d'homme, la position des souterrains communi- 
quant avec le château et les niveaux différents des parapets des deux 
chemises, ainsi que le commandement de la tour principale. Tout, dans 
cette construction entièrement dépourvue d'ornements , est profondément 
calculé au point de vue de la défense. Le renforcement des murs des deux 
chemises, à mesure que ces murs prennent plus d'élévation et se rappro- 
chent du point attaquable , la disposition des éperons destinés à résister à 
la sape et à recevoir un nombre considérable de défenseurs à l'extrémité 
du saillant en face la partie dominante du plateau , la manière dont les 
poternes sont disposées de façon à être masquées pour les assaillants, tout 



— 63 — [ DONJON ] 

cela est fort sagement conçu et exécuté avec soin. Ici la règle « ce qui 
défend doit être défendu » est parfaitement observée. Les constructions 



24 




sont bien faites, en moellons avec arêtes, arcs et pieds-droits en pierre de 
taille. Dans cette bâtisse, pas un profil, pas un coup de ciseau inutile; 
celui qui l'a commandée et celui qui Ta exécutée n'ont eu que la pensée 
d'élever sur ce promontoire un poste imprenable; l'artillerie moderne 
seule peut avoir raison de cette petite forteresse. 

11 est certain que les seigneurs féodaux qui habitaient ces demeures 
devaient y mourir d'ennui , lorsqu'ils étaient obligés de s'y renfermer (ce 
qui arrivait souvent) ; aussi ne doit-on pas s'étonner si, à la fin du 
XI*" siècle et pendant le xii% ils s'empressèrent de se croiser et de courir 
les aventures en terre sainte. Pendant les longues heures de loisir laissées 
à un châtelain enfermé dans un de ces tristes donjons, l'envie, les senti- 
ments de haine et de défiance devaient germer et se développer sans 
obstacles; mais aussi, dans les âmes bien faites, les résolutions géné- 
reuses, mûries, les pensées élevées devaient se faire jour : car si la 
solitude est dangereuse pour les esprits faibles, elle développe et agrandit 
les coeurs bien nés. C'est, en effet, du fond de ces sombres donjons que 



[ DONJON J — 64 — 

sont sortis ces principes de chevalerie qui ont pris dans l'histoire de notre 
pays une si large part, et qui, malgré bien des fautes , ont contribué à 
assurer sa grandeur. Respectons ces débris; s'ils rappellent des abus 
odieux, des crimes même , ils conservent l'empreinte de l'énergie morale 
dont heureusement nous possédons encore la tradition. 

On observera que les donjons romans que nous avons reproduits 
jusqu'à présent ne sont pas voûtés à l'intérieur, mais que leurs étages 
sont habituellement séparés par des planchers de bois; les défenseurs 
admettaient qu'un étage inférieur étant pris, la défense pouvait encore 
se prolonger et la garnison reprendre l'offensive. L'assaillant avait ce- 
pendant un moyen bien simple de s'emparer de la forteresse s'il parve- 
nait à pénétrer dans les étages bas : c'était de mettre le feu aux planchers. 
Les assiégés devaient déployer une bien grande activité s'ils voulaient 
empêcher cette catastrophe. Il est certain que ce moyen fut souvent 
employé par des assaillants ; aussi pensa-t-on bientôt à voûter au moins 
les étages inférieurs des donjons. 

Il existe encore à Provins un donjon bâti sur le point culminant 
de cette ville, si curieuse par la quantité d'édifices publics et privés 
qu'elle renferme : c'est la tour dite de César, ou la Tour-le-Roi, ou 
Notre- Sir e-le-Roi. C'est un véritable donjon dont relevaient la plupart 
des fiefs du domaine de Provins, et qui fut construit vers le milieu du 
xii^ siècle. Le donjon de Provins présente en plan un octogone à quatre 
côtés plus petits que les quatre autres , les petits côtés étant flanqués de 
tourelles engagées à leur base , mais qui , se détachant du corps de la 
construction dans la partie supérieure, permettent ainsi de battre tous les 
alentours. Ce donjon pouvait être garni d'un grand nombre de défenseurs, 
à cause des différents étages en retraite et de la position flanquante des 
tourelles. 

Voici (25) le plan du rez-de-chaussée de ce donjon dont la base fut 
terrassée , au xv" siècle , par les Anglais , pour recevoir probablement de 
l'artillerie à feu. En C, on voit la place qu'occupe ce terrassement. En P 
est un puits auquel on descend par une rampe dont l'entrée est en F. En 
G, un four établi au xv^ siècle ; en H, une ancienne chapelle. 

La fig. 26 donne le plan du premier étage de ce donjon; c'est seulement 
au niveau de cet étage que l'on trouvait quatre poternes I mises en com- 
munication avec la chemise extérieure au moyen de ponts volants. D'un 
côté, au sud, l'un de ces ponts volants, tombant sur une chaussée détour- 
née, correspondait au mur de prolongement D aboutissant à la porte de 
Paris et mettant le parapet de la chemise en communication avec le chemin 
de ronde de ce rempart. Par l'escalier à vis K , on montait aux chemins 
de ronde supérieurs indépendants du logis. Il fallait du premier étage 
descendre au rez-de-chaussée , qui n'avait avec les dehors aucune commu- 
nication. On trouve dans l'épaisseur du mur du rez-de-chaussée un assez 
vaste cachot qui, dit-on, servit de prison à .lean le Bon , duc de Bretagne. 
IjC premier étage présente un grand nombre de réduits, de pièces séparées 



— 65 — [ DONJON ] 

propres au logement' des chefs. On pouvait du premier étage , par les 



tJà 



PLAN , RtZ.DE-CHAUSSEt 




'^''WK .^1^:: 



W^% 



quatre poternes I , se répandre facilement sur le chemin de ronde de la 
chemise, terrassée aujourd'hui. 

Le second étage (^27) fait voir, en K, l'arrivée de l'escalier à vis; en L, 
les chemins de ronde crénelés auxquels on arrive par les petites rampes 
doubles N; en M, les quatre tourelles flanquantes. Ici, comme à Cham- 
bois , un chemin de ronde voûté en berceau se trouve sous le crénelage 
supérieur. 

La coupe (28), faite sur la ligne AB des plans du rez-de-chaussée 
et du premier étage , indique la descente au puits , les poternes percées à 

T. V. (J 



DONJON 



m 



des niveaux ditterents^ celle de droite, principale (puisqu'elle est percée 

PLAN !""• ETA^iE 

26 IL^ 




en face le chemin d'arrivée) , n'étant pas en communication directe avec 



27 




la salle inférieure du premier étage. A mi-hauteur du premier étage, on 



— H/ — I DONJON I 

voit LUI trénela^e défendant les quatre faces principales; puis, à la hauteur 

-28 




COUPE SUR.A.B.DES ELMS 



du second étage, le chemin de ronde voûté en berceau et le crénelage 
supérieur dont les nierions sont munis de hourds saillants débordant les 
tourelles. Aujourd'hui , la construction est à peu près détruite à partir du 
niveau XX. La position des hourds en bois des quatre faces supérieures 
ne parait pas douteuse ; on ne s'expliquerait pas autrement la retraite 
ménagée au-dessus du chemin de ronde de l'entre-sol, retraite qui parait 
avoir été destinée à porter les pieds des grands liens de ces hourds, assez 
saillants pour former mâchicoulis en avant du chemin de ronde supérieur. 
Ces hourds, ainsi disposés, flanquent les tourelles qui, elles-mêmes, 
flanquent les faces. 



DONJON 1 — <iH — 

Vue élévation extérieure ("29), en supposant le nuir de la elieinise 

"29 




coupé suivant la ligne RS du plan, lig. !2t), explique la disposition des 
poternes avec les ponts-volants C, ainsi que les étages de défenses super- 
posées avec les hourds de bois. Le donjon de Provins est bâti avec grand 
soin. Au XVI* siècle, ces ponts volants n'existaient plus; le mur de la 
chemise^ dérasé, terrassé, laissait le seuil des poternes à quelques mètres 
au-dessus du niveau de la plate-forme, et on n'entrait dans le donjon que 
par des échelles K Le rez-de-chaussée et le premier étage, ainsi que le fait 
voir la coupe (fig. 28), sont voûtés, la voûte supérieure étant percée d'un 

' Voy. l'excellent ouvrage de M. Félix Bourqiielot sur VHist. de Provins. Provins, 
1839. t. I, p. 305 elsuiv. 



— (J9 — [ DONJON 1 

œil afin de permettre de hisser facilement des projectiles sur les chemins 
de ronde supériein-s et de donner des ordres du sommet aux gens postés 
dans la salle du premier étage. 

Le principal défaut de ces forteresses, en se reportant même au temps 
où elles ont été bâties, c'est la complication des moyens défensifs, l'exiguïté 
des passages, ces dispositions de détail multipliées, ces chicanes qui, dans 
un moment de presse, ralentissaient l'action de la défense, l'empêchaient 
d'agir avec vigueur et promptitude sur un point attaqué. Ces donjons des 
xi^ et xii" siècles sont plutôt faits pour se garantir des surprises et des 
trahisons que contre une attaque de vive force dirigée par un capitaine 
hardi et tenace. De ces sommets étroits, encombrés, on se défendait mal. 
Au moment d'une alerte un peu chaude, les défenseurs, par leur empres- 
sement même, se gênaient réciproquement, encombraient les chemins de 
ronde, s'égaraient dans les nombreux détours de la forteresse. Aussi, 
quand des princes devmrent assez puissants pour mettre en campagne 
des armées passablement organisées, nombreuses et agissant avec quelque 
ensemble, ces donjons i-omans ne purent se défendre autrement que par 
leur masse. Leurs garnisons, réduites à un rôle presque passif, ne pou- 
vaient faire beaucoup de mal à des assaillants bien couverts par des 
mantelets ou des galeries , procédant avec méthode et employant déjà des 
engins d'une certaine puissance. Philippe-Auguste et son terrible adver- 
saire, Richard Cœur-de-Lion , tous deux grands preneurs de places, 
tenaces dans l'attaque, possédant des corps armés pleins de confiance dans 
la valeur de leurs chefs, excellents ingénieurs pour leur temps, firent une 
véritable révolution dans l'art de fortifier les places et particulièrement les 
donjons. Tous deux sentirent l'inutilité et le danger même, au point de 
vue de la défense, de ces détours prodigués dans les dernières forteresses 
romanes. Nous avons essayé de faire ressortir l'importance de la citadelle 
des Andelys, le Château-Gaillard, bâti sous la direction et sous les yeux de 
Richard' ; le donjon de cette forteresse est, pour le temps, une œuvre tout 
à fait remarquable. Le premier, Richard remplaça les hourds de bois des 
crénelages par des mâchicoulis de pierre, conçus de manière à enfiler 
entièrement le pied de la fortification du côté attaquable. 

La vue perspective (30) du donjon du Château-Gaillard, prise du côté de 
la poterne , explique la disposition savante de ces mâchicoulis, composés 
d'arcs portés sur des contre-forts plus larges au sommet qu'à la base et 
naissant sur un talus prononcé très-propre à faire ricocher les projectiles 
lancés par les larges rainures laissées entre ces arcs et le nu du mur. Le 
plan (31) de ce donjon, pris au niveau de la poterne qui s'ouvre au premier 
étage, fait voir la disposition de cette poterne P, avec sa meurtrière enfilant 
la rampe très-roide qui y conduit et le large mâchicoulis qui la surmonte ; 
les fenêtres ouvertes du côté de l'escarpement; l'éperon saillant A renfor- 
çant la tour du côté attaquable et contraignantl'assaillantà se démasquer ; le 

' Voy. CHATEAU, tig. Il et li. 



I»0>J0.> 



— 70 



L/ 



^t/'t'/l,- _ 



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a 




front B développé en face la porte du château. Le degré C aboutissait à 



— 71 — [ DONJON I 

une poterne d'un accès très-diftlcile ménagée sur le précipice et s'ouvrant 



S 




dans l'enceinte bien flanquée décrite dans l'article château, fig. 41. Le 
donjon, dont le pied est entièrement plein et par conséquent à l'abri de la 
sape, se composait d'une salle ronde à rez-de-chaussée à laquelle il fallait 
descendre , d'un premier étage au niveau de la poterne P, d'un second 
étage au niveau des mâchicoulis avec chemin de ronde crénelé, d'un 
troisième étage en retraite, fermé, propre aux approvisionnements de 
projectiles , et d'un quatrième étage crénelé et couvert , commandant le 
chemin de ronde et les dehors au loin (fig. 30). Du côté de l'escarpement 
abrupt D, qui domine le cours de la Seine (fig. 31), les mâchicoulis étaient 
inutiles , car il n'était pas possible à des assaillants de se présenter sur ce 
point; aussi Richard n'en fit point établir. A l'intérieur, les divers étages 
n'étaient en communication entre eux qu'au moyen d'escaliers de bois 
traversant les planchers. Ainsi, dans ce donjon, rien de trop, rien d'inutile, 
rien que ce qui est absolument nécessaire à la défense. Cet ouvrage, 
à notre avis, dévoile, chez le roi Richard, un génie militaire vraiment 
remarquable, une étude approfondie des moyens d'attaque employés de 
son temps, un esprit pratique fort éloigné de la fougue inconsidérée que 
les historiens modernes prêtent à ce prince. Aujourd'hui les constructions 
sont dérasées à la hauteur de la naissance des mâchicoulis en (fig. 30). 
Cependant ce donjon fut pris par Philippe-Auguste, sans que les défen- 
seurs, réduits à un petit nombre d'hommes, eussent letempsde s'y réfugier; 
ces défenses étaient encore trop étroites, l'espace manquait; il faut dire que 
cette tour ne doit être considérée que comme le réduit d'un ouvrage très- 
fort qui lui servait de chemise. Les portes relevées des donjons romans, 
auxquelles on ne pouvait arriver qu'au moyen d'échelles ou de rampes d'un 
accès difficile, étaient, en cas d'attaque vive, une d fficultépour les défen- 
seurs aussi bien que pour les assiégeants, si ces défenseurs, à cause de la 



f DONJON ] — 72 • 

faiblesse de la garnison, se trouvaient forcés de descendre tous pour 
garder les dehors. Mais alors, comme aujourd'hui, toute garnison qui 
n'était pas en rapport de nombre avec l'importance de la forteresse était 
compromise , et ces réduits devaient conserver leur garnison propre , 
quitte à saqrifier les défenseurs des ouvrages extérieurs, si ces ouvrages 
étaient pris. A la prise du Château-Gaillard, Roger de Lascy, qui comman- 
dait pour le roi Jean sans Terre, ne possédant plus que les débris d'une 
garnison réduite par un siège de huit mois, avait dû se porter avec tout son 
monde sur la brèche de la chemise extérieure du donjon pour la défendre; 
ses hommes et lui, entourés par les nombreux soldats de Philippe- 
Auguste se précipitant à l'assaut, ne purent se faire jour jusqu'à cette rampe 
étroite du donjon : Roger de Lascy fut pris, et le donjon tomba entre 
les mains du vainqueur à l'instant même. Il semble que cette expérience 
profita à Philippe -Auguste, car lorsque ce prince bâtit le donjon du 
Louvre, il le perça d'une poterne presque au niveau du sol extérieur avec 
pont à bascule et fossé. Du donjon du Louvre il ne reste que des descrip- 
tions très-laconiques et des figurés fort imparfaits ; nous savons seulement 
qu'il était cylindrique, que son diamètre extérieur était de vingt mètres et 
sa hauteur de quarante mètres environ. Philippe-Auguste paraît avoir 
considéré la forme cylindrique comme étant celle qui convenait le mieux 
à ces défenses suprêmes. Si le donjon du Louvre n'existe plus, celui du 
château de Rouen , bâti par ce prince, existe encore, du moins en grande 
partie, et nous donne un diminutif de la célèbre tour du Louvre dont 
relevaient tous les fiefs de France. Ce donjon était à cheval sur la courtine 
du château et possédait deux entrées le long des parements intérieurs de 
cette courtine. Ces entrées, peu relevées au-dessus du sol, étaient en 
communication avec de petits degrés isolés, sur la tête desquels tombaient 
des ponts à bascule. 

Voici (32) le plan du rez-de-chaussée du donjon du château de Rouen. 





En AA' sont les deux poternes; en RR', les murs de la courtine dont on 
voit encore les arrachements. A ccMé de l'escalier à vis qui monte aux 
étages supérieurs sont des latrines, et en C est un puits. Ce rez-de-chaussée 
et le premier étage (33) sont voûtés ; les murs ont près de quatre mètres 



— 73 — I DO>JOi> ] 

d'épaisseur. Aujourd'hui (3i) ', les constructions sont dérasées au niveau 

• 3h 




D ^ et nous n'avons , pour restaurer la partie supérieure , que des données 
insuffisantes. Toutefois on doit admettre que cette partie supérieure 
comprenait, suivant Tusage, un étage sous plancher et Tétage de la 
défense avec son chemin de ronde muni de hourds portés sur des corbeaux 

' Nous devons ces figurés, plans, coupes et élévations, à l'obligeance de M. Barthé- 
lémy, architecte diocésain de Rouen. 



T. V. 



10 



[ i)o>JO> I — 74 — 

de pierre. Le donjon du château de Rouen tenait à deux courtines, en 
interrompant absolument la communication d'un chemin de ronde à 
l'autre, puisqu'aucune issue ne s'ouvrait de l'intérieur du donjon sur ces 
chemins de ronde. Au Louvre, le donjon, planté au centre d'une cour 
carrée, était entièrement isolé et ne commandait pas les dehors suivant la 
règle ordinaire. Mais le Louvre tout entier pouvait être considéré comme 
un vaste donjon dont la grosse tour centrale était le réduit. Cependant la 
forme cylindrique , adoptée par Philippe-Auguste, était évidemment celle 
qui convenait le mieux à ce genre de défense, eu égard aux moyens 
d'attaque de l'époque. Ce prince pensait avec raison que ses ennemis 
emploieraient, pour prendre ses châteaux, les moyens que lui-même avait 
mis en pratique avec succès : or Philippe-Auguste avait eu à faire le siège 
d'un grand nombre de châteaux bâtis conformément au système normand, 
et il avait pu reconnaître, par expérience, que les angles des tours et 
donjons quadrangulaires donnaient toujours prise aux assaillants; car ces 
angles saillants, mal défendus, permettaient aux pionniers de s'attacher à 
leur base, de saper les fondations à droite et à gauche, et de faire tomber 
deux pans de mur. La forme cylindrique ne donnait pas plus de prise sur 
un point que sur un autre, et, admettant que les pionniers pussent saper 
un segment du cercle , il fallait que ces excavations fussent très-étendues 
pour faire tomber une tranche du cylindre : de plus , Philippe-Auguste, 
ainsi que le fait voir le plan du donjon du château de Rouen , donnait aux 
murs de ses donjons cylindriques une épaisseur énorme comparativement 
à leur diamètre ; il était avare d'ouvertures, renonçait aux planchers de 
bois inférieurs afin d'éviter les chances d'incendie. Ce système prévalut 
pendant le cours du xiii^ siècle. 

Le donjon du Louvre était à peine bâti et Philippe-Auguste dans la 
tombe , que le seigneur de Coucy , Enguerrand III , prétendit élever un 
château féodal dont le donjon surpassât de beaucoup, en force et en 
étendue, l'œuvre de son suzerain. Cette entreprise colossale fut conduite 
avec une activité prodigieuse, car le château de Coucy et son donjon, 
commencés sitôt après la mort de Philippe-Auguste en 1223, étaient 
achevés en 1230 (voy. château, construction). Le donjon de Coucy est la 
plus belle construction militaire du moyen âge qui existe en Europe, et 
heureusement elle nous est conservée à peu près intacte. Auprès de ce 
géant, les plus grosses tours connues, soit en France , soit en Italie ou en 
Allemagne, ne sont que des fuseaux. De plus, cette belle tour nous donne 
de précieux spécimens de la sculpture et de la peinture du commencement 
du xni^ siècle appliqués aux résidences féodales. Les plans que nous avons 
donnés du château de Coucy à l'article château, fig. 16, 17 et 18, font 
assez connaître l'assiette de la forteresse pour qu'il ne soit pas nécessaire 
de revenir ici sur cet ensemble de constructions militaires. Nous nous 
occuperons exclusivement ici du donjon, en renvoyant nos lecteurs à 
l'article précité, pour l'explication de ses abords, de sa chemise, de ses dé- 
fenses, de ses içsues extérieures et de son excellente assiette, si bien choisie 



— 75 — 



DONJON 



pour commander les dehors de la forteresse du côté attaquable, pour 
protéger les défenses du château lui-même. Le diamètre de l'énorme 
tour^ non compris le talus inférieur, a trente mètres cinquante centimètres 
hors œuvre ; sa hauteur, du fond du fossé dallé au sommet, non compris 
les pinacles, est de cinquante-cinq mètres. 
Voici (35) le plan du rez-de-chaussée du donjon de Coucy. La poterne 

35 




est en A ; c'est l'unique entrée défendue par un pont à bascule très-adroi- 
tement combiné (voy. poterne), par un mâchicoulis, une herse, un ventail 
barré, un second ventail au delà de l'entrée de l'escalier et une grille. Une 
haute chemise en maçonnerie protège la base du donjon du côté des 
dehors, et, entre cette chemise et la tour, est un fossé de huit mètres de 
largeur, entièrement dallé, dont le fond est à cinq mètres en contre-bas du 
seuil de la poterne. Le couloir d'entrée permet de prendre à droite une 
rampe aboutissant à un large escalier à vis qui dessert tous les étages. En 
se détournant à gauche, on arrive à des latrines B. En D est un puits 
très-large, qui n'a pas encore été vidé, mais qui, dans l'état actuel. 



DONJON 



7() — 



n'a pas moins de trente mètres de profondeur. De plain-pied, par le 
couloir de la poterne, on entrait dans une salle à douze pans percés de 
douze niches à double étage pour pouvoir ranger des provisions et des 
armes; une de ces niches, la seconde après le puits, sert de cheminée. 
Cette salle , éclairée par deux fenêtres carrées très-relevées au-dessus du 
sol , était voûtée au moyen de douze arcs aboutissant à une clef centrale 
percée d'un œil, pour permettre de hisser au sommet les armes et engins 
de défense. Nous avons fait, au centre de cette salle, une fouille, afin de 
reconnaître s'il existait un étage souterrain; mais la fouille ne nous a 
montré que le roc à une assez faible profondeur, de sorte que les pion- 
niers qui seraient parvenus à percer le cylindre au niveau du fond du 
fossé auraient pu cheminer sans rencontrer de vide nulle part. On remar- 
quera que, du fond des niches à la circonférence de la tour, la maçonnerie 
n'a pas moins de cinq mètres cinquante centimètres. 

L'escalier à vis nous conduit au premier étage (36), voûté comme le 

30 




rez-de-chaussée, possédant des niches, trois fenêtres, des latrines et une 
cheminée E avec un four par derrière. Au-dessous de l'une des baies de 



/ / 



DONJON 



fenêtres, on établit, au xv" siècle, un cabinet avec passage particulier; 
cette modification est indiquée au plan par une teinte grise. Au fond 
d'une des niches de droite est percé un couloir étroit aboutissant à un 
pont volant D communiquant avec le chemin de ronde de la chemise 
(voy. la description du château à l'article château, fig. 17). 

Reprenant l'escalier à vis, nous montons au second étage (37), qui nous 



37 




p£(;/i»o 5i; 



présente l'une des plus belles conceptions du moyen âge. Cet étage, voûté 
comme ceux du dessous , se composait d'une salle dodécagone entourée 
d'une galerie relevée de 3", 30 au-dessus du pavé de cette salle et formant 
ainsi un large portique avec balcons disposés pour réunir toute la garnison 
sur un seul point, en permettant à chacun d'entendre les ordres généraux 
et de voir le commandant placé au centre. Deux fenêtres et l'œil central 
éclairaient cette salle. Sous les balcons, en G, sont des niches qui ajoutent 
à la surface de la salle. L'escalier à vis est disposé de façon à donner 
entrée à droite et à gauche dans le portique. 

Le troisième étage (38) est à ciel ouvert, percé de nombreuses meurtrières 
et de créneaux ; des corbeaux en pierre, formant une forte saillie à l'exté- 



[ DONJON J — 78 — 

rieur, étaient destinés à supporter un double hourdage en boiS;, propre à 
la défense. La voûte centrale était couverte de plomb ainsi que celles du 



38 



a./ 




portique. Les créneaux, fermés par des arcs brisés , sont surmontés d'une 
belle corniche à doubles crochets avec larmier. 

Une coupe de ce donjon (39) , faite sur OP , explique mieux que toute 
description les dispositions grandioses de la grosse tour du château de 
Coucy. Nous avons représenté, au sommet, une partie des hourds à double 
défense, posés sur les corbeaux de pierre. Quatre grands pinacles en pierre 
avec fleurons et crochets surmontaient le chaperon supérieur du mur 
crénelé ; ces pinacles sont indiqués dans la gravure de Ducerceau, et, dans 
les décombres extraits du fossé , nous en avons retrouvé des fragments 
d'un beau style du commencement du xiii" siècle. Tout, dans ce donjon, 
est bâti sur une échelle plus grande que nature ; les allèges des créneaux, 
les marches des escaliers, les bancs, les appuis semblent faits pour des 
hommes d'une taille au-dessus de l'ordinaire. Les salles étaient entière- 
ment peintes à l'intérieur, sur un enduit mince à la chaux, recouvrant 



— 79 
39 



bo^JO^ ] 




l'appareil qui est grossier (voy. peinture). La maçonnerie^ élevée en assises 



I DONJON 1 — 80 — 

régulières de 0,40 c. à 0,50 c. de hauteur, est bien faite; le mortier 
excellent, les lits épais et bien remplis. La sculpture est traitée avec un 
soin particulier et des plus belles de cette époque; elle est complètement 
peinte. 

L'ingénieur Métezeau, qui fut chargé par le cardinal Mazarin de détruire 
le château de Coucy, voulut faire sauter le donjon. A cet effet, il chargea, 
au centre , à deux mètres au-dessous du sol , un fourneau de mine dont 
nous avons retrouvé la trace. Il pensait ainsi faire crever l'énorme cylindre; 
mais l'explosion n'eut d'autre résultat que d'envoyer les voûtes centrales 
en l'air et d'occasionner trois principales lézardes dans les parois du tube 
de pierre. Les choses restèrent en cet état jusqu'à ces derniers temps. De 
nouveaux mouvements ayant fait craindre l'écroulement d'une des tranches 
de la tour lézardée, des travaux de restauration furent entrepris sous la 
direction des Monuments historiques dépendant du ministère d'Etat, et 
aujourd'hui cette belle ruine est à l'abri des intempéries ; les lézardes ont 
été reprises à fond , les parties écrasées consolidées. Si les voûtes étaient 
rétablies, on retrouverait le donjon d'Enguerrand III dans toute sa splen- 
deur sauvage. La disposition vraiment originale du donjon de Coucy est 
celle de ce second étage destiné à réunir la garnison. 

Nous essayons d'en donner une faible idée dans la fig. AO. Qu'on se 
représente par la pensée un millier d'hommes d'armes réunis dans cette 
rotonde et son portique disposé comme des loges d'une salle de spectacle, 
des jours rares éclairant cette foule; au centre, le châtelain donnant ses 
ordres, pendant qu'on s'empresse de monter, au moyen d'un treuil, des 
armes et des projectiles à travers les œils des voûtes. Ou encore, la nuit, 
quelques lampes accrochées aux parois du portique, la garnison sommeil- 
lant ou causant dans ce vaste réservoir d'hommes ; qu'on écoute les bruits 
du dehors qui arrivent par l'œil central de la voûte, l'appel aux armes, les 
pas précipités des défenseurs sur les hourds de bois, certes on se peindra 
une scène d'une singulière grandeur. Si loin que puisse aller l'imagination 
des romanciers ou des historiens chercheurs de la couleur locale, elle 
leur représentera difficilement ce que la vue de ces monuments si grands 
et si simples dans leurs dispositions rend intelligible au premier coup 
d'œil. Aussi conseillons-nous à tous ceux qui aiment à vivre quelquefois 
dans le passé d'aller voir le donjon de Coucy, car rien ne peint mieux la 
féodalité dans sa puissance, ses mœurs, sa vie toute guerrière, que cet 
admirable débris du château d'Enguerrand. 

Les donjons normands sont des logis plus ou moins bien défendus, 
élevés par la ruse et la défiance ; les petits moyens sont accumulés pour 
dérouter l'assaillant : ce sont des tanières plutôt que des édifices. Au fond, 
dans ces forteresses, nulle disposition d'ensemble , mais force expédients. 
Le donjon normand tient encore de la demeure du sauvage rusé ; mais, à 
Coucy, on reconnaît la conception méthodique de l'homme civilisé qui sait 
ce qu'il veut et dont la volonté est puissante ; ici plus de tâtonnements : 
la forteresse est bâtie rapidement, d'un seul jet ; tout est prévu, calculé, et 



81 — 



[ DONJON 




cela avec une ampleur, une simplicité de moyens faites pour étonner 
l'homme indécis de notre temps. 



T. V. 



Il 



I u().\Jo> I — 8^2 — 

Cependant, au xiii'^ siècle déjà, la féodalité perdait ces mœurs liéroïques, 
peut-on dire^ dont Enguerrand III est le dernier et le plus grand modèle. 
Ces demeures de géants ne pouvaient convenir à une noblesse aimant ses 
aises, politiquement affaiblie, ruinée par son luxe, par ses luttes et ses 
rivalités, prévoyant la fin de sa puissance et incapable de la retarder. Les 
grands vassaux de saint Louis et de Philippe le Hardi n'étaient plus de 
taille à construire de pareilles forteresses ; ils ne pouvaient se résoudre à 
passer les journées d'un long siège dans ces grandes salles voûtées, à peine 
éclairées, en compagnie de leurs hommes d'armes, partageant leur pain 
et leurs provisions. Chose digne de remarque, d'ailleurs, le donjon nor- 
mand est divisé en un assez grand nombre de chambres ; le seigneur peut 
y vivre seul ; il cherche à s'isoler des siens, et même, au besoin, à se 
garantir d'une trahison. Le donjon de Philippe-Auguste, dont Coucy nous 
présente le spécimen le plus complet, est la forteresse dernière, le réduit 
d'un corps armé , agissant avec ensemble , mu par la pensée d'unité d'ac- 
tion. La tour est cylindrique ; cette forme de plan seule indique le système 
de défense partant d'un centre, qui est le commandant , pour se répandre 
suivant le besoin et rayonner, pour ainsi dire. C'est ainsi qu'on voit 
poindre chez nous , en pleine féodalité, ce principe de force militaire qui 
réside, avant tout, dans l'unité du commandement et la confiance des 
soldats en leur chef suprême. Et ce principe, que Philippe-Auguste avait 
si bien compris et mis en pratique, ce principe admis par quelques grands 
vassaux au commencement du xin'' siècle, la féodalité l'abandonne dès 
que le pouvoir monarchique s'étend et attire à lui les forces du pays. C'est 
ainsi que les monuments gardent toujours l'empreinte du temps qui les a 
élevés. 

Les peintures intérieures du donjon de Coucy ne consistent qu'en 
refends blancs sur fond ocre jaune, avec de belles bordures autour des 
archivoltes. Bientôt on ne se contenta pas de ces décorations d'un style 
sévère ; on voulut couvrir les parois des salles de sujets , de personnages, 
d'armoiries, de légendes. La noblesse féodale aimait les lettres, s'occupait 
d'art, tenait à instruire la jeunesse et lui présenter sans cesse devant les 
yeux de beaux exemples de chevalerie. « En l'an que l'on contoit mil 
(( quatre cens et xvi, et le premier jour de may, je, le seigneur de 
(( Caumont, estant de laage de xxv ans, me estoie en ung beau jardin de 
(( fleurs où il avoit foyson de oiseaux qui chantoient de beaux et gracieux 
(( chans, et en plusieurs de manières, don ils me feirent resjouir, si que, 
« emprès, je fuy tant en pansant sur le fait de cest monde, que je veoye 
K moult soutil et incliné à mault fère, et que tout ce estoit néant, à com- 
te parer à l'autre qui dure sans fin 

« Et lors il me va souvenir de mes petits enfants qui sont jeunes et 
« ignocens, lesquelx je voudroie que à bien et honneur tournassent, et 
M bon cuer eussent, ainxi comme père doit vouloir de ces filz. Et parce 
« que, selon nature, ils doyvent vivre plus que moy, et que je ne leur 
« pourroie pas enseigner ne endoctrinier , car il faudra que je laisse cest 



— 83 — I, DONJON I 

,( monde, comme les autres, me suis pansé que je leur feisse et laissasse, 
c( tant dés que je y suys, ung livre de ensenhemens, pour leur demonstrer 
« comment ilz se devront gouverner, selon se que est à ma semblance. . . ' » 
Ce passage indique assez quelles étaient, au commencement du xn" siècle, 
les tendances de la noblesse féodale ; le temps de la sauvage rudesse était 
passé; beaucoup de seigneurs s'adonnaient à l'étude des lettres et des arts, 
cherchant à s'entourer dans leurs châteaux de tout ce qui était propre à 
rendre ces demeures supportables et à élever l'esprit de la jeunesse. 

« Au chef de le ditte ville (de Mazières) a ung très beau chasteau et 

« fort sur une rivière, bien enmurré et de grosses tours machacollées tout 
« autour, et par dedens est tout dépint merveilleusemant de batailles; et 
« y troverez de toux les généracions Crestiens et Sarrazins , ung pareil, 
« mascle et femèle, chacun sellon le porteure de son pais ^. » 

Nous trouvons la trace de ces décorations intérieures des donjons déjà 
au xiii" siècle. 

" De vert inarbre fu li miiralz (du donjon) , 
« Mult par estait espès è lialz ; 
" N'i out fors une suie entrée, 
" Celé fu noit è jur gardée. 

■ De l'altre part fu clos de mer 
" Nuls ne pout issh' ne entrer, 

" Si ceo ne fust od un batel, 

« Qui busuin éust ù castel. 

« Li Sire out fait dedenz le meur, 

" Pur sa femme mètre à seur. 

" Chaumbre souz ciel n'out plus bêle ; 

« A l'entrée fu la capele : 

■ La caumbre est painte tut entur ; 
" Vénus la dieuesse d'amur, 

« Fu très bien mis en la peinture, 

" Les traiz mustrez è la nature, 

•< Cument hum deit amur tenir, 

' E léalment é bien servir, 

«' Le livre Ovide ù il enseigne, 

■< Coment cascuns s'amour tesmegne, 

" En un fu ardent les jettout; 

" E tuz iceux escumengout, 

" Ki jamais cel livre lireient, 

■ Et sun enseignement fereient '. » 

Ici les sujets de peinture sont empruntés à l'antiquité païenne. Souvent, 

' Voyaige du seigneur du Cmimont, pub. par le marquis de La Grange. Paris, 1 808. 
Introd., p. VI. 

■' Ibid., p. 27. 

' Lni de Gugemer. l'oesies de Marie de France , xiii' siècle, pub. par Roquefort. 
Paris, 1832. 



[ DONJON ] — SA — 

dans ces peintures, les artistes interprétaient, de la façon la plus singulière, 
les traits de Thistoire grecque et romaine, les soumettant aux mœurs 
chevaleresques de l'époque. Hector, Josué, Scipion, Judas-Machabée , 
César, se trouvaient compris parmi les preux, avec Charlemagne, Roland 
et Godefroy de Bouillon. Les héros de l'histoire sacrée et profane avaient 
leurs armoiries tout comme les chevaliers du moyen âge. 

Des hommes qui se piquaient de sentiments chevaleresques, qui consi- 
déraient la courtoisie comme la plus belle des qualités et la société des 
femmes comme la seule qui pût former la jeunesse, devaient nécessaire- 
ment abandonner les tristes donjons du temps de Philippe-Auguste. 
Cependant il fallait toujours songer à la défense. Au xit*" siècle, la féodalité 
renonce aux gros donjons cylindriques; elle adopte de préférence la tour 
carrée flanquée de tourelles aux angles, comme plus propre à l'habitation. 
C'est sur ce programme que Charles V fit rebâtir le célèbre donjon de 
Vincennes , qui existe encore , sauf quelques mutilations qui ont modifié 
les détails de la défense ^ Ce donjon, commandant les dehors et placé sur 
un des grands côtés de l'enceinte du château, est protégé par un fossé 
revêtu et par une chemise carrée, avec porte bien défendue du côté de la 
cour du château. Il se compose, comme chacun sait, d'une tour carrée de 
quarante mètres de haut environ avec quatre tourelles d'angle montant de 
fond. Sa partie supérieure se défend par deux étages de créneaux. Il fut 
toujours couvert par une plate-forme posée sur voûte. A l'intérieur, chaque 
étage était divisé en plusieurs pièces, une grande, oblongue, une de 
dimension moyenne et un cabinet, sans compter les tourelles ; ces pièces 
possédaient, la plupart, des cheminées, un four, et sont éclairées par de 
belles fenêtres terminées par des archivoltes brisées. Déjà le donjon du 
Temple à Paris, achevé en 1306^, avait été bâti sur ce plan; sa partie 
supérieure, au lieu d'être terminée par une plate-forme, était couverte 
par un comble en pavillon, avec quatre toits coniques sur les tourelles 
d'angle ; mais le donjon du Temple était plutôt un trésor, un dépôt de 
chartes, de finances, qu'une défense. 

Nous croyons inutile de multiplier les exemples de donjons des xm" et 
xiv^ siècles, car ils ne se font pas remarquer par des dispositions particu- 
lières; ils sont carrés ou cylindriques : s'ils sont carrés, ils ressemblent 
fort aux tours bâties à cette époque et n'en différent que par les dimensions 
(voy. tour); s'ils sont cylindriques, à partir de la fin du xiii'' siècle, ils 
contiennent des étages voûtés, et ne sauraient être comparés au donjon de 
Coucy que nous venons de donner. Ce n'est qu'au moment où les mœurs 
féodales se transforment, où les seigneurs châtelains prétendent avoir des 
demeures moins fermées et moins tristes , que le donjon abandonne la 

' « Hem, dehors Paris (Charles V fit bâtir) , le chaste! du bois de Vincenes , qui 
" moult est notable et bel... » Le Livre des fais el bonnes meurs du sage roy Charles. 
(Christine de Pisan.) 

' Du Breul, Antiquités de Paris. 



— 85 — [ DONJON I 

forme d'une tour qu'il avait adoptée vers la fin du xu" siècle, pour revêtir 
celle d'un logis défendu , mais contenant tout ce qui peut rendre l'habita- 
tion facile. 

Louis de France, duc d'Orléans, second fils de Charles V, né en 1371 
et assassiné à Paris en novembre 1407, dans la rue Barbette, était grand 
amateur des arts. Ce prince rebâtit les châteaux de Pierrefonds, de la 
Ferté-Milon, de Villers-Cotterets ; fit exécuter des travaux considérables 
dans le château de Coucy, qu'il avait acquis de la dernière héritière 
des sires de Coucy. Louis d'Orléans fut le premier qui sut allier les 
dispositions défensives adoptées, à la fin du xiv^ siècle, dans les demeures 
féodales, aux agréments d'une habitation seigneuriale. Les châteaux 
qu'il nous a laissés, et dont nous trouvons le spécimen le plus complet 
à Pierrefonds, sont non-seulement de magnifiques demeures qui seraient 
encore très-habitables de nos jours, mais des places fortes de premier 
ordre, que l'artillerie déjà perfectionnée du xvii'' siècle put seule réduire. 

Il est étrange que l'influence des princes de la branche cadette issue de 
Charles V sur les arts en France n'ait pas encore été constatée comme 
elle mérite de l'être. Les monuments laissés par Louis d'Orléans et par 
son fils Charles sont en avance de près d'un demi-siècle sur le mouvement 
des arts dans notre pays. Le château de Pierrefonds, commencé en 1400 
et terminé avant la mort du premier des Valois, est encore une place forte 
du xiv^ siècle, mais décorée avec le goût délicat des habitations du temps 
de Charles VIIL 

Le donjon de ce château contient les logis du seigneur, non plus 
renfermés dans une tour cylindrique ou carrée, mais distribués de 
manière à présenter une demeure vaste, commode , pourvue des acces- 
soires exigés par une existence élégante et recherchée , en même temps 
qu'elle est une défense puissante parfaitement entendue, impossible à 
attaquer autrement que par des batteries de siège ; or, au commencement 
du xv"' siècle, on ne savait pas encore ce que c'était que l'artillerie de 
siège. Les bouches à feu étaient de petite dimension, portées en campagne 
sur des chevaux ou des chariots, et n'étaient guère employées que contre 
la formidable gendarmerie de l'époque. Examinons les dispositions du 
donjon de Pierrefonds, que nous avons déjà données dans le plan d'en- 
semble de ce château (voy. château, fig. 24). 

Le donjon de Pierrefonds (41) * est voisin de l'entrée principale A du 
château, et flanque cette entrée de façon à en interdire complètement 
l'approche. Il possède, en outre, une poterne B, très-relevée au-dessus du 
sol extérieur. Ainsi remplit-il les conditions ordinaires qui voulaient que 

' On remarquera, entre ce plan et celui donné dans l'ensemble du château, quelques 
différences de détail, résultat des déblais exécutés en 1858 et 1859 dans ce domaine, 
d'après les ordres de l'Empereur. Ces déblais ont mis au jour certaines parties infé- 
rieures des bâtiments dont on ne pouvait prendre qu'une idée très-incomplète. Le plan 
que nous donnons aujourd'hui peut être regardé comme parfaitement exact. 



DONJON 



— ,80 — 



tout donjon eût deux issues, l'une apparente, l'autre dérobée. La porte A 
du château, défendue par un pont-levis, des vantaux, un corps-de-garde a, 
une herse et une seconde porte barrée, avait, comme annexe obligée à 
cette époque, une poterne pour les piétons, avec son pont-levis particulier b 




et entrée détournée le long du corps-de-garde ; de plus, le couloir de la 
porte était enfilé par une échauguette posée sur le contre-fort C. Pour 
entrer dans le logis, on trouvait un beau perron D avec deux montoirs 
(voy. MONTom, perron) , puis un large escalier à vis E montant aux étages 
supérieurs. Une porte bâtarde F donnait entrée dans le rez-de-chaussée 
voûté servant de magasin pour les approvisionnements. Par un degré 
assez large G, de ce rez-de-chaussée on descend dans une cave peu 
spacieuse, maïs disposée avec des niches comme pour recevoir des vins 
de diverses sortes. Les murs de ce rez-de-chaussée, épais de trois à quatre 
mètres, sont percés de rares ouvertures, particulièrement du côté exté- 
rieur. Une petite porte H, masquée dans l'angle rentrant de la tour carrée, 
permet de pénétrer dans la salle voûtée I formant le rez-de-chaussée de 
cette tour, et de prendre un escalier à rampes droites montant seulement 
au premier étage. Nous allons y revenir tout à l'heure. La poterne B, munie 
d'une herse et de vantaux, surmontée de mâchicoulis qui régnent tout le 



— Hl 



[ DONJON 



long de la courtine, a son seuil posé à sept mètres environ au-dessus du 
sol extérieur qui, à cet endroit, ne présente qu'un chemin de six mètres 
de largeur; puis, au-dessous de ce chemin, est un escarpement prononcé, 
inaccessible, au bas duquel passe une des rampes qui montaient au château, 
rampe défendue par une traverse percée d'une porte ; de l'autre côté de 
la porte, commandant le vallon, est une motte faite à main d'hommes qui 
était certainement couronnée d'un ouvrage détruit aujourd'hui. De la 
poterne B, on pouvait donc, soit par une trémie, soit par un pont 
volant, défendre la porte de la rampe du château, passer par-dessus cette 
porte et arriver à l'ouvrage avancé qui commande le vallon au loin. La 
poterne B servait ainsi de sortie à la garnison, pour prendre l'offensive 
contre un corps d'investissement, de porte de secours et d'approvisionne- 
ment. On observera que l'espace K est une cour dont le sol est au-dessous 
du sol de la cour principale du château, et que, pour s'introduire dans 
cette cour principale, il faut passer par une seconde poterne L, dont le 
seuil est relevé au-dessus du sol K, et qui est défendue par une herse, des 
vantaux et des mâchicoulis avec créneaux. L'escalier M, qui donne dans la 
chapelle N et dans la cour, monte de fond et permet d'arriver à la chambre 
de la herse. 




IS! 



J I ■ I I 



25" 



En continuant à monter par cet escalier à vis on arrive (42) au-dessus 



[ DONJON ] 



— 88 — 



de la chambre de la herse, dans l'étage percé de mâchicoulis; traversant 
un couloir^ on descend une rampe 0, qui vous conduit au premier étage 
de la tour carrée, d'où on peut pénétrer dans les grandes pièces du logis 
principal, lesquelles se composent d'une vaste salle P, en communication 
directe avec le grand escalier à vis E, de deux salons R avec logis S 
au-dessus de la porte d'entrée, et des chambres prises dans les deux 
grosses tours défendant l'extérieur. En T sont des garde-robes, latrines et 
cabinets. On voit encore en place la belle cheminée qui chauffait la grande 
salle P, bien éclairée par de grandes fenêtres à meneaux, avec doubles 
traverses. Un second étage était à peu près pareil à celui-ci, au moins 
quant aux dispositions générales ; l'un et l'autre ne se défendaient que par 
l'épaisseur des murs et les flanquements des tours. 
Ce n'est qu'au troisième étage (43) que commencent à paraître les défen- 




ds 



ses. A la base des grands pignons qui ferment les couvertures du logis 
principal sont pratiqués des mâchicoulis avec crénelages en c et en d. Les 
deux grosses tours rondes et la tour carrée continuent à s'élever, se 
dégagent au-dessus des combles du logis, et sont toutes trois couronnées 
de mâchicoulis avec meurtrières et crénelages couverts; puis, au-dessus, 



— 81) — I DONJON ] 

(l'un dernier parapet crénelé à ciel ouvert à la base des toits. La tour 
carrée possède en outre sur ses trois contre-forts trois échauguettes 
flanquantes. A la hauteur du second étage, en continuant à gravir Tesca- 
lier M de la poterne , on trouve un parapet crénelé au-dessus des mâchi- 
coulis de cette poterne et une porte donnant entrée dans la tour carrée ; 
de là on prend un petit escalier à vis V qui monte aux trois derniers 
étages de cette tour n'étant plus en communication avec l'intérieur du 
gros logis. Cependant, de l'étage des mâchicoulis de la tour carrée, on 
peut prendre un escalier rampant au-dessus de la couverture des grands 
pignons crénelés du logis principal , et aller rejoindre les mâchicoulis de 
la grosse tour d'angle, de même que, par l'escalier de l'échauguette C, on 
peut, en gravissant les degrés derrière les pignons crénelés de ce côté, 
arriver aux mâchicoulis de la grosse tour proche l'entrée. Sur le front 
extérieur, ces deux tours sont mises en communication par un parapet 
crénelé à la base des combles. Des dégagements et garde-robes T, on 
descendait sur le chemin de ronde X de la grande courtine défendant 
l'extérieur avec son échauguette X' au-dessus de la poterne. Ce chemin de 
ronde était aussi en communication avec les chemins de ronde inférieurs 
de la tour de la chapelle N. De la salle R ou de la tour R', on pouvait 
communiquer également aux défenses du château du côté sud par la 
pièce S située au troisième étage au-dessus de l'entrée en descendant 
l'escalier U. 

Si l'on a suivi notre description avec quelque attention, il sera facile de 
comprendre les dispositions d'ensemble et de détail du donjon de Pierre- 
fonds, de se faire une idée exacte du programme rempli par l'architecte. 
Vastes magasins au rez-de-chaussée avec le moins d'issues possibles. Sur le 
dehors, du côté de l'entrée, qui est le plus favorable à l'attaque, énormes 
et massives tours pleines dans la hauteur du talus, et pouvant résister à la 
sape. Du côté de la poterne , courtine de garde tres-épaisse et haute avec 
cour intérieure entre cette courtine et le logis; seconde poterne pour 
passer de cette première cour dans la cour principale. Comme surcroit de 
précaution, de ce côté, très-haute tour carrée enfdant le logis sur deux de 
ses faces, commandant toute la cour K et aussi les dehors, avec échau- 
guettes au sommet flanquant les faces mêmes de la tour carrée. D'ailleurs, 
possibilité d'isoler les deux tours rondes et la tour carrée en fermant les 
étroits passages donnant dans le logis , et de rendre ainsi la défense 
indépendante de l'habitation. Possibilité de communiquer d'une de ces 
tours aux deux autres par les chemins de ronde supérieurs, sans passer 
par les pièces destinées à l'habitation. Outre la porte du château et le 
grand escalier avec perron, issue particulière pour la tour carrée, soit par 
la petite porte de l'angle rentrant, soit par l'escalier de la chapelle. Issue 
particulière de la tour du coin par la courtine dans laquelle est percée la 
poterne et par les escaliers de la chapelle. Issue particulière de la tour 
de la porte d'entrée par les salles situées au-dessus de cette porte et 
l'escalier U qui descend de fond. Communication facile établie entre les 
T. V. h2 



[ DO>'JON 1 — 90 — 

tours et les défenses du château par les chemins de ronde. Logis d'habi- 
tation se défendant lui-même, soit du côté de la cour K, soit du côté de 
rentrée du château , au moyen de crénelages et mâchicoulis à la base des 
pignons. Ce logis, bien protégé du côté du dehors, masqué, flanqué, 
n'ayant qu'une seule entrée pour les appartements, celle du perron, et 
cette entrée, placée dans la cour d'honneur, commandée par une des faces 
de la tour carrée. Impossibilité à toute personne n'étant pas familière avec 
les distributions du logis de se reconnaître à travers ces passages, ces 
escaliers, ces détours, ces issues secrètes; et pour celui qui habite, 
facilité de se porter rapidement sur tous les points de la défense, soit 
du donjon lui-même , soit du château. Facilité de faire des sorties si l'on 
est attaqué. Facilité de recevoir des secours ou provisions par la poterne B, 
sans craindre les surprises, puisque cette poterne s'ouvre dans une 
première cour qui est isolée, et ne donne dans la cour principale que par 
une seconde poterne dont la herse et la porte barrée sont gardées par les 
gens du donjon. Belles salles bien disposées, bien orientées, bien éclairées; 
appartements privés avec cabinets, dégagements et escaliers particuliers 
pour le service. Certes, il y a loin du donjon de Coucy, qui n'est qu'une 
tour où chefs et soldats devaient vivre pêle-mêle, avec ce dernier donjon, 
qui, encore aujourd'hui, serait une habitation agréable et commode ; mais 
c'est que les mœurs féodales des seigneurs du xv" siècle ne ressemblaient 
guère à celles des châtelains du commencement du xni''. 

Nous complétons la série des plans du donjon de Pierrefonds par une 
élévation géométrale de ce logis (44) prise du côté de la poterne sur la 
ligne Q, Z des plans. En A, on voit la grosse tour du coin; en B, la tour 
carrée ; entre elles , les deux pignons crénelés des salles ; en C est la tour 
de la chapelle, dans laquelle les habitants du donjon pouvaient se rendre 
directement en passant par la tour carrée et le petit escalier à vis marqué 
M sur les plans, sans mettre les pieds dehors. On voit la haute courtine de 
garde, entre la grosse tour de coin et celle de la chapelle, qui masque la 
cour isolée B. Au milieu de cette courtine est la poterne relevée qui 
communiquait avec un ouvrage avancé en passant par-dessus la porte D 
de la rampe extérieure du château. Comme construction, rien ne peut 
rivaliser avec le donjon de Pierrefonds ; la perfection de l'appareil, de la 
taille, de la pose de toutes les assises réglées et d'une épaisseur uniforme 
de 0,33 c. (un pied) entre lits, est faite pour surprendre les personnes 
qui pratiquent l'art de bâtir. Dans ces murs d'une hauteur peu ordinaire et 
inégaux d'épaisseur, nul tassement, nulle déchirure ; tout cela a été élevé 
par arasements réguliers ; des chaînages, on n'en trouve pas trace, et bien 
qu'on ait fait sauter les deux tours rondes par la mine, que les murs aient 
été sapés du haut en bas , cependant les parties encore debout semblent 
avoir été construites hier. Les matériaux sont excellents, bien choisis, et 
les mortiers d'une parfaite résistance ^ Les traces nombreuses de boiseries, 

' L'Empereur Napoléon III a reconnu l'importanoe des ruines de Pierrefonds, au 



91 l DONJON I 

d'attaches de tentures que l'on aperçoit encore sur les parois intérieures 

A 44; 




■£- CM-iL/i^y-VOT . 



l+^^-l 



du donjon de Pierrefonds, indiquent assez que les appartements du sei- 

point de vue de l'histoire et des arts. Le donjon reprendra son ancien aspect; déjà la 
partie de la tour carrée qui avait été jetée bas est remontée ; nous pourrons voir bientôt 
le plus beau spécimen de l'architecture féodale du xve siècle en France renaître sous 
l'auguste volonté du souverain. Nous n'avons que trop de mines dans notre pays , et 
nous en apprécions difficilement la valeur. Le château de Pierrefonds, rétabli en partie, 
iéra connaître cet art à la fois civil et militaire qui , de Charles V à Louis XI , était 
sirpérieur a tout ce que l'on faisait alors en Europe. 



I DONJON 1 — 92 — 

giieur étaient richement décorés et meublés, et que cette résidence 
réunissait les avantages d'une place forte de premier ordre à ceux d'une 
habitation plaisante située dans un charmant pays. L'habitude que nous 
avons des dispositions symétriques dans les bâtiments depuis le xvii" siècle 
fera paraître étranges, peut-être, les irrégularités que Ton remarque dans 
le plan du donjon de Pierrefonds. Mais, comme nous le faisons observer à 
l'article château, l'orientation, la vue, les exigences de la défense, exer- 
çaient une influence majeure sur le tracé de ces plans. Ainsi, par exemple, 
le biais que l'on remarque dans le mur oriental du logis (biais qui est 
inaperçu en exécution) est évidemment imposé par le désir d'obtenir des 
jours sur le dehors d'un côté où la campagne présente de charmants 
points de vue, de laisser la place nécessaire au flanquement de la tour 
carrée, ainsi qu'à la poterne intérieure entre cette tour et la chapelle, la 
disposition du plateau ne permettant pas d'ailleurs de faire saillir davantage 
la tour contenant cette chapelle. Le plan de la partie destinée aux appar- 
tements est donné par les besoins mêmes de cette habitation, chaque 
pièce n'ayant que la dimension nécessaire. En élévation , les différences 
de hauteurs des fractions du pian sont de même imposées par les néces- 
sités de la défense ou des distributions. 

Il était peu de châteaux des xiv'' et xv'* siècles qui possédassent des 
donjons aussi étendus, aussi beaux et aussi propres à loger un grand 
seigneur , que celui de Pierrefonds. La plupart des donjons de cette 
époque, bien que plus agréables à habiter que les donjons des xii" et 
xiii^ siècles, ne se composent cependant que d'un corps de logis plus 
ou moins bien défendu. Nous trouvons un exemple de ces demeures 
seigneuriales, sur une échelle réduite, dans la même contrée. 

Le château de Véz relevait du château de Pierrefonds ; il est situé non 
loin de ce domaine, sur les limites de la forêt de Compiègne, près de 
Morienval, sur un plateau élevé qui domine les vallées de l'Automne et 
de Vandi. Sa situation militaire est excellente en ce qu'elle complète au 
sud la ligne de défense des abords de la forêt, protégée par les deux 
cours d'eau ci-dessus mentionnés , par le château même de Pierrefonds 
au nord-est, les défilés de la forêt de l'Aiguë et de la rivière de l'Aisne au 
nord, par les plateaux de Champlieu et le bourg de Verberie à l'ouest, par 
le cours de l'Oise au nord-nord-ouest. Le château de Véz est un poste 
très-ancien, placé à l'extrémité d'un promontoire entre deux petites 
vallées. Louis d'Orléans dut le rebâtir presque entièrement lorsqu'il voulut 
prendre ses sûretés au nord de Paris, pour être en état de résister aux 
prétentions du duc de Bourgogne , qui , de son coté , se fortifiait au sud 
du domaine royal. Véz n'est, comparativement à Pierrefonds, qu'un poste 
défendu par une enceinte et un petit donjon merveilleusement planté, 
bâti avec le plus grand soin, probablement par l'architecte du château de 
Pierrefonds '. 

' IjPs profils (\n donjon de Véz, 1p mode dp construction et certains détails do défense, 



_ 93 — I DONJON 1 

Ce donjon (-45) s'élève en A (voy. le plan d'ensemble) , a Tangle forme 




p^eM/> 



par deux courtines, dont Tune, celle B, domine un escarpement B^, et 
l'autre, C, flanquée extérieurement d'échauguettes, est séparée d'une 
basse-cour ou baille E par un large fossé. Du côté G, le plateau descend 
rapidement vers une vallée profonde; aussi les deux courtines H, H' sont- 
elles plus basses que les deux autres B, C, et leur chemin de ronde se 
trouve-t-il au niveau du plateau sur lequel s'élevait un logis K du xii" siècle 
presque entièrement rebâti au commencement du xv^ Ce logis, en ruine 
aujourd'hui, était une charmante construction. La porte du château, 

rappellent exacteineut la construction, les profils et détails du château de Pierrel'onds. 
liC donjon de Vt'-/. date pai' ronsé([nenl de \ 100. 



[ DONJON J — 94 — 

défendue par deux tours de petite dimension, est en I. On voit encore 
quelques restes des défenses de la baille E, mais converties aujourd'hui 
en murs de terrasses ^ Le donjon est détaillé dans le plan du rez-de- 
chaussée X. Son entrée est en L, et consistait en une étroite poterne avec 
pont à bascule '^ donnant sur un large escalier à vis montant de fond. 
Chaque étage contenait deux pièces , l'une grande et l'autre plus petite, 
munies de cheminées et de réduits. En P est un puits. On voit en F le 
fossé et en M l'entrée du château avec ses tours et son pont détourné. La 
courtine C est défendue par des échauguettes extérieures flanquantes 0, 
tandis que la courtine B, qui n'avait guère à craindre une attaque du 
dehors, à cause de l'escarpement, était protégée à l'intérieur par des 
échauguettes flanquantes R. Par les tourelles S, S', bâties aux deux extré- 
mités des courtines élevées , on montait sur les chemins de ronde de ces 
courtines au moyen d'escaliers. En V était une poterne descendant de la 
plate-forme sur l'escarpement. Quand on examine la situation du plateau, 
on s'explique parfaitement le plan du donjon d'angle dont les faces exté- 
rieures enfilent les abords du château les plus accessibles. Les tourelles 
d'angle montant de fond forment d'ailleurs un flanquement de second 
ordre, en prévision d'une attaque rapprochée. 

La fig. 46, qui donne l'élévation perspective du donjon de Véz, prise de 
l'intérieur de l'enceinte, fait voir la disposition des échauguettes flan- 
quantes R de la courtine B, la poterne avec son petit fossé et son pont à 
bascule, l'ouverture du puits, la disposition des mâchicoulis-latrines, le 
long de l'escalier, le sommet de l'escalier terminé par une tourefle servant 
de guette. Du premier étage du donjon, on communiquait aux chemins 
de ronde des deux courtines par de petites portes bien défendues. Ainsi 
la garnison du donjon pouvait, en cas d'attaque, se répandre promptement 
sur les deux courtines faisant face aux deux fronts qui seuls étaient atta- 
quables. Si l'un de ces fronts, celui C, était pris (c'est le plus faible à cause 
de la nature du terrain et du percement de la porte) , les défenseurs pou- 
vaient encore conserver le second front B , rendu plus fort par les échau- 
guettes intérieures R (voy. les plans); s'ils ne pouvaient garder ce second 
front, ils rentraient dans le donjon et de là reprenaient l'offensive ou 
capitulaient à loisir. Dans un poste si bien disposé, une garnison de 
cinquante hommes arrêtait facilement un corps d'armée pendant plusieurs 
jours; et il faut dire que l'assaillant, entouré de ravins, de petits cours 
d'eau et de' forêts, arrêté sur un pareil terrain, avait grand'peine à se 
garder contre un corps de secours. Or le château de Véz n'était autre 
chose qu'un fort destiné à conserver un point d'une grande ligne de 
défenses très-bien choisie. Peut-être n'a-t-on pas encore assez observé la 
corrélation qui existe presque toujours, au moyen âge, entre les diverses 
forteresses d'un territoire: on les étudie isolément, mais on ne se rend 

' Ce domaine apparlieiil aujourd'liiii à M. Paillet; le donjon seul sertd'habitalion. 
' Celle pulei-ne a élé remplacée, au xvi'' siècle, par une haie au niveau du sol. 



— 9?) — 



DONJON 




pas compte généralement de leur importance et de leur utilité relative. A 



[ OOKTOIU I — 9(> — 

ce point de vue, il noue paraît que les fortifications du moyen âge ouvrent 
aux études un, champ nouveau. 

Telle est l'influence persistante des traditions, même aux époques où 
on a la prétention de s'y soustraire, que nous voyons les derniers vestiges 
du donjon féodal pénétrer jusque dans les châteaux bâtis pendant le 
xvii^ siècle , alors que l'on ne songeait plus aux demeures fortifiées des 
châtelains féodaux. La plupart de nos châteaux des xvi** et xvii" siècles 
conservent encore , au centre des corps de logis , un gros pavillon , qui 
certes n'était pas une importation étrangère , mais bien plutôt un dernier 
souvenir du donjon du moyen âge. Nous retrouvons encore ce logis 
dominant à Chambord, à Saint-Germain-en-Laye, aux Tuileries, et plus 
tard aux châteaux de Richelieu en Poitou, de Maisons, de Vaux près 
Paris, de Coulommiers, etc. 

DORMANT, s. m. (Bâtis-dormant). C'est le nom que l'on donne au 
châssis fixe, en menuiserie, sur lequel est ferrée une porte ou une croisée. 
Dans les premiers temps du moyen âge, les portes et fenêtres étaient 
ferrées dans les feuillures en pierre sans dormants; mais ce moyen 
primitif, tradition de l'antiquité , avait l'inconvénient de laisser passer l'air 
par ces feuillures et de rendre les intérieurs très-froids en hiver. Lorsque 
les habitudes de la vie ordinaire commencèrent à devenir plus molles, on 
prétendit avoir des pièces bien closes, et on ferra les portes et croisées sur 
des dormants ou bâtis-dormants en bois, scellés au fond des feuillures 
réservées dans la pierre. Les dormants n'apparaissent dans l'architecture 
privée que vers le xv" siècle. 

DORTOIR, s. m. Dorlouoir. Naturellement, les dortoirs occupent, dans 
les anciens établissements religieux, une place importante. Ils sont le plus 
souvent bâtis dans le prolongement de l'un des bras du transsept de 
l'église, de manière à mettre les religieux en communication facile avec le 
chœur, et sans sortir dans les cloîtres, pour les offices de nuit. Quand la 
saison était rude ou le temps mauvais, les religieux descendaient à couvert 
dans le transsept et de là se répandaient dans le chœur. Les dortoirs sont 
établis au premier étage, sur des celliers, ou des services du couvent qui 
ne peuvent donner ni odeur, ni humidité, ni trop de chaleur. Les dortoirs 
des monastères sont ordinairement divisés longitudinalement par une 
rangée de colonnes formant deux nefs voûtées ou tout au moins lambris- 
sées; ils prennent du jour et de l'air à l'ouest et à l'est, par suite de la 
position du bâtiment imposée par l'orientation invariable de l'église. Les 
grandes abbayes possédaient des dortoirs bâtis avec magnificence et présen- 
tant un aspect vraiment monumental. La science moderne a reconrm qu'il 
fallait pour chaque dormeur, pendant le temps du sommeil, 32'" cubes d'air 
respirable au moins. Les poumons des moines des xii", xiii'" et xiv'' siècles, 
pouvaient consommer un beaucoup plus volumineux cube d'air, si bon 
leur semblait, et encore se levaient-ils à minuit passé, pour chanter matines. 



^)~ I IKMtTOlK I 

Lebcuf décrit aiDsi le dortoir des religieux de l'abbaye du Val-iNotre- 
Dame, dt'pendant du doyenné de Montmorency : <i Le réfectoir est un 
(( assez petit quarré; il est au-dessous du dortoir, qui (îst très-clair, et dont 
« la voûte est souteiuie par des colonnes ou piliers anciens délicatement 
(( travaillés, ainsi qu'on en voit dans plusieurs autres dortoirs de l'ordre 
« de Citeaux construits au xiii'" siècle ou au XIv^ » Il ne faut pas croire 
<]ue les dortoirs des religieux fussent disposés comme les dortoirs de nos 
casernes ou de nos lycées. Ces grandes salles étaient divisées, au moyen 
de cloisons peu élevées, en autant de cellules qu'il y avait de religieux; 
ces cellules ou stalles contenaient un lit et les meubles les plus indispen- 
sables; elles devaient rester ouvertes, ou fermées seulement par une 
courtine. 

Au XVI'' siècle , tous les ordres religieux voulurent avoir des cellules ou 
chambres particulières pour chaque moine, ainsi que cela se pratique 
dans nos séminaires. Les mêmes habitudes furent observées dans les 
couvents de femmes. Dès le xii'' siècle cependant, les clunisiens , qui 
étaient des gens aimant leurs aises , avaient déjà établi des chambres ou 
cellules distinctes pour chaque religieux, et parfois même ces cellules 
étaient richement meublées. Pierre le Vénérable s'en plaignait de son 
temps, et saint Bernard s'élevait avec son énergie habituelle contre ces 
abus qu'il regardait comme opposés à l'humilité monastique. Aussi les 
premiers dortoirs des cisterciens semblent avoir été des salles communes 
garnies de lits, mais sans séparations entre eux. 

Voici (1) l'aspect extérieur d'un de ces dortoirs (îommuns : c'est le 
dortoir du monastère de Chelles (abbaye de femmes); il avait été construit 
au commencement du xiii'' siècle ^ ; le rez-de-chaussée était occupé par 
des celliers et un chauflFoir ; une épine de colonnes supportait la charpente 
formant deux berceaux lambrissés avec entraits apparents. Dans l'article 
ARCHiTFXTURE MONASTiQiïE, uous avous cu l'occasion de donner un certain 
nombre de ces bâtiments; il parait inutile de s'étendre ici sur leurs 
dispositions générales , leur forme et les détails de leur architecture fort 
simple, mais parfaitement appropriée à l'objet. Ainsi, par exemple, les 
fenêtres étaient habituellement composées d'une partie supérieure dor- 
mante , percée surtout pour éclairer la salle , et d'une partie inférieure 
pouvant s'ouvrir pour l'aérer (voy. fenêtre). Si les religieux possédaient 
chacun une chambre , on n'en donnait pas moins le nom de dortoir au 
bâtiment ou à l'étage qui les contenait, et particulièrement au large couloir 
central qui donnait entrée à droite et à gauche dans chaque cellule. 
Cependant il existait encore, au xvi'' siècle, des dortoirs de couvents de 
femmes disposés comme les chambrées de nos casernes, c'est-à-dire 
consistant en plusieurs grandes (diambres contenant chacune quelques 
lits. Nous en trouvons la preuve dans le Pantagruel de Rabelais \ « Mais, 

' Hist. du dioc. de Paris, t. IV, p. 2lo. 

^ Voy. la Mnnog. d'abbayes. Bib. Sainte-Geneviève. 

' Liv. 111, chap. xix. 

T. V. 13 



[ DOUELLK I — 98 — 

« dist l'abbesse, meschante que tu es, pourquoy ne faisois-tu signe à tes 




'Û/ZlZ/Sô'AfOJ-. 



(( voisines de chambre ? » 
DOSSERET, S. m. C'est un bout de mur en retour d'équerre sur un 





autre, portant un linteau de porte ou un arc. AA {\) sont les dosserets 
d'une baie. 

DOUELLE, s. f. C'est le parement intérieur d'un arc, qu'on désigne 



— 99 — [ ÉCAtLLES ] 

aussi sous le nom d'intrados. Dans une voûte, chaque claveau possède 

i 




sa douelle. A est la douelle du claveau représenté fig. I 



ÉBRASEMENT, s. m. Indique l'ouverture comprise entre le tableau 
d'une fenêtre et le parement du mur intérieur d'une salle. L'ébrasement 
s'élargit du dehors au dedans, afin de faciliter l'introduction du jour et 
aussi de dégager les vantaux d'une croisée ouvrante (voy. fenêtre). 

• ÉCAILLES, s. f. S'emploie seulement au pluriel, et désigne une sorte 
d'ornementation fort usitée dans les édifices, au moyen âge, pour décorer 
des rampants de contre-forts, des talus de chéneaux, des couronnements 
de pinacles , des flèches en pierre , etc. Les écailles sont évidemment une 
imitation de la couverture en bardeaux de bois ou essentes (voy. bardeau) ; 
aussi est-ce particulièrement dans les provinces où cette sorte de couver- 
ture était employée, c'est-à-dire en Normandie, en Picardie, dans le 
Soissonnais et dans l'Ile-de-France , que les écailles apparaissent sur les 
constructions de pierre à dater du xn" siècle. En Normandie même, 
il n'est pas rare , dès le commencement de ce siècle, de voir certains 
parements verticaux , des fonds d'arcatures aveugles , par exemple , 
décorés d'écaillés sculptées sur la pierre et présentant une très-faible 
saillie. C'était un moyen de distinguer ces fonds au milieu des parties 
solides de la construction, de les colorer, pour ainsi dire , et de les rendre 
moins lourds en apparence. Les bas-reliefs des xi" et xn'' siècles, dans 
lesquels sont figurés des édifices , montrent souvent les parements de ces 
édifices ainsi décorés. Nous en avons donné un exemple remarquable à 
l'article architecture religieuse, fig. 47, et provenant d'un chapiteau de 
l'église de Saint-Sauveur de Nevers. La curieuse église de Thaon, près de 
Caen, nous montre une partie de ses parements extérieurs décorés 
d'écaillés de forme carrée , rappelant ces revêtements en bardeaux si fort 
en usage dans les constructions privées construites en pans de bois. Ces 



[ ÉCAILLES ] — 100 — 

écailles sont quelquefois supeiposées ou le plus souvent contrariées, 
c'est-à-dire pleins sur vides, ainsi que l'indique la tîg. 1. En divisant l'eau 



1 




% 




de pluie qui fouette sur les parements, en éloignant l'humidité des joints 
et lui donnant un écoulement, ces écailles, outre leur effet décoratif, ont 
encore l'avantage de conserver les ravalements extérieurs. Si cet effet est 
sensible sur les parements verticaux , à plus forte raison l'est-il sur les 
surfaces inclinées, sur les talus directement exposés à la pluie. Sur les 
surfaces inclinées élevées en pierre, toute saillie propre , par sa forme, à 
diriger les eaux est éminemment favorable à la conservation de la maçon- 
nerie, en évitant l'imbibition uniforme de la pluie. Que les architectes du 
xii" siècle aient fait cette expérience ou qu'ils aient simplement eu en vue 
la décoration des surfaces inclinées (décoration logique d'ailleurs, puis- 
qu'elle rappelait une couverture en tuiles ou en bardeaux), toujours est-il 
que ces architectes ont adopté les écailles sculptées sur la pierre pour 
toute surface en talus. 

Les formes les plus anciennes données à ces écailles présentent une 
suite de carrés ou de billettes, comme la figure ci-dessus, ou de petits arcs 
plein cintre et brisés, ainsi que l'indique la fig. 2 '. Il faut observer que 
chaque rang d'écaillés est toujours pris dans une hauteur d'assises , les 
joints verticaux étant placés au milieu des vides laissés entre les écailles. 
L'eau pluviale tombant de A en B est conduite par la taille de la pierre le 
long des deux arêtes A(^,lîC; en C, elle s'égoutte, arrive à l'extrémité D, 
et ainsi successivement jusqu'à la corniche. Les parties les plus humectées 
sont donc toujours les arêtes des écailles ; mais, par leur saillie même, ces 
arêtes sèchent plus facilement que les parements unis; l'humidité demeure 



Tour de l'escaliei' du xiif siècle de l'église d'En. 



— 101 — 



ÉCAILLES 



donc moins longtemps sous les parements : c'est là tout le secret de la 
conservation de ces surfaces couvertes d'écaillés. Les ombres fines et les 




lumières qui se jouent sur ces petites surfaces découpées donnent de la 
légèreté et de l'élégance aux couronnements ; aussi les architectes ont-ils 
usé de ce moyen à l'époque de la renaissance. Nous ne pouvons prétendre 
donner tous les exemples d'écaillés taillées sur parements; nous nous 
contenterons d'indiquer les principaux. 

A la fin du xii^ siècle, les écailles, particulièrement dans les édifices de 
la Normandie et de l'Ile-de-France , affectent la forme de petits arcs brisés 
avec partie droite, ainsi que l'indique la fig. 3. Jusqu'alors les écailles 





sont peu saillantes et présentent un relief égal dans toute leur longueur. 
Mais dans les grands monuments construits au connnenc^ement du xui'" siè- 



ÉCAILLES 



— 102 — 



cle, il fallait obtenir des ett'ets prononcés dans l'exécution de détails d'une 
aussi petite échelle ; aussi voyons-nous, en Picardie, par exemple, sur les 
pyramides qui surmontent les escaliers des deux tours de la façade de la 
cathédrale d'Amiens, des écailles d'un puissant relief et d'une forme évi- 
demment destinée à produire un grand etfet à distance (.l). Jamais, dans 




rile-de-France, les architectes n'ont ainsi exagéré l'importance de détails 
qui, après tout, ne doivent pas détruire la tranquillité de surfaces planes 




^ ^ly/'^^/^cj'/ffo 



et ne sont pas faits pour lutter avec la sculpture. Cependant parfois les 
écailles taillées sur les édifices de la première moitié du xiii'' siècle, dans 
l'Ile-de-France,' présentent plus de saillie à leur extrémité inférieure qu'à 
leur sommet; leur forme la plus générale est celle présentée dans la 
fig. 5. Dans ce cas, les écailles sont évidées suivant le profil A ou suivant 



— \0A 



ÉCHAFAll!) 



le profil B. Les écailles fortement détachées à leur extrémité inférieure, 
conformément au profil A, appartiennent plutôt aux flèches des clochers, 
c'est-à-dire qu'elles sont placées à une grande hauteur. Sur les rampants 
des contre-forts, leur saillie est égale dans toute leur longueur. 

Au xiv^ siècle, les écailles se rapprochent davantage de la forme des 
bardeaux; elles se touchent presque, ont leurs deux côtés parallèles, sont 
allongées et terminées par des angles abattus (6). Les pinacles des contre- 




£: cmL/iûMûr. 



forts du chœur de la cathédrale de Paris (xiv'' siècle) et ceux du chœur de 
l'église d'Eu (xv* siècle) sont couverts d'écaillés taillées suivant cette forme. 
Les écailles appartenant aux monuments construits dans des provinces 
où les couvertures en pierre ont été adoptées dès l'époque romane, comme 
dans le midi de la France et dans l'ouest, ne sont pas disposées comme 
des bardeaux de couvertures en bois; elles sont retournées, de façon à 
laisser entre chacune d'elles comme autant de petits canaux propres à 
éloigner les eaux des joints verticaux (voyez ce que nous disons à 
propos de ces sortes d'écaillés, à l'article clocher, fig. 14 et 15). 

ÉCHAFAUD, s. m. Chaffaud. Dans l'art de bâtir on entend par écha- 
faud l'œuvre de charpente provisoirement établie pour permettre d'élever 



[ ÉCHAKAIJU I — l(»i 

les maçonneries. Les écliafauds sont adhérents à la construction qu'on 
élève ou en sont indépendants. Les constructions du moyen âge, ainsi 
que les constructions romaines, étaient montées au moyen d'écha- 
fauds tenant à la maçonnerie, et qu'on posait en élevant celle-ci. A cet 
effet, on réservait dans les murs soit en brique , soit en moellon , soit 
en pierre, des trous de 0,15 c. de côté environ, profonds, et dans 
lesquels on engageait des chevrons ou des rondins en bascule que l'on 
soulageait à leur extrémité opposée par des pièces de bois verticales. 
Ces chevrons ou rondins engagés sont les boulins, et les trous réservés 
pour les recevoir s'appellent trous de boulins ; les pièces de bois verti- 
cales sont désignées sous le nom d'échasses. Les architectes du moyen 
âge élevaient ainsi leurs plus grands édifices au moyen de boulins et 
d'échasses d'un médiocre équarrissage. Sur ces boulins, placés à des 
distances assez rapprochées, on posait des planches, plateaux, plabords, 
sur lesquels se tenaient les ouvriers ; ces planchers, plus ou moins larges, 
suivant le besoin , se répétaient de six pieds en six pieds au plus , afin de 
rendre chaque partie de la construction accessible aux travailleurs. Les 
matériaux de gros volume n'étaient jamais montés sur ces planchers ou 
ponts , mais sur les murs eux-mêmes , au moyen d'engins placés sur le 
sol correspondant à des grues ou chèvres haubannées sur la construction 
même. D'ailleurs, presque toujours, les matériaux étaient montés par 
l'intérieur, bardés sur les murs, posés et jointoyés par les ouvriers circu- 
lant sur ces murs mêmes ou sur les échafauds. 

L'échafaud d'un édifice romain ou du moyen âge montait donc en 
même temps que la construction. Les constructeurs de ces temps reculés 
ne faisaient certainement pas de grands frais d'échafaudages. Ils laissaient 
les trous de boulins apparents sur les parements , ne se donnant pas la 
peine de les boucher à mesure qu'ils démontaient les échafauds lorsque 
la construction était terminée. Alors on ne ravalait pas les édifices; 
chaque pierre était posée toute taillée , et il n'y avait plus à y toucher ; 
donc le jour où la dernière pierre était mise en place, l'édifice était 
achevé, et l'échafaud pouvait être enlevé. Il faut observer aussi que les 
grands édifices gothiques présentent des retraites prononcées à différentes 
hauteurs, ce qui permettait de reprendre sur chacune de ces retraites un 
système d'échafaudage , sans qu'il fut nécessaire de porter les échafauds 
de fond. Cependant il est tels édifices , comme les tours de défense , par 
exemple, qui s'élèvent verticalement à une grande hauteur sans ressauts, 
sans retraite aucune. Il est intéressant d'étudier comment ont été montées 
ces énormes bâtisses. 

La construction du donjon de Coucy, qui présente un cylindre dont les 
parois verticales ont 60 mètres d'élévation, n'a exigé qu'un échafaudage 
extrêmement simple, échafaudage qui avait encore le mérite d'éviter les 
montages lents obtenus par des engins. On remarque sur la surface de 
l'énorme cylindre, à l'extérieur, une suite de trous de boulins disposés en 
spirale et formant, à cause de la largeur extraordinaire du diamètre, une 



— 105 — [ ÉCHAFAIIU ] 

pente assez douce. Ces trous de boulins, espacés de quatre en quatre 
mètres environ, sont doubles, c'est-à-dire qu'ils présentent deux spirales, 
ainsi que le fait voir la fig. 1. Au moyen de chevrons engagés dans les 

i 




trous A supérieurs et soulagés par des liens portant dans les trous B infé- 
rieurs, le constructeur établissait ainsi, en même temps qu'il élevait sa 
bâtisse, un chemin en spirale dont l'inclinaison peu prononcée permettait 
de monter tous les matériaux sur de petits chariots tirés par des hommes 
ou au moyen de treuils placés de distance en distance. La fig. "2 fera 
comprendre cette opération. Les maçons et poseurs avaient le soin d'araser 
toujours la construction sur tout le pourtour du donjon, comme on le voit 
ici, et, sur cet arasement, ils circulaient et bardaient leurs pierres. Afin 
de poser les parements extérieurs verticalement (parements taillés à 
l'avance sur le chantier), irsuffisait d'un fil-à-plomb et d'un rayon de bois 
tournant horizontalement sur un arbre vertical planté au centre de la 
tour. Aujourd'hui, nos maçons procèdent de la même manière lorsqu'ils 
élèvent ces grandes cheminées en brique de nos usines , de l'intérieur du 
tuyau, sans échafaudage. L'échafaud dont la trace existe sur les parois du 
donjon de Coucy n'est réellement qu'un chemin de bardage, et ce chemin 
pouvait être fort large, ainsi que le démontre la fig. 3, donnant une de ses 
fermes engagées. En A et B sont les deux trous espacés de l^jSO; au 
moyen des deux moises C étreignant les poutrelles à leur sortie des trous, 
on pouvait avoir deux liens EF , le second formant croix de Saint-André 
avec une contre-fiche G. La tête du lien F et le pied de la contre-fiche G 
s'assemblaient dans un potelet H, moisé à son extrémité inférieure avec la 
poutrelle B. Un lien extrême K, assemblé dans le pied de cette poutrelle B, 
soulageait l'extrémité de la poutrelle supérieure A. Il était ainsi facile 
d'avoir un chemin de 5", 30 de largeur, non compris un garde-corps. Ces 
fermettes recevaient des solives qui portaient les madriers posés en travers 
de manière à présenter un obstacle au glissement des chariots. 11 eût fallu 

T. V. 14 



ÉCHAFAUU 



lOti — 



un poids énorme pour rompre des fermettes ainsi combinées, bien qu'elles 
ne fussent maintenues dans la muraille que par deux scellements. Non- 
seulement la combinaison de ces fermettes ne leur permettait pas de 




quitter les scellements; mais, étant réunies par des solives formant une 
suite de polygones autour du cylindre, elles étaient toujours bridées contre 
la muraille. 

Dans les provinces où l'on bâtit encore sans faire de ravalements après 
la pose , on a conservé ces moyens primitifs d'échafaudages. Les écha- 
fauds ne se composent que de boulins engagés dans des trous ménagés en 
construisant et d'échasses, les boulins étant liés aux échasses par des 
cordelettes. A Paris même ces traditions se sont conservées, et nos 
Limousins déploient une habileté singulière dans la combinaison de ces 
légers échafaudages composés de brins de bois qui n'ont guère que 0,10 c. 
de diamètre en movenne. 



— 107 — [ ÉCHAFAUD ] 

En Bourgogne et en Champagne (pays de bois), nous avons vu souvent 




employer des échafauds en potence taillés conformément au tracé pers- 





Cà^:^/îàf»!!?y-, 



^ 



pectif (i). La partie A de la poutrelle horizontale AB est engagée dans le 



( ÉCHAFAUD 1 — 108 — 

trou de boulin ; cette poutrelle est entaillée en C au ras du mur, ainsi que 
l'indique le détail C. Deux jambettes DD, assemblées à la tête à mi-bois, 
entrent dans cette entaille C, et, s'appuyant le long du mur, sont reliées 
entre elles par l'entre-toise E. Deux liens GG, assemblés dans le pied de 
ces jambettes, vont soutenir, au moyen de deux joints-à-paume, l'extré- 
mité de la pièce horizontale AB. C'est une potence avec deux liens qui 
empêchent la poutrelle horizontale de fléchir à droite ou à gauche sous la 
charge et la maintiennent rigide. 

Il n'est pas douteux que les charpentiers du moyen âge , qui étaient 
fort ingénieux , ne fissent, dans certains cas, des échafauds en charpente, 
indépendants de la construction, échafauds montant de fond ou suspen- 
dus. Nous ne pouvons avoir une idée de ces échafauds que par les traces 
de leurs scellements encore existantes sur les monuments. Il arrive, par 
exemple, qu'au-dessus d'un étage de bâtiment disposé de telle façon que 
l'on ne pouvait établir des échafauds de fond, on aperçoit des trous 
carrés de 0,30 c. sur 0,33 c, perçant la muraille de part en part, et 
espacés de manière à laisser entre eux la longueur d'une solive ; au-dessus 
de ces larges trous bien faits , on remarque d'autres petits trous de bou- 
lins de 0,10 c. sur 0,10 c. environ et ne traversant pas Ij maçonnerie. 
Ceci nous indique la pose d'un échafaud disposé comme l'indique la fig. 5. 
AB est l'épaisseur du mur ; les poutrelles C le traversaient de part en part 
et étaient armées, à l'intérieur, d'une forte clef moisée D ; deux moises E 
verticales pinçaient la poutrelle au ras du mur sur le parement extérieur ; 
dans ces moises s'assemblaient deux liens F réunis à mi-bois qui venaient 
soulager la poutrelle en G et H. Sur cette pièce, rendue rigide, on élevait 
alors les échafaudages en échasses I et boulins K , avec contre-fiches L, 
les boulins étant retenus au moyen de calles de bois dans les trous laissés 
sur les parements extérieurs. Un pareil échafaud présentait toute la solidité 
d'une charpente montant de fond. 

La hauteur excessive de certains édifices gothiques, et notamment des 
tours des églises surmontées de flèches en pierre, était telle qu'on ne 
pouvait songer à élever ces constructions au moyen d'échafauds montant 
de fond , car l'établissement de ces échafaudages eût absorbé des sommes 
considérables, et ils auraient eu le temps de pourrir dix fois pendant le 
travail des maçons. On élevait les soubassements avec des échasses et des 
boulins; on profitait des retraites ménagées avec soin dans ces sortes de 
constructions pour prendre des points d'appui nouveaux au-dessus du 
sol ; puis, arrivé à la hauteur des plates-formes ou galeries d'où les tours 
s'élèvent indépendantes , on déchafaudait les parties inférieures pour 
monter les charpentes nécessaires à la construction de ces tours. Les 
baies de ces tours étaient alors d'un grand secours pour poser des écha- 
fauds solides, propres à résister à la violence du vent et à toutes les causes 
de dégradations qui augmentent du moment qu'on s'élève beaucoup au- 
dessus du sol. 

Pour peu que l'on examine avec soin les constructions gothiques, on 




ÉCHAFAUI) 



demeure persuadé que les architectes chargés de les élever ont souvent 



[ ÉCHAFAUD 1 HO — 

manqué de ressources en rapport avec la nature et l'importance de ces 
bâtisses. Ils devaient donc être fort avares d'échafaudages, lesquels coûtent 
fort cher et ne représentent rien , du moment que l'édifice est achevé. 
Au-dessus d'une certaine hauteur, on reconnaît encore, parla position 
des trous d'échafauds , que ceux-ci étaient suspendus. Suspendre un 
échafaud à un monument existant ne demande pas des combinaisons 
bien savantes ; mais suspendre un échafaud pour élever un édifice, avant 
que cet édifice ne soit construit , c'est un problème qui paraît difficile à 
résoudre : on sait que les difficultés matérielles n'arrêtaient pas les archi- 
tectes gothiques. 

Habituellement les tours des grandes églises sont, dans leur partie 
supérieure, à la hauteur des beffrois, sous les flèches, percées, sur chaque 
face, de doubles baies étroites et longues. Les angles sont renforcés de 
contre-forts terminés par des pinacles ; mais dans les angles rentrants 
formés par ces contre-forts, et suivant les diagonales du carré sur lequel 
le plan de ces tours est tracé, on remarque presque toujours, à la base 
des beffrois, des trous plus ou moins grands et quelquefois des repos. 
Au-dessus de la partie verticale des tours , à la base des flèches qui s'élè- 
vent sur plan octogonal, on voit, sur les huit faces, des lucarnes, des 
issues plus ou moins larges , mais étroites et longues. Ces dispositions 
nous conduisent à admettre que les échafauds destinés à élever les 
parties supérieures et dégagées des tours d'églises étaient suspendus, 
c'est-à-dire qu'ils laissaient la partie inférieure des façades complète- 
ment libre. Partant de ce principe, soit A (6) le plan d'une tour de 
façade d'une grande église à la base du beffroi, et B le plan de cette tour 
à la base de la flèche en pierre qui la couronne. Ayant deux baies sur 
chacune des faces du beffroi, nous disposons à travers ces baies des 
fermes d'échafauds se croisant en G et se rapprochant le plus possible 
des contre-forts d'angles. En élévation , chacune de ces fermes donne le 
tracé F; les quatre poteaux G montent d'une seule pièce ou sont entés 
(en raison de la hauteur du beffroi) de E en H ; de H en K est un chapeau 
qui traverse d'une baie à l'autre. Les deux liens IL assemblés à mi-bois 
soulagent puissamment ces chapeaux. Du point M pendent de doubles 
moises inclinées MN, qui portent l'extrémité de la pièce horizontale NO 
posant sur l'appui des baies ; des moises horizontales P, serrant tout le 
système intérieur et se réunissant à leur extrémité extérieure pour être 
pincées à leur tour par les grandes moises inclinées MN, composent 
autant de planchers pour les maçons. Ainsi, avant que la tour ne soit 
élevée, cet échafaud suspendu peut être établi. La construction arasée au 
niveau des chapeaux HK, nous posons sur les premiers poteaux G d'autres 
poteaux G', d'autres chapeaux RS, d'autres liens TV, puis des moises 
doubles X qui suspendent encore l'extrémité des premiers chapeaux et 
les ponts intermédiaires. On remarquera que les seconds chapeaux RS et 
les liens T passent à travers la flèche en pierre dans des trous ménagés 
exprès , bouchés après coup ou même laissés apparents. Des lucarnes sur 



— m 



ÉCHAFAUD J 




les quatre faces de la flèche, parallèles à celles de la tour, partent des 



ÉCHAFAUD 



112 



pièces en gousset empêchant le hiement de l'échafaudage. Les huit baies 
du beffroi permettent donc ainsi de sortir, au dehors de la construction, 
des échafauds saillants, sur lesquels on peut établir des ponts. Restent les 
angles à échafauder. Pour ce faire, nous avons un grand poteau central ah, 
un repos en c dans l'angle rentrant , et un trou réservé en d suivant la 
diagonale du carré (voy. le tracé J sur la diagonale UZ du plan) ; cela 
suffît. Les chapeaux ef, passant à travers ces trous, reposent sur les 
poteaux G et le poteau central, sont soulagés par les grands liens il ; deux 
moises pendantes no suspendent les ponts intermédiaires. Arasés au 
niveau ef, nous retrouvons la continuation du poteau central et des 
poteaux G ; nous assemblons le second chapeau pq, les liens rs qui le 
soulagent en passant à travers les lucarnes de la flèche ; nous disposons les 
moises pendantes Iv, et nous réunissons ces pièces diagonales avec les 
pièces parallèles au moyen de solives horizontales, qui font, à différentes 
hauteurs, tout le tour du clocher. La construction terminée, tous ces 
échafaudages sont facilement déposés par l'intérieur. 
A voir les dispositions encore existantes à l'extérieur des grands édifices 

du moyen âge, il est certain que 
les échafauds suspendus étaient 
alors fort usités. Pendant les 
XIV* et xv" siècles, on rhabilla 
beaucoup de monuments d'une 
époque antérieure, soit parce 
que leurs parements étaient dé- 
gradés, soit parce qu'on voulait 
les mettre en harmonie avec les 
formes nouvelles. Dans le cas de 
reprises ou de restaurations 
extérieures , ces échafauds 
étaient très-utiles en ce qu'ils 
n'embarrassaient pas les rez- 
de-chaussée et qu'ils coûtaient 
moins cher que des charpentes 
montant de fond. Les (charpen- 
tiers établissaient une suite de 
ponts principaux (7), au moyen 
de poutres A engagées dans la 
maçonnerie , dont la bascule 
était maintenue par de grands 
liens B et par des moises pen- 
dantes C. Si l'espace qu'il fallait 
laisser entre chaque armature 
était trop large pour poser de 
l'une à l'autre des solives sim- 
ples, on établissait d'une poutre à l'autre des fermes pendantes D, 




— 113 — [ ÉCHAFAUD I 

dont la disposition est détaillée dans le tracé perspectif (8). Les bouts ab 




sont engagés dans le mur; les moises pendantes sont indiquées en M, 
les entre-toises armées en E. Des plats-bords P, portant sur ces entre- 
toises, composaient les ponts principaux sur lesquels on pouvait barder 
les matériaux. Suivant la méthode employée par les charpentiers du 
moyen âge, les moises étaient serrées au moyen de clefs de bois, sans 
qu'il fût besoin de boulons et de ferrements. Dans les échafauds, comme 
dans toutes les constructions de cette époque, on cherchait à économiser 
les matériaux, et on ne se préoccupait pas de la main-d'œuvre. De notre 
temps, nous voyons faire des échafauds simplement et solidement combi- 
nés ; cependant il faut dire que les architectes abandonnent trop facilement 
la direction de cet accessoire nécessaire à toute construction importante : 
un peu d'étude et d'attention de leur part éviteraient bien des dépenses 
inutiles, et, grâce au déplorable système des adjudications, nous sommes 
souvent obligés d'employer des entrepreneurs de charpente qui sont hors 
d'état de trouver les moyens les plus propres à élever des échafauds solides 
en employant peu de bois. Un échafaud bien fait est cependant une des 
parties de l'art du constructeur qui accuse le mieux son intelligence et sa 
bonne direction. On peut juger la science réelle du constructeur à la 
manière dont il dispose ses échafauds. Les échafauds bien établis font 



T. V, 



15 



[ ÉCHAUGIIETTK ] — H4 — 

gagner du temps aux ouvriers^ leur donnent de la confiance, les obligent 
à plus de régularité, de méthode et de soin; s'ils sont massifs, s'ils 
emploient le bois avec profusion, les ouvriers savent parfaitement le 
reconnaître ; ils jugent sur ce travail provisoire du degré de connaissances 
pratiques de leur chef et ne lui savent aucun gré de cet abus de moyens. 
Si, au contraire, des maçons sont appelés à travailler sur des échafauds 
hardis, légers en apparence, mais dont quelques jours d'épreuve suffisent 
pour reconnaître la solidité, ils apprécient bien vite ces qualités et com- 
prennent que, dans l'œuvre, ce qu'on exigera d'eux, c'est du soin, de la 
précision, que l'on ne se contentera pas d'à-peu-prés. Dans les restaura- 
tions d'anciens édifices, les échafauds demandent chez l'architecte une 
grande fertilité de combinaisons ; on ne saurait donc trop attirer leur 
attention sur cette étude : l'économie, l'ordre dans le travail, et, plus que 
tout cela, la vie des ouvriers en dépendent. 

ÉCHAUGUETTE, S. f. Eschauguette, eschargaile , escargaite, eschel- 
gaite, esgarilte, garite. Échauguette, au moyen âge, désignait la senti- 
nelle. 

« Servanz i mist è chevaliers, 

« Et eschargaites è portiers, 

" Puiz est repairiez à Danfront '. » 

« Ses eschauguettes a U rois devisé '. » 

Aussi la garde, le poste : 

« Par l'escargaite Droom le Poitevin, 
" Le fil le roi en laissa fors issir '. » 

On disait escargaiter pour garder, épier : 

" L'ost escargaite Salemon H Sénés *. » 

Pendant les xit*", xv'' et xvi" siècles, dans le nord de la France, les 
petites loges destinées aux sentinelles, sur les tours et les courtines, sont 
appelées indifféremment garites, escharguettes , pionnelles, esgaritles, 
maisoncelles, centinelles ou sentinelles, hobettes ^ Ainsi le poste prend 
le nom de la qualité de ceux qu'il renferme 

Dans les plus anciennes fortifications du moyen âge, il y avait des 

' Le Roman de Rou, vers 9519 et suiv. 

' Roman de Garin le Loherain. La leçon eschargaile est préférable ; elle est 
employée dans le même roman : 

« De l'échargaite, por Dieu, qu'en sera-l-il ? » 

Ce mot est formé de scara, interprété dans les monuments du viiie siècle par turma, 
acies, et de wachte, garde. Scaraguayta. 

' Roman d'Ogier l'Ardenois, vers 1122 et suiv. 

' Ibid., vers 10736. 

' Archives de Béthune, de Péronne, de Noyon. Voy. Les Artistes du nord de la 
France auxxw^, xy« etxvie siècles, par Al. de la Fons, baron de Mélicocq. Béthune, 



— 115 — 



ÉCHACGUETTE 



échauguettes. Il est à croire que ces premières échauguettes étaient en 
bois, comme les hourds, et qu'on les posait en temps de guerre. Tous les 
couronnements de forteresses antérieures au xii^ siècle étant détruits, 
nous ne pouvons donner une idée de la forme exacte de ces échauguettes 
primitives ; lorsqu'elles ne consistaient pas seulement en petites loges de 
bois, mais si elles étaient construites en maçonnerie, ce n'étaient que de 
petits pavillons carrés ou cylindriques couronnant les angles des défenses 
principales, comme ceux que nous avons figurés au sommet du donjon 
du château d'Arqués (voy. donjon, fig. 7, 8 et 9). Les premières échau- 
guettes permanentes dont nous trouvons des exemples ne sont pas anté- 
rieures au XII'' siècle ; alors on les prodiguait sur les défenses ; elles sont 
ou fermées , couvertes et munies même de cheminées, ou ne présentent 
qu'une saillie sur un angle, le long d'une courtine, de manière à offrir 
un petit flanquement destiné à faciliter la surveillance, à poser une senti- 
nelle, une guette. C'était particulièrement dans le voisinage des portes, 
aux angles des gros ouvrages, au sommet des donjons, que l'on construi- 
sait des échauguettes. 

Nous voyons quatre belles échauguettes couronnant le donjon de Pro- 
vins (voy. DONJON, fig. 27 et suivantes); celles-ci étaient couvertes et ne 
pouvaient contenir chacune qu'un homme. Quelquefois l'échauguette est 
un petit poste clos capable de renfermer deux ou trois soldats, comme un 
corps de garde supérieur. Au sommet du donjon de Chambois (Orne), il 
existe encore une de ces échauguettes , du xiii*' siècle , au-dessus de la 
cage de l'escalier du xii". 

Voici (1) l'aspect intérieur de ce poste, qui peut contenir quatre 




hommes. Il est voûté et surmonté d'un terrasson autrefois crénelé. 
Une petite fenêtre donnant sur la campagne l'éclairé ; une cheminée 

1848. — Répar. des fortil'. de Béthune, d'Arras, de Guise, de Noyoïi, de Péionne, ele. 
(Registre des comptes, p. 18o et suiv.) 



[ ÉCHAUGUETTK J — lit) — 

permet de le chautt'er ; à droite de la cheminée est la tablette destinée à 
recevoir une lampe. Les gens du poste pouvaient facilement monter sur le 
terrasson supérieur pour voir ce qui se passait au loin. Ces grandes 
échauguettes à deux étages sont assez communes ; il est à croire qu'en 
temps de guerre les soldats abrités dans l'étage couvert étaient posés en 
faction, à tour de rôle, sur la terrasse supérieure. Des deux côtés de la 
tour du Trésau, à Carcassonne, nous voyons de même deux hautes 
échauguettes ainsi combinées ; seulement il fallait de l'étage fermé monter 
sur le terrasson par une échelle , en passant à travers un trou pratiqué 
dans le milieu de la petite voûte (voy. construction, fig. 15-i). 

11 faut distinguer toutefois les échauguettes destinées uniquement à la 
surveillance au loin de celles qui servent en même temps de guette et de 
défense. Les donjons possédaient toujours une échauguette, au moins, au 
sommet de laquelle se tenait la sentinelle de jour et de nuit qui, sonnant 
du cor, avertissait la garnison en cas de surprise, de mouvement extraor- 
dinaire à l'extérieur, d'incendie; qui annonçait le lever du soleil, le 
couvre-feu, la rentrée d'un corps de troupes, l'arrivée des étrangers, le 
départ ou le retour de la chasse : « La nuit dormi et fu aise et quant il oï 
« le gaite corner le jour, si se leva et ala à l'église proijer Dieu, qu'il li 
« aidast ^ » Ces sortes de guettes consistent en une tourelle dominant les 
alentours par-dessus les crénelages et les combles. Certains donjons, par 
leur situation même, comme les donjons des châteaux Gaillard, de Coucy, 
n'avaient pas besoin de guette : leur défense supérieure en tenait lieu ; 
mais les donjons composés de plusieurs logis agglomérés, comme le 
donjon d'Arqués et, beaucoup plus tard, celui de Pierrefonds par exemple, 
devaient nécessairement posséder une guette. Dans le château de Carcas- 
sonne, qui date du commencement du xii^ siècle, la guette est une tour 
spéciale sur plan barlong, contenant un escalier avec un terrasson crénelé 
au sommet. Cette tour domine toutes les défenses du château et même 
celles de la cité ; elle renfermait, vers les deux tiers de sa hauteur, un 
petit poste éclairé par une fenêtre donnant sur la campagne (voy. archi- 
tecture MILITAIRE, fig. 12 et 13). Les échauguettes destinées seulement à 
l'observation n'offrent rien de particulier : ce sont des tourelles carrées, 
à pans, ou le plus souvent cylindriques, qui terminent les escaliers 
au-dessus des tours principales des châteaux, en dépassant de beaucoup 
le niveau de la crête des combles les plus élevés. Les échauguettes servant 
à contenir un poste ou même une sentinelle pouvant au besoin agir pour 
la défense d'une place sont, au contraire, fort intéressantes à étudier, 
leurs dispositions étant très-variées, suivant la place qu'elles occupent. 

Vers la fin du xiii' siècle , les portes sont habituellement munies 
d'échauguettes bâties en encorbellement aux angles du logis couronnant 
l'entrée (voy. porte). Ces échauguettes servent en même temps de guérites 
pour les sentinelles et de tlanquement. La belle porte qui, à Prague en 

' La Chronique de Ikiins, chap. viii. 



— 117 — [ ÉCHAUGUETTE | 

Bohême, défend l'entrée du vieux pont jeté sur la Moldau, du côté de la 

2 




^ ille basse, est munie, sur les quatre angles, de charmantes échauguettes 
dont nous présentons ici l'aspect ('2). Elles prennent naissance sur une 



[ ÉCHALGUETTE ] — 118 

colonne surmontée d'un large chapiteau avec encorbellement sculpté ; sur 
ce premier plateau sont posées des colonnettes (voy. le plan A) laissant 
entre elles un ajour purement décoratif; à la hauteur du crénelage supé- 
rieur est une guérite percée elle-même de créneaux '. Cet ouvrage date du 
milieu du xiv" siècle; il est d'une conservation parfaite et bâti en grès. 
Mais ici les échauguettes sont autant une décoration qu'une défense ; 
tandis que celles qui flanquaient la porte de Notre-Dame à Sens (3), élevée 
vers le commencement du xiv^ siècle, avaient un caractère purement 
défensif; la guérite supérieure était à deux étages et présentait des 
meurtrières et créneaux bien disposés pour enfiler les faces de la porte et 
protéger les angles ^. 

Si on plaçait des échauguettes flanquantes aux côtés des portes , 
à plus forte raison en mettait-on aux angles saillants formés par des 
courtines , lorsqu'une raison empêchait de munir ces angles d'une tour 
ronde. 11 arrivait, par exemple, que la disposition du terrain ne per- 
mettait pas d'élever une tour d'un diamètre convenable, ou bien que 
les architectes militaires voulaient faire un redan soit pour masquer une 
poterne, soit pour flanquer un front, sans cependant encombrer la place 
par une tour qui eût pu nuire à l'ensemble de la défense. C'est ainsi, par 
exemple, que sur le front sud-est de l'enceinte extérieure de la cité de 
Carcassonne il existe un redan A (4) , motivé par la présence d'un gros 
ouvrage cylindrique avancé K, dit la tour du Papegay , qui était élevé 
sur ce point, au sommet d'un angle très-ouvert, pour commander en 
même temps les dehors en G et l'intérieur des lices (espace laissé entre les 
deux enceintes) en L, par-dessus le redan. Il ne fallait pas, par consé- 
quent, à l'angle de ce redan , en C , élever une tour qui eût défilé le 
chemin de ronde B; cependant il fallait protéger le front B, le flanc A et 
l'angle saillant lui-même. On bâtit donc sur cet angle une large échau- 
guette qui suffit pour protéger l'angle saillant , mais ne peut nuire au 
commandement de la grosse tour K. 

La fig. 5 reproduit la vue extérieure de cette échauguette % dont le 
crénelage était un peu plus élevé que celui des courtines voisines. Cet 
ouvrage pouvait être, en temps de guerre, muni de hourds, ce qui 
en augmentait beaucoup la force. Entre la porte Narbonnaise et la tour 

' Si nous donnons ici cet exemple, c'est qu'il nous semble être l'œuvre d'un archi- 
tecte picard. En effet, en Bohème , pendant le xive siècle, on avait eu recours à des 
architectes de notre pays. Ainsi le chœur de la cathédrale de Prague est bâti en 
4 344 par un Français, Mathieu d'Arras, appelé en Bohême par le roi Jean et son fils 
Charles, margrave de Moravie. Parmi les écussons armoyés qui décorent la porte, sur 
le vieux pont, on trouve l'écu de France semé de (leurs de lis sans nombre, par con- 
séquent antérieur à Charles V. 

' Celte porte, qui conservait encore la trace des boulets des armées alliées lors de 
l'invasion de 1814, a été détruite, sans motif sérieux, il y a quelques années. C'était 
une charmante ruine. 

' Cette échauguette date du xni« siècle. 



— i\9 — 



ÉCUAUGUKTTE 




du Trésau de la même cité, on a ainsi pratiqué un redan qui enfile 



I ÉCHAt'GUETTE j 120 — 

rentrée de la barbacane élevée en avant de cette porte : 'ce redan est 

4 




surmonté d'une belle échauguette. Une longue meurtrière flanquante 

3 




/f. û/y/xZii/yyf/û/'. 



est ouverte sur son flanc. 



121 ^ 



ÉCHAiJGUETTE ] 




10' 



-i h 




H 





La fig. 6 présente en A le plan du redan au niveau du sol de la ville^ 

T. V. m 



I fiCHAUGlIETTE J — 122 

avec son petit poste E et la meurtrière F donnant vers la porte Nar- 
honnaise. De ce poste E, par un escalier à vis, on arrive à l'échauguette 
(plan B), qui n'est que le crénelage de la courtine formant un tlanquement 
oblique en encorbellement sur l'angle G. La coupe C faite sur la ligne OP 
du plan B explique la construction de cette échauguette, qui pouvait 
être munie de hourds comme les courtines ; en D, nous avons figuré le 
profil de l'encorbellement H. 

Toutefois, jusqu'au xiv" siècle, les échauguettes flanquantes posées sur 
les courtines ne sont que des accidents et ne se rattachent pas à un 
système général défensif; tandis qu'à dater de cette époque, nous voyons 
les échauguettes adoptées régulièrement, soit pour suppléer aux tours, 
soit pour défendre les courtines entre deux tours. Mais ce fait nous oblige 
à quelques explications. 

Depuis l'époque romaine jusqu'au xii'= siècle, on admettait qu'une place 
était d'autant plus forte que ses tours étaient plus rapprocliées, et nous' 
avons vu qu'à la fin du xii" siècle encore Bichard Cœur-de-Lion, en 
bâtissant le château Gaillard, avait composé sa dernière défense d'une suite 
de tours ou de segments de cercle se touchant presque. Lorsqu'au xui'^ siè- 
cle les armes de jet eurent été perfectionnées et que l'on disposa d'arbalètes 
de main d'une plus longue portée, on dut, comme conséquence, laisser 
entre les tours une distance plus grande, et, en allongeant ainsi les fronts, 
mettre les flanquements en rapport avec leur étendue, c'est-à-dire donner 
aux tours un plus grand diamètre, afin d'y pouvoir placer un plus grand 
nombre de défenseurs. Si c'était un avantage d'allonger les fronts, il y 
avait un inconvénient à augmenter de beaucoup le diamètre des tours, 
car c'était donner des défilements à l'assaillant dans un grand nombre de 
cas, comme, par exemple, lorsqu'il parvenait à cheminer près des 
murailles entre deux tours et qu'il avait détruit leurs défenses supérieures. 
Tout système porte avec lui les défauts inhérents à ses qualités mêmes. 
Puisque les armes de jet avaient une plus longue portée, il fallait étendre 
autant que possible les fronts; cependant on ne pouvait négliger les 
flanquements, car si l'assaillant s'attachait au pied de la courtine, ils 
devenaient nécessaires : or , plus ces flanquements étaient formidables, 
moins les fronts pouvaient rendre de services pour la défense éloignée. 

Soit (7) un front AB muni de tours; BG est la largeur du fossé; le jet 
d'arbalète est EF. Si l'assaillant dispose son attaque conformément au 
tracé FGH, neuf embrasures le découvrent. Mais soit IK un front continu 
non flanqué de tours, l'attaque étant disposée de même que ci-dessus en 
FGH, les embrasures étant d'ailleurs percées à des distances égales à celles 
du front AB, treize de ces embrasures pourront découvrir l'assaillant. 
Que celui-ci traverse le fossé et vienne se poster en M, les assiégés ne 
peuvent se défendre que par les mâchicoulis directement placés au-dessus 
de ce point M ; mais ils voient sur une grande longueur la nature des 
opérations de l'ennemi, et l'inquiètent par des sorties dans le fond du 
fossé, où il ne trouve aucun défilement. 



— 123 — [ ÉCHAUGUETTE ] 

Quand on assiégeait régulièrement une place, à la fin du xin^ siècle 
(voy. siège), on attaquait ordinairement deux tours , seulement pour 
éteindre leur feu, comme on dirait aujourd'hui, en démantelant leurs 
défenses supérieures, et on faisait brèche au moyen de la sape dans la 





~l^ Â ?^ 7\ A" 



IC 



7Î ^ A" 



F 






^ A 7\ TT 




courtine comprise entre ces deux tours ; car, celles-ci réduites à l'impuis- 
sance, leur masse protégeait l'assaillant en couvrant ses flancs. Au moment 
de l'application définitive des mâchicoulis de pierre à la place des hourds, 
vers le commencement du xiv" siècle , il y eut évidemment une réaction 
contre le système défensif des fronts courts ; on espaça beaucoup plus les 
tours, on agrandit les fronts entre elles, et, pour protéger ces fronts, sans 
rien ôter à leurs qualités, on les munit d'échauguettes P, ainsi que l'indique 
le tracé NO, fig. 7. Ce nouveau système fut particulièrement appliqué 
dans les défenses de la ville d'Avignon, élevées à cette époque. Ces 
défenses ont toujours dû être assez faibles; mais, eu égard au peu de- 
relief des courtines , on a tiré un excellent parti de ce système d'échau- 



ÉCHAliGUETTIi; 



— 12i — 



guettes flanquantes, et la faiblesse de la détense ne résulte pas du nouveau 
parti adopté, qui avait pour résultat d'obliger l'assaillant à commencer ses 
travaux de siège à une plus grande distance de la place. Duguesclin, en 
brusquant les assauts toujours, donna tort au système des grands fronts 
flanqués seulement de tours très-espacées; les échauguettes n'étaient pas 
assez fortes pour empêcher une échelade vigoureuse ; on y renonça donc 
vers la fin du xiv" siècle pour revenir aux tours rapprochées, et surtout 
pour augmenter singulièrement le relief des courtines. Examinons donc 
ces échauguettes des murailles papales d'Avignon. 

La fig. 8 présente le plan d'une de ces éciiauguettes au-dessous des 

8 




mâchicoulis; elles ne consistent qu'en deux contre-forts extérieurs A, 
entre lesquels est pratiqué un talus dont nous allons reconnaître l'utilité; 

9 



H 1 h 



A 



JB 




un arc réunit ces deux contre-forts. Voici (9) en A l'élévation exté- 



— 125 — [ ÉCHAUGUETTK | 

rieure de cet ouvrage ;, et en B sa coupe. L'échauguetle s'élève beau- 
coup au-dessus de la courtine; elle est munie^ à son sommet^ comme 
celle-ci, de beaux mâchicoulis de pierre sur sa face et ses deux retours; 
de plus, ainsi que le fait voir la coupe, au droit du mur faisant fond entre 
les contre-forts, est pratiqué un second mâchicoulis C, comme une rainure 
de 0,25 c. de largeur environ. Si l'assaillant se présentait devant l'échau- 
guette, il recevait d'aplomb les projectiles lancés par les mâchicoulis vus D 
et, obliquement, ceux qu'on laissait tomber par le second mâchicoulis 
masqué C ; car on observera que , grâce au talus E , les boulets de pierre 
qu'on laissait choir par ce second mâchicoulis devaient nécessairement 
ricocher sur ce talus E et aller frapper les assaillants à une certaine 
distance du pied de l'échauguette au fond du fossé. Les deux contre-forts, 
le vide entre eux et le talus étaient donc une défense de ricochet, faite 
pour forcer l'assaillant à s'éloigner du pied du rempart et, en s'éloi- 
gnant, à se présenter aux coups des arbalétriers garnissant les chemins de 
ronde de la courtine. Ces échauguettes flanquent les courtines , ainsi que 
le font voir les plans supérieurs (10 et 10 bis). Elles permettaient encore 

io *« 




m 



rJIIIIMIIIII c 




à un petit poste de se tenir à couvert, à l'intérieur, sous la galerie G, et de 
se rendre instantanément sur le chemin de ronde supérieur H, au pre- 
mier aj)pel de la sentinelle '. 

La vue perspective intérieure (11) fait comprendre la disposition du 
petit poste couvert qui intercepte le passage au niveau du chemin de 
ronde de la courtine; elle explique les degrés qui montent à la plate- 
forme de l'échauguette, et rend compte de la construction de l'ouvrage. 
N'oublions pas de mentionner la présence des corbeaux A qui étaient 
placés ainsi à l'intérieur du rempart pour recevoir une filière portant 
des solives et un plancher, dont l'autre extrémité reposait intérieure- 
ment sur des poteaux, afin d'augmenter la largeur du chemin de ronde 
en temps de guerre, soit pour faciliter les communications, soit pour 
déposer les projectiles ou établir des engins. Nous avons expliqué 
ailleurs l'utilité de ces chemins de ronde supplémentaires (voy. architec- 
ture MILITAIRE, fig. 32 et 33). 

Ces sortes d'échauguettes interrompant la circulation sur les courtines 
avaient, comme les tours, l'avantage d'obliger les rondes à se faire recon- 
naître soit par la sentinelle placée au sommet de l'ouvrage, soit par le 

' Le plan 10 est pris au niveau du parapet du chemin de ronde de la courtine; le 
plan 10 bis, au niveau du parapet de réchauguette. 



[ ÉCHAUOUETTE J l'âO 

poste abrité sous la petite plate-forme supérieure. Quelquefois même ces 
échauguettes sont fermées, barrent complètement le chemin de ronde : 
ce sont de véritables corps de garde. Nous voyons encore une échauguette 



H 




de ce genre sur la courtine occidentale de la forteresse de Villeneuve- 
lès- Avignon. Cette échauguette ne flanque pas la courtine et déborde à 
peine son parement extérieur; elle est réservée pour le service de la 
garnison. Voici son plan (12). En A est le chemin de ronde interrompu 



— \^1 — [ ÉCHAUGUETTE | 

par l'échauguette et ses deux portes B; un seul créneau C a vue sur 

i2 




l'extérieur; en D est une petite cheminée. Deux ou trois hommes au plus 

i3 




pouvaient se tenir dans ce poste dont nous présentons (13) Taspect inté- 



ÉCHAUGUETTE 



— 128 



rieur, en supposant le comble, tracé en E, enlevé. Cette partie des murs 
de la citadelle de Villeneuve-lès-Avignon date de la première moitié du 
xiv^ siècle. 

Les formes données aux échauguettes, pendant les xiv^ et xv^ siècles, 
sont très-variées; lorsqu'elles servent de flanquements, elles sont ou 
barlongues comme celles d'Avignon, ou semi-circulaires, ou à pans, 
portées sur des contre-forts, sur des encorbellements ou des corbeaux, 
suivant le besoin ou la nature des défenses ; elles sont ou couvertes ou 
découvertes, contenant un ou plusieurs étages de crénelages, avec, ou sans 
mâchicoulis. 

Il existait encore, en 1835, au sommet des remparts de l'abbaye du 
Mont-Saint-Michel-en-Mer, du côté du midi, une belle échauguette avec 
mâchicoulis sur la face et sur les côtés, interceptant, comme celle de 
Villeneuve-lès- Avignon, la communication sur le chemin de ronde de la 
courtine. Cette échauguette tenait aux constructions du xiv^ siècle ^ 

Le plan (14), pris au niveau du crénelage, fait voir les deux baies 





fermant l'échauguette , la petite cheminée qui servait à chauffer les gens 
de guet, l'ouverture du mâchicoulis de face en A et celles des mâchicoulis 
latéraux en B. Ces mâchicoulis se fermaient au moyen de planchettes 
munies de gonds. 

La fig. 15 donne une vue perspective extérieure de ce poste avec sa 
couverture. Cette construction était en granit rouge. 

La fig. 15 bis présente, en A, la coupe de l'échauguette sur la ligne 
EG, et, en B, sur la ligne CD du plan. 



' Depuis cette époque, la portion du rempini dont il est ici question a été restaurée 
et Téchauguette détruite; depuis longtemps elle servait de latrines. 



— 129 — [ ÉCHAUGllETTE 

Dans la première de ces coupes est indiquée l'ouverture du mâchicoulis 
de face en H avec la saillie K, sur le parement du mur, pour empêcher 



J5 




les traits décochés d'en bas de remonter en glissant le long du parement 
jusqu'aux défenseurs. Dans la seconde coupe B, on voit l'ouverture du 
mâchicoulis de face en L, et, en M, celles des mâchicoulis latéraux avec 
les arrêts pour les traits venant du dehors. Ces mâchicoulis latéraux 
servaient, avec les meurtrières P, à flanquer la courtine, car on remar- 
quera que les défenseurs pouvaient non-seulement laisser tomber des 
pierres verticalement, mais aussi envoyer des traits d'arbalète oblique- 

T. V. 17 



ÉCHAUGUETIE 



130 



ment, ainsi que l'indique le tracé ponctué MN. On trouve assez souvent, 
dans nos anciennes forteresses, beaucoup d'échauguettes disposées de 



15 



his 



\ \ \ 








\i 



B 






cette manière, au moins quant au mâchicoulis de face; mais il ne faut 
pas prendre pour telles des latrines qui souvent ont la même apparence 
extérieure, et ont leur vidange sur le dehors (voy. latrine), quand ce 
dehors est un fossé ou un escarpement. 

Ainsi que nous avons l'occasion de le constater bien des fois dans le 
Difilionnaire , les architectes des xni% xiv^ et xv'' siècles, employaient 
les encorbellements toutes les fois que ce système de construction pouvait 
leur être utile; il arrive souvent qu'on est obligé, dans les bâtisses, de 
donner aux parties supérieures plus de surface qu'aux parties inférieures 
des maçonneries. Les architectes du moyen âge s'étaient soumis à ces 
besoins; ils n'hésitaient jamais à faire emploi du système des encorbelle- 
ments, et se tiraient avec beaucoup d'adresse des difficultés qu'il présente, 
tout en obtenant des constructions parfaitement solides.. 

Sur l'un des fronts de l'enceinte du château de Véz (voy. le plan d'en- 
semble de ce château à l'article donjon, fig. 45), il existe encore de belles 
échauguettes semi-circulaires flanquantes , dont nous donnons la vue 
perspective extérieure (16). Sur le talus de la courtine naît un contre-fort 
rectangulaire peu saillant, qui, au moyen de trois corbelets, porte un 
demi-cylindre inférieur sur lequel posent quatre assises profilées arrivant 
à former un puissant encorbellement portant l'échauguette. La bascule 



131 — 

]6 



ÉCHAUGUETTE 




de celle masse est parfaitement maintenue par le massif de la courtine. 



[ ÉCHAUGUETTE j 13'2 

Sur l'autre front de la même enceinte, à l'intérieur de la cour du château, 
il existe des échauguettes rectangulaires cette fois, à doubles flanquements, 
c'est-à-dire formant deux redans de chaque côté (17), destinés à flanquer 



n 



iiii 




la courtine à droite et à gauche : le premier redan assez long pour per- 
mettre un tir parallèle aux parements de cette courtine; le second plus 
court, mais suffisant pour le tir oblique, ainsi que l'indique le plan A. 



— 133 — I ÉCHAUGUETTE ] 

Ici encore, c'est un large contre-fort rectangulaire naissant sur le talus 
inférieur et portant l'encorbellement du premier redan ; puis un second 
contre-fort en encorbellement lui-même portant la saillie du second redan. 
Des larmiers abritent les profils et empêchent la pluie de baver sur les 
parements. 

Dans l'architecture militaire, les échauguettes n'ont été abandonnées 
qu'après Vauban. On les regardait comme utiles, même avec l'artillerie à 
feu, pendant les xvi^ et xvii" siècles; les angles saillants des bastions 
portaient encore des échauguettes, il y a deux cents ans, destinées uni- 
quement à abriter les sentinelles. 11 va sans dire qu'en cas de siège c'était 
la première chose qu'abattait l'assaillant. Cette persistance de l'échauguette 
constate seulement son importance dans les ouvrages militaires du moyen 
âge, puisqu'on eut tant de peine à l'abandonner, même après que tout 
le système de la défense s'était transformé. Les dernières échauguettes 
sont en forme de poivrière, très-étroites, portées sur un cul-de-lampe et 
n'ayant que la valeur d'une guérite, c'est-à-dire bonnes seulement pour 
surveiller les dehors, mais ne pouvant servir à la défense. Cependant, au 
commencement du xvi^ siècle , et au moment où l'on établit déjà des 
boulevards revêtus, en dehors des anciennes enceintes, lorsque ces boule- 
vards présentent un angle saillant (ce qui est rare, la forme circulaire 
étant alors admise), cet angle saillant est garni quelquefois d'une assez 
large échauguette quadrangulaire, posée la face sur l'angle du boulevard, 
ainsi que l'indique la fig. 18. Ces échauguettes pouvaient recevoir un 
fauconneau ; elles étaient ordinairement revêtues de combles en dalles 
posées sur une voûte, décorées d'armoiries et d'autres ornements qui 
donnaient aux saillants des boulevards un certain air monumental. Le 
temps et les boulets ont laissé peu de traces de ces petits ouvrages que 
nous ne retrouvons plus que dans d'anciennes gravures ; et c'est à peine 
si, aujourd'hui, sur nos vieux bastions français, on aperçoit quelques 
assises des encorbellements qui portaient ces sortes d'échauguettes. 

Sur les boulevards en terre et clayonnages dont on fit un grand usage 
pendant les guerres du xvi'' siècle pour couvrir d'anciennes fortifications, 
on établissait des échauguettes en bois en dehors de l'angle saillant des 
bastions et au milieu des courtines (18 bis), afin de permettre aux senti- 
nelles de voir ce qui se passait au fond des fossés. Ces sortes d'échau- 
guettes sont employées jusqu'au xvii'' siècle. 

On établissait aussi des échauguettes transitoires en bois sur les chemins 
de ronde des fortifications du moyen âge; ces échauguettes se reliaient 
aux hourds et formaient des sortes de bretèches (voy. ce mot) . Quant aux 
échauguettes à demeure en charpente, nous les avons scrupuleusement 
détruites en France. A peine si nous en apercevons les traces sur quelques 
tour ou clochers. Pour trouver de ces sortes d'ouvrages encore entiers, 
il faut se décider à passer le Rhin et parcourir l'Allemagne conservatrice. 

Sur le bord oriental du lac de Constance est une charmante petite ville 
qui a nom Lindau; c'est une tête du chemin de fer bavarois. Lindau a 



ÉCllAUGUKTTK 



— 134 — 

respecté ses murailles du moyen âge, avec quelques-unes des anciennes 
IS 




tours flanquantes. L'une de ces tours, dont la construction remonte au 

lis 




xiv^ siècle, est couronnée de quatre échauguettes du xv^' siècle, en bois, 



— 135 — I ÉCHAUGUETTE ] 

posant sur des encorbellements de pierre. Voici (19) l'ensemble de cette 



•n 







construction. Les combles sont couverts en tuiles vernissées, avec boules 
et girouettes en cuivre doré. Depuis le xv*" siècle, pas une main profane 
n'a touché cette innocente défense que pour l'entretenir; aucun Conseil 
municipal n'a prétendu que les bois du comble fussent pourris ou que la 
tour gênât les promeneurs. Nous donnons (20) le détail de l'une de ces 
quatre échauguettes , dont les pans de bois sont hourdés en maçonnerie, 



ÉCHAUGUKTTE 



130 — 



avet meurtrières sur chacune des faces. 11 suffit de jeter les yeux sur les 
gravures d'Israël Sylvestre, de Mérian, de Chastillon, pour constater qu'en 




-f. 6^û//^/9^//^fû> 



France toutes les villes du Nord et de l'Est renfermaient quantité de ces 
tours couronnées d'échauguettes qui se découpaient si heureusement sur 
le ciel et donnaient aux cités une physionomie pittoresque. Aujourd'hui 
nous en sommes réduits à admirer ces restes du passé en Allemagne, en 
Belgique ou en Angleterre. 

Dans la campagne, et surtout dans les pays de plaines, les combles 
des tours des châteaux se garnissaient d'échauguettes qui permettaient de 
découvrir au loin ce qui se passait; la Picardie et les Flandres surmon- 
taient les combles de leurs donjons d'échauguettes de bois recouvertes de 
plomb ou d'ardoises. Les gravures nous ont conservé quelques-unes de 
ces guettes de charpenterie. Nous donnons ici Tune d'elles (21) en A ^ 

' Du château de Beersel en Brabant. (Voy. Castella et pra'Inria nohilhim Brahrin- 
tiœ, ex mus. Jar. haronin Le Roy, etc. Anvers, 1696.) 



— 137 — ■ [ ÉCHAUGUETTE ] 

A la base du pignon se voient deux autres échauguettes de pierre B, à 




deux étages, flanquant le chemin de ronde des mâchicoulis. 

T. V. 18 



I ÉCHAUGUETTE ] • — 138 — 

Nous retrouvons encore la tradition de ces guettes couronnant les 
combles des tours dans la plupart des châteaux de la Renaissance, comme 
à Chambord, à Tanlay, à Ancy-le-Franc, et, plus tard, au château de 
Richelieu en Poitou , de Blérancourt en Picardie, etc. Ce ne fut que sous 
le règne de Louis XIV, et lorsque les combles ne furent plus de mise sur 
les édifices publics ou privés , que disparurent ces derniers restes de la 
guette du château féodal. 

Les combles des beffrois de ville étaient souvent munis d'échauguettes 
de bois. Comme les combles des donjons, on a eu grand soin de les 
détruire chez nous, et il nous faut sans cesse avoir recours aux anciennes 
gravures si nous voulons prendre une idée de leur disposition. La plupart 
des tours de beffrois des villes du nord en France, élevées pendant les 
xiii" et xiv^ siècles, étaient carrées ' ; elles se terminaient par une galerie 
fermée ou à ciel ouvert, avec échauguettes aux angles ; de plus, le comble 
en charpente, très-élevé et très-orné généralement (car les villes atta- 
chaient une sorte de gloire à posséder un beffroi magnifique), était percé 
de lanternes ou d'échauguettes, servant de guérites au guetteur. Il nous 
faut bien, cette fois encore, emprunter aux pays d'outre-Rhin, pour 
appuyer nos descriptions sur des monuments. Retournons donc à Prague, 
la ville des échauguettes, et celle dont l'architecture gothique se rapproche 
Je plus de notre école picarde. 

L'église paroissiale située en face de l'hôtel de ville possède deux tours 
sur sa façade occidentale dont les couronnements affectent bien plutôt la 
forme de nos beffrois municipaux du Nord que celle d'un clocher d'église. 
Ces tours, à défaut d'autres renseignements existants, vont nous servir à 
reconstituer les échauguettes des tours de ville des xiv" et xv*' siècles. 

Sur un dernier étage carré (22) s'épanouit un large encorbellement 
décoré d'écussons armoyés ; aux quatre angles cet encorbellement arrive 
à former des portions d'octogone, ainsi que l'indique le plan A. Une 
balustrade de pierre pourtourne le couronnement et est surmontée aux 
angles de logettes également en pierre couvertes de pavillons aigus en 
charpente. En retraite, sur le parement intérieur de la tour, s'élève un 
grand comble à huit pans sur quatre faces duquel sont posées des échau- 
guettes en bois couvertes aussi de pyramides à huit pans. Tous ces combles 
sont revêtus d'ardoises et de plomb, avec épis, boules, girouettes. Quatre 
petits combles diagonaux permettent de passer à couvert de la base de la 
charpente dans chacune des échauguettes d'angle. 

La fig. 23 donne le détail de l'une des quatre échauguettes supérieures 
du comble. C'était un couronnement de ce genre , mais plus somptueux 
probablement, qui devait terminer le beffroi de la ville d'Amiens construit 
vers 1410 et brûlé en 1562. Un guetteur avait charge, du haut de ce 
beffroi^ de sonner les cloches pour annoncer le bannissement de quelque 

' Les befl'rois d'Amiens , de Bélhune, de Valenciennes , qui existent ou existaient 
encore il y a peu d'années, sont bâtis sur |)lan carré (voy. beffroi). 



M 



ÉCIIALGUKT'IE 




■Ifr 



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/T. <ri^////?^!^^/^. 



malfaiteur, les incendies qui se déclaraient dans la ville ou la banlieue, 



I ÉCHAUGIIETTE | — 140 — 

pour donner Talarnie s'il voyait s'avancer vers la cité une troupe d'hommes 




A 



-Xuf^-^^- 



A^\t-^y^ 




dai'iiu's, |)(>ur prévenir les scnliiiciies jwsécs aux [iortcs. Le son ditiéronl 



— 141 — 



ÉCHAUGUETTK 



des cloches mises en branle taisait connaître aux habitants le motif pour 
lequel on les réunissait. Ce guetteur, au xv'^ siècle ^ recevait pour traite- 
ment un écu quarante sols par an , plus une cotte en drap moitié rouge 
moitié bleu qu'il portait à cause des « grans vans et froidures estant au 
« hault dudict beffroi. » Il logeait dans la tour, devait jouer de sa «pipette » 
à la sonnerie du matin ; il cornait pour annoncer aux bourgeois rassem- 
blés hors la ville , à l'occasion de quelque fête ou cérémonie, qu'ils pou- 
vaient être en paix et que rien de fâcheux ne survenait dans la cité. Il lui 
fallait aussi jouer certains airs lorsque des processions circulaient dans 
la ville '. C'était, on en conviendra, un homme qui gagnait bien un écu 
quarante sols et un habit rouge et bleu par an. 

Certains moustiers, certaines églises étaient fortifiées pendant le moyen 
âge, et ces églises étant habituellement entourées de contre-forts, on 
surmontait ceux-ci d'échauguettes. On voit encor-e, sur la façade occiden- 
tale de l'église abbatiale de Saint- 
Denis, des traces d'échauguettes 
circulaires bâties au xv'' siècle 
sur les contre-forts du xii''. Pen- 
dant les guerres avec les Anglais, 
sous Charles VI et Charles VII, 
en Normandie, sur les frontières 
de la Bretagne, sur les bords de 
la Loire, beaucoup d'églises ab- 
batiales furent ainsi munies d'é- 
chauguettes. Dans les contrées 
exposées aux courses d'aventu- 
riers, dans les montagnes et les 
lieux déserts, presque toujours 
les églises furent remaniées, à 
l'extérieur, de manière à pouvoir 
se défendre contre une troupe 
de brigands. Les échauguettes 
alors servaient non -seulement à 
poster des guetteurs de jour et 
de nuit, mais encore elles flan- 
quaient les murs et en comman- 
daient les approches. L'église 
abbatiale de Saint-Claude, dans 
le Jura, aujourd'hui cathédrale, 
bâtie vers la fin du xiv'' siècle, 
porte sur ses contre-forts des échauguettes bien fermées et commandant 
parfaitement les dehors. Ces échauguettes (24) sont à un étage couvert 




^ Û///l/.y46'/H'0 7- . 



' Voy. Descript. du bi'jfroi cl de l'Iwtd de ville d'Amiens, par M. Dusevel. Amiens, 
1847. 



ÉCHAL'GLIETTK 



\ï-2 — 




sur les contre-forts latéraux, et à deux étages (25) sur les contre-forts 



— 143 — [ ÉCHELLE ] 

(l'angle. On cominnnique d'un de ces étages à l'autre par une trappe 
réservée dans le plancher et une petite échelle de meunier. Dans le midi 
de la France, on remarque, sur des églises romanes, des échauguettes 
construites à la hâte au xiv^ siècle , pour mettre ces édifices en état de 
résister aux courses des troupes du Prince Noir. On éleva encore des 
échauguettes sur les édifices religieux pendant les guerres de religion du 
xvi'' siècle, et quelquefois même des échauguettes furent disposées pour 
recevoir de petites bouches à feu. 

Du jour où chacun n'eut plus à songer à sa défense personnelle, 
l'échauguette disparut de nos édifices civils ou religieux; et il faut recon- 
naître que la gendarmerie de notre temps remplace avec avantage ces 
petits postes de surveillance. 

ÉCHELLE, s. f. Nous ne parlons pas ici de l'échelle dont se servent les 
ouvriers pour monter sur les échafauds, non plus des échelles qui étaient 
en permanence sur les places réservées aux exécutions, et auxquelles on 
attachait les gens coupables de faux serments ou de quelque délit honteux 
pour les laisser ainsi exposés aux quolibets de la foule K Nous ne nous 
occupons que de Yéchelle relative. En architecture, on dit « l'échelle d'un 
monument.... Cet édifice n'est pas à l'échelle. » L'échelle d'une cabane à 
chien est le chien , c'est-à-dire qu'il convient que cette cabane soit en ; 
proportion avec l'animal qu'elle doit contenir. Une cabane à chien dans j 
laquelle un âne pourrait entrer et se coucher ne serait pas à l'échelle. I 

Ce principe, qui paraît si naturel et si simple au premier abord, est 
cependant un de ceux sur lesquels les diverses écoles d'architecture (de 
notre temps) s'entendent le moins. Nous avons touché cette question déjà 
dans l'article architecture, et notre confrère regretté, M. Lassus, l'avait 
traitée avant nous ^. Dans la pratique, cependant, il ne semble pas que les 
observations mises en avant sur ce sujet aient produit des résultats. Nous 
n'avons pas la vanité de nous en étonner; nous croyons simplement que 
nos explications n'ont été ni assez étendues ni assez claires. Il faut donc 
reprendre la question et la traiter à fond, car elle en vaut la peine. 

Les Grecs, dans leur architecture, ont admis un module, on n'en saurait 
douter; ils ne paraissent pas avoir eu à' échelle. Ainsi, qu'un ordre grec 
ait cinq mètres ou dix mètres de hauteur, les rapports harmoniques sont % 
les mêmes dans l'un comme dans l'autre, c'est-à-dire, par exemple, que si 
le diamètre de la colonne à la base est un, la hauteur de la colonne sera 
six, et l'entre-colonnement un et demi vers le milieu du fût, dans le 
petit comme dans le grand ordre. En un mot, la dimension ne paraît 

' Voy. le curieux bas-relief qui se trouve à la base du porlail méridional de Notre- 
Dame de Paris, et qui représente un écolier attaché à une échelle; d'autres écoliers 
renlourenl et paraissent le bafouer. Sur la poitrine du coupable est attaché un petit 
écriteau carré sur lequel sont gravées ces lettres P.FÂVS.S. por faus f^ermens. 

^ Annales urchéoL, de M. Didron. T. II. De l'arl el de l'archéologie. 



[ ÉCHKLLE 1 — 144 — 

pas changer les proportions relatives des divers membres de l'ordre. 
Cependant les Grecs ont été pourvus de sens si délicats qu'on ne saurait 
guère admettre chez eux la non-application d'un principe vrai en matière 
d'art, sans une cause majeure. Nous ignorons le mécanisme harmonique 
de l'architecture grecque; nous ne pouvons que constater ses résultats 
sans avoir découvert, jusqu'à présent, ses formules. Nous reconnaissons 
bien qu'il existe un module, des tonalités différentes, des règles mathé- 
matiques, mais nous n'en possédons pas la clef, et Vitruve ne peut guère 
nous aider en ceci , car lui-même ne semble pas avoir été initié aux 
formules de l'architecture grecque des beaux temps , et ce qu'il dit au 
sujet des ordres n'est pas d'accord avec les exemples laissés par ses 
maîtres. Laissons donc ce problème à résoudre, ne voyons que l'appa- 
rence. Si nous considérons seulement les deux architectures mères des 
arts du moyen âge , c'est-à-dire l'architecture grecque et l'architecture 
romaine, nous trouvons dans la première un art complet, tout d'une 
pièce, conséquent, formulé , dans lequel l'apparence est d'accord avec le 
principe; dans la seconde, une structure indépendante souvent de 
l'apparence, le besoin et l'art, l'objet et sa décoration. Le besoin étant 
manifesté dans l'architecture romaine , étant impérieux même habituelle- 
ment, et le besoin se rapportant à l'homme , l'harmonie pure de l'art grec 
est détruite; l'échelle apparaît déjà dansles édifices romains; elle devient 
impérieuse dans l'architecture du moyen âge. De même que, dans la 
société antique, l'individu n'est rien, qu'il est le jouet du destin, qu'il est 
perdu dans la chose publique , aussi ne peut-il exercer une influence sur 
la forme ou les proportions des monuments qu'il élève. Un temple est un 
temple ; il est grand , si la cité peut le faire grand ; il est petit, si sa desti- 
nation ou la pénurie des ressources exige qu'il soit petit ; s'il est grand, 
il y a une grande porte ; s'il est petit, il n'a qu'une petite porte. Les 
impossibilités résultant de la nature des matériaux mettent seules une 
limite aux dimensions du grand monument, comme l'obligation de passer 
sous une porte empêche seule qu'elle ne s'abaisse au-dessous de la taille 
humaine; mais il ne venait certainement pas à l'esprit d'un Grec de 
mettre en rapport son édifice avec lui homme, comme il ne supposait pas 
que son moi pi!it modifier les arrêts du destin. Les rapports harmoniques 
qui existent entre les membres d'un ordre grec sont si bien commandés 
par l'art et non par l'objet, que, par exemple, un portique de colonnes 
doriques devant toujours s'élever sur un socle composé d'assises en 
retraite les unes sur les autres comme des degrés, la hauteur de ces 
degrés devant être dans un rapport harmonique avec le diamètre des 
colonnes, si le diamètre de ces colonnes est tel que chacun des degrés ait 
la hauteur d'une marche ordinaire , c'est tant mieux pour les jambes de 
ceux qui veulent entrer sous le portique. Mais si le diamètre de ces 
colonnes est beaucoup plus grand, la hauteur harmonique des degrés 
augmentera en proportion ; il deviendra impossible à des jambes humaines 
de les franchir, et comme, après tout, il faut monter, on j^ratiquera, à 



— 145 — [ ÉCHELLK J 

même ces degrés, des marches sur quelques points, comme une conces- 
sion faite par l'art aux besoins de Phomme, mais faite, on s'en aperçoit, 
avec regret. Evidemment le Grec considérait les choses d'art plutôt en 
amant qu'en maître. Chez lui, l'architecture n'obéissait qu'à ses propres 
lois. Cela est bien beau assurément, mais ne peut exister qu'au milieu 
d'une société comme la société grecque, chez laquelle le culte, le respect, 
l'amour et la conservation du beau étaient l'affaire principale. Rendez- 
nous ces temps favorables, ou mettez vos édifices à l'échelle. D'ailleurs 
il ne faut pas espérer pouvoir en même temps sacrifier à ces deux 
principes opposés. Quand, dans une cité, les édifices publics et privés 
sont tous construits suivant une harmonie propre, tenant à Tarchitecture 
elle-même , il s'établit entre ces œuvres de dimensions très-différentes 
des rapports qui probablement donnent aux yeux le plaisir que procure 
à l'ouïe une symphonie bien écrite. L'œil fait facilement abstraction 
de la dimension quand les proportions sont les mêmes, et on conçoit 
très-bien qu'un Grec éprouvât autant de plaisir à voir un petit ordre 
établi suivant les règles harmoniques qu'un grand; qu'il ne fût pas 
choqué de voir le petit et le grand à côté l'un de l'autre, pas plus qu'on 
n'est choqué d'entendre une mélodie chantée par un soprano et une 
basse-taille. Peut-être même les Grecs établissaient-ils dans les relations 
entre les dimensions les rapports harmoniques que nous reconnaissons 
entre des voix chantant à l'octave. Peut-être les monuments destinés à 
être vus ensemble étaient-ils composés par antiphonies? Nous pouvons 
bien croire que les Grecs ont été capables de tout en fait d'art, qu'ils 
éprouvaient par le sens de la vue des jouissances que nous sommes trop 
grossiers pour jamais connaître. 

Le mode grec, que les Romains ne comprirent pas, fut perdu. A la 
place de ces principes harmoniques, basés sur le module abstrait, le 
moyen âge émit un autre principe , celui de l'échelle , c'est-à-dire qu'à la 
place d'un module variable comme la dimension des édifices, il prit une 
mesure uniforme, et cette mesure uniforme est donnée par la taille de 
l'homme d'abord, puis par la nature de la matière employée. Ces nouveaux 
principes (nous disons nouveaux , car nous ne les voyons appliqués nulle 
part dans l'antiquité) ne font pas que, parce que l'homme est petit, tous 
les monuments seront petits; ils se bornent, même dans les plus vastes 
édifices (et le moyen âge ne se fit pas faute d'en élever de cette sorte), à 
forcer l'architecte à rappeler toujours la dimension de l'homme , à tenir 
compte toujours de la dimension des matériaux qu'il emploie. 

Dorénavant, une porte ne grandira plus en proportion de l'édifice , car 
la porte est faite pour l'homme, elle conservera V échelle de sa destination ; 
un degré sera toujours un degré praticable. La taille de l'homme (nous 
choisissons, bien entendu, parmi les plus grands) est divisée en six par- 
ties, lesquelles sont divisées en douze, car le système duodécimal, qui peut 
se diviser par moitié, par quarts et par tiers, est d'abord admis comme le 
plus complet. L'homme est la toise, le sixième de l'homme est le pied, le 
T. v. 19 



[ ÉCIIKLLK I — 146 — 

douzième du pied est le pouce. Armés de cette mesure, les architectes 
vont y subordonner tous les membres de leurs édifices : c'est donc 
rhomme qui devient le module, et ce module est invariable. Cela ne veut 
pas dire que l'architecture du moyen âge, à son origine et à son apogée, 
soit un simple calcul, une formule numérique ; non, ce principe se borne 
à rappeler toujours la taille humaine. Ainsi, quelle que soit la hauteur 
d'une pile, la base de cette pile ne dépasse jamais la hauteur d'appui; 
quelle que soit la hauteur d'une façade, la hauteur des portes n'excédera 
pas deux toises, deux toises et demie au plus, parce qu'on ne suppose pas 
que des hommes et ce qu'ils peuvent porter, tels que bannières, dais, 
bâtons, puissent dépasser cette hauteur. Quelle que soit la hauteur d'un 
vaisseau, les galeries de service à différents étages seront proportionnées, 
non à la grandeur de l'édifice, mais à la taille de l'homme. Voilà pour 
certains membres principaux. Entrons plus avant dans la théorie. On a 
été chercher fort loin l'origine des colonnes engagées qui, dans les monu- 
ments du moyen âge, s'allongent indéfiniment, quel que soit leur diamètre, 
contrairement au mode grec ; il n'était besoin cependant que de recourir 
au principe de Véchelle admis par les architectes de ces temps pour trouver 
la raison de cette innovation. On nous a dénié l'influence de Véchelle 
humaine, en nous disant, par exemple, que les colonnes engagées des 
piles de la cathédrale de Reims sont bien plus grosses que celles d'une 
église de village ; nous répondons que les colonnes engagées de la cathé- 
drale de Reims ne sont pas dans un rapport proportionnel avec des 
colonnes engagées d'un édifice quatre fois plus petit. C'est matière de 
géométrie. 

Prenons un monument franchement gothique, la nef principale de la 
cathédrale d'Amiens. Cette nef a, d'axe en axe des piles, li"',50; les 
colonnes centrales portent l^jSô de diamètre, et les quatre colonnettes 
engagées qui cantonnent ces colonnes centrales, 0,405"". Nous demandons 
que l'on nous indique une nef de la même époque, n'ayant que 7'", 25 de 
largeur d'axe en axe des piles, dont les colonnes centrales n'auraient que 
0,68 c. de diamètre et les colonnes engagées 0,20 c, c'est-à-dire étant 
dans un rapport exact de proportion avec la nef de la cathédrale d'Amiens. 

Voici un monument qui se présente à propos, construit en matériaux 
très-résistants, tandis que ceux dont se compose la cathédrale d'Amiens 
ne le sont que médiocrement : c'est la nef de l'église de Semur-en-Auxois, 
bâtie en même temps que celle de la cathédrale d'Amiens. La nef n'a en 
largeur qu'un peu moins de la moitié de celle-ci, 6'", 29. Or les colonnes 
centrales ont l'",0'> de diamètre, et les colonnes engagées qui les canton- 
nent, 0,27 c, au lieu de 0,64- c. et 0,19 c. Ces rapports proportionnels 
que nous trouvons dans l'architecture antique n'existent donc pas ici ; 
notez que 0,405'" font juste 15 pouces, et 0,27 c, 10 pouces, et les colon- 
nettes cantonnantes des piles de l'église de Semur sont les plus grêles que 
nous connaissions de cette époque; ordinairement ces colonnettes, qui 
ont une si grande importance parce qu'elles portent en apparence les 



— 147 — [ ÉCHELLE 1 

membres principaux de l'architecture, ont, dans les plus petits édifices, 
0,32 c. (1 pied), dans les plus grands 0,40 c. (15 pouces) ; par cas excep- 
tionnel, comme à Reims, 0,49 c. (18 pouces) ^; c'est-à-dire l'unité, l'unité 
plus 1/4, l'unité plus l/'â. Mais ce qui donne l'échelle d'un édifice, ce sont 
bien plus les mesures en hauteur que les mesures en largeur. Or, dans 
cette petite église de Semur, le niveau du dessus des bases est à l'",06 du 
sol et les piles n'ont que 5"',00 de haut, compris le chapiteau, jusqu'aux 
naissances des voûtes des bas-côtés. Dans la cathédrale d'Amiens, les 
piles qui remplissent le même objet ont 13"", 80, et le niveau du dessus des 
bases... l'",06. Dans la cathédrale de Reims, les piles ont 11"", 20 de haut, 
et les bases l'",30; l'",06 font juste 3 pieds 3 pouces; l'",30, 4 pieds, 
c'est-à-dire 3 unités 1/4, 4 unités. Les chapiteaux de ces piles de la nef 
d'Amiens ont, tout compris, 1™,14 de haut; ceux de Reims, d™,14, c'est-à- 
dire 3 pieds 6 pouces; ceux des petites piles de l'église de Semur, 1",06, 
comme les bases (3 pieds 3 pouces). La nef de la cathédrale de Reims a 
37",00 sous clef; les colonnettes de son triforium ont 3"", 50 de haut. La 
nef de la cathédrale d'Amiens a 42"°, 00 sous clef; les colonnes de son 
triforium ont de hauteur S^jOO. La nef de l'église de Semur a, sous clef, 
24", 00; les colonnettes de son triforium ont de hauteur 2", 00 : c'est le 
minimum, parce que le triforium est un passage de service, qu-'il indique 
la présence de l'homme ; aussi ne grandit-il pas en proportion de la dimen- 
sion de l'édifice. Les architectes, au contraire, même lorsque, comme 
à Amiens, la construction les oblige à donner au triforium une grande 
hauteur sous plafond, rappellent, par un détail important, très-visible, 
comme les colonnettes, la dimension humaine. C'est pour cela qu'à la 
base des édifices, dans les intérieurs, sous les grandes fenêtres, les archi- 
tectes ont le soin de plaquer des arcatures qui, quelle que soit la dimension 
de ces édifices, ne sont toujours portées que par des colonnettes de 2"',00 
de hauteur au plus, colonnettes qui sont ainsi, tout au pourtour du monu- 
ment, à la hauteur de l'œil, comme des moyens multipliés de rappeler 
l'échelle humaine, et cela d'une façon d'autant plus frappante, que ces 
colonnettes d'arcatures portent toujours sur un banc, qui, bien entendu, 
est fait pour s'asseoir, et n'a que la hauteur convenable à cet usage, c'est- 
à-dire de 0,40 à 0,45 c. Il va sans dire que les balustrades, les appuis 
n'ont jamais, quelle que soit la dimension des édifices, que la hauteur 
nécessaire, c'est-à-dire l'°,00 (3 pieds). 

Non-seulement la taille de l'homme, mais aussi la dimension des 
matériaux déterminent l'échelle de l'architecture romaine et surtout de 
l'architecture gothique. Tout membre d'architecture doit être pris dans 
une hauteur d'assise; mais comme les pierres à bâtir ne sont pas partout 

* Dans l'architecture champenoise du xiii» siècle , les colonnes sont d'un plus fort 
diamètre que dans l'école de l'Ile-de-France. Les plus grêles se trouvent dans l'école 
bourguignonne, et cela tient à la résistance extraordinaire des matériaux de celle 
province. 



[ ÉCHELLE ] — 148 — 

de la même hauteur de banc, c'est là où l'on reconnaît la souplesse des 
principes de cette architecture. Avec un tact et un sentiment de l'art assez 
peu appréciés de nos jours, l'architecte du moyen âge élève sa construction 
de façon à la mettre d'accord avec la dimension de l'édifice qu'il bâtit 
Peu importe que les matériaux soient hauts ou bas, il sait en même temps 
se soumettre à l'échelle imposée par ces matériaux et aux proportions 
convenables à un grand ou à un petit monument. Supposons qu'il ne 
possède que des pierres calcaires dont la hauteur de banc est de 0,40 c. 
au plus, et qu'il veuille bâtir un édifice d'une très-grande dimension, 
comme la façade de la cathédrale de Paris, par exemple ; admettons 
même qu'il tienne à donner à cette façade de grandes proportions, ou, 
pour mieux dire, une échelle supérieure à l'échelle commune. Il élèvera 
les soubassements en assises régulières, basses; si, dans ces soubasse- 
ments, il veut faire saillir des bandeaux, il ne donnera à ces bandeaux 
qu'une très-faible hauteur, et encore les fera-t-il tailler sur des profils 
fins, délicats, afin de laisser à la masse inférieure toute son importance; 
il maintiendra les lignes horizontales, comme indiquant mieux la stabilité. 
Arrivé à une certaine hauteur, il sent qu'il faut éviter l'uniformité conve- 
nable à un soubassement , que les lits horizontaux donnés par les assises 
détruiront l'effet des lignes verticales. Alors, devant cette structure com- 
posée d'assises, il place des colonnettes en délit qui sont comme un dessin 
d'architecture indépendant de la structure ; il surmonte ces colonnettes 
d'arcatures prises dans des pierres posées de même en délit et appareillées 
de telle façon qu'on n'aperçoive plus les joints de la construction : ainsi 
donne-t-il à son architecture les proportions qui lui conviennent, et il 
laisse à ces proportions d'autant plus de grandeur que, derrière ce placage 
décoratif, l'œil retrouve l'échelle vraie de la bâtisse, celle qui est donnée 
par la dimension des matériaux. La grande galerie à jour qui , sous les 
tours, termine la façade de Notre-Dame de Paris, est un chef-d'œuvre en 
ce genre. La structure vraie, comme un thème invariable, se continue du 
haut en bas, par assises réglées de 0,40 c. de hauteur environ. Devant 
cette masse uniforme se dessine d'abord la galerie des Rois, avec ses 
colonnes monolithes de 0,25 c. de diamètre, dressées entre des statues de 
3°',00 de hauteur. Puis vient se poser immédiatement une balustrade à 
l'échelle humaine, c'est-à-dire de 1°',00 de hauteur, qui rend à la galerie 
sa grandeur, en rappelant, près des figures colossales, la hauteur de 
l'homme. Au-dessus, les assises horizontales ; le thème continue sans rien 
qui altère son effet. L'œuvre se termine par cette grande galerie verticale 
(lont les colonnes monolithes ont 5", 10 de hauteur sur 0,18 c. de diamètre, 
couronnée par une arcature et une corniche saillante, haute, ferme, dans 
laquelle cependant l'ornementation et les profils se soumettent à la dimen- 
sion des matériaux (voy. corniche, fig. 17). Les tours s'élèvent sur ce 
vaste soubassement; elles se composent, comme chacun sait, de piles 
cantonnées de colonnettes engagées bâties par assises de 0,45 c. de hau- 
teur ; mais pour que l'œil, à cette distance, puisse saisir la construction, 



149 — [ ÉCHELLE 1 

énorme empilage d'assises, dans les angles, chacune de ces assises porte 
un crochet saillant se découpant sur les fonds ou sur le ciel. Ces longues 
séries de crochets, marquant ainsi l'échelle de la construction, rendent 
aux tours leur dimension véritable en faisant voir de combien d'assises 
elles se composent. Sur la façade de Notre-Dame de Paris, l'échelle donnée 
par la dimension de l'homme et par la nature des matériaux est donc 
soigneusement observée de la base au faîte. La statuaire, qui sert de point 
de comparaison, n'existe que dans les parties inférieures; les couronne- 
ments en sont dépourvus, et, en cela, l'architecte a procédé sagement : 
car, dans un édifice de cette hauteur, si l'on place des statues sur les 
couronnements, celles-ci paraissent trop petites lorsqu'elles ne dépassent 
pas du double au moins la dimension de l'homme ; elles écrasent l'archi- 
tecture lorsqu'elles sont colossales. 

En entrant dans une église ou une salle gothique, chacun est disposé à 
croire ces intérieurs beaucoup plus grands qu'ils ne le sont réellement ; 
c'est encore par une judicieuse application du principe de l'échelle 
humaine que ce résultat est obtenu. Comme nous l'avons dit tout à 
l'heure, les bases des piles, leurs chapiteaux, les colonnettes des galeries 
supérieures rappellent à diverses hauteurs la dimension de l'homme , 
quelle que soit la proportion du monument. De plus, la multiplicité des 
lignes verticales ajoute singulièrement à l'élévation. Dans ces intérieurs, 
les profils sont camards, fins, toujours pris dans des assises plus basses que 
celles des piles ou des parements. Les vides entre les meneaux des fenêtres 
ne dépassent jamais la largeur d'une baie ordinaire, soit 1",25 (4 pieds) 
au plus. Si les fenêtres sont très-larges , ce sont les meneaux qui, en se 
multipliant, rappellent toujours ces dimensions auxquelles l'œil est 
habitué, et font qu'en effet ces fenêtres paraissent avoir leur largeur 
réelle. D'ailleurs ces baies sont garnies de panneaux de vitraux séparés 
par des armatures en fer, qui contribuent encore à donner aux ouvertures 
vitrées leur grandeur vraie; et pour en revenir aux colonnes engagées 
indéfiniment allongées, dans l'emploi desquelles les uns voient une 
décadence ou plutôt un oubli des règles de l'antiquité sur les .ordres, les 
autres une influence d'un art étranger, d'autres encore un produit du 
hasard, elles ne sont que la conséquence d'un principe qui n'a aucun 
point de rapport avec les principes de l'architecture antique. D'abord il 
faut admettre que les ordres grecs n'existent plus, parce qu'en effet ils 
n'ont aucune raison d'exister chez un peuple qui abandonne complètement 
la plate-bande pour l'arc. La plate-bande n'étant plus admise, le point 
d'appui n'est plus une colonne, c'est une pile. La colonne qui porte une 
plate-bande est et doit être diminuée, c'est-à-dire présenter à sa base une 
section plus large que sous le chapiteau; c'est un besoin de l'œil d'abord, 
c'est aussi une loi de statique; car la plate-bande étant un poids inerte, il 
faut que le quillage sur lequel pose ce poids présente une stabilité par- 
faite. L'arc, au contraire, est une pesanteur agissante qui ne peut être 
maintenue que par une action opposée. Quatre arcs qui reposent sur une 



ÉCHELLE 



— 150 



pile se contre-buttent réciproquement, et la pile n'est plus qu'une résis- 
tance opposée à la résultante de ces actions opposées. Il ne viendra jamais 
à la pensée d'un architecte (nous disons architecte qui construit) de reposer 
quatre arcs sur une pile conique ou pyramidale. Il les bandera sur un 
cylindre ou un prisme, puisqu'il sait que la résultante des pressions 
obliques de ces quatre arcs, s'ils sont égaux de diamètre, d'épaisseur et 
de charge, passe dans l'axe de ce cylindre ou de ce prisme sans dévier. Il 
pourrait se contenter d'un poinçon posé sur sa pointe pour porter ces arcs. 
Or, comme nous l'avons assez fait ressortir dans l'article construction, le 
système des voûtes et d'arcs adopté par les architectes du moyen âge 
n'étant autre chose qu'un système d'équilibre des forces opposées les 
unes aux autres par des buttées ou des charges, tout dans cette architec- 
ture tend à se résoudre en des pressions verticales, et le système d'équi- 
libre étant admis , comme il faut tout prévoir, même l'imperfection dans 
l'exécution, comme il faut compter sur des erreurs dans l'évaluation des 
pressions obliques opposées ou chargées, et par conséquent sur des dévia- 
tions dans les résultantes verticales, mieux vaut dans ce cas une pile qui 
se prête à ces déviations qu'une pile inflexible sur sa base. En effet, soit 
(1), sur une pile A, une résultante de pressions qui, au lieu d'être parfai- 




tement verticale, soit oblique suivant la ligne CD, cette résultante oblique 
tendra à faire faire à la pile le mouvement indiqué en B. Alors la pile sera 
broyée sur ses arêtes. Mais soit, au contraire , sur une pile E, une résul- 
tante de pressions obliques, la pile tendra à pivoter sur sa base de manière 
à ce que la résultante rentre dans la verticale , comme le démontre le 
tracé F. Alors, si la pile est chargée, ce mouvement ne peut avoir aucun 
inconvénient sérieux. Tout le monde peut faire cette expérience avec un 
cône sur le sommet ou la base duquel on appuierait le doigt. Dans le 
premier cas, on fera sortir la base du plan horizontal ; dans le second, le 
cône obéira, et à moins de faire sortir le centre de gravité de la surface 
conique, on sentira sous la pression une résistance toujours aussi puis- 



— 151 — [ ÉCHELLE ] 

santé. Ainsi laissons donc là les rapports de la colonne des ordres antiques, 
qui n'ont rien à faire avec le système de construction de l'architecture du 
moyen âge. Ne comparons pas des modes opposés par leurs principes 
mêmes. Les architectes gothiques et même romans du Nord n'ont pas, à 
proprement parler, connu la colonne ; ils n'ont connu que la pile. Cette 
pile, quand l'architecture se perfectionne , ils la décomposent en autant 
de membres qu'ils ont d'arcs à porter ; rien n'est plus logique assurément. 
Ces membres ont des pressions égales ou à peu près égales à recevoir ; ils 
admettent donc qu'en raison de l'étendue des monuments ils donneront à 
chacun d'eux le diamètre convenable, 1 pied, 15 pouces, ou 18 pouces, 
comme nous l'avons démontré plus haut; cela est encore très-logique. Ils 
poseront ces membres réunis sur une base unique, non faite pour eux, 
mais faite pour l'homme, comme les portes, les balustrades, les marches, 
les appuis sont faits pour l'homme et non pour les monuments; cela n'est 
pas conforme à la donnée antique, mais c'est encore conforme à la 
logique, car ce ne sont pas les édifices qui entrent par leurs propres portes, 
qui montent leurs propres degrés ou s'appuient sur leurs propres balus- 
trades, mais bien les hommes. Ces membres, ou fractions de piles, ces 
points d'appui ont, celui-ci un arc à soutenir à cinq mètres du sol : on 
l'arrête à cette hauteur, on pose son chapiteau (qui n'est qu'un encorbel- 
lement propre à recevoir le sommier de l'arc, voy. chapiteau) ; cet autre 
doit porter son arc à huit mètres du sol : il s'arrête à son tour à ce niveau; 
le dernier recevra sa charge à quinze mètres, son chapiteau sera placé à 
quinze mètres de hauteur. Cela n'est ni grec, ni même romain, mais cela 
est toujours parfaitement logique. La colonne engagée gothique, qui 
s'allonge ainsi ou se raccourcit suivant le niveau de la charge qu'elle doit 
porter, n'a pas de module, mais elle a son échelle, qui est son diamètre; 
elle est cylindrique et non conique, parce qu'elle n'indique qu'un point 
d'appui recevant une charge passant par son axe, et qu'en supposant 
même une déviation dans la résultante des pressions, il est moins dange- 
reux pour la stabilité de l'édifice qu'elle puisse s'incliner comme le ferait 
un poteau, que si elle avait une large assiette s'opposant à ce mouvement. 
Son diamètre est aussi peu variable que possible, quelle que soit la dimen- 
sion de l'édifice, parce que ce diamètre uniforme , auquel l'œil s'habitue, 
paraissant grêle dans un vaste monument, large dans un petit, indique 
ainsi la dimension réelle, sert d'échelle, en un mot, comme les bases, les 
arcatures, balustrades, etc. 

Mais comme les architectes du moyen âge ont le désir manifeste de 
faire paraître les intérieurs des monuments grands (ce qui n'est pas un 
mal) , ils évitent avec soin tout ce qui pourrait nuire à cette grandeur. 
Ainsi ils évitent de placer des statues dans ces intérieurs, si ce n'est dans 
les parties inférieures, et, alors, ils ne leur donnent que la dimension 
humaine, tout au plus. L'idée de jeter des figures colossales sous une 
voi!ite ou un plafond ne leur est jamais venue à la pensée, parce qu'ils 
étaient architectes , qu'ils aimaient l'architecture et ne permettaient pas 



[ ÉCHELLI.E ] — 15^ — 

aux autres arts de détruire l'ettet qu'elle doit produire. Les sculpteurs 
n'en étaient pas plus malheureux ou moins habiles pour faire *de la 
statuaire à l'échelle ; ils y trouvaient leur compte et l'architecture y trou- 
vait le sien (voy. statuaire). 

Que, d'un point de départ si vrai, si logique, si conforme aux principes 
invariables de tout art; que, de ce sentiment exquis de l'artiste se sou- 
mettant à une loi rigoureuse sans affaiblir l'expression de son génie 
personnel, on en soit venu à dresser dans une ville, centre de ces écoles 
délicates et sensées , un monument comme l'arc de triomphe de l'Étoile, 
c'est-à-dire hors d'échelle avec tout ce qui l'entoure, une porte sous 
laquelle passerait une frégate matée ; un monument dont le mérite prin- 
cipal est de faire paraître la plus grande promenade de l'Europe un bosquet 
d'arbrisseaux ; il faut que le sens de la vue ait été parmi nous singulière- 
ment faussé et que , par une longue suite d'abus en matière d'art, nous 
ayons perdu tout sentiment du vrai. Il y a plus d'un siècle déjà, le prési- 
dent De Brosses \ parlant de sa première visite à la basilique de Saint- 
Pierre de Rome, dit que, à l'intérieur, ce vaste édifice ne lui sembla « ni 
« grand, ni petit, ni haut, ni bas, ni large, ni étroit. » 11 ajoute : « On ne 
« s'aperçoit de son énorme étendue que par relation, lorsqu'en considé- 
« rant une chapelle, on la trouve grande comme une cathédrale ; lorsqu'en 
« mesurant un marmouset qui est là au pied d'une colonne, on lui trouve 
« un pouce gros comme le poignet. Tout cet édifice, par l'admirable 
« justesse de ses proportions, a la propriété de réduire les choses déme- 
« surées à leur juste valeur. Voilà une propriété bien heureuse ! » Faire 
un édifice colossal pour qu'il ne paraisse que de dimension ordinaire, 
faire des statues d'enfants de trois mètres de hauteur pour qu'elles 
paraissent être des marmots de grandeur naturelle ! Le président De Brosses 
est cependant un homme d'esprit, très-éclairé, aimant les arts ; ses lettres 
sont pleines d'appréciations très-justes. C'est à qui, depuis lui, a répété ce 
jugement d'amateur terrible , a fait à Saint-Pierre de Rome ce mauvais 
compliment. On pourrait en dire autant de notre arc de triomphe de 
l'Etoile et de quelques autres de nos monuments modernes : « L'arc de 
l'Étoile, par l'admirable justesse de ses proportions, ne paraît qu'une porte 
ordinaire; il a la propriété de réduire tout ce qui l'entoure à des dimen- 
sions tellement exiguës, que l'avenue des Champs-Elysées paraît un sentier 
bordé de haies et les voitures qui la parcourent des fourmis qui vont à 
leurs affaires sur une traînée de sable. » Si c'est là le but de l'art, le mont 
Blanc est fait pour désespérer tous les architectes, car jamais ils n'arri- 
veront à faire un édifice qui ait à ce degré le mérite de réduire à néant 
tout ce qui l'entoure. Dans la ville où nous nous évertuons à élever des 
édifices publics qui ne rappellent en rien l'échelle humaine, percés de 
fenêtres tellement hors de proportion avec les services qu'elles sont desti- 
nées à éclairer, qu'il faut les couper en deux et en quatre par des planchers 

' L'ttres familières (écrites d'Italie en 1740, par C. De Brosses. T. Il, p. 3. 



— 153 — L ÉCOLE I 

et des cloisons, si bien que des pièces prennent leurs jours ainsi que 
l'indique la figure ci-contre (2) , ce qui n'est ni beau ni commode ; que 




nous couronnons les corniches de ces édifices de lucarnes avec lesquelles 
on ferait une façade raisonnable pour une habitation ; dans cette même 
ville, disons-nous, on nous impose (et l'édilité en soit louée !) des dimen- 
sions pour les hauteurs de nos maisons et de leurs étages. La raison 
publique veut qu'on se tienne, quand il s'agit d'édifices privés, dans les 
limites qu'imposent le bon sens et la salubrité. Voilà qui n'est plus du 
tout conforme à la logique, car les édifices publics (ou nous nous abusons 
étrangement) sont faits pour les hommes aussi bien que les maisons, et 
nous ne grandissons pas du double ou du triple quand nous y entrons. 
Pourquoi donc ces édifices sont-ils hors d'échelle avec nous , avec nos 
besoins et nos habitudes?... Cela est plus majestueux, dit-on. Mais la 
façade de Notre-Dame de Paris est suffisamment majestueuse, et elle est à 
l'échelle de notre faiblesse humaine ; elle est grande, elle paraît telle, mais 
les maisons qui l'entourent sont toujours des maisons et ne ressemblent 
pas à des boîtes à souris, parce que, sur cette façade de Notre-Dame, si 
grande qu'elle soit, les architectes ont eu le soin de rappeler, du haut en 
bas, cette échelle humaine, échelle infime, nous le voulons bien, mais 
dont nous ne sommes pas les auteurs. 



ÉCHIFFRE {Mur (T). C'est le mur sur lequel s'appuient les marches 
d'un escalier, quand ce mur ne dépasse pas les niveaux ressautants du 
degré (voy. escalier). 

ÉCOLE, s. f. Pendant le moyen âge, il y a eu, sur le territoire de la 
France de nos jours, plusieurs écoles, soit pendant l'époque romane, soit 
pendant la période gothique. Les écoles romanes sont sorties, la plupart, 
des établissements monastiques; quelques-unes, comme l'école romane 
de l'Ile-de-France et de Normandie, tiennent à l'organisation politique de 
T. V. 20 



[ ÉGLISE ] — 154 — 

ces contrées; d'autres, comme les écoles de la Provence et d'une partie du 
Languedoc, ne sont que l'expression du système des municipalités 
romaines qui, dans ces contrées, se conserva jusqu'à l'époque de la 
guerre des Albigeois ; ces dernières écoles suivent, plus que toute autre, 
les traditions de l'architecture antique. D'autres encore, comme les écoles 
du Périgord, de la Saintonge, de l'Angoumois et d'une partie du Poitou, 
ont subi, vers le xi"" siècle, les influences de l'art byzantin. On ne compte, 
dans nos provinces, que quatre écoles pendant la période gothique : 
l'école de l'Ile-de-France, du Soissonnais, du Beauvoisis; l'école bourgui- 
gnonne; l'école champenoise, et l'école normande (voy., pour les déve- 
loppements, les articles architecture religieuse, monastique, cathédrale, 

CLOCHER, construction, ÉGLISE, PEINTURE, SCULPTURE, STATUAIRE). 

ECU, s. m. (voy. armoiries). 

ÉGLISE PERSONNIFIÉE, SYNAGOGUE PERSONNIFIÉE. Vers le Commencement 
du XIII ^ siècle, les constructeurs de nos cathédrales, se conformant à 
l'esprit du temps, voulurent retracer sur les portails de ces grands édifices 
à la fois religieux et civils, non-seulement l'histoire du monde, mais tout 
ce qui se rattache à la création et aux connaissances de l'homme, à ses 
penchants bons ou mauvais (voy. cathédrale). En sculptant sous les 
voussures de ces portails et les vastes ébrasements des portes les scènes de 
l'Ancien Testament et celles du Nouveau, ils prétendirent cependant indi- 
quer à la foule des fidèles la distinction qu'il faut établir entre la loi 
Nouvelle et l'Ancienne ; c'est pourquoi , à une place apparente , sur ces 
façades, ils posèrent deux statues de femme, l'une tenant un étendard qui 
se brise dans ses mains, ayant une couronne renversée à ses pieds, laissant 
échapper des tablettes, baissant la tête, les yeux voilés par un band*eau ou 
par un dragon qui s'enroule autour de son front : c'est l'Ancienne loi, la 
Synagogue, reine déchue dont la gloire est passée, aveuglée par l'esprit 
du mal, ou incapable au moins de connaître les vérités éternelles de la 
Nouvelle loi. L'autre statue de femme porte la couronne en tête, le front 
levé; son expression est fière; elle tient d'une main l'étendard de la foi, 
de l'autre un calice ; elle triomphe et se tourne du côté de l'assemblée des 
apôtres, au milieu de laquelle se dresse le Christ enseignant : c'est la loi 
Nouvelle , l'Eglise. Ce beau programme était rempli de la façon la plus 
complète sur le portail de la cathédrale de Paris. Les statues de l'Eglise et 
de la Synagogue se voyaient encore des deux côtés de la porte principale, 
à la fin du dernier siècle, dans de larges niches pratiquées sur la face des 
contre-forts : l'Eglise à la droite du Christ entouré des apôtres, la Syna- 
gogue à la gauche *. 

Nous ne possédons plus en France qu'un très -petit nombre de ces 
statues. L'église de Saint-Seurin de Bordeaux a conservé les siennes, ainsi 

' Ces deux statues furent renversées en août 1792. Elles viennent d'être replacées. 



— 155 — [ 15GLISE ] 

que les cathédrales de Strasbourg et de Reims. L'Église et la Synagogue 
manquent parmi les statues de nos grandes cathédrales vraiment fran- 
çaises, comme Chartres, Amiens, Bourges; elles n'existent qu'à Paris et à 
Reims. On doit observer à ce propos que les statues de l'Église et de la 
Synagogue, mises en parallèle et occupant des places très-apparentes, ne se 
trouvent que dans des villes où il existait, au moyen âge, des populations 
juives nombreuses. Il n'y avait que peu ou point de juifs à Chartres, à 
Bourges, à Amiens; tandis qu'à Paris, à Reims, à Bordeaux, dans les villes 
du Rhin, en Allemagne, les familles juives étaient considérables, et furent 
souvent l'objet de persécutions. La partie inférieure de la façade de Notre- 
Dame de Paris ayant été bâtie sous Philippe-Auguste, ennemi des juifs, il 
n'est pas surprenant qu'on ait, à cette époque, voulu faire voir à la foule l'état 
d'infériorité dans lequel on tenait à maintenir l'Ancienne loi. A Bordeaux, 
.ville passablement peuplée de juifs, au xiii^ siècle, les artistes statuaires 
qui sculptèrent les figures du portail méridional de Saint-Seurin ne se 
bornèrent pas à poser un bandeau sur les yeux de la Synagogue, ils entou- 
rèrent sa tête d'un dragon (1), ainsi que l'avaient fait les artistes parisiens. 
La Synagogue de Saint-Seurin de Bordeaux a laissé choir sa couronne à 
ses pieds ; elle ne tient que le tronçon de son étendard et ses tablettes sont 
renversées ; à sa ceinture est attachée une bourse. Est-ce un emblème des 
richesses que l'on supposait aux juifs? En A est un détail de la tête de 
cette statue. 

• A la cathédrale de Bamberg, dont la statuaire est si remarquable et 
rappelle, plus qu'aucune autre en Allemagne, les bonnes écoles françaises 
des xii^ et xiii^ siècles, les représentations de l'Église et de la Synagogue 
existent encore des deux côtés du portail nord; et, fait curieux en ce qu'il 
se rattache peut-être à quelque acte politique de l'époque , bien que ce 
portail soit du xii" siècle, les deux statues de l'Ancienne et de la Nouvelle 
loi sont de 1230 environ; de plus, elles sont accompagnées de figures 
accessoires qui leur donnent une signification plus marquée que partout 
ailleurs. 

La Synagogue de la cathédrale de Bamberg (2) repose sur une colonne 
à laquelle est adossée une petite figure de juif, facile à reconnaître à 
son bonnet pointu *. Au-dessus de cette statuette est un diable dont les 
jambes sont pourvues d'ailes; il s'appuie sur le bonnet du juif. La statue 
de l'Ancienne loi est belle ; ses yeux sont voilés par un bandeau d'étoffe ; 
de la main gauche elle laisse échapper cinq tablettes, et de la droite elle 
tient à peine son étendard brisé. On ne voit pas de couronne à ses pieds. 
En pendant, à la gauche du spectateur, par conséquent à la droite de la 
porte, l'Église repose de même sur une colonnette dont le fût, à sa partie 
inférieure , est occupé par une figure assise ayant un phylactère déployé 

' Personne n'ignore qu'au moyen âge , dans les villes , les juifs étaient obligés de 
porter un bonnet d'une forme particulière , ressemblant assez à celle d'un entonnoir 
ou d'une lampe de suspension renversée. 



[ ÉGLrSE I — 15t) — 

sur ses genoux (3) ; de la main droite (mutilée aujourd'hui), ce personnage 
paraît bénir; la tête manque, ce qui nous embarrasse un peu pour dési- 
gner cette statuette que cependant nous croyons être le Christ. Au-dessus 
sont les quatre évangélistes, c'est-à-dire en bas le lion et le bœuf, au-dessus 




l'aigle et l'ange. Malheureusement les deux bras de la loi Nouvelle sont 
brisés. Au reste, on reconnaît toutefois qu'elle tenait l'étendard de la main 
droite et le calice delà gauche. Cette statue, d'une belle exécution, pleine 
de noblesse, et nullement maniérée comme le sont déjà les statues de cette 
époque en Allemagne, est couronnée. Elle est, ainsi que son pendant, 
couverte par un dais. 



— 157 



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La cathédrale de Strasbourg conserve encore , des deux côtés de son 



( ÉGLISE ] — 158 — 

portail méridional, qui date du xii^ siècle, deux statues de l'Église et de la 
Synagogue sculptées vers le milieu du xiii* siècle. Ainsi ces représentations 
sculptées sur les portails des églises paraissent avoir été faites de 1210 à 
1260, c'est-à-dire pendant la période particulièrement funeste aux juifs, 
celle où ils furent persécutés avec le plus d'énergie en Occident. La Syna- 
gogue de la cathédrale de Strasbourg que nous donnons (A) a les yeux 



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bandés; son étendard se brise dans sa main; son bras gauche, pendant, 
laisse tomber les tables. L'Église (5) est une gracieuse figure, presque sou- 
riante, sculptée avec une finesse rare dans ce beau grès rouge des Vosges 
qui prend la couleur du bronze. 

Cette manière de personnifier la religion chrétienne et la religion juive 
n'est pas la seule. Nous voyons au-dessus de la porte méridionale de la 
cathédrale de Worms, dans le tympan du gable qui surmonte cette porte, 
une grande figure de femme couronnée, tenant un calice de la main droite 
comme on tient un vase dans lequel on se fait verser un liquide. Cette 
femme couronnée (6) est fièrement assise sur une bête ayant quatre têtes, 
aigle, lion, bœuf, homme; quatre jambes, pied humain, pied fendu, patte 
de lion et serre d'aigle : c'est encore la Nouvelle loi. Dans le tympan de la 
porte qui surmonte cette statue , on voit un couronnement de la Vierge ; 
dans les voussures, la Nativité, l'arche de Noé, Adam et Eve, le crucifie- 



— 159 — 



[ ÉGLISE ] 



ment, les trois femmes au tombeau, Jésus-Christ ressuscitant et des 
prophètes. Parmi les statues des ébrasements, on remarque TEglise et 
la Synagogue. La religion chrétienne porte l'étendard levé, elle est 
couronnée; la religion juive a les yeux bandés, elle égorge un bouc; sa 
couronne tombe d'un côté, ses tablettes de l'autre. 



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Nous trouvons l'explication étendue de la statue assise sur la bête à 
quatre tètes dans le manuscrit d'Herrade de Landsberg, le Hortus delicia- 
rum, déposé aujourd'hui dans la bibliothèque de Strasbourg*. L'une des 
vignettes de ce manuscrit représente le Christ en croix. Au-dessus des 
deux bras de la croix, on voit le soleil qui pleure et la lune, puis les voiles 
du temple déchirés. Au-dessous, deux Romains tenant l'un la lance, 
l'autre l'éponge imprégnée de vinaigre et de fiel; la Vierge, saint Jean et 
les deux larrons. Sur le premier plan, à la droite du Sauveur, une femme 
couronnée assise, comme celle de la cathédrale de Worms, sur la bête, 
symbole des quatre évangiles ; elle tend une coupe dans laquelle tombe le 



' Ce manuscrit est une sorte d'encyclopédie; il date du \u' siècle. Plusieurs de ses 
miniatures ont été reproduites par nous dans le Dictionnaire du mobilier français. 



ÉGLISE 



160 — 



sang du Christ ; dans la main gauche, elle porte un étendard terminé par 
une croix. A la gauche du divin supplicié est une autre femme, assise sur 
un âne dont les pieds buttent dans des cordes nouées ; la femme a les 




jambes nues; un voile tombe sur ses yeux; sa main droite tient un 
couteau, sa main gauche des tablettes ; sur son giron repose un bouc ; 
son étendard est renversé. En bas de la miniature, des morts sortent de 
leurs touibeaux. 

Bien que la sculpture de Worms date du milieu du xiii" siècle, elle 
nous donne, en statuaire d'un beau style, un fragment de cette scène si 
complètement tracée au xii'' par Herrade de Landsberg, c'est-à-dire 
l'Église recueillant le sang du Sauveur assise sur les quatre évangiles. La 
femme portée par l'âne buttant personnifie la Synagogue : c'était traiter 
l'Ancien Testament avec quelque dureté. 

Souvent, dans nos vitraux français, on voit de même un Christ en croix 



— Kii — I ÉGLISE I 

avec l'Église et la Synagogue à ses côtés, mais représentées sans leurs 
montures, l'Eglise recueillant le sang du Sauveur dans un calice, et la 
Synagogue voilée, se détournant comme les statues de Bamberg et de 
Strasbourg, ou tenant un jeune bouc qu'elle égorge. Villard de Honnecourt 
parait, dans la vignette 57'' de son manuscrit, avoir copié une de ces 
figures de l'Église sur un vitrail ou peut-être sur une peinture de son temps. 

ÉCLISE, s. f. Lieu de réunion des fidèles. Pendant le moyen âge, on a 
divisé les églises en églises cathédrales, abbatiales, conventuelles, collé- 
giales et paroissiales. 

Les églises paroissiales se trouvaient sous la juridiction épiscopale ou 
sous celle des abbés ; aussi c'était à qui, des évêques et des abbés, aurait 
à gouverner un nombre de paroisses plus considérable; de là une des 
premières causes du nombre prodigieux d'églises paroissiales élevées dans 
les villes et les bourgades pendant les xii*" et xiii"' siècles, c'est-à-dire à 
l'époque de la lutte entamée entre le pouvoir monastique et le pouvoir 
épiscopal. D'ailleurs, la division, l'antagonisme existent dans toutes les 
institutions religieuses ou politiques du moyen âge ; chacun, dans Tordre 
civil comme dans l'ordre spirituel, veut avoir une part distincte. Les 
grandes abbayes, dès le xi'' siècle, cherchèrent à mettre de l'unité au 
milieu de ce morcellement général ; mais il devint bientôt évident que 
l'institut monastique établissait cette unité à son propre avantage; l'épis- 
copat le reconnut assez tôt pour profiter du développement municipal du 
xii^ siècle et ramener les populations vers lui, soit en bâtissant d'immenses 
cathédrales, soit en faisant reconstruire, surtout dans les villes, les églises 
paroissiales sur de plus grandes proportions. Si nous parcourons, en effet, 
les villes de la France, au nord de la Loire, nous voyons que, non-seule- 
ment toutes les cathédrales, mais aussi les églises paroissiales, sont 
rebâties pendant la période comprise entre 1150 et 1250. Ce mouvement, 
provoqué par l'épiscopat, encouragé par la noblesse séculière, qui voyait 
dans les abbés des seigneurs féodaux trop puissants, fut suivi avec ardeur 
par les populations urbaines, chez lesquelles l'église était alors un signe 
d'indépendance et d'unité. Aussi, du xu'' au xiu" siècle, l'argent affluait 
pour bâtir ces grandes cathédrales et les paroisses qui se groupaient 
autour d'elles. 

Les églises abbatiales des clunisiens avaient fait école, c'est-à-dire que 
les paroisses qui en dépendaient imitaient, autant que possible, et dans 
des proportions plus modestes, ces monuments types. 11 en fut de même 
pour les cathédrales lorsqu'on les rebâtit à la fin du xii'' siècle et au 
commencement du xiii''; elles servirent de modèles pour les paroisses 
qui s'élevaient dans le diocèse. Il ne faudrait pas croire cependant que ces 
petits monuments fussent des réductions des grands ; l'imitation se bornait 
sagement à adopter les méthodes de construire, les dispositions de détail, 
l'ornementation et certains caractères iconographiques des vastes églises 
abbatiales ou des cathédrales. 

T. V. 21 



I ÉGLISE I — 1(52 — 

Vers le v' siècle, lorsque le nouveau culte put s'exercer publiquement, 
deux principes eurent une action marquée dans la construction des églises 
en Occident : la tradition des basiliques antiques qui , parmi les monu- 
ments païens, servirent les premiers de lieu de réunion pour les fidèles ; 
puis le souvenir des sanctuaires vénérables creusés sous terre, des cryptes 
qui avaient renfermé les restes des martyrs, et dans lesquelles les saints 
mystères avaient été pratiqués pendant les jours de persécution. Rien ne 
ressemble moins à une crypte qu'une basilique romaine ; cependant la 
basilique romaine possède, à son extrémité opposée à l'entrée, un hémi- 
cycle voûté en cul-de-four, le tribunal. C'est là que, dans les premières 
églises chrétiennes, on établit le siège de l'évêque ou du ministre ecclé- 
siastique qui le remplaçait ; autour de lui se rangeaient les clercs ; l'autel 
était placé en avant, à l'entrée de Thémicycle relevé de plusieurs marches. 
Les fidèles se tenaient dans les nefs , les hommes d'un côté, les femmes 
de l'autre. Habituellement nos premières églises françaises possèdent, 
sous l'hémicycle, l'abside, une crypte dans laquelle était déposé un corps 
saint, et quelquefois le fond de l'église lui-même rappelle les dispositions 
de ces constructions souterraines, bien que la nef conserve la physionomie 
de la basilique antique. Ces deux genres de construction si opposés 
laissent longtemps des traces dans nos églises, et les sanctuaires sont 
voûtés, élevés suivant la méthode concrète des édifices romains bâtis en 
briques et blocages, tandis que les nefs ne consistent qu'en des murs légers 
reposant sur des rangs de piles avec une couverture en charpente comme 
les basiliques antiques. 

Nous ne possédons sur les églises primitives du sol de la France que 
des données très-vagues, et ce n'est guère qu'à dater du x" siècle que 
nous pouvons nous faire une idée passablement exacte de ce qu'étaient 
ces édifices; encore, à cette époque, présentaient-ils des variétés suivant 
les provinces au milieu desquelles on les élevait. Les églises primitives de 
l'Ile-de-France ne ressemblent pas à celles de l'Auvergne; celles-ci ne 
rappellent en rien les églises de la Champagne, ou de la Normandie, ou 
du Poitou. Les monuments religieux du Languedoc diftèrent essentielle- 
ment de ceux élevés en Bourgogne. Chaque province, pendant la période 
romane, possédait son école, issue de traditions diverses. Partout Tin- 
fluence latine se fait jour d'abord ; elle s'altère plus ou moins, suivant 
que ces provinces se mettent en rapport avec des centres actifs de civili- 
sation voisins ou trouvent dans leur propre sein des ferments nouveaux. 
L'Auvergne , par exemple, qui, depuis des siècles, passe pour une des 
provinces de France les plus arriérées, possédait, au xi'^ siècle, un art 
très-avancé, très-complet, qui lui permit d'élever des églises belles et 
solides, encore debout aujourd'hui. La Champagne, de toutes les pro- 
vinces françaises, la Provence exceptée, est celle qui garda le plus long- 
temps les traditions latines, peut-être parce que son territoire renfermait 
encore, dans les premiers siècles du moyen âge, un grand nombre d'édi- 
fices romains. Il en est de même du Soissonnais. En Occident, près des 



— 103 — I ÉGLISE I 

rivages de l'Océan, nous trouvons, au contraire, dès le x'= siècle, une 
influence byzantine marquée dans la construction des édifices religieux. 
Cette influence byzantine se fait jour à FEst le long des rives du Rhin, 
mais elle prend une autre allure. Ayant maintes fois, dans ce Diction- 
naire, l'occasion de nous occuper des églises et des diverses parties qui 
entrent dans leur construction (voy. abside, architecture religieuse, 

CATHÉDRALE, CHAPELLE, CHOEUR, CLOCHER, CONSTRUCTION, NEF, TRAVÉe), nOUS 

nous bornerons à signaler ici les caractères généraux qui peuvent aider à 
classer les églises par écoles et par époques. 

ÉCOLE FRANÇAISE. L'unc dcs plus anciennes églises de l'école française, 
proprement dite , est la Basse-OEuvre de Béarnais, dont la nef appartient 
au VIII'' ou ix^ siècle. Celte nef est celle d'une basilique romaine avec ses 
collatéraux. Elle se compose de deux murs percés de fenêtres terminées 
en plein cintre, de deux rangs de piliers à section carrée portant des archi- 
voltes plein cintre et les murs supérieurs percés également de fenêtres. 
Cette construction si simple était couverte par une charpente apparente. 
L'abside, détruite aujourd'hui, se composait probablement d'un hémicycle 
couvert en cul-de-four; existait-il un transsept? c'est ce que nous ne 
saurions dire. Quant à la façade reconstruite au xi^ siècle, elle était vrai- 
semblablement précédée, dans l'origine, d'un portique ou d'un narthex, 
suivant l'usage de l'église primitive. La construction de cet édifice est 
encore toute romaine, avec parements de petits moellons à faces carrées 
et cordons de briques. Nulle apparence de décoration, si ce n'est sur la 
façade élevée postérieurement. Il faut voir là l'église franco-latine dans sa 
simplicité grossière. Les murs, à l'intérieur, devaient être décorés de 
peintures, puisque les auteurs qui s'occupent des monuments religieux 
mérovingiens et carlovingiens, Grégoire de Tours en tête, parlent sans 
cesse des peintures qui tapissaient les églises de leur temps. Les fenêtres 
devaient être fermées de treillis de pierre ou de bois dans lesquels s'en- 
châssaient des morceaux de verre ou de gypse (voy. fenêtre). L'ancien 
Beauvoisis conserve encore d'autres églises à peu près contemporaines de 
la Basse-OEuvre, mais plus petites, sans collatéraux, et ne se composant 
que d'une salle quadrangulaire avec abside carrée ou semi-circulaire. Ce 
sont de véritables granges. Telles sont les églises d'Abbecourt, d'Auviller, 
de Bailleval, de Bresles '. Ces églises n'étaient point voûtées, mais cou- 
vertes par des charpentes apparentes. Nous voyons cette tradition persister 
jusque vers le commencement du xii** siècle. Les nefs continuent à être 
lambrissées; les sanctuaires seuls, carrés généralement, sont petits et 
voûtés. Les transsepts apparaissent. rarement; mais, quand ils existent, ils 
sont très-prononcés, débordant les nefs de toute leur largeur. L'église de 
Montmille^ est une des plus caractérisées parmi ces dernières. La nef avec 

' Voy. les Monuments de l'ancien Beauvoisis, par M. E. Woillez. Paris, 1839- 
1849. 
'^ Prietiré de Montinille, église de Saiul-Maxien, xi"^ siècle. 



[ ÉGLISE I — 164 — 

ses collatéraux était lambrissée ainsi que le transsept. Quatre arcs dou- 
bleaux , sur la croisée , portaient une tour très-probablement ; le chœur 
seul est voûté. 

Dès le XI'' siècle, on construit à Paris l'église du prieuré de Saint-Martin- 
des-Champs de Tordre de Cluny, dont le chœur existe encore. Déjà, dans 
cet édifice , le sanctuaire est entouré d'un bas-côté avec chapelles rayon- 
nantes'. Même disposition dans l'église abbatiale deMorienval (Oise), qui 
date du commencement du xi^ siècle. 

Mais c'est au xn'' siècle que, dans l'Ile-de-France, l'architecture reli- 
gieuse prend un grand essor. Au milieu de ce siècle , l'abbé Suger bâtit 
l'église abbatiale de Saint-Denis avec nombreuses chapelles rayonnantes 
autour du chœur. Immédiatement après s'élèvent les cathédrales de 
Noyon, de Senlis % de Paris'', l'église abbatiale de Saint-Germer, les 
églises de Saint-Maclou, de Pontoise, dont il ne reste que quelques parties 
anciennes à l'abside, les églises de Bagneux et d'Arcueil, celle de l'abbaye 
de Montmartre, la petite église de Saint-Julien-le-Pauvre à Paris, celle de 
Vernouillet, de Yétheuil dont le chœur seul du xii" siècle subsiste, l'église 
de Nesles (Seine-et-Oise), le chœur de l'église abbatiale de Saint-Germain- 
des-Prés à Paris , les églises de Saint-Étienne de Béarnais '*, de Saint- 
Evremont de Creil, de Saint-Martin de Laon, l'église abbatiale de Saint-Leu 
d'Esserent (Oise), la cathédrale de Soissons ^ 

ÉCOLE FRANco-CHAMPENoisE. Cette écolc cst uu dérivé de la précédente; 
mais elle emprunte certains caractères à l'école champenoise, qui est plus 
robuste et conserve des traditions de l'architecture antique. Les matériaux 
de la Brie sont peu résistants, et les constructeurs ont tenu compte de 
leur défaut de solidité en donnant aux piliers, aux murs, une plus forte 
épaisseur, en tenant leurs édifices plus trapus que dans l'Ile-de-France 
proprement dite. 

La cathédrale de Meaux appartient encore entièrement à l'école fran- 
çaise ^; mais l'influence de l'école champenoise se fait sentir à la fin du 
XII'' siècle dans les églises de Saint-Quiriace de Provins , de Moret '', de 
Nemours, de Champeaux, de Brie-Comte-Robert. 

ÉCOLE CHAMPENOISE. C'cst uuc dcs plus brillantes ; elle se développe rapi- 
dement, et ses premiers essais sont considérables. Les églises champe- 

' Presque toutes les voûtes hautes et basses de ce chœur ont été remaniées vers la 
tin du XII' siècle. 

^ Au xii" siècle, la cathédrale de Sentis n'avait pas de transsept. 

^ Tout fait supposer que le plan de la cathédrale de Paris avait été primitivement 
conçu sans transsept, comme l'église Notre-Dame de Mantes et l'église collégiale de 
Poissy, et plus tard la cathédrale de Bourges. 

* La nef seule date du xu" siècle, le chœur a été rebâti. 

^ Il ne s'agit ici que du bras de croix méridional de cette cathédrale. 

" La cathédrale de Meaux a été moditiée depuis la fin du xii'' siècle, épocpie de sa 
construction (voj. (;,vrHÉDRAi,F,). 

Le chd'iM' seul date du \\v siècle; il est dépourvu de bas-côlés. 



— 165 — [ ÉGLISE ] 

noises des x'= et xi" siècles possédaient, connne celles de TIle-de-France, 
des nefs couvertes en charpente ; alors les sanctuaires seuls étaient voûtés. 
La grande église abbatiale de Saint-Remy de Reims, d'une étendue peu 
commune, se composait d'une nef lambrissée avec doubles bas-côtés 
voûtés à deux étages. Un chœur vaste, avec bas-côtés et chapelles, rem- 
plaça, au xii^ siècle, les absides en cul-de-four ^ L'église de Notre-Dame 
de Châlons-sur-Marne ne portait, sur la nef centrale, que des charpentes. 
Lorsqu'au xii'' siècle on reconstruisit le chœur de cette église, on éleva des 
voûtes sur la nef. Les églises importantes de la basse Champagne possè- 
dent, comme celles de l'Ile-de-France, des galeries voûtées au-dessus des 
bas-côtés , comprenant la largeur de ces collatéraux. Au xii^ siècle , on 
élève , dans la haute Champagne , des églises qui se rapprochent encore 
davantage de l'architecture antique romaine et quj se fondent dans l'école 
bourguignonne : telle est, par exemple, la cathédrale de Saint-Mammès à 
Langres, et plus tard la charmante église de Montiérender, les églises 
d'isomes et de Saint-Jean-Baptiste à Chaumont. 

ÉCOLE BOURGUIGNONNE. Elle naît chez les clunisiens. Dès le xi* siècle, elle 
renonce aux charpentes sur les nefs ; elle fait, la première , des efforts 
persistants pour allier la voûte au plan de la basilique antique. Nous en 
avons un exemple complet dans la nef de l'église abbatiale de Vézelay. 
Au xii" siècle , cette école est puissante, bâtit en grands et solides maté- 
riaux ; elle prend aux restes des édifices antiques certains détails d'archi- 
tecture, tels que les pilastres cannelés, par exemple, les corniches à 
modillons ; elle couvre le sol d'une grande quantité d'églises dont nous 
citons seulement les principales : Cluny, Vézelay, la Charité-sur-Loire, 
d'abord ; puis les églises de Paray-le-Monial, de Semur-en-Brionnais, de 
Châteauneuf, de Saulieu, de Beaune, de Saint-Philibert de Dijon, de 
Monlréale (Yonne) , à la fin du xii'' siècle. 

L'école bourguignonne abandonne difficilement les traditions romanes, 
et pendant que déjà on construisait, dans l'Ile-de-France et la basse 
Champagne, des églises qui présentent tous les caractères de l'architecture 
gothique, on suivait en Bourgogne, avec succès, les méthodes clunisiennes 
en les perfectionnant. 

ÉCOLE AUVERGNATE. Elle pcut passer pour la plus belle école romane ; 
seule, elle sut, dès le xi*" siècle, élever des églises entièrement voûtées et 
parfaitement solides; aussi, le type trouvé, elle ne s'en écarte pas. A la 
fin du xi^ siècle et pendant le xii% on bâtissait, dans cette province, 
l'église de Saint-Paul d'Issoire, la cathédrale du Puy-en-Vélay, les églises 
de Saint-Nectaire, de Notre-Dame -du-Port (Clermont) , de Saint-Julien de 
Brioude , et quantité de petits monuments à peu près tous conçus d'après 
le même principe. Cette école s'étendait, au nord, jusque sur les bords de 
l'Allier, à Ebreuil, à Châtel-Montagne , à Cogniat, jusqu'à Neversdansla 

" La nef de Saint-Remy de Reims, qui date du x= siècle, lut voûtée au xn'. Ces 
voûtes furent refaites en lattis et plâtre il y a peu d'années. 



[ ÉdLiSE I — 16b — 

construction de l'église de Saint-Etienne ; au sud, jusqu'à Toulouse (église 
de Saint-Sernin), et même jusqu'à Saint-Papoul. 

ÉCOLE POITEVINE. Très-fécondc en monuments, à cause de la quantité et 
de la qualité des matériaux calcaires, cette école est moins avancée que 
l'école auvergnate ; elle possède à un degré moins élevé le sentiment des 
belles dispositions. Comme cette dernière, elle sut bâtir des églises voûtées 
durables, dès le xi" siècle, en contre-buttant les voûtes en berceaux des 
grandes nefs par celles des collatéraux , mais sans les galeries de premier 
étage des églises d'Auvergne, c'est-à-dire que les églises romanes du Poitou 
se composent généralement de trois nefs à peu près égales en hauteur 
sous clef, voûtées au moyen de trois berceaux , celui central plus large 
que les deux autres ; tandis que les églises auvergnates comprennent des 
collatéraux voûtés en arêtes , avec galeries supérieures voûtées en demi- 
berceaux, contre-buttant le berceau central K Dans le Poitou, et en 
Auvergne très-anciennement, les sanctuaires sont entourés d'un bas-côté 
avec chapelles rayonnantes , comme dans l'église de Saint-Savin près Poi- 
tiers, qui date du xi" siècle, dans l'église haute de Chauvigny (commence- 
ment du XII'' siècle). L'école poitevine se soumet à des influences diverses. 
En dehors du principe décrit ci-dessus, elle admet le système des coupoles 
de l'école de la Saintonge et du Périgord, comme dans la construction de 
l'église Saint-Hilaire de Poitiers, et dans celle de Sainte- Radegonde, 
comprenant une seule nef. Au xii^ siècle, l'école de l'Ouest (du Périgord 
et de la Saintonge) eut une si puissante influence qu'elle étouffa non-seu- 
lement l'école poitevine, mais qu'elle pénétra jusque dans le Limousin et 
le Quercy au sud, et, au nord, jusque dans l'Anjou et le Maine. 

ÉCOLE DU PÉRIGORD. Sou type primitif se trouve à Périgueux dans l'an- 
cienne cathédrale de cette ville, et dans l'église abbatiale de Saint-Front ; 
c'est une importation byzantine ^ le principe de cette école est celui de la 
coupole portée sur pendentifs. Dans un temps où la plupart des écoles 
romanes en France ne savaient trop comment résoudre le problème con- 
sistant à poser des voûtes sur les plans de la basilique antique, (;ette inipor- 
tation étrangère dut avoir et eut en effet un grand succès. On abandonna 
donc, dans les provinces de l'Ouest, pendant les xi" et xii^ siècles, sauf de 
rares exceptions , le plan romain pour adopter le plan byzantin. Les pro- 
vinces plus particulièrement attachées aux traditions latines, comme 
rile-de-France, la Champagne et la Bourgogne, résistèrent seules à cette 
nouvelle influence et poursuivirent la solution du problème posé , ce qui 
les conduisit au système de construction gothique. Outre les deux types 
que nous venons de citer, l'école du Périgord présente une quantité prodi- 
gieuse d'exemples d'églises dérivées de ces types. Nous nous bornerons ii 
en citer quelques-uns : la cathédrale de Cahors, l'église abbatiale de 
Souillac (xi'^ siècle), celle de Solignac, la cathédrale d'Angoulême, les 

' Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fîg. 10. 

' Voy. V Archiiccture btizanline en France, de iVI. Félix de Veineilli, 



— 107 — [ ÉGLISE I 

églises de Saint-Avit-Seigneur, du Vieux-Mareuil , de Saint-Jean de Cole, 
de Trémolac, l'église abbatiale de Fontevrault (xii^ siècle), et la majeure 
partie des petites églises de la Charente, 

ÉCOLE NORMANDE. Lcs églises normandcs antérieures au xii^ siècle étaient 
couvertes par des charpentes apparentes, sauf les sanctuaires, qui étaient 
voûtés en cul-de-four. C'est d'après ce principe que furent élevées les deux 
églises abbatiales de Saint-Etienne et de la Trinité à Caen ', fondées par 
Guillaume le Bâtard et Mathilde sa femme. Ces dispositions primitives se 
retrouvent dans un assez grand nombre d'églises d'Angleterre, tandis 
qu'en France elles ont été modifiées dès le xii'' siècle ; les voûtes rempla- 
cèrent les anciennes charpentes. Les Normands furent bientôt d'habiles et 
actifs constructeurs; aussi leurs églises des xi^ et xii^ siècles sont-elles 
grandes , si on les compare aux églises de l'Ile-de-France ; les nefs sont 
allongées, ainsi que les transsepts; les chœurs ne furent enveloppés de 
bas-côtés que vers le milieu du xn" siècle. 

Ces écoles, diverses par leurs origines et leurs travaux, progressent 
chacune de leur côté jusqu'au moment où se fait sentir l'influence de la 
nouvelle architecture de l'Ile-de-France et de la Champagne, l'architecture 
gothique. 

L'architecture gothique est une des expressions les plus vives des senti- 
ments des populations vers l'unité. En effet, peu après sa naissance, nous 
voyons les écoles romanes (dont nous n'avons indiqué que les divisions 
principales) s'éteindre et accepter les nouvelles méthodes adoptées par les 
architectes du domaine royal. Cependant, a;u commencement du xiri" siècle, 
on distingue encore trois écoles bien distinctes : l'école de l'Ile-de-France, 
qui comprend le bassin de la Seine entre Montereau et Rouen , ceux de 
l'Oise et de l'Aisne entre Laon, Noyon et Paris, le bassin de la Marne entre 
Meaux et Paris et une partie du bassin de la Somme ; l'école champenoise, 
qui a son siège à Reims, et l'école bourguignonne, qui a son siège à Dijon. 

L'école gothique normande ne se développe que plus tard, vers dSiO, 
et son véritable siège est en Angleterre. 

La passion de bâtir des églises, de 1200 à 1250, fut telle au nord de la 
Loire, que non-seulement beaucoup de monuments romans furent détruits 
pour taire place à de nouvelles constructions, mais encore que l'on modifia, 
sans autre raison que l'amour de la» nouveauté, la plupart des édifices 
rebâtis pendant le xii^ siècle; les cathédrales de Paris, de Senlis, de Sois- 
sons, de Laon, de Rouen, du Mans, de Chartres, de Bayeux, nous présen- 
tent des exemples frappants de ce besoin de changer ce qui venait d'être 
achevé à peine. Les monastères, avec plus de réserve cependant, suivirent 
ce mouvement vers un renouvellement de l'architecture; quant aux 
paroisses, celles qui étaient riches ne manquèrent pas de jeter bas leurs 
vieilles églises pour en construire de neuves. Si bien qu'on ne peut s'expli- 

4 

' Au xii' siècle, les nefs de ces églises furent voûtées; le chœur de l'église de 
Saint-Étienne fut rebâti au xiii' siècle. 



I ÉGLISE J — IbH — 

quer comment il se trouva , pendant un espace de cinquante années à 
peine, assez d'ouvriers de bâtiment, de sculpteurs, de statuaires, de 
peintres verriers, pour exécuter un nombre aussi prodigieux d'édifices sur 
un territoire qui ne comprend à peu près que le tiers de la France actuelle. 
Bientôt même les provinces du Centre, de l'Est et de l'Ouest suivirent 
l'impulsion, et ces ouvriers se répandirent en dehors des contrées où 
l'architecture gothique avait pris naissance. Bien qu'on ait démoli plus de 
la moitié des églises anciennes depuis la fin du dernier siècle, il reste 
encore en France une quantité considérable de ces édifices. Nous nous 
bornons à donner ici un catalogue de celles qui présentent assez d'intérêt 
au point de vue de l'art pour être mises au rang des monuments histo- 
riques, comme cathédrales, églises conventuelles ou paroissiales. 

Afin de faciliter les recherches, nous classons ces églises par départe- 
ments et arrondissements, en suivant l'ordre alphabétique. 

AIN. Arrond. de Bourg. Église de Brou ', ég. de Saint-André de Bagé. 
Arrond. de Nantua. Ég. de Nantua^. 
Arrond. de Trévoux. É^. de Saint-Paul de Varax. 

AISNE. Arrond. de Laon. Ég. Notre-Dame de Laon (ancienne cathédrade) ^, 
ég. Saint-Martin de Laon\ ég. Saint-Julien de Boyaucourt, ég. de 
Nouvion-le-Vineux, ég. de Marie. 

Arrond. de Château-Thierry. Ég. de Mezy-Moulins, ég. d'Essomes, ég. de 
La Ferté-Milon. 

Arrond. de Saint-Quentin. Ég. coUég. de Saint-Quentin^. 

Arrond. de Soissons. Ég. cathédrale de Soissons^, ég. abb. de Saint-Më- 



' Architecture du commencement du xyi^ siècle; cette église fut bâtie par la sœur 
de Charles-Quint; elle contient de belles verrières et de magnifiques tombeaux. 
Aujourd'hui elle sert de chapelle au séminaire. 

' Curieuse église du xiie siècle, voûtée au xnif. Style de la Haute-Saône. 

^ L'un des plu^ beaux spécimens de l'architecture du commencement du xiiie siècle 
(voy. CATHÉDRALE, fig. 9; CLOCHER, flg. 73). Dans l'origine, la cathédrale de Laon 
possédait une abside circulaire, avec bas-côté. Vers 1230, cette abside fut démolie 
pour être remplacée par une abside carrée. 11 est diflicile de se rendre compte des 
motifs de ce changement. Les fondations du chœur circulaire ont été retrouvées par 
farchitecte M. Bœswilwald, et des chapiteaux faisant partie de ce sanctuaire primitif 
ont été replacés dans l'abside carrée. La scul[)ture de la cathédrale de Laon est fort 
belle. Villard de Honnecourt cite les clochers de Laon et en donne un figuré. 

* Église du xiie siècle, d'un beau style, avec chapelles dans le transsept. La façade 
est un des meilleurs exemples de l'architecture du xive siècle. 

' Église à doubles transsepts, de la fin du xiiie siècle. 

" L'un des bras de croix est semi-circulaire comme ceux des églises cathédrales de 
Tournay et de Noyon (voy. architecture religielse, fig. 30 et 31). Le chœur date des 
premières années du xiir siècle (voy. arc-routant, fig. .52). 



— Wi) — I ÉGLISE ] 

dard à Soissons, ég. abb. de Saint-Jean-des-Vignes, id.', ëg. abb. de 
Saint-Julien, id., ég. abb. de Saint- Yved de Braisne^. 
Arrond. de Vervins. Ég. d'Aubenton, ég. de Saint-Michel (près d'Hirson), 
ég. d'Esquehéries, ég. de la Vacqueresse. 

ALLIER. Arrond. de Moulins. Cathédrale de Moulins, ég de Bouvbon-l'Ar- 
chambault, ég. de Saint-Menoux^, ég. abb. de Souvigny*, ég. de 
Meilliers, ég. de Toulon. 

Arrond. de Gannat. Ég. de Gannat^, ég. d'Ébreuil^, ég. de Biozat, ég. de 
Saint-Pourçain'', ég. de Cogniat*, ég. de Vicq, ég. abb. de ChanteP. 

Arrond. de La Palisse. Ég. de Chàtel-Montagne^". 

Arrond, de Montluçon. Ég. d^Huriel, ég. de Néris. 

ALPES (BASSES-) Arrond. de Digne. Ég. de Notre-Dame à Digne (cathéd.), 
ég. de Seyne. 
Arrond. de Barcelonnette. Ég. d'AUos. 
Arrond. de Castellane. Ancienne cathéd. de Senez. 
Arrond. de Forcalquier. Ég. de Manosque. 
Arrond. de Sisteron. Ég. de Sisteron. * 

ALPES (HAUTES-). Arrond. de Gap. Ég. de Lagrand. 
Arrond. d'Embrun. Ancienne cathéd. d^Embrun. 

* Celte église est en grande partie détruite aujourd'hui; la façade et ses deux clo- 
chers existent seuls. 

' L'église Saint- Yved de Braisne est un des plus beaux monuments de cette partie 
de la France. Le plan de l'abside présente une disposition excellente et rare (voy. la 
Monog. de l'ég. abb. de Braisne, par M. Prioux). Cette église paraît avoir été con- 
struite par l'architecte de la cathédrale de Laon ; elle date du commencement du 
xine siècle. La façade et quelques travées de la nef ont été détruites il y a peu d'an- 
nées. Les sculptures du portail sont en partie déposées dans le musée de Soissons. 
L'église Saint-Yved contenait, avant la Révolution , de magnifiques tombes en cuivre 
émaillé, dont les dessins se trouvent aujourd'hui dans la collection Gaignères de la 
bib. Bodléienne d'Oxford. 

' Église dont la nef, autrefois couverte par une charpente, remonte au ix^ ou 
x« siècle. Le chœur date du xne siècle ; il appartient à un style mixte, entre celui de 
l'Auvergne et celui de Bourgogne. 

'' Grande église des xi^ et xue siècles, mais presque entièrement reconstruite au xv". 

" Le chœur de l'église de Gannat est du pur style auvergnat de la fin du xie siècle. 
La nef a été reconstruite au xive; elle est d'uu bon style. . 

" La nef et le chœur de l'église d'Ébreuil sont du xie siècle; le clocher, qui repose 
sur un narthex, est du xii^. 

' Nef du xie siècle, auvergnate; chœur du xnie. 

' Très-jolie petite église du xn» siècle, style auvergnat; nef sans bas-côtés; abside 
sans bas-côtés et deux absidioles donnant dans les bras de la croisée ; clocher sur le 
milieu du transsept. 

^ Jolie église de style auvergnat du xn^ siècle. 

'" Style auvergnat, xie et xn^ siècles. Narthex magnifique ajouté au xn^ siècle, avec 
tribune au-dessus, s' éclairant sur la façade; clocher sur le transsept. 

T. V. 22 



I fidLISK I — 1~<* — 

ARDÈCHE. Arrond. de Privas. Ég. de Bourg-Saint-Andéol^ ég. de Ouas, 
ég. cathéd. de Viviers'. 
Arrond. de l' Argentier e . Eg. de ïhines. 
Arrond. de Champagne. Ég. de Champagne. 



ARDENNES. Arrond. de Hraux. Ég. de Braux. 

Arrond. de Rèthe.l. Ég. de Saint-Nicolas de Réthel. 
Arrond. de Sedan. Ég. de Mouzon-. 

Arrond. de Vouziers. Ég. de Vouziers, ég. de Bouilly, ég. do Verpel. ég. 
abb. d'Attigny, ég. de Sainte-Vauxbourg. 

ARIÉGE. Arrond. de Foix. Ég. d'Unac. 

Arrond. de Saint-Girons. Ég. de Saint-Lizier^, 
Arrond. de Pamiers. Ég. de la Roque, ég. de Mirepoix. 

AUBE. Arrond. de Troxjes. Ég. de Saint-Pierre (cathéd.)'', ég. Saint-Urbain 
àTroyes'', ég. de la Madeleine, id. '', ég. Saint-André, id.^ ég. Saint- 
Jean, id., ég. Saint-Nizier, id., ég. Sâint-Pantaléon , id'., ég. Saint- 
Gilles'', ég. de Rérulle, ég. de Montiéramey. 

Arrond. d.Arcis-sur-Auhe. Ég. d'Arcis-sur-Aube, ég. d'Uitre. 

Arrond. de Barsur-Aube. Ég. Saint-Maclou à Bar-sur-Aube, ég. Saint- 
Pierre, id., ég. de Rosnay. 

Arrond. de Bar- sur-Seine. Ég. de Fouchèi'es ", ég. de Mussy-sur-Seine, 
ég. de Ricey-Bas, ég. de Rumilly-les-Vaudes, ég. de Chaource. 

Arrond. de Nogent-sur-Seine . Ég. de Saint-Laurent à Nogent-sur-Seine, 
ég. de Villenauxe.' 

AUDE. Arrond. de Carcassonne. Ancienne cathéd. de Saint-Nazaire de Carcas- 
sonne®, ég. Saint- Michel, de la ville basse à Carcassonne (cathéd. ac- 

' Chœur du xive siècle, sans bas-côtés. 
'^ Beau plan du xui» siècle. 

* Église sans bas-côtés, avec un chœur et deux chapelles dans le transsept; beau 
plan du xu*' siècle ; cloître. 

* Chœur du xin^ siècle , nef des xive et xv*" , façade du xvif ; le chœur est un des 
plus larges qu'il y ait en France ; son architecture rappelle singulièrement celle du 
chœur de l'église abbatiale de Saint-Denis ; il est encore garni de toutes ses verrières, 
qui sont magnifiques. 

» L'église Saint-Urbain de Troyes, bâtie pendant les dernières années du xuie siècle, 
est l'exemple le plus remarquable du style gothique champenois arrivé à son dernier 
développement (voy. construction, fig. 102, 103, 104, 105 et 106). La nef est restée 
inachevée. Cette église, qui est petite, et dont le chœur est dépourvu de bas-côtés, 
devait posséder trois clochers, l'un sur le transsept et les deux autres sur la façade. 

* Reste d'une charmante église de la fin du xii^ siècle ; jubé du xvi^. 
' Petite église en pans de bois de la fin du xiv siècle. 

* Nef romane, chœur du xui^ siècle. 

" L'un des plus remarquables édifices du midi de la France ; la nef date du xi*" siècle, 
le chœur et le transsept du commencement du \i\« (voy. cathédralk, fig. 49 ; construc- 



— 171 — [ ÉGLISE 1 

tuelle), ég. de Rieux-Minervois ', ég. de Saint-Vincent de Montréal. 
Arrond. de Castelnaudary. Ancienne cathéd. de Saint-Papoul*. 
Arrond. de Limoux. Ancienne cathéd. d'Alet, ég. abb. de Saint-Hilaire à 

Limoux. • 

Arrond. de Narbonne. Ancienne cathéd. de Narbonne^, ég. Saint- Paul, 

id. *, ég. abb. de Fontfroide ". 

AVEYRON. Arrond. de Rodez. Cathéd. de Rodez, ég. ab. de Sainte-Foi à 
Conques®. 
Arrond. d'Espalion. Ég. de Perse. 
Arrond. de Saint -Affrique. Eg. abb. de Belmont. 
Arrond. de Villefranche. Ég. abb. de Villefranche. 

BOUCHES-DU -RHONE. Arrond. de Marseille. Ég. abb. de Saint- Victor à 
Marseille''. 
Arrond. d'Aix. Ég. cathéd. d'Aix, ég. Saint-Jean à Aix, ég. abb. de Sil- 

vacane*, ég. Saint-Laurent à Salon. 
Arrond. d'Arles. Ég. abb. de Saint-Trophyme à Arles®, ég. de Saint-Cé- 
saire, id., ég. Saint-Jean, id. (Musée), ég. Saint- Honorât, id., ég. de 
Saint-Gabriel, ég. abb. de Montmajour, ég. des Saintes-Mariés^", ég. 
de Sainte-Marthe à Tarascon. 

TioN, flg. 109, 110, 111,112, 113 et 114). Magnifiques vitraux du xive siècle, restes 
de peintures de la même époque. 

' Eglise circulaire de la fin du xie sièole. 

' Vestiges, à l'abside, du style auvergnat du xi^ siècle. 

^ Construite au commencement du xiv^ siècle, le chœur seul fut achevé (voy. cathé- 
drale, fig. 48). 

* Chœurdu xn" siècle, avec bas-côtés et chapelles rayonnantes ; Iriforium au-dessus 
des chapelles dans la hauteur du bas-côté. Édifice très-mutilé aujourd'hui, mais qui 
présente une disposition unique. 

^ Église cistercienne de la fin du xn^ siècle; nef voûtée en berceau ogival, avec 
collatéraux voûtés en demi-berceaux. 

8 Grande église du xue siècle, avec collatéraux dans le transsept; bas-côtés autour 
du chœur; trois chapelles absidales et quatre chapelles orientées dans le transsept. 
Style rappelant beaucoup celui de l'église Saint-Sernin de Toulouse; nef voûtée en 
berceau plein cintre, avec galeries de premier étage, dont les voûtes en demi-berceau 
contre-buttenl la poussée dti berceau central ; coupole et clocher sur le milieu de la 
croisée; narthex. 

' Église abbatiale fortifiée, xi^^, xii^ et xuie siècles. 

8 Église cistercienne du xiie siècle, d'une grande simplicité; abside carrée; quatre 
chapelles carrées orientées donnant dans le transsept ; nef voûtée en berceau légère- 
ment brisé, avec voûtes des collatéraux contre-buttantes en trois quarts de berceau 
plein cintre. 

" Beau cloître; portail du xiie siècle, très-riche en sculptures. 

'" Kglise à une seule nef, avec abside semi-circulaire voûtée en cul-de-loiu' plein 
cintre. La nef est voûtée en berceau légèrement brisé avec arcs doubleaux. Cette église 
est fortifiée et date du xw siècle (voy. les Arch. de la comm, des Mon. historiques, 
pub. sous les aitsp. de M. le ministre d'Etat). 



[ ÉGLISE I — rrl 

CALVADOS. Arrond. de Caen. Ég. abb. de la Trinité à Caen', ég. abb. de 
Saint-Étienne, id.% ég. Saint-Gilles, id.*, ég. Notre-Dame, id., 
ég. Saint-Pierre, id. *, ég. Saint-Jean, id., ég. Saint-Nicolas, id.^, 
ég. de Bernières, ég.«de Saint-Contest, ég. de Fresne-Camilly, ég. du 
prieuré de Saint-Gabriel, ég. de Norey, ég. d'Oui streham, ég. de Sec- 
queville-en-Bessin, ég. de ïhaon,.ég. de Bretteville-rOrgueilleuse, 
ég. de Langrune, ég. de Mathieu, ég. de Cully, ég. d'Audrien, ég. de 
Mouen, ég. de Douvres, ég. de Fontaine-Henry. 

Arrond. de Bayeux. Ég. cathéd. de Bayeux", ég. de Tour près Bayeux''. 
ég. de Saint-Loup, id. ^, ég. d'Asnières, ég. de CoUeville, ég. d'Etre- 
ham, ég. de Formigny, ég. de Louvières, ég. de Ryes, ég. de Vierville, 
ég. de Campigny, ég. de Guéron, ég. de Marigny, ég. de Briqueville, 
ég. de Sainte-Marie-aux-Anglais ', ég. de Vouilly. 

Arrond. de Falaise. Ég. Saint-Gervais à Falaise, ég. Saint-Jacques, id., 
ég. de Guibray près Falaise, ég. de Maizières, ég. de Sassy. 

Arrond . de Lizieux . Ég . de Saint-Pierre à Lizieux , ég . de Saint-Pierre- 
sur-Dive, ég. de Vieux-Pont-en-Auge, ég. du Breuil. 

Arrond. de Pont-rÉvêque. Ég. de Saint-Pierre à Touques. 

Arrond. de Vire. Ég. de Vire. 

CANTAL. Arrond. d'Aurillac. Ég. de Montsalvi. 

Arrond. de Saint-Flour. Ég, abb. de Ville-Dieu. 

Arrond. de Mauriac. Ég. Notre-Dame des Miracles à Mauriac, ég. d'Ydes, 

ég. de Brageac, ég. Saint-Martin- Valmeroux. 
Arrond. de Murât. Ég. de Bredons. 

CHARENTE. Arrond. d'Angoulême. Ég. cathéd. d'Angoulême *", ég. abb. de 

' Fondée par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, mais presque entière- 
ment reconstruite au xii^ siècle. Abside sans collatéraux; narthex; un clocher sur le 
milieu de la croisée et deux clochers sur la façade. 

^ Fondée par Guillaume le Conquérant. Les parties supérieures de la nef refaites 
au xue siècle; le chœur rebâti auxui^, avec bas-côtés et chapelles rayonnantes; deux 
clochers sur la façade, im clocher sur le centre de la croisée. 

' Nef d'une charmante église de la fin du xn^ siècle, dont les voûtes ont été refaites 
au xv ; les archivoltes des bas-côtés sont plein cintre. 

* Église presque entièrement du xvf siècle, d'un style très-lleuri. 

^ Beau plan de la fin du xne siècle. 

' Nef dont les parties inférieures datent du xiie siècle et les parties hautes du xnie. 
Chœur du milieu du xui^ siècle, style gothique normand; deux clochers sur la façade, 
un clocher sur la croisée. 

' Petite église dont l'abside, du xiv^ siècle, présente une disposition particulière 
(voy. ABSIDE, fig. 12) imitée de l'abside de la chapelle du séminaire de Bayeux, qui 
date du xui" siècle. 

" Charmant clocher du xn^ siècle. 

' Petite église du xne siècle, composée d'une seule nef avec abside carrée; cette 
abside seule est voûtée; elle conserve encore des traces de peintures du xui" siècle. 

'" Eglise à coupoles, xi'" et xw siècles (voy. cathédrale, fig. 41 et i'2). 



— 173 — [ ÉGLISK j 

Saint-Amant de Boixe ', ég. abb. de la Couronne, ég. Saint-Michel 
d'Entraigues % ég. de Charmant, ég. de Roullet^, ég. de Plassac, ég. 
de Torsac, ég. de Montberon *, ég. de Mouthiers. 

Arrond. de Barhezieux. Eg. d'Aubeterre, ég. de Montmoreau, ég. de 
Riou-Martin. 

Arrond. de Cognac. Ég. de Chàteanneuf, ég. de Gensac^, ég. de Riche- 
mont. 

Arrond. de Confolens. Ég. Saint -Barthélémy à Confolens, ég. de Lesterps. 

CHARENTE-INFÉRIEURE Arrond. de La Rochelle. Ég. d'Esnandes. 

Arrond. de Marennes. Ég. de Marennes, ég. d'Echillais, ég. de Moëse, 

Ég. Saint-Denis d'Oleron. 
Arrond. de Rochefort. Ég. de Surgères". 
Arrond. de Saintes. Ég. Saint-Eutrope à Saintes'^, ég. Saint-Pierre, id., 

ég. Sainte-Marie-des-Dames , id.*, ég. de Saint-Gemmes, ég. de 

Rétaud, ég. de Thézac, 
Arrond. de Saint-Jean d'Angely. Ég. Saint-Pierre à Aulnay, de Fé- 

nioux. 

CHER. Arrond. de Bourges. Ég. cathéd. de Bourges^, ég. de Saint-Bonnet à 
Bom'ges, ég. des Aix-d'Angillon, ég. de Mehun-sur-Yèvre, ég. de 
Plaimpied. 
Arrond. de Saint-Amand. Ég. de la Celle-Bruère, ég. de Charly, ég. de 
Gondé, ég. abb. de Noirlac, ég. de Dun-le-Roy, ég. de Saint-Pierre- 
des Etieux, ég. d'Ineuil, ég. de Châteaumeillant, 
Arrond. deSancerre. Ég. d'Aubigny, ég. de Jars, ég. de,Saint-Satur. 

' Église du xuf siècle, à coupoles, avec galerie sous la calotte de la coupole cen- 
trale. Beau plan. Abside avec chapelles dans l'axe des collatéraux de la nef et deux 
chapelles plus vastes orientées dans les bras de la croisée. L'un des édifices religieux 
les plus remarquables de la Charente. 

* Église circulaire, xiie siècle. 

' Eglise à une seule nef, coupoles. 

* Église avec une disposition absidale toute particulière; chapelle dans l'axe du 
sanctuaire; quatre niches à droite et à gauche de cette chapelle qui paraissent avoir 
été destinées à déposer des reliquaires; deux chapelles orientées dans les deux bras 
de croix, xu^ siècle. 

^ Eglise àuneseulenefétroite, couverte par q\iatre coupoles, xiie siècle; chœur duxiue. 

^ Belle façade du xu^ siècle dont la partie inférieure seule subsiste. Style de la 
Saintonge. 

' '' Vaste crypte des xie etxn^ siècles (voy. crypte, fig. 10 et H). L'un des exemples 
les plus purs de l'architecture du xii^ siècle en. Saintonge (voy. chapelle, fig. 33). 
Clocher du xv^ siècle. 

* Clocher très-remarquable s«r la croisée (voy. clocher, fig. 14). Monument des 
XF et xiie siècles dont il reste de belles parties, notamment sur la façade ; sculpture 
de la Saintonge d'un beau style. 

' Église du xnie siècle, avec crypte et sans transsept; doubles collatéraux; belle 
collection de vitraux des xuc et wK siècles (voy. cathédrale, fig. 6). 



! ÉGLISE I — 17-4 

CORRÉZE. Arrond. de Tulle. Ég. cathéd. de Tulle', ég. d'Uzerche'^ 

Arrond. de Brives. Ég. Saint-Marlin àBrives-la-Gaillarde ^, ég, d'Arnac- 

Pompadour, ég. d^Aubazine*, ég. de Beaulieu^, ég. de Saint-Cyr-la 

Roche, ég. de Saint-Robert. 
Arrond. d'Ussel. Ég. d'Ussel, ég. de Saint -Angel®, ég. de Meymac. 

COTE-D'OR. Arrond. de Dijon. Eg. abb. de Saint-Bénigne de Dijon (cath.)'', 
ég. Notre-Dame de Dijon*, ég. Saint-Michel, id.', ég. Saint- Etienne, 
id., ég. Saint-Philibert, id., ég. Saint-Jean, id., ég. de la Chartreuse, 
id., ég. de Saint Seine, ég. de Rouvres, ég. de Plombières, ég. de 
Thil-Chàtel. 

Arrond. de Beaune. Eg. de Beavme''*, ég. de Meursault, ég. de Sainte- 
Sabine". 

Arrond. de Châtillon- sur-Seine. Ég. de Saint-Vorle à Chàtillon-s. -Seine, 
ég. d'Aignay-le-Duc. 

Arrond. de Semur. Ég. Notre-Dame de Semur'^, ég. de Flavigny'*, ég. 



' Nef du xne siècle; clocher sur le porche, desxnie et xiv^; l'abside n'existe plus. 
Édifice d'un style bâtard qui tient à l'architecture auvergnate et à celle du Lyonnais. 

* Joli monument du xn^ siècle très-simple. Style mixte. 

' Église très-curieuse; abside auvergnate; nef du xine siècle, avec bas-côtés dont 
les voûtes sont aussi élevées que celles de la nef; piles cylindriques. 

"* Transsept avec six chapelles carrées orientées ; coupole , et tour sur le centre de 
la croisée ; voûte en berceau brisé, xiif siècle. Beau tombeau de.saint Etienne, évêque, 
xiii« siècle. 

^ Belle église du xu" siècle. ' 

" Petite église avec abside percée de niches basses, comme pour placer des tombeaux 
ou des reliquaires, xne siècle. Style simple. 

'' Restes d'une crypte du xi" siècle (voy. crïpte, fig. 5). Église rebâtie, à la fin du 
xnie siècle, à la place d'une église du xie siècle. Abside sans collatéraux ; deux chapelles 
dans les deux bras de croix; nef d'une grande simplicité; chapiteaux dépourvus de 
sculpture ; deux tours sur la façade d'un pauvre style ; flèche en bois, du xvii^ siècle, 
sur le centre de la croisée. 

* Le type le plus complet de l'architecture bourguignonne du xnie siècle (1230 envi- 
ron). Porche vaste, abside sans bas-côtés; tour sur le centre de la croisée dont la 
disposition est des plus remarquables , quoiqu'on n'en puisse juger aujourd'hui par 
suite d'adjonctions (voy. coNsiRrcrioN, fig. 75, 76, 77, 78, 79, 79 bis, 80, 81 et 82). 

" Façade du xvi'' siècle, style de la Renaissance bourguignonne. 

'" Église du xne siècle, style de la Bourgogne, l'un des dérivés de la cathédrale 
d'Autun. Pilastres cannelés ; voûte en berceau brisé avec ai'cs doubleaux; chœur avec 
bas-côtés et trois chapelles circulaires; porche du xiiie siècle, non achevé; tour siu' 
le centre de la croisée. 

" Clocher sur la façade avec porche au-dessous. Église du xii» siècle , rel'aile au 
xiiip, en ruines aujourd'hui. 

'* Style bourguignon pur du xui« siècle; bas-côtés et trois chapelles autoui' du 
chœur ; porche vaste ; beaucoup de points de ressemblance avec l'église de Notre-Dame 
de Dijon; tiiforium très-élégant dans le chœur. Belle sculpture. 

' ' Petite église du xm*' siècle, avec lui jubé et des ciiapelles du vvi''. 



— 175 — I ÉGLISK I 

abb. de Fontenay près Montbard', ég. Saint-Andoche de Saulieu^, 
ég. de Sainl-Thibault^. 

COTES-DU-NORD. Arrond. de Saint-Brieuc . Ég. cathéd. de Saint-Brieuc, 
ég de Lanleff, ég. Notre-Dame de Lamballe, ég. de Montcontour. 

Arrond. de Dinan. Ég. de Saint-Sauveur de Dinan, ég. du pr. de Lehon. 

Arrond. de Lannion. Ég. Saint-Pierre de Lannion, ég. de Tréguier (an- 
cienne cathéd.). 

CREUSE. Arrond. de Guéret. Ég. de La Souterraine'^. 
Arrond. d'Aubusson. Ég. d^Evaux, ég. de Fellein. 
Arrond. de Bourganeuf. Ég. de Bénévent. 
Arrond. de Boussac. Ég. Sainte- Valérie à Chambon. 

DORDOGNE. Arrond. de Périgueux. Ég. abb. de Saint-Front à Périgueux. 

(cathéd.)*, ég. de la Cité, id. (anc. cathéd.), ég. abb. de Brantôme^ 
Arrond. de Bergerac. Ég. de Beaumont, ég. de Montpazier, ég. abb. de 

Saint-A vit-Seigneur''. 
Arrond. de Nontron. Ég. de Cercles, ég. de Saint-Jean-de-Col, ég. de 

Bussières-Badil. 
Arrond. de Sarlat. Ég. de Sarlat (anc. cathéd.), ég. de Saint-Cyprien. 
Arrond. de Ribérac. Ég. de Saint-Privat. 

DOUBS. Arrond. de Besançon. Ég. cathéd. de Besançon*, ég. de Saint-Vin- 
cent de Besançon. 

Arrond. de Montbelliard. Ég. de Courtefontaine. 

Arrond. de Pontarlier. Ég. abb. de Montbenoît, ég. du Prieuré de Mor- 
teau, ég. abb. de Sept-Fontaines. 

p 

' Église cistercienne pure. 

^ Style bourguignon contemporain de la cathédrale d'Autun et de Téglise de 
Beaune. La nef seule existe, xne siècle. Deux tours sur la façade ; tribune d'orgues en 
bois, du xve siècle. Fragments de stalles du xnie siècle. 

' Chœur en partie détruit , fait sur le modèle de celui de l'église Saint-Urbain de 
Troyes. Porte du xine siècle, avec statuaire remarquable. 

* Belle église de la fin du xne siècle, avec abside carrée et quatre chapelles dans les 
bras de croix; bas-côté de la nef très-étroit; coupole sur la première travée avec 
clocher au-dessus; coupole au centre de la croisée; crypte (voy. Arch. de la comm. des 
Mon. historiques, pub. sous les ausp. de M. le ministre d'Etat). Église disposée pour 
être fortifiée ; collatéraux très-élevés dont les voûtes contre-bultent celles de la nef. 
L'un des exemples les plus remarquables de ce style mixte qui commence vers Château- 
roux, suit la route de Limoges et s'étend jusque dans la Corrèze. 

^ Église dont la disposition est toute byzantine et les détails sont latins, xe siècle. 
Le type de toutes les églises à coupoles de l'ouest de la France (voy. architecture reli- 
gieuse, fig. 4 et 5 ; clocher, fig. 1). 

" Eglise d'un beau style, sans collatéraux ; abside carrée ; clocher latéral, xi", xif 
et xin<' siècles. 

^ L'un des dérivés de l'église de Saint-Front, xii<" siècle. 

'' Église à plan rhénan du xiie siècle, avec deux absides sans collatéraux, l'une à 



I ÉGLISE I — 17G — 

DROME, Arrond. de Vnlence. Ég. cathéd. de Valence', ég. de Saint-Bernard 

à Romans. 
Arrond. de Die. Ég. de Die (anc. cathéd ), ég. de Chabrillan. 
Arrond. de Montélimart. Ég, de Grignan, ég. de Saint-Paul-Trois-Châ- 

teaux (anc. cathéd.), ég. de Sainl-Restitut, ég. de Saint- Marcel-des- 

Sauzet, ég. de la Garde- Adhéraar. 

• 

EURE. Arrond. d'Évreux. Ég. cathéd. d'Évreux^, ég. de Saint-Thorin à 

Évreux, ég. de Conches^, ég. de Pacy-sur-Eure, ég. de Vernon, 

ég. de Vernonet, ég. de Saint-Luc. 
Arrond. des Andelys. Ég. du Grand-Andely, ég. du Petit Andely, ég. de 

Gisors. 
Arrond. de Bernay. Ég. abb. à Bernay, ég. de Broglie, ég. de Fontaine- 

la-Sorêt, ég. d'Harcourt, ég. de Serquigny, ég. de Boisney, ég. Notre- 

Dame-de-Louviers, ég. de Pont-de-l'Arche. 
Arrond. de Pont-Audemer. Ég. d'Annebaut, ég. de Quillebeuf. 

EURE-EÏtLOIR. Arrond. de Chartres. Ég. Notre-Dame-de-Chartres (cath.)% 
ég. de Saint-Aignan à Chartres, ég. abb. de Saint-Père, id.^, ég. 
Saint-André, id., ég. de Gallardon. 

Arrond. de Châteaudun, Ég. de Sainte-Madeleine à Châteaudun, ég. de 
Bonneval . 

Arrond. de Dreux. Ég, Sainl-Pierre à Dreux, ég. de Nogent-le-Roi. 

FINISTÈRE. Arrond. de Quimper. Ég. cathéd. de Quimper, ég. de Loctudy, 
ég. de Pen-Marc'h, ég. de Plogastel-Saint-Germain, ég. de Pontcroy. 
,Arrond. de Brest. Ég. Notre-Dame du Folgoët, ég. de Goulven. 
. Arrond. de Châteaulin. Ég. de Pleyben, ég. de Loc-Ronan. 
Arrond. de Morlaix. Ég. de Saint-Jean-duDoigt, ég. de Lambader, ég. 
de Saint-Pol-de-Léon (anc. cathéd.), ég. Notre-Dame du Creisquer à 
Saint-Pol-de-Léon . 
Arrond. de Quimperlé. Ég. Sainte-Croix de Quimperlé ^. 



l'orient, l'autre à roccident. Édifice fort mulilé. Une crypte autrefois sous l'abside 
occidentale. 

' Église du xn"" siècle, style du Lyonnais. Voûte en berceau avec arcs doubleaux. 

^ Église des xi^, xiif, xm^, xiv*", xv^ et xvie siècles. Flèche en charpente et plomb 
sur la croisée. 

^ Magnifiques vitraux du xvie siècle. 

* Crypte du xie siècle, clocher et portail du xii», nef et chœur du xnie siècle. Très- 
beaux vitraux des xii^ et xui» siècles (voy. cathédrale, fig. 1 1 et 12 ; clocher, fig. 58 
et 59). 

'\ Église du commencement du xui^ siècle, remarquable pour la légèreté de sa con- 
struction. Beaux vitraux de la fin du xiii'^' siècle. Cet édifice a subi d'importantes 
modifications. 

^ Église circulaire du xi' siècle. 



— 177 — [ ÉGLISE ] 

GARD, Arrond. de Nîmes. Ég. abb. de Saint-Gilles' ég. Sainte-Marthe de 
Tarascon. 
Arrond. d'Uzès. Ég. de Villeneuve-lès-Avignon. 

GARONNE (HAUTE-). Arrond. de Toulouse. Ég. cathéd. de Toulouse-, ég. 
conv. des Jacobins à Toulouse'', ég. du Taur, id., ég. abb. de Saint- 

Sernin, id.', ég. conv. des Cordeliers, id. 
Arrond. de Muret. Ég de Venerque. 
Arrond. de Saint-Gaudens. Ég. de Saint-Gaudens^, ég. de Saint-Aventin, 

ég. de Saint-Bertrand-de-Comminges (anc. cathéd.), ég. Saint-Just de 

Valcabrère®, ég. abb de Montsaunès '' . 

GERS. Arrond. d'Auch. Ég. cathéd. d'Auch*. 

Arrond. de Condom. Ég. de Condom (anc. cathéd.). 

Arrond. de Lecteur e. Ég. de Fleurance. 

Arrond. de tombez . Ég. de Lombez, ég. de Simorre^. 

GIRONDE. Arrond. de Bordeaux. Ég. Saint-André (cathéd. de Bordeaux). 
ég. Sainte-Croix à Bordeaux'", église Saint-Seurin, id.'% ég. Saint- 



' Portail du xii^ siècle, dont la sculpture présente un des exemples les plus complets 
de l'école des statuaires de cette époque en Provence. Nef très-mutilée; crypte du 
xiie siècle ; chœur (détruit) de la fin du xiie siècle, dont les débris présentent un grand 
intérêt comme perfection d'exécution. 

^ Nef vaste, sans bas-çôtés, du xne siècle ; chœur du xv« siècle. 

' Église à deux nefs , de la fin du xiii'^ siècle ( voy. architecture monastioue , 
fig. 24 bis; clocher, fig. 76, 77 et 78). 

'' Le plus vaste édifice du midi de la France, xii» siècle ; chœur avec collatéral et 
chapelles rayonnantes ; transsepts avec chapelles circulaires orientées ; nef avec doubles 
bas-côtés se retournant dans le transsept. Clocher du xiiie siècle sur le centre de la 
croisée. Façade inachevée. La nef rebâtie au xv" siècle, en suivant les données primi- 
tives. Voûtes en berceau contre-buttées par les demi-berceaux des galeries de premier 
étage. Construction, pierre et brique. Belle sculpture; fragments importants d'un 
édifice plus ancien. Crypte rebâtie au xiv^ siècle et mutilée depuis peu. Style auver- 
gnat développé. 

' Eglise moyenne, du xii" siècle, d'un beau style. 

" Petite église fort ancienne; quelques parties paraissent remonter au x^ siècle. 
Construction presque entièrement reprise au xii". Autel avec exposition d'un reliquaire 
relevée au-dessus du sanctuaire. 

^ Ruine. Belle construction du xii" siècle. 

" Église des xve et xvie siècles. Magnifiques stalles et vitraux du xvi«' siècle. Façade 
du xviie siècle. 

" Petite église du xive siècle, sans collatéraux, avec transsept et abside- carrée, bâtie 
en brique et eiftièrement fortifiée. Pas de façade. Jolis vitraux du xv^ siècle. 

'" Restes d'une belle façade du xii^ siècle. 

" Eglise du xme siècle, très-mutilée. Porche principal du xi^ siècle, sous le clo- 
cher. Porche latéral du xiii» siècle, rempli de bonnes statues. Crypte. 

T. Y. 23 



[ ÉGLISE ] — 178 — 

Michel, id., ég. d'Avensan, ég. de Bouillac, ég. de Lëognan, ég. de 

Loupiac de Cadillac', ég. de Moulis, ég. de la Sauve. 
Arrond. de Bazas. Ég. de Bazas (anc. cathéd.), ég. d'Aillas, ég. du Pon- 

daurat, ég. d'Uzeste. 
Arrond, de La Réole. Ég. Saint- Pierre de La Réole, ég. de Blazimon, 

ég. de Saint-Ferme, ég. de Saint-Macaire^, ég. de Saint-Michel. 
Arrond. de Lesparre. Ég. de Bégadan, ég. de Gaillan, ég. de Vertheuil, 

ég. de Saint- Vivien. 
Arrond. de Libourne. Ég. de Saint-Denis de Pilles, ég. de Saint-Emilion, 

ég. de Saint-Pierre de Petit-Palais, ég. de Pujols. 

HÉRAULT. Arrond. de Montpellier. Ég. de Castries, ég. Sainte-Crois à Celle- 
neuve, ég. abb. deSaint-Guilhem-le-Désert^, ég. abb. de Maguelonne, 
ég, abb. de Vignogoul à Pignan, ég. abb. de Vallemagne, ég. de Ville- 
neuve -lès-Maguelonne, 

Arrond. de Béziers. Ég. de Saint-Nazaii'e de Béziers (anc. cathéd.)', 
Ég. d'Agde (anc. cathéd.), ég. d'Espondeilhan. 

Arrond. de Lodéve. Ég. Saint-Fulcran de Lodève, ég. Saint-Paul de 
Clermont, ég. Saint-Pargoire. 

Arrond. de Saint-Pons. Ég. de Saint-Pons. 

ILLE-ET-VILAINE. Arrond. de Montfort-sur-Meu. Ég. de Montauban. 
Arrond. de Redon. Ég. Saint-Sauveur-de-Redon. 
Arrond. de Saint-Malo. Ég. de Dol (anc. cathéd.)^. 
Arrond. de Vitré. Ég. de Vitré. 

INDRE. Arrond. de Châteauroux. Ég. de Châtillon-sur-Indre, ég. abb. de 
Déols près Châteauroux®, ég. de Levroux, ég. de MéolDecq, cg. de 
Saint- G en ou'', ég. de Saint-Martin d'Ardental. 



' Très-jolie petite église du xne siècle; très-complète. La façade est d'un excellent 
style. Le clocher a été rebâti depuis peu avec adresse. 

* Église du xiie siècle, avec abside et bras de croix circulaires, sans collatéraux. 
Façade duxni^ siècle. Peintures à l'intérieur de la fin du xni« siècle, malheureusement 
fort gâtées par une malencontreuse restauration. 

^ Jolie église du xiie siècle, d'un caractère franc appartenant à cette partie des 
provinces méridionales. 

* Église bâtie au xne siècle et dès lors fortifiée, reconstruite en grande partie à la 
fin du xnie et fortifiée de nouveau. Abside sans collatéral, surmontée de mâchicoulis 
avec crénelage décoré. 

' Belle église du xui^ siècle , avec abside carrée dans laquelle s'ouvre une large 
verrière comme au fond des absides anglaises de cette époque. 

* Église ruinée du xne siècle, mais dont les fragments sont d'une grande pureté de 
style. Le clocher existe seul entier ; il se termine par un cône en pierre. 

' Très-curieuse église du xiif siècle, qui conserve à l'intérieur l'aspect d'une 
basilique antique. 



— 179 — ' [ ÉGLISE 1 

Arrond. du Blanc. Ég. abb. de Fontgombaud ', ég. de Mézières-en-Brenne. 
Arrond. de la Châtre. Eg. de la Châtre^, ég. de Gargilesse, ég. de Neuvy- 
Saint-Sépulcre', ég. de Nohant-Vic. 

INDRE-ET-LOIRE. Arrond. de Tours. Ég. cathéd. de Tours *, ég. abb. de 

Saint-Martin à Tours % ég. abb. de Saint-Julien, id. ®, ég. Saint-Denis 

à Amboise, ég. de Vernon. 
Arrond. de Chinon. Ég. abb. de Saint-Mesme à Chinon, ég. d'Azay-le- 

Rideau, ég. de Candes, ég. de Langeais, ég. de Rivière. 
Arrond. de Loches. Ég. Saint -Ours de Loches '', ég. de Beaulieu, ég. de 

Montrésor, ég. de Preuilly. 

ISÈRE. Arrond. de Grenoble. Ég. cathéd. de Grenoble. 

Arrond. de Saint-Marcellin. Ég. Saint-Antoine près Saint-Marcellin, ég. 

de Marnans. 
Arrond. de la Tour-du-Pin. Ég. de Saint-Chef*. 
Arrond. de Vienne. Ég. Saint-André-le-Bas à Vienne, ég. Saint-Maurice. 

id., ég. Saint-Pierre, id. 

JURA. Arrond. de Lons-le-Saunier. Ég. de Baume-les-Messieurs. 
Arrond. de Dôle. Ég. de Cbissey. 
Arrond. de Poligny. Ég. Saint-Anatole de Salins. 



' Grande et belle église du xn^ siècle, avec collatéral autour du chœur; tour sur la 
croisée; voûtes en berceau et voûtes d'arête; galeries extérieures autour de l'abside. 
La nef a été détruite, le chœur et le Iranssept seuls sont debout et occupés aujourd'hui 
par des trappistes. 

^ Porche avec clocher au-dessus. 

^ Eglise circulaire du xi^ siècle, bâtie à l'imitation du Saint-Sépulcre. Nef accolée, 
très-ancienne, mais rebâtie au xn^ siècle (voy. Arch. de la comm. des Mon. historiques, 
pub. sous les ausp. de M. le ministre d'Etat). 

^ Chœur du xnie siècle , d'un beau style. Vitraux de la même époque et intacts. 
Façade du xvi» siècle. 

^ Il ne reste que le clocher principal de cette église célèbre. 

" Église du xine siècle , avec abside carrée. Tour sur le porche de la façade du 
XI' siècle. Peintures. 

' Église dérivée des églises à coupoles, xie et xn^ siècles, sans collatéraux. Ici les 
coupoles sont remplacées par des pyramides creuses (voy. coupole, fig. 15; clocher, 
lig. 27). Un clocher sur l'abside, l'autre sur le porche. 

' Église composée d'une large nef avec collatéraux , d'un transsept étroit avec 
abside circulaire et quatre absidioles prises dans l'épaisseur du mur des bras de croix, 
xne siècle. Charpente sur la nef. L'abside et le transsept sont seuls voûtés. Peintures 
de la fin du xne siècle dans une des deux tribunes qui terminent les deux bras de 
croix. Les quatre travées de ces deux bras de croix sont voûtées au moyen de berceaux 
perpendiculaires aux murs et reposant sur des arcs doubleaux construits à la hauteur 
des archivoltes réunissant les piles de la nef. Clochers sur plan barlong aux extrémités 
du transsept sur les tribunes. Le clocher sud seul existe. 



[ ÉGLISK 1 ' — 18a — 

LANDES. Arrond. de Dax. Ég. de Sordes, ég. de Saint-Paul-lès-Dax. 

Arrond. de Saint-Sever. Ég. de Saint-Géron à Hagetman, ég. de Sainte- 
Quitterie au Mas-d'Aire ' . 

LOIR-ET-CHER. Arrond. de Blois. Ég. de Saint-Laumer à Rlois^ ég. de 
Saint-Aignan, ég. de Mesland, ég. de Nanteuil à Montrichard, ég. de 
Cours-sur- Loire, ég. Saint-Lubin à Suèvres. 

Arrond. de Romorantin. Ég. de Romorantin, ég. de Lassay, ég. de Saint- 
Tliaurin à Selles-Saint-Denis, ég. de Saint-Genoux, id., ég. de Selles- 
sur- Cher. 

Arrond. de Vendôme. Ég. abb. de la Trinité à Vendôme^, ég. de Troo, 
ég. de Lavardin, ég. Saint-Gilles de Montoire. 

LOIRE. Arrond. de Roanne. Ég. dAmbierle, ég. abb. de Cbarlieu*, ég. de la 
Benisson-Dieu. 

LOIRE (HAUTE-). Arrond. du Pui/. Ég. cathéd. du Puy ^, ég. Saint- Jean au 
Puy^, baptistère au Puy, ég. Saint-Laurent, id,, ég. Saint-Michel-de 
l'Aiguilhe, id., ég. de Chamalières, ég. de Monestier, ég. de Polignac'^. 
ég. de Saint -Paulien, ég. de Saugues. 
Arrond. de Brioude. Ég. de Saint-Julien de Brioude'*, ég. abb. de la 
Chaise-Dieu, ég. de Chanteuges. 



/ Près du sanctuaire de cette église, on remarque une logette réservée en plein mur 
et dans laquelle on enfermait les aliénés. 
^ Belle église du xii" siècle. 

^ Le clocher de cette église abbatiale existe encore (voy. clocher, flg. 53, 54, 55 
et 56). C'est une des plus belles constructions du xne siècle, qui n'est surpassée que 
par celle du clocher vieux de la cathédrale de Chartres. 
'' Restes d'un très-beau style; xii« siècle. 

^ Monument dont la disposition est unique. En passant sous un porche très-relevé 
comme une loge immense, on pénètre sous le pavé de l'église et on débouche, par un 
escalier , devant le maître-autel. Ce degré se prolonge au loin dans la rue percée en 
face le portail. Cette disposition si étrange avait été prise pour permettre aux nombreux 
pèlerins qui visitaient Notre-Dame du Puy d'arriver processionnellement jusqu'à 
l'image vénérée. La cathédrale du Puy présente des traces d'un édifice très-ancien. 
Les constructions en élévation datent du xi^ siècle ; elles ont été couronnées au xri" 
par des coupoles. Une lanterne s'élève sur le centre de la croisée. L'abside était carrée, 
et les extrémités du transsept sont terminées , au nord et au sud , par des absidioles 
peu élevées. Les parements extérieurs sont composés de pierre blanche (grès) et de 
lave noire, de façon à former de grandes mosaïques. Il y avait autrefois, à l'intérieur, 
de nombreuses peintures du xn^ siècle, d'un grand style, qui ont été en partie détruites. 
La cathédrale du Puy a conservé ses dépendances, une grande salle du xiie siècle, un 
cloître du x^ et du xiie, une salle capitulaire et une maîtrise avec des peintures du xivf. 

" Édiflce dont quelques parties datent du x^ siècle. 

' Très-jolie petite église du xie siècle, avec trois absidioles. 

" Belle église du xii« et du commencement du xnie siècle ; le chœur est de cette 
dernière époque , mais les masses de l'architecture et le système de construction sont 



181 [ ÉGLISE I 

Arrond. d'Yssingeaux. Ég. de Bauzac, ég. de Saint-Didier-la-Sauve , 
ég. de Riotord. 

LOIRE-INFÉRIEURE. Arrond. de Nantes. Ég. cathéd. de Nantes, ég. Saint- 
Jacques à Nantes. 
Arrond. de Savenay. Ég. de Saint-Gildas-des-Bois, ég. de Saint-Gonstan, 
ég. de Guérande. 

LOIRET. Arrond. d'Orléans. Ég. cathéd. d'Orléans, ég. Saint-Aignan à Or- 
léans, ég. de Beaugency, ég. Saint-Étienne de Beaugency % ég. Notre- 
Dame de Cléry, ég. de Germigny^les-Prés % ég. de Meung, ég. de la 
chapelle Saint-Mesmin. 

Arrond. de Gien. Ég. abb. de Saint-Benoît-sur-Loire ', ég. de Saint- 
Brisson. 

Arrond. de Montargis. Ég. de Ferrières, ég. de Lorris. 

Arrond. de Pithiviers. Ég. de Puissaux, ég. de Yèvres-le-Chàtel. 

LOT. Arrond. de Cahors. Ég. cathéd. de Cahors\ ég. de Montât. 

Arrond. deFigeac. Ég abb. de Saint-Sauveur à Figeac, ég. d'Assier. 
Arrond. de Gourdon. Ég. de Gourdon, ég. abb. de Souillac ^. 

LOT-ET-GARONNE. Arrond. d'Agen. Ég. cathéd. d'Agen % ancienne ég. des 
Jacobins d'Agen '', ég. de Layrac, ég. de Moiran. 
Arrond. de Marmande. Ég. de Marmande, ég. duMas-d'Agenais. 
Arrond. de Nérac. Ég. de Mézin. 



-■&• 



restés romans. Le style nouveau ne se fait sentir que dans les détails de la sculpture 
et les profils. Traces nombreuses de peintures. 

' Église fort ancienne, ixe ou x« siècle. Nef étroite, longue, sans bas-côtés. Trans- 
sept très-prononcé, avec chapelles semi-circulaires orientées ; chœur presque égal à la 
nef, avec abside en cul-de-four. Yoûtes en berceau, voûtes d'arête sur le centre de la 
croisée, avec large clocher au-dessus. Absence totale d'ornementation; enduits. 

^ Petite église du ixe siècle, avec abside circulaire et deux absidioles. Clocher cen- 
tral porté sur quatre piles isolées , avec circulation autour , comme dans certaines 
églises grecques et de l'Angoumois. Transsept passant sous le clocher , terminé par 
deux absides circulaires ; voûtes d'arête et en berceau. Mosaïque à fond d'or revêtissant 
le cul-de-four de l'abside principale. Clocher avec colonneltes et bandeaux décorés de 
stucs. (Ce monument a été publié par M. Constant-Dufeux dans la Revue d'Architec- 
ture de M. Daly, t. VIII.) 

* Église du xne siècle , avec crypte et chœur relevé. Vaste narlhex du xie siècle, 
avec premier étage destiné à porter un clocher (voy. clocher, fig. 41 et 42). Le sanc- 
tuaire est pavé en opus alexandrinum, comme beaucoup d'églises italiennes. 

* Église dérivée de l'église abbatiale de Saint-Front à Périgueux. Coupoles. Cet 
édifice a subi de nombreuses mutilations depuis le xiv^ siècle. 

^ Église abbatiale dérivée de celle de Saint-Front. Coupoles. Abside circulaire; 
restes d'un porche. Bas-reliefs très-curieux à l'intérieur de la porte d'entrée. 

^ Église à coupoles, refaite en grande partie au xni« siècle et voûtée à cette époque. 
Abside rappelant, k l'extérieur, les absides auvergnates. 

' Peintures intérieures du xiii'' siècle. Église à deux nefs. 



[ ÉGLISE ] — 182 — 

LOZÈRE. Arrond. de Monde. Ég. cathéd. de Mende, ég. de Langogne. 

MAINE-ET-LOIRE. Arrond. d'Angers. Ég. cathéd. d'Angers % ég. abb, de 
Saint-Serge à Angers^ ég. de Saint-Martin , id., ég. abb. de la Trinité, 
id., ég. du Ronceray, id., ég. du Lion-d'Angers, ég. de Savennières, 
ég. de Beaulieu. 

Arrond. de Baugé. Ég. de Pontigné. 

Arrond. de Beaupréau. Ég. de Chemillé. 

Arrond. de Saumur. Ég. de Nantilly àSaumur, ég. de Saint-Pierre, id., 
ég. de Cunault, ég. abb. de Fontevrault ^, ég. de Saint-Georges-Chate- 
laison, ég. de Montreuil-Bellay, ég. du Puy-Notre-Dame, ég. Saint- 
Eusèbe de Gennes, ég. Saint- Vétérin, id. 

MANCHE. Arrond. de Saint-Lô. Ég, de Sainte-Croix de Saint-Lô, ég. Notre- 
Dame, id., ég. de Carentan, ég. de Martigny. 

Arrond. d'Avranches. Ég. abb. du Mont-Saint-Michel-en-Mer^. 

Arrond. de Cherbourg. Ég. de Querqueville, 

Arrond. de Coutances. Ég. cathéd. de Coutances *, ég. Saint-Pierre à 
Coutances^, ég. de Lessay, ég. de Périers. 

Arrond. de Mortain. Ég. abb. de Mortain. 

Arrond. de Valognes. Ég. de Sainte-Marie-du-Mont, ég. de Sainte-Mère- 
Église, ég. abb. de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ég. de Saint-Michel à 
Lestre. 

MARNE. Arrond. de Châlons. Ég. cathéd. de Chàlons'' ég. Notre-Dame de 



' Vaste église avec nef; transsept, chœur et abside sans chapelles ni collatéraux. 
Bâtie vers la fin du xn» siècle, mais présentant des traces de constructions antérieures. 
Voûtes d'arête à plan carré, et rappelant la coupole par leur forme très-bombée. 
Vitraux. Style des Planlagenets (voy. V Architecture btjzuntine en France, par M.Félix 
de Verneilh; voy. cathédrale, fig. 43). 

^ Église à coupoles, mais avec chœur entouré de chapelles avec bas-côtés (voy. ar- 
chitecture RELIGIEUSE, fig. 6 et 7). 

^ Église dont la nef remonte au xi* siècle; le chœur date du xv^ (voy. architecture 
MONASTIQUE, fig. 19, 20, 21 et22). 

^ Église normande pure de la pi'emière moitié du xnie siècle ; chapelles ajoutées à 
la nef au xiv^ (voy. cathédrale, fig. 38). 

' .Jolis clochers du xvi^ siècle. 

^ Église champenoise présentant des dispositions très-anciennes. Le chœur, primi- 
tivement dépourvu de bas-côtés, était flanqué de deux tours sur plan barlong. L'une 
de ces tours date du commencement du xiie siècle. Le chœur , le transsept et la nef 
ont été reconstruits au xiii» siècle. Au xiv^ siècle, des chapelles avec collatéral ont 
été ajoutées autour du sanctuaire. La nef remaniée sur quelques points. Après un 
incendie, l'édifice fut restauré au xvii^ siècle d'une fa(;on barbare. Beaux fragments 
de vitraux (voy. cathédrale, fig. 33). 



— 183 — I ÉGLISK I 

Châlons ', ég. Saint-Jean, icl.% ëg. Saint-Alpin, id., ég. Notre-Dame 

de l'Épine ^, ég. des Vertus, ég. de Courtisols *. 
Arrond. d'Épernay. Ég. d'Épernay, ég. de Montmort, ég. d'Orbay*, 

ég. d'Avenay, ég. de Dormans, ég. d'Oger^ 
Arrond. de Reims. Ég. Notre-Dame de Reims (cathéd.)'', ég. abb. de 

Saint-Remy à Reims ^, ég. de Cauroy. 
Arrond. de Sainte-Menehould. Ég. de Sommepy. 
Arrond. de Vitry. Ég. de Maisons-sous-Vitry ^, ég. de Maurupt, ég. de 

Cheminon, ég. de Saint-Amand '". 

MARNE (HAUTE-). Arrond. de Chaumont. Ég. de Saint-Jean-Raptiste à 

Chaumont, ég. de Vignory ". 
Arrond. de Langres. Ég. de Saint-Mammès de Langres (cathéd.) '^, ég. 

d'Issômes, ég, de Villars-Saint-Marcellin. 
Arrond. de Vassy Ég. de Vassy, ég. de Rlécourt, ég. de Ceffonds, ég. de 

Joinville, ég. de Moutiérender ^^, ég. Saint-Aubin à Moëslains, ég. abb. 

de Trois-Fontaines. 

' Église champenoise bâtie au xu^ siècle , remaniée bientôt après à la fin de ce 
siècle. La nef primitivement disposée pour être couverte par une charpente. Le chœur 
dépourvu de bas-côtés dans l'origine; collatéral et chapelles ajoutées vers 1180. 
Quatre tours, dont deux sont encore couvertes par des ilèches en plomb ; Tune de 
celles-ci refaite depuis peu (voy. construction, fig. 41, 42 et 43). 

^ Nef du xie siècle couverte par une charpente; bas-côtés reconstruits. Chœur et 
transsept rebâtis au xin" siècle, remaniés aux xiv, xv« et xvK. 

^ Église célèbre du xv^ siècle, l'un des exemples les plus complets de cette époque 
qui modifia ou termina tant d'églises anciennes, et qui en bâtit si peu de fond en 
comble. 

* Trois églises. Nefs avec charpentes, xiue siècle. 

s Le chœur seul de cette église présente de l'intérêt et possède des chapelles absi- 
dales ; il date du commencement du xui" siècle ; la chapelle centrale est plus grande 
que les autres. Style de l'Ile-de-France. 

* Édifice du xui^ siècle. Abside carrée. 

' (Voy. CATHÉDRALE, fig. 13, 14, 15, 16et17.) 

* Nef du xe siècle, construite pour recevoir une charpente avec doubles collatéraux 
voûtés, dans l'origine, au moyen de berceaux perpendiculaires à la nef. Chœur de la 
fin du xne siècle. Beaux fragments de vitraux. Transsept avec chapelles orientées à 
deux étages. Galerie de premier étage voûtée tout autour de l'édifice. Façade du 
xne siècle (restaurée). Pignon du transsept sud du xvie siècle. Tombeau de Saint-Remy, 
du xvie siècle, d'un très-médiocre style. 

' Nef couverte par une charpente, commencement du xnie siècle. Abside polygo- 
nale. Joli petit édifice. 

'" Édifice du xine siècle, d'un beau style. Porche bas, couvert en appentis ; nef avec 
collatéraux ; abside polygonale champenoise sans bas-côté. Transsept. 

" Église du x« siècle. Nefs couvertes en charpente; abside voûtée avec bas-côté et 
chapelles circulaires (voy. architecture religieuse, fig. 2 et 3). 

'■' Édifice bâti de 1150 à 1200 (voy. cathédrale, fig. 28 et 29). Façade moderne. 

' ' Chœur et transsept du commencement du xiiie siècle. Le meilleur exemple de 
l'architecture de cette époque dans la haute Champagne. 



I ÉGLISE ] — 184 — 

MAYENNE. Arrond. de Laval. Ég. de la Trinité à Laval, ëg. de Saint-Martin, 

id., ég. d'Avesnières, ég. d'Evron. 
Arrond. de Château-Gontier. Ég. de Saint-Jean à Château-Gontier, ég. 

abb. de la Roe. 
Arrond. de Mayenne. Ég. de Javron. 

MEURTRE. Arrond. de Nancy. Ég. de Laître-sous-Amance, ég. de Saint- 

Nicolas-du-Port, ég. de Mousson •. 
Arrond. de Sarrebourg. Ég. de Fenestrange. 
Arrond. de Toul. Ég. de Toul (anc. cathéd.) % ég. de Saint-Gengoulf ta 

Toul, ég. de Blenod-aux-Oignons, ég. de Minorville. 

MEUSE. Arrond. de Bar-le-Duc. Eg. de Ranabercourt-aux-Pots. 
Arrond. de Montmédy. Ég. d'Avioth. 

Arrond. de Verdun. Ég. cathéd. de Verdun^, ég. d'Etain, ég. abb. de 
Lachalade. 

MORRIHAN. Arrond. de Vannes. Ég. de Saint-Gildas-de-Rnys, ég. de l'île 
d'Arz. 
Arrond. de Lorient. Ég. d'Hennebon. 
Arrond. de Ploërmel. Ég. de Ploërmel. 
Arrond. de Pontivy. Ég. de Quelven à Guern. 

MOSELLE. Arrond. de Metz. Ég. cathéd. de Metz'', ég. de Saint-Vincent à 
Metz, ég. de Cliazelle, ég. de Norroy-le-Veneur, ég. de Jussy. 
Arrond. de Briey. Ég. d'OUey, ég. de Longuyon. 

NIÈVRE. Arrond. de Nevers. Ég. cathéd. de Nevers^, ég. Saint-Étienne à 
Nevei's^, ég. de Saint-Saulge, ég. de Saint-Parize-le-Châtel. 



' Grande église du xin^ siècle. Beau plan. 

^ Chœur et transsept du xui» siècle, sans collatéral. Façade du xv" siècle, fort 
riche. 

^ (Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 39.) 

* Église dont la nef date du xine siècle et le chœur du xv^; cette dernière construc- 
tion refaite toutefois en se raccordant aux précédentes. Style gothique empreint déjà 
du goût allemand. Très-beaux vitraux du xvie siècle dans le transsept, lequel est 
éclairé, non par des roses, mais par des fenêtres immenses comprenant l'espace entier 
laissé entre la première galerie et les voûtes. Les clochers, au lieu d'être élevés sur 
la façade, sont posés sur les troisièmes travées des collatéraux de la nef. 

^ Église ayant une abside à l'occident construite au xi« siècle. Vaste transsept dans 
lequel donne cette abside; date également de cette époque. La nef fut rebâtie au 
xiiie siècle; puis le chœur, après un incendie, fut refait à la fin de ce siècle. Restau- 
rations et adjonctions pendant les xive et xv^ siècles. Cette église menace ruine ; la nef 
est déversée ; son triforium présente une ornementation de cariatides et de figures 
d'anges dans les tympans, qui donnent à cet intérieur un aspect très-original. L'édifice 
est très-mutilé par la main des hommes et par le temps. 

° Eglise auvergnate du \\<' siècle (voy. architecture religieuse, fig. 8). 



— 185 — [ ÉGLISE 1 

Arrond. de Clamecy. Ég. Saint-Martin à Clamecy ', ég. de Corbigny, 
ég. de Saint-Reverien, ég. de Saint-Léger à Tannay, ég. de Varzy. 

Arrond, de Cosne. Ég. abb. de Sainte-Croix à la Charité ^, ég. de Donzy, 
ég. de Premery. 

NORD. Arrond. de Lille. Ég. Saint-Maurice à Lille. 
Arrond. d''Avesnes. Ég. de Solre-le-Chàteau. 
Arrond. de Dunkerque. Ég. de Saint-Éloi de Dunkerque. 

OISE. Arrond. de Beauoais. Ég. cathéd. de Reauvais ^, ég. de la Rasse- 

Gîluvre à Reauvais*, ég. de Saint-Etienne, id. ^, ég. abb. de Saint- 

Germer ^, ég. de Montagny, ég. de Trye-Château. 
Arrond. de Clermont. Ég. de Clermont, ég. d'Agnetz, ég. de Maignelay, 

ég. du pr.deRury, ég. de Saint-Martin-aux-Rois, ég. de Magneville''. 
Arrond. de Compiègne. Ég. Saint-Antoine à Compiègne, ég. abb. do 

Saint-Jean-aux-Rois *, ég. Notre-Dame de Noyon (anc. cathéd.)^, ég. 

de Pierrefonds '", ég. de Tracy-le-Val *'. 
Arrond. de Senlis. Ég. de Sentis (anc. cathéd.) '^, ég. collég. de Saint- 

Frambourg à Senlis, ég. Saint-Vincent, id., ég. d'Acy-en-Multien, 

ég. abb. de Chaalis, ég. Notre-Dame de Cbambly, ég. de Creil (en 

' Église de la première moitié du xine siècle, avec abside carrée et bas-côté tour- 
nant derrière le sanctuaire. Façade et clocher de la fin du xv« siècle. 

* Grande église de Tordre de Cluny, dont il ne reste que le chœur , un clocher et 
des ruines. Très-vaste narthex avec collatéraux , xne siècle. Style de l'architecture 
d'Autun, de Beaune, de Paray-le-Monial, de Cluny. 

^ Chœur du xni« siècle; transsept et morceau de nef du xvie. C'est le plus vaste 
chœur des églises françaises (voy. cathédrale, fig. 22; construction, fig. 101 , 101 6?.s 
et 101 ter). 

* Nef d'une église du vnie ou ixe siècle , couverte par une charpente. Façade du 
xie siècle. Construction dépourvue de toute ornementation, romane barbare. Traces 
de peintures du xne siècle. 

^ Nef du xiie siècle; chœur du xv^. Beaux vitraux de la Renaissance. Porte du 
xne siècle, très-ornenientée, sur le côté nord, avec traces de peintures. 

* Grande église du xii* siècle, avec galerie voûtée de premier étage. Sainte chapelle 
du xnie siècle, isolée à l'abside , à peu près copiée sur la Sainte-Chapelle du Palais 
à Paris. 

' Voy., pour ces églises, l'ouvrage sur le Beauvoisis, de M. le D'' Woillez. 

* Jolie petite église du commencement du xui^ siècle. Beaux fragments de vitraux 
grisailles. 

' xiie et xnie siècle (voy. cathédrale, fig. 7). 

'" Crypte d'une époque très-ancienne en partie creusée dans le roc. Clocher terminé 
par un couronnement du xvF siècle. 

" Charmant clocher de la fin du xii^ siècle (voy. clocher, fig. 49). 

'^ Édifice de la fin du xii^ siècle, avec galerie voûtée de premier étage. Cette église 
n'avait pas de transsept dans l'origine; ses bras de croix ont été établis, au xv^ siècle, 
en coupant deux travées de la nef. Chapelles rayonnantes très-exiguës. Beau clocher 
du commencement du xii^ siècle (voy. clocher, fig. 63). 

r. V. '2A 



[ ÉGLISE I — 186 — 

rile)', ég. abb. de Saint-Leu d'Esserent*, ëg. collég. de Mello •', 
ég. collég. de Montataire, ég. abb. de Morienval ^, ég. de Nogent-les- 
Vierges, ég. d'Ermenonville, ég. de Baron, ég. de Verberie. 

ORNE. Arrond. d'Alençon. Ég, Notre-Dame d'Alençon, ég. cathéd. de Séez ^ 
Arrond. d'Argentan. Ég. de Saint-Martin à Argentan, ég. de Chambois. 
Arrond. de Domfront. Ég. de Notre-Dame-sous-Peau à Domfront, ég. de 
Lonlay-l'Abbaye. ^ 

PAS-DE-CALAIS. Arrond. de Saint-Onier. Ég. Notre-Dame à Saint-Omer 
(anc. cathéd.), ég, abb. de Sainl-Bertin à Saint-Omer, ég. d'Acre-sur- 
la-Lys . 

PUY-DE-DOME. Jrroju/. de Clermont. Ég. cathéd. de Clermont", ég. Nolre- 
Dame-du-Port à Clermont '', ég. de Saint-Cerneuf à Billom, ég. de 
Chauriat, ég. de Notre-Dame d'Orcival, ég. de Montferrand, ég. de 
Royat", ég. de Saint-Saturnin, ég. de Chamalières. 

Arrond. d'Issoire. Ég. Saint-Paul à Issoire ', ég. de Chambon, ég. de 
Manglieu, ég. de Saint-Nectaire ^". 

Arrond. de Rium. Ég. Notre-Dame-du-Marturet à Riom, ég. de Saint- 
Amable de Riom, ég. d'Ennezat ", ég. de Saint-Hilaire-la-Croix, ég. de 
Mozat, ég. de Thuret, ég. de Volvic *^, ég. de Coudât, ég. de Menât. 

Arrond. de Thiers. Ég. Saint-Genest de Thiers, ég. du Dorât. 

' Débris d'une fort belle église du xn^ siècle. 

" Narthex du xi^ siècle, avec salle au premier étage. Chœur de là fin du xn^. Nef 
du commencement du xnie. Petites chapelles rayonnantes autour du bas-côté de l'ab- 
side. Clocher du xiue siècle. La chapelle extrême du chevet possède un étage à la 
hauteur du triforium. 

' Fin du xiie siècle. Très-mutilée. 

* Église de la fin du xie siècle, avec chapelles autour du bas-côté du sanctuaire qui 
datent de cette époque. Un clocher du commencement du xn* siècle sur la façade et 
deux clochers des deux côtés du chœur. Remaniements considérables au xive siècle. 

^ Restes d'un portail de la fia du xiie siècle. Nef du xnie siècle, style normand. 
Chœur de la fin du xm^ siècle , style français. Deux clochers du xnie siècle sur la 
façade. Cet édifice menace ruine sur plusieurs points et a subi de graves mutilations. 
Les chapelles absidales datent du milieu du xiiie siècle. 

^ Église reconstruite à la fin du xiue siècle sur un ancien édifice du xie (voy. cathé- 
drale, fig. 46). 

' Édifice du xie siècle, style auvergnat pur (voy. architecture religieuse, fig. 9 , 
10 et 10 bis). Crypte. 

' Petite église auvergnate du xie siècle, fortifiée et restaurée à la fin du xiie. Crypte. 

'•• Slvle auvergnat pur. Grande église du xi? siècle. Crypte. 

•" Idem. 

" Nef du xie siècle; chœur et Iranssept du xiiie. Peintures. 

'* Très-joli chœur du xiiie siècle, style auvergnat. 



— 187 — I ÉGLISE ] 

PYRÉNÉES (BASSES-). Arrond. de Pau. Ég. de Lembeye, ëg. de Lescar, 
ég. de Morlaas. 
Arrond. de Bayonne. Ég. cathéd. de Rayonne'. 
Arrond. de Mauléon. Ég. de Saint-Engrace. 
Arrond. d'Oloron. Ég. Sainte-Croix à Oloron, ég. Sainte-Marie à Oloron. 

PYRÉNÉES (HAUTES-). Ég. de Luz^ ég de Saint-Savin, ég. d'Ibos près 

Tarbes. 
PYRÉNÉES-ORIENTALES. Arrond. de Perpignan. Ég. Saint-Jean à Perpi- 
gnan (aujourd'hui cathéd.), ég. d'Elne ^. 
Arrond. de Céret. Ég. de Coustouges. 

Arrond. de Prades. Ég. de Marceval, ég. abb. de Saint-Martin du Cani- 
gou '', ég. de Corneilla, ég. de Serrabone ^, ég. de Villefranche. 

RHIN (BAS-). Arrond. de Strasbourg. Ég. cathéd. de Strasbourg^, ég. Saint- 
Pierre à Strasbourg, ég. abb. de Saint-Étienne, id., ég. Saint-Thomas, 
id., ég. de Niederhaslach. 

Arrond. de Saverne. Eg. de Saint-Jean-des -Choux, ég. abb. de Marmou- 
tiei '', ég. de Neuwiller^. 

Arrond. de Schelestadt. Ég. Saint-Georges de Schelestadt, ég. Sainte-Foi 
à Schelestadt^, ég. d'Andlau,ég. abb. de Saint-Odile, ég. deRosheim'°. 

Arrond. de Wissembourg . Ég. de Walbourg. 

RHIN (HAUT-). Arrond. de Colmar. Ég. Saint-Martin à Colmar, ég. de Gue- 
berschvvyr, ég. deGuebwiller ", ég. de Pfaffenheim, ég. de Rouffach, 
ég. de Sigolsheim, ég. de Luttenbach, ég. abb. de Murbach^'. 
Arrond. d'Altkirck. Ég. d'Ottmarsheim '^. 
Arrond. de Bel fort. Ég. de Tliann. 

' xnie, xive et xve siècle. 
"^ Petite église fortifiée. 
^ xne siècle. 

* xne siècle. 
' xne siècle. 

* Chœur et transsept du xii^ siècle. Crypte. Nef du xin^ siècle. Façade des xive et 
xv«. Beaux vitraux. Flèche en pierre très-remarquable au point de vue de la construc- 
tion (voy. flèche). 

' Style rhénan, xii" siècle. Porche entre deux clochers. 

* Église de la fin du xiie siècle. Chapelle isolée à l'abside, du xe siècle (voy. cha- 
pelle, fig. 22 et 23). 

'•* Eglise des xie et xne siècles, style rhénan. Clocher sur le centre de la croisée. 
Porche entre deux clochers sur la façade. 

'" Jolie église de style rhénan, xie et xn^ siècle. Belle sculpture. 

" Jolie église de la fin du xii» siècle et du xnie. Porche entre deux tours sur la 
façade. Clocher sur le milieu de la croisée. Belle construction style rhénan. 

'^ Restes d'une belle église du xn^ siècle. Deux clochers des deux côtés du chœur. 
Style rhénan pur. 

" Eglise octogone ; imitation d'Aix-la-Chapelle. 



[ ÉGLISE I — 188 — 

RHONE. Arrond. de Lyon. Ég. cathéd. de Lyon *, ég. de Saint-lN'izier à Lyon, 
ég. d'Ainay, id. -, ég. Saint-Paul, id., ég. Saint-lrénée, id., ég. de 
rUe-Barbe. 
Arrond. de Villefranche. Ég. de Villefranche, ég.de Salles, ég. de Belle- 
ville, ég. de Chàtillon-d'Azergue. 

SAONE (HAUTE-). Arrond. de Vesoul. Ég. abb. de Cherlieu, ég. de Faver- 
nay, ég. de Chambarnay-les-Bellevaux. 
Arrond. de Lure. Ég. abb. de Luxeuil. 

SAONE-ET-LOIRE. Ég. abb. de Saint-Vincent à Màcon, ég. abb. de Saint- 
Philibert à Touinus '\ ég. de Brancion, ég. de Chapaise, ég. abb. de 
Cluny \ ég. Notre-Dame à Chiny^ 
.. Arrond. d'Autun. Ég. cathéd. d'Autun ^. 

Arrond. de Châlon. Ég. Saint-Vincent à Chàlon, ég. Saint-Marcel, ég. de 

Sennecey-le-Grand. 
Arrond. de Ckarolles. Ég. de Paray-le-Monial '', ég. de Semur-en-Brion- 

' Chœur de la fin du xiie siècle, sans bas-côté, avec deux chapelles profondes don- 
nant sur le transsept. Nef des xiii^ et xiv^ siècles. Façade du xiv^. Clochers des deux 
côtés du chœur. Singulier mélange des styles gothiques de la haute Bourgogne, du 
Bourbonnais, de la Haute-Marne et du Rhin. 

* Petite église dont quelques parties sont très-anciennes et datent du ixe siècle. 
Clocher du xi''; abside de la même époque. Édifice qui a subi beaucoup de remanie- 
ments. L'abside, sans collatéral, appartient au style auvergnat. 

' Nef du commencement du xie siècle, avec vaste narthex. Les voûtes hautes de la 
nef présentent cette particularité qu'elles se composent de berceaux plein-cintre bandés 
perpendiculairement à l'axe sur des arcs doubleaux. Les voûtes centrales sont contre- 
buttées parcelles des collatéraux, qui sont d'arête. Les piliers sont monostyles, terminés 
par des chapiteaux plats sans ornements, comme de simples cordons. Le narthex est à 
deux étages. Transsept et chœur du commencement du xiie siècle , avec crypte , bas- 
côté et chapelles rectangulaires. Clocher carré sur le centre de la croisée et deux 
clochers sur les premières travées du narthex, du xu» siècle (voy. architecture monas- 
tique, fig. 3, et les Arch. des mon. hist.). 

'' Voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 2. EgUse dont il ne reste aujourd'hui qu'un 
des bras du transsept. 

^ Jolie église du commencement du xiiie siècle , du meilleur style de la haute 
Bourgogne. Lanterne àur le centre de la croisée. 

" Église du xiie siècle, avec porche ouvert peu postérieur h la construction primi- 
tive. Style de la haute Bourgogne. Nef voûtée en berceau brisé avec arcs doubleaux. 
Chœur sans collatéral (voy. architecture religieuse, fig. 20; cathédrale, fig. 27). 
Flèche du xve siècle, en pierre, sur le centre de la croisée. Arcs-boutants du xv« siècle 
contre-bultant les voûtes hautes. 

■^ Très-remarquable édifice contemporain de la cathédrale d'Autun (xiie siècle), avec 
porche fermé à deux étages; sanctuaire avec collatéral et trois chapelles rayonnantes. 
Tour centrale à huit pans. Deux tours sur les deux premières travées du porche 
(voy. les Arch. des mon. hist.). Belle construction exécutée en beaux matériaux. 



— 189 — [ ÉGLISE 1 

nais*, ég. d'Anzy, ég. de Bois-Sainte-Marie '^j ég. de Châteauneuf *, 
ég. de Saint-Germain. 

SARTHE. Arrond. du Mans. Ég. cathéd. du Mans'', ég. Notre-Dame-du-Pré 
au Mans ^, ég. Notre-Dame-de-la-Coulture au Mans *'. 

Arrond. de la Flèche. Ég. du pr. de Solesmes, ég. de Bazouges, ég. de la 
Bruère. 

Arrond. de Marner s. Ég. de la Ferté-Bernard "^ . 

Arrond. de Saint-Calais. Ég. de Saint-Calais. 

SEINE. Arrond. de Paris. Ég. Notre-Dame (cathéd. de Paris) ^, ég. abb. 
de Saint-Germain-des-Prés à Paris ^ ég. de Saint-Germain-l'Auxerrois, 
id. *", ég. Saint-Eustache, id. ^*, ég. Saint-Merry, id., ég. Saint-Séve- 
rin, id., ég. du pr. de Saint-Martin-des-Champs, id. *-, ég. Saint-Ju- 



' Édifice de la fin du xii" siècle. Style de la haute Bourgogne. Roman fleuri de 
transition. Belle construction. 

^ Petite église du xn« siècle , dont le chœur présente en plan tine disposition toute 
particulière. Bas-côté sans chapelles rayonnantes, et sanctuaire porté sur des réunions 
de colonnes , deux grosses posées suivant le rayon et deux plus grêles posées sur la 
circonférence. Tour centrale ; nef en berceau brisé avec arcs doubleaux ; voûtes d'arête 
sur les bas-côtés, sans arcs-boutants. 

. ■' Petite église du xiie siècle , sans transsepl ; nef avec collatéraux étroits et trois 
absides. Clocher carré en avant du sanctuaire. Voûtes hautes en berceau brisé, contre- 
buttées par des voûtes d'arêtes rampantes sur les bas-côtés. Le berceau central se 
retournant accuse seul le transsept en élévation. 

^ Nef du xie siècle, remaniée et voûtée au xu^; primitivement couverte par une 
charpente. Chœur du xni^ siècle. Style mixte français-normand (voy. cathédrale, 
fig. 34 et 3o). Vitraux. 

^ Petite égbse du commencement du xie siècle , remaniée au xne ; couverte primi- 
tivement par une charpente apparente. 

•* Nef sans bas-côté , du xu^ siècle. Influence du style occidental ; chœur de la fin 
du xuÉ siècle. Porche du xiii^. Crypte. 

'' Très-jolie église du xvie siècle , dans laquelle les traditions gothiques sont très- 
habilement conservées sous une nouvelle forme. Vitraux. 

* Cathédrale de la fin du xiie siècle; nef et portail du commencement du xin". 
Pignons du transsept du milieu du xui^ siècle. Chapelles du chœur du xiv^ (voy. ca- 
thédrale, fig. 1, 2, 3, 4 et 5). 

'■* Nef du xie siècle, entièrement reconstruite. Chœur de la fin du xne siècle, qui a 
subi des altérations notables. Une tour sur la façade formant porche, dont la construc- 
tion remontait au ix^ siècle. Deux tours des deux côtés du transsept, détruites aujour- 
d'hui. 

'" Nef des xiv» et xve siècles ; chœur du xve ; porche du xvi^. Tour romane près le 
bras de croix sud détruite aujourd'hui. 

" Vaste église des xvi^ et xvn» siècles. 

''^ Chœur du xi^ siècle, revoûté au xne. j^ef sans bas-côtés, duxuie siècle, couverte 
par une charpente apparente lambrissée. Cet édifice religieux est, après Notre-Dame, 
le plus intéressant de ceux qui existent encore dans Paris. 



[ ÉGLISE ] — 190 — 

lien-le-Pauvre, id. \ ëg. Saint-Étienne-du-Monl, id., ég. Sainl-Ger- 

vais et Saint-Protais, id. 
Arrond. de Sceaux. Ég. d'Arcueil, ég. de Vitry, ég. d'issy, ég. de Saint- 

Maur, ég. de Nogent-sur-Marne. ég. de Bagneiix'^ 
Arrond. de Saint-Denis. Ég. abb. de Saint-Denis^, ég. de Boulogne'", 

ég. abb. de Montmartre'^, ég, de Suvesne, ég. abb. de Longchamp, 

ég. de Charonne. 

SEINE-INFÉRIEURE. Arrond. de Rouen. Ég. cathéd. de Rouen % ég. de 
Saint-Maclou à Rouen'', ég. abb. de Saint-Ouen, id. ^, ég. Saint-Pa- 
trice, id., ég. Saint-Vincent, id., ég. Saint-Godard, id., ég. Saint- 
Gervais, id., ég. du Mont-aux-Malades, id., ég. abb. de Saint-Georges 
de Bocbervillc ^, ég. Duclair, ég. Saint-Étienne à Elbeuf, ég. Saint- 
Jean, id., ég. abb. de Jumiéges '°, ég. de Moulineaux, ég. d'Yainville, 
ég. d'Houppeville. 

Arrond. du Havre. Ég. d'Angerville-d'Orcher, ég. d'Etretat, ég. de Gra- 
ville-1'Evu-e, ég. de Harfleur, ég. de Lillebonne, ég. de Montiviller. 

Arrond. de Dieppe. Ég. Saint-Jacques de Dieppe, ég. abb. de Saint-Victor, 
ég. d'Arqués^ ég. d'Auffay, ég. de Bourgdun, ég. abb. d'Eu", ég. du 
collège d'Eu, ég. de Tréport. 

Arrond. de Neufchâtel. Ég. de Gournay, ég. d'Aumale. 

Arrond. d'Yvetot. Ég. de Caudebec, ég. de Sainte-Gcrtrude, ég. de Valli- 
querville, ég. d'Auzebosq, ég. abb. de Saint-Wandrille '*, ég. de Saint- 
Wandrille. 

' Charmante petite église de la tin du xne siècle. 

" Jolie église de la fin du xiie siècle; fort gâtée par des restaurations modernes. 

^ Crypte du xi^ siècle. Pourtour du chœur, chapelles et partie antérieure de la net 
bâtis par l'abbé Suger au milieu du xii^ siècle. Choeur, transsept et nef élevés sous 
saint Louis. Anciens vitraux du xii" siècle. Quantité de fragments précieux (voy. V Ab- 
baye de Saint-Denis, par M. le baron de Guilhermy). 

'' Chœur et transsept du xiiie siècle. 

^ Petite église de la fin du xne siècle (voy. la Statist. mon. de Pans, par M. Albert 
Lenoir). 

* Pourtour du chœur de la fin du xii' siècle; nef et chœur du xin^. Pignons du 
transsept du xive. Façade du xvi*'. Tour du xne, côté nord de la façade; tour du xvie, 
sur le côté sud. Cette vaste église a subi de nombreux remaniements (voy. cathédrale, 
fig. 39). 

' Église des xve et xvie siècles. Joli plan. 

' Cette église peut passer pour le chef-d'œuvre de l'architecture religieuse du 
xive siècle; terminée seulement au xv^. 

' Église normande du xiii^ siècle. 

'" Ruines du xii^ siècle. 

" Curieuse église, dont le chœur date de la fin du xuc siècle et la nef du xni^. Le 
chœur a été remanié complètement au xv^ siècle. Crypte. Style français dans le chœur 
et normand dans la nef (voy. les .irch. des mon. hist.). 

" Ruines du xii*" siècle. 



— 191 — [ ÉGLISE ] 

SEINE-ET-MARNE. Arrond. de Melun. Ég. Notre-Dame de iMelun', ég. 
Saint-Aspais à Melun, ég. de Brie-Comte-Robert, ég. de Champeaux^. 

Arrond. de Coulommiers. Eg. de Saint-Cyr, ég. de Villeneuve-le-Comte. 

Arrond. de Fontainebleau. Ég. de Chàteaii-Landon, ég. de Larchant, 
ég. de Moret*, ég. de Nemours. 

Arrond. de Meaux. Ég. cathéd. de Meaux*, ég. de Chamigny, ég. de la 
Chapelle-sous-Crécy ^, ég. de Forrières^, ég. d'Othis. 

Arrond. de Provins. Ég, de Saint-Quiriace à Provins'', ég. de Sainte- 
Croix, id., ég. Saint-Ayoul, id., ég. de Donnemarie, ég. de Saint- 
Loup de Naud**, ég. de Rampillon *, ég. de Voulton. 

SEINE-ET-OISE. Arrond. de Versailles. Ég. de Poissy'", ég. de Triel, ég. de 

Bougival, ég. de Vernouillet '^, ég. de Thiverval. 
Arrond. de Corbeil. Ég. Saint-Spire de Corbeil, ég. d'Athis-Mons, ég. 

abb. de Longpont. 
Arrond. d'Étampes. Ég. Notre-Dame à Étampes ''^, ég. Saint-Martin, id., 

ég. Saint-Basile, id., ég. abb. de Marigny, ég. de la Ferté-Aleps ^^. 
Arrond. de Mantes. Ég. Notre-Dame de Mantes '*, ég. de Houdan, ég. de 

' Petite église avec chœur sans collatéral, et clochers latéraux. Les soubassements 
de ces clochers et des transsepts datent du x^ siècle; la nef date du xn<= siècle et était 
autrefois couverte par une charpente apparente; le chœur est du xiu'-' siècle. 

* Jolie église du commencement du xin^ siècle. Nef avec œils circulaires tenant 
lieu de triforium comme au-dessus de la galerie de Notre-Dame de Paris, avant les 
changements apportés au xnie siècle. 

^ Église dont le chœur date de la fin du xn^ siècle, sans collatéral; œils ajourés 
servant de triforium. Transsept avec fenêtres à meneaux prenant toute la surface du 
mur-pignon . 

* Édifice contemporain de Notre-Dame de Paris, mais presque entièrement recon- 
struit vers le milieu du xnie siècle, puis remanié successivement pendant les xv^ et 
xvi" siècles. 

s Très-jolie église du commencement du xine siècle. 

" Église sans transsept; la nef éclairée par des roses. Bonne disposition des cha- 
pelles à l'extrémité des bas-côtés. La façade est détruite, xui^ siècle. 

^ Église, d'un beau style, de la Ihi du xiu' siècle. 

" Église de la tin du xi^ siècle. Porche du xne, avec statuaire reniarqiiable. 

" XHie siècle. Portail sculpté. 

"' Porche de la façade du i\« siècle; quelques piles à l'intérieur de la fin du xi^; nef 
du xiie, remaniée au xvie et au xvne siècle; chœur de la fin du xne siècle; chapelle 
absidale du xnie ; chapelles de la nef et porche latéral du xviA. Clocher central du xne; 
clocher sur la façade du xne, reconstruit en partie au xvie. Pas de transsept. Bas-côté 
pourtournant le chœur avec deux chapelles latérales orientées de la fin du xu» siècle. 

" Très-jolie petite église de la fin du xii^ siècle, avec clocher central du xuie. 
Abside carrée. Façade détruite. 

'^ xne et xuie siècle. Clocher avec flèche en pierre. 

" Édifice du xu^ siècle; clocher de la même époque, terminé par une flèche en 
pierre. 

'* Église qui présente une copie réduite de Notre-Dame de Paris, bâtie d'un seul 



[ É(iLISK J • — 19^2 — 

t 

Vétheuil', ég. de Gassicoiirt -, ég. de Limay, ég. de Fiisiers, ég. de 

Richeboiii'g 
Arrond. de Pantoise. Ég. Saint-Maclou de Pontoise, ég. de Deuil, ég. 

d'Écouen, ég. de Taverny, ég. de Luzarches, ég. de Mareil-en-France, 

ég. Saint-Martin à Montmorency, ég. de Belloy ', ég. de Champagne*, 

ég. abb. de Royaumont, ég. de Beaumont-sur-Oise, ég, de Nesles % 

ég. de Gonesse, ég. abb. de Maubuisson. 
Arrond. de Rambouillet. Eg. de Montfort-l'Amaury ^, ég. de Saint-Sul- 

pice de Favières''. 

SÈVRES (DEUX-). Arrond. de Niort. Ég. Notre-Dame de Niort, ég.de Champ- 
deniers, ég. de Saint-Maixent. 

Arrond. de Bressuire. Ég. de Bressiiire, ég. d'Oyron, ég. Saint-Denis à 
ïhouars. 

Arrond. de Melk. Ég. Saint-Pierre à Melle *, ég. Saint-Hilaire, id. ^, 
ég. Saint-Savinien, id., ég. de Celles, ég. de Javarzay. 

Arrond. de Parthenay. Ég. Saint-Laurent à Parthenay, ég. Sainte-Croix, 
id., ég. Notre-Dame-de-la-Couldre, id., ég. Saint-Pierre à Airvault, 
ég. de Saint-Géneroux, ég. de Marnes, ég. Saint-Louis de Marnes, 
ég. de Parthenay-le-Vieux "^, ég. de Verrines-sous-Celles. 

SOMME. Arrond. d'Amiens. Ég, Notre-Dame (cathéd, d'Amiens)", ég. Notre- 
Dame d'Araines, ég. de Namps-au-Val, ég. Saint-Denis-de-Poix. 

Arrond. d'Abbeville. Ég. coll. de Saint-Wulfran d'Abbeville '% ég. abb. 
de Saint-Riquier '^ ég. de Rue. 

Arrond. de DouUens. Ég, de Beauval, 

Arrond. de Montdidier. Ég d'Ailly-sur-Noye, ég, abb. de Bertheaucourt, 
ég. de Folleville, ég. Saint-Pierre de Roye, ég. de Tilloloy, 



jet à la fin du xu^ siècle ; chapelles du chœur du xiv^ siècle ; tours sur la fa(;ade du 
xine. Vitraux. 

' Abside simple sans bas-côtés du xii^ siècle; nef du xvie; joli porche de la Renais- 
sance. 

^ Petite église à abside carrée du xme siècle; façade duxi^; nef du xv^. 

^ Église très-mutilée ; jolie façade du xvi^ siècle, bien conservée. 

^ Petite église du xnie siècle, d'un excellent style. 

■' Petite église du commencement du xnie siècle; clocher latéral du xn^. 

" Beaux vitraux de la Renaissance. 

' Charmante construction du milieu du xui^ siècle, toute à claire-voie. Beaux 
vitratix. 

" Jolie église du xu^ siècle. 

^ Du xne siècle. Beau style du Poitou. 

'" Toutes ces églises appartiennent au meilleur style du Poitou; xii^ siècle. 

" Édifice entièrement bâti pendant le xin^ siècle (voy. cathédrale, fig. 19 et 20). 

'^ Edifice bâti au commencement du xvi^ siècle. La nef seule a été élevée. 

'■' xvi*" siècle. 



— 193 — 1 ÉGLISE I 

TARN. Arrond. d'Alby. Ég. Sainte-Cécile (calhéd. d'Alby)', ég. Saint-Salvy, 
à Alby. 
Arrond. de Castres. Eg. de Burlatz. 

TARN-ET-GARONNE. Arrond. de Montauban. Ég. de Caussade \ ég. de 
Montpezat '^, ég. de Varen \ 
Arrond. de Casiel-Sarrazin. Ég. de Beaumont-de-Lomagne, ég. abb. de 
Moissac ^ 

VAR. Arrond. de Draguignan. Ég. cath. de Fréjus, ég. abb. du Thoronet ", 

ég. de Caunel, ég. de Luc. 
Arrond. de Brignoles. Ég. Saint-Maximin. 
Arrond. de Grasse. Ég. de Vence (anc. cath.), 
Arrond. de Toulon. Ég. Saint-Louis à Hyères, ég. de Sollies-Ville, ég. de 

Six fours. 

Vx\[JCLUSE. Arrond. d'Avignon. Ég. INotre-Dame-des-Dons (cathéd. d'Avi- 
gnon'', ég. de Cavaillon (anc. cathéd.) *, ég. de Thor ^, ég. de Vau- 
cluse, ég. abb. de Sénanque. 

Arrond. d'Apt. Ég. d'Apt (anc. cathéd.), 

Arrond. de Carpentras. Ég. de Saint-SifFrin à Carpentras, ég. de Pernes, 
ég. bapt. de Vénasque '°, ég. de Caromb. 

Arrond. d'Orange. Ég. de Vaison (anc. cathéd.), ég. de VaJréas. 

VENDÉE. Arrond. de Fontenay. Ég. de Fontenay-le-Comte, ég. de Maillezais, 
ég. abb. de Nieuil-sur-Authise, ég. de Vouvant. 

VIENNE. Arrond. de Poitiers. Ég. cathéd. de Poitiers ", ég. Notre-Dame-la- 

' Église à une seule nef sans transsept^ avec chapelles, bâtie en brique; xiv« et 
XVI' siècles (voy. cathédrale), fig. 50). Peintures de l'époque de la Renaissance. 

■ Clocher du xive siècle. 

' Eglise à une seule nef sans transsept; xiv^ siècle. 

' Église du xiie siècle, à deux absides jumelles. 

^ Narthex du xi^ siècle, à trois étages; porche du xne; nef du xive, sans bas-côtés 
et sans transsept. 

" Église cistercienne du xn^ siècle , d'une grande simplicité (voy. les Archives des 
mon. hist.). 

'' Édifice du xii^ siècle, mais méconnaissable par suite des mutilations qu'il a subies. 

" Église du xnie siècle, qui conserve tous les caractères de l'architecture romane 
de la Provence. 

" xue siècle. Très-délicale architecture dans laquelle on sent l'intluence immédiate 
des arts romains. 

'" Édifice du vine ou ixe siècle, voûté; ressemblant à une très-petite salle de 
lliermes antiques, mais d'une construction très-grossière. 

" Église bâtie à la fin du xii^ siècle conformément aux traditions romanes du Poi- 
tou, mais avec des formes déjà gothiques. Belle construction. Plan simple (voy. cathl- 
DRALE, tig. 44 et 4o). Kat.ade de la fin du xiiie siècle. 

T. Y. 25 



[ ÉGLISE ] — 194 — 

Grande à Poitiers ', ég. de Moustier-Neuf, id., ég. abb. de Saint- 
Hilaire, id.', ég. de Sainte-Radegonde, id. ^, ég. de Fontaine-Lecomte^ 
ég. abb. de Ligugé, ég. de Noiiaillé, ég. de Lusignan. 

Arrond. de Civray. Ég. Saint-Nicolas de Civray, ég. abb. de Charroux*. 

Arrond. de Montmorillon. Ég. de Montmorillon, ég. d'Antigny, ég. Saint- 
Pierre à Chauvigny, ég. Notre-Dame, id., ég. de la Puye, ég. abb. de 
Saint-Savin ^. 

VIENNE (HAUTE-). Arrond. de Limoges. Ég. cathéd. de Limoges ". 
Arrond. de Bcllac. Ég. abb. du Dorât "^ . 
Arrond. de Rochechouart. Ég. de Rochechouart, ég. de Saint-Junien, 

ég. de Solignac *. 
Arrond. de Saint-Yriex. Ég. de Saint-Yriex. 

VOSGES. Arrond. d'Épinal. Ég. d'Épinal. 

Arrond. de Saint-Dié. Ég. cathéd. de Saint-Dié ^, ég. de Moyenmoutier. 

YONNE. Arrond. d'Auxerre. Ég. Saint-Étienne à Auxerre (anc. cathéd.) ^^ 
ég. Saint-Pierre à Auxerre, ég. Saint-Germain, id. *', ég. Saint-Eu- 
sèbe, id, '^, ég. de Saint-Florentin '■', ég. abb. de Pontigny '*, ég. de 
Chitri-le-Fort, ég. de Moutiers, ég. de ChabHs, ég. de Vermanton, 
ég. de Mailly-le-Château. 

* xie et xiie siècles. Façade de cette dernière époque, entièrement couverte de 
sculptures. Peintures à l'intérieur. 

^ Église du xie siècle, autrefois voûtée en coupoles, fort mutilée aujourd'hui. Beau 
plan, vaste, bien conçu. 

^ Église du xiie siècle. Peintures à l'intérieur, refaites depuis peu. Crypte. 

'' Vaste église terminée par une rotonde, xu^ siècle^en ruines aujourd'hui (v. saint- 
sépulcre). 

* Porche du ixe siècle; nef du xie; chœur du commencement du xne. Flèche sur le 
porche du xv^ siècle. Peintures à l'intérieur du xue siècle(voy. architecture religieuse, 
fig. \\ et 42). Style poitevin roman. Crypte. 

" Porche du xie siècle; nef ruinée du xie; chœur des xiii* et xiv^; transsept du xv^ 
(voy. cathédrale, flg. 47). 

^ Belle église du xii^ siècle. Style mixte auvergnat et des côtes occidentales. 

" Style du Périgord, xii^ siècle. Coupoles. 

'■' Nef du xie siècle, remaniée au xn^. Abside carrée de la fin du xiii^ siècle. 

'" Beau chœur bourguignon du xiiie siècle, avec une seule chapelle carrée au chevet. 
Transsept et nef des xive et xv^ siècles. Parties inférieures de la façade de la fin du 
xiii» siècle ; parties supérieures du xv''. Vitraux. Crypte du ix^ siècle. Peintures dans 
la crypte. 

" Crypte du ix^ siècle, très-mutilée; chœur de la fin du xiii^. Nef détruite. Clocher 
du xne siècle. 

'^ Nef du xiie siècle, très-mutilée. Façade du xiii^ siècle; chœur du xvK. Vitraux. 
Clocher du xii<= siècle. 

'^ Chœxir du xvie siècle. Vitraux. 

" Grande église de l'ordre de Cîteaux. Nef du xiF siècle, avec porche; chœur du 
commencoment du xiiK (voy. architecture monastique, fig. 8). 



— 195 — I ÉtiOUT ] 

Arrond. d'AvaUon. Ég. Saint-Lazare d'A vallon, ég. Saint-Martin, id., 
ég. abb. de Sainte-Madeleine à Vezelay ^, ég. de Saint-Père sous Ve- 
zelay ^^ ég. de Civry, ég. de Montréal ^, ég. de Pontaubert *. 

Arrond. de Joigny. Ég. de Saint-Julien-du-Sault ^, ég. de Villeneuve-le- 
Roi*, ég. de Saint-Fargeau. 

Arrond. de Sens. Ég. Saint-Étienne (cathéd. de Sens) '', ég. de l'hôpital 
de Sens*, ég. Saint- Sa vinien et Saint-Potentien, id. 

Arrond. de Tonnerre. Eg. Saint-Pierre de Tonnerre, ég. de l'hospice de 
Tonnerre ^, ég. de Neuvy- Saultour. 

ÉGOUT, s. m. Conduit souterrain en maçonnerie destiné à écouler les 
eaux pluviales et ménagères. Les Romains étaient grands constructeurs 
d'égouts, et lorsqu'ils bâtissaient une ville, ils pensaient d'abord à l'éta- 
blissement de ces services souterrains. Quand les barbares devinrent 
possesseurs des villes gallo-romaines, ils ne songèrent pas à entretenir 
les égouts antiques, qui bientôt s'engorgèrent ou furent perdus; les villes 
renfermaient alors de véritables cloaques, les eaux croupies pénétraient 
le sol, les rues étaient infectes et la peste décimait périodiquement les 
populations. On commença par faire des tranchées au milieu des voies 
principales, des ruisseaux profonds, encaissés, que l'on recouvrait de 
dalles ou que l'on laissait à l'air libre. Les orages se chargeaient de curer 
ces profonds caniveaux encombrés de détritus de toutes sortes. Ce ne fut 
guère qu'au xn** siècle que Ton revint à la méthode antique, et que l'on 
construisit des égouts souterrains en maçonnerie sous les voies principales 
des villes. Corrozet parle d'égouts trouvés vis-à-vis le Louvre lorsqu'on 
reconstruisit ce palais en 1538. Il existait, sous le quartier de l'Université 
de Paris, des égouts (romains probablement) qui furent longtemps utilisés 
et refaits en 1412 '**, parce qu'ils étaient hors de service. Nous avons vu 

' Grande église de l'ordre de Ciuny. Nef de la fin du xie siècle; narthex fermé du 
xne; chœur et transsept de la fin du xne siècle. Quatre clochers autrefois. Cette églis 
est à la tête de la grande école bourguignonne. 

■^ Jolie petite église du xiiie siècle ; style bourguignon pur. Charmant clocher. 
Porche ouvert, bâti au xiiie siècle et refait en partie au xive. Chœur de la fin du 
xive siècle. Trois chapelles rayonnantes. Pas de transsept. 

' L'une des églises les plus pures comme style bourguignon de la fin du xii^ siècle; 
bâtie d'un seul jet. Abside carrée, flanquée de deux chapelles carrées. Transsept. Tri- 
bune. 

* Petite église du xi»e siècle, en style bourguignon pur. 
^ Vitraux du xui^ siècle. 

^ Église du xuie siècle. Style mixte bourguignon et champenois. 
' Église du milieu du xiie siècle, primitivement sans transsept, remaniée presque 
entièrement au xiiie (voy. cathédrale, fig. 30). 

* Chœur du xuie siècle. "Style mixte champenois et bourguignon. 

" Grande église à une seule nef couverte par une charpente, avec petite abside 
voûtée; xiii" siècle. 
"• Sauvai. 



É(iOl T 



19(i 



souvent, en faisant des fouilles dans le voisinage d'édifices du moyen âge, 
des restes d'égouts construits en belles pierres de taille. Les établis- 
sements religieux et les châteaux féodaux sont déjà munis d'égouts bien 
disposés et construits dès la fin du xti^ siècle. II arrive souvent même que 
ces égouts sont praticables pour des hommes. Lorsqu'on démolit l'hôtel 
de la Trémoille à Paris, en 1840, on découvrit dans le jardin un premier 
égout qui paraissait fort ancien et qui présentait la section indiquée fig. 1 . 




Cet égout était traversé par un autre plus moderne (du xiii' siècle proba- 
blement) [2), qui se composait d'une suite d'arcs plein cintre sur lesquels 




reposaient des dalles très-épaisses. Ces dalles étaient usées comme si elles 
eussent été longtemps exposées au passage des chariots , chevaux et 
piétons; elles se raccordaient avec un pavage de petit échantillon en grès. 
Sous le Palais -de-Justice de Paris et sous les terrains de l'ancien Evêché, 
il existe encore des égouts qui datent de l'époque de saint Louis et de 
Philippe le Bel. Ils sont bâtis en pierre dure avec grand soin et voûtés en 
berceau plein cintre, dallés au fond et d'une largeur de 0'",75 environ 



— 197 



EMBRASURE 



(^2 pieds et demi). Toutefois, les égouts étaient rares dans les villes du 
moyen âge relativement au nombre et à l'étendue des rues ; ils n'étaient 
guère construits que sous les voies principales aboutissant aux rivières, 
avec bouches au niveau du sol pour recevoir les eaux des ruisseaux tracés 
dans les rues perpendiculaires à ces voies. 

EMBRASURE, S. f. Baie percée dans un mur de forteresse ou dans un 
parapet de couronnement pour placer la bouche d'une pièce d'artillerie à 
feu. Les embrasures n'apparaissent donc dans l'architecture militaire 
qu'au moment où l'on fait un usage régulier du canon pour la défense des 
places. Nous avons dit ailleurs (voy. château) qu'à la fin du xv' siècle, 
sans changer d'une manière notable la disposition générale des défenses, 
on s'était contenté de percer, au rez-de-chaussée des courtines et des 
tours, des ouvertures pour battre les dehors par un tir rasant, ou de placer 
des bouches à feu au sommet des tours dont on supprimait les toits pour 
établir des plates-formes avec parapets. Le château de Bonaguil, qui date 
du règne de Louis XI, possède à la base des remparts quelques embra- 
sures dont la disposition et la forme sont indiquées dans la fig. 1. La 



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bouche de la pièce est à peu près à mi-épaisseur du mur, comme le fait 
voir le plan A. A l'intérieur de la muraille B, l'embrasure est construite en 
arcade et fermée par une épaisse dalle percée d'un trou circulaire avec une 
mire. A l'extérieur C, on n'aperçoit que le trou et sa mire dégagés par un 
ébrasement qui permet de pointer la pièce à droite et à gauche. La partie 
extérieure de ces sortes d'embrasures était promptement égueulée par le 
souffle de la pièce; aussi pensa-t-on à leur donner plus d'air (2), en cou- 
vrant l'ébrasement extérieur par un arc. Ou bien encore, comme dans les 
batteries casematées du grand boulevard de Schaif hausen (3), les architectes 
avancèrent la bouche des canons près du parement extérieur formant 
intérieurement une chambre voûtée, et disposèrent l'ébrasement du dehors 
en ovale, avec redans curvilignes, pour détourner les projectiles lancés par 
les assiégeants. Ces précautions de détail ne pouvaient être efficaces qu'au- 



liMBRASURK 



— 198 — 



tant que rennemi ne mettait pas en batterie de grosses pièces d'artillerie 
et qu'il n'avait à sa disposition que de la mousqueterie ou de très-petites 




^ 



pièces. Cependant ces sortes d'embrasures furent encore employées pour 

3 





jt- i:az^/fMy^.r 



les batteries couvertes jusque vers le commencement du xvi'' siècle 



' Voy., à l'article boulevard, fig. 5, une embrasure disposée pour un tir oblique, 
avec pilettes de réserve destinées à garantir les artilleurs. 



— 199 — 



EMBRASURE 



Les architectes militaires cherchaient des combinaisons qui pussent faci- 
liter le tir oblique en même temps qu'elles garantissaient les servants des 
pièces ; mais l'artillerie à feu faisait de rapides progrès. Au commencement 
du xvi^ siècle, les armées assiégeairtes possédaient déjà des pièces de gros 
calibre qui d'une volée ruinaient ces défenses trop faibles , car il est à 
remarquer que, depuis le moment où l'artillerie à feu est devenue d'un 
emploi général , les moyens défensifs ont été inférieurs à la puissance 
toujours croissante de cette arme. 11 ne faut donc pas s'étonner si les 




\ 



^ h 




premières fortifications faites pour résister au canon présentent une 
variété singulière de moyens défensifs , tous très-ingénieux, très-subtils, 
mais bientôt abandonnés comme insuffisants, pour être remplacés par 
d'autres qui ne l'étaient guère moins. Ainsi, dans les fortifications bâties 
par Albert Diirer à Nuremberg, nous voyons des embrasures de batteries 
couvertes (4) qui permettaient de pointer un canon et d'obtenir un tir 
plongeant et oblique pour des arquebusiers. 

A Munich, il existe sur la face de la porte en brique de Carlsthor, qui 
remonte au commencement du xv!*" siècle, des embrasures disposées 



[ EMBRASURE | 200 — 

pour un tir oblique et plongeant (5), destinées à de petites pièces d'artil- 

S 




lerie. A la porte Laufer de Nuremberg, le long du boulevard extérieur, on 
remarque encore des embrasures destinées à de très-petites pièces d'ar- 
tillerie, et dont les ouvertures sont protégées par des cylindres en bois à 
pivots, percés de trous (6), comme les créneaux d'une des portes de Bâle 
en Suisse (voy. créneau) K En France, ces moyens subtils, tradition des arts 
militaires du moyen âge, furent promptement mis de côté ; on adopta de 
préférence, pour les batteries couvertes, les embrasures profondes, pré- 
sentant un angle peu ouvert, ne laissant qu'un trou avec une mire pour 
la bouche de la pièce, et à l'extérieur ne montrant qu'une large fente 
horizontale prise dans une hauteur d'assise (7), quelquefois avec un talus 
inférieur lorsqu'on voulait obtenir un tir plongeant. Cette méthode fut 
habituellement suivie en Italie dès les premières années du xv!*" siècle. 
Quant aux embrasures des batteries découvertes, Albert Diirer les a 
construites à Nuremberg, ainsi que l'indique la fig. 8, sur les courtines et 

A lionne le plan de rembiasure, B son élévation intérieure, C la section liorizon- 
lulo (In cylindre en bois, et J) sa lornie et sa dimension. 



-201 — 



EMBRASURE 



quelques-uns de ses boulevards. Le parapet, large, en pierre, présente 
une surface convexe pour mieux résister à Teffet des projectiles ennemis. 




«-42 -> 



Un volet tournant sur un axe garantit les artilleurs lorsqu'on charge la 

pièce. Ces volets étaient assez épais et solides pour que les boulets, venant 

T. v. <2(^ 



EMBKAStUK 



— ^10-2 — 



horizontalement, pussent ricocher sur leur surface externe , cai' alors le 
tir de plein fouet était mou à cause de la qualité médiocre de la poudre 




et de la proportion vicieuse des pièces; dont l'âme était relativement d'un 




PBSARD 



trop grand diamètre pour la charge employée. 

Quelquefois, en France et en Italie, on eut l'idée de profiler les emhra- 



— -203 



KMBRASIIKE 



sures ainsi que l'indique la tig. 9, afin d'empêcher les boulets ennemis de 
glisser sur les parois des ébrasements et de frapper la pièce. 11 va sans 




/0£(^AKf-l 



dire que ces redans sont promptement détruits par l'artillerie des assié- 
geants et même altérés par le souffle de la pièce. Dès l'époque de Fran- 
çois I", on en vint, lorsqu'on voulut armer une forteresse, à couronner 







les boulevards et les courtines par des talus en terre mélangée avec des 
brins de bois ou du chaume. En cas de siège, on ouvrait des embrasures 
dans ces talus (10), et on maintenait leurs parois verticales par des 
madriers. Cette méthode est encore suivie de nos jours. On augmentait 
au besoin le relief du parapet par des gabionnades nu des sacs à terre. 



EMBUAS li HE 



— -204 — 



Quelquefois luènie ces parapets, avec leurs embrasures, étaient faits de 
clayonnages triangulaires juxtaposés et remplis de terre et de fumier (11). 



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(jCS moyens étaient particulièrement employés pour des ouvrages de 

J2 




campagne qu'il fallait faire à la hâte, et quand on n'avait pas le loisir de 
laisser tasser les terrassements. 



— '205 — [ ENCEINTE 1 

Comme aujourd'hui , les ingénieurs militaires se préoccupaient de 
masquer les embrasures lorsqu'on chargeait les pièces en batterie. A cet 
etïét, ils employaient des claies épaisses, des volets glissant sur des cou- 
lisses, des rideaux d'étoupe capitonnés. De tous ces moyens, l'un des 
plus ingénieux est celui que nous donnons (12). En A, on voit la plate- 
forme en charpente recouverte de madriers sur laquelle roule la pièce 
en batterie. Contre la paroi intérieure du parapet est posé le bâti B, muni, 
à sa partie supérieure , d'un volet triangulaire roulant sur un axe et mu 
par deux leviers C. La pièce chargée , on appuyait sur les deux leviers 
juste ce qu'il fallait pour pouvoir pointer; sitôt la balle partie, on laissait 
retomber le volet qui, par son propre poids, reprenait la position verticale. 

Les embrasures ont de tout temps fort préoccupé des architectes ou 
ingénieurs militaires, et, après bien des tentatives, on en est revenu 
toujours aux clayonnages, aux formes en terre pour les batteries décou- 
vertes. Quant aux embrasures des batteries couvertes ou casemates, on 
n'a pas encore trouvé un système qui présentât des garanties de durée 
contre des batteries de siège, et depuis le xvi" siècle, sous ce rapport, l'art 
de la fortification n'a pas fait de progrès sensibles. 

ENCEINTE, s. f. Murs en palissades entourant une ville, un bourg ou un 
camp. Les Caulois, au dire de César, faisaient des enceintes de villes, de 
bourgades ou de camps fortifiés, au moyen de troncs d'arbres entremêlés de 
pierres. Les Germains les composaient de palissades de bois entre lesquelles 
on amassait de la terre, des branches d'arbres, de l'herbe, de façon à former 
une véritable muraille très-propre à résister aux efforts du bélier ; le feu 
même n'avait que peu de prise sur ces ouvrages, presque toujours 
humides. Les Romains, dans leurs camps d'hiver (camps permanents),- 
employaient à peu près les mêmes procédés ou se contentaient d'une levée 
en terre couronnée par une palissade et protégée extérieurement par un 
fossé. Habituellement les portes de ces camps étaient défendues par une 
sorte d'ouvrage avancé, clavicula. ressemblant assez aux barbacanes du 
moyen âge (1). En A étaient des ponts de bois jetés sur le fossé, et, en B, 




la porte du camp. Ce mélange de pierre et de bois employé dans les 
enceintes des villes ou camps gaulois donna l'idée à quelques-unes des 
peuplades de ce pays d'obtenir des remparts vitrifiés, par conséquent 
d'une dureté et d'une cohésion complètes. 11 existe, à vingt-huit kilomètres 
de Saint-Brieuc, une enceinte ovale (composée de granit, d'argile et de 



[ KNCKIÎSTK I — :20H — 

troncs d'arbres, que l'on est parvenu à vitrifier en mettant le feu au bois 
après avoir enveloppé le retranchement de fagots. 

Nous donnons ('2) une coupe de cette enceinte, dite de Péron. On a 




commencé par faire un vallum composé de morceaux de granit entremêlés 
de troncs d'arbres A; à l'extérieur, on a revêtu ce vallum d'une couche 
d'argile B , le tout a dû être enveloppé d'une quantité considérable de 
fagots auxquels on a mis le feu; le granit s'est vitrifié, s'est agglutiné; 
l'argile a fait un corps solide adhérent à cette vitrification ; un fossé et un 
petit épaulement en terre C défendent à l'extérieur cette singulière 
enceinte. Nous ne connaissons pas d'autre exemple de ce genre de retran- 
chement en France ; on prétend qu'il en existe en Irlande et dans le nord 
de l'Ecosse. 

Dans les premiers temps du moyen âge, beaucoup de villes en France 
ne possédaient que des enceintes de bois. A l'époque des invasions des 
•Normands, on en voyait un grand nombre de ce genre auxquelles, bien 
entendu, les barbares mettaient le feu. On fit donc en sorte de remplacer 
ces défenses fragiles par des murailles en maçonnerie ; mais la force de 
l'habitude et la facilité avec laquelle on pouvait se procurer du bois en 
grande quantité firent que, pendant longtemps, beaucoup de villes du 
Nord ne furent encloses que de palissades de bois terrassées ou non ter- 
rassées. Alors même que l'on éleva des murailles en maçonnerie aux xi'^ 
et XII* siècles, le bois remplit encore un rôle très-important dans ces 
défenses, soit pour garnir leurs couronnements, soit pour faire des 
enceintes extérieures en dehors des fossés, devant les portes, les ponts et 
à l'extérieur des faubourgs. 

Pendant les guerres du xv" siècle, il est souvent question de bourgades 
défendues simplement par des enceintes de palissades. « Et puis vindrent 
« à Perrepont (Pierrepont) , dit Pierre de Fenin ', et prindrent la ville, 
« qui estoit close de palais et de fossés. » Froissard - parle aussi de plu- 

' Mémoires. Collect. Michaud, Pùujoulat. T. 11, j). 614 (1422). 
'' L. 11. Les villes de Gravelines, de Saiul-Venaiit en Flandre, de Heiglies, de Bour- 
bourch, sont signalées par cet aulenr coninie n'étant fermées que de palis et de fossés. 



— :2()7 — [ ENCEINTE J 

sieurs villes dont les enceintes ne se composaient, de son temps, que de 
palissades avec bretèclies de bois et fossés. 

Beaucoup de villes , pendant le moyen âge , étaient ouvertes, car pour 
les fermer il fallait en obtenir la permission du suzerain, et comme 
la construction de ces enceintes était habituellement à la charge des 
bourgeois, les populations urbaines n'étaient pas toujours assez riches 
pour faire une aussi grande dépense. En temps de guerre, on fermait ces 
villes à la hâte pour se mettre à l'abri d'un coup de main ou pour servir 
d'appui à un corps d'armée. « Si s'en ala à Ypre, et entra en la ville (le 
(( cuens de Bouloigne) : onques li bourgois n'i misent contredit, ains le 
« rechurent à grant joie. Quant li cuens et si home furent dedans Ypre, 
« moult furent boen gré as bourgois de lor boin samblant que il fait lor 
« avoient ; ils devisèrent que il là arriesteroient, et fremeroient la ville, 
« et là seroit lor repaires de la guerre. Moult i lisent boins fossés et riches, 
« et boine soif à hyreçon et boines portes de fust et boins pons et boines 
« barbacanes et boines touretes de fust entour la ville '. » Comme les 
armées romaines, les armées occidentales du moyen âge faisaient des 
enceintes autour de leurs camps, lorsqu'elles voulaient tenir une contrée 
sous leur obéissance ou posséder une base d'opérations. « Toutefoys 
« (Gérard de Roussillon) avec ce peu de gens qu'il avoit approcha le roy 
« et vint en Bourgongne, et choisit une place belle et emple là où estoit 
« une montagne sur laquelle il se arresta et la fist clore de fossez et de 
« boulevers de boys dont ses gens eurent grant merveille ^ » Les enceintes 
en bois faites en dehors des murs autour des places fortes étaient désignées, 
au XIII*' siècle, sous les noms de fors rolléh : 

'< Clos de fossés et de fors rolléis ^ » ; 
de forclose : 

« A la forclose li dus Bègues en vint ^ >< ; 

et plus tard sous les noms de palis, de barrière. Les espaces libres laissés 
entre ces clôtures extérieures et les enceintes de maçonnerie s'appelaient 
les lices. 

On ne considérait une enceinte de ville comme très-forte qu'autant 
qu'elle était double; lorsqu'on ne pouvait construire deux murailles 
flanquées de tours en maçonnerie, on disposait au moins des palissades 
avec fossés en avant de l'enceinte maçonnée , de manière cependant que 
l'enceinte intérieure pût toujours commander celle extérieure, et que 
celle-ci ne fût distante que d'une petite portée d'arbalète. Si les enceintes 

' Hist. des dites de Normandie et des rois d'Angleterre, d'ap. deux mss. de la Bib. 
imp. (xni"= siècle). Pub. par la Soc. de l'hist. de France; 1850. 

^ Gérard de Roussillon. Édit. du commencement du xvi« siècle. Lyon. Réimp. à 
Lyon. Louis Perrin, 1856. 

•' Li Homan de Garin, t. 1, p. 231. Édit. Terhener, 1833. 



i 



Thid., t. IL p. 172. 



[ ENDUIT I ^08 — 

extérieures étaient en maçonnerie^ flanquées de tours et munies de barba- 
canes, ces tours et barbacanes étaient ouvertes du côté de la ville, ouvertes 
à la gorge, comme on dirait aujourd'hui, afin d'empêcher les assiégeants 
de s'y établir après s'en être emparés. 

Lorsqu'on veut se rendre compte des moyens d'investissement et 
d'attaque des places fortes au moyen âge, on comprend parfaitement de 
quelle valeur étaient les enceintes extérieures ; aussi attachait-on à leur 
conservation une grande importance. Entre les deux enceintes, une gar- 
nison avait une entière liberté d'action, soit pour se défendre, soit pour 
faire entrer des secours, soit pour prendre l'offensive en tentant des 
sorties. Dans les lices, les troupes assiégées sentaient une protection puis- 
sante derrière eux ; elles pouvaient se porter en masses sur les points 
attaqués en s'appuyant aux murailles intérieures, d'où, à cause de leur 
relief, on dirigeait leurs efforts, on leur envoyait des secours, on proté- 
geait leur retraite. C'était dans les lices que les assiégés plaçaient leurs 
grands engins de guerre pour obliger les assiégeants à faire des travaux 
d'approche, lents et fort difficiles à pousser sur un terrain pierreux. Si 
l'ennemi s'emparait d'une courtine ou d'une tour extérieure, les assiégés 
remparaient les lices en établissant deux traverses à droite et à gauche de 
l'attaque, ce qui pouvait empêcher les assiégeants de s'approcher de 
l'enceinte intérieure (voy. architecture militaire, barbacaise, château, 

PORTE, SIÈGE, tour). 

Dans les villes, on trouvait souvent plusieurs enceintes contiguës. Les 
abbayes possédaient leurs enceintes particulières, ainsi que la plupart des 
cloîtres des cathédrales; les châteaux, les palais et même certains quar- 
tiers étaient clos de murs, et leurs portes se fermaient la nuit. 

ENCLOSURE, s. f. Pourpris. paliz (voy. clôture). 

ENCORBELLEMENT, S. m. Système de construction de pierre ou de 
bois formée de corbeaux superposés, et qui permet de porter une charge 
en surplomb sur le nu d'un mur, dune pile, d'un contre-fort. On dit cons- 
truction en encorbellement pour désigner la partie d'une bâtisse posée 
sur un encorbellement (voy. construction, fig. 40, 81, 82, 96, 101, 128, 
129, 130, 131,132, 133, 134, 135, 136, 137 ; échauguette, mâchicoulis). 

ENDUIT, S. m. Couverte en mortier, en plâtre ou en blanc-en-bourre, 
posée sur une maçonnerie de moellon, de brique, parfois même sur de la 
pierre de taille, afin d'obtenir une surface unie, homogène, propre à 
recevoir de la peinture. 

Les Grecs mettaient des enduits sur toutes leurs constructions, à l'exté- 
rieur comme à l'intérieur, à moins qu'elles ne fussent faites de marbre 
blanc. Encore coloraient-ils cette dernière matière, pour éviter l'aspect 
froid et uniforme de surfaces d'une même couleur et pour distinguer les 
divers membres de l'architecture. L'enduit qu'ils posaient sur leurs 



:20i) [ KINDIIT I 

constructions de pierres, si bien appareillées qu'elles fussent, est très- 
mince (un ou deux millimètres) et toujours coloré ^ Tous les joints et lits 
de la construction se trouvaient ainsi masqués sous cette légère couverte. 
Les Romains excellaient dans Fart de préparer et de poser les enduits. 
Les grands édifices comme les habitations privées étant construits en 
brique et blocage, ils revêtaient leurs parements extérieurs et intérieurs 
de plaques de marbre et d'enduits posés en plusieurs couches, une gros- 
sière d'abord, une plus fine et une dernière très-mince, bien dressée, 
polie et couverte de peintures. Dans les premiers temps du moyen âge, 
on voulut imiter ces procédés ; mais les barbares ne savaient pas faire de 
bonne chaux et savaient encore moins l'employer. Aussi les enduits que 
l'on trouve sur quelques rares monuments de l'époque mérovingienne et 
carlovingienne sont-ils friables, soufflés et mal dressés. Ce n'est qu'au 
xii^ siècle que les enduits sont faits avec soin ; encore ne sauraient-ils 
être comparés à ceux des Romains. 

Il faut dire que le système de construction adopté par les architectes du 
moyen âge n'admettait les enduits que là où il y avait du moellon brut; 
ces architectes, à dater du xii" siècle, ne posèrent qu'exceptionnellement 
des enduits sur de la pierre de taille, qui, dût-elle être peinte, laissait voir 
son parement. C'était à l'intrados des voûtes faites en moellon brut comme 
celles des édifices de la Rourgogne et du Centre, sur les murs de remplis- 
sage entre des piles engagées, que les enduits s'appliquaient, et alors ils 
étaient toujours couverts de peintures (voy. peinture). 

Dans les habitations , les intérieurs des châteaux, on passait cependant 
parfois un enduit très-mince, même sur la pierre de taille. C'est ainsi que 
sont tapissées les salles du château de Coucy, qui datent du commencement 
du XIII'' siècle, afin de dissimuler les joints et de poser la peinture sur des 
surfaces unies. Mais ces enduits, assez semblables aux enduits grecs, ne 
sont qu'une couche épaisse de chaux et de sable très-fin posée au pinceau 
et comprimée au moyen d'une petite taloche. Les couleurs étaient appli- 
quées sur cette couverte pendant qu'elle était encore humide, puis encaus- 
tiquées lorsque le tout était parfaitement sec : procédé qui rappelle la 
peinture monumentale des anciens. Dès le xii'' siècle, dans les intérieurs, 
on employait les enduits au plâtre, soit sur les murs en maçonnerie, soit 
sur les pans de bois et cloisons. Ces enduits au plâtre sont généralement 
très-solides , très-minces et posés sur un pigeonnage de plâtre ou de 
mortier dans lequel il entre toujours du gros sable. Nous avons vu de ces 
enduits qui avaient acquis une extrême dureté, le plâtre présentant dans 
la cassure un grand nombre de parcelles brillantes. 

Les enduits en blanc-en-bourre se faisaient et se font encore aujourd'hui 
avec de la chaux , du sable fin ou de la poussière de pierre et du poil de 
vache. Quand ils ne sont pas exposés à l'humidité et qu'ils s'attachent à 

' Les temples grecs de pierre de la Sicile, de Pœstum, ont conservé de nombreuses 
traces d'un enduit extrêmement fin, qui paraît fait de chaux et de poussière de marbre, 
ï. V. 27 



I KNGI.N I — ±i() — 

un bon tond, ces enduits durent longtemps; mais ils n'acquièrent jamais 
de fermeté. Ils n'ont d'autre avantage que de ne pas coûter cher et d'être 
fort légers. 

ENFER, s. m. Le séjour des damnés est représenté habituellement dans 
les peintures et les sculptures du moyen âge par une gueule monstrueuse 
dans laquelle s'engloutissent les réprouvés. Dans l'Office des morts , on lit 
cette prière : « Libéra me, Domine, de morle œlerna, de manu inferni, 
« de -sre leonis, » etc. Les artistes anciens ont traduit le texte à la lettre. 
Sur le linteau de la porte principale de la cathédrale d'Autun, qui date du 
XII® siècle, on voit, en effet, dans le Jugement dernier, du côté des 
damnés, deux mains colossales qui s'emparent d'un ressuscité. Quant aux 
gueules indiquant l'entrée de l'enfer, on les retrouve sur quantité de 
bas-reliefs et de peintures. L'idée de classification des damnés dans l'enfer 
par genres de peines en raison des causes de la damnation est une idée 
dont on retrouve très-anciennement la trace dans les monuments du 
moyen âge, et Dante n'a fait que donner à ces traditions une forme 
poétique, qui résume dans son œuvre tout ce que les artistes occidentaux 
avaient peint ou sculpté sur les monuments religieux. En ettèt, dans des 
édifices des xi'^ et xii® siècles , nous voyons l'avarice, la luxure, l'orgueil, 
la paresse, etc., subissant en enfer des peines proportionnées à ces vices. 
Les avares sont accablés sous le faix de sacoches d'argent suspendues à 
leur cou; ceux qui se sont abandonnés aux plaisirs des sens sont dévorés 
par des animaux immondes; les orgueilleux sont précipités à bas de 
chevaux lancés au galop; des crapauds s'attachent aux lèvres des calom- 
niateurs, etc. (voy. JUGEMENT DERNIER, VICES). 

ENGIN, s. m. On donnait ce nom à toute machine; d'où est venu le 
mot engineor, engingneur, pour désigner l'homme chargé de la fabri- 
cation, du montage et de l'emploi des machines; d'où le nom d'ingé- 
nieur donné de nos jours à toute personne occupée de l'érection des 
ponts, du tracé des voies, de la construction des usines, des machines, 
des navires, des fortifications, etc.; d'où enfin le nom de génie donné au 
corps. 

Parmi les engins du moyen âge, il y a les engins employés pour un 
service civil, comme les engins propres à monter ou transporter des far- 
deaux, les grues, les chèvres, les treuils, les machines hydrauliques, les 
presses; puis les engins de guerre, lesquels se divisent en engins offensifs, 
engins défensifs et engins à la fois offensifs et défensifs. 

Il est certain que les Romains possédaient des machines puissantes pour 
transporter et monter les matériaux énormes qu'ils ont si souvent mis en 
œuvre dans leurs constructions. Vitruve ne nous donne sur ce sujet que 
des renseignements peu étendus et très-vagues. Les Grecs étaient fort 
avancés dans les arts mécaniques; ce qui ne peut surprendre, si l'on 
songe aux connaissances qu'ils avaient acquises en géométrie dès une 



— '211 — [ ENGIN ] 

époque fort ancienne et qu'ils tenaient peut-être des Pliéniciens. Depuis 
l'antiquité, les puissances mécaniques n'ont pas fait un pas; les applications 
seules de ces puissances se sont étendues, car les lois de la mécanique 
dérivent de la géométrie ; ces lois ne varient pas, une fois connues ; et 
parmi tant de choses, ici-bas, qu'on donne comme des vérités, ce sont les 
seules qui ne peuvent être mises en doute. 

Les anciens connaissaient le levier, le coin, la vis, le plan incliné, le 
treuil et la poulie ; comme force motrice, ils n'employaient que la force de 
l'homme, celle de la bête de somme, les courants d'air ou d'eau et les 
poids. Ils n'avaient pas besoin, comme nous, d'économiser les bras de 
l'homme, puisqu'ils avaient des esclaves, et ils ignoraient ces forces 
modernes produites par la vapeur, la dilatation des gaz et l'électricité. 
Le moyen âge hérita des connaissances laissées par les anciens sans y rien 
ajouter, jusqu'à l'époque où l'esprit laïque prit la tête des arts et chercha 
des voies nouvelles en multipliant d'abord les puissances connues, puis en 
essayant de trouver d'autres forces motrices. De même qu'en cherchant la 
pierre philosophale, les alchimistes du moyen âge firent des découvertes 
précieuses, les mécaniciens géomètres, en cherchant le mouvement perpé- 
tuel , but de leurs travaux , résolurent des problèmes intéressants et qui 
étaient ignorés avant eux ou peut-être oubliés ; car nous sommes disposé 
à croire que les Grecs, doués d'une activité d'esprit merveilleuse, les forces 
motrices de leur temps admises seules, avaient poussé les arts mécaniques 
aussi loin que possible. 

ENGINS APPLIQUÉS A LA CONSTRUCTION. Nous voyous , dans dcs manuscpits , 
bas-reliefs et peintures du ix^ au xii® siècle, le treuil, la poulie, la roue 
d'engrenage, la romaine, les applications diverses du levier et des plans 
inclinés. Nous ne saurions préciser l'époque de la découverte du cric ; 
mais déjà, au xiv" siècle, son principe est parfaitement admis dans cer- 
taines machines de guerre. 

D'ailleurs chacun sait que le principe en mécanique est celui-ci, savoir : 
que la quantité de mouvement d'un corps est le produit de sa vitesse, 
c'est-à-dire de l'espace qu'il parcourt dans un temps donné, par sa 
masse ; et une fois ce principe reconnu, les diverses applications devaient 
s'ensuivre naturellement, avec plus ou moins d'adresse. Dans les 
constructions romanes, on ne voit guère que de petits matériaux employés, 
matériaux qui étaient montés soit à l'épaule, soit au bourriquet au moyen 
de poulies, soit en employant le treuil à roues que des hommes de 
peine faisaient tourner parleur poids (I). Cet engin primitif est encore 
mis en œuvre dans certains départements du centre et de l'ouest de 
la France ; il est puissant lorsque la roue est d'un diamètre de six 
mètres, comme celle que nous avons tracée dans cet exemple, et qu'on 
peut la faire mouvoir par la force de trois hommes; mais il a l'incon- 
vénient d'occuper beaucoup de place, d'être d'un transport difficile, et 
il ne permet pas de régler le mouvement d'ascension comme on peut 
le faire avec les machines de notre temps employées aux mêmes usages. 



ENGIN 



±i^2 — 



Le seul moyen de donner une grande puissance aux forces motrices 
autrefois connues, c'était de les multiplier par les longueurs des leviers. 




.ac6 



Aussi, pendant le moyen âge, comme pendant Tantiquité, le levier joue-t-il 
le principal rôle dans la fabrication des engins. Les Romains avaient 
élevé des blocs de pierre d'un volume énorme à une grande hauteur, 
et ils dressaient tous les jours des monostyles de granit ou de marbre 
de deux mètres de diamètre à la base sur quinze à dix-huit mètres de 
hauteur. Les Phéniciens et les Égyptiens l'avaient fait bien avant eux ; 
or de pareils résultats ne pouvaient être obtenus que par la puissance du 
levier et les applications très-étendues et perfectionnées de ce moyen 
primitif. 

On comprend, par exemple, quelle puissance peut avoir un engin disposé 
comme celui-ci (2). Soit AB un monostyle posé sur chantier incliné ayant 
en C un axe roulant dans une entaille longitudinale pratiquée dans une 
forte pièce de bois E, que l'on cale en X lorsque le chantier est arrivé à 
sa place; soient, assemblées dans l'axe et les pièces inclinées, deux 
bigues CD, réunies à leur sonmiet D comme un pied de chèvre, ainsi que 



-213 — 



[ KNGIN 



le fait voir le tracé P ; soient des écharpes en bois G, puis un système de 
haubans en cordages H fortement serrés par des clefs; soient, le long- 




dès deux bigues, des poulies K, et sui- le sol, fixées à deux pièces longitu- 
dinales , d'autres poulies correspondantes L dont les dernières renvoient 
les câbles à deux cabestans placés à distance. Il faudra que le monostyle AB, 
si pesant qu'il soit, arrive à décrire un arc de cercle et à prendre la position 
ab ; on passera sous son lit inférieur des cales ou un bon lit de mortier, 
et lâchant les cordes qui le lient peu à peu, il glissera sur son chantier et 
se posera de lui-même sur sa base M. Il ne s'agit que d'avoir des bigues 
d'une dimension proportionnée à la hauteur du bloc à dresser et un nombre 
de poulies ou de moufles en rapport avec le poids du bloc. C'est ce même 
principe qui est adopté de temps immémorial dans la construction des 
petits fardiers (2 bis) propres à soulever et transporter de grosses pièces 
de bois. 

Mais il était fort rare que les architectes du moyen âge missent en 
œuvre des monostyles d'une dimension telle qu'elle exigeât de pareils 
moyens. Pour élever des colonnes monolithes comme celles de la cathé- 
drale de Mantes, de l'église de Semur en Auxois, du chœur de l'église 
de Vézelay, de la cathédrale de Langres, etc., les architectes pouvaient 
n'employer que le grand treuil à levier que nous voyons figuré dans les 
vitraux et dans les vignettes des manuscrits. Ce treuil, malgré son volume, 



ENGIN 



— ;214 — 



pouvait être transporté sur des rouleaux, et s'il ne s'agissait que d'élever 
les colonnes d'un sanctuaire, il n'était besoin que de lui faire faire une 





conversion, de façon à placer son axe normal à la courbe du chevet'. 
Voici (3) un de ces engins que nous avons essayé de rendre pratique, cai' 
les tracés que nous donnent les peintures anciennes sont d'une naïveté 
telle qu'on ne doit les considérer que comme une indication de conven- 
tion, une façon d'hiéroglyphe. En A, on voit le plan de l'engin, dont le 
treuil horizontal B est disposé de manière à pouvoir enrouler deux câbles. 
Le profil D de cet engin montre l'un des deux plateaux circulaires C du 
plan, lesquels sont munis, sur chacune de leurs faces, de huit dents 
mobiles , dont le détail est présenté en G de face et de profil. Les grands 
leviers E sont à fourchettes et embrassent les plateaux circulaires; aban- 
donnés à eux-mêmes, ces leviers prennent la position KL, venant frapper 
leur extrémité sur la traverse L, à cause des contre-poids 1. Alors les 



' Les eiigingneurs du moyen âge n'élaieiit pas einhairassés noiir l'aiie mouvoir <l"éiio 
mes cliaipenles toutes brandies; nous en aurons lonl à l'iieuro la preuve. 



[ KNGIN ] 




dents M, tombées sur la partie inférieure de leur entaille, par leur propre 



EXdl.N 



— -21 G 



poids et la position de leur axe, opposent un arrêt à l'extrémité de la 
flèche du levier entre la fourchette ; les hommes qui, étant montés par 
l'échelle N , posent leurs pieds sur la traverse 0, en tirant, s'il est besoin, 
sur les échelons, comme l'indique le personnage tracé sur notre profil, 
font descendre l'extrémité du levier jusqu'en 0'. Le plateau a ainsi fait 
un huitième de sa révolution et les câbles se sont enroulés sur le treuil. 
Abandormant la traverse 0, le levier remonte à sa première position, 
sous l'action du contre-poids ; les hommes remontent se placer sur la 
traverse, et ainsi de suite. L'échelle N et la traverse occupant toute la 
largeur de l'engin entre les deux leviers, six hommes au moins peuvent 
se placer sur cette traverse façonnée ainsi que l'indique le détail P, et 
donner aux leviers une puissance très-considérable , d'autant que ces 
hommes n'agissent pas seulement par leur poids, mais par l'action de 
tirage de leurs bras sur les échelons. Dans le détail G, nous avons figuré, 
en R, une des dents tombée, et, en S, la dent correspondante relevée. 
Ces sortes d'engrenages mobiles, opposant une résistance dans un sens 
et s'annulant dans l'autre, prenant leur fonction de dent par suite de la 
position de la roue, sont très-fréquents dans les machines du moyen âge. 
Villard de Honnecourt en donne plusieurs exemples, et entre autres dans 
sa roue à marteaux impairs, au moyen de laquelle il prétend obtenir une 
rotation sans le secours d'une force motrice étrangère. 

Le vérin, cet engin composé aujourd'hui de fortes pièces de bois hori- 
zontales dans lesquelles passent deux grosses vis en bois qui traversent 
l'une des deux pièces et d'un pointail vertical qui les réunit, était employé, 
pendant le moyen âge, pour soulever des poids très-considérables, et a 
dû précéder lé cric. Villard de Honnecourt donne un de ces engins ' dont 
la puissance est supérieure à celle du cric, mais aussi est-il beaucoup plus 
volumineux (4). Une grosse vis en bois verticale, terminée à sa partie infé- 
rieure par un cabestan, passe à travers la pièce A et tourne au moyen des 
pivots engagés dans la sablière B et dans le chapeau C ; deux montants 
inclinés relient ensemble les trois pièces horizontales. Deux montants à 
coulisses D reçoivent, conformément à la section E, un gro^ écrou en 
bois dur armé de brides de fer et supportant un anneau avec sa louve F. 
En virant au cabestan, on faisait nécessairement monter l'écrou entre les 
deux rainures des montants D, et l'on pouvait ainsi soulever d'énormes 
fardeaux, pour peu que l'engin fût d'une assez grande dimension. 

L'emploi des plans inclinés était très-fréquent dans les constructions 
de l'antiquité et du moyen âge ; nous en avons donné un exemple remar- 
quable à l'article échafaud (fig. 1 et 2). On évitait ainsi le danger des 
ruptures de câbles dans un temps où les chaînes en fer n'étaient pas 
employées pour élever des matériaux d'un fort volume, et on n'avait pas 

' PI. XLin. Voy., dans l'édit. anglaise de ï Album de Villard, Londres, 1859, la 
bonne descriplion que donne M. Willis de cel engin. Voy. l'édition française; Album de 
Villard de Honnecourt. Delion, 1858. 



— ^217 — 



[ ENGIN 



besoin d'employer des puissances motrices extraordinaires. 11 est certain 
qu'au moyen d'une trémie élevée suivant un angle de 45 degrés, par 




fnJL- 




'H 




E. CC///.l/^i/A/ûr. 



B 



exemple (5) , deux poulies étant placées au sommet en A, deux autres poulies 




de renvoi en D, et un ou deux cabestans en B, le poids C étant posé sur des 
rouleaux, on épargnait beaucoup de force; mais il va sans dire que cette 
manière d'élever des matériaux propres à la construction ne pouvait 
s'employer qu'autant que les bâtiments n'atteignaient qu'une hauteur 
très -médiocre : or les édifices du moyen âge sont souvent fort élevés, 
r. V. ' ■ 28 



KiNGm 



^218 — 



Aussi , pour la construction des œuvres hautes de ces édifices, paraît-il 
que l'on employa la chèvre et la grue. Il existait encore, vers le commen- 
cement de notre siècle , sur le clocher sud de la cathédrale de Cologne, 
alors élevée au niveau des voûtes hautes de la nef environ, une grue 
soigneusement recouverte d'une chape en plomb et qui dataitduxiv^ siècle, 
c'est-k-dire du moment où les travaux avaient été interrompus. Nous ne 
possédons pas, sur cet engin curieux, de documents certains ; nous n'en 
connaissons que la forme générale, qui rappelait celle des grues encore 
employées pendant le dernier siècle. Les matériaux étaient apportés à 
pied d'œuvre sous le bec de la grue au moyen de grands binards ou 
fardiers à deux roues, ainsi que l'indique la fig. 6. Un long timon servant 




de levier permettait, lorsque la pierre avait été bardée sur le plateau A, 
de soulever ce plateau en abaissant l'extrémité B, et de faire rouler l'engin 
jusqu'au point où le câble de la grue pouvait saisir la pierre au moyen 
d'une louve. 

Ces engins sont encore en usage aujourd'hui dans les provinces du 
Midi. Il n'y a pas plus de vingt ans que des perfectionnements notables 
ont été apportés dans le système et la fabrication des engins employés 
pour les constructions; jusqu'alors les engins dont on se servait au 
xin« siècle étaient aussi employés soit pour transporter les matériaux 
d'un point à un autre , soit pour les élever verticalement. La chèvre, cette 
admirable et simple invention qui remonte à la plus haute antiquité, est 
encore en usage aujourd'hui, et il est probable qu'on s'en servira long- 
temps. 

ENGINS DE GUERRE. Il cst uéccssaire, pour mettre de la clarté dans notre 
texte, de diviser ces machines en raison de leur fonction : engins d'at- 
taque, engins d'attaque et de défense, engins de défense seulement. 



— '219 — 1 KNGI> I 

Engins offensifs avant l'artillerie à feu. — Vitruve ' parle de trois 
machines propres à l'attaque : les catapultes, les scorpions et les balistes. 
Les catapultes et les scorpions sont rangés par lui dans la même catégorie ; 
ces engins étaient destinés à projeter des dards d'une grande longueur 
et d'un poids assez considérable. Naturellement c'est la dimension du 
projectile qui donne celle de la machine. Le propulseur consistait en des 
ressorts de bois tendus au moyen de cordes et de treuils. Malheureusement 
Vitruve, qui relève scrupuleusement les dimensions relatives de chaque 
partie de ces machines, oublie de nous décrire leur structure; de sorte 
qu'il est difficile de se faire une idée passablement exacte du système 
adopté. Perrault, dans sa traduction du texte latin, nous donne la repré- 
sentation d'une catapulte - ; mais nous avouons ne pas être satisfait de son 
interprétation. Son propulseur ne pourrait avoir qu'une action très-faible 
et ferait plutôt basculer le trait qu'il ne l'enverrait suivant une ligne droite. 
Végèce ^ parle des balistes, des onagres, des scorpions, des arcs-balistes; 
mais ses descriptions sont d'un laconisme tel que l'on ne peut en rien 
tirer de concluant; nous savons seulement par lui que la batiste était 
tendue au moyen de cordes ou de nerfs, que le scorpion était une baliste 
de petite dimension, une sorte d'arbalète, scorpiones dicebant quas 
nunc manubalistas vocant ; que l'onagre lançait des pierres et que la 
force des nerfs devait être calculée en raison du poids des projectiles ; 
mais il se garde bien de nous faire savoir si ces onagres sont des machines 
mises en mouvement par des contre-poids, des cordes tordues ou des 
ressorts. Les commentateurs de ces auteurs anciens sont d'autant plus 
prolixes que les textes sont plus laconiques ou plus obscurs ; mais ils ne 
nous donnent pas de solutions pratiques. 

Si Végèce semble indiquer que la baliste soit une grande arbalète fixe 
propre à lancer des traits, Vitruve prétend que la baliste est destinée à 
lancer des pierres dont le poids varie de deux livres à deux cent cinquante 
livres ; il ne nous fait pas connaître si cet engin est mu par des contre-poids 
ou des ressorts. La baliste donnée par Perrault enverrait son projectile 
à dix pas, si même il ne tombait pas sur l'affût. Ammien Marcellin * est 
un peu moins obscur dans les descriptions qu'il nous a laissées des 
machines de guerre offensives employées de son temps, c'est-à-dire au 
IV® siècle. D'après cet auteur, la baliste est une sorte de grande arbalète 
dont le projectile (le javelot) est lancé par la force de réaction de plusieurs 
cordes à boyaux tordues. Le scorpion, que de son temps on appelait 
onagre, est positivement le caable du moyen âge, c'est-à-dire un engin 
composé d'un style dont le pied est tortillé entre des cordes tendues, 
comme la clef d'une scie, et dont la tête, munie d'une cuiller, reçoit un 



' \j. X, cap. XV et xvi. 
' FI. LXIV. 



De Re niiHUtri. 1. iV, cap. xxii. 
L. XXIII, cap. IV. 



I KNGiN 1 — ^'20 — 

boulet que ce style en décliquant envoie en bombe. Ammien Marcellin 
désigne aussi cet engin sous le nom de tormentum, de lorquere, tordre. 

Nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré de ne rien ajouter aux 
textes aussi diffus que peu concluants des commentateurs de Yitruve, de 
Végèce, d'Ammien Marcellin ; ils voudront bien nous permettre de passer 
à l'étude des engins du moyen âge sur lesquels nous possédons des 
données un peu moins vagues. • 

Les engins d'attaque, depuis l'invasion des barbares jusqu'à l'emploi de 
l'artillerie à feu, sont en grand nombre : îes uns sont mus par des contre- 
poids comme les trébuchets, les mangonneaux; d'autres par la tension 
de cordes, de nerfs, de branches, de ressorts de bois ou d'acier, comme 
les caables, malveisines ou male-voisines, les pierrières; d'autres par leur 
propre poids et l'impulsion des bras, comme les moutons, béliers, bossons. 
Rien ne nous indique que les Romains , avant le v*" siècle, aient employé 
des machines de jet à contre-poids , tandis qu'ils connaissaient et 
employaient, ainsi que nous venons de le dire, les engins à ressorts, les 
grandes arbalètes à tour ' à un ou deux pieds, ainsi qu'on peut s'en 
assurer en examinant les bas-reliefs de la colonne Trajane. Les machines 
de jet mues par des contre-poids sont d'une invention postérieure aux 
machines à ressorts , par la raison que les engins à ressorts ne sont que 
l'application en grand d'une autre arme de main connue de toute antiquité, 
l'arc. Les machines à contre-poids exigent, dans leur fabrication, un si 
grand nombre de précautions, de calculs, et des moyens si puissants , 
qu'on ne peut admettre qu'elles aient été connues des barbares qui enva- 
hirent les Gaules. Ceux-ci durent imiter d'abord les machines de guerre 
romaines , puis aller demander plus tard à Ryzance les inventions très- 
perfectionnées des Grecs. Les engins inconnus jusqu'alors dont parlent 
les annales de Saint-Rertin , et qui furent dressés devant les murailles 
d'Angers occupée en 873 par les Normands , avaient probablement été 
importés en France par ces artistes que Charles le Chauve faisait venir de 
Byzance. Les annalistes et les poètes de ces temps reculés, et même ceux 
d'une époque plus récente, sont d'un laconisme désespérant lorsqu'ils 
parlent de ces engins, et ils les désignent indifféremment par des noms 
pris au hasard dans l'arsenal de guerre, pour les besoins de la mesure ou 
de la rime , de sorte que, jusque vers le temps de Charles V, où les chro- 
niqueurs deviennent plus précis, plus clairs, il est certaines machines 
auxquelles on peut difficilement donner leur nom propre. Nous allons 
essayer cependant de trouver l'emploi et la forme de ces divers engins. 

Dans la chanson de Roland, on lit : 

« Li reis Maisilie est de guerre venciiH, 
« Vus li avez tuz ses castels toluz^ 
' Od vos caables avez fruiset ses murs, 



' Vny. Cdbiiliis. Brilistn. Duraiige, Glofts. 



— 221 — [ ENGIN 1 

Or, pour que les murs aient été froissés, endoimiiagés par les caables, il 
faut admettre que les caables lançaient des blocs de pierre. Le caable est 
donc une pierrière. «Une grande perière, que l'on claime chaable, si 
grosse. ...^» Guibert de Nogent, dans son Histoire des Croisades^, 
parle des nombreuses balistes qui furent dressées autour des murailles dé 
la ville de Césarée par Tarmée des chrétiens. Ces caables ou chaables et 
ces balistes nous paraissent être une imitation des engins à ressorts en 
usage chez les Romains et perfectionnés par les Byzantins. Il est certain 
que ces engins avaient une grande puissance, car le même auteur rapporte 
que ces machines vomissaient avec fureur les plus grosses pierres qui, 
« non-seulement allaient frapper les murs extérieurs, mais souvent même 
« atteignaient de leur choc les palais les plus élevés dans Fintérieur de la 
« ville. » Ces balistes étaient posées sur des roues et pouvaient ainsi être 
changées de place suivant le besoin; c'était là, d'ailleurs, une tradition 
romaine, car sur les bas-reliefs de la colonne Trajane on voit quelques- 
uns de ces engins posés sur des chariots traînés par des chevaux. Beaucoup 
d'auteurs ont essayé, en s'appuyant sur les représentations peintes ou 
sculptées du moyen âge, de rendre compte de la construction de ces 
machines de jet; mais ces interprétations figurées nous paraissent être en 
dehors de la pratique et ressembler à des jouets d'enfants assez naïvement 
conçus. Cependant leur effet, bien qu'il ne pût être comparé à celui pro- 
duit par l'artillerie à feu, occasionnait de tels désordres dans les travaux 
de fortification, qu'il faut bien croire à leur puissance et tâcher d'en donner 
une idée exacte. C'est ce à quoi nous nous attachons dans les figures qui 
vont suivre, et qui, tout en respectant les données générales que nous 
fournissent les vignettes des manuscrits et les bas-reliefs, sont étudiées 
comme s'il fallait en venir à l'exécution. Bien entendu, dans ces figures, 
nous n'avons admis que les procédés mécaniques connus des ingénieurs 
du moyen âge. 

Voici donc d'abord un de ces engins , baliste, caable ou pierrière, mu 
par des ressorts et des cordes bridées , propre à lancer des pierres (7). La. 
pièce principale est la verge A , dont l'extrémité inférieure passe dans un 
faisceau de cordes tordues au moyen de clefs B et de roues à dents C, 
arrêtées par des chquets. Les cordes sont passées dans deux anneaux 
tenant à la tige à laquelle la roue à dents vient s'adapter, ainsi que l'indique 
le détail D. Ces cordes ou nerfs tordus à volonté à la partie inférieure de 
la verge avaient une grande forée de rappel ^ Mais pour augmenter encore 
la rapidité de mouvement tjue devait prendre la verge, des ressorts en bois 
et nerfs entourés de cordes , formant deux branches d'arcs E attachées à 



' Guillauiiie de Tvr, liv. VI, cliap. xv. • 

- L. VII. 

' On sali que les lueuuisieis lemleiil les laines de scie au moyen de coideb ainsi 
tordues et bridées par un petit nioreean de bois qui fait alisolument l'ellet de la verge 
de notre engin. 



KNGIN 



— 22:2 — 




la Uavei'se-obslaclc roivaieiit la vergo à venir frapper viuleiiiiiient cette 



— 223 



ENGIN ] 



traverse F, lorsqu'au moyen du treuil G on avait amené cette verge à la 
position horizontale. Lorsque la verge A était abaissée autant que possible, 
un homme, tirant sur la cordelette H, faisait échapper la branche de fer I 
(voy. le détail K), et la verge ramenée rapidement à la position verticale, 
arrêtée par la traverse-obstacle F, envoyait au loin le projectile placé dans 
la cuiller L. On réglait le tir en ajoutant ou en supprimant des fourrures 
en dedans delà traverse F, de manière à avancer ou à reculer l'obstacle, ou 
en attachant des coussins de cuir rembourrés de chiffons à la paroi anté- 
rieure de l'arbre de la verge. Plus l'obstacle était avancé, plus le tir était 
élevé ; plus il était reculé, plus le tir était rasant. Le projectile obéissait à la 
force centrifuge déterminée par le mouvement de rotation de la cuiller et 
à la force d'impulsion horizontale déterminée par l'arrêt de la traverse F. 
La partie inférieure de la verge présentait la section M, afin d'empêcher la 
déviation de l'arbre qui, d'ailleurs, était maintenu dans son plan par les 
deux tirages des branches du ressort E. Les crochets servaient à fixer 
le chariot en place , au moyen de cordes liées à des piquets enfoncés en 
terre, et à attacher les traits et palonniers nécessaires lorsqu'il était besoin 
de le traîner. Quatre hommes pouvaient abaisser la verge en agissant sur 
le treuil G. Pour qu'un engin pareil ne fût pas détraqué promptement par 
la secousse terrible que devait occasionner la verge en frappant sur la 
traverse-obstacle, il fallait nécessairement que cette traverse fût maintenue 
par des contre-fiches en charpente et par des brides en fer, ainsi que 
l'indique notre fig. 7. 
T^n profil géométral (8) fait voir la verge abaissée au moyen du treuil 




-j r 



et la verge frappant la traverse-obstacle, ainsi que le départ du projectile 
de la cuiller , les ressorts tendus lorsque la verge est abaissée, et déten- 
dus lorsqu'elle est revenue à sa position normale. 



ENGIN 



— 224 



Des machines analogues à celle-ci servaient aussi à lancer des traits; 
mais nous y reviendrons bientôt en parlant des grandes arbalètes à tour. 
Nous allons continuer la revue des engins propres à jeter des pierres ou 
autres projectiles en bombe. 

Villard de Honnecourt' nous donne le plan d'un de ces grands trébuchets 
à contre-poids si fort employés pendant les guerres des xii* et xiii'' siècles. 
Quoique l'élévation de cet engin manque dans le manuscrit de notre 
architecte picard du xiii'' siècle, cependant la figure qu'il présente et 
l'explication qu'il y joint jettent une vive lumière sur ces sortes de machines. 
Villard écrit au bas de son plan la légende suivante^ : « Se vus voles faire 
« le fort engieng con apiele trebucet prendes ci gard. Yes ent ci les soles 
« si com il si et sor terre. Ves la devant les .ij. windas' et le corde ploie 

' Voy. V Album de Villard de Honnecourt, pub. par MM. Lassus el Alfred Darcel 
(Paris, Delion, édit. 1858), et l'édition anglaise pub. par M. Willis (Oxford, Parker). 

'^ « Si vous voulez façonner le fort engin qu'on appelle trébuchel, faites ici atten- 
« tion. En voici les sablières comme elles reposent à terre. Voici devant les deux 
« treuils et la corde double avec laquelle on ravale la verge. Voir le pouvez en cette 
« autre page. 11 y a grand faix à ravaler, car ce contre-poids est très-pesant; car il 
« se compose d'une huche pleine de terre qui a deux grandes toises de long, sur 
« neuf pieds de large et douze pieds de profondeur. Et au décocher de la flèche (de 
X la cheville), pensez! et vous en donnez garde, car elle doit être maintenue à cette 
« traverse du devant. » 

^ MM. Lassus et Darcel ont traduit windas par ressort; windas ou guindas est 
employé, en vieux français picard, comme cabestan et comme treuil, comme cylindre 
autour duquel s'enroule une corde. Perrault, dans sa traduction du chapitre : De ba- 
listarnm rationibus (Vitruve, L. X, cap. xvi), se sert du mot vindas dans le sens de 
treuil et non de cabestan ; aujourd'hui on dit encore une guindé, en langage de machi- 
niste de théâtre, pour désigner une cordelle s' enroulant sur un cylindre horizontal ou 
treuil; d'où guinder , qui veut dire, en style de machiniste, appuyer sur le treuil, 
c'est-à-dire le faire tourner de manière à enrouler la corde soutenant un fardeau. Diego 
Veano, dans la Vraie instruction de l'artillerie {Frândort, 1615, p. 122, fig.24), donne 
un cric qu'il nomme martinet en français, winde en flamand -, puis une chèvre à sou- 
lever les pièces, qu'il appelle guindal. Windas n'était donc pas, comme le croit 
M. Willis, un cabestan, d'après l'autorité de La Hire et de Félibien, autorités trop 
récentes pour être de quelque poids en ces matières. M. Willis, dans l'édition anglaise 
de Villard de Honnecourt, relève avec raison l'erreur commise par les commentateurs 
français ; mais il en conclut, à tort suivant nous, que les windas sont de petits cabestans 
fixés sur les deux branches antérieures du plan de Villard, branches qui sont évidem- 
ment des ressorts que M. Willis gratifie, dans la gravure jointe à son commentaire, 
d'assemblages omis par Villard ; au contraire, notre auteur a le soin de faire voir que 
les deux branches doubles sont chacune d'un seul morceau, qu'elles sont faites au moyen 
de fourches naturelles. D'ailleurs les deux treuils horizontaux, tvindas, mentionnés et 
tracés par Villard, rendent la fonction des cabestans inutile, el une corde s' enroulant 
autour d'un cabestan ne saurait préalablement faire le tour d'un treuil horizontal, car 
alors le cabestan ne pourrait fonctionner à cause de la résistance de frottement qu'ofiri- 
rait le câble enroulé sur le treuil. M. Willis aurait dû supposer des poulies et non des 
treuils; mais le dessin de Villard n'indique des poulies qu'à l'extrémité des ressorts. 



— 225 — L ENGIN 1 

« a coi ou ravale la verge. Veir le poes en celé autre pagene (c'est cette 
« seconde page qui manque). Il y a grant fais al ravaler, car li contrepois 
« est mult pesans. Car il i a une huge plainne de tierre. Ki .ij. grans 
« toizes a de lonc et .viiij. pies de le, et .xij. pies de profont. El al descocier 
« de le fleke ^ penses. Et si vus en donez gard, car ille doit estre atenue 
« a cel estancon la devant. » Le plan donné par Villard présente deux 
sablières parallèles espacées l'une de l'autre de huit pieds, et ayant chacune 
trente-quatre pieds de long. A quatorze pieds de l'extrémité antérieure des 
sablières est une traverse qui, à l'échelle, paraît avoir vingt-cinq pieds de 
long ; puis quatre grands goussets , une croix de Saint-André horizontale 
entre les deux sablières longitudinales; près de l'extrémité postérieure, 
les deux treuils accompagnés de deux grands ressorts horizontaux en 

Les commentateurs français rie Villard de Honnecourt ont donc, nous semble-t-il, 
compris la fonction des deux ressorts indépendante de celle des deux treuils horizon- 
taux ; ces ressorts étalent fort utiles pour forcer la verge à quitter la ligne verticale, au 
moment où les tendeurs commençaient à abattre son sommet ; car, contrairement à ce 
que dit M. Willis, l'effort le plus grand devait avoir lieu lorsque la corde de tirage fai- 
sait un angle aigu avec la verge : c'était alors que l'aide des ressorts était vraiment 
utile. Du reste , nos figures expliquent l'action du mécanisme. Quant à l'arrêt ou la 
fiche verticale que M. Willis croit être le moyen propre à arrêter la verge lorsqu'elle 
est abattue, nous dirons d'abord que Villard indique cette fiche sur plan horizontal, 
puis que celte fiche est trop loin du plan d'abattage de la verge pour pouvoir la main- 
tenir. Ce moyen n'aurait rien de pratique ; cette fiche serait arrachée ; comment serait- 
elle maintenue à la sablière? comment ne serait-elle pas attirée en dehors de la verticale 
par l'effort de la verge ? Celte barre indiquée dans le plan de Villard nous semble un 
des leviers du premier treuil, muni peut-être d'un anneau à son extrémité pour passer 
une corde, de manière à faciliter Vabaltage. 

* MM. Lassus et Darcel supposent qu'il est ici question d'une flèche propre à être 
lancée; le trébuchet ne lance pas de flèches, mais bien des pierres, c'est-à-dire des 
projectiles à toute volée. M. Mérimée a relevé cette erreur et prétend que la fleke doit être 
prise pour la verge de l'engin. L'opinion de M. Willis nous paraît préférable : il pré- 
tend que la flèche doit s'entendre ici comme verrou fermé , shot ; que le mot fleke se 
rapporte à la cheville qui maintient la corde de tirage à rextrémité de la verge, cheville 
que le maître de l'engin fait sauter d'un coup de maillet. C'est le mot anglais dick 
qui correspond au mot français déclic. Si le mot fleke s'entendait pour un projectile, le 
texte de Villard n'aurait pas de sens, tandis que notre auteur a parfaitement raison 
de recommander aux servants de l'engin de prendre garde à eux au descocier de la 
fleke, c'est-à-dire de la cheville qui arrête la verge à Vestançon antérieur ; car s'ils ne 
s'éloignaient pas, ils pourraient être tués d'un revers de la fronde au moment où la 
verge décrit son arc de cercle (voy. les fig. 9,10 et 12). Nous n'avons pas la 
prétention d'avoir complètement interprété le trébuchet de Villard, mais nous nous 
sommes efforcé de rendre son jeu possible ; généralement, lorsqu'il s'agit de figurer ces 
anciens engins de guerre, on n'apporte pas dans les détails le scrupule du praticien 
obligé de mettre à exécution le programme donné. De tous ces engins figurés, nous 
n'en connaissons aucun qui puisse fonctionner ; nous avons pensé qu'il était bon une 
fois de les tracer comme s'il nous fallait les faire exécuter devant nous et nous en 
servir . 

T. V. ' 29 



I ENGIN I ^'26 

bois. C'est là un engin énorme, et Villard a raison de recommander de 
prendre garde à soi au moment où la verge est décochée. Présentons de 
suite une élévation perspective de cette machine, afin que nos lecteurs 
puissent en prendre une idée générale. Yillard ne nous donne que le plan 
des sablières sur le sol, mais nombre de vignettes de manuscrits nous 
permettent de compléter la figure. Un des points importants de la descrip- 
tion de Villard, c'est le cube du contre-poids. Ces huches ne sont pas des 
parallélipipèdes , mais des portions de cylindres dans la plupart des 
anciennes représentations : or, en donnant à cette huche la forme indiquée 
dans notre fig. 9 et les dimensions exprimées dans le texte de Villard, 
nous trouvons un cube d'environ 20 mètres ; en mettant le mètre de terre 
à 1,200 kil., nous obtenons 26,000 kil. « Il y a grand faix à ravaler. » Pour 
faire changer de place un pareil poids, il fallait un levier d'une grande 
longueur : la verge était ce levier ; elle avait de quatre toises à six toises 
de long (de huit à douze mètres), se composait de deux pièces de bois 
fortement réunies par des frettes en fer et des cordes, et recevant entre 
elle deux un axe en fer façonné ainsi que l'indique le détail A. Les tou- 
rillons de cet axe entraient dans les deux pièces verticales B, renforcées, 
ferrées à leur extrémité et maintenues dans leur plan par des contre- 
fiches. En cas de rupture du tourillon, un repos C recevait le renfort C, 
afin d'éviter la chute de la verge et tous les dégâts que cette chute pouvait 
causer. 

Voyons comme on manœuvrait cet engin, dont le profd géométral est 
donné (10). Lorsque la verge était laissée libre, sollicitée par le contre- 
poids C, elle prenait la position verticale AB. C'était pour lui faire aban- 
donner cette position verticale qu'il fallait un plus grand effort de tirage, 
à cause de l'aiguité de l'angle formé par la corde de tirage et la verge ; 
alors on avait recours aux deux grands ressorts de bois tracés sur le plan 
de Villard et reproduits sur notre vue perspective (fig. 9). Les cordes 
attachées aux extrémités de ces deux ressorts venaient, en passant dans 
la gorge de deux poulies de renvoi, s'attacher à des chevilles plantées dans 
le second treuil D (fig. 10) ; en manœuvrant ce treuil à rebours, on bandait 
les deux cordes autant que pouvaient 1^ permettre les deux ressorts. 
Préalablement, la boucle E, avec ses poulies jumelles F, dans lesquelles 
passait la corde de tirage , avait été fixée à l'anneau G au moyen de la 
cheville H (voy. le détail X). La poulie I roulait sur un cordage peu tendu 
K,L, afin de rendre le tirage des treuils aussi direct que possible. Au 
moment donc où il s'agissait d'abaisser la verge, tout étant ainsi préparé, 
un servant étant monté attacher la corde double à l'anneau de la poulie 
de tirage, on décliquait le treuil tourné à rebours, les ressorts tendaient 
à reprendre leur position, ils faisaient faire un ou deux tours au treuil D 
dans le sens voulu pour l'abattage et aidaient ainsi aux hommes qui com- 
mençaient à agir sur les deux treuils, ce qui demandait d'autant moins de 
force que la verge s'éloignait de la verticale. Alors on détachait les boucles 
des cordes des ressorts et on continuait l'abattage sur les deux treuils en 



'2'27 



[ ENGIN 




a b et a' ly. Huit hommes (deux par levier pour un engin de la dimension 



de celui représenté tig. 10), dès l'instant que la verge était sortie de la 



JO 



IB 




ligne ver.icale au moyen des ressorts, pouvaient amener celle-ci suivant 
la position A'B^ Le chargeur prenait la poche en cuir et cordes M, la 
rangeait dans la rigole horizontale en M', plaçait dedans un projectile; 
puis, d'un coup de maillet, le décliqueur faisait sauter la cheville H. La 
verge, n'étant plus retenue, reprenait la position verticale par un mouve- 
ment rapide et envoyait le projectile au loin. C'est ici où l'on ne se rend 
pas, faute de l'expérience acquise par la pratique, un compte exact de 
l'effet des forces combinées, de la révolution suivie par le projectile et du 
moment où il doit quitter sa poche. Quelques commentateurs paraissent 
avoir considéré la poche du projectile comme une véritable fronde se 
composant de deux attaches, dont une fixe et lautre mobile, de manière 



v>v2(J 



ENGIN 



que, par le mouvement de rotation imprimé au projectile, l'une des deux 
attaches de la fronde quittait son point d'attache provisoire, et le projectile 
ainsi abandonné à lui-même décrivait dans l'espace une parabole plus ou 
moins allongée. 

D'abord, bien des causes pouvaient modifier le décrochement de l'une 
des cordes de la fronde : le poids du projectile, son tirage plus ou 
moins prononcé sur l'une des deux cordes, un léger obstacle, un frot- 
tement. Il pouvait se faire ou que le décrochement eût lieu trop tôt, 
alors le projectile était lancé verticalement et retombait sur la tète des 
tendeurs ; ou qu'il ne se décrochât pas du tout, et qu'alors, rabattu avec 
violence sur la verge, il ne la brisât. En consultant les bas-reliefs et les 
vignettes des manuscrits, nous ne voyons pas figurés ces ceux brides de 
fronde et l'attache provisoire de l'une d'elles; au contraire, les brides de 
la fronde paraissent ne faire qu'un seul faisceau de cordes ou de lanières, 
avec une poche à l'extrémité, comme l'indique nos figures. De plus, nous 
voyons souvent, dans les vignettes des manuscrits, une seconde attache 
placée en contre-bas de l'attache de la fronde et qui parait devoir brider 
celle-ci, ainsi que le fait voir même la vignette (11) reproduite dans les 



lî 




^. cc^//:/./ii!/A/or. 



éditions française et anglaise de Villard de Honnecourt. Ici le tendeur 
tient à la main cette bride secondaire et parait l'attacher à la queue de 
la fronde. C'est cette bride, ce sous-tendeur, que dans nos deux fig. 9 
et 10 nous avons tracé en P, le supposant double et pouvant être attaché 
à différents points de la queue de la fronde ; on va voir pourquoi. 



ENGIN 



^230 



Soit (12) le mouvement de la verge, lorsque après avoir été abaissée elle 
reprend brusquement la position verticale par l'effet du contre-poids. Le 



-- E" 



12 



.C" -- 






'E 



C"& 




projectile devra décrire la courbe ABC. Or il arrive un moment où la fronde 
sera normale à l'arc de cercle décrit par la verge, c'est-à-dire où cette fronde 
sera exactement dans le prolongement de la verge qui est le rayon de cet 
arc de cercle. Alors le projectile, mu par une force centrifuge considérable, 
tendra à s'échapper de sa poche. Il est clair que la fronde sera plus rapi- 
dement amenée dans la ligne de prolongement de la verge suivant que 
cette fronde sera plus courte et que le poids du projectile sera plus consi- 
dérable. Si la fronde arrive dans le prolongement de la ligne de la verge 
lorsque celle-ci est au point D de l'arc de cercle, le projectile ne sera pas 
lancé du côté des ennemis, mais au contraire sur ceux qui sont placés 
derrière l'engin. 11 y avait donc un premier calcul à faire pour donner à 
la fronde une longueur voulue, atin qu'ayant à lancer ini poids de.... elle 



— '231 — [ ENGIN I 

arrivât dans le prolongement de la ligne de la verge lorsque celle-ci était 
près d'atteindre son apogée. Mais il fallait alors déterminer par une secousse 
brusque le départ du projectile, qui autrement aurait quitté le rayon en 
s'éloignant de l'engin presque verticalement. C'était pour déterminer cette 
secousse qu'était fait le sous-tendeur P. Si ce sous-tendeur P était attaché 
en P', par exemple, de manière à former avec la verge et la queue de la 
fronde le triangle P'OR, la queue OP' ne pouvait plus sortir de l'angle P'OR, 
ni se mouvoir sur le point de rotation 0. Mais le projectile C continuant sa 
course forçait la poche de la fronde à obéir à ce mouvement d'impulsion 
jusqu'au moment où cette poche, se renversant tout à fait, le projectile 
abandonné à lui-même était appelé par la force centrifuge et la force 
d'impulsion donnée par l'arrêt brusque du sous-tendeur à décrire une 
paralîole CE. 

Si, comme l'indique le tracé S, le sous-tendeur P était fixé en V", c'est-à- 
dire plus près de l'attache de la queue de la fronde, et formait un triangle 
P'''0'R' dont l'angle 0' était moins obtus que celui de l'exemple précédent, 
la secousse se faisait sentir plus tôt, la portion de la fronde laissée libre 
décrivait une portion de cercle CC", ou plutôt une courbe CC'', par 
suite du mouvement principal de la verge; le projectile C'"', abandonné 
à lui-même sous le double mouvement de la force centrifuge principale 
et de la force centrifuge secondaire occasionnée par l'arrêt P'', était lancé 
suivant une ligne parabolique C''E", se rapprochant plus de la ligne 
horizontale que dans l'exemple précédent. En un mot, plus le sous-ten- 
deur P était raidi et fixé près de l'attache de la fronde, plus le projectile 
était lancé horizontalement ; plus, au contraire, ce sous-tendeur était lâche 
et attaché près de la poche de la fronde, plus le projectile était lancé 
verticalement. Ces sous-tendeurs étaient donc un moyen nécessaire pour 
régler le tir et assurer le départ du projectile. 

S'il fallait régler le tir, il fallait aussi éviter les effets destructeurs du 
contre-poids qui, arrivé à son point extrême de chute, devait occasionner 
une secousse terrible à la verge, ou briser tous les assemblages des contre- 
fiches. A cet effet, non-seulement le mouvement du contre-poids était 
double, c'est-à-dire que ce contre-poids était attaché à deux bielles avec 
deux tourillons, mais encore, souvent aux bielles mêmes, étaient fixés des 
poids en bascule, ainsi que le font voir nos figures précédentes. Voici quel 
était l'effet de ces poids T. Lorsque la verge se relevait brusquement sous 
l'influence de la huche chargée de terre ou de pierres, les poids T, en 
descendant rapidement, exerçaient une influence sur les bieUes au moment 
où la huche arrivait au point extrême de sa chute et où elle était retenue 
par la résistance opposée par la verge. Les poids n'ayant pas à subir 
directement cette résistance, continuant leur mouvement de chute, fai- 
saient incliner les bielles suivant une ligne gh et détruisaient ainsi en 
partie le mouvement de secousse imprimé par la tension brusque de ces 
bielles. Les poids T décomposaient, jusqu'à un certain point , le tirage 
vertical produit par la huche, et neutralisaient la secousse qui eût fait 



ENGIN 



>23^ 



rompre tous les tourillons, sans altérer en rien le mouvement rapide de la 
verge, en substituant un frottement sur les tourillons à un choc produit 
par une brusque tension. 

Ces engins à contre-poids furent en usage jusqu'au moment où l'artil- 
lerie à feu vint remplacer toutes les machines de jet du moyen âge. Le 
savant bibliophile M. Pichon possède un compte (attachement) de ce qui a 
été payé pour le transport d'un de ces engins en 4378, lequel avait servi 
au siège de Cherbourg. Yoici ce curieux document, que son possesseur a 
bien voulu nous communiquer : « La monstre Thomin le bourgois de 
« Pontorson gouvernour de l'engin de la dite ville, du maistre charpentier, 
« de V autres charpentiers, de X maçons et cancours, de XL tendeurs 
« et XXXI charrêt à compter le cariot qui porte la verge d'iceluy engin ; 
« pour trois charreltiers qui sont ordennés servir celui engin au siège 
« de Cherbourt, venu à Carentan et nous Endouin Channeron, dotteur 
« en la seigneurie, bailly de Costentin et Jehan des Iles, bailly illec 
« pour le roy notre sire es terres qui furent au roy de Navarre, comis et 
« députez en ceste partie, de par nos seigneurs les gènéraulx commis 
« du roy notre sire pour le fait dudit siège ; le XV jour de novembre 
« l'an MCCCLXXVIII. 

« Et premièrement : 

« Le dit Thomin le maistre gonduom dudit engin, X jours. X F 

« vault pour X jours G F 

« Some ci dessus. 

« Michel Rouflfe, maistre charpentier dudit engin, X jours. V F 

« vault pour X jours. . . . ' C F 

« Etc. » 

Suit le compte des charpentiers, maçons, tendeurs, charrettes et che- 
vaux. Cet attachement fait connaître l'importance de ces machines qui 
exigeaient un personnel aussi nombreux pour les monter et les faire agir. 
Le chiffre de quarante tendeurs indique assez la puissance de ces engins : 
car, en supposant qu'ils fussent divisés en deux brigades (leur service 
étant très-fatigant, puisqu'ils étaient chargés de la manœuvre des Ireuils), 
il fallait donc vingt tendeurs pour abaisser la verge du trébuchet. Les 
maçons étaient probablement employés à dresser les aires de niveau sur 
lesquelles on asseyait l'engin K Pierre de Vaux-Cernay, dans son Histoire 
des Albigeois, parle de nombreux mangonneaux dressés par l'armée des 
croisés devant le château des Termes, et qui jetaient contre cette place des 
pierres énormes, si bien que ces projectiles firent plusieurs brèches. Au 



1 On peut encore conslaier l'importance de la construction de ces engins en con- 
sultant les anciens comptes et inventaires de forteresses. Quand, en 1428, on détruisit 
l'engin établi sur la tour de Saint-Paul à Orléans, pour le remplacer par une bombarde, 
la charpente de cette machine de guerre, qui était ou un trébuchetou un mangonneau, 
remplit vingt-six voilures qui furent conduites à la chambre de la ville. (.foUois, 
Histoire du siège d'Orléans, ch. I. Paris, 1833.) 



— -233 — [ ENGIN ] 

siège du château de Minerve (eu Minervois), dit ce même auteur, « on éleva 
" du côté des Gascons une machine de celles qu'on nomme mangonneaux, 
« dans laquelle ils travaillaient nuit et jour avec beaucoup d'ardeur. 
(( Pareillement, au midi et au nord, on dressa deux machines, savoir une 
« de chaque côté; enfin, du côté du comte, c'est-à-dire à l'orient, était 
« une excellente et immense pierrière, qui chaque jour coûtait vingt et 
« une livres pour le salaire des ouvriers qui y étaient employés. » Au 
siège de Castelnaudary , entrepris contre Simon de Montfort, le comte de 
Toulouse fît « préparer un engin de grandeur monstrueuse pour ruiner les 
« murailles du château, lequel lançait des pierres énormes, et renversait 
« tout ce qu'il atteignait Un jour le comte (Simon de Montfort) s'avan- 
ce çait pour détruire la susdite machine ; et comme les ennemis l'avaient 
« entourée de fossés et de barrières tellement que nos gens né pouvaient 

(( y arriver » En effet, on avait toujours le soin d'entourer ces engins 

de barrières, de claies, tant pour empêcher les ennemis de les détruire que 
pour préserver les hommes qui les servaient. Au siège de Toulouse, Pierre 
de Vaux-Cernay raconte que, dans le combat où Simon de Montfort fut 
tué, « le comte et le peu de monde qui était avec lui se retirant à cause 
« d'une grêle de pierres et de l'insupportable nuée de flèches qui les 
« accablaient, s'arrêtèrent devant les machines, derrière des claies, pour 
« se mettre à l'abri des unes et des autres ; car les ennemis lançaient sur 
M les nôtres une énorme quantité de cailloux au moyen de deux trébu- 

« chets, un mangonneau et plusieurs engins » C'est alors que Simon 

de Montfort fut atteint d'une pierre lancée par une pierrière que servaient 
des femmes sur la place de Saint-Sernin, c'est-à-dire à cent toises au 
moins de l'endroit où se livrait le combat. Quelquefois les anciens auteurs 
semblent distinguer, comme dans ce passage, les trébuchets des mangon- 
neaux. Les mangonneaux sont certainement des machines à contre-poids 
comme les trébuchets ; mais les mangonneaux avaient un poids fixe placé 
à la queue de la verge au lieu d'un poids mobile, ce qui leur donnait une 
qualité particulière. 

Villard de Honnecourt appelle l'engin à contre-poids suspendu par des 
bielles, à contre-poids en forme de huche, trébuchet ; d'où l'on doit con- 
clure que si le mangonneau est aussi un engin à contre-poids, ce ne peut 
être que l'engin-balancier, tel que celui figuré dans le bas-relief de Saint- 
Nazaire de Carcassonne * et dans beaucoup de vignettes de manuscrits^. 

' Bas-relief que l'on suppose représenter la mort de Simon de Montfort, et qui est dé- 
posé dans la chapelle Saint-Laurent de l'église Saint-Nazaire de la cité de Carcassonne. 

'^ Librilla dicitur instrumentum librandi, id est projiciendi lapides in castra, Man- 
gonus (voy. Ducange, Gloss., Mangonus). 

« En ronl mangoniaus et perieres, 
« Qui souvent tendent et destendenl 
« En destachant grant escrois rendent, 
« Pierres qui par l'air se remue. » 

(GUILL. GUIART.) 

T. V. 30 



[ ENGIN 1 — ^234 — 

Nous avons vu que la fronde du trébuchet a ses deux branches attachées 
à la tête de la verge, et que le projectile quitte la poche de cette fronde par 
Teffet d'une secousse produite par des sous-tendeurs. Dans les représenta- 
tions des engins à verge et à balancier, l'un des bras de la fronde est fixé à 
l'extrémité de la verge et l'autre est simplement passé dans un style disposé 
de telle façon que, quand la verge arrive à son apogée, ce bras de fronde 
quitte son style et le projectile est lancé comme la balle d'une fronde à 
main. Cet engin, ainsi que nous le disions tout à l'heure, possède d'autres 
qualités que le trébuchet. Le trébuchet, par son mouvement brusque, 
saccadé, était bon pour lancer les projectiles par -dessus de hautes 
murailles, sur des combles, comme nos mortiers lancent les bombes ; mais 
il ne pouvait faire décrire au projectile une parabole très-allongée se 
rapprochant de la ligne horizontale. Le tir du mangonneau pouvait se 
régler beaucoup mieux que celui du trébuchet, parce qu'il décrivait un 
plus grand arc de cercle et qu'il était possible d'accélérer son mouvement. 

Essayons donc d'expliquer cet engin. 

D'abord (voy. fig. 13) la verge, au lieu de passer dans l'axe du tou- 
rillon, se trouvait fixée en dehors, ainsi que l'indique le tracé en A. 
A son extrémité inférieure, qui s'élargissait beaucoup (nous allons voir 
comment et pourquoi), étaient attachés des poids, lingots de fer ou de 
plomb, ou des pierres, maintenus par une armature et un coffre de 
planches B. Dans son état normal, la verge, au lieu d'être verticale 
comme dans le trébuchet, devait nécessairement s'incliner du côté de 
l'ennemi, c'est-à-dire sur la face de l'engin \ à cause de la position du 
contre-poids et celle de l'arbre. Pour abaisser la verge, on se servait de 
deux roues C, fixées à un treuil et correspondant à deux poulies de renvoi 
D. 11 est clair que devant l'ennemi, il n'était pas possible de faire monter 
un servant au sommet de la verge pour y fixer la corde double de tirage 
avec sa poulie et son crochet, d'abord parce que cette corde et cette poulie 
devaient être d'un poids assez considérable, puis parce qu'un homme 
qui se serait ainsi exposé aux regards ennemis eût servi de point de 
mire à tous les archers et arbalétriers. Nous avons vu tout à l'heure que 
ces engins étaient entourés de barrières et de claies destinées à garantir 
les servants qui restaient sur le sol. Au moyen d'un petit treuil E, attaché 
aux parois de la caisse du contre-poids et mu par deux manivelles, on 
amenait, à l'aide de la corde double F passant par deux fortes poulies G, 
la poulie H et son crochet auquel préalablement on avait accroché l'autre 
poulie K. La verge abaissée suivant l'inclinaison LM, on faisait sauter le 
crochet de la poulie K, et la verge décrivait l'arc de cercle MN. Les ser- 
vants précipitaient ce mouvement en tirant sur plusieurs cordes atta- 
chées en 0, suivant la direction OR. Si, lors du décliquement de la 
verge, les servants tiraient vivement et bien ensemble sur ces cordes, ils 

' Dans ce profil , nous supposons l'une des faces du chevalet enlevée pour laisser 
voir rcnimanchement du tourillon avec la verge. 



— :235 — [ ENGIN I 

faisaient décrire à l'extrémité supérieure de la verge un arc de cercle 
beaucoup plus grand que celui donné par la seule action du contre-poids, 
et ils augmentaient ainsi la force d'impulsion du projectile S au moment de 




son départ. Pour rattacher la poulie K à la poulie H, on tirait celle-ci au 
moyen d'un fil P en déroulant le treuil E, on descendait cette poulie H 
aussi bas qu'il était nécessaire, on y rattachait la poulie K, on appuyait de 
nouveau sur le treuil E. Cette manœuvre était assez rapide pour qu'il fût 
possible d'envoyer douze projectiles en une heure. 

Pour faciliter l'abaissement de la verge, lorsque les tendeurs agissaient 
sur les deux grandes roues C , les hommes préposés à la manœuvre des 
cordes du balancier B tiraient sur ces cordes attachées en 0, suivant la 



I KNGIN 1 — 236 

ligne OV. Lorsque la verge était abaissée, les servants chargés de l'attache 
de la fronde étendaient les deux brides de cette fronde dans la rigole T. 
L'une de ces brides restait fixée à l'anneau X, l'autre était sortie d'elle-même 
du style U; les servants avaient le soin de replacer l'anneau de cette seconde 
bride dans le style et, bien entendu, laissaient passer ces deux brides par- 
dessus la corde double de tirage de la verge, ainsi que l'indique la coupe Z, 
présentant en a l'extrémité de la verge abaissée avec sa poulie H en h, sa 
poulie K en k, les deux poulies D en d, les deux brides de la fronde en gg. 
Lorsque le décliqueur agissait sur la petite bascule e du crochet, la poulie K 
tombait entre les deux sablières, la verge se relevait et les deux brides gg 
tiraient le projectile S. On observera ici que le projectile S étant posé dans 
la poche de la fronde, les deux brides de cette fronde devant être égales en 
longueur, l'une, celle attachée à l'anneau X, est lâche , tandis que celle 
fixée au style est presque tendue. L'utilité de cette manœuvre va tout à 
l'heure être démontrée. On voudra bien encore examiner la position du 
contre-poids lorsque la verge est abaissée ; cette position est telle que la 
verge devait se trouver en équilibre; que, par conséquent, l'etfort des 
tendeurs, pour l'amener à son déclin, devait être à peu près nul, ce qui 
permettait de tendre la corde sur la poulie k, ainsi que l'indique la coupe Z; 
que cet équilibre, obtenu par les pesanteurs principales reportées sur le 
tourillon A, rendait efficace le tirage des hommes préposés au balancier, 
puisqu'au moment du décliquement il devait y avoir une sorte d'indécision 
dans le mouvement de la verge; que ce tirage ajoutait alors un puissant 
appoint au poids du balancier, ce qui était nécessaire pour que la fronde 
fonctionnât convenablement. 

La fig. 14 représente le mangonneau du côté de sa face antérieure, au 
moment où la verge est abaissée. Les six hommes agissant sur les deux 
grands treuils sont restés dans les roues afin de dérouler le câble doublé 
lorsque la verge aura lancé le projectile qui est placé dans la poche de la 
fronde. Seize hommes s'apprêtent à tirer sur les quatre cordes attachées à 
la partie inférieure du contre-poids. Le décliqueur est à son poste, en A, 
prêta faire sauter le crochet qui retient l'extrémité de la verge abaissée. Le 
maître de l'engin est en B ; il va donner le signal qui doit faire agir sinml- 
tanément le décliqueur et les tireurs; à sa voix, la verge n'étant plus 
retenue, sollicitée par les seize hommes placés en avant, va se relever 
brusquement, entraînant sa fronde, qui, en sifflant, décrira une grande 
courbe et lancera son projectile. 

Examinons maintenant comment la fronde devait être attachée pour 
qu'une de ses branches pût quitter en temps opportun le style de l'engin, 
afin de laisser au projectile la liberté de s'échapper de la poche. 

Voici (15) l'extrémité de la verge; on voit, en A, l'attache fixe qui se 
compose d'un longétrier tournant sur un boulon B; puis, en C, le style en 
fer, élargi à sa base, et en D la boucle qui n'entre dans ce style que jusqu'à 
un certain point qu'elle ne peut dépassera cause de cet élargissement. Lors- 
que l'étrier est sollicité par l'une des brides d<' la fronde (voy. le profil (i), il 



237 — 



ENGIN 



faut que son anneau E tombe sur la circonférence décrite par l'anneau F 
de la boucle, circonférence dont, bien entendu , la verge est le rayon; il 
faut aussi que Tétrier ne puisse dépasser la ligne lE et soit arrêté en K 




paT la largeur du bout de la verge. Tant que la bride de la fronde attachée 
à l'anneau E de l'étrier n'a pas, par suite du mouvement imprimé, dépassé 
la ligne EE', prolongement de la ligne lE, l'autre bride de la fronde tire 
sur la boucle F obliquement, de telle façon que cette boucle ne peut 
quitter le style C. 

Ceci compris, la figure 16 indique le mouvement de rotation de la 
verge. La bride mobile de la fronde ne quittera le style que lorsque le 
projectile aura dépassé le rayon du cercle décrit par la verge, qu'au 
moment où les brides de la fronde formeront avec la verge un angle, 
ainsi qu'il est tracé dans la position A. Alors, l'une des brides de la 
fronde continuera à tirer sur l'étrier, tandis que l'autre se relâchera, et la 
force centrifuge imprimée au projectile fera échapper la boucle du style, 
comme nous le voyons en M. Le projectile libre décrira sa parabole. 
Si le mouvement de rotation de la verge était égal ou progressivement 



I KINGIIS I — ^38 — 

accéléré , il arriverait un moment où le projectile se trouverait dans le 




prolongement de la ligne de la verge (rayon) pour ne plus quitter cette 




ligne (|uau moment où la verge s'arrêterait. Mais il n'en est pas ainsi, 



— 239 — 1 KNGIN ] 

grâce à la disposition du tourillon hors de la ligne de la verge, de la 
place du contre-poids hors d'axe et du tirage des hommes pour hâter le 
mouvement de rotation au moment du décliquement; une force dMm- 
pulsion très-violente est d'abord donnée à la verge et par suite au 
projectile ; celui-ci, sous l'empire de cette force première , décrit sa 
courbe plus rapidement que la verge ne décrit son arc de cercle, d'autant 
que le mouvement de celle-ci se ralentit à mesure qu'elle approche de son 
apogée; dès lors, les brides de la fronde doivent faire un angle avec la 
verge, ainsi qu'on le voit en M. 

C'étaient donc les hommes placés à la base du contre-poids qui réglaient 
le tir, en appuyant plus ou moins sur les cordes de tirage. S'ils appuyaient 
fortement, la verge décrivait son arc de cercle avec plus de rapidité, la 
•force centrifuge du projectile était plus grande; il dépassait plus tôt la 
ligne de prolongement de la verge ; le bras mobile de la fronde se déta- 
chait plus tôt et le projectile s'élevait plus haut, mais parcourait un moins 
grand espace de terrain. Si, au contraire, les hommes du contre-poids 
appuyaient mollement sur les cordes de tirage ou n'appuyaient pas du 
tout, le projectile était plus lent à dépasser la ligne de prolongement de 
la verge; le bras mobile de la fronde se détachait plus tard, et le projectile, 
n'abandonnant sa poche que lorsque celle-ci avait dépassé la verticale, 
s'élevait moins haut, mais parcourait un espace de terrain plus étendu. 
Ainsi le mérite d'un bon maître engingneur était, d'abord, de donner aux 
brides de la fronde la longueur voulue en raison du poids du projectile, 
puis de régler l'attache de ces deux brides, puis enfin de commander 
d'appuyer plus ou moins sur les cordes de tirage suivant qu'il voulait 
envoyer son projectile plus haut ou plus loin. 

Il y avait donc une différence notable entre le trébuchet et le mangon- 
neau. Le trébuchet était un engin beaucoup moins docile que le mangon- 
neau, mais il exigeait moins de pratique, puisque pour en régler le tir il 
suffisait d'un homme qui sût attacher les brides de sous-tension de la 
fronde. Le mangonneau devait être dirigé par un engingneur habile et servi 
par des hommes au fait de la manœuvre, sinon il était dangereux pour 
ceux qui l'employaient. Il est, en effet, quelquefois question de mangon- 
neaux qui blessent et tuent leurs servants : une fausse manœuvre, un 
tirage exercé mal à propos sur les cordes du contre-poids, et alors que 
celui-ci avait déjà fait une partie de sa révolution, pouvait faire décrocher 
la bride de la fronde trop tard et projeter la pierre sur les servants placés 
à la partie antérieure de l'engin. 

Il serait superflu d'insister davantage sur le mécanisme de ces engins à 
contre-poids ; nous n'avons prétendu ici que donner à cette étude un tour 
plus pratique que par le passé. H est clair que pour connaître exactement 
les effets de ces formidables machines de guerre, il faudrait les faire fabri- 
quer en grand et les mettre à l'épreuve, ce qui aujourd'hui devient inutile 
en face des canons rayés; nous avons pensé qu'il était bon de faire con- 
naître seulement que nos pères apportaient dans l'art de tuer les hommes 



I KNGIN I — "240 — 

la subtilité et l'attention qu'ils mettaient à leur bâtir des palais ou des 
églises. Ces batteries d'engins à contre-poids^ qui nuit et jour envoyaient 
sans trêve des projectiles dans les camps ou les villes ennemies, causant 
de si terribles dommages qu'il fallait venir à composition, n'étaient donc 
pas des joujoux comme ceux que l'on nous montre habituellement dans 
les ouvrages sur l'art militaire du moyen âge. Les projectiles étaient de 
diverses sortes : boulets de pierre, paquets de cailloux, amas de charognes, 
matières incendiaires, etc. '. 

Les Orientaux, qui paraissent être les premiers inventeurs de ces engins 
à contre-poids, s'en servaient avec avantage déjà dès le xi^ siècle. Ils 
employaient aussi les pierrières, chaables, pierrières turques, au moyen 
desquelles ils jetaient sur les ouvrages ennemis non-seulement des 
pierres, mais aussi des barils pleins de matières inflammables (feu grégeois) ' 
que l'eau ne pouvait éteindre, et qui s'attachaient en brûlant sur les char- 
pentes des hourds ou des machines. 

Joinville nous a laissé une description saisissante des terribles effets de 
ces engins. «Le roy ot conseil , dit-il, quand il s'agit de passer un des 
« bras du Nil devant les Sarrazins, que il feroit faire une chauciée par mi 
« la rivière pour passer vers les Sarrazins. Pour garder ceux qui ouvroient 
« (travaillaient) à la chauciée, et fit faire le roy deux beffrois que l'en 
« appelé chas-chastiau (nous parlerons tout à l'heure de ces sortes d'en- 
« gins) ; car il avoit deux chastiaus devant les chas et deux massons 
« (palissades) derrière les chastiaus, pour couvrir ceulz qui guieteroient 
« (qui feraient le guet) , pour (contre) les copz des engins aux Sarrazins, 
« lesquiex avoient seize engins touz drois (sur une même ligne , en bat- 
te terie). Quant nous venimes là, le roy fist faire dix huit engins, dont 
(( Jocelin de Cornant estoit mestre engingneur (un maître engingneur 
<( commandait donc la manœuvre de plusieurs engins). Nos engins 
i< getoient au leur, et les leurs aus nostres; mes onques n'oy dire que les 

c( nostres feissent biaucop Un soir avint, là où nous guietions les 

« chas-chastiaus de nuit, que il nous avièrent un engin que l'en appelé 
« perrière, ce que il n'avoient encore fait, et mistrent le feu gregoiz en 

« la fonde de l'engin (cuiller de l'engin) Le premier cop que il jetèrent 

« vint entre nos deux chastelz, et chaï en la place devant nous que Tost 
(( avoit fait pour boucher le fleuve. Nos esteingneurs (on avait donc des 
« hommes spécialement chargés d'éteindre les incendies allumés par les 
« ennemis) furent appareillés pour estaindre le feu; et pour ce que les 
« Sarrazins ne pooient trère à eulz (tirer sur ces éteigneurs) , pour les 
« deux eles des paveillons que le roy y avoit fait faire (à cause des 
« ouvrages palissades qui réunissaient les chas-chatelz), il traioient tout 

' Voy. le Précis historique de l'influence dos armes à feu sur l'art de la guerre, 
par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République. L'illustre 
auteur constate l'importance des grandes machines de jet du moyen âge et en recon- 
naît la valeur. 



— ^2A\ — I ENGIN I 

« droit vers les nues, si que li pylet (les dards) leur cheoient tout droit 
« vers eulz (tombaient verticalement sur eux). La manière du feu gregois 
« estoit tele, que il venoit bien devant aussi gros comme un tonnel de 
« verjus (comme un baril), et la queue du feu qui partoit de li (la fusée), 
« estoit bien aussi grant comme un grant glaive ; il faisoit tele noise au 
« venir (tel dommage en tombant), que il sembloit que ce feust la foudre 
« du ciel; il sembloit un dragon qui volast par l'air, tant getoit grant 
« clarté, que l'on véoit parmi l'ost comme se il feust jour, pour la grant 
« foison du feu qui jetoit la grant clarté » 

Ces barils remplis de matières inflammables paraissent être lancés par 
des pierrières ou caables comme celui représenté fig. 7 et 8 ; ils étaient 
munis d'une fusée et contenaient une matière composée de soufre, 
d'huile de naphte, de camphre, de bitume ou de résine, de poussière de 
charbon, de salpêtre et peut-être d'antimoine. A cette époque, au milieu 
du xiii" siècle, il semble, d'après Joinville, que nos machines de jet fussent 
inférieures à celles des Turcs, puisque notre auteur, toujours sincère, a 
le soin de dire que nos engins ne produisaient pas grand effet. Ce n'est 
guère, en effet, qu'à la fin du xiii" siècle que les engins paraissent être 
arrivés, en France, à une grande perfection. On s'en servait beaucoup dans 
les guerres du xiv'= siècle et même après l'invention de l'artillerie à feu. 

Les trébuchets, les mangonneaux étaient placés, par les assiégés, der- 
rière les courtines, sur le sol, et envoyaient leurs projectiles surles ennemis 
en passant par-dessus la tête des arbalétriers posés sur les chemins de 
ronde. Mais, outre les pierrières ou caables, que l'on mettait en batterie 
au niveau des chemins de ronde sur des plates-formes en bois élargissant 
ces chemins de ronde (ainsi que nous l'avons fait voir dans l'article 
ARCHITECTURE MiLrfAiRE , fig. 32), Ics armécs du moyen âge possédaient 
encore l'arbalète à tour, qui était un engin terrible, avec lequel on lançait 
des dards d'une grande longueur, des barres de fer rougies au feu, des 
traits garnis d'étoupe et de feu grégeois ^ en forme de fusées. Ces arbalètes 
à tour avaient cet avantage qu'elles pouvaient être pointées comme nos 
pièces d'artillerie, ce que l'on ne pouvait faire avec les mangonneaux ou 
les trébuchets; car, pour ces derniers engins, s'il était possible de régler 
le tir, ce ne pouvait être toujours que dans un même plan; si on voulait 
faire dévier le projectile à droite ou à gauche, il fallait manœuvrer l'engin 
entier, ce qui était long. Aussi les mangonneaux et les trébuchets n'étaient 
employés que dans les sièges, soit par les assiégeants pour envoyer des 
projectiles sur un point des défenses de la ville, soit par les assiégés pour 
battre des travaux d'approche ou des quartiers ennemis. Les arbalètes à tour 
tiraient sur des groupes de travailleurs , sur des engins, sur des colonnes 

' « Trois foiz nous gelèrent le feu gregois, celi soir, et nous le lancèrent quatre 
» foiz à l'arbalestre à tour. » Joinville, Hist. de saint Louis. « Les frères le roi gai- 
■< toient les chas-chastians en haut (c'est-.i-dire qu'ils étaient de service au sommet 
'< des beffrois) pour traire aus Sarrazins des arbaleslres de quarriaus qui aloienl parmi 
" l'ost aus Sarrazins. » 

T. V. 31 



KNGIN 



— -24^2 — 



serrées, et elles produisaient l'effet de nos pièces de campagne, à la portée 
près ; car leurs projectiles tuaient des files entières de soldats, rompaient les 
engins, coupaient leurs cordes, traversaient les mantelets et les palissades. 




-1- 



// 




Voici (17) un ensemble perspectif et des détails de l'arbalète à tour. On 
la faisait mouvoir au moyen des trois roues , dont deux étaient fixées à 
la traverse inférieure A et la troisième à la partie mobile B de lafïut. Un 



— '243 — [ ENGIN 1 

pointail C, posé sur une crapaudine ovoïde [), ainsi que l'indique le détail 
C, maintenait l'aflFùt sur un point fixe servant de pivot. Il était donc 
facile de régler le tir sur plan horizontal. Pour abaisser ou rele\'er le tir, 
c'est-à-dire pour viser de bas en haut ou de haut en bas, on pouvait d'abord 
démonter la roue extrême E, laisser reposer Taftiit sur les deux galets en 
olive F; alors le tir prenait la direction F'G (voy. le profil X). Si on voulait 
abaisser quelque peu le tir, on relevait la partie supérieure H de l'affût 
au moyen de la double crémaillère K et des deux roues d'engrenage 1, 
auxquelles on adaptait deux manivelles. S'il était nécessaire d'abaisser le 
tir, on laissait la roue E et on élevait la partie supérieure de l'affût au 
moyen des crémaillères. La partie inférieure de l'affût se mouvait sur le 
tourillon L. Le propulseur se composait de deux branches doubles d'acier 
passées dans des cordages de nerfs tortillés, comme on le voit dans notre 
tracé perspectif, et appuyées à leur extrémité contre les deux montants 
du châssis. Pour bander ces cordes de nerfs autant qu'il était besoin, des 
tubes de fer étaient passés entre elles; on introduisait des leviers dans ces 
tubes, soit par une de leurs extrémités, soit par l'autre, pour ne pas per- 
mettre aux cordes de se détortiller, et on fixait l'extrémité de ces leviers 
aux deux brancards M. Si l'on sentait que les cordes se détendissent, on 
appuyait un peu sur ces leviers en resserrant leurs attaches de manière 
que les deux branches de l'arc fussent toujours également bridées. Pour 
bander cet arc, dont les deux extrémités étaient réunies par une corde 
faite avec des crins, des nerfs ou des boyaux, on accrochait les deux 
griffes N à cette corde; puis, agissant sur les deux grandes manivelles 0, 
on amenait la corde de l'arc, au moyen des deux crémaillères horizontales, 
jusqu'à la double détente P, laquelle, pour laisser passer la corde, était 
rentrée ainsi que l'indique le détail R. Cette détente était manœuvrée par 
une tige S munie, à son extrémité , d'un anneau mobile T, que l'on pas- 
sait dans une cheville lorsque la détente était relevée U. Ramenant alors 
quelque peu les crémaillères , la corde venait s'arrêter sur cette double 
détente U, qui ne pouvait rentrer dans l'affût. On appuyait la base du 
projectile sur la corde en le laissant libre dans la rainure. Et le pointeur 
ayant tout préparé faisait sortir l'anneau T de la cheville d'arrêt, tirait à 
lui la tige S; la double détente disparaissait, et la corde revenait à sa place 
normale en projetant le dard (voy. le plan Y). Une légère pression exercée 
sur le dard par un ressort l'empêchait de glisser dans sa rainure si le tir 
était très-plongeant. Avec un engin de la dimension donnée dans notre 
figure, on pouvait lancer de plein fouet un dard de plus de cinq mètres 
de long, véritable soliveau armé de fer, à une assez grande distance, c'est- 
à-dire à cinquante mètres au moins, de façon à rompre des machines, 
palis, etc. Ces engins lançant des projectiles de plein fouet étaient ceux 
qui causaient le plus de désordre dans les corps de troupes et particuliè- 
rement dans la cavalerie ; aussi ne s'en servait-on pas seulement dans les 
sièges, mais encore en campagne, au moins pour protéger des campe- 
ments ou pour appuyer un poste important. 



EAGIN 



— ^244 



On se servait aussi d'un engin à ressort, dont la puissance était moindre, 
niais dont l'établissement était plus simple et pouvait se faire en campagne 
avec le bois qu'on se procurait, sans qu'il fût nécessaire d'employer ces 




crémaillères et toutes ces ferrures qui demandaient du temps et des 
ouvriers spéciaux pour les façonner. Cet engin est fort ancien et rappelle 
la catapulte des Romains de l'antiquité. Il se compose (18) d'un arbre 



-245 — 



[ ENGIN 



vertical cylindrique, avec une face plate (voy. le plan A) tournant au 
moyen de deux tourillons. A la base de cet arbre est fixé un châssis 
triangulaire posé sur deux roues et relié audit arbre par deux liens ou 
contre-fiches. Des ressorts en bois vert sont fortement attachés au pied de 
Tarbre avec des brides en fer et des cordes de nerfs. Un treuil fixé sur 
deux montants, entre les contre-fiches, est mû par des manivelles et 
roues d'engrenage. Un bout de corde avec un crochet est fixé à l'extré- 
mité supérieure du ressort, et une autre corde, munie d'un crochet à 
bascule B, s'enroule sur le treuil après avoir passé dans une poulie de 
renvoi. Quatre hommes amènent le ressort. Un dard passe par un trou 
pratiqué à l'extrémité supérieure de l'arbre D, et un support mobile à 
fourchette E, s'engageant dans les crans d'une crémaillère F, permet 
d'abaisser ou de relever le tir, ainsi que le fait voir le profil G. Lorsque le 
ressort est tendu, le pointeur fixe le dard, fait mouvoir le châssis inférieur 
sur sa plate-forme suivant la direction du tir et, appuyant sur la cordelle C, 
fait sauter le crochet : le ressort va frapper le dard à sa base et l'envoie au 
loin dans la direction qui lui a été donnée. La fig. 19 donne le plan de 
cet engin. 




L'artillerie à feu était employée que, longtemps encore, on se servit de 
ces engins à contre-poids, à percussion, et de ces arbalètes à tour, tant on 
se fiait en leur puissance ; et même la première artillerie à feu n'essaya pas 



I ENGIN ] — 246 — 

tout d'abord d'obtenir d'autres ettets. Les caables, les pierrières, les trébu- 
chets, les mangonneaux envoyaient à toute volée de gros boulets de pierre 
qui pesaient jusqu'à deux et trois cents livres; ces machines ne pouvaient 
lancer des projectiles de plein fouet. On les remplaça par des bombardes 
avec lesquelles on obtenait les mêmes résultats; et les engins à feu 
envoyant des balles de but-en-blanc, dès le xir*" siècle, n'étaient que de 
petites pièces portant des projectiles de la grosseur d'un biscaïen. 

Engins offensifs à feu. — Du jour où l'on eut reconnu la puissance des 
gaz dégagés instantanément par la poudre à canon, on eut l'idée d'utiliser 
cette force pour envoyer au loin des projectiles pleins, des boulets de 
pierre ou des boîtes de cailloux. On trouva qu'il y avait un grand avantage 
à remplacer les énormes et dispendieux engins dont nous venons de don- 
ner quelques exemples par des tubes de fer que l'on transportait plus 
facilement, qui coûtaient moins cher à établir et que l'ennemi ne pouvait 
guère endommager. Nous n'avons vu nulle part que la noblesse militaire 
se soit occupée de perfectionner les engins de guerre, ou de présider à 
leur exécution. Tous les noms d'engingneurs sont des noms roturiers. Si 
Philippe Auguste , Richard Cœur de Lion et quelques autres souverains 
guerriers paraissent avoir attaché de l'importance à la fabrication des 
engins, ils recouraient toujours à des maîtres engingneurs qui paraissent 
être sortis du peuple. Ce dédain pour les combinaisons qui demandaient 
un travail mathématique et la connaissance de plusieurs métiers, tels que 
la charpenterie, la serrurerie, la mécanique, la noblesse l'apporta tout 
d'abord dans la première étude de l'artillerie à feu; elle ne parut pas 
tenir compte de cette formidable application de la poudre explosible, et 
laissa aux gens de métier le soin de chercher les premiers éléments de 
l'art du bombardier. 

En 1356, le prince Noir assiégea le château deRomorantin; il employa, 
entre autres armes de jet, des canons à lancer des pierres, des carreaux 
et des ballottes pleines de feu grégeois. Ces premiers canons étaient longs, 
minces, fabriqués au moyen de douves de fer, ou fondues en fer ou en 
cuivre, renforcés de distance en distance d'anneaux de fer, et transportés 
à dos de mulet ou sur des chariots. Ces bouches à feu, qu'on appelait 
alors acquéraux, sarres ou spiroles , et plus tard veuglaires, se compo- 
saient d'un tube ouvert à chaque bout; à l'une des extrémités s'adaptait 
une boîte contenant la charge de poudre et le projectile, c'est-à-dire qu'on 
chargeait la pièce par la culasse; seulement cette culasse était complète- 
ment indépendante du tube et s'y adaptait au moyen d'un étrier mobile, 
ainsi que l'indique la fig. 20. En A, on voit la boîte et la pièce coupées 
longitudinalement ; en B, la coupe sur ab ; en C, la boîte réunie à la pièce 
au moyen de l'étrier qui s'arrête sur les saillies dd' des anneaux dentelés ; 
en D , la même boîte se présentant latéralement avec l'étrier e, nmni de 
sa poignée pour le soulever et enlever la boîte lorsque la pièce a été tirée. 
Les points culminants g réservés sur chacun des anneaux dentelés ser- 
vaient de mire. Nous ne savons trop comment se pointaient ces pièces; 



— -217 



[ ENGIN 




elles étaient probablement suspendues à des tréteaux par les anneaux 



ENGIN 



— ^2-48 



dont elles étaient munies. Les boîtes mobiles adaptées à l'un des bouts 
du tube laissaient échapper une partie notable des gaz, et devaient sou- 
vent causer des accidents ; aussi on renonça aux boîtes adaptées, pour 
faire des canons fondus d'une seule pièce et se chargeant par la gueule. 
Il y a quelques années, on a trouvé dans l'église de Rutfec (Charente) deux 
canons qui paraissent appartenir au xiv* siècle : ce sont des tubes en 
fonte de fer, sans boîtes, fermés à la culasse et suspendus par deux 
anneaux. 
Nous donnons (21) ces deux pièces, qui sont d'une petite dimension ; 

21 





f a IS -> <:- 



-U,US~- 




(. 0, 70^ 




\ 



en A, nous avons tracé un fragment de canon qui nous paraît appartenir 
à la même é{)oque, et qui a été trouvé dans des fouilles à Boulogne-sur- 
Mer. 

En 1380, les Vénitiens se servirent de bouches à feu dans la guerre 
contre les Génois, et ces pièces étaient appelées rihaudequins. 



— '249 — I ENGIN I 

Ces premières pièces d'artillerie à feu furent remplacées par les bom- 
bardes et les canons. 

Dès d4rl2, Fusage des bombardes et canons faisait disparaître les engins 
offensifs pour la défense des places. « Il résulte, dit Jollois dans son His- 
« toire du siège d'Orléans (1428), d'un relevé fait avec soin par feu l'abbé 
« Dubois, qu'en 1428 et 1429 la ville d'Orléans possédait soixante-onze 
« bouches à feu, tant canons que bombardes, toutes en cuivre. Dans le 
« nombre de ces bouches à feu sont compris le canon qui avait été prêté 
« à la ville d'Orléans par la ville de Montargis, un gros canon qu'on avait 
« nommé Rifflard ', une bombarde faite, dit le journal du siège, par un 
« nommé Guillaume Duisy, très-subtil ouvrier, qui lançait des boulets de 
« pierre de cent vingt livres pesant, et si énorme qu'il fallut vingt-deux 
« chevaux^ pour la conduire avec son affût du port à l'Hôtel-de-vilIe. Ces 
« deux canons et cette énorme bombarde étaient mis en batterie sur la 
« tour de la croiche de Meuffray, sise entre le pont et la poterne Chesneau, 
« d'où ils foudroyaient le fort des Tournelles dont les Anglais s'étaient 
« emparés. Parmi les bouches à feu que nous venons d'indiquer, il faut 
« compter un canon ^ qui lançait des boulets de pierre jusqu'à l'île Char- 

« lemagne Ce ne fut que sous le règne de Louis XI qu'on substitua 

« des boulets de fer aux boulets de pierre. » Cependant on employait 
encore ces derniers à la fin du xv'' siècle. 

Quoique les noms de canon et de bombarde aient été donnés indiffé- 
remment aux bouches à feu qui lançaient des boulets de pierre, cependant 
la dénomination de bombarde paraît avoir été donnée de préférence à un 
canon court et d'un très-gros diamètre, lançant les projectiles à toute 
volée; tandis que le canon, d'un plus faible diamètre, plus long, pouvait 
envoyer des boulets de but en blanc. 

Ces bombardes sont quelquefois désignées sous le nom de basilics. Au 
siège de Constantinople , en 1413, Mahomet II mit en batterie des bom- 
bardes de 200 livres de boulets de pierre. Ces pièces avaient été fondues 
par un Hongrois. Une de ces bombardes était même destinée à envoyer 
un boulet de 850 livres ; deux mille hommes devaient la servir et dix paires 

' Voy. le Journal du siège, p. 21 . Il était d'usage de donner des noms aux engins 
pendant le moyen âge, comme de nos jours on donne des noms aux canonnières de la 
marine. Jusqu'au xvie siècle, les bouches à feu avaient chacune leur nom; peut-être 
avaient-elles des parrains comme les cloches. 

" « Ce fait est le résultat de la dépense consignée dans les comptes de forteresses 
« pour payement de ce transport. » 

' « On voit, dans les comptes de forteresses de la ville d'Orléans, qu'un habile 
« ouvrier, nommé Naudin-Bouchart, fondit, pendant le siège, un canon très-beau et 
Il très-long pour jeter des boulets, de dessus le pont, dans l'île de Charlemagne, aux 
« Anglais qui traversaient la Loire pour passer de cette île au champ de Sainl-Pryvé 
« où ils avaient une bastille. » Du vieux pont au milieu de l'île Charlemagne il y avait 
quinze cents mètres ; les bombardes et canons ne pouvaient alors porter à une aussi 
grande distance; le canon de Naudin-Bouchart fut une innovation. 

T. V. 32 



[ KiNGlIS J 

de bœufs la traîner 




I I 



L_i 



de diamètre. I.a lumière est 



— 250 — 

mais elle creva à la première épreuve et tua un grand 
nombredegens. En 1460, Jacques 11 
d'Ecosse fit fondre une bombarde 
monstrueuse, qui creva au premier 
coup. 

Vers cette époque, on renonça 
aux boîtes embouties , mais on fit 
des canons et bombardes avec boî- 
tes enca.strees, principalement pour 
les pièces qui n'étaient pas d'un 
très-gros diamètre; car pour les 
bombardes qui portaient 60 livres 
de balles et plus, on les fabriqua en 
fonte de fer ou de cuivre, ou même 
en fer forgé, en forme de tube, avec 
un seul orifice. 

Il existe encore quelques bom- 
bardes fabriquées au moyen de 
douves de fer plat, cerclées par des 
colliers de fer comme des barils ; 
peut-être ces pièces sont-elles les 
plus anciennes : elles ne se char- 
geaient pas au moyen de boîtes à 
poudre, mais comme nos bouches 
à feu modernes, si ce n'est qu'on 
introduisait la poudre au moyen 
d'une cuiller, puis une bourre, puis 
le boulet, puis un tampon de foin ou 
d'étoupes, à l'aide d'un refouloir. 

La plus belle bouche à feu que 
nous connaissions ainsi fabriquée 
se trouve dans l'arsenal de Bàlé 
(Suisse) [22]. Elle est en fer forgé. 
La culasse A est forgée d'un seul 
morceau; l'âme se compose d'un 
douvage de lames de fer de 0,03 c. 
d'épaisseur sur 0,06 c. de largeur. 
Ces douves sont maintenues unies 
par une suite d'anneaux de fer plus 
ou moins épais; en B est un anneau 
beaucoup plus fort sous lequel est 
"I interposée une bande de cuivre. En 

C est figurée la gueule du canon, 
dont l'âme n'a pas moins de 0,33c. 
très-étroite. Dans le même arsenal , on 



B 




— 251 — [ ENGIN I 

voit une autre pièce de cuivre de 2"',00 de longueur; elle date de 1444 
et porte un écu aux armes de Bourgogne. Pendant le xv'= siècle, on fabri- 
quait des bouches à feu de dimensions très-variables , depuis le faucon- 
neau, qui ne portait qu'une livre de balle, jusqu'à la bombarde, qui 
envoyait des projectiles en pierre de deux cents livres et plus K Ces bom- 
bardes n'étaient guère longues en proportion de leur diamètre et remplis- 
saient à peu près l'oftîce de mortiers envoyant le projectile à toute volée : 
elles se chargeaient par la gueule. On se servait aussi de projectiles creux 
que l'on remplissait de matières détonantes, de feu grégeois, et c'est une 
erreur de croire que les bombes sont une invention des dernières années 
du XVI* siècle, car plusieurs traités de la fin du xv"" et du commencement 
du xvi^ * nous montrent de véritables bombes faites de deux hémisphères 
de fer battu réunis par des brides ou des frettes (23). A la fin du xy'' siècle, 

les bouches à feu se classent par na- 
tures, en raison du diamètre des pro- 
jectiles; il y a les basilics, qui sont 
les plus grosses; les bombardes, les 
ribaudequins, les canons, les dra- 
gons volants, scorpions, coulevri- 
nes, pierriers, sirènes, passe-mur, 
passe - avant , serpentines. Sous 
Charles VII, l'armée royale possédait 
déjà une nombreuse artillerie , et 
Charles VIII, en \ 494, entra en Italie 
"N^ ■ ^"^^^ faisant traîner plus de cent quarante 

> ^' * • bouches à feu de bronze montées sur 

affûts à roues, traînées par des atte- 
lages de chevaux, et bien servies *. Les Italiens, alors, ne possédaient que 
des canons de fer traînés par des bœufs, et si mal servis qu'à peiné pou- 
vaient-ils tirer un coup en une heure. 

Examinons maintenant les canons à boîtes encastrées. 
L'idée de charger les canons par la culasse était la première qui s'était 
présentée, comme ce sera probablement le dernier perfectionnement 
apporté dans la fabrication des bouches à feu. On dut renoncer aux pre- 
mières boîtes, qui s'adaptaient mal, laissaient passer les gaz, envoyaient 
parfois une grande partie de la charge sur les servants et se détraquaient 
promptement par l'effet du recul. On se contenta de faire dans la culasse 

' 11 existe encore dans beaucoup de villes anciennes, et notammenl à Amiens, des 
boulets de pierre, bedaines, qui ont jusqu'à 0,60 c. de diamètre, et qui pèsent jusqu'à 
125 kil. et plus. Ces boulets sont parfaitement sphériques, taillés avec soin dans un 
grès dur. 

^ Voy. Rob. Valturius, de Re militari, pi. de 1483, édit. de Faris, 1534, lib. X, 
p. 267; et le Flave Végèce. Frontin, etc., trad. franc, de 1536, p. Wd. Paris, inip. 
de Chrestian Wechel. 

' Guichardin, Commlnes, Paul Jove. 




[ KNGIN I — 25*2 — 

du canon une entaille permettant l'introduction d'une boite de fer ou de 
cuivre qui contenait la charge de poudre maintenue par un tampon de 
bois. Cette boîte était fixée de plusieurs manières; elle était munie d'une 
anse afin de faciliter sa pose et son enlèvement après le tir. La balle était 
glissée dans l'âme du canon avant l'introduction de la boite et refoulée 
avec une bourre de foin ou de gazon après cette introduction. Chaque 
bouche à feu possédait plusieurs boîtes qu'on remplissait de poudre 
d'avance afin de ne pas retarder le tir ^ Chaque boîte était percée d'une 
lumière à laquelle on adaptait une fusée de tôle remplie de poudre que 
l'artilleur enflammait au moyen d'une baguette de fer rougie au feu d'un 
fourneau. Cette méthode avait quelques avantages : elle évitait réchauffe- 
ment de la pièce et les accidents qui en sont la conséquence ; elle permet- 
tait de préparer les charges à l'avance , car ces boîtes n'étaient que des 
gargousses encastrées dans la culasse^ comme les cartouches des fusils 
Lefaucheux, sauf que le boulet devait être introduit avant la boîte et 
refoulé après le placement de celle-ci. Elle avait des inconvénients qu'il 
est facile de reconnaître ; une partie considérable des gaz devait s'échapper 
à la jonction de la boîte avec l'âme, par conséquent la force de propulsion 
était perdue en partie; il fallait nettoyer souvent le fond de l'encastrement 
et la feuillure pour enlever la crasse qui s'opposait à la jonction parfaite 
de la boîte avec la pièce; le point de réunion s'égueulait après un certain 
nombre de coups, et alors presque toute la charge s'échappait sans agir 
sur la balle. 

Nous donnons ('24) des tracés de ces canons à boites encastrées. En A 
est une pièce à encastrement avec joues ; la coupe transversale sur l'en- 
castrement est indiquée en B; la boîte C, portant son anse D et sa 
lumière E, est logée à la place qui lui est destinée; deux clavettes G, 
passant dans deux trous des joues, serrent la boîte contre la paroi infé- 
rieure de l'encastrement. En H , nous donnons la coupe longitudinale de 
la boîte disposée pour le tir; au moyen de la clavette K, on a repoussé 
l'orifice de la boîte dans la feuillure I pratiquée à l'entrée de l'âme; les 
deux clavettes horizontales G ont été enfoncées à coups de marteau. La boîte 
est pleine de poudre bourrée au moyen du tampon de bois T ; la balle est 
refoulée. En M, on voit la boîte déchargée avec son tampon et sa fusée de 
lumière 0. En P, nous avons figuré un autre système d'encastrement 
sans joues, dans lequel la boîte était repoussée en feuillure de même, avec 
une clavette à la culasse, et était maintenue au moyen d'une seule barre 
longitudinale pivotant sur un boulon N ; une seule clavette R , passant 



' Le nom de boite que l'on donne aux pétards tirés dans les fêtes vient de là. Lors 
des réjouissances publiques, au lieu de charger, comme aujourd'hui, des pièces d'ar- 
tillerie avec des gargousses de poudre sans balle, on se contentait de charger les boîtes 
des bouches à feu et de bourrer la poudre avec des tampons de bois enfoncés à coups 
de marteau. On trouvait encore, au commencement du siècle, dans la plupart de nos 
vieilles villes, de ces boîtes anciennes qui avaient été réservées pour cet usage. 



— .!253 — [ ENGIN I 

dans deux œils d'une fiette en fer forgé, serrait cette barre longitudinale. 

B 




Dans ce dernier cas, la lunnière de la boîte se présentait latéralement. 



[ ENGIN 1 — 254 — 

Il faut croire que les inconvénients inhérents à ce système le firent 
abandonner assez promptement, car on renonça bientôt à l'emploi de ces 
bouches à feu à boîtes pour ne plus employer que les tubes de fonte de 
cuivre ou de fer avec un seul orifice. D'ailleurs, si on gagnait du temps en 
chargeant d'avance plusieurs boîtes, on devait en perdre beaucoup à 
enlever les clavettes et à les renfoncer, sans compter que les œils de 
passage des clavettes devaient se fatiguer promptement , s'élargir et ne 
plus permettre de serrer convenablement les boîtes ; il fallait alors chan- 
ger ces clavettes et en prendre de plus fortes. On voit encore quelques- 
unes de ces bouches à feu dans nos arsenaux et au musée d'artillerie de 
Paris; quelques-unes sont en fer forgé, les plus grosses sont en fonte de 
fer. 

Les premières bouches à feu furent montées sur des affûts sans roues 
et mises simplement en bois, ou charpentées comme on disait alors, 
c'est-à-dire encastrées dans un auget pratiqué dans de grosses pièces de 
bois et serrées avec des boulons, des brides de fer ou même des cordes. 
Le pointage ne s'obtenait qu'en calant cette charpente en avant ou en 
arrière au moyen de leviers et de coins en bois (25). On disait affûter une 

2S 




^. ay/^z/i^''/>//7 r . 



bombarde pour la pointer. Du Clercq, en racontant la mort de Jacques 
de Lalain, dit que « le mareschal de Bourgoingne, messire Antoine, 
« bastard de Bourgoingne, messire Jacques de Lallaing, allèrent (au siège 
« du château de Poucques) faire affuster une bombarde pour battre ledit 
« chastel ; et comme ils faisoient asseoir la dicte bombarde, ceulx du 
« chastel tirèrent d'un veuglaire après les dessus dicts seigneurs, duquel 
« veuglaire ils férirent messire J. de Lallaing et luy emportèrent le hane- 

« pière de la teste » D'affûter on fit le mot affût, qui, à dater du 

xvi" siècle, fut employé pour désigner les pièces de charpente portant le 
canon, permettant de le mettre en batterie et de le pointer. 

Les vignettes des manuscrits du milieu du xv* siècle nous donnent une 
assez grande variété de ces affûts primitifs '. Sous Charles VU et Louis XI, 
cependant, l'artillerie de campagne faisait de rapides progrès; on possé- 

' Voy. l'ailk'le architecture militaire, fig. 42, 43 et 43 bis. 



- 255 — [ ENom J 

dait, à cette époque déjà, des affûts disposés pour le tir, permettant de 
pointer les pièces assez rapidement; mais on était encore loin d'avoir 
imaginé l'avant-train mobile, et, lorsqu'on transportait des bouches à feu, 
il fallait les monter sur des chariots spéciaux indépendants des affûts. 
Pendant une bataille, on ne pouvait faire manœuvrer l'artillerie, sauf 
quelques petits canons, comme on le fait depuis deux cent cinquante ans. 
Les artilleurs se défiaient tellement de leurs engins (et certes c'était à 
bon escient), qu'ils cherchaient à se garantir contre les accidents très- 
fréquents qui survenaient pendant le tir. Non contents d'encastrer les 
bouches à feu dans de grosses charpentes et de les y relier solidement 
pour les empêcher de crever ou pour rendre au moins l'effet de la rup- 
ture de la pièce moins dangereux, ils fixèrent souvent leurs gros canons, 
leurs bombardes, dans des caisses composées d'épais madriers solidement 
reliés. Ces caisses formaient autour de la pièce une garde qui, en cas 
d'accident, préservait les servants. Au moment du tir, chacun se baissait, 
et l'artilleur chargé de mettre le feu à l'aide d'une longue broche de fer 
rougie à l'une de ses extrémités se plaçait à côté de l'encaissement. 



2(> 



A 




Voici (26) un de ces affûts-caisses. La bouche à feu était inclinée afin 
d'envoyer le projectile à toute volée ; sa gueule étant encastrée dans le 



[ ENGIN 



^256 



bord antérieur de la caisse et sa culasse posant sur le fond. En A, on voit 
la coupe transversale de la pièce dans son encaissement et la disposition 
des cordes qui la maintiennent fixe. Le recul de la pièce était évité au 
moyen des piquets B enfoncés en terre. En C est placé le fourneau propre 
à chauffer les lances à bouter le feu. La charge de poudre était introduite 
au moyen de grandes cuillers en fer battu. On conçoit qu'un pareil engin 
devait être peu maniable et qu'on ne pouvait que Vaffiiler une fois^ c'est- 
à-dire le mettre en position de manière à envoyer les projectiles sur un 
même point : aussi ces pièces n'étaient-elles employées que dans les 
sièges et ne s'en servait-on pas en campagne. Si les artilleurs prétendaient 
se garder des éclats d'une bouche à feu défectueuse, ils pensaient aussi à 
se mettre à l'abri des projectiles ennemis. A cet effet, d'épais mantelets 
en bois étaient dressés devant les pièces d'artillerie. Ces mantelets rou- 
laient sur un axe horizontal, étaient relevés au moment du tir, et retom- 
baient verticalement par leur propre poids lorsque la pièce était déchargée, 
de manière à la masquer complètement ainsi que les servants occupés à 




la recharger (27) K On fabriquait aussi alors des affûts triangulaires, plus 
' Au siège du ch.îteau de Pouques, eu 1453, où fut Uié .lacques de Lalain, lui el 



257 — 



ENGIN 



^8 



maniables que les précédents et permettant de pointer dans l'étendue 
d'un certain arc de cercle. Ces affûts-caisses triangulaires étaient fixés au 
sommet du triangle au moyen d'un pivot et se manœuvraient à l'aide de 
deux roulettes engagées aux extrémités des branches latérales. Mais on 
allait renoncer à ces bombardes d'un énorme diamètre propres seulement 
à lancer des boulets de pierre : on adoptait les boulets de fer^ on brûlait 
une quantité de poudre moins considérable^ et les bouches à feu n'attei- 
gnaient plus ces proportions colossales qui en rendaient le transport 
difficile. 

A la fin du xv" siècle et au commencement du xvi% on fondit des 
canons de bronze d'une dimension et d'une beauté remarquables. Il 
existe, dans l'arsenal de Bâle, un de ces grands canons de 4"', 50 c. de 
longueur, couvert d'ornements et terminé par une tète de dragon ; il fut 
fondu à Strasbourg en 1514. 

Fleurange, dans ses Mémoires, chap. vu, dit qu'en 1509 les Vénitiens, 
à la bataille d'Aignadel, perdue contre les Français, possédaient « soixante 
« grosses pièces , entre lesquelles il y en avoit une manière plus longue 
« que longues couleuvrines, lesquelles se nomment basilics, et tirent 
« boulets de canon ; et avoit dessus toutes un lion, oii avoit écrit, à l'en- 
« tour du dit lion, Marco. » 
Vers cette époque , on se servait déjà de mortiers propres à lancer de 

gros boulets de pierres ou des 
bedaines remplies de matiè- 
res inflammables. Un tableau 
peint par Feselen (Melchior), 
mort en 1538, et faisant par- 
tie aujourd'hui de la collection 
déposée dans la Pinacothèque 
de Munich (n" 35), représen- 
tant le siège d'Alesia par Jules- 
César, nous montre un gros 
mortier monté sur affût dans 
lequel un artilleur dépose un 
projectile sphérique (28). Les 
deux roues ont été enlevées 
et gisent à terre des deux côtés 
de l'affût. Le mortier paraît 
ainsi reposer sur le sol, et on lui donnait l'angle convenable à l'aide de 

d'autres seigneurs « alèrent visiter l'artillerie, et une bombarde nommée la Bergère, 
« qui moult bien faisoit la besongne; et se tenoyenl pavesés et couverts du mantel de 
" celle bombarde.... » Mém. d'Olivier de la Marche, ch. xxvii. « Et avoient (les 
>' Gantois) bannières, charrois, pavois, couleuvrines et artillerie (bataille de Berselle) . » 

Chron. de .1. de Lalain. " et allèrent (les Gantois) tout droit devant la ville de 

« Hulst, menants grant nombre de charrois, artillerie, tant de canons, couleuvrines, 
« pavois et autres choses appartenants à ladicte artillerie (siège de Hulst).... » Fbid. 

T. V. 33 




[ ENGIN I _ 258 — 

leviers et de eoins glissés sous la culasse. Ou se servait aussi, à la fin du 
xv^ siècle et dès le temps de Louis XI, de projectiles de fer rougis au feu. 
Georges Chastelain ' dit qu'au siège d'Audenarde les Gantois « battirent 
de leurs bombardes, canons et veuglaires, « ladite ville, et entre les 
« autres, firent tirer de plusieurs gros boulets de fer ardent du gros 
« d'une tasse d'argent, pour cuider ardoir la ville. » 

Mais revenons aux affûts. Afin de rendre le pointage des pièces possible 
soit verticalement, soit horizontalement, on adapta d'abord deux roues à 
la partie antérieure de l'affût, et on divisa celui-ci en deux pièces super- 
posées, celle du dessus pouvant décrire un certain arc de cercle (29). Le 




canon était encastré et maintenu dans des pièces de bois assemblées join- 
tives, pivotant sur un boulon horizontal G posé sous la bouche. La queue 
très-allongée de ces pièces de bois faisant levier, était soulevée et arrêtée 
plus ou moins haut à l'aide de broches de fer passées dans la double 
crémaillère B. Ainsi la queue pouvait être élevée jusqu'en A'. La partie 
inférieure fixe de l'affût reposait à terre et était armée de deux pointes de 
fer D destinées à prévenir les effets du recul. En E est représenté le bout 
inférieur de l'affût avec ses deux pointes et les deux membrures super- 
posées. Toutefois, les membrures supérieuBCs recevant la bouche à feu, si 
longue que fût la queue, il n'en fallait pas moins beaucoup d'efforts pour 
soulever cette masse, ce qui rendait le pointage fort lent. D'ailleurs, pour 
faire glisser jusqu'à la charge de poudre les énormes boulets de pierre 
qu'on introduisait alors dans les bombardes, il était nécessaire de donner 
une inclinaison à la pièce, de la gueule à la culasse; il fallait, après 
chaque coup, redescendre la membrure supérieure de l'affût sur celle 
inférieure, charger la pièce, puis pointer de nouveau en relevant la queue 
de la membrure au point voulu. On chercha donc à rendre cette manœuvre 
plus facile. Au lieu de faire mouvoir toute la membrure supérieure sur un 



Chron. de .!. de Lalniii. 



259 — 



[ liMCiiN 



axe placé sous la gueule de la pièce, ce fut la partie inférieure de l'affût 
qu'on rendit mobile, et au lieu de placer le boulon en tête, on le plaça au 
droit de la culasse (30) : l'effort pour soulever la pièce était ainsi de beau- 



30 




£'.. civ/:/./^^Mûr. 



coup diminué, parôe que le poids de celle-ci se trouvait toujours reporté 
sur l'essieu, et que plus on soulevait la queue de l'affût, moins le poids 
du canon agissait sur la membrure. Ces divers systèmes furent abandonnés 
vers 1530; alors, outre les deux roues, on en ajouta une troisième à la 
queue ; c'est ce qui fut cause qu'on sépara celle-ci en deux forts madriers 
de champ (/es flasques) entre lesquels on monta cette troisième roue. On 
pointa la pièce, non plus en relevant l'affût, mais en agissant à l'aide de 
coins ou de vis sous la culasse du canon, maintenu sur l'affût au moyen 
de tourillons; car on observera que, jusque vers le milieu du xvi" siècle, 
les bouches à feu étaient privées de tourillons et d'anses, qu'elles n'étaient 
maintenues dans l'encastrement longitudinal de l'affût que par des brides 
en fer ou même des cordes. 

A la fin du xvi" siècle, les pièces d'artillerie de bronze étaient divisées 
en légitimes et bâtardes ; les légitimes présentaient les variétés suivantes : 
le dragon , ou double coulevrine, envoyant 40 livres de balle de fer et 
portant à 1364' pas de deux pieds et demi de but en blanc; la coulevrine 
légitime, dite ordinaire, envoyant 20 livres de balle de fer et portant à 
1200 pas, id.; la demi-coulevrine, envoyant 10 1. de balle de fer et por- 
tant à 900 pas, id.; le sacre ou quart de coulevrine, envoyant 5 l. de 
balle de fer et portant à 700 pas, id.; le fauconneau, ou huitième de 
coulevrine, envoyant 2 1. 1/2 de balle de fer et portant à 568 pas, id.; le 
ribaudequin , envoyant 1 l. i onces de balle de fer et portant à 411 pas, 
id.; Vémerillon, envoyant 15 onces de plomb et portant à 315 pas, id. 
Les pièces bâtardes comprenaient : le dragon volant, ou double coule- 
vrine extraordinaire, envoyant 32 1. de balle de fer et portant à 127() pas 



[ KNGIN ] — 260 — 

de 2 pieds et demi de but en blanc ; le passe-mur, envoyant 16 1. de balle 
et portant à d 120 pas, id.; le passe-volant, envoyant 8 1. de balle et por- 
tant à 840 pas, id.; le sacre extraordinaire, envoyant A 1. de balle et 
portant à 633 pas, id.; le fauconneau extraordinaire , envoyant 2 1. de 
balle et portant à 498 pas, id.; le ribaudequin ou passager, envoyant 1 1. 
de balle et portant à 384. pas, id.; Vémerillon, envoyant 1/2 1. de balle et 
portant à 294 pas, id. Il y avait encore les canons, qui comprenaient : le 
canon commun, dit sifflant ou batte-mur, envoyant 48 1. de balle et 
portant à 1600 pas de 2 pieds et demi de but en blanc; le demi-canon, 
envoyant 16 1. de balle et portant à 850 pas, id.; le quart de canon, dit 
persécuteur, envoyant 12 1. de balle et portant à 750 pas, id.; le huitième 
de canon, envoyant 6 1. de balle et portant à 640 pas, id. Il y avait aussi 
quelques canons bâtards appelés rebuffés, crépans, verrats, les crépans 
étant des demi-canons et les verrats des quarts de canon, mais un peu 
plus longs que les canons ordinaires. 

Nous ne croyons pas nécessaire de parler ici des singulières inventions 
auxquelles recouraient les artilleurs à la fin du xy" siècle et au commen- 
cement du xvi% inventions qui n'ont pu que causer de fâcheux accidents 
et faire des victimes parmi ceux qui les mettaient à exécution ; tels sont 
les canons coudés, les canons rayonnants avec une seule charge au centre, 
les jeux d'orgues en quinconce, etc. 

Engins offensifs et défensifs. — Nous rangeons tout d'abord dans cette 
série d'engins les béliers couverts, moutons, bossons, qui étaient en 
usage chez les Grecs, les Romains de l'antiquité, ainsi que chez les Byzan- 
tins, et qui ne cessèrent d'être employés qu'au commencement du 
XVI* siècle, car on se servait encore des béliers pendant le xv" siècle; des 
chats, vignes et beffrois. Le bélier ou le mouton consistait en une longue 
poutre armée d'une tête de fer à son extrémité antérieure, suspendue en 
équilibre horizontalement à des câbles • ou des chaînes, et mue par des 
hommes au moyen de cordes fixées à sa queue. En imprimant un mouve- 
ment de va-et-vient à cette pièce de bois, on frappait les parements des 
murs, que Ton parvenait ainsi à disloquer et à faire crouler. Les hommes 
étaient abrités sous un toit recouvert de peaux fraîches, de fumier ou de 
gazon, tant pour amortir le choc des projectiles que pour éviter l'effet des 
matières enflammées lancées par les assiégés. L'engin tout entier était posé 
sur des rouleaux ou des roues, afin de l'approcher des murs au moyen de 
cabestans ou de leviers. Les assiégés cherchaient à briser le bélier au moyen 
de poutres qu'on laissait tomber sur sa tête au moment où il frappait la 
nmraille ; ou bien ils saisissaient cette tète à l'aide d'une double mâchoire 
en fer qu'on appelait loup ou louve •. Le bélier s'attaquait aux portes et 

' « A ce propoz , de prendre chasleauix , dit encore ledit livre, comment, par aii- 
" cnns engins fais de merrien, que l'en peut mener jnsqnes aux murs, l'en peut prendre 
« le lieu assailly : l'en fait un engin de merrien, que l'en appelle mouton, et est 
" comme une maison, faite de merrien, qui est couverte de cuirs crus, afin que feu 



— 264 — 1 ENGm 1 

les avait bientôt brisées. Au siège de Chàteauroux, Philippe -Auguste, 
après avoir investi la ville, attache les mineurs au pied des remparts, 
détruit les merlons au moyen de pierrières, dresse un bélier devant la 
porte « toute doublée de fer », fait avancer des tours mobiles en face des 
défenses de l'ennemi, couvre les parapets d'une pluie de carreaux, de 
flèches et de balles de fronde '. L'effet du bélier était désastreux pour les 
remparts non terrassés ; on ouvrait des brèches assez promptement, au 
moyen de cet engin puissant, dans des murs épais, si les assiégés ne 
parvenaient pas à neutraliser son action répétée; aussi les assiégeants 
mettaient-ils tout leur soin à bien protéger cette poutre mobile ainsi que 
les hommes qui la mettaient en mouvement. Pour offrir le moins de prise 
possible aux projectiles des assiégés, on donnait à la couverture du bélier 
beaucoup d'inclinaison ; on en faisait une sorte de grand toit aigu à deux 
pentes, avec une croupe vers l'extrémité postérieure, le tout recouvert de 
très-forts madriers renforcés de bandes de fer et revêtu, comme il est dit 
ci-dessus, de peaux de cheval ou de bœuf fraîches, enduites de terre 
grasse pétrie avec du gazon ou du fumier. 

La fig. 31 montre la charpente de cet engin dépouillée de ses madriers 
et de ses pannes. Le bélier A, poutre de lO^jOO de long au moins, était 
suspendu à deux chaînes parallèles B attachées au sous-faite, de manière 
à obtenir un équilibre parfait. Pour mettre en mouvement cette poutre et 
obtenir. un choc puissant, des cordelles étaient attachées au tiers environ 
de sa longueur en C ; elles permettaient à huit, dix ou douze hommes, de 
se placer à droite et à gauche de l'engin ; ces hommes, très-régulièrement 
posés, manœuvraient ainsi : un pied D restait à la même place, le pied 
droit pour les hommes de la droite, le pied gauche pour ceux de la gauche. 
Le premier mouvement était celui figuré en E ; il consistait, la poutre 
étant dans sa position normale AH, à la tirer en arrière ; après quelques 
efforts mesurés, la poutre arrivait au niveau A'H'. Alors le second mouve- 
ment des servants était celui F. La poutre parcourait alors tout l'espace KL. 
Le troisième mouvement est indiqué en G. La tête H du bélier rencontrant 
la muraille comme obstacle , les servants continuaient la manœuvre avec 
les deux premiers mouvements , celui E et celui F. On comprend qu'une 

« n'y puisse prendre, el devant celle maison a un grant tref, lequel a le bout couvert 
'< de fer, et le lieve l'en à chayennes et à cordes, par quoy ceulz qui sont dedens la 
« maison puent embatre le trel' jusques aux murs, et le retrail-on en arrière quant on 
« veult, en manière d'un mouton qui se recule quant il veut férir, et pour ce est-il 

" appeliez mouton Assez d'autres manières sont pour grever ceuls de dehors, mais 

" contre l'engin que on appelle mouton, on fait un autre que on appelle loup ; ceulx 
« du chastel font un fer courbe , à très fors dens agus , et le lie-l'en à cordes, par 
" quoy ilz prennent le tref, qui est appelle moHfon; adont, quant il est pris, ou ilz 
" le trayent du tout amont , ou ilz le lient si hault que il ne peut plus nuire aux 
" murs du chastel. « (Christ, de Pisan , h Livre des fais el bonnes meurs du sage 
roy Charles, ch. xxxv et xxxvii.) 

' Guill. le Breton, la riiilippide. ciiant II. 



[ ENGIN I 262 — 

course KL faite par une poutre de 10'", 00 de long devait produire un 

31 





l('rrii)l(' cHct îi la hase d'une muraille. La tète de la iwutre était année 



— 263 — i KNGIN I 

d'une masse de fer ayant à peu près la forme d'une tête de mouton 
(voy. le détail P). 

Les chats et vignes ' n'étaient autre chose que des galeries de bois 
recouvertes de cuirs frais, que l'on faisait avancer sur des rouleaux 
jusqu'au pied des murailles, et qui permettaient aux mineurs de saper 
les maçonneries à leur base. Nous avons représente un de ces engins dans 
l'article architecture militaire, fig. 15. Ces chats servaient aussi à protéger 
les travailleurs qui comblaient les fossés. Souvent les beffrois ou tours 
mobiles en bois que l'on dressait devant les remparts assiégés tenaient 
lieu de chats à leur partie inférieure; aussi, dans ce cas, les nommait-on 
chas -chas tel s. Cet engin monstrueux était employé par les Romains, et 
César en parle dans ses Commentaires. On ne manqua pas d'en faire un 
usage fréquent pendant les sièges du moyen âge. Suger raconte, dans son 
Histoire de la vie de Louis le Gros, que ce prince, assiégeant le château 
de Gournay, après un assaut infructueux, fit fabriquer « une tour à trois 
« étages, machine d'une prodigieuse hauteur, et qui , dépassant les 
« défenses du château, empêchait les frondeurs et les archers de se 
« présenter aux créneaux.... A l'engin colossal était fixé un pont de bois 
« qui, s'élevant au-dessus des parapets de la place, pouvait, lorsqu'on 
« l'abaissait, faciliter aux assiégeants la prise des chemins de ronde. » 
Dans le poëme, du xii" siècle, à'Ogier VArdenois, Charles, assiégeant le 
château dans lequel Ogier est enfermé, mande l'engigneor Malrin, qui ne 
met que quinze jours à prendre la place la plus forte. Cet engigneor 
occupe trois cent quatre-vingts charpentiers à ouvrer un beffroi d'assaut : 

« Devant la porte lor drecha un engin ^ 

« Sor une estace l'a levé et basti, 

« A sept estages fu 11 engins furnis, 

« Amont as brances qi descendent as puis, 

« Fu ben cloiés et covers et porpris, 

« Par les estages montent chevalier mil, 

« Arbalestrier cent soixante et dix. 



« Et l'engigneres qi ot l'engin basti, 
« 11 vest l'auberc, lace l'elme bruni, 
« El maistre estasse s'en va amont séir. 



L'auteur, en sa qualité de poëte, peut être soupçonné de quelque exa- 

' « Item, un autre engin on fait, qui est appelle vigne; et cel engin fait-on de bons 
« ays et de merrien fort, affin que pierre d'engin ne le puisse brisier, et le cueuvre 
« l'en de cuir cru que feu n'i puist prendre; et est cel engin de huit piez de lé et 
« seize de long, et de tel hauten que pluseurs hommes y puist entrer, et le doit l'en 
« garder et mener jusques aux murs, et ceuls qui sont dedens foyssent les murs du 
" chastel ; et est moult prouffitable, quant on le peut approchier des murs. » (Christ. 
de Pisan, ch. xxxv.) 

- Vers 67.'i4 et suiv. 



ENGIN 



264 — 



gération en faisant entrer 1170 hommes dans son beffroi; mais il ne 
prétend pas qu'il fût mobile. Plus loin, cependant, il dit : 

« De l'ost a fait venir les carpentiers ', 

c> Un grant castel de fust fisl comenchier 

« Sus quatre roes lever et baliller, 

« Et el mares fist les cloies lancier, 

« Que ben 1 passent serjant et chevalier. 



On lit aussi, dans le Roman de Brut , ce passage : 

« Le berfroi fist al mur joster (approcher) 
« Et les périères fist jeter ^ ... 

Et dans le continuateur de Ville-Hardouin : 

« Dont fist Hues d'Aires (au siège de Thèbes) faire un chat , si le fist 
« bien curyer (couvrir de (îuirs) et acemmer; et quant il fu tou fais, si le 
« fisent mener par desus le fossé » 

Les exemples abondent. Ces beffrois, castels-de-fust, chas-chas liaux, 
étaient souvent façonnés avec des bois verts, coupés dans les forêts voi- 
sines des lieux assiégés % ce qui rendait leur destruction par le feu beau- 
coup plus difficile. Ils étaient ordinairement posés sur quatre roues et 
mus au moyen de cabestans montés dans l'intérieur même de l'engin, à 
rez-de-chaussée. Au moyen d'ancres ou de piquets et de câbles, on faisait 
avancer ces lourdes machines exactement comme on fait porter un navire 
sur ses ancres. Le terrain était aplani et garni de madriers jusqu'au bord 
du fossé. Celui-ci était comblé, en ménageant une pente légère de la con- 
trescarpe au pied de la muraille. Le remblai du fossé couvert également 
de madriers, lorsque le beffroi était amené à la crête de la contrescarpe, 
on le laissait rouler par son propre poids, en le maintenant avec des hau- 
bans, jusqu'au rempart attaqué. Le talent de l'engingneur consistait à 
bien calculer la hauteur de la muraille, afin de pouvoir, au moment 
opportun, abattre le pont sur le crénelage. Une figure nous est ici néces- 
saire pour nous faire comprendre. Soit (32) une muraille A qu'il s'agit de 
forcer. Avant tout, au moyen des projectiles lancés par les trébuchets et 
mangonneaux, les assiégeants ont détruit ou rendu impraticables les 
hourds B, ils ont comblé le fossé D et ont couvert le remblai d'un bon 
plancher incliné. Le beffroi, amené au point C, engagé sur ce plancher, 
roule de lui-même ; les éperons E, dont la longueur est Qalculée, viennent 
butter contre le pied de la muraille ; leurs contre-fiches G, couvertes de 
forts madriers, forment un chai propre à garantir les pionniers et mineurs, 
s'il est besoin. Alors le pont H est abattu brusquement; il tombe sur la 
crête des merlons, brise les couvertures des hourds, et les troupes d'assaut 

' Vers 81 37 et suiv. 

" Yers 323. 

^ Au siège de Château Gaillard, par exemple. 



265 — 



[ ENGIN 



se précipitent sur le chemin de ronde K. Pendant ce temps, des archers 
et des arbalétriers^, postés en I au dernier étage, couvrent ces chemins de 
ronde, qu'ils dominent, de projectiles, pour déconcerter les défenseurs 



lia' 



n 




qui de droite et de gauche s'opposeraient au torrent des troupes assail- 
lantes. Outre les escaliers intérieurs, au moment de l'assaut de nombreuses 
échelles étaient posées f outre la paroi postérieure L du beffroi, laissée à 
peu près ouverte. Nous avons supprimé, dans cette figure, les madriers et 
T. V. 34. 



[ ENGIN J — 2(i() — 

peaux fraîches qui couvraient la charpente , afin de laisser voir celle-ci ; 
mais nous avons donné, dans l'article ARCHrrECTtiRE militaire, fig. 16, un 
de ces beffrois garni au moment d'un assaut. Vers le milieu du xv^ siècle, 
on plaça de petites pièces d'artillerie au sommet de ces beffrois et sur le 
plancher inférieur pour battre le pied des murs et couvrir les chemins de 
ronde de mitraille ^ 

Parmi les engins propres à donner l'assaut, il ne faut pas négliger les 
échelles qui étaient fréquemment employées et disposées souvent d'une 
façon ingénieuse. Galbert, dans sa Vie de Charles le Bon, parle d'une 
certaine échelle faite pour escalader les murs du château de Bruges, 
laquelle était très-large, protégée par de hautes palissades à sa base et 
munie à son sommet d'une seconde échelle plus étroite devant s'abattre 
en dedans des murs. Les palis garantissaient les assaillants qui se prépa- 
raient à monter à l'assaut; l'échelle se dressait à l'aide d'un mécanisme, 
et, une fois dressée, la seconde s'abattait. 

On lit, dans le roman d'Ogier l'Ardenois, ces vers : 

« Vés grans alnois (aulnes) en ces mares plantés; 

« Faites-les lost et trancher et coper, 

'I Caisnes et sans (chênes et saules) ens el fossé jeter, 

« Et la ramille (branchage) e quanc'on puet Irover, 

" Tant que pussons dessi as njurs aler ; 

« Et puis ferés eskeles carpenter, 

« Sus grans roeles dessi as murs mener; 

« En dix parties et drechier et lever '. 



Dix grans eskeles fist li rois carpenter, 
Sus les fosseis et conduire et mener, 
Puis les ont fait contre les murs lever : 
De front i poent vingt chevaliers monter '. 



L'échelle, munie d'étais mobiles, paraît avoir été , de toutes celles 
employées dans les assauts, la plus ingénieuse. La fig. 33 en donne le 
profil en A. Tout le système était posé sur un châssis à roues que l'on 
amenait près du pied de la muraille à escalader; il se composait de deux 
branches d'échelle BC, munies de roulettes B à la base, réunies par un 
boulon; ces roulettes faites comme des poulies, ainsi que l'indique le 
détail 0, s'engageaient sur les longrines DE du châssis; à deux boucles en 
fer P, maintenues à l'extrémité du boulon, s'attachaient deux cordages 
qui passaient dans les poulies de renvoi F et venaient s'enrouler sur le 
treuil G. En appuyant sur ce treuil au moyen des deux manivelles, on 
amenait les pieds B de l'échelle en B'. Alors les deux étais à pivot HI se 
relevaient en HF ; c'est-à-dire que le triangle BHI devenait le triangle B'HF, 

' Yoy. Robertus Valturius, de Re militari. Paris, 1534. Figures de 1483. 
'' Vers 6124 et suiv. » 

' Vers 6150 et suiv. 



267 

33 



fiMGm 





sa base étant raccourcie, et le sommet de l'échelle ('. qui reposait sur une 



[ ENGIN ] — 268 — 

traverse K, s'élevait en C . On tirait alors sur le fil L et on abattait le double 
crochet en fer, roulant au sommet de l'échelle, sur les merlons du rempart 
à escalader, de façon à fixer l'engin (voy. le détail R). Les hommes qui 
étaient chargés d'appuyer sur le treuil G s'avançaient à mesure que le 
pied de l'échelle se rapprochait du point B'. Ces sortes d'échelles étaient 
assez larges pour que trois hommes pussent monter de front à l'assaut. 
Solidement amarrées à leur pied, maintenues vers le milieu par les deux 
étais à pivot, accrochées à leur sommet aux parapets, il fallait des moyens 
puissants pour déranger ces échelles. D'ailleurs, pendant cette manœuvre 
et pendant l'assaut, les assiégeants couvraient les remparts d'une nuée de 
projectiles, et on avait le soin d'entourer l'engin de grands mantelets de 
claies. On se servait aussi d'échelles qui se montaient par pièces, qui 
s'emboutissaient et pouvaient ainsi être apportées facilement au pied des 
remparts pour être dressées en peu de temps. Les ouvrages des xv^ et 
XVI*' siècles sur l'art militaire sont remplis de modèles d'engins de guerre 
et notamment de diverses inventions d'échelles qu'il serait impossible de 
mettre en pratique ; aussi n'en parlerons-nous pas ici, d'autant que dans 
les sièges où les échelades sont employées, comme sous Charles V, par 
exemple, et pendant la guerre de l'indépendance, les armées assiégeantes 
ne paraissent s'être servies que d'échelles ordinaires pour escalader les 
remparts. La question^ alors comme aujourd'hui, était d'apporter un assez 
grand nombre d'échelles, et assez promptement pour déconcerter les 
défenseurs et leur ôter la possibilité de les renverser toutes à la fois. 

Engins défensifs. — Les seuls engins défensifs employés pendant le 
moyen âge sont les mantelets. Les Romains s'en servaient toujours dans 
les sièges et les formaient de claies posées en demi-cercle et montées sur 
trois roues (34) , ou encore de panneaux assemblés à angle droit, égale- 



3S 





£^. C///Z^//C4fa/'. 



f. C^////tl/4f/?r. 



ment montés sur trois roues (35). Pendant le moyen âge, on conserva ces 
usages, qui s'étaient perpétués dans les armées. Les archers et arbalétriers 



269 — 



[ ENGIN 



qui étaient chargés de tirer sans cesse contre les créneaux d'un rempart 
attaqué pendant le travail des mineurs ou la manœuvre des engingneurs 
occupés à faire avancer les beffrois, les chats et les échelles, se couvraient 
de mantelets légers tels que ceux représentés dans les fig. 36 et 37. Ces 



36 




tirailleurs devaient sans cesse changer de place, pour éviter les projectiles 

37 



^' 




^. d'/i/i'/^'^iy/^. 



des assiégés; il était nécessaire que les mantelets leur servant dabri 
fussent facilement transportables. Nous donnons, dans l'article siège, les 
dispositions d'ensemble de ces moyens d'attaque et de défense. Avant 
nous, un auteur illustre ^ avait reconnu la valeur de ces engins de guerre 
du moyen âge et combien peu jusqu'alors ils avaient été étudiés et appré- 
ciés; nous devons à la vérité de dire que ces premiers travaux nous ont 
mis sur la voie des quelques aperçus nouveaux présentés dans cet article. 
Mais l'art de la guerre au moyen âge mériterait un livre spécial ; nous 
serions heureux de voir ce côté si peu connu de l'archéologie mis en 
lumière par un auteur compétent en ces matières. 

' Voy. le Précis hisl. de rinllueiwc des armes à j'en sur l'a ri de la ijuerre. par lo 
prince Louis-Napoléon Bonaparte, piésicl. de la République. 



[ ENTRE-SOL ] — 270 

ENRAYURE, S. f. Assemblage de pièces de bois horizontales sur les- 
quelles reposent les charpentes et qui maintiennent leur écartement. Une 
charpente peut avoir plusieurs enrayures étagées : ce sont alors autant 
de plates-formes , de repoS;, qui permettent d'adopter une nouvelle com- 
binaison et qui relient tout le système. Les flèches en charpente, par 
exemple, possèdent plusieurs enrayures (voy. charpente, flèche). 

ENTRAIT, s. m. C'est la pièce de bois horizontale qui sert de base au 
triangle formé par une ferme de comble , et qui arrête Fécartement des 




-^i^ 



arbalétriers. L'entrait peut être suspendu par le poinçon et par des clefs 
pendantes (1). A est un entrait (voy. charpente). 

ENTRÉE, s. f. C'est le nom que l'on donne au passage de la clef dans 
une boîte de serrure; on dit Ventrée d'une serrure, pour dire l'ouverture 
par laquelle on introduit la clef (voy. serrure). 

ENTRELACS, S. m. Ne s'emploie qu'au pluriel. On désigne ainsi cer- 
tains ornements particulièrement adoptés pendant l'époque romane. Des 
rinceaux de tigettes qui s'enchevêtrent, des galons qui forment des dessins 
variés en passant les uns sur les autres, comme des ouvrages de passe- 
menterie, sont des entrelacs en matière de sculpture ou de peinture déco- 
rative (voy. PEINTURE, sculpture). 

ENTRE-SOL, s. m. Étage bas pratiqué dans la hauteur d'une ordonnance 
d'architecture, présentant à l'extérieur l'aspect d'un seul étage. Les entre- 
sols ont été peu employés dans l'architecture civile du moyen âge, chaque 
étage séparé par un plancher étant presque toujours indiqué à l'extérieur 
par un bandeau. Cependant les architectes du moyen âge ne sont pas 
exclusifs, et si impérieux que soient les principes auxquels ils se sou- 
mettent, ils savent concilier les besoins, les programmes, avec les exi- 
gences de l'art; ou, pour mieux dire, leur art ne se refuse jamais à 



— !271 — I ÉFI 1 

rexpression vraie d'un besoin. Il arrivait, par exemple, qu'il était néces- 
saire de disposer, près d'une grande salle , de petites pièces ou des gale- 
ries de service, auxquelles il n'était pas utile de donner, sous plancher, la 
hauteur de cette grande salle; ces services étaient alors entre-solés. Nous 
avons donné des exemples de ces dispositions intérieures dans l'article 

CONSTRUCTION, flg. 119 Ct 120. 

ENTRE-TOISE, S. f. C'est une pièce de bois qui s'assemble horizontale- 
ment dans deux arbalétriers ou dans deux poutres principales d'un plan- 
cher. Les fermes d'un comble peuvent recevoir des pannes, lesquelles 
sont posées sur les arbalétriers et calées par des chantignolles, tandis que 
les entre-toises sont assemblées à tenon et mortaise dans ces arbalétriers. 
Dans les planchers en charpente, les entre-toises sont de véritables che- 
vêtres (voy. charpente, plancher). 

ÉPANNELAGE, S. m. C'est la taille préparatoire d'une moulure ou d'un 
ornement. Aujourd'hui, dans les constructions de pierre de taille, on 
pose toutes les pierres épannelées seulement ; le ravalement se faisant sur 
le tas, lorsque la construction est élevée. Jusqu'au xvi^ siècle, chaque 
pierre était posée ravalée et même sculptée; aussi les édifices ne ris- 
quaient-ils jamais de rester épannelés, comme cela est arrivé souvent 
depuis. Les Grecs et les Romains posaient les pierres de taille épannelées 
seulement, et le ravalement se faisait après la pose. On voit encore quel- 
ques monuments grecs et beaucoup de constructions romaines qui sont 
restés épannelés. Le temple de Ségeste en Sicile n'est qu'épannelé. La 
porte Majeure à Rome, quelques parties du Colisée, l'amphithéâtre de 
Pola, etc., n'ont jamais été complètement ravalés. 

ÉPERON, s. m. On emploie souvent le mot éperon pour contre-fort, 
bien que le contre-fort et leperon ne soient pas choses semblables : 
le contre-fort est une pile extérieure destinée à renforcer un mur au 
droit d'une poussée; la dénomination d'éperon ne doit s'appliquer qu'à 
certains renforts de maçonnerie, angulaires en plan, formant saillie sur la 
surface cylindrique extérieure des tours de défense, pour éloigner l'assail- 
lant et s'opposer à l'effort des béliers ou au travail des mineurs (voy. ar- 
CHrfECTURE militaire, CONSTRUCTION , PORTE, tour) . Ccs épcrous s'appclIcnt 
aussi des becs. 

ÉPI, s. m. On donne le nom d'épi à certaines décorations en terre cuite 
ou en plomb qui enveloppent l'extrémité des poinçons de croupe ou de 
pavillon à leur sortie d'un comble. Tout pavillon ou croupe en charpente 
doit s'assembler dans un poinçon central vertical , qui ne saurait être 
coupé au ras du faite, puisqu'il faut que les tenons des arêtiers de croupe 
ou de pavillon rencontrent une forte résistance au-dessus des mortaises. 
A (1) étant un poinçon recevant quatre arêtiers R, on doit toujours laisser 



ÉPI 



ç)7>2 



1 




un bout de bois BA au-dessus des tenons pour que l'assemblage soit 
solide. La partie BA se trouve ainsi dépasser la couverture, et il est néces- 
saire de la revêtir. Si le comble est couvert en tuiles, le 
revêtement BA du bout du poinçon est en terre cuite; 
si le comble est couvert en ardoise ou en plomb, Ten- 
veloppe de l'extrémité du poinçon est également faite 
en plomb, car on ne saurait mettre du plomb sur de la 
tuile, pas plus qu'il ne convient de poser de la terre 
cuite sur de l'ardoise ou du plomb. Les architectes du 
moyen âge se plaisaient à décorer avec luxe ces bouts 
sortants des poinçons de pavillons et de croupes qui se 
détachaient sur le ciel et prenaient ainsi beaucoup 
d'importance. Ils ne faisaient d'ailleurs, en ceci, que 
suivre une tradition antique, car les Bomains et les 
Grecs avant eux avaient grand soin de couronner les 
combles de leurs édifices par des ornements en terre 
cuite ou en métal qui se découpaient sur le ciel ; et en 
cela, comme en beaucoup d'autres choses, les préten- 
dues imitations de l'architecture antique tentées depuis le xvii'' siècle 
s'éloignent un peu des modèles que l'on croyait suivre. 

Les épis de l'époque romane ne se sont pas conservés jusqu'à nos jours. 
Ces accessoires sont fragiles, fort exposés aux intempéries de l'atmosphère, 

et ont été détruits depuis longtemps avec 
les charpentes qui les portaient. A peine, 
dans les bas -reliefs ou les manuscrits,, 
peut on trouver la trace de ces décora- 
tions avant le xin^ siècle, et les premiers 
temps du moyen âge ne nous ont pas 
laissé sur leurs édifices ces médailles qui 
nous donnent des renseignements pré- 
cieux touchant l'aspect extérieur des mo- 
numents romains. 

11 faut distinguer d'abord les épis en 
terre cuite des épis en plomb. Les plus 
anciens épis en terre cuite sont figurés 
dans des bas-reliefs du xiii" siècle ; nous 
n'en connaissons pas qui soient anté- 
rieurs à cette époque; ils paraissent être 
composés de plusieurs pièces s'emboîtant 
les unes dans les autres, terminées par 
un chapeau. Voici (2) quelle est la forme 
la plus habituelle des épis de cette épo- 
que. Ils figurent ordinairement une co- 
lonnette avec son chapiteau couvert d'un cône. Le profil AB indique les 
diverses pièces dont se compose l'épi enveloppant le bout du poinçon. 




— 273 — I t.vi I 

La pièce inférieure C est une dernière faitière recouvrant les tuiles extrêmes 
de la croupe du comble. 

A mesure que l'architecture devenait plus riche et que les couronne- 
ments des édifices se découpaient davantage, il fallait nécessairement 
donner plus d'importance à ces détails se détachant en silhouette sur le 
ciel. Il existe encore quelques fragments d'épis en terre cuite , du com- 
mencement du xiii" siècle, dans les contrées où cette matière était 
employée par des mains exercées. Troyes est une des villes de France où 
les fabriques de terres cuites étaient particulièrement florissantes pendant 
le moyen âge ; elle possédait, il y a peu d'années, un grand nombre d'épis 
fort beaux en terre vernissée qui, la plupart, ont été détruits ou déplacés. 
M. Valtat, sculpteur à Troyes, a recueilli l'un des plus remarquables 
spécimens de cette décoration de combles. C'est une pièce (3) qui n'a pas 
moins de 0,75 c. de hauteur, d'un seul morceau, et qui était terminée 
par une forte tige en fer recevant probablement une girouette. Le soubas- 
sement AB manque, et nous l'avons restauré ici pour compléter cette 
décoration. Sur un bout de fût s'épanouit un chapiteau feuillu portant un 
édicule circulaire terminé par cinq gables et un cône percé à son sommet. 
Le tout est vernissé au plomb, vert et jaune, et les petites ouvertures 
simulant des fenêtres sont percées vivement au moyen d'un outil tran- 
chant. Il est facile de voir que cette poterie a été modelée à la main, car 
elle présente beaucoup d'irrégularités ; le travail est grossier, et c'est par 
la composition et le style , mais non par l'exécution, que se recommande 
notre exemple. La tige de fer s'emmanchait simplement à l'extrémité du 
poinçon en charpente, ainsi que l'indique la coupe D. C'était là un objet 
vulgaire; on ne peut en douter, lorsqu'on voit à Troyes et dans les envi- 
rons la quantité de débris de poteries de ce genre qui existent encore sur 
les combles des maisons ou des édifices. La céramique est un art en 
retard sur les autres; les fabriques continuaient des traditions qui n'étaient 
plus en harmonie souvent avec le siècle ; c'est ce qui explique l'apparence 
romane de cet épi, auquel cependant on ne peut assigner une date anté- 
rieure à 4220. Un certain nombre de ces objets pouvaient d'ailleurs rester 
plusieurs années dans une fabrique avant d'être vendus, et ce n'était qu'à 
la longue que les potiers se décidaient à modifier leurs modèles. Ces 
colonnettes portant des édicules furent très-longtemps admises pour la 
décoration des poinçons; cependant, vers la fin du xiii^ siècle ou le com- 
mencement du xiv% ce type était trop en désaccord avec les formes de 
l'architecture de cette époque : on en vint aux pinacles de terre cuite pour 
couronner les croupes ou pavillons couverts en tuiles. 

On voit, dans le musée de Tévêché de Troyes, un de ces épis provenant 
de l'ancien hôtel de ville (4) ; nous croyons qu'il a pu être fabriqué vers 
le milieu du xiv® siècle : il est carré en plan, décoré de petites baies seu- 
lement renfoncées et remplies d'un vernis brun, de quatre gables et d'une 
pyramide à quatre pans. Le fleuron supérieur B est brisé et la pièce C du 
bas manque, c'est-à-dire que la partie existante est celle comprise entre A 
T. V. 35 



ÉPr J 



— 274 — 







et B. Cet épi est vernissé en rouge brun et en jaune, comme les carreaux 



— -275 — 



[ ÉPI 




des XIV'' et xv^ siècles ; il devait se terminer par une broche en fer et une 



girouette. Son exécution est grossière, obtenue sans moules, le tout parais- 
sant monté en terre à la main ; mais il faut reconnaître qu'à la hauteur 
à laquelle ces objets étaient placés, il n'était pas besoin d'une exécution 
soignée pour produire de l'effet. On allait chercher ces épis en fabriq.ue, 
comme aujourd'hui on va chercher des pots à fleurs et toutes les poteries 
ordinaires, et on les employait tels quels. Bientôt ces formes parurent 
trop rigides, pas assez découpées ; les pinacles en pierre se couvraient de 
crochets saillants, les faîtages des combles se fleuronnaient; on donna 
aux épis de terre cuite une apparence moins architectonique et plus libre : 
on voulut y trouver des ajours, des saillies prononcées; on fit leur tige 
principale plus grêle; elle n'enveloppa plus le bout du poinçon en bois, 
mais une broche de fer. 

L'emploi de la tuile était moins fréquent cependant, celle-ci étant rem- 
placée par le métal ou l'ardoise; les poinçons en terre cuite devenaient 
par conséquent moins communs. 

Nous avons dessiné à Villeneuve-l'Archevéque, il y a plusieurs années, 
un poinçon en terre cuite, sur une maison qui datait du xv^ siècle ; il était 
composé de trois pièces (5), complètement vernissé d'émail brun; les 
joints étaient en A et B; la tige de fer, qui maintenait la poterie, s'em- 
manchait sur un moignon du poinçon, ainsi qu'il est indiqué en C. 

"Le XVI* siècle remplaça les épis en terre cuite vernissée par des épis en 
faïence, c'est-à-dire en terre émaillée. Les environs de Lisieux en possé- 
daient un grand nombre sortis des fabriques de la vallée d'Orbec ^ ; la 
plupart de ces objets ont été achetés par des marchands de curiosités qui 
les vendent aux amateurs comme des faïences de Palissy, et il faut 
aujourd'hui aller plus loin pour rencontrer encore quelques-uns de ces 
épis en faïence de la Renaissance, si communs il y a vingt ans. L'un des 
plus remarquables parmi ces produits de l'industrie normande se trouve 
au château de Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne). Nous en donnons ici (6) 
une copie ^. Cet épi en faïence se compose de quatre pièces dont les joints 
sont en A,B,C. Le tout est enfdé par une broche de fer. Le socle est jaune 
moucheté de brun, le vase est bleu clair avec ornements jaunes et têtes 
naturelles, les fleurs sont blanches avec feuilles vertes et graines jaunes, 
le culot est blanc, la boule jaune bistre et l'oiseau blanc tacheté de brun. 

Les fabriques de faïences de Rouen, de Beauvais, de Nevers, fournis- 
saient ces objets de décoration extérieure à toutes les provinces environ- 
nantes; malheureusement l'incurie, l'amour de la nouveauté, la mode des 
combles dépourvus de toute décoration les ont fait disparaître, et les 
musées de ces villes n'ont pas su même en sauver quelques débris. Les 
idées nouvelles qui, au xvii'' siècle, tendaient à enlever à notre architecture 
nationale son originalité , détruisaient peu à peu cette fabrication provin- 

' Voy. le liulkt. monument, de M. de Caumont, l. XYl, Notes sur quelques procé- 
d(^s céramiques du moyen dge. 

^ Ce dessin nous a été l'ovnni par M. Riiprich Robert. 



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c-iale, prospère encore au xvi* siècle. L'art du potier résista plus longtemps 



ÉPI 



— -278 — 



que tout autre à cette triste influence, et sous Louis Xlll on continuait à 
fabriquer des faîtières, des épis en terre émaillée ou vernissée, pour 
décorer les combles des liabitations privées. Le musée de la catliédrale de 
Sées possède un épi de cette époque qui, tout barbare qu'il est, conserve 
quelques restes de ces traditions du moyen âge; c'est pourquoi nous en 
présentons ici (7) une copie. Cet épi est complètement passé au vernis 
Ijrun verdâtre. 



^ 




Le plomb se prêtait beaucoup mieux que la terre cuite à l'exécution de 
ces décorations supérieures des toits ; aussi l'employait-on pour faire des 
épis sur les combles, toutes les fois que ceux-ci étaient couverts en métal 
ou en ardoise. Au xii" siècle, et avant cette époque, on n'employait guère, 
pour les couvertures des combles, que la tuile et, exceptionnellement, le 
plomb; l'ardoise n'était en usage que dans les contrées où le schiste est 
abondant (voy. audoise, plomberie, tuile). Ce^ n'était donc que sur des 



— 279 — [ ÉPI ] 

nionunieiits construits avec luxe que Ton pouvait poser des épis en plomb, 
et, les couvertures en métal posées avant le xiii" siècle n'existant plus, il 
nous serait difficile de donner des exemples d'épis antérieurs à cette 
époque. L'épi le plus ancien que nous ayons vu et dessiné se trouvait sur 
les combles de la cathédrale de Chartres ' ; il était placé à l'intersection du 
bras de croix, et pouvait avoir environ 2", 50 de hauteur. C'était un bel 
ouvrage de plomberie repoussée, mais fort délabré (8). Son fleuron se 
divisait en quatre folioles avec quatre boutons intermédiaires. Une large 
bague ornée de grosses perles lui servait de base. Il est à croire que son 
âme était une tige de fer enfourchée dans la tête du poinçon de bois. 

Vers la fin du xiii* siècle, les couvertures en ardoises devinrent très- 
communes et remplacèrent presque partout la tuile, à laquelle cependant 
la Bourgogne, l'Auvergne, le Lyonnais et la Provence restèrent fidèles. 
Les faîtages et les épis en plomb devinrent ainsi plus communs. Nous en 
possédons encore un assez grand nombre d'exemples qui datent du 
xiv'' siècle. Il existe un de ces épis sur le bâtiment situé derrière l'abside 
de la cathédrale de Laon. En voici un autre (9) qui couronne la tourelle 
d'escalier de la salle dite des Machabées, dépendante de la cathédrale 
d'Amiens. Cet épi est fait entièrement au repoussé et modelé avec une 
extrême recherche; il date de l'époque de la construction de la salle, c'est- 
à-dire de 1330 environ. En A, nous présentons la section de la tige sur 
ab et le plan de la bague faite de deux coquilles soudées. L'épi est main- 
tenu par une tige de fer attachée à la tête du poinçon de charpente. 

Sur le pignon nord du transsept de la cathédrale d'Amiens, on voit 
encore un très-bel épi en plomb, à deux rangs de feuilles, qui date de 
la fin du xiv^ siècle ou commencement du xv^ Cet épi couronne un 
pan de bois qui remplace, depuis cette époque, le pignon en pierre. Beau- 
coup trop délicat pour la hauteur à laquelle il est placé, il conviendrait 
mieux au couronnement d'un comble de château. Nous en donnons (10) 
la reproduction; chaque bouquet se compose de trois feuilles très- 
découpées, vivement modelées au repoussé, et formant en plan deux 
triangles équilatéraux se contrariant. Sous la bague sont soudées de 
petites feuilles en plomb coulé ; c'est, en effet, à dater du xv^ siècle, que 
l'on voit la plomberie coulée employée en même temps que la plomberie 
repoussée. Mais nous traitons cette question en détail dans l'article 
PLOMBERIE. On voit quc les épis de plomb suivent les transformations de 
l'architecture ; à mesure que celle-ci est plus légère, plus refouillée, ces 
couronnements deviennent plus grêles, laissent plus de jour passer 
entre leurs ornements, recherchent les détails précieux. Cependant les 
silhouettes sont toujours heureuses et se découpent sur le ciel de manière 
à laisser aux masses principales leur importance. 

L'Hôtel-Dieu de Beaune, fondé en 1441, conserve encore sur les 

' Cette couverture et la charpente qui la portait dataient de la seconde moitié du 
xiiic siècle; la charpente fut brûlée en 1836. 



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-iiblos 011 pans de bois de ses grandes lucarnes, sur ses tourelles et sur 



-281 



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les croupes de ses combles, de beaux épis du xv'^^ siècle, terminés par des 
ï. V. 30 



ÉPI 



— 282 — 




girouettes armoriées. Ces épis sont partie en plomb repoussé, partie en 



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plomb coulé. Nous donnons ici (11) une copie de l'un d'eux. Les bouquets 



I fti'i 1 — -28-4 — 

supérieurs, dont le détail se voit en A, sojit en plomb repoussé ; les cou- 
ronnes et dais , détaillés en B et en C, sont formés de bandes coulées 
dans des creux et soudées à des rondelles circulaires. La souche de Tépi 
est complètement faite au repoussé, sauf le soleil rapporté, qui est moulé. 
La Bourgogne était, au xv'' siècle, une province riche, puissante, et ses 
habitants pouvaient se permettre d'orner les combles de leurs hôtels et 
maisons de belle plomberie, tandis que le nord de la France, ruiné par les 
guerres de cette époque, ne pouvait se livrer au luxe des constructions 
privées. Aussi, malgré l'espèce d'acharnement que l'on a mis depuis plus 
d'un siècle à supprimer les anciens couronnements historiés des combles, 
reste-t-il encorç dans les villes de la Bourgogne quelques exemples oubliés 
de ces épis du xv** siècle. 

A Dijon, il en existe plusieurs sur des maisons particulières, et notam- 
ment dans la Petite rue Poullier (12). En A, nous donnons la moitié du 
plan du poinçon, dont la souche est un triangle curviligne concave sous 
la bague. A dater du xiv" siècle, on rencontre assez souvent des bagues 
d'épis ornées de prismes ou de cylindres qui les pénètrent horizontalement, 
et qui se terminent par une fleurette ou un quatre-feuilles. Ces sortes de 
bagues produisent une silhouette assez heureuse. Il ne faut pas oubliei' 
de mentionner ici les quelques épis de plomb qui surmontent encore les 
combles de l'hôtel de Jacques Cœur à Bourges, et dont les souches sont 
décorées de feuillages en petit relief, de coquilles et de cœurs. Souvent les 
épis de plomb étaient peints et dorés , ce qui ajoutait singulièrement à 
l'effet qu'ils produisaient au sommet des combles. 

L'époque de la Renaissance , qui , en changeant les détails de l'archi- 
tecture française, en conservait cependant les données générales, surtout 
dans les habitations privées, ne négligea pas le luxe de la plomberie. Les 
combles furent, comme précédemment, enrichis de crêtes et d'épis. On 
en revint alors au plomb repoussé, et on abandonna presque partout les 
procédés du moulage. Plusieurs châteaux et hôtels de cette époque con- 
servent encore d'assez beaux épis ornés de fruits, de chapiteaux, de 
feuillages et même de figures, le tout repoussé avec beaucoup d'adresse. 
Parmi ces épis, on peut citer ceux de l'hôtel du Bourgtheroulde à Rouen, 
des châteaux d'Amboise, de Chenonceaux, du Palais-de- Justice à Rouen. 
On en voit de très-beaux, quoique fort mutilés, sur les lucarnes placées à 
la base de la flèche de la cathédrale d'Amiens, dans les noues. 

Nous reproduisons (13) un de ces épis dont les plombs sont repoussés 
par une main très-habile. Il serait diflicile de dire ce que fait Cupidon sur 
les combles de Notre-Dame d'Amiens, mais cette figure se trouve très- 
fréquemment répétée à cette époque au sommet des épis. On voit aussi 
quelques-uns de ces enfants tirant de l'arc, sur des maisons de Rouen 
élevées au commencement du xvi' siècle. Au sommet du chevet de la 
chapelle absidale de Notre-Dame de Rouen, il existe un très-bel épi du 
xvi*^ siècle, qui représente une sainte Vierge tenant lEnfant. Comme 
ouvrage de plomberie, c'est une œuvre remarquable. 



— 285 — [ ÉPI 1 

A la fin du xvi' siècle, les épis perdent leur caractère particulier : ils 




figurent des vases de fleurs, des colonnettes avec chapiteaux, des pots à 



I ÉPI 1 

feu, des chimères 



— 286 — 
achées à des balustres. A mesure qu'on se rapproche 




du XVII'" siècle, l'art de la plomberie va s'affaiblissant, bien que sous 



— '287 — [ ESCALIER I 

Louis XIV on ait encore exécuté d'assez beaux ouvrages en ce genre ; 
mais alors ils ne s'appliquent plus qu'aux grands monuments, aux habi- 
tations princières : c'est un luxe que ne se permet pas le simple particu- 
lier ' (voy. CRÊTE, girouette). 

ESCALIER, s. m. Degré. Nous distinguerons les escaliers extérieurs 
(qu'il ne faut pas confondre avec les perrons) des escaliers intérieurs , les 
escaliers à rampes droites des escaliers à girons et à vis, les escaliers de 
pierre des escaliers de bois. Dans les édifices romains, les théâtres et 
amphithéâtres exceptés , les escaliers sont assez étroits et peu nombreux. 
D'ailleurs les Romains employaient les escaliers à rampes droites et à 
vis; mais ils ne paraissent pas (du moins dans les intérieurs) avoir jamais 
considéré l'escalier comme un motif de décoration monumentale, ainsi 
qu'on l'a fait dans les temps modernes. Les escaliers des édifices antiques 
sont un besoin satisfait de la manière la plus simple , un moyen pour 
communiquer d'un étage à l'autre, rien de plus. Nous ne déciderons pas 
si, en cela, les anciens avaient tort ou raison ; nous constatons seulement 
le fait, afin qu'on ne puisse accuser les architectes des premiers temps du 
moyen âge d'être restés en cela fort au-dessous de leurs maîtres. 

D'ailleurs les architectes du moyen âge, comme les architectes romains, 
n'eussent jamais établi, dans un bâtiment, un escalier dont les rampes 
auraient bouché une ordonnance de baies, ainsi que cela se fait volontiers 
de notre temps, même dans de grands édifices. Les Romains gardaient 
les dispositions monumentales des escaliers pour les degrés extérieurs à 
ciel ouvert. A l'intérieur, ils plaçaient toujours les rampes perpendiculai- 
rement aux murs de face, afin que les hauteurs des paliers pussent 
concorder avec les hauteurs des planchers et par conséquent avec l'ordon- 
nance des baies; mais nous reviendrons sur cette question importante. 

Povir peu qu'on se soit occupé de distributions intérieures, on sait 
combien il est difficile de disposer convenablement les escaliers, soit pour 
satisfaire aux programmes, soit pour ne pas gêner des dispositions archi- 
tectoniques extérieures ou intérieures. Les anciens ne soulevaient pas la 
difficulté ; c'était un moyen de ne pas avoir besoin de la résoudre. 

L'escalier romain le plus ordinaire est ainsi disposé (1). Il se compose 
de deux rampes séparées par un mur de refend, la première arrivant à un 
palier d'entresol A , la seconde au palier de premier étage R, et ainsi de 
suite. Les marches sont alors portées sur les voûtes rampantes, si les 
degrés sont très-larges, ou simplement engagées par les deux bouts dans 
les murs, si ces degrés sont étroits. C'est ainsi que sont conçus et exécutés 
les escaliers des thermes, des théâtres et amphithéâtres romains. On ne 
chercha pas d'autre système d'escalier dans les premiers monuments du 

' Il faut dire que dépuis peu cet art ou cette industrie, si l'on veut, a l'epris une 
certaine importance. C'est encore une des sources de richesse que nous devons à 
l'étude des arts du moyen âge. 



ESCAMER 



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niôven âge. Mais il est facile de voir que ces c1ouI>1(îs rampes conduisaient 
toujonrs au-dessus du point dont on était parti, ce qui potivait. dans bien 





^ . C V'/i/:/! &>I^O 7' 



des cas, ne pas s'arranger avec les distributions ; on eut donc recours à 
l'escalier à vis ou en limaçon , qui présente cet avantage de faire monter 
dans un petit espa(ie et de donner accès sur tous les points de la circonfé- 
rence du cylindre dans lequel s'élèvent ces sortes de degrés. Ces premiers 
principes posés, nous nous occuperons d'abord des escaliers à rampes 
droites, extérieurs, découverts ou couverts. 

Escaliers extérieurs. — Bien qu'on ne fasse plus guère aujourd'hui de 
ces sortes d'escaliers, il faut reconnaître qu'ils étaient fort commodes, en 
ce qu'ils ne gênaient en rien les dispositions intérieures et ne coupaient 
pas les bâtiments du haut en bas, en interceptant ainsi les communications 
principales. L'un des plus anciens et des plus beaux escaliers ainsi dispo- 
sés se voit encore dans l'enceinte des bâtiments de la cathédrale de 
Canterbury. Cet escalier, bâti au xii'' siècle, est situé près de l'entrée 
principale et conduisait à la salle de réception (salle de l'étranger) ; il se 
compose d'une large rampe perpendiculaire à l'entrée de la salle, avec 
palier supérieur ; il est couvert, et le comble, dont les sablières sont hori- 



— 289 — I ESCALIER ] 

zontales, est supporté par une double arcature à jour fort riche, dont les 
colonnes diminuent suivant Télévation des degrés ' . 

La plupart des grand'salles des châteaux étaient situées au premier 
étage, et on y montait soit par de larges perrons, soit par des rampes 
droites couvertes, accolées ou perpendiculaires à ces salles. 

La grand'salle du château de Montargis, qui datait de la seconde moitié 
du xiii^ siècle, possédait un escalier à trois rampes avec galerie de com- 
munication portée sur des arcs (voy. château, fig. 15). Cet escalier était 
'disposé de telle façon que, de la grand'salle A (voy. le plan fig. 2), on 
pouvait descendre sur l'aire de la cour par les trois degrés BCD. Il était 
couvert par des combles en bois posant sur des colonnes et piliers en 
pierre ^ On appelait, dans les palais, ces sortes d'escaliers le degré, par 
excellence. La rampe avait nom épuiemenl ^ : 

« El paies vint, répuiement 

« De sanc le truva tut sanglant. » 

Les couvertures de ces rampes droites étaient ou en bois, comme à 
Canterbury et à Montargis, ou voûtées, comme, beaucoup plus tard, à la 
Chambre des comptes et à la Sainte-Chapelle de Paris. Ces deux derniers 
degrés montaient le long du bâtiment. Celui de la Chambre des comptes, 
élevée sous Louis XII, était un chef-d'œuvre d'élégance; il aboutissait à 
une loge A s'ouvrant sur les appartements (fig. 3, voy. le plan). Cette 
loge et le porche B étaient voûtés ; la rampe était couverte par un lambris. 
Sur la face du porche, on voyait, en bas-relief, un écu couronné aux 
armes de France, ayant pour supports deux cerfs ailés, la couronne 
passée au cou et le tabar du héraut d'armes de France déployé au dos. 
Sous l'écu, un porc-épic surmonté d'une couronne, avec cette légende au 
bas : 

« Regia Francorum probitas Ludovicus, honesti 
« Cultor, et sethereae religionis apex. » 

Le tout sur un semis de fleurs de lis et de dauphins couronnés. Le semis 
de fleurs de lis était sculpté aussi sur les tympans des arcs et sur les 
pilastres. La balustrade pleine présentait, en bas-relief, des L passant à 
travers des couronnes, puis des dauphins *. 

Pour monter sur les chemins de ronde des fortifications, on établissait, 
dès le xii^ siècle, de longues rampes droites le long des courtines, avec 
parapet au sommet. Les marches reposaient alors sur des arcs et se 
profilaient toujours à l'extérieur, ce qui permettait de doiuier plus de 

' Voy. Some account of Domesl. Archil. in England, from the conquesl to Ihe end of 
Ihe tliirteenlh century, by T. Hudson Turner. J. Parker, Oxford, 1851 . 
^ Voy. Du Cerceau, Des plus excellens bastimens de France. 
•' Lai d'Ywenec; poésies de Marie de France, xm' siècle. 
* Voy. Topog. de la France; Bib. imp. 

T. V, .'M 



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largeur à l'emmarcheiiienl et produisait un fort bon effet, en indiquant 



— 291 — [ ESCALIER I 

bien clairement la destination de ces rampes, fort longues, si les chemins 
de ronde dominaient de beaucoup le sol intérieur de la ville. 





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A Aigues-Mortes^ à Avignon , à Villeneuve-lès-Avignon, à Jérusalem, à 
Beaucaire, à Carcassonne, on voit encore quantité de ces escaliers exté- 
rieurs découverts qui ont un aspect très-monumental (4) \. Mais il arrivait 



' Des rempavls de Carcassonne, tin du xni"^^ siècle. 



ESCALIEK 



^29-2 



souvent que , faute de place , ou pour éviter la construction de ces arcs, 
ou lorsqu'il fallait monter, le long d'un rempart très-élevé, au sommet 




d'une tour carrée, on posait les marches des escaliers découverts en 
encorbellement. Afin de donner à ces marches une saiUie suffisante pour 
permettre à deux personnes de se croiser et une parfaite solidité, les 
architectes obtenaient la saillie voulue par un procédé de construction 
fort ingénieux. Chaque marche était taillée ainsi que l'indique le tracé A 
(5), la partie B étant destinée à être engagée dans la muraille. Posant ces 
marches, ainsi combinées, les unes sur les autres, de manière à ce que 
le point C vint tomber sur le point D, elles étaient toujours portées par 



-293 — 



ESCALIER 



une suite de retraites présentant un encorbellement des plus solides, ainsi 
que le font voir le tracé perspectif G, l'élévation H et le profil K. On voit 

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encore un de ces escaliers, parfaitement exécuté, à l'intérieur de la tour 
dite d'Orange, à Carpentras (commencement du xiv' siècle). Ordinaire- 
ment, il faut, pour qu'un escalier soit facilement praticable, que chaque 
marcheaiten largeur la longueur d'un pied d'homme, soit 0,28c. àO,30 c, 



[ ESCALIER 



-21)4 — 



et en hauteur de 0/15 c. à 0,20 c. au plus, ce qui donne une inclinaison 
de 22 degrés ou environ. Mais, parfois, la place manque pour obtenir une 
pente aussi douce, et on est obligé, surtout dans les ouvrages de fortifica- 
tions, de monter suivant un angle de 45 degrés, ce qui donne des marches 
aussi larges que hautes et ce qui rend l'ascension dangereuse ou fort 
pénible. En pareil cas, les constructeurs, observant avec raison que l'on 
ne met jamais qu'un pied à la fois sur chaque marche, soit pour monter, 
soit pour descendre, et que par conséquent il est inutile qu'une marche 
ait la largeur nécessaire à la pose du pied dans toute sa longueur, ces 
constructeurs, disons-nous, ont disposé leurs marches en coins, ainsi que 
l'indique la fig. 6, de manière à ce que deux marches eussent ensemble 



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0,30 c. de hauteur et chacune 0,30 c. d'ennuarchement par un bout, ce 
qui permettait d'inscrire la rampe dans un angle de 45 degrés. Seulement 



— "295 — [ KSCALIKU I 

il fallait toujours poseï- le pied gauche sur la marche A, le pied droit sur 
la marche B en descendant, ou le contraire en montant. Le tracé pers- 
pectif C fait comprendre le système de ces degrés '. On le reconnaîtra, ce 
n'est jamais la subtilité qui fait défaut à nos architectes du moyen âge. 
Mais ces derniers exemples ne fournissent que des escaliers de service. 

Escaliers intérieurs. — C'est-à-dire, desservant plusieurs étages d'un 
bâtiment, posés dans des cages comprises dans les constructions ou acco- 
lées à ces constructions. Les escaliers à vis, -comme nous l'avons dit 
précédemment, furent employés par les Romains; les architectes du 
moyen âge adoptèrent ce système de préférence à tout autre, variant les 
dimensions des escaliers à noyau en raison des services auxquels ils de- 
vaient satisfaire. Ces sortes d'escaliers présentaient plusieurs avantages 
qu'il est important de signaler : 1" ils pouvaient être englobés dans les 
constructions ou n'y tenir que par un faible segment ; 2° ils prenaient peu 
de place; 3° ils permettaient d'ouvrir des portes sur tous les points de 
leur circonférence et à toutes hauteurs; 4" ils s'éclairaient aisément; 
5° ils étaient d'une construction simple et facile à exécuter; 6" ils deve- 
naient doux ou rapides à volonté; 7° pour les châteaux, les tours, ils 
étaient barricadés en un moment ; 8" ils montaient de fond jusqu'à des 
hauteurs considérables sans nuire à la solidité des constructions voisines; 
9° ils étaient facilement réparables. 

Les plus anciens escaliers à vis du moyen âge se composent d'un 
noyau en pierre de taille, d'une construction en tour ronde, d'un ber- 
ceau en spirale bâti en moellon, reposant sur le noyau et sur le parement 
circulaire intérieur. Cette voûte porte des marches en pierre dont les 
arêtes sont posées suivant les rayons d'un cercle. La fig. 7 représente en 
plan et en coupe, suivant la ligne AB du plan, un de- ces escaliers si fré- 
quents dans les édifices des xi^ et xii'' siècles. La porte extérieure de l'es- 
calier étant en D, la première marche est en C. Ces marches sont posées 
sur un massif jusqu'au parement G ; à partir de ce point commence la 
voûte spirale que l'on voit figurée en coupe. Les tambours du noyau por- 
tent un petit épaulement H pour recevoir les sommiers du berceau qui, de 
l'autre part, sont entaillés dans le mur circulaire 1. Les marches sont 
posées sur l'extrados du berceau rampant et se composent de pierres d'un 
ou de plusieurs morceaux chacune. Généralement ces voûtes rampantes 
sont assez grossièrement faites en petits moellons maçonnés sur couchis. 
Les voûtes des escaliers du chœur de l'église abbatiale d'Eu, qui datent 
du xii^ siècle, sont cependant exécutées avec une grande précision ; mais 
les Normands étaient dès lors de très-soigneux appareil leurs. Voici, fig. 8, 
comme sont taillés les tambours du noyau qui reçoivent les sommiers du 

' On voit encore un escalier de ce genre sur les parties supérieures de l'église de 
Saint-Nazaire de Carcassonne, et à Notre-Dame de Paris dans les galeries du traiis- 
sept. 



ESCAUEK 



^2V>() — 




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/«-. /Tà'/Z^'^^.'jl^à/' . 



berceau rampant; il arrive aussi que les portées de la voûte sont fréquem- 



297 — [ ESCALIER 



ment entaillées dans le noyau cylindrique, ce qui atîaiblit beaucoup 
celui-ci. Ces sortes d'escaliers ne dépassent guère r",()0 c. demmarche- 



8 



ment, et souvent sont-ils moins larges, les cages cylindriques n'ayant que 
six pieds, ou 1™,90 c. environ, dont déduisant le noyau, qui dans ces 
sortes d'escaliers a au moins un pied de diamètre, reste pour les marches 
0,80 c. au plus. On reconnut bientôt que les voi^ites rampantes pouvaient 
être supprimées; lorsqu'au commencement du xiii" siècle on exploita les 
pierres en plus grands morceaux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, on 
trouva plus simple de faire porter à chaque marche un morceau du 
noyau, de les faire mordre quelque peu l'une sur l'autre, et de leur mé- 
nager une portée entaillée de quelques centimètres le long du parement 
cylindrique de la cage. Ce procédé évitait les cintres, les couchis, une 
main-d'œuvre assez longue sur le tas; il avait encore l'avantage de relier 
le noyau avec la cage par toutes ces marches qui formaient autant d'étré- 
sillons. Ces marches pouvant être taillées à l'avance, sur un même tracé, 
un escalier était posé très-rapidement. Or, il ne faut pas perdre de vue 
que parmi tant d'innovations introduites dans l'art de bâtir par les firchi- 
tectes laïques de la fin du xn'^ siècle, la nécessité d'arriver promptement 
à un résultat, de bâtir vite en un mot, était un des besoins les plus 
manifestes. 

La fig. 9 donne le plan et la coupe ' d'un de ces escaliers. La porte 
extérieure est en A, la première marche en B. Les recouvrements sont 
indiqués par lignes ponctuées, et le détail C présente une des marches 
en perspective, avec le recouvrement ponctué de la marche suivante 
Quelquefois, pour faciliter l'échappement, les marches sont chanfreinées 
par-dessous ainsi qu'on le voit en D. Les dimensions de ces escaliers 
varient ; il en est dont les emmarchements n'ont que 0,50 c. ; les plus 
grands n'ont pas plus de 2"',00, ce qui exigeait des pierres très- 
longues; aussi, pour faire les marches du grand escalier du Louvre, 
Charles V avait-il été obligé d'acheter d'anciennes tombes à l'église des 

' La coupe est faite suivant n b, en pourtournant le noyau pour faire voir le recou- 
vrement des marches. 

T. \. - 38 



[ ESCAMEU I — "298 — 

Saillis-Innocents', probablement parce que les carrières de liais de Paris 
n'avaient pu fournir à la fois un nombre de morceaux de la dimension 




voulue; en effet cet escalier était très-large; nous y reviendrons. Dans 
rintérieur des châteaux les escaliers à vis étaient singulièrement multi- 
pliés ; en dehors de ceux qui montaient de fond, et qui desservaient tous 
les étages, il y en avait qui établissaient, dans l'épaisseur des murs, une 
communication entre deux étages seulement, et qui n'étaient fréquentés 



Sauvai. 



— 299 — I ESCALIER I 

que par les personnes qui occupaient ces appartements superposés. A 
propos de la domination que la reine Blanche de Castille avait conservée 
sur l'esprit de son fils, Joinville raconte : « Que la royne Blanche ne vou- 
« loit soufrir à son pooir que son filz feust en la compaingnie sa femme, 
u ne mez que le soir quand il aloit coucher avec li (elle). Les hostiex 
i( (logis) là où il plesoit miex à demourer, c'estoit à Pontoise, entre le roy 
« et la royne, pour ce que la chambre le roy estoit desus et la chambre 
« (de la reine) estoit desous. Et avoient ainsi acordé leur besoigne, que il 
« tenoient leur parlement en une viz qui descendoit de l'une chambre en 
« l'autre; et avoient leur besoignes si attirées (convenues d'avance), que 
« quant les huissiers veoient venir la royne en la chambre du roy son 
« filz, il batoient les huis de leur verges, et le roy s'en venoit courant en 
« sa chambre, pour ce que (dans la crainte que) sa mère ne l'i trouvast; et 
u ainsi refesoient les huissiers de la chambre de la royne Marguerite 
« quant la royne Blanche y venoit, pour ce qu'elle (afin qu'elle) y trou- 
(( vast la royne Marguerite. Une fois estoit le roy de côté la royne sa 
« femme, et estoit (elle) en trop grant péril de mort, pour ce qu'elle estoit 
« bleciée d'un enfant qu'elle avoit eu. Là vint la royne Blanche, et 
« prist son filz par la main et li dist : — Venés-vous-en, vous ne faites 
(( riens ci'. » 

Ces escaliers, mettant en communication deux pièces superposées, 
n'étaient pas pris toujours aux dépens de l'épaisseur des murs; ils étaient 
visibles en partie, posés dans un angle ou le long des parois de la chambre 
inférieure, et ajourés sur cette pièce. A ce propos, il est important de se 
pénétrer des principes qui ont dirigé les architectes du moyen âge dans la 
construction des escaliers. Ces architectes n'ont jamais vu dans un esca- 
lier autre chose qu'un appendice indispensable à tout édifice composé de 
plusieurs étages, appendice devant être placé de la manière la plus com- 
mode pour les services, comme on place une échelle le long d'un bâti- 
ment en construction, là où le besoin s'en fait sentir. L'idée de faire d'un 
escalier une façon de décoration théâtrale dans l'intérieur d'un palais, de 
placer cette décoration d'une manière symétrique pour n'arriver souvent 
qu'à des services secondaires, de prendre une place énorme pour déve- 
lopper des rampes doubles, cette idée n'était jamais entrée dans l'esprit 
d'un architecte de l'antiquité ou du moyen âge. Un escalier n'était qu'un 
moyen d'arriver aux étages supérieurs d'une habitation. D'ailleurs les 
grandes salles des châteaux étaient toujours disposées presque à rez-de- 
chaussée, c'est-à-dire au-dessus d'un étage bas, le plus souvent voûté, 
sorte de cave ou de cellier servant de magasins. On arrivait au sol des 
grandes salles par de larges perrons, comme à celles des palais de Paris et 
de Poitiers, ou par des rampes extérieures comme à celle du château de 
Montargis (voy. fig. 2). Les escaliers proprement dits n'étaient donc desti- 
nés généralement qu'à desservir les appartements privés. Toute grande 

' Mémoires da sire (k Joinville, piil). par l'r. Miciiel, p. 190. l'aris, 1858. 



[ ESCALIER 1 — 300 — 

réunion, fête, cérémonie ou banquet, se tenait dans la grande salle; il 
n'y avait pas utilité à établir pour les étages fréquentés par les familiers 
de larges degrés; l'important était de disposer ces degrés à proximité des 
pièces auxquelles ils devaient donner accès. C'est ce qui explique la mul- 
tiplicité etl'exiguité des escaliersde châteaux jusqu'aux xv'' siècle. Cepen- 
dant nous venons de dire qu'au Louvre, Charles V avait déjà fait con- 
struire un grand escalier à vis pour monter aux étages supérieurs du 
palais; mais c'était là une exception ; aussi cet escalier passait-il pour une 
œuvre à nulle autre pareille. Sauvai ' nous a laissé une description assez 
étendue de cet escalier, elle mérite que nous la donnions en entier. 

« Le grand escalier, ou plutôt la grande vis du Louvre (puisqu'en ce 
« temps-là le nom d'escalier n'était pas connu), cette grande vis, dis-je, fut 
« faite du règne de Charles V, et conduite par Raimond du Temple, maçon 
« ordinaire du roi ^. Or, il faut savoir que les architectes des siècles passés 
« ne faisoient point leurs escaliers ni droits, ni quarrés, ni à deux, ni à 
« trois, ni à quatre banchées, comme n'ayant point encore été inventés ^ , 
« mais les tournoient toujours en rond, et proportionnoient du mieux 
« qu'il leur étoit possible leur grandeur et leur petitesse à la petitesse et à 
« la grandeur des maisons \ La grande vis de ce palais étoit toute de 
« pierre de taille ainsi que le reste du bâtiment, et de même que les 
« autres de ce temps-là : elle étoit terminée d'une autre (vis) fort petite, 
« toute de pierre encore et de pareille figure, qui conduisoit à une ter- 
« rasse, dont on l'avoit couronnée (dont on avait couronné la grande vis) ; 
« chaque marche de la petite (vis) portoit trois pieds de long et un et demi 
« de large ; et pour celles de la grande, elles avoient sept pieds de lon- 
« gueur sur un demi d'épaisseur, avec deux et demi de giron près de la 
« coquille qui l'environnoit. 

« On voit, dans les registres de la Chambre des comptes, qu'elles por- 
« toient ensemble dix toises un demi-pied de hauteur^, que la grande 
« (vis) consistoit en quatre-vingt-trois marches®, et la petite en quarante 
« et une'' ; elles furent faites à l'ordinaire de la pierre qu'on tira des car- 

' Hist. et Antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 213. 

^ Raymond du Temple était sergent d'armes et en même temps maître des œuvres 
du roi Charles V. 

' Sauvai est ici dans l'erreur, ces sortes d'escaliers étaient inventés dès l'époque ro- 
maine; mais, à vrai dire, les architectes du moyen âge préféraient toujours l'escalier 
à vis, par les motifs déduits plus haut. 

* Sauvai rend en cela justice à nos vieu\ maîtres des œuvres qui faisaient les esca- 
liers proportionnés aux services auxquels ils devaient satisfaire. 

^ C'est-à-dire que la dernière marche de l'escalier était à 1 toises K pied du sol de 
la cour, soit à 20 mètres, et devait ainsi desservir deux étages au-dessus du rez-de- 
cliaussée, plus hi terrasse. 

" A % pied chacune, cela fait 41 |)ieds K ou 13™, 30 environ. 

' A '/4 pied chacune, cela fait 20 pieds 'A, soit 6'", 60 environ. Ces mesures de détail 
sont d'accord avec la mesure générale et produisent environ 20 mètres. 



— 301 — I ESCALIER 1 

« rières d'autour de Paris. Et comme si pour les faire, ces carrières eus- 
« sent été épuisées, pour l'achever on fut obligé d'avoir recours au cime- 
« tière Saint-Innocent, et troubler le repos des morts : de sorte qu'en 
« 1365, Raimond du Temple, conducteur de l'ouvrage, enleva vingt 
« tombes le 27 septembre, qu'il acheta quatorze sols parisis la pièce de 
« Thibault de la Nasse, marguillier de l'église, et enfin les fit tailler par 
« Pierre Anguerrand et Jean Colombel pour servir de pallier. 

« Nous l'avons vu ruiner (cet escalier), en 1600, quand Louis XIII fit 
« reprendre l'édifice du Louvre, sous la conduite d'Antoine Lemercier. 
« Pour le rendre plus visible et plus aisé à trouver, maître Raimond le 
« jeta entièrement hors-d'œuvre en dedans la cour ', contre le corps de 
« logis qui regardoit sur le jardin ^ : et pour le rendre plus superbe (l'es- 
« calier), il l'enrichit par dehors de basses-tailles, et de dix grandes 
« figures de pierre couvertes chacune d'un dais, posées dans une niche, 
« portées sur un piédestal : au premier étage, de côté et d'autre de la 
« porte, étoient deux statues de deux sergens-d'armes, que fit Jean de 
« Saint-Romain ^, et autour de la cage furent répandues par dehors, sans 
« ordre ni symétrie, de haut en bas de la coquille, les figures du roi, 
« de la reine et de leurs enfans mâles*; Jean du Liège travailla à celles 
K du roi et de la reine ; Jean de Launay et Jean de Saint-Romain partagè- 
« rent entre eux les statues du duc d'Orléans et du duc d'Anjou; Jacques 
« de Chartres et Gui de Dampmartin, celles des ducs de Rerri et de Bour- 
« gogne ; et ces sculpteurs, pour chaque figure, eurent vingt francs d'or, 
« ou seize livres parisis. Enfin, cette vis étoit terminée des figures de la 
« Vierge et de saint Jean de la façon de Jean de Saint-Romain ; et le fron- 
ce ton de la dernière croisée "" étoit lambrequiné des armes de France, de 
« fleurs de lis sans nombre^, qui avoient pour support deux anges, et 
M pour cimier un heaume couronné, soutenu aussi par deux anges, et 
« couvert d'un timbre chargé de fleurs de lis par dedans. Un sergent- 
« d'armes haut de trois pieds, et sculpte par Saint-Romain, gardoit 

' ' Celait bien là eu effet le but que se proposaient les architectes du moyen âge. De 
plus, en plaçant ainsi les grands escaliers liors-œuvre , ils ne dérangeaient pas les dis- 
tributions intérieures, prenaient autant de jours qu'ils voulaient et disposaient leurs 
paliers sans embarras. 

' C'est-à-dire en dedans du corps de logis du nord. (Voy. château, fig. 20, 21 et 22.) 

' On voit que Raymond avait signé son œuvre en plaçant ainsi deux sergents d'ar- 
mes des deux côtés de la porte principale donnant au premier étage sur l'escalier. 

* Sauvai entend indiquer évidemment ici que ces dernières statues étaient posées 
suivant le giron de l'escalier. En effet, dans ces escaliers à vis, l'architecture suivait 
le mouvement des marches et les statues devaient ressauter à chaque pilier, pour ca- 
drer avec l'architecture. 

^ Le gable de la dernière croisée. 

" Ce fut Charles V qui le premier ne chargea plus l'écu de France que de trois 
Heurs de lis; ce changement aux armes de France n'eut donc lieu que postérieurement 
ài36fi. 



I ESCALIER ] 302 

« chaque porte des apparteniens du roi et de la reine qui tenoient à cet 
K escalier; la voûte qui le terminoit étoit garnie de douze branches 
« d'orgues (nervures), et armée dans le chef (à la clef) des armes de Leurs 
« Majestés, et dans les panneaux (remplissages entre les nervures) de 
« celles de leurs enfans% et fut travaillée (la sculpture de cette voûte), tant 
« par le même Saint-Romain que par Dampmartin, à raison de trente- 
« deux livres parisis, ou quarante francs d'or. » 

Il faut ajouter à cette description que cet escalier communiquait avec la 
grosse tour du Louvre au moyen d'une galerie qui devait avoir été bâtie de 
même sous Charles V, car du temps de Philippe-Auguste, le donjon était 
entièrement isolé. Essayons donc de reconstituer cette partie si intéressante 
du vieux Louvre, à l'aide de ces renseignements précis et des monuments 
analogues qui nous restent encore dans des châteaux des xv" et xv»*^ siècles. 
La grande vis du Louvre était entièrement détachée du corps de logis du 
nord, et ne s'y reliait que par une sorte de palier ; cela ressort du texte de 
Sauvai ; de l'autre côté l'escalief était en communication avec le donjon par 
une galerie. Cette galerie devait nécessairement former portique à jour, à 
rez-de-chaussée, pour ne pas intercepter la communication d'un côté de la 
cour à l'autre. Ménageant donc les espaces nécessaires à l'amorce du porti- 
que et de l'entrée dans le corps de logis du nord, tenant compte de la lon- 
gueur des marches et de leur giron, observant qu'à l'extérieur l'architecte 
avait pu placer dix grandes statues à rez-de-chaussée dans des niches sur- 
montées de dais, que, par conséquent, ces figures ne pouvaient être posées 
que sur des faces de contre-forts, tenant compte des douze branches 
(l'arcs de voûtes mentionnées par Sauvai, de la longueur et du giron des 
marches de la petite vis, nous sommes amené à tracer le plan du rez-de- 
chaussée, fig. 10. En A est la jonction de l'escalier avec le corps de logis 
du nord B. En C est le portique portant la galerie de réunion de l'escalier 
avec le donjon. La première marche est en D. Jusqu'au palier E, tenant 
compte du giron des marches, on trouve seize degrés. Seize autres degrés 
conduisaient au second palier posé au-dessus de la voûte F. Seize degrés 
arrivaient au troisième palier au-dessus de celui E. De ce troisième palier 
on montait d'une volée jusqu'au quatrième palier, toujours au-dessus de 
celui E, par trente-cinq marches, total, quatre-vingt-trois. Le noyau cen- 
tral, assez large pour porter le petit escalier supérieur, devait être évidé 
pour permettre, à rez-de-chaussée, de passer directement du portique C 
au logis B. Au-dessus ce noyau vide pouvait être destiné, ainsi que cela 
se pratiquait souvent, à recevoir des lampes pour éclairer les degrés pen- 
dant la nuit. La première rampe était probablement posée sur massif ou 
sur voûtes basses; la seconde reposait sur des voûtes G qui permettaient 
de circuler sous cette rampe. Notre plan nous donne en H dix contre-forts 
pouvant recevoir les dix grandes statues. Une coupe, fig. 1 1, faite sur la 
ligne CB, explique les révolutions des rampes et les divers paliers de plain- 

' 11 ne peut être ici question que de la voùle élevée au sommet de la petite vis. 



303 



ESCALIER 



pied avec les étages du logis B. Elle nous indique la structure du noyau 
ajouré, et, en K, le niveau du dernier palier de la grande vis, à partir 



10 



H 




duquel commence à monter la petite vis portant quarante et une marches 
jusqu'au niveau de la terrasse supérieure. Cette petite vis prenait ses 
jours dans la cage de la grande au moyen d'arcatures ressautantes. 
Nous ne prétendons pas, cela va sans dire, présenter ces figurés comme 
un relevé scrupuleux de ce monument détruit depuis le xvii^ siècle, et 
dont il ne reste aucun dessin ; nous essayons ici de résumer dans une 
étude les diverses combinaisons employées par les architectes des xiv^ et 
XV* siècles, lorsqu'ils voulaient donner à leurs escaliers un aspect tout à 
fait monumental. On comprend très-bien comment Raymond du Temple 
s'était procuré diflTicilement un nombre aussi considérable de marches et 
de paliers de grandes dimensions, devant offrir une parfaite résistance, 
puisque, suivant la méthode alors adoptée, ces marches^ sauf celles des 



I ESCAMEK I — 304 — 

deux premières révolutions, ne portaient que par leurs extrémités. Quant 



lU . 




£. ca'/.L/i'y/)fO/\ 



aux paliers, qu'il eût été impossible de faire d'un seul morceau, nous les 



— 305 — [ ESCALIER 1 

avons supposés portés, soit par des voûtes, soit par des arcs ajourés, ainsi 




que l'indique la vue perspective (12) prise au-dessous du palier supérieur, 
T. V. 39 



[ ESCALIER ] — 30G — 

Les architectes, devenus très-habiles traceurs-géomètres dès la fin du 
xni" siècle, trouvaient dans la composition des escaliers un sujet propre à 
développer leur savoir, à exciter leur imagination. Leur système de con- 
struction, leur style d'architecture se prêtait merveilleusement à l'emploi 
de combinaisons compliquées, savantes, et empreintes d'une grande li- 
berté ; aussi (bien que les monuments existants soient malheureusement 
fort rares) les descriptions de châteaux et de monastères font-elles mention 
d'escaliers remarquables. 

Souvent, par exemple, ces grandes vis de palais étaient à double révo- 
lution, de sorte que l'on pouvait descendre par l'une et remonter par 
l'autre sans se rencontrer et même sans se voir. D'autres fois , deux vis 
s'élevaient l'une dans l'autre; l'une dans une cage intérieure, l'autre dans 
une cage extérieure ; combinaison dont on peut se faire une idée, en sup- 
posant que la petite vis figurée dans la coupe, figure 11, descend jusqu'au 
rez-de-chaussée. La vis intérieure devenait escalier de service, et le degré 
circonvolutant, escalier d'honneur. Indépendamment des avantages que 
l'on pouvait tirer de ces combinaisons, il est certain que les architectes, 
aussi bien que leurs clients, se plaisaient à ces raffinements de bâtisses ; 
dans ces châteaux où les journées paraissaient fort longues , ces bizarre- 
ries, ces surprises, étaient autant de distractions à la vie monotone des 
châtelains et de leurs hôtes. 

On voyait aux Bernardins de Paris, dit Sauvai ', « une vis tournante à 
« double colonne (noyau) où l'on entre par deux portes, et où l'on monte 
« par deux endroits, sans que de l'un on puisse être vu dans l'autre; 
« cette vis a dix pieds de profondeur (3", 25), et chaque marche porte de 
« hauteur huit à neuf pouces (0"',23). Les marches sont délardées, et ne 
« sont point revêtues d'autres pierres. C'est le degré de la manière la plus 
« simple, et la plus rare de Paris; toutes les marches sont par dessous dé- 
« lardées. Sa beauté et sa simplicité consistent dans les girons de l'un et 
« de l'autre, portant un pied ou environ , qui sont entrelassés, enclavés, 
« emboîtés, enchaînés, enchâssés, entretaillés l'un dans l'autre, et s'en- 
« tremordant d'une façon aussi ferme que gentille. Les marches de l'autre 
M bout sont appuyées sur la muraille de la tour qui l'environne; ces deux 
« escaliers sont égaux l'un à l'autre en toutes leurs parties ; la façon du 
« noyau est semblable de haut en bas, et les marches pareilles en lon- 
« gueur, en largeur et en hauteur. L'église et le degré furent commencés 
« par le pape Benoit XII du nom, de l'ordre de saint Bernard, continué 
« par un cardinal du même ordre nommé Guillaume. Ces degrés n'ont 
« que deux croisées, l'une qui les éclaire tous deux par en haut, l'autre 
« par en bas ^ » En cherchant à expliquer par une figure la description 
de Sauvai, on trouverait le plan (13). En A et B sont les deux entrées, en 
C et D les deux premières marches; le nombre de marches à monter de C 



' Hist. d Anliq. de In ville de Paris, 1. iv, t. I, p. 435. 

' Ce lïil on 1 33(i que le pape Benoit Xll commença l'église des Bernardins de Paiis. 



— 307 — [ ESCALIER ] 

en E, vu la hauteur de ces marches, permet de dégager sous le giron E 
pour prendre la seconde rampe D; les degrés continuent ainsi à monter 

i3 




en passant l'un au-dessus de l'autre. Il est clair que deux personnes mon- 
tant par C et par D ne pouvaient ni se voir ni se rencontrer. Sauvai décrit 
encore de très-jolis escaliers qui se trouvaient à Saint-Méderic de Paris 
et qui dataient de la fin du xv'' siècle. Voici ce qu'il en dit * : 

« Il existait deux vis de Saint-Gille dans les deux tourelles qui sont 
« aux deux côtés de la croisée hors-d'œuvre. L'une est à pans et l'autre 
« ronde. Toutes deux ont été dessinées par un architecte très-savant 
« et fort entendu à la coupe des pierres. La ronde est couverte d'une 
« voûte en cul-de-four ou coquille, si bien et si doucement conduite, 
« qu'il est difficile d'en trouver une dont les traits fort doux et hardis 
« soient ni mieux conduits ni mieux exécutés. Sa beauté consiste par- 
ce ticulièrement en six portes qui se rencontrent toutes ensemble en un 
« même endroit et sur un même palier aussi bien que les traits de tous 
(( leurs jambages, et cela sans confusion, chose surprenante et admirable. 
« La colonne de cette vis ronde est en quelques endroits torse ou ondée, 
« et quoique les traits partent des deux arêtes où l'onde est renfermée, 
« ils sont toutefois si bien conduits que la voûte en est toujours et partout 
« de semblable ordonnance. 

« L'autre vis à pans est tantôt pentagone et tantôt hexagone. Son noyau 
« est des plus grêles et ses arêtes des plus pointues, et est de haut en bas 



Hist. et AîiUq. do la ville de Parix, 1. iv, t. I. p. 438. 



ESCALIER 



— 308 — 



« conduit avec la même délicatesse et la même excellence de Tautre. La 
« merveille de ces deux vis consiste en leur petitesse et en la tendresse 
« des murailles qui les soutiennent, ne portant pas neuf pouces d'épais- 
« seur (0",23). » 

Nous n'en finirions pas si nous voulions citer tous les textes qui s'occu- 
pent des escaliers du moyen âge et particulièrement de ceux du commen- 
cement de la Renaissance, car à cette époque c'était à qui, dans les rési- 
dences seigneuriales, les hôtels et les couvents mêmes, élèverait les plus 
belles vis et les plus surprenantes. Dans la description de l'abbaye de 
Thélème, Rabelais ne pouvait manquer d'indiquer une vis magistrale 
« cent fois plus magnifique » que n'est celle de Chambord. « Au milieu 
« (des bâtiments, dit-il) ' estoit une merveilleuse viz, de laquelle l'entrée 
« estoit par les dehors du logis en un arceau large de six toises. Icelle 
« estoit faite en telle symétrie et capacité , que six hommes d'armes , la 
« lance sur la cuisse, pouvoient de front monter jusques au-dessus de 
« tous le bastiment ^ » 

Nous avons vu comment Raymond du Temple avait disposé le grand 
escalier du Louvre en dehors des bâtiments afin de n'être point gêné dans 
la disposition des entrées, des passages de rampes et des paliers. Cette 
méthode, excellente d'ailleurs, persiste longtemps dans la construction 
des habitations seigneuriales; nous la voyons adoptée dans le château de 
Gaillon (14). Ici l'escalier principal était posé à l'angle rentrant formé par 




deux portiques E F. On pouvait prendre la vis en entrant par deux arcs 
extérieurs A A et par deux arcs R R donnant sous le portique, la première 
marche étant en D. Cette disposition permettait, aux étages supérieurs. 



' \-j. I, eh. LUI. 
Evidemment Rabelais avait, en écrivant ceci, le souvenir du grand escalier de 
Chambord dans l'esprit ; toutefois il est surprenant qu'il n'ait pas fait mention de la 
double rampe. 



• — 3(H) — 



ESCALIER 



d'entrer dans les galeries par une ouverture percée dans l'angle *en G '. 
Un pareil escalier ne pouvait en rien gêner les distributions intérieures. 
A Blois nous retrouvons un escalier indépendant des corps de logis et placé 
au milieu d'une des ailes au lieu d'être élevé dans un angle. Dans la con- 
struction du palais des Tuileries, Philibert Delorme avait encore conservé 
cette tradition de la grande vis du moyen âge, et son escalier placé dans 
le pavillon dit de l'Horloge aujourd'hui passait, comme celui de Cham- 
bord, pour une merveille d'architecture. D'ailleurs, les vis de Gaillon, de 
Blois, de Chambord et des Tuileries étaient terminées par des lanternes 
qui, comme celle du grand escalier du Louvre, couronnaient le faîte et 
donnaient entrée sur une terrasse^. Quelquefois aussi ces vis étaient in- 
tercalées dans les constructions, mais de telle façon qu'elles conservaient 
leurs montées indépendantes. On retrouve cette disposition adoptée 
dans des châteaux du xv^ siècle et du commencement du xvI^ Alors la 
vis, au lieu d'être en dehors du portique comme à Gaillon, laissait le 




portique passer devant elle. La figure 15 présente en plan un escalier 



Voy. Les p/it.s excellens bastimcns de France. Du Cerceau. 
Au palais des Tuileries, la lanterne conrnnnail une coupole (lauquée de quatre 
lanternons en lornie d'écliauguettes. 



ESCALIER 



— 310 — 



établi d'après cette donnée. Un portique A B est planté à rez-de-chaussée 
devant les pièces d'habitation. La cage d'escalier est en retraite et carrée, 
son entrée est en E, la première marche en C. Dans les angles du carré 
des trompes arrivent à une corniche spirale et soutiennent les marches 
d'angles, qui sont plus longues que les autres. De cette manière les gens 
qui montent ou descendent profitent entièrement de la cage carrée, et, 
cependant, les marches délardées par dessous sont toutes de la même 
longueur , comme si elles gironnaient dans un cylindre. La coupe de cet 



l() 




"—LU 



escalier, faite sur la ligne A B, tigure l(i, indique clairement la disposition 



— 311 — 



ESCALIEU 



des rampes, de leurs balustrades, des arrivées sur le sol du portique à 
l'entresol en G, et au premier en H. Il existe une disposition d'escalier 
absolument semblable à celle-ci dans le château de Châteaudun'. Mais dans 
la vis de Châteaudun les trompes d'angle arrivent du carré à l'octogone, et 
des culs-de-lampes posés aux angles de l'octogone portent la corniche spi- 
rale, dont la projection horizontale étant un cercle parfait soutient les 
bouts des marches. Une vue prise à la hauteur de la première révolution 
de l'escalier de Châteaudun, figure 17, là où cette révolution coupe le por- 

'7 




tique du rez-de-chaussée dans sa hauteur, fait saisir l'arrangement des 
trompes, des culs-de-lampes, de la corniche en spirale et des marches dé- 
lardées en dessous. Cet arrangement est d'ailleurs représenté en projec- 
tion horizontale dans le plan (18). 

Les trompes de la vis de Châteaudun sont appareillées ; ce sont des pla- 
tes-bandes légèrement inclinées vers l'angle ; cet escalier était d'un assez 
grand diamètre pour exiger cet appareil. Dans des vis d'un moins grand 
développement, les angles, qui du carré arrivent à un octogone, n'ont 

' Ce château, qui ne fut jamais terminé, appartient à M. le due de lAiynes; la partie 
à laquelle appartient l'escalier date des premières années du xvr siècle. 



ESCALIER 



— 31-2 — 



|)as autant d'importance ; ces angles forment seulement un pan abattu 
(le façon à donner en projection horizontale un octogone à quatre grands 




côtés et à quatre plus petits. Alors ces trompes, ou ces goussets plutôt, 
sont appareillés d'une seule pierre. L'escalier de l'hôtel de la Trémoille à 
Paris ' donnait en plan un carré, avec un grand pan abattu; les trois angles 
droits restant à l'intérieur étaient, sous les marches, garnis de trompillons 




"-— ^ —— ' Jî^vT/*'-^ 



fhtt 




I 



pris dans une seule pierre sculptée. Nous donnons, figure 19, l'un de ces 

' Démoli en 1 840 ; quelques i'ragmenls de cet hôtel sont clé|)osés à l'Kcole des Beaux- 
Ails. 



— 313 — [ ESCALIKR I 

trompillons. C'était dans ces angles que Ton plaçait les flambeaux destinés 
à éclairer les degrés. Ces flambeaux étaient, soit portés sur de petits 
culs-de-lampes, quelquefois dans de petites niches, soit scellés dans la 
muraille en manière de bras. 

Les textes que nous avons cités précédemment indiquent assez com- 
bien, dans les habitations seigneuriales, on tenait à donner (au moins 
à dater du xiv" siècle) une apparence de luxe aux grands escaliers. 
Les architectes déployaient les. ressources de leur imagination dans les 
voûtes qui les terminaient et dans la composition des noyaux. Il existe 
encore à Paris, dans la rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, une grosse 
tour qui dépendait autrefois de Thôtel que les ducs de Bourgogne pos- 
sédaient rue Pavée-Saint-Sauveur. Cette tour, bâtie sur plan quadrangu- 
laire, couronnée de mâchicoulis, contient une belle vis fermée à son som- 
met par une voûte retombant sur le noyau ; les nervures de cette voûte 
en arcs d'ogive figurent des troncs de chêne d'où partent des branches 
feuillues se répandant sous les voussures '. Les noyaux des escaliers à vis 
primitifs, ou portaient une voûte spirale (figure 7), ou faisaient partie des 
marches elles-mêmes (figure 9). Lorsque l'on donna un grand diamètre à 
ces escaliers, il ne fut plus possible de prendre le noyau dans la marche; 
on élargit ces noyaux pour éviter l'aiguité des marches se rapprochant du 
centre, et celles-ci furent encastrées dans ce noyau bâti par assises, ou 
bien encore on composa les noyaux de grandes pierres en délit comme 
on le fait pour les poteaux des vis en charpente. Ce fut alors que l'on 
enrichit ces noyaux de sculptures délicates, qu'on les mit à jour quelque- 
fois, et que les appareilleurs eurent l'occasion de faire preuve de science. 
Ces noyaux portèrent des mains-courantes prises dans la masse et des 
saillies en forme de bandeau spirale, pour recevoir les petits bouts des 
marches. 

Le noyau de l'escalier de Châteaudun, donné fig. 17, est couvert d'orne- 
ments très-délicats; il est monté en assises hautes; nous en donnons, 
fig. 20, un morceau. En A est la main -courante, et en B le bandeau rece- 
vant les marches dont l'incrustement est indiqué dans notre dessin. Le 
noyau de la vis de l'hôtel de la Trémoille était fait de trois morceaux 
de pierre du haut en bas, posés en délit, couverts de sculptures, et 
recevant de même, dans des encastrements, les bouts des degrés'. Les 
morceaux superposés de cet arbre de pierre étaient reliés entre eux au 
moyen de forts goujons de pierre dure. Inutile de dire que la taille de 
pareils noyaux, faite avant la pose, devait exiger une adresse et une con- 
naissance du trait fort remarquables. 

Parfois, dès le xiv® siècle, lorsqu'on n'avait qu'un très-petit espace pour 
développer les escaliers à vis intérieurs, on supprimait entièrement le 

' Voy. àâwsV ftinêraire archéologique de Paris, par M. de Guilhermy, 1855, p. 299, 
une description de celle tour et une vue de l'escalier. 

^ 11 existe des Iragmenls importants de ce noyau à l'Ecole des Beaux-Arts. 

T. V. i(» 



[ ESCALIER ] 31i 

noyau afin de laisser du dégagement pour ceux qui montaient ou descen- 




daient. F^es marches étaient alors simplement superposées en spirale, et 



— 3\n — 



KSCALIEU 



portaient chacune un l)oudin à leur extrémité, près du centre, pour ottrir 
une main-courante; à la place du noyau était un vide. Voici (21), en A 

u 





D 



la moitié du plan d'une vis de ce genre, en B sa coupe sur la ligne CD, 
et en G une de ses marches en perspective, avec l'indication au pointillé 
des surfaces non vues et du lit inférieur. Il arrivait aussi que dans les 
intérieurs des appartements, et pour communiquer d'un étage à l'autre, 
on élevait des escaliers prenant jour sur les salles, des vis enfermées dans 
des cages en partie ou totalement à claire-voie. Il existe deux charmants 
escaliers de ce genre, qui datent du commencement du xiii" siècle, dans 
les deux salles de premier étage des tours de Notre-Dame de Paris. Nous 
ne croyons pas nécessaire de les donner ici, car ils ont été gravés plusieurs 
fois déjà, et sont parfaitement connus. On voit une de ces vis, enclose 
entre des colonnes, dans la cathédrale de Mayence, et qui date du milieu 



I ESCALIER I 316 

(lu xiii"" siècle; nous donnons (22) la moitié de son plan et une révo- 







lution entière'. A partir du mur circulaire qui ne monte que jusqu'au 
' Cet. escalier montait aulrelois au-dessus de la clôture du cliœ.ur. 



— 317 



[ ESCALIER 



niveau A, la construction consiste seulement en des. marches portant 
noyau, et en des colonnettes, toutes d'égale hauteur, soutenant chacune 
l'extrémité extérieure d'une marche. Rien n'est plus simple et plus élé- 
gant que cette petite construction. On voit aussi des escaliers de ce genre 
à la partie supérieure des tours des cathédrales de Laon et de Reims. Ces 
vis s'élèvent au milieu des grands pinacles qui, du dernier étage de la 
façade, forment aux quatre angles des tours une décoration ajourée dans 
toute leur hauteur. Les vis des tours de Reims ont cela de particulier, que 
trois marches sont prises dans une seule assise (les matériaux avec les- 
quels ce monument fut élevé sont énormes), et que les bouts extérieurs 
de ces marches sont soulagés par des morceaux de pierres en délit. 
Chaque bloc est donc taillé conformément au tracé perspectif, fig. 23. 

B 23 




Des chandelles de pierre B viennent soulager les portées A, puis se 
poser au-dessus des extrémités des marches en C. Par le fait, c'est le 
noyau D qui porte toute la charge, et les pierres B ne sont qu'une suite 
d'étançons formant clôture à jour. Il arrive aussi que ces vis sont mi- 
partie engagées dans la muraille, mi -partie ajourées; c'était ainsi 
qu'étaient disposés la plupart des escaliers intérieurs qui mettaient en 



ESCALIER 



318 — 



communication deux pièces superposées. L'escalier de la tribune de 
l'église Saint-Maclou de Rouen (xvi^ siècle), celui du chœur de la cathé- 
drale de Moulins (xv^ siècle), fournissent de très-jolis exemples de ces 
sortes de vis prenant jour sur les intérieurs. 

Nous avons vu comment les marches des vis forment naturellement 
plafond rampant par-dessous les degrés ; comment ces marches sont 
délardées ou simplement chanfreiuées, ou même laissées à angles vifs, 
donnant ainsi comme plafond la contre-partie du degré. Mais il arrivait 
que l'on était parfois obligé d'établir des rampes droites ou circulaires à 




travers des constructions massives, dans les châteaux, dans les tours. Les 
couvertures de ces rampes avaient alors un poids considérable à porter. 
Si ces rampes étaient larges (comme le sont en général les descentes de 
caves dans les châteaux), les architectes n'osaient pas fermer ces escaliers 
par des plafonds rampants, composés d'une suite de linteaux, dans la 



— 319 — 



ESCALIER 



crainte des ruptures. Alors, que faisaient -ils? Ils bandaient une suites 
d'arcs brisés A ou plein ceintres A' juxtaposés ( 24 ) , mais suivant la 
déclivité des degrés, ainsi que l'indique la coupe B. Ces arcs avaient tous 
leur naissance sur le même nu; ils étaient tous taillés sur la même 
courbe. Si l'intrados de leurs sommiers venait mourir au nu du mur, 
l'extrados arrivait en C. Ces sommiers étaient donc également assis, 
et les appareilleurs ou poseurs évitaient les ditficultés de coupe et de pose 
des voûtes rampantes, dont les sommiers sont longs à tracer, occasion- 
nent des déchets de pierre considérables et nécessitent des soins particu- 
liers à la pose. Si ces degrés, à travers des constructions, étaient étroits, 
si les architectes possédaient des pierres fortes, ils se contentaient de 
juxtaposer, suivant la déclivité des rampes, une série de linteaux soula- 
gés par des corbeaux au droit des portées (voy., fig. 24, le tracé D et la 
coupe E). Ces constructions, fort simples, produisent un bon effet, ont un 
aspect solide et résistant; elles indiquent parfaitement leur destination et 
peuvent impunément être pratiquées sous des charges considérables. 
Les voiàtes bandées par ressauts n'ont pas, sous des gros murs ou des 
massifs, l'inconvénient de faire glisser les constructions supérieures, 
comme cela peut arriver lorsque l'on établit sous ces charges des ber- 
ceaux rampants. Quelquefois dans les rampes couvertes par des linteaux, 
au lieu de simples corbeaux posés sous chacun de ces linteaux, c'est un 
large profil continu qui ressaute d'équerre au droit des pierres formant 
couverture, ainsi que l'indique la fig. 25. D'une nécessité de construction 




r.^<srz>î'.cS*K'-r, 



ces architectes ont fait ici, comme partout, un motif de décoration. 



[ ESCALIER ] — 320 — 

ESCALIERS DE CHARPENTE ET DE MENUISERIE. — Dcs escaliers de bois anté- 
rieurs au xvi" siècle, il ne nous reste que très-peu de fragments. Les plus 
anciens sont peut-être les deux vis du sacraire de la Sainte-Chapelle de 
Paris'; il est vrai que ce sont des chefs-d'œuvre de menuiserie du 
xiii"^ siècle. Cependant les architectes du moyen âge avaient poussé très- 
loin l'art de disposer les escaliers de bois dans des logis, et en ceci leur 
subtilité avait dû leur venir en aide, car de toutes les parties de la con- 
struction des édifices ou maisons particulières, l'escalier est celle qui 
demande le plus d'adresse et d'étude, surtout lorsque, comme il arrivait 
souvent dans les villes et même les habitations seigneuriales du moyen 
âge, on manquait de place. Ainsi qu'on peut le reconnaître en examinant 
les intérieurs des châteaux et des maisons, les architectes faisaient des 
escaliers de bois à un ou deux ou quatre noyaux, à double rampe ; Us 
allaient jusqu'à faire des escaliers à vis en bois tournant sur un pivot, de 
manière à masquer d'un coup toutes les portes des appartements des 
étages supérieurs. Dans son Théâtre de l'art du Charpentier, Mathurin 
Jousse (1627) nous a conservé quelques-unes de ces méthodes encore 
usitées de son temps ■^. « Personne n'ignore, dit cet auteur*, qu'entre 
« toutes les pièces de la charpente d'un logis, la montée ne cède en com- 
« modité et utilité à aucune autre ; estant le passage, est comme l'instru- 
« ment commun de l'usage et service que rendent les chambres, estages 
« et tout l'édifice : et si elle est utile, elle n'est pas moins gentille, mais 
« aussi difficile, tant pour le tracement, joinctures et assemblages, que 
« pour la diversité qui se retrouve en icelles : car outre les ordinaires, 
« qui se font communes à toutes les chambres d'un logis, il y en a qui 
« (bien qu'elles soient communes) ont néantmoins telle propriété, que 
« deux personnes de deux divers logis ou chambres peuvent monter par 
« icelles sans s'entre-pouvoir voir : et par ainsi une seule fera fonction de 
« deux, et sera commune sans l'estre. Il s'en faitencores d'autres façons, 
« non moins gentilles que les précédentes : car estans basties sur un 
« pivot, elles se tournent aisément, de sorte qu'en un demy-tour elles 
« peuvent fermer toutes les chambres d'une maison, et forclorre le pas- 
ce sage aux endroicts où auparavant elle le donnoit. . . » 

Avant de présenter quelques exemples d'escaliers en charpente ou 
menuiserie, il est nécessaire d'indiquer d'abord quels sont les éléments 



' Un seul de ces escaliers est ancien , le second a été refait exactement sur le 
modèle de celui qui existait encore au moment où les travaux de restauration ont été 
entrepris. 

'^ Nous l'avons dit déjà bien des fois, la Renaissance en France ne fut guère 
qu'une parure nouvelle dont on revêtissait l'architecture; le constructeur, jusqu'au 
milieu du xvii' siècle, restait français, conservait et reproduisait ses vieille» méthodes 
beaucoup meilleures que celles admises depuis celle épocjue jusqu'à la lin du dernier 
siècle. 

' ex VI 11' (i-ure, pa^e 155. 



— 321 



ESCALIER 



dont se composent ces montées. Il y a les escaliers à limons droits avec 
poteaux, les escaliers à noyaux et les escaliers à vis sans noyaux et à 
limons spirales. Les marches, dans les escaliers en bois du moyen âge, 
sont toujours pleines, assemblées dans le limon à tenons et mortaises. 
Soit (26) un limon droit présenté en face intérieure en A et en coupe 




en B ; chaque marche portera un tenon C avec un épaulement D, et sera 
légèrement embrévée dans le limon en E. Ces marches seront délardées 
par-dessous et formeront plafond rampant. Le limon portera aussi les 
poteaux de balustrades G qui viendront s'assembler dans des mortaises 
pratiquées dans les renforts H. Les bouts des marches avec leur tenon 
sont figurés en K. Ces marches étant pleines sont prises, habituellement, 
dans des billes de bois ainsi que l'indique le tracé L. Trois sciages 1 divi- 
T- V. . , 41 



I KSC.AMKK I 3*2^ — 

sent la bille en chêne de 0,50 c. de diamètre, ou environ en six triangles 
dans chacun desquels on trouve une marche, de façon à ce que le devant 
de chaque marche soit placé du côté du cœur du bois, le devant des mar- 
ches étant la partie qui fatigue le plus. S'il reste quelques parties d'au- 
bier ou des flaches, elles se trouvent ainsi dans la queue de la marche qui 
ne subit pas le frottement des pieds. Cette façon de prendre les marches 
en plein bois, le devant vers le cœur, a en outre l'avantage d'empêcher les 
bois de se gercer ou de se gauchir, les sciages étant précisément faits 
dans le sens des gerces. Ce débillardement des marches ne perd aucune 
des parties solides et résistantes du bois, les marches se trouvent toutes 
dans les mêmes conditions de dureté, et il reste en M de belles dosses que 
l'on peut utiliser ailleurs. On reconnaît que les constructeurs ont, soit 
pour les limons, soit pour les marches, choisi leurs bois avec grand soin 
afin d'éviter ces dislocations et ces gerces si funestes dans des ouvrages de 
ce genre. Quelquefois, mais rarement, les marches sont en noyer ou en 
châtaignier'. 

Ces premiers principes de construction posés, examinons d'abord un 
escalier à deux rampes et à paliers avec marches palières, limons droits et 
poteaux d'angle; c'est lescalier de charpente le plus simple, celui qui se 
construit par les moyens les plus naturels. Voici, fig. 27, en A^ le plan 
d'une montée établie d'après ce système ; la première marche est en B, 
on arrive au premier palier C, on prend la seconde rampe dont la marche 
est en D, on monte jusqu'au palier E, qui est au niveau du premier étage, 
et ainsi de suite pour chaque étage. L'échelle du plan est de 0,01 c. pour 
mètre. Faisons une coupe longitudinale sur a b, et présentons la au 
double pour plus de clarté. Ses quatre poteaux d'angles montent de fond 
et se posent sur un parpaing de pierre. Le premier limon repose égale- 
ment sur cette assise et vient s'assembler dans le poteau F qui reçoit à 
mi-bois la marche palière G, soulagée encore par une poutrelle assemblée 
à tenons et mortaises, et reposant sur le renfort H. Passons à la troisième 
rampe qui est semblable en tout à la seconde, et qui est figurée dans la 
coupe. Le limon est soulagé dans sa partie par un gousset 1 et un lien K. 
Les grands liens sont, surtout nécessaires pour empêcher le roulement et 
les poussées qui ne manquent pas de se produire dans un escalier de ce 
genre s'il dessert plusieurs étages; ils roidissent tout le système de char- 
pente, surtout si, comme nous l'avons tracé, on établit un panneau à jour 
dans le triangle formé par le poteau, le limon et ce lien. Les montants 
des balustrades sont assemblés dans les limons, et leurs mains-courantes 
dans les poteaux. 

Examinons maintenant comment se combinent les assemblages des 
limons dans les poteaux, les marches palières, les poutrelles de buttée des 
paliers, etc. Fig. 28 : en A, nous avons tracé sur une même projection 
verticale les poteaux en regard, la marche palière, la marche d'arrivée et 

' Parliciilièrenienl dans le cenlre rie la France. 



- 323 — 



ESCALIEK 




celle (le départ (c'est le détail de la partie L de la iiç^. 27) ; en B est figuré 



ESCALIER 




poteau ; en C, la poutrelle de buttée avec son double tenon et son profil en 



— 3^25 — 



KSCALIER 



G ; en D, le gousset du limon de départ; en EE', le limon d'arrivée; en 
FF';, le limon de départ avec son tenon ; en G, la dernière marche faisant 
marche palière; en H, la première marche de départ posant sur la 
marche palière avec son tenon I s'assemblant dans le poteau ; en K, la 
partie de la marche palière vue en coupe entre les deux poteaux. Cette 
marche palière^, assemblée à mi-bois dans le poteau et reposant en partie 
sur la poutrelle C, est fortement serrée dans son assemblage au moyen 
d'un boulon qui vient prendre le gousset D. Les poteaux ont 0,18 c. sur 
0,20 posés de champ dans le sens de l'emmarchement. Le gousset D et les 
limons EE', FF' ne sont pas assemblés dans les milieux des poteaux ; ces 
limons portent 0,15 c. d'épaisseur, et affleurent le nu extérieur des 
poteaux (voir le plan). Voyons les divers assemblages pratiqués dans le 
poteau, tracés dans le détail perspectif : En N est le renfort destiné à 
recevoir la poutrelle de buttée C; en P, les deux mortaises et l'embréve- 
ment d'assemblage de cette poutrelle; en R, l'entaille dans laquelle se 
loge la marche palière avec le trou S du boulon ; en T, It; gousset. Le tracé 
perspectif Q nous montre la marche palière du côté de ses entailles 
entrant dans celles R des poteaux. La dernière marche d'arrivée est figu- 
rée en U; la première marche de départ en V avec son embrévement et 
son tenon X; on voit en Y le trou de passage du boulon. Ce système d'es- 
caliers à rampes droites avec paliers persista jusqu'au xvii'' siècle; il était 
fort solide, ne pouvait se déformer comme la plupart de nos escaliers, dont 
les limons attachés seulement aux marches palières finissent toujours par 
fléchir. C'est de la véritable charpente dont tous les assemblages sont visi- 
bles, solides, et composent seuls la décoration. Rien ne s'opposait d'ail- 
leurs à ce qu'on couvrit ces poteaux, ces limons, ces liens, ces balustrades, 
de sculptures et de peintures; aussi le faisait-on souvent. 

On faisait en bois des escaliers à vis aussi bien qu'en pierre. Les plus 
anciens étaient construits de la même manière, c'est-à-dire que les mar- 
ches étaient pleines, superposées, et portaient noyau. On en façonnait 
à doubles limons qui pouvaient posséder deux rampes, ainsi que n.ous 




l'avons dit plus haut, c'est-à-dire (20) qu'en entrant indiflérennnent par 



I KSCALIER I — 32(i — 

Tune des deux portes CC, on prenait l'une ou l'autre rampe dont là 
première marche est en A. C'était un moyen de donner entrée dans les 
pièces des étages supérieurs par des portes percées au-dessus de celles CC. 
La personne qui sortait par la porte C ne pouvait rejoindre celle sortant 
par la porte QJ , les deux rampes gironnant l'une au-dessus de l'autre. 
Les deux noyaux étaient réunis par deux limons B se croisant. Ces 
escaliers, fort communs pendant le moyen âge et jusqu'au xvii'' siècle, 
étaient commodes, et on ne s'explique pas pourquoi on a cessé de les 
mettre en œuvre. D'un bout les marches débillardées, pleines, s'assem- 
blaient à tenon et mortaise dans les deux noyaux et dans les limons; 
de l'autre, elles étaient engagées dans la maçonnerie ou portaient sur un 
filet en charpente cloué le long d'un pan de bois. 

Mais souvent les escaliers à vis en bois étaient complètement isolés, for- 
maient une œuvre indépendante de la bâtisse. Ces escaliers mettaient en 
communication deux étages, et on les plaçait dans l'angle d'une pièce pour 
communiquer seulement à celle au-dessus. C'était là plutôt une œuvre de 
menuiserie que de charpenterie, traitée avec soin et souvent avec une 
grande richesse de moulures et de sculpture. Toutefois, les marches de 
ces escaliers de menuiserie restèrent pleines jusque pendant le xv^ siècle, 
portaient noyaux, et étaient réunies au centre au moyen d'une tige de fer 
rond, d'un boulon, qui les empêchait de dévier. Chaque marche (30), 
possédait son montant dans lequel elle venait s'assembler. Ces montants, 
d'un seul morceau pour chaque étage, étaient assemblés au pied dans un 
plateau en charpente, et au sommet dans un cercle également en char- 
pente. Cela formait une cage cylindrique ou un prisme ayant autant de 
pans qu'il y avait de marches en projection horizontale. Nous donnons en 
A le plan d'un quart d'un escalier de ce genre portant douze marches sur 
sa circonférence. Les montants sont en B, et le noyau porté par chaque 
marche en C. Les espaces EF donnent le recouvrement des marches l'une 
sur l'autre, le devant de chaque marche étant en F, et le derrière en E. Si 
nous faisons une élévation de ce quart de circonférence de l'escalier, nous 
obtenons la projection verticale G. On voit en I le boulon qui enfile les 
assises de noyau tenant à chaque marche. Les abouts des marches parais- 
sent en K, et reposent sur un gousset embrévé dans les montants. Le 
détail donne la section horizontale d'un montant au dixième de l'exécu- 
tion. En a est le tenon du derrière de la marche indiquée en a' sur le 
tracé perspectif M; en b est l'embrévement de la -tête du gousset; son 
tenon est indiqué en 6' sur le tracé perspectif N ; le derrière de la marche 
étant en e, et le devant de la marcîhe au-dessus en [. (chaque marche, 
reposant sur la queue de celle au-dessous qui porte le tenon a, n'a pas 
besoin d'un tenon sur le devant, d'autant que ces marches portent en 
plein sur le gousset J muni d'une languette P destinée a arrêter leurs 
abouts T. Une entaille R faite dans le poteau pei'met en outie à la mar- 
che de s'embréver dans ce montant. I.c tracé perspectif M montre le 
devant de la marche élégi en S, laboul visible à l'extérieur en T, les 



ESCAMKR 




£'. CW,Z/.1i//tf/yr. 



deux entailles laissant passer les montants et s'y emhrévant en Q. lem- 



I ESCALIER 1 — 328 

hrévement de la languette du gousset sous l'about et le débillardement 
postérieur en V, pratiqué pour dégager et allégir. C'est d'après ce prin- 
cipe que sont taillés les deux escaliers du sacraire de la Sainte-Chapelle du 
Palais (xni" siècle), et quelques escaliers de beifroi, notamment celui de 
la tour Saint-Romain à Rouen (xv^ siècle). Deux des montants, coupés à 
deux mètres du sol, et reposant sur une traverse assemblée d^ns les 
poteaux voisins, permettaient d'entrer dans ces cages et de prendre la 
vis. Il est clair qu'on pouvait orner les montants de chapiteaux, de mou- 
lures, que les goussets pouvaient être fort riches et les abouts des mar- 
ches profilés. Le boulon d'axe excepté, ces escaliers étaient brandis et 
maintenus assemblés sans le secours de ferrures ; c'était œuvre de menui- 
serie, sans emploi d'autres moyens que ceux propres à cet art si ingénieux 
lorsqu'il s'en tient aux méthodes et procédés qui lui conviennent. 

Vers le commencement du xv*" siècle, on cessa généralement, dans la 
structure des escaliers à vis en charpente ou menuiserie, de faire porter à 
chaque marche un morceau du noyau. Celui-ci fut monté d'une seule 
pièce, et les marches vinrent s'y assembler dans une suite de mortaises 
creusées les unes au-dessus des autres suivant la rampe. C'est ce qu'on 
faisait à la même époque pour les escaliers à vis en pierre, ainsi que nous 
l'avons dit plus haut. De même que l'on sculptait les noyaux en pierre, 
qu'on y taillait des mains courantes, qu'on y ménageait des renforts pour 
recevoir les petits bouts des marches, de même on façonnait les noyaux 
en charpente. Nous avons vu démolir dans l'ancien collège de Montaigu, 
à Paris, un joli escalier à vis en menuiserie, dont le noyau pris dans une 
longue pièce de bois de douze à quinze mètres de hauteur était fort habi- 
lement travaillé en façon de colonne à nervures torses avec portées sous 
les marches et main courante. Nous donnons (31) la disposition de ces 
noyaux de charpente au droit de l'assemblage des marches. En A on 
distingue les mortaises de chacune de ces marches avec l'épaulement infé- 
rieur R pour soulager les portées ; en C est la main courante prise dans la 
masse comme l'épaulement ; son profil est tracé en D coupé perpendicu- 
lairement à son inclinaison ; le profil de la corniche avec l'épaulement est 
tracé en E. 

Avant de finir cet article, disons un mot de ces escaliers pivotants dont 
parle Mathurin Jousse, et qui devaient être employés dans des logis où 
l'on avait à craindre les surprises de nuit, dans les manoirs et les donjons. 
Ces escaliers s'établissaient dans une tour ronde, dans un cylindre de 
maçonnerie percé de portes à la hauteur des étages où l'on voulait arri- 
ver. L'escalier était indépendant de la maçonnerie, et se composait (32) 
d'un arbre ou noyau à pivot supportant tout le système de charpente. Le 
plan de cet escalier est figuré en A, et sa coupe en R. A chaque étage 
auquel il fallait donner accès était ménagé un palier C dans la maçon- 
nerie. Nous supposons toutes les portes percées au-dessus de celle D du 
rez-de-chaussée. La première marche est en E; de E en F, les marches 
sont fixes et sont indépendantes du noyau en charpente monté sur un 



— 3'29 — I ESCALIER ] 

pivot inférieur en fer G, et maintenu au sommet de la vis clans un cercle 

31 • 



<r. c^'.ii/^Mi/r^r. 



pris aux dépens de deux pièces de bois horizontales. La première marche 
T. V. .i'2 



KSr.ALIKR j 



— 330 — 



assemblée dans le noyau est celle H ; elle est puissamment soulag;ée ainsi 
que les trois suivantes par des potences I. A partir de cette marche sou- 



32 



B 




A 




-'■i 



/ 



lagée H, commence un limon spirale assemblé dans les abouts des mar- 
ches, et poitant une cloison en bois cylindrique percée de portes au droit 



331 



KSCHIK 



des baies de maçonnerie D. Au-dessus de la troisième marche (partant 
de celle H) les autres marches jusqu'au sonuiiet de la vis ne sont plus 
soulagées que par les petits liens K, moins longs que les potences I, afin 
de faciliter le dégagement. Ainsi toutes les marches, le limon et la cloison 
cylindrique portent sur l'arbre pivotant 0. Lorsqu'on voulait fermer d'un 
coup toutes les portes des étages, il suffisait de faire faire un quart de 
cercle au cylindre en tournant le noyau sur son axe. Ces portes se trou- 
vaient donc masquées ; entre la marche F et celle H il restait un intervalle,- 
et les personnes qui l'auraient franchi pour pénétrer dans les apparte- 
ments, trouvant une muraille en face les ouvertures pratiquées dans le 
cylindre, ne pouvaient deviner la place des portes véritables correspon- 
dant à ces ouvertures lorsque l'escalier était remis à sa place. Un simple 
arrêt posé par les habitants sur l'un des paliers C empêchait de faire pivo- 
ter cette vis. C'était là un moyen sûr d'éviter les importuns. Nous avons 
quelquefois trouvé des cages cylindriques en maçonnerie dans des châ- 
teaux, avec des portes à chaque étage, sans aucune trace d'escalier de 
pierre ou de bois ; il est probable que ces cages renfermaient des escaliers 
de ce genre, et nous pensons que cette invention est fort ancienne ; il est 
certain qu'elle pourrait être utilisée lorsqu'il s'agit d'arriver sur plusieurs 
points de la circonférence d'un cercle à un même niveau. Nous avons l'oc- 
casion de parler des escaliers dans les articles château, maison, manoir, 

PALAIS. 



ESCHIF, S. m. Petite fortification flanquante que l'on faisait pour 
défendre les approches d'une porte, pour enfiler un fossé, lorsque les 
enceintes des villes consistaient en une simple muraille. Souvent les 
eschifs étaient des ouvrages en bois que l'on établissait provisoirement si le 

temps ou les ressources manquaient 
pour élever des tours. Lebeuf, dans 
son Histoire de la ville d'Auxerre ', 
dit qu'à la fin du xive siècle, on éleva 
autour de la ville d'Auxerre plusieurs 
eschifs... « On démolissoit en cer- 
c< tains endroits et on rebâtissoit 
« en d'autres; on donnoit la forme 
« de véritables tours à ce qui, au- 
« paravant , n'étoit qu'un sinjple 
« eschif; en un mot on fortifioit la 
« ville à proportion du produit des 
i( octrois que les rois Charles V et 
« Charles VI avoient accordés. » 
Après un siège durant lequel les murailles avaient été endommagées 
et les tours démantelées, on posait sur les courtines des eschifs (1) pour 

' Mém. coHcern. l'Iiisl. civ. et ecc/e.s. d'Auxerir, par l'abbé 1a'1)ouI', piibl. par 
MM. Challe et Qiiaiiliii. Anxerre, 1855. T. III, p. 279. 




-r. Ci//ii/ii//iror 



[ ÉTAl I — 332 — 

commander les dehors, pendant qu'on taisait exécuter les réparations 
jugées nécessaires ' . - 

ESCOPERCHE, s. f. P-erche ou baliveau posé verticalement pour sou- 
tenir les boulins d'un échafaud de maçon (voy. échafaud). L'escoperche 
est aussi une pièce de bois munie d'une poulie à son extrémité supérieure, 
et qu'on attache au sommet d'une chèvre pour en augmenter la hauteur 
ou lui donner plus de nez. 

ESTACHES, s. f. S'emploie au pluriel, et signifiait, pendant le moyen 
âge, une réunion de pieux (voy. clôture). 

ÉTAl, s. m. Pièce de bois droite, rigide, dont on se sert pour soutenir 
une construction qui menace ruine. On ne peut mettre en doute que les 
architectes, à dater du xiii'' siècle, n'aient été fort habiles dans l'art 
d'étayer les constructions, soit pour les consolider au moyen de reprises 
en sous-œuvre, soit pour en modifier les dispositions premières. La faci- 
lité avec laquelle on se décidait, au moment où l'architecture gothique 
apparut, à changer et reconstruire en partie des bâtiments à peine ache- 
vée afin de les mettre en harmonie avec les méthodes nouvelles qui pro- 
gressaient rapidement, tient du prodige, et ne peut être comparée qu'à 
ce que nous voyons faire de notre temps. 

Comme les architectes de cette époque du moyen âge opéraient sur des 
constructions généralement légères, dans lesquelles on ne trouve jamais 
un excès de force, il fallait nécessairement que leurs procédés d'étaiement 
fussent très-parfaits, car ces constructions pondérées, tenues en équilibre 
par des forces agissant en sens inverse, ne pouvaient se maintenir debout 
du moment qu'on en enlevait une partie, et il y avait à craindre, dans 
certains cas, que les étalements n'eussent une puissance de poussée assez 
forte pour déranger l'équilibre des constructions que l'on prétendait con- 
server. A voir la nature des reprises en sous-œuvre exécutées par les con- 
structeurs du moyen âge, on ne peut douter qu'ils n'aient employé très- 
fréquemment les chevalements, genre d'étaiement qui porte verticalement 
sans exercer aucune poussée ni pression. Ainsi les reprises faites vers le 
milieu du xiii* siècle dans le chœur de l'église de Saint-Denis, celles 
beaucoup plus hardies faites à la fin de ce siècle dans le chœur de la cathé- 
drale de Beauvais; vers le commencement du xiv'' siècle, dans les collaté- 
raux du chœur de Notre-Dame de Paris, près de la croisée, dans la cathé- 
drale de Nevers, dans celle de Meaux, dénotent une hardiesse et une 
habileté singulières. Il nous serait impossible de fournir des exemples de 
tous les cas d'étaiement qui peuvent se présenter; l'adresse, le savoir et 
l'expérience du constructeur peuvent seulement lui prescrire le système 
d'étaiement que chaque cas particulier demande. Nous nous garderons 

' Des anciennes forlificalious de Blois. Civilal. orbis terrarum , 1574. 



— 333 



ÉÏAI 



de prescrire des méthodes bonnes en telle circonstance, funestes en d'au- 
tres; nous nous contenterons d'indiquer des principes généraux. Ainsi, 
lorsqu'on étaye une partie d'un édifice, on ne doit pas songer seulement à 
prévenir les effets d'un mouvement dangereux qui s'est produit dans la 
construction, il faut prendre ses dispositions pour que, la partie à rem- 
placer étant enlevée, les pesanteurs ou les poussées ne puissent agir dans 
le sens ou contrairement à l'etfet produit; il faut que tout étaiement soit 
neutre. 

Si, par exemple, nous devons reprendre en sous-oeuvre les piles d'un 
vaisseau dans lequel l'effet indiqué, fig. 1, se serait produit, l'étaienient 




jF. C^/ZZ/IMffO 



AB, excellent pour arrêter la torsion des piliers CD, sera dangereux si 
nous enlevons la colonne DE pour la remplacer par une autre, car les 
pesanteurs, agissant de C en E, solliciteront l'étai AB à pivoter sur son 
patin G, et à faire rentrer l'arc IK en FK; ce qui produira une dislocation 
de toute la construction et un affaissement des parties supérieures. Dans 
ce cas, il faut se Lien garder de rien faire qui puisse modifier le boucle- 
ment de B en E. On doit se contenter de poser une batterie d'étrésillons 
LM, fig. i bis, et de placer de chaque côté de la pile à reprendre des che- 
valements NO, les arcs latéraux bien entendu étant cintrés ; alors on 
pourra enlever la pile RP et la reconstruire verticalement en ramenant 
son pied en R^ Lorsqu'il s'agit d'étayer un mur derrière lequel sont con- 
struites des voûtes, pour le reprendre en totalité ou en partie, fig. 2, la 
première opération à faire c'est de cintrer les arcs AB de la voûte ; quant 
à la pose des étais extérieurs, leur tête doit porter exactement au-dessus 



[ ÉTAI ] — 33-4 — . 

du point où la rupture est particulièrement apparente. Si la rupture du 




tf. ûi/ziLMi/Mor. 



mur ou du contre-fort est en C, la tête de l'étai doit porter en D, et pour 




recevoir cette tète, il est prudent de relancer d'abord dans la maçonnerie 
un bon morceau de pierre dure alin de ne pas faire porter sur cette tète 
un parement friable, fatigué ou sans liaison avec le massif. Soit A, 
fig. 2 bis, le vieux parement, on relancera avant tout une forte boutisse B 



— 335 — [ KTAl I 

eu pierre dure faisaut saillie sur le parenieut. et, posaut sous son lit infé- 




CUtLLfiUMOT^ 



rieur une bonne calle C en cœur de chêne, on serrera au-dessous la tête de 
l'étai D. Il n'est pas besoin de dire que l'architecte doit apporter la plus 
grande attention, en tous cas, au sol sur lequel repose la plate-forme, 
plateselle, sole ou patin recevant le pied d'un étai; trop souvent on 
néglige de s'assurer de la qualité résistante de ces points d'appuis ; il en 
résulte que les étais enfoncent leurs patins sous la charge. Ces plates- 
formes doivent être posées sur un sol uni; elles doivent être larges, 
épaisses, bien callées suivant l'inclinaison voulue, et garnies en bon plâtre 
par-dessous. A Paris, l'habitude que l'on a de faire de très-grandes con- 
structions, de reprendre en sous-œuvre des maisons très-élevées et très- 
lourdes, fait que l'on étaye généralement avec adresse et solidité; mais en 
province, nos architectes et entrepreneurs n'apportent pas toujours, dans 
ces opérations délicates, l'attention et le soin qu'elles exigent. 

F^e meilleur bois pour faire des étais est évidemment le sapin, parce 
qu'il est droit, long et extrêmement roide ; il est diificile de faire de bons 
étaiements en chêne, d'une longueur médiocre généralement, courbe 
souvent, lourd, d'un levage plus pénible par conséquent. Toutefois, dans 
les étaiements, .le chêne doit être de préférence employé pour les plates- 
formes, pour les calles et les chapeaux des chevalements, parce que son 
tissu ne s'écrase pas sous la charge comme celui du sapin. Le peuplier, 
que dans quelques parties de la France on emploie comme étai, est un 



ET AI 



— 336 — 



bois beaucoup trop flexible ; il se courbe et se tourmente en tout sens sous 
la charge, si bien moisé qu'il soit. 

Pour obtenir un étaiement simple d'une grande puissance, on ne doit 
jamais se fier à un seul brin de sapin, si gros et sain qu'il soit; il est néces- 
saire de doubler l'étai, c'est-k-dire de placer deux étais dans le même plan 
perpendiculaire à la face du mur ou de la pile à étayer, et de moiser 
ensemble ces deux étais. Un étaiement puissant est celui-ci, fig. 3, et 




jamais les deux ou trois brins posés dans un même plan ne doivent être 
parallèles ; ils doivent toujours former un triangle ou une portion de 
triangle, par cette raison qu'un triangle ne peut se déformer : étant moisés, 
les brins posés non parallèles présentent un tout homogène, comme une 
équerre énorme; tandis qu'étant parallèles, ils peuvent, ainsi que le 
démontre la fig. 3 bis, si bien moisés qu'ils' soient, se contourner sous la 
charge. 11 n'est pas indifférent de poser les étais plus rapprochés au som- 
met ou au pied. Si (fig. 3) un mur AB présente un bouclement brusque en 
C, la batterie d'étais devra être posée comme l'indique le tracé D, c'est- 



337 



[ t.ïW 



à-dire que les deux brins seront plus écartés à leur pied qu'à leur som- 
met, car le bouclement étant en C, s'il faut soutenir et buter la partie 




supérieure A, il serait dangereux d'agir sous forme de pression de l'exté- 
rieur à l'intérieur en E, ce qui arriverait infailliblement si le grand brin 
GH prenait charge ; alors on risquerait d'aggraver la rupture de la maçon- 
nerie au-dessous du bouclement. Mais si un mur est bouclé d'une manière 
uniforme, ainsi que l'indique le tracé F, les deux brins d'étais doivent 
être plus écartés à leur sommet qu'à leur pied, car si la maçonnerie s'ap- 
puie sur le brin supérieur G'H', et que ce brin prenne charge, toute la 
pesanteur et la'poussée du dedans au dehors se reporteront sur le second 
brin IK; il faut alors que celui-ci ne porte pas seulement, mais qu'il 
contre-butte, par son inclinaison, le bouclement qui tendrait à s'augmen- 
ter en K. 

S'il est nécessaire de poser des brins doublés et même triplés dans un 
plan perpendiculaire au mur à étayer lorsqu'on veut obtenir une grande 
force, et pour empêcher les brins de se courber dans leur plan, il faut 
aussi les empêcher de se courber en sortant du plan perpendiculaire, de 
se gauchir, en un mot ; pour ce faire, il est bon de poser des batteries 
d'étais comme l'indique la fig. A, en plan et en perspective ; ces deux bat- 
teries non parallèles devront être rendues solidaires par des moises. Ainsi, 
par la disposition des étais, le système ne formera plus qu'un corps solide, 
très-résistant, représenté par le tracé 0, une manière de contre-fort d'un 
seul morceau ne pouvant ni glisser ni se déformer. Ces sortes d'étalements 
sont très-bons pour maintenir des murs de terrasses poussés par des 
terres, et qui menacent de céder à une très-forte pression. 

Rien n'est plus satisfaisant pour l'œil qu'un étalement bien combiné et 
exécuté. Tout architecte qui aime son art ne doit pas seulement indiquer 
la disposition des étalements, il doit encore veiller avec une sorte de 
coquetterie à ce que le charpentier emploie des bois proportionnés comme 
force à leur destination ; à ce que les brins soient nets, bien coupés comme 
il convient; à ce que les moises soient entaillées, coupées de longueur, ni 
trop fortes ni trop minces ; à ce que les plates-formes présentent sous le 
pied des étais une surface lisse, plane, un sciage, autant que possible, afin 

T. V. 43 



ET AI 



— 338 



de permettre de serrer les étais parfaitement dans leur plan ; à ce que les 
calles soient proprement coupées, en bon bois, les broches ou pointes qui 





M 



les maintiennent enfoncées droit ; à ce que les maçonneries sous les plates- 
formes soient faites avec soin, débordant régulièrement de chaque côté la 
largeur des plates-formes. 

Il se présente des circonstances où on ne peut, ni poser des chevale- 
ments, ni des étais ordinaires, ni des étrésillons, et où il faut reprendre, 
par exemple, une pile en sous-œuvre, parce que les assises inférieures se 
seraient écrasées ou auraient été endommagées gravement. Soit, fig. 5, 
une pile cylindrique A portant des arcs dans tous les sens, quatre arcs 
doublea'ux et quatre arcs ogives ; cette pile soutient deux ou trois étages 
d'autres piles avec voûtes : impossible, ni d'étayer, ni d'établir des cheva- 
lements. On peut cintrer les huit arcs, mais cela n'empêchera pas le poids 
des piles supérieures d'agir sur la pile inférieure. Les assises basses de 
cette pile sont écrasées. Nous établirons un châssis en bois de chêne d'un 
fort équarrissage qui sera fait ainsi que l'indique le tracé B en perspective, 
et B' en plan, ave^ des joints, des tenons et mortaises gais, des boulons b 




et des ciels c qui perniettiont de serrer fortement ce châssis contre le 



[ ÉTAl I — 340 — 

cylindre. Ce châssis enveloppera la pile cylindrique au-dessous de Tastra- 
gale du chapiteau (voir le tracé D) ; nous maçonnerons en bon plâtre tout 
rintervalle entre le dessus du châssis C et les cornes du tailloir E du cha- 
piteau. Sous les angles du châssis nous poserons huit chandelles G, indi- 
quées aussi en G' sur le tracé B, assez inclinées pour nous permettre de 
passer les assises à remplacer H. Mais sous le chapiteau il existe un ou 
deux tambours intacts qu'il faut conserver. Nous ferons faire quatre 
équerres en fer, suivant le tracé F, de la hauteur des tambours à con- 
server; ces équerres seront fixées avec des vis à tète carrée et entaillées 
sur le châssis : leur patte I viendra mordre le lit inférieur du tambour à 
conserver. Cela fait, nous pourrons enlever l'assise K à la masse et au 
poinçon, puis déposer les tambours inférieurs et les remplacer en pierre 
neuve. Si toute la pile inférieure est écrasée, si son chapiteau est brisé, si 
les sommiers des arcs sont mauvais, nous procéderons de la même 
manière pour le chapiteau de la colonne au-dessus, fig. 6 : nous ferons 
passer les huit chandelles à travers les huit remplissages des voûtes (voir 
le plan M) en P, nous ferons descendre nos équerres en fer jusqu'au 
point malade, soit 0, et nous démolirons toute la partie inférieure pour la 
rebâtir en sous-œuvre; enlevant les voûtes (une fois la pile supérieure 
étayée), nous remonterons d'abord la pile inférieure avec ses sommiers 
d'arcs, et, cela terminé, on enlèvera les chandelles et le châssis, et on 
reposera les voûtes sur cintres sans embarras. 

Si l'on ne peut se fier à la solidité des chapiteaux ou si les piles n'en 
possèdent pas, si ces chapiteaux eux-mêmes sont à reprendre parce qu'ils 
seraient brisés , on peut avoir recours à des chevalements avec chapeaux 
en fer. 

Il arrive, par exemple, que des piliers (7) recevant deux archivoltes A, 
deux arcs ogives B et un arc-doubleau C, plus en D la charge de piles 
supérieures portant des voûtes hautes, ont été affamés, brisés, ou qu'ils 
se sont écrasés jusques au-dessus des sommiers des arcs. Dans ce cas, 
pour reprendre ces piliers, leurs chapiteaux et leurs sommiers en sous- 
œuvre, il ne s'agit pas seulement d'étayer les constructions supérieures ; 
il faut encore que ces étalements permettent de manœuvrer de gros blocs 
entre eux et de les faire arriver à leur place, sans trop de difticulté, de les 
bien poser et de les bien ficher. Étayer n'est rien, mais étayer de manière 
à permettre de reconstruire entre les étais est souvent un problème diiîi- 
cile à résoudre. 

Soit donc E', en élévation la pile E; non-seulement cette pile est mau- 
vaise, mais les sommiers des arcs sont brisés jusqu'en F. A partir de ce 
niveau, la maçonnerie, qui prend plus d'épaisseur, s'est consei'vée ; il s'agit 
d'enlever toute la construction comprise entre F et G. D'abord, nous po- 
serons un cintre sous l'arc-doubleau C, deux cintres sous les deux arcs- 
ogives B, puis, fig. 7 bis, nous poserons sous les deux archivoltes A deux 
étalements disposés comme l'indique notre tracé; en HH nous placerons 
deux étais ordinaires pour bien maintenir le dévers de la pile, nous eiilè- 



— 3M 



ÉTAI 



verons les premiers claveaux des archivoltes de I en K ; ce qui nous per- 
mettra de faire deux entailles L dans les tas de charge conservés pour faire 




passer deux fortes pièces de fer composées de quatre fers réunis M et 
frettés, d'une force proportionnée à la charge. Ces deux fers reposeront 



ET Al 



— 34-2 — 



sur des chevalets N portant des chapeaux en chêne 0. En plan, cet étale- 
ment présente la projection horizontale tracée en P; la i)ile est en E", les 




£. Ci/LLAi/MC''. 



cintres en €' B'B', les contre-tiches d'archivoltes en A'^ les chevalets en N' 
avec leurs chapeaux en 0'. Les barres de fer sont marquées par deux 
traits noirs. Les étais de dévers opposés aux poussées sont projetés en H'. 
Ceci doit être combiné et placé de manière que, à la hauteur des assises 
des chapiteaux, tailloirs et sommiers, assises que nous supposons en 
deux morceaux chaque , l'écartement ST entre les contre-fiches A' et les 
pieds du chevalement N' soit assez large pour faire passer ces morceaux. 
Il faut aussi que le chapeau du chevalet postérieur dégage l'arc-doubleau (> 
et ne puisse gêner le remplacement des premiers claveaux de cet arc s'il 
y a lieu. Les assises reposées doivent être fortement callées sous le tas de 
charge V. Les claveaux bien posés et fichés au-dessus des sommiers, on 
enlève les deux fers L et on bouche les trous peu considérables qu'ils ont 
laissés. Les chevalets et barres de fer étant enlevés en premier, on enlève 
les contre-fiches d'archivoltes et, seulement quand les mortiers sont bien 
secs, les deux étais H. On comprend que l'ordre dans lequel des étais 



— 343 — L ÉTAi 

doivent être enlevés n'est, pas une chose inditlërenle, car si les étais rem- 




plissent bien leur fonction (et , dans un cas pareil , il faut qu'ils la rem- 
plissent puisqu'ils portent seuls toute la charge), lorsque les reprises en 



[ ÉTAt J — 344 — 

sous-œuvre sont terminées, si bien faites qu'elles soient^ ce sont toujours 
les étais qui portent. Du moment qu'on les desserre, les constructions 
nouvelles prennent charge ; il est donc important : 1" qu'elles ne prennent 
chargeque successivement; 2° queles pesanteurs agissent surelles également 
et dans le sens vertical. Souvent un étai desserré trop tôt ou intempesti- 
vement fait éclater les substructions les mieux établies. L'important, c'est 
de desserrer ensemble les étais en regard, comme, par exemple, dans la 
fig. 7 bis, les deux batteries d' étais d'archivoltes A. Du reste, il en est des 
étaiements comme de beaucoup d'autres choses qui tiennent de l'art du 
constructeur : autant d'exemples, autant de cas particuliers; par consé- 
quent, autant de procédés applicables à ces cas particuliers. On ne peut 
que poser des principes généraux et indiquer quelques-unes des mille 
applications qui se présentent chaque jour. Nous dirons que le premier 
soin d'un architecte qui veutétayer des constructions, c'est de savoir exac- 
tement comment elles ont été faites, quels ont été les procédés employés 
par les constructeurs, quelles sont leurs habitudes, leurs appareils, quels 
sont leurs défauts et leurs qualités ordinaires, car on doit parer d'avance 
à ces défauts et profiter de ces qualités. 

Les édifices de la période gothique étant élastiques, toujours équilibrés, 
il arrive que ces propriétés peuvent vous servir si vous les connaissez 
exactement, ou qu'elles peuvent déterminer des accidents si vous n'en 
tenez compte. Nous avons vu reprendre en sous-œuvre des constructions 
qui, h cause de leur hauteur et de leur poids énorme, ne pouvaient être 
étayées, comme des clochers, par exemple, posés sur quatre piliers, et 
cela par des moyens très-simples, très-peu dispendieux, parce que les 
constructeurs qui dirigeaient ces reprises savaient profiter de la flexibilité 
de ces bâtisses et utilisaient les conditions d'équilibre. Mais quand une 
reprise en sous-œuvre, par les moyens extraordinaires employés, coûte 
plus cher que ne coûterait la reconstruction totale de la portion du monu- 
ment à consolider, ce n'est plus de l'art. Disons encore que tout édifice 
étayé pour être repris exige une surveillance constante. L'architecte doit 
observer les moindres symptômes qui se manifestent; l'ouverture d'un 
jour, la fêlure d'une pierre, sont toujours alors le signe d'un mouvement 
qui, si faible qu'il soit, doit être constaté, et l'architecte ne se donnera pas 
de repos qu'il n'en ait reconnu la cause pour y remédier. Une calle mise 
à propos, une chandelle posée à temps, préviennent souvent les plus sé- 
rieux accidents. Si des mouvements se manifestent, faut-il au moins qu'ils 
viennent pour ainsi dire en aide à l'architecte, qu'ils entrent dans son 
système général de soutènement. Il est même de ces cas très-graves où 
l'architecte doit provoquer ces mouvements , comme l'habile médecin , 
pour traiter une inflammation locale , attire le mal sur une autre partie 
du corps. On pourrait dire que tout étaiement dans les constructions con- 
siste à prévenir un mal ; mais dans les édifices gothiques, il ne suffit pas 
de prévenir, il faut détourner ce mal : car, le système de la bâtisse gothique 
reposant sur les lois d'équilibre, si un point faiblit, toutes les pesanteurs 



— 345 — I ÉTONNÉ ] 

verticales ou obliques se reportent sur ce point faible : il s'agit donc de 
rétablir ces lois d'équilibre, et, pour cela, non-seulement il faut soutenir 
et reprendre la partie qui souffre, mais il faut reporter ailleurs les pesan- 
teurs excédantes; autrement, la reprise achevée, l'équilibre serait toujours 
rompu, et le mal auquel on aurait apporté remède sur un point se pro- 
duirait bientôt ailleurs. 

ÉTANÇON, s. m. Pièce de bois posée verticalement sous une construc- 
tion pour arrêter un écrasement. L'étançon ne fait que résister dans le 
sens vertical ; il est généralement court ; lorsqu'il dépasse une longueur 
de deux à trois mètres, on lui donne le nom de chandelle. 

On désignait aussi par étançon, pendant le moyen âge, des potelets 
verticaux que les mineurs posaient sous les murailles sapées pour les 
empêcher de s'écrouler sur les ouvriers. Lorsqu'on voulait faire tomber les 
murs, on mettait le feu aux étançons (voy. architecture militaire, siège). 

ÉTAYEMENT, S. m. On écrit aussi élaiement, action d'étayer, ou com- 
binaison d'étais (voy. étai). 

ÉTONNÉ, p. On dit : Ce fer est étonné, cette pierre est étonnée ; ce qui 
signifie que ce fer a subi un choc, une épreuve qui, n'ayant pas causé 
une rupture immédiate, ont cependant prédisposé le métal à se rompre 
facilement ; que la pierre a de même été désagrégée par une action phy- 
sique, ou fêlée par un choc, et qu'elle se trouve aussi dans de mauvaises 
conditions de résistance. Un forgeron maladroit peut étonner son fer s'il 
lui donne un coup de marteau à faux lorsqu'il commence à se refroidir ; 
un tailleur de pierre peu soigneux étonne son bloc en le taillant, si, par 
exemple, il fait un évidement sans prendre le temps d'enlever la pierre 
peu à peu. Il étonne les parements en employant la boucharde, c'est-à-dire 
qu'il les prédispose à se décomposer plus facilement sous l'action des 
agents atmosphériques. Les architectes du moyen âge, qui n'étaient pas 
avares d'évidements, avaient le soin de les profiler de façon à ce que le 

i 



A ^^- C 



\ 

I 













I 

s 



J0L- 



tailleur de pierre ne fût pas entraîné à étonner la pierre. Ainsi, par 
exemple, les sections horizontales des piles composées de faisceaux de 
t. y. x\ 



ÉTRÉSILLON 



— 340 — 



colonnettes, celles des arcs moulurés portent toujours, dans les angles 
rentrants, des gorges ou des filets plats qui arrêtent l'outil assez à temps 
pour l'empêcher d'étonner la pierre. Si nous profilons une pile d'après le 
tracé A, fig. 1, il est certain que pour obtenir les aiguités B, le tailleur de 
pierre étonnera son bloc ; mais si nous traçons la section C, en réservant 
des filets plats D dans ces angles rentrants, nous éviterons ce grand in- 
convénient; la pierre, quoique évidée, conservera son nerf (voy. profil). 



ÉTRÉSILLON, S. m. Pièce de bois destinée à empêcher deux parties 

d'une construction de se rapprocher. 
Lorsqu'un mur percé de baies fléchit, se 
disloque, la première opération à faire est 
d'étançonner les baies (d). A sont les 
étançons serrés entre les tableaux des 
baies sur des couches verticales B. 

Dans les maçonneries, les architectes 
du moyen âge ont souvent admis l'étré- 
sillonnement comme un moyen de cou- ' 
struction fixe, ainsi que les arcs-boutants, i 
qui peuvent bien passer pour un étaie- i 
ment permanent. Le porche sud de la ca- | 
thédrale du Puy-en-Vélay , bâti vers 1150, présenté un exemple très- 
étrange de l'emploi des étrésillons fixes dans la maçonnerie. Ce porche 




£. LjfiXAi'Mar. 




s'ouvre par une grande archivolte possédant un arc isolé concentrique (2), 



— 347 — [ ÉTUVK ] 

absolument inutile, pure décoration qui est maintenue au moyen de trois 
petits pilastres isolés, destinés à empêcher son relèvement ou sa déviation 
hors du plan vertical. La coupe A, faite sur le milieu de l'archivolte, 
indique, en B, le sous-arc isolé et son petit pilastre d'axe C. Avec plus de 
raison, des roses circulaires, inscrites dans des triangles curvilignes, 
sont étrésillonnées dans les deux angles inférieurs par de petites co- 
lonnettes qui empêchent les claveaux de sortir de la courbe (3). On voit 




une disposition de ce genre adoptée pour maintenir les claveaux des 
roses des deux fenêtres ouvertes au-dessus des portes latérales de la 
façade de la cathédrale d'Amiens. Par le fait, les grandes roses de nos 
églises françaises, à dater du milieu du xm' siècle, ne se composent que 
d'un système d'étrésillonnement de pierre (voy. rose). 

ÉTUVE, s. f. Bains. Personne n'ignore le soin avec lequel les Romains 
établissaient des bains publics et privés. Les anciens considéraient les 
bains chauds et froids non-seulement comme un des meilleurs moyens 
d'entretenir la santé; mais encore c'était pour eux une habitude, un 
plaisir. Nos cercles dans les grandes villes, et nos cafés dans les petites 
localités, sont les seuls établissements, aujourd'hui, qui peuvent nous 
donner l'idée de ce qu'étaient les bains chez les Romains. On se rendait 
aux bains pour se baigner, mais plus encore pour se réunir, pour connaître 
les nouvelles du jour, pour parler de ses atfaires et de ses plaisirs. Ces 
usages qui tiennent à une civilisation avancée devaient s'altérer évidem- 
ment lorsque les barbares se répandirent dans l'Occident. Cependant les 
Germains, si nous en croyons Tacite, se levaient tard et se baignaient le 
plus souvent dans de l'eau tiède ; après quoi ils prenaient quelque nourri- 
ture ' . Charlemagne paraît avoir adopté entièrement à cet égard les usages 
des Romains. Eginhard^ dit que ce prince aimait beaucoup les bains 

' SlatiiVi e somno, quem plerumque in diem extraimnt, lavantur, sœpius calida, 
ut apudquos plurimum hiems occupât. Lauti cibum capiunt.... {Germania, cap. xxii.) 
^ Vila Kuroli imperatoris, §xii. 



[ ÉTUVE I — 34S — 

d'eaux thennalet). « Passionné pour la natation, ajoute-t-il, Charles y de- 
« vint si habile, que personne ne pouvait lui être comparé. C'est pour 
« cela qu'il fit bâtir un palais à Aix-la-Chapelle , et qu'il y demeura con- 
« stamment pendant les dernières années de sa vie, jusqu'à sa mort. Il 
« invitait à prendre le bain avec lui, non-seulement ses fils, mais encore 
« ses amis, les grands de sa cour et quelquefois même ses soldats et ses 
« gardes du corps, de sorte que souvent cent personnes et plus se bai- 
ce gnaient à la fois. » Il n'est pas douteux que Charlemagne en ceci, comme 
en beaucoup d'autres choses, ne faisait que reprendre les habitudes des 
Romains de l'antiquité. 

On ne trouve plus trace de ces grandes dispositions à partir du x^ siècle ; 
et les bains, depuis le xii^ siècle, ne sont que des étuves, c'est-à-dire des 
établissements analogues à ceux que nous possédons encore aujourd'hui, 
si ce n'est que les baignoires étaient en bois, en marbre ou en pierre, et 
les chambres de bains probablement moins incommodes que les nôtres. 
Il était assez d'usage, pendant le xiii^ siècle, de se baigner en compagnie, 
quelquefois même dans la même cuve. 

« Puis revont entr'eus as estuves, 
« Et se baignent ensemble es cuves 
« Qu'ils ont es chambres toutes prestes, 
« Les cbapelès de flors es testes, 



Et 

« Quand vendroit la froide saisons, 



tout étant bien clos, on allumerait bon feu ; 

« On feroient estuves ebaudes, 

" En quoi lor baleries baudes 

« Tuit nuz porroient démener, 

« Quant l'air verroient forcener, 

« Et geter pierres et tempestes, 

« Qui tuassent as champs les bestes, 

« Et grands flueves prendre et glacier ^ » 

11 paraîtrait qu'alors (au xiii" siècle) il y avait des salles de bains dans 
les châteaux, mais qu'il existait des étuves publiques très-fréquentées dans 
les villes. En effet, beaucoup de villes anciennes ont conservé leur rue 
des Etuves. Dans l'excellente Histoire de Provins , de M. Bourquelot', 
nous lisons ce passage : « Quant aux étuves, la première mention que 
« nous en trouvons existe dans un titre de mai 1236, d'après lequel 
« Raoul de Brezelle, chevalier, donne aux pauvres de la Maison-Dieu de 
« Provins xii den. de cens qu'il avait et percevait annuellement sur cinq 

' Le Roman de la Rose, vers 11,132 et suiv. 
" lliid., vers 17,875 et suiv. 
' T. I, p. 277. 1839. 



— 349 — [ ÉTUVE I 

M chambres sises derrière l'Hôtel-Dieu, entre le monnayeur et les bains, 
« inler monctarium et balnea. Il est probable que ces bains, qui occu- 
« paient l'emplacement où l'on voit encore le gracieux hôtel des Lions, 
« étaient les seuls qu'il y eût primitivement à Provins, et leur ancienneté 
« leur avait fait donner le nom de vieux-bains. Ils tombaient en ruines 
« en 1356. Louis-le-Hutin en établit de nouveaux en 1309 à cause de 
« l'affluence du peuple, ob afjluenliam populi, ditMoissant*; mais cette 
« afïluence ne fut pas de longue durée, car nous voyons quelque temps 
« plus tard le louage des bains diminuer d'année en année d'une manière 
« sensible '. » 

Ces étuves ne consistaient qu'en des chambres plus ou moins spacieuses 
dans lesquelles on disposait des cuves remplies d'eau tiède au moyen de 
conduites, comme cela se pratique encore aujourd'hui. Dans les palais, les 
salles de bains étaient décorées souvent fort richement. Sauvai ^ rapporte 
qu'à l'hôtel Saint-Pol, et à l'hôtel du Petit-Muce, le roi Charles V avait fait 
disposer pour la reine des chambres de bains qui étaient pavées de pierres 
de liais, « fermées de portes en fer treillisé, et entourées de lambris de 
« bois d'Irlande ; les cuves étaient de même bois , ornées tout autour de 
« bossettes dorées, et liées de cerceaux attachés avec des clous de cuivre 
« doré. » 

Depuis le xive siècle, dit ailleurs le même auteur *, « nos rois bâtirent 
« des étuves à la pointe de cette isle (du Palais) ^, et pour celles firent faire 
« un logis nommé la maison des Étuves , tant pour eux et pour leurs 
« enfans que pour les prmces et autres grands seigneurs logés avec eux ; 
« car en ce temps-là il y en avoit non-seulement dans tous les palais et 
« les grands hôtels , mais même dans plusieurs rues de Paris, destinées 
« exprès pour cela; d'où vient que quelques-unes conservent encore ce 

« nom de rue des Étuves Pour ce qui est des Etuves de cette Isle, 

« elles furent données par Henri II aux ouvriers de la Monnoie, au moulin 
« qu'il fit fabriquer en cet endroit-là, mais qu'on ruina lorsqu'on entre- 
« prit le Pont-Neuf. » 

Chez les particuliers on avait des cuviers qui servaient de baignoires et 
que l'on plaçait dans une chambre lorsqu'on voulait se baigner ; on appelait 

cela tirer le bain « Il fit tantost tirer les bains, chauffer les estuves. » 

On prenait même parfois ses repas étant ainsi au bain : « Tantost se bou- 
« terent au bain, devant lequel beau souper fut en haste couvert et servi ®. » 



' « En 1309, on fait le pavement des bains avec des pierres de Paris, on appa- 
'< reille fournel, chaudières et étuves. » 

' « En 1311, les bains-neufs sont loués 240 livres; en 1315, 100; en 1320, 60; 
« en 1325, 95. » 

^ Hist. et anliq. de la ville de Paris, t. H, p. 280. 

' Ibid., t. I, p. 99. 

' Vers le terre-plein du Pout-Neuf, 

" La Médaille à revers. {Cent nouvelles nouvelles.) 



[ ÉVANGÉHSTES ] 350 — 

Et ailleurs : « Un jour entre les autres Madame eut voulenté de soi bai- 
ce gner, et fist tirer le baing et chautîer les estuves en son hostel ^ » Un 
grand nombre de vignettes, de manuscrits des xiv^ et xv" siècles, nous 
montrent des personnages prenant des bains dans des sortes de cuviers de 
bois installés dans une chambre. Chacun connaît le conte du Cuvier -, qui 
date du xiii" siècle. De toutes les citations qui précèdent, et auxquelles 
nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres si nous ne craignions d'être 
trop long, on peut conclure ceci : que, pendant le moyen âge, l'usage des 
bains, comme on les prend aujourd'hui, était fort répandu; qu'il existait 
des établissements publics de bains dans lesquels on trouvait des étuves, 
tout ce qui tient à la toilette ; où l'on mangeait et où l'on passait même la 
nuit; que dans les châteaux et les grands hôtels il y avait des salles affec- 
tées aux bains, presque toujours dans le voisinage des chambres à coucher; 
que l'usage des bains, pendant les xvi" et xvii^ siècles, fut beaucoup moins 
répandu qu'il ne l'était avant cette époque et presque exclusivement admis 
par les classes élevées ; que ces établissements publics, pendant le moyen 
âge, ne présentaient pas des dispositions particulières, et ne consistaient 
qu'en des chambres dans lesquelles on plaçait des cuviers. 

ÉVANGÉLISTES , S. m. Les quatre évangélistes , saint Luc, saint 
Mathieu, saint Jean et saint Marc, sont, dès les premiers siècles du 
moyen âge, représentés, soit sous forme de figures d'hommes drapés, 
tenant un livre, soit par quatre figures symboliques : Saint Luc, par le 
bœuf; saint Mathieu, par l'homme; saint Jean, par l'aigle; saint Marc, 
par le lion. Quelquefois le personnage et le symbole se trouvent réunis, 
et même les évangélistes ont des corps d'hommes avec des têtes de bœuf, 
d'homme, d'aigle et de lion. Dans l'article animaux, nous avons donné 
des exemples des figures symboliques appliquées aux évangélistes, et 
dans l'article église personnifiée, on peut voir la Nouvelle Loi assise sur 
une bête à quatre têtes et à quatre pieds appartenant aux quatre symboles 
des évangélistes. 

Les sculpteurs et les peintres du moyen âge ont aussi représenté les 
quatre évangélistes assis ou montés sur les épaules des quatre grands 
prophètes de l'Ancien Testament. Au portail du nord de la cathédrale de 
Bamberg, de belles sculptures du xii'' siècle nous montrent les quatre 
évangélistes ainsi placés (1). A Bamberg, l'évangéliste tient un volumen; il 
est monté sur les épaules du prophète, auquel l'artiste a donné la pose d'un 
équilibriste; le prophète tourne son visage du côté de l'évangéliste : ce 
dernier est nimbé. Une colombe (l'Esprit-Saint), placée dans le chapiteau, 
porte un phylactère dans son bec. Le vitrail du croisillon méridional de 
la cathédrale de Chartres nous a conservé, en peinture, le même sujet; 

' La Pèche de Vanneau. [Cent nouvelles nouvelles.) 

^ Voy. l'extrait donné dans le Recueil de fabliaux des xii<^ et xiir siècles, t. 111, 
page 135. 



— 351 — [ ÉVANGÉLISTES ] 

mais à Chartres les évangélistes sont assis sur les épaules des prophètes, 

; 



H"?»* 



jambe de-ci, jambe de-là. Dans ce vitrail, saint Jérémie porte saint Luc; 
Isaïe, saint Mathieu ; Ézéchiel, saint Jean ; Daniel, saint Marc. « La place, 



I ÉVIER I — 35^ — 

« dit M. Didron*, que ces attributs et les évangélistes doivent occuper est 
« celle-ci^ en ligne ascendante, de bas en haut : le bœuf, le lion, l'aigle, 
« l'ange (l'homme) ^ . . Dans les angles d'un carré, comme on les met 
« très-souvent, les attributs des évangélistes doivent être constamment 
« placés dans cet ordre hiérarchique : en haut, l'ange est à droite et 
« l'aigle à gauche (du Christ) ; en bas, le lion est à droite et le bœuf sous 
« l'aigle. Quand cet ordre n'est pas suivi, il y a erreur. Cependant on n'a 
« pas toujours été d'accord, ni sur la place à leur donner, ni sur l'appli- 
« cation spéciale qu'on en devait faire à chacun des évangélistes...» 
Depuis le xn^ siècle, dans les monuments occidentaux, l'ordre que nous 
donnons est suivi sans exceptions, quant à l'application des symboles, à 
chacun des évangélistes. 

ÉVANGILE, s. m. Livre renfermant les quatre évangiles. Dans les sculp- 
tures et peintures du moyen âge, à dater du xi" siècle, le livre des évan- 
giles est placé entre les mains du Christ-Homme, sous la forme d'un livre 
ouvert ou fermé; le plus souvent fermé à partir du xiii* siècle. Dans les 
représentations d'autels, on voit le livre des évangiles posé sur la table et 
fermé. 

ÉVÊCHÉ, s. m. Evesquie, eveschie. Palais épiscopal. Les palais épis- 
copaux ou archiépiscopaux ne diffèrent en rien des habitations seigneu- 
riales urbaines du moyen âge. Ils possèdent leur grand'salle (salle syno- 
dale), leurs portiques ouverts, de vastes logements; presque toujours ils 
conservent les signes de la demeure féodale, c'est-à-dire qu'ils sont forti- 
fiés sur les dehors, munis de créneaux et de tours (voy. palais, salle, 
tour). Il ne nous reste en France que peu d'évéchés ou archevêchés 
anciens. Toutefois, nous signalerons ici le palais archiépiscopal de Nar- 
bonne, xiv^ siècle (aujourd'hui hôtel de ville et musée) ; les évêchés de 
Laon, xiii" siècle (palais de justice aujourd'hui), de Meaux (substruction et 
chapelle du xii" siècle), d'Auxerre, xii* et xiir"" siècles (préfecture aujour- 
d'hui); les palais archiépiscopaux de Rouen (restes des xiii% xiv"" et 
XV* siècles), de Sens (salle du xin" siècle), de Reims (restes des xm^ et 
xv'' siècles) ; les évêchés d'Évreux (xv* siècle), de Luçon (xv* siècle), de 
Beauvais, xii" et xv*' siècles (palais de justice aujourd'hui), de Boissons 
(restes des xiiie et xvi* siècles). 

ÉVIER, s. m. Vidange des eaux ménagères. Dans les oftices des châ- 
teaux on retrouve presque toujours la trace d'éviers destinés à rejeter au 

' Manuel d'Iconograp. chrét., grecque et latine, avec une introduction et des notes, 
par M. Didron; trad. du manuscrit byzantin le Guide de la peinture, par le D' Paul 
Durand. Imp. roy., 1845. 

'^ Ces quatre figures sont ailées. Dans V Iconographie grecque elles ont quatre ailes; 
mais dans les sculptures du moyen âge, en France, elles n'en possèdent que deux. 



353 



[ ÉVIER ] 



dehors les eaux qui servaient à laver la vaisselle. Ces éviers consistent en 
une pierre taillée en forme de cuvette avec un trou au fond et placée 
dans un renfoncement de la muraille. Le trou de la pierre à évier corres- 
pond à une conduite en pierre prise dans l'épaisseur du mur ou formant 
saillie au dehors. C'est ainsi qu'est disposé l'évier que l'on voit encore 
dans le château de Verteuil (Gironde) (1), et dont la pierre est placée au 




premier étage'. D'autres éviers jettent leurs eaux directement au dehors 
par une gargouille placée immédiatement au-dessous de la cuvette. Sou- 
vent ces éviers sont disposés dans l'embrasure d'une fenêtre. M. Parker, 



' Ce dessin nous a été fourni par M. Alanx, architecte à Bordeaux. 

T. V. 4,5 



FABLIAL! 



354 — 



dans son Archileclure domestique de l'Angleterre, a donnt^, quelques-uns 
de ces éviers, établis avec un soin particulier'. 

EXTRADOS, s. m. Dos d'un arc ou d'une voûte. Tout arc en maçon- 
nerie, ou formé d'appareil, possède son intrados et son extrados. Soit un 
arc ou une section de voûte 1, la surface intérieure AB des claveaux est 

1 




l'intrados, celle extérieure CD l'extrados (voy. costriction). 



I^^ 



FABLIAU, S. m. Nous n'entreprendrons pas ici d'expliquer comment el 
à quelle époque les apologues venus de l'Orient et de la Grèce pénétrè- 
rent dans la poésie du moyen âge, d'autant qu'il existe sur ce sujet des 
travaux fort bien faits^; nous constaterons seulement que vers le com- 
mencement du xiie siècle, on trouve sur les édifices religieux et civils 
des représentations sculptées de quelques apologues attribués à Esope, et 
qui dès cette époque étaient fort populaires en France. Alexandre Neckam, 
dont la naissance paraît remonter à l'année 1157, et qui apprit et ensei- 
gna les lettres à Paris, fit un recueil de fables intitulé Novus AESOPUS, 
dans lequel nous retrouvons en effet beaucoup de fables d'Ésope remises 
en latin, à l'usage des écoles*. Neckam ne fit probablement que donner 
une forme littéraire, appropriée au goût de son temps, à des apologues 
connus de tous et reproduits maintes fois en sculpture et en peinture. 

' Voy. Some account of domesl. (trchit. ni England , from Richard U lo 
Henry VIII, part I, p. 129 et 130. 

' Voy. Poésies inediti'S du moyen âge, précéd. d'une Hisl. de lit fable Esnpique, par 
M. Édélestand du Méril. Paris, 1854. 

' Voy. la Notice sur Alex. Neckam, de M. Éd. du Méril. 



— 355 — 



FABLIAU 



Le premier apologue de ce recueil est intitulé : De Lupo et Grue. Et, en 
effet, cette fable est une de celles que nous trouvons sculptées le plus fré- 
quemment dans des édifices du xii'^ siècle et du commencement du XIII^ 
Sur le portail de la cathédrale d'Autun, 1130 à 1140, il existe un chapi- 
teau qui reproduit cet apologue si connu (1). Mais c'est à partir du xni'' que 

î 




la sculpture et la peinture prirent souvent des fabliaux comme sujets 
secondaires sur les portails des églises, principalement des cathédrales et 
sur les édifices civils ; les artistes en ornèrent les chapiteaux, les culs-de- 
lampes, les panneaux. Au xv" siècle les fabliaux, singulièrement nom- 
breux, presque tous satiriques, inventés ou arrangés par les trouvères 
jongleurs des xiii" et xiv^ siècles, fournirent aux arts plastiques un recueil 
inépuisable de sujets que nous voyons reproduits sur la pierre, sur le 
bois, dans le lieu saint comme dans la maison du bourgeois. H y a 
quinze ans, un auteur versé dans la connaissance de notre vieille poésie 
française écrivait ceci ' : « Pour ne parler que des trouvères, auteurs de 
« fabliaux, on leur reproche surtout le cynisme avec lequel ils traitaient 
« les choses les plus respectables, les ecclésiastiques et les femmes. Mais 
« n'oublions pas qu'il n'y avait alors ni presse, ni tribune, ni théâtre. Il 
« existait pourtant, comme toujours il en existera, force ridicules et 
« abus. La société est malheureusement ainsi faite, qu'il faut une sorte 
« d'évent, d'exutoire, au mécontement populaire; les trouvères-jongleurs, 
(( moqueurs et satiriques, étaient une nécessité, un besoin de cette société 
« malade et corrompue. Leurs satires trop vives, mêmes grossières sou- 
<( vent pour nos oreilles délicates, ne paraissaient pas telles à leurs con- 
« temporains, puisque le sage et chaste roi saint Louis écoutait ces 
<( satires, s'en amusait et récompensait leurs auteurs : témoin, Rutebeuf^ 
K l'un des moins retenus de ces vieux poètes. Et, d'ailleurs, ces satires 
« contre les moines, par exemple, étaient-elles si peu motivées? Qui ne 



' Voy. larl. de la l'ocsic ai/ moncii âyc, |)ar M. Vi.oUel-Li'-l>uc père. Annales 
nrchéfll., l. Il, p. 261, pnl). par M. nidinii.. 



I FABLIAU I 356 

« comprendrait, au contraire, la colère qu'expriment tous les écrivains 
« du xh'' et du xni" siècle, qui voyaient leurs propres seigneurs, les rois 
« mêmes de leur pays, quitter la patrie, abandonner leurs Etats et leur 
« famille, s'exposer à toutes les fatigues, les hasards, les dangers, pour la 
« cause d'une religion dont les ministres, héritiers de la fortune et des 
M terres des croisés, vivaient en France au milieu de l'abondance, du 
« luxe, et souvent de la débauche? Et, de nos jours, n'avons-nous pas vu 
« faire bien pis que des contes pour réprimer des abus moins criants que 
« ceux-là? » Les fabliaux appartiennent à notre pays. Nulle part en 
Europe, aux xii" et xni" siècles, on ne faisait de ces contes, de ces lais, 
de ces romans, vifs, nets, caustiques, légers dans la forme, profonds par 
l'observation du cœur humain. L'Allemagne écrivait les Niebelungen, 
sorte de poëme héroïque et sentimental où les personnages parlent et 
agissent en dehors du domaine de la réalité. L'Italie penchait vers la poé- 
sie tragique et mystique dont le Dante est resté la plus complète expres- 
sion. L'Espagne récitait le Romancero, énergique par la pensée, concis 
dans la forme, où la raillerie est amère, envenimée, respirant la ven- 
geance patiente, où les sentiments les plus tendres conservent l'âpreté 
d'un fruit sauvage. Ce peuple de France, tempéré comme son climat, seul 
au milieu du moyen âge tout plein de massacres, de misères, d'abus, de 
luttes, conserve sa bonne humeur : il mord sans blesser, il corrige sans 
pédantisme; le cothurne tragique provoque son sourire; la satire amère 
lui semble triste. Il conte, il raille, mais il apporte dans le tour léger de 
ses fables, de ses romans, de ses chansons de gestes, cet esprit positif, 
cette logique inflexible que nous lui voyons développer dans les arts plas- 
tiques; il semble tout effleurer, mais si légère que soit son empreinte, elle 
est ineffaçable. Pour comprendre les arts du moyen âge en France, il faut 
connaître les œuvres littéraires de nos trouvères des xn'' et xni'' siècles, 
dont Rabelais et La Fontaine ont été les derniers descendants. Faire son- 
ger en se jouant, sonder les replis du cœur humain les plus cachés et les 
plus délicats dans une phrase, les dévoiler par un geste, en laissant l'es- 
prit deviner ce qu'on ne dit pas ou ce qu'on ne montre pas, c'est là tout 
le talent de nos vieux auteurs et de nos vieux artistes si mal connus. Quoi 
de plus fin que ce prologue du roman du Renard? En quelques vers 
l'auteur nous montre le tour de son esprit, disposé à se moquer un peu 
de tout le monde, avec un fond d'observation très-juste et de philosophie 
pratique. 
Dieu chasse Adam et Eve du paradis terrestre. 

« Pitiez l'emprisl, si lor doua 

" Une verge, si lor moslra 

« Quant il de riens mestier auroieiil, 

" De cesle verge eu mer ferroient. 

'< Adam tint la verge eu sa maiu, 

'< En uier l'eri devant Evaiu : 

' Silosl cou eu la mer leri, 



— ;J57 — [ FABLIAU ] 

Une brebiz fors en sailli. 

Lors dist Adam, dame prenez 

Geste brebiz, si la gardez ; < 

Tant nos donra let et fromage, 

Assez i aurons compenage. 

Evain en son cuer porpensoit 
« Que s'ele encore une en avoit, 
« Plus belle estroit la conpaignie. 
« Ele a la verge tost saisie, 
<i En la mer feri roidement : 
« Un Leus (loup) en saut, la brebis prenl, 
« Grant aléure et granz galos 
« S'en va li Leus fuiant au bos. 
« Quant Eve vit qu'ele a perdue 
« Sa brebiz, s'ele n'a aïue, 
« Bret et crie forment, ha ! ha! 
« Adam la verge reprise a, 
• En la mer fiert par mautalent, 
« Un chien en saut hastivement. » 

C'est leste, vif, comme une fable de La Fontaine : le Créateur qui prend 
en pitié ceux qu'il vient de punir, la bonhomie d'Adam qui remet la bre- 
bis à sa ménagère, l'indiscrète ambition d'Eve, l'intervention de l'homme 
qui rétablit le bon ordre par un nouvel effort, des actes qui dénotent les 
pensées, pas de discours, pas de reproches; c'est le monde qui marche tant 
bien que mal, mais qui va toujours, et des spectateurs qui regardent, 
observent et rient. Pour naïf ce ne l'est pas, ce ne l'est jamais; ne deman- 
dez pas à nos trouvères ces développements de la passion violente, la 
passion les fait sourire comme tout ce qui est exagéré; s'ils ont un senti- 
ment tendre à exprimer, ils le font en deux mots ; ils ont la pudeur du 
cœur s'ils n'ont pas toujours la parole châtiée. Jamais dans les situations 
les plus tragiques les personnages ne se répandent en longs discours. 
N'est-ce point là une observation très-vraie des sentiments humains? 

Quand le seigneur de Fayel a fait manger le cœur du châtelain de Coucy 
à sa femme, il se contente de lui dire en lui montrant la lettre qu'envoyait 
le chevalier à son amie : 

" Connoissés-vous ces armes-cy V 

« C'est d'où cliastelain de Coucy. 

" En sa main la lettre li baille, 

'< Et li dit : Dame, créés sans faille 

« Que vous son cuer niengié avés. » 

La dame se répand-elle en imprécations, tord-elle ses bras, fait-elle de 
longs discours, exprime-t-elle son horreur par des exclamations? L'au- 
teur nous dit-il qu'elle devient livide, qu'elle reste sans voix, ou ne peut 
articuler que des sons rauques ? Non, l'auteur comprend que pour un 
peu, cette vengeance, qui se traduit par un souper dégoûtant, va tomber 
dans le ridicule. La passion et le désespoir de la femme s'expriment par 



[ FABLIAU 1 — 358 

quelques paroles pleines de noblesse et de simplicité; si bien que le mari 
reste vaincu. 

« La dame a tant li respoudy : 

« Par Dieu, sire, ce poise my; 

« Et puis qu'il est si faitement, 

« Je vous affi certainement 

« Qu'à nul jour mes ne mengeray, 

« D'autre morsel ne nietteray 

♦ « Deseure si gentil viande. 

« Or m'est ma vie trop pezande 

« A porter, je ne voel plus vivre. 

« Mort, de ma vie me délivre! 

« Lors est à i cel mot pasmée. » 

Ce n'est que lorsqu'elle est au milieu de ses fennnes, loin de la scène 
du tragique banquet, qu'avant de mourir elle exprime en quelques vers 
les regrets les plus touchants : 

« Lasse ! j'atendoie confoit 

« Qu'il revenist, s'ai atendu : 

« Mais quant le voir ai entendu 

« Qu'il est mors, pourquoi viveroie, 

« Quant je jamais joie n'aroie? » 

Parfois une pensée pleine d'énergie perce à travers le nmrmure discret 
de la passion dans les poésies françaises du moyen âge. Dans le même 
roman, lorsque les deux amants vont se séparer, la dame veut que le sire 
de Coucy emporte les longues tresses de ses cheveux ; lui, résiste : 

« He! dieux, dist li chastelains, dame, 
« Jà ne les coperés, par m' ame, 
« Pour moy, se lessier le voulés. 
« Et elle dist : Se tant m'amés, 
" Vous les eniporterés o vous, 
« Et avoec vous est mes cuers tous ; 
« Et se sans mort j(» le povoie 
« Partir, je le vous bailleroie. >■ 

Mais nous voici loin du fabliau et de son allure frondeuse. Les arts 
plastiques sont la vivante image de ces sentiments, tendres parfois, élevés 
même, sans jamais être boursouflés ; les artistes, comme les poètes fran- 
çais du moyen âge, sont toujours contenus par la crainte de dépasser le 
but en insistant; c'est le cas de suivre ici leur exemple. A la fin du 
xni'' siècle seulement , les artistes commencent à choisir parmi ces 
fabliaux quelques scènes satiriques. Au xiv'' siècle ils s'émancipent tout à 
fait, et ne craignent pas de donner une figure aux critiques de mœurs 
admises partout sous la forme de l'apologue. Au xv' siècle c'est un véri- 
table déchaineni.Mit, et ces sujet grotesques, scabreux, que nous voyons 
représentés alors, même dans les édifices réservés au culte, ne sont pas le 



— :im — 



[ FAÇAUK 



produit d'un caprice barl)are^ mais une protestation de plus en plus vive 
contre les abus du siècle, et particulièrement des ordres religieux. Nous 
ne saurions trop le répéter, la classe laïque inférieure, pendant le moyen 
âge, suit du xii^ au xv^ siècle une marche logique. Elle ne pouvait expri- 
mer ses sentiments, ses colères, son penchant pour la satire, sa verve 
moqueuse, que dans les productions d'art ; c'était la seule liberté qu'on 
lui laissait; elle en profitait largement, et avec une persistance qui, malgré 
la liberté de la forme, découlait d'un instinct du juste et du vrai, fort 
louable, que nous aurions grand tort de méconnaître. 

FAÇADE, s. f. Vislz. On applique le nom de façade aujourd'hui à toute 
ordonnance d'arcliitecture donnant sur les dehors, sur la voie publique, sur 
une cour, sur un jardin. Mais ce n'est que depuis le xvi'' siècle, en France, 
que l'on a élevé des façades comme on dresserait une décoration devant 
un édifice, sans trop se soucier du plus ou moins de rapports de ce pla- 
cage avec les dispositions intérieures. Les anciens, non plus que les 
architectes du moyen âge, ne savaient ce que c'était qu'une façade dressée 
avec la seule pensée de plaire aux yeux des passants. Les faces exté- 
rieures des bons monuments de l'antiquité ou du moyen âge ne sont 
que l'expression des dispositions intérieures. Pour les églises, par 

exemple, les façades principales, celles qui 
sont opposées au chevet, ne sont autre 
chose que la section transversale des nefs. 
Pour les maisons, les façades sur la rue 
consistent en un pignon si la maison se 
présente par son petit côté, en un mur 
percé de portes et de fenêtres si au con- 
traire la maison présente vers l'extérieur 
son grand côté. Tout corps de logis du 
moyen âge est toujours bâti sur un parallélogramme, des pignons étant 

élevés sur les deux petits côtés op- 
posés. Ainsi, fig. 1, le corps de logis 
du moyen âge présente deux pi- 
gnons A et deux murs latéraux B, 
Si plusieurs bâtiments sont agglomé- 
rés, ils forment une réunion, fig. 2, 
d'un plus ou moins grand nombre 
de ces logis distincts, et leurs façades 
ne sont autre chose que la disposition 
plus ou moins décorée des jours ou- 
verts sur les dehors. Ce principe fait 
assez voir que ce que nous enten- 
^'Q dons aujourd'hui par façade n'existe 
pas dans l'architecture du moyen 
âge. Une église, un palais, une maison, possèdent leurs faces extérieures, 





^~, rVSi^^^^^*'^, 



[ faîtière ] — 300 — 

leurs vistz; mais ces faces ne sont autre chose que l'apparence nécessaire 
des dispositions du plan, des logements ou des constructions intérieures. 
En un mot, dans l'architecture du moyen âge, la façade ne peut être 
séparée de l'ordonnance générale du bâtiment, elle en est la consé- 
quence. Nous renvoyons donc nos lecteurs aux articles : cathédrale, châ- 
teau, MAISON, palais, ARCHITECTURE veUgieuse, monastique et militaire. 

FAITAGE, s. m. Partie supérieure d'un comble à deux égouts (voy. 

CHARPENTE, CRÊTE, FAÎTIÈRe). 

FAITE, s. m. Pièce de bois horizontale qui réunit les deux extrémités 
supérieures des poinçons de fermes (voy. charpente). 

faîtière, s. f. Tuile de couronnement d'un comble à deux égouts. 
Ces tuiles sont unies ou ornées, simples ou doublées. Lorsque les faî- 
tières sont ornées, elles composent une véritable crête de poteries plus ou 
moins découpée sur le ciel. Les tuiles faîtières de l'époque romane sont 
généralement d'une très-grande dimension, posées jointives, et souvent 
ornées de boutons servant à les poser facilement. Ces boutons forment la 
décoration continue ou la crête du faîtage. Nous avons vu encore sur les 
combles de l'église de Vézelay des débris de très -anciennes faîtières 
(du xii" siècle probablement) qui n'avaient pas moins de 0,70 c. de lon- 
gueur, et qui devaient être posées jointives avec un calfeutrage en mor- 
tier entre-deux. 

Voici, fig. i, une de ces faîtières en terre cuite d'une bonne qualité, 





vernissée à l'extérieur d'une couverte brun - verdâtre. Les bords A 
extrêmes étaient légèrement relevés pour éloigner l'eau de pluie du joint, 
lequel était garni de mortier. Les boutons, d'une saillie de 0,12 c. à 
0,15 c. , étaient assez grossièrement modelés à la main. Plus tard on 
reconnut que ces tuiles faîtières jointives, malgré les calfeutrages en mor- 
tier, laissaient passer l'humidité dans les charpentes, et on chevaucha ces 
faîtières, ainsi que l'indique la fig. 2. Toutefois, pour éviter leur dérange- 



— 361 — 



KAITIÈKK 



ment par l'effet du veut, on les posait toujours sur mortier, en ayant le 
soin de ne pas laisser de bavures. Vers le commencement du xiii" siècle on 
fabriquait aussi des faîtières à recouvrement sur les combles en tuiles (3), 




chaque faîtière portant un bourrelet A revêtissant le rebord B de sa voi- 
sine. Une couverte vernissée au feu recouvrait toujours ces faîtières pour 
les rendre moins perméables à l'humidité et donner moins de prise au 
vent, car le vent n'agit pas sur une surface polie comme sur un corps 
rugueux. Il est certain que les tuiliers du moyen âge observaient, dans la 
confection des faîtières, les lois qui guidaient les plombiers ; ils avaient 
compris que ces faîtières devaient avoir un poids assez considérable pour 
résister au vent et pour appuyer le faîtage des combles, lequel a toujours 
besoin d'être chargé, principalement lorsque ces combles se composent de 
chevrons portant ferme (voy. charpente, crête); aussi, donnèrent-ils 
bientôt aux appendices décoratifs, qui ne sont guère que des boutons peu 
saillants ou de légers reliefs pendant l'époque romane, des formes plus 
décidées, plus saillantes, et un plus grand poids par conséquent. On 
voyait, il y a quelques années, dans le petit musée que M. Ruprich Robert 
avait installé dans une des dépendances de la cathédrale de Bayeux, deux 
faîtières en terre cuite très-curieuses par leur fabrication. Nous les don- 
nons ici toutes deux (4 et 4 bis). Elles paraissent appartenir au xiii'' siècle, 




sont d'une petite dimension, et le vernis qui les couvre est brun. Ces faî- 
tières étaient posées jointives. On voit encore à Troyes, sur des maisons 

46 



T. V. 



I faîtière 1 — 362 — 

voisines de la cathédrale, quelques tuiles faîtières conformes au dessin, 




fig. 5, vernies en brun. Ces appendices ajourés, formant crête, étaient 

S 




nécessairement soudés sur la faîtière avant la cuisson. Mais au feu beau- 
coup se gerçaient ou se déformaient. Ces pièces de terre, à cause de leur 
forme et de leur dimension, prenaient beaucoup de place dans le four, 
étaient diflficiles à caser, et leur cuisson devait être souvent inégale. Lors- 
qu'au XIV'' siècle les édifices publics et privés devinrent plus riches et plus 
délicats, il fallut nécessairement donner aux crêtes de combles recouverts 
en tuiles des formes plus sveltes, se détachant plus légèrement sur le ciel ; 
alors on fit des faîtières dont les ornements se rapportaient. C'est d'après 
ce système que sont fabriquées les tuiles faîtières de l'église Sainte-Foi de 
Schelestadt'. Elles se composent de la faîtière proprement dite, fig. 6, 

' Ce dessin nous a été fourni par M. Bœswilwald. 



3b3 [ FAÎTIÈRE ] 

portant une tige double ajourée^ percée au sommet d'un trou cylindrique 




dans lequel entre un petit goujon en fer. La partie supérieure de ce gou- 
jon^ dépassant le lit B, reçoit une feuille d'érable A^ proprement moulée 
et vernissée. Ces faîtières datent du commencement du xiv^ siècle. 
L'oxydation des goujons et le peu d'assiette de ces ornements devaient 
souvent causer la brisure de ces tiges délicates ; cependant on prétendait 
de plus en plus donner de l'importance aux crêtes en terre cuite; on 
revint donc vers le xv^ siècle aux soudures avant la cuisson, mais en fai- 
sant porter les ornements élevés aux sous-faitières qui étaient courtes, et 
ne décorant les faîtières de recouvrement que d'ornements peu saillants. 
C'est suivant ce mode qu'étaient fabriquées les anciennes faîtières du 
comble de la cathédrale de Sens, dont la couverture en tuiles vernissées 




date de la fin du xv" siècle (7). Les sous-faîtières A sont vernies en jaune, 



FAITIÈKK 



— 304 — 



et les grandes faîtières de recouvrement en vert*. On remarquera les 
trous qui traversent de part en part le vase à double panse de la sous- 
faitière ; ces trous^ qui sont à peine visibles à la hauteur où est placée 
cette crête, n'ont d'autre but qu* de produire des sifflements sous l'action 
du vent, ce qui probablement plaisait fort aux voisins de l'église. Nous 
avons souvent trouvé sur les couronnements des édifices, et particulière- 
ment des combles, la trace de ces singulières fantaisies musicales. On 
n'attachait pas, pendant le moyen âge, à certains phénomènes naturels, 
les idées romanesques qui nous ont été suggérées par la littérature 
moderne; le sifflement du vent à travers les créneaux et les découpures 
des édifices, qui fait naître dans notre esprit de sinistres pensées, était 
peut-être pour les oreilles de nos pères une harmonie réjouissante. 
Quoi qu'il en soit, l'idée de couronner le comble d'un édifice par une cen- 
taine de sifflets est passablement originale. 

Pour éviter les difficultés que présentait encore la cuisson des pièces A 
de la figure précédente, on imagina de former ces pièces élevées de pote- 
ries posées les unes sur les autres en recouvrement, comme nous voyons 
qu'on le faisait aussi pour les épis en terre cuite (voy. épis). 

Voici (8) un faîtage ainsi combiné^. La sous - faîtière porte une sorte 




de goulot B (voir le profil B'), sur lequel vient s'emboutir le chapeau C en 
forme de tourelle percée de quatre trous. Les sous-faîtières sont vernies 
en noir-verdâtre ainsi que les faîtières, les chapeaux sont couverts d'un 
vernis jaune, le petit toit est noir. Il y a lieu de croire que tous les com- 
bles en tuiles étaient autrefois couronnés par ces faîtières découpées ; on 
n'en trouve aujourd'hui qu'un bien petit nombre en place; mais grâce à 
la négligence bien connue des couvreurs qui ne prennent pas la peine de 



' Des fragments de ces faîtières recueillies par M. LeI'ort, inspecteur diocésain de 
Sens, sont déposés dans le bureau de l'agence des travaux. 

'' Fragments trouvés sur les voûtes de l'église de Senuir en Auxoib, (|ui paraissent 
dater du xv siècle. 



_ 365 — l KEINÊTKK J 

descendre les tuiles remplacées, lorsqu'ils réparent les toitures, on peut 
recueillir dans les reins des voiîtes de nos édifices du moyen âge quantité 
de débris de poteries, fort précieux souvent, puisqu'ils nous donnent 
en fragments des spécimens de ces décorations de combles : aussi, ne 
saurions-nous trop recommander aux architectes appelés à réparer de 
vieux bâtiments l'examen de ces débris accumulés sous les toits par la 
négligence des couvreurs. 

FANAL, s. m. (voy. LANTERNE dcs morts). Les fanaux destinés à pré- 
senter la nuit un point lumineux pour guider les navigateurs, sur mer 
ou sur les fleuves, ne consistaient qu'en une grosse lanterne suspendue 
à une potence au sommet d'un tour. La Tour de Nesle, à Paris, portait 
un fanal que l'on allumait toutes les nuits pour indiquer aux mariniers 
l'entrée de Paris. Sur le bord de la mer, où ces lanternes ne pouvaient 
fournir un feu assez vif pour être vu de loin, on plaçait sur des tours des 
cages en fer que l'on remplissait d'étouppe goudronnée. Un guetteur était 
chargé d'entretenir ces feux pendant la nuit. 

FENÊTRE, s. f. Fenestre, fenestrele (petite fenêtre), voirrière, voer- 
rière. L'architecture du moyen âge étant peut-être de toutes les architec- 
tures connues celle qui se soumet le plus exactement aux besoins, aux 
convenances, aux dispositions des programmes, il n'en est pas qui pré- 
sente une plus grande variété de fenêtres, particulièrement au moment 
où cette architecture abandonne les traditions romanes. En effet, une 
fenêtre est faite pour donner du jour et de l'air à l'intérieur d'une salle, 
d'une chambre ; si le vaisseau est grand, il est naturel que la fenêtre soit 
grande; s'il ne s'agit que d'éclairer et d'aérer une cellule, on comprend 
que la fenêtre soit petite. Dans une église où l'on se réunit pour adorer 
la Divinité, on n'a pas besoin de voir ce qui se passe au dehors; mais 
dans une salle affectée à un service civil, il faut pouvoir au contraire 
regarder par les fenêtres ; pour regarder par les fenêtres il faut les ouvrir 
facilement. Voilà donc des données générales qui doivent nécessairement 
établir une différence dans les formes des fenêtres appartenant à des 
édifices religieux et civils. 

Les habitations privées des Romains n'étaient point du tout disposées 
comme les nôtres. Les pièces réservées pour le coucher, les chambres, 
en un mot, étaient petites, et ne recevaient souvent de jour que par la 
porte qui donnait sur un portique. Chez les gens riches on établissait, 
outre les cours entourées de portiques, de grandes pièces qui étaient des- 
tinées aux réunions, aux banquets, aux jeux, et on avait le soin de dis- 
poser autant que possible ces pièces vers l'orientation le plus favorable ; 
souvent alors les jours, les fenêtres n'étaient fermés que par des claires- 
voies en bois, en métal, ou même en pierre et en marbre. Bien que les 
Romains connussent le verre, ils ne le fabriquaient pas en grandes pièces ; 
c'était évidenunent un objet de luxe, et dans les habitations vulgaires il 



[ FENÊTRE ] 366 

est probable qu'on s'en passait, ou du moins qu'on ne l'employait qu'avec 
parcimonie. Pendant les premiers siècles du moyen âge le verre devait 
être une matière assez rare pour qu'on évitât de l'employer. Observons 
ceci d'abord, c'est qu'aujourd'hui encore, en Italie, en Espagne, et même 
dans le midi de la France, on ne demande pas dans les intérieurs la 
lumière que nous aimons à répandre dans nos appartements ou dans nos 
édifices publics. Dans les pays méridionaux la vie est extérieure, on ne 
s'enferme guère que pour méditer et pour dormir ; or, pour se livrer à la 
méditation, on n'a pas besoin d'une grande lumière, encore moins pour 
dormir et se reposer. Les Romains, qui ne modifiaient pas leur architec- 
ture en raison du climat, mais qui bâtissaient à Paris ou à Cologne 
comme à Rome, avaient laissé dans les Gaules des traditions qui ne 



i 



furent abandonnées qu'assez tard. 
Dans les édifices publics, les fenêtres 
étaient de grandes baies cintrées per- 
cées sous les voûtes à travers les murs 
de remplissage; dans les habitations, 
les fenêtres n'étaient que des ouver- 
tures assez étroites , rectangulaires , 
pour pouvoir recevoir des châssis de 
bois sur lesquels on posait du papier 
huilé, des canevas ou des morceaux 
de verre enchâssés dans un treillis de 
bois ou de métal. Rarement dans les 
édifices publics les fenêtres étaient 
vitrées; ou bien elles étaient assez 
étroites pour empêcher le vent de 
s'engouffrer dans les intérieurs ; ou, si 
elles étaient larges, on les garnissait 
de réseaux de pierre, de métal ou de 
bois destinés à tamiser l'air venant de 
l'extérieur. Beaucoup d'églises et de 
salles romanes, jusqu'au xii^ siècle, 
possédaient des fenêtres sans aucune 
^^ fermeture ou claire-voie. La forme de 

P/^W ces fenêtres est indiquée dans la fig. 1 . 

"'' ■ ' Ne devant pas être garnies de châssis, 

il était naturel de cintrer ces baies et 
de leur donner à l'intérieur un large 
ébrasement pour faciliter l'entrée de 
\^ la lumière. Lorsque ces baies étaient 

l étroites (ce qui était fréquent, afin de 

rompre autant que possible l'effort 
du vent), on ne se donnait pas la peine de bander un arc appareillé au- 
dessus des jambages à l'extérieur ; mais on se contentait de tailler une 




~ I Kl I \J'\ \W^\^^Ù\T^ 
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l — -'" y -^ 




367 — 



[ FENÊTRE 



pierre suivant la figure d'un cintre, et l'arc appareillé était réservé pour 
2 l'ébrasement, afin de soutenir la charge 

de la construction supérieure. La pierre 
taillée extérieure, formant linteau cin- 
tré, n'avait alors que l'épaisseur du ta- 
bleau AB (2). Presque toujours pendant 
les premiers siècles, c'est-à-dire du viii'' 
au xi% les jambages de ces baies se 
composent de grandes pierres en délit 
avec liaisons au-dessus de l'appui et sous 
l'arc. La fenêtre primitive romane était 
ainsi construite comme la fenêtre anti- 
que. Quant aux proportions de ces fenê- 
tres percées dans des édifices, elles sont 
soumises à la place qui leur est assi- 
gnée; elles sont habituellement courtes 
dans les étages inférieurs, et longues 
dans les étages supérieurs. D'ailleurs, 
l'idée de défense dominant dans toutes 
les constructions romanes du viii^ au 
xii*" siècle, on avait le soin de ne percer 
que de petites fenêtres à rez-de-chaus- 
sée, assez étroites souvent pour qu'un 
homme n'y pût passer; ou bien, si l'on 
tenait à prendre des jours assez larges, on 

divisait la fenêtre par une colonnette ainsi que l'indique la fig. 3. Dans ce 




1 It-h- I^N\^)I. T 



1 r 



A 



^ 







'^ 




B 



cas, la baie consistait réellement en une arcade ayant la largeur EF et le 
cintre D ; du côté de l'extérieur on posait un linteau à double cintre G sur 



I FENÊTRE I — 368 — 

une colonnette dont la fonction véritable était de servir de clôture, de 
claire-voie. Le cintre D n'apparaissait pas à l'extérieur et servait d'arc de 
décharge de H en K. Notre figure montre en A la fenêtre du côté exté- 
rieur, et en B en coupe sur les milieux des petits arcs C et du grand 
arc D. 

Suivant les provinces, les fenêtres présentent pendant la période 
romane, et jusque vers le milieu du xni'' siècle, des dissemblances frap- 
pantes. Larges relativement dans le Nord, elles sont de plus en plus 
étroites lorsqu'on se rapproche du Midi ; et cependant il est à cette règle 
générale quelques exceptions : ainsi les fenêtres des édifices religieux de 
l'Auvergne, de la Saintonge, du Périgord, et d'une partie du Languedoc, 
sont pendant les xi* et xii^ siècles aussi grandes que les fenêtres de l'Ile- 
de-France et de la Normandie, tandis que sur les iDords de la Saône et du 
Rhône elles sont fort petites. Nous donnerons ici quelques exemples qui 
confirmeront notre dire. Commençons par les fenêtres des édifices reli- 
gieux ou des monuments publics élevés sur les mêmes données quant à la 
disposition des jours. Il est une loi observée déjà par les architectes 
romans et développée avec beaucoup d'intelligence par les constructeurs 
du xiii" siècle, qu'il nous faut avant tout faire connaître à nos lecteurs, 
car elle paraît être à peu près oubliée de notre temps. La lumière qui 
passe à travers une baie donnant dans un intérieur forme un cône ou 

une pyramide suivant la figure de la baie; 
c'est-à-dire qu'au lieu d'être divergents, les 
rayons lumineux sont convergents de l'exté- 
A rieur à l'intérieur : ainsi (4), soit une baie 
id abcd, l'extérieur étant en A, la lumière directe, 
^:;;1--'^-----'''" ^ pleine, formera la pyramide abcde, et tout ce 

qui ne sera pas compris dans cette pyramide 
ne recevra qu'une lumière diffuse ou de reflet. La pyVamide sera plus 
ou moins allongée suivant que la baie sera plus ou moins orientée vers 

le cours du soleil. Si même 
j les rayons du soleil vien- 

nent à traverser cette baie, 
le faisceau lumineux for- 
mera un prisme, mais qui 
>,;.^ n'est point indéfini. En 

~^ .^ "--.^ "^^;;;-.^^ -, supposant, par exemple, 

~^~--,, ^"--,^ ^' "- -- un trou carré dans un 

~^~ -.^ ^^--^^^ B mur (5), abcd, l'extérieur 

" -^^ ""---^^ f^' étant en A, les rayons so- 
. ""~^, " laires passant par cette, 

baie formeront le prisme 
abcd, a'b'c'd' . Mais si nous 
avons en B un mur éloigné de la baie de plus de vingt fois la diagonale 
du carré, la projection des rayons solaires perce-mur sera déjà fort alté- 



— 369 — I FENÊTRE ] 

rée; si ce mur est à une distance de cent fois la longueur de la diagonale 
du trou carré, il n'y aura plus qu'un spectre diffus; si beaucoup plus 
loin, les rayons solaires ne laisseront plus de trace : la lumière directe 
solaire est donc elle-même altérée par les bords du diaphragme qui lui 
permet de s'introduire dans un vaisseau fermé. Une personne placée au 
fond d'un souterrain de cinq cent mètres de long dont l'orifice ne serait 
que de deux mètres, en admettant que les rayons solaires passassent par 
l'axe de ce souterrain, distinguerait parfaitement son orifice, mais ne 
recevrait aucune lumière. Ainsi , en admettant même l'intervention 
directe des rayons solaires, le faisceau lumineux va toujours en dimi- 
nuant de diamètre de l'extérieur à l'intérieur : donc, toute fenêtre doit 
avoir une ouverture proportionnée à l'étendue du vaisseau à éclairer; si 
cette ouverture est trop petite, on voit la fenêtre, mais elle ne donne plus 
de lumière directe, et ce n'est pas tant la multiplicité des jours qui donne 
de la lumière franche dans un intérieur que leur dimension relative. 
Une salle carrée de vingt-cinq mètres de côté, qui serait éclairée par vingt 
fenêtres de 1"',00 c. de surface chacune, serait parfaitement sombre dans 
son milieu, tandis que deux fenêtres de dix mètres de surface chacune, 
percées dans deux de ses parois opposées, éclaireraient assez ce milieu 
pour qu'on y pût lire. Les surfaces lumineuses, les fenêtres en un mot, 
doivent donc être calculées en raison de l'étendue des intérieurs. Il est 
entendu d'ailleurs que nous ne parlons que des fenêtres prenant le jour 
direct du ciel, car si elles ne reçoivent que des jours de reflet, il est évi- 
dent que la pyramide ou le cône lumineux qu'elles produiront à l'inté- 
rieur sera beaucoup plus court. L'observation avait peu à peu amené les 
architectes du xn" siècle à appliquer ces lois que l'amour pour la symétrie 
nous a fait négliger, car nous en sommes arrivés, pour obtenir à l'exté- 
rieur des façades percées de jours de pareilles dimensions, à éclairer de 
grandes salles et de petites pièces au moyen de jours semblables entre 
eux; nous ne savons plus,- ou nous ne voulons plus (pour contenter cer- 
taines lois classiques que les anciens se sont bien gardés d'appliquer) 
produire de grands effets de lumière intérieurs au moyen de jours plus ou 
moins larges; nous avons perdu le sentiment du pittoresque dans la 
façon d'éclairer les intérieurs. Cependant la disposition des jours dans un 
intérieur, surtout si le vaisseau est grand, divisé, est un des moyens d'ob- 
tenir sans frais des effets puissants. Nous voyons l'architecture romane, 
quand elle se dégage de la barbarie, pousser très-loin déjà cette connais- 
sance de l'introduction de la lumière du jour dans l'intérieur de ses 
églises et de ses grandes salles; cette architecture admet que certaines 
parties d'un vaisseau doivent être plus éclairées que d'autres ; elle inon- 
dera un sanctuaire de lumière et laissera la nef dans un demi-jour, ou 
bien elle prendra dans les extrémités du transsept des jours énormes, tan- 
dis qu'elle laissera le sanctuaire dans l'obscurité, ou bien encore elle per- 
cera de petites fenêtres dans les murs des collatéraux, tandis qu'elle ren- 
dra les" voûtes hautes lumineuses ; elle procédera avec la lumière comme 
T. V. 47 



I KK>ÈTni.: I — .170 — 

elle procède quand il s'agit de décorer une ordonnance, elle sait faire des 
sacritices; elle est sobre ici pour paraître plus brillante sur tel point; elle 
use des moyens qui ont été le privilège de notre art avant l'ère classique ; 
elle pense que les fenêtres n'existent pas par elles-mêmes; que leur 
dimension, leur forme, sont la conséquence du vide à éclairer. Il est à 
croire que les architectes grecs, les architectes romains et ceux du moyen 
âge seraient fort surpris s'ils nous voyaient donner dans des publications 
sur l'art de l'architecture des exemples de fenêtres sans dire comment, 
où et pourquoi ces baies sont faites, quelles sont les salles qu'elles éclai- 
rent. Cela est, en effet,, aussi étrange que le serait, dans une publication 
sur l'histoire naturelle des animaux une collection d'oreilles présentées 
sans tenir compte des têtes qui les portent. Une oreille d'âne est fort belle 
assurément, mais à la condition qu'elle ornera la tête d'un âne. Nous 
essaierons donc, en présentant des exemples de fenêtres, puisqu'il s'agit 
ici de ce membre important de l'architecture, d'indiquer leur place et leur 
fonction, d'expliquer les raisons qui ont fait adopter telle ou telle forme 
et disposition. 

FENÊTRES APPARTENANT A l'aRCHITECTURE RELIGIEUSE. — NoUS aVOnS dit 

déjà que dans les églises anciennes, c'est-à-dire dans celles qui ont été 
construites du viii*^ au xi*" siècle, les fenêtres ne recevaient pas de vitraux, 
que les vitraux étaient une exception ; que ces fenêtres étaient béantes ou 
fermées, pour briser le vent, par des claires-voies en pierre, en bois ou en 
métal. C'était une tradition antique. Dans les rudes contrées de la haute 
Bourgogne, les églises clunisiennes n'admettaient aucune fermeture à leurs 
fenêtres jusqu'au xn*' siècle. Les fenêtres de la nef de l'église de Vézelay, 
H90 à HIO, hautes et basses, étaient sans vitres, sans claires-voies, lais- 
sant passer librement l'air et la lumière. Voici, fig. 6, une de ces fenê- 
tres ^ La section horizontale de ces baies en A dorme un double biseau 
sans feuillure ni repos pour recevoir un châssis. Ce bizeau à l'extérieur 
avait l'avantage : 1" de permettre à la lumière de s'introduire facilement; 
2° de rompre l'action du vent qui s'engouffrait entre ces deux surfaces 
inclinées. Une pente B à l'extérieur rejette les eaux pluviales. A l'inté- 
rieur l'appui C règne au niveau des tailloirs des chapiteaux. L'archivolte 
D est immédiatement placée sous le formeret de la voûte ; le cintre de ces 
baies n'est donc point concentrique au cintre des formerets, mais profite 
de toute la hauteur du collatéral pour introduire le plus de jour possible. 
En E nous présentons l'aspect extérieur de la fenêtre. 

Dans les provinces de l'Ouest cependant, vers la même époque, les 
mœurs étaient plus douces, et on ne laissait pas ainsi les intérieurs expo- 
sés à tous les vents; les fenêtres, à la fin du xi^ siècle, étaient petites, 

' Des collatéraux; celles de la nef haute sont ttacées sur le même plan, seulement 
elles sont plus longues et portent à l'intérieur un appui très-incliné pour permettre à 
la lumière du (;iel de frapper directement le pavé. 



— 371 — 



[ FENÊTKE 



étroites, et souvent garnies de claires-voies en pierre d'un travail assez 
délicat et d'un joli dessin. Il n'existe qu'un très-petit nombre d'exemples 



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de ces claires-voies, remplacées plus tard par des verrières. Nous en don- 
nons un, fig. 7, qui provient de l'église de Fenioux'. C'est une dalle de 
0,055'" d'épaisseur sur une largeur de 0,^1 c. La pierre est dure et 



7 

A 



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finement taillée; les aj ours biseautés à l'inté- 
rieur et à l'extérieur. Notre figure présente la 
face extérieure de la dalle qui n'est point posée 
en feuillure, mais dans l'ébrasement même de 
la baie, ainsi que l'indique la fig. 7 bis, A étant 
le côté extérieur. Les jambages des fenêtres ou- 
vertes dans les mur^ des édifices religieux des x*" et xi" siècles étaient ha- 
bituellement dépourvus de toute décoration; les archivoltes seules, au 



' M. Ahaclie a lecueilli des fragments fie claires-voies qu'il a bien voulu nous coni- 
Miuniquer. L'église de Fenioux dépend de la Sainlonge, elle est siUiée aujourd hui 
dans le département de la Charente-Inférieure ; c'est un des plus curieux monuments 
de cette partie de la France. • 



[ FEINÊTRK 



— 372 — 



xi^ siècle, étaient parfois entourées d'un cordon mouluré, uni ou avec 
billettes ; cependant déjà, dans les sanctuaires, on cherchait à éviter cet 
excès de simplicité en plaçant sous les archivoltes deux colonnettes en 
guise de pieds-droits, et cela comme une sorte d'encadrement qui donnait 
de l'importance et de la richesse à la baie. Cette méthode est suivie dans 
les monuments des provinces du centre qui datent de cette époque, en 
Auvergne, dans le Nivernais et le Berri, dans une partie du Languedoc, 
du Lyonnais et du Limousin. Les tableaux de la fenêtre restent simples, 
et sont comme entourés par une arcade portée à l'intérieur sur des colon- 
nettes. C'est ainsi que sont faites les fenêtres du sanctuaire des églises de 
Notre-Dame-du-Port à Clermont', de Saint-Étienne de Nevers^ Ces 
dernières fenêtres furent toujours fermées par des panneaux de morceaux 
de verres enchâssés dans du plomb et maintenus au moyen de barres de 
fer (voy. vitrail). Lorsque les nefs étaient voûtées en berceau, bien rare- 
ment les fenêtres hautes pénétraient la voûte, l'extrados de leur archivolte 
était posé immédiatement sous la naissance du berceau ; cette disposition 
obligeait les architectes à monter les murs goutterots beaucoup au-dessus 
des archivoltes de ces fenêtres afin de pouvoir poser, soit un massif por- 
tant une couverture à crû sur la voûte, soit une charpente. Cette portion 
de muraille nue au-dessus de baies relativement petites produisait un 
assez mauvais effet; aussi, dans les contrées où l'art de l'architecture 
romane était arrivé à un certain degré d'élégance et de finesse, cherchait- 
on à meubler ces parties nues. Les murs de la nef de la cathédrale du Puy- 
en-Vélay présentent un de ces motifs de décoration murale extérieure 





entre les fenêtres percées sous la voûte haute et la corniche (8). Despan- 
' Voy. CHAPELLE, fig. 26 et 27. 

' Voy. ARCATIIRE, fisj. 16,. ' '. 



373 — 



[ FENÊTRE ] 



iieaux renfoncés, pratiqués dans l'épaisseur de la muraille et décorés de 
mosaïques et de colonnettes, occupent les parties vagues, encadrent les 
baies d'une façon gracieuse sans enlever à la construction l'aspect de 
solidité qu'elle doit conserver. La fenêtre est elle-même fermée par une 
double archivolte bien appareillée, celle extérieure portant sur deux 
colonnettes. Ainsi, d'une petite baie très-simple en réalité, les architectes 
auvergnats de la fin du xi^ siècle ont fait un motif de décoration d'une 
grande importance à l'extérieur. 

Il n'est pas nécessaire de nous étendre longuement sur les fenêtres 
romanes des édifices religieux ; outre qu'elles présentent peu de variétés, 
nous avons tant de fois l'occasion d'en donner des exemples dans le cours 
de cet ouvrage, que ce serait faire double emploi d'en présenter ici un 
grand nombre; cependant nous devons signaler certaines fenêtres qui 
appartiennent exclusivement aux monuments carlovingiens de l'Est, et 
qui possèdent un caractère particulier. Ces fenêtres, doubles ou triples, 
reposent leurs archivoltes (9) sur des colonnettes simples, en marbre 



y 






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G" jeuN£ 




ou en pierre très-dure (afin de résister à la charge), surmontées d'un tail- 
loir gagnant dans un sens l'épaisseur du mur ; disposition que fait com- 
prendre la coupe A '. Les colonnettes n'étaient, dans ce cas, que des 
étançons posés au milieu de l'épaisseur du mur et portant une charge 
équilibrée. Il n'est pas besoin de dire que ces fenêtres n'étaient point 
vitrées; aussi, n'étaient-elles percées ordinairement que dans des clochers 
ou des galeries ne s'ouvrant pas sur l'intérieur. Ces sortes de fenêtres se 



De la catliédvale de Spire (cloclieis), xii« siècle. 



[ FENÊTRE J 374 

voient encore dans quelques clochers italiens bâtis en brique^, clochers 
prétendus lombards. 

Arrivons à l'époque de transition pendant laquelle les fenêtres des 
édifices religieux adoptent des formes très-variées. 

La cathédrale de Noyon, bâtie vers 1150, nous fait voir déjà un système 
de fenestrage entièrement nouveau. Les parties supérieures des bras de 
croix de cette église, bâtis sur plan circulaire, sont éclairées par de lon- 
gues fenêtres jumelles plein cintre, s'ouvrant sur une galerie extérieure 
passant à travers de gros contre-forts buttant les arêtes des voûtes. Le 
plan, fig. 10, nous montre les fenêtres jumelles en C avec leur feuillure 




pour recevoir un vitrage, la galerie extérieure en B, l'intérieur du vais- 
seau étant en A, Une longue colonnette monolithe répète extérieurement 
la double baie en laissant passer tout le jour possible. Un arc de décharge 
reposant sur les pieds-droits et colonnettes D porte la corniche supé- 
rieure. 

La vue perspective (11), prise à l'extérieur, fait saisir l'ensemble de 
cette disposition, nouvelle alors. Parce moyen l'architecte obtenait à l'in- 
térieur, sous les voûtes, un très-beau jour ; il possédait une galerie de 
service qui facilitait la \wse et l'entretien des verrières, une saillie qui 
mettait celles-ci à l'abri du vent et de la pluie, une construction légère et 
solide à la fois, car le grand arc de décharge, double, portait la partie 
supérieure de la construction et la charpente. On s'aperçoit ici, déjà, que 
les architectes cherchaient à introduire de larges rayons lumineux dans 
les intérieurs, qu'ils supprimaient les murs et sentaient la nécessité 
d'augmenter les surfaces translucides à mesure qu'ils élevaient des monu- 
ments plus vastes. Ce principe si vrai amena rapidement des modifica- 
tions très-importantes dans la structure des édifices religieux. L'espace 
laissé entre les piles portant les voûtes et les formerets de ces voûtes 
devenait claire-voie vitrée ; mais comme il fallait maintenir les armatures 
en fer destinées à porter les verrières, et que ces armatures présentaient 
au vent une énorme surface, on divisa les vides par des piles, des arcs, 
des œils et des découpures en pierre qui opposaient un obstacle solide 
aux ettbrts du vent, qui étaient durables et permettaient de remplacer 



— 375 — [ FENÊTKK 1 

facilement les parties de vitraux enfoncés par les ouragans. Les remplis- 

11 




sages en pierre étaient si bien pour les architectes une nécessité de con- 
struction, qu'ils n'en posaient point dans les baies qui, par leur position 
près du sol ou leur étroitesse imposée par le faible écartement des piles, 
pouvaient, sans inconvénient, être armées de simples barres de fer. Dans 
les collatéraux, par exemple, les architectes ne croyaient pas encore qu'il 
fût nécessaire d'ouvrir complètement les murs entre les contre-forts, 
parce que ces collatéraux, n'étant pas très-larges, n'avaient pas besoin 
d'une aussi grande surface de lumière que les nefs principales, puis 
parce qu'on s'attachait encore aux traditions romanes, tenant toujours à 
bien fermer les parties basses des édifices. Dans l'église Saint- Yved de 
Braisne, les bas-côtés du chœur et la nef haute même présentent ainsi 



1 FENÊTRE 1 376 — 

des fenêtres à l'état de transition (12), tandis que dans la cathédrale de 




Soissons, les fenêtres basses sont à peu près semblables à celles de Saint- 
Yved, mais les fenêtres hautes de la nef possèdent déjà des claires-voies de 
pierre, des meneaux, construits en assises sous les archivoltes concentri- 
ques aux formerets des voûtes hautes. La fig. 13 nous fait voir une de ces 
baies à l'extérieur; en A nous avons tracé la coupe de l'archivolte et de la 
claire-voie faite sur ab. Un chemin saillant passant à l'extérieur sous 
l'appui de ces fenêtres, et couvrant le triforium, permet de poser et de 
réparer les vitraux sans difficultés. Que l'on veuille bien jeter les yeux un 
instant sur la construction de la claire-voie de pierre, des meneaux, en un 
mot; on verra que la structure se compose d'une pile centrale, de deux 
arcs extradossés, d'un œil indépendant, recevant, en feuillure, des 
redents formant une rose à six lobes. Entre l'œil et les arcs est posé un 
remplissage en maçonnerie. Les redents maintiennent par leurs extrémi- 
tés, comme par autant de griffes, un cercle en fer qui sert à attacher les 
panneaux de verre. Dans chaque espace vide, sous les arcs, monte une 
barre verticale croisée par des barres horizontales formant une suite de 



— 377 — 



FENÊTRE 



panneaux réguliers. Les vitraux sont maintenus à ces barres par des 
clavettes passant dans des pitons et par des feuillures taillées dans les 




^-^r^a -^-:^;^!is^hiff » 



^é'^yt/va.jv. 



pieds-droits et le meneau central (voy. armature). Ainsi, dès la fin du 
xn" siècle (car ces fenêtres datent de cette époque ou des premières 
années du xni"), les meneaux construits étaient adoptés pour les grandes 
fenêtres des grands édifices^ religieux apppartenant aux provinces fran- 
çaises. Il faut reconnaître que les architectes de cette époque de transition 
cherchent, tâtonnent, essayent de plusieurs méthodes, en n'employant 
cependant que des moyens vrais, simples, en sachant parfaitement ce 
qu'ils veulent, mais en arrivant au but par divers chemins. A Châlons- 
sur-Marne, vers H 70, l'architecte du chœur de Notre-Dame voulait aussi 
quitter les traditions romanes et ouvrir de grands jours sous les voûtes 
hautes. Comment s'y prenait-il? Ayant obtenu par la plantation des piles 
du sanctuaire des travées fort larges, il relevait les formerets des voûtes 
T. V. 48 



I FENÈTRK 1 — 378 — 

le plus possible, en ayant le soin même de les tracer suivant une courbe 




t. CÛ/LlAUMùr 



brisée très-aplatie, fig. 14. Sous ces formerets il perçait trois fenêtres, à 



— 379 — ■ [ KENÊTKE J 

peu près d'égale hauteur, séparées par deux pilettes. I.e génie champe- 
nois, toujours en avant sur les provinces voisines, porte le constructeur à 
relier le fenestrage au triforium ; il fait donc descendre les deux colon- 
nettes monolithes A des pilettes séparant les baies jusque sur l'appui du 
triforium , et pose là deux corbelets pour recevoir leur base. Quant aux 
deux autres colonnettes B d'encadrement, elles descendent jusque sur les 
tailloirs des chapiteaux inférieurs, car on observera qu'ici il n'y a pas 
d'arc formeret saillant mouluré, et que la voûte vient porter directement 
sur le tympan supérieur C. L'ordonnance des fenêtres, au lieu d'être 
séparée de l'ordonnance du triforium, comme dans les édifices de l'Ile-de- 
France de la même époque, s'y rattache; ce qui grandit singulièrement 
l'intérieur du vaisseau. Ce .triforium, qui est fort petit, reprend de l'échelle 
parce qu'il ne devient plus qu'un appui ajouré du fenestrage. En D nous 
avons donné le plan des baies au niveau D', et en E la face extérieure des 
archivoltes des trois fenêtres qui peuvent être vitrées à l'extérieur par la 
galerie servant de couverture au triforium^. A ce propos on devra obser- 
ver aussi que généralement les fenêtres hautes sont vitrées du dehors, 
tandis que celles des collatéraux plus près du sol sont vitrées de l'inté- 
rieur. Il y a pour procéder ainsi de bonnes raisons : c'est qu'une fenêtre 
basse étant vitrée du dehors, il est facile à des malfaiteurs d'enlever la 
nuit quelques clavettes et les tringlettes, de déposer un panneau des ver- 
rières, et de s'introduire dans l'église; tandis que cette opération ne peut 
être tentée si les panneaux de vitres sont posés, les clavettes et tringlettes 
étant à l'intérieur. Mais à la partie supérieure de l'édifice on n'avait pas à 
redouter ce danger, tandis qu'il fallait prendre certaines précautions pour 
empêcher la pluie fouettant contre les verrières de s'introduire entre les 
panneaux : or, les panneaux étant posés à l'intérieur, les grands vents 
chassant la pluie contre eux, l'eau s'arrête à chaque barre transversale 
(barlottière) et s'infiltre facilement entre leurs joints; il y a donc avantage 
à vitrer les fenêtres les plus exposées au vent par le dehors; on peut 
ainsi ménager un recouvrement du plomb d'un panneau sur l'autre, 
obtenir une surface unie, sans ressauts, et n'arrêtant les gouttes de pluie 
sur aucun point. On pensera peut-être que nous entrons dans des détails 
minutieux ; mais, à vrai dire, il n'y a pas de détail dans l'exécution des 
œuvres d'architecture qui n'ait son importance, et les véritables artistes 
sont ceux qui savent apporter du soin, de l'observation et de l'étude dans 
les moindres choses comme dans les plus importantes : aussi les archi- 
tectes du moyen âge étaient-ils de véritables artistes. 

Vers le commencement du xiii* siècle, l'architecte de la cathédrale de 
Chartres cherchait des combinaisons de fenêtres entièrement neuves pour 

' Voy. la coupe de ces fenêtres, avec le système général de la construction de ce 
chœur, à l'article construction, tig. 43. A Saint-Remy de Keinis, la construction des 
lenêtres supérieures du cliœur est pareille à celle-ci. 

.' Voy. la fig. 43 (consthuction). 



[ FENÉTKK I 380 

éclairer la haute nef. il s'était astreint^ dans les collatéraux, aux habitudes 
de son temps, c'est-à-dire qu'il avait percé des fenêtres terminées par des 
arcs en tiers-point, ne remplissant pas l'espace compris entre les piles ; il 
avait voulu laisser à ce soubassement l'aspect d'un mur. Mais nous 
voyons que dans la partie supérieure de son édifice il change de système ; 
d'une pile à l'autre il bande des formerets plein cintre , puis dans 
l'énorme espace vide qui reste à chaque travée au-dessus du triforium il 
élève deux larges fenêtres surmontées d'une grande rose, fig. 15 (voir la 
coupe C) : A est le formeret faisant archivolte à l'extérieur, doublée d'un 
grand arc D donnant l'épaisseur de la voîite V. L'entourage de la rose R 
reçoit en feuillure des dalles percées de quatre feuilles, et formant de 
larges claveaux. En B sont tracées les portées des arcs-boutants. 11 est bon 
de comparer ces fenêtres avec celles données ci-dessus (fig. iA) ou celles 
anciennes de la nef de la cathédrale de Paris, bien peu antérieures. On re- 
connaît dans cette construction de Notre-Dame de Chartres une hardiesse, 
une puissance qui contrastent avec les tâtonnements des architectes de l'Ile- 
de-France et de la Champagne. C'est à Chartres où l'on voit, pour la pre- 
mière fois, le constructeur aborder franchement la claire-voie supérieure 
occupant toute la largeur des travées, et prenant le formeret de la voûte 
comme archivolte de la fenêtre. Simplicité de conception, structure vraie 
et solide, appareil puissant, beauté de forme, emploi judicieux des maté- 
riaux, toutes les qualités se trouvent dans ce magnifique spécimen de 
l'architecture du commencement du xiii* siècle. N'oublions pas d'ailleurs 
que ces arcs, ces piles, ces dalles percées, sont faits en pierre de Berchère 
d'une solidité à toute épreuve, facile à extraire en grands morceaux, 
d'une apparence grossièi'e; ce qui ajoute encore à l'effet grandiose de 
l'appareil. On ne peut douter que la qualité des matériaux calcaires 
employés par les architectes de l'époque primitive gothique n'ait été pour 
beaucoup dans l'adoption du système de construction des grandes fenê- 
tres. Ce qu'on faisait à Chartres au commencement du xin' siècle, on 
n'aurait pu le faire avec les matériaux des bassins de l'Oise, de la Seine, 
de l'Aisne et de la Marne. Dans ces contrées on ne songeait pas à employer 
les dalles percées, on ne le pouvait pas ; on accouplait les fenêtres, on les 
élargissait autant que possible, mais on n'osait encore les fermer avec des 
claires-voies de pierre. En Bourgogne, où les matériaux sont très-résis- 
tants, vers la seconde moitié du xii® siècle, les roses se remplissaient de 
réseaux de dalles percées (voy. rose), mais non les fenêtres. A Laon, vers 
H 50, les architectes balançaient encore entre les formes de fenêtres de 
l'époque romane et celles nouvellement percées dans les édifices religieux 
voisins, comme la cathédrale de Noyon, comme l'église abbatiale de Saint- 
Denis. Dans le mur pignon du transsept de l'église abbatiale de Saint- 
Martin à Laon, bien que la structure de l'édifice soit déjà gothique, nous 
voyons des fenêtres qui n'abandonnent pas entièrement les traditions 
romanes (10). Le plein cintre et l'arc brisé se mêlent, et l'école nou- 
\elle ne se montre que dans la forme des moulures. Ici même, le plein 



— 381 



[ FENÊTRE 




ciiiiie ai)[)ai'Hit au-dessus de l'arc brisé; ce qui prouve encore combien, 



KKNÊTRE 



— 38-2 




JUILLAUMOT J£UNE 



[)eiidant l'époque de transition, les architectes se croyaient libres d'adop- 



— 383 — [ FENÊTRE J 

ter l'un ou l'autre de ces arcs suivant les besoins de la construction. La 
fenêtre inférieure est fermée par un arc brisé, parce que cette fenêtre est 
plus large que l'autre, et que le constructeur a voulu donner plus de soli- 
dité à sa construction en faisant porter les pieds-droits de la fenêtre supé- 
rieure sur les reins d'un arc dont les coupes se rapprocheraient davan- 
tage de la ligne horizontale. Il a été évidemment préoccupé de l'effet 
qu'eût pu produire un jambage de fenêtre sur les claveaux d'un plein 
cintre entre les sommiers et la clef; l'arc brisé n'est qu'un moyen de 
parer au danger d'une rupture vers la partie moyenne de l'archivolte à 
droite et à gauche. Ne perdons pas de vue ceci : c'est que, vers le milieu 
du xn" siècle, les architectes avaient vu tomber un si grand nombre 
d'édifices romans, surtout au moment où on avait prétendu leur donner 
de très-grandes dimensions, qu'ils avaient dû observer les effets de tasse- 
ments et de rupture qui s'étaient produits dans les constructions, et qu'ils 
redoutaient sans cesse de voir se reproduire ces fâcheux effets. L'arc 
brisé leur paraissait un moyen excellent d'éviter des désastres; ils s'en 
servaient donc comme on se sert d'un nouveau procédé reconnu bon, 
c'est-à-dire toutefois qu'ils avaient un doute sur l'efficacité des vieilles 
méthodes. Il ne pouvait être donné qu'à des hommes déjà expérimentés, 
hardis, et sûrs de leurs moyens d'exécution, de se servir encore du plein 
cintre pour d'assez grandes portées, comme le fit l'architecte de Notre- 
Dame de Chartres. 

Avec la pierre de Berchère on pouvait combiner un système de claires- 
voies mixte tel que celui qui fut adopté pour les fenêtres hautes de la 
cathédrale de Chartres, c'est-à-dire composé de claveaux formant une 
ossature élastique et résistante, et de dalles minces percées à jour comme 
les fermetures de baies antiques ; mais tous les matériaux ne se prêtaient 
pas à l'emploi de ces procédés. En Champagne, bien que les construc- 
teurs possédassent des matériaux de grandes dimensions, ils ne trou- 
vaient pas, dans les carrières du pays, des bancs d'une résistance assez 
forte pour se permettre l'emploi de ces larges claires-voies composées de 
dalles de champ. Ils procédèrent autrement et firent des châssis de 
pierre, pour maintenir les panneaux des vitraux, au moyen d'arcs appa- 
reillés, bandés l'un dans l'autre et indépendants. Ce système apparaît 
complet dans la structure des fenêtres des chapelles du chœur de la cathé- 
drale de Reims, qui ont dû être élevées vers 1215. Conformément à la 
méthode champenoise, les fenêtres présentent d^s berceaux d'arcs brisés, 
de larges ébrasements se terminant à l'intérieur en façon de formeret 
pour recevoir les remplissages des voûtes, et portant à l'extérieur un profil 
saillant sous lequel s'engagent deux arcs brisés et une rose reposant seu- 
lement sur ces deux arcs sans pénétrer dans les moulures de l'archivolte. 
Une figure est nécessaire pour expliquer cette structure très-importante 
en ce qu'elle nous donne la transition entre les claires-voies bâties et les 
claires-voies châssis. Nous donnons donc (17) un tracé perspectif de la 
partie supérieure de ces fenêtres pris de l'intérieur des chapelles. On voit 



FENÊTRK 



384 



en A le formeret-berceau qui appartient au style gothique primitif de la 
Champagne, formeret dont le profil est donné en B. Sous ce berceau-for- 




4 

meret est bandée l'archivolte C, ne faisant que continuer la section des 
colonnettes D et du double biseau recevant la feuillure de la verrière. Kn 



— 385 — I FENÊTRE ] 

E est un sommier qui reçoit Tun des arcs retombants sur un meneau 
central (i. La clef de cet arc est pénétrée par la rose, qui est seulement 
prise entre les claveaux de l'archivolle C. A son tour la rose reçoit en 
feuillure les redents H qui ne portent point feuillure, mais des pitons 
à l'intérieur pour maintenir les panneaux des vitraux. N'oublions pas de 
mentionner que les colonnettes du meneau central aussi bien que celles 
des pieds- droits ne sont point reliées à la construction, mais sont posées 
en délit, suivant la méthode usitée pour la plupart des colonnettes, à la 
fin du xn'' siècle. Du côté extérieur, ces fenêtres donnent le tracé géomé- 
tral (iS). L'archivolte C, étant un arc de décharge, se trouve naturelle- 
ment soumise aux tassements et mouvements qu'eût subi la bâtisse : or, 
la rose étant laissée libre, maintenue seulement par le frottement entre 
les reins de l'archivolte, ne risque pas d'être brisée par ces tassements; 
elle peut être quelque peu déformée, comme le serait un cerceau de fer ou 
de bois que l'on presserait, mais ne saurait se rompre. C'est là une 
marque de prévoyance acquise par une longue observation des effets qui 
se manifestent dans d'aussi vastes constructions. 

Toutes les fenêtres de la cathédrale de Reims sont construites d'après 
ce principe. Notre figure gèométrale (18) indique en A la coupe de la par_ 
tie supérieure de la fenêtre, B étant le berceau-formeret intérieur. On 
voit en C la façon dont sont incastrés les redents de la rose, maintenus à 
leur extrémité D par un cercle en fer et des clavettes E; en G les feuil- 
lures des vitraux posés à l'intérieur. On remarquera que cette feuillure 
dans l'appui, dont la coupe est tracée en I, se retourne pour rejeter sur 
le talus extérieur H les eaux pluviales ou de buée coulant le long des 
vitraux. Un détail perspectif K fait saisir cette disposition double des 
feuillures. En L nous avons tracé une section horizontale des meneaux et 
pieds-droits avec la saillie du talus circulaire M; en la pénétration des 
bases des colonnettes des pieds-droits et meneaux établis sur plan droit 
dans ce talus (voy. chapelle, fig. 36 et 37). 

Que les fenêtres de la cathédrale de Reims soient étroites ou larges, 
elles' ne possèdent toujours qu'un meneau central et deux vides; il en 
résulte que ces vides ont, soit l'",'20 c. de largeur, soit ^'"jSO c. Pour 
maintenir les panneaux des vitraux dans d'aussi larges baies, il fallait des 
armatures en fer très-fortes. On prit donc bientôt le parti de multiplier les 
meneaux pour les fenêtres larges, afin d'avoir toujours des vides à peu 
près égaux. Au lieu d'un seul meneau on en monta trois, de façon à divi- 
ser la baie en quatre parties d'égales largeurs. Ce ne fut que vers 124.0 
que cette modification importante eut lieu, et dès lors, chaque fois que la 
nature des matériaux le permit, les meneaux ne furent plus que des châs- 
sis composés de pierres en délit et engagés en feuillure sous les archi- 
voltes. Parmi les plus belles et les premières fenêtres de ce genre il faut 
mentionner celles de la Sainte-Chapelle haute du Palais à Paris. On 
retrouve là, fig. 19, le principe qui commande la construction des fenê- 
tres de la cathédrale de Reims, c'est-à-dire que le vide est divisé en deux 

T. Y. 49 



PKNf/rRE 



— 380 — 



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par un meneau vertical A portant deux arcs brisés et une rose. Mais les 



— 387 



FENÊTRK 1 




deux grandes divisions AB sont elles-mêmes subdivisées en deux par des 
meneaux secondaires C qui portent anssi des arcs brisés et des roses plus 



I FlilSÈÏRE 1 — 388 — 

petites, de sorte que les espaces à vitrer n'ont que l^jOO de largeur. 
L'archivolte D (voir la coupe E) remplit à l'intérieur l'office de formeret 
et reçoit les remplissages des voûtes F. La seconde archivolte G sert d'arc 
de décharge, porte le chéneau, la balustrade extérieure et le bahut H sur 
lequel repose la charpente. On voit en I des gargouilles dont la queue 
pénètre jusqu'aux reins des voûtes pour rejeter en dehors les eaux plu- 
viales ffui tombaient sur ces voûtes avant l'achèvement de la construction 
et la pose de la couverture. C'est à la Sainte-Chapelle du Palais où l'on 
voit naître les gâbes sur les archivoltes des fenêtres; gâbes qui sont à la 
fois et une décoration et un moyen de maintenir les archivoltes dans leur 
plan (voy. construction, fig. 108). En K nous avons tracé l'ensemble de 
la fenêtre, qui porte en hauteur trois fois sa largeur ; en L sont des chai- 
nages en fer qui maintiennent la déviation des contre-forts, les relient 
(îutre eux et empêchent les meneaux de sortir de leur plan. D'ailleurs ces 
meneaux ne sont plus construits par assises, mais sont taillés dans de 
grandes pierres posées en délit, ce qui permettait de leur domier moins 
de largeur et de laisser plus de champ aux vitraux ; quant à ceux-ci, leurs 
panneaux sont maintenus dans les fenêtres de la Sainte-Chapelle par des 
armatures en fer ouvragés et par des feuillures creusées au milieu de 
l'épaisseur des meneaux ainsi qu'il est indiqué en M. Ces fenêtres sont 
vitrées du dedans, et les armatures en fer, formant saillie sur les pan- 
neaux en dehors, sont posées de manière à dégager complètement les 
feuillures. La coupe de l'appui est ti^acée en N, ces appuis portant tou- 
jours un petit épaulenient à l'intérieur, pour rejeter en dehors les eaux 
de pluie pénétrant à travers les interstices des panneaux. Dans les fenêtres 
de la Sainte-Chapelle haute on voit que les arcs et découpures des 
meneaux sont exactement compris dans la hauteur de l'archivolte. Cette 
disposition avait un défaut , elle faisait paraître les colonnettes des 
meneaux trop hautes, ne donnait pas assez d'importance aux découpures 
supérieures. Les architectes du milieu du xm*^ siècle observèrent l'effet 
fâcheux de cette disposition , et ils descendirent bientôt les arcs des 
meneaux et les découpures su[)érieures au-dessous de la naissance des 
archivoltes. Mais vers la fm de la première moitié du xni'' siècle, dans les 
édifices religieux, les fenêtres se combinaient, soit avec une arcature de 
soubassement lorsqu'elles étaient percées à rez-de-chaussée, soit avec les 
galeries à jour de premier étage (triforium) lorsqu'elles s'ouvraient dans 
la partie supérieure des hautes nefs. A la Sainte-Chapelle du Palais déjà, 
une arcature intérieure sert d'appui aux grandes fenêtres comme à celles 
de la chapelle basse (voy. arcature, fig. 8). Si, dans la Sainte-Chapelle 
haute, cette arcature ne se relie pas absolument aux meneaux des fenê- 
tres , cependant les divisions correspondent aux espacements des me- 
neaux ; les architectes semblaient ainsi vouloir faire partir les fenêtres 
du sol, c'est-à-dire ne plus composer leurs édifices que de piles et 
d'ajours dont une portion était cloisonnée par le bas. C'était un moyen 
de donner de la grandeur à l'intérieur des édifices religieux. Nous avons 



— 389 — . • [ FENÊTRE 1 

VU que les architectes des églises de Notre-Dame de Châlons (sur-Marne) 
et du chœur de Saint-Reniy de Reims avaient cherché à relier les fenê- 
tres supérieures avec le triforium. Dans la cathédrale de Reims ce prin- 
cipe n'avait point été suivi;, mais nous voyons que dans l'Ile-de-France 
et la Picardie on l'adopte avec franchise, du moins, pour les fenêtres 
supérieures. 

La nef de la cathédrale d'Amiens nous présente un des premiers 
et des plus beaux exemples de ce parti. Dans cette nef, les fenêtres supé- 
rieures et le triforium ne forment qu'un tout, bien que ce triforium soit 
encore clos et qu'il adopte une ordonnance particulière. Ce nouveau 
mode a une telle importance, il indique si clairement le but que les archi- 
tectes se proposaient d'atteindre, savoir : de supprimer entièrement les 
murs, ce qu'en terme de métier on appelle les tapisseries, que nous 
devons ici donner une figure de ces fenêtres hautes de la nef de Notre- 
Dame d'Amiens (20). En A est tracée la face intérieure de l'une de ces 
fenêtres, et en R sa coupe sur CC'C". Les arcs-doubleaux des grandes 
voûtes portent sur les colonnes D, et les arcs ogives sur les colonnettes E ; 
c'est l'archivolte G de la fenêtre qui tient lieu de formeret. Il n'y a donc 
dans cette construction que des piles et des fenêtres. Le triforium est 
essentiellement lié à cette baie, non-seulement par sa décoration, mais 
aussi par sa structure. Cependant, le comble H du bas-côté étant adossé à 
ce triforium, une cloison I ferme la galerie, et un arc de décharge porte 
le filet, le passage supérieur, et forme étrésillormement entre les piles K 
qui reçoivent les colonnes de tête M des arcs-boutants. Les piles milieux 
P sont placées au-dessus de la clef des archivoltes des collatéraux, de 
sorte que toutes les pesanteurs se reportent sur les piles de la nef. Le 
meneau central de la baie est construit en assises hautes, mais déjà les 
meneaux intermédiaires ne se composent que de grands morceaux de 
pierre en délit. Lès redents des roses, grandes et petites, sont incrustés en 
feuillure dans l'appareil principal de la claire-voie supérieure '. Ces baies 
étant d'une dimension considérable, on a jugé à propos de multiplier les 
barlottières en fer, de placer des montants dans le milieu de chaque 
intervalle, et de garnir la rose supérieure d'une puissante armature pour 
soulager d'autant les redents et pour résister au poids des panneaux 
de vitraux. Si le triforium participe déjà ici à la fenêtre, cependant il est 
encore un membre distinct de l'architecture, il n'est pas à claire-voie et 
laisse voir des portions de tapisseries entre ses archivoltes et l'appui des 
grandes baies. Ces ajours obscurs et ces surfaces pleines sous les grandes 
parties vitrées des fenêtres hautes tourmentèrent l'esprit logique des 
architectes du xiu'' siècle. Le triforium, en effet, n'était plus une galerie 
fermée passant sous les fenêtres, c'était déjà un soubassement de la 
fenêtre, mais un soubassement qui ne s'y reliait pas assez intimement. 
En disposant les combles des bas-cotés en pavillons ou en terrasses, on 

' \ii\. pour los détails rlc la ((iiisIriKlidn de cos clairos-voios l'ailicle micnkai . 



[ FENfilKE 



390 




pouvait ineltre à jour aussi la cloisou du triforiuni; mais alors il fallait 



31)1 I FKNftTRE ] 

faire disparaître ces tympans pleins, ces appuis hauts, et faire décidément 
descendre les grandes baies des nefs jusqu'à l'appui de la galerie en ne 
donnant à celle-ci que les pleins absoluments nécessaires pour trouver un 
chemin de service en R. Dans le chœur de la même cathédrale ce nouveau 
programme fut résolu avec certains tâtonnements : les tympans pleins 
au-dessus des archivoltes du triforium existent encore; on a bien cherché 
à les allégir en les décorant de gâbes avec crochets, mais la solution de 
continuité entre la fenêtre et la galerie ajourée n'en existe pas moins 
(voy. triforium). C'est en Champagne et dans l'Ile-de-France où le pro- 
blème paraît avoir été résolu d'une manière absolue pour la première 
fois. La nef et les parties hautes du chœur de l'église abbatiale de Saint- 
Denis, bâties vers 1245 (vingt ans environ après la nef de Notre-Dame 
d'Amiens), nous montrent des fenêtres ne faisant plus qu'un tout avec 
le triforium'. Ces fenêtres présentent d'ailleurs certaines dispositions 
particulières qui ont une signification au point de vue de la structure. 
Indiquons d'abord cette règle à laquelle on trouve peu d'exceptions : 
c'est que pendant le xiii'" siècle, et même au commencement du xiv", 
les meneaux des fenêtres offrent toujours une division principale, de 
manière à fournir deux vides seulement si ces baies ont peu de largeur, 
et deux vides subdivisés par des meneaux secondaires si ces baies 
sont plus larges; ainsi les fenêtres possèdent des travées en nombre 
pair, deux et quatre. Ces divisions se subdivisent encore si les fenêtres, 
atteignent une largeur extraordinaire afin de composer huit travées*, 
c'est-à-dire un meneau principal, deux meneaux secondaires et quatre 
meneaux tertiaires, en tout sept meneaux. On reconnaît là l'emploi de 
ce système de cristaUisalion, disons-nous, vers lequel l'architecture 
gothique tombe par une pente fatale dès le milieu du xiii*" siècle. On con- 
çoit, par exemple, que les architectes ayant admis que pour maintenir les 
paimeaux de vitraux il ne fallait pas laisser plus d'un mètre environ de 
vide entre les meneaux, à moins d'être entraîné à placer des montants en 
fer entre ces meneaux comme dans l'exemple précédent ; que du moment 
que les meneaux étaient considérés comme des châssis de pierre destinés 
à maintenir ces panneaux, il était illogique de doubler ces meneaux par des 
barres de fer verticales, ces architectes aient été bientôt entraînés à poser 
autant de montants verticaux de pierre qu'il y avait d'intervalles de trois 
pieds de large à garnir de vitraux. Soit une fenêtre de deux mètres de large 
à vitrer, l'architecte pose un meneau (21). Soit de quatre mètres, il pose un 
meneau principal et deux meneaux secondaires (22). Soit de huit mètres, 

' Même disposition dans l'œuvre liante du chœur de la cathédrale de Troyes, qui 
semble être antérieure de quelques années aux constructions du xiii« siècle de l'église 
de Saint-Denis. L'architecture de la Champagne est presque toujours en avance sur 
celle des •provinces voisines et même de Tlle-de-France. 

' Nous trouvons des exceptions à cette règle à la fin du xni' siècle dans l'église de 
Saint-Urbain de ïroyes. On le voit, c'est toujours la Champagne qui introduit des 
innovations dans l'architecture. 



[ FENf.TUK ) — 39^2 — 

il pose un meneau priiuupal, deux meneaux secondaires et quatre ter 

%1 ^^-^^ ^^ 





tiaires (23). Mais alors la rose A et les com{)artiments B deviennent si 
grands qu'il est impossible de les vitrer, à moins d'employer des arma- 
tures en fer très-compliquées; c'est ce qu'il faut éviter. On cherche des 
(combinaisons de redents de pierre pour garnir ces intervalles comme 
nous le traçons en C, par exemple. Le châssis est alors complet, et le fer 
n'est qu'un accessoire, ne se pose que sous forme de barlottières armées 
de pitons. Nous avons dit précédemment que le défaut des fenêtres hautes 
de la Sainte-Chapelle du Palais était de présenter des meneaux trop longs 
pour les claires-voies supérieures, celles-ci ne descendant pas au-dessous 
de la naissance des archivoltes. L'architecte de la nef de Notre-Dame 
d'Amiens, avant la construction de la Sainte-Chapelle, avait déjà descendu 
les claires-voies supérieures au-dessous de la naissance des archivoltes- 
formerets (fig. 20). Mais plus on multipliait les meneaux, et plus il fallait 
descendre ces claires-voies, ainsi que le démontrent les deux fig. 21 et 
22, ou bien il fallait, comme on le voit, fig. 23, tracer les arcs brisés 
intérieurs se rapprochant plus du plein cintre que dans les deux autres 
exemples. 

Les fenêtres hautes de la nef de Notre-Dame d'Amiens possèdent un 



— 393 — [ FKNÊTRE 1 

meneau central offrant plus de champ que les deux autres. En effet, le 

^^3 



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A 


A 


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'h 


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h 





poids de la claire-voie se reporte presque entièrement sur ce meneau ; 
cela n'avait point d'inconvénients alors que ce meneau central était 
encore composé ou d'assises ou de pierres hautes, mais n'étant pas de 
nature à se déliter. Si, au contraire, on voulait en venir à former ces 
meneaux de longues pierres debout pouvant se déliter, il y avait un dan- 
ger sérieux à reporter toute la charge sur le pied-droit central. Les archi- 
tectes des églises de Saint - Denis , de la cathédrale de Troyes et de 
quelques autres monuments religieux élevés au milieu du xm'' siècle, 
conservèrent la disposition générale indiquée dans la fig. '20, mais donnè- 
rent pour plus de sûreté un champ égal, sinon une égale épaisseur, aux 
trois montants des grandes baies : c'est-à-dire (fig. 24 ') qu'ils accolèrent 
deux fenêtres à un seul montant chacune. Ainsi tous les nerfs principaux 
de la claire-voie conservaient le même champ, et le châssis de pierre 
avait sur toute sa surface une égale rigidité. En A, nous avons tracé la 
section du meneau central et de l'un des meneaux intermédiaires; en B, 

' Fenêtre supérieure du chœur de Téglise abbatiale de Saint-Deuis. 

T. V. ■ , 50 



[ FENÊTRE J 




r. Ci//ii./ii/.v.7r. 



la coupe de la fenêtre faite sur son axe. Ici les redents des roses ne sont 



— 395 — [ FENÊTRE ] 

plus embrévés en feuillure comme à Amiens, mais tiennent à l'appareil 
général ; ce qui permettait, en leur donnant plus de légèreté, d'obtenir 
plus de résistance et de diminuer la force des armatures en fer. Le trifo- 
rium est, comme nous le disions tout à l'heure, intimement lié à la 
fenêtre, il est ajouré comme elle, et les tympans destinés à porter le pla- 
fond du passage C ne présentent que des surfaces pleines peu impor- 
tantes. La cloison extérieure D est ajourée comme la galerie E, quoique 
d'une taille plus simple. C'est à cette cloison D que sont attachés les pan- 
neaux de vitraux. Les barres de fer G forment un chaînage continu pas- 
sant à travers les piles et les meneaux, et reliant toute la construction. 
Bientôt on voulut même supprimer ces petits tympans pleins au-dessus 
des archivoltes du triforium, et ne plus avoir qu'une claire-voie sans 
autre interruption que l'assise de plafond entre le haut de la galerie et 
les baies. Les fenêtres et le triforium ne parurent plus être qu'une seule 
ouverture divisée par des meneaux et des découpures complètement 
ajourées (voy. triforium). Alors les travées des grandes nefs ne furent 
composées que des arcades des bas-côtés et d'un fenestrage comprenant 
tout l'espace laissé entre le dessus des archivoltes de ces travées et les 
voûtes hautes. Si les sanctuaires n'avaient point de collatéraux, on les 
mettait entièrement à jour au moyen d'une galerie vitrée surmontée d'un 
fenestrage comprenant tout le vide entre les piles. C'est ainsi qu'est con- 
struit le chœur de l'église Saint-Urbain de Troyes, qui n'offre aux regards 
qu'une splendide lanterne de verrières peintes reposant sur un soubasse- 
ment plein, de trois à quatre mètres seulement de hauteur*. 

Nous avons donné au mot chapelle, fig. 4, 5 et 6, la disposition des 
fenêtres de la chapelle royale du château de Saint-Germain-en-Laye, dis- 
position qui met à jour tout l'espace compris entre les contre-forts de 
l'édifice en isolant les formerets de la voûte, de manière qu'à l'extérieur 
cette chapelle laisse voir, seulement comme parties solides, des piles et 
de grands fenestrages carrés. Cette tendance à laisser entièrement à jour 
les tapisseries des édifices religieux entre les contre-forts, de ne plus faire 
que des piles portant des voûtes avec une décoration translucide à la place 
des murs, est évidemment la préoccupation des architectes dès le milieu 
du XIII* siècle. Du moment où l'on adopta les verrières colorées, la pein- 
ture murale ne pouvait produire dans les intérieurs que peu d'effet, à 
cause du défaut de lumière blanche et de l'éclat des vitraux ; on prit donc 
le parti de n'avoir plus que de la peinture translucide, et on lui donna la 
plus grande surface possible. 

La Champagne précède les autres provinces de France, lorsqu'il s'agit 
d'adopter ce parti. Les bas-côtés de la nef de Saint-Urbain de Troyes, dont 
la construction date de la fin du xiii" siècle, présentent entre les contre- 
forts cette disposition d'un fenestrage rectangulaire, très-riche, indépen- 
dant des voûtes. L'architecte de cette église si curieuse, voulant adop- 

' Voy. CONSTRUCTION, %. 103, 104, 105 cl 106. - 



FKNftTRE 



— 390 — 



ter un parti large dans un petit édifice, ce qu'on ne saurait trop louer-, n'a 
divisé sa nef qu'en trois travées. Les bas-côtés sont couverts par des voûtes 
d'arête sur plan carré; mais comme l'espace entre les contre-forts eût 
été trop large pour ouvrir entre les piles une seule fenêtre, à moins de 
lui donner une largeur plus grande que sa hauteur, ce qui eût été d'un 
effet très-désagréable, ou de laisser entre les baies et les piles de larges 
pieds-droits , ce qu'on voulait éviter , cet architecte donc , fig. 25 , a 




divisé chaque travée du bas-côté par une nervure A qui vient retomber 
sur une pile et un contre-fort B moins puissant que les contre-forts C, les- 
quels reçoivent les arcs-boutants. Dans les espaces laissés entre les gros 
et petits contre-forts il a ouvert des fenêtres en D, terminées carrément 
sous le chéneau, et indépendantes des formerets E des voûtes. 11 a voulu 
cependant donner à l'extérieur comme à l'intérieur une grande richesse 
à ce fenestrage. La fig. 26 présente la face extérieure d'une de ces baies, 
à l'échelle de 0'",02 c. pour mètre. En A est l'un des gros contre-forts, en 
B l'un des petits. La coupe E est faite sur la balustrade en E'. L'assise 
formant chéneau et reposant sur la claire-voie est en G. La section C, à 
()'",0i c. pour mètre, est faite sm- le meneau à la hauteur H, et celle D, 
sur ce même meneau, à la hauteur L Les vitraux sont posés dans les 
feuillures K. Si nous faisons une coupe sur l'axe de cette fenêtre, fig. 27, 
nous avons le meneau central en A, le petit contre-fort en B, et sous le 
formeret de la voûte, en C, une claire-voie qui n'est qu'une décoration. 
On voit que le chéneau G repose sur ce formeret et sur la claire-voie 
extérieure. Examinons cette fenêtre de l'intérieur du bas-côté, fig. 28. 
En A nous avons indiqué la claire-voie vitrée, la fenêtre qui porte le 



39- 



FENÊTRK ] 




chéneaii G, et qui est exactement comprise entre les contre-forts; en B 



[ FENÊTHE 1 — 398 — 

est tracée la claire-voie intérieure, sous le fornieret C de la voûte. D'après 




l'appaicil, qui est exactement tracé, on recoiniait que ces claires-voies 



— 399 — [ FENÊTRE J 

sont complètement indépendantes de la structure des contre-forts^ qu'elles 




ne sont que des dalles ajourées taillées dans un excellent liais de Ton- 



[ fenêtkh: 1 — iOO — 

nerre. La construction ne (insiste donc qu'en des contre-forts ou piles 
portant les voûtes ; puis, comme clôture, il n'y a que des cloisons ajou- 
rées, posées en dehors et recevant les chéneaux. Ce sont de véritables 
châssis que l'on peut poser après coup, changer, réparer, remplacer sans 
toucher à l'édifice. Il n'est pas besoin de faire ressortir les avantages qui 
résultent de ce système, parfaitement raisonné, qui permet les décora- 
tions les plus riches et les plus légères sans rien ôter à la bâtisse de sa 
solidité et de sa simplicité. 

Pendant le xiv^ siècle cependant, on abandonne, même en Cham- 
pagne, ce système de fenestrage inscrit dans des formes rectangulaires 
pour les édifices religieux, et on en revient à prendre les formerets des 
voûtes comme archivoltes des baies ; mais les meneaux deviennent de 
plus en plus déliés, et arrivent à des sections d'une extrême délicatesse 
afin de laisser aux vitraux, c'est-à-dire aux surfaces décoratives colorées, 
le plus de surface possible (voy. meneau). 

FENÊTRES APPARTENANT A l'aRCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE. — DaUS l'ar- 

chitecture antique grecque et romaine, c'est la structure intérieure des 
vaisseaux à éclairer qui commande la forme et la dimension des fenêtres. 
Ce même principe est appliqué avec plus de rigueur encore par les 
architectes du moyen âge. Si la forme cintrée convient à des baies dont 
les vitraux sont dormants, et qui sont inscrites par des voûtes, on con- 
viendra que cette forme ne peut guère être appliquée à des baies qu'il 
faut ouvrir souvent et qui sont percées entre des planchers. Ainsi que 
nous l'avons dit en commençant cet article, les fenêtres des premiers 
siècles du moyen âge sont très-rarement garnies de vitraux dans les édi- 
fices publics ; mais il fallait bien, dans les habitations privées, se garantir 
du froid et du vent, ne fût-ce que pendant la nuit : alors les fenêtres 
étaient closes par des volets de bois ; quand on voulait de l'air et de la 
lumière, on ouvrait les volets. Les inconvénients de ce moyen primitif 
obligèrent bientôt les architectes à percer ces volets de quelques trous 
que l'on garnissait de verre ou de parchemin. Puis on en vint à faire des 
châssis de bois recevant les vitraux, du papier, du parchemin ou de la 
toile. 

Quelques fenêtres d'habitations du xi" siècle, comme celles de nos 
anciens donjons normands, par exemple, ne laissent voir nulle trace de 
fermeture ancienne; il est à croire qu'elles étaient closes au moyen de 
nattes, de courtines de laine ou de grosse toile ; on voit en etiet souvent 
figurées dans les manuscrits carlovingiens des baies garnies de ces ten- 
tures mobiles glissant sur des tringles, et retenues par des embrasses 
lorsqu'on voulait faire entrer l'air et la lumière dans les intérieurs. Déjà 
certainement, les habitations urbaines, celles des bourgeois qui se 
livraient à un travail quelconque dans l'intérieur de leurs maisons, 
étaient percées de fenêtres vitrées ou parcheminées alors que les châ- 
teaux conservaient encore les anciens usages, car les seigneurs féodaux 



— 401 — [ FENÊTRE ] 

et leurs hommes ne se réunissaient guère que le soir dans leurs réduits pour 
manger et dormir; ils ne se livraient k aucun travail intérieur, et pas- 
saient presque toutes leurs journées à courir la campagne. 

Dans les maisons des villes, le besoin de faire pénétrer le jour dans les 
intérieurs (les rues étant généralement étroites) motivait ces colonnades 
vitrées que nous trouvons dans presque toutes les habitations françaises 
à dater du xii*^ siècle. L'ouvrage de MM. Verdier et Cattois sur l'architec- 
ture civile du moyen âge nous fournit un grand nombre d'exemples de 
ces fenestrages continus qui occupaient tout un côté de la pièce princi- 
pale au premier et même au second étage, pièce qui servait de lieu de 
travail et de réunion pour toute la famille. Mais ces claires-voies ne peu- 
vent être considérées, à proprement parler, comme des fenêtres ; nous 
avons l'occasion de les décrire à l'article maison. 

La fenêtre romane civile est ordinairement étroite, composée de deux 
pieds-droits terminés par un cintre appareillé ou découpé dans un linteau 
avec un arc de décharge par derrière, ou un second linteau présentant une 
assise assez forte pour recevoir Tes solivages du plancher. Quelquefois la 
fenêtre n'est autre chose qu'une baie cintrée, comme celles présentées 
fig. 1 et 2. Cependant ces ouvertures (à cause du cintre qui les terminait) 
se fermaient difficilement au moyen de volets, ceux-ci ne pouvant se 
développer sous les cintres ; on renonça donc bientôt à employer ce 
mode, on élargit les baies en les divisant par un meneau, une colonnette. 
La fig. 29 nous montre une fenêtre romane de la fin du xi" siècle qui, par 
la conservation de tous ses accessoires, fournit un exemple remarquable 
du système de fermeture généralement adopté à cette époque. Elle pro- 
vient du château de Carcassonne'. En A est tracé le plan. Sa largeur 
totale entre les pieds-droits de l'ébrasement est de 1",20, et la profon- 
deur de cet ébrasement est de 0,60 c. , moitié de la largeur. Une colon- 
nette en marbre blanc porte le linteau extérieur évidé en deux portions 
d'arcs (voir la face extérieure de la baie B). Ce linteau 1 est doublé inté- 
rieurement d'un second linteau K, et d'un troisième L (voir la coupe C) 
qui est fait d'un bloc de béton - et qui reçoit le solivage du plancher. 
Deux gonds G, encore en place (voir la face intérieure D), recevaient un 
volet brisé qui, ouvert, se développait dans l'ébrasement et sur le mur 
ainsi que l'indique le plan. Lorsqu'on voulait clore la fenêtre, on rabattait 
les deux feuilles du volet et on tirait la barre de bois dont la loge est 
indiquée sur ce plan et sur le tracé D, en F, jusqu'à ce que l'extrémité 
de cette barre s'engageât dans l'entaille P ^ L'allège de la fenêtre formait 
banc à l'intérieur de la pièce; 

Nous donnons (30) la face intérieure de ce volet en 0, et sa coupe 
sur ab en M ; la barre tirée est indiquée en R. Des ajours vitrés au 

' Face intérieure des tours de la porte. 

'^ Voy. , à l'article uéton, la fig. 1. 

'■' Voy.. à l'article nARur, les moyens de tirage de ces sortes de clôtures. 

* T. V. 51 



[ nî.M>TUK I — -40:2 — 

moyen do morceaux de verre enchâssés dans du plomb donnaient de 




la lumière dans la pièce lorsque les volets étaient fermés. Les pentures 



— 403 — 



[ KKNÈTKIi 



étaient brisées comme les volets, ainsi que l'indique notre tigure. Ici la 
hauteur entre planchers était trop faible pour permettre l'emploi de l'arc 



30 



M 



i 




de décharge intérieur; mais habituellement Fébrasement des fenêtres 
romanes divisées par une colonnette est surmonté d'un arc de décharge 
plein cintre. 

Voici (31) l'une des fenêtres du donjon de Falaise, dont la construction 
date à peu près de la même époque. Le plan A nous fait voir que la baie 
consiste réellement en une loge ou arcade cintrée, fermée extérieurement 
par une allège, une colonnette et deux tableaux. Sur le dehors (voir le 
tracé B) la fenêtre ne laisse pas percer le cintre de l'ébrasement, mais 
seulement les deux petits arcs retombant sur la colonnette. Intérieure- 
ment (voir le tracé D) on remarque que la fenêtre offre un réduit duquel, 
en s'avançant jusqu'à l'allège C, on peut regarder au pied du mur exté- 
rieur. Ces fenêtres ne semblent pas avoir été fermées primitivement par 
des volets, mais seulement, comme nous le disions tout à l'heure, par des 
nattes ou des tapisseries pendues sous le grand cintre. Un peu plus tard 
nous observons que dans ces châteaux normands on emploie les volets 
de bois pleins pour fermer les baies, en faisant paraître le grand cintre 
de l'ébrasement à l'extérieur et en ouvrant un jour dormant sous ce 
cintre. 



FENÊTRE I 404 — 

C'est ainsi que sont construites quelques fenêtres du château d'Har- 



51 



Js. 



^ V, 



\' 











S' 



H 



court à Lillebonne (Seine-Inférieure) et de plusieurs autres châteaux 
normands du xii-' siècle. La fig. 32 explique cette disposition. Le tracé A 



— 405 — [ FENÊTRE 1 

nous montre la fenêtre à l'extérieur, et celui B sa coupe. Sous le berceau 





I 1 1 u\-i r I wi I Kl' I ' I I ■ 



I I I 



l~J 






Kn\i r" _i_ 



plein cintre E de l'ébrasement est bandé un arc D dont les sommiers 
reposent sur les extrémités d'un linteau C et sur deux pieds-droits. 
Un meneau soulage ce linteau au milieu de sa portée. L'espace compris 
entre le linteau C et l'arc D était vitré à demeure, et des volets pleins, 
brisés, barrés, fermaient la baie derrière le meneau. Plus tard, lorsqu'on 
vitra les fermetures des fenêtres, on conserva encore ces châssis dor- 
mants au-dessus de la partie ouvrante. Cette tradition se conserva en 
France jusqu'à nos jours, puisque dans beaucoup d'habitations du der- 
nier siècle on voit encore des fenêtres avec des jours d'impostes qui sou- 
vent étaient dormants. En effet, lorsqu'on veut regarder par une fenêtre, 
il est assez incommode d'ouvrir un châssis de trois ou quatre mètres de 
hauteur, difficile souvent à manœuvrer, que l'humidité fait gonfler ou la 
sécheresse rétrécir, et qui laisse passer en hiver un volume d'air beau- 
coup plus considérable qu'il n'est besoin. 11 faut dire aussi que les pièces 
destinées à l'habitation étant beaucoup plus vastes que celles de nos 
appartements, on ne sentait pas le besoin, comme aujourd'hui, de renou- 
veler l'air intérieur aussi souvent. Les cheminées larges faisaient un 
appel suffisant de l'air extérieur en hiver, pour qu'il ne fût pas nécessaire 
d'ouvrir les fenêtres ; et, en été, on obtenait de la fraîcheur en les tenant 
fermées. Ce n'était que lorsqu'on voulait regarder dans la rue qu'on 
entre-bâillait les châssis ouvrants d'une petite dimension, et permettant à 
une seule personne ou à deux, tout au plus, de se pencher sur lappui. 



FENÈTKE 



40(> — 



On renonça cependant^ au xui' siècle, aux barres se logeant dans Tépais- 
seurs des murs, tirées derrière les volets, et, au lieu de volets pleins ou 
percés de petits ajours, on établit des châssis de bois presque entière- 
ment vitrés. 
Voici (33) une des fenêtres du commencement du xni" siècle, percées 




dans les anciens bâtiments dépendant aujourd'hui de la citadelle de Ver- 
dun. C'est encore le système roman. Le linteau, déchargé par le berceau 
brisé de l'ébrasement qui apparaît au dehors, est ajouré d'un quatre- 
feuilles vitré dormant; mais les deux claires-voies sont garnies de châssis 
vitrés roulant sur des gonds scellés dans les feuillures , et maintenus le 
long du meneau par des targettes s'enfonçant dans une gâche B en pierre, 
réservée à l'intérieur de ce meneau. L'esprit ingénieux des architectes 
laïques du xin'^ siècle allait trouver des dispositions nouvelles et très- 
variées pour les fenêtres des édifices civils et des habitations. Nous voyons 



— 407 — 



FENÊTRE 



que dans certains cas ils conservent la tradition romane pure, c'est-à-dire 
qu'ils ouvrent dans un mur une arcade plein cintre, et posent un linteau 
sous ce cintre pour recevoir un châssis carré, comme dans une tourelle 
dépendant de l'évêché de Soissons (34) [commencement du xni^ siècle] ; 




\ 




ou bien que, pour de petites pièces, ils adoptent des baies larges, relati- 
vement à leur hauteur, séparées par un élégant meneau central, cou- 
vertes extérieurement par un linteau décoré d'arcatures, et formant inté- 
rieurement un ébrasement terminé par un berceau de décharge et muni 
d'un banc B (35) '. Ici le meneau est renforcé intérieurement d'un appen- 
dice A servant d'accoudoir, et recevant les targettes de fermeture des 
deux châssis (voy. l'article banc, tîg. 4). Nous voyons encore que pour 
éclairer des pièces assez hautes entre planchers, ils disposent les fenêtres 
de manière à pouvoir n'ouvrir à la fois qu'une partie de leur surface ; 
alors le meneau central est divisé par une traverse (36), la baie porte 
quatre châssis mobiles : ceux inférieurs s'ouvrant pour regarder dehors, 
et ceux supérieurs pour donner de l'air dans le haut de la pièce, toujours 
avec des renforts aux meneaux pour recevoir les targettes^. 

Cependant on demandait aux architectes, vers le milieu du xni'' siècle, 
des fenêtres plus grandes pour éclairer les habitations ou les édifices 
publics ; à mesure que les mœurs s'adoucissaient, on voulait des maisons 



' D'une maison de Flavigny (Côte-d'Or). 

- D'une maison de Flavigny (Côte-d'Or), milieu du xiir siècle. 



FENÊTRE J 



— 408 — 



ouvertes, non plus murées comme des forteresses. C'est surtout dans les 
villes de l'Ile-de-France et de la Champagne que l'on aperçoit, sous le 
règne de saint Louis, une tendance vers ces besoins de la civilisation 
moderne. 




35 




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Il existe encore à Reims une façade de maison assez complète rue du 
Tambour, maison dite des Musiciens (voy. maison), qui date de 1240 envi- 
ron. Les pièces du premier étage sont éclairées par de larges et hautes 
fenêtres (37), dont nous donnons en A la face extérieure, en B la face 
intérieure et en C la coupe. La corniche D, de la maison, est immédiate- 
ment posée sur les linteaux de ces fenêtres, derrière lesquels sont bandés 
des arcs de décharge E qui portent la charpente du comble. Les meneaux 
sont combinés de façon à recevoir les châssis vitrés sans le secours d'au- 
cune ferrure. D'abord en G est posé, sous l'arc de décharge, un linteau 
de chêne, percé à ses extrémités de trous correspondant aux renforts 
circulaires F ménagés aux deux bouts de la traverse de pierre H. Ces 
renforts, dont le détail perspectif est tracé en I, reçoivent les pivots K des 
châssis inférieurs et ceux des châssis supérieurs. D'autres renforts analo- 
gues 0, pris aux dépens de l'appui P, recevaient les pivots bas de ces 
châssis inférieurs. Les targettes des quatre châssis entraient dans les ren- 
flements R réservés à l'intérieur du meneau central. Nous donnons au 



— 409 — 



FENÊTRE ] 



dixième de l'exécution, en L la section du meneau, en M la face latérale 
d'une des gâches, et en N sa face intérieure'. 

Ces exemples font ressortir le soin que les architectes de cette époque 




mettaient dans l'étude des menus détails de l'architecture domestique. 
Tout était prévu pendant la construction, et tout était prévu avec économie. 
Ils évitaient ces scellements de ferrures qui, après l'achèvement d'un rava- 
lement, viennent déshonorer les façades en coupant les moulures, écor- 
nant les chambranles, mutilant les tableaux et les appuis ; qui nécessitent 
ces raccords en plâtre bientôt détruits par le temps et accusant ainsi le peu 
d'harmonie qui existe, dans nos édifices, entre l'apparence et les besoins. 
Dans les maisons gothiques, regardées de nos jours comme des habitations 
étrangères à notre civilisation, les fenêtres, ainsi que les autres membres 
de l'architecture, ne sont point imitées de l'antique ou de la renaissance 
italienne ; mais elles sont disposées et faites pour donner de l'air et de la 
lumière, elles sont proportionnées aux salles, et comprennent dans leur 
structure tous les accessoires indispensables à l'ouverture des châssis 

' Voy. VArchiteclitre civile, de MM. Verdier et Cattois. La maison des Musiciens est 
donnée dans cet ouvrage avec la plupart des détails de la façade sur la rue du 
Tambour. 



T. V. 



52 



[ FENÊTRE J — 410 — 

mobiles, comme à leur clôture. Nous pourrions donc trouver encore ici 




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quelques bons enseignements si nous voulions nous pénétrer de ces 



— 411 — [ FENÊTRE 1 

moyens simples, de ce soin en toute chose qui n'excluent nullement les 
perfectionnements et leur viennent, au contraire, en aide. 

Mais les exemples que nous venons de donner en dernier lieu sont tirés 
d'édifices privés; cependant les architectes du moyen âge élevaient de 
vastes salles affectées à des services civils ou qui réunissaient à la fois les 
caractères religieux et civils. Telles étaient les salles synodales, grands 
vaisseaux destinés à des réunions nombreuses, où il fallait trouver de la 
lumière, de l'air, de grandes dispositions; en un mot, ce qu'on demande 
dans nos salles de tribunaux. On voit encore, près la cathédrale de Sens, 
une de ces salles qui dépendait autrefois du palais archiépiscopal. 

C'est vers 1245, sous le roi saint Louis, que fut bâtie la salle synodale 
de Sens. Sur la place publique, vers l'ouest, elle est éclairée par des fenê- 
tres, admirables comme style d'architecture, parfaitement appropriées à 
leur destination et d'une construction qui montre la main d'un maître. 
Nous donnons (38) l'extérieur de ces fenêtres. La salle étant voûtée, les 
archivoltes de la baie sont concentriques aux formerets des voiîtes, et 
disposées conformément au système champenois. Les vitraux compris dans 
les claires-voies A sont dormants, comme dans les fenêtres des édifices 
religieux; mais les ouvertures B sont rectangulaires et garnies de châssis 
ouvrants, afin de permettre aux personnes placées dans la salle de donner 
de l'air et de regarder au dehors. A l'intérieur, ces fenêtres présentent le 
tracé perspectif (39). Cette belle composition se reproduit à l'extrémité 
méridionale de la salle, mais avec quatre travées au lieu de deux; une 
immense claire-voie supérieure, d'une fermeté de style peu commune à 
cette époque, surmonte ces quatre ouvertures. On voit ici que les 
meneaux sont munis de renforts destinés à recevoir plusieurs targettes 
dans la hauteur des châssis ouvrants, afin d'empêcher le gauchissement 
de ces châssis'. On remarquera combien l'appareil de ces claires-voies 
est bien disposé pour présenter une grande solidité et pour éviter les évi- 



' La restauration de cette salle admirable, mutilée par le temps et l'incurie des 
derniers siècles, a été entreprise par les soins du ministère d'État. Le gouvernement 
a compris toute l'importance de ce monument unique aujourd'hui en France, et qui 
fournit un exemple dont on peut tirer les plus utiles enseignements pour la construc- 
tion de nos grandes salles modernes destinées à de nombreuses réunions. Le bâtiment, 
qui avait été vendu pendant la révolution, a été acheté par le ministère de l'instruc- 
tion publique et des cultes. 11 appartient donc aujourd'hui à l'État. La conservation 
de la salle synodale de Sens sera un fait d'autant plus remarquable, que l'administra- 
tion avait à lutter contre certains esprits pour lesquels toute dépense qui ne présente 
pas un caractère d'utilité matérielle, immédiate et locale, est une dépense perdue; 
nous ne.pouvons cependant nous borner, en France, à élever des marchés, des abat- 
toirs, des hôpitaux et des viaducs. Il faut reconnaître qu'à Sens, comme au pont du 
Gard, comme à Carcassonne, la persistance éclairée de l'administration trouve chaque 
jour l'approbation la plus vive de la part des nombreux visiteurs qui chez nous, heu- 
reusement, pensent que les monuments du passé méritent d'être conservés et tirés de 
l'oubli où on les laissait autrefois. 



[ FENÊTKK 



— 41i 



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déments. Les redents de la rose (tig. 38) sont posés en feuillure, et les 



— 413 — [ FENÊTRE I 

linteaux des parties ouvrantes sont déchargés par les deux archivoltes 




puissantes qui reposent sur la forte pile du milieu. Ces fenêtres ont 
un caractère particulier qui n'appartient pas au style de l'architecture 



[ FENÊTRE ] — 414 — 

religieuse^ bien qu'elles soient comprises sous des voiàtes comme les fenê- 
tres des églises (voy. salle). Les architectes des xiii^ et xiv^ siècles n'em- 
ployaient pas ce système de claires-voies vitrées dormantes avec châssis 
ouvrants dans les grandes salles seulement. Nous voyons des fenêtres de 
dimension médiocre ainsi disposées dans des habitations; les deux 
volumes sur VArchileclure civile et domestique , de MM. Verdier et 
Cattois*, nous en fournissent de nombreux exemples^, bien qu'ils n'aient 
pu les réunir tous. 

II existe au second étage de la porte Narbonaise, à Carcassonne, 
bâtie vers 1285, une salle médiocrement haute entre planchers, éclairée 
du côté de la ville par des baies qui nous présentent un diminutif des 
fenêtres de la grand'salle de Sens. La partie supérieure de ces baies (40) 
recevait des vitraux dormants. A l'intérieur, derrière le linteau A, était 
établi une traverse en bois B (voir la coupe C) sur laquelle venaient battre 
en feuillure deux châssis ouvrants. Un montant en bois, maintenu par un 
assemblage sous cette traverse et par un goujon sur le renfort D, posé 
derrière le meneau, était muni des gâches recevant les targettes des châs- 
sis ouvrants. Ces châssis ouvrants n'ayant pas de jets d'eau, et ne recou- 
vrant pas l'appui E (voir le détail G), mais battant contre cet appui à 
l'intérieur en H, la pluie qui fouettait contre les vitrages devait nécessai- 
rement couler à l'intérieur. Afin d'éviter cet inconvénient, le constructeur 
a creusé en F de petits caniveaux munis de deux trous K, par lesquels 
l'eau était rejetée à l'extérieur. Les châssis ouvrants étaient ferrés dans la 
feuillure au moyen de gonds et de pentures. Le tracé I montre la fenêtre 
vers le dehors. La claire-voie supérieure est moulurée à l'intérieur comme 
à l'extérieur, puisque le vitrail est pris au milieu de l'épaisseur de la 
pierre, ainsi que l'indique notre coupe, tandis que les pieds-droits, le 
meneau et le linteau sont coupés carrément du côté de l'intérieur pour 
recevoir les bâtis et châssis en menuiserie, ainsi que l'indique notre plan. 

Les formes des fenêtres ouvertes dans les édifices civils et les maisons 
des xni*' et xiv** siècles sont trop variées pour que nous puissions pré- 
senter à nos lecteurs un spécimen de chacune de ces sortes de baies. 
C'était toujours la dimension ou la nature des salles qui commandait les 
dispositions, les hauteurs et les largeurs de ces baies ; ce qui était rai- 
sonnable. Cette façon de procéder donnait aux architectes plus de peine 
qu'ils n'en prennent aujourd'hui, où la même fenêtre sert pour tout un 
étage d'un palais ou d'une maison, que cet étage comporte de grandes 
salles et de petites pièces, qu'il renferme des cages d'escaliers et des 
entre-sols. 

Cependant, vers la fin du xiv* siècle, les mœurs des châtelains et des 
bourgeois s'étaient fort amollies, et on trouvait que les châssis ouvrants 
posés en feuillure dans la pierre même, sans dormants, laissaient passer 
l'air froid du dehors; on songea donc à rendre le châssis de bois indé- 

' Deux vol. in-4, 1855. 



— 415 — 



[ FENÊTRE 



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pendant du châssis de pierre, c'est-à-dire des meneaux et traverses. Le 



[ FENÊTRE 1 — 41(i — 

château de Pierrefonds, bâti en 1400, nous fournit de beaux exemples 
de fenêtres disposées avec des châssis de bois dormants encastrés dans les 
feuillures de pierre, et recevant des châssis mobiles vitrés et des volets 
intérieurs. 

La fig. 41 donne en A le plan d'une de ces baies, en B sa face exté- 
rieure, et en C sa face intérieure. Sur ce dernier tracé, dans lequel nous 
avons indiqué la baie avec ses volets en D, avec ses châssis vitrés en E et 
dépouillée de sa menuiserie en F, on voit que les châssis ouvrants ainsi 
que les volets sont ferrés, non dans la pierre, mais sur des châssis dor- 
mants posés dans les larges feuillures des pieds-droits, du meneau et des 
traverses ; que l'on peut ouvrir séparément chaque volet et chaque châs- 
sis vitré, ce qui, pour de grandes fenêtres, présente des avantages; que 
les volets sont plus ou moins découpés à jour afin de permettre à la 
lumière extérieure d'éclairer quelque peu les chambres lorsque ces volets 
sont clos; que ces baies ferment aussi bien que les nôtres, sinon mieux; 
qu'elles peuvent être hermétiquemer\t calfeutrées, et qu'on pouvait, au 
moyen de ces châssis séparés, donner aux intérieurs plus ou moins d'air 
et de lumière. On a remplacé tout cela aujourd'hui par des vasistas, mais 
nous n'avons pas encore repris les volets s'ouvrant par petites parties. 
Comme toujours, lorsque les murs ont beaucoup d'épaisseur, des bancs 
garnissent les embrasures pour pouvoir s'asseoir près de la fenêtre et 
respirer à l'aise. 

Les fenêtres de l'architecture civile du xv'' siècle sont conformes à ces 
données générales, et reçoivent des châssis dormants; leurs moulures 
deviennent plus compliquées à l'extérieur, les meneaux et les traverses 
de plus en plus minces pour laisser passer plus de jour; leurs linteaux se 
décorent ainsi que leurs appuis, elles s'enrichissent de sculptures, et la fin 
du xv'' siècle nous a laissé nombre de baies de croisées d'une délicatesse 
de travail qui dépasse de beaucoup ce que l'on faisait au xiv" siècle, et ce 
que l'on fit à l'époque de la Renaissance. Nous terminerons cet article en 
donnant l'une des fenêtres du premier étage de l'hôtel de la Trémoille à 
Paris •. Ces fenêtres (42) posent sur une balustrade pleine continue qui 
forme allège; leurs linteaux sont posés au niveau de la corniche du bâti- 
ment qui reçoit le chéneau et le comble. Trouvant probablement que 
cette façon de terminer la baie était pauvre, l'architecte a jugé à propos 
d'élever au-dessus de ces linteaux une haute décoration en pierre ajourée 
qui forme comme le timbre de la fenêtre, et qui coupe la masse mono- 
tone du toit. Le chéneau se trouve ainsi interrompu à chaque baie, et 
porte une gargouille saillante en plomb au-dessus de chaque trumeau. 
Souvent (et cela était justifié par un besoin) ces timbres des baies posées 
sur la corniche ne sont autre chose que de grandes lucarnes de pierre 
qui éclairent l'étage du comble. C'est ainsi que se terminent les fenêtres 

' Cet hôtel a été démoli en 1841. Nous en possédons une monographie complète. 
(Voy. l'Architecture civile et domestique de MM. Verdier et Cattois, t. 11.) 



— 417 — [ FENÊTRE ] 

du palais de justice de Rouen, qui sont en ce genre ce qu'il y a de plus 



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riche en France comme combinaison, de plus surprenant comme coupe 
de pierre et comme main-d'œuvre (voy. lucarne). 

T. V. 53 



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Les meneaux et les traverses persistent dans les fenêtres de l'arcliitee- 



4-19 1 KKKMH I 

ture civile française jusqu'au commencement du xvu" siècle, parce que 
jusqu'alors les croisées s'ouvraient par petites parties, et qu'on ne suppo- 
sait pas qu'il fût commode de manœuvrer des châssis et des volets de trois 
mètres de hauteur. Ducerceau nous montre encore les feaètres du Louvre, 
de François I" et de Henri II, avec des meneaux de pierre. Des meneaux 
garnissent également les baies du palais des Tuileries. La suppression de 
ces accessoires, reconnus nécessaires jusque sous le règne de Louis XIV, a 
changé complètement le caractère de cette architecture en lui retirant 
son échelle ; les croisées de menuiserie n'ont pas l'aspect monumental 
des meneaux de pierre, sans pour cela donner plus de jour à l'intérieur 
des appartements (voy. maison, palais). 

FERME, s. f. Constructions rurales destinées à l'exploitation d'un 
domaine. Les Romains étaient fort amateurs d'établissements ruraux, et 
dans le voisinage de leurs villœ, quelquefois dans leur enceinte même, 
ils possédaient des bâtiments destinés à conserver les récoltes, à loger 
les colons et à renfermer des bestiaux. Les chefs francs paraissent 
avoir voulu prendre ces habitudes lorsqu'ils s'emparèrent du sol des 
Gaules; mais leur mépris pour le travail manuel et pour ceux qui s'y 
livraient, leur goût pour les armes et la vie d'aventures ne leur permet- 
taient guère de s'occuper des détails de la vie des champs. S'ils faisaient 
approvisionner dans leurs villœ des amas de grains, de vin, de fourrages 
et de produits de toute sorte, c'était pour les consommer avec leurs com- 
pagnons d'armes, et pour dilapider en quelques nuits d'orgies la récolte 
d'une année. On comprend que ces mœurs n'étaient pas propres à 
encourager la culture et l'établissement de bâtiments destinés à l'exploita- 
tion méthodique. 

Les monastères, vers le commencement du xi^ siècle, s'occupaient déjà 
sérieusement de la culture en grand. Ils construisirent des granges, des 
celliers, des pressoirs, des étables; ils firent des travaux d'irrigation 
importants, et s'appliquèrent à améliorer les terres, à défricher les bois, 
à réunir de nombreux troupeaux. A vrai dire, même les premiers monas- 
tères bâtis par les Clunisiens ressemblaient plus à ce que nous appe- 
lons une ferme aujourd'hui qu'à toute autre chose (voy. architfxtlre 
monastique). 

Plus tard, les moines, les seigneurs laïques, les chapitres, firent con- 
struire des fermes conformes aux dispositions adoptées de nos jours, et 
nous voyons qu'en 1234 un chanoine de Notre-Dame de Paris s'oblige à 
bâtir dans le délai d'un an une grange devant faire retour au chapitre 
après sa mort. « La cour ou pourpris de la grange devait avoir quarante 
toises de long et trente de large; le mur de clôture dix-huit pieds de haut, 
non compris le chaperon. Dans ce mur devait être pratiqué une porte 
avec une poterne, et au-dessus de la porte et de la poterne devaient être 
élevés des greniers vastes et solides; c'était la grange proprement dite. 
Elle devait avoir vingt toises au moins de longueur et neuf toises ou 



[ FICHKR ] — -4'20 — 

environ de largeur, avec une gouttière à la hauteur de douze pieds. 
Près de la porte un appentis de dix ou douze toises était destiné à l'habi- 
tation. Sur le pignon de derrière devait être construite une tourelle assez 
grande pour contenir un lit et un escalier. On devait employer à la con- 
struction de cette tourelle de bon bois de chêne, gros et fort, et de bonnes 
tuiles. Les angles des murs ainsi que la porte devaient être en pierre de 
taille. Enfin il devait être construit un grand et bon pressoir couvert 
d'un bon appentis en tuiles'. » Il existe encore dans le Beauvoisis, le 
Soissonnais, les environs de Paris et la Touraine, un assez grand nombre 
de ces bâtiments de fermes des xii" et xin^ siècles ^ notamment de fort 
belles granges (voy. grange), des colombiers (voy. colombier), qui ont 
presque toujours appartenu à des établissements religieux. Quant à la 
disposition générale des bâtiments de fermes , elle est subordonnée 
au terrain, aux besoins particuliers, à l'orientation. Ce n'est jamais qu'une 
agglomération de corps de bâtisses séparés les uns des autres, enclos de 
murs et souvent de fossés. Quelquefois même, ces fermes étaient forti- 
fiées, les murs d'enceinte étaient garnis d'échauguettes ou de tourelles. 
On en voit encore quelques-unes de ce genre en Bourgogne, dans l'Auxois, 
dans le Lyonnais et le Poitou. 

FERME, s. f. Terme de charpenterie. On entend par ferme toute mem- 
brure de charpente qui compose une suite de travées. On dit une ferme 
de comble, une ferme d'échafaud (voy. charpente, échafaud). 

FERMETURE, S. f. (Voy. BARRE, fenêtre, porte, serrurerie). 

FERRURE, s. f. (Voy. armature, serrurerie). 

FEUILLURE, s. f. Entaille pratiquée dans l'ébrasement d'une porte ou 
d'une fenêtre pour recevoir les vantaux ou les châssis (voy. fenêtre, 
porte). Les châssis dormants portent aussi des feuillures, quand ils 
reçoivent des châssis ouvrants (voy. menuiserie). 

FICHAGE. Action de ficher. 

FICHER, V. Ficher une pierre, c'est introduire du mortier sous son lit 
de pose et dans ses joints lorsque cette pierre est posée sur cales. Habituel- 
lement, pendant le moyen âge, on ne fichait pas les pierres, on les posait 
à bain-de-mortier, ce qui est de beaucoup préférable; car il est difficile, 
lorsqu'une pierre est posée sur cales, d'introduire le mortier dans son lit 
et ses joints , et surtout de comprimer le mortier de manière à éviter les 

' Voy. la préface au Cartnlaire de l'église Notre-Dame de Paris, pub. par M. Gué- 
rard, p. ccx, et le t. Il, p. 236. 

'^ Voy. Arch. civ. et domest., par MiVl. Veidier el Catlois. 



— 421 — 



FICHER 



tassements. Cependant, lorsqu'on procède par reprises et incrustements, 
il est impossible de poser les pierres à bain-de-mortier; dans ce cas, pour 
éviter le retrait du lit de mortier, pour le comprimer, il est bon, lorsque 
ce mortier commence à prendre , de le refouler au moyen d'une palette 
de fer et à coups de masses. Pour ficher les pierres, on emploie un outil 
que l'on appelle fiche : c'est une lame de tôle dentelée, munie d'un 
manche en bois ; cette lame est plate (1) ou coudée (1 bis). On applique 




un plateau A de bois, armé de deux petites potences en fer C et de 

■/ ïis 




pattes B, au niveau du lit de la pierre à ficher, les pattes entrant dans ce 
lit. Un garçon met du mortier sur ce plateau, que le ficheur, avec sa 
truelle et sa fiche, introduit peu à peu sous le bloc. Lorsque le mortier 
refuse d'entrer et qu'il ressort par le lit supérieur de la pierre, c'est que 
la pierre est bien fichée et que sa queue est remplie. Alors, et après que 
ce mortier a acquis de la consistance, on le bourre au moyen du refouloir 
en fer (2). Il est bon de laisser deux ou trois centimètres de vide sous le 




le lit, le long du parement. On remplit ce vide, plus tard, en rejointoyant; 
c'est le moyen de s'assurer que la pierre ne pose pas sur ses arêtes et 
qu'elle ne s'épauffrera pas sous la charge. 



[ FILET J 4;i'2 

FILET, s. m. Solin. On donne ce nom à une saillie de pierre destinée 
à empêcher Teau pluviale glissant le long des parements de s'introduire 
entre les couvertures et les maçonneries. Une couverture en métal, en 
ardoise ou en tuiles, ne peut être adhérente à la pierre ; il existe toujours' 
une solution de continuité entre cette couverture et la construction de 
pierre qui s'élève au-dessus d'elle. Si cette jonction, nécessairement 
imparfaite, n'est pas masquée par une saillie qui en éloigne les eaux, des 
infiltrations ont lieu sous les combles, pourrissent les planchers ou les 
voûtes. Aujourd'hui, on incruste une lame de zinc dans la pierre 
au-dessus de la couverture, ou, plus souvent encore, on calfeutre la 
jonction au moyen d'un solin de plâtre , qui se dégrade promptement ou 
qui se brise par suite du mouvement des charpentes sujettes à des gon- 
flements et à des retraits successifs. Les architectes du moyen âge avaient 
sur nous l'avantage précieux de tout prévoir pendant la construction des 
édifices publics ou privés. Scellements des châssis, feuillures, emplace- 
ment des ferrures, les détails nombreux qui doivent concourir à l'en- 
semble d'une bâtisse simple ou compliquée, étaient calculés, prévus et 
exécutés au fur et à mesure de la construction. Mais c'était particulière- 
ment dans le système d'écoulement des eaux que ces architectes nous 
surpassaient. Ils apportaient donc, dans l'établissement à demeure des 
filets propres à masquer la jonction des couvertures avec les parements 
verticaux, un soin minutieux, surtout à dater de la fin du xii^ siècle, 
moment où ils commençaient à élever de très-vastes édifices, sur lesquels, 
à cause même de leur grande surface, l'écoulement des eaux présentait 
des difficultés. Dans les églises romanes du xi*^ siècle, on voit déjà cepen- 
dant que les architectes ont préservé la jonction du comble en appentis 
des bas-côtés avec le mur de la nef centrale, au moyen de filets prononcés 
(1). Ces filets pourtournent les saillies des contre-forts, horizontalement 
d'abord (voy. le tracé A), puis bientôt suivant la pente donnée par le 
comble (voy. le tracé B), afin de ne laisser partout, entre ce filet et la 
couverture, qu'une distance égale, suffisante pour introduire le plomb, 
l'ardoise ou la tuile. Mais des difficultés se présentèrent lorsque, par 
exemple, des souches d'arcs-boutants ou de cheminées vinrent percer les 
pentes d'un comble (2). Si le filet AB empêchait l'eau glissant le long du 
parement D de s'introduire entre la couverture et les parois de la pile, 
il fallait, en C, trouver un moyen de rejeter les eaux, coulant sur le 
comble, à droite et à gauche de l'épaisseur de cette pile. Là, le filet ne 
pouvait être bon à rien; il fallait, en C, un caniveau pour recevoir les 
eaux du comble, et il fallait que ce caniveau renvoyât ses eaux soit sur 
le comble, soit dans un autre caniveau pratiqué suivant la pente de la 
couverture. C'est à ce dernier moyen que l'on songea d'abord. En effet, 
les souches des arcs-boutants du chœur de la cathédrale de Langres, qui 
date du milieu du xii'^ siècle, nous présentent des caniveaux disposés 
ainsi que l'indique la fig. 3. Le caniveau A reçoit les eaux de la pente 
supérieure de la couverture; celui B, latéral, reçoit les eaux tombées 



— A'i'A — I FILET I 

dans le caniveau A et sur les extrémités des tuiles en contre-bas. Lorsque 

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la couverture est posée autour de cette souche, elle affecte la disposition 
donnée dans le tracé T. Ainsi;, pas de solins de plâtre ou de mortier, un 




caniveau supérieur rejetant ses eaux dans des caniveaux rampants se 



[ FILET I — 424 — 

dégorgeant à la partie inférieure de la pile dans le chéneau C. A la 




cathédrale de Langres, les filets-caniveaux rampants sont taillés dans une 
seule grande pierre, ce que la pente faible des combles rendait possible. 
Ce moyen primitif présentait des inconvénients. Il fallait relever la tuile 
pour joindre le caniveau supérieur A, et laisser ainsi un intervalle entre 
ce relèvement et la pente continue du comble; de plus, le long de la 
jouée D du caniveau supérieur, les eaux pluviales pouvaient encore passer 
entre la tuile et cette jouée. Plus tard, des pentes plus fortes étant don- 
nées aux couvertures, on renonça aux caniveaux rampants qui ne 
pouvaient dès lors être taillés dans une seule assise ; on revint aux filets 
de recouvrement pour les parties inclinées, et on laissa des caniveaux 
seulement dans la partie supérieure, à Tarrivée des eaux sur l'épaisseur 



— 425 — [ FIXÉ J 

des souches de contre-forts et de cheminées (i). De petites gargouilles, 

A. 




ménagées des deux côtés de l'épaisseur, rejetèrent les eaux de ce caniveau 
supérieur sur les pentes de la couverture. Le tracé A donne le géométral 
de cette disposition. Un faible relèvement de l'ardoise, delà tuile ou du 
métal, en C, jetait les eaux dans le caniveau, lesquelles, par suite de 
l'inclinaison du comble , pouvaient facilement être versées sur la couver- 
ture passant sous le filet rampant E. Le tracé B présente le caniveau et le 
filet rampant en perspective, le comble étant supposé enlevé. 

Ces détails font assez ressortir le soin apporté par les architectes du 
moyen âge dans ces parties de la construction si fort négligées aujour- 
d'hui, mais qui ont une grande importance, puisqu'elles contribuent à la 
conservation des édifices. C'est grâce à ce soin que la plupart de nos 
monuments des xn^ et xiii" siècles sont encore debout aujourd'hui , 
malgré un abandon prolongé et souvent des réparations inintelligentes. 
Nous n'osons prédire une aussi longue durée à nos monuments modernes, 
s'ils ont à subir les mêmes négligences et la même incurie; ils n'éviteront 
de profondes dégradations que si l'on ne cesse de les entretenir, leur 
structure ne portant pas en elle-même les moyens de conservation que 
nous voyons adoptés dans l'architecture antique comme dans celle du 
moyen âge. 

FIXÉ, s. m. Peinture faite sous une feuille de verre et préservée de 
l'action de l'air par la superposition de cette matière. On a fort employé 
les fixés dans la décoration des meubles * et même des intérieurs pendant 
le moyen âge. On en trouve bon nombre d'exemples dans la Sainte-Cha- 
pelle du Palais à Paris et dans l'église abbatiale de Saint-Denis. On 



' Voy. le î>ia. du Mobilier, t. 1. 

T. V. 



[ FLÈCIIK 1 — -426 — 

employait aussi les fixés, par petites parties, pour orner les vêtements des 
statues, les devants d'autels, les retables, les tombeaux. On en voit jusque 
dans les pavages (voy. application, peinture). 

FLÈCHE, s. f. Ne s'emploie habituellement que pour désigner des 
clochers de charpenterie recouverts de plomb ou d'ardoise, se terminant 
en pyramide aiguë. Cependant, les pyramides en pierre qui surmontent 
les clochers d'églises sont de véritables flèches, et l'on peut dire : la flèche 
du clocher vieux de Chartres, la flèche de la cathédrale de Strasbourg, 
pour désigner les sommets aigus de ces tours. En principe, tout clocher 
appartenant à l'architecture du moyen âge est fait pour recevoir une 
flèche de pierre ou de bois; c'était la terminaison obligée des tours reh- 
gieuses '. Ces flèches coniques ou à base carrée, dans les monuments les 
plus anciens, sont d'abord peu élevées par rapport aux tours qu'elles 
surmontent (voy. clocher) ; mais bientôt elles prennent plus d'importance : 
elles affectent la forme de pyramides à base octogone ; elles finissent par 
devenir très-aiguës, à prendre une hauteur égale souvent aux tours qui 
leur servent de supports ; puis elles se percent de lucarnes, d'ajours, et 
arrivent à ne plus former que des réseaux de pierre, comme les flèches 
des cathédrales de Strasbourg, de Fribourg en Brisgau, de Burgos en 
Espagne. Constructeurs très-subtils, ainsi qu'on peut le reconnaître en 
parcourant les articles du Dictionnaire, les architectes du moyen âge 
ont dû apporter une étude toute particulière dans la construction de ces 
grandes pyramides creuses de pierre , qui s'élèvent à des hauteurs consi- 
dérables et sont ainsi soumises à des causes nombreuses de destruction. 
S'ils ont déployé, dans ces travaux difficiles, une connaissance approfondie 
des lois de stabilité et d'équilibre, des matériaux et de l'effet des agents 
atmosphériques sur leur surface, ils ont fait preuve souvent d'une finesse 
d'observation bien rare dans la composition de ces grandes pyramides 
dont la silhouette tout entière se détache sur le ciel. Ils ne trouvaient, 
d'ailleurs, aucun exemple, dans l'antiquité ou les premiers monuments 
du moyen âge, de ces sortes de compositions, qui appartiennent exclusi- 
vement à cet art français laïque du milieu du xii" siècle. On remarquera, 
en effet, qu'avant cette époque (voy. clocher), les couronnements plus ou 
moins aigus des tours d'églises à base circulaire ou carrée ne sont que des 
toits de pierre ou de bois, qui n'ont qu'une importance minime ou qui 
ressemblent plutôt à un amas qu'à une composition architectonique. 
Malgré l'effort des architectes , on sent que ces couvertures ne se relient 
pas au corps de la bâtisse, que ce ne sont que des superpositions ; tandis 
que, déjà, la flèche du clocher vieux de Notre-Dame de Chartres forme 
avec sa base un ensemble, une composition homogène. Ces qualités sont 
bien plus sensibles encore dans les flèches de Senlis, de Vernouillet, de 

' Voy., dans le !•' Entretien sur rArchiticlure, la façade de 1 "église Notre-Dame de 
Paris avec ses llèches projetées el laissées inachevées. 



— 427 — I FLÈCHE 1 

Laon, de Reims, d'Etanipes '. C'est par des transitions habilement 
ménagées que les architectes arrivent alors, de la base carrée, massive de 
la tour, à la pointe extrême de la flèche. Leur attention se porte principa- 
lement sur les silhouettes de ces masses, car la moindre imperfection, 
lorsqu'on a le ciel pour fond, choque les yeux les moins exercés. L'expé- 
rience de chaque jour ( pour nous qui songeons à toute autre chose 
qu'aux silhouettes de nos édifices, et qui avons pris pour règle de faire 
de l'architecture une décoration de placage comprise dans une niasse 
insignifiante si elle n'est désagréable) nous démontre que les objets 
qui se détachent sur le ciel perdent ou acquièrent de leur importance 
relative , suivant certaines lois qui semblent fort étranges au premier 
abord , et dont cependant on peut se rendre compte par le calcul et 
la réflexion. Ces lois, les architectes qui élevaient les immenses flèches 
du moyen âge les connaissaient parfaitement, et même, dans leurs 
œuvres les plus ordinaires, on en constate l'observation. Cependant, ces 
lois n'avaient pu s'imposer qu'après des essais , que par la méthode 
expérimentale, ou plutôt à l'aide, d'une délicatesse des sens très-déve- 
loppée, puisque les monuments de ce genre surgissent tout à coup vers 
le milieu du xii^ siècle, à l'état parfait déjà. La flèche du clocher vieux 
de Notre-Dame de Chartres, la plus grande que nous possédions en 
France, est celle peut-être qui réunit au plus haut degré ces qualités 
de composition si difficiles à acquérir. La simplicité de sa masse, la juste 
proportion de ses diverses parties , son heureuse silhouette , en font 
une œuvre architectonique qu'on ne saurait trop méditer. 

Il est nécessaire d'abord de poser certaines lois générales qui, bien 
que très-naturelles, sont souvent méconnues lorsqu'il s'agit d'élever des 
flèches, parce que nous avons pour habitude de composer les ensembles, 
comme les diverses parties des édifices, en géométral, sans nous rendre 
un compte exact des effets, de la perspective et des développements de 
plans. 

Soit (1) une tour carrée ABCD, sur laquelle nous voulons élever une 
flèche à base octogonale abcdefgh : nous traçons l'élévation géométrale E 
sur une des faces du carré de la tour ; nous donnons à la hauteur de la 
pyramide trois fois et quart le côté du carré, et nous trouvons une 
proportion convenable entre la hauteur de la flèche et sa base ; mais si 
nous faisons une élévation «ur le plan.GH parallèle à l'un des diamètres 
gc de l'octogone, nous obtenons le tracé F. Déjà, dans ce tracé, les 
proportions qui nous semblaient bonnes sur le dessin E sont modifiées 
d'une façon désagréable ; la tour devient trop large pour la pyramide, 
et celle-ci même n'a plus en hauteur que trois fois sa base apparente, 
qui est le diamètre gc. De plus, les ombres produiront un fâcheux efl'et 

' Les flèches de Laon n'existent plus, mais on en connaît la disposition ; celles de 
la cathédrale de Reims se devinent facilement , et nous connaissons par de bonnes 
gravures celles de Saint-Nicaise. 



FLÈCHIÎ 




sur ce couronnement, en donnant toujours à la tour des faces éclan-ées 



— 429 — [ FLÈCHE I 

qui seront plus étroites que celles de la pyramide ; ce qui fera paraître 
celle-ci de travers sur sa base. Or il faut compter que Taspect géométral E 
ne peut se présenter que sur quatre points, tandis que les aspects F sont 
infinis; il y aura donc une quantité infinie d'aspects désagréables contre 
quatre bons. Mais le désappointement sera bien plus grand lorsque 
l'édifice sera élevé et que la perspective viendra déranger encore le tracé 
géométral E. Supposons que nous sommes placés sur le prolongement 
de la ligne I, perpendiculaire au plan GH, à 45 mètres du point G (voy. le 
tracé AA) en K, la tour ayant 10 mètres de A' en e'; que cette tour a 
40 mètres de hauteur du sol à la base de la flèche. La flèche, vue à 
cette distance, donnera le tracé BB, car celle-ci, par suite de la perspec- 
tive, ne paraît plus avoir en hauteur que trois fois environ la longueur 
du diamètre Im, ainsi que le démontre la projection perspective mo. Si, 
à cette distance, nous voulions obtenir l'apparence OPR, il faudrait 
doubler la hauteur de la flèche et amener son sommet en n. Si nous 
prétendions obtenir en perspective une proportion semblable à celle du 
tracé géométral E, il faudrait tripler la hauteur de la flèche et amener 
son sommet en p ; nous obtiendrions alors l'apparence SPR. En suppo- 
sant que nous nous reculions à plus de 150 mètres en K', nous voyons 
même que la flèche perdrait encore la hauteur tu. Si, sur cette flèche, 
nous posons un point au milieu de sa hauteur en v, et que nous soyons 
placés en K" (voy. le tracé M), en perspective la distance xv' paraîtra 
plus grande que la distance v'r. Si, en y, nous plaçons un ornement 
dont la saillie ne dépasse pas le dixième de la hauteur totale de la 
pyramide, en projection perspective cet ornement sera le sixième de 
la hauteur apparente de la flèche. Ges lois, qui semblent assez compli- 
quées déjà , ne sont cependant que très-élémentaires quand il s'agit 
de la composition des flèches. 

FLÈCHES DE PIERRE. — Lcs flèchcs construitcs en pierre, à dater du xn* siè- 
cle, étant, sauf de rares exceptions, à base octogone et plantées sur des 
tours carrées, il fallait d'abord trouver une transition entre la forme 
prismatique carrée et la forme pyramidale octogone. Sans effort apparent, 
l'architecte du clocher vieux de Ghartres sut obtenir ces transitions (2). 
Au niveau du bandeau K qui termine la tour, les angles saillants ont été 
dérobés au moyen des contre-forts peu saillants qui les flanquent. 
L'étage L, vertical encore, présente en plan un octogone dont les quatre 
côtés parallèles aux faces de la tour sont plus grands que les quatre 
autres. Quatre lucarnes-pinacles occupent les cornes de la base carrée 
et remplissent les vides laissés par le plan octogonal. Au-dessus, l'étage 
vertical, orné de quatre grandes lucarnes sur les faces, se retraite plus 
sur les petits côtés que sur les grands, et arrive à l'octogone à peu près 
régulier à la base de la pyramide. Gelle-ci présente encore cependant 
quatre pans (ceux des faces) un peu plus larges (d'un quart) que ceux 
des angles. 



FLÈCHE 



— 430 




La fig. 3 nous donne, en A, le plan d'un huitième de la flèche du 



— 431 — [ FLÈCHE 1 

clocher vieux de Notre-Dame de Chartres, au niveau L, et, en B, au 




niveau de la base de la pyramide. En C, on voit comme les saillies des 
contre-forts portent les pieds-droits des lucarnes-pinacles, et, en D, comme 
les angles de la tour se dérobent pour que, vue sur la diagonale, la 
flèche continue, presque sans ressauts, la silhouette rigide de cette tour. 
Les pinacles E se détachent complètement de la pyramide au-dessus 
de l'étage vertical, de façon à laisser la lumière passer entre eux et la 
flèche. Il en est de même des gables posés sur les lucarnes des faces; ces 
gables se détachent de la pyramide. Celle-ci est accompagnée par ces 
appendices qui Tentourent et conduisent les yeux de la verticale à la 
ligne inclinée ; mais elle n'est pas empâtée à sa souche et laisse deviner 
sa forme princvpale. 

Notre élévation (4) , prise entre le niveau L et le sommet des gables, 
fait ressortir le mérite de cette composition, à une époque où les archi- 
tectes n'avaient pu encore acquérir l'expérience que leur donna plus 
tard la construction si fréquente des grandes flèches de pierre sur les 
tours des églises. Ce tracé nous fait sentir l'étude et le soin que l'on 



[ FLftCllK 




apportait déjà à cette époque dans l'arran{>ement si diflTicile de ce point 



433 — [ FLÈCHE ] 

de jonction entre la bâtisse à base carrée et les pyramides; mais aussi 
nous dévoile-t-il des incertitudes et des tâtonnements. Ces artistes n'ont 
pas encore trouvé une méthode sûre , ils la cherchent ; leur goût^ leur 
coup d'œil juste, leur pressentiment de l'effet les conduisent dans le vrai, 
mais par des moyens détournés , indécis. La recherche du vrai chez des 
artistes, doués d'ailleurs d'une finesse peu ordinaire, donne un charme 
particulier à cette composition, d'autant que ces artistes ne mettent en 
œuvre que des moyens simples , qu'ils pensent avant tout à la stabilité, 
que, comme constructeurs, ils ne négligent aucune partie ; si bien que 
cette flèche énorme, dont le sommet est à 112 mètres au-dessus du sol, 
comptant sept siècles d'existence et ayant subi deux incendies terribles, 
est encore debout et n'inspire aucune crainte pour sa durée. La pyramide 
porte d'épaisseur 0,80 c. à sa base et 0,30 à son sommet ; elle est, comme 
toute la cathédrale, bâtie en pierre dure de Berchère et admirablement 
appareillée. Les pans des pyramidioles des angles ont 0,50 c. d'épaisseur. 
Au niveau K cependant (voy. la fig. 2), la tour s'arrête brusquement, 
s'arase, et c'est sur cette sorte de plate-forme que s'élance le couron- 
nement. Plus tard, les architectes pensèrent à mieux relier encore les 
tours aux flèches, ainsi qu'on peut le reconnaître en examinant le clocher 
de la cathédrale de Senlis (voy. CLOcnER, fig. 63 et 64) et le sommet des 
tours de la cathédrale de Paris, dont les contre-forts se terminent par 
des pinacles et des fleurons préparant déjà les retraites que devaient 
faire les flèches sur ces tours ', comme on peut aussi le constater a la 
cathédrale de Laon, dont les tours , à leur partie supérieure , sont 
accompagnées de grands pinacles à jour qui flanquent un grand étage 
octogonal formant une base très-bien ajustée, propre à recevoir les flèches. 

La flèche du clocher vieux de Chartres n'est décorée que par des 
écailles qui figurent des bardeaux, ce qui convient à une couverture, 
par des côtes sur les milieux des huit pans et par des arêtiers. 

Lorsque l'architecture s'allégit, pendant la première moitié du xiii^ siè- 
cle, on trouva que ces pyramides , pleines en apparence , semblaient 
lourdes au-dessus des parties ajourées inférieures ; on donna donc plus 
d'élégance et de légèreté aux lucarnes, et on perça, dans les pans, de 
longues meurtrières qui firent comprendre que ces pyramides sont 
creuses. Nous voyons ce parti adopté par les constructeurs de la 
flèche de Senlis. L'architecte du clocher vieux de Chartres avait déjà 
cherché à détruire en partie la sécheresse des grandes lignes droites de 
sa flèche par des points saillants, des têtes, interrompant de distance en 
distance les côtes dessinées sur les huit faces, et par des figures chimé- 
riques posées aux naissances des arêtes, dans les tympans et sur les 
amortissements des pinacles et des gables. Ces détails , d'un grand 
relief, portant des ombres vives, occupaient les yeux et donnaient de 

' Voyez, dans le l' Enlretien sur C Architeclure , l'élévation t^éomélrale de la façade 
de NoUe-Dame de Paris avec ses deux llèclies. 

T. V. 55 



[ FLÈCHE J — i31 — 

l'échelle à la masse. On alla plus loin : au commencement du xin* siècle 
déjà, on garnit les arêtiers de crochets saillants qui, se découpant sur le 
ciel, donnaient de la vie et plus de légèreté aux lignes rigides des pyra- 
mides (voy. CLOCHER, fig. 63). Nous voyons même que, le long des 
contre-forts des tours de la cathédrale de Paris, on avait sculpté dans 
chaque assise un crochet saillant préparant une silhouette dentelée sous 
les flèches, comme pour mieux relier leurs arêtiers aux angles de ces 
tours. La flèche de Téglise abbatiale de Saint-Denis, bâtie vers 1215, 
conservait encore ses arêtiers sans ornements ; mais là, on l'élevait sur 
une tour du xn*' siècle, dont les formes sévères, verticales, ne se prêtaient 
pas à ces découpures. A ce point de vue, la flèche de Saint-Denis était 
un chef-d'œuvre. L'architecte qui l'éleva avait su , tout en adoptant une 
composition du xiii" siècle, marier, avec beaucoup d'art, les formes 
admises de son temps avec la structure encore romane d'aspect sur 
laquelle il venait se planter. Cette flèche donnait une silhouette des plus 
heureuses ; aussi faisait-elle, à juste titre, l'admiration des Parisiens et 
des étrangers. Sa destruction, nécessaire pour éviter un désastre, fut 
considérée comme un malheur public. Il faut bien reconnaître que les 
flèches de nos églises du moyen âge excitent dans la foule une admiration 
très-vive et très-sincère. La hardiesse de ces longues pyramides qui 
semblent se perdre dans le ciel, leur silhouette heureuse, font toujours 
une vive impression sur la multitude, sensible chez nous à tout ce qui 
indique un effort de l'intelligence, une idée exprimée avec énergie. Ce 
sont les provinces françaises qui les premières conçurent et exécutèrent 
ces édifices faits pour signaler au loin les communes et leur puissance. 
L'exemple qu'elles donnèrent ainsi, dès le xii^ siècle, fut suivi en Alle- 
magne, en Angleterre, pendant les xin% xiv® et xv* siècles ; mais, quelle 
que soit la hardiesse et la légèreté des flèches de Fribourg en Brisgau, 
de Salisbury en Angleterre, de Vienne en Autriche, il y a loin de ces 
inspirations aux monuments de ce genre qui subsistent encore chez 
nous, remarquables toujours par la sobriété d'ornements, par l'étude 
fine des silhouettes et par une entente parfaite de la construction. 

Nos lecteurs trouveront opportun probablement de leur donner ici 
cette flèche célèbre de l'église de Saint-Denis, que nous avons pu étudier 
avec grand soin dans tous ses détails, puisque la triste tâche de la démolir 
nous fut imposée. La flèche de Saint-Denis est un sujet d'étude d'autant 
plus intéressant, que l'architecte a montré, dans cette œuvre, une 
connaissance approfondie des eflets de la perspective, des lumières et 
des ombres; que, s'appuyant sur une tour grêle, mal empattée et 
construite en matériaux faibles, il a su élever une flèche de 38", 50 c. 
d'une extrême légèreté, afin de ne point écraser sa base insuffisante ' ; 

' En effet , on doit attribuer en partie la ciiute imminente de la flèche de Saint- 
Denis au supplément de poids qui lui avait été donné, lors de la restauration, par la 
substitution de la pierre de Saint-Non à la pierre de Vergeté qui, primitivement, 



— 435 — [ FLÈCHE ] 

que , reconnaissant la faiblesse des parements extérieurs de la tour de 
Suger et leur peu de liaison avec la maçonnerie intérieure , il avait 
habilement reporté toutes les pesanteurs en dedans. 
Voici (5) le quart du plan de la partie inférieure de la flèche de Saint- 




Denis. En A sont les parements intérieurs de la tour du xn* siècle. 
Les côtés B de l'octogone sont portés sur quatre trompillons. Sur cette 
base, l'architecte a élevé une colonnade intérieure composée de mono- 
lithes destinés à reporter, par suite de leur incompressibilité , toute la 
charge vers l'intérieur. Quatre lucarnes C s'ouvrent dans quatre des faces 
de l'octogone; les quatre angles D sont occupés par des pinacles. Cette 
colonnade formait une galerie E intérieure, à laquelle on arrivait par 
un escalier ménagé dans l'un des quatre angles et remplaçant l'un des 
pinacles; elle permettait de surveiller et d'entretenir les constructions 
de la flèche. On observera que l'assise dernière de la tour, qui porte les 



composait la pyramide. 11 faut dire aussi que les parties inférieures, les étages de la 
tour, n'avaient pas été consolidés, mais au contraire affaiblis par des reprises exté- 
rieures faites en placages, sans an"ermir les massifs très-altérés par le temps. 



I FLÈCHK I 430 — 

pinacles, ne suit pas exactement le carré donné par la construction 
antérieure, mais s'avance en forme de bec saillant, pour donner aux 
angles plus d'aiguité, un aspect plus résistant; que les colonnes portant 
les pinacles font sentir davantage encore cette aiguité et se rapprochent, 
par la manière dont elles sont plantées, d'un triangle équilatéral; qu'ainsi 
l'architecte a voulu évidemment accuser vivement les angles, craignant 
avec raison l'aspect froid et sec du plan carré. 

Examinons l'élévation de cette flèche (6). Si la lumière du soleil éclaire 
obliquement l'une de ces faces (ce qui est, bien entendu, le cas le plus 
fréquent), si cette lumière frappe cette face de droite à gauche, l'angle A 
de la corniche inférieure, biaisée, comme l'indique le plan, se colorera 
d'une légère demi-teinte, tandis que l'angle B sera en pleine lumière, à 
plus forte raison les faces CD des pinacles ; l'opposition de la demi-teinte 
répandue sur la face C, biaise, du pinacle de droite fera ressortir la 
lumière accrochée par la face oblique de la pyramide et par sa face 
parallèle au spectateur, comme l'ombre répandue sur la face oblique de 
cette pyramide fera d'autant mieux ressortir la vive lumière que prendra 
la face D, biaise, du pinacle de gauche. Ainsi a-t-on évité qu'une partie 
de l'édifice fût entièrement dans l'ombre , tandis que l'autre serait dans 
la lumière, disposition qui produit un mauvais effet et fait paraître de 
travers toute pyramide ou cône se détachant sur le ciel. 

Jetons les yeux sur la coupe de la flèche de Saint-Denis (7) faite sur 
l'un des axes passant par le milieu des lucarnes. Les gables allongés A de 
ces lucarnes sont verticaux, mais ne paraissent tels qu'en géométral; en 
perspective, ils semblent nécessairement plus ou moins inclinés, à moins 
que le spectateur ne se trouve précisément dans le plan de ces gables. On 
voit comment la colonnade n'est qu'un étalement rigide reportant la 
charge de la flèche sur lé parement intérieur de la tour. Le tracé perspec- 
tif C indique un des pinacles d'angle démoli et son amorce le long des 
faces de la flèche. Par suite de l'inclinaison de ces faces, les colonnettes 
engagées dans la construction et prises dans ses assises , jusqu'au niveau 

D, s'en détachent à partir de ce niveau et sont monostyles. Les sommiers 

E, les deux assises de corniches GH sont engagés dans les assises de la 
flèche; l'on observera que la seconde assise H n'est pas parallèle à la 
première G, mais qu'elle tend à ouvrir un peu l'angle de la pyramide 
pour accrocher plus de lumière. Cette seconde assise H, se retournant le 
long de la face de la flèche sur un renfort I, forme une saillie H' portant 
la face postérieure de la pyramide triangulaire du pinacle et un chéneau 
rejetant ses eaux par deux gargouilles. En K, nous avons tracé le plan 
de cette pyramide, dont le sommet est placé de telle sorte que les trois 
faces ont une inclinaison pareille. Le jeu de ces lignes plus ou moins 
inclinées était des plus heureux, coupait adroitement les arêtes rigides de 
la flèche sans empêcher l'œil de les suivre, avait quelque chose de hardi 
et de fin tout à la fois qui charmait. 

. Les architectes du xii*" siècle avaient donné aux flèches en pierre une 



— 437 — 



flIîchk 







JN_ 



importance considérable, relativement aux tours qui leur servaient de 



[ FLÈCHE 



— 438 — 




base. La flèche du clocher vieux de la cathédrale de Chartres a 60 mètres 



— 439 — [ FLÈCHE ] 

de hauteur, tandis que la tour n'a que 42 mètres. La flèche de l'égHse de 
Saint-Denis portait 38", 50 d'élévation, la tour 35 mètres. Les propor- 
tions données par la façade de la cathédrale de Paris doivent faire admettre 
que les flèches doublaient la hauteur des tours. Peu à peu, les architectes 
donnent aux flèches une moins grande importance (voy. l'article clocher, 
fig. 6.3 et 75). Celles de la façade de la cathédrale de Reims n'auraient eu 
guère que la moitié de la hauteur des tours , comme celles de l'église de 
Saint-Nicaise de la même ville. La flèche de la cathédrale de Strasbourg 
est courte, grêle, comparativement à la dimension de la tour; elle ne 
fut achevée que vers le milieu du xv^ siècle. 

Comme structure, cette flèche est la plus étrange conception qu'on 
puisse imaginer. L'effet qu'elle produit est loin cependant de répondre aux 
efforts d'intelligence qu'il a fallu faire pour la tracer et pour l'élever. Il y a 
tout lieu de croire, d'ailleurs, qu'elle ne fut pas entièrement exécutée 
comme elle avait été conçue, et il manque certainement à sa silhouette 
des appendices très- importants qui jamais n'ont été terminés. Dans le 
musée de l'OEuvre de Notre-Dame de Strasbourg, il existe un curieux 
dessin sur vélin, de la fin du xiv* siècle, qui nous donne les projections 
horizontales du projet de la flèche. Ce dessin , très-habilement tracé, 
signale des différences de détail entre ce projet et l'exécution ; toutefois 
on peut considérer la flèche de Strasbourg comme une conception du 
xiv^ siècle. 

L'architecte a prétendu rendre accessible à tous le sommet de cette 
flèche, non par des échelles ou un petit escalier intérieur, mais au moyen 
de huit escaliers faciles qui se combinent avec les huit arêtes de la pyra- 
mide, et qui conduisent à un dernier escalier central montant jusqu'à une 
petite plate-forme supérieure , sommet d'une lanterne couronnée par la 
pointe extrême. Ces huit escaliers, les pans de la flèche et l'escalier central 
ne sont qu'une construction ajourée, sorte d'échafaudage de pierre 
combiné avec une science de tracé fort extraordinaire, mais assez médio- 
crement exécuté, pauvre de style et terminé tant bien que mal avec hâte 
efpârcîmonie. 

Nous donnons (8) un huitième du dessin de la flèche de Strasbourg 
d'après le tracé du xiv" siècle. Au moyen de quatre escaliers à jour circon- 
volutant dans quatre immenses pinacles posés sur quatre des angles de la 
tour, on devait, d'après ce dessin, arriver à la galerie A située à la base 
de la flèche. De là, passant à travers la claire-voie, on entrait dans les 
escaliers en B, formant les huit arêtiers; montant deux marches, on 
devait trouver un palier , puis la première marche des girons en C. La 
pente des arêtiers étant naturellement très-inclinée, il fallait, pour arriver 
aux premiers paliers D de la lanterne , trouver un nombre très-considé- 
rable de marches. L'architecte avait donc eu l'idée ingénieuse de poser 
six hexagones se pénétrant , présentant ainsi une succession de tourelles 
entièrement à jour, dans lesquelles les emmarchements gironnant autour 
des noyaux, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, permettaient de 



1 






[ FLÈCHE I — AAO — 

s'élever rapidement à une grande hauteur, dans un très-court espace. 



Ù V'-J^ 




Arrivé aux paliers D (toujours d'après le tracé du projet primitif), on pre- 
nait la grande vis, double probablement, E, qui devait s'élever jusqu'à 
une seconde plate-forme, d'où, par un escalier d'un plus faible diamètre, 
on montait à la lanterne supérieure. L'espace G restait à jour et permet- 
tait, par les lunettes percées dans les voûtes de la tour, de voir le pavé de 
l'église. C'était là une conception prodigieuse de hardiesse. A l'exécution, 
on modifia quelque peu ce projet (voy. le tracé X). Les six tourelles hexa- 
gones ont été montées ; mais, arrivé à la dernière en H de chaque arêtier, 
on passe à travers une demi-tourelle I pour s'élever jusqu'en K, et ainsi à 
chaque travée. Une personne qui monte par les tourelles d'arêtiers L 
arrive ainsi à la plate-forme de la lanterne en K. Là, on trouve une vis 
centrale comme dans le projet, si ce n'est que l'enveloppe de cette vis 
centrale est octogone à l'extérieur, au lieu d'être carrée. Quant aux pans 
M de la pyramide, ils ne sont point montés par assises horizontales, 
comme dans les flèches que nous avons présentées au commencement 



— AAi — [ FLÈCHE ] 

de cet article, mais sont composés de grands châssis à jour compris entre 
des arêtiers, ainsi que l'indique le tracé P, et séparés par des linteaux Q 
qui servent d'étrésillonnements entre ces arêtiers très-chargés, puisqu'ils 
portent les montants des tourelles d'escaliers. Suivant le projet, les angles 
R de la lanterne carrée étaient portés, chacun , sur les deux arêtiers 0, 
comme par deux contre-fiches de pierre. Les quatre grands pinacles rece- 
vant les quatre escaliers arrivant à la plate-forme A, et les tourelles hexa- 
gones des escaliers d'arêtiers de la flèche, avaient été combinés pour être 
terminés par des pyramidions ajourés, ce qui eut produit une silhouette 
surprenante et d'un grand effet. Les ressources auront probablement fait 
défaut, et tous ces couronnements se terminent carrément, ce qui de loin 
produit une suite de grading gigantesques d'un effet déplorable. 

11 est entendu, nous ne prétendons pas le nier, que la flèche de la 
cathédrale de Strasbourg est un chef-d'œuvre ; mais cette admiration assez 
générale est surtout motivée sur la hauteur excessive de l'édifice. Pour 
nous, architectes, dont l'admiration ne croît pas avec le niveau des monu- 
ments, nous devons considérer la flèche de Strasbourg comme une des 
plus ingénieuses conceptions de l'art gothique à son déclin, mais comme 
une conception pauvrement exécutée. Ce n'était pas certes là ce qu'avait 
imaginé l'auteur du plan sur vélin dont nous venons de donner un frag- 
ment ; il avait voulu , sans aucun doute, obtenir une silhouette rampante 
et finement découpée par le moyen d'une suite de pyramidions pénétrés 
par ces hexagones si adroitement enchevêtrés, et non point une série de 
gradins qui arrêtent l'œil de la façon la plus désagréable. Plantant une 
lanterne carrée sur la pyramide octogone de la flèche, il prétendait réveil- 
ler le couronnement par une forme contrastant avec les angles obtus de 
la base. Il devait certainement couronner cette lanterne par une dernière 
pyramide octogone très-aiguë, et non par ce lanternon renflé qui termine 
la flèche actuelle. Mais si, vers le milieu du xv* siècle, les architectes 
gothiques étaient devenus d'excellents géomètres, des appareilleurs 
subtils, ils avaient perdu ce sentiment exquis de la forme qui se trouve 
chez leurs devanciers. Leurs combinaisons ingénieuses, leur prétention à 
la légèreté excessive, les conduisent à la lourdeur par la multiplicité des 
détails et la complication des formes dont on ne peut plus démêler le sens. 
C'est surtout dans les silhouettes qu'apparaissent ces défauts ; les formes 
simples, compréhensibles, étant les seules qui produisent de l'effet quand 
on en vient à découper un édifice sur le ciel. Toutefois, l'examen des 
plans de l'OEuvre de Strasbourg laisse deviner quelque chose de bien 
supérieur à ce que nous voyons, et, pour l'honneur des successeurs 
d'Erw^in de Steinbach, il faut croire que l'argent leur a manqué comme 
à tous les architectes qui ont eu la charge de terminer ou de continuer 
les cathédrales pendant les xive et xve siècles. 

D'après le projet, les six hexagones formant l'escalier serpentant, 
construits au moyen de montants de pierre reliés par des claires-voies et 
des linteaux, devaient se terminer en pyramidions ajourés pénétrés chacun 

T. V. 56 



par deux côtés de l'hexagone supérieur ; si bien que quatre faces de ces 
pyramidions sur six devaient seulement être apparentes en épaulant les 
noyaux successifs recevant les angles saillants de chacun de ces hexagones. 
Un tracé perspectif (9) rendra compte de cette disposition originale. Ainsi 
les sommets superposés des tourelles hexagonales terminées carrément 
aujourd'hui, comme une suite de gradins, donnaient, au moyen de ces 
pyramidions, une ligne rampante découpée par des pinacles et des statues. 
De plus, la construction à jour des tourelles, toute composée de montants 
verticaux et qui ne tient guère qu'à l'aide du fer, pouvait être parfaitement 
épaulée par ces pyramidions qui font l'office de contre-fiches. C'était la 
construction logique , conforme aux données de l'architecture de cette 
époque, qui n'admettait point, particulièrement au sommet des édifices, 
des repos horizontaux. 

D'après l'examen du plan (fig. 8), il ne semble pas que l'architecte 
auteur du projet ait voulu établir seulement, entre les arêtiers, des claires- 
voies composées de dalles ajourées pour former les faces de la pyramide; 
il lui fallait une construction plus résistante pour porter la grande lanterne 
supérieure , construction indiquée par les solides pieds-droits S. On ne 
peut pas admettre cependant que ces pieds-droits fussent inclinés comme 
les pans de la pyramide , ce qui eut produit un très-mauvais effet. Nous 
verrions bien plutôt, dans ces pieds-droits, des naissances d'arcs assez peu 
élevés, mais dans un plan vertical et recevant des gables à jour qui sur- 
montaient, par l'effet de la perspective, les couronnes ajourées T. D'ail- 
leurs, dans la flèche actuelle, l'architecte a établi, au niveau de la troisième 
travée en N, des passages horizontaux mettant en communication les huit 
escaliers; ces passages, portés sur des linteaux, forment une seconde 
couronne qui coupe la flèche d'une manière fâcheuse. Nous admettons 
que ces passages étaient prévus par l'auteur du projet, mais que leur 
horizontalité était interrompue par la silhouette des gables passant devant 
eux; disposition qu'explique notre fig. 9. Le pied de la pyramide fortement 
maintenu au moyen des pieds-droits S , celle-ci pouvait être construite, 
au-dessus des arcs V, au moyen de châssis de pierre entre les arêtiers, 
conformément à l'exécution définitive. On pensera peut-être que nous 
prêtons à l'architecte, auteur du projet de la flèche de Strasbourg, des 
idées qu'il n'a pas eues, mais on ne prête qu'aux riches. L'art de l'archi- 
tecture, surtout aux époques où il devait employer des sommes ér ormes 
pour mettre ses idées à exécution, peut être difficilement jugé par ce que 
le temps nous a laissé. Le plus souvent, les conceptions les plus heureuses, 
les plus étudiées, sont rendues d'une manière incomplète, faute de res- 
sources, ou ont été mutilées par le temps et des restaurations malheu- 
reuses. C'est le malheur de cet art, de ne pouvoir transmettre ses concep- 
tions dans leur pureté. Ayant présenté la flèche actuelle de la cathédrale 
de Strasbourg comme une œuvre manquée , d'une exécution médiocre, 
on ne nous saura pas mauvais gré d'avoir en même temps cherché à faire 
ressortir les qualités de la conception primitive, d'avoir relevé le mérite 



— us — 



[ FLÈCHE 




de l'artiste, puisque nous nous montrions sévère pour une œuvre évi- 



[ FLÈCHE ] — 444 — 

demment incomplète. Bien d'autres constructions fâcheuses ont détruit 
l'unité de conception de la façade occidentale de Notre-Dame de Strasbourg ; 
le beffroi central, entre les deux tours, est une adjonction monstrueuse 
qui change absolument les proportions de cette façade, adjonction inutile 
et qui doit fort tourmenter les Steinbach dans leur tombe, si toutefois les 
architectes, dans l'autre monde, ont connaissance des changements qu'on 
fait subir à leurs œuvres, ce qui serait pour tous, sans exception, un 
supplice continuel. 

Si les architectes du xv" siècle avaient possédé les ressources dont 
disposaient ceux du commencement du xm" siècle pour la construction 
des grandes cathédrales, ils nous auraient laissé des flèches de pierre 
merveilleuses par leur combinaison, car l'architecture de ce temps se 
prêtait plus qu'aucune autre à ces jeux d'appareil. Il est douteux, tou- 
tefois, que ces monuments pussent produire plus d'effet que nos flèches 
de pierre des xif et xiii^ siècles, sobres dans les détails, mais d'une si 
parfaite élégance comme silhouette et, au demeurant, beaucoup plus 
solides et durables. Le domaine royal est la véritable patrie des flèches; 
c'est là où il faut étudier les principes qui ont dirigé nos architectes de 
l'école laïque à son origine. La Normandie a élevé, pendant le xiii^ siècle, 
un grand nombre de flèches qui existent encore , grâce à la bonté des 
matériaux de cette province; mais ces conceptions sont loin de valoir 
celles de l'Ile-de-France. Les flèches des églises de l'abbaye aux hommes 
de Caen, des cathédrales de Coutances et de Bayeux, ne nous présentent 
pas une entente parfaite des détails avec l'ensemble : leurs pinacles sont 
mesquins, confus, couverts de membres trop petits pour la place qu'ils 
occupent; les silhouettes sont molles, indécises, et n'ont jamais cette mâle 
énergie qui nous charme dans les contours des flèches de Chartres, de 
Saint-Denis, de Senlis, de Vernouillet et d'Étampes. 

FLÈCHES DE cHARPENïERiE. — Il uous Serait difficile de dire à quelle époque 
remontent les premières flèches construites en bois. Il en existait au 
xiie siècle, puisqu'il est fait mention alors d'incendies de clochers de 
charpente ; mais nous n'avons sur leur forme que des données très-vagues. 
Ces flèches consistaient alors probablement en de grandes pyramides 
posées sur des tours carrées, couvertes d'ardoises ou de plomb et percées 
de lucarnes plus ou moins monumentales. Il faut, d'ailleurs, bien déflnir 
ce qu'on doit entendre par flèche en charpente. Dans le nord de la France, 
beaucoup de tours en maçonnerie étaient et sont encore couvertes par des 
pavillons en bois qui ne sont, à proprement parler, que des combles 
très-aigus, La flèche de charpenterie est une œuvre à part, complète, qui 
possède son soubassement, ses étages et son toit; elle peut, il est vrai, 
être posée sur une tour en maçonnerie , comme étaient les flèches de la 
cathédrale d'Amiens avant le xvi^ siècle, celle de Beauvais avant la chute 
du transsept, celle de Notre-Dame de Rouen avant l'incendie, comme est 
encore celle de la cathédrale d'Évreux ; mais cependant elle se distingue 



— 445 — [ FLÈCHE 1 

' toujours par une ordonnance particulière , à elle appartenant : c'est un 
édifice de bois, entier, posé sur un édifice de pierre qui lui sert d'assiette, 
comme les coupoles modernes de Saint-Pierre de Rome, du Val-de-Grâce, 
des Invalides, sont des monuments distincts, indépendants de la masse 
des constructions qui les portent. Ces œuvres de charpenterie sont les 
seules qui méritent le nom de flèches. On peut croire que, par suite des 
incendies, du défaut d'entretien et du temps, les flèches du moyen âge, 
d'une époque ancienne, doivent être peu communes: on en éleva un si 
grand nombre cependant, à partir de la fin du xii^ siècle, que nous en 
possédons encore quelques-unes, et qu'il nous reste sur beaucoup des 
renseignements précieux. 

Tout porte à croire que les plans des grandes églises, et des cathédrales 
du commencement du xine siècle notamment, avaient été conçus avec 
l'idée d'élever une tour carrée sur les quatre piliers de la croisée. Plusieurs 
de nos grandes cathédrales ont possédé ou possèdent encore ces tours 
carrées. Amiens, Reims, Beauvais ont eu leur tour de maçonnerie sur le 
milieu du transsept; Rouen, Laon, Bayeux, Evreux, Coutances, les ont 
conservées en tout ou partie. Mais soit que l'argent manquât, soit que les 
architectes aient reculé devant le danger de trop charger les piles isolées 
des transsepts, presque partout cqs tours ne furent point achevées ou 
furent couronnées par des flèches en charpente recouvertes de plomb, 
qui , malgré leur poids considérable , étaient loin de charger autant les 
parties inférieures que l'eût fait une construction de pierre. Quelques 
cathédrales cependant ne paraissent pas avoir jamais dû recevoir sur la 
croisée des tours en maçonnerie. Paris, Chartres, Soissons n'en présentent 
aucune trace, non plus que Senlis , Meaux et Bourges, par la raison que 
ces derniers monuments avaient été conçus sans transsept. A défaut de 
tours de maçonnerie sur la croisée des églises , on eut l'idée d'élever de 
grands clochers de charpente se combinant avec les combles^Notre^Dame^ 
de Paris possédait une flèche en bois recouverte de plomb, qui datait du 

Commencement du xine siècle. Cette flèche, démolie il y a cinquante ans 
environ, était certainement la plus ancienne de toutes celles qui existaient 
encore à cette époque; sa souche était restée entière, à l'intersection des 
combles, jusqu'à ces derniers temps. Or, des flèches de charpente, la 
partie la plus importante, celle qui demande le plus d'études et de soins, 
au point de vue de la construction, est la souche. Aussi avonsruous relevé 
exactement ces débris de l'ancien clocher central de Notre-Dame de Paris, 
avant de les enlever pour y substituer la charpente nouvelle, qui, du reste, 
est établie d'après le système primitif. 

Voici en quoi consiste ce système (10) : AB,AB étant les quatre piliers 
du transsept et CD les faîtages des deux combles se coupant à angle droit; 
la flèche, au-dessus des combles, est établie sur plan octogone, ses angles 
étant posés sur les faîtages des deux combles et dans les quatre noues. 
La base octogonale est portée par deux fermes diagonales AA,BB, se 
rencontrant en un seul poinçon C qui est l'arbre vertical de la flèche; de 



FLÈCHE 



Aiii — 



plus, les quatre angles 1 sont maintenus dans les plans verticaux AA,BB, 
au moyen de grandes contre-fiches IA,IB. Ces contre-fiches, se rencon- 




trant en K, forment ainsi les arbalétriers de quatre fermes inclinées KAB, 
dont les sommets K soutiennent les quatre angles L de l'octogone. Par ce 
moyen, les huit angles de la flèche sont portés directement sur des fermes, 
et le roulement de tout le système est arrêté par les contre-fiches croisées 
lA, IB. 

Il faut savoir que ces charpentes fort élevées périssent toujours par suite 
d'un mouvement de torsion qui se produit de proche en proche de la base 
au faîte. En effet, les bois ne peuvent rentrer en eux-mêmes , ils ne se 
raccourcissent pas ; l'effort des vents, le poids finissent par fatiguer un 
point plus faible que les autres; tout l'effoi't se produit dès lors sur ce 
point, et il se fait un mouvement de rotation qui brise les assemblages, 
courbe les bois et entraîne la ruine de la charpente. Le système adopté 
pour la souche de la flèche de Notre-Dame de Paris a pour résultat de 
faire que, non-seulement la torsion de la base est rendue impossible par 
le croisement des contre-fiches, mais encore que chaque angle de l'octo- 
gone reporte sa charge sur deux et même trois piles. Les angles L portent 
sur les deux piles AB, et les points I sur trois piles ABB ou BAA. Ce 
système a donc encore cet avantage que , quand la pression du vent agit 
sur un côté, il y a toujours au moins deux piles du transsept qui reçoivent 
la charge supplémentaire occasionnée par cette pression. 

Examinons, maintenant que ce système est connu, l'application qu'on 
en avait fait à Notre-Dame de Paris. Les piles du transsept de la cathédrale 
ne forment point un carré, mais un quadrilatère assez irrégulier, ce qui 
ajoutait à la difllculté d'établir une charpente reposant sur quatre points 
seulement et supportant une pyramide à base octogone. La fig. 1 1 donne 
la projection hoi'izontalc de la souche de cette flèche, en supposant la 



447 



[ FLÈCHE 



section faite au-dessus du faîtage des combles ; les pièces AB sont les 
grandes contre-fiches qui portent à la fois les poteaux C au point de leur 
croisement et les poteaux D qu'ils viennent en même temps contre-butter. 
Ces contre-fiches AB sont maintenues rigides par de fortes moises hori- 




zontales EG, serrées au moyen de clefs de bois ; de sorte que les triangles 
CEG sont des fermes inclinées auxquelles les poteaux CH servent de 
poinçons. Deux grandes fermes diagonales IK portent directement quatre 
des angles de l'octogone. 

Nous donnons (12) l'une de ces deux grandes fermes diagonales, qui se 
composent d'un entrait armé portant sur le bahut en maçonnerie et 
soulagé par de fortes potences dont le pied A s'appuie sur les têtes des 
piles en contre-bas de ce bahut ; de deux arbalétriers CD et de sous-arba- 



[ FLÈCHE ] — 448 — 

létriers courbes EF s'assemblant dans le poinçon central, l'arbre de la 
flèche. Les grandes contre-fiches AG sont des moises. Les poteaux princi- 
paux formant l'octogone de la flèche sont triples de H en I, c'est-à-dire 
composés d'une âme et de deux moises. Les poteaux de contre-forts KL 




:Mn: 



sont simples et assemblés à mi-bois dans les arbalétriers CD. On remar- 
quera que ces poteaux sont fortement inclinés vers l'arbre principal. Les 
poteaux contre-forts KL étaient primitivement buttés par de grandes 
contre-fiches ML, lesquelles se trouvaient au-dessus des noues et présen- 
taient une côte saillante décorée jadis au moyen des moises pendantes OP 
recouvertes de plomb et accompagnées de pièces de bois découpées dont 
les débris R ont été retrouvés. Le poteau S, qui se combinait avec cette 
décoration et qui était resté en place, formait la tète de ce système 



— 440 — [ FLÈCHE ] 

d'étaiement, visible au-dessus des quatre noues. Un chapiteau V sculpté 
dans le poinçon central donnait la date exacte de cette flèche (commence- 
ment du xiii'' siècle) '. A une époque assez ancienne, ces étais visibles et 
décorés placés dans les noues, si nécessaires à la solidité de la flèche, 
avaient été enlevés (probablement parce qu'ils avaient été altérés par le 




temps, faute d'un bon entretien) ; ce qui a dû contribuer à fatiguer les 
arbalétriers qui, alors, avaient à porter toute la charge des poteaux KL. 

14' 




La fig. 13 donne l'enrayure au niveau T, et la fig. 14 l'enrayure 
au niveau X. 



' Ce chapiteau a été conservé lors de la descente de la souche. 

T. V. 57 



[ FLÈCHE ] — 450 — 

La fig. 15 permet de saisir la disposition des grandes contre-fiches AB 
du plan fig. 11. On voit comment ces contre-fiches soutiennent, à leur 
croisement G, les poteaux CH, comment elles s'assemblent à la tête dans 




les poteaux DK en D, comment les moises horizontales EF serrent et 
ces contre-fiches et Textrémité inférieure des poteaux CH, comment le 
triangle C.EF présente un système de ferme inclinée résistant à la charge 



— 451 — 



[ FLÈCHE 



des poteaux CH. Si nous reprenons la fig. 11 , nous remarquerons que 
non-seulement les poteaux qui forment les huit angles de la flèche sont 
inclinés vers l'arbre central de manière à former une pyramide et non un 
prisme, mais que ces poteaux donnent un double système de supports. 
Nous ne parlons pas des moises qui triplent quelques-uns de ces poteaux, 
parce que ces moises ne sont que des fourrures propres à donner plus de 
roide aux points d'appui, dans le sens de leur plat, et surtout destinées à 
recevoir les assemblages latéraux, afin de ne point affamer les poteaux 
principaux par des mortaises. Ce système de poteaux jumeaux séparés par 
un intervalle est un moyen très-puissant de résister à la pression des vents. 
On comprend que ces poteaux, bien reliés entre eux par des moises 
horizontales de distance en distance, offrent des points d'appui extrême- 
ment rigides. En effet, soient (16) deux poteaux AB,CD enserrés entre des 




moises EFG : pour que le poteau CD se courbât suivant la ligne CID, il 
faudrait que le poteau AB se raccourcît, rentrât en lui-même, ce qui n'est 
pas possible ; pour qu'il se courbât suivant la ligne CKD, il faudrait que 
le poteau AB s'allongeât, ce qui est de même impossible. Le quadrilatère 
ACBD, relié par les moises EFG, n'est donc pas susceptible de déforma- 



[ FLÈCHE ] — 452 — 

tion. Aussi, fidèles à ce principe élémentaire, les architectes gothiques 
n'ont-ils jamais manqué de l'appliquer dans la construction de leurs flèches 
de charpente, et, comme toujours, ils en ont fait un motif de décoration. 
La souche de la flèche de Notre-Dame de Paris, bien qu'elle fût com- 
binée d'une manière ingénieuse, que le système de la charpente fût très- 
bon, présentait cependant des points faibles; ainsi, les grandes fermes 
diagonales (flg. 12) n'étaient pas suflisamment armées au pied, les contre- 
fiches-moises AG ne buttaient pas parfaitement les poteaux extérieurs de 
la pyramide, les arbalétriers étaient faibles, les entraits retroussés sans 
puissance. Les fermes de faîtage (celles qui venaient s'appuyer sur les 
grandes contre-fiches, disposées en croix de Saint -André, fig. 15) ne 
trouvaient pas, à la rencontre de ces deux grandes contre-fiches, un point 
d'appui inébranlable ; d'ailleurs ces contre-fiches, k cause de leur grande 
longueur, pouvaient se courber, ce qui a\ ait eu lieu du côté opposé aux 
vents. Par suite, la flèche tout entière avait dû s'incliner et fatiguer 
ses assemblages. Généralement, les pièces inférieures n'étaient pas d'un 
assez fort équarrissage ; puis, pour des charpentes qui sont soumises aux 
oscillations causées par les ouragans, les clefs de bois sont évidemment 
insuffisantes, surtout quand, à la longue, ces bois venant à se dessécher 
ne remplissent plus les entailles dans lesquelles ils sont engagés. Aussi, 
tout en respectant le principe d'après lequel cette charpente avait été 
taillée, a-t-on dû, lors de la reconstruction de la flèche de Notre-Dame de 
Paris, améliorer l'ensemble du système et y introduire les perfectionne- 
ments fournis par l'industrie moderne. On se fait difficilement une idée, 
avant d'en avoir fait l'épreuve, de la puissance des vents sur ces charpentes 
qui, posées à une assez grande hauteur, sur quatre pieds seulement, 
s'élèvent elles-mêmes dans les airs au-dessus des autres édifices d'une 
cité ^ La pression des courants d'air est telle qu'à certains moments tout 
le poids de la charpente se reporte sur le côté opposé à la direction du 
vent; il faut donc qu'entre toutes les parties du système il y ait une 
solidarité complète, afin que cette pression ne puisse, en aucun cas, faire 
agir tout le poids sur un seul point d'appui. On doit penser que ces 
charpentes sont comme un bras de levier, qui, s'il n'est pas bien maintenu 
par un empattement inébranlable, ne manquerait pas d'écraser ou de 
disloquer l'une des quatres piles qui lui servent d'appui, d'autant que, 
dans notre climat, les grands vents viennent toujours du même point de 
l'horizon, du nord-ouest au sud-ouest. Cette pression, répétée sur un seul 
côté de ces charpentes, doit être un sujet de méditation pour le construc- 
teur. Partant du système admis par l'architecte du xiii* siècle, on a donc 
cherché : l" à former, à la base de la souche de la nouvelle flèche, un 
qualre-pieds absolument rigide et pouvant résister à toute oscillation; 
2" à relier ce quatre-pieds avec la souche elle-même, d'une manière si 

' Le sommet de la flèche de Notre-Dame de' Paris est à 96 mètres au-dessus du 
[)avé de l'église. 



— 453 — 1 FLÈCHE ] 

puissante, que toute pression agissant dans un sens fût reportée au moins 
sur deux points d'appui et même sur trois; 3° à soutenir également les 
huit arêtes de la pyramide, tandis que, dans le système ancien, quatre de 
ces arêtes étaient mieux portées que les quatre autres ; A" à doubler du 
haut en bas tout le système formant l'octogone de la flèche, afin d'avoir 
non-seulement les arêtes rigides , mais même les faces ; 5° à éviter les 
assemblages à tenons et mortaises qui se fatiguent par l'effet des oscilla- 
tions, et à les remplacer par le système de moises qui n'affame pas les bois, 
les relie et leur donne une résistance considérable; 6" à n'employer le fer 
que comme boulons, pour laisser aux charpentes leur élasticité; 7° à 
diminuer le poids à mesure que l'on s'élevait, en employant des bois de 
plus en plus faibles d'équarrissage, mais en augmentant cependant, par la 
combinaison de la charpente, la force de résistance *. 

Nous l'avons dit tout à l'heure : les quatre piles du transsept sur 
lesquelles repose la flèche de Notre-Dame de Paris ne sont pas plantées 
aux angles d'un carré, mais d'un quadrilatère à quatre côtés inégaux, ce 
qui ajoutait à la difficulté. Pour ne pas compliquer les figures, nous ne 
tenons pas compte ici des faibles irrégularités, et nous supposons un 
parallélogramme dont le grand côté a 44'",75 et le petit 12°", 75. Quatre 
des angles de l'octogone de la flèche devant nécessairement poser sur les 
, deux diagonales du quadrilatère, cet octogone est irrégulier, possédant 
quatre côtés plus grands que les quatre autres. La fig. 17 donne, en A, le 
plan de l'enrayure basse, au niveau des grands entraits diagonaux, qui 
sont chacun composés de trois pièces de bois superposées ayant 0,25 c. 
de roide sous le poinçon. Ce tracé fait voir en projection horizontale le 
quatre-pieds sur lequel s'appuie le système à sa base. Ce quatre-pieds se 
compose d'une combinaison de potences sous les entraits et de fermes 
inclinées BC, passant dans les plans d'une pyramide tronquée dont la base 
est le quadrilatère donné par les piles, et la section supérieure par le plan de 
l'enrayure au niveau des entraits. Chacun des angles du corps de la flèche 
se compose de trois poteaux qui ne s'élèvent pas verticalement mais 
forment une pyramide très-allongée, à base octogone; c'est-à-dire qu'en 
s'élevant, ces poteaux se rapprochent du poinçon. 

Examinons maintenant une des grandes fermes diagonales DE (18). On 
voit, en A, les trois entraits superposés, roidis et maintenus d'abord par 
les deux liens B assemblés à mi- bois et formant potence, puis par les deux 
fortes contre-fiches moisées CD qui reçoivent les liens inclinés indiqués 
en BC dans la figure précédente. La tête de ces deux contre-fiches-moises 
vient pincer, en E, le pied des trois poteaux des angles de la flèche. Le 

' Le 26 février 1860, un coup de vent qui a renversé à Paris un grand nombre de 
cheminées, enlevé des toits et jeté bas quelques-unes des charpentes destinées à la 
triangulation, n'a fait osciller la flèche de Notre-Dame que de 0,20 c. environ à son 
sommet, bien que celle llèciie ne lût pas alors complètement terminée et qu'elle ne 
lût garnie de plomb qu'à sa partie supérieure, ce qui nécessairement devait rendre 
l'oscillation plus sensible. 



[ FLÈCHE I — 45i — 

poinçon central est en F. Les grandes contre-fiches GH tracent la noue 
donnée par la rencontre des combles; par conséquent, tout ce qui est 




au-dessus de ces contre-fiches est vu. Les contre-fiches IK sont des 
moises, forment arête dans la noue, en rejetant, au moyen d'un chevron- 
nage, les eaux à droite et à gauche , et laissent voir les gradins ajourés 
décorés d'arcatures et surmontés, sur les quatre poteaux, de statues. 
D'autres contre-fiches-moises MN réunissent tout le système et s'assemblent 
dans le poinçon central en 0. En outre, cette demi-ferme est maintenue 
par des moises horizontales qui serrent ensemble ses diverses pièces, 
empêchent toute dislocation et font de cette charpente un plan roide, 
immobile, ne pouvant se déformer. Le tracé AA de la fig. 17 nous donne 
le plan de Tenrayure au niveau P de la fig. 18; le tracé AAA celui de 
l'em^ayure au niveau B, et le tracé A' celui de l'enrayure à la base de la 



455 



[ FLÈCHE 




pyramide qui termine la flèche au-dessus du second étage à jour. Dans le 



[ FLÈCHE ] — 456 — 

tracé AA de la fig. 17, on voit comme s'arrangent les chevronnages 
divisant la noue en deux et laissait passer les quatre poteaux portant les 
statues. 

Ce système de poteaux verticaux traversant les demi-fermes diagonales 
et faisant décoration au-dessus des noues (système qui avait été adopté 
par les constructeurs du xiii" siècle) présente plusieurs avantages : il fait 
de ces demi-fermes de véritables pans-de-bois parfaitement rigides ; il 
constitue une suite de poinçons qui roidissent les contre-fiches, les main- 
tiennent dans leur plan vertical sans charger en aucune façon l'entrait. Il 
présente aussi une décoration ingénieuse en ce qu'elle explique, à l'exté- 
rieur, comment la flèche vient s'appuyer sur les quatre piliers de la 
croisée, aussi parce qu'elle établit une transition entre la maçonnerie de 
l'église et le corps de la flèche, parce qu'elle lui sert de base, d'arc-boutant, 
pour ainsi dire. On voit, en V (fig. 18), comment sont décorés ces gradins 
des grandes contre-fiches au-dessus des noues. Il est facile de comprendre 
maintenant comment sont soutenus les quatre angles de l'octogone qui 
portent sur les diagonales ; pour les quatre angles tombant sur les faîtages 
des combles, voici quel a été le système adopté. En BB (fig. 17) sont 
élevées de fortes fermes , reposant sur les bahuts et les quatre piles 
du transsept ; sur le milieu des entraits de ces fermes reposent les pièces 
horizontales LM puissamment soulagées en C par les pièces inclinées BC. 
C'est au-dessus de ce point C que portent les triples poteaux formant les 
quatre autres angles de l'octogone; le point M ne porte que le pied des 
contre-fiches qui sont destinées à maintenir les poteaux dans leur plan. 

La fig. 19 présente l'une de ces fermes BB, qui sert en même temps de 
ferme de comble. En A, on voit l'extrémité de la pièce horizontale tracée 
en LM dans la fig. 17 ; en A', cette extrémité est vue en coupe sur ab. 11 
n'est pas besoin d'explication pour faire sentir que cette extrémité A ne 
peut fléchir. En B', nous avons donné le détail des assemblages B, et en 
C celui de la croix de Saint-André C, avec le poinçon. 

Maintenant, examinons ce système de souche en perspective (20). En 
A, on voit les grands entraits triples des fermes diagonales; en B, la 
disposition des liens formant fermes inclinées, roidissant la base de la 
souche et venant porter en C quatre des angles de l'octogone ; en D 
apparaissent les fragments de l'entrait de la ferme donnée dans la figure 
précédente, avec le pan-de-bois qui maintient les poteaux d'angles repo- 
sant en C, E étant le poinçon de cette ferme. Des contre-fiches F viennent 
soulager les poteaux C et reporter leur charge sur les quatre points 
résistants principaux A ; ces contre-fiches ont encore l'avantage d'arrêter 
le roulement de tout le système. Au-dessus, des croix de Saint-André G, 
doubles, reportent encore la .charge des poteaux C sur les points d'appui 
diagonaux. Les pièces I et F remplissent avec avantage les grandes 
pièces inclinées de l'ancienne charpente que nous avons décrite plus 
haut. Ce système est d'ailleurs triplé dans la charpente actuelle, nous le 
voyons reproduit en KL et en KM ; de sorte que si une pression extraordi- 



— 457 



[ FLÈCHE J 



naire se produit en 0, cette pression ne charge pas le point C, mais 
bien les pieds I^ et même, de proche en proche, par la disposition 
des croix de Saint-André et des contre-fiches F, trois des piles du trans- 
sept. On observera que ces croix de Saint-André sont doublées, c'est-à-dire 
assemblées dans deux des poteaux sur les trois qui forment chaque angle 




a la base de la flèche. 11 n'y a donc pas possibilité de roulement dans cette 
charpente; aucune de ses parties ne peut recevoir un supplément de 
charge sans transmettre ce supplément à deux et même trois des quatre 
points d'appui sur lesquels elle porte. En supposant même qu'une_des_ 
_£uatre piles du transsept fût enlevée^la charpente resterait debout et 
reporterait toutes ses pesanteurs sur les trois piles conservées. 

Le système d'après lequel a été établi la souche de la flèche de Notre- 
Dame de Paris étant bien connu, examinons cette flèche au-dessus du faî- 

58 



r. V. 



FLÈCHE 1 



458 — 



.r f^-- -•" 




tage (lu comble, c'est-a-diro au-dessus du niveau d'où elle coiumeuee à se 



[ KI.ÈCHK 




détacher sur le ciel (21). Une vue perspective présente^ du côté droit, la 



[ FLÉCHI': 1 _',()()— ■ 

flèche dépourvue de sa décoration^ et, du côté gauche, la flèche décorée. 
En A est une des quatre fermes correspondant aux fermes diagonales; on 
observera l'inclinaison des poteaux formant les arêtes de cette flèche au- 
dessous de la pyramide supérieure, qui ne se dégage qu'au niveau B. Cette 
inclinaison, y compris les retraites successives, n'a pas moins de 0,80 c. 
dans une hauteur de 15'°,00; et cependant, par l'effet de la perspective, à 
peine si l'on aperçoit une diminution dans le corps de la flèche autre que 
celle produite par les retraites C. Bien mieux, si les huit angles de l'octo- 
gone étaient montés d'aplomb, le corps de la flèche paraîtrait plus large 
sous la pyramide supérieure qu'à sa base. L'illusion de l'œil est ici d'accord 
avec les conditions de stabilité ; en effet, ces huit angles, qui tendent à se 
rapprocher du poinçon à mesure qu'ils s'élèvent, conduisent l'œil à la 
forme pyramidale prononcée du couronnement, et forment en même 
temps une suite d'étais qui maintiennent l'arbre central dans la verticale. 
Par l'effet singulier du contraste des lignes verticales et inclinées se déta- 
chant sur le ciel à une grande hauteur, si les pinacles D qui terminent les 
poteaux d'angle étaient verticaux, vus à côté des arêtiers de la pyramide 
supérieure, ils sembleraient s'écarter en dehors. Il faut que, dans un 
monument aussi élevé et dont la forme générale est aussi grêle, toutes les 
lignes tendent à s'incliner vers l'axe, si l'on veut que rien dans l'ensemble 
ne vienne contrarier la silhouette. Nous donnons, en E, le couronnement 
de la flèche, dont la pomme F est à 43™,00 au-dessus du faîtage du comble. 
Nous avons dit que la charpente, en s'élevant, se composait de pièces 
de plus en plus légères, mais assemblées avec plus de force. En examinant 
l'enrayure tracée en G, on recoimaîtra combien elle présente de résistance ; 
ce système est adopté pour les quatre enrayures indiquées en G' dans le 
géométral A. Cette enrayure se compose de moises assemblées à mi-bois, 
ainsi que le fait voir le détail I, se coupant à angle droit, pinçant le poinçon, 
quatre arêtiers, et roidies par des goussets K de manière à former un 
carré; immédiatement au-dessous, une seconde enrayure contrariant 
celle-ci et combinée de la même manière produit, en projection verticale, 
une étoile à huit pointes, qui donne la section de la pyramide. Non-seule- 
ment ce système présente une grande résistance, mais il a l'avantage de 
donner à la pyramide des ombres toujours accusées qui la redressent à 
l'œil et lui donnent une apparence plus svelte. Lorsque les pyramides des 
flèches aussi aiguës sont élevées sur une section simplement octogonale, 
si le soleil frappe d'un côté, une partie de la pyramide est entièrement 
dans le clair et l'autre dans l'ombre ; à distance, le côté clair se confond 
avec le ciel et le côté ombré donne une ligne inclinée qui n'est point 
balancée, de sorte que la pyramide paraît être hors d'aplomb. Les grands 
pinacles avec leurs crochets qui fournissent toujours des points ombrés et 
brillants tout autour de la pyramide, du côté du clair comme du côté 
opposé h la lumière, contribuent encore à éviter ces illusions de l'œil qui 
sont produites, par des masses d'ombres opposées sans rappel de lumière 
à des masses claires sans rappel d'ombre. Nous ne saurions trop le répéter : 



— 'i()l — I ri.f'riiK I 

lorsqu'un édifice ou partie d'un édifice se découpe entièrement sur le 
ciel, rien n'est indifférent dans la masse comme dans les détails; la moindre 
inattention dans l'adoption d'un ornement, dans le tracé d'un contour, 
dérange entièrement l'harmonie de la masse. Il est nécessaire que tout soit 
clair, facile à comprendre, que les profils et ornements soient à l'échelle, 
qu'ils ne contrarient jamais la silhouette, et cependant qu'ils soient tous 
visibles et appréciables. 

La flèche de Notre-Dame de Paris est entièrement construite en chêne 
de Champagne ; tous les bois sont recouverts de lames de plomb, et les 
ornements sont en plomb repoussé '. 

Alors comme aujourd'hui, l'occasion d'élever des flèches de charpente 
aussi importantes ne se présentait pas souvent. Le plomb était plus cher 
autrefois qu'il n'est aujourd'hui, bien que son prix soit encore fort élevé ; 
sur de petites églises de bourgades , de villages ou d'abbayes pauvres, on 
ne pouvait penser à revêtir les flèches de charpente qu'en ardoise. Il 
fallait, dans ce cas, adopter des formes simples, éviter les grands ajours et 
bien garantir les bois contre la pluie et l'action du soleil. 

Nous avons constaté bien des fois déjà que l'architecture du moyen âge 
se prête à l'exécution des œuvres les plus modestement conçues comme à 
celle des œuvres les plus riches : cela seul prouverait que c'est un art 
complet. Si l'architecture ne peut s'appliquer qu'à de somptueux édifices 
et si elle se trouve privée de ses ressources quand il faut s'en tenir au strict 
nécessaire, ce n'est plus un art, mais une parure sans raison, une affaire 
de mode ou de vanité. 

Nous donnons (22) un exemple de ces flèches entièrement revêtues d'ar- 
doises, élevée, comme celle de Notre-Dame de Paris, à la rencontre des 
combles sur le transsept : c'est la flèchejieJ'égliseji'Orbais (Marne), autre- 
fois dépendante d'une abbaye. Excepté les extrémités des poinçons, qui 
sont revêtues de chapeaux de plomb très-simples, toute la charpente est 
couverte en ardoise. On voit, en A, la moitié d'un des pans-de-bois de la 
souche ; CD est l'arbalétrier du comble. Comme toujours, cette souche est 
diminuée, ayant 4"", 88 à sa base et 4", 66 à son sommet au niveau de 
l'enrayure de la pyramide. Celle-ci est octogone et pose ses angles sur les 
milieux des pans-de-bois, ainsi que le fait voir le tracé B. Les arêtiers E 
sont soulagés par des contre-fiches G assemblées dans les poteaux d'angle 
H, et sur les angles F sont posés quatre petits pinacles, visibles sur le tracé 
perspectif. Le corps de la flèche, la pyramide, les pinacles et les lucarnes 
sont couverts d'ardoises petites, épaisses, clouées sur de la volige de 



' fa charpente de cette flèche a été exécutée par M. Bellii, et la plomberie par 
MM. Durand frères et Monduit. L'ensemble, compris les ferrures, pèse environ 
500,000 kilog. Chacune des piles du transsept pourrait porter ce poids sans s'écraser. 
Les douze statues des apôtres et les quatre (i!j;ures des symboles des évangélisies qui 
garnissent les quatre arêtiers des noues sont en cuivre repoussé, sur les modèles 
exécutés par M. Geoflroy-Dechaume. \ 



FI.ÈCHK 



— i(^2 — 




chêne. Il y a des lames de plomb dans les noues. Cel édifice, si simple, 



— WS — î FLÈCHE ] 

est d'un ettet charmant, à cause de ces saillies, et surtout à cause de 
l'heureuse proportion de l'ensemble ; il date du xiv'' siècle. Le beffroi est 
indépendant de la charpente de la flèche et repose seulement, conmie 
celle-ci, sur les quatre piles du transsept. 

On voit encore, sur la croisée de l'ancienne église abbatiale d'Eu , la 
souche d'une flèche, du xv*" siècle, en charpente, dont la disposition 
originale mérite d'être signalée. C'était une pyramide passant du plan 
carré au plan octogone dans la hauteur du comble, de manière que 
l'inclinaison des faces se suivait, sans interruption, du faîtage de ces 
combles au sommet de la flèche. Ce système présentait une grande 
solidité. 

Soit (23) AB deux des quatre points d'appui du transsept, des fermes 
inclinées ABC forment les faces d'une pyramide à base carrée. La projec- 
tion des fermes des combles est donnée par le triangle ABD; donc, les 
triangles ADC,BDC sont vus au-dessus de la pente de ces combles; la 
contre-fiche AE passe dans le plan des deux arbalétriers AG,AF. Les 
poinçons IC passent dans le plan de la pyramide octogone. Au niveau du 
faîtage des combles est posée une enrayure sur plan octogone GFK, etc., 
embrévée dans les pièces principales inchnées AP,AG,AC,BC, etc. 
L'élévation X, prise sur la moitié de la flèche de B en I, fait voir la pro- 
jection du comble en B'D', la grande ferme inclinée en B'C'', inclinée 
suivant le plan B'O. Les contre-fiches AE du plan horizontal se voient en 
B'E' et la première enrayure octogone en L, sur laquelle reposent les 
véritables arêtiers de la flèche. Ici, les angles de l'octogone ne correspon- 
dent pas aux faîtages des quatre combles et aux quatre noues, mais bien 
le milieu des faces de cet octogone. En N est tracée Tune des contre-fiches 
diagonales AE et la section EP faite au milieu d'une des quatre faces de la 
pyramide donnant sur les noues ; des lucarnes R sont ouvertes sur ces 
quatre faces. Une galerie S rompt l'aspect uniforme de la flèche et sert de 
guette. L'enrayure du sol de cette galerie est tracée en M. L'enrayure Q 
est tracée en Q' , les quatrième et cinquième enrayures étant combinées 
de la même façon. En V, un tracé perspectif indique la rencontre des 
pièces inclinées de la souche avec la première enrayure octogone L. Cette 
flèche a été dérasée au niveau Q ; mais un tableau du xvn'= siècle qui est 
déposé dans l'église d'Eu, présentant une vue fort bien faite des bâtiments 
de l'abbaye, nous donne le complément de la flèche et son système de 
décoration qui ne manquait pas d'élégance, 

La fig. 24 reproduit l'aspect géométral de la flèche d'Eu, revêtue de sa 
plomberie et de sa couverture en ardoise, la plomberie n'étant appliquée 
qu'au couronnement supérieur de la pyramide, à la galerie, aux lucarnes 
et aux noues. 

A Évreux, sur une tour centrale en maçonnerie qui surmonte la croisée 
de la cathédrale s'élève une flèche en charpente recouverte de plomb, fort 
dénaturée par des restaurations successives, mais qui présente cependant 
encore une assez bonne silhouette. Elle est complètement ajourée de la 



FI.ÈCHK 



4t)-4 



^Xi^. 




lanterne au faite, et cette lanterne est d'un bon style du w" siècle. Le 



— im — 



FLtirHK 




défaut de ce couronnement, c'est d'être trop grêle pour la souche en 
T. V. 59 



[ H.fcC.HK I — 4G0 — 

maçonnerie qui lui sert de base; elle s'y relie mal, et la trop grande 
quantité d'ajours fait encore paraître ce défaut plus choquant. 

L'une des plus belles flèches du xv" siècle était celle de la Sainte-Cha- 
pelle du Palais, reconstruite depuis peu par feu Lassus sur un ancien 
dessin conservé à la Bibliothèque Impériale. Cette flèche est gravée dans 
la Monographie de la Sainte-Chapelle publiée par M. Bance, avec ses 
détails de charpente et de plomberie. Nous engageons nos lecteurs à 
recourir à cet ouvrage. 

Mais , à cette époque , les architectes avaient déjà perdu ce sentiment 
délicat de la silhouette des édifices, et ils surchargeaient tellement leurs 
ensembles de détails recherchés que les masses perdaient de leur grandeur. 
On ne trouve plus, dans la flèche de la Sainte-Chapelle du Palais, cette 
inclinaison des poteaux de la partie inférieure portant la pyramide; 
ceux-ci s'élèvent verticaux, ou à peu près, ce qui alourdit llQ,nsemble et 
empêche l'œuvre de filer, d'une venue, du faîtage du comble au-.sommet. 
Les détails, trop petits d'échelle, paraissent confus, gênent res lignes 
principales au lieu de les faire ressortir. Cependant, nous voyons encore, 
sur le trapssept de la cathédrale d'Amiens, une flèche du commencement 
du xvi" siècle, dans l'exécution de laquelle les qualités signalées ci-dessus 
sont développées avec un rare bonheur. 

Si la flèche de la cathédrale d'Amiens est une œuvre remarquable en 
elle-même, elle n'est nullement en rapport de proportions avec l'édifice : 
sa base est grêle, sort du comble brusquement, sans transition ; l'ensemble 
est mesquin, si on le compare à la grandeur magistrale du monument. 
Quant à la combinaison de la charpente, elle pèche par l'amas des bois, 
par le défaut de simplicité. Les charpentiers , maîtres de l'œuvre, Louis 
Cordon et Simon Taneau, eurent l'idée de porter cette flèche sur une 
plate-forme composée de pièces horizontales entre-croisées, rendues 
rigides au moyen de fermes armées au nombre de dix; ce qui produit, à 
la souche, un amas de bois si considérable qu'à peine si l'on peut circuler 
à travers les arbalétriers et les clefs pendantes. Quelque bien armées que 
soient ces fermes, ce système ne présentant pas des supports directs, il y 
a toujours relâchement à cause du retrait des bois dans les assemblages et, 
par suite, flexion. L'intention évidente des maîtres a été d'établir un plan- 
cher rigide sur lequel ils ont monté une flèche, indépendante de ce plan- 
cher, comme s'ils l'eussent élevée sur le sol. Il y a donc dans la charpente 
de la flèche d'Amiens deux choses : la plate-forme inférieure et la flèche 
proprement dite que cette plate-forme est destinée à porter. Cette donnée 
admise, ces maîtres en ont tiré le meilleur parti possible ; mais le principe 
est vicieux. 

La fig. 25 fait voir, en perspective, cette plate-forme ou plutôt cette 
enrayure basse, armée. Pour rendre la figure moins confuse, nous avons 
supposé les clefs pendantes enlevées. On distingue les dix fermes se péné- 
trant, aux arbalétriers desquels des clefs pendantes vont soutenir les 
entraits au droit de la portée de chacune des pièces horizontales. Deux 



iiu — 



FLÈCHE 



f'iaïKls eiilraits diagonaux reposent sur ce plancher suspendu. (Connue a 
Notre-Dame de Paris, l'octogone de la tlèche a ses angles dans les noues 
el dans l'axe des combles se croisant. 



25 




Si nous prenons une des fermes de flèche perpendiculaires aux 
côtés du carré, nous obtenons la fîg. 26. Le poinçon, l'arbre central 
est en A '. En B sont tracées en coupe les fermes armées de clefs pen- 
dantes et en face l'une de ces fermes dans le plan parallèle à notre 
projection. Les poteaux C de l'octogone sont donc portés sur les entraits 
soulagés de ces fermes armées, ainsi que les contre-fiches principales D. 
Comme toujours, le poinçon est suspendu par la buttée des contre- 
fiches. Une première enrayure composée de moises est en E, une 
seconde en F, et une troisième en G un peu au-dessus du faîtage H des 
combles. C'est cette dernière enrayure qui reçoit la première plate- 
forme de la flèche, de sorte que l'ajour commence immédiatement au 
niveau de ce faîtage; ce qui contribue à donner de la maigreur à l'œuvre 
de charpenterie, puisque au-dessus de la masse pleine des combles 
commence, sans transition, le système des poteaux isolés laissant voir le 
ciel entre eux. Si bien assemblés que soient les arbalétriers B, si bien 
serrées que soient les clefs pendantes supportant les entraits, il y a, par 
suite de la multiplicité de ces pièces de bois, de nombreuses causes de 
retrait ou de relâchement ; il en résulte que le plancher inférieur a 
quelque peu plongé, particulièrement du côté opposé à l'action des vents 
d'ouest, car on observera qu'ici les pesanteurs des poteaux ne sont pas 



La ferme donnée ici est celle qui est perpendiculaire au côté ab de la fig. 2-j. 



FLÈClli: 



— 408 — 




réparfios, ronnne dans la charpente de Notre Dame de Paris, sur plusieurs 



— 469 — I FLÈCHE 1 

points^ mais agissent directement à leur pied. Il y a donc toujours 
une partie de ce plancher suspendu plus chargée que l'autre., puisque 
les vents d'ouest sont les plus fréquents et les plus violents, surtout à 
Amiens. 

L^ensemble du système s'est incliné vers l'est, et on a dû, peu après la 
construction, ajouter de ce côté une longue contre-fiche qui vient porter 
sur une ferme du chœur très-solidement armée. Les fermes diagonales 
sont peu résistantes (27) ; leur entrait A repose sur le plancher inférieur, 
ainsi qu'on le voit dans le tracé perspectif (fig. 25) ; mais, comme supplé- 
ment de force, les charpentiers ont posé sous ce plancher, qui passe dans 
l'intervalle B, des potences armées C dont le pied s'appuie sur la tête des 
quatre piles du transsept dans les reins de la voûte. Ces potences, faible- 
ment reliées au système de la ferme diagonale, ont donné du nez sous la 
dépression du plancher. D'ailleurs, la contre- fiche principale E de cette 
demi-ferme diagonale est la noue, c'est-à-dire qu'elle est posée suivant la 
ligne d'intersection des combles, ce qui lui donne une position trop 
inclinée pour avoir une grande force. Si, comme à Notre-Dame de Paris, 
les charpentiers avaient posé une contre-fiche gh au-dessus de cette noue, 
visible, et reliée à la potence C au moyen de grandes moises verticales m, 
ils eussent donné aux fermes diagonales une beaucoup plus grande 
résistance, en faisant de grands pans-de-bois rigides, dont toutes les 
parties eussent été solidaires. 

On remarquera qu'ici, comme à Notre-Dame de Paris, les poteaux 
de l'octogone sont doublés et fortement inclinés vers l'axe de la flèche. 
C'est là une règle dont les architectes du moyen âge ne se sont pas 
départis dans la construction de ces sortes d'édifices. 

La silhouette de la flèche de Notre-Dame d'Amiens est heureuse ; il ne 
manque à cette œuvre de charpenterie que d'être sur un monument moins 
grandiose. La fig. 28 présente le géométral de cette flèche recouverte de 
sa plomberie. Malheureusement la flèche d'Amiens a subi des mutilations; 
son couronnement a été refait d'une façon barbare dans le dernier siècle, 
à la suite d'un incendie partiel causé par la foudre. La plomberie, en 
partie reposée au commencement du xvii'' siècle, est, sur quelques 
points, extrêmement grossière, et masque les profils ou les découpures 
du bois. 

La section de la pyramide ne donne pas un octogone à côtés droits, 
mais à côtés curvilignes concaves (voy. le détail A), afin d'obtenir, comme 
nous l'avons dit plus haut, des filets de lumière dans l'ombre, et d'éviter 
le fâcheux effet produit par les pyramides à faces planes lorsqu'eHes sont 
placées à une grande hauteur et que le soleil les éclaire. Quelques parties 
primitives de la plomberie sont fort remarquables. 

En résumé , si la flèche de Notre-Dame d'Amiens n'est pas une œuvre 
irréprochable, efle mérite cependant d'être étudiée; d'ailleurs c'est la 
seule de cette dimension qui existe encore en France. Son poids est, 
compris le plomb, de 500,000 kilogrammes. Sa hauteur, au-dessus du 



KLÈCIIK 



— i7() 



J 




t'aitage (niveau B) jusqu'à la poniine, était de 47 mètres; elle n'est plus 



— i7l — 



lltl'HK 




aujourd'hui que de 45 mètres. Les bois sont 'd'une belle qualité, essence 



I FLEURON ] — 47^2 — 

(le chêne. Autrefois la plomberie était peinte et dorée; on voit de nom- 
breuses traces de cette décoration. 

Nous citerons encore , parmi les flèches de charpenterie recouvertes de 
plomb, celles de l'église Notre-Dame de Châlons-sur-Marne , qui sont de 
la fin du xiv'= siècle, très-simples, mais d'une assez belle forme, et qui 
couronnent des tours en pierre de la fin du xii^ siècle; celle de la croupe 
de la cathédrale de Reims, qui date de la fin du w" siècle, et dont la 
plomberie est assez bien conservée (voy. plomberie). 

FLEUR, S. f. (Voy. FLORE.) 

FLEURON, S. m. Épanouissement végétal qui termine certains membres 
de l'architecture gothique, tels que pinacles, pignons, dais, redents, etc. 
Le fleuron n'apparaît dans l'architecture qu'au xii*^ siècle, c'est-à-dire au 
moment où l'école laïque va chercher l'ornementation de ses édifices 
dans la flore des campagnes. Dès l'antiquité grecque , on amortissait les 
combles de certains édifices au moyen d'une décoration végétale, ainsi 
qu'on peut le reconnaître en examinant le monument choragique de 
Lysicrates à Athènes. Bien que , dans ce cas , l'amortissement fut proba- 
blement destiné à porter le trépied qui rappelait la victoire de Lysicrates 
sur ses rivaux, ce n'en est pas moins un couronnement emprunté au règne 
végétal. La célèbre pomme de pin en bronze qui se voit dans les jardins 
du Vatican est un véritable fleuron terminant un grand monument antique. 
L'idée n'est donc pas neuve , et , en cela comme en beaucoup d'autres 
choses , les architectes gothiques ont suivi une tradition fort ancienne 
qui leur avait été transmise par les maîtres de l'école romane. 

Mais ce qui est neuf, ce qui appartient à ces architectes gothiques, c'est 
le caractère particulier qu'ils ont su donner à ces amortissements, c'est 
leur physionomie franchement végétale. On voit apparaître les fleurons 
bien caractérisés aux sommets des pinacles et lucarnes du clocher vieux 
de la cathédrale de Chartres (milieu du xii" siècle) ; du moins ce sont les 
plus anciens qui nous soient restés. Quoique détériorés par le temps, ces 
fleurons laissent voir leur forme primitive. Ils sortent brusquement de 
l'extrémité des arêtes d'angles de ces pinacles, sans bagues intermédiaires; 
ils présentent (1) une réunion de jeunes feuilles, de bourgeons, terminés 
par des têtes humaines. La sculpture est large, grasse, comme il convient 
à une pareille élévation. Tout l'ornement est pris dans une seule pierre 
de plus de l'",00 de hauteur. 

Cependant l'étude des végétaux conduit bientôt les architectes à cher- 
cher dans les divers membres des plantes ceux qui se prêtent le mieux à 
cette forme de couronnement; ils observent que les pistils des fleurs, par 
exemple, donnent souvent un ornement régulier, parfaitement propre à 
terminer un sommet; ils voient que ces pistils sont habituellement accom- 
pagnés d'un collet et d'appendices. Ils interprètent donc, sans trop cher- 



— 473 — [ KLEURON ] 

cher à imiter servilement la nature, ces formes végétales ; ils en saisissent 




BADOMâ/'lJ. 



le caractère puissant, vivace, et composent des fleurons comme celui-ci 
(2)^ qui date des dernières années du xn'' siècle et provient des gables 
inférieurs des contre-forts de la cathédrale de Paris (côté nord). Cette 
forme simple ne leur parait pas présenter une silhouette assez découpée, 
ces artistes recourent encore à la nature, et ils ouvrent davantage les 
folioles qui accompagnent le pistil (3) ', de manière à obtenir un épanouis- 
sement ; ou bien encore, un peu plus tard (vers 1220), ils recherchent 
l'iuiitation des bourgeons (4) ' ; ils les dissèquent, ils en enlèvent certaines 



' Des gables de contre-forts des tours de la cathédrale de Paris. 
* De la façade de l'église abbatiale de Vézelay. 

T. V. 



tiO 



FLEURON 



— 47-4 



parties, comme l'indique cette couronne A de pétioles coupés, pour 
dégager la tige principale B ; puis ils commencent à mêler à cette végé- 

3 




E.c.'i/UAi'/iior. 



avi 




tation des formes géométriques, des profils C d'architecture sans la bague 
imitée d'un fruit. Tout en étudiant avec soin les végétaux, les sculpteurs 
du commencement du xiii^ siècle ne les copient pas servilement; ils les 
soumettent aux dispositions monumentales, à l'échelle de l'architecture. 
De l'imitation du pistil des fleurs, des graines, des bourgeons, ils arrivent 
bientôt à l'imitation de la feuille développée, mais en soumettant toujours 
cette imitation aux données décoratives qui conviennent à la sculpture 
sur pierre (5) *. Ils savent allier la pondération des masses à la liberté du 
végétal. 

Les tiges des fleurons présentent, à dater du commencement du 
XIII* siècle, des sections carrées ou octogones; ces tiges se divisent tou- 
jours en quatre membres de feuillages à un seul étage, avec bouton 



' De la cathédrale de Troyes (1223 environ). 



— 475 — 



FLEURON 



supérieur, ou à deux étages. Dans ce dernier cas, les feuilles du deuxième 
rang alternent avec celles du premier, de manière à contrarier les lignes 




de fuite produites par la perspective, à donner plus de mouvement et plus 
d'effet à ces amortissements décoratifs, ainsi que l'indique la fig. 6, et à 
redresser par l'apposition des ombres et des lumières la ligne verticale. 
Souvent les épanouissements des fleurons ne sont autre chose que des 
crochets, comme ceux qui accompagnent les rampants des gables ou des 
pinacles (7) '. 

C'est vers le milieu du xiii^ siècle que les fleurons, d'une grande 
dimension, portent deux rangs de feuilles. Tous les membres de l'archi- 
tecture tendant à s'élever, à faire dominer la ligne verticale, il fallait 
donner une importance de plus en plus considérable à ces couronnements 
des parties aiguës des édifices. L'imitation des végétaux devenait plus 
scrupuleuse, plus fine, mais aussi moins monumentale. Cette végétation 



De la cathédrale d'Amiens; façade (1230 environ). 



[ FLEURON 1 — 4-76 

ne tenait point à la pierre^ elle était comme une superposition; ce n'était 




plus la pierre elle-même qui s'épanouissait, mais bien des feuillages 
entourant un noyau d'une forme géométrique (8) \ Ce que l'on ne saurait 



' Du portail du uord de la cathédrale de Paris (1260). 



— 477 — [ FLEURON ] 

trop admirer dans ces amortissements de gables, de pinacles, c'est leur 

G 




juste proportion par rapport aux membres de l'architec-ture qu'ils cou- 




ronnent. H y a une aisance, une grâce, une finesse de contour, une 



I FLKURON ] — 478 

fermeté dans ces terminaisons, bien ditiiciles à reproduire pour nous, 

8 




habitués que nous sommes à l'ornementation sèche et banale des temps 
modernes. Ou, par suite d'une fausse interprétation de la sculpture 



— 479 — [ FLEURON 1 

antique, nous penchons vers l'ornementation de convention, symétrique, 
morte, fossile, copiée sur des copies; ou nous nous lançons dans le 
domaine du caprice , de la fantaisie, parce qu'il y a un siècle des artistes 
possédant plus de verve que de goût nous ont ouvert cette voie dange- 
reuse. Autant la fantaisie est séduisante parfois, lorsqu'elle arrive natu- 
rellement, qu'elle est une boutade de l'esprit, autant elle fatigue si on la 
cherche. Les ornements que nous fournit cet article (ornements d'une 
importance singulière, puisqu'ils servent de terminaison aux parties 
dominantes des édifices) ne sont point le résultat d'un caprice, mais bien 
de l'étude attentive et fine des végétaux. Il y a une flore gothique qui a 
ses lois, son harmonie, sa raison d'exister pour ainsi dire, comme la flore 
naturelle; on la retrouve dans les bandeaux, dans les chapiteaux, et 
surtout dans ces fleurons de couronnements, si visibles, se détachant 
souvent sur le ciel , dont le galbe, le modelé, l'allure, peuvent gâter un 
monument ou lui donner un aspect attrayant. La variété des fleurons du 
xiii'' siècle est infinie, car, bien que nos édifices de cette époque en soient 
couverts, on n'en connaît pas deux qui aient été sculptés sur un même 
modèle. Aussi n'en pouvons-nous présenter à nos lecteurs qu'un très-petit 
nombre, en choisissant ceux qui se distinguent par des dispositions 
particulières ou par une grande perfection d'exécution. 

Dans les édifices de l'Ile-de-France et de la Champagne, ces fleurons 
sont incomparablement plus beaux et variés que dans les autres provinces; 
ils sont aussi mieux proportionnés, plus largement composés et exécutés. 
Ceux, en grand nombre, qu'on voit encore autour de la cathédrale de 
Paris, ceux du tombeau de Dagobert à Saint-Denis, ceux de l'église de 
Poissy (9) qui terminent les arcs-boutants du chœur, ceux de la cathédrale 
de Reims (nous parlons des anciens), sont, la plupart, d'un bon style et 
exécutés de main de maître. 

Autour des balustrades supérieures de Notre-Dame de Paris , on peut 
voir des fleurons, à base carrée, terminant les pilastres, qui sont d'une 
largeur de style incomparable (voy. balustrade, fig. 10). Ceux de la ba- 
lustrade extérieure de la galerie du chœur, dont nous avons recueilli des 
débris, avaient un caractère de puissance et d'énergie qu'on ne trouve 
exprimé au même degré dans aucun autre monument de cette époque 
(commencement du xiii'' siècle) [10]. 

Vers la fin du xni" siècle, ces ornements deviennent plus refouillés, 
imitent servilement la flore, puis ils adoptent des formes toutes particu- 
lières empruntées aux excroissances de la feuille de chêne (noix de galle), 
aux feuilles d'eau. Cette transition est sensible dans l'église de Saint-Ur- 
bain de Troyes, élevée pendant les dernières années du xni" siècle. Les 
grands fleurons à trois rangs de feuilles qui terminent les gables des 
fenêtres sont sculptés avec une hardiesse, une désinvolture qui atteignent 
l'exagération (11). 

Pendant le xiv'= siècle, les fleurons ne sont composés, habituelle- 
ment, que de la réunion de quatre ou huit crochets, suivant les formes 



KI.KURON 



— -480 — 




BAûa 



données alors à cet ornement. La décoration, à celle époque , devient 



— 481 — I FLKURON J 

nionotone comme les lignes de rarchitecture. Opendant ces fleurons 

iO 




sont sculptés avec une verve et un entrain remarquables (i2). On voit 

T. V. 61 



PLEUKON 



482 — 



d'assez beaux fleurons à la cathédrale d'Amiens, autour de celle de Paris, 
à Saint-Ouen de Rouen, à Saint-Étienne d'Auxerre, à la cathédrale de 
Cleruiont, à Saint-Just de Narbonne et à Saint-Nazaire de Carcassonne; 



11 




mais le grand défaut de la sculpture du xiv^ siècle , c'est le manque de 

variété, et ce défaut est particulièrement choquant lorsqu'il s'agit de 

couronnements qui se voient tous à peu près dans les mêmes conditions. 

Au xv" siècle, les fleurons qui terminent les pinacles ou les gables sont 



483 



FLKURON I 



souvent dépouillés de feuillages, ce sont de simples amortissements de 
formes géométriques dans le genre de la fig. 13. Cependant si Tédifice 
est très-richement sculpté , comme , par exemple , le tour du chœur de 




ér. C^'/i/.fl'J/l'^ 



l'église abbatiale d'Eu, ces amortissements se revêtent de feuilles d'eau ou 
plutôt d'un ornement qui ressemble assez à des algues marines (14). Vers 
1500, les fleurons ne sont autre chose que la réunion des crochets des 
rampants de gables ou de pinacles, et finissent par une longue tige 
prismatique (voy. contre-courbe, fig. 2; crochet, fenêtre, fig. 42; gable, 
pinacle). 

On donne aussi le nom de fleurons à des épanouissements de feuilles 
qui terminent des redenls (voy. ce mot). 

Que les fleurons de couronnement appartiennent au xiii'' ou au xv'^ siècle. 



[ FLEURON ] — i84 

ils sont toujours bien plantés , fièrement galbés , en rapports parfaits de 
proportion avec les parties de Tarchitecture qu'ils surmontent. Les archi- 




tectes gothiques savaient couronner leurs édifices. Notre attention doit 




d'autant plus se porter sur ces qualités, qu'aujourd'hui la plupai't de nos 
monuments modernes pèchent évidenmient par le défaut contraire. L'ère 



— 485 — [ FLORE I 

classique, qui finit^ regardait les couronnements comme une superfétation- 
de mauvais goût, l^es Grecs et les Romains ne manquaient pas cependant 
de terminer les parties supérieures de leurs édifices par des ornements 
en pierre, en marbre ou en métal, qui se découpaient sur le ciel; mais 
les exemples n'existant plus en place, il était convenu que l'architecture 
antique se passait de ces accessoires. C'était un moyen d'éluder la diffi- 
culté. Peu à peu cependant les études archéologiques, l'inspection de 
fragments épars, de médailles, ont fait reconnaître que les anciens étaient 
loin de se priver de ces ressources décoratives; on chercha donc timide- 
ment et un peu au hasard à rompre les lignes sèches et froides de nos 
palais, de nos édifices publics : or, lorsqu'il s'agit de silhouettes, ce qu'il 
faut, ce sont des tracés hardis, un coup d'œil sûr, l'expérience de l'effet 
perspectif, l'observation du jeu des ombres. Cette expérience, il nous faut 
l'acquérir, car nous l'avons absolument perdue. 

FLORE, S. f. Nous avons souvent l'occasion de parler de la flore sculptée 
de l'architecture du moyen âge ; c'est qu'en effet cette architecture pos- 
sède sa flore, qui se modifie à mesure que l'art progresse et décline. 
Pendant la période romane, la flore n'est guère qu'une imitation de la 
sculpture romaine et byzantine; cependant on aperçoit, vers le commen- 
cement du xii"" siècle, dans certains édifices romans, une tendance mani- 
feste à chercher les modèles de l'ornementation sculptée parmi les plantes 
des bois et des champs. Mais comment cette recherche commence-t-elle? 
A quels éléments s'attache-t-elle d'abord? Qui la provoque? Comment 
s'érige-t-elle en système et parvient-elle à former une école? Résoudre 
ces questions, c'est faire l'histoire de notre art français au moment où 
il se développe, où il est réellement original et n'emprunte plus rien 
au passé. 

Il semble, en examinant les monuments, que les clunisiens ont été les 
premiers à former des écoles de sculpteurs allant chercher, dans les pro- 
ductions naturelles, les éléments de leur décoration. Les chapiteaux de 
la nef de l'église abbatiale de Vézelay ne sont plus déjà des imitations 
abâtardies de la sculpture antique : leur végétation sculptée possède une 
physionomie qui lui est propre , qui a l'âpreté d'un art neuf plutôt que 
l'empreinte barbare d'un art, dernier reflet de traditions vieillies. Sur les 
bords de la Loire, de la Garonne, en Poitou et en Saintonge, au com- 
mencement du xn'' siècle, on voit aussi la sculpture chercher d'autres 
éléments que ceux laissés par l'antiquité. Ces essais , toutefois , sont 
partiels ; ils semblent appartenir à des artistes isolés, fatigués de toujours 
reproduire des types dont ils ne comprenaient plus le sens, parce qu'ils 
n'en connaissaient plus l'origine. Quoi qu'il en soit, ces essais ont une 
certaine importance : ils ont ouvert la voie à la nouvelle école des archi- 
tectes laïques; c'est du moins probable. 

Présentons tout d'abord un de ces exemples, qui fera ressortir d'une' 
façon plus claire ce que nous allons dire. Nous donnons ici un chapiteau 



[ FLORE 1 — 486 — 

de l'église abbatiale de Bourg-Dieu près Châteauroux (Déols), dont la 
sculpture date de 1130 environ (1). 

1 




Or voici (2) des feuilles de fougère au moment où elles commencent à 
se développer, à sortir de leur tissu cotonneux. Il n'est pas besoin, 
pensons-nous, de faire remarquer, dans ce chapiteau, l'intention évi- 
dente de l'artiste; il a certainement voulu se servir de ces formes 
puissantes données par ces bourgeons de fougère, de la fougère qu'on 
trouve partout, en France, sous les grands bois. Le sculpteur ne s'est 
inspiré ni des traditions romaines, ni des ornements byzantins : il a 
cueilli un brin de fougère, l'a examiné curieusement, s'est épris de 
passion pour ces charmantes productions naturelles, puis il a composé 
son chapiteau. Observons à notre tour cette fig. 2; nous aurons l'occa- 
sion d'y revenir. C'est là , pour cette époque , disons - le encore, un 
fait isolé. Mais bientôt l'école des architectes laïques s'élève, s'empare 
de toutes les constructions, particulièrement dans le domaine royal. 
Dès ses premiers pas, on sent que cette école laïque veut rompre avec 
les traditions d'art des moines. Il y avait peut-être de l'ingratitude 
dans le procédé, puisque cette école s'était élevée sous les voûtes des 
cloîtres; mais cela nous importe peu aujourd'hui. Comme système de 



— 487 — [ FLORE I 

construction (voy. cathédrale, construction) , comme méthode de bâtir. 




les architectes laïques de la seconde moitié du xiï* siècle cherchent à 



i FLOKE 1 _ i88 — 

rompre avec les traditions monastiques. Les formes qu'ils adoptent, les 
moulures qu'ils tracent , les profils qu'ils taillent et les ornements qu'ils 
sculptent s'appuient sur des principes étrangers à J'art roman ; l'examen, 
la recherche, remplacent la tradition. Quand il s'agit d'ornements, ils ne 
veulent plus regarder les vieux chapiteaux et les frises romanes : ils vont 
dans les bois, dans les champs ; ils cherchent, sous l'herbe, les plus 
petites plantes ; ils examinent leurs bourgeons, leurs boutons, leurs fleurs 
et leurs fruits, et les voilà qui, avec cette humble flore, composent une 
variété infinie d'ornements d'une grandeur de style, d'une fermeté 
d'exécution qui laissent bien loin les meilleurs exemples de la sculpture 
romane. Soit instinct, soit raisonnement, ces artistes comprennent que 
les plus petites plantes , comme les insectes , sont douées d'organes rela- 
tivement beaucoup plus forts que les arbres et les grands animaux; 
destinées à vivre dans le même milieu, à résister aux mêmes agents, la 
nature prévoyante a en effet donné à ses créations les plus humbles une 
puissance relativement supérieure à celle des grands êtres. Les formes 
des plus petits insectes, comme celles des plus petites plantes, ont une 
énergie, une pureté de lignes, une vigueur d'organisation qui se prêtent 
merveilleusement à exprimer la grandeur et la force; tandis qu'au 
contraire on remarque, dans les formes des grands végétaux particulière- 
ment, une sorte d'indécision, de mollesse, qui ne peut fournir d'exemples 
à la sculpture monumentale. D'ailleurs, qui sait? Ces artistes laïques qui 
s'élèvent en France à la fin du xii" siècle, et qui s'élèvent au milieu d'une 
société mal constituée, ces artistes à peine compris de leur temps, fort peu 
aujourd'hui, trouvaient peut-être un certain charme à envelopper leur art 
de mystère; de même qu'ils se transmettaient leurs grands principes à 
l'ombre d'une sorte de franc-maçonnerie, de même aussi, en allant cher- 
cher leurs motifs de décorations au bord des ruisseaux, dans les prés , au 
fond des bois, dans les plus infimes productions végétales, se laissaient-ils 
conduire par cet instinct du poète qui ne veut pas découvrir au vulgaire 
les secrets de ses conceptions. L'art véritable a sa pudeur : il cache aux 
regards ses amours fécondes. Qui sait si ces artistes ne trouvaient pas des 
joies intimes dans la reproduction monumentale de ces humbles plantes, 
d'eux seuls connues, aimées d'eux seuls, cueillies et observées longuement 
dans le silence des bois? Ces réflexions nous sont venues souvent lorsqu'en 
examinant les merveilleux développements de végétaux perdus sous 
l'herbe, leurs efforts pour repousser la terre , la puissance vitale de leurs 
bourgeons, les lignes énergiques de leurs tigettes naissantes, les formes 
des beaux ornements de la première période gothique nous revenaient en 
mémoire. Puisque nous allions chercher des éléments d'un art dans ces 
productions infimes sur lesquelles la nature semble avoir jeté un de ses 
plus doux regards, pourquoi d'autres avant nous ne l'auraient-ils pas fait 
aussi? Pourquoi des artistes observateurs, ennuyés de la monotonie des 
arts romans, ne se seraient-ils pas épris de cette modeste flore des champs, 
et, cherchant un art, n'auraient-ils pas dit, en découvrant ces trésors 



— 489 — [ FLORE 1 

cachés : « Je l'ai trouvé » ? Une fois sur cette voie, nous suivîmes pas à 
pas, et non sans un vif intérêt, les interprétations ingénieuses de nos 
devanciers; notre examen nous conduisit à de singuliers résultats. Nous 
reconnûmes que les premiers artistes (il est entendu que nous ne parlons 
ici que de l'école laïque qui s'élève, de 1140 à 1180, dans l'Ile-de-France 
et les provinces voisines) s'étaient attachés à imiter la physionomie de ces 
modestes plantes des champs au moment où elles se développent, où les 
feuilles sortent à peine de leurs bourgeons, où les boutons apparaissent, 
où les tiges épaisses pleines de sève n'ont pas atteint leur développement; 
qu'ils avaient été jusqu'à chercher comme motifs d'ornements des 
embryons, ou bien encore des pistils, des graines et jusqu'à des étamines 
de fleurs. C'est avec ces éléments qu'ils composent ces larges chapiteaux 
que nous admirons autour du chœur de Notre-Dame de Paris, dans 
l'église Saint-Julien-le-Pauvre, dans celle de Saint-Quiriace de Provins, à 
Senlis, à Sens, à Saint-Leu d'Esserent, dans le chœur de Vézelay, dans 
l'église de Montréale, à Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, autour du 
sanctuaire de Saint-Remy de Reims. Bientôt (car nous savons que ces 
artistes ne s'arrêtent pas en chemin) de l'imitation de la flore naissante 
ils passent à l'imitation de la flore qui se développe : les tiges s'allongent 
et s'amaigrissent ; les feuilles s'ouvrent, s'étalent; les boutons deviennent 
des fleurs et des fruits. Plus tard, ces artistes oublient leurs humbles 
modèles primitifs : ils vont chercher leurs exemples sur les arbustes; ils 
s'emparent du lierre, de la vigne, du houx, des mauves, de l'églantier, de 
l'érable. A la fin du xni^ siècle, ils en viennent à copier servilement le 
chêne, le prunier sauvage, le figuier, le poirier, aussi bien que les feuilles 
d'eau, le liseron, le persil, les herbacées, comme les feuillages des grands 
arbres de nos forêts; tout leur est bon, tout leur est un motif d'ornement. 
Disons tout de suite que l'imitation s'approche d'autant plus de la réalité 
que l'art gothique avance vers sa décadence. A la fin du xn'= siècle, et 
encore au commencement du xni% cette imitation est soumise à des 
données monumentales qui prêtent à la sculpture une beauté particulière. 
Disons encore que cette sculpture est d'autant plus grande, large, puis- 
sante, monumentale enfin, qu'elle va chercher ses inspirations parmi les 
plantes les plus modestes ; tandis qu'elle tombe dans la sécheresse et la 
maigreur lorsqu'elle veut copier les feuilles des grands végétaux. 

Les artistes laïques du xii'' siècle, se servant de ces plantes, en saisissent 
les caractères principaux, la physionomie ; elles deviennent pour eux un 
sujet d'inspiration plutôt qu'un modèle banal. Mais prenons quelques 
exemples. N'est-il pas évident, par exemple, que les rinceaux qui décorent 
l'un des côtés du trumeau de la porte centrale de la cathédrale de Sens 
(1170 environ) ont été inspirés de ces jeunes pousses de fougère dont nous 
avons donné plus haut quelques brins, et ces feuilles naissantes de plan- 
tain (3) n'ont-elles pas inspiré les artistes qui sculptaient les chapiteaux du 
chœur de l'église de Vézelay, ceux de la galerie du chœur de Notre-Dame 
de Paris (3 bis), ou ceux de l'église de Montréale (Yonne) [4] ? N'y a-t-il pas 
T. V. 62 



[ FLORE 1 — 490 — 

entre les petites tleurs de la coroiiille à peine développées (5) et les crochets 





primitifs qui ornent les angles de ces chapiteaux une grande analogie'? 




La section d'une de ces feuilles de plantain (fig. 3), faite sur ab et tracée 
en A, est observée fidèlement dans les sculptures que nous donnons ici. 



— 491 — I FLORE J 

Avant de pousser plus loin l'examen de la Hore monumentale de 




Fécole laïque;, il est nécessaire de se rendre un compte exact du mélange 
qui s'était fait, pendant la période romane, des traditions antiques avec 
certaines formes inspirées évidemment par quelques végétaux de nos bois. 
Des écrivains ont déjà fait, à ce sujet, des observations ingénieuses, sans 
toutefois appuyer ces observations par des figures étudiées : les uns 
prétendent que les ornements qui , au xn^ siècle, sont arrivés à former 
ce qu'on appelle la fleur de lis, ont été inspirés de l'iris ou du glaïeul ; 
les autres, que ces ornements sculptés et peints, si fréquents à dater de la 
fin du xi^ siècle, sont une réminiscence des plantes aroides. Nous laisse- 
rons chacun juger le procès, nous nous bornerons à fournir les pièces; 
aussi bien importe-t-il assez peu, à notre avis, que les sculpteurs des xi* 
et XII'' siècles aient copié Viris ou Varum : la question est de savoir si ces 
sculpteurs ont ajouté quelque chose aux traditions usées des arts romans 
dans leur ornementation. Le fait ne parait pas douteux. 

Prenons d'abord lesAroïdées, qui paraissent avoir inspiré nos sculpteurs 
dès une époque fort ancienne. 

D'après Jussieu, les Aroïdées sont « des plantes à racines tubéreuses, à 
« feuilles simples, alternes, engainantes; fleurs unisexuelles, réunies 
'« dans une véritable spathe colorée, avec ou sans périanthe particulier ; 
« un style ; fruit bacciforme. » 

L'Arum maculalum, connu vulgairement sous le nom de Gouel ou 
Pied-de-veau, porte une tige dressée, simple, nue, haute de 0,20 c. 
environ, glabre; les feuilles sont radicales, portées sur de longs pétioles, 
grandes, sagitlées-cordiformes, comme tronquées obliquement des deux 
côtés a la base, entières, sans taches, glabres; la spathe terminale est 
allongée, aiguë; le spadice est moitié moins long qu'elle; en mûrissant, 
la portion qui est au-dessus des baies tombe ; celles-ci restent grosses, 
nombreuses, rouges et contiennent deux graines chagrinées. Les fleurs 
(spathe) sont d'un vert pâle et tournent au violet en se fanant. L'Arum 
apparaît en avril et mai, et est très-commun dans les bois humides des 
environs de Paris, de Champagne et de Bourgogne. 

Comme il n'est pas certain que tous les architectes soient botanistes, 



[ FLORE ] — 4^9:2 — 

nous donnons (6) une représentation de VArum. En A, la spathe est 




fermée; elle enveloppe encore le spadice. En B, la plante est montrée 
entière avec sa racine tubéreuse ; la spathe s'est développée, s'est ouverte 
et laisse voir le spadice. Les feuilles sont sagittées. En C est donnée une 
coupe de la spathe, laissant voir le spadice entier avec ses étamines et ses 
pistils à la base. Quand le fruit est mûr, D, la partie supérieure du spadice 
se détruit; la spathe demeure à l'état de débris, E. En F est une des 
étamines. 11 n'est personne qui, en se promenant au printemps dans les 
bois, n'ait examiné cette plante d'une physionomie remarquable, déjà 
épanouie lorsque les arbres et les buissons portent quelques feuilles 
tendres à peine sorties des bourgeons. L'Arum et VIris sont les premiers 
signes du retour des beaux jours. Est-ce pour cela que les sculpteurs 



— 493 — 



KI.OHK 



romans paraissent avoir affectionné ces plantes, comme le réveil de la 
nature? Faut-il attacher à l'imitation des Aroides une idée symbolique, 
y voir quelque tradition antique? Nous nous garderons de trancher la 
question. Le fait est que, dans les sculptures de la fin du xi*" siècle, nous 
trouvons la trace évidente de cette imitation. Les beaux chapiteaux de la 
nef de l'église abbatiale de Vézelay nous montrent des imitations 
d'Aroïdes (7) qui terminent des feuillages plus ou moins dérivés de la 



7 bis 




sculpture romaine du chapiteau corinthien. En A, la spathe de ['Arum 
est développée, l'extrémité du spadice est tombée et les graines restent 
apparentes. En B, ce sont les feuilles de V Arum qu\ se roulent en volutes 
ou crochets aux angles d'un chapiteau. Dans la fig. 7 bis, le sculpteur a 
doublé le spadice en A, l'a laissé simple en B; mais, dans l'un et l'autre 
cas, la spathe enveloppe le fruit. 

Ces plantes de bois marécageux ne paraissent pas seules avoir inspiré 
les sculpteurs romans ; nous voyons qu'ils ont une affection particulière 
pour les nénuphars, pour les feuilles d'eau. Deux autres chapiteaux de la 
nef de Vézelay présentent encore, en guise de crochets, des feuilles fanées 
de nénuphars avec ou sans fleurs (8) . On sait avec quelle rapidité se 
flétrissent les plantes d eau lorsqu'elles ont été cueillies ; il semble, dans 
l'exemple A, que le sculpteur a suspendu près de lui, pour décorer 
langle de son chapiteau, des feuilles de nénuphars si communs dans nos 



KI.ORE 



— 49-4 — 



étangs, et que celles-ci se soient fermées , comme il arrive bientôt lors- 
qu'elles ne peuvent plus s'étendre sur la surface de l'eau. 




Ces imitations sont fort libres, ainsi qu'il arrive chez les artistes primi- 
tifs, mais elles ne paraissent guère douteuses. Il ne s'agissait pas, en effet, 
de reproduire, avec tout le soin d'un naturaliste, telle ou telle plante, mais 
de trouver un motif d'ornement. D'ailleurs les yeux d'observateurs naïfs 
se contentent d'une interprétation, et tous les jours nous voyons des 
enfants pour lesquels un pantin grossièrement taillé dans un morceau de 
bois est l'image complète d'un personnage. 11 faut bien reconnaître aussi 
que le style dans les arts , pour les ornements comme pour toute chose 
empruntée à la nature, demande l'interprétation plutôt que l'imitation 
scrupuleuse de l'objet. Les plantes ont une allure, une physionomie, un 
port, qui frappent tout d'abord un observateur inexpérimenté. Celui-ci 
saisit ces caractères généraux sans aller au delà ; il produit une seconde 
création qui devient une œuvre d'art, bien qu'on retrouve dans cette 
seconde création l'empreinte puissante de la nature. Les artistes romans 
se sont tenus à ces inspirations primitives; ils les corrompent même à 
mesure que leur main acquiert de l'habileté, et il est intéressant de voir 
comment, lorsque l'art devient laïque, l'esprit d'examen s'introduit 
promptement dans la sculpture d'ornement; comment l'inspiration libre, 
ou soumise à certaines traditions de métier, est bientôt étouffée par le 
désir d'arriver à l'imitation servile de la nature. 

Disons un mot maintenant de la fleur d'Iris , qui joue aussi un grand 
rôle dans l'ornementation romane des \i^ et xii"" siècles. La fleur de l'iris 
est enveloppée dans une spathe membraneuse avant son épanouissement. 
La corolle, d'après Linné, « est à six divisions profondes, alternativement 
« dressées et réfléchies ; le style est court, portant trois lanières pétaloïdes, 
« souvent échancrées, qui tiennent lieu de stigmates; la capsule infère 
« est à trois valves, à trois loges polyspermes. » 



— 495 — [ FLORE I 

Voici (9) une fleur d'iris . connue sous le nom do flambe, (;opiée de 




grandeur naturelle. Si nous présentons cette fleur de manière à régula- 
riser ses diverses parties, nous obtenons la fig. 10. Les six divisions de la 
corolle sont visibles en AA,BB,CC. Deux des lanières pétaloïdes sont 
apparentes en D, la troisième devant se trouver dans Taxe de la fleur. La 
spathe est en E. De cette figure à l'ornement connu sous le nom de fleur 
de lis , il n'y a pas loin. Dans les ornements romans du xii" siècle (Id ', 
12 et 13^), on reconnaît l'essai d'artistes qui cherchent à s'inspirer des 
formes générales de la fleur d'iris , tout en conservant le faire de l'art 



' Musée de Toulouse (frise). 

■' Cliapile.Tiix dépnsi's dans les magasins de réglise impériale de Saint-Denis. 



FLORE 



— 496 



romain dégénéré. Ces artistes aftéctionnent tout particulièrement Varum 
et l'iris; ces deux plantes donnent, dès le commencement du xn* siècle, 




11 




HflP 9i'l-' 



une physionomie particulière à l'ornementation sculptée ou peinte 





(voy. peinture). Quelle était la raison qui avait fait choisir de préférence 
ces végétaux des lieux humides, qui arrivent à leur floraison dès les 



— 497 — I FLORE 1 

premiers jours du printemps? M. Woillez, auteur d'une brochure fort 
intéressante sur ce sujet', n'hésite pas à voir dans cette imitation des 
plantes aroïdes une idée symbolique de la puissance. Il voit là un reste 
du paganisme, et s'exprime ainsi ^ : « Je pense que le gouet, type actuel 
« de la famille botanique des aroïdes, ou une autre plante du même 
« genre ^, devint, en quelque sorte, le phalle transfiguré par le christia- 
« nisme. La simple appellation rustique de la première plante dans 
« certains lieux de la Picardie, et notamment dans les environs de 
« Clermont (Oise), a suflii pour me suggérer d'abord cette opinion. Je 
« savais que ce végétal, caché sous les bois humides et ombragés, bizarre 
M dans ses formes extérieures, était en grand crédit parmi les magiciens 
« et les enchanteurs du moyen âge, lorsque j'appris sa dénomination la 
« plus vulgaire. Cette qualification correspond aux mots latins presbileri 
« phallus; le spadice enveloppé de sa spathe verte est encore appelé 
« vicaire, tandis que, au moment de la fécondation, et lorsque ce spadice 

« a pris une teinte violette, c'est un curé Le gouet, que l'on pourrait 

« appeler le phalle végétal, est une des premières plantes qui annoncent 
« le retour de la végétation, ou, comme le phalle proprement dit, le 
« réveil de la nature ; il peut bien être l'expression ou l'emblème de la 
« puissance génératrice impérissable , puisque , chaque année , sans 
« culture préalable, on le voit percer la terre, puis disparaître après la 
« fructification, pour reparaître après l'hiver suivant. Mais il y a plus : 
« de même que le phalle, il a été figuré comme l'attribut de la puissance 

« en général, ce qui prouverait son identité avec lui » M. Woillez 

rappelle à propos la notice du docteur Colson * sur une médaille de Julia 
Mamée, au revers de laquelle on voit Junon tenant un phallus d'une main 
et un lis de l'autre, et il est à remarquer, en effet, que les premiers 
sceptres portés par des rois ou même la Vierge sainte sont terminés par 
une fleur d'arum ou une fleur de lis assez semblable à celle que nous 
avons donnée plus haut (fig. 40) ; seulement M Woillez ne voit dans ces 
ornements que l'imitation des plantes aroïdes. Je pense qu'on y trouve et 
l'arum et Viris (flambe) ; quelquefois même, comme dans l'ornement 
(fig. i3), un mélange des deux plantes printanières. Il ne nous paraît pas, 
toutefois, que l'on puisse, dans l'état des connaissances actuelles, donner 
comme des faits certains l'influence de ces traditions païennes d'une 
haute antiquité dans les arts du moyen âge. 

Si la flore sculptée romane mêle aux derniers débris des arts romains 
des inspirations nouvelles provoquées par l'observation des plantes prin- 
tanières des bois, elle subit aussi l'influence des arts de l'Orient. Pendant 

' Iconog. des plantes aroïdes figurées au moyen âge en Picardie, et considérées 
comme origine de la, (leur de lis de France. Amiens, 1848. 
' Page 41 . 

'' L'iris, comme nous venons de le faire voir, a servi de type aux sculpteurs romans. 
'' Mémoires de la Société des antiq. de Picardie, t. VIII, p. 245. 

T. V. (J3 



[ FI.ORK I 408 — 

les x% xi" et xii' siècles, quantité d'objets apportés de Byzance et de 
Syrie remplissaient les trésors des monastères et des palais : étoffes, 
ivoires sculptés, ustensiles, menus meubles, venaient en jîrand nombre 
d'Orient et fournissaient aux artistes français des motifs d'ornements 
qu'ils interprétaient à leur manière. Beaucoup de ces ornements byzantins 
étaient empruntés eux-mêmes à la flore orientale. Il ne faut donc pas 
s'étonner si l'on trouve sur nos chapiteaux et nos frises des xi^ et xii'' siè- 
cles des formes qui rappellent certains végétaux qui alors n'étaient pas 
connus en Occident (voy. sculpture). 

Telles étaient les diverses sources auxquelles avaient été puiser les 
sculpteurs romans lorsqu'apparut l'école laïque de la seconde moitié du 
xii^ siècle ; cette école ne pouvait rompre tout à coup avec celle qui la 
précédait. Dans un même édifice on voit, comme à la cathédrale de Paris, 
comme autour du chœur de l'église de Saint-Leu d'Esserent, comme à 
Noyon, des sculptures empreintes encore des traditions romanes à côté 
d'ornements d'un style entièrement étranger à ces traditions, recueillis 
dans la flore française. Ce sont les feuilles de l'Ancolie, de l'Aristoloche, 
de la Primevère, de la Renoncule, du Plantain, de la' Cymbalaire, de la 
Chélidoine, de l'Hépatique, du Cresson, des Géraniums, de la Petite- 
Oseille, de la Violette, des Uumex , des Fougères, de la Vigne ; les fleurs 
du Muflier, de l'Aconit, du Pois, du Nénuphar, de la Rue, du Genêt, des 
Orchidées, des Cucurbitacées, de l'Iris, du Safran, du Muguet ; les fleurs, 
fruits ou pistils des Papaveracées, des Polygalées, du Lin, des Malvacées, 
de quelques Rosacées, du Souci, des Euphorbiacées, des Alismacées, des 
Iridées et Colchicacées qui inspirent les sculpteurs d'ornement. Mais il ne 
faudrait pas se méprendre sur la valeur do notre observation, ces artistes 
ne sont pas botanistes ; s'ils cherchent à rendre la physionomie de 
certains végétaux , ils ne se piquent pas d'exactitude organographique ; 
ils ne se font pas faute de mêler les espèces, de prendre un bouton à telle 
plante, une feuille à celle-ci, une tige à celle-là ; ils observent avec une 
attention scrupuleuse les caractères principaux des végétaux, le modelé 
des feuilles, la courbure et la diminution des tiges, les attaches, les 
contours si purs et si fermes des pistils, des fruits ou des fleurs ; ils créent 
une flore qui leur appartient, mais qui , toute monumentale qu'elle est, 
conserve un (caractère de vraisemblance plein de vie et d'énergie. Cette 
flore monumentale a ses lois, son développement, ses allures; c'est un 
art, pour tout dire en un mot, non point une imitation. Nous sommes 
aujourd'hui si loin de la voie suivie à toutes les belles époques, qu'il nous 
faut faire quelques efforts pour comprendre la puissance de cette création 
de second ordre , éloignée autant de l'imitation servile et de la banalité 
que de la fantaisie pure. Nos monuments se couvrent d'imitations de 
l'ornementation romaine, qui n'est qu'une copie incomprise de la flore 
monumentale des Grecs; nous copions les copies de copies, et à grands 
frais; notre parure architectonique tombe dans la vulgarité, tandis que 
l'école laïque de la fin du xii* siècle allait aux sources chercher ses 



— 499 — [ FLORE I 

inspirations. Non-seulement ainsi elle trouvait une décoration originale, 
mais elle s'appuyait sur un principe toujours neuf, toujours vivant, 
toujours applicable. L'art français de la grande école laïque d'architecture 
est logique; dans la construction, il émet des principes nouveaux qui, 
sans imposer une forme, sont applicables partout et dans tous les temps ; 
dans la décoration, cet art ne fait de même qu'émettre des principes; il 
ne prescrit pas l'emploi d'une forme hiératique comme l'a fait l'art 
oriental. Le génie de chaque artiste peut sans cesse tirer de ces principes 
féconds des formes neuves, imprévues. 

De nos jours, on a remplacé en France la méthode, l'énoncé des prin- 
cipes, par l'enseignement, non raisonné, d'une ou de plusieurs formes de 
l'art; on a pris l'une des applications du principe pour l'art lui-même, 
et on a dit alors avec beaucoup de raison : « Toute imitation est funeste , 
« si nous proscrivons l'imitation des arts de l'antiquité, nous ne pouvons 
« prescrire l'imitation des arts du moyen âge. » Mais remplaçant l'ensei- 
gnement de telle ou telle forme , d'une des applications du principe, par 
l'enseignement du principe lui-même, on ne prescrit pas l'imitation , on 
ne fait que se servir d'une méthode vraie qui permet à chacun de suivre 
ses inspirations. Nous savons bien qu'il est une école pour laquelle des 
principes sont un embarras : elle veut que la fantaisie soit le seul guide 
de l'artiste. La fantaisie a des tours charmants quand elle n'est que le 
vernis d'un esprit réfléchi, observateur, quand elle couvre d'un vêtement 
à mille reflets imprévus un corps solide, bien fait et sain ; mais rien n'est 
plus monotone et fatigant que la fantaisie lorsqu'elle est seule et ne drape 
qu'un corps inconsistant, chétif et pauvre. Il y a certainement de la 
fantaisie, et beaucoup, dans l'ornementation architectonique de notre 
école française; mais elle ne fait que se jouer autour des principes solides, 
vrais, dérivés d'une observation subtile de la nature ; la fantaisie alors 
n'est autre chose que la grâce qui sait éviter la pédanterie. Poursuivons 
notre étude. 

Voici (14) une plante bien vulgaire, le Cresson Regardons cependant 
avec attention ces tiges souples et grasses, ces pétioles bien soudées, ces 
courbes gracieuses des limbes, leur profil A. Dans ces limbes cependant, 
il y a une indécision de contour qui ne se prête pas à la décoration 
monumentale; les stipules B jettent de la confusion au milieu des masses. 
Pour faire un ornement avec cette plante, il faut en sacrifier quelque 
chose, donner de la fermeté aux silhouettes des pétioles; il faut prendre 
et laisser , ajouter et retrancher ; ce qu'il faut conserver, c'est la forcer 
la grâce, la souplesse, l'aisance de ces contours. Avec une adresse 
incomparable, les sculpteurs de Notre-Dame de Paris sont arrivés à ce 
résultat (15) '. Tout en conservant la silhouette de ces feuilles de cresson, 
ils leur ont donné un accent plus ferme, monumental, précis; entre ces 
limbes, ils ont ajouté des grappes qui donnent de la grandeur et de la 

' Portail occidenlal de la catliodrale de Paris, preniièi'es aimées du xiii' sicele. 



[ FLORE J — 500 — 

finesse en même temps à Tornement. ils ont vu, étudié la nature, et en 
ont tiré une création nouvelle. Ici, point de traditions des ornements 



14 






Q/[0OURL/\U. 



romains ou byzantins : c'est original, vivant, bien compris comme compo- 
sition, exécuté avec habileté. Cela se fait regarder comme toute œuvre 
où l'art s'appuie sur la nature sans la copier platement. 



oOI 



KLOKE 



Examinons encore cette feuille de Chélidoine (éclaire) [16], plante si 
commune dans nos campagnes ; ces feuilles sont profondément pinnati- 




fides, à folioles ovales, à dents et lobes arrondis; leur faisceau fibreux est 
accusé, épais; les stipules latérales développées. Il s'agit d'interpréter 



I FI-OUE 1 — 502 — 

cette plante, belle par sa tonne générale et par ses détails. Les mêmes 



r^ai^ 




sculptenrs " composent l'ornement (17). Ils retournent le limbe supérieur, 

/7 




' De Notre-Dame de Paris. Cet ornement se trouve sous les staUu's du portail, au 
droit des contre-forts ; commencement du xiu' siècle. 



503 



FLORE 



le font retomber sur lui-même, le doublent d'une seconde feuille pour 
augmenter sa masse. Ils observent les deux stipules latérales; ils élar- 
gissent démesurément le pétiole; ils conservent ces œils qui donnent un 
Ciiractère particulier à la feuille de chélidoine, ces lobes arrondis; de ce 
faisceau fibreux, puissant, ils exagèrent la structure : ainsi, fig. 16, la 
section transversale d'une des stipules donne le tracé A; B étant le 
dessous de la feuille, ils adoptent la section C dans leur sculpture. 
Toujours attentifs à saisir les caractères principaux, tranchés, qui se 
prêtent à l'ornementation monumentale, ils font bon marché des détails 
dont la reproduction rapetisse ou amaigrit la sculpture. Sans chercher 
la symétrie absolue, cependant ils évitent les irrégularités incertaines de 
la plante. Ils composent un ornement avec plusieurs membres de végé- 
taux, mais ils ont assez bien observé la nature pour donner à leur compo- 
sition la vraisemblance. Beaucoup de ces inspirations sont des monstres, 
au point de vue de la science, mais ce sont des monstres qui sont créés 
viables. Nous retrouvons ces mêmes qualités chez les sculpteurs du 
xiii'' siècle, lorsqu'ils composent des animaux fantastiques (voy. sculpture, 
gargouille). 

Si ces artistes ne possèdent pas la science du botaniste, s'ils ne copient 
pas exactement telle plante ou telle partie de plante, ils ont cependant 
observé avec délicatesse certaines lois organiques dont ils ne s'écartent 
pas ; ils connaissent l'anatomie du végétal et suivent ses règles générales : 
ainsi le faisceau fibreux, qui est comme l'ossature de la feuille , est 
toujours disposé d'une manière vraisemblable; le modelé du limbe est 
finement rendu et, comme nous le disions plus haut, inspiré de préférence 
sur ces petits végétaux dont la puissance d'organisation est relativement 
plus développée que chez les grands , dont les formes sont plus caracté- 
risées, plus simples et d'un style plus ferme. 




Dans la fig. 48, par exemple, qui nous donne, en A, des feuilles de la 



[ FLORK I — 504 — 

famille des Scrofuliacées % on voit comme le dernier limi)e B se retourne 
sur lui-même lorsqu'il est récemment sorti du bourgeon ; comme cette 
feuille d'Ombellifère C, de grandeur naturelle, est bien découpée, puis- 
sante , largement modelée. A l'aide de ces humbles végétaux , nos 
sculpteurs du xhi*^ siècle vont composer une frise d'un aspect monu- 
mental, énergique et grand. La petite feuille B leur aura fourni le motif 
de ces crochets aux têtes saillantes de la fig. 19 % et la feuille d'ombellifère 




ce bouquet qui s'interpose entre chaque tige du crochet. Sur la façade 
occidentale de la cathédrale de Paris ^, le sculpteur a su faire de la feuille 




du Rumex (^20) ' une grande ornementation (^21), d'une largeur de modèle 
et d'une pureté de forme incomparables. Quelquefois d'une fleur (car 

' Un peu plus grandes que nature. 

' De la corniclie extérieure de la salle synodale de Sens; 1235 environ. 

' Handeau sous la grande galerie; 1215 environ. 

* De grandeur naturelle. 



— son 



l'I OIÎK 



rarement les fleurs se prêtent à la scul})tnre inorninientale) ils eomposent 
un ornement qui n'a rien de la fleur, si ce n'est une silhouette particu- 

%1 




lière, un galbe étrange; mais aux corolles, dont les formes sont presque 
toujours indécises, ils substituent de véritables feuilles très-nettement 



2-2 











caractérisées. Ainsi (22), de la fleur du Muflier, dont nous donnons les 
T. V. - 64- 



I FLORE ] 506 

divers aspects en A, ils ont composé une tète de crochet B ', dont les 
trois membres rappellent la feuille de l'Hépatique (23). De ces mêmes 




fleurs de mufliers encore jeunes, C, ils ont fait des crochets feuillus 
extrêmement simples D, que l'on trouve aux angles des chapiteaux du 
commencement du xiii'" siècle. De cette feuille de l'hépatique, fig. 23, 
les artistes de cette époque ont tiré un grand parti : ils en ont orné les 
bandeaux, les corbeilles des chapiteaux ; quelquefois ils ont superposé 
ces limbes pour former des cordons d'archivoltes, en conservant exacte- 
ment ce modelé concave, simple, lisse, mais en accentuant un peu les 
découpures du limbe. 

Bien que l'école laïque voulût évidemment rompre avec les traditions 
de la sculpture romane, on sent encore, jusque vers 1240, percer parfois 
quelques restes vagues de cette influence. Peut-être aussi les objets d'art 
que l'on rapportait alors de l'Orient en Occident fournissaient-ils certains 
motifs d'ornements qui ne peuvent être dérivés de la flore française; mais 
ces exemples sont si rares, ils sont, dirons-nous, tellement effacés, qu'ils 
ne font que confirmer la règle. D'ailleurs, les maîtres qui construisaient 
nos édifices du commencement du xm'' siècle étaient obligés de recourir 
à un si grand nombre de sculpteurs pour réaliser leurs conceptions, qu'ils 
devaient souvent employer et des vieillards et des jeunes gens; les 
premiers, nécessairement imbus des traditions romanes, ne pouvaient 
tout à coup se faire à la mode nouvelle et mêlaient, timidement il est 
vrai, les restes de l'art de leur temps aux modèles qu'on leur imposait. 
Comme preuve de la répulsion de l'école laïque pour ces traditions 
vieillies, c'est que l'on ne trouve des réminiscences du passé, dans la 
sculpture, que sur certaines parties sacrifiées, peu apparentes des monu- 
ments. Là où la sculpture était visible, oîi elle occupait une place impor- 
tante, on reconnaît, au contraire, l'emploi de la flore nouvelle dès les 
premières années du xiti^ siècle. 

' De la catliéfliale de Paris; 1220 environ. 



— 507 — 



FLOKE 



L"esprit d'analyse, de recherche, le rationalisme de l'école laïque 
repoussait, dans l'ornementation architectonique comme dans la construc- 
tion, les traditions romanes : d'abord , parce que ces traditions apparte- 
naient aux anciens ordres religieux, et qu'une réaction générale s'était 
faite contre ces ordres; puis, parce que la nouvelle école tenait à se 
rendre compte de tout, ou plutôt à donner la raison de tout ce qu'elle 
créait. C'était un système qui, comme tout système, était inflexible, 
impérieux dans son expression , n'admettait nulle concession, nul écart. 
C'était une réforme radicale. 

Si, comme nous l'avons vu au commencement de cet article, les 
moines clunisiens avaient introduit dans leur décoration sculptée quelques 
végétaux empruntés à la flore locale ; s'ils avaient, peut-être les premiers, 
placé l'art de l'ornemaniste sur cette voie, il faut bien reconnaître qu'ils 
avaient adopté un grand nombre d'ornements qui dérivaient de la déca- 
dence romaine, quelques autres pris sur les objets ou les étoftès que 
l'Orient leur fournissait. Comme nous avons eu plusieurs fois l'occasion 
de signaler ce dernier fait, il est nécessaire, tout en restant dans le sujet 
de cet article, de donner nos preuves. 

Nous possédons en France aujourd'hui, grâce à nos jardins et à nos 
serres-chaudes, un grand nombre de végétaux qui nous viennent du fond 
de l'Orient, et qui, au xi'^ siècle, étaient parfaitement inconnus en France. 
Telle est, par exemple, cette plante charmante désignée par les botanistes 
sous le nom de Diclylra, dont les belles grappes de fleurs affectent des 

24 



ë 




formes si élégantes et d'un contour si original (24). La Diclytra vient de 



KLOKE 



— 508 — 



Chine et de l'Inde. Nous ne savons si, au xi* siècle de notre ère, elle se trou- 
vait sur les rives du Tigre et de l'Euphrate ; mais ce qui est apparent pour 
tous, c'est que la forme bien caractérisée de ces tleurs est reproduite sur les 
étoffés ou les menus objets sculptés les plus anciens qui sont venus d'Orient 
par Byzance. Or nous trouvons parmi les cordons d'arcs doubleaux et d'ar- 
chivoltes de l'église abbatiale de Vézelay des ornements qui ne sont qu'une 
interprétation mal comprise et de seconde main de ces fleurs (25). Nous 





pourrions multiplier ces exemples, mais il faut nous borner. On comprend 
très-bien que ces ornements, aux yeux de gens qui prétendaient trouver à 
toute chose une raison d'être , une origine , n'étaient que des conceptions 
barbares, dues au hasard, n'ayant aucune signification, qu'ils devaient 
rejeter, par conséquent. Aussi, l'école laïque tombe-t-elle bientôt dans 
l'abus de son système ; après avoir inlerprélé, ari-angé la flore naturelle 
des champs, pour l'approprier aux données sévères de la sculpture monu- 
mentale , elle arrive à imiter scrupuleusement cette flore , d'abord avec 
réserve, en choisissant soigneusement les végétaux qui , par leur forme, 
se prêtent le mieux à la sculpture , puis plus tard en prenant les plantes 
les plus souples, les plus déliées, puis en exagérant même le modelé de 
ces productions naturelles. Cette seconde phase de l'art gothique est plus 
facile à faire connaître que la première ; elle est encore pleine d'intérêt. 
En se rapprochant davantage de la nature, les sculpteurs du milieu du 
xin'= siècle, observateurs fins et scrupuleux, saisissent les caractères 
généraux de la forme des plantes et reproduisent ces caractères avec 
adresse. Ils aiment les végétaux, ils connaissent leurs allures, ils savent 
comment s'attachent les pétioles des feuilles , comment se disposent leurs 
faisceaux fibreux ; ils conservent et reproduisent avec sf)in ces contours si 



— 509 — [ FLORE I 

beaux, parce qu'ils expriment toujours une fonction ou se soumettent aux 
nécessités de l'organisme ; ils trouvent dans les végétaux les qualités qu'ils 
cherchent à faire ressortir dans la structure de leurs édifices, quelque 
chose de vrai, de pratique, de raisonné : aussi y a-t-il harmonie parfaite 
entre cette structure et l'ornementation. Jamais celle-ci n'est un placage, 
une superfétation. L'ornementation de l'architecture gothique de la belle 
époque est conmie une végétation naturelle de la structure ; c'est pour 
cela qu'on ne fait rien qui puisse satisfaire le goût, lorsqu'en adoptant le 
mode de construire de ces architectes raisonneurs, on veut y appliquer 
une ornementation prise ailleurs ou de fantaisie. La construction gothique 
est (nous l'avons démontré ailleurs) la conséquence d'un système raisonné, 
logique; les profils sont tracés en raison de l'objet; de même, aussi, 
l'ornementation a ses lois comme les produits naturels qui lui servent de 
types. Ces artistes vont jusqu'à admettre la variété que l'on remarque 
dans les feuilles ou tleurs d'un même végétal, ils ont observé comment 
procède la nature et ils procèdent comme elle. Pourquoi et comment 
avons-nous perdu ces charmantes facultés, inhérentes à notre pays? 
Pourquoi avons-nous abandonné ces méthodes d'art sorties de notre 
esprit gaulois? Pourquoi, au lieu d'aller recourir aux sources vraies, aux 
modèles que nous fournit notre intelligence, notre faculté de comprendre 
la nature, avons-nous été chercher des arts étrangers, abâtardis, pour les 
copier sans les comprendre, puis recopier ces copies ? Nous nous garde- 
rons de le dire ici, parce que ce sujet nous entraînerait trop loin (voy. goût, 
style). Constatons simplement que ce que l'on appelle vulgairement les 
fantaisies de l'art gothique sont, dans la structure comme pour l'orner 
mentation, des déductions très-logiques et très-délicates d'un système 
complet, d'un corps de doctrine établi sur une suite d'observations vraies, 
profondes et justes. 

Une preuve que le principe d'ornementation admis par la grande école 
laïque d'architecture est fertile, c'est que chaque province en fait une 
application différente en raison de son caractère propre. Dans l'Ile-de- 
France, l'imitation servile des végétaux ne se fait sentir qu'assez tard, 
vers la seconde moitié du xni'' siècle; pendant longtemps, l'interprétation 
de la nature , le style, persistent dans les grands ornements, l'imitation 
matérielle étant permise seulement dans quelques détails trop peu impor- 
tants pour influer sur les lignes de l'architecture. En Champagne, l'imita- 
tion matérielle parait plus tôt; elle incline rapidement vers la sécheresse et 
la manière. En Bourgogne , l'imitation se fait sentir dès que le gothique 
apparaît ; mais elle conserve longtemps un tel caractère de grandeur, de 
puissance, elle est si vivante, qu'elle étouffe, pour ainsi dire, ses modèles 
sous sa plantureuse apparence. La flore architectonique de la Bourgogne 
possède, jusqu'à la fin du xiii'' siècle, un caractère large, énergique, qui 
ne tombe jamais dans la manière ; elle est toujours monumentale, bien 
qu'elle reproduise souvent les végétaux avec une scrupuleuse exactitude. 
Ce n'est pas (^n Bourgogne qu'il faut aller chercher ces délicates frises et 



[ FLOKE I — 510 — 

archivoltes de feuillages que nous voyons sculptées, dès l'257, sur le 
portail méridional et sous les voussures de la porte Rouge de Notre-Dame 
de Paris, ou de l'ancienne porte de la chapelle de la Vierge de Saint-Ger- 
main-des-Prés * ; mais nous y trouvons encore, dans les monuments du 
milieu du xiii" siècle, de grands chapiteaux à larges feuillages, de hautes 
frises dont la végétation de pierre est largement traitée. Les sculpteurs 




bourguignons vont chercher les végétaux dont les feuilles sont hardiment 




découpées, comme celles de l'Ancolie (26), de la Chrysanthème (27), du 
' Fragments déposés à Saiul-Denis ; 1250 environ. 



— M\ — I FLOKn; 1 

Persil (28); dont les pétioles et les faisceaux fibreux sont longs, bien 




PFSA/fO. .riT. 



attachés, vivement accentués. Ils aiment les jeunes pousses de la Vigne 




(29), les boutons du Liseron (30), les feuilles, d'un si beau caractère, de la 



KI.OUK 



— ol-2 



Scabieuse (31). Ils dédaii^iit'iit rKi;lantier , souvent reproduit par les 
sculpteurs du xni' siècle, le Trèfle, les feuilles de la Mauve, de la Brioue. 






des Ombellifères, de la Chélidoine, d'un modelé si doux, de la Potentilie. 

31 




si fines, des Géraniums, si délicates. S'ils veulent se servir des feuillages à 
contours simples mais d'un modelé puissant, ils cueillent l'Aristoloche, 



— 513 — [ FLORK ] 

la Violette, l'Oseille, l'Hépatique, le Fraisier, le Plantain, le Lierre. Obser- 
vons, par exemple, comnnent ces hardis sculpteurs ont tiré parti des 
feuilles de la Chrysanthème et du Persil'. On voit, sur la porte principale 
de la façade de l'église abbatiale de Vézelay, une belle archivolte refaite 
vers 1240 autour d'un cintre du xii" siècle. Cette archivolte se compose 
d'une suite de claveaux portant chacun, dans une gorge, un large bouquet 
de feuilles vigoureusement retournées sur elles-mêmes et refouillées de 
main de maître. L'un de ces bouquets A, que nous donnons ici (32), repro- 
duit des feuilles de Persil; l'autre, B, des feuilles de Chrysanthème. 

Ce n'est pas là cette sculpture rangée, contenue, soumise aux profils, 
que nous trouvons à la même époque sur les monuments de l'Ile-de- 
France. C'est une véritable végétation reproduite avec un surcroît de 
sève. Le sang bourguignon a poussé la main de l'artiste. 11 prend la 
nature, il ne l'arrange pas comme son confrère des bords de la Seine et 
de la Marne; il la développe, il l'exagère. N'est-ce point un art, celui qui 
permet ainsi à l'artiste d'imprimer si vivement son caractère sur son 
œuvre, tout en suivant un principe admis? Bien que les sculpteurs de 
nos trois écoles laïques françaises choisissent les végétaux qui s'accordent 
avec leur tempérament, tous appliquent scrupuleusement certaines lois 
qui, aux yeux du botaniste, ne sont pas suffisantes pour indiquer l'indi- 
vidualité de la plante , mais qui , pour les artistes , sont les véritables : 
celles dont l'observation donne à chaque imitation d'un végétal sa physio- 
nomie, son caractère propre. Lorsque aujourd'hui nous copions une 
centième copie d'une feuille d'Acanthe ou d'Angélique, parce que les 
Grecs ont imité ces végétaux, nous pouvons faire faire à nos sculpteurs 
d'ornement une œuvre parfaite, comme exécution, sur le marbre, la 
pierre, le stuc ou le bois; mais nous ne saurions donner les qualités appa- 
rentes de la vie à ces imitations de centième main : ce ne sont là que des 
décorations glacées qui n'intéressent personne, ne font songer à autre 
chose, sinon que nous avons fait faire un chapiteau ou une frise. Il est 
même admis que pour occuper le moins possible l'œil du passant, nous 
répéterons dix, vingt, cent fois le ujême chapiteau, sur un modèle 
identique. Ce point établi, que l'architecture pour être classique doit être 
ennuyeuse, nous ne pouvons, sous peine d'être mis au ban de l'école 
classique , essayer d'intéresser le public à nos œuvres. Pourvu que 
l'ornementation sculptée soit propre , égale , uniforme , chacun doit 
être satisfait; on ne s'inquiète point de savoir si ces feuilles qui cou- 
rent sur nos tympans, si ces enroulements qui se développent sur une 
frise, ont quelques points de rapport avec les végétaux ; s'ils sont créés 
viables, s'ils se soumettent à ces lois admirables, parce qu'elles sont 
raisonnables, de la flore naturelle. Les artistes du xiii"^ siècle, que l'on 
veut bien croire livrés à la fantaisie, ont d'autres scrupules : ils pensent 
que des ornements soumis à une même ordonnance ne doivent pas, pour 
cela, être tous coulés dans un même moule; que le public prendra 
quelque plaisir à voir vingt chapiteaux différant par les détails; qu'il 
T. V. 65 



KLOKK 



511 — 



aimera retrouver autour de ces chapiteaux, sur ces bandeaux, sous ces 
archivoltes, les plantes de ses champs ; qu'imiter pour imiter, mieux vaut 




chercher ses modèles dans la nature , qui est toujours vraie , souvent 
belle et variée, que d'aller copier des passementeries byzantines ou des 



515 I ILOUK I 

ornements romains exécutés a la tâche par des artistes j)eu soucieux de la 
forme, d'après des traditions mal comprises; que la flore locale étant 
admise connue point de départ de toute ornementation, les types étant 
suliisamment variés, faciles à trouver, vivants , chacun peut, suivant son 
goût ou son mérite, trouver des applications innombrables de ces types ; 
que, dans les arts, s'il faut établir des principes très-rigoureux, il est 
nécessaire de permettre toutes les applications qu'on en peut faire. Si 
bien que ces artistes laïques du xin'' siècle, qui ont fermement cru ouvrir 
aux arts une ère de liberté, de progrès, et qui l'ont ouverte en effet, 
seraient probablement étonnés s'ils entendaient dire aujourd'hui , par 
ceux qui veulent nous river aux arts de l'antiquité et à leurs imitations 
non raisonnées, que cet art du xiii' siècle est un art suranné, sans appli- 
cations nouvelles. 

«Eh! qui vous empêche d'en faire? pourraient - ils répondre; nous 
n'avons pas imposé des formes, nous n'avons mis que des principes 
en avant, soit en construction, soit en ornementation; nous avons pris 
la forme, il est vrai, qui nous semblait le mieux s'accorder avec ces 
principes et notre goût; mais qui vous interdit d'en prendre d'autres, ou 
de modifier celles que nous avons adoptées? Croyez-vous être neuf parce 
que vous imitez un chapiteau du temple de Mars Vengeur, ou d'une maison 
de Pompéi, ou une arabesque de la Renaissance, ou un cartouche du 
xvii"^ siècle, ou une frise du boudoir de madame de Pompadour? Ne 
pensez-vous point qu'il y aurait plus de chances de trouver des formes 
neuves en allant cueillir dans les bois quelques-unes de ces herbes sur 
lesquelles vous marchez, indifférents; en analysant ces plantes, comme 
nous le faisions nous-mêmes; en examinant les angles de leurs pétioles, 
le galbe de leurs feuilles, les attaches de leurs tigettes? Qui vous demande 
de copier nos chapiteaux? Allez chercher les mêmes modèles que nous, 
tâchez de les mieux comprendre que nous, ce qui ne vous sera pas 
difficile, puisque vous êtes plus savants et que toute la terre apporte ses 
végétaux dans vos serres. Est-ce que nous nous copiions réciproquement? 
est-ce que nos artistes n'allaient pas recourir sans cesse à ces sources 
naturelles? Il y a peut-être un million de chapiteaux de notre temps en 
France, vous n'en trouverez pas deux identiquement semblables ; il en est 
de même pour toute notre ornementation sculptée. Nous avons reproduit 
des milliers de fois et la feuille de vigne, et celle du figuier , et celle du 
lierre, et celles des géraniums, et celle de l'érable, et celle de la grena- 
dine, et celle de la violette, et celles des fougères ; mais pour faire une 
feuille d'érable nous n'allions pas copier la sculpture de notre voisin, 
nous allions nous promener dans les taillis ; aussi nos feuilles d'érable 
sculptées sur les édifices que nous avons élevés sont aussi variées que 
peuvent l'être celles qui poussent dans les bois. D'ailleurs, avec ces 
fragments de végétaux, nous composions, nous inventions des combi- 
naisons neuves ; pourquoi ne pas faire comme nous avons fait, et en quoi 
cette méthode vous fera-t-elle rétrograder ? — Rétrograder est votre plus 



[ FLORE 1 — rilii — 

grande crainte. — Bien ; est-ce pour cela que vous repoussez le seul art 
qui permette d'aller en avant à cause de la largeur et de la libéralité de 
ses principes? Et, pour ne parler que de l'ornementation sculptée, 
pensez-vous ouvrir des voies nouvelles en copiant une tleur ciselée par 
les Etrusques, ou en reproduisant pauvrement quelque beau chapiteau du 
temps d'Auguste, ou en imitant la sculpture étiolée de la fin du dernier 
siècle? Cependant que vous disputez s'il est plus confoi-me au goût 
immuable de copier les Romains ou les lourdes fantaisies du siècle de 
Louis XIV, les champs continuent à se couvrir, chaque printemps, de 
leur charmante parure, les arbres bourgeonnent toujours, les fleurs ne 
cessent d'éclore; que n'allez-vous donc puiser à cet écrin inépuisable? 
C'est parce que nous voulions fonder une méthode d'art toujours jeune, 
toujours vivante, que nous allions y puiser nous-mêmes. Les végétaux 
sont-ils moins variés, ont-ils moins de grâce et de souplesse que de notre 
temps? » 

Que pourrions-nous répondre à ces artistes, qui parlent dans leurs 
œuvres, nos devanciers de six siècles, mais plus jeunes que nous et 
surtout plus amis du progrès ? 

Ce que l'on ne saurait trop étudier dans les applications que ces artistes 
ont faites de la flore à l'ornementation sculptée, c'est l'exacte observation 
des caractères principaux de la forme. Les détails, ils les négligent ou 
les suppriment; mais ce qu'ils expriment avec l'attention d'amants 
passionnés de la nature, ce sont les grandes lignes, celles qui caracté- 
risent chaque végétal, comme, par exemple, les angles formés par les 
faisceaux fibreux des feuilles, le port des pétioles, les belles lignes 
dormées par le bord de ces feuilles, le caractère de leurs échancrures, 
les profils saillants du modelé, le renflement énergique des coussinets. 
Analysons, car, sur ce sujet qui nous parait important, il ne faut laisser 
aucune incertitude dans l'esprit de nos lecteurs. Les feuilles, par exemple, 
ne sont flexibles que dans un sens, elles peuvent se recourber dans le 
sens de leur plat; mais, à cause du tissu fibreux qui forme un étrésillon- 
nement entre leurs côtes, elles ne peuvent se contourner dans le sens de 
leur champ. Ainsi (33) une feuille d'Érable A peut être tortillée comme 
l'indique le tracé B, mais ne saurait donner le tracé G sans détruire ou 
chiffonner son tissu et altérer sa forme. Cependant nous voyons que, 
depuis la Renaissance, où l'étude de ces productions naturelles a été 
remplacée par des imitations de la sculpture antique de plus en plus 
corrompues, nos sculpteurs d'ornement ont enfreint cette loi principale. 
Son observation, au contraire, laisse à la sculpture monumentale une 
fermeté, une vie nécessaires. Les artistes gothiques ont-ils une frise ou 
une guirlande de feuilles à faire : en plaçant les feuilles dans tous les 
sens, suivant les besoins de l'ornementation, ils ont le soin de conserver 
à chaque feuille l'immobilité qu'elle doit nécessairement garder dans le 
sens du champ. Pour obtenir de la variété dans le modelé, ils présentent 
quelquefois ces feuilles tantôt du côté du dos, tantôt du côté du plat, ainsi 



— 517 — 



FLORK 



que le fait voir la fig. ;Ji '. Ils observent que les faisceaux fibreux impo- 
sent nécessairement la forme au tissu, comme les os des animaux impo- 






^ 




'3' 



™^^ P.Cai-LfllMOT. I 



sent la forme des muscles. C'est donc sur les faisceaux fibreux qu'ils 
portent toute leur attention, afin qu'étant obligés de supprimer certains 
détails pour donner à la sculpture l'aspect monumental qu'elle doit 
garder, ils puissent conserver toujours la physionomie du végétal. Ainsi, 
par exemple, d'une feuille de Figuier (35), ils retrancheront beaucoup de 
dentelures, assez molles de forme, qui alourdissent la feuille, mais (36) ^ 

' Du jubé de la cathédrale de CharU-es ; fragnienls, 1245 environ. 
^ De Noire-Dame de Paris; portail méridional, 1257. 



FLOKK 



— 5IK — 



ils conserveront exactement les angles du faisceau iibreux ; ils exagéreront 
le caractère des échancrures principales ; ils saisiront tous les points 
saillants, les belles lignes des redents; ils donneront au modelé assez plat 
de cette feuille une grande énergie^ tout en respectant son galbe. 

Mais si nous jetons les yeux sur la fig. 3a, nous voyons que dans la 




feuille de figuier, comme dans la plupart des feuilles, les contours se 
contrarient, en conservant cependant, de chaque côté des branches 
fibreuses, des portions de tissus qui présentent une certaine symétrie. 
Ainsi, en face des dépressions A se trouvent des renflements B. La même 
observation peut être faite sur les contours nmsculeux des animaux. Cette 
disposition des bords des tissus donne aux feuilles une souplesse et une 
élégance particulières. Les sculpteurs du moyen âge ont, en cela, suivi 
fidèlement les règles naturelles dans tous les cas où les besoins de l'orne- 



— MS) — 



FI.ORR ] 



iiientation n'exigeaient pas une pondération rigoureuse des deux bords, 
comme dans les parties milieux. La fig. 36, qui nous montre comme ces 







sculpteurs ont interprété la feuille du figuier , ne donne deux bords abso- 
lument pondérés que sur le membre central de la feuille ; quant aux six 
autres membres, ils sont galbés suivant le principe naturel. Leur imitation 
de la flore est donc parfaitement intelligente; l'artiste sait faire les 
sacrifices nécessaires; d'une plante, il produit une œuvre d'art qui lui 
appartient, bien qu'elle conserve et fasse ressortir même les caractères 
distinctifs, les qualités, les allures de l'objet naturel. La feuille sculptée 
que nous donnons ici a une physionomie beaucoup plus caractérisée que 
la feuille de l'arbre. Elle est (au point de vue de l'art sinon de la science) 
plus feuille de figuier que n'est la véritable. 

11 est rare que les sculpteurs du xiii'' siècle prennent pour modèles des 
feuilles aussi grandes d'échelle que celle-ci ; habituellement, ainsi que 
nous l'avons dit plus haut, ils vont chercher leurs inspirations dans les 
végétaux les plus petits, parce qu'ils possèdent des formes plus simples, 
des contours plus énergiques, un modelé plus puissant. On a pu voir, 



FLORE 



— 520 



par les exemples déjà donnes, quel parti l'ornemaniste peut tirer de ces 
plantes qui s'élèvent à peine au-dessus du sol. Ce qui paraît avoir déter- 
miné le choix de ces artistes, c'est, d'abord , la belle disposition des 
pétioles et des faisceaux fibreux ; puis, les angles et les contours donnés 
par les tissus des feuilles. Lorsque les contours sont mous, n'accusent 
pas clairement l'anatomie, contrarient la direction des faisceaux fibreux, 
ce qui arrive quelquefois, ils rejettent la feuille. Or les feuilles dont 
l'anatomie est la plus belle et la plus claire, ce sont celles des plus petites 
plantes. 

Voici (37) une Fougère fort commune, copiée un peu plus grande que 

37 





nature. Y a-t-il rien de plus énergique comme disposition de lignes et 
comme modelé que cette petite plante? Que l'on observe les belles 
courbes des pétioles, la délicatesse et la fermeté des jonctions, on com- 
prendra qu'un sculpteur peut tirer un grand parti de ce modèle; aussi, 
ne s'est-on pas fait faute de s'en inspirer dans les ornements du xiii*^ siècle 
et même du xIV^ Ces fines dentelures des extrémités des feuilles ont 
souvent servi également comme moyen décoratif de grands ornements 

38 




auxquels on tenait à donner un aspect délicat et précieux (38) 
' (lliapiteau de la nef de Notre-Dame de Paris; triforiuin, 1205 environ. 



521 



KI.ORK ] 



Les artistes du xiv*^ siècle ne vont cherciier des exemples que parmi 
les plantes d'un modelé tourmenté : ils choisissent TEllébore noire, les 
Chrysanthèmes, la Sauge, la Grenadine, le Fraisier, la Mauve, les Géra- 
niums, les Fougères à larges feuilles, le Chêne, l'Érable, la Passiflore, le 
Lierre, la Vigne, et ils copient les feuilles de ces végétaux avec une rare 
perfection, en exagérant souvent leur modelé ou leurs contours. Ils aban- 
donnent ces bourgeons, ces graines, avec lesquels les artistes de la fin du 
XII'' siècle avaient su composer de si beaux ornements. Non-seulement ils 
choisissent des feuilles parvenues à leur entier développement, mais 
encore ils aiment à les froisser; ce qu'ils veulent, c'est produire de l'efïét, 
et à tout prendre, leurs ornements deviennent confus, mesquins, par le 
manque de simplicité dans les contours et le modelé. De la feuille de 
vigne, dont le galbe est large, disposé par grands plans, ils trouvent moyen 
de composer l'ornement (39) *. Ils aiment les lignes ondulées, les feuilles 

39 




plissées, chiffonnées ; ils cueillent cette grande fougère qui vient sur les 
parois des murs humides (40) ; ils observent ces capsules ou coques A, 
placées sur la surface inférieure des feuilles et qui forment des bosses sur 
leur face externe, et en exagérant encore les plis des appendices foliacés, 
ils obtiennent des ornements d'un contour chiffonné, d'un modelé gras, 
dont l'aspect est saisissant de près, mais qui, à distance, ne présentent 
plus qu'une suite de ressauts de lumières et d'ombres très-difficiles à 
comprendre (41) ^. 

Vers le commencement du xv*' siècle, l'imitation des végétaux tombe 
absolument dans le réalisme. Les sculpteurs alors choisissent les feuil- 
lages les plus découpés, la Passiflore, les Chardons, les Epines, l'Armoise 
(42) ; et, de cette dernière plante, si petite qu'à peine l'aperçoit-on sur les 



' Du tombeau de l'évêque Pierre de Roquefort. Sainl-Nazaire de Carcassonne ; 
1323 environ. 

' De l'église abliat. d'Eu. 

T. V. 66 



[ FLORK 1 — B^'^ — ^ ■ - 

terrains pierreux où elle pousse, ils composent de grandes et larges frises, 
des cordons , des crochets énergiques, mais refouillés à l'excès. Cepen- 

40 




g,i\DOU/>E/\U. 



dant on conçoit qu'avec ces feuilles, dont les lignes sont belles, on puisse 
faire de grands ornements : c'était encore là un reste des traditions de 
l'école laïque du xni'' siècle, qui cherchait ses modèles d'ornements parmi 
les infimes créations de l'ordre végétal. Les artistes du xv'' siècle aiment 
aussi à imiter les algues d'eau douce ou marines, d'un modelé très-puis- 
sant (voy. FLEURON, sculpture). 



— 5'23 — [ FLORE 1 

A la fin du xv" siècle, les artistes gothiques avaient atteint les dernières 




limites du possible dans l'art de la construction ; pour l'ornementation , 

12 






ils étaient de même arrivés aussi loin que faire se pouvait dans l'imitation 



[ FONDATION J 524 

des végétaux les plus délicats et les plus ditticiles à rendre sur la pierre ou 
le bois ; la Renaissance vint arrêter cette progression de la sculpture vers 
le réalisme outré. Pendant quelques années, de 1480 à 1510, on voit la 
vieille école française de sculpture mêler ses traditions aux réminiscences 
de l'antiquité ; mais il est facile de reconnaître que les artistes ne vont 
plus puiser aux sources naturelles, qu'ils ne consultent plus la flore, et 
que leurs ornements ne sont autre chose que des poncifs plus ou moins 
habilement exécutés. Ils copient, ou interprètent plutôt, les ornements 
empruntés à l'antiquité sans les comprendre ; en mêlant ces imitations 
aux derniers vestiges de l'art gothique , ils produisent encore des œuvres 
remarquables, tant le goût de la sculpture était vivace chez nous alors, 
tant les exécutants étaient habiles de la main. Mais, à travers cette confu- 
sion de styles et d'origines, on a bien de la peine à suivre la marche d'un 
art; c'est un mouvement imprimé par une école puissante, qui continue 
longtemps après la disparition de cette école. Peu à peu, cependant, 
l'exécution s'amollit, et l'art de la sculpture d'ornement, à la fin du 
xvi'' siècle, n'est plus qu'un pâle reflet de ce qu'il était encore en France 
sous le règne de Louis XII; l'étude de la nature n'entre plus pour rien ni 
dans la composition ni dans le travail de l'artiste; les ornements perdent 
ce caractère vivant et original qu'ils possédaient un siècle auparavant pour 
se reproduire de proche en proche sur des types qui, chaque jour, 
s'abâtardissent. Vers le commencement du xyu*" siècle, l'ornementation 
se relève quelque peu par suite d'une étude plus attentive de l'antiquité ; 
mais l'originalité, la sève manquent depuis lors à cet art que notre vieille 
école laïque avait su porter si haut, 

FONDATION, S. f. Les Romains de l'empire ont toujours fondé leurs 
édifices sur un sol résistant, au moyen de larges blocages qui forment, 
sous les constructions, des empattements homogènes, solides, composés 
de débris de pierres, de cailloux, quelquefois de fragments de terre cuite 
et d'un mortier excellent. Les fondations romaines sont de véritables 
rochers factices sur lesquels on pouvait asseoir les bâtisses les plus lourdes 
sans craindre les ruptures et les tassements. D'ailleurs la construction 
romaine étant concrète, sans élasticité, il fallait nécessairement l'établir 
sur des bases immuables. Pendant la période romane, les édifices sont 
généralement mal fondés, et cela tenait à plusieurs causes : on connaissait 
peu la nature des sols, les approvisionnements considérables de matériaux 
étaient difllciles, on ne savait plus cuire et employer convenablement la 
chaux. Nous avons expliqué ailleurs (voy. carrière, construction) les 
raisons qui s'opposaient à ce que les constructeurs romans pussent réunir 
beaucoup de matériaux en un court espace de temps, et pourquoi, n'ayant 
pas les ressources dont disposaient les Romains, ils négligeaient souvent 
les fondations des édifices les plus importants. 

Les architectes laïques de l'école du xii"' siècle avaient vu tant de 
constructions romanes s'écrouler, par faute de fondations ou par suite de 



— 525 — [ KONDATION ] 

la poussée des voùles mal coiitre-buttées, qu'ils voulurent cependant faire 
en sorte d'éviter ces sinistres; à cet effet, ils mirent un soin particulier à 
établir des fondations durables et à rendre leurs constructions assez 
élastiques pour que les tassements ne fussent plus à craindre. Mais si 
habile que nous supposions un architecte, faut-il qu'on lui fournisse les 
moyens matériels de construire ; or, dans l'édification des grandes cathé- 
drales et de beaucoup d'églises, l'empressement et le zèle des évêques ne 
correspondaient pas toujours à l'étendue de leurs ressources financières; 
alors le clergé séculier tenait surtout à faire paraître son influence : il 
s'agissait pour lui d'amoindrir la puissance des monastères, d'attirer à lui 
les fidèles ; dans bien des cas on voulut donc, avec des moyens relative- 
ment insuffisants, élever des édifices religieux qui pussent dépasser en 
étendue et en richesse les églises des moines Bénédictins. C'est ce qui 
explique pourquoi quelques-unes de nos grandes cathédrales, comme 
celles de Troyes, de Châlons-sur-Marne, de Séez, de Meaux, sont mal 
fondées. II fallait élever rapidement des édifices somptueux, d'une belle 
apparence, et, les ressources étant relativement médiocres, on ne voulait 
pas les enfouir en grande partie au-dessous du sol. D'autres cathédrales, 
élevées au milieu de diocèses riches, comme celles de Paris, de Reims, 
d'Amiens , de Bourges , sont au contraire fondées avec un luxe de maté- 
riaux extraordinaire. Quant aux châteaux, quant aux constructions 
militaires et civiles, elles sont toujours bien fondées; les seigneurs laïques 
comme les municipalités tenaient moins à l'apparence, voulaient des 
constructions durables, parce que le châtelain construisait pour se garder 
lui et les siens à perpétuité, que les villes bâtissaient pour une longue 
suite de générations. 

Les fondations de la période romane sont toujours faites en gros 
blocages jetés pêle-mêle dans un bain de mortier; rarement elles sont 
revêtues, l^es fondations des constructions gothiques sont au contraire 
souvent revêtues de parements de pierres de taille (libages) posées par 
assises régulières et proprement taillées ; les massifs sont maçonnés en 
moellons bloqués dans un bon mortier. Ces fondations sont (quand les 
ressources ne manquaient pas) très-largement empattées et s'appuient sur 
des sols résistants. 11 faut dire cependant, à ce sujet, que les constructeurs 
gothiques n'avaient pas les mêmes scrupules que nous : quand ils trou- 
vaient un sol de remblai ancien, bien comprimé et tassé par les eaux, ils 
n'hésitaient pas à s'établir dessus. D'anciennes vases, des limons déposés 
par les eaux, des remblais longtemps infiltrés, leur paraissaient être des 
sols suffisants; mais aussi, dans ce cas, donnaient-ils à la base des fonda- 
tions une large assiette. Ils ne manquaient jamais de relier entre eux tous 
les murs et massifs en fondation ; c'est-à-dire que, sous un édifice composé 
de murs et de piles isolées, par exemple, ils formaient un gril de maçon- 
nerie sous le sol, afin de rendre toutes les parties des fondements soli- 
daires. Pendant les xiv" et xv" siècles, les fondations sont toujours établies 
avec un soin extrême sur le sol vierge, avec libages sous les points d'appui 



I FONTAliNE ] O^ë 

principaux et nmrs nombreux de liaison. 11 arrive même souvent alors 
que les parements en fondation sont aussi bien dressés que ceux en 
élévation (voy. construction). 

FONTAINE, s. f. A toutes les époques, les fontaines ont été considérées 
comme des monuments d'utilité publique de premier ordre. Les Romains, 
lorsqu'ils établissaient une ville, ou lorsqu'ils prenaient possession d'an- 
ciennes cités, avant toute chose, pensaient à l'aménagement des eaux. 
Ils allaient au loin, s'il le fallait, chercher des sources abondantes, pures, 
et ne reculaient devant aucun travail, aucune dépense, pour conduire des 
masses d'eau considérables dans les centres de population. A Rome, bien 
que les quatre cinquièmes des aqueducs antiques soient détruits, ceux 
qui restent sutFisent cependant pour fournir à la ville moderne une quan- 
tité d'eau plus considérable que celle qui alimente la ville de Paris, cinq 
foie plus populeuse. A Nimes, à Lyon, à Fréjus, à Arles, à Autun, à Paris 
même, nous trouvons encore des traces d'aqueducs romains allant cher- 
cher les eaux très-loin et à des niveaux supérieurs pour pouvoir obtenir 
une distribution facile au moyen de grands réservoirs. Partout, en France, 
où se trouve une source abondante et salubre, on est presque certain de 
découvrir des restes de constructions romaines. Les Romains attachaient 
une importance majeure à la police urbaine; il n'y a pas de police sans 
une bonne édilité , il ne peut y avoir une bonne édilité sans eau. A cet 
égard, nous avons quelque chose à faire ; beaucoup de nos grandes villes 
manquent d'eau encore aujourd'hui; on ne doit donc pas s'étonner si, 
pendant le moyen âge, les fontaines n'étaient pas très-communes au 
milieu des cités. Chez les Romains, l'eau était la véritable décoration de 
toute fontaine; on n'avait pas encore songé à élever des fontaines dans 
lesquelles l'eau n'est qu'un accessoire plus incommode qu'utile. Les 
quelques fontaines du moyen âge que nous avons pu recueillir n'ont pas 
cet aspect monumental, ne présentent pointées amas de pierre, de marbre 
et de bronze, que l'on se croit obligé d'accumuler de nos jours pour 
accompagner un fdet d'eau. Cependant (et cela dérivait probablement 
des traditions de l'antiquité) l'eau semblait une chose si précieuse, qu'on 
ne la donnait au public qu'entourée de ce qui pouvait faire ressortir sa 
valeur ; on la ménageait, on la mettait à la portée de tous, mais avec plus 
de respect que de vanité. La fontaine du moyen âge est donc un monu- 
ment d'utilité, non point une décoration, un prétexte pour figurer des 
allégories de marbre et de métal plus ou moins ingénieuses, mais qui ont 
toutes le grand défaut d "être ridicules pour des gens qui croient médio- 
crement àja mythologie , aux fleuves barbus et aux naïades couronnées 
de roseaux. La fontaine qui imprime une trace vive dans le souvenir, 
c'est celle qu'on trouve au bord de la route poudreuse, laissant voir son 
petit bassin d'eau limpide sous un abri, sa tasse de cuivre attachée à une 
(îhaine et la modeste inscription rappelant le nom du fondateur. Sans être 
toujours aussi humble, la fontaine du moyen âge conserve quelque chose 



— 527 — [ FONTAINE ] 

de la simplicité de ce programme: elle n'assourdit et n'éclabousse pas, 
mais elle invite le passant à l'approcher. Il n'est pas nécessaire de recevoir 
une douche pour s'y désaltérer. 

La fontaine du moyen âge est un petit bassin couvert dans lequel on 
vient puiser en descendant quelques marches, ou une colonne, une pile 
entourée d'une large cuve et d'un plus ou moins grand nombre de tuyaux 
qui distribuent l'eau à tous venants. Les bassins entourés de degrés 
étaient réservés aux jardins, aux vergers. Dans les contes et fabliaux des 
xii^ et xin** siècles, il est souvent question de ces sortes de fontaines S et 
sans sortir du domaine de la réalité, nous voyons encore, en Poitou, en 
Normandie , en Bretagne et en Bourgogne , un assez grand nombre de 
ces fontaines placées sur le bord des routes pour les besoins du voyageur. 
La source est ordinairement couverte par une arcade en maçonnerie, le 
bassin s'avançant sur la voie comme pour inviter à y puiser; des bancs 
permettent de se reposer sur ses bords; une niche, ménagée au fond de 
la voûte, reçoit la statue de la Vierge ou d'un saint ; les armoiries du 
fondateur décorent le tympan de l'arcade ou les parois de la fontaine (1). 
En dehors du faubourg de Poitiers, le long du Clain, on voit encore une 
fontaine de ce genre, restaurée en 1579, mais dont la construction 
remonte au xit*" siècle. Elle tourne le dos à la route, et on arrive à son 
bassin au moyen d'une rampe établie sur l'une des parois de l'édicule. 
Les armoiries du donateur sont disposées de façon que de la route et de 
cette rampe on peut les reconnaître. La disposition de ces fontaines est 
évidemment fort ancienne ; on y reconnaît la trace de l'antiquité romaine. 
Un édicule protégeant la source et recevant la divinité qui en est la 
dispensatrice, une inscription signalant le nom du fondateur à la recon- 
naissance publique, des bancs pour se reposer, n'est-ce pas là un 
programme antique ? Mais ces sortes de fontaines ne conviennent guère 
qu'à la campagne ; dans les villes, sur les places ou les carrefours , il faut 
que le bassin soit accessible à un grand nombre de personnes à la fois. 
Il faut que l'on puisse recueillir l'eau, non dans ce bassin qui est troublé 
par le mouvement des puiseurs, mais à la source même distribuée en un 
certain nombre de goulottes. 

C'est ainsi qu'est disposée la fontaine du xii'' siècle que l'on voit encore 
à Provins en face de l'hôpital (2). Une vasque hexagone, une grosse 
colonne dont le chapiteau est percé de trois trous munis de têtes de 
bronze assez saillantes pour verser l'eau dans les vases que l'on apporte 
au bord de la vasque, tel est ce petit monument dans sa simplicité primi- 
tive. Peut-être, autrefois, le chapiteau était-il surmonté d'une statue ou 
d'un pinacle, comme certaines fontaines que l'on voit représentées dans 

' Voir le lai de Narcisse, le lai de l'Oiselet, le Paradis d'Amour; dans ce dernier 
fabliau, l'auteur décrit une fontaine cachée dans un jardin. On y descendait, dit-il, 
par des degrés de marbre auxquels tenait attachée , avec une chaîne d'argent , une 
tasse d'or éniaillée. 



[ FONTAINE 1 — 528 — 

des peintures et manuscrits du xiv" siècle. En A est tracé le plan de la 
fontaine de Provins, en B est donné le détail d'un des goulots de bronze. 



ffM'^é^ 




Quelques villes d'Italie, Pérouse, Viterbe, Sienne, ont conservé leurs 
fontaines de la fin du xiii^ siècle et du commencement du xiv'. En France, 
nous possédions, à cette époque, d'assez belles fontaines urbaines; mais 
nous les avons détruites depuis longtemps ; c'est à peine si, par hasard, 
on découvre quelques fragments de ces monuments dus à la générosité 
de souverains ou de riches seigneurs. Ils étaient composés à peu près de 
la même manière, c'est-à-dire qu'ils consistaient en un bassin inférieur 
élevé de deux à trois pieds au-dessus du sol (0,60 c. à 0,90 c), bassin 
très-peu profond, fait pour recueillir l'eau des goulots, poser et laver les 
vases; bassin dans lequel on ne puisait pas ; d'une pile centrale recevant 



529 — 



FONTAINE 



de longs tuyaux de distribution arrivant jusque près du bord de ce bassin 
inférieur et permettant de remplir les cruohes. La pile centrale ctait {)lns 




^eù-^fio.i'c. 



OU moins décorée , portait quelquefois une vasque supérieure laissant 
échapper de petits jets qui n'étaient là que pour Tagrément. Il y avait sur 
le parvis de Notre-Dame à Paris une assez belle fontaine de ce genre qui 
fut remplacée au xvii" siècle par un monument fort lourd ; on en voit 
une encore , mais mutilée et dénaturée, sur la place de la ville de Saint- 
Florentin (Yonne). A Brioude, il existe d'assez jolies fontaines du 
xiii^ siècle, dont la plupart des détails ont été modifiés. Les villes des 
bords du Rhin et de l'Allemagne possèdent aussi quelques fontaines 
monumentales d'une époque assez récente (xv'' et xyi*" siècles) , quoique 
tracées sur les anciens programmes. 

Nous donnons (3) une de ces fontaines du xiii*^ siècle en plan, et (4) en élé- 
vation perspective. Le plan (fig. 3) indique, en A, la section horizontale du 
monument au-dessous de la vasque inférieure ; en B, la section au-dessus 
de cette vasque, et en C la section de la pile supérieure portant la statue, 
avec la projection des deux vasques superposées. Ces fontaines étaient 
alimentées au moyen d'aqueducs souterrains, ainsi que nous avons 
souvent eu l'occasion de le constater. Ces aqueducs étaient habituellement 
en maçonnerie, revêtue à l'intérieur d'un bon enduit en ciment suivant la 
méthode romaine; rarement les conduites étaient en plomb; cependant 
nous en avons trouvé des fragments à Carcassonne, à Clermont (Auvergne) 
et dans le voisinage d'anciennes abbayes, à Saint-Denis près Paris, à 
Clairvaux. Près de Coutances, on voit encore les restes d'un aqueduc qui 
paraît dater du xiv'' siècle , et qui , porté sur des arcades en tiers-point, 
traverse le vallon au nord-ouest de cette ville. Du Breul, dans son 
Théâtre des Antiquités de Paris, dit que les prévôts des marchands et 
échevins avaient « d'antiquité, pour conduire des eaux de sources aux 
« fontaines de la ville, fait construire de grands aqueducs et canaux, 
« composez de murs de maçonnerie et pierre de taille, pavez de grandes 
I. V. . 07 



FONTAI>'E 



— 530 



« noues ou esviers aussi de pierre (comme aussi auroient iceux recouvert 
« de fort grandes pierres) contenans, iceux aqueducs^ cinq cents toises de 




reiAfio 



« longueur et plus , sans qu'il y aie aucune clarté sinon celle que l'on y 
« peut porter avec feu, et de six pieds de hauteur sur trois pieds de 
« largeur, le long desquels les personnes peuvent facilement cheminer la 
(.( lumière à la main ; lesquels aqueducs sont accompagnez d'auges ou 
« réceptacles pour faire rouer et purifier l'eau des dites sources : à 
« l'entrée desquels est une forme de bastiment, auquel y a un grand 
« réceptacle servant d'acueil (d'émissaire) pour recevoir les eaues 
« descendants d'une montagne sablonneuse, appellée la montagne de 
« Belle-Ville-sur-Sablon, au haut et fin duquel aqueduc est un regard 
« en forme ronde, et au milieu d'iceluy une forme de puits, servant 
« d'auge à recevoir trois belles sources , descendant en iceluy par trois 
« divers endroits. Édifice voûté en forme ronde appelle cul-de-four, 
« garny de son ouverture pour une lanterne à jour; et en iceluy deux 
« descentes de pareille forme ronde; édifice artiste et curieusement 
« bâti : desquelles noues et esviers, en Tan 1457, en fut refait de neuf 
« environ quatre vingt seize toises de longueur, le surplus desdits 
« acquéducs ou canaux basty de grande antiquité.... » Que cet aqueduc 
fût d'origine romaine ou qu'il ait été bâti dans les premiers siècles du 



531 



FONTAINK 



moyen âge, toujours esl-il qu'on s'en servait et qu'on l'entretenait encore 
au XV'' siècle. 




C'est principalement dans les monastères que l'on trouve les traces les 
plus nombreuses et les mieux conservées de travaux hydrauliques. Tous 
les cloîtres possédaient^ au centre du préau ou le long d'une des galeries, 
de belles vasques de pierre ou de marbre, autour desquelles des tuyaux 
répartissant l'eau en une quantité de jets permettaient aux moines de 
faire leurs ablutions (voy. lavabo). Ces fontaines affectent toutes à peu près 
la même forme jusque vers la fin du xiv* siècle. Auxv^ siècle, la colonne, 
ou le faisceau de colonnes placé au centre d'une vasque circulaire, polygo- 



j FONTAINE ] S32 

nale ou lobée, est souvent remplacée par un pinacle orné de sculptures. 




Telle est une fontaine (5) que nous voyons figurée dans un manuscrit 



— 533 — [ FONTS 1 

de cette époque '. A Rouen, il existe encore un assez joli monument de 
ce genre qui date du milieu du xv'' siècle ^ Lorsque les fontaines 
gothiques étaient adossées à une construction civile , elles ne se compo- 
saient que d'une petite vasque et d'un goulot posé dans un renfoncement 
pratiqué à même la muraille ; aussi modestes que le sont nos bornes- 
fontaines, elles étaient seulement faites pour satisfaire aux besoins 
journaliers des habitants. Le moyen âge ne voyait nul inconvénient à 
mettre un peu d'art dans ses œuvres les plus vulgaires ; aujourd'hui , si 
nous poussons jusqu'à l'exagération la richesse et le luxe des monuments 
décoratifs de nos cités , nous rachetons ce défaut , si c'en est un, par la 
pauvreté et la banalité des objets les plus utiles, comme le sont nos 
bornes-fontaines, nos candélabres, nos supports d'éclairage. 

FONTS, s. m. S'emploie au pluriel. Fonts baptismaux. Cuve destinée 
à contenir l'eau du baptême. Il y a lieu de supposer que, dans les premiers 
temps de l'Eglise, le baptême se donnait par aspersion, puisque les 
apôtres baptisaient des royaumes et des provinces entières, des milliers 
de personnes en un jour ^ Le baptême se fit ensuite par infusion *; puis 
par immersion. Les Ariens plongeaient trois fois le catéchumène dans 
l'eau pour marquer qu'il y avait trois natures aussi bien que trois 
personnes en Dieu. Saint Grégoire le Grand conseille à saint Léandre, 
évêque de Séville % de ne pratiquer qu'une immersion. Le quatrième 
concile de Tolède, en 1633, a décidé la même chose et, rapportant la 
lettre de saint Grégoire, il déclare qu'une seule immersion signifie la 
mort et la résurrection de Jésus-Christ, et l'unité de la nature divine 
dans la trinité des personnes ^ Sans entrer dans de plus amples détails 
à ce sujet, nous nous contenterons d'observer que, pendant le cours du 
moyen âge, en Occident, le baptême par innnersion fut toujours pratiqué. 
Les bas-reliefs, les peintures des manuscrits et des vitraux nous montrent 
les catéchumènes baptisés par immersion. « Autrefois, dit Thiers '', dans 
« la province de Reims, et peut-être aussi ailleurs , après le baptême on 
« donnait du vin à boire à l'enfant, en lui disant ces paroles : Corpus et 
« sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat te in vitam œternam. 
« C'était encore l'usage du Périgord de bénir du vin après le baptême et 
« d'en faire boire à l'enfant nouvellement baptisé. Le rituel de Périgueux, 
M de 1536, nous marque toute cette cérémonie. » Cet auteur ajoute plus 
loin : « Depuis un peu plus d'un siècle (c'est-à-dire depuis le commence- 



' Poésies de Guillaume de Machaut, ms. app. à M. Guilleboii. Aire-sur-la-Lys. 

' Fontaine dite de la Pucelle. 

' Saint-Luc. Actes, ch. 2 et 4. 

* Arcudius. De Sacram. Ll. 

'^ L. III, Epist. xn. 

« G. VI. 

' Des Superstitions, t. II, ch. xii. 



[ FONïs J — 534 — 

« ment du xvii'^ siècle), la coutume s'est introduite en quantité de 
« paroisses , et particulièrement de la campagne, de sonner les cloches 
« après le baptême des enfants. Ce sont, à mon avis, les sonneurs, les 
« sacristains, les fossoyeurs, les bedeaux, qui l'ont introduite, par la 

« considération de l'intérêt bui'sal qui leur en revient Le concile 

« provincial de Reims, en 1583, n'autorise pas cette coutume » 

Jusqu'au ix" siècle , il paraîtrait qu'on ne baptisait solennellement que 
les jours de Pâques et de la Pentecôte ; du moins cet usage semble-t-il 
avoir été établi à dater du v® siècle, car il est certain que dans les premiers 
siècles du christianisme les apôtres baptisaient sans observer ni les jours 
ni les temps K Clovis fut baptisé le jour de Noël ^ Le pape saint Léon, 
qui s'élève avec force contre la coutume de baptiser en autres temps que 
le jour de la Résurrection, admet toutefois que le baptême peut être 
donné, en des cas extrêmes, hors le jour consacré. 

Pascalin, évêque de Lilybée en Sicile, fait savoir au pape saint Léoii, 
en 443, qu'il y avait, dans cette île, une église (du village de Meltines) 
dont les fonts se remplissaient miraculeusement tous les ans, la nuit de 
Pâques, à l'heure du baptême , sans qu'il y eût ni tuyau, ni canal, ni eau 
dans les environs. Après le baptême , cette eau disparaissait. Ajoutons, 
cependant, que saint Augustin dit clairement que le baptême pouvait être 
donné en tout temps : Per tolum annum, sicut unicuique vel nécessitas 
fuit vel volunlas 

La solennité donnée au sacrement du baptême explique pourquoi, 
dans le voisinage des églises les plus anciennes, il y avait un baptistère; 
c'est-à-dire un édifice assez spacieux pour contenir un certain nombre de 
catéchumènes venant le même jour pour recevoir le baptême. Ces édifices 
étaient ordinairement circulaires, occupés au centre par un bassin peu 
profond dans lequel on faisait descendre les personnes que l'on baptisait 
par immersion ^ 

La coutume de baptiser les enfants peu après leur naissance, en tout 
temps, prévalut sur les défenses de saint Léon et des conciles de Tolède, 
d'Auxerre, de Paris et de Gironne; dès le xi*" siècle, nous voyons que des 
cuves baptismales sont placées dans toutes les églises , non dans des 
édifices spéciaux , et que le baptême est donné par les prêtres, en dehors 
des fêtes de Pâques, de la Pentecôte ou de Noël. C'est précisément la date 

' Primum omnes docebanl , et omnes baplizabant quibuscumque diebus vel tenipo- 
ribus fuisset occasio {Aiictor sub noniine Ambrosii, in Epist. ad Ephes., cap. iv). 
Voy. Guillaume Durand, trad., édit. de M. Barthélémy. Notes, t. IV, p. 430 et suiv. 

' Lettre de Saint-Avit, évêque de Vienne, à Clovis. 

' Il existe un baptistère à côté de la basilique de Sainl-Jean-de-Latran à Rome; 
on a depuis peu découvert celui qui était proche de Tancienne catliédrale de Mar- 
seille, du \" siècle. On voit encore ceux des cathédrales d'Aix en Provence et de 
Fréjus. L'édifice placé sous le vocable de saint Jean, à Poitiers, paraît avoir servi de 
baptistère pendant les v et \i' siècles. 



535 — 



FONTS 



de ces fonts baptismaux les plus anciens qui nous porte à croire qu'alors 
(au XI" siècle) cette coutume s'était définitivement introduite en France. 
Comme il ne s'agissait plus de baptiser des païens convertis, mais des 
enfants nouveau-nés, ces fonts sont d'une petite dimension et ne diffèrent 
de ceux que l'on fait aujourd'hui que par leur forme. 11 n'est pas besoin, 
en effet, d'une cuve bien grande pour immerger un nouveau-né. En 
souvenir des baptistères , c'est-à-dire des édifices uniquement destinés à 
contenir la cuve baptismale, on observe que les fonts disposés dans 
l'église étaient généralement couverts d'un édicule (I) '. Quelquefois ces 




fonts étaient des cuves antiques, dépouilles de monuments romains. Le 
P. Du Breul ^ prétend que la cuve de porphyre rouge que l'on voyait, de 
son temps, dans l'église abbatiale de Saint-Denis, derrière les châsses des 
martyrs, et qui avait été prise par Dagobert à l'église de Saint-Hilaire de 
Poitiers, servait de fonts baptismaux. Nous n'avons point à nous occuper 
des baptistères ni des bassins qu'ils protégeaient, puisque ces monuments 
sont antérieurs à la période de l'art que nous étudions ; les fonts baptis- 
maux seuls doivent trouver place ici. Beaucoup de ces cuves, dès l'époque 
où elles furent en usage , étaient en métal, et consistaient en une large 
capsule enfermée et maintenue dans un cercle ou un châssis porté sur 
des colonnettes. Cette disposition paraît avoir été suivie souvent, lors 
même que les fonts étaient taillés dans un bloc de pierre. 

Ainsi l'on voit, dans l'église de Saint-Pierre, à Montdidier, une cuve 



' Ivoire du xi"^ siècle. Collect. de l'auteur. 

' Le Théât. des Antiq. de Paris, 1622. L. IV, p. 1103. 



KONTS 



— 53(i — 



baptismale de la fin du xi* siècle, qui présente cette disposition (:2). Dans 
la crypte de l'église Notre-Dame de Chartres, il existe encore une cuve 




en pierre, du xii^ siècle, taillée de façon à figurer un vase inscrit dans un 
châssis porté sur des colonnettes. Cette tradition persiste encore pendant 
le xin^ siècle, ainsi que le démontre la fig. 3 , copiée sur une cuve de 
l'église de Ver (canton de Sains, Picardie) K 

Souvent les fonts baptismaux du xii" siècle sont de forme barlongue, 
afin probablement de permettre de coucher et d'immerger entièrement 
l'enfant que l'on baptisait. 11 existe une cuve baptismale de cette forme et 
de ce temps dans la cathédrale d'Amiens : c'est une grande auge de 
0,60 c. de large sur une longueur de ^'"jGO environ et une profondeur de 
0,50 c. Elle est fort simple; aux quatre angles seulement sont sculptées 
les figures des quatre évangélistes, en demi-bosse et de petite dimension. 
Les pieds qui la supportent datent du xiri'' siècle. 

Nous donnons (4) une petite cuve de ce genre qui provient de l'église de 



Nous devons ces dessins à l'obligeance de M. Dullioil, d'Amiens. 



— 537 — 



FONTS 



ïhouveil (Maine-et-Loire). Elle date du xi" siècle. L'église de Limay, près 
Mantes, possède des fonts baptismaux du conmmencement du xui^ siècle 




jT. c&//^^/fo'*ri/. 



dont la forme se rapproche encore de celle-ci, mais qui sont assez richement 
sculptés. Cette cuve, reproduite dans l'ouvrage de M. Gailhabaud ', est de 
forme ovale à l'intérieur, dodécagone allongé à l'extérieur; deux des 
côtés parallèles au grand axe présentent une légère saillie réservée pour 
mieux détacher les angles du prisme qui sur ce point eussent été trop 
mousses. Un beau cordon de feuiltes orne le bord supérieur; la partie 
intermédiaire est occupée par douze rosaces parmi lesquelles se trouvent 
sculptés un agneau pascal, une croix et une tête de bœuf. Le socle en 
retraite présente une suite de petites arcatures. Le pavage autour de ces 
fonts offre une particularité assez remarquable : ce sont huit disques de 
pierres grises incrustées au nu des dalles, et qui semblent marquer les 
places des personnes qui doivent entourer la cuve au moment du baptême. 
Une feuillure a été ménagée sur le bord de la cuve pour recevoir un 
couvercle; c'est qu'en effet les cuves baptismales, d'après les décrets des 
conciles, devaient être couvertes dès une époque fort ancienne , comme 
elles le sont encore aujourd'hui. 

Les fonts baptismaux de l'église paroissiale de la ville de Cluny 



L'Arcbitcctiin' et les arlu qui en d^pendrnl. 1. IV. 

T. Y. 



(58 



[ FONTS 



— 538 — 



méritent d'être signalés : taillés dans un bloc de pierre , ils affectent la 
forme d'une cuve hémisphérique à l'intérieur, et sont décorés à l'extérieur 





par quatre colonnettes supportant quatre têtes, entre lesquelles règne une 
frise de feuillages de lierre d'une bonne sculpture (5). Les quatre petits 
repos qui portent les têtes avaient une utilité et servaient probablement à 
poser le sel, l'huile et les flambeaux. En A, nous donnons le plan de cette 
cuve; en B, sa coupe. Elle date du milieu du xni^ siècle. 

Les cuves baptismales du moyen âge sont autant variées par la forme 
que par la matière. La façon dont elles sont décorées permet de supposer 
qu'une grande liberté était laissée aux artistes. Ces cuves sont à pans ou 



539 I FONTS ] 

circulaires et même carrées, lobées, ovales, creusées à ibud de cuve ou 




en cuvette; leurs parois sont ornées de feuillages, de simples moulures, 



[ FONTS ] _ 540 — 

de figures ou de compartiments géométriques; elles sont taillées dans de 
la pierre ou du marbre, coulées en bronze ou en plomb. Leurs couvercles 
se composent de châssis de bois, de lames de métal , ou sont richement 
ornés en forme de cônes ou de dais, et ne peuvent être enlevés alors qu'au 
moyen de potences ou de petites grues à demeure. Il n'est pas besoin 
de dire que les fonts baptismaux en bronze, antérieurs à la fin du dernier 
siècle, ont été fondus en France; on en voit encore quelques-uns en 
Italie, en Allemagne et en Belgique '. Les fonts de la cathédrale de 
Hildesheim sont particulièrement remarquables. La cuve, dit M. de 
Caumont - auquel nous empruntons cette description, « repose sur quatre 
« personnages ayant chacun un genou en terre et tenant une urne dont 
« l'eau se répand sur le pavé : ce sont les figures emblématiques des 
« quatre fleuves du Paradis ; et sur le cercle qui porte sur leurs épaules, 
« on lit l'inscription suivante, expliquant le rapport symbolique de 
« chacun de ces fleuves avec la prudence, la tempérance, le courage et la 
« justice : 

t TEMPERIEM. GEON. TEHKE. DESIGNAT. HIATVS. 

t EST. VELOX. TIGRIS. QVO. FORTIS. SIGNIFICATVR. 

t FRVGIFER. EVFRATES. EST. JVSTITIA. QVE. NOTATVS. 

t OSMVTAJJS. PHISON. EST. PRVDENTI. SIMILATVS. » 

La cuve est couverte de quatre bas-reliefs représentant le passage du 
Jourdain par les Israélites sous la conduite de Josué, le passage de la mer 
Rouge, le baptême de Jésus-ChriSt, la Vierge et l'enfant Jésus, devant 
lesquels est l'évêque donateur Wilherms. Au-dessus des quatre fleuves 
sont huit médaillons représentant la Prudence et Isah, la Tempérance et 
Jérémie, le Courage et Daniel, la Justice et Ézéchiel. Au-dessus se 
voient les signes des évangélistes. Le couvercle conique est également 
décoré de bas -reliefs. Ces fonts, de la seconde moitié du xni'' siècle, sont 
peut-être les plus beaux qui existent et les mieux composés par le choix 
des sujets accompagnés d'inscriptions. Nous citerons aussi les fonts en 
bronze de l'église de Saint-Sébald à Nuremberg, qui datent de la fin du 
xv*^ siècle. Autour du pied sont posés les quatre évangélistes, ronde-bosse, 
et autour de la cuve les douze apôtres en bas-relief dans une arcature 
d'un travail délicat. 

A défaut de ces monuments précieux par le travail et la matière, nous 
ne trouvons plus en France que des fonts de peu de valeur. L'église de 
Berneuil (arrondissement de Doullens) contient des fonts qui présentent 
un certain intérêt. La cuve est en plomb et date du xn*" siècle (6); autour 
sont disposées seize niches alternativement garnies de figures en demi- 



' Voy. VAnliitecturc et les arts qui en dépendent, t. IV. M. Gaiihabaiid. 
^ Bulletin mnniim., t. XX, p. '299. 



— 541 — 



FOM'S 



relief et d'orneineiits. Cette cuve repose sur un socle en pierre, à huit 
pans, d'une époque plus récente. L'ancien couvercle (en plomb probable- 
ment et de forme conique) a été remplacé par un chapeau de menuiserie 
du xvi^ siècle. 




\ 



Jî^^jfjwTvjjjrr^ 



—fTTnrTTpyj^ ^7^ 



1 ■ 'I I 






On voit, dans l'église de Lombez (Gers), une petite cuve baptismale en 
plomb de forme cylindrique, divisée en deux zones : la zone supérieure 
représente une chasse, celle inférieure seize figures dans des quatre- 
feuilles (7). Le même modèle a servi cinq fois pour la zone supérieure, 
et dans la zone inférieure les seize petites figures qui représentent des 
ordres religieux sont obtenues au moyen de quatre modèles seulement. 



[ FONTS ] 5A'^ 

Ces sortes de cuves ne demandaient donc pas de grands trais de fabrica- 
tion; les fondeurs on potiers d'étain qui les vendaient les composaient 
avec des modèles conservés en magasin : ainsi, dans l'exemple que nous 
donnons ici, le sujet de chasse est évidemment d'une époque antérieure 



7 




aux petites figurines et aux quatre-feuilles de la zone inférieure, qui 
datent de la seconde moitié du xiii'' siècle. Un orifice A pratiqué au 
milieu du fond plat de la cuve sert à la vider. 

A Visme (Somme), une cuve de même dimension en plomb, mais à 
huit pans , présente , sur sa paroi externe , seize arcatures qui autrefois 
étaient remplies de figurines en ronde-bosse rapportées sur des culs-de- 
lampe'. Ces fonts reposent sur une table de pierre portée sur quatre 
colonnettes, du commencement du xiii'' siècle ; la cuve est du xv". 

Quant aux fonts baptismaux du moyen âge dont les couvercles étaient 
mus au moyen de grues ou de potences en fer, on en voit de très-beaux 
à Hal, à Saint-Pierre de Louvain (Belgique), à Sainte-Colombe de Cologne. 
Ces monuments étant fort bien gravés dans l'ouvrage de M. Gailhabaud % 
il nous semble inutile de nous étendre sur leur composition. D'ailleurs 
leur style est étranger à l'art français. 

Quelquefois, sur les parois intérieures des cuves baptismales, sont 
sculptés des poissons, des coquilles, des grenouilles. On voit, dans 
l'église Saint-Sauveur de Dinan (Bretagne) , des fonts baptismaux du 
xii*^ siècle qui se composent d'une sorte de coupe, portée par quatre 
figures très-mutilées et d'un travail grossier. L'intérieur de la cuve, taillé 
en cratère, est orné de godrons en creux et de deux poissons sculptés 
dans la masse. 

Nous terminerons cet article en donnant les fonts baptismaux en pierre, 



Ces tigurines ont été enlevées. 

L Architecture et hs arts qui en dépendenl, t. IV. 



— 54-3 — I FONTS ] 

d'une ornementation singulière, qui sont déposés près de la porte de la 
cathédrale de Langres (H) : ils datent de la fin du xin'' siècle. 



8 




On se servait aussi , pendant le moyen âge , de cuves précieuses, 
apportées d'Orient, pour baptiser les enfants. Chacun a pu voir, au 



[ KOssÉ I — 544 — 

musée des Souverains, à Paris, la belle cuve de travail persan dans 
laquelle on prétend qu'ont été baptisés les enfants de saint Louis. 

« Isnelement fist un fonz aprester, 

« En une cuve qui fu de marbre cler, 

<> Qui vint d'Arrabe en Orenge par mer. 

" El fonz le nietent : quant l'ont fet enz entrer, 

« Se 1 baptiza li vesques Aymer '. u 

Lorsque l'on renonça aux baptistères, on plaça cependant les fonts 
baptismaux dans une chapelle fermée , autant que faire se pouvait. 
Aujourd'hui, les fonts doivent être non-seulement couverts , mais dans 
un lieu séparé de la foule des fidèles par une clôture. 

FORMERET, S. m. Arc recevant une voûte d'arête le long d'un mur 
(voy. ARC former et, construction). 

FOSSÉ, s. m. Tranchée longue, faite dans le sol pour opposer un 
obstacle autour d'un camp, d'un château, d'une ville, d'un parc, d'un 
enclos. Il y a des fossés secs et des fossés pleins d'eau, des fossés en talus 
ou à fond de cuve, des fossés revêtus ou non revêtus. 

Les fossés secs sont ceux qui sont taillés autour d'un château, d'un 
manoir ou d'une place situés en des lieux trop élevés pour pouvoir y 
amener et y conserver l'eau. 

Les fossés pleins sont ceux dans lesquels on fait passer un cours d'eau, 
ou que l'on inonde au moyen d'une prise dans la mer, dans un lac ou 
un étang. 

Les fossés en talus sont ceux simplement creusés dans un sol incon- 
sistant, et dont l'escarpe et la contrescarpe, revêtues de gazon, donnent 
un angle de 45 degrés. 

Les fossés revêtus sont ceux dont les parois, c'est-à-dire l'escarpe et la 
contrescarpe, sont revêtues d'un mur en maçonnerie avec un faible 
talus. 

Les fossés à fond de cuve sont ceux dont le fond est plat, les parois 
revêtues, et qui peuvent ainsi permettre d'ouvrir des jours dans l'escarpe 
servant de soubassement à une fortification. Les fossés taillés dans le roc 
peuvent être aussi à fond de cuve. 

Les Romains creusaient des fossés autour de leurs camps temporaires 
ou permanents. Ces fossés avaient habituellement quinze pieds d'ouver- 
ture au bord supérieur, c'est-à-dire 4", 95. Ils étaient souvent doublés, 
séparés par un chemin de 4 à 5 mètres de largeur. Quand César établit 
son camp en face des Bellovaques sur le mont Saint-Pierre, dans la forêt 
de Compiègne, « il fait élever un rempart de douze pieds avec parapet ; 

' Giiillanmp d'Orange. Chanson de geste des w et xii« siècles, vers 7.")8V el sniv. 
Baptême de Renouerd. 



- 545 — 



FOSSÉ 



« il ordonne de creuser en avant deux fossés de quinze pieds, à fond de 
« cuve ; il fait élever un grand nombre de tours à trois étages, réunies 
« par des ponts et des chemins de ronde, dont le front était garni de 
« mantelets d'osier, de telle sorte que l'ennemi fût arrêté par un double 
« fossé et deux rangs de défenseurs : le premier rang sur les chemins de 
« ronde supérieurs d'où, étant plus élevés et mieux abrités, les soldats 
« lançaient des traits plus loin et plus sûrement; le second rang derrière 
« le parapet plus près de Tennemi , où il se trouvait protégé contre les 
« traits par la galerie supérieure ' . » 

Les travaux de campagne que les Romains ont exécutés dans les 
Gaules ont eu, sur l'art de la fortification chez nous, une telle influence 
jusqu'à une époque très-avancée dans le moyen âge, et les fossés ont été, 
dans les temps où les armes de jet avaient une faible portée, une partie si 
importante de l'art de défendre les places, que nous devons arrêter notre 
attention sur ce curieux passage II faut connaître d'abord les lieux décrits 
ici par César. 

L'assiette de son camp, les Commentaires à la main, avait été évidem- 
m'ent choisie sur un plateau situé en face le mont Saint-Marc, plateau 
désigné, dans les cartes anciennes, sous le nom de Saint-Pierre-en- 
Chaslres ^ Ce plateau escarpé de tous côtés, offrant à son sommet une 
large surface horizontale sur laquelle la petite armée que César conduisait 
avec lui pouvait tenir fort à l'aise, se prêtait merveilleusement au' genre 
de défense qu'il avait adopté; défense dont on reconnaît d'ailleurs la trace 
sur les lieux mêmes. 



TA/ 




lU-" 



-f— (- 



Voici donc (1) le profil de l'ouvrage de circonvallation. Les assaillants 
ne pouvant arriver au bord du premier fossé A qu'en gravissant une 

' De Bello Gall., 1. Vlll, c. ix. 

" Voy. l'article de M. de Saiilcy sur le Vlll' liv. do César. Rnme archéologique, 1860. 
T. V. 69 



I FOSSÉ ] — 54(> — 

longue pente assez abrupte, étaient difficilement vus par les défenseurs 
placés en B ; à plus forte raison se trouvaient-ils entièrement masqués 
pour les défenseurs postés le long du parapet C en dedans du deuxième 
fossé G. Ces défenseurs postés en C étaient cependant plus rapprochés de 
l'assaillant que ne l'étaient ceux postés en E sur les galeries réunissant 
les tours à trois étages, la ligne CO étant plus courte que la ligne EO. Des 
assaillants se présentant en K, à portée de trait, ne pouvaient atteindre les 
défenseurs postés derrière le parapet C, que s'ils envoyaient leurs projec- 
tiles en bombe suivant une ligne parabolique KL. Donc les clayonnages 
du chemin de ronde supérieur E protégeaient les soldats postés en C. 
César décrit très-bien les avantages de ses ouvrages en disant que les 
soldats placés en E voyaient l'ennemi de plus loin et pouvaient tirer 
sur lui sîirement. L'assaillant, gravissant la pente P, ne voit que le 
sommet des tours de bois et les galeries qui les réunissent; il n'a pas 
connaissance des deux fossés qui vont l'arrêter en 0. Pendant qu'il gravit 
cette pente, il est exposé aux armes à longue portée de la défense supé- 
rieiu'e ; mais dès qu'il atteint la crête 0, non-seulement il trouve deux 
obstacles devant lui s'il veut passer outre, mais il est exposé aux traits qui 
partent du chemin de ronde E et du rempart C, ces derniers traits 
pouvant être lancés directement, comme l'indique la ligne CO, mais aussi 
en bombe, comme l'indique la parabole HM. En admettant que les troupes 
gravissant la pente K eussent été lancées, pleines d'ardeur, arrivant 
haletantes en 0, il leur eût été bien difficile d'atteindre le vallum C. 
Cependant César, au camp du Mont-Saint-Pierre, ne craignait pas une 
attaque sérieuse des Bellovaques ; au contraire, il cherchait à les attirer 
hors de leurs propres défenses. Lorsqu'il redoutait réellement une 
attaque, ses précautions étaient plus grandes encore. Autour d'Alesia, il 
établit des lignes de contrevallation et de circonvallation afin de bloquer 
l'armée de Vercingétorix renfermée dans cette ville, et de se mettre en 
défense contre les secours considérables qui menacent son camp. La 
ligne de contrevallation se compose : 1°, vers l'ennemi, d'un fossé large 
de vingt pieds, profond d'autant, et à fond de cuve. A quatre cents pieds 
en arrière de ce fossé, il établit ses retranchements. Dans l'intervalle, il 
fait creuser deux fossés de quinze pieds de large chacun et de quinze 
pieds de profondeur; le fossé intérieur est rempli d'eau au moyen de 
dérivations de la rivière ; derrière ces fossés, il élève un rempart de douze 
pieds de haut, garni de parapets avec meurtrières. A la jonction du 
parapet et du rempart, il fait planter de forts palis fourchus pour empê- 
cher l'escalade. Des tours, distantes entre elles de quatre-vingts pieds, 
flanquent tout le retranchement. Ces précautions, après quelques sorties 
des Gaulois, ne lui semblent pas suffisantes : il fait planter des troncs 
d'arbres ébranchés, écorcés et aiguisés, au fond d'une tranchée de cinq 
pieds de profondeur ; cinq rangs de ces pieux sont attachés entre eux par 
le bas, de manière à ce qu'on ne puisse les arracher. Devant cet obstacle, 
il fait creuser des trous de loup coniques de trois pieds de profondeur. 



— 347 — [ FOSSÉ I 

en quinconce, au fond desquels on enfonce des j)ieux durcis au feu et 
aiguisés qui ne sortent de terre que de quatre doigts ; ces pieux sont fixés 
solidement en foulant le sol autour d'eux; des ronces les cachent aux 
regards. Les trous de loup sont disposés sur huit rangs, distants l'un de 



Tronl- 



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l'autre de trois pieds (2). En avant sont fixés, très-rapprochés les uns des 




3-1" 



autres, des aiguillons, slimuli (3), d'un pied de long, armés de broches 



[ FOSSÉ I — 548 — 

en fer. Dans un mémoire sur le blocus d'Alesia ', M. le capitaine du 
génie Prévost nous paraît avoir parfaitement compris comment étaient 
façonnés les stimuli dont parle César. Parmi les oljjets antiques trouvés 
près d'Alise, dit le savant otficier, on remarque des broches en fer, qui 
ont résolu pour lui la question des slimuli. Ces morceaux de fer ont 
0,29 c. et un peu plus, c'est-à-dire qu'ils ont un pied romain ; leur 
équarrissage au milieu est de 0,01 c. ; ils sont cintrés en côte de vache et 
appointés par les deux bouts. « Tous les auteurs , ajoute M. Prévost, qui 
« ont parlé des slimuli de César, ont cru qu'ils consistaient en un rondin 
« de bois enfoncé en terre, avec une pointe en fer encastrée elle-même 
a dans le piquet et surgissant au-dessus du sol. Quelque simple que soit 
« cet objet, il est encore difficile à exécuter : on aurait fendu bien des 
« rondins, en essayant d'y introduire de force une tige de fer; il aurait 
« fallu ensuite appointer cette dernière en la limant à froid, ce qui eîit 
« demandé beaucoup de temps » (puis fallait-il avoir des limes) ; « on eût 
« été obligé de frapper avec précaution sur la tête du piquet en bois pour 
« l'enfoncer en terre sans risquer de le fendre. Toutes ces minuties sont 
« très-appréciées de ceux qui ont l'occasion de faire exécuter rapidement 
« de petits objets en nombre immense par les premiers individus venus ^. 
« Rien n'est plus facile avec les broches trouvées à Alise : quelques 
« forgerons les fabriquaient ; ils faisaient aussi les petits crampons A, 
« pareils à ceux avec lesquels nous attachons nos conducteurs sur les 
« mandrins de bourrage des fourneaux de mine. On fixait à l'aide de 
« deux de ces crampons la broche sur la paroi d'un rondin ayant un pied 
« de long. Maintenu en C et en D, le fer ne pouvait glisser le long du 
« bois dans aucun sens, puisqu'il avait son plus fort équarrissage au 

« milieu » et une courbure qui le forçait de se serrer fortement 

« contre le bois. « Peut-être mettait-on deux ou trois broches pareilles 
« autour du même piquet; dansée dernier cas, il fallait, pour l'enfoncer 
« en terre, frapper sur sa tête par l'intermédiaire d'un rondin recevant 
« les coups de la masse; alors l'engin représentait encore mieux le 
« hamus du texte latin. » 

De leur côté , les Gaulois , du temps de César, entouraient leurs camps 
et places fortes de fossés creusés en terre ou même dans le roc; ces 
derniers étaient à parois verticales avec rempart intérieur. C'est ainsi que 
sont disposées les défenses de Voppidum gaulois que l'on voit encore à 
l'extrémité occidentale du mont Ganelon, près Compiègne. Les fossés de 
cette place ont dix mètres de largeur sur une profondeur de trois à quatre 
mètres^ sont séparés l'un de l'autre par un espace de quinze mètres 

' Recherches sur le blocus d'Alesia. Paris, 1858. Leleux. 

^ C'est en appuyant les recherches archéologiques sur ces observations pratiques 
que Ton peut en eiïet arriver aux découvertes sérieuses, et M. Prévost est ici parfaite- 
ment dans le vrai, lorsqu'il dit que beaucoup de ces questions si longuement débattues 
entre les archéologues ne peuvent être réellement résolues que par les praticiens. , 



— 549 — [ FOSSÉ I 

environ ; un vdllum de cinq mètres de hauteur est élevé en arrière du 
second fossé. De gros quartiers de rochers sont laissés au fond de ces 
fossés comme obstacles. 

Les fossés des villes gallo-romaines, au moment de l'invasion des 
barbares, tels que ceux de Sens, de Bourges, de Beauvais, étaient très- 
larges, et autant que possible remplis d'eau '. Les Gaulois avaient d'ail- 
leurs adopté les moyens de défense que les Romains employaient contre 
eux, ainsi que le constate César lui-même; ces moyens, ils durent les 
conserver longtemps. Dans le Roman de Rou, il est question de fossés 
disposés d'une façon nouvelle, et qui aurait été souvent adoptée au 
XI'' siècle. 

« Par tuz li champs ki prof esteint 

« Par ù BreUins venir debveient, 

« Firent fosses parfunt chavées (creusés profondément), 

« Desuz estreites, dedenz lées (larges) : 

" La terre ke il fors iint getée (qu'ils ont jetée dehors) 

« Unt tute as altres camps portée; 

« De virges et d'erbes k'il coillirent, 

i< Ll fosses tûtes recuvrirent. 

« Quant Bretun vindrent chevalchant, 

« Prez de férir, paeenz quérant (chercliant les païens) ; 

« Par li camps vindrent tresbuchant, 

« D'un fossé en altre chéant; 

« Chaent asdenz, chaent envers, 

« Chaent sor coste è de travers *. » 

Comment avait-on pu creuser des fossés plus larges au fond qu'à la 
crête? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer, à moins de supposer qu'on 
ait étançonné les parois. Nous voyons que ces fossés sont recouverts de 
broussailles et d'herbe pour dissimuler leur ouverture. 

Les Normands entourèrent leurs fortifications de fossés très-larges et 
très-profonds, quelquefois avec chemin couvert palissade au-dessus de la 
crête extérieure. Les châteaux d'Arqués et de Tancarville, et plus tard le 
château Gaillard, conservent encore leurs fossés taillés dans le roc au 
sommet de l'escarpement qui sert d'assiette à ces forteresses (voy. châ- 
teau). Des souterrains également creusés dans le roc conduisent de 
l'intérieur des châteaux au fond des fossés; ils servaient surtout à 
permettre à la garnison de sortir pour attaquer les mineurs qu'on atta- 
chait aux bases des remparts et tours ou aux escarpements qui les 
portaient. 

' Les fossés de Sens étaient inondés, et d'une largeur de vingt mètres environ. 

"^ Le Roman de Rou, vers 6893 et suiv. Ce stratagème paraît avoir singulièrement 
plu aux historiens du temps; car ils l'ont signalé trois fois, savoir : 1° en 992, dans 
la bataille de Conquereuil, entre Conan, duc de Bretagne, et Foulques, comte 
d'Anjou; 2° dans la circonstance présente; 3° dans une invasion de l'Aquitaine par les 
Scandinaves, en 1019. (Noie de M. Aug. Le Prévost.) 



I FOSSÉ 1 — 550 — ■ 

Nous n'avons pas vu de contrescarpes revêtues avant le xni* siècle, 
tandis qu'à dater de cette époque les fossés sont presque toujours revêtus 
autour des forteresses importantes , et leur fond dallé même autour des 
châteaux bâtis avec soin. Le fossé du donjon de Coucy (commencement 
du xin*' siècle) est dallé ; le grand fossé devant la porte du château de 
Pierrefonds (commencement du xv*" siècle) l'est également. A la cité de 
Carcassonne, il reste des fragments considérables de revêtements de 
contrescarpes des fossés du côté de l'est (fin du xiii" siècle). La contres- 
carpe du large fossé qui sépare le château de Coucy de sa baille était 
revêtue (commencement du xni* siècle). Les fossés du château de Vin- 
cennes ont été revêtus depuis la reconstruction de ce château pendant le 
xiv^ siècle; ceux du Louvre l'ont été depuis Charles V ^ Non -seulement 
les châteaux, les villes étaient entourées de fossés, mais aussi les abbayes 
situées hors des villes et même quelquefois les églises paroissiales. 

Lorsque l'artillerie fut employée pour assiéger les places, on élargit 
encore les fossés, et l'on pensa surtout à disposer des défenses pour les 
enfiler, des chemins couverts pour protéger leurs approches, des ouvrages 
bas pour obtenir un tir rasant au niveau du fond , des cunettes pour 
conduire les eaux pluviales, des écluses et retenues pour les inonder 
quand des cours d'eau ou des étangs voisins le permettaient (voy. archi- 
tecture MILITAIRE, BASTILLE, BASTION, BOULEVARD, CHATEAU, PORTE, SIÉGE). 

C'était au seigneur suzerain à régler l'étendue et la largeur des fossés, 
c'était lui qui dans certains cas exigeait qu'on les comblât. Quant à leur 
entretien, il était à la charge du seigneur ou à la charge des vassaux par 
suite de conventions spéciales. Nous trouvons dans un recueil très-curieux 
publié par M. A. ChampoUion-Figeac "^ la traduction d'un texte en 
langage gascon qui a pour titre : « Ayssi es la ordonnansa cum una viela 
« se deu fermar et armar contra son enamixs ^ » Dans ce texte , les 
passages relatifs aux fossés de défense sont à noter. 

« La manière de la fermeure de la ville : Premier emenl , il y doit 
« avoir tout à l'entour des grans, larges et profonds fossés , si profonds 
« qu'il y sorte de l'eau; et es endroits où il ne peut point avoir de l'eau, 
« doit estre fait au fonds des fossés grande quantité de vosias *, couvertes 
c( avec muraille de terre et d'herbe ; et après, y doit avoir de grands et 
« hauts murs, avec tours de défense de dix en dix brasses (environ 
« 16 mètres), et que les fossés soient bien netoyés et curés, du pied du 
« mur jusqu'au fond, d'herbes et de branchages. Et aux portails et 
« entrées, il y doit avoir des ponts-levis, et tous les chemins des entrées 

' Sauvai. 

^ Droits et usages concernant les travaux de construction publics ou prives sous 
la troisième race des rois de France. Paris, 1860. Leleux, édit. 

' Coll. Doat, t. CXLVIl, f" 282. M. A.Champollion-Figeac ne nous donne pas la date 
de ce texte. D'après la nature des défenses, il paraît être de la fin du xn" siècle. 

* M. ChampoUion-Figeac ne traduit pas le mot vosias. 



— S51 — [ FOSSÉ ] 

« doivent être rompus en travers, de grands fossés en cinq ou six lieux, 
« fors un petit et estroit passage , lequel on doit rompre quand besoing 
« est, afin qu'on ne se puisse point approcher des portes, à pied ni à 
« cheval, ni amener du feu en carexs (charrette) , ni en autre chose, et 
« faire grande quantité de vosias par les chemins des entrées ^ » 

Nous avons souvent trouvé des traces de ces coupures faites en travers 
des routes aboutissant aux portes. Ces coupures étaient garnies de bar- 
rières, et comme les routes longeaient presque toujours les fossés, afin 
d'être battues de flanc, par les tours et courtines , les coupures donnaient 
dans le fossé de ceinture, afin de ne pouvoir servir de refuge aux 
assiégeants; mais ces détails sont expliqués à l'article porte. 

Les petites villes ou bastides bâties dans la seconde moitié du xin" siècle 
en Guienne sont entourées de fossés avec enceinte ; la plupart de ces 
petites cités sont, ainsi que leurs défenses, d'une régularité parfaite ^ A 

* Il semblerait que ces vosias sont de petites traverses ou cavaliers peu élevés. On 
trouve des traces de ces traverses terrassées dans la descente à la barbacane de la 
cité de Carcassonne , et même dans les fossés creusés le long du front nord de cette 
forteresse. 

' A ce sujet, M. A. Champollion-Figeac paraît s'étonner, dans son recueil des Droits, 
de ce que nous ayons avancé ce fait (suffisamment prouvé par les belles recherches 
de M. de Vernheil et les travaux de M. Léo Drouyn), savoir : que des plans des villes 
d' Aigues-Mortes , de Carcassonne, de Villeneuve-le-Roy, de Villeneuve-l' Archevêque, 
de Sainte-Foy, de Monpasier, de Monségur, de Sauvelerre, etc., ont été arrêtés 
d'avance par des seigneurs suzerains du xiir siècle, et il ajoute, à propos du plan de 
Monpasier en Périgord : « L'auteur (du Dictionnaire) donne même le plan de cette 
« dernière ville. Mais il est vrai que cet auteur ne nous apprend pas d'où il a tiré ce 
" plan d'une ville du xiii^ siècle. » Nous avons tiré ce plan d'où M. Champollion- 
Figeac pourrait le tirer lui-même, c'est-à-dire de Monpasier, « jolie petite ville, dit le 
Dictionnaire de M. Girault de Saint-Fargeaii (Dordogne), à 46 kil. de Bergerac, 
chef-lieu de canton, fondée en 1284, sous la direction du fameux captai de Buch, 

Jean de Grailly; bien bâtie, formée de rues larges et tirées au cordeau » Il y a 

dans l'ouvrage de M. Champollion-Figeac, au milieu de recherches pleines d'intérêt, 
lorsqu'il cite d'anciens textes, bien d'autres appréciations singulières. Le savant 
compilateur nous accuse, par exemple, de nous laisser guider par les fantaisies de 
notre imagination au sujet des châteaux, lorsque nous donnons des plans d'après les 
monuments existants; entre autres choses, il paraît ignorer que le château Gaillard 
est encore debout en grande partie, que ses fossés taillés dans le roc vif ne sont 
nullement altérés; il prétend, en citant notre texte tronqué, qu'à la Roche-Guyon 
nous n'avons trouvé qu'une poterne du xiii' siècle, et que, sur ce fragment, nous 
bâtissons ce qu'il veut bien appeler des théories rétrospectives ; cependant les touristes 
qui descendent la Seine peuvent voir, non-seulement le château, mais le donjon intact 
qui le surmonte. Pour combattre ce qu'il présente comme des théories, des systèmes, 
et faire ressortir chez nous des contradictions nombreuses, M. Champollion-Figeac 
remplit quelques pages de son livre de citations empruntées au Dictionnaire ; citations 
incomplètes, avec commentaires , appréciations ou suppositions intercalées ; ce qui n'est 
pas digne, pensons-nous, d'une critique sérieuse. Il n'est pointd'auteur que l'on ne puisse 
mettre en contradiction avec lui-même en prenant un membre de phrase ici, un autre 



[ FOUR ] — 552 — 

propos de la bastide de Sauveterre, M. Léo Drouyn, dans l'excellent 
ouvrage qu'il publie sur la Guienne mililaire, donne le texte des privi- 
lèges accordés à cette commune, en 4283, par Edouard I". Dans ce texte 
latin % nous lisons l'article suivant relatif aux enceintes et fossés : 

« Item nous voulons que soldats et maîtres, bourgeois ou habitants de 
« ladite ville, soient exempts de tous les travaux communaux [commu- 
« nibus), excepté ceux des ponts, des puits, des routes et clôlures de la 
« ville, travaux auxquels les voisins du lieu sont tenus, sans aucun doute 
a de coopérer. Pour nous, nous sommes tenus de faire la première 
« clôture de la ville, et lesdits soldats et maîtres doivent veiller de jour et 
« de nuit pendant l'exécution du travail; les autres voisins sont, à leur 
« tour, responsables des maléfices qui se commettront de jour et de 

« nuit » Ainsi les clôtures, c'est-à-dire les fossés et remparts, étaient 

faits par le seigneur , sous la surveillance de la commune , autour de ces 
bastides ou bourgs fondés par privilège spécial du suzerain. Les seigneurs 
féodaux réclamaient contre l'établissement de ces petites communes, les 
évéques excommuniaient et les fondateurs et les habitants; mais ces 
réclamations et excommunications n'empêchaient pas les villes de 
s'élever. 

Les murailles d'Avignon, commencées en 1349 et terminées en 1374-, 
étaient entourées de fossés de vingt mètres de largeur environ sur une 
profondeur moyenne de quatre mètres au-dessous de la crête de la 
contrescarpe. Cette contrescarpe n'était pas entièrement revêtue ; mais, 
pour éviter les affouillements causés par les inondations du Rhône , on 
avait dallé le fond du fossé en larges pierres de taille ^. Le Rhône, la 
Sorgue et un bras de la Durance remplissaient en temps ordinaire une 
grande partie de ces fossés. 

FOUR, s. m. Four à pain. Dans les villes de France, le suzerain per- 
mettait rétablissement des fours à pain; c'était un privilège pour les 
seigneurs laïques, séculiers, ou pour les abbayes, qui en tiraient un 
profit. Ces fours banals, chauffés par les possesseurs du privilège, étaient 
établis dans des logis où chacun pouvait apporter son pain et le faire 
cuire en payant une redevance. Quelquefois ces fours banals, établis aux 



là, et en soudant ces fragments à l'aide de commentaires. M. Champollion croit, de 
la meilleure foi du monde, qu'en fait de monuments, la France ne possède que des 
archives et des bibliotlièques ; il ne comprend pas que l'on puisse distinguer une 
construction du xii'= siècle d'un édifice du xiv% sans le secours des actes de fondation. 
Il n'admet point les classitications par écoles, et nous demande des preuves. C'est à 
peu près comme si on demandait à des Anglais de prouver qu'ils s'entendent lors- 
qu'ils parlent entre eux. Apprenez l'anglais, et vous aurez la preuve. 

' Publié par la commission des monuments historiques de la Gironde; 1847. 

' Le dallage se trouve à trois mètres au-dessous du sol, lorsque les propriétaires 
actuels des terrains pris sur les fossés y font creuser des puits. 






KM KCHKS 



frais d'un seigneur féodal, étaient affranchis de tous droits par le suzerain. 
Certaines villes obtenaient le privilège de bâtir autant de fours quMl 
plaisait aux bourgeois d'en construire. Dans les tours des villes fortifiées, 
on établissait souvent des fours, afin de permettre à la garnison, en cas 
de blocus, de faire cuire son pain sans recourir aux habitants ou aux 
fours banals. La plupart des donjons possèdent leur four (voy. architectuie 

MILITAIRE, CHATEAU, DONJON, PORTE, TOUR). 

Les fours à chaux ne pouvaient, non plus que les fours à pain, être 
établis sans la permission du seigneur. 

FOURCHES l'ATiBiL AIRES. « Les liautcs justices locales, dit M. A. Cham- 
« poUion-Figeac ', pouvaient élever autant de fourches qu'elles désiraient 
« en établir. Les ordonnances du roi Jean, de 13i5 et de 1356, paraissent 
« sutFisamuient l'indiquer. Mais le sage monarque Charles V y ajouta un 
« privilège nouveau pour certaines localités, celui d'avoir des fourches 
« patibulaires à deux piliers. L'abbaye de Cluny obtint cette permission 
« toute de faveur en 1360, au mois de septembre ^ N'omettons pas un 
« dernier fait, qui prouvera qu'il n'était pas permis d'orner ces atroces 
« instruments de supplice d'autres signes que ceux que le roi voulait 
« qu'on y plaçât. Le comte de Rhodez ayant mis ses armes au haut d'une 
« potence établie sur la place des Carmes de cette ville, le sénéchal de 
« Rouergue fut immédiatement informé que le roi s'opposait formelle- 
« ment à ce qu'elles y fussent placées, et que le comte serait traduit 
« devant la haute justice du monarque. Il est vrai que l'apposition du 
« comte de Rhodez représentait, dans ce cas, une prise de possession de 
« la justice et de la place; mais c'était bien mal, pour un seigneur du 
« Rouergue , de choisir cette occasion de faire parade du blason de ses 
« armes, » C'était un privilège ; le mal était d'en user s'il n'en avait pas 
le droit. 

A ce propos, et pour prouver jusqu'à quel point le roi était jaloux de 
ses droits de juridiction, pendant le séjour des papes à Avignon , un 
insigne malfaiteur, poursuivi par les officiers de la justice pontificale, 
traversa, devant la ville, un bras du Rhône et se réfugia dans l'Ile dite du 
Mouton. Les gens du pape y abordèrent en même temps que le criminel, 
s'emparèrent de sa personne et le pendirent sur place à une potence 
dressée par leur ordre. Le cadavre du supplicié fut inhumé après le délai 
voulu. Ces faits ne furent rapportés que longtemps après aux officiers du 
roi de France, qui accusèrent les gens du pape d'avoir empiété sur les 
droits seigneuriaux du roi ; les officiers du pape alléguèrent, pour leur 
défense, qu'ils n'avaient pas l'intention d'usurper la juridiction royale-, 
mais qu'ils avaient cru devoir débarrasser la contrée d'un homme dange- 
reux. Les juges royaux n'insistèrent pas; mais pour que ce précédent ne 

' Droits et usages, p. 165. 

' CoUect. de chartes e1 diplômes, boîte 2(17. 

T. V. 70 



I FOURCHES 1 — 554 — 

pût être invoqué plus tard contre les droits de leur souverain, ils se 
transportèrent à leur tour dans l'île du Mouton, y procédèrent contre le 
supplicié, et, après lui avoir fait un procès en règle, le rependirent, en 
effigie, à une potence aux armes du roi '. 

Le droit de haute, moyenne et basse justice, appartenait à la féodalité; 
les grands vassaux qui relevaient directement du souverain «inféodèrent 
« certaines portions de leurs domaines à des vassaux d'un rang inférieur; 
« et ceux-ci, les imitant, constituèrent également de nouveaux fiefs, dont 
« ils gardèrent la suzeraineté. En même temps, les uns et les autres 
« firent cession de leur droit de justice sur ces portions de territoire, non 
« s?,ns mettre, toutefois, quelques restrictions à cet abandon, mais limi- 

« tant plus ou moins l'étendue du pouvoir qu'ils concédaient^ Les 

(( fourches patibulaires consistaient en des piliers de pierre réunis au 
« sommet par des traverses de bois auxquelles on attachait les criminels, 
« soit qu'on les pendit aux fourches mêmes, soit que, l'exécution ayant 
« été faite ailleurs, on les y exposât ensuite à la vue des passants. Le 
« nombre des piliers variait suivant la qualité des seigneurs : les simples 
« gentilshommes hauts-justiciers en avaient deux, les châtelains trois, les 
« barons quatre, les comtes six, les ducs huit; le roi seul pouvait en 
« avoir autant qu'il le jugeait convenable. » Il pouvait aussi faire suppri- 
mer les gibets dont il avait permis l'établissement. En 1487^, « le procureur 
« du roi au Chastelet alla en divers lieux de la prévosté et vicomte de 
« Paris faire démolir les fourches patibulaires, carquans, échelles, et 
« autres marques de haute justice, attendu que le roi Louis XI avoit 
« accordé à plusieurs droit de haute justice, qui fut révoqué par Edit de 
« révocation générale de tous dons de portion du domaine aliéné depuis 
« le deceds de Charles VII que fit publier Charles VIII à son avènement à 
« la couronne. » 

Les fourches patibulaires, dit Loyseau *, étaient placées au milieu des 
champs, près des routes et sur une éminence. En effet, beaucoup de lieux 
élevés, en France, dans le voisinage des abbayes, des résidences seigneu- 
riales, ont conservé le nom de la Justice, la grande Justice. 

Certains gibets étaient faits de bois, se composaient de deux poteaux 
avec traverse supérieure et contre-fiches; mais nous n'avons pas à nous 
occuper de ceux-ci , qui n'ont aucun caractère monumental. Parmi les 
gibets renommés, pouvant être considérés comme des édifices , il faut 
citer en première ligne le gibet de Montfaucon. Sauvai dit que, « dès 
« l'an 1188 et peut-être auparavant, il y avait un lieu patibulaire sur le 
« haut de Montfaucon Montfaucon, ajoute-t-il, est une éminence 

' Renseignements fournis par M. Achard, archiviste de la préfecture de Vaucluse. 
^ Des anciennes fourches palibulaires de Montfaucon, par A. de Lavillegille. Paris, 
1836. Tecliener. 

■^ Comptes et ordinaires de la prévôté de Paris. (Sauvai, t. 111, p. 481.) 
'' Traité des seigneuries. — Jacquet, Traité des justices. 



— 555 — [ FOURCHES 1 

« douce, insensible , élevée, entre le faubourg Saint-Martin et celui du 
M Temple, dans un lieu que l'on découvre de quelques lieues à la ronde. 
« Sur le haut est une masse accompagnée de seize piliers ', où conduit 
« une rampe de pierre assez large, qui se fermoit autrefois avec une 
« bonne porte. La masse est parallélogramme, haute de deux à trois 
« toises, longue de six à sept, large de cinq ou six, terminée d'une plate- 
« forme, et composée de dix ou douze assises de gros quartiers de 
« pierres bien liées et bien cimentées, rustiques ou refendues dans leurs 
« joints. Les piliers gros, quarrés, hauts chacun de trente-deux à trente- 
« trois pieds, et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres 
« refendues ou rustiques (à bossages) , de même que les précédentes, et 
« aussi bien liées et bien cimentées, y étoient rangées en deux files sur 
« la largeur et une sur la longueur. Pour les joindre ensemble et pour y 
« attacher les criminels, on avoit enclavé dans leurs chaperons deux gros 
« liens de bois qui traversoient de l'un à l'autre, avec des chaînes de fer 
« d'espace en espace. Au milieu étoit une cave où se jettoient apparem- 
« ment les corps des criminels, quand il n'en restoit plus que les 
« carcasses, ou que toutes les chaînes et les places étoient remplies. 
« Présentement cette cave est comblée , la porte de la rampe rompue, ses 
« marches brisées : des pilliers, à peine y en reste-t-il sur pied trois ou 
« quatre, les autres sont ou entièrement ou à demi ruinés. » 

Bien que Sauvai ne nous dise pas à quelles sources il a puisé ses 
renseignements, divers documents ^ établissent l'existence d'un gibet à 
Montfaucon, au moins dès le xiii'' siècle. — Un acte d'accommodement du 
mois de septembre 1233 entre le prieur de Saint-Martin-des-Champs et 

le chapitre de Notre-Dame contient le passage suivant : « Quatuor 

« arpenta et dimidium quarterium juxta pressorium combustum, duo 
« arpenta et dimidium quarterium circa gibetum , quatuordecim 

« arpenta » — Un acte de vente du mois de juin 1249 : « Super 

« tribus arpentis vince site juata pressorium sancti Martini prope 

« gybetum, in censiva ejusdem capituli ^. » Il résulte de ces deux 

actes que, dans les années 1233 et 1249, ajoute M. de Lavillegille, il 



' A chascun le sien, c'est justice : 

A Paris, seize quartenieis : 
A Montfaucon seize pilliers, 
C'est à chacun son bénéfice. 

Seize, Mont-faucon vous appelle, 
A demain, crient les corbeaux, 
Seize pilliers de sa chapelle 
Vous seront autant de tombeaux. 

[Satyre Ménippée.) 

' Des anciennes fourches patibulaires de Montfaucon, par A. de Lavillegille. 
3 Arch. de l'Empire. Sect. dom. S. 216. Titres du fief du Cens commun que possé- 
dait autrefois le chapitre de Notre-Dame de Paris. 



I KOIKCHKS I 55(j — 

existait un gibet sur le territoire du Cens coniuaui : or le gibet de Mont- 
faucon se trouvant précisément dans cette censive, c'est évideniinent de 
lui dont il est parlé. Dans le roman de Berihe aux gratis pies, qui date 
de 1270 environ, il est question d'un certain Tibot pendu aux fourches de 
Montfaucon. Il y a donc lieu de croire que Pierre de Brosse ou Enguerrand 
de Marigny, auxquels on attribue la construction des fourches de Mont- 
faucon, n'ont fait que les réparer ou les reconstruire. L'ouvrage en pierres 
de taille à bossages dont parle Sauvai ferait croire que cet édifice avait été 
entièrement refait au commencement du xiv'^ siècle ou à la fin du xin", 
ce genre d'appareil étant fort usité alors pour les bâtisses civiles. Ce gibet 
monumental était situé à côté de l'ancien chemin de Meaux , non loin de 
la barrière du Combat*. Comme le fait observer M. de Lavillegille, les 
seize piliers de l'édifice de Montfaucon étaient encore réunis ( ce que 
Sauvai n'explique pas et ne pouvait indiquer clairement, puisque de son 
temps le gibet était ruiné) par des traverses en bois intermédiaires. 

Louis X « commanda pendre et étrangler Enguerrant à la plus haulle 

« traverse de boys du gibet de Paris. Paviot fut puny de pareille puni- 
ce tion, excepté qu'il fut attaché au-dessous de Enguerrant ^ » La 
tapisserie de l'Hôtel de ville de Paris (plan de Paris) indique le gibet de 
Montfaucon avec trois traverses de bois. De plus, Sauvai, dans les Comptes 
et ordinaires de la prévôté de Paris (t. III, p. 278), donne la pièce 
suivante, qui est importante (1425, Charles VII) : 

« OEuvres et réparations faites en la grande Justice de Paris. A 

« pour avoir fait en ladite Justice les besognes cy-après : c'est à sçavoir, 
« avoir pellée et découverte la terre au pourtour des murs qui font- 
« closture de ladite Justice, quarante pieds loing d'iceux murs : et si ont 
« découverte et blanchie la place qui est dedans icelle closture, et aussi 
« ont blanchi tous lesdits murs et les pilliers et poultres d'icelle Justice, 

« tant dehors comme dedans, à chaux et colle et chaux, colle, croye 

« (craie), et eschafaux, peines d'ouvriers pour ce faire, etc. 

« A tailleurs de pierres et maçons, pour avoir fait arracher plusieurs 

« vieux carreaux (de pierre) qui estoient rompus et froissés, tant es pilliers 
« cormiers (d'angle), comme es pilliers estraiefs (intermédiaires), et es 
« murs qui font closture au pourtour de la closture d'icelle Justice ; et en 
« lieu d'iceux y avoir mis et assis quarante carreaux doubles (boutisses) 
« et un cartron de parpaings de la pierre du blanc caillou, et rétabli 
« plusieurs trous qui estoient esdits murs par dehors œuvre, et empli de 
« piastre tous les joints desdits murs, et pour avoir désassis et rassis tous 
« les entablemens de pierre qui sont sur lesdits murs au pourtour de 
« ladite Justice, et fait deux eschiffes de mur qui sont d'un côte et d'autre 
« de l'entrée d'icelle Justice, et désassises et rassises les marches de 
« taille qui sont en icelle entrée, de dessellées quarante-huit vieilles 

' Voy. le plan de Verniquet. 

' (iagnin. Grandes chroniques de France. 



— 557 — [ FOURCHES J 

« poultres qui ont été otées et descendues d'icelle Justice, et en scellées 
« quarante-liuit autres qui y ont été mises neuves, et mis deux coings de 
« pierre en l'un des pilliers estraiefs, au lieu de deux autres qui estoient 
« usés et mangés d'eau et de gelée, dont pour ce avoir fait, ils doivent 
« avoir, etc. » 

En 1466, nous lisons dans les mêmes Comptes (p. 389) ce passage : 
« A la grant Justice de Paris furent attachées et clouées cinquante deux 
« chaînes de fer pour servir à pendre et étrangler les malfaiteurs qui en 
« icelle ont été et seront mis par ordonnance de justice. » Va\ I48r), le 
gibet de Montfaucon menaçait ruine, car les Comptes de la prévôté 
contiennent cet article (p. 476) : « et fut fait aussi un gibet joignant le 
« grand gibet, qui est en danger de choir et tomber de jour en jour. » 

Les condamnés étaient suspendus aux traverses au moyen d'échelles 
auxquelles ils devaient monter, précédés du bourreau. «Huit grandes 
« échelles neuves mises en la Justice patibulaire de Montfaucon K >■> Ces 
échelles dépassaient chaque traverse de manière à ce que le patient eût 
la tête à la hauteur voulue ; le bourreau, monté sur le haut de l'échelle, lui 
passait la chaîne autour du cou, et, descendant, retirait l'échelle. 

Voici donc, d'après la description de Sauvai et les documents gra- 
phiques % le plan (i) en A des fourches patibulaires de Montfaucon. Vu 
leur hauteur (10'", 00 au moins), les piliers ne pouvaient pas avoir moins 
d'un mètre de diamètre ; les seize piliers , rangés « en deux fdes sur la 
largeur et une sur la longueur, » devaient laisser quinze intervalles entre 
eux de l'",50 sur le grand côté et de 1",20 sur les deux petits. Il ne 
pouvait donc y avoir qu'une chaîne à chaque traverse des petits côtés et 
deux au plus entre celles du grand. Les traverses étant au nombre de 
trois, cela faisait soixante chaînes. Ainsi s'explique le nombre de cin- 
quante-deux chaînes neuves fournies en 14-66; peut-être en restait-il 
quelques-unes anciennes pouvant servir. Les traverses étaient nécessaire- 
ment doublées, tant pour fixer les chaînes que pour permettre au bour- 
reau de se tenir dessus , et pour étrésillonner convenablement des piles 
aussi hautes. 11 fallait donc quatre-vingt-dix traverses ou soixante seule- 
ment, si les traverses basses étaient simples. La fourniture de quarante- 
huit traverses neuves faite en 1425 n'a donc rien qui puisse surprendre. 

La hauteur des piles (en admettant que la tapisserie de l'Hôtel de ville 
indique une traverse de trop) ne peut laisser de doutes sur le nombre de 
ces traverses. On n'aurait pas élevé des piles de plus de dix mètres de 
liauteur pour ne poser qu'une traverse supérieure et une seule intermé- 
diaire, car il y aurait eu ainsi des places perdues en hauteur ; or il est 
certain qu'on tenait à en avoir le plus grand nombre possible. 

On voit, en B, sur le plan A, le caveau indiqué en pointillé, avec son 



' Compten l'I ordiiKÙrcx. (Sauvai, t. 111, p. 533.) 

- Tapisserie de riiùlel de ville, vue de l'hôpital Sainl-Louis, 1641, Chàtiiloii 
C.hàloniiais. Vue de Ihôpilal Saint-Louis, Pérelle, 



FOURCHES 



558 — 




orifice C^ destiné à jeter les corps et débris, et sa porte de vidange D. En 



— 559 — [ FOURCHES 1 

E est tracée la coupe faite sur ab montrant le degré, avec les murs 
d'échiffre réparés en 1425, et la porte, munie de vantaux, dont parle 
Sauvai. On dressait les éclielles au moment des exécutions, et celles-ci 
étaient vraisemblablement déposées sur la plate-forme. 

Parfois la cave destinée à servir de dépôt pour les restes des suppliciés 
se trouvait tellement encombrée, la plate-forme jonchée de débris, les 
chaînes garnies d'ossements, qu'il fallait faire une vidange générale et 
enterrer ces restes corrompus ou desséchés. Cette opération était néces- 
saire, par exemple, lorsqu'il fallait remplacer les poutres, ce qui avait 
lieu assez fréquemment. 

Au bas de l'éminence sur laquelle s'élevait le gibet de Montfaucon vers 
le couchant, une croix de pierre avait été dressée, disent quelques 
auteurs, par Pierre de Craon, en mémoire de l'ordonnance que ce 
seigneur avait obtenue de Charles VI en 1396, et par laquelle des confes- 
seurs étaient accordés aux condamnés. Mais cette croix semblerait plutôt 
avoir été placée là, en 1403, à la suite de l'exécution de deux écoliers de 
l'Université ordonnée par le prévôt de Paris. En effet, Monstrelet ^ rapporte 

ainsi le fait : « Messire Guillaume de Tigouville, prévost de Paris, 

« feit exécuter deux des clercs de l'Université : Est à sçavoir : un nommé 
« Legier de Monthilhier, qui estoit Normant; et l'autre nommé Olivier 
« Bourgeois, qui estoit Breton : lesquels estoient chargez d'avoir commis 
« plusieurs larcins en divers cas. Et pour ceste cause nonobstant qu'ils 
« fussent clercs, et qu'en les menant à la justice criassent hault et clair, 
« clergie; affin d'estre recoux; neantmoins (comme il est dit) furent 
« exécutez et mis au gibet; et depuis par les pourchats de l'Université, 
« fut iceluy prévost privé de tout office royal. Et avec ce fut condanmé de 
« faire une croix de pierre de taille, grande et eslevée, assez près du 
« gibet, sur le chemin de Paris ; où estoient les images d'iceux deux 
« clercs, entaillées. Et outre les feit despendre d'iceluy gibet, et mettre 
« sur une charrete couverte de noir drap : et ainsi accompaigné de ses 
« sergens et autres gens portant torches de cire, allumées ; furent menez 
« à S. Mathurin et là rendus par le prévost au recteur de l'Université... » 

Nous donnons (2) une vue de cet édifice du côté de l'arrivée faisant 
face au sud -ouest. Le degré étant placé, bien entendu, par derrière, les 
condamnés étaient amenés sur la plate-forme après avoir fait le tour du 
massif de maçonnerie. En bas de notre figure est placée la croix de 
Guillaume de Tigouville, indiquée d'ailleurs dans la tapisserie de l'Hôtel 
de viHe. 

La figure 3 présente le gibet du côté de l'entrée. 

Il ne parait pas qu'il ait existé sur le territoire de la France d'autres 
fourches patibulaires d'un aspect aussi monumental. A Paris, elles n'é- 
taient pas les seules : il existait un gibet hors de la porte Saint-Antoine, un 
sur le terrain de la Cité derrière l'Évêché, un sur l'emplacement occupé 

' Chroniques, ch. xrii. 



FOI IICHES 



— 560 — 



aujourd'hui par l'extrémité occidentale de la place Dauphine, un aux 
Champeaux, un derrière les jardins des Petits-Augustins, à peu près à la 
hauteur de la rue Saint-Benoît, et qui se trouvait sur les terrains de 
l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Ce dernier gibet, comme beaucoup 




•ÎMiaviV'*- 



d'autres, se composait de quatre piliers de pierre avec quatre traverses de 
bois. 11 est figuré dans la tapisserie de l'Hôtel de ville et dans le grand 
plan de Mérian. D'autres encore se composaient de deux piles avec une 
Seule traverse, ou de trois posées aux angles d'un triangle équilatéral 
avec trois traverses de couronnement. L'aspect hideux de ces édifices, 
l'odeur empestée qui s'en exhalait n'empêchaient pas l'établissement de 
cabarels, de courtilles et de lieux de débauche dans leur voisinage. 

■< Pour passer temps joveusemeni, 

" Raconter vueil une repene 

" Qui (nt f'aicte subtillenient 

« Près Montfanlcon, c'est chose sçeûe, 



n Tant parlèrent du bas mestier, 
" Que fut conclud, par leur façon, 
« Qu'ilz yroyent, ce soir-là, coucher 
" Près le gibet de Montfanlcon, 



— 561 — 

" Et auroyeiu, pour provision, 
>< Ung pasté de façon sul)tiie, 
'< Et menroyenl, en conclusion, 
« Avec eiilx chascun une fille. 



FOURCHES 



« Non loin de Montfaucon, dit M. de Lavillegille% se trouvait un autn 




gibet, plus petit, et qui portait le nom de Montigny. Construit et démoli à 

' La Repeue faicte auprès de Montfaiilcon. Poésie attribuée à Villon. Édit. Jannel, 
p. 292. 1854. 



Les anciennes Fourches patibulaires, p. 38. 

T. V. 



71 



[ FRiSK I — 562 - 

plusieurs reprises, il semble n'avoir été destiné qu'à suppléer momenta- 
nément au grand gibet, lorsque celui-ci avait besoin de quelques répara- 
tions. La première mention du gibet de Montigny remonte à l'année 1328. 
11 n'existait plus au commencement du xv^ siècle, puisqu'en 1416 il fallut 
construire un gibet provisoire, en attendant les travaux que l'on faisait à 
Montfaucon. » Ce gibet consistait en quatre poteaux de bois d'un pied 
d'équarrissage et de vingt pieds environ de hauteur, engagés à leur pied 
dans un mur d'appui de deux pieds d'épaisseur et d'autant de hauteur 
environ. Quatre traverses réunissaient la tête des quatre poteaux '. 

Les fourches patibulaires servaient de lieu d'exposition pour les 
condamnés exécutés en d'autres lieux et qui même n'avaient point été 
pendus. Les corps des décapités étaient enfermés dans un sac ; on expo- 
sait aussi aux gibets les suicidés, des mannequins figurant des condamnés 
par contumace. Le cadavre de l'amiral de Coligny fut suspendu au gibet 
de Montfaucon par les pieds. L'Etoile rapporte que Catherine de Médicis, 
« pour repaître ses yeux, l'alla voir un soir et y mena ses fils, sa fille et 
« son gendre. » Depuis lors ces fourches patibulaires ne servirent guère 
aux exécutions ou expositions. Sauvai cependant dit y avoir encore vu 
des cadavres, bien qu'alors cet édifice fût en ruines. 

Les fourches patibulaires ne servaient pas seulement à pendre des 
humains, on y suspendait aussi des animaux, et notamment des porcs, 
condamnés à ce genre de supplice à la suite de jugements et arrêts rendus 
pour avoir dévoré des enfants. (Voy. à ce sujet la brochure de M. E. Agnel, 
Curiosités judiciaires et historiques du moyen âge. Paris, 1858. Du- 
moulin.) En cas pareil , les formalités judiciaires du temps étaient 
scrupuleusement suivies , et , comme il était d'usage de pendre les 
condamnés vêtus de leurs habits , on habillait les animaux que l'on 
menait au gibet. « En 1386, une sentence du juge de Falaise condamna 
« une truie à être pendue pour avoir tué un enfant. Cette truie fut 
« exécutée sur la place de la ville, en habit d'homme - » 

En 1314 ^, un taureau qui avait tué un homme fut jugé et pendu aux 
fourches patibulaires de Moisy-le-Temple. Il y eut appel de la sentence. 
Le jugement fut trouvé équitable ; mais il fut décidé que le comte de 
Valois n'avait aucun droit de justice sur le territoire de Moisy, et que les 
officiers n'auraient pas dû y instrumenter *. 

FRISE, s. f. Ornement courant, remplissant une assise horizontale sous 
un bandeau, sous une corniche. Dans l'architecture romaine, on entend 
par frise l'assise unie ou décorée qui se trouve comprise entre l'architrave 
et la corniche. L'architecture du moyen âge, n'employant plus l'entable- 

' Sauvai, t. II, p. an. — Félibien, t. I, p. 564. Pièces justificatives B. 

'' Citrios. judic. M. E. Agnel. 

^ Carlier. Histoire du duché de Vcdois, t. II, p. 207. 

* Saint-Koix. Esxaix hiat. aur Paris, t. V, p. 100. 1776. 



— 563 - 



FUT 



ment des ordres antiques, ne possède pas, à proprement parler, de 
frises. Toutefois on donne le nom de frises, dans rarchitecture romane 
ou l'architecture gothique, à des bandeaux, lorsque ceux-ci sont décorés 
de sculptures (voy. bandeau, corniche, sculpture). 

FUT, s. m. Partie de la colonne comprise entre la base et le chapiteau 

(voy. COLONNE, COLONNETTE, CONSTRUCTION). 



FIN DU TOME CINQUIÈME. 



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DATE DUE 


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