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Full text of "Chrestomathie de l'ancien français (VIIIe-XVe siècles) : accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire"

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Univers ity of Toronto 



http://www.archive.org/details/chrestomathiOObart 




LIBRARY • 



Tci 



CHEESTOMATHIE 



DE L'ANCIEN FRANÇALS 



(VHP— XV' SIECLES) 



ACCOMPAGNÉE D'UNE GRAMMAIRE ET D'UN GLOSSAIRE 



I' A K 



RARE BARTSCH. 



QUATRIÈME ÉDITION CORRIGEE ET AUGMENTEE. 



LEIPZIG, 

F. C. W. VOGEL. 
1880. 



A LA MEMOIRE 



DE 



FRIEDRICH DIEZ. 



9C 
PRÉFACE DE lA PREMIÈRE ÉBITION. 



Les professeurs qui enseignent dans nos universités les littératures romanes ont 
sans doute regretté souvent, comme moi, le nnuK^ue d'une clirestomathie de l'ancien 
français. C'est en vue de leur être utile que le présent livre a surtout été composé; 
mais j'espère qu'il sortira du cercle académique et qu'il contribuera à stimuler et à faire 
progresser les études dans ce domaine. La forme française que je lui ai donnée pourra 
servir à le répandre en France, sans qu'il y ait lieu de craindre qu'elle diminue son 
utilité pour les Allemands. 

La richesse surprenante de l'ancienne littérature française rendait bien difficile d'eu 
présenter un tableau à peu près complet dans l'étroit espace que m'imposait la nature 
du livre. Je devais donc me borner à représenter, par des exemples caractéristiques, 
les diverses tendances et les aspects variés de chaque période: j'espère que sous ce 
rapport on n'aura pas de lacune grave à me reprocher. Je n'ai pas besoin de justifier 
la prépondérance accordée aux douzième et treizième siècles, qui représentent la com- 
plète efflorescence des littératures du moyen-âge. 

La méthode peu critique avec laquelle les anciens textes ft-ançais ont souvent été 
publiés rendait nécessaire le recours aux sources originales: je ne m'en suis dispensé 
que quand elles n'étaient pas accessibles ou que j'avais sous les yeux des textes dignes 
de toute confiance. En outre, j'ai cherché à donner plus de valeur à cette Cliresto- 
mathie en y comprenant des morceaux inédits. J'ai été efficacement aidé, à ces deux 
points de vue, par mes amis MM. A. Ebert, P. Meyer, H. Michelant, A. Mussafia, 
Fréd. Pfeiffer et E. Sti-ehlke. Je dois surtout remercier ici M. Schinner, qui a bien 
voulu, avec un dévouement tout désintéressé, collationner à Paris la plus grande partie 
des morceaux désignés, ainsi que M. Manefeld, qui a revu également quelques pièces. 
Un voyage inespéré à Paris m'a permis d'ajouter et do compléter moi-même en maint 
endroit. 

La grammaire et les notes ont été mises en français par mon ami M. Gaston Paris; 
je ne pouvais lui demander le travail considérable qu'exigeait le glossaire: je n'ai fait 
que le consulter sur quelques point oii je doutais. Je prie donc les lecteurs français 
de m'excuser si, dans cette partie de l'ouvrage, ils ne trouvent pas toujours l'expression 
allemande rendue par la nuance française correspondante. 



La grammaire et le glossiiire, pour lesquels, une fois le texte imprimé, il ne 
restait que peu de place, out dû se resserrer autant que possible. La grammaire ne 
comprend donc qu'un court aperçu du système des formes d'après les matériaux fournis 
par la clirestomathie ; j'ai renoncé à la phonétique; je n'ai pas non plus abordé la 
distinction, encore mal établie, des dialectes, parce que ce travail, qui a pour base 
essentielle la phonétique, ne peut être entrepris qu'à l'aide d'une étude comparative de 
tous les documents et spécialement des chartes. La lecture attentive des variantes 
montrera toutefois que mon texte repose sur l'étude des dialectes et de l'usage spécial 
à chaque poète. Dans le glossaire, j'ai écarté, pour épargner de la place, toutes les 
étymologies et les noms propres, et je n'ai donné que peu de citations. J'ai supprimé 
la traduction en français moderne partout oii la forme et le sens des anciens mots la 
rendaient inutUe. 

RosTOCK, juillet 1866. 



PREFACE DE LA DEÏÏXIEME EDITION. 



Le succès de ma chrestomathie française, qui au bout de cinq ans rend une seconde 
édition nécessaire, ne me fait pas illusion sur ce qui lui manquait et lui manque encore. 
Je suis loin d'attribuer ce succès à la valeur de mon livre; j'y vois simplement la con- 
firmation de ce que je disais en le publiant, que le besoin d'un ouvrage de ce genre 
se faisait vivement sentir. 

La composition d'une chrestomathie est une tâche moins aisée que bien des gens 
ne le croient sans doute. Le choix n'est déjà pas sans être souvent embarrassant, 
sortoat quand il faut donner dans un petit espace le tableau d'une riche littérature. 
Mais ce qui e.st autrement difficile, si l'éditeur ne veut pas se borner à reproduire les 
manu-scrits ou les éditions qui sont à sa portée , c'est la constitution des textes. J'ai 
essayé de dégager des accidents et des caprices, (ju'elle a eus à subir dans les manu- 
scrits du moyen-âge, la langue véritable et même la nuance dialectale de chaciue poète. 
Dans le domaine de l'ancien français, c'était la première tentative de ce genre: elle 
n'est pas restée sans influence. On se met peu à peu à apjjliquer cette méthode, et 
pour ne citer que deux exemples, on commence à laisser subsister ou à supprimer, chez 
tel 00 tel poète, indépendamment des manuscrits, l'adoucissement de z en s, et à 
distinguer les na.sales an et en, comme je l'ai fait le premier dans la chrestomathie. 
J'attache plus de prix a ces succès sans bruit qu'à l'épuisement rapide de ma pre- 
mière édition. 



Je rae suis surtout préoccupé, dans cette nouvelle édition, en ce qui concerne le 
texte, d'améliorer l'ordre chronologique et de compléter certaines parties, notamment 
l'épopée nationale; j'ai écarté en retour (juelques pièces insignifiantes. Je dois à mon 
ami Gaston Paris la communication de sa collation , faite sur le manuscrit original , de 
la Passion et de St. Léger, et du texte de son édition critique de St. Alexis. 

On pourrait désirer que le glossaire et la grammaire fussent plus dét<aillés; mais 
l'éditeur n'était pas disposé à grossir le volume, et j'ai dû me borner à corriger les 
fautes de ma i)remière édition; j'ai profité naturellement des critiques *jui m'ont été 
adressées. Le meilleur serait i)eut-L'tre, dans l'avenir, de séparer de la chrestomathie 
la grammaire et le glossaire , ([ui alors recevraient des augmentations notables et for- 
meraient des manuels à i)art. 

Heidelberg, octobre 1871. 



PRÉFACE DE LA TROISIEME EDITIOîf. 



On reconnaîtra dans ce troisième remaniement de mon travail, je veux l'espérer, 
cette même tendance qui, dès la deuxième édition, m'avait conduit à donner à ce livre 
une forme de plus en plus parfaite. Mon dessein n'était pas d'augmenter les textes, 
mais seulement de les réviser et de les améliorer. Je dois mentionner ici avec recon- 
naissance les travaux de G. Paris sur la Passion du Christ et sur St. Léger. 

Quant à la notation des voyelles, appuyé sur l'expérience, j'ai fait cette fois-ci, 
un usage plus fréquent du tréma, plus étendu même que ne le font les savants français. 
Si l'on veut employer ce signe, il faut l'employer d'une manière plus logique qu'on ne 
le fait ordinairement. J'ai laissé ee sans tréma {veez , etc.), car il est très -rare de 
trouver ec fonnant ime seule voyelle. 

J'ai élargi le glossaire en y insérant des indications plus nombreuses sur le passage 
d'une fonne à une auti-e. J'ai indiqué, à côté des mots à flexions irrégulières, la 
pagination coiTespoudante du tableau des flexions. 

Je remercie cordialement MM. Fôrster de Prague, Mussafia de Vienne, et Scholle 
de Berlin, pour le bienveillant concours qu'ils ont maintes fois prêté à l'amélioration 
de cette édition. 

Heidelbekg, juillet 1875. 



PREFACE LE LA QUATRIEME EDITION. 



En ce qui concerne le choix des textes, la quatrième édition de ma chrestomathie 
se distingTie des précédentes par deux morceaux que j'y ai introduits: l'un est tiré de 
„Crormund et Isembart", l'autre, du „ Voyage de Charlemagne ". Les anciens morceaux 
ont été révisés conformément aux éditions les plus récentes; c'est le cas, entre autres, 
pour les extraits de Kuland, du Chevalier au Lyon, d'Aucassin et Nicolete. 

Le tableau grammatical et le glossaire ont reçu également diverses améliorations. 

De même que dans les éditions précédentes je dois adresser aujourd'hui mes remer- 
ciments à plusieurs personnes qui ont bien voulu ra'aider dans l'accomplissement de mon 
travail ; ce sont MM. F. Apfelstedt de Bonn , W. Fôrster de Bonn , E. Koschwitz de 
Strasbourg, F. Neumann de Heidelberg, et H. Yarnhagen de Greifswald. 

Heidelbebg, juillet 1S80. 

KARL BARTSCH. 



GLOSSAIRE DE CASSEL. 



Altromanisclie Glossare berichtigt und erkldrt von Friedrich Diez, Bonn 18G5, p 73 — "S 
tt p. 92 — 121; cf. W. Grimin, Exhortutio ad plebem christianam, Berlin 184S; Holtzmaun , Kellen 

und Germanen p. 171 — 177. 



homo, mail, caput, haui^it. ucrticem, skei- 
tila. capiili, fahs. oculos, augun. aures, aoriin. 
nares, nasa. deutes,zcndi. timporibus,thinnapah- 
hun, hiut'lilun. facias, uuaugim. mantiin, chiniii. 
maxillas, chinnpein. coUo, hais, scapulas, ahsla. 
humérus, ahsla. toiulit, skirit. tundi meo ca- 
piili, skir min fahs. radi meo colli, skir minan 
hais, radi meo parba, skir minan part, l'a- 
dices, uurzun. labia. lefsa. palpebre, prauua. 
inter scapulas, untar hartinun. dorsum, hrucki. 
un os spinale , eiu hruckipeini. renés , lenti. 
coxa, deoh. os maior, daz msera pein deohes. 
iunuclu, chniu. tibia, pein. calamel, uuidar- 
peini. taluun, anchalo. calcanea, fersna. pedcs, 
foozi. ordiglas, zœhun. uncla, nagal. membras, 
lidi. pectus, prust. bracliia, arm. manus, haut, 
palma, prêta, digiti, tingra. polix, dumo. index, 
zeigari. médius, mittarosto. medicus . laahhi. 
auricularis, altee. minimus, minnisto. putel, 
darm. putelli, darma. lumbulum, lentiprato. 
figido, lepara. pulmone, lungunne. intrange, 
innida. stomachus, mago. latera, sitte. costis, 
rippi. unctura, smero. cinge, curti. lumbus, 
napulo. umbilico, napulo. pecunia, tihu. ca- 
uallus, hros. equm, hengist. iumenta, marhe. 
equa, marhe. puledro , folo. puledra, fulihha. 
animalia, hrindir. boues, ohsiin. uaccas, choi. 
armentas, hrindir. pecora, skaaf. pirpici, uui- 
dari. tidelli, chalpir. ouiclas, auui. agnelU, 
lempir. porci, suuinii-. verrat, paerfarh. troia, 
suu. scruua, suu. purcelli, farhir. aucas, 

3 thiuniipuhliun IV. Griinm : chinuapahhun Ms. 
7 me meo colli J/a-. il osti ils; cf. Diez p. 96. 
13 iunuclu Z>(e2 (p. 97) : iunuolu J/a-. 14 taluun 
Diez: talauun Ms. anchalo Grimm : anchlao Ms. 
16 ordiglas Diez (p. 9S): ordigas Ms. 19 auricula- 
ris W. Griiiirn : articulata Ms. 22 innida Graff: 
indinta Ms. 30 porci Diez {p. 102): porciu Ms. 
verrat Diez (p. 102): ferrât Ms. 
Bartsch, Chrestomathie, IV. Ed. 



cansi. auciun, cnensincli. puUi, honir. pulcins, 
honchli. callus, hano. galina, hanin. pao, phao. 
paua, phain. casa, hus. domo, cadam. raansi- 
une, selidun. thalamus, chamara. stupa, stupa. 

.") bisle, phesal. keminada, cheminata. furn, ofan. 
caminus, ofan. furnax, furnache. segradas, sa- 
garari. stabulu, stal. pridias, uuanti. esilos, 
pretir. mediran, cimpar. pis, first. trapes, ca- 
pretta. capriuns, rafuun. scandula, skintala. 

lopannu, lahhan. tunica seia, tunihha. camisa, 
pheit. pragas, prôh. deurus, deohproh. fasselas, 
fanun. uuindicas, uuintinga. muffias, hantscoh. 
uuanz, u'hinor. uasa, uuahsir. caua. dolea 
putin. tunne idrias, choffa. tunne carica, chofl'a 

lô fodarmaziu. sisireol, stanta. cauuella, potega. 
gerala, tina. zuuipar. siccla, einpar. sedella, 
sicleola, ampri. sestar, sehtari. calice, stechal. 
hanap, hnapf. cuppa, chupf. caldaru, chezil. 
caldarola, chezi. cramailas, hahla. implenus 

20 est, fol ist. palas, scufia. sappas, hauua. sac- 
curas, achus. manneiras, parta. siciles, sihhila. 
falceas, segansa. taradros, napugsera. scalpros, 
scraotisarn. planas, paumscapo. liones, seh. 
fomeras. uuaganso. martel, hamar. mallei, 

2ô slaga hamar. et forcipa, anti zanga. et inchus, 
anti anapaoz. de apis, picherir. siluuarias, 
folliu. puticla, flasca. manducaril, moos. ua, 
cane, fac iterum, to auar. citius, sniumo. ui- 
uaziu, iili. argudu, skcero. moi, mutti. quanta 

3(1 moi , hiu manage mutte. sim , halp. aia tutti, 
uucla aile, uestid, cauuati. laniu uestid, uulli- 
naz. Uni uestid, lininaz. tramolol, sapan. uel- 

3 casa Diez: casu Ms. 13 uasa Diez: uuasa Ms. 
14 tunne Holtzmunn: ticinnc Ms. 19 caldarola 
Z>ies .• caldarora .1/s . 23 scraotisran .l/^v. 24 uug- 
anso ifs. 26 /. avec Diez {p. 1 IH) alvaria de apis, 
picherir folliu. 2" mandacaril Ms. 30 hiu] in 
Ms. weo Griin7ii. 

1 



IXe SIECLE. 



lus, uuillus. piuixisti, stahhi. piinge. stih. 
campa, hamma. pondcrosus . haolohtcr. albio- 
culus, staraplinter. g}ppus, houarohter. et lip- 



pus, prehanprauucr. claudus, lamer. mutus, 
tumper. tinas, zuuipar. situlas, einpar. gul- 
uium, noila. 



LES SERMENTS DE STRASBOURG DE 842. 

Xilhardi historiarum lib. 3, cap. 5, dans Pertz, Monumenta Germaniae historica 2, 665. Friedrich 
Ditz, altromanische Sprachdenkmale , Bonn lS-i6, p. 3 — 14. Photographie dans: Les plus anciens 
monuments de la langue française par G. Paris. {Paris 187.5) planche 1. Les plus anciens tnonu- 
ments de la langue française publiés par Eduard Koschwitz . Heilbronn 1S79, /). l — 3. J. Brakel- 
mann dans Zeilschrift fur deulsche Philologie 3, 91 «s. //. Suchier dans Jahrbuch filr romanische 
Literatur 13, 3S1 .«. (7. Grôber ib. 15. 82^. Liicking , die àltesten franziisischen Mundarten (1877), 
p. 76 ss. et 54 s. Homania 7 (1877), 24S *■. Zeitschrift Jiir romanische Philologie 2, 184 «s. 



Ergo XVI kalt'nd. mardi Lodhuwicus et 
Karolus in cirilale, quae olim Argcntaria vo- 
cahatur, nunc autein Stnizburg vulgo dicilnr, 
comenrrunt, et sacramenta, quae subter notala 
sunt, Lodhuivicus roinana , h'arolus vero teu- 
disca litigua juraverunt. Ac sic ante sacra- 
mentum circum/nsam plcbem aller teudisca, 
aUer romana lingua alloquuti sunt. Lodhu- 
wicus autem , qui major natu . prior exorsus 
sic cofpit: 'Quotiens Lodharius me et hune 
fratrem meum" etc. Cumque Karolus haec 
eadcm terba romana lingua perorasset, Lodhu- 
vicus , quoniam major natu erat , prior haec 
deinde se servaturum testalus est: 

Pro deo amur et pro Christian poblo et nostro 
commun salvament, d'ist dl in avant, in quant 
deus savir et podir me dunat, si salvarai eo 
cist meon fradre Karlo et in aiudba et in 
cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra 
salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab 
Ludber nul plaid nunqua prindrai, qui meon 
vol cist meon fradre Karle in damno ait. 

ffuod cum Lodhuvicus explessct, Karolus 
teudisca lingua sic haec eadem verba testa- 



lus est: In godes minna ind in thés christiànes 

5 folchcs ind unscr bêdhèrô gchaltnissi, fon the- 
semo dagc fraramordes , sô fram sô mir got 
gewizci indi mahd furgibit, sô haldih tesan 
minan bruodher,* sôsô man mit rchtii sinan 
bruodher scal , in thiù thaz er mig sô sama 

10 duo , indi mit Ludhcren in noheiniu thing ne 
gegango, thé minan willon imo ce scadhcn 
werdhên. 

Sacranienluin autem quod utrorumque popu- 
lus quique propria lingua teslalus est, roinana 

lo lingua sic se habet: Si Lodhuvigs sagramént, 
que son fradre Karlo jurât, conservât, etKar- 
lus meos sendra de sue part lo franit, si io 
returnar non Tint pois, ne io ne nëals, oui eo 
retumar int pois, in nulla aiudha contra Lodhu- 

20 wig nun li iv er. 

Teudisca autem lingua : Oba Karl then eid, then 
er sîncrao bruodher Ludhuwige gesuor, geleistit, 
indi Ludhuwig min hêrro, then er imo gesuor, 
forbrihchit, ob ih inan es irwenden ne mag, noh 

25 ih noh thêrô nohhein , then ih es irwenden 
mag, widhar Karle inio ce foUusti ne wirdhu. 



i :> gealtnissi Ms. 7 madh .1/*. h la lacune 

2 albioculu* Grimm: albios oculu83/<. ro pn nest pas indique'e. soso ma Ms. •) bruher Ms. 

anant;. 21 adiudha Mu. le point sous d n'est lo lubtren Ms. 12 uuerhen Ms. 1" sue Grô- 

pa* viMible dan* lii photographie ; cf Zacher ',\,%\. ber\ sua Diez, sud Ms. lo franit Suchier] n los- 

23 dift Burguy etc., di«t D et M.i. 24 nûqua Mt. tanit Ms., non los tanit Diez. 2o aiu''ha Ms. 



5 HOMÉLIE SUR JONAS. 6 

CANTILÈNE DE SAINTE EULALIE. 

Friedrich Diez, altromaniscke Sprachdenkmale , Bonn 1846, p. 15 — 32. Paris, les plus anciens mo- 
numents, pi. 2. Kosr/iivilz, les plus anciens monuments p. 5 s. E. du Mf'ril, JEssai philosophique sur 
la formation de la lant/ue française, Paris 1852, p. 404 — 413. Sartsch, die late.ivischen Sfqueuzen 
des Mitlel'tlters , Jiostock 1S6S, p. 166 s. If. Suchier dans Jahrhuch fiir ronumisi-hf T.ilfrulur 1 H, 

3S5 .t.». LUcking il). 15, 393 S5. 

Buona pulcella fut Eulalia, EU' eut aduiiet lo snoiï élément, 

bel auret corps, bellezour anima. melz sostendreiet les empedementz, 

- Voldrent la veintre li deo inimi, Qu'elle perdesse sa virginitet: 

voldrent la faire dïaule servir. poros furet morte a jçraud honestet. 

Elle non eskoltet les mais conseillers, ', Enz enl fou la getterent, com arde tost. 

qu'elle deo raneiet, chi maent sus en ciel, elle colpes non auret, poro nos coist. 

Ne por or ned argent ne paramenz, A ezo nos voldret concreidre li rex pagiens ; 

por manatce regiel ne preiement. ad une spede li roveret tolir lo chief. 

Nïule cose non la pouret omque pleier, La domnizolle celle kose non contredist, 

la polie sempi'e non amast lo deo menestier. lo volt lo seule lazsier. si ruovet Krist. 

E poro fut presentede Maximiien, In figure de colomb volât a ciel, 

chi rex eret a cels dis soure pagiens. tuit oram, que por nos degnet preier, 

Il li enortet, dont lei nonque chielt, Qued auuisset de nos Christus mercit 

qued elle fuiet lo nom christiien. post la mort et a lui nos laist venir 

i.ï Par souue clementia. 



FRAGMENT D'UNE HOMÉLIE SUR LE PROPHETE JONAS. 

La chanson de Roland, par F. Ge'nin, Paris 1850, p. 465 — 487. Paris, les plus anciens monuments 

pi. 10. Koschivitz, les plus anciens monuments p. 7 — ^.10 (avec le j(acsimile). Le manuscrit est à la 

Bibliothèque de Valenciennes ; il est en grande partie en notes tironiennes. 

{Cap. IV.) Habuit misericordiain si cum il pro fralrihtis suis qui sunt IsraeliUte. Et 
semper soit haveir de peccatorihus e sic li- eyressus est Jouas de civilate, et sedit [contra 
hcrat de cere .... e de péril [quet il hahehal orientem civitatis,] donec riderct quid accideret 
decretuni] que'super els metreiet. AV afflichis civitati. Dune , ço dixit, cum Jouas prophela 
est Jouas afflictione magna, et iratus est: et 20 cel populum hahuit pretiet e convers et en 

oruvit ad dominum et dixit ['domine, toile. celé iet , si escit foers de la civilate e 

quaeso, auimam meam a me,] quia melior est si sist contra orientem civitatis e si avardevet 

mihi mors quam vild. Dune, ço dixit, si fut cum deus per serem astreiet u ne fereiet. 

Jonas propheta mult correcious e mult ireist Et preparavit doiuiuusederam super caputJone, 

[quia deus de JSiuivitis] misericordiam habuit 25 ut faceret ei umhram, laboraverat Jonas 

e \oT peccatum lor dimisil: saveiet ço' que li propheta hahebat mult laboret e mult penet a 
celor sub ço astreiet eis ruina judaeorum, e cel populum, ço dixit; e faciebat granàihoM, 

ne doceiet lor salut, cum il faciebat de et eret mult las un edre sore sen cheue, 

perditione judaeorum, ne si cum lef/imus e le quet umbre 11 fesist e repauser se podist. 

evangelio que dominas noster flevit super Hie- 30 Et laetatus est Jonas super ederam 

r usaient, et noluit tollere ibus: Paulus mult laetatus, ço dixit, por que deus cel edre 

apostolus etiam optabat esse anathema esse li donat a sun soueii- et a sun repausement li 

donat. Et precepit dominus [vermi qui per- 

h nont Ms. 9 omq; 18 Ce qui est entre 

crochets est supple'é par Génin. 22 est] e fnc- 5 la Diez: lo Ms. 20 e dans le facsimile: et 

simile K. 32 // faut retrancher un esse. Ge'nin. 2!i qt facsimile K] quant G. 

\* 



7 IX»^ Xe SIECLES. 8 

cussit ederam] et exaniit. et para vit deus et misericors et clemens est et gui 7ue- 

rentum caliduin stiper caput Joue, et diœit reantur et rivent , cum ço videtis quet il se 

'melius est rnihi mori quant vivere Duiic, crciit convers de via sua mala. e sis penteiet 

ço di,iit, si rogavit deus ad un venue que per- de cel mel que fait habelnuit sic iibe- 

cussist cel edre sost que cil sedehat, e c ô rat de cel péril quet il hahehal dccretum que 

cilg eedrefu sèche, si vint gi-anccsmesiholti-j//'eT super els mettreiet. Qwm potestis ore videre 

caput Joue, et dixit 'metius est rnihi mori quam et entelgir chi sil fcent cuni faire lo 

vivere . Et dixit dominus [adJonam 'putasne deent, e cum cil lo fisïent dunt ore aveist odit. 

beue i]rasceris tu super ederam ?' et dixit e poro si vos avient n faciest cest pre- 

'bcne irascor ego usgue ad mortem.' Postea lo diclam poettitentiam quet ci coraenciest ; ne 

per cel edre dunt cil tel et. si debetis aiet nïulsmale vohmtatem co«^r« sempeer; ne 

inteltigere per Judaeos, clii sied et aridi per- liabealis aiest cherté iuter vos, quia 

manent negantes filium dei e e por els earilas operit mendam pcccatorum, seietst un- 

es doliants, car ço videbant per spiri- animes in dei servicio, et en tôt sire 

/MOT prophète, que, cum gentes venirent ad fi- 15 remunerati; faites vost almosnes , ne si cum 

dem si astreient li /(/</t'/i)erdut, si cum faire debetis, e faites vost elemosynas, cert, ço 

il ore sunt. Et [dixit dominus tu] doles super sapilis acheder ço que li preirets; prei- 

ederam, in qua non taborasti neque fecisti ut est li que de cest periculo nos libérât chi tanla 

cresceret; et ego non parcam A'inive civitati, mala nos habemus fait de paganis e 

in qua sunt plus quam [centum viginti mitlia 20 de mais christianis. Poscite li que cest fru- 
hominum qui nesciunt quid] sit inter dexteram ctnm, que mostret nos habemus, qel nos con- 
et sinistram?' Dune si dixit deus ad Jonam servet, et ad maluri[tatem condjuire lo posci- 

prophetam 'tu douls mult ad si por . . . omes e cels elemosynas ent possiimus facere 

..c dixit, in qua non laborasti neque fecisti que lui ent possumus proferre. Poscite li que 
ut cresceret, dixit; e io ne dolreie de tauta 20 remissionem omnium peccatorum noslrorum 

tnillia hominum, si perdut erent? dixit nos faciat nos ad gaudia aeterna per- 

Postea en ceste catisa ore potestis videre, renire : ibi ralelmmis gaudere et exsultare sine 
quanta est miserieordia et pietas dei super fine cum omnibus sauctis per eterna secula 
peccatores homines: cil homines de celé civi- seculorum , quando ipsi invisere dignemur 

taie dejfendut que tost le volebat .... 30 quae videre sauctis gloriosus deus 

. . delir e tote la civitale volebat comburir et per aeterna secula seculorum. per iudaeos 
ad nihilum redigere. Postea per cel predi- por quet il en celé duretie et en celé en- 

ctam on fisïent e si conterrement fisïent credulitet permessïent; et etiam ploral , si 

si a che deberent veniam et remissionem pecca- cum dist e le evangelio lieu d'avant 

torum suorum deus omnipotens qui pius 35 dist. 



LA PASSION DU CHRIST. 

Zicei allromaniiicht Gtdichte berichligl und erldutert von F. Diez, Bonn 1S52 (réimprimé 1876) p. 11 — 18, 

strophe 30 — 89. Paris, les plus anciens monuments pi. 3 — 5. Koschwitz, les plus anciens monuments 

p. 16— 2fi. G. Paris dans Romania 2, 302—309. Cf. Jahrbuch 7, 361 ss. Liicking p. 38 ss. 

Christus Jhesus den s'en leved, toz sos fidels seder rovet, 

Geh.sesmani vil' es n'anez. avan orar sols en anet. 

granccame» A'] grances'" Ms.; grances G. Oranz fu li dois, fort marrimenz. 
'j ederâ facsimite: cdera Génin. 12 Aux mots j,; condormirent tuit adés. 
'/>er judaeos' se rapportent ceux qui se trouvent 
à la fin du fragment. 14 dolcants G. 24 au- 
dessus de c on voit »t. 27 avant postea un mot 2. 5. 10 qt fascimile A'J quant G. ' comme 
illisible et au-dessus à ce qu'il semble dixit. G. 1" preicst Facsimik: preiets Génin. 34 de 
31 totf] ro Ms.. tota G. 34 siachc Génin. auant A'. :i7 avan Paris] tuan Af.s. anez ^fs. 



9 



PASSION DU CHRIST. 



lu 



Jhesus cnm veg los esveled, 
trestoz orar ben los manded. 

E dune orar cum el anned, 
si fort sudor duuques siided, 
que cum lo sangs a terra curren 
de sa sudor las sanctas gutas. 

Als SOS tidels cum repadred. 
tam benlemeiit los confortet. 
li fel Judas ja s'aproismt'd 
ab gran cumpaniiie dels judeus. 

Jhesus cum vidra los judeus, 
zo lor demandet que querént. 
il li respondent tuit adun 
'Jhesum querem Nazarenum\ 

•Eu soi aquel', zo dis Jhesus. 
tuit li felun cadegrent jos. 
terce vez lor o demanded, 
a totas treis chedent envers. 

Mais li felun tuit trassudad 
vers nostre don son aproismad. 
Judas li fel ensenna fei 
'celui prendet oui baisarai'. 

Judas cum veggra ad Jhesum. 
semper li tend lo son menton ; 
Jhesus li bons uol refuded. 
al tradetur baisair doned. 

•Amicx', zo dis Jhesus lo bons, 
'per quem trades in to baisolV 
melz ti fura non fusses naz 
que me tradas per cobetad.' 

Armad estèrent evirum, 
de totas part presdrent Jesum : 
nos defended ne nos usted, 
a la mort vai cum uns anel. 

Sanct Pedre sols veinjar lo vol, 
estrais lo fer que al laz og, 
si consegued u serv fellun, 
la destre aurelia li excos. 

Jhesus li bons ben red per mal, 
l'aurelia al serv semper saned. 
liades mans cume ladron 
si l'ent menen a passïun. 

Donc l'en gurpissen sei fedel, 

2 be'n Ms. h sags. curr. ; AIsos J/s. ti Ju- 
das Hofinann] iudeus. 12 demandez Ms. 21 uel 
22 basscerai. 27 lo bons iîis Ms. 31 Armand 
33 nos susted. 34 lar. 35 ue"iiar. 3S auril'a 

eo 

corrigé aurelia. 40 ad. 41 liadens. 43 lo. 



cum el desanz dit lor aveit. 
sanz Pedre sols seguen lo vai, 
quar sua tin veder voldrât. 
Anna nomnavent le judeu 
5 a cui Jhesus furet menez, 
donc s'adunovent li félon, 
veder annovent près Jhesum. 

De quant il querent le forsfa,it, 
cum il Jhesum oicisesânt, 
10 non fud trovez ne envenguz, 
quar el forsfait non feist nëul. 

Davant l'ested le jionlifex, 
si conjuret per ipsian deu 
qu'el lor dissest per pura fied, 
15 si vers Jhesus tils deu est il. 

'Tu eps l'as deit', respon Jhesus. 
tuit li fellon crident adun 
'major forsfait que i querem? 
per lui medejjs audit l'aveni.' 
20 Los sos sans ois duncques cubrirent, 

a coleiar fellon lo presdrent, 
en sobretot si l'escarnissent : 
'di nos, prophète, chi t'o fedre'?' 
Fors eu las estras estet Petre ; 
25 al fog l'useire l'seswardevet, 
de sa raison si l'esfreded 
que lo deu til li fai neier. 

Anz que la noit lo jalz cantés, 
terce vez Petre lo neiet. 
30 Jhesus li bons lo reswardet, 
lui recognostre semper tit. 

Petrus d'alo fors s'en aled, 
amarament mult se ploret. 
per cio laissed deus se neier 
35 que de nos aiet pïeted. 

Cum le matins fud esclairez, 
davant Pilât l'en ant menet. 
fortment lo vant il acusand, 
la soa mort mult demandant. 
40 Pilaz Erod l'en envïet 

cui des abanz volïet mel. 
de Jhesu Clirisli passion 
am se paierent a ciel jorn. 
Lo fel Herodes cum lo vid. 



1 aveia. 2 seguen. 14 dissets. 20 Losos. 
24 esttet. 25 lesuuardouet. 20 lesfred. 

29 neiez. 31 recognostret. 



11 



Xe SIECLE. 



12 



miilt lez seniper en esdoint : 
de lui longtemps malt a audit. 
semper peused vertuz feisis. 

De multes vises l'apeled; 
Jhesns li bons mot nol soned. 
judeu Tacusent. el se tais, 
ad un respondre non denat. 

Dune lo despeis e l'escarnit 
li fel Herodes en cel di; 
blanc vestiment si l'a vcstit, 
fellon Pilât lo reti-ames. 

Pilât que anz l'en vol laisar. 
nol consentunt fellun judeu. 
vida perdonent al ladrun: 
'aucid, aucid', crident, *Jliesum.' 

Barrabant perdonent la vide, 
Jhesiun in alta cruz clautisdrent. 
'crxicifige, crucifige!' 
crident Pilât trestuit ensems. 

'Cum aucidrai eu vostre rei'?' 
zo dis Pilaz, -forsfaiz non es. 
mmprel farai et tiageUar. 
poisses lai>arai l'en annar.' 

Ensems crident tuit li fellun, 
entro en cel en van las voz; 
'si tu laises viure Jhesum, 
non es amies l'emperador.' 

Pilaz sas mans dunques laved 
que de sa mort posches neger; 
ensems crident tuit li judeu 
•sobre noz sia toz li péchez.' 

Pilaz cum audid tais raisons, 
ja lor gnrpis nostre sennior; 
donc lo recelant li fellun, 
fors l'en conducent en la cort. 

De pur])ure donc lo vestirent 
et en sa man un raus li mesdrent, 
corona prendent de las espines 
et en son cab fellun l'asisdrent. 

De davant lui tuit a genolz 
si s^excrebantent li fellon. 
dune lo saludcnt cum senior 
et ad escam emperador. 

Et cum as«z l'ont escamid, 



dune li vestent son vestiment, 

et el niedeps si près sa cruz, 

avan toz vai a pasïun. 
Femnes lui van detras seguen, 
5 ploran lo van et gainientan. 

Jhesus li plus redre gardet, 

ab les femnes près a parler. 
'Audez, tillies Jherusalem, 

per me non vos est ob plorer, 
10 mais per vos et per vostres filz 

plorez assaz, qui obs vos es.' 
Cum el perveng a Golgota, 

davan la porta de la ciptat, 

dune lor gurpit soë chaniise 
15 chi sens eusturc fo faitice. 
Il no l'auseron deramar, 

mais chi l'avra sort an gitad. 

non fut partiz sos vestimenz; 

zo fu granz signa tôt per ver: 
20 En huna fet, huna vertet 

tuit soi fidel devent ester. 

lo sos regnaz non es devis, 

en caritad toz es uniz. 
E dels feluns qu'eu vos dis anz, 
25 lai dei venir o eu laisei, 

quar il lo fel meseleu ab vin; 

nostre senior lo tenden il. 

Cum l'an levad sus en la cruz, 

dos a sos laz penden lasruns. 
30 entre cels dos j)endent Jhesum; 

il per escarn o fan trestot. 

Cum il l'an mes sus en la cruz, 

gran fan eseam, gran cridaizun; 

ensobretoz uns dois ladruns 
35 el esearnïe rei Jhesum. 

Respondet 1' altre 'mal i diz; 

el mor a tort, ren non forsfez; 

mais nos a droit per colpas granz 

esmes oidi en eest ahanz.' 
4(» Envers Jhesum sos olz torned, 

si pïament lui appelled; 

'de met membres, per ta mercet, 

cum tu vendras, Crist, en ton ren.' 



' n. se lecarnit. Il l'ilad. corrigé l'ilat. 
17 claufriadrnt. 2î rumplel, corrigé rumprcl. 

y> pren'''"' dt- las. 



c garder. 14 cbami.s;i!. 14 custura?. 16 
auser. 17 mais aura. 24 que u. 27 nFa;. 
2!» Jeranl dos rasure d'un mot (gran cf. 3S). 33 
criduizun, corrigé cridaizun. 40 toned. 



13 



SAINT LEGER. 



14 



Respon li bons qui non mentid, 
chi en epsa mort semper tu pius, 
'eu t'o promet, ci en cest di 
ab me venras in paradis.' 

deus, vers rex, o Jhesu Christ, 
aital don fais per ta mercet, 
chi per humla confession 
vide perdones al ladrun. 

Nos te laudam et noit e di, 
de nos aies vera mercet! 
tu nos pcrdone celz pecaz 
qu'e nos vedest tua pietad. 

Jusque nona des lo meidi 
trestot cest mund gi-anz noiz cubrid, 
fui lo solelz et fui la luna, 
post que deus tilz suspensus fure. 

Ad epsa nona cum perveng, 
dune escrided Jhesus granz criz; 
hebraï'ce fortment lo dis 
'heli, heli, per quem gulpistV 

Uns dels felluns chi sta iki, 
sus en la cruz 11 ten l'azet; 
Jhesus fortmen dune recridet: 
le spiritus de lui anet. 

Cum de Jhesu Tanma 'n anet, 
tan durament terra crollet, 
roches fendù-ent, chedent munt, 
sepulcra s'anz obrirent mult, 

Et mult corps sant en sun exut 
et inter omucs sunt vedud. 



30 



qui in temptuin dei cortine pend, 
jusche la terra per mei fend. 

De laz la croz estet Marie 
de cui Jhesus vera carn presdre; 
cum cela carn ndra mûrir, 
quai agre dol, nol sab om vins. 

Ela molt ben sab remerabrar 
de soa carn cum deus fu naz. 
jal vedes ela si morir, 
el resurdra, cho sab per ver. 

Mais nemperro granz fu li dois 
chi traversct per lo son cor. 
mulz om mortalz nol pod penser: 
sanz Symeonz Tôt prccogded. 

Joseps Pilât mult a preiat 
lo corps Jhesu qu'el li donés. 
a grand honor el l'emportet, 
en SOS chamsils l'envolopet. 

Nicodemus de l'altra part 
mult unguement hi aportet, 
enter mirra et aloen 
quasi cent liuras a donad. 

A gi'and honor de ces pimenç 
l'aromatizen cuschement. 
dune lo pausen el monument 
corps non jag anç a cel temps. 

La soa madré virge fu 
et sen peched si portet lui. 
SOS munument fure toz nous, 
anz lui noi jag unque nulz om. 



VIE DE SAINT LEGER. 

Zwei altromaniscke Gedtchte berkhtigt und erlàutert von F. Diez. Bonn 1852, p. 39—43, strophe 1 — 25. 

Paris, les plus anciens monuments pi. ' — 8. Koschxcitz, les plus anciens mormments p. 34 — 41. G. 

Paris dans Romania 1, 303, ss. Suchier dans Zeitschrift fiir romanische Philologie 2, 255 ff. 

Liicking p. \~ ff- 



Domine deu devemps lauder 
et a SOS sancz honor porter; 
in su' amor cantomps dels sanz 
que por lui augrent gi'anz aanz; 
et or es temps et si est biens : 

que nos cantumps de sant Lethgier. 

5 le second o manque dans le Ms. et Diez. 
6 citai Ms. ' hunua. 12 vetdest. 20 

g"l|pist Ms. 21 dcl Ms. Ti fendient. 2S 
sanz Diez. 29 sanz. cxit. 33 delsanz. 34 quae. 
36 qu;c. 



Primos didrai vos dels honors 
que U auuret ab duos seniors; 
après ditrai vos dels aanz 
que li suos corps susting si granz, 
et Evvruins, cil deumentiz, 
que lui a grand torment occist. 

Quant infans fud, donc a ciels temps 
al rei lo duistrent soi parent, 

3 Mariae. 14 loi percogded. 15 prciar. 

19 dellaltra. 26 corsj". 32 quae. ih duistrent. 



15 



Xe SIECLE. 



16 



qui donc regiievet a ciel di: 
cio fud Lothiers tils Baldequi. 
il le amat; deii lo cont; 
rovat que Uttcrus apresist. 

Didun l'ebisque de Peitieus 
luil couiaudat ciel reis Lothiers. 
il lo reciut, tam ben en list, 
ab u magistre semprel mist 
qu'U lo doist bien de ciel savier 
don deu serviet por bona fied. 

Et cum il Tant doit de ciel' art. 
rendel qui lui lo comandat. 
il lo reciut, bien lo noilrit, 
cio fut lonxtiemps ob se los tiug. 
deus Tcxaltat cui el senid, 
de sanct Maxenz uhbas divint. 

Xe fud nuls om del son juvent 
qui mieldre fust donc a ciels tiemps; 
perfectus fud in caritet, 
fid aut il grand et veritiet, 
et in raizons bels oth semions, 
humilitiet oth per trestoz. 

Cio sempre fud et ja si er : 
qui fai lo bien, laudaz en er. 
et sanz Letgiers sempre fud bons, 
sempre tist bien o que el pod. 
davant lo rei en fud laudiez; 
cum il l'audit, fud lui amet. 

A sel mandat et cio li dist, 
a ciirt fust, sempre lui servist. 
il Texaltat e Tonorat, 
sa fjrutia li perdonat, 
et banc tam bien que il en fist, 
de Hostedun evesque en tist. 

Quandius visquet ciel reis Lothier, 
bien honorez fud sancz Lethgiors. 
il se fud morz, damz i fud granz; 
cio controverent baron franc, 
por cio que fud de bona fiet, 
de Chielperig feïssent rei. 

Un compte i oth, près en l'ostrit: 
ciel ep8 num aurct Evruï. 
ne vol recinure Chielperin, 
mais lo seu fredre Thëotri. 



uel condignet nuls de sos piers, 

rei Yolunt fair' estre so gred. 
Il lo prcsdrent tuit a conseil, 

estre so gret ne tisdren rei. 
5 et EvYTuïns ot en gran dol 

porro que ventre nols en poth. 

por ciel tiel duol rovas clergier, 

si s'en intrat in un monstier. 
Reis Chielperics tam bien en tist, 
m de sanct Lethgier consilier fist. 

quandius al suo consiel cdrat, 

incontra deu ben si garda, 

lei consentit et observât 

et son regnet ben dominât, 
lô Ja fud tels om, deu inimix, 

qui l'encusat ab Chielperig. 

l^ra fud granz cum de senior 

et sancz Lethgiers oc s'eut pavor; 

ja lo sot bien, il le celât, 
20 a nuil omnc nol demonstrat. 

Quant ciel' ire tels esdevint, 

paschas furent in eps cel di; 

et sancz Lethgiers tist son mistier, 

misse cantat, tist lo mal ben. 
■25 poblent lo rei communïet 

et sens cumgict si s'en ralet. 
Reis Cliielperics cum il l'audit, 

presdra sos meis, a luis tramist, 

cio li mandat que revenist, 
30 sa (jratia por tôt ouist. 

et sancz Lethgiers nés soth mesfait; 

cum vit les meis, a lui ralat. 
11 cio li dist et adunat 

'tos consilier ja non estrai, 
Ah meu evesquet nem lez tener 

por te qui semprem vols aver. 

en u monstier me laisse intrer, 

posci non pose lau vol ester.' 
Enviz lo fist, non voluntiers, 
40 laisse l'intrar in u monstier: 

cio fud Lusos ut il intrat. 

clerj' ilvvruï illo trovat. 



s ab ô magistre. lo scrvicr. 13 reciu. nonrit. 
24 f-nncr. ï<i fu lin amet. 33 hune. 42 nO. 
44 tbeoiri, /' i devant r ext yratlé. 



2 rc I Ms. 5 ot ten Ms. 10 sanct. 1. IS 

se. 1. Il) illc Mh.: ill e om ill a Diez. 21 
ciel ine. eadevcnt: corr. de Paris. ts se 1. 

24 mis»;!'. 'ih poblent Paris] poblen. 31 se 1. 
30 sempre. 3s lai uol. 41 lisos. 42 ille. 



17 



ALBERIC DE BESANÇON, ALEXANDRE. 



18 



cil Evvruïiis molt li vol miel 
toth per eiiveia, non per el. 

Et sancz Lethgicrs list so mistier, 
Evvrui prist a casticr; 
ciel' ira grand et ciel con'opt 
cio li preia laissas lo toth. 
fus li por dcu, nel fus por lui : 
cio li i)rcia paias ab lui. 

Et Evvruïns list fincta pais: 
ciol demonstrat que si paias. 
quandius in ciel monstier istud, 
ciol demonstrat aniix U fust; 
mais en avant vos cio aurez, 
cum ill edrat por mala fied. 

Rex Chielperigs il se fud mors, 
per lo regnet lo souureîit toit. 
vindrent parent e lor amie, 
li sanct Lethgier, li Evvruï ; 
cio confortent ad ambes .duos 
que s'ont ralgent in lor honors. 

Et sancz Lethgiers den tistdra bien, 
que s'en ralat en s'evesquet; 
et Evvruïns den lisdra miel, 
que donc deveng anatemaz; 
son queu que il a coronet 



20 



toth lo laisera rccimer. 

Domine deu in cio laissât 
et s'a diable coraandat. 
qui donc fud miels et a lui vint, 
il voluntiers semper reciut. 
cum fuie en aut grand adunat, 
lo règne prest a devastar. 

A foc, a tiamma vai ardant 
et a gladies persecutan; 
l)or quant il pot tan fai de miel, 
por deu nel volt il observer, 
ciel ne fud nez de medre vivs 
qui tal exercite vidist. 

Ad Ostcedun, a cilla ciu, 
dom sanct Lethgier vai asalir. 
ne pot intrer en la ciutat : 
defors l'asist, fist i gran miel, 
et sancz Lethgiers mul en fud trist 
por ciel tiel miel que defors vid. 

Sos clerjes près et rcvestit 
et ob ses croix fors s'en exit. 
poro n'exit, vol U preier 
que tôt ciel miel laisses por deu. 
ciel Evvruïns, quai horal vid, 
penrel rovat, lïer lo list. 



FRAGMENT DE L'ALEXANDRE D'ALBERIC DE BESANÇON. 

Romanische Inedita au/ italidnischen Bibliotheken gesammelt von Paul Heyse, Berlin 1856, p. 3 — 6; 
cf. Jahrbuch 11, 159 el Pfeiffer, Germania 2, 95 ss., 441—444, 449—464 et 1, 273—290; Porster 
dans Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 79 5. Comparez Pimitation allemande de Laniprechl 

dans Weismann, 19 — 218. 



Dit Salomon al prunier pas, 
quant de son libre mot lo clas, 
'est vanitatum vanitas 
et universa vanitas'. 
poyst l'oume fayni' enfirmitas, 
toyUe s'en otïositas, 
solaz nos faz' antiquitas, 
que tôt non sie vanitas. 

En pargamen nol vid escrit 
ne per parabla non fu dit; 
del temps novel ne del antic 



1 euuruns. 3. is. 21. se. 1. il c'el. instud. 
14 fid. 15 Chielperings. ib por. 22. 24 quœ. 
25 coronat. 30 lou me fay mentir mitas. 31 

toylle s'en Forster. 

Bartsch, Clirestoinathie, IV. Éd. 



nuls hom vidist un rey tan rie, 
chi per batalle et per estrit 
tant rey fesist mat ne mendie 
ne tanta terra cunquesist 
ne tan duc nobli oceisist 
cum Alexattder Mayints fist 
qui fud de Grecia natiz. 

Rey furent fort et mul podent 
et de pecunia manent ; 
rey furent sapi et prudent 



2 il cio. 3 s' Paris] mamjue. 4 qui Paris] 
quar. 9 percutan ; corr. par Paris. 15 asalier. 
is se. 1. 19 quœ. 20 et manque, revestiz. 

22 porro. 23 quae. 2tj nuls, s intercale' plus 
tard. 27 estrit Tobler: estric Ms. 



19 



Xle SIÈCLE. 



20 



et exaltât sor tota gent; 
mais non i ab un plus valent 
de chest dun faz l'alevanient. 
contar vos ey plenoyrauicnt 
del Alcxandi-e mandameut. 

Dicuut alquant csti-obatour 
quel reys fud tils d'encantatour. 
mentent, fellon losengetour; 
mal en credreyz nec un de leur; 
qu'anz fud de ling d'enperatour 
et filz al rei Macedonor. 

l'hilippus ab ses pare non; 
meyllor vasal non vid ainz hom, 
e chel ten Gretia la région 
els porz de mar en avcyron. 
tils fud Amint al rey baron 
qui al rey Xersen ab tal tenzon. 

Et prist moylier dun vos say dir, 
quai pot sub cel genzor jausir, 
sor Alexandre al rey d'Epir 
qui hanc no degnet d'estor fugir 
ne ad enperadur 8ei*vir, 
Olimpias. donna gentil, 
dun Alexandre ijenuit. 

Keys Alexandcr quant fut naz, 
per granz ensignes fud mostraz. 
crollet la terra de toz laz, 
tonejTes fud et tempestaz, 
lo sol perdet sas claritaz. 
per pauc no fud toz obscuraz, 
janget lo cela sas qualitaz, 
que reys est forz en terra naz. 

En tal forma fud naz lo reys, 
non i fud naz emfes anceys. 
mays ab virtud de dies treys 
que altre emfes de quatre meys. 
sil tota res chi michal peys, 
tal regart fay cum Icu (]ui est preys. 

Saur ab lo peyl cum de peysson, 
tôt cresp cum coma de leon ; 
l'un uyl ab glauc cum de dracon, 
et l'altrc neyr cum de falcon. 



I, 20 sur, corrigé BijT. 
Hofmaun: micba Mm. 
crctp. 



:5: tocarcB IIey»e. michal 
3a pey'son. 4o tôt j 



de la figura en aviron 

beyn resemplet fil de baron. 
Clar ab lo vult, beyn figurad, 

saur lo cabeyl, recercelad, 
5 plen lo collet ct,colorad, 

ample lo pcyz et aformad, 

lo bu subtil, non trob delcad, 

lo corps d'aval beyn enforcad, 

lo poyn el braz avigiirad, 
Kl fer lo talent et apensad. 

Mels vay et cort del an primeyr 

que altre emfes del seyentreyr; 

e lay o vey franc cavalleyr, 

soti corps présente voluuteyr. 
15 a fol omen ne ad escueyr 

no deyne fayr regart semgleyr. 

aysis conten en magesteyr 

cum trestot teync ja l'cmpeyr. 
Magestres ab'beyn affactaz, 
20 de totas arz beyn enseynaz, 

quil duystrunt beyn de dignitaz 

et de conseyl et de bontaz, 

de sapïentia et d'onestaz, 

de fayi" estorn et prodeltaz. 
25 L'uns l'enscyned, beyn parv mischin, 

de gi'cc sermon et de latin, 

et lettra fayi* en pargamin 

et en ebrey et en ermin, 

et fajT a seyr et a matin 
30 agayt encuntre son vicin. 

Et l'altte doyst d'escud cubrir 

et de s'espaa grant ferir 

et de sa lanci' en loyn jausir 

et senz faOlenti' altet ferir; 
35 li terz ley leyre et playt cabir 

el dreyt del tort a discernir. 
Li quarz lo duyst corda toccar 

et rotta et leyra clar sonar 

et en toz tons corda temprar, 
jo per semedips cant allevar; 
li quinz des terra mcsurar, 

cum ad de cel entre que mar. 

12 Hoyientreyr. 13 e] ey Ms. u, corrigé o. 17 
ayeis'onten. 32 des sesspaa. 31 du'st, Cor- 
rigé doyst. 35 pla>t. 36 disccrni^ 42 que 
Uofmiinn : be Ms. ; entre de et cel rasure de cinq 
letlres. 



2\ 



GORMUND ET ISEMBARD. 



22 



GORMUND ET ISEMBARD. 

La mort du roi Gormond, fragment unique d'une chanson de geste inconnue réédité littéralement sur 
l'original et annoté par Auguste Scheler, Bruxelles 1876, p. 28 — 39, v. 255 — 429. Fragment de 
Gormund et Isembard. Text nehst Einleitutig, Anmerhnngen und volhtdndigem Worlinder von Robert 
Heiligbrodt {Romanische Studien von Diihmer, vol. III) p. 557 — 5G3, v. 255 — 429. Cf. G. Paris 
dans Romania 5, 377 ss. Je n'ai noté que les différences du texte de M. Heiligbrodt. 



Puis s'escria li rois Gormunz 
'trop vus estes vantez, bricun ; 
jeo te conuis assez, Hugun, 
qui l'altrier fus as paveilluns, 
si me servis de mun poiin, 
que n'en mui unques le gernun, 
si pur folie dire nun; 
e le cheval a mun barun 
en amenas par traisun : 
or en avras le guerredun, i 

mort t'en girras sur le sablun, 
ne diras mais ne o ne nun, 
ne por nul mire de cest mund 
nen avras mais guarantisun 
ne pur tun deu espacïun'. i 

'vus 1 mentez', ceo dist Hugun, 
'jeo n'ai trenchiet que l'alquetun 
e un petit del peliçun; 
ja me ravrez a cumpaignun 
e me verrez par ist cbampun ; 

criant l'enseigne al rei barun, 
la Loëvis. le liz Charlun; 
liet serunt cil qu'aiûerum, 
dolent serunt paicn felun'. 
il resaut sur encuntre munt. 
a dous puins prist le gunfanun. 
ja'n ëust mort le rei Gormund, 
quant uns Ireis saut entredous. 
Hues le fiert tut a bandun, 
que mort l'abat as piez Gormund; : 

puis rest muntez sur le gascun. 
par la bataille vait Hugun, 
tut depleiet sun gunfanun. 
criant l'enseigne al rei barun, 
la Loëvis, le fiz Charlun. ; 

liet en sunt cU que de suens sunt, 
dolent en sunt paien felun. 
il fist sun tur par le champun. 

2 TUS inanque] en 77. vantes H. 4 lautrier H. 

6 nen H. 13 pur H. 17 trenchie R. 23 lie H. 

2S entre dous H. 31 muntes H. 33 depleie H. 
36 lie H. 



si repairat al rei Gonnund; 
sil ferit sur l'escut rëund 
qu'el prêt l'abat a genuilluns; 
el tort qu'il prist le fer Gormund. 
l'espiet enz al cors li repunt 
qu'il le rabat sur le sablun 

Or fut Hues al prêt a piet, 
nafrez dous feiz del grant espiet; 
dune li oschapat sis destriers, 
quant Isembarz li reneiez 
vit le cheval curre estraier, 
d'une chose s'est afichiez, 
s'il le poeit as puins baillier, 
qued ainz se lerreit detrenchier 
que mais pur hume le perdiest. 
celé part vient tut eslaissiez, 
od le restiu de sun espiet 
vot acoler le bon destrier, 
li chevals portât hait le chief 
qued il nel pot mie baiUier. 
Hues s'en est tant avanciez 
qu'il vait avant cuntre plein piet; 
delez li passet le destrier, 
saisist le as resnes d'or mier, 
entre les dous arçuiis s'asiet. 
en prof traient arbalastier 
e lur sergant e lur archier. 
Hues puint e brochet e tiert, 
qu'il lur est alques esluigniez. 
ses plaies prennent a saignier, 
li cors li ment e Hues chiet. 
ceo fut damages e péchiez, 
car mult par est bons chevaliers 
e en bataille faisant bien, 
de l'altre part fut danz Guntiers, 



1 rcpaira H. 
E. 5 l'espie H. 
grand espie H. 



feri — Tcscu H. 3 pre 

7 prc a pie H. s nafres — 
eschapa H. 10 quand H. 



reneies IL 12 afichies H. 1-f que H. 1<; 
eslaissies LI. 17 espie H. 10 porta haut H. 
20 que H. 21 avancics H. 22 pie //. 23 
d'ormicr H. 2S e Hues-broche H. 29 auques 
esluignies H. 32 pechics H. 35. l'autre H. 

2* 



2 s 



Xle SIÈCLE. 



24 



cil qui fut ja sis escuiers. 

tiz sa serur. si est sis iiiés 

(ceo dit la geste a saint Richier); 

uncore n'ot oit jiirs entiers 

qu'il Tôt armet a chevalier. 

quant sun seignur vit trebuchier, 

rault fut dolenz e esmaiez; 

celé part vint tut eslaissiez, 

par les resnes prist le destrier, 

entre les dons arçuns s'asiet; 

en sun puign tint le brant d'acier, 

tut fut sanglenz e enocbiez, 

de Sarrazins envermeilliez. 

al rei Gomuind brochant en vient, 

sil tiert sur sun helmc vergiet, 

que les cuiriez en abatiet ; 

el prêt le fist esgeniiillier. 

puis li ad dit en reprovier 

'sire Gormuiiz, reis dreituriers, 

conidsterez vus l'escuier 

qui a vostre tref fut l'altrier 

ove Hugun le messagier? 

jeo aportai le nef d'or mier, 
celé mis jeo a saint Richier; 
que vas arsistes sun mustier, 
mesavenir vus en deit bien', 
li reis Gomiunz li respundiet 
cum orguillus e cume fiers 
•fui desur mei, garz palteniers; 

je sui de lin a chevalier, 

de riches e de bien preisiez, 

n'i tucherai hui escuier'. 

quant Loëns, li reis preisiez, 

vit si mûrir ses chevaliers. 

et ses cumpaignes detrcnchier, 

mult fut dolenz e esmaiez. 

'aie, deu, père del ciel', 

dist Loëvis, li reis preisiez, 

'tant par me tenr pur engigiiiet 

que nen i justai hui premiers 



î nif-z H. :, arme //. 6 quand //. 7 fut //. 
cnnaini //. s e«laiMte« //. m brand //. n 
tnz — tnochiffl //. k, cnrermeillir-s //. ' ,5 
▼ergie //. n, cujriea en abatic //. 17 pre 

//. îl lautritr //. 23 dormier // 27 re- 
■pundie //. 2S pautenicra //. 31 premes II 
33 quand //. prtisits //. 30 tsmaiea //. :js 
v> ni JDstei Mt., n'i justerai //. 



20 



preisicrfl //. 
premier //. 



tut cors a cors a ravorsier. 
ja est il reis e reis sui jieo, 
la nostre juste avenist bien ; 
li quels do nus iduns venciuiest, 
n'en fussent mort tant chevalier 
ne tanc frant hume dctrencbiet. 
ber sainz Denise, or m'en aidiez, 
jeo tonc de vus quite mun fieu. 
de nui autre n'en conuis rien 
fors sui de deu, le veir del ciel, 
ber sainz Richiers, oj m'en aidiez; 
ja vus arst il vostre mustier, 
en l'honur deu, pur l'eshalcicr. 
jeo vus crcstrai trente set piez. 
pemez les resnes del destrier, 
gesques a lui rao cunduiez'. 
a icest mot s'est eslaissiez, 
Gormunz li ad trois darz lanciez; 
deus le guarit par sa pitiet 
qu'il ne l'ad mie en char tuchiet. 
reis Loëvis fut mult iriez, 
a juste mie nel requiert, 
encuntre munt dreschat l'espiet, 
si l'ad ferut par mi le chief 
que l'helmc li ad detrenchiet 
e de l'halberc le chai)elier, 
gesqu'al braiel le purfendiet, 
qu'en prêt en chieent les meiliez, 
en ton-e colat li espiez. 
tant bonement le pursiviet. 
a bien petit qued il ne chiet, 
quant sur le col del bon destrier 
s'est retenuz li reis preisiez; 
mult li costat l'halberc dublier 
e le vert helme qu'ot al chief, 
al col sun escut de quartiers 
le fer del bon trenchant espiet, 
que de let ot un dimi piet, 



2 leo //. ;i juste S, manrjue Ms., chose //. 
6 ntn //. (i detrenchic //. 7 Denises //. 9 
n'en //. i:t l'eshaucier //. 17 eslaissips H. 

IS lancics //. i!( guari — pitié //. 20 tuchie //. 
21 incs //. 22 ajuste //. 23 drescha Tcspic ^. 
21 féru //. 2:, detrenchie //. 2*; l'haubcrc // 
27 pu rf en die //. 2^ pre //. 29 cola li espies 
//. :io pursivie //. .-^i que //. 32 quand 
//. .3:1 retenus — preisies //. 34 Costa l'haubcrc 
//. ic, verd y/. 30 escu //. 37 espie A/. 38 de 
le - pie //. 



2.5 



25 



SAINT ALEXIS. 



26 



mult li costat a sus sachier, 
e pur Franceis s'est verguigniez, 
si s'afichat sur ses estrieus, 
le fer en plïet sur ses piez, 
trei deie esluignat le cuiriet. 
de tel aïr s'est redresciez 
que les curailles dunt rumpiet 
que trente jurs puis ne vesquiet. 
ceo fut damages e péchiez, 
car mult par ort bons chevaliers 
e en bataille faisant bien, 
a chrestïens veirs cunseilliers ; 



ceo dit la geste e il est vcir, 

puis n'ot en France nul dreit heir. 

Quant paien virent Gormund mort, 
fuiant s'en turnent vers le i)ort; 
li margariz les criz en ot, 
a l'estcndart vait puignant tost, 
le rei Gormund ad trovet mort, 
treis feiz se pasmat sur le cors, 
'allas' dist il, "veir dist li sorz, 
si jeo venisse en icest ost, 
que jeo sereie u pris u morz; 
or sai jeo bien que veir dist trop'. 



VIE DE SAINT ALEXIS. 

La vie de Sdint Alexis p. p. G. Paris et L. Pannier, Paris 1S72. strophe 1 — 67. 



Bons fut li secles al tens ancïenor, 
quer feit i ert e justise et amor, 
si ert credance, dont or n'i at nul prot; 15 

tôt est mudez, perdude at sa color, 
ja mais n'iert tels com fut as anceisors. 

Al tens Noë et al tens Abraham 
et al David que deus par amat tant 
bons fut li siècles, ja mais n'iert si vailanz : 20 
vielz est e frailes, tôt s'en vait déclinant; 
si'st empeiriez, tôt bien vait remanant. 

Puis icel tens que deus nos vint salver, 
nostre anceisor eurent cristïentet ; 
si fut uns sire de Rome la citet, 25 

riches hom fut de grant nobilitet; 
por çol vos di d'un son til voil parler. 

Eufemïens (en si ont nom li pedre) 
cons fut de Rome del mielz qui donc i eret; 
sor toz ses pers l'amat li emperedre, 30 

donc prist muilier vailant et honorede 
des mielz gentils de tote la contrede. 

Puis conversèrent ensemble longement, 
que enfant n'eurent,, peiset lor en fortment; 
deu en apelent andui parfitement; in 

'e reis célestes, par ton comandement 
enfant nos done qui seit a ton talent'. 



t Costa h. 2 verguignies //. 3 s'aficha //. 
4 plie //. 5 esluigna le cuirie H. redrescies 
// 7 rumpie H. s vesquie H. it pechies //. 



23 etc. Pois. 24 etc. ovrent. 



Tant li preierent par grant humilitet, 
que la muilier donat feconditet: 
un fil lor donet, si l'en sourent bon gret. 
de saint batesme l'ont fait régénérer, 
bel nom li metent sulonc cristïentet. 

Fud baptiziez, si out nom Alexis, 
qui Tout portet volontiers le nodrit. 
puis li bons pedre ad escole le mist; 
tant aprist letres que bien en fut guamiz. 
puis vait li enfes l'emperedor servir. 

Quant veit li pedre que mais n'avrat enfant 
mais que cel sol que il par amat tant, 
donc se porpenset del siècle ad en avant: 
or volt que prenget muilier a son vivant: 
donc li achatet fiUe d'un noble franc. 

Fut la pulcele de molt hait parentet, 
filie ad un comte de Rome la citet; 
n'at plus enfant, lei volt molt honorer, 
ensemble en vont li dui pedre parler; 
lor dous enfanz volent faire asembler. 

Noment le terme de lor asemblement: 
quant vint al faire, donc le font gentement. 
danz Alexis l'esposet bêlement, 
mais de cel plait ne volsist il nient: 
de tôt en tôt ad a deu son talent. 

Quant li jorz passet et il fut anuitiet, 

6 l'estendard H. vait S., mangue Ms., vint B. 
- trove B. 8 pasraa //. '.> host H. 15 sovrent. 
3S anoitiet. 



XI»^ SIKCLE. 



28 



ço dist li pedre 'fik. quer t'en vai colchier 
avoc ta spose. al comand deu del ciel', 
ne volst li cnfes son pedre corocier. 
vint en la chambre od sa gentil muilier. 

Com veit le lit. esoniardat la pulcele. 5 

donc li remembret de son seinor céleste 
que plus at chier que tôt aveir terrestre: 
•e deus', dist il. 'com forz péchiez m'apresset ! 
s'or ne m'en fui, molt criem que ne t'en perde'. 

Quant en la chambre furent tôt sol remés, to 
danz Alexis la prist ad apeler: 
la mortel \iàe li prist molt a blasmer, 
de la céleste li mostret veritct: 
mais lui ert tart qued il s'en fust alez. 

'Oz mei, pulcele, celui tien ad espos 15 

quî nos redenst de son sanc precïos. 
en icest siècle nen at partite amor: 
la vide est fraile, n'i at durable honor; 
ceste ledice revert a grant tristor'. 

Quant sa raison li at tote raostrede, 20 

puis li comandct les renges de s'espede 
et un anel dont il Tout esposede. 
donc en eist fors de la chambre son pedre: 
en mie nuit s'en fuit de la contrede. 

Donc •vint edrant dreitcment a la mer: 20 
la nef est preste ou il deveit entrer; 
donet son pris et enz est aloëz. 
drecent lor sigle, laisent corre par mer; 
la pristrent terre ou deus lor volst doner. 

Dreit a Lalice, une citet molt bêle, 30 

iloc arivet sainement la nacelc: 
donc en eisit danz Alexis a terre; 
mais jo ne sai com longes i converset. 
ou que il seit de deu sernr ne cesset. 

D'iloc alat en Alsis la citet :',r, 

por une imagene dont il odit parler, 
qued angele firent par comandement deu 
el nom la virgene qui portât salvetet, 
sainte Marie qui portât damne deu. 

Tôt son aveir qu'od sei en out portet 40 

tôt le départ que giens ne l'en remest: 
larges almosncs par Alsis la citet 
donet as povres ou qu'il les pot trover: 
por nul aveir ne volt estre encombrez. 

Quant son aveir lor at tôt départit. 4:, 

entre le« povres s'a-niat danz Alexis: 

24 Doit. 



récent l'alraosne quant deus la li tramist; 
tant en retint dont son cors pot guarir; 
se lui'n remaint, sil rent as poverins. 

Or revendrai al pedre et a la medre 
et a la spose qui sole fut remese. 
quant il ço sourent qued il fuïz s'en eret, 
ço fut granz dois qued il en démenèrent, 
e granz deplainz par tote la contrede. 

Ço dist li pedre "chiers filz, com t'ai perdut !' 
respont la medre 'lasse, qu' est devenuz?' 
ço dist la spose 'péchiez le m'at tolut. 
amis, bels sire, si poi vos ai oiit ! 
or sui si graime que ne puis estre plus'. 

Donc prent li pedre de ses meilors serjanz, 
par moites terres fait querre son enfant: 
jusqu'en Alsis en vindrent dui edrant; 
iloc troverent dan Alexis sedant, 
mais n'enconurent son vis ne son semblant. 

Si at li enfes sa tendre charn mudede 
nel reconurent li dui serjant son pedre: 
a lui mcdisme ont l'abnosne donede; 
il la receut corne li altre fredre; 
nel reconurent, sempres s'en retomerent. 

Nel reconurent ne ne l'ont enterciet. 
danz Alexis en lodet deu del ciel, 
d'icez sons sers cui il est almosniers: 
il fut lor sire, or est lor provendiers; 
ne vos sai dire com il s'en firet liez. 

Cil s'en repairent a Rome la citet, 
noncent al pedre que nel pourent trover; 
s'il fut dolenz ne l'estot demander, 
la bone medre s'en prist a dementer 
et son chier fil sovent a regreter. 

'Filz Alexis, por quel t'portat ta medre? 
tu m'iés fuïz, dolente en sui remese. 
ne sai le leu ne ne sai la contrede 
ou t'alge querre; tote en sui esguarede: 
ja mais n'ierc liede, cbiers tilz, ne n'icrt tes pedre'. 

Vint en la chambre pleine de marrement; 
si la des])eret que n'i remest nient; 
n'i laissât pâlie ne nëul ornement, 
a tel tristor atomat son talent, 
onc puis cel di nés contint liedement. 

'Chambre', dist ele, 'ja mais n'cstras jiarede, 
ne ja ledice n'iert en tei demenede'. 



4 reviendrai. sovrcnt. i:t pois. 30 povicnt. 
.1B nr- nen. 40 dcspeiret. 



29 



SAINT ALEXIS. 



30 



si l'at destruitc corn s'hom l'otist prededc; 
sas i fait peudrc c ciuccs deramedes: 
sa grant houor a grant dol at tornede. 

Del dol s'asist la medre jus a terre, 
si fist la spose dan Alexis acertes: 
'dame', dist ele, 'jo ai fait si grant perte! 
ore vivi-ai en guise de toi-trcle: 
quant n'ai ton til, cusembrot toi voil cstre'. 

Rcspont la medre 's'od mei te vols tenir, 
sit guarderai por amor Alexis, 
ja n'avras mal dont te puisse guaiir. 
plainons ensemble le dol de nostre ami, 
tu dcl scinor, jol ferai por mon fil'. 

Ne pot estre altre, tornent el consirrer; 
mais la dolor ne podent oblider. 
danz Alexis en Alsis la citet 
sert son seinor par bone volentet: 
ses enemis nel pot onc enganer. 

Dis c set anz, n'en fut uïcnt a dire, 
penat son cors el damne deu scrvise: 
por amistet ne d'ami ne d'amie, 
ne por honors qui lui fussent tramises, 
n'en volt torner tant com U ad a vi^Te. 

Quant tôt son cor en at si atornet 
que ja son voU u'istrat de la citet, 
deus fist l'imagene por soe amor parler 
al servitor qui serveit al alter; 
ço li comandet 'apele l'home deu'. 

Ço dist l'imagene 'fai l'home deu venir 
en cest monstier, quer il Fat deser\it, 
et il est digues d'entrer en paradis', 
cil vait, slI quiert, mais il nel set choisir 
icel saint home de cui l'imagene dist. 

Revint li costre a l'imagene el monstier; 
'certes', dist il, 'ne sai cui entercier'. 
i-espont l'imagene 'ço'st cil qui lez l'hus siet; 
près est de deu e del règne del ciel; 
par nule guise ne s'en volt esloinier'. 

Cil vait, si] quiert, fait Tel monstier venii-, 
es vos l'esemple par trestot le pais 
que celé imagene parlât por Alexis; 
trestuit l'honorent li grant e li petit, 
e tuit le preient que d'els aiet mer cit. 

Quant il ço veit quel volent honorer, 
'certes', dist U, 'n'i ai mais ad ester; 
d'iceste honor nem revoil encombrer'. 

11 poisse. ii trestoit. 13 toit. 



en mie nuit s'en fuit de la citet, 
dreit a Lalice rejoint li sons edi-ci'S. 

Danz Alexis entrât en une nef; 
eurent lor vent, laissent corre par mer: 
5 dreit a Tarson espeiret ariver, 
mais ne pot estre, ailors l'estot aler: 
tôt dreit a Rome les portet li orez. 

Ad un des porz qui plus est près de Rome, 
iloc arivet la nef a cel saint home. 
10 quant veit son règne, durement se redotet 
de ses parenz, qued il nel rcconoissent 
e de l'honor del siècle ne l'encombrent. 

'E deus', dist il, 'bels reis qui tôt govcrnes, 
se tei ploiist ici ne volsisse estre. 
15 s'or me conoissent mi parent d'esté teiTe, 
il me prendront par pri ou par podéste: 
se jos en creid il me trairont a perte. 

Mais ne i)or hoc mes pedre me desirret, 
si fait ma medre plus que femme qui vivet 
•20 avec ma spose que jo lor ai guerpide. 
or ne lairai nem mete en lor bailic: 
nem conoistront, tanz jors at que nem vii-ent'. 

Eist de la nef e vait edrant a Rome: 
vait par les rues dont il ja bien fut ceintes, 
■2:) altre puis altre, mais son pedre i encontret, 
ensemble od lui gi-ant masse de ses homes: 
sil reconut, par sou dreit nom le nomet: 

'Eufemiens, bels sire, riches hom, 
quer me herberge por deu en ta maison: 
30 soz ton degret me fai un grabaton 
empor ton fil dont tu as tel dolor; 
tôt sui enferms, sim pais por soe amor'. 
Quant ot li pedre la clamor de son fil, 
plorent si oil, ne s'en pot astenir: 
35 'por amor deu e por mon chier ami, 

tôt te dorrai, bons hom, quant que m'as quis, 
lit et hostel e pain e charu e vin. 

E deus', dist il, 'quer eusse un serjant 
quU me guardast: jo l'en fereie franc'. 
40 un en i out qui sempres vint avant: 

'es me', dist il, *quil giiard par ton comand : 
por toe amor en soferrai l'ahan'. 

Cil le menât endreit soz le degret, 
fait li son lit ou il pot reposer; 
45 tôt li amanvet quant que bosoinz li ert. 
vers son seinor ne s'en volt mesaler; 
par nule guise ne l'en pot hom blasmer. 
1 noit. 



31 



Xle SIECLE. 



32 



Sovent le >-irent e li pedrc e la medrc 
e la pulcele qaed il ont esposcde: 
par nule guise onques ne ravi^scrcnt : 
D'il ne lor dist, n'il ne li demandcrcnt, 
quels hom esteit ne de quel terre il eret. 

So ventes feiz lor veit grant dol mener 
e de lor oilz molt tendrement plorer, 
c tôt por lui, onques nient por el: 
il les esguardet. sil met el consirrer; 
n'at soin quel veiet, si est a dcu torncz. 

Soz le degret ou gist sor une nate, 
la le paist l'hom del relief de la table: 
a grant povérte déduit son grant bamage. 
ço ne volt il que sa medre le sachet: 
plus aimet deu que trestot son lignage. 

De la viande qui del herberc li vient 
tant en retient dont son cors en sostient; 
se lui *n remaint, sil rent as almosniers: 
n'en fait musgode por son cors engraissier 
mais as plus po\Tes le donet a mangier. 

En sainte église converse volontiers; 
chascune feste se fait acomungier. 
sainte escriture ço ert ses conseiliers: 
del deu servise le rovet esforcier; 
par nule guise ne s'en volt ealoinier. 

Soz le degret ou il gist e converset, 
iloc déduit liedement sa povérte. 
li serf son pedre qui la maisniede servent 
lor lavedures li gctent sor la teste: 
ne s'en corocet ned il nés en apelet. 

Tuit l'escharnissent, sU tienent por bricon : 
l'egue li getent, si moilent son linçol; 
ne s'en corocet gienz cil saintismes hom, 
ainz preiet deu qued il le lor pardoinst 
par sa mercit, quer ne sevcnt que font. 

Iloc converset eisi dis e set ans; 
nel reconut nuls sons apartenanz, 
ne nëuls hom ne sont les sons ahanz, 
fors sol 11 liz ou il a gëut tant: 
ne pot muder ne seit aparissant. 

Trentre quatre ans at si son cors penet: 
deus son servise li volt guerredoner. 
molt li engrieget la soe enfermetet ; 
or set il bien qued il s'en doit aler; 
cel son serjant ad a sei apelet: 

'Quier mei, bels fredrc, et cnquc c i)arcbamin 
et une penne, ço pri toe mercit'. 

31 Toit. 



cil li aportet, reçoit les Alexis: 
de sei medisme toto la chartre escrist, 
com s'en alat c com il s'en revint. 
Très sei la tint, ne la volt dcmostrer, 
:. ncl recouoissent usquo il s'en seit alez. 
partitement s'ad a deu comandet; 
sa fin aproismet, ses cors est agravez; 
de tôt en tôt recesset del parler. 
En la samainc qued il s'en dut aler. 
10 vint une voiz trois feiz en la citet 
hors del sacrarie par comandement deu, 
qui ses tideilz li at toz envidez: 
prest est la glorie qued il li volt doner. 
A l'altre voiz lor vint altre somonse, 
la que l'home deu quiergcnt qui gist en Rome, 
si li depreient que la citet ne fondet, 
ne ne périssent la gent qui enz fregondent. 
qui l'ont odit remaincnt en gi-ant dote. 
Sainz Innoceuz ert idonc apostolies ; 
m a lui en viudrent e li riche e li povre, 
si li requièrent conseil d'icele chose 
qu'il ont odide, qui molt les desconfortet; 
ne guardent l'hore que terre les enclodet. 
Li apostolies e U emperedor 
25 (U uns Arcadie, li altre Honoric out nom) 
c toz li poples par commune oraison 
depreient deu que conseil lor en doinst 
d'icel saint home par qui il guariront. 
Ço li depreient, la soe pietet, 
30 que lor enseint oui puissent recovrer. 
vint une voiz qui lor ad cnditet: 
•en la maison Eufemïen quereiz, 
quer iloc est e la le trovereiz'. 

Tuit s'en retornent sor dan Eufemïen; 
35 alquant le prendent fortment a blastengier: 
uceste chose nos doûses noncier 
a tôt le pople qui ert desconseiliez ; 
tant l'as celet, molt i as grant pechiet'. 
Il s'escondit com li hom qui nel set; 
•jo mais ne l'en creient, al herberc sont alet. 
il vait avant la maison aprester ; 
fortment l'enquiert a toz ses ménestrels: 
icil resi)ondent que nëuls d'els nel set. 
Li ajjostolies e li emperedor 
45 siedent es bans e pensif e ploros; 
iloc esguardent tuit cil altre seinor; 
depreient deu que conseil lor en doinst 
d'icel saint home par qui il guariront. 



33 



CHANSON DE ROLAND, 



34 



En tant dementrcs com il iloc ont sis, 
deseivet l'anerae del cors saint Alexis: 
tôt drcitement en vait en ])aradis 



a son scinor qu'il aveit tant servit. 

c reis célestes, tu nos i tai venir! Ji-'i'i'^ 



CHANSON DE ROLAND. 

La chanson de Roland heruusgeyehen von Theodor Multer, 2. Auflage, Gôttingen 1878. v. 1913—2396. 

Cf. F^rster dans Zeitschrift fur romanische Philologie 2, 162 &s. Le fragment choisi raconte la mort 

d'Olivier, de Turpin et de Roland à Roncevaux. Le passage correspondant de l'imitation allemande 

de Conrad se trouve dans mon édition (Leipzig 1874) v. 6334 — 6923. 



De (;o qui caltV se fuît s'est Marsilies, 
remés i est sis uncles l'algalifes, 
ki tint Kartagene, Alferne, Garmalie, 
e Ethïopc, une terre maldite; 
la neirc gcnt en ad en sa baUlie, 
granz unt les nés e lees les orilles, 
e sunt ensemble plus de cinquante niilic. 
icil chevalchent fièrement e a ire, 
puis si escrïent l'enseigne paienisme. 
ço dist Kollanz 'ci recevrums martiric, 
e or sai ben n'avuns guaires a vivre; 
mais tut seit fel ki cher nés vende primes ! 
ferez, seignur, des espees furbies, 
si calengiez e voz morz e voz vies, 
(lue dulce France jjar nus ne seit hunie! 
quant en cest camp vendrat Caries misire, 
de SaiTazins verrat tel discipline, 
cuntre un des noz en truverat morz quinze, 
ne laisserat que nus ne beneïsse'. Aoi. 

Quant RoUanz veit la cuntredite gent, 
ki plus sunt neir que nen est aiTemeuz, 



Caries li magnes mar vus laissât as porz; 

6 tort nus ad fait, nen est dreiz qu'il s'en lot, 
kar de vus sul ai bien vengiet les noz'. 

Oliviers sent que a mort est feruz, 
de sei vengier targier ne se volt plus, 
tient Halteclere, dunt li aciers fut bruns, 

10 fiert l'algalife sur l'elme a or agut, 
e flurs e pierres en acravantet jus, 
trenchet la teste d'ici qu'as denz menuz, 
brandist sun colp, si l'a mort abatut: 
c dist après "paiens, mal aies tu! 

1.5 iço ne di Karles n'i ait perdut; 
ne a muillier ne a dame qu'as vëud 
n'en vanteras el règne dunt tu fus 
vaillant [a un] denier que m'i aies tolut 
ne fait damage ne de mei ne d'altrui'. 

•2u après escrïet Rolland qu'il li aiut. Aoi. 
Oliviers sent qu'il est a mort nafrez, 
de lui vengier ja mais ne li iert sez ; 
de Halteclere maint grant i ad dunet, 
en la grant presse or i fiert cume ber, 



ne n'unt de blanc ne mais que sul les denz, ^ô trenchet cez hanstes e cez escuz buclers, 

ço dist li quens 'or sai jo veirement e piez e puiuz, espalles e costez. 

que hoi murrum par le mien escient. ki lui veist Sarrazins desmembrer, 

ferez, Franceis, car jol vus recumant'. un mort sur altre a la terre geter, 

dist Oliviers 'dehait ait li plus lenz !' de bon vassal li poûst remembrer, 

a icest mot Franceis se fièrent enz. ao l'enseigne Carie n'i volt mie ublïer. 
Quant paien virent que Franceis i ont poi, Munjoie escrïet e haltement e cler. 
entr' els en unt e ortroUl e cunfort; 



dist l'uns al altre 'li emperere ad tort', 
li algalifes sist sur un ceval sor, 
brochet le bien des esperuns a or; 
fiert Olivier deriere en mi le dos, 
le blanc osberc li ad desclos el cors, 
par mi le piz sun espiet li mist fors ; 
c dit après 'un colp avez pris fort. 

-t s'en est. b Cartagene. ly mis sire. 
Bartsch. Clirestomathie IV. Kd. 



RoUant apellet, sun ami e sun per. 
'sire cumpaign, a mei car vus justez. 
a grant dulur ermes hoi desevret'. 
li uns vers l'altre cumencet a plurer. Aoi. 

Rollanz rcguardet Olivier al visage: 
teinz fut e pers, desculurez e pales, 
li sancs tuz clei's par mi le cors li raiet, 

^ manque: emprunté au Ms. de Venise. 'j 
ntanque: emprunté à Ven. et aux remaniements. 
32 apelet. 

3 



àO 



Xle SIECLE. 



36 



eucuntrc terre en chieeut les esdaces. 
•deus', dist li quens. "or ne sai jo que face, 
sire cumpaiuz. mar fut vostre barnages ! 
ja mais n'iert hiuu ki tun cors cuntrevaillet. 
el France dulce, cum hoi remendras guaste 
de bons vassals, ciuifundue e desfaito! 
li emperere en avrat grant damage.' 
a icest mot sur sun cheval se pasmct. Aoi. 

As vus RoUant sur sun cheval pasmet. 
e Olivier ki est a mort nafrez. 
tant ad sainiet, li oil li sunt trublct, 
ne luinz ne près ne poet vedeir si cler 
que reconuisset nisun hume mortel. 
sun cumpaignun, cum il l'at cncuntret, 
sil tiert amunt sur l'elme a or gemet, 
tut li detrenchet d'ici que al nasel, 
mais en la teste ne l'ad mie adeset. 
a icel colp l'ad Rollanz reguardet, 
si li demandet diUcement e suëf 
"sire cumpain, faites le vus de gred? 
ja est ro RoUanz ki tant vos soelt amer; 
par nule guise ne m'avez desfiet.' 
dist Oliviers "or vus oi jo parler: 
jo ne vus vei: veied vus damne deus! 
ferut vus ai: car me le jiardunez.' 
Rollanz respunt "jo n'ai nient de mel ; 
jol vus parduins ici e devant deu.' 
a icel mot l'un al altre ad clinet; 
par tel amur as les vus descvrez. 

Oliviers sent que la mort mult l'anguisset: 
ambdui li oil en la teste li tument, 
l'oie pert e la vëue tute; 
descent a piet, a la terre se culchet, 
d'ures en altres si reclaimet sa culpe, 
cuntre le ciel ambcsdous ses mains juintes, 
si prîet deu que pareïs li dunget, 
e l>eneïst Earlun e France dulce, 
sun cumpaignun Roilant desur tuz humes. 
fait li li cuers, li helmes li embrunchet, 
trestuz li cors a la terre li justet; 
monc est li quens, que j)lus ne se derauret. 
Rollanz li bcr le pluret, sil dulusct; 
jamais en terre n'orrez plus dolent hume. 

Li quens Kollanz quant mort vit sun ami 
gésir adenz, cuntre orient sun vis, 
ne poet muer ne plurt e ne sospirt, 

l& l'helme. 21 ço est ja M. 24 damnes deus M. 
«6 manfjue: emprunté au m», de Venise. 



nuilt dulcement a regretcr le prist: 
•sire cumpaign, tant max* fustes hardiz ! 
ensemble avum estet e anz e dis, 
nem fesis mal ne jo nel te forstis. 

5 quant tu iés morz, dulur est que jo vif.' 
a icest mot se pasmet li marchis 
sur son ceval qu'iun claimct Veillantif. 
afermez est a ses cstreus d'or tin; 
quel pai-t qu'il ait, ne poet mie chair. 

lu Aiuz que Rollanz se seit apcrcëuz, 
de pasmcisuns guariz ne revenuz, 
mult granz damages Li est aparëuz : 
mort sunt Franceis, tuz les i ad pcrdut 
senz l'arccvesquc e senz Gualtier dcl Hum. 

1.J repairicz est de la muntaigne jus, 

a cels d'Espaignc mult s'i est cumbatuz, 
mort sunt .si hume, sis unt paien vencut; 
vooillet nun, dcsuz cez vais s'en fuit 
c si reclaimet Roilant qu'il li aiut: 

20 'c! gentilz quens, vaUlanz hum, u iés tu? 
unkes nen oi jjoiir la u tu fus. 
ço est Gualtiers ki cuuquist Maëlgut, 
li niés Droiin al vieill e al canut; 
pur vasselage suleie cstre tis druz. 

■2h ma hanste est fraite c perciez mis escuz, 
e mis osbercs desmailiez e rumpuz, 
par mi le cors ot lances sui feruz; 
sempres murrai, mais chier me sui venduz.' 
a icel mot l'at Rollanz entendut, 

ao le cheval brochet, si vint puignant vers lui. Aoi. 
'Sire Gualtier', ço dist li quens Rollanz, 
'bataille as faite par le mien essïant, 
vus devez estre vassals e combatanz. 
mil chevaliers ne menastes vaillanz; 

ro n'erent a mei, per ço les vus demant, 
rendez les mei, que besoign m'en a grant.' 
respunt Gualtiers 'n'en verreiz un vivant; 
laissiez les ai en le dulurus camp, 
de Sarrazins nus i truvames tant, 

40 Turs et Ermincs, Chanines e Persanz, 
de cels de Bal les meillurs curabatanz 



7 (ju'hum. 2" ot] bot Ms. d'oit Millier; cf. 
Forster p. 175. 36, M — 37, 14 complété d'après 
le ma. de Venise, li cont. 32 ai. 33 vasal 
45 et combatant. 34 mille, vaillant. 35 n'e- 

rent) li cr. le vos. 3B li a moi. ma grant. 
:n verc(,- mais ho. 3') nu trovames. 40 

Cbaninu et Persant, Il cil. IJedc. li meltre 

combatant. 



37 



CHANSON DE ROLAND. 



38 



sur liir chevals arabiz e curanz. 

une bataille avum faite si grant, 

n'i ait paien que devers nus s'en vant; 

seissante milie en remest mort sanglant. 

iloec avuns perduz trestuz noz Francs. .'> 

vengiez nus sûmes as noz acerins branz. 

de mun osbcrc m'en sunt rnniput li pan, 

plaies ai multes as costez et as tiancs, 

de tûtes parz m'ist fores li clers sancs; 

trestuz li cors me va enfeblïanz, lo 

sempres murrai par le mien essïant. 

jo sui vostre hum, si vus tien a garant, 

ne m'en blasmez, se jo m'en vai fuiant, 

mais or m'aiez a tut vostre \ivant.' 

RoUanz ad doel, si fut maltalentifs, 15 

en la grant presse cumencet a ferir, 
de cels d'Espaigne en ad getet morz vint, 
e Gualtiers sis e l'arcevesques cinc. 
dïent paien 'feluns humes ad ci: 
guardez, seignur, que il n'en algent vif. 20 

tut par seit fel ki nés vait envaïr 
e recréant ki les lerrat guarir.' 
dune recumencent e le hu e le cri, 
de tûtes parz les revunt envaïr. Aoi. 

Li quens RoUanz fut mult nobles guerriers, 25 
Gualtiers del Hum est bien bons chevaliers, 
li arcevesques pruzdum e essaiez : 
li uns ne volt l'altre nient laissier. 
en la gi-ant presse i fièrent as païens, 
mil sari'azin i descendent a piet, 30 

e a cheval sunt quarante millier, 
mien escïentre nos osent aproismier; 
il lancent lur e lances e espiez, 
wigres e darz e museraz e algiers [e gieser). 
as premiers colps i unt ocis Gualtier, 35 

Turpin de Reins tut sun escut perciet, 
quasset sun elme, si l'unt nafrct el chief 
e sun osberc rumput e desmailliet, 
par mi le cors nafret de quatre espiez; 
dedesus lui ocïent sun destrier. 40 

or estgranz doels quant l'arcevesques chiet. Aoi. 

1 corant. 3 oit. 5 trestut nos Franch. tj 
nus Miiller: manque, açarin brant. 7 m'en 

Mùller] nen. pan Muller : man. 8 multes] mor- 
tels. Mûller propose mortels ai plaies, al coster 
et aie fiant. y m'ist AlUller] mes. 10 stretut. 
me va Muller] mena, inflebiant. 13 nen men. 
14 or Muller] ci. 34 algiers Gautier] a giez Hfs. 
wigres e darz, museraz aguisiez M. 



Turi)ins de Reins quant se sent abatut, 
de quatre espiez i)ar mi le cors ferut, 
isnelcment li ber resaillit sus; 
Reliant reguardet, puis si li est curuz 
e dist un mot "ne sui mie veucuz ; 
ja bons vassals nen iert vifs recrëuz.' 
il trait Almace, s'espee d'acier brun, 
en la grant presse mil colps i tiert e jilus ; 
puis le dist Caries qu'il n'en espargnat nul. 
tels quatre ccnz i troevet entur lui. 
alquanz nafrez, alquauz par mi feruz, 
si out d'icels ki les chiefs unt perdut: 
ço dit la geste e cil ki el camp fut, 
li ber sainz Gilles pur qui deus fait vertuz 
e fist la chartre el mustier de Loun, 
ki tant ne set ne l'ad prud entendut. 

Li quens Rollanz gentement se cumbat; 
mais le cors ad tressuët e mult chalt, 
en la teste ad e dulur e grant mal. 
rumput [li est] li temples pur ço que il cornât ; 
mais savoir volt se Charles i vendrat, 
trait l'olifan, fieblement le sunat. 
li emperere s'estut, si l'escultat. 
'seignur', dist il, 'mult malement nus vait: 
Rollanz mis niés hoi cest jur nus défait, 
jo oi al corner que guaires ne vivrat. 
ki estre i voelt, isnelement chcvalzt! 
sunez voz graisles tant que en cest ost ad !' 
seissante milie en i cornent si hait, 
bruient li munt e respurident li val. 
paien l'entendent, nel tindrent mie en gab ; 
dit l'uns al altre "Karlun avrum nus ja'. Aoi. 

Dïent paien 'l'emperere repairet, 
de cels de France odum suner les graisles; 
se Caries vient, de nus i avrat perte, 
se Rollanz vit. nostre guerre novellct. 
jierdud a:^•uns Espaigne nostre terre.' 
tel quatre cent s'en asemblent a helmes 
e des moillurs ki el camp quient estre, 
a Reliant rendent un estur fort e pesme: 
o\ ad li quens endroit soi asez que faire. Aoi. 

Li quens Rollanz quant il les voit venir, 
tant se fait forz e fiers e maneviz, 
ne lur lerrat tant cum il serat vifs. 



20 rut ad le temple .1/. 30 bruient] sunent; 
ef. Fôrster p. 176. 30 novelet. 3!i puent 

estre M. 41 asez] mult M. 44 nés recrerrat M. 

3* 



39 



Xle SIKCLE. 



40 



siet el cheval qu'uni claimet Veillautif, 
brochet le bien des esperuns d'or tin. 
en la grant presse les vait tuz envair. 
ensembr od lui l'arcevesques Turpius. 
dist l'uns al altre X'a vus traiez, amis! 
de cels de France les corns avuns oit: 
Caries repairet li reis poësteïfs." 

Li queus Rollaiiz unkes n'amat ruanl 
ne orguillus ne hume de maie part 
ne chevalier, s'il ne fust bons vassals. 
e l'arcevesque Turpin en apelat: 
•sire, a pied estes, e jo sui a ceval; 
pur vostre araur ici prendrai estai, 
ensemble avruns e le bien e le mal, 
ne ^Tis lerrai pur nul hume de car; 
enciii rendrunt a paiens cest asalt 
li colp d'Almace c cil de Durendal.' 
dist l'arcevesques 'tel seit ki [ben] n'i ferrât. 
Caries repairet ki bien nus vengerat.' 

Dïent paien "si mare fumes net! 
cum i)esmes jurz nus est hoi ajuniez! 
perdut avum noz seigiiurs e noz pers. 
Caries repairet od sa grant ost, li ber, 
de cels de France odum les graisles clers, 
grant est la noise de Munjoie escrier. 

quens Rollanz est de tant grant tiertet, 
ja n'iert vencuz pur nul hume camel; 
lançons a lui, puis sil laissums ester.' 
e il si tirent darz e wigres assez, 
espiez e lances e museraz enpennez : 
l'escut RoUant unt frait e estroët 
e sun osberc rumput e desmailet, 
mais enz el cors nel unt mie adeset; 
Veillantif unt en trente lius nafret, 
desuz le cunte si li unt mort getet. 
paien s'en fuient, puis sil laissent ester; 
H quens Rollanz a pied i est remés. Aoi. 

Paien s'en fuient curuçus e iriet, 
envers Espaigne tendent del espleitier. 
li ({uens Rollanz nés ad dunt encalciez, 
perdut i ad Veillantif sun destrier: 
voeillet o nun, remés i <;st a piet. 
ai arcevesque Turpin alat aidier, 
«un elme ad or li desiaçat del cbief, 
si li tolit le blanc osberc iegier. 



e sun blialt li ad tut detrenchiet, 
en ses grauz plaies les pans li ad lïet, 
cuntre sun piz puis si l'ad enbraciet, 
sur l'erbe vert puis l'at suëf culchiet; 
:, mult dulcement li ad Rollanz preiet: 
'e, gentilz hum, car me dunez cungiet! 
noz cumpaignuns, que oiimes tant chiers, 
or sunt il mort, nés i devuns laissier; 
joes voeill aler e querre e entercier, 
ut dedevant vus juster e enrengier.' 
dist l'arcevesques 'alez e repairiez. 
cist camps est vostre, la mercit deu, e miens.' 
Rollanz s'en turnet, par le camp vait tut suis, 
cercet les vais e si cercet les munz ; 
15 iloec truvat e Ivorie et Ivun, 

truvat Gerin, Gcrier sun curapaignun, 
iloec truvat Engelier le Guascuign 
e si truvat Berengier e Otun, 
iloec truvat Anseïs e Sansun. 
■211 truvat Gérard le vieill de Russillun : 
par un e un les ad pris les barnns, 
al arcevesque en est vennz atut, 
sis mist en reng dedevant ses genuilz. 
li arcevesques ne poet muer n'en plurt; 
2.1 lievet sa main, fait sa beneïçun; 
après ad dit 'mare fustes, seignur! 
tûtes voz anmes ait deus li glorïus! 
en pareïs les mete en saintes flurs! 
la mcie mort me rent si anguissus, 
:)o ja ne verrai le riche empereur.' 

Rollanz s'en turnet, le cam)) vait recercier; 
desoz un pin c foillut e ramier 
sun cumitaignun ad truvet Olivier, 
cuntre sun i)iz estreit l'ad enbraciet. 
35 si cura il poet al arcevesque en vient, 
sur un escut l'ad as altres culchiet; 
e l'arcevesques l'ad asols e seigniet. 
idunc agreget li doels ç la i)itiet. 
ço dit Rollanz 'bels cum))ainz Olivier, 
m vos fustes tilz al bon cunte Reiuier, 
ki tint la marche de Gènes e Rivier: 
pur hanst(! fraindre, i»ur escuz i)eceier 
e pur osberc e rumjtre c desinaillier, 



I (ju'hum M. 2'i firent: darz Af. ;{0 lances 
niui><.Taz .1/. 32 denafret M. à cau»e de t n»- 
sonarf''. ^Ij li Forsif-r] l'i .1/. 



2 liet M. uott;] butet Mx. 7 nus curiipai- 

gnun M., rf. Fôrster p. 170. 2^ nietet. :t2 
manque; ré/nhli tt' après Ven. 40 at riche duc 

M. \-\ manque; rétabli d'après Ven. osberc 

rompre. 



11 



CHANSON DE ROLAND. 



42 



r orguilliis e veintre e esmaier, 
c pur pruztlumes tenir e conseillier 
[e pur glutuns c veintre e esmaier] 
en nule terre n'eut meilhir chevalier.' 

Li quens Rollanz, quant il veit morz ses pers 
e Olivier, (pi'il tant poeit amer, 
tendrur en ont, cumenret a plnrer, 
en sun visage fut mnlt desculurez. 
si grant doel out que mais ne pont ester, 
voeillet o nun, a terre chiet i)asmez. i 

dist l'arcevesques 'tant mare fustes. ber.' 

Li arcevesques quant vit pasmer RoUant, 
dune out tel doel, unkes mais n'eut si grant ; 
tendit sa main, si ad pris l'olifan. 
en Rencesvals ad une ewe curant; i 

aler i volt, si'n durrat a Reliant, 
tant s'esforçat qu'il se mist en estant, 
sun petit pas s'en turnet cancelant, 
il est si fiebles qu'il ne poet en avant, 
nen ad vertut, trop ad perdut del sanc. 
ainz que xim alast un sul arpent de camp, 
fait li li coers, si est chaeiz avant : 
la sue mort li vait mult anguissant. 

Li quenz Rollanz revient de pasmeisuns, 
sur piez se drecet, mais il ad gi-ant diUur; 
guardet aval e si guardet amunt: 
sur l'erbe vert, ultre ses cumpaignuns, 
la veit gésir le nobilie barun, 
ço est l'arcevesques que deus mist en sun num : 
daimet sa culpe. si reguardet amunt, 
cuntre le ciel anisdous ses mains ad juiiit. 
si prïet deu que pareis li duinst. 
morz est Tuqjins K guerreiers Charlun. 
par gi'anz batailles e par mult bels sennnns 
cuntre paiens fut tuz tens cami)ïuns. 
deus 11 otreit seinte bejieiçun! Aoi. 

Quant Rollanz vit l'arcivesque qu'est morz. 
senz Olivier une mais n'ont si grant dol, 
e dist un mot qui destrenche le cor: 
'Caries de France chevalce cum il pot: 
en Rencesvals damage i at des noz; 
li reis Marsilies ad tant perdut de s'ost. 
cuntre un des noz ad bien (quarante morz.' 



17 vianque: rétabli d'après Ven. 2U D en. 

21 qu'huni. y, — 43 rétabli d'après Ven. l'arci- 
vesqz mort. 3s une] mie. 39 destren(,-e li 

cort. 41 ait des not. 42 a sa iat perdu 

desot. 43 ad manque, mort. 



Li quens Rollanz veit l'arcevesque a terre, 
defors sun cors veit gésir la buëlle, 
desuz le frunt li buiUit la cervelle, 
desur sun piz, entre les dous furcelles. 
cruisiedes ad ses blanches mains, les belles, 
forment le plaint a la lei de sa terre, 
'e, gentilz hum, chevaliers de bon aii'e, 
hoi te cuniant al glorïus céleste : 
ja mais n'ert hum plus volentiers le serve, 
des les apostles ne fut une tel prophète 
pur lei tenii- e pur humes atraire. 
ja la vostre anme nen ait doel ne sufraite! 
de pareïs li seit la porte uverte!' 

Ço sent Rollanz que la mort li est près, 
par les oreilles fors li ist li cervels; 
de ses pers prïet a deu que les apelt 
e pois de lui al angle Gabriel, 
prist l'olifan, que reproce n'en ait, 
e Durendal s'espee en l'altrc main, 
plus qu'art)aleste ne poet traire un quarrel 
devers Espaigne en vait en un guarait, 
en sum un tertre, desuz dous arbres bels, 
quatre perruns i ad de marbre faiz : 
sur l'erbe vert la est caeiz envers, 
si s'est pasmez, kar la mort li est près. 

Hait sunt li pui e mult hait sunt li arbre, 
quatre perruns i ad luisanz de marbre: 
sur l'erbe vert li quens Rollanz se pasmet. 
uns sarrazins tute veie l'esguardet, 
si se feinst mort, si gist entre les altres, 
del sanc luat sun cors e sun visage, 
met sei en piez e de curre se hastet: 
bels fut e forz e de grant vasselage, 
par sun orguill cumencet mortel rage, 
, Reliant saisit e sun cors e ses armes, 
e dist un mot 'veucuz est li niés Carie; 
iceste espee porterai en Arabe.' 
prist l'en sun pung. Reliant tirad sa barbe; 
en cel tirer li quens s'aperçut alques. 

Ço sent Rollanz que s'espee li toit, 
uvrit les oilz, si li ad dit un mot: 
'mien escïentre tu n'iés mie des noz.' 
tient l'olifan, que unkes perdre ne volt, 
sil fiert en l'elme ki geromez fut a or. 

2 buele. 3 cervele. 4 furceles. 5 bêles. 

10 tels M. 21 guaret. :4S manque : rétabli 

d'après Ven. prist ella in ses pung a R. 43 
qu'unques. 



43 



Xle SIECLE. 



44 



fruisset l'acier o la teste e les os, 
amsdous les oilz del chief li ad mis fors, 
jus a ses piez si l'ad tresturnet moi't. 
a]>rés li dit "culvert. cum fus si os 
que lue saisis ne a dreit ne a tort? 
ne l'orrat hiuii ne t'en tieuget pur fol. 
fenduz en est mis olifaus el gros, 
«,'a jus en est li cristals e li ors.' 
Ço sent RoUanz la vëue a perdue. 



e Engleterre, que il teueit sa cambre; 

cunquis l'en ai pais e terres tantes 

que Caries tient ki ad la barbe blanche. 

pur ceste espee ai dulur e pesance: 

miez voeill nuu-ii- qu'entre païens reniaigiie. 

damnes deus pore, n'en laissier bunir France !' 

HoUanz ferit en une pierre bise; 
plus en abat que jo ne vus sai dire, 
l'cspee cruist. ne fruisset ne ne brise, 



met sel sur piez, quanqu'il poet s'esvertiiet; lo cuntre le ciel amunt est resortie. 



en sun visage sa culur ad perdue. 

tint Durendal s'espee tute nue. 

dedevajit lui ad une pierre brune: 

dis colps i tiert par doel e par rancune, 

cruist 11 aciers, ne fraint ne ne s'esgruignet. 

e dist li quens 'sancte Marie, aïuel 

e, Durendal, bone si mare fustes! 

quant jo n'ai prud, de vus nen ai mais cure ! 

tantes batailles en camp en ai vencues 

e tantes terres larges escumbatues, 

que Caries tient, ki la barbe ad canue. 

ne vos ait hum ki pur altre s'en fuiet ! 

mult bons vassals vus ad lung tens tenue, 

jamais n'iert tel en France l'asolue.' 

Kollanz ferit el perrun de Sartainie; 
cruist li aciers ne briset ne n'esgranie. 
quant il ço vit que n'en peut mie fraindre, 
a sei meisme la cumencet a plaindre, 
•e, Durendal. cum iés e clere e blanche! 
cuntre soleili si reluis e reflarabes! 
Caries esteit es vais de Morïanie, 
quant deus del ciel li mandat par sun angle 
qu'il te dunast a un cunte cataigne; 
dune la me ceinst li gentilz reis, li magnes. 
jo l'en cunquis e Anjou e Brctaigne, 
si l'en cunquis e Peitou e le Maine, 
jo l'en cunquis Normendie la franche, 
si l'en cun<|uis Provence o E(iuitaigne 
e Lumbardie e trestut*- Romaine, 
jo l'en cunquis Baivicre e tute Flandres 
e Buguerie e trestutc Puillanie, 
Cu.<itentinnoble dunt il out la fiaïue, 
e en oaisunie fait il ço qu'il demandet; 
jo l'en conquis Guales Ëscoce Islande 

12 manrjue: rétnbli (Taprè* Vert. lu mala] 

mt-ins. 21 la koIuc. 25 Sartaigne. -iti 

Higrainet. 31 Moriane. 3«» .\quitaignc. il 
Irlande. 



quant veit li quens (jue ne la fraindrat mie, 

mult dulcement la plainst a sei meïsme: 

'e, Durendal, cum iés belle e saintisme! 

en l'oriet punt asez i ad reliques : 

la dent saint Pierre e del sanc saint Basilie 

e des chevels mun seignur saint Denise, 

del vestement i ad sainte Mai'ie. 

il nen est dreiz que paien te baillisent, 

de chrestïens devez estre servie. 

•20 ne vus ait hum ki facet cuardie! 

mult larges terres de vus avrai cun(|uiscs 
que Caries tient, ki la barbe ad fiurie; 
li empereres en est e ber e riches.' 
Ço sent RoUanz (jue la mort le tresprent, 

iô devers la teste sur le quer li^descent; 
desuz un pin i est alez curant, 
sur l'erbe vert s'i est culchiez adcnz. 
desuz lui met s'espee e l'olifant, 
turnat sa teste vers la paiene gent : 

30 pur <;o l'at fait qne il voclt veii'ement 
(jue Caries dïet e trestute sa gent, 
li gentilz quens qu'il fut morz cunquerant. 
clainiet sa culj)e e menut e suvent, 
pur ses péchiez deu purofrid lu guant. Aoi. 

35 Ço sent Rollanz de sun tens n'i ad plus, 
devers Espaigne gist en un pui agut; 
a l'une main si ad sun piz batud : 
'deus, meie culpe vers les tues vertuz 
de mes pecchiez, des granz e des menuz, 

40 que jo ai fait des l'ure cjue nez fui 
tresqu'a cest jur que ci sui consoiiz.' 
sun destrc guant en ad vers deu tcndut; 
angle del ciel i descendent a lui. Aoi. 
J..i quens Rollanz se jut desuz un j»in, 

1.-. envers Espaigne en ad tuniet snn vis. 



riiur 



tores. 13 belo. M l'orie. 27 l'herbe. 40 



45 



VOYAGE DE CHARLEMAGNE A JÉRUSALEM ET X CONSTANTINOPLE, 



46 



de plusurs choses a remembrer li prist: 
de tantes ten'es cumc li bers cimf[uist, 
de dulce France, des humes de sun lign, 
de Carlemagne sun sciguur kil numt. 
ne poct muer n'en plurt e ne suspirt. 
mais lui meïsme ne volt mctre en ubli, 
claimet sa culpe, si prïet deu mercit: 
"veire paterne ki unkcs ne mentis, 
saint Lazarun de mort resurrexis 
e Daniel des lïuns g'uarcsis, 



guaris de mei l'anme de tuz perilz 
pur les pccchîez que en ma via fis.' 
sun destre guant a deu en purofrit, 
sainz Gabrïels de sa main li ad pris. 

ô desur sun braz tcneit le chief enclin, 
juintes ses mains est alez a sa tin. 
dcus li tramist sun angle chérubin 
e saint Michiel de la mor del poril, 
ensemble od els sainz Gabrïels i vint: 

10 l'anme del cunte portent en parois. 



VOYAGE DE CHARLEMAGNE A JERUSALEM ET A CONSTANTINOPLE. 

Karls des Gronsen lietue iiach Jérusalem und Constaiitinopel, keraiisger/eben von E. Koschwilz, 
Heilbronn 1879, p. G3— 71, v. 435—628. 



Français sunt en la cambre, si unt veut les liz. 
cascuns des duze pers i at ja le sun pris, 
li reis Huguc li Forz lur lait porter le vin. 
sages fut e raembrez e pleins de maie viz ; ^ 
en la cambre volue, en un perun marbrin i.> 
ki fut desuz cavez, s'i at un hume mis. 
tute la nuit les guardet par un pertuis petit. 
li escarbuncles art, bien i poct hoem voir, 
cume en mai eu estet quant soleilz esclarcist. 
li reis Hugue li Forz a sa muillier en vint, 20 
e Caries e Franceis se culchent a leisir. 
des ore gaberunt li cunte e li marchis. 

Franceis furent as cambres, s'unt bëut del 
claret, 
e dist li uns a l'altre 'veez cum grant beltetlis 
veez cum gent palais e cum fort richetet! 
ploiist al rei de glorie, de sainte majestet, 
Carlemaigne, misire, l'piist ja racatet 
u cunquis par ses armes en batalie campel!' 
e lur dist Carlemaignes 'bien dei avant gaber. :'.ii 
li reis Hugue li Forz nen at nul bacheler 
de tute sa maisniee, tant seit forz e membrez, 
ait vestut dons halbers e dous helmes fermez, 
si seit sur un destrier curant e sujurnet; 
li reis me prest s'espee al puin d'or adubct, 35 
si ferrai sur les helmes u il ierent plus cler, 
trencherai les halbers e les helmes gemez, 
le feltre avoec la sele del destrier sujurnet. 
le brant fen-ai en terre: si jo le lais aler. 



31 n en. 



3'J tore. 



ja nen iert mais retraiz par nul hume carnel 
tresk'il seit pleine hanste de terre desterrez.' 
•par deu', çodistl'esculte, 'forz estes e membrez. 
que fols fist li reis Hugue, quant vus prcstat 

ostel ! 
si anuit mais vus oi de folie parler, 
al matin par sun l'albe vus ferai cungeer.' 

E dist li emperere 'gabez, bel niés RoUanz.' 
■voluntiers', dist il, "sire, tut al vostre cumant. 
dites al rei Hugun, me prest sun olifaut, 
puis si m'en irai jo la defors en cel plain. 
tant par iert fort m'aleine e li venz si bruianz, 
k'en tute la citet, que est si ample c grant, 
n'i remaindrat ja porte ne postiz en estant, 
de cuivre ne d'acier, tant seit forz ne pesanz, 
l'uns ne fierget a l'altre par le vent k'iert 

bruianz, 
mult iert forz li reis Hugue, s'il se met en 

avant, 
ne perdet de la barbe les gernuns en bruslant 
e les gi-anz pels de martre qu'at al col en 

turnant, 
le peliçun d'ennine del dos en reversant.' 
'par deu', ço dist l'esculte, 'ci at mal gabement. 
que fols fist li reis Hugue k'il herberjat tel 

gent.' 

4 saint Gabriel J/. li manque: Mûller il. s de 
la mer Ven.'\ manque; c avoec lui saint niichiel 
del Péril M. 1 1 n'en, retraiz Forster] receuz K. ; 
ja nen ert mes receuz Ms. 12 tere desterez. 

19 volunteres sire J/«., misire voluntiers K. 33 
ermine F, ermin Ms. et K. 



47 Xle SIECLE. 48 

•Gabez, sire Oliviers', dist Rollanz li curteis. vecz vus celc cstachc que le palais susticnt 
•volimticrs', dist 11 coens, "mais que Caries que hui matin vcïstes si mcnut turneier? 

Totroit. demain la me verrez par vertut embracier: 

prenget li reis sa tille que tant at bloi le peil. iien iert tant fort l'estache ne l'estncet brisier 
en sa cambre nus metet en un lit en requeit ; 5 e le palais verser, vers terre tresbuchier ; 
si jo n'ai testimunie de lei anuit cent feiz, ki iert acunsëuz, ja guarantiz nen iert. 

demain perde la teste, par cuvent (;o otrei.' nuilt iert fols li reis Hugue , s'il ne se vait 
'par deu*. ço dist l'esculte, "vus recrerez anccis. mucier.' 

grant huntage avez dit; mais quel sacet li reis, 'par deu', ço dist l'esculte, 'cisthoem est enragiez, 
eu trestute sa vie mais ne vus amereit.' h» unkes deus ne vus duinst icel gab cumcncier! 

•E vus, sire arceveskes, gaberez vus od nus?' que fols tist li reis Hugue ki vus at herbergiet.' 
'oïl', ço dist Turpins, 'par le cumant Carlun. E dist li empercrc 'gabez, Naimes li dux.' 

treis des meillurs destriers ki eu la citet sunt 'voluntiers', dist li ber, k'at tut le peil canut. 
prenget li reis demain, si'n facet faire un curs 'dites al rci Hugim, me prest sun halberc brun. 
la defors en cel plain quant mielz s'eslais- I5 demain quant jo l'avrai endosset e vestut . . . 

serunt, la me verrez escurrc par force a tel vertut, 

jo i vendrai sur destre curant pai* tel vigur n'iert tant forz li halbers d'acier ne blanc ne 
ke me serrai al tierz, si lairai jo les dous ; brun, 

e tendrai quatre pûmes mult grosses en mun ke n'en chiecnt les maiUes cnsemcnt cum 

puin, -20 fcstuz.' 

sis irai estrïant et getant cimti'e munt. "par deu', ço dist l'esculte, 'vielz estes c canuz. 

e lairai les destriers aler a lur bandun : tut avez le peil blanc, mult avez les ners durs.' 

se pumc m'en escapet ne altre en chiet del E dist li emperere 'gabez, danz Bcrengiers.' 

puin, 'voluntiers', dist li coens, 'quant vus le m'otreiez. 

Carlemaigne misire me criet les oilz del frunt.' 20 prenget li reis espees de tuz les chevaliers, 
'par deu', «,0 dist l'esculte, 'cist gas est bels facet les enterrer cntrcsk'as helz d'or mier 

e buns : ko les puintes en seicnt cuntre munt vers le 

n'i at huntage nul vers le rei mun seignur'. ciel; 

Dist Guillelmes d'Orenge 'seignurs , or en la plus halte tur m'en munterai a piet 

gaberai. au c puis sur les espees m'en lairai dcrochier: 

vecz celé pelote, une graignur ne vi mais : la verrez branz cruissir e espees brisier, 

entre or fin e argent guardez cumliien i at ! e l'un acier a l'altre dcpecier e oschier. 
mainte feiz i unt mis trente humes en essai, ja ne troverez une ke m'ait en carn tnchiet 
ne la pourent muer, tant fut pesanz li fais. ne le cuir cntaraet ne en parfunt plaiet.' 
a une suie main par matin la prendrai, nâ 'par deu' , ço dist l'esculte , 'cist hoem est 

puis la lairai aler très par mi cel palais, enragiez, 

mais de quarante teises del mur en abatrai.' si il cel gab demustret, de fer est u d'acier.' 
•par deu', <;o dist l'esculte, 'ja ne vus en crerai. E dist li emperere 'sire Bernarz, gabez.' 

trcstuz seit fel li reis, s'essaier ne vus fait. 'voluntiers', dist li coens, 'quant vus le cu- 
ainz kc seiez calcicz, le matin li dirai.' lo mandez. 

E dist li emperere 'or gaberat Ogiers, veistcs la grant cve que si bruit a cel guetV 

li dux de Denemarchc, tant sc poct travaillier.' demain la forai tutc eissir de sun canel, 
•voluntiers', diat li ber, 'tut al vostre cungiet. espandre par cez cans ke vus tuit le verrez, 

tuz les celiers emjjlir ki sunt en la citet, 
2 que manque ; mai» Caries le m'otrcit K. 7 1^ la gcnt le rci Ilugun e muillicr guaër, 
(.0) le Mm.; jo l'otrei A'. !i <)ui,l| (|uc il .1/*., en la jjIus halte tur lui meisme munter: 
k'U K. lt> io uendnii M»., jo vendrai ia A'. : . ■ 1 4 -i • r • j 1. 1 

.^ ; . A' „ -; 1, ; „: . • » i# ja n en descendrat il, si 1 avrai cumandet. 

IH JO manque; A. e bi lairai. :t:i 1 sunt Ms., "' ' 

i oui A'. 40 li] le JA». cl AV tere. UO cntercr. il il manque Ah.; AT. mais. 



49 



LOIS DE GUILLAUME LE CONQUERANT. 



50 



'par deu'. ço dist l'esculte, 'cist hoem est 

forsenez. 
que fois list li reis Huguc ki vus prestat ostel. 
le matin par sun l'albc serez hui cungect'. 

E dist li coens Bertrans 'or gaberat mis uucles'. :> 
^^voluntiers, par ma feit', dist Ernalz de Girundc. 
'or prcngct li reis leigiie e de plum (juatrc sûmes, 
sis facet eu caldieres tûtes cusemble lundre, 
c prengct une cuve que seit grande et parfunde ; 
si la facet raser deske a ses espuudcb, lo 

puis me serrai en mi treske la basse nuue : 
quant li pluns iert tuz pris e rasises les undes, 
cum il iert bien serez, dune me verrez escarre 
c le plum despartir e desur mei derumpre: 
n'en i remaindrat ja pesant une escaluigne.' i:> 
'ci at mervcillus gab', vo at dit li esculte. 
•une de si dure carn n'oï parler sur hume; 
de fer est u d'acier, si icest gab demustret.' 

Ço dist li emperere 'gabez, sire Aïmers.' 
•voluntiers', dist li coens, 'quant vus le cumandcz. -jo 
uncore ai un capel d'alemande engulet 
d'un graut peissun marage, ki fut fait sure mer : 
quant l'avrai en mun chief vestut e afublet. 
demain quant li rois Hugue serat a sun disner, 
mangerai sun peissun e bevrai sun claret: 2:. 
puis vendrai par detrés, durrai lui un colp tel 
ke devant sur la table le ferai encliner. 
la verrez barbes traire e geniuns si peler . . .' 
'par deu' , ro dist l'esculte , 'cist hoem est 

forsenez. au 

que fols tist U reis Hugue ki vus prestat ustel.' 

'Gabez, sire Bertrans', li emperere at dit. 
'voluntiers', dist li coens, 'tut al vostre plaisir, 
dous escuz forz e reiz m'enpruutez le matin, 
puis m'en irai la fors en sun cel pin autif: x, 
la les vendez ensemble par tel vertut ferir 
e voler cuntre munt. si m'escrïerai si 



ke en quatre granz liues en\irun le pais 
ne remaindrat en bois cers ne dains a fuir, 
nule bise salvage ne thevroels ne gupilz.' 
'par deu', <;o dist l'esculte, 'mal gaboment at ci. 
(juant le savrat li rois, grains en iert e mariz.' 
'Gabez, sire Gerins', dist l'cmperere Caries, 
•voluntiers', dist li coens: 'demain vëant les 

altres 
un espiet fort c reit m'aportez en la place, 
ki granz seit c pesanz, uns vilains i ait carge, 
la lianstc de pumicr, de fer i ait une aine; 
en sumet celc tur, sur cel piler de marbre, 
me culchiez dous deniers ke li uns seit sur 

l'altre ; 
puis m'en cistrai en sus demie liuc large, 
si me verrez lancier, si vus en prenez guarde, 
tresk' al piet de la tur le un denier abatre 
si suëf e serit, ja nés muvrat li altre. 
puis serai si legiers e isnels c aatcs 
ko m'en vendrai curant par mi l'uis de la sale, 
c reprendrai l'espiet, ainz k'a terre s'abaisset.' 
'par deu', ço dist l'esculte, 'cist gas valt trois 

des altres; 
vers mun seignur le rei n"i at giens de huntage.' 
Quant li cimte unt gabet, si se sunt endormit, 
l'esculte eist de la cambre, ki trestut at oït ; 
vint a l'uis de la cambre u li reis Hugue gist, 
entruvert l'at trovet, si est venuz al lit. 
l'emperere le vit, hastivement li dist 
'diva, que funt François e Caries al lier vis? 
oïstes les parler s'il remaindrunt a mi?' 
•par deu', ço dist l'esculte. •une ne lur en 

suvint: 
asez vus unt auuit gabet e escaniit.' 
tuz les gas li cuntat, quant ke il en oït. 
quant l'entent U reis Hugue, grains en fut e 

mam. 



LOIS DE GUILLAUME LE CONQUERANT. 

Die Gesetze der Angehachsen herausgegeben von Reinhold Schmid. \he édition, Leipzig 1832, p. 175 s*. 
2e édition, Leipzig 1858, p. 324 ss. On s'est seryi des variantes rapportées par l'éditeur. 

3. Cost est la custume en Merchenelahe : un jui- de querre le; e s'il le pot truver do- 
se alquens est apeled de lan-ecin u deroberie, denz le terme, sil mei'ra a la justice; e s'il 
e il seit plevi de veiiir a justice, e il s'en fuie in nel pot truver, si jurrad sei dudzime main que 
dedenz sun plege, si averad terme un mois e 

IT lu uu Ms.. c luii A', is lies muera Ms. ne 
22 ultre mer propose M. Fôrster. 24 serrât. se muvrat l'altre. 21 tere. 25 se F. a^n K. et Ms. 
Baktscu, Ckrestomatbie. IV. Kd. 4 



51 



Xle SIÈCLE. 52 



al hure iiu'il le plevi larruii uel sont ne par solz, e le surplus les parcnz c les orpbaiiins 
lui s'eut est fuïd ne aveirnel pot. Dune reudrad partent entre cls. en la werc purra il rendre 
le chatel, dun il est restez, c xx solz pur la chival ki ad la coille pur xx solz, e tor piu- 
teste e im deu. al ceper c une maille pur la x solz e ver piu* v solz. 
besche e xl solz al rei. E en ^Yestsexenelahe ô U». Si home fait plaie a altre e il doive 
cent solz, xx sol. al clamif pur la teste, e faire les amendes, primereinement li rende sim 
im lib. al rei. En Denelahe viii lib. le for- lecheof : e li plaiez jurrad sur seinz cpie piu- 
feit, les XX solz pur la teste, les vu lib. al meins nel pot feire ne pur haur si chier nel 
rei. E s'il pot dedenz un an c un jur truver tist. De sarbote, ceo est de la dulur: si la 
le larrun e amener a justice , si li rendra cil lo plaie lui vient el vis en descuvert, al polz tuto- 
ies vint solz kis avrat out, e si'n ert feite la voies viii den., u en la teste u eu auter liu u 
justice del larruu. ele seit ouverte, al polz tuteveies iv den. ; e de 

4. Cil ki prendra larruu senz siwte e senz tanz os cum home trarad de la plaie, al os 
cri, que cil enleist a ki il avrad le damage tote veie iv den. Pois al acordement, si li 
fait, e vienge pois après, si est raisun qu'il 15 mettrad avant honurs e jiurad que s'il li oust 
duinsex solz de hengwite, e si'n face la justise fait ceo (ju'il lui ad fait, e sum quor li pur- 
a la primereine devise, e s'il passe la devise portast e sun cuuseil li duuast, prendreit de 
senz le cunged a ti justise, si est forfeit de lui ceo que offert ad a lui. 

XL solz. ^^- Si ceo avient que alqueiis colpe le pmng 

5. Cil ki aveir .y^cut u chivalz u buefs u 20 a altre u le pied, si li rendrad demi were, su- 
vaches u berbiz v porcs, que est forfeng en luuc ceo qu'il est nez. Del pochier li reudrad 
eugleis apeled, cij^ kis claimed dun-ad al pro- la meité de la main ; dcl dci après le polcier xv 
vobt pm- l'cscussii}^ vm den., ja tant n'i ait, solz de solz englcis, que est apeled quuc dc- 
meis qu'il i oûst t/j/it al maille, ne durrad que nier; dcl lung dei xv solz; del altre ki por- 
VIII den., e pur un porc i den., e pur un ber- 25 ted l'anel xvu solz; del petit dci v solz; del 
biz I den., e issi tres<iue a idt pur chascunc ungle, sil le colpcd de la charn, v solz de 
1 den., ne ja tant n'i avrad, ne durrad que solz engleis; al ungle del petit dci nu den. 
oit den. E durrad wagc c truverad plcge, que 1:2. Cil ki altri cspouse purgist, si forfait 
si altre veingcd aprof dedenz l'an e le jur pur sun ^vcrc vers sun seinur. 

l'avoir demander, '^u'il ait a droit en la curt:w 13. .Vltresi ki faus jugement fait pcrt sa 
celid ci l'aveit escus. werc, s'il ne pot prover sor seinz, que mclz 

6. Alà-esi de aveir a tUrc e altresi de tru- nel sout juger. 

vëure, ^eit mustred de trois parz dcl visncd, U. Si home apeled altre de larrecin et il 

qu'il ait tcstimonic de la truvëurc. e si al- seit francz home c il ait onc ca veii-e testi- 
quens vicnged apref pur clamer la cose, duinst o'> monie de Icalted, se escundiiad par plein ser- 
wage e truist ijlegc, qui si alter claimid l'avoir ment, e ki blasmed unt osted, se escundirunt 
dedenz Tan e un jur, qu'il l'ait a droit en la par serment numcd, ceo est a savoir par qua- 
curt celui ki l'averat truved. torzc humes leals par num, s'il les pot aver, 

7 Si home ocist altor c il seit cunuissant si s'en cscundirad soi dudzime main, e si il 
e il doive faire les amendes, durrad de saio aveir nés pot, si s'en défende parjuïse. e li 
raanbote al seinur pur le franc hiunc x solz, apelëur jurra sur lui par set humes numez soi 
c pur le .serf xx solz. .sistc main, (pie pur haiir nel fait no Dur altre 

*>. La werc del tbein xx lib. in Mcrchenc- chose, .se pur sun droit nun purchaser. 
lahc, XXV lib. in Westsexenelahc ; la were del 1ô. E si alconsest apelcz de mustor friùsscr 

vilain c solz en Mry:t;henelahc o cnsemcnt en i:. u de chambre, o il n'ait ested en arere blas- 
"Westiiexcnelahc. j- 

y. De la wero primereinement rendrad l'um ^^ ^^(1 en verre, oiidea verre, oavererc selon 

dcl hamsochnc a la vcdue e a.s orphaniiis x les éditionn. 



53 T,K.S PSAUMES. 54 

med, s'en escundisse par xiiii humes Icals nu- niez soi trentcsistc main. E s'il aveir nés pot, 

mez sei dudzime main. E s'il ait altrc tiède ait a la juïse a treis dublez, si cum il deiist 

ested blasmed, s'en escundisse a treis dubles. a treis duble sennent. e s'il ad larrecin ça en 

ceo est a saveir par xlviii leals humes nu- arere amended. ait ad ewe. 



ANCIENNE TRADUCTION DES PSAUiMES. 

Libri Psalmorum ve.isio nntiqua Gallica edidit Fr. ific/ie/, Oxonii 1860, p. 1.3-1.239 — 241. Donné 
ici d'après une. copie de ^f. Varnhagen. Les accents existent dans le m-i. 

PSALMUS I. :. sun temple ti'iit dirri'int glôrie. '.). Li sire di- 

1. Beneurez li huem chi ne alat el conseil li'ivie fait enhabitér, e serrât li sire reis en 

des feluns, e en la veie des peccheurs ne stôut, parmanabletét. 10. Li sire vertut dunrat â 

e en la chaére de pestilence ne sist; 2. Mais sun pôple. li sire beneisterat â snn pôple 

en la lei de nostre seignur la voluntét de lui, en pais, 
e en la sue lei purpenserât par jiirn é par lO 

ni'iit. 3. Et iert en sèment cume le fust quéd CANTICUM HA^ACCUC. 

est plantét dejuste les decûrs des éwes, chi 1. Sire, je oi la ti'ie oiàn o e criens. 2. Sire, 

dunrât sun frut en sun tens. 4. Et sa tïiille la ti'ie ovre, en milliu d'à s vivifie li. 3. El 

ne decurrât, e tûtes les coses que il unques milliu d'ans coneûd feras ! bnm tu iriez seras, 

ferât seriint fait prôspres. 5. Nient eissi li i.j de miséricorde recox'derâs. 1. Deus del soléire 

feluri-, iiient eissi : mais ensement cume la pul- vendra, é li sâinz del môi] Farân; ."). Covrit 

dre ([ue li venz getet de la face de terre. les ciels la glùrie de li, é é sa loénge pléinne 

(i. Empurice ne resurdent li feluu enjuise, ne est la terre. 6. La splendûr de lui sicume lu- 

li pécheur el conseil des dreituriers. 7. Kar miére serild, cornes en ses mains. 7. Ilûec 

nostre sire cuiuUst la véie des justes é le eire 2u reposte est la fortéce de liii, devant sa face 

des felûns perirât. irâd la mort. S. E istrâd li diiibles devant 

les piéz de lui. Estiit é mesurâd la terre. 

PSALMUS XXVIIL tj Esguardâ e desliâd lés ;^énz; é detribJé snnt 

1. Aportéz al segnur. filz deu, aportez al li m(3nt del siècle. 10. Encurvé si'int li tertre 

segnur les filz des multi'nis. 2. Aportéz al ij del mûnt. des éires de la parmanabletéd do 

segnur glôrie é hnnur, aportéz al segnur glôrie lui. 11. Pur felnnîe je viles herbérges d'Ethiô- 

al sun num, aorez le segnur en sun saint pie, seruiit turbédes les péls de la terre de 

âitre. 3. La vôiz al segnur sur les éves, deus Madidn. 12. Que dune en fii'ims es tu iriez, 

de niajestét entunât. li sire sur milites éves. sireV l'i en Hiims la tiïe fuiriirV û en mér la 

4. Là voiz del segnur en"^■ertl'lt, la vôiz del :!ii ti'ie indignacii'in? 13. Chi uiunterâs sur tes 

segniir en grandéce. 5. Li'i vôiz del segnur cavals, e li tûen car salvaciiin. 14. Esdreçanz 

frainâuz les cèdres, é frainderât li sire les ce- esdrecerâs tun arc , les sereménz as lignédes 

dres Libani. 6. E sis amenuiserât ensement les quels tu parlas. 15. Les filiez de terre tu 

cum le védel Libani, é amez est sicum le tilz descircrâs; virent é dolûrent li mont; li giîrz 

des unicôrnes. 7. La vôiz del segnur entre- :'■'■ des éwes trespassâd. 16 Dunâd li abysme sa 

trençant la Hanune de fn, la vôiz del segnur vôiz, altéce ses mains levàd. 17. Li soléilz e 

crollant le desort, é commnverât li sire le de- la h'ine esti'irent en liir habitacle, en la lumière 

sert Cadés. S. La vôiz del segnur aprestdnt de tés saiéttes inint, en l '' splendi'ir de la ti'ie 

les cérs, é descuvernit les espeisséces: é el fuildrânte hânste. 1*^. I i frémissement de- 

1» calcherds la terre, en fuirfir esbàirâs les génz. 

7 e] ms. & et de même plusieurs fois ilans le , n . 

premier psaume. M l. vedél. ' li /. ôi. i:? ^fs. oarc. l'i courit Ms. 

4* 



55 



XII'' SIECLE. 



56 



19. Eissnz ies à la sali'id do tua pôi)le, eu 
saliid ut tim Crist. 20. Tu fcris le chicf de la 
maisùn de felûn. dénudas le luudauiéut desque 
al côl. 21. Tû maldi.sis as sceptres de li'ii, les 
ohies de ses cumbatedi'irs . as venâuz sicunie .-. 
estûrbellliin a dopérdie méi. 22. L'esjoisse- 
mént d'éls. sicunie de celui chi dévore le pôvre 
en repostâille. 23. Véie fesis eu la raér ;i tes 
éavâls, en palud dé mùltes éwes. 24. Je 6i. é 
conturbéz est li miens ventre: de vôiz tremblé- m 
rent mes lèvres. 2.j. Entred i)urreture es mieus 



ôs, é desuz méi ésbuillissed. 2(>. Pur ce que je 
me repose el ji'ir de tribulaciûn, é ([ué je mi'inte 
al uôstre atéint jx'iple. 27. Lé fier acértes né 
tlurirâd. é ne sera germe es vignes. 2s. Meu- 
tirâd Tovre del olive, é li camp né ajjorteriiut 
viande. 2U. Sera trenchie del berzil béste, é ne 
serad arment es créées. 'Ml Je acértes el segnôr 
esjoiTÛi é m'esledecerâi eu déu le mien salvedûr. 
3 1 . Deus li sire la méie fortéce, é poserâd mes 
jiiéz sicume de cérs. 32. E sur les méies hal- 
téces dcuicrrû méi li venquérecu sâlmes cantânt. 



TRADUCTION DES QUATRE LIVRES DES ROIS. 

Les quatre livres des rois traduits en français du XI le siècle publiés par Le Roux de Liiiri/, Paris 1841. 

p. 6— S, 61—68. CoUationné sur le Ms. {Bibliothèque Mazar. T. 70) par M. Manefeld. Les accents 

existent dans le ms. Cf. Wolf Hier die Lais p. 118.470. 



(T, 2) E puis urad Anna, si dist: 
•Mis quers est esléézciez é mis Hz en deu 
eshalciez. ma parole est eslargie sur mes 
enemis. kar esléécie sui el salveur. Nul n'est iô 
si sainz cume li sires, é nuls n'est altres ki 
ne change, é nuls n'est de la force nostre 
deu. Laissez des ore le mult parler en podnéé 
par glorie: maie parole uen isse de voz bû- 
ches, kar deu est de science sires é a lui sunt 20 
âpreste li pensed. Li arcs des forz est sur- 
muntez, e li tieble sunt esforciez. Ki ]irimes 
furent saziez, ore ^e sunt pur pain luéz; c li 
fameillus sunt asasiez. jiuis ipio la bardignc 
jdusurs enfantad. e ccio ki nuilz ont enfanz i> 
âfcbliad. Li antif judéu aferment (jue morz 
fud li einziics tiz Fcnénue, quand nez fud Sa- 
muel ki fud tiz a la bonuréé Anne; é pois 
cha.scun an «juant enfant ont Anne jierdi al- 
cun Fencnnc. Li sires mortifie é vivifie, é eu im 
enfer racine é remeine. I^i sires fait jx'ivre 
e fait riche: orguil depricnit. le humble éslieve. 
Le mesaise e«idrész«' del iiuldrier, le i>ovrc 
Hache del femier, od les princes le fait se- 
deir , chaere de glorie li fait aveir. Al r, 
seignur sunt les quatre jtarties del mund, 
e en chescune ad ]>lante le son jtoplc qu'il 
ad levé. I^es piez as seinz guvenierad . é 



' p<»ure M». 
rire e nul L. 
li L. 



•> l. oi. Il knres Ms. I»i 

lît n'en L. Xi or L. :»» 



en ténèbres li fel taisirad. é nuls par sei force 
n'avrad. Ses advcrsarics le criendrunt, é sur 
els del ciel tunerad e tutc terre jugerad é 
Sun rei eshalcerad.' Ilelchana al sou en vait 
e li enfcs od deu remaint. Mais les fiz Hely 
furent fiz Belial, oblieront deu é lur mestier, 
encuntre deu furent felun, é encuntre la 
gent torcenus. Par pri par force les dames 
violèrent; le pople del sacrefise tresturne- 
rent. Del sacrefise pristrent â sei , par 
rustic é ])ar dcsrei. plus que nen out cuman- 
ded la Ici. É fud lur pcchied mult forment 
gi'anz, kar par lur fiirfait li poplcs del servise 
deu se retraist. Mais Samuel accei»tablement 
el tabernacle servcit, é de vesturc lunge fud 
aturncz curae cil ki fud â deu livrez. 



il. 17) Li Pliilistien s'ascmblerent pur ba- 
taille encuntre ces de Israël; âlogierent sei 
ontro Sochot é Azecha, ki est en la cuntréé 
de Domin. Saul é li sucn s'ascml)lerent. é 
vindrent el val de Terebinte, c ordenerent lur 
eschieles pur bataille faire encuntre cels de 
Philistiim. Li l'hilistien esturent sur le munt 
de cha: e ces de Israël esturent sur le munt 

;. louic Ms. 12 nul /y. tainrad, lat. con- 
tiecKoant; rorriaé par M. Furster. Ki fiz Hely A. 
is et encontre L. 20 sacrifice Tj. 22 et par 
L. n'en L. 2» service L. 'il et L. 



r>7 



T,ES LIVRES DES ROIS. 



lie la; e entre dous l'iul li vais. Uns cham- 
|iiiins mervoillus eissi del ost as Philistiens, 
i Tout engendrcul un géant de une femme ki 
lui de Geth; é iud apelez li champiuns Go- 
liulli, L' fud (le la cyte de Getli, sis aines nie- •'. 
inôés par le cute en avant c plâin dur out 
'(■ hait. Le halnie out lacie e vestud le hal- 
licic, od les fbalces de fer, é l'escu de araim 
,il lol. ki li cuverid les esi)aldes: li halbercs 
iM'sad cinc milie sicles, é le fer de la lance lu 
is oenz, é la hanste fud grosse é tihûgc cumc 
\r subie as teissures; e vint si en la place, é 
-is cscpiiers alad devant. Vint e escriad vers 
(cls de Israël, si lur dist 'pur (juei estes ci 
\ruud é â bataille apareilled ? jo sui Philisticn 15 
I vus estes de la gent Saul. eslisez un de vus 
>■ vienge encuntre mei en bataille, sul â sul. 
"il me put cunquerre é rendre recréant, nus 
l'iiilistiens vus scrrums des ore servant; e si 
inl puis cunquerre é ocire , vus seiez a nus 20 
l'rfs é obeissanz.' Encore dist plus danz (io- 
liath 'ço sui jo ki ai ui ramponed e attarie 
l'ost de Israël, (juerez , querez alcun de vus 
ki encuntre mei entre en cham]).' T'es paro- 
les oid Saul é tuz ces de Israël ; pour en 2."> 
curent grant e mult furent esl)ai. 

Uns pruduems mest en Bethléem, Ysai out 
num, pères fud David de qui devant partie est 
tuchie, é out ûit liz; mais entre ces ûit uns 
sis niés Nathan par nun fud anumbrez , fiz 30 
Semmââ, pur ço que Ysai si cume sun fiz 
Tamad. E cist Ysai al tens Saul fud de grant 
eage. é ses trois einznez liz furent alcz od le 
rei en l'ost, é de rcs li einznez out nun Eliab. 
li secundz Aminadab, é li tierz Semmââ. Da- isr. 
vid esteit li mendres. e rcturnad de Saul a 
maisun en Bethléem piir les berbiz guarder, 
quant ses frères durent en l'ost aler. Goliath 
par quarante jurs, le matin e le vespre, al ost 
de Israël vint é returnad , e l'ost forment 10 
âtariad. A un jur Y^sai apelad David sun fiz, 
si li dist 'receif ci trois muis de flur al éés 
tes frères , é cest pain , é va delivrement en 
l'ost. é ces funnages présenteras al cunesta- 
ble : é enquer cument tes frères le facent é 40 
od quels il seient encumpaignie en l'ost'. Da- 

6 durout L. 20 nuz L. 30 devant fud une 
lacune d'environ trois lettres. 



vid le fuie qu'il out en gnarde â âltre cu- 
mandad, é si cume sis pei'es l'ont cumandt'-. 
al ost s'en alad. Saul lores e li fiz Israël el 
val de Terebinte tindrcnt les esturs encuntre 
ces de Philistiim. K David vint a Magala en 
l'ost ki aj)restez se fud a liataille; é ja fud 
la noise levé é li criz: kar Israël out ordene 
ses eschieles de l'me part, c li Philistien de 
altre part. Cume ço oid David, la û li ber- 
nois fud laisad ço iju'il portad, curut â la l)a- 
taille é se bien éstéust â ses frères demandad. 
Si cume David nuveles demandad, estes vus 
Goliat ki en vint del ost as Philistiens, é si 
cume einz l'ont fait, devant David parlad. 
Mais ces de Israël tant tost cum il le virent, 
de pour s'en fuirent. Fist un de ces de Israël 
a David -as tu vei'i cest mcrveillus charapiun 
ki ci vient V il vient pur nus attarier é eschar- 
nir; é â celui ki ocire le purrad, li reis sa fille 
od grant richeise durrad, e la raeisun sun père 
de trcud quitc clamerad.' Dist David a ces 
ki esturent od lui "que durrcit l'um a celui 
ki cest Philistien ocireit e la repruce de Israël 
en ostereif:' ki est cest ord paltunier ki fait 
tels repruces a la gent deuV E li poples re- 
cuntad que li reis ço é ço durrcit a celui ki 
l'ocireit. Cume ço oid li einznez frei'e David 
Heliab, que il od le pople si parlad, forment 
a David se curuçad, si li dist 'pur quel es 
ici venuz e pur quei as guerpi ces poi de 
ûweilles al désert? bien ennuis l'orguil e la 
telenie de tun quer, kar pur véér la bataille 
i vcnis.' Respuiidi David 'que ai faitV n'i 
ad parole dunt te cstucc curecher ne mei si 
encreper.' Turnad s'en d'iloc David, e par- 
lad si cumc il out devant parled. e l'um li 
rospundi é dist ke li reis â celui freit ki a 
Golie se cumbatcrcit. Tant parlad David ke 
la parole vint devant le rei. Fud mandez é 
vint devant le rei; si li dist 'ne s'esmâit nuls 
pur cest campiun ; jo ki sui tis serfs m'i cum- 
baterai, é od l'aie deu chalt pas le materai, é 
le pople deu par la mort del felun vengerai.' 
Respundi Saul "ne te poz pas a lui cupler. 
kar tu es vadlez e il est un merveillus bers 
de sa bachelerie a bataille ausez.' Respundi 
David 'pasturel ai este del fuie mun père: 
!t Cum L. t.i ocir? Ms. 



59 



Xlle SlKCl.K. 



(iO 



quant liun n ui*s al fuie venoit é ma bcste 
l)ernt'it, orranment le jmrsewi la preie toli : 
})ar la joue les pris e rétine e ocis. E cist 
Philistiens iert cume uns de ces ; e ore balde- 
uient encuntre lui irrai e le rcpruoe de Israël .'> 
en osterai. Nostre sires ki del liun e del urs 
me delivrad. del tort l'hilistien mult bien me 
guarrad.' Respuudi Saul 'va e deu seit od 
tei.' È Saul de ses demeines vestemenz tist 
David revestir. le helme lascier e le halbert ui 
vestir. Cume il out la spéé ceinte, alad é 
a>aiad s'il se poust cumbatre si armez, kar 
ne fud pas a tels armes acustumcz. Aparccut 
se David qu'il ne poust à àhaisc les armes 
porter, sis ostad. Prist sun bastun al i)uin i:. 
é sa funde; é eslist cLnc bêles pierres de la 
rivière, sis mist en sun vaissel li il soleit ses 
berbiz mulger, é entrad en champ encuntre le 
Philistien. Goliath vint vers David petit pas, 
é bien Tapruçad , e sis esquiers devant lui 20 
alad. E cume il de près vit David, en sun 
quer le desi)ist. e fud li juvencels russaz, 
mais mult esteit de bel semblant. Dist li Phi- 
listien> a David 'cumcnt, sui jo chiens encun- 
tre ki deiz si od bastuu venir V maldist David 25 
de'tuz ses deus. si li dist "vien, vien plus près 
de mei, e y> durrai tun cors a dévorer a 



bestes é a oi.sels.' Kespniuli David -tu vienz 
oiuunti'e mei od espee, X lance é â escu; e 
jo vienc encuntre tei al num deu ki sires est 
del ost de Israël, ki tu as escharni e gabe. 
e deus te rendrad en mes mains; si t'ocirai 
e le chief te colperai , é la iharuigne de ces 
de vostre ost a oisels e as bestes durrai, que 
tute terre sache que li sires est deu de Israël. 
E veient ces ki i sunt ascmble que par espee 
ne par lance ne fait deus salvete; sue est la 
bataille é â noz mains vus liverad.' Cume 
Goliâs vers David apru<;ad, David curut en- 
cuntre e si se hastad. Une pierre de la n il 
Tout repostc sachad , mist la en la funde é 
entur la turnad; jetad la pierre, a dreit mes 
l'asenad, hurtad al frunt c jcsqu'al ccrvel cs- 
fundrad. del colp chancelad li gluz, c vers 
terre s'abaissad. David sait a l'espec Golie, 
nient ne targad, de s'espéé raeime le chief li 
colpad. cume co virent li Philistien que morz 
fud lur campiun, turnerent a fuie. E ces de 
Israël e de Juda levèrent un cri e herement 
euchalterent les Philistiens jescpie al val •'• 
jesque as portes de Accaron. ocistrent al jur 
trente milie des Philistiens, e altretant en 
furent nafrez , si que seisante milie des Phi- 
listiens en furent que morz (juc blesciez. 



ItUMANCES. 

Altfrnuzôsùrfie Jlom'iiiztn uuil Pu-^l'iurisllen fterausgegeben von K. /Jd/lach , Leipzig 1S70, p. T?. H. 

I. se passisoiz selon mon père tor, 

Quant vient en mai, que Ton dit as lonsjors, dolanz fussiez, se ne parlasse a vos.' 
que Franc de France repairent de roi cort. :;o -jal mesfaïstes, fille d'emi)erëor, 



Kcynauz repaire devant el |)renn'er front, 
si s'en passa lez lo mes Arembor. 
ainz n'en dengiia l»r diicf ilni icr a mont. 
e Itaynaut, amis! 

Bêle Erembor.>> a la teuf.itre au jor 
.sor ses geiiol;^ tient i)aile de color; 
voit Frans de I-rance qui re])airent de cort 
et voit Rajnaiit devant el premier front: 
en haut parole, si a dit sa rai.son. 
c Kaynaur. amis! 

•Ami.s itaynaut. j'ai ja veu »el jor, 



autrui amastes, si oblïastes nos.' 

e Haynaiit, amis! 

'Sire Haynaut, je m'en escondirai : 

a cent puceles sor sainz vos jurerai, 
:!•. a trente dames (jue avuec moi menrai. 

c'onques nul home fors vostre cors n'amai. 

prennez l'emmende et je vos baiserai.' 

e Itaynaut, amis! 

Li cuens Ilaynauz en luuiitu io degré, 
m gros par espaules, grêles par lo baudré; 

blonde ot le poil, menu, recercelé: 



M Arparetue Ma. M poutt .ï/». To dcrz aMs 



'.) ki Runt //. 



•il 



UOMANCKS. 



62 



I 1 mile terre ii'ot si liiau liacholcr. 
, lit rE"Oiubors, si coniciico a i)loror. 
i lîay liant, amis! 

[A (liens Raynauz est montez en la tor. 

^"est assis en un lit jioint a Hors. 

iDste Ini se sict belc Erembors : 

lors recomencent lor premières amors. 
c Kaynaut, amis! 



II. 



Loii samedi a soir, fat la semainnc, 
Gaieté et Orionr, serors germainncs, 
main et main vont bagnier a la fontainne. 
vante l'orc et li raim crollent: 
ki s'antraimment sowcif dorment. 



L'antcs Ucrairs revient de la cuintainno, 
s'ait chosic Gaieté sor la fontainne, 
antre ses bras l'ait jtris, soueif l'a slrainte. 

'Quant avras. Orriour, de l'ague prise. 
.1 rêva toi an arrière, bien seis la vile : 
je rcmanrai Gerairt ke bien me priset.' 

Ur s'en vat Orious triste et marrie; 
des euls s'an vat i)lorant, de cuer sosplrc, 
cant Gaie sa serour n'anmoiunet mie. 
m "Laisse', fait Oriour, 'com mar fui née! 
j"ai laxiet ma serour an la vallée, 
l'anfes Gerairs l'anmoinne an sa contrée' 

L'anfes Gerairs et Gaie s'an sont turncit, 
lor droit chemin ont pris vers la citeit: 
1.1 tantost cora il i vint, l'ait espouscit. 
vante l'orc et li raim crollent: 
ki s'antraimment soweif dorment. 



FRAGMENT D'UN POEME DEVOT. 

Jdhiburli fur ronianisclit und eiu/liiche Literalur li, ;{G5^3G8 (Gaston Paris). Paul Meyer, Recueil 
d'anciens textes p. 206 — 20'.). Donné ici d'après la collation de M. Forster. Le poëme est fondé 

sur le C'antiijiie des Canli<jues. 



Quant li soUeiz converset en leoii. 
en icel tens qu'i^st orliis pliadon, 
per unt matin. 

Une pulcellet odit molt gcnt plorer 
et son ami dolcQment regreter, 
et si lli dis: 

Gentilz pucellct, molt t'ai odit jilorer 
et tum ami dolcement regreter, 
et clii est illi? 

La virget fud de bon entendement, 
si respondi molt avcnablemcnt 
de soai ami: 

'Li miens amis il est de tel paraget 
que nëuls on n'en scit conter lignaget 
de l'une part. 

Il est plus gensz que solleiz eun ested 
vers lui ne i)ued tenir nulle clartez, 
tant par est belsz. 

Blaus est et roges plus que jo nel sai dirct ; 
li sucnsz scnblansz non est ciitreiz cent milict, 
ne ja nen iert. 

20 une P. Ti tu P. 2'j bo sou P; le Ms. 
porte ::e so son. 3.j belz P. 37 si suensz 

semblansz P. 



11 dist de mci que jo erct molt bellet; 
si m'aimet tant, toz temps li soi novelct, 
•j(i soe mercid. 

Uolçor de mel apele il mes lèvres, 
desosz ma languet est li laiz et les rces, 
et jo sai beem 

Nuls om ne vit arom et ungement 
::.) cbi tant biem oillet cou funt rai vestcmcnt 
al som plaisir. 

La u jo suid iversz n'i piiet dux'er; 
toz tens florist li leuz de ma bcltez 
por mon ami. 
•M Li tensz est bels, les vinncsz sont flories, 
l'odor est bonet, si l'amat molt mi sirct 
por mei' amor. 

En nostre terred n'oset ciiscl cantcr 
sainz la tortcrelet chi amat casteed 
a."i por mon ami. 



I cuitainne: M. Fôrster propose de l'Acuitainnu. 
r.i li m'aimet P. -il apeleid a P. tl dcsouz P. 
laugeiet Ms. 21 iigcment Ms. 2« a som P. 
2s Iciz Ms. yo temsz P. 3a tcrret P. ou 'set Ms., 
euset P. no set P. et Ms. ; correction de M. Meyer. 
34 anict P. caaste cd Ms. 



60 
O 



XI le SIECLE. 



64 



Jo l'ai molt quis, ciicor nel pois trovcrt: 
nen vult rcspoudret, asciz l'ai apcletz, 
quer lui ne plastz. 

Los cscalgaitcs chi guardcnt la citez 
cil me torvcrent. si m'ont batiiz asciz 
por mou ami, 

Navrée molt et mon paliet toliicl : 
grant tort m'ont fait cil chi guarilent le mur 
por mon ami. 

Belcs pulcelcsz. tiUcsz Jérusalem, 
por mci* amor noucieiz le mon amant, 
d'amor languis. 

Chine milic anz at qu'il a\ cid un' amïct ; 
lei ad laisiet. quar n'crt de bel servisct; 
si amet mei: 

11 li plautatz une vine molt dolcclt: 
proud ne la tist, si'un est cadcit en colped, 
or est amered. 

• Li til sa mered ne la voldrent amcrt, 
commandent li les vinnes a guarder 
fors al soleiz : 

Eli' est ncrtidet, pcrdutz adz sa bcltez: 
se par mei non ja maisz n'avrat clartez 
de mon ami. 

Abus que nuls om soust de nostre amor, 
li miensz amis me tist molt grant cnnor 
al tems Noé. 



Danz Abraham en fud premiers messaget, 
luid m'entveiad jior (.0 (ju'il ert ]ilus saives 
et de grant fei. 

Issaac i vint, Jacob et danz Josebp, 
.■> pois Moïsen et danz Abinmalcc 
et Samuel. 

Del quart edé jjois i vint rciz David 
et Salamon et Koboani ses fiz 
et Abïa; 
Kl Et ab i vint Anios. l.ssaïas. 
Jeu. Joël et dam Azarias 
et Joatam. 

Achaz i vint, adunc fud i'aitct Rome: 
(juel jjart que algct iluoc est ma coronct 
15 et mes trésors; 

Ezelcïas, Manascs, Josïas, 
et Joachim et dam Nazarïas 
del quart edé. 

Del quint edé pois i vint Ananias, 
20 et Misaël et dam Zacbarïas 
et plussors altresz. 

Enprés icelsz et molt altrcs barunsz, 
par cui mi sirct mei mandatz sa raisum, 
mei vult avoir. 
1:, Il envciad suu angi-et a la pucele, 
chi la saluct d'une saludz novelct 
eu Nazarch 



GARIN LE LOHERAIN. 



Lu mort Je Garin le Loherain, poëine 
p. 214—222, V. 

El val Gelin assemblent li marchiz: 
ileuc avoit un tin clerc Neignori, 
Tonnent »e paine de damedeu servir, 
hermitcs fa, et repairoit iqui : 
chapele i ot, nus plus bêle ne vit. 
la sont venu i)0r la jiaiz establir: 
ileuqaes vint li Loherens Garins, 
il et Girbers et Hemaas et Gerins, 
si vavasor dont i ot plu» de mil. 
de l'autre j)art Froraons et Froraondins 
et li evcsque> de Verdun Lancelins. 
li (liens fiiiillaumes. li «ires i|'- .Monclin. 



du XJIe siècle, publié par E. du Mâ'il, Paris 1862, 
4624 — 4S09. fin du poëine. 

et li lignajes a qui ja de.\ n'ait ! 

en lor compeigne de chevaliers trois mil. 
au Garins parole, qui a cuer entcrin, 

'entendez moi, franc chevalier jentil. 

sire Guillaume, damoisiax de Monclin, 

tu es mes homs de mon fié a tenir, 

et mes compères et mes riches amis. 
3.-) i»or mes pcchiés, biau sire, ai la croix pris: 

outre la mer irai as Sarrazins. 

se nido rien a nul jor vos mestis, 



1 ixs'ii /'. ; niun /' 

Le P. 22 Elit ^.1^l P. 



s 'Tand l\ 



2 lui P. 
issuias aniu: 
nianasscs P. 
raison P. 
•IS n'aï(8)t. 



ce l\ 4 Isuac P. Joseph P. 10 

: Ms. Ariios et Issaias PM. lu 

21 plusors P. 2:j madatz Ms. 

20 salued dune saludt novele P. 



65 



GARIN LE LOHERAIN. 



66 



a tos vos pri por l'amor deu merci. 

ci rcraanra l'enfcs Girbcrs, mes fils; 

s'il a mestier (jciiues est li mcschins), 

aidiez li, sire, si fairoiz que gentil. 

se dex ce donc que puisse revenir, 

vos volantes ferai et vos plaisirs.' 

'comment dëablc V li cuens Guillauracs dit : 

'vos otroiastes, quant tcnistes mou fil, 

et les marchiés de Mez li promeis; 

il n'en a nul ne ainz n'en fu saisis.' 

'merci por deu', ce dit li dus Garins, 

'bien li tendrai ce que je li promis.' 

uns vavasors tantost en pies s'est mis, 

qui la parole de Guillaume entcndi. 

'sire', fait il, 'escotcz un petit: 

il fu vertes, li Lohcrcns Garins 

l'un des marchiés otroia vostre fil, 

tôt le meillor que porrïez choisii- : 

cel do dimescrc ou ccl do samedi, 

0, se vos siet, celui qu'est au lundi.' 

Guilaumes l'ot, a po n'enrage vis. 

•fos vavasors, malaureus, chetis, 

a vos que tient de nos plais a tenir V' 

'a nom deu, sire, bien me doit avenii- 

de la droiture parler du duc Garin.' 

Guillaïunes l'ot, a po n'enrage vis. 

il ti-ait l'espee dont li pons fu d'or fin; 

le vavasor va Guillaumes ferir, 

(pi 'il le portent entresi que o piz; 

mort le trabuche devant le duc Garin. 

li dus le voit, forment en fu marris, 

dit a Guillaume 'vos avez trop mespris, 

qui devant moi avez mon home ocis.' 

et dit Guillaumes 'vos n'i povez garir, 

et vos meïsmes en conviendra morir.' 

'por deu, compère', ce dit li dus, 'merci : 

j'ai pris la croiz et si voi deu servir; 

s'ainsi le faites com avez entrepris, 

deu en perdroiz et son saint paradiz, 

et reprochié sera a vos amis, 

que vo compère avez en champ ocis.' 

li Loherens est o destrier saillis, 

nés dote puis vaillant un angevin. 

va s'en li dus, a eus congié ne prist, 

dejoste lui et Hernaus et Gerins 

et puis Girbers et li ameneviz. 



adonc escrie l'evesques Lancelins 
"s'il nos oschape, nos somes mal bailli.' 
bien s'en alast descombrés et garis, 
(juant d'un agait li sailli Fromondins 
.) bien quarantes chevaliers fervestis. 
la vcissicz un estor csbaudir, 
tant hante fraindrc et tant cscu croissir. 
tans chevaliers contre terre Hatir. 
oï l'ai dire, et vei-ités est il, 
10 jent désarmée ne puet armes sofrir: 
de tos les homes au Loheren Garin, 
mien escient, non eschaperent diz; 
trestos les ont detranchiés et ocis. 
desoz Garin ont son cheval malmiz. 

15 molt durement fu li dus esbaïs; 
or set il bien, venus est a sa fin. 
la se desfent com chevaliers hardis, 
cope visajes et bras et i)oins et pis : 
se fust armés, je cuit ne fust ocis. 

•20 qui donc veïst et Hernaut et Gerin, 
com il le font as brans d'acier forbis! 
Girbers aide son père a maintenir; 
mais ne le pot salver ne garantir: 
com plot a deu, si le convint raorir. 

25 a Girbert dit 'alez vos en, biax fils, 
vos et Hernaus, et ses frères Gerins. 
tuit estes mort se remanez ici, 
de totes pars voi je lor jent venir." 
voUlent non, lor fait l'ester guerpir. 

30 de ci a Mez ne pristrent onques fin. 
Vers la chapele que li hennîtes fist, 
s'en vint de Mez li Loherens Garins, 
l'espee traite et l'escu avant mis, 
trestot a pie, desfendant son i)arti. 

35 enz mostier li dus corant se mist; 
desor l'autel vait son escu ofi-ir, 
deu reclama qui onques ne menti: 
'mesfait vos ai, sire, ce poise mi; 
si voirement com i)ardonas Longis 

40 le cop mortel au jor qu'il vos feri, 
si me gardez de mort et de péril, 
se je poisse, je t'alasse servir 
a droit passaje contre les Sarrazins.' 
atant ez vos l'evesque LanceUn. 

45 lui et Guillaume l'orgoillox de MoncUn, 
Fromont le comte et son fil Fromondin: 



43 n es. 
Babtsch, Chrestomatliie. IV. Éd. 



li u en. 



Ib suit. 



67 



Xlle SIF.CLK. 



bs 



de lor parsge font le raostier emplir. 

li cuens Guillaumes son compcrc feri, 

grand cop li donc do l'cspié poitevin, 

que tôt le fer el corz li cnbati. 

et deus des costes li pe«;oia par mi. 

li cos fil grans, a la terre chaï, 

li Loherens e>t en pies resaillis. 

et trait Tespeo a la mort qu'il senti: 

de ruistes cos merveilleus i feri. 

que de plaies, de navrés, que d'ocis! 

plus de quatorzes li bers en a raalrais. 

adonc le fiert l'evesques Lancelins. 

li vis Fromons et ses tils Fromondins. 

mort ont le duc, dex li face merci! 

autresi gist Garins entr'ax ocis, 

com fait li chasnes entre les Itois petis. 
Fromons s'en tome, si s'en est départis, 

çax de Mez dote qui ont levé le cri. 

atant ez vos un sergent, o il vint, 

cil estoit maires an Loheren Garin, 

tils son prevost que il avoit norri; 

vit son seignor devant l'autel gésir, 

cuida mors fust et que pas ne vesqidst: 

encor i ert l'ame, ce m'est a viz. 

li maires tient son seigneur por martir, 

et baucc un vouge que entre ses main.<< tint, 

le braz senestre li a copé par mi; 

en blanc argent le raetra. ce a dit. 

li dus se pasme, quant l'angoisse senti, 

o%Te les ialz, a son major a dit 

'amis, biau frère, per coi m'as tu ocisV 

li maires l'ot, a i)0 n'enrage vis. 

il s'ajenoille, si li cria merci: 

'si m'ait dex, sire, por bien le tis; 

que bien cuidoie que vos fuissez transis.' 

cil li pardonc et de deu et de li. 



li cors s'estent et l'ame s'en parti. 
ez vos l'ermite qui droit au corz en vint, 
l'ame commande, son sautier li a dit, 
et li bons maires isnelement en vint, 

6 otot le bras que il ne vot guorpir, 
qu'il en ai>orte de son seignor Garin. 
dex! quel domajc do obevalier gentil! 

Atant ez vos et Girbert et Gorin, 
ensamble o ax le vallet llornaudin. 

ut en Gelinval est enterrés Garins, 
delez l'ermite qui la chapele fist. 
li bon borjoiz de Mez la noble cit 
virent venir et Hernaut et Gerin, 
tos esmaiés, destrois et angoissis; 

15 et demandèrent noveles de Garin. 
'las', dit Girbcrs, 'mes pères est ocis.' 
qui donc veïst la bêle Bïatriz 
ses chevous traii-e, esgratiner son vis, 
l'un poing a l'autre par angoisse ferir, 

20 le sanc vermoil par les ongles chaïr> 
soz ciel n'a home qui pitié n'en preïst, 
si com regrete le Loheren Garin. 
'tant mar i fustes frans chevaliers jcutis, 
car vos estiez mes pers et mes amis. 

25 qu'avez perdu, sire Gerins, biax fils!' 
lors est venue la bien faite Aëlis, 
mère Girbert, famé le duc Garin; 
puis si enforce et li diax et li cris, 
bien le sachiez, seignor, trestot de ti, 

30 les deus serors, puis que fu mors Garins, 
plus ne vesquirent que trois jors et demi; 
a Saint-Arnol furent en terre raiz. 
en deus sarqueus de marbre vert et biz 
furent li corz des deus duclioises miz. 

35 Girbers ot duel quant sa merc raori, 
autresi orent et Hernaus et Gerins. 



AMIS ET AMILES. 

AmtM el AmiUf und Jourdain» de lilaivies herausyeqehen von C Hofmann, Erlangen 1S52, 

p, 84—92, c. 2917 — 3207. Amile se décide a sacrifier ses enfants pour son ami malade, qui 

ne peut guérir (jue par le sang des enfants. 



Li cuena l'entent, si conmencc a plorer, 
ne sot que faire, ne pot un mot sonner. 
moult li est dur et au cuer trop amer 
de »es dous Hah que il ot engendrez; 



com les porra ocirre et afoler! 
se gens le sevent, nus nel jtorroit tenscr, 
c'on nel fëist et panrc et vergonder. 
40 mais d'autre part se prant a porpanser 



17 ■'entumc. 



i. 11 r(b)erinitc. n bons. 



69 



AMIS ET AMILES. 



70 



don conte Ami que il pot tant amer, 

que lui meïsmes en lairoit afoler 

ne por riens nulle ne le porroit voer, 

quant ses compains puet santé recouvrer. 

c'est moult grant chose d'omme mort restorer 

et si est maus des dons autans tut'r, 

nus n'en porroit le pecliié pardonner 

fors dex de glorie qui se laissa pener. 

'dex', dist Amiles, 'qui tout as a sauver, 

cist hom si mist son cors por moi tanser 10 

en la bataille dou traïtor Hardré. 

quant je li puis de moi santé donner 

de mes anfanz que je vols engendrer, 

de moi sont il, por voir le puis conter, 

Tore soit bonne que dex les iist former, 15 

quant mes compains en puet ce recouvrer 

que hom qui vive ne li porroit donner 

fors dex de glorie qui tout a a sauver: 

je nel lairoie por les membres coper 

ne por tout lor c'on me sëust donner, 20 

qu'a mes dous fiz n'aille les chiés coper 

por Ami faire aïe. 

Amis compains, puet ce iestre vertez 
que vos a moi ci devisé avez, 
de mes dous fiz seras resvigourez 2:> 

quant vos seroiz dou sanc d'euls dous lavez? 
li vostres dis n'en sera trespassez.' 
lors ist Amiles trestouz abandonnez 
hors de la chambre, en la sale est entrez, 
ceuls qui i furent en a trestoz gietez, 30 

serjans, vaslés et chevaliers membrez, 
n'i remest hom qui de mère soit nés. 
le huis ferma, si les a bien barrez, 
les chambres ccrche environ de toz lez, 
(jue aucuns hom ne fust laienz i-emés. 35 

quant voit qu'il est laienz bien esseulez, 
c'or porra faire toutes ses volentez, 
s'espee prent et un bacin doré, 
dedens la chambre s'en est moult tost alez 
ou li anfant gisoient lez a lez. 40 

dormans les treuve bras a bras acolez, 
n'ot dous si biax desci en Duresté. 
moult doucement les avoit resgardez, 
tel paor a que chëuz est pasmez, 
chiet lui l'espee et li bacins dorez. 45 

quant se redresce, si dist com cuens menbrez 



•chaitis, que poiTai faire?' 

Li cueus Amiles fu forment esperduz, 
a la ten'c est envers pasmez cbëuz, 
li bacins chiet et li brans d'acier nus. 
quant se redresce, dist com hom percëuz : 
•alii', dist il, 'chaitis ! com mar i fu/, 
(|uant tes anfans avras les chiés toluz! 
mais ne m'en chaut quant cil iert secorrus, 
qui est des gens en grant vilté tenus 
et conme mors est il amentëuz; 
mais or venra en vie.' 

Li cuens Amiles un petit s'atarja, 
vers les anfans pas por pas en ala, 
dormans les treuve, moult par les resgarda, 
s'espee lieve, ocirre les voldra; 
mais de ferir un petit se tarja. 
li ainznés frères de l'etfroi s'esveilla 
que li cuens mainne qui en la chambre entra, 
l'anfes se tome, son père ravisa, 
s'espee voit, moult gi'ant paor en a. 
son père apelle, si l'en arraisonna: 
'biax sire pères, por deu qui tout fonua, 
que volez faire? nel me celez vos ja. 
ainz mais nus pores tel chose ne pensa.' 
•biaux sire finis, ocirre vos voil ja 
et le tien frère qui delez toi esta;' 
car mes compains Amis qui moult m'ama, 
dou sanc de vos li siens cors garistra, 
que gietez est dou siècle.' 

•Biax très douz pères', dist l'anfes erramment, 
'quant vos compains avra garisseraent, - 
se de nos sans a sor soi lavement, 
nos sommes vostre de vostre engenrement, 
faire en poëz del tout a vo talent, 
or nos cc^ez les chiés isnellement; 
car dex de glorie nos avra en présent, 
on paradis en irommes chantant 
et proierommes Jhesu cui tout apent 
que dou pechié vos face tensement, 
vos et Ami, vostre compaingnon gent; 
mais nostre mère, la bêle Belissant, 
nos saluez por deu omnipotent.' 
li cuens l'oït, moult grans pitiés l'en prent 
que touz pasmez a la terre s'estent, 
quant se redresce, si reprinst hardement. 
or orroiz ja merveilles, bonne gent. 



2 meïsmez. 13 volz, et souvent z pour s. 



31. 30 aura. 



71 



xii^ siecj;e. 



72 



que tex n'oïstes en tout vostre vivant. 
li caens Amiles vint vers le lit esrant, 
hauce l'espee. li tiuls le col estent, 
or est merveilles se li mers ne li ment. 
la teste coi)e li pères son autant, 
le sanc reciut el der hacin iKargeut: 
a poi ne ohiet a terre. 

Quant ot ocis li cuens son lil prouiier 
et li sans fu coulez el bacin chier. 
la teste couche delez le col arrier, 
l)uis vint a l'autre, hauce le brant d'acier, 
le chief li traiulie très par mi le colier. 
le sanc reciut el cler bacin d'or mier, 
et quant l'ot tout, si mist la teste arrier. 
les dous anfans coum d'un tapis chier, 
hors de la chambre ist li cuens sans targier 
moult par a fait les huis bien verroillier. 
au conte Ami vint Amiles arrier, 
qui el lit jut malades. 

Au conte Ami est Amiles venus, 
qui jut malades entre les ars volus. 
le bacin tint plaùi de sanc et de jus, 
dou sanc ses fiuls cui il avoit toloz 
les chiés des cors et copez par desus. 
Amis le voit, moult en est esperduz. 
or se démente et dist 'las! tant mar fuz. 
que tn venis en terre.' 

Quant Amis voit le sanc el bacin cler, 
sachiez de voir, n'i ot qu'cspoënter. 
atant ez vos dant .Vmilc le ber, 
son com])aingnon en prinst a apeller 
'biaus sire Ami, or poi-z bien lever, 
se par tel chose puet vostre cors saner 
et dex de glorie vos weult santé donner. 
de mes dous tiuls que je ai decolez 
ne plaing je nul, foi ({ue doi saint (Jmer.' 
Abus se lieve. si conmencc a plorer. 
son compaingnon puet il bien esprouver 
que volentiers il li voldroit donner 
sa garison, s'il la pooit trouver, 
une grant cuve fait Amile aporter. 
son compaingnon a fait dedens entrer: 
mais a grant paingne i ])net cil avaler, 
tant fort estoit malades. 

Or fu Amis en la cuve en parfont, 
li cuens Amiles tint le bacin rëout, 

15 d'une riche tapiit. n et desus. 



don rouge sanc li a froté le front, 

les iex, la bouche, les membres qu'el cors sont. 

jambes et ventre et le cors contremont, 

pies, cuisses, mains, les e.spaules amont, 
.. dou sanc par tout le touche. 

Amiles fu et preudom et gentis. 

son compaingnon, qui ot a non Amis, ' 

lave dou sanc et la bouche et le via. 

moult puet bien croire que il est ses amis, 
m quant ses douls tiuls a ci por lui ocis. 

oiez. seignor, com ouvra .Thesucris. 

si com il touche le sanc el front Ami, 

li chiet la roiti'e dont il estoit sozprins, 

les mains garissent, li ventres et li pis. 
15 (juant or le voit Amiles ses amis, 

deu en rent grâces, le roi de paradis, 

et ses sains et ses saintes. 
Moult fu Amiles li cuens de joie plains 

de ce qu'Amis estoit garis et sains. 
•2» or connoist bien d'Ami les blanches mains, 

andui font joie, de ce soiez certain. 

*he dex', fait il, 'biaus pères souverains, 

graciiez soies et tuit li vostre saint, 

biax père esperitablcs.' 
2.J Quant Amis fu et gai-is et haitiez, 

sachiez de voir, moult fu Amiles liés. 

lors fu Amis acolez et baisiez 

et dex de glorie loëz et graciiez. 

li cuens Amiles (jui fu bien cnseingniez 
30 cort en sa chambre, bons dras en a gietiez, 

dous paire onsamble, bien en iert aaisicz. 

cotes, sor(|Uos, mantiauls bien entailliez, 

d'osterin furent moult bien appareillié. 

Amis se vcst qui est sains et haitiez 
;jô et il meïsmes s'en est bien atirioz. 

or n'est nus hom, de verte le saichiez, 

qui les dous contes vcïst si atiriez, 

que l'uns de l'autre i)ar lui fust ja triiez, 

tant fort se resambloient. 
«0 De chicres robes sont vcstu li l)aroii, 

tant s'entresambleiit de vis et de menton, 

dou contenir, del nés, d(! la raison. 

que les dous contes ne desseverroit hom, 

qui est Amiles ne Amis li barons. 
4.S quant vestu furent, si vont a saint Simon, 

c'est uns monstiers qui est de grant renon. 

23 uoiez vyt) et tuit. :ti II. paire. Tj appa- 
reilliez. 



7:^ 



AMIS ET AMILES. 



74 



la famé Amile a la clere l'ason 
estoit. alee por faire s'orison, 
et de la gont i ot a grant fuison. 
ez vos Amile et Ami le baron 
qui (Ion palais descendent. 

Jus son palais descendent main a main; 
li dui liai-on qui ont les cuers certains, 
sont descendu don jialais jus au i)lain. 
bien resamblerent ambedui chastelain. 
moult les esgardent et borjois et vilain, 
ne sevent pas ne ne sont bien certain, 
li queuls d'euls dons est lor sires souvrains; 
tuit en sont en doutance. 

Des dous barons conseillent celle gent; 
car il ne sevent faire devisement, 
li queuls est sires, a cui l'onnors apent, 
tant sont 11 conte yngal et d'un sanblant. 
li compaingnon n'i furent arrestant 
jusqu'à l'église, ou estoit Belissans, 
la famé Amile, qui moult ot le cors jant. 
main a main entrent dedens lor chiés saingnant. 
dite iert la messe, s'en issoient la jant. 
la famé Amile s'en venoit ansiment; 
mais quant el vit les contes en presant, 
se s'esbahi, n'en soiez merveillant. 
toute pasmee a la terre s'estant 
de la merveille que elle Toit si grant. 
au redrescier i corrent plus de cent, 
quant se redresce, si parole en oiant. 
'seignor', dist eUe, 'por deu le roiamant, 
je sai de voir et croi a enciant, 
l'uns de vos dous a en moi part moult grant 
et s'est Amiles li hardis combatans; 
mais je n'en sai faire connoissement.' 
ce dist Amiles 'vostres sui, Belissant, 
et vez ici Ami le combatant 
qui a le mal souffert tant longuement; 
mais Jhesucris l'en a fait saiivement, 
que garis est si com est apparant.' 
le damme l'oit, ses mains vers deu en tant, 
la s'agenoillent plus de dous mille jant 
qui tuit en rendent merci au roi puissant, 
sonnent cil saint et cil clerc vont chantant 
et de pitié en plorent plus de cent, 
ce dist Amiles 'ne faites joie tant, 
ansois devons mener dolor moult gi'ant, 

41 de II mille. 



car mi iil sont oci.s et mort sainglant. 
je les ocis a mon acerin brant, 
si lor copai les chiés tout voirement, 
le sanc; retins en un bacin d'arjant 

r> et si en tis a Ami lavement, 
il ot tantost de mal garissement; 
mais tout ce lu par ramonestement 
Jhesu le père qui touz les biens consent, 
or en venez, si verrez mon tonnent 

10 et mon martyre et mon duel qui est grans. 
quant les avrons enterrez richement, 
puis nos copez les chiés de maintenant, 
car descrvi l'avommes.' 

Ce dist Amiles a la chiere membree 

15 'venez ent tuit, bonne gent honorée, 
sorjant, borjois, chevalier, gent letree, 
la sus amont en la sale pavec, : 

et si verroiz tuit la fort destimiee, 
onques si dure ne fu mais esgardee.' 

20 lors veïssiez par moult grant estrivee 
corrc les gens avant de randonnée, 
trestuit en montent en la sale pavée, 
sonnent li saint par toute la contrée, 
por les anfans fu moult grans la criée. 

25 la veïssiez mainte crois aportee, 

maint encensier dont bonne est la fumée, 
tuit cil prevoire chantent a grant criée 
le chant des mors a moult grant alenee. 
et Belissans ne fu i)as arrestee, 

30 c'est la première qu'an la chambre est entrée, 
plorant, ci'ïant, trestouto eschevelee, 
por ses anfans a grant dolor menée, 
ce duel menant la chambre a detfermee. 
dex i ouvra et la vertus nommée. 

35 les anfans trenvo gisans soz la velee, 
en séant ierent, s'ont grant joie menée, 
une pome orent qui d'or estoit ouvrée, 
dont se jooient par bonne destinnee. 
ez vos la damme qui tant fu effiraee, 

40 de la merveille est cliëue pasmee. 
ainz que poist bien iestre relevée, 
fu si la chambre de l'autre gent peuplée, 
a grant merveille s'en est enz entassée. 
Belissans baise ses tiz brace levée. 

45 tout maintenant est la nouvelle alee 
et au clergié et a la gent lettrée 
et a touz ceuls qu'ont fait la assamblee, 
U auronz. 



75 



Xlle SIÈCLE. 



7G 



que dex i a miracle domoustreu, 
des dous anfaus a fait resuscitee. 
Amiles a la parole escoutee 



et tuens Amis a la chiere membree. 
tel joie en ont, ne pot iestre eelee, 
car ambediii les aimment. 



LA BATAILLE D'ALISCANS. 

Aliscans chanson de geste publie'e iTaprcs le manuscrit de la bt'hliothèque de P Arsenal et ù l'aide de 

cinq autres tnanuscrits par F. Guessard et A. de Muntaiylon, Paris 1870, p. 26 — 29, v. 043—929. 

Ce gui suit est emprunté au récit de la bataille d' Aliscans , oit mourut l'ivien , le neveu de Guillaume 

(cf. Wolfram, éd. Lar.hmunn, Willelialm 58, 1 — 70, 30). 



Ur tu Giiillebnes sus el tertre montés, 
voit des paiens les grans mons arasés; 
tos li pais en estoit si peuplés 
k'il n'i avoit ne passage ne gués 
ou il n'ëust mil cevaliers armés. 
tôt por Guillelme, k'il ne soit eseajjés. 
or li ait li rois de maïsté! 
mar iert baillis s'il puet estre atrapés. 
'diex', dist li quens, 'ki en trois fu penés, 
aine por un homme n'en vi tant amassés, 
samte Marie, et car me secoures!' 
lors descendi Guillelmes au cort nés, 
son ceval Irote les Hans et les costés, 
après l'apele par molt grant amisté, 
et dist Guillelmes -Bauchant, qel le ferésV 
molt voi vos flans tosdeus ensanglentés. 
n'est pas mervelle se vous estes lassés, 
car trop par estes travelliés et penés; 
se tu recrois, a ma fin sui aies.' 
Bauchant heni, si a fronci del nés. 
drece l'oreille, si est escous assés. 
quant voit li quens k'il est revigorés, 
i.snelement est ens archons montés, 
li quens Guillelmes fu sages et menbrés, 
tout un vaucel est vers l'Archant tornés; 
Bauchans ne fu ne poins ne galopes, 
encontre val peut ses elmes gemés: 
li la.s sont tout, si les a ranoués. 
ses escus est en trente lieus traués, 
de toutes pars frais et esqnartelés, 
ses blans baubers derous et depanés. 
en quinze lieus fu ens el cors navrés, 
desous l'auberc li est li sans betés. 
ens en son cief li est ses cimes entrés, 
ses brans d'acier soilliés ensanglentés; 

4 Guillaumes loujoum. kubJ ens. lo maiHtc'i). 



bien pert a lui, de bataille est tornés. 
ô une bruine et uns vanz est levés, 

de la pourire est li tans oscurés. 

li quens Guillelmes n'ot pas sa volenté: 

en l'Archant vint corechiés et irés. 

de paiens mors est tos li cans covers. 
lu l'escu chosist Vivien l'alosé. 

bien le connut, forment est démentes. 

par devers destre s'est li quens regardés, 

Vivien voit gésir dalés un guet, 

desous un arbre k'est foillus et rames, 
lô par mi le cors ot quinze plaies tés, 

de la raenor morroit uns amirés. 

li quens le voit, molt en est esfraés; 

vers lui vait l'amblëure. 

Li quens Guillelmes va celé i)art poignant : 
20 molt fu irés et plains de mautalent. 

Vivien vit gésir sor un estanc, 

desous un arbre foillu et verdoiant. 

a la fontaine dont li doit sont bruiant, 

ses blances mains sor son pis encroisant. 
ih tôt ot le cors et le hauberc sanglant 

et le vïaire et l'elme flanboiant; 

sa cervele ot deseur ses iex gisant; 

encoste lui avoit couchié son brant. 

d'eures en autres va sa coupe rendant, 
:!0 et en son cuer damedieu reclamant, 

a sa main close aloit son pis bâtant, 

n'avoit sor lui d'entir ne tant ne quant. 

'diex', dist Guillelmes, 'corn ai mon cuer dolant! 

recëu ai hui domage si grant 
3j dont me daurai en trcstout mon vivant. 

niés Vivien, de vostre hardement 

7 ses volent<?8. 9 est li cans arotez ; le Ma. 

de T Arsenal porte est li cans covrcs. 10 l'alosds. 
i:j gués. 'io iriés. 21. 'il Vivien truevc sous 
. 1 . arbre gisant. r.\ dois. '2i( d'curc on autre. 



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LA BATAILLE D'ALISCANS. 



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ne fu mais hom puis ke diex fist Adan. 
or vos ont mort Sarrasin et Persant. 
terre, car oevre, si me va engloutant! 
dame Guiborc. mar ra'irés ateiidant; 
ja en Orenge n'ere mais repairant.' 
li ijucns Guillelmes va durement piorant 
et ses deus poins l'un en l'autre torgant, 
soventes fois se claimmo las dolant. 
de sa dolor mais ira nus parlant, 
car trop le maine et oriblc et pesant. 
au duel k'il maine si chaï de Bauchant, 
contre terre se pasme. 

Li qucns Guillebnes fu irés et dolans, 
Vivien voit ki gisoit tos sanglans, 
plus souëf tlau-e ke baïuncs ne encens, 
sor sa poitrine tcnoit ses mains croisant; 
par mi le cors ot quinze plaies grans, 
de la menor morust uns amirans. 
'niés Vivien', dist Guillelmes li fraiis, 
'mar fu vos cors ke tant par ert vaillans. 
Yostre proëce et vostrc hardemcns, 
et vo biauté ke si ert avenans. 
niés, aine lions ne fu si combatans. 
n'estïés mie estes ne ramponans, 
n'onques ne fustes de proëce vantans, 
ainz estïés dons et humelïans 
et sor paiens hardis et conquerans. 
aine ne doutastes ne roi ne amirant : 
plus avés mort Sarrasins et Persans 
c'onqucs nus hom n'en fist de vostre tans, 
niés, che t'a mort c'onqes n'en fus fuians 
ne por paiens ixn seul pié rcculans. 
or te voi mort par dalés cel Archantl 
las! ke n'i ving tant com il fu vivans! 
del pain ke j'ai fust aoumunïans. 
del verai cors damledeu, i)ar covant: 
a tos jors mais en fusse plus joians. 
diex, reçoif s'ame par tes dignes cojnmans, 
k'eu ton service est mors en Aliscans 
li chevaliers honestes. 

Li quens Guillebnes son grant duel renouvelé 
tenrement pleure, sa main a sa maisele: 
•niés Vivien, mar fu joventc bcle. 



ta grant proëce ki tos tans iert novele. 

si hardis hom ne monta onc sor sele. 

haï Guibor, contesse, damoisele, 

quant vos savrés ceste lasse novele, 
5 molt serés quite de quisant estincele; 

se ne vos part li cuers sos la raamelc, 

garans vos ert celé virge pucele, 

sainte Marie, qui mains pccchiere apele'. 

li qucns Guillelmes por la dolor cancole, 
10 si se hurta ens el front d'une astele. 

par desous l'elme qui fu fais a gemcle 

del vis li vole del sanc pleine escuële. 

Vivien baise tôt sanglant la maisele, 

sa tenrc bouce k'est douce com canele. 
15 met ses deus mains amont sor la forcele, 

la vie sent qui el cors li sautele ; 

parfont dou cuer sospire. 
'Niés Vivien', che dist li quens Guillelmes, 

'quant t'adoubai en mon palais a Tonnes, 
20 por vostre amor en donai a cent elmes, 

et cent escus et cent targes noveles, 

et escarlates et mantiaus et gouneles; 

a leur voloir eurent armes et seles. 

e, Guiborc dame, chi a froides noveles! 
•26 ceste dolor porrés tenir a certes. 

Vivien niés, parles a moi. nem perdes.' 

li quens l'embrace par desous ses aseles. 

moult doucement le baise. 

Guillelmes pleure ki le cuer ot iré: 
30 par mi les flans tient l'enfant acolé. 

moût doucement l'a plaint et regreté. 

'Vivien sire, mar fu vostre biauté, 

vo vasselages quant si tost est fines. 

je vos noui'i doucement et souëf: 
35 (juant jou a Termes vos oi armes doné, 

por vostre amor i furent adoubé 

cent cevalier tout d'annes conraé. 

or vos ont mort Sarrasin et Escler. 

et vostre cors est plaiez et navrez. 
40 ciex diex ki a par tout sa poësté 

ait de vosti-e ame et merchi et pité 

et do ces autres ki por lui sont fine 

ki par les mors sont tôt ensanglentél 



3 ouevre. 13 iries. Ui croisaus. is Ale- 

mans. 24 vos n'estïés mie estes ne inaltiuerans. 
26 anchois estie's. is amirans. 30. 31 n'en. 

33 ces Archans. 3tj dou vrai cor dieu fust par 
ce connissans. 



1 ki tant estoit. 2 onqes. 4 sere's. h qui 
maint pecchiercs. 2(j Ms. Vivien men nies 
parles a moi pers; G.: Vivien niés, parles a 
moi, men pers. 33 vassclage — fine. 34 souc. 
30 chi voi vo cors plaie et decopé. 



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Xlle SIECLE. 



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en convenant eus a damede 

kc ne l'uiroies eu bataille cauipel 

por Sarrasin plaine lance d'esté : 

mien escient bien Tavés avéré. 

vo hcrement ne suut raie faussé. s 

biaus sire uiés. petit m"avés duré. 

or seront mais Sarrasin reposé, 

n'aront mais garde en trestot mon ae, 

ne ne perdront mais plain pié d'ireté, 

quant de moi sont et de vos deli\Té, lo 

et de Bertran, mon neveu, l'alosé, 

et dou bamage ke tant avoic amé. 

oncor aront Orenge ma cité, 

toute ma ten-e et de loue et de lé. 

ja mais par homme ne seront contrcsté.' I5 

li quens se pasme, tant a son duel mené. 

quant se redrece, s'a l'enfant regardé 

ki un petit avoit sou cief levé. 

bien ot son oncle oï et escouté : 

por la pité de lui a souspiré. iu 

'diex', dist Guillelmes, 'or ai ma volonté.' 

l'enfant eubrace, si li a demandé 

'biaus niés, vis tu ? por sainte carité !' 

•oil voir, oncle, mais poi ai de santé; 

n'est pas mervclles. car le cuer ai crevé.' ib 

•niés', dist Guillelmes, "dites moi vérité, 

se tu avoies pein benéoit usé 

au dicmence ke prestre ëust sacré V 

dist Vivions 'je n'en ai pas gosté. 

or sai jou bien que diex m'a visité. w 

quant vos a moi venistes.' 

A s'amosniere mist Guillelmes sa main, 
si en traist fors de son benéoit pain 
ki fu sainiés sor l'autel Saint-Germain, 
or dist Guillelmes 'or te fai bien certain. :,h 
de tes pecchiés verais confés romain, 
je sui te^ oncles, n'as ore plus prochain 
fors damedieu le verai soverain : 
en lieu de dieu serai tes capelains. 
a cest bautesme vuel cstre tes parrains: 4(» 

plus vos serai ke oncles ne germains.' 
dist Vivïens "sire, molt ai grant fain. 
kc vos mon cief tené.n dalés vo sain, 
en l'onour dieu me donés de cest pain, 

4.-> 
3 d'estej de le ; M», dcstcr. 2'i avoiB. 2>> 
prestrcs. 33 benoît. 34 saines. -.iH vrais confés 
apamiaÏD. 3'< ton caiiclaiD. 40 ton parin. 
41 g'nnain. 



puis me morrai ore endroit aparmain. 
hastés vos. oncles, car raolt ai le cuer vain.' 
ias', dist Guillelmes, 'com dolereus reclaim! 
de mon lignage ai perdu tout le grain: 
or n'i a mes ke le paille et l'estraim, 
car mors est li barnagcs.' 

Guillelmes pleure, ne se puct saoler, 
Vivien fist en son devant ester, 
molt doucement le i)rist a acoler. 
dont se commence l'enfes a confesser: 
tôt li gehi, n'i laissa ke conter 
de che k'il pot savoir ne ramenbrer. 
dist Vivïens 'molt nie fait trcspcnscr: 
au jor (lue deuc primes armes porter, 
a dieu vouai, ke l'oirent mi per, 
ke ne fuii-oie por Turc ne por Escler 
ne de bataille ne me verroit torner 
loue d'une lance, a tant le vuel esmer. 
ke mort u vif m'i porroit on trover. 
mais une gent me fist hui rctorner, 
ne sai com lonc, car ne le sai esmer: 
je cricm mon veu ne m'aient fait fauser.' 
•niés', dist Guillelmes, "ne vous estuet douter.' 
a icest mot li fait le pain user, 
en l'ounor dieu en son cors avaler. 
])uis bat sa coupe, si laissa le parler, 
mais kc Guiborc li rova saluer, 
li oill li torblent, si commence a muer, 
le gentil conte a i)ris a regarder, 
k'il le voloit de son cief encliner. 
l'ame s'en va, n'i puet plus demorcr: 
en i)aradis le fist diex hostcler, 
aveuc ses angles entrer et abiter. 
voit le Guillelmes. si commence a plorer: 
or set il bien, n'i a nul recovrer. 
l'enfant coucha en son escu boucler, 
(juar il voit bien ne l'en porra porter, 
d'un autre escu le vet acoveter. 
si com il dut sor son cheval monter, 
li cuers li faut, si le covint pasmer. 
([uant se redresce, moult se prist a blasmer: 
'par dieu, Guillelme. on vos soloit loër. 
et par la terre Fierebrace ajteler; 
mais or me i)uis por recréant clamer, 
quant celui lais k'en dëusse porter, 

7 Huuulcr. li m'a fait. 14 primcH mes arme» : 
G. au ji»r <|uc primes deuc mes armca. i" kc 
de. is uiel. 



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RENAUT DE MONTAUUAN. 



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si le fesise en Orenge enterer. 
jou me deuisse anchois laissier grever 
et le mien cors et plaier et navrer.' 
lors queurt l'enfant fors des escus oster, 
sor lianchant monte sans point do demorer. 
molt ot grant paine de son neveu lever: 
tU' droit ahan le convient il siiër. 
quant le mist sor sa scie. 

Li quens Guillelmes monta sans detrïor, 
Vivien lieve au col de son destrier; 
car a Orenge s'en quida repairier; 
mais ainz avra un mortel encombrier, 
car il n'i trueve ne voie ne sentier 
ne soit coverte de la gent l'aversier. 
quant il choisirent le marchis au vis fier, 
joste l'Archant u devoit repaii-ier, 
seurc li keurent plus de quinze millier, 
'diex', dist Guillelmes. "ki tout as a baillier, 
or n'i ai blasme sel me convient lessior.' 
paien li crient et prenent a huchier 
'jus le» métrez, ])ar Mahon, pautonierl" 
•dex', dist Guillelmes. "com or puis enragier. 
le cheval broche des espérons d'acier, 
isnelement est retornez arrier, 
dedesoz l'arbre le rest alez couchier. 



si le covri de l'escu de i^uartier. 

puis est montez en l'auferrant corssier: 

lors commença a fere un duel plenier. 

'biaus niés', dist il, 'moult vos avoie chier: 
.'. se je vos les, nus n'en doit mcrveillicr. 

n'en doi avoir honte ne rejjrovier, 

car n'est hom nez qui t'en osast porter.' 

a tant s'en torne, si commence a seignier. 

et cil li vienent et devant et demer. 
Kt 'dex', dist Guillelmes, "or ai de vos mestier 

secorez, siiT, le vostre chevalier!' 

lors esperonc par delez un rochier. 

paien li crient 'n'en irez, losengier! 

ja vostre deu Jie vos avra mestier, 
10 ne vos porra sccorre ne aidier.' 

li quens Guillelmes n'a cure de plaidier. 

de foïr pense et cil de l'enchaucier. 

li soleuz besse, si prist a anuitier. 

et Tavespree commence a espoissier. 
•2u et Sarrasin font le chemin gaitier 

et les destroiz et le pais plenier: 

n'i passera li marchis au vis tier. 

s'il ne se velt fere tôt detranchier. 

a Vivien est retornez arier, 
20 la nuit le guete deci al eselairitr. 



RENAUT DE MONTAUBAN. 

lienaus de Montauban oder die Baimonskinder, altfranzusisches Gedicht, herausgeg. vou H. Michelant, 

Stuttgart 1862, p. 286, 28—292, 8. 



La ot liere bataille et tiere chaplison. 
tant- i lièrent ensamble, n'est se merveille non. 
es vos le roi de France brochant a esjjeron. 
et encontre Kenaut le fil a viel Aymon. 



et Renaus tint Froberge qui tranche de randon. 
L'empereres de France est en pies relevés 
et tint traite Toieuse au poing d'or noielé. 
et Kenaus tint Froberge. s'a le roi regardé. 



les chevaus laissent corre a force et a bandon, -m Karles crie Monjoie a sa vois haut et cler. 
ne se conoisent mie. entreferir se vont. 'se i)ar «n chevalier i sui pris ne maté.s, 

les escus ont perciés qui sunt jiaint a lion. dont ne doi je rois estre ne corone porter.' 
et rompent les hanbers qui furent fremillon. (piant Renaus l'a oï, si s'est mult vergondés. 
il s'empaintrent a force et par ruiste vigor. "he dex', ce dist li dus. 'qui me fesistes né. 
les ceincles sunt rompues et brisié li artjon. :tj ja est çou Karlesmaines a oui je ai josté. 
que par desus les crupes des destriers arragons ki norri mon linage et tôt mon parenté. 



toutes plaines lor lances s'abateut el sablon. 
il resaillent en pies, chascun par contencon. 
Challes a trait Joieuse qui li pent au giron. 



ji' ne parlai a lui l)ien a vint ans passés. 
j"ai forfait le p^iiig destre dont je l'ai adesé. 



•> laissLv. l.» vif. 20 paiens. 
K.\Krstii, Cliiest...iii:itliie. IV. Kd. 



li lil. 



4 biau. 
■2'J noiek's. 



li doit 



T poiter : rime fautive. 



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XII'' SIECLK. 



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ja li iert devant hii maintenant i>resantt's: 
si en face mes sires toute sa volenté.' 
il tint nue Froberue et son escu bourlé 
et vint a Karlesmaine; au pié li est aies. 
par les pies le saisist et prent a acoler. 
'sii-e\ ce dist Renaus. 'merci jior amnr d»' 
qui en la sainte virjre se daigna aonilner. 
sire, donés moi ti'ives, tant qu'aie a vos parlé.' 
'or tost'. dist Karlesmaine. 'conte moi ton pansé. 



se vos ne faites çou que vos dire m'oiTés.' 
•sire, que sera çou?' dist Renaus li bons ber. 
'jel vos dirai', dist Karles, 'volentiers et de ar»^. 
Aallars et Guichars, cil seront acordé. 
et Richars ensement que jou durement hé. 
et vos Renaus meïsmes, si avrés m'amisté. 
si vos rendrai vos terres et vos grans yretés 
et acroistrai del mien bien quatorze cités, 
se vos volés tant faire com vos dire ni'orrés.' 



je ne sai qui tu iés, mais mult ses bien joster.' lo 'sire', ce dist Renaus. 'et car le me noraés.' 



•sire*, ce dist Renaus. 'dex en soit aorés.' 
il a jointes ses mains vers Karlon l'aduré. 
'merci, frans empereres, por icelc pité 
que dex ot en la crois, quant il i fu penés. 
de Marie sa mère, ijuant il la vit plorer. 
et il la commenda saint Jehan a garder, 
je siii Renaus vostre hom k'avés deserité 
et chacié de la terre, bien a vint ans passés 
mort en sunt en bataille mil chevalier armé, 
sire, drois empereres. aies de moi i)ité. 
de moi et de Aallart et de Guichart le ber. 
et de Richart l'enfant qui tant fait a loër. 
nel di mie por (,ou que nos n'aion.s assés 
rhevaus et palefrois et destriers sejornés: 
mais de vostre amor somes dolant et esft-aé. 
or nos laisiés a vos paier et acorder. 
je devandrai vos hom plevis et afiës. 
et Aallars mes frères et Guichars li sénés 
et Richars ensement, se vos le comendés. 
Montauban vos donrai. se prendre le volés. 
si vos donrai Baiart, mon destrier abrivé: 
certes, n'a nul si bon en la crestïenté. 
se cou ne vos agrée, encor vos ferai cl : 
Aallars et Guichars soit a vos acord«;s 
et Richars ensement. <|ui mult est honorés, 
et en vostre manajc soient nos irctés. 
je forjurerai France en trestot mon aé. 
que jamais en ma vie mar i serai trovés. 
au benëoit sepulchre. sens chance et sens solers. 
m'en irai tôt a pié por la vostre amisté. 
jamais en ccst pais ne serai retornés. 
entre moi et Maugis nos garirons assés. 
certes, drois em|(erere. je ne vos puis dire cl.' 



'voleiitiers', dist li rois, 'ne vos iert plus celé, 
vos me rendrés Maugis, vo cousin naturel, 
certes que je bas plus que nul home mortel." 
'sire, qu'en fériés ?' ce dist Renaus li ber. 

1.-. 'certes, jel vos dirai', dist li rois honorés, 
'je le ferai mult tost ])ar la geule encroér. 
et quant li glous iei't mors et a sa fin aies, 
a keues de chevaus le ferai traîner 
et les membres del cors un et un desmerabrer. 

2(( en charbon le ferai ardoir et embraser 
et la poldre cueillir et jeter en la mer. 
quant tôt çou avrai fait que vos ai devisé, 
si set tant li diables cngiens et fausetés. 
puis eschaperoit il. qu'il iert si atomes.' 

25 •fériés vos issi?' ce dist Renaus li ber. 
'oïl', ce a dit Karles, 'si me garisse dés.' 
'dont n'en prendrïés vos ne chastol ne cité 
ne nul avoir del mont por Maugis acuiterV 
'nenir. dist Karlesmaine, 'c'om me pëust douer.' 

:;(( 'par foi, ce n'iert donc ja', ce dist Renaus li ber. 
'et sachiés une chosse voirement sans fauser: 
s'or aviés Aallart on vo prison gcté 
- et Richart et (îuichart ([uc je doi mult amer, 
certes, ains les lairoic a martiro livrer 

:i.', et les membres del cors un et un dcsevrcr. 
que rendisse Maugis, mon cousin l'aduré.' 
'vasals', dist Karlosmaines, 'dont soies desfïés. 
(|uc ja voir autrement n'i serés acordés. 
or reprenés vos armes et de moi vos gardés.' 
'sire', ce dist Renaus, 'do çou sui je irés, 
que ne jjuis envers vos la bone amor trover. 
et puis (|u'il est issi (|ue vos me desfïés. 
et je me garderai, se je puis, en non dé.' 
Charles a trait Joicuse, s'a l'escu acolé. 



'Renaus', dist Karlesmaine. 'itornoianten parlés. 

mult par fustes hardis, je vos di sens fauser, i:. et Renaus fu tr»s cois, très en miliu del pré. 

quant vos onque» os.sastes de la pais mot soner <•< voit venir Karlon vers lui (ot îiïré. 

ne venir a mon pié por la merci crier. 

ja ne serés a moi paiéH ne a«ordés, •; aurcs. s iicroitiai. 2. !<■ vos. n; dist. 



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RENAUT DE MONTAUBAN. 



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"he dex', ce dist Rcnaus, 'qui me fesistcs né. 

je voi Cl mou seignor venir tôt abrivé. 

ja nel ferrai premiers, aiiis savrai sa bouté.' 

Challes le va fcrir par mi rdmc jcmé; 

de Joieuse s'esjjce li a graut cop doué. i 

que les Hors et les pieres en a jus craventé 

et l'escu de son col li a eschantelé. 

cent et cinquante mailles de son hauberc satré 

li abati a terre devant lui ens el pré. 

damedex le gari pai- la siue bonté lo 

qu'il jie l'a en la char ne plaie ne navré. 

l'esperon a fin or li a par mi colpé; 

entre ci que au heut le fait el pré coler. 

quant l'a vëu Renaus, a poi n'est forsenés ; 

ains nel vost de s'espee ferir ne adeser, 10 

ains est passés avant, par les tlans l'a coubré : 

a son col l'encharga, qu'il l'en voloit porter 

trestot droit a Baiait qui la est enselés. 

a sa vois haute et clere commença a crïer 

"u iestes vos, mi frère, et vos. Maugis li ber? -20 

un tel eschec ai fait, se l'eu poons porter. 

par lui serons en France paie et acordé.' 

cil n'entendirent mie de Renaut l'aduré. 

et Karles d'autre part se rest haut escriés 

•ahi, RoUans, biaus niés, u iestes vos aies? 20 

Oliviers de Vïane, et cai" me secorés, 

et vos, sire dus Naiuies et Torpins l'ordenés. 

ja vos ai je forment et chieris et amés.' 

Rollans l'a entendu et Oliviers li bers, 

et dus Naimes de France et Torpins l'ordenés, 30 

et Ogiers li Danois est celé part aies; 

Estons li tins Oedon et Salemons li bers. 

Gondebués de Vaudueil et Hues de Dancler. 

desi que a Renaut ne volrent arester. 

d'autre part vint Guichars sor vaii'on fer annés, 3.1 

Aallars et Ricbars et Maugis l'adurés, 

a quatre cent Gascons, d'annes bien acesmés, 

et d'une part et d'autre i fu grans li barnés. 

la pëussiés vëoii* un ester si moi'tel. 

tante lance froisiee, tant escu estroè, 40 

tant jantil chevalier a la terre versé. 

40 froisic. 



Rollans point Viellantin des espérons dorés, 
et a trait Durendart qui li peut au costé, 
et vait ferir Renaut par mi l'elnie jemé; 
si grant cop li doua que tôt l'a estouné. 
•mar encai-gastes Karle, mon seignor naturel, 
trop est poisans li rois por ensement i)orter : 
je cuit c'est uns afaires qui mult iert comparés.' 
mult est dolans Renaus , quant il s'ot escrïer 
et il se sent a cop par mi l'elme fraper. 
il a traite Froberge au poing d'or neellé. 
et tint bien Karlemaine, nel laisa mie aler. 
et a dit a RoUant "biaus amis, ça venés. 
ne vos emportés mie. mais encor recovrés.' 
comme Rollans l'oï, a poi n'est forsenés. 
estes les vos ensamble as espees del lés : 
Renaus guerpi le roi, aine ne l'en sot on gré. 
atant es Aallars qui les a escriés 
et Richars et Guichars, a Reliant vont joster. 
tôt troi le vont ferir en son escu listé; 
u RoUans weille u non. del col li ont porté, 
et Richai's le coita a l'espee del lés. 
Rollans par estovoir lor a le dos torné; 
venus est a l'ost Karle. dont il estoit sevrés. 
Renaus, li fins Aj-mou, est en Baiart montés 
et a dit a ses frères 'bien somes engané. 
se fussiés ovoec moi, bien nos fust encontre. 
Karlon eu eussions a Montauban mené.' 
•sire', dïent si frère, "del bien faire pensés 
et si faites vos cors et vos gi'ailles soner: 
car la nuis est oscure. i)res est del avesprer. 
alons a Montauban. le chastel principel : 
si en faisons nos gens aniere retorner. 
u'i avons rien perdu, ains avons conquesté.' 
Karles a fait ses cors grailoier et corner 
et Renaus fait ses grailes isnellement soner. 
or rasemblent les os qui s'en welleut râler, 
chascuns a fait sa gent entor lui assambler; 
Kai'les s'en vait amere, s'a Balençon passé, 
•parmonchief. dist li rois, -mal nos est encontre, 
quant Renaus et si fi-ere m'ont fors del champ 

jeté." 
sii'e', ce dist Rollans, 'ne vos desconfortés, 
se perdu i avons, il n'ont preu conquesté.' 



87 



Xll>- SIECLE. 



88 



BESTIAIKE DE PHILIPPE DE THAUN. 

Poputar TreatUes on Science written during the middle âges in anglo-saxon , nnglo-norman and en- 
ylish. Edited from the original manuscripts by Thomas Wright. London (prmled for the histor. 

Society of Science) 1S41, p. 81 — 83. 



MoNOscEBOs est beste. 
un coni ad en la teste, 
pur (;co ad si a nun. 
de bue ele ad façun. 
par pucele est prise. 
or oëz en quel guise, 
quant hom le volt oacer 
et i>rendre et onginncr. 
si vent hom al orest 
u sis repaires est; 
la met une pucele 
hors de sein sa mamcle. 
c pai* odurement 
raonosceros la sent ; 
dune vent a la pucele. 
si baiset sa mamelo. 
en sun devant se dort, 
issi vent a sa mort; 
li hora survent atant. 
ki l'otit en donnant. 

u trestut vit le prent. 

si fait puis sun talent. 

j^ant chose signefic, 

ne larei nel vus die. 
MososcEROs griu est. 

rn francois un-corn est: 

beste de tel baillie 

Jhesu Crist signefic ; 

un dcu est e serat 

f fiid e parmaindrat; 

en la vir^ine se raist. 

e pur hom charn i ])ri8t. 

c pur vir^rinited, 

jiur mustrcr casteed, 

a virginc se jiarut 

r virgine le cunceut. 

\Trgine es» c serat 

e tuz jurz parmaindraf. 

ore8 oëz brefment 

le fignefiemcnt. 
Geste beste en verte 

nus signefic dû; 



( ele 



7nantjue. 



10 rt-paiTB. 16 f 8!. y.i or. 



la vir<îine signefic. 
sacez, sancte Marie: 
par sa mamele entent 
sancte église ensemcnt: 
e puis par le baiser 
çeo deit signefïer. 
que hom (juant il se dort 
en scmblance est de mort : 
dés cum home donni. 
ki en cruiz mort sufri. 
crt sa destructïun 
nostre rcdcmi)tïun. 
c sun traveillemont 
nostre rcposement. 
si dcceut dés diable 
par semblant cuvcnable; 
anme e cors sunt un. 
issi fud dés et hum. 
e içeo signefic 
beste de tel baillie. 

r.\NTERE est une beste 
de mult precïus estre ; 

et oëz de sun nun 

signeficatïun : 

pan et gi'iu Ij-exliil est: 

kc de tel nature est. 

ele at multes valurs, 

si ad i)lusurs colurs. 

duce est et atcmproc, 

de bestes est amee. 

tut ain^e par raisun 

fors sulemcnt dragun : 

icestc beste mue 

divers mangers manjuc; 

quant saule serat, 

en sa fosse enterat, 

trais jurs si dormirat. 

al terz esveillerat. 

quant el se drecerat, 

un grant cri jeterat; 

-, que Wiight; f. ms. '.) hom. H» en la 
rruiz. 11 frt] «■. is hom, 10 çeo. T2 If 
dragun. :v.i icest. 3.^ sanl. 3!i ele. 



S'.» 



lîESTIATKF, DE l'IULU'l'K DE THAUN. 



«JO 



et ol cri 4u"ol t'orat, 
(lo sa liuchc istcrat 
un tel odureniciit 
cum t'ust basme u picmont. 
les bcstes ki roriint. 
ki prof e luinz serunt. 
lores se ascmblenmt. 
l'odureraent sivrunt 
ki del cri isterad. 
que pantcre ferad. 
li di'agujis salement, 
ki ot l'enviemcnt, 
mult grand poiir le i>roiit. 
fuit eu rodurcment. 
on terre luiichcrat 
c ( uni mort se girat. 
lait dcsfigurct. 
ciun se il fust tiiëd ; 
muvcr ne se purrat : 
signcfiancc i ad. 

Panteek raustro vif 
dcl fiz sancte Mario, 
c nus signefïum 
les bestes par raisun 
e li draguns diable, 
par semblant cuvonable. 
dés trois jurz jut en terre 
pur noz âmes oonquerrc. 
al terz resuscitat. 
sun pople rapellat. 
tuz les sons asemblaf. 
diable acravantad. 
sulunc celé semblancc 
del dragun. son dutance. 
dés al prince de mort 
nus tolit pai' sa mort; 
de mort nus délivrât, 
nostre dolur portât, 
e çeo avum oi 
del prophète Davi: 
Jhesu en ait muntad, 



30 



nustro (luhir portât, 
quant dés nus assemblât. 
]iantorre resomblat: 
a li'on l'esemblat. 
quant nus resuscitat. 
de (;eo dit Saiomon. 
tpie pan est sun droit nun : 
pan çeo est tut. dés est pan 
Ijar veir e senz engan : 
uns ost en dëité, 
tut en humanité; 
dés est tut fundemcnt 
e bon de tute gent. 
si cum li sols uns est. 
ki del mund lumoro ost. 
si raiz sunt jilusur. 
ki sunt del salvëur. 
c si est dés luur. 
c nus si rai plusur: 
uns ost multipl'ianz. 
sultiz, nobles, vaillanz; 
tut ad fait (piantque ost. 
pur çeo tut si nuns est. 
e le cri de la boste 
demustre voiz céleste: 
puis que dés fud leved. 
de mort resuscitet. 
par trestute cuntree 
en fud la ronumoe. 
e sancte ureisun 
par l'odur entondum. 
tut ad dés uveret 
par la sue bunted, 
quant que saint' escripture 
nus disoit par figure; 
devencud ad diable 
par vertud cuvenablo, 
sur christïene gent 
nen avrait mais nëent. 
se il ne funt pcched, 
par quei seient lïed. 



8 siverunt. 9 ki de la buchc. 17 e manque. 
28 conquere. 32 e diable. 37 deliverat. 



5 quant il nus. s tu des es. 16 plusurs. 
19 raie plusuis. as la cuntree. 38 christene. 
39 n'en avérait m. nent. 



91 



Xlle SIECLE. 



02 



MYSTERE D'ADAM. 

Adam, drame anylo-Hormand du Xlle. xiixle, publié pur Viclvr Luzarclie, Tours 1851, fi. 19 — 32. 

Adam, tHifitère du Xlle. siècle, texte crili(/ue accompagné d'une traduction par Léon Palustre , Pariai 

IS77, /'. 3ti — 70. Collationné avec le Ah. par M. Fôrster. 



lHabolus. Eva, ra sui vomiz a toi. 

Eva. ili moi. Sathaii. et tu imniuoi'.'' 

Diab. jo voi> «lucrâut tun j)ru. t'homir. 

Em. «;o dunge deu! Itiab. u'aiez pour; 

mult a grant tens que jo ai apiis 

toz le» con>eils de parais. 

une partie t'en din-ai. 

Eva. or le comence, e jo l'orrai. 

Diab. orras me tu? Eva. si ferai bien. 

ne te curecerai de rien. 

Diab. cèleras m'en? Eva. oil. par toi. 

Diab. iert descovert. Eva. nenil par moi. 

hiab. or me mettrai en ta créance 

ne voil de toi altre fiance. 

Eva. bien te jiois creire a ma parole. 

lHah. tu as esté en bone escole. 

jo vi Adam, mais trop est fols. 

Eva. un poi est durs. Diab. il serra mois. 

il est plus dors que n'est emfers. 

Eva. il est mult francs. Dinb. ainz est mult sers. : 

cure nen voelt prendre de soi. 

car la prenge sevals de toi. 

tu es fieblette e tendre chose 

c es plus fresche que n'est rose; / 

tu es ]ilus blanche que cristal, 

tjue neif que chiet sor glace en val. 

mal cujile em Hst li criatur : 

tu es trop tendre e il trop dur. 

mais neporquant tu es jjlus sage. 

en grant sens as mis tun corragc: 

por ço fait bon traire a tai. 

parler te voil. Eva. ore jait fai. 

Diab. n'en sache nuls. Eva. kil deit saveir? 

Diab. neis Adam. Eva. nenil par mci. 

Diab. or te dirrai e tu m'ascote, 

n'a que nus dous en cest<; rote. 

e Adam la, qui ne nus ot. 

Eva. parlez en hait, n'en savrat mot. 

1 e P, *K L. .\ je vtU LP. ton Louor s orir. 
•r frai. lo curccrai. 15 ma] ta. :!0 serf. 21 
nt volt LP. 22 se vols P. 2*i nief LP. qui 
ja ce fai L. i; cuple P\ culpe. criator. ai toi. 
33 ki le deit savir. :M moi. par mci er P. X, 
ascutc. C qu'il. > molt. 



Diab. jo vus acoint truii graiit engin, 

«lue vus est fait en cest gardin. 

le fruit (jue deus vus ad donc 

nen a en soi gaires bonté: 

cil (|u'il vus ad tant défendu. 

il ad en soi mult grant vertu. 

en celui est grâce de vie, 

de poëstc e de seignoric. 

de tut saver, e bien e mal. 

Eva. quel savor a? THub. celestïal. 

a ton bel cors, a ta figure 

bien covendreit tel aventure. 

que tu fusses dame del mont. 

del soverain e del ])arfont. 

e sëusez quanque a estre. 

que de tuit fuissez bone maistre. 

Eva. est tel li fruiz? Diah. oil. par ver. 

Tune diligculcr inlnebitur Eva frucluin veli- 
tiiiu, nMo diu dus iutniln dicetis 

Ja me fait bien sol le vëer. 

Diab. si tu le manges, que feras? 

FÀ'a. e jo (pie sai? Diab. ne me crerras? 

primes le iircn. [e a] Adam le donc. 

del ciel avrcz sempres corone. 

al crëator serrez ])arcil. 

ne vus purra celer conseil. 

]»uis que tel fruit avrez mangié, 

sempres vus iert le cuer changié. 

deu serrez vus sanz faillance 

de égal bonté, de égal puissance. 

guste del fruit. Eva jo n'ai regard. 

IHah. ne creire Adam. Eva. jol ferai tart. 

.... Diith. (|uant? Eva. suflrez moi 

tant que Adam soit en recoi. j 

Diah. maiijiK! le. n'aiez dutance. 

le deniorer serrât emfaiice. 

Tuuc recédai Diabulus ah Eva et ibit ad in- 

fernuin. Adam cero véniel ad Eve, moleste 

ferens t/uod niiii eu luculus sit Diabolus, et 

dicet ei 

1 11 (Il A. li mult manque. !) e manque devant 
hicu. 11 bels. 13 mond Ms. 17 par voir, r.t 
quo — intaitu manque L. 21 mangues. 24 avé- 
rez. 20 deus. vuh manque, sans L. 32 tart 
manque M». :t>> Eviuii LP; cod. ëe. 



93 



MYSTERE D'ADAM. 



94 



I)i nini, nmillor. que te querroitV 

li mal Satan (iiie to voleitV 

Era. il mo parla de nostre hmior. 

Addin. ne civire ja le Iraïtor: 

il est traître, bien le sai. 

Kva. e tu roiuentV Athtm. car oï Kal. 

hyvn. de ço qu'en chat nw'f del veer 

il te ferra clian.c:er saver. 

Adam, e nel ira ]ias. car nel ( rerai 

de nide rien tant (jne la sai. i 

nel laisser mais venir sor tdi. 

car il est miill de pute foi. 

il volst traïr ja soji seignor < 

c s'oposer al deu halzor. 

tel paltonicr qni ço ad fait. 

ne voil vers vns ait nul retrait. 

Tnnc serpcns arlifîciose compositus asccndit 
jnxta xtipile))! nrboris vetite. Cui Ern pro- 
pius adhihehit anrem , (pinsi t'pshts ascullans 
consilium ; deliinc accipict E,va ponium , por- ^ 
rifjet Adc. Ipsc vero noudinu cam nccipiel, ' 
et Eim dicet ei 

Manjne. Adam, ne sez que est : 

pernnni ço bien que nus est prcst. 

Adam, est il tant bon? Eva. tu le savi-as; 

nel poez savcr, si'n gustcras. [pas. \ 

Adam, j'en duit. Eva. lai le. Adam, n'en ferai 

Eva. del deniorer fais tu que las. 

Adam, e jol ])rendrai. Eva. manjue t'en. 

par ço savras e mal e bien. 

jo'n manjerai premirement. 

Adam, e je après. Eva. sëurement. 

Tune commedet Eva partein pomi et 
dicct Adc 

Gu.sté en ai : dcus. quel savor 1 

une ne tastai d'itel dolçor. 

(l'itel savor est ceste pome. 

Adam, de quel? Eva. d'itel n'en gusta linme. 

or sunt mes cil tant cler vëant. 

jo semble deu le tuit puissant. 

quanque fu e quanque doit estre 

sai jo trestut. bien en sui maistre. 

manjue. Adam, ne fax demore; 

tu le ])rendras en mult bon ore. 

5 bien] Eva : bicu. i;. 7 Adam : e tu cornent ? Eva. 
car jo l'ai {end. sai) oi. de ço qucn chat (L. que 
achat) me etr. n Adam manque Ms. c manque LP. 1 1 
A (= Adam), nel. il des. it; voil que vers. il. -20sa- 
veras. 2G frai. 27 fai. 2s joie, l'.i ce LP. iwejoen. 
?,i quele. x> sador LP. 40 f'ust LP. e manque. 



Tiinc arci}iict Adam poitntm de manu Eve. 
dicetis 

jo t'en crerrai. lu es ma per. 
Eva. inaiijui'. n'en poez redoter. 

Tuuc commedet Adam partent pomi; ipio eom- 
cslo cofjnoscci stalim peccatvm sutim et in- 
clinahil .te. non po<t.<!it a populo vider i, et 
c.xuct sollempuc; vestes et induet vestes pau- 
pcres consutas foliis ficus et maxinmm simu- 
lans doloretn , incipiens lamentalionem suam. 

Allas, pecchor, que ai jo fait V 

or jo sui mort sanz nul retrait. 

senz nul rescus sui jo ja mort. 

tant est chaïte mal ma sort. 

mal m'est changée ma aventure: 

mult fu ja bouc, or est mult dure. 

jo ai guerpi mun criator 

par le conseil de mal uxor. 

allas. ])ecclial)le. que ferai 1 

mun ciïator cum atendrai? 

cum atendrai mon crïator. 

que jo ai guerj)! por ma folor? 

nnches ne lis tant mal marchié. 

or sai jo ja que est pecchié. 

ai mort, por quoi me laisses vivre. 

que n'est li mond de moi délivre? 

por quoi faz encombrer al mond? 

d'emfer m'estoet tempter le fond. 

en emfer serra ma demuie. 

tant que vienge qui me sucure. 

en emfer si avrai ma vie: 

dont me vendra Uoc aie? 

dont me vendra iloec socors? 

ki me trara d'ites dolors? 

por quoi vers mon seignoi' mestisV 

ne me doit estre nul amis. 

non iert nul que gaires me vaille. 

jo sui perdu senz nule faille. 

vers mon seignor sui si raesfait. 

n'en puis contre lui entrer [em] ]»lait. 

car jo ai tort e il ad droit. 

deu. tant a ci . . . mal jdait! 

chi avrad mais de moi mémoire. 

:i ererra Ms. i doter, i» ficus et manque LP. 
12 jo manque. i■^ jii manque. \'< change. 10 
dore. Hi frai. 21 mnn LP. 2ii monde. :3l 
si vrai L. siverai /', si urai M.'!. 31 ditel. 37 
(|ui L. me manque. 12 allas deu ! tant a ci mal 
plait P, 43 memorie il/«. 



95 



Xlle SIKCI.E. 



90 



car ^ui mcsfat au roi de gloire! 
au roi del ciel sui si mesfait. 
tle raison n'ai vers lui uu trait, 
ne n'ai auii ne nul veisin 
qui me traie del (dait a tin. 
qui preirai jo ja qui m'ait, 
quant ma femme m'a si trait, 
(jui dex me dona por pareil? 
ele me doua mal consi-il — 
ai Eve! 

Tutic nspiciet Erain n.vorrni suiiin t'I ilicfl 

ai. femme deavee, 
mal fussez vus de moi née! 
car fust arse iceste coste 
qui m'ad mis en si maie poste! 
car fust la coste en fu brudlee 
qui m'ad basti si grand meslee! 
quant cele coste de moi prist. 
por (juei ne l'arst e moi oscist V 
la coste ad tut le cors traï 



e afolé e mal bailli. 

ne sai que die ne k'en face. 

si ne me vient del ciel la grâce. 

n'em puis estre gieté de paine: 
5 tel est li mais que me doniaine. 

aï. Eve, cum a mal ore, 

cum gi-ant iieine me curut sore. 

quant onches fustes mi parail ! 

ur sui péri/ par ton conseil, 
iti par ton conseil sui mis a mal. 

de IgrantI haltesce sui mis a val. 

n'en serrai trait por home né. 

«ii deu nen est de majesté. 

que di jo Lias]! porquoi le nomaiV 
15 il me aidera? corocé l'ai, 

ne me ferat ja nul aie, 

for le tilz que istra de Marie. 

ne sai de nus i)rendre conroi, 

quant a deu ne portâmes foi : 
20 or en soit tôt a deu i»laisir, 

n'i ad conseil (lue del morir. 



HERMAN DE \ ALENCIENNES, BIBLE DE SAPIENCE. 

J/jf. de la bibliothèque princière de Wtdlerstein à Mayhingen (A); ms. Paris, franc. 1444, nnr. 7534 
(B); franc. 24387 (C). Le texte C est entièrement différent jusqu'à 98, 10. 

<'hil ijui furent es nés ne se targcnt noient, si li a conseillié en l'oreille deriers 

ains ont levé leur voile, et siglent o le vent. 'sire, vous ne savés, vo fil sont chevalier.' 

bien sont vestu de paile, mult ont or et argent, 'diva', fait il, 'tu mens; fui de cbi, paltoniers! 

coi qu'il aient esté, or ne sont pas dolent. 2j ettuconmieiitlesés?che n'estpasleur me.stiers.' 
mult sont lié de leur frère et siglent lïement. 'Tar i(! foi (luedoi deu, ne ment au mien espoir; 

rault en merchïent dieu trestout communalment se croire me volés, je vous ai dit tout voir. 

des paincs. des travaus c'ont eu en présent : venés vos ent o moi, aies, pores vëoir. 

dieu en rendirent grâces et loërent forment. tout sont vestu de paile riche de grant pooir; 

venu sont au droit port, mult ont eu bon vent. :io a tous cbeus qui en vuelent départent leur avoir. 

11 n'en -«ont pas issu rom povre i»risonnier, tant ont or et argent, riche en seront leur hoir.' 

enchois en sont issu corn riche chevalier. 'diva, ne nie mentir, c<; ne seroit pas voir.' 

bien son tuit conri?é, si ont assés deniers. 'levés sus, si venés.' 'ne me puis remanoir.' 
li père ert en maison, mult pensans, non legiers; Nen ot pas li garchons fenie sa raisctn, 

ne demora «'un poi. vint li uns messagiers, :(.-, quant entrèrent si lil trestout en sa maison. 



irai. •; si mum/ut: 11 vou.s L/'. lo pocste. 
21 tra Mm. ri E cil qui «ont li. -i.; il Irverent 
lor sigle Ri Biglircnt al vt-nt li. «inglent A. 'iU 
coi) et A. or) il li. if, et) tn H. singknt A. 
> de» travaux et de« paines H. ïu rendent les 
pr. tôt aasandeemtnt li ji ne A. 32 aina i.ssent 
de lor nea ^. fxjldoitT /^. rtutout.f. :}4pesan8//. 



: cunic. s pareil LP. ît orc. 22 soavet li 
con.seille li. ti chevaliers A 24 biax sire ne 
vos nu-nn // paltonier A. 25 nen ont pas tel li. 
niestier Ali. 2s mnrtque A. i aies B. 29 riche 
sont a p. B. 'M) en mènent B. i\ leur) vostre B. :i2 
mentir ne feroie.s .savoir A. :t;t ie ne me puis mo- 
voir K. Jl .Navoit .4. li mesaws tince P,. :;;, li fil /;. 



97 



HERMAN DE VALENCIENNES, BIBLE DE SAPIENCE. 



98 



mult bel le saluèrent et tirent ijne liaron. 
•nous sommes repairié, mult grant avoir avon. 
pères, de vos dous tix salus vous aporton 
en Egypte le large, nous nel te cheleron: 
li uns a non Joseph. Benjamin l'autre a non.' 

yuant ot nommer Joseph, si s'est Jac-oh levés ; 
il avoit les queveus menus recherchelés, 
si li ert d'une part ses capiax avalés, 
li prodons ert mult vix, ses tix a regardés; 
il les vit tous de paile vestus et conreés. lo 
'dites yueles gens estes qui de Joseph parlés, 
(jui mors est vint ans a, e pour coi me gabés? 
chertés, grant pechié faites quel nie ramentevés.' 

'Biax pères, Joseph vit, nous ne te gabons pas, 
bien le sachiés pour voir, ne le tenés a gas.' i.i 
'he dix, le verrai jeu':*' 'par foi, tu le verras.' 
'puis volroie morir.' 'biau père, n'i morras.' 
'est il venus o vous?' 'nenil, a lui iras, 
nous te ferons un lit et en la nef gerras; 
s'en irons en Egypte, ilec le troveras.' ïu 

'aidiés moi, mi enfant, soustenés moi mes bras. 

Alons ent, mi enfant, n'i quier plus demorer, 
faites faire mon lit et la nef aprester.' 
donc sailli sus Jacob qui aine ne pot aler, 
del solier u il ert se prent a avaler, 25 

que il n'i demanda homme ne bacheler. 
il par estoit tant vix que tous soloit croller, 
un poi enchois soloit a mult grant paine aler; 
or crie com fust joues 'mi fil, or del haster.' 

Dont li a dit ses tix Ruben mult boinement 3u 
'aies kieles, biax père, plus atempreement.' 
'qui es tu qui paroles?' 'pères, je sui Ruben.' 
'de mon fil di moi voir, ne me mentir noient.' 
'jel vi voir en Egypte, seignor de chele gent.' 
'et comment? n'i a roi?' 'père, oïl voirement.' 35 
'ne s'entremet de rien n'en ot nul jugement?' 

1 et disent B. 2 mult] et B. 4 largue nous 
ne A. 5 li uns est B. lautres J. a non B. 
ti Joseph nomer Jacob si sest B. si est .1. 7 ses 
q. B. s ses capiax dune part B. 10 pailes ^1. 
honeres A. il dites na quel gent B. 12 qui fu 
mors XXX B. 13 qui le me B. 14 nous manque 
B. gabomes B. 15 nel tenes mie a B. Iti e 
dix verrai le ia B. 17 niorir se diu plaist ni B. 
IS o vous venus B. venras B. 19 et] eus B. 
23 ma nef B. 24 salli A. 25 manque A. 2l> 
quil ni B, aine ne A. ûl homme A. 2>< a grant 
paines B. 2'.t dont crie comme jueues B. 30 
Ruben ses fix mit' bêlement B. 31 aies quele .4. 
32 sire je B. Rubent A. 33 di me B. ne ni B. 
34 je vi A. sire est de B. 

Rartsch, Chrestoinatliip. IV. Kil. 



'Joseph est de tout sires, si départ le forment.' 
dont entrent en la nef, puis si siglent au vent. 

Quant vinrent emmi mer o le bon vent siglant, 
Jacob ouvri ses iex, a le teste croUant: 
'quant venrons en la mer? dites moi, mi enfant.' 
"biax pères, vous i estes', chil (lient en riant, 
'quant verrai jou mon fil que désire ai tant?' 
'par foi, hastivement nous Talons aprochant: 
bien i venrons demain a l'aube aparissant. 
or vous gisés, biax père, bien i venrés donnant.' 

*Ha las', che dist Jacob, 'ne sai se tant vivrai.' 
'oïl', che dist Ruben, 'bons pièges en serai.' 
'vous pièges? et comment? 'jale vosmousterrai.' 
'je cuit vous me gabés,' 'onques ne vous gabai, 
ne faites a gaber; chertés, je l'i laissai 
et Benjamin o lui, quant d'Egypte tournai, 
et salus vous manda, et je vous saluai.' 

Lendemain par matin quant l'aube fu crevée, 
que fu tote cspandue par tôt celé rosée, 
a droit port est la nés bonement arrivée, 
dont ont li fil Jacob leur nef bien aancrec, 
dont s'en ist fors Jacob o toute sa maisnee. 
estes vous la nouvelle, es vos la renommée 
que venus est Jacob en ichele contrée, 
adonc i vait Joseph o sa grant assamblee. 
tant s'ont entrebaisié bien une grant loëe, 
sa gi-ant beneïchon leur a a tous donnée, tment. 

Joseph quant vit son père, mult ploura tenre- 
li pères quant le vit nel reconnut noient, 
'li quels est mes biax tix? carme dites, Ruben.' 
'ichil qui vous baisa, pères, tant longuement.' 
adonc plora Joseph et d'Egypte la gent. 

1 est tôt seignor .4. 2 entra— et dont singlent 
A. 3 en la mer B. i o la B. 5 a la B. f. ce 
dient B. 7 venrai A. que ie désire tant B. s 
aproismant B. U A C', E B. C ajoute que ie 
voie mô til Joseph tant qamai. 13 vous] tu />, 
boens C. et] ha C. ba jel te B, pères ial A. 
14 vous] que tu C. ne te C. 15 on ne doit pas 
gaber sou père bien le sei C: C ajoute quant de 
lui départi trestot sain le lessai. 17 si vos mande 
salus et salue vos ai C. B ajoute nel entendes 
nos oie voir ie nel sai. Il) que jours fu espandus 
par toute la contrée A. a terre la r. B. 20 au A. 
bon B. nef ,1. 22 Jacob scn issi fors et tote 
lor mesnee C. o] a B. sa unee .1. 23 et la 
grant r. A. 25 vient B. aunee C. 20 bien 
manque A. grande A. 27 a manque C. puis ^1. 
2S si pi. A , pi. mit C. 29 vit mit plora ense- 
ment B. 30 demande li quels est ioseph on li 
aprent C. car] or B. Rubent A. 31 cest ici! — 
besse C- 32 et li autre ensement C. 



99 



Xlle SIECLE. 



100 



ichil qui la tust donc a chel assamblement 
et del père et tlel til veist rembraihement, 
l'un l'autre regreter, seignoiir, tant douchement, 
s'il êust jëuné trois jours en un tenent, 
sachiës que de mengier ne li presist talent. 5 

•Par foi. tix, je cuidai que fussiés estranglés. 
d'aucun ors ou de beste salvage devourés. 
dolens fui, s'en caï en mult grant enferté. 
^ain vos ai retrové. dex en soit aorés. 
et pour coi me guerpistes V" "nel fis par vérité." itt 
'qui fu li vestcmens qui me fu aportés, 
je ne sai de quel sanc trestout ensenglentés /" 
•père, ne fu pas miens, or l'ai bien esprouvé.' 

•Je quit que en Sichem, Joseph, vous envoiai, 
que quesissés vos frères, et jel vous commandai.' !"> 
■si lis je voir, biax pères, leur mengier lor donai : 
par me foi, la me pristrent.' "pour coiV "jel 

vous ilirai. 
ne voussovient, biax pères, del songe que songaiV 
•fustes pris pour le songe?' 'a grant paine escapai : 20 
marchëant m'achaterent, els je m'en alai. 

Li rois de cheste terre, quant me vit bel enfant, 
deniers donna pour moi et or au marchëant. 
fui mis en son pestrin, ou soufiri paine grant. 
li rois par sa merchi puis me fist si poissant, 25 
seignourme tist d'Egypte, tuit tisent mon com- 
madame m'encusa, bien en fui connissant, [mant. 
en chartre me tist mètre, je n'eu apertenant 
qui de rien me plainsist, fors diu le tot-puissant. 
il m'a bien délivré tomme le sien serjant. ào 
or sui chi devant toi, si ferai ton commant. 

i car li (nus C) hom qui la fust a, BC. 2 
qui del C. fil — pore H. 3 li uns C. regrete C, 
regarder B. 4 se il B, et il A. june A. entiè- 
rement C. 9 s. q. il neust B. sel ueist ueiist 
il C. de m. nul t. BC. cnidoio C. 7 dau- 
cune orse A. beste» salvages B. '-> sen A: si 
BC. en sui en grant enfermttes B. 9 dix en 
soit aoure quant sain vous ai trovc A. 10 et 
manque C. deguerpLstts C. biax fix AB. ne me 
celez C. 12 envolepes B. 13 père il ne B. pas] 
del C. mien ice savoir poez C. or le sai par 
verte B. 14 Joseph] bcax filz C. \:> que] si B. 
si le vos C. 10 voir] mes A. le m. C. portai B. 
\'i la] ia B, si C. me manque A. 20 manque li. 
por ice fui ie pria a paines C. 21 o els si nien 
B, avoec el» en C. ï?, or et argent dona p. m. 
al m. C. 24 a son p. fui mis travail i sotfri 
grant C. fu A. la s. travail B. 2i puis] si C. 
■»6 tresUit font .1. 27 macusa A. ce fu bien c. C. 
fu A, lui B. -is a tort fui enchartr<z noi nul 
a. C. bien en soi connissans B. T* plciaat C, 
B. Ui\.\ roi li. 30 men a d. ,1. 

6T. «nCHAEL-e > -^ 
COLLcUE y C> 



Or escoute, biax père, entent que te dirai: 
il sont trestuit mi frère, ton commant en ferai, 
alons a mon seigneur, si le te mousterrai.' 
*beax tilz, mult volontiers, et jel mercïerai 
de l'onor qu'il t'a fait, a ses pies li charrai. 
tuit si serjant serés et je ses sers serai, 
com vos verrai ensamble, si vous acorderai. 
devant le roi d'Egypte trestous vous baiserai 
ma beneichon. en après si morrai.' 

Mult par ert vix Jacob de grant antiquité, 
son capel en son chiof au roi en est aies, 
eutor lui sont si til, tuit l'ont avironé. 
quant il vinrent au roi, trestuit l'ont encline, 
et li rois Pharao de son siège est levés, 
dant Jacob a baisié et mult l'a honoré. 

Li rois manda ses hommes d'Egypte la contrée, 
manda les par sa chartre, qui mult est redoutée : 
adonc fist une feste qui mult fu renomee. 
quant Jacob en la sale vit la gent aiinee, 
pria que sa parole fust entr'els escoutee. 
adonc de par le roi fu la pais commandée: ' 
Jacob se leva sus, si dist raison membree. 

'Pais ait rois Pharao! entende a ma raison! j 
de dieu qui "nous gouverne ait il beneichon. 1 
seigneur, bien le veés que je sui mult vix hom, 
vous ne me connissiés ne ne vous connisson. 
nés sui du val Ebron, d'une autre région : 
la gisent nostreanchestre; se diu plaist,lagerron. 
la se repose Adams qui fu li premiers boni, 
si fait Eva sa feme, si com lisant trovon. 

La gens qui de lui vint damediou pas n'ama, 
ne il els eiisenient, durement s'en venga: 
seignour, par le deluve trestous voir les noia, 

1 entendes— escotes A. te manque B. ie C. 
2 ta volente f. C. 3 et ie te C, io se li B. 
4. 5 manquent A. b. f.] ioseph B. ton commant 
en ferai B. por lenor que ia. C. t. se- 
rez si sériant ('. li li. servant A. ie sel (le C) 
servirai BC. 7 quant vos C. coniuns A. 9 
ohascun selone son droit beneicon donrai et après 
en grant ioie cest siècle gucrpirai C. Il en est 
.al roi B. sont C. aie ABC. 12 ioi AB. 13 vi- 
rent A. tout li A. 13 manque AC. ir. li rois 
contre elz se lieve sis a mit enorc C. Ifi mande 
s. h. par tote sa ('. 17 ert C. Is f. mit haute 
et r. B. enoree C. 20 fust un poi C. 21 a. parla 
li rois la pais fu A. 22 et J. B. sus manque B. 
senee C. 23 Des C. entendes B. a manque liC. 
n; ne vos ne C. 27 de B. une A. 2S dix A. 
toi C. 19 Adji A. 30 famé A. 32 il iaus B, 
il li C, els lui A. 33 s. mes no père noe el déluge 
salua C. delouve A. trestous — avec manque B. 



>»1 



HERMAN DE VALENCIENNES. BIBLE DE SAPIEXCE. 



102 



lors chels qu'avec Noé en rarchc réserva. 
lie lui et de ses tix le siècle restera. 
le lui vint Abraham que diex tant par ania. 
[liant de son premier fil H sires le terapta. 
il li rova ochirre, a t)eu qu'il nel tua, 
i ot nom Ysaac, mais dix ne li laissa. 
)!' sui ses tix Jacob qui devant vous esta. 

Seigneur, je suimultvix, jeuel vos quier celer : 
1 sui tix Ysaac, ci com m'oés conter, 
(luant del siècle mortal dut li i)rodons torncr, 
;■()! sa beneichon, bien le me pot doner. 
mes frères Esaii me volt deshireter, 
racha moi de la terre, que je n'i poi (Mitrcr. 
jo le reu. dieu mcrchi, encor l'ai a garder. 
( lio sont mi douze iil que chi vcés ester. 
Il ion a trente ans passés, qui le volroit conter, 
i|uc je perdi Joseph que je puis tant amer. 

Trové l'ai, dieu mcrchi, en cheste région. 
( ni diex prent en sa garde, non a confusion, 
ilovantichest seignour que nous pour roi tenon, 
soigneur, leur voil donner ma grant beneichon, 
tr.'stuit i partirés, et nous bien l'otrion.' 
l't rcspondi li rois 'Joseph est sages hom, 
liion sai qu'il m'a gari et toute ma maison, 
i ..iite ma gent d'Egypte de gi'ant caitivisou. 
,10 l'acatai a serf, mais or le franchison. 
tant prengne de ma terre en sa possession, 
manant soient si frère, et il soit riches hom.' 

Seignour, qui donques fust a ichele assamblee 
ot fust ens en la sale, qui tant est longue et lee. 
(lo pailes portenduc, si bien cncortiuee, 
li rois porta corone, qui vëoit l'assamblee, 
tliroit que tels leëce ne fu mais démenée, 
donc a Jacob li vix se destre main levée, 

1 l'arche manque B. 2 le] cest C 3 mainjue C. 
i. .5 li sires] ysaac C. •=> ochirra ^4, tuer C. 
:ipres li deuea C. por poi B. ti manque C. il 
ot B. ' que dix tant par ania B. S je 

vianque C. vos] le A. aceler C. 10 de cest 

mortel siècle C. 11 sa b. eu A. bien] il B. 

13 cha moi C. je manque C. demorer C. 14 je 
lai roi C, et puis loi B. 16 qui le] ques B, 
qui C aconter B, bien conter C n que tant 
puis or amer B, qui mit fet aloer C. 19 dieu A. 
nen a] il na A, na pas C 21 par foi douer li 
uoil par gr. C. 22 trestout .4. 23 et] ce B. 
26 or] nous A. len franquison B. ih manans 
hô B. 2'J donc i fust B. 30 f. en celé s. C 
qui est et grans et Ite A. 32 portoit c. deuant 
lui fu lespcc C. c. et tote sa unee B. 33 manque A. 
Onques mes t. 1. laienz ne fu menée C 31 adon- 
ques C. li vix manque C. 



avoit le barbe longue blanche toute muëo : 

sa grant beneichon lor a a tons donee. 

en après quinze jours fu la joie menée. 
Par quinze jours, seignour, chele joie dura ; 
:, il ont le congié pris et li rois lor dona. 

Joseph saisist la terre, li rois li otrïa: 

il i mena ses frères ot il lor commanda. 

la Hst faire maisons, son père i herbega, 

ne demeura c'un poi, a sa tin en ala. 
m Joseph l'en tist porter, en Ebron le coucha. 

sépulture li tist, après s'en repaira. 
Joseph est en Egypte o ses frères remés. 

bien a gardé le règne, set an sont ja passé. 

si frcre ont prises femes, illuec sont arresté; 
ir, dont naissent leur enfant, dont croistli parentés, 

bien i mistrent rail ans, que tôt furent passé. 

Joseph ichis sains bons est a sa tin aies, 

de lui vinrent enfant, si sont multeplïé, 

(|U(3 li rognes d'EgjiJte en fu tos encombrés. 
20 Sages bons fu Joseph, sage furent si fis. 

Joseph illec fu mors, ol val d'Ebron fu mis. 

mult a les pans d'Egypte li lignages poiu-pi-is, 

plus sont de trente mile esjUrs par le pais. 

mult par sont riche gent, chil d'Egy))te apovris. 
2.3 trestuit sont assamblé, si ont un conseil pris, 

que tous les ochiront n'en remanra uns vis. 
Seignour, or escoutés, entendes ma raison, 

je ne vous di pas fable ne ne vous di canchon. 

clers sui povres de sens, si sui mult povres hom, 
30 nés sui de Valenchienes, Herman m'apele on. 

l la b. avoit chauue menu recercelee C'. mi 
kc A. 2 lor manque C. trestoz C. 3 la j. est 
démenée C. 4 Trestoz les xv. j. celé festc C. 
h quis le congie A. le| tuit C. ti. 7 intei-verlis B. 
^i sesi C. sa t. et li B. li] bien l .4. 7 et ilj et 
si B, si la C. s la fist il mesons fere C. 9 c'un 
poi] ne gaires B, lonc tens C. a le A. lo le 
tist A. 11 li tist sa sep. en après r. B, quant 
lot cuseveli en egypte reutra C. 12 tornez C. 
i;t st' li vu an p. B, de richcte ot assez C. 
ans— passes A. 14 et li— pris B. femes prises C. 
illeuqs st' remes B, et entanz engendrez C. lô 
leur] li C. et croist C. lor B. 16 i mesent B. 
acomplis et passer C. 17 et Joseph entretant C. 
cis sages hom B. 18 des enfans que li frère ont 
ilec engendrez C. si] ndt B. mlteplies AB. 19 fu 
li reignes durement enc. C. en sont tôt ^4. 20 et 
ndt' a des amis C. sage home st' si i3. n manque C 
22 a] ont .4. des pans B. li] ses B. pourpris 
manque C. 23 du vi>^^ mile C. C ajoute quant il 
les virent si de richcce aeraplis. 24 et clz apou- 
roier aler comme mendis C. gent d'E. li uori B. 
25 trestout A. 26 oeirroient C. nus C 2'» ne 
vous recont canchon A. 29 et si sui p. ^4. 



103 



Xlle SIECLE. 



104 



ne sai se vous savés che que lisant tiovon. a petite fontaine tôt son saoul boit on. 

(le persone dex ciiro ne i)rent s'est grande u non. tôt ce di je por voir, se sui miilt i)etit honi, 

on a sovcnt grant aise en petite maison, canoines sni et prestrcs fais par élection. 



TRISTRAN. 

Tristan publié par Francisque Michel, 2^ Vol. Londres 1835, ;). 121 — 137, v. tiliô ~ '.HI6. Tristran, 
déguisé en /ou, vient à la cour; Ysolt ne le reconnait pas; il se dévoile à sa suivante Brengien. 



Brengien entent ke cil cnntat. 
sun i)as vers la chambre en alat. 
cil sait sus, si l'a parsiwi. 
nuftt par lu vait criant merci. 
Brengien est venu' a Ysolt, 
si 11 surrist cum faire soit. 
Ysolt culur muad e teinst, i 

e semi)res malades se feinst. 
la chambre fu sempres voidee, 
kar la raine ert deshaitee. 

E Brengien pur Tristran alat, 
cnz en la chambre le menât. i 

quant il vbit enz e \it Ysolt, 
il vait vers lu, baiser la volt: 
mais el se trait lores arere. 
huntuse fu de grant manerc, 
kar cl ne sot quai fcre dut j 

e trcssuat u ele estut. 
Tristran vit ke ele l'eschivat: 
huntus fu, si se vergundat: 
si s'en est un poi tret en sus 
vers le parei, dejuste le us. 

Puis dit aukes de sun volcir: 
•certes une ne quidai ço voir 
de vus, Ysolt, franche raine, 
ne de Brengien vostre raeschine. 
alla.s, ke je tant ai vesquu, 
quant je cest de vus ai vëu, 
ke vus en desdein me tenez 
c pur si vil ore me avez ! 
on ki me purrci mes tii-r. 
quant Ysolt ne me dcing amer, 

1 manque fi. espoir vos saves bien f|Uf nus 
1. C. 2 na cure dex sele est granz u uon C, 
dume ne print dix acoison nele est ou bêle ou 
laide ou petite ou non A. '^. 4 intervertis C. et 
salons niaint«s foiz en C. .'» abat. c. par siwi. 
IV ele se traite. Hi ele ne saveit. 24 si sest. 
tret FOrster] eret. 27 unkes. 30 ke je] ki. 

M purreic. 



quant Ysolt a si vil me tient 

ke ore de mai ne li suvient? 

obi Ysolt, ohi amie, 

hom ki ben aime tart ublic. 

mult vait funteine ki bon surt, 

dunt li reuz est bon e ben curt; 

c del ure ke ele secchist, 

ke cwe n'i surt ne ewe no ist, 

si ne fet gueres a ])raiser: 

ne fait amur quant voit boiser.' 

Y'solt respunt 'frère, ne sai, 
se vus esguard, si me esmai, 
kar [je] ne aperceif mie de vus 
ke seiez Tristran le amerus.' 
Tristran respunt 'raine Ysolt, 
je sui Tristran kc amer vus soit, 
ne vus membre del seneschal? 
vers le rei nus teneit il mal. 
mis conpainz fu en un ostel, 
fumes juvenes par uël. 
par une nuit quant me issi, 
U levât sus, si me siuvi; 
il out negez, si me trazat, 
al paliz vint, utrc passât, 
en vostre chambre vus guatat 
e l'endemain vus encusat. 
(;o fu li primer ki al rei 
nus encusat, si cum je crei. 

Del naim vus redait ben mcmbrer 
kc vus solïez tant duter. 
il ne amad pas mun déduit, 
cntur nus fu e jur nuit; 
mis i fu pur nus aguaiter 
c servit de mult fol mester. 
senez fumes a une faiz. 

l de petites l'ontaiues C. 2 maïK/ue A. mit' 
ioencs C. 3 pr. par grant e. B. 5 savent. 
1.0 se] e. 20 Alinéa. 21 il manque. 23 juues 
par u cl. 2s enguatat. 



Kl.') 



TRISTRAN. 



(»6 



cum amant;, ki Mint inult rloslraiz. 
purpcnsent de mainte veidisc, 
de engin, de art, de cuinlisc, 
cum il i)iirrunt cntrcassembler. 
parler, cnvaiser e juër, 
si feïmes nus, senez fumes, 
on Yostre chambre u nus sûmes, 
mais li fol naims de pute orine 
entre noz liz pudrat farine. 
kar par itant quidat saveir i 

le amur de nus, si ^o fust vcir. 
- mais je de ço m'en averti, 
a vostre Kt joinz peez sailli, 
al saillir le bras me crevât 
e vostre lit ensanglentat. i 

arere saili ensemcnt 
c le men lit refis sanglant. 

Li reis Marcs i survint a tant 
e vostre lit truvat sanglant, 
al men en vint eneslepas 
e si truvat sanglant mes dras. 
raïne, pur vostre amité 
fu de la curt lores chascé. 
ne membre vus, ma bêle amie, 
de une petite druërie, '; 

kc une faiz vus envaiai, 
un chenet ke vus purchaçaiV 
e ço fu le Petitcrëu. 
ke vus tant cher avez eu. 
e suvenir vus dait il ben, ; 

amie Ysolt, de une ren. 

Quant cil de Irland a la curt vint, 
li reis Tonurrat, cher le tint, 
harpëur fu, harper saveit: 
ben saviez ke cil esteit. ; 

li reis vus dunat l'harpëur: 
cil vus amenât par baldur 
tresque a sa nef e dut entrer. 
en bois fu, si le oi cunter, 
une rote pris, vinc après 
sur muii destrer le gi-ant elez. 
conquise vus out par harper, 
e je vus cunquis par roter, 
raïne, suvenir vus dait, 

(j l'umus. 7 u sumus. M. Forster propose fumes 
(: fumes). 10 tant, saver. 14 sailcr. IS Marces. 
20 enelespas. 30 il manque. 36 1'] al. 41 destré. 
42 cunquis. 



quant li rais congïé me-avcit, 
c je ère mult anguisus. 
amie, de parler od vus. 
c (juis engin, vinc el vcrgez 
u suvent armes enveisez: 
sus un espin el umbre sis, 
de mun cnivet les cospcls lis 
k'erent enseignes entre nus 
quant me plaiseit venir a vus. 
une funteine Uoc surdeit, 
ki delez la chambre curreit, 
en ewe jetai les cospels, 
aval les porta li rusels. 
quant veïez la dolëure, 
si saviez ben a dreiture 
ke jo i vendreie la nuit 
pur envaiser par mun déduit. 

Li neims sempres s'en apercent, 
al rei Marc cunter le curut. 
li rais vint la nuit el gardin 
e si est munté el espin. 
jo vinc après, ke mot^e soi ; 
mais si cum je oi esté un poi, 
si aperceu le umbre le roi 
ke seet a le espin ultre moi. 
de l'autre part venistes vus: 
certes, je ère dune poërus, 
kar je dutoie. ço sachez, 
ke vus trop vus [vus] hastisiez. 
mais deus nel volt, sue merci! 
le umbre veïstes ke je vi, 
si vus en traisistes arere: 
e je vus mustrai ma praiere. 
ke vus al rai me acordiss^ez, 
si vus fare le puùssez, , 
u il mes guages aquitast 
e del règne aler me lessast. 
pur tant fumes lores sauvez 
al rei Marc fu acordez. 

Isolt, membre vus de la lai 
ke feïtes. bêle, pur mai. 
quant vus eisistes de la nef. 
entre mes bras vus tinc suë-f. 



3 od us; dans le glosnaire od [v]us 
mes Fvrster] eimes. 6 desus. " 

16 i manque. 19 Marces. 

mn\t Michel. 2iivusen? hastisez. 
;j!) Marces. 41 ke] e. 43 tint. 



u delez] de. 

2S (,'0 manque : 

•ii je manque. 



107 



XUe SIECLE. 



1U8 



je me cre ben ilesguisé 

cum vus me aviez mandé : 

le chef teneie nuilt enbrunc. 

ben sai quai me déistes dune 

ke od vus me laissasse chaair. :> 

Ysolt amie, n'est <;o vair? 

suëf a la ten-e chaïstes. 

e voz quissettes me auveristes. 

e m*i laissai chaair dedenz, 

c ço virent tutez les genz. lo 

par tant fustes. se je le entent. 

Ysolt. guarie alsiment. 

c del serment e de la lai 

ke feistes en la curt le rai.' 

la raine le entent e ot 10 

ben ad noté chescun mot: 

cl l'csguarad, del quer suspire, 

ne set sus cel ke puisse dire, 

kar Tristran ne scmblout il pas 

de >1s. de semblant ne de dras; jo 

mais a ço ke il dit ben entent 

ke il cunt veir e de ren ne ment. 

pur ço ad el quer grant anguisbC 

e ne set k'cle faire puisse. 

folie serrait e engan 25 

a entercer le pur Tristran: 

quant cle vait e pense e croit, 

n'est pas Tristran. mais autre esteit, 

e Tristran mult ben se aperceuit 

ke ele del tut le mescunuit. 30 

Puis dit après "dame reine, 
mult fu.stes ja de bon' orine, 
quant vus me amastcs semz desdeing. 
• ertes de feintise or me pleing, 
ore vus vai retraite e fainte, as 

ore vus vai de feinte ateinte. 
mais jo vi ja. bêle, tel jur 
ke vus me amastcs par amur. 
quant reis Marcs nus out conjeiez 
e de sa curt nus out cbascez, 4^ 

a.H mains ensemble nus preimes. 
e hors de la sale en eissimes, 

1 de^f^uisee. .'.. •» chair, tt c<; je. r^ guari 
a] B«nii<:Dt. 13 U premier e matufut. 17 clc ; 
Michel ele l'esguard. 22 cunt vtir] ciT vcris Ms., 
est rein M. 24 ke faire. 26 cngain. 2<i ent'- 
cer Mm.: entriaccr M, mais dan» le glossaire 
ent«rccr. M <jtc. 3fi ai jo de. 3!» rci Marcts. 
coDJeiet. 



a la forest puis en al âmes 

e un mult bel lin i truvanies 

en une roche, fn cavee. 

devant ert etfraite le entrée: 

dedenz fu voësse e ben faite, 

tant bêle cum se fust purtraite. 

le entailëure de la jterc 

esteit bêle de grant manere. ^ 

en celc volte conversâmes 

tant cum en bois nus surjurnamcs. 

Iludoin mun chen, ke tant oi cher, 

iloc le afaitai senz crier: 

od mun chen, od mun osteur 

nus pcssoic je chascuii jur. 

Reine dame, ben savez 
cum nus après fumes trovez. 
li reis mcïsmes nus trovat 
e li nains ke l'i amenât, 
mais dcus aveit uvTé jtur nus 
quant trovat le espec entre nus 
e nus rejëumes de loing. 
li reis prist le gant do snn poing 
c sur la face le vus raist 
tant suëf ke un mot ne dist, 
kar il vit un rai de soleil 
ke out halle e fait vermeil, 
li reis s'en est aloz a tant, 
si nus laissât iloc dormant, 
puis ne out nulc suspcziun 
ke entre nus oiist si ben nun : 
sun maltalent nus pardonat 
e semi)res pur nus cnvoiat. 

Isolt. membrer vus dait il ben 
cum vus douai Huden, mun chen. 
k'en avez fetV mustrez le mai.' 
Ysolt resi)unt *jc le ai, par fai. 
cel chen ai dunt vus me parlez 
certes ore cndreit lo verrez. 
Brengien, ore alez pur le chen, 
amenez le od tut le Tien.' 
ele levé c en pez sailli, 
vint a Huden, c cil joï, 
e le deslio, alcr le lait: 
cil junst les pez c si s'en vait. 

1 al f. 2 un mun(jue. 14 je manque. 

\h naitn kc li menai. 21 rcvimtH de loins. 

2» nul. .13 il nianf/ui. 34 cum] dunt. 

3b verret. 41 t manque. 



109 



TRISTRAN. 



nu 



Tristran li dit \a ven, Huden; 
tu fus ja men, or te repren.' 
Huden le vit, tost le cunut, 
joie li fist cum faire dut. 
unkes de cben ne oi retraire 
ke poùst merur joie faire 
ke Huden fist a sun sennur: 
tant par li mustre grant aniui-. 
sure lui curt, levé la teste : 
une si grant joie ne fist beste: 
rute del vis, e fert del pé : 
aver en poùst l'en [gran] pité. 

Isolt le tint a grant merveille, 
huntuse fu, devint vermeille 
de ço ke il li fist le joie 
tantost cum il sa voiz ooie, 
kar il ert fel e de puite aire, 
e mordeit e saveit mal faire 
a tuz icés ki od lu juoënt 
e tuz icés kil manïoënt. 
nul n'ï poeit se acuinter 
ne nul ne poeit manier 
fors sul la raine e Brengaine: 
tant par esteit de maie maine 
depuis ke il sun mestre perdi 
ki le afaitat e le nurri. 

Tristran joïst Huden e tient, 
dit a Ysolt 'melz li suvient 
ke jol nurri, ki le afaitai, 
ke vus ne fai ki tant amai. 
mult par at en chen grant franchise 
e en femme grande feintise.' 

Isolt l'entent e culur mue, 
de angnisse fremist e tressue. 
Tristran li dit 'dame reine, 
mult snlïez estre entérine, 
remembre vus cum al vergez, 
u ensemble fumes cuchez, 
li rais survint, si nus trovat 
e tost arere returnat: 
si purpensa grant felunnie, 
occii'e vus volt par envie; 



2 orc. 3 cunuit. t; post. .1/. FOrster propose 
meilur. 9 sur. Il e manque. 14 si devint 
vermaille. \h ke il] ki Ms. kil M. 16 oi. 

23 Brengien. 24 mal. 2»; e ki le. 27 joïst] 
icist. 28 e dit. 29 jo le. 32 grant. 34 de] e. 
37 Alinéa. 



mais deus nel volt, sue merci; 
kar je sempres m'en averti: 
bêle, dune estot départir 
vus, kar li reis nus volt huiiir. 
lors me donastes vostre anel 
de or esmeré, ben fait e bel : 
e jel reçui, si m'en alai 
e al vair deu vus cumandai.' 

Isolt dit 'les ensengnez crei. 
avez le anelV mustrez le mei.' 
il trest l'anel, si li donat. 
Ysolt le prent, si le esguardat, 
si se escreve dune a plurer, 
•ses poinz detort, quidat desver: 
iasse', fait ele, 'mar nasqi! 
enfin ai perdu mun ami, 
kar ço sai je ben, s'il vif fust, 
ke autre hume cest anel n'ëust. 
mais or sai jo ben ke il est mort, 
lasse, jameis ne avrai confort.' 
mais quant Tristran plurer la vait, 
pité le em pris, e ço fu droit. 

Puis li ad dit 'dame raine, 
bêle estes e entérine, 
des or ne m'en voil mes cuvrir, 
cunuistre me frai e oïr.' 
sa voiz muât, parlât a droit. 
Isolt sempres s'en aperçoit, 
ses bras entur sun col jetât, 
le vis e les oilz li baisât. 

Tristran lores a Brengien dit, 
e si esjoï par grant délit : 
'del ewe, bele, me baillez; 
lavrai mun vis ki est suUez.' 

Brengien le ewe tost aportat, 
e ben tost sun vis en lavât; 
le teint de herbe e la licur, 
tut en lavât od la suur: 
en sa propre fiirme revint. 
Ysolt entre ses braz le tint, 
tele joie ad de sun ami 
ke ele ad e tent dejuste li. 
ke el ne set cument contenir, 
nel lerat annit mes partir, 

4 vus après dune. 5 lores. 7 je le. 1 1 donast. 
12 esguardast. 19 ore. 20 avérai. 25 ore. 
2s Alinéa. 34 laverai. 41 joi en ad. 43 ele. 
44 ne le. 



111 



Xlle SIECLE. 



112 



quit k'il avérât bon ostel 
e baut li lit, ben fait e bel. 
Tristran autre chosce ne quert 



lors la raine Ysolt. u |elel ert : 
Tristran en est joius e lez, 
mult set ben ke il est herbigez. 



WACE. 



LE ROMAN DE BRUT. 

Le Roman de Brut publié par Le Roux de L.incy, Tom. /, Rouen 1^30, p- 82 — i)S, f. 1713 — 2098. 

Donné ii:i {mais dans l'orthographie normande) d'après les mss. de Paris fs. fr. 14.5(1 (anr. Cangé'll) 

fol. 117 (A) et 794 (anc. 719r-. Caugé 7.3), fol. 292^ (B); collationné par M. Schirmer.' 



Quant Leïr alqnes afebli. 
cume li hoem qui envieilli. 
cumença sei a purpenser 
lie ses treis tilles marier: 
ce dist qu'il les niarïereit 
et sun règne lur partireit; 
mais primes voleit assaier 
la quel d'eles 'l'avait plus chier. 
le mius del suen duner volreit 
a celé qui plus l'amereit. 
cascune apela sainglement 
et l'aisnee premièrement: 
•tille', t'ait il, 'jo voil saveir 
cument tu m'aimes, di m'en vei 
Gonorille li a juré 
del ciel tute la deité 
(mult par fu jileine de buisdie) 
qu'ele l'aime miels que sa vie. 
•fille', fait il, "bien m'as amé: 
bien te sera guerreduné, 
car prisié as miels ma viellece 
que ta vie ne ta joenece. 
tu en avras tel guerredun 
que tut le plus prisié baron, 
(|ne tu en mun règne esliras. 



1 quitj dit. 2 baufl lit. t uuqiies B. ■> an- 
vclli B. ^ se B. '.t raine A. 10 mes pri- 
miers B. essaier B. Il la quelle dax B. 

r» le plus B. sien À. voloit B. i:t manque A. 
eeli /}. M cha8<iune — sagement /f. !.'> Lainznet; 
Ui\. p. B. V> fet etc. B. je vuel B. 17 com- 
bien B. Is Gornorille A. l!i ueritc A. 20 i.rt 
pleinne de veidie B. plaine A. 21 larnoit 

plus B. "irl molt nias B. ix i)riHiee B. mialz 
ma vellesce B. 2.'. jouence A. 20 aunis B. 
27 pus A. 2s raine A. 



se jo puis, a seignur avras, 
et ma terre te partirai : 
la tierce part t'en liverrai.' 
puis demanda a Ragaii : 
'dis, tille, eiinil)ien m'aimes tuV 
et Ragaii ont entendu 
cume sa suer ont i-espondu, 
a cui ses pères tel gré sout 
de ce que si forment l'amont: 
gré revolt aveir euseraent, 
si li a dit "certainement 
jo t'aim sur tute crïature. 
ne t'en sai dire altre mesure.' 
•mult a ci', dist il, 'grant amur, 
ne te sai demander graignur; 
jo te redunrai bun seignur 
et la tierce part de m'enur.' 

Adunt apela Cordeïlle 
qui esteit sa plus joesne fille. 
l)ur ce que il l'aveit plus chiere 
que Ragaii ne la première 
(piida (pie ele cunëust 
r|ue i)lus chier des altres l'i-ust. 
Cordeïlle ont bien escuté 

\ a moillier A. a seignor se je puis lauras />. 
:, tere A. partire etc. B. ti terce A. tan B. 

7 p. a demande a ragu B. *> tille di B. !t et 
quant ragu ot antandu B. ot AB., toujours. 

10 comant B. ot A, a B. Il qui A. 12 for- 
mant AB. sot: amot AB. i:t ansemant Ji. 

11 se Ji. par sereniant B. I8 grignor A. 
Ht et je te donrai haut s. B. signor A. 20 
terce A. onor A. 21 Donc rapaile a cor- 
doille B. 22 la B. bêle ï. .A. 2.5 cuida il 
«luelc «lueneust B. 2() cher A. que molt p. eh. 
deles leust B. escoute B. 



13 



WACE, BRUT. 



114 



et bien out en sun cuer noté 

cumcnt SCS deus sorurs parloënt, 

cnmcnt lur père losengoënt; 

a Sun père se vont gaber 

et en gabant li vont munstrer 3 

que ses filles le blandisseient 

et de losenge le serveient. 

quant Leir a raison la mist 

cume les altres, el U dist 

'qui a nule fille qui die lo 

a sun père par presumtie 

qu'elc l'aint i)lu3 que elc deit, 

ne sai que plus grant amurs seit 

que entre enfant et entre père 

et entre enfant et entre mère; 15 

mes père es et jo aim tant tei 

cume jo mun père amer dei. 

et pur tei faire plus certain, 

tant as, tant vais et jo tant t'ain.' 

a tant se tout, plus ne vont dire. 20 

li père fu de si grant ire, 

de raaltalant devint tuz pers ; 

la parole prist en travers, 

ce quida qu'el l'escarnisist 

u ne deignast u ne volsist ib 

u par vilté de lui laissast 

a recunuistre qu'il l'amast 

si cume ses sorurs l'amoënt 

qui de tel amur s'afichoënt. 

'en despit', dist il, i), 'eu m'as 30 

qui ne volsis ne ne deignas 

respundre cume tes sorurs : 

a eles dons dunrai seignurs 

et tut mun règne en mai'iage 

et tut l'avrunt en eritage. :j5 

cascune en avra la meitié 

et tu n'en avras ja plain pié 

ne ja par mei n'avras seignur 

1 an son cuer iî. 2 cornant — serors^. 3 come 
B. losang(j)oient AB. 4. 5 volt B, valt A. 

5 niostrer B. s rc-ison B. le A. autres A. 
\0 on d B. Il prtsunicie B. 12 ele ne doit B. 
14 quantre anfant B. 14. 1.5 enfans A. 16. 17 
muttqueni B. IS certein iî. 19 valz et je B. 20 
tôt B, telt .1. ne volt plus B. valt A. 21 pères 
A. si] molt B. 22 mau B. toz B. 23 de B. 24 
il cuida qxiele leschernist J5. 25 u — ii ^. daignast 
A. 26 laiast A, lessast B. 27 reconuistre B. 
28 serors B. 31 daignas A- 33 n. AB. signors 
etc. A. 34 raine A, tie B. 35 lauront etc. B. 
36 initie B, toujours. 

Bartsch. Chrestumathie, IV. Ed. 



ne de tute ma terre un dur. 

jo te cherisseie et amoe 

plus que nul' altre, si quidoe 

que tu plus des altres m'amasses, 

et ce fust dreiz se tu deignasses; 

mais tu m'as rejehi afrunt 

que tu m'aimes meins qu'els n© funt: 

tant cum jo t'oi plus en chierté, 

tant m'eus tu plus en vilté. 

jamais n'avras joie del mien 

ne ja ne m'iert bel de tun bien.' 

la fille ne sont que respundre. 

d'ire et de hunte quida fundre, 

ne pont a sun père estriver 

ne il ne la vont escuter. 

cum il ains pont n'i demura: 

les dons ainsnees maria. 

mariée fu bien cascune, 

al duc de Cornûaille l'une 

et al rei d'Escoce l'ainsnee. 

si fu la cose purparlee 

que après lui la terre avreient 

et entr'els dous la partireient. 

Cordëille qui fu li mendre 

n'en pout el faire fors atendre, 

ne jo ne sai qu'ele feïst. 

li reis nul bien ne li promist 

ne il, tant fu tel, ne sufri 

que en sa terre ëust mari. 

la meschine fu anguissuse 

et mult marie et mult huntuse 

plus pur ce qu'a tort la haeit 

que pur le pru qu'ele en perdeit. 

la pucele fu mult dolente, 

mais ne pur quant bêle ert et gente. 

de li esteit grant reparlance. 

Aganipus uns reis de France 

3 et si B. 4 autres .1. 5 droiz etc. B. qui- 
daisses A. 7 mains que ne A. que moins maimes 
queles B. S cherté A. 9 mas eu plus B. 
12 sot AB. 14 a] vers 5. 15 vaut A. volt B. 
cscouter J.ZÎ. 16 pot AB. ne B. 17 aisnees A. 
20 duc A. laisnee A. 21 chose B. 22 que 
antrax n le règne auroient B. tere A. 23 entrax 
.1, antraus B. le B. 25 ne B. pot AB. 26 an 
t'eist B. 29 qiiele an B. tere toujours A. 3U an 
ert niolt honteuse B. 31 et an son cuer molt 
angoisseuse B. 33 preu B. em pardoit .^1. 34 de 
lire au père estoit d. B. 35 mes ele estoit et 
bêle et gente B. 36 et mult an estoit grant 
p. B. 

S 



115 



Xlle SIECLE. 



11(5 



oï Cordeïlle numer, 

et qu'ele esteit a marier. 

briés et messages enveia 

al rei Leïr, si li manda 
que sa fille a mviiUier voleit, 
enveiast li, il la prendreit. 

Leir n'aveit mie iiblïé 
ciiment sa fille Tout amé, 
ains Tout bien savent ramenbré; 
et al rei de France a mandé 
ijue tut sun règne a devisé 
et a ses dous filles dune, 
la meitié a la primcraine 
et l'altre après a la meiaine; 
mais se sa fille li plaiseit, 
il li dunreit, plus n'i prendreit. 
cil quida qui Tout demandée 
que pur chierté li fust veee ; 
de tant l'a il plus désirée, 
qu'a merveille li ert loëe. 
al rei Leïr de rechief mande 
que nul aveir ne li demande, 
mais sul la fille li otreit 
Cordeille, si li enveit. 

■ et Leïr la li otreia: 
ultre la mer li enveia 
sa fille et ses dras sulement, 
n'i oui altre aparellemcnt. 
puis fu dame de tute France 
et reïne de grant puissance. 
cil qui ses sorurs ourent prises, 
coi les terres furent pramises, 
n'i volrent mie tant sufrir 
a la terre prendre et saisir, 
que li suire s'en demeïst 
et il de gré lur guerpeïst. 



tant Tunl guerreié et destreit 
que sun règne li unt toleit 
li dus de Corniiaille a force 
et Malglamis li reis d'Escocc. 

rt tut lur a li suire laissié; 

mais il li unt aparcillié 
que li uns d'els l'avra od sei, 
si li trovera sun cunrei 
a lui et a ses escuiiers 

lit et a cinquante chevaliers, 

que il ait henureement 
quel part que il avra talent, 
le règne unt cil ainsi saisi 
et eutr'els dous par rai parti, 

i.i que Leïr a lur oti'rc pris, 

si s'est del règne tuz demis. 
Malglamis eut od sei Leïr: 
de primes le fist bien servir, 
mais tost fu li curz empiricc 

20 et la livraisuns retailliee; 

primes faillirent a lur duns, 
puis perdirent lur Uvraisuns. 
Gonorillc fu trop avère 
et grant escar tint de sun père 

•25 qui si grant maisniee teneit 

et nule cose n'en faiseit. 
mult li pesout del costement. 
a sun seignur diseit suvent 
•que deit ceste assemblée d'umcsV 

30 en meie fei, sire, fol sûmes 
que tel gcnt avuns ci atrait. 
ne set mes pères qu'il se fait, 
il est entrez en foie rute, 
ja est viels hoem et si redutc. 

3.T huniz seit qui mais l'en cresra 

ne qui tel gent pur lui paistra. 
li sucn scrgant as nuz estrivent 



1 loer B. 1 que de trt B. 'A anvea B. 4 se 
B. f, û A: BC B. le A. s. '.> intervertis B. S corne 
B.otetc.AB. eincois ot 8. remanbre fi. lO Au 
r. B. avoit B. il raine ^4. 12 A ses ii fille la 
d. B. ii prcmeriene B. 
maienc B. 15 sa A: \d B. 
auroit jy. prandruit ^. i; 
IH fist vee A. vehee B. 
21 rechief B. 23 Sa f. sole B. 21 et se li anvoit 
B. V> et ses pères li B. 2*1 lan anvea jK. 27 la 
f. ot B. seulemant /J. 30 roine A. 31 orent 
AB. 32 qui A. promise» B. 33 ne voltreiit B. 
M a« terres bt B. prandre^^lft. 3.") li pères les 
an seisiflt B. 36 et de son gre se demeist B. 



14 lautrc mitic a la 

Iti La fille eust — 

qui lauoit rouée B. 

20 car niervoilles B. 



1 raine A, toujours. 3 rois A. 4 Manglanus 
etc. B. 5 sogre B. lessie B, laie A. « aparillio 
A. ' daxlaurao^. 8 qui li — son roi B. i) es- 
cuiersyi^. 10 i.. J, xl. B. ]l unt AB. en. B, 
hon. A. noBo'iB. IS premiers J5. li) appirieo 
(: iec) J5. 20. 22 livreisons yl/i. 21 premiers B. 
23 Gornorille A. fu molt B. 24 et) a B. 25 
qissi A. 2»; ne nule chose nen B. 28 a dit B. 
29 assaniblees A, a.sanblee B. anomes B. 30 si 
maist dex sire B. 31 <|ui tel peuple B. 32 quel B. 
33 Antrcz est an foie riote B. 31 vialz liom est 
desore redote B. 35 honiz AB. mes lan B. soit 
jamais len querra A. 37 sien A. 



117 



WACE, BRUT. 



118 



ot li lur les nostres esquivent. 

i|ni i)oreit sufrir si orant presse ? 

il est fols et sa geiit perverse : 

ja n'avra hum gré qui le sert; 

qui plus i met, et plus i pert. 

mult est fols qui tel gent cunreie: 

trop en i a, tiegnent lur veic' 

mes pères est sei cinquantisme, 

désormais seit sei qarantismo 

ensemble ocl nus, u il s'en ait i 

atut sun pueple, et nus que caltV' 

mult i a poi femme sans visse 

et sans racine d'avarisse. 

tant a la dame amonesté 

et tant a sun seignur parlé. i 

de cinquante le mist a trente, 

de vint li retailla sa rente. 

et li père ce desdeigna: 

grant aviltance li sembla 

que si l'aveient fait descendre. ■: 

alez est a sun altro gendre 

Hennin, qui Ragaû aveit 

et qui en Escoce maneit. 

mais n"i ont mie un an esté 

quant il Tourent mis en vilté : ■: 

se mal fu ainz, or est mult pis, 

de trente humes Tunt mis a dis, 

puis le mistrent de dix a cinc. 

'caitif mei', dist il. 'mar i vinc : 

se vils fui la, plus vils sui ça.' : 

a Gonorille s'en ala. 

ce quida qu'ele s'amendast 

et cume père l'enurast. 

mais celé le ciel en jura 

que ja od lui ne remanra : 

ne mais que un sul chevalier. 

1 li un les altres 7?. .'3 faus/1. Li sire est fos 
Aa B. par(por)verse yl/î. 4. .ô intervertis B. ja 
nan aura gre B. G faus A, îos'B. ' lignent A. 
s quarantiesmes B. f» dor en avant soit lui xx 
tiesmes 7?. 10 ensam(n)ble ^IZÎ. o B. nous ^1. 

Il o B. peuple nos jB. I'2. nmnnquent B. feme /l. 
15 liastc B. IC XL B. 17 de x li retrancha B- 
is Li pères molt san iî. desdaigna, Ifi. l'.i Et 7î. 
sam(n)bla .1J5. 20 que si lauoit an fet jB. 22 Ra- 
gaut B. 23 Qui an Cornoaille B. 24 Ni auoit B. 
25 quil lorent mis en celé v. A. 26 se ainz fu vix 
or fu B. 27 dix B, x. A. 28 mistrent B. 20 cbe- 
tif^. 30 sui .1. sui vix J5. 31 a la première 5. 
san râla 73. sauala .1. 32 II B. 33 premiers B. 
l'on A. 35 o li B. 3t) seul B. 



al père l'cstut otreiicr: 

dunt se cumence a cuntrister 

et en sun cuer a purpenser 

les biens que il aveit ëuz. 

mais or les aveit tuz perduz. 

'las mei', dist il, 'trop ai vesqu 

quant jo ai cel mal tens vëu. 

tant ai eu, or ai .si poi. 

u est aie quanque jo oiV 

fortune, trop par es muable, 

tu ne puez cstre un jur estable. 

nus ne se deit en tei fier: 

tant fais ta roe fort tui-ner. 

mult as tost ta culur muëe, 

tost es chaeite, tost levée. 

cui tu veus de bun oil veeir 

tost l'as munté en grant aveir; 

et des que tu turnes tun vis, 

tost l'as d'alques a neient mis. 

tost as un vilain hait levé 

et un rei em plus bas turné: 

cuntes, reis, dus, quant tu veus, plaisses 

que tu nule rien ne lur laisses. 

tant cum jo fui riches manenz, 

tant oi jo amis et parenz ; 

et des que jo, las ! apovri, 

serganz, amis, parenz perdi. 

jo n'ai si bun apartenant 

qui d'amur me face semblant. 

bien me dist veir ma jone fille, 

que jo blamoe, Cordeïlle, 

qui me dist, tant cum jo avreie, 

tant amez et prisiez sereie. 

n'entendi mie la parole, 

ains la haï et tinc pur foie. 

tant cum jo oi et tant valui 

et tant amez et prisiez fui; 

1 otroier AB. 2 donc se prist molt B. 3 re- 
corder B. 4 b. dont tant B. 5 Et or B. 7 je 
cest mal tans si B. tans AB. 8 si] molt B. 
10 trop] tant 7Î. il une ore B. 13 fort] tost ^. 
15 cheoite et tost i?. IG viaz— oel^. n levé — 
pooir iî. 1!) auques,!/?. néant J5. 21 et tost le 
rois desoz t. B. 21 Contes et roisq. B. plesses: 
lesscs yljB. 24 sui.l. rices] auques /?. niauans .■!. 
25 ai A. parans et sergenz B. parans ^1. 27 amis 
parans sergenz B. 28 si bon] un seul B. 29 
damour AB. sam(n)blant AB. 30 ma mandre B. 
31 cui je B. 32 qui dist que B. 33 prisiez et 
amez B. .34 sa 5. 35 einz lan blâmai et ting ^. 
3G oi itant B. 37 tant prisiez et tant amez B. 

S* 



119 



Xlle SIECLE. 



120 



tant truvai jo qui me blandi 
et qui voluntiers me servi: 
pur mun aveir me blandisseient, 
or se desturnent, s'il me veient. 
bien me dist CordeïUe veir, 
mais jo nel soi aparceveir. 
ne Taparçui ne l'entondi. 
ains la blâmai et la haï 
et de ma terre la chaçai 
que nule rien ne li dunai. 
or me sunt mes filles faillies 
qui lors esteient mes amies, 
qui m'amoënt sur tute rien 
tant cum jo oi alques de bien, 
or m'estuet celé aler requerre 
que jo chaçai en altre terre, 
mais jo cument la requerrai 
qui de mun règne la chaçai 'i 
et non purquant saveir irai 
se jo nul bien i truverai. 
ja meius ne pis ne me fera 
que les ainsnees m'unt fait ça. 
ele dist que tant m'amereit 
cume sun père amer deveit. 
que li dui jo plus demander'/ 
dëust mei ele plus amer? 
qui altre amur me prometeit, 
pur mei losengicr le faiseit.' 

Leïr forment se dementa 
et lungement se purpensa: 
puis vint as nés, en France ala. 
a un port en Chaus ariva. 
la reïne a tant demandée 
qu'assez li fu prés enditee. 
defors la cité s'arestut. 
que hoem ne femme nel connut. 
un escuiier a enveiié 
qui a la reïne a nuncié 
que ses pores a 11 veneit 
et par besuing li requereit. 



1 truvc jB 2 volautiera ^. 4 se torntnt si ne 
me .^. 6 mes ne mail soi .B. H le — le ^1, lan — 
lan fi et] si fi 11 falies yt. J2 qui donc fi. 
14 auqaes del Diien fi 1!» ne fi. vtoir fi. 2i mains 
A. 22 aisnees A ja h. 20 me D- 2s ducourrc 
le disjit B. losanjj'iiT A. 2!» Loir longues H. 
30 »e d. monta A. 31 a lu mer uini es nuf entra A. 
33 roine A, reone B. W près li lu B. "Hi lenie A 
3T escuier —envoie AH. :J*> roine A 



tut en ordre li a cunté 

cument ses filles l'unt jeté. 

Cordeïlle cum fille fist: 

aveir que ele aveit grant prist. 
5 a l'escuiier a tut livré, 

si li a en cunseil ruvé 

qu'a sun père Leïr le port 

de par sa fille et sel cunfort 

et od l'aveir tut a celé 
10 ait a chastel u a cité 

et bien se face apareillier, 

paistre, vestir, laver, baignier; 

de roials vestimens s'aturt 

et a grant enur se sujurt. 
15 quarante chevaliers retiegne 

de maisniee, qui od lui viegne : 

après ce face al rei saveir 

qu'il viegne sa fille veeir. 

quant cil ont l'aveir recoilli 
211 et sun cumandement oï, 

a sun seignur porta nuveles 

qui li furent bones et bêles. 

a une altre cité turncrent, 

ostel prisent, bien s'aturnerent. 
25 quant Leïr fu bien sujurnez. 

baigniez, vestuz et aturncz 

et maisniee ont bien conreee, 

bien vestie et bien aturnee, 

al rei manda a lui veneit 
30 et sa fille veeir voleit. 

li reis meïsiue par noblece 

et la reïne a grant leece 

sunt bien luing cuntre lui aie 

et volontiers l'unt enuré. 
X, li reis l'a mult bel recëu 

qui unques ne l'aveit vëu. 

par tut sun règne fist mander 

et a ses humes curaander 

4(j 2 nane B. 3 coin] que B. 4 grant avjir que 
ele avoit B escuier AB. (i se B. a consoil B. 
cjnsel A. h de soc part et a sel c. B. !i o B- 
10 a bon bore fi. aut^Ifi. Il face soie bien A. 
12 baigner A. 13 vestiment A. \\ onor A. sejort 
B. HJ mes mesniee qui o fi. 17 après si B- 
Is vign(; A. que il vient fi. 20 et le B- sig- 
nor A, sugnor B. 24 ostex pri.strent B- 2.> ator- 
ntz fi 2»; vcstis .4 ajcimez fi. 27 ot bclcasau- 
blee B. 2't quu lui B. 30 veir .4 31 meis- 
me.s h par grant A. 32 roine— liece A. o 7i. 
:m honore A. 30 mes ne lot, B. 



1-21 



WACE, ROU. 



1 22 



que suu suirc trostut servissent 
et Sun cumanderaent feïssent. 
deïst lur ce que il voldrcit, 
et tut fust fait que il direit, 
tant que sun règne li l'endist 
et en s'enur le restablist. 

Aganipus fist que curteis: 
assembler fist tuz les François, 
par lur los et i>ar lur aïe 
aparcilla mult grant navie. 
avnec sun suirc Tenveia 
em Bretaigne. si li livra 
Cordeïlle qui od lui fust 
et après lui sun règne oust, 



s'il le poeient delivx-er 
et des mains as gendres ester. 
cil curent la mer tost passée 
et unt la terre délivrée : 
as feluns gendres la tolirent 
et I/eïr de tute saisirent. 
Leïr a puis treis ans vcsqu 
et tut le règne em pais tenu 
et a ses amis a rendu 
ce que il aveient perdu; 
et ai)rés les treis ans morut. 
en Leecestre, u li cors jut, 
Cordeïlle l'enseveli 
en la crute cl temple Jani. 



LE ROMAN DE ROU. 

M'iintre Wcice's lioman de llou herausgegeben von Hugo Andresen, 2. Band, Htilbronn 187'J, 
/). 348 A5., V. 8035 .w. Tiré du récit de lu bataille d'Iluxtimjs (14. Oçt. UlGGj. 



Taillefer, qui mult bien cbantout. 
sur un cheval qui tost alout, 
devant le duc alout chantant 
de Karlemaigne et de Rollant 
c d'Olivier e des vassals 
qui morurent en Renccvals. 
quant il orent chevalchié tant 
qu'as Engleis vindrent apreismaut, 
'sires', dist Taillefer, 'merci, 
jo vus ai lungement servi, 
tut mun servise me deves; 
hui, se vus plaist, le me rendez, 
pur tut guerredun vus requier 
e si vus voil forment preier: 
otreiez mei, que jo n'i faille, 
le premier colp de la bataille.' 
11 dus respondi 'jo l'otrei.' 
e Taillefer puinst a desrei, 
devant tuz les altres se mist. 
un Engleis feri. si l'ocist; 
desuz le piz par mi la pance 
li fist passer ultre la lance, 

1 qua son gre trestuit le s. B. 3 tôt eu quil 
B. valroit A. 4 quan quil B. (i sonor ^1. 
6 assambler -4, asaubler B. toz ses B. 10 apa- 
rilla A. 11 suigre lauvea B. 12 an B. se B. 
13 o B. lu sor. 19 Oliver. 24 vos ai longue- 
ment. 25 toi mou. 20 vos. 27 por tôt guerre- 
don etc. :h') piez. 



a terre estendu l'abati. 

l)uis traist s'espee, altre en feri. 

puis a crié 'venez, venez ! 

que faites vus? ferez, ferez!' 

dune l'unt Engleis aviruné. 

al segunt colp qu'il ont dune 

ez vus noise levée et cri, 

e d'ambes parz pople estormi. 

Normant a assaillir entendent 

e li Engleis bien se delfendeiit; 

li un fièrent, li altre butent. 

tant sunt hardi, ne s'entredutent. 

ez vus la bataille assemblée, 

dune encor est grant renumee. 

mult oïssiez grant corneïz 

e de lances grant croisseïz, 

de machues grant fereïz 

e d'espees gi-ant cbapleïz. 

a la feieciEngleis rusoent, 

a la feiee recuvroent; 

e cil d'ultremer assailleient 

e bien suvent se retraeient. 

Normant escrïent 'deus aïe', 

2. 5 genres B. 3 cil ont bien tost la mer 
B. 4 et la t. tosL B. (i toute A. et de tote 
Leir B. s au B. u randu AB. 12 Leir- 
eestre B. i'i lanscpeli B. 17 aultre 21. 27 
eis vos. 



12:^ 



Xlle SIECI.E. 



12 



la gent englcsche 'ut nt" oscric. 

ço est l'enseigne que jo di 

qnant Engleis saillent hors a cri. 

lors veïssiez entre servanz 

gelde d'Engleis et de Normanz, 5 

gi-anz harates e granz mesleos, 

buz de lantes e cols d'espees. 

quant Xormant chieent, Eniilcis crient. 

de paroles se cuntralïent 

e mult savent s'entredefïent, m 

mais ne sevent que s'entredïont. 

cist vunt avant, cil se retraient. 

de mainte guise s'entrassaient, 

hardi lièrent, coart s'esmaient: 

formant dient qu'Engleis abaient. lô 

pur la parole qu'il n'entendent. 

cist empirent e cil amendent, 

hardi fièrent, coart gandissent, 

cum hume fnnt qui escremissent. 

al assaillir Normant entendent 20 

e li Engleis bien se deô'endent. 

haubers percent e escuz fendent, 

granz cols receivent, granz cols rendent. 

En la champaigne out un fossé: 
Normant l'aveient adossé; 2.i 

en belivant l'orent passé, 
ne l'aveient mie esgardé. 
Engleis unt tant Xormanz hasté 
et tant i apeint et tant buté, 
el fosst les unt fait ruer, 30, 

chevals e humes jambeter: 
mult veissiez humes tumber, 
les uns sur les altres verser. 
c trebucbier e adenter, 
ne s'en poeier.t relever. sr. 

des Engleis i morut assez 
que Normant unt od els tire/., 
en tut le jur n out mie tanz 
en la bataiil'^ ocis.Normanz. 
cum el .fo«'- . jdenz j)eriront : 4o 

co distr;! ,A. qui les morz virent, 
vaslet qa; al hemei"» esteient 
et le herr is garder deveient, ■ 
voldrent f,ae<'pir tut le bernois 
))ur 1<! darat 'c des Franccis 4r. 



qu'el fossé virent trebucbier. 

qui ne poeient redrecier. 

forment furent cspoënté : 

pur i)oi qu'il ne s'en sunt turné. 

le herneis voleient guerpir. 

ne saveient quel part garir, 

quant Odes li boens corunez, 

qui de Baieues ert sacrez, 

pninst, si lur dist 'estez, estez, 

seiez en ])ais, ne vus movez. 

n'aiez ])oiir do nule rien, 

kar se dcu plaist, nus veintrun bien.' 

issi furent assëuré 

ne se sunt mie remiié. 

Odes revint puignant arrière 

u la bataille esteit plus fiere; 

fonnent i a le jur valu. 

un halbergol aveit vestu 

desure une chemise blanche: 

lez fut li cors, lee la manche. 

sur un cheval tut blanc seeit, 

tute la gcnt le cunuisseit. 

un bastun teneit en sun i)uing: 

la u veeit le grant besuing 

faiseit les chevaliers turner 

et la les faiseit arester. 

snvent les faiseit assaillir 

et suvent les faiseit ferir. 

Des que tierce del jur entra, 
que la bataille cumença, 
desi que nune trespassa, 
fu si de ça, fu si de la. 
que nus ne sout li quel veintroit 
ne qui la terre cunquerreit. 
de tûtes parz si se teneient 
et si fonnent se cumbateient, 
(pie nus ne savcit deviner 
(jui devcit l'altro surminiter. 
Normant archier qui ars teneient 
as Engleis mult espés traeient, 
mais de lur escuz se cuvrcient 
que en char ferir nés i)oeient; 
ne pur viser ne pur bien traire 
no lur i)oeient nul mal faire, 
cunseil pristrent iju'en hait traireient, 



H chient. 
42 vaalez. 



j'.-'cnpiercnt. 



T.>. :t7 Normanz. 



k; ou. 
;(» ari'hifrs. 



Is li;nil)(TKul. 



20 le fu le C( 



125 



WACK. H(tU. 



1 -IC} 



(juant les saëtes descendreient, 
«dcsus les testes lur charreient 
et es viaires les Icrreient. 
cest cunseil iint li archier fait, 
sur les Engleis unt en hait trait, 
(juant les saëtes revcneient, 
desus les testes lur chaeient, 
chics et viaires lur perçoént 
et a plusurs les oilz crevoënt; 
ueu osoënt les oilz uvrir 
ne lur viaires descuvrir. 
saëtes plus espessemeut 
voloënt que pluie par veut, 
rault espés voloënt saëtes 
que Engleis clamoënt ^vibetes. 
issi avLut qu'une saëte 
qui devers le ciel ert chaëte, 
feri Heralt desus l'oil dreit, 
que l'un des oilz li a toleit. 
c Heralz l'a par air traite, 
getec l'a, mais ainz Tout fraite. 
pur le chief qui li a dolu 
s'est apuiiez sur sun escu. 
pur (jO soldent dii-e Engleis 
c dïent encore as Français 
que la saëte tu bien faite 
qui a Heralt fu en l'oil traite, 
e mult les mist en grant orgoil, 
qui al rei Heralt creva l'oil. 
Normant aperçurent et virent 
que Engleis si se detfendirent 
et si sunt fort pur els detfendre, 
petit poënt sur els purprendre; 
priveement unt cunseillié 
e entr'els unt apareillié 
que des Engleis s'esluignereient 
e de fuir semblant fereient, 
tant que Engleis les parsivreient 
e par les chans s'espartii'eient. 
s'il les poeient départir, 
mielz les porreient assaillir, 
e lur force sereit mult pire, 
sis porreient mielz descuntire. 
si cum il orent dit, si firent: 
retraanment les assaillirent 



35 



c de fuir grant semblant tirent 

c li Engleis les parsivirent. 

])oi et poi vunt Normant fu.iant 

c li Engleis les vunt sivant. 

tant cum Normant plus s'esluigiùerent, 

e li Engleis plus s'aprochierent. 

par resluignemcnt des Franceis 

qiiidierent e distrent Engleis 

que cil de France s'en fueient 

ne jamais ne returnereicnt. 

la feinte fuie les derut, 

par la fuie granz mais lur crut; 

kar se il se fussent tenu, 

que il ne se fussent mëu, 

mult se fussent bien deficndu, 

a gi'ant peine fussent veincu; 

mais cume fol se départirent 

e cume fol les parsivirent. 

mult veïssiez par gi-ant veisdie 

retrairc ccis de Normandie ; 

lentement se vunt retraiant 

pur faire Engleis venir avant. 

Noi-mant fuient, Engleis enchalcent. 

lances aluugent, haches halcent. 

quant il fnrent bien esbaudi 

e par la champaigne esparti, 

Engleis les aloënt gabant 

e de paroles laidissaut. 

'cuvert', fuut il, 'mar i venistes, 

qui noz terres aveir volsi^i s; 

nostre teiTe prendre quidas ^s, 

fol fustes quant vus i entrastes: 

Normendie vus est trop luing, 

n'i vendreiz mie a cest besuing. 

nient iert mais d'arrière alër, 

s'a un saut n'i poëz v'olér: 

filz e tilles perdu avez, 

se la mer tute ne bévez.' 

cil escutoënt e suffi-eient, 

ne saveient que il' di 'ehf • 

ço lur ert vis qu'il ^ '-'veient. 

kar lur langage n'entèn ^eut. 

al arester e al turner *^ ' 

que Normant voldrent r<'''uvrer, 

oïssiez baruns rapelcr '' 



h haut. 18. 20. 27 Héraut. 23 apoie etc. 
serreit mult piere. 43 desconfiere. 



12 grant mal. is parsoii 
24 aloignent. haucent. 32 fol& 



23 enchaucent. 



12: 



Xlle SIÈCLE. 



128 



et .cleus aie' en hait crier. 

lur air mit Normant i-cpris, 

turné liir sunt en mi les vis; 

dune veïssiez Nonnanz turner 

c as Engleis entremesler, ■'> 

les uns les altres encuntrer 

e cels fcrir e cels buter. 

cist fiert, cist fait, cist fuit, cist chace, 

e cist eesme c cist manace ; 

Normant encuntre Engleis s'arestent n» 

e de ferir forment s'aprestent. 

mult veïssiez par plusurs places 

bêles fuies e bêles chaces, 

estur espés, dure meslee; 

grant fu la gent, la place lee. \ô 

de tûtes parz bien se cumbatent, 

grant sunt li colp, bien s'entrebatent. 

bien le faiseient li formant, 

quant un Engleis vint acurant; 

en sa cumpaigne out cent armez, io 

de plusurs armes aturnez. 

hache norresche tint mult bele 

plus de plain pié out d'alemele, 

bien fu armez a sa manière, 

granz fu et forz, hardiz de chiere. ■!:> 

en la bataille el premier frunt, 

la u xsonnant plus espés sunt, 

en vint saillant plus tost que cers. 

maint formant mist le jur envers. 

od sa cumpaigne qu'il aveit, :w 



a nu Nonnant en vint tut dreit 

i[\\i armez fu sur sun destrier. 

od la hache qui fu d'acier 

el belme ferir le cuida; 

mais li cols ultre cscolorja, 

par devant l'arçun glaceia 

la hache qui mult bien trencha, 

le col del cheval en travers 

colpa qu'a terre en vint li fers 

de la hache qui fu pesant, 

e li cheval s chai avant 

od tut sun maistre a terre jus. 

ne sai se cil le feri plus, 

mais U Xormant qui le colp virent, 

a grant merveille s'esbahirent. 

Tassait aveient tut guerpi, 

quant Rogiers de Mongomcri 

vint puignant, la lance baissiee. 

onc ne laissa pur la cuigniee 

qu'il aveit sus el col levée, 

qui mult esteit lune enhanstee, 

que U l'Engleis si ne ferist 

qu'a la terre flatir le list. 

dune s'escrïa 'ferez, Franceis! 

nostre est li chans sur les Engleis.' 

lors veïssiez dure meslee, 

maint colp de lance et maint d'espee, 

e veïssiez Engleis deffendre, 

chevals tuer e escuz fendre. 



BENËOIT DE SAIlîTE MORE. 
ROMAN D'ENEAS. 



Alexandre Péy , essai sur li romans J'Enens, 

Schirmer avec le ms. fonds franc. 1450 {nnc, 

allemande p'tr Heinrich von Veldeke 260, 

En sa chambre estoit la roïne, 
premiers araisona Lavine: 
'fiUe', fait el, 'bien sai et voi 
que cis mar est venus par toi 
qui a ecil met cest païs 
et dont tant home sont ocis. 
Tumus te vclt prandre qui t'aime 
et Eneas sor lui te claime 
et par force te volt conquerre ; 

1 haut. >> faut. IT granz sunt les cols. 
arnir-. T- fort hardi. 



Paris 1S56, /). 23 — 27. 37—39. Comparé pur M. 
Crtn^é- 27 — 1535) fol. 106, et 108. Cf l'imitation 
12—266, 18 et 279, 9-282, 23 éd. FMmiiller. 

mais il le fait plus por la terre 
qu'il ne face por toie amor. 
jamais ne l'amerai nul jor, 
se puis savoir en nul endroit 
».'> que de s'amor nient te soit, 
lui ne dois tu de rien amer, 
mais ton corage en dois torner 
et covoiter que Tumus t'ait, 
qui por t'amor sa terre lait, 

21 .'.colp. 11 cheval, m l'assaut, n Kogier. l^ 

baissie. l'J coignie. 'ih champ. 32 que il face Pëy. 



29 



BENEOIT, ENEAS. 



130 



por toi sole (lUC vclt avoir : 
luolt pax" l'eu dois bon gré savoir, 
ne l'aimes tu de bon corageV 
|)ar foi tu es de tel aage 
i|ue tu dois bien savoir d'amors 
et les engins et les tristors 
et les regars et les clingniers. 
tu te dois traire volentiers 
envers celui qui forment t'aime : 
("t lui (jui par force te claime, 
de tôt ton cuer le dois Laïr, 
i[\n ton signer te velt tolir. 
Turnus est prox, sel dois amer.' 
■Jo ne m'i sai pro atorner.' 
et tu l'apren.' 'dites le moi, 
que est amorsV "ne sai par foi: 
jo ne fera puis nient descrii'e.' 
•(ju'en sarai dont, se ne Toi direV 
tes cuers t'aprendi'a a amer.' 
•si n'en orrai altrui parler?' 
tu nel saras ja par parole.' 
tos tens en quit dont estre foie.' 
•ains em poras tost estre aprise.' 
'con faitement et en quel guise V' 
'comence, assés en saras puis.' 
*ct jo comment, quant jo ne truis 
qui me die que est amors V 
'jo te dirai de ses dolors, 
de sa nature que j'en sai. 
bien me sovient que jo amai. 
a paine em puet dii'e nient 
qui n'a amé et qui n'en sent, 
s'or avoies une enferté, 
mius saroies par vérité 
des angoisses que sentiroies ; 

et des dolors que tu aroies. 
qui t'en vauroit dont demander, 
n'eu saroies mius aconter, 
qui en seroies bien chertaine, 
que jo qui en seroie saine?' 
'oïl, mius en saroie assés. 
est dont amors enfermetés?' 

1 qu'il P. b d'amours P. 6 les leesces. 13 je P. 
16 amor P. njeP. is qu'eu P: que ue J/*-. lii 
t'apreura P. 20 orai P. n seras P. 22 tans P 
et Ms. 23 en P. 2(j je. quand je. 27 que me il/s. 
2s je P etc. 31 en P. 33 infermete P. ;;(j tu 
manque P. 38 mieus raconter P. 41 jo] il Ms. 
o je mieus te diroie ases P. 

Baktsch, Chrestomathie. IV. Ed. 



•nenil, mais molt petit en fait. 

une ticvrc quartaine valt: 

pire est amor que lièvre ague, 

n'est pas retor quant on en sue. 
;> d'amor estuet sovent suer, 

et refi'oidir, frémir, trembler, 

et sospii'er et baaillier 

et perdre tôt boivre et mangier, 

et dejeter et tressaillir, 
10 muer color et espasmir, 

giendrc, plaindre, palù', penser, 

et soglotir, veUier, plorer: 

ce li estuet faire sovent 

cH qui bien aime et qui s'eusent. 
I.') teus est amors et sa nature. 

se tu i vels mètre ta cure, 

sovent t'estavra endurer 

ce que tu m'os ci raconter, 

et assés plus.' 'n'en ai que faii'e.' 
20 'por coi':*' "n'em puis nient mal traire.' 

'cis max est dois, ne l'eschiver.' 

•aine do bon mal n'oï parler.' 

'amors n'est pas de tel nature 

com altres max.' 'jo n'en ai cure.' 
2i> 'et ja est ce tant dolcc cose.' / 

■jo n'en ai seing.' 'or te repose: 

tu ameras encor, ce croi. 

si n'en feras nient por moi, 

ne m'en poras longes deçoivre. 
30 sel puis savoir ne aperçoivre 

que ton coer voelles atorner 

al traiter de Troie amer, 

a mes dos mains t'estuet morir; 

ce ne poroie jo sofrir. 
35 Turnus t'aime, si te velt prendre, 

vers lui dois tu d'amor entendre: 

âmes le, HUe.' 'jo ne sai.' 

•jo t'ai mostré.' 'et jo m'esmai.' 

'de coi?' 'del mal, de la dolor 
10 qui tostens va sivant amor.' 

'et ja est ce tex soatume : 

soèf trait mal qui l'acostume. 

6 trambler Ms. et P. 7 bailler Ms. et P. s boire 
et niixngev Ms. et P. 14 s'eu sent P. 15 tels P. 
10 tu viels P. 20 n'en P. 21 cil mais P. 24 mais 
je P. 26 song Ms. i'i. 30 intervertis Ms. ne nen 
Ms. deceoir P, decouur Ms. 30 aperceoir P, aper- 
couur Ms. 35 prandrc Ms. et P. 40 tostans Ms. 
et P. 41 tels P. 

9 



131 



Xlle SIECLE. 



132 i 



se il i a un poi de mal, 

li biens s'ensuit tos par ingal. 

ris et joie vient de plorer 

et grans depors vient de pasmer, 

grans lïece vient de sospir, 

fresce color vient de pâlir, 

baisier vienent de baaillier, 

embracemens vient de vellier: 

encore suit li grans dolcjors 

qui tost saine les max d'amors, 

sans erbe boi^Te et sans racine. 

a cascun mal fait se mccine, 

n'i estuet mètre ongent n'entrait. 

la plaie saine que il fait: 

se il te velt un poi navrer, 

bien te sara après saner. 

garde el temple cou faitement 

Amors est painte soltiment, 

et tient dos dars en sa main destrc 

et une boiste en le senestre : 

li unïi des dars est d'or en som, 

ki fait amer, l'altres de plom, 

ki fait haïr, diversement 

si saine amors et point forment. 

ensi est pains tos par figure, 

por bien demostrer se nature : 

li dars mostre qu'il puet navrer, 

et li boiste, qu'il set sancr. 

sor lui n'estuet mire venir. 

a le plaie qu'il velt garir. 

il tient le mort et le santé. 

loés resaine quant a navré. 

molt doit on bien sofrir amor 

qui plaie et saine en un sol jor. 

molt dois estre de li privée: 

desor te pues ceindre d'espee. 

bien dois estre de sa maisniee: 

se a lui t'eres aproismiee, 

molt ameroies son servisc. 

en poi d'ore t'aroit aprisc 

ce que por moi faire ne vels. 

se tu t'em plains et tu t'en dels, 

2 bien P. '.> grant P. 10 Banc Ms. et P. mais P. 
11 boire M», et P. 13 onget Ms l*> soltinmcnt .Us. 
19 dos] dois Ms. 21. 22 intervertis Ms. 21 sane Ms. 
navre et point amor P. 2'> niic Ms. .'J2 lues P. 
resane M*, el P. :w caindre Ms. et P. ;n maisnie : 
aproismie Ms. et P. :'.<> »'a P. 41 veus Ms. 12 
tam Mi, t'en P. 



totes voies t'erabclira. 
se t'en as mal, molt te plaira, 
entens i tu encor nient V' 
•quant jo ne l'oi, ne sai cornent.' 

5 -ne te di jo les trais d'amer?' 
•molt me semblent sur et amer.' 
'ja vient après li granz doçors.' 
'assés en a on mains dolors.' 
'amors saine quant a navré' 

10 'molt est ançois chier acaté.' 
■de quel cose?' "de mal sofrir.' 
'molt t'estuet chier espeneïr 
le bien ançois que l'on en ait.' 
•fox est qui a escient fait 

lô dont en quide tans max avoir 
com oi nomer, uel quier savoir, 
or sui em pais et a repos, 
ne m'i métrai, car jo nen os, 
en tel destroit dont jo n'ai qurc. 

20 fors est li max a desmesure: 
n'entreprendrai oan amor, 
dont quit avoir mal ne dolor.' 
molt ert salvage li mescine. 
a tant le laie la roïne. 

25 ne le volt de plus efforchier, 
quant voit que ne li a mestier. 



Molt traist la nuit mal U mescine: 

et lendemain quant li roïne 
30 la vit issi descoloree, 

sa face et sa color muëe, 

de son estre li demanda. 

ele li dist que la tievrc a. 

bien sont la merc que mentoit: 
Ah altrement ert que ne disoit. 

ele la vit primes trembler 

et dont en es le pas suer 

et sospirer et baaillier, 

taindre, noircir, color cangier. 
)o bien sont q'amors l'avoit saisie, 

qu'il le tenoit en se baillie. 

demanda li se ele amout. 

2 as] a P. (i aanihlont Ms. et P. s ases P. 12 
t' manque P. 13 en on P, on 1 en Ms. M fols P. 
ensiant Ms. 15 ce dont q. tant mais P. 10 or 
loi P. 17 suis en P. is je ne P. 19 cure P. 
20 mais P. 23 est P. la P. 34 sot Ms. et P. wu 
trawbler Ms. et P. 3«) bailler P. 40 sot «lanior 
Ms. et P. Il su P. 12 aniot: sot Ms. el P. 



133 



BENEOIT , ENEAS. 



134 



celé li dit qu'ouqucb ne sont 

que est amors ne que set faire. 

la roine ne l'en croit gaire 

(liieque li die qu'ele n'aint. 

el dist 'jo connois bien cest plaint b 

et ces sospirs qu'issi lonc sont: 

d'amor viencnt de molt parfont. 

plaint et sospir, qui d'amor vienent, 

sont molt traitis, près del coer tienent. 

fille, tu aimes, ce m'est vis.' i» 

'aine de tel gin ne m'entremis.' 

•tu ses des trais de sa nature.' 

'ne sai que c'est ne n'en ai cure, 

(lui qu'en soit malades ou sains.' 

•tes vis en est pàiles et tains. 15 

amors t'a pointe, bien le voi : 

sel me çoiles, ne sai por quoi. 

tu nel me dois mie celer: 

ce m'est molt bel, se veus amer: 

Turnus t'aime molt a lonc tens. .iii 

se tu l'aimes, jel tien a sens, 

jo ne t'en sai nient mal gré. 

jo le t'ai bien amonesté 

et bien t'en ai a voie mise. 

bel m'est que jo t'en ai souprise. 2.i 

or pren conrois que il le sace 

([ue tu l'aimes.' 'ja deu ne place 

([u'il m'amor ait.' "non ara ilV 

comment? ne l'aimes tuV -nenil.' 

'et ja voel jo.' 'vos l'amés bien.' :io 

'mais tu l'aimes.' 'ne m'en est rien.' 

'ja il est biax et pros et gens.' 

'poi m'en toce a mon coer dedens.' 

•bien as en lui salve t'amor.' 

'jo ne l'amerai ja nul jor.' 35 

'et qui as tu dont euaméV 

•vos ja avés tôt oublié 

le premeraine question. 

a savoir, se jo aim u non.' 

•cel sai jo bien et prové l'ai.' w 

'ce savés dont que jo ne sai.' 

'ne ses? ja ses tu les dolors.' 

'dont n'a on mal ne mais d'amorsV 

'cil, assés; mais nequedent 

2 amor Ms. et P. 4 que ele P. 5 conois P. qui 
si P. 16 ponte Ms. 21 manque P. 2(1 prau Ms. 
prant P. "2!) l'aime P. 30 vous Ms. et P., etc. 
3" vous laves il/s. 41 ccl P. 42 ja se sai P. 
44 nequeudent P. 



l'om puet vëoir apertement, 

a ce que tu es pale et vaine, 

que tu te muers et si es saine. 

tu aimes bien, n'as altre mal; 

n'as pas enfermeté mortal. 

l'on en a paines et dolors, 

mais longement vit on d'amors. 

bien sai que soprise es d'amer.' 

'ce m'avés encor a prover.' 

•n'i estuet altre provement. 

on le voit bien apartement.' 

'dites le vos por mes dolors? 

a l'on tex angoisses d'amors?' 

'oïl, et de plus foi's assés.' 

'ne sai dont vos m'araisonés ; 

mais grant mal et grant dolor sent.' 

'as tu de nul home talent?' 

'naje fors un, d'altre n'ai seing. 

molt me desplaist que tant m'est loing." 

'que t'en semble? que t'en est vis?' 

'que ensemble fuissons tos dis. 

molt me fait mal quant jo nel voi 

et que il ue parole a moi. 

([uant jo nel voi, si 'n ai dolors.' 

'par foi, tu l'aimes par amors.' 

comment, aime l'on dont issi?' 

•oïl.' •dont sai jo bien de fi 

([ue jo aim bien, mais ne savoie 

jo hui matin que jo avoie. 

dame, jo aim, nel quier noiier; 

vos m'en devés bien conseillier, 

quant or est si mes cuers destrois.' 

'si ferai jo, se tu me crois. 

tu me dois bien dire i)or qui.' 

•jo nen os, dame, car jo qui 

que vos m'en sëussiés mal gré. 

vous le m'avés molt desloë, 

vous m'en avés molt castoiiee, 

tant m'en sui jo plus aproismiee.' 

'amors n'a soing de nul casti.' 

'se vos nomoie mon ami. 

jo crendroie que vos pesast.' 

1 lein Ms. veoirj aveir i\h. et P. 2 paile Ms. 
et P. b u'a P. ti leu Ms. S est P. 13 at ou 
tels P. is uaje] ucnil P. l!) desplait P. 20 
sauible Ms. et P. 21 ensamble - tôt Ms. et P. 27 
de si P; sic ou de fi Ms. 30 noier J/s. et P. 32. 33 
intervertis Ms. 3S castoié P, castoie Ms. 39 aprois- 
uiie P, aproismic 3Is. 42 je crieudroie P. 

9* 



135 



XII- SIECLE. 



136 



'cliques ne quit que bien amast 
qui nul amant velt castoiier.' 
'jo aim, nel puis or mais noiier.' 
•dont n'a nom Tunius tes amis?' 
'nenil, dame, je vos plevis.' 
'et cornent dont?' 'il a nom E'; 
dont sospire. puis redist 'NE", 
d'iloc a pièce noma 'AS* : 
tôt en tremblant le dist et bas. 



la roïnc se porpensa 
et les sillebes assembla, 
'tu m'as dit E et NE et AS: 
ces letrcs soneiit Eneas.' 
'voire voir, dame, ce est il.' 
'si ne t'ara Turnus?' 'nenil; 
ja nen arai lui a soigner., 
mai.'* a costui otroi ni'anior.' 



ROMAN DE TROIES. 

.l.- Manitscn't de In Bibliothèque impériale de Vienne, no. 25" 1, fol. 1)0"; B : Manuxrrit de In 
Bihliothèijue de Saint-Marr, frmif. XVII, 13* siècle, parchemin, fol. 117''; C: Manuscrit de la 
Bibliothèque de Saint-Marc , franc. XVIII, 14"' siècle, parchemin, fol. 73''. Cf. Joly , Benoit de 
Sainte-More et le Roman de Troie, Paris 1871, vol. II, p. 210 ff.; Herbort de Fritslar, vd. From- 

mann, v. 9.528—9863. 



Acompli furent li sis mois; 

cil de la vile et li Grezois 

rarmerent bien d'armes lor cors: 

puis s'en issirent as chanz fors. 

per doze jors se combatirent, 

aine jusq'al seir ne départirent. 

molt i ont jostes et tomois 

et chevaliers a mort destrois. 

molt par i out d'estrange guise 

de ça et de la jn'ant ocise 

en iceste l)ataillé uitaine. ; 

ainçois qe passast la semaine, 

out molt ocis de haute gent: 

ce dit Daires qi pas n'en ment. 

maint duc, maint amirail prisié 

i out ocis et detrenchié. 

En cel termine et en cel mois 
molt plus qe nen avoit ainçois 
morirent cil qi navré erent. 
sachiez qe poi en escamperent. 
ici avint q'en cel esté 
i out si grant mortalité, 

2 ca-stoier ( : noicr) Mu. et P. 4 nô Ms. o no 
Mf, non P. '.I trambl. M.i et P. 10 Aconpli A. 
sis] VII C. II uille BC. greçois A. 12 ramèrent 
C, .sarmtrcnt /l . i:» es li. n doçe A. l.'> ius- 
quc B. iusqs C auiwoir B, airsoir C. Ki moût 75. 
ioastcs B. tomoiz A. 17 Chevaliers mors et d. yl. 
l*. mout B. et toujours ainsi, mol A. ot tous les 
mm. et toujours ainsi. 20 cestc A. witaine C, 
otaine A. 21 ainz qe trespassa.st BC- 22 oncis 
daute C. 2?. dit manque C. dares C. qe /i. ne BC. 
24 amiraus fi. prise BC. '!:> dctranche Ji. 20 terme 
B. tel— tel C. 27 Plus qe navoient fr-t f-iiizoiK fJC. 
2«i monrirent /i. 2!» esehanperent A. :iO en cel 
termine et en /JC. cest A. :ji si grant] telle BC. 



in sempres erent li navré mort. 

molt en eurent grant desconfort 

et cil defors et cil dedens. 

tant out duré icist contens 

que li dommages fu si fors 
1.-. et tant i out chevaliers mors 

que n'en ])ourent plus endurer, 

trives lor estut demander. 

Agamenon i a tramis 

par le conseil de ses amis. 
20 au roi Priant les ont reqises. 

il les dona par tels devises 

qe trente .jors soient sëur 

et en la vile et fors del mur. 
Li trente .jor sont afié: 
2.-) qant li mort furent enterré 

et ars e.s rez e seveli, 

si refurent auqes garni 

cil de la vile et afaitié. 

Inr pas eurent bien enforcié. 
;;() li rois Prianz par maintes fois 

tcnoit parlemens molt segrois 

2 assanibla Ms. o voir voire P. 7 n'en P. siguor 
Ms. 10 senpres .4. il orcnt ABC. i2. 13 et cil 
dedenz et cil defors. li contens dura iiisquc (dusqz) 
aors (acors) BC. 14 et li BC. si fiers (fers) BC. 
t.'j mortchrs/JC 10 qil ne BC. porcnt tous les 
mss. 17 estoit BC. lo por li C. 21 il] qi BC. 
le A. tel ABC. 22 fuissent A. seurs: des murs BC. 
23 le premier et manque C. uille ABC. fors de la A. 
23 furent ^L 2.'i entere /i. 20earsylZÎ. enrcz C, 
el feu A. eseueliz ( : garni/,) B. enseuelis C, 2 sepeli 
A. 27 resf — bien g. T. 2s aille ylC. afaitiez 7i, 
esforcic A. 2!t enforohirz B, afaitic A. e mit' ront 
lor pas C. 30 .Minda fi. p. m ] soventes BC. 31 
inan.yue C. plement .l/i. estrois /^. 



BENEOIT, ROMAX DE TROIES. 



138 



as plus procbainz do son pais 

et as meillors de ses amis 

de tels choses qi lor nuiroient, 

se il garde ne s'en prenoient. 

hai las. (jel perte et qel dolor 

lor avendra ains le tierc; jor 

e com pesante destinée! 

ne sai com soit par moi contée, 

ne sai com nus la puisse oïr. 

le jor dëussent bien morir 

qi lor avint, ce fu bien droiz: 

si angoissons et si destroiz 

furent puis tant com il durèrent. 

aine puis joie ne reco^Tcrent, 

ne je ne sai mie coment 

des or orois com faitement 

avint de la bataille après. 

ne cuit qe nus hom oie mes 

si grant dolor, si grant domage. 

ce qe dist Cassandra la sage 

avendra tôt desoremés. 

icelle trive, iceUe pes 

des trente jors fu trespassee. 

lor genz fu saine et respausee. 

chascuns a lendemain s'atent •; 

d'estre au mortel tomoiement. 

au desfaé, au perillous: 

trop par fu grez et angoissous. 

a mal dite bore commenza 

et en plus maie defina. : 

Andromacha apelloit l'om 
la feme Hector par son droit nom. 
gente dame de haut parage. 
franche, cortoise. proz et sage. 

1. 2 ou ses amis ; ou sis foi. prent et donc con- 
saus j ars. poruoieut soi de moutespars C. 1 prochiens 

B. 3 tiel chouses qi leur 2?. tes C, tel ,1. 4 pren- 
droient .4. de garder de ce ne pnoient C. 5 Ha 13. 
perde C. « ains cl tierç A, jus qa (dusqz C) brief 
BC. 7 la pesance e la d. 5. s cîï puiss cstre 7?C 
9 qe sol la iîC lo tôt d. li ior partir C 11 fust 

C. drois manque C. 12 angoisseus etc. B. 13 cû B. 
14 einz puis î?, conques C. ni C. 16 puissiez oir 
cîi B. IS nul .1. die C K» doleor B. et si ^1. 
20 dit^l. 21 auoirera des ores mes C 22 icele 
trieve iccle ..1. 23 ior B. trespassees B . trépasse 
C. 24 saines B. repensées B. dambesdos pars lont 
demande C. 2i; mortes B. 27. 2S manque C. des- 
faie B. 2S fu tiers B. 2» en raout maie eure B. 
30 et manque BC. 31 Andromaca ^-1. Ion: nô B. 
ot celui son C. 32 famé B. en soi droit C. 33 haute 
C. 34 riche e. C. e preus B. 



molt ert lëau.s vers son seignor 
e molt Tama de grant amor. 
de lui avoit dous beaux enfans; 
li ainz nez n'avoit qe cinc ans. 
Laùmedon ont nom li uns, 
qi ne fu laiz ne noirs ne bruns, 
mes genz e blanz e blonz e beaus 
e flors sor autres damoiseaus. 
l'autres out nom, ce dit l'escriz, 
Asternantes, mes molt petiz 
ert li enfens e alaitanz: 
n'avoit encor mie trois ans. 

Oiez com fait demostrement 
icelle nuit demainement 
qe la trive fu definee; 
dut bien la dame estre esgaree. 
si fu elle, jel sai de voir, 
li deu li ont fet a savoir 
per signes et per visions 
e per interpretacïons 
son gi-ant domage e sa dolor. 
la nuit ainz qe venist le jor 
out elle assez paine sofferte. 
mes de ce fu sëure e certe, 
se Hector s'en ist a la bataille, 
ocis i estera sanz faille: 
ja ne porra del camp eissir, 
cel jor li convendra morir. 
la dame sont la destinée 
qi la nuit U fu demostree. 
s'elle out de son seignor dotance, 
crieme et paor et esmaiance, 
ce ne fu mie de merveille. 
a li meïsme se conseille. 

1 fu leus C. 4 li ainciez C. qe] pas C. 5 lau- 
donmata .,-1, ladomahan B. non C*. G qui ne noirs 
: nelez ne briis C. 7 mes] qui C, manque A. g. fu .1. 
blans : blois : genz C. bloiz e blans B. <^ e manque 
C. seur B. tôt autre C. 10 alternïïtes B, astrenates 
C. enfes petit C. 1 1 joules cosiax et C. 12 mie 
encore.!, encore mie jÔ. deus i>'. 13 Oez BC. cû 
B. destruinient ..1. 15 compile C. 16 marrie C. 
dont 1. d. est eifree B. 17 ie el .1. ce dit por v. C. 
IS li firent C. lit aui.sions C. 21 doumage B. 

22 nuiz einz B. Aine que laube parent delior C. 

23 poine souferte B. : sofreite A. 24 seur C. 2ô se 
ist C. 26 Ocis i sera B, 0. sera il C, quil i sera 
ocis yl. 27 ni C. pora AC. champ B. 28 cil C. 
le A. conura C. 29 sot AC, set B. 30 li] i A. 
mostree C. 31 sel ot A. 32 crieme peur B. 
33 de manque A. 34 lui BC. meismes BC, mees- 
me A. sen B. 



139 



Xlle SIECLE. 



140 



'Sire', fet el, •luostrer vos voil 
la merveille dont je me doil. 
ije par un poi li cuers de moi, 
tel paor ai et tel esfroi, 
ne me desment et ne me faut, 
li soverain et li plus haut 
le m'ont mostré qe je vos die 
q'a la bataille n'alez mie. 
par moi vos en font deffïaïue 
et merveillouse demonstrance : i 

n'en vendriez jamés ariere, 
c'om ne vos aportast en bière, 
ne voelent pas les deïtez 
ne les devines poëstez 
qe i ailliez, mostré me l'ont. i 

tel desfïance vos en font 
qe vos n'issïez al estor, 
car vos momez sanz retor; 
e quant il vos en font dévié 
n'i irez pas senz lor congié. 
si mel créez, je vos di bien, 
garder devez sor tote rien 
qe n'enfraigniez lor volunté 
ne rien qi soit contre lor gré.' 

Hector vers la dame s'iraist 
qi ce li dist, pas ne li plaist 
la parole q'a entendue, 
ireement l'a resi)ondue : 
'desor', fet il, 'sai je e voi 
ne dot de rien ne nel mescroi : 

q'en vos n'a senz ne escient. 
trop avez pris grant hardement, 
q'itel chose m'avez nonciee, 

1 dit.l. elle (ck) .ly^C. moustrer /i. i je] tant 
C :t le cuer B. 4 ai manque B. ' le munf/ue C. 
demonstre C. iel .1. >> ni alez B. '.» por B. en 
manrjue C. deueance B. 10 c si sachiez bien sanz 
dotanc* C. 11 reueudroiz .1, ne torneroiz C 12 
qen /i. V. eu raport .1. Ne .soiez portez C. i:', poes- 
t<z,l. U potstez juarifjue (\ deitcz^i. l.j (|e i 
ailliez vianf/ue C Qensi moroiz m. le mont A. 17 
issiez '^.'. hui al .1, fora al /:/. is i nioroiez J. Ja 
ne scamparez d(; cel jor C. m ille uos ont diuise C. 
■>0 nirois mie sanz .1. vos en iroiz pas sanz leur gre 
C. 21 me .1, men C. seur tote rien C. 22 deuiez 
g. ce uos di bien C. 2.3 qui ne C. uolentez A. 
U ne de r. C. qe B. contre] ote B. i:, se test /JC. 
20 ce «je A. dit B. de ce qui lot C. point JJ, rien C. 
plaît C. 27 sa C. tient abalue C. 2't je) e C, bien 
A. .ut doit /i. ne ne B. je nu C. m na point 
descicnt C qen naill*- ;iii tornuiiiiH nt /i. XJ noncie 
(:80Dgie) AC. 



se la folie avez songiee, 

si la me venez raconter 

et chalongier e deveer 

q'armes ne port ne ne m'en isse. 

mes ce n'iert ja tant com je puisse, 

qe vers les culverz ne coiitende 

e qe je d'elz ne me défende 

qi mon lignaje m'ont ocis 

e ci assegiez et assis. 

se li félon, li deputeire 

ooient dire ne retreire 

e li baron de ceste vile, 

dont il i a plus de dous mile, 

qe de songe, se le songiez, 

fusse si pris ne eslongniez 

d'armes porter ne fors eissir, 

com me poroie plus honirV 

ne voille dex qe ce m'aviegne 

qe por ice mort dot ne criegne. 

n'en parlez mais, car sachiez bien, 

je n'en feroie nule rien.' 

Androraacha plore et sospire. 
si gi-ant duel a et si grant ire 
qe la colors q'el' out vermeille, 
teinst e palist, n'est pas merveille, 
e par un poi le senz ne port, 
au roi Priant mande en apert 
q'il li deviet et le detiegne, 
qe lais domages n'en aviegne: 
sor tote rien gart n'i ait l'aille 
q'il n'aut le jor a la bataille, 
crient et dota li rois Prianz, 
qi inolt fu humbles e rïanz, 
en nul n'a fiance q'en lui: 

1 .sic t'oWio B. i mehi li. reeonter ii, conter 
C. 3 et manque B. 4 ni p. C. ne qe venisseyl. 
h ni ert B. nert A C. come ia p. C. G qenvers B. 
que ie C. cuuers B, cuiucrs C. 7 e qe ma terre 
(le d. . !. et (pie vers ans ne me contende C. ii et en 
ceste cite assis C. lo li cuiuert d. C. 1 1 oient BC 
conter et retrahire 6'. 12 li ch'r C Vi oilnaJ. 
dont plus i a C. de cent/1. 14 de] dou /jî. selle 
B, si le /l. 1.", fuisse .i4. esniaiez /iC. Uine]etyl. 
(pie ie nossaiise f. C. 17 ne me B, corne C. 1!» por 
ce (che) BC. mort] me B. et crieme A. 20 car] ce 
B. ne p. tenez uos lien C 21 leiroie porvosr. /i. 
car nen ferai ce s. b. C. 24. 2.') manquent C. <|ella 
B. 2.') teint /i. 2(1 que par -sen nen J3. 2S (lui 
il uieit qui le C, qil le liuiet : qel/1, 20 ne li 
BC. enuiegne /i. :«) gart] qil yl. oi B. :n MB. 
:»2 et manque (J. :t:i huenels.1. li péril uoit (|uil 
est si grans C. 34 Ni a f. (jue en C. 



Il 



HENEOIT, ROMAN DE TRUIES. 



142 



ce rst sa tente c son refui. 

set s'il u'i va, la perte ert lor: 

sor aus rcvcrtira le jor. 

en sor ye tôt n'ose muer 

(['il nel retiegne del aler. 

la dame set de grant savoir, 

ne doit l'en mio desvoloir 

ce lie por bien dit et ensaigne. 

Paris a pris e sa compaigne, 

et Troillus et Eneas, 

roi Menon e PoUidanias, 

rois Sarpedon e rois Glaucus 

e de Lancoïne Eufrenus, 

e Cipressus li tors li granz 

qi cstoit gTaindres c'nns jaianz; 

rois Terepex, rois Adrastus, 

rois Ejjistrox, rois AJcamus, 

rois Thesëus e rois Fortius 

qi sire estoit des Filistius; 

Filifficnis li granz li proz 

et les auti'cs riches rois toz 

a establiz e devisez 

e les conrois fais e sevrez. 

molt par furent riche e plenier. 

qant covert furent li destrier 

e les enseignes atachiees 

es trenchanz lances aguisiees 

e li vassal furent armé 

c por bataille conreé, 

s'a commandé Prianz li rois, 

qi molt fu sages e cortois, 

c'uimés s'en issent li conroi 

tôt bellement e senz effroi. 

trop tardoient, car cil de la 

sont ja as lices grant pie(;.a. 



■io 



th 



Des qe ce vit Hector e sont 
qe SCS pères li dcvëout 
q'il n'i alast a celle foiz, 
enragiez fu e si destroiz 
qe i)ar un poi n'a molt laidi 
celle qi ce li a basti. 
lui e s'amor a toz jors pert, 
qant ce a dit a descovert 
sor son dévié, sor sa manace : 
jamés n'iert jors q'il ne la hace, 
e par un poi q'il ne la tiert. 
ses armes li demande e qiert 
isnelement senz demorance, 
qe plus ne fera atardance. 

La dame les ont destornees, 
mes a force sont raportees. 
son hauberc vest isnelement. 
Andromacha el pavimcnt 
par maintes foiz cstut pasmcr, 
qant elle vit son cors armer, 
molt fait grant duel et angoissons; 
le jor redote perillous. 
molt li prie que il remaigne 
e qe son corage refraigne. 
merci li cric molt sovent; 
ne li vaut rien, qant ce entent, 
qe n'i pora merci trover 
ne por braire ne por ci'ïer, 
e voit qe por nulle manière, 
por dit, por fait ne por proiiere 
ne le pora plus retenir, 
si a les dames fait venir, 
sa mère e ses belles serors. 
o criz, lermes e o plors 



35 



i cur cest C. sa entente A. 2 Se il uiet B. est C. 
i \i B. \ na remuer B. 5 qe nel B. detiegne B. 
«. 7 intervertis A. 7 doit en A. i) a prise sa B, 
sen ist o sa^-1. lu le premier at maïujue B. et sa 
conpaigao C. 1 1 roniaiion C. 12 roi — roi C. clas- 
tus B. 13 lauchone C, laurone xL eufremius C, en- 
fpmus.<4. 14 enpesiis C, cupessus ^1. lôgraiudes 
unp B. cil qui erent mires diin C. iaanz A. 1(3 
rcmus B, cpistroz C. arastus B. 17 sterepex C- 
acharnas jB. is eseus C. e manque B. lii sires i>. 
de A. 20 li fors ^1. 21 lui es les u. rois trestoz ^1. 
24 mit fu grans riches C. 25 le A. 26 atachies 
ABC. 27 e trenchant C, entantes B. aguisies 
ABC. 30 si C.B. 31 ert saines i?. 31 — 33 cui- 
mes sen issent li conrois C. 33 sanz desroi B. 
34 que cil C. 35 sunt iusqua au liceus C. 



1 Mes quant uit C. soit tous les mss. 2 sis B, 
sic peireJ. deueoit ^4i)', deueot C. 3 qe ni A. 
"•nalast C cestc i>. 4 corrucicz B. est^. si manque 
C. C celui ^l. (pic C. -, sanor B. et son cor pert C. 
S ot dit e B. (]. elle tel chose a C. o sor suen iî, 
son cor C, 10 ([ui C. ne len ache B. U Ne faut 
gaires qui C. 12 li manque B. 13 — 14 vianquent A. 
14 qui ne f. p. atendance C. 15 les auoit B, iiui 
lauoit C. mucics BC. lu m. uoille ou non B. et 
repostes et estoies C. 17. 18 manquent C. aubère ^1. 
18 pauemcnt .1. l'j. 20 après 22 C. mainte ^1. li 
estoit C lestuet ^. 20 puis qe s. c. li voit ^1. 21 
dol fassoit grant C. 24 qui C. corages .1. 25 prie 
doucement J. molt li crie s. merci C. 20 riens ne 
li uaut q. il e. B^ mes il par est ensi smari C. '11 que 
len ni poit nul bien C. 28 batrc ^1. 2!i quant voit C. 
qe en ,1. 30 proiere AB, prciere C. 31 len C. 
34 larmes o a C. 



143 



Xlle SIECLE 



144 



l'ont deproiié e conjuré 

c en maint senz amonesté 

q'il ne s'en isse c q'il n'i aille. 

n'i a proiiere qi rien vaille, 

ne lor monte ne lor vaut rien. .s 

•fiz', fait la mei-e, 'or sai ge bien 

qe tu n'as mais cure de moi 

ne de ta t'ame ne dou roi, 

qi noz volontez contrediz. 

bien devroies croire noz diz, lu 

bcauz douz amis, ne nos gerpii-. 

com porïons senz toi garir? 

tiz, chiers amis, qe ferions 

se ton cors perdu avionijV 

n'i a celui ne s'oceïst 10 

e ciii li cucrs ja ne partist. 

car remanez, beauz amis chiers: 

créez les diz de cez moilliers.' 

qi donc veïst a com grant peine 

Polixeua e dame Heleinc w 

se metoient al détenir! 

mes rien ne vaut, car retenir 

nel pueent pas por nulle rien; 

ce lor atie et jure bien. 

tant est iriez ne set qe face; 25 

Andromacha het c menace. 

Quant elle voit qc néant iert, 
o ses dous poinz granz cous se tiert, 
fier duel demaine e fier martire, 
ses cheveus trait e ront c tire. 30 

bien resemble feme desvee: 
tote cnragiec, eschevelee, 
e trestotc fors de son sen 
court por son fil Astematen. 

1 deproie AB, dcpric C, etc. 2 e manque A. 
sen B, senx lout A. 3 quil uenissc C. naBC 
n'i manque B. 4 que C. riens B. 5 mont JB, mo-*' 
stre C. n fils A C. sa C. or sai bien B, le s. b. C. 
7 que tue ëchicz et fauz vers moi C. s ton peiro 
ne de tui ^1. et vers — et vers li roi C. 'J qe B. 
nus tous les mss. io deussiez B. mes ^1. aiez de 
nos merci bel fiz C. 1 1 ne nos lasiez ne nus C. 
VI cornent portons B. ne nos laisse de dol morir C. 
U se nu» toi p. .1. i'> eele .1. qi ne B. I<; qi 
le cuer— perdist B. je ne] ne li C. 17 K. uos 
doz a. C. is oicz C. de tcz B, uostre C. 1'» en 
con B. Il sen A. départir B. tt car] dou B. 
m. ne li poent pas tollir t'. 'l\. TX manrjueut BV. 
ii e«t mav'/ue A. quil C. 27 (|e ce ja niert A. 
2S mains BC. l'J. W intervertis BC. traitront e 
detire A. .il ennt^ie A, esra^'ie B, raj,'ie C. 3J tôt 
periJC. astrenaten ZÎC'. 



des euz plore molt tendrement, 
entre ses braz l'eucharge e prent. 
vint el paies atot ai'ieres, 
il chauçoit ses genoilliercs. 
as piez li met c si li dit 
'sire, por cest enfant petit 
qe tu engendi'as de ta char 
te pri nel tiognes a eschar 
ce qc je t'ai dit e nuncié. 
aies de cest enfant pitié : 
jamés des euz ne te verra, 
s'ui assenbles a ceuz de la, 
hui est ta mort, hui est ta fins, 
de toi remandra orfenins. 
cruëlz de cuer, lous enragiez, 
par qoi ne vos en prent piticzV 
par qoi volez si tost morir? 
par qoi volez si tost guerpir 
et moi e li c vostre père 
e voz bcrors c vostre mereV 
par qoi nos laisseroiz périr V 
coment porrons sens vos gerirV 
lasse, com maie destinée!' 
a icest mot chai pasmec 
a cas desus le paviment. 
celle l'en lieve isnelement 
qi estrange duel en demeine: 
c'est sa seroge, dame lleleine. 
Hector de rien ne s'asoploie 
ne por l'enfant ne s'amoloie 
ne les regarde ne tient plait. 
ja li ourent son cheval trait: 
monter voloit, n'i avoit plus. 
Andromacha saut fors par l'us, 
plaint e crie a si hauz criz 
qui molt i)ar sont de loing oiz 

1 des euz] adunc BC. plorant A. i le (li) congic 
prent B(J. i el] o A. pale B. o tôt J, adonc BC. 
1 Hector a mis Zf C. 5 Apres i^C. di&t />'. 7 qe li 
BC. ^ por coi le tiennes BC. \) qe te ai B, que 
tai C. Il qe iamesjBC. 12 ne resanbles (ras- 
ccnblcs) Z^C 13 crt — erti^. Il io A. Hi a que 
ne C. 17 gerpir C is et ne v. B. morir C. \\\ lui A 
li uetre ^. peire: meire .^1. 20 uos frères ZJ C. 21 
laisserez A. 22 com porions A. 23 com faite BC. 
21 adonc chai as dens (a denz) BC. 2'> pavement A. 
d. 1. p. acjas BC 2(> entre ses bras BC, 27 qi 
angoisscus BC. is ce est sa s. e d. A. rcroi'ge C. 
l'i saploie B. 31 nés r. ne ne A. regart C. :J2 son] 
si C. 31 plius Z^(.'. 3.'> criait, pi. soi e crie un 
si grunt cri BC. 3ii par fu JJC. oi BC. 



145 



BENEOIT, ROMAN DE TROIES. 



146 



el grant chastel perrin do Troie: 

n'a nul si sort qe bien ne l'oie. 

plorer lor fait les chaudes lermes. 

halas, corn aproche li termes 

(le chascuns voudroit cstrc mors. 

celle oui riens ne fait confors 

vint andous ses mains detorquant 

tôt droitement au roi Priant. 

si grant duel a qe mot ne sonc : 

a chief de pièce l'araisone. lu 

'Diva', fcit elle, "es tu desvez 
ou de ton sens si forsenez 
qe tu n'as mes cure de toiV 
saches, se Hector vait au tornoi, 
tu l'as perdu, si'n soies fis: 15 

il i sera einc hui ocis. 
je l'ai vëu per demostrance. 
li deu l'en ont fait desfiance 
par moi issi faitierement 
qe, s'il asemble a la lor gent, 20 

il l'ociront: gar q'en feras, 
jamés des eus ne le veras. 
va, sire, tost, si le retien. 
Asternaten son fil e mien 
li aportai ore a ses piez. 25 

de sa mère a esté priiez, 
d'Eleine e de Polixenain. 
mes ce a esté tôt en vain, 
ne nos deignoit sol esgarder. 
sachoiz q'il voloit or monter 30 

qant je ving ça corrant a toi. 
va, sire, tost, retien le moi.' 
ne pot plus dire, pasme soi 
très dedevanz les piez le roi. 

Molt fu Prianz e fiers e durs 35 

1 perin .4. de manque B. 2 qiclerJ.6'. 3 des 
B, de C. 4 lasse BC. saprosme 2?, saprime C. 
5 neuaut^. 6 adeus 5, enibedui C. bâtant iîC. 
iO pieca B. 12—10 trop laidement seras grevez, 
se Hector sen ist a la bataille, ocis i sera senz taille 
A. 13 uai C. m il en C. 1^ uien B. l'.t et si 
entièrement £C 20 hui a lor^C. 21 i A. il 
occirunt C. garde B, qar A. 22 ne rêveras A. 23 
e sïlBC. 24 astrenates (-netes) 5C. 25 ores C. 
2(j a esté] estez C, est B. priez tous les 7ttss. 27 — 31 
De Polixenain et delaine. mes ca este parole vaine, 
car aine nen velt nule escouter. il voloit oren- 
droit monter, qant aeurui ici a toi A. polixe- 
naun B. 33. 34 molt ma hui ledie et blasmee. ne 
puet plus dire ainz est pasmee. deuant le roi el 
pavement, il en relieve bêlement A. 34 devant B C. 
35 e fiers] entiers C. 

Bartsch, Chrestomathie. IV. Ed. 



et vers ses enemis segurs, 

ne fu hastis, legiers n'estouz. 

franc cuer ont molt et simple c douz. 

qant les paroles ot retraire 

et vit la dame tel duel faire, 

cl cors li prent une froidor, 

dotance e crieme e paor: 

sospirs en issent granz e lonz. 

une pièce fu tôt embronz, 

lermes li moillent le menton 

e le blïaut de ciglaton. 

son domage sent et aleinc. 

sor un cheval monte a grant peine, 

fors del palais s'en est eissuz, 

dolens, pensis, taisanz e muz. 

Hector ataint en rai la rue, 

qi toz de maltalant tressue. 

molt par l'avoient fait irié 

por la noise e por le dévié 

d'issir s'en fors contre Greçois. 

desoz le hiaume paviois 

a le vis taint e coloré. 

li oil dou chief li sont enflé. 

plus les a vermeaux d'un carbon, 

plus tiers qe leupart ne lion. 

l'auberc vestu, ceinte l'espee 

sist tost armez sor Galatee 

qi del dur mestier est apris. 

Prianz l'a par la resne pris. 

'Beaus fiz', fait il, 'vos remandroiz. 
ce sachiez bien, vos n'en istroiz: 
sor ce q'il a de moi a toi, 
sor toz les deus de nostre loi 
t'en faiz dévié : retorne t'e». 
tant dois avoir reison e sen 
ne dois faire n'a tort n'a droit 

1 ses manque A. seurs^C 2 haustius^, astiz C. 
3 avoit et s. A. simples B. prist B. p mi le 
euer le prent froidors C. ^ len A. '.) une grant 
p. fu anbronz ^-1. 11 et le lesgoles del peliçon C. 
seinglaton 4. 15 pensiusJ. !•> répété C. 19 e 
manque A. 20 dissir fors encontre 5 C. 21 aume .4. 
23 ausi com sil eust plore. li sont el chief li oil 
vermeil, vérité dire vos en voil A. 24 de c. A. 
fiertez de 1. de 1. a la soie ne monte rien, par 
vérité vos di ge bien, nul ne losast enmi la chiere. 
veuir tant est cruels et iiere A. 27 galetee B. 
■1-6 àc A. 30' Beau ^. 31 S. qe hui la fors n'i A. 
32 et toi C. 33 et sor les A. li C. 34. 35 te conjur 
et ten faiz dévie, que nisses fors senz mon con- 
gie A. 

10 



147 



Xlle SIECLE. 



148 



chose mes plaisirs ne soit, 
sor toi avrai tel poëstë 
que n'istras hui de la cité, 
vois qe merveille e qel criée 
ont ces dames entr'elz levée; 
vois com chascune crie e brait, 
soz ciel n'a rien pitié n'en ait. 
va descendre, fiz, chiers amis.' 
molt par fu Hector entrepris. 

Li dit son père n'ose cnfraiudre, 
ne il ne set cornent remaindre. 
honiz en crient estre a sa vie. 
'sire', fait U, 'itcl folie 
com fu solement porpensee! 
por une foie, une desvee 
qi son songe vos a retrait, 
vos entremetez de tel plait, 
n'avenist pas, sachiez por voir. 



trop i porai grant honte avoir 
se je x-emaiug por tel afaire. 
ne vos devroit mie desplaire 
se je vos gens aloic aidier 
qi'n avrout encor hui mestier.' 
De tôt ice n'a Prianz cure : 
tant le prie, tant le conjure 
q'il en l'a fait torner ariere. 
tant par est fiers en mi la chiere 
qe no l'ose riens esgarder, 
ne se velt mie desarmer 
fors solement de la ventaille. 
Prianz envoie a la bataille 
touz ceaus q'il a ne avoir puet. 
tote la vile s'en esmuet. 
tuit s'en issent les armes prises 
loing as pleinz chanz fors des devises. 



FRAGMENT DE CHANSON PIEUSE. 

Paul Ueyst, romanische Inedita auf ilalidnischen Bibliolhekeii , Berlin 1856, p. 60. 

Marie ijui pur te. 



C'est la vierge 



Je plains et plor come feme dolente 
quar je ay perdu ce que plus m'atalente, io 
a grant tristour fuie est ma jouvcnte : 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusqucs a la mort. 

Beau dous cher fis, simple vis, bêle bouche, 
la vostre mort, beau fis, au cuer me touche, i:. 
des ores mais vivray come une souche, 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusqucs a la mort. 

Beau dous cher fis, vos deinaistes decendre 
dou ciel en moy et char umainc prendre. w 
por vostre mort bien me doit li cuer fendre. 

1 ou mi li. rien nulle o mi C. '.', hors de 
cestf cite C. \ de tost cest ior. vois qcl criée A. 
5 entrausfiC i> ctimeBC. ' ne C s chier 
fiz B, li niienz A. '.» par munfjue A. Ut défendre 
JiC. 14 solement com fu A. I.j folle et une B. 
U, BC8 songes BC. 1' por eoi vos e. B^ por qurji 
vos niellez C. 1*> ce di por voir C. Il» plors. 
21 est manque. 22. 23 cen deux vers ne furiiienl 
chez Hei/se qu'une ligne, t-i mort manqua. 



sans nul confort 

triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis et beau sire et beau père, 
quant vos de moi feïstes vostre mère, 
por vostre mort doi ge avoir bouche amere. 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, a la vostre naisance 
remés virge sans mal et sans grevance, 
que en pi-ent trop nature sa vengance. 
sans nul confort 
triste sera ma vie jusques a la mort. 

Beau dous cher fis, que grant joie j'avoie . . . 

1 pocz B. 2 por cest B. :\ doit C. 4 j'aloie 
noz genz BC. b qi en BC. qi anc hui en 
auront A. 7 li A. li B. % en a C- qil 
ne lu .1. !t si BC. qen A. 10 ne losc nuls 
hom .1. Il uout B, \iont C. onqes BC. \> 
sa A. lu enuoille AC. 14 touz manque C. 
et (|uil avoir C. l.i si C. 17 es C. sor A. 
de B, les A. f. desuises C. 2S enpren. su] 
sans. 



149 ROMAX DE TRISTAN. 150 

ROMAN DE TRISTAN. 

Manuscrit de Parts, franc, "ôfl (anr. ~\~'2). fol. \'2A^. 

En tel guise com ge vos cont estoit li roys bien se fust ocise sanz faille celui jor la royne. 
-Aiarch a la fenestrc et escoutoit le chant des se ne fust 11 roys March qui l'en destorna. 
"isiaux qui ja avoient comcncié la matinée si Quant la royne ot une pieco demoré en sa 

doucement que nuls nés oïst qui bien ne s'en chambre, si com ge vos di. ele retome a chief 
iliust resjoïr. il estoit encore bien matin et :-> de pièce ou praël: mais ele estoit adonc si 
ipiiiporquant li solaux estoit ja levez biaux, richement vestue et appareilUe com le jor 
M clers et si luissanz que toz li mondes en meïmes qu'ele avoit esté coronee et sacrée. 
1 >toit ja esclarcis. La ou li roys estoit a la Et sachiez que celé meïmes robe ou ele avoit 
teaestre en tel guise com ge vos di, il regarde esté sacrée et enointe avoit ele adonc vestue, 
et voit la ro ne venir qui sa harpe aportoit et lo et avoit avec tôt ce sa corone d'or en sa 
la mist ilec devant un arbre ; puis se départi teste, et bien avoit dit a soi meïsmes que tôt 
d'ilec et s'en retorna en sa chambre et ne ausint com ele estoit honorablement vestue a 
demora puis gaires, quant ele reviiat, et aporta la joie roial. tôt ausint voloit ele venir parée 
une espee molt richement appareillie de totes a la mort d'amors. Quant li roys voit que la 
choses. Tôt maintenant que li roys voit l'es- I5 ro ne vient ausint parée et acesmee et sanz 
pee, il connoist lors qu'ele fu de Tristain et tote compagnie, il s'esmerveille trop durement 
que ce fu l'espee que Tristans ama onques que ce puet estre. Il ert assez plus esbahiz 
plus, et lors reconoist bien li roys sanz faille qu'il n'estoit devant. La royne qui mie nel 
que la royne se velt ocirre, et de celé meïme voit ne garde ne s'en prent, vient a sa harpe 
espee. Or est mestier qu'il la destort de 20 droit et baise tôt preniiereraent le poig de 
cestui fait et qu'il l'ost de cest proposement. l'espee, mais don fuerre ele ne la trait pas, 
il ne voldroit por quant qu'il a en tôt cest ainz la met devant U et comence desus a 
monde qu'ele morist encore, et totes foiz dist plorer molt tendrement et a regreter Tristan. 
il qu'il ne se momTa mie encore si tost, ainz Et quant ele a auques mené celui duel, ele 
atendra encore por vëoii- que ele voldra faire, 25 prent sa harpe et la comence a atemprer. 

Quant la royne ot l'espee aportee ensint Et quant ele l'a atempree, ele comença adonc 
com ge vos di. ele la dresce a un arbroissel, a regarder tôt entor lui, et voit le temps si 
puis s'en tome vers sa chambre et demore bel et si cler et si durement net, et le soleill 
adonc une pièce, et sachiez que ele avoit luisant, et d'autre part ot les oissellons qui 
adonc ostees ensus de li totes ses dames et 30 chantent par mi le gardin lor divers chanz, et 
totes ses damoiseles, et Dynas meïme et Bran- aloient lor joie faisant par laienz. Et quant 
gien, et dist que ele se voloit dormir, quar la royne a grant pièce escouté celui chant et 
poi avoit la nuit reposé. Cil qui de ceste celé mélodie, a tant li sovient du moroys ou 
chose ne se prennent garde ne pensassent ja- ele ot ja tant de son déduit avec Tristan, et 
mais s'il ne lor fust enseignié par aucun que 35 lors comence a plorer. Et quant ele a celui 
la royne se voLsist ensint ocirre, si s'estoient plorer fine, ele ratempre autre foiz sa hari)e en 
ensint départi, li uns ça et li autres la, com tel manière com ele voloit dire son chant, et 
cil qui bien cuidoient que la royne se volxist comence son lay en tel manière com vos orroiz. 
reposer ensint com ele lor avoit dit. et sachiez Li solex luist et clers et biaux, 

que ele avoit après elx refenné si bien Fuis 40 et j'oi le dolz chant des oisianx 
de la chambre qu'il ne poïssent mie rentrer, se qui chantent par ces arbroissiaus, 

par son commandement non. Por quoi ge di que entor moi font lor chanz noviaux. 

23 encore-mie manque; suppléé par le ms. de 
Genève franc. 1S9. 25 atreraper. 2ti atrempee. 

10* 



151 



Xlle SIECLE. 



152 



De ces douz chaiiz, de ces solaz, 
et d'amors i[ui me tient as laz. 
esmué mon lay. mon chant enlaz. 
de ma mort déduis et solaz. 

Dolente mon doel recordant, 
vois contre ma mort concordant 
mon chant qui n'est pas discordant: 
lay en faz douz et acordant. 

De ma mort que voi aprouchier 
faiz un lay qui sera raout chier; 
bien de>Ta toz amanz touchier 
qu'amors me font a mort couchier. 

Liée, triste, chantant, plorant 
vois amor com dieu aorant. 



tuit amant, venez ça corant, 
vez Yselt qui chante en morant. 

Lay comenz de chant et de plor, 
ge chant mon lay et si le plor. 
chant et plor m'ont mis en tel tor 
dont jamais ne ferai retor. 

Tristan, amis, (piant vos sai mort, 
premièrement maldi la mort 
qui de vos le monde remort, 
se d'autretel mors ne me mort. 

Puis ([u'estes mort, ge ne quier vivre, 
se ne vos veïsse revivre, 
por vos, amis, a mort me livre; 
ja iert de moi le mond délivre. 



FLOIRE ET BLANCEFLOR. 

Edition d'Immnnuel Bekker dans les Abhandlungen der philos.-histor. Klasse der Be.rliner Akademie, 
1844, V. 228T — 2524, comparée avec celle d'Edélestand- du Méril, Paris 1856, v. 2029—2268. Le 
Jîls de roi Floire cherche son amie Blanceflor , <]ui a e'té vendue comme esclave; il la trouve enfin 
chez C amiral de Babylone, dans une tour dont la ruse lui procure l'accès. Cf. Zeitschrift fiir deutsckes 
Alterthum 31, 324 ss. et le poème allemand de K. Fleck [Sommer 5551 — 5848) dans Wackernagel, 
altd. Lesebuch (4e e'dit.) 583, 24—594, 3. 



Atant s'en est Floires tornés. 15 

li portiers a engiens trovés 
k'as damoiseles de la tor 
vaura présent faire au tierç jor. 
de dors assés a fait cuellir 
et corbeilles grandes emplir. 20 

atant est Floires repairiés: 
au terme vient joians et liés, 
un blïaut ot vestu vermeil, 
car del huissier en ot conseil, 
por çou c'avoit une coulor 'lu 

et li vestimens et la fior. 
l'uissiers envoie ses presens; 
del envoier ne fu pas lens: 
une corbeille a a chascune, 
si a fait Floire entrer en une. :i<i 

Floires clôt les iex, pas nés oevre, 
et li portiers des flors le coevre. 
dont a deus serjans apelés: 
'ceste corbeille me portés 
lasus amont en celé tor 35 

a damoisele Blanceflor, 

!♦ aprochicr. 10 molt. \i; engien trove BM. 
23 vermel: consel B. 3i lassus: ce vers et lu 

suivant marif/ueni dans Bekker. 



a la cambre les le degré 

qui vait au lit al amiré. 

se li dites que li envoi: 

gré m'en savra si con jon croi, 

et si cuit que l'avra moult ciere; 

puis vous en venés tost arrière.' 

cil prenent les flors, ses emportent, 

si sont cargié que tôt détordent; 

'des flore', dïent, 'moult en i a', 

si maudïent kis i foula. 

par les degrés montent amont; 

mais a la cambre failli ont. 

le Blanceflor laissent a destre: 

en l'autre entrent ki'st a senestre. 

quant cil sont ens, lor flors descendent, 

celi qu'il truevent les présentent. 

cil lor message en haste font, 

lor flors laissent, si s'en revont. 

celé les prent, si les mercie; 

a la corbeille est tost saillie, 

des flors se jue et esbanie. 

Floires cuide çou soit s'amie: 

l»i va BM. \^ sara liM. *it; fali B. uy des- 
cargcnt jW. 30 a celi— les baillent /:?. 34 et la 
pucele est tost salie B. 



153 



FLOIRE ET HLANCEFLOR. 



154 



por la joie qu'ot sus sailli. 

la pucele s'en esbahi, 

(le la paor c'ot si s'esorie 

'merveille voi, aie, aïe!' 

Floires resaut en la corbeille: ;> 

s'il ot paor, n'est pas merveille, 

(juant il a s'aniie a failli ; 

dont cuide bien c'on l'ait trahi. 

des Hors errant s'a recovert 

si que de lui noient ne part. lo 

atant ses compaignes akeurent: 

quant el l'oënt, pas ne demeurent. 

si 11 demandent que ele oit, 

por quel paor ensi crioit. 

celé se fu rassëuree v> 

et de Blancetior porpensee: 

ce fu ses amis, bien le sot, 

que ele tant regreter so^. 

quant ele se fu porpensee, 

si a parlé comme senee. 20 

'des flors sailli un paveillon 

des eles feri mon menton. 

del paveillon tel paor oi 

que m'escriai plus tost que poi.' 

arrière s'en revont gabant; 25 

ele remest seule l'enfant. 

ele ère a Blanceflor compaigne, 

fille estoit au roi d'Alemaigne. 

entr'eles deus monlt s'entramoient, 

ensemble a l'amirail aloient. 3o 

la plus bêle estoit de la tor 

de toutes après Blanceflor. 

illueques pas grant plait ne tint : 

en la cambre Blancetior vint. 

Blanceflor est de l'autre part: 3.'. 

s'ele parole, c'est a tart. 

en son ami a mis s'entente; 

por lui est nuit et jor dolente. 

les cambres près a près estoient; 

entr'eles deus un buis avoient, 4o 

par coi l'une a l'autre venoit, 

quant son bon dire li voloit: 

Claris ot non la damoisele. 

Blanceflor doucement apele 

1. 2 Bekker donne quatre vers à la place de ^•' 
ces deux. 13 si li] celés B. 15 asseuree B. 
21 sali BM. 27 ert BM. ^<^ entre les B. 

30 ensanle B, ensamble .1/. 31 tour B. 40 entre 
les BM. 43 Gloris B, toujours. 



"bêle compaigne Blanceflor, 
volés vous vëoir bêle fior, 
et tcle que molt amerés, 
mon essïent, quant le verres ? 
tel flor n'a nule en cest pais: 
ele n'i crut pas, ce m'est vis. 
venés i, si le connistrés; 
donrai le vous, se vous volés.' 
■avoi', fait Blanceflors, 'Claris, 
por coi si griénient m'escarnis? 
pecié faites en moie foi, 
quant vous ensi gabés de moi. 
damoisele qui a amor 
et joie en soi, doit avoir flor. 
bêle suer Claris, douce amie, 
près est li termes de ma vie. 
li amii-ails dist qu'il m'avra; 
mais se diu plaist, il i faura. 
l'amirails faura a m'amor. 
com fait Floii-es a Blanceflor. 
por soie amor engien querrai 
et priveement m'ocirrai. 
ami ne vaurai ne mari 
quant jou au bel Floire ai failli.' 

Quant celé l'ot, pitiés l'en prent: 
puis ce li a dit doucement 
'damoisele, por soie amor 
vous requier que veés la flor.' 
quant de s'amor conjurer s'ot, 
li s'en vait con plus tost pot. 
Floires a la parole oïe : 
quant sot de voir que c'est s'amie, 
de la corbeille sailli hors, 
visage ot cler et gent le cors: 
onques nus plus biaus hom ne fu. 
Blanceflor l'a tost conëu : 
et il ra bien li conëue; 
_ el vit son dru et il sa drue, 
sus s'entrekeurent sans parler: 
gi'ant joie font a l'assambler. 
de grant pitié, de grant amor 
pleure Floires et Blanceflor. 
de ses bras li uns l'autre lie, 
et en baisier cascuns s'oublie, 
el baisier a une loëe 

17 amirals — ara BM. 19 amirals BM. 24 fali 
B. 27 por sire B. 29 coniure l'ot B. 30 va 
BM. 33 sali B. 40 quant B. 



155 



Xlle SIECLE. 



156 



qu'il font a une reposée, 
lor baisiers est de grant douçor. 
tonnent les asaveure amor. 
quant se laisent. nul mot ne dïent, 
ains s'entresgardent. si sosrient. 
(?laris voit le contenenient. 
lor joie et lor acointement : 
en riant dist a Blanceflor 
•compaigne. connissiés la flor. 
orains estiés vous deshaitie; 
mais or vous voi joiant e lie. 
grant vertu a icele Hors 
qui si tost taut si grans dolors. 
orains ne le voliés vëoir; 
or n'avés nul si cier avoir, 
moult esteroit vostre anémie 
qui vous en feroit départie.' 
'kieles'. fait Blanceflor, -Claris, 
ja est çou Floircs mes amis.' 
puis se tome vers son ami. 
'par li vous ai, soie merci.' 
Claris andui forment mercïent 
et en plorant merci li crient, 
que par li dcscovert ne soient: 
car mort u deffait en seroient. 
Claris fu moult de franche part. 
dist lor 'n'en aies ja resgart; 
bien en poes estre assëur. 
la rien que plus aim vous en jur: 
garderai vous en boine foi, 
si comme jou feroie a moi, 
se ensement m'ere avenu.' 
quant Floires l'ot, joians en fu. 
et Blanceflor adont l'emnaine 
en la soie cambre demaine. 
en un arvol d'une cortine 
de soie, u gisoit la mescine, 
se sont assis priveement. 
après dist cascuns son talent : 
Floires a premiers commencié. 
'amie', fait il, 'moult sui lié. 
moult ai bien ma paine akievec 
quant jou ensi vous ai trovee. 
por vos ai esté de mort près 
et de travail soffert grant fes. 

3 asceure Ji. 4 se baisent B. 1 1 joians BM. 
12 quant B. 22 andui] de diu Ji. -in. 27 man- 
quent dans B. 'M seurement icrt consentit fi. 



onques puis que perdu vos oi, 

joie ne repos aine puis n'oi. 

(luant je vous ai a mon talent, 

il m'est avis, nul mal ne sent.' 
5 elc respont, 'estes vous Floire 

qui fu envoies a Montoire. 

a cui me toli par envie 

li rois ses père o trecerie? 

biaus douç amis, je vous faç sage 
10 que je vous aim de boin corage. 

aine puis n'oi joie ne déduit, 

saciés, ne par jor ne par nuit. 

comment venistes vous çaiens? 

çou cuit que soit encantemens. 
15 biaus amis Floires, je vous voi 

et neporquant si vous mescroi. 

mais, amis, qui que vous soies, 

forment vous aim: ça vous traies.' 

et il si fist con plus tost pot. 
2» la damoisele bien le got. 

après a l'un l'autre conté 

com fetement il ont erré 

des icé jour qu'il départirent 

dusqu'a celui qu'il s'entrevirent. 
25 Adont a joie ensemble furent : 

ensemble mangierent et burent 

et orent joie a lor talent. 

si se déduisent lieement. 

Claris les garde en boine foi 
30 et si les sert moult bien amoi; 

et de lor mangier et del sien 

les sert Claris: moult lor est bien. 

se eele vie lor durast, 

jamais cangier ne le rovast. 
:{5 Floires li biaus et Blanceflor 

ensi menaissent lor amor; 

mais ne porent, car lor amors 

toma Fortune par ses mors. 

do lor amor et de lor vie 
4(1 demoustra bien qu'elc ot envie. 

por çou que d'aus voloit juër, 

sor aus fait sa roe torner. 

or les avoit assis desus 

juër sans mal: ses abat jus. 
4.'i çou est ses jus, c'est sa nature; 

19 BÏ B. .21 — 24 mani^uenl li. du M(:ril ne les 
a pas non plus admis. 2(1 onsamble Af, ensanle 
/?. 2H lif'iTient li. 



157 



CRESÏIEN, CHANSON. 



158 



en çoii met s'entente et sa cure, 
bien le connoissent cil del mont, 
car tout le sentent qui i sont, 
por CDU que ne puct estre estable 
et Fortune tome sans fable, 
as ims taut et as autres done: 
sept fois mue entre prime et none. 
el ne garde pas a proëce 
ne a biauté ne a rikece. 
ce set on bien: au fol proé 
done roiame u grant conté. 



et les veskiés doue as truans 

et les boins clers fait pain querans. 

qui en lui cuide cstablcté, 

je le tieng bien por fol prové. 

qui en son doner point se lie, 

ne connoist pas sa druërie. 

or fait plorer et or fait rire, 

or done joie et or done ire. 

ceus fist primes joieus et liés, 

puis angoisseus et coreciés. 



CRESTÏEN EE TROIES. 
CHANSON. 

Ali/ranzôsische Lieder berichtigt und erldtUert von Eduard Miitzuer , Berlin 1853, p. 63 — 65. 

Ains del beveraje ne bu' 



\r^ 



D'amor ki m'a tolu a moi 
n'a soi ne me veut retenir, 
me plain ge si q'ades otroi 
que de moi face son plaisir; 
et se ne me repuis tenir 
que je ne cant, et di por koi, 
quant cieus qui le traisent voi 
sovent a grant joie venir, 
et g'i fail par ma bonc foi. io 

S'amor por essauchier sa loi 
veult ses anemis convertù', 
de sens li muet, si com je croi, 
k'as siens ne puet ele falir. 
et je. qui ne m'en puis partir 25 

de celi vers cui me soploi, 
mon cuer, ki siens est, li envoi; 
mais de noient le cuit servii- 
qant ce li rent que je li doi. 

Dame, de ce que vostre hom sui 30 

dites moi se gré m'en savez? 
nennil, se j'onques vos conui, 
ains vos poise qant vos m'avez, 
et puis que vos ne me volez, 
dont sui je vostres par anui : 35 

mais se ja devez de nului 
merci avoir, dont me sosfrez, 
que je ne puis servir autrui. 

2 tout li mont B. a doner largement rikece 
B. 12 D'amour elc. 17 jou, toujours. 20 boine. 
29 cou. reuc. 31 saves etc. 32 counui. 



tlont Ti-istans fu enpoisonez, 
car plus me fait amer que lui 
fins cuers et bonc volentez. 
bien en doit estre mieus li grez, 
c'ains de rien esforciez n'en fui 
fors tant que les miens iex en crui, 
par cui sui en la voie entrez, 
dont ja n'istrai n'ains n'en recrui. 

Cuers, se ma dame ne m'a chier, 
ja por ce ne t'en partiras; 
toz jors soies en son dangier 
puis k'enpris et comencié l'as, 
ja mon los plenté n'ameras, 
ne por chier tans ne t'esmaiier; 
biens amemdst par delaiier: 
car qant plus desirré l'avras, 
plus t'en ert dous a l'asaiier. 

Merci Guidasse au mien cuidier, 
s'ele fust eu tôt le coupas 
del monde, la ou je le qier, 
mais je cuit qu'ele n'i est pas; 
car ains ne fui faintis ne las 
de ma douce dame proiier. 
proi et reproi sans reco\Tier 
si com cil qui ne set a gas 
amors servir ne losengier. 

7 plorerj juer B. 13 enpuisunez. ib boine. 
17 riens. 20 recrui Ms. 1S4] issi J/. 23 toujours. 
26 cier. 32 la u. 35 proier. 



159 



Xlle SIECLE. 



160 



GUILLAUME DENGLETERRE. 

Chroniques AngloSormandes . publ. par Fniiicisque Michel, Rouen 1S36 — 40, 3e vol., p. 67 — 80. 
Compare avec le !nanu;>crit . fonds franc. 375, ancien 69S7 , /ol. 242, par M. Schirmer. On trouve 
un récit analogue dans le poème moyen-haut-alleniand 'Die gute Frau' (Zeitschnft fur deutsches Alter- 
thum 2. 3S5 — 4SI), r. 17S1 — 1S64. Le roi Guillaume d'Angleterre, sur l'ordre de dieu, abandonne, 
ainsi <jue sa femme, son palais. Elle met au monde, dans la forêt, deur jumeaux ; elle est ensuite 

enlevée par des marchands. 



Quant il orent tôt atome, 
a la roche sont retorné; 
si ont la litière aportee 
sor coi la dame en ont portée 
si com lor plot et abeli 
maugré le roi et maugré li. 
molt en lu li rois angoisseus; 
mais entr'ax toz estoit si sens 
qu'il ne pooit a aus combatre : 
et neporquant ferir et batre, 
débouter et estoutiier 
se tist assez au convoiier 
tant k'a un d'aus pitez en prist, 
qui preudom estoit, se li dist 
'Max dous amis, créez consoil: 
cinc besanz de tin or vennoil 
vos donrai, se vos remanez, 
après nos por nient venez, 
prendez, amis, par ma priiere 
et les besans et l'aumosniei'e, 
car mestier vos porra avoir.' 
'sire, n'ai soing de vostre avoir, 
je n'ai cure de vo presant: 
vostre soient vostre besant, 
car je nés prendroie a nul fuer.' : 

•vassal, trop estes de grant cuer 
ou trop soz ou trop desdaigneus, 
quant d'avoir estes besoigneus 
ne ne daigniez cinc besanz prendre. 
ancoi sera vostre ire mendre, 
et je lairai ci, si venrez: 
quant vos plaira, si les prendez.' 
l'aumosniere a toz les besanz 
a jeté jus li marchëanz 
au plus tost qu'U pot vers la roche 
si k'a un rain del bos acrochc 

t tout Ma. 2 rocf. '« tos. i:j pitcs, et ainsi 
toujours b pour z. u consel: vennel. 1 s car après. 
23 pesant. ib jou toujours. 27 u — u. is be- 
soignex. 'ih roce ( : acroce). 



l'aumosniere remest pendant. 

et cU ne vont plus atendant, 

en lor nés ont la dame mise. 

li rois, cui deus et ire atise, 
5 remest dehors toz coreciez. 

en la nef tu U mas dreciez, 

et li maronier amont traient 

le voile que plus n'i délaient. 
Cil s'en vont, et U rois remaint 
u» qui molt se démente et complaint. 

molt se complaint, molt se démente, 

riens nule ne li atalente; 

mais a la roche s'en repaire 

et pense que il porra faire; 
lô que s'il remaint en Engleterre, 

tôt li baron le feront querre : 

tant ert quis qu'il sera troyez. 

lors s'est de deus batiax pensez 

et dist que en l'un des batiax 
20 metra lui c ses deus jumiax ; 

s'iront flotant par haute mer 

la ou dex les vaura mener. 

atot l'un des enfanz s'en va, 

l'autre sor la roche laissa, 
2.i a la mer vient, si a trové 

un batel trestot apresté. 

l'enfant i met et puis va tost 

l'autre trerc ains qu'il se repost: 

jusqu'à la roche ne s'areste, 
30 mais trové i a une beste 

grant comme lous, et Ions estoit. 

a celé beste tenir voit 

l'enfant en sa gole engolé. 

es vos le roi molt adolé. 
3.1 Quant au lou vit l'enfant tenir, 

ne set que il puist devenir: 

si grant docl a, ne set qu'il face. 

(i net] mer. in ii. 2o u. 22 u diex. 

23 tout. 2.J a le. 2tj trestout. 215 frerc. 

31 leus et leus. 33 engoule. 35 leu etc. 



CKESTIEN. GUILLAUME D'EXGLETEUUE. 



162 



li lous s'enfuit, et il le cauc 
au plus isnclcraeiit ({u'il puct. 
mais por nient ai)rés se muet, 
(jue il no le porra ataiudre. 
mais por ce uc se viaut l'cfraiutkc, 
ains s'cst'orce tant qu'il recroit 
et de son lou mie no voit, 
ains se recroit en tel manière 
que il ne puct avant n'arriére : 
si Tostuct dalez un rochicr 
par force asscir et cochier. 
la s'endormi, la se cocha: 
et li lous qui eu sa boche a 
renfant ne quaisse ne ne blece, 
fuiant vers un chemin s'adrecc 
' par ou raarchëant ti'espassoient. 
tôt maintenant que il le voient 
si rcscrient et si le huent 
et bastons et pierres li ruent, 
tant que li lous en mi la voie 
lor a deguerpie la proie: 
la proie laisse, si s'en fuit. 
li marchëant s'eslaissent tuit, 
tant coururent qu'ai enfant vinrent, 
tôt maintenant que il le tinrent 
le desvolepcnt et dcslient. 
de ce font il grant joie et rient 
que tôt sain et* riant le voient, 
miracle i entendent et croient, 
et li uns d'ans dist en apert 
a toz les autres que siens ert, 
que cascuns s'en aiueroit 
se toz U enfes siens estoit. 
'nos le vos otrïons', font il. 
'signer, et j'en ferai mon til.' 
a tant li marchëanz l'a pris, 
cl batel ou li rois a mis 
l'autre enfant sont venu tôt droit. 
li premiers qui le troeve et voit 
a toz les autres quiert et prie 
que nus n'i demande partie, 
que raolt boen gré lor en savra; 
et dist que ausi chier l'avra, 
s'il vit et il viaut estre prcuz, 
com ses cosins et ses neveuz. 

b cou, toujours, y-dut. U couchier. li coucha. 
15 oemine/c. mu. toujours, r, tout etc. 25 le virent. 
4> boin. sara (: ara). 45 cô Ms, con M. cousins. 
Baktsch, Chrestomathie. IV. Ed. 



tuit li dient 'vostres soit dons : 

dont est bien enploiiez li dons. 

trestoz vostres cuites sera: 

ja nus tort ne vos en fera.' 
■' or ont li dui enfant boens percs; 

mais il nés ticnent mie a frères 

et si dient que il resamble 

iju'il fuissent né andui ensamble. 

li marchéant tantost s'en tornent, 
III au mains qu'il pueent i sejornent: 

assez tost furent apresté, 

n'ont gaircs au port sejorné. 
Mais d'ans vos lais ci la parole. 

dcl roi, cui deus et ire afolc ' 

15 tant qu'il ne se set conseillicr, 

oiez qu'il tist au resveillier. 

au resveillier molt s'esbahi : 

•lia. dex', fait il, "que m'ont trahi 

li marchëant de pute orinc 
•20 qui m'ont tolue la roïne. 

lous, molt me ras desconforté 

qui mon enfant en as porte. 

ha lous, que mar fuisses tu nez ! 

molt es orc bien desjunez 
25 de mou enfant que mangié as : 

molt en es or plus forz et cras. 

ha lous, pute beste haïe, 

molt as or fait riche envaïe 

d'un innocent que tu as mort! 
30 a l'autre m'en rirai au port : 

car quel anui (^ue j'aie eu, 

vis m'ert que donc m'ert bien këu, 

se dex recovrer le me laisse.' 

quanqu'il puet vers le mer s'eslaisse, 
35 ou trover cuide son enfant. 

a po que li cuers ne li faut 

quant de l'enfant mie ne troeve. 

lors est tote sa dolors noeve, 

lors li enforce et croist et double. 
m li cuers li faut, li sans li trouble : 

mais onques por sa meskëance 

ne kiet en maie desperance : 

ains aore deu et grassie 

et totes ores l'en mercie 
45 de (planques il li mcsavicnt, 

I tout. dont. -j. cuploies. 5 dui. boius. ^ an- 
dui. 15 consillier: icsvillier. I^ diex. frai. 33 
diex. 31) poi. 44 toutes cures, merchie. 45 le. 

Il 



163 



XI le SIECLE. 



164 



tant k"en la fin li rcsovicnt 

de raumosniorc au marcheant. 

et dist. or li vient a talant 

qu'il Taille iirendro et qu'il le gart. 

maintenant se met celc part : 5 

et (juaut il au prendi-e entendoit 

si que la main ja i tendoit, 

une aigle vint par gi-ant merveille 

qui l'aumosniere vit venueillc. 

si Ta a li des mains ostce !o 

et si li dona tel hurtee 

des dcus elcs par mi la face 

qu'il caï as denz en la plate. 

et quant il se tu redrcciez, 

"des est', dist il, 'a moi toiu'ciez, 1.) 

bien l'aperçui et bien le sai. 

grant lasqueté de tuer pensai 

que l'onor et la signoric 

d'un roiame ai por deu laissie. 

or m'avoit si péchiez souspris 20 

que avulé m'avoit et pris 

covoitisc d'un peu d"avoii\ 

mort et traï me dut avoir. 

ha covoitisc desloiaus, 

tu es racine de toz maus, 20 

tu es la doiz et la fontaine. 

molt est covoitisc vilaine, 

car cid ele prent et assaut, 

et il plus a et plus li faut. 

en tel torment est covcitcus do 

k'en abondance est souti'reiteus, 

tôt ausi comme Tantalus 

qui en infer soeffrc mal us: 

molt i use mal et endure, 

car la pome douce et meure a:, 

li pent si près c'au nés li tochc 

et s'a l'eve du.squ'a la boche: 

s'estaint de soif et de fain rauert, 

si se débat et se detuert 

et s'estent por la pome prendre, m 

n'onqucs tant ne se pot dcffendre 

que la pome autant ne li fuie 

por ce que plus li face anuie. 

en tel torment, en tel justisc 

!» vermcllc. 12 11. 10 apcrcoi. l'.i dieu. M ij 
pekics. :\0 cuvuitcu8. :il i^ufi'raitcx, :yi tanialuK. 
Si malus M. :i5. 4u. li punie. a)>. :i7 tuuce : buucc. 
37 et sa levrc : corrtclioii Je M. Fijrxtcr. 4 J 
justice. 



sont li phiisor par covoitisc 
qui ont a muis et a sestiers 
plus que ne lor seroit mcstiers. 
trop a qui rien honor ne sert; 
ja tant n'avra que noienz ert. 
n'a lias l'avou* qui l'enprisonc, 
mais cil qui le dcspent et donc; 
cil l'a et si le doit avoir, 
amis et honor et avoir.' 

Et se li rois reprent et blasmc 
covoitisc, et sovent se pasme: 
por sa fcme et por ses cnfanz 
tant est iriez, tant es dolauz 
qu'il ne puet en nul leu ester; 
ne set ou se puisse arcster, ' 

car SCS dcus le va démenant 
l'une orc arrière, l'autre avant, 
et quaniju'il set trestot li grieve. 
or s'est assis, or se relieve, 
or entre el bois, or s'en revient, 
ensi tote jor se contient, 
ne la nuit pas ne se repose, 
que n'a place ou repos li pose, 
de nule part ne puet vëoir: 
or veut aler, or veut seoir, 
or veut aler, or veut venir, 
ne se set en coi contenir, 
mais tant par aventiu'C ala, 
(juc sus, que jus, que cha, (^uc la, 
([u'il rctrova un grant moncel 
de marchëans en un jjraël 
qui mangoient sor blanches napes. 
tables orent fait de lor capes 
et de lor sas et de lor malcs. 
li rois de doel et de fain pales 
vint la ou les vit amassez; 
mais molt li venist mix assez 
(juc sor chiens se fust enbatuz. 
très bien i dut estre batuz : 
neponiuant les a saluez, 
cil cscrïent "tuez, tuez 
ce vif diable, ce larron ! 
ja n'i ait espargnié baston 
qu'il n'eu soit batuz et roissiez, 
et braz et gambcs li froissiez 

I rien u'onuur ne set. :, uara. '.1 liunuur. I > 
leu] lui Mu, liu M. 17 eure. iu bos. .yi blanke.s. 
■is kicns. 44 ruiHvies. 



165 



CUKSTIKN. \Â ClIEVALIKHS AU LYON. 



166 



et (le vos ne se puist estordre. 
cis est, je cuit, maistres de l'ordre 
des omecides, des luurdricrs : 
abes en est ou ceneliers. 
c'est cil qui to;« les autres guie. 
nostre or et nostre ariicnt espie : 
s'a nos se pooit assambler, 
tost le nos cuideroit embler. 
or tost a lui!' et garçon sailloiif. 
li rois n'a talent qu'il le l)aillent. 
ains s'en fuit, ne viaut arester. 
quanque pie le porent porter; 
ne puis vers ans ne retorna 
dnsqu'al matin (lu'il ajorna. 
Au matin ipiant fu ajorné 
et il furent tôt atome, 
(ju'il n'i ot mais (|ue del movoir. 
li rois por amor deu Ig voir 
lor chiet as piez et si lor prie 
qu'il le metent en lor navio. 
tant lor prie que il l'otroient : 
por l'amor deu en cui il croient 
l'ont dedenz lor nef recëu. 
maintenant sont del port mëu, 
sont tant par haute mer aie 
que port ont pris a sauvoté, 
si sont en Galinde venu, 
la a por serjant retenu 
le roi uns borgois assasez 
qui n'estoit pas juëi-e as dcz. 
li borgois viaut son non savoir : 
il dist qu'il en dira le voir, 
mais il li dist commencement 
de son non. molt covertement 



3(1 



Il dist et a la fin li roîgnc: 
'sire', fait il, 'il m'est besoigne 
(jue voir vos die: j'ai non Di. 
on m'apele en ma terre Gui." 
'or me di, Gui, que ses tu faire? 
savras tu l'eve del piiç traire 
et mes anguilles cscorchier? 
savras tu mes chevax torchier'? 
savras tu mes oisiax larder? 
savras tu ma maison garder? 
se tu la ses bien faire nete 
et tu ses mener ma carete, 
dont deserviras tu molt bien 
ce que je te donrai del mien.' 
'sire', fait Guis, "je ne refus 
tôt ce a faire et encor plus ; 
ja de faire vostre servise 
ne troverez en moi faintise.' 
en leu de garçon sert li rois 
molt volentiers cliiez le borgois 
ne ja par lui n'iert refusée 
cose qui li soit commandée, 
tôt fait sans ire et sans rancune 
ne refuse cose nesune, 
ja n'ert si vix ne si despite. 
se nus le laidenge n'afite, 
ja por afit ne por laidenges 
n'ert de lui ser\ir plus estranges, 
ains s'encline et si le descauce. 
qui s'umelie si s'essauce, 
ce dist on et s'est veritez. 
molt essauce home humelitez 
et molt l'onore et molt l'alieve. 



ROMANS DOU CHEVALIER AU LYON. 

Li roman.t ilou chevalier nu lyon von Crestien von Troies herausgegeben von [Vilh. Ltidw. Holland, ziveite 

AuJIage, Haunover ISSO, r. 1591 — 204S. Comparé avec le ms. franc. \\bO, fol. '2\2 (C). Yvain, rhevnlier 

Je. la cour d'Artus, a tué, près de la fontaine magique, l'époux d'une dame dont il parvient ensuite, 

aidé par une adroite .><uivante, à gagner le coeur et la main. Cf. Hartmann, Iwein 1788- — 2402. 



La damoiselc estoit si bi(;n : 

de sa dame que unie rien 
a dire ne li redotast, 

2 cuic. 4 abez. s nous, osaient, il vaut. Is 
dieu. 20 mecent ou metent ^fs, mecent M. 22 dieu. 
31 vaut oir son savoii- Ms. et ^f. 35 dameisele. 



a que que la chose montast; 
(pi'ele estoit sa mestre et sa garde, 
ot jior coi fust ele coarde 

1 a le. G saras etc. 10 me etc. 14 cou que 
jou. 17 serviscc. ufliu. 33 onoure. 35 tornast 
C. 3ti ele e. sa dame C. 37 mais p. quoi C. 

Il* 



107 



XI^ SIECLE. 



168 



lie sa tlaiiie réconforter 

et de son bien auionesterV 

la première foiz a conseil 

li dist 'dame, molt me mervoil 

que folement vos voi ovrer. 

dame, ciiidiez vos recovi-er 

wstre seignor por vostre duelV 

•uenir, fet ele, 'mes mon vuel 

seroie je morte avec lui.' 

•por coiV 'por aler après lui.* 

•après lui 'i dex vos au dest'ande, 

i^ui ausi boen seignor vos rande. 

si corn an est poësteïs.' 

•einz tel maut^onge ne deïs ; 

(pi'il ne me i»orroit si boen randre.' 

•meillor. se vos le volez prandre. 

vos randra il. sel proverai.' 

•fui. teis! ja tel ne troverai.' 

•si feroiz, dame, s'il vos siet. 

mes or dites, si ne vos griet. 

vusti'e teiTe qui desfandra. 

quant li rois Artus i vendra. 

qui doit venir l'autre semainne 

au perron et a la fontainne? 

n'en avez vos eu message 

de la damoisele sauvage 

qui letres vos en anvëaV 

ahi. con bien les anplëa! 

vos dëussiez or consoil prendre 

de vostre fontainne desfandre, 

et vos ne tiuez de plorer! 

n'i eussiez que demorer. 

s'il vos plëust, ma dame cbiere; 

que certes une chanberiere 

ne valent tuit, bien le savez, 

li chevalier que vos avez. 

ja par celui qui mialz se prise 

nen iert escuz ne lance prise. 

de gent malveise avez vos moût; 

mes ja n'î avra si estent 



2 de sanior C. C Cluidies vos noiant conques- 
ter C 7 a faire duel C. '.) Zî sic: Ilollund seroie 
je morte d'enui. je vianque B. avec(|ues lui B, 
encor hui C, d'enui A. 12 qui] et C. i:i sic C: 
il an est posteis A. lu aussi bon sel volies C. 
l«j fui te ia voir nel C 20 bïJ et C. 'i:, si aves 
C. 2« damtifM-le. 27 qui bs 1. vos envoia C. 
31 ne faites que C. M vos neuswies C 33 se 
Vos C. :^^> n'en. 3!/ moult. 



qui sor cheval monter en ost; 

et li rois vient a si ^rant ost 

qu'il seisira tôt sans desfansse.' 

la dame set molt bien et pansse 
5 que celé la consoille an foi; 

mes nue folie a en soi 

que les autres famés i ont : 

trestotes a bien près le font 

que de lor folie s'ancusent 
10 et ce qu'eles voelent refusent. 

•fui', fet ele, 'lesse m'en pes ! 

se je t'an oi parler jamés, 

ja mar feras mes que t'an fuies; 

tant paroles que trop m'enuies.' 
1.-, 'a boen ëur', fet ele, 'dame! 

bien i pcrt que vos estes famé, 

qui se corroce quant ele ot 

nelui qui bien feire li lot.' 
Lors s'an parti, si la leissa, 
•jo et la dame se repanssa 

qu'ele avoit si grant tort eu; 

molt volsist bien avoir sëu 

comant ele poïst prover 

qu'an poiToit chevalier trover 
2r, meillor c'onques ne fu ses sire; 

molt li orroit volentiers dire, 

mes ele li a desfandu. 

an ce panser a atendu 

jusque tant que ele revint. 
:t(i mes onques desfansse n'en tint, 

einz li redit tôt maintenant 

'ha dame, est ce ore avenant 

q'isi de duel vos ocïez":' 

por deu, car vos en chastiez, 
x^ sil lessiez seviaus non de honte! 

a si haute dame ne monte 

que duel si longuement mainteigne. 

de vostre enor vos resoveigne 

et de vostre grant gentillesce! 
10 Guidiez vos que tote proësce 

l sor] en C. '■',. 4 La damoisele tre.s bien panse 
que est trestote san.s desfanse C. h et quele la- 
conselle a foi C 7 dames C. 8 et a bien près 
totes C. i) sescusent C. 13 io te lo bien que tu C. 
Hi il pert bien C 21 si] mit' C. 23 poroit C. 
24 qu'an] eon C. 25 fust C. 2'> cest panse a an- 
tandu C. 1'\ dusqa — celé C. 30 ni- 6'. 31 qel ne 
li die m. C. 32 ha mani/ue C est ore bien a V. 
3j si le lessesiez viax de h. A. 30 a si faite d. 
namoute C. 37 que ilolor si lon^e demaigne C. 



(■,'.) 



CRESTIEX. LI CHEVAIJHllS AU lA'OX. 



170 



soit morte avoec vostre seignorV 

que autres! boeu ou meillor 

an sont remés parmi le monde.' 

•se tu ne manz, dex me confonde! 

et neporquant, un seul m'an nome 5 

(jui ait tesraoing de si prciidoiiie 

com mes sire ot tôt son ahé.' 

'et vos m'an savrïez mal gré, 

si vos recorrocerïez 

et m'an remenacerïez.' Kt 

'nel ferai, je t'en assëur.' 

'or soit a vostre boen ëur, 

qui vos en est a avenir, 

se il vos venoit a pleisir; 

et ce doiut dex que il vos pleise! 15 

ne voi i-ien por coi je m'an teise, 

que nus ne nos ot ne escoute. 

vos me tanroiz ja por estoute; 

mes bien puis dire, ce me sanble, 

quant dni chevalier sont ansamble 20 

venu a armes en bataille, 

li quex cuidiez vos qu'i mialz vaille, 

quant li uns a l'autre conquis? 

androit de moi doing je le pris 

au veinquëor; et vos que faites?' 25 

•il m'est avis que tu m'agueites, 

si me viax a parole prandre.' 

•par foi, vos poëz bien entandre 

que je m'an vois parmi le voir. 

et si vos pruef par estovoir, 30 

que mialz valut cil qui conquist 

vostre seignor que il ne tist; 

il le conquist et sel chaça 

par hardement an jusque (ja 

et' si l'enclost an sa meison.' 3,-, 

•or ai ge oï desreison 

la plus grant c'onques mes fust dite. 

fui, plainne de mal esperite, 

ne mes devant moi ne reveignes 

2 .c. autre bon et .c. millor C. :{ sont vif r. 40 
par le C. 4 nie] te C- 5 et non C. (i dausi C. 
8 sauriez H. ia men s. vos C. 9 re-] en C. 10 et 
maigre meu saveries C. 12 or] ce C". 15 et dex 
doient ce C. 16 coi] qui C. IS meu tenres io 
quit por clote C. l!) mais io dirai bien ce C. 
21 as C. 22 le quel C. qvtî. 20 me gaites C. 2>5 
aprendre C. 2'J que men v. oltre par C. 31 valt 
icil C. 34 desi a ca C. 35 Si quil C. 30 or ci 
fait ele d. C. 37 mes manque C. 3S C ajoute ne 
dire iamais tel oisose fui garce foie et auoiose. 
39 ne iamais — veisrnes C. 



\mY coi de lui parole teignes.' 

■certes, dame, bien le savoie 

que ja de vos gré n'en avroie, 

et jel vos dis molt bien avant; 

mes vos m'ëustes an covant 

ipie ja ire n'en avrïez 

ne mal gré ne m'an savrïez. 

mal m'avez mon covant tenu ; 

si m'est or ensi avenu, 

et dit m'avez vostre pleisir; 

si ai perdu un boen teisir.' 

Atant vers sa chanbre i-etorne 
la ou mes sire Yvains sejorne 
cui ele garde a molt grant eise; 
mes ne voit chose qui li pleise, 
qant la dame vëoir ne puet; 
et del plet que celé li muet 
ne se garde ne n'an set mot. 
mes la dame tote nuit ot 
a li meïsmes grant tançon, 
(^u'ele estoit an grant cusançon 
de sa fonteinne garantir; 
si se comance a repantir 
de celi qu'ele avoit blasmee 
et leidie et mesaamee; 
qu'ele est tote sëure et certe 
que por loiier ne por desserte 
ne por amor qu'a celui ait 
ne l'en mist ele onques en plait 
et plus aimme ele li que lui, 
ne sa honte ne son enui 
ne li loëroit ele mie: 
que trop est sa lëax amie, 
ez vos ja la dame changiee 
de celi qu'ele ot leidangiee, 
ne cuide jaraés a nul fuer 
que amer la doie an son cuer; 
et celui qu'ele ot refusé 
ra molt lëaumant escusé 
par reison et par droit de plet, 

1 p. que C. 2 certes] parfiii C. 4 io le C. 
molt manque C. 5 an c] convenant C. 0. 7 in- 
tervertis C. C ne ia C. 7 Mal— saveries C 10 et] 
(lue C. 12 en la C U qui le gardoit C. 15 ni 
ot AB, ne dit C. 10 trover nel C. 17 mais del C. 
is ne ne C. 21 a C. 23 dont se C. 27 loier. 
2s que a lui C. 29 ne le C. 30 li] moi C. 31 
mamon C. 32 ne me C. 33 ma C. 34 la d. ia C. 
35 ot] a C 37 quamer— de bon C. 39 a— refuse C. 
40 par droit et par raison C. 



171 



Xlle SIECT.E. 



172 



qu'il ne li avoit rien meslet : 

si se desresne tôt ensi 

com s'il fust venuz devant li. 

lors sel comance a i>leifloiier: 

■viax tu donc', fet ele. "noiier 

que par toi ne soit morz mes sireV' 

'ce', fet il. 'ne puis je desdire, 

einz l'otroi bien.' 'di donc. i)or coi 

feïs le tu? par mal de moi. 

por haine ne por despitV' 

'ja n'aie je de mort respit. 

s'onques por mal de vos le tis.' 

'donc n'as tu rien vers moi mespris, 

ne vers lui n'eus tu nul tort; 

car. s'il poïst, il t'ëust mort; 

por ce mien esciant cuit gié 

que j'ai bien et a droit jugié.' 

ensi par li meïsmes prueve 

que droit, san et reison i trueve. 

qu'an lui haïr n'a ele droit; 

si an dit ce qu'ele voldroit 

et par li meïsmes s'alume 

ensi come 11 feus qui fume 

tant que la flame s'i est mise, 

que nus ne la soutle n'atise. 

et s'or venoit la damoisele, 

ja desresneroit la querelc 

dom ele l'a tant pleidoiiee. 

s'an a esté bien leidoiiee. 

et celé revint par matin. 

si recomança son latin 

la ou ele l'avoit leissié. 

et celé tint le chief bessié, 

qui a mesfete se saiitoit 

de ce que leidie l'avoit; 

mes or li voldra amander 

et del chevalier demander 

le non et l'estre et le linage; 

si s'amelie come sage 

et dit 'merci crier vos vnel 

I quil navoit rien vers lui C i se C. pleidoicr : 
noier. h va f. e. ne pues n C. fust C. 12 se 
io por C. 14 ne envers lui nas C. 17 iaie bien 
a C. 10 et droit sens C. 20 qel na en 1. h. nul 
droit C. 21 que il voloit C. 22 lui C. t-i com 
la busce C. 2ô nel s. ne a. C. 20 damci.selc. 
2h dont C. pleidoiee: leidoice. 2!i si na e. mit C. 
30 ele C. 'M reconmenee C. Xi laidit li C. 
37 Del ch. et C. :is non Icstre et tôt le C. 

40 si dit C. 



del s'rant oltrage et de l'orgnel 

que je vos ai dit come foie. 

si remanrai a vostre escole ; 

mes dites moi, se vos savez. 
5 del chevalier don vos m'avez 

tenue a plet si longuement. 

quiex hom est il et de (juel gent? 

se il est tex qu'a moi ateigne, 

mes que de par lui ne remaignc, 
10 je le ferai, ce vos otroi, 

seignor de ma terre et de moi; 

mes il le covanra si fere 

([u'an ne puisse de moi retrere 

ne dire "c'est celé qui prist 
13 celui qui son seignor ocist." 

'e non deu, dame, ensi iert il : 

seignor avroiz le plus gentil 

et le plus gent et le plus bel 

qui onques fust del ling Abel.' 
20 'coniant a non?' 'mes sire Yvains.' 

'par foi. cist n'est mie vilains, 

einz est molt frans, je le sai bien, 

et s'est lilz au roi Uriien.' 

'par foi, dame, vos dites voir.' 
2.i 'et quant le pon-ons nos avoir?' 

'jusqu'à quint jor.' 'trop tarderoit, 

que mon vuel ja venuz seroit. 

veigne enuit ou demain seviax.' 

'dame, ne cuit pas c'uns oisiax 
30 poïst tant en un jor voler; 

mes je i ferai ja aler 

un mien garçon (|ui molt tost cort, 

qui ira bien jusqu'à la cort 

le roi Artus au mien espoir 
a.') au mains jusqu'à demain au soir. 

que jusque la n'iert il trovez.' 

'cist termes est troj) Ions assez ; 

li jor sont lonc, mes dites li 

que demain au soir resoit ci 
40 et voist jdus tost que il ne sialt; 

1 grant forfait C. 3 or revenrai a ma parole C. 
:, dell li C. a] em C. 7 il est C. 10 ce] 
io C. 14 Que io soie c. C. m si C. IS gent] 
franc C. 23 Urien. 20 troscja VIII iors trop 
idorroit C. 27 car ia mon vuel C. 20 pas c'uns] 
<)ue nus C. 30 en un jor tant C- 3."> a] al C. 
moins. 3i; iusqa la C. 30 C ajoute que nus 
cssoigucH nel retegnc. q maintenant ci ne reviegne 
C. 40 aut— sclt f!. 



17;; 



CRESTIEN, 1.1 CHEVALIERS AU LYoN. 



174 



car se bien cfforcier se vialt, 

de liens jomees fera une, 

et anqucmiit luira la lune, 

si reface de la nuit jor ; 

et je li donrai au retor 

quanqu'il voldra que je li doingno.' 

'sur moi leissiez ceste besoingne, 

que vos l'avrciz a tôt le mains 

jusqu'à tierz jor antre voz mains 

et eudementres manderoiz 

vos genz et si demanderoiz 

consoil del roi qui doit venir. 

por la costume maintenir 

de vostre fontainnc desfandrc 

vos covendroit boeu consoil yrandrc; 

et il n'i nvca. ja si haut 

qui s'ost vanter que il i aut. 

lors porroiz dii-e tôt a droit 

que marier vos covendroit, 

uns chevaliers molt aldscz 

vos requiert, mes vos ne l'osez 

prandre, s'il nel vos loënt tuit 

et s'il ne prandent an conduit. 

tant les quenuis je a malvés 

que por autrui chargier le tes, 

dom il seroieut tuit chargié, 

vos en vani'ont trcstuit au pié 

et si vos an mercïerout, 

que fors de grant pëor seront; 

car qui pëor a de son onbre, 

s'il puet, volontiers se desconbre 

d'encontre de lance ou de dart, 

que c'est malvés gcus a coart.' 

et la dame respont "par toi, 

ensi le vuel, ensi l'otroi, 

et je l'avoie ja pansé 

si com vos l'avez devisé: 

et tôt ensi le ferons nos. 

mes ci por coi demorez vos '.■' 



alcz, ja plus ne delaiiez! 
si faites tant que vos l'aiiezl 
et je remanderai mes genz.' 
ici tine li parlemanz. 

ô Celé fet sanblant qu'anvoit querre 

mon seignor Y vain en sa terre; 
si le fet chascun jor baignier, 
son chicf laver et apleignier, 
et avoec ce li aparoillc 

lu robe d'escarlate vcnnoille 
de veii' forree atot la croie; 
n'est riens qu'clc ne li acroic, 
qui covcigno a lui acesmer, 
fermail d'or a son col fermer, 

lô ovré a pierres précieuses 

qui font les genz plus gracieuses, 
et ceinturete et aumosniere 
qui fu d'une l'iche samiere. 
bien l'a de tôt aparoUlié 

20 et a sa dame a consoillié 

que reveuuz est ses messages; 
si a esploitié corne sages, 
'cornant V' fet ele, "quant venra 
mes sire Y'veinsV 'cëanz est ja.' 

•i.5 'cëanz est il? viegne donc tost 
celeemant et an repost, 
demantres qu'avoec moi n'est nus! 
gardez que non i veigne nus, 
que g'i harroie molt le cart.' 

■M la damoisele a tant s'an part, 
s'est venue a son oste arrière; 
mes ne mostra mie a sa chiere 
la joie que ses cuers avoit, 
ainz dist que sa dame savoit 

aô qu'ele l'avoit lëauz gardé, 

et dit "mes sire Yvain, par dé 
n'a mes mestier néant celée : 
tant est de vos la chose alee 
que ma dame cëanz vos set, 



1 car bicu s'etforcera sil vialt C. car] quu JJ. 
velt JJC. 2 fera do d. j. C. i refera C. (i ce 
quil C. 10 et endeiuenticrs manderoiz B. Il vo 
gent C. 15 boen] il C. 16 mais vos ne verres 
ja C 17 qui ost dire C. li et si ne C. 22 ne 
le loent C. 23 et ce praing io bien en C- pra- 
nent U. 25 cargier altrui C. 2ti tuit] trop C. 
2s si] mit' C 20 car hors d. g. paiue en istront 
C 31 sen C. 32 ou] et C. 33 que] car C. gius 
C, geu A. 34 li dit C 35 le lo iou et C. 30. 37 
intervertis C 37 Com vos le niavcs C. 'i'-i mes] et C. 



1 ja] i C. 3 Jo remandrai avoec m. g. C. 
1 tina C. 5 et cela faint quele cnvoit C. >> et 
bien laver C. 9 ce] si C il Pêne vaire atote 
C. 13 quil C. 10 sic C: qu'il font leanz molt 
g. A. fet B et H. 17 cainture C. 19 apareil- 
lie: conseilliez?, del C. 21 est revenus C. 25 
venez A. 28 quil ni remagne C. n'en H. 29 
g'i] io C. 30 dameisele. 34 dit A. 30 et sil 
eu savoit mit' maigre C. 37 nil ni ualt mais 
u. C. 3*< tant a li cosc avant a. C. 39 mit 
bien le set C 



il'o 



Xllu SIÈCLE. 



176 



qui inolt me blasme et luolt luc lict 

et molt m'en a acoisonee; 

mes tel sëiirté m'a douée 

ijue devant li vos puis conduire 

&anz vos de rien grever ne nuiic, j 

ne vos grèvera rien, ce croi. 

fors tant dont mantir ne vos doi 

(que je teroic traisoni, 

qu'avoir vos vialt on sa prison, 

et si i vialt avoir le cors, n, 

que ncs li cuers n'an soit defors.' 

•certes', fet il, 'ce voel je bien, 

que ce ne rac grèvera rien, 

qu'aji sa prison voel je molt estrc.' 

•si seroiz vos, par la main dcstrc 15 

don je vos teing: or an venez, 

mes a mon los vos contenez 

si sinplemant devant sa face 

que maie prison ne vos face, 

ne por ce ne vos csmaiicz ! 20 

ne cuit mie que vos aiicz 

prison qui trop vos soit gi-evainne.' 

la damoiselc ensi l'en mainne; 

si r esraaie et sel rasëurc 

et parole par coverture 25 

de la prison ou il iert mis, 

que sauz prison n'est nus amis. 

por c'a droit, se prison le claimme, 

que sanz j^rison n'est nus qui aimrae. 

La damoisele par la main yy 

en mainne mon seignor Y vain 
la ou il iert molt chier tenuz; 
si crient il estre mal venuz, 
et s'il le crient, n'est pas raervoille. 
sor une grant conte vermoille 35 

troverent la dame sëant. 
molt grant pëor, ce vos créant, 
ot mes sire Yvains a l'entrée 
de la chanbre, ou il ont trovec 
la dame qui ne li dist mot; ,„ 



1 qui duremtut me b. tt h. C. :, s r gr et 
sans rien nuire C. u et] io C. s car C. <j uu' 
>na»que C. io i] en C. v> io h v. bien C. 

13 ne la ne C. 17 et a C. is hundement C. ' 
20 ce] ncn a li trop) ndf C. -j atant C. 
■1\ sel mant/ue C. -jfi. r, intervtrlis C. 20 il scst C 
•i» elc a dr. .,ai pr. C -i'. car bien est en pr. 
qui 6. 3.t si H. .juidc C. 34 ua pa« C. X. de- 
«T C. grant man,ixAe C. :r, molt mamiue C. 

acraant C. 39 ot C. 



et por ce grant pëor en ot, 

si fu de pëor csbaiz, 

«lu'il cuida bien estre traïz. 

et s'estut loing celé part la 

tant que la pucele jiarla 

e dit 'cinc ccnz dahcz ait s'amc 

(lui mainne an chanbre a bêle dame 

chevalier qui ne s'an aprochc 

et qui n'a ne lengue ne boche 

ne san, dom acointier se sache' 

maintenant i)ar le braz le sache, 

si li dit 'en ça vos traiiez, 

chevaliers, ne pëor n'aiiez 

de ma dame qu'el ne vos morde, 

mes querez la pes et l'acorde! 

et g'en proierai avoec vos 

que la mort Esclados le ros 

qui fu ses sires vos iiardoint.' 

mis sire Yvains maintenant joint 

ses mains, si s'est a genolz rais 

et dit comc vci'ais amis 

"dame, voir ja ne vos querrai 

merci, einz vos mercïerai 

de quanquo vos me voldroiz feirc, 

que riens ne m'en porroit despleire.' 

*non, sire, et se je vos oci?' 

'dame, la vostre gi-ant merci, 

que ja ne m'an orroiz dire el.' 

•einz mes', fet cle, 'n'oï tel, 

que si vos metez a devise 

del tôt an tôt en ma franchise 

sanz ce que nés vos en esforz.' 

'dame, nule force si forz 

n'est come celé, sanz mantir, 

qui me comande a consantir ' 

vostre voloir del tôt an tôt. 

rien nule a feire ne redot 

que moi vos pleise a comander. 

et se je pooie amander 

la mort, don je n'ai riens forsfet, 

je l'amanderoie sanz plet.' 



I i)lu8 gr. p. ot C. 1 et] si C. :, dit a C. 
',. s eh'r qui en cambre a dame entre qaiit il ne 
C. 10 le C". lia cest mot par C. vi a dit 
ca C. truiez: aiez. i:t ne] et C. u «jucle 
vos 6". là li p. et acorde C. 17 le toUH C. 
•M si est C. 21 com ses C T> ia voir ne c:ric- 
rerai C. ;w ne vos C. 3»; «ans nul rtdout C. 
3% qui ia vos C 40 j'ai vers vos metifet A. 



177 



CRESTIEN, LI CONTES DEL GRAAL. 



178 



'cornant?' fct ele, "or le me dites, 
si soiioz do l'ainande quites, 
se vos de rien me mesfeïstes 
quant vos mon seignor m'oceïstes.' 
'dame', fet il, 'vostre merci.' 
quant vostre sires m'asailli, 
quel tort oi je de moi desfandrc? 
qui autrui vialt ocirrc ou prandre, 
se cil l'ocit qui se desfant, 
dites se de rien i mesprant.' 
'neiiil. qui bien esgarde droit; 
et je cuit, rien ne me vaudroit 
qant fet ocirre vos avroie. 
et ce molt volentiers savroic. 
don celé force puet venir 
qui vos comande a consentir 
tôt mon voloir sanz contredit, 
toz torz e toz mesfez vos quit; 
mes seez vos, si me contez 
comant vos iestes si doutez.' 
•dame', fet il, 'la force vient 
de mon cuer qui a vos se tient ; 
an ce voloir m'a mes cuers mis.' 
•et qui le cuer, biax dolz amisV' 
■dame, mi oel.' *et les ialz qui?' 
'la granz biautez que an vos vi.' 
'et la biautez qu'i a forfet?' 



'dame, tant que amer me fet.' 

'amer? et oui?' 'vos, dame chiere.' 

'moi?' 'voire, voir.' 'an quel meniere" 

'an tel que graindre estre ne puet; 

en tel que de vos ne se muet 

mes cuers n'onques aillors nel truis; 

an tel qu'aillors pansser ne puis ; 

en tel que toz a vos m'otroi: 

an tel que plus vos aim que moi; 

en tel, s'il vos plest, a délivre, 

que por vos vuel morir ou vivre.' 

'et oseriez vos enprandre 

por moi ma fontainne a desfandreV 

'oïl voir, dame, vers toz homes.' 

'sachiez donc, bien acordé somes.' 

ensi sont acordé briemant. 

et la dame ot son parlemant 

devant tenu a ses barons 

et dit 'de ci nos en irons 

an celé sale ou mes genz sont 

qui loe et conseillié m'ont 

que mari a prendre m'otroient 

por le besoing que il i voient: 

ci meïsmes a vos me doing 

ne ge n'en irai ja plus lomg, 

qu'a seignor refuser ne doi 

boen chevalier et fil de roi.' 



LI CONTES DEL GRAAL. 

l/s. de Paris fr. 794 {une. Cauffé li], fol. 372 — 374 (^). Comparé avec le ms. franc. 1450, fol. 166'' (C). 



Wolfram {éd. Bartsch), Parz. F, 31- 

Et itant dura sa proiei-e, 
que il vint sor une rivière, 
an la valee d'une angarde. 
l'eve roide et parfonde esgarde, 
si ne s'ose meti'e dedanz, 
et dist 'ha, sii'e dex puissanz. 
se ceste eve passée avoie, 



1 le manque C. 2 soiez. o se uoiuut vers moi 
forfeisti s C 4 mon et m' manquent C. lu se noi- 
anti C. ni garde C. 12 que rien ne v. C. 14 
ne porqant V. C Itj contenir C. 17 AmonC. 
18 tôt ce et tôt mesfait C. 23 cest C. cors C. 
24 mes dois C. 2S tant C. ceste C. 29 sor] a C 
30 Si lu A. 31 et manque C. agarde C. 32 et 
ne A. sosa C. 33 p** dist dex sire rois C. 34 se] 
qui A. auroit A. 

Bartsch, Chrestoinathie. lY. Kd. 



•725; Waclcerna^el. altdeufsclies Lesebuch (4* édition) 432, 
31—449, 16. 



de la ma mère troveroie 
mien escïant, se ele est vive.' 
ensi s'an va selonc la rive 
tant que a une roche aproiche, 
et li eve a la roche toiche 
que il ne pot aler avant, 
et il vit par l'eve avalant 

(j n' manque C. y aim vos C. 11 ou] et C. 
15 d. nos acorderomes C. Ui sacorderent br. C. 
20 mes] ces A. 22. 23 intervertis C. 22 tôt de m. 
pr. me proieut C. 23 besoigne C. i manque C. 
24. 25 et ici ferai por le besoing ci m. (= 24» C. 
2t) que s. C. 2b troueroit A. 2'J esciantre saine 
et v. C. 31 vers un rochier s'a. C 32 et que J. 
li aige C, levé ^4. riue atoce C. 33 si quil C. 
34 il] lors C. 

12 



179 



Xlle SIECLE. 



180 



une nef qui d'amont venoit: 
doîi homes an la nef avoit. 
il s'areste. si les atant. 
et ciiide qu'il alassent tant 
que il venissent jusqu'à lui. 5 

et il s'arestent amedui. 
eu mi l'eve coi i esturcnt, 
que moult bien aëncré se furent, 
et cil qui devant fu peschoit 
a l'ameçon. si aëscboit i" 

son ameçon d'im poissonet 
petit graignor d'un veironet. 
cil qui ne set que fere puisse 
ne an quel leu passage truisse, 
les salue et demande lor: 'ï 

•anseigniez moi', fet il. "seignor. 
s'an ceste eve a ne gué ne pont/' 
et cil qui pesche U respont 
•nenil, biau frère, a moie foi, 
nen i a nef. si con je croi. 2n 

graignor de cesti ou nos somes, 
qui ne porteroit pas cinc homes 
vint lives a mont ne a val. 
si n'i puet an passer cheval, 
ne il n'i a ne pont ne gué.' 25 

'or m'anseigniez, signer, por dé. 
ou je porroie avoir ostelV 
et cil respont 'de ce et d'el 
avroiez vos mestier, ce cuit, 
je vos herbergerai enuit: 30 

montez vos an par celé frète 
qui est an celé roche fête, 
et quant vos la amont vanroiz, 
devant vos an un val verroiz 
une meison ou ge estois 35 

près de rivière et près de bois.' 
Maintenant cil s'an va amont: 

1 n A. A ajoute li uns d<.'8 dos homes naioit 
11 altre a l'esniecon peschoit. 3 saresta et si a. C 
4 quil quida quil uenissent €. 7 en se nii laige 
se ce tienent C. h iloc s'arestent coi se tienent 
C. mit' -4. 10 lesmecon A. aascoit C. 12 plus 
grant C. 13 sot C. \h le C. itt dist il C. 17 se 
an — a negun pont C. l> pescoit C. n» n. sire 
en la m. C 'O il ni a pont C. de ce me croi A. 
21 ne nef forcor q ccle u s. C n v. A- 23 xx A. 
24 ni poroit on mener C 25 barge ni a .,4. 26 
et il respont signor p. C. signor] fet il A. 27 dont 
mansaignies d'à. C. 2s et il li dit A. T) aureiez A. 
31 vos an] amont C. 32 ferte A. 33 seres C 36 
rivières et de .4. 



et quant il vint an son le mont, 
qu' il fu montez au son le pui. 
si gai'de moult loing devant lui : 
si ne vit rien fors ciel et terre, 
et dit 'ci sui ge venuz querrc 
la musardie et la bricoigne. 
dex li doint hui raale vorgoigne 
celui qui ci m'a anvoié, 
si m'a il or bien avoié 
que il me dist que je verroie 
meison quant cja amont seroie. 
peschierre, qui ce me deis, 
trop grant deslëauté feïs, 
se tu le me dois por mal.' 
lors vit devant lui an un val 
le chief d'une tor qui parut, 
l'an ne trovast jusqu'à Barut 
si bêle ne si bien asise. 
quairee fu de roche bise, 
s'avoit dos tornelcs antor. 
la sale fu devant la tor 
et les loges devant la sale, 
li vaslez celé part avale 
et dit que bien avoié l'a 
cil qui l'avoit anvoié la. 
si se loe del peschëor, 
ne l'apele mais traïtor, 
ne desloial ne mensongier. 
qant il se trove u herbergiei*. 
ensi vers la porte s'an va : 
devant la porte un pont trova 
tomeiz qui fu avalez, 
par sor le ]jont est enz entrez: 
et vaslet corent contre lui 
quatre, sel desarment li dui, 
et li tierz son cheval anmoine, 
si li done fuerre et avoine; 
li carz li afuble un mantel 
d'escarlate fres et novel: 



2. :i inlerrertix A. 2 aie B (ms. de Berne): et 
quant il vint A. par la desor e sor le C. 3 «te B: 
si regarde loins C, si garda avant A. 4 ni C. mes 
quec.A. 5 io sui ca v. C. ci B, que .4. 7 mal 
et V. C. S ca.4. !> qissi ma or C. 10 car il C. 
12 pesch're C, chevaliers /4. 13 mit' gr. C. 15 
vint C. l!i rocc C, pierre J. 20 savoit ii. C, si 
avoit i4. 24 la a voie /l. 25 la lavoit anvoié A. 
26 — 2'.i manquent A. :J3 san est alez M. 34 vin- 
rent C. 35 trois s. désarmèrent /l. 37 faim et C 
3"». 30 manquent V. 



181 



CRESTIEN. LI CONTES DET, ORAAL. 



182 



et l'eu menèrent jusqn'as loges, 
et tant sachiez jusqu'à Limoges 
ne trovast an ne ne veïst 
si bêles, qui les i queïst. 

Li vasiez es loges estut. 
tant qu'au seignor venir l'estnt 
(jui dos vaslez i anvëa. 
tt cil avoec ax s'an ala 
an la salo qui fu (juarree 
et autant longue corne lee. 
en mi la salo sor un lit 
un bel ])rodomo seoir vit, 
qui estoit de chênes meslez. 
et ses chiés fu anchapelez 
d'un scbelin noir corne moi-e, 
a une porjjre vox desore, 
et d'itel fu sa robe tote. 
apoiez fu dcsor son cote, 
s'ot devant lui un feu molt gi-ant 
de sesche busche. bien ardant. 
et fu antre quatre colomes : 
bien poïst an quatre cent homes 
asseoir anvii'on le feu, 
s'ëust chascuns et aise et leu. 
les colomes molt forz estoient. : 

car un cheminai sostenoient 
d'arain espés et haut et lé. 
devant le seignor sont aie 
cil qui M amainent son hoste. 
si que cascuns li fu en coste. "^ 

Quant li sires le vit venant, 
si le salua maintenant 
et dist "amis, ne vos soit grief 
se an contre vos ne me lief, 
que je n'an sui pas aeisiez.' 
"por deu, sire, or vos an teisiez', 
fet il, 'qu'il ne me grieve point, 
se dex joie et santé me doint.' 
li prodom tant por lui se grieve 
que tant con il puet se sorlieve 

1 li qars len mainc en une loge C. 2 si sachies 
que A. Limoge C. 4 bêle C. '> as C. estut 
manque C. 1 ii. A. 8 san] en C. 10 et 1. de 
marbre pauee C. ll i seoir vit C. 12 sor. i. lit C. 
16 vols dune p. par d. C. r, dautel fu li r. C. 
19 siot.'l. molt manque A. 22 et bien C. iiii c. A. 
24 saustyl. eh. aeisie leu -1. 2.5 m. f.] forz i A. 
26 qui le ch. A. 2fl. 30 manquent A. 31 li prodô 
C, 35. 3C intervertis C. 3.") car vos nen estes a. C. 
37 fet il] certes C. 



et dist 'amis, ça vos traiez, 
ja de moi ne vos esmaiez ; 
si vos seez sëuremant 
lez moi, je le voil et commant." 
li vaslez est lez lui asis 
et li prodom li dist 'amis, 
de quel part venistes vos hui?' 
•sire', fet il. 'hui matin raui 
de Biauroi)aire. ensi a non.' 
'si m'ait dex', fet li ])rodon, 
'vos avez grant j ornée faite, 
vos mëustes einz que la gaite 
ëust hui main l'aube cornée.' 
'einz estoit la prime sonee'. 
fet li vaslez. je vos afi.* 
que que il parloicnt ensi, 
uns vaslez antre par la porte. 
• a son col une espee aporte, 
par les renges estoit pandue. 
si l'a au riche home randue, 
et il l'a bien demie treite; 
si vit bien ou ele fu feite, 
car an l'espee estoit escrit. 
et avoec ce ancore i vit 
qu'ele estoit de si bon acier 
que ja ne pooit depecier, 
fors que par un tôt seul péril 
que nus ne savoit fors (|ue il 
qui avoit forgiee l'espee. 
li vaslez qui l'ot aportee 
dist 'sire, la sore pucele, 
vostre nièce, qui molt est bêle, 
vos a anvoié cest présent: 
einz ne veistes mains pesant 
del lonc et del lé que ele a. 
vos la donroiz oui vos pleira. 
mes ma dame seroit moult liée 
se ele estoit bien anploiee 
la ou ele sera donee; 
onques cil qui forja l'espee 

2 ja] près ^4. 3 mais s. tôt s. C. 4 iel vos lo 
bonemant A. .5 sest C. G li sire C. S dist C. 
10 maist A. Ui je] ce A. is qui u. e. a son col 
porte C. 10 a son -col lavoit il p. C. 20 home 
manque A 23 que — fu A. 24 i manque A. 

2,5 si fin C. 26 quele ne A. peceoier C. 27 se 
nestoit par un sol C. 2'n mes que il A. 30 1' 
manque C. 32 amie C. molt] tant A. 33 vos 
anvoie ci c. A. 31 mains B, mais C, mes A. 
si gent A. 3s anploie A. 40 conques .1. 

12* 



183 



XII» SIECLE. 



184 



n'an tist que ti'ois, et si luorra 

que ja mes forgier ne poira 

espee nule après cesti.' 

tantost li sire an revesti 

celui qui lëanz est estranges 

de l'espee par mi les ranges 

qui valoient bien un trésor. 

li ponz de l'espee fu d'or 

del meiUor d'Arrabe ou de Grèce, 

li fuerres d'orfrois de Venece. i 

si richemant apareilliee 

l'a li sire al vallet bailliee 

et dist "biau sire, ceste espee 

vos fu jugiee et destinée, 

et je voel moult que vos l'aiez : i 

mes ceigniez la, si l'essaiez.' 

cil l'an mercie, si la ceint 

ensi que pas ne s'an estramt: 

puis l'a trete del fuerre nue. 

et quant il l'ot un poi tenue, 

si la remist el fuerre arrière. 

et sachiez que de gi-ant manière 

Il sist au liane et mialz el poing, 

et sanbla bien que a besoing 

s'an dëust aidier comc ber. 

derriers lui vit valiez ester 

antor le feu qui cler ardoit. 

celui qui ses armes gardoit 

i vit et si li commanda 

s'espee, et cil la li garda.' 

puis se rasist lez le seignor 

qui li ])orte moult grant enor. 

et lëanz avoit luminaire 

si grant con l'an le })orroit faire 

de chandoiles an un ostel. 

que qu'il parloient d'un et d'el, 

uns vaslez d'une chanl)re vint, 

qui une blanche lance tint 

anpoigniee, par le mi leu. 

si passa par cnfiroit le feu, 

l et si] si en <J. 3 apresj que C. 4 et li sires A. 
a le ch'r qui fu e. C. 7 v. un grant C !» ou] 
etc. 12 la li a li sires i. C. 14 destine yl. I7 
il C. Ife si que gaires in C. 2> moult lesgarde 
de A. 23 al p. C. ï\ et sacics que en grant b. C. 
26 voit C un bacheler .4. 2»> auoit C 20 qucnut 
et A. :w lespee et cil jien la g. C. 31 lors A, 
et puis C. traist C. 32 moult li porta C. Xi et 
manque A. un 1. A. H4 con on p. plus f. C. 
4M pa.S8e A. endroit B, entre C, delez A. 



et cil qui al feu se sëoient, 
et tuit cil de lëanz vëoient 
la lance blanche et le fer blanc, 
s'issoit une gote de sanc 
del fer de la lance an somet, 
et jusqu'à la main au vaslet 
coroit celé gote vermoille. 
li vaslez vit celo raervoille, 
qui lëanz est la nuit venuz. 
si s'est de demander tenuz 
comant celé chose avenoit, 
que del chasti li sovenoit 
celui qui chevalier le fist, 
qui li anseigna et aprist 
que de trop parler se gardast : 
si crient se il li demandast, 
qu'an li tornast a vilenie: 
et por ce n'an demanda mie. 

A tant dui autre vaslet vindrent 
qui chandeliers an lor mains tindrent 
de fin or, ovrez a neel. 
ii vaslet estoient moult bel 
qui les chandeliers aportoient. 
an chascun chandelier ardoient 
dos chandoiles a tôt le mains, 
un graal antre ses dos mains 
une damoisele tenoit 
qui avoec les vaslez venoit, 
bêle et gente et bien accsmee. 
quant ele fu lëanz antree, 
atot le graal qu'ele tint, 
une si granz clartez i vint, 
(ju'ausi perdoient les chandoiles 
lor clarté come les estoiles 
•lant li solauz luist et la lune, 
après celi an revint une 
qui tint un taillëor d'argent, 
le graal qui aloit devant 
de fin or esmeré estoit. 
pierres précieuses avoit 

1 et cals C, de ces A. al fu C. Icanz A. 2 qui 
laians estoient C. :i virent la 1. et le C. 5 an] 
el C. 7 coioityl. '.) ert C. 10 del C. 12 car C. 
13 del prodome qui li aprist C. 14 et qui li ens. 
el dist C. 1« crenioit C. se il B, que sil A, sil C. 
IS ce) tant C. 10 E lors A. iiii. vallet revinrent C. 
23 cil qui — portoient yl. 24 a C. 25 v. ch. C: 
27 dameisele A. 2S qui] et A. 29 et— et mam/ue C. 
gente] iointc yl. 30 manf/ue C. 31. 32 intervertis C. 
32 i] an A. 33 qu' inurnjue A. 35 lieve et A. 



185 



CRESÏIEN. LI CONTES DEL (JRAAL. 



186 



el graal de maintes meiiieres 
des plus riches et des plus chieres 
qui an mer ne an terre soient, 
totes autres pierres passoient 
celés del graal sanz dotance. ■'> 

tôt ainsi con passa la lance 
par devant le lit trespasserent. 
et d'une chanbre an autre alerent. 
et li vaslez les vit passer, 
si n'osa mie demander lo 

del graal oui l'an an servoit, 
que toz jorz en son cuer avoit 
la parole au prodome sage, 
se criem que il n'i ait domage. 
por ce que j'ai oï retraire 15 

que ausi se puot an trop taire 
con trop parler a la t'oiee. 
ou bien U praigne ou mal li cliiee, 
ne lor anquiert ne ne demande, 
li sii*es au vaslet comande 20 

l'eve doner et napes traire, 
et cil le font qui doivent faire 
et qui a costiune l'avoient. 
li sire et li vaslez lavoient 
lor mains d'eve chaude tempree. 20 

et dui vaslet ont aportee 
une lee table d'ivoire 
ensi con tesmoigne l'estoii'e, 
ele estoit tote d'une pièce. 
' devant lor seiguor une pièce 30 

; et devant le vaslet la tindrent, 
tant que dui autre vaslet vindrent 
qui aporterent dos eschaces. 
li fuz en ot des bones grâces, 
don les eschaces fêtes furent. 3:, 

que les pièces toz jorz andurent. 
don furent eles? d'ebenus, 
d'un fust a ciii ne bet ja nus 

2 mit' precioses et mit' ch. C. i plus quen mer 
nen t. ne s. C. 4 valoient A. 5 faillauce C. \u 
ti tôt autresi con de la A. ' par de d. lui tr. A. 
8 al altre C. 10 sij et .1. 12 que il — el cuer A. 
i;t le casti C. 14 si me doit qui! C. lô por ce 
mangue A. sovant r. .1. 16 quasi bien se doit on 
tr. C. 17 que tr. C. ib Bien li an pr. .4. lan 
ch. A. 19 nesai le quel rien ne d. C. 20 as val- 
les C. 21 aige C. 22 et manque A. le manque C. 
qui le ^4 C 28 reconte ^. 29 fu C. 30 lor] le -4. 
32 a tant dui .4. 34 dont li fuz a A. dos] mit C. 
35 eschames A. 3e car tostans 1. p. a C. 38 de 
celui fust ne dot ja .4. 



([ue il porrisse ne qu'il arde; 
de ces dos choses n'a il garde. 

Sor ces eschaces fu asise 
la table et la nape susmise: 
mais que diroie de la napeV 
legaz ne chardonax ne pape 
ne manja onques sor si blanche, 
li premiers mes fu d'une hanche 
de cerf an gresse au poivre chaut, 
vins clers ne raspez ne lor faut 
a copes dorées a boivre. 
de la hanche de cerf au poivre 
uns vaslez devant ax trancha 
qui a lui treite la hanche a 
atot le taillëor d'argent 
et les raorsiax lor met devant 
sor un gastel qui fu an tiers, 
et li graax andemantiers 
par devant ax retrespassa, 
et li vaslez ne demanda 
del graal oui l'an an servoit. 
por le prodome se dotoit 
qui dolcement le chastïa' 
de trop parler, et il i a 
toz jorz son cuer, si l'an so\-ient; 
mes plus se test qu'il ne covient. 
a chascun mes don l'an servoit 
par devant lui trespasser voit 
le graal trestut descovert, 
mais il ne set cui l'an an sert 
et si le voldroit molt savoii'; 
mes il le demandera voir, 
ce pense et dit, ainz qu'il s'an tort, 
a un des vaslez de la cort. 
mes jusqu'au matin atandra 
que au seignor congié prandra 
et a tote l'autre mesniee. 
ensi la chose a respitiee, 
s'antant a boivre et a mangier; 
l'an n'aporte mie a dangier 



l nu il C. 3 eschames .4. :> mais] ce J. 9 dun 
c. au fort p. C. 10 cl après ce ne C U cope 
dor sovant a ^1. 12 del jers J.. 14 qui de devant 
lui tr. la A. 16 mist t. 17 platel C. 22 del 
pr. li sovenoit C. 23 br>nement C. 25 tos tans 
le c. C. 27 car a — con s. p. mes Fôrster] met A C. 
2S le graal tr. veoit A. 29 par devant lui tôt A. 
30 et si ne J. 3t molt] il A. 33 ce dit il a. que 
il A. 38 a] est ^. 4(.i dongier .1. 



187 



XII*" SIÈCLE. 



18ïî 



les mes et le vin a la table, 

einz sont pleisant et delitable. 
Li mangiers fii et biax et buens: 

de toz les mes que rois ne cuens 

ne empereres doie avoir 5 

fu li prodon serviz le soir 

et li vaslez ansanble lui. 

après le mangier amedui 

parlèrent ansanble et vellierent, 

et li vaslet aparellierent 10 

les liz et le fruit au colchier. 

que il en i ot de moult chier, 

dates, figues et noiz mugatcs. 

girofle et pomes de grenates 

et leituaires an la fin 15 

et gingenbret alixandrin. 

après ce burent de maint boivre: 

pimant ou n'ot ne miel ne poi\Te 

et viez moré et cler sirop. 

de tôt ce se mervoiUe trop 20 

li vaslez qui ne l'ot apris. 

et li prodom li dist 'amis, 

tans est de colchier mes anuit. 

je m'an irai, ne vos anuit, 

lëanz an mes chanbres gésir. 2.-, 

et cant vos vandra a pleisir, 

vos vos recolcherez ça fors. 

je n'ai nul jjooir de mon cors. 

si covandra que l'an m'an port.' 

quatre sergent délivre et fort :»> 

maintenant fors d'une chanbre issent : 

la cote as quatre cors seisissent 

qui el lit estandue estoit, 

sor cui li prodom .se sëoit: 

si l'anportent la ou il durent. 35 

avoec le vaslet remés furent 

antre vaslet qui le servirent, 

et qnanque mestier fu li firent. 

quant lui plot, si le deschaucierent 

et desvestirent et couchierent 40 



an blans dras déliez de lin. 

et il dormi jusqu'au matin 

que l'aube del jor fu crevée 

et la mesniee fu levée. 

mais il ne vit lëanz nelui, 

quant esgarda anviron lui : 

si l'estut par lui seul lever. 

que que il li dëust grever, 

desqu'il voit que fere l'estuet, 

si se lieve, que niialz ne puet, 

et chance sanz aïe atandre. 

et puis rêva ses armes prandre 

que au chief del dois a trovees, 

que l'an li avoit aportees. 

quant il ot bien aimez ses manbres, 

si s'an vet par les huis des chanbres 

que la nuit ot overz vëuz; 

mes por nëant est esmëuz, 

que il les trova bien fermez. 

s'apele et hurte et bote asez; 

nus ne li oevre ne dit mot. 

quant asez apelé i ot, 

si s'an va a l'uis de la sale. 

overt le trueve, si avale 

ti-estoz les degrez contre val 

et trueve anselé son cheval 

et vit sa lance et son escu 

qui au mur apoiez li fu. 

lors monte et vet par tôt lëanz, 

et n'i ti-ueve nul des sergeivz, 

escuier ne vaslet n'i voit. 

si s'en vet a la porte droit 

et trueve le pont abessié, 

c'on li avoit ensi lessié, 

por ce que riens nel retenist 

de quel ore que il venist, 

que il i passast sanz arest. 



2 qui sont C. 4 de tel mangier .1. et c. A. 
5 et A. 12 car il C. i:t mugacos A. moscates C. 
14 et poires et p. grenaces B. t:. leituaire A. u; gin- 
genbrat Z;, gingenbre et /l'. gingenbre,!. i; du 
boen h. A. n» et bon A, vies vin C. 20 sf.s- 
merr. C. 24 enuit A. v, ma chanbre A. 

27 colcherez ca dehors /l. .11 lores dune eh. san 
i.A. 32 as acors .1. 34 gisoit /l. 3S et) qni yl. 
M et quant— .sel A. 40 et le servirent A. 



5. (i intervertis A. h et quant ne .^. fi si es- 
garde A, qant il g. C. s et que quil A. 9 qant 
il uit C. 10 il se A que plus ncn C. il sanz ne- 
lui ^. 12 apr&s^. 14 après ce vers A répète 1S7, 
37. 3»». u on li a. aprestees C. 15 il a C. bien arme C, 
atornez^. k; par] vers yl. 17 que il avoit o. C. 
lU car il C. 20 il i a. et h. a. A. C ajoute diva 
fait il tu qui le pont. 21 nus] lan yl. 24 le vit 
ius en a. C. 2s li marifjne C. 2!). .30 manquent C. 
31 con iloc laie li avoit C. 32 il sen A. vint C. 
33 trova C. M que lan li ot A. 3:. detenist C. 
•m; quil 1 v. C. vousi.st? :i7 ,,uil ni A, o lui C. 
sans nul <'. tôt sanz A. 



89 



KOMAN DALIXANDRE. 



190 



et i)ansa que au la t'orcst 
s'an soient li vaslct aie 
1)01" le pont qu'il vit avalé, 
cordes et pièges regarder, 
n'a cure de plus arestcr, 
einz dit, ajji-és ax s'en iroit 
savoir se nus d'ax li diroit 
do la lance por qu'cle saine, 
s'il puet estre por nule painc, 
et del gi'aal ou l'an le porte, 
puis s'an ist fors par mi la i)ortc. 
mais ainz que il fust hors del pont, 
les piez de son cheval amont 
santi qu'il lèveront an haut, 
et li chevax tist un grant saut. 



et s'il n'ëust si bien sailli, 
on mi l'cve fussent flati, 
li chevax et cil qui sus iere. 
et li vaslez torna sa chiere 
por vëoir que ce ot esté, 
et vit qu'an ot le pont levé : 
s'apelc et nus ne li respont. 
•diva', fet il, tu qui le pont 
as levé, car parole a moi; 
ou es tu, quant je ne te voi V 
trai toi avant, si te verrai 
et d'une cose t'anquerrai 
novcles, que savoir voldroie.' 
ensi de parler se foloic, 
que nus respondre ne li vialt. 



ROMAN D'ALIXANDRE. 

Li Romans d'Alixandre par Lambert li Tors et Alexandre de Bernay. Heruusyegeben von H. Miche- 
ant^ Stuttgart 1846, p. 341, 22 — 347, 13. Comparé par M. Jlanefeld avec les Mss. fonds franc. 
1635, anc. 7633 (B) , 1590, anc. 7611 {€') et pour le commencement avec 368, une. 6985 (D), 790, 
inc. 7190 (E). — Episode de l'expédition d'Alexandre dans le désert. Cf. t Alexandre de Lamprecht 

5004—5205, éd. Weismann. 



Moult fu biaus li vregiers et gentc la praële : 
noult souëf i iiairoient radise et canele, 
jaringaus et encens, chitouaus de Tudele. 
3ns en mi lin del pré ot une fontainele, 
i ruisiaus estoit clers et blanque li gi-avele. -, 
1. rouge or espagnols passast on la praële. 
Je tin or tresjeté i ot une ymagele, 
iOY deus pies de crestal, qui ne ciet ne cancele, 
rpii reçoit le conduit qui nent par la ruëlc. 
el vregier lor avint une niervelle bêle, 
que desus cescun arbre avoit une pucele: 



1 si C. panse A. 2 s' manque A. i et] ou C. 
5 atarder A. 6 que après A. s'en manque A. ira C. 

dira C. 8. 9 intervertis C. s por qu'ele] que 
ensi Jl. 9 se il p. e. an n. .1. 12 Ençois^4. quil 
venist jus del C. 14 qui C. levoient J. i.î a 
fet un saut ..4. m vergiez E. praiele M {Miche- 
font): praële i^jE". 17 lairoient J/. Au lieu de {•< 
dans BDE soef uient (ieult Z), ieut E) li encens 
riqlice (ricolice E) et kanele (quenele E). garingax 
i flairoit cytouaux et tudele. ift fointainicle M. 
Très en mi leu dou pre sourt une BCDE. 20 dont 
la doiz (rus CDE) e. clerc (clers CD) BCDE. 
21 pesast C'Z^A". praiele M. 22 treiete CE. 23 suz 
CDE. cristal B. 24 la praiele M. 25 biele M. 
2t) que] lar B. desor B, desouz DE. 



il nen i avoit nule sergante ne ancelc, 
mais toutes d'un parage, cascune ei't damoisele. 
le cors orent bien fait, petite la mamelc, 
les ious vairs et rïans et la color novele. 
plus ert espris d'amor ki voit la damoisele 
que s'il ëust le cuer brnï d'une estincele. 
a Alixandre ont dit li viellart le novele : 
quant li rois l'a oie, joians li fu et bêle, 
quanques i a aie, ne prise une cinele. 
s'il ne-les voit de prés: les n vîellars apele: 
•conduisiés moi cest ost de les ceste vaucele, 
que dusqu'en la forest n'ert ostee ma sele.' 
En icele forest. dont vos m'oëz conter, 

1 que sil ,4. 2 aniedui f. mal bailli A. 4 t. 
arrière ^4. 5 si amont le cief levé C. (i et vit le 
pont desor tome C. 11 car uien avant C. 12 rien 
li A. 13 novele C. 16 n'en M. servante CDE, 
chamberiere B. nancele B. 17 damoisiele M etc. 
IS les^C. îàizB, fes C. la] lor .1/. 19 clers BC. 
20 veoit la pucele B. 21 manque M. broi C. 
estancele B. C ajoute et plus li saut el cors que 
destriers de Castele. 22 en dient B. li v. en 
ont dit alix. nov. C. 23 lot oie D. 24 De quanq 
B. cenele BC. 25 ce il nés BC les v. en ap. J/. 
27 cariusqû^C. 2^ — 191, 14 manquent M. moeiz 
conteir B etc. 



191 



Xll« SIECLE. 



192 



nesune nialc choze ne puet laians entrer. 

li home ne les bestes n'i ozent converser, 

onques eu nesun tans ne vit hon yverner 

ne trop froit ne trop chaut ne neger ne geler. 

ce conte Tescripture que hom n'i doit entrer, '> 

se il nen at talent de conqueiTC ou d'amer. 

les deuesses d'amors i doivent habiter, 

cai' c'est lor paradix ou el doivent entrer. 

li rois de Macédoine en a oi parler, 

qui cercha les merveilles dou mont et de la mer, lo 

et ce fist il meïsmes enz ou fons avaler 

en un vessel de voirre, ce ne puet n'on fausser, 

qu'il fist faire il meïsmes fort et rëont et cler 

et enclorre de fer qu'il ne pëust quasser, 

s'il l'estëust a roche ou ai Hors ahurter, i'> 

et si que il poet bien par mi outre esgarder, 

por vëoir les poissons tornoier et joster 

et faire lor agaiz et sovent cembeler. 

et quant il vint a terre, nou mist a oublier: 

la prist la sapïence dou mont a conquester io 

et faire ses agaiz et sa gent ordener 

et conduire les oz et, sagement mener, 

car ce fust toz li mieudres qui ainz pëust monter 

en cheval por conquerre ne de lance joster, 

li gentiz et li larges et li prex por douer. ^^ 

la forest des puceles ot oï deviser. 

cil qui tôt volt conquerre i ot talent d'aler: 

souz ciel n'a home en terre qui l'en pëust torner. 

Molt fu liez Alixandres des noveles qu'il ot. 
por vëoir les puceles durement s'en esjot 30, 
et comande au conduit que il ne dïent mot 
et l'ost fist esploiter au plus tost que il pot. 
de celx qui vont devant sont sëu li esclot, 
car cil qui desrotassent se tenissent por sot. 

Quant li Greu ont vëu la forest, s'en sont lié. 35 
mais ançois que il fussent d'une Ueuc aprochié. 
sentirent la flairor des herbes par daintié, 
les odors des espices, dont sunt plain li vergié : 
li malade en devinrent baut et sain et haitié. 

2 Lyon (Lyons) ne malcs bcstcs ni DE. :t et 
onques en nul temps CDE. len ('DE. 4 greller 
CDE. 5 Se B. raccoute la lettre CDE. bons E. 
7 converser CD. 12 faucer B. i:i fere a la 
^Lse CDE. \', Cil B. ou a pierre CDE. 16 pot 
C. bien mnnque CDE. I' et ueoir DE. \s et 
mètre en lur aguet CDE. i!t tierre B. nel m. 
en C. 21 ses] lors tous les Mhs. 22 les olz et 
très bien deuiser C. 24 ne enseigne porter C. 
"îh tierre B. 34 il felssent que sot C. 35 si sont C. 
'.w, Mez C. 3S Des oudcurs des espèces C. 



mais d'une choze furent ansois bien acointié 
que dedenz la forest n'entrassent sans congié. 
en l'erbage defors sunt descendu a pié. 
estes vos les viellars qui la sunt repairié : 
a Alixandre vinrent, si li ont concillié 
que de l'entrer en bois n'i ait plus delaié ; 
les dames les désirent, bien seront aaisié. 

Alixandres commande l'ost amener avant, 
quar el bos as puceles vint aler déduisant, 
son senescal apele Tholomé en riant, 
les noveles li dist que cil li vont contant, 
et les puceles iscent de la forest samblant, 
vestues come dames, mult bel et avenant, 
quant voient çaus de l'ost, encontre vont juant 
tant com li ombre dure, car ne pueent avant, 
ja si pou ne passassent que morissent errant, 
mais plus aiment les homes que nule rien vivant, 
por çou qu'en cuide avoir cescune son talant. 
cil de l'ost les aprocent, si en vont raerviUant, 
quar de si bêles famés ne virent onques tant, 
ne ne fussent trovees de ci qu'en orïant. 
en pré lez la fontaine Alixandres descent, 
qui plus flaire soëf que odors de pyment. 

Alixandres descent, iluec est arestés: 
ses conpagnons apele, si est el bos entrés, 
quant il voit les puceles, mult en est esfreés 
et de la biauté d'eles est issi trespensés 
qu'il en jure son cief qui est rois coronnés, 
ne se mouvera mais, s'ert li quars jors passés, 
'je commanc, biau signor, por deu, or esgardés : 
veïstes mais si bêles en trestous vos aés? 
eles ont clers les \is plus que n'est flors de prés, 
les yex vairs et rïanz plus que faucons mués, 
veïstes ainz tex nés ne si amesurés? 
\es bouches ont bien faites, jamais teus ne verés 
a baisier n'a sentir, en tel païs n'irés, 

2 ne fussent aprochic B. s auenir B. 9 en 
bois des B. lo Thol.] si li dist C. 11 se li dist 
la raison M. vi canibant B, riant C. 14 uirciit 
C. celx B. ioant B., riant C. \h manque M. 
ombres BC. durent C. ne porent en auant C. 
puent B. ib poi CM. passesset jB, parlassent 
M. mortes caisant MC. 17 plus] mieulz C. riens 
CM. IS ce que cuide B. lit conioent B. de- 
visant M. 20 ainz mez ne virent tant C. 21 - 23 
initnrinent M. 21 Rc ne B. 22 preileiz B. 23 soeit 
B. oudeur C. 24 sest C. Ify el| en B. 20 uit BC. 
si est auant aleiz B. 27 ansi C, si fort B. 1H II 
B. rois] dor B- tornera B. jor M. 31 ainz B. 
iceles M. 'Aï — 33 manquent M. flor B. 34 teiz B. 
ne si B i si bien C. 30 teus M. cel B. 



193 



RU MAX D'AIJXAXDIŒ. 



194 



et ont les deiis plus blan^ que yvores planés 
ne que la tlors de lis c'amaiuc li estes. 
bien sunt faites de cors, grailes ont les costés, 
maraeles ont petites et les tiaus bien molles, 
les unes sunt vestues de ciers pales roes, 
les plusiors d'osterins et les mains de cendés. 
toutes ont dras de soie tout a lor volentés. 
nulc riens ne lor faut, ains ont de tout assés 
fors conpagnie d'ounie, et s'en estgrant plentés. 
or sejornons eles, mult nous ont désirés.' lu 

De devant le forcst ot un pont torneis, 
sor l'aighe de Charie qui vient de Valbrunis. 
les cstanpcs del pont sunt de marbre polis, 
et les sozlives sunt totes a or massis, 
les plansques sunt d'ivoire as bons csmaus trcllis. 15 
de l'autre part del pont ot un tresgeteis, 
deus cnfans de iin or fais en molle fondis, 
li uns fu Ions et grailes, l'autres gros et petis ; 
menbres orent bien fais, vis formés et traitis. 
desouz aux ot 11 briés que uns clers ot escris, -H) 
qui lor fait par augure defiendx-e le plaissîz. 
si com l'os aprora et il oënt les cris, 
cescuns saisit un mail, s'est li pas contredis. 
Alixandres descent dou destrier arrabis 
et monta sor le pont, si s'est outi'e esquelUs. 25 
quant il voit les enfans qui ont les maus saisis 
il se retrait arrière, qu'il cuidc estrc trais. 

Quant li rois voit les 11 qui se vont deftendant, 
ses conpagnons apele, si lor dist en riant 
•je voi outre ce pont une mervelle grant. 30 
a l'entrée de la 11 enfans en estant, 
et de II maus d'acier se sont escremissant. 
n'i cuic jamais passer en trestout mon vivant.' 
quant li baron l'oirent qu'iluec sunt entendant, 



il montent sor le pont, qui plus tost vont corant. 
vont vëoir la mervelle que li rois va contant, 
adonc i .sunt venu li doi viellart Persant 
qui por tous les desers vont le roi conduisant 
et toutes les merveUes de le terre mostrant. 
Alixandres a dit 'segnor, venés avant, 
dites par (piel manière sunt ici cil enfant.' 
li ains nés li a dit ([ue por lui fera tant 
que (;ou fera remaindre dont se vont mervillant. 

lÀ viellars lor a dit qu'il lor fera laisicr 
les maus et les cuignies dont il sunt costumier. 
Alixandres li prie que pense d'esploitier : 
plus li doura tin or que n'en voira baillicr. 
•sire', dist li viellars, "no vus caut d'acointier. 
laisiés moi bonemcnt atorner mon mcstier: 
je vus en ferai un en l'iàve trebucier, 
que vo oel le veront a un i)ois(;on mangicr, 
et l'autre eu porteront diable et avresier.' 

Près de l'encantement est cil ajcnelliés 
et saut del pont en l'iave et puis est redreciés. 
ses mains tendi en haut et revint sor ses pies, 
puis se rabaise en l'iave, 11 fois i est plonciés. 
et a la tierce fois, quant il fu essechiés, 
voiant tous çaus en l'iave est U entes bronciés, 
par tel air en l'iave que tous est depeciés: 
voiant les ious le roi est des poisons mangiés. 
puis que li uns d'aus fu en l'iave pcrilliés 
ne pot durer li autres que ne soit depeciés. 
uns diables l'en porte ki fu aparilUés, 
les jambes li peçoie, les bi-as li a brisiés. 
"e dex', dist Alixandres, 'par les toies pitiés 
de quanque me donas soies tu graciés, 
cil qui tist ces enfans fu mult outrequidiés.' 
les maus que cil avoient, ont illuecques laissiés. 



1 que voires reparez BC. i flor M. 3 bien 
ont faiz les costeiz J3. i manque B. 5 de bons 
B. 6 et li miche destoreiz ccndeiz B. !» dômes 
B. 10 manque M. Il Par J/. 12 leue ^, liauc 
C- clarence ^. deuers brunis jBC 13 estaches 5. 
14 manque ^I. lô de croie M. a B. treslis C, 
esliz B. 19 ont bien formeiz B. vis biT faiz B. 
20. 21 viennent dans M après 23. 21 argure B. 
22 et oient B. 23 li paz est c. B. 24 arrabiz C. 
arrabi B. qui de sens est garnis M. 25 escueil- 
liez C, acuelliz B. et est outre salis M. 26 (|. 
voit les II. cnf. B. 27 ariers B. craint-periz C. 
si sest outre esquellis M. 2s uit C. devisant J/. 
30 le p. B. 32 manque B. 34 atendant B. 
merueille en orent grant C. En la place ont 
guerpi maint destrier auferant B, et desceudi 
chascunz du destrier auferrant C. 
Bartsch, Chrestomathie, IV. Éd. 



1 il] et B. tos ^f. qui tost pent et corrant B. 
2 et voient .1/. vet C. 3 a tant B. 5 tierc M. 
contant C- n ainnes M. 7 Quil f. renianoir 
trestot lenchantement B. 11 cremie i5. 12 de 
lesploitier i3. 13 quil ne porra charger C. it 
fet li C. de coitier B. 15 bêlement mon cors 
aparillier M. mon destrier B. 10 je en ferai ia 
lun entre B. 20 et rcuint sor ses piez B. 21 
contra mont sest dreciez B. 22 p. resorti aual 
en leue cest plungiez B. 23 — 27 manquent C. 
23 et manque M. e puis resaut amont après est 
essuiez B. 24 est manque M. cels de lost cest li 
a. B. 25 défroissiez iî. 20 de iî. 27 trébuchiez Z.'. 
2^ puet B. quor li saut li péchiez B. 29 manque B. 
ki forment scn list liez C. 3U pecoient .1/. et les 
mains et les piez B- 32 dones M. vus mercies M. 
33 manque BM. 34 le M. ont il je quic laies M. 

13 



195 



Xlle SIECLE. 



196 



Alixandres i cort et si s'est essaies: 

mais il n'en mëust un por estre detranciés. 

Ajirés le roi coururent tôt li per essaier: 
de folie se voelent pener et travillier. 
le mener ne pëussent xv boef charroier. :> 

atant s'en passent outre serjant et escuier, 
damoisel et mcscin et mult de bon arcier 
qui estoieut venu eu Tost por gaoguier: 
après vienent les bestes c'en maine por mangier. 
quant il furent tuit outre, si dut solax couchier. lo 

En le forest est l'os celé nuit ostelee: 
il n'ont autres osteus fors cascuns lo ramee. 
les puceles n'i firent plus longe demoree, 
cescune prist le sien sans autre recelée: 
qui sa volenté volt, aine ne li fu veee, i."> 

ains lor fu bien souvent d'eles amonestee. 
cil legier baceler ki tant l'ont désirée 
qui pie(;a sont issu fors de la lor contrée, 
cescuns i a sa famé u s'amie amenée, 
toute icele nuit ont mult grant joie menée .;o 
tant que biaus fu li jors, clere la matinée, 
quant il voiront mangier, s'ont viande trovee, 
bien a quatre mil homes le truevent conraëe. 
il demandèrent l'iave, el lor fu aportee, 
il vont a la masiele que par lex est troëe, 20 
et ert par nigromance mult menu trasgetee, 
qui reçoit le conduit qui vient par le baëe: 
puis estendent les napes sor l'erbe a la rosec. 
il n'a sou ciel devise la ne soit présentée; 
cescuns a son talent le trueve asavouree. 30 
après mangier s'en vont déduire par la pree. 
qui vuet fruit demeniere ne chiere herbe loëe, 
assés en puet avoir sanz nule deveee- 

1 vat B. et munfjue BC. eslaissies M. 2 II M. 3j 
un seul J/. depecics C. 3 si vont B. eslaissier ^L 
5 XV bon chevalier M. (i après B. 7. >> manquent 
B. damoisiel M. et dansel et icudon et turcople 
et archier C 9 passent fi. 10 manque M. soleul 
C coucher fi. Il fu ^'. loz B. toute nuit B. 
12 Norent pas osteiz mais c. a r. fi. 13 pucieles M. 
font M. 14 cescuns a pris M. a nule r. B. lô aine 
manque B. fu pas B. fut celée M. Ki li bien par 
elcs souvent M. l^ qui de pieea sunt fors trestout 
de lor M. Vi ot B- menée M. 20 Trestuit fi. 
2ï vodrent B, veulent C- fut B. le vitalle ont t. M. 
23 iiii">- 3/. 24 ele fu C, cle lor fu B, on lor a M. 
portée B. Ib marccle B. ki d'or fu tresjetee M. 
26 manque M. par arcimaire C. nieu Mxs, 27 et 
r. B. i>) suz C. en la r. B. arosee M. 2'j soz ciel 
nen a d. — aportee B. W la prent sanz recelée B, 
en prist sanz denioree C. 31 deduizant B. déporter 
en C. 32. 33 manquent M. qui avet B, quavoit C. 



en le forest est l'os quatre jors scjornec, 
tros que ce vint au quint qu'ele s'en est tornee. 
Alixandres csgarde desous une cepee 
d'un vennel cerubin qui ot le fuelle lec 
et est a ourles d'or meuuëment ouvrée, 
une pucele i vint qui ert encoloree 
ainsi come nature l'avoit enfaçonnee; 
onqucs i)lus bêle femme ne vit de mère née. 
le car ot bêle et blance comme nois sor gelée : 
le biauté de son vis durement li agrée, 
car la roujors estoit avoec le blanc meslee. 
quant li rois l'ot coisie et lor bien devisee, 
et a dit a ses homes 'une cose ai pensée. 
(|ui ccste femme aroit de cest convers gietee 
tant que il la tenist en la soie contrée, 
on en devroit bien faii'e roïne coronee.' 
dans Clins, li tins Gauduit, l'a sor un mul montée 
ensi com au roi plot; ja l'en euïst menée, 
celé s'en voit porter, mult fu espoëntee 
et regarde Alixandre, merci li a crïee: 
'gentius rois, ne m'ociiTO, franco cose ounoree ; 
quar s'estoie plain pié de la forest jetée, 
que euïse des ombres une seule passée, 
tantost seroie morte, tele est ma destinée.' 
li rois la regarda, plus ert bêle que fee: 
por çou que ele pleure le color a muëe. 
mervillouse pitiés li est el cors entrée, 
a teiTe le fait mètre, a dieu l'a commandée, 
celé s'ajenella, a terre est enclinee, 
mult domaine grant joie quant ele est délivrée ; 
en le forest an-iere en est mult tost alee. 
puis ont une parole entr'elles porparlee 
que l'ost convoieroient coiement a celée 
tant com l'ombre del bos pora avoir durée, 
cil de l'ost s'esmervellcnt qui les ont esgardee. 
torner volrent arrier: quant au roi fu contée 

1 ostelee B. 2 tant que B. i regarde M. 
\ uit 1. f. estelee B. h oizeles sant d'or B. pu- 
ciele ^[. bêle et enc. B. 7 ne fu M. *> blanche 
et tendre fi. gielee 3/. Il rougeur C. li vermaus 
U est .1/. 12 auisee fi. 13 Lors a fi. ai] en fi. 
M de la forest fi. 15 et en la soie tiere et conduite 
et menée M. 10 bien en d. on f. B. 17 mul] mont 
}f. \s plet M. portée B. 21 m'ocis M. 23 queusse 
une des o. seulement trespassee B. 2-1 tantos M, 
sempres B. teiz fi. 20 Alix, le voit plus bêle d'une 
f. M. 2() por ce quele ot ploree la e. ot B. 27 len 
est en B. 2s tiere M. la fist B. 2!) tiere M. clinee 
B. .30 quant se uoit deliuree Ji. 31 tos M. son 
est tost retornee B. 33 convoieroit M. bêlement 
B. 31 porroit fi. 35 quant lorent fi. 36 ariers 
B. au roi manque M. 



197 



HUON DE BORDEAUX. 



198 



novele que sa gent est au bos retornee, 
et quant il l'a oie, se teste eu a jurée 
que, se nus i reniaint plus d'une arbalestee, 
qu'il le fera ardoir en fornaise cnbrasee. 

Alixandres apele les viellars, ses conjure u 
\)&r ce deu ki forma trestoute créature, 
si lor a demandé "par com faite aventure [ture? 
sunt en cel bos ces femmes? est çou lois ou droi- 
dont vienent et que vestent? et ou truevent pas- 
(juant a trestoute m'ost ont trovéforniture, [ture? lo 
en font eles as dex nesune forfaiture? 
u ont eles trouvé jouvent qui tant lor dure, 
(juant jou n'i ai vëu tombe ne sepouture?' 
cil li ont respondu ki sorent lor nature: 
•a l'entrée d'iver, encontre le froidure, 15 

entrent toutes en terre et muent lor faiture. 
et quant estes revient et li clers tans s'espure, 



a guise des flors blanques muent la lor nature, 
celés qui dedens nessent sunt del cors la ligure 
et la Hors qu'est defors si est lor vestëure. 
et sunt si bien taillics toutes a lor mesure 
que ja n'i ara force ne cisel ne cousture, 
et cascuns vesteraens jusc'a la terre dure, 
et si com a devises de cest bos vient a cure ; 
ja ne vouront au main icele créature 
qu'eles n'aient le jor ains que soit nuis oscure.' 
et respont Alixandres -boine est lor aventure ; 
on(iues a nule gent n'avint tel trouvëure.' 

Li rois issi don bos et si homme ensement; 
les puceles les guient tant com li ombres tent. 
quant ne i)ueent avant, si sosinrent forment, 
a terre s'ajenellent volant toute la gent, 
enclinent Alixandre del clef parfondement, 
a deu le commandèrent (ju'il le maint sauvement. 



HUON DE BORDEAUX. 

Huon de Bordeaux, chanson de geste publiée par F. Guessard et C. Grandmaison, Paris 1S60, p. 163 — 177, 

V. 5476 — 5927. Huon, qui a tué Carlot le fils de Charle-magne, doit exécuter à la cour de l'amiral 

de Babylone trois ordres de l'empereur , que fera connaître le récit suivant. 



Or faites pais, s'il vous plaist, escoutés, 
se vous dirai cançon, se vous volés: 
je vous dirai par les sains que fist dés. 
me cançon ai et dite et devisé, 
se ne m'avés gaires d'argent donné, 
mais saciés bien, se dex me doinst santé, 
ma cançon tost vous ferai definer. 
tous chiaus escumenie de par m'atorité, 
du povir d'Auberon et de sa disnité, 
qui n'iront a lour bourses pour ma feme donner. 

Li tiens Seuwin nul point ne s'aresta: 
isnelement le tierç pont trespasa. 
vers le quart pont Huëlins s'en ala; 
quant il i vint, le portier apela: 
•oevTe le porte, mal ait qui t'engerra.' 
quant chil l'oï qui le porte garda, 
isnelement en estant se leva, 
fols fu et fiers et grant maltalent a: 
armé le vit, tous li sans li mua, 

l manque B. 2 mais li rois Alix, a sa teste j. 
B. 3 plus manque B. .5 apiele ^f. S dames ce 
cest lois ou B. 9 et coi M. qui lor trueve peuture 
M. 10 fors nature M. 1 1 font en B. soufraiture 
M. 12 Apres ou eles trueuent B. 13 ai trouei 
nesune s. B. 14 lauenture B. 15 d'ivier M. u. 
tiere M. 17 clars M, biax B. s'apure M. 23 dix. 



Mahomet jure, les pies n'i portera 
tant c'armés soit, ains se desanuera. 

20 u voit Huon, fièrement l'apiela. 
■vasal', dist il, 'entendes a moi ra: 
jou te demant comment tes cors pasa 
a ces in pons que la devant trovas, 
puisqu'ils de France ne nos dex ne crois pas. 

25 par Mahommet qui tôt fist et forma, 
saces de voii- que moult petit t'ama 
qui ce vert elme eu ton chief te laça, 
s'adont te vit, jamais ne te verra, 
et s'il te voit, grans pités l'en prendra. 

:<o i)uis que la feste saint Jehan commença, 
li amirés moult bien le commanda, 
nus hom vivans qui armes portera 
dedens me porte, par mon cief, n'entrera. 
li in portier qui guardent par delà. 



3.Î 



1 la] à M. En g. de flors viennent bêlement por 
natui'e C, En guise de flors blanches reviennent a 
droiture B. 2 ont dedenz lor fig. B. 3 qu'est 
dedens MC, de defors B. si est lor couerture B. 
5 faiture B. 6 tiere M. ' Ensi com a puceles B. 
s vorront B. it la nuit a. quele soit o. B. 10 te- 
neure B. u Ainz mais B. 12 ansinient B. 13 pu- 
cieles 1. guie M. 14 p. avoir M. 15 tiere ..1/. 
16 Et cl. B. de cuer B. perfitemeut M. 24 dix. 

13* 



199 



Xlle SIECLE. 



200 



i]uant t'i laissierent. chascuns le conperra. 

quant t'ieres outre, caitis, que deveurasV 

bien sai de voir l'amirés t'ocira.' 

"tais, glous', dist Hues, 'mal ait ki t'engerra! 

vois quele enseigne je te mosterai ja.' 

il prist l'anel. contremont le leva. 

quant chil le vit. moult [très] bien counënt l'a. 

isnelement le porte desfrema. 

Hues i entre, li portiers l'acola; 

plus de vint fois le ganbe li baisa. 

•sire', dist il, 'bien ait qui vous porta. 

je vous afi, ne vous esmaiiés ja, 

que l'amirés nul mal ne vous fera: 

se veus sa lille. pour voir le te donra. 

que fait nos sireV quant venra il deçà V 

•vasal'. dist Hues, "jamais n'i pasera, 

et s'il i vient, maufés l'aportera.' 

atant se teut et outi'c s'en ala. 

a lui meïsmes l'enfes se dementa ; 

après a dit 'damedex m'aidera. 

bien sai de voir diables m'encanta 

quant je menti a ce pont par delà.' 

Des ore a Hues les quati-e pons passés, 
quant il fu outre et il fu aroutés, 
dont i)ert la voie du gi'ant jtalais listé, 
ens ou \Tegiet l'amiral est entré: 
dex ne fist arbre qui pëust fruit porter 
que a n'ëust ens el \Tegiet planté, 
une fontaine i cort par son canel: 
de paradis vient li ruis sans fauser. 
il n'est nus hom qui de mère soit nés, 
qui tant soit vies ne quenus ne mellés, 
que se il puet el ruis ses mains laver, 
que lues ne soit mescbins et bacelers. 
Hues i >-int, d'encoste est arestés; 
ses mains lava et but de l'aige asés. 

S'est la fontaine a l'amiral Gaudis : 
li ruisiaus vient del tiun de paradis, 
dex ne fist feme, tant ait fait ses delis, 
que, s'ele boit de l'aige un seul petit. 
ne soit jiucelle comme au jor ke nasqni. 
Hues i fu, li daraoisiaus de pris : 
ses mains lava, deseure s'est asis. 

Selc fontaine, un seq)ent le gardoit: 
ja nus mauvais n'i metera le doit 
qui soit traîtres ne qui fanse sa loi. 

7 connut. 20 damediex. 27 dix. x.' vitu». 
35 dii. 41 pucek-. 40 loit. 



et s'il i vient, il est mors orcndroit. 
Hues i vint, li serpens l'enclinoit 
par le vertu del haubert iju'il portoit; 
de l'aige but, ses blances mains lavoit : 

.". ore oublia chou que faire devoit. 
Hués fu ens, el vregié est entrés 
a le fontaine Gaudise l'amiré. 
li bers i fu asis, por rejioser: 
la se démente, tenrement a ploré. 

10 'he dex', dist Hues, -et car me secoures! 
he Auberon, comment csploiterés? 
faurés me vous u vous me secorrés? 
jou le sarai par sainte carité.' 
il prist son cor, s'a tcnti et sonné 

15 tant hautement et par si grant fierté, 
li sans en saut et par bouce et par nés. 
Aubcrons l'ot dedens le gaut ramé: 
'ha dex', dist il, *j'oi un larron corner, 
qui a menti au premier pont passer; 

m mais par chelui ki en crois fu pené, 
il puet assés et tentir et souner, 
ja n'iert par moi secourus ne tensés.' 
et l'enfes Hues ne cessa de corner, 
li arairaus ert asis au disner : 

2.J chil ki servoient du vin et du claré, 
au son del cor commencent a canter 
et l'amiraus commença a baler. 
ses hommes a erroment apielés. 
•baron', dist il, 'a mi en entendes : 

:j<i cU qui la corne en cel vregier ramé, 
il est venus por nus tous encanter. 
je vous commant sor les membres coper, 
tantost que chil a laissié le corner, 
que vous ailliés fervestir et armer. 

ri s'il vous escape, lot sommes engané.' 
quant or voit Hues nus nel vient viseter, 
le cor mist jus, se laissa le corner: 
de ces biaus iex commença a plorer. 
Quant or voit Hues c'Auberons ne verra, 

10 saciés de voir, moult gi'ant duel démena, 
'he las', dist Hues, 'cis caitis que feraV 
ma douce mère jamais ne me verra, 
cis las dolans, vrais dex, que devenraV 
ahi, rois Karles, cil dex qui tôt forma, 

1.1 il te perdoinst les maus que tu fais m'as. 
he, Auberons, tes gens cors que fera? 

10. is. r.i. 44 dix. 22 u'fTt. 20 moi. 4'o m'a. 



2(11 



HUON DE BORDEAUX. 



202 



iinmlt iés malvais se «le moi pité n'as, 
' ai- par celui qui tout fist et forma, 
•|iiaiit je menti a ce pont par delà, 
iif me souvint de çou que me carcas. 
-r fiés preudom, tout le me pardonras.' 
|iiiis dist après 'déliait plus plouera! 
-I il me faut, la dame m'aidera 
i|ui le cors deu en ses dous flans porta. 
iin'uns li se tic, desconfis ne sera. 
it par chelui qui le mont estora, 
j'irai la sus, ne sai q'en avenra, 
cl se dirai chou qe on me carca. 
(Il lit s'aparelle, qe plus n'i aresta: 
l'ispee ot cainte, son elme se laça. 
vers le palais l'enfes Hues s'en va. 

Vers le palais s'en va Hues li ber: 
tant atendi el palais a entrer 
que Tamirés fu asis au disner. 
dont il vint Hues et monta les degrés, 
l'auberc vestu, laciet l'elme jesmé, 
l'espee el puign qui jetoit gTant clarté: 
et Hues est ens ou palais entré, 
en mi la sale fu Maliens aporté:^ 
il estoit mis sour deus pailes roies, 
par devant li ot quatre candelers, 
et sor cascun ont un cierge alumé. 
la ne pasoit Sarrasins ne Escler 
ne l'enclinast, voiant tôt le bamé. 
Hues pase outre, nel degna regarder, 
li Sarrasin l'ont forment regardé : 
dïent qu'il est mesaigiers d'outre mer, 
espoir qu'il vient a l'amiral parler, 
bien les entent Huëlins li menbrés: 
tous cois se teut. si est outre pasés. 
devant le roi s'en vint uns amirés : 
par EsclaiTuonde se fist moult regarder, 
que il devoit a moillier espouser. 
riches hom fu et de gi-ant parenté, 
'he dex', dist Hues, 'cestui doi jou tuer, 
se ne me veul vers Karlon parjurer, 
mais par chelui ki en crois fu pené, 
je nel lairai por homme qui soit né 
que jou ne fâche chou qui m'est commandé : 
or face deus de moi sa volenté.' 
vint a le table par devant l'amiré, 
l'espee nue dont li brans fu dorés, 

8 diu. 14 se laça Fôrster] deslaça. 19 degie. 
24 roe. 25 lui. 39 dix. 



tiert le paien, tel cop li a donné, 

le teste en fist sour le table voler, 

que l'amirés en fu ensanglantés. 

*dex, boine estrine', dist Hues li menbrés, 
'ce m'est avis j'ai le paiien tue: 

de cestui sui ge vers Karlon aquités." 

et l'amirés commença a crier: 

'baron', dist il, 'che glouton me prendés. 

s'il vous escape, tout sommes vergondé.' 
10 et Sarrasin asalent de tous lés: 

chil se desfent cui li mestiers en ert. 

vers l'amiral est Hues reculés: 

il prist l'anel qu'il ot el braç bouté, 

desour la table Ta maintenant jeté. 
15 'amirés sire', dist Iluës, "esgardés: 

a ces enseignes ne me faites nul mel.' 

li amirés a l'anel esgardé, 

lues qu'il le vit, si l'a bien avisé, 

a haute vois commença a crier: 
2(1 'paien', dist il, 'en sus de li aies, 

car par Mahom qui je dois aorer, 

il n'a çaiens Sarrasin ne Escler, 

tant soit haut hom, se il li faisoit mel, 

que il ne soit pendus et traînés.' 
25 adonc le laisent paien tout coi ester, 

car il redoutent le commant l'amiré. 

et Hues est tous cois iluec remés. 

l'amirés l'a maintenant apielé. 

'sire', dist Hues, 'faites ma volenté.' 
30 dist l'amii-és 'vasal, tu pues aler 

par mi ma sale et de lonc et de lé. 

se tu m'avoies cinc cenz hommes tué, 

n'avras tu garde par homme qui soit né.' 

et Huëlins s'en est avant pasé, 
35 vint a le fille Gaudise l'amiré, 

trois fois le baise por sa foi aquiter. 

celé se pasme quant sent le baceler. 

dist l'amirés 'a vous fait issi melV' 

'sire', dist ele, 'bien porai respaser.' 
40 une puceUe vint devant li ester: 

ele l'apelle con ja oïr poiTés. 

'ses tu', dist ele, 'por coi m'estuet pasmer?' 

'naie', dist ele, 'par Mahomet mon dé.' 

dist Esclarmonde 'certes, vous le savrés. 
45 sa douce alaine m'a si le cuer emblé, 

se jou ne l'ai anuit a mon costé, 

4 diex. 20 lui. 22 Sarrasins. 33 n'aras. 
40 pucele. 41 apiele. 44 sares. 



203 



Xlle SIECLE. 



204 



g'istrai dou sens ains qu'il soit ajorné.' 
et Hues est arrière retournés: 
u voit Gaudise, se l'en a apielé. 

"Amirés sire', ce dist Hues li frans. 
•je ne sui mie en vostre deu crëans 
ne pris Mahon le monte d'un besant, 
ains croi celui qui espandi son sanc 
et qu'en la crois pendirent li tirant, 
nés sui de France, de le terre vaillant, 
et sui hom liges Karlemaine le franc, 
li empereres a moult le cuer dolant, 
car ne set prince dessi en orïant 
dessi qu'en Acre ne desqu'en Bocidant, 
tant que mers voist ne ciex acovetant, 
que il ne soient desous li aclinant, 
fors vostre cors que chi vol eu presant. 
li rois vous mande o le fier hardemant, 
que, puis celé eure que Jhesus tist Adant 
e k'U perdi Olivier et Rollant 
en Rainscevax, u ot domage grant, 
n'ala li rois tant de gent asanlant 
que il fera a cest esté avan. 
mer pasera a nef et a calant 
et si verra deseiu- vous cevauçant. 
se il vous tient, par deu le raëmaut, 
U vous pendra, ja n'en avrés garant, 
s'ançois nen estes en damedeu créant, 
a graut dolor morrés vous et vo gent. 
et se volés eskiever ce tonnent, 
dont vous faciès batisier erroment, 
si recevés le bautesme avenant.' 
dist l'amirés 'je n'en ferai noiant, 
ne pris vo deu un denier valissant.' 

'Dans amirés', dist Hues, 'entendes: 
cncor vous mande rois Karlemaines el. 
car il vous mande mil espreviers mues 
et mil ostoirs, ja mar le meskerrés, 
mil ours, mil «autres, trestous encaïnés, 
et mil vallés, tou.s jouones bacelers, 
et mil pucelles, toutes de grant biauté. 
si m'ait dex, encor vous mande il el: 
car il te mande tes blans grenons mellés 
et de te geule quatre dens maselers.' 
dist l'amirés -tes sire est fos provés; 
je ne le pris vaillant un ail pelé, 
s'il me donnoit trestoutc s'ireté, 

6 besan». <j tcrc. 2<i ares. 27 damcdiu. 
33 dieu. 3<; mue. 40 puceles. biautts. 14 to sire. 



ne laiseroie me blance barbe oster 

ni en après quatre dens maselers. 

quinze mesaiges a fait çaiens entrer : 

il n'en vit onques un tôt seul retorner, 
:. tous les ai fait escorcier et saler, 

et, par Mahon, li sesimes serés; 

mais por l'anel ne t'osons adeser. 

or te veul jou sor ton deu conjurer 

et sour la loi que tu as a garder, 
10 puis que tu dis qe t'es de France nés, 

quel vif diable forent l'anel donné?' 

or ne puet Hues en avant reculer, 

car trop redoute Auberon le faé. 

'dans amirés', dist Hues au vis cler, 
15 'si m'aiut dex, je dirai vérité 

(par saint Denis, que vauroit li celers?): 

j'ai ton segnor ochis et decopé.' 

l'amirés l'ot, si commence a crier: 

'baron', dist il, 'lairés l'en vous aler? 
20 s'il vous escape. tôt sommes vergondé.' 

paien l'entendent, vers Huon sont aie; 

dont l'asalirent et en coste et en lés. 

cil se desfent cui li mestiers en ert. 

un arc volu a Hues regardé: 
2r. celé part vint et s'i est acostés. 

derrier n'a garde li gentis baceler. 

il tint el puing le bon branc acéré. 

cui il consieut a le tin est aie: 

mar querroit mire, que tost l'a meciiaé. 
30 mal de chelui qui ost vers li aler. 

quatorze en a ochis et afinés. 

mais la li vint une grant povretés: 

du puing li vole li brans d'achier letré. 

un sarrasin l'a maintenant conbré, 
:(■) errant s'en tome et si l'en a porté, 

puis l'a maint jor en un escrin gardé. 

droit a Huon sont a un fais aie: 

vausist u non, l'ont a terre versé. 

uns sarrassins s'en est avant passé, 
10 du col li oste le cor d'ivoire cler 

dont il soloit Auberon apeler. 

un autre Turs a le hanap osté. 
li autre l'ont maintenant desarmé, 

du dos li ostent le bon hauberc safré. 
45 ens el blïaut est Hues demorés. 

puis l'ont conduit droit devant l'amiré. 

1 ester. > maseler. 15 m'ait dix,^ lO celer; 
cf. looiti. M) lui. :is tere. 



•205 



HUON DE BORDEAUX. 



206 



Hues tïi biaus et de rauult joiienc aé, 

rlerc ot le face, le vis traitiç asés; 

mais il l'avoit un petit camousé 

]Hji- le hauberc ke ill avuit porté. 

il Sarrasin l'ont asés regardé,^ 

ilist l'uns a l'autre 'voies bel bateler: 

il ne tu fais fors que pour csgarder. 

belle gent sont en France le régné: 

c'iert grant damages quant l'estevra tincr.' 

et l'amirés a se gent apielé: 

'baron', dist il, 'or ça avant venés; 

de quele mort ert cis caitis tues?' 

dïent paien 'sire, car le pendes.' 

iluec avoit un Sarrasin Escler: 

amirés crt set vinz ans ot passés, 

consilliers ert Gaudise par vreté, 

de moult bien dire estoit acoustimiés. 

u voit Gaudise, se l'en a apielé: 

'amirés sire', dist il, 'or m'entendes : 

je vous dirai comment devés errer. 

il est hui feste saint Jehan en esté; 

tu ne dois faire justice par mon dé, 

se tu ne veus contre ta loi aler. 

cis ne doit estre si faitement tués, 

ains le devés en vo cartre jeter, 

et a mangier li fai asés domier: 

un an tout plain le t'estevra garder. 

quant che venra eu mi le tans d'esté, 

a saint Jehan qe devons célébrer, 

dont ferés vous cestui chi delivi-er. 

si li devés un campion trover. 

a cui se puist combatre en camp malé. 

et se cis puet ton campïon mater, 

laissier l'en dois tout par amors aler 

et bon conduit li dois faire livTcr, 

que il s'en puist aler a sauveté. 

et se li tiens puet cestui conquester, 

cis doit bien estre pendus et traînés.' 

dist l'amirés 'bien vous ai escouté: 

se mes ancestres l'a ensement usé, 

je ne quier ja contre ma loy aler.' 

dist li paien 'oïl, par vérité.' 

adons fu Hues tôt maintenant combré. 

dedens le cai'tre fu errant dévalé. 

li amirés l'a ensi commandé, 

et si a dit que on li doinst asés. 

î> biele. 9 c'ert. iti vretes. is apieles. 
31 le. 39 escoutes. 



'he las', dist Hués, 'con ci a mal ostcl.' 
or vous dirai de la dame al vis cler, 
qui estoit fille Gaudise l'amiré. 
ens son lit jut et ne pot reposer; 

3 amors le poinst qui ne le laist durer, 
elle se lieve, que n'i pot demorer, 
un cierge prent qu'ele ot fait embraser, 
vint a le cartre, s'a le cartrier trové 
u se donnoit par delés un piler: 

10 tut bellement li a les clés enblé, 
l'uis de le cartre a en-ant desfreraé. 
'he dex', dist Hués, 'qui me vient viseter? 
sainte Marie, est il ore ajornéV 
dist la pucelle 'mar vous esmaierés. 

15 Hues, biau frère, ensi foi jou nommer, 
je sui le fille Gaudise l'amiré, 
que vous baisastes hui matin au disner. 
vo douce alaine m'a si le cuer enblé, 
je vous aim tant que je ne puis durer. 

•20 se vous volés faire ma volenté, 
consel métrai qe serés délivrés.' 
'dame', dist Hues, 'laisiés tôt cou ester. 
Sarrasine estes, je ne vous puis amer, 
je vous baisai, çou est la vérités, 

25 mais je le fis por ma foi aquiter, 
car ensi l'oi a Karlon créante, 
se dévoie estre tos jors emprisonés 
en ceste cartre tant con porai durer, 
ne quier jou ja a vo car adeser.' 

30 'amis', dist ele, 'dont n'en ferés vous el?' 
'naie. voir, dame, par sainte carité.' 
'par foi', dist ele, 'et vous le comperrés.' 
le cartrier a erroment apelé: 
'amis', dist ele, 'envers moi entendes. 

3.Î je te desfenc, sour les ex a crever, 
que ce François ne doinses qe disner 
desc'a trois jours, ce te veul commander.' 
et cil a dit, 'dame, a vo volenté.' 
trois jours tos plains, tant le laissa juner. 

10 au quart jour est Huëlins desperés. 

•he las', dist Hues, 'il n'est ne pains ne blés : 

or voi ge bien, je serai afamés. 

he, Auberons, puUens nains bocerés, 

cil te maudie qui en crois fu penés! 

45 por poi de cose m'as or coilli en hé; 
voir vers ton cors ne fesisse pas tel. 

12 dix. 14 pucelc. 32 coniperre. 35 icx. 



207 



X1I-' SIECLE. 



208 



ue m'eu pris garde, >c mo puist dex salvcr. 

quant je menti al premier pont pascr. 

sainte Marie, praigue vous en pité, 

roïne, dame, vostre homme secoures, 

que il ne soit honnis ne vcrgondos.' 

tout can qe lluës a dit et devisé, 

li damoisele a trestout escouté. 

vint a le cartre, s'a Huon apielé. 

•vasal', dist ele, 'estes vous porpenséV 

vauriiés faire chou que j'ai devisé ? 

se me voliés plevii- et crëanter 

que, se poiiés de »;aiens escaper, 

vous m'cumerriés o vous en vo régné. 

pai" Mahomet, je ne vous queroie cl. 

se chou me veus otroiier et gréer, 

je te donrai a mengier a plenté.' 

"dame", dist Iluës, 'si me puist dex salvcr, 

se jou dévoie tos les jors deu tlamor 

dedens iufer, ens la cartre cruel, 

si ferai jou toute vo volenté.' 

•par foi', dist cle, 'or as tu bien pai'lé: 

por vostre amor qerrai en damedé.' 

dont li a fait a mengier aporter: 

Hués raenga qui moult l'ot dcsiré. 



et la dame a le cartrier apielé: 
"amis", dist ele. 'savés que vous ferés? 
ens cl palais a mon père en irés, 
et se li dites, gardés ne li celés, 

6 que li François qui ert emprisonés 
est mors de faim et de grant [lovreté, 
bien a tierç. jor: tout issi li dires.' 
et chil a dit 'dame, a vo volonté.' 
puis a Huon pourvëu a son gré, 

iti de tout ichou qe il li vint a gré, 
de riccs mes, de vin et de claré. 
et li cartriers s'en est atant torné, 
vint el 2»alais, l'amiral a trové : 
•sire', dist chil, "par Mahom, ne savés? 

i.> li crestiicns c'aviens emprisoné, 

qui ert de France, de faim l'ai mort trové, 
et ens vo cartre a se vie tiné.' 
Tamirés l'ot, s'en fu grains et irés : 
•che poise moi, par Mahommet mon dé. 

io mais puis q'est mors, or le laisons ester: 
Mahoms ait s'ame par la hoic pité.' 
ensi fu Hues do la mort rcspités, 
et li cartriers li donna a plenté 
de tel mengier que il veut deviser. 



TRADUCTION D'UN SERMON DE SAINT BERNARD. 

Les quatre livres des rois traduits en français du Xlle siècle publies par Le Roux de Lincy, Pans 
1841, p. 566 — 571. Compare' avec le manuscrit (fonds Feuillans ^, fol. 134) par M. Schirmer. 



Uns sermons communs. 25 

Graoz est ceste mers, chier frère, et molt 
large, c'est ceste présente vie ke molt est 
amere et molt plaine de granz ondes, ou trois 
manières de gent puyent solement trespesseir, 
ensi k' il deli\Teit en soient , et chascuns en 30 
sa manière. Troi homme sunt: Xoë, Daniel 
et Job. Li primiers de cez trois trespesset a 
neif, li seconz per pont et li tierz per wcit. 
Cist troi homme signifient trois ordenes ki sunt 
en sainte église. Noe conduist l'arche per moi 
lo péril del duluve , en oui je reconois aper- 3.5 
menmes la forme de ceos qui sainte église ont 
a govemeir. Daniel, qui apeleiz est bers de 
desiers, ki abstinens fut et chastes, il est li 

1 dix. '1 honneia. 17 dix. !>> diu. n trea- 
peiBser L (Le Roux de Lincy). v> apmî-mes Ms. 



ordenes des penanz et des continanz ki en- 
tendent solement a deu. Et Job, ki droitu- 
riers despensiers fut de la sustance de cest 
munde, signifïet lo f ëaule peule qui est en ma- 
riaige, a cuy il loist bien avoir en possession 
les choses terrienes. Del primier et del secont 
nos covient or parler, car ci sunt or de pré- 
sent nostre frère, et ki abbeit sunt si cum 
nos, ki sunt del nombre des prelaiz ; et si sunt 
assi ci li moine ki sunt do l'ordene des penanz 
dont nos mismes, qui abbeit sommes, ne nos 
doyens mies osteir, si nos per aventure, qui 
jai non avignct, nen avons dons oblïcit nostre 
l)rofessïon por la grâce de nostre office. Lo 
tierz ordene, c'est de ceos ki en mariaige 
sunt, trcHcorrai ju or briémcnt, si cum ceos 

is ire. 3<i ne avignct ne n' L. 



209 



SERMON DE SAINT BERNARD. 



210 



4ui tant ncii apartiencnt mies a nos cum li 
altre. c'est cU ordenes ki a vveit trespcsset 
ceste grant meir ; et cist ordenes est molt pe- 
nevous et perillous, et ki vait per molt longe 
voie, si cum cil ki nule sente ne qiiierent ne ■> 
nule adrece. En ceu appert bien ke molt est 
périlleuse lor voie, ke nos tant de gent i 
vëons périr, dont nos dolor avons , et ke nos 
si poc i vëons de ceos ki ensi trespessent 
cum mestiers seroit; car molt est giùés chose lo 
d'eschuir l'abysme des vices et les fossés des 
criminals péchiez entre les ondes de cest 
seule, nomeyemcnt or en cest tens ke li ma- 
lices est si enforciez. Mais li ordenes des 
continenz trespesset a pont, et nen est nuls ''• 
ki bien ne saichet ke ceste voie ne soit plusi 
briés et plus legicre et plus sëure. Mais ju 
larai or ester lo los , et si materai avant les 
periz ki sunt en ceste voie ; car ceu valt rnoït 
miez et si est plus utle chose. Droite est-"' 
voirement, chier frerc, nostre sente et plus 
sëure de la voie des mariez : mais nen est 
mies totevoies sëure del tôt. Trois periz at 
en nostre sentier; ou quant ancuens se vvelt 
ewïer per aventure a un altre, ou quant il"--^ 
welt ayere raleii', ou esteir el pont. Nule de 
cez trois choses ne puet soffirir li estrece del 
pont et li estroite voie ke moinet a vie. 
Fuyons, chier frère, lo péril de tcuzon, ensi 
c'uns chascuns de nos preist ensemble la 3u 
prophète ke li piez d'orgoil ne nos vignet, car 
lai chaûrent cil ki font malvcstiet. De celuy 
qui la main at mis a la charrue et après se 
retornet ayere, est certe chose qu'il apermen- 
mes trabuchet et ke li mers cuevret son chief. 35 
Cil mismes ki ester vvclt ancor ne lacet il 
mies la voie, sel covient il totevoies chaor per 
ceu qu'il ne welt esploitier, car cil ki après 
vont lo bottent et trabuchent. Estroite est li 
voie , et cil qui esteir welt est a enscombre- 40 
ment a ceos qui welent aleir avant et ki dé- 
sirent esploitier. De ceu est ceu ke il altre 
l'arguënt et reprennent et dient k'U sotfrir ne 
puient la perece de sa tevor, cuy il assi cum 



per uns awillons destraignent et bottent assi 
cum a lor mains, ensi ke celui covient lequel 
ke soit esleire, c'est ou esploitier ou del tôt 
défaillir. Ne nos covient donkes mies restoir 
et molt moens • nos covient ancor rewardeir 
ayere ou nos ewïer as altres ; mais mestiers nos 
est ke nos corriens et ke nos nos hastiens en 
tote humiliteit, ke cil ne soit aucune fieye 
trop eslonziez de nos qui fors est issuz si cum 
giganz por corre la voye. Si nos cestui assa- 
vorons et nos adés lo mattons davant l'eswart 
de nostre cuer, dons corrons nos ligiercment 
et tost trait i)er son odour. Ne nen atrovc- 
rimt mies trop estroite la sente del pont cil 
qui par lei verront corre. De trois tisons est 
faite ceste sente, por ceu ke li piet de ceos 
ki a lei se verront apoier ne puist glacier en 
la vie. Li primiers est li poine del cors, li 
seconz li povertcz de la sostance del raundc, 
li tierz li obédience d'umiUteit, car per main- 
tes tribulations nos covient entrer el règne de 
deu; et cil ki welent devenir riche chieent 
ens temptatïons et el laz del diaule; et cil ki 
de deu se départit par inobedïence , repairet 
senz dette per obédience a lui. Et por ceu 
covient il ke cez trois choses soyent ajointes 
ensemble, car li poine del cors ne puet estre 
estaule entre les richesces, ne li obédience 
senz la poine ne puet mies estre Ugierement 
discrète, et li poverteiz en deleit ne puet estre 
estaïUe ne glorieuse. Mais eswarde si tu perr 
feitement nen es delivTciz des periz de ceste 
meir, quant cez choses sunt ateirieies ensi 
cum eles doyent estre, c'est lo cuvise de la 
char, et lo covise des oylz et l'orgoil de vie. 
Et dons seront eles a droit ateirieies si tu en 
la poine eschuis l'impacïence, en la poverteit 
lo cuvise et en l'obedïence ta propre volenteit ; 
car cil qui murmurarent périrent per les ser- 
pcnz, et cil qui welent estre riche, il ne dist 
mies cil qui sunt riche, mais cil kel welent 
estre, chieent el laz del diaule. Mais k'i iert 
il de ceu si tu, ke jai nen avignet, desires 
si ardaïuaeut, ne di mies richeses, mais nés 



11 d'cschevir Z. 13 ces L. 15 continens Z. 
n'en L. tl ne n'est L. 32 malvaistiet L. 34 est] 
e Ms. ce qui signifie est; ert ceste L. apniëmes Ms, 
36 uuelt J/s. 37 p Ms. ; por L. 
Baktsch, (JhrestoinatUie. IV. Kd, 



10 voie L. 13 n'en L. Il riches L. 23 tempta- 
cions L. 2fi soient L. 32 n'en L. 36 aterieies L. 
37 eschius L. 41 riches L. 43 n'en L. 

14 



211 



Xlle SIECLE. 



212 



celés choses mismes k'a poverteit apertieneut 
ou nés ancor plus ardenment ke li gent del 
seule ne faceut les richesces? Quele des- 
seNTance puet ci avoir kele ke li sostance soit 
c'um desiret, puez que li cuers est ewalment 
corrumpuz, si de tant non ke ccu samblet 
estre plus soffraule chose, désirer plus ardan- 
ment celés choses ke de plus grant preis sunt 
quels k'eles soient! D'altre part, cil dezoit 
lui mismes ki ensi se contient auvertement ou 10 
receleiement, ke ses prclaiz ne li enjoignet se 
ceu non qu'il welt; et en ceste chose est an- 
zois li prelaiz obedïens a lui k'il ne soit a son 
prelait. Mais por ceu ke nostre salveires dist 
k'en celé mesure ke nos avérons mesuriet, I5 
reserat mesuriet a nos , si est bone chose a 
l'omme k'il cez choses donst a comble, por 
ceu k'il soit del nombre de ceos a cui om 
donrat en lor sains mesure bone et plaine et 
chauchieie et sorussant. Bien soffeist a sal- 20 
veteit sofBrir pacienment les grevances del 
cors , mais acomblemenz est quant om les 
cmbracet nés par ardant desier. Sotfeire puet 
a salveteit quant li cuers ne requiert nule 
superiluiteit, ne ne murmuret nés dons quant 20 
celés choses mismes li défaillent ke nécessai- 
res li seroient: mais acomblemenz est quant 
il en ceu mismes s'esjoïst , et il volentiers 
quiert cornent uns altres ait plus parmei sa 
besoigne mismes. Bien soifeist assi a salve- 30 
teit si tu humlement et senz aucune boisie 
•wels cmbaissier lo cuer de ton jtreiait a ceu 
ke tu désires , mais acomblemenz t'uïr nés 
celé» choses ou te sens ke ta propre volenteiz 
puet penre deleit , et ceu faces tant cum tu :î5 
pues per bone conscience. Mais li prelait ce 
sunt cil ki ens neis dexendent en la meir, et 
ki en maintes awes se travaillent; il ne sunt 
destroit per nule sente de pont ne de weit, 
por ceu k'il deli\Tcment poient corrc et zai et 10 
lai, et boscorre a un chascun .sclonc ceu ke 
mestiers est et adrecier la sente del pont ou 
encerchicr lo weit et ordencir ceos ki per 
mci passent. Cist montent enjosk' a ciel et 



si dexendent enjosk" a en enfer, car or ti'ai- 
tent des espiritels choses et des haltes et or 
déjugent les oyvres orribles et mortels. Mais 
ou porat estre atroveie celé neis ke si granz 
ondes et si forz puist sostenir et estre sëure 
en si grant péril? Certes, forz est araors si 
cum morz, et dure si cum enfers chariteiz, 
dont tu leis en un altre leu ke les granz 
awes ne poront mies estignre la chariteit. 
Molt est nécessaire del tôt ceste neis al pre- 
lait, faite et ajointe de trois planches si cum 
est li faiture des neis, ensi ke, selonc la doc- 
trine saint Pol, soit li chariteiz de pur cuer 
et de bone conscience et de foit niant finte. 
La purteit del cuer ait en ceu li prelaiz k'il 
desirst l'esploit d'altrui et ne mies qu'il voillet 
estre sires sor altrui, ensi k'il en l'onor ou 
deus l'at mis ne quieret ne son propre prout 
ne l'onor del seule mais ke lo plaisir de deu 
et la salveteit des ainrmes. Mais ensemble la 
pure entencion est assi mestiers ke li conver- 
sations soit telle k'il n'i ait ke repenre, ensi 
qu'il soit forme et examples de vie a ses soz- 
geiz ; et si encommenst a faire et a ensaignier 
selonc la renie de nostre maistre. En ses 
oyvres doit mostrer li prelaiz ke tôt ceu ne 
doit om mies faire qu'il ensaiguet a ses dis- 
ciples estre contraii-e a lor salveteit, por ceu 
ke cil cui il arguët et reprent ne puist mur- 
mureir encontre lui et dire : 'Sire meies, saneiz 
vos mismes' , car tels ockesons est molt ginés 
dampnacïons al prelait et molt gi-anz perdi- 
cïons as sozgeiz. Ju ne parole mies de ceu 
assi cum ju endroit de rai m'en eschuïsse bien, 
mais li veriteiz huchet et a mi et a toz les 
altres ensemble qu'il covient ensi vivre celui 
ki paistres est, c'um ne puist nule chose re- 
penre en sa vie, ensi qu'il a sëure conscience 
puist respondre ensenble nostre signor a ceos 
qui ne welent aëmplir sa parolle: 'Li quels 
de vos m'arguërat de pechietV Ne mies k'il 
del tôt puist estre senz pechiet en ceste chai- 
tive vie, mais jior ceu qu'il covient lo pastor 
molt cusenccnou-sement cschuïr totes celés 



I appartientnt //. t, non] u Mi. 10 avuorte- il bonne/,, fuis A. \H ne devant Bon tnuntjue L. 

ment J/>. et L. V) Bupfujteit Mu. n, deffail- 2» airnics Ms. 2'.) murniurier Ms. et L. 33 az L. 

lent Z/. 32 ctVirMt.elL. M senz L. 42 est 31 eschiussc L. 37 cil J/«., c'un Z,. 3!i ensemble L. 

manque L. 42 sanz />. Il tschiur L. 



213 



RENART. 



214 



choses dont il cbastïet ses sozgeiz. D'altre 
part, tels cum il est en sa conversation, tels 
covient il assi qu'il soit en sa receleie pense, 
k'il per defors ne soit ensi humles qu'il per 
dedenz en son cuer soit orguillous de sa 5 
science ou de sa force, car c'est senz dotte 
foyz linte, quant il en la sole bonteit de deu 
ne mat sa fiance, si cum mostret li humiliteiz 
de la conversacïon. Or eswarde cum propre- 
ment se concordent altres paroles ancor de lu 
l'apostle a cez trois choses: c'est a la purteit 
del cuer, a la bone conscience et a la foit 
niant tinte. 'Ne preis waires', dist il, 'si vos 
me jugiez ou li humains jors , car ju misnies 
ne me juge mies.' Ju ne me juge mies, dist I6 
il, car ju ne me sai de nule chose consachaule. 



Ju ne querrai mies ceu ke mien est, mais celés 
choses k'apertienent a Jhesu Crist; et por ceu 
ne preis ju waires si vos me déjugiez por ma 
bone conscience et ma conversation , ou vos 
ne poez niant repenre. Mais c'est nostre 
sires, dist il. qui me juget: et ceu dist il por 
mostrer qu'il en lui solement avoit mise son 
espérance, humiliez desoz la poissant main de 
deu. A cez trois choses puet om ancor co- 
venaulement atorneir celés trois demandes ke 
nostre sires fist a saint Piere ensi ke ceu 
soit a dire 'aimmes me tu , aimmes me tu, 
aimmes me tu ?' As tu chariteit de pur cuer 
et de conscience bone et de fo yt niant foynte V 
Por droit fut donkes apelez de la neif cil qui 
devoit estre estauliz por pesxier les hommes. 



ROMAN DE RENART. 

Le Roman du Renaît publié par D. M. Méon, Paris 1826, Toin. 1, p. 29— 4S, v. 749—1266. 
Comparé par M. Sc.hirmer avec les mss. 1579 {anc. 7607), /o/. 5 {A), 371 (anc. 69S5. 4, Cangé &S), 
fol. m (B), 15S0 (anc. 7607. 5), fol. 51 (C), ce dernier incomplètement. Comp. avec le second 
morceau le poème allemand de Heinrich le Gleissner dans Wackernagel, altdeutsches Lesebuch 

(4«' édition) 229, 10—234, 14. 



Si comme Renart manja le poisson aus 
charretiers. 

Seignors, ce fu en cel termine 
que li doz tens d'esté décline ■'" 

et ivers retient en saison. 
que Renart fu en sa maison, 
mais sa garison a perdue, 
ce fu mortel desconvenue: 
n'ot que donner ne que despendre 20 

ne ses detes ne pooit rendre; 
n'a que vendre ne qu'acheter 
ne s'a de coi reconforter, 
par besoing s'est mis a la voie; 
tôt coiement que nus nel voie :J0 

s'en vait par mi une jonchiere 
entre le bois et la rivière. 



17 Titre dans B Ccst la branche de R. coin 
il fu getez en la charrete au pcssonniers. !!• 
Seignor B. icel C. 20 douz B, dous C. deiîne A. 
21 vint a sa seson C. 22 Et C. 23 mais manque A. 
despeudue .1. 24 descoucnue A. 2:>. 26 manquent 
B. 20 doces — fandie i?. pouet /l. 27 douer BC. 
2s saiB. 29 voe C. 30 Si B. qen len nel voe C. 
:u Se C. vet A, va B. met C. mie C. 



a tant fait et tant a aie 
qu'il entre^en un chemin ferré: 
el chemin se croupi Renarz, 
si coloie de toutes parz. 
lie set sa garison ou querre, 
et la fains li fait sovent guerre, 
ne set que faire, si s'esmaie. 
lors s'est couchiez lez une haie: 
ilec atendra aventure, 
atant es vos grant alëure 
marchëanz qui poisson meuoient 
et qui devers la mer venoient. 
harenz fres orent a plenté, 
que bise avoit auques venté 
trestoute la semaine entière, 
et bons poissons d'autre manière 

1 quieriaiZ. 3 par Z. Il Pierre Z. 12 

aimes ^fs., ainmes L. 14 foit L. 15 apelet L. 
17 ietetc.AC. Si a — tant erre C. erre i?C'. 1> 
vint C. 19 ou B. 20 Molt C. 21 sot B. gairi- 
son B. 22 fain .1. forment C. Car la fet molt 
grande (?) guerre C. 23. 24 manquent C. sot B- 
•Ib ileuc B. atendre C. 20 atant venoit par aven- 
ture C. 27 Mareheant C. 20 fres manque C. 
.50 auques] la nuit C. 31 que toute S, ettoteC. 

14* 



215 



Xlle SIECLE. 



216 



ortMit assez granz et petiz. 

dont lor paniers furent garniz, 

que de lamproies et d'anguiles 

qu'il orent acheté as viles 

bien fu chargiee la charrete. 

et Renarz qui le siècle abete 

fu bien loing d'eus près d'une archiee, 

quant vit la charrete chargiee 

des anguiles et des lamproies. 

fichant musant par nii ces voies 

cort au devant por eus deçoivre: 

ainz ne s'en porent aparçoivre. 

lors s'est couchiez en mi la voie: 

or oëz com il les desvoie. 

en un gason s'est ventreilliez 

et comme morz apareilliez 

Renarz qui tôt le mont engingne: 

les euz clôt et les dcnz rechingne, 

si tenoit s'alaine en prison. 

oïstes mais tel traïson? 

illeques est remés gcsanz. 

atant es vos les marchëanz : 

de ce ne se prcnoient garde. 

li premier le vit, si l'esgarde, 

si apela son compaignon: 

•vez la ou gorpil ou tesson.' 

li uns le vit, si s'escrïa 

'c'est un gorpil, va, sel pren, va, 

filz a putain, gart ne t'eschat.' 

or savra il trop de barat 

Renarz, s'il ne laisse l'escorce. 

li marchëanz d'aler s'esforce 

et ses conpains venoit après. 

qant il furent de Renart près, 

1 grant et petit B. 2 qui lor p. ont bien emplis 
C. 3 lamprees que C. danguilles yl. 4 villes ylC 
.j fu bien C chargieylC, charchie 7Î. G Et manque 
C. R. tous les ms8. tôt le (J. monde A. 7 dels C\ 
daus 7i. plus C. archieylj5, archee C. S chargie 
AB, carchie C. !». 10 intervertix C. anguilles y1. 
10 Quenciït fuiant C. les C haies .1. n court ZJC. 
c. avant C els AC, aus J5. I2 Quil C seBC. 
puissent C. 14 con il C, conmcnt A. !.'> A C. 
vasonB. ventrelliez C, uieutilliez B, touoilliez A. 
10 mort AC. 17 qui tant dômes C. monde B. 
IS eulz /l, iaus /y. éloigne C I!» Et tint C 20 
mesprison /;'. 21 ileuques /i. gisans f, gisante. 
22 marchans C 24 le /l. 20 veez la g. ^'. gaignon 
/i, guingnon C, 27 voit yl. Quant cil le 6'. 2s 
cest li gopil C si li C. 20 gar quil ne C eschape 
B. :»> batat B. M si ni li. lest v l'e. C. :i2 mar- 
chtaintA. :J4 tant qui quil ^'. 



le gorpil trovcnt enversé; 

de toutes parz l'ont réservé. 

pincent le col et puis la coste, 

il n'ont i)as pëor de tel oste. 
h li uns a dit 'quatre sols vaut' ; 

li autre a dit "assez plus vaut, 

ainz vaut cinc sols a bon marchié. 

ne Sûmes mie trop chargié: 

jetons le en nostrc charete. 
10 vez con la gorge a blanche et nete.' 
A cest mot se sont avancié. 

en la charete l'ont chargié 

et puis se sont mis a la voie. 

li uns a l'autre en fait grant joie 
15 et dient, ja n'en feront el, 

mais enqucnuit a lor ostel 

li reverseront la goncle. 

or ont il auqucs la favele: 

mais Renarz n'en fait que sourire, 
20 que moult a entre faire et dire. 

sor les paniers se gist adenz, 

si en a un overt as denz, 

et si en a, bien le sachiez, 

plus de trente harenz sachiez. 
25 auques fu vuidiez li paniers, 

qu'il en menja moult volentiers. 

onques n'i quist ne sel ne sauge, 

encor ançois que il s'en auge 

getera il son ameçon: 
30 il n'en crt mie en soupeçon. 

l'autre panier a asailli, 

son groing i mist, n'a pas failli 

qu'il n'en traisist fors des anguiles. 

Renarz, qui sot de tantes guiles, 

1 truevent B, uoie C. 2 retorne B. 3 les- 
corce B. 4 puor de sa force B. 3. 4 Nont are- 
garde de quil le morge Pinsent le dos et puis la 
gorge C. Probahlement les rimes primitives étaient 
la gorge: sa fore(^ 5 quatre m yl, que m ('. 
(i autrez C a manr/ue BC. se dex me saut C. 
7 valtyl. c. s.] bien v />, un C. o giton le no» 
SOT C. 10 con manque B. estblaohe T'. il icest 
13. se manr/ue BC. 12 si lont ou (el) charretil 
gite (lancie) BC. 14 un A. en manque C. font A. 
15 et d. ne feron ore el C. 10 nostrc C. 17 re- 
verscron C. 18 or lor plet C. 19 ne B. ne se 
fet foz rire C. 21 se vit BC. 22 sen 'dA. deus 
overs C. par d. B. 20 molt par en maia v. C. 
2H ainces quil C. 30 iert B. je ne sui mie C. 
31 a.saillir C 32 groig.^. De m niiez ni a C. 

33 quil en tiaiet B, q. en a tret C. m res dang. C. 

34 nieintes C. 



•217 



RENART. 



218 



trois hardiaus niist entor son col : 

de ce ne tist il j)as ([ue fol. 

son col et sa teste ))asse outre. 

les hardeillons moult bien acoutrc 

desor son dos que bien s'en cuevre : 

des or puet il bien laissior uevre. 

or 11 estuet engin i)or(|uerre 

conment il vendra jus a terre : 

n'i trove planche ne degré. 

agenoillicz s'est tôt de gré - 

por esgarder a son i)laiHir 

conment il puisse jus saillir. 

lors s'est un petit avanciez, 

des piez devant s'est tost lanciez 

de la charete en rai la voie; 

entor son col porte sa proie. 

Après qant il ot fait son saut, 

as raarcbëanz dist 'diex vos saut! 

cil hardel d'anguiles sont nostre 

et li remananz si est vostre.' 

et qant li marchëant l'oïrcnt, 

a merveilles s'en esbaïrent, 

si escrient 'vez le gorpill' 

cil saillirent au charretil 

ou il cuiderent Renart prendre; 

mais il ne volt pas tant atendre. 

li premier dist, qant se regarde, 

'si m'ait diex, mauvaise garde 

en avomes pris, ce me semble.' 

tuit fièrent lor paumes ensemble. : 

'las, dist U uns, con grant domage 

avon eu par nostre outrage! 

moult estïon fol et musart 

trestuit qui crëïon Renart. 

les paniers a bien soufaschiez, : 

si les a auques alegiez 

1 — 2 manquent BC. troi ^1. 4 les n har- 

dailles B. acroute A. 5 tôt sen C, tôt sanz B. 
ceure : eure -1, corre : euuie 13, covre : ouïe C. 
6 porra bien C. 7 enging AB. 10 A genollous 
sest trest tôt C. il por voir et por esgarder C. 
12 porra B. Coni son sant porra uuenz garder C. 
14 sestoit 1. AB. l" Et puis C. ot manque C. 

19 cist C. hadel B, tantet C. est C. 20 renianans 
AC. si est] soitJSC uoutrc 5. 21 I-i marchanz 
quant il C. 22 merueille ^1. s'en] s C. 23 veez C. 
26 uost B. nés voloit pas a. C. 27 Li uns de 
machans esgarde C. 2s a lautre dit C. niaist B. 
29 Avomes prise B. 31 coupoinz B. 32 avons B. 
33 estions B, estoion C, etc. 34 Andui C. 35 
soufaichiez B, eslaschiez C. 'A6 et les C. alaichiez 
B, forfauchiez C. 



que dens granz anguiles enporte : 
la maie passion le torde !' 

'Ha', font li march('ant, 'Renart. 
moult par estes de maie part: 
mau bien vos puissent eles faire!' 
et Renarz lor prist a retraire 
'vos direz ce que vos plaira: 
je sui Renarz qui s'en taira.' 
li marchëant vont après lui, 
mais il nel bailleront mais hui, 
car il ot troj) isnel cheval, 
ainz ne tina par mi un val 
tant (pie il vint a son plaissié. 
lors l'ont li marchëant laissié 
qui por mauvais musart se tienent: 
recréant sont e si s'en vienent. 
c cil s'en va plus que le pas, 
qui passé ot maint mauvais pas, 
ot vint a son ostel tout droit 
ou sa maisniee l'atendoit : 
encontre lui sailli sa famé, 
Hermeline la preude dame, 
qui moult estoit cortoise et franche, 
et Percehaie et Malebranche, 
qui estoient ambedui frère, 
cil se lievent contre lor père 
qui s'en venoit les menuz sauz, 
gros et joious et liez et bauz, 
les anguiles entor son col: 
mais qui que le tiengne por fol. 
après lui a dose la porte 
por les anguiles qu'il enporte. 

Si conme Renaît fisl Ysauffiin moine. 

Or est Renarz dedenz sa tor; 
si fil li font moult grant ator: 
bien li ont les jambes torchiees 

1 granz] res C. 4 Tantôt'. li-1. Scignors 
nai soiug de noise fere C. 7 Or C. quil vos A. 
>* Et cest R. C. se BC. marchanz C. il il 
a tant C. ignel ^1. 12 ouquez ne C. I3tresque 
C son] I C. 15 mauuez A, mauues BC. ifi 
sont ariere v. C. 17 vet C. 18 mauves tous les 
mss. 19 chatel C. 20 niesnie AC, mainie B. 
C intercale ici ces deux vers : qui assez avoit 
grant mcsese. R. i entre par la hcse. 21 la dame 

B, sespouse C. 22 Ermeline C, Ermelne B. la 
prode îameB, la franche touse C. 26 cil saillierent 

C. 2s grous B. joienz B, jaous A, saulz joeens 
C. 32 aporte C. 34 Le titre manque BC. 35 
renart .4. 36 filz A. m. bel C. 



219 



Xlle SIECLE. 



220 



et les angiiiles escorchiees, 
puis les coupèrent par tronçons, 
deus hastiers tirent de i^lançons 
de codre. et enz le.s ont boutez, 
et li feus fu tost alumez. 
qu'il orent bûche a grant plenté : 
puis l'ont de totes parz venté, 
lors les ont mises sor la brese 
qui des tisons lor fu remese. 
endementiers que il cuisoient 
les anguiles et rostissoient, 
es vos mon seignor Ysengrin 
qui erré ot des le matin 
jusqu'à celé heure en mainte terre 
et onques n'i pot riens conquerre; 
de jëuner estoit estens, 
que molt avoit eu mal tens. 
lors s'en tonia en un essart 
droit devant le chastel Renart 
et vit la cuisine fumer, 
ou il ot fait feu alumer. 
ou les anguiles rostissoient, 
que si fil es hastes tomoient. 

Ysengrins en sent la fumée 
qu'il n'avoit mie acostumee. 
adonc commença a fronchier 
et ses guernons a delechier: 
volentiers les alast servir, 
se li vosissent l'uis ovrir. 
il se trait vers une fenestre 
por esgarder que ce puet estre; 
il se conmence a porpenser 
conment jiorra laienz entrer, 
ou par jiroiiere ou par menace; 
mais il ne set lequel il face, 
car Renarz est de tel manière 
qu'il ne fera riens i)ar jjriiere. 
acroupiz s'est sor une couche, 



de baaillier li delt la bouche: 

court et recourt, garde et regarde, 

mais tant ne se set doner garde 

que dedeus puisse le pié mètre 

ne ])or doner ne por prametre. 

a la partin se porpensa 

que son conpere proiera 

que por dieu li doint, s'il conmande, 

ou poi ou grant de sa viande. 

lors apele par un pertuis 

'compère sire, ovrez me l'uis: 

je vos aport de mes noveles, 

je quit que moult vos seront bêles.' 

Renarz l'oï, sel connut bien; 

mais de tôt ce ne li fu rien, 

ançois li a fait sorde oreille. 

et Ysengrins moult s'en merveille, 

qui defors fu moult angoisseus 

et des anguiles covoiteus. 

si li a dit 'ovrez, biau sire !' 

et Renarz conmença a rire, 

si demande 'qui estes vos?' 

et cil respont 'ce somes nos.' 

'qui vos?' 'ce est vostre compère.' 

'nos cuidïons ce fust un 1ère.' 

'non sui', dist Ysengrins, 'o\Tez.' 

Renarz respont 'or vous sofrez 

tant que li moine aient mengié, 

qui as tables sont arengié.' 

'conment', fait il, 'sont ce donc moine?' 

Renarz respont 'ainz sont chanoine, 

et sont de l'ordre de Tiron 

(ja, se dieu plaist, n'en mentiron), 

et je me sui rendu a eus.' 

'nomini dame', dist li leus, 

'avez me vos dit vérité?' 

'oïl, j)ar sainte charité.' 

'donques me faites herl)ergier.' 



2. 3 inlervertis A. .3 tt les espoiz font C. par 
tronçons IJ. 4 coudre li. Ens es poiz hs hont 
boutez C C que huche i ot C. 7 lors f. de 
co.ste par verse /i. s Si les (!. <) tisont i fu C. 
\.\ ot orre liC. 14 cel cure el C. lâ ne H. 
mes o. riens ni pot C lo. I7 manfimnt A. De- 
jeune e. estons (: tous) ^'. n mau Ji. istrova. 
C. 23 es espoizt C. 25 pas C. 20 Del nés ('. 
adont Ji. 2'» saisir li. 30 mlst C. 33 laiensyl, 
leanz Ji, part enz C. 34. X, matK/uent A. prière 
JiC. par amor C. 35 mais il puet an oit enuor ('. 
'M tele BC. 37 por A. proiere A, prière li. 



1 dcult (\ (liant Ti. 2—5 manfjncnt A. 3 sot 
'''. 4 nieitre /..'. 5 prometre C, promestrc l',. 
s dontyl. li doint rnanr/ue 7i. il Sire conipere T. 
12 de mes] boncs B, bêles C. 13 por bones ten- 
droiz et por bêles C. M sil C, sou li. 15 fist C. 
17 se BC. is dehors C. sofroitoz C. l« de ('. 
cnvioz ('. 20 dist B. 25 que fuissez C. lerre(s) 
ABC. 2(i dit B. 27 soufrez AH. 2!t qui au 
mangier C. 30 dont Ji. 31 respont R. B, nenil 
fet il C. .32 Si est Ji. decliiton (\ descurion Ji. 
33 plet A. 34 a els C, o culs A. m dist B. 
:js Donc A. 



221 



RENART. 



222 



'ja n'a\Tïcz vos que mcngicr.' 

'dites moi donc, n'avez vos ijoiV' 

Renarz respont 'oïl, par foi. 

or me laissiez donc demander: 

venistes vos por truander?' 

'naie, ainz ving vëoir vostre estre.' 

Renarz respont 'ce ne puet estre.' 

'et por qoi donc?' ce dit li leus. 

et dist Renarz 'n'est ore leus.' 

'or me dites: mengiez vos char?' 

et dist Renarz 'ce est eschar 

que vos me dites, biau compère. 

qant nos recevrons a confrère, 

premièrement otrïera 

que jamais char ne mengera.' 

'que menguëut donc vostre moine?' 

'jel vos dirai sanz nule essoine. 

ne menjuënt fromages mos, 

mais poisson qui est cras et gros ; 

saint Benëoiz le nos conmandc 

que nos n'aion pëor viande.' 

dist Ysengrins "ne m'en gardoie 

ne de tôt ce mot n'en savoie; 

mais car me faites osteler, 

huimais ne sa\Toie ou aler.' ; 

Renarz respont "mais ne le dites. 

nus, s'il n'est moines ou hermites, 

ne puet ceenz avoir ostel, 

mais alez outre, il n'i a el.' 

Isengrins ot et entent bien 
qu'en la maison Renart por rien 
qu'il puisse dire n'enterra, 
et que volez? si souferra, 
et neporquant il li demande 
un seul morsel de sa viande: 
•car m'en donez \iaus un tronçon; 
nel di se por esaiier non. 
mais bon fussent elcs peschiees 

1 ariez A. 2. 4. S dont B. h por] dont B. 
H nenil ainz voeil C. 9 Ce B. 12 — 15 manquent 
ABC: pris à iléon. 12. 13 compères: confrères. 
16 menjent A. dont B. 17 dire A. is il V. 
mous BC. 10 Et C. <iuil ont bon et grous B, 
qui ont les gros couls C. 20 beneoioit ^1, be- 
neoist BC. 23 riens] mot C. 25 Mes hui C 
saroie A. 2S ceains A. avoir ceenz B. 29 il 
manque B. 30 Isengriu AB. 32 faire C. 31 si 
lui C. 35 poison es ce bone v. C. 36 Or B. 
veax I C, un sol A. 37 non B, ne C. faz C. 
essaier mas. 3S peschies tous les mss. 



les anguiles et escorchiees. 
se vos en deingnïez mengier.' 
Renarz qui bien sot losengier 
prist des anguiles deus tronçons 
qui rostissent sor les charbons, 
tant fu cuite que toute esmie 
et dessoivre toute la mie. 
l'un en menja, l'autre en aporte 
a celui qui est a la porte, 
lors dist 'compère, ça venez 
un poi avant et si tenez 
par charité de la pitance 
a ceus qui bien sont a fiance 
que vos serez moines encore.' 
dist Ysengrins 'je ne sai ore 
qu'il me sera, bien porra estre; 
mais la pitance, biau doz mcstre, 
car me bailliez isnelement.' 
Renarz li baille, et il la prent, 
qui moult tost s'en fu délivrez : 
encor en menjast il assez, 
ce dist Renarz 'que vos en semble?' 
li lechieres fremist et tremble, 
de lecherie esprent et art : 
'certes', fait il. 'sire Renart. 
cist vos ert bien guerredonez : 
encor un seul car m'en donez, 
biau doz compère, por amordre 
tant que je fusse de vostre ordi-e.' 
'Par voz botes', ce dist Renarz 
qui moult fu plains de malcs arz, 
'se vos voliez moines estre, 
je feroie de vos mon mestre, 
car je sai bien que li seignor 
vos esUroient a prior 
ainz pentecoste ou a abé.' 
•avez me vos dit vérité?' 



4 dune anguile B. m BC. 5 routisoit B. 
T dcssevre C. S i — autre BC. 9 a manque BC 
est] atant B. 13 ceux A, caus B. sunt bien C- 
14. 15 encor: or jB. 16 que me C. ferai C, sere.4. 
17 maitre B. IS Que A. donez B. 19 Cil le 
bailla-le C. li] la B. 2u tôt C fust .1. 23 Et 
li C. lecherres A, Icchierres B. 24. 25 interver- 
tis C. 26 il iert bien ce g. C. 27 manque C 
quar me B. 30 vos AB. Prenez botez C. dit 
renart A. 31 estoit pi. B, estoit C. de renart B. 
art A. 32 volez B. 33 De vos feroie B, ge ferai 
de vos C. 34 Que BC. 36 a manque C 37 vos 
ore gabe B C 



223 



Xlle SIECLE. 



224 



Kenarz rcspoiit "ouil, biau sire. 

par mon chief je vos os bien dire, 

en vos avroit bêle persone, 

qant âmes vestu la gone 

par desus la pelice grise: 

n'a^Toit si biau moine en l'iglisc.' 

'a^Toie je poisson assez 

tant que je fusse respassez 

de cest mal qui m'a confondu?' 

et Renarz li a respondu 

■mais tant con vos porrez mengier.' 

"donques me faites rooingnier.' 

et Renarz dit 'mais rere et tondre.' 

Ysengrins conmença a gi-ondre 

quant D oï parler de rere: 

•or n'i a plus', fait il, "compere, 

mais reez moi isnelement.' 

Renarz respont hastivement 

•avroiz corone grant et lee 

ne mais que l'aive soit chaufee.' 

oir poëz ici biau geu: 

Renarz mist l'aive sor le feu 

et la fist trestote boillant. 

puis li est revenuz devant 

et sa teste encoste de l'uis 

li fait bouter par un pertuis, 

et Ysengrins estent le col. 

Renarz qui bien le tint por fol 

l'aive boillant li a gitee 

desus la teste et reversée: 

moult par a fait que maie beste. 

et Ysengrins escoust la teste 

et rechigne et fait laide chiere. 

a reculons se trait ariere, 

si s'escria 'Rcnart, morz sui! 

raale aventure aiiez vos huil 



•25 



35 



I ouil] naie B. Ce dist nenil b. s. C. :}. 4 luan- 
rjuent C. aroit A, auret B. l Puis f|uuuriez B. 
h Foi que ge doit le cors saint Felisc C. 6 bel 
B. 7 poissons B. 8 que seroie B. rapases C. jo 
•> cel B. 10 renart A. Il poroicz C. 12 or 
vos faites me B, ha car me f. C. i:j et vostre 
barbe r. BC 15 du C. !« ni aura B. 17 
hastivement BC IH isnelement BC. 1» corone 
auroiz C. 20 Nest C leveylC. batec C. 21 gieu 
AB, iu C. 22 liavc yl, levé C f'u C 24 si B. 
25 en coûte B. 20 levé AC, liave B. 30 et 
sor BC le haterel versée C. renversée B. :jl 
fet AC, faist B. pute C. :i2 escout BC Si re- 
chine A. R. et fait (fit) moult l BC :ti Et Y. 
se tret C 35 mort A. 36 aiez AB. 



trop grant corone m'avez faite.' 
Renarz li a la langue traite 
bien demi pié fors de la geule. 
'sire, ne l'avez mie seule, 
que autresi l'a li covenz.' 
dist Ysengrin 'je cuit que mcnz.' 
'non faz, sire, ne vos anuit; 
mais iceste première nuit 
vos covient il mctre en esprove, 
que li sainz ordres le vos rovc.' 
dist Ysengrins 'moult bonement 
ferai ce que a l'ordre apent : 
ja mar en serez en doutance.' 
Renarz en a pris la fiance 
que par lui mal ne lor vendra 
et a son los se maintendra. 
tant a fait et tant a ovré 
Renarz (jue bien l'a asoté. 
lors s'en issi par une traite 
qu'il ot den'ier la porte faite, 
et vint a Ysengrin tôt droit, 
qui durement se conplaingnoit 
de ce qu'il estoit si près res 
que cuir ne poil n'i est remés. 
n'i ot plus dit ne sejorné: 
andui se sont d'ilec torné, 
Renarz devant et il après, 
tant qu'il vindrent d'un vivier près 

Si conme Renart fist peschicr a Yseiigrin 
les angiiHes. 

Ce fu un poi devant Noël 
que l'en metoit bacons en sel, 
li ciex fu clers et estelez, 
et li vivier fu si gelez, 
ou Ysengrin devoit peschier, 
qu'on pooit par desus treschier, 
fors tant c'un pertuis i avoit, 
qui des vilains faiz i estoit, 
ou il menoient lor atoivrc 
chascune nuit juër et boivre: 

I grant manque A. 2 Et R. a B. :j dehors 
la B. fait Y. B. que] tu B. 7 faiz B. 
'.) mestre B. lo la sainte ordre A. odrez B. 

12 fere A. ge ce qua B. 14 Et R. en prent B. 
10 contendra B. 17 Or a tant f. et t. rote B. 
V.). 20 manijuent A. 20 endui sent sont dici B. 
27 cil B. 30 Le litre tnaïu/ue A. 32 pou B. 
:(1 ciauls B. cler .1. :su gales B. 'M quen A, 
coni B. poist B. lo. ll m(tnt/uent A. 



RENAKT. 



225 



un scel i cstoit laissiez. 

la vint Renarz toz eslaissiez 

et son compère apela. 

•sire', fait il, 'traiiez vos (;a: 

ci est la plenté des poissons 

et li engins ou nos peschons 

les anguiles et les barbiaus 

et autres poissons bons et biaus.' 

(list Ysengrins 'sire llenart, 

or le prenez de l'une part, 

sel me laciez bien a la qeue.' 

Kenarz le prent et si li neue 

entor la qeue au miex qu'il puct. 

•frère', fait il, 'or vos estuet 

moult sagement a maintenir 

por les poissons avant venir.' 

lors s'est en un buisson fichiez : 

si mist son groing entre ses piez 

tant que il voie que il face. 

et Ysengrins est seur la glace 

et li sëaus en la fontaine 

plains de glaçons a bonc estraiue. 

l'aive conmence a englacier 

et li sëaus a enlacier 

qui a la qeue fu noëz : i 

de glaçons fu bien serondez. 

la qeue est en l'aive gelée 

et en la glace seelee. 

cil se comence a soufachier, 

le seel quide amont sachier; 3 

on mainte guise s'i essaie, 

ne set que faire, moult s'esmaic. 

Renart conmence a apeler, 

qu'ilequcs ne volt plus ester, 

que ja estoit l'aube crevée. • 

Renarz a sa teste levée, 

si le regarde et les euz ovre : 

•sire', fait il, 'qar laissiez ovre. 

alon nos ent, biax doz amis, 

assez avons de poissons pris.' 4 

et Ysengrin li escria: 

1 i orent laissie B. 2 le col baissie B. 3 regarda 
B. 4 traiez AB. h si A. e engin A, cngiens B. 
'.I frère fi. il sou— qucci?. lessiez ^1. 12 lou — 
lou no eu B. 13 miauz que B. 15 contenir B. 20 
sor B. -lA—hy manquent A. liaue B. 24 anlacier 
B. 27 levé A, liaue B. 2s saelee B. 31 si 
sessaie B. 32 moult] si B. 34 Qar leq's A. vost 
B. '3t) Renart A. la B. il elz .1, iauz B. 
38.t'rere B. 39 alons nos en B. 40 poison B. 
Barisch, Chiestoiuathie, IV. Ed. 



'Renart'. fait il, 'trop en i a; 

tant en ai pris, ne sai que dire.' 

et Renarz coiimença a rire, 

si 11 a dit tôt en apert 
j 'cil qui tôt covoite, tôt pert.' 

la nuit trespasse, l'aube crieve. 

li souleuz par matin se lieve: 

de noif furent les voies blanches. 

et mesire Costant Desgranches, 
10 un vavassor bien aaisié, 

qui sor l'estanc fu herbergié, 

levez estoit et sa maisniee 

qui moult estoit joitint et liée. 

un cor a pris, ses chiens apele, 
15 si conmande a mètre sa sele 

et sa maisniee crie et huie. 

Renarz l'oï, si torne en fuie 

tant qu'eu sa taisniere se fiche. 

Ysengrins remest en la briche, 
20 qui moult s'esforce et sache et tire: 

a poi la pel ne li descire. 

se d'ilec se veut départir, 

de sa qeue l'estuet partir. 
Que qu'Isengrins aloit tirant, 
25 estes vos un garçon corant : 

deus lévriers tint en une laisse, 

voit Ysengrin, vers lui s'eslaisse 

sor la glace tôt engelé 

atot son hasterel pelé. 
30 cil l'esgarde et puis s'escrie 

'ha ha, le leu, aïe, aïe!' 

li venëor quant il l'oïrent, 

tantost de la maison saillirent 

atot les chiens par une haie. 
35 adonc Ysengrins fort s'esmaie, 

car daiiz Costanz venoit après 

sor un cheval a grant eslés, 

qui moult s'escrie a l'avaler 

•laisse, va tost, les chiens aler.' 
40 li braconnier les chiens dcscoplent 

2 nen B. 4 dist tout B. 5 que qui B. 

- souleux A. Et li soulauz p. m. 1. B. s nois A. 
'.) mes sire coutenz B. 13 lie AB. 15 mestrc B. 
l(i mai(e)snic BA. 22 dileuc B. 23 la B. 24 se 
va frôlent B. 25 este B. troteiit B. -11 ver fi. 
29 haterel B. 30 si B. lesgarda A. puis li e. B. 
31 aye A, ahie B. 32 vancor B. 34 a toz lor 
ch. B. 35 fort] moult B. 30 dant A. Costant 
Méon: martin(sj AB. 37 eslais B. 39 lai va 
lai va B. 

15 



227 



Xlle SIECLE. 



228 



et li brachet au leu s'acoplent 

et Ysengrins moult se herice. 

li vavassor les chiens entice 

et amoneste durement. 

Ysengrins moult bien se deffent ; 

as denz les mort: qu'en puet il mais? 

assez amast il miex la pais. 

danz Costanz a l'espee traite 

et por grant cop ferir s'afaite. 

a pié descendi en la place 

et vint au leu devers la glace : 

par deriere l'a asailli, 

ferir le cuida, si fatlli. 

b* cous li cola en travers 

et danz Costanz chai envers 

si que li hateriaus li saine. 

il se relieve a grant paine, 

par grant aïr le va requerre. 

ore orrez ja moult fiere guerre : 

ferii' le cuida en la teste, 

mais d'autre part li cous s'areste, 

vers la qeue descent l'espee, 

tôt res a res li a coupée 



près de l'anel, n'a pas failli, 
et Ysengrins qui a senti 
saut en travers et si s'en tome, 
trestoz les chiens mordent a orne, 
qui sovent le tienent as naches. 
mais la qeue remest en gages: 
dont moult li poise et moult li grievc, 
a poi que li cuers ne li crieve. 
ne pot plus faire, torne en fuie 
et tant qu'a un tertre s'apuie : 
li chien le vont sovent mordant, 
et il se va moult desfendant, 
qant il furent el tertre amont, 
li chien sont las, recrëu sont, 
et Ysengrins point ne s'atarge, 
fuiant s'en va, si se regarde, 
droit vers le bos grant alëurc. 
atant s'en va et dist et jure 
que de Renart se vengera 
el premier leu qu'il le ven'a. 
Ici prent ceste branche tin, 
mes encore i a d'Isengrin. 



LI LAIS DOU CHIEVREFUEL. 

Altfranzôsische Lieder und Leirhe von [Vilh. Wuckernagel , p. 19 — 22 (A). 

franc. 12615, fol. 66 {B). 



Comparé avec le wis. 



Per cortoisie depuel 
velonnie et tout orguel, 
car ceu k'ont chaiciet mi uel, 
lou me fait mettre sus fuel, 
un lai en escuel, 
c'est dou chicvrefuel. 

La note dou chievrefuel 
per amors comencier vuel 
com cil ki poent ne m'en duel 
d'amors dont doloir me suel, 
maix sil ke rekuel 
d'amors bel akuel. 



M 



:J5 



1 a lui A. :i le A. vantor li. atice B. 

:-, et Y. bien B. ' miauz B. s dant AB. mar-*" 
tin AB. por lenneuz B. 12 dcsrieres B. 
M le coup A. 15 dant niartin(8) AB. choi B. 
Ki haterel A. 17 releva B. l't or orez B. 21 le 
cop -1. 22 ven B. q. li a coupée A. •>:; coupe B. 
26 eul A. 27 fait B. 2«i i acucl B. M ueul A. 
32 ki mais ne me B. 33 des maue dont B. 34 
mais chi en r. B. 



Amie, je vos salu 
en mon lai premièrement, 
douce amie, mon salu 
preneis a comencement; 
car moult m'ait vers vos valu 
ceu ke debonairement 
vos ait de m'amor chalu: 
je fuisse mors autrement. 

Faite m'aveis grant bontei, 
douce amie, debonaire riens, 
don j'ai vostre cucr dontei, 
si ke vostres est li cuers et miens, 
or ne soient maix contei 
li mal dont j'ai si estei espriens 

2 qui] si B. 1 mordant A. 7. 8 manquent A. 
10 Tant que a B. 12 scn B. 13 ou B. 15 se 
tarde .1. 17 bois AB. 18 eir qui scn B. 20 ou 
B. lieu A. ql trouera B. 21. 22 manquent B. 
2!» ceu ke] ke si Ji. 34 dote B. Wh uostre AB. 
m seront B. 37 si] tant B. cmpirics B. 



■1-1\) 



LAIS DOU CHIEVREFUEL. 



•230 



k'a gi'ant prout me sont luoiitei: 

je ne (luier uiaix ])lux de tous les biens. 

Je ne quier nulle autre joie 
a'autre bien u'autre desduit 
lors ke de vos toz jors j'oie, 5 

< 'a nulle riens plux ne luit 
k'a ceu ke plaire vos doie 
ne ke jai ne vos anuit. 
je seux, belle, ou ke je soie, 
vostre amis et jor et mut. lo 

Jai mes cuers ne se partirait 
de vos maix en ma vie; 
et s'il s'en pairt, keil pairt irait? 
ce saichiés, douce amie, 
ke, s'il s'en pairt, il pai'tirait: ir, 

de ceu ne dont je mie. 
mal déliait ki départirait 
si douce compaignie. 

Ne t'ait mie a départir: 
deus nos en deftende; 211 

ains puisse mes cuers partir 
ke li vostre i tande. 
muels faice on de moi martir 
ke jai i entande. 

et ki nos veult départir, 2.^, 

maie hairt lou pande. 

Amie, entre vos et moi 
n'ait ne guerre ne descort. 
douce amie, per la foi, 
ke je vostre amis vos port 30 

et port et porteir vos doi, 
jai per moi ne per mon tort 
ne por riens ke je foloi 
ne ferai vers vos resort. 

Jai en moi ne pécherait 35 

1 grant bien conte B. 3 joiej chose A. 4 ne 
ne quiert autre B. 5 mais ke tes iors de vos B. 
tant ne B. s et ke B. >j ie sui ou ke 
ionques soie B. 10 avoc vos et ior B. n par- 
trait A. 14 se sai chics ^4, sachies ma jB. 15 
il] kil B. pertirait A. 16 de de ne B. 17 bonis 
soit ki B. IS sa B. 21 puissies li miens p. B. 
22 le vostres t. B. 23 — 26 doce amie au resortir, 
a mamor entende, faice Ion de moi martir. ancois 
que catende B. 2S uait ,1. ia volentes ne d. B. 
30 ke io doi v. B. 33 par rien B. 34 de vos B. 



ke j'aie vostre corrous. 
tôt li bien ke mes cuers a 
])uissent ançois estre rous, 
les biens ai je tous a ja 
et les delis ai je tous, 
kan ke ilamedeus cria 
et lai sus et sai desous. 

Onkes a home vivant 
n'avint maix si bien d'ameir, 
tant con vantent tuit li vent 
de lai et de sai la meii'. 
dame, mercit vos en rent, 
de par cui se puet clameir 
cil ki mais nul mal ne sent 
ne vers vos n'ait poent d'ameir. 

N'a nelui ne port envie 
de rien ki soit en cest mont; 
je ne quier plux en ma vie 
de tous les biens ki i sont, 
fors que vostre amor, amie, 
lai dont vienent et ou vont 
mi penseir sens velounie, 
ke font per vos quan k'il font. 

Douce, plux douce ke miaus, 
por vos fut fais tous noviaus 
cist lais ki est boens et biaus, 
et s'il enviellist, soit viaus: 
tous jors plairait mais 
as clers et as lais. 

Se saichent jones et viaus 
ke por ceu ke chievretiaus 
est plux dous et tiaire miaus 
k'erbe ke on voie as jaus, 
ait nom cist douls lais 
chievrefuels li gais. 



2. 3 manquent A. 3 rois B. 4 aie tos B. 
a ia B, et sai A. 6 guia B. ' la dcsus B. 
11 de cha mer et de la mer B. 13 quant de 
vos me puisse loeir A. 14 com sil ki nul .1. 

15 ne en qui na B. 16 A B. is ke je ne A, 
ia ne B. 19 trestos B. i mancjue B. 24 mias A. 
25. 26 intervertis B. 25 est fais por vos B. 

nouias A. 27 soit \'ials A, seviaus B. 2S maix 
-1. 30 ione A. 32 mials A. 33 ki en B. 
eaus A. 



15* 



231 



Xlle SIECLK. 



232 



ROMANCES DAUDEFROI LE BASTART. 



Altfranzôsische Romanzen und Pastourellen ftertiu.iyegeben von K. Bartsch^ Leipzig 1870, p. 57 — 59 

et 64—67. 



Belle Ysabiaus. pucelle bien aprise. 
ama Gerart et il li en tel guise 
c'ainc de folor ne fu par lui requise, 
ains Tama de si bone amor 
que mieus de li guarda s'onor. 
et joie atent Gerars. 
Quant plus se fu bone auiors entr'eaus mise 
par loiauté afermee et reprise, 
en celle amor la damoiselle ont prise 
si parent, et doné seignor 
outre son gré un vavassor. 
et joie atent Gerars. 
Quant sot Gerars cui fine amors jnstise 
que la belle fu a seignor tramise, 
grains et marris tist tant par sa maistrise 
que a sa dame en un destor 
a fait sa plainte et sa clamor. 
et joie atent Gerars. 
'Amis Gerart, n'aies ja covoitise 
de ce voloir dont aine ne fui requise, 
puis que je ai seignor qui m'aime et prise, 
bien doi estre de tel valor 
que je ne doi penser folor.' 
et joie atent Gerars. 
•Amis Gerart, faites ma ronmandise: 
raies vos eut. si ferés grant franchise, 
morte m'avriés s'od vos estoie prise, 
mais metés vos tost u retor. 
je vos conmant au crëator.' 
et joie atent Gerars. 
'Dame, l'amor qu'aillors avés assise 
dëusse avoir par loiauté conqui.se; 
mais plus vos truis dure que jiierre bise: 
s'en ai a»i cuer si grant dolor 
fiu'a biau semblant so8i)ir et jdor.' 
«;t joie atent Gerars. 
*I>ame, j)or deu', fait Gerars sens faintise, 
'aies de moi merci j)ar vo franchise: 
1a vostre amors me destraint et ati.se, 
et por voH sui en tel error 
que nus ne puet estre en greignor.' 
et joie atent (ierars. 



Quant voit Gerars, cui fine amor justise. 
que sa dolors de noient n'apetise, 
lors se croisa de duel et d'ire esprise, 
et porquiert ensi son ator 
5 que il puist movoir a brief jor. 
et joie atent Gerars. 
Tost muet Gerars, tost a sa voie quise, 
davant ti'amet son escuïer Denise 
a sa dame parler par sa franchise. 
Kl la dame iert ja por la verdor 
en un vergier coillir la tior. 
et joie atent Gerars. 
Vestue fu la dame par cointise: 
moût iert belle, graile et grasse et alise; 
ij le vis avoit venneill come serise. 
'dame', fait il, 'que très bon jor 
vos doinst cil cui j'aim et aor.' 
et joie atent Gerars. 
'Dame, por deu', fait Gerars sens faintise, 
•20 'd'outremer ai por vos la voie emprise.' 
la dame l'ot; mieus vousist estre ocise. 
si s'entrebaisent i)ar doçor, 
qu'andoi cheïrent en l'erbor. 
et joie atent Gerars. 
25 Ses maris voit la folor entreprise: 
por voir cuida la dame morte gise 
les son ami : tant se het et mesprise 
qu'il pert sa force et sa vigor 
et muert de duel en tel eiTor. 
■M et joie atent Gerars. 

De pasmoison lievent par tel devise 
que il font faire au mort tôt son servise. 
li duels remaint, Gerars par sainte église 
a fait de .sa dame s'oi.ssor: 
3.'i ce tesmoignent li ancessor. 
or a joie Gerars. 

IL 

En chambre a or se siet la belle Bcatris, 
40 dementet soi forment, en plorant trait ses fis : 
'dous deus, conseilliés moi, vrais pores Jhesu Cris, 
c'ensainte sui d'I'gon si qu'en lieve mes gris, 
et a moillier nie doit jtenre ii dus Ilenris.' 



233 



AUDEFROI LE HASTAUT. 



234 



bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Lasse', fait elle en bas, 'que porrai devenir V 
cornent oserai je davant le duc venir? 
car ne lairoie a moi touebier ne avenir 
nul home fors Ugon, s'il m'en loist covenir. 
bien li devToit de moi membrer et sovenir.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Dolente, sens consoil, com puis haïr le jor, 
que premiers oi d'Ugon l'acointance et l'amor, 
par coi je perderai la haltesse et l'onor 
del duc qui entresait veut que l'aie a seignor: 
aine m'avra, se deu plaist, cil qui en ot la tior.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por tine amor loial. 
Que qu'ensi fait son duel la belle a cner irié, 
uns escuïers l'entent qui iert de s'amistié: 
davant li est venus, meut en ot grant pitié, 
quant Bëatris le voit, son cuer a rehaitié. • 
puis li a son voloir et son bon enehargié. 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Frère, vos avés bien oï mon covenent : 
aies moi dire TTgon sens point d'arrestemeiit •. 
qu'en mon père vergier l'atendrai sous l'aiglent. 
guart que a cest besoîng nel truisse mie lent.' 
'damoiselle', fait il, 'tout a vostre talent.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Li escuïers va tant k'il a trové Ugon : 
la vie Bëatris a la clere façon 
li conta a briés mos de polie raison, 
et quant li cuens entent son voloir et son bon, 
de joie li tressant ses cuers en pâmoison. : 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Tantost k'il pout parler a dit a l'escuïer 
'amis, oses me tu por voir dire et noncier 
ke belle Bëatris veut ke l'aie a moillier 
et k'elle m'atendra en son père vergier?' 
'.sire, bien vos le os et dire et fïancier.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Grant joie en ot li cuens ki d'amer iert espris. j 
cinquante chevaliers de son consoil a pris, 
monter les fait trestous sor les chevals de pris : 
par nuit en est tornés, quant il fu avespris, 



l)or ceu ke nus n'en soit conëus ne repris, 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por tine amor loial. 
Il ont tant chevauchié la nuit et le demain 
c'a vespre sont venu sous le vergier a plain. 
Ugaes tressaut le mur, trueve en un leu soutain 
s'amie Bëatris, si la prent par la main 
et dist 'deus, or ai tout quant j'ai m'amie en 
bien sont asavoré li mal [main.' 

c'on trait por fine amor loial. 
'Hugues', dist Bëatris, 'ke ferés vos de moi? 
prendre me veut li dus Henris, si m'en effroi, 
ensainte sui de vos; si vos requier et proi, 
s'onkes ot en vo cors ne loiauté ne foi, 
ke vos m'en portés tost, car nul meillor n'i voi.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Doucement a li cuens son gent cors enbrassié, 
par amors se sont tuit andui entrebaisié, 
ke mont ont lor anui illuekes abaissié. 
del vergier sont issu, ke n'i quissent congié : 
tant poine lor cheval ke il sont aloignié. 
bien sont asavoré li mal 
c'on ti'ait por fine amor loial. 
Jusc'au palais Hugon n'i vorent arrester: 
illuekes reposa Bëatris au vis cler. 
grant joie et grant desduit orent al assembler : 
tant s'entreaimment entr'eaus loialment sens 
kel'uns l'autre ne veut son voloir refuser. Ifauser 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Li dus Henris le sot, mont en fu esmaiés : 
au père Bëatris en vint tous correciés, 
fièrement li a dit com uns bons enragiés 
'tolu m'avés m'amie, s'en avenra meschiés. 
a Hugon en sera encor copés li chiés, 
et vos au.si par deu en serés deschaciés.' 
])ien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
Quant U sires l'entent, doucement respondi 
'sire, tenés ma foi, loiaument vos plevi : 
Ugues la m'a emblée, ersoir la me toli.' 
'helas', ce dist li dus, 'com or m'a mal bailli, 
mieus amasse estremors k'il l'en portast ensi. 
deus d'amors, ke ferai? vien avant, si m'oci.' 
bien sont asavoré li mal 
c'on trait por fine amor loial. 
'Sire', ce dist la mère, 'ne vos desconfortés. 



235 Xll*^ SIÈCLE. 236 

ja Bëatris ma tille mais ne recoverrés. en sa terre revint a moût poi de desduis. 

por deu. laissiés Ugon avoir ses amistés : malades escoucha, si com l'istoire truis, 

ansois Tama de vos, ke tresbien le savés.' d'une tel maladie dont ne releva puis. 

'dame', ce dist li dus. «tout ceu est vérités; mors lu por bien amer, dont ce tu grans anuis. 

maiss'amorsmedestraint, dontjesuiendamés.' s et Hugues ot s'amie, ki fu cortois et duis. 
bien sont asavoré li mal bien sont asavoré li mal 

l'on trait por tine amor loial. c'on trait i)or tine amor loial. 

Li dus est remontés, de joie mes et vuis. 



CHANSONS DE QUENE DE BETUNE. 

I. Leroux de Lincy , recueil de rhanls histori(jues français, Paris lb41 T. \ , p. 30, comparé par 
M. Schirmer uiec le ins. fonds frauç. 12615, Fol. 99 {A), et 844, Fol. 45 [B). Cf. Trouvères 
Belyes du XII« au X/l'e siècle publiés par A. Sche/er, Bruxelles 1876, ;;. 25 s. Le poète avait 
été blâmé, ù cause de son parler artésien, par Alix de Champagne, veuve de Louis i'JI, et son Jîls 
le roi Philippe {vers 1180). 11. Altfranzusische Lieder berichtigt und erlUutert von Eduard Miitzner, 
Berlin 1853, p. 7—10; donné ici d'après le ^h. 844, Fol. 46. Cf. Scheler p. 2—5. Cette chanson 

se rapporte ù la croisade de 1 189. 

I. H. 

Moût me semont amours que je m'envoise, lo Abi, amours, com dure départie 
quand je plus doi de chanter estre cois. me convendra faire de la meilleur 

mais j'ai plus grant talent que je me coise, ki onques fust amee ne servie! 
por çou j'ai mais mon chanter en defois, dex me ramaint a li par sa douçour 

que mon langage ont blasmé li François si voirement que m'en part a dolour. 

et mes chançons, oiant les Champenois lo las, qu'ai je dit? ja ne m'en part je mie. 

et la contesse, encor dont plus me poise. se li cors vait servir nostre seignour, 

La roïne ne fist pas ke courtoise. li cuers remaint del tout en sa baillie. 

qui me reprist, elle et ses tius li rois; Pour li m'en vois souspiraut en Surie, 

encor ne soit ma parole françoise, car je ne doi faillir mon crëatour. 

si la puet on bien entendre en françois. 2(1 qui li faudra a cest besoing d'aïe 

ne cil ne sont bien apris ne cortois sachiez que il li faudra a greignour. 

qui m'ont repris, se j'ai dit mot d'Artois, et sachent bien li grant et li menour 

car je ne fui pas norriz a Pontoise. que la doit on faire chevalerie 

Dex, que ferai? dirai li mon corage? u on conquiert paradis et honour 

irai je li dont s'amor demander? 25 et pris et los et l'amour de s'amie. 

oïl, par deu, car tel sont li usage Dex est assis en son saint hiratage: 

qu'on ne puet mais sans demant rien trover. or i pana se cil le sccorront 

et se je sui outrageus del rover, qui il jeta de la jtrison ombrage, 

ne s'en doit pas ma dame a moi irer, (juant il fu mors en la crois que Turc c)nt. 

mais vers amors qui me font dire outrage. :«» sachiez, cil sont trojt boni qui n'iront, 

s'il n'ont povérte ou vieillecc ou malage, 
12 mea B. 13 ce sai uiia B. n langaige A. et cU qui sain et joenc et riche sont 

15 oyant A. m. 10 cncoir A. 17 na pas fait ne pueent pas demourer sans hontage. 

que B. 1", fiei A fi.x B. 22 sil mont B. n ^,^^^ jj ^.j^ j^^ ^.^ li ^ome d'aage 

fus A. 24 diex A. coraige etc. A 2ô a irai je ° 

dont B. 2<i dienAB. 27 m-rienu/i. 2S jo ^. :»-. ki en aumosne et en bienlais raanroiit, 

uutraigc A. du B. le reste n été coupé; il y 

avait place pour au moins encore une strophe. 20 besoig. 2ii Diex. :ii) sunt. 32 sunt. 

rover Scheler] trouer A. 30 moiront. 



237 



CHANSON DE RICHARD I D'ANGLETERRE. 



238 



partiront tiiit a cest pèlerinage, 
et les dames qui chastement vivront, 
se loiauté font a cens (pii iront, 
et s'elcs font par mal conseil folage, 
a recrëanz et mauvais le feront, 
car tuit li bon iront en cest volage. 
Qui ci ne veut avoir vie anuieuse, 
si voist pour dieu moiùr liés et joieus, 
que celc mors est douce et savereusc, 
dont on conquiert le rogne precïcus; 
ne ja de mort n'en i morra uns seus, 



ains naisteront en vie glorieuse. 
je n'i sai plus qui ne fust amoreus, 
trop fust la voie et bone et deliteuse. 
Dex, tant avom esté preu par huiseusc : 

r> or i parra qui a certes icrt preus, 
s'irora vengier la honte dolereuse, 
dont chascuns doit estre iric/î et honteus, 
qu'a nostre tans est i)erduz li sains leus 
u deus soufri pour nous mort glorieuse. 

lu s'or i laissom nos anemis morteus, 
a tous jours mais iert no vie honteuse. 



CHANSON DE RICHARD I D'ANGLETERRE. 

Leroux de Liiici/, recueil de chants historiques français, Paris 1841, t. Vol., p. 56 — 59; cf. Wacker- 

nagel, altfranzôs. Lieder, p. 38. Composée pendant la captivité' de Richard en Allemagne (ll^'l — 1194). 

Elle existe aussi en provençal: voyez mon Provenzalisckes Lesebuch, 78, 20. 



Ja nus bons pris ne dirat sa raison , 
adroitement s'ansi com dolans non; 
mais par confort puet il faire chanson, 
moult ai d'amins, mais povre sont li don; 
honte en avront se por ma rëançon 
suix ces deus yvers pris. 

Ceu sevent bien mi home et mi baron, 
Englois, Normant, Poitevin et Gascon, 
ke je n'avoie si povre compaingnon 
cui je laissasse por avoir an prixon. 
je no di pas por nulle retraison, 
mais ancor suix je pris. 

Or sai ge bien de voir certainement 
ke mors ne \ms n'ait amin ne parent, 
cant on me lait por or ne por argent. 
moult m'est de moi, mais plus m'est de ma gcnt, 
c'aprés ma mort avront reprochier grant 
se longement suix pris. 

N'est pas mervelle se j'ai lo cuer dolent, 
cant mes sires tient ma terre en tonnent, 
s'or li menbroit de nostre sairement 
ke nos feïmes andui communament, 
bien sai de voir ke sëans longement 
ne seroie pas pris. 

13 non ]V: lions L. 17 ii. 20 avois L. 
25 d'après W: priset ne amiiis Z,. M dolant. 

31 tomiant. 32 manbroit. 34 lunseniaut. 



Or sevent bien Angevin et Torain, 
cil bacheler ki or sont fort et sain, 
c'ancombreis suix long d'ans en autrui main. 
i'> forment m'amoient, mais or ne m'aimment 

grain, 
de belles armes sont ores veut cil plain, 
por tant ke je suix pris. 
Mes compaingnons cui j'amoie et cui j'aim, 
2u ces don Cahiul et ces dou Percherain. 
me di, chanson, k'il ne sont pas certain; 
c'onques vers ans nen oi cuer fans ne vain, 
s'il me guerroient, il font moult que vilain 
tant com je serai pris. 
25 Comtesse suer, vostre pris soveraLn 
vos saut et gart cU a cui je me claim 
et par cui je suix pris. 

Je non di pas de celi de Chartain, 
la meire Lowëis. 



2. 3 dans le Ms. Uui revendra moût sera eu- 
rous A tous jours raaiz en iert honors sespeuse 
J^ai suivi la leçon de La Borde et F. Michel 
(cf. Màlzner, p. 10.) S liens, y dieus. il maiz. 
12 Cette strophe et la suivante sont interverties 
dans Leroux de Lincy. U Ions L. mains L IV. 
"*^ 15 d'après \V: f. m'aidassent mais il n'i voient 
grain L. m'aimme W. 20 percheraim W, por- 
cherain L. 21 k'il W: qui L. 22 n'an oi L. 
23 sil W: cil L. 20 sat L, sault W. 29 Lo- 
weiis Lj. 



239 



Xlle SIECLE. 



240 



CHANSON DE BLONDEL DE NEELE. 

D'après le manuscrit de Berne, qui t attribue à Guios de Digons (A) et le Ms. St. Gtnnuin 108'.) 
(B); compare' par M. Schirmer avec le texte de Mdtzner [AltfranzSsische Lieder p. 51). 



Cuer désirons apaie 
dousours et confors. 
par joie d'amors vraie 
sui en baisant mors, 
s'ancor ne m'est autres donés; 
mar fui onkes de li privés, 
a morir sui livrés, 
s'elle trop me délaie. 

Premiers bais.iers est plaie 
d'amors dedeus cors; 
moult m'angoisse et esmaic, 
se ne pert defors. 
helas, por coy m'a sui vantés? 
ja ne me puet venii- santés, 
se ceu dont sui navTés 
ma bouche ne resaie. 

Amors, vos m'apreïstcs 
jone a cel mestier: 
ains nelui ne volsistes 
fors moy engingnier. 
a morir mi avés apris 
se plus n'i pran ke jeu ai pris : 
dont m'est il bien avis 
k'en baisant me traïstes. 



Amors. vos me feïstes 
mon tin cuer trichier, 
quant tel savor meïstes 
en son dous baisier. 
je sui li plus loiaus amis 
cui onkes fust nuls biens promis; 
helas, tant ai je pis, 
amors, mar me norristes. 

Se de fais cuer proiasse 
dont je ne la pri, 
espoir je recovrasse ; 
mais n'est mie ensi, 
k'ains nuls bons de gringnor voloir 
ne la servi sens joie avoir 
com jeu ai fait por voir 
sens mérite et sens grasse. 

Se je deu tant amasse 
com je fais celi 
ki si me poene et lasse, 
j'eusse merci. 

amors, trop me faites doloir, 
et se vos ser sens décevoir: 
ceu me tient en espoir 
c'amors navre et repasse. 



CHANSONS DU CHATELAIN DE COUCY. 

1. Fonds franc. 12615 (ancien suppl. /r. 844) (A); 844 (ancien 7222), Fol. 53 (B); Ms. de Berne 

(C); St. Germain 1989, Fol. 35 (£j); II. 12615, Fol. 158 (A); 844, Fol. 55 (B); Ms. de Berne 

(C); St. Germain 1989, Fol. 42 (D); III. 12615, Fol. 157 (^1); 844, Fol. 54 (B); Ms. de Berne 

(C). CoUationné par M. Schirmer. 

I. 26 et mes fins cuers me fait d'une amourctc 

si dour présent que ne l'os refuser, 
or me laist diex en tel honor monter 
ke celé ou j'ai mon cuer et mon penser 
tiegne une foiz entre mes braz nuëtc 
ains ke aille outre mer. 
Au coraencier la trovai si doucetc, 

:, je seus vostre loals aniins B. « ki jai de 
vous nan kier partir B. 'a tort mavcs guer- 
pit b. 0—24 mani/uent B. '.) proiaisse etc. A. 
Ki graicc A. 20 jeu eusse A. 21 neivro A. 
Ta niait l'ait C. amourette A. 20 ne (nel) doi ClJ. 
•i'i lait Bt\ doint D. en] a. D. 2!i une nuit CZ>. 
M) a. kcn aille A, a. ke jaille C, a. (]ue je voise 
Ij. aincois quaille B- :tl A C. eumenchicr A. 
fut si franche et d. C simplette D. 



Li nouveauz tans et mais et vïolete 
et roussignols me semont de chanter, 

1 — s deuxième strophe dans B. rapaiet B. 2 dou- 
sonr A, dousor /?, et docour J/, (/ui donne toujours 
six syllabes au second vers, i damour B. 4 seux . 

A, seus B. baissant /l. '> atres B. doneis etc. 
AB. preveis Z?. 7 e a la mort seus Z/. >> celle 

B, w,- A. mi delaiet B. '.)—!(> première strophe 
dans B. baixiers AB. lo Amors A. Il m' 
mant/ue A. angoiie .4/i. et esmaiet fi, la plaie yl. 
12 et se ne A, si ni B. peirt A. 13 hélais B, 
claifi A. navreis B. 14 peuat B. lô vauteis A. 
16 me A. resaiet B. 17 vos] trop B. I»»cestj4. 
l'j onkes ne lo fcistes B. 20 fors por moi B. 
21 — 240, 4 manquent B. 22 etc. plux AB. 24 
baissant A. 'i*, Li tens desteit CD. 27 lous- 
sejgnolz B. semonent damer D. 



241 



LE CHATELAIN DE COUCY. 



212 



ja ne cuidai jiMiir li mal endurer; 
mais ses dois vis et sa belle boucheto 
et si bel ocl vair et riant et der 
m'orent ainz pris que m'osasse doner. 
mais s'or mi veut retenir et quiter, 
miex aim a li faillir, si me pramete, 
qu'a une autre acbiever. 

De mil sospirs ke je li doi par dete 
ne m'en velt pas un seul quite clamer 
ne fause amors ne laist ke s'entremete 
ne rai laist pas dormir ne reposer; 
s'ele m'ocit, mains avra a garder, 
je ne m'en sai vengier fors au plourer; 
car ki amors destruit et dcsirete, 
ne l'en doit on blasmer. 

Sour toute joie est celé coronee 
cui j'aim d'amours: diex, taurai i je don? 
naie, par dieu, tex est ma destinée, 
car tel destin mi douent li félon, 
si sevent bien k'il font grant mesprison : 
car ki ce taut dont ne puet faire don, 
il en conquiert anemis et mellee 
n'i fait se perdre non. 

Las, i)Our (juoi l'ai de mes iez regardée, 
la douce riens ki fausse amie a non, 
quant de moi rit et je l'ai tant ploree ; 
si doucement ne fu trahiz nuls bon. 
tant con fu miens, ne me fist se bien non; 
mais or sui suenz, si m'ocit sanz raison, 
et c'est por ce que de cuer l'ai amee : 
n'i set autre ocoison. 

Si coiement est ma dolors celée 
k'a mon samblant ne la reconoist on: 
se ne fuissent la gent malëurec, 

1 ja iiiamiue C: que L>. -J Ces simples uis et 
sa simple (dolcc) CD. 3 vair oeill bel BD. i ke 
ne mi soi doneir CD. mosaissc J.. h or ne me 
V. C. vient .1. et cuiter .1 , nacjuiteir CD. 
6 aim] uuel D. faillir a li CD. 7 ka nulle autre 
eschiveir C. >■ kelle ait de moi per C. 9 me 
CD. pas] elle CD. dun tôt seul aquiter J.. losa 
C. amor A. ne veult CD. il ne ne me lait d. 
B. de moi laissier d. CD. 12 mochit ^1. saura 
moins DC. 13 si ne A. a C, qal Z». 14 cui CD. 
15 dcstraint C. Ne sen seit ou clamer CD. l« — 
•2Z manquent CD. Pour .4. 17 que S. dont ^5. 
is nenil B. 19 et tel d. mont donc B. 21 toit 
B. 24—31 troisième strophe ddiis AB. Deus si 
niar fut de CD. 26 Elle me rist CD. amee^4i?. 
2> fu A, fut C. 29 sicnz A. mocist C. 30 et 
poritant CD. 31 sai C. 32—242, b manquent CD. 
34 fussent B. 

Bartsch, Chrestomathie. lY. Ed. 



n'eusse pas sospiré em pardon; 
amors m'ëust doné son guerredoii : 
mais en cel point (pic dui avoir mon don, 
lor fu l'amors ensegnie et mostree : 
') ja n'aient il pardon ! 

II 

Quant li estez et la douce saison 
fait foille et Hor et les prés raverdir 

10 et li dois cbans des menus oisellons 
fait as pluisors de joie sovenir, 
las! chascuns cantc et je plour et sospir 
et si n'est pas droiture ne raisons : 
ains est adés tote m'ententïons, 

i.î dame, de vous honorer et- servir. 

Se j'avoie le sens k'ot Salemons, 
si me feroit amors por fol tenir; 
car tant est fors et cruëx sa prisons 
k'ele me fait assaier et sentir. 

20 si ne me veult a son eus retenir 

ne enseigner quele est ma guarisons; 
car j'ai amé longuement en perdons 
et amerai tos jors sens repentir. 
Molt m'en mervell quex est li ocoisons 

25 k'ele me fait si longuement languir, 
je sai molt bien k'ele croit les félons, 
les losengiers que diex puist maleir. 
tote lor paine ont mise en moi trair; 
mais ne leur vaut lor mortex traisons, 

30 quant il savront quex iert li guerredons, 
dame, de vous cui aine ne seu mentir. 
Aine ne la seu losengier ne flater, 

1 en J5. 4 lamour descouverte B. 9 font B. 
flors A. renverdir CD. 10 que li Z>. il les 
plusors DC. sosvenir A. 13 mais ce CD. 14 
car cest CD. l.V honeir C. Iti Ke tout auroit C, 
Qui averoit D. tôt lo sens Salemon D. 17 cel 
feroit bien C, si lor porroit D. 1>> Tant per 
(Car molt) est maie CD. la D. 19 essaier D. 
bien lou mait fait compareir C. 20 — 23 manquent 
A. 20 Or me deveroit repaisseir et guérir C, 
Bien me deuroit r. et g. D. 21 Et CD. 22 pru- 
dons?^. Le jai servit C, Que jai ser\'i D. 23 
et servirai dame (ades) s. r. CD. 24 mcsmerveill 
quele B. Douce dame keille mais (qls) en est 
(est) loikexon (lacoisons) CD. 25 doucement ^4. 
Dont me faites de (a) teil dolor 1. CD. 26 de 
voir vos creeis CD. 27 les] et C. cui CD. 2S 
Tout lor pooir CD. 30 q. le saront A. Car en 
la lin iert boens mes g. C^D, qui donne avant 
Se jai servi longuement en perdont (22). 31 qui -^1. 
Quant vos saureis ke je ne sai CD. 32 le seuc A. 
Onkes ne sou envers amors fauceir CD. 

16 



243 



Xlle SIECLE. 



244 



ne ja diex sens ne m'en doint ne talent 

mais ma dame senir et honourer 

et faire adés a son comandement. 

et saichiez bien, se beaus servirs ne ment 

ou li miens cuers ki bien me puet gi'ever, 

que touz les biens c'om puet avoir d'amer 

avra mes cuers ki adés s'i atent. 

Se vous daigniez ma proiere escouter, 
douce dame, je vous proi et déniant 
que vous pensez de moi guerredoner : 
je penserai de bien servir avant, 
de tous les maus ke j'ai ne m'est noiant, 
douce dame, se me volés amer: 
em poi de tans poës guerredoner 
les biens d'amors ke j'ai atendus tant. 



m. 

La doce vois del rosignol sauvage 
c'oi nuit et jor contoier et tentir, 
m'adoucist si le cuer et rassouage 
c'or ai talent ke chant por esbaudir. 
bien doi chanter puis k'il nent a plaisir 
ceU cui j'ai fait de cuer lige homage. 
si doi avoir grant joie en mon corage, 
s'ele me velt a son oés retenir. 

Onques vers li n'oi faus cuer ne volage, 
si m'en devroit por tant mieuz avenir; 
ainz Taim et serf et aour par usage, 



25 



si ne li os mon penser descovrii', 
car sa beautez me fait tant csbahir 
que je ne sai devant lui nul langage, 
ne regarder n'os son simple visage: 
tant en rcdout mes iouz a départir. 

Tant ai en li ferm assis mon corage 
qu'ailleurs ne pcns, et diex m'en laist joïr ; 
c'onques Tristans, cil qui but le bevrage, 
plus loiaument n'ama sanz repentir, 
car g'i met tout, cuer et cors et désir, 
sens et savoir, ne sai se faiz folage, 
encor me dont qu'en trestout mon aage 
ne puisse assez U et s'amour servir. 

Je ne di pas que je face folage 
ni se pour li me dévoie morir, 
qu'el mont ne truis tant bêle ne si sage, 
ne nule rienz n'est tant a mon désir, 
moût aim mes ieuz qui me tirent choisir: 
lors que la vi, li laissai en hostage 
mon cuer qui puis i a fait lonc estage, 
ne ja nul jour ne l'en quicr départir. 

Chançon, va t'en pour faire mon message 
la ou je n'os trestourner ne guenchir, 
que tant redout la maie gent ombrage 
qui devinent ains que puist avenir 
les bienz d'amours: diex les puist maleïr! 
a maint amant ont fait ire et damage, 
mais j'ai de ce moût cruel avantage, 
qu'il les m'estuet seur mon cuer obeïr. 



CHANSON DE CROISADE. 

Manuscrit de Paris St. Germain 19S9, Fol. 124 (.4); Ms. de Berne (B). Copié par M. Schirmer. 



Vos ki ameis de vraie amor, 
esveiUiez vos, ne dormeis pais; 
l'aluëte nos trait lou jor 



1 sens] cuer CD. doinst A. 2 Ains pens tous 
jors a ma dame h. CD. '.i tout son CD. 4 car 
je sai CD. h ou mes fins c. C. ou mes eurs D. 
ke bien C, qui bon D. v, con B. Tous les déduis 
CD. 7 ara .4. qui toz jors les atant Z*. 8 — 1.5 
manquent CD. demanc A. 10 — lô coupés dans B. 
Vi du louseiçnol B., dou roisignor C. sauvaigc A, 
salvaige C, et toujours aige. 20 ko nuit C. 

21 Me radoucist mon C. 22 ci A. lors ai C. 
24 celc B. qui A B. joi B. de cuer fait C. 25 
se doie C ens A. 27 neu B, no C. 2!) auour A. 
30 Titre dans B: De nostre daime. Vous A. 31 
Ânvcillicz A. pas A. 



et si nos dist an ses refrais 
kc venus est li jors de pais, 
ke deus par sa très grant dousor 
promet a ceuz ki por s'amor 
panront la creus et por lor fais 



2 que sa C. tant] si C. 4 jus r. B. 6 assis 
mon fin c. C. 7 lait B, docnst C. s brcvaige A, 
beuerage B. si couralmcnt naniait C. 10 ke 
gi mat C. 11 force et pooir B. 12 aincois A. 
15 nisse B, nis se C. v.i Lues ke C. 20 puiz 
A, pues C. 21 ne jamais jor C. 24 la foie B. 
25 ains quil B. 11 ka maint C. outraige C. 
2S maix de sai jeu toz jors mal av. C. 2i) cuer A ; 
pois B, greit ('. 30 ces A B. retrais B. 33 Don- 
rait a ccals B. 34 creux B. lour A. 



245 



AUBADE. 



24G 



sofferont poinne nuit et jor, 
dont vairait il ses amans vrais. 

Cil doit bien estrc forjngiez 
ki a besoing son seignor lait, 
si serait il, bien lou sachiez, 
aseiz avrait et poinne et lait 
a jor de nostre dairien plait, 
ke deus costeis. pamcs et ])iez 
mosterrait sanglans et plaiez, 
car cil ki plus avra bien fait 
serait si très fort esmaiez 
k'il traniblerait keil greit k'il ait. 

Cil ki por nos fut au creus mis 
ne nos amait pas faintemant, 
ains nos amait com fins amis, 
et por nos amïablemant 
la sainte crox mult doucemant 
antre ses bras an mi son pis, 
con agnials dous simples et pis, 
portait tant angoisousemant, 
puis i fut a trois clos clofis 



par piez, par mains estroitemant. 

J'ai oit dire an reprovier: 
boens mcrchiez trait de borce argent, 
et cil ait mult lou cuer ligier 
ki lou bien voit et lou mal prant. 
saivez ke deus ait an covant 
a ccaz ki se vorront creusier? 
se m'aist il, mult bial luior, 
paradis par afaitemant, 
car ki son prout puet porchasier 
fols est s'il a demain s'atant. 

Nos nen avons point de demain, 
acertes lou poons savoir: 
teis cuide avoir lou cuer mult sain 
c'ains lou quairt jor tôt son avoir 
ne jmset pais ne son savoir; 
car cant la mort lou tient a frain 
et il ne puet ne pié ne main 
a lui sachier ne removoir, 
la keuse lait, si prant l'estrain; 
mais trop est tairt apersevoir. 



AUBADE. 

Leroux de Lincy, recueil de chants historiques français 1, 139 — 143; cf. altdeutsche Blâtter 1, 25 — 27. 
Donné ici d'après la copie faite sur le manuscrit {St. Germ. 19S9, fol. 80), par M. Schirmer. 



'Gaite de la tor, 
gardez entor 

les murs, si deus vos voie; 
c'or sont a sejor 
dame et seignor, 
et larron vont en proie.' 
'hu et hu et hu et hu; 
je l'ai vëu 

la jus soz la coudroie. 
hu et hu et hu et hu ! 
a bien près l'ocirroie.' 

'D'un douz lai d'amor 
de Blancheflor, 
compains, vos chanteroie, 

1 poene iî. ncut A. -jOrB. ces AB. 4 signor 
A. 5 Se A. saichies B. G Assois avérait poene B. 
S Quant B. 9 Mousterait .4. lo ke plux bien a 
fait B. Il emacz .4. 12 tranblerat A. 13 en 
creux B. 15 amat ^4. amins AB. 10 honorable- 
niant A. 17 manque B. iS ces AB. davant £. 
19 aignials douls B. 20 Et lastraing a. A. 21 
Pues B. dois A. 



ne fust la poor 

del traiter 

cui je redotteroie.' 
25 'hu et hu et hu et hu! 

je l'ai vëu 

la jus soz la coudroie. 

hu et hu et hu et hu! 

a bien près l'occirroie.' 
30 'Comparnz, en error 

sui, k'a cest tor 

volentiers dormiroie.' 

1 Par main ^lar piez B. 2 en reprochier B. 
3 marchies-airgent iJ. 4 legier jB. 5 le bien jB. 
3â G Saveis B. ait] ni ait A. 7 ceauls B. ke A. 
voront croixier jB. S si maist àens B. ineist J. 
biaul B. luelr AB. 9 parmenablement B. lo 
Sil kiB. 11 cilJ, se B. 12 poent B. 13 le B. 
peons A. 14 Teil B. IG prisce poent B. 17 
Quant voit la B. lo B. tienra f. .4. l> Si kil B. 
piez ne mains A. 19 li saichier B. 20 La kcuxe 
B. se lait A. 21 Maix t. vient t. B. 22 poors. 
25 seulement hu et hu; le reste jusqu'à ocirroie 
manque. 

16* 



247 



Xlle XUIe SIECLES. 



248 



'n'aiez pas paor: 
voist a loisor 
qui aler vuet par voie.' 
bu et hu et hu et hu! 
*or soit tëu, 
compainz, a ceste voie, 
hu et hu! bien ai sëu 
que nous eu avrous joie.' 

'Ne sont pas plusor 
li robëor, 

u'i a c'uu que je voie, 
qui gist en la tior 
soz covertor, 
cui nomer u'oseroie.' 
hu et hu et hu et hu! 
'or soit tëu, 
compainz, a ceste voie, 
hu et hu ! bien ai sëu 
que nous en avrons joie.' 

'Cortois amëor, 
qui a sejor 

gisez en chambre coie, 
n'aiez pas frëor, 
que ti'esq'a jor 
poëz démener joie.' 
hu et hu et hu et hu! 



'or soit tëu, 

compainz, a ceste voie. 

hu et hu! bien ai sëu 

que nous en avrons joie.' 
5 "Gaite de la tor, 

vez mon retor 

de la ou vos ooie, 

d'amie et d'omor 

a cestui jor 
10 ai ceu que plus araoie. 

hu et hu et hu et bu! 

pou ai gëu 

en la chambre de joie. 

hu et hu ! trop m'a nëu 
15 l'aube qui me guerroie. 

Se salve l'ouor 

au crïator 

estoit, tôt tens voudroie 

nuit fëist del jor; 
20 jamais dolor 

ne pesancc n'avroie. 

hu et hu et hu et hu! 

bien ai vëu 

de biauté la monjoie. 
25 hu et bu! c'est bien sëu. 

gaite, a dieu tote voie!" 



GUIOT DE PKOVINS, LA BIBLE. 

Fabliaux et contes des poètes françois des xi. xii. xiii. xiv. et xve. siècles, publ. par Barbazan, 

nouv. édit. par MéoH, Paris 1808, Tume 2, p. 384 — 393; cf. Guiot von Provins , herausqegeben von 

J. Fr. Wolfarl und Sun-Marte, Halle 18G1, p. 103—111, 'v. 2404—2091. Comparé par M. Manc- 

feld avec les viss. Notre Dame 242 (A) et La l'ail. 146, anc. 2707 (B). 



Le plus certain de mes chapitres 
covient torner sor les legitres 
qui devienent fax plaidëor 
et de bone huevre trichëor 
et les faux i)oinz traient des bons, 
je sai bien se uns rois ou cons 
bavoit des lois et des decrez, 
qu'il en seroit mont honorez, 
la sont li point, la sont li dit, 

1 naii/Z. 15 seulement Lu; le reste de lu strophe 
manque. 22 soif. 20 — lA'^ji seulement hu. 'I'JjOuB. 
certain A. 2») torner A : gésir B. l'.t deviennent 

A. fau9 B. 30 oeure B. 31 poin» faus B. boins 

B. 32 axins B. cuens yl, coena i^. 31 I\B. inl't 
A, plus B. 3.'j et li bia ditz 'B. 



et li biau mot et li escrit, 

dont on doit pueple governer 

et droiture et raison garder. 

tiex mestiers avient bien a prince: 

cil netoie l'aiguë et raïnce 

le bon vaissel et mont l'aracnde. 

mais ja nus hom qui soit n'entende 

a malvais vaissel faire net: 

fox est qui son avoir i met. 

27 escritz B. 2»5 eu A, luii B. eorouer A. gouer- 
neir ( : gardeir) jK. 2i> droiture^, reson yl. :iO 
Teix B. 31 natoie laiuc et rince B. 32 lou boin 
B. vessel yl, va.\oaul jy. molt A B etc. 33 Mesvi. 
nul B. natende/1. :il nialves vcssel e/c. vaxeail /i. 
35 trauail B. 



249 



LA BIBLE GUIOT. 



250 



li malvais vaissel tôt oni])hviit 

quant qu'on i met. ici se mirent 

tuit ci qui foloient et musent 

es boncs escoles et usent 

lor tens por tricherie apendre. 

legierement i)Uet on entendre 

lor diz, lor raoz et lor j)oinz taux. 

de ce dont hora doit estre saux, 

se perdent tôt apertement, 

cil respitent lor jugement. 

cist chapitres fu faiz sans glose; 

mais il fera une fort chose 

as langues fausses deslïees, 

qui dëussent estre lices 

de ce que j'oi dire es decrez. 

cens tieng je por désespérez, 

qu'il n'ont et paor et vergoingne. 

cil seignor vont il a lioloingnc 

as lois por les corz maintenir, 

plus les en voi jenglos venir 

que n'est estorniax en jaiole. 

tote lor guilc et lor parole 

vers tricherie se retrait: 

il prennent de deus parz le jjlait. 

ce n'est pas lois, ainz est deslois, 

ce ne truevent il pas es lois. 

on trait de minière l'argent, 

dont on fait maint biau vaissel gent 

et mainte autre huevre bêle et chiere, 

et le verre de la fouchiere, 

dont je i*evoi maint biau vaissel 

qui sont et der et net et bel. 

et des hauz livres enorez 

qu'on apelle lois et decrez 

nos traient engin et barat. 

1 tost ëpire 13. 2 on] eu A. mire B. 3 folle 
gent animisseut B. 5 tans .1. apenre .1. 6 en A, 
bien B. ' Lor poins lor dis et lor mos faus B. fax 

A. 8 ceu B. d. d. estre loaus B. 9 tout B. 10 re- 
portent iî. 11 chapistres ^4. futi>. 12 glose J. 
13 as] au J, v B. dcsloaus B. 14 deuroicnt — loaus 

B. 15 De ceu quil nat ordre en dccretz B. 16 Ses 
teig iî. 17 Si soucnt uont jB. 19 Es iJ. 20 iang- 
lans iî. 21 Que estorucls nert en geoUe iî. 22 
toute 1. guille— parolle B. toute lor huevre tieng 
a foie J^. 23 vers la — trait i5. 24 le manque B. 
2G trieucnt on pas en B. 27 en ..1. urine B. 2S 
en A etc, l'on B. vassal B. 2!t autre manque B. 
oeuvre belle B. 30 et en après de B. 31 on 
refait B. niainz A. vassal B. 32 cleir — bial B. 

33 hai deus des 1. B. ennorez A, honoreiz B. 

34 apellent B. 35 nous A. engig B. 



dex, com il sont estroit et mat 

en ce dont il n'esploitent rien! 

et com il sont plus ancien, 

lors ardent il de covoitise. 
5 trop ont maie costume aprise : 

toz jors vuellent vivre de tort, 

qu'il quierent por avoir lor mort 

l)or morz tieng je et por periz 

les fax plaideurs loëiz. 
10 qui ait avoir trop bien s'en aide: 

mais l'uevrc est mont cruaux et laide. 

quant li avoirs le droit encombre. 

mont vueilent bien savoir le nombre 

qu'on lor donra, soit torz ou droiz: 
i:. mont par est lor baraz destroiz. 

li uns sor l'autre a grant envie: 

li loiiers et la symonie 

les a liez et avuglez. 

s'uns loiax en estoit trovez, 
20 on devroit faire de lui feste. 

c'est uns tormenz, une tempeste 

d'ans oïr, quant il sont en leu 

ou il cuident faire lor preu. 

de ce font il plus lor domaige 
25 dont il cuident estre plus saige. 

trop sont il soutil et agu, 

mais lor bon sens ont il perdu. 

autant aiment tort comme droit; 

mais que il facent lor esploit, 
30 ne lor chaut de quel part il pendent, 

mais a enviz le lor despendent, 
il sont coquin et janglëor, 

et trop hardi demandëor, 
et provendes et avoir quierent: 
;« covoitous sont et trop conquièrent, 

mont par aiment rente d'église, 
mais pou lor membre dou servise. 
mont devroient bon fruit porter 

1 Deus— destroit B. 2 As cors ou il nesploite 
rien B. 3 et quant B. 5 folle B. Tous B. 
7 por] p A. Biî q. et chercent B. s teg B. 
9 Tans faus plaidorors lowais B. loeis A. 10 et 
qui au uoir aniî» som aide ^. il leuure i?. niolt 

A, trop B. cruiex A, cruals B. 12 autes lou ^4. 
15 lor] li jB. 17 loiers^iî. IS luez et encôbreiz 

B. 19 sus A. 20 de lui faire B. 21 uns manque 
B. ccst une B. 22 Quant il assemble en i. leu 
B. 20 il] et B. 27 sanz A. 28 Atant B. 29 
face B. 31 Molt enuis lou B. 32 cosson et 
guilleor B. 33 herdi B. 34 auoir et prouende 
B. 36 denglise B. 37 de B. 



251 



XlIIe SIECLE. 



252 



et lor huevre si esmerer 

qu'ele fust chiere et honorée. 

et bon sonz et bone pensée 

ont il. quant il sont escolier. 

mont feroient il a proisier ! 

es bones lois et es tlecrez, 

se lor sens estoit atornez 

vers clergie loial et fine. 

mont sont il en foie doctrine 

qu'il puisent malvaise science i 

en fontainne de sapïence. 

ne sont mie bien abevré: 

il boivent ou missel troblé. 

aiguë douce torne a anier, 

et si rai ge oï conter i 

c'en trait triade de serpent, 

qui mont a grant mestier sovent 

a cels qui sont envenimé. 

cil sont malement bestorné 

qui ou sen puisent la folie, 2 

es lois aprennent fricherie. 

por les poinz et por les biax diz, 

que il quenoissent es escriz, 

baratent le siècle et engignent. 

il ne compassent pas ne lignent 2 

lor huevre si com il devroient 

et com il enz es decrez voient. 

or sachiez que bone clergie 

est en tiez genz morte et perie; 

por c'est perdu quan qu'on i met, ;; 

que li vaissel ne sont pas net. 

Des tisicïens me merveil: 
de lor huevre et de lor conseil 
rai ge certes mont grant merveille, 
nule vie ne s'apareille 
a la lor, trop par est diverse 
et sor totes autres perverse. 

1 aaismtr B. 1 fut B. 3 boin outr Ji. 
'0 prisier B. »;. " intervertis B. C solonc lois 
et selonc d. B. s vers] cest B. loiax A, loaul 
B. !« sil en folle B. 10 que pensent B. puis- 
sent yl. Il YA B. 13 rusiaul troblei //. u amer 

A. enmi la meir B. 10 dun Ji. 17 ait B. 
IS ceaux — enuenimei B. 20 san A, manque B. 
21 Se lor apregnent B. 'n Sor— sor B. 23 es 
manrjue B. 21 engigne ( : ligne) B. 25 côpasse 

B. 26 oeure B. 27 il es cscris lou voie B. 
29 tcil B. 30 quant com B. 31 vaseau B. 
après 31 Cest triand ce est sens péril. Sist sont 
cest de rais<jn parti Ji. 32 fesiciens me mervoil B. 
3C Et la 2^. 37 diuerse B. 



bien les nomme li communs nous; 

mais je ne cuit (ju'i ne soit bons 

qui ne les doie mont douter. 

il ne voudroient ja trover 

nul home sanz aucun mehaing. 

maint oingnement font e maint baing 

ou il n'a ne scnz ne raison. 

cil eschape d'orde prison 

qui de lor mains puet eschaper. 

qui bien set mentir et guiler 

et faire noble contenance, 

tout ont trové fors la créance 

que les genz ont lor fait a bien. 

tiex mil se font fisicïen 

qui n'en sevent voir nés que gié. 

li plus maistre sont mont changié 

de grant ennui, n'il n'est mestiers 

dont il soit tant de mençongiers. 

il ocïent mont de la gent: 

ja n'ont ne ami ne parent 

que il volsissent trover sain; 

de ce resont il trop vilain. 

mont a d'ordure en ces liens. 

qui en main a fisicïens, 

se met par els, il m'ont eu 

entre lor mains : onques ne fu, 

ce cuit, nule plus orde vie. 

je n'aim mie lor compaignie, 

si m'ait dex, qant je sui sains : 

honiz est qui chiet en lor mains. 

par foi, (]ant je malades fui, 

moi covint sotfrir lor ennui. 

qui les orroit qant il orinent, 

com il mentent, com il devinent, 

com il jugent lo pasceret 

par moz qui ne sont mie net! 

en chascun homme trovent teche: 

s'il a fièvre ou la touz sèche, 

lors dïent il qu'il est tisiques 

1. 2 mires les nomment li communs, mais — 
i|uil en soit uns Ji. 3 Que an ne doient bïi B. 
h acun Ji. ' sanz A. raisons JJ. 10 seit B. 
13 a] grant Ji. \\ Teil B. fesecien B. 15 nés] 
ne A. 8. nés plus que Ji. ic mestre A. 17 envie 
A. ife Que donc il 8. t. mcnsongier iS. \\)3a.B. 
20 ni ami /i. 21 trovei Ji. 22 ceu B. 23 ait B. 
24 Q'est en mains de f. Ji. 20 au B. 20 mais 
ce ne fu Ji. 27 Q'nqs nulle B. 2» deus li. 
31 malaides B. 33 com il B. 35 lou penseret 
mas B. 37 suns chescuns B. 
39 Lor — tesiques B. 



I 



B. 'M> mos yj, 
3S Ou il ait B. 



253 



LA BIBLE GDIOT. 



254 



ou enfonduz ou ydropiques, 

molancolïeiis ou tiens 

ou corpeus ou palazineus. 

qui les orroit de colérique 

plaidoicr ou de Heumatiquc ! 5 

li uns a le t'oie cschaufé 

et li autres ventouseté. 

trop par sont lor hucvrcs repostes 

et lor paroles si eupostcs, 

n'i a se vilonnie non, lu 

et par ce commence lor non: 

fisicïen sont apelé, 

sanz ti ne sont il pas nommé. 

por ce a ti au commencement 

por le vilain detinement; 15 

de fi doit totc lor hucvre estrc 

et de ti doit tisique nestre; 

sanz ti ne les puet ou nommer, 

ainsinc ne s'i doit nus fier. 

de fi fisique me detie: 20 

fox est qui en tel art se fie 

ou il n'a rien qu'il n'i ait ti: 

dont sui je fox se je m'i fi. 

uns boins truanz bien enparlez, 

ne mais qu'il soit un pou letrez, 25 

feroit foie gont herbe paistre : 

tuit son fisicïen et maistre. 

li uns de l'autre mont bien guile 

la ou il sont a bone vile, 

que li meUlor fisicïen 30 

prisent celui qui ne set rien. 

n miaures le poior consent, 

por ce ont il l'or et l'argent. 

et por ce qu'il le tiengne en pais, 

li rachous consent le pugnais 35 

et li pugnais bien lo rachat : 

certes trop i a de barat. 

li rachaz le punais volt bien 

ne se desconfortent de rien, 

pour ce que l'uns et l'autre put. 40 

4 fleumatique B. lo uiloij^nie B. il nom B. 
14 au] dou B. 15 Qe lor nom q sens finement 
B. IS. 19 manquent B. 19 ainsic A. 20 et 
de fi phisique me B. 25 Solement quil soit biT 
leitreiz B. 26. 27 pestre: nicstre A. 29 en B. 
30 millor B. il li maistres les niauais B. 33 
Ter coi por engignie la gent B. 35 raches — 
lou punaix ( : paix) B. 3b lou raches bien B. 
37. 3S manquent B. 38 volt] molt A. 40 Por 
coi q li uns lautre p. B. 



ainz fusse je pris et batuz 

que fisicïen me gardassent 

un an entier et govcrnassent. 

trop sont costous et trop se vendent 

et les moillors morsiaus dcftcndent. 

je lor claim quite lor pilotes, 

certes qu'eles ne sont pas netcs. 

s'il revienent de Montpellier, 

lor laituairc sont mont chier. 

lors dïcnt il, ce m'est avis, 

qu'il ont gigimbraiz et pliris 

et diadragum et rosat 

et penidoin et vïolat; 

do dïarodo Julii 

ont il maint prodome menti. 

trop sont prisié, trop sont loé. 

il a gigimbre et aloe 

en lor dyamargareton, 

ce dïent; mes un cras chapon 

ameroie miex que lor boistes 

qui trop sont corouses et moistes. 

icil qui vient devers Salerne 

lor vent visie por lanterne; 

il vendent noir brun et syphoine 

por espices de Babyloine; 

que s'uns hons en passe le col, 

il a\Ta si le ventre mol 

que maintenant l'estuet honii*. 

as sainz mengiers me vuel tenir 

et as clers vins et as forz sauses, 

que trop par sont lor huevres fauses. 

il ne sont mie tuit igal 

li boen fisicïen loial: 

li prodome, li bien letré 

ont main verai conseil doné. 

maintes genz qui se desconfortent 

en lor conseil se reconfortent. 

quant uns hom a paor de mort, 

grant mestier a de bon confort. 

1 Quez f. B. 5 millors maingiers B. claim] 
his B. leituaire A. Il gingebret B. 12 le 
premier et manque B. roset B. 13 penidium B. 
14 dois B. diarado J5, diadaro ^1. vili B. 17 
gengibrett a 'aniatt aloei B. 20 plus B. 21 qui 
manque B. escroses B. 22 revient B. 23 nos 
v. uecies B. 24 donc— sidoine B. 26 hom B. 

29 boins maingiers B. mestuet A. 30 Es boins B. 
et el fors B. 31 Trop sent ueir les lor oeuvres 
faces B. 34 boin home B. 35 donne A, donei B. 

30 mainte gent — desconforte B. 37 molt se con- 
forte B. 3S. 39 manquent B. 



lOD 



Xllle SIECLE. 



256 



li bon conseil ont conforté 

maint prodomme desconforté; 

et quant bone huevre est connëuc, 

bien devroit estre chier tenue. 

mais par totes ces bones viles 

ont si espandues lor guiles 

li guilëor, U mençongier, 

que li prodomme en sont moins chier. 

sovent se voient et assemblent, 

mais les hue\Tes pas ne se semblent. 

les huevres sont bien départies : 

les roses selonc les orties 

ne perdent mie lor biauté 

ne lor flairer ne lor bonté. 

j'ai vëu delez l'ortiier 

florir et croistre lou rosier : 

se les orties sont poingnanz 

et annuiouses et puanz, 

les roses sont bêles et chieres. 

les bones huevTes et entières, 

les veraies et les loiax, 



sont ausi comme li metax 

qui se sevi'a don malvais fer. 

mont sont bien qucuëu li ver 

qui font la soie: c'est a dii-c 

que la malvaise huevre n'empire 

la bone huevre de nule rien. 

li loial clerc fisicïen 

doivent estre mont enoré 

et mont servi et mont amé. 

le bon loial ai ge mont chier 

certes quant j'en ai grant mestier, 

et molt désir qu'on le m'amaint 

qant maladie me destraint. 

grant confort et grant bien me fait: 

et qant m'enfermetez me lait 

et je ne sent ma maladie. 

lors voldroie c'une galie 

l'emportast di-oit a Salenique, 

et lui et tote sa tisique: 

lors vueil que il tiengne sa voie 

si loing que jamais ne le voie. 



JOFFROI DE VILLEHARDOIN, LA CONQUESTE DE CONSTANTINOPLE. 

Michdud et Poujoulat, nouvelle collection des mémoires pour servir a l'histoire de France, Tom. \, 
Paris 1S36, p. 22—27. Donné ici d'après les vtss. franc. 4972, fol. 7 (5) et 15100 (B). 



Or oiez une des plus granz merveilles et des 
greignors aventures que vos onques oïssiez. 
A cel tanz ot un emperëor en Constantinoble, 
qui avoit a nom Sursac, si avoit un frère qui 2^ 
avoit a nom Alexis, qu'il avoit rachaté de 
prison de ïurs. icil Alexis si prist son frère 
l'emperëor, si li traist les iaulz de la teste, 
et se fist emperëor par tel traïson com vos 
avez oï. ensi le tint longuement em prison et ^f 
un suen fil, qui avoit nom Alexis, icil filz si 
eschapa de la prison et si s'enfuï en un vassel 

4 doit — chiere B. 5 toutes AB. s mains A. 
10 M. lor oeure peou ne les sêble B. 12 se- 

lonc] deleiz B. 14 odour B. 15 lortier AB. 
20 et] les B. 21 loaus ( : metaus) B. 22 plus 
manque B. e. d. greignor a. A, manque B. 24 
celui B. avoit un empereur a rome B. 25 a 
nom] non B. iursac B. et si A. que A. 26 a 
manque B. que il A. achatc B. 27 cil B. si 
manque B. pr. un jor Te. som fr. B. 2>> si] et 
B. 2'.» par] en .1. corne voz oez et le B. 31 fil 
avec B. ici A, cil B. si manque B. 32 de la 
pr. manque B. si manque B. en un v. manque B. 



trosque a une cité sor mer, qui a nom Ancone. 
ensi s'en ala al roi Phelippc d'Alemaigne qui 
avoit sa seror a famé. Si vint a Vérone en 
Lombardic et herberja en la vile et trova des 
pèlerins assez qui s'en aloient en l'ost. Et 
cil qui li avoient aidié a eschaper et qui estoi- 
ent avoec lui, li distrent 'sire, vez ci un ost en 
Venise près de nos de la meillor gent et des 
meillors chevaliers del monde, qui vont oltre 
mer ; quar lor criez merci, que il aient merci de 



5 que m. oeure nien pire B. 8 annorc J, 

honorei B. 'j et chier tenu C. 10 lou bon lou 
loial ai je chier B. Il certes molt B. grant 
manque B. 12 et manque B. amoint ( ; destroint) 
B. 15 leit A. 10 toute AB. 21 si droit — ne 
reuoie B. 22 an nom A , avoit non B. 23 

en ki A, de la B. al] il vers le B. qui une seue 
serour avoit a B. 24 si] dont B. 25 et se re- 
beria B. et la tr. il p. et genz a B. 27 et qui] 
qui A. 2S ovoec lui est. présentement li B. veez A. 
2!) près d. n. en V. B. gent manque A. de la 
meillor chevalerie B. :to chevalier A. 31 quar 
aies ceste part et leur B. 



257 



JOFFROI DE VILLEHARDOIN, LA CONQUESTE DE CONSTANTINOPLE. 



258 



toi et de ton pcrc, (lui a tel tort iestes dés- 
héritez: et se il te voloient aidier, tu feras 
quanque il deviserunt de bouche : espoir il lor 
en prendra pitié.' et il dist que il le fera 
mult volontiers et que cist conseils est bons. 

Eusi prist ses messajcs, si envoia al marchis 
Boniface de Montferrat, qui sires ère de l'ost, 
et as autres barons, et quant li baron les virent, 
si se merveillierent molt et rcspoudirent as 
messages *nos entendons bien que vos dites, 
nos envolerons al roi Phelippe avec lui ou il 
s'en va ; se cist nos velt aidier la terre d'oltre 
mer a recovrer, nos li aiderons la soe terre 
a conqucrrc, que nos savons bien qu'oie est 
tolue lui et son père a tort.' Ensi furent 
li message envoie en Alemaigne au vallet de 
Constantinoble et au roi Phelippe d' Alemaigne. 

Devant ce que nos vos avons ici conté, si 
vint une novele en l'ost, dont il furent molt 
dolent, li baron et les autres genz, que mesire 
Folqucs de Nulli, li bons hom, li sains hom, 
qui parla premièrement des ci'oiz, iina et 
morut. 

Et après ceste aventure lor vint une com- 
paignic de mult bone gent de l'empire d'Ale- 
maigne, dont il furent moût lié. la vint li 
evesqucs de Havestat, et li cuens Bertous de 
Chassenele et de Boghe, Gamiers de Bolaude, 
Tierris de Los, Henris d'Orme, Tierris de Dies, 
Rogiers de Snitre, Alixandres de Vil ers, Olris 

1 que por deu aient m. de vos et de vostre gent 
et si aient de vostre père pitié qui a si grant tort 
a este d. et se vos viiellent a. vos feres quanquil 
vodront demander et deviser B. de toi pitié et .1. 
1. 2 deseritez ^. 3 en lorJ, il leur iî. 4 dit J. 
5 mult-bons] dont einsinc puis quil li conseillent 
B. 6 Dont B. pristrent A. si] et los B. 7 es- 
toit B. s quant il les v. si sen B. 9 et dis- 
trent nos e. B. lO ce que B. il env. nos mes- 
sages a lui et au r. Ph. et se nos v. a. a con- 
querre la terre que nos avons perdue nos li B. 
13 terre manque B. Il bien que vos a déshérites 
a t. B. 17 roit B. d'Aï, viunque B. 18 aions 
conte vint B. 1'.) il] cil de lost B. 20 li — genz 
manque B. quar mestre B. 21 de Nulli manque A. 
Nulli qui premièrement avoit parle d. cr. morut 
B. 23 mori A. 24 Empres cez choses vint en 
Venise une B. 25 de lempire manque B. 2G il] 
cil de lost B. 27 honestach B. quenz de ber- 
tout entaissenele enthochez B. beltons A. 2S Bor- 
lande A. 29 de die B. 30 Sutre jB. Horris 
de T. et meint autre bone genz qui mie retret ne 
sont ici dont furent apareillie vessel et huissier 
pour mètre chevaus et quant (25^,3) B. 
Bartsch, Chrestomathie- IV. Éd. 



de Tono. Adonc furent départies les nés et 
li huissier por les barons; ha dicx! tant bon 
i ot mis! et quant les nés furent chargics 
d'armes et de viandes et de chevaliers et de 
serjanz et li escu furent portendu environ de 
borz et des chaldcals des nés, et les baniercs 
dont il avoient tant de bêles, et sachiez que 
il portèrent es nés de perrieres et de man- 
goniax plus de ccc et toz les enginz qui ont 

10 mestier a vile prendre a grant plenté, ne 
onques plus bêles estores ne parti de nul 
port; et ce fu as huiteves de la saint Rémi, 
en l'an de l'incarnacïon Jhesu Christ mcc 
anz et ii. einsi partirent del port de Venise, 

15 com vos avez oï. 

La velle de la saint Martin vindrent devant 
Gadres en Esclavonie, si virent la cité fermée 
de halz murs et de haltes torz, et pour noiant 
demandissiés plus bêle ne plus fort no plus 

20 riche, et quant li pèlerin la virent, il se mer- 
veillerent mult et distrent li uns a l'autre 
'cornent porroit estre prise tel vile par force, 
se diex meïsmes nel faitV Les premières nés 
\dndrent devant la vile et aëncrerent et aten- 

2.1 dirent les autres et al matin fist mult bel jor 
et mult cler, et vinrent les galles totes et li 
huissier et les autres nés qui estoient arriéres, 
et pristrent le port par force et rompirent la 
chaaine qui mult ère forz et bien atornee, et 

:jO descendirent a terre, si que U porz fu entr'aus 
et la vile, lor veïssiez maint chevalier et 
maint serjant issir des nés et maint bon 



2 les uissiers A. 4 chevaliers] chevaus et de 
chevaliers B. 5 f. pendu et port, es chastia.x tout 
environ les nés si drecierent les b. B. 7 tant] 
moût B. 8 de — de manque B. pierres B y les 
manque B. ont] porent avoir B. 10 a gr. pi. 
manque B. ne — ne] et onques mes a nul ior ne 
B. nul rnanque B. 11 port gent ne nés mielz 
atiriee et ce B. 12 octave A. la feste s. A. 

13 J. C] nostrc seigneur B. m et ce et ii anz B. 

14 m A. e. sem p. B. lo la feste s. B. devant] 
a B. 17 ladres en sel. A. si] et B. ferme A, 
i^ et forz torz B. 19 demandesies A. bêle cite 
ne B. 20 il — mult] si sen esmaierent moût B. 
21 as autres A. 22 estre ceste cite pr. se nostre 
sirez ne le fet proprement B. 23 nés qui v. B. 
24 et manque B. 25 et al] au B. 26 et v.] 
dont v. B. les autres nés et g. et li h. qui B. 
Ti uissiers A. arriers A. 2S par] a jB. 29 es- 
toit B. 30 entrez an la. B. 31 lor v.] dont B. 
m. biau ch. et m. bel s. B. 32 bon] biau B. 

17 



259 Xllle SIÈCLE. 260 

destrier traire des huissiers et maint riche tref qui avoit non Robert de Bove , qui ala as 

et maint pavellon. murs de la vile et lor dist ce meïsmes. Ensi 

Einsinc se loja l'oz et tu Gadres assegie le entreront li message en la vile et fu li plais 

jor de la saint Martin, a celé foiz ne furent remés. Li dus de Venise corn il vint as contes 

mie venu tuit li baron , car encor n'ere mie 5 et as barons, si lor dist 'seignor, ensi voelent 

venuz li marchis de Montferrat qui ère remés cil de la dedanz rendre la cité sais lor cors 

arrière por ataire que il avoit. Estiennes a ma merci, ne je ne prendroie cestui plait 

del Perche tu remés malades eu Venise et ne autre se per voz conseill non.' et li baron 

Mahis de Monmorenci, et quand il furent gari, li respondirent -sire, nos vos loons que vos le 

si s'en vint Mahis de Monmorenci après l'ost lo preigniez et si le vos prïon.' et il dist que il 

a Gatlrez ; mes Estienes del Perche ne le tist le feroit. Et il s'en tornerent tuit ensemble 

mie si bien, quar il guerpi l'ost et s'en ala al paveillon le duc por le plait prendre, et 

en Paille sejomer. avec lui s'en ala Rotrox troverent que li message s'en turent aie par le 

de Monfort et Ives de la Ille et maint autre, conseil a cels qui voloient l'ost depecier. E 

qui mult en furent blasmé. et passeront au 15 dont se dreça uns abes de Vais de l'ordre de 

passage de marz en Surie. Cistials, et lor dist "seignor, je vos défient de 

L'endemain de la saint Martin issirent de par l'apostoile de Rome que vos ne assailliez 

cels de Gadres et vindrent parler le duc de ceste cité, quar ele est de crestïens et vos 

Venise qui ère en sou paveillon, et li distrent lestes pèlerin.' Et quant ce oï li dus , si en 

que il li rendroient la cité et totes les lor 20 fu mult iriez et destroiz et dist as contes et 

choses sais lor cors en sa merci, et li dus as barons 'seignor, je avoie de ceste vile plait 

dist qu'il n'en prendroit mie cestui plet ne a ma volonté, et vostre gent le m'ont tolu et 

autre, se par le conseil non as contes et as vos m'aviez cornent que vos le m'aideriez a 

barons, et qu'il en iroit a els parler. conquerre, et je vos semoing que vos le façoiz.' 

Endementiers que il ala parler as contes et 25 Maintenant li conte et li baron parlèrent 

as barons , icele partie dont vos avez oï ensemble et cil qui a la lor partie se tenoient, 

arriéres, qui voloient l'ost depecier, parlèrent et distrent 'mult ont fait grant oltrage cil qui 

as messages et lor distrent "por quoi volez ont cest plait desfet, et il ne fu onques jorz 

vos rendre vostre cité? li pèlerin ne vos que il ne meissent paine a cest ost depecier. 

assaldront mie ne d'aus n'avez vos garde , se 30 or somes nos boni, se nos ne l'aidons a pendre.' 

vos vos poëz défendre des Venisïens, dont estes Et il vienent al duc et li dïent 'sire , nos le 

vos quites.' et ensi pristrent un d'aus meïsmes vos aiderons a prendre por mal de cels qui 

destorné l'ont.' Ensi fu li consels pris; et 
1 tre A. 2 meint bel p. B. 3 Jadres A. 

le] droit au B. 4 la] feste B. a — furent] mes 1 Boves et lenvoierent as B. 2 lor manque B. 

adonc nestoient /i. 5 car— venue ^, si comme ^. d. cem ]dist a ceus de leanz cestemcesmez parole^. 

6 qui deniores estoit a. p. besoigne quil a. a fere :}plcz a tant r. etquantli d. d. v. fu venuz.B. 4 ad — 

B. •> estoit demorez B. '.). lo Mahitis A. 10 adB. 5 si] il 5. ensi] en tele meniere /^. (i de leanz 

BeotnanqueB. Il a lost a G. 5. ne— il m«n7«e B. 7 a moi et a ma merci sans leur cors fi. nés pr. 

B. V.i sej. en P. B. avec — ala manque B. Ro- A. prendroient /^ plait cestui yl. s vostre loz non 

tro A. 14 de la isle alerent avec meint q. m. sire font li b. nos loons B. y le recevez et moût vos 

durement en B. 15 et tuit cil p. B. m en S. cmp.fi. 10 il] dont fi. 11 Adonc sentorna li dusa 

manque B. 17 la feste 8. B. i hors d. B. IS son p. et li baron avec lui pour recevoir ce plet B. 

G. une partie et B. 19 v. au pavellon le d. d. la li baron sen estoient retorne fi. Il de c. qui lost 

V. pour parler a li et li B. 2o li manque B. vol. B. 15 Adonc se leva i. abe en haut qui estoit 

lor ch.] ch. B. 21 en sa m. manque B. 22 quil de l'o. B. r, de R manque B. l!> ceste] mie a c. fi. 

ne recevroit ne ce p. ne a. delz B. %i non 1 9 Quant li dus ot ceste parole sien f. moût durement 

des princes et des b. et neporquant il dist quil couroucicz dont d. ad c. et ad fi. 21 av. pi. a m. v. 

em parleroit a elz B. 24 qui en A. 25 il] li davoir ceste cite B. Xi mavez créante B. maideres 

dus B. p. de cest afere a la p. B. 27 arr.] de B. 24 semon yl, en semoing fi. 25Etlic.fi. 20 a 

ceus B. pari.] en ot aucuns qui distrent B. 2>i elz se t. d. certes moût fi. 27 gr. domage a nos et au 

et lor d. manque B. 'Mi assaliront A. ne— ensi] duc cil qui ce plet ont desfet fi. 2!) en cest fi. 30 — 33 

ne vos navez g. delz mes detfendes vos viguereu- or — l'ont] et por mal de ceus qui lost vucllent depe- 

sement dont B. 32 meismea manque B. cier B. 33 «. et quant vint au m. si s'a. B. 



-i()l JOFFROT ])K VILLEHARDOIN, LA CONQUESTE DE CONSTANTINOPLE. 2G2 

al matin alercnt lugier clovaiit les portes de lances et d'arbalestes et de darz, et luult i ot 

la vile, et si dreciereiit lor perrieres et lor genz navrez et morz. mais li Venissïen ne 

iiiangonials et lor antres engins dont il avoient porent mie Tester endurer, si commencierent 

a^sez; et devers la mer dreciorcnt les eschieles mult a perdre. Et .li preudome qui ne vo- 

siir les nés. lor commencierent a la vile a loient mie le mal vindrent tôt armé a la 

vi'ter les pieres as raurz et as tors. Ensi meslee et commencierent a dessevrer; et cnm 

il lira cil asals bien por V jors et lor si mistrent il l'avoient dessevré en un leu, recommençoit 

Il lis trenchëors a une tour, et cil commen- en un altre. Issi dura tres'pie a grant pièce 

( ii'vent a trencliier le mur. et quant cil dedenz de nuit, et a grant travail et a grant mar- 

\ lient ce, si quistrent plait tôt atretel com 10 tire le départirent, et sachiez que ce fu la 

il l'avoient refusé par le conseil a cels qui plus grant dolors qui onques avenist en ost, 

liist voloient depeciei*. et par poi que li ost ne fu tote i»erdue. mais 

Ensi fu la vile rendue en la merci le duc diex nel volt mie sottrir. Mult i ot grant do- 

de Venise sais lor cors, et lors vint li dus mage d'ambedeus parz. la si fu morz uns halz 

as contes et as barons et lor dist 'seignors, 15 hom de Flandres, qui avoit a nom Giles de 

nos avons ceste vile conquise par la dieu Landas, et fu feruz par mi l'ueil et de ce cop 

grâce et par la vostre. il est yvers entrez et fu morz a la melee et maint autre dont il 

nos ne poons mais movoir de ci tresque a la ne fu mie si grant parole. Lors orent li dux 

pasque, quar nos ne troveriens mie marchié de Venise et li baron grant travail tote celé 

en autre leu. et ceste vUe si est mult riche 20 semaine de faire pais de celle mellee. et tant 

et mult bien garnie de toz biens ; si la parti- i travellierent que pais en fu, dieu merci, 
rons par mi, si en prendromes la moitié et vos Après celé quinzaine vint li marchis Boni- 

r autre.' Ensi com il fu devisé si fu fait, li faces de Montferrat qui n'ere mie encores 

Venicien si orent la partie devers le port ou venuz, et Mahis de IMonmorenci et Pierres de 

les nés estoient et li Françjois orent l'autre. 20 Braiecuel et maint autre prodome. Et après 

Lors furent li ostel départi a chascun en- une autre quinzaine revindrent li message 

droit soi tel com il afferi. si se desloja li d'Alemaigne qui estoient al roi Phelippe et au 

oz et vindrent herbergier en la vUe, et cum vallet de Constantinoble. Et assemblèrent li 

il furent berbergié, al tierz jor après si avint baron et li dux de Venise en un palais ou li 

une mult grant mésaventure en l'ost endroit 30 dux ère a ostel. et lors parlèrent li message 

hore de vespres. que une meslee commença et distrent 'seignors, li rois Phelippes nos 

des Venicïens et des François muft grant et envoie a vos et li iils a l'emperëor de Con- 

mult fiere, et corurent as armes de totes parz. stantinoble qui frcre sa famé est. Seignor, 

et fu si granz la meslee que poi i ot des 

rues ou il n'ëust granz esters d'espees et de 35 2 mes en la fin ne p. V. l'e. soufrir B. 4 ne] 

point ni B. 5 mie le] de B. a la m. touz armes et 

1 la porto B. 2 la cite dont dr. p. et m. et les la c. a départir et quant il l'a. en u. 1. descevre rec. 

Vi.B. 3 il y avoit a. et dr. i?. 5 nés par devers B. S dura la nnslee jusque ^. il de la n. et tou- 

la mer dont c. les perrieres a g. vigeureusement B. tes voies la dessevrerent il a grant paine et a grant 

G ad — ad B. 7 li estors par vu. B. si manque B. traval et s. que ce fu une des granz mésaventures B. 

8 tour] porte jS. 9 le mur] moût durement iî. de u lost quar petit seu fali que touz iî. 12 tote /7k;h- 

la cite virent cest afere si requistrent ceste pes par que B. perduz Zî. 13 ne B. li si manque B. IG 

1. c. de cens de lost qui v. Vo. B. 13 le] du B. Landast il fu fî. 17 et einsinc fu m. ausint furent 

15 ad — ad i^^ 16 la merci nostre seigneur B. meint haut home i3. hautre 4. is si grant m^H^ue 

17 il] or B.^ is de ci movoir devant la. B. lii B. lors] moût ^. orent li baron de paine toute la 

marchie'] chcvance B. 21 si] nos B. 22 prendres B. nuit et toute c. s. et li dus de V. ausint pour f. la pes 

nos iî. 23 il deviseront le firent i?. 24 par devers ncpourquant tant i tr. la deu merci que — ïu B. 21 

liave jB. 27 aferoit S. li oz /«a/içiie ^, maintenant àio A. n Bon. i/ianque B. 23 qui encore nestoit 

li oz B. 2S vint B. v. dedens ot quant B. 29 si mie v. B. Mahuris A. 25 et — est.] en lautre semei- 

av. au t. j. u. gr. m. quar une B. 32 entre V. et ne empres vindrent 1. m. q. e. enuoi B. 27 Ph. da- 

F. B. 33 fiere] ennuieuse B. ad B. 34 si manque Icmaigne B. 2s et] lors B. 29 pavellon B. 30 

B. petit i ot de B. 35 granz manque B. de maces estoit B. 33 est sa famc et vos mande quil le vos 

ou d'e. ou de 1. ou d'à. et moût i ot de g. B. envolera et le metra en la mein deu et en B. 

n* 



•263 



Xllle SIECLE. 



264 



fait li rois, je vos envolerai le frère, si le met 
en la dieu main, qui le gart de mort, et en la 
vostre. por ce que vos alez por deu et por 
droit et por justise, si devez a ceuz qui sont 
déshérité a tort rendre lor héritages, se vos 5 
poëz. et si vos fera la plus haute convenance 
qui onques fust faite a gent et la plus riche 
aïe a la terre d'oltre mer conquerre. tôt pre- 
mièrement se diex donc -que vos le remetez 
en son héritage, il metra tôt l'enpire de lo 
Remanie a la obédience de Rome, dont ele 
ère partie pieça. api-és il set que vos avez 
mis le vostre et que vos iestes povre, si vos 
donra deus cent mil mars d'argent et viande 
a toz cels de l'ost a petiz et a granz. et il 15 
ses cors meismes ira avec vos en la terre de 
Babiloine, ou envolera, se vos cuidiez que mielz 
sera, atot dis mille homes a sa despense. 
et ce servise vos fera par un an, et a toiiz les 
jorz de sa \ie tendra v cent chevaliers en la 20 
terre d'oltre mer, qui garderont la terre d'oltre 
mer, si les tenra al suen. seignor, de ce plait 
avons nos pooir', font li message, 'd'assëurer 
ceste convenance se vos le volez assëurer de- 
vers vos , et sachiez que si halte convenance 25 
ne fu onques mes offerte a gent, ne n'a mie 
grant talant de conquerre qui cesti refusera.' 
et il dïent que il en parleront, et fu pris un 
parlement a l'endemain, et quant il furent en- 
semble, si lor fu ceste parole mostree. 30 

La ot parlé en maint endroit, et parla 
l'abes de Vais de l'ordre de Cystiaus et celé 

3 V. estes meuz B. 4 a ce A. 6 et cist vos B. 
la conv. et la plus haute offre B. 7 fu B. fê- 
tes a nule g. B. riche] grant B. b pour la 
sainte t. B. 9 ce donne q. v. en s. h. le puis- 
sies remetre il vos promet qui metra toute lobe- 
dience de Romenie a la subjeccion B. 12 estoit 
départie p. emprez il set bien q. v. p. et que vos 
estes tout nus el voiaie deu si vos B. 15 et a 
p. B. il] que B. 16 la t. de manque B. M 
que ce soit m. a tout B. is toz A. ses des- 
pens B. lï» ces A. fera il jusque a tant cun 
an sera, acompli et a B. 20 il tendra 11 cent 
B. chevalier A. 21 qui — suen] a son despcns 
qui g. la t, B. 22 s. de ce a. n. plait p. A, 
et de ce dient li message a. n. p. B. 23 f. 1. 
m. manque B. deseurer A. 24 c. conv. manque 
B. le manque B. assëurer manque B. 25 que 
qui ceste c. refuse il na mie talent de terre con- 
querre et li dus dist B. 2s parleroient en- 
semble einsint fu pr. le p. a 1. lor fu que ceste B, 
31 et] adont B. 32 de l'o. — partie] et cil B. 



l)artie qui voloit l'ost depecier, et distrent 
qu'il ne s'i acorderoient mie, que ce ère trésors 
crestïens, et il n'estoient mie por ce inëu, ainz 
voloient aler en Surie. et l'autre partie lor 
respondi 'bel seignor, en Surie ne poëz vos 
rien faire, et si le verroiz bien a cels meïsmes 
qui nos ont déguerpi/ et il sont aie as autres 
l)orz. et sachiez que par la terre de Babi- 
lonie ou par Grèce iert recovree la terre 
d'oltre mer, s'ele jamais est recovree. et se 
nos refusons ceste covenance, nos somes honi 
a toz jors.' . 

Ensi ère en discorde l'oz , et ne vos mer- 
veilliez mie se li laie genz ère en discorde, 
que li blanc moine de l'ordre de Cistiaus 
erent altressi en discorde en l'ost. li abes de 
Loz, qui mult ère sainz home, et altre abbé 
qui a lui se tenoient, preechoient et crïoieut 
merci a la gent que il por deu tenissent l'ost 
ensemble et que il feïssent ceste convenance : 
'car ce est la chose par quoi on puet mielz 
recovTer la terre d'oltre mer.' et l'abbes de 
Vaus et cil qui a lui se tenoient, repreechoient 
mult sovent et dissoient que tôt c'ere mais; 
mais alassent en la terre de Surie et feïssent 
ce que il porroient. 

Lors vint li marchis Bonifaces de Mont- 
ferrat, et Bauduïns 11 cuens de Flandres et 
Hemiaut, et li cuens Loëys, et li cuens Hues 
de Saint Pol, et cil qui a elz se tenoient, et 
distrent que il feroicnt ceste convenance, que 
il seroient honi se il la refusoient. Ensi s'en 
alerent a l'ostel le duc, et furent mandé li 

1 lost voloient B. 2 que sil aloient sour cr. 
il iroient contre la loi de Rome et distrent que 
pour ce n'e. il mie meu et l'a. p. dist B. 5 vos] 
mie aler quar vos ni porriez B. le poez bien 
veoir par ceus qui sunt aies as B. 8 s. veraie- 
ment que p. 1. t. doutrc mer ou B. 9 la sainte 
t. B. 10 se j. doit estre B. 12 iorz mes B. 
13 estoit li oz en d. comme vos oez B. vos en 
m. m. de la 1. g. se il se descordoicnt quar li B. 
16 C. qui estoient en lost se descordoicnt ausint 
li a. B. Lost B. 17 estoit sainz home B. ab- 
bcz ausint qui B. \H pr. toute ior et B. lit 
se t. B. 20 il en B. seussent A. 24 mult so- 
vent manque B. ce estoit B. 27 Bon. manque 
B. 2»> et li quens R. de F. et de H. B. 2!) 
Loois de Rloiz et de chartein B. 30 se t. a 

elz B. 31 dient (|uil loent c. B. quar il B. 
32 si la B. réf. et deshonore B. 33 il message 
et firent cest aseurement par seremenz B. 



265 



MARIE DE FRANCE. 



266 



mes. et assëurerent la convenance, si com vos ne turent ijue xii (jni les sairements jurèrent 
l'avez oï arrière, par sairemenz et par chai-tres de la partie des Kran(;ois, ne plus n'en i)oi- 
pendanz. et tant nos retrait li livres (pie il rent avoir. 



MARIE DE FRANCE. 
LI LAIS DEL CHEVREFOIL. 



Tristan publié par Francisque Michel, 

Asez me plest e bien le voil 
del lai que hum nnme chevrefoil 5 

que la vérité vus en cunt, 
pur quei il fu ja fet e dunt. 
plusurs le me unt cunté e dit, 
e jeo l'ai trové en esurit, 
de Tristram e de la reine, lo 

de lur amur que tant fu fine, 
dunt il eurent meinte dolur 
e puis mururent en un jur. 
li reis Markes esteit curcié, 
vers Tristram suu nevu irié, 15 

de sa terre la cungëa 
pur la reïne qu'il ama. 
en sa cuntree en est alez: 
en Suht-Wales, u il fu nez, 
un an demurat tut entier 20 

ne pot ariere repeirier; 
mes puis se mist en abandun 
de mort e de destructïun. 
ne vus esmerveilliez neent, 
kar ki eime mut lëalment 25 

mut est dolenz, e trespensez 
quant il nen ad ses volentez, 
Tristram dolenz e trespensis 
pur ceo se muet de sun i)aïs, 
en Cornuaille vait tut di-eit 30 

la u la reïne maneit, 
en la forest tut sul se mist, 
ne voleit pas que hum le veïst. 
en la vespree s'en eisseit, 
quant tens de herberger esteit: 3.i 

od païsanz, od povre gent 
perneit la nuit herbergement, 

3 pendanz manque B. en rctrct B. 5 hunimc. 
1 ja manque. 13 e manque. 14 curucie. 15 ne- 
vuz. IG tere. 25 kar] ki Ms., ke Michel. 2» 
est dolent. 29 muet Porster] met. 30 cornwaille. 



Londres 1835, Vol. 2, p. 141 — 146. 

les noveles lur enquereit 

del rei, cum il se cunteneit. 

ceo 11 dïent qu'il unt oï 

que li barun erent bani, 

'a Tintagel deivent venir ; 

li reis i veolt sa curt tenir: 

a pentecouste i serunt tuit. 

mut i avra joie e déduit 

e la reïne i sera.' 

Tristram l'oï, mut se haita. 

ele ne purrat mie aler 

k'il ne la veie trespasser. 

le jur que 11 reis fu mëuz 

e Tristram est del bois venuz: 

sur le chemin que il saveit 

que la reïne passer deit, 

une codre trencha par mi, 

tute quarree la fendi. 

quand il ad paré le bastun, 

de Sun cutel escrit sun nun; 

de la reine s'aparceit, 

que mut grant garde en perneit. 

autre feiz li fu avenu 

que si l'aveit apercëu: 

de sun ami bien conustra 

le bastun, quant cl le verra. 

ceo fu la summe de l'escrit 

qu'il li aveit mandé e dit, 

que lunges ot ilec esté 

e atendu e surjurné 

pur atendre e pur saveir 

cornent il la pëust vëeir, 

kar ne pot nent vivre sanz li. 

1 furent par devers la partie as François que 
XII qui ce serement jurassent ne pi. n. p. a. de 
cez xii B. U avéra, lo rei. 17 del Fôrster] al. 
is qu'il. 19 deveit. 29 ele. 34 saver: veer. 
36 kar Roquefort: ke Michel. 



267 



XlIIe SIECLE. 



268 



d'eus deiis tu il tut autresi 

oume tlol chevrefoil esteit 

ki a la lodre se i)erueit. 

quant il est si laciez e pris 

e tut entur le fust s'est mis, 

ensemble poient bien durer; 

mes ki jniis les volt desevrer, 

li codi-es muert hastivement 

e li chevretbils ensement. 

'bele amie, si est de nus: 

ne vus sanz mei ne mei sanz vus.' 

la reine vait chevacbant, 

ele esgardat tut un pendant, 

le bastun vit, bien l'apercent, 

tûtes les lettres i conut; 

les chevalers que la menoënt, 

que ensemble od li erroënt, 

cumanda tuz a arester: 

descendie vot e reposer. 

cil unt fait sun commandement. 

ele s'en vet luinz de sa geut, 

sa meschine apelat a sei, 

Brenguein, que fu de bone fei. 

del chemin un poi s'esluina, 

dedenz le bois celui trova 

que i)lus l'amot que rien vivant: 



entre eus meinent joie grant. 
a lui parlât tut a leisir, 
e ele li dit sun pleisir, 
l)uis li mustra cum faitement 
del rei avrat acordement, 
e que mut li aveit pesé 
de ceo qu'il l'ot si cungeé: 
par encusement l'aveit fait, 
a tant s'en part, sun ami lait: 
mes quant ceo vient al desevrer, 
dune comencerent a plurer. 
Tristi'am a Wales s'en râla 
tant que sis uncles le manda, 
pur la joie qu'il ot eue 
de s'amie qu'il ot vëue 
e pur ceo k'il aveit escrit 
si cum la reine l'ot dit, 
pur les paroles remembrer, 
Tristram, ki bien saveit harper, 
en aveit fet un nuvel lai. 
asez brefment le numerai : 
gotlef l'apelent en engleis, 
chevrefoil le nument Franceis. 
dit vus en ai la vérité 
del lai que j'ai ici cunté. 



FABLES. 

Poésies de Marie de France publiés par B. de Roquefort, Vol. 2, Paris 1S20, p. 59—67. 171 — 174. 



Prologue. 
Cil ki seivent de trovëure, 
devTeient bien mettre lur cure 
es buns livres e es escriz 
e es essemples e es diz 
ke li filosofe truverent 
e escrirent e ramembrerent. 
par moralité escriveient 
les buns proverbes ke il oeient, 
ke cil amender se peuïssent 
qui lur entente i meïssent: 
si firent li encïcn père. 



1 d'euls. 2 cum. (i pociont. !» chevrefoil 
ensemblement. 2.3 que mut fu. 2!) leur. :jo es- ^^ 
cris: dis. 31 t-ssamples. .jr, ooient. 37 d'après 
la variante donnée par H. 
entente en bien mcissent. 



Dans le texte e lur 



Romains qui fu emperere 

a sun fil escrit e manda 

e par essemple li mustra 

cum il se puist cuntrcguetier, 

k'himi ne le pëust engingnier. 

Izopes escrit a sun raestrc, 

ki bien quenut lu e sun estre, 

unes fables k'il ot truvees, 

de griu en laitin translatées; 

merveille en urent li plusur 

k'il mist sun sens en tel labur 

mes n'i ad fables ne folie, 

u il n'ad de filosofie 

as essemples qui sunt après, 

' (juil ot si cungie. 21 brevement. 
23 en Iranceis. 2'> fill. 29 cssample. 
40 CBgampIes. 



22 gotelef. 
33 queuust. 



269 



MARIE DE FRANCE. FABLES. 



270 



u des cuntes sunt li grant t'es, 
a mei qui la rime en deit feire 
n'aveiiist neent a retreire 
pliisurs i)aroles que i sunt. 
meis nepurquant cil m'en scmunfc 
ki fiurs est de chevalerie, 
d'anseignemenz, de curteisie: 
e quant teus hum m'en ad requise, 
ne voil lessier eu nule guise 
que n'i mette traveil e peine, 
or ke m'en tiegne pur vileine, 
mult dei fere pur sa preiere. 
ci commencerai la primierc 
des fables k'Ysopez escrit, 
k'a son mestre manda e dit. 



1. 
D'im CGC qui Iruva une gcinc sor un f orner oi. 
Du coc racunte ki munta 
sour un femier e si grata, 
selunc nature piu'chaceit 
sa viande, cum il soleit. 
une chiere jame truva: 
clere la vit, si l'esgarda. 
'je cuidai', feit il, 'purchacier 
ma viande sor cest femier: 
or t'ai ici, jame, truvee. 
par moi ne serez remuée, 
s'uns rices hum ci vus truvast, 
bien sai ke d'or vus eniu'ast; 
si en crëust vustre clarté 
pur l'or ki a mult gi-ant biauté. 
qant ma vulenté n'ai de tei, 
ja nul henor n'avx-as par mei.' 

Moralité. 

Autresi est de meinte gent, 
se tut ne vient a lur talent, 
cume dou coc e de la jame. 
vëu l'avuns d'ome e de famé: 
bien ne henor neent ne prisent, 
le pis prendent, le mielx despisent. 



2. 

[)<)U (eu et de taingnicl. 
Ce dist dou leu e dou aignel, 
qui beveient a un rossel : 
li lox a la sorse beveit 
e li aigniaus aval csteit. 
irieement parla li lus 
ki mult esteit cuntralïus; 
par niautalent palla a lui : 
'tu m'as', dist il, "fet grant anui.' 
li aigncz li ad respundu 
'sire, eh quel?' 'dune ne veis tu? 
tu m'as ci ceste aiguë tourblee: 
n'en puis beivre ma saolee. 
autresi m'en irai, ce crei, 
cum jeo ving, tut murant de sei.' 
li aignel ez adunc respunt 
'sii'e, ja bevez vus amunt : 
de vus me vient kankes j'ai beu.' 

20 'qoi', fist li lox, 'maldis me tu?' 

l'aigneus respunt 'n'en ai voleir.' 
li Ions li dit 'jeo sai de veir; 
ce meïsme me fist tes pere_ 
a ceste surce u od lui ère, 

25 or ad sis meis, si cum jeo crei.' 

'qu'en retraiez', feit il, 'sor mei? 
n'ere pas nez, si cum jeo cuit.' 
'e cei pur ce', li lus a dit : 
'ja me fais tu ore cuntraire 

30 e chose ke tu ne deiz faii'e.' 

dune prist U lox l'engnel petit, 
as denz l'estrangle, si l'ocit. 

Moralité. 

35 Ci funt li riche robëur, 

li vesconte e li jugëur, 
de cens k'il unt en lur justise. 
fausse aqoison par cuveitise 
truevent assez pur eus cunfundre. 

40 suvent les funt as plaiz semundre, 

la char lur tolent e la pel, 
si ciun li lox fist a l'aingnel. 



2 moi. doit. 3 noient. 5 meiz. 6 flourz. 

S tex. 12 deit 15 mcistre. dist. m geninic. 

Cf. le texte allemand dans Boner , Edtjlslein, 

n°. 1, éd. Pfeiffer. 2S t'ai variante: ai R. 32 
clartei etc. 42 noient. 



2 Cf. Boner n". 5. 6 avaul. 7 luz. 8 cun- 
traliuz. li quoi dune? ne. 14 boivre. 17 

aignelcs. 21 l'aigncax. voloir. 22 loux. voir. 
25 mois. 27 n'icre. 20 fais var. fuz R. ;u 
l'engniel. 32 l'ocist. ;i7 cax. 3S fauxe. 39 ax. 
40 plais. 42 l'aingnicl. 



271 



XlIIe SIÈCLE. 



272 



33. 

De la faine qui feseit duel de sien mari, 
alias de fume mort e de sa inoilier. 

D'un hume cuntc li escriz 
qui esteit morz et enfoïz : 
sa famé en meneit gi-ant dolur 
dcseur sa tumbe nuit e jur. 
près d'ilee aveit un lairuu 
qi ert penduz par mesprisun. 
par la cuntree fud crié, 
qui le leron a\Teit osté, 
sun juigement mcïsme avrcit: 
s'ateinz esteit, penduz sereit. 
uns chevaliers le despendi, 
ses parenz ert, si l'enfoï. 
lors ne sot il cunseil truver 
cume il se puisse délivrer, 
car sëu fu de meinte gent 
qu'il le tenait pur sun parent, 
au cemetiere va tut dreit 
ou la preudefame s 'esteit, 
qui sun segnur ot tant ploré. 
cointement dune li a parlé. 



20 



dist li qu'ele se cunfortast; 
mult sereit liez s'ele l'amast. 
la prodcfamc l'esgarda: 
grant joie en tist, si l'otrïa 
k'elc fera sa vulenté. 
li chevaliers li a cunté 
que mult li ert mesavenu 
dou lairon k'il ot despendu: 
se ne li seit cunseill doner, 
fors dou pais l'estuet aler. 
la prodefeme respundi 
'deii'oons mun barun deci, 
puis sel penduns la ou cil fu ; 
si n'iert jamés aparcëu. 
délivrer doit hiun par le mort 
le vif, dimt l'eu atent confort.' 

Moralité. 

Par iceste signifiance 
poons entendre quel créance 
deivent avoir U mort es vis : 
tant est li mondes faus c vis. 



TRADUCTION DE LA DISCIPLINA CLERICALIS DE PETRUS ALFONSUS. 

Manuscrit de la bibliothèque princière de Wallerstein à Mayhingen ; cf. Le chustoiement d'un père à 

son fils , traduction en vers français de l'ouvrage de Pierre Alphonse. Paris 1824, /). 36 — 38. La 

seconde histoire manque dans cette édition. Elle se trouve dans le Ms. après la 21e histoire. Cf. 

avec la première Boner , Edelstein , No. 71. 



I. 

Uns hons par un bos trespassoit, 
et el chemin que D erroit 
trova un serpent mult blechié, 
que pastour avoieut Lié: 
de broches cleufichiés estoit 
si que movoir ne se pooit. 
11 bons hom quant il l'esgarda, 
pitié en ot, sel deslïa. 
pour escaufer par bone foi 
le mist sous ses dras près de soi. 
puis que li serpens escaufa, 
de se nature li membra : 
tout environ a chelui chaint, 

2 Cf. Boner n". :,;. :j l'ounie. s d'iluec. 
1» iert. 11 larron, li juigtmcns niCBmes. 13 s'a- 
tains, pendus, l.'i parens. iO cemietiere. 2») niFt, 
toujours. 30 il esgarda. 31 ses: Chustoiement siL 



griément a blechié et destraint. 

'avoi', dist li hom, 'tu as tort. 

je t'ai garanti de le mort 

et tu me vels geter de vie.' 

'che fu', dist li serpens, 'folie 

que de moi presis nule cure, 

que faire m'estuet me nature.' 

'mult fais', dist li hons, 'a reprendre 

qui i)our grant bien me vels mal rendre.' 

"sovent', dist li serpens, 'avient 

que de bien faire grans mais vient. 

ja n'as tu oï, de bien fait 

a on, tele euro, le col fraitV 

com il font ensi estrivant, 

es vous par le chemin errant 

mon seignor Renart le goupil. 

22 doivent avoir. 24 li C'A.; il. 25 garandi. 
31 mal C'A.,- mais. 3b Keu. 



273 



DISCIPLINA CLERICALIS. 



274 



li hom (lui estoit en péril, 

quant il le vi, si l'apela 

et chele cose li moustra 

et pour dieu li prie humblement 

que il en tache jugement. 

che dist Renars 'je ne puis mie 

jugement faire sans aïe, 

enchois m'cstuet vëoir conment 

la cose estoit primiercment. 

sire serpens, l'omme laies 

et si resoiés ja liés : 

si ven-ai conment vous estoit,. 

puis jugerai selonc le droit.' 

'je l'otroi', che dist li serpens, 

'car je sai bien que jugemens 

ne me nuira en nide plache 

que je ma natiu'e ne tache.' 

Li hom de rechief le lia 
tout aussi con il le trova, 
et quant ch'ot fait, si s'eslonga 
et puis après li escria 
'sire serpens, or vous levés 
et deslïés, se vous poês.' 
et dist Renars 'soies en pais, 
car de lui deslïer jamais 
ne prendras tu par mon los cure, 
n'avoies tu lut l'escripture : 
qui miex ama autrui que soi, 
a un molin morut de soi.' — 
che dist li Mex 'or ai apris 
dont me souvenra mais tous dis.' 

'Fiex, encor te casti je bien : 
se tu es entrepris de rien 
que griément te puisse grever 
et tu t'en puisses délivrer 
legierement, ne te caut mie 
d'atendre plus legierc aie, 
car par aventure en Patente 
aroies tost greignour entente.' 

IL 

Platons en un livre nous dit 
que des prophecies escrit, 
que jadis ot en Grèce un roy 

4 humbl. Ch. ; hublement. 6 Ren., Ch. renart. 
7 mieux Ch. par oie. 23 desliez Ch.; desloies. 
24 Reu. 2ti mon Ch.; moi. 28. 29 deux autres 
vers dans Ch. 43 qui. 

Bartsch, Chrestomathie, lY. Ed. 



qui assés ert nés lions de soi, 
mais au jiueple qu'il govemoit 
ert cruels et mult le grevoit. 
il avint si qu'il li sourt guerre 
5 de toutes pars et que sa terre 
cuida perdre qu'il governot. 
pour le paour que il en ot 
a fait pour son règne mander 
et devant soi tous assambler 
10 les philosofes de la terre 

pour demander et pour enquerre 
con faitement li avenroit 
de le guerre que il avoit. 
quant il furent tuit assamblé, 

i.i si lor a humblement moustré 
que de le guerre avoit paour 
et mult en ert en grant fraour, 
que li sourdoit tant durement, 
et a faire avoit a tel gent 

20 qui de rien nel espargneroieut 
et qui le règne destruiroient. 
'si crieng, seigneur, foi que vous doi, 
que pour la malvaistié de moi 
par mon pechié et par mon vice 

25 viegne au règne ceste malice, 
et vous, seigneur, nel celés mie, 
se vous pechié ne vilenie 
savés en moi, dont diex n'ait cure, 
et je l'en ferai a droiture 

30 plenier droit et amendement 
tout selonc vostre jugement.' 
li philosofe ont respondu 
'chier sii'e, n'avons pas vëu 
en ton corps criminel pechié ; 

35 mais de tant as mal esploitié 
que n'es un poi plus deboinaù-e 
a cels qui vers toi ont a faire, 
ne tin ne savons de la guerre 
qui vous est soiu-sse en ceste terre 

40 ne qu'il en avenra a nous 
ne au roialme ne a vous; 
mais a trois journées de chi 
a diex un sien feel ami, 
Marïanus est apelés, 

45 qu'il del saint espii* est privés. 



6 gouernoit. 14 tout. 15 hublement. 42 m. 
43 I. 



18 



275 



Xllle SIECLE. 



276 



par lui dit, que ja ne faiira, 

che qui est et fu et sera. 

biax sire, a lui envoierés 

et par lui conseUliés serés, 

car isnelepas vous dira 

quanque U avenu' de^Ta.' 

li rois fist sempres aprester 

TH d'els et au saint homme aler. 

li vn philosofe i alerent: 

tant le quistrent qu'il le troverent. 

quant li sains bons les a vëus, 

maintenant les a connëus, 

ja soit che que mais ne les vit 

ne d'autre homme ne li fu dit; 

mais sains espirs li a moustré 

de la cose le vérité. 

devant soi les a apelés. 

'venés', dist il, 'avant venés, 

li messagier au malvais roy 

qui vers dieu n'a amour ne foy. 

dex avoit en se garde mis 

diverses gens, divers pais 

qu'il devoit en pais governer, 

et ses a fait a honte aler, 

cruels lor a esté et fels: 

mult lor a fait hontes et dels. 

mais nequedent diex qui cria 

et d'une matere forma, 

non diverse, et lui et als 

a or lonc tamps soffert lors mais. 

les crualtés que U a faites 

li seront or avant retraites. 

diex l'a pluisors fois castïé, 

espoënté et manechié 



20 



25 



et par signes amonesté 
que il laissast sa crualté ; 
mais désormais ncl velt soflfrir: 
pour ce a fait sor lui venir 
cstranges gens qui plaisseront 
sa vilenie et destruiront.' 
a tant se teut, n'a plus parlé, 
et cil ont n jours séjourné 
et au tier joiu: ont pris congié, 
et il lor a bien anonchié: 
'seigneur'; dist il, 'aies ariere, 
car vostre rois gist en la bière. 
mors est et a sa fin aies, 
sachiés que autre roy avés. 
diex i a ja autre posé 
qui iert selonc sa volenté, 
car drois gouverneres sera 
et cels doucement traitera 
que il ara a gouverner: 
par droit voira cascun mener.' 

Quant li message ont ce oï, 
li quatre suut d'iluec parti, 
li troi pour dieu o bon corage 
ensamble o lui en l'ermitage 
se remetent pour dieu servir 
et pour sa doctrine coUlir. 
chil qui ariere retornerent 
tout ensi la cose troverent 
con li sains bons lor ot apris, 
que de rien n'i avoit mespris. 

'Fiex', dist li père, 'entent a moi. 
ne soies pas bourgois a roy 
que tu saras qui plus despent 
que sa rente ne li consent.' 



CHANSONS DU ROI THIBAUT IV DE NAVARRE. 

I. Ms. de Paris S44 (anc. 7 222), fol. 10 et 66 {A); Ms. de Berne dans Wackerna</el, altfranzô- 
sische Lieder p. 42 (B); St. Germain 19S9, fol. 117 (C); II. Ms. 844, fol. 64 (A); Keller, 
Romvurt p. 246 {B)\ III. Ms. 844, fol. 71 (A)\ Leroux de Linry , chants fiistoritjue.s 1, 1^2 {B). 
CoUationné par M. Schirmer. La dernière de ces chansons se rapporte au mariaye d'Iolande, fille 
du comte de Bretagne, Pierre Mauclerc , avec le comte de la Marche, Hugues de Lusignan (1231): 

elle est adressé à Robert d'Artois. 

I. 35 grant paour ai por ce que toute gent, 

qui ont vcu son biau cors esmcré, 

sont si vers li de bone volenté. 

22 un. 23 m. 35 paour] mervelle BC. de 
cfu C. cornent B. maiutus gens C. 36 gent 5 C. 
lonoreit B. 



Mi grant désir et tuit mi grief tonnent 
vienent de la ou sont tuit mi pensé. 



36 Tuit mi d. BC. gries C. 
ser (eir) tous les Mss. 



37 lai BC. pen- 



277 



THIBAUT IV DE NAVARRE. 



278 



nés (lex l'aime, jel sai a escient, 

grant merveille pliant il s'en suetire tant. 

Tous esbahis m'oubli en sospirant 
ou dex trova si estrange biauté. 
quant il la mist ça jus entre la gent, 5 

moult nos en tist grant debonereté. 
trestot le mont en a enluminé, 
qu'en sa valor sunt tuit li bien si grant, 
nus ne la voit ne vos en die autant. 

Bone aventure aviegne a fol espoir lo 

que mainz amanz fait vivre et resjo'ir; 
espérance fait languir et doloir 
et mes fox cuers me fait cuidier garir. 
s'il fust sages, il me feïst morir: 
por ce fait boen de la folie avoir, lo 

qu'en trop grant sen puet il bien meschëoir. 

Qui la voldroit sovent ramentevoir, 
ja n'avroit mal ne l'estëust garir, 
quar ele set a toz ceaus mielz valoir 
qui ele velt bêlement acueillii*. 20 

dex, tant me fu grief de li départir, 
amors, merci, faites li a savoir: 
cuers qui n'aime ne puet grant joie avoii-. 

Souviegne vos, dame, d'un douz acueil 
qui ja fu faiz a si grant desirier; 25 

que n'orent pas tant de pooii* mi ueil 
que envers vos les poisse lancier, 
ne ma bouche ne vos osoit proiier 
ne poi dire, dame, ce que plus vueil: 
tant fui coarz cliaitis qu'encor m'en dueil. 30 

Dame, se je vos puis mais araisnier, 
je parlerai molt mielz que je ne sueil, 
s'amors me laist qui trop me meine orgueil. 

1 jou C. 2 m. ai BC. souffret atant C. 35 

3—9 4e strophe dans C. men voix et mervil- 
lant B. 4 ait mis si C. 5 nos gens C. 

7 trestous li mons en est enluniincis BC. s En 

B. <» atant C. 10 a manque BC. H maint C, 
les B. amant C. fet A. dire resjoir C. M de- 
sperance A. 13 mi C. fet A. 15 bien A. 1« Ca 

C. cent C. 17 — 23 5e strophe dans B, manque iO 
C. poroit B. 18 lestent B. 19 fait a tous ceaulz 
muels B, set trestoz les m. A. 20 de boen cuer 
a. B. 21 gries B. 22 meicit amors B. 24—30 
4e strophe dans B, 2e dans C. 25 ke BC. a] 
per B, par C. 26 nonkes norent BC. oeil ^ 

27 que droit vers vos A, canvers les vos B. les 
osaixe BC. 28 ne de B, de C. osai BC. 

29 nosai dame dire B , naim poi dire dame C. 
plus] je jBC. 30 Lais moi dolans chatis C. 

31 — 27S,3 manquent BC. mes arisnier. 32 suel: 
orguel. 



Chançon, va t'en droit a Raoul noncier 
qu'il serve amors et face bel acueil 
et chant souvent corn oiselet en brueil. 

II. 

Li dous pcnsers et li dons souvenir 
mi font mon cuer csprendre de chanter 
et tine amors qui ne m'i laist durer, 
qui fait les siens de joie maintenir 
et met es cuers la douce rcmembrance; 
por c'est amors de trop haute poissance, 
qui en esmai fait home resjoir 
ne pour doloii* ne laist de lui partir. 

Sens et honor ne puet nus maintenir, 
s'il n'a en soi senti les maus d'amer, 
n'a grant valor ne puet por rien monter 
n'onques en soi nou vit nus avenir, 
por ce vos pri d'amors droite semblance, 
qu'on ne s'en doit partir por esmaiance, 
ne ja de moi nou verroiz avenir, 
que toz parfaiz vueil en amors morir. 

Dame, se je vos osasse prier, 
moult me seroit, je cuit, bien avenu ; 
mais il n'a pas en moi tant de vertu 
que devant vos vos os bien aviser: 
icé me font et m'ochist et m'esmaie ; 
vostre biautez fait a mon cuer le plaie, 
que de mes ielz seul ne me puis aidier 
don regarder, dont je ai desirrier. 

Quant me convint, dame, de vos loignier, 
onques certes plus dolens hom ne fu, 
et dex feroit, je croi, por mi vertu, 
se je jamais vos pooie aprochier; 
que toz les biens et toz les maus que j'aie, 
ai je de vos, douce dame veraie, 
ne ja sans vos nus ne me puisse aidier: 
non fera il qui n'i avroit mestier. 

Ses grans biautés, dont nus hom a'a pooir 
qu'il en deïst la cinquantisme part, 
U dit plaisant, li amoreus regart 

6 souvenirs A. 7 fait^. espanre .4. 8 amor 

A, amour B. que B. lait A. 13 li parcir B. 
15 sentu B. max ^1. damours B. 16 nen B. 
17 nel B. 18 Par A. douche B. 19 Quen A. 
se B. parcir pour esmaranche B. 20 nel venres 

B. 21 tout B. 22 jou B, toujours, proier B. 
27 biaute A. 29 dous B. 30 conuient B. eslongier 
B. 34 max A. jai B. 35 de] par B. 36 puet B. 
37 ferait qi B. 38 Des A. 39 la quintime B. 
40 dis B. 

18* 



279 



XIII<> SIECLE. 



280 



mi font souvent resjoïr et doloir. 
joie en atent. que mes cuers a ce bee, 
et la paors rest dedens moi entrée: 
einsi m'estuet morir par estouvoir 
en grant esmai, en joie et en voloir. 

Dame, de qui est ma grans desirree, 
salus vos niant d'outre la mer salée 
com a celui ou je pens main et soir, 
n'autre pensers ne me fait joie avoir. 

m. 

Robert, veez de Perron, 
com il a le cuer félon, 
qu'a un si lointain baron 
velt sa fille marier 
qui a si clere façon 
que l'en s'i porroit mirer, 

E dex, com ci faut raison! 
elle a dous vis a foison, 
gente de toute façon, 
or vos en vueille mener. 
Robers ne vaut un bouton 



15 



20 



qui si l'en lera aler. 

Sire, vos. doit on blasmer, 
s'einsi l'en Icssicz mener, 
ce que tant poëz amer 
et ou avez tel pooir. 
nel devez lessier aler 
por terre ne ])or avoir. 

Mont par avroiz le cuer noir 
quant vos en savrez le voir; 
n'avrez force ne pooir 
de li vëoir ne sentir: 
et sachiez, si belle a voir 
doit on près de lui tenir. 

Robert, je vueil mielz morir, 
si li venoit a plesir, 
que l'en lessasse partir 
por trestote ma contre, 
he la qui porroit gésir 
une nuit lez son costé! 

Sire, dex vos doint joir 
de ce qu'avez désiré. 

Robert, je m'en crien morir, 
quant il l'ont fait maugi-é dé. 



CHANSONS DE GAGES BRULEZ. 

I. Âltfrnmosische Lieder herichtigt und erlliulert von Eduard Malzner , Berlin IS53, p. 2 — 4. 
n. Âltfranzôsische Lieder und Leiche von Wil/i. Wackernagel, Basel 1846, p. 9. 



Li plusour ont d'amours chanté 
par esfors et desloiaument ; 
mais de ce me doit savoir gré 
c'onques n'en chantai faintement. 
ma boine fois m'en a gardé 
et l'amours, dont j'ai tel plenté 
que merveille est se jou riens hé, 
neï? celé anïeuse gent. 

Certes, j'ai de fin cuer amé 
ne ja n'amerai autrement ; 
bien le puet avoir esprouvé 
ma dame, se garde s'en prent. 
jou ne di pas que m'ait grevé 
que ne soit a ma volenté, 

2 chou vec B. f, désirée B. I3 Pieron B. 
V, quant a si JB. «i manque A. I!t comme B. 
20 veez dou vis de fuiron A. 2:< Robert A. 2H 
faintement variante: faussement M. 30 l'amour. 



quant de li sont tout mi pensé, 
2.i molt me plaist çou que me consent. 
Se g'ai loing del pais esté 

ou mes biens et ma joie apent, 

pour ce n'ai jou mie oublié 

a amer bien et loiaument. 
30 se li merirs m'a demeuré, 

çou m'en a molt reconforté 

k'en poi d'eure a l'on recouvré 

çou c'on désire longement. 

Amours m'a par raison moustré 
35 que fins amis soufre et atent: 

que siens est, en sa poësté, 

1 S'il ainsi l'en laist aller B. 3 porter B. 

4 tant manque A. « aller B, mener A 8 avez B. 
'.) savez B. VA \\ B. 15 se li venois B. 17 
contrée yl/y. IS lez lui qui B. 19 grant joie 
auroit rencontrée B. 22 me B. 21 apent va- 
riante: atent M. 



281 



ROBERT DE BLOIS, CHASTÏEMENT DES DAMES. 



282 



merci doit crier franccment. 
en cest orguel si l'ai prouvé; 
mais cil faus amourous d'esté 
(^ni m'ont d'amours aclioisonné, 
n'aiment fors quant talent leur prcnt. 

S'ennïeus l'avoicnt juré, 
ne me vaudroient il noient 
la ou il se sont tant pené 
de moi nuire a leur escient, 
pour ce aient renoiié dé, 
tant ont mon anui pourparlé 
k'a paines verrai achievé 
la paine que d'amer m'esprent. 

II. 

'Cant voi l'aube dou jor venir, 
nulle rien ne doi tant haïr, 
k'elle fait de moi départir 
mon ami oui j'ain per amors. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Je ne vos puis de jor vëoir, 
car trop redout l'apercevoir. 



21) 



et se vos di trestout por voir 
k'en agait sont 11 envïos. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Quant je me gis dedens mon lit 
et je resgarde encoste mi, 
je n'i truis poent de mon ami: 
[medixant m'en ont fait partir.] 
se m'en plaing a tins araeros. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Biaus dous amis, vos en ireis: 
a deu soit vos cors comandeis. 
por deu vos pri, ne m'oblïeis: 
je n'ain nulle rien tant com vos. 
or ne hais rien tant com le jour, 
amis, ke me départ de vos. 

Or pri a tous les vrais amans, 
ceste chanson voisent chantant 
ens en despit des medisans 
et des mavais maris jalos. 
or ne hais rien tant com lou jour, 
amis, ke me départ de vos.' 



ROBERT DE BLOIS, CHASTÏEMENT DES DAMES. 

Fabliaux et contes puJdiê.f par Barhazan , nouv. édit. par Méon , ]'ol. 2, Paris 1808, p. 196 — 201, 
V. 367 — 532. Comparé par j1/. Scliii-tner avec le Ms. de Paris, Sorhonn. 1422, p. 555. 



Dame qui ait pale color 
ou ki n'a mie bone odor, 
se doit par matin desjuner. 
vins bons fait face colorer: 
et qui bien menjue et bien boit, 
millor color avoir en doit, 
vos qui malvaise odor avés, 
quant vos pais au mostier prenés, 
antretant vos metés en paine 
de bien retenir vosti-e alaine. 
d'anis, de fenuel, de comin 
vos desjunés sovent matin, 
quant vos a cui ke soit parlés, 

9 escient variante: entient Miitzner, qui le 
rapproche par erreur avec le prov. enton. 16 re- 
noiiet 19 amin. 20 riens. 21 aniins. depairt. 
24 paile colour. 2S maingut. 29 colour. ,30 avez, 
et ainsi le plus souvent, mais quelque/bis es. 
31 pas. 32 peine. 35 dajunez. 36 parles avec s. 



en sus de lui si vos tenés, 
2.3 qu'a lui vostre alaine ne veigne. 

et d'une aperté vos soveigne 
qu'en luitant ne vos baise nus, 
qar malvaise odors grieve plus, 
quant vos estes plus eschaufee: 
30 sachiés, c'est vérités provee. 

Un autre bel sen vos apreing: 
ne le tenés pas en desdeing, 
qu'il ne fait pas a mesprisier. 
prenés vos garde qu'au mostier 
35 vos contenés moût sagement; 

qar lai vos voient mainte gent 
qui notent le mal et le bien. 

2 enuious. 5 gix. 
9 amerous. 19 voixent. 
25 vaingne. 26 apertei 



mavaise. 29 eschafee. 
35 moult saigement. 



6 resgairde. 7 amin. 

20 medLxans. 21 jalons. 

27 lutant. nuns. 28 

31 apreig. 32 desdoig. 



283 



XlIIe SIÈCLE. 



284 



et ce savés vos toutes bien. 

le tesmoing ci'au mostier avrôs, 

bon ou raalvais, tous jors l'avés. 

bien siet bels' estres au mostier, 

cortoisement agenoillier 5 

et par bêles devocïons 

faire de cuer ses oroisons. 

de moût rire, de moût parler 

se doit on ou mostier garder. 

mostiers est maisons d'oraison ; lo 

n"i doit parler se de deu non. 

ne laissiés pas vos eus aler 

ne sa ne la por regarder: 

qui ke les eus ait trop muables, 

on dit li cuers n'est mie estables. 15 

quant l'ewangile lire orrés, 

en estant lever vos devés; 

si vos signiés cortoisement 

après et au comencement. 

qant vos devés aJer offrir, 20 

pensés de vos bel contenir, 

que par rire ne par muser 

ne faciès pas de vos gaber. 

a lever corpus domiiii 

vos devés drecier autressi, 25 

jointes mains celé part aies, 

de chief et de cuer l'encUnés; 

puis vos devés agenoiUier 

et por tos crestïens priier: 

se ne vos en relevés ja 30 

tant c'om dira per omnia. 

et se vos estes trop pesans 

par maladie ou par enfans, 

vostre sautier lire poés 

en séant, se vos le savés. 35 

ce ke li hom faire ne puet, 

sans blasme laissier li estuet. 

qant la messe sera chantée 

et la beneïsons donee 

et vos en devés revenir, 40 

laissiés la presse départir. 

a tous les autels un a un 

aies et enclines chascun : 



4 bes. 5 ageloignier. ' ces orissons. 8 moult 
(le second). 10 dorissons. il doit ^f.: devez 
M$. ce. 12 voz euz. 15 astables. IC orez. 
23 faisiez. 2S ageloignier. 20 prier. 34 pocis. 
35 ceant. 3^ cera. 42 auteiz. 



et se vos compaignie avés 
de dames, bien les atendés. 
a toutes portés grant honor, 
a la plus grant, a la menor. 
com plus estes de grant afaire, 
plus cortoise, plus debonaire 
soies: kant eles s'en iront, 
et vos en aies, ensi font 
toutes dames k'a honor béent 
et totes vilonies heent. 

Se vos avés bon estrument 
de chanter, chantés baudement. 
biaus chanters en leu et en tens 
c'est une chose moût plaisans. 
mais sachiés ke par trop chanter 
puet on bien bel chant aviler; 
por ce le dïent mainte gent: 
biaus chanters anuie sovent. 
de toutes choses est mesure, 
s'est sages qui s'en amesure. 
se vos estes en conpaignie 
de gens de pris, et en vos prie 
de chanter, nel devés laissier. 
por vos meïsmes solacier, 
qant vos estes priveement, 
le chanter pas ne vos defent. 

Vos mains moût netement tenés; 
sovent les ongles recopés, 
ne doivent pas la char passer, 
c'ordure n'i puist amasser, 
a dame malement avient 
qant ele nete ne se tient, 
avenandise et neteés 
vaut moût muez ke gaste biautés. 

Toutes les fois que vos passés 
davant autrui maison, gardés 
que ja por regarder lëans 
ne vos arestés; n'est pas sens 
ne cortoisie de baër 
en autrui maison ne muser, 
tel chose fait aucuns sovent 
en son ostel priveement 
qu'il ne voudroit pas c'en veïst, 
«'aucuns devant son huis venist. 

1 ce. 11 moult. 15 saichiez. 18 anue. 20 

saiges qui cen. 21 Ce. 26 dafent. 27 Voz. moult. 

33 neteis. 34 moult, gaiste biatez, 35 passeiz. 
37 jai. 39 baier. 



2S5 



AUCASSIN ET NICOLETE. 



286 



et se vos entrer i volés, 
a l'entrée vos estoussés, 
si c'om sache vostre venir 
par parler ou par estoussir. 
car nus ne se doit voirement 
embatre desporveement : 
ce semble ke ce soit agais. 
et kant se puet garder en pais 
dame sans cri, sans vilenie, 
dont fait bien a prisier sa vie. 

Gardés vos, dames, tôt acertes 
qu'au mangier sciés molt apertes: 
c'est une chose c'on moût prise 
que lai soit dame bien aprise. 
tes chose torne a vilonie 
que toute gens ne sevent mie; 
se puet cil tost avoir mespris 
qui n'est cortoisement apris. 
au mangier vos devés garder 
de moût rire, de moût parler, 
se vos mangiés avoc autrui, 
le plus bel morsel devant lui 
tornés: n'aies pas eslisant 
ne le plus bel ne le plus grant 
a vostre oés, n'est pas cortesie. 
et ce dit on k'en glotonle 



25 



nus bon morsel ne mangera, 
ou trop grans ou trop chaus sera: 
del trop gros se puet estrangler, 
del trop chaut se puet eschauder. 
s'est tost uns morseus avalés 
dont on n'est granment amendés 
et dont se puet cil bien tenir 
qui son honor vuet retenir. 

Toutes les fois que vous bevés, 
vostre bouche bien essuês, 
que li vins engraissiés ne soit, 
qu'il desplaist moût celui qou boit, 
gardés que vos oés n'essuês 
a celé fois que vos bevés 
a la nape ne vostre nés, 
car moût blasmée en sériés, 
se vos gardés del dégoûter 
et de vos mains trop engluer, 
en autrui maison ne soiiés 
trop large, se vos i mangiés: 
n'est cortesie ne prouesse 
d'autrui chose faire largesce. 
autrui maingier ja ne blâmés, 
coment ke il soit atornés: 
n'en goustés, s'il ne vos agrée, 
ja de ce ne serés blasmee. 



AUCASSIN ET NICOLETE. 

Aucasuin und Nicolele neu nach der Handschrift mit Paradigmen und Glossar von H. Suchier, Pader- 
horn 1878, p. 14 — 31. Aucassin et Nicolette traduite par A. Bida, révision du texte original et 
pré/ace par G. Paris, Paris 1878, p. 68 — 88. Cf. G. Paris dans Romania 8, 284 ss. A. Tobler 
dans Zeitschrift fUr romanische Philologie 2, 624 ss. Jucassin et Nicolele s'aiment: le comte Garin 
de Beaucaire veut empêcher qu'ils ne se rencontrent; il a déjà enfermé Aucassin dans une tour, et 

Nicolete dans une chambre. 



Qant or voit li quens Garins 
de son enfant Aucassin 
qu'il ne pora départir 
de Nicolete au cler vis, 
en une prison l'a mis, 
en un celier sosterin 

2 estoures. 3 saiche. 5 nuns. ce. voirement] 
vo seul est lisible. Le texte de Méon s'éloigne ici 
tout-à-fait. 7 agas. 8 ce. 12 maingier sois. 
13 moult. 15 Tez. Itj seivent. i; Ce. ly main- 
gier. 20 moult. 21 Ce. maingiez. 23 alisant. 
25 oez. 



qui fu fais de marbre bis. 
quant or i \-int Aucassins, 
30 dolans fu, aine ne fu si. 

a dementer si se prist 
si con vos porrés oïr: 
'Xicolete, flors de lis, 
douce amie o le cler vis, 

1 Nul. maingera e^c. 2 chaus J/. .- gros .1/s. 3 ce. 
4 ce p. achauder. 5 morses. 7 ceu. 12 moult. 
13 oez. 15 neis. 16 moult, seires. 17 Ce. 
19 soiez. 20 ce. 22 datrui. 23 jai. 24 atorneis. 
25 cil. 2e Jai. ceres. 



287 



XlIIe SIECLE. 



288 



plus es douce que roîsins 
ne que soupe en maserin. 
l'autrier vi un pèlerin, 
nés estoit de Liniosin, 
malades de l'esvertin; 
si gisoit ens en un lit, 
moût par estoit entrepris. 
de grant mal amaladitî: 
tu passas devant son lit, 
si soulevas ton ti-aïn 
et ton peliçon ermin, 
la cemisse de blanc lin, 
tant que ta ganbete vit. 
garis fu li pèlerins 
et tos sains, aine ne fu si; 
si se leva de son lit, 
si râla en sou pais, 
sains et sans et tos garis. 
doce amie, flors de lis, 
biax alers et biax venirs, 
biax jouers et biax bordirs, 
biax parlers et biax deUs, 
dox baisiers et dox sentirs, 
nus ne vous poroit haïr, 
por vos sui en prison mis, 
en ce ceUer sousterin, 
u je faç moût maie fin: 
or m'i couvenra morir 
por vos, amie.' 



30 



Or (lient et content et fabloient. 

Aucassins fu mis en prison si com vos avés 
oï et entendu, et Nicolete fu d'autre part en 
le canbre. ce fu el tans d'esté, el mois de 
mai, que li jor sont caut, lonc et cler, et les 35 
nuis coies et séries. Nicolete j ut une nuit en 
son lit, si vit la lune luire cler par une fe- 
nestre, et si oï le lorseilnol conter en garding, 
se li sovint • 'Aucassin sen ami 'qu'ele tant 
aiaoit. ele se comença a porpcnser del conte 40 
Garin de Biaucaire qui de mort le haoit; si 
se pensa qu'ele ne remanroit plus ilcc, que 
s'ele estoit acusee et li quens Garins le sa- 
voit, il le feroit de maie mort morir. ele senti 
que li vielle dormoit qui aveuc li estoit. ele.j.j 
se leva, si vesti un blïaut de drap de soie que 
ele avoit molt bon; si prist dras de lit et 

47 mwltj mit Mu., moût 6', toujoum. 



touailes, si noua l'un a l'autre, si fist une 
corde si longe corne ele pot, si le noua au 
piler de le fenestre, si s'avala contreval le 
gardin, et prist se vesture a l'une main de- 
vant et a l'autre deriere; si s'escorça por le 
rousee qu'ele vit grande sor l'erbe, si s'en ala 
aval le gardin. Ele avoit les caviaus blons et 
menus recercelés, et les ex vairs et rïans, et 
le face traitice et le nés haut et bien assis, 
et les levretes vremelletes plus que n'est ce- 
risse ne rose el tans d'esté, et les dens blans 
et menus, et avoit les mameletes dures qui li 
souslevoient sa vestëure ausi com ce fuis- 
sent u nois gauges, et estoit graille parmi les 
flans, qu'en vos dex mains le pëusciés en- 
clorre; et les tiers des margerites qu'ele ron- 
poit as ortex de ses pies, qui li gissoient sor 
le menuisse du pié par deseure, estoient droites 
noires avers ses pies et ses ganbes, tant par 
estoit blance la mescinete. Ele vint au postiç; 
si le deifrema, si s'en isci par mi les rues de 
Biaucaire par devers l'onbre, car la lune lui- 
soit molt clere, et erra tant qu'ele vint a le 
tor u ses amis estoit. Li tors estoit faëlé de 
lius en lius, et ele se quatist delés l'un des 
pilers. si s'esti-aint en son mantel, si mist son 
cief par mi une crevëure de la tor qui vielle 
estoit et anciienne, si oï Aucassin qui la dedens 
plouroit et faisoit mot grant dol et regretoit 
se douce amie que tant amoit. et quant ele 
l'ot assés escouté, si comcnça a dire. 

Or se canle. 

Nicolete o le vis cler 
s'apoia a un piler, 
s'oï Aucassin pleurer 
et s'amie a regreter. 
or parla, dist son penser. 
•Aucassins, gentix et bcr, 
frans damoisiax honorés, 
que vos vaut li dementers, 
li plaindres ne li plurers, 
quant ja de moi ne gorés? 
car vostre pères me het 
et trestos vos parentés, 
por vous passerai le mer, 

10 le levretes M«. e/ 6'. 41 àamaniar Mu. et PS. 



289 



AUCASSIN ET NICOLETE. 



290 



s'irai en autre régné.' 

de ses caviax a caupés, 

la dedeiis les a rués. 

Aucassins les prist li ber, 

si les a molt honerés 5 

et baisiés et acolés, 

en sen sain les a boutés. 

si recomence a jjlorcr 

tout ])or s'amie. 

10 

Or dicnt et rofitenl cl fuhloknt. 

Quant Aucassins ci dire Nicolete qu'ele s'en 
voloit aler en autre ])ais, en lui n'ot que cou- 
recier. 'Bêle douce amie', fait il, 'vos n'en 
irés mie, car dont m'ariiés vos mort, et li pre- 15 
miers qui vos verroit ne qui vous porroit, il 
vos prendcroit lues et vos meteroit a son lit, 
si vos asoignentcroit, et puis que vos ariiés jut 
en lit a home s'el mien non, or ne quidiés 
mie que j'atendisse tant que je trovasse coutel 20 
dont je me pëusce ferir cl cuer et ocirre! 
naje voir, tant n'atenderoic je mie, ains m'es- 
quelderoie de si lonc que je verroie une mai- 
siere u une bisse pierre, s'i hurteroie si dure- 
ment me teste, que j'en t'eroie les ex voler, et 25 
que je m'escerveleroie tos : encore ameroie je 
mix a morir de si faite mort que je sëusce 
que vos ëusciés jut en lit a home s'el mien 
non.' 'Ai', fait elc, 'je ne quit mie que vous 
m'araés tant con vos dites ; mais je vos aim 30 
plus que vos ne faciès mi.' 'Avoi', fait Aucas- 
sins, *bele douce amie, ce ne porroit estre que 
vos m'amissiés tant que je faç vos. fenme ne 
puet tant amer l'oume con li hom fait le 
fenme ; car li amors de le fenme est en son 35 
l'oeul et en son le cateronde samameleeten son 
l'orteil dcl pié ; mais li amors de l'oume est ens 
el cuer plantée, dont cle ne puet iscir.' La u 
Aucassins et Nicolete parloient ensanble, et les 
escargaites de le vile venoient tote une rue, 40 
s'avoient les espees traites desos les capes, 
car li quens Garins lor avoit comandé que 
se il le pooient pi'endre, qu'il l'ocesissent. et 
li gaite qui estoit s or le tor les vit venir et 
oi qu'il aloient de Nicolete parlant et qu'il le 45 
maneçoient a occiiTe. 'Dix', fait il, 'con grans 

1 autre régné P. autre regne's J/s. et S. 43 
qu'il] qui Ms., qu'i aS. 

Babtscu, Cliiestomathie. IV. £d. 



damages de si bêle mescinete s'il l'ocïent, et 
molt seroit grans aumosne se je li pooie dire, 
par quoi U ne s'apercëuscent et qu'ele s'en 
gardast; car si l'ocïent, dont iert Aucassins 
mes damoisiax mors, dont grans damages ert.' 

Or se cu/ite. 

Li gaite fu moût vaillans, 
preus et cortois et sarans, 
si a comencié un cant 
ki biax fu et avenans. 
'mescinete le cuer franc, 
cors as gent et avenant, 
le poil blont et les dens blans, 
vairs les ex, ciere riant, 
bien le voi a ton sanblant: 
parlé as a ton amant 
qui por toi se va morant. 
jel te di et tu l'entens, 
garde toi des souduians 
ki par ci te vont querant, 
sous les capes les nus brans: 
forment te vont maneçant. 
tost te feront messëant, 
s'or ne t'i gardes.' 

Or (lient et content et fabloient. 

'He'. fait Nicolete, 'l'ame de ten père et de 
te mère soit en benooit repos, quant si bêle- 
ment et si cortoisement le m'as ore dit. se 
diu plaist, je m'en garderai bien et dix m'en 
gart.' ele s'estraint en son mantel en l'onbre 
del i^iler, tant que cil furent passé outre, et 
ele prent congié a Aucassin, si s'en va tant 
qu'ele vint au miu* del castel. Li murs fu 
depeciés, s'estoit rehordés, et ele monta de- 
scure, si fist tant qu'ele fu entre le mur et le 
fossé, et ele garda contx'eval,' si vit le fossé 
molt parfont et molt roide, s^')t molt gi-ant 
paor. 'He dix', fait ele, 'douce crëatiu-e, se je 
me lais cair, je bx'iserai le col, et se je remain 
ci, on me prendera demain, si m'ardera on en 
un fu. enccr aime je mix que je muii'c ci que 
tos li pules me regardast demain a merveilles.' 
Ele segna son cief, si se laissa glacier aval le 
fossé, et quant ele vint u fous, si bel pié et 

10 si P, li Ms. et S. 14 les dens blans S] 

avenant Ms., reluisant P. 

19 



291 



Xllle SIECLE. 



292 



ses bêles mains, qui. n'avoient mie apris c'on 
les bleçast, furent quaissies et escorcies, et li 
sans en sali bien en xn lius, et ne por quant 
de ne santi ne mal ne dolor por le grant paor 
qu'ele avoit : et se ele fu en paine del entrer, 
encor fu ele en forceur del iscir. ele se pensa 
qu'ileuc ne faisoit mie bon demorer, e trova 
un pel aguisié que cil dedens avoient jeté por 
le castel deffendre : si tist pas un avant l'autre, 



prime que li pastorel iscirent de la vile et 
jetèrent lor bestes entre le bos et la rivière. 
si se traien d'une part a une molt bêle fon- 
taine qui estoit au cief de la forest. si esten- 
dirent une cape, se missent lor pain sus. 
Entreus que il mengoient, et Nicolete s'esveille 
au cri des oisiax et des pastoriax, si s'enbati 
sor aus. 'Bel enfant', fait ele, 'dame dix vos 
i ait.' 'dix vos bénie', fait li uns qui plus fu 



si monta tant tout a grans paines qu'ele vint lo enparlés des autres, 'bel enfant', fait ele, 
deseure. Or estoit li forés près a u arba- 'conissiés vos Aucassin le fil le conte Garin de 
lestées, qui bien duroit xxx liues de lonc et BiaucaireV 'oïl, bien le counisçons nos.' 'se 
de lé. si i avoit bestes sauvages et serpen- dix vos ait, bel enfant', fait ele, 'dites li qu'il 
tine. ele ot paor que s'ele i entroit, qu'eles a une beste en ceste forest, et qu'il le viegne 
ne l'ocesiscent. si se repensa que s'onletro- i,i cacier, et s'il l'i puet prendre, il n'en donroit 
voit ileuc, c'on le remenroit en le vile por mie un menbre por cent mars d'or ne por 



ardoir. 



Or se canle. 
Nicolete o le vis cler 
fu montée le fossé, 
si se prent a démonter 
et Jhesum a reclamer, 
'pères, rois de maïsté, 
or ne sai quel part aler. 
se je vois u gaut ramé, 
ja me mengeront li lé, 
li lïon et li sengler, 
dont il i a grant plenté. 
et se j'atent le jor cler 
que on me puist ci trover, 
11 fus sera alumés 
dont mes cors iert enbrasés. 
mais, par diu de maïsté, 
encor aim jou mix assés 
que me mengucent li lé, 
li lïon et li sengler, 
que je voisse en la cité: 
je n'irai mie.' 



cinq cent ne por nul avoir.' et cil le regar- 
dent, se le virent si bêle qu'il en furent tôt es- 
mari.,^ 'Je li dirai?' fait cil qui plus fu en- 

20 parlés des autres ; 'dehait ait qui ja en par- 
lera ne qui ja li dira: c'est fantosmes que vos 
dites, qu'il n'a si ciere beste en ceste forest, 
ne cerf ne lïon ne sengler, dont uns des men- 
bres vaille plus de dex deniers u de trois au 

•26 plus ; et vos parlés de si grant avoir ! ma de- 
hait qui vos en croit ne qui ja li dira, vos 
estes fee, si n'avons cure de vo conpaignie, 
mais tenés vostre voie.' 'Ha, bel enfant', fait 
ele, 'si ferés : le beste a tel mecine que Aucas- 

30 sins ert garis de son mehaig, et j'ai ci ciiKi 
sous en me borse; tenés, se li dites, et dedens 
trois jors li co vient cacier, et se il dens trois 
jors ne le trove, jamais n'iert garis de son 
mehaig.' 'Par foi', fait il, 'les deniers pren- 

36 derons nos, et s'il vient ci, nos li dirons, mais 
nos ne Tirons ja querre.' 'de par diu', fait ele. 
lor prent congié as pastoriaus, si s'en va. 



Or dïent et content et fabloient. ^^ 

Nicolete se dementa molt, si com vos avés 
oï; ele se comanda a diu, si erra tant qu'ele 
vint en le forest. ele n'osa mie parfont entrer 
por les bestes sauvaces et por le serpentine, 
si se quatist en un espés buisson, et soumax 46 
li pribt, si s'endormi du.squ'au demain a haute 

10 tout manque S. 2S grant manque; S. dont 
il i a a plante. 



Or se cante. 

Nicolete o le cler vis 
des pastoriaus se parti, 
si acoilli son cemin 
très par mi le gaut foilli, 
tout un vies sentier anti, 
tant qu'a une voie vint 
u aforkent set cemin 

11 qui \ii Ms. qu'ilCii". l(i cent] c. 
30 .V. B. Ms. 32 .111. 



293 



AUCASSIN ET NICOLETE. 



294 



qui s'en vont par le païs. 

a porpenser or se prist 

qu'esprovera son ami, 

si l'aime si com il dist. 

elc prist des flors de lis 

et de l'erbe du garris 

et de le foille autresi, 

une bêle loge en fist: 

ainques tant gente ne vi. 

jure diu qui ne menti, lo 

se par la vient Aucassins 

et il por l'amor de li 

ne s'i repose un petit, 

ja ne sera ses amis 

n'ele s'amie. 15 

Or (lient et content et fabi oient. 

Nicolete eut faite le loge, si con vos avés 
oï et entendu, molt bêle et moût gente, si l'ot 
bien forree dehors et dedens de flors et de 20 
foilles : si se repost delés le loge en un espés 
buison por savoir que Aucassins feroit. Et li 
cris et li noise ala par tote le tere et par tôt 
le païs que Nicolete estoit perdue, li auquant 
dïent qu'ele en estoit fuie, et li autre dïent25 
que li quens Garins l'a faite mordrir. qui 
qu'en ëust joie, Aucassins n'en fu mie liés, et 
li quens Garins ses pères le fist mètre hors de 
prison, si manda les chevaliers de le tere et 
les damoiseles, si fist faire une mot rice feste 30 
por çou qu'il cuida Aucassin son fil conforter. 
Quoi qe li feste estoit plus plaine, et Aucassins 
fu apoiiés a une puïe tos dolans et tos sou- 
ples; qui que demenast joie. Aucassins n'en 
ot talent, qu'il ni vëoit rien de çou qu'il amoit. H5 
Uns cevaliers le regarda, si vint a lui, si 
l'apela: 'Aucassins', fait il, 'd'ausi fait mal con 
vos avés ai je esté malades, je vos donrai 
A)on consel, se vos me volés croire.' 'sire', fait 
Aucassins, 'grans mercis, bon consel aroie je 40 
cier.' 'montés sor un ceval', fait il, 's'alés se- 
lonc celé forest esbanoiier ; si verres ces flors 
et ces herbes, s'oiTés ces oiseUons canter. 
par aventure orrés tel parole dont mix vos 
iert.' 'sire', fait Aucassins, 'grans mercis : si 45 

34 suivant G. Paria derve n'ost est une leçon 
fautive qui ne se trouve pas dans le Ms. {cf. Èo- 
mania 1, 2S5). 



ferai jou.' Il s'enble de la sale, s'avale les 
degrés, si vient en l'estable ou ses cevaus 
estoit ; il fait mètre le sele et le frain, il met 
pié en estrier, si monte et ist del castel, et 
erra tant qu'il vint a le forest, et cevauça 
tant qu'il vint a le fontaine et trove les pasto- 
riax au point de none. s'avoient une cape 
estendue sor l'erbe, si mangoient lor pain et 
faisoient moût très grant joie. 

Or se cante. 

Or s'asanlent pastouret, 
Esmerés et Martinés, 
Fruëlins et Johanés, 
Robeçons et Aubrïés; 
li uns dist 'bel conpaignet, 
dix ait Aucassinet, 
voire a foi, le bel vallet, 
et le mescine au cors net 
qui avoit le poU blondet, 
cler le vis et l'oeul vairet, 
ki nos dona denerés 
dont acatrons gastelés, 
gaines et coutelés, 
flaiisteles et cornés, 
maçuëles et pipés: 
dix le garisse.' 

Or (lient et content et fabloient. 

Quant Aucassins oï les pastoriax, si li sovint 
de Nicolete se très douce amie qu'il tant amoit, 
et si se pensa qu'ele avoit la esté, et il hurte 
le ceval des éperons , si vint as pastoriax. 
'bel enfant, dix vos i aït.' 'dix vos bénie', fait 
cil qui fu plus enparlés des autres, 'bel en- 
fant', fait il, 'redites le cançon que vos disiés 
ore.' 'nous n'i dirons', fait cil qui plus fu en- 
parlés des autres, 'dehait ore qui por vous i 
cantera, biax sire.' 'bel enfant', fait Aucassins, 
'enne me conissiés vos '?' 'oïl, nos savons bien 
que vos estes Aucassins nos damoisiax, mais 
nos ne somes mie a vos, ains somes au conte.' 
'bel enfant, si ferés, je vos en pri.' 'os por le 
cuer bé', fait cil, 'por quoi canteroie je por vos 
s'il ne me sëoit? quant il n'a si rice home en 
cest païs, sans le cors le conte Garin, s'il tro- 

19 au cors corset Ms. au corset S. 40 savions 
S et Ms. 

19* 



295 Xllle SIÈCLE. 296 

voit mes bues ne mes vaces ne mes brebis eu se diu plaist le père fort, 

ses près n'en sen forment, qu'il fust mie tant je vous rêverai encor, 

hardis por les ex a crever qu'il les en ossast suer douce amie.' 

cacier: et por quoi canteroie je por vos, s'il 

ne me sëoit?' "se dix vos ait, bel enfant, si 5 ^^'^ ^'<'"^ '^^ ^«"'*'«^ '^ fabloient. 

ferés, et tenés x sous que j'ai ci en une borse.' Aucassins ala par le forest de voie envoie, 

'sire , les deniers prenderons nos , mais je ne et li destriers l'en porta grant alëure. ne qui- 

vos Ganterai mie, car j'en ai juré; mais je diés mie que les ronces et les espines l'espar- 

le vos conterai se vos volés.' 'de par diu', naiscent; nenil nient, ains li desronpent ses 

fait Aucassins , 'encor aim je mix conter que lo dras qu'a paines pëust on naier desus el plus 

nient.' 'Sire, nos estiiens orains ci entre prime entier, et que li sans li isci des bras et des 

et tierce, si mangïens no pain a ceste fontaine, costés et des ganbes en quarante Uus u en 

ausi con nos faisons ore , et une pucele vint trente, qu'après le vallet pëust on suïr le trace 

ci, li plus bêle riens du monde, si que nos du sanc qui caoit sor l'erbe. Mais il pensa 

quidames que ce fust une fee et que tos cis is tant a Nicolete sa douce amie qu'il ne sentoit 

bos en esclarci. si nos dona tant del sien ne mal ne dolor, et ala tote jor par mi le 

que nos li eûmes en covent, se vos veniés forest si faitement que onques n'oï noveles de 

ci, nos vos desisiens que vos allssiés cacier li; et quant il vit que li vespres aproçoit, si 

en ceste forest, qu'il i a une beste que, se vos comença a plorer por cou qu'il ne le trovoit. 

le poiiés prendre, vos n'en donriiés mie un 20 Tote une vies voie herbeuse cevauçoit, il es- 

des menbres por cinq cens mars d'argent ne garda devant lui en mi la voie, si vit un vallet 

por nul avoir ; car li beste a tel mecine que, tel con je vos dirai. Grans estoit et mervel- 

se vos le poes prendre, vos serés garis de vo lex et lais et hidex ; il avoit une grande hure 

mehaig, et dedens trois jors le vos covien plus noire q'une carbouclee, et avoit plus de 

avoir prisse, et se vos ne l'avés prise, jamais ih planne paume entre dex ex , et avoit unes 

ne le verres, or le caciés se vos volés, et se grandes joës et un grandisme nés plat, et 

vos volés si le laisciés , car je m'en sui bien unes grans narines lees et unes grosses lèvres 

acuités vers li.' 'bel enfant', fait Aucassins, plus rouges d'une carbounee, et uns grans 

'assés en avés dit , et dix le me laist trover.' dens gaunes et lais , et estoit cauciés d'uns 

30 housiax et d'uns sollers de buef frétés de tille 

Or se cante. dusque deseure le genol, et estoit afulés d'une 

Aucassins oï les mos cape a dex envers, si estoit apoiiés sor une 

de s'amie le gent cors, grande ma^ue. Aucassins s'enbati sor lui, s'eut 

mont li entrèrent el cors. grant paor quant il le sorvit. 'biax frère, dix 

des pastoriax se part tost, 35 t'i ait.' 'dix vos bénie', fait cil. 'se dix t'ait, 

si entra el parfont bos, que fais tu ilec?' 'a vos que monte?' fait cil. 

li destriers li anble tost, 'nient', fait Aucassins, 'je nel vos demant se 

bien l'en porte les galos. por bien non." 'mais por quoi plourés vos', fait 

or parla, s'a dit trois mos: cil, 'et faites si fait duelV certes se j'estoie 

'Nicolete o le gent cors, 40 ausi rices hom que vos estes, tos li mons ne 

por vos sui venus en bos, me feroit mie plorer.' 'ba, me conissiés vos?' 

je ne caç ne cerf ne porc, fait Aucassins. 'oje, je sai bien que vos estes 

mais por vos siu les esclos: Aucassins li fix le conte, et se vos me dites 

vo vair oeil et vos gens cors. por quoi vos plorés, je vos dirai que je faç ci.' 

vos biax ris et vos dox mos \u 

ont men cuer navré a mort. '** "*'*-*'■ Tobkr] nouer Ms. el PS. 12 .xl. 

13 .XXX. 1.5 qu'il) qui Ms, qu'i S. 24 car- 

1 me buea Ms. et S. 21 .v. c. 24 .ni. 27 bounee S. 25 .11. 2i!» carbouncle S. 32 .11. 
laisçie S et Ms. 44 oiel .S' et Ms. 37 Ac' Ms., Acassins S. 



297 ' AUCASSIN ET NICOLETE. 298 

'certes', fait Aucassins, 'je le vos dirai uiolt vo- dedens et jiar deseure et devant de Hors , et 

lentiers. je vig hui matin cacier en ceste estoit si bêle (jue plus ne pooit estre. Quant 

forest, s'avoie un blanc lévrier, le plus bel del Aucassins le percent, si s'aresta tôt a un fais, 

siècle, si l'ai perdu, por ce pleur jou.' "os', et li rais de le lune feroit ens. 'e cfix', fait 

fait cil, 'por le cuer que cil sires eut en seu 5 Aucassms , 'ci fu Nicolete me douce amie, et 

ventre, que vos plorastes por un cien puant. ce fist elc a ses bêles mains, por le douceur 

mal dehait ait qui jamais vos prisera, quant de li et por s'amor me descenderai je ore ci 

il n'a si rice home en ceste terre, se vos pères et m'i rei)Oserai anuit mais.' Il mist le pié 

l'en mandoit dix u quinze u vint, qu'il ne les fors de l'estrier i)or descendre et li cevaus fu 

meïst trop volontiers, et s'en esteroit trop liés: 10 grans et haus. il pensa tant a Nicolete se 

mais je doi plorer et dol faire.' 'et tu de quoi. très douce amie qu'il caï si durement sor une 

frère?' 'sire, je le vous dirai, j'estoic liués a piere que l'espaulle li vola hors du liu: il se 

un rice vilain, si caçoie se oarue, quatre bues senti molt blecié , mais il s'efforc^a tant au 

i avoit. or a trois j ors qu'il m'avint une grande mix qu'il peut et ataça son ceval a l'autre 

malaventurc que je perdi le mellor de mes 15 main a une espine. si se* torna sor costé tant 

bues, Roget, le mellor de me carue ; si le vois qu'il vint tos souvins en le loge , et il garda 

querant, si ne mengai ne ne buç trois jors a par mi un trau de le loge, si nt les estoiles 

passés, si n'os aler a le vile, c'en me metroit el ciel, s'en i vit une plus clere des autres, si 

en prison, que je ne l'ai de quoi saure. de conmença a dire: 

tôt l'avoir du monde n'ai je plus vaillant que 20 

vos veés sor le cors de mi. une lasse mère ^^ ^^ came. 

avoie, si n' avoit plus vaillant que une keutisele, 'Estoilete, je te voi 

si li a on sacie de desou le dos, si gist a pur que la lune trait a soi ; 

l'estrain. si m'en poîse assés plus que de mi: Nicolete est aveuc toi, 

car avoirs va et vient; se j'ai or perdu, je 25 m'amïete le blont poil. 

gaaignerai une autre fois, si sorrai mon buef je quid dix le veut avoir 

quant je porrai ne ja por çou nen plouerai. por la biauté de s ... * 

et vos plorastes por un cien de longaigne. que que fust du recaoir, 

mal dehait ait qui jamais vos prisera.' 'certes, que fuisse lassus toi, 

tu es de bon confort, biax frère, que benois 30 ja te baiseroie estroit. 

soies tu: et que valoit tes bues?' 'sii-e, vint se j'estoie fix a roi, 

sous m'en demande on, je n'en puis mie abatre s'atferriés vos bien a moi, 

une seule maaille.' 'or tien' , fait Aucassins, suer douce amie.' 

'vint sous que j'ai ci en me borse, si soltenbuef.' 

'sire', fait il, 'grans mercis, et dix vos laistss 

trover ce que vos querés.' H se part de lui. 

Aucassins si cevauce : la nuis fu bêle et quoie Quant Nicolete oï Aucassin, ele vint a lui, 

et il erra tant qu'il vint defors et car ele n'estoit mie lonc. ele entra en la loge, 

si li jeta ses bras au col, si le baisa et acola. 
3 levrer S el Ms. ox. u.xvu.xx. 10 meïst] .. , • v- •• - * x 1 < *. 

„„»f ^r ^,, t A „/^ c T3 • tj? • V o^c\45 biax doux amis, bien soues vos troves. 'et 
eust iMs., eust dones 6. r'aris (Komania s, 2'sb) ' 

propose envoiast ou donast. 13 .mi. 14. 17 .111. vos, bêle douce amie, soies li bien trovee.' il 

34 vint sous] xx. Ms. et S. 3b Lacune de trois s'entrebaissent et acolent, si fu la joie bêle. 

lignes dans le Ms., que M. Suciner a suppléées 

ainsi vint [près de la u 11 set cemin aforkent,] si 

[vit devant soi le loge que vos save's que] Nicolete 27 por la b[ien proce] de [soi] 5; lacune de 

[avoit faite, et le loge estoit forree]. trois lignes dans le Ms. 



Or (lient et content et fabtoient. 



299 



XlIIe SIECLE. 



300 



LI FABLIAUS DES PERDRIS. 



Recueil général et complet des Fabliaux des XIII' et XI V''. siècles publiés par A. de Montaiglon, I. 
Paris IS72, p. ISS — 193. Comparé par M. Apfehtedt avec le inanuscripl , fonds français 837, 
ancitn 72 1>. f'ol. 169. Voyez le poëme allemand du Vriolsheimer dans IJagen, Gesammtabenteuer 2, 

149-152. 



Por ce ([ue fabliaus dire sueil, 
en lieu de fable dire vueil 
une aventure qui est vraie, 
d'un vilain qui delés sa haie 
prist deus pertris par aventure. s 

en l'atomer mist moult sa cure: 
sa famé les tist au feu mètre, 
ele s'en sot bieiv entremetre : 
le feu a fait, la haste atorne. 
et li vilains tantost s'en terne, lo 

por le prestre s'en va corant. 
mais au revemir targa tant 
que cuites furent les pertris. 
la dame a le haste jus mis, 
s'en pinça une pelëure, 15 

quar moult ama la lechëure, 
quant diex li dona a avoir, 
ne bëoit pas a grant avoir, 
mais a tos ses bons acomplir. 
l'une pertris cort envair; 20 

andeus les eles en menjue. 
puis est alee en mi la rue 
savoir se ses sires venoit. 
quant ele venir ne le voit, 
tantost arrière s'en retome, 2.'» 

et le remanant tel atome, 
mal du morsel qui ramainsist. 
adonc s'apenssa et si dist 
que l'autre encore mengera. 
moult très bien set qu'ele dira, 30 

s'on li demande que devindrent: 
ele dira que li chat vindrent, 
quant ele les ot arrier traites; 
tost li orent des mains retraites, 
et chascuns la seue en porta. 35 

ainsi, ce dist, eschapera. 
puis va en mi la rue ester, 

Rubrique dang M: Le dit des perdriz. 4 de- 
lez etc. , rarement s ; mai» toujours dans pertria. 
5 . II. 6 mit' Ms. etc. » fet etc. il tarda. IS tarda. 

2t an II. 22. 37 p-' Ms. 35 emporta. praiel. 



por son mari abeveter; 
et quant ele nel voit venir, 
la langue li prist a frémir 
sus la pertris qu'ele ot laissie. 
ja ert toute vive enragie, 
s'encor n'en a un petitet. 
le col en trait tout souavet, 
si le menja par grant douçor. 
ses dois en lèche tout entor. 
'lasse', fait ele, "que ferai, 
se tout menjue, que dirai? 
et cornent le porrai laissier? 
j'en ai moult très grant desirrier. 
or aviegne qu'avenir puet, 
quar toute mengier le m'estuet.' 

Tant dura celé demoree 
que la dame fu saoulée, 
et li vilains ne targa mie: 
a l'ostel vint, en haut s'escrie 
'diva, sont cuites les pertris':" 
'sire', dist ele, 'ainçois va pis 
quar mengies les a li chas.' 
li vilains saut isnel le pas, 
seure li cort comme enragiés. 
ja li ëust les iex sachiés, 
quant el crie 'c'est gas, c'est gas. 
fuiiés', fait ele, 'Sathanas ! 
couvertes sont por tenir chaudes.' 
'ja vous chantasse putes laudes', 
fait U, 'foi que je doi saint Ladre.' 
'or ça mon bon hanap de madré 
et ma plus bêle blanche nape. 
si l'estenderai sus ma chape 
sous celé treille en cel praël. 
mais vous jjrenés vostre coutel 
qui grant mestier a d'aguLsier : 
si le faites un pou trenchier 
a celé pierre en celé cort.' 
li vilains se despoille et cort, 



27 fuiez. 



2!) cbantaisse. 



301 



LI FABLIAUS DES PERDRIS. 



302 



le coutel tout nu en sa main. 

a tant es vos le chapelain 

qui leens venoit por mengicr. 

a la dame vint sans targier, 

si l'acole moult doucement. 

et celé li dist simplement: 

'sire', dist el, 'fuiiés, fuiiés! 

ja ne serai ou vous soiiés 

bonis ne malmis de vo cors. 

mes sires est aies la fors 

por son grant coutel aguisier, 

et dist qu'il vous voudra trenchier 

les coilles, s'il vous puet tenir.' 

'de dieu te puist il souvenir', 

dist li prestres. "qu'est que tu dis? 

nous devons mengier deus pertris 

que tes sires prist hui matin.' 

celé li dist 'par saint Martin, 

ceens n'a pertris ne oisel. 

de vo mengier me seroit bel 

et moi peseroit de vo mal. 

mais ore esgardés la aval, 

comme il aguise son coutel.' 

'jel voi', dist il, 'par mon chapel, 

je cuit bien que tu as voir dit.' 

leens demora moult petit, 

ains s'en fui grant alëiire. 

et celé crie a bone ëure 

'venés vous en, sire Gombaut.' 

'qu'as tu', dist il, 'se diex te saut?' 

'que j'ai? tous a tens le savrés; 

mais se tost corre ne poé's, 

perte i avrés si com je croi, 

quar par la foi que je vous doi, 

U prestre en porte vos pertiùs.' 

li preudom fu tos aatis, 

le coutel en porte en sa main, 

s'en cort après le chapelain: 

quant il le vit, se 11 escrie 

'ainsi nés en porterés mie.' 



puis s'escric a grans alenees 
'bien les en portés eschaufees. 
ça les lerrés : se vous ataing, 
vous sériés mauvais compaing, 

5 se vous les mangiiés sens moi.' 

li prestre csgarde derrier soi 
et voit acorre le vilain, 
quant voit le coutel on sa main, 
mors cuide estre, se il l'ataint. 

10 de tost corre pas ne se faint, 

et li vilains penssoit de corre, 
qui les pertris cuidoit rescorre; 
mais li prestres de grant randon 
s'est enfermés en sa maison. 

15 A l'ostel li vilains retorne, 

et lors sa feme en araisone : 
'diva', fait il, 'et quar me dis 
comment tu perdis les pertris ?' 
celé li dist 'se diex m'ait, 

20 tantost que li prestres me vit, 

si me pria, se tant l'amasse, 
que je les pertris li monstrasse, 
quar moult volentiers les verroit; 
et je le menai la tout droit 

25 ou je les avoie couvertes. 

il ot tantost les mains ouvertes, 

si les prist et si s'en fui. 

mais je gueres ne le sivi, 

ains le vous fis moult tost savoir.' 

30 cil respont 'bien pues dire voir: 

or le laissons a itant estre.' 
ainsi fu engingniés le prestre 
et Gombaus qui les pertris prist. 
par exemple cis fabliaus dist: 

•35 famé est faite por décevoir, 

mençonge fait devenir voir 
et voir fait devenir mençonge. 
cil n'i vout mètre plus d'alonge 
qui tist cest fablel et ces dis. 

40 ci faut li fabliaus des pertris. 



fuiez. s soiez. 16 . ii. 29 Gôbaut Ms. 



5 mangiez sanz. 21 aniaisse : monstraisse. 



303 



XlIIe SIECLE. 



304 



BERNIER, LA HOUCE PARTIE. 

Fabliaux et conles publiés pur Barbazan , nouv. édit. par Méon, Paris 1808, Tom. 4, p. 472 — 485. 
Comparé par J/. Ap/elstedt avec le vis. (^fouds fr. 837, anc. 7218, Fol. 150). Voyez le poëme alle- 
mand dans Hagen, Gesawmtabenteuer 2, 391—31*9: ^Die halbe Decke . 



de biau parler et de bieu dire. 

chascims devroit a son mestire 

fere cormoistre et enseigiiier 

et bonement enromancier 

les aventures qui avienent. 

ausi comme gent vont et vienent, 

et on maintes choses conter, 

qui bones sont a raconter. 

cil qui s'en sevent entremetre, 

i doivent grant entente mètre 

en pensser, en estudiier, 

si com firent nostre ancissier, 

li bon mestre qui estrc suelent. 

et cil qui après vivre vuelent, 

ne devroient ja estre oiseus. 

mes il devienent pereceus 

por le siècle qui est mauves. 

por ce si ne se vuelent mes 

li bon ménestrel entremetre, 

quar moult covient grant peine mètre 

en bien trover, sachiés de voir. 

huimés vous l'as apercevoir 

une aventure qui avint. 

bien a dis et sept ans ou vint 

que uns riches hom d'Abevile 

se départi fors de sa vile, 

il et sa famé et uns siens fis. 

riches et comblés et garnis 

issi com preudom de sa terre 

por ce que il cstoit de gerre 

vers plus fors gens que il n'estoit. 

si se doutoit et se cremoit 

de estre entre ses enemis. 

d'Abevile vint a Paris : 

ilueques demora tout qoi 

et si fist hommage le roi, 

et fu ses hom et ses borgois. 

li preudom fu sage et cortois 

et la dame forment ert lie, 

1 Le début manque; la lacune ne doit pus avoir 
été considérable. 2 mestire furster] nieslire. 11 
^fs. estudicr. i:j sculent. 20 mit' etc. Ms. paine. 
•>l sachiez. 22 faz. 24 .xvii. anz ou .xx. 27 fils. 
31 gcnz, et ainsi souvent z. 'S.i anémia. 



25 



30 



35 



40 



et li vallés fols n'estoit mie 
ne vilains ne mal euseigniés. 
moult en furent li voisin liés 
de la rue ou il vint manoir, 
sovent le venoient vëoir 
et li portoient grant honor. 
maintes gens sens mètre du lor 
se porroieut moult fere amer, 
por seulement de biau parler 
puot l'en moult grant los acueillir: 
(|uar qui biau dit, biau veut oïr, 
et qui mal dit et qui mal fait, 
il ne puet estre qu'il ne l'ait, 
en tel point le voit on et trueve. 
on dit sovent 'l'uevre se prueve.' 
ainsi fu li preudom manans 
dedens Paris plus de set ans 
et achatoit et revendoit 
les denrées qu'il connissoit. 
tant se baréta d'un et d'el 
que tos jors sauva son chatel 
et ot assés de remanant, 
el preudomme ot bon marchëant 
et demenoit moult bone vie 
tant qu'il perdi sa compaignie 
et que diex fist sa volenté 
de sa famé qui ot esté 
en sa compaignie trente ans. 
il n'avoient de tos enfans 
que ce vallet que je vous di. 
moult corouciés et moult mari 
se sist li vallés les son père 
et regretoit sovent sa mère 
qui moult souëf l'avoit norri. 
il se pasma, pleure por li 
et li pères le reconforte, 
'biaus fis', fet il, 'ta mcrc est morte; 
prions dieu que gardon li face, 
tert tes iex, essue ta face, 
que li plorers ne t'i vaut rien, 
nous morrons tuit, ce ses tu bien, 
par la nous convendra passer. 
- sanz. 17 .vu. 2S .xxx. 37 filz. 



305 



BERNIER, LA HOUCE PARTIE. 



306 



nus ne puet la mort trespasser, 
que ne reviegiie par la mort, 
biaus lis, tu as bon reconfort, 
et si deviens biaus bacheler. 
tu es en point de marier 
et je sui mes de grant aagc. 
se je trovoie un mariage 
de gent qui fussent de pooir, 
g'i mctroie de mon avoir, 
quar ti ami te sont trop loing. 
tart les a^roies au besoing. 
tu n'en as nul en ceste terre, 
se par force nés pues conquerre. 
s'or trovoie famé bien née 
qui fust d'amis emparentee, 
qui ëust oncles et antains 
et frères et cousins germains, 
de bone gent et de bon leu, 
la ou je verraie ton preu, 
je t'i metroie volentiers: 
ja nel leroie por deniers.' 

Ce nous raconte li escris : 
seignor, or avoit el pais 
trois chevaliers qui erent frère, 
qui erent de père et de mère 
moult hautement emparenté, 
d'armes proisié et alosé: 
mes n'avoient point d'eritage, 
que tout n'eussent mis en gage, 
terres et bois et tenemens, 
por sivre les tornoiemens. 
bien avoit sor lor tenëure 
trois mile livres a usure 
qui moult les destraint et escille. 
li ainsnés avoit une tille 
de sa famé qui morte estoit, 
dont la damoisele tenoit 
dedens Paris bone meson 
devant l'ostel a cel preudon. 
la meson n'estoit pas au père, 
qar li ami de par sa mère 
ne li lessierent engagier. 
la mesons valoit de loiier 
vint livres de paresis Tan. 
ja n'en ëust peine n'ahan 



que de ses deniers recevoir, 
bien fu d'amis et de pooir 
la damoisele emparentee. 
et li preudon l'a demandée 

5 au père et a tos ses amis. 

U chevalier li ont enquis 
de son mueble, de son avoir, 
combien il en pooit avoir, 
et il lor dist moiUt volentiers 

10 -j'ai qu'en denrées qu'eu deniers 

mile et cinq cens livres vaillant, 
j'en deveroie estre mentant, 
se je me vantoie de plus, 
je l'en dom-oie tout le plus 

15 de cent livres de paresis. 

je les ai loiaument aquis : 
j'en donrai mon til la moitié.' 
'ce ne porroit estre otroiïé, 
biaus sire', font li chevalier; 

20 'se vous deveniiés templier 

ou moine blanc ou moine noir, 
tost lesseriiés vostre avoir 
ou a temple ou a abeie. 
nous ne nous i acordons mie. 

25 non, seignor, non, sire, par foi.' 

'et comment doncV dites le moi.' 
'moult volentiers, biaus sire chier. 
quanques vous porrés esligier 
volons que donés vostre fis, 

30 et que il soit du tout saisis, 

et tout metés par devers lui, 
si que ne vous ni a autrui 
n'i puissiés noient calengier. 
s'ainsi le volés otroiier, 

35 li mariages sera fait: 

autrement ne volons qu'il ait 
nostre fille ne nostre nièce.' 
li preudon penssa une pièce, 
son fil regarde, si penssa; 

40 mes mauvesement emploia 
celé penssee que il fist. 
lors lor respont et si lor dist 
'seignor, de quanques vous querés 
acomplirai vos volentés ; 

45 mes ce sera par un couvent: 



3 filz. 24 .ui. 31 siurre. 

43 loier. 44 .x:s^. lib'. 45 paine. 

Babtsch, Chrestomathie, IV. Éd. 



33 .iiim. lib". 



11 .M. et vc. lib". 
29 fils. 34 otroier. 



Ib .c. lib'. IS otroie. 

20 



307 



XlIIe SIECLE. 



308 



se mes fis vostre fille prent, 

je li donrai quanqu'ai vaillant, 

et si vous di tout en oiant, 

ne vueil que me demeure rien, 

mes preigne tout et tout soit sien, 5 

que je l'en sesi et revest.' 

ainsi li preudon se desvest; 

devant le pueple qui la fu 

s'est dessesis et desvestu 

de quanques il avoit el monde, lo 

si que il remest ausi monde 

com la verge qui est pelée, 

qu'il n'ot ne denier ne denrée 

dont se pëust desjëuner, 

se ses fis ne li volt doner. is 

tout li dona et clama quite. 

et quant la parole tu dite, 

li chevaliers tout main a main 

sesi sa fille par la main, 

si l'a au bacheler donee, 20 

et 11 vallés l'a espousee. 

D'iluec bien a deus ans après 
bonement furent et en pes 
li maris et la dame ensemble, 
tant que la dame, ce me semble, 25 

ot un biau fil du bacheler. 

bien le fist norrir et garder, 

et la dame fu bien gardée, 

sovent baignie et relevée, 

et li preudom fu en l'ostel. 30 

bien se dona le cop mortel, 

quant por vivre en autrui merci 

de son avoir se dessesi. 

en l'ostel fu plus de douze ans, 

tant que li enfes fu ja grans ib 

et se sot bien apercevoir. 

souvent oi ramentevoir 

que ses taions fist a son père, 

por qoi il espousa sa mère. 

et li enfes quant il l'oï, 4o 

aine puis nel volt mètre en oubli. 

li preudon fu viex devenu, 

que viellece l'ot abatu 

qu'au baston l'estuet soustenir. 

la toile a lui ensevelir th 

1 tilz. 5 praingne. «> saisi. '.» dessaisis. 
15 filz. l'j saisi. 22 .11. 24 cnsanble: sanblc. 
M .XII. 



alast volentiers ses fis querre. 
tart li estoit qu'il fust en terre, 
que sa vie li anuioit. 
la dame lessier ne pooit, 
qui fiere estoit et orguilleuse, 
du preudorame estoit desdeigneuse 
qui moult li estoit contre cuer, 
or ne puet lessier a nul fucr 
qu'ele ne deïst son seignor 
'sire, je vous pri par amor, 
donés congié a vostre père, 
que foi que doi l'ame ma mère, 
je ne mengerai mes des dens 
tant com je le savrai cecns, 
ains vueil que li donés congié.' 
'dame', fet il, 'si ferai gié.' 

Cil qui sa famé doute et crient, 
maintenant a son père vient, 
se li a dit isnelemcnt 
'pères, pères, aies vous ent. 
je di c'on n'a ceens que fere 
de vous ne de vostre repère, 
aies vous ailiers porchacier. 
on vous a doné a mengier 
en ccst ostel douze ans ou plus, 
mes fêtes tost, si levés sus. 
si vous porchaciés ou que soit, 
que fere l'estuet orendroit.' 
li pères l'ot, durement pleure: 
sovent maudit le jor et l'eure 
qu'il a tant au siècle vescu. 
'ha, biaus dous fis, que me dis tuV 
por dieu itant d'onor me porte 
que ci me lesses a ta porte, 
je me girrai en poi de leu, 
je ne te quier nis point de feu 
ne coûte pointe ne tapis, 
mes la fors sous cel apentis 
me fai baillier un pou d'estrain. 
onques por mengier de ton pain 
de l'ostel ne me gete fors, 
moi ne chaut s'on me met la hors, 
mes que ma garison me livre, 
ja por chose que j'aie a vivre 
ne me dëusses pas faillir, 
ja ne pues tu miex espenir 

1 Klz. u (lesdaigncusc. 22 repaire, 'il 
:yi (louz filz. 



309 



BERNIER, LA IIOUCE PARTIE. 



310 



tos tes pechiés qu'en moi bien ferc, 

que se tu vestoies la hère.' 

'biaus père', dist li bachelers, 

*or n'i vaut noient sermoners, 

mes fêtes tost, aies vous en, 

que ma famé istroit ja du sen.' 

'biaus fis, ou veus tu que je voise? 

je n'ai vaillant une vendoise.' 

'vous en irés en celé vile. 

encore en i a il dis mile 

qui bien i truevent lor chevance. 

moult sera or grant meschëance, 

se n'i trovés vostre peuture. 

chascuns i atent s'aventure. 

aucunes gens vous connistront 

qui lor ostel vous presteront.' 

'presteront, fis? aus gens que chaut, 

quant tes ostels par toi me faut? 

et puis que tu ne me fes bien, 

et cil qui ne me seront rien, 

le me feront moult a envis, 

quant tu me faus qui es mes fis.' 

'pères', fet il, 'je n'en puis mes. 

se je met sor moi tout le fes, 

ne savés s'il est a mon vuel.' 

adonc ot li pères tel duel, 

por poi que li cuers ne li crieve. 

si foibles comme il est se lieve, 

si s'en ist de l'ostel plorant. 

'fis', fet il, 'a dieu te commant, 

puis que tu veus que je m'en aille. 

por dieu me done une retaille 

d'un tronçon de ta sarpeilliere 

(ce n'est mie chose moult chiere), 

que je ne puis le froit soufrir. 

je le te demant por couvrir, 

que j'ai robe trop poi vestue: 

c'est la chose qui plus me tue. 

et cil qui de doner recule 

li dist 'pères, je nen ai nule. 

li doners n'est or pas a point. 

a ceste fois n'en avrés point, 

se on ne le me toit ou emble.' 

'biaus dous fis, tos li cuers me tremble 

et je redout tant la froidure. 

done moi une couvertiu-e 

1 faire: haire. 7 filz. lo x. 17 filz. 22 fils. 
23 mais : fais. 30 filz. 44 douz filz toz. tramble. 



de qoi tu cuevres ton cheval, 
que li frois ne me face mal.' 

Cil qui s'en bee a descombrer 
voit que ne s'en puet délivrer, 

5 s'aucune chose ne li baille. 

por ce que il veut qu'il s'en aille, 
commande son fil qu'il li haut, 
quant on le huche l'enfes saut: 
'que vous plest, sire?' dist l'enfant. 

10 'biaus fis', fet il, 'je te commant, 

se tu trueves l'estable ouverte, 
done mon père la couverte 
qui est sus mon cheval raorel. 
s'il veut, si en fera mantel 

15 ou chapulere ou couvertor. 

done li toute la meillor.' 
11 enfes, qui fu de biau sens, 
li dist 'biaus taions, venés ens.' 
li preudon s'en tome avoec lui 

20 tos corouciés et plains d'anui. 
l'enfes la couverture trueve, 
la meillor prist et la plus nueve 
et la plus grant et la plus lee. 
si l'a par le mi leu doublée, 

2â si le parti a son coutel 

au raiex qu'il pot et au plus bel: 
son taion bailla la moitié. 
'biaus fis', fet il, 'que ferai gié? 
por qoi le m'as tu recopee? 

30 ton père le m'avoit donee: 

or as tu fet grant cruauté, 
que ton père avoit commandé 
que je l'eusse toute entière, 
je m'en irai a lui arrière.' 

35 'aies', fet il, 'ou vous voudrés, 

que ja par moi plus n'en avrés.' 

Li preudon issi de l'estable. 
'fis', fet il, 'ti'estout torne a fable 
quanques tu commandas et fis. 

40 que ne chastoies tu ton fis 

qu'il ne te doute ne ne crient? 
ne vois tu donques qu'il retient 
la moitié de la couverture?' 
'va, diex te doinst maie aventure', 

45 dist li pères, 'baille li toute.' 

'non ferai', dist l'enfes, 'sens doute : 

10 filz. 15 chapulaire. 28. 38 filz. 40 fils. 
46 sanz. 

20* 



311 



XII r>> SIKCLE. 



312 



de qoi seriiés vous paiié? 
je vous en estui la moitié, 
que ja de moi n'en a\Tés plus, 
si j'en puis venir au desus, 
je vous partirai autressi 
comme vous avés lui parti, 
si comme il vous doua l'avoir, 
tout ausi le vueil je avoir, 
que ja de moi n'en porterés 
fors que tant com vous 11 donrés. 
si le lessiés morir chetif, 
si ferai je vous, se je vif.' 

Li pères l'ot, parfont souspire, 
il se repensse et se remire, 
aus paroles que l'enfes dist 
li pères grant exemple prist. 
vers son père torna sa chiere: 
'pères', fet il, 'tornés arrière, 
c'estoit enemis et pechié 
qui me cuide avoir aguetié: 
mes se dieu plest. ce ne puet estre. 
or vous fas je seignor et mestre 
de mon ostel a tos jors mes. 
se ma famé ne veut la pes, 
s'ele ne vous veut consentir, 
aillors vous ferai bien senir: 
si vous ferai bien aaisier 
de coûte pointe et d'oreillier. 
et si vous dis par saint Martin, 
je ne beverai mes de vin 
ne ne mengerai bon morsel 



20 



25 



30 



que vous n'en aiiés del plus bel; 
et serés en chambre celée 
et au bon feu de cheminée : 
si aM'és robe comme moi. 
vous me fustes de bone foi, 
par qoi sui riches a pooir, 
biaus dous père, de vostre avoir.' 

Seignor, ci a bone moustrance 
et aperte senefïance, 
qu'ainsi geta li iis le père 
du mauves penssé ou il ère. 
bien s'i doivent tuit cil mirer 
qui ont enfans a marier, 
ne fêtes mie en tel manière 
ne ne vous metés mie arrière 
de ce dont vous estes avant, 
ne donés tant a vostre enfant 
que vous n'i puissiés recouvrer, 
l'en ne se doit mie fier, 
que li enfant sont sens pitié, 
des pères sont tost anuiié, 
puis qu'il ne se pueent aidier. 
et qui vient en autrui dangier, 
molt vit au siècle a grant anui, 
cU qui vit en dangier d'autrui 
et qui du sien meïsmement 
a autrui livroison s'atent: 
bien vous en devés chastoiier. 
icest exemple fist Bemier 
qui la matere enseigne a fere: 
si en fist ce qu'il en sot fere. 



DU CHEVALIER QUI OOIT LA MESSE ET NOTRE DAME ESTOIT POUR 

LUI AU TOURNOIEMENT. 



Fabliaux et contes publiés par Bnrbazan , nouv. édit. par Aféon , Paris 1 SOS , Tom. 1 , p. 
Cf. Pfeiffer, Marienlegenden No. 4, et Ùagen, Gesammtabenteuer 3, 46G. 



Dous Jhesus, com cil bel guerroie 
et come noblement tournoie 
qui voleiitiers au monstier tourne 
ou l'en le saint servise atourne 
et célèbre le saint mistere 
du doux fils de la vierge mère, 
pour ce vueil un conte retraire. 



si com le truis en exemplaii'e. 
un chevalier courtois et sages, 
hardis et de grant vasselages, 
35 nus mieudrcs en chevalerie, 

moult amoit la vierge Marie, 
pour son barnage démener 
et son franc cors d'armes pener 



1 paie, 
pais. 



10 exarnple. l'i antmis. 23 mais: 



1 aiez. 
21 anoie. 



10 filz. 
2C sucn. 



12 se doivent. 
2S chastoier. 



82—86. 



20 sanz. 



313 



DU CHEVALIER QUI OOIT LA MESSE. 



314 



aloit a son tournoiement, 
garnis de son contentement. 
au dieu plaisir ainsi avint 
que quant le jour du tournoi vint, 
il se hastoit de chevauchier: 
bien vousist estre en champ premier, 
d'une église qui près estoit 
oï les sains que l'on sonoit 
pour la sainte messe chanter, 
le chevalier sans arrester 
s'en est aie droit a l'église 
pour escouter le dieu servise. 
l'en chantoit tantost hautement 
une messe dévotement 
de la sainte vierge Marie : 
puis a on autre comencie. 
le chevalier bien l'escouta, 
de bon cuer la dame pria, 
et quant la messe fut tinee, 
la tierce tu recomenciee 
tantost en ce meïsme lieu, 
'sire, pour la sainte char dieu', 
ce li a dit son escuïer, 
'l'heure passe de toumoier, 
et vous que demeurez ici? 
venez vous en, je vous en pri. 
volez vous devenir hermite 
ou papelart ou ypocrite? 
alons en a nostre mestier.' 
'amis', ce dist li chevalier, 
'cil tournoie moult noblement 
• qui le servise dieu entent, 
quant les messes seront trestoutes 
dittes, s'en irons a nos routes, 
se dieu plest, ains n'en partirai 
et puis au dieu plesLr irai 
tournoier viguereusement.' 
de ce ne tint plus parlement, 
devers l'autel sa chiere tourne, 
en saintes oroisons séjourne 
tant que toutes chantées furent, 
puis montèrent, cum fere durent, 
et chevauchierent vers le leu 
ou fere dévoient leur geu. 
les chevaliers ont encontrez, 
qui du tournois sont retournez, 

12 de dieu, as plus manque. 



qui du tout en tout est fern. 

s'en avoit tout le pris eu 

le chevalier qui reperoit 

des messes qu'oies avoit. 
5 les autres (jui s'en reperoient 

le saluent et le conjoient 

et distrent bien que onqucs mes 

nul chevalier ne prist tel fes 

d'anncs com il ot fet ce jour: 
10 a tous jours en a\Toit l'onnour. 

moult en i ot qui se rendoient 

a lui prisonier et disoient 

'nous somes vostre prisonier, 

ne nous ne pourrions nier 
15 ne nous aiez par armes pris.' 

lors ne fu plus cil esbahis, 

car il a entendu tantost 

que celé fu pour lui en l'ost, 

pour qui il fu en la chapelle. 
20 ses barons bonement appelle 

et leur a dit 'or m'escoutez 

tuit ensamble par vos boutez, 

car je vous dirai tel merveUle 

c'onques n'oïstes lor pareille.' 
25 lors lor conte tout mot a mot 

com les messes escouté ot 

e que a tournoi point ne fu 

ne feri de lance n'escu; 

mais bien pensoit que la pucelle 
30 qu'eu aoroit en la chapelle 

avoit pour lui fet ses cembîaux. 

'moult est cist tournoiement biaux 

ou ele a pour moi tournoie; 
. mes trop l'avroit mal emploie 
35 se pour lui je ne tournoioie. 

fox seroie, se retoumoie 

a la mondaine vanité. 

a dieu promet en vérité 

que jamés ne tournoierai 
40 fors devant le juge verai 

qui conoit le bon chevalier 

et selonc le fet set jutgier. 

lors prent congié piteusement 

et maint en plorent tenrement. 
45 d'euls se part, en une abaïe 

servi puis la vierge Marie, 

2 tous. 6 conjoioient. 26 come. 2S ne ne feri. 
44 ploroient. 



315 XlIIe SIÈCLE. 316 

et bien cuidons que le chemin et qui volentiers fet servise 

tint qui conduit a bone tin. a sa très douce chiere mère. 

par cest exemple bien vëons protitable en est la manière, 

que li dous deux en qui créons et cil qui est courtois et sage, 

ame et chierist et honneure 5 maintient volontiers bon usage: 

celui qui volentiers demeure qu'aprend poulain en dentëure 

poiu- oir messe en sainte église, ' tenir le veult tant com il dure. 



JEHAN BODEL, LE JEU DE SAINT NICOLAS. 

Monmerquê et Michel, théâtre français au moyen âge, Paris 1842, p. 173 — 179. 

Li senescaiis. Li angeles. 

Roys, puis que vo baron vous sont venu requen-e, Segneur, soies tout assëur, 
faites leur maintenant les crestïens requerre. in n'aies doutanche ne peur. 

Li ruis. messagiers sui nostre segneur, 

senescal, par Mahom, ne leur faura mais guerre; qui vous metra fors de doleur. 
s'ierent ou mort ou pris ou cachié de le terre. aies vos cuers fers et crëans 
aies i. senescal; dites leur de par moi en dieu, ja pour ches mescrëans, 

que maintenant se mechent sagement en conroi. v., qui chi vous vienent a bandon, 

Li senescaus. n'aies les cuers se sëurs non. 

segneur, a tous ensanle vous di de par le roy metés hardïement vos cors 
que vous aies fourfaire leur crestïene loy. pour dieu, car chou est chi li mors 

pour crestïens confondre fustes vous chi mandé ; dont tout li pules morir doit, 
che qu'U nous ont fourfait convient estre amendé. 20 qui dieu aime de cuer et croit, 
aies i maintenant, li roys l'a commandé. Li crest'i'ens. 

Or parolenl tout. qui estes vous, biau sire, qui si nous confortés 

alons, a Mahommet soiions nous commandé! et si haute parole de dieu nous aportés? 

Li crest'ien paraient. sachiés, se chou est voirs que chi nous recordés, 

sains sépulcres, aïe ! segneur, or du bien faire ! 25 assëur rechevrons nos anemis mortes. 
Sarrasin et paien vienent pour nous fourfaire. Li angeles. 

ves les armes reluire : tous li cuers m'en esclaire. angles sui a dieu, biaus amis ; 
or le faisons si bien que no proueche i paire, pour vo confort m'a chi tramis. 
contre chascun des nos sont bien cent par devise. soies sëur, car cns es chiex 

Vns crestiens. 30 vous a diex fait sages esliex. 

segneur, n'en doutés ja, ves chi nostre juïse. aies, bien avés conmenchié; 
bien sai tout i morrons el dame deu servise, pour dieu serés tout detrenchié; 
mais moût bien m'i vendrai, se m'espee ne brise; mais le haute couronne ares. 
ja n'en garira un ne coiffe ne haubers. je m'en vois; a dieu demeurés. 

8egnieur,eldieuservichesoithuichascunsoffers: 35 Li amirans del Coiiic. 

paradys sera nostres et eus sera ynfers. Segneur, je sui tous li ainnés, 

gardés al assanler qu'il encontrent no fers. si ai maint bel conseil donnés: 

Uns crestiens, nonviaus chevaliers. créés moi, che sera vos preus. 

segneur, se je sui jones, ne m'aies en dcspit! chevalier sommes csprouvé: 
on a vëu souvent grant cuer en cors petit. 40 se li crestïen sont trouvé, 
je ferrai cel forcheur, je l'ai piecha eslit; gardés qu'il n'en escap uns sens. 

sachiés je l'ochirai , s'il anchois ne m'ochist. 

IS Hcur. :jl vostrc. 32 servichc. 2.1 recheverons. 



317 



JEHAN BODEL, SAINT NICOLAS. 



318 



Cil d'Orkenie. 
escaper, li fil a putain! 
je ferrai si le premerain — 
mais gardés que nus n'en estorge. 

Cil dcl Coine. 
segneur, ne soies ja doutant 
que jou n'en ochie autretant 
con Bcrengiers soiera d'orge. 

Cil d'Orkenie. 
segneur tuëour, entre vous 
ochirrés les ore si tous 
que vous ne m'en lairés aucun. 
Cil d'outre l'arbre sec. 
veés ichi le gent haïe. 
li chevalier Mahom, aïe! 
ferés, ferés tout de commun. 
Or tuè'itt li Sarrasin laits les crestiens. 

Li amiraîis d'Orquenie parole. 
Segneur baron, acourés tost. 
toutes les merveilles de l'ost 
sont tout gas fors de chc caitif. 
ves chi un grant vilain keuu. 
s'aoure un Mahommet cornu; 
ochirrons le ou prenderons vif? 

Cil d'Oli/erne. 
neu ochirrons, mie, par foy! 
ains le menrons devant le roy 
pour merveille, che te promet, 
lieve sus, vilain, si t'en vien. 
Cil du sec arbre. 
segneur, or le tenés moult bien, 
et je tenrai le Mahommet. 

Li aufjeles. 
A, chevalier qui chi gisiés, 
com par estes bon ëuré! 
comme or ches eures despisiés 
le mont ou tant avés duré! 
mais pour le mal k'ëu avés, 
mien ensïant, très bien savés 
quels bien chou est de paradys, 
ou diex met tous les siens amis. 
a vous bien prendre garde doit 
tous li mons et ensi morir, 
car dieus moût douchement rechoit 
chiaus qui o lui voelent venir, 
qui de bon cuer le servira 
ja se paine ne perdera, 
3b euvres. 



ains sera es chieus couronnés 
de tel couronne comme avé.s. 

Li preudom. 
sains Nicolais, dignes confés, 

5 de vostre home vous prende pés; 
soies me secours et garans, 
bons amis dieu, vrai consillicre, 
soies pour vostre home veilliere; 
si me wardés de ches tirans. 

10 Li angeles. 

preudom, qui si iés efferés, 
soies en dieu preus et sénés; 
se t'enmainnent chist traïtour, 
n'aies pour çou nule paour; 

15 en dame dieu soies bien chers 
et en saint Nicolai après; 
car tu aras sen haut confort, 
s'en foy te voit sëur et fort. 
Li amiraus del Coine. 

20 Roys, soies plus liés c'onques mais, 
car te guerre avons mis a pais 
par no avoir et par no sens, 
mort sont li larron, li cuivcrt, 
si que li camp en sont couvert 

25 a quatre lieues en tous sens. 
Li rois. 
segneur, moult m'avés bien servi; 
mais aine mais tel vilain ne vi 
comme je voi Uleuc a destre. 

30 de chele cocue gz'imuchc 

et de che vilain a l'aumuche 
me devises que che puet estre. 

Li senescaus. 
roys, pour merveilles esgarder 

35 le t'avons fait tout vif garder; 
or oies dont il s'entremet: 
a genous le trouvai ourant, 
a jointes mains et en plourant, 
devant son cornu Mahommet. 

40 Li rois. 

diva, vilains, se tu i crois? 

Li preudom. 
oil, sire, par sainte crois! 
drois est que tous li mons l'aourt. 

45 Li rois. 

or me di pour coi, vilains lais. 

14 naies paour con nul paour. lô chiers. 
savoir? 41 Di vu. 



319 



Xllle SIECLE. 



320 



Li preudom. 
sire, chou est sains Nicolais, 
qui les desconsiUiés secoui't; 
tant sont ses miracles apertes : 
il fait ravoii- toutes ses pertes; 
il ravoie les desvoiés, 
il rapele les mescrëans, 
il ralume les non voians, 
il resuscite les noués; 
riens, qui eu se garde soit mise, 
n'iert ja perdue ne maumise, 
tant ne sera abandonnée; 
non se chis palais ert plaiu d'or, 
et il gëust seur le trésor: 
tel grasse li a diex donnée. 

Li rois. 
vilain, che sarai jou par tans: 
ains que de chi soie partans, 
tes Nicolais iert csprouvés. 
mon trésor commander li voeil; 
mais se g'i perc nis plain mea oeil, 
tu seras ars ou enroués, 
senescal, maine le a Durant, 
meu tourmentëour, meii tirant; 
mais garde qu'il soit fers tenus. 

Li senescaus. 
Durant, Durant, oevre le chartre; 
tu aras ja ches piaus de martre. 

Burans. 
a foi, mau soies vous venus! 

Li preudom. 
sire, con vo machue est grosse! 

Duraiis. 
entres, vilains, en celé fosse; 
aussi estoit li chartre seule, 
jamais, tant que soies mes bailles, 
n'ierent huiseuses mes tenailles, 
ne que tu aies dent eu geule. 

Li aiigeles. 
Preudons, soies joians, 
n'aies nule paour; 
mais soies bien créans 
ens ou vrai sauvëour 
et en saint Nicolai, 
que jou de verte sai 
que sen secours aras; 
le roy convertiras 
45 vérité. 



et ses barons métras 

fors de leur foie loy, 

et si tenront le foy 

que tienent crestïen de cuer vrai; 
5 croi saint Nicolai. 

Li senescaus. 

Sire, il est en le cartre mis. 
Li rois. 

or, senescaus, biaus dous amis, 
10 tous mes trésors, canqucs j'en ai, 

voeil que il soient descouvert, 

et huches et escrin ouvert; 

si metés sus le Nicolai. 

Li senescaus. 
15 sire, vo commandise est faite, 

n'i a mais ne scrjant ne gaitc : 

or poés dormir assëur. 
Li rois. 

voire, foi que doi ApoUn! 
•io mais se je perc un estrelin, 

avoir puet li vilains peur; 

trop se puet en son dieu fier. 

or faites tost mon ban crier, 

je voeil qu'il soit par tout sëu. 
25 Li senescaus. 

or cha, Connart, crie le ban, 

que U trésors est a lagan; 

moût est bien a larrons këu. 

Connars li crïeres. 

30 Oiiés oiiés, segncur, trestout; 

venés avant, faites me escout: 

de par le roi vous fai savoir 

c'a son trésor n'a son avoir 

n'ara jamais ne clef no serre. 
35 tout aussi comme a plaine terre 

le puet on trouver, che me sanle; 

et qui le puet embler, si l'emble, 

car il ne le garde mais nus 

fors sens uns Mahomés cornus, 
40 tous mors, car il ne se remue. 

or soit honnis qui bien ne hue. 
Li luvreniers. 

Caignet, nous vendons moult petit; 

va, se di Raoul que il crit 
45 le vin : le gent en sont saoul. 
Caiynés. 

or cha! si crierés, Kaoul, 
27 galan; cf.Tliéâtrep. Wi.l^i. 41 sois. 



321 



GUILLAUME DE LURIUS, KOMAN DE LA ROSE. 



322 



le vin aforé de iKiuvel, 

qui est d'Aucheurre, a plain tonucl. 

Coitnars. 
qu'est cho musars? que veus tu faire? 
veus tu me tolir mon afl'aireV 
sié cois, car envers moi mesprens. 

Raoulés. 
qui iûs tu, qui le me deftens? 
di moi ton non, se diex te gart. 

Comiars. 
amis, on m'apelc Connart; 
crieres sui par naïté 
as eskievins de la chité. 
LX ans a passés et plus 
que de crier me sui vescus. 
et tu con as non, je te pri? 

Raoïilcs. 
j'ai non Raouls, qui le vin cri; 
si sui as homes de le vile. 



' Comiars. 
fui, ribaus, lai ester te gile, 
car tu cries trop a bas ton; 
met jus le pot et le baston, 
car je ne te pris nu festu. 

Raouls. 
qu'est chc, GonnarsV boutes me tu? 

Connais. 
oïl, pour poi je ne te fraj); 
met jus le pot et le hanap, 
si me claime le mcstier quite. 

Raouls. 
oiiés, quel lechcrie a dite! 
qui me roeve crier no t'orne. 
Connart, or ne fai pas le prome, 
que tu n'aies ton peleïc. 
tous jours sont li connart bâtit, 
ja n'ierent liet s'on ne les bat. 



GUILLAUME DE LORRIS, ROMAN DE LA ROSE. 

Ms. de Paris 378, fol. 19. Cf. Le Roman de la Rose, nouvelle édition par Francisque Michel, 
Paris 1864, Toin. i, p. 75—84, V. 2275—2592. Le passage suivant est une imitation de l'art 

d'aimer d^ Ovide. 



Quant tu avras ton cuer donné 
ainsi com je t'ai sermonné, 
lors t'en vendront les aventures 
qui molt seront pesmes et dures, 
sovent, quant il te sovendra 
de tes amors, te covendra 
partir des gens par estovoir, 
qu'il ne puissent apercevoir 
les maus dont tu es angoisseus. 
a une part iras tos sens: 
en pluseurs leus seras destrois, 
une heiu'e chaus, autre heure frois, 
venneuls une heure, et autre pales, 
■onques fièvres n'eus si maies 
ne cotidianes ne quartes, 
bien avras, ains que tu t'en partes, 
les dolors d' amors essaiees. 
or revendra maintes foiees 
k'en pensant t'entroblïeras, 
et une grant pièce seras 

24 souueut — souuendra. 2ô amours etc. 
genz. 29 touz. 30 lieus. destroiz etc. 35 
36 doleurs. 

llARTSCU, Cluestomathie. IV. Ed. 



26 
ainz. 



20 ausi comme une ymage mue, 

qui ne se crosle ne ne mue, 

sans pies, sans mains, sans dois crosler, 

sans ieuls ouvrir et sans parler. 

a chief de pièce revendras 
25 en ta mémoire et tressaudras 

au revenir en effrëor, 

ausi com bons qui a pëor, 

et sospirras de cuer parfont. 

et saches bien k'ainsi le font 
30 cil qui ont les maus essaies, 

dont tu es ores esmaiés. 
Après est drois qu'il te soveigne 

que t'amie t'est trop lointeigne; 

et diras 'diex, tant sui mauvais, 
35 se ele est loins que je n'i vais! 

adés i pense et point n'en voi. 

mon cuer por coi seul i envoi? 

quant j'i puis mes ieulz envoler 

après por mon cuer convoier, 

se mi oeill mon cuer ne convoient, 

22 sanz etc. dois] toi. 26 effreour. 27 paour. 
30 le. 32 souuiegne. 33 lontiengne. 3S j'i] ni. 

21 



323 



XTIIe SIECLE. 



324 



je ne pris l'icns chose qu'il voient, 
doivent il dont si arrester? 
nanil. mais aler visiter 
ce dont li cuers a tel talent, 
je me pnis bien tenir a lent; 5 

quant de mon cuer sui si lointeins, 
si m'aïst diex. por fol m'en teins. 
or irai, plus nel laisserai ; 
jamais a aise ne serai 
' devant k'aucnne ensaingne en aie.' in 

lors te remetras a la voie 
et si iras par tel covent 
k'a ton esrae faudras sovcnt. 
ce que tu quiers ne verras pas, 
et gasteras en vain tes pas, 15 

et covendra que tu t'en tomes, 

sans plus faire, pensis et moi-nes. 
Lors seras a molt grant meschief, 

et te vendront tôt de rechief 

sospirs et plains et grans friçons 20 

qui poingnent plus que heriçons. 

qui ne le set, si le deraant 

a cels qui sont loial amant. 

ton cuer ne poiTas apaier, 

ains iras encor essaier 25 

se tu verras par aventure 

ce dont tu es en si grant cure. 

et se tu te pues tant pener 

k'au vëoir puisses assener, 

tu vorras molt ententis estre 30 

a tes ieulz saoler et pestre : 

grant joie en ton cuer deraerras 

de la biauté que tu verras. 

et saches que du regarder 

feras ton cuer frire et larder, 35 

et tôt adés en regardant 

aviveras le feu ardant. 

ce qu'il aime qui plus l'esgarde, 

plus avive son cuer et larde; 

cis ars alume et fait flamer 40 

le feu qui les gens fait amer, 
li feus si est ce qu'il remirc 
s'amie qui molt le fait frire 
quant il se tient de li plus près, 
et il plus est d'amer cngrés; 45 

ce sevent bien sage et rausart 
qui plus est près dou feu, plus art. 
6 lointiens ( : tienBj. 32 flemenras 40 sage] fol. 3" 



Tant corn tu joie ainsi avras, 
jamais partir ne t'en querras, 
et quant partir t'en covendra. 
ti'estot le jor t'en sovendra 
de ce que tu avras vëu; 
si te tendras a decëu 
d'une chose trop laidement, 
que onques cuer ne hardement 
n'eus de li araisonner 
ains as esté sans mot sonner 
les li com fos et entrepris, 
bien cuideras avoir mespris 
que tu n'as la bêle apelee 
avant qu'elo s'en fust alce. 
torner te doit a grant contraire, 
car se tu n'en poisses traire 
fors seulement un biau salu, 
si t'ëust il cent mars valu, 
lors te prendras a dévaler 
et querras achoison d'aler 
de rechief encore en la rue 
ou tu as la bêle vëue, 
que tu n'osas mètre a raison, 
molt iroies en sa maison 
volentiers, s'achoison avoies. 

il est drois que totes tes voies 

et tes alees et ti tor 

soient tôt adés la entor. 

mais vers la gent molt bien te celé 

et quier autre achoison que celé 

qui celé part te face aler, 

qu'il est grans sens de soi celer. 

s'il avient que tu aparçoives 

t'amio en leu que tu la doives 

araisonner ne saluer, 

color te covendra muer, 

et te frémira tos li sans, 

parole te faudra et sens, 

quant tu cuideras commencier, 

et se tant te pues avancier 

que ta raison commencier oses, 

quant tu devras dire trois choses, 

tu n'en diras mie les deus: 

tant seras vers li vergondeus. 

il n'iort ja nus si apensés 

qui n'oblit en cel point assés, 

11 fox. l'.i (Jom.'ilf.T. 34 lieu. 3'> coleur. 
sens. 



:{25 



GUILLAUME DE LORRIS, ROMAN DE LA ROSE. 



326 



s'il n'est tels qui de guilcr serve, 
mais faus amant content lor verve 
si com il vuelent sans pëor, 
qu'il sont trop fort losengëor. 
il (lient un et pensent el, 5 

li traitor félon mortel, 
quant ta raison sera fenie, 
sans dire mot de vilenie, 
molt te tendras a coachié, 
quant tu avras riens oblïé lo 

qui te fust avenant a dire, 
lors reseras en grant martire: 
c'est la bataille, c'est l'ardure, 
c'est li corros qui tos jors dure, 
ja lin ne prendra ceste guerre I6 

tant con l'en vueiUe la pes ({uerre. 
Quant ce vendra qu'il sera nuis, 
lors avras plus de mil anuis: 
tu te cocheras en ton lit 
ou tu avras poi de délit : 20 

car quant tu cuideras dormir, 
tu commenceras a frémir, 
a tresaillir, a dementer, 
seur coste t'estovra torner, 
une heure envers, autre heure adens, 25 
comme cil qui a mal es dens. 
lors te vendra a remembrance 
et la façon et la samblance 
a cui nulle ne s'apareille. 
si te dirai fiere merveille: 30 

tel fois sera qu'il t'iert avis 
que tu tendras celé au cler vis 
entre tes bras tretote nue, 
ausi com s'el fust devenue 
dou tôt t'amie et ta compaingne. 35 

lors feras chastiaus en Espaingne 
et avras joie de noiant, 
tant com tu iras foloiant 
en la pensée deUtable 
ou il n'a que mençonge et fable: 40 

mais poi i p orras demorer. 
lors commenceras a plorer 
et diras 'diex, ai je songié? 
qu'est icé, ou estoie gié? 
ceste pensée dont me vint? 45 

certes le jor dis fois ou vint 

2 amans. 3 peour. s vilônie. 14 corrouz. 
. 41 po. 



vorroie qu'ele revenist. 
el me paist tôt et replenist 
de joie et de bonne aventure, 
mais ce m'a mort que poi me dure, 
diex, verrai je ja que je soie 
en tel point conune je pensoio? 
la mors ne me greveroit mie, 
se je moroie es bras ra'araie. 

Molt me grieve Amors et tormente. 
sovent me plains et me démente; 
mais se tant fait amors que j'aie 
de m'amie entérine joie, 
bien seront mi mal racheté, 
las, je demant trop grant cheté ! 
je ne me teins mie por sage, 
dont je demans si grant outrage : 
car qui demande musardie, 
bien est drois «[ue on l'escondie. 
ne sai comment dire ge l'ose, 
car maint plus preus et plus alose 
de moi avroient grant henor 
en un loier assés mener, 
mais se sans plus d'un seul baisier 
me daignoit la bêle aaisier, 
molt avroie riche desserte 
de la paine que j'ai sofferte. 
mais fort chose est a avenir, 
je me puis bien por fol tenir, 
dont j'e mis mon cuer en tel leu 
que je n'en puis avoir nul preu. 
si di je que fos et que gars, 
que miex vaut de li uns regars 
que d'autre li déduis entiers, 
molt la veïsse volentiers 
ore endroites, se diex m'aïst: 
guéri fust qui or la veïst. 

Diex, quant sera U ajorné! 
en cest lit ai trop sejorné. 
je n'aimme mie tel gésir, 
quant ne voi ce que je désir, 
gesirs est annuieuse chose 
quant on n'i dort ne ne repose, 
molt m'anuie certes et grieve 
orendroit que l'aube ne crieve 
et que la nuis tost ne trespasse! 

2 tous. 10 plaing. 14 trop richete. 15 tiens. 
19 ge manque. 21 honnour. 29 lieu. 31 fox. 
32 vault. 43 m'ennuie. 

21* 



327 



Xllle SIECLE 



328 



car s'il fust jors, je me levasse. 

ha soleill, por dieu, car te heste, 

ne te sejorne ne t'arreste; 

fai départir la nuit oscure 

et son anui qui trop me dure.' 
La nuit ainsi te conteudras 

et de repos petit prendras, 

se j'onques mal d'amors conui. 

et quant tu ne porras l'anui 

soffiir en ton lit de veillier, 

lors t'estovra appareillier, 

chaucicr, vestir et atorner, 

ains que tu voies ajoruer. 

lors t'en iras en recelée, 

soit par pluie, soit par gelée, 

tôt droit a la maison t'amie, 
qui sera, espoir, endormie 

et a toi ne pensera gueres. 

ime heure iras a l'uis derreres , 

savoir s'il est remés desclos, 

et joncheras illuec tos sos 

defors a la pluie et au vant. 

après vendras a l'uis devant; 

et se tu trueves fendëure, 

ne fenestre ne overture, 

orille et escote par mi 

s'il se sont laiens endormi. 

et se la bêle sans plus veille, 

ce te lo je bien et conseille 

qu'el t'oie plaindre et doloser, 

si qu'el sache que reposer 

ne pues en lit por s'amistié. 

bien doit famé aucune pitié 

avoir d'omme quant il endure 

tes maus por li, se moult n'est dure. 

Si te dirai que tu dois faire 
por l'amor dou haut saintiiaire 
dont tu ne pues ore avoir aise: 
au départir la porte baise, 
et i)or ce que l'en ne te voie 
devant la maison n'en la voie, 



gart que tu soies repairiés 
ains que li jors soit esclairiés. 
icist venirs, icis alers, 
icis veiUiers, icis pensers 

.•> fait as amans sos lor di*apiaus 

durement amaigrù* les pians : 
bien le savras par toi meïsmes, 
il codent que tu t'i seïsmes, 
car saches bien k'Amors ne laisse 

to^ sor fins amans color ne graisse. 
a ce sont bien cil parissant 
qui vont les dames trayssant, 
qu'il dïent por euls losengier 
qu'il ont perdu boivre et mangier; 

15 et je les voi, les janglëors, 

plus gras k'abés ne que prïors. 

Encor te commant et encharge 
que tenir te faces por large 
a la pucele del hostel. 

20 un garnement li donne tel 

qu'el die que tu es vaillans. 
t'amie et tous ses bien voillans 
dois honnorer et chier tenir: 
grans biens te puet par eids venir. 

25 car cil qui sont de li privé, 

li conteront qu'il t'ont trové 
preu, cortois, et bien affaitié: 
miex t'en amera la moitié, 
don pais gueres ne t'esloingne: 

30 et se tu as si grant besoingne 

que a esloingnier t'en coveingne, 
garde bien que tes cuers remaingne 
et pense que tost retomer. 
tu ne dois gueres sej orner: 

a.i fai semblant k'a vëoir te tarde 
celé qui a ton cuer en garde. 

Or t'ai dit comment n'en quel guise 
amans doit faire mon servise. 
or le fai donques, se tu viaus 

40 de la bêle avoir tes aviaus. 



2 hestfcs. 3 tarrestes. ^ connui. y lennui. 27 preuz. 2!) gaires. 31 couuiegne. 32 ton 

ls gaires. 19 darrieres. 20 desclox. 21 touz sox. cuer. 31 gaires. 



329 



PASTOURELLES. 



330 



PASTOURELLES. 



Altframôsische liomanzen und Pastourellen, Leipzig, 1S70, p- 135 — 138. 191 — 193. 



La (loufjors del tens novel 
lait changier ire en revel 
et acrestre joie, 
por lo comancement bel 
dou doiiz mai lez un boschel 
tôt sens chevalchoie. 
entre un pré et une voie 
espringoient sor l'erboie 
pastores et pastorel, 
et en lor muse a t'restol 
vont chantant un dorenlot: 
'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Por faire le coiiiterel 
ot chascuns un vert chapel 
et blanche corroie 
et ganz covez et coutel 
et cotte d'un gi-os burel 
a diverse roie. 

s'ot chescuns lez lui la soie, 
et chescune se cointoie 
por son cointe vilenel. 
Bïatris estroit graislel 
va chantant un dorenlot: 

'vos avroiz lo pickenpot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Entre Guibor et Ansel 
marchent del pié lo praël, 
Guioz lez Maroie 
refaisoit lo lecherel, 
et font croller le cercel 
si qu'il en peçoie. 
cil et celé se desroie, 
fièrent del pié sor l'arboie, 
chescuns i fait son merel. 
et Guis en son chalemel 
cointoie lo dorenlot: 

'vos avrez lo pikempot 
et j'avrai lo dorenlot.' 
Senz semonse et sens apel 
de mon palefroit morel 
dessent lez l'arbroie. 
en la dauce molt isnel 
me mis lez un sotterel, 



20 



30 



cui forment ennoie; 
car de ceU l'esloignoie 
qu'il amoît, si s'en gramoie, 
si a dit 'seignor tousel, 
cil qui fait lo damoisel 
nos tout nostre dorenlot.' 
vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot. 
Dist Pirrins 'sire donzel, 
querrez aiUors vostre avel, 
laissiez autrui proie.' 
kant cil oï son aidel, 
en sa main prist un caillel, 
vers moi lo paumoie. 
kant vi la force n'iert moie, 
sor mon cheval remontoie; 
mais l'un d'aus oing lo musel, 
d'un baston li lis borsel, 
puis guerpi lo dorenlot. 

vos avroiz lo pikenpot 
et j'avrai lo dorenlot. 
Lors me sui mis a la voie, 
et chascuns d'els me convoie 
de baston ou de chaiUel. 
lor chiens Tancré et Mansel 
m'ont hue senz dorenlot. 
vos avrez lo pikenpot 
et j'avrai Jo dorenlot. 

U. 

Quant la douce saisons fine, 
que li fel yver revient, 
que flors et fuelle décline, 
que ces oiselez ne tient 
de chanter en bois n'en broil, 
en chantant si cou je soil, 
toz seus mon chemin erroie.' 
si oï près d'une voie 
chanter la bêle Aielot 
'dorenlot, j'aim bien Guiot ; 
toz mes cuers a lui s'ôttroie.' 

Grant joie fait la meschine 
quant de Guiot li so vient, 
je li dis 'amie_tine, 



331 



XlIIe SIECLE. 



332 



cil vos saut qui tôt maintient, 
vostre amor désir et voil, 
a vos servir toz m'acoil. 
se daingniez que vostres soie, 
ceyntur vos donrai de soie, 
si laissiez cel vilain sot, 
dorenlot, c'ainz ne vos sot 
bien amer ne faire joie.' 

'Sii'e, or m'avez essaiee, 
mais pou i avez conquis; 
mainte autre en arez proiee, 
ci ne l'avez pas apris, 
n'en ici ne lo lairois. 
n'est pas li cuers si destrois 
con il pert a la parole, 
tels baise feme et acole 
qui ne l'aime tant ne quant, 
dorenlot, alez avant, 
ja ne me troverez foie.' 

m. 

'Quant voi la flor nouvele 
paroir en la praële, 
et j'oi la fonte nele 
bruire seur la gravele, 
lors mi tient amors novele 
dont jo ne garrai: 
se cist maus ne m'asoaige, 
bien sai que morrai. 

Je sui sade et brunete 
et jone pucelete, 
s'ai color vermeiUete, 
euz vers, bêle bouchete; 
si me point la mamelete 
que n'i puis durer; 
resons est que m'entremete 
des douz maus amer. 

Certes, se je trouvoie 
qui m'en meïst en voie, 



20 



25 



30 



35 



volentiers ameroie, 
ja por nul nel leroie ; 
car bien ai oï retraire 
et por voir conter 
que nus n'a parfaite joie 
s'el ne vient d'amer.' 

Vers la touse m'avance, 
por oïr s'acointance ; 
je la vi bele et blanche, 
de simple contenance : 
ne mist pas en oublïance 
ce que je li dis. 
maintenant sans demorance 
s'amor li requis. 

Pris la par la main nue, 
mis la seur l'erbe drue ; 
ele s'escrie et jure 
que de mon geu n'a cure, 
'ostez vostre lechëure, 
dex la puist honir; 
car tant m'est asprete et dure, 
ne la puis soufrii*.' 

Bele très douce amie, 
ne vos esmaiez mie : 
on cor ne savez mie 
con ce est bone vie. 
vo mère n'en morut mie, 
ce savez vos bien: 
n'en fera certes la fille, 
n'en doutez de rien. 

Quant Toi despucelee, 
si s'est en piez levée, 
en haut s'est escrïee 
'bien vos sui eschapee. 
treze ans a que je fui née 
par mon escient; 
onques mais n'oi matinée 
que j'amasse tant.' 



ROMANCES. 

Altfranzôiische Romanzen und Paslourellen , Leipzig 1870, p. 35 — 38. 28 — 29. 

I. 40 ki me fait voilier, 

Un petit devant le jor por oblïcr ma dolor 

mç levai l'autrier, et por alegier 

sospris de novelle amor m'en alai coiUir la fior 



333 



ROMANCES. 



334 



de joste un vcrgier. 

la dcflens en un destor 

oï un chevalier, 

desor lui en haute tor 

dame ki molt l'ot chicr. 

elle ot frescho la color 

et chantoit par grant doçor 

un dous chant piteus mellé en plor, 

et dist come loiaus drue 

'amis, vos m'avés perdue: 
li jalos m'a mis en mue.' 
Quant li chevaliers entent 

la dame au vis cler, 

de la grant dolor k'il sent 

coraence a plorer, 

puis a dit en sospirant 

'mar vi enserrer, 

dame, vostre cors le gent 

ke tant doi amer. 

or me covient chierement 

les grans biens comparer, 

ke volentiers et sovent 

me solïés doner. 

las, or me vait malement, 

trop a ci aspre torment; 

et se çou nos dure longement, 

sire, diex ke devenrons nos? 

ja ne puis je durer sens vos : 
et sens moi coment dures vos?' 
Dist la dame 'biax amis, 

amors me maintient. 

assés est plus mors ke vis 

qui dolors sostient. 

les moi gist mes enemis: 

faire le covient, 

ne je n'ai joie ne ris 

se de vos ne vient. 

j'ai si mon cuer en vos mis, 

tôt adés m'en sovient. 

se li cors vos est eschis, 

li cuers a vos se tient. 

si faitement l'ai empris: 

et de çou soiiés tos fis 

que sans repentir serai tos dis 

vostre loials amie: 

por çou, se je ne vos voi, 
ne vos obli je mie.' 
'Dame, jel cuit bien savoir, 



tant l'ai esprové, 

que vos ne porriés avoir 

cuer de fauscté. 

mais ceu me fait molt doloir 
5 ke j'ai tant esté 

sire de si grant voloir: 

or ai tôt passé. 

diex m'a mis en non chaloir 

et de tôt oblïé: 
10 je ne pëusse chaoir 

en greignor povreté. 

mais je ai mclt boen espoir 

k'encor mi pnet molt valoir, 

et diex le me doinst encoire avoir. 
15 s'est drois que jel die : 

se dieu plaist, li jalos morra, 
si ravrai m'amie.' 
'Amis, se vos desirrés 

la mort au jalous, 
20 si fas je, si m'ait dés, 

cent tans plus de vous; 

il est viels et rasotés 

et glos come lous, 

si est magres et pelés 
25 et si a le tous. 

putes teches a assés, 

11 desloiaus, li rous: 

tote sa graindre bontés 

c'est de çou qu'il est cous. 
30 amis, mar fu mes cors nés 

quant pour vous est enserrés 

et autres en a ses volentés. 

drois est que m'en plaigne: 

coment garira dame sens ami, 
35 cui amors mehaigne? 

Biaus amis, vos en irés, 

car je voi le jor. 

des ore mais n'i poês 

faire lonc sejor. 
40 vostre fin cuer me lairés, 

et n'aies paor, 

c'aveuc vos en porterés 

la plus fine amor. 

des ke vos ne me poes 
45 geter de ceste tor, 

plus sovent la regardés 

por moi par grant douçor.' 

et cil s'en part tos irés 



335 



XlIIe SIECLE. 



336 



et dist "las, taiit mar fui nés 

quant mes cuers est ci sans moi rcmés. 

dolans m'en part: 

a deu comans je mes amors. 

ki les me gart.' 

n. 

Quant se nent en mai ke rose est panie, 
je l'alai coillir per gi-ant druëric. 
en pouc d'oure oï une voix série 
lonc un vert bouset près d'une abïete. 

•je sant les douls mais leis ma seuturete. 

malois soit de deu ki me tist nonncte. 
Ki nonne me tist, Jésus lou maldie. 
je di trop envis vesprcs ne conplies: 
j'amaixe trop muels moneir bone \ie 
ke fust dediùssans et amerousete. 

je sant les douls mais leis ma senturete. 

malois soit de deu ki me tist nonnete.' 



Elle s'escrïait 'com seux esbaihie! 
e deus, ki m'ait mis en ceste abaïe ! 
maix ieu en istrai per sainte Marie: 
ke n'i vestirai _ cotte ne gonnete. 
5 je sant les douls mais leis ma senturete. 
malois soit de deu ki me tist nonnete. 
Celui manderai a cui seux amie, 
k'il me vaigne querre en ceste abaïe, 
s'irons a Parix moneir bone vie, 
10 car il est jolis et je seux joncte. 

je sant les douls mais leis ma senturete. 
malois soit de deu ki me list nonnete.' 
Quant ces amis ot la paroUe oïe, 
de joie tressaut, li cuers li fremie, 
\h et vint a la porte de celle abaïe: 
si en getait fors sa douce amïete. 

'je sant les douls mais leis ma senturete. 
malois soit de deu ki me tist nonnete.' 



CHANSONS ANONYMES. 

I. Ms. de Paris St. Germain 1989, Fol. 101. IL ibid. Fol. T2. Copies de M. Schirmer. IIL AU- 
franzôsische Lieder und Leiche von W. Wackernagel p. 53. 



CIL\NSON A BOIRE. 

Qant li malos bruit 
sor la flor novelle 
et li solaus luit 
qui tout resplandelle, 
lour mi plaist la damoizeUe 
qui est jone et jante et belle, 
et por li suis an grant joie 
aseis plus que ne soloie. 
je suis siens et elle est moie: 
dehait ait qui ne l'otroie, 
que por riens n'en partiroie. 

Joie et grant desduit 
ai por la donseUe. 
g'i pans jor et nuit 
et s'amor m'apelle. 
je l'oï an la praielle 
chanter a la fontenelle 
par desor une codroie, 
soûle, an un blïaut de soie. 

22 brut. 23 novcle. 24 luiet. ;j5 an la fontelle. 



20 chapial d'or ot et coroie. 

deus, com eUe s'esbanoie 
et com elle se cointoie! 

Ki ainmet valor 
et met sa pansée 

25 a lëaul amor 

et il l'ait trovee, 

bien ait sa joie doblee, 

n'an doit partir por riens née. 

qui se met an aventure 

30 d'amer, amor l'asëure 

de joie et d'anvoisëure 
et de bien et de mesure, 
toute sa vie li dure. 
J'ain lou grant signer 

35 c'an haut honor bee, 

large donëor, 
et bien ficrt d'cspee, 
cant il vient a la melee. 
iceu me plaist et agrée, 



23 valour. 
30 don cour. 



2>i par. 30 lusaurc. 35 bcie. 



337 



CHANSONS. 



338 



mais de rnavais a'ai ge cure, 
c'on ne s'en poroit desduire. 
plain sont de maie faiture, 
n'i ait raison ne droiture: 
fous est qui s'i asëure. 

J'ain lou chevalier 
qui bien met sa terre 
an bial tornoier 
et a lous conquerre. 
ceu li doit an bien soferre 
puis qu'il son avoir n'anserre. 
bruit d'armes et druërie 
maintient et chevalerie 
aveuc bone compaignie. 
lors avra bien deservie 
l'amor de sa douce amie. 

Je ne quier aler 
an poingnis de gerre; 
mais ou froit celier 
la me puet on querre. 
a boLn ferreit que bien fen'e 
la voil mon argent olierre. 
et se j'ai trute florie, 
gastial et poUle rostie, 
bien i vodroie m'amie 
qui sanble rose espanie, 
por faire une ravcrdie. 

n. 

Je chantasse d'amoretes, 
s'en eusse l'aqoison; 
mais se je faz chançonetes, 
ceu sera contre raison, 
femes sont mais trop nobletes 
et trop de fauseté bretes; 
amors n'ont mais que lo non. 
amors ont malvais renon, 
car li riche al cuer félon 
sont amé por faire don 
et li cortois povres hom 
aime sens, 
anuieus 
est li povres envïeus. 

Qui vuet avoir la baillie 
de s'amie a son talant, 

12 Brut. 



30 



35 



40 



45 



bien gart k'avers ne soit mie, 

mais penst que il doinat sovent 

cotte, mantel a s'amie, 

peliçon et sosquenie 

et chascun mois garnement 

et tôt quan k'cle despent 

et que celé ait de l'argent. 

qui lo plait fait autrement, 

n'i trueve l'on nul samblant 

amereus 

ne piteus 

ne plaisant ne deliteus. 

N'i vaut mais riens cortesie 
ne biautez ne biax ators. 
nuns ne puet avoir amie, 
tant i sache faire tors, 
se sa borse ne deslie. 
amors lo povre home oblie 
ne li plaist pas ses sejors, 
puis qu'U ne puet tenir cors, 
li riches n'iert ja si lors 
ne tant avulés ne sors 
k'il ne soit, hui est li jors, 
gi-atïeus. 
anuieus 
est li povres envïeus. 

Se c'est que femme vos die 
■je vos aim', nel créez ja. 
femme est plaine de boisdie, 
nature li ajuga, 
en mal panser est norrie. 
s'ele tant fait que vos rie, 
en riant vos décevra, 
ne j a ne vos amera 
se l'avoir non qu'ele en a. 
la costiune en est pieça, 
ses cuers va or si or la 
en mainz leus 
corageus 
et tornanz et outrageus. 

ni. 

CHANSON D'UNE DAME. 
La froidor ne la jalee 
ne puet mon cors refroidir; 



9 conquête. 12 Brut. 14 Auen. 23 trutes 5 chascuns. ytruelon. lo amerous. iipitous. 

flories. 24 gastiaus et poilles rosties. 30 da- 12 delitous. 

morettes. 34 noblettus. 35 brettes. 42 aniex. 
Bartscu, ChrestomatUie. IV. Ed. 



16 sache] sa. 24 gratious. 25 anious. 

26 envious. 43 Rubrique Une dame. 45 refroidier. 

22 



339 



XlIIe SIÈCLE. 



340 



si m'ait s'amor eschaufee, 

dont plaing et plor et sospir. 

car toute me seux donee 

a li servir. 

muels en dëusse estre amee 

par désir 

de celui ke tant désir, 

ou j'ai mis ma pensée. 

Ne sai consoil de ma vie, 
se d'autrui consoil neu ai; 
car cU m'ait en sa bailUe 
cui fui et seux et serai, 
por tant seux sa douce amie 
ke bien sai 

ke por rien ke nuls m'en die 
n'amerai 

fors lui dont seux en esmai: 
quant li plaist, se m'ocie. 

Amors, per moult grant outraige 
m'ocïeis ne sai por coi: 
mis m'aveis eu mon coraige 
d'ameir lai ou je ne doi. 
de ma foUe seux saige 
quant jel voi 



15 



20 



de porchaiscier mon damaige 
ne recroi; 

d'ameir plux autrui ke moi 
ne li doinst deus couraige. 

Ensi laisse; k'en puis faire 
cui amors justice et prant? 
ne mon cuer n'en puis rctrairo 
ne d'autrui joie n'atent. 
trop ont anuit et contraire 
li amant. 

amors est plux debonaire 
a l'autre gent 

k'a moi ki les mais en sent 
ne nuls biens n'en puis traire. 

Ma chanson isi define, 
ke joie ait vers moi fineir; 
car j'ai el cors la rasine 
ke ne puis desrasineir, 
ke m'est a cuer entérine 
sens fauceir. 

amors m'ont pris en haine 
por ameir. 

j'ai bëut del boivre ameir 
k'Isoth but la roine. 



RETROUANGE DE JACQUES DE CAMBRAI. 

Altfranzôsische Lieder und Leiche von Wilh. Wackernagel, p. 66. 



Retrowange noveUe 
dirai et bone et belle 
de la \-irge pucelle 
ke meire est et ancelle 
celui ki de sa chair belle 
nos ait raicheteit 
et ki trestous nos apelle 
a sa grant clairteit. 

Ce nos dist Isaïe 
en une profesie, 
d'une verge delgie 
de Jessé espanie 



6 manque. & mise, 
delgie] degipte. 



•25 



35 



24 uo. 33 Se. 35 cune. 



istroit flors per signorie 
de très grant biaulteit. 
or est bien la profesie 
torneie a verteit. 

CeUe verge delgie 
est la virge Marie; 
la flor nos senefie, 
de ceu ne douteis mie, 
Jhesu Crist ki la haichie 
en la croix souflfri: 
fut por randre ceaus en vie 
ki ierent péri. 

10 finei. 25 flors manque: W. veut isteroit 

sans flors. 2!< delgie] degipte. 



:ill 



MOTETS. RONDELS DE WILLAMME D'AMIENS. 



342 



MOTETS. 

U'itnnnische Inedila auf ilalidiiischen Bibliotheken gesnmmelt von Paul Hei/se, Berlin 1856, p. 49. 52. 

que bien croi que m'ocira. 



I. 

C'est amouretc ki m'i prant, 
si que ne pens a riens vivant 
fors k'a la bêle au cler vis 
aimmi ! 

sa blance gorgete plaisant, 
son menton vautis, 
sa frece bouce l'ïant, 
ki tous jors dist par samblant 
•baisiés, baisiés moi, amis, 
toudis !' 

son nés bien fait a devis 
et si vair oel souriant, 
larron d'ambler cuer d'amant, 
et si brun sourcil luisant 
m'ont navré 
d'un dart si enamoré. 



a dix, a haré, 
qi m'en garira? 

II. 

Bêle Aielis par matin se leva, 
en un pré juër ala 
par déport et par douçour; 
lor li menbre d'une amour 
k'enprise a, si grant piecha. 
en SQUspirant s'escrïa 
'dieus, con vif a grant doulour, 
qant on mi bat nuit et jour 
pour celi qui mon cuer a. 
mais com plus mi bâtera 
ma mère, plus me fera 
penser folour.' 



RONDELS DE WILLAJVOIE D'AMIENS. 

Romanische Inedita auf italidnischen Bibliotheken gesammelt von Paul Het/se, Berlin 1856, p. 54. 57. 



Jamais ne serai saous 
d'esguarder les vaii's ieus dous 
qui m'ont ocis. 
onques mais si au desous, 
jamais ne serai saous, 
ne fu nus cuers amourous 
ne ja n'ert a tans rescous, 
qant muir tous vis. 
jamais ne serai saous 
d'esguarder les vairs iex dous 
qi m'ont ocis. 



II. 



C'est la tins, kol que nus die, 
j'amerai! 

c'est la jus en mi le pre, 
c'est la fins, je veul amer, 
jus et baus i a levés, 
bêle amie ai. 

2 amouretes ki nii tienent. 



c'est la fins, koi que nus die, 
j'amerai. 

20 

III. 

Pi-endés i garde, 

s'on mi regarde; 

s'en mi regarde, 
25 dites le moi. 

c'est tout la jus en ces boschages — 

prendés i garde, 

s'on mi regarde! 

la pastourete 
30 u gardoit vaches : 

'plaisans brunete, 

a vous m'otroi.' 

prendés i garde, 

s'on mi regarde; 
35 s'on mi regarde, 

dites le moi. 

1 car que ; Heyse conjecture car bien. 2 hareu. 
p. ê. Belc Aielis s'esveilla et par matin se leva. 
26 en deux lignes chez Heyse. cel boschaige: le 
vers- rime avec vaches. 29 pastourele. 



22 



343 



XlIIe SIECLE. 



344 



JEU-PARTI ENTRE ANDRIEU CONTREDIT ET GUILLAUME LE VINIER. 



Altfranzôsische Lieder berichtigt und erldutert von Ed. Màtzner, p. 84. 



Guillames li Viniers, amis, 
d'un jeu parti me respondez: 
dites qu'il vous en est avis, 
s'il vous plaist, le meillour prenez, 
uns faux amans faussement proie 
une qui faussement otroie: 
le quel doit estre plus blasmez, 
ou il ou elle, or i gardez. 

Andriu Contredit, grans mercis 
du bel otfre que fait m'avez, 
moult tost avrai le meillour pris; 
gardez que bien vous desfendez, 
çainte est de trop pute corroie 
famé qui faussement otroie ; 
li homs est pire que desvez, 
mes la famé vault pis d'assez. 

GuiUames, vous avez mespris, 
quant le tort sus famé metez: 
li homs doit estre plus garnis 
de sens, d'onneur, de loiautez. 
et quant il en tant liex s'emploie, 
il n'aime pas, je cuideroie 
qu'il fust vers amours parjurez, 
s'en doit estre des bons retez. 



15 



Adroit vous estes. Contredis 
Andriu, quant du tort estrivez; 
ausi netement que samis 
doit cors de famé estre gardez, 
de famé moult envis creroie 
que sans cuer otroiast sa joie; 
et s'ele le fait, c'est vieutez 
et honte de blasme fevez. 

Cxuillames, moult estes soutis, 
quant le tort par sens soustenez; 
mes cil doit estre moult haïs 
qui est de tel blasme encoupez. 
en lui fier ne m'oseroie, 
puisque traïtour le savroie 
d'amour qui soustient loiautez, 
s'en doit estre des bons blasmez. 

Andrui, quant tant y avrai mis, 
si dirai ce que vous savez: 
famé doit s'onneur et son pris 
miex garder c'uns hom mal senez. 
qui se puet d'en mi maie voie 
retourner, ne sai que diroie, 
de c'est li mons mal afinez : 
mesfet de famé est héritez. 



JEU -PARTI ENTRE LE DUC DE BRABANT ET GILLEBERT DE 

BERNEVILE. 



Altfranzôsische Lieder und Leicke von Wilh. Wackernagel ., Basel 1846, p. 56 — 58 (A). Comparé 

par M, Schirmer avec le Ms. St. Germain 1989, Fol. 112 (B). J'ai changé l'orthographie lorraine 

dans celle du Nord. Cf. Scheler, Trouvères Belges p. 49 — 51. 



He Gillebers, dites s'il vos agrée, 5 

respondés moi a ce ke vos demant: 
uns chevaliers a une dame amec 
et ce sai bien k'il en est si avant 
ke de U fait nuit et jor son talant, 
c'amors a si la dame abandonee- 

17 mespriz. Rubrique li dus de braibant A. 

26 He] E B. Biaus A. si B. 26 demans B. 

27 chiveliere B. 28 se A. Et se vos di B. 2!) 
ke il en fait neut et jor ces talans B. 30 Tant 
ont amors B. 



dites s'amors vait por ce aloignant. 

Dus de lirabant, ja orés ma pensée, 
ja bone amors n'ira por ce faillant, 
ain(;ois seroit en loial cuer doublée 
s'on li faisoit bonté en bial samblant. 
se la dame est donee a son amant, 



8 fievez. 2.^ Car me dittes vont amors défail- 
lant B. 20 Dus de Braiban B. ores B. 27 jai 
li amor A. 2>> serait de loal B. 2'.> San li avoit 
bonteit ne tant ne quant B. 



345 



LE RECLUS DE MOLiENS. 



346 



ja n'en sera de lui fors mieus amee, 
s'en son cuer a point de bonté menant. 

He Gillebert, ou avés vos trovee 
ceste raison? trop vos voi non sachant, 
on tient plus cbier la chose desirree 5 

ke ce c'om a abandoneement. 
ne m'aies mie de ce aprenant: 
tant est amors servie et honorée 
com les dames se gardent sainement. 

Dus, j'ai moult bien vo raison escoutee; lo 
mais vos parlés trop raervillousement. 
quant mieus me fait amors et plus m'agrée, 
et mieus la ser et plus m'en truis engrant. 
assés mostrés le vostre covenant. 
tost avriés vostre dame oblïee; lô 

je U lo bien k'elle vos maint tandant. 

He Gillebert, or est foie provee, 
s'en vo merci ne se met maintenant. 



quant on fait tant ke sa dame est gabee, 
dites vos dont c'om l'aime plus forment V 
n'est pas amor ou on vait mal querant 
dont sa dame poroit estre blamee. 
nus ne le fait ki aime loiaument. 

En nom deu, dus, ce est chose passée : 
je ne croirai k'il soit si faitemant 
ke por bonté soit dame refusée, 
ains la doit on servir mieus ke davant. 
or nos metons en loial jugement, 
s'iert la raison de nos dous desevree, 
car nos estris dure trop longuement. 

Gillebert, soit; j'en preng por mon guerant 
le bon Kaoul de Soisons, ke se\Tee 
ne fist d'amor nul jor de son vivant, 

Dus, et j'en preng le bon conte vaillant, 
celui d'Anjo : la chose est bien alee, 
car cist dui sont de bon entendement. 



LE RECLUS DE MOLIENS. 

Ms. de la bibliothèque princière de Wallerstein à Mayhingen , parch. 13e siècle, Fol. 47. 



De cheli ne sai je que fâche, 
qui se pleint que diex en sa fâche 
ne mist pas color assés bêle, 
ou pour che que langors l'encache 
au merthonier biauté pourcache, 
dont ele depaint sa maissele 
aussi comme on paint une aissele: 
neïs la veille renovele 
sa color que vielleche effache 
et soi revent pour jovenchele. 
'bêle sui', dist la chetivele: 
'li merchiers, non dieu, en ait grâce.' 

Mal sont baiUi li mercatour, 
car il sont mortel peccatour 
qui vendent si faite enposture. 
de la honte sont consentour, 
que on en fait au créateur: 
ch'est merveille que diex endure 
que femme li fait tel laidure, 

1 de Ici B. muelz A, moins B. 2 san lui 
avoit p. J5. 3 E B. Gclebert ^1. 5 ans enime 
niiez la B. t; consait B. ~ mies B. reprenant 
A. 9 ke les ,4. sen ^. lO — 346, 18 manquent B. 
15 aueries. n Gelibert. 



que ele ensi se desfigure. 

20 femme qui sert de tel atour, 

qui sor l'eu^TC dieu met tainture, 
diex ne le tient pour se faiture 
ne ele dieu por son faitour. 

Ne s'esmervaut nus de chest mot: 

25 s'il mescroit che que dire m'ot: 

en soi a petit de mémoire, 
ausi con li potiers son pot 
fist diex chascun tel con li plot, 
wai cheli, soit blanche, soit noire, 

30 qui por soie biauté aoire 

se paint conme ymage marmoire. 
diex des euvres qu'il fait s'esjot, 
en nous aime la fâche voire 
qu'U fist, mais volt de barbëoire 

35 - cuidiés qu'il l'aint ne qu'il le lot? 
tu riches hon plains d'orgueil, 
orgueil t'a rais en mal escueU. 
enten que devant l'oU te peut. 
cheler ne te doi ne ne voU 



11 si iert A. desevree Scheler] partie A. 24 
sesmeruant. 29 che li. 36 hô. 



347 



XlIIe SIECLE. 



348 



che que trois lisant eu un foil 

de l'evangille qui ne ment. 

Jhesus dist "wai a riche gent, 

qui chi ont lor confortement. 

o riches, ichest mot requiel 5 

ne le lai pas aler au vent. 

ichest mot recorde sovent, 

car chist wai t'atent a ton sueil. 

Orgueilleus, tu as mult bon mai. 
tu me despis, mais poi m'esmai lo 

et mult m'est poi de ton dangier. 
se tu ses plus que je ne sai 
et tu as plus que je nen ai 
de quanques li mondes a chier, 
ne te saras ja tant gaitier 15 

ne reviegnes a mon sentier, 
aussi morras con je morrai. 
mors qui tout toit sans recouvrier 
te cangera mai en février, 
mors muera ta joie eu wai. 20 

A dieu prent guerre qui s'orgueille 
ne puet faillir qu'il ne se doiUe, 
car chele li fera ranscuue 
qui tout eskeut et flour et fueille, 
a cui sousgist, voUle ou ne voille, 25 

toute riens qui vit sous la lune; 
chele qui tout retrait a une 
eure, quanques avers aiijie, 



chele qui les prinches despoille, 
chele qui la blanche fait brune, 
chele qui les plus fiers esgrune, 
chele qui orgueus desorgueille. 

Orgueil, conment quides durer 
ne te savras tant emmurer 
qu'envers dieu aies guarison? 
vels tu dieu faire parjurer? 
je l'oï par David jurer 
que ja n'avra en sa maison 
orgueilleus habitation, 
se tu vels avoir mansion 
a dieu, d'orgueil t'estuet curer, 
onques dieus n'arma campïon 
encontre orgueUleus se soi non; 
et qui le porroit endurer? 

Li pruniers angles s'enflamma 
par orgueU tant que il clama 
el chiel le seconde chaiere. 
et dame dix l'en desrama, 
car son cler volt U enfuma 
d'une tant obscure fumiere 
qui atenebri sa lumière: 
chis porta d'orgueil la baniere. 
contre orgueil donques dix s'arma, 
qui ne velt que autres le fiere, 
d'une armëure fort et fiere, 
dont aine puis ne se desarma. 



ADENET LE ROI. 



OLEOMADES. 



Li Roumans de Cléomadès par Adenès li Rois, publié par A. van Hasselt, Bruxelles 1865. /, 87 — 96, 
F. 2761 — 3041. Donné ici d'après le Ms. de Paris, Sorbonne 54, fol. 9, copie de M. Michelant. 



Cleomadés vit un chastêl 
encoste un plain, très fort et bel, 
ou il ot mainte bêle tour. 
bo8 et rivières vit entour, 
vignes et praieries grans. 
mult fu li chastiaus bien sëans. 
la façon dou castel deïsse, 
mais je dout mult que ne meïsse 
trop longement au deviser: 
pour ce m'en voel bj-iément passer. 

5 chest. 9 mit, toujours, is tols. 



Du chastel vous dirai le non: 
miols sëant ne vit aine nus hom, 
lors l'apieloit on Chastel-noble. 
n'ot tel dusque en Coustantinoble, 
ne de la dusque en Osterice 
n'ot plus bel, plus fort ne plus rice. 
Carmans a cel point i -estoit 
que Cleomadés vint la droit, 
forment li sambloit li chastiaus 
de toutes pars riches et biaus. 

22feince. 32. 33 dusques. iMie H'\manque. 35poit. 



349 



ADEXET, CLEOMADES, 



350 



Cleomadés lors s'avisa 
que viers le chastel se trcra. 
bien pensoit qu'eu tel liu manoieut 
gent qui de grant ataire estoient. 
che fu si qu'apriés l'ajournée 
mult faisoit bêle matinée, 
car mais estoit nouviaus entrés: 
c'est uns tans ki mult est amés 
et de toutes gens conjoïs; 
pour çou a non mais li jolis. 
une très grant tour haute et forte 
avoit asés priés de la porte, 
ki estoit couverte de pion, 
plate deseure, car adou 
les faisoit ou ensi couvrir 
pour engins et pour assallir. 

Cleomadés a avisée 
la tour ki estoit haute et lee; 
lors pense qu'U s'arestera 
sor celé tour tant qu'il savra, 
se U puet, la certainité 
quel pais c'est la vei'ité. 
lors a son cheval adrechié 
viers la tour de marbre entaillié. 
les chevilletes si tourna 
que droit sour la tour aresta. 
si coiement s'est avalés 
que sour aighe coie vait nés. 
Quant Cleomadés fu venus 
sour la tour, tantost descendus 
est du cheval: puis regarda 
une entrée ki estoit la, 
par ou on pooit avaler 
ou chastel et par tout aler. 
lors pensa c'ou chastel iroit 
et son cheval illuec lairoit, 
car mult très volentiers mangast, 
che sachiés, se il le trouvast. 
mais mult bel déporter se sot 
de ce que amender ne pot. 

Illuec a lessié son cheval: 
par les degrés s'en vint aval, 
mult noble liu par tout trouva, 
tant ala de cha et de la 
k'il est venus en une sale 



ki n'estoit ne laide ne sale, 
mais mult bcle et nouviel joncie. 
une table i avoit drechie 
d'yvoii'c a pierres de cristal. 

5 tout si fait furent li hestal. 

très blance uape ot dcsus mise, 
ouvrée de diverse guise, 
sor l'un cor de la table avoit 
a mangier quanqu'il couvenoit, 

10 et sor l'autre coron ardestre 

ot vin si bon que nns pot estre, 
et pos d'or et hanas autés. 
viande et vin i ot assés. 
* Ore est raisons que je vous die 

15 que celé table senefie, 

ne pour coi on mis i avoit 
la viande ki sus estoit, 
et le vin et la blanque nape. 
anchois que li contes m'escape, 

20 vous en dirai la vérité. 

de lonc tans ert acostumé 
en cel chastel et establi 
que on n mois en l'an ensi 
le faisoit et ne plus ne mains. 

23 mays en estoit li premerains, 

car en cel mois le commença 
cU qui tel cose acostuma 
des le premier conmaencement. 
or vous di je certainement 

30 que li secons estoit gayns, 

qu'il fait bon aler es gardins. 
ces n mois cescune vespree 
estoit la viande atournee; 
desur la table le metoient 

35 et puis le vin, lor s'en aloient, 
quant fait l'avoient beneir 
a lor prestres au départir. 

Pour may et gayn honorer 
list on celé- cose estorer, 

40 le may pour sa joliveté 

et le gayn pour sa plenté. 
lendemain si tost revenoient 
que lors dix aoui'és avoient 
selonc le tans qui lors estoit. 
43 de celé viande mangoit 



3 manoit. lo a non H] est. 

14 adonc. 37 très H] manque. 



13 plonc. 



1 sale H: gaste. 
IS nappe. 



4 pierres B] pies. 16 i] li. 



351 



XlIIe SIECLE. 



352 



Carmans ou u morsieus ou trois, 
et puis si bevoit une fois, 
et puis li autre grant signour 
faisoient ainsi tout entour. 

Et quant il avoient mangié 5 

entour la table et solachié, 
adont lor feste conuaençoit. 
plenté d'estrumens i avoit, 
vïeles et salterions, 

harpes et rotes et canons 10 

et estives de Comûaille. 
n'i faloit estrumens ki vaille, 
car li rois Carmans tant amoit 
menestreus que de tous avoit. 

lui avoit kintarëurs 15 

et si avoit bons leutëui-s 
et des fleutëurs de Behagne 
et des giguëors d'Alemagne 
et de flautëurs a n dois, 
thabours et cors sarrasinois 20 

it ot, mais U erent as chans 
por çou que lor noise ert trop grans. 
n'estoit manière d'estrumens 
que ne fust trouvée laieus. 

Cleomadés qui fain avoit 25 

fu liés quant la table perçoit, 
et pense que il mangera 
puissedi que il trouvet l'a. 
au chief de la sale devant 
ot une fontene sourjant 30 

ouvrée de marbre liois, 
(plus bêle ne \-it quens ne rois) 
a im lyonchiaus d'argent 
ki erent ouvré richement, 
par ou venoit celé fontaine, 35 

cler sourdant par conduit d'araine. 
et Cleomadés i lava 
ses mains et tantost s'en ala 
vers la table, se s'i assist 
com cil ki volontiers le fist. 10 

Assés manga tant com lui plot 
et quant mangiet et bëut ot, 
si s'est de la table levés, 
viers l'uis d'une cambre est aies 
qu'il vit un petit entreouvert. 45 

10 canons ff] chancons. 16 klntarieurs, 17 
fleteurs. 1rs gigueours B] grugneors. 30 fon- 
tenele. ih ouviers. 



savoir violt de coi cis huis sert, 
en celé chambre entra errant, 
un grant ^ilain trouva gisant: 
priés iert ausi grans c'uns jaians. 
mult iert fel et fiers et puissans 
et outrageus et poi boutable. 
en somon ot non Desresnable 
et en son droit non Rustemans: 
maugi-acieus estoit et grans. 
tous \iestus sour un lit gisoit. 
de barbe tant ne quant n'avoit, 
car teus fu, ce sachiés de voir, 
que barbe ne devoit avoir. 

A sou chevet avoit pendues 
espees, ghisarmes, machues, 
misei'icordes et faucons 
et bracieus et bouclers rëons 
et une targe navaroise 
et une grant make turcoise : 
et si avoit pendu encor 
une abaleste faite d'or 
et uns keures plains de quariaus. 
entraviers parmi ses mustiaus 
jut une grant hache danoise, 
n'ot pas talant de faire noise 
Cleomadés, ains s'avisa 
que il pas ne l'esveUera. 
encoste lui mult bielement 
passa outre mult coiement. 

Quant le grant vilain ot passé, 
lors a un aloir trespassé 
ki encoste un praiel estoit, 
u mult de flouretes avoit. 
quant au cor de cel praiel vint, 
un petitelet coit se tint, 
un huis vit entaUUé d'yvoire. 
sachiés que fort seroit a croire 
de cel huis, con fais il estoit, 
ki la façon vous en diroit. 

Cleomadés viers l'uis se traist. 
l)or la biauté que mult l'en plaist 
une pièce l'uis regarda, 
et apriés a lui le tira 
un poi, et li huis esranment 
ovri mult deboinairement. 

4 cun. '■> mau] mais; H. maus. 14 chevet 
U] chcves. 21 d'or] de cor; H. fait de cor. 

26 aine. 30 dyvore. 



353 



ADENET, CLEOMADES. 



354 



lors est Cleomadés passés 

ua poi avant, si est entrés 

en une cambre, c'ains nus hon 

ne vit cambre de tel façon, 

car tout cil ki aine cambre virent 5 

ne de cambre parler oirent, 

ne virent si très mervillouse, 

si bêle ne si gracïouse. 

a gTant mervelle riche estoient 

li piler qui le soustenoient. to 

Plus bêle ne vit quens ne rois, 
ne de pilers ne de parois 
n'i ot piere qui entaillic 
ne fust d'uevre trit'oiiiïe. 
d'estoire d'anchïeneté 15 

i ot il ouvrage a plenté, 
ki fu fais de mestres ouvriers, 
or me seroit il bien mestiers 
que je fuisse si avisés 
que li combles bien devises 20 

vous fust de la cambre et a droit 
la u Cleomadés estoit. 
ne pour quant au miols que porai 
la façon eu deviserai. 

Li combles fu d'uevre esmaillie: 25 

mainte ouen'e a point faite et taiilic 
i ot de diverse couleur. 
li combles fu de tel valeur 
que la disme pas ne poroie 
recorder, car je ne saroie. 30 

mais de tant sai bien le manière 
de l'ouvrage que mainte piere 
i ot très riche et précieuse, 
mult fu la chambre deliteusc. 
fenestres teles i avoit 35 

com a tel chambre apartenoit. 
d'yvoire et d'ebenus estoient 
si ouvrées qu'a tous plaisoient. 

A pièce n'aroie conté 
de ce liu toute la biauté; 10 

se chascune cose en voloic 



deviser, trop y meteroic, 
car a deviser seulement 
la richece dou pavement 
de la cambre, dont vous ces, 
seroie je tous encombrés : 
et pour ce le lairai ester, 
car trop metroie au deviser. 

Li rois Carmans et la roïne 
orent tel liu por Clarmondinc 
si arreé que je vous di. 
car il le par amoicnt si 
que on pooit plus tille amer; 
et pour le liu et li garder 
i estoit li grans vilains mis 
ki a Puis gisoit endormis. 

Par dedens celé cambre entra 
Cleomadés, lors s'aresta 
tant que il ot bien esgardé 
la chambre et du lonc et du lé. 
en esgarder se deduisoit 
le gi'ant mervelle que il vëoit. 
clarté de candeles i ot, 
par quoi partout bien vëoir pot. 
et si estoit si ajourné, 
par quoi i ot asés clarté, 
sachiés que mult plëu li a 
la noblece que il trouva. 

Trois lis vit u ens se gisoient 
ti'ois damoiseles qui dormoient, 
mult bêles, ce li fu avis, 
mult iert riches cescuns des lis 
u elles estoient couchies. 
courtoises et bien ensegnies 
furent et de mult grant linage. 
chascune ert boine et bêle et sage, 
l'une d'eles ot non Florete, 
et li autre avoit non Gaieté, 
et li tierce ot non Lyadés. 
moult regarda Cleomadés 
les trois lis, mais ne sot que faire, 
ou aler avant ou retraire. 



ne qui de. u uc vit ne queus. 15 destorc. 
37 dyvore. 



10 arecr. 29 qui se dormoieut. 3'> li autre. 



Baktscu, L'iirestomathie. IV. Ed. 



23 



355 XlIIe SIÈCLE. 356 



BERTE AU GRAND PIED. 

Li Roumans de Berte aus crans pies par Adenés li Rois, publié par A. Scheler , Bruxelles 1874, 
p. 21—27. 'Donné ici d'après le Ms. 1447 {anc. 7534, b) fol. 29 ss. 

Moult fu Berte dolente, mentir ne vous en quier. 'Tybert', ce dist Morans, 'garde sor li ne fier, 
dame dieu reclama le père droit urier ; car par ce saint seingneur qui tout a a bailli er, 

ne set ou l'en la mainne ou avant ou arrier. ja vcrroies tes membres et ta tête trenchier, 
tretoutes leur journées ne vous veuïll rehercier. se jamés ne dévoie en France reperier,' 
quant a l'ostel venoient, on chambre ou en solier :> Ce jor fist mnlt leit tans et de froide manière, 
metoit Tybers Bertain, n"i leissoit aprouchicr et Berte gist adens par desus la bruiere. 
nului, fors lui tout seul: diexlidointencombrier. paor a de Tybei't que il seur li ne fiere, 
et quant il li donnoit a boivrc n'a mengier, nostre dame reclaime la dame droituriere. 
en son poing tenoit nu son brant forbi d'acier, 'seignor', ce dist Morans, 'pensée aroit lanière 
pour ce que la voloit telement esmaier lo qui si bêle pucele mostreroit leide chiere.' 

qu'ele ne desist mot ne que n'osast noisier. 'par dieu', ce dist Tybers, 'vis m'est que il afiere 
de lui ne se voloit nule fois esloignier; que nos l'ocïons tost, puis retenions amere; 

puis remetoit la corde dedens sa bouche arrier, car je l'oi en covent Margiste que j'ai chiere.' 
puis li lioit les mains com félon pautonnier. 'Tybert',cedistMorans,'durcuerascommepieiTe. 
enserrer la faisoit duques a l'esclerier. i.') se tu li fes nul mal, par l'apostre saint Pien'e, 

tout ainsi s'en alerent, sanz mençonge acointier, ne te gueriroit mie tous li ors de Beviere 
bien cinq grandes journées, n'i voudront detrïer, que cist bois ne te soit a tous jours mes litière.' 
tant qu'en un bois s'en vindrent haut et grant et Mult ot Tybers li lerres le cuer très corroucié, 

c'ertlaforestduMans,ceoïtesmoignier.[plenier, quant de tuer Bertain ne li ont otroïé. 
lors le sont arresté desous un olivier : [chier, 2o neporquant a li fel le brant forbi sachié, 
'seingneur', ce dist Tybers, 'par le cors saint Ri- ot li troi serjant l'ont par les flans enbracié, 
de plus avant aler n'avons nos nul mestier.' si qu'il l'ont contre texTO par force agenoillié : 
e cil li respondirent 'bien fet a otroier.' chascuns a trait s'espee, plus n'i ont atargié. 

lors sont tuit descendu a terre sor l'erbier: entresque li doi tiennent Tybert le renoié, 
l'uns avoit nom Morant, qui mult fist a prisier, 2.') la deslie Morans qui en ot gi'ant pitié, 
e l'autre Godefrois, li tierz ot non Renier. le lian de la bouche n'i a il pas lessié. 

la roïne descendent: or li puist diex edier! 'bêle, fuies vous ent, n'i ait plus detrié; 
onques mes de si près ne porent aprouchier, dame diex vous conduise par sa douce amistiéJ 
car Tybers n'i leissoit fors que li atouchicr; Berte s'en va fuiant, le cuer ot esmaié, 
le drap desus sa robe li font tost despoillicr, :uj car bien cuidoit sans faille avoir le chieftrenchié 
coteotd'unblancblïautetmantelmulttreschier. en la forest s'en fuit, mult a dieu gracié, 
quant si bêle la -voient, prennent a lermoier, ainsi eschapa Berte Tybert sans son congié 
et Tybers li traîtres prent l'espee a sachier. quant Tybers l'a vëii, mult ot le cuer irié. 
'seingneur', ce dist Tybers, 'or vous traies arrier, 'seingneurs', ce dit Tybers, 'mal avés esploitié 
a un coup li ferai la teste trebuchier.' isr) trestous vous ferai pendre quant serés reperié. 

quant Berte vit l'espee, lors prent a souploier, Cel jour fist mult let tans, car il plut et espart 
de poor va adens sor la terre couchier; Berte s'en va fiiiant par delés un essart; 

lors commence la terre doucement a besier. tant fuit que de li i)erdent li sergant le regart 
sa grant mésaventure ne leur puet anoncicr, 'seingneurs', ce dist Morans,' se diex ait en me 
car la corde en la bouche ne la lesse rainier. 40 [part, 

t rehercier S\ anoncicr. o Tyhert. ' nuli. l Morant. lui. )f, tout. 1" tour iourz. 2 

s naboiure n.i. 12 foiz etc. 24 soz. 25 mrt, flans manque. 22 qilont. 28 amistio S\ pitio 
toujours. lil blant. 35 pendre S\ prendre. 



357 ADENET, BERTE AU GRAND PIED. 358 

que nous feïsmes tuit que fol et que mnsart. grant joie a de Tybert qui estoit revenus, 

que pour fcre cel niurtre venisraes ceste part. 'dame', ce distTybers,'grans biens vous est crëus ! 

bien semble fîentill famo et sans nul mauves art; Bcrtain avons ocise a nos brans esmolus.' 

dame diex la conduic et la praisne a sa part. 'Tybert', ce dist Aliste, 'loes en soit .Thesus, 

en ceste forest a maint ours et maint licpart, '> bien avés deservi que vous soies mes drus.' 

qui mengiee l'aront ne demorra pas tart. einsi fu de la vielle lieement respondus 

esploitié en avons cou félon et renart: Tybers, car de grant joie fu ses ruersesmëus: 

de duel et de pitié tretous li cners m'en art.' aine de tel traïson n'oï mes parler nus, 

a cest mot remontèrent, chaucnns de la se part. puis que de Judas fu nostre sire vendus. 

En la forest fu Berte reposte entre buissons, lo damediex qui en crois fu por nos estendus 

d&me diex la conseult et ses saintismes nous ! doint qu'encor lor en soit li guerredons rendus, 

de li ici endroit a parler vos lairons : bien ot li rois Pépin les Hongrois recëus 

quant tans et leus en iert, si i repairerons. et riches dons donnés et noblement vëus ; 

li sergant s'en repairent n'i font arrestoisons : tant font qu'en lor pais est chaucun revenus. 

'seingneurs',cedistMorans,'savés que nos ferons? 15 Floii-e et Blancheflor font de par Pépin sains 

ge lo que nous le cuer d'un porcel enportons; et de par l'orde serve, ses cors soit confondus. 

a madame Margiste si le présenterons : d'eus leirai a pai-ler, n'en dirai ore plus : 

par iceste manière bien nos escuserons. a Bertain revenrai qu'el bois qui ert ramus 

et si savés bien tuit qu'en couvent li avons ertamult gi-antmeschief, ses cuers ert esperdus. 

que le cuer de celi raporter li devons.' 20 souvent reclainme dieu et ses saintes vertus, 

'Tybert', ce dist Morans, 'si m'aïst saint Symons, ne sot quel part aler, tos jors se tret en sus 

se vous ne l'otroiés, tantost vous ocirons.' [bons, don lou ou l'ot leissie Tybert li mescrëus. 
'seingneurs', ce dist Tybers, 'cist consens est mult La dame fu ou bois, qui durement plora, 

puis qu'ele est eschapee, au meillor nous tenons. ces leus oï huiler et li huans hua. 

plus dont que vous ne feites, ne le vous cèlerons, 20 il esclaire forment et roidement tonna 

que nous de ceste chose acusé ne soions.' et pluet menuëment et gressille et venta, 

chaucnns l'a fïancié, cours en fu li sermons. c'est hideus tens a dame qui conpaignie n'a. 

en iceste matière plus ne detrïerons ; damedieu et ses sains doucement reclama, 

tretout ainsi le firent con ci vous devisons. 'ha, sire dieus', fet ele, 'voirs est q'einsi ala: 

a Paris sont venu, ne vous en mentirons. 30 de la virge naquistes : quant l'estoile leva, 

grant joie en ot la vielle quant oï lor raisons. li troi roy vous reqiiistrent : ja nus hon ne sera 

'dame', ce dist Tybers, 'nous vous en raportons le jour desconseilliés qu'il les reclamera, 

le cuer, ves le vous ci. présent vous en faisons : Mclchyon ot non cil qui le min'e porta, 

la pucele avons morte, por voir le vous disons.' Jaspar ot non li autres qui l'encens vous dona, 

'seingneur'.cedistla vielle, 'bien le deservirons: 35 et Baltazar li tiers qui l'or vous présenta, 

n'avoit si maie garce, tant con dure li mous.' ' sire, vous le preïstes, chaucnns s'agenoilla. 

Li troi sergant s'en vont, nus n'en est arrestus. si voir con ce fu, diex, ne mençonge n'i a, 

a leur hostel s'en viennent, chaucnns est descen- si garis ceste lasse qui ja se desvera.' 

et Tybers et la vielle sont iluec remasus. [dus, quant ot fet sa proiere, son mantel escourça. 

a la fausse roynè vont ensemble lasus. 40 a dieu s'est comandee, aval le bois s'en va. 

8 tretout le cuert. 12 lui. 20 celui. 22 lo- 2 grant bien. 9 P^. 11 gredon. 15 font 

ciez. 37 arrestut. manque. 22 leissie lot. 3fi chaucun. 



23^ 



359 XI Ile SIÈCLE. 360 
EXTRAIT D'UNE CHRONIQUE EN PROSE. 

Recueil des histortens de France, Tome xxii. Le passage suivant ne se trouve que dans le tnanti- 

scrit du British ^^useum, additional 11753. Cf. Zeitschrift fiin romanisc.he Philologie 2, 90 s. 

11 fil une foiz .i. Icus qui avoit .n. jourz de sires, se vous volez. Vez ci le gi-ain d'une 
terre aheunable; et vint a une chievre qui part et la paille d'autre, si comme vous me 
avoit .11. chevresons ; si li dit 'Chievre, j'ays commandastes ; si penrez la moitié de l'un et 
.11. jourz de bone terre ahennable d'aragis de la moitié de l'autre.' 'Va a diables , sote 
vigne; si te lo que tu le faces a moitié; et 5 beste, tu ne sez que tu dis. Ainsi ne sérail 
sachiez de voir que la ten-es est si crasse qu'elle pas.' 'Comment dont ?' dit la chievre. 'En 
portera froment tout adés, sens fiens mètre. non dieu', dit li leus, 'jou te dirais. Je suis 
Et sachiés de voir que je la feïsse plus volen- i. granz bons et ais moult grant maisnie ; et 
tiers que je ne la donnasse a moitié; mais me convient assez plus qu'il ne fait toy; 
j'ais .1. grant plait en la cort monseignor Noble lo car tu iés une lâche crïauture : si avras de 
le lïon contre Belin le mouton et .n. berbiz poy assez. Tu avras la paille et je avrais le 
siencs, que il dit que je les ays mangiees. Si grain.' 'Ains, mi sire', dit la chievre, 'vous 
mi convient que chascune semaynne aille a ne dites m^ bonne rayson. Mais por dieu, 
plait et estre en grant painne de querre mon prenez vostre part et moi laissiez la moye.' 
conseil.' 'Certes', dit la chievre 'je n'oseroj'e'. 15 'Par la laingue dieu', dit li leus, 'je n'en fe- 
'pourquoy?' dit li leus. 'par foi', dit la chievre, l'ays noyant. Et bien te conseille que je re- 
'porce (jue vous estes .i. gi'aiit sires et fors et venrais ci le matin ; et tu me saches a dire se 
bien grans enparentez, et je suis une petite tu le feras ou non.' Atant s'en parti li leus; 
chose et de poivre afaire, si n'avroye nuil bon et la chievre demoura toute esbaubie. Et se 
plait encontre vous.' 'Ha', dit li leus, 'chievre, 20 pensa de .ii. viatres qu'elle avoit norri de son 
belle amie, or ne me resoygne de rien. Jetejur lait a sa mamelle, qui estoient d'une abaïc de 
par la foi que je doy dame Hersant, ma famé, et Citiaus qui estoit près de lui menant. Dont 
mes .xn. enfanz que j'ays de lui touz \is, que li uns des chiens avoit non Taburiaus , et li 
je te serais bons personniers, ne ja en ma vie autres Roniaus. Et s'en va droit a aus , et 
tort ne te ferai.' 'Par foi', dit la chievre, 'et 25 les trova a l'entrée de la porte. Et quant 
je le ferais ; mais adés me douterais que vous Taburiaus et Roniaus virent venir lor mère, 
ne me faites tort.' Atant s'en parti li leus de si li vont a l'encontre et la font bienvaingnant ; 
la chievTC. Et la chie^Te fist la terre et ahenna et li demandent quis besoinz l'a amenée. Et 
de froment ; et mouteplïa , et fu en point de elle lor dit coment li leus la voloit mener, 
messoner ; et vint au leu et li dit 'Leus, nostre 30 'Voire', dit chascuns des chiens, 'par noz botes, 
froment est en point de cuiedre; venez i ou ainsi n'ira il pas. Or vous en râlez, et nous 
vous i envolez.' 'Par foi', dit li leus, 'je ne vous avons en convant que nous i serons le 
puys aler ne n'i puys envoier ; mais fay lo matin bien main a la person de vous et d'Isen- 
messonner: .si fai mètre le froment d'une part, grin; et se dieus plait, il ne vous fera ja tort 
et la paille d'autre ; et quant je revenrais de 35 ne outrage la ou nous soiens.' Atant s'en râla 
mon plait, si partirons bonnement.' La chievre la chievre et s'en vint a son ostel , et trouva 
n'en i)Ot jdus porter dou leu, et s'en revint, ses .ii. chevresons plorant, et les rapaisa; et 
et mcsona le froment et le list batre, et mètre se coucha dormir : mais poi reposa, et se leva 
le grain d'une part et la paille d'autre. Atant bien matin et proia dieu qu'il la conseillât. 
ez vous le leu ou vient, qui n'atendoit autre 4o Atant ez vous les .ii. frères Tal)urial et Ronial, 
chose; et vient a la chievre, si li dit moût et la saluent et li demandent se Ysengrins e.st 
fièrement 'Ore, dame, jiartirons nous nostre venuz. P^t la chievre dit 'Nenil encore.' 'Or 
despuillc.' 'Oï', dist la chievre, 'voir, biaus vous dirons, bêle mère', dïent li chien, 'que 

12 les] li. nous ferons. Nous nous reponrons en cest 



361 CHRONIQUE EN PROSE. 362 

burial d'esteule et serons la tiiit quoi, et bien blé, li charretons prist Ysengrin. et le luist an 

verrons et orrons que Ysengrins vanra taire. plus tost (jue il pot sor la charrete a grant 

Car se il nous savoit a sejor, il n'i venroit paynne; et se i)art d'enqui tantost, et leraeynne 

pas espoir, ainz atendroit tant que nous n'i vers son recest. Atant ez vous Renart qui 

serïens pas.' 'Par ma foi', dit la chie\Te, 'mi :> vient a rencontre, qui tout avoit vcu, et qui 

enfant, vous dites bien.' p]t li chien s'en vont mont en estoit liez ; car c'estoit sa nature. 11 

et se raucent ou burial d'esteule. Atant ez estoit liez quant maus adersoit, et venoit a 

vous Ysengrins le leu ou vient et amainne son compère qui moût estoit maumenez, et 

Renart, son compère et son conseil, qui maintes li dit en fayngnant 'biaus compères , il me 

mauvaises taches li avoit faites, et dit a la lo poise mont de vostre mesestance, et se vous 

chievre 'Ore dame, estes vous conseillée?' m'en eussiez crcu, il fust autrement qu'il n'est ; 

Dont respondi la chievre 'quel conseil voulez car je vous disoie bien que vous prissiez garde 

vous que j'aye? jjrenez vostre part et me lais- a vostre afaire, que je vëoye tel chose en 

siez la moye.' 'Voyre', dist li Icus, 'en as tu vostre afaire que vous ne veïez pas.' 'Renart, 

grocie?' 'Certes', dit il, 'ne sera autrement." 13 Renart', [qui] dist Ysengrins, 'qui n'a plus d'ami 

Et endementiers que la chievre et li leus be- que vous, il n'en a point. On m'a fait honte ; 

tensoient, Renarz gite ses iex vers le burial je l'amenderais quant je porrays.' Atant se 

d'esteule, et voit les queues des viatres. et part Ysengi-ins de Renart: et Renars li fait 

dist a Ysengrin 'Biaus compères, prenez vous la loupe ; et Ysengrins s'en va en son ostel. ou 

près de vostre affaii-e . car je voys tele chose 20 sa famé, dame Hersenz, l'atendoit et si enfant, 

en vostre affaire que vous ne veez pas.' Et quant il le virent venir gisant sor la char- 

'Par le cuer beu', dit li leus, 'sire Renart, il rete, sor .1. poi d'estrain, si commencent a 

ne sera autrement; j'arais le grain, et elle moquier, et li dirent 'plus appareillie chose 

avra la paille.' 'En non dieu', dist Renarz, remaint que ceste. Est çou li fromenz que 
'biaus compères, je nou dis se por bien non, 25 vous nous deviez ameneir pour faire des gas- 

et bien vous en convieigne. Prenez ci garde; tiaus en quaresme?' Ainsi disoient li maisnie 

je m'en voys.' Et se part Renarz d'Isengrin, Ysengrin, et on dit pieça 'cui il meschiet, tuit 

et monte en .1. tertre près d'enqui pour vëoir li mesoffirent.' Et Ysengrins descent de la 

la fin que ses compères fera. Et Ysengrins charrete touz bleciez, et s'en va le col bassant 
prent ses sacs entre lui et son chereton et les 30 coucher en son lit; ne puys ne fu il wariz 

emplisoit don froment. 'Par la mère dieu', de ses plaies en .v. mois de l'an. Or revenons 

dist la chievre , 'ore estes a l'aide' ; et escrie a Roenel et a Taburel et a la chievre , qui 

'Roenel et Taburel, mi enfant, vous veez com- orent porté le froment ou grenier , et dirent 

ment il est' Et li chien salent hors de l'esteule, 'bêle mère, nous nous en irons en maison qui 
et ne demandent qui ot donné. Et assemble- 36 est assez près de ci, et se vous avez mestier de 

rent au leu de cors et de piz, et le portent a nous , nous serons adés appareillie de vous 

terre le ventre deseure, et li montent sor la aidier. Et veez ci .1. cor que vous sonnerez, 

mormelante , et li font plus de .c. plaies sor s'il vous est besoyng, et tantost comme nous 

le cors de lui; et faisoient les flocons de son l'orrons sonner, nous acourrons a vous.' 'Granz 
poil voler vers le ciel : et l'atornerent enqui 40 mercis', dit la chievre, 'bel enfant. Bennoite 

en teUe manière que on ne sentit niipous ne soit l'eiu-e que je vous aletays premiers.' Atant 

aleine, et le cuidoient avoir mort. Et prisent prindrent li chien congiet et s'en alerent en 

le froment et le portèrent au grenier a la lor abaïe. 
chievre; et endementiers que il portoient le 

12 quil. 32 est as l'aides. 32 et a devant Taburel manque. 



363 



Xllle SIECLE. 



364 



RESVERIES. 

Achille Juhinal , jonpleurs et trouvères, Paris 1835, p. 34—42. Compare par M. Schirmer 
manuscrit (Fonds franc. ^Tt, Fol. 174). Cf. Wackernagel, alldeulsches Lesebuch {A e édition) 97 



avec le 
5—980. 



Nus ne doit estre jolis 
s'il n'a amie. 

j'aim autant crouste que mie 
quant que j'ai fain. 
tien cel cheval par le fraiii. 
malëurens. 

autant en un comme en deus 
ou a hasart. 

j'aim autant a lever tart 
qu'au point du jor. 
onques ne fui sans amor. 
n'yver n'esté. 

gete aval, c'est por le dé : 
qui l'a, si l'ait, 
je vois vëoir s' on refait 
mes estivaus. 

tos jor^< est li solaus chaus 
en plain aoust. 

il ne me chaut qu'il me coust, 
mes que je l'aie. 

c'est a Saint Gennain on Laie 

que li rois iert. 

fêtes ce qu'il vous requiert, 
je vous en pri. 

onques si bêle ne vi 

ne n'acointai. 

par un matin me levai, 

quant il fu nuis. 

qu'as tu. chetis, qui t'en fuis? 

as tu songié? 

j'ai une cordele au pié, 

c'on m'i laça. 

et que dïent cil de la? 

feront il pais? 

je sai faire sons et lais 

et serventois. 

on dist que Robers d'Artois 

est mariés. 

compains, que vaut ore blés 

a Monmirail? 

fres harens est bons a l'ail, 

1 . 2 dan» Jubinal en un seul vers. 4 que manque. 
\\ sanz. 17 toz. 1'^ qu'es Jnhinnl. ^2 me i. 
■X'> mariez: blez. 



ce dist chascuns. 

mengera hui li communs 

plus d'une fois. 

as tu vingne qui si bois 
5 a longue alaine ? 

je sais le romans d'Elaine 

de chief en chief. 
j'ai une dolor ou chief 

qui m'a hui mort. 
10 tels cuide veillier qui dort 

en paradis. 

quar fusses tu a Paris, 

plëust a dieu! 

compains. je te pert un gieu : 
15 poussons a el. 

il n'i a mis assés sel: 

qui a ce fait? 

qu'est il ore de vo plait? 

dites m'en voir. 
20 je sai bien, por miex valoir 

doit on amer. 

c'est a Marseille sor mer 

que il sommeille. 

conseille moi en l'oreille: 
2.i sont il bien point? 

je n'oi onques robe a point 

qu'on me donast. 

j'aim autant trieve comme ast 

ou que bringnole. 
no compains, je fui a l'escole 

toute m'cnfance. 

irons nous a pié en France, 

quar en parlons. 

je sai bien cinquante sons 
35 tos provenciaus. 

Lancelos et Lyoniaus 

furent cousin. 

levés vos demain matin, 
vilains mauvais. 
40 entre Compiengne et Biauvais 

croist de bons vins, 
l'en va trop bien aux patins 

10 assez. 23 Qu'il .7. 20 oï .T. 
3.-, toz. .30 Lyomaus. ^S levez. 



32 pièce. 



365 



RESVERIES. 



36C 



en ceste terre. 

or a li rois d'Engletcrrc 

pais aux François. 

vous orrés dedens un mois 

mult bien toncr. 5 

l'en doit famés honorer 

seur toute rien. 

por dieu, Perrin, tien te bien 

ou tu charras. 

c'est a mesdi a An-as lo 

ce oï dire. 

je l'ai mis en tirelire 

por miex garder. 

si le fêtes arester 

en ceste ^•ilc. 15 

il estoient bien deus mile, 

tout a cheval. 

le romans de Percheval 

fist Crestïens. 

bon ostel sains Juliens 20 

hui en cest jor. 

l'en doit ferir au tabor 

a ceste note. 

vien ça, s'en drece ma cote 

ou ma chemise. Ta 

l'abcesse s'est démise 

de Malbuisson. 

ja par dieu, que nous puisson. 

n'i enterrez. 

Gauteron, est il ferrez 30 

mes palefrois? 

vos n'estes pas si cortois 

que je cuidoie. 

quant que j'oi crier Monjoic, 

je me repus. 35 

bone aventure ait li dus 

et bone joie. 

veus tu geter por le troie 

ou por le quatre? 

il se set trop bien esbatre 4(i 

de la vïele. 

je ne pris pas une astele 

vostre dongier. 

il le covient alongier 

bien plaine paume. 40 

4 orrez dedcnz. 14 les .7. ir, otoient .7. .11. 
IS romanz. 2>^ p diu. :J4 que manque. 43 dangicr. 
44 convient J. 



s'ele est couverte de chaume, 

ele en iert pire. 

nus nom n'oseroit desdire 

ma volenté. 

il est par sa loiauté 

trop bien du roi. 

ja. par la foi que vous doi, 

n'en serez quites. 

tu es bien musars qui luites 

a si fort home. 

je vos en apele a Rome 

de ceste chose. 

siet toi la, si te repose: 

mestier en as. 

s'il ne gcte troie et as, 

il l'a perdu. 

l'en dist que tuit sont pendu 

li papelart. 

mengeron nous pois au lart 

por dïemenche? 

il est bien musars qui tenche 

a foie gent. 

j'ai perdu tout mon argent 

a la griioise. 

il i a bone cervoise 

en Engleterre. 

l'en dist qu'il a mult grant guerre 

en Lombardie. 

je chant sovent por m'amie 

que j'aim tant. 

je reving l'autrier de Gant 

tos desconfis. 

eschis sui de mon pais, 

ne sai por qoi. 

je l'amoie en bone foi: 

or m'a trahi. 

l'en a un home bani 

hors de la ^■ile. 

escoutés de dame Guile 

comme ele tenche. 

l'autrier par un dïemenche 

je pris congié. 

il se sont bien haubregié 

por miex combatre. 

2 ert. 10 homme: Rommc. 17 sont] est J. 
1!) mengerons. 20 p. diemiencbc J. 21 tence. 



32 toz. 37 homme. 
42 je manque. 



39 escoutcz. 40 tonec. 



367 



XlIIe SIECLE. 



368 



ce n'est mie \'iiis a quatre 

que je bui ier. 

ci fet meillor qu'au moustier, 

bevons assés. 

Perrins est mult bien amés 

en cest pais. 

entre Chartres et Paris 

n'a que vint lives. 

li Sarrasin ont pris trives 

de nostre roi. 

par foi je ne sai por qoi 

je m'en reving. 

es tu de cels de Haiding, 

de la foi maie? 



il a dis sols ou ma malc 

d'artisiens. 

l'autrier menjai a Orliens 

trop boues tartes. 

YCïstes vous deus bistardes 

le blé mengier? 

dicx, comme il estoient fier 

sor tos les autres. 

il avront mult lues pautres, 

no pèlerin. 

l'en le doit en parchemin 

mètre ou en cire. 

je ne vous en vueil plus dire 

sauz argent. 



RUSTEBUEF. 

Oeuvres complètes de Rutebeuf recueillies par Achille Jubinal, Pans 1839, 2 Vol. 1,5 — 12; 212 — 217; 

2. 101 — 105; nouvelle édition revue et corrigée, Paris 1S74 — 75, 3 Vol. 1, 5 — 12; 2, 8 — 14; 2, 

259—262. Comparé par M. Schirmer avec le ms. fonds franc. 837, Fol. 307; Fol. 323; Fol. 301. 

Comparez avec le no. III le Theophilus bas-allemand 582 — 714 Ettm. 



I. 
LE MARIAGE RUSTEBUEF. 
En l'an de l'incamacïon, 
viu jors après la nascïon 
Jhesu qui soufri passion, 
en l'an soissante, 

qu'arbres n'a foille, oisel ne chante, 
fis je toute la rien dolante 
qui de cuer m'aime: 
nis li musarz musart me claimc. 
or puis filer, qu'il me faut traimc; 
mult ai a faire. 

deus ne fist cuer tant de pute aire, 
tant li aie fait de contraire 
ne de martire, 
s'il en mon martire se mire, 
qui ne doie de bon cuer dire 
'je te clatm cuite.' 
envoler un home en Egypte, 
ceste dolor est plus petite 
que n'est la moie; 
je n'en puis mais se je m'esmoie. 
l'en dit que fous qui ne foloie 



33 



pert sa saison; 

sui je mariez sanz raison? 

or n'ai ne borde ne maison. 

encor plus fort: 

por plus doner de reconfort 

a ceus qui me heent de mort, 

tel famé ai prise 

que nus fors moi n'aime ne prise, 

et s'estoit povre et enti-eprise, 

quant je la pris. 

a ci mariage de pris, 

c'or sui povres et entrepris 

ausi comme ele, 

et si n'est pas gente ne belc. 

cinquante auz a en s'escuële, 

s'est maigre et sèche : 

n'ai pas paor qu'ele me treche. 

despuis (^uc fu nez en la grcche 

deus de Marie, 

ne fu mais tele espouserie. 

je sui toz plains d'envoiserie : 

bien port a l'uevre. 

or dira l'en que mal se prucve 



4 aseez: amt-/. 
main plus récente. 
'i-i fct. H3 homme. 



10 no. I. Le titre est d'une 
■1\ musars. 'il dicx. put. 
ijo mes. 37 fols. 



1 X Ms. dix J. h V03 J; Ms. v'\ u] deux J. 
s tuz. )5 scson: reson : meson. 20 ccls. 29 .l. 
33 diex. 3J mes. 



:^69 



LE MARIAGE RUSTEliUEF. 



370 



Rustebués qui rudement ucvrc: 

l'en dii-a voir, 

quant je ne porrai robe avoir. 

a toz mes amis fais savoir 

qu'il se confortent. 5 

plus bel qu'il porront se déportent; 

a ceus qui tous noveles portent 

ne doingnent gaires. 

petit dont mais provos ne maires: 

je cuit que deus li debonaires lo 

m'aime de loin: 

bien l'ai prové a cest besoin. 

la sui ou le mail met le coin: 

deus m'i a mis. 

or fais teste a mes anemis, 15 

duel et corouz a mes amis. 

or au voir dire, 

se deu ai fait corouz ne ire, 

de moi se puet jouer et rii-e, 

que biau s'en vange. 20 

or me covient froter au lange : 

je ne dont privé ne estrangc 

que il riens m'emble. 

n'ai pas busche de chesne ensamble; 

quant g'i sui si a fou et tramble, 25 

n'est ce assez? 

mes poz est brisiez et quassez 

et j'ai toz mes bons jors passez. 

je qu'en diroie? 

nis la destruction de Troie 30 

ne fu si grant comme est la moie. 

encore i a, 

foi que doi avé Maria, 

s'onques nus hom por mort pria, 

si prit por moi: 3ô 

je n'en puis mais se je m'csmoi. 

avant que veigne avril ne mai 

vendra quaresme. 

de ce puis bien dire mon esme: 

de poisson autant com de cresmc 40 

avra ma famé. 

grant loisir a de sauver s'amc: 

or gëunt por la douce dame, 

qu'ele a loisir, 

45 
1 Rustebuef. oevre. 3 porai. 4 faz. 7 cels. 
tels. 9 mes. 10 diex etc. il loing: besoing: 
coing. 15 faz. i" au] du. is dieu ai fet. 
27 pos. 36 mes, toujours. 37 vicgne. 
Bartsch, Chrestomathie, IV. Éd. 



et voist de haute cure gésir, 

qu'cl n'avra pas tout son désir, 

c'est sanz doutance. • 

or soit plaine de grant soufrancc, 

que c'est la plus grant porvëance 

que je i voie. 

par cel seignor qui tout avoie, 

quant je la pris, petit avoie 

et ele mains. 

je ne suis pas ouvriers de mains: 

l'en ne savra ja ou je mains 

por ma poverte. 

ja n'i sera ma porte overte, 

quar ma maison est trop déserte 

et povre et gaste: 

sovent n'i a ne pain ne paste. 

ne me blasmez se je me haste 

d'aler arrière, 

que ja n'i avrai bêle chiere. 

l'en n'a pas ma venue chiere, 

se je n'aporte. 

c'est ce qui plus me desconforte 

que je n'ose entrer en ma porte 

a vuide main. 

savez comment je me demain : 

l'espérance de lendemain 

ce sont mes lestes. 

l'en cuide que je soie prestres, 

quar je fais plus sainier de testes 

(ce n'est pas guile) 

que se je chantasse évangile. 

l'en se saine par mi la vile 

de mes merveilles. 

l'en les doit bien conter aus veilles: 

U n'i a nules lor pareilles, 

ce n'est pas doute. 

il pert bien que je n'i vi goûte : 

deus n'a nul martù" en sa route 

qui tant ait fait. 

s'U ont esté por deu défiait, 

rosti, lapidé ou detrait, 

je n'en dont mie 

que lor paine fu tost fcnic: 

mais ce durra toute ma vie 

sanz avoir aise. 

or pri a deu que il li plaise, 

13 ouverte. 14 meson. 2ft faz. 31 chantaisse. 
34 l'en] on. 30 — 41 fet: deifet: dctret. 

24 



371 



XIIIo SIECl-E. 



372 



ccste dolor, ceste mesaisc 

et ccste enfance 

m'atctf-t a vraie peiiïtance, 

si qu'avoir puisse s'acointance. Amen. 

5 

II. 

LA DESPUTOISON DE CILIRLOT 
Eï DU BARBIER. 

Lautrier un jor jouer aloie~ 
devers rAuçoin-ois Saint-Germain. to 

plus matin que je ne soloie, 
qui ne lief pas volentiers main, 
si vi Chariot en mi ma voie, 
qui le barbier tint par la main, 
et bien monstroient toute voie 10 

qu'il n'erent pas cousin germain. 

Il se disoient vilonie 
et si getoient gas de voir. 
'Chariot, tu vas en compaignie 
por crestïenté décevoir: 20 

c'est trahison et félonie, 
ce puet chascuns apercevoir. 
la teue loi soit la honie: 
tu n'en as point, au dire voir.' 

'Barbier, foi que doi la banlive 20 

ou vous avez vostre repaire, 
vous avez une goûte vive: 
jamais n'ert jor qu'il ne vous paire, 
saint Ladres a rompu la trive, 
si vous a féru el viaire; 30 

por ce que cist mau.s vous eschive 
ne requerrez mais saintuaire.' 

'Chariot, foi que doi sainte Jame, 
vous avez ouan famé i)rise: 
est ce selonc la loi esclame 35 

que Kaj-fas vous a aprise? 
vous créez autant nostre dame, 
ou virginitez n'est raaumise, 
com je crois c'uns asnes ait ame: 
vous n'amez deu ne sainte yglise.' 40 

•Barbier sanz rasoir, sanz cisailles, 
qui ne sez rooigner ne rere, 
tu n'as ne bacins ne toailles 
ne de qoi chaufer eve clere. 
il n'est rien nec que tu vailles, 4.5 

fors a dire j)arole amcrc. 

II. Au titre Challot. 25 doit. 2H jamcs. 

32 mes. 40 dieu. 



s'outre mer fus, encor i ailles 
et fai proësce qu'il i père.' 

'Chariot, tu as toutes les lois : 
tu es juys et crestïen, 
tu es chevaliers et borgois, 
et quant tu vues clerc arcïen. 
tu es maqueriaus chascun mois, 
ce dïcnt bien li ancien; 
tu fez sovent par ton gabois 
joindre deus eus a un lien.' 

'Barbier, or est li tens venuz 
de mal parler et de mesdire, 
et vous serez ainçois chenuz 
que vous laissiez ceste matire; 
mais vouz morrez povrez et nuz, 
car vous devenez de l'empire, 
se sui por maqueriaus tenuz, 
l'en vos retient a va-li-dire.' 

'Chariot, Chariot, biaus doux amis, 
tu te fez aus enfans le roi; 
se tu i es, qui t'i a mis? 
tu i es autant comme a moi. 
de sambler fous t'es entremis, 
mais, par les eus dont je te voi, 
teus t'a argent en paume mis 
qui est assez plus fous de toi.' 

'Barbier, or vienent les groiseles : 
li gi-oiselier sont boutoné, 
et je vous raport les noveles 
qu'el front vous sont li borjon né. 
ne sai se ce seront ceneles 
qui ce vis ont avironé: 
els seront vermeilles et bêles 
avant que l'en ait moissoné.' 

'Ce n'est mie meselerie. 
Chariot, ainçois est goûte rose, 
foi que je doi sainte Marie - 
que vous n'amez de nule chose, 
vous créez miex en juërie, 
(pli la vérité dire en ose, 
qu'en celui qui par seignorie 
a la porte d'enfer desclose. 

Et nequedent se Rustebués, 



2 fais. veus. 10 .11. 14 lessicz. martire. 
15 mes. 20 D'après Juhinal les enfans de 

IjOuxs IX, auprt's rfesffuels ce Chariot, un jonfj- 
leur, nurnit joui' Ip rôle de fou de cour. 23. 2*) fols. 
24 mes. iex. 25 tels. 



373 



RUSTEBUEF, MIRACLES DE THEOPHILE. 



374 



qui nous connoist bien a dis anz. 
voloit dire dous motés nues. 
mais qu'au dire tust vctir disanz. 
ne contre toi ne a mon ués, 
mais por le voir se i'ust mis anz, 
je le vueil bien se tu le vues 
que le meillor soit eslisaiiz.' 

Seignor, par la foi que vous doi, 
je ne sai le meiUor eslire: 
le mains pïor, si cora je croi, 
vous eslirai je bien du pire. 
Chariot ne vaut ne ce ne qoi, 
qui en vuet la vérité dire; 
il n'a ne créance ne foi 
ne que chiens (jui charoingne tire. 

Li barbiers connoist bone gent 
et si les sert et les honeure, 
et met en eus cors et argent, 
paine de servir d'eure en eure, 
et set son mestier bel et gent, 
se besoins li recoroit seure, 
et s'a en lui mult biau sergent, 
que corn plus vit et plus coleure. 



III. 
MIRACLE DE THEOPHILE. 

Ici parole nostre dame a Theoph'ile et dist. 

'Qui es tu, va, qui vas par ci?" 
'ha, dame, aiez de moi merci! 
c'est li chetis 
Théophile, li entrepris, 
que maufé ont loié et pris. 30 

or vieng proier 
a vous, dame, et merci crier 
que ne gart l'eure qu'asproier 
me veingne cil 

qui m'a mis a si grant escil. 40 

tu me tenis ja por ton fil. 
roïne bêle.' 

Nosti'e dai/w parole. 
je n'ai cure de ta fa vêle; 
va t'en, is fors de ma chapele. 4.-) 



Theophiles parole. 
dame, je n'ose. 

Hors d'aiglentier et lis et rose, 
en (pli li lis deu se repose, 
que ferai giéV 
malement me sent engagié 
envers le maufé enragié: 
ne sai que faire, 
jamais ne iinerai de braire, 
virge. pucele debonaire, 
dame honorée, 
bien sera ni'ame dévorée 
qu'en enfer sera demoree 
avoec Cahu. 

Nostre dame. 
Théophile, je t'ai sëu 
ça en arrière a moi en: 
saches de voir: 
ta chartre te ferai ravoir 
que tu baillas par non savoir, 
je la vois querre. 
Ici va nostre dame por la chartre. 

Théophile. 
Sathan, Sathan, es tu en serre? 
s'es or venuz en ceste terre 
por commencier a mon clerc guen'e, 
mar le penssas. 

rent la chartre que du clerc as, 
quar tu as fait trop vilain cas. 

Sathan parole. 
je la vous randeV 

j'aim miex assez que l'en me pende, 
ja li rendi je sa provande 
et il me fist de lui offrande 
sanz demorance, 
de cors et d'ame et de sustance. 

Nostre dame. 
et je te foulerai la pance. 
Ici aporte nostre dame la cltartre a 

Théophile. 
amis, la chartre te raport. 
arivez fusses a mal port 
ou il n'a solaz ne déport, 
a moi entent: 
va a l'evesque et plus n'atent. 



l .X. 



10 pieur. 13 veut. 



h mes. 
is els. 



4 Qcs. <; vous. 4 filz dieu. s — 10 ferc : brere : debonere. 

39 viengne. 9 james. iw fet. 

24* 



375 



XlIIe SIECLE. 



37G 



de la cbarh'e li t'ai présent, 

et qu'il la lise 

devant le pueple en sainte yglise, 

que bone gent n'en soit sorprise 

par tel barate. 

trop aime avoir qui si l'achate: 

l'anie en est et honteuse et mate. 

Théophile. 
volentiers. dame. 

bien fusse mors de cors et d'arae. 
sa paine pert qui ainsi same, 
ce voi je ici. 
Ici vient Théophile a teresqiie et li bai/le 
sa chartre et dist. 
sire, oëz moi por deu merci! 
quoi que j'aie fait, or sui ci. 
par tenz savroiz 
de qoi j'ai rault esté destroiz : 
povres et nus, maigres et froiz 
fui par defaute. 
anemis qui les bons assaute 
ot fait a m'ame geter faute 
dont morz estoie. 
la dame qui les siens avoie 
m'a desvoié de maie voie 
ou avoiez 

estoie et si forvoiez 
qu'en enfer fusse convoiez 
par le dëable, 
que deu le père esperitable 
et toute ouvraingne charitable 
laissier me fist. 

ma chartre en ot de quanqu'il dist, 
seelé fu quanqu'il requist. 
mult me greva, 
par pou li cuers ne me creva, 
la virge la me raporta, 
qu'a deu est mère, 
la ijui lifinté est pure et dere. 



si vous vueil proier com mon père 

qu'el soit lëue, 

qu'autre gent n'en soit decëue, 

qui n'ont encore apercëue 
.") tel tricherie. 

/(■/ lisl revesqne ta charlre et dist. 

oëz por deu le fil Marie, 

bone gent, si orrez la vie 

de Théophile 
10 qui anemis servi de guile. 

ausi voir comme est évangile 

est ceste chose: 

si vous doit bien estre desclose. 

or escoutez que vous propose. 
15 'A toz ceus qui verront ceste letre commune, 

fait Sathan a savoir que ja torna fortune, 

que Theophiles ot a l'evesque rancune, 

ne li laissa l'evesque seignorie nesune. 

Il fu désespérez quant l'en li fist l'outrage : 
20 a Salatin s'en vint qui ot el cors la rage 

et dist qu'il li feroit mult volentiers homage 

se rendre li pooit s'onor et son domage. 
Je le guerroiai tant com mena sainte vie, 

c'onques ne poi avoir desor lui seignorie. 
25 quant il me vint requerre, j'oide lui grant envie 

et lors me fist hommage, si rot sa seignorie. 
De l'anel de son doi seela ceste letre, 

de son sanc les escrist, autre enque n'i fist mètre, 

ains que je me vousisse de lui point entremetre 
30 ne que je le feïsse en dignité remetre.' 
Issi ouvra icil preudom. 

délivré l'a tout a bandon 

la deu ancele, 

Marie la virge pucele 
35 délivré l'a de tel querele. 

chantons tuit por ceste novele : 

or levez sus, 

disons 'te deum laudamus.^ 



12 ici] bien. i." 
22 fet. 23 mors. 

3C poi. 3s (lieu. 



oitz. (lieu. Ki fet. ici. 7 oicz. dieu le filz. ii Theophiles. 10 qu'a- 

:!(i (lieu. 32 levsier. ncniis. 15 tos ccls. lettre. Ki fet. IH lessa. 

21 hommage. 27 doit, lettre. 33 dieu. 



377 



ADANS DE LA HALLK. 



378 



ADANS DE LA HALLTi:, OU ADANS LI BOÇUS. 

Oeuvres fuiiipliHes du trouvère .Idam de la Huile publiées par K. de Coussemaher , Paris 1872, 

;). 16—20, 297—302. 



Il ne muet pas de sens chelui qui plaint 
paine et travail ki acquiert avantaj^e. 
pour chou ne puis vëoir que cbiex bien aint 
qui pour goïr d'amour souffranche gage, 
qui n'est souffrans et d'estable corage, 
il ne se doit entremestre d'amer; 
car cors ne puet en amour poui'fiter 
qui est acompaigniés a cuer volage. 

Chil qui d'amour essauchicr ne se faint, 
ne puet avoir en H servant damage. 
qui bien le sert, ses biens fais li remaint; 
qui mal drois est qu'il li tourt a hontage. 
dont ne fait pas chieus c'on le tigne a sage 
qui sert sa dame et amours de guiller : 
chascuns le doit fuir et eskiever 
com chelui que se loiauté engage. 

Voirs est c'araours toute valeur ataint. 
et par li sont furiii tuit vasselage. 
les siens garnist, toute cruauté vaint : 
dont sachent tuit que g'iere en son servage, 
de bien amer vocil maintenir l'usage; 
plus douchement ne quier mon tans useï", 
car je vail micx dou savercus penser 
et d'un joli espoir qui m'assouagc. 

N'est pas petis li maus qui me destraint: 
mon taint vïaire en trai a tesmoignage. 
par vo cuer l'ai, dame, quant il ne fraint 
vers moi que riens ne demant par haussage 
et qui sui tous vostres a hiretage. 
de che que vous m'avés fait endurer 
veïst on tost autrui désespérer; 
mais ja pour che n'i penserai folage. 

Merchi, dame, la cui biautés sourvaint 
mon cuer qui vous a fait loial homage 
si voirement, qu'en vous li pooirs maint 
de bien et tost alegier mon malage, 
et qu'en autrui n'en voi le signerage. 
me voeUliés vous d'un regart conforter, 
et souffranche ne me porra grever, 
car bons secours fait bien tenir estage. 

Comment c'a moi soit ma dame sauvage, 

s cuers. 15 en amour. 1!) tout. 21 tout, ser- 
vaige. 2i> petit. 2n qui nient. 30 suis. 33 ni. 



pour accomplir son voloir sans veer 
me voeil a li bonnement présenter 
par ma canclmn, de cui je fais mesage. 

n. 

Li jus Adan ou de la fcuillie (Débul). 
Admis. 

Segneur, savés pour quoi j'ai mon abit cangiet ? 

j'ai esté avoec feme, or revois au clergiet; 
10 si avertirai chou que j'ai piecha songiet; 

mais je voeil a vous tous avant prendre congiet. 

or ne porront pas dire aucun que j'ai antés 

que d'aler a Paris soie pour nient vantés: 

chascuns puet revenir, ja tant n'iert encantés; 
15 après grant maladie ensieut bien grans santés. 

d'autre part je n'ai mie chi men tans si perdu 

que je n'aie a amer loiaument entendu. 

encore pert il bien as tes quels li pos fu. 

si m'en vois a Paris. 
20 Rikece Auris 

caitis, qu'i feras tu? 

onques d'Arras bons clers n'issi, 

et tu le veus faire de ti! 

che seroit grans abusions. 
25 Adans 

n'est mie Rikiers Amiens 

bons clers et soutiex en sen livre? 
Uane U merciers 

oïl, pour deus deniers le livre; 
30 je ne voi qu'il sache autre cose: 

mais nus reprendre ne vous ose, 

tant avés vous mûaule chief. 
Rikiers 

cuidiés vous qu'il venist a chief, 
35 biaus dous amis, de che qu'il dist? 
Adans 

chascuns mes paroles despist, 

che me seule, et giete molt loing; 

mais puis que che vient au besoing 
40 et que par moi m'estuet aidier, 

sachiés je n'ai mie si chier 

le séjour d'Arras ne le joie, 

,3S lonc. 41 n'aie. 



379 



XlIIe SIECLE. 



380 



que l'aprendre laissier en doie, 
puis que diex m'a donné engien. 
tans est que je l'atour a bien; 
j'ai chi assés me bourse escouse. 

Gui! /os li pctis 
que devenra dont li pagouse, 
me commère dame Maroie? 

Adans 
biaus sire, avoec men père ert chi. 

Gui II os 
maistres, il n'ir^ mie ensi, 
s'ele se puet mètre a le voie; 
car bien sai, s'onques le connui, 
que s'ele vous i savoit hui. 
que demain iroit sans respit. 

Adans 
et savés vous que je ferai? 
pour li espanir, meterai 
de le moustarde seur men vit. 

Guilios 
maistre, tout che ne vous vaut nient 
ne li cose a che point ne tient 
ensi n'en poés vous aler; 
car puis que sainte église apaire 
deus gens, che n'est mie a refaire. 
garde estuet prendre a l'engrener. 

Adans 
par foi, tu dis a deAÎnaille, 
aussi cora par chi le me taille: 
qui s'en fu§t wardés a l'emprendre? 
amours me prist en itel point 
ou li amans deus fois se point, 
s'il se veut contre li deffendre; 
car pris fui au premier bouUon, 
tout droit en le verde saison 
et en l'aspreche de j ou vent, 
ou li cose a plus grant saveur, 
car nus n'i cache sen meilleur 
fors chou qui li dent a talent, 
esté faisoit bel et seri, 
douç et vert et cler et joli, 
delitaule en chans d'oiseillons, 
en haut bos, près de fontenele 
coarans seur raaillie gravele: 
adont me vint a\-isïons 
de cheli que j'ai a feme ore. 



*qui or me saule pale et sore. 
adont estoit blanke et vermeille, 
rïans, amoureuse et deugie; 
or le voi crasse mautaillie, 

5 triste et tenchans. 

Rikiers 
c'est grans merveille, 
voirement estes vous muaules, 
quant faitures si delitaules 

10 avés si briément ouvlïees : 
bien sai pour coi estes saous. 

Adans 
pour coi? 

Btkiers 

15 ele a fait envers vous 

trop grant marchié de ses denrées. 

Adans 
ha, Riquier, a che ne tient jioint; 
mais amors si le gent enoint 

20 et chascune grasse enlumine 

en famé et fait sanler si grande, 
si c'on cuide d'une truande 
bien que che soit une roïne. 
si crin sanloient reluisant 

2.Î d'or, roit et crespe et fremïant: 
or sont këu, noir et pendiç. 
tout me sanle ore en li mue: 
ele avoit front bien compassé, 
blanc, ouni, large, fenestriç; 

30 or le voi cresté et estroit. 

les sourchiex par sanlant avoit 
en arcant, soutiex et ligniés 
d'un brun poil, pourtrait de pinchel, 
pour le resgart faire plus bel; 

35 or les voi espars et dreschiés 
con s'il voellent voler en l'air, 
si noir oeil ne sanloient vair, 
sec et fendu, jtrest d'acaintier, 
gros desous, déliés fauchiaus 

40 a deus petis plo^-ons jumiaus, 
ouvrans et cloans a dangier, 
et regars simples amoureus ; 
puis si descendoit entre deus 
li tuiaus du nés bel et droit, 

4:1 qui donnoit fourme et figure, 
compassé jiar art de mesure, 



30 vardés. 34 fu. 35 varfle. 



1 manque. :i<i omni. 



;si 



COLIN MDSET. 



382 



ot de gaieté souspiroit. 
ontour avoit blanches maisseles, 
faisans au rire deus foisseles, 
un peu nuëes de vermeil, 
j)arans desous le cuevrekief; 
ne diex ne venist mie a kief 
de faire un vïaire pareil 
que li siens adont me sanloit. 
li bouche après se poursievoit 
graille as cors et grosse ou raoilon, 
fresche venneille comme rose; 
blancjue denture jointe close; 
en après fourchelé menton, 
dont naissoit II blanche gorgetc, 
dusk' as espaules sans fossetc, 
ounic et gi-osse en avalant; 
haterel poursievaiit derrière 
sans poil blanc et gros de manière, 
seur le cote un peu reploiant; 
espaules qui point n'encruquoient, 
dont li loue braç adevaloient, 
gros et graille, ou il aferoit. 
tout encor estoit che du mains, 
qui rosgardoit ches blanches mains, 
dont naissoient chil bel lonc doit, 
a basse jointe, graile en fin, 
couvert d'un bel ongle sangin, 
près de le char ouni et net. 
or verrai au moustrer devant 
de le gorgete en avalant; 
et premiers au pis camuset. 
dur et court, haut et de point bel, 
entrecloant le ruiotel 



d'amours, (jui chiet en le fourchelc; 
boutine avant et rains vauties, 
com manches d'ivoire entaillics 
a ches coutiaus a dcmoisele; 

5 plate banque, ronde gambete, 
gros braon, basse qucvillete, 
pié vautiç, haingre, a peu de char, 
en li avoit itel devise, 
si quit que desous se chemise 

10 n'aloit pas li seurplus en dar. 
et ele perchut bien de li 
que je l'amoie miox (jue mi, 
si se tint vers moi fièrement; 
et con plus fiere ge tenoit, 

i.'> plus et plus croistre en mi faisoit 
amour et désir et talent, 
avoec se merla jalousie, 
desesperanche et derverie, 
et plus et plus fui en ardeur 

•il» pour s'amour, et mains me counui, 
tant c'ainc puis aise je ne fui, 
si eue fait d'un maistre un segneur. 
bonnes gens, ensi fui jou pris 
par amours qui si m'eut souspris : 

25 car faitures n'ot pas si bêles 

comme amours le me fist sanler; 
mais désirs le me fist gouster 
a le grant saveur de Yauchelcs, 
s'est drois que je me reconnoisse 

30 tout avant que me feme angroisse 
et que li chose plus me coust : 
car mes fains en est apaiés. 



DESCORT DE COLIN MUSET. 

Altfranzosische Lieder und Leiclie i-on Wilh. Wackernagel , p. 72 — 74. 



Or voi lou douls tens repairier 
ke li rosingnors chante en mai, 
et je cuit ke doie aligier 
li mais et la dolour ke j'ai. 

Adonc m'ocïent li délai 
d'amors ki les font engringnier. 
lais, mar vi onkes son cors gai. 
s'a ma vie ne le conquier. 

blanche maissele. 16 omni et ffros. 2s omni. 



Amors de moi ne cuide avoir pcchiés 
3.') por ceu ke seux ses liges bons sougiés. 
douce dame, preigne vos en pitiés: 
ki plux s'abaisse, plux en est haitiés. 

Et quant si grant chose enpris ai 
com de vostre amor chalongier, 
40 tous tens en perdon servirai, 

3 manche. 27 mais] et. 34 pechiet. 35 ces. 
sougis. 37 ke. en W: manque. 3S ai W: manque. 



383 



Xllle SIÈCLE. 



384 



se tost n'en ai autre luwier. 
ma très douce dame honorée, 
je ne vos os nés proier. 
cil est trop fols ki si haut bce 
c'om n'i ose aprochier. 

Mais toute voie 
très bien je voroie, 
Tostre amor fust moie 
por moi ensignier. 
car a grant joie 
vit et s'esbanoie 
coi amors maistroic: 
bien se doit prixier. 

Ki bien veult d'amors joii-, 
se doit soflrir et endureir 
kan k'elle li veult merir: 
a repentir ne doit penseir, 
c'om puet bien tout a loixir 
son boen désir a poent mencir. 
endroit de moi cuit morir 
muels ke guérir por bien amcir, 

Se je n'ai la joie grant 
ke mes cuers désire tant, 
defenir m'estuet briément, 
douce rien, por cui je chant, 
en mon descort vos demant 
un ris debonairement. 



s'en AÏvrai plux longuement, 
moins en avrai de tonnent.. 

Belle, j'ai si gi-ant envie 
d'cnbraissier vostre cors gent, 
s'amors ne m'en fait aïe, 
j'en morrai prochicnnement. 
amors ne me faudrait mie, 
car je l'ai tous jors servie, 
et ferai toute ma vie 
sens nulle fauce pensée 
plux de toute gent loëe, 
plux ke nulle ke soit née. 
se vostre amor m'est donee, 
bien iert ma joie doublée. 

Mon descort ma dame aport 
la bone duchesce por chantcir: 
de tous biens a li m'acort, 
k'elle aimme déport, rii-e et jucir. 

Dame, or vos veul bien moustreir 
ke je ne sai vostre peir 
de bone vie meneir 
et de loiauknent ameir. 
adés vos voi amendeir 
en vaillance et en doncir: 
nel laissiés jai por jangleir, 
k"il ne vos puet riens greveir. 



JEHAN DE MEUNG, CONTINUATION DU ROMAN DE LA ROSE. 

Le roman de la Rose, nouvelle e'Jition par Francisrjue Michel, Pam 1864, ;?. 277— 285, F. 1)106— 9339. 
Donné ici dapres le ms. 378, Fol. 37. Le premier passage imite la description de Cage d'or donnée 

par Ovide {Mélam. 1, 88 ss.). 



Jadis au tens nos prumiers percs 
et de nos prumeraines mères 
si com la letre le tesmoigne, 
par cui nous savons la besoigne, 
furent amours loiaus et fines, 
san2 convoitise et sanz rapines. 
li siècles ert moult precieus, 
n'erent pas si delicïeus 
ne de robes ne de viandes, 
il cueilloient el bois les glandes 
pour pain, pour char et ])0ur poissons 

6 o8 W: ois. 4 beic. 7 jemanfjuc: W. supplée 
le. it esbanoie W: cnbanoic. 28 premiers. 

•2a premeraines. 



40 



et cerchoient par ces buissons, 

par plains, par vaus, et par montaignes, 

pommes, poires, noiz et chastaignes, 

boutons et meures et pruneles, 

franboises, freses et ceneles, 

fèves et pois et tes chosetes, 

tous fruiz, racines et herbetes, 

et des espiz de blé frostoicnt, 

et des roisins es bois grapoient 

sanz mètre en pressoir ne en esnes. 

li miel decoroient des chesnes, 

dont abondaiiment se vivoient, 

et de l'eave simple beuvoient 

senz querre pigment ne claré. 



385 



JEHAN DE MEUNG. 



386 



n'onques ne burent vin \)axé. 

n'ert point la tcn-e lors arec, 

mais, si com diex l'avoit parce, 

par soi meïsmes aportoit 

ce dont chascuns se coni'ortoit. 5 

ne queroient saumons ne luz, 

ainz vestoient les cuirs veluz 

et faisoient robes de lainncs, 

sanz taindre en herbes ne en grainncs, 

si com il venoient des bestes. lo 

couvertes erent de genestes, 

et de fueilles et de ramiaus 

leur bordetes et leur hamiaus, 

et faisoient en terre fosses. 

es roches et es tiges grosses 15 

des chesnes crues se reboutoicnt, 

quant la tempeste redoutoient. 

de quel que tempeste aparant 

la s'en fuioient a garant. 

et quant dormir par nuit voloient, 20 

en leu de coustes aportoient 

en leur casiaus monciaus de gerbes, 

de fueilles, de mousses ou d'erbes. 

et quant 11 airs ert apaisiez, 

et li tans douz et aaisiez 25 

et 11 venz douz et delitable, 

si comme en primtens pardurable, 

que cil oisel chascun matin 

s'estudïent en leur latin 

a l'aube du jour saluer, :io 

qui tout leur fait leur cuers muer, 

Zephirus et Flora sa famé, 

qui des fleurs est déesse et dame 

(cil dui fout les floretes naistrc, 

fleurs ne connoisscnt autre maistrc, 36 

car par tout le monde semant 

les vont cil et celé ensemant 

et les forment et les coulèrent 

des colours dont les flors honnorent 

puceles et valiez proisiez, 4o 

de biaus chapelez renvoisiez 

pour l'amoiu- des tins amoreus, 

car moult ont eu gi-ant amour eus), 

des floretes leur estendoient 

les coûtes pointes, qui rendoicnt 45 

tel resplendeur par ces herbages, 

16 des M.] es. crues M.] gros. 17 la] luir. 
31 touz. 

Bartsch, Chrestomathie, IV. Êd, 



par ces prcz et par ces ramages 

qu'il vous fust avis que la terre 

vousist enprendre estrif ou guerre 

au ciel d'estre miex estclee : 

tant ert par ses fleurs révélée. 

sour tels coustes com je devise, 

sanz rapine et sanz convoitise 

s'entracoloient et baisaient 

cil cui les geus d'amours plaisaient. 

cil arbre vert par ces gaudines, 

leur paveillons et lor cortincs, 

de leur rains sor aus estendoient, 

qui dou soleill les desfendoient. 

la demenoient leur karoles, 

leur geus et leur oiseuses moles, 

les simples genz assëurees, 

de toutes cures escurees, 

fors de mener jolivetez 

par tines amïabletez. 

n'encor n'avoit fait roi ne prince 

mesfais, qui l'autrui tost et pince. 

trestuit paraill estrc soloient 

ne riens propre avoir ne voloient. 

bien savoient ceste parole 

qui n'est mençongiere ne foie, 

c'onques amours et seignorie 

ne s'entrefirent compaingnie 

ne ne demorerent ensamblc: 

cU qiii maistrie, les dessemble. 

Pour ce voit on des mariages, 
quant li mariz cuide estre sages, 
il chastoie sa famé et bat 
et la fait vivre en tel débat 
qu'il li dit qu'clc est nice et foie 
dont tant demeure a la karole 
et dont el hanste si souvent 
des jolis valiez le couvent, 
que bonne amours n'i puet durer: 
tant s'entrefont maus endurer, 
quant cil veult la maistrise avoir 
du cors sa famé et de l'avoir, 
'trop estes', fait il, 'vilotiere, 
si ravez trop nice manière: 
quant sui en mon labour alez, 
tantost espringuez et balez 
et démenez tel rabaudie, 
que ce samble estre ribaudie, 
45 cspinguez. 

25 



387 



XlIIe XlVe SIECLE. 



388 



et chantez comme une scraiuc. 
diex vous mete en maie semaine! 
et quant vois a Romme ou en Frise 
porter nostre marchëandise, 
puis vous tenez tautost si cointe, 
car je sai bien qui m'en acointe, 
que par tout en vait la parole, 
et quant aucuns vous au parole, 
vous respondez 'hari, hari, 
c'est pour l'amour de mon mari.' 
pour moi, las dolereus chetis, 
qui set se je forge ou je tis 
ou se je sui ou morz ou vis? 
l'en me de\Toit tiastir ou vis 
une vessie de mouston. 
certes je ne vaill un bouston, 
quant autrement ne vous chasti. 
moult m'avez or bon los basti, 
quant de tel chose vous ventez; 
chascuns set bien que vous mentez, 
pour moi, las dolereus, pour moi; 
maus ganz de mes mains enl'ourmoi 
et cruieusement me deçui 
quant onques vostre foi reçui 
le jour de nostre mariage, 
pour moi menez tel rigolage'.'' 
pour moi menez vous tel bobantV 
qui cuidiez vous aler lobant V 
ja n'ai je pas lors le pooir 
de ces cointeries vëoir, 
que cil ribaut saffre et friant, 
qui vont ces pustains espïant, 
entour vous remirent et voient, 
quant par ces rues vous convoient. 
a cui parez vous ces chastaingncs ? 
qui me puet faire plus d'engaingnes ? 
vous faites de moi chape a pluie, 
quant orendroit lez vous m'ai)uie. 
je voi que vous estes plus simjjlc 
en cest seurcot, en ceste guimple 
que tourtcrclc ne coulons: 
ne vous chaut s'il est courz ou Ions 
quant sui touz seulz lez vous gesanz, 
qui me donroit quatre besanz, 
combien que débonnaires soie, 
se pour honte ne le laissoie, 



ne me tcm-oic de vous bati'e, 
pour vostre grant orgueill abatre. 
si sachiez qu'il ne me plaist mie 
qu'il ait seur vous nule cointie, 

5 soit a karole, soit a dance, 

fors seulement eu ma présence. 

D'autre part nel puis plus celer, 
entre vous et cel bacheler, 
Robichonnet au vert chapel, 

10 qui si tost vient a vostre apel, 
avez vous terres a partir? 
vous ne pouez de lui partir, 
tous jors ensamble tlajolez, 
ne sai que vous cntrevolez, 

15 que vous pouez vous entredire, 
tous vis m'estuet enragier d'ire 
par vostre fol contcncmcnt. 
par icclui dieu qui ne ment, 
se vous jamais parlez a li, 

20 vous en avroiz le vis pâli, 

voire certes plus noir que meure, 
car de cops, se diex me scqueui'e, 
ainz que ne vous ost cest musage, 
vous dourai tant par cel visage, 

2a qui tant est as musarz plaisanz, 
que vous tendroiz coie et taisanz. 
ne jamais hors sanz moi n'irez, 
mais a l'ostel me servirez 
en bons aniaus de fer rivée. 

30 dëable vous font si privée 

de ce ribaut plain de losange, 
dont vous dëussiez cstrc estrange. 
ne vous ])ris je pour moi servir? 
cuidiez vous m'amour desservir 

a» par acointier ces orz ribauz, 

pour ce qu'il ont les cuers si bauz 
et qu'il vous rctruevcnt si bande? 
vous estes mauvaise ribaudc, 
si ne me puis en vous fier: 

40 maufé me tirent marier. 

lia, se Theofratus crëusse, 
ja famé espousee n'eusse, 
il ne tient pas homme pour sage 
qui famé ])rent en mariage, 

45 soit laide ou bolc, ou povrc ou riche: 
car il dist pour voir et affiche. 



9 responncz. 



Tt haniaub. lo jriauHcz. 



389 



JEHAN DE JOINVILLE. 



390 



en son noble livre Anreole. 

qui bien fait a lire en cscole, 

qu'il y a vie trop jrrevaine, 

plaine de travail et de paine 

et de contens et de rïotes 

par les orgueulz des famés sotes, 

et de dangiers et de repronchcs 

qu'il font et dient par leur bouches, 

et de requestes et de plaintes 

qu'il truevent par ochoisous maintes. 

si ra grant paine en euls garder, 

por leur fox vouloirs retarder 

et qui veult povre famé prendre, 

a norrir la l'estuet entendre 

et a vestir et a chaucier; 



et s'il tant se cuide essaucier 
qu'il la preigne riche forment, 
a suutt'rir l'a a grant torment: 
tant la trueve orgueilleuse et fiere 
et seurciudee et bobenciere, 
s'ele est bêle, tuit y aqueurent, 
tuit la iioursivent. tuit l'enneurent, 
tuit i luitent, tuit i travaillent, 
tuit i hurtent, tuit i bataillent, 
tuit a li servir s'estudïent, 
tuit vont entour li, tuit la prient, 
tuit i musent, tuit la convoitent, 
si l'ont en la fin, tant esploitent, 
car tours de toutes parz assise 
enviz eschape d'estre prise. 



JEHAN DE JOINVILLE, HISTOIRE DE SAINT-LOUIS. 

Histoire de Saint-Louis par J. sire de Joinville, publiée par ^V. de Wailly, Paris 1S6S, p. 39 — 46. 



Après ce que il fu croisiez, se croisierent 
Robers li cuens d'Artois, Auphons cuens de 
Poitiers, Charles cuens d'Anjou, qui puis fu 
roys de Cezile, tuit troi frère le roy; et se 
croisa Hugues dus de Bourgoingne, Guillaumes 20 
cuens de Flandres , frères le conte Guion de 
Flandres nouvellement mort; li bons Hues 
cuens de Saint -Pol, messires Gauchiers ses 
niez, qui moût bien se maintint outre mer et 
mont ëust valu se il ëust vescu. si i furent 20 ront riens demander ne a moy ne a ma gent.' 
li cuens de la Marche et messires Hugues li je lour .desfiz par l'esgart de tout le commun 



quelour et li autre riche home qui la estoient, 
donnèrent a mangier chascuns li uns après 
l'autre , le lundi, le mardi , le mercredi et le 
jeudi. 

Je lour diz le vendredi 'seigneur, je m'en 
voi outre mer, et je ne sai se je revenrai. 
or venez avant : se je vous ai de riens mes- 
fait, je le vous desferai l'un par l'autre, si 
comme je ai acoustumei, a touz ceus qui vour- 



de ma terre; et pour ce que je n'eusse point 
d'emport, je me levai dou conseil et en ting 
quanque il raporterent, sanz débat. 

Pour ce que je n'en vouloie porter nulz 
deniers a tort, je alai lessier a Mez en Lor- 
reinne grant foison de ma terre en gaige; et 
sachiez que, au jour que je parti de nostre 
paiz pour aler en la terre sainte, je ne tenoie 



Bruns ses tiz , li cuens de Salebruche , me- 
sires Gobers d'Apremont ses frères, en cui 
compaingnie je, Jehaus sires de Joinville, pas- 
sâmes la mer en ime nef que nous louâmes, 30 
pour ce que nous estions cousins ; et passâ- 
mes de la atout vint chevaliers ; dont il estoit 
li disiesme et je moy disiesme. 

A pasques, en l'an de grâce que li nùlïaires 
couroit par mU dous cenz quarante et huit, 35 pas mil livrées de terre, car ma dame ma 
mandai je mes homes et mes fievez a Joinville, mère vivoit encore ; et si y alai moy disiesme 
et la vegile de la dite pasque, que toute celé de chevaliers et moy tiers de banieres. Et 
gent que je avoio mandei, estoient venu, fu nez ces choses vous ramantoif je, pour ce que, 
Jehans mes iiz sires de Ancerville, de ma pre- se diex ne m'ëust aidié , qui onques ne me 
miere femme qui fu suer le conte de Grant- 4u failli, je l'eusse souffert a peinne par si lonc 
prei. toute celle semainne fumes en testes et tems , comme par l'espace de six ans que je 
en quarolles, que mes frères li sires de Vau- demeurai en la terre sainte. 

25* 



391 XlIIe XlVe SIÈCLE. 392 

En ce point que je appareilloie pour mou- et puis si s'en vint mettre en vostre prison : 
voir. .Tehans sires d'Apremont et cuens de Sale- ^ sire . et je le vous ameine, si en ferez vosti'e 
bruche de par sa femme, envoia a moy et volentei, et veez le ci.' "Sire clers', fist li roys, 
me manda que il avoit sa besoigne arec pour 'vous avez perdu a estre prestre par vostre 
aler outre mer. li disiesme de chevaliers, et 5 proësce, et pour vostre proësce je vous re- 
me manda que se je vousisse que nous lois- tieing a mes gaiges. et en venrez avec moy 
siens une nef entre li et moy, et je li otroiai : outre mer. et ceste chose vous faiz je encore 
sa gent et la moie louèrent une nef a Mar- a savoir, pour ce que je vueil bien que ma 
seille. gent voient que je ne les soustenrai en nulles 

Li roys manda tous ses barons a Taris et lo de lour mauvestiés.' Quant li peuples, qui la 
lour tist faire serement que foy et loiautei estoit assemblez, oy ce, U se escrierent a 
porteroient a ses enfans, se aucune chose ave- nostre seigneur et li prièrent que diex li don- 
noit de li en la voie, il le me demanda, maiz nast bone vie et longue et le ramenast a joie 
je ne voz faire point de serement, car je et a santei. 

n'estoie pas ses hom. Endementres que je 15 Après ces choses je reving en nostre pais, 
venoie , je trouvai trois homes mors sur une et atirames, li cuens de Salebruche, et je, que 
charrette, que uns clers avoit tuez, et me dist nous envoieriens nostre harnois a charetes a 
on que en les menoit au roy. quant je oy Ausonne, pour mettre ilec en la rivière de 
ce, je envolai im mien escuïer après pour Saonne pour aller jusques a Aile depuys la 
savoir comment ce avoit estei. et conta mes 20 Sone jusques au Rone. 

escuïers que je y envoiai, que li roys, quant Le jour que je me parti de Joinville j'en- 

il issi de sa chapelle, ala au perron pour vëoir voiai querre Tabbei de Cheminon, que on tes- 
les mors et demanda aiï prevot de Paris com- moingnoit au plus preudome de l'ordre blanche, 
ment ce avoit estei. et li prevoz li conta que un tesmoingnaige li oy porter a Clerevaus, le 
li mort estoient troi de ses seijans dou2ojour d'une feste nostre dame, que li sainz 
Chastelet, et li conta que il aloient par les roys i estoit, a un moinne qui le moustra et 
rues forainnes pour desrober la gent; et dist me demanda se je le cognoissoie. et je li diz 
au roy que 'il trouvèrent ce clerc que vous pour quoy il le me demandoit. et il me res- 
veez ci, et li tollirent toute sa robe, li clers pondi 'car je entent que c'est li plus preu- 
s'en ala en pure sa chemise en son hostel et 30 dôme qui soit en toute l'ordre blanche, en- 
prist s'arbalestre et fist aporter a un enfant core sachiez', fist il, 'que j'ai oy conter a un 
son fauchon. quant il les vit, il les escrïa et preudome qui gisoit ou dortour la ou li abbes 
lour dist que il y mourroient. li clers tendi de Cheminon dormoit, et avoit li abbes des- 
s'arbaleste et trait et en feri l'un par mi le couvert sa poitrine i)0ur la grant chaleur que 
cuer, et li dui touchierent a fuie: et li clers 35 il avoit; et vit cis preudom, qui gisoit ou dor- 
prist le fauchon que li enfes tenoit, et les tour ou li abbes de Cheminon dormoit, la 
ensuï a la lune qui estoit belle et clere. li mère dieu qui ala au lit l'abbei, et li retira 
uns en cuida passer jjar mi une soif en un sa robe sur son piz pour ce que li venz ne 
courtil, et li clers fiert dou fauchon', fist li li feïst mal.' 

prevoz, 'et li trancha toute la jambe en tel 40 Cis abbes de Cheminon si me donna m'e- 
maniere que elle ne tient que a l'estival, si scharpe et mon bourdon; et lors je me parti 
comme vous veez. li clers rensuï l'autre, li- de Joinville sanz rentrer ou chastel jusques a 
quex cuida descendre en une estrange maison ma revenue, a pié, deschaus et en langes, et 
la ou la gent veilloient encore; et li clers le ainsi alai a Blehecourt et a Saint Urbain, et 
feri dou fauchon par mi la teste si que il le 45 autres cors sains qui la sont. Et endemen- 
fendi jusques es dens, si comme vous poëz tieres que je aloie a Blehecourt et a Saint 
vëoir', fist li prevoz au roy. 'sire', fist il, 'li Urljain, je ne voz onques retourner mes yex 
clers moustra son fait aus voi.sins de la rue, vers .Joinville, pour ce que li cuers ne me 



393 STABAT MATER. 394 

attendrisist don biaii cbastel que je lessoie et jiar dieu': et il si firent, et en brief tens li 
de raes dons enfans. venz se feri ou voile et nous ot tolu la vëue 

.le et mi compaingnon mangames a la Fon- de la terre , que nous ne veismes (jue ciel et 
teinne l'Arcevesque devant Dongieuz ; et illec- yaue : et chascun jour nous esloigna li venz 
qucs l'abbes Adans de Saint Urbain, que diex 5 des pais ou nous avions estei neiz. et ces 
absoillc, donna jurant foison de biaus juiaus a choses vous monstre je que cil est bien fol 
moy et a neuf chevaliers que j'avoie. des la liardis, qui se ose mettre en tel péril atout 
nous alames an Ausoue et en alames atout autrui chatel ou en pechié mortel ; car l'on se 
nostre hernoiz . que nous avions fait mettre dort le soir la ou on ne set se l'on se trouvera 
es neis, des Ausone jus(iues a Lyon contreval lo ou font de la mer au matin, 
la Sone, et encoste les neis menoit on les En la mer nous avint une fiere merveille, 

grans destriers. que nous trouvâmes une montaigne toute 

A Lyon entrâmes ou Rone pour aler a ronde (jui estoit devant Barbarie, nous la 
Ailes le Blanc ; et dedans le Rone trouvâmes trouvâmes entour l'eure de vespres et najames 
un chastel que l'on appelle Roche de Glin, i.i tout le soir, et cuidames bien avoir fait plus 
que li roys avoit fait abbatre, pour ce que de cinquante b'eues, et lendemain nous nous 
Rogiers, li sii-es don chastel, estoit criez de trouvâmes devant icelle meïsmes montaif^ie; 
desrober les pèlerins et les marchans. et ainsi nous avint par dons foiz ou par trois. 

Au mois d'aoust entrâmes en nos neis a la Quant li marinnier virent ce, il furent tuit 
Roche de Marseille : a celle journée que nous 20 esbahi et nous distrent que nos neis estoient 
entrâmes en nos neis, fist l'on oumr la porte en grant péril : car nous estiens devant la 
de la nef, et mist l'on touz nos chevaus ens, terre aus Sarrazins de Barbarie. Lors nous 
que nous deviens mener outre mer; ot puis dist uns i)reudom prestres que on appeloit 
reclost l'on la porte et l'enboucha l'on bien, doj-en de Malrut, car il n'ot onques persecu- 
aussi comme l'on naye un tonnel , pour ce 2,i cïon en paroisse, ne par défaut d'yaue ne de 
que, quant la neis est en la grant mer, toute trop pluie ne d'autre persecucïon, que aussi 
la porte est en l'yaue. Quant U cheval furent tost comme il avoit fait trois processions par 
ens, nostre maistres notonniers escrïa a ses trois samedis, que diex et sa mère ne le de- 
notonniers qui estoient ou bec de la nef et livrassent. Samedis estoit: nous feïsmes la 
lonr dist 'est aree vostre besoingne ?' et il 30 première procession entour les dous maz de 
respondirent 'oïl, sire, vieingnent avant clerc et la nef, je meïsmes m'i fiz porter par les braz. 
li provere.' Maintenant que il furent venu, pour ce que je estoie grief malades. Onques 
il leur escrïa 'chantez de par dieu' ; et il s'es- puis nous ne veïsmes la montaigne . et veni- 
crïerent tuit a une voiz h'cni crealor spiritns.' mes en Cypre le tiers samedi. 
et il escrïa a ses notonniers 'faites voUe de 35 



STABAT MATER. 

Ms. de Pan'x, /omis fniiiç. 984 {'iiic. 7305). /o/. 1-5. Copi'; de M. Schinner. Comparez les versions 
aUemandes dans Hoffmann, Kirchenlied (2e éd.) No. 198 — 200 et Die ErlOsung (éd. Bartscli) 

p. 290-293. 

Delés la croix moult doloreuse a grant doleur par my passoit. 

estoit la mère glorieuse, benoiste vierge Marie, 

plourant quant son doulx tilz pandoit; comment tu fus triste et marie, 

le glague de sa mort crueuse quant tu veïz ton cher entant, 

son ame digne et précieuse w de duels et de pleurs si remplie 

3G Se les. 39 creu.'se. 40 ducis. 



395 



XlVe SIECLE. 



396 



et de grant tonnent amortie, 
pendre en la croiz villainement. 

Qui est celuy, très dousce mère, 
nui te veist ainsi amere 
et en s| doloreiix torment, 
qui n'eust pitié de la misère 
du filz et de toy, vierge mère, 
et ne plorast amèrement? 

En ta présence, vierge pure, 
tu vëois a si grant laidure 
mourir ton doiUx tilz débonnaire 
pour le péché et forfaicture 
de toute hiunaine créature: 



ce te fist rage d'amour faire. 

mère, fontaine d'amour, 
fay moy sentir ta gi-ant dolour, 
et qu'avec toy puisse plorer; 
fay que mon cuer par grant ardour 
puisse Jésus son doulx seignour 
servir, aymer et honorer. 

saincte mère vierge et gente, 
fay que mon cueur enduré sente 
les playes que ton filz souffrit 
en la crois davant toy dolente 
pour mon ame vile et puante 
et si honteusement mourit. 



JEHAN DE CONDE. 

Gedichte von Jehan de Condet herausgegeben von Adolf Tabler, Stuttgart 1860, p. 96—100. Dits 

et contes de Baudouin de Condé et de son fils Jean de Condé, Tome II, Bruxelles 1866, p. 297—302. 

J'ai suivi l'édition de Scheler, dans la division par strophes. 



De ramant hardi et de ramant cremeteus. 
En le douche saison jolie 
que toute créature est lie 
par droit de nature et joieuse 
et que naist la flours en la pree, 
kautent oysiel main et viespree 
et mainnent vie glorieuse, 
n'est si petitte créature 
qui ne soit joians par nature 
pour la douçour dou tamps nouviel. 
dont se doit amans resjoir 
et le douch printans coujoir 
et démener joie et reviel. 

Un jour en ce tamps deliteus, 
de joie d'amour couvoiteus, 
pensant a un nouviel kant faire, 
en un moult biel vTegier entrai 
et deus dames y encontrai. 
qui estoient de grant afaire. 
erraument saluai cascuiine. 
'compaingne', çou a dit li unnc, 
Ses chi Jehan qui nous dira 
de no.stre débat la sentence, 
dont avon.s esté en grant tcnce: 
je croi ja nel contredira.' 

Dist l'autre 'Jehan de Gondé, 
je croi le cuer ayés fondé 

tormens. y pure] mère. 



en amoureus entendement, 
la ceste sentence nous rendes 

et nos deus raisons entendes 

et y pensés parfondement.' 

a une part de cest vregier, 

pour les trespassans eslongier. 
20 sommes assis entre nous trois; 

la besoingne ont renouvelée: 

la recomença la mellee 

et li debas fors et destrois. 
Dist li unne 'doi amant sont, 
25 qui divierses manières ont 

en amour qui fort les assaut; 

li uns en son désir venant 

de hardi cuer son convenant 

dist a sa dame de plain saut; 
30 H autres est si fort doutans 

qu'il lait ansçois passer lonc tamps 

que dire ose sa maladie : 

tant est doutans et cremeteus. 

liquels aymme miex de ces deus, 
3". voel que ma compaingne me die.' 

L'autre dist 'li amans hardis 

vault mieus que li acouwardis; 

courant a sa dame se claimme 

et pour le grant force qu'il sent 

3 doleur. 4 quauecques. plourer. 9 endura. 
10 ton doulx filz. 12 ville. 13 mourir. 



JEHAN DE COXDE. 



398 



de vraie amour a rou s'ascnt 

et assés plus fortement aiinmc' 

'par foi ja par droit n'avenra 

quant l'amant volentés venra 

d'amer, se si hardïement 5 

le dist, qu'il n'est pas bien espris 

d'amours, li autres est miex pris 

qui y mait lonc detrïement.' 

'Comment poes çou soustenir? 
a trop fali doit on tenir lo 

celui qui complaindrc ne s'ose, 
femme ne fait pis ne ne dist 
k'a l'amant s'amour escondist: 
or prenge au picur ceste chose.' 
'dame, ne vous voelle peser, 15 

moult savés mal le fort peser 
d'amour, qui ce metés avant; 
car telle est li force d'amours 
k'adiés y doit icstre cremours. 
bien l'ai saiyet, de çou me vaut.' -m 

•Compaingne, comment poet çou iestre 
que 11 amans de couwart iestre 
puet iestre au hardit aësmés? 
couars n'ara ja bielle amie, 

ce cant'on, je ne m'en douch mie, 25 

couars est en trous liens blasmés.' 

■dame, vous issés de la voie, 

car négligence vous desvoie. 

force d'amours, bien le saciés. 

sousprent si le fin amourous, 30 

quant a sa dame pawerous 

est et de doutance laciés.' 
'Compaingne, c'est malëurtés; 

car hardemens et sëurtés 

dolent faire au cuer lonc manoir 35 

de l'amant et eu espérance 

doit siervir et en parsevrance, 

qu'iestre amés doie remanoir.' 

•dame, vrais amans qui conquerre 

voelt sa dame a miercit rcquerre, 4o 

se crient si qu'il ne scit qu'il face : 

quant tous les poins a devises 

de li proyer et anses, 

tout oublie, quant voit sa face.' 

•Compaingne, moult fait a blasraer 45 

et si s'en fait caitif clamer 

37 et en parseverance T, et parseverance S. 
3S doie] ne doit S. 43 et S] est T et Ms. 



et l'en doit on moustrer au doit. 

endroit de moi l'amant desprise, 

quant il n'est de hardie emprise: 

hardemens avancier le doit.' 

•Jehan, a çou que vous oês 

le droit bien moustrer nous poes: 

d'amours savés moult des usages. 

dites selonc çou que sentes 

et au droit vo cuer assentés 

et nous en faites andeus sages.' 
Dame, ne sui pas tous li mons; 

mais de çou dont m'avés semons 

dirai mon avis ci endroit. 

s'i prenge garde qui s'entent: 

amans pawerous qui atent 

est miex pris d'amours selonc droit. 

amans selonc m'entencïon 

doit manoir en sugectïon, 

puisqu'il voet merchi desiervir. 

li \Tais amans se crient tondis 

et a paour d'estre escondis; 

mais hardis doit iestre en siervir. 
Je di, u qu'il ait finne amour, 
ce ne poet iesti'e sans cremour: 
c'est d'amours li plus ciertains signes, 
amans qui vraie amour maintient 
est si humles que tondis tient 
que d'iestre amés ne soit pas dignes, 
tondis doit sougis iestre amans, 
qui d'amours tient les vrais commans 
et crient sa dame a courecier: 
et par ceste raison vous di, 
s'il a le cuer acouardi, 
on ne li doit pas rcprocier. 

Et d'autre part telle est la force 
d'amours, que, s'un amant esforce, 
qu'il est si laciés et souspris, 
quant il voit sa dame em présent, 
de son cuer point a lui ne sent, 
ains est ainsi com li leus pris, 
humles doit iestre chiens qui prie 
et qui miercit requiert et crie 
et si ne seit qu'il avenia: 
douter se doit li bons qui plaide 
en court, quant ne seit qui li aide 
ne comment ses plais li venra. 

Dont se doit bien douter amans, 
qui est en finne amour fiamans, 



399 XlVe SIÈCLE. 400 

qui ne seit s'il iert escondis. qui bardiemcnt s'en clamast 

endroit de mi di et atin, sclonc la force que je sai 

qu'il a le cuer assés plus tin d'amours et que g'i ai trouvée, 

en amour que n'ait li hardis. se g'ai bien ma raison prouvée, 

ne croi c'onques bous bien amast h c'est par avis et par assai. 



BAUDUIN DE SEBOURC. 

Li Romans de Bauduin de Sebourc , II le roij de Jérusalem, puème du XI Vc siècle, publié pour la 
première fois d\iprès les manuscrits de la bibliothèque royale. Vulenciennes 1S41 , Tom. I, p. 359, 
Chant Xtll, V. SO ss- Collationné sur les mss. 12552, /o/. 59-; (.4) et 12553, /o/. 178 (5). .Bau- 
douin, accompagne' de deux rois sarrazins secrètement convertis au christianisme, visite le Vieux 
de la Montagne, roi des Hautassis. Celui-ci les mène sur la terrasse d'un château bâti sur un pic 
extrêmement élevé: il veut leur donner des preuves de son pouvoir sur ses fanatiques sujets. 

'Voilés vëoirmerveilIes?'distli rois segnouris. c'en ne fait Mahommet, car ja il ne fera 
'oU', dist li califes, qui moult estoit soubtis. chou que chi fait avés, ne tant de pooir n'a.' 
li Viex de la Montaingne ne s'i est alentis, 'ch'est voirs', che dist li rois, 'et encore el i a ; 
test et isnelement appelle un Hautassis, car j'ai un paradis que on vous monstera: 

lors li a fait un signe qu'il fuist a val salis, lo ch'est li plus nobles licx qu'onques diex estera ; 
et chius s'est a u pies dessus les crestiaus mis, or venés après moi et on vous i menra.' 
ne s'en donnèrent garde le chevalier de pris li Viex de la Montaigne vistement les mena 
quant le virent en l'air salant de tel avis, en un noble vergier ou bonnes herbes a: 

et anssi lïement et aussi esjoïs, ou cor de che vergier, ensi qu'au les delà 

qu'il dëust conquester mil livres de parsis. 1.5 ot une porte d'or, car on le defrema: 
ains qu'il venist a terre , il fu mors et fenïs : n. c. degrés d'argent li Viex a mont monta ; 
sur les roches aguës desrompi corps et pis, la estoit paradis ou molt se délita: 
trestous esmïela, en cent lieus fu partis. chel est d'or et d'asur: tliex, quel palais i a! 

quant Bauduïns le voit, tous en fu esbahis: de trestoutes les herbes c'onques diex envoia, 
ains que li Viex lasquast en a fait salir sis. 20 i ot une manniere et troy rieu furent la: 

Bauduïns de Sebourc moult forment s'esmaia li nns rendoit claret, a che c'on me conta, 
quant vit le Hautassis qui a val trondela; en l'autre couroit miel, li autres vin porta; 

sis en i vit salir que li Viex commanda: une table d'or Un en mi che palais a 

il en sauroit otant c'onques diex en crëa et un riche eschafaut qui moult d'avoii- cousta: 

ains c'uns en eschapast, ne vous mentirai ja. -2.5 la sëoit Ivorinc, ou tant de biauté a; 
'beignour',chedistliViex, 'je n'ai nul homme cha la ot 11. c. puchellos dont chascune chanta 
qui ne face tout chou que li miens corps verra : mélodieusement: menestreul fiu-ent la, 
moult sera fox li bons qui me courechera.' jùans de tous mcstiers dont on les doctrina: 
'par Mahonl' dist califes, 'ne m'en merlcrai ja; adés dansent et tresquent: tel joie on i mena 
ains vous doit on servir de quanqu'il vous plaira. 30 qu'il n'est coers si dolans, s'ou paradis entra 
vous estes diex en terre, autre coze n'i a; et veïst le déduit, le joie qu'il i a, 

on vous doit miex jmer et croire cha et la le biauté des pucheles, le chant qu'on i chanta, 

tous no fust resjoïs a regarder chela. 

6 posteis a. >i. 20 le A. '.t apiertemcnt li. 
JO vail A. u est A. a crebtiau.s doseur a pies Zi. (i ne manque A. H le A. 9 morstera /l. 10 

13 vinrent A. par tel B. u liement/i: le vient die.x] nus B. 13 ou mit de b. B. Ib nB. que 
A. 16 manque A. tiere B. y.) vit trestous fu B. on li B. 10 le A. is enclos dor B. que A. 
20 a manque A. 22 Haus A. vail A. trebuca i?. paradis j^. 20 en i — plante et troi.s ries B. 21 un 
25 en chapaât A. 2»; ce B: manque A. le A. — elare A. 22 eourot A. vins A. 23 h B. 2.i 
ja .4. 27 le mien yl. 2s courcheraJ. 20 mcrlera sceiot A. 27 menestres i ot B. 31 déduis A. 
A, nellcrai J5. :w quaneon vous pora ^. 31 est//. 32 de A. 



401 KAUDUIN DE SEbOUllC. .102 

dessus un laudestoct, qui d'or fin flambïa, et si voi très bien l'crbe que bonne mo sera.' 

la cstoit Ivorinc, c'onqucs ris ne geta Bauduïns de Sebourc fu cns ou paradis, 

ne ne fera jamais jus(iu'a tant que verra en le rouge raontaigiie, c'ou dist des Ilaus-assis ; 

fleur de chevalerie, ijui par taïups i venra. li Viex de la Montaigne a les trois barons pris : 

li Viex de la Montaigne as trois barons monstra ■> vers le diuessc vont, qui tant fu de haut pris. 

le noble paradis et le lieu qu'il i a. li rois vint a se fille qui tant ot cleir le vis, 

Bauduïns de Sebourc, ossi tost qu'il vint la, doucheracnt l'acola et li dist par avis 

regarde tout par tout, pour savoir s'il verra 'dame, vechi trois prinches coragcus et hardis : 

le plus belle du monde, que tant on li prisa. en i a nul des trois, doche tille gentis, 

sus un siège d'or tin une dame avisa, lo par coi vos coers puist estre de joie rasouftisV' 

le plus noble dou monde ne qui jamais sera ; 'pei'e', dist la puchelle , 'venus est mes amis, 

car de toute nobleche qui fu ne qui sera chiex qu'ai tant atendu, chius qui m'estoit sortis, 

estoit ches corps parés; la couronne qu'elle a cieux par oui mes cuers est de joie resoi-tis, 

valoit une contrée: toute relumina li plus prex de che monde et li plus agoutis, 
de pieres pi-etïeuses, ou moult de vertus ar; 10 chius qid j'ai atendut des ans a plus de dis, 

de i)erles, de satirs tels quatre cent i a chius qui m'estoit parfais, ottroiés et promis, 

qui valent plus d'avoir c'en ne vous nommera: li plus loiaus du monde, gratïeus et faitis.' 

et estoit esleveie, plus d'un piet de haut a. quant Bauduïns entent les parlers et les dis, 

une cote ot vestie, a che c'en me conta, adont plus que devant fut li siens corps souspris; 
ouvrée de bourdure : li maistrcs qui l'ouvra 2u si se doubtc qu'a lui ne soit fais li ottris, 

imist trois ans ou plus : moult graut avoir cousta, et qu'a chcs compaignons ne soit donnés li pris : 

les ouvres furent bêles ; et li mantieus qu'elle a si eu fut de rcspoudre moult durement hastis, 

fu fais dedens une isle que mers avirona, car ne se tëust mie pour tout l'or de Paris 

d'une ouvi-e saiTasiue; une dame l'ouvra: qu'il ne disist eu haut a le dame de pris: 
vu. ans i mist au faire, chascun jor s'i hasta; '.iô 'ma dame, fu jou chou qui sui le vos soubgisV 

une riche escarboncle le mantel ataqua, quant la pucheUe l'ot, lors li jeta un ris 

qiù par le nuit oscure moult grant clarté geta, et li dist 'Bauduïns, vous estes mes amis.' 

comme fait li solaus que diex nous envola. 'par dieu', dist Bauduïns, 's'ai bel joëil conquis.' 

s'ivorinc fu noble, se biautés le passa; Si tost que Bauduïns la puchelle ai)rocha, 
car je croi que nature proprement figura 30 Ivortne la bêle a rire commencha. 

le biauté la puchelle, car en che monde n'a li Viex de la Montaigne au coer grant doel en a 

homme, si le veïst, qu'amours ne li lancha pourchcqu'atoutle meure des trois s'abandona. 

d'un gavrelot au coer, en disant 'amours m'a si li dist 'bêle fille, rassotee estes ja! 

mis en mort, douche dame, ne ja ne garii-a [m'a.' riens ne tenrai de cose que mais vo corps dira.' 

mes coers dou mal d'amer qui pour vous souspris 35 'pères', dist Ivorine, 'vo corps si m'cngenra: 

quant li bers Bauduïns le puchelle esgarda, grant folie fesistes par dieu qui me créa, 

il fu si esperdus qu'a poi ne tresbuscha. car sachiés que par mi morir vous couvenra. 

lors li dist PoUbans 'Bauduïns, comment va? bougres estes et faus; diex vous het et harra, 

vous est li coers falis puis que veuistes cha?' car en maise crëanche avés veschut piecha. 

'sire', dist Bauduïns, "par dieu qui me créa, 4o vous créés ou deable qui enchanté vous a. 

je sench un mal au coer dont ne garirai ja, car je croi Jhesu Christ, qui sa mort pardonna 

1 dur reflauboia B. ,loA.aB. s vairu B. ''''' ^"^ '"''"^ "^^ '^^''^^^' 'l""^^^ °^ ^^ ^^I^^^^^J 

9 ne qui jamais sera B; cf. il. 12 ne] et B. 1 tre ^. serra J. 2 ou] el ^, 3 haut J5. 

U rcflanboia^. lôpretieusJ. m matique B. A le A. âhau^. 10 vous coer J. raenplis £ 

IN. maïujue B. 20 brondure B. mais A. 21 il 13 manque A. 14 mon B. IS parles ^1. ly fuit 

mist X. B. 22 le ^1. 23 mer A. 25 xx. B. le A. 20 nen B. 21 ses— nen B. 24 qui ne B. 

27 par nuit estoit clere o tel cl. B. 2^, manque A. 25 vous A. amis B. 2s dist li dansiaus biau j 

30 lo fourma B. 32 sil B. le B. 34 a mort B. ai c. B. 31 le A. 33 et si dist B. 34 vous A. 

garra .1. 35 souspaira A. 3"J estes A. 40 qui 37 couvera A. 3S het de pieca B. 4o enchantes A. 

tout B. 41 je garira .1. 42 sus B. 

Bartsch, Clirestoiuiithie. IV. Éd. 26 



-103 



XIVo SIECLE. 



404 



et si croi fcrmemeut car il resuscita 
détiens le saint sépulcre ou son corps on posa; 
si croi li digne virge qui ix mois le porta 
et au chief de ix mois puchelle en deli\Ta : 
se croire le voeilés, on vous déportera, 
et se vous n'i créés, on vous ocirra ja.' 
'fole\ che dist li Viex, 'mal ait qui vous porta!' 



lors a dit au calife et en haut li cria 
'ocbïés moi ma tille, ou maus vous en venra.' 
a ches mos li califes un grant coutcl sacha : 
le Viel de la Montaigne un tel cop en donna 
5 que le cors de son ventre li fendi et copa. 
'sire', dist Polibans, 'par dieu qui me crëa, 
vous n'avésmie fait chou qu'il vous commanda.' 



LE COMBAT DE TRENTE BRETONS CONTRE TRENTE ANGLOIS. 

Edition de G. A. Crapelet, Paris 1835, p. 13—19; 33 — 35. Donné ici d'après le Manuscript de 
Paris, nouv. acquis, franc. 4165. Copie de M. Apfelstedt. Sur le fondement historique (1350) du 
poème cf. Froissart. éd. Buchon (IS24) Tom. 3, Te addition: Comment messire de Bcaumanoir alla 
défier le capitaine de Plocrmcl . qui avoit nom de Brandebourg, et comment il y eut une rude ba- 
taille de trente contre trente. 



Seignours, or escoutez et trestous bons barons, 
banerelz chevaliers et trestous nobles homs, 
cvesques et abbés, gents de religions, lo 

gentilz homes bourgois de toutes nacïons, 
heraultz, haulx menestriers et tous bons com- 

paignons, 
escoutez cest romants que dire vous voulons, 
l'istoire en est vraye et les motz en sont bons, i .^ 
cornent trente Engloix , hardiz comme lyons, 
combatirent ung jour contre trente Bretons: 
et pour ce le vueil dire, droict le \aeult et raisons, 
si s'en esbateront gentilz homs et clergons 
dedans cent ans encore souvant en leurs maisons. 20 

L'en dist, quar il est \Tay et de belle sentence, 
trestous les gents de bien, d'onneur et sapïence, 
pour ouyr et compter mettent bien leur entente ; 
mais faillis et gloutons sy n'y veulent entendre, 
or vous vueil commencier et raison vous vueil 2.') 

rendre 
de la noble bataille qui est nommé de trente : 
si prye celuy ilieu qui sa char laissa vendre, 
qu'il ait pitié des âmes, car les corps sont 

en cendre. 30 

Quant Dagome fut mort, de ce siècle dévié — 
devant Aulray le fort fust le baron tue, 
dieu luy face mcrcy par sa saincte pitié; 
en son vivant avoit pour certen ordonné 
que les menues gents, cculx qui gaignent le blé, :<r, 
ne fussent des Angloix plus jjrins ne guerroyé — 



1 que il B. :i bc croi le B. t. et se ne vous 
ï A. ' ca dit /î. \cA. quil /?. ïh Alinéa. 

31 de vie. 



quant le baron fust mort, tout ce fust oublyé, 
car Brambroc pour certein pour luy est demeuré, 
qui jura sainct Thomas que il sera vengé; 
et ot toute la terre et le pais gasté. 
lor sambla Plocarmcl a dueil et a vilté. 
bien faisoit de Bretaigne toute sa volenté. 
jusques vint la journée que dieux ot ordonné, 
que Beaumanoir le bon, qui tant fust alosé, 
messire Jehan le saige, le preux et le séné, 
aloit veoir les Angloix et parler a seurté. 
si vit pauvres chetiflfz, dont il cust grant pitié : 
les ungs estoint es cheps et les aultres ferré, 
deux et deux, trois a trois, ainsin estoint lyés, 
corome vacbez et beuft'z que l'en maine au 

marché, 
chascun soufiroit grant peine, douleur, or- 

phanité. 
quant Beaumanoir les vit, du cueur a souspiré, 
a Brambroc sy a dist par grant humilité 
'chevalier d'Angleterre, vous faictes grant pecbié 
de travailler le peuple qui laboure le blé 
et la char et le \in de cculx avons planté, 
si laboureurs ne fussent, je vous dy mon pansé, 
les nobles couvendroit travailler en Taré, 
au flayeul la houette et souffrir pouvretté. 
cllas, ce seroit peine a qui n'a coustumé. 
pais ayent d'or en avant, assés ont enduré, 
le testament Dagome n'est mye achivé: 
executour en estes, qu'il soit exécuté.' 
et Brambroc luy a dist par moult très grant 

fierté 



1 au] a. A. 
18 paouures. 



\(i A. .') le manque A. cucr B. 

1!) es sept». 2'J vin] blc. 



105 



COMHAT DE TRENTE liRETONS. 



4013 



'Beaumanoir, taisiez vous, de ce n'y soit parlé. 
Montfort se sera duc de la noble duchié 
de Pontorsou a Nantes jus^ues a Saint-Mahé; 
Edouart sera roy de France couronné. 
Angloix auront le baut par tout et poësté, 5 
maulgré touslesFrançoysetceulx de leurcosté.' 
et Beaumanoir respont. le preu.x et le séné, 
a Brambroc et a dist par moult tresgrant tierté 
'songes ung aultre songe, car cest est mal songé, 
car jamais par tel voye n'y aurés demy pié.' lo 
'Brambroc' dist Beaumanoir, 'saichez certei- 

nement 
i^ue trestous voz goberges n'y valent ung nyënt. 
celuy qui plus en parle maintes foiz semesprent. 
orlefaesmes, beau sire, si vous plaist,saigement: 15 
combatons nous ensemble a ung adjournement, 
sexante compaignons ou quatrevint ou cent ; 
et lors verra l'on cler adonques et vrayment, 
qui aura tort ou droit sans aller plus avant.' 
'Brambroc', dist Beaumanoir, 'pour dieu le 20 

droitturier, 
vous estes vaillant homme et moult soutitf 

guerrier : 
venés a la journée sans exoine mander, 
l'on dist mainte pai'ole qu'on vouldroitrappeller, 2.-i 
et dist on grants goberges souvant dessus disner. 
si ne me faictes mye comme a Pierres Angier, 
le vaillant homme noble, le gentil bachelier: 
vous il print jouniee, ce fust pour batailler, 
a Ambissat la ville, comme je ouy compter, 30 
et la vint au dit lieu pour la foy acquiter; 
a six vingts espérons, tous faitz d"or et d'acier : 
Brambroc, vous defaillistes, n'y osastes aler. 
cest faict cy est moult grans, vous n'en devés 

mocquer; 35 

decy a ung gi*ant temps l'on en vouldra parler.' 
'Beaumanoir', dist Brambroc, 'pour dieu laissés 

ester ; 
car je seroy ou champ pour certein le premier; 
avec moy trente hommes, sans croistre ne besser, 40 
qui seront tous couvers de bon fer et d'acier, 
ja n'y menroy viUain, dieu me vueille ayder; 
car le maindre de tous sy sera escuyer, 
portant tunicles d'armes, luy ou son davancier.' 
mais Brambroc sy mentist, ja celer ne vous quier : 43 
il meina ung villein avoueltre pautonnier 

9 cestuy est songe. 17 .iii.x>;. 45 ja] a. 



qui portoit bien de febvez sur son coul ung 

sextier ; 
le ventre ot plus gros que celuy d'ung coursier. 
Brambroc par grant fierté ce jour le tist anuer ; 
par luy cuida la mort de Dagorne venger: 
il devoit tout abatre le villein losongier. 

De Beaumanoii' le noble je vous en vueil 
compter : 
a Brambroc sy a dist 'je vueil de cy aler 
a chasteau Jocelin pour mes gents ordenner'. 
'aies', se dist Brambroc, 'aux! je vueil mander 
par toute la duchié je feré assambler 
touts les nobles Angloix que je pourroy trouver.' 

Ainsin fust la bataille jurée par tel point 
et que sans nulle fraude loyaulmens le feroint 
et d'ung costé et d'aultre touts a cheval seroint 
ou trois ou cinq ou six ou douts, se ilz vouloint, 
sans élection d'armes ainxin se combatroint 
en guise et manière que chascun le vouldroint. 
sy pry au roy de gloire qui voit et bas et mont, 
qu'il aide au droit, car scy en est le point. 

Or ont a Ploearmel la bataille jurée 
d'eulx combatre ensemble a certeine journée 
a tx'ente compaignons, chascun de sa livrée, 
puis s'en vint Beaumanoir a la chère membree, 
au chasteau Jocelin la nouvelle a comptée 
et le faict et la chose, comme elle est alec 
de luy et de Brambroch, n'y a chose celée, 
la trouva des barons moult grande l'assamblee : 
chascun la nostre dame en eust moult graciée. 

'Seigneurs', dist Beamnanoir, 'sachez sans 
demourance 
qu'entre Brambroch et moy en avons accordance 
de nous combatti'e ensemble sans nulle dé- 
faillance 
a ti-ente compaignons, chascun de grant puis- 
sance, 
si auroit bien mestier choisir qui fiert de lance 
et de bon branc d'acier, car la chose est grande, 
et si Jhesucrist donne par sa saincte puissance 
que l'avantaige ayons, ne soyez en doubtance, 
moult en sera parlé par [le] royaidme de France 
et par tout le pays qui tient son alïance'. 

Or vont a Beaumanoir les nobles bacheliers 
et la chevalerie, servants et escuyers. 



7 Bo. 

vinnque. 



10 ordrcnncr. 
•24 tente. 



15 fcrovcnt. 



•2ti* 



■21 en 



407 



XIVo SIECLE. 



408 



et dyent "noble sire, nous irons volentiers 
pourdestruire Brambroch. luy et ses souldoyers. 
de nous n'aura il mye ne ranszons ne deniers, 
car nous sommes hardis et courants et legiers, 
et ferrons sur Angloix de moult grans coups 5 
et fiers. 

Prenez qui vous plaira, tresdroit noble baron.' 
'seigneurs' dist Beaumanoir, 'sy les enchoisisson 
et prendron Tyntyniac. a dieu le beneisson, 
et Guy de Rocheffort et Charruël le bon lo 
et Robin Raganel ou nom de saint Symon, 
Caro de Bodegat qui moult est bel et bon; 
Guillaume de la Lande sera son compaignon 
et Olivier Arrel qui est hardy Breton, 
sire Jehan Rousselet qui a cueur de lëon, 15 
messire Gefiray du Boys, le gentil compaignon, 
si ceulxne sedeit'endentde Brambroch le fellon, 
jamais je n'auroy joye en mon entencïon. 

Amprés convient choisir maint gentil cscuyer : 
de Montauban Guillaume prendron tout le 20 

primier, 
de Tyntyniac Alain qui tant a le cueur fier, 
de Pestivien Tristan qui tant est bon guerrier, 
Alain de Caranmés et son oncle Olivier, 
Louys Gouyon vendra ferir du branc d'acier, 25 
luy et les Fontenais pour leur corjis aloser. 
Huet Captus le noble ne devons oublier, 
et Geifroy de la Roche sera fait chevalier; 



si dieu plaist. la journée luy dobvra remambrer 
de la bonté son père qui ala guerroyer 
jusques Constentinoble pour son corps aloser. 
ceulx cy se deftendront de Brambroch le baffier, 
qui chalonge la terre, dieu luy doint encombrier.' 

Choisy a Beaumanoir, ainsi comme vous dy, 
Geftroy Poulart, Morice cil de Treze-guidy, 
et Guyon du Pontblanc qui est moult bon amy, 
et Morice du Parc, ung escuyer hardy, 
et Geffroy de Beaucours, n'en soyez esbahy, 
celuy de la Villong, Geflroy Moelon auxi. 
tous ceulx qu'il en appelle luy en rendent mercy 
et vont tous a genoulx escuyers devant Iny. 

Amprés print Beaumanoir, c'est chose sans 
doubtance, 
Jahannot de Serrant, homme de grant puissance, 
Olivier Bouteville, Guillaume de la Lande, 
et Symon et Richard, ceulx n'y feront faillance ; 
ceulx y mettront leurs cueurs et leurs corps 

en balance 
pour garder leurs pais de maie alïence. 
atant se sont partis sans point de demourance : 
dieu les vueille garder de maie pestilance. 

Or si a Beaumanoir choisy ti'estout son 
nombre 
de trente compaignons, dieu les garde de honte 
et a leurs ennemis envoyé maie honte, 
que ilz sont desconfiz voyant trestout le monde. 



GUILLAUME MACHAUT. 

Ms. (le Paris, La \'nll. 2.'), Tome J, fui. 12^ et 135». 



I. 
Fragment il h dit don /i/tm. 
Après des dames vous diray 
l)uis que commencié a dire ay 
comment elles se chevissoient 
de ceaus qui se très bien savoient 
requérir, flatcr, losangier 
et leurs paroles arrengier. 
aucunes en y avoit d'elles 
qui savoient tours et «autelles 
et faindre si très proprement 
qu'il cuidoient rcrtainnement 



meinte fois qu'elles les amassent 
la ou penser ne le deingnassent 
n'il ne povoient de pai'ler 
tant savoir ne de bas voler 
qu'il ne fusseut d'elles rusd, 
acornardi et amusé, 
car on doit ruser les ruseurs, 
(jni jinet, et moqucT les moqueurs, 
les mauvais haïr et blâmer 
et les amans loyaus amer. 

Les autres savoient congnoistre, 
fust seculers ou fust de cloistre. 



I. 20 prindrrnt. i:t. 20 f^uill'rr. l!t couuint. 



lit mcttrcnt. 2h dcsconfilz. 2't <|Ufllc. 



409 



(GUILLAUME MACHADT. 



41(» 



liquelz pensoit a fausseté 
et liquelz voloit loyauté, 
nom pas chascuuc vraiement, 
car li mauvais si sagement 
en leur folour se gouvernoient 
({u'aucune fois amé estoient 
et aucune fois li loyal 
avoient pour l'anioureus mal 
joie, guerredon et mérite, 
et li faus mauvais ypocrite 
estoient d'elles sans pitié 
lesdengé, hay, despitié. 

S'en y avoit qui renoier 
le jouster ne le tournoier, 
le danser ne le karolor 
ne povoient ne le baler. 
mais si forment se delitoient 
qu'en tous liens ou elles estoient 
ne leur challoit autre reviaus, 
tant fust estrange ne nou\aaus, 
et vosissent que leur amis 
a ce ordené fussent et mis 
que pour honneur ne pour vaillance 
ne partissent de ceste dance 
et qu'einsi usassent leur vie 
sans avoir d'autre honneur envie. 

Les autres toute leur plaisance 
avoient et leur souvenance 
en ceaus qui serchoient les guen-es 
par toutes les estranges ten-es; 
commant que samblant n'en feïssent 
et que po souvent les veïssent, 
n'estoient il pas mis en puer, 
mais bien amé don bon don cnor 
sans vilenie et sans folour 
pour leur bien et pour leur valour. 
car quant on les tenoit pour telz 
qu'il estoient en fais mortelz, 
es batailles et es assaus, 
fier, hardis, puissans et vassaus, 
sans riens doubter ne ressoingnier 
qui fust, ains s'aloient baingnier 
en sanc, en siieur, en cervelles, 
telz oeuvres leur estoient belles, 
c'estoit tout ce qu'elles vonloient: 



autre chose ne dcmandoient, 

et je m'i acort, car sans faille 

trop miex vaut le grain que la paille. 

L'autre faisoit un chapelet 
et entre gieu et gabelet, 
quant il estoit fais, le donnoit 
a celi qui l'araisonnoit 
et requeroit d'avoir s'anicur, 
ja fust einsi que la clamour 
n'en parvenist a ses oreilles 
et qu'autre part feïst ses veilles 
ses cuers qui gueres n'i pensoit, 
mais a tant de li se i)artoit. 
l'autre le paissoit de regart 
ou d'estre amés n'avoit regart, 
et einsi le tenoit espoir 
tout son temps en ce fol espoir, 
l'autre le paissoit d'un doulz ris 
qui tant li estoit signouris 
que par mi le iiier le poingnoit. 
l'autre le doy li estreingnoit, 
l'autre li marchoit sus le pié, 
nom pas eu samblant de congié, 
mais en signe de retenue, 
commant que de s'amour fust nue. 
l'autre parloit moult doucement 
a li pour son adoucement; 
l'autre li faisoit bonne chiere 
et doulz samblant de cuer arrière, 
ainsi moustroient les plusenrs 
fans samblant a leur requereurs, 
car pour ce qu'elles se doubtoient 
d'estre rusées, les rusoient 
et leur donnoient a entendre 
que merci dévoient attendre 
et que leur cuers estoient sien, 
comment qu'il ne leur en fust rien, 
mais toutes pars celés n'estoient. 
car maintes dames le faisoient 
einsi comme amours le devise, 
sans mal engien et sans feintise, 
de fin cuer loyal sans raefiaire, 
doulz, humbles, courtois, débonnaire, 
par franche libéralité 
et de fine pure amité. 



19 challoit .1/*. S43 : .sa7nl)lt'ut Ln Vall. 
45 quelle voulloient. 



24 (lence. 



1.5 dcstre ^fs. 843: dautre La Vall. 
39 dame. 40 deuisoit. 



37 «jui. 



411 



XlVe SIECLE. 



412 



II. 
Ci commence le dit de la harpe. 

Je puis trop bien ma dame comparer 
a la harpe et sou gent cors parer 
de XXV. cordes c^ue la harpe ha, 5 

dont roys David par maintes fois harpa, 
et \Taiement qui aimme de la harpe 
le tresdous son et sagement en harpe 
et le grant bien des cordes eu harpent, 
trop miex le pris que d'or tin un arpent, lo 
et pour itant weil aprendre a harper 
et ma dame en chautant loër, car per 
de grant douceur eu ce monde n'a point: 
pour ce li puis comparer bien a point 
si que un dous lay que j'ay fait harperay 1.5 
com cilz qui ja d'amours n'eschaperay, 
qu'amés ou mors ne soie sans déport. 
la seront mis et sont tuit mi déport, 
passer n'en puis n'issir par autre porte, 
quelque grâce que fortune m'aporte. 2o 

et s'amez sui, j'aray tresbonue part 
des biens qu'amours aus amoureus départ. 
et se je y muir, mon ame emportera 
li diex d'amours et s'en déportera, 
et tuit amant me tenront com martyr 25 

pour bien amer loyaimient sans partir, 
si que je puis legierement prouver 
qu'on ne porroit pas instrument trouver 
de si plaisant ne de si cointe touche, 
quant blanche main de belle et bonne y touche 30 
ne qu'en douceur a elle se compère; 
ve cy comment je weil bien qu'il appere. 

Quant Orphëus, le poëte devin, 
fit sacrefice ou il n'ot point de vin, 
einsois le fit de tor ou de genisce 3.5 

a Jupiter pour s'amour Erudice 
qu'il la vousist deffendre de la mort 
pour le seqjent qui en talon la mort, 
mais ne volt pas consentir son respas 
li diex, einsois ala plus «juc le pas 40 

droit en enfer aveuques Proserpine 
qui d'enfer fu la dame et la royne, 
li poètes qui de fin cuer l'ama 
après sa mort forment la reclama. 
il prist sa harijo et Inen l'a acordee, "••"' 

si s'en ala en l'orrible valec, 
n'il n'arresta tant qu'il vint a la porte 



des infernaus: la trop se desconforte 

pour s'amie qu'il a emsi perdue. 

la de harper doucement s'esvertue 

le lay mortel a la porte d'enfer; 

mais u"i ot huis ne fcnestre de fer, 

porte, barre, veiTuel ne serrëure, 

tant fust forte ne diverse ne dure, 

qui ne se ouvri au doulz son de sa harpe. 

les infernaus ne prisoit une sarpe, 

que sa harpe si doucement chanta 

que les tourmens d'eufer si enchanta 

que les âmes nul tourment ne sentirent 

quant le doulz son de sa harpe entroïrent. 

Pluto, Florou, Serberus, Lucifer 

qui estoient quatre des roys d'eufer 

et Proserpine a li si attray 

que hors d'eufer Erudice tray. 

11 s'en revint de la eu Sicouie 
et la harpa par si grant mélodie 
que les arbres leur comes abaissoient 
pour li oïr et ombi-e U faisoient, 
et des oisiaus et des bestes sauvages 
fais oit donter les orguilleus corages 
en escoutant le doulz sou de sa lire, 
encor weil je plus grant merveille dire, 
il fit aussi retourner les rivières 
merveilleuses, grandes, fortes et tieres. 
or me querés instrument qui ce face 
ne ou il ait tant douceur et tant grâce, 
il n'est ouvriers qui le scëust ouvrer, 
ne hons n'en porroit nulle part recouvrer. 

Phebus un diex de moult haute puissante 
avoit la harpe en si gi-aut révérence 
que chans nouviaus je ne li eschapast 
qu'en la harpe ne jouast ne harpast. 
par dessus tous iustrumeus la prisoit 
et envers li tous autres desprisoit. 

Quant roys David voloit apaisier l'ire 
e dieu le père, il acordoit sa lire 
et la faisoit sonner si doucement 
et li prioit si très dévotement 
que li grant diex son ire rapaisoit 
pour l'orison David (jui li plaisoit. 
et quant li sons de la harpe est plaisaus 
a dieu, bien doit cstre coys et taisana 
tous iiistrumens quant on la wet sonner 
et on la fait doucement resonner. 



413 



BALLADES ET VIRELAY D'EUSTACHE DESCIIAMPS. 



414 



BALLADES ET VIRELAY D'EUSTACHE DESCHAMPS. 

I. IL Leroux de Lincy, recueil de chants historiques francois 1,240. 25S. Comparé par M. Schirmer 

avec le ms. fonds franc. 840, (anc. 72 Hl) Fol. 13 et 44. T.n seconde ballade déplore la mort du 

connétable Bertrand du Guesclin (13*>0); IIL Ms. franc. 840, fol. 18!)''. 



L 

En dimenche, le tiers jour de décembre, 
l'an mil rcc avec soixante et huit, 
fu a Saint Pol nez dedcnz une chambre 
Charles li roys, trois heures puis minuit, 
fils de Charles cinquicsme de ce nom, 
roy des François, de Jehne de Bourbon, 
roine a ce temps couronnée de France, 
le premier jour de l'advcnt qui fut bon : 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

Ou signe estoit. si comme je me membre, 
de la vierge la lune en celle nuit, 
en la face seconde, et si remembre 
qu'au sixte jour du dit mois fut conduit 
et baptisié a Saint Pol, ce scet on, 
ou il avoit maint prince et maint baron : 
Montmorancy, Dampmartin sans doubtance. 
tous deux Charles levèrent l'enfançon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 

Trois ans après, quant li mois de mars entre, 
a tiers jour fut, sabmedi, saichent tuit, 
l'an mil ccc lx et onze, entendre 
puet un chascun la naissance et le bruit 
de Loys, né frère du roi Charlon, 
après mienuit trois heures environ ; 
la lune estoit a neuf jours de croissance, 
marraine fut madame d'Alençon : 
par se sçara chascun ceste naissance. 

Princes, parrains fu Bertran li prodom, 
connestables, qui tant ot de renom, 
de vostre frère, aiez en souvenance: 
a Saint Poul fut nez en vostre maison 
et baptisiez fut par Jehan de Craon: 
par ce sçara chascun ceste naissance. 



la flour des preux et la gloire de France, 
victorieux et hardi combatant, 
saige en voz fais et bien entreprenant, 
souverain homme de guerre, 

.5 vainqueur de gens et conquerreur de terre, 
le plus vaillant qui onques fust en vie: 
chascun pour vous doit noir vestir et querre. 
plourez, pleurez flour de chevalerie I 
Bretaingne, ploure ton espérance! 

10 Normandie, fay son entièrement; 

Guyenne aussi, et Auvergne, or t'avance, 
et Languedoc, quier lui son mounement. 
Picardie, Champaignc et Occident 
doivent pour pleures acqucrre 

15 tragédiens, Arethusa requerre, 

qon en eaue fut par plour convertie, 
aiin qu'a tour de sa mort les cuers serre: 
plourez, plourez flour de chevalerie ! 
He, gens d'armes, aiez en remembrance 

20 vostre père, vous estiez si enfant, 

le bon Bertran, qui tant ot de puissance, 
qui vous amoit si amoureusement, 
Guesclin crïoit. priez dévotement 
qu'il puist paradis conquerre. 

2.J qui dueil n'en fait et qui n'en prie, il erre, 
car du monde est la lumière faillie; 
de toute honeur estoit de droictc serre: 
plourez, plourez flour de chevalerie! 



30 



35 



II. 

Estoc d'oneur, et arbres do vaillance, 
cuer de lyon, espris de hardement, 

5 Charles VI. IS .ii. 21 fut manque. 

24 Louis d'Orléans, second fils de Chartes V. 

25 heures] lieues. 20 .ix. 



III. 

l'irehtt/. 

Dame, je vous remercy 
et gracy 

de cuer. de corps, de pensée 
de l'anvoy qui tant m'agrée 
que je dy 

c'onques plus biau don ne vi 
faire a créature nec, 
plus plaisant ne plus joly, 
ne qui sy 



1 1 avcnce. 



is fleur. 



415 



X1V« SIÈCLE. 



41G 



m'ait ma loescc doublée, 
car du tout m'a assevi 
et ravi 

en l'amoureuse contrée, 
je le i)orte aveciiues my 
cou cellui 

qui m'a joye recouvrée, 
et si m'a renouvellee 
m'amour, qui 
m'auroit par rapporz hay 
et par fausse renommée, 
dame je vous remercy etc. 
Long temps a mon cuer gcmy 



et fremy 

en dolcur désespérée, 

en tristesse et eu soucy 

jusqu'à cy 

que pitez est dévalée, 

qui adés loyaulx mercy. 

or li pry 

que n'en croyc a la volcc 

fausse langue envenimée, 

car par lui 

sont maint loyal cuer trahy; 

de mal feu soit embrassée. 

dame, je vous remercy etc. 



Ms. de llenne Fol. 25** — 2yt. 



RENART LE CONTREFAIT. 

D'après une copie de M. Mussajiu. 
cf. Willi. Grimm, Athis p. 381 ss. 



Episode d'Alhis et Prophilias] 



Tout ainsi tenche a lui Athis. 
la tin fut qu'il fu ententis 
de son bon amor recouvrer; 
car assez peut femme trouver. 
la convenence a lui promise 
lui a toute a etfect mise, 
combien que acomplir le grieve. 
toutes les nuytz il se relieve 
de son lyt et dehors se tient, 
et Pourphilïas au lyt vient 
et fait son voloir de la belle. 
Athys l'atent en la prayelle. 
Cardiones ainsi decheut, 
qu'elle de riens ne s'appercheut. 
de jour le tient comme sa femme 
et de nuyt lui fait tel diflfame, 
blasmés doit estrc, non pas elle, 
quant tout le fait ainsi lui celle, 
car jiour loyal mary le tint, 
une grant pièce se maintint 
ccBtc mesproison et cilz jeux, 
que nul no le sceut que culx deux, 
tant que une îoiz se descouvri 
et a Cardiones l'ouvri. 
honte euht, mais honte s'appaisa. 

10 hayb. 15 Su liu. -2:$ l'ouphilia-s. 



et quant clic bien s'avisa, 
15 scnty et juga comme femme: 

sur Athis soit tout le ditfame. 
Quant tout ce fust bien apaisié 

et le peuple asserisié 

pour autres besongues oyr. 
2" lors voult Porphilïas joyr 

de sa femme et de s'apaye: 

en Grèce ne demoura mye. 

quant son oirre out apareillié, 

a son compaignon print congié; 
25 vers Komme s'est acheminés, 

dont il estoit nom-riz et nés. 

Cardionnes s'amie cmmaine, 

qui au i)artir eust moult de paine. 

son pays laisse et ses amis, 
•M) de larmes tout couvert le vis: 

dit 'las, je pers ma uourrcture 

et mon pays et ma nature. 

jamais retourner n'y poi'ray, 

je le sçay bien, anchois raorray. 
55 ha Athis, c'est jjar ta folie 

que de mon pays suis partie.' 

lors prindrent congié, si s'csmurent: 

cnucnimc. i!i autre. 25 cest. 2>s eult. 
35 IlatiH. [il cuiigio manijue. 



117 



RENART LK CONTREFAIT. 



418 



tant cheminent qu'a Rommc furent. 

Porphilias si lut a Homme 
tenu pour un tresvaillant liommc, 
de grant lignage fut assez 
et la fut il moult honnourcz. 
Cardïones bien se maintint, 
com saigc et advisee se tint, 
et il com bien craparentés. 
de tous les plus grans fut hantés, 
maistre fut, sire, sénateur, 
juge homiouré et docteur. 
des plus grans il acquist l'amour 
et sa femme eust par honnour. 

De Porphilias vous lairay, 
et de Athis je vous diray, 
qui en Grèce fut demeurez, 
de tous ses parens forjurez, 
des amys Cardïones si, 
qui sans loz, sans cas et sans si 
voulsissent que il fut honnys. 
tant fut de toutes gens hays, 
qui tous lui tollircnt «'honneur, 
aussi le grant que li mineur. 
tant fut feuez et envahiz 
que il meïsmes s'est hays 
et desconforté en partie, 
car nul ne fut de sa partie, 
ne il ne iscet tant procurer 
qu'il sceusist en paix demeurer, 
et le commun i*enom cstoit 
que sa femme vendue avoit. 
lors dist Athis 'Porphilias, 
ou dangier, ou je suis, mys m'as, 
j'ai perdu amys et avoii' 
et grâce et chevance et savoir, 
vëoir t'iray prochainement; 
puisque ne truis recouvrement, 
vëoir ii'ay s'es mes amys." 
adonques s'est a chemin mys, 
povre, matz et desconfortés. 
tant s'est par journées portés 
que il est a Romme venus, 
avec les povres s'est tenus: 
de Porphilias encercha, 
tant en enquist et demanda 



qu'il sccut que grant honneur avoit 
et que sénateur il estoit, 
et il se vit chetifz et nuz 
et d'estrange pays venuz, 
5 sans cognoissance et sans amis, 
adoncques s'est a pleurer mis 
de coeur si très parfondement 
a peu que le coeur ne lui fent. 
tant est matz, povre et plain d'ire, 
10 ses poings detort, ses cheveulx tire 
et dit 'las, que suis venus querrc I 
povres estoic en ma terre : 
mais au moins cognus y estoie 
pour ce que parens y avoie. 
lô se cellui aloye vëoir 

pour qui j'ay perdu mon avoir, 
tantost qu'il me porroit tenir, 
pendre me feroit ou honnir, 
tout ainsi certes en iroit, 

■M car vergongne de moy aroit. 

droit aroit com du plus mcschant 
qui soit en viUe ny en champ, 
plus meschant onques ne parla.' 
lors entour les murs s'en ala: 

25 lez une cyterne se boute, 

com cil qui de deuil ne vit goûte, 
qui n'oze entrer en la cité, 
la furent ses deux recité, 
la povreté ou il demeure, 

:jo et dist 'he mort, c'or me deveure !' 
moult forment se desconfortoit. 
ainsi qu'en son meschief estoit, 
trois hommes lez lui se meslerent 
tant que les deux le tiers tuèrent, 

35 tout proprement de coste Athis. 
cilz en fuient qui l'ont occis, 
tantost les gens au lieu alerent: 
le mort delez Athis trouvèrent, 
le juge qui les murdriers quist 

40 la trouva Athis et le prist 
et tout en haïUt lui a hue 
'dy voir qui cestui a tueV 
lui qui desconforté estoit 
et qui du tout sa mort hastoit 

45 



1 cheminèrent 7. s comme. 

25 cest. 3b s'es] se. 3'J cest etc. 
Barïscu, ChrestomatLie. lY. Ed. 



3 nulz. 7 pardement. lo detor. 13 mais 
13 eult. manque. 21 comme. 2tj comme cellui. 35 Thais. 
30 quilz ont. 43 cellui. 

27 



419 



XlVe SIECLE. 



420 



et qui lie yueroit autre fait 

respondit 'seigneur, s'ay je fait, 

car il vers moy avoit mesprins.' 

lors fust tantost liez et prins 

et fut mené eu la prison.* 
Eu cellui temps a Eomme avoit 

une coustume, et telle estoit: 

quant aucun avoit murdrc fait 
- ou larrechin, pour le mesfait 

en un très hault lieu estoit niys, 

d'encoste le palaix assis : 

en chaînes la on l'asseoit. 

la tout le peuple le vëoit. 

illec les sénateurs venoient, 

son fait, sa cognoissance oioycnt. 

son fait cogneu, sans le garder, 

jugiez estoit sans retarder 

selon ce pour quoy il est mis. 

la fut mené le po^Te Athis. 
Athis fut mis en la chaainne 

comme murdrier, souffi-aut gi'ant painc. 
chascun s'est devant lui tenus. 
tout le peuple y est venus. 

les sénateurs venus y furent, 
tous ceubt qui de tel fait cognurent, 
et demandèrent 'dy, amis, 
as tu doncques cestui occis V 
'oy', dist il, 'certainement: 
faictes de moy le jugement.' 

Porphilïas qui estoit la 
en regardant bien l'avisa 
a la paroUe, au corjjs, au vis. 
bien le cognut par droit ad vis. 
tout le coeur lui esvanuy 
et trestout le sens lui fuy. 
a terre le convint venir, 
car sur piez ne se peut tenir, 
trestout fu tresmues et tains, 
de toutes laides couleurs plains, 
et dit de coeur 'las, que je voy 
cellui qui a perdu pour moy 
honneur, chevancc et richesse, 
joye, déduit, honneur, noblesse, 
son pays et son corps et s'ame, 
et pour moy meurt a tel diffame. 



pour moy a perdu ses amys, 
pour moy a honteuse mort mys, 
pour moy mest vie a dampncmcnt, 
son corps a mal detinement. 
5 a honte en veult son corps ottrir. 
comment porroye ce souffrir'?' 
lors se lieve et enhardist, 
a tous les sénateurs a dist 
'seigneurs, ne veuil vers dieu pcchicr, 
10 de ce povre homme erapeschicr 
ne qu'il meure pour moy a tort; 
car pour vray j'ay cest homme mort, 
sachiez de vray, hier je l'occis, 
estez le et je y soye mis, 
15 car couppe n'y a vraicment : 
je le vous jure loyaulment.' 
lors y eust grant deuil démené 
de tous ceubc qui la ont esté, 
dii-ent 'sirez, ne dictes mie 
20 ceste raige, ceste folie. 

laissiez lui souffrir son martirc', 
trestous lui dù'ent tire a tire. 
. dit Athis, qui tout s'est jugié, 
'n'est nul qui l'ait occis que gié.' 
25 Porphilïas dist aultement 

'ne le créez, seigneurs, qu'il ment, 
cilz homs fut occis de ma main, 
onques ne le soir ne le main 
ne viz cellui qui est enchaînez, 
30 ne je ne sçay dont il est nez. 
droicte folie lui fait dire 
ou ce qu'il est entrés en ire.' 
dit Athis 'il dit grant merveille, 
il dort et il samble qu'il veille. 
35 cest murdre tiz ersoir de nuyt. 
délivrez moy, ne vous anuyt.' 

A Romme ot lors grant troublement 
de toutes gens communément, 
longues en débat demourerent: 
40 lors li saige a conseil alerent. 
le conseil chey sur ce fait: 
'chascun d'culx deux dist qu'il l'a fait; 
peut cstre cestui le tua 
et l'autre a tuer lui aida. 

45 



5 La lacune n'est point indiquée, 
20 chainne. 44 le premier et manque. 



l copg. 17 eulz. I!» dicte. 23 A Athis 

is crt? qui toudis se juge. il que je. 10 les saiges. 
41 »cey. 



421 



RKXART LE CONTREFAIT. 



422 



chascun d'enlx murdrier se cognoit. 

qui que soit ne cui coiiveiinoit. 

chascun le jugement aura 

tel com murdrier avoir délivra.' 

adont fut Porphilïas pris, 

que ne demourra pour son pris, 

pour son sens ne pour ses bontez, 

ne fust en la chaynne boutez 

et fermé bien estroictement. 

lors font doeuil tout communaument. 

chascun vient vcoir la merveille. 

nulz homs ne vyt mays la pareille. 

Signeurs, dist Barbue, entendez, 
vous qui a bonne amour tendez, 
que dieu noble trésor a mis 
en honneur, qui vcult estre amis, 
nul ne porroit le bien csnicr 
que cil a qui bien vcult amer, 
Pourphilïas moult bien ama, 
qui son corps et s'honneur livra 
et tous ses biens voult déguerpir 
pour le sien amy garandii'. 
en la chaynne sont eu prison 
a grant tort et a mcsprison. 
illecques raorront sans demeure, 
lors en la ville no demeure 
nulz qui ne les viengne esgarder. 
lors ne se porrent retarder 
les deux qui occis l'homme avoient. 
quant ilz entendent et ilz voient 
ceulx qui pour leur meffait sont pris, 
entre les gens se furent mis 
pour savoir et pour cscouter 
ce qu'ilz dëussent bien doubter. 
mais qui sent son cul ortïer 
en vis se tient de fremïer. 

Le saige dist, bien le tesmoing. 
que envis est mal sairs tesmoing 
de vëoir. de langue ou d'oyr. 



2 Cui qui. qui. 
ne mmti/ue. 



U u muiiijue. 



fort chose est de mal bien joyr. 

com on dit que trop grater cuit, 

et aussi que trop parler nuit. 

les deux qui l'homme eurent occis 

se furent en la i)resse mis, 

disoient 'cilz sont onltrageux 

qui pour noz fais ou pour noz jeux 

se mectent en telle ballance, 

que chascun a le mort se lance, 
10 et si savons tout proprement 

que quancques chascuns dit il ment. 

mieulx dëuissons la mort souffrir 

que ceulx qui se veullent ofirir 

et qui se livrent a martire. 
15 nulz fors dyables ne leur fait dire.' 

un preudoms matz, mal atirez, 

s'en fut un peu lez eux tirez, 

de qui garde ne se donnoient 

ne point prez d'eulx ne le vëoient. 
20 ce preudoms bien les entendi, 

tantost vers les juges tendi 

et leur ala compter a tire 

les motz com il les oy dire. 

lors maintenant les juges vindrent 
2.-) et promptemcnt tous les deux prindrent, 

et ceulx sans eulx mectre a meschief 

cognurent le moyen et chief 

de la vérité et du fait. 

dont fut d'eux le jugement fait : 
30 en la chaynne furent boutez, 

Athis et Porphilias ostez. 

ne vous est par moy recité 

la joye qui fut en la cité. 

Porphilïas Athis emmaine: 
3r> toute la joye, toute la paine 

qu'il peut a lui honnourer met, 

de lui servir bien s'entremet. 

tousjours depuis si se maintindrent, 

un voloir, un sentier si tiudreiit. 

1.3 si. 21 le. 3(i <iui. ;!'.( sentir? 



27' 



42: 



xive sip:cle. 



424 



JEHAN FROISSAllT. 



I. Ms. lie Paris, franc. 830 {aiic. 7214), /o/. 36^ (A) et 831 (anc. 7215), /o/. 27<i (B); II. D'après 

une copie faite par M.' Fre'déric Pfeiffer sur le manuscrit de la bibliothèque Rhediger à Breslau, 

Tome il, fol. 322—324, 327—329. Cf. l'édition de Buchon (1S52) 2, 245-247, 250—253. 



I. 



Ci s'etisiful le ditlie de la flour de la 
martjlievile. 

Je ne me doi retraire de loër 
la riour des floiu's prisier et hounourer, 
car elle fait moult a recommeiider, 
c'est la consaude. ensi le voeU nommer; 
et qui li voelt son propre nom donner, 
on ne li poet ne toUir ne embler, 
car en françois a a nom, c'est tout cler, 
la margherite 

de qui on poet en tous temps recouvrer, 
tant est plaisans et belle au regarder 
que don vëoir ne me puis soëler; 
tous jours vodroie avec li demorer, 
pour ses vertus justement aviser, 
il m'est avis qu'elle n'a point de per, 
a son plaisir le volt nature ouvrer: 
elle est petite, 

Blanche et vermeille, et par usage habite 
en tous vers lieus, aillours ne se délite, 
ossi chier a le preel d'un hcrmite, 
mes qu'elle y puist croistre sans opposite, 
comme elle fait les beaus gardins d'Egypte, 
son doulç vëoir grandement me proutite, 
et pour ce est dedens mon coer escripte 
si plainnement 

que nuit et jour en pensant je recite 
les grans vertus de quoi elle est confite, 
et di ensi: la heure soit bonite 
quant pour moi ai tele tiourette eslite, 
qui de bonté et de beauté est dite 
la souverainne, et s'en attcnc mérite 
.se ne m'i niust fortune la trahite, 
si grandement, 

Qu'onques clo.siers tant sceuïst sagement 
ne gardiniers ouvrer jolïement, 
mettre en gardin jtour son esljatement 



arbres et flours et fruis a son talent, 

n'ot le pareil de joie vraiement 

que j'avérai, s'ëurs le me consent. 

de ce penser m'ont espoir fait présent 
5 un lonc termine, 

et la tiourette en un lieu cruçon prent 

ou nourie est d'un si doulç élément 

que froit ne chaut, plueue, grésil ne vent 

ne li poënt donner empecement, 
10 ne il n'i a planette ou firmament, 

qui ne soit preste a son commandement. 

uns clers solaus le nourist proprement 

et enlumine. 

Et ceste ilour qui tant est douce et fine, 
15 belle en cruçon et en regart bénigne, 

un usage a et une vertu digne 

que j'ai moult chier, quant bien je l'imagine, 

car tout ensi que li solaus chemine 

de son lever jusqu'à tant qu'il décline, 
20 la margherite encontre lui s'encline 

comme celi 

qui monstrer voelt son bien et sa doctrine; 

car li solaus qui en beauté l'afine 

naturelment li est chambre et courdine 
■2j et le deffent contre toute bruine 

et ses couleurs de blank et de sanguine 

li pai'accroist, c'en sont li certain signe 

pour quoi la flours est envers li encline. 

s'ai bien cuesi, 
3(1 Quant j'ai en coer tel fleurette enchieri 

qui sans semence et sans semeur aussi 

premièrement hors de terre appari. 

une pucelle ama tant son ami, 

ce fu Ilerés qui ta maint mal souffri 
3'. pour bien amer loyalinent Cepbëy 

que les larmes que la belle espandi 

sus la verdure 

ou son ami on ot ensepveli 

tant y ploura, dolousa et gémi 



(i i)rijer B. 
ment B. 



2>» grandement B. 3'.j ebate- 



12 un cler soleil A. 18. 23 le soleil A. 2s 
flour A. 31 semonce — seiour B. 



125 



JEHAN FROISSART. 



426 



«liie la terre les larmes recueilli. 

{)ité en ot, encontre elles s'ouvri; 

et Jupiter qui-ceste amour senti 

par le pooir de Phebus les nouri, 

iMi belles Hours toutes les converti 5 

(Fotel nature 

Comme celle est que j'aim entente pure 
et amerai tous jours quoi que j'endure ; 
mes s'avenir pooie a l'aventure 
dont a son temps ot ja l'ëur Mercure, lo 

plus ëureus ne fu ains créature 
que je seroie, ensi je le vous jure. 
Mercurïus, ce dist li cscripturc, 
trouva premier 

la belle tlour que j'ainc oultrc mesure; 15 

car en menant son bestail en pasture, 
il s'embati dessus la sépulture 
(le Cephëy, de quoi je vous figure, 
et la cuesi dedens l'enclosëure 
la doulce fiour dont je faç si grant cure. 20 
merveilla soy, il y ot bien droiture; 
car en jenvier, 

Que toutes flours sont mortes pour l'ivier, 
celle perçut blancir et vermillier 
ot sa coulour vivete tesmongnier. 25 

lors dist en soi 'or ai mon desii'ier.' 
tant seulement il en ala cueillier 
pour un chapiel, bien les volt esi>argnier, 
et a Lires ala celui cargier' 
et se li px'ie 30 

que a Serés le porte sans targier 
qui de s'amour ne le voelt adagnier. 
s'en gré le pi-ent, sa vie aura plus chier.' 
ce que dist tist errant le messagier; 
a Serés vint le chapelet baillier. 35 

celle le prist de cler coer et entier * 

et dist 'bien doi celui remerciier 
qui s'esbanie 

A moi tramettre un don qui me fait lie, 
ot bien merir li doi sa courtoisie; 40 

et je voeil que de par moi on li die 
que jamais jour n'amera sans partie.' 
moult lïement fu la response oïe; 
car tout ensi Lires li segnetie 
a son retour et li asertefie 45 

ne plus ne mains. 

17 sus B. 



la ot la flour une vertu jolie, 
car elle tist celui avoir amie, 
qui devant ce venir n'i pooit mie. 

IL 

Coinmcnl a utiy souper ce l'Ile lippe arcnya a 
ses capitaines , et comment Hz conclurent en- 
semble. Le chapitre iijc .xxxj. 
Le mercredi au soir, dont la bataille fut 
a lendemain, s'en vint Phelippe d'Artevelle et 
sa route logier en une place assez forte entre 
ung fossé et ung bosquetel et fortes hayes si 
que on ne povoit venir bien aise jusques a 
eulx, et fut entre le Mont d'Or et la ville de 
Rosebeque ou le roy estoit logié. Ce soir 
Phelippe donna a souper en son logiz a tous 
les capitaines grandement et largement, car il 
avoit bien de quoy \ plenté de pourvëances les 
sieuvoit. Quant ce vint après souper, il les 
mist en parole et leur dist 'beaus seigneurs, 
vous estes en ce party et en ceste ordonnance 
d'annes mes comj)aignons ; j'espoire bien que 
demain nous aurons besoingne; car le roy de 
France, qui a grant désir de nous trouver et 
combatre, est logié a Rosebeque. Si vous pry 
a tous que vous tenez vostre loiaulté, et ne 
vous esbahissiés de chose que vous veez ; c'est 
sur nostre bon droit que nous combaterons, 
et pour garder les juriditïons de Flandres, et 
nous tenir en droit. Amonnestez voz gens du 
bien faire, et les ordennez sagement et telle- 
ment que on die que par nostre bon arroy et 
ordonnance nous aions eu la victoire. La 
journée pour nous eue demain a la grâce de 
dieu nous ne trouverons jamais seigneur qui 
nous combate ne qui se oze mettre contre 
nous aux champs, et nous sera l'onneur cent 
fois plus grant que ce que nous eussions le 
confort des Anglois; car se ilz estoient en 
nostre compaignie, ilz en auroient du tout la 
renommée, et non nous. Aveuc le roy de 
France est toute la fleur de son royaume, ne 
il n'a nullui laissié derrière. Et dittes a voz 



13 et si forte haie etoit B. 17 Phelippe B : 
le roy Ms. toutes. 27 vTe. ?,'.) nre etc. 

43 royme. 



427 XlVe SIÈCLE. 428 

gens que l'en tue tout sans nulluy prendre a ciel fumieres et estincelles de feu voiler, et ce 
raënchon ; par ainsi nous demourrons en paix, estoit des feuz que les François faisoient des- 
oar je vueil et ooniinande sur la teste que soubz haies et buissons, ainsi comme ilz es- 
nulz ne prende prisonnier, se ce n'est le roy. toient logiés. Celle femme escoute et entent, 
Mais le roy vaeH je déporter pour son jenne 5^ ce lui fut adviz , grant friente et grant noise 
ëage, c'est ung enflant ; on lui doit pardonner, entre leur ost et l'ost des François , et crier 
il ne scet qu'il fait, il va ainsi qu'on le maine. monjoie et plusieurs autres criz, et lui estoit 
Nous le menrons a Gand aprendre tiamenc. advis que le bruit venoit de dessus le Mont 
Mais ducs, contes, chevalliers et hommes d'ar- d'Or entre eulx et Rosebeque. De celle chose 
mes occïés tout; les communaultez de France lO elle fut toute eshidee et se reti-aist ou pavillon 
ne nous en sçauront ja pïeur gré, car ilz de Phelippe et l'esveiUa soudainement et lui 
vouldroient, de tout ce suiz je bien assëur, dist 'Sire, levez vous tost et vous armez; car 
que jamais piet n'en retournast en France, et j'ay oy trop grant noise sus le Mont d'Or, et 
aussi ne fera il.' Ces capitaines qui la estoient croy que ce soient les François qui vous vien- 
a collation après souper avecques ledit Phe- ij nent assaillir.' Phelippe a ces paroles se leva 
lippe en son logis, de plusieurs villes de moult tost, et atfula une gonne et prist une 
Flandres et du Franc de Bruges, s'accordoient hace et yssi hors de son pavillon por oyr et 
tous a celle oppinïon, et le tindrent a bonne, mettre en voir ce que la damoiselle disoit. 
et respondirent a Phelippe et lui dirent 'sire. En telle manière comme elle l'eut ouy Phe- 
vous dittes bien, et ainsi sera fait.' Adont2o lippe l'ouy , et luy sembla qu'il y euïst ung 
prindrent Hz congié a Phelippe et retournèrent grant tonnoirement. Tantost il se retraist en 
chascun en son logis entre leurs gens, et leur son pavillon, et tist faire friente et sonner sa 
recorderent et advertirent de tout ce que vous trompette de resveillement. Si tost que le son 
avez ouy. Ainsi se passa la nuit en l'ost Phe- de la trompette de Phelippe s'espandi par les 
lippe d'Artevelle; mais entour my nuit, ainsi 25 logis, on le recongneu. tous se levèrent et ar- 
que adont je fuis infourmé , il advint en leur merent. Ceulx du gait et ceulx qui estoient 
ost une meneilleuse chose ne je n'ay point au devant de l'ost envolèrent devers Phelippe 
ouy recorder la pareille. aucuns de leurs compaignons pour savoir quel 

Comment la nuit dont lendimain fut la ba- chose il leur failloit, quant ja s'armoient. Ilz 
taille dit de Roseheque advint ung merveilleux 30 trouvèrent ceulx qui envolez y furent, et rap- 
sigyie an dessus de Cassamhlee des Flamens. portèrent que Phelippe les avoit moult blasmez 
Le chapitre ccr.xxxij. de ce qu'ilz avoient ouy noise et friente devers 

(Q)uant iceulx Flamens furent rasserisiez et les ennemiz et si s'estoient tenuz tout quoy 
que chascun se tenoit en son logis et toutef- sans en advertir. 'Ha', ce dirent ceulx, 'alez 
fois ilz faisoient bon guet , car ilz sentoient :\h et dittes a Phelippe que voirement avons nous 
leurs ennemis a moins de une lieue d'eulx, il ouy noise sur le Mont d'Or, et avons envoie 
me fut dit que Pbelijjpe d'Artevelle avoit a pour sçavoir que ce povoit estre; mais ceulx 
amie une damoiselle de Gand, la quelle en ce qui y sont alez ont rapporté que ce n'est 
voiage estoit venue avecques luy; et en tandis riens, et que nulle chose ilz n'ont vëu; et 
que ce Phelippe dormoit sus une quieute pointe >o pour ce que nous ne veismes de certain nul 
auprès d'un grant feu de charbon en son pa- apparant d'esmouvenient, ne voulions pas res- 
viUon, ceste femme environ heure de my nuit veillier l'ost, que nous n'en fuissions blasmez.' 
yssy hors du pavillon pour vëoir le ciel et le Ces paroles de par ceulx du gait furent rap- 
temps, et quelle heure il estoit, car elle ne portées a Phelippe; il se appaisa sur ce, mais 
povoit dormir. Si regarde au lez devers Ro- iri en courage il s'esmerveilla grandement que ce 
aebeque et voit en plusieurs lieux en l'air du povoit estre. Or dient les aucuns que c'es- 

16 pluss's. 17 francc. brug'. 3:t fur. 21 tournoiement JJ. 24 sespardi : IJ se épandit. 



429 JEHAN FRUISSAIIT. 43(> 

toient les dyablcs d'enfer, (lui la jouoicnt et et pour monter sus, se chace jtar les Flaraeus 
se deduisoient ou la l>ataille devoit estre, pour se faisoit, pour commander et dire a ses gens 
la grant proie qu'ilz y attendoient. "Tuez tout, tuez tout.' En celle instance le 

faisoit Phelijjpe marchier après lui. 
Comment le jeudi matin environ deux heures , ^d,^ ^^ ^m^. j^ q^^^ ^^.^it Phelippe d'Arte- 
devant Caube dont le jour fut la bataille, les ^^^^^ ^^.^^^ l^y ^^^^,-^^^ ^^^^^ ^^^ bommes tous 
Flammens se misrent en fort lieu en conroy, ^rmez, lesquelz il tcnoit entour luy; car U y 
et de leur conduite. Le chapitre ccc.xxxiij. ^voit greigneur fiance qu'en nuUe autre gcnt. 
(O)ncques depuis cel eliroy et ce resveiUe- Et se tenoient ceulx de Gand et Phelippe et 
ment de l'ost Phelippe ne les Flamens ne fu- lo leurs banieres tout devant, et ceulz de la 
rent assëurez, et doubterent tousjours que ilz chastellerie d'Alost et de Granmont; après 
ne fuissent trahis et sourprins. Si se prindrent ceulx de la chastellerie de Courtray, et puis 
a armer bien et bel de tout ce qu'ilz avoient ceulx de Bruges, du Dam, et de l'Escluse, et 
par grant loisir, et tirent grans feuz en leurs ceulx du Franc de Bruges, et estoient armez 
logis, si se desjëunerent tout a leur aise, car 10 la greigneur partie de maille, de buvettes, de 
ilz avoient vins et viandes a plenté. Environ capeaulx de fer, de auquetons et de gans de 
deux heures devant le jour Phelippe dist "il balaine; et portoit chascun ung plançon a 
seroit bon que tout homme se traisist sur les picquot de fer, et a vireule. Et avoient par 
champs et que noz guetz fuissent ordonnez, villes et par chastelleries pour rccongnoistre 
parquoy se sus le jour les François viennent 20 l'un l'autre parm-es samblables; une com- 
pour nous assaillir, que nous ne soions pas paigne cottes faissies de gaune et de bleu, 
desgarnis , mais pourvëuz de ordonnance et les autres a une bende de noir sus une cotte 
advisez que nous devrons faire.' Tout homme rouge , les autres chievronnez de blanc sur 
se accorda a sa parole, et se départirent de une cotte bleue, les autres pallez de vert et 
leurs logis , et s'en vindrent en une bruiere 2.) de bleu, les autres ondoies de blanc et de 
dehors d'un petit bosquetel; et avoient au de- rouge, les autres muez de vert et de jaune, 
vaut d'eulx ung fossé large assez et tout non- les autres losengiez de bleu et de rouge , les 
vel relevé, et par demere eulx grant espace autres tout bleu a ung quartier rouge, les 
de gcnestres et de bois menu. Et la en ce autres copez de rouge dessus et de blanc de- 
fort lieu ilz se ordonnèrent et misrent tous en 30 souz. Et avoient chascun banieres de leurs 
une grosse bataille dure et espesse : et se trou- mestiers , et gi-andes costilles a leurs chain- 
verent par rapport de connestables environ tures pendaus, et en tel estât faisoient silence 
cinquante mille, toute gent d'eslitte, les plus attendans le jour qui vint tantost. Ores 
fors, les plus appers et les plus oultrageux, et vous diray de l'ordonnance des François au- 
qui moins \isoient a leui's vies de tout Flandres. :!ô tant bien comme jou ay racompté des Fla- 
Et avoient environ .lx. archiers angloiz qui mens. 

s'estoient emblez de leurs gaiges de Calais Comment le jeudi tnutin Phelippe d'Artevelle 
pour venir prendre greigneur prouffit au dit et les Flamens furent combatus et desconfts 
Phelippe; et avoient laissié en leurs logis ce par le roi) de France sur le Mont d'Or em- 
de harnas que ilz avoient, malles, lits et toutes ki prés la ville de Rosebeque. Le chapitre 
autres choses nécessaires, réservé leurs ar- iij'^.xxvij. 

mures, chevaulx, charroy et sommiers, femmes Je fuis adont infourmé par le seigneiu- d'Es- 

et varlets. Mais Phelippe d'Artevelle avoit son tonnevort, et me dist que il vey, et aussi tirent 
page monté sur ung très beau coursier auprès plusieurs, quant l'oritiambe fut desploiee et la 
de lui, qui valloit pour ung seigneiu- v. c. j:, bruine se chey , ung blanc coidon voiler et 
frans, et ne le faisoit point venir avec luy faire plusieurs volz par dessus la baniere du 
pour chose qu'U se voiUsist embler ne abse»- 
ter des autres, mais pour estât et grandeur, s instance] entente^. 21 gûne. 2e janne. 



431 XlVe SIÈCLE. 432 

roy; et quant il eut assez volé, et que on se (A)insi fut faitte et assamblee celle bataille; 

deubt combatre et assambler aux ennemis, il et lors que des deux costez les Flamens furent 
se print a seoir sur l'une des bannières du roy; astrains et encioz, ilz ne passèrent plus avant, 
dont ou tint ce a grant signiffïance de bien. car ilz no se povoicnt aidier. Adont se remist 
Or approchierent les Flamens et commenchic- :> la bataille du roy en vigeur, qui avoit de com- 
rent a jetter et a traire de bombardes et de mencement ung petit branslé. La entendoient 
canons et de gros quarreaulx empenez d'arain } gens d'annes a abatre Flamens en grant nom- 
ainsi se commença la bataille. Et en ot le bre, et avoient les plusieurs haches acérées, 
roy de France et ses gens le premier encontre, dont ilz rompoient ces bachinets et eschervel- 
qui leur fut moult dur; car ces Flamens, qui lo loient testes; et les aucuns plommees, dont ilz 
descendoient orgueilleusement et de grant vou- donnoient si grans horrïons , qu'ilz les aba- 
lenté, venoient roit et dur, et boutoient en ve- toient a terre. A paines estoient Flamens 
nant de l'espaule et de la poitrine ainsi comme chëuz , quant pillars venoient qui entre les 
senglers tous foursenez , et estoient si fort gens d'armes se boutoient et portoient grandes 
cntrelachiés tous ensemble qu'on ne les povoit 15 coutilles, dont ilz les partiioient; ne nulle pitié 
ouvrir ne desrompre. La fuirent du costé des n'en avoient non plus que se ce fuissent chiens. 
François par le trait des canons , des bom- La estoit le clicquetis sur ces bacinets si grant 
bardes et des arbalestres premièrement mort: et si hault, d'espees, de haches, et de plom- 
le seigneur de Waurin, bancret, Morelet de mees, que l'en n'y ouoit goutte i)Our la noise. 
Halwin et Jacques d'Ere. Et adont fut la ba- jo Et ouy dire que , se tous les hcaumiers de 
taille du jroy reculée; mais l'avantgarde et Paris et de Brouxelles estoient ensemble, leur 
Tarrieregarde a deux lez passèrent oultre et mestier faisant, ilz n'ouïssent pas fait si grant 
cnclouïrent ces Flamens, et les misrent a l'es- noise comme faisoient les combatans et les 
troit. Je vous diray comment sur ces deux ferans sur ces testes et sur ces bachinets. 
eles gens d'armes les commencierent a pousseras La ne s'espargnoient point chevalliers ne es- 
de leurs roides lances a longs fers et durs de cuïers , ainchois mettoient la main a l'ouvre 
Bourdeaulx, qui leur passoient ces cottes de par grant voulenté, et plus les ungs que les 
maille tout oultre et les perchoient en char; autres; si en y ot aucuns qui s'avanceront et 
dont ceulx qui estoient attains et navrez de boutèrent en la presse trop avant; car ilz y 
ces fers se restraindoient pour eschiever les 30 furent encioz et estains, et par especïal mes- 
horions ; car jamais ou amender le peuïssent sire Loys de Cousant, ung chevallier de Berry, 
ne se boutoient avant pour eulx faire destruire. et raessire Flcton de Revel, filz au seigneur 
La les misrent ces gens d'armes a tel dcstroit de Revel ; mais encoircs en y eut des autres, 
qu'ilz ne se sçavoient ne povoient aidier ne dont ce fut dommage : mais si grosse bataille, 
ravoir leurs bras ne leurs planchons pour ferir :)5 dont celle la fut, ou tant avoit de pueple, ne 
ne eulz deffcndre. La perdoient les plusieurs se povoit parfurnir et au mieulx venir pour les 
force et alaine , et la tresbuchoient l'un sur victoriens, que elle ne cousto grandement. Car 
l'autre, et se estindoient et moroient sans coup jennes chevalliers et escuïers qui désirent les 
ferir. La fut Phelippe d'Artevelle encioz et armes se avancent voulentiers pour leur hon- 
pousé de glaive et abatu, et gens de Gand 10 neur et pour acquerre loëngc; et la presse 
qui l'amoient et gardoient grant plenté atterrez estoit la si grande et le dangier si périlleux 
entour luy. Quant le page dudit Phelippe vey pour ceulx qui estoient enclos ou abatus, que 
la mesadventure venir sur les leurs, il estoit se on n'avoit trop bonne ayde, on ne se po- 
bien monté sur bon coursier, si se party et voit relever. Par ce party y eut des François 
laissa son maistre, car il ne le povoit aidier; i.j mors et estains aucuns; mais plenté ne fut ce 
et retourna vers Courtray pour revenir a Gand. 

20 hcïïmicrs. oi causant B: gonsant Ms. 

l.î entre- lachiers. 20dere: i? d'Erck. 25 elles. 80 pouuir; B peut. 



433 JEHAN FROISSART. 434 

mie ; car quant il vcuoit a point, ik aidoicnt tcz ne horribletcz uo adviuclrent eu ce monde 

l'un l'autre. La eut ung molt grant nombre que il fust advenu pour les communaultcz qui 

de Flamens occis, dont les tas des mors es- par tout se fuissent rebellez et destruit gcn- 

toient haulx et longs ou la bataille avoit esté ; tillcce , or se advisent ceuLx de Paris a tout 

on ne vey jamais si peu de sang yssir a tant 5 leurs maillets, que diront ilz quant ibc sauront 

de mors. que les Flamens sont desconfiz a Rosebeque, 

Quant les Flamens qui estoient deiriere vci- et Phelippe d'ArtevelIe mort , qui estoit leur 

rent que ceulx devant fondoient et chëoient chef et capitaine y Hz n'en seront mie plus 

l'un sus l'autre et que ilz estoient tous des- joieulx, n'en seront maint autre homme en 

confis, ilz s'esbahirent et jetterent leurs plan- lo plusieurs villes. 

(;ons par terre et leurs armures et se misrent Quant ceste bataille fut de tous poins achie- 

a la fuitte vers Courtray et ailleurs. Ilz n'a- vee, on laissa convenir les chassans et les 

voient cure que pour euL\ mettre a sauveté. fuians; l'en sonna la rettraitte; adont se rc- 

Et Franchois et Bretons après, quy les chas- traist chascun en son logis comme il devoit 

soient en fossez et en buissons , en aunois et 15 estre. Mais l'avantgarde se loga oultrc la ba- 

en mares et bruiercs, cy dix, cy vingt, cy taille du roy sur le lieu, ou les Flamens 

trente, et la les recombatoient de rechief, et avoient esté logiés le mercredi, et se tindrent 

la les occïoient, se ilz n'estoient les plus fors, tout aise en l'ost du roy de France. De ce 

Si en y eut ung moult grant nombre de mors qu'ilz eurent, ilz avoient assez ; car ilz estoient 

en la chace entre le lieu de la bataille et2u rafreschis et ravitailliés des pourvëances qui 

Courtray, ou ilz se l'ctraioient a saulf garant. venoicnt d'Yppre. Et tirent la nuit enssieuvant 

Ceste bataille advint sui* le Mont d'Or entre trop beaulx feuz en plusieurs lieux aval l'ost 

Courtray et Rosebeque en l'an de grâce nostre des planchons des Flamens, que ilz trouvèrent; 

seigneur, mil iijC. iiijxx. et u., le jeudi devant car qui en vouloit avoii", il en avoit tantost 

le samedi de l'advent, le xxvije. jour de no- 2ô requeillié et chargié son col. 
vembre, et estoit pour lors le roy Charles de (Qjuant le roy de France fut retrait en sou 

France ou xiiije. an de son ëage. logis et on ot tendu son pavillon de vermeil 

cendal moult noble et moult riche, et il fut 

Comment après la desconfiture des Flamens desanné, ses oncles et aucuns barons de France 

le roy veij mort Phelippe d'ArtevelIe, qui fut .^^ Iq vindrent vëoir et conjoir; ce fut bien rai- 

j^endu a ung arbre. Le chapitre iijc. xxxviij. ^^^ .^^^^^ lui ala U souvenii- de Phelippe 

(A)inzi furent en ce temps sur le Mont d'Or d'ArtevelIe, c dist a ceulx qui entour lui es- 
Flamens desconfis, et l'orgueil de Flandres toient "Ce Phelippe, si il est ou vif ou mort, 
abatu, et Phelippe d'ArtevelIe mort; et de la je le verroie moult voulentiers.' On lui re- 
ville de Gand et des tenances mort avecques 35 spondi qu'on se mettroit.en paine qu'il le ver- 
lui jusques a ix™. hommes. Il y eut ce jour roit. Si fut publié en l'ost, que quiconques 
occis, comme rapportèrent les heraulx, sus la trouveroit Phelippe d'ArtevelIe, on luy donroit 
place sans la chasse jusques a xxvjn». hom- dix frans. Adont vëissiés varlets mettre en 
mes et plus ; et ne dui-a pas la bataille jusques oeuvre et cerchier a tous lez entre les mors 
a la totale descontiture , depuis qu'ilz assam- lu qui ja estoient tous desvestuz. Tant fut quis 
blereut, demi heure. Après celle victoii-e, qui ce Phelippe pour la convoitise de gaignier qu'il 
fut très honnourablc et très prouftitablc pour fut trouvé et recongnëu d'un varlet qui l'avoit 
toute chrestïenté et pour toute noblesse et servy longuement et qiu bien le congnoissoit; 
gentillece, car se les villains fuissent la par- et fut apporté jusques devant le pavillon du 
venus a leur intention, oncques si gi-aus criiaul- 45 roy. Le roy le regarda un petit ; pareille- 

13 que] ou: B fors que. 16 annois: B aul- 
naies. 21 retraioien. 1b ou plutôt le 2b. nu- 'J non seront maint. u pois. 22 pluG's. 

vembre. 42 spiente. 25 et manque. 37 pelippe. 

Bakiscu, CliresLumatliie. IV. KJ. 2S 



435 



XlVe SIECLE. 



436 



ment firent les seigneurs ; et fut la retourné, 
pour savoir s'il avoit esté mort par plaies; 
mais on trouva qu'il n'avoit plaie nulle dont 
il fust mort se on l'euïst prins en vie: mais 



fossé et ung g:rant nombre de Gantois sur luy, 
qui morurcut tous en sa compaiguie. Quant 
on l'eut regardé ung espace, il fut esté de la 
et pendu a ung arbre. Vêla le dernier jour 



il fut estaint en la presse et tumba en ung 5 et la tin de ce rheli]ipe d'Artevelle. 



]\ÏIRACLE DE NOSTRE DAME DE BERTHE. 

Miracle de nostre dame de Berthe femme du roy Pépin, qui ly fu changée et puis la retrouva, et 

est a .X.XXII. personnaigez. Publié par Francisque Michel d'après le ms. de Paris 7208 4. B. (1839), 

Fol. D iiii À F uï. — Tkibert et ses compagnons ont reçu l'ordre inique de mettre Berllie à mort. 

Le miracle suit le poème cCAdenet le Roi; cf. p. 3.55 — 358. 



Thihert. Seigneurs, arrestons ycy coy 

touz ensemble, ce vous commans : 

en la forest sommes du Mans; 

assez avons par vérité 

eslongné Paris la cité 

et sommes en lieu solitaire. 

faisons ce que nous devons faire 

en ce désert. 
Morant. or nous monstrez a plain, Thibcrt, 

qui c'est que nous morir ferons: 

plus tost nous en consentirons 

a ce que dites. 
Thibert. afin que ne me contredites, 

vez cy que je la vous descuevre. 

or avant, mettons nous en euvre. 

premier vueil m'espee sachier 

pour li par my le cors fichier 

tout maintenant. 
Morant. Thibert, je t'ay en convenant 

et te jur dieu de paradis, 

que, se tant soit que t'enhardis 

a elle ferir ne tochier, 

que je t'yray le chief tranchier, 

se tu la fiers. 
Thihert. Morant, serés vous bien si fiers 

encontre moy? 
Morant. oïl, par la foy que a dieu doy, 

se jamais ne dévoie en France 

demeurer, n'en aies doubtance, 

mais le tien vray 
Thihert. certainement je l'occirray, 

ja ne la larray a nul fuer 
et s'en emporteray le cuer 



2e soit que] soit po. a" la 



ique. 



a m'Aliste m' amie chiere 

cy dedanz ceste pautonniere 

maugi'é vous touz. 
Qodcfroy. oultrageux estes et estouz, 
10 Thibert, de vous mettre en fermaille, 

et vous en mentirez sanz faille. 

avant, courons li sus bonne erre 

touz troys et le jettons a terre. 

il y est, or le tenons tant, 
15 Renier, vous et moy, que Morant 

l'ait desliee et mise en voie, 

que Thibert jamais ne la voie : 

c'est mon conseil. 
Renier, vous dites bien et je le vueil. 
20 ce seroit a nous grant laidure 

que si très belle créature 

occisissons, c'est a un mot. 

Morant, déliez la tantost 

et si s'en voise. 
25 Morant. je vois, seigneurs, doulce et courtoise 

et gentil femme est a m'entente. 

belle, alez vous en sanz atentc: 

du mal qu'avez soufi"ert. ra'amie, 

fuiez vous en, dieux vous conduie 
30 a sauveté. 

Berthe. (hier sire, de ceste bonté 

vous soit dieux loier, je m'en vois 

en destour mucier en ce boys 

mieux que pourray. 
:',.-, Thihert. seigneurs, bien voy, pas ne feray 

ce que l'en m'avoit enchargié. 

la garce par vostre congié 

li On pourrait p. v. lire Malistc ; mais dons In 
liste des personnaqes , de même que dans le reste du 
miracle, on lit toujours, comme dans Adenet, Aliste. 



437 



MIRACLE DE HERTHE. 



438 



s'en fuit ne la puis jamais prendre. 

mais certes je vous feray pendre. 

se jamais a Paris venez, 

touz trois, sëurs vous en tenez 

hardïement. 
Godefroy. et nous t'occirons vraiemcnt 

touz trois, ains que partes de cy, 

se jamais parles de cecy. 

gardes t'y bien. 
Thiherl. je crain autant le poil d'un chien 

comme vous ti'ois. 
Renier, voire dia et par sainte crois, 

de cy n'yras mais jjIus avant, 

si nous aras en convenant 

que jamais n'en feras recort. 

et que seras de nostre accort. 

or le nous jures cy endroit. 

ou tost morras, soit tort ou droit. 

tout maintenant. 
Tlnhcrt. ha, seigneurs, je vous convenant. 

mais que la vie me sauvez, 

je feray quancjue dit m'avez 

segurement, n'en doubtez point, 

et que regardons par quel i)oint 

vers m'Aliste quites serons 

du cuer que porter lui devons 

de celle qui est eschappee. 

qui par vous trois s'en est alee : 

vous le savez. 
lifora/it. Thibert, vérité dit avez. 

je vous diray que nous ferons ! 

le cuer d'un pourcel prenderons 

en lieu du cuer la douke belle. 

et dirons 'c'est le cuer de celle', 

a m'Aliste, qu'a demandé 

et que a occire a commandé: 

et nous entrefïancerons 

que du remenant nous tairons 

a touz jours mais. 
T/iil/erl. or tenez ma foy, que jamais 

pour honneur que j'aye ou diffame 

homme ne le sara ne famé, 

au moins par moy. 
Gcnlefroy. autel le vous jur par ma foy, 

n'en puis plus dire. 
Renier, et nous ne serons pas de pire 

condicïon, moy et Morant, 
4 trois] m. 



que vous troys serez, or avant 

alon m'en ce cuer pourchacier. 

puis iicnsons de nous adressier 

d'aler le présenter m'Aliste, 

afin (|ue chascun tienge a quitte 

(U; sa promesse. 
Moraiil. alons nous eut per ceste adresce, 

c'est nostre voie. 
Berlhe. E. biau sire dieu ! je soloye 
m avoir qui me menoit en destre, 

(juant je aloie ou que soit, et estre 

de plus nobles accompaigniec. 

or suis cy seule traveilliee, 

esgaree et morant de fain. 
i:> vierge mère au roy souverain. 

mal semble estre de gent royal. 

ha vielle, faulx cuer desloyal, 

bien m'as traie a ceste foiz, 

quant me fault aler par ce boiz 
2» comme povre fille esgarcc.- 

et, mère dieu, vierge honnoree, 

confortez moy par vostre grâce. 

asseoir me fault, tant sui lasse 

du corps et vaine. 
2."> Thibert. Dieux, qui fist créature humaine 

a sa serablance quant a l'ame, 

vous gart de mal, ma chiere dame. 

nous touz qui cy sommes présent 

de ce cuer vous faisons présent, 
ww et voulons bien que vous sachiez 

que du ventre a esté sachiez 

de celle qui nous fu livrée 

pour morir, elle est délivrée. 

fait en avons bien vo commans : 
:(ô en la haulte forest du Mans 

le corps en gist. 
Lti serve, bien est, seigneurs, il me souftist. 

gardez, ce fait secré tenez, 

et demain a moy revenez. 
40 c'est m'entente: touz vous feray 

riches de ce que vous donray. 

alez vous en a voz hostieux. 

Thibert, vous et moy pour le mieux 

au roy et la ro ne irons 
1.-) et de ce fait cy leur dirons 

si comme il est. 
Thibert. alons, dame, je suis tout prest. 

entrez en voie. 
'- 2S* 



439 



XIV? X\> SIECLE. 



440 



CHRISTINE DE PISAN. 

I. II. Leroux de Lincy . recueil de chanfx historiques français 1, 27S. 287; III. IV. Les poètes 
français depuis h XI I^ siècle jusqu'à Malherbe, Paris 1824. Tom. II, p. 168. 1"1. Comparé par 
M. échirmer arec le nis. fonds franc. 6(14 {anc. 708"-) Fol. 17. 27, 3, 118. V. Thomassy. essai sur 
les écrits politiques de Christine de Pisan , Paris 1838, p- 168 — 170. Comparé avec le M s. franc. 
1182 {anc. 7398. 2. 2), fol. 87. — I. à propos du premier accès de folie de Charles VI (1393); 

II. sur le combat de sept Français et de sept Anglais, ii Monlendre près de Bordeaux, où les Fran- 

çais furent i-ainqueurs (1403). 



I. 

Nous devons bien sur tout autre dommage 
plaindre cellui du royaume de France 
qui fu et est le règne et héritage 
des crestïens de plus haulte puissance, 
mais dieu le fiert adés de poingnant lance, 
par quoY de joie et de soulaz mendie: 
pour noz péchiez si porte la penance 
nostre bon roy qui est en maladie. 

C'est grant pitié, car prince de son aage 
ou monde n'iert de pareille vaillance, 
et de tous lieux princes de hault parage 
desiroient s'amour et s'alïance. 
de tous amez estoit très son enfance: 
encor n'est pas. dieu merci, refroidie 
icelle amour, combien qu'ait grant grevancc 
nostre bon roy qui est en maladie. 

Si prions dieu de très humble courage, 
que au bon roy soit escu et défense 
contre tous maulz, et de son grief malage 
lui doint santé, car j'ay ferme espérance 
que s'il avoit de son mal allegance. 
qu'encor seroit. quoy qu'adez on en die, 
prince vaillant et de bonne ordonnance 
nostre bon roy qui est en maladie. 



II. 

Bien viengnez bons, bien viengnez renommez, 
bien viengnez vous, chevalier de grant pris. : 
bien viengnez preux, digne d'estre clamez 
vaillans et fors et des armes apris. 
estre appeliez devez en tout pourpris 
chevalereux. très vertueux et fermes, 
durs a travail, pour grans coups ramener, 
fors et esleux : et pour voz belles armes 
on vous doit bien de lorier couronner. 

Vous, bon seigneur du Chastel, qui amez 



Il nvert. 



\:, dieux. 



estes de ceulz qui ont tout bien empris. 
vous. Bataille, vaillant et aifennez. 
et Barbasan en qui n'a nul mcspris. 
Champaigne aussi, de gi'ant vaillance espris, 
et Archambaut, Clignet aux belles armes, 
Keralouys, vous tous sept pour donner 
exemple aux bons et grant joie a voz dames, 
on vous doit bien de lorier couronner. 

Or avez vous noz nuysans diffamez: 
louez soit dieux qui de si grans péris 
vous a gecté! tant vous a enamez 
que vous avez descoutis, mors et pris 
les sept Anglois de grant orgueil seurpris, 
dont avez los et d'ommes et de fammes. 
et puis que dieux a joye retourner 
victorieux vous fait ou corjîs les âmes, 
on vous doit bien de lorier couronner. 

Jadis les bons on couronnoit de palmes 
et de lorier en signe de régner 
en hault honneur; et pour suivre ces termes 
on vous doit bien de lorier couronner. 



m. 

Seulete suis et seulete vueil estre, 
seulete m'a mon douk ami laissée; 
seulete suis sez compaignon ne maistre, 
seulete suis dolente et courroucée, 
seulete suis en langour raesaisee. 
seulete suis plus que nulle esgaree. 
seulete suis senz ami demeurée. 

Seulete suis a huiz ou a fenestre. 
seulete suis en un anglet muciee; 
seulete suis pour moy de pleurs repaistre, 
seulete suis doulente ou appaisice. 
seulete suis, riens n'est qui tant me siée, 
seulete suis en ma chambre enserrée. 

(i .vu. 10 perilz. 12 priz. i:{ .vu. 1.1 dieu. 
M murée. 3.1 Boulete etc. 



441 



CHRISTINE DE PISAN. 



442 



scnlete suis sonz ami deniouroo. 

Seulete suis par tout et en tout estrc. 
seulete suis ou je voise ou je sieo; 
seulete suis plus qu'autre rien terrestre, 
seulete suis de chascun délaissée, 
seulete suis durement abaissée, ' 
seulete suis souvent toute osplonree, 
seulete suis senz amy dcmouree. 

Princes, or est ma douleur commenciee: 
seulete suis de tout deuil menacée. m 

seulete suis, pluis tainte que moree, 
seulete suis senz ami demouree. 

IV. 

Cy commencful les notahles moraiilz de Chri- 
stine de Pizau a son filz. 

Filz. je n'ai mie grant trésor 
pour t'enrichir; por ce très or 
aucuns ensei^jnemcns noter 20 

te vueil. si les vueilles noter. 

Aime dieu de toute ta force, 
crains le et du servir t'efforce: 
la sont, se bien les as apris. 
les dix commandcraens compris. 2r> 

Tant t'estudïes a enquerre 
que prudence puisses acquorre; 
car celle est des vertus la more 
qui chace fortune Tamere. 

Très ta jeunesse pure et monde :ui 

aprens a congnoistre le monde, 
si que te puisses par aprendre 
garder en tous cas de mesprendre. 

En quelque part que soyes mis 
par fortune ou tu es soubzmis. 35 

gouverne toy si en tel ordre 
que de vivre en sens ayes ordre. 

Se tu veulz en science eslire 
ton estât jiar les livres lire, 
fay tant et par suivre l'estude 40 

qu'entre les clers ne soyes rude. 

Se tu es noble et veulz les anues 
suivii". il fault que souvent t'armes 
en mainte terre, ou défaillis 
on te tendroit et pour faillis. 4") 



!1 — 12 manquent. If. Dcina la ruhrif/up du ]\f.<!. 
momulz (?) de xpino. 



Mauvais maistrc ne sers pour rien, 
car bon fru}i: n'yst de mal meiTÎen. 
en son meur il convient le sui\Te. 
s'il te fauldroit ses meurs ensuivre. 

Soyes loyal a ton seigneur 
naturel, tu ne doiz greigneur 
foy a homme, saiches de voir: 
faulx ne soyes pour nul avoir. 

Se tu as maistre, sers le bien, 
dis bien de lui. gardes le sien, 
son secret celés quoy qu'il face, 
soyes humble devant sa face. 

Trop convoiteux ne soyes mie, 
car convoitise est enemie 
de charité et de sagesse : 
te garde de foie largesse. 

Se d'armes avoir renommée 
tu veulz, si poursuis mainte armée, 
gart qu'en bataille n'en barrière 
tu ne soyes vëu derrière. 

Se es capitaine de gent. 
n'ayes renom d'amer argent: 
car a peines pourras trouver 
bonnes gens d'armes, se es aver. 

Se pays as a gouverner 
et longuement tu veulz régner, 
tiens justice et cruel ne soyes 
ne de grever gens ne quier voyes. 

Se tu as estât ou office, 
dont tu te mesles de justice, 
gardes comment tu jugeras, 
car devant le grant juge jTas. 

S'as desciples, ne les reprendre 
en trop grant rigueur, se mesprendre 
les vois : penses que feible et vainne 
est la fragilité humaine. 

Se tu es homs d'eglize ou prestre, 
religieux ou moine en cloistre, 
n'ayes en toy gi'ant convoitise, 
papelardie ne faintise. 

S'a toy n'appartient n'a ta vie. 
ne te mesles n'ayes envie 
de princes ne sus qui gouverne, 
n'en faiz tes devis en taverne. 

Portes .honneur aux renommez, 
aux anciens, aux bons nommez, 

2 meneur. 23 pourrai/. 35 feibles. 



443 



XlVe XVe SIECLE. 



444 



de vaillans gens toudiz t'acointes. 
mieulx en vauldras que des plus cointes. 

Ne soyes entre gent honteux 
ne trop bault, fel ne rïoteux. 
mais débonnaire a toute gent : 
tiens toy net selon ton argent. 

Se de marchandises te vis. 
vens et achate a ton dens 
si que ne perdes ou marcliié. 
ne deçoy nul, car c'est pechié. 

Se tu as besoing et mestier 
de toy vivre d'aucun mestier, 
soyes soingneux et prens on gié. 
car ou ciel est le haut degré. 

Se tu viens en prospérité, 
"a, grant cbevance et hérité, 
gardes qu'orgueil ne te seurmonte : 
penses qu'a dieu fault rendre compte. 

Tiens toy a table honnesteuient 
et t'abiUe de vestement 
en tel actour qu'on ne s'en mocque, 
car on congnoist l'uef a la coque. 

Se tu es joennes et polis, 
de peu de coust soyes joUs. 
sens toy grever pour raectre en robes: 
tiens noy net et nul ne desrobes. 

Soyes constant, tiens ton propoz 
du bien faire qu'as en propoz, 
car homme qui change souvent 
ne puet estre preux ne sçavent. 

Soyes véritable en paroUe, 
a point tais et a point parolle, 
car qui trop parle par usage, 
est souvent tenu a pou .sage. 

Ayes i)itié des pouvres gens 
que tu voiz nuz et indigens 
et leur ayde quant tu pourras: 
souviengne toy que tu mourras. 

Tien ta promesse et petit jure, 
gard ne soyes trouvé parjure, 
car le menteur est mescrëu. 
et quant voir dist, il n'est crëu. 

Aimes qui te tient a amy 
et te gart de ton ennemy; 
nul ne puet avoir trop d'amis: 
n'il n'est nulz petis ennemis. 

10 car mangue. 20 mtcttre. 2C descobes. 
37 pourraz. 



Cl/ dit la manière comment appartient a prince 
tenir le menu peuple, affin de le garder de 
pre.tompcïon et cause de rebeller. 
5 Mais a j)arachever ce qui ay devant en- 
commencié a dire comme il conviengne aucune 
foiz dilater les conclusions pour plus au long 
déclarer les matières , c'est assavoir du gou- 
vernement qui appartient a prince, pour tenir 

10 son peuitle en paix, se jjeut interpréter l'aucto- 
rité cy dessus a notre propos que les mauvais 
faiz ne peuvent être délaissez jusques a ce 
que désirs et voluntez de pluseurs choses ces- 
sent, et adont ce que souloit estre ennemy 

15 devient amy. Volunté de pluseurs choses sont 
voirement en gent de commune, si que dit est, 
mais aftin que leurs vagues désirs cessent, ne 
que plus les semblables maulx passez ne puis- 
sent ensuivir, est bon, me semble, que le 

•20 prince, tant pour faire son devoir principale- 
ment vers dieu, comme aftin que cause n'ait 
peuple de plus murmurer ne eulx tenir mal 
contens, que U le gouverne dëuement et soubz 
tresbonne justice, ne les seuffre estre foulez 

•2'. ne pillez par gens d'armes, ny de personne; 
les deft'ende diligenment de touz ennemis, si 
que fait le bon i)astour ses brebiz, et que 
faire le doit; vueille et ordonne que se riens 
est prins du leur ou de leur paine, que tantost 

:u) soient paiez et contentez ; car, dit le sage, ne 
tiens le salaire du laboureur du soir au matin, 
affin que maudisson ne te nuise. Ne prengue 
sur eulx subside, taiUes, ne a quelconque 
charge ne les impose oultre la nécessité de 

:i.-> soustenir ses guerres, si que droit le permet; 
les tiengne en paix, et que nul ne les oppresse 
ne face grief, affin (jue cause n'aient d'eulx 
esmouvoîr ne occupper en autres choses ne 
mais a leurs labours et mestiers ; leur, soit 

40 débonnaire et bénigne en paroUe, s'il eschiet 
que a luy parlent, et favorable a leurs justes 
]ieticïons, de criianlté nullement n'use vers 
eulx; ains vueille queilz soient traictezaraïable- 
ment. Et quant il va par la ville ou autre 

4.^ part, ou a rencontre luy viennent et le sa- 
luent, les salue très doulcement et de bénigne 
chiere. 
Item . ordonne que ilz ne i)ortent habiz 



445 ALAIN CHARTIER. 446 

oiiltragcux no antres que leur appîirtienncnt, par ses tavernes, sans riens faire, ne leur fust 

sans parprondre ceulx dos gentil/ hommes, plus souffert, ains bien cmiuis fussent de (puiy 

broderies ne devise, comme tel orgueil puist servent et que vont faisant, mis en prison 

estro prejudiciabte, et peut cstre est. Item, s'ilz ne vont a leurs racstiers , s'il est jour 

et affin que ilz s'aprenguent a estre mieulx ô ouvrier. 

raoriginez, face deffendre ses maugroiemens. Item, fussent bien acertes deffendues ces 

renïemcns et ses onltrageux sennens de nostre folles paroUes parcïalles qui ont couru et 

seigneur, soubz paine de gi-ant i)Ugnicïon en encoi*es ne cessent, dont mal i)ourroit venir, 

gênerai deffence; aussi bien en soient pugniz et pugnir ceulx qui plus en useroient i)Our 

grans comme petiz , et mesmement gens de lo chastïer les autres. 

court, aftin do mieulx duire ung chacun, et Et a brief dire, par telz voies tenir en 
eschever murmure des petiz, et par justice généralité et toutes autres bonnos ordonnances, 
amodei'ee soient après pugniz les defaillans; que sur ce aviser se pourroient, pourroit le 
avec ce ses folles compaignies et assemblées prince tenir son peuple en paix, faisant leur 
en maisons sans juste achoison leur fussent 1.5 grant prouffit par ce que plus ne s'en ten- 
veez. droient aux pertes de temps que faire sou- 
Item, et comme oisiveté soit cause, souvent loient, ains chacun a son droit mestier. Si 
avient, d'induire jeuncce a mains maulx faire seroient bien contens de luy, puis qu'en paix 
et folles conspiracïons , que certaines gens on les tendroit et soubz bonne justice, et por- 
fussent esta,bliz par belle justice pour tous- 20 ront enrichir, par quoy mieulx aroicnt l'aiso 
jours enscrcher et prendre garde que aucun de luy aider, se besoing en avoit. Et par 
desroy ne fust machiné en ville, et que telz ainsi vivroit le peuple soubz bon seigneur 
follastres gallars oyseux qui vont ça et la ou glorieusement. 



ALAIN CHARTIER. 

I. II. Copie faite par M. Ebert sur la première e'dition {entre 1470 et 14S0). Cf. Paulin Paris, 
les manuscrifi français 6, 386; III. Ms. de Paris, franc. S33 [anc. 7215. 2. 2), fol. 64 (A), com- 
paré avec le ^fs. 1642 (B). 

I. Le Bréviaire de.': Noble.'! {Début). mais qui vouldra pardon de ses meftaiz, 

Je Noblesse, dame de bon vouloir, 2.'> ses heures die en cestuy bréviaire, 

royne des preux, princesse des haulx faiz. Qui est des bons le successeur ou l'oir, 

a tous, qui ont voulenté de valoir, ne doit avoir la ten-e sans les faiz. 

paLx et salut, par moi sçavoir vous faiz et s'il n'est duit a bien faire et vouloir, 

que pour oster les maulx et les tors faiz les biens d'aultruy sont en luy imparfaiz; 

que villennie a entrepris de faire, 30 ains a du tout loz et honneur forfaiz, 

chascun de vous tous les jours une foiz quant il n'ensuit des nobles rexom])laire : 

ses heures die en cestuy bréviaire. mais se faUly quelque ung a autre foiz. 

Je me doy bien de plusieurs gens doulolr ses heures die en cestuy bréviaire, 

qui ont du tout mes estaz contreffaiz, Princes mondains, qui vous dictes parfaiz 

et en mettant vertu a non chaloir 35 en noblesse, se me voulés complaire, 
prenent mon nom et laissent mes beaulx faiz chascun de vous par esbat plusieurs foiz 

et ont leurs noms avillez et deffaiz ses heures die en cestuy bréviaire, 
et enclinez a mesdire et malfaire : 

4 et ait peut 3Is. -in fais. 31 fois. 27 le fais. 32 fois. 31 parfais. 3i> fois. 



447 



XVe SIECLE. 



448 



Foy 1(1 picmitie icrlu. 

Dieu tout puissant, de qui noblesse vient 
et dont descent toute perfection, 
a tout créé, tout noumst, tout soustient 
par sa haulte digne provision; ô 

mais, pour tenir la terre en union, 
a ordonné chascun en son office, 
ly ung seigneur, l'autre en subjectïon, 
pour foy garder et pour vivre en justice. 

Cil qui de dieu le plus de honneur obtient lo 
par seigneurie et domination, 
plus est tenu et plus luy appartient 
d'avoir en luy entière aiiectïou, 
crainte et honneur, bonne devocïon 
et vergoigne de méfiait et de vice, i5 

et faire tout en bonne ententïon, 
pour foy garder et pour \ivre en justice. 

Cil est noble et pour tel se maintient 
sans vanterie et sans decepcïon, 
qui envers dieu obéissant se tient io 

et fait le di-oit de sa profession; 
qui quiert noblesse en autre opinion, 
fait a dieu tort et au sang préjudice; 
car dieu forma noble condition 
pour foy garder et pour vivre en justice. ib 

Povre et riche meurt en corruption, 
noble et commun doivent a dieu service; 
mais les nobles ont exaltation 
pour foy garder et pour vivre en justice. 

■M 

II. Le livre des quatre dames (Début }. 

Pour oublier merencolye 
et pour faire chiere plus lie, 
ung doubc matin aux champs yssy, 
au premier jour qu'amours ralie. 35 

le cueur, et la saison jolye 
fait cesser cnnuy et soussy; 
si alay tout seulet ainsi 
que Tay de coustume, et aussi 
marchay l'erbe poignant menue, lo 

qui mist mon cuer hors de souci, 
lequel avoit esté transsi 
long temps par liesse perdue. 

Tout autour oiscaulx volletoicnt 
et si très doulcement chantoient j.'j 

qu'il n'est cueur qui n'en fut joieux, 
et en chantant en l'air montoicnt* 
40 marchay Ebert] marcby. r il manque un vtn. 



a l'estrivec, a qid mieubc mieulx; 
le temps n'estoit mie ennïeux, 
de bleu se vestoient les ciciUx, 
et le beau soleil cler luisoit; 
violettes croissoient par lieux, 
et tout faisoit ses devoirs tieulx 
connue nature le duisoit. 

Eu buissons oyseaulx s'assembloient, 
l'un chantoit, les autres doubloient: 
de leurs gorgettcs verboioient 
le chant que nature a apris, 
et puis l'un de l'auti-e s'embloient 
et point ne s'entreresembloient, 
tant en y ot qui ne sembloient 
fors a estre eu nombre compris. 
je m'arrostay en ung pourpris 
d'arbres en pensant a hault pris 
de nature qui entrepris 
ot a les faire ainsi harper; 
mais de joie les vy surpris 
et d'amours nouvel entrepris, 
et img chascun avoit ja pris 
et choisy ung si loial per. 

En chemin tout retentissant 
de doulx accors alay, pensant 
a ma maleuree fortune, 
en moy raesme m'esbaïssant, 
com amour, qui est si puissant, 
est lai'ge de joie fors d'une, 
que je ne puis par voie aucune 
recouvrer, combien que nesune 
autre grâce a amours ne vueil, 
soit maleur ou soit infortune; 
autres par manière commune 
ont les biens dont je n'ay que dueil. 

Les arbres regarday Hourir 
et lièvres et connixs courir: 
du printemps tout s'esjouissoit. 
la sembloit amour seignourir: 
nul n'y peut vieilb'r ne mourir, 
ce me semble, tant qu'il y soit, 
des arbres ung flair doulx yssoit 
qui l'air sery adoulcissoit, 
et en bruiant par la vallée 
ung petit ruisselct passait 

'< mie mieulx. 8 sembl'jicnt: correction d'Eberl. 
■>l tuvii maiifjue. 3ti fleurir. 3'J seigucurir. ib sans 
doute glissoit. 



449 



ALAIN CHARTIER. 



450 



iiui le pais amoliiibioit, 

dont l'cauc n'estoit pas sallee. 
La venoicnt les oysillons, 

après ce que des grésillons, 

des mouschettes et papillons 

ilz avoient ])ris leur pasture; 

lasnicrs, autours, esmerillons 

vy et mouches aux aguillons, 

qui de beau miel leurs pavillons 

tirent es arbres par mesure. 

de l'autre part fut la closture 

d'un pré gracieux, ou nature 

sema les tieurs sur la verdiurc, 

blanches, jaunes, rouges et perses; 

d'arbres tieuris fut la (^ainture 

aussi blans que se naige pure 

les couvrist, ce sembloit paincture, 

tant y ot de couleurs diverses. 
Le ruisscl d'une sourse vive 

dcsccndoit de roche nayvc, 
large d'environ d'une toise; 

si couroit par l'erbue rive, 
et au gravier qui lui estrive 
menoit une tresplaisant noise; 
maint poissonet, mainte vandoise 
vy la nager, qui se degoise 
en l'caue clcx'e, nette et fine. 
si n'ay garde que je m'en voise 
de la, mais lai-gement me poise 
qu'il faille que si beau jour fine. 

Tout au plus près sur le pendant 
de la montaigne en descendant 
fut assiz ung joieux bocage, 
qui au ruissel se alloit rendant 
et vertes courtines tendant 
de ses branches siu- le rivage, 
la hante mainte oisel sauvage: 
l'un vole, l'autre ou ruissel nage, 
canes, ramiers, hérons, faisans, 
les serfz passoient par l'ombrage 
de ces oisillons hors de cage : 
dieu scet s'U2 estoient faisans. 
Ainsi ung pou m'esjouissoie, 
quant a celle douleur pensoie, 
et hors de la tristeur yssoie 
que je porte celeement; 

9 leurs manque, paveillons. il feut. 31 ran 
dant. au rivaige. 37 sauvaige. 
Baktsch, Clirestoinutliie. IV. Ed. 



et puis a inoy niesmes tensoie, 
et de chanter je m'efl'or<;oie ; 
mais ce bien dont je jouissoie 
il ne duroit pas longuement, 
5 ains rentroie soubdainement 
au penser ou premièrement 
j'estoie, dont si durement 
suis et de long temps assailly. 
ce bien accroissoit mon forment 
lu en voyant l'esjouissement, 

dont il m'estoit tout autrement, 
car espoir m'estoit defaUly. 

Sy disoic a Amours 'Amours, 
pourquoy me faiz tu \i\Te en plours 
15 et passer tristement mes jours, 
et tu donnes par tout plaisance, 
tiens suis a durer a tousjours, 
et je trouve toutes rigours, 
plus de durtez, moins de secours 
•M que ceulx qui aiment decevancc. 
j'ai pris en gré ma penitance, 
attendant la bonne ordonnance 
de la belle qui a puissance 
de moy mettre en meilleur party; 
25 mais je voy que faintise avance 
ceulx qui ont des biens abondance, 
dont j'ay failly a resperance: 
ce n'est pas loiaulment party.' 
Ainsy mon cueur se guermentoit 
30 de la grant douleur qu'il portoit, 
en ce plaisant lieu solitah-e, 
ou ung doulx ventelet ventoit 
si sery qu'on ne le sentoit, 
fors que violette mieulx en flaire ; 
35 car fut le gracieux repaire 
de ce que nature a peu faire 
de bel et joieux en esté: 
la n'avoit en rien a reffaire 
de tout ce qui me pouiToit plah'e, 
lu mais que ma dame y eust esté. 
En une sente me vins rendre, 
longue et estroite, ou l'erbe tendre 
croissoit très dure et ung pou mendi*e 
que celle qui fut tout autour; 
45 la me ^int ung achcs surprentlre 
de désir, qui me fist mesprendre, 

19 duretez. 3o p.-ê. 



3 dont Ebert] donc, 
tentoit. 



29 



451 XVe SIÈCLE. 452 

et en allant, sans garde prendre, une haidtesse qui chiet, ung estât non estable . 

ne sans penser a mon retour, ainsi comme ung pillier tremblant, et une 

me trouvav loing a ung destour: mortelle vie; et ainsi peut estre appellee de 

la me feist désir dur estour ceulx qui sont amoureux de sainctc liberté, 

ne je ne sçavoie plus tour. Fuiez, hommes vertueux, fuiez et vous tenez 

quant de près vy s'eutrebaiscr loing d'iccUe assemblée, s$ vous voulez bien 

une pastoure et ung pasteur, et seurement vivre sur le rivage, en nous re- 

et de loin"^ vssir d'une tour gai-dant noier de nostre gré mesmes, et nostre 

quatre dames eu noble atour: aveuglement mesprisez, qid ne peut ou ne 

ce tist mon dur mal apaiser. i« veidt congnoistre nostre pouvre mcschicf. 

Car comme les folz maronniers se font au- 
in. Le Curial. cunes foiz noier par leur despourveu gouverne- 

La court, aftin que tu l'entendes, est ung ment, ainsi attrait la court a soy et déçoit 
couvent de gens qui soubz faintise du bien les simples gens et couvoicte comme une ri- 
commim sont assemblez pour euLx inter- 15 baulde bien parée par son ris et par son 
rompre: car il n'y a gueres de gens qui ne baiser. La court si aleche fraudement ceulx 
vendent, achaptent ou eschangent aucunes qui y viennent, en leur usant de faulses pro- 
foiz leurs rentes ou leurs propres vestemens: messes. La court rit au commencement a 
car entre nous de la court nous sommes mar- ceulx qui entrent et puis les rechigne et au- 
chans affectez qui achaptons les autres gens 20 cunes foiz les mort. La court retient les chetifz 
et autresfoiz pour leiu- argent nous leur ven- qui ne se sçavent eslongner, et tousjours a 
dons nostre humanité précieuse. Nous leur auctorité et seigneurie sur ceulx qu'elle a 
vendons et achaptons autruy par Haterie ou surmonté. La court souvent aussi par erreur 
par corrupcïons; mais nous sçavons très bien oublie ceulx qui mieux servent et despendent 
vendre nous mesmes a ceulx qui ont de nous -i:, follement le leur, pour enrichir ceulx qui n'en 
a faire. Combien donc y peus tu acquérir sont dignes. Et l'homme malostru qui est 
qui es certain sans doubte et sans perilV aleché y a>Tne mieulx pourrir que s'en aller 
veulx tu aller a la court vendre ou perdre ce et y avancer son cours de nature sans jamais 
bien de vertu, que tu as acquis hors d'icelle avoir francMses jusques a la mort. Croy 
court V Certes , frère, tu demandes ce que tu ;i(j seurement, frère, et n'en doubte point que tu 
deusses reffuser, tu te fies en ce dont tu te exerces tresbon et tresnotable office et proffi- 
deusses deffier et fiches ton espérance en ce table, se tu sces bien user de ta maistrise 
que te tire a péril. Et se tu y nens, la court que tu as a ton petit hostel et si es et seras 
te servira de tant de mensonges controverses puissant tant comme tu auras souffisancc de 
d'une part, et de l'autre de bailler tant de 35 toy mesmes. Car qui a petite famille et la 
tours et de charges que tu auras dedans toy gouverne sagement et en paix, il est seigneur, 
mesmes bataille continuelle et soussiz angois- fortunez hommes qui vivent en paix! 
seux et pour certain homme qui pourra bonne- bieneuree famille ou il y a honncste pouvreté 
ment dire que ceste vie fust bieneuree qui qui se contente de raison sans menger les 
par tant de tempestes est achatcc et en tant4u fruicts d'aultruy labeur! bieneureuse mai- 
dc contrarietez esprouvee. sonnete en laquelle règne vertu sans fraulde 

Et se tu me demandes que c'est de vie ne barat et qui est honnestement gouvernée 
curïale, je te respons, frère, que c'est une en crainte de dieu et boime moderacïon de 
pouvre richesse , une habondance misérable, vie. Illecques n'entrent nulz péchez, illec est 

45 vie droicturiere ou il y a remors de chacun 
4 ung nur. al reffustr— deusscb munqut A. pcché et ou il n'a noise, muimure ne envie. 
•il fiches JB; que .^. 33 que tu tiens a présent yl ; 

qui te tireroit en péril de perdicion B. Et Zf; 4 de saincte Z/ ; dessus /l. « voulez wanr/ue /l. 

est^. 40 atachee .4, achaptee .B. 21 a] ont. 25 enrichir .B ; entrer J. 



453 



POÉSIES DU DUC CHARLES D'ORLÉANS. 



454 



De telle vie s'esjoiiïst nature et en telles aises 
vit elle longnenient et petit a petit s'en va 
jusques a plaisant vieillesse et honneste tin. 
Car comme dit Senecque en ses tragédies, 
vieillesse vient a tart a gen.s de petites mai- j 
sons, qui vivent en souftisance. Mais entre 
nmis curiaul.x qui sommes serfz a fortune 
vivons dosordouneemcnt et si vieillisons, plus 
l)ar force de cures que par nombre d'ans, et 
par faultc de bien vivre sommes frustrez de lo 
la souiirecte de nostre vie que tant desirons 
et nous hastons d'aller a la mort que tant 
redoubtons. Souffise toy doncques, frère, 
souftise toy de vivre en paix et tout par toy 
et apren a t'en contenter par noz nieschiefz. ib 



ne te mesprises pas tant (lue tu prendes la 
mort i)our la vie, ne délaisses pas le bien 
que tu seroies contraint de ra})porter après 
grans regretz, pour quérir ce que te seroit 
louable a trouver. Finablement je te prie, 
conseille et admoneste, se tu prises aucune- 
ment saincte vie et honneste et tu ne veulx 
ailleurs perdre , que tu en ostes ta pensée et 
disposes toute ta voulenté de non venir a 
court, et soies content de toy retraire souvent 
dedans l'uis clos de ta maison privée. Et se 
tu n'as ou temps passé congneu que tu ayes 
esté bien eureux, si aprens a le congnoistre 
désormais. Et a dieu te command par cest 
escript, qui te doint sa grâce. 



POESIES DU DUC CHARLES D'ORLEANS. 

Les Pçésies du duc Chai-les d'Orléans publiées par Aimé ChampolHon-Figeac , Paris 1842, /). 123. 

13(). 243. 175. Edition de Ch. d'IIericaut, Paris 1S75, 2 Vol. 1, 82; 2, 115; 2, 46; 1, 143. La 

dernière ballade a été composée pendant la captivité de Charles en Angleterre (1415 — 1440), sans 

doute vers l'année 1435, oîi on commença à parler de paix entre la France et l'Angleterre. 



1. Ballade 65. 

En la forest d'ennuyeuse tristesse 
un jour m'avint qu'a par moy cheminoyc; 
si rencontray l'amoureuse déesse 
qui m'appella, demandant ou j'aloye. 20 

je respondy que par fortune estoye 
mis en exil en ce bois, long temjjs a, 
et qu'a bon droit appeller me povoye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

En sousrïant par sa très grant humblessciô 
me respondy 'amy, se je savoye 
pourquoy tu es mis en ceste destresse, 
a mon povoir voulentiers t'ayderoye, 
car ja pieça je mis ton cueur en voye 
de tout plaisir, ne sçay qui l'en osta. au 

or me desplaist qu'a présent je te voye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va.' 

Helas, dis je, souverainne princesse, 
mon fait savez: pour quoy le vous dii'oye'/ 
c'est par la mort qui fait a tous rudesse, Xi 
qui m'a tollu celle que tant amoye, 
en qui estoit tout l'espoir que j'avoye, 
qui me guidoit, si bien m'acompaigna 



en sou vivant que point ne me trouvoye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

Aveugle suy, ne sçay ou aler doye: 
de mon baston, aftin que ne forvoye, 
je vais tastant mon chemin ça et la. 
c'est grant pitié qu'il convient que je soye 
l'omme esgaré qui ne scet ou il va. 

II. Iloiidt-l 14. 

Le temps a laissié son manteau 
de vent, de froidure et de pluye, 
et s'est vestu de broderye 
de soleil luyant, cler et beau. 

Il n'y a beste ne oiseau 
qu' en son jargon ne chante ou crye: 
le temps a laissié son manteau 
de vent, de froidure et de pluye. 

Rivière, fontaine et ruisseau 
portent eu livrée jolie 
gouttes d'argent d'orfavrerie ; 



1 prfindes] y rendes ^4, prengnes B. 
manque A. 19 ne] je. 2^ râlant Ch. 
en Ch. 32 manque Ch. 

2y* 



:< (le B : 
30 qui 



455 



XVe SIECLE. 



450 



chasciin s'abille de nouveau, 
le temps a laissîé son manteau. 

III. Chanson it2. 

Petit mercier, petit paiiiiier! 
pourtant se je u'ay marchandise 
qui soit du tout a vostre guise, 
ne blasmez pour ce mou mestier. 

Je gangue denier a denier, 
c'est loings du trésor de Venise: 
petit mercier, petit pamiier! 
l)ourtant se je n'ay marchandise. 

Et tandis qu'il est jour ouvrier, 
le temps pers, quant a vous devise, 
je voys parfaire mon emprise 
et par my les rues crier: 
petit mercier, petit pannierl 

IV. Ballade SO. 

En regardant vers le pais de France, 
img jour m 'a vint, a Dovre sur la mer, 
(lu'il me souvint de la doulce plaisance 



que souloie ou dit pais trouver, 
si commençay de cueur a souspirer, 
combien certes que grant bien me faisoit, 
de veoir France que mon cueiu- amer doit. 

;> Je m'avisay que c'estoit nonsavance 
de telz souspirs dedens mon cueur garder; 
veu que je voy que la voye commence 
de bonne paix qui tous biens peut donner, 
pour ce tournay en confort mon penser: 

10 mais non pourtant mon cueur ne se lassoit 
de veoir France que mon cueur amer doit. 

Alors chargai en la nef d'espérance 
tous mes souhays, en leur priant d'aler 
oultre la mer sans faire demourancc 

15 et a Franco de me recommander. 

or nous doint dieu bonne paix sans tarder: 
adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, 
de veoir France que mon cueur amer doit. 
Paix est trésor qu'on ne peut trop loër : 

■20 je hé gueiTe, point ne la doy prisier: 

destourbé m'a long temps, soit tort ou droit, 
de veoir France que mon cueur amer doit. 



LES CENT NOUVELLES NOUVELLES. 

Les cent nouvelles nouvelles publiées par Th. Wright, Tome l, Paria 1858, p. 101 — 106. 

Gesanimtabenteuer 2, p. LUI. 



Cy. Uagen, 



Ardent désir de veoir pays, savoir et cognoistrc 
pluseurs expériences qui par le monde universel 
journellement adviennent, nagueres si fort 25 
eschaufa l'atrempé cueur et vertiieux courage 
d'un bon et riche marchant de Londres en 
Angleterre, qu'il abandonna sa belle et bonne 
femme et sa belle maignye d'enfans, parons, 
amis, héritages, et la pluspart de sa chevance, 30 
et se partit de son royaulme assez et bien 
foumy d'argent content et de très grande 
abundance de marchandises dont le païs 
d'Angleterre peut les autres servir, comme 
d'estains, de riz, et foison d'aultres choses 35 
que pour bref je passe. En éc son i)remier 
voyage va/^ua le bon marchant resjiace de 
cinq ans, pendant lequel temps sa bonne 
femme garda très bien son coq)S, fist le 



prouffit de pluseurs marchandises , et tant et 
si très bien le fist que son mary, au bout des 
diz cinq ans l'otourné, beaucop la loa et jibis 
que par avant l'ama. Le cueur au dit mar- 
chant, non encores content tant d'avoir veu 
et congneu plusieurs choses estranges et mer- 
veilleuses, comme d'avoir gaigné largement, 
le feist arrière sur la mer bouter cinq ou six 
mois puis son retour, et s'en rêva a l'adven- 
ture en estrange terre tant de chrestïans que 
de Sarrazins, et ne demoura pas si jtou que 
les dix ans ne furent passez ain^ que sa 
femme le revist. Trop bien luy rescripvoit et 
assez souvent, a celle fin qu'elle sceust qu'il 
estoit encores en vie. Elle, qui jeune estoit 
et en ])on i)oint et qui point n'avoit de faulte 
des biens de dieu , fors seulement de la i)re- 



12 manr/ue C'h. 



la Houhaitz en les C'h. 20 dois H. 



457 LES CENT NOUVELLES NOUVELLES. 458 

sence de son mary, fut contraint»; par son tisse en trestout tel estât que je me suis 

trop demoui'er de prendre ung lieutenant, ([ui trouvée (luand mes aultres enfans ay porté. 

en peu d'heure luy list ung tresbeau tilz. Ce De fait, a chef de terme, je vous ay fait ce 

û\z fut élevé, nourry et conduit avec les aultres tresbeau tilz.' Le marchand cognent tantost 

ses frères d'un costé, et au retour du mar- r. (ju'il en estoit noz amis, mais il n'en voult 

chant mary de sa mère avoit environ sept faire semblant, ainrois se vint adjoindre par 

ans. La feste fut grande a ce retour d'entre paroUes a confermor la belle bourde que sa 

le mary et la femme; et comme ils fussent femme lui bailloit, et dit 'm'amye, vous ne 

en joyeuses devises et jdaisans propos , la dictes chose qui ne soit possible , et (jue a 

boime femme, a la semonce de son mary, fait lo aultres que a vous ne soit advenue. Loe soit 

venir devant eulx tous leurs enfans, sans dieu de ce qu'il nous a envoyé! S'il nous a 

oblïer celuy qui fut gaigné en l'absence de donné ung enfant par miracle, ou par aucune 

celuy qui en avoit le nom. Le bon marchant secrète fasson dont nous ignorons la manière, 

voyant la belle compaignie de ses enfans, re- il ne nous a ])as oblïé d'envoier chevance 

cordant très bien du nombre d'eulx a son ij pour l'entretenir.' (^uand la bonne femme 

partement, le voit creu d'un, dont il est très voit que son mary veult condescendre a croii-e 

fort esbahy et moult esmerveillé; si va de- ce qu'el luy dit, elle n'est moyennement 

mandera sa femme qui estoit ce beau tilz, le joyeuse. Le marchant, sage et prudent, en 

derrenier en reng de leurs enfans. 'Qui c'est?' dix ans qu'il fut puis a l'ostel sans faire ses 

dit elle, 'par ma foy, sire, c'est nostre lilz; a 20 loingtains voyages, ne tint oncques manière 

qui seroit il?' 'Je ne sçay', dist il; 'mais envers sa femme en parollos ne aultrement 

pour ce que plus ne l'avoie vcu, avez vous i)ar (luoy elle pcust penser qu'il entendist 

merveille si je le demande?' 'Saint Jehan, rien de son fait, tant estoit vertueux et pa- 

neimy', dist elle , 'mais il est mon lilz.' 'Et . cieut. Il n'estoit pas cncores saoul de voyagier, 

comment se peut il faii-e ?' dist le mary ; 25 si le vouloit recommencer , et le dist a sa 

'vous n'estiez pas grosse a mon partement.' femme, qui list semblant d'en estre tresmarrie 

'Non vrayement', dit elle, 'que je sceusse; et mal contente. 'Appaisez vous', dit il; 's'il 

mais je vous ose bien dire a la vérité que plaist a dieu et a monseigneur saint George, 

l'enfant est vostrc, et que aultre que vous je reviendray bref. Et pour ce que nostre 

a moy n'a touché.' 'Je ne dy pas aussi', ditijo tilz (pic feistes a mon aultre voyage est desja 

il; 'mais toutesfoiz il a dix ans que je party, grand et habile et en point de veoir et 

et cest enfant se mostre de sept: comment d'aprendre, si bon vous semble, je l'emme- 

doncques pourroit il estre mien? l'auriez vous neray avecques moy.' 'Et par ma foy', dit 

plus porté que ung aultre ?' 'Par mou ser- elle , 'vous ferez bien et je vous en prie.' 

ment', dit elle, 'je ne S(,ay ; mais tout ce que 35 'Il sera fait', dit il. A tant se part et em- 

je vous dy est vray. Si je l'ay plus porté maine le tilz dont il n'estoit pas père, a qui 

qu'un aultre, il n'est rien que j'en sache, et il a pieça gardé une bonne pensée. Hz eurent si 

si vous ne le me feistes au partir, je ne sçay bon vent (pi 'ilz sont venus au port d'Alixandrie, 

moy penser dont il peut estre venu, si non ou le bon marchant tresbien se deffist de la 

que, assez tost après vostre partement, ung 40 pluspart de ses marchandises, et ne fut pas 

jour j'estoie par ung matin en nostre grand si beste, affin qull n'eust plus de charge de 

jardin,, ou tout a coup vint ung soudain ap- l'enfant de sa femme et d'ung aultre, et que 

petit de menger une fueille d'oseiUe qui pour après sa mort ne succedast a ses biens, comme 

l'heure de adonc estoit couverte et soubz la ung de ses aultres enfans, qu'U ne le vendist 

neige tappie. J'en choisy une entre les aultres, 4.i a bons deniers contens jjour en faire ung 

belle et large, que je cuiday avaler: mais ce esclave. Et pource qu'il estoit jeune et puis- 

n'estoit que ung peu de nege blanche et dure ; sant, il en eust près de cent ducatz. A chef 

et ne l'eu pas si tost avalée que ne me sen- de pièce, il s'en revint en Angleten-e sain et 



459 



XVe SIECLE. 



460 



sauf, dieu mercy. Et n'est jias a dire la joyc 
(jue sa femme luy tist quand elle le vit en 
bon i)oint. Elle ne voit point son filz, si ne 
scet que penser. Elle ne se peut gueres tenir 
qu'elle ne demandast a son mary qu'il avoit 5 
fait de leur filz. 'Ha. m'amye', dist il, 'il ne 
le vous fault ja celer; il luy est tresmal 
prins.' 'Helas, comment V dit elle, 'est il 
noyé?' 'Nemiy vraiement', dist il; mais il 
est vray que fortune de mer par force nous to 
mena en ung pais ou il faisoit si chault que 
nous cuidions tous mourir par la grand ar- 
deur du soleil qui sur nous ses raidz espan- 
doit; et comme ung jour nous estions sailliz 
de nostre nave, pour faire en terre chascun 15 
une fosse pour nous tappir pom* le soleil, 
nostre bon filz, qui de neige, comme sçavez, 



estoit, en nostre présence sur le gravier par 
la gi-and force du soleil , il fut tout a coup 
fondu et en eauc résolu. Et n'eussiez pas 
dict une sei)t seaumes que nous ne trouvasmes 
plus rien de luy. Tout aussi a haste qu'il 
vint au monde, aussi soudainement en est 
l)arty. Et pensez que j'en fuz et suis bien 
desj)laisant, et ne vy jamais chose entre les 
merveilles (pie j'ai voues dont je fusse plus 
esbahy.' 'Or avant', dit elle,- 'puis qu'il a 
pieu a dieu le nous oster comme il le nous 
avoit donné, loè en soit il.' Si elle se doubta 
que la chose allast aultrement, l'ystoire s'en 
taist et ne fait pas mention, fors que son 
mary lui rendit telle (lu'elle luy bailla, com- 
bien (pi'il en demoura toujours le cousin. 



FRANÇOIS VILLON. 

Oeuvres de Maistre François Villon, par J. H. R. Prompsault, Paris 1832, p. 122 — 126. 194—197. 
315 — 319. 324 — 326. Oeuvres de François Villon, publiées avec pré/ace, notices, notes et glossaire 
par Paul Lacroix, Paris IST7, p. 33 — 35, 82 s., 128 — 131, 150 s. J'ai suivi, dans cette e'dition, 

le texte de Lacroix. 



I. 

Z,e yrant Testament. 

(str. XXXV ss.) 
Povre je suis des ma jeunesse, 

de povTC et de petite extrace. 

mon père n'eut oncq grant richesse, 

ne son ayeul, nommé Erace. 

povreté tous nous suyt et trace : 

sur les tumbeaulx de nos ancestres, 

les âmes des quelz dieu embrasse, 

on n'y voyt couronnes ne sceptres. 
De povreté me guermentant, 

souventes foys me dit le cueur 

'homme, ne te doulousc tant 

et ne demaîne tel douleur, 

si tu n'as tant q'eust Jacques Cueur: 

mieulx vault vivre soubz gros bureaux 

povre qu'avoir esté seigneur 

et pourrir soubz riches tumlteaux.' 
Qu'avoir esté seigneur — que dys? 

seigneur — helas, ne l'est il mais. 

selon les davidiques dictz 



son lieu ne congnoistra jamais, 
quant du surplus, je m'en desmetz, 

2(1 il n'appartient a moy pécheur: 
aux théologiens le remetz, 
car c'est office de prcscheur. 

Si ne suis, bien le considère, 
filz d'ange, portant dyademe 

25 d'estoylle ne d'autre sydere. 

mon père est mort, dieu en ayt l'ame ! 
quant est du cori»s, il gyst soubz lame, 
j'entends que ma mère mourra, 
et le sçait bien la povre femme, 

:)(» et le filz pas ne dcmourra. 

Je congnoys que povres et riches, 
sages et folz, ])rcbstres et laiz, 
noble et vilain, larges et chiches, 
petis et grans, et beaulx et laidz, 

:tj dames a rebrassez colletz, 
do quelconque condicïou, 
portant attours et bourreletz, 

;»3 nohlcH vilains L. 



461 



FRANÇOIS VILLON. 



462 



mort saisit sans exception. 

Et meure Paris ou Ilclaine, 
quiconques meurt, meurt a douleur, 
celluy qui perd vent et alainc, 
son tiel se crcvc sur son cueur, 
puys sue, dieu sçait «luel siicur, 
et n'est qui de ses maulx l'allegc, 
cai' enfans n'a, frère ne sœur, 
qui voulsist lors estrc son pleigc. 

La mort le faict frémir, pallir, 
le nez courber, les veines' tendre, 
le col entier, la chair mollir, 
joinctes et nerfs croistre et estendre. 
corps féminin, qui tant es tendre, 
poly, souëf, si precieulx, 
te faudra il ces maulx attendre V 
ouy, ou tout vif aller es cieulx. 



IL 



Ballade cl orui^un. 

Père Noè, qui plantastes la vigne, 
vous aussi, Loth, qui bustes au rocher 
par tel party qu'Amour qui gens engigne 
de vos filles si vous feit approcher 
(pas ne le dy pour le vous reprocher), 
Architriclin qui bien sceustes cest art, 
tous trois vous pry, que vous veuillez percher 
Tame du bon feu maistre Jehan Cotart. 

Il fut jadis extraict de vostre ligne, 
luy qui beuvoit du meilleur et plus cher, 
et ne deust il avoir vaillant ung pigne, 
certes, sur tous c'estoit un bon archer, 
on ne luy sceut pot des mains arracher: 
car de bien boire oncques ne fut faitart. 
nobles seigneurs, ne souffrez empescher 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. [pigne. 

Comme homme embeu qui chancelle et ti'e- 
l'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; 
et une foys il se feit une bigne, 
bien m'en souvient, a Testai d'ung boucher, 
brief, on n'eust sceu en ce monde chercher 
meilleur pion pour boire tost et tart. 
faictes entrer, quant vous l'orrez hucher, 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. 

Prince, il n'eust sceu jusqu'à ten'e cracher ; 

38 homme beu L. 



tousjours crïoit 'haro, la gorge m'ard!' 
et si ne sceut onc(i sa soif estancher 
l'ame du bon feu maistre Jehan Cotart. 

^ 111. 

Le (lehat ilu cueur et du corps de l i/luii eu 
for/ne de hallade. 

Qu'est ce que j'oyV 'ccsuisje.' qui/ 'ton cueur, 

10 qui ne tient mais qu'a ung petit filet, 
force n'ay plus, substance ne liqueur, 
(juaiid je te voy retraict ainsi seulet, 
com povrc chien tappy en recullet.' 
pour quoy est ceV 'pour ta folle plaisance.' 

15 que t'en chault ilV 'j'en ay la desplaisance.' 
laisse m'en paix, 'pour quoyV j'y penseray. 
'quand sera ce?' quand seray hors d'enfance, 
plus ne t'en dy'. et je m'en passeray. 
•Que penses tuV estrc homme de valeur. 

20 "tu as trente ans.' c'est l'aage d'ung mulet, 
'est ce enfance?' nenny. 'c'est donc foleur 
qui te saisit?' par ou? 'par le collet, 
rien ne congnois?' si fais mouches en laict: 
l'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.' 

2.5 'est ce donc tout?' que veulx tu que je tance? 
si n'est assez, je recommenceray. 
'tu es perdu.' j'y mettrai résistance, 
'plus ne t'en dy'. et je m'en passeray. 
'J'en ay le dueil, toy le mal et douleur. 

30 si fusse ung povre ydïot et folet, 
au cueur eusses de t'cxcuser coideur, 
se n'as tu seing, tout ung tel, bel ou laid, 
ou la teste as plus dure q'ung jalet, 
ou mieulx te plaist qu'honneur cestemeschance. 

35 que respondras a ceste conséquence?' 
j'en seray hors, quant je trespasseray. 
'dieu, quel confort, quelle saige éloquence! 
plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. 
•Dont vient ce mal?' il vient de mon malheur: 

40 quant Satui'ne me feit mon fardelet, 

ces maulx y mist, je le croy. 'c'est foleur: 
son seigneur es et te tiens son valet, 
voy que Salmon escript en son roulet: 
homme sage, ce dit il, a puissance 

45 sur les planète et sur leur influence.' 



23 si fais : mouches L. 39 D'ond L. 43 Sa- 
lomon L. 45 planètes L, 



463 



XVe SIECLE. 



464 



je n'en iroy rien; tel qu'ibs m'ont faict, scray. 
'que dis tu rieuV certes, c'est ma créance, 
•plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. 

•Veux tu vivre?' dieu m'en doint la puissance, 
•il te fault' . . . quoy V 'remors de conscience ; s 
lii^c sans lin.' et en quoy? *en science. 
laisse les folz.' bien, j'y adviseray. 
•or le retiens?' j'en ay bien souvenance, 
"n'attends pas trop que tourne a desplaisancc. 
plus ne t'en dy.' et je m'en passeray. lu 

IV. 

Ballade des menus pnq/us. 

Je congnois bien mouches en laict; i.) 

je congnois a la robe l'homme ; 
je congnois le beau temps du laid ; 
je congnois au pommier la pomme; 
je congnois l'ai'brc a vcoir la gomme; 
je congnois quand tout est de mesme, 20 

je congnois qui besoingne ou chomme; 



je congnois tout tors que moy mesme. 

Je congnois pourpoinct au collet; 
je congnois le moyne a la gonne; 
je congnois le maistre au valet; 
je congnois au voyle la nonne; 
je congnois quant piqueui- jargonne, 
je congnois folz nourriz de crcsme, 
je congnois le vin a la tonne; 
je congnois tout fors- que moy mesme. 

Je congnois cheval du mullet; 
je conguois leur charge et leur somme; 
je congnois Bietrix et Bellet; 
je congnois gect qui nombre et somme; 
je congnois vision en somme; 
je congnois la faulte des Boesmes; 
je congnois le pouvoir de Rorame; 
je congnois tout fors que moy mesme. 

Prince, je congnois tout en somme; 
je congnois coulorez et blesmes; 
je congnois mort qui nous consomme; 
je congnois tout fors que moy mesme. 



MARTIAL DE PARIS, SURNOMMÉ D'AUVERGNE. 



Ms. de Paris 5054, Fol. 47—49. 



Du temps du feu roy 
n'estoye en esmoy 
qui me grevast guère; 
j'aloye tout par moy 
donner le beau moy 
a quelque bergiere 
joyeuse et entière 
de belle manière, 
ou prin temps et gay 
et puis en derrière 
faisions bonne chiere 
sans mener grant glay. 

Doulccs chantjonuettes, 
plai^^ans bergorettes, 
toute» nouvellettes, 
pas ne s'i celoient: 
boucquetz de violettes, 
a brins d'amourettes, 
et Heurs jolïettes 
ver la si voloient. 
oyscaulx garilloient, 



qui nous rcvelloicnt 
et rossignoUoient 
et comme allouettes. 

25 besiers se bailloient, 

cueurs s'amoUïoient 

et puis se acoUoient 

en ses entrefaictcs. 

Il n'est tel plaisir 

30 que d'esti-e et gésir 

par my ces beaulx champs, 
l'erbe vert choisir, 
jouer qui a loisir 
et i)randre bon temjjs 

X) voire a toutes gens, 

bourgoys ou marchans, 
pour eulx rassaisir; 
car petiz et grans 
en virent i)lus d'ans 

40 selon leur dosir. 

•21 et mau'iue. :w de ans. 



465 



MARTIAL D'AUVERGNE. 



466 



Jadi/ labouroyc, 
a par nioy liouoyc, 
et seulet plantoyc 
en ses terres fermes; 
(le riens paour n'avoyc, 
brigans ne voyoyc 
ne point je n'oyoyc 
le bruyt des gens d'armes, 
lances on gnysarmes, 
mais moynes ou carmes, 
bourgoises et dames 
tonsjonrs rencontroye. 
las! bon temps j'avoye, 
dont adés Icrmoye 
a mont chaudes Icrmes. 

Atout ma houlette 
et corncmnsette 
sus la belle herbettc 
je me gogooye 
avec bergerctte, 
plaisant jolïette, 
baisant la bouchetto 
si doulcc (jnc soye. 
les tetins pinsoye, 
puis la renversoye, 
desoubz la saulçoye, 
tastant la fessette: 
las! dieu scet quel joyc! 
en l'air je sanltoye 
et chançons chantoye 
comme une alouette. 

En lieu de moustier 
j»our nous festoier 
avions beau sentier 
tout couvert de fueillc, 
sccntant l'églantier, 
le jambon entier, 
la trippe et saultier 
au verjus d'ozeillc. 
le pain soubs l'csselle, 
la belle bouteille, 
tburmaige en foisselle, 
vie du franc Gontier, 
point n'en est d'itelle 
avec la séquelle, 
puis faisions la veille 
quant cstoit mestier. 

Mieulx vault la lyesse, 

Bautsch, Chrestomathie, lY. Éd. 



40 



45 



l'acueil et adresse, 
l'amour et simplcssc 
de bcrgiers jjasteurs 
qu'avoir a largesse 
or, argent, richesse 
ne la gentillesse 
de ses grans seigneurs; 
car ilz ont douleurs 
et des maulx gregneurs: 
mais pour noz labeurs 
nous avons sans cesse 
les beanlx prez et fleurs, 
fruitaiges, odeurs, 
et joye a noz cucurs, 
sans mal qui nous blesse. 

Vivent pastourcaulx, 
brebiz et agncaulx, 
moutons a troppcaulx, 
bergiers, pastourelles, 
atout leurs gasteaulx, 
farciz de beauLx aulx, 
pastez de naveaulx 
au lart et groiselles. 
cornez challumelles, 
danssez sautei'ellcs ; 
fllles et pucelles, 
prenez vous chappeaulx 
de roses vermeilles 
et ses beaulx rainccaulx 
tous plains de prunelles, 
faittes tournebocllcs 
sur prés et sur treilles 
au chant des oyseaulx. 

Depuis quarante ans 
l'en ne vit les champs 
tellement flourir, 
régner si bon temps 
entre toutes gens 
qu'on a veu courir 
sans moins de périr 
jusqucs au mourir 
du roy trespassé 
qui pour recourir 
et nous secourir 
a maint mal passé. 

Se pour peine prendre, 
beufs et bx-ebiz vendre 
30 fleurir. 

30 



467 



XVe SIÈCLE. 



468 



ravoir je povoye 
le feu roy de cendi'e 
et sur picz le rendi'C, 
tout le mien vendroye 
et ue cesseroye 



jusques luy auroye 
la vie retournée 
pour la doulce voye, 
le bien et la joye 
qu'il nous a donnée. 



MORALITE DU MAULVAIS RICHE. 



Ancien théâtre français publié par M. Viollet le Duc, Tome III, Paris 1854, p. 270 — 278. 

Tripe t le queux. 
ouy, va tost, sans dire fable: 
tu es trop raallement songncux. 
se fusses aussi angoisseux 
10 de labourer et de gaiguer 



Trotetnenu. 
Hahay, or me fault il lever, 
hai'o! que je suis endonnis, 
paresseux et etfetardis, 
que pieça ne suis appresté. lo 

je croy le soleil est levé, 
qui ha abattu la rosée. 
j'ay dormy grande matinée; 
or me fault il bien pourpenser 
comment me pourray excuser 15 

envers mon seigneur et mon maistre, 
que je voy en celle fenestre. 
mon seigneur, le bon jour ayez, 
je suis prest et appareillez 
d'aller partout ou vous plaii'a, 20 

soit delà la mer ou deçà: 

or me dictes vostre plaisir. 
Le maulvais riche. 

Trotemenu, j'ai grant désir 

de vivTe planteureusement 25 

et d'estre vestu noblement 

de drap de pourpre et de soye; 

car j'ay assez or et monnoye 

pour mon estât entretenir 

ainsi qu'il me vient a plaisir. 3u 

or va tost, sans plus retarder, 

sçavoir que nous pourrons manger, 

car il est de disner saison. 
Trot, g'y voys sans plus d'aretoyson; 

a faire vo command m'encline. 35 

tout droit m'en vois en la cuisine 

sçavoir si le disner est prest. 

hau, Tripet, dis moy, est tout prest V 

mon seigneur veult aller disner. 

or me dis, sans plus séjourner, 40 

se je iray dresser la table. 

14 bien manque. V) appareillé. v.i monsieur. 



que tu es prest d'aller manger, 

ce fust merveilles de ton faict. 
Trot, laisse moy en paix, s'il te plaist, 

et me parle d'aultre acointance, 

car de la pance vient la dance. 

pour ce m'en voys, sans arrester, 

mettre la table pour disner, 

mais qu'elle soit très bien garnie 

de viande et de vin sur lye: 

c'est ung mestier qui bien me plaist. 

mon seigneiu', sachez qu'il est prest. 

il ne fault que voz mains laver 

et vous seoir sans séjourner, 

car la viande vous attent. 

Tripet le m'a dit en présent, 

vostre queux, qui est moult isnel, 

qui vous a farcy ung porcel 

et d'aultres viandes assez. 
Le Riche, et le bon jour te soit donnez, 

comme tu es de franche orine 

et as le cueur a la cuysine! 

tu ne feras ja malle lin. 

dame, venez a ce bassin 

vos mains laver, sans retarder, 

aflin que nous aillons disner. 

délivrez vous appertement, 

car la viande nous attent, 

ainsi que Trotemenu dit. 

La femme du riche. 

Mon seigneur, sans nul contredit, 

5 Suivent encore trois strophes, puis Les respons 
chantez par les laboureurs et bergiers. 30 crino. 



469 



MORALITÉ DU MAULVAIS RICHE. 



470 



I 



allons laver quant vous plaira. 

de ce ne vous desdiray ja. 

ne ne m'en verrez reffuser. 
Le Riche, c'est bien dit: or allons disner. 

Trotemenu, ferme la porte •"> 

et la viande nous aporte 

et va tost sans plus séjourner. 
Trut. je m'y en voys sans plus songer. 

Tripet, baille ça la viande. 

puisque mon maistre la demande. lo 

et te délivre, je t'en prie. 
Tripet. Trotemenu, a chère lye, 

viens avant, tost . . . que tu y metz! 

porte a mon seigneur ce metz, 

si m'osteras de ceste paine. 15 

Trot, sa dont dieu t'envoit bonne estraine! 

mon seigneur, vecy la viande. 

j'ay tost fait ce que on me commande, 

puisque la chose si me haitte. 

mais j'ay ouy une cliquette 20 

sonner a la porte devant. 

je croy c'est ce mescau pilant 

qui vient tous les jours au disner. 

il ne se veult pas oublier. 

que voulez vous que on on face? 2.5 

Le Riche, je t'en prie, va, si le chasse. 

il revient cëans trop souvent. 

hare luy lea chiens vistement, 

se tu l'oz plus riens demander. 
Le Ladre, et que dieu soit en ce disner. 30 

envoyez moy aulcune chose, 

car plus avant aller je n'ose: 

trestous les jours mon mal empire. 

helas, comme mon cueur desii-e 

d'estre saoulé des miettes 35 

et du relief et des chosettes 

qui jus de la table dégouttent. 

se sont choses qui bien peu coustent, 

mais je les désire forment. 

si vous prie amoureusement 40 

que m'en vueillez rassasier, 

que dieu vous vueille héberger 

lassus en son sainct paradis. 
Le Riche. Trotemenu, mon bel amis, 

n'as tu pas ouy ce triiant 45 

que t'avoye dit cy devant 

16 envoyé. 29 ce. 36etdu]du. 44 amy. 4Gqueje. 



que de ma porte tu chassasses 
et que les chiens tu luy harasses ? 
vas le moy chasser vistement. 

Trot, sire, par le dieu qui ne ment, 
j'en iray faire mon debvoir, 
et si vous diray tout de voir, 
trestous voz chiens luy hareray, 
sçavoir se chasser le pourray. 
ça ça, Touret, et toy. Rosette, 
a celluy a ceste cliquette, 
hare, hare, va la, va la. 
par dieu, trùant, or y perra. 
trop me faictes avoir rïote 
que tous les jours a ceste porte 
venez vos cliquettes sonner, 
qui font mon seigneur estonner 
et luy tournent a desplaisir. 

Le Ladre, helas, mon amy, j'ay désir 
trop fort de manger du relief, 
dont mon cueur est a tel meschief, 
qu'il m'est advis certainement 
que je mourray cy en présent, 
se je n'en suis rassasié, 
helas, ce sera gi-ant péché 
a ton maistre et a toy aussi. 

Trot, sus tost, paillard, vuide d'icy, 
ou tu seras tout devouré 
de mes chiens et si atoumé 
que jamais ne me feras paine. 
hare, Touret, en malle estraine 
sur cest ort vil mesel pilant, 
comme il fait or le meschëant? 
faictes le tost d'icy partir. 

Le Ladre. Vray dieu, il me fauldra mourir, 
en la garde dieu me commant. 
qui des chiens me face garant, 
si qu'ilz ne me puissent mal faire, 
helas, qu'il me vient a contraire 
(jne je ne me puis remuer! 
très doulx dieu, vueillez conforter 
ceste chetive créature 
qui vit en paine et tant endure 
en ceste vie temporelle; 
dieu me doint l'espirituëlle, 
quant ceste cy si me fauldra. 



Ib fait, 
en dure. 



32 meschant. 



42 tant manque. 



30* 



471 



XVe SIECLE. 



472 



que j'ay désiré long temps a, 
car je voy bien certainement 
que ne vi\Tay pas longuement; 
je le sens bien a mon poubuon. 

L> Riche. Trotemenu, j'ay gi-ant tenson 
et me vient a grant desplaisir 
de ce triiant que j'oz gémir, 
que fait il ores le piteux? 
de dieu aymer n'est pas honteux? 
que ne as tu les chiens harez 
et que par eux fust devourez, 
ainsi que commandé t'avoye? 
délivre t'en, se dieu te voye, 
se tu me veulx faire plaisir, 
va y tost; tu as bon loysir, 
puisque nous sommes tous assis. 

Trot, par le grant dieu de paradis, 
mon seigneur, g'y hay huy esté 
et tous voz chiens luy hay haré; 
mais oucques mal il ne luy tirent 
ne pour le mordre ne se mirent, 
ainçoys l'aloient couvctant 
et ses deux jambes dclechant 
et luy faisoyent tant grant feste, 
je ne sçay, moy, que ce peult estre; 
je croy que dieu y faict vertu. 

Le Riche, par dieu, tu es bien malostru, 
que cuides que dieu .s'embesongne 
d'une si très orde charongne 
et de si ville créature; 
se seroit pour luy giant laidure. 
je croy que tu es rassoté: 
fais que l'huys si soit bien fermé, 



que ce nieseau n'y puisse entrer. 

va tost. dieu te puist cravanter; 

car riens donner ne luy feray. 
Trot, mon seigneur, je le chasseray 
n se je puis par quelque manière. 

or sa, ti'ùant, passez arrière, 

très ort vilain meseau pourry. 

que de dieu soyez vous pugny, 

tant nie faictes avoir de peine. 
10 Le Ladre, aray, dieu te doint bonne estraine, 

pour quoy me dis tant de laidure, 

se je suis povre ci'ëature, 

de maladie entrepris ? 

dieu, qui est sur nous tous pretis, 
15 m'a battu, dont je suis malade 

par tout le corps et le visage. 

aller ne puis n'avant n'arriére, 

car g'y ay perdu la lumière, 

et si sçay bien certainement 
iu que pas ne vivray longuement. 

je sens bien la mort qui m'aproche, 

qui tout homme prent et acroche. 

laisse moy ester, je t'en prie. 

que dieu te gard de vQlenie, 
ij je ne puis plus a toy parler. 
Trvt. pour voir, tu me feras blasmer 

se ne t'en vas de cestc porte; 

tu ne sçais pas la gi'ant rioie 

que mon maistrc pour toy demaine, 
30 car tu ne cessas de sepmaine 

de tes cliquettes cliquetter, 

qui font mon seigneur estonner. 

je m'en revoys, adieu te dis. 



LA FARCE DE MAISTRE PIERRE PATHELIN. 

Recueil de farcex, soties et viorulilén du (/uinzivme .siècle publiées pur P. L. Jacob, Paris 1859, 
;;. 'J4 — 10b; nouvelle édition, Paris IbTG, p. 01 — 72. 

Le jiiije. Vous soyez le bien venu, sire. :jô vous feriez bien de l'attendre. 

or vous couvrez, ça, iirenez place. Jiuje. he dea, j'ay ailleurs a entendre. 
J'alhelin. dea. je suis bien, .sauf vostre grâce : si vostre partie est présente, 

je suis icy plus a délivre. délivrez vous sans jdus d'attente. 

Le juije. s'il y a riens, qu'on se délivre et n'estes vous pas demandeur? 

tantost, affin que je me lieve. lo Ihapp. si suis. Jutje. ou est le défendeur? 

T-f dntpj/ier. mon advocat vient qui adiieve est il cy présent en personne? 

iing peu de cho.se qu'il faisoit, /happ. ouy: veez le la qui ne sonne 

monseigneur; et s'il vous plaisoit, .^ puisse. va entreprins. 14 nous manijue. 

1 désir ce. 10 ni as? preli.x. 'in veoii. 



473 



MAISTRE PATHELIN. 



474 



mot; mais dieu scet qu'il eu pense. 
Ju(je. ijuisque voUs estes en présence 

vous deux, faites vostre demande. 
Ihapp. vecy doncques que luy demande. 

monseigneur, il est vérité 

que pour dieu et en iharité 

je l'ay nourry en son enfance. 

et quand je vy qu'il eut puissance 

d'aller aux champs, pour abrcgier, 

je le fis estre mon bergier 

et le mis a garder mes bestes. 

mais aussi vray comme vous estes 

la assis, monseigneur le juge, 

il en a faict un tel déluge 

de brebis et de mes moutons, 

que sans faulte . . . Juge- or escoutons ; 

estoit il point vostre alouéV 
Pulh. voire: car s'il s'estoit joué 

a le tenir sans alouer . . . 
Drapp. je puisse dieu desavouer, 

si n'estes vous, sans nulle faulte. 
Jufje. comment vous tenez la main haute? 

a' vous mal aux dents, maistre Pierre? 
l'aih. ouy: elles me font telle guerre 

qu'oncques mais ne senty tel raige: 

je n'ose lever le visaige. 

pour dieu, faites les procéder. 
Juije. avant, achevez de plaider. 

suz, concluez appartement. 
Drapp. c'est il, sans autre, vrayement, 

jjar la croix ou dieu s'estendy. 

c'est a vous a qui je vendy 

six aulnes de drap, maistre Pierre. 
JiKje. qu'est ce qu'il dit de drap ? Palli. il erre. 

il cuide a son propos venii* ; 

et il n'y scet plus advenir, 

pour ce qu'il ne l'a pas apprins. 
Drapp. pendu soye, se autre l'a prins 

mon drap, par la sanglante gorge! 
Palh. comme le meschant homme forge 

de loing pour fournir son libelle! 

il veut dire, il est bien rebelle, 

que son bergier avoit vendu 

la laine, je l'ay entendu, 

dont fut faict le drap de ma robe. 

comme il dict qu'il le desrobe 

et qu'il luy a emblé la laine 

de ses brebis. Drapp. maie semaine 



m'envoit dieu, se vous ne l'avez. 
Ju{/c. paix, par le dyable, vous bavez 
et ne sçavez vous retenir 
a vostre propos, sans tenir 
T) la court de belle baverie? 

l'alh. je sens mal, et faut que je rie. 
il est desja si empressé 
qu'il ne scet ou il l'a laissé : 
il faut que nous luy reboutons. 

10 .fitye. suz, revenons a ces moutons : 

qu'en fut il? Drapp. il en print six aulnes 
de neuf francs. Juge, gommes nous bejaunes 
ou cornarts? ou cuidez vous estre? 
Path. par le sang bien, il vous fait paistre ! 

15 qu'est il bon homme par sa mine! 
mais, je le loz qu'on examine 
un bien peu sa partie adverse. 
.luge, vous dictes bien: il le converse, 
il ne peut qu'il ne le cognoisse. 

•20 vien ça, dy. 

Le bergier. bee. Juge, vecy angoisse, 
quel bee est ce cy? suis je chievre? 
parle a moy. Berg. bee. Juge, sanglante fièvre 
te doint dieu! et te moques tu? 

•>5 Pulh. croyez qu'il est fol ou testu 

ou qu'il cuide estre entre ses bestes. 
Drapp. or regnie je bien, se vous n'estes 
celuy, sans autre, qui avez 
eu mon drap, ha, vous ne sçavez, 

:io monseigneur, par quelle malice . . . 
Juge, et taisez vous, estez vous nice? 
laissez en paix cest accessoire 
et venons au principal. Drapp. voire, 
monseigneur; mais le cas me touche: 

35 toutesfois par ma foy ma bouche 
meshuy un seul mot n'en dira, 
une autre fois il en yra 
ainsi qu'il eu pourra aller, 
il le me convient avaller 

4(1 sans mascher. or ça, je disoye 
a mon propos, comment j'avoye 
baillé six aulnes — doy je dire, 
mes l)rebis — je vous en pry, sire, 
pardonnez moy - ce gentil maistre, 

4.-. mon bergier, quant il devoit estre 
aux champs, il me dit que j'auroye 
six escus d'or quant je viendroye. 
1 m'envoye. 



»>■ 



475 



XVe SIECLE. 



476 



dy je. depuis trois ans en ça. 
mon bergier me convenança 
que loyaument me garderoit 
mes brebis et ne m'y fer oit 
ne domjuaige ne villenie : 5 

et puis maintenant il me nie 
et drap et argent plainement. 
ah. maistre Pierre, vrayement 
ce ribaut cy m'embloit les laines 
de mes bestes, et, toutes saines, lo 

les fesoit mourir et périr, 
por les assommer et terir 
de gros baston sur la cervelle, 
quant mon drap fut soubz son aisselle, 
il se mist en chemin grant erre 15 

et me dist que j'allasse querre 
six escus d'or en sa maison. 
Juge, il n'y a rime ne raison 
en tout quant que vous rafardez. 
qu'est cecyV vous entrelardez io 

puis d'un, puis d'autre, somme toute, 
par le sang bien, je n'y voy goûte! 
il brouille de drap et babille 
puis de brebis, au coup la quille, 
chose qu'il dit ne s'entretient. 2.5 

Path. or, je m'en fais fort qu'il retient 

au povre bergier son salaire. 
Drapp. par dieu, vous en poussiez bien taire. 

mon drap aussi vray que la messe — 

je sçay mieux ou le bas m'en blesse 30 

que vous ne autre ne sçavez — 

par la teste bieu, vous l'avez. 
7M//tf. qu'est ce qu'il aV Z>ra/>/>. rien, monseigneur. 

certainement, c'est le greigneur 

trompeur — hola, je m'en tairay, 3.'> 

si je puis, et n'en ])arleray 

meshuy, pour chose qu'il advienne. 
Jufje. et non, mais rju'il vous en souvienne. 

or concluez appartement. 
Path. ce bergier ne peut nullement lo 

respondre aux fais que l'on propose, 

s'il n'a du conseil; et il n'ose 

ou il ne scet en demander. 

s'il vous plaisoit moy commander 

que je fusse a luy, je y scroye. • i.i 

Juf/e. avecques luy? je cuideroye 

que ce fust trcst^>ute froidure: 

c'est peu d'acquest. Path. mais je vous jure 



qu'aussi n'en veuil rien avoir : 

pour dieu soit, or je voys sçavoir 

au pauvret qu'il voudra me dire. 

et s'il me sçaura point instruire 

pour respondre aux fais de partie. 

il auroit dure départie 

de ce, qui ne le socourroit. 

vien ça, mon amy. qrn pourroit [dea! 

trouver? entens. Berg. bee. Path. quel bee, 

par le sainct sang que dieu crëa, 

es tu fol? dy moy ton affaire. [braine? 

Bevg. bee. Path. quel bee ! oys tu tes brebis 

c'est pour ton prouffit: entens y. 
Berg. bee. Path. et dy ouy ou nenny, 

c'est bien faict. dy tousjours, feras? 
Be/g.hee. Path. plus haut, ou tu t'en trouveras 

en grans dépens, ou je m'en doubte. 
Berg. bee. Paih. or est plus fol cil qui boute 

tel fol naturel en procès. 

ha, sire, renvoyez l'en a ses 

brebis: il est fol de nature. 
Drapp. est il fol? sainct sauveur d'Esture! 

il est plus saige (jue vous n'estes. 
Path. envoyez le garder ses bestes, 

sans jour que jamais ne retourne. 

que maudit soit il qui adjourne 

tels folz que ne fault adjourner. 
Prapp. et l'en fera l'en retourner 

avant que je puisse estrc ouy? 
Path. m'aist dieu, puis qu'il est foui, ouy. 

pour quoy ne fera? Drapp. hc dea, sire, 

au moins laissez moy avant dire 

et faire mes conclusions. 

ce ne sont pas abusions 

que je vous dy ne mocqueries. 
Juge, ce sont toutes tribouilleries 

que de plaider a folz ne a folles. 

escoutez, a moins de parolles 

la court n'en sera ])lus tenue. 
Drapp. s'en iront ilz sans retenue 

de plus revenir? Juge, et quoy doncques? 
Path. revenir? vous ne veistes oncques 

plus fol ne en faict ne en response: 

et cil ne vault pas mieulx une once. 

tous deux sont folz et sans cervelle: 

par saincte Marie la belle. 

eux deux n'en ont pas un quarat. 



477 



MISTERE DE LA PASSIOxN. 



478 



LE MISTERE DE LA PASSION DE NOSTRE SEIGNEUR. 

Edition de Paris, 149S. Titre après le prologue: cy commence le misterc de la passiun de nostre 
signeur Jésus Crist avec les additions et corrections faictes par très éloquent et scientifique doc- 
teur maistre Jehan Michel. I^equel mistere fut joue a Angiers moult triumphantement et dernière- 
ment a Paris l'an mil quatre cens quatre vingtz et dLx huit. Copie de M. Ebert. Le texte de 
Jehan Michel est le remaniement de l'ouvrage dWrnoul Greban; cf. l'édition de G. Paris et G. 

Rai/naud, Paris 1S78, p. 319—323, 



J t'élis. Mon peuple csleu, des autres plus parfait, 
mon peuple cher, que tant ai désiré, 
entens a moi ! las, que t'ai je meflfait; 
et considère mon corps si enpù'é. 
est ce le bien que de toi je remporte, 5 

ce gref fardeau de la croix que je porte, 
qui me tourmente, tant est dur a porter! 
peuple aimé, veuilles toi déporter 
du piteux sang espandre par envie, 
ou si que non au mains vueillez noter lo 
si j'ai la mort si dure deservie. 
vigne odorant, flemùssant, vénérable, 
vigne de dieu di\inement plantée, 
est ce le fruit plaisant et accei)table 
que tu me tens de t'avoir tant hantée? lô 
vigne eslevee en montaignc hautaine, 
tant t'ai aimée d'amour feime et certaine 
que aimer pourroit l'enfant la teudi-e mère : 
helas, a quoi te treuve tant amere? 
dont te sourvient ceste amere saveur 20 

que de charger par cruaulté austère 
tant grefve croix a ton benoist sauveur? 
vous qui passés par la voie ancienne, 
arestés vous, pensés parfondement 
s'oncques douleur fut pareUle a la mienne 20 
et s'on sauroit plus porter de tourment. 
mon peuple, doulem- m'as prei)aree 
qui a douleur n'est jamais comj)aree. 
et quant m'aurés si dm-ement traicté, 
veuilles au mains regarder en pitié 30 

mon dur tourment et très pondereux fais, 
s'ainsi le fais en parlaicte amitié, 
je te pardonne les maulx que tu me fais. 

Centurion, se ne pourvoyez a voz fais, 
messeignem-s, il y a gi'ant doubte. 35 

Pilalc. par quel moyen? Cenl. voyés vous goutte 
ce pouNTe homme tant mal traicté? 
est tant mat et débilité 
qu'il se moui-ra s'on n'y regarde. 



1 parfais. 
29 m'auras. 



vueille. 14 et manque. 10 vigne. 



Jéroboam, non fera, il n'a encor garde; 

ne soies pas tant infestans. 
Centurion, prevost, vous perdes vostre temps, 

qui ainsi le chassés, helas! 

vous voyés qu'il est si très las 

(ju'on ne lui peult plus paine offrir; 

il travaille sans mort souffrir : 

regardés le fardeau qu'il porte. 

il n'est créature si forte, 

tant eust le couraige haitié, 

qui sceust soustenir la moitié 

de la charge qu'U a sur lui; 

et de peine est tant affoibli 

qu'il est forcé qu'a mort se rende. 

commandés un peu qu'on attende 

pour y mettre prouvision. 
Pilate. vous dictes bien, centurion. 

s'il porte charge et presans fais, 

ce ne suis je pas qui le fais, 

mais ces maulvais juifs félons. 
Centurion, je vous dirai que nous ferons 

pour éviter plus grant dommaige: 

veci un paisaut de villaige 

qui s'en \ient droit en la cité. 

U sera de nécessité 

qu'on le charge de ceste croix, 

et qu'il aide pour ceste fois 

a Jésus et a sa misère 

jusques au mont de calvaire 

ou il fault qu'il seuffire la mort. 
Pilate. il est bon homme grant et fort 

pour un tel fardeau soustenir. 

va, Griftbn, va, fai le venir, 

et lui di qu'U vienne exploicter 

quelque chose. Griffon, sans arrester 

je lui dirai donc a la lettre. 

Ici va Griffon quérir Simon. 

Vien ça, vien, homme a la guettre, 

on te fera du bien, escoute! 

1 encore. 29 calvaire compte- t-il ici et 4^3, 12 
pour quatre syllabes (calUaire)? 



479 



XVe SIECLE. 



480 



he ha, bon hommeau, ois tu goutte V 

\-ien t'en parler a messeigneurs. 
Si/non CiTi'ieus. allés quérir des gens ailleurs, 

car je m'en vois a ma besongue. 
Orillart. et fault il que ce villaiii grongne! 5 

passés, ribault, vous y viendrés. 
Simon, a messeigneurs, vous attendrés 

que j'aie de mon faict chevi. 
Griffon, nous n'attendrons pas ne demi, 

vous en viendrés de grant randon. m 

Simon, helas, et que me demand'on. 

qui m'efforcés par tel moyen? 
Orillart. tes espaules le sçauront bien : 

avant le retour ne te chaille. 

Jci If maine Griffon vers Pilule. i'> 

Griffon, sire, je vous commetz et baille 

cest homme qui vous quiert et trace. 
Simon, ha messeigneurs, sauf vostrc grâce, 

pas ne vous quiers en vérité, 

car vous m'avés si espouvanté. -(• 

que je ne puis membre lever; 

et si vous me voulés grever, 

j'appelle pour ma sauvegarde. 
Centurion, nenny, bon homme, tu n'as garde 

mais pour Jésus mieulx supporter, iô 

que ne peut mais sa croix porter 

et demeure ci sans subside. 

il fault que lui faces aide 

et portes ceste croix pour soi. 
Simon, ha messeigneurs, pardonnes moi, m 

pour rien jamais ne le fcroie; 

car tant reprouché en seroie, 

que jamais jour n'auroie honneur. 

vous sçavés le grant deshonneur 

que c'est hui de la crois toucher. 3.'> 

certes j'aimeroie plus cher 

estre pilorié trois tours 

ou batu par les carrefours, 

que faire si villain office. 
Gadiffer. niaistrc villain, fons de malice i" 

et rempli de ribellïon, 

vous le forés, vueillés ou non. 

chargés a coup, chargés ce fais! 
Simon, je m'ojjpose. Roullarl. villain punais, 

joués vous de la reculoireV 45 

Simon, si on me faict tort sans mcffais, 

2% que tu lui face. 35 croist. 40 fons de] 
songe. 



je m'oppose. Claquedcitl. villain punais, 

vous aurés tant de coups infais 

qu'on vous cassera la mâchoire. 
Simon, je m'oppose. Malchus. villain punais, 

joués vous de la reculoire? 
Bruyant, tu quiers pour néant eschapatoire, 

il te convient passer par la. 

Ici dexcharffcnt Jésus de la croix. 
Simon, or avant donc, puis que ainsi va. 

je ferai vostre voulenté; 

mais il me poise en vérité 

de la honte que vous me faictes. 

Jésus, de tous les prophettcs 

le plus sainct et le plus begnin, 

vous venés a piteuse fin, 

voue vostre vie vertiicuse 

quant vostre croix dure et honteuse 

pour vostre mort fault que je porte. 

se c'est a tort, je m'en rapporte 

a ceulx qui vous ont forjugé. 

Ici charf/e la croix a Simon. 
Aembroth. Messeigneurs, il est bien chargé; 

cheminons, depeschons la voie. 
Sahnanazar. j'ai grant désir que je le voie 

fiché en ce hault tabernacle, 

a sçavoir s'il fera miracle, 

quant il sera cloué dessus. 
Jéroboam, seigneurs, hastés moi ce Jésus 

et ces deux larrons aux coustés. 

s'ilz ne vuellent, si les battez 

si bien qu'il n'y ait que redire. 
Claquedenl. a cela ne tiendra pas, sire. 

nous en ferons nostre i)ovoir. 

Ici porte Simon une partie de la croix et 

Jésus l'autre et le battent les sergens. 

Dieu le père. Pitié doit tout cueur csmouvoir 

et lamenter piteusement 

le martyre et le gref tourment 

que Jésus, mon chier tilz, endure. 

il porte détresse tant dure, 

que, puis que le monde dura, 

homme si dure n'endura, 

laquelle ne peult plus durer 

sans la mcirt honteuse endurer, 

et n'aura son sainct cori)H durée 

tant qu'il ait la mort endurée, 

11) ce cest. "20 ont juge. 



481 



MISTERE DE LA PASSIOxX. 



482 



il appert, car plus va diiraut, 

et plus est tourment endurant, 

sans quelque confort qui l'alege. 

si convient que la mort abroge 

et de l'exécuter s'apreste, o 

pour satiffaire a la requcstc 

de dame Justice severc, 

qui pour requcstc ne prière 

ne vcult rien de ses drois quitter. 

Michel, allés donc conforter lu 

en ccste amerc passion 

mon fiLz, plain de dilectïon, 

qui veult dure mort en gré prendre 

et va sa doulce chair estandre 

ou puissant arbre de la croix. 15 

Sainct Michel, père du ciel et roi des rois, 

humblement a chère assimplie 

sera parfaicte et acomplie 

vostre voulenté juste et bonne. 

Ici descendent les anges de paradis. 20 
Sathan. Roi d'enfer qui tiens la couronne 

de l'omble abisme infernal, 

nostre faict se porte si mal, 

que tout nostre gouffre est detfait. [faict: 
Lucifer, par quel moyen ? iS'rt//e««. je n'ai rien jo 

car Jésus est a mort livré 

et n'a peu estrc délivré 

par quelque moyen que j'aie mis. 

toutesfois très fort m'entremis 

de tempter la femme Pilate; 30 

mais les faubc juïfz a grand hastc 

de crier contre n'ont cessé, 

et ont tant Pilate pressé 

(lu'il l'a jugé la mort attendre. 
Lucifer, ha mauldict Sathan, va te pendre 00 

a un gibet de feu ardant, 

quant aultrement tu n'es gardant 

les loix et les drois de l'ostel. 

va, dragon, va, serpent cruel, 

et sollicite de rechef, lu 

se jamais par quelque meschef 

pôurroit eschapper le surplus. 
Sathan. il en est faict, n'y penses plus, 

il n'est qu'il l'en sceust retarder. 

il n'y a que de bien garder 15 

noz huis et noz portes a force, 

34 qui la. 35 ha ha. 
Babtscu, Chrestumathie, IV. Ed. 



aftin au mains, si nous efforce, 

que nous y puissons résister. 
Lucifer. Cerberus ! Cerberus. hola magister ! 
Lucifer, et vous, mes diables, dormes vous? 

barrés voz huis a grans verrous, 

tenez voz portes bien fermées, 

et soyés a grosses armées 

devant, pour les entretenir; 

car tantûst vous verres venir 

nostre adversaire faire rencs. 
Cerberus. laissés le venir, s'il entre ens, 

je vueil qu'on m'arde le museau. 
Berith. tout est barré très bien et beau; 

comment diable y entreroit il! 
Astaroth. ou il sera trop plus subtil 

que nous diables trctous ensemble, 

ou par mon crochet il me semble 

que il y demourra s'il y vient. 
Sathan. mon maistre, on ne scct qu'il advient: 

sollicités tousjours ici; 

et poiu: veoir la tin de ceci, 

je m'en irai faire une cource. 
Lucifer, afin que ton chemin s'acourse, 

les diables te puissent guider. 
Sainct Michel a Jésus. 

Filz de dieu, en quoi regarder 

tous les anges prennent liesse, 

et dont l'excellente haidtesse 

bouche ne sçauroit reciter, 

qui pour les humains racheter 

as ton précieux coqis offert 

et tant de gi'iefs tounnens souffert, 

que dieu seul en cougnoist le nombre, 

poiu: traire les hommes de l'ombre 

de mort et mener a repos, 

et qui encore a ce propos 

veulx la mort pour eulx recepvoir, 

et a achever ton devoir, 

et fais que ton vouloir appere 

obéissant a dieu nostre père, 

qui fera a dame Justice 

présent de ce sainct sacrifice, 

plus que tous aultres acceptable, 

très vénérable et agréable 

en odeur et suavité. 

jadis estoit en ^'ilité 

34 ce vers manque: j'ai essaye de le suppléer. 
3S et manque, a ach. et parfaist t. d. 

31 



483 



XVe SIECLE. 



484 



la croix, aussi de tous mauldicte, 

comme infâme et comme intcrdictc : 

mais par toi sera décorée, 

et sus tous aiiltres hounoree 

par ton très glorieux mérite. 
Raphaël, ta mort et passion cslitc 

sera condigne et méritoire 

pour pécheur ramener a gloire : 

ainsi l'a dieu déterminé. 
Hubion. Or avons nous tant cheminé 

que sommes venus au dessus 

du mont de calvaire. 

Ici arrtcent au mont de calvaire , et demeure 

Saitict Michel el les auUres amjea avecques 

Jésus. 

Pilale. Sus! 

faictes ruses ces compaignies. 

sergens, en despit de voz vies 

vous fault il présent arrester. 

pensés tost de vous aprester: 

c'est trop tardé de la moitié. 
Brayarl. messeigneurs, tout est apresté, 

croix ensemble, corde et doux. 

pourtant regardés entre vous 

auquel vous voulés qu'on commence. 
Caiphe. il me semble en ma conscience, 

que plus court et est le meilleur: 

despechés moi ce frivoleur, 

car plus tost mourir le ferons, 

et plus tost vengés en serons. 

encore a il trop attendu. 



Griffon, le voulés vous avoir pendu 

tout vestu ou en sa chemise? 
Anne, ncnny, ce n'est pas la devise. 

assez en avons debatu, 
5 nous voulons qu'il soit devestu 

tout aussi nud qu'ung ver de terre; 

et pour prier ne pour requerre 

ne lui laissés ne hault ne bas, 

grans ne moyens ne petis draps 
II) dont il sceust couvrir ung seul point. 
Orillarl. vous le voulés avoir au point 

qu'il sortit du ventre sa mère. [vitupère 
Jéroboam, justement. Claquedent. s'est grant 

mais quoi soit deshonneur ou blasme, 
15 vous l'aurés. Dragons, il est tant infâme, 

qu'on ne le peult trop villenner. 
Gadiffer. abbregons sans plus sennonner; 

i;a villain, venés a la festc. 
Roullart. il n'y aura ne cul ne teste 
■j(i qui vous demeure ja couvert ; 
' cest habit ci n'est point ouvert, 

voulés vous que je le despiece? 
JJenlart. comment? il est tout d'une pièce 

tissu du bas jusqu'au dessus. 
•25 Gadiffer. oste lui, ne barguigne plus, 

il sera pour nostre butin. 
Bruyant, tendes les bras, villain mutin, 

lessés vous un peu despouiller. 
Ici le devestent tout, nud, el est Nostre dame 
30 derrière avecques les Maries. 



PERCEFOREST. 

Copie de M. Ernst Strehlke d'après l'exemplaire de la seconde édition {Paris 1533) qui est a la 
Bibl. royale de Berlin, 2e vol., fol. 118. 



Adonc va venir sur eulx ung jeune damoy- 
sel a cheval, et quant il vint près, il alla 
descendre et print le cheval du roy par le 
frain et dist 'gentil roy, je vous requiers le :i.j 
don que vous me promistes a la fontaine, 
quant vous me requistes que je vous donnasse 
a boire de l'eaue de la fontaine a mon cscuelle.' 
•Damoyseau', dist le roy, 'je vous promis de 
faire chevalier quant vous m'en requerriez ; w 

17 compaignons. 27 est manque. 32 eulx: 
le roi, sa femme, sa soeur et sa nièce. 



mais il est huy mais trop tart: si attendrez, 
s'il vous plaist, jusques a demain, et adonc 
auray appareillé ce qu'il vous fault.' 'Sire', 
dist le jouvenccl, 'il n'est en ce point riens 
qui me faille, car j'ay armes et cheval et ves- 
tures de chevalier; et si viennent quatorze 
chevaliers qui m'ont promis qu'ilz seront pre- 
sens quant vous me ferez chevalier, et par 
adventure ne les pourrois je demain plus avoir, 
car la journée sera trop embesongnee pour ce 

22 la. 2fi il rnanqne. 27 matin. 



485 PERCEFOREST. 486 

que chascun on droit soy aura assez a faire. vestir le jeune damoysel; ses vestures y sont 
si vous prie par courtoysio ijue vous me tenez a])i)areillecs.' Quant la royne entendit ce, elle 
l)romesse.' Damoyseau', dist adonc le roy, print le jouvencel par la main et Fezonas a 
'puis qu'il vous plaist, je le vous tiendray et l'autre costé et Edca, et entrèrent ou pavillon 
tantost en ceste place.' Tandis que le roy s et la se desvestit des draps d'escuyer et chaussa 
octroyoit au damoiseau sa re(iuestc , vint la brayes neufves en ung secret lieu et puis s'en 
endroit ung jeune escuyer sur ung cheval grant vint devant les trois dames qui l'assirent en 
et puissant, et avoit derrière luy une malle, une chaire tout nud fors des brayes. Et quant 
en laquelle estoit tout ce qui appartenait a la royne Fezonas le veit de chair blanche et 
nouveau chevalier. Quant le jouvencel veit le lo tendre, elle leva la main dextre et le frappa 
varlet venir, il regarda avant et veit les qua- sur l'espauUe en disant 'sire damoyseau, bien 
torze chevaliers venir qui le dévoient servir a vous a nourry celle , qui vous a eu en garde 
sa chevaUeric. Adonc alla dire au roy 'Sire, jusqucs a ores.' 'Madame', dist le damoysel, 
voici toute ma besongne preste.' 'Damoyseau', 'benoistc soit celle qui jusqucs cy m'a eslevé; 
dist le roy, 'si feray vostre besongne'. Lors ts car tant m'a nourry que le corps est en point 
descendyt de son cheval et le jeune damoyseau de soutt'rir traveil pour honneur acquerre, et 
se lance aux trois dames et embrasse pre- me doint dieu cueur et voulenté de poursuyr.' 
mierement la royne et la mist jus de son palle- 'Frère', dist la dame, 'le dieu souverain vous 
froy, et en après les autres, qui moult le re- en doint grâce.' Après ces paroUes prindrent 
gracièrent de sa courtoysie ; et il leur respon- 20 les trois dames la blanche chemise et luy ves- 
dit moult courtoysemcnt 'Certes, mes chères tirent. Lors dist la ro}^le d'Angleterre 'sire 
dames , moult seray miculx remercyé que je damoiseau, nous vous vestons de blanche che- 
n'ay desservy, se vous par voz humilitez me mise, qui signilie que chevalier doibt avoir le 
voulez octroyer ung don.' 'Sire damoisel', dist corps pur et nect de toute ordure et de toute 
la royne, 'demandez hardymcnt; car vous 2i> villenye.' 'Madame', dist le jouvencel, 'le dieu 
l'aurez'. 'Madame', dist le jouvencel, 'vous souverain le me laisse si garder, que ce soit 
m'avez octroyé que entre vous trois me vesti- _au prouffit de luy promierement et de mon 
rez la blanche chemise qui appartient a chc- ame.' Adonc print la royne Fezonas une cotte 
valier et le hocqucton.' Adonc respondit la de vermeil cendal, et luy vont entre elles vestir. 
royne 'nous le vous octroyons et si le ferons 3o Après dist Fezonas la royne 'Sire damoiseau, 
voulentiers.' Tandis que le jouvencel parloit nous vous avons vestu d'une cotte vermeille 
a la royne, les quatorze chevaliers qui estoient par dessus la blanche chemise . dont la rou- 
descenduz de leurs chevaulx s'en vindrent par geur signifie aspre désir et grant voulenté de 
devant le roy. Si le saluèrent; et le roy leur toutes vertus et de toutes bonnes grâces avoir 
rendit leur salut moult courtoysemcnt et puis ^^ en soy et acquerre qui aftiert a chevalier.' 
dist 'seigneurs chevaliers , il m'est advis que 'Ma chère dame', dist le chevalier jouvencel, 
vous me devez ayder a faire ce jouvencel che- "le dieu souverain me doint la force et le po- 
valier a qui je l'ay promis.' 'Sire', dist l'ung voir; car j'ay bonne voulenté de l'acquerre.' 
d'eulx, 'quant il vous plaira.' Adonc s'appa- Comment la royne et les dames vestirent nny 
reillerent les trois dames pour vestir le jou- io Jouvencel pour estre chevalier. Chapitre cxx/. 
vencel ; si ne gardèrent l'heure qu'elles veirent Après apporta Edea une moult noble cour- 
pres d'elles tendu ung petit paviUon le plus royette, si luy vint ceindre entour ses costez. 
bel et le mieulx ouvré que oncque es jours de Adonc dist Edea 'sire damoisel, nous vous 
leurs vie eussent veu , et veit que a l'entrée avons seinct et estrainct les vestures que nous 
avoit une damoiselle, qui leur alla dire en telle i>> vous avons vestues entour voz costez de ceste 
manière 'madame la royne, céans se pourra seincture, qui signifie que doresenavant doibt 

46 se] ce. 45 vous a | avons. 

31* 



4S7 XVe SIÈCLE. 488 

estreenclozetestraintdedans vous toute necteté lantise suyvir, entretenir, servir et exaulcer.' 
et toute courtoysie, toutes vertus et toutes 'Sire', dist le jouvencel, 'si feray je, s'il plaist 
bonnes oemTes.' 'Dame', dist le jouvencel, au dieu souverain.' Apres passa avant ung 
•dieu me doint la grâce perquoy je puisse de- chevalier qui estoit appelle Troylus ; si luy va 
venir tel que bon chevalier doibt estre.' Lors vestir ung haubergeon et puis luy dist 'da- 
se dressa et dist 'dames, je vous remercye de moisel , je vous ay vestu ce haubergeon qui 
voz courtoysies ; si doibz bien estre dores- vous donne a entendre que doresanavant devez 
enavant vostre chevalier.' 'Sire damoisel', dist avoir le cueur fier , hardy et entreprenant en 
la rovTie de Bretaigne, 'dictes nous vostre nom. toutes voz opérations et faitz de chevalerie 
si nous aurez bien contentées.' 'Certes, ma- 10 toutes fois que endossé l'aurez.' 'Sire', dist le 
dame', dist le jouvencel; 'se je le vous povoys jouvencel au noble et preux chevalier, 'si au- 
dire mon honneur sauve , voulentiers le vous ray je a tots joui-s mais au vouloir de nostre 
diroye: mais ne vous desplaise, je le vous di- seigneur dieu de paradis!' Adonc passa avant 
ray la première foys que je seray en vostre le chevalier qui avoit le cueur enferré, si alla 
compaignie.' 'Damoiseau', dist la royne, 'il 15 chausser au damoysel la dextre chausse de 
nous suffist.' Lors l'emmenèrent hors du pa- fer, et celluy a la fleur de liz la senestre. Lors 
villon. si s'en vindi-ent devant le roy qui estoit luy dist le chevalier au cueur enferré 'sire da- 
alors bien près de luy et appresté de le faire moysel, nous vous avons chaussées les chausses 
chevalier. La estoient les quatorze chevaliers de fer qui vous environnent les piedz et les 
tous apprestez de faire leur service; et quant 20 jambes; si vous donnent a congnoistre que 
ilz veirent le jeune damoysel venir en la cotte doresnavant ne devez avoir le pied ne la jambe 
vermeille, si bel, si grant, si puissant et si endormye, mais légère et apporte d'embatre 
bientailléde tous membres, ilz le prisèrent a entons jeulx pour soustenir justice et droicture, 
merveilles et dirent que ce seroit encores grant le povTe et le riche garder en son droit egalle- 
chose que de luy ; sans faulte il estoit jeune 20 ment sans nulle convoitise fors de justice et 
d'aage, car il n'avoit encores ne barbe ne droicture garder.' 'Sire', dist le damoisel, 'ainsi 
grenon fors ung pou de poil volage. Quant me face dieu.' Ajjrés ce passa avant le che- 
le roy le veit, il le salua et dist 'damoiseau, valier a la blanche mulle et luy chaussa les 
voulez vous estre chevalier?' 'Sire', dist il, espérons et puis luy dist 'sire damoiseau, je 
•je le vous requiers et le désire a estre en 30 vous ay cy chaussé les espérons , qui vous 
l'honneur du grant dieu souverain.' estraingnent la chausse auprès du pied, pour 

Comment quatorze chevaliers acoustrerent muj avoir le pied et la jambe plus legiere et de- 
jeunc jouceiicel que le roy fist chevalier ainsi livre, et si vous sont esguillon a vostre cheval 
qu'ilz luy avaient tous promis. Chapitre cxxii. haster et poindre , et ce vous donne a cong- 

Quant il eut ce dit, incontinent passa avant 35 noistre que vous devez avoir non pas seulle- 
ung chevalier , qui portoit ung noir lyon ; si ment la jambe et les piedz legiers et délivres, 
luy alla endosser ung hoqueton moult bel et mais tous les membres, qui ai)i)artiennent au 
moult riche: et le chevalier au noii- liepart corps, legiers et délivres et le cueur en lieu 
luy alla lasser la dextre manche très bien; et d'esguillon désirant do t()ut bien et tout hon- 
celluy au cerf azuré luy alla lasser la senestre 40 neur acquerre et suyvir.' 'Sire', dist le jou- 
manche. Adonc dist le gentil chevalier au vencel, 'a celle voulenté et a ce désir me 
noir lyon 'sire damoyseau , nous vous avons tienne le dieu de toute créature.' Adonc vint 
vestu ce hoqueton, qui est moult noble et avant celluy i\\à. conquist le chef aux creins 
moult riche, qui sigiiitie que doresenavant soyez dorez, qui tenoit une espee, qui estoit l'une 
entttntif et curieux en tous voz faitz de tout 45 des belles et des l»onnes du monde, et la tyra 
hoiiiH-ur. de toute prouesse et de toute vail- hors du fourreau; j)uis vint au damoisel et hiy 

dist 'damoisel, baisez l'espee et prenez paix a 

10 cumpaigniee. elle, affiii fiu'elle vous soit aydaut et confor- 



489 PERCEFOREST. - 490 

tant eu tous les besoings que vous aurez d'elle, vous ay pendu Tescu au col qui vous donne 
ne ja ne vous faille ne vous a elle, que n'ayez a congnoistre que doresenavant devez avoir 
force et i)Ouvoir ou dcxtrc bras et en tout le chair tant hardyc que de recevoir au besoing 
corps de frapi)er sus voz ennemys tant que en juste querelle deux chevaliers en plain 
vous ayez victoire.' Lors baisa le jouvencel 5 champ.' "Sire', dist le jouvenceau chevalier, 
l'espec dévotement, et puis le chevalier la re- 'ja dieu ne plaise (pie vive tant que je voyse 
mist au fourreau, si la cemgnit entour le da- couardant en juste querelle.' Adonc vint avant 
moysel et puis luy dist 'sire damoisel, ceste le chevalier au daulphin, qui tenoit ung heaulme 
espee que je vous ay ceincte, signifie que do- bon et bel, si en alla aorner le chef du jeune 
resenavant vous devez estre espee et detfen- lo chevalier et dist 'sire chevalier , je vous ay 
deur des temples aux dieux et de ceulx qui garny le chef de vostre heaulme, qui vous 
les gardent secours, et champion de dames et signifie et donne a congnoistre que tant que 
de puccllcs, de veufves et d'orjjhelins eu tous vous l'ayez mys, vous ne devez doubter tout 
leurs loyaulx besoings , de chevaliers et tous honneur et toute prouesse a «entreprendre que 
ceulx qui besoing en ont en juste querelle.' 15 le corps d'ung chevalier puisse achever.' 'Sire', 
'Sire', dist le jouvencel, 'dieu m'en doint force dist le chevalier aux troys lyons 'en celle vou- 
et povoir et me tienne tousjours eu bonne leuté me tienne dieu!' Lors passa avant le 
voulenté.' Adonc passa avant le gentil roy chevalier qui tenoit ung destrier grant et puis- 
Perceforest et dist 'sire damoysel, les cheva- sant, si l'amena par devant le nouveau che- 
liers, qui cy sont, vous ont faict honnestement 20 valier et luy dist 'sire chevalier, ores povez vous 
et moult dévotement aorné de voz armes et monter, quant il vous plaira.' Si tost que le 
moult sagement enseigné la signifiance de jeune chevalier veyt son cheval appareillé, il 
chascune. Or ne tient fors que a moy pour passa avant et le chevalier a l'aygle d'or et cel- 
la collée que ne soyez chevalier et que n'ayez luy a l'esprevier se tournèrent pour tenir son 
congé de user de leur valleur comme cheva- 25 estrief. Mais le jeune homme alla dire 'seig- 
lier, et ce suis je prest de vous donner; mais neurs, ne vous desplaise! tyrez vous an-iere; 
il convient ainçoys que je la vous donne que je n'ay que faire d'apprendre mauvaises cou- 
vons me promettez que vous honnorerez do- stiunes; je n'auray point tousjours telz aydes.' 
resenavant dessus tous dieux le dieu souve- Lors print appertement son cheval par le 
rain, celluy qui fist le ciel et les quatre ele-3ù frain et saillit en la selle de plaine terre sans 
mens de néant, desquelz il forma depuis toute mectre pied en l'estrier , et si tost qu'il fut 
créature que nulle autre ne ])eut faire, car il monté, le chevalier aux trois papegays luy alla 
est tout puissant et n'a pareil. Après vous mettre au poing ung fort espieu et dist 'sire 
me jurerez a garder dedans vous a vostre po- chevalier, je prie adieu, qu'il vous doint harde- 
voir tous les enseignemens et la doctrine que «5 ment et prouesse de sens pour vous gouverner 
ces gentilz hommes qui cy vous ont armé et sagement!' Si tost que le jeune chevalier fut 
vestu voz armes, ont espousez par la signi- monté et il sentit qu'il fut^nouveau chevalier, 
fiance de voz armes.' Adonc respondit le jou- bien luy fut advis qu'il fut roy de tout le 
vencel tout larmoyant des yeulx par dévotion monde. Lors print congé au roy et aux trois 
'sire, ainsi le vous ay promis.' Adonc haulsa40 dames et aux quatorze chevaliers, puis brocha 
le roy la paulme et luy donna la collée en le cheval des espérons si rudement que en peu 
disant 'chevalier, soyés hardy et preux!' Adonc d'heure il fut en la forest. Et les quatorze 
vint avant le chevalier a la blanche estoille, chevaliers se départirent du roy si tost qu'ilz 
qui tenoit ung escu vermeil et le pendit au le eurent salue. 

col du damoisel et puis dist 'sire chevalier, je 45 ... 

1 donuer. 17 »/ semble y avoir xci une 

37 armes et espousez. lacune. 



491 XVe SIÈCLE. 492 

MEMOIRES DE PHILIPPE DE COMINES. 

Alichaud et Poujuulut , nouvelle collection des jnânoires pour servir à l'histoire de France, tom. IV, 

Paris 1S37, p. 20—22. 

(I, 10) Dif/ressïons sur queUjucs vices et vertus estoit léger a parler des gens et aussi tost en 
du roy Louis onzicsme. leur présence qu'en leur absence, sauf de ceux 

Je me suis mis en ce propos , par ce que qu'il craiguoit, qui estoit beaucoup ; car U es- 
j'ay veu beaucoup de tromperies eu ce monde toit assez craintif de sa propre nature. Et 
et de beaucoup de serviteurs envers leiu's quand pour parler il avoit receu quelque dom- 
maistres et plus souvent tromper les princes mage ou en avoit suspicion et le vouloit re- 
et seigneurs orgueilleux, qui pou veiUent ouyr parer, il usoit de cette parole au personnage 
parler les gens , que les humbles qui volon- propre 'je sçay bien que ma langue m'a porté 
tiers les escoutent. et entre tous ceux que grand dommage, aussi m'a elle fait quelquefois 
j'ay jamais connus, le plus sage pour soy tirer 10 du plaisir beaucoup ; toutes fois c'est raison 
d'un mauvais pas en temps d'adversité, c'estoit que je repai-e l'amende.' et n'usoit point de 
le roy Louis XI nostre maistre, le plus humble ces privées paroles qu'il ne tist quelque bien 
en paroles et en habits et qui plus travailloit au personnage a qui il parloit et n'en faisoit 
a gagner un homme qui le pouvoit servir ou nuls petits. 

qui luy pouvoit nuire, et ne s'ennuyoit point 10 Encore fait dieu grand grâce a un prince 
d'estre refusé une fois d'un homme qu'il pre- quand il sçait le bien et le mal, et par espe- 
tendoit gagner, mais y continuoit, en lui pro- cïal quand le bien procède , comme au roy 
metant largement et donnant par effet argent nostre maistre dessusdit, mais a mon advis, 
et estats qu'il connoissoit qui luy plaisoient. que le travail qu'il eut en sa jeunesse, quand 
Et ceux qu'il avoit chassez et déboutez en 20 U fut fugitif de son pore, et fuit sous le duc 
temps de paix et de prospérité, il les rachetoit Philippe de Bourgogne, ou il fut six ans, luy 
bien cher , quand il en avoit besoin , et s'en valut beaucoup ; car il fut conti'aint de com- 
servoit et ne les avoit en nulle haine pour les plaire a ceux dont il avoit besoin ; et ce bien, 
choses passées. Il estoit naturellement ami qui n'est pas petit, lui apprit adversité. Comme 
des gens de moyen estât et ennemy de tous>.j il se trouva grand et roi couronné, d'entrée 
grands qui se pouvoient passer de luy. Nul ne pensa qu'aux vengeances ; mais tost luy en 
homme ne presta jamais tant l'oreille aux gens vint le dommage et quand et quand la repen- 
ny ne s'enquist de tant de choses comme il tance, et repara cette folie et cette erreur, en 
faisoit, ne qui voulust jamais connoistrc tant regagnant ceux ausquels il faisoit tort, comme 
de gens : car aussi véritablement il connoissoit 30 vous entendrez cy-aprés. Et s'il n'eust eu la 
toutes gens d'authorité et de valeur, qui es- nourriture autre que les seigneurs que j'ay 
toient en Angleterre, en Espagne, en Portugal, veu nourrir en ce royaume , je ne croy pas 
en Italie et es seigneuries du duc de Bourgogne que jamais se fust ressours ; car 11 ne les 
et en Bretagne, comme il faisoit ses sujets, nourisscnt seulement qu'a faire les fols en 
Et ces termes et façons qu'il tenoit, dont j'ay is.j habillemens et en i)aroles. de nulles lettres ils 
parlé cy- dessus, luy ont sauvé la couronne, n'ont connoissance. un seul sage homme on 
veu les ennemis qu'il s'estoit luy mesme acquis ne leur met a l'entour. ils ont des gouverneurs 
a son advcnement au royaume. Mais sur tout a qui on parle de leurs affaires, a eux rien, 
luy a servi sa grande largesse : car ainsi comme et ccux-la disposent de leurs affaires ; et tels 
sagement il condui-soit l'adversité, a roi)posite 40 seigneurs y a qui n'ont que treize livres de 
des ce qu'il cuidoit estre asseur, ou seulement rente en argent, qui se glorifient de dire 'par- 
en une trêve, se mettoit a mescontentcr les lez a mes gens', cuidant par cette parole 
gens par petits moyens, qui peu luy servoient, contrefaire les très grands seigneurs. Aussi ay 
et a grand peine pouvoit endurer paix. Il je bien veu souvent leurs serviteurs faire leur 



493 PHILIPPE D'E COMINES. 494 

profit d'eux et leur iloiuier a connoisti'c qu'ils de Vincennes. De cette conclusion l'ut ad- 
estoient bestes, et si d'aventure quelqu'un s'en verty l'est environ la minuit par un page, qui 
revient et veut connoistre ce que luy appar- vint crier de l'autre part de la rivière, que 
tient, c'est si tard qu'il ne luy sert plus de aucuns bons amis des seigneurs les advertis- 
gueres; car il faut noter (jne tous les hommes, 5 soient de rentrei)rise qu'avez ouy, et en nomma 
qui jamais ont esté grands et fait grandes aucuns et incontinent s'en alla, 
choses, ont commencé fort jeunes, et cela Sur la fine pointe du jour vint mcssirc 

gist a la nourriture ou vient de la grâce de Poncet de Rivière devant ledit Pont de Cha- 
dieu. renton, et monseigneur du Lan d'autre part 

(11) Commenl les Bourijuiynons estons près \o devers le Bois de Vincennes, jusques a nostre 
(te Paris , attendaus la bataille, euiderent des artillerie et tuèrent un canonnier. l'alarme fut 
chardons qu'ils virent, que ce fussent lances fort grande, ciùdant que ce fust ce dont le 
debout 04G6). pagt^ avoit adverty la nuit. Tost fut armé 

Or ay je long temps tenu ce propos; mais monseigneur de Charolois; mais encore plus 
il est tel que n'en sors pas bien quand je 15 tost Jean duc de Calabre, car a tous alarmes 
veux: et ])our revenir a la guerre, vous avez c'estoit le premier homme armé et de toutes 
ouy comme ceux que le roy avoit logez en pièces et son cheval tousjours bardé, il por- 
cette tranchée , au long de cette rivière de toit un habillement que ces conducteurs por- 
Seine, se deslogerent a l'heure que l'on les tent en Italie et sembloit bien prince et chef 
devoit assaillir. La trêve ne duroit jamais 20 de guerre et tiroit tousjours droit aux barrières 
gueres qu'un jour ou deux, aux autres jours de nostre ost, pour garder les gens de saillir 
se faisoit la guerre tant aspre qu'il estoit pos- et y avoit d'obéissance autant que monseig- 
sible, et continuoient les escarmouches depuis neur de Charolois, et luy obeïssoit tout l'ost 
le matin jusques au soir, grosses bandes ne de meilleur coeur; car a la venté il estoit 
sailloient point de Paris: toutes fois souvent 25 digne d'être honoré. 

nous remettoicnt nostre guet et puis ou le En un moment tout l'ost fut en annes et a 

renforçoit. je ne vis jamais une seule journée pied au long des chariots par le dedans, sauf 
qu'il n'y eust escarmouche, quelque petite que quelques deux cens chevaux qui estoient de- 
ce fust, et croy bien que si le roy eust voulu, hors au guet, et excepté ce jour je ne connus 
qu'elles y eussent esté bien plus grosses; mais :jo jamais que l'on eust espérance de combattre; 
il estoit en grand soupçon et de beaucoup qui mais cette fois chacun s'y attendoit. et sur ce 
estoit sans cause, il m'a autrefois dit qu'il bruit arrivèrent les ducs de Berry et de Bre- 
trouva une nuict la BastUle Saint- Antoine ou- tagne que jamais je ne vis armés que ce jour: 
verte par la porte des champs de nuit: ce le duc de Berry estoit armé de toutes pièces, 
qui lui donna grand suspicion de messire Charles 35 Ils avoient peu de gens : ainsi ils passèrent 
de Meleun pour ce que son pore tenoit la par le camp et se mirent un peu au dehors 
place, je ne dis autre chose dudit messire pour trouver messeigneurs de Charolois et de 
Charles, que ce que j'en ay dit, mais meil- Calabre, et la parloient ensemble. Les chevau- 
leur serviteur n'eut point le roy pour cette cheiu-s , qui estoient renforcez , allèrent plus 
année la. 40 pi'es de Paris et veirent plusieurs chevaucheurs 

Un jour fut entrepris a Paris de nous venir qui venoient pour sçavoir ce bruit en l'ost. 
combattre ; et croy que le roy n'en délibéra Nostre artillerie avoit fort tiré, quand ceux de 
rien, mais les capitaines, et de nous assaillir monseigneur du Lau s'en estoient approchés 
de trois costez. les uns devers Paris, qui de- si près. Le roy avoit bonne artillerie sur la 
voit estre la grand compaignie ; une autre bande 45 muraille de Paris, qui tira plusieurs coups 
devers le Pont de Charenton; et ceux-là n'eus- jusques a nostre ost, qui est gi-and chose, car 
sent gueres sceu nuire ; et deux cens hommes il y a deux lieues, mais je croy bien que l'on 
d'armes, qui dévoient venir par devers le Bois avoit levé le nez bien haut aux bastons. Ce 



495 XV*- SIÈCLE. 



496 



bruit d'artiUerie faisoit croire de tous les deux- a tous ledit duc Jean 'or ça nous sommes a 
costez quelque grande entreprise. Le temps ce que nous avons tous désiré: voUa le roy 
estoit fort obscur et troublé, et nos chevau- et tout ce peuple sailly de la ville, et mar- 
cheurs, qui s'estoient approchez de Paris, chent, comme disent nos chevaucheurs. et 
voyoient plusieurs chevaucheurs, et bien loin 6 pour ce que chacun ait bon vouloir et coeui-, 
outre devant eux voyoient grande quantité de tout ainsi qu'ils saillent de Paris, nous les 
lances debout, ce leur sembloit; et jugeoient aunerons a l'aidne de la ville, qui est la grande 
que c'estoient toutes les batailles du roy, qui aulne.' Ainsi alla reconfortant la compagnie 
estoient aux champs, et tout le peuple de Nos chevaucheurs avoient un petit repril de 
Paris: et cette imagination leur donnoit l'ob- lo coeur, voyans que les autres chevaucheurs 
scurité du temps. estoient foibles, se raprocherent de la viUe et 

ns se reculèrent droit derrière ces seigneurs, trouvèrent encore ces batailles au lieu ou ils 
qm estoient hors de nostre camp, et leur les avoient laissées: qui leur donna nouveau 
signifièrent ces nouvelles, et les asseiu-erent pensement. Ils s'en approchèrent le plus qu'ils 
de la bataille, les chevaucheiu-s saillis de Paris i5 peurent; mais estant le jour un peu haussé 
s'approchoienttousjours, pour ce qu'ils voyoient et esclaircy, ils trouvèrent que c'estoient grands 
reculer les nostres, qui encores les faisoit mieux chardons. Us furent jusques au près des portes 
croire. Lors vint le duc de Calabre la ou et ne trouvèrent rien dehors: incontinent le 
estoit l'estendart du comte de Charolois et mandèrent a ces seigneiu-s qui s'en aUerent 
la pluspart des gens de bien de sa maison, 20 ouyr messe et disner; et en furent honteux 
pour l'accompagner et sa bannière preste a ceux qui avoient dit ces nouvelles, mais le 
desployer et le guidon de ses aiTQcs, qui es- temps les cscusa avec ce que le page avoit 
toit l'usance de cette maison: et la nous dit dit la nuit de devant. 



TABLEAU SOMMAIRE 



DES 



FLEXIOîfS DE VÀlGim FMIÇAIS. 



32 

Baktsch, Cliie:>lomatliie. IV. Ed. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



I. Substantif. 

Partiades tenant Heu de cas: rjcn. de, dat. a. 

Article défini. 

Masculin. - Féminin. 

Singul. nom. li, le; lo 9, 5. 19, 29; appuyé^ 1. la, H, le. 

gén. del, du, dou; do 65, 18. 254, 14. de la, de le. 

dat. al, au; (ou 349, 34; u 290, 46; o 65, 29.) a la, a le. 

ace. le; lo 5, 10. 9, 36 etc.\ lou 61, 13; appuyé 1. la, le. 

Plur. nom. li, les; le 399, 12. les, K; las 9, 6. 

yen. dels, des. dels, des. 

dat. als, as, aus; aux 364, 42. als, as, aus. 

ace. les; los 9, 11. les. 
el = en le, en la; els, es, ens = en les. 

Article indéfini. 

^ïasculin. Féminin. 

Singul. nom. uns, un, ung; ohl. un, ung; unt 61, 20; 9, 37. une. 

Pïur. uns. unes. 

le déclinaison {\e de'cl. latine). 
Singul. nom. corone, -et 61, 24; -a. Passion; terres 359, 6. Phir. corones; les planète 462, 45. 
obi. corone; corona U, 3S. corones. 

Remarque. Le cas ohl. ain au singulier est une imitation du lut. am, pute, ohl. putain 215, 29 ; 
antain 305, 16; de même dans les noms -propres, Bertain 356, 19. 

2e déclinaison ('le et Ae décl. lat. en er, us, um, u, et la plupart 
des mots masculins et neutres de la 3d déclinaison). 

Singul. not)i. ans; ohl. an. Plur. nom. an; ohl. ans. 

Remarques. 1. Le vocatif singul. tantôt a, tantôt n'a pas s. 

2. cuens (v. Glossaire), ohl. conte; plur. conte, obi. contes. 

3. huem, hom, home (v. Gloss.), ohl. home, hom; omne 16, 20; omen 20, 15; ounie 
17, 30; plur. home; ohl. homes. 

4. danz, dans, obi. dant; monz, mons, mondes, obi. mont, monde. 



1 J'appelle appuyé r article qui suit certains mots, tels que de, en, je, etc., manière à faire 
corps avec eit.v. 

32* 



500 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

5. Aoms propres: Charles, obi- Charlon. 

6. Reste du gen. au pi. ancienor 25, 13; vavassor G3, 3(5. 

3e déclinaison '(ffJo/A- féminins de la ie de'cl. latine, mots 
masculins et neutres qui sont devenus féminins en français). 

Sitigul. nom. flor; flors; obi. floi*. P/ur. nom. flors; obi. flors. 

Mots qui déplacent l'accent. 

1. lut. tor, toris. 

Sing. nom. (i)ere, -es, (i)erre, -es. Plur. 7wm. ëor, ëour, ëur. 

obi. ëor, ëour, ëur. obi. ëors, ëours, ëurs. 

emperere, emperëor: emperëor, emperëors: emperedor 2G, 22, emperador 11, 27, eiicanta- 
tour 19, 7; estroubatour 19, G; mercatour 345, 31: salvedur 56. 9. — traître, es, obi. traïtor; 
pastre, obi. pastor, our, eur; ancestre, jjlur. anceisor 25, 24. 

2. lat. 0, onis. 

Sing. nom. gars, obi. garson. Plur. nom. garson, obi. garsons. 

bers, obi baron; compains, -nz, obi. compaignon ; fels, obi. félon; gloz, obi. gloton; lerre, 
-es, obi. larron, ladron 9, 41, ladrun 11, 14. 

3. Mots isolés. 

a. sendra 4, 17, ordinairement contracté en sire, -es, plus ta7'd seigneur ; obi. seignor, 
-our, -eur, senior 11. 42, sennior 11, 33, seinor 27, 6; j)lur. seignor f^c, obi. sei- 
gnors etc. seniors 14, 32. 

b. abes, obi. abé. ' 

c. enfes, enfens 13S, 11; obi. enfant. 

d. niés, obi. neveu; suer, sor 19, 20; obi. seror, soror. 

Remarques sur la déclinaison du substantif. 

1 . La règle de F s au nom. sing. n'est pas observée dans plusieurs textes même anciens ; 
r s disparaît vers la fin du XI Ve siècle. En revanche H s devient général au nom plur. 

2. A la place de /' s dans la flexion, on trouve aussi z, surtout dans les mots dont 
le radical se termine par une dentale. 

3. s tombe devant ts (z): oz au lieu de osts; Criz, Cris au lieu de Crists; les muettes 
tombent devant s, sans, obi. sanc; sers, obi. serf; cols, obi. colp. 

4. Devant s m devient n, nons = noms; 1 se résolu en u, chcvcus = chevels; au lieu 
dus on trouve aussi x, chevex, plus tard -ux, cheveux, plus tard encore -ulx, cheveulx. 

Mots indéclinables. 

1. Tous les mots, dont le radical ou le dérivatif se termine par une sifflante, ors, 
sens, mois; de même vois, voiz; fois, foiz; bras, braz; laz. 

2. Les mots latins neutres en us, cors corps (corpus), lez (latus), oés (opus), pis piz 
(pectus), terai»s (terapus). 

II. Adjectif. 

1. Flexion avec genres. 

Magru lin . Fém in in . 

Singul. nom. bons; obi. bon. bone, -a 11, 17; obi. bonc; -et (J2, 18. 

J'Iur. nom. bon; obi. bons. bones; obi. bones. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE LANXIEN FRANÇAIS. 501 

2. Flexion dénuée de genres. 

Singul. nom. forz, obi. fort. Phtr. nom. fort, obi. forz. 

Remarques. 1. Ce qui a fie remarque ci'(lessu.<t sur /f.v modifications ou P omission de C s 
nomin. s'applique aussi à Cadjectif. 

2. Les adjectifs qui en latin ont un s devant us ne prennent pas /' s nomin. 

3. c final devient au fém. ch, blanc-blanche ; f final devient v, vif-vive. 

Comparaison. 

1. Comparatif périphr astique exprime par plus, superlatif expi'ime par li plus, la plus. 

2. Comparatifs organiques. 

a. bon, comp. mialdre, -es, obi. meillor {v. Gloss.) 

b. mal, comp. pire, -es, obi. pejor, .superl. pesme, -es. 

c. magne (remplace par grant), comp. maire, obi. major. 

d. parv (20, 25, remplacé par petit), comp. mendre, obi. mener. 

e. molt, comp. plusor. 

On trouve encore, isolement, les formes comparatives suivantes: bel — bellezour 5,2; 
fort — forceur 291, G, forcheur 315, 41; gent — gensor 19, 19; grant — graiiulre, ohl. graignor ; 
hait — halzor 93, 14; mer — merur 109, 6. 

On rencontre aussi quelques superlatifs isolés, grancesme 7, G, grandisnie 29G, 20, sain- 
tisme 44, 13. 357, 11. 

m. Nom de nombre. 

Nous tie citons que les trois premiers nombres cardinaux à cause de leur flexion. 

1. uns, fém. une {v. p. 499). 

2. dui, doi 396, 24; plus tard la forme obi.; ohl. dos 12,30. duos 17, 19. dous, deus, 
dex, deux; fém. d'abord dues, ordinairement = masc. — Le latin ambo composé 
avec duo fait ambedui (v. Gloss.) 

3. troi, trei, obi. trois, treis; trais 88, 37. 

IV. Pronom. 

1. Pronoms personnels. 

le personne. 2e personne. :ie personne. 

Singul. nom. eo 3, 20, eu 12, 24. 13, 3, io 4, 18. 7, 25, tn. — 

jeo 265, 9, jieo 24, 2, jo 27, 33, ju209, 17, 
jou 201, 39, je 54, 26, ge 143, G, gié 171, 
16. 252, 15. 
obi. mi, moi, mei. ti, toi, tei, tai 91, 31. si, soi, sei. 

Plur. nos, nous, nus. vos, vous, vus. obi. si, soi, sei. 

3e personne (arec gertres). 

Masculin. Féminin. 

Singul. nom. il; el 9, 3. 10, 11. 15, 15; ill205, 4; ele, elle; ela 14, 9, el 301, 7. 

illi 61, 26. 
obi. lui; 11 67, 36; lu 103, 7. lei 26, 30. 63, 14; lu 103, 17. 

Plur nom. il; ils, ilz; els, eus 385, 43; eulx eles, elles; els 372, 33, el 191, S. 

415, 35. 
old. els, elz 140, 7, elx 149,40, eus 65, eles, elles; elz 147, 5. 

44, als, aus 141, 3, ax 67, 15, eaus 
231, 8, culs 328, 13, eux 422, 17. 



502 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE LANCIEX FRANÇAIS. 

Pronoms personnels conjoints. 

le persouue. 2e personne. 3e personne, (reyi.) 

Singul. dat. accus, nie; appuyé m W, 28. te; t 12, 42. se. 

Plur. dat. accus, nos, nous, nus. vos, vous, vous. se. 

3e personne (avec genres). 
Singul. dat. li; lli 61,23; appuycl 17. 12; ace. masc. lo, lou, le, fémin. la, le; appuyél 97, 31. 
Plur. dat. lor, leur, lur, leur; ace. masc. les; Los 9, 1, Is 16, 6, fémin. les. 
Remarque, les après je, me, te, se, ne, qui, si se fond avec ces mots en jes, mes, tes, ses, 
nés, quis, sis. 

2. Pronom possessif. 

a. Conjoint. 
le personne. ■ 

Singul. nom. masc. mes.mis, plus tard mon; meos4, 17; /tv/i/w. ma, me 197, 21 ; mon arae411, 23. I 
obi. masc. mon, mun, men; meon 3, 21; meu 16, 35; fémin. ma, me. 
Plur. nom. masc. mei, mi, mes; fémin. mes, mis. 
obi. masc. mes, mis; fémin. mes, mis. 
'ie personne. 
Singul. nom. masc. tes, tis, plus tard ton; fémin. ta, te. 

obi. masc. ton, tun. ten; tum 61, 25; to 9, 28: fémin. ta, te. 
Plur. nom. masc. tei, ti, tes; fémin. tes, tis. 
obi. masc. tes, tis; fémin. tes, tis. 
3e personne. 
Singul. nom. masc. ses, sis, plus lard son; sos 12, 22, suos 14, 34; fémin. sa, se; son espé- 
rance 214, 7. 
obi. masc. son, sun, sen; suon 6, 1, sem 8, 11, som 61, 26, so 16, 2, seu 15, 44. 
Plur. nom. masc. sei, si, ses; fémin. ses, sis. 

obi. masc. ses, sis; fémin. ses, sis; sas 19, 29. 

b. Absolu. 
le personne. 2e personne. 3e personne. 

masc. miens, mens. tuens, tiens. suens, siens. 

fémin. moie, meie. toie, teie; toe 31,46. 54,29; teue 371, 23. soie, seie; souue 6, 15, sua, 

soa 10, 3. 39. 12, 14, siue85, 
10, siene 359, 12. 

Possessif de la pluralité. 

le personne. 2e personne. 3e personne. 

1. masc. nostre, -es; femin. nostre. vostre -.= nostre. lor, lour, lur, leur: invariable \ de- 

2. masc. nos, noz; fémin. no. vos = nos. puisle xnie siècle (fin) il reçoit un 

s quand il est suivi d'un plur. s. 

3. Pronoms démonstratifs. 

Masculin. Féminin. 

1. Singul nom. cil, chil, sil 227, 34, chel 19, 14; avec nom. et obi. celé, celle; cela 14, 5, cilla. 
8 cis, chis 319, 13, cens, cieuB, cieux IS, 14, ciel' 15, 11; chele 347, 27. 
402, 13, chius 397, 0, chieus 377, 14, 
chiex 402, 12, cibz 411, 16. 



TABLEAU SOMMAIIŒ UES FLEXIONS DE L'ANCIEN EKANÇAIS. 503 



obi. cel, ciel K», i:5. 
Piur. nom. cil, chil, cilz 41S, 36; obi. ccls, cclz, nom. et obi cclcs, celles, chelcs. 
chois, cheus UG, 30, çax G", IS. 
De même icil. 
'1. Singul. nom. cist, chist 347, S. cestc, cheste ; cette 4'.I3, IS; este 3(i, 15. 

obi. cest, chest l'J, 3; ist 3, l'.i. 21, 2o. ceste, cheste. 
Plur. nom. cist, chist. cestes, ordinairement ccz, ces, ches. 

obi. cez, ces; ses 445, 14. cestes, cez, ces, ches. 

De même icist; iceste. 

3. Singul. celui, cheliii; celliiy. celei, celi, cheli. 

Plur. ceos 207, 3G, ceus 237, 3, ceuz 144, 12, celx l'Jl, 33, ceux 401, 0, raus 102, 14, 
ceaus 14S, 14, chiaus 107, 25, ccaz 24G, 7. 

4. ccstiii, chcstui. cestei, cesti. chesti. 

Neutre, 
ezo G, 7, cco 87, 3, çou 201, 4, chou 201, 12, ceu 200, G, ce, che 309, 26. — 
cobt 49, 38 

Comjyose iceo 88, 10, ico 34, 15; iceu 33G, 30, ice, ichc. 

4. Pronoms relatifs et interrogatifs. 

1. nom. masc. et f'cmin. qui, ki, chi, relut, aussi que, kc, qued 53, 11; neutre que, inler- 

roij. aussi quoi, koi. 
dat. accus, cui ; coi 159, 4, quoi 482, 26. 
accus, que, quet 8, 5. 10, qued 28, 7; qui, ki 3s, 14. 50, 25. 

2. interrog. quels, féinin. quclc. relut, li quels, lequel, fcinin. la quele, laquelle. 

y. Verbe. 

Les verbes se divisent en faibles et forts: ce qui caractérise les seconds , c'est qu'à 
la \e et à la '3e pers. du sing. au parfait V accent est sur le radical et non sur la terminaison. 

Verbes auxiliaires. 
1. aToir. 

Indicatif. 
Impf. avoie, -eie Parf. oi" 



Près, ai, ay' 
as 
at, ad, a'- 



avoies, -eies 
avoit,-eit-eidG3,13 



avons^, -uns, -on aviens, -ions, -ion 
avez, -eiz, -es anez, -ieiz, -iés 



ont, unt.'' 



avoient, -eient. 



eus, oiis 
ot. out* 
eilmes, oûmes 
eiistes, oustes 
orent, oiurent.'' 



Fut. avérai, avr-. aur-, arai^ 
avéras etc. 
avérât, -ad, -a. -ait 
avérons'' 
avérez '° 
avèrent. 



Subjonctif. 
Près, aie Impf. eusse, eusse'* 

aies eusses etc. 

ait, aiet S, 11. eiist, cuïst 106, 18'- 

aiens, -ons, -on eiissiens, -ions, 

aiez, -eiz, es, aiest8,l2. eussiez, -ieiz, -iés 



Conditionnel. Impératif, 

averoie, -eie aie 

averoies etc. aiens, -ons 

averoit aiez, -eiz, -es. 

averiens, -ions Partie. prés. (Gér. 

avériez, -ieiz, -iés aiant. 



aient. 



eussent, euïssent 432, 22. averoient. 



Partie, passé, 
eut, eu, oiit, ou. 



504 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



1 ey 19, 4, hay 471, is, ays 359, 3. 2 ait 02, 2, adz 63, 22, ha 411, 5. 3 avum 3G, 3, 

avomes 217, 29, avommes 74, 13, (avem lo, 19). 4 (ant lO,* 37, an 12, 32). 5 eu loi, 14. 

aut 15, 11. 20 oth 15, 22, (og y, 37, ab 19, 12), eust 410, 2S. 7 augrent 13, 34, urcnt 26s, 

36, eurent 422, 4. S avrais 3G0, il, arais 3GI, 23. 6 avruns 39, 14, avrum 3S, 32. 10 avroiz 
172. 17, arc's 310, 33. 11 euïse 196, 23. 12 auuissct G, 13, ouist 10, 30. 

Un reste du plus-que-par f. latin est avret 5, 2. 15, 42, auuret 14, 32, agrc 14, G. 



2. estre. 

Indicatif. 

Impf. 1. ère 10(5, 2 3. 2. estoie, -eie Parf. fui* Fut. serai" 

ères 131, 38. estoies etc. fus* seras 

eret, ère * estoit fut, fu ' serat, -a '° 

- (erions) estiens, -ions, -ion fumes serons" 

(eriez) estiez, -ieiz -iés fustes ~ serez, -eiz, -es ' 

erent, ierent. estoient. furent*. seront, -unt. 

Impératif. 



Prés, sui ' 

es, iés 

est, (es 7, 37) 

somes. sommes - 

estes, iestes 

sont, sunt(son9,20) 

Subjonctif. 

Prés, soie, seie Impf. fusse, fuisse 

soies etc. 
soit" (sia 11, 31) 
soiens, -ons 
soiez, -ei2, -es'* 
soient. 



fusses etc. 

fust'5 

fussiens, -ions *® 

fussiez, -ieiz, -iés 

fussent. 



C onditiouel. 

seroie, -eie 
seroies etc. 
seroit " 
seriens, -ions 
seriez, -ieiz, -iés 
seroient. 



sois 

soiens, soions 

soiez, -eiz, -es. 

Partie, prés. (Gér.). 

estant. 

Partie, passé, 
estet, -eit, -é. 

1 soi 9, 15, suis 335, 2S, suiz 427, 12, suix 237, 17, seux 229, 9. 2 esmes 12, 39, ermes 

106, 5. 3 eret 62, 1î>. 4 5, 12. 6, 28; 153, 27, iere 190, 3, ert 25, 14, iert. 5 fu 106, 39, 

fuis 427, 26, fuz 460, 7. 6 fuz 71, 26. 7 fud 10, 34. 15, 19. 36. (fo 12, 15). h fuirent 

431, 16. 9 Outre cette forme, la plus usitée, on en trouve deux autres: 1. er 4, 20, ierc 28, 3t>; 
ieres 199, 2; er 15, 23, ert, iert 34, 22. 35, 4. 59, 4; ermes 34, 35; ierent 319, 37. 322, 18. — 
2. estrai 16, 34; estras 28, 44. 10 serad 64, 19, serrât 54, o. 11 serrums 57, 19. 12 seroiz 

69, 20, serrez 92, 29. 13 sit 3, 25, sie 17, 33. 14 seietst 8, 13. 15 fus 17, 7. 10 fuissons 
134, 21. 17 On trouve aussi astreiet 5, 27, esteroit 155, 16; plur. astreient 7, 10; fura 9, 29. 

Un reste du plus-que-parf. latin est furet, fure G, 4. 10, 5. 13, 10. 14, 29. 



le coujugaison faible. 

Indicatif. 



Prés. 
chant 
chantes 

chantet, -e, -ed 51,22.' 
chantons * 
chantez, -eiz, es 
chantent, (en 12, 2(J.) 



Impf. 
chantoie, -oe, -oue 
chantoies etc. 
chantoit, -ot, -out^ 
chantions, -ions 
chantiez, -ieiz, -iés 
chantoient*. 



Purf Fut. 

chantai* chanterai, arai 3, 20.^ 

chantas (-es 1 3, S.) chanteras 

chantât, -ad, -a® chanterat, -ad, -a* 

chantâmes, -asmes chanterons, -om 238, 6. 

chantastes, -aistes chanterez, -eiz, -es, -oiz 173, 10. 

chantèrent, -arent chanteront, -erunt. 
2lO,3"J(-eronl2, 16). 



Prc 



Subjonctif, 
chant, chante Impf chantasse, -aissc- 



chantes 
chantet, -c 
chantions, -ion» 
chantiez, -ieiz, -iés 
chantent. 



Conditionnel. 

chanteroie, -eie 

chanteroies etc. 

chanteroit 

chanteriens, -ions 
chantassiez, -ieiz, -iés chanteriez,-iciz, -iés chanter, cir'-' 
chantassent. chanteroicnt. Partie, prés. (Gér.) 



chantasses etc. 
chantast '" 
chantassions, -ions 



Impératif, 
chante, chant 
chantons 

chantez, -eiz, -es" 
Infinitif. 



Partie, passé, cliantet, -é, -oit, -ci"^; fémin. chantedc, -ce, -eie'*. chantant (-an 11, 1(>.) 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 505 

1 -at 4, 16. 62, 31, -a 19, 37, -id 51, 36. 2 -ums 39, 28, -om 238, 10, -um 89, 23, -am o, 12. 

13, 9, -omps, -umps 13, 33. 36. 3 -evet 6, 22. 15, 1. 4 -ovent 10, c, -aient 3S6, 8. 5 -ais 

362, 41. 6 -atz 63, 16, -et, -ed 7, 36. 19, 21. 7 -erais 359, 20. 8 -erait 245, 9. 9 -aixe 

335, 16. 10 -as 17, 6. 8, -CS 10, 28, -at 360, 39. 11 preicst s, 17. 12 -ar 3, 23. 8, 37. 18, 7. 

19, 4, -ert 63, 1. 13 -ed 49, 39. 56, 22, -at 19, 1, -ad 20, 3, -etz 63, 2, ireist 5, 24. 14 -ede 
5, 11. 54, 27. 

Un reste du plus-rjue-parf. latin est roverct 6, 8, leisera ib, 1. 



Remarques. 

1. La \e pers. du lires, indic. rejette ordinairement /.' e, qui ne devient règle quau 
xve siècle; isolé aime je 290, 43. Quelquefois on trouve s ajoute au radical: 
demans 326, 16, commans 435, 7. 

2. La Ze personfie rejette quelquefois /' e, laist 278, 8. 

3. Les radicaux en r rejettent V e au futur, jurrad 49, 40, demourroiis 427, 2, de 
même les radicaux en n, doiirai 16G, 14, diuirat 54, 7, menroiis 317, 27, et dans 
ce cas r n s'assimile souvent avec l' r, dorrai 30, 36, durrat, -ad 41, 16. 51, 22, 
marrai 50, 39. 56, 11. 207, 13. De même s, lerrat 37, 22. Metathèse de C r dans 
enterra (= entrera) 221, 32, dessevcrroit 72, 43, plonera (= plouerra, plourera) 
201, 6. ( 

4. Au présent du suhj. la \e pers. rejette ï e, cunt 265, 6, guard 30, 41; à la '6e 
pers. le t persiste, surtout quand /' e est supprimé, snspirt 45, 5, plurt 40, 24, 
otreit 41, 36, apelt 42, 16, esmait 58, 40, ost 204, 31. La consonne finale du 
radical se modifie souvent dans ce cas, encommenst 212, 24; baut 111, 2. 310, 7; 
esmervaut 346, 24; il arrive aussi quelle tombe, griet 167, 20, tort 186, 33. La 
flexion tombe rarement, escap 316, 41 ; elle tombe régulièrement dans les radicaux 
qui se terminent par une dentale, gart 290, 32, chant 278, 3, coust 363, 19. L' s 
est intercalé dans desii'st 212, 16 {cf. ci-dessous donner). 

5. A Timp. du subj. la \e et la 'le pers. plur. ont i pour a d'après lanalogie des 
autres conjugaisons : loissiens 391, 6, passisoiz 60, 28, hastisiez 106, 29, acor- 
dissez 106, 34, demandissiés 258, 19, amissiés 289, 33. 

6. L'infinitif a une seconde forme en ier, quand le radical se termine par une siff- 
lante ou qu'il a une dip/ithongtie dans laquelle se trouve i, chacier, vuidier etc. 
un trouve aussi ie pour q à la 'le pers. plur. du prés., à la 3<? j'i^r^. />/«/-. du 

parf, à la 2e pers. plur. de l'impér., et 

7. Le part, passé fait de même iet, ié, fémin. iede (42, 5), iee, et aussi ie. 

8. La voyelle du radical est diphthonguée quand le radical a f accent (Prés. ind. sing., 
'Se pers. plur., prés, du subj. et impér.); cette diphlhongaison a lieu comme suit: 

a. a devient ai, aim, aimes, -e, -ent; aime. 

b. e devient ai, oi (ei), demain 370, 25, meine, moine, mainc 55, 31. 143, 29. 180, 36. 

c. e devient ie, lief 181, 34, lieves, -e, -ent. 

d. devient eu et ue, oe, demeurent 153, 12, trueve, troeve 162, 37, prueve 
171, 18, ruovet 6, 10, mais esprove: rove 224, 10. 

e. devient oi, v. doner ci-dessous. 

9. les verbes suivants ont, suivant taccenl, des formes doubles: parler, prés, parole 
64, 30; aidier, prés, aiue; mangier, prés, maujue. 

Bartsch, Chrestomutliie. lY. Éd. 33 



506 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

Verbes isolés. 

1. aler: ^^rtVf. ind. le jjers. vai 37, 13, voi 65, 3", vois 91, 3. 169, 29, vais 454, 20; 
2e pers. vas; ie pers. vait, vet, va, vat 62, 7 (vai 12, 3. 18, 15. 20, 11); 3t' pers. 
plur. vont, vont (vant 10, 38, van 12, 4). — Fulur. irai, irrai 54, 5. — Siihj. 
prés, aille; voise, voisse 291, 37, ie pers. voist 203, 14; alge 28, 37, auge 216, 
2S, alget 64, 14, ait 36, 9, aut 173, 17, 3t' pers. plur. algent 37, 20. — Impér. 
va, vai. — Part, passe alet, aie (anez 7, 37, cf. 9, 3). 

2. doner: près. ind. le pers. doing 169, 24, duins 35, 27; prés, du subj. doingne 
173, 6; doinses 206, 36; dunget, -e 33, 36. 91, 4, dont, donst 211, 17, doint 176, 
18, doinst 197, 23; 'Se pers. plur. doignent. 

3. ester (cf. estre): prés. ind. le pers. estois 179, 35; 3<? pers. sta 13, 21. —Parf 
Ze pers. estut, istud 17, 11, stout 53, 7; 'àe pers. plur. esturent (estèrent 9, 31). 
— Impf. du stibj. 3e pers. estëust. — Part, arrestus 357, 37. 

4. laissier et laien ces deux infinitifs, d'origine différente, servent à former les 
temps: de là lait et laist 396, 31. 206, 5; lairai et lerrai 30, 21. 37, 22. 

5. troTer: prés. ind. le pers. truis 178, 6 {mais trouve 477, 19); prés, du suhj. 
truisse, 3e pers. truist 46, 36 et truisse 179, 14. 

2e conjugaison faible.*) 

Indicatif. 

Prés.yenà Impf vendoic, -eie^ Parf. veudi Fut. vendrai, -erai*' 

vens, -z, (-es 9, 28) vendoies etc. vendis vendras etc. 

vendet, vend vendoit ^ vendit, -i* vendrat, -a, -ait 

vendons, -on, -um 90, 31.' vendions, -ion(s); -ium vendîmes vendrons, -ron, -rum 

vendez, -eiz, -es vendiez, -ieiz, -iés vendistes vendrez, -reiz, -rés, -roiz 

vendent.-' vendoient. vendirent. vendi'ont, -runt. 

Subjonctif. Conditionnel. Impératif. 

iV^'^. vende Impf. vendisse vcndroie, -reic* vend; vendons; 

vendes vendisses vendroies etc. vendez, -eis, es. 

vendet, -e vendist' vendi-oit^ Infinitif. 

vendions, -ions, -ium vendissiens, -ions, -ium vendrions, -rions, -rium vendre. 

vendiez, -ieiz, -iés vendissiez, -ieiz, -iés vendriez, -rieiz, -ries Part. prés. (Gér.) 

vendent. vendissent. vendroient. vendant. 
Participe passé, vendut, -u,'° fém. -ue. 

1 (-emps 13, 31, -em 9, 14). 2 volunt lo, 2. 3 -oys 4S7, 11. 4 -eit 90, 35, -eiet 

5, 2b, -iet 10, 41. 5 -cd, -et 9, 37. 19, 29, -iet 23, 16. -rais 359, 20. 7 perdesse «, 3. 

perdiest 22, 15. b -eroie, -croie; -rois 4M, 40. 9 -reiet 6, 23. 10 -ud, -uit. 

Verbes isolés. 

siyre [v. Gloss.).- près. ind. \e peis. siu 295, 43; 3e pers. sieut 204, 28. 378, 15, 
suit 131, 2. — Parf sewi 59, 2, siuvi 104, 25, sivi 302, 2S; 3c pers. plur. sivirent 126, 18. — 
Imjjér. suis 442, 18. — Part. prés. {Gér.) sivant 130, 40, (seguuen 10, 2). — Part, passé sont 
44, 41, sëu 191, 33, siwi 103, 6. 

*) Je comprends ici les flexions de la conjugaison forte «juand elles ne diffèrent pas de celles 
de la conjugaison faible. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



507 



Prt^s. part 

parz, pars 

part 

partons, -on, -um 

partez, -eiz, -os 

partent, -anti 1, 13. iy,G. 



3e conjugaison faible. 

a. FoiTae pure. 
Indicatif. 

ImpI'. partoie, -eie ' /'«r/'.parti'^ 

partoies etc. partis 

partoit, -iet 15, 10. partit, -i' 

partions, -ion(s), -ium partîmes 

partiez, -ieiz, -iés partistes 

partoient. partirent. 



Subj onctif. 
Prcs. parte Impf. partisse 

partes, -as !♦, 30. partisses 
partet, -e partist 



Conditionnel, 
partiroie, -eie 
partiroies de. 
partiroit 



Fut. partirai 
partiras 
partirai, -a* 
partiron(s), -um 
parth'ez, -eiz, -es* 
partiront, -unt. 

Impératif, 
part; partons; 
partez, -eiz, -es. 
Infiniti f. 



partions, -ion(s), -ium partissions, -ions(s). -ium partirions- -ion(s), ium partir, 
partiez, -ieiz, -iés partissiez, -ieiz, -iés partiriez, -ieiz, -iés Part. prés. (Gér.) 
partent. partissent, -isent. partiroient. partant. 

Participe passé, partit, -i, fém. -ie.^ 

1 -oys 487, U. 2 -it 01, 21. 3 -id 13, 14. 15, 15. 44, 34. .S7, 9. 4 -ad 5C, 4, -ait 

229, 11. 5 -oiz 17fi, 2S. C -id 11, H; fémin. -ide 30, 20, -idet 63, 22. 

h. Forme mixte. 



Indicatif. 
Prés, floris, -i 234, 41. Impf. liorissoie 

floris florissoies 

florist, -issed 56, 1. fiorissoit 

florissons florissiens 

florissez florissiez 

florissent, -issen 9, 43. fiorissoient 

Les autres temps suivent partir. 



Subjonctif. 
Prés, florisse 
fiorisses 
florist, -isse 
84, 26. 
florissiens 
florissiez 
florissent. 



Part. prés. (Gér.) 
florissant 



Remarques. 

1. L'hésitation entre la forme pure et la forme mixte est fréquente. 

2. La forme mixte envahit quelquefois les verbes au parf. ind. et à Vimpf. du subj. 
(analogie de la conjugaison forte); guaresis {^e pers. parf.) 45, 10; attendrisist 
393, 1, guerpëist 115, 36; et au futur, garistra 70, 28. 

3. Au futur t i disparaît quand le radical se termine en r, ferrai 39, 18; guarrai 
59, 8, mais garira 315, 34; Métathèse de V r dans soferrai 30, 42. 245, 1, sou- 
ferrai 221, 33, descuverrat 53, 39; Assimilation de consonants, gorai (= gon'ai, 
godrai) 288, 43, cf. oir. 

4. Le part, passé est en ut, u datis ferir, sentir, vestir — féru , sentu , vestu , mais 
on trouve aussi vestit 11, 10; cf. encore issir. 

5. Le part, laissé est en ert dans ofrir, sofrir, ovrir, covrir — ofert, sofert, overt, 

covert. 
G. La diphthongaison a lieu dans les mêmes cas que pour la première conjugaison: 

a. e devient ie: fier, fiert, fièrent; fiere (fert 109, 11). 

b. devient oe, ue: suefii-e 277, 2, oevre 188, 21. 197, 32, coevre 151, 32, 
cuevTC 435, 19, 7nais ovre 225, 37. 

33* 



508 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 



Verbes isolés. 

1. cueillir: près, de Tind. \e pers. rekuel 227, 34, acoil 331, 3; 3^ pers. eskeut 347, 
24; imper, requiel 347, 5. 

2. faillir, falii- : prés, de Tind. le pers. fais, faus 309, 22 ; 3^ pers. fait 35, 39, faut 
1S6, 10, fault 441, 43; futur faurai, faurrai, faudrai, fauldrai (200, 12. 241, 17. 
315, 12. 442, 4). 

3. haïr: près, de tind. \e pers. he 279, 31, has 84, 13, hais 282, 3; Ze pers. het 
175, 1. 232, 27; 3e pers. plur. heent 284, 10; futur harrai 174, 29; prés du subj. 
hace 142, 10. 

4. issir: prés, de find. 'ie pers. ist 37, 9, eist 30, 23; 3e pers. plur. issent 187, 31, 
iscent 192, 12; futur, istrai, isterai 29, 25. 54, 21. 89, 2; eistrai 50, 15; prés, dusuhj. 
isse 55, 19. 139, 17; impér. is373, 45; partie, passé issu, eissuz 55, 1, exut 13,29. 

5. oïr, odir: prés, de tind. le pers. oi 35, 23. 343, 20, oz 471, 7; 2e pers. os 130, 
18, oz 469, 29, oys 476, 12; 3e pers. ot 30, 33, oit 153, 13; plur. \e pers. oons, 
odiun 38, 33; '2e pers. oëz, ces 354, 4; 3e pers. oënt 153, 12; impf ooie, oioye 
419, 15; futur orrai 35, 43, orai 137, 16 (aurez 17, 13); prés, du subj. oie \ impér. 
oz 27, 15. 

6. saillir comme faillir: sait, saut; saudrai. 

Conjngfaison forte. 

E/le comprend des verbes latins de la '2e et de la 3e conjugaison ; elle offre des in- 
finitifs en oir {lat. ère) et en re {lat. ère), peu en ir. D'après le parfait il y a trois classes 
à distinguer: 

1. parf. lat. i, franc, i au radical. 







2. , 


? ?? SI, 


„ s. 










3. 


» «i, 


„ ui, oi. 








1 


^aradigme du parfai 


t dans les trois 


classes. 






Parf. de 


l'indic. 




Impf. du subj. 




1. vi 


2. dis 


3 


dui 


1. vëisse 


2. desisse 


3. dëusse 


vëis 


desis 




dëus 


vëisses 


desisses 


dëusses 


vit 


dist 




dut 


vëist 


desist 


dëust 


vi(8)me8 


desi(s)mes 




dëu(s)nies 


vëissiens 


desissiens 


dëussiens 


vistes 


désistes 




dëustes 


vëissiez 


desissiez 


dëussiez 


virent. 


dis(t)rent. 


dirent. 


durent. 


vëissent. 


desissent. 


dëussent. 



La diplithougaison a lieu dans les cas ci-dessus désignés: 
a devient ai, manoir — main, mainent; paroir — paire. 

e devient ie, tenir — tieng, tienent; querre — quier, quierent; seoir — siet, siée. 
e devient oi, boivre, bois, boivent; devoir — doi, dois, doivent, doic. 
o devient eu, corrc — queurent, queure. 

devient ue, tordre — tuert, morir — rauert, movoir — muet, pooir — puet, estovoir 
— estuet, voloir — vuet, vuelent. 

1° Classe. 

faire. Prés, de find. \e pers. faz 19, 3, faç 156, 9, fais 240, 18, faiz 146, 34, fai 320, 32 ; 
le pers. fais, fes, faiz 450, 14, fez 372, 9; 3e pers. fait, fet, feit (fai 10, 27. 19,38), faict (15^ 
siècle); plur. \e pers. faisons; faesmes 405, 15; 2e pers. faites, feites 357, 25, faictes {Ibe 
siècle): 3e pers. font, funt, feent 8, 7. — Impf. faisoie, fesoie; 3e pers. plur. fîsient 7, 33. — 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 509 

Parf. \e pers. fis, fiz 390, 26; 2e 2)ers. fesis 36, 4, feïs ITl, 9, lis 310, 39; ie pers. fist, fis 
17, 10, feist 10, 11. 451, 4, feit 461, 25 (fez 12, 37, fei 0, 21); 2>htr. \e pers. feïmes 105, 6, 
feïsmes 394,29; le pers. fesistes 402, 36, fcïstes 177. 3, faïstes 60. .30, feïtes 106, 41; "ie pers. 
firent, fiseiit 99, 26, fisdrcn 16, 4. — Plus-que-par fait fisdra 17, 23, fistdra 17, 21, firet 28, 

28. — Fut. ferai, ferrai 93, 8, ferais 360, 15, fairai 65, 4. — Suhj. prés, face, fâche 201, 43; 
3^ pers. fazet 3, 23, facet 44, 20, faz' 17, 32. faice 229. 23; plur. 2e pers. façoiz 260, 24. — 
Impf. fesisse, feïsse; 3e pers. feisis 11, 3. — Conâit. feroie, fereie, freie. — Imper, fai 29, 

29, faz 93, 42, faiz 442, 44, fais 471, 33. — Part, passe fait, feit, fet, fat 61, 13. 95, 1, faict 
(15^ siècle). 

tenir. Prés, de Pind. \e pers. teing 175, 16, tieng 249, 16, tieing 392, 6, tien 133, 21, 
teins 323, 7; 2e pers. tiens; Ze pers. tient, tent 110. 42 (ten 19, 14); plttr. le pers. tenons; 
2e pers. tenez; 3t' pers. tienent, tiennent 356, 24. — Parf. \e pers. tinc 59, 3, ting 390, 28, 
tins 74, 4; 2e pers. tenis 373, 41; 3^ pers. tint, ting 15, 14; plur. 3e pers. tindrent. — Fut. 
tendrai, tcnrai, tanrai. — SiibJ. prés, tienge 43,6, tiegne 140, 28, teigne 168, 37, teyne 20, 18. 

— Imp/". tenisse. — Coud, tendroie, -eie. — Impér. tien. — Part, passé tenut, -u. 

venir connue tenir. Prés, de Fiiid. \e pers. vieng, vienc 60, 3; 2e pers. viens, vienz 
60, 1; 3e pers. vient, vien 295, 24; plur. \e pers. venons; 2e pers. venez; 3e pers. vienent, 
viennent 428, 14. — Impf. venoie. — Parf. \e pers. vinc 105, 40, ving 77, 34, vins 450, 41; 
2e pers. venis 58, 33; 3e pers. vint, veng 12, 12. 17, 24, veg 9, \\ plur. \e pers. venimes, ve- 
nismes 357, 2; 2e pers. venistes; 3e pers. vindrent 121, 22. — Plus-qtie-parfait veggra 9, 23. 

— Fut. vendrai, venrai, vanrai, viendray 458, 29, verrai 200, 39. — Subj. prés, vienge, viegne 
140, 18, veigne 282, 25, vigne 209. 31, vienne 475, 38. — Impf. venisse. — Coud, vendroie, 
-eie. — Impér. vien 59, 26, ven 109, 1. — Part, passé venut, -u. 

vëoir. Prés, de rind. le pers. voi, vei 35, 24, vai 107, 35. 36, voys 361, 20; 2e pers. 
vois; 3e pers. voit, veit 26, 23. vait 107, 27. 110, 21 (vey 20, 13); plur. vëons; 2e pers. veez; 
3e pers. voient. — Impf. vëoie, voioie 495, 5. — Parf. le pers. vi, vis 493, 27; 2e pers. veïs, 
veïz 394, 39; 3e pers. vit, \id 10, 44. 17, 34, veit 48.5, 10, vey 430, 43; phn: vëimes, vëismes; 
2e pers. vëistes; 3e pers. virent, veirent 433, 7. — Plus-que-parfait vidra 9, 11. 14, ô. — Fut. 
verrai, verai, vairai 245, 2. — Subj. prés, voie, veie. — Impf. vëisse; 3e pers. vidist 18, 13, 
vist 456, 35, vedest 13, 12 (vedes 14, 9). — Coud, verroie. -eie. — Impér. voi; veez. — Part, 
passé veut, -ud 34, 16, vëu. 

2« Classe. 

ardoîr. Prés, de Tind. 3e pers. art : Parf. 3e pers. ai'st 95, 20 ; Part, passé ars 
136, 26. 

ceindre. Prés, de rind. ceing; 3e pers. ceint, chaiut 271, 36; plur. ceignons. — Parf. 
3e pers. ceinst 43, 34, faible ceignit 489, 7. — Part, ceint, ceinct 489, 9. 

clore. Prés, de tind. 3e pers. clôt 151, 31; plur. 2e peis. cluëz 475, 39. — Parf. 3e 
pers. clost 169,35; plur. 3e pers. faible enclouirent 431, 23. — Subj. prés. 3e pers. clodet 32, 
23. — Parf. clos. 

creindre. Prés, de l'ind. le pers. criem 27, 9, crien 2S0, 22, crieng 274, 22, criens 54. 
12, crain 437, 10-, 3e pers. crient 147, 12. — Impf. cremoie; craignoie Comines. — Subj. 
prés, criegne 140, 19. — Impér. crains 441, 23. 

despire. Prés, de tind. 2e pers. despis 347, 10; 3<? pers. despist 378, 37; plur. 3e pers. 
despisent 269, 43. — Parf. 3e pers. despist 59, 22 (despeis U, 8). — Part, despit 166, 25. 

destraindre. Part, destraint; le vrai part, passé (!iQ%txo\i, destreit 116, 1 ordinairement 
a pris le sens d'un adjectif. Le même estraindre, part, estraint, estrainct 486, 44. 

destraire. Part, destrnit 29, 1. 



510 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

dire; diret 61, 36. Prés, de Find. \e pers. di 25, 27, 2<- pcrs. dis, diz 12, 36. 143, 10; 
Ze pets, dit, dict 473, \Ç)\ plur. \e pers. disons; 2e pers. dites, dittes 42", 20; Ze pers. dïent, 
dicimt 19, 6. — Parf. le pers. dis, diz 390, 20; 2e pas. disis 55, 4, deïs 167, 14; Ze pers. 
dist. dit 26S, 3 (dis 13, 19); plur. 2e pers. déistes 107, 4; Ze pers. dirent, distrent 126, 8. — 
Fut. dirai, diirai 54, 5. — Suhj. prés. die. — Imp/'. desisse, deïsse; Ze pers. disist 402, 24, 
dissest 10. 14. — Cond. diroie, -eie. — Imper, di, dis 442, 10, plur. dites, dictes 420, 19. 

— Part. dit. dist 420, 8, deit 10, 16. 

duire (ducere). Prés, de Vind. Ze pers. diùt; plur. le pers. duisons. — hnp/'. duisoie. 

— Parf. Ze pers. duist; plur. Ze pers. duistrent 14, 38, duisent 156, 28. — SubJ. prés, duise 
356, 2S, duie 357, 4. — Part. duit. 

duire (docere). — Impf. Ze j)ers. doceiet 5, 28. — Parf. Ze pers. doist 15, 9. 20, 31; 
plur. Ze pers. duystrunt 20, 21. — Part, doit 15, 11. 

escorre. Parf. Ze pers. escoust 223, 32 (excos 9, 38). — Impf. du suhj. percussist 
7, A. — Part, escos, -ous, -us 341, 25. 379, 4. 51, 31. 

escrire. Prés, de find. Ze pers. escrit, escript 462, 43 ; plur. escrivons. — Parf. Ze 
pers. escrist, escrit 268, 28; ;;/Mr. Ze pers. escrirent 267, 33. — Part, escrit. 

feindre. Prés, de l'ind. plur. feignons. — Parf. Ze pers. feinst 42, 30. — Part, feint, 
finct 17, 9. fint 212, 14, foynt 214, 14. 

fraindre. Prés, de lind. Zepers. fraint43, 15, franit 4, 17 ; plur. fraignons. — Part, frait 36, 25. 

joindre. Prés, de Nnd. Ze pers. joint; plur. joignons. — Par/". Ze pers. joinst, junst 
108, 44. — Part, joint, juint 41, 31. 46, 6. 

manoir, maindre 147, 11. Prés, de tind. maing 148, 2, main 290, 41, mains 370, 11 ; 
Ze pers. maint, maent 5, 6; plur. Ze pers. mainent. — Parf. le pers. mes 148, 27; Ze pers. 
mest; plur. messient 8, ZZ.~ Fut. manrai, mandrai. — Suhj. prés, maigne. — Impf. mamsisse 
299j 27. — Impér. main 79, 36. — Part. prés. (Gér.) menant 360, 22. — Part, passé mes ; 
remasus 357, 39. 

mètre, matre. Prés, de Pind. le pets, met, metz 460, 19. 479, 16; Ze pers. met, mait 
397, 8, mest 420, 3; p/j«-. Ze pers. metent. — Perf 2e pers. meïs 65, 9; Ze ])ers.. mist; plur. 
2e pers. meïstes, mistes 483, 36; Ze pers. mesdrent 11, 37, mistrent 102, 16. 117, 28, mirent 
471. 21. missent 292, 5. — Subj. prés, mete, mèche 315, 15. — Impf. meïsse. — Cond. 3 ;w. 
metreiet 5, 19. — Part, mis (mes 12, 32). 

occirre, ocire. Prés, de l'ind. le pers. oci 176, 26; Ze pers. ocit 87, 20, ochit 241, 12, 
ochist 278, 26; phir. Ze pers. ocïent 37, 40. — Parf. le pers. ocis, occis; Ze pers. occist 14, 
36, ocist 172, 15, oscist 95, 20; plur. 2e pers. oceïstes 177, 4; Ze pers. ocistrent 60, 24. — 
Fut. ocirrai, ocirai, ochirai 315, 42 (aucidrai 11, 20). — Subj. prés, ode, ochie. — Impf. Ze 
pers. occisist 18, 30, oceïst 143, Ib:, plur. le pers. occisissons 436, 22; Ze pers. oicisesant 10, 
9, ocesissent ^289, 43. — Impér. (aucid 11, 15). — Part, ocis, ochis. 

oindre. Prés, de l'hid. le pers. oing 330, 17; Ze pers. oint 380, 19; plur. oignons. — 
Part. oint. 

paindre. Part, paînt. 

plaindre. Prés, de Find. le pers. plain 157, 14, plaing 339, 2, pleing 107, 34, plains 
147,19; -le pers. plains 131, 42; /;/«;•. plaignons. — /V/r/: Zepers. plainst A4, 12. — Subj. impf 
plainsisse 99, 29. — Part, plaint. 

poindre. Prés, de l'itid. Ze pers. point 331,34; plur. poignons. — Parf. Zepers. poinst 
206, 5. — Part, point. 

prendre. H-és.j/e lind. le pers. preing 282, 31, preng 346, 13. 16, pren 109, 2, pran 
239,22; 2e pers. prens 321,6; Ze pers. prcnt; plur. prenons, pemum 93, 23; 2e pers. prenez; 
Ze pers. prendent 32,35, prenent 152,21, prandent 173,23. — Impf. prenoie; Ze pers. pemeit 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 511 

59,2. — Parf. [e fcrs. pris; 2t' per.s. i)resis 272, 28; 'de pei's. prist, prest 18,7 (près 16, 2U), 
prinst 70,45; plttr. \e pers. preïmes 107,41; 'le pers. preïstes 239, 17; '6e pcrs. pristrent 27, 
29, presdrent 9, 32. 16,3, prisent 120, 24, prindrent 362, 42. — P/us-qtie-parfait inosdre, i)res(lra 
14,4. 16,28. — Fut. prendrai, -erai, penrai, panrai, prindrai 3,24. — SubJ. près, prenge 26, 
26, preigne, praigno 207, 3, prengue 444, 32, prengne 445, 5, prendo 454, 2. — Imp/". presisse, 
preïsse; ji>/m/". 'le pers. prissiez 362,12. — Imper, pren 129, 15. 133,26, prens 441,31; plur. 
prennez 60, 37, prendez 202, 8, pernez 24, 15. — Part, pris, prins 72, 13 (preys 19, 38). 

priendre. Près, 'ie pers. depriemt 55, 32. — Part, espriens 228, 37. 

querre, quérir. Près, de find. \e pers. quier, qiiiers 479, 19; le pers. quiers; ^e pers. 
quiert; plur. le pers. querons (qiiereni 9,14); ie pers. quiei'ent. — Impf. queroie, querroie 
93,1. — Purf. quis; 'ie pers. quist; plur. 2e pers. queïstes, qiiistes 4S3, 37 ; 'ie pers. quistrcnt 
261,10, quissent 234, 19. — i'M^. querrai. — SubJ. près, quiere; ^^«r. ie pers. quiergent 32, 15. 

— Ii/ipf. quesisse, queïsse. — Part. quis. 

raëmbre. Parf. 2e pers. redenst 27,16. — Part, raëmant 203,25; roiamant 73,30. 

reponre. Fut. reponrons 360, 44. — Part, repost 54, 20. 60, 14. 253, 8. 

respoudre. Près, de tind. respons'451,43; "ie pers. respont, -iint. — Parf. rcspondi 
(faible). — Part, respondu (faible). 

rire. Près, de l'ind. "ie pers. rit; plur. ie 2>ers. rient. — Parf. 'àe pers. rist. 

semondre. Prés, de l'ind. le pers. semoing 260,24. — Part, semons. 

seoir. Près, de Tind. 'de pers. siet; plur. 3e pers. siéent, siedent 32,45. — Parf. le pers. 
sis 106,6; ie pers. sist; 2)lur. "ie pers. sisdrent 11, 39, sirent 486, 7. — Subj. près. siée. — 
Inqyêr. sié 321,6, siet 366, 13. — Part. prés. (Gér.) sëant, sedant 28, 17. — Part, passé sis. 

soldre. Fut. serrai 297, 26. — Suhj. prés, soille 393, 6. — Imper, sol 297, 34. — Part. 
sols 40, 37, faible solu 43, 25. 

sordre. Pi-és. de l'ind. 'de pers. sourt274,4, surt 104, S; plur. de pers. surdent 53,18. 

— Parf. le pers. sors; 'le 2>ers. resurrexis (forme latine conservée) 45,9. — Part. prés, sour- 
dant 351,36, sourjant 351,30. — Part, passé sors, sours. 

taîudre. Prés, de l'ind. le pers. taing 302,3; plur. taignons. — Parf. èe pers. tcinst 
140, 25. — Part, taiut, teint. 

terdre. Impér. tert 304, 39. 

tordre. Prés, de l'ind. de pers. tort 110,14, tucrt 163, 39. — /'/•c'a-, dusubj. torge317,4. 

— Part. prés. (Gér.) torgant 77, 7. 

traire. Prés, de l'ind. de pers. trait, tret. — Parf. 'de pers. traist 352, 40 (trais 9, 36). — 
Fut. trairai, trerai 349, 2, trarai 52, 13. — Part, trait, trot. 

3« Classe. 

boivre. Prés, de l'ind. 'le pers. bois; 'de pers. \iO\i\ ptlur. bcvons; de pers. boivent 251, 
13. — Impf. bevoie; de pers. beuvoit 461, 31. — Parf le pers. biii 158, 12, buç 296, 17; de 
pers. but 199, 36; plur. 2e pers. bustes 461, 23; 'de pers. burent 187, 17. — FtU. bevrai, beverai 
311,30. — Part, bëut 351,42, bëu 270, 19. 

chaloir. Prés, de Find. chalt, calt 33, 4, chaut, caut 273, 36, chiclt 5, 13. — Subj. chaille 
479, 14. — Part, chalu 228, 30. 

chaoir. Prés, de l'ind. 'de pers. chiet 165, 19, kiet, ciet, quiet; plur. 'de pers. chedent 
9, 18, chieent 35, 1. 210, 22. — Impf. chaoie, chaeie 125, 7. — Parf. de pers. chaï 67, 6; plur. 
de pers. cadegrent 9,16, cheù-cnt 232,23, chaûrent 209,32. — Fut. chairai 100,5. 125,2. — 
SubJ. prés, chiee 185, 18. — Part, chëut, chëu, këu, chaït 94, 14, chaeit US, 15, chaet 125, 17, 
cadeit 63, 17. 

couoistre, couuistre. Prés, de l'ind. le pers. cimuis 58, 31, connois 133, 5, quenuis 



512 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

173, 24, congnoys 4G0, 31; 2e pers. congnois 462, 23; 3e? pers. cunuist 53, 20, connoist 72, 20, 
conoit 314, 41, cognoit 421, 1, congnoist 482, 33; jp/wr. \e pers. counisçons 292, 12; le pers. 
conissiés 292, 11; Ze pers. conoisseut, quenoissent 251, 23. — Impf. comiissoie 304, 19. — 
Parf. \e pers. conui, conuui, comuis 494, 29; 'ie pers. conut 30,27, cunut 109,3, connut 76, 11, 
cunuit 107, 30, cogneut 458, 4 , cognen 428, 25 ; plur. 3^ ^;^a'. conurent, cogniirent 422, 27. — 
Fut. conoistrai 30, 22. — Suhj. impf. conçusse. — Part, conëud 54, 14, conëu 234, 1, cogneu 
419,16, connu 491,10. 

corre. Près, de tind. 3e pers. cort, court, curt 104,9, queurt 81,4; ^^/wr. 3e pers. co- 
rent 180, 34, queureut, keurent 153, 11. 390, 6 (curren 9, 5). — Purf. 3e pers. curut 58, 10. 96, 7 ; 
plur. 'de pers. corurent 261,33. — Fut. corrai. — SubJ. près, core, cure 94,30, queure 388,22. 

croire. Prés, de Tind. le pers. croi, crei, creid 30, 17, crois 371, 39; 2e pers. crois 75, 22; 
de pers. croit, creit; plur. 3e pers. croient, creient 32,40. — J^arf. crui 158, 18. — Fut. 
crerrai, crerai 92, 22. 93, 9, cresrai 116,35, credrai 19, 9, qerrai 2o7, 22; plur. 2e pers. mes- 
kerrez 203, 37. — SubJ. impf. crëusse. — Imper, croi ; créez. — Part. crëu. 

croistre. Prés, de Cind. 3e pers. croist 364,41. — Parf. 3e pers. crut 126, 12. — Fut. 
crestrai 24, 14. — Part, crëu 358,2. 457, 16. 

décevoir, deçoi^Tc; de même recevoir, percevoir, apercevoir. Prés, de l'ind. le pers. 
aperceif 104, 16; 3e pers. dezoit 211, 9, receit 32, 1. — Parf. le pers. reçui UO, 7, aperceu 
106,24; 3e pers. aperceuit 107,29, receut 28,22, apercent 36, 10, decheut: apercheut 415,26, 
reciut 15, 7, receut 28, 1. — Impér. reçoit', receif 57, 42. — Part, j^res. {Gér.) recevant (recè- 
lent 11,34). — Part, passé decëu, recëu, apercëu. 

rament eroir, amentevoir comme recevoir: prés, de l'ind. le pers. ramantoif 390, 38. 

devoir. Prés, de l'ind. le pers. doi, dois 202, 21, doibz 4S7, 7; 2e pers. dois, doiz 442, 6, 
deiz 59,25; 3e pers. doit, deit, dift 3,23; jilur. le pers. devons, doyens 208,35; 3e ])ers. doi- 
vent, doivent 266, 8, deent S, 8, doient. — Parf. le pers. deuc 80, 14; 3e pers. dut 32, 9, deubt 
431, 2; plur. 3e pers. durent. — Fut. devrai, deverai 306, 12, debvrai 421, 4. — Subj. prés. 
doive, deive 51,40, doie 170,37. — Impf. dëusse, deuïsse 422,12, dousse 32,36. — Part. dëu. 

doloir. Prés, de ïind. le pers. doil 139, 2, dueil 277, 30, duel 227, 32; 2e pers. douls 
7, 23, dels 131, 42; 3e pers. delt 220, 1. — Parf. 3e pers. ]}lur. dolurent. — Fut. daiurai 76, 35. 

— SubJ. prés, doille 347, 22. — C'ond. dokoie. — Part. prés. (Gér.) dolent, dolant, déliant 
7, 14. — Part, passé dolu. 

estovoir. Prés, de l'ind. estuet, estoet 94,28, estot 28,31. — Parf. estut, estot 110,3. 

— Fut. estovra, estevra 205, 9, estavra 130, 17. — SubJ. prés, estuce 48, 4. 58, 34. — Impf. 
estëust 277, 18. 

gésir. Prés, de Tind. le pers. gis 282, 5; 3e pers. gist 31, 11; plur. gisons; 3e pers. 
gisent. — Parf. 3e pers. jut (jag 14, 10. 14). — Fut. girrai 308,35, girai 89, 16, gerrai 97, 19. 

— SubJ. prés, gise 232, 26. — Impf. gëusse. — Part. prés. (Gér.) gisant. — Part, passé gëu, 
gëut 31,. 39, jut 289,28. 

lire. Prés, de l'ind. 2e pers. leis 212,8. — Parf. 'ie pers. list 59, 16. — SubJ. lise. — 
Part, lëu; lut 273,27; f eslite 483,6. 

loire. Prés, de l'ind. 3e pers. loist (lez 16, 35). 

inorir. Prés, de find. le pers. muir 341, 26; '2c pers. mucrs 134, 3; 3e 2}ers. mucrt 
163,38, meurt 419, 45 (mor 12, 37). — Parf. 3e pers. morut 122, 11, mourit 396, 13; plur. '.\e 
pers. mururent 265, 13. — Fut. morrai, murrai 36, 28. — SubJ. jirés. muire 290, 43, meure 
420,11. — Impf morissc. — Part. mort. 

mOYOir. Prés, de tind. le jjers. mué 151, 3; 3e pers. mot 17, 27, muet 170, 17. — Parf 
\e pers. mui 182,8; 3e pers. mut; plur. 2e pers. mëustcs 182, 12; 3e pers. murent 416,37. — 
Fui. mouvcrai 192,29. — Part. mëu. 



TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 513 

nuire. Prcs. de lind. 'ic pers. nuit 422, 3, nuist 423, 35. — SubJ. nuise 444, 32. — Part. 
nëu 248, 14. 

oloir. Près, du subJ. oillet 62, 25. 

paistre. Près, de fiud. ie pers. paist 31, 12. — Imp/'. pessoie lOS, 14. — Imper, pais 
30, 32. 

paroir. Près, de Tind. "ie pers. pcrt T6, 4. 37S, 18. — Parf. 3<? j)ers. parut 87,35, pa- 
rcut 36, 12, pari 424, 32. — Fut. parra 236, 27, perra 470, 12. — SubJ. près, paire 315, 28. 
371,28, père 372,2. 

plaisir, plaire. Prés, de l'ind. 'Se pers. plaist 134, 19. 197, 18, plest 178, 10, plastz 63,3. 

— Parf. ie pers. plot 196, 18. — Fut. plaira 132, 2. — Subj. prés, plaise 370, 46, pleise 169, 15, 
place 133,27. — Impf. plëust, ploiist 30, 14. — Part. plëu. 

ploYoir. Prés, de l'ind. 3t' pers. pluet 358, 26. — Parf. 'àe pers. plut 356, 36. 

pooir. Prés, de lind. le pers. puis 28, 13, pois 4, 19 (pose 16, 38); 2e pers. pues 202, 30, 
pois 91, 15, poz 5S, 44, peus 451, 26; 3e pers. puet, pued 61, 34, pot 29, 14, put 57, 18, peult 
480,43; plur. \e pers. poons 261, 18; 2e pers. poëz, poés 283,34, pouëz 388, 12, povez 65, 34; 
de pers. podent 29, 15, poient 211, 40, puyent 207, 29, pueent 143, 23. 312, 22, poënt 424, 9, 
peuvent 444, 12. — Impf. pooie, povoie 408, 31, povoys 487, 11. — Parf. poi 101, 13 ; 3<? pers. 
pot 27,43, pod 15,26, poth 16,6, peut 298, 1 4 ; j^/wr. 3e pers. porent, pourent 28, 30, peurent 
496, 15, poirent 266, 2. — Plusqueparfait pouret 5, 9. — Fut. p orrai , porai 206, 28, piurai 
52, 2, purrei 103, 34, poun-ai, porrays 362, 17. — Subj. prés, puisse 32, 30; Ze pers. puist, 
puisse 278, 36, posche 11, 29; plur. le pers. posciomes 8, 22. — Impf pëusse, pousse, poisse 
66,42. 324,16, peuïsse 267,36. 431,31, puùsse 106,35, peusce 289, 21, peuïsse; Ze pers. pëust, 
poust, podist 6, 29. — Part. peu. 

savoir. Prés, de Cind. le pers. sai, sais 364,6, sçay 457,21; 2e pers. ses 202, 42, seis 
62,5, sez 360,5, sçais 472,28; "ie pers. set 29,32, seit &l,il\ plur. le pers. savons; de pers. 
sevent 31,35, seivent 267, 28. — /*«//. soi 119,6, seu 242,31; ie pers. sot 222,32, sont 31, 38. 
51, 1, sceut 415,35; plur. "èe pers. sorent 197, 14, sourent 28,6, souurent 17, 16. — Fut. savrai, 
saverai, saurai, sarai 200, 13, sçarai 413, 10. — Subj. prés, sache, sace 197,25, saiche 209, 16. 

— Impf. sëusse, sëuse 92,15, sëusce 289, 27, scëusse 412, 30, sceuïsse 423, 37; de pers. soiist 
63, 25, sceusist 417, 29. — Impér. plur. sachiez 392, 31, sacez 88, 2, saivez 246, 6. — Part, 
prés. (Gér.) sachant 345, 4. — Part, passé sëu. 

soloir. Prés, de l'ind. le pers. soU 330, 36, sueil 277, 32, suel 227, 33; 3e pers. soit 
103,9, soelt 35,21, sialt 172,40, sot IbZ, lb\ pbir. 3e pers. suelent 303,13. 

taisir, taire. Prés, de tind. 3e pers. taist, test 186, 26 (tais 11, 6). — Parf. 3e pers. 
tout 113, 20, tout 199, 18. 276, 7. — Fut. tairai 218, 8, taisirai 56, 12. — Subj. prés, taise, teise 
169,16. — hnpf. 3e pers. tëust 402, 23. — Impér. tais 199,4, teis 167, 18; 7^/m/'. teisiez 181,36. 

— Part, tëu 247, 5. 

tolir, tolre. Prés, de l'ind. 3e pers. toit 42, 40, tout, tant 241, 21. — Parf. 3e pers. 
tost 386,21; ordinairement faible, le pers. toli 59,2; 3e pers. tolit 39,45; plur. 3e pers. toli- 
rent 391,29. — Subj. prés, toylle 17,31. — Part, tolut, tolud 63,7, tolu; toleit 116,2. 

valoir. Prés, de l'ind. le pers. vail 377,24, vaill 387,16; 2e pers. vais 113,19; 3e pers. 
valt, vaut, vault 343, 16; plur. 3e pers. valent 167, 35. — Parf. le pers. valui 118, 36; 3e pers. 
valut 492,22. — Fiit. vaurai 204, 16, vaudrai 177, 12, vaiUdrai 443,2. — Subj. prés, vaille. — 
Part. prés. {Gér.) vaillant [adj.), vaUant 25,31. — Part, passé valu. 

TOloir (mélange de la 2e et de la 3e conj. fortes). Pi'és. de Tind. le pers. voil 25, 27, 

vol 16,38, vueil 277,29, vuel 171,40, voeil 319, 20, voill 40, 9, voel 175, 12, veul 201, 40, veuil 

420, 9, veuill 355, 4, veux 493, 16; 2e pers. vues 372, 6, vels 130, 16, vols 16, 36. 29, 9, vous 

199, 14, viaus 32S, 39, viax 169, 27, vuelz 441, 42, veux 463, 4, veulx 451,28, wels 211,32; 3e 

Bartscu, Chrestomathie, IV. Kd. 34 



514 TABLEAU SOMMAIRE DES FLEXIONS DE L'ANCIEN FRANÇAIS. 

pcrs. vuet 247,3, roelt 44,30. 397,40, velt 129,12, veut 237,7, viilt 63,2, veult 157,22, weiUt 
71,34, \'iolt 352, 1, \ialt 173, 1, viaut 161,5, volt 26,26, veolt 266,9, welt 209,24, wet 412,46; 
plur. \e pers. volons; 2e pers. volez, voilés 399, 6, voeilés 403, 5, voeilliés 377, 39; Zc pcrs. 
vuelent, voelent 139, 13, vuellent 250, 6, volent 26, 32, volunt 16, 2, veiillent 422, 13, vrelcnt 
210, 22, wellent S6, 36. — Parf. \e pers. vols 69, 13, voz 391, 14; le pers. volsis 113, 31 ; Ze pers. 
voit 6, 10 (vol 11, 12), vout 302, 3S, vot 6S, 5, voult 416, 20, volst 27, 3, vost 85, 15 ; plitr. 2e pers. 
volsistcs 239, 19; ie pers. volrent S5, 34. 115,33, vorent 234,25, voldrent 5,3, voudront 355, 17. 
— Plusqueparfait voldret 6, 7, voldrat 10, 3. — Fut. voirai 111,12, vourai 198, S, vourrai 390, 24, 
voldrai 171,21, voudrai 284, 43, verrai 246,7, vorai 383,7, vaurai 207,10.— Sxihj. près, veille 
212, 16, vueille 325, 16, voeille 36, 18, veuille. — Impf. volsisse 26, 36, vousisse 376, 29, vausisse 
204,39, vosisse 219,29, voulsisse 417,20; 7,e pcrs. volxist 149,36, vousist 232,21, voulu8t491, 
29. — Part. volu. 

Verbes irréguliers. 

beneïstre. Prcs. de Tind. 3e pers. beneïst 35, 37. — Fut. beneïsterai 54, 8. — SubJ. 
prés, bénie 292,9. — Part, benëoit, benoit 297,30. benoist 394,37, bénit 423,31. 

naistre. Prés, de find. 2e pers. naist; plur. ie pers. nessent 198,2. — Parf. \c pcrs. 
nasqui 110, Ib; plur. 2e pers. naquistes 358, 30. — Part, né (naz 9,29. 19,25). 

Tirre. Prcs. de Tind. \c pcrs. vif 36, 5; 2e pers. vis 79,23; 3e pers. vit 38,36. — Parf. 
3e pers. visquet 15. 3b; plur. vesquirent 68,31. — Subj. impf. 3c pcrs. vesquist 67, 23. — Fut. 
•\ivrai. — Part, vescut, vescu. 



GLOSSAIRE. 



34* 



GLOSSAIRE. 



A, pre'p., siTt à des///)ier le datif, la projtriele 
(Angeliorigkeil), le lieu, le leiiips, la confor- 
mité {Gemiissheil), la convenance, le inoyen, 
la concomitance (Betjleitung): à, avec, an- 
prés de, comme, de, en, par, selon, sur ; 
als, auf hei, in, gemâss, mit; a ce que, a 
che 7, 34, afin que, damil. 

a, interj. 317,34. 

aage v. ëage. 

aaisier, (jarnir, versehen, heschenken 311,27. 
326, 24; part, aaisié, aeisié, joyeuœ, froh 192, 
7. 385, 25, liche, reich 226, 10, cojnmode, 
hequetn; en état, in der Lage ISl, 35. 

aan v. aban. 

aanerer, aëncrer, ancrer, AnkerwerfeH,ankern 
lassen 98, 21; part, vor Anker liegend 179, 8. 

;uite, adroit, geschickt 50, 19. 

aatir, irriter, reizen 301,36. 

ab, avec, mit 3,23, zu 15, 8; à, bei lO, 16; 
adv. à la fois, zugleich 64, 10. 

abaïe, abeïe, abbaye, Abtei 306, 23. 

abaier, aboyer, bellen 123, 15. 

abaissier,-er, abessier, rtfc«mYT, beugen,herah- 
lassen, herabdrûcken 234, 20; réfl. sich her- 
ablassen, -beugen 50, 21. 60, 18. 382, 37 ; pax't. 
niedergeschlagcn. 

abaleste v. arbaleste. 

abandoueement, à volonté, nach Willen 345, 6. 

abandouer, -onner, verlassen, preisgeben; part, 
troublé, verstort 69, 28. 

abaudun, abandon, Nichtachtung 265, 22. 

abaDS, abanz, auparavant, vorher 1 0, 4 1 ; cf. des. 

abatre, abbatre, abattre, niederschlagen 34, 13. 
44, 8. 393, 17; rabattre, abdingcn 297,32; 
réfl. se fixer, sich heften 81,37. 

abb- cf. ab- 

abbes , abes , abbeit 20S, 32 . abé , abbé, Abt 
165,4. 

abeesse, ahbesse, Aebtissin 365,26. 



abeïe r. abaïe. 

abelir, plaire, gefallen. 

abessier v. abaissier. 

abeter, tromper, betriigen 215,6. 

abeveter, guetter, erspàhen 300, 1. 

abevrer, abreuver, trânken. 

abïete, abbaye, Abtei 335,11. 

abiller, habiller, kleiden. 

abisme, abysme, abîme, Abgrund 54, 35. 

abit V. habit. 

abondance, hab-, abund-, Fûlle 163,31. 

abondannieut, abondamment, in Fiille 383, 39. 

abregier, abb., abkiirzen 473,9. 4»1,4. 

abrivé, rapide, schnell 83, 3 1 . 

absence, Abwesenheit. 

absenter, réfl. sich entfernen 429, 46. 

absoudre, absolrieren 393, 6 ; cf. asoldre. 

abstinent, enthaltsam 207, 38. 

abondance r. abondance. 

abusïon, abus. Missbrauch 378, 24. 

abysme v. abisme. 

acater v. achater. 

ace- cf. ac-. 

acceptable, annehmbar. 

acceptablement, annehmlich 56,25. 

accessoire, Nebensache 474, 32. 

accroistre v. acrestre. 

aceindre, ceindre, giirten 56, 3. 

acer v. acier. 

acéré, d'acier, stdhlern 204, 27. 

acerin, idem 37, 6. 

acertefïer, donner comme certain, als sicher 

inittheilen 425, 45. 
acertes, certes, sicherlich 56, 4. 
acesmer, arranger, orner, schmiicken 85, 37. 

150, 15. 174, 13. 
achater, acater, acheter, achapter, acheter, 

kaufen, erkaufen 26,27. 375,6. 451,20. 
acheder, obtenir, erlangen 8, 17. 



519 



GLOSSAIRE. 



520 



acheminer, rc'fl. voyager, reisen. 

aches, douleur, Wehe 450, 45. 

acheter v. achater. 

achever, aohiever, akiever, achiver. rolleudoi 

404,35; zum Ziel gelangeu 241,7. 
achier v. acier, 
achoison v. oeoison. 
achoisonner v. acoisoner. 
acier, acer, achier. Erz 204, 34. 
acliner, incliner, sich neigen 203, 15. 
acoillir v. acueillir. 

acointance, acoentance, familiarilé, Vertrau- 
lichkeit, relation, Beziehtmg 233,11. 332, S. 
46S, 14. 
acointement, idem 155,7. 
aeointier, acuintier, avertir, henachrichtigen 
92, 1. 3S7, 6; aborder, sich einlassen auf 
355, 16; réfl. (à) se lier, s'arranger, sich ein- 
richten, sich hefreunden 109.21. 
acoisoner, achoisonner, accuser, heschuldigen 

175, 2. 
acoler, acoller, prendre au cou, am Halse, 
an den Hais nehmen 22, 18. 84, 44; embrasser, 
nmarmen 69, 41. 
acomblement, surcroît, Zwvachs 211,27. 
acomenïer, acomungier, acumunïer, commu- 
nier, dos Abendmahl tiehmen, reichen 31, 
22. 77,35. 
acompaignier, accompagner, hegleilen. 
acomplir, acumplir, accomplir, er/ûllen. 
acomungier v. acomenier. 
aconter, raconter, erznhJen 129,38. 
acopler, réfl. s'attacher, sich anhungen 227, 1. 
acordanee, convention, Vertrag. 
Sicor Ae^ conci/iation, Versôhnung 176,15. 
acordement, idem 52, 14. 
acorder, ace-, accorder, vereinbaren 17 S, 16; 
stimmen; réfl. beistimmen 410, 2; réconci- 
lier, versôhnen 83, 26. 
acomardir, tromper, hintergehen 408, 34. 
acorre, acurre, acourre, accourir, herheilau- 

fen 127, 19. 
acort, acc-, accord, Beistimmung; Accord. 
acoster, réfl. s'approcher, sich rnihcrn 204,25. 
acostamer, acoust-, acust-, avoir accoutumé, 
r habitude, gewohnt sein, rverden 59, 13. 130, 
42. 350,27. 
acoaardi.acouw-,//wIMfc,r^^rt(7^396,37.398,33. 



acourre v. acorre. 

acourser, abréger, abkiirzen. 

aeoustrer, accoutrer, kleiden, herausstaffieren. 

aeoustnmer r. acostumer. 

acoutrer, arranger, zurecht legen 217, 4. 

acouwardi v. acouardi. 

acoveter, couvrir, prémunir, decken, versehen 

sO, 38. 203, 14. 
acqu- V. aqu-. 

acquest, profit, Gewinn 475, 48. 
acravanter, abattre, niederschlagen 34, 11. 

S9, 32. 
acrestre, acroistre, accr-, accroître, tvachsen 

329, 3; vermehren; ajouter, hinzufûgen 84,8. 
acroc, accroché, aufgehûngt 159, 36. 
acrocher, accrocher, packen 472, 22. 
aeroire, prêter, leihen 174, 12. 
acroistre v. acrestre. 

acroupir. réfl.. s' accroupir, .<;ichkaîiern2l9,^S. 
act- V. at-. 
acueil, akuel, accueil, Aufnahme, Empfang 

227,35. 277,24. 466, 1. 
acueillir,acoillir, accueillir, obtenir, empfangen, 

crlangen ; prendre, ergreifen 292, 42 ; réfl. 

331,3. 
acuintier r. aeointier. 
acniter v. aquiter. 
acunsivre, frapper, treffen 48, 6. 
acuser, accuser, anklagen. 
acustuni«r v. acostumer. 
2L^, prép., {cf. 9.) désigne le datif, la propriété, 

le lieu, la concomitance, 6, 8. 7, 4. 9, 22 etc. 
adagnier, daigner, wxirdigen 425, 32. 
adenter, renverser la face contre terre, nieder- 

werfen 123,34. 
adenz, adens, prosterné, das Gesicht zur Erde 

gekehrt 35,45. 44,27. 216,21. 
aderdre, s'attacher, sich anhàngcn 362, 7. 
adés, adez, aussitôt, toujours, gleich, immer 

^,39. 210,11. 
adeser, toucher, herûhren 35, 17. 39,33. 82, 

38. 
adevaler, descendre, herabgehen 381,21. 
adez r. adés. 
adieu, lebwohl 472, 33. 
adj- r. aj-. 
adm- r. am-. 
adolé, affligé, betriiht 1 60, 34, 



521 



GLOSSAIRE. 



522 



adouc , adon, adoiis, adont, adnnc, adonqiics, 

alors, lia, duuii, damais. 
adosser, vu Rûckcn lassen 123, 25. 
adouber, armer, iralfncn 78, 1!). 34. 
adouceiiieiit, adoucissement, Bcsanfl'ujxing. 
adoucir, adoulcir, hesanfligcn, vcrsûssen 243,2 1 . 
adreee, -cscc, -esse, dircclion, Jîich/u»r/2(i*d,Q', 
discours arnica/ adressé à quelqu'tiii, freimd- 
lichc Anrcdc 466, 1. 
adrecier, adrechier, adressicr, adresser, rich- 
ten, anweisen; rî-fl. tourner, sich îvendeu 
161,15. 
adroit, adr. adroitemant, gesckickt 237, 13. 
adun, ensemble, zugleich 9, 13. 
aduiiar v. aùner. 
aduuc V. adonc. 

adnré, fort, tapfer 83,12. 84,36. 
adv- cf. av-. 

advenement, arrivée, das Gelangen. 
advont, avenf] Advenl 413,9. 
advers, adverse, gegnerisch. 
adversaire, adversarie, Gegner 56, 13. 
adversité, Vnglûck. 
advoeat, avocat, Advocat. 
aê, abé, âge, vie, Aller, Zfkvt 83, 37, 192,31. 
acisié v. aaisié. 

aëmplir, accomplir, crfi'illen 212,40. 
aëncrer v. aancrer. 
aëschier, amorcer, kôdern 179, 10. 
aësmer, eesmer, esmer, estimer, penser , ab- 
schâtzen, denken 127, 9; cotnparer, gleich- 
schutzen 397, 23. 
afaire, afere, affaire, affaire, état, Angelegen- 

heit. Stand 284, 5. 349, 4. 395, 32. 
afaitemant, ornement, Schmuck 246, 9. 
afaitier, -er, préparer, bereiten', apprivoiser, 
zàhmen 108,12; j^art. affaitié, aff'actaz 20, 
19, élevé, erzogen 328, 27. 
afamer, affamer, hungern lassen 206,42. 
afeWier, -ir, affoiblir, affaiblir, schwâehen; 

s affaiblir, schwach werden 55,26. 111,4. 
afere v. afaire. 

aferir, atf., convenir, pas.<!en, sich gehôren. 
afermer, aff-, afirmer, affermir, affirmer, be- 
festigen, bestârken, versichcrn 36, 8. 55, 26 ; 
part, brave, tapfer 440, 2. 
aff- cf af-. 
9S.QCté, passionné, leidenschaftlich 451,20. 



affection, Liebe. 
affoiblir v. afeblier. 

aflcJiier, aficor, affirmer, versichcrn 388,46; 
réfl. s'obstiner, sich .steifen 22, 12. 113,29; 
sich festsetzen 25, 3. 
al'ïer, affirmer, assurer, versichcrn, zu.sichern ; 

part, fidèle, treu 83, 27. 
afin, affin, afin q\ic, damit 414, 17; affiu de, 

pour, um zu. 
afiner, terminer, cndigen 399, 2 ; tuer, tddten 

20 1, 32 ; apaiser, beruhigen 344, 23. 
afiner, raffiner, verfeinern 424, 23. 
aflrmer v. afermer. 
aflt, injure, Beschimpfung 106, 27. 
afiter, injurier, beschimpfen 166,26. 
afoler, maltraiter, tuer, verslihnmcln, tôdten 

96,1. 162,14. 
aforer, entamer, anzapfen 321, 1." 
aforker, bifurquer, sich abz?veigen 292, 46. 
aformad, formé, gebildet 20, 6. 
afruut, en face, ins Gesicht 114,6. 
afubler, afiiler, aff-, vêtir , anzielien 49, 23. 

296,31. 428,16. 
ag'ait, agayt, artifice, embûche, Kunstgriff, 
Ilinterhalt, Anfpa.s.^erei 20,30. 191,18. 2S2, 
2. 285, 7. 
agenoillier, -ei*, ajenoUier, -ellier, réfl. s'age- 
nouiller, 7iiederknien 67, 33; intr. 194, 19; 
abattre, auf die Knie werfen 356, 22. 
agentis, noble, edel 402, 14. 
ag-nel, agnials, agneaulx v. aignel. 
agraver, contrister, betrïiben 32, 7. 
agrrëable, angenehm. 
agréer, plaire, gefallen. 
agregier, devetiir plus grave, schwerer werden 

40, 38. 
agu, -ut, aigu, agace, spitz, scharf; acut 

130,3; scharfsinnig 34,10. 
aguaiter, aguetier, agueitier, tetidre des j>ièges, 

eine Falle stellen 104,36. 169,26. 311,20. 
ague v. aiguë. 
aguillon, awillou, aiguillon, Stachel 210, 1. 

449, s. 
agttisier, aiguiser, .schdrfen, zuspitzcn'l'i\,%. 
agut v. agu. 

ahaise, aise, Bequemlichkeit 59, 14. 
ahan , aau , douleur , peine , Schmerz , Mi'ihe 
13, 34. 



523 



GLOSSAIRE. 



524 



ahé V. aé. 

ahennable, cuUivahlc 359, 2. 

aheuner, cultiver, bebauen 359, 27. 

alii, aï, he'las, ach 96, 6. 

ahugre, gros, énorme 57, 11. 

ahurter, heurter, anstossen 191, 15. 

ai, hclas 94, 25. 95, 10; aia, eh bien, tvohlan'2, 31. 

aïde, aïe, ayde, aiue, aiudha 3, 19. 4, 19, aide, 

Hûlfe 23, 37. 58, 42. 
aidel, aide, Helfer 330, 12. 
aidier, -er, ayder, edier, aiuër, aider, heJfen 

39,45; réfl. (de), sich behelfen {mit) 161,32. 

183,25. 250, 10. 
aïe V. aïde. 
aig'e, aighe v. aiguë. 
aig-le, aygle, Ad/er 163, 8. 
aigrient, aiglentier, egl&nûeT, }vi(der Eosensiock 

233, 26. 
aignel, -eus, -ez, -iaus, agnel, -ial, -eaulx, aing- 

uiel, anel 9, 34, engnel 278, 31, agneau, Lanun 

270, 2. 
aigrnelez, agnelet, Làmmchen 270, 13. 
aigae, aige 199,36, aighe 193,12, aive, ague 

62,4, awe 211, 38, egue 31,32, eve 53, 28, 

ewe 41,15, iave, yaue, eave, eaue, eau, Wasser. 
ail, jilur. aulx 466, 21 , Lauch 203, 45. 363, 41. 
aillors, aillours, ailleurs, ailors 30, 6, ailleurs, 

a/tdersH'O, anderswohin. 
aimmi, malheur à ?noi, rveh mir 341,5. 
aine, einc, auc, hanc, ainques, jamais, je [nie) 

15,33. 19,21. 75, 13. 
ain(;ois, ainsois, ainchois, ansçois, anceys 19, 

34, anchois, ançois, ansois, anzois, einçois, 

einzois, enchois, avant, auparavant , plutôt, 

mais, vielmehr, sondern, vorher 19,34. 192, 

1. 203,27. 211, 12; a. de, vor; a. que, avant 

que, bevor. 
aing^niel v. aignel. 
ainné v. ainsné. 
ainques v. aine, 
uinrme v. ame. 
ains, ainz, einz, aus, anz, anç, prep. avant, 

vor 222, 36. 246, 15; adv. vorher 11, 12; 

mais, plutôt, auparavant, aber , sondern, 

vielmehr, lieber; a. que, avant que, bevor ; 

com a., le plus tôt que, sobald als 114, 16. 
ains, ainz, einz, jamais, je (nie) 19, 13. 
ainsi, -sy, -sint v. ensi. 



ainsné, -os, -eit, eiuznez, -es, aisné, ainné, 
ahie, erslgebornehh,21. 57, 34. 1 1 1, 15. 114, 17. 

air, Luft ; aire, naturel, Art, Charafcter 42,7. 
367,27. 

aïr, colère, Zorn 125,20; véhémence, Heftig- 
kcit 25, 6. 194, 25. 

aïré, courroucé, zornig 84, 46. 

airsoir v. ersoir. 

aise, eise, aise, occasion, plaisir, Bequemlich- 
keit 103,3. 170, 14; Gelegenheit, Vergniigen ; 
adj. commode, joyeux, bequem, froh. 

aisué V. ainsné. 

aisseis v. assez. 

aisselle, -ele, esselle, -ele, asele, Achselhôhle 
78,27; ais, Brelt 345,25. 

aital V. itel. 

aitre, vestibule, Vorhof 53, 28. 

aiue, aiudha, aiuër v. aïde, aidier. 

aive v. aiguë. 

ajeuellier, ajenoUier v. agenoillier. 

ajoindre, adj-, unir, verbinden 210,26; ;r/7. 
adhérer, beilrelen 458, 6. 

ajorner, -ourner, -urner, adjourner, commen- 
cer à faire jour, tagen 39,21. 203,1; citer, 
citieren 476, 26. 

ajournée, point du jour, Tagesanbruch. 

ajournement, adj-, termine, bestimmter Tag 
405, 16. 

ajourner v. ajorner. 

ajug:ier, adjuger, zuerkennen 338, 30. 

aj urner v. ajorner. 

ak- V. ac-, ach-, 

al- cf. au-. 

alaine, aleine, haleine, Athem. 

alaiter, aleter, allaiter, sdugen 362,41; alai- 
tanz, Suugling 138,11. 

alarme, Allarm. 

aie- V. auc-. 

alecher, allécher, anlocken 452, 16. 

alee, allée, Gang 324,27. 

alegrier, aleger, aligier, alléger, alléger, dé- 
charger, erleichlern, befreien; intr. leichtcr 
iverden 381, 36. 

aleine v. alaine. 

aleiuer, pressetitir, ahnen 146, 12. 

aleir v. aior. 

alemande, pierre précieuse? 49,21. 

alemclc, alumelle, K linge 127,23. 



525 



GLOSSAIRE. 



526 



alenee, haleine, Athem 74, 28. 302, I. 

alentir, réfl. tarder, zôgern 399, 8. 

alcr (j?. 50G), aleir, aller, anar, aunar {proc.) 

7, 37. 9, 3, aller, gehcn, ertjclwn; mourir, 

sterhen ; avec le pari. 12,4 etc. 
aleter v. alaiter. 

alëure, pas, train, Schriit 214. 26. 228, 17. 
alevameut, comniencemcnl, Anfang 19, 3. 
alever, allevar 20, 40, élever, erhehen. 
algalife, calife, Kalifc 33, 5. 
alg'ier, dard, Speer 37, 34. 
alïance, -ence, alliance, Dilndniss 406, 43. 

408,21. 
aligier v. alegier. 
alis, lisse, glati 232, 14. 
alixaiidriu, d'Alexandrie 187, 10. 
ail- cf. al-. 

allas, hélas, ach 94, 11. 103,30. 
allegance, allégement, Erleichterung. 
allevar v. alever. 
almosuier, qtii reçoit t aumône, Almosenem- 

pfangcr 28, 26. 
aine, aulne, aune. Elle 49,11. 57,5. 496,8. 
alo, là, dort 10,32. 
aloë, lat. aloën, 14,21, aloès, Aloë. 
aloër, alouer, loger, herhergen 27,27; louer, 

miethen 473, 19. 
alogier, réfl. camper, sich lagern 56,31. 
aloignier, éloigner, s'éloigner, entfernen, sich 

entfernen 234, 22. 344, 25. 
aloir, allée, Weg 352,31. 
alouge, allongement, Verlangcrung 302, 38. 
alou^ier, alonger, alungier, allonger, ver- 

lângern, ausstrecken 126, 24. 
alors, da, damais. 
alose, louable, lohensmerth 326, 20. 
aloser, appi'écier, schâtzenl6, 10. 305, 27; ge- 

schatzt machen 407, 26. 408, 3. 
alouer v. aloër. 

alouëte, -ette, ail-, alouette, Lerche. 
alqn- v. auqu-. 
alquens v. aucueus. 
alsîment, aussi, chenso 107, 12. 
alsmosne v. aumosne. 
ait V. haut. • 
ait- V. aut-. 
altece v. halt«ce. 
alter v. autel. 

Bartsch, Chrestomathie, IV. Éd. 



altet. haut, hocli 20, 34. 

alumer, allumer, anzûnden, entflammen. 

am, tous deux, heide 10,43. 

amaig-rir, ahmagern 328, 6. 

amaladir, devenir malade, erkronken 287, 8. 

amander v. amender. 

amanver, présenter, darreichcn 30, 45. 

amarament v. amèrement. 

amasser, amasser, s'amasser, versammeln, sich 

sammeln 75,13. 164,36. 284,30. 
ambedeus, ambedous v. andui. 
ambes, tous deux, heide; ambesdous i'. andui. 
ambler v. embler. 
amblëure, amble, Passgang 76, 1 8. 
ame, anima 5,2, aneme, anma 13,25, ainrmc 

212,20, arme, ùme, Seele. 
ame^,'Oii, hameçon, H amen 179, 10. 
amedens, amedui v. andui. 
ameir v. amer. 
amen, Amen. 
amende, em-, eram-. Busse, Strafe b\,iO. 52, 

6. 60, 37. 
amendement, idem. 
amender, -eir, amander, amender, réparer, 

bessern, Ersatz geben 54,4. 123,17; réfl. 

117,32; intr. s'améliorer 384,23. 
amener, herbeifi'ihren, bringen 195, 19. 
amenevi, pro?npt, bereit, geri'istet 65, 46. 
amentevoir, nommer, nennen 70, 10. 
amenuir, s'amoindrir, sich vermindern 158, 27. 
amenuiser, amoindrir, verkleinern 53, 33. 
amëor, amant, Liebender 247, 20. 
amer, ameir, aymer, amert 61, 19, aimer, lic- 
hen 127,37. 175, 26; a. miex, lieber haben; 

part, amant, Liebender. 
amer, ameir, amer, triste, bittcr, betrûht 395, 4. 
amèrement, amarament 10, 33, amèrement, 

bitter, hiltcrlich. 
ameros, -eus, -us v. amoros. 
amerouset, amoureux, liebevoll 335, 17. 
amesurer, réfl. se modérer, sich miissigen 

284, 20; jyart. proportionné 192, 34. 
amfant v. enfant. 
ami, amin, amy, amie (j[>r£>i'.) 9, 27. 11,27. 17, 

12. \' , ami, amant, parent, Freund, Geliebter, 

Verwandter; estre noz a., être la dtipe^hS, 5. 
amïablement, -ant, amicalement, freundlich. 
amïableté, amitié, Freundschuft 386, 19. 

35 



527 



GLOSSAIRE. 



528 



amie, aniyc, amïet 63,13. amie, amautc, Fn-un- 

,!in, Gclidxc 195. 19. 
aniïete, -ette, amante, Ge/iebte 29S, 25. 
iiiuiu r. ami. 
amirail, -al, -aus, -ant, -é, -cz, l'mir 7G, 16. 

203, 32. 
amisté, -ié, -et, -ei, amité, -ié, amitié, amour 
27.17. 75, 1 4 ; parente, Vei-wandtschaft 233, 18. 
ainoderé, modéré, massif/. 
amoi, larijcntent, reichlich 150, 30. 
aniolir, amoloier, amoUier, amollir, criveichen 

111. 30. 
amouestement, exhortation, Ermahnungl^, 7. 
amoiiester, adm-, conseiller, exciter, ralhen, 

bcrathcn, antreiben 117,14. 167,2. 195,16. 
auiout, -unt, en haut, aufwarts, oben 35, 15. 

41, 26. 
aiuor, -our, -ur, amour, Liebe 3, 18; Geliebte 

411,36. 
amordre, <joùtcr, kosten 2T1, 2s. 
ainorete, amourete, -ette, Liebschaft 240, 25. 
amoros, -eus, amourous, -eus, -eux, ameros, 
-eus, -us, amoureux, liebend, verliebt, zdrt- 
Uch 238, 2. 
amortir, heUiuben 395, 1. 
amoureusement, liebreich. 
ample, large, breit 20, 6. 46, 23. 
amsdoas r. andui. 
amunt >:. amont. 
amur v. amor. 

amuser, zum Besten haben 408, 34. 
an V. en, hora. 
an- V. en-. 
an, ail, année, Jahr. 
anar v. aler. 

anatemar, exécrer, verfluchen 17,25. 
anbler, aller C amble, im Pass gehen 295,37. 
anc r. aine, ains. 
anc- cf. enc-. 
ancei.sor v. ancessor. 
ancele, -elle, servante, Maijd 190, 16. 
ancessor, ancelsor 25, 17, ancissier 303, 12, 
ancestre, anch-, ancien, ancêtre, Vorfahr 
232, 35. 
aneeys v. ainçois. 

anehapeler, couvrir, bedecken 181,14. 
anchestre v. ancessor. 
anchïenité, ancienneté, Alterlhum 353, 15. 



anchois, ançois v. ainçois. 

iineïen, anciien, cucïen, alt\ subst. 25, 13. 

ancissier v. ancessor. 

ancucus r. aucuens. 

ancui, âncoi, euciù, encore ce jour, noch heuie 

39, 16. 159,30. 
and- cf. end-. 

andui, -eus, ansdous, amsdous, ambedous, -eus, 
ambesdous, amcdui, -ous, -eus', tous deux, 
beide 35, 31. 35. 76, 3. 
anel v. aignel. 

anel, n. aniaus, anneau, Ring 388, 29 ; anneau de 
la colonne vertébrale, Ring der fVirbelsaule 
228, 1. 
aneme v. ame. 
anemi v. enemi. 
anf- V. euf-. 
ang-- cf eng-. 

ang^arde, éperon, Vorspntng 177, 30. 
angevin, monnaie d'Anjou 65, 43. 
ang-Ie, angele, angret 64, 25, ange, Engel. 
anglet, petit angle, Winkelchen. 
anglois, -oiz, englois, fém. englesche 123, 1, 

anglais. Anglais, englisch, Englander. 
angoisousement, avec angoisse 245, 20. . 
angoisse, anguisse, Angst, Quai 67, 29. 
augoissier, -uissier, angoixer, presser, be- 

drangen 35,30. 41,23. 
angoissis, triste, traurig 68, 14. 
angoissos, -ous, -eus, -eux, anguissus, plein 
d'angoisses, tourmentant, triste, pressé, angst- 
voll, quàlend, betrûbt , eilig 40, 29. 106, 2. 
114,30. 159,7. 468,9. 
angret v. angle. 

angroissier, engrosser, schrvàngern 382, 30. 
anguile, angille, Aal 166,7. 
anguisse v. angoisse. 
aniaus v. anel. 
anïeus v. enuieus. 
anima, anma v. ame. 
anis, Anis 281, 34. 
annar v. aler. 
année, année, Jahr. 

anoncier, anonchier, aimoncer, verkilnden. 
anp- r. emp-, 
anpoigni(^, empoigné , in der Faust gehalten 

183,30. , 

anq- v. enq-. 



529 



GLOSSAIRE. 



530 



aïKinenuit, enq-., cette nuil, dièse i\aeht 173, 3. 

ans v. ains. 

ans- cf. ens-. 

ansçois v. ainçois. 

ansdous v. andui. 

anseler, selUr, suite In. 

ansiment v. ensement. 

nnsois v. ainçois. 

ant- cf. ent-. 

aute, ohl. antain, tante 305, 16. 

anter v. hanter. 

antif, -i, {-\c j)rov. 17,30) )t. antis, antique, 

ait 49, 35. 55, 26. 
antiquité, vieillesse, Aller 100, 10. 
auui )\ enui. 

anuie, cntiui, J'erdruss 163,43. 
auuit, enuit, cette nuit 172,28. 202,46. 
anuitier, faire nuit, nachten 26, 38. 
auumbrer, compter, 7'echnen 57, 30. 
anuyer v. enuier. 
anveer v. envoler. 

auvoisëure, ffalté, Frôhlichkeit 336, 31. 
anvoy, envoi, Scndung 414, 35. 
auz V. ainz, enz. 
anzois v. ainçois. 
aoi, interj. 33, 22 etc. 
aoire, accroître, vermehren 346, 30. 
aombrer, réfl. se cacher, sich verbergen 83, 7. 
aorer, aourer, adorer, invoquer, afibeten, prei- 

sen, anrufen 53,27. 83,11. 151,14. 
aorner, orner, schmiicken. 
aoust, août, August. 
apaier, calmer, contenter, heruhigen, hefrie- 

digen 239, 1. 382,32. 
apairier, apparier, paaren 378, 24. 
apaisier, -er, app-, heruhigen, hesànftigen. 
aparcevoir v. apercevoir. 
apareillier, -er, -ellier, -illier, -oillier, appa- 

reillier, appareiller, préparer, garnir, vorbe- 

reilen 174,9. 362,23, einrichten 110,6, ver- 

.sehen 149, 14, rûsten 194, 29. 201, 13. 327, 

1 1 ; égaler, gleichstellen. 
aparellement, appareil, Ausriistung 115,28. 
aparoillier v. apareillier. 
apariuain v. main. 
aparoir, app-, apparaître , erscheinen , sich 

zeigen 73,39. 209,6. 
aparteuir, app-, gehôren, zukommen; part. 



prés, parent, Verwandter 31, 37. 99, 28. 
118,28. 

apel, Appel, Anruf 329, 40, Aufforderung. 

apeler, apeller, apieler, appeller, appeler, 
nommer, aborder, accuser, rufen, berufen, 
anreden,verlilagen 11,4. 31,30. 49,39. 198,20. 

apelëur, demandeur, Kldger 52, 41. 

apeudre , dépendre , convenir , gehôren , ge- 
ziemen 70, 38. 

apenser, réfl. penser, réfléchir, bedenken ; part, 
bedacht 20, 10. 324,45. 

apentis, appentis, Wetterdach 308, 38. 

aperceToir, -chevoir, -sevoir, -çoivre, aparce- 
voir, -çoivre, apercevoir , bemerken, recon- 
naître, erkennen; épier, spâhen 281, 23 ; l'éfl. 
bemerken, mahrnehmen 59, 13. 215, 12 {avec 
gén.); regagner la connaissance , zum Be- 
ivussl.sein kommen 36, 10. 42, 39. 

apermenmes, sur-le-champ , sogleich 207, 35. 

apert, app-, appart, évident, klar ; adroit, ge- 
schickt 285, 12; prêt, bereit ; en a., publique- 
ment 161,30. 

aperté, adresse, Kunstgriff 282, 26. 

apertement, app-, appar-, ouvertement, claire- 
ment, deutlich ; tout de suite, sogleich 468, 36. 

apertenir v. apartenir. 

apetîser, diminuer, verringern 232, 2. 

apieler r. apeler. 

apleiguier, aplanir, .schliehten 174,8. 

apoier, -oiier, -uier, appuyer, stûtzen 125, 23. 
ISl, 18. 210, 17 ; monter, hinaufsteigen 228, 10. 

aporter, apporter, herbeibringen 14, 20; rap- 
porter, tragen 56, 6. 

apostle, apostre, apolre, Apostel. 

apostoile, -olie, pape, Papsl 32, 19. 260, 17. 

apovrir, s'appauvrir, verarmen 1 02, 24. 

app- cf ap-. 

apparant, symptôme, Anzeichen. 

appétit, Appétit. 

apref v. aprof. 

apreudre, app-, ^e?/7i^/«, kennen lernen, lehren ; 
part, kundig, erzogen. 

après, apriés, prép. nach ; adv. nachher, en 
après 204, 2. 

apresser, presser, hedrangen 27, 8. 

aprester, préparer, apprêter, zurechlmachen 
32,41. 53,38. 58,6. 97,23. 

apriés v. après. 

35* 



531 



GLOSSAIRE. 



532 



aprisiuer v. aproismier. 
aproehier, -cher, -ccr, aprucer, aprouchier 
tra/is. et refl. approcher, sich n/ïliern 59, 20. 
98,8. 151,9. 192,19. 278,33. 
aprof, apref, dujirès. lierait 51, 29. 35. 
aproismier, apreismier, aprisraer, approcher, 
s approcher, sich uâhern 9, 9. 121, 22. 131, 3S. 
aprouchier, aprucer r. aproehier. 
apuier r. apoier. 
aquel, cehii-ci. dieser 9, 15. 
aquerre, acquerre. acquérir, erwerhea. sich 

rerschaffcii. 
aqoiter, acuiter, acq ni (ter, s'acj ait ter, ausliiseK ; 
absoudre, freisprechen 84, 2S; refl. sich eiit- 
ledigen 106,36. 202,6. 295,28. 
aqoison v. ocoison. 
arabi, arrabi, arabe, cheval barbe, urabisch, 

arahisches Ross 37,1. 193,24. 
aragris, arrachement, Vrharmachunfj 359, 4. 
araim, arain, airain, Erz 57, 8. 
araîne, arène. Sand. 
araisoner, -sonner, -snier v. arraisonner. 
araser, raser, deniErdboden tjJeich machen 75, 5. 
arbalastier,rt///«/t'/m'r,^r;/ii'rM.s/.«7<M/~d' 22,26. 
arbaleste, ab-, arbalestre, arbalète, Amibrust 

352,21. 391,31. 
arbalestee, -tree, portée d'une arbalète, Schu.t.^- 

Tveite einer Arvibrust 197,3. 291, 11. 
arboie v. erboie. 
arbre, Baum 42, 26 ; arbre-sec désigne un pays 

fabuleux en Asie 317, 13. 
arbroie, petit bois, Wdldchen 329, 42. 
arbroissel, n- -iaus, arbrisseau, Bâumchen 

149,27. 
arc, n. ars, arc, Bogen 124,39. 204,24. 
areant, sich wôlbend 3S0, 32. 
archant, rhamp de bataille, Schlachlfeld 77, 33. 
areevesque, archevêf/ue, Erzbischof. 
arche, r arche de Moé 101, 1. 
archiee, portée d'un arc, Bogenschuss 215,7. 
arcbier, -cher, -cier, archer, Bogenschûtze 

124,39. 
arcYen, clerc a., ctericus artium 372, 6. 
an;on, -un, Sattelbogen 22,25. 81,35. 
ardanment, ardemment, sehnlich 211,2. 
ardeur r. ardor. 

ardoîr (y/. 509), brûler (trans. inir).. hrennen,ver- 
hnniieii fi. .'>. 95.20; ardent, -ant, gluhend2\ 1 ,23. 



ardor, -our, -eur, ardeur, Gluth. 

ardure, incendie, Brand. 

are, labourage. Feldarbeit 404,31. 

areer r. arreer. 

areuger, haranguer, reden 420,7. 

areugier, arr-, arranger, anordnen, ordnen 

220, 29. 407, 36. 
arer, cultiver, bearbeiten 385, 2. 
arere v. ariere. 
arest, arestement, arrestoison, aretoyson, arrêt, 

retard. Aufenthalt, Zogerung 467,34. 
arester v. arrester. 

argent, argant, arjant, Silber, Geld 5, 7. 74, 4. 
argudu, vite, schnell 2, 30. 
arguer, accuser, b là mer. zeihen 212, 41, tadeln. 
arier, -iere, arrier, -iere, arere, arriéres, ayere 

209, 26, arrière, zuriick, hinter dem Riicken 

82,24. 196,36; auparavant, vorher 259,27; 

en a. 52, 45. 62, 5. 
arirer, arr-, ankommen, landen 27,31. 
arjant r. argent. 
arme v. ame. 
armée. Armée. 

arment, bétail, Zugvieh 56, 7. 
armer, waffnen 9,31, 127,20; intr. 200,34. 
armes, armes. Waffen 42, 35. 
armëure, armure, armure. Waffen, Rûstnng. 
arom, arôme 62, 24. 

aromatizer, aromatiser, balsamieren 14,24. 
arouter, se mettre en route, sich auf deu 

Weg machen 199,24. 
arpent, Morgen Landes 41,21. 
arr- cf. ar-. 
arracher, entreissen. 
arragon, arragonisch 81, 36. 
arraisonner, ar-, araisoner, -snier, parler, 

reden, anreden 70,21. 
arreer, areer, préparer, bereiten 391,4. 
arrement, encre, Jointe 33, 24. 
arrester, ar-, occuper, besetzcn; intr. et refl. 

s'arrêter, sich uufhalten, stehen bleiben 73, 

18. 357,37. 
arrieregarde, Nachhut. 

arroi, -oy, arrangement, train , Ausrû.itung. Zug. 
ars, incendie, Brand 323, 40. 
art, plur. arz, Kunst, Kunstgriff 20, 20. 
artillerie. Artillerie. 
artisïen, ntannaie artésienne 368, 2. 



533 



GLOSSAIRE. 



534 



arvol, embrasure, Schwihbotjen 155, 3G. 

as , le notiihre un sur les des , die Kiits auf 

dein Wûrfel 3G6, 15. 
as, voici, siehe du 35, ",»; ef. os. 
as- cf. ass-. 
asaier ?'. essaicr. 
ascoter v. escouter. 
aseis, aseit, aseiz v. assez. 
asele r. aisselle. 
asne, dém. asnel, àue, Ksel. 
asiiesse, mtesse, Jùeliii. 
asoag'ier v. assouagier. 
asoîg'uenter, coucher avec une femme, he- 

schlafen 289, 18. 
asoldre, absoudre, ahsolvieren 40, 37; asohi 

part, saint, heilig 43, 24 ; cf. absoudre. 
asoploier, réfl. faiblir, schivach werden 144,29. 
asoter, tromper, zum JSarren machen 224, 18. 
aspre, fort, âpre, stark, heftig. 
aspreche, àpreié, Gierigkeit 379, 36. 
aspret, démin. de aspre 332,21. 
asproier, traiter rudement, rauh behandein 

373,38. 
assaier v. essaier. 

assaillir, -alir, ess-, asaillir, -alir, (int/reifen. 
assalt V. assaut. 

assambler, assanler v. assembler. 
assasier, as-, rassasier, sattigen 55,24; part. 

pass. riche, reich 1G5, 29. 
assaut, assalt, asalt, Angriff 128, 16. 
assauter, assaillir, an gr ci feu. 
assavoir, c'est, c'est-à-dire, das heisst 444,8. 
assaTorer,assavoreir,-ourer, goûter, schmecken. 

kosten 195,30. 210, 10; part, pf assaisonné, 

wohischmeckend, gewiirzt 233, 1. 
assaz V. assez. 

asseg:ier, as-, assiéger, belagern 259, 3. 
asseïr v. asseoir. 
assemblée, assam-, union, armée, Versamm- 

lung, Heer 74, 47. 
assembleineiit, assam-, union, Vereinigung 

26,33. 99, 1. 
assembler, -enbler, -ambler, -anler, asembler, 

-anler, essambleir, intr. et réfl. assembler. 

s'assembler, sich sammeln, zusammenkommen 

26,32. 122,27; combattre, kdmpfen 144,12; 

assaillir, angrei fen ()3,2S. 361,35; grouper, 

zu.mmmenstellen 130, 2. 



assener, asencr, diriger, richten 60, 16; at- 

teinilre à. gelangen 323, 29. 
asscntir, as-, assentir, accorder, beistimmen, 

rereinbaren 397,1. 398,9. 
asseoir, as-, assëir, asseoir, selzeu 11,39. 22, 

25. 61,5. 161, 11; arrêter, gefangen selzen; 

assiéger, belagern 18, 17; part, assis, ge- 

legen ; formé, gebildet 288, 9. 
asserisier, calmer, beruhigen , slille machen 

416, 18. 
assëur, sûr, sicher 316, 9. 
assëurer, as-, assurer, rassura-, versichem, 

beruhigen 124, 13. 386, 16. 
assevir, toucher, riihren 415,2. 
assez, -az 12, 11, -es, asez, -eiz, -es, -eis, aisseis^ 

assez, beaucoup, genug, riel, sehr 63, 2. 150, 

17; d'à., viel 343, 16. 
assi V. aussi. 

assimpli, simple, einfach 481, 17. 
assommer, niederschlagen. 
assouag-ier, as-, asoagier, s'appaiser, sich be- 
ruhigen 331,28; calmer, beruhigen 377,25. 
ast = astele 364, 28. 
astele, éclat, Splitter 78, 10. 365, 42. 
astenir, réfl. s'abstenir, sich enthalten 30, 34. 
astraiudre, presser, bedrdngen. 
astre v. estre. 
asnr, azur. Azur 400,18. 
aeswarder v. esgarder. 
atacliier, -cier, ataquer, attacher, befestigen 

141,26. 401,26. 
ataiudre v. ateindre. 
atalenter, plaire, gefallen 147,20. 
atandre v. atendre. 

atant, alors, à présent, da, damit 199,18.362,41. 
ataquer v. atacliier. 
atardance, retard, Zôgerung. 
atarder, atargier, -ger, -jer, arrêter, anhalten; 

réfl. tarder, zdgern 70, 12. 
ateindre, at-, attaindre, atteindre, erreichen. 
ateirier v. atirier. 

atempreement, modérément, g emâssi g t 97, 31. 
atemprer, atremper 455, 26, tempérer , mds- 

sigen SS, 29; accorder, stimmen 150,25. 
atendre, att-, act-, atandre, attendre, warten^ 

erwarten ; réfl. 312,27; s'y a., es erwarten. 
atenebrir, obscurcir, verdunkeln 348, 23. 
atenir, convenir, passen 172, 8. 



535 



GLOSSAIRE. 



5H6 



atente, att-, attente, Envartung, Zogening. 
atirier, ateirier, attirer, anziehen; ranger, 

ordiwn 210,33.36; arranger, einrichten 72, 

35. 392, 16. 
atiser, exciter, entflammen 160,4. 171,25. 
atoivre, hetail. Vieh 224, 40. 
ator, atour, actour, appareil, atour, manière, 

Zurûstung. Anzug, Pulz. Art 218, 36. 338, 14. 

346, 20. 
atorité r. auctorité. 
at orner, -eir, atourner, -urner, tourner 371, 3, 

ejnpioyer 214, 10, préparer, arranger 159, 1. 

194, 15, wenden, ann'enden, zwichten 361,40, 

bereiten 29, 24, anordnen ; habille?', kleiden 

56,27. 120,13. 
atot, atut, arec, mil 184, 31 ; adv. damit 40, 22. 
atouchier, toucher, herûhren.. 
atraire, att-, attirer, an-, herbeiziehen 42, 11. 

116,31. 
atraper, attraper, erreichen. 
atremper v. atemprer. 
atroTcr, trouver, finden. 
att- cf. at-. 
attarier, provoquer, irriter, reizen 57,22. 41. 

5s. 1 S. 
attendrir, erweiclien 393, 1. 
atterrer, zur Erde werfen. 
aturner r. atorner. 
atut r. atot. 
aube, point du Jour, Morgen 46, 17. 98, 9. 

182,13. 429,5. 
aubère r. hauberc. 
aucir r. occirre. 
aueiun, oie, Gans 2, 2. 
auctorité, auth-, at-, autorité, Ansehen, Macht 

197,25. 
anenens, alqu-, anc-, aucun, anc-, aulc-, alcon, 

aucun, irgend ein 52,44. 209,24, 210,8. 
aucunement, de quelque façon, irgendtvie. 
audir /. oïr. 

uuTerrant, cheval hlanc ou gri.f, J'ferd 82, 2. 
aui^u re, ff 'ahrsagung 1 93, 2 1 . 
aukes v. auques. 
aul- r. al-. 

aultement v. hautempnt. 
aulA, jilnv. de ail, hiuddamlt 46t;, 21. 
aumosne, abn-, alsm-, aumône. Almosetéh, 15; 

liitié, Erbarmen 290, 2. 



aumosniere, amosniere, aumoni'ere , Beutel 

79,32. 159,20. 
aumuobe, capuchon, Miitze 318,31. 
auner, /ncssen 496,7. 
aiiner, adunar, as.<!emhler, sainuicln 18,6. 100, 

19. 347, 2S; résoudre, daMn einigen 6,1; 

com/nuntquer une résolution, mittheilen 16, 33. 
aunois, bois d'amies, Erlengeholz 433, 15. 
auprès, nehen (de). 
auquant, alqu-, quelqu'un, einer , pi. einige 

19, (i. 32,35. 293,24. 
auques, alqu-, aukes, un peu, etwas 42, 39. 

150,24. 
auqneton, alquetun, hoqu-, hocqu-, Waff en- 
rock 21, 17. 430,16. 
aurîlia v. oreille. 
ausar v. oser. 

uiiser, exercer, iiben 58, 46. 
ausl, aussi, ausint, assi, ossi, aussy, aussi, so, 

ehenso 150,12. 208,33. 401,7. 
auster, austère, sir en g. 

autant, otant, ebensoviel,ebenso 163,42. 399,24. 
autel, otel, tel, pareil, ebensolch 425, 6. 
autel, alter, Altar 66, 36. 
autborité v. auctorité. 
autour, ringsu)//. 
autour r. ostoir. 
autre, al-, aultre, auter 52, 11, alter 51,36. 39, 

ahs. autrui, al-, altri 52. 28, aultrny, autre, 

anderer ; autrement, anders 29, 14. 
autrement, al-, aul-, anders, sonst 228,31. 
autresfoiz, quelquefois, manchmal. 
autres!, -ssi, altresi, de même, ebenso. 
autretant, al-, autant, ebensoviel. 
autretel, tel, pareil, ebensolch. 
autrier, l'aut-, lautrier, l'autre Jour, neulich 

2S7,3. 371,9. 
autrui v. autre. 

auvertement, ouverlcment, offen 211,10. 
anvrir v. ovrir. 
aval, en bas, bas, hinuh, unlcn 41, 26. 270,6; 

d'à. 20,8. 
avaler, descendre, baisser, avaler, tomber, 

hinabsteigen , -fahren, -fallen, herablassen, 

verschlucken 71, 43. 80, 25. 97, 8. 177, 34. 

1 80, 23. 32. 
avancier, -cer, avancer, s'avancer, vomurls- 

hringeu, -gehen. hcrvortreten {réfl.). 



537 



GLOSSAIRE. 



538 



sivaut, avau, prcp. et ado., uvaiU, (levant, vur, 
vonvarts, voraus, tveiter , vor, nach vorii 
12,3. 30,40. 32,41. 41,22. 1<,»2, 15. 203,22. 
343,28; en a. 3,19. 17,13. 204,12; ad eu a. 
2G, 25; a. que, bevor ; des abauz, vorher 10, 
41. 

iivantagre, -aige, Vortheil 406,41. 

uvantg'arde, Vorhut. 

avaiiture v. aventure. 

avarder, regarder, schauen G, 22. 

avarisse, avarice, Uabsucht 117,13. 

avé Maria 369, 33. 

avec, avecques v. avoc. 

aveir v. avoir. 

avel, v. aviaus, souhait, Wunsch, Ferlangen 32S, 
40 ; la chose désirée, das Erwunscitle 330, 10. 

avenablemeiit , convenabh'incut , ansldndig 
61,28. 

aveuandise, convenance,' Anstand 284,33. 

avenant, convenable, agréable, passcnd, ange- 
nehm 77,22. 203,31. 

avenir, adv-, avenir, arriver, parvenir, conve- 
nir, gelangen, hcrankommen, geschehen, zu- 
kommcn 65, 24. 248, 30. 

aventiu'e, adv-, avant-, hasard, sort, occasion, 
événement inopiné, Zufaîl, Schicksal, Er- 
gehen, Abenlcuer 92,12. 94, 15; a l'a., aufs 
Geratheivohl ; par a., vielleicht, durch Zufall 
208, 35. 

aver, avare, geizig, habsiichtig 347, 28. 

aver v. avoir. 

avérer, bewahrheiten 79,4. 

avers, â côté de, im Vergleich mit 288, 19. 

aversier, avresier, adversaire, ennemi, Gegner, 
Feind (Tenfeî) 24, 1. 81, 14. 194, 18. 

avertir, avertir (àQ), annoncer, benachrichtigen, 
vcrkiinden 378, 10; réfl. si" apercevoir (de), 
berner ken. 

avesprer, -ir, faire tard, Abend werden 86, 30. 

233,48. 
aveuc, aveuques v. avoc. 
aveug'le, blind. 
aveuglement, Verblendnng. 
aveyron v. environ. 
aviaus v. avel. 

avigurad, vigoureux, slark 20, 9. 
aviler, -lier, avilir, erniedrigen, werthlos ma- 
chen 284, 16. 



aviltance, avilissement, Emiedrigung 117, 19. 

aviron v> environ. 

avironer, -ouner, environner, umringen 100, 12. 

avis, adv-, adviz, avis, croyance, Meinung, 
Gesinnung 399, 13; m'est avis, ich meine 
202, 5. 

aviser, adv-, voir, reconnaître, annoncer, in- 
struire, sehcn, erkennen , verkûnden 31,3. 
202, 18. 278, 25; part, unterrichtet , klug 
353, 19; réfl. réfléchir, se résoudre, parve- 
nir à la connaissance, nachdenken, sich enl- 
schliessen, sich bewusst werden 349, 1. 

avisïou, apparition, Erscheinung 379, 45. 

aviver, animer, beleben 323, 36, 

avoc, -oec, -ec, -eue, -uec, aveuques, avecques, 
ovecques, ovec, ove 23, 22, avec, mit, bel; 
adv. en même temps, zugleich. 

avoi, intci-j. 154,9. 272,24. 

avoier, diriger, mettre en roule, lenken, auf 
dcn Wcg bringcn 180, S. 370. 8. 375,26; réfl. 
sich auf den Weg machcn. 

avoine, Hafer. 

avoir (/^ 503), -eir, -er, haveir 5, 17, avoir, ha- 
ben: sert à former le futur et le parfait 
périphrastiques ; a, i a, // y a, es giebt, ist 
he}-lb,Al. 30,22. 37,19; il s agit, eshandelt 
sich 165, 17; Subst. avoir, richesse, bien, 
Eabc, Gut 27, 40. 

avoueltre, illégitime 405, 46. 

a'vous = avez vous 473, 23. 

avresier v. aversier. 

avril, April. 

avuec V. avoc. 

avugler, avuler, aveugler, blenden 163, 21. 
338, 22. 

awe V. aiguë. 

aivillon v. aguillon. 

ay- cf. ai-. 

ayere v. ariere. 

aymer v. amer. 

aysi V. ensi. 

azet, vinaigre, Essig 13,22. 

azuré, azurblau. 

ba, bah, pah 296,41. 

baailliei', -er, bâiller, gâhnen 130,7. 220, 1. 

babiller, schtvatzen. 

bacheler, -ier, baceler, jeune homme, garçon. 



539 



GLOSSAIRE. 



540 



(pauvre) chevalier, junger Meiisch, A'najtpc. 

Biirsch, iannrr) Rittcr 61, 1. 199, 34. 
baclielerie, jeunesse, Jugend 5S, 46. 
baciu, bassin, Becken 69, 38. 
baciuet, bach-, sorte de casque, eine Art 

Helm 432,0. 
baoou, Jambon, Schinken. 
baëe, ouverture, Oeffnung 195,27. 
baër V. béer. 

baffier, moqueur, SpOtter 40S, 4. 
baiffiiier, -er, bagcier, baigner, baden 61, 15. 
baille, confie, Anvertrauter 319,36. 
baillie, baiUe, pouvoir, Macht 30,21. 87,27. 
baillier, ballier, donner, gouverner, avoir en 

puissance, joindre, geben , Icnken , besitzcn, 

erreichen 22,20. SI, 18. 111,2. 165,10. 194, 

13. 218,10. 310,7. 
baillir, ^o?/iW7/tT, lenken 345,31; traiter, be- 

kande/n ; joindre, erreichen 44,18. 
baiug:, bain, Bad. 
baisier, -er, -xier, baisar, -air, bcsier, baiser, 

kûssen 9, 22 ; ^«^5^ Auss 9, 26. 
baisol, baiser, R'uss 9, 28. 
baissier, bessier, basser, baisser, neigen, sen- 

ken, sinken 82, 18. 
balaîne, baleine, Walftsch 430, 17. 
balance, bail-, ^^age, Entschcidung 408, 20. 
baldement v. baudement. 
baldnr, hardiesse, Kiihnheit 105,37. 
baler, danser, tanzen 200,27. 
ballade, Tanziied. 
ballance v. balance. 
ballier r. baillier. 
ban, bau, Bekanntmachung 320, 23. 
banc, Bank 32, 45. 
bande, troupe, Schar. 

bandon, a (cf. abandun), à volonté, à discré- 
tion, nach freiem m/len,/rei8\,^0. 376,32. 
banerel, banneroi, banneret, BannerhetriOZ,^. 
baniere, bannière, Banner. 
banir, bannir; convoquer, berufen 266,7. 
banlive, banlieue, Weichbild 371,25. 
banneroi v. banerel. 
baptisier, -zicr, batisier 203, 30, baptiser, tau- 

frn 26, 18. 

barai^ne, stérile, unf'rnchtbar 55, 24. 
barat, barate 12:5.0, fraude, ruse, Betrug, 
falschheit, List. 



barater, tromper, belriigen; hareter, faire un 

troc, Tauschhandel treiben 304, 20. 
barbe, Bari 102, 1. 

barbel, pi. barbiaus, barbeau. Barbe 225, 7. 
barbëoire, masque 346, 34. 
barbier. Barbier. 

barder, panzern (dus Pferd) 494, 17. 
baréter v. barater. 
barge, barque, Kahn. 
barg-iiigner, hésiter, zôgern 484, 25. 
baruage, -aje, assemblée des barons 79,12; 

noblesse, Adel 3\,\^; vaillance, Tapferkeit 

35,3. 312,37. 
barné, baronnage 85,38. 201,28. 
baron, -un, nom, ber, bers, homme, Mann 

207, 37; mari, Gatte ; courageux , homme 

courageux, noble guerrier, vasstd, tapfrer 

Marin, Held 15,38. 34,24. 44,23. 
barre, barrière, barrière, Schranke, Turnier- 

schranke 442, 19. 
barrer, versperren 69, 33. 
bas, bas, mince, niedrig, ticf, Icise, fein ; bas 

voler, listig sein 408, 32; du bas, von unten; 

subst. bas, Strumpf. 
basme, baume, baume, Balsam 77, 15. 
basser v. baissier. 
bassin v. bacin. 
bastir, bâtir, provoquer , bauen, vcranlassen 

95, 18. 387, 18. 
baston, bâton. Stock; arme à feu, Schiessge- 

wehr 494, 48. 
bataille, batalle 18,27, Schlacht, Schlacht- 

reihe 495, 8. 
bataillier, -er, kâmpfen 390,9. 405,29. 
batel, n. batiax, bateau, Boot 160, 18. 26. 
batesme v. bautesme. 
batisier v. baptisier. 
batre, battre, schlagen, abhauen 359,37; b. 

sa coupe, se confesser, seine Siinden beken- 

nen 80,26. 
baudement, bald-, hardiment, kithn 59, 4. 

284, 12. 
baudr^', ceinture, Giirtel 60, 40. 
baume v. basme. 

bans, {sing. bal), danses, Tànze 341,37. 
baut, bault, hardi, kûhn 191,. 39. 218,28. 
baut V. baillier. 



541 



GLOSSAIRE. 



542 



bautesuie, batcsinc 2t), Iti, baplcmc, Tauf'c 7'.). 

40. 203,31. 
baver, bavarder, Lnsinn rcdcit. 
baverie, havarderie , Gescluvàlz, 474, 5. 
be = de, deu, dieu, Golt 294, 44. 
beau-s, beax, beaulx v. bel. 
beaucoup, beaucop, vicl, sc/ir 456, 25. 
beauté, biauté, biaulteit, ScliOuhcil 77,22. 
bec, Schnabti 393, 2',». 
bee, bà 474, 21. 
beem v. bien. 
hQ^v^hdki^t. attendre, erivàrlen 185,38; aspirer (à), 

trachten (nach) 279, 2 ; batjer, «jaffen 284, 39. 
beg'nin, bcnin, giitig. 
beivre v- boivre. 
bejauue, Gelbschnuhel 474. 12. 
bel, bel-z, beau-s, ax, -aulx, bial, -au, -aus, ax, 

-aux, -eubc, beau, agréable, cher, schôn, lieb 

149,6. 190,23. 304,37; estreb., plaire, ije- 

l'allen 114, 11; plus b. que, so gut a/s''HJ9,6. 
bêlement, bell-, biel-, benl- 9, 8 , doucement, 

gentiment, schôn, teise, Uebevoll, freundlich 

26,35. 141,33. 206, 10. 
beliver, combattre, kunipfcn 123, 26. 
beu V. bien. 
beneïchon, -t^uu, -son, bénédiction, Segen 40, 

25. 98,27. 
beneïr (p. 514), beneistre, bénir, bénir, segnen 

35, 37. 54, 8. 79, 27. 
benëuré v. bienëuré. 
beni^ue, bénin, freundlich. 
benlemcut v. bêlement. 
ber V. baron. 
berbiz, -is, brebis, -iz, pirpici 1,28, brebis 

Schaf b\,2l. 
bergerette, Schdferin. 
bergrier, bergiere, berger , bergère, Schaf'er. 

Schdferin. 
bers ( . baron, 
ber/il, bercail. Hiirde 55, 7. 
besant, Byzantiner {monnaie) 159,24. 203,6. 
besche, bêche, Spaten 51,5. 
besier v. baisier. 
besoigfue, -oingne, -ongne, besoin, affaire, 

Noth, Bedurfniss, Sache 173,7. 211,30. 
besoin, -oing, -oign, bosoinz 30,45, besoin, 

Noth, jS'othn'cndigkeit m/d^] par b., aus 

Noth 119,40. 

iJAKiscu, CliresluuiatUie. IV. Kd. 



besoiuguer, être agile, thntig sein 463,21. 

besoigrneus, ayant besoin, bedûrftig 159,28. 

bessier v. baissier. 

bestail, bétail, Heerde 425, 16. 

beste, bêie, bétail, Thier, Heerde 55, 7 ; bcte, 
du mm 458, 41. 

bestïaire, Thierbuch. 

bestorné, mal tourné, verdreht 251,19. 

bet V. beër. 

betenser, disputer, sich streiten 361, 16. 

beter, coaguler, gerinnen 75, 36. 

beu, bieu = deu, dieu 361,22. 474,14. 

beubant v. bobaut. 

beuf V. boef. 

beuvre v. boivre. 

beveraje, bevrago, breuvage, Trank 158, 12. 
244, 8. 

bevre v. boivre. 

beyu V. bien. 

bial, -au, -ax v. bel. 

bianté v. beauté. 

bielement v- bêlement. 

bien, ben, beyn 20,3, beem 62, 23, bien, gut, 
mohl, sehr; estre bien de, être en grâce de, 
gut stehen mit 165,35. 366,6; stibst. bien, 
fortune, vaillance, Gut, Gtiles, Gluck, Tûch- 
tigkeit 9,39. 199, 11; bonne intention, gute 
Absicht 67, 34. 

bienëuré, benëurez, bonuré, bieneureux, heu- 
reux, glucklich 53, 6. 55, 28. 

bienfait, Wohlthat. 

bienraiugrnant, faire, bien recevoir, ivillkom- 
men heissen 360, 27. 

bière, bO^re, Bahre. 

bieu v. beu. 

bieulx v. bel. 

big:ne, Beule 461,40. 

bis, biz, noirâtre, schwùrzlich 68, 33. 

bise, Nordivind 214, 30. 

bise, biche. Hindin 50, 3. 

bisle, pocle, Ofen 2, 6. 

bistarde, outarde. Trappe 368, 5. 

blz V. bis. 

blâmer v. blasmer. 

blanc, blank , îveiss ; ordre blanche, Cistcrci- 
enserorden. 

blancir, blanchir, iveiss sein. 

ManÛir^fiaUer, caresser, schmeicheln,liebkosen. 

36 



543 



GLOSSAIRE. 



544 



blasme, nproche. Tadd. 

blasmer, blâmer, ^/rt//itT, accuser b'Î.H'i. (advlti. 

verk'atjcn. 
blastengrîer , foire des reproches, vorwerfcn 

32. 35. 
ble, Getraide 206.41. 368,6. 
blecier, -chier, -scier, -sser. blesser, vcrivun- 

den 60.27. 
blesme, blême, bleich. 
bleu, blau. 

blïalt, blïaut, étoffe de soie et d'or 40, 1. 
blonde, blont, démin. blondet 294, 20, blond. 
blos, dépouillé, eutblOsst. 
bobant, beubant. pompe, Geprûnge, Pracht. 
bobencier, orgueilleux, stoh 390. 5. 
bocasre v- boschage. 
booeré, bossu, bucklig 206, 43. 
boche, boce, bouche, bouce, bûche, bouche, 

Muitd 163,37. 
bo(,'a, bossu, bucklig 377. 
boef, buef, bouef, beuf, boeuf, (Jchs. Bind. 
boen r. bon. 
boillir, buillir, bouillir, sourdre, kocheti. her- 

vorqucllen 42, 3. 
boin V. bon. 
boire v. boivre. 

bois, boiz, bos. bois, Holz. Gehôlz 192.6.0. 
boisdie V. boisie. 

boiser, changer, sich verwandeln 104, 13. 
boisie, boisdie, félonie, Bosheil 1 1 1 , 20. 2 1 1 , 3 1 . 
boiste, boîte, Bûchse 2.54. 20. 
boirre (/?.51l ), bevre, beivre, boire, beuvre, 

boire, trinken; inf subst. 187, 17. 340,23. 
boiz ' . bois. 

bombarde, bombe 431,6. 
bon, buon 51, 1, boen, boin, buen, bun, bon, 

séfint, vaillant, gut, geeignet, tiichtig 202, 4 ; 

faire b., ^Ire bon 277, 15; sub.^t. volonté, 

plaisir, souhait, Gefallcn, Wunsch 233, 21; 

don bon dou cuer, mit gnnzcm lier zen 409,34. 
bonement, -ant, boin-, bonn-, franchement, 

volontiers, bien, justement, gern, recht, mil 

Recht 224. 11. 
bonté, -ei, -eit, -az 20, 22, bunted, bonté, Gûle, 

f/nle Eiger^schaft 92, 4. 
hunuré r. bicni'-uré. 
horf*e V. borse. 
bord. Bord 25S, 6. 



borde, bordete,^>t"<iV^ maison, ferme. Hduschen 

36S. 17. 3S5, 13. 
bordir, plaisanter, scherzen 2S7, 21. 
borgfois, borjoiz, bourgois, bourgoys, bourgeois, 

Bûrger 68, 12. 276,32. 
borjou, bourgeon, Knospe 372, 30. 
borse, borce, hoxix^Q. bourse, Beutelï\^,'i. 
borsel, bosse, Beule 330. 18. 
bos V. bois. 

boschage, bocage, bocage, Gehôlz 342, 26. 
boschel, petit bois. Waldchen 329, 5. 
bosoin V. besoin. 

bosquetel, petit bois, Waldchen 426, 13. 
bote, botte, Stiefel. 

boter, bouter, botter, buter, pousser, frapper, 
7ncttre , bourrer, se rendre, stossen 188,20. 
202. 13. 209,39. 289,7, schlagen , stecken, 
stop f en, sich begeben ; réfl. pénétrer, se cacher, 
sich hineindrdngen, ver stecken. 

bouce, bouche v. boche. 

boucher, Fleischer. 

bonchele, bouchcte, boucete, petite bouche, 
Mnndchen. 

bouclé, mit einer buckel (mhd.) 83, 3. 

boucler, bucler, 34,25, bouclier, Schild SO,iC). 

boucquet, bouquet, St>-auss. 

bouef V. boef. 

bougre, sodomite. 

boullon, bouillon, Anfwallung 370, 34. 

bourde, mençonge. Luge 458, 7. 

bourdon, Pilgerstah 392,41. 

bourdure, bordure, Borte 410,20. 

bourgois, bourse v. borgois, borse. 

bourgoise, bourgeoise, Burgerin. 

bourrelet, Wulst 460. 37. 

bouset, petit bois, Waldchen 335, 11. 

bouston r. bouton. 

boutable, a/fable, zugdiiglich 352, 6. 

bouteille, puticla 2, 2*^, Flasche. 

bouter v. boter. 

boutine, nombril, Nabel 382, 2. 

bouton , bouston 387 ,16, bouton , Hagebulte 
3*^1. 31; bouton, h'nopf, {rien) 279,23. 

bouloné, boutonné, mit Knospen vcrsehen 
372, 28. 

boy» V. bois. 

brac V. bras. 

braee, les bras, die Arme 74, 44. 



545 



GLOSSAIRE. 



546 



bracel, n. bracieus, hrachard, Armschiote 352. 

17. 
braehot, chien, Bruckc 227. 1. 
braconnier, Juger 226, 40. 
braiel, ceinture des braies, Nosengûrlel 24.2' . 
braire, o-ier, brailler, schreie», bloken. 
branc v. brant. 
branche, branche, Zweig: partie diin poi-'me 

228,21. 
brandir, branler, schrvingen 34, 13. 
bransler, branler, u'aiiken 432, 6. 
brant, branc, n. branz, brans, épee, Sch/veri. 

Ji linge 201,46. 406,39. 
braoD, mollet. Wade 382, 6. 
bras, braz, brac 202,13, bras, Arm 20,9. 
brayes, braies, pantalons, Hosen. 
brebis, -iz r. berbis, -iz. 
bref, brefment v. brief, briément. 
brese, braise, Kohlengluth 219,8. 
brete, pii-ge, lacet. Faite, Schlinge 337, 35. 
brerïaire, Brcvier. 
bric, obi. bricon 31,31, -un 21,2, coquin, 

Schclm. 
bricbe, piège, Faite 226, 19. 
bricoi^ne, folie. Thorheit 180, 6. 
brief, bref, n. briés, bref, court, kur: ; pour b., 

pour être bref; bref, sous j^^tt. in A'urzem ; 

abr. jor, en peu de temps, in kurzer Zeit. 
brief, /(. briés, lettre, Brief 115. 3. 
briément, -ant, brefment, brièvement, kur: 

S7. 39. 
brigant, pillard, Râuber. 
brin, Halm 463, 39. 
bringnole, brignole, Pflaume 364,29. 
brisier, -er, briser, se briser, brechen , zer- 

brechen 43,26. 
broche, pieu pointu, spitzer Pfahl 271,28. 
brocliier, éperonner, spornen 22,28. 81,28. 
broderie, Slickerci. 
broil V. bruel. 
broïne, bruîne, pluie fine, brouillard, feiner 

Regen, Nebel 76, 5. 424, 25. 
broncîer, broncher, straucheln. fnllen 194, 24. 
brouiller, se brouilhr. durch cinauder rcden. 
brudler, brusler, brûler, brennen, rerbrennen 

48. 30. 95. 17. 
bruel, brueil, broil, bois, foret, Geholz. WoJd. 
bruiere, bruyère. Hoide 350, 6. 



bruîne r. broïne. 

bruïr, brûler, verbrennen 190,21. 

bruire, faire bruit, brausen, rauschen, daher- 

sliirmen 38,30. 76,23. 331,25. .335,22. 
bruit, bruyt, bruit, Gerâusch, kunde 413, 23. 
brun, braun. 
brunet, brunett 331.30. 
brusler r. brudler. 
bu, buste, Oberkorper 2<i, 7. 
bue, bouc. Bock 87, 4. 
bûche i\ bouche cl busche. 
bucler ?•. boucler. 
buef V. boef. 

buëlle, boyaux. Gedtirme 42. 2. 
bueu V. bon. 
bues V. boef. 
buillir V. boillir. 

buisine, espèce de trompette, Posaune. 
buisson, buison, Gehiisch. 
bun, buon v. bon. 
bunted r. bonté. 

burel. bureaux, bure, Wollcnsto/f i29,\8. 
burial, cachette, embuscade, Versteck 3()1, 1. 
busche, bûche, bûche, Holzscheit, Holz 181, 

20. 219,6. 
but, bout, bout, Ende 123, 7. 
buter V. boter. 
butin, Beute 484, 26. 

C cf. k, qu. 

c* = ce, que. 

ça, cha, sa, sai, zai 211.40, ici, hier, hierher ; 

de ça, de sai, dicsseitshG,^!; par-deçà; en 

ça , depuis lors, seitdem 475, 1 ; ça, roici 

300,31. 
ca- cf. cha-. 
cab r. chief. 
eabeyl r. chevel. 
cabir, finir, enden 20, 35. 
cace, cacer, cacier v. chace, chacier. 
cachier v. chacier. 
cader r. chaoir. 
cadhun, chacun, jeder 3,22. 
cage, Kiifich. 
caiens, chaiens, ici dedans, hier drinnen. hier 

hinein. 
caillel, ch-, caillou. Kiesel 330,13.24. 
(.-aindre r. ceindre; çainture v". ceinture. 

36* 



547 



GLOSSAIRE. 



548 



eaïr r. chaoir. 

caitif V. chaitif. 

eaitivison, mallieur, Vtujlûck 101.25. » 

calant, uwire, Sclii/fsart 2<>3,23. 

oaldaru. chaudron, AV.vav/ 2, 19; cakiarola. 

petit chaudron 2, 20. 
caldiere, cliaudron. Kessel 49, S. 
caleugrier v. chalougier. 
calife, Kalife 399, 7. 
caloir v. chaloir. 

calyaire, Schâdelstntte 478,29. 483,12. 
cam- cf. cham-. 

camousé, chamoise, brun, dunkelbruun 205, 3. 
campaig'ue, Scldaclitfeld. 
cainuset, camus, stumpfnasig 381, 31. 
can V. quan, quant. 
can- cf. chan-. 
canbre v. chambre. 
caudele v. chaudoile. 
cane, Ente 449, 39. 

canel, canal, Kanal, Riune 48, 42. 199, 29. 
eanele, canelle, Zimmt 78,14. 189,17. 
canon, Kunone; instru/nent musical 351, 10. 
canounier, k'anonier. 
canques v. quanques. 
cans '■. champ. 
eant v. quant. 
cant- r. chant-. 
canut V. chenu. 
cap- cf. chap-. 
capitaine, I/au/jtmann. 
capriun, chevron, Duchsjiarren 2, 10. 
car, kar, quar, quer, car, donc, denn, doc h 

(Auffordernng, Wunsch) 27, 1. 30, 29. 38. 

91,22. 
car- cf. char-. 
carboaclee,/>OM.v.v/t'/t' de charlxin, Koldenslauh 

290, 24. 
carbounee, viande (jrillee, tjehralenes Fleisch 

29tj, 2*5. 
carcer r. chargier. 
carme, Carmetiter 405,10. 
carn v. char. 

carnel, charnel, von Fleisch 39, 27. 
carrefour, h'renzwetj. 
cart t. quart 
cart- cf. chart-. 
cartrier, yeàlier, Kerkermeisler 206, 33. 



carue v. charrue. 

cas, cas, affaire, FuU, Schuld, Sache; a cas, ' 

à terre 144,25. 
cascnn v. chascun. 
case], n. -iaus, case, Hutte 385, 22. 
casser, quasser, quaissier, briser, se briser, 

hrechen, zerbrechen 37,37. 191,14. 291,2. 
casteëd, chasteté, Keuschheit 61,34. 87,34. 
cast- cf. chast-. 

cataigfne, chef, Anfiihrer, anfûhrend 43, 33. 
cateron, sommet, Spitze 289, 36. 
cauchier, caucier v. chaucier. 
cauper v. couper. 
cause V. chose. 
caut V. chaut. 

cautelle, cautèle, Vorbehall 407, 38. 
caval V. cheval. 
cavalleyr v. chevalier. 
caver, aushôhlen 45, 10. 
cavlaus v. chevel. 
ce, che, ce, cela, dieser, dies. 
ce- cf. che-. 
cëans, cëanz v. ceenz. 
cèdre, Zeder 53, 32. 
ceenz, ceens, cëanz, cëans, sëans (cf. çaiens), 

ici dedans, hier drin, hier hinein. 
cei, cela 270, 28. 
ceincle, ceinture, Gurl 81,35. 
ceindre (/>. 509), çaindre, ch-, seindre, giaten, 

umyUrten. 
ceinture, cain-, chain-, seine-, ceyntur 331,5, 

ceinture, Giirtel; enlour, Unif/ebung. 
ceinturete, sent-, démin. GûrtelMi, 17. 335,12. 
cel, ciel, sel 199,44, ce, celui, dieser, derjenige 

39, 0. 
cel V. ciel. 
célébrer, feiem. 
celée, secret, Verheimlichung ; a c, heimlich 

190,33. 
celeenient, -ant, secrètement, lieimlich. 
celer, cheler, celler, le pers. çoiles 133, 17, 

celer, cacher, verheimlichen, verbergen; ne 

pas trahir, nic/itverralhen*J\, 11; a, en celé, 

en cachette, insgeheim 120, 9. 
céleste, himmlisck. 
celestYal, idem. 

celler, cellier, h'eller 48,44. 337,19. 
celui, chelui, ce, celui, dieser (p. 503). 



549 



GLOSSAIRE. 



550 



cembel, //. cembiaux, combat, Kampf 314, 31. 

cembeler, cnmballre, Icàmpfen 191, 18. 

cemetiere, cimeticre, A'irr/i/io/' 21 \, 20. 

ceniise v. chemise. 

cendal, -el, cendés 193, (i, dcini-soie, Tu/fenl. 

cendre, Aschc. 

ceuele, cinele, cenelle, Scharlaclicichenhecn' 

190,24. 372,31. 384,32. 
ceiielier, ceUerier, Kellenneisler 1G5, 4. 
cent, hundcrt. 

centurïon, Hauplinann 477,34. 
ceo, ceu, çou, chou, ço, zo 9, 12, cio lo, 34, 

cela, (fies {p. 503); per cio, fiour cela, des- 

iveyen 10,34. 
cepee, haie, Hecke 196,3. 
ceper, geôlier, Kerkenneistei' 51, 4. 
cercel, sabot, Kreisel 329,31. 
cercliier, cercher, sercher 409, 29, chercher, 

examiner, suchen , aii/'suchen , durchsuchen 

69, 34. 
cerf, cierf, serf, h. cers, cerf, Hirsch 53, 39. 
cerise, cerisse, serise, Kirsche 232, 15. 
cert, chert, certain, sûr, sicher, confidant 3 18,15 ; 

cert, certe, -es, a certes, acertes, cerlaine- 

ment, sicher lich 8, 16. 
certain, ch-, certcn, certain, sur, fidèle, sicher, 

zuverldssig 129, 39. 403, 34 ; faire c, assurer, 

versichern. 
certainement, certaiiui-, chertain-, sicher lich 

112, 14. 
certainité, certitude, Gcrvissheit 349, 2 1 . 
cervel 42, 15, ccrvele, -elle, ceiTcan, cervelle, 

Hirn. 
ceryoise, Krdulerbier 3(>(), 25. 
cescuu V. chascun. 
cesse, Aufhoren. 
cesser, ablassen, aufhoren. 
cest, chest, cestui, chestui, ce. celui, dieser 

(p. 503). 
ceu V. ceo. 
ceuillir v. cueillir. 
cev- V. chev-. 
ceyntur v. ceinture. 
ch- cf. C-. 
clia- V. ça. 
chaaine, chaainne, cheone, chaîne, chainue, 

chaynne, chaîne, Kelte 258, 29. 
chaair v. chaoir. 



chace, cace, chasse, chasse, poursuite, Jagd, 

VerfoUjunij 127, 13. 
cliacier, chaicier, chascer, chasser, cacier, 

cacer, cachier, qacier, chasser, poursuivre, 
jai/en, verjat/en. fortjaijen 379, 38; conduire, 

fiïhren 297, 13. 
cliacuu V. chascun. 
chaëre v. chaiere. 
chaicier r. chacier. 
chaiens v. çaiens. 

chaiere, chaëre, chaire, chaire, Sluhl 53, 8. 
chaillel v. caillel. 
chailleugrer v. chalongior. 
chaindre r. ceindre. 
chaîne, chainne v. chaaine. 
chaingier v. chaugier. 
chaiuture v. ceinture. 
chair v. char. 
chaïr V. chaoir. 
chaire r. chaiere. 
chaitif, caitif, chetif, n. -is, chetif. malheureux, 

elend. unijliicklich 65,22. 200,41. 
chalce, chausse, chausse, BeiiiscMene 57, 8. 

83, 39. 
chaldel, cordage, Tauwerk 258, 6. 
elialeuiel, calamel 1, 13, chalumeau . Rohr, 

Hirtenpfeife 329, 36. 
chaleur, chall-, Hitze. 
clialoir (p. 511), caloir, challoir, importer, 

soucier, gelegen sein, kiinunern 33, 4; uon- 

chaloir, Nichtbeachtung 334, 8. 
clialongier, caleugier, chaillenger, demander, 

verlangen 140, 3. 306, 33 ; provoquer, heraus- 

fordern, défendre, vertheidigen 33, 17. 
chalt V. chaut. 
chalumelle, chall-, chalumeau, Rohrpfeife 

466, 24. 
chambre, c-, canbre, chambre, Zimmer 2',\\ 

V orruthskammer 44, 1. 
chamise v. chemise. 
cliamp, camp, n. chans, -nz, cans, champ, champ 

de bataille, Feld, Schiachtfeld, Schlacht 36, 

38. 76,9; campagne, Land. 
champel, c-, du champ, Feld-, 45, 29. 79, 2. 
charapïon, -un, campïon, -un, champion. Kdm- 

pfer. Zweikdinpfer, Arieger 41,35. 57,1. 
champun, champ, Feld 21,20. 
chamsi], toile de lin, Leintuch 14, 18. 



551 



GLOSSAIRE. 



552 



ohauberiere, femme de ehamhre. Kammerfrau 

107, :u. 
chanbre r. chambre. 
chanceler, -eller. canceler, tanmehi. seluvan- 

ken 41, 1 S. 
chaucon, c-, canchon, c/ki/iso/i, Gesantj, Lied 

102.2s. 
chan(,'Ouete, chansonnette, chansonnete, Lied- 

chen. 
chandelier, candeler 201,25, Leuchter. 
chaudoile, candele, ehaudelle, Kerze. 
ehangier, -er, cangier, -er, jang- 19, 31, 

chaingier, changer, verândern, veriauschen. 
chanoine, can-, Canoniats 104, 3. 
chans r. champ. 
chanson v. chançon. 
chant, cant, kant, Gesang 20, 40. 
chanter, -eir, canter, kanter, singen; krûhen 

10, 2S. 
chanz r. champ. 
chaoir {p. 511), cbaair, chaor, chair, caoir,. 

cair, cader 9, 16, chëoir, cheïr, cheder 9, 18, 

caioir, këoir, tomher, fallen; tourner, arriver, 

ans-, zufallen 162,32. 1S5, 18. 
chape, cape, manteau, Manlel 164. 33. 387, 

37. 
chapel, -ici, -ial, capel, n. capiax, chappeaulx, 

capeaulx, chapeau, couronne, Hut, Kranz, 

97,8. 460.27. 
chapelain, Kaplan, Beichtvater. 
chapele, -elle, chapelle, Kapellc 63, 32. 
chapelet, petite couronne, Krànzchen 385,41. 
chapelier, le dessus du haubert 24, 26, 
chapial, -iel v. chapel. 
chapitre, h'apitel 247, 27. 
chapleïz, cliquetis, Klirren 122, 32. 
chaplison, massacre, Schlachten 81,26. 
chapon, h'apaun. 

chapulere, scaindaire. Scapulier 310.15. 
char, -rn, chair, car, -rn, chair, viande, Fleisch, 

Menschlichkeit 14,4. 39,15. 87, .32. 
charbon, car-, Kohle 84, 20. 
chardon, histel. 

chardonal, «. -ax, cardinal 186,0. 
charet«, car-, charrete, -ctte, Jûirren, If'agen 

106.12. 
charge, Lasl 50, 10, Ami. 
chargier, charger, cargier, rarccr 201, 4, char- 



ger, confier, luden. hehiden. aufJaden , auf- 

tragen. 
chariot, If'agen. 
charitable, liebreich 375,31. 
charité, -eit, carité, -et 15,19, -ad 12,23, 

Liehe {zu Gott und ziim Ndchsten) 79, 23. 

200,13. 
charn v. char. 
charoingne, -ongne, -uigne, cadavre, Leich- 

nam, lodtes Fleisch 60,6. 373, 15. 471.29. 
charrete, -ette v. charete. 
charretier. Fuhrmann 213,18. 
chsirretil, charrette, Karren 217,24. 
charretou, cher-, charretier, FuhnnannSijl ,^0. 

362, 1. 
charroi, -oy, charriât, Wagen. 
charroier, charrier, fahren 195,5. 
charrue, came, Pflug. Karren 209, 33. 297, 13. 
chartre, cartre, châtre, prison, Kerker 99, 28. 
chartre. charte, lettre, Urkimde, Brief'h'è, 15. 

100, 17. 
charuigne v. charoingne. 
chas V. chat. 
chascer v. chacier. 

chascun, cas-, chau-, ches-, ces-, chacun, jeder. 
chasne v. chesne. 
chasse, chasser v. chace, chacier. 
chastaigne, châtaigne, Kastanie. 
chaste, pur, chaste, keusch. 
chaste], -eau, ??. -iaus, -iax, château, Schloss ; 

ch. en Espaigne, Luftschloss 325, 36. 
chastelain, châtelain, Burghcrr 73, 9. 
chastellerie, chàtellenie, Bezirk 430,11. 
chastement, keusch. 
chasti, casti, correction, leçon, Zurechlwei- 

sung, Lehre 1 34, 40. 
chast1an.s v. chastel. 

(i\vA%i\e.mQnt^ enseignement, IJntenvcisung 281. 
ehastïer, -oicr, castïer, repi-ettdre, corriger, 

instruire, faire des reproches , tadeln, zu- 

rechtiveisen, belehrcn, vorwerfen 17,4, 213, 

1. 273,32; refl. 312,28. 
cliat, n. chas, h'alze. 
Chatel, bien, capital, (htl. lûiiiilal 51,3. 304, 

21. 394.8. 
châtre v. chartre. 
chance r. chalce. 
chauchier, lasser, aufhiiufen 211,20. 



553 



GLOSSAIRE. 



551 



clmucier, -sser, calcicr, cauchier, -cior, chausser, 

anzichen, bekleiden 47, 40. 296, 29. 
cliaucan v. chascun. 
cliaufer, chauffer, ivarm machen. 
chaalt V. chaut. 
ch.annie, Stroh 366, 1. 
chausse v. chalce. 
chausser r. chaucier. 
chaut, -It, chalt, caut, chaud, tvarin. 
chavol V. chevel. 
chayime r. chaainne. 
che V. ce. 
che- cf. CC-. 
cheder r. chaoir. 
cheeue v. chaainuc. 
chef ?'. chief. 
chela, cela, aies. 
cheler v. celer. 
chemin, ccmin. Weg. 
cheminai, chaminQe, cheminée, Kamin 181,20. 

312,3. 
cheminer, rcisen, gehen. 
chemise, ce-, cha-, quemise, ccmisse, Hemde 

12.14. 124, 19. 382,9. 
chen V. chien. 

chêne, poil blanc, grattes Haar 181, 13. 
chenet, petit chien, Hundchen 105,27. 
chenu, kc-, que-, canu, -ut, grau 3(i. 23. 199, 32. 
cliep, fer aux pieds, Fusscisen 404, 19. 
cher V. chier. 
chère v. cbiere. 
chereton r. charreton. 
chérir, chierir, lieben, werlh halten 85, 28. 

114,1. 
chers, chertain v. cert, certain. 
cherté, chierté, charité, amour. Liche S, 12. 

114.8. 115, 18. 
chérubin, cer-, Cherubim 4G, 7. 196, 4. 
chescuii V. chascun. 
chesne, chasne, chcne, Eiche 67, 16. 
chest, chestui v. cest, cestui. 
cheté, bien, Gut 326, 14. 
chetif r. cbaitif. 
chetivel, chetif. nnselig 345, 29. 
cheue v. chief. 
chevacher v. chevauchicr. 
cheval, ceval, caval 55, 9, chival 5 1 , 20, n. (et pi.) 

chevax, -aux. aulx, cevaus, -ax, Pferd\2'>, 11. 



chevalcbier, -cier v. chevauchier. 
clievalereux, chevaleresque, ritterlich 439, 34. 
chevalerie, chevalerie, nombre de chevaliers. 

Ritlerschaft, -jvurde, Ritterschar. 
chevalier, -aler, -allier, -elier, cevalier, caval- 

leyr 20, 13, Riltcr 36,34. 
chevance, ;«-or/*/o«^, Vorraihe i\i,\Ç)\ sub- 
sistance. Auskoinmen 309,11. 
chevaucheur, chevalier. Reiter. 
chevanchier,chevachier.chevalcier,chevalchier, 

chevalcer, cevaucer 203,24, aller à cheval, 

reiten 38,27. 121,21. 
chevax v. cheval. 
chevel, -eus, -ous, -culx, chavol, caviaus, quc- 

vel, cabeyl (prov.) 20, 4, cheveu, Haar 97, 7. 
cheveller v. chevalier. 
chevet, Kop fende 352, 14. 
chevillete, chevillette, kleiner Pflock 349.25. 
chevir. finir ; réfl. se débarrasser, sich cntle- 

digen 407, 33. 
chevrefoil v. chievrefuel. 
ehevreson, chevreau, jnnge Ziegc 359, 3. 
chevroel, chevreuil, Gciss 50, 3. 
chi V. ci, qui. 
chi- cf. ci-. 
chiche, avare, geizig. 
chief. chef, ciof, kicf, quicf 378, 34, cab(p?-or.) 

1 1, 39, queu 1 7, 25, cheue 6, 28, n. chiés, ciés, 

tète, chef, bout , Haupt , Fûhrer , Anfang, 

Etide, Spitze; a ch., à la fin 145, 10. 150,4. 

322,24; de ch. en ch., d'tin bout à Vautre 

364. 7. 
chiel V. ciel. 
chielt V. caloir. 
chien, chen, Hund 108,34. 
chier. cher, cier, cher, de haut prix, theuer, 

lieb, werthvoll, werth ; cier tans, Theuerung 

158,26. 
chiere. chère, ciere, visage, Gesicht 127,25; 

mine, accueil, Mienc, Empfang 74, 14. 290, 

15. 
chierement. chèrement, à haut prix , theuer 

333. 20. 
chierir v. chérir. 
chierté v. cherté. 
chiés V. chief. 
chieus, chiex v. ciel. 
chievre. -euvre, chèvre, Ziege. 



555 



GLOSSAIRE. 



556 



chievrefuel, -tiaus, chevrefoil, chcvrc/cuillc, 

Geissbiatt 227,29. 230,31. 
chievronuer, cht'vrouncr. mit Spancn verscheii 

430, 23. 
cliiex V. ciel. 
chiez, chez. Ici 1G6, 20. 
cliil. chine v. cil, cinc. 
chis. chit, chité r. cité. 
chitouaus, sorte d'epices, Gewûrzart 189, 18. 
chival V. cheval, 
choisii', chosir, chuesir 424,29, jausir 19, 19. 

20,33. coisir, apercevoir, découvrir, voir, 

choisir, beinerken 62,2, entdecken , sehen 

29, 32, rvâ/tleii ; viser, zieleu 20, 33. 
chommer, chômer, mïissif/ sein 463,21. 
chose, -sse, -ze 191, 1, -sce, cose, cosa 3,22, 

kose, cause, chose, cause , Sache, Lrsache ; 

Wesen, créature 196,21. 
chosete, -tte, ^^t^Z/Yc' chose, Sdchetchen 384, 33. 

469, 36. 
chosir V. choisir. 
chou V. ceo. 
chr- V. cr-. 

ci, chi, si, cy, ici, hier; de ci, von jetzl an. 
cie- cf. ce-. 
ciel, cel, chiel, ciex, cieulx, chiex, chieus, ciel, 

Himmel. 
ciel V. cel. 

cier, ciere v. chier, chiere. 
cierf V. cerf. 

cierge, Wachskerze 201, 26. 
ciés V. chef. 
ciex V. ciel. 

cig^laton, étoffe de soie, Seidensto/f 146, 11. 
cil, chil, ce, celui, dieser {p. 502). 
cinc, chine, funf 63, 13. 
ciuce, tapis, Wandleppich 29, 2. 
cinelc v. cenele. 
cinquante, fûnfzifj. 

cinquautisme, cinfjunntiemc, der fuiifzifjsle. 
cinquie^me, àiiquicme, dcr funftc 413,6. 
cio V. ceo. 
ciptat V. cité. 
cire, lyachs. 
cisaillCH, cibel VdS, 5, cisailles, ciseaux, Schecre 

371,41. 
cist c. cest. 
cité, -et, -eit, chité, cyté, ciptat 12, 13, ciutat 



18, 16, cit 68, 12, chis, chit, ciii IS, 14, cite, 

ville, Stadt. 
citerne, cy-, Cislenie. 
ciu. ciutat v. cité. 
clai- V. cla-. 
clamer, prs. claim, cleim, nommer 41, 30. 77,8, 

appeler, proclamer, réclamer, prétendre, 

nennen, zuriickfordern, beausjyruchen, réfl. 

se plaindre, sich beklagen ; quite el. , frei- 

sprechen,erlassenb8,2l. 241,9. 254,6. 307, 16. 
clamif, demandeur, Klàger 51,6. 
clamor, -our, appel , plainte , Anruf, Klage 

30, 33. 231, 18. 
clar V. eler. 
claret, -é, boisson composée de vin et de miel, 

Claret 45, 24. 200, 25. 
clarté, clairteit, claritat 19, 29, Helle, Glanz, 

Klarheit 339, 32. 
clas, son, Ton, Laut 17, 27. 
clauflre v. clofire. 
clef, M. clés, clef, Schliissel 206, 10. 
cleim V. clamer. 
cleir v. eler. 

clementia, clémence, Gnade, Milde 6, 15. 
eler, cleir, clar, clair, brillant, klar, hell, laut 

20,3. 38. 34,31. 35, 12. 
clerc, n. clers, clerc, lettré, Geistlicher, Gc- 

lehrter 193, 20. 374, 28. 
clergié, clergie, clergé, Geisllichkeit 1A,AG. 

236, 34. 
clergier, faire clerc, zum Geistlichcn rnachen 

16,7. 
clergon, clerc, Geistlicher 403, 19. 
eler je, clerc, Geistlicher 16, 42. 
cleufichier, clouer, mit Nâgeln befestigen'H\, 

28. 
clicquetis, cliquetis, Larm 432, 17. 
cliner, s'incliner, sich verncigen 35, 28. 
tMnf^wÏQV , clignotement ,blinzelnder B lick Vl'i , 7. 
cliqueter, klappern 472,31. 
cliquette, Klupper 469,20. 472,31. 
clotire, clauf-, clouer, mit Nâgeln anschlagen 

11,17. 245,21. 
cloistre, cloUre, Klosler. 
clore (p. 509), fermer, enfermer, schliesscn, 

einschliessen 151,31. 
closier, reclus, Klausner 423, 37. 
closture, clôlnre, Gehdge 419, M. 



557 



GLOSSAIRE. 



558 



clou, IS'afjcl. 

clouer, mujdn. 

cnivet, yetit canif, Mcsscrchcn lOH, 7. 

«.'0 V. ceo. 

coardie. eu-, lâcheté, Feighcit. 

court, couart, cuard. couwart 397, 22, n. coarz, 

couard, lâche, feifje, zaghu/ï 166,37. 
cobetad {prov.), avidité, Habsucht 9, 30. 
coc. cofj, Hahn. 
cochier v. couchier. 
cocu, fou. Hûrrisch 31 S, 30. 
COdre, coudrier, Hasel 219,4. 266,20. 
codroie, cou-, coudraie, Haselgebûsch 335, 39. 
coeus V. conte. 

coentlse, courtoisie, Feinheit 232, 13. 
coer, coeur v. cuer. 
cogn- V. cou-, conn-. 
coi V. quoi. 
coi, coit, coy, (\ViQ\, paisible, tranquille, ruhiij, 

still 201,34. 
coiement, tranquillemait , still 196, 33. 
coiffe, Haubc unter dein Hehn 315,34. 
<,'oile V. celer. 
coille, Hode 52,3. 301,13. 
coillir v. cueillir. 
coin, Stempel 369, 13. 
cointe, instruit, prudent, yracieux, pure, kUty. 

kundi ff i0,2i, freundlich, unmuthiy , /je- 

schmùckt. 
cointement, prudemment, kluy 271,23. 
cointerel. élégant 329, 14. 
coiuterie. cointie, politesse, Artigkeit 387,30. 

38S, 4. 
cointise, cuintise, grâce, Anmuth 232, 13; ruse, 

Schlauheit 105, 3. 
cointoier, parer, schmûcken 329,21; jouer, 

spielen 329, 37. 
coire v. cuire. 

coisier. réfl. se taire, schiveigen 235, 12. 
coit V. coi. 

coitier, presser, bedrdngen *?6, 21. 
col. cou, cou, Hais. 
çol = ço le 25, 27. 
colchier, colcier v. couchier. 
coleiar , frapper sur le cou . auf den Nais 

schlagen 10, 21. 
coler. couler, couler, glisser, tropfen, ans- 

gleiten 24,29. 71,9. 227. 14. 
Bartsch, Ch.restomathie. IV. Éd. 



coleriiiue, cholcrisch 253, 4. 

coller, cou. Hais 71, 12. 

collation, Betvirthung. Mahl. 

collée, accolade, Schlag auf den Hais 489, 

41. 
collet, cou. Hais 20, b, collet, Halskragen 

460,35. 
coloier, réfl. regarder, sich umsehen 214,20. 
colomb, coulon, pigeon, Taube 6, 11. 430, 45. 
colome, colonne. Saule. 
color, -our, -ur, coulor, -our, -eur. culur, couleur, 

Farbe. Vonvand 462,31; de c, ft»/// 59, 36. 
colorer, cou-, colorer, farben 4^3^,19; colorad 

20,5; fig. 373,23. 
colp, cols r. coup. 
colpe V. coupe etc. 
colar V. color. 
com, cum, con, cun, corne, cume, comme, 

conme, coume, comme, comment, que, {après 

le compar.), comme si, combien, lorsque, 

quand, Tvie 3, 22. 5, 28. 11. 20, als 9, 1, als 

ob 20, 18. 29, 1. 97, 29, rvie viel 20.42, wann 

12, 43 ; afin que, damit 6. 5 ; com plus — plus, 

je mehr — desto mehr 2S4, 5. 
coma V. come. 
comanc- v. comenc-. 
comaudemeut , cum-, comm-, Befehl, Gebot 

120.20. 
comander, comm-, conm-, cum-; comender. 

comm-, commander , confier, befehlen, an- 

lertrauen 15,6. 198.17.31. 
comandise, conm-, commandement. Befehl 

231,26. 
cornant, comm-, cumand, comm-. commande- 
ment. Befehl, (^ebot 27. 2. 77, 38. 99, 26. 
cornant v. cornent. 
combatre, cum-, combattre, kùmpfen , bc- 

kâmpfen, sich schlagen 159,9; réfl. 36, 16; 

combatanti Kâmpfer 36, 33. 73, 33, 36. 
combien, tvie viel, tvie sehr 112, 8; c. que, de 

quelque manière que, wie auch; quoique, 

obgleich. 
comble, plafond, Decke 353,20; comble, Ve- 

bermass 211, 17. 
comblé, comblé, riche, reich versehen 303, 28. 
combrer, conbrer, prendre, ergreifen 204, 35 ; 

arrêter, festnehmen 205,43. 
comburir, brider, verbrennen 7. 31. 

37 



559 



GLOSSAIRE. 



560 



corne, coma, cheveu. Haar 19,40; plur. cornes, 

feuillage, Laub 412.20. 
corne r. com. 
comencemeut. coum-, comm-, coum-; coman-. 

commencement. Anfantj. 
comencier, -cer, -sier, -chier, eu-; cumancer, 

cumm-, commencier, -chier, -cer, commencer, 

anfanfjen S, 10. 114,6. 198,30; r^/?. 431,b. 
cornent, -ant, comment, -ant, coument, eu-, 

comment, me 16S, 23; c. que, t/uoique, oh- 

gleich 377,42. 409,31. 
comm, cumin, Kûmmel 281, 34. 
comm- cf. com-. 
commère, Geiatterin 379, 7. 
commetre, commettre, ûbergehen. 
commun, commun, général, ordinaire, gemcin- 

sam . allgcmein, gen'ùhniich , niedrig ; subst. 

commune, Gemeinde 364, 2. 390, 26. 
commnnament, -aiment, -aument, -ement, 

conm-, en commun, ensemble, allgemein 95, 

communaulté, communauté, Gemeinde. 

commune, idem. 

communïer, communizieren 16, 25. 

commuvoir v. conmovoir. 

compaigrne, -eigne, cumpanniey, 10, compagnie, 

Menge , Compagnie; compagne , Genossin 

153,11. 325,35. 397, 45. 
compaig'nie. -agnie, conpaiguie, -agnie, com- 

pugnle, Gesellschaft, Begleilung 193, 9. 
compaig'non, conpagnon, cumpaignun, n. com- 

paiu, conpain', cumpain, -aign, compagnon, 

ami, Gefûhrte, Genoss , Begieiter, Freund 

34,33. 104,22. 192,25. 
comparer v. comperer. 
compaiiser, mesurer, messen 380, 46. 
compère, conj)-, compère, Gevatler 64, 34. 

220. 7. 

comperer, -arer, conperer, acheter , payer, 
kaufen, erkaufen , bezahten 86, 7. 199, 1. 
206,32; comparer, vergleichen 411,3. 

complaindre, plaindre, hekiagen, rcfl. 160, 10. 

complaire, conpl-, plaire, gefallen. 

comprendre, hegreifen, in sich schliessen. 

compte, compter v. conte, conter. 

comtesse v. contesse. 

con i:. com. 

cunbrer /;. combrer. 



concevoir, cmpfangen 87, 36. 
couehïé, confus, verwirrt 325, 9. 
concillier v. conseillier. 
conclure, schliessen, beschliessen. 
conclusion , conclusion , résolution , Schluss, 

Bcschluss. 
concorder, accorder, concorder, in Ueberein- 

sliinmung setzen, stimmen 151, 6. 213, 10. 
concreidre, réfl. croire, glauben 6, 7. 
condescendre, sich herublassen 458, 16. 
condicïon, -tïou, Lage. 
condig-ue, digne, 7Vûrdig 483, 7. 
condigner, croire digne, fiir /viirdig hallcn 

16, 1. 
condormir, s'endormir, cntschlafcn 8, 39. 
conducteui', condottiere 494, 18. 
conduire, -ure, fûhren, geleiten 8,22. 11,35. 
conduit, conduit, conduite, Leitung , Kunal, 
Gelcit, Schutz 173,23. 195,27. 205,35. 351,36. 
conduite, Betragcn. 
conestable, conn-, cun-, connétable 57, 44. 

413,30. 
coufermer, confirmer, bestâtigcn. 
coufés, conf'es, avoué, gestandig 79, 36; cun- 
■ fcsseur, Bekenner 318,4. 
confesser, /r/7. confesser, beichtcn 80, 10. 
confessïou, Beichte 13,7. 
confire, confectionner , verfertigen, bereilen. 
confondre, cuufundre, confondre, ruiner, ver- 

wirren. vernichlen 169,4. 223,9. 358,16. 
confort, cuu-, consolation,secours,Trost,Hiilfc, 

Zuversicht 33, 32. 
confortement, consolation, Trost 347, 4. 
conforter, cun-, consoler, encourager, soulager, 

inislen, zureden^ erquicken 17, 19. 385, 5. 
confrère, Mitbnider. 

conf usïon, troiéle, Vertvirrung, Trubsal\()] , 19. 
congié, -gé, -giet, cungé, -et, -iet, cumgiet, 
congé, jjermission, Urlaub, Erlaubniss 16,26. 
40,6. 47,43. 51, 18. 
congïer, conjeier, cungeer, congédier, bannir, 
hi'iirlauhcn. vcrhunncn 46, 17. 107, 39. 265, 16. 
congnoistre /■. conoistre. 
conjeier v. congïer. 
conjoïr, féliciter, saluer, heglïicknninschen, 

liegriissen 349, 9. 
conjurer, beschwOren 10, 13. 
conm- cf. com-. 



561 



GLOSSAIRE. 



562 



conmovoir, commuveir, iiniiiroir, atjilcr, Iw- 

ivctjen, erregcn 53, 37. 
conn- cf. con-. 

connart, imbécile, Narr 322, 15. 
connistre v. conoistre. 
connix, la/iiti. Kaniniiieii. 
connoissaiice, cogn-, coiinaissance, KeuiUiiiss, 

Bckanitlsihaft. 
connoisseiiient , conuaissancc , Erkeini (niss 

73, 34. 
conoistre {p. 511), cou-, conn-, cogn-, congn-, 

que- ; conistre, cou-, eu- ; connistre, eu- ; co- 

nustre, connuUrc, reconnaitri', avouer, ken- 

nen , erkenneu, erfahren, hekcimen 51, 39. 

419,25; réjl. sich hckeiuwn. 
coup- cf. comp-. 

v,on.^^\^ne;i,compagnon,Genoss,Freund2^\,\Ç>. 
coupas, circuit, Ui/ikreis 158,31. 
conplie, /« deriiièrc heure amoiiit/xe (h/Jour, 

compléta 335, 15. 
conpte V. conte. 
conquerra, cun-, conquérir, gagner, vaincre, 

arrêter, ermerhen, erobern 18, 29, besiegen, 

gefangen nehmen. 
couquerreur, conquérant, Er obérer 414, 5. 
couquester, gagner, vaincre, ertverben, besiegen 

86,33. 205,37. 399, 15. 
oouraër, conreer v. conroier. 
conroi, -oy, cunrei, équipage, arrangement. 

ordre, troupe, Ausrïislung. Ordtuing, Trup- 

penabtheilung, Schar 96,18. 116,8. 141,23. 

315, 15. 
conroier, -eer, -aër, équiper, préparer, ar- 
ranger, ausriisten, bereiten, zurecht machen 

78,37. 95,33. 120,27. 195,23. 
cons V. conte. 

consachaule, coupable, .^chuldig 213, 16. 
consantir v. consentir. 
consaude, marguerite, Masslie}» 423, 8. 
conscience, Gewissen 211,36. 
consegre v. consevre. 
conseil, -eyl, -el, -iel, -oil, -eus, cunseil, -eull, 

conseil, Rath , Berathung , Piathsversamm- 

lung,Rathgeber 16, 3. 11. 20,22. 120,6. 361,9; 

a c, secrètement , im Vertrauen, insgcheim 

167,3. 
conseillier, -er, -oillier, cunseillier, concillier, 

conseiller, consulter, faire confidence, ratlien. 



brrat/ien, sich beratlien, mittheilen 41,2. 73, 

14. 96, 22. 125, 35. 162, 15. 1G8, 5. 174, 20. 

192,5. 
conseilier, -cllier, -illier, cunseillier, conseiller, 

Ruihgeber 5,5. 16,10. 25,12. 31,23. 
consentir, -antir, consentir, accorder, beislim- 

mcn, betvilligen, erlauben 11,13. 74,8. 176,35. 
consentour, consetitant, Beistimmer 345, 34. 
conséquence, Folgerung. 
conserver, observer, tenir, halten. 
conseus v. conseil. 
consevre, consegre (prov.) 9, 37, atteindre, er- 

reichen 44,41. 204,28. 
considérer, erwûgen, betrachten. 
consiel v. conseil. 
consilliere, conseiller, Berather. 
consirrer, souci, pensée, Sorge, Gedanke 29, 14. 

31,9. 
consoil, consoillier v. conseil, conseillier. 
consommer, zu Ende fiihren. 
conspiracïon, conspiration, Ver.ichworung. 
constant, zuverlussig. 
contar v. conter. 
conte, cunte, comte, compte 15,41, nom. coens, 

cuens, quens, cons, comte, Graf 
conte, compte, conte, compte, Erzàhlung, 

Rechenschaft. 
conté, comté, Grafschaft. 
contenance, Haltung. 
conten<,'on, émulation, Wetteifer 81,38. 
contendre, combattre, disputer, kàmpfen, 

streiten. 
contenement, maintien. Benehmen 155, 6. 
contenir, se c, se coiitenir , sich benehmen, 

sich gebehrden 28, 43 ; stibst. maintien, Be- 
nehmen 72, 42. 
contens, contention, Streit 136, 13. 
content, zufrieden. 
content, comptant, baar 455, 32. 
contentement, Zufriedenheit 313,2. 
contenter, zufriedenstellen; réfl. sich begniigeti. 
conter, -ar 19,4, cunter, erzahlen. 
conterrement = contenement? 7,33. 
contesse, comt-, comtesse, Grdfin. 
continent, -ant, enthalt.mm 208.25. 209,15. 
continuel, bestândig. 
continuer, fortfuhren. 
contoier, converser, plaudem 243,20. 

37* 



563 



GLOSSAIRE. 



564 



contra r. contre. 

contraire, cuutraire, adj. et suhst., contraire. 

Contrariété, zuinderluufend, qtwer, Wider- 

nuirtigkeit, V^driesslichkeit 212, 28. 270, 29. 

324. 15. 
contralïer, cun-, contrarier, hekâmpfen 123, 9. 
coutrarïeté, Widerwârtigkeit 451,41. 
contre, coutra 4, 19, cuntre, prep. et adv. 

contre, vers, ijegen , entgegen 3.t, 35. 40,3. 

41.35.43; au contraire, dagegen. 
contré = contrée 2S0, 17. 
contredire, contredire, refuser, verweigern, 

versagen 6,9. 193,23. 395, 3S; part, maudit. 

ver/luc/it 33,23. 
contredit, contradiction. Widerspruch. 
contrée, -ede, cuntree, contrée, Gegend, Land 

25, 32. 27, 24. 62, 12. 
contrefaire, nachmachen. 
contremont, en haut, aufwdrts, etnpor 72, 3. 

199, 6. 
contrcster, résister, Widerstand leisten 79, 15. 
contreval, en bas, hinah. 
contrister, cun-, attrister, betrilben 118,2. 
controver, trouver bon, fur gui befinden 15, 38. 
controrers, contradictoire, widersprechend. 
conturber, troubler, verwirren 55, 10. 
conustre r. conoistre. 
convant. couv-, cov-; couvent, cov-, cuv-, ré- 

unioti, couvent, condition, promesse, Zusam- 

menkunft , Versammhtng 386, 37 , Convent, 

Bedingung, Versprechen 47,7. 77,36. 170,8. 

360, 32 ; avoir en c, promettre 170, 5. 295, 17. 
convenance, cov-, convenence, convenance, 

traité, accord, promesse, Verabredung, Ver- 

trafj, Versprechen. 
conrenancier. -cer, promettre, versprechen 

475, 2. 
convenant, couv-, stipulation , avoir en c, 

promettre, versprechen 7 II, 1 ; volonté, Jf'ille 

396, 2S. 
convenanter, /issurer, versichern 437, 20. 
convenen<-e v. convenance. 
convenir, couv-, cov-, .s'assembler, convenir, 

falloir, zusammcnkommen, einsrverden, ge- 

zietiwn, pas.ten, miissen 80, 40. 233, 6. 361, 26. 
convers. demeure, Wohnsttitte 196, 14. 
conversatïon. m», Leben 212,21. 
converser, hablli-r. si-jonmer, avoir commerce 



avec, n-ohnen, verweilcn 01, 18, zu thun 

lud'cn mit 474, 18. 
convertir, vcrwandeln, bekehren 6, 20. 157, 22. 
conToier. -lier, conduire, accompagner, be- 

gleiten 159, 12. 196,33. 
convoiteus. -eux etc. v. covoitous. 
cop V. coup. 
cope, coupe. Bêcher. 
coper V. couper. 
coque. Eierschale. 
coquin. Schuft. 
cor V. cuer. 
cor, coru, corne, cor, angle, Horn, Winkel, 

Ecke 86,29. 187,32. 350,8. 381,11. 
corage, -aige, courage, -aige, corrage, coetir, 

volonté, intention, courage, Herz, Sinn, Ab- 

sicht, Muth 91,30. 
coragos. -eus, courageux, nmthig 338, 39. 
corbeille, Korb. 
corde, -a, corde. Suite, Strick, Schlinge 20,37. 

189,4. 
cordele, corde, Strick 363,31. 
corecier v. corocier. 
corn r. cor. 

cornart. sot, jS'arr 474, 13. 
corne, corne, Horn 54, 19. 
corneïs, corner, Blasen au f don Borne 122, 29. 
cornemusette. cornemuse, Sackpfeife 405, 17. 
corner, blasen, Horn blasen 86, 34. 
cornet, Homchen 294, 25. 
cornu, gehornt. 
coroceus, curuçus, courroucé, attristé, erziirnf, 

betrubt. 
corocier, -er, -ecier, -echier, -ucier, -oucier, 

correcier, -oucier, courocier, -oucier, -ouchier, 

-ecier, -echier, -cier, courroucer, curucer, 

-ecier, -echer, -cier, corroucer, attrister, er- 

ziirnen.belruben 27,3. 31,30. 76,8. 158,10. 

160,."). 163, 15. 
coroie. corroie, ceinture, Gurlel 329, 16. 336,20. 
coron, angle, Ecke 350, 10. 
coroné, -at, tonsuré, geschoren 17,25. 124,7. 
corone, -a II, 38. coronet 64, 14, couronne, 

couronne, tonsure, h'rone , Kranz, Tonsur. 
coroner. -onner, -uner, couronner, couronner, 

kronen 192,28. 
coroucier v. corocier. 
CurouN. dégoûtant, ekelhaft 2.')4, 21. 



565 



GLOSSAIRE. 



566 



corouz r. corros. 

corpeus. corpuU-ut 253, 3. 

corps V. cors. 

corragre v. corage. 

corre {p. îî12), courre, curre, courir, rtntrir. 

Uiuf'en. 

correcier. corroder v. corocier. 

corroie v. coroie- 

corropt. corruption, Verderb/iiss 17,5. 

corros. -ous, corouz, courroux, i/i<(ariit, Zorn, 
7. , • • • 

netruOniss 325, 14. 

corrouoier v. corocier. 

corruptïou, -cïon, Verderhniss, Beslechun;/. 

corrumpre. corrompre, verderbcn 211, G. 

cors . corz, corps, corps, Kdrpcr, Lcib 67, 4 ; 

mes c. etc. moi, ich 60, 36. 
cors, cours, cours, Lauf. 
cors V. cort. 

corssier. coursier, coursier, Ross 82, 2. 
cort, court, curt, /t. corz, cors, cour, Irihunal, 

Hof, Gerichtshof. 
cort, court, court, bref, kurz. 
cortesie. -eisie, courtoisie, -oysie, courtoisie, 

Hdflichkeit, Itu/iscites Weseii. 
cortine, court-, curt-, courdiue 424, 24, rideau, 

tapisserie, Vorhang. 
cortois, courtois, curteis, courtois, Itoflich, 

hdfisch 121,7. 
cortoisement, courtoys-, (jracieusement, hof- 

lich, hofisch. 
corucier v. corocier. 
coriiuer v. coroner. 
corz V. cors. 
cos V. coup. 
cose, -a, r. chose. 
cosin, cousin, cousin. Vetter ; demeurer le c, 

être la dupe 460, 16. 
cospel, copeau, Span 106, 7. 
oost. cela, dies 49, 38. 
coste, côte 204,22; de c, en c, à cote, neben, 

zw Seite 181, 30. 
coste, côte, Rippe 67, 5. 
costé, -eit, cousté, n. costez, côté, Seite, Par- 

thei 86, 2. 
costemeiit, dépense, Aufn-and 116,27. 
costille, coutille, cou tille, spitzer I)eyen 430, 

31. 432,15. 
costous. coûteux, kosispielig 254, 4. 



COstre. sacristain. lui s ter 29, 34. 

costume, eu-, cou-, coutume, moeurs, droit. 

(rcn-o/in/ieit, Sitte, Recht 49, 38. 
costumier, qui moitié, Handhaber 194, 11. 
cote, cotte, cute, totu/ habit, tuni</ue. Ober- 

kleid 401, 19. 
COtidïan. quotidien, tdtjlich 321,34. 
çou V. cco. 

cou- cf. C0-. 

couarder. être lâche, feige sein. 

coubrer. saisir, fassen 85, 16. 

couche, couche, Hiigel 219,38. 

coucJiier. -er, colchier, -cier, culchier, cochier, 

cuchier, coucher, hinlegen, niederlegen 76, 

25 , betten 46, 4 ; réfl. et intr. se coucher, 

sich niederlegen 27, 1. 35, 33. 161, 11. 12; 

s'abaisser, sich senken 195, 10. 
coul- V. col-. 

coume, coument v. com, cornent. 
couuistre v. conoistre. 
coup, colp, cop, cols, cos, coux, coup, Schlaq. 

Schuss; tout a c, plotzlich 457,42. 
coupe, colpe, -a 12, 38, colped 63, 17, culpe. 

couppe, faute. Schuld 80,26. 420,15. 
couper, colper, cauper, coper, couper, ab- 

schnciilen, abhauen 2rî4, 36; trancher, zer- 

legen 219,2. 
cour- cf. cor-. 
courber, krianmen. 
courcier v. corocier. 
conrdine r. cortine. 
courir v. corre. 

courroyette. petite courroie, Riemen. 
course. Lauf 482, 22. 
cours-, court- cf. cors-, cort-. 
courtil. petite cour, Hof. Gehoft 391,39. 
cous, cocu, Hahnrei 334, 29. 

cous- cf. C08-. 

coust. coût, frais. Aufwand. Kosten. 
coustumer. s'accoutumer, gewohnt sein 404,33. 
cousture, custure, couture, Naht 12, 15,. 198, 5. 
coûte, couste, quieute, matelas, Bettpolster, 

Bettdecke 385, 2 1 . 
coutel. cutel, couteau. Messer 329, 17. 
eoutelet. petit couteau, Messerchen 294, 24. 
coutille V. costille. 

COUT- cf. COV-. 

couverte, couverture, JJecke 310, 12. 



567 



GLOSSAIRE. 



568 



couveter. (V//r.v.v<v, /ifbkostn 471,22. 

eouwart v. coart. 

eoux r. coup. 

eoT- </. conv-. 

eové. finirit'. ijefuttcrt 329, 17. 

coYeiteus. covent r. covoiteus, cornant. 

co\eji»iilemeTit.co/ivenableme}ii,p(issIic/i 2 14,9. 

eoverteiiient. déduise, t^TSieckt 165,34. 

oovertor. cou-, couverture. Decke ; par c. 

fi'juré, hildlich 1 75, 25. 
eoTÎr. désirer, begehren 15,3. 
cuvîse. eu-, convoitise, désir. Bef/ier 210, 34. 35- 
covoitier. convoitier, couvoicter, convoiter. 

désirer, he'jeltren. verhnifjeii 300, 12. 
covoitise. conv-, couv-; cuveitise, désir, ava- 
rice. Bcffier. Hahsuclit. 
eoToitons. -eus, coveiteus, convoiteus, -eux, 

avide, hcffierig, hahgierig 163,30. 
corrir, ouvrir, couvrir, cubrir 10, 20. 20, 31, 

couvrir, cacher, decken, bedecken, verbergen ; 

garantir, schinnen 20,31; l'éfl. 471,36. 
coy V. coi et quoi. 
cracher, ausspucken. 
craindre v. creindre. 
crainte. Fwcht. 
eriantif. /urchtsani. 

cramaila. crémaillière, Kesselhakeu 2, 20. 
cras. gras 232, 14, gras, dick, fett. 
cravanter, -enter, -anter, renverser, nieder- 

werfen 85, 6. 
créance. -che,credance,c/-o?/«nc^,G/«M&^ 25, 15. 
crëanter. jiromettre, verspreclien, versichern. 
cr?ator. -our, crïator, -ur, créateur, Schopfer 

91,27. 92,25. 
créature, crïat-, crïauture, Gescliopf 112, 15. 
créée r. grcche. 
credance v. créance. 
créer, crier, schaff'eu 230, 6. 275, 27. 
crein v. crin, 
creindre {]>. 509j, crendre, criendrc, craindre, 

crernir, craindre, fïirchten 27,9. 54,12. 
creire. creidre v. croire, 
creraeteus. rraintif, furchtsam 395, 14. 
cremir r. creindre. 
cremor, -our, crainte, Fur dit. 
crendre r. creindre. 
cresme. crème, Rahm 369, 40. 464, 7. 
crespe. cresp 19,40, crispé, kraus 380,25. 



crestal. n. -iaus v. cristal. 

eresté. crèté. buschig 380,30. 

crestïen, -iien, chrestïen, -an, christïen, -iien, 

-l'an, chrétien, chj'istlich, Chi-ist 3, 18. 5, 14. 

2oS. 15. 
erestïenté . chrcst-; cristïentet, chrétienté. 

Vhristenheit 83, 32; christianisme. Christen- 

Ihuin 25, 24. 
creiis V. croiz. 
creusier v. croisi^. 
crever, crever , percer, durchbohren 47, 25, 

19,2b, platzen, springcn, uxifspnngen 105, 

14. 206, 35. 309, 27; l'aube crieve, le jour 

commence 1 88, 3. 
crevëure, crevasse, Spalte 288,27, 
cri. cris, criz, cri, Schrei , Geschrei 13, 18. 

37, 23. 51, 14; mauvaise réputation , Nach- 

rede 285, 9. 
crïator etc. v. crëator. 
cridaîzun, cri, Geschrei 1 2, 33. 
cridar v. crier. 
crïee, cri, Geschrei 74, 24. 
crieme, crainte, Fwcht. 
criendre v. creindre. 
crïer v. créer. 

crïer, cryer, cridar 10, 17, crier, ajypeler, pro- 
clamer , schreien, rufen, aiisrufen ; pass. 

être en renom, im Rtife stehen 393, 17. 
crïere. crieur, Ansrnfer 320, 29. 
criminal, -el, criminel, strafbar 209, 11. 
crin, crein, cheveu, Haar 380,24. 
crist- cf. crest-. 

cristal, crestal, /i'm/a// 43, 8. 189,23. .399,11. 
criz V. cri. 

crochet, Haken 482, 17. 
croie, craie, Kreide. 
croire, creire, creidre, croire, gtauben ; réfl. 

se confier, sich vertrauen 91, 15. 
crois v. croiz. 
croisier, -er, cruisier, creusier, croiser, kren- 

zen 42, 5. 76, 24 ; réfl. se croiser, das Kreuz 

nehmen 246, 7 ; intr. idem 389, 16. 
croissance, H'achsthum. 
croissëiz, brisure, Zerhrechen 122,30. 
croissir, cru-, briser, zerbrechen ^H,M. 66,8. 
croistre {p. 5 1 2), croître, wachsen ; fairv croître, 

Tvachsen machen 24, 14. 
croiz. -s, -X, crox , crniz, -uz, crens, croix. 



569 



GLOSSAIRE. 



570 



Kreuz 11,17. 14,3. 18,21. SS, 10. 243, :i4. 

245, 17. 
croller, crosler, branler, trembler, schïdtelii, 

schleudern , ziltern macheu , zittern 13, 2G. 

53,37. 97,27. 98,4. 329,31. 
croupir, accroupir, kriunmen, ducken 214, 

19. 
crouste, croate, Kruste 363, 3. 
crox V. croiz. 

cruîilté, -auté, -aulté, cn/aute, Grausamkeit. 
cru(;oii, crue, Wuchs , Wachsthuin 424,6. 

15. 
cruel, -eus, -ex, -aux, cruel, /jrausam, wild. 
crues, creux, hohl 385, 10. 
cruever v. crever. 

cruieuseinent, cruellement, grausani 387, 23. 
cruisier c croisier. 
cruisir, craquer, knirschen 43, 15. 
cruiz V. croiz. 
crupe, arron, Buy 81,36. 
crute, crypte, Gruft 122, 14. 
cruz V. croiz. 
cryer v. crïer. 
eu- cf. C0-. 
cubrir v. covrir. 

cueillier, cueillir, pfliicken 425,27. 
cueUlir (j). 508), cuillir, cuellir, quellir, coillir, 

ceuillir, cuiedre 359,31, cueillir, recevoir, 

pfliicken, ernlen, empfantjen. 
cuens V. conte. 
cuer, coer, coeur, cueur, quer, quor, cor, coeur, 

volonté, Herz, Wille 29,24. 
cuesir v. choisir. 
cuevrekief, coiffure 381,5. 
culdier, -er, quider, penser , croire, denkcn, 

glauben; au mien c, selon moi, nacli mcincr 

Ansicht 158,30. 
cuiedre, cuillir v. cueillir. 
culgnie, cognée, Beil 128,27. 194,11. 
cuiutaiuue, jeu militaii-e, ein ritlerliches Spiel 

62, 1. 
cuiutise v. cointise. 
cuir, cuir, peau, Fell. 

cuire, quire, coire, cuire, brûler, causer une 
douleur piquante, kochen, braten, brennen, 
schmerzlich berithren 78, 5. 222, 6; re'fl. 
Schmerz empfinden 6, 6. 
euiriet, cuirasse, Lederkoller 23, 16. 25, 5. 



cuisiue, cuy-, huche. 

cuisse, Sc/ienkel 72, 4. 

cuite r. quite. 

cuitement, entièrement, libremfnl, ganz, frei. 

cuitcr V. quitier. 

cuivert, cuvert, culvcrt, perfide, traître, lâclie, 

ireulos, Veiriither, Feigling 126,29. 
cul, n. eus, cul, Steiss 372, 10. 
culcher v. couchier. 
culpe V. coupe. 
culur V. color. 
cuivert V. cuivert. 
cum- cf. com-. 

cumbatedur, combattant, lùhnpfer 55, 5. 
cumgriet v. congié. 
cuu- (•/'. con-. 
cunfuudre v. confondre. 
cuntralïus. querelleur, zdnkisch 270, 8. 
cuntreg'uetier, défendre, schûtzen 268,30. 
cuntrevaloir, équivaloir, aufwiegen 35, 4. 
cupler, comparer, gleichstellen 58, 44. 
eux- cf. cor-. 

curailles, entrailles, Eingeweide 25, 7. 
curcier v. corocier. 
cure, qure 232, 19, soin, souci, Sorge ; avoir c, 

mètre sa c, sich kiimniern 43,18. 130,16; 

venir a c. 198, 7. 
curer, guérir, heilen. 
curïal, de la cour, hôfisch. 
curïeux, begierig. 
curu(,'us V. coroceus. 
eus V. cul. 

eus- cf. C0S-. 

cusançon, souci, Sorge 170,21. 
cuscliement, proprement, reinlich 14, 24. 
cusencenousemeut. soigneusement, sorgfiiltig 

212, 44. 
custure v. cousture. 
cute, coude, Ellenbogen 57, 6. 
cutel c. coutel. 

CUV- cf. COV-. 

cufe, Kufe 49,9. 71,41. 

cuvenable, convenable, passend 88, 16. 

cuvert V. cuivert. 

cuvise V. covise. 

cuysine v. cuisine. 

ey, cy- V. ci, ci-. 

cyterne v. citerne. 



571 



GLOSSAIRE. 



572 



dasrue, Dolch. 

dahé r. dehait. 

diiisrnicr r. deignier. 

daiu. daim. Dtimhirsch 50. 2. 

daiiitlé. agrément. L'teblichkeit 191, 37. 

dairieu. dernier, letzte 2-15, 7. 

dalez. -es v. delez. 

dam V. daut. 

dauiag-e. -aige, domage, -aje, -aige, dommage, 

-aige, dommage, lurt, Schaden, Vcrlust, L'n- 

recht. 
dame, damme 73, 4U, donna 19, 23, dame, 

femme, maîtresse, Frau . Herrin; nostre 

dame. Maria. 
dame-, damle-, damne-deus (c/". deus), dieu, 

GottderHerr. 6'o//199, 20. 203,27. 207,22. 
damoisel. -oysel, -oiseau, -oyseau, n. -oisiaus, 

-ax, jeune gentilhomme , écuycr, Knoppe. 

Junger Heir 195,7. 294,41. 330,5. 
damoisele. -elle, -zelle, demoisele, Jeune /il /e 

de noble famille, Frdulein 382, 4. 
dampnacïou, condamnation, Verurlheilung 

212,32. 
dampnement, idem. 
dampuer. damner, verdammen. 
damz, dommage, l'erlust 15,37. 
dance. danse, Tanz. 

dang'ier. possession, puissance, plaisir, opposi- 
tion, manque, danger, Besitz, MaclU, Ver- 

gnûgen, Widerspruch, Mangel, Gefahr 15S, 

23. 186,40. 365,43. 380,41. 
danois, dânisch. 
dans V. dant. 
danser, dansser, tanzen. 
dant, /*. danz, dans, dam 6-1,11, dom, seigneur, 

maître. Ilerr 32, 34. 
dar, en dar. en vain, umsonsl 382, 10. 
dart, dard, Wurfspeer. 
date, datte, Dallel. 
daiilfln. delphine, Delfin. 
davaneier, devancier, Vorgdnger \i)h,\\. 
davant, devant, davan 12, 13, prép. et. adv., 

devant, avant, vor; vorn , vorher , voraus; 

de d., pard., devant, avant, vor 11,40. 201, 

25; d. que, avant que, bevor ; Vorderseite 

80.8. 87 J 7. 
davidiqae, de David 459, 39. 
de, prep., sert à désigner le génitif, l'origine. 



le motif, la mesure: von, durch, in Bezug 

au/' 1 1 , 29 ; de multes vises, aufvielc Weisen 

11.4; après le comparatif: que, als; avec 

l'infn. zu. 
de. n. dez, dé, Wiirfel 105,30. 363,13. 
de v. de us. 

dea, dia, vraiment, ivahrlich 437,12. 
dëable v. diable. 
deavé. égaré, verirrt 95, 13. 
débat. Streit. 
debatre, ré/l. s'efforcer, sich ab/itimpfen 1H3, 

39 ; /////•. réfléchir, iiherlegcn. 
débiliter, scluvdchcn. 
debonaire, -oinaire, -ounaire, doux, bon, sunft, 

freundlich, giUig. 
debonairement, deboin-, doucement, idem 228, 

29. 383,27. 
debonereté, bonté, Gûle, Freundlichkeil 277, 6. 
debout, aufrecht stéhend. 
débouter, repousser, rvegstossen 159,11. 
debroir v. devoir. 

de(,'a, de ce côté, hier/ier, diesseits 199, 15. 
decalcher, fouler aux pieds, mil den Fiisscn 

treten 54. 39. 
décembre. Dezember. 
decendre v. descendre. 
decepcïon, déception, Betrug. 
decevance. déception, Betrug. 
décevoir (/>. 512), dech-, desc-; de^oivre, dez-, 

tuuschen, belriigen 126,11. 211,9. 
deci, desci, jusque , bis 69, 42. 82, 25 ; désor- 
mais, nunmehr 212, 12. 
déclarer, expliquer, erfilâren. 
décliner, sich neigen, zu Ende gehen 25, 21. 
deçoivre v. décevoir, 
decoler, décoller, enthaupten 71,35. 
decoper, couper, /iiipfen 204, 17. 
décorer, schmiiclcoi, zieren. 
decorre, decurre, découler, herabfallen, -/lies- 

sen. tropfeln 53,14. 384,38. 
décret, Verordnung, Beschluss. 
decurs, cours, Lauf 53, 12. 
dedenz, -ens, dedanz, -an8,^rc7>. t'/af/t^., dans, 

dedans, in, drinnen, hinein 49, 4 1 , innerhalb 

292,31; par d., in 213, 5. 
dedesoz, -sus 37, 40, sous, unler. 
dedesus, dessus, Innauf. 
dedevant. devant, vor. 



573 



GLOSSAIRE. 



574 



déduire, conduire, fiihrcn, treibcn; pusser, 

liinliriiiffen 31, 13. 27; rcjouh-, crfrcuen; 

inlr. et refl. s\uniiscr , sich crgolzen , sich 

frcuen 1.jl,4. 156,28. 11)2,9. 195,31. 
déduit, déduit, i^laisir, Freitdc 104, 34. 
déesse v. deuesse. 
défaillir, deff-, manquer, mangcln 211,26; 

im Stich lassen 405,33; être perdu 38,25. 

210,4; faillir, verloren ffehen, seiîi, sich ver- 

(jehen; part, perdu, verloren. 
defîiute, défaut, Schutd. 
défendeur, deflf-, Vertheidiyer ; Bcklagte. 
défendre, deff-, desf-; desfandre, défendre, 

yaraiitir , faire défense, vertheidigcn , ver- 

hieten 7,30. 167,11. 206,35. 
defenir, morir, sterhen 383, 24. 
défense, deffence, desfansse, garantie, défense, 

opposition, Schutz, Verhot, Wider stand 168, 

3.30. 
deff- cf def-. 

deffaire, deffere v. desfaire. 
deffermer, defremer, deff-, desf-, ouvrir, auf- 

schliessen 74,33. 199,8. 400, 15. 
deffïance, desf-, défense, Verhot 139,9. 16. 
deffïer, def-, desf-, défier, herausfordern 35, 

22. 84, 37 ; réfl. se défier, misstraueu (de). 
deffoïr, déterrer, ausgraben 272, 12. 
deflnement, fin, mort, Ende, Tod. 
definer, finir, endigen 197, 24. 
defois, interdiction, Verhot 235, 13. 
def ors, prép. et adv., dehors, hors, aus, aus- 

serhalb, draussen 42, 2. 119, 35; par d., 

ausserlich 213, 4. 
defi'emer, deff-, desf- v. deffermer. 
defubler, deff-, détacher, loskniipfen. 
degner v. deignier. 
degoiser, ré fi. s'amuser, sich ergot zen 449, 

26. 
dégoûter, -tter, dégoutter, herahlrojifeln 286, 

17. 469,37. 
degré, -et, degré, Treppe, Stufe, Grad 400, 16. 
déguerpir, abandonner, aufgeben, ilberlassen, 

ver lassen 161,21. 264,7. 
déliait, débet, dahet, déplaisir, Vnfreude 33, 

29. 176,6. 201,6. 229,17. 
dehors, draussen. 
dei V. doi. 
deie, doit, Finger 25, 5. 

Bartsch, Chrestomathie, IV. Éd. 



deignier, -or, dein'gnicr, daiguier, deiuer 147, 

29, dcyncr 2o, Ki, degner, deiigiiar, deuar 

11,7, daigner, approuver, geruhen, fur 

wiirdig hallen. 
deïté, divinité, déité, Gottheit, Gôttlichkeil 90, 

10. 111, 19. 
dejeter, se tourmenter, sich quàlen 130,9. 
dejoste, dejuste, à coté de, neben 53, 12. 65, 45. 
dejugier, yM<76T, richten 212,3. 
del v. duel. 

^aVA^ jenseits ; par d. 198,34. 199,22. 
délai, Zogerung. 
delaier, différer, relarder, tarder, hinhallen, 

zogern 158, 27. 192, 6. 
delaissier, différer, délaisser, aufschiehen, ver- 
las s en. 
delcad v. délié. 

deleclier, -ier, lécher, lecken, helecken. 
deleit, délit, joie, délice, Freude , Vergniigen 

199,39. 210, 30, 211, 35. 
deleiteus, deliteus, délicieux, joyeux, frcudig, 

ergolzlich, ivonnevoll. 
delez, -es, dalez, -es, à côté de, neben 161, lO; 

par d., idem 77, 33. 206, 9. 
delgié V. délié. 
délibérer, ilberlegen. 
delicïeus, délicat, verwohnt 383, 35. 
délié, delgié, deugié, delcad 20, 7, fin, délicat. 

fein, zart 339, 35. 340, 29. 380, 3. 
delïer v. deslïer. 
delir, détruire. zerstOren 7, 31. 
délit- cf. deleit-. 
delitable, -aule, délicieux, charmant, kôstlich, 

reizend 187,2. 380,9. 
déliter, réfi. se délecter, sich ergôtzen 400, 1 7. 
délivre, délivré, befreit 94, 26 ; prompt, schnell 

187, 30; a d. , promptement, schleunig 178, 

10; « taise, bequem 471,38. 
delivrement,7>;-ow^7/tv«t'»^, sans empêchement, 

schnell, ungehindert 57,43. 211,40. 
délivrer, délivrer, hefreien 205, 30, accoucher, 

enthunden werden 403,4; réfl. se dépêcher, 

sich heeilen 222,20. 469,11. 
delors que, depxiis que, scil. 
déluge, deluve, diluvie, duluve, déluge, Sûnd- 

fiuth 54, 5. 100, 33. 207, 35; destruction, 

Vernichtutig 473, 14. 
demain, morgen. 

38 



575 



GLOSSAIRE. 



576 



deiuaine, -einc, iiropricte, Eigcntluim; adj. 

propre, eigen 59,9. 155,35. 
demainenient, mcmc, grade 138, 14. 
deiuaude, question, Fragc 214,10; demande, 

Auklage. 
demandëor, -ëur, demandeur, A'/tïger i~2,d9. 
demander, demander, verlangen, /ragent, 12. 
2S, 31. 36,35. 235,25; chercher, suchcn 2h'i', 
19. 
demant, demande. Bitte 235,27. 
demantres r. dementres. 
demeine r. deraaine. 

démener, mener, conduire, faire, fiihren, 
treiben, machen 2S, 7. 164, 16. 293, 34; tour- 
menter, quàlen 96, 5 ; 7-éfl. se tenir, sich hal- 
ten 370.25. 
demeuiere, inagnifique, jyràchtig 195, 32. 
demeuter, refl. plaindre, se démener comme 
un insensé, klagen , sich toit gehehrden 28, 
32. 71,26. 232,40. 
dementres, demantres, en tant d. cum, d. que, 

pendant que, wdhrend 33,1. 174,27. 
(lemetre, réfl. se démettre, sein Amt nieder- 

legen 115,35. 365,26. 
demesmes, de même, ebenso. 
demeure v. demore. 
demi, -y, dimi 2i.'3S.ha/b; cf. mi. 
demisele r. damoisele. 
demonstrer r. demostrer. 
demorance, -ourance, dé/ai, Zôgerung. 
demore, -eure, -ure, demeure, Wohnung, Zô- 
gerung 93, 92. 94, 29. 
demoree, demeure, Zôgerung. 
demorer, -ourer, -urer, demeurer, tarder, 
durer , bleiben , zogern , dauern 92, 36. 95, 
35. 153,13. 204,45. 280,30; réfl. séjourner, 
sich verweiten 35,41. 
demostrance, indication, Anzeige 139, 10; 

indice, Vorzeichen. 
demoBtrement , manifestation , Offenbarung 

V.',S, 13. 
demostrer, -oustrer, -ustrer, -onstrer, dé- 
montrer, zeigen 1 6, 20 ; den Anschein haben 
17,10.12. 
demou-, demu- v. démo-. 
demy v. demi. 

den, />!/«, dann 7, 36; en cela, darin 17, 21. 
denar v. deignier. 



dener v. denier. 

deneret, petit denier, Silberling 294, 22. 

deugner r. deignier. 

denier, dener, denier, Silberling M, \B; plur. 

argent, Gcld. 
denrées, Victualien 304, 19. 
den s, dans, in. 
dent, dent, Zahn; as dens, .^ur les dens 163, 

13 (cf. adenz). 
dentëure, denture, dentition, denture, Zahnen, 

Gehiss 316,6. 381, 12. 
dénuder, entblôssen 55, 3. 
deo V. deus. 

depaindre, dépeindre, bemalen 345, 24. 
depaner, déchirer, zerreissen 75, 34. 
départie, séparation, Scheiden. 
départir, séparer, partager , partir, ircnnen, 
vertheilen 96,30, scheiden, wcggehen {iritr. 
et réfl.) 149,11. 210,24. 283,41. 303,26. 
depecier, dépecer, briser, diviser, détruire, 
zcrstilckeln , zerbrechen, theilen , zerstôî'en 
194, 25. 259, 27. 290, 36; intr. 48, 32. 182, 
26. 
dépens, Kosten. 

deperdre, perdre, vernichten 55, 6. 
dei)esclier, dépêcher, beeilen. 
dcplaint, plainte, Klage 28, 8. 
depleier, déployer, entfallen 21,33. 
depoiller v. despoiller. 
déport, plaisir, joie, Freude 131,4. 
déporter , épargner , verschonen 403, 5 ; réfl. 
se divertir, se réjouir, sich ergotzen, sich 
freuen ; renoncer, entsagen 349, 39. 
depreier v. deprïer. 

depriendre, déprimer, niederdrûcken 55, 32. 
deprïer, -oier, -oiier, -eier, prier avec in- 
stance, sehr bitten 32, 16. 27. 
depuis, depuys, prép. et adv., seit, von— an, 

seitdem. 
deputaire. -eire, de mauvais naturel, von 

sclilechtcm Charakler 140, 10. 
deramer, -ar, déchirer, zerreissen 12,16. 29,2. 
derere v. derrier. 

deroehier, tomber, herabfallen 48, 30. 
derompre, rompre, zerbrechen 75, 34. 
derrenier, dernier, lelzle 457, 19. 
derrier, -iere, -iers, -ères, deriere, ère, -iers 
prép. et adv., derrière, hinler, hinten 33, 36. 



577 



&LOSSAIRE. 



578 



204,26, 327, 19; par. d., /tinter, vonhinten ; 
zuriïck; en d., plus tard, spiitcr. 

derver v. desver. 

derverie, folie, Verriicktheit 382, 18. 

des V. deus. 

des, prép. dès , depuis, von — un 13, 13. 20, 
41; des abanz, aupuruvant, vorher 10, 41; 
des or, désormais, nunmehr ; des que, so- 
bald 118,18. 

desanz, auparavant, vorher 10, 1. 

desarmer, entwaffnen G6, 10. 

désavouer, verleutjnen. 

desc'a v. dusque. 

descaucier v. deschaucier. 

descendre, dec-, dex-, dess-, dessaudre, des- 
cendre, descendre de cheval, abaisser, herab- 
steigen 147, 29. 211, 37, absteigen, abslammen, 
abladen 152, 29, abheben 355, 27, beugen 1 17, 
20; réfl. 298,7. 

descevoir v. décevoir. 

descerrer v. desevrer. 

deschacier, chasser, verjagen 234, 37. 

descliarger, décharger, entlasten. 

deschaucier, desc-, déchausser, entschuhen 166, 
29. 

deschaus, déchaussé, barfuss 392, 42. 

desci V. deci. 

desciple v. disciple. 

descirer, déchirer, zerreissenb\,'à\. 226,21. 

desclore, ouvrir, percer, expliquer, offnen, 
durchbohren, erklàren 33, 37. 327, 20. 376, 13. 

descoloré, -culurez, décoloré, entfurbt, bleich 
34,37. 41,8. 

descombrer, -onbrer, réft. se débarrasser, sich 
losmachen 173,31; part, débarrassé, unge- 
hindert 66, 3. 

descoufire, détruire, vaincre, ver nie h te n, be- 
siegen 125,43. 201,9. 366,32. 

desconiiture, défaite, ISiederlage. 

desconforter, décourager, entmuthigen 32, 22; 
réfl. verzagen S6, 42, 

desconseillié, -illié, -eiliet, sans conseil, rath- 
los 32,37. 319,3. 

desconvenue, malheur, Ungli'ick 213,24. 

descopier, découpler, loskoppeln 220, 40. 

d«scort, querelle, Uneinigkeit ; genre de po- 
èmes, Bescort 383, 26. 

descovrir, -ouvrir, -uvrir, découvrir, aufdecken. 



enldecken 52, 10. 53, 39. 125, 11. 392, 33; 

part, unbedeckt, a descovert, offcn 142,8. 
descrire, décrire, beschreiben. 
descu- v. desco-. 

desdeigrner, dédaigner, fitr un/viirdig hallen. 
desdeigneus, -aigneus, dédaigneux , verach- 

tend, stolz 159,27. 308,6. 
desdein, -ng, dédain, Verachtung. 
desdire, dédire, contredire, refuser, absagen, 

versa gen, verreden 171,7. 
desduire, ré/l. se réjouir, sich freuen. 
deseivre v. desevrer. 
deseriter, desireter, déshériter, enterben 83, 

17. 257,1. 
désert, 7viist; subst. Wâste. 
deservir, dess-, mériter, recompenser , verdie- 

nen, belohnen 29,^0. 74,13. 166, 13. 357, 

35. 
désespérance, désespoir, Verzweiflung. 
désespérer, verzweifeln 249, 16. 
deseur, deseure v. desor, desore. 
desevrer, desc-, dess- ; prs. deseivre, séparer, 

distinguer, trennen, unterscheidenM,^i. 72, 

43; intr. partir, sich trennen 33,2. 222,7. 
desl- cf. def-, deff-. 
desfaê, malheureux, unselig 137,27. 
desfaire, detf-, desfere, détruire, ruiner, tuer, 

zerstoren, vernichten, todten 35,6. 155,25; 

réparer, jvieder gut machen 390, 23 ; réfl. se 

débarrasser, los rverden 458, 39. 
desflgrurer, défigurer, entstellen 89, 17. 
desg'arni, dégarni, ungeriistet 429,21. 
desguiser, déguiser, unkenntlich machen. 
desliaitié, -té, triste, abattu, traurig, niederge- 

schlagen, verstimmt 103, 13. 
déshériter v. deseriter. 
deshonneur, L'nehre. 
deshonorer, entehren, beschinipfen. 
desi, dessi, d'ici 203, 12; d. que, jusqu'à ce 

que, bis 85,34. 124,31. 
desier, -ir, désir, Verlangen, Sehnen 207, 38. 
désirer, -irrer, verlangen, ersehnen 30, 18. 
desireter v- deseriter. 

desirier, desirr-, désir, Sehnsucht, Verlangen. 
désirons, désireux, sehnsiichtig. 
desirree, désir, Sehnen 279, 6. 
desirrer, -ier v. désirer, -ier. 
desja, déjà, schon. 

38* 



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GLOSSAIRE. 



580 



desjPimer, -inner, déjeuner, frû/tstuckai (intr. 

et refl.) 162,24. 281,26. 
deske r. dusque. 

deslacier, délier, loshinden 39, 44. 
deslPauté, déloyauté, Treulosigkcit. 
deslïer, délier, délier, losbinde/i, liiseii 54, 23. 

161, 26. 33S, 1"; part, méchant, los 219, 13. 
desloër, dissuader, ahrathen 134,37. 
deslogrer, réfl. se déloger, sich ausquartieren 

261, 27. 
desloi, tort, l'nrecht. 
desloial, -oyal, no>/i. -oiaus, perfide, trculos 

163,24. 
desloiaumeut, perfidement, treulos 279, 26. 
desmailer, rompre les mailles, die Ringe 

lOsen 36, 26. 
desmembrer, démembrer, zerstûckeln 34, 27. 

84. 19. 
desmentir, démentir, Liigen strafen 139, 5. 
desmesure, excès, Uebermass. 
desmetre, réfl. se désister, verzichten i60, 19. 
desordonneemeut, désordonnément, unordeut- 

lich 453, 8. 
desor, desore, desour, deseur, deseure, desur, 

desure, prép. et adv., sur, dessus, iiher, auf, 

an, darûber, oben 35, 38. 42, 4. 124, 19. 131, 

36. 181,16. 199,43. 202,14.203,24.361,37; 

par d., hinauf. 
desoremes, des ore mais, désormais, tiunme/ir 

117,9. 137,21. 334,38. 
desorg'ueillier, priver de l'orgueil, des Stolzes 

berauben 348, 4. 
desoz, -08, -ouz, -ous, -oubz, -uz, dessoubz, 

prép. et adv., sous, dessous, unler, darunter, 

unlen 193,20. 203,15; au d. 341,22. 
despartir, départir, theilen 49, 14. 
despecher, dépêcher, abfertigcn 483, 2