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Full text of "Documents pour servir à l'étude du nord ouest africain, éunis et rédigés par ordre de Jules Cambon, gouverneur général de l'Algérie"

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DOCUMENTS 



poor serv'r à Tétudc du 



NORD OIEST AFRICAIN 



TOMK I. 

RÉGIONS LIMITROPHES DE U FRONTIÈRE ALGÉRIENNE. 
LE RIF. — LES DJEBJLft. 




TlHK A '200 EXEMPLAIRKS NUMÉROTÉS 



N- 75. 



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l'OUIÎ SKiniH A I. KTUIIK DU 



NORD OUEST AFRICAIN 



H K UNIS K 1 11 K I H G K S P A iï < > R I ) li !•: 1 » E 



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UAiVllJON 



(îouvprneur g-f'néral df rAlfr^^nV, 



PA i: 



H.-M.-P. DK LA MARTIXIKHK. 

Directeur du (!uhinet 

au service des uffiiircs in(li<rônes 

du Oouvenieinent y;énéral de rAI<;ôrie. 



N. LACROIX. 

Capitaine d'infunterie hors cadre, 

(^hef de bureau arabe 

détaché au service des :itfaires indigènes 

du Gouvernement général de rAlgeric. 




SERVICE DES AFFAIHES INDIGÈNES 



M DCCC XC.IV 



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AVEirnSSEMI]\T 



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amqvêrir AUjer, .s7>//.v /^/ roiHhn'frdr Pamlral Dtfperrv et 
fin ijênvral de liotfrmonl, lo^fs les détails des ojH'rtf lions 
avaient été mûrement étf^liés et le snecès fnt. pinfr la 
pins (jrande part^ du anx soins qnon acnit mis ii le 
préparer. 

On jitchoix dehf presqn'lle de Sidi Ferrnrh, comme 
point de déharqnement ; on en nrait tronné Vindieation 
dans les tracanx da capitaine de caisseaa Boatin^ 
qui remontaient à 1S07. (Jet of/iciery c/tarqé par 
Napoléon d'explorer le littoral des Etats harharesqaes, 
avait tracé jnsqn'ii l'itinéraire qne nos fronpes dentient 
suivre ponr marcher de Sidi Fermeté snr Ah/er. 

Ainsi la France recaeiUait^ après vinyt-trois anmes 
écoalées, le frail de la précoqancede V Empereur, 

C'est là an exemple de ce qne peat^ pour le succès des 






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AVKRTISSKMKNT. 



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,ir,ni<l<'s n,/rr,>risrs. ni>'<l'' iolrnùinilr </rs mrhirrs. 
Or. no»s f'nws o»jn»rirh>n. n'ars ilaiis 1rs cartons ilv 
,i;rrrs srrrirrs p/'hlirs. niilh' rrnsn(/»meri/s. h' />h'S 
su,nr>il inamtn's. ri qi'i. rassrnihirs, am/unrs, mis m 
œi>rrr, poirrainil fui'rnir (1rs hnlirathms prérir/'srs , 
ri nuislih'rr. f>or Iri'Y rr union n,r,nr, l>nsr>nhlr dr 
dnrnnirnis Ir />lns prrrirnx à roiisnJIrr. si'r lonirs 1rs 
(fnrsiions i/ni inirrrssrni no/rr ,lonuniilion (hms Ir non! 
dr r.l/rit/nr. Il rinil donr niilr dr 1rs rrrhrrrhrr. dr 1rs 
complrlrrrldr Irscoordonnrr. Lriioiicrrnrnr i/r/invi dr 
FAlfirrirra frnsr ri rrsl dr In r/n'rsl nr rr Irornil doni Ir 
inrniirr ndnmr ronrrrvr l'onrstdr l'Ah/rnr ri nnr parlir 

dn Maroc. 

Sus pojinlalions iniHi/nirs .wnf ni rapj)<)r(s consinnis 

arrr crllrsdrritJnipirr C/irri/irn. nnr fronlirrr indrcisrirs 

srpnrr. nnssi rmcftcrêlrrmcnl drs Irrri/oirrsdr /larcoars, 

ri drs hnhiindrs srcninirrs dr drprrdalioii il sonMIrs 

vvr rnnsr prnnaiirnlr d'fiosliliirs, (/ni ahonlissrni parfois 

à des cou flils saviilanls. Nos officiers, qvi ont mission 

drwninlrnirl'ordrrdans ers rrf/ions. doirrnl Nrr mis il 

mêmr dr cnnnailrr les Irndilions el la force des Irihas 

qn'ils OHl deraiil enx. non moins qve la nainre dn pays 

qn'elles hahiirni. 

D'nn anirr côti', VEmpirr Chérifien esl, depuis trop 
lonf/lrrnps. Ir Ihrâlre de Ironhlrs profonds, Vantoritédu 
Snllan y esl trop pen respectre, la sitnation yéoyrapfiiqnc 
dn Maroc entre rAtlantiqne et la Méditerranée est trop 
importante, ponr qu'il ne soit pas indispensable à tons les 
hommes qui s occupent de nos affaires du dehors, de bien 






AVKRTISSKMKNT. 



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co)})}nîfre vn prrf/s, ffofff frs ffrs/i}h'rs /> rrtfir prroroippnf 
if jffsff fifrv }}of)r fliplf)huj(ie. AOffS ftrnas Irafi fU* pi)'n)f% 
fie nntfnri arec Jffi potrr (pf^il va^^s soif /fffssih/e flf ffo^s 
en ffi'siff/érfssrr. 

Aff rrs/f% rt'sl if tirs expJorffffffrs et if fies Siftanls 
frff}f<yis (pfe Sf)))f fhfes hi pUtiuirl fies nf^lifws qfie VfiV 
jifissfhie ffelffellemeut Sffv le MffVfiC. dffr flefiifis l^f'/mf/ffe 
fli'jil lf)inlaine oii Henri Jiffrfh fHait^en lHt5^ ohlifji' fh*, 
renoncer f\ fli* passer Iff pelile rille fie Jjff roche, petf dKnrfi- 
pi'ens, /ff)rfnis nos cfnn/nflriff/es . se soni f'Cfir/f's fhfffs 
rKfnjùrt' (]hf*r}jfen fies settliers hftiltis. Aussi bien les 
lerers hj/firofjrffphiqffes fies ififjêniefirs fie hf Marine 
française on! pennis fie firesser Iff carie cf}lière (hf liif 
rej)rf)flfiile flepffis par les Afniranli's f'Iranfjères . les 
savantes recherches fie Tissfit sar la Matfrf'lffnie Tinfji- 
tane, nons ont (f\f/nf' conune nn monnaient infjfe/issal//r 
les premières notions fie fjpfnjraphie cfnnpari'e obserrirs 
snrie terrain fie cette profffnce pen cfwntfefle V Empire 
lifnnain. M. fie Fotfcanlfl . flans fies recffnnaissfuices 
harflies, a traci* fies itinf'raires fVnmi extrf/me ralenr. 
Enfin les i'Ifffles conscienciettses fl'Hcffri Dffret/rier . en 
fjrfinfle partie inéflites. ffinsi f/neles missions scienti/if/nes 
fie M, fie La Martinivre , nons ont fait pfhfétrer jthfs 
coin plètement flans le Mfffjhreb, 

Les itinéraires de notre mission militaire atfjrrès dn 
Snitan v'ont ]ias f'tévne sonrce moins jnrciense fl'info/^- 
7na lions. — D^avtre part^ les rapjm'ls des fffficiers des 
Affaires indif/ènes, et les documents fini se trouvent an 
ministf're de la fine/re et an (ionrernement fif'nèral de 



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AVKRÏISSEMKNT. 



AVERTISSEMENT. 



XI 



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rA/f/rrir (ynl ('fi' tnis if nnflrihnlion et on a ev soi)f 
(If H iHfliqffcr vhnqnv fitis l\)n(jVH' r/.ln lUViUvm du nom 
ffrs fffffrfn's. 

Le (iiiff'rntvtrr (jénêral a ronfif' rr frrfrail à M, de La 
Marlinièn', di/rrfcnr dr son cnhinfL el if M. kcapfUiinr 
Lnci'Ofj\ dnsf'rriredrs affniirs infUfjènfS. qfffo lonfilemps 
srrfy' dffns l(f lovrimr d^Orftn, Des rar/rs ri des rroqnis 
lnpofjraphfilffes, drvssvs cl dessinés par le service {lêofjrn- 
idfifjffedff GonrernentenI fjénêrrfL faeilileronl In kclnre 
dv Ir.rle, 

Uof'f'rffije nnii prendra pinsienrs roi ff /nés. 
Le prentier Iraile des rêfjions qni hordeni la fronlière 
entre rAIfférie el le Marne, jffsqff'av point oà elle a été 
drlimitêe, e^est-if-flire yisqa'ii Teniet Es Sassi. ainsi 
qffe dv celles ipfi forntent le nord de VE in pire Ghêrifien. 
Dffns le denxiènfc seront dérritsies pa fjs sitnésa a sad de 
Teniet Es Sassi el ces Oasis de rextrême snd qai n appar- 
tiennent pas an Ma roc et qtfi dé penden t (jèofj ra ph iqnemenl 
de rAUjérie^ le Goarara, le Tonal et le TidikelL 

Le rofiaifme de Fe:, pvis ceux de Merahech el de 
Soas. et Vensernlde de la, réijion marocaine ferntineronl 
celte étndr. 

Il pent être a file de donner ici quelques indi cal ions 
phfs précises sur les watières qui sont Irailées dans le 
présent vohfme. 

Tout d^dbwd, on a. cherché à faire une description 
(jènérale de la frontière^ telle qve le traité de 1845 
l'a dessinée, et on l'a fait précéder d'ioi résumé 
historique^ qai remonte jasqu'a^ix temps antiques 



el jusqa'n Vépoque de la domination turque, La 
tradition jffae un fjrand rôle chez les musufm/ins, el 
nous rinroqnnns souvent dans les diffirnllés quolidkmes 
qai sont nées de ce traité de Lalla Mo f nia. 

Les tribus qui peuplent ces réfjions tmt été étudiées; 
leurs terrains d'habitat et de parcours décrits: leurs 
ffroupements déterminés arec aatant d'exactitude que 
)K)ssihle. ainsi que les forces dont elles disposent au 
mofp'u de documents stati.sfiqaes, soarent iné'dits. 

Les difficultés de ce travail ont été de plus en plus 
f/randes à mesure qa'if s'étendait à des réijions plus 
élnifjnées df^ la frontière, Poar le Garet el le Rif, les 
informations mises en fpurre prorien nent d'une soarce 
moins autorisée qne les premières, et le plus souvent 
indiijénf^s; elles n'en ont pas moins une rebelle vatevr 
f'I cnnsti tuent tofftes nos connaissances sur une des 
parties les moins connaes de P Afrique, Quant au Rif en 
particulier, on s\>st attnrhé, dans un résumé hislo- 
riqae^ if montrer la nature des liens qui unissent à la 
Cour de Fez^ ses ftopula lions Kalnfles toffjoars prêtes à 
la sédition. 

Des renseifjnemenls précieux ont été éfpilement recueillis 
sur les popalntions berbères de même race qitp les tribvs 
du Rif et dont le territoire entoure comme nne ceinture 
celte dernière réijion. limites ne présentent pas les mêmes 
caractères politiques. Connues du Makhzen murocain 
sous r appellation de Djebala ou montagnards^ ces tribus 
d'un effectif considérable^ bien armées et peu soumises 
au Gouvernement y sont appelées à jouer unrôk considé' 



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AVERTISSEMENT. 



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rahie ffo/fs rhisfoiïr flff pdi/s. L'ffrs ferrifoires honhnit 
fps prorliicfs fh' Tfuuirr ri fh' TvtOifnn vf eommn)uhn}f ei) 
'pOfih'Iff route de Fez if Oiuljda. 

Il ;/'// pm; sewhlé rnnivs vflle ile traiter en (tétait te 
rate (tes eonfri'ries. Ces associations retvjievses exercent 
nne (jrande inp'ence dans tes pays sounds () t^Istant, 
Eites se pnrtaiient te Maroc et qitetqttes-ttnes ont (te 
nomlrreax :('tateiirs (tans tes territoires soands if notre 
(toniination. Parnd elles, il en est vne dont ta domi- 
nation reli(jiettse (*st presqne incontestir dans le nord de 
rEmpire t]hérifien et dans ta plKS (jra)}de partie de 
la procince d^Oran^ (rite de V ordre de Montai Taïef/. 
Le chef de cette fawille. Moalai Ahd Es Selata. ('tait 
notre frotê(j(*: so^\ fils Moiflai El Arhi continne cette 
tradition et a dmmi' personnellement an Goaremenr de 
rAlf/(h'ie des f/ar/es de sa fid('lit(K lorsqfril prenait 
possession . en 1 89!^, de In sifC(rssion de son père, 
Uitnportance des avantages qve pevt (fcoir ponr noas 
la protection de Tordre de Montai Tcfleh ne sentlde pas 
avoir toujonrs été Itien comprise. Cependant, ponr qni 
connaît V(Hendne réelleda prestigedes cfifh'ifs (V()(tazzan. 
il il a là nn moyen d'action et vne sovrce d'informations 
ê(jalernent incomparatdes. Il existe entre le Makfizen et 
les familles reUgiev.seSj une sorte de rivalité secrète, et 
c'est aimi qne par vne contradiction qvi n'est qa" appa- 
rente, certaines inflnences traditionnelles ne novs sonl 
pas hostiles. 

Ce volvmx prèsen te (hialemen t vne description 
succincte des présides ov places de (iverre qve P Espagne 






AVERTISSEMENT. 



Xlll 



entrelient snr la côte dn Rif, Ces état)lissements nons 
intéj-essent p(fr la répercnssion q a' ont snr les choses du 
Maroc et sar nos propres affaires, les incidents pro- 
Toqfiès par tes relations de tenrs (jarnisons avec tes 
popffla fions qni les environnent. 

On tronvera anssi dans cette premMre partie pinsienrs 
itinéraires dont qnelq((es-nns sont ini'dils. Us ponrront 
aider ii comt)ler tes lacnn(*s des cartes. On a donné 
an certain développement a la d(*scription topoyraphiqne 
de la ronte qai anissait ta cille de Eez à. cette de 
Ondjda. ronte natif relie antrefois très saivie. Enfin la 
série des étajfcs de l'etonan ir notre frontière, iitahantear 
de la ritle de Xedroma, le ton// de ta cote du Rif\ 
qac Von troarera dans le même chapitre, nons a été 
d(>nn(''e par des anents indi(jènes éproacés, Lear impor- 
tance (pkxjraphiqffe n'échappci-a à personne, 

T(d est rensemtde des et ad es qui font Vol jet de ce 
premier voinme et qai, résnmunt nos connaissances svr 
nne partie da Maroc septentrional, font ressortir les 
nécessitées traditifm nettes qai ont imposé nne même 
politique (fax différents maîtres des Etats tjarbaéxsques. 

On ne sait ce qall faatle pins admirer dans Vhistoire 
cotoni(flc de V An(jtcterre, de la persévéranve cinJelle a 
mise il étendre et ii consolider son empire on da choix 
judicieax qif'ctte semhle avoir fait, depuis près de^deux 
siècles, des points où (dte devait s'établir. Une semble pas 
que nous ayons apporté dans nos efforts, ta iné^ne 
continuité de vues ni le menu esprit de méthode, et 
c'est imurquoi il y a lieu de faire nn peu plus de 



■•JS 



XIV 



AVERTISSEMENT. 



XV 



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lumière sf^r tovtes les qffestions où )wvi; pof/mns être 
ei}<jaijês dmn V avenir. 

Le rôle que la conquête de VAhjiTie avait donné à la 
France m Afrique était cansidérahle. Les événements de 
ces dernières a7inées Vont encore (jrandi, F Algérie n'est 
flus seulement une bande de territoire qui s'étend le long 
delà Méditerranée entre la Tunisie et le Maroc: elle 
détermine au nm-d, avec le Soudan et le Sénégal au sud, 
la part qui nous a été attribuée coutuie zone d'influence 
m Afrique, et il importe que nous lie laissions porter 
aucune atteinte aux droits qui nous ont été reconnus, La 
France a montré jadis une grande modération^ après que 
sa flotte eut planté son parillon dans File de Mogador^ 
et son armée triomphé if Islg . mais elle ne saurait se 
mmitrer oublieuse de pareils souvenirs. 

Cette jffddication n'est jfas destinée au public, mais 
vniqffeiuent if nos représentants au dehors, à nos agents 
administratifs et à nos officiers des Affaires indigènes \ 

^ Les renseitnïenifnts conienus dans ce volume ont étt' mis à 
jour jusqu'au raois de Juin 1894. époque de lit nunt du Sulfan 
Moulai el Hassan. 



OBSERVATIONS 



Dans le cours de cet ouvrage, on a adopté comme règle de 
transcription française des noms arabes, celle qui a paru le plus se 
rapprocher de Tusage et de la prononciation phonétique. Afin de 
simplifier, on a évité de transcrire en français les pluriels sous leur 
forme arabe , ainsi , au lieu d'écrire au pluriel Cheurfa , Kiad , 
Mokadmine, on a préféré Cbrrifs. Kaïds ou caids. M<»kaddems. 
Pour ce qui concerne l'équivalence du £^ on s"est arrêté au r' généra- 
lement usité. Quoi qu'il en soit, on a du laisser subsister l'orthographe 
adoptée gh. rh, g, dans les reproductions de certains documents 

cartographiques, 

H. M. ,'A N. L. 



Abréviations 

H. D. : Henri Duvevrier. 
H. M. : H. de La Martinière. 
Cap. de B. : Capitaine de Breuille. 



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PREMIERE PARTIE 



Étude descriptive de la région comprise entre l'embon- 
chure de rOued Kiss et le Teniet es Sassi. — Régions 
et tribus à l*est de la Moulon.a. — Résumé de 
nos connaissances historiques et géographiques sur 
le G-aret. — Le Rif. — Ijes Présides espagnols. — 
Ijes Djebala du Maroc. — Itinéraires de la frontière 
oranaise vers le Maroc. 




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P<HR SERVIR A LETCDE DU 



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NORD OUEST AFRICAIN 



CHAPITRE PREMIER. 

Etude historique et descriptive de la frontière 
entre 1* Algérie et le Maroc. 



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La France j en prenant pied dans l'Afrique du Nord 
et en se substituant aux Turcs de l'Odjak d'Alger, 
avait hérité de leurs droits. Elle n'allait par tarder à 
être obligée de les soutenir vis-à-vis de son nouveau 
voisin, l'Empire du Maroc. C'est l'étude des événe- 
ments qui en sont résultés et de leurs conséquences, 
au point de vue de la limite entre les deux états, que 
nous abordons ici. 

Mais il parait nécessaire, au préalable, de passer 
rapidement en revue les traditions historiques se rap- 
portant à cette frontière. Nous pourrons ensuite exa- 
miner, en toute connaissance de cause, dans quelle 
mesure ces traditions ont été respectées dans le traité 
de délimitation du 18 mars 1845. 



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FRONTIÈRE ENTRE 



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Nous nous attacherons enfin à ne traiter dans ce 
chapitre que de la frontière délimitée par cette conven- 
tion, depuis la mer jusqu'au Teniet es Sassi. Ce n'est 
qu'incidemment que nous parlerons de nos relations 
avec le Maroc au Sud du Teniet es Sassi \ L'examen d(* 
la question de frontière dans le Sud-Ouest algérien 
sera repris dans le second volume. 

Enfin, en terminant, nous dirons linéiques mots des 
difficultés que les erreurs matérielles de cette conven- 
tion ont fait surgir, ainsi que des incidents de tonte 
nature auxquels elle a pu donner lieu. 

Les documents antiques qui nous sont parvenus 
s'accordent à donner un grand cours d'eau connut* 
limite aux dexix Maurétanies. Au témoigiuige de 
Salluste, le fleuve Mulucha séparait le l'oyannu» di» 
Bocchus de celui deJugiirtha^ Une indication simi- 
laire nous est transmise par Pomponius Méla^ et i)ai* 
Pline\ D'autre part, Ptolémée'* donne le nom de MaXoùa 
au cours d'eau qui formait la limite entre la Maurétanie 
Tingitane et la Maurétanie Césarienne, et c'est encore 
cette même Malva que « V Itinéraire iVAnlonîn » '' 

* Au-dessous de ce point, aucune ligne de déniarcation n'a été tixée 
par le traité de 1845. 

' Bell. .lugurtha, XCVII « fhinien Muluchïr quod Ju^rurllia^ 
Boccliique regnum disjun^ebal. » 

' 1.0. « Mulucha aninis. nunc g-entium, olini regnoruni quoque 
terminus Bocchi Jugurtliaeque. s> 

^ \ . I (II], 19. « Âmnis Muluchae, Bocchi Massaesjloiumque iinis.» 
5 IV. 1. 

'' Malva tluruen diriniit Mauretanias duas. 



I/AI.GÉRIE ET LE MAROC. 3 

attribue comme frontière aux deux provinces. Quant à 
Strabon. il appelle Molochath ce raème fleuve qui 
marquait la séparation des Maurusii d'avec les Massae- 
sylii^ Ce fleuve c'est la Mouloiiïa qui^ sous les Turcs^ 
avait séparé le Maroc de la Régence d'Alger, comme 
elle avait séparé au moyen-àge le royaume de Fez de 
celui de Tlenicen''^ ou, pour emprunter les expressions 
plus générales dont se sert Ibn Khaldoun, le Maghreb 
el Oust'', équivalent de la Maurétanie Césarienne, du 
Maghreb el Aksa '. qui représente la Tingitane. Il y a 
là. on 1(» voit, une sorte de tradition ininterrompue à 
projKts d'une limite qu'indiquait la force des choses et 
qui fut consacrée à toutes les époques. Cette limite n'a 
donc pas jdus varié ^ dans l'antiquité qu'au moyen-àge 
arabe ou berbère et qu'à l'époque moderne. 

1 XVII. 111, (). 

* Léon l'Africain dit ^p. 2o3) : Le royaume de Tleracen 'Alercrie 
»• occidentale de la partie du Ponant se termine au fleuve Za et à 
» celui de Maluïa (Moulouïa). » En citant ce passage, A. Berbrugger 
[Het. Afrlr.^ 4® vol,, p. 414) ajoute : « Il n'est pas un auteur de 
> quelque poids en géographie africaine qui ne reproduise cette déli- 
» niitation. * 

•"* Maghreb central. 

* Maghreb extrême. On trouve assez souvent dans les auteurs 
aiabes le terme Maghreb emplové seul pour désigner le Maghreb 
el Aksa. Celte dénomination semble se généraliser aujourd'hui. 

5 Certaines dissemblances entre les textes de Pline et de Ptolémée 
ont pu faire considérer la Malva ou Malvana et la Mulucha ou Molo- 
chath comme deux cours d'eau distincts ; mais, ainsi que l"a nettement 
établi Tissot, d'après la place que chacun de ces auteurs attribue au 
fleuve, on ne doit accueillir qu'avec une extrême circonspection les 
données contradictoires de ces auteurs, et par le témoignage de Pline 




FROXTIKRl*: ENTRM 



];âlgerie et le maroc. 



i 



Aussi bien, Ilm Khaldoun, qui vivait au XIV^ siècle, 
donne les mêmes limites an Maghreb el Aksa. Il écrit 
à ce propos ' : a Le Maghreb el Aksa est borné à l'est 
» ])ar la Monloiiïa ; il s'étend jnscin'à Asii, port de la 
» mer Environnante (FOcéan) et se termine par les 
» montagnes de Deren^ 

» La Moulouïa. une des limites du Maghreb ol Aksa, 
» est un grand tleuve qui prend sa source dans h»s 
» montagnes au midi de Taxa et va se jeter dans h\ mer 
i) Rtmiaine^ auprès de R'assassa )) 

Quant au Maghreb el Oust, il en pade (Mî t'es trrmt^s ': 
f( Le Maghreb central, dimt la majeure partie est main- 
» tenant habitée par les Zenata. avait ap])arteuu au\ 

» Magraoua et aux Béni Ifren 

» Tlemcen en est maintenant la cai)itale et le siège de 
» l'empire. )> 

La suite des événements qui se sont produits dans 
l'Afrique septentrionale, après la conquête arab(\ ne 
peut que confirmer les traditnms (jue nous venons de 
rapporter. L'étude de l'histoire permet, en outre. île 

liii-niêiii.' nous savons que la riviw qui formait les limitées des ancif^ns 
rovaiuïi.'sdr Bocchiis »'l de Jun^uîtha srrvail ♦'iicoiv, de son temps, de 
frontière aux deux Maurétanirs. 

* Histoire fies Berhères, Traduction de Slan.'. Tome I, p. 194 
et suiv, 

- La plupart des g-éo^-aphes arabes, conmie ici Ibn Klialdoun. 
conmii- plus tard Léon l'Atricain, ont commis l'errem- de considérer 
la côte occidentale du Maroc connue s'élendant de l'est à l'ouest. 

■* La Méditerranée. 

'* Tome l, pajzre 196. 



constater les tendances constantes des souverains du 
Maghreb el Aksa à s'étendre vers Porient*. Car. dans 
leur capitale de Fez. ils ne se trouvaient pas suffisam- 

' Nous résunierons ici, aussi brièvement que possible. l;i suite des 
événements hist(triqnes qui se sont déroulés, après la conquête arabe, 
dans la région de lu frontière actuelle du Maroc et de l'Algérie. 

Il nous paraît inutile de remonter au-delà du X*" siècle ; les faits 
antérieurs, qui ont [)U se produire dans celle contrée, se confondaid 
avec l'histoire p-énérale de l'Afrique septentrionale, sont sans intérêt 
pour l'étude que nous poursuivons ici. 

Lorsque, en 991, le Zénète Ziri ben Atia. chef des Magraona, eut 
été investi })ai- les Khalifes oniéïades d'Tîspagne. du commandement 
des deux Maghreb, il dut d'abord faire la conquête du Maghreb e] 
Oust, alors gouverné par Abou el Behar, oncle d'El Mansour. le 
prince Ziride qui régnait à Kairouan. Devenu maître de Tlemcen, 
Ziri résolut de s'installer au centre du ])avs qu'il avait à administrer 
eu abandonnant Fez où, comme il le savait par expérience, il ne 
jiouvait tnmver un refuge suftisammerd assuré en cas d'attaque. C'est 
dans ce but qu'il ftuida. en 994. un peu à l'est de l'oued Islv, la 
ville d'Oudjda, où il s'établit avec sa famille et ses richesses. La forte 
position qu'il avait choisie, située à proximité des montagnes, pouvait 
lui servii- d'abri en cas de revers. Mais ce qu'il n'avait jjas prévu, et 
ce que la suite des siècles démontra, c'est que la nouvelle cité, placée 
sur la route de Tlemcen à Fez, devait nécessairement subir le premier 
clioc toutes les fois (pie l'esjjrit de conquête des sultans du Maghreb 
el Aksa les amènerait à entrer en lutt<' avec les souverains de Tleiucen, 
maîtres du pavs jusqu'à la Moulouïa (*). 

C'esl ainsi qu'environ un siècle plus tard, en 1084. l'almoravide 
loussof ben Tacheiine. après s'être emparé ih- Tanger et avoir réduit 
les régions maritimes du Maghreb el Aksa. franchit la Moulouïa et 



[*) « Dos lors, 'lit Um KhnktmuT t. 8, y. 'iiSi, Oiidjda forma le honk'vard df 
1) la frontière qui sépare le Ma<riirel. central du Mnfrhreli el Aksa. » Le •r-'o^TiiiIie 
El lîekri . qui écrivait vers l'an Knig <le notre ère, dit que. de son tenijjs . la ville 
d'Oudjda eonq>renait deux rites bien distinctes dont 1 une était d'- londatinu 
récente: « On<ljda. ecrit-il, se comi»ose de de-ux villes ceintes de murailles, dont 
) une fut batii; posteri'-uremenl à 1 an 440 (1048-4!» de notre ère par lala , fil^ 
» de Bologguin, de la trilm des Ourta^min (Ourtedjin). » 



% 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGERIE ET LE MAROC. 



ment à l'abri des invasions venant de Ti^st, invasions 
qui. pour les atteindre, n'avaient (ju'à suivre la trouée 

vifnt soumftirf les jio])nIations ])t'lliqu(Mises des Boni Snasspn : puis 
il occxi]^*' Oudjda. Do là, so ])oiianf sur Tlemcen, il s'en rmj)arr ot 
fait massacrer les derniers déhns des Mafn'aoua et des Béni I frêne 
(Zenata) qui s'v étaient réfnjriôs. 

Deux siècles jilus tard, lar'nioracène l>en Zian, dief des Abdelouad, 
qui n-ouvernait à Tlemcen ]H>ur les Alnioliades, se déclare indépendant 
ri fonde une dynastie nouvelle, celle des Béni Zian. Le khalifr almohade 
Ahou ol Hass.'n Ali rs Saïd. embarrassé ])ar la lutte eng-a^ée avec les 
B*'ni Men'n. c^t contraint d'ajourner sa veufreance. Ce nest qu'en 
124S qno. lihre de ses actions par la défaite et la soumission des 
Mérinidrs, il pmit marcher sur Tlemcen. lar'nioracène, ne se trou- 
vant jjas suftisaniment en force jiour résister dans sa ca})italp, Taban- 
donne et va se renfermer avrc ses meilleures troupes dans la citadelle 
de Tamzezdekt, position fortitiée au milieu des montagnes voisines 
d'Ondjda (*). 

Lo khalife Es Saïd vient v assiég-er lar'nioracène, mais à la pre- 
mière affaire le souverain almohade est tué et son armée se débande. 

Profitant de cette défaite, les MéHnides reprennent aussitôt les 
armes et les Almohades. incapables de leur résister, implorent l'assis- 
tance <\v larnioi-arène. A cette nouvelle, l'émir mérinide Abou lahia 
marche sur Tlemcen: i! atteint les forces des Abdelouad sur foued 
Islv, près d'Oudjda, :ià où six siècles plus tard nous devions remporter 
une éclatante victoire sur les Mai'ocains. et les met en complète 
déroute a 250 . 

Vinrrt ans plus tard, en 1271.1e Sultan mérinide Abou loussof 




( ) C était, d après Ibn Khaldoun ^1. III. p. 405). «ne anHenne forteresse auo 
I.S He„, /.an « poss.VIni.nt dans la montap.e qui selèv. au midi d'Oudida ... 
>. dont ds se senaient avant d'avoir fondé leur royaume. ■> Léon lAfrirain ,t 1 
p...8h ajoute que ce .hâteau. place au haut dun rocher, sur les confins du 
.;r.o.re de 1 lemcen et du désert d'Angad . appartenait aux souverains de 
I h-mcen qu. s en se^^•aient pour harrer le passage aux invasions venant de Kez 

en Turcs avaient occupe et fortifié cette place, qu'ils lavaient garnie d'artil- 
ten. et qu il. v entretenaient une garnison. Ibn Khaldoun écrit Temze.get Léon 
1 Africain et Marmoi , Tenzegzel. ^'"^ezgei, i.eon 



bien marquée et relativement facile qui unit cette 
capitale à I^alla Mar'nia. 

Iakoub ben Abd el Hak, débarrassé des Almohade, songe à tirer ven- 
geance de la diversion qu'avait opérée lar'moracène dans le Mag-hreb 
el Aksa |)endant qu'il assiégeait Merakech. Réunissant de nombreux 
contingents, il marche de nouveau vers Test. Le choc des deux 
armées eut lieu encore une fois sur le champ de bataille d'Islv. 
lar'nioracène fut complètement battu, et le souverain mérinide. s'em- 
|)arant d'Oudjda, la détruisit de fond en comble ; puis-, dévastant 
tout sur son passage, il vint assiéger Tlemcen ^mai 1272). Mais 
devant la sérieuse résistance que lui opposa larmoracène, il dut lever 
le siège de cette |)lace et rentrer à Fez. 

En 1281, Abou loussof. rentrant en campagne, atteignait larmo- 
racène à Kharzouza. sur la Tafna, au nord-est de Tlemcen. Cette fois 
encore les Abdelouad lurent vaincus ; mais Abou loussof, n'avant pu 
encore réduire Tlemcen. se retira après avoir toutefois ravagé la 
contrée. 

En mai 1290, le nouveau sultan mérinide Abou Iakoub loussof, 
fils du précédent, reprenant les hostilités, marchait directement sur 
Tlemcen. Mais, après un siège de 40 jours, désespérant d'enh'ver 
celte place, il regagnait Touest non sans avoir dévasté les territoires 
voisins. 

11 reparaissait au-delà de h; Moulouïa, en 1295, ne s'avançant cette 
fois que jusqu'à Taourirt, sur Toued Za, où se trouvait un petit poste 
frontière occupé alors moitié par les Mérinides. moitié par les Abde- 
htuad. En avant chass» ces derniers, il se borna à augmenter les forti- 
fications de ce poste, sans pousser plus loin ses armes. 

L'année d'après ^12%,, il sVmparait d'Oudjda et en rasait les forti- 
ticati(ms, mais échouait dans sa tentative sur Nedroma. (Cette ville ne 
fut prise par les Mérinides qu'en 1298.) 

Enfin, en 1297, Abou Iakoub se décidait à mettre le siège devant 
Tlemcen même. Mais, après trois mois de lutte, n'ayant pu s'en 
rendrr maître, il se retirait, laissant une garnison à Oudjda dont il 
venait de relever les murailles et oii il avait fait construire la Kasba, 
ainsi qu'une mosquée et une habitation pour lui-même. 

En mai 1299, Abou Iakoub reparaît sous les murs de Tlemcen. 
Bien décidé cette fois à s'en emparer, il commence un siège en règle 



8 



FRONTIÈRE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



9 



'J 



1^ 



Le preiiiior feit important que Ton relève dans les 
traditions historiques est la fondation (994) d'Oudjda 

'■I d.-'butr par faire conslrain. autour de la place un mur de rirconval- 
lation ; puis, non loin de là, il sinstall.' lui-même au milieu dum- 
vasie enc-infe quil fai( édifier ef qui embrasse une vérifable ville : il 
l'appelle Mansoiira la Victorieuse . Pendant huit ans, l,.s Abdelouad 
résistent aux attaques du Sultan mérinide : enfin réduits aux dernières 
extrémités, ils songreaient à se rendre, quand la mo.l dAbou lakoub 
vmtles délivr,.,- 18 mai 1307 . Son petit-fils. Amer Abou Tbabet 
prévoyant les compétitions que cett.- mort allait faire surgir, traita 
avec 1 émir Abou Zian, successeur de Olhman ben larmoracéne 
mort en 1304. pendant le sièffe 

Le. Mérinides se ^étirèrent, abandonnant toutes les con.piôtes qu'ils 
avaient faites sur les Béni Zian et leu.' restituant tout.s leurs places 
La paix ne dwa fruére : en 1314, le .Sultan Abou Saï.l Othmau 
reprenant les projets de ses prédécesseurs, franchit la Mnulouïa .1 
v.enl ass.é-er Oudjda. Navanf pu réduire cette place, il rava.n- ],. 
pavs aux alentours et se porte sur TIemceu avec lintentiou de 
mvestir. Mais la crainte d'une révolte dans ses états le contraint 
bientôt à lever son camj, et à battre ])récipitaniment en retraite 

Ce ne fut qu-.n 1335 que le Sultan Abou el Hassen, fils d' \bou 
.Said put reconmiencer les hostilités contre les Béni Zian, alors com- 
mandes par Abou Tachefine. Pendant que des détachements de trc.u,,es 
mennides s enq.araient dOudjda el de \edroma, Abou el Hassen lui- 
même invest.s.sa.tTlemcen. La ville résista deux ans : le l^mai 1337 
elle fut enlevée d assaut. Abou Tachefine fut mis à mort par le vain^ 
queur e, ton, e Maghreb el Oust tomb. au pouvoir des Mirinides 

Le te situation se prolonn-ea pendant douze ans. l<:n 1347 Ab,.„ 
Said Othman descendant de larmoracéne, profitant des d" !ent' 

centre a Tlemcen presque sans coup férir, et Abou Thabet, son frère 
qu .1 met à la tète des forces des Abdelouad reconstituées, acbè e J; 
™quenr les états de ses ancêtres, en battant successiv^n en 
En Nacer, fi,s d Abou Kl Hassen ,1349], et Abou e, Hassen lui-n;:n;! 

I)è.s 1352 le nouveau sultan mérinide Abou Eï„ane .ei.reud 1p 
armes contre les Béni Zian. Vainqueur près d'Oudjda Ouin)!' ut !: 



par Ziri ben Alia. le chef des Magraoua. maître des 
deux Maghreb ])our le compte des Khalifes oméïades 

à Tif'nirpn qu'il tmiivo ahandonntV. Pour la deuxième fois, la dvnasfie 
foiid(''f par larniorarène est renversée. 

Les Mérinides restent maîtres de Tlemcen jusqu'en 13o9. A cette 
époque, un neveu d'Abou Thabet, nommé Abou Hammou, sortant de 
Tunis où il avait trouvé un refufr^'. reparaît dans le désert au sud de 
Tlemcen. Les partisans des Béni Zian accourent ù lui ; il a bientôt 
une armée à la tête de laquelle il rentre à Tlemcen. Les troupes méri- 
nides envovées |)Our le combattre sont battues ])rès d'Oudjda et leurs 
chefs trouvent un refujrc dans cette place. 

L'année suivante 13t>(l . une nouvelle tentative du sultan mérinide 
Abou Salem pour reconquérir Tlemcen échoue devant l'habileté 
d'Abou Hammou. Ce prince, se ju<reant trop faible encore pour résister 
au souverain mérinide. se retire devant lui et lui ab;indonne sa capi- 
tale : puis, portant la gu'^rre sur la haute Moulouïa. il le contraint à 
rentrer dans ses états pour les défendre. Cette tactique réussit pleine- 
ment et Abou Hiunniou. reprenant aussitôt le chemin de Tlemcen 
défrayée, chasse de son territoire tous les contingents que Tenvahisseur 

avait ]iu v laisser. 

En 1870. le mérinide Abd el Aziz. re])renant les projets de ses prédé- 
cesseurs sur Tlemcen. marche sur cette ville. Abou Hammou, qui v 
rèpie toujours, est abandonné de tous; il .se réfugie dans le désert. 
C'est la troisième fois que la dvnastie des Béni Zian se trouve expulsée 
du Maghreb el Oust. Cette fois toutes les tentatives d'Abou Hammou. 
pour recon(iuérir son trône, restent infructueuses jusqu'à la mort 

d'Abdelaziz 1372. 

A ce moment, le descendant de Iurmoracène, profitant de la fai- 
clesse du jeune Ks Saïd, (ils et successeur d' Abd el Aziz. sort de sa 
retraite et rentre à Tlemcen, rappelé par les populations. Bientôt tout 
le territ()ire des Béni Zian est reconquis et Abou Hammou songe à se 
vengei- des humiliations passées en portant ses armes contre l'empire 
mérinide. Profitant des dissensions qui le partagent, il vient mettre le 
siège (1382) devant Taza. Mais la ville résiste à toutes les attaques et 
craignant une diversion, Abou Hammou se retire. 

L'année suivante (1383), le sultan Abou el Abbas. voulant tirer 
vengeance de cette agression, envahit le Maghreb el Oust. Abou 



10 



FRONTIÈRE KXTRE 




d"P:s])agTip. Après lui. Ips sonvemins de l'oupst. compre- 
nant riniportance do cette place i\\n ferme l'accès vers 

Hiimmon, al.andonnani sa rajiitalp. s.> riHugio dans r.>st de ses .'(afs, 
ci TlcniCPii est livrée an [lillafre par le vainqueur. 

La rhiite dAbou el Abhas vint rendre, ,,oiir la quatrième fois, ses 
Hats à Abou Hnmniou. Mais, en 138». son tils Abou Taehetine 
parvient à le détrôner avee Taide des MéTinides .t le fait mettre à 
mort. L-us„,.patem' meurt lui-même ,-n 1304 et est remplacé par son 
frère Abou Zian qui se reconnaît vassal de la Cour de Frz 

Depuis re moment jusqu-en 1411, les émirs de Tlemeen restant 
Inbula.res des sultans mérinides. A cette date, Abou Mniek s-,,„par.. 
du pouvoir o^ce à leur appui, mais, s-afTrancbissanI aussitôt d,- cette 
'•'I; k .1 cherche à v-nnrer sa dvnastie des Imn.ilialions constantes 
qu elle a e„ à subir des souv-rains de lOccident et porte la guerre 
dans le Magluvb el Aksa. Nous n'avons pas dautres renseignements 
histonques sur ce rècrne ; ils ont et-", tirés de \l>n,m H Tensi p 111 

Ot SUlV.j . 1" *x* 

Un moment soumis ;1428: au Khalife hafside de Tunis. Abou 
Pares, le .yaume de Tlemcen ne tarda pas à reprendre son indépen- 
dance e, a bnller même un instant, d'un ass,. vif éclat sous le r 'p.e 
de El Metaonkkel, pet,t-fils d'Abou Thabet (1461-147Ô . Mais ces 
luttes contmuelles«vai..n. affaibli c-t empire, et, lorsque'les Kspa- 
.^nols se urent emparés des principaux ports de la cite, les sonve- 
rams de Tlemcen n hésitèrent pas à cherclier un appui auprès d'eux 
en se déclarant vassaux de lEspag'ne 1Ô12) 

De leur côté. les Mérinides nV-taient plus en état de profiter de la 

^^r les Afïa,W,s ,.„x-mèmes par les luttes intestines et les conti- 
^ es a taques es Cuvtiens. ils avaient t;.., . faire à se mainte r 
\^dLj ^'" ^-«-'-"^—fri-- dans la vallée de 

leur tâche. """"^ ^^' '^"^'""'■^ '^ ^^^^^^^^ 

Dès 1517. la population de Tl.mren, humiliée du jou^ .„bi par 

-.souve..nsdel.pa.derEspa,ne, appelle Baha Aro'd, t .1 



I/ÂLGÉRIE ET LE MAROC. 



11 



Fpz en avant de Taza, vont tout faire pour s'en emparer 
el la garder (|uand ils l'auront conquise. Mais, comme 

aide. (]elui-ci accourt et entre eu vainqueur dans la place. Mais les 
atrocités qu'il commet eu faisant mettre à mort tous les membres de 
la famille des IViii Zian qu'il peut saisir et une partie des habitants, 
provoque un sotdèvement contre lui. Les Kspaprnols accourent d'Oran 
*■! Baha Aroudj senfuit avec ses contingents turcs avec Tintention de 
chercher un refu^re dans la monta<j:ne des Beui Snassen, Atteints 
bientôt par ceux qui h's ptmrsuivent. les fuvards sont massacrés non 
sans avoir vendu chèrement leur vie lolH). 

Ce n"esl qu"en 1542 que les Turcs reprennent le chemin de Th'mcen. 
H;issan itaclia. qui les v c(mduit. place sur le trône d"lar"moracène, 
un de ses descendants. Abou Zian Ahmed, et se retire laissant dans 
la ville une jrarnison de 400 Turcs. A peine est-il ])arli que les Esj.a- 
fruols reparaissent, chassent AJxni Zian et le remplacent par son frère 
Abou Abdallah 1543:. Le règne de ce dernier fut de courte durée ; 
car son frère Abou Zian. rejireuant l'offensive dès le départ des Espa- 
gnols, reconquiert bientôt son trône, rappelé du reste par les vœux de 

ses anciens sujets. 

Vers la même époque, le chérif saadien. Moliammed el Mahdi. qui 
venait de se substituer à Fez au mérinide Ahmed, était accueilli 
|)artout. dans le Maghreb el Aksa, comme un libérateur. Ses succès 
retentissants firent espérer à la jtopulation de Tlemcen qu'il la déli- 
vrerait aussi bien du joug abhorré des Espagnols que de cehii des 
Turcs. Elle l'appela à son secours. Répondant à cet appel, le chérif 
accourt à Tlemcen. Il v arrive le 10 juin 1550 et trouve la ville aban- 
donnée par Abou Zian. Continuant leur marche vers l'Ouest, ses 
troui>es s'avancent jusqu'au Chélif où elles se heurtent à l'armée 
turque d'Hassan Corso qui les bat. Une nouvelle victoire des Turcs 
(janvier 1552;, sous les murs de Tlemcen, leur livre cette ville qu'ils 
mettent au pillage. L'armée chéritirnne est poursuivie jusqu'à la 
Moulouïa et les Turcs s'établissent définitivement à Tlemcen. 

Mais les Marocains vaincus n'en continuent pas moins leurs incur- 
sions constantes sur la rive droite de la Moulouïa. Dès 1553, le 
nouveau pacha d'Alger, S^ilah Raïs, irrité de ces continuelles agres- 
sions, réunit une armée formidable et marche contre Mohammed el 
Mahdi, enmienant avec lui un prétendant au trône de Fez, le mérinide 



C 



■*;■ 



1-2 



FRONTIKRK KNTHK 



i;al(îérik kt lk mahoc. 



;i 



3 



cha(|up fois qirils se rctiivîil. elle retombe presque 
anssiliM. eiïlre les mains des maîtres ih' Tlemcen. la 

Abim Hassoun. Vaint|Tirnr don\ l'ois (los froii])»'s rlit'rifîpniies, il cnlrc 
à Fez, le 5 janvier ir>r>4. »'t iviid inouïentaiiénicnt à Aluni Hassouii 
reni])ire an Ma^-hn-i) ri Aksa. [*] 

A])i'ès le (it'imrl dvs Tuirs. Molianinieil ri Malidi rreoiH|i]irH liieiilôi 
ses états: puis, vonlan! j.roiilrr (1rs tnnihles (loiil Mj^vj- rlail le 
Ihrâlre, il lanee une arnirr sur Tlenicfii. s'rnipare df la \ille ri \ienl 
échouer ronfle le Méclionar eitad-lle dv Tlemcen' où s'était relranchée 
la ^^arnison hiKjne. (>s atlaqnes conslanir-v du sou venn'n dr lOnesl 
ne j.ouvaienl ([u'rxaspérrr davanla^rr Hassan ])aelia : aussi se 
déeida-t-il à sr délKu-ra^ser d»' ert advrrsaire acharné rn ]r laisanl 
assassiner I.V)7 . |*nis. ])rotilan( du Irouhle )|ue rrllr nior! devait 
porter dans l'empire chérilien. il s"a\auee avec une aimée jnsiju'à 
Fe/et se fait battre :i5r>8). 

Les i)anép;vristes d'Hassan |)acha ont passé sous silence ce «rrave. 
éc\u\\ sur lequel nous n'avons que des détails assez vajrnes. 

De \.^,^S M 1(>47. c'est-à-dire pendant une période de 89 ans. mnis 
n'avons à noter qu'une expédition <lrs Turcs dans le Ma^rlireh el Aksa. 
sous prétexte de rendrr le trône de Fez à Abou Meronane AhdeJmalek. 

Son successeur. Abou ri Abbas Ahmed, dit ri Mansour. porla à 
son apojjée Tempire des chérifs saadiens. Craif>-nanl l'issue d'un 
contlil avec 1rs Tmrs. il évila toujours de se mesurer avrc eux et porla 
de préférence ses ai-mes vers le Tonal. Ir (^ourara el le Soudan. Ses 
héritiers se disjmièrent sa succession, préparant, par leurs divisions, 
1 avènement des cherils filali qui rèo-nent encore au Maroc. 

(> n'est qu'en 1(U7 que les souverains du Mao^hreb irprennent 
leurs projets sur les rendions à l'est de la Moulonïa. Cette fois l'atta.pie 
ne vient plus de Fez. rlle pari de Sidjilmassa Tafilalet). c'est-à-dire 
dr l'extrême sud du Maroc. En rffrt. dejmis quelques années. Moulai 



*1 A. Brrl.ni*rn:,T Des frontiôrrs îilprôriennes. Reme afrimitu' . 1860, V vol.. 
I». UA] rriit il JM-.>IM>^ rie ces événements: « En lô5:ï, Salah Kms. imcha d'Al-rer. 
>' rrnt nu roi de l'Vz (juil lui drmantlr smlrnirtit dr nr pas dépasser les nion- 
» tapies de lu Muujonïa qui si.nt en lace de Melilla et separenl le rn^aunie .le 
- l'Vz derrini de Tlem-m. Le i-tiorif nayant pas t.-nii eonii.le de rrlte nroin- 
.- mandation , le pa.hn d'Al^vn- le hat à deux reprises et s emp:,re de sa capitale. » 
A "îr Haedo. p. tj". au vei-so.] 



liille change de face et c'est atix souverains de cette 
ville qirils s'attîKjiient bientôt, voulant les chasser de 

Clierif <rabord, son fils Moulai Mliainmed ensuite. 1rs premiers 
sultans (te la dvnastie actuelle, s'étaient créé, dans ers régions, 
un étal indéjendanl. Trop lait)!*' encore pour bittrr avec avanta(»'e 
eonirr 1rs marabouts dt' l)rla qui sélaîenl iisslallés rn maîtres à 
Fez , Moulai M'hammed cherclia d'abord à niiausser sa puissance 
naissantr par iéciat dv la victoirr. Toin-nanI ses veux vers les 
réo-ions soumises aux Ttires . il sr décide à v ijorter la •'•uerre 
sachant que 1rs popidalions v supportent (lifficilemenl le joug de 
leurs oppresseurs ottomans. 

Vers 1647. il pénètte dans la haulr Monlouïa <'t s'avance jusque 
dans la |)lainr d'An^rad. soumeltani successivement les Hallaf (Ahlaf^ 
el 1rs .\n«»*ad. Puis, avre laide tir ers derniers, il s'rmpare d'Ondjda 
i't rn chasse les Turcs. Faisant alors de cette f)lacr le centre de ses 
opérations, il se j»orle « conire les Heni Snas^en ([ni étaient sur le 
» trrriloirr soumis aux Turcs» Fittordjruian, traduction Hondas, 
p. (» ri efleclue sm* ces popidations une ra/.zia ries plus fructueuses. 
il a^it de inéinr av*'c 1rs Oïdad Zekri. 1rs Onlad Ali ben Talha, les 
iVni Mathar. 1rs IJrni Snonssrt 1rs Donï lahia et eoniraini Umles ces 
tribus à reconnaître son aniorilé. I^lnfm. pctussan! pin> à l'est, il i)at el 
refoule irs R osel r| 1rs lirni Amrr jusrpie sous les ninrs d'Oran et 
renlir à Oudjda. ciiai-*ré de dépouilles, ajirès avoir infligé nn échec 
aux Turcs dr Tlrmcen (jui avairut essayé de lui reprendre une partie 
de son jjulin. 

L'année suivante [1648;, sorlani d Oudjda (»ii il a j)assé l'hiver. 
Moulai M'hammed parcourt en vainqnrur Ir sud du Maghreb el Oust. 
Puis, rentrant à Oudjda. il repart aussitôt ponr regagner le siège de 
son rmpirr, Sidjilmassa. PeudanI er Irmps, le pacha d'Alger orga- 
nisait une ex|)édition }>our rétablir l'aulofité turque dans l'ouest de la 
Régence. Mais les déprédalions commises jiar le chérif avaient telle- 
ment aj)]>auvri le pavs que l'armée turque, après avoir atteint diffici- 
lement Tlenicm, dut lenirer à Alger sans avoir oblriiu ia satisfaction 
qu'elle cherchait. 

Le pacha d'Alger .se décida alors à envover à Sidjilmassa deux- 
ambassadeurs pour amener Moulai M'hammed à conclure la paix. 
Après de longs pourparlers, les envoj'és turcs durent se contenter de 




14 



KRONTÏKRK KNTRK 



3 



Itnir capitale. Aussi le fondateur de la dyuastie des 
Béni Zian à 'rieiucen, larnioraeène beu Ziau, cousi- 

len^gemenUjue prit It» Clirrir. par smnonl. do iir pas IVanchir la 
Talha. 

(lest surtout (irpuis cctli' rpoqur que It^s clforts des Marocains ont 
leMuIu à s.' iiminttmir sur la rivr «Iroitr do la iMoulonïa. nialiriv la 
nicnar.' constante des Béni Snassen, restés pivsque toujours fidèles 
aux Turcs. 

Dès 1(H)4, Moulai Mliannu.Ml reparait dans la réf^ion ; il vient 
combattre son trère Moulai Reehid quia su intéresser à sa cause les 
Angad et les Heni Snassen ainsi que tous les arabes Makil, s'est tait 
l'econnaître par eux connue sultan et est entré en maître h Oudjda. 
Les deux frères en viennent aux mains dans la plaine dAnp\d et, au 
début de l'action, Moulai M'iiannued est tué. 

Quelques années plus tard ^l(i67;. Moulai Recbid. maître du 
Mau-]uvl> el Aksa, revient dans la réj^ion d'Oudjda et châtie Tiuso- 
lence des Béni Snassen. Son successeur, Moula Ismael. sv montre 
éj^alement en 1(>74, ]>our réprimer les continuelles dé-jn-édaiions des 
tribus de la plaine d'Anpid. 

Kn 1678, Moula Ismael. reprenant les pi-ojets de conquête vei-s IVst 
de tous les souverains marocains, savance jusqu'au Chélif. Mais, 
abandonné des continp'uts aral)es qu'il traîne A sa suite et qua 
effrayés le canon des Turcs, il se retire presque sans comi)attre après 
avoir de nouveau reconnu la Taina pour limite. 

En 1679, il se résout à faire transporter aux environs d'Oudjda les 
tribus remuantes des Cliebauat et des Oulad Zerara qui hcU)itaient aux 
«•nvH'ons de Merakech ^ces deux tribus habitent actuellemeni la rive 
gauche de loued Oum er Rebia. à Touest du Tadla, et les chargea de 
mamtemr en respect les Béni Snassen qui « relevaient , in gouverne- 
» ment turc. » (Ktlordjemân, traduction Houdas, p. 34) Puis 
l»our donner plus d'efticacit' encore à cette mesure, il prescrit en 
outre la construction de Kasba à Selouan. à El Aïoun Sidi Mellouk 
et ù Regada. 

Mais les incursions des Béni Snassen continuant, Moula Ismael 
se décide à marcher lui-même contre eux .^1680;. Il envahit leur 
montagne, leur impose de dm-es conditions et exige d'eux la 
remise de leurs aimes. Une semblable obligation est imposée aux 



I/ALQERIK ET LE MAROC. 



15 



déraul <jtie le danger pour ses successeurs viendrait 
l<Mij(»uis de l'(Hiesl, aurai t-iK d'aiirès la tradition, 

Anj^ad, aux Mehaïa et aux Hallafqui se soumettent. Enfin, pour 
compléter son œuvre, le Sultan décide la construction à Taonrirt. sur 
1 ouedZa. dune Kasba (pii porte encore aujourd'hui le nom de Kasba 
Moula Isïuael, 

Au printemps de 1682, le stdtan marclie de nouveau vers j^est. 
Otte ffus. il s'avance jusque chez les Béni Amer et fait chez eux une 
importaide razzia. Mais, ù peine de retour à Fez, il apprend qu'une 
ariné-e lui<jue est venue opérer dans la région des Béni Snassen. 
Malgré toutes les dinieulté^ (pie lui occasionne la révolte de son neveu 
Ahmed beu Malirez. il accourt aussitôt, à marches forcées, et, parvenu 
ii Oudjda, il apprend la retraite jirécipitée des Turcs, rajipelés à Alger 
par 1 attaque de Duquesne. 

l*In mai 1692. Moula Ismael, reprenant ses ]»rojefs de conquête, se 
met de nouveau en marche. Averti de ses intentions, le dev Hadj 
(Ihabane vient l'attendre sur la Moulcuïa ri hii intlige une sanglante 
dé'faile. L'armée marocaine, lénifiée par ce rude échec, oblige M(»ula 
Ismael à demander la paix : elle lui fut accordée et il sigiui, à Oudjda, 
un traité i-econnaissant tous les droits des Turcs jus(ju"à la Moulouïa. 

Mais, dès \i\\)'A, il i-eparaît rlans la n'gion d'Oran et, a[>rès avoir 
teul.' de razzier les Meni Amer et d'autres tribus, il vient sans succès 
attaquer Orau même cette ville était alors au pouvoir des Espagnols) 
et se retire avec de grosses pertes. 

Voulant venger ce nouvel échec. Moida Ismael reprit les hostilités 
en 1701. Il s'avaiu'e jusqu'à la Djidouïa. affluent de gauche du 
(]hélif. et là. au lieu dit Hadj bou R'azi. il essuie une sanglante défaite 
que hii intlige le dev El Hadj M(»uslafa (*j. Monta Ismael ramène au 



(*) De (îraimnont (//isfoin- d Alijfr^ identifie I;i locnlité il»; Hadj Ikmi H'.'izi avec 
celle de Hussiiiri 'i'îzîizin. I^e nom de cf cliaitip de Itulai!!*- et Ifs iudicotioas sur 
sa punition }iêo^nijdii<pie ont rté puisés par les historiens modernes dans la 
(insette de Francf (I~Ol. p. "21(11 ((ni avait pris ellomème son information dans un 
rapport ronsnltiire. t) autres auteurs, comme Léon (Jodîïrd Desfripttoii du Mui-oc^ 
p. Wl'l) . j)rêlendent (jne cette hatailie eut lieu à /(Miltoudj el Oust i le bosquet 
doHviers sauva<res du milieu), endroit » cdimu depuis cette épftque sous le nom 
» d(; toivt de Moulu ismael. h Enfin Walsiii Ksterhazy [Domination turque ^ 
p. lUl») intlique que la localité qui porte ce nom se trouve chez les Shéah. Il existe 



r^ 



16 



FRdNTIERK EXTRE 



L'AI-GKHII'; KT I,K M\H(J(;. 



17 



> 



conseillé à ses héritiers, en nionrant, d'étendie de pré- 
férence leurs conquèles vers l'est. L'histoire nous 
montre que les Béni Zian, se coiifornianl à cet avis, 
onl ])resque toujours gardé la défensive vis-à-vis des 
souverains du Maghrel) el Aksa. 

Liu^sque enfin les Turcs apparaissent à Alger, la 
situation ne tarde pas à se niodilier. C'est que les 
nouveaux venus, dans leur capitale éloigm^e de la fron- 
tière, sont pins à Tabri que les BeniZian des couj)s de 
rennenii, ils ont moins à craindre de renvahisseui'. 
Mais cet éloignement même h^s contraint à entn*- 
prendre de fortes expéditions vers l'ouest pour pouvoir 
s'y maintenir. 

Maroc les débris de son armée et ne cherche phis à euUvr en \\i\W 
avec ses voisins de l'est. (*) 

Jusqu'en 17*)5. les souverains du Maj^hivb. embarrassés à linl.'- 
rieur par des luttes intestines, semblent avoir abaiidimné les idées de 
conquête vers l'est de leurs prédécesseuis. Celte même année, le Sultan 
Moulai Sliman, reprenant le chemin de l'est, envoie une expé(Htion 
sm-Ia Moulouïa pour sVmparer dOndjda qui, av.T les tribus «qui 
»'n » dépendent, faisait en ce moment partie du territoire tm*c. » 
(Kttordjemân. traduction Hondas, p. 178). Le bev d'Oran ne voulut 
opj.oser aucune résistance. Par son ordre, son Khalila évacua c.MIe 
ville el cessa tout acte dautorité sur les tribus qui en dépendent. 

Telle était encore la situation au moment de larrivée des Français 
en Algérie. 



e» effi-t. actuellement, un doniiv-<>ommune ay^pAé Jfe^ouaj el 0,is/ . fonué d une 
fraction d.-s Sbeah , dans l'arrondissement d'Orléansville, à lest de Charon et 
près de la limite du département d'Oran. 

Cl Castorinetdes Fosses .La dynastie des chéritV tilali. ffenu- He l Afrique 
frrmçan-e, 1888. p. 4U» et suiv., .-apporte que Moula Isnmel avait .nneu le projet 
d'expulser les Turcs de 1 Algérie. Il aurait été encouragé dans ce dessei.» par 
Louis Xl\ . avec lequel il avait signé un tî-aité en 1699. 






Tuul d'abord, ils sont gênés par la présence des 
Kspaf^nols (pi'ils trouvent maîtres d'Oran : Mazouna, 
dans le Dalira, est alors leur poste avancé vers Touest. 
MientOt, se substituant aux Béni Zian, ils recueillent 
t(tus les droits de cette dynastif» à la frontière de la 
Aliuilouïa. Cepfmdant, si parlbis encore ils ne tin^nt |)as 
une vengeance iiuniédiate des agressions commises 
par les Marocains, c'est qu'ils ont à combattre sur leur 
pn)pre, territoire les cbrétiens d'Oran, ou que des luttes 
intestihes les divisent. Mais, dès (fu'ils sont en état de 
le (aire, ils aciumrent sur la fn»ntière de l'ouest et, 
souvent, vont jKirter la guerre chez leurs voisins 
mêmes. Jusqu'au jour où. affaiblis par leur organi- 
sation qui, lirant toute sa force du pays conquis, s'ap- 
jMiyait sur une ])arti(^ du peu])le vaincu pour exjdoiter 
Fautre^ et, jieut-ètre, ne se sentant jdus capables de 
résister aux envahissements des Marocains, ils les 
laissent s'installer dans la région d'Oudjda fl795) ^ 

Les Turcs ont donc occupé haigtemps cette ville. 
Jusqu'à la fin du XVIIP siècle, ils en ont été les 
maîtres ainsi que de tout le j)ays environnant. Après 
leur départ, les Marocains occu])èrent Oudjda ; les 
lî'ibiis situées sur le territoire contesté vécurent, dès 
lors, à ))eu j)rès indépendantes et on en vint à consi- 
dérer le pays comme a]>partenant aux deux États, j)uis, 

^ On ne Irouve indi(|ué dans aucun historien le vérifahle motif de 
l'abandon par les Turcs, en 1795, de toute prétention sur la rive droite 
delà Moulouïa. On ne jteut se livrer, à ce point de vue, qu'à des 
conjeclures. 



C 



i8 



FRONTIERE ENTRE 



i 



})*Mi à pouj It* Kiss fut refiardé comuie la frontière 
coiDiiiune, 

Tell*' était la situation au moment de Texpédition 
d'Alger. 

Dès les premiers jours de l'occupation de cette ville, 
la ju'ovince d'Oran qui était alors commandée ])ar le 
bey Hassan, vieillard sans énergie, se trouva livrée 
à ses ]>ropres ressources. Tout le pays fut bientôt en 
com])lète désorganisation, et les populations musul- 
manes, affolées par les succès des cbrétiens, tournèrent 
leurs regards vers le souverain du Magbreb qui leur 
parut susceptible de les protéger contre l'envahisseur. 
Le Sultan du Maroc, informé de ces dispositions 
d'esprit des tribus oranaises , se hâta d'occuptu' 
Tbnncen et de réaliser ainsi un rêve longtem}>s caressé 
l)ar ses prédécesseurs, celui de réunir à ses états l'an- 
cien royaume des Béni Zian. Mais, devant les re{)ré- 
sentations de la France \ le souverain marocain dut 

^ Dès la fin de 1830, le sultan Moulai AbdeiTlianian. appel.'- d\\ 
reste par les vœux des habitants de ïlemcen qui lui avaient envové 
une dépnlation, avait fait ])rendre possession de cette ville par son 
neveu Moulai Ali. Pour opposer une barnère aux prétentions nais- 
santes du Maroc, le o^rnéral Damrémont fut diripré sur Oi-an en 
décembre 1830 ; il occupa cette ville le 4 janvier 1831. En même 
temps, le colonel d'état-major Auvrav était envové an chéri f pour 
If sonuuer d'évacuer la province d"Oran. Arrêté à Tanj>-er. le colonel 
n'obtint que des promesses restées sans suite. Pendant ce temps. 
Moulai Ali, toujours à Tlemcen. se montrait impunément jusque 
sous les murs d'Oran, qu'il n'osait cependant attaquer. On ajqnit 
bientôt que trois agents du sultan. Cherif el Moati, Mohammed ben 
Gherg-ui et Bel Ameri s'étaient installés, le premier à Médéa, le 
second à Miliana et le troisième à Mascara ; dt^à les populations, 



LAUÎÉRIK KT LK MAHOC. 19 

reculer : il retira ses troui)PS et se contenta d'(*\'ercer 
une autorité toute nominale sur les iK)pulaiions de la 
vallée de la Tafna. 

Cet état de choses se maintint jtiS(|uVn 1830, éjjoqtie 
de ro(ru])ation du méchouar (cita<lelle de Tlemcenj 
par le maréclial ClaiizeP. (M événemeiït semblait 

jusqu'aux portes d" Alo-er, s'étaient soumises à l'aulorilé de ces délé- 
gués du Chérif. 

On se décida ;i faire des représentations éner^riq„f.s à la courcliéri- 
lienne. Une mission fut envovée à Meknas mars-avril 1832,. M, de 
Mornai, qui la dirip-ail, obtint le rappel des agents marocains. Il 
n'C"t. en outre, du sultan l'engagement de ne plus se mêler des 
alFaires de l'Algérie, la renonciation de toute prétention sur Tlemcen 
et s(m territoire, et, entin, la lecoiuiaissance de nos droits de conquête. 

Mais, eu 1836. à la suite de plusieurs condjats livrés sur la Tafna, 
drs correspondances furent saisies. Elles prouvèrent de nouveau 
! immixtion des Marocains dans les affaires algériennes. Des protes- 
tations furent d'nbord adressées au caïd d'Oudjda. qui était venu en 
aide à Abdeikader. au combat de Seba Chioukh, sur la Tafna, en lui 
envo.yant ses cavaliers soldés et de nombreux contingents marocains. 
La situation fut jugée assez grave pour nécessiter, en outre, Tenvoi 
d'une nouvelle mission an Maroc. Elle fut confiée au colonel de la 
Huê qui se rendit A Meknas afin de rap}>eler le sultan à Fobservation 
de la neutralité. 

* Dès notre arrivée à Tlemcen. les populations du pavs d'Angad, 
qui, de tout tenq»s, s'étaient montrées hostiles à Abdeikader, nous 
offrirent leur concours. 

« En 1836, écrit Galibert, dans son Ahférie fcwienne et mor/erne, 
» lors de l'occupation de Tlemcen parie maréchal (Jlauzel, 400 cava- 
» liers du désert d'Angad vinrent l'aider à poursuivre les contingents 
» d'Abdelkader. Ces auxiliaires, appuyés par les Koulouglis et les 
» Turcs de Mustapha ben Ismaél. atteignirent l'infanterie de Fémir 
» et la mirent en déroule. » 

Pellissier de Be vnaud, dans les Anna/es algériennes, dit de son côt^ : 
« Dès les premières ouvertures de soumission que parurent faire 




:'3»-— , 



so 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



21 



î 



devoir anéantir les espérances de la cour de Fez. Tl 
paraissait, en eftet. rationnel qne, jmisqne nous nous 
étions substitués aux Turcs en Algérie, nous devions 
partout revendiquer comme nôtre toute l'étendue du 
territoire ({ni leur avait été soumis. 11 n'en fut lieu 
cependant, au moins dans cette régitm, et le sultan, 
se sentant incapable de lutter avec nous à armes 
égales, chercha à obtenir par un moyen détourné une 
partie au moins de ce qu'il n'avait pu avoir par une 
occupation illicite. 

Dès notre installation à Tlemcen , il revendiqua 
hautement la vallée de la Tafna. En agissant ainsi, il 

» les tribus des environs dp ïlemren. on s'était hâté de les fi*a|)]>er 

» d'une réquisition de chevaux, ce qui eut jmur résultat nécessaire 

» de les éloigner de nous. On commit les mêmes fautes à léirnrd des 

» gens d'Anji^ad, qui étaient venus présenter au maréchal, leur 

» cheikh, jeune enfant, dernier fils d'El (lomai-v et seul rejeton d'une 

» famille dont tous les membres avaient péri en combattant Abdel- 

» kader. Les personnes qui furent chargées de les recevoir et de leur 

» parler les traitèrent avec hauteur, ne trouvèrent pas assez beau le 

» cheval d'hommage qu'ils offi*aient au maréchal et leur ordonnèrent 

» d'en amener d'autres, non seulement pour le maréchal, mais encore 

» pour sa suite. Ces hommes s'éloignèrent promettant de revenir 

» avec ce qu'on exigeait d'eux, mais ils allèrent sur le champ faire 

» leur soumission à Abdelkader, don* ils avaient méconnu l'autorité 

» jusqu'alors. » 

Parlant de cet El Gomarv qui remplissait, du temjis des Tnrf:s, 
les fonctions de « chouaf ». c'est-cWire d'esjnon. chargé de les 
renseigner sur l'état d'esprit des tribus et sur leur situation. Walsin 
Esterhazv Delà Domi h nf ion turque. 1840. ]). 2.V2j écrit : «Mohammed 
» ben (iremari ez Zelbouni. celui qu" Abdelkader a fait pendre à 
» Mascara à un des canons de la ville, était chouaf es Sabra, chouaf 
» de l'Augad, du bev Hassan (le dernier bej d'OraUj . H arrivait 



espérait, grâce aux difficultés que nous créait notre 
lutte avec Abdelkader, nous amener peu à peu par 
lassitude et aussi par nécessité d'assurer notre tran- 
(juillité. à abandonnera l'empire du Maroc une partie 
du territoire (pi'il convoitait. C'est ce qui aurait sans 
doute eu lieu en effet, en raison surtout de notre 
ifrnorance absolue de la situation, si le traité de la 
Tafna (1837), en reconnaissant les droits d' Abdelkader 
à la possession de la majeure partie de la ])rovince 
d'Oran, n'était venu ajourner la question. 

Klle ne fut reprise que quelques anuées plus tard, 
lorsque la lutte avec Abdelkader à peine interrompue 

» Oran à l'improviste de jour on de nuit; aussitôt le bev donnait 
» l'ordre aux makhzen de monter à cheval. Ils se transportaient 
» rapidemeni sur le terrain où campaient les tribus dont le chouaf 
» avait reconnu la position, les surprenaient et enlevaient tout ce 
» qu'ils pouvaient atteindre. On raconte qu'une fois, Mohammed 
» ben Gremari, qui était cheikh des Angad, étant arrivé en fête du 
» makhzen du bev à l'endroit oii il crovait rencontrer une tribu 
» campée, et ne l'avanf pas trouvée, fit faire une razzia sur sa propre 
» tribu, la tribu des Angad. pour ne pas perdre la confiance du bev. » 

Ajoutons ici que dès leur installation dans la province d'Oran, les 
Turcs eurent souvent affaire avec Jes Angad. Walsin Esterhazv, 
dans le m^me ouvrage (p. 107), parle en eflfet des « tentatives 
» quelquefois heureuses, souvent malheureuses des Turcs contre les 
» tribus nomades de TAngad », tentatives qui eurent lieu depuis le 
gouvernement du troisième bev Saad, jusqu'à la mort di bev Chaban, 
sous les niurs d'Oran qu'il assiégeait. 

Enfin rappelons encore que pendant tout le temps qu'avait duré le 
siège soutenu par Mustapha ben Ismaël dans le méchouar, il avait 
trouvé une aide constante chez les Angad qui, par leurs fréquentes 
diversions, rendaient l'investissement moins rigoureux et facilitaient 
même le ravitaillement de la place. 



) 



22 



FRONTIERE ENTRE 



parle traité de 1837, nous eut amenés à occuper peu à 
peu Fintérieur de la province d'Oran. 

En 1842, nous étions de nouveau àTlemcen' et 
nous en chassions l'émir nial^é l'appui que lui ai)por- 
taient les Béni Snassen et quelques autres tribus '^ 
soumises nominalement au caïd marocain que le Gou- 
vernement de Fez entretenait à Oudjda. 

Al)delkader se décida alors à porter les hostilités 

^ Dès notre arrivée- dans cette ville. ]>our la deuxième fois, le 
Gouvernement français enofaprea des néf^ociations avec la conr de Fez 
en vue de procéder à la délimitation de la frontière entn* 1* Mo-érie et 
If Maroc. Le p^énéral Bedeau fut désipfné par le Ministre de la Guerre 
pour effectuer cette opération comme délé<i^né français. Le Ministre 
rappela à ce pro]>os, à la date du 22 août 1842, que la Moulouïa avait 
été presque toujoiu-s considérée comme limite entre le Maroc et la 
Réjronce d'Alfrer, Mais le sultan Moulai Abderi-ahman refusa formel- 
lement de concourir à la délimitation ]>roposée. sous prétexte que les 
frontières entre le Maroc rt TAl^érie étaient bien connues et que 
rojiération dont il s'ag^issait pourrait faire naître certaines complica- 
tions. En ivalité, le sultan avait plus que jamais besoin d'user de 
circonspection et de ménagement à Tég-ard de ses sujets de la frontière 
est pour ne fournir aucun jn-étexte à ceux d'entre eux qui avaient de 
la svmpathie pour l'émir Abdelkader, de faire un mouvement en sa 
faveur. 

^ L'attitude, de ces tribus, en cette circonstance, f[\ Tobjet dr 
nouvelles représentations adressées par notre consul à Tan^r^^r à la 
cour chéritienne. L'incident se termina par une entrevue (le 3 juin 
1842; oùlejrénéral Bedeau, qui commandait à Tlemcen, se rencontra 
avec le caïd d'Oudjda. 11 fut convenu que le commerce serait libn- 
sur la frontière et que les émigrés qui voudraient rentrer en Algérie 
auraient toute faculté de le faire. En outre, le caïd marocain fit des 
excuses pour avoir laissé les tribus de son territoire fournir des secours 
à Abdelkader : il déclara avoir pris des mesures sévères pour empê- 
cher à l'avenir toute violation de la neutralité. 



//'' 






Plaucbo 1 






.V. 




CJeiKH-viuMUt-tit .^c-atnal\\ rclt'vjcci^ ^Sironc i^tsCtfrtrs ef /'(ans 



«»^- 



) 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



23 



dans la région df* Mascara. Mais, vaincu sur tous les 
points et se sentant incapable de continuer la lutte 
avec ses seules ressources, il songea à amener une 
rupture ouverte entre nous et les Marocains. Si son 
plan réussissait, il espérait utiliser à son profit les 
forces que pourraient fournir la plupart des tribus de 
la frontière et particulièrement les Béni Snassen, qui 
lui avaient marqué leur dévouement. Les ouvertures 
(ju'il fit à Moulai Abderrabman au commencement de 
1844', furent froidement accueillies. O prince, malgré 
son désir de reculer les limites de ses états, malgré la 
vénération personnelle qu'il avait pour Abdelkader, 
redoutait les suites d'un conflit avec la France et se 
souciait peu d'ailleurs de voir l'émir s'immiscer dans 
les affaires de son empire. 

Mais les populations marocaines étaient fanatisées 



* En août 1843, à la suit^ d'une collision survenue entre des 
cavaliers du caïd d'Oudjda et la colonne du général Bedeau, le 
Ministre de la (ruerre prescrivit l'établissement d'un travail prépara- 
toire en vue de la délimitation de la frontière que le Gouvernement 
français désirait provoquer de nouveau. D'après les instructions 
données, la ligne à étudier devait s'appuver à la mer et remonter 
« dans le désert d'Angad jusqu'au point où il pouvait v avoir contact 
» avecle territoire du Maroc ». en réunissant « autant que possible, 
» sur notre territoire, les tribus ou fractions de tribus de même 
» famille, au détriment, s'il le fallait, de l'abandon de quelques 
» portions de terrain sur les limitas. » C'est pour faciliter ce travail 
préparatoire que le Ministre adressa, le 2 août 1843. au Gouvernement 
général de l'Algérie, quelques documents cartographiques et une note 
manuscrite sur la région de la frontière. Voir à ce sujet, à la tîn du 
présent chapitre : Cartographie, p. 105 et 106, notes 2 et 1, et la 
planche 1 ci-contre. 



2t 



FRONTIERE ENTRE 



) 



par ridéo d'une ^nierre contrôles chrétiens. Abdeikader 
sut habilement profiter de cette disposition des esj)rits, 
et lorsque Ton ai)prit que le général Bedeau avait 
décidé l'installation d"nn canij) retranché |1<S44) à 
l'entrée d(^ la plaine ({ui conduit à Oudjda, à la Zaou'ia 
de Lalla Mar'nia *, les Marocains crièrent bien haut 
que c'était une violation de territoire. Depiiis Oudjda 
jus(iu'à Mogador, la guerre sainte fut partout procla- 
mée. La cour de Fez dut s'énu)uvoir: elle envovades 
troupf^s à Oudjda, sous les ordres de Si Ali et Tmcb d 
Gvcnaouï. 

Celui -ci avait ordr»> d'agir avec la plus grande 
circonspection et de ne pas prendre l'initiative de 
1 attaque. Mais le fanatisme de ses troupes remporta 
sur les conseils de la sagesse et la guerre qui s'ensuivit 
se termina, sur terre, par la bataille d"Isly (14 août 
LS44) et. sur mer. par les bombardements de Tanger 
(B aoiit) et de Mogador (15 août). La cour de Fez implora 
la paix ; elle fut signée à Tanger, le 10 septembre de la 
même année. Le traité qui fut conclu, était surtout 
dirigé contre Abdeikader*'^; un article (le 5'j était 

' A l'endroit où se trouvait l'oppidum romain qui s'apjx'lait 
Numerus S^T0^um. 

^ Voir à la fin de ce volume le texte complet de ce traité. 

Comme on pourra le constater, par unr des clauses (article 1"') de 
cet instrumenf diplomatique, le Maroc sVst engagé à n^avoir jamais 
sur la frontière qu'un corps de troupes dont la force ne peut -xcédrr 
2000 hommes et qui ne peut être augmenté que si les deux «gouver- 
nements en reconnaissent la nécessité. Nous n'avons jamais eu 
occasion depuis 1844 de nous prévaloir de cette disposition' 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



25 



relîitif à la frontière dont il prévoyait la prochaine 
délimitation ^ Cet article était ainsi rédigé : 

f( La délimitation des frontières entre les possessions 

)j de Sa Majesté l'empereur des p>ançais et celles de 

» Sa Majesté Temperenr du Maroc, reste fixée et 

» convenue, conforméiiient à l'état des choses^ reconnu 

» par le gouvernentent marocain à Tépoque de la 

» dtuiiination des Turcs en Algérie. 

» L'exécution coniplète de la présente clause fera 

» Tohjet d'une convention spéciale, négociée et conçue 

>j sur les lienx, entre le plénipotentiaire désigné à cet 

'' effet par Sa Majesté l'empereur des Français et un 

» délégué du gouvernement marocain. Sa Majesté 

w Tempereurdu Maroc s'engage à prendre, sans délai, 

» dans ce but . les mesures convenables et à en 

» informer le g(»uvernement français. » 

Quelle frontière allait réclamer la France au moment 
de la c(uiclusi<tn de la convention de délimitation. 
prévue à l'article précédent ? p]xigerait-elle la frontière 
naturelle et liistorique de la M(uilouïa ou se contente- 
rait-elle simplement de la limite indécise qu'avaient 
subie les Turcs depuis 1795 ? 

Deux lettres du maréchal Bugeaud, adressées par lui 

* On rapporte que le maréchal Bugeaud et le prince de Joinville 
avaient été d'avis d'exiger du chérif le paiement de 12 millions de 
francs pour frais de guerre. Les plénipotentiaires chargés des négo- 
ciations, trouvèrent ([ue la France gagnait suffisamment à avoir mis 
Moulai Abderrahman dans la nécessité de rompre solennellement à la 
face de ses peuples et de l'Europe, avec Abdeikader. 



26 



M 



FRONTIÈRM ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



27 



i 



à el Guenaoïiï. le chef marocain qui commandait à 
Oiidjda au début de la campagne de 1844, vont faire 
connaître quelles étaient les idées de nos gouvernants 
sur cette question. 

Dans la première, le maréchal s'exprime ainsi: 
« Les Marocains ont violé plusieurs fois notre terri- 
» toire ; deux fois ils nous ont atta(iués sans aucune 
» déclaration de guerre ' ; et cependant j 'ai voulu, dès 
» mon arrivée au camp, te donner une grande preuve 
» du désir que j'avais de rétablir la bonne harmonie 
» que vous seuls avez troublée par les procédés les 
» plus hostiles, et je fai offert une entrevue. 

)) Tu y es venu et tu nous as i)roposé, pour prix des 
» relations de bon voisinage, qui auraient dû toujours 
» régner entre nous, d'abandonner notre frontière et 
» de nous retirer derrière la Tafna. 

» Nous ne tenons assurément pas à l'étendue du 
« territoire, nous en avons bien assez ; mais nous 
» tenons à l'honneur, et si tu nous avais vaincus dans 
» dix combats . nous te céderions encore moins la 
)> frontière de la Tafna. parce que une grande nation 
» comme la France ne se laisse rien imposer par la 
» force, et surtout par les procédés comme ceux que 
'. vous avez employés avec nous <lepuis deux ans. . . 



» Je veux donc me contenter d'aller à Oudjda, 



non 



J Allusion aux combats de Si Am (.30 mai 1844) et de Sidi 
Mohammed el Oiassm, (Ifi juin suivant) où les Marocains attaquèrent 
nos troupes sans provocation. 



)) point pour le détruire, mais pour faire comprendre 
» à nos tribus, qui s'y sont réfugiées, parce que vous 
» les avez excitées à la rébellion, que je veux les 
)) atteindre partout, et que mon intention est de les 
»> ramener à l'obéissance par tous les moyens qui se 
» présenteront, 

» En même temps, je te déclare que je n'ai aucune 
» intention de garder Oudjda, ni de prendre la moindre 
» parcelle de territoire du Maroc » 

La seconde lettre est encore plus explicite : « Dans 
)) toutes tes lettres précédentes, tu nous as accusés 
)) d'avoir violé votre territoire et d'avoir enfreint les 
)) lois de la bonne amitié ([ui régnait entre nous ; . . . 



» 



)) Nous voulons conserver la limite de la frontière 
» ({u'avaient les Turcs et Abdelkader après eux; nous 
» ne voulons rien de ce qui est à vous ; » 

Abdelkader n'ayant jamais eu sous sa domination 
le pays compris entre la frontière actuelle et la rive 
droite de la Moulouïa. la déclaration du maréchal 
Bugeaud équivalait à l'abandon de toute prétention de 
notre part sur ce pays qui avait incontestablement fait 
partie de la Régence d'Alger '. 

' A. Berbnifrg**!" 'Rcvve Afriminc, 4*" vol.. 1859-60, p. 415; 
s'exprime ainsi, à jn-opos de cet abandon de tonte prétention de notre 
part à la frontière historique de la Moulouïa : <t La nature a séparé 
» profondément le Maroc de l'Algérie par des frontières évidentes : 
» les Romains l'avaient si bien senti qu'ils rattachaient administrati- 
» vement la Tintigane (le Maroc) à l'Espagne, tandis que le reste de 
» l'Afrique septentrionale dépendait du proconsul d'Afrique. Cet 



28 



FRONTIERE ENTRE 



1 



Cottr déclaration nVtait pas faito ponr dôplaire à 
Moulai Abdon-ahinaii (pii n'ignorait certain^Mncnt ])as 
qnc les Turcs avaient étendu leur domination jus(|u'à 
la Moulouïa. Il dut être enLièrenient rassuré sur nos 
intentions (juand. au lieu de répondre à ses ])réfentions 
sur la Tafna par une revendication sur la région bornée 
à l'ouest par raucienne frontière du Maghreb el ( )ust. 
il apprit ainsi, par nous-mêmes. (|ue nous ne dépasse- 
rions pas la ligne marquée par le Kiss, I.alla Mar'nia 
et Sebdou \ 

C'est dans cet ordre d^idées que fut signé, à Lalla 
Marnia, le 18 mars 1845. le traité de délimitation ^ 
Dans cette convention '*, comme lors de la signature du 
traité de Tanger qui Favait ])récédé, l'intérêt algérien 

» isolement natnrp] a motivé, sous les dynasties indigènes, la distinc- 
» tion des deux royaumes de Fez et de Tlemcen avec les mêmes fron- 
» tières précisément qui existaient entre laTinti-ane et la Césarienne 
» (Algérie occidentale). On a vn enHn que le pachalik d'Alger avait 
» aussi la Moulouïa pour frontière à l'ouest. On ne saurait trop le 
» repéter, un fait qui persista ainsi pendant vingt siècles doit avoir 
» une puissant.' raison dVtre et il constitue certainement un droit 
» respectable que ne sauraient prescrire quelques usur|>ations récen- 
» tes, arrachées à la faiblesse dun gouvernement qui tombait en 
» d.crép,fude et à Tignoi-ance bien naturelle au début du pouvoir qui 
» lui a succédé. » ^ 

' Nous avons utilisé pour la rédaction de cette première partie une 

M Ins.orique de la frontière de l'ouest due à M. le Capitaine 

ians.rd,commamiant supérieur du Cercle de Tiaret. Nous v avons 
même fait quelques emprunts. 

' Voir à la fin du volume le texte complet du traité. 

« Les plénipotentiaires, qui furent chargés dVn discuter les termes 
iurent: pour la France, le général comte de la Rué, assisté de 



L'ALGKRIK ET LE MAROC. 



29 



dominant fut d'obtenir du Maroc la reconnaissance de 
noire souveraineté sur les musulmans algériens, en 
même temps qu'un concours efficace pour éloigner de 

Tinterprèle Léon Roches, et pour le Maroc, Si Ahmida ben Ali, caid 
d'Oudjda, assisté de Si Ahmed ben el Khadir. 

M. Léon Roches, interprète principal de l'ai-m'-e, dont il vient d'être 
question, raconte dans son ouvrage Trente-deux ans à tratevfi P Islam, 
l2'* vol., p. 451 et suiv.) qu'en arrivant à Tlemcen. le général de La 
Moricière, commandant la province d'Oran, remit au général de la Rue 
un travail qu'il avait fait pn''|)arer « sur les limites établies entre l'emjiire 
» du Maroc et la Régence d'Alger sous la domination des Turcs. » 

Ce travail avait été rédigé d"a])rès les documents sur la frontière 
trouvés dans les archives turques el d'après lesrenseignementsrecueillis 
auprès des chefs <•! notables indigènes des tribus algériennes limi- 
trophes. 

Sur ces données, le commandant de Martimjjrev, chef du service 
topographique de la Division, avait dressé une carte au cent millième 
où les limites se trouvaient indiquées. 

Dans une entrevue pi'éj)aiatoire avec les délégués marocains , 
M. Léon Roches, envové spécialement à cet effet à Oudjda. lit 
admettre l'exactitude du tracé du commandant de Martimprev. Le 
général de la Rue s'aboucha lui-même ensuite avec les plénipoten- 
tiaires marocains. Après jilusieurs entrevues, le traité fut détinitive- 
inenl rédigé et signé, le 18 mars 1S45. au poste de Lalla Mar'nia. 

Sur les instances du général de La Moricière, en même temps que 
le traité de délimitation, le général de la Uuë avait fait signer aux 
plénip<)tenliaires marocains une convention destinée à régler les 
rapports commerciaux entre l'Algé'rie et le Maroc par la frontière de 
terre. 

Le nu Louis-Philippe, ciaignant que cette convention commerciale 
ne fût cause de diilicultés avec le Mar.tc. hésita à la ratitier. Il ne le fit 
que sur les instances pressantes du maréchal Soult. 

Les prévisions du roi ne tardèrent pas à se réaliser : le Sultan refusa 
toute ratification. 

C'est qu'en effet, comme le reconnut bientôt M. L. Roches, les 
intérêts du Maroc, comme les nôtres du reste, allaient se trouver 



c 



ao 



FRONTIERE ENTRE 




la frontière , Abdelkader qui y était établi et qui 
entretenait une fâcheuse perturbation chez nos tribus 
limitrophes. Comme intérêt européen, le commissaire 

lésés. Car l'Espaj^ne, ainsi que toutes les puissances qui avaient 
conclu des traités avec Tempire chéritien. avaient droit à tous les 
avantages accordés à Fune d'elles. Il en résultait que î'Espag-ne avait 
ledro'tde réclamer pour ses quatre présides la liberté de commerce 
par terre que la convention nous accordait, et que 1" Angleterre et les 
autres puissances allaient également profiter des nouvelles voies 
commerciales qui allaient s'ouvrir dans des conditions aussi favorables 
pour elles. 

Enfin, après de-^ négociations habilement menées par M. L. Roches. 
Moulai Abden*ahman se décida à latilierle traité de délimitation seul, 
en v apposant la mention suivante : 

« .rapimmte tous les articles fh traité de délimitation qui précède, 
» parce que mon intention a été, est et sera toujours de maintenir les 
» frontières qui existaient dn temps des Turcs. 

y> Qifantàla ronrention commerciale, elle restera sans effet jusqv.' à ce 
^ que, par un nouveau traité avec le siiltan de France, nous réglions k 
» question commerciale. > 

Tels seraient, brièvement résumés d'après M. Léon Roches, les 
divers incidents qui ont accompagné la conclusion de celte conven- 
tion de délimitation et l'échange des ratifications qui suivit. 

De son côté, le général de Martirapre^v a écrit dans ses mémoires 
Souvenirs d'un Officier d' Etat- Major, p. 213): «Dans le Tell, le 
» travail était facile ; dans le Sahara, c'était beaucoup moins clair et 
» je fus conduit à une erreur grave, en m'en rapportant au témoi- 
» gnages du caïd de TIemcen, Si Ammadi Sakal. et de l'agha de la 
» montagne de l'ouest, Si ben Abdallah. Ils n.ms ceiiifièrent que les 
» Oulad Sidi Cheikh R'araba étaient Marocains. Ce mensonge, car ce 
» ne pouvait être une erreur, était léger à des musulmans témoignant 
» de la non appartenance aux chrétiens de populations musulmanes. » 
Malgré l'affirmation bien justifiée du général de Martimprev, nous 
verrons au cours de cette étude que de graves erreurs ont été aussi 
bien commises au Nord qu'au Sud du Teniel es Sassi, lors de la 
conclusion du traité de 1845, 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



31 



français avait pour mission de faciliter un accord entre 
la Suède et le Danemark avec le Maroc. La question 
des limites en elle-même était A\m intérêt secondaire. 
Nous n'étions établis à Tlemcen que depuis 1842; les 
postes de Sebdou, de Lalla Mar'nia et de Nemours 
étaient de création récente. Nous ne connaissions que 
très imparfaitement les populations algériennes les 
plus rapprochées du Maroc. Le voisinage d'Abdelkader 
entretenait la plus grande agitation dans ces contrées. 
Les préoccupations et les conditions dans lesquelles le 
traité de délimitation avait été fait, ne devaient pas 
tarder à amener des diffictiltés dès que les circons- 
tances politiques seraient changées. 

En effet, à la fin de 1^U7, Abdelkader fait sa sou- 
mission à la France. Les tribus algériennes rentrent 
dans le calme et se rangent plus entièrement sous 
notre domination. La fin de la guerre permet aux 
intérêts de se révéler et de prendre la parole. Bientôt se 
produisent les critiques et les plaintes contre le traité 
de 1845, Le 12 juin 1849. le général Pélissier, 
commandant la province d'Oran, présentait et appuyait 
un mémoire du général de Mac Mahon, c(»mmandant 
la subdivision de Tlemcen, pour demander la révision 
de la délimitation. 11 exposait qu'en Tabsence d'une 
rédaction bien précise des articles 3. 4 et 7. la mauvaise 
foi du caïd d'Oudjda et l'audace des tribus marocaines, 
adonnées au vol, pouvaient nous forcer, à tout instant, 
à prendre les armes. 

Auprès de Sidi Zaher, nos Béni bon Saïd réclamaient 



C 



H 



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32 



FRONTIERE ENTRE 



un terrain qu'ils avaient aclietf^ des beys algériens ' et 
qu'on avait compris dans le territoire marocain ; de ce 
côté les droits de nos administrés allaient jusqu'aux 
portes d'Oudjda. et })our éloigner de celte ville la limite 
qu'ils traçaient et qu'ils prétendaient identique à celle 
de Tépoque turque, les conmiissaires délimitateurs 
avaient été obligés de faire une })ointe dans le tem- 
toire algérien. Des discussions continuelles s'élevaient 
entre nos Achaclie et nt)s Béni Ouassin et les tribus 
mai\»caines an sujet de la possession de la plaine 
d'Anierhès. Les Attia et les Béni Mengoucli Talita. 
sujets marocains \ autorisés i)ar le traité à vivre sur le 

' Les Béni bon Saïd ont cultivé ce ten-ain jusqu'en 1845. Ils 
l'avaient acheté une somme considérable' des Turcs, qui établissaient 
ordinairement leurs campements à l'ouest de Sidi Zaher. La i)ortion du 
territoire qui a été ainsi laissée au Maroc s'étendait jus(|u'aux jardins 
de la ville d'Oudjda. (Voir à ce jiropos la reproduction du croquis 
établi en 1849: planche IL] 

' Malorré les dispositions bienveillantes des § 4 et 5 de l'art. 3 du 
traité du 18 mars 1845. les Béni Menfrouch et les Attia continuèrent 
à })aver rimj)ôl à Famel d'Oudjda jusqu'en 1858. 

Les premiers participaient pour un tiers à la contribution annuelle 
de 2000 francs imposée à la tribu des Béni Menj^ouch ,Fouai"a et 
Tahta). Les seconds pavaient le cinquième de l'impôt annuel de 
2000 francs fixé pour la fraction des Béni Khaled. 

Pour effectuer les recouvrements. Famel envovait chaque année, k 
la Hn des moissons, six cavaliers du Makhzen chez les Attia et les Béni 
Menprouch sur notre temtoire. Les Chioukh de ces fi-actions réunis^ 
saient l'impôt et se rendaient ensuite à Oudjda où ils le remettaient 
eux-mêmes entre les mains de Tamel. 

Le dernier versement eut lieu en 1858 : il ne fut pas renouvelé en 
1859, parce que les Attia et les Béni Mengouch avaient fait défection 
et étaient passés au Maroc. En 1860 , l'amel qui commandait à 



Plaiiel.c 11 









'»\<r 






Heprodiidfvn d'im croyais c/ressc <y/ 
fS'4-3. tn^^^^ua^n/ le ùrritoire ^u^ U 

Bai-i (hh{ Saîd 







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+ 4-4++++^+^ Fronùirr de. iS'r^'ï 

Frtm/iére 4fue ï' (m cuirait dû exiaer. 




Ol'DJDA 



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£c/te//e anurarirrtaùrfC du ySoo.ooo 



Çouvctncnifflt ^Cn^iaf d^ ^\\t(^\JLe. ( S^uice de^ Cni'Ou et l'iaiur. 



> 



L'ALGÉRIK ET LE MAROC. 

territoire algérien, étaient affranchis de toute rede- 
vance et administrés par les soins du caïd marocain 

Ondjda demanda que ces fractions fussent astreintes par l'autorité 
française à lui verser l'impôt comme ils l'avaient fait précédemment. 

^ A cette, occasion, le général Delijrnv, commandant la province 
(l'Oran, lit connaître que non seulement « nous n'avons pas à 
» i)ermeltreque les agents marocains pénètrent surnotre territoire, 
» pour v faire un acte quelconque de souveraineté sur les Attia, Béni 
» Mengouch et Oulad Mansour (cette tribu marocaine était alors 
» installée en ten-itoire algérien), mais qu'encore nous ne pouvons 
» ï)reler les mains à ce que ces tribus aillent acquitter sur le territoire 
» maiocain des impôts qui consacreraient cette souveraineté sur terre 
» fran(;aise. Car nous ne pouvons pas oiiblier que pour les gouverne- 
» ments musulmans c'est la terre et non l'homme qui paie. Il n'est 
» d'ailleurs pas douteux qu'il ne suffise de leur faire comprendre, 
» ainsi que l'indiquait M. le Consul Général de France à Tanger 
» dans sa lettre au Ministre des Affaires Etrangères, du 13 août 
» 1850) qu'elles sont libres de ne pas le faire. » 

Les appréciations du général Delignv étaient du reste conformes 
aussi bien à Tesprit qu'à la lettre de l'art. 3 du traité de 1845 ; elles 
ont, depuis lors, servi de règle dans cette question. 

Actuellement, les Béni Mengouch et les Attia sont affranchis de 
tout impôt. Ils ne sont astreints qu'au paiement des centimes 
additionnels. 

Cette disposition bienveillante n'est pas appliquée aux indigènes 
étrangers à ces tribus qui possèdent, sur le territoire qu'elles occu- 
pent, des biens meubles ou immeubles ; ils paient pour leurs matières 
imj)osables. 

En 1876, à la suite du vovage du Sultan à Oudjda, l'amel nous 
annonça son intention d'envojer des agents recueillir l'impôt chez les 
Attia, Béni Mengouch el Hamian Djembâa. Sans attendre notre 
réponse, il écrivit même à ces derniers. 

11 lui fut répondu que nous ne pouvions laisser pénétrer sur notre 
territoire aucun agent marocain, sans qu'au préalable, l'affaire n'ait 
été examinée par voie diplomatique. Cet incident souleva quelque 
émotion sur la frontière où le bruit courait, en même temps, que le 
Sultan voulait réclamer la Tafna comme limite des deux pajs. 

3 



c 



f 



) 



34 



FRONTIERE ENTRE 



(î'Ondjda. Cette concession avait été faite pour obtenir 
la sif^nature du traité avec la Suède et le Danemark en 
vue d'abolir Tusage des présents annuels envoyés au 
Sultan. Les Hamian Djembàa avaient été assignés au 
Maroc; les Oulad Sidi Cheikh IVaraba avaient été 
classés parmi les tribus niarocaines \ alors que le 

* En nous appuyant sur los h-adilions. nous aurions pu. lors de la 
sioptiatuiv du traité, revondiquor inicoro d'autres tribus. l/tMudo dt>s 
événements antérieurs à notre occupation Ta du reste dé^à (ail voii-. 
Nous citerons cependant ici quelques exemples. 

Les Oulad Ali ben Taîha (Anofad; et les Mehaïa se trouvent dans ce 
cas. Nous avons, en effet, pfardé le souvenir d'une expédition faite, 
on 1781. contre ces deux tribus par le bev Mohammed ben Osman, 
qui les contraignit à se soumettre (Mercier, Histoire de rAfriqve 
septentrionale y t. 111, p. 421). 

Quant aux Mehaïa, Walsin Esterhazv [Dominafion fvrqve. 1840, 
p. 2(>8 . qui les appelle El Mehaïa, les compte ]>armi les tribus raïas 
de la lagoubia el R'arb, que commandait Tagha des Douair. 

Le mènn' auteur dit encore (p. 225) : a Une année aju-ès iT821), 
» un autre marabout derkaouï. Sidi Ahmed, cheikh des Mehaïa. se 
» révolta dans le pavs au-delà de Tremecen (Tlemceni. Il s'était 
» établi à Ouidjeda ;Oudida;, petite ville à une journée de marche de 
» Tremecen sur la frontière du Maroc. Hassan (le deinier bev d'Oran), 
» sorti contre lui . eut une affaire très sérieuse chez ies Oulad 
» Medjahed. 11 j pei-dit bePucoup de cavaliers de son makhzen. Il 
» battit cependant les révoltés. sVmpara de la maison et des trésors 
» du marabout. Sidi Ahmed parvint à se sauver, il i)assa la frontière. 
» et alla chercher un refiigf^ dans le Maroc. » 

Entin le même écrivain rappelle encore {p. 251) qu' « il v avait 

» clans le déseH des tribus nomades, telles que les Mehaïa, les 

» Eumian ^Hamian) qui avaient toujours échappé à l'autorité 

» des Turcs. La rapacité des bevs parvenait cependant à arracher de 
>> lourds impôts à ces tribus errantes au moven des chouaf. dont la 
» seule mission était de pouvoir indiquer au bev la position où cam- 
» paient ces tribus. » 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



35 



ceutre de la tribu était à El Abiod, sur le sol algérien. 
KuRu, interprétant faussement Tarticle 7, les autorités 
nmrocaines refusaient de rendre les tribus qui se réfu- 
giaient au Maroc, tandis que cet article n'applique 
(ju'aux individus la liberté d'émigration K 

Les plaintes des autorités militaires furent adressées 
au Ministre des Affaires Étrangères qui écrivit à ce 
sujet au C(msul général de France au Maroc. Cet 
agent répondit que c'était se laisser aller à des idées 
Iroj) européennes que de demander à une convention 
avec le Maroc toute la précision qui est désirable dans 
un traité avec les puissances continentales. Nous 
sommes habitués à resjiecter la légalité et le droit écrit, 
le gouvernement marocain ne l'est nullement. Nous 
avons du désavantage dans une position qui empêche 
nos nu)uvements, sans enij)ècher ceux d'un voisin 
moins scrui)uleux ; l'important est d être toujours le 
plus fort pour se faire respecter. Il concluait donc qu'il 
n'y avait j)as lieu, matière ni motif suffisant à entamer 
une négociation en vue de faire modifier le traité 
de 1845. 

Partant de ce principe^ il proposait de résoudre les 
réclamations des autorités militaires en déclarant au 
Sultan qu'à l'avenir les tribus émigrant soient 
renvoyées ou internées, si on ne veut pas que nous 
allions les châtier nous-mêmes, au-delà de la frontière; 
que le sultan signifie aux Attia et aux Béni Mengouch 

^ Le général de Mac Mahon proposait, en même temps, de modifier 
le tracé de la limite fixée en 1845 afin de faire disparaître une partie 



36 



FRONTIERE ENTRE 



) 



Tailla qu'en les affranchissuTit d'impôt, ils restent 
souiiiis sur notre territoire ;\ notre police, et que s'ils 

(les inconvrnionfs sif^nalrs. 11 pivconisait , dans ce but , Ir reniplacc- 
nionl do : 

raiicienno ivdarlion : 



« Jusqu'à co qu'rllo 

^> arrive à l)ra (*1 Donni : ])uis 
^^ clli' descend dans la plaine 
^^ UdMiinre El Aondj. De là, 
)^ elle se dirip'. à ])eu près en 
^^ li«rne droite . sur Haoïich 
'^ Sidi Aïed. Toutefois , le 
^^ Haouch Ini-nièine reste à 
>^ r)00 coudées ['250 mètres] 
^^ envinui . du ctMr de l'est, 
^^ dans les limites alirériennes. 
>^ De Hnouch .Sidi Aïed. elle 
^^ va sur Djorf cl Raroud. 
^^ silué sui- l'oued bon Naïm ; 
^\ de là. elle arrive à Kerkour 
» Sidi Ham/a ; de Kerkour 
^^ Sidi Haniza à Zoudj el 
^^ Re^rlml ; jMiis, lonnvanl à 
» <^^auclie le pavs des Oulad 
>^ Ali beïi Talha jusqu'à Sidi 
» Zahir. qui est sur le (erri- 
^> loire aljjférien. elle remonte 
» sur la Jurande route jusqu'à 
» Ain Takbalet, qui se trouve 
» entrr l'oued bon l^h'da et les 
» deux oliviers nommés El 
» Toumiet qui sont sur le 
\N territoire marocain. 

» De Aïn Takbalet . elle 
>^ monte avec ri)ued Houbban 
» jusqu'à Ras Asfour. ...» 



par la suivante : 

« Jus(prà ce qu'elle 

» arrive à Dra el Doum ; puis elle 
» descend dans la ])laine nommée 
y> El Aondj, m snirani le ravin de 
>^ Sidi A:em jvsqiura wa melon de 
^^ Barro ; de là, elle se diriqe, en 
» j)ass(in(parla petite plaine d' A iner- 
y^ hès. sur le Mecheva El Aoudj d'<m 
» elle suit v peu près une lif/ne droite 
>^ jusijUan Haof'rlt Sidi A'ied \ toule- 
^^ fois le Haoucb lui-nu'nit* reste à 
» 500 coudées 250 mètres environ, 
^^ (hï côlé de Test, dans les limites 
>^ al^-ériennes. De lîaouch Sidi Aïed, 
» elle va sur Djorf el Raioud, situé 
\\ sur l'oued bon Naïm ; de là, elle 
^^ airive à Kerkour el Miad. (*) 

» De Kerkour el Miad^ elle suit 
)^ 'une lujne droite jusqu'aux deux 
» mamelons appelés Zoudj el Ih-qhal ; 
■^ puis lon^n'anl à g-auclie le pavs des 
^^ Oulad Ali lien Tallia, elle remonte 
» le Châaha dr Kkelid jusquan poiyil 
» oie il rencontre In grande route de 
» Sidi Zakir a Ondjda qu'il suit 
» jusqu'à rAïn TakMet qui se 
>^ trouve entre Toued bon Erda et 
» les deux oliviers nommés El Tou- 
^> niiet qui sont sur It* territoiie 
» marocain. 

» De Aïn Takbalet. elle monte 
» avec l'oued Roubban jusqu'à Ras 
> Asfour ; » 



(•1 KtTkoiir ..1 Miml, .lit le genrru] dr Mac-Ma!ion. a été appelé pur errur en 
1845. Kerkour Sidi Hninxn, bien que ce nom ne soit nullement ronnu dans le 
pays. 



I/ALGERIE ET LE MAROC 



37 



rf^sislenl, ils seront assimilés à nos trihtis on oxpulsf'^s; 
que lo nialenteudu au sujet des Oulad Sidi (Cheikh 
H'araba, filant une question de bonu*' foi, ne se j)ro- 
lonij^P [)as: que les Haiiiian Djembàa soient f^^ardf^s en 
Alfi^érie sans autre réolaniation pour lé^^aliser le fait; 
(jtianl à nos autres ^^riefs, le Consul fronéral pensait 
qu'ils ne pouvaient donner lieu actufdleinenl à un 
nouveau projet de délimitation \ 

Les choses restèrent dans cette situation. le dépar- 
tement des AfFain^s Etrangères n'ayant i)as jtigé 
opportun de donner suite aux demanfles des autorités 
algérieuTies. Au commencement de l'année 1H5;J, des 
troubles très graves éclatèrent dans rintérieiir du 
Maroc. Les Zemmour Chellalia et les Béni Mguild, 
vivement jmursuivis par le Sultan, écrivirent, par 
l'intermédiaire de la mission de France à Tanger, au 
Gouverneur général de l'Algérie, j)our réclamer un 



' Lettre du Consul péniVal de France à Tanprf^r en date du 13 août 
1850, adressée au Ministre des Affaires J'itrang'ères. 

Rajipeioris ici qu'en mai 1849, notre représentant à Tang-er, qui 
t'tait alors M. Léon J^k-Ik's, amena son pavillon à la suite de différents 
iiicidents. ce qui provoqua une d»*mande de réparation qui fut exi*^ée 
par le pouveruf-mcnt français. Le geuvernenr g-énéral de l'AI*»-érie 
])roposa à ce moment de profiter de cette circonstance pour réviser 
certains points litigieux de la délimitation fixée [>ar le traité de 1845. 
Mais I(> Ministre des AiTaires Etran^^ères fut d'un avis opposé. Il 
considéra qu'il fallait attendre l'aplanissemenl des difficultés avec le 
Maroc avant d'entreprendre aucune nég-ociation en vue d'une révision 
du traité. Toutes les satisfactions réclamées ajant été accordées paria 
cour chérifienne, la question de la révision fut reprise en 1850, ainsi 
qu'il est indiqué ici. 



€r*. 



. 



38 



FRONTIERE ENTRE 



3 



appui. Cotte démarche, d'une autlienticitfi suspecte, 
lie fui et ue devait pas ^tre aecueillie, mais à ce propos 
le Gouverneur gt^néral de TAlgt^rie par intérim \ en 
rendant compte de ces faits et de l'état du Maroc au 
Ministre de la Guerre, demanda des instructions pour 
n'être pas i)ris au dé])ourvu au cas où la mort de 
Moulai Abderrahman ou t(mt autre événement amè- 
nerait la dissoluti(m de l'empire marocain. Le Ministre' 
réj)ondit, le 20 août 1853, qnn\ présence de la situa- 
tion délicate du Maroc, il fallait observer la plus 
grande réserve et ne songer qu'à établir notre ligne 
frontière à la Moulouïa. 

A la suite de ces instructions, le Gonverneur général 
ht étudier la démarcation qu'on pourrait donner à la 
froutière avec la Moulouïa pour limite. Dans un 
mémoire communiqué ' an Ministre an mois de 
novembre 185;^, la question de modifications du traité 

^ Général Pélissier, 

^ Génri-al do Saint-Arnaiïd. 

' Dans ce mémoire, dû au capitaine Chanzy, chef du bureau arabe 
de riemrem, cet ofHcier rappelait que la frontière des Turcs, que nous 
n avions pas voulu dépasser, n'avait été, en réalité, qu'une limite née 
des événements, mais non authenliquement reconnue. l\ proposait 
de la modiHer parce que celle qu'avait tracée le traité de 1845 était 
une cause incessante de troubles et un obstacle à rétablissement rapide 
de notre colonisation : parce qne la vérital>le limite entre le pavs 
formant aujourd'hui rAlp:érie et le Maroc avait toujours été la Mou- 
louïa ; parce que cette dernière était la seule admissible, la seule qui 
ne donnât point lieu à contestation, la seule qui tînt compte des 
intérêts, des liens, des habitudes des tribus ; et parce que nous n'avions 
qua perdre en différant de régler cette question. U ajoutait que 



L'ALGERIE ET LE MAROC. 



39 



de 1845 fnt reprise avec des détails nouveaux. On fit 
valoir que cette convention a séparé des populations de 
même origine^ ayant des habitudes communes, qu'elle 

l'empereur du Maroc étant impuissant à faire respeclor le (raitc, nous 
nous trouvions dé^ag'és d(î droit . 

En même tenijïs , le capitaine Chanzv montrait que deux tracés 
pouvaient être préconisés : le premier, partant de l'embouchuro de la 
Moulouïa, en remontait le cours jusqu'à l'oued Za , suivait cette 
rivière jusqu'à Ras el Aïn des Béni Mathar pour gagner de là 
Fifij'Mif»', comme nous le verrons dans le second volume ; le deuxième 
empruntait le cours de la Moulouïa jusqu'à ses sources et, descendant 
ensuite Touf^l Guir, atteignait le Touat. 

En proposant le second Iracé, le capitaine Chanzv avait en vue, 
évideiimieni, un passage d'ibn Khaldoun où cet historien (t. I, p. 195 
et snivantesi, a|>r('s avoir affirmé que la Moulouïa était une des limites 
du Maghreb el Aksa, semble indiquer que cette limite se prolonge 
au Sud par l'oued (Juir. Mais cette assertion de l'écrivain musulman 
ne saurait être admise sans examen. L'étude des faits historiques 
permet . en effet , de constater que , dès 1295 ( voir page 7 ) , 
les Marocains étaient établis sur le cours inférieur de l'oued Za, que 
les Hallaf, installés dans cette même région, vers 13()(>, par .Mjou 
Hammou II . souverain de Tlemcen, n'avaient pas tardé à subir 
l'intluence prédominante des sultans marocains qui trouvaient souvent 
un a]»pui chez eux et s'en servaient pour garder la route de Fez en 
avant de Taza, et qu'enfin, les maîtres du Maroc ont toujours été 
possesseurs incontestés de la Haute Moulouïa. 

Il en résulte que la véritable limite sur laquelle nous possédions des 
données certaines, pouvant, un jour ou l'autre, servir de bases à des 
revendications, sérail celle de la Moulouïa inférieure jusqu'à l'oued 
Za , puis le cours de cette rivière dans toute la partie habitée par les 
llMllaf. 

Dans le reste de son cx)nrs jusqu'à Rasel Aïn, l'oued Za traverse un 
pâté montagneux, habité par des tribus d'origine berbère, qui ont 
conservé à travers les siècles une indépendance presque absolue. Par 
suite, le tracé dans cette région devient incertain. 

Enfin, le capitaine Chanzj terminait son étude en proposant de 




, t 



) 



40 



FRONTIÈRE ENTRE 



est une cause incessante de troubles ; qu'elle est un 
obstacle à la prospérité et au développement des établis- 
sements industriels de cette zone ' ; qu'en invoquant 
la frontière turque, on s'était appuyé non sur des bases 
fixes et rationnelles, mais sur le résultat des incidents 
variés des relations entre deux états musulmans limi- 
trophes pour lesquels il n'y avait jamais rien eu d'écrit: 
que des tribus marocaines sont sur le territoire algé- 
rien'^ ; que les Oulad el Moungar" de la plaine de Trifa 
sont frères de ceux de Lalla Mar'nia ; que Ips proi)riétés 
et les cultures de nos Béni Ouassin sont mêlées à celles 
des Béni Drar et des Mezaouir marocains au nord-ouest 
de Lalla Marnia ; que nos Angad ont des propriétés 
aux portes d'Oudjda et ceux du Maroc sur les bords de 
la Tafua ; que nos Oulad Sidi Medjahed ont leurs 
mechtas^ sur le territoire marocain; qu'enfin nous 
possédons les Ksour qui servent de dépôt aux Amour 
et aux Hamian Djembàa, classés comme Marocains. 
D'autres préoccupations politiques assiégeaient alors 

ronstifner .vec les nouveaux territoires qui seraient acquis jusqu'à la 
Mo„Iou.a. une subdivision dont le chef-lieu serait placé à oidjda 
Trois postes en auraient dépendu : un à Tembouchure de la Moulolua 

enunpo,r^àdéteminer,unàRaselAïndes Béni Mathar et un à 
ÏM AiounSidiMe]Iouk. 

^ Mines de Gar Rouban et de Maaziz. Les premières sont seules 
explo,t..s aujourd hui. Quant aux mines de Maaziz. on v a cessé tout 
travail depuis 1885, à la suite de la baisse des métaux.' 

' Aftia et Béni Mengouch Tahta. 

^ Des Béni Snassen. 

* Établissements d'hiver. 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



41 



nos gouvernants ; la question de la révision du tracé de 
la frontière resta en suspens. 

Plus tard, en 1859, on espf^ra un instant pouvoir la 
reprendre ; nous venions en ce moment de parcourir 
en maîtres le massif des Béni Snassen ^ et de calmer 
par une rapide campagne reffervescence qui régnait 
l)armi les populations de la frontière. Mais cette fois 
encore nos regards se portèrent ailleurs ; nous nous 
contentâmes des faciles succès que nous avions rem- 
portés sur les tribus marocaines limitrophes, sans 
chercher à exiger du Maroc lui-même ime autre 
délimitation, ni même tme réparation quelconque. 

Les graves erreurs de fait ou d'appréciation, com- 
mises dans la rédaction du traité de 1845, ne devaient 
pas tarder cependant à nous créer de nouveaux 
embarras matériels. 

La réorganisation de nos tribus nous avait forcés, 
dès 1859 ", comme suite de la campagne des Béni 

* Depuis la fin de 1857, la frontière jouissait d'une tranquillité 
absolue. En août 1859, Tatlitude des tribus marocaines changea 
subitement. Nous vovant engagés dans la guerre difalie, elles crurent 
l'heure propice pour nous attaquer. Après une série d'agressions et 
de coups de main contre nos troupes mêmes, il fallut recourir à la 
force pour ramener le calme dans la région. 

Voir chapitre 111, pour plus de détails. 

* Rappelons ici qu'au commencement de 1858, le caravansérail de 
Sidi Zaher avait été construit malgré les dispositions de l'article V^, 
§ 2, du traité de 1845. Les autorités marocaines ne formulèrent 
aucune réclamation. Quant au caravansérail d'Aïn Tolba, construit à 
la même époque, il se trouve à l'intérieur des terres à une quinzaine 
de kilomètres en deçà de la frontière. Appréciant la disposition du 



42 



FRONTIÈRE ENTRE 



3 



Snassen, à assigner ^ l'oued Tahert comme limite 
d'avenir aux tribus marocaines. On agissait sous 
l'empire de nécessités qu'imposaient les événements 
récents de la frontière. A ce moment, en effet, il n'y 
avait pas de caïd à Oudjda^ : les tribus à nu)itié désor- 
ganisées ne se remettaient qu'à grand peine de la 
secousse qui les avait profondément ébranlées : 
elles n'offraient que des garanties peu certaines et, 
bien qu'elles eussent accepté nos conditions, le 
moindre incident impnhni pouvait, d'un instant à 
l'autre, changer à nouveau leurs dispositions à notre 
égard. 

traité , à laquelle nous venons de faire allusion , le p'néral Gérez , 
commandant la division d'Oian. écrivait on juin 1879: « Comme pour 
> compliquer encore les clauses de ce traité, comme pour empêcher 
» de résoudre les difficultés auxquelles ensemble avoir prévu qu'il 
» allait donner lieu, le second paragraphe de l'article premier porte : 
* Aucvu d'eux (les deux états; n'elârern à ravenir de nourelles con- 
» stmctions sur le tracé de la limite, elle ne sera pas dksigxée 

» PAR DES PIERRES. » 

* Cette décision fut prise au camp d'Hammam bel Kheir. en 
novembre 1859. par le général Delignv qui commandait la colonne. 

- Le caïd d'Oudjda, Bel R'adi. qm\ à de nombreux et anciens 
sujets de plainte rte notre part, avait ajouté celui de sa participation 
publique aux troubles d'août et septembre 1859, troubles qui avaient 
provoqué l'expédition du général de Martim]n-ev au-delà de la fron- 
tière, avait mérité d'être sévèrement puni. Devant les succès de nos 
troupes, il changea d'attitude, se rendit à notre camp et offrit de 
paver l'impôt. On n'accepta aucune de ses propositions. On se contenta 
de le faire conduire à Nemours et de l'embarquer pour Tanger où il 
fiit remis au gouvernement marocain. Ce n'est qu'à partir de 1860 
que, dans la correspondance, la dénomination d'amel est donnée au 
représentant du sultan à Oudjda. 



^K 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



43 



Dans cet état de choses, il devenait urgent d'affirmer 
hautement notre volonté en imposant à nos ennemis 
de la veille une ligne de démarcation bien apparente 
sur le sol, et de nature à nous permettre, par son éloi- 
gnement de la frontière, de reconstituer paisiblement 
les tribus algériennes et d'écarter d'elles tout prétexte 
de désordre. 

Mais une semblable mesure ne devait et ne pouvait 
a\oir qu'un caractère essentiellement transitoire. C'est 
ce que fit remarquer le général Deligny lui-même * en 
mars 1866, lorsque, par suite de l'application du 
sénatus-consulte de 18(53 "^ dans la tribu des Béni 
Ouassin, la question de Tadoption définitive de l'oued 
Tahert comme frontière fut soulevée par le colonel 
(Uianzy, commandant par intérim la subdi\îsion de 
Tlemcen. qui proposait de s'entendre à cet effet avec le 
gouvernement marocain. Cette proposition fut rejetée, 
et le général Deligny prescrivit de s'en tenir aux dispo- 
sitions pures et simples du traité du 18 mars 1845. 
sans se préoccuper de l'état de choses existant depuis 
1859. 

Mais les ()])érations de délimitation exécutées chez 
les Béni Ouassin avaient déjà fortement inquiété les 
populations marocaines : elles craignaient de voir leurs 
intérêts comj»romis. Pour couper court aux difficultés 
ultérieures qu'elles pourraient soulever et aussi en 



* Le général Delignv commandait alors la province d'Oran. 

* En vue de la constitution de la propriété indigène. 




44 



FRONTIÈRE ENTRE 



Reproduction d'une 
partie du traité de 1S15. 



) 



raison de l'intérêt qu'il y avait à nettement définir la 
frontière', le colonel Chanzy proposa à Taniel d'Oudjda 
de procéder à la reconnaissance de la partie de cette 
frontière concernant les Béni Ouassin \ Ce fonction- 
naire marocain ayant accepté lïn^itation qui lui avait 
été adressée, l'entrevue eut lieu le 18 juin 1866 au 
Djebel Birrou. d'où la vue s'étend au loin et sur tout 
le pays dont on avait à s'occuper. Le colonel et l'amel 
purent ainsi examinera frontière, en s'aidant du texte 
môme du traité et échanger leurs observations. 

La reconnaissance de cette partie de la limite 
commune des deux états donna lieu à un rapport du 
colonel Chanzy •\ en date du 29 juillet 1866, où tous 
les incidents qui ont pu se produire sont relatés dans 
les termes suivants" : 

« Dans le pays, on désigne par Bra (bras) les contre- 

' Les travaux préparatoires en vue de la délimitation des Béni 
Ouassm avaient déjà fait ressortir que le commandant de Marf imprey 
qu. ava,t été chargé en 1845 du levé de la frontière voir la cart; 
annexée au traité et reproduite en réduction : planche VIF avait été 
rompe sur 1 emplacement des points d'El Aoudj. de Djorf el Baroud 
el de Kerkour SkI, Han,za. La reconnaissance du colonel Chanzv 
vérifia en partie ces allégations. • 

= Cette reconnaissance M successivement étendue, comme nous le 
verrons, a toutes les autres parties de la frontière. 

' Dans ce rapport, le colonel Chanzv constate que, lors de sa 

na,ssancedes md,genes intéressés. Il en résulte qu'il ne put « modifier 

d une manière sensible, l'état de choses existant avant l'arrivée d 
» colonnes françaises, avant la bataille d'Islj. » 

' Voir planche III la reproduction du croquis annexé à ce rapport. 



.<«« 



.^# 












^^ 






pi.iiu.he m 



/ïanfferr f/f(tn'(<u/i< (Urn.s (<• rcrc/r 
de La//(f Mar'nra (t/f/ic.rr <rtt 
rapport cfaldi f'/î IiSôï> /( /c/ m/z/c 

/f (h/mir/ f'/fa/n^i/ r^f/zf/z/r/z/f/a/// 
/(7 • S/i/f '!" z/c 7 in fil f/f . 



U R s 



Si Ahdadah 




Ha.sxi-Apoa ôzvi Afrfïit/) 



■ban ' Mines f / 

Scd/fTn htnjïfnfia/' 



V fiasAsfflui 



Bail bou NafTidouh, 



\ Ou/ad fid Kiitxrm / 



« M a X r- !• 



Bettr Jfdmlii 



/ S! Moherm^ytcd 






% 



t'rhf//<' approa/mafif/e dff / ^kkooo 



C|Ouvet.ncmfat CJ^né'tat' tV (' ,-tCaciic ( .Svi-iicf rU* i*u u--^ rt f/nné*- 



L'ALGERIE ET LE MAROC. 



45 



|j\- HhscI AIouii, cetk' 
\i\n' liffiii' ivniunli; sur 

rj'.H'/ dt'-S iiiuiilut,'iH'> 



bu m. 



) 



» forts perpendiculaires aux montagnes principales, 

M ou bien une série de crêtes reliant les montagnes 

plus élevées. C'est le cas de Dra el Doum. Mais ce 

oLsiiiantus juMiu'à tr )) Dj-q a euvirou 4 kilomètres de long 11 tut 

iVll*' urrivt' à Dru l'I ^ 

» convenu que le point de Dra el Doum devant servir 
» de point frontière, serait un te^Tain complètement 
)) blanc et parfaitement facile à reconnaître. 
WHÎnfd'ErAoSdj^"''' » Mais comment y descend-elle? En suivant les 
)) montagnes des Béni Snassen ou bien en suivant les 
» montagnes de Birrou? Cette plaine d'El Aoudj est 
» très grande, produit habituellement de très bonnes 
» récoltes et est également convoitée par les Marocains 
» et les Algériens. Or, du terrain blanc dont il vient 
« d'être question, descend un ravin, lequel traverse 
» toute la plaine d'El Aoudj et se réunit à un autre 
» ravin venant de Touest. Il y a là un confluent d'où 
» sort un ravin plus considérable naturellement et 
» qui porte le nom de Ras el Aoudj. Ce confluent 
» parut devoir être le point à choisir comme limite 
» entre les Béni Snassen, les Béni Ouassin et les 
)) Achache. La frontière pourrait donc être déterminée 
» soit par une droite partant du terrain blanc etabou- 
» tissant au confluent dit Ras el Aoudj, soit, ce qui 
)) vaudrait beaucoup mieux, par le cours du ravin, 
» sortant du terrain blanc et arrivant à Ras el 
» Aoudj ' 

^ En juillet 1866, le commandant supérieur de Nemours fit 
connaître que « d'après Hamdoun, cheikh des Achache, cette ligne 
* devrait être celle qui est tracée sur le croquis qu'il envovaitj à 



( 



*^. 



\h 



> 



4« FRONTIÈRE ENTRE 

" L'amel d'Oudjda admet bien cette limite, 

» mais les Béni Snassen ne veulent pas la recon- 
» naître 

^T {'/:o„ch"li:i';'S' ^^^ ^^ ^^^^i ^^^^^ ^^ point de départ 

il^:!oS:àg?r:^^i;^ » Wen déterminé une distance de 250 mètres 

■250 iiielri'seiiviruii, du P i i • • , 

î^^.^^:i:n:i:r '" " ™* ^^o^^i'^ «lans la direction de l'est à l'ouest ; 

» partant de la façade occidentale de l'Haouch, elle 
» aboutit sur une berge facile à reconnaître et située 
» sur la rive gauche du ravin d'El Aoudj. 

" Ce dernier point et Ras el Aoudj sont 

« reliés par une droite, les Béni Ouassin et les Maro- 
« cains sont d'accord pour demander que le ravin 
» d'El Aoudj serve de limite. Il ny a à cela que des 
» avantages : car le cours de ce ravin est sensiblement 
» en ligne droite. 

Du Hnouch Sidi Aîcd , Tv.'^ fin t 

îtoud%S ^L:l '^J'^'"* ^^ ^^^«^*i «^t "i^ point parfaitement connu 

n de tous les habitants du pays, Algériens et Maro- 
« cams ; c'est une berge élevée, composée d'assises de 
« grosses pierres et dominant à pic le cours de l'oued 
>> bon Naïm (rive gauche). Il n'y a là aucune contes- 
>> tation. 

IX- lu elU' arrive ù ., T^i 1 i • 

Kerkour Sidi H.mza. » Ici, k questioiî ost toute différente, Marocains et 

» Algériens sont en désaccord complet. D'après les 

>> 11 est à remarquer, ajoufait-il, que l'indication donn.'^e par 
» Hamdoun concorde presque entièrement avec les cartes du pav 
» sur lesquelles la li^ne frontière entre Dra el Doum et El AouS^e i 
» mdiquee par le ravin posant lui-même le nom d'El Aoud/T ' 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



47 



» Béni Ouassin, ce Kerkour est le N*^ 1 : d'après eux le 
» Kerkour Sidi Hamza et le Kerkour Si M'iiammed 
» ben bou Zian' ne forment qu'un, et les plénipoten- 
» tiaires ont bien eu l'intention de désigner le N^ 1, le 
» Kerkour Si M'hanmied ben bou Zian; mais il v a eu 
)) erreur et confusion dans les noms. 

)) D'après les sujets marocains, au contraire, les 
» deux Kerkour sont parfaitement distincts et le 
» Kerkour Sidi Hamza est le N** 2. C'est bien celui-là 
V dont le traité a voulu i)arler. 

» Mon avis est que le véritable Kerkour Sidi Hamza 
» est le N^ 2, celui désigné par les Marocains. J'en ai 
) eu la conviction, d'abord parce qu'il se trouve sur la 
» direction générale de la frontière, et ensuite parce 
)) (}ue des bergers, des moissonneurs des Béni Ouassin, 
)) interrogés brusquement et hors la présence de gens 
)) influents, me l'ont déclaré. 

)) A l'examen du croquis, on remarquera que la 
)) frontière se dirigeant sur Zoudj el Ber'al, il était 
» beaucouj) plus rationnel de choisir le N^ 2. 

iHJm-.rzo'^:.^'.:]^.?^?! » Encore bien que Zoudj el Ber'al soit le nom de 

» terrains considérables, les Djemaa désignaient d'un 

» commun accord un point situé dans la plaine que 

)) rien ne fait reconnaître '^ et sur lequel on dut mettre 

^ Voir le croquis de la pan^e 75 et la note de la page 76. 

- Nous avons vu , page 35 , note 1 , que d"après le général de 
Mac Mahon , le point de Zoudj el Beral était désigné par deux 
mamelons. 



48 



FRONTIÈRE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



49 



) 



» des pierres ^ afin que les géomètres pussent le 
» retrouver plus tard, 
gauch. le pays des » Merrogés sup 06 qu'ils entendaient par Sidi 

Oulbd Ali beii Talhu, ry i , 

&"l^t ^'Stot '' ^^'^^^'^ ^^^^^ d'Oiidjda, son cadi et toute leur suite 
"leomm; ^^ déclarèrent que Sidi Zaher était un haouch et que la 

» frontière partant de Zoudj el Ber'al arrivait jusciu'à 

» la façade occidentale de l'Haouch 

» Ainsi, pour résumer l'opération, un point situé à 
» 250 mètres à l'ouest de l'Haouch Sidi Aïed, Djorf el 
» Baroud, Kerkour Sidi Hamza, Zoudj el Ber'al, 
« Haouch Sidi Zaher, tels sont les points qui. reliés 
» par des droites, devraient former la frontière entre 
» les Béni Ouassin et le Maroc. » 

Ici le colonel Chanzy fait observer que si cette 
délimitation était adoptée, non seulement les Béni 
Ouassin, mais encore les Béni ben Saïd, allaient se 
trouver privés d'un territoire étendu sur lequel ils 
avaient des droits de propriété incontestables. A 
l'appui de leurs revendications, ces deux tribus 
faisaient remarquer que « Zoudj el Ber'al et Haouch 
» Sidi Zaher n'avaient jamais été des points de la 
» frontière et que cette frontière passait au contraire à 
» dix mille mètres de Haouch Sidi Zaher. 

» La carte de 1845' indique un tracé sensiblement 
» conforme aux revendications de nos tribus. » 

' Ainsi que nous l'avons déjà vu diaprés me disposition inscrite 
dans le § 2 de l'art. 1- du traité de 1845, la limite ne « doit pas être 
désignée par des pierres. » 

- Voir la réduction de cette carte : planche VII. 



Sans doute « au moment de la convention interna- 
» tionale, notre plénipotentiaire n'a pas parcouru la 
w frontière. Il n'eût pas proposé^ certainement, une 
» délimitation faisant un angle rentrant aussi consi- 
» dérable dans notre flanc, Sidi Zaher est sous le 
» méridien de Lalla Mar'nia qui ne serait plus alors un 
» avant-poste. Les Marocains campés sous Sidi Zaher 
)j seraient plus près de Tlemcen que nos troupes 
» campées à Lalla Mar'nia. » 

Dans ces conditions, il parut nécessaire au colonel 
Chanzy de ne pas borner sa reconnaissance de la fron- 
tière à la seule tribu des Béni Ouassin. Jl résolut de 
reconnaître également avec Tamel la partie de cette 
limite qui longe le territoire des Béni bou Saïd dans le 
cercle de Mar'nia. 

Puis, il prescrivit au commandant supérieur de 
Sebdou ' d'exécuter une semblable reconnaissance 
depuis Ras Asfour jusqu'au Teniet es Sassi, de concert 
avec un délégué marocain. En même temps, le Com- 
mandant supérieur de Nemours dut étudier la frontière 
du Kiss et examiner les droits de nos administrés et 
des Marocains sur les terres de Tune ou l'autre rive de 
ce cours d'eau. 

^ En 1866 , trois circonscriptions administratives algériennes 
touchaient à la frontière marocaine ; c'étaient les cercles de Nemours, 
de Lalla Mar'nia et de Sebdou. Aujourd'hui (1894;, l'extension du 
territoire civil a fait modifier cette organisation. L'autorité militaire, 
a^ant conservé l'administration des tribus qui avoisinent la frontière, 
le cercle de Lalla Mar'nia s'est augmenté de toutes celles qui dépen- 

4 



I 



f^- 



^^ 



50 FRONTIERE ENTRE 

Poursuivant son étude de la frontière après Sidi 
Zaher, le colonel Chanzy s'exprime ainsi : 

u'^r,nT7olTtlqn^^ ^'^ D'après la carte jointe au traité et diaprés l'amel 

Mu Tukbuli't, qui se j ^/^ j* j i* i i-* i 

FrTrt'iel'ieuro*^^^^^^^^ 0. (Judjua^ loued Kouban serait celui qui passe au 
Bout sur le t.rritoirf » luilieu Qc la concessiou des mines. S il en était ainsi, 

niai'ocain. ' 

mo°;"'av^c''rouèd'Ro^ « toutes Ics constructioBs, et entre autres la fonderie, 

btui jusqu'à Bas A.sfour; 

>) élevées sur la rive gauche de l'oued ^ se trouveraient 
)) en territoire marocain. Heureusement Toued Roubaii 
» n'existe pas et le ravin qui passe au milieu des mines. 
» se nomme ouedAïacke, Cela a été établi de la manière 
)) la plus rigoureuse et d'après le témoignage des gens 
>) les plus anciens du pays, algériens et marocains. 

)) L'oued dont on a voulu parler est le Chabet 
» Rouban, qui, sortant de la pointe occidentale de Ras 
» Asfour, se jette dans Toued Tahert après avoir 
)) traversé le territoire de la fraction de Rouban, frac- 
» tion qui fait partie de la tribu des Béni bou Saïd. 

» Ainsi. . . la frontière irait de Haouch Sidi Zaher à 

fiaient do Fancien cercle de Nemours supprimé. Au sud. le cercle de 
Sebdou. réduit d'étendue, est devenu l'annexe d'P:i Aricha. 
Les tribus algériennes, limitrophes de la frontière, sont : 

Béni Mengouch Tahta.. ) 

Attia Du cercle 

Du cercle ] Msirda ( de Nemours 

de Lalla Mar'nia l Achache ..'!'" ^ ] ^" ^^^^*' 

en 1894. J Béni Ouassin Du cercle de Lalla 

Béni bou Ssud \ Mar'nia en 1866. 

\ BeniSnouss-ElKhemis. ; n, i ] c i j 

De l'annexe d'El Du cercle de Sebdou 

Aricha en 1894. ^''^^^ E" ^ehar \ en 18b6. 



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Coix«.'Cifl«-rn«nt Çcnctuf t)ç T »'tfo«xif f Sei-mce r/a» (hrie^ et llnn^rj. 



€ 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



51 



.... RIU' Bult uu-.It.-là 

11- Krf, cil iHl.^.silIllHrMsl 

le iiiarti!iout 'le Sidi 
AI.ilHlliih bi'ii Mohiim- 
tiit«l (-1 Hinulil!; jtuis 
apr^H sV-lr*' (Hrigô<- vt-rs 
roun.st, en stiivHiit li- 
col "3g K! Mechamiche, 
/ rlli- vu i-n ligne <IroUe 
Jusiiiruii muraboiit <!<- 
Sl'll Aîssa, qui est à la 
Un de la iilfiirn- de 
MlKslotiln. <^e niiirabout 
.■t ses flt^peiidoiicrs .sont 
^iir 11' tt'rritoiriMilgt'Tien. 
l)f là 4'Ue court vers 
le suiljus<iirà Kondii't 
ri iH'libur', colline située 
sur lu limite c'xtréine du 
l'ell ;c"est-ii-dire 11' pays 
cultive;, 1>«' là file prend 
lu direction Sud jusqu'il 
Kli'lifi; cl Iladti, d'où 
elle nuirehc sur Tciiiet 
os Sassl, col dont la 
jouissonro apiuirtient 
aux deux cnipircK. 




» Aïn Takbalet el de là au confluent du Chabet Rouban 
» dans l'oued Taherl, de là enfin, à Ras Asfour en 
)j suivant le cours du ravin. 

» Cette délimitation enlèverait aux Béni bon Saïd 
» toutes leurs meilleures terres de labour. 

» La plus grande partie de ces terrains n'est pas 

» contestée à nos gens. ...» 

» 

A partir de Ras Asfour la reconnaissance de la fron- 
tière se poursuivit dans le cercle de Sebdou '. Elle 
permit de relever une erreur de la carte de 1845 en ce 
(lui concerne le point appelé Sidi Aïssa : « Le Coudiat 
)) Debar se trouve directement à l'est de la Koubba 
» et non au sud. » '"^ 

Les Ou lad En Nebar revendiquèrent alors tous les 
terrains situés à l'ouest de cette limite et englobés 
dans une ligne qui. « partant du point ouest desdépen- 
» (lances de Sidi Aïssa se dirige sur El Nicbia. El Figel, 
» Tazouraret et va aboutir à Ras Asfour. » Ils faisaient 
remarquer ({ue leur tribu ayant été internée dans le 
Tell pendant plusieurs années par l'autorité française, 
les Beui Hamlil marocains avaient profité de leur éloi- 
gnement momentané pour s'emparer de leurs terres. 

* Voir la reproduction du croquis de la frontière établi dans le 
cercle de Sebdou en 1866 : jjlanclip IV. 

^ D'api-ès le rapport établi à Sebdou en 1866, « cette erreur doit 
» être le résultat d'un manque d'accord en 1845 sur la signification 
V du mot « fjfuebla » qui. d'après les indigènes, veut aussi bien dire 
» le côté où se lève le soleil et vers lequel on se tourne pour faire sa 
» prière, que le Sud proprement dit. » 




■''••'^i 



52 



FRONTIKRM KNTRR 



) 



Ils ajoutaient qu'ils possédaient réellement « sur le 
)) territoire marocain une étendue de terrain, allant 
)) depuis les portes d'Oudjda jusqu'au pays des Heni 
» lala ^ et de li\ àTiouli. 

)) De leur côté, les lîeni Hamlil indi(juaient, con)me 
)) limite de leurs prétentions, une ligne qui païtant 
» de Sidi Aïssa qu'ils prétendaient devoir être à eux 
» ainsi que ses dépendances *, passe par (loudiat Debar", 
» Toumazaït, Sidi Abdallah, Aïn Ivtaout etva jus(|u'à 
)) la limite du territoire de Mazer. 

» Ils disaient que la limite établie entre les deux 
» empires étant la ligne qui passe à lias AsI'our et au 
» col de Mecliamicli, ils ne })ou\ aient admettre qu'olle 
» suivit la crête des montagnes entre ces deux points 
» et taire ainsi la courbe qui existe sur la caite sigîu^e 
» par les plénipotentiaires de la France et du Maroc ; 
» ils la su})posent droite. Le terrain dWin Ktaoul 
)) serait forcément compris en grande partie à l'ouest 
)) de cette ligne. De là, suivant eux, la frontière doit 
)) aller à Sidi Abdallah ben Mohammed el Hamlili 
» dont ils revendiquent Thabous ; car, disent-ils, la 
» Koubba élevée à Sidi Abdallah '*, marabout de leur 

* Les Oulad En Nehar réclamaient en outre 52 sekkas (charrues 
de labour), à Tadouaout, dans le pavs des Béni lala. 

' Les Béni Hamlil « reconnaissent que Sidi Aïssa a été enterré 
» ])ar les Oulad En Nehar et que la piété de ces derniers seulement 
» a constitué Thabous qui existe. > 

3 Les Oulad En Nehar affirment « que Sidi Abdallah, venu malade 
» sur le point qui poiie son nom, y est mort, et a été enteiré là y> 
par leurs soins. Us auraient élevé eux-mêmes la Koubba. 



LVVLOKRIE ET LE MAROC. 



58 



» tribti, n'a pu l'être que sur un territoire leur appar- 
)) tenant '. » 

Tel fut le résultat de la reconnaissance de la fron- 
tière dans le cercle de Sebdou. Aucune obsf^rvation 
ou revendi(^afion ne fut présentée tant par les Algé- 
riens (|ue par les Marocains ])our la partie de la liniite 
comprise eulre Sidi A'issa et Teniet es vSassi, ainsi que 
Ta définie le traité de 1845. 



* La qtieslion des eullures dans la plaine de Missioiiin es( chaque 
année rorcasion de violentes discussions entre les Oïdad En Nehar 
el les Béni Hntidîl. 

l^^ii août 1874. fit juin 1875. les Reni Handil ont exposé leurs 
prétentions qui teiidnil à réserver à eux seuls la jouissance de toute 
la plaine de Missiouïn. 

En 1877, ils ont déclaré qu*» leur seul but en soulevant des conHits 
élail de provoquer les plaintes des Onlad En Nehar afin de pouvoir 
reproduire leurs revendications au sujet du tracé de la frontière. 

Une entrevue eut lieu, le 2 mars 1877, entre le capitain<' Caliev 
Saint-Paul, chef du bureau arabe de Sebdou, et les délé^rnés de 
l'innel. 

Le capitaine, pour éviter le retour de nouvelles difficultés entre 
les Oulad En Nehar et les Béni Hamlil, proposa de faire provisoi- 
rement une li^ne (pie ces derniers ne déj>asseraient ni avec leurs 
tentes, ni avec leurs troupeaux : de même les Oulad En Nehar reste- 
raient en deçà d^ine Iifr,i,. conventionnelle qu'il leur serait interdit 
de dépasser jusqu'à nouvel ordre. Cette proposition fut adoptée, 

Lecadhi d'Oudjda fixa, comme lifrne conventionnelle, aux Reni 
Handil, une colline désignée sous le nom de Terrichet cL .située un 
jieu au-delà de la fronlière vers le Maroc. Du côté des Oulad En 
Nehar, la li^rne conventionnelle }mrl du col de Mechamich, passe par 
le col d'Aïn Keîib et laisse toute la plaine de Missiouïn à l'ouest. 

Le gouverneur général approuva, le 2*1 mars 1877. les dispositions 
qui avaient été prises relativement à l'indication dune zone devant 
rester neutre jusqu'à la lin du litige. 




II.i.mIm- V 



3 



54 



FHONTTKHK l'INTRl-; 



Dans lo cerclp de N.'iiioiirs la m-oTniaissaiicft fut 
failt' dans 1<> but pins sixVial (IVtahlir Ips droits dt-s 
Alf^^cricns <'t d(>s Marocains à la i)ro])ritH<^ dos tfrros 
« 7:>f>lk )) ', situ«<cs t>n d('(;à (ni au-delà d(> la limit.' des 
d«Mix États*. 

(Tost (prici, an moins dans sa i)rpniièn> parti(>, la 
tVontiôrfM'ste\a.-|pni(>nt (ixéo ].ar 1.' cours de Foncd 
Kissdc|)uis la incrjns(|u"à Has cl Aïonn. Il ne peut 
d(nic s\ ])ro(iuire d'autres contestations <pi.. celles 
relatives à la possession de j)ro])ri»M<>s in'ivées. 

Ia' rapport, élahli ;i Nenioiirs ou lM()(i, doime à ce 
sujet les rensei^nienients suivants : 

1-os Onlad Mans(Mir marocains ont f^té les premiers 
occui)anis .lu cours inférieur du Kiss. Deux de leurs 
douars possèdent encore des terres sur la rive droite. 

Los l^eni Menoouch Tahta al^rériens \ venus dans le 
pays après les Oulad Mansour. leur achetèrent d.'s 
terres sur les deux rives du fleuve. 

Les Attia ' vinrent à leur tour s'installer sur le cours 
su])èrieur du Kiss (rive droite) et aclietèrent des terres 
aux Msirda. tout en conservant leurs propriétés de la 
rive gamelle. 

Do Ras el A'ioun à El Aoudj, la frontière était en.-ore 



' Propn,-.t,-.s priv.Vs, par opposition aux »..nv,s sab-- 
qui sont collfclivps. 



gn ou arch 



' V"i'- 1« n-p,-odudion ,1„ croquis ,1e la fronlièr. élabli ,lans le 
cercle de INemours en 1866 : planche V. 

' Fraction originaire des Béni Snassen. 

» Fraction origrinaire des Béni Khaled (Béni Snassen). 



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L'ALGÉRIE ET LE MAROC 



55 



comprise dans le (-ercle de Nemours. Quoirjue cette 
piirtie eût déjà été examinée, comme nous l'avons vu, 
par le colonel Chanzy et Tamel d'Oudjda, le comman- 
dant supérieur du cercle de Nemours crut devoir en 
faire l'étude au point de vue des terres melk qui s'y 
trouvent. 

11 fut alors constaté (jue de Ras el Aïoun à Dra el 
Douni « la limite laisse à l'est une étendue de terri- 
» foire assez considérable, appartenant aux Oulad el 
» Moungar. fraction des Reni Snassen » et limitée par 
la ligne de crête, qui, entre Ras el Aioun et Dra ed 
Doum, forme la frontière, l'oued Melah et le Chabot 
el Karouba. 

Enfin, il fut établi que, vers les j)remières années 
du XIX"' siècle, les Béni Drar ' s'étaient emparés sur 
les Bfuii Ouassin. qui en étaient alors pro])riétaires, 
(( d'une assez grande étendue de territoire située à Test 
« de la ligne joignant Dra ed Doiim à El Aoudj. » 
Depuis, les Béni Drar n'ont jamais abandonné ce terri- 
toire, (-ar, en thèse générale, « le traité de 1845 n"a 
» ai»porté aucun changement à ce qui existait aui)ara- 
» vant au point de vue de l'occupation des terres. 
» Après 1845. comme avant, les propriétés collectives 
), ou particulières restèrent entre les mains de leurs 
» possesseurs. » 

Cette longue et minutieuse en(iuète, tout en recueil- 
lant les opinions émises, avait permis de constater les 

• Des Béni Snassen. 




56 



FRONTIÈRK KNTRK 




inconvénients qui devaiont résulter de la stricte appli- 
cation do la lisrne frontière indiquée par le traité de 
1H4.). Kilo avait servi, en niéuie temps, à relever une 
dilterence assez considérable existant entre la limite 
fixée par le traité et celle ])ortée sur la carte qui lui 
éfail annexée'. Elle avait enfin fait ressortir que 
la frontière telle ({ue Ta décrite cette convention, n'est 

pas celle (pii est réellement renmnue par les populations 
limitrophes et que robliiiation pour nous de nous ren- 
fermer dans la limite stipulée ])résenterait i)lusieurs 
inconvénients ^n-aves dont le principal serait, sans 
contredit, la perte pour nos tribus de Lalla Mar"nia 
dune superficie d'environ 10.000 hectares (rexcellentes 
terres qu'elles détiennent depuis un temps immémorial. 
C'est ce (}ue le gouverneur général lit remarquer au 
ministre de la guerre en lui transmettant les résultats 
de cette enquête. 

Mais, cette fois encore, la question de la frontière, 
soulevée par les opérations de délimitation de la tribu 
des Reni Ouassin, resta en suspens. Du reste, l'ai)pli- 
cationdusenatus-consulte-^ de 1863, momentanénuMit 
arrêtée vers cette époque, rendait moins urgente une 
nouvelle fixation de la limite entre les deux Etats. 

La situation ne fut donc nullement moditiée ; elle ne 
lit même qu'empirer chaque jour par ce fait que les 

* Voir la réduction de cette carte : planche VII. 

' Le travail de délimitation des Béni Oua.ssin établi en ISfiC, n'a 
jamaus été homologné. Les opérations de la constitution de la "pro- 
priété dans cette tribu, n'ont pas été reprises depuis cette époque 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



57 



Marocains, comme nos administrés, labouraient le long 
d'uiu^ frontière indécise où des similitudes de noms de 
lieux permettaietit à nos tribus et à celles du Maroc, de 
jiroposer deux limites différentes. De là, des conflits 
fréquents; de là encore, de graves difficultés chaque 
année pour obtenir des Marocains le paiement de 
l'iniitôt achour (lu'ils nous devaient pour leurs cultures. 

I )ans les derniers jours de 1873, le général Clarteret, 
commandant la subdivision deTlemcen, prescrivit de 
recenser, en vue du pai(Miient de l'impôt, les Marocains 
qui cultivaient sur notre frontière. Mais cette opération 
ne pouvant (pie présenter de grandes difficultés dans la 
praticpie. cet officier général décida, pour les résoudre, 
de fixer, de concert avec les chefs des tribus maro(;aines 
limitro])hes. les points qui seraient considérés provisoi- 
rement (^(»mme frontière '. 

Cette pro[)osition ayant été agréée, le capitaine 
Routan, chef du bureau arabe de Lalla Mar'nia, se 
rencontra avec les chefs marocains sur la frontière. 



I Déjà en mai 1873, le général Dastuf^ue, commandant alors la 
subdivision de Tlemren, profilait d^ine visite qu'il fit à Oudjda [lour 
convenir avec l'aniel (jue dans une zone déterminée de j)avs située entre 
TAlfrérie et le Maroc, et revendiquée par les deux frouvernements. 
il ne serait pas pavéd"imi)ôl, ni parles Algrériens, ni ].arles Marocains. 

En outre, le versement de l'achour revenant au frouvernemenl 
fran(:ais pour toutes les cultures des Marocains qui se trouvent à l'est 
de cette bande de terrain, devait avoir lieu avant la moisson, c'est-à- 
dire vers le 20 mai et cela jOTur éviter toute difficulté ultérieure. 

II en était absolument de même jmur les redevances à paver au 
gouvernement marocain par les Algériens qui cultivent à l'ouest de 
cette ligne de démarcation. 



c 



58 



FRONTIÈRK KNTRE 



) 



Cotte reconTiaissance (lonna les r^^siiltats suivants, 
qui sont extraits du rap])<>rt adressé par le général 
( larteret ' : 

a Le tracé de la frontière entre Dra ed Doum et Ras 
» el Aeudj ne fut jxnnt examiné; les Marocains (Heni 
» ])rar) sont autorisés à eaniper dans la portion du 
)) territoire des Aeliache qu'ils revendi(|nent et dont les 
» limites sont comprises entre la frontière à Touest, le 
>» chemin des Heni Snassen à Adjeroud au nord, les 
» ravins de Tamsit et de Aïdour, ainsi (pie le l)j(d)el 
^) Birrou à l'Est, et enfin les ])oints de Sidi Hahlil et d*^ 
» Ras el Aoudj au sud. 

» Le point de Dra el Doum avait été déterminé en 
» L%(); il donnera néanmoins lieu plus tard à des 
» difficultés. 

'> Le point de Ras el Aoudj fut considéré comme 
>^ étant à la jonction d un lit de rivière allant du Tiord 
» au sud et d'une ligne ])artant de la Koubba do Sidi 
» Ikhlir^ vers l'ouest, c'est à peu près le même point 
» que celui proposé en LS(>(). 

)) De là. une ligne droite aboutit à 250 mètres à 
» l'ouest de Sidi A'i'ed. 

^ Voir la ivpropuciion du croquis annexé à ce rapport : planche VI. 

' Kn 1888. une conférence eut lieu entre le khalifa de Taniel 
d Oudjda et le chef du bureau arabe de Lalla Mar'nia, le capitaine de 
Saint-Julien. D'un commun accord, la limite, adoptée en 1874, fut 
modifiée par une lijrne qui, partant de Sidi Bahlil, allait rejoindre 
Hassi Mokaddem Ahmed bou Chetat. dans Toued El Aoudi (Voir 
planche IX;. *^ ^ 



Planrh.- VI 



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A'trJii'HrSiSf/itT/nfnf,^ hrn A'W Zian 

H(i<*ft<h Suit Zijfia' 
f'(jr,ji'tifis,yyri/ ,/f Si/ii /.(t/fc, 

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Ain raAhaicl 



Haôiir/t S' hen Aisaa 

h'rfkflitr MfXii<>fur 

Coïtduif .'/ Atnnt \oui<i _ 



I . K ( ; F. N 1) K 

_ Ffvndt'fr riiieri(iî<pttr f.urr htAît^rrirns 



t'rimttrir ft'turuùtfUt'r f.ir 1rs .\farorains 




Coiultai e/ f^fMitui \ 



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fias Asfour 



Coi i^f A/eï^^rtna/i 



/"Sr/tf/Zr f/ii ioooûo cnvu\-^ 




Gou.V«\«l«ITlC«vl C«nexaf <)€ f'.-^focii^ (Sfi-i^i4:i? cle^y OiHav et f'hmAJ. 



tmii^ 



) 



^ALGÉRIE ET LE MAROC. 



59 



» Le point de Djorf el Barond fut contesté, les chefs 
» marocains le plaçaient à celui que les Algériens 
» nomment Guebar Ferahoum. Un accord intervint 
» d'après lequel le point adoi)té est celui qui se trouve 
» sur l'oued bou Naïni. en amont de Guebar Ferahoum 
)) et ]>ar consé([uent le plus au sud-ouest. La limite 
» part donc de 250 mètres à Touest de Sidi Aïed, pour 
» arriver en ligne droite à cet endroit. 

» Il n'a pas été possible d'arriver à une entente au 
» sujet du point de Kerkour Sidi Hamza. Les Maro- 
)) cains ont fait tout récemment un Kerkour ou tas de 
» pierres et prétendent ({ue c'est le point désigné par 
» le traité de 1845 : les Béni Ouassin affirment que le 
)) même point est nommé Kerkour el Mïad^ et que le 
)) Kerkour Sidi Hamza existe à 2 kilomètres plus au 
)) sud-ouest. 

)) Pour ne pas soulever de discussion, le capitaine 
» Boutan crut devoir tourner la difficulté : il proposa 
» de laisser provisoirement comme terrain neutre, en 
)) quehpie sorte, le losange compris entre Djorf el 
» Baroud, Zoudj el Ber'al et les deux Kerkour Sidi 
» Hamza, c'est-à-dire de ne considérer comme chez 
» nous que les Marocains campés en deçà de la limite 
» qu'ils réclament et de ne regarder comme établis au 
» Maroc que les indigènes algériens placés à Touest de 
» la limite que nous revendiquons. Les indigènes 
)) présents ont adhéré à cette solution. 



* Voir à ce sujet page 75. 



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60 



FRONTIÈRE ENTRE 



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)j Les points de Zoudj el Ber'al et de Haouch Sidi 
» Zaher ne soulevèrent aucune contestation, la fron- 
tière est formée par la ligne droite qui les réunit. 
)) En partant du cimetière de Sidi Zaher. la limite 
suit la f/rande rouie dite TreJi el Hadj Sultan 
» jusqu'au point où cette route coupe l'oued bon Erda, 
» cela était indiscutable. Mais ce point est, contrai- 
)) rement à ce qui est porté sur le texte du traité, fort 
ï) loin de Aïn Takbalet. En outre, cette source est 
» située dans le lit même de la rivière et non entre 
)) roiied bon Erda et les depx oliviers nommés El 
» Toumiet^ qvA sord sur le territoire marocain. 

» Le capitaine Boutan, s'appuyant sur cette dernière 
» phrase du texte du traité, demanda que la ligne 
» frontière fût considérée comme partant du point 
» milieu entre le cours d>au et les oliviers de Toumiet 
)) et se dirigeant parallèlement au lit de la rivière 
» jusqu'au point où cette ligne rencontrerait la grande 
« route. 

» Les délégués marocains ne furent pas de cet avis : 
» ils ont pensé que l'on ne devait pas considérer le 
» point situé entre Voued hou Erda et les oliviers 
» nommés El Toumiet^ mais seulement la source de 
» Takbalet, quelle que fût d'ailleurs sa position. Ils ont 
») vouhi. en conséquence, que la frontière fût consi- 
» dérée comme suivant le lit même de la rivière 
>^ depuis Aïn Takbalet jusqu'à la grande route. 

» Mais là ne s'arrêtèrent pas les divergences d'opi- 
» nions. 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



«1 



» De Aïn Takbalet, dit le texte du traité, la fron- 
» tiére monte avec Voued Rouban jusqu^à Ras Asfour. 
)> Or, l'oued Rouban est très éloigné de Aïn Takbalet; 
» son point le plus rapproché de cette source est son 
» confluent avec l'oued Tahert. Afin que la frontière 
» puisse monter avec V oued Roubaii jusqu'à RasAsfour^ 
» le capitaine Boutan pensa (jtrelle devait prendre ce 
)j cours d'eau à partir de son embouchure, et par 
» conséquent aller d'abord en ligne droite du point 
)) milieu entre l'oued bou Erda et El Toumiet jusqu'à 
» Tahert. Il y a du reste un chemin qui suit exacte- 
)) ment cette ligne. 

» Les délégués marocains pensèrent ({ue la frontière 
» ne devait suivre que la portion supérieure de l'oued 
» Rouban et qu'il fallait, par conséquent, tirer une 
» ligne droite depuis le point milieu du parcours de 
» cette rivière jusqu'à Aïn Takbalet. 

» Aucun des délégués n'ayant qualité pour inter- 
» prêter le texte du traité inapplicable sur le terrain ^ 
» il fut convenu, comme il avait été fait pour le terri- 
)} toire situé entre Djorf el Baroud et Zoudj elBer'al, 
)) de laisser neutre en quelque sorte, jusqu'au régle- 
» ment définitif de la question, le territoire contesté, 
» qui comprend plus de 5.000 hectares. 

)) Les Marocains campés dans la zone contestée 
» seront provisoirement regardés comme étant au 
» Maroc et les Algériens cami)és dans la même zone 
)) seront considérés comme étant en Algérie. » 

Dans le cercle de Sebdou, une reconnaissance de la 




i 



«s 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



63 



î 



frontière fut également exécutée en 1874, sur les ordres 
du général Carteret; ses résultats furent négatifs, car 
le délégué marocain ne voulut point « admettre comme 
» point limite le col bien connu de Mechamich, Il 
» prétendit que de la Koubba de Sidi Abdallah ben 
» Mohammed El Hamlili, on devait mesurer 1600 
» mètres vers l'ouest et arriver à un petit col situ(» à 
)> Test de celui de Mechamich. 

)) Il n'est pas ({uestion dans le texte français du 
» traité d'une mesure de 1600 mètres. 

» En 1845, Marocains et Algériens ont admis sans 
)) conteste comme limite entre Ras Asfour et le col de 
» Mechamich une crête rocheuse parfaitement 
» dessinée et désignée sous le nom de Kef par la 
» lettre du traité sus\isé, 

» La convention laisse à l'est de la limite, c'est- 
» à-dire chez nous, le dit marabout du col ; la limite 
» est une ligne droite se dirigeant sur le marabout de 
» Sidi Aïssa dont les dépendances nous sont laissées, 
)> mais il ne parle nullement d'une ligne se dirigeant 
» vers Fouest pendant 1600 mètres pour atteindre un 
)) petit col voisin et situé à l'est de celui de Mecha- 
)> mich. Il faudrait pour cela que le traité indiquât 
» que la limite passe par la Koubba de Sidi Abdallah 
» ben Mohammed el Hamlili; ce qui est complètement 
» inexact, le traité portant au contraire ' : Bile suit 

* En 1877, en 1888, la question du col de Mechamich dut être 
oxaminée de nouveau avec un délé^é de Famel, mais chaque fois ce 
dernier ne voulut pas admettre les termes, cependant précis, du traité 



)) an delà le Kef, en laissant à l'est le marabout de 
Sidi Abdallah ben Mohammed el Hamlili; puis, 
» après s'être dirigée vers l'ouest, en suivant le col de 
h Mechamich, elle va en ligne droite jusqu'au mara- 
» bout de Sidi Aïssa qui est à la fin de la plaine de 
» Missiouïn. » 

Le modus vivendi, adopté en 1874, créant des zones 
neutres sur la frontière, aurait pu empêcher bien des 
difficultés d'avenir sans la mauvaise foi que les tribus 
marocaines mettent à son application, sans l'incertitude 
de la détermination de la plupart des points de la 
frontière, et aussi sans le manque d'autorité qui carac- 
térise tous les fonctionnaires marocains. 

Le paiement de l'impôt achour, dû chaque année 
par les Marocains qui ont labouré sur notre territoire, 
est une nouvelle source de difficultés périodiques. A 
peine la conférence de 1874 était-elle terminée, que 
des difficultés de ce genre surgissaient. 

Les Angad el Béni Drar avaient, cette année-là, 
labouré en deçà de la frontière 75 charrues et les Béni 
Hamlil 42. Les premiers devaient payer pour ces 
labours 5.310 fr. d'impôt, les seconds "2.180 fr. 

Après de longs pourparlers avec Tamel pour obtenir 
le versement de ces sommes, le Gouverneur dut 
décider (27 juin 1874) de prélever sur les récoltes la 
valeur nécessaire pour garantir le paiement de l'impôt. 

de 1845. subissant en cela Tinfluence des Béni Hamlil, auxquels il 
n'osait pas dire que leurs prétentions étaient injustifiées. 

Voir le croquis dressé à ce sujet en 1888 : planche IV (papillonj 



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64 



FRONTIÈRE ENTRE 




Les mesures militaires à prendre, en cas de nécessité, 
pour effectuer l'opération, ne devaient consister qu'à 
assurer la saisie de la quantité de grains voulue. Il 
était, en effet, important d'éviter tout mouvement de 
troupes qui dépasserait le but'. 

Un escadron de chasseurs, un bataillon d'infanterie 
et deux pièces de canon furent envoyés à Lalla Mar'nia. 
Le général Carteret, commandant la subdivision de 
Tlemcen, s'y rendit lui-même. Devant ce déploiement 
de forces, l'amel se hâta d'annoncer le versement 
prochain de l'impôt. Il fut payé le 16 septembre, sans 
difficulté, pour les Angad et les Béni Drar. — Quant 
aux Béni Hamlil, ils ne s-acquittèrent que Tannée 
suivante. 

Pour év-iter à l'avenir de semblables retards, l'amel 
fut prévenu que nous exigerions le paiement de rimi)ôt 
avant que la récolte ne fût enlevée, c'est-à-dire dans 
le courant du mois de mai de chaque année. Malgré 
cela, l'amel chercha, dès 1875, à nous créer de nou- 
velles difficultés. Il refusa de verser l'impôt avant 
d'avoir reçu les instructions qu'il prétendait avoir 
demandées au Sultan. Bref, après de longs pourparlers, 
l'impôt fut versé. 

^ Pour parer aux difficultés qui s'étaient présentées jusqu'alors 
orsque les cultivateurs marocains, qui avaient labouré sur notre 
emtcure, étaient invités à verser l'impôt achour, il fut convenu avec 
1 amel que, dorénavant, tous les Marocains qui se trouvaient dans ce 
cas, paieraient 1 impôt à raison de 60 fr. par charrue, an lieu de 
verser, comme nos administrés algériens, un impôt ^achour) calculé 
bur la quotité de la p.oduction des cultures. 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



65 



Mais on dut cette fois encore, pour obtenir ce résultat, 
avoir recours à la saisie momentanée d'une partie des 
céréales des Marocains. 

En résumé, les ^dces du traité de 1845 ont fait 
l'objet des préoccupations constantes de nos représen- 
tants les plus élevés en Algérie. 

En dernier lieu, M. Albert Grévy, en 1879, appelait 
l'attention du Gouvernement sur cette question, mais 
particulièrement, cette fois, en ce qui concerne les 
lacunes de la délimitation au sud-ouest de l'Algérie, 
indiquée dans l'article 4 du traité '. 

Depuis cette époque, la question de la révision de la 
frontière n'a plus été soulevée par nous *. Mais des 

* Cette partie de la question sort du cadre de cette étude ; elle 
sera traitée dans le volume suivant. 

* Si, pour notre part, nous semblons avoir laissé cette question de 
côté, par contre, le Sultan a cherché, à différentes reprises, à la 
soulever et notamment, en 1892, lors du vovage à Fez de notre 
représentant au Maroc, M. le comte d'Aubignj. Sa Majesté Chéri- 
fienne, en butte à nos réclamations continuelles, proposa la réunion 
d'une commission internationale pour réviser le tracé de la frontière. 
Elle vovait sm'tout là un moven de réduire sensiblement nos constantes 
demandes d'indemnités pour nos administrés, lésés par les fréquents 
attentats des sujets Marocains. 

Mais l'adoption d'une pareille mesure allait porter atteinte au 
statu quo ; elle risquait, par suite, d'éveiller les méfiances d'un 
Gouvernement étranger. Aussi se borna-t-on à faire connaître au 
Gouvernement Marocain que nous n'entendions pas mettre en cause 
le traité de 1845. 

Rappelons également qu'en septembre 1876. lors de la visite que 
le général Osmont, commandant la division d'Oran, rendit au Sultan 
de passage à Oudjda, la question de la révision de la frontière fut 
soulevée par le premier vizir, Si Moussa. Ce haut fonctionnaire 



hi 



66 



frontikrp: entri-; 



) 



incidents de toute nature ^ ont continué à se produire, 
tenant constamment en haleine tant nos tribus limi- 

Marocain proposait de régier, d'une manière définitive, les points 
litigieux de ceUe limite, entre le Teniet es Sassi et la mer. Le comman- 
dant de la division d'Oran, n'avant pas qualité pour aborder cette 
affaire, ne put que repousser courtoisement l'ouverture qui lui avait 
été faite par Si Moussa. 

Au printemps de Tannée suivante, lorsque notre ministre à Tanger. 
M. de Vernouillet, présenta ses lettres de créance à la cour de Fez, 
la question fut directement abordée par le Sultan qui fit ressortir la 
nécessité d'une frontière bien déterminée entre les possessions des 
deux Etats. Notre représentant, conformément 5 ses instructions, 
s'efforça d'éluder la question en invoquant les difficultés très réelles 
qu'il y aurait pour les deux Gouvernements et surtout pour le Gou- 
vernement Chérifien, à composer le personnel chai-gé des travaux 
graphiques. 

^ Ces incidents donnent lieu à de continuelles revendications 
adressées pai* nous au Gouvernement Marocain, qui finit généra- 
lement par nous accorder les indemnités que nous réclamons. 

C'est ainsi, pour ne citer que ces faits, qu^en février-mai 1880, une 
entrevue eut lieu, sur nos instances, à Tlemcen, entre le général 
Louis, commandant la subdivision, et un délégué de la cour de Fez, 
Moulai Ahmed benelArbielBelr'itsi. Toutes les affaires pendantes 
(vols, agressions, etc.), furent réglées, et le Gouvernement Marocain 

s'engagea à nous payer les sommes suivantes destinées à indemniser 
nos administrés lésés, à savoir : 

le V' octobre 1880 143.355 fr. 

le r^ janvier 1881 167.000 » 

De notre côté , nous nous engagions à verser au Maroc , le 
1" octobre 1880, la somme de 17.000 fr. , poui- déprédations commises 
par nos gens. 

En outre, sur les observations du général Louis, Moulai Ahmed 
fit connaître que des ordres avaient été donnés par le Sultan pour 
prescj-ire aux tribus marocaines de la frontière, de rep,)usser par tous 
les moyens, les rebelles du territoire français réfugiés au Maroc 
d'abandonner toute idée d'incui'sion sur le teriitoire algérien, de 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



m 



trophes appelées à en supporter le préjudice immédiat 
que nos officiers chargés de leur administration. C'est 
ainsi qu'en 1893, pour citer un fait tout récent, au 
mois de mai , le commandant supérieur de Lalla 
Mar'nia dut employer l'intimidation pour obtenir la 
rentrée au Maroc de plusieurs douars des Béni Drar 
qui avaient franchi la frontière K Sur les observations 
qui leur étaient faites, ils qxiittaient le territoire de la 
tribu algérienne où ils campaient pour aller s'installer 

demeurer dans leurs limites, de chasser de leur pays Si Kaddour ben 
Hamza [Oulad Sidi Cheikh Cheraga) et tous ses adhérents, gens de 
désordre, et de cesser toute relation et tout compromis avec eux. 

Le premier versement fut effectué à la date fixée ; le second n'eut 
lieu qu'en juillet 1881, après une nouvelle conférence du général 
Louis avec Tamel d'Oudjda. 

Tout récemment encore '^1893), la cour de Fez , sur les récla- 
mations de notre ministre à Tanger, a versé deux nouvelles sommes 
entre nos mains : la première, montant à 56,715 fr., était destinée 
à indemniser ceux de nos administrés qui avaient eu à supporter des 
déprédations de la part de sujets marocains ; la seconde, s'élevant à 
238.745 fr.. devait être remise aux Hamian pour les indemniser des 
préjudices qu'ils avaient subis au Tafilalet en 1892, oii leur caravane 
annuelle, attaquée à l'improviste, avait dû battre précipitamment en 
retraite, en éprouvant de grosses pertes. 

Rappelons ici que, d'après les instructions données en 1876 par 
le général Chanzj, gouverneur général, le général commandant la 
suljdivision de Tlemcen a seul qualité pour correspondre avec l'amel 
d'Oudjda et traiter avec lui les questions d'importance secondaire ou 
d'un intérêt immédiat. 

^ Il fallut déployer une force relativement sérieuse : 150 cavaliers 
des goum, appuyés par une compagnie de zouaves et un peloton de 
spahis, pour faire déguerpir les 70 tentas des Béni Drar qui campaient 
chez nous. 




68 



FRONTIERE ENTRE 



> 



dans la tribu voisine. Ce n'est qu'après avoir porté 
ainsi successivement leurs campements chez les 
Msirda, les Achache et les Béni Ouassin qu'ils se 
décidèrent à rentrer dans leur pays. 

A la fin de novembre suivant^ ces mêmes douars 
sont revenus sur notre territoire, mais cette fois pour 
y labourer les terres qu'ils ont l'habitude d'y cultiver, 
sans toutefois avoir voulu en solliciter au préalable 
l'autorisation ' , bien que le bureau arabe de Lalla 
Mar'nia ait poussé la condescendance jusqu'à leur 
assurer que cette permission leur serait accordée. 

En somme, il n'y a pas de frontière nettement carac- 
térisée, ni tracée avec précision à partir de l'endroit 

* Toutes les réclamations adressées en cette circonstance aux 
autorités mai'ocaines de la frontière, restèrent sans effet : on n'oblinl 
que des réponses dilatoires. Dans ces conditions, le Ministre des 
Affaires étrangères, sur îa proposition du Gouverneur jrénéral, décida, 
le 24 décembre, de faire adresser aux Beni-Drai-, qui labouraient sur 
notre territoire, une dernière sommation de se retirer, puis, en cas de 
résistance de leui- part, d'opérer contre eux une démonstration armée, 
dont l'exécution serait confiée à des contingents indigènes recrutés 
parmi nos tribus, sous la direction de l'autorité militaire. Ces mesures 
ne purent être mises à exécution par suite de la terminaison des 
labours faits parles Marocains qui s'étaient, aussitôt après, retirés 
au-delà de la frontière. 

Des dispositions, approuvées par M. le Ministre des Affaires 
étrangères, ont été arrêtées d'avance pour empêcher une nouvelle 
violation de notre territoire par ces étrangers au moment de la récolte. 
Il a été décidé qu'on ne leur accorderait l'autorisation de moissonner 
qu'autant qu'ils l'auraient sollicitée et qu'ils auraient payé une légère 
amende en punition de leur incursion précédente. En cas de refus de 
lem' part de se soumettre à ces formalités, une démonstration armée 
serait effectuée contre eux dans les conditions indiquées précédemment . 



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L'AI/!ERFE ET LE MAROC. 



69 



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on la li^no îuloptf^f» j)ar lo traiW ih'. 1H45 quitto lo, lit do 
I'oihmI Kiss'. Ij'iiM|)rrfV('1ion dos docinnonts oartogra- 
j>lii(|ii('s, dross<'»s à roccasion des travaux do (*otto 
d«'diinitati()ii, proiivo surabniidaininont coTnbioîi ôtaioiit 
iiM'oiiaiiu^s It^s (M>îniaissaîi(u»s on t(>|>(»f/raj>liio locale 
dos plénipotoiitiairos et aussi à ({uel de^ro s'exerça la 
mauvaise loi d(*s déléfruos de la cour de Fez. Il a doiK^ 
|»aru ulil(^ île n^produirr^ ci-coutre, et à uuo inouui 
('clicllc, la cart(ï d(^, 1K45 on oj»p()sition avec celle 
pul)li('M' n'CfMuinont par h\ service goograpliifpuï de 
l'aninV, '^. 

^ \éi* p'iKMJi] Vuillcniot écrivait, à et* propos, on 1877, en rcn- 
voyaiil les rpmivcH de la carlf df; la frorilièro dressée jjar If, (•oniiiiaii- 
daiil Tiln'. épreuves qui lui avaient été soumisf^s : 

« La carl<^ indicative de la frontière du Maroc, qui a été dressée 
» au burrau du service i(»po^raphi(|ue, ne ]>eut être, en ce qui concerne 
» s|)écialenient cette li^nr frontière, rt)bjet d'aucune rectificatio.i 
» raisonnée. Les indications fournies, à ce sujet, par le texte du 
» traité df 1845 sont, en etF''(, beaucoup trop va«rues pour permettre 
» d'y reconnaître une délimitalion exacte, surtout avec des cartes 
» établies, |)our beaucouj) de points, à l'aide de renseifjrnements. Il 
» n'j a donc pas possibilité de connaître aujourd'hui la Hfruration 
» exacte de cette lig-ne frontière, et il ]>araît né{;essaire, pour éviter 
» t<»us liîs Cftnilifs (|ui naissent fréquemnienl de cette situation d'in- 
» certitude, de faire reconnaître la limite sur les lieux mômes, par 
» une commission internationale qui serait cLarf^ée de la révision 
» partout où cette opération serait reconnue nécessaire. » 

2 Voir planche VII, réduction de la carte annexée au traité de 
1845, et ])lanche VIII, réduction des feuilles 30 et 41 de la carte de 
l'Alfi^érie au 1 : 200.000*^ dressée par le service géog-raphique de 
l'armée. Ces deux feuilles s'arrêtent au 38'*10' environ ; la feuille 52, 
qui doit les prolonger au sud et donner le tracé de la frontière jus(ju'au 
Teniet es Sassi, n'a pas encore pani. Nous avons reproduit la partie 



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FRONTIERE ENTRE 



Le lecteur pourra ainsi juger des difficultés insur- 
moutcibles qui entourèrent les opérations de nos pléni- 
potentiaires. En effet, bien que dressée à une très 
grande échelle (1: lOO.OOO*'), la carte en question 
donne un figuré très défectueux du relief du terrain. 

Pour citer quelques points : la crête, appelée Dra ed 
Douni, par exemple, est mal représentée, si on s'en 
rapporte à la description qu'en a donné en 1866 le 
colonel f Ihanzv. 

Le Djebel RiiTou, position dominante, d'où la vue 
s'étend sur toute la frontière depuis Ras el Aïoun 
jusqu'aux environs de Ras Asfour, n'est même pas 
indiqué. 

Vers Gar Rouban, l'inexactitude de la carte est plus 
grande encore. La situation de l'oued Rouban est mal 
définie et l'incertitude est grande lorsqu'il s'agit de 
détenniner sur le terrain la limite adoptée. 

Du reste, en examinant attentivement la carte de 
1845, on constate bientôt que sur presque toute la 
frontière le relief du terrain y est indiqué d'une 
manière plus qu'insuffisante. 

du tracé qui manque et la région environnante d'après la carte du 
sud-oranais au 1 : 200.000" du service géographique ifeuiUes 1, 2 

4 et 5) . ' ' 

Si, au point de vue du Iracé de la frontière, la carte de 1845 était 
dépourvue d'exactitude comme nous nous efforçons de le démontrer 
on peut dire que celle de 1893, malgré tout le soin qui a présidé à 
son établissement, présente le même défaut. La faute en est, non pas 
a ceux qui l'ont dressée, mais bien aux incertitudes du tracé adopté, 
et à la fragilité des points de repère choisis. 



I I 






L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



71 



Car, pour ({ui connaît la contrée, de la mer aux 
Hauts Plateaux, la frontière marocaine est constituée 
par un massif montagneux, assez praticable dans sa 
partie nord, la plus rapprochée de la côte, mais qui, à 
partir de Lalla Mar'nia et jusqu'à Sebdou , se hérisse 
en contreforts inextricables, d'un accès des plus diffi- 
ciles, escarpe de la Tafna qui, pendant 200 kilomètres, 
court parallèlement à la frontière. C'est la région des 
Béni Snouss. Le poste de Lalla Mar'nia barre la trouée 
d'Omljda entre ces deux masses montagneuses, celle 
du nord et celle du sud. 

La plaine de Sidi Djilali limite au sud ce massif des 
montagnes des Béni Snouss et Sebdou y remplit le 

même rôle. 

Ces deux postes symétriciues ont la même valeur 
militaire ; El Aricha, plus au sud, complète le système 

défensif. 

Les Romains, qui nous ont précédés presque partout 
dans le nord du continent africain, nous avaient 
indi(iué remplacement de ces garnisons ; à travers les 
siècles nos légions ont succédé aux leurs. 

Entre Sebdou et Lalla Mar'nia, les smalas' de Bled 

* Quelques mois nous paraissent ici nécessaires sur les smalas, leur 
origrine, leur but, les résultats qu'elles ont donnés. 

Nous les empnmtons à des notes qu'a bien voulu nous communiquer 
M . le capitaine Pag^ano. commandant la Smala de Sidi Medjahed, notes 
où nous avons puisé, du reste, la })lupart des renseif^nements que nous 
donnons ici sur l'organisation de la frontière au point de vue militaire 
ainsi que sur l'origine et le fonctionnement des smalas. 

L'organisation de la cavalerie indigène en escadrons détachés à 



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72 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



73 



^ 



Chàaba otdp Sidi Medjahed servent, en quelque sorte, 
de postes avancés. 

poste fixo dans diverses locnlités, fut adoptée d'assez bonne heure. 
Tout d'abord on avait compris et admis en principe qu'il était néces- 
saire d'avoir sur la lip^ne de nos avant-postes, en présence des tribus 
du sud toujfHirs disposées à nous échapper et susceptibles de ])iéter 
les mains à toutes les révoltes, et en présence aussi des tribus maro- 
caines ou tunisiennes, voisines de nos deux ftontières, qui n"hésitaient 
janinis à venir en aide à nos tribus scmlevées, un novau de cavalerie 
prêt à marcher, pouvant se porter rapidement sur les points menacés 
et autour duquel viendraient se n^rouper les f^oums arabes qui nous 
étaient attachés. 

La période de tâtonnement fut assez lonp^e : on hésitait sur le choix 
de l'emplacement à assijjner aux escadrons, sur le mode de fonction- 
neîiient à adoj)ter. 

Le maréchal Randon. prouverneur ûrénéraldel'Alfrérie :i8r)l-18o8\ 
chercha, dès 1852, à leur donner une orf^anisalion plus réfrulière. 
Mais ce ne fut qu'en 18(V2, que comme Ministre de la Guerre, il posa 
définitivement les bases de l'organisation des smalas telle que nous 
en trouvons aujourd'hui les vestio*es. 

S'inspirant alors des idées du maréchal Buf^eaud, dont il avait 
adopté la devise : Ense et arntro, il crut que rendre les indif^ènes aux 
conditions de leur existence normale, tout en leur permettant de 
suivre pas à pas les errements de nos procédés de culture et d^«levag-e, 
de s'initier petit à petit aux avantafr^vs de nos mœurs, serait un nioven 
d'assimilation. Il avait espéré les voir renoncer proj^ressivement à leur 
svsiéme d'habitations rudimentaires, à leurs i)rocédés dVxi)loitation 
*^ncore barbares, et créer ainsi dans la zone frontière ainsi que le lon^ 
de la lic^ne des Hauts Plateaux depuis Sehdou jusqu'à Tiaret, pour la 
province d'Oranj, de véritables colonies militaires et agricoles, confins 
nnbtaires, souvenirs des colonies légionnaires romaines qui firent tant 
Fjour la pénétration et l'occupation des Maurétanies césarienne et 
hnpfane, et dont nous trouvons encore les innombrables vesti-es 
Mais alors que les colonies formées d'anciens soldats, vétérans 
implantes, ne pouvaient se tondre, s'assimiler avec l'élément vaincu 
reste hostile, les nouvelles recrutées au moven de ce dernier élément 
devaient avoir une durée plus certaine, plus sûre, et une influence 



^S 



Tandis que Bled Châaba avec le détachement 
d'Adjeroud contribue de son côté à couvrir Nemours 

d'une grande portée. Les smalas, dotées de terrains de labours et de 
pacages, possédaient de suffisantes ressources pour cire à la fois des 
cam|)s permanents et des écoles modèles d'agriculture. Dans l'avenir, 
elles devaient ])ermettre de compter sur un contingent de cavaliers de 
race, sur un recrutement constant au moven de l'accroissement normal 
de leur populati(m, et aussi de contribuer, par l'exemple, à développer 
chez les indigènes le goût du travail , les habitudes sédentaires , qui 
arrachent l'individu à l'esprit d'aventure, lui font faire un pas vers la 
civilisation et définitivement, par l'intérêt, l'attachent à notre cause. 
L'institution a tro]) i)eu duré pour pouvoir se prononcer sur son 
efficacité en tant que moven d'assimilation, mais quant aux autres 
résultats, on peut affirmer qu'ils étaient déjà des plus satisfaisants. 

Certains inconvénients inhérents au système, la réorganisation de 
nos forces militaires, la réaction qui se produisit après la guerre do 
1870 contre les Africains, amenèrent la suppression en principe des 
smalas. En 1874, maintenues comme postes, elles cessèrent d'être un 
facteur de colonisation et d'influence civilisatrice. 

Dans cette nouvelle situation, les smalas de la frontière n'en ont 
pas moins rendu, depuis, de grands et signalés services. Non seule- 
ment la force, dont elles disposent d'une manière permanente, en fait 
des postes avancés d'une importance militaire incontestable, mais 
encore en groupant, à notre solde, les individus que leurs intérêts 
attachent au sol. elles diminuent d'autant le nombre de ceux que leur 
situation précaire et le voisinage rapproché de la frontière pourraient 
entraîner à une vie d'aventures et de rapines. Et nos spahis, par leurs 
aboutissants, par leurs parentés avec les tribus limitrophes constituent, 
en somme, une des garanties de la sécurité de la frontière qui serait 
peut-être encore plus troublée qu'elle ne l'est s'ils venaient à 

disparaître. 

Terminons cet aperçu sur les smalas en général et sur celles de la 
frontière en particulier, en indiquant celles qui existent encore en 
Algérie. Dans la divisirm d'Oian, en dehors des smalas de Sidi 
Medjahed et de Bled Châaba, il v en a une troisième, à Ain Kernia, 
près de Tiaret. Elles sont toutes occupées par des escadrons du 
2' régiment de spahis. Dans la division de Gonstantine, le 3' régiment 



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74 



FRONTIERE ENTRE 



et la basse Tafna', Sidi Medjahed et ses deux petits 
postes détachés de Gar Rouban et de Sidi Zaher 
couvrent la route de Tlemcen qui, pendant (50 kilo- 
mètres, siiit le versant nord du massif montagneux des 
Béni Snouss. 

Une autre route , continuation du sentier qui , 
longeant Toued Kheniis, débouche dans la plaine de 
Zara, sur la Tafna. s'amorce sur ce point et ])ar les 
hauteurs d'Afir, gagne Terni à 17 kilomètres de 
Tlemcen. C'est une ^oie de pénétration dangereuse, 
bien que son peu de viabilité la rende d'un difficile 
accès, mais la smala de Sidi Medjahed et la route de 
Lalla Mar nia à Sebdou par le Kef, permet d'en fermer 

de spahis a encoro trois escadrons en smalas, répartis sur les points 
suivants : un escadron au Tarf et à Bon Hadjar, un autre è Ain 
Guettar et El Meridje. le troisième enHn à Biskra et El Outaïa. 
^ Quant au 1" réfriment de spahis qui tient g-arnison dans la division 
d'Alger, il n'a plus aucun escadron en smala. 

1 L'escadron de Bled Châaba détache en pemianence un peloton 
commandé par un lieuienant français ou indigène au bordj d-Adjenmd. 
Ce peloton a la surveillance du marché d'El Heïmer ivoir pa-e 95 
note 2) et, en outre, il doit fournir des patrouilles qui vont fusqu-à 
Menasseb el Kiss avec mission de surveiller la frontière. 

La smala de Bled Chftaba détache encore, tous les samedis, vingt 
hommes commandés par un maréchal-des-logis, pour la surveillance 
du marché de Lalla Mar'nia. Ce détachement rentre le dimanche dans 
la journée à Bled Châaba. 

La smala de Sidi Medjahed f.nirnit pour le service du courrier deux 
petits postes, soit : un brigadier et quatre cavaliers à Sidi Zaher, et 
quatre spahis l\ Gar Rouban. 

En cas de circonstances exceptionnelles, les deux escadrons peuvent 
être appelés è faire un service de patrouiUe le long de la frontière. 






L^ALGÉRIE ET LE MAROC. 



75 



raccès facilement. Toutefois on peut affirmer que sans 
le ])oste de Sidi Medjahed et l'escadron de spahis qui 
ro(Tupe, grâce au massif des Béni Snouss qui lui 
prêterait le mystère de ses couverts et ses découpures 
profondes, une troupe résolue pousserait jusqu'aux 
portes de Tlemcen en une journée de cavaliers. 

Nous avons déjà montré^ au cours de Tétude qui 
précède, le réel inconvénient qui résulte de l'adoption 
comme démarcation de points aussi fragiles que les 
Kerkour ' ou sortes de pyramides et amas de pierres 
que les indigènes marocains intéressés ne se font 
aucun scrupule de déplacer suivant les besoins de leur 
cause. C'est ainsi que le Kerkour Sidi Hamza, désigné 
dans l'article 3 du traité comme point intermédiaire 
entre Djorf el Baroud et Zoudj el Ber'al, et qui est un 



Sidi Aïed. 



Diorf el Baroud. • 

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Kerkour Sidi Hamza N" 1. «^ 



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\, Kerkour Sidi Hamza N" 2 
I (Kerkour el Miad). 

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'^x ! 

Xi Zoudj el Ber*al- 

Kerkour Sidi M hammed hon bou Zian. 

^ On pourrait faire une semblable observation à propos des deux 
oliviers nommés El Toumiet, qui se trouvent mentionnés, comme 
point de repère, à Tarticle 3 du traité de 1845. 



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Planche IX 



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76 



FRONTIERE ENTRE 



amas de pierres de date très ancienne, a donné lieu, 
de tout temps, à des contestations. En effet, les Maro- 
cains ont élevé, à deux kilomètres environ au nord-est 
du vrai Kerkour Sidi Hamza (N" 1), un autre tas d(; 
pierres qui porte maintenant le nom de Kerkour el 
Miad et ils prétendent que ce i)oint était le Kerkour 
désigné dans le traité sous le nom de Sidi Hamza '. 

D'une façon générale, il semblerait que la frontière 
ait été tracée pres({ue à plaisir, afin d'amener des 
complications de toutes sortes. 

Et, de fait, des contestations incessantes s'élèvent à 
tout moment, qui créent des entraves à la bonne 
administration du pays et par suite desquelles les 
intérêts de nos administrés sont lésés au profit des 
Marocains. 

Il est à remarquer, en effet , que par suite . sans 
doute, de notre désir constant de conciliation, c'est 
toujours à notre détriment que ces contestations ont 
été réglées jusqu'à présent, en dépit des droits incon- 
testables que faisaient valoir nos indigènes. 

' Ces rpnseiprnements, recueillis sur les lieux, semblent pourtant 
sujet, à controverse. En effet, le n-^éi'al de Mac-Mahon en proposant 
en 1849. une nouvelle délimitation de la frontière, écrivait : «Kerkour 
» elMiad aété appelé, par erreur, en 1845, Kerkour Sidi Hamza bien 
» que ce nom ne soit nullement connu dans le pavs. » D'autre part 
nous avons mdiqué, pa^e 46. l'opinion du colonef Chanzv sur cette 
question, et pap:e 50 les renseignements recueillis par le capitaine 
Boutari sur le même sujet. 

Cet exemple suffit pour faire nettement ressortir les constantes 
dithcultes que peut créer une frontière basée sur des points aussi 
iragiles en même tamps qu'aussi mal définis. 



^^ X^o^^^ 




CROQUIS 

y>////- pA/V/e Jf /a froiiùèrf en/re 

Dra t'd Doiim e^ llaoïicb Sidi Aïed 

//ctr- /fS MnrofSÏiis flepuis jS74- 



//,</ 



Ec>ielle approximative 75.000 

LÉGENDE 



+ + -^ -♦--•--♦- -*- 



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Vo{U>t//rs prrfrnfioTis (/e.s .^fttrorains en lS93. 
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L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



77 



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Comme preuve de la véracité de cette assertion, 
il suffit de jeter les yeux sur le croquis • joint à l'enquête 
faite en 1874. ({ui indique la ligne conventionnelle 
adoptée à la suite du modus \ivendi établi à cette 
époque. C'est sur celte ligne que nous nous basons 
aujourd'hui pour régler les diverses contestations de 
frontière ([ui se présentent encore très fréquemment. 
Malgré les concessions dont il est ici question, les 
Marocains ne cessent, en effet, dans leur mauvaise 
foi, de continuer leurs empiétements. 

Le cro(iuis ci-contre'^ nous donne l'exemple le plus 
manifeste de ce fait. On y trouve figurées les préten- 
tions émises par les Marocains entre Dra el Doum et 
Haoucli Sidi Aïed en 1874, 1888 et 1893 ^ 

Bref, à part l'oued Kiss, qui n'a guère, d'ailleurs, 
qu'une dizaine de mètres de large et ([ui forme une 
ligne de démarcation à peu près nette, tous les points 
de la frontière peuvent donner lieu à des contestations. 
Mais ce n'est pas à ce seul point de vue que le 
manque de limites bien déterminées présente des 
inconvénients. 11 est une conséquence dont la gravité ne 

1 Planche VL 

i Planche IX. 

9 Tout récemment 'Juin 1894). une nouvelle contestation s'est 
produite. L'an.el d'Oudjda . Si Abdegselam ben bou Chela Djami 
r,Vlan,e pour limite la b>ne qui unit Sidi Bahlil et Haouch Sid, 
Aïed II cherche, en a-issant ainsi, à contrecarrer les dispositions que 
nous' avions arrêtées précédemment et dont il a été fait mention 
pao-e 58, note 2. dispositions qui lui avaient OU-, notifiées antérieu- 
rement sans qu'il eût jusqu'alors adressé aucune protestation. 



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78 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



79 



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saurait échapper et qui découle de ce choix défectueux. 
Le défaut d'obstacles naturels constitue, en effet, un 
véritable danger pour la sécurité et une difficulté très 
grande pour organiser ce que nous appellerons la 
police de la frontière. Les malfaiteurs qui proviennent 
du Tell algérien quittent notre territoire avec la plus 
complète facilité sur tous les points du territoire, se 
mettant ainsi à l'abri de notre action. 

C'est ainsi que le 25 décembre 1889, à moins de 
deux kilomètres de Nemours, trois malfaiteurs venus 
du Maroc, dévalisaient des femmes arabes, tentaient 
d'arrêter une voiture publique et assassinaient un 
passant espagnol qu'ils dépouillaient ensuite'. 

Un de ces bandits était, d'après la rumeur publique, 
un indigène originaire des Djebala (commune mixte 
de Nemours), Ahmed ould Si Ahmed ben Djilali, dit 
El Mezaout. C'est encore lui qui, à la tète d'une bande 

' D'après l'enquête faite par l'adrainistrateui' de la commune mixte 
de Nedroma. ces trois malfaiteurs, après ce triple attentat, auraient 
regagné le Maroc de la manière suivante. Ils auraient suivi le ravin 
d'Ain Melah, conduisant au village indigène de Tient, dépendant des 
bouhalia, où, vers onze heures du soir, ils essavaient, sans succès de 
pratiquer une brèche dans le mur de la maison de Si Rabah Derkaouï 
ahn dt lu, voler ses chevaux et juments ; de le, ils auraient, selon 
oute probabilité, pris le chemin du Maroc en traversant les Djebala 
.commune mixte de Nenjours; vers le quartier dEl Aroussi, en suivant 
le ravm de l'oued Zlamet qui conduit aux Achache (cercle de Lalla 
Marnia et à la frontière. 

Rappelons ici que c'est sur le territoire des Achache que la zone du 
emtoire militaire, qui forme le cercle de Lalla Mar'nia, a le moins de 
Jai-geur ; 8 kilomètres environ. 



de six malfaiteurs algériens vint attaquer, le 31 octobre 
1890, le courrier de Nemours à Lalla Mar'nia. Au 
cours de cette agression, le conducteur de la voiture 
fut tué et les voyageurs n'échappèrent que par 

miracle. 

Les auteurs de cette attaque ne purent être arrêtés : 
ils se réfugièrent au Maroc et le représentant du 
gouvernement chérifien à Oudjda, sur la demande du 
général commandant la subdivision de Tlemcen, 
promit de les livrer aux autorités françaises. Cette 
promesse ne s"est pas réalisée jusqu'à présent. 

Hien au contraire, à la fm de 1892, les autorités 
marocaines parurent prendre une nouvelle attitude en 
semblant chercher à couvrir ces bandits de leur protec- 
tion. En effet, au lieu de remettre entre nos mains les 
auteurs de cette agression, elles favorisaient leur séjour 
au Maroc et allaient jusqu'à investir de fonctions 
publi(iues le plus dangereux de ces malfaiteurs, 
Ahmed ould Si Ahmed ben Djilali el Mezaout, qui 
devenait un des Mokhazeni officiels d'un des cal'ds des 
Kebdana, Mohammed benChouâa. Des représentations 
immédiatement adressées au Sultan par notre repré- 
sentant à Tanger provoquèrent l'envoi de plusieurs 
lettres du Makhzen aux différentes autorités maro- 
caines de la frontière en vue de nous faire livrer 
El Mezaout et ses complices. Nous ne pûmes obtenir 

satisfaction. 

Enfin , sur nos instances réitérées , la légation 
de France au Maroc obtint , eu septcmbi e 1893 , 



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80 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



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du gouvernement chérifienj une mise en demeure 
adressée à l'amel d'Oudjda et le pressant d'exécuter 
les ordres précédemment donnés. C'est par notre inter- 
médiaire que ces nouvelles instructions furent trans- 
mises au fonctionnaire marocain. En les lui faisant 
parvenir, le général commandant la subdi\ision de 
Tlemcen dut lui faire observer que c'étaient ses atter- 
moiements qui nous avaient amenés à nous plaindre 
de son attitude à son souverain, lequel avait reconnu 
le bien fondé de nos plaintes, que nous espérions que 
la lettre du Sultan allait le décider à faire droit à nos 
justes exigences, mais que, s'il en était autrement, le 
gouvernement français n'hésiterait pas à intervenir de 
nouveau auprès de S. M. Chérifienne pour briser la 
résistance de son subordonné. 

Quoi qu'il en soit, aucun des auteurs de l'agression 
du 31 octobre 1890 n'a pu encore nous être livré ; et 
les autorités marocaines ont montré une fois de plus 
en cette circonstance qu'elles avaient autant de mau- 
vaise volonté à nous venir en aide que d'impuissance à 
se faire obéir de leurs administrés. 

Les quelques faits que nous venons de rapporter 
démontrent suffisamment l'insécurité de la frontière 
et permettent de constater l'énorme difficulté, pour ne 
pas dire Fimpossibilité, dans laquelle nous nous trou- 
vons de parvenir à arrêter les bandits qui viennent 
opérer chez nous avant qu'ils se soient réfugiés au 
Maroc. 

Sans doute des postes de sûreté existent en territoire 



civil comme en territoire militaire sur les chemins 
conduisant à la frontière : des patrouilles de gens 
armés circulent la nuit sur les mêmes voies avec 
ordre d'arrêter tout étranger non muni d'autorisation 
et tous gens suspects, mais ces mesures empêchent-elles 
des bandes de maraudeurs de pénétrer en Algérie, 
d'incendier des récoltes, d'arrêter des caravanes et de 
venir, jusqu'aux abords de nos villes, assassiner des 
gens inolfensifs ^ ? Ces malfaiteurs, originaires souvent 
du pays, ne connaissent-ils pas aussi bien que ceux 
qui l'habitent les emplacements des postes de siireté et 
ne savent-ils pas les éviter? On peut les multiplier, on 
n'arrivera pas à supprimer ces attentats et à donner la 
sécurité au pays. 

Car , j ouissant d'une indépendance complète , 
redoutée des faibles fonctionnaires marocains sans 
prestige et ayant déjà bien peu de recours sur le 
restant des tribus, cette population de criminels en 
rupture de ban, de déserteurs, de coupeurs de routes 
et de voleurs, véritable gibier de potence, ne craint 
pas de venir o})érer jusque chez nous ; demeurant à 
l'affût d'un beau coup à tenter, ils profitent de la 
moindre occasion, réintégrant ensuite et immédiate- 
ment le territoire de Sa Majesté Chérifienne sans qu'il 

' Jusqu'à Tlemcen même, à 58 kilomètres de la frontière, on ne 
laisse durant la nuit que deux portes ouvertes à la circulation sur la 
totalité afin de faciliter la surveillance, les vols d'animaux étant 
fréquents jusqu'à l'intérieur des écuries et les ravisseurs s'enfiijant au 
Maroc j vendre le produit de leurs brigandages. 






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1^ 




82 



FRONTIÈRE ENTRE 




nous soit possible d'y remédier, malgré la plus active 
des surveillances. 

La police que nous exerçons constitue elle-même 
une charge très lourde pour nos populations tenues 
constamment sur le qui -vive, contraintes à une 
\igilance incessante et obligées par nous à rester 
toujours dans l'expectative sans pouvoir jamais exer- 
cer de représailles contre les malfaiteurs de toutes 



origines. 



La région la plus dangereuse est comprise entre le 
Djebel Birrou et Menasseb el Kiss et plus spécialement 
il convient de citer le point dit Bab El Melah et le 
canton du Dahra, Le fait s'expliejue, car au sud du 
Djebel Birrou s'étend la plaine d'Oudjda où passe la 
route qui unit Lalla Mar'nia à la ville marocaine , 
chemin qui est très suivi et qui de loin permet d'observer 
tout le terrain. Tandis qu'au contraire entre le Djebel 
Birrou et Menasseb el Kiss le pays est peu fréquenté, 
les malfaiteurs ont alors choisi cette contrée mouve- 
mentée pour s'y tenir à l'abri. La maison en ruines, 
désignée sous le nom de Dar el Beïdha. située dans le 
pays appelé Dahra. à proximité de la limite des deux 
états et non loin de Bab el Melah, est bien placée pour 
servir aux embuscades. Elle domine, en effet, à droite 
et à gauche, la route qui longe la frontière et qui 
aboutit au marché d'El Heïmer. Les brigands y sont à 
l'abri, ils voient venir au loin les caravanes, les vova- 
geurs allant ou venant, ils ont tout le loisir de préparer 
leurs embuscades. Ils peuvent se sauver avec toute la 



f -J 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 

facilité désirable, car ils connaissent le terrain, et le 
relief du sol ne permet guère les poursuites ^ 

Au surplus, le tableau d'autre part qui a été dressé 
par les soins de M. le capitaine Redier, chef du bureau 
arabe de Lalla Mar'nia, donnera une idée de l'impor- 
tance que l'autorité militaire s'est vue dans l'obligation 
d'attacher à ces postes de surveillance "^ 

Au point de vue militaire, Finsuffisance de la fron- 
tière actuelle n'est pas moins absolue. Aucun obstacle 
naturel, en effet, ne met Lalla Marnia à l'abri d'un 
coup de main. Bien plus, cette localité alimentée en 
eau potable par une conduite à ciel ouvert, peut s'en 
trouver brusquement privée. Car le canal, qui amène 
l'eau du barrage construit à Si Mohammed elOuassini, 
dans l'oued Mouilah, à 16 kilomètres de Lalla Mar'nia, 
peut être aisément coupé, sans qu'on s'en aperçoive, 
par un parti hostile, qui enlèverait ainsi brusquement 
aux colons et à la garnison de cette localité une 
ressource indispensable ^. 

* Celte maison inspire une telle terreur dans la contrée qu'il n'a 
pas été possible de la faire occuper par un poste de gardiens. Ceux-ci, 
malgré les ordres donnés, ont construit un gourbi, fait de branchages, 
non loin de là, et c'est dans ce gourbi qu'ils se tiennent. 

^ Nous avons vu (page 74 note 1) que dans des cas exceptionnels 
(troubles pai'iai les tribus marocaines limitrophes par exemple) ce 
service de surveillance est complété par des patrouilles de spahis 
fournies par les smalas de Bled Chàaba et de Sidi Medjahed et le 
détachement d'Adjeroud. 

3 Lalla Mar'nia n'a qu'un puits d'eau potable et une fontaine très 
peu abondante, installée en 1846 par le colonel de Mac Mahon, 



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84 



FRONTIÈRE KNTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



K 



Tableau des postes de surveillance de la frontière 

ETABLIS DANS I E GeRCLE DE LaLLA Mar'NIA 
depuis Adjeroud jusqu'à Teniet Mechamich. 



1 



TRIBUS 

par lesquelles 


COMPOSITION 


LIEUX 


OBSERVATIONS 


les postes 

sont fournis. 

1 


du poste 


où sont installés les postes. 




Beni-Mengouch 


4 hommes .... 
4 d*- .... 
4 do .... 
4 d- .... 
4 d" .... 
6 d» .... 


Soukel Heïmer. 
Oued Kiss. 
Sidi el Hassan. 
Souk el Djemâa. 
Ghouarka. 
Dar Cherif. 


Soit un total d'en- 
viron 140 hoiiiiiu'S ein- 
ployôp journelliMiieut 
pMur ussiuior la st'Tu- 
riLésur notre Irontieru. 

En outro, les cnïds 
ont ordre do fuire eux- 
mémos, ui'C^'uupugiiés 
de quel([m\s cuNuliers, 
des patrouilles , hh 


/ 


40 d« .... 


Menasseb el Kiss. 


moins troi> fois par 
semaine. 


1 


i 20 d« .... 


Babel Melah. 






IlO d« .... 


Dar el Beïdha. 




14 d» .... 


Souk et Anabra. 




1 


'6 d" .... 


Rokbat Djeder, 




\ 


4 d« .... 


Bab el Mahseur. 






2 tentes 

4 d" .... 


Souani. 

Sidi bou Djenane. 






3 d** .... 


Sidi Hasseïn. 




1 


^4 d» .... 


Haouch Sidi Bahlil. 




1 


i6 d" 


Zoudj el Ber'al. 




BeniOuassin. ,^ 


1 4 d'' .... 
1 4 d'' .... 
1 Un douar 


Meohera et Turk. 

Barrage iSiMoham. elOuassini). 
Chebikia. 






' 2 tentes 

^3 d' .... 


Hassi Djedid. 
Saheb el Melah. 






3 hommes 


El Morki. 






13 d» .... 


Rakeb el Mekam. 






i 3 d*» .... 


Bou Sefeur. 




Béni bou Saïd. < 


M d" .... 
\ 4 d^ .... 


Bou Amara. 
Teniet er Remlah. 




j 


3 d» .... 


Saheb el Karroub. 




1 


'2 d" .... 


Gar Rouban. 






3 d» .... 


Rakeb el Achache. 





En 1886, nous l'avons vu', le colonel Chanzy 
signalait l'importance de Sidi Zaher. Il montrait que 
la situation de ce point, sous le méridien de Lalla 
Mar'nia, laissait aux Marocains toute liberté pour 
atteindre Tlemcen^ A l'appui de sa thèse, il rappelait 
en outre (lue les désordres de 1859 avaient commencé 
là. C'est à cet endroit, en effet, qu'eurent lieu les 
premiers engagements de nos troupes avec les contin- 
gents des tribus marocaines fanatisées par un cherif 
originaire d'Ouazzan. 

Plus au sud, il serait d'un intérêt réel que nous 
soyons maîtres du Teniet Sidi Djaber, qui fait commu- 
niquer la plaine de Missiouïn avec celle d'Oudjda et 
que le traité de 1845 a laissé au Maroc. En 1849, le 
général de Mac Mahon, commandant alors la subdi- 
vision deTlemcen, avait déjà signalé l'importance de 
ce passage, qui permet de prendre à revers les malfai- 
teurs installés habituellement dans les bois qui se 
trouvent à l'ouest des hauteurs de Mechamich, d'où, à 
la moindre alerte, ils se réfugient chez les Béni bou 
Hamdoun ou chez les Béni Hamlil. 

L'insufasance de la frontière est encore notoire 
lorsqu'il s'agit de la perception des droits de douane. 
Un bureau de ce service est installé à Lalla Mar'nia. 
Quel que soit le zèle déployé par les agents de ce 
bureau, il leur est à peu près impossible de surveiller 

* Page 49. 

« Voir éfralement ce qui a été dit sur cette facilité d'accès, pages 

74 et 75. 



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86 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



87 




d'une façon efficace une frontière si étendue. Aussi 
peut-on dire que cette surveillance se restreint réelle- 
ment à LallaMar'nia même et ses environs immédiats. 
On ne peut en donner une meilleure preuve qu'en 
relatant le fait suivant : 

En juillet 1890, une brigade de douane avait été 
installée, à Gar Rouban, sur la frontière même. Mais 
le détachement de troupes, qui tenait garnison à ce 
point, ayant été supprimé en 1893, les douaniers ne 
se trouvant plus en sûreté, durent également être 
retirés. A cette occasion, le Directeur des Douanes de 
l'Algérie fit connaître que le bureau de Gar Rouban 
n'avait fait aucune recette depuis son installation. 

Peut-être la solution de ce problème réside-t-elle 
dans la création d"un marché franc à Lalla Marnia ' 

* Plusieurs membres du Conseil général d'Oran, reconnaissant la 
nécessité pour notre commerce de la frontière , de recourir à des 
mesures spéciales, ont proposé l'adoption d'une semblable solution. 
Dans la session d'octobiv 1893. ils ont fait adopter par cette assemblée 
départementale un vœu tendant à la création à Lalla Mar'nia d'un 
entrepôt franc de marchandises destinées à l'importation marocaine. 

« Il suffît, a-t-il été dit au Conseil général, de faire un se\il vovage 
» à Oudjda. distant de 25 kil. de Lalla Mar'nia, pour être frap])é du 
••> peu de place que tiennent nos produits dans 1p commerce marocain. 

» Les Ân<>:lais. les Allemands, les Espagnols sont les maîtres 
» exclusifs d'un marché dans lequel noas ne comï)tons que pour 
'^ quelques paquets de bougies et quelques mètres de nmennerie 

^ Etablir sur le point le plus rapproché de la frontière, un 

» entrepôt dont les marchandises exclusivement destinées à l'impor- 
> tation seiaienl affranchies de loBs droits d'entre è lafrontière de 
» mer paraît d'autant plus s'imposer, et s'imposer à brève échéance. 



ou même l'établissement d'une zone franche embras- 
sant toute la région et complétée par une ligne de 

» que les récents événements de Melila sont favorables à un dépla- 
» cément du marché. 

» 

» Les conséquences pour le marché français, seraient des plus 

» considérables. 

» Un homme admirablement placé pour l'étude préliminaire de ce 

> projet, car il connaît tout le bassin de la Moulouïa. estime 
-> l'importation à 10 millions de francs ai nuels. 

> Dans un travail fort consciencieux et très documenté paru dans 

> le Bulletin 'h la Société de géographie (F Oran (octobre à décembre 
- 1892, pages 493 et suivantes), M. M'hammed ben Rahal, qui est 
V un touriste doublé d'un observateur, conclut ainsi : 

> « Comme on le voit, c'est la pénétration du Maroc par le 
» » commerce, c'est même quelque chose de plus, et. à côté de 

> * l'intérêt purement commercial, on peut escompter l'intérêt 

» * politique. 

» » En effet, lorsque par la multiplicité des relations et l'impor- 

» * tance des échanges, des courants se seront établis, des liens 

> » noués, il va de soi que les intérêts réciproques se chercheront, 
» » tendront à se rapprocher, à s'harmoniser, et — c'est la loi natu- 
» » tpHp peu à peu deviendront solidaires sinon identiques 

— n'est-ce pas là la meilleure des conquêtes et la plus profitable, 
» puisqu'il n'en coûtera rien pour la faire, rien pour la conserver 

> et qu'elle reposera entièrement sur les intérêts des uns et des 

* autres ? Ce n'est certainement pas le Gouvernement Marocain 

* qui s'v opposera ou cherchera à l'entraver, pourvu qu'il continue 
^ ^ h encaisser les droits de douane fen principe 10 ^o afl valorem^ que 
* * tout^ marchandise entrant dans ses états doit payer à ses * amins * 



\ 



> » 






» A la rigueur, pour faciliter cette opération, on l'autoriserait à 
» percevoir à Lalla Mar'nia même, comme les Espagnols le tolèrent 
^ pour Melila. J'incline même à penser que ceUe concession l"amè- 
» » nerait à en consentir quelque autre. En tout cas, il ne serait 
» » pas mauvais, je pense, d'avoir sous la main un fonctionnaire 
-► » marocain qui, suivant l'occasion, pourrait servir d'intermédiaire. 



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-j 



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C._ 




88 



FHONTIÈKK ENTRl-: 



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douaiios intérieures (]ui permettrait une surveillance 
plus efficace puis<ju'elle sVffectueniit sur notre terri- 



^ » 



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dp ropirsentanf on même d^ofage. 



» > Si la monnai.-* ps])a;jrnolc ost actui^llcnuMit rocli**rrho»' ])i\r les 

> » Marocains, c'est qno leurs transactions se font jmncipnlcnient 

> > avec Mdiln. Notre voisinajre nous fait subir forcément le contre- 

> > couj) de cette préférence. 

> > Si le courant commercial est détourné à notre protit, Tarifent 

> > français aura naturellement la i)référence, et peu à peu la 

> ^ monnaie espajrnole subira la juste dépréciation dont elle (^sl 
» > frappée jusque dans son pars d'origine. 

» * Ne serait-ce que puir anéantir ce fléau, cause de ruines pério- 

> > diques et d'une <rêne piM-pétuelle, le Gouvernement devrait 
» > adopter la création d'un marché franc h Lalla Mar'nia. > » 

A]>]>pléft df>nnerson avis sur le vœu émis par le Conseil (général 
d'Oran, le Directeur des douanes de TAlp-rie a estimé à ])lus de 
cent mille francs la dépense que comporterait la nouvelle organisation 
rendue nécessaire parla création de l'entrepôt franc projeté. Il écrivait 
à ce sujet : 

« Il est à craindre que les circonstances soient actuellement peu 

> favorables pour détei-miner le commerce français h entretenir des 
» relations plus suivies avec nos voisins. Toutefois et suivant la 
^> manière d'envisai^er les choses, il v a là, peut-être, une expérience 
■* « tenter. Mais, comme l'application d'une mesure semblable aurait 

> pour effet de concentrer sur un même point de grosses quantités de 
^> marchandises fortement taxées el représentant ]>our le Trésor un 

> intérêt relativement considérable, il importe, au ])réalable, de 
>- renforcer sérieusement le service de surveillance tout à tait insufti- 
'^ sant aujourd'hui pour réprimer les tentatives d'abus qui viendraient 
» à se produire. Autrement, ce serait la poHe ouverte à la fraude et 

> les communes et le commerce honnêîe même ne tarderaient pas à 
^> se plaindre. » 

Tel est. à l'heure actuelle, l'état de la question. Aucune suite pra- 
tique n'a pu être encore donnée au vœu du Conseil général d'Oran. 

Voir également sur celle question ce qui est dit, page 93, note 1. 



L'ALGERIE ET LE MAROC. 

toiremème, dans un pays connu, tranquille et où nos 
moyens d'action peuvent avoir toute leur portée \ 

* Pendant les derniers événements de Melila, une augmentation 
sensible a été, toutefois, momentanément signalée dans le mouvement 
commercial entre le Maroc et l'Algérie. C'est que le marché espagnol 
leur étant fermé, les Marocains se sont vus dans l'obligation de venir 
cliercher à Lalla Mar'nia, à Nemours et à Tlemcen, les savons, 
drogueries diverses, clous de ferrage, soieries, mousselines, étoffes, 
madriers, planches et surtout du sucre, du thé et du café qu'ils 
achetaient ordinairement à Melila. La cessation des hostilités a 
nimené à leur courant normal el primitif les relations commerciales 

des deux pavK. 

Actuellement, ces relations consistent principalement dans l'impor- 
tation, en Algérie, par les tribus marocaines voisines de la frontière, 
de m(mtons et de laines, et dans l'exportation de divers objets dont 
les plus demandés sont les suivants : 

Kessa ouhaïkde coton de 4™ fabrication française, la pièce. l'^OO 

(^0 5'» d* la pièce. 2 50 

d** de laine de 5" d* la pièce. 3 50 
^« 5" d* qualité 

supérieure, la pièce. " ^ 

Burnous de coton, fabrication française, la pièce 3 50 

d" de laine d* la pièce 10 » 

Calicots blancs et rouges à fr. 25, 0,30, 0,38, 0,42 et 0,50 le 
mèlre. 

Foulards de soie, fabrication française, à 18 fr. la douzaine. 
Draps, fabrication française, de 4 à 12 fr. le mètre. 
Chéchias, d° 10 à 16 fr. la douzaine. 

Bois de selle, fabrication de Tlemcen, 10 à 20 fr. la pièce. 
Housse en cuir, d" 12 à 17 fr. la pièce. 

Tapis de selle en feutre, 10 à 30 fr. la pièce. 
Divers articles de quincaillerie. 

La vente des articles français n'a pas l'importance quelle devrait 
avoir par suite de la concurrence de Melila où les Marocains trouvent 
le thé, le sucre et le café à des prix bien inférieurs aux nôtres. Ils 
▼ont, en caravane, chercher ces dernières denrées dans le port 



\ 
i» 



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C. 



90 



FRONTIERE ENTRE 



Cette situation, a^^ravt^e encore par Télévation des 
droits qne nous pereevons sur h*s uiarrliandises, a été 
la cause douiinanh» de la diminution s(Mîsible qui s"(*st 
produite depuis quelques années dans nos rapj)orts 
eoninierciaux avec le Maroc \ De tout temps, de 




ospajrnol et on profitont pour s\ jmicunn' des marrhandist's qu'ils 
Irouvcrnirnf chi'z nous à des prix aussi avanlapfenx t't même inférieurs, 
mais qui les obligeraient à un nouveau déjilaeenient. 

D'autre pari, les commerçants d'Oudjda, d'El Aïoun Sidi Meljouk 
et de Debdou viendraient s'approvisionner cbez nous plus fréquemment 
qu ils ne le font, s'ils V trouvaient des conditions aussi avauta'nnises 
qur celles que leur otlre la concurrence étrangère 

Actuellem.ent, les commerçants de ces localités, sans avoir cessé 
complètement leurs relations avec TAlgénc, tirent cependant en 
prrande partie leurs approvisionnements de Melila et de Fez. Le 
commence avec ce dernier point est surtout entretenu par Debdou, 
en raison des rapi)orts qui existent entre divei-s ctmimerçants de Fez 
et Marseille, par la voie ])lus directe et plus sAre de Tanf»-er ou de 
Tétouan. Les n<'frociants de Debdou a])portent eu Alf^érie une grande 
quantité (le monnaie espanrnole dont ils font le chan<re soit à Lalla 
Mar'nia, soit à Tlemcen. Ils prennent ensuite dans cette dernière 
ville des chèques jiavables à Marseille qu'ils donnent en ])aiement, 
mojenuant commission, aux maisons de Fez auj-iès desquelles ils se 
fournissent. Celles-ci sVn servent ensuite pour effectuer leurs achats 
à Marseille. 

Quant à la moimaie -spa^nole ainsi ajiportée en Algérie, elle ne 
tarde pas à reprendre le chemin du Maroc où elle a seule couVs parmi 
lespoimlations limitrophes, en échange des moutons et laines que 
vendent à nos commerçants les ])roducfeurs de ce pavs. 

iRenseicrnements fournis par la division d'Oran.' — Juin 1894). 

^ Cependant le commerce d'importation des bestiaux marocains 
n'a pas subi une semblable diminution. Bien au contraire, il semble 
prendre chaque jour plus d'extension en raison des besoins sans cesse 
croissants tant de la Colonie que de la Métropole. 

C'est en grand nombre que les tribus marocaines des deux rives de 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



91 



grandes caravanes s'organisaient périodiquement à 
Fez et venaient apporter à Tlemcen les produits maro- 
cains. Elles repartaient chargées de marchandises 
diverses qu'elles s'étaient procurées chez nos commer- 
çants. Aujourd'hui les mêmes caravanes viennent 
encore à Tlemcen, mais elles en repartent à vide, 
n'enii)ortant tout au plus que des allumettes ; elles 
vont faire leurs achats à Oudjda, où elles trouvent à 
bon compte des marchandises importées par le port 
espagnol de Melila. (Test, en effet, deptiis plusieurs 
années, par ce préside que se fait pres(ju(* exclusivement 
le commerce d^mportation de ces régions \ Une telle 

la Moulouïa et même des environs de Fip^uig ^Beni Guill et Doui 

Ménia) nous amènent leurs moutons. On peut estimer à cent mille 

environ le nombre de ces animaux provenant du Maroc qui sont 

achetés sur les dilîérents marchés de la subdivision de Tlemcen seule. 

C'est enraiement en jurande quantité que les bœufs marocains 

arrivent sur nos marchés. Ces animaux proviennent principalement 

du pavs des Haïaïna, des Miknasa et des Onlad Bekhar, c'est-à-dire 

de rég-ions marocaines déj?i éloif^né-s de la frontière. Ils sont escortés 

jusqu'à l'oued Za par les chérifs de l'oued Innaouen, et de là 

parviennent à Oudjda et à Lalla Mar'nia s(m,s la conduite des chérifs 

Oukili Béni Oukil). Cette importante branche de commerce a nécessité 

la création d'un service spécial de police et de visites sanitaires, 

destiné à enq.écher l'introduction d'animaux malades. Mais les 

difiicultés que l'on éprouve à surveiller efficacement celte importation 

sur une aussi {rrande étendue de territoire va sans doute nécessiter 

l'adoptii^n de mesures spéciales, telles que la création d'une deuxième 

lifrne de postes de visite sanitaire. La question est actuellement à 

l'étude. 

< C'est en 1881 que les Espa^rnols ont fait de Melila un \iOTi franc ; 
c'est depuis cette époque que ce i)réside a drainé peu à peu tout le 
commerce de la vallée de la Moulouïa , du Garet et d'une partie du 



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9t 



FRONTIERK ENTRE 



concurrence est déplorable et les réflexions, que cette 
comparaison sutrgt^re, ne sont pas en notre faveur. 
On ne peut tenuiner l'exposé de la situation conuner- 



) 



Rif. Le Sultan, avrc l'assontiniont dos Kspa-rnols, a installé nn bureau 
de douanes h Melila. et Ta eliarjré de la pereepiion des droits sur les 
marchandises. Le montant total de ces droits s'élève annuellement 
à environ 2ri0.000 fr. Mais depuis lonfrïmips déjft. le ])réposé maro- 
cain a pris Thabilude de ne justifier (pje d'une recette de 30.000 fr. 
qu'il verse chaque année dans la caisse du Maklizen. 

Il en résulte que la création d'un marché franc à Oudjda et Tinstal- 
lalion. en ce point, d'une douane marocaine seraient accueillies 
favorablement parle Sultan, qui v verrait suHouf un accroissement 
certain de ressources ])our son trésor. 

11 V a lieu de parler ici d'une mesure que les nécessités de la 
situation nous conlraip^nirent de prendre en 1881 : l'interdiction de 
nos marchés aux tribus marocaines qui prêtaient aide et assistance à 
nos insurgés ou leur servaient d'intermédiaires pour se ravitailler. 

Au moment où l'insurrection éclata, cette mesure était dé^à 
ai)pliquée aux Hamian Djend^ûa qui s'étaient retirés au Maroc ; nous 
dûmes bientôt l'étendre à presque toutes les tribus de la frontière, 
telles que Douï Menia. Oulad Djerir. Béni Guil. Mehaïa, Anjrad! 
Béni bou Hamdoun. Béni Hamlil, Béni Mafhai-. Béni Lila et Sedjaa.' 

Ce furent les Mehaïa qui provoquèrent les premiers l'application 
de cette prohibition. Avant rinsurrectîon, ces nomades nous avaient, 
en plusieurs circonstances, manifesté leurs bonnes disjïositions, mais 
au fur et à mesm-e que le mouvement insurrectionnel prenait de 
l'extension et que l'hostilité des partis marocains s'accentuait davan- 
ta<r*\ nous drimes reconnaître que les Mehaïa ne conservaient plus à 
notre éo^ard la même attitude qu'auti-efois et que leur caïd Saheli ould 
bou Reker, en particulier, usait de sa p-ande influence sur les tribus 
de la région pour nous aliéner les fractions encore hésitantes. 
Malgré cela, il continuait à rester en relations avec nous, ne cessant 
dans ses lettres de protester de son dévouement à notre cause. Nous 
nous refusâmes longtemps à croire à une pareille duplicité et ce ne 
hil que lorsque nous eûmes la preuve de la conduite délovale des 
Mehaïa et de leur chef, qui avaient pris une part active au coup de 



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L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



93 



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ciale de cette région sans parler du marché qui se tient 
deux fois par semaine à El Heïmer sur les bords du 
Kiss' : sur la rive droite se trouve le marché algérien, 

main pxocuté sur notre territoire par Si Sliman ben Kaddour, le 
17 novembre 1881, que nous dûmes décider que nos marchés de la 
frontière leur seraient fermés jusqu'à nouvel ordre. 

Cette inlerdiclion fut prononcée d'un commun accord avec Tamel 
d'Oudjda, qui. de son côté, avait intérêt à tenir les partisans du 
désordre le plus éloignés jjossible de son territoire et qui avait, du 
reste, reçu à ce sujet des instructions formelles de son souverain. En 
ce qui nous concernait, nous ne p<.uvions admettre que des caravanes 
de gens dont le caractère d'hostilité nous était bien connu, fussent 
autorisées h venir sur notre territcnre pour ravitailler les rebelles ou se 
lavi tailler elles-mêmes. 

Cette mesure, dont les Mehaïa avaient été avisés, dut i-ecevoir son 
exécution dans toute sa rigueur et c'est pour ce motif que les cara- 
vanes qui nVn ont pas tenu compte en v contrevenant, ont été 
arrêtées et saisies chaque fois qu7>lles ont été rencontrées en deçà de 
la frontière, au nord de la latitude de Teniet es Sassi. 

En Avril 188:i. le calme étant revenu dans l'ouest et le sud-ouest, 
et la tranquillité paraissant rétablie, le Gouverneur général, M. Tirman, 
sur les instances de l'amel d'Oudjda, venu le saluer à son passage ù 
LallaMarnia. leva Tinterdiction de fréquenter m»s marchés prononcée 
contre les Mehaïa et tous les autres ressortissants marocains de ce 
fonctionnaire, depuis Figuig jusqu'à la mer. 

On ne peut se dissimuler que ces mesures prohibitives, imposées 
par les nécessités du moment, n'aient eu une influence sérieuse sur 
nos relations commerciales avec le Maroc, et cela, d'autant plus 
qu'elles ont été prises presque au moment où l'Kspagne faisait de 
Melila un port franc. 

* Il V a quelques années un autre marché se tenait non loin de là, 
à Tembouchure même du Kiss, sur la plage, au lieu dit Foum Adje- 
roud. Les commei-çanls de Nemours, de Melila. des Zafarines venaient 
y opérer des transactions commerciales qui portaient principalement 
BUT les céréales. L'impossibilité d'exercer une surveillance suffisam- 
ment efHcace, sur un marché placé à la fois à proximité de la frontière 



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94 



FRONTIÈRK KNTRE 




sur la rive gauche le marché marocain. On comprend 
difficultés qui naissent de cette position pour en 



L^ALGÉRIE ET LE MAROC. 



95 



les 



la nve gauche le marcne marocain, un 
difficultés qui naissent de cette positio] 



et de la mer, en même temps que les réclamations des négociants de 
Nemours, ont déterminé l'administration à le supprimer et à interdire 
sur cette plagj tout embarquement. 

Un lieutenant de vaisseau de réserve, M. Louis Sav. qui, lors d'un 
voyage accompli en 1887, à travers la plaine de Trifa jusqu'à la 
Moulouïa, a vu fonctionner ce marché, exprime en ces termes l'im- 
pression qu'il en a conservée : 

« Le marché d'Adjeroud doit son animation toute particulière au 
» commerce des céréales, qui se fait au territoire français, sur la rive 
■> droite du Kiss, et au trafic des armes prohibées, qui se vendent au 
^ grand jour, sur la rive gauche, en ten*itoire marocain. 

9 Leur provision de poudre terminée, les Béni Snassen, les Trifa 
» i'Angad), les Oulad Mansour, les Athamna (Angad , laissent leurs 
» fusils en faisceaux dans le lit du Kiss. sur les galets, et leurs 
» chevaux sur la gi'ève, puis passent sur le marché français prendre 
> des nouvelles dans les cafés maures, et acheter des cotonnades et 
» de la quincaillerie aux Israélites de Nemours , venus à dos de 
» mulets. 

» On trouve aussi sur la rive gauche du Kiss, et non sans éton- 
» nement, du sucre, du thé et du café, rapportés de Melila par 
» caravanes, et toujours 20, 30, 40 centimes moins cher que les 
» produits similaires provenant d'Algérie. 

> Depuis l'assimilation des tarifs algériens aux tarifs de la métro- 
» pôle, les droits de douane ont tué le commerce de Nemours, port 
^> français, au profit de Melila, dont les Espagnols ont eu le bon sens 
-> de faire un port franc en 1881. 

>> La grosse question à Adjeroud, ce sont les céréales. 

» Quand viennent les caravanes du Maroc, les chameaux et les 
* mulets sont déchargés sur le sable, les tellis 'sacs) sont vidés sur 
^> les nattes, le blé mesuré mis en sac, amoncelé en tas énormes sur 
:> la plage du Kiss et recouvert de bâches jusqu'à l'arrivée des 
••> bateaux. y> Louis Say. La frontière du Maroc. Bull, de la Soc, de 
Géographie commerciale de Paris, 1887, p. 533). 

La description faite par M. L. Say, du marché d'Adjeroud, pourrait 
tout aussi bien s'appliquer à celui d'El Heïmer. Les Marocains y 



assurer la police. Aussi Fautorité militaire a-t-elle eu 
soin de détacher à cet endroit un peloton de spahis * 
sous les ordres d'un officier, et d'interdire aux Marocains 
armés de venir sur la rive droite. La ndssion de cet offi- 
cier est des plus délicates : car, s'il est nécessaire, par 
exemple, de procéder à l'arrestation d'un délinquant, 
il peut souvent provoquer sous le prétexte le plus futile 
un conflit avec les Marocains. Ceux-ci ont bien vite 
fait de franchir la rivière et de revenir en armes pour 
porter secours au coupable (}uel qu'il soit. 

De semblables incidents se produisent assez fréquem- 
ment quand on surprend des indigènes porteurs de 
poudre achetée sur le marché marocain. 

viennent également faire leurs achals dans des conditions identiques, 
après avoir laissé leurs armes au-delà de la rivière. Quelquefois 
même, des malfaiteurs algériens, réfugiés au Maroc, poussent l'audace 
jusqu'à venir interpeller nos agents de la rive gauche sans qu'il soit 
possible de châtier leur insolence. 

^ Ce détachement occupe le petit bordj d'Adjeroud que nous avons 
édifié sur la rive droite du Kiss, malgré les stipulations de l'article V 

du traité de 1845. 

Le bruit ayant circulé en 1881 que l'Allemagne s'était fait céder 
par le Sultan la baie d^Adjeroud, nous finies construire sur la rive 
algérienne du Kiss, durant l'hiver 1881-1882, un pied-à-terre destiné 
à abriter les officiers des affaires indigènes appelés fréquemment dans 
ces parages en vue de la surveillance constante à y exercer. En 1887, 
on adjoignit à ce pied-à-terre un casernement pour un peloton de 
spahis chargé de la police du marché d"El Heïmer. 

Dès les commencements de la construction de ce bordj, les Maro- 
cains s'étaient émus, se figurant qu'il était dirigé contre eux. Aussi 
pour répondre à cette prétendue menace de notre part, le Sultan se 
hâta-t-il de faire édifier un bordj semblable en 1883, sur la rive 
gauche du Kiss, à Saïdia. 



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96 



FRONTIÈRK ENTRE 




C'est, en effet, au Maroc que tous nos administrés 
des régions environnantes vont s'approvisionner de 
munitions qu'ils achètent soit àOudjda même, soit aux 
marchés marocains d'Ar'bal^ et d'El Heïmer. Ce trafic, 
qui a existé dès les premiers jours de l'occupation 
française, a toujours été impossible à enrayer complè- 
tement, en raison même de la parcimonie avec laquelle 
nous autorisons les indigènes à acheter de la poudr*^*^, 
et du prix élevé de celle que nous leur vendons. 

Les autorités françaises de la frontière se sont de 
tout temps efforcées de porter obstacle à cet état de 
choses, mais elles se sont toujours heurtées à de réelles 
difficultés provenant principalement de rim})Ossibilité 
de surveiller efficacement, avec des moyens restreints, 
une longue étendue de frontière. Il convient d'ajouter 
à ces difficultés, Tappui mutuel que se prêtent les 
indigènes entre eux pour échap])er à notre surveillance. 

Il faut connaître le Maroc et la façon dont s'y exerce 
Tautorité nominale du Sultan pour comprendre les 
difficultés presque insurmontables que rencontre notre 
Légation de Tanger quand elle poursuit l'arrestation 
des malfaiteurs dans les régions reculées de la frontière 
et où les agents de la Cour Chérifienne ont eux-mêmes 
une action très limitée. 

Aussi toutes les promesses qu'ils peuvent nous faire 
sont-elles à peu près illusoires. En réalité, nous devons 

^ Chez les Béni Snassen, 

* Les indigènes algériens ne peuvent acheter des munitions et des 
armes que munis d'une autorisation spéciale de l'autorité. 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



97 



compter sur nos propres ressources pour tenter de 
nous emparer des bandits qui infestent la frontière. 

Au surplus, les fonctionnaires marocains semblent 
avoir conscience de leur impuissance ^ et le Sultan 
lui-même n'hésite pas à recourir à des moyens dila- 
toires. C'est ainsi qu'en 1891, notre Ministre à Tanger 
obtenait une lettre du Sultan qui avait trait, croyait-on, 
à une demande du gouvernement français en vue 
d'obtenir l'arrestation des auteurs de l'attaque commise 
le 31 octobre 1890, sur la diligence de Nemours à 
Lalla Mar'nia. Mais on dut reconnaître que les faits 
criminels, visés dans la lettre du Sultan, n'étaient pas 
du tout ceux qui se rapportaient à l'attaque de cette 

diligence. 

L'amel d'Oudjda avouant sans cesse son incapacité 
et son impuissance à agir sur les populations que la 
cour de Fez attribue à son autorité nominale^, on 

* Cette impuissance est telle que, à plusieurs reprises et surtout 
lors des périodes de troubles, les tribus marocaines limitropnes, lasses 
du désordre constant au milieu duquel elles vivent, n'ont pas hésité à 
nous faire des ofifres de soumission par Torgane de leurs chefs 
respectifs. 

C'est ainsi qu'en 1884, le caïd des Mezaouïr ^\ngad), Abdelkader 
ben bou Terfas, nous demanda de placer l'anialat d'Oudjda sous notre 
protectorat. 

" Fréquemment l'amel reconnaît, dans sa correspondance, qu'il est 
dans Tirapossibilité de faire donner satisfaction à nos justes réclama- 
tions. Souvent même, il nous prie de sévir en son nom, ou bien il 
nous engage, si les coupables appartiennent à une tribu marocaine 
hors de toute atteinte, à prendre des gages sur ceux de leurs coreli- 
gionnaires qui fréquentent nos marchés. 




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98 



FRONTIÈRE ENTRE 



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s'était demandé s'il n'y aurait pas avantage à posséder 
dans la ville frontière marocaine une agence consulaire 
française, confiée à un indigène et qui aurait pu, en 
coordonnant nos réclamations, les présenter à Taniel, 
tout en étant pour nous une agence peut-être précieuse 
d'informations. Une enquête, faite à ce sujet, n'a pas 
montré que l'on doive poursuivre cette création 
d'agence. Outre la difficulté de rencontrer un indigène 
qui. en un tel milieu, présentât toutes les garanties de 
moralité désirable, on pourrait craindre qu'il naisse de 
cette installation une source de conflits et de difficultés 
véritables, sans compter que la présence d'un agent 
français, isolé au milieu de ces populations marocaines 
et nécessairement en opposition constante avec l'amel. 
ne pourrait que compliquer la situation — au lieu de 
la simplifier. 

Aujourd'hui, envisageant d'une manière différente 
la situation, notre diplomatie semble avoir admis le 
principe d'une action vigoureuse toutes les fois qu^il 
s'agirait de faire respecter notre territoire par les tribus 
marocaines. C'est ainsi qu'il a été procédé, au commen- 
cement de mai 1893, quand 350 tentes des Mehaïa, 
venus s'installer à Magoura, chez les Oulad EnNebar. 
refusaient de déguerpir. La simple menace de l'emploi 
de la force a suffi pour les faire rentrer dans leur pays. 

Quelques jours plus tard, ainsi que nous l'avons 
relaté plus haut, plusieurs douars des Béni Drar fran- 
chissaient la frontière et venaient camper au milieu 
de nos tribus, refusant de regagner le Maroc : le 



L'ALOERIE ET LE MAROC. 



99 



département des Affaires Etrangères estima qu'il 
suffisait, pour assurer ce résultat, d'une démonstration 
armée. Le Ministre de la Guerre écrivait à ce propos : 
« Les bons efiets qu'a eus, lors de l'incident de 
» Magoura, la simple menace d'une semblable inter- 
» vention, ne peuvent que nous encourager à adopter 
)) pour règle cette manière de procéder, étant bien 
» entendu que les forces que nous mettrons en ligne 
)) seront toujours assez imposantes pour prévenir toute 
» idée de résistance, partant toute possibilité de 
» conflit. » 



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100 



FRONTIERE ENTRE 



Relevé des fentes d* origine algérienne réfugiées dans les trihus du Nord-Est 

du Maroc j aupremie^^ semestre 1894. 




TRIBUS 

MAROCAINES 

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elles résident 
actuellement. 



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d'où 
elles sont originaires. 



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ADMINISTRATIVE-S ALGÉltlBNNK.S 

auxquelles elles appartiennent 



Cercles 

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annexes. 



Subdivi- 
sions. 



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sions. 



Observations. 



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Total 



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2 


1881 


4 


1881 


1 


1881 


6 


1881 


2 


1864 


15 


1879 


52 


1867 


9 


1885 


1 


1881 


1 


« 


93 1 


entes 



Rezaïna Gheraga 

Rezaïna R'araba 

Oulad Ziad Raraba 

Derraga Raraba 

Rezeigat 

Sendan 

Oulad En Nehar Raraba. 

D" 

Béni bou Saïd 

Maaziz 



Saïda. 

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Gérj'ville 

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Méchéria 
El Aricba 

LallaMar'nia 
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1881 
1864 

1881 



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Oulad Ziad Raraba.... 

Oulad Aïssa ou Guera- 
ridj 

D« 



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/ 1881 



1 tente 



Khemis 



Géryville 

D" 
D" 



Mascara 

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LallaMar'nia 



Tlemcen 



IS 



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1881 
1881 

Depuis 
1881 



5 tentes 



Béni Ouassin 

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L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



101 



TRIBUS 

MAROCAINES 
OÙ 

elles résident 
actuellcinent. 



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Béni bou Ham- 
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Total 



Sedjâa. 



Total, 



Mezaouir 

(Angad R'araba) 



Total 



El Atbamna. . . 
(Angad R'aralia) 



Total 



Oulad Ahmed 
ben Brahini . . 
(Angad Gheraga) 



Total 



Angad deTrifa, 



Total 



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de 

leur 

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Maroc. 



TRIBUS ALGKRIKNNES 

d'où 
elles sont originaires. 



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1881 

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1881 



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Béni Ouassin. 
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CIUCONSGRIPTIONS 

ADMINISTRATIVES ALGÉRIENNES 

auxquelles elles appartiennent 



Cercles 

ou 
annexes. 



Subdivi- 
sions. 



Divi- 
sions. 






Observations. 



LallaMar'nia 



D- 



Tlemcen 



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Saïda. 
Méchéria 



Mascara 
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LallaMar'nia 
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Hassan. 



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Chez les Oulad 
Ser'ir. 



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FRONTIERE ENTRE 



TRÎBIS 

MAROCAINES 

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de 

leur 

passage 

au 
Maroc. 



TRIBUS ALGÉRIHNNKS 

d'où 

olles sont originaires. 



CIRCONSCRIPTIONS 

ADMINISTRATIVES ALOiRIBNNIS 

auxquelles elles appartiennent 



Cercles 

ou 
annexes. 



Subdivi- 
sions. 



Divi- 
sions. 



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Total 



Béni Snnsscn 
1" Béni Khaled. 



2** Béni Men- 
gouch 

.> Béni Ouri- 
mèche 

Total 



1 
5 
1 

6 



ObserralioDs. 



1864 
1864 



imi 



13 tentes 



Onlad Ziad Ghéraga 

Onlad Moumen 

Oulnd Aïssa ou Guéra- 
ridj 

Oulad En NeharCheraga. 



1864 
1881 
1881 



y Depuis 
^ 1881 



1 



(Depuis 
1881 



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1881 



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1881 



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"^ \ 1881 



^ Depuis 
~ ) 1881 



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33 tentes 






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Msirda 



D" 



Oulad en Nehar R'araba 



Géryville 
D*^ 

D* 

El A rie ha 



Mascara 

D" 

D« 

Tlemceii 



LallaMap'nia 
D« 
D'' 

Do 
D« 
D" 

D« 

D" 

D« 

D" 
D" 

D« 
D" 
D« 



Tleincen 
D" 
D- 

D" 
D- 

D« 

D" 

D'^ 

D" 
D*^ 

D" 
D" 
D-^ 



Oran 
D" 

D" 
D- 



D« 

D" 
D*^ 

D" 
D" 
D" 

D" 

D" 

D" 
D" 

D« 
D-^ 
D" 



Nous n'avons 

pu déterminer 

dans quelles 

fractions des 

Anpad 

ces tontes 

etolent 
réfugiées. 



Chez les Boni 

Drar. 



Chez lesBenl 
Drar. 



D« 



Chez les Ou- 
iad ez Zeïmi 
( Oulad ben 
Azza\ 



Che« les Ou- 
lad el Moon- 

gar. 

Près de 
DriouB. 

Chez les Ou- 
lad el R'azi. 



/ 



TRIBI'S 

MAROCAINES 
OÙ 

elles résident 
actuelle me ni. 



I. 1 




tente 
nes 
dent. 


Année 

de 


s a S 


leur 


Nombre 

tiui y r 


passage 

au 
Maroc. 



Tegafeït (Oued 
Za) 



Total 



Taza 



Total 



Fez 



ToUl 



Ouaz'zan 



Total.... 
Djebel Zerhoun 



im\ 



1 tente 



186' 



1 tente 



37 

(i 
4 
1 
5 
8 
1 

5 
1 

8 
1 



1864 
1881 

la^i 

1881 
18()4 
1881 

1881 



1864 
1881 



1864 
1877 



77 tentes 
i 



1864 
1881 

1864 



6 tentes 



Total 



2 tentes 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



103 



TRIBUS ALGliiHENNES 

d'où 
elles sont originaires. 



Oulad Maallah 



Rezaina R'araba. 



Oulad Sidi Cheikh Ghé- 
raga 

D" 

Derraga R'araba 

Oulad Maallah 

Akernia 

D" 

Oulad Sidi Ahmed ben 
Madjdoub 

Oulad Moumen 

Oulad Aïssa ou Guera- 

ridj 

El Abiod Sidi Cheikh.. 
Bou Semr oun 



Rezaïnn R'araba 

Oulad Ziad R'araba 

Oulad Sidi Ahmed ben 
Madjdoub 



CIRCONSCRIPTIONS 

ADMINISTRATIVES ALGÉRIENNES 

auxquelles elles eppartienn^mt 



Cercles 

ou 
annexes. 



Subdivi- 
sions. 



Divi- 
sions. 



Obserralions. 



Géryville 



Saïda. 



Mascara 



Oran 



D' 



D" 



Géryville 
D" 
D"" 
Do 
0" 
D" 

D^ 
Do 

D" 

ir 



Mascara 


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D^ 


Do 


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Do 


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Do 


D" 


Do 


D" 


Do 


Do 


Do 


Do 


1)0 


Do 


Do 


DO 


ir 


DO 


Do 







Saïda. 
Géryville 

Do 



Do 
Do 

Do 



Do 
D" 

Do 



Mâaziz. 



LallaMar*nia 



Tlemcen 



D- 



'. * 







104 



FRONTIÈRE ENTRE 



TRIBUS 

M AROCAI NES 
OÙ 

elîes résident 
acîuellement. 



p'S 3 
c =r 

y. 



Année 

de 

leur 

passage 

au 
Maroc. 



TRIBUS ALGÉRIENNES 

d'où 
elles sont originaires. 



CIRCONSCRIPTIONS 

AimiNISTRATIVES ALGÉRIENNES 

auxquelles elles appartiennent 



Cercles 
ou 

annexes. 



Oulad Mansoni 



Total 



Oulad Settout . 



Total 



Kebdana 



Total 



Oudjda 




Subdivi- 
sions. 



Divi- 
sions. 



ObserralioDs. 



cx\ J Depuis 
^ 1881 



186'i 
1881 



17 



1881 



Depuis 
' i8Sl 

1881 



17 



n \ Depuis 

*• j 1881 

it> ^Depuis 
*^ / 1881 



83 tentes 



Msirda 
D«.. 



D" 

Béni Mengouch 

D" 

Attia 

D" 



D«, 



18<>-^ 



1 tente 



Reni Ouassin. 



1 I 1881 

Q \Depuis 
^ ) 1881 



9 tentes 



Msirda 
D".. 



2 
1 

3 

3 
4 
4 
7 
1 
3 



1864 

18(Vi 
1881 
1881 
1864 
1881 

1864 
1881 
1893 
1874 
1864(?) 
1881 



38 tentes 



Oulad Sidi Cheik Ghe- 
raga 

Derraga Cherai.'-a 

D« 

Derraga R'araba 

Oulad Abdel Kerim 

Oulad Sidi Ahmed ben 
Medjdoub 

Rezeigat 

El Abiod Sidi Cheikh... 

Mar'aoulia 

Oulad Farès 

Khemis 

Do 



LallaMar'nia 
D" 

D« 

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D« 

D'^ 

Do 

D^ 



Tlemcen 
D" 

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D' 



Géry ville 
D« 
D« 
D" 
D» 

D" 
D» 
D« 
Mcchéria 
D" 
LallaMar'nia 
D« 



Mascara 
D« 
D« 
D" 
D- 

D" 
D" 
D« 
D- 
D^ 
Tlemcen 
D» 



Oran 
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Oran 
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D^ 
D" 



A Kalaa. 



A Arbouch, 
hameau près 
da Kis5i. 

A Taggart, 
hameau près 
du Kiss. 

A Arbooch. 



Suivent les 
^pâturages de 
)Figuig A Oud- 

[jda. 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC, 



105 



CARTOGRAPHIE * 



P Trois calques ^ des reconnaissances exécutées 
dans la partie occidentale de TAl^érie par MM. Tata- 
reau, Gouyon et de Martimprey, du corps d'état-major. 

' Nous donnons ici le relevé des documents cartographiques 
ff'lalifs à la frontière de FAlgérie et du Maroc ou à la région avoisi- 
nante, qui ont servi ou ont pu servir à l'étude préparatoire de la limite 
à revendiquer avant la conclusion du traité de 1845 ou qui ont été 
publiés depuis cette époque jusqu'à nos jours. 

' Ces documents, qui n'ont pu être retrouvés, étaient joints à une 
leltre adressée le 2 août 1843 par le Ministre de la Guerre au Gouver- 
neur général de FAlgérie. Une note annexée à cette lettre donne les 
indications suivantes sur les documents en question : « Le capitaine 
^> d'état-major Tatareau a relevé, en 1832, la côte de la province 
» d'Oran. Sa carte, au400.000^ donne une faible partie du cours 
» de l'Aggierout (éoued Adjeroud), rivière qui, séparant près de la mer 
» l'Algérie et le Maroc, coule dans une vallée fort accidentée, formée 
> par les monts Aghareb et de Trifa ; son embouchure, garnie de 
•> bois, se trouve à 8.000 mètres de la Moulouïa, fleuve considérable 
■> qui arrose les provinces de Sciaus et de Garet. 

» Le commandant Goujon et les officiers de la section topogia- 
» phique de l'Algérie ont fait, au commencement de 1842, une belle 
» reconnaissance de la province de Tlemcen ; mais ils se sont arrêtés 
» sur le Djebel Zendal, à 3 lieues du ruisseau sur lequel ils placent 
■> les limites et qu'ils appellent Menasseb Khis. 

» Enfin, le commandant de Martimprej a dressé, en 1843, une 
»> carte administrative de la province d'Oran, très précieuse et remplie 
» de détails sur toutes les parties de cette province ; mais elle ne 
» comprend pas le territoire qui touche aux frontières et n'indique 
» même pas le ruisseau sur lequel les autres documents les ont 

^ placées. 
» Au surplus, tous ces documents indiquent les limites comme 



f 





106 



FRONTIERE ENTRE 



L'ALGÉRIE ET LE MAROC. 



107 



J 



2^ Carte grdvée ' d'une partie (ie TAfrique septen- 
trionale portant indication, au moyen d'une lif^ne 
coloriée et d'ajnrs les renseignements connus (en 

184:3) delà frontière pn^suniée qui sépare l'Algérie du 
Maroc '^ 

3^ Reconnaissance du terrain de Lalla Mar'nia à 
Oudjda pour serxir à Tintelligence de la bataille 
d'Islv ^ 

Levé du terrain, publié dans le Spectateur militaire 
du 15 septembre 1844, à la suite d'un article sur les 
opérations militaires contre les Marocains^ repro- 
duisant des extraits des rapports officiels du marécbal 
Bugeand. 

4^ Carte jointe au traité du 18 mars 1845, dressée 
d'après les travaux de FÉtat-Major et gravée au Dépôt 
de la Guerre en 1845. Le nom du commandant de 
Martimprey, chef d'escadron d'état-major, chargé du 
ser\-icetopographiqne de la i)rovînce d'Oran, s'y trouve 

» partant de la mer et s'élevant . par une lig-ne plus on moins sinueuse, 
» jusqu'à la chaîne du Petit Atlas, qui, dans cette partie, esl fort 
» rapprochée de la mer. Les limites se prolon^-ent ensuite dans la 

> même direction jusqu'au déseri d'Anjrad, laissant Oudjda à l'ouest. 

> Tel est, à peu près, le tracé de la fi'ontière sur notre carte générale 
» de l'Alpj-érie. » 

^ Cette carte était également jointe à la leUre du Ministre de la 
Guerre du 2 août 1843. 

Elle est extraite de la Carte du bassin fie la mer Méditerranée, dressée 
au Dépôt de la Guerre en 1840. 

- Nous reproduisons une jiartie de cette carte, planche I. 
3 La frontière s'y trouve indiquée approximativement. 



inscrit. La signature et les cachets des plénipotentiaires 
y fifj:urent également \ 

5'' En 1S51, le gf^néral de Mac Mahon, commandant 
la sul)divisi(m de Tlemcen, en raison du manque de 
concordance de la carte prf^cédente avec le traité, fit 
faire une reconnaissance de la frontière par une 
brigade topographi(}ue composée de : 

MM. iVAbraxtrs, capitaine d'état-inajor; 
LoYSRL. lieutenant d'état-major; 
Thomas, sons-lieutenant au 11" léger ; 
Fmu, lieutenant au 9* de ligne, détactié 
aux affaires indigènes. 

L'original du levé exécuté par ces officiers se trou- 
vait, en 18(S9, au bureau arabe subdivisionnaire de 
Tlemcen ^ 

6" En 1874, le général Osmont, commandant la 
division d'Oran, décida, sur la propositi<m du général 
Carleret, commandant la subdivision de Tlemcen, de 
faire exécuter le levé de la frontière de Ras Asfour à 
la mer ^ Ce travail fut exécuté par le capitaine 

* Nous donnons une réduction de cette carte, planche VIL 

' Une copie exécutée en 1873 par le capitaine Meunier, chef du 
bureau arabe, existe dans les archives de la Direction divisionnaire 
des Affaires arabes d'Oran. 

•■* Le général Osmont se proposait de saisir ultérieurement le 
Gouverneur général de la question de révision de la frontière. Le levé 
exécuté devait faciliter leur tâche aux plénipotentiaires chargés de la 
révision. 



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108 



REGION MAROCAINE 



LIMITROPHE DE LA FRONTIÈRE. 



109 




Godolier ; il fut secondé par tieux officiers du 53*^ de 
ligne ^ 

Il n'a pas été j)ossible de retrouver la minute du 
levé qui a dû être exécuté à cette époque. 

7" Carte de la frontière entre TAli^^érie et le Maroc, 
à Téchelle di 



■200.0(10 



, dressée (à Alger) d'après les 
documents existant au Service toi)ographi(iue du 
19*^ corps d^^rInée. (Carte du commandant Titre, 1877j. 

S" Frontière d(^ TAlpérie et du Maroc, au ' 

carte graxée au l)éj)ôl de la Guerre (eu trois couleurs^ 
1879. 

9^* Carte topograidiique de FAli^érie au — ! (en 

^ ^ ^ 50.000 \ '* 

sept couleurs). Feuilles déjà parues : 237, 238, 2(58, 2()'.). 

Et carte de l'Algérie au .^„„|,,„„ (en quatre couleurs^ 
Feuilles 30 et 41 \ 

Cartes en cours de publication , éditées par le Service 
géographique de l'Année. 

* L'un d'eux était M. le sous-lieutenant Couderc, aujom-d'hui 
sous-intendant militaire. Il a travaillé pendant plus de six mois entre 
Adjeroud et Sidi bon Ljenaiie. 

* Nous donnons une réduction de ces deux feuilles, planche VIII. 



CHAPITRE II. 

Description de la région marocaine immédiatement 
limitrophe de notre frontière. — Routes. — Lieux 
habités. — Ordres religieux. 



DESCRIPTION DE LA RÉGION. 

T,e pays marocain situé à l'Ouest de l'Algérie appar- 
tient tout entier au bassin inférieur de la Moulouïa. 

Avant d'étudier plus spécialement la région qui 
touche à la frontière algérienne, il paraît nécessaire de 
donner, à grands traits, un aperçu général du cours 
inférieur de la Moulouïa et de sa vallée. 

Après un long trajet à travers les montagnes et les 
plaines de son cours supérieur, la Moulouïa pénètre 
dans son bassin inférieur j.ar un défilé (kheneg) resserré 
entre le Djebel Debdou à droite et un massif innommé 
à gauche, massif (lui appartient au système du xMoyen 
Atlas marocain et où se trouve une kasba, celle de 
Refoula, qui appartient aux Hallaf. 

1 C'est la partie de la chaîne occupée, à quelque disfance du 
fleuve, par les Béni Ouaraïne. D'où, nous l'appellerons, Djebel Béni 
Ouaraïne. 



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f 



* J 




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110 



RÉGION MAROCAINK 



LIMITROPHE I)K LA FRONTIERE. 



111 



V t 




En sortant de ce dt^fîlé que nous désignerons sous le 
nom de défilé de Refoula, le fleuve reçoit sur sa gauche 
Toued Mellilo^ qui coule entre le Moyen Atlas et la 
chaîne de R'iatsa et vient se réunir à la Moulouïa \ 
Celle-ci longe en même temps, à droite, une vaste 
plaine désertique , celle de Tafrata , limitée au Nord 

* La Moulouïa. (diffri-onfos orfhog-raphes : MIouïa . Molouva. 
Duvevrier écn( Molouva). le plus long- ileuve du bassin niéditcm»- 
néonde la Borbério toute entière, est relui dont le conrs est encore 
de beaucoup le moins connu et peut-é're le plus mal représenté 
sur nos cartes, car, sauf les points vus par MM. de Foucauld, 
Duvejrier et de La Martinière, sontmeé, si hardiment arrêté sur les 
documents {réoprrapLiques, n'a d'autre valeur que celle d'une suppo- 
sition. C'est a M. de Foucauld que la science doit la connaissance 
de la haute Moulouïa et jusqu'à ces dernières années nos informa- 
tions positives sWrêtaient à l'embouchure levée en 1873 par M. le 
capitaine de vaisseau Mouchez. La caHe de cet éminent hvdrojrraphe 
suspend pnidemment le tracé du ileuve à 3400"' de la côte ; en le 
prolonj^eant de deux kilomètres le cartographe eût consacré une erreur 
sur un document géographique officiel. 

Nous avons traité dans notre étude du tracé de la frontière, des 
renseignements antiques transmis jusqu'à nous par les géographes et 
les historiens anciens, nous avons étudié alors l'étvmologie du nom 
Moulouïa ; quelle que soit, en tout cas, la racine du nom classique 
Mulucha, peut être bien « (rivière) rovale ^ en phénicien, le nom 
arabe Moulouïa « contournée, damasquinée .. tout en rappelant le son 
de la vieille appellation, caractérise parfaitement le cours du fleuve 
Ln effet, si restreintes que soient nos connaissances sur la Moulouïa 
nous savons qu'elle décrit des méandres qui atteignent jusqu'à 
40 kilomètres à angle dmit dans sa direction générale. L'esprit arabe 
au surplus, mme les jeux de mots sur racines sémitiques ou autres. 
La Mouloma prend sa source au Djebel el Âïachi , massif d'une 
hauteur d environ 3.500™ couvert de neiges éternelles et qui fait partie 
de la chaîne du grand Atlas marocain, à droite de la route de Fez au 
latilalet, dans Touest du col de Tizi n'Telremt. 



i 



par les hauteurs peu accentuées (|ui unissent le prolon- 
gement de la chaîne des R'iatsa à celle des Heni bon 
Zeggou. C'est dans la partie septentrionale de cette 
plaine queToued Za vient rejoindre la Moulouïa. 

Après les dernières pentes de la (chaîne des R'iatsa 
qui s'avancent sur sa rive gauche^ le fleuve entre en 
])laine. II traverse de vastes espaces unis et déserts qui 
s'étendent très loin à l'Est et à l'Ouest. Cette immense 
plaine j»rend, sur la rive gauche, le nom de Djel, puis 

celui de Garet. 

Une chaîne de collines peu élevées sépare le Djel du 
Gâret, c'est le Guelez '. Sur la rive droite, la j)laine est 
connue sous le nom d'Angad. 

Dans cette surface unie et ]»resque sans obstacles, la 
Moulouïa coule en décrivant vers l'Orient une immense 
boucle (jui se termine au confluent de l'oued Sidi Okba 
(Oued Ksob), le collecteur des eaux de l'Angad. Là 
aussi se termine la plaine ; le fleuve longeant d'abord 
les pentes ouest du Djebel Heni Snassen, se fraye bientôt 
un chemin en montagne entre le Djebel Béni Snassen 
et le Djebel Kebdana. Mais les hauteurs de ce dernier 
massif l'accompagnent jus(ju"à la mer tandis que sur 
sa rive droite s'étale une dernière plaine, celle de Trifa. 

(je rapide exposé du cours de la Moulouïa était néces- 
saire avant d'aborder l'étude plus détaillée de la région 
marocaine voisine de notre frontière, région limitée par 

^ Orthographié aussi Guëliz. I! existe à Merakech. et désignée du 
même nom, une série de petites collines analogues d'aspect au Guelez 
de la plaine d'Angad. 




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)» 



i 



112 



REGION MAROCAINE 



LIMITROPHE DE LA FRONTIERE. 



113 



) 



les montagnes de Debdou au Sud, la mer au Nord, la 
Moulouïa à rOuest et la frontière algf^rienne à l'Est. 

L'espace ainsi délimité ne comprend en réalité que la 
partie Est ^rive droite) du bassin inférieur de la Mou- 
louïa, aupfmentée toutefois de la idained'Oudjda. Celle- 
ci qui va jusqu'à Lalla Marnia n'est, à proprement 
parler, que le prolongement vers TAlgérie de la plaine 
d'Angad; elle en est séparée ]>ar des hauteurs peu 
accentuées. La plaine d'Oudjda déversant ses eaux dans 
la Tafna, appartient au bassin de ce fleuve algérien. 



OROGRAPHIE. 

Comme nous avons pu le constater plus haut, le 
bassin inférieur de la Moulouïa est sillonné de massifs 
montagneux qui se rattachent au système orograpliique 
marocain, dont ils ne sont en quehpie sorte que le ])ro- 
longement au-delà du fleuve. En outre, ces massifs, 
sur Tune et l'autre rive, sont séparés les uns des autres 
par de vastes plaines. 

C'est ainsi qu'au Sud, la plaine de Tafrala est boniée 
par le Djebel Delxhm, prolongement du Moyen Albs, 
tandis que vers l'Est cette même jilaine a pour limites 
le Djebel Oulad Amer et le Djebel Heni hou Zeggou. 

Plus au Nord, la plaine d'Angad s'arrête dans sa 
partie méridionale aux mouvements de terrains (}ui 
prolongent sur la rive droite de la Moulouïa la chaîne 
des R"iata, et qui se relevant peu à peu , viennent 



former le massif des Béni bon Zeggou. De ce dernier 
se détache, vers le Nord-Est, une série de hauteurs 
plus ou moins élevées et plus ou moins accessibles , 
connues sous les noms de Djebel Zekkara ^, de Djebel 
bon Keltoum, Djebel Djerada, etc. . . Elles vont rejoindre 
le système orographique algérien vers Ras Asfour, sur 
la frontière. Cette chaîne secondaire limite à l'Est la 
plaine d'Angad et la sépare de celles de Tiouli et de 
Missiouin. 

Enfin, au Nord de la plaine d'Angad et au Sud de 
celle de Trifa , se dresse le massif des Béni Snassen, 
prolongement du Rif marocain. Cette montagne qui 
commence à dix kilomètres de Menasseb Kiss, près de 
la frontière algérienne, vient finir à la Moulouïa en 
suivant une direction sensiblement parallèle à la côte. 
Le massif qu'elle forme a environ 70 kilomètres de lon- 
gueur sur une largeur moyenne de 26 kilomètres. Son 
point culminant , le Ras Foural , haut de 1420 mètres 
environ , domine de sa masse imposante les plaines 
euvirouuautes. 



HYDROORAPHIU. 

La région marocaine que nous étudions ne contient 
qu'un cours d'eau un peu important déversant ses eaux 
à la Tafna. C'est l'oued bou Naïm qui coule à peu de 

^ Le Djebel Zekkara semble former un ilôt dans la plaine. 






* * 






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8 



114 



RKdION MAROCAINK 



-\ 



distanco d'Oudjda ol qui, a|)r^s s'èlr<* grossi do r< )\uu\ 
Isly, va rejoindre, près de la froulièn*. !'( )ued Mouilah, 
affluent de la Tafna. 

Les affluents de la Moulou'ia dans la rétrion étudiée 
sont peu ncunbreux. Nous citerons eu allant du Sud 
au Nord : 

L'Oued Za. — 11 prend sa source auprès des })uits de 
Tisrein , chez les Ait TserVouchen , dans cette ])arlie 
des Hauts Plateaux que les nomades nuirocains de 
TExtrême-Sud nomment Dahra. L'oued Za porte alors 
le nom d'oued Cbaref, nom qu'il conserve jus(ju'à 
Kasba Ras el Ain des Beni-Mathar où il arrive après un 
long parcours dans un pays désert. Il parvient ensuite 
à Guefaït (Tegafefti où il change brusquement d'aspect. 
Sa vallée, jusqu'alors aride, se resserre entre le 1 )ieb<d 
Béni bon Zeggou à droite et le Djebel Uulad Amer à 
gauche, et contient dorénavant de nombreux jardins. 
Enfin, dans la dernière partie de son cours, abandon- 
nant la montagne , il coule dans la plaine de Tafrata , 
formant une bande de verdure à travers les cami)e- 
ments des Béni Oukil. On trouve de l'eau dans l'oued 
Za, depuis Ras el A'in des Béni Mathar jusqu'à son 
confluent avec la Moulouïa. 

L'oued Sidi Okba (oued Ksob). — 11 prend sa source 
chez les Béni Yala, reçoit à gauche l'oued Mesegmar 
qui vient du i»ays des Béni bon Zeggou el passe à peu 
de distance de Kasba El Aïoun Sidi Mellouk. 

Divers autres cours d'eau peu importants descendent 
du Djebel Beui Suassen et se jettent dans la Moulouïa. 



LlMITHOPHl'; I)K LA FHONTIKRK. 



115 



Nous citerons seub^meul Toued Chernla (oued Sidi 
Mohaïunied ou Aherkan) dont IVau passe pour avoir 
propagé le cli(déia eu 185U, <laus la colonne du Général 
de Martiniprey. 

Kniin un cours fPeau mérite encore d'être nien- 
tioun*'». (r«»st l'oued Kiss , (pie suit la frontière pendant 
une parti(^ de son cours. 11 n'a pas, du reste, d'autre 
iniporlance que celle qui lui a été dévolue par le traité 
de 1H15. 

Dans les montagnes de toute cette région, Teau 
abonde, mais les sources considérables sont assez rares. 
On peut cependant noter dans la montagne des Béni 
Snassen : au nord, Aïn Regadda, où campa la colonne 
d<» Martiniprey; au sud, Aïn Berdil, près de la maison 
du caïd El Hadj Mohammed bel Bachir, et Aïn Sfa, où 
se trouvent de beaux jardins. Ces sources sont tout à 
lait au pied de la montagne et peuvent servir à 
abreuver une colonne contournant le massif monta- 
gneux. 

Dans la plaine de Trifa , on cite Aïn Sidi Mansour et 
Aïn Zerga, au Nord-Est et au Nord-Ouest d'Aïu 
Reggada, et Aïn Zebda, intermédiaire entre Aïn Zerga 
et la mer. 

Dans la plaine d'Oudjda , les points d'eau remarqua- 
bles sont les suivants : 

P Aïn Sidi lahia , à 5 kilomètres Sud-Est d'Oudjda 
dont cette source arrose les jardins. Le débit qui eu a 
été estimé en 1880, par M. le Capitaine Journée, à 
270 litres par seconde, est constant pendant toute 




^ 



116 



RK(^.10N MAROCAINE 



rannt^(\ Los eaux so rondont à Oudjda par doux 
canaux ù ciel ouvort. Elles contionnont uni» ibrt<» pro- 
portion do bicarbonate do chaux qui no les rond pas 
impropres à la boisson. 

2" Aïn Tinsaïn, sur la route de Lalla Mar'nia ù 
Oudjda, à 10 kilomètres de cotte dorniènMilb*. Elle 
donne environ 30 litres par minute, mais un aména- 
gement do la sourct* augmenterait probabloiuïMit la 
])roportion d>àu utilisable. 

3" Aïoun Serak , petites sources peu importaïitos au 
Sud d'Oudjda. Elles sulïisent à peine à la consomma- 
tion des douars voisins. 

4'* Aïoun Sidi Soltan , plusieurs sourct^s p<ni ini])or- 
tantesàrOuestdX)udjda. ^ 

Dans cette ville mèmej on trouve plusi(mrs jïuits 
fournissant de Teau de très bonne qualité. 

La plaine d'Angad est très pauvre en eau. Les 
rivières qui la traversent on sont généralement dt^jxïur- 
vuos. Cependant la nappe aquifère y lest peu profonde 
(7 à 8 mètres) ce qui a permis aux triftus qui riiabitont 
d'y creuser quelques puits pour leurs besoins. Le seul 
point d^eau important que Ion puisse y signaler, est 
El Aïoun Sidi Mellouk à 60 kilomètres environ 
d\)udjda, avec des jardins et une Kasba où réside un 
caïd investi par le sultan, celui des Sedjaa. 

Chez les Boni bon Zeggou, la nuiison du caïd 
Haoummada se trouve p-ès d'une belle source en 
pleine montagne, appelée M'ta ech Gheurfi. 

Aucun point d'eau n'est à citer dans la plaine de 



LIMITROPHE T)K LA FRONTIERR. 



117 



Tafrata. Quant au Djebel Dehdou, on y signale de 
nomhnMisossounu^s, principalement à Dobdou môme 
ou dans les environs immédiats. Toutes s<^, déversent 
d;ins Toued I)(^bdou. Mais cotte rivière se perd dans 
\d plaine do Tafrala, sans atteindre^ la Moulouïa. 



ROUTES. 

Los plaines situées au Nord, collos du Sud et le 
pays facili» situé à l'Est pormotlont de se transp(»rtor 
d'un côté ou do Tantro de la chaîne de hauteurs (jui 
sé])arent les doux bassins de la Moulouïa et do la 
Tafna: il suffit donc d'énumérer les divers cols qui 
pormotlont do la traverser. Nous les citerons dans 
Tordre où ils se trouvent en commençant par TEst et 

aUant à TChiest. 

Le premier est Teniot Sidi Djabeur qui réunit la 
partie nord de la plaine d'Angad avec celle de Mis- 
sionin au Sud et, ]»ar suite, avec les Hauts Plateaux. 
Ce col est large , facile , un peu boisé et mémo carnts- 
sable dans toute son étendue. Il a été parcouru jadis par 
nos lroui»essous les ordres du Général (lavaignac. La 
colonne de ce Général traînait avec elle des pièces de 

campagne. 

A l'ouest de Toniet Sidi Djabeur se trouve un autre 
passage qui relie la plaine d^Angad avec celle de Tiouli 
et. par suite, avec les Hauts Plateaux. On le nomuie 
Oum El Haïran. Il débouche, en partant de Tiouli dans 



(' 




118 



HK(ÏI()N ÎMAROCAINK 



la plaHKMl'ATifrn,], on un poitif, (}no IVii tiomino Bon 
i?ahr. \ Ton. si .i'OïKljdn. Ce col ir^st iminl In^ Hifli- 



nW: il a environ trois kiloniètrosdt» I 



Kst oM boi 



S(M 



1) 



oni^-; saparlieSiHl- 



ans son parconrs, il laisso. A !*( )nosl 




^ 



im piion hicîi (•onim 
<'l qiif !"(>ii niuiiuic 
Aliiliscr hcii Kelvin. 
Il suflil (riii(li(|iicr ici 
l»iir lui jx'til dessin 
la tonne de cet ;ieci- 
<l.Mil de l(>rniin isolé pour (|,roii ne puisse s'y nié- 
pivndve. il esl situé sur le territoire des Heni Im1;i. 
A rouesldueoldeOinn et Hmnui. se trouve cehii de 
D.icriida (|ui passe entre le pi|,ni de Maliser hen Mekiii 
<'• I'" l».iH)ol 1)011 Kellouiii. Trois issues condiiiseiil des 
liants IMateiiux .hmsTeniet Djerada. Os trois pnssa-es 
sont : ■Pei.iel Okhn ù rKsI . Teiiiel Djera.h, m V{ Inest^l 
Toiiiet Djerida an centre. l,e point d.> r.-nconire est 
situé au pied el A l^KsI du Djebel Imu Kelluuin. Kn 
conliniianl A marcher vers le Nord s.> trouve. d;,ns le 
(loliléuni(iue,,ui -arde le nom de Djerada. une s,uirce 
importante ,,ue l'on nomme Aïn (tiiemlouda . appelh,- 
tioii (]ue Ton donne (iuel,|iie{ois au col où elle se 
trouve. Cet col esl Imi-kc facile. (,uoi.|iie un peu boisé, 
SOS débouchés ,lans le Su.l ne sont étroits ,iue sur un 
pplit parcours. 

Lp territoire des Keni bda se trouve coniié en deux 
par le col de Djerada ,,ui vient «Misuite. dans la partie 
Nord, longer la limite des Zekkara et des Béni lala. 



IJMITROI'IIK I)K \A FRONTIKRK. 



110 



pour déboucher dans la plaine d'Angad, dans le voisi- 
nage de la tète des eaux <le l'oued Isly. 

A l'ouest du Teniel Djerada, se trouve le col nouinié 
Teniet Metnuih (jui limite le pays des iV'ui lala de 
,,Hui des Meni bou '/egf,M)u. Il réunit les Hauts i'lat<'aux 
avec la partie de la plaine d-Au^Hl habitée par h'S 
Sedjaa et les Adiaclie (traction desMeliaia). Ce col est 
larae dans toute s(m élen<lue. à rexception d"une partie 
longue (le six à s<'pt cents mètres. Il est un peu boisé 
sur les côtés. I/entrée, située au Sud, se trouve à une 
dislance .renvin.n huit kilomètres à fesl de la Zaouia 
de (Juelait (Tegateit) OÙ rési<ie un persoiina^^e reli- 

triiMix intluenl. 

Knliii . il nous reste à i)arler d'un autre passage 
:,boutissant à la haute iVloulouïa. On Tappelle Teniet 
l}(>/,7.ou/,. Il est étroit, long et bordé de montagnes 
assez dilliciles. (>iant à la route elle-même, située 
dans le bas. elle est d'un parcours très aisé. Il n'y 
aurait à craindre dans ce passage (|ue la résistance 
de rennemi. Le col de Dezzou/ a une direction Ksl,- 
Ouest. H réunit la chebka de Méridja , <|iii domine 
le Dahra, avec la plaine <le Tafrata (pii abf.utit a la 

Mouloina. 

Si maintenant la colonne ' avait à opérer dans la 
plain.> de TriCa ou dans la parti(^ nord <le la plaine 
(lAngad pour se porter de là sur la haute Moulouïa , 

. l)'fl,„ès m. travail .■lal.li .n 1893, par le lieul-nant de Beaufort, 
du bureau arabe de Lalla Mar'nia. 



,i 







120 



RK(ilON MAROCAINE 




ou oiilin .-liez los Bciii Snass^n, die aurait trois che- 
iiiiiis ' principaux à suiviv. 

Lo pr.Muipr part .le Menasscb Kiss piuir abnulir à 
Ch.M-raa, uiarclu- important. 11 est bon .4 constaniinenl 
•'u plaine, mais sans eau. On pourrait repeTidaut en 
trouver en laissant la route au Nord et en suivant le 
pieil de la montat^ne où Ton rencontre les sources 
(l"Ar"bal. près du nuu-cbè de ce n(un et de Repulda'-. 

I/aulre chemin part de Lalla Marnia. passe à ( )udj.la 
ot conduit à la Moulouïa sup6h-ieure. Il est è^^alement 
bon et facile mais sans eau entre Oudj.ia et l<:i Aïoun 
Sidi Mellouk, sauf quelques rares redirs dans Toued 
Isly et Toued bon U'edim. ITEl Aïoun Sidi Mellouk 
à nmed Za, il y a encore 25 ou :î() kilomètres à faire, et 
15 (ui ■>{) de Toned Za à la Moulouïa. Des charrettes 
peuvent sans trop de difficulté aller d'Oudjda à El 
Aïoun Sidi Mellouk. I/expèrience en a du reste déjà 
été faite. 

Enfin pour se porter chez les Béni Snassen, il existe 
deux chemins. Le premier, qui a été suivi en 1855) 
par la colonne de Martimprey . part de Menasse!) Kiss 
ei passe par Aïn Regadda et le Teniet Tafouralet. Le 
second va de Sidi Aïe.l à Sefron. Il sVlève ensuite j.ar 
des pentes assez douces et en passant par des silos 

' Il nVxisfP pas an Maroc dp routos ontrel.nups comme les nôtres 
n.a,s ,s,mplemcn. dos direc.ions suivies, des pistes tracées par 1'usaj.e' 
des senf.ers. (.Vst dans ce dernier sens qu'il faut entendre les mots ' 
route ou chemins, quand nous les employons. 

- Où se trouvent ég-alenient des silos. 



LIMITROPHK DK LA FRONTIERE. 



121 



situes non loin de ce grand marché, jusqu'aux villages 
des Heni bon làala et des Béni Attigue et se continue 
ainsi ius(|u"ati\ IV'ui Durimèche. 

Il n'existe enfin ((ue deux roules praticables aux 
colonnes pour passer de la [»laine d'Angad dans celle 
de Trifa. La première, située chez les Béni Khaled, 
passe par le Teniet el Guerbous et Rounan qtii com- 
niatule le village d'Ar'bal. Elle est relativement facile. 
La seconde, plus a(;ci(lenlée. jiasse par le Teniet Tafou- 
ralet, en prenant par Aïn Sfa , Sidi bon Houria et Ain 
Uerdil. C'est la route de retour de nos troupes en 1^59. 



LIEUX HABITÉS. — KSOUR. 



En dehors du massif des Béni Snassen où les habi- 
tants vivent dans de nombreux villages', les lieux 
habités (riine façon permanente, dans la partie Est du 
bassin inférietir de la Moulouïa, sont assez rares. 

Nous les éttulierons daiis Tordre suivant : 

1" Ksour du Djebel Debdou ; 
'2" Ksour de l'oued Za ; 
3" Kasba El Aïoun Sidi Mellouk ; 
4" Oudjda. 

1 Nous n'avons pas jupe utile de décrire ici d'une manière spéciale 
les lienx habités (villafres) des Béni .Snassen qui sont fort nombreux ; 
nous en parlerons plus loin, dans l'étude descriptive que nous donne- 
rons de la tribu tout entière. 



** 



Î22 



RKiilON MAROCAINE 



*'.-■ 




1" K'soffr (lu Djehrï Dehhw. 

L(MnnssilMu Djclx^l Dcbdoii coiilitMil un assoz ^nuid 
noiiihn' (1(> villi»K*^s cl do Ksonr .ioîil riMisombh» \mn\A 
le lioiu a)lhH'lil'(l(' l liions Dohdou. On |)(miI lo |)arlîH'(*r 
<M) (rois f>ronï>i*s bion distincls. Co sont : 

a. — l.(»s villnp^s d(*s W\\\ Kiis ; 

h. — Les Ksour A\\ versanl oecidfMilal do la inon- 
tafxno ; 

(\ — Los villaj^^os do l'ouod Dolxlou. 

Los villairos dos Boni Riis au iioiu])ro d(^ kV^xw (Onlad 
bon ol Hoiil ot ( )nlad ( XmaiO. sont situés dans la \ allôo 
d"nn |)otil aninout Ai- la Moub)nïn inloriiMiro. Nous no 
los oilous ici (juo |)our uiomoiiv. oomnio du roslo coux 
du vorsanl oooidoul;d A\\ l)j<^bol Dobdon , oar ils sont 
oronjus par dos IVaolions dos Oulad ol Iladj iloîil il 
sera j)arlô daus nuo aulro (^ludo. 

Los villai^os A(^ l'ouod Dobdon soni au nouibiv .|o 
sopl. Lo pins im])orlaut os( Dobdou , situô au loud Ai- 
la vallf^o oi douiiu*^ jïar nuo Kasba o\\ parlio ruinôo. Il 
doiuio sou uoui à la valloo où il so Irouvo appolô par los 
iudig-èuos Kl Dobdou. 

M' Do Fouoauld qui a visilô lo ])ays do Dobdou, i-w 
ISS;}. <ionuo los iudioaiioTis suivantes sur les villai^os 
qui s y trouvent, (^e sont, en doseon<lant le eours do 
la rivière : 



Dobdou (;^)0 familles jnim. 10() ransDlmanes^ rive droite.. 

K^sba Dobdou rive droite . 

Koubbouin 



- 1()0 fusils. 
. 50 » 
rive droite... i5 * 



blMITHOPMK I)K LA FRONTIKHK. 123 

Kl Mosaila rive gauche.. iOf) fnsils. 

Mou Aïach rive gauche. . 10 > 

Sollaout fla'ïc droit . . . U) - 

pinucli llâ"^ gaucho. ;50 *> 

l'entre Hou A'iaob ot Sollaout, sur le flanr (Lroit de la 
valloo, so trouvent doux groupes de tentes installées en 
|)ernianon(*e anj)rôs do soureos ot au nnliou do jardins. 
Ce S(Hit lesHoui Faoliat(ir)0 fusilsj ot les Boni Oudigel 

(30 fusils). 

De Konoanld nous a faille tableau do la situation 
du Ksar Ao Dobdon. nous no pouvons mieux faire 
(|uo d'en re|»rodnire les ternies : 

ff Dobdou est située dans une position délieioiise, 
„ au piod du tlano droit do la vallée, ([ui s'élève en 
). ninraillo perpondioulaire à HO métros au-dessus du 
). fond : il ferme une liante paroi A(^ roohe jaune, aux 
» tons d(»rés, (jne do longues lianes rayont Ao leur 
>. feniUage soml)ro. Au srmimot se Irouvo un plateau, 
)> avec une vieille forlorosse drossant avo(Mnajoslé au 
V bord du |)réoi|dco ses tours croulantes et son baut 
). minan^t. Au-delà du jdatoau , une suc'cossion do 
., murailles à pi(^, ot de talus escarf»és s'élève jusqu'au 
). failodu flanc. Là, à 500 mètres au-dessus do Dobdrtu, 
.) se dessine une longue crête couronnée d'arbres, la 
» (jrada. Dos ruisseaux, se précipitant du sommet de 
n la montagne, bondissent en hautes cascades le long 
>. de ces i»arois abruptes et en revêtent la surface de 
» buirs mailles (Fargonl. Rion no peut exijrimor la 
» fraîcheur do ce tableau. Debdou est entourée de 




'*4ihLtte^^. 



124 



REGION ATAROCAINE 



LIMITROPHE DE LA FRONTIÈRE. 



125 



-^ 



^' jardins superbes : vignes, oliners, fifrni.Ts. prena- 
» diers. iièehers y forment aui)rès de la ville de i)rofonds 
» bosquets et au-delà sVtendent en liiine sonibre sur 
» les bords de l'Oued. I.e reste de la vallf^e est couvert 
» de prairies, de champs d'orge et de blé se prolongeant 
» sur les premières pentes des flancs. La bourgade se 
» compose d"en\-iron 400 maisons construites en pisé ; 
» elles ont la disposition ordinaire : petite cour inté- 
» rieure, rez-de-chaussée et i)remier étage ; comme à 
)) Tlemcen. bon nombre dp cours et de rez-de-chaussée 
» sont au-dessous du niveau du sol. Les rues sont 
» étroites , mais non à l'excès comme dans les Ksour. 
^) Point de mur d'enceinte. La localité est alimentée 
)) par un grand nombre de sources dont les eaux sont 
» délicieuses et restent fraîches durant l'été; l'une 
» d'elles jaillit dans la partie basse de Debdou, à hi 
» limite des jardins. Le voisinage en est abondamment 
» pourvu: Kasba-Debdou , la vieille forteresse ,|ui 
« domine la ville . en possède plusieurs dans sou 
» enceinte ». 

Les habitants du pays de Debdou. les Abl-I)ebdou, 
comme on les appelle, sont de races mélangées. Pour 
un motif encore inexpliqué, le nombre des israélites 
vivant dans la région est supérieur à celui des musul- 
mans : les juifs forment les trois quarts de la population. 
Debdou est peut-être le seul point du Nord de l'Afrique 
où pareil fait ait été encore signalé. Il y existe une 
mellah'. Quant aux musulmans ils paraissent être 
' Quartier isolé et séparé exclusivement habité par les Juifs. 



d'origines diverses, arabe ou berbère. Les uns se 
servent de la langue arabe, les autres font usage du 

cliellah '. 

Le pays de Debdou est placé sous l'autorité du caid 
de Taza (jui, chaque année, vient faire une tournée dans 
la région pour récolter l'impôt ou envoie desMokhazeni 
pour le suppléer. Mais l'autorité administrative de ce 
fonctionnaire marocain ne s'étend qu'aux musulmans 
des Ahl-Debdou. Toute la partie juive de la popuhition 
relève d'un des pachas de Fez, chargé de recevoir le 
tribu! qu'elle paie. C'était, en 1883, le i)acba (Juld Ba 
Mohammed Cliergui. dans la suite et momentanément 
celle situation fut modifiée, le sultan y ayant nommé 
temporairement le knid Uul.l Ab.lerrahman ben 

Cheleh. 

Il y a à Debdou même un nmrché permanent qui, 
.d.a.iue jeudi, attire un plus grand nombre de visiteurs 
et prend une réelle importance. 

Cette localité est la première du Sud marocain qui 
ait des rapports commerciaux avec l'Algérie. Le tralic 
,,u'cllc faisait avec la colonie était, en 1883, fort impor- 
tant, tan.lis que les transactions avec Fez et Mehla 
étaient plus rares. Aujourd'hui la situation s'est modi- 
liée le courant commercial avec l'Algérie a beaucoup 
.liniinue au prolit de Melila dont les Espagnols ont fait 
un port franc. P..ur amener ce résultat, les autorités de 
Melila ont commencé par ac(-,order la plus grande 
tolérance à la vente des armes à feu perfectionnées. 

* Dialecte berbère. 



126 



RÉGION MAROCAINE 



'> 



Venus (l'abord dans cette ville pour y acheter des 
armes, les Ahl-Debdou nV)nt })as tardé à reconnaître 
qu'il y avait égalenieîU avantage pour eux à s"v 
approvisionner de la plui)art des autres marchandises 
qu'ils pouvaient s'y procurer à meilleur compte. 

Notons en terminant que les Ahl-Debdou sont riches 
en troupeaux f^ràce aux oras pâturages de leurs mon- 
tagiies. Les races de bœufs, moutons et chèvres du 
pays de Debdou sont renommées parmi les indigènes. 

2'^ Ksonr de Voned Za, 

Les différents ksour ou villages que Ton reurontre 
en descendant le cours de Foued Za, simt les suivants : 

Kasba Ras el Aïn des Béni Mathar : 

Guefaït iTegaféït); 

Kasba béni Koulal ; 

Dar Cheikh ech Chaoui ; 

Taourirt (Kasba Moula Ismaël). 

C'est à Kasba Ras el Aïn des Reni Mathar ou phis 
simplement Ras el Aïn des Heni Mathar, que la rivière, 
qui a porté jusqu^ici, dans son long parcours à travers 
le Dahra, le nom dimed Charef, prend celui d'oued 
Za. Là, aussi, elle commence à couler d'une façon 
permanente, alimentée qu'elle est alors, par la source 
abondante et intarissable qui a donné son nom à la 
localité. 

Le petit Ksar. bâti en ce point, appartient par moitié 
aux Béni Mathar et aux Mehaïa. Il est situé, à proximité 



LIMITROPHI-: DE LA FRONTIERE. 



1-27 



de la source dont nous venons de parler, sur la rive 
même dé la rivière. 

Ya\ 1878, le caïd des Mehaïa fit construire en cet 
endroit un bordj, sorte de redoute rectangulaire aux 
murs de pisé, fenuée par une porte j)lacée dans la face 
sud. Le côté ouest de la construction était à environ 
150 mètres de la source. Une maison d'habitation 
composée d'une grande et uni(|ue pièce, se dressait au 
milieu de cette enceinte. Ce bordj aurait été détruit en 
1892, lors delà lutte engagée, à cette époque, entre les 
différentes tribus de Tamalat d'Oudjda \ 

A Guefaït, ou [)lus exactement Tegaféït, l'oued Za 
(luitte la plaine aride et entre eu montagnie, au milieu 
de STiperhes cultures. 

C<4te petite localité n'est en réalité ((u'un hameau de 
six maisons. C'est là qu'habite un marabout influent 
dans la contrée. Si Haoummada ben Hamza ben Abder- 
rahnuni, ([ui partage toute l'influence religieuse chez 
nos voisins de l'Ouest avec les Cheurfa d'Ouazzan, les 
marabouts de Kerzaz et de Kenadza et les Oulad Sidi 
Cheikh. Il a actuellement environ 50 ans. 

En 1880, les six maisons de ce hameau avaient pour 
occupants les indigènes dont les noms suivent : 

1" Le marabout Si Haoummada ^maison à deux 
étages); 



^ En drcHiihrp ]892, le mêine caïd des Mfhaïa. El Hadj Saheli 
onld hou Bpkciir, conversant avec ie chef de l'Annexe d'Eî Aricha, 
lui annonça qu'il avait reçu du Sultan l'ordre de construire une Kasba 
ù Has el Aïn des Béni Maïhar. mais que le manque de fonds empé- 






128 



RÉGION MAROCAINE 




2^ Sidi Bon Médine, son frère; 

3« Sid el Mahia ; 

4^ Moulai Abderrahman ; 

5*^ Moulai Taïeb ; 

6*' Sidi Taïeb ben Driss. 

Guefait appartient aux Oulad Bakbti (}ui campent 
d'ordinaire dans la montagne sur le cours de Toued Za. 
Quatre de leurs tentes restent en permanence auprès 
du \illage pour garder les silos de la tribut 

Kasba Béni Koulal appartient, comme son nom 
rindique, à la tribu des Béni Koulal. Ce n'est à propre- 
ment parler qu'une enceinte, où les gens de cette tribu 
serrent leurs grains et où il existe quelques habitations. 

Dar Cheikh ech Gbaoui, que l'on trouve ensuite sur 
l'oued Za, n'est qu'une maison placée sur le flanc droit 
de la vallée. Elle appartient au caïd de la tribu des 
Kerarma. Mohammed ben ech Chaoui. 

Puis vient Taourirt, appelée quelquefois Kasba 
Moula Ismaël en souvenir de son fondateur. De 
Foucauld, qui a visité cette localité en 1883, en donne 
la description suivante : 

(f Elle s'élève sur un mamelon isolé dans un coude 
» de l'oued Za, dont la vallée s'élargissant forme une 

eherait sans doute, avant lon^eraps, la réalisation de ce projet. Cette 
dernière prévision semble s'ôtre produite puisque, à Theure actuelle, 
la Kasba en question n'est pas encore édifiée, ni même commencée. 

' Le capitaine de Breuille, aujourd'hui colonel commandant le 
34^ régiment d'infanterie, a fourni la plupart des renseignements 
donnés ici ^1880). 



LIMITROPHE DK LA FRONTIERE. 



129 



» petite plaine ; la vallée bordée à gauche par la rampe 
» que j*ai descendue, l'est à droite par un talus escarpé, 
» partie sable, partie roche jaune, de 60 à 80 mètres 
» de haut. Le fond présente l'aspect le plus frais et le 
)) plus riant ; il est tapissé de cultures et d'une mulli- 
» tude de bouquets d'arbres, oliviers, grenadiers, 
» figuiers, taches sombres sur cette nappe verte. Au 
)) milieu se dressent une foule de tentes dispersées par 
» petits groupes, disparaissant sous la verdure. Les 
)) rives de Toued Za, dans cette région, présentent 
» partout même aspect : elles sont d'une richesse 
)) extrême ; cette prospérité est due à l'abondance des 
)) eaux de la rivière; jamais elles ne tarissent; c'est 
i) une supériorité du pays de Za ' sur Debdou et les 
» environs, où les belles sources que j'ai vues se dessè- 
» client en partie pendant les étés très chauds. 

» Kasba Moula Ismaël, ou Taourirt, est une enceinte 
)) de murailles de pisé, en partie écroulée, dont il reste 
» des portions importantes; les murs bien construits, 
» sont élevés et éi)ais, garnis de banquettes, flanqués 
)> de hautes tours rapprochées; ils sont du type de ceux 
» de Meknas et de Kasba Tadla. De larges brèches 
» s'ouvrent dans l'enceinte qui n'est plus défendable. 
» Au milieu s'élève, sur le sommet de la butte que les 
» murailles ceignent à mi-côte, un bâtiment carré de 
)) construction récente servant aux Kerarma à emma- 



* Tout le cours de l'oued Za depuis Tegaféït jusqu'à son concluent 
avec la Moulouïa est appelé par les indigènes bled Za. 



c 



-*JL 



^zi 






130 



REGION MAROCAINE 



^ 



» ^asiner leurs grains ; la tribu a ici la plupart de ses 
» réserves. Cette sorte de maison, neuve, mal bûtie, 
» basse, contraste avec l'air de grandeur des vieilles 
» murailles de la Kasba ». 

3^ Kasba El Aioim Sidi Mellouk, 

Kasba El Aïoun Sidi Mellouk, apix^lée aussi Kasba 
El Aïoun et El Aïoun Sidi Mellouk, se dresse isolément 
au milieu de la plaine d'Angad, non loin du lit de 
l'oued Ksob, rivière généralement à sec, excepté au 
moment des pluies, qui draine les eaux de la rédon. 

Kasba El Aïoun offre, de IVxtérieur, Faspect d'uu.^ 
vaste enceinte rectangulaire, sorte de redoute, consti- 
tuée par des murs en pisé , bauts de près de 5 mètres , 
sur Om. 40 d'épaisseur. On trouve à Tintérieur des 
maisons basses et en fort mauvais état, bien (jue 
quelques-imes soient blancbies à la chaux. Ces habita- 
tions sont agglomérées et constituent, au milieu de 
Tenceinte, des groupes distincts, si bien que les vastes 
espaces, qui séparent ces divers groupes, paraissent 
])lutôt de larges places que des rues proprement dites. 
Il y existe quelques puits utilisés par les habitants. 

A proximité de l'enceinte, vers Tangle Nord-Est. se 
dresse la Koubba de Sidi Mellouk, au milieu d'un 
bouquet d'arbres. C^est là que jaillissent les sources 
abondantes qui, de la Koubba voisine, se sont appelées 
Aïoun SidiMellouk. 

Aux environs de la Kasba, on découvre généra- 



LIMITHOPHE DE LA FRONTIÈRE, 



131 



lement des petits groupes de tentes des Sedjaa, qui 
possèdent là quelques cultures. 

Les habitants d'El Aïoun Sidi Mellouk sont, pour la 
plupart, des marchands musulmans ou juifs ; ces 
derniers sont originaires de Tlemcen ou de Debdou. 
Ils sont tous en relation d'affaires avec l'Algérie et 
Melila, au même titre que les Ahl Debdou, c'est-à-dire 
(jU(^ le courant commercial de cette localité tend de 
plus en plus, comme à Debdou, et pour les mêmes 
motifs, à se porter vers le préside espagnol. Il se fait 
ici des transactions importantes, car c'est là que 
viennent s'approvisionner toute? les tribus de la plaine 
d'Angad et des montagnes environnantes (Zekkara, 
Béni bou Zeggou. Béni Snassen, etc.). 

Kasba El Aïoun a été restaurée, en 1876, par le sultan 
Moulai el Hassan (jui Ta trouvée presque complètement 
ruinée. Il y a installé une garnison régulière sous le 
commandement d'un agha et l'a assignée comme rési- 
dence au caïd des Sedjaa, à qui il a donné le comman- 
dement de la place. 

4** Oudjda. 

La ville d'Oudjda, résidence d'un amel ^ marocain, est 
située dans la plaine à une distance de '24 kilomètres 
à l'ouest de Lalla-Mar nia. C'est une fort petite ville 
entourée de jardins d'oliviers. Elle n'a pris réellement 
d'importance que depuis la conquête et l'occupation de 

* Gouverneur de province. 



i 



132 



RÉGION MAROCAINE 



^ 



riVlfj:érie par les Français : notre proximité a développé 
chez elle, an grand profit de ses habitants, nn courant 
commercial qu'elle ignorait auparavant. 

Oudjda ' possède une Kasba bâtie à la même époque 
et sur le même modèle queMansoura auprès de Tlemcen. 
Dans lïntérieur de cette forteresse il n'existe qu'un(* 
maison à un étage, c'est celle occupée , en 1879. par 
la mission militaire française. Les autres liabitations 
sont de misérables masures bâties en pisé. La garnison 
et les autorités v sont logées. Il n'v a ni arsenal ni 
poudrière. Les murs de la Kasba sont en bon i)isé, 
semblables comme construction et tracé à ceux de 
Mansoura. Ils ont 5 mètres de haut et I mètre d'éjïais- 
seur. Il existe à la partie supérieure du mur un chemin 
de ronde, mais il est si étroit et telleuKMit dégradé que 
Tonne pourrait guère y mettre des combattants. Les 
tours qui flanquent le mur sont carrées et fort petites. 
KUes sont à un étage, mais il n'y a ni escalier ni 
échelles pour monter à la partie supérieure. Le pied 
de tous ces murs est rongé par Teau. La face sud de la 
Kasba est couverte en tout temps par un fossé plein 
d'eau, non guéable sauf près de Taqueduc. 

La ville est groui)ée irrégulièrement autour de la 
Kasba. Le seul édifice qu'on y remarque est la mos(|uée 
dont on aperçoit le minaret de fort loin. Elle n'offre 
aucune particularité. Elle est sale et niai entretenue. 



^ R*'pi*0(Iuction d*nn travail sur Oudjda. .'(ahli *>n 18H(t par M. 1^ 
capitaine Journ.V, membre do la mission militaire française au Maroc. 






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Sîdi Yaljia , 

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LIMITROPHE DE LA FRONTIÈRE. 



133 



IVps(|uo toutes los maisons dp la ville sont halies eu 
(Mnilrp-bas (lu sol, ce qui les rend fort malsaines. Elles 
sont toutes alfi'eiïsement misérables. Il n'existe aucun 
ém)ut, ni roiitaine|)ubli({uej et aucun nettoyage ne se 
fait dans les rues où toutes les immondices viennent 
s'accumuler depuis des siècles. 

Les jardins forment^ autour d'OudJda, une ceinture 
d'un kilomèli'c de rayon environ, (|ui n'est interrompue 
(|ue du rùlô nord sur un intervalle de 20(1 mètres. (les 
jardins sont divisés par des murs en pisé facilement 
défendables, (les murs ont généralement deux mètres 
de baul et soixante centimètres d'épaisseur. Kn les 
construisant on ménage entre les bl(»(;s des trous qui 
peuv<M!l servir de créneaux. Pour en emj)éclier Fesca- 
lade leur sommet est garni de brandies de jujubiers. 

Les sources de Sidi-Iahia, situées à 5 kilomètres 
d'Ondjda. servent à irriguer les jardins. Les eaux se 
rendent à ( )udjda par deux canaux à ciel ouvert'. Elles 
sont très bonnes comme boisson, mais contiennent 
une telle proportion de bicarbonate de chaux, qu'il 



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3 



^ CVs! à pnriir de IVndroil apj)el('' Fngrlarip , silué à environ 
4500 nièfres d'Oudjda, (juf* If» canal d'am**née des eaux de Sidi lahia 
se partage en deux branches. L'une, que les indigènes ap])ellent 
Oujida e! qui coupe la route de Lalla Mar^nia, arrose tous les jardins, 
à l'Msl et au Nord-Mst de la ville, jusqu'aux environs de la Koubba de 
Sidi Kl Hassen. L'autre branche, connue sous le nom de Mekseni, 
contourne Oudjda par le Sud, Elle sert à irriguer tous les jardins 
extérieurs situés au Sud et à l'Ouest. De cette deuxième branche se 
détache, au point dit Reguad Safsaf, un canal secondaire qui amène 
les eaux à la Kasba et dessert successivement les bains maures, la 
piscine de la mosquée et les jardins de TameL 



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i 



134 



RÉGION MAROCAINE 



3 



serait impossible de les faire passer dans des conduites 
sans voir ces dernières s'obstruer rapidement. 

Dans la ville d'Oudjda on trouve jilusieurs puits 
fournissant une eau de très bonne qualité. 

Le commerce d'Oudjda est assez important, grâce 
an voisinage de la frontière algérienne. C'est là (jue 
vienn-^nt s'approvisionner toutes les tribus environ- 
nantes. Tous les jours il y a marché. Les négociants 
de la ville sont ou musulmans ou juifs. Ceux-ci sont 
les plus nombreux : une partie d'entre eux sont origi- 
naires de Tlemcen. 

Chaque maison à Oudjda a son silo , il n'y a pas de 
silos collectifs. 

L'amel réunit dans ses mains tous les pouvoirs ; il 
est assisté d'un amin . sorte de trésorier chargé 'de 
l'encaissement de l'impôt. Très puissant à Ou.ljda 
même, l'amel n'exerce sur les tribus voisines que 
l'influence qu'il sait s'acquérir par ses propres qualités. 
Les deux ou trois cents hommes de garnison dont il 
dispose ne sont employés par lui que dans l'intérieur 
ae la ville. 

^ Quand les tribus en viennent aux mains, l'amel ne 
s en préoccupe pas outre mesure, pourvu que le conflit 
n intéresse pas directement l'autorité du souverain 

Mais si une tribu refuse d'exécuter les ordres du 
sultan, l'amel s'efforce de lever des contingents dans 
les populations voisines afin de soumettre les rebelles 
^11 ne peut y parvenir de suite, il attend tranquille 
ment qu une occasion se présente. 



PLAiV D'OlDelDA 

EcIkOIo du i: 2f)oo 



Plnnoh* XI 



/^. ..irtvx.railf dr Latta A^irnUl 




jJy'yAiMeo' d'atwt^nit^T fht-^ificaiioti^ 



d'api^è^ ïe ler>é e^pcàic par' le (apûuvie Joiu'tu-v . ilSSO) 



li:GKM)E 



1 Looomenl del'Ainel 

J Maison de.- HoU>.- j „„/,-^,,>.,,;rï,„,^.„,^^ , 
?) Casernes !Tif.'uiU'!'ie 



4- CasoTTies Cavalerie 
n 0**^ Mosquée. 
6 Prison. 




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LIMITROPHE DE LA FRONTIÈRE. 



135 



) 



On voit que son autorité est bien faible et loin 
d'être en rapport avec l'idée que nous nous en faisons 
généralement. 

C'est à Oudjda que fut d'abord installée la mission 
militaire que la France entretient au Maroc. M. le 
capitaine Journée ', l'un des premiers membres de cette 
mission, a fourni la plupart des infonnations qui 
précèdent : nous les compléterons en donnant ci-après 
un tableau (p. 137) contenant des renseignements 
statistiques sur cette ville. Il est extrait d'un travail 
établi récemment par M. le lieutenant de Beaufort. 



ORDRES RELIGIEUX. ZAOUÏA. — MARABOUTS. 

Les populations marocaines limitrophes de notre 
frontière sont affiliées à divers ordres religieux. Ce 
sont principalement ceux de Moulai-Ta"ieb (Taïbïa), 
de Moulai-Abdelkader (Kadria), de Kenadza (Ziania) 
et de Kerzaz (Kerzazia). Chacun d'eux compte à peu 
près le même nombre de serviteurs. 

Il n'y a, dans la région, qu'une seule zaouïa impor- 
tante, c'est celle de Guefaït sur l'oued Za dont le chef 
est Si Haoummada ould Si Hamza ben Abderrahman. 
C'est lui qui, avec les marabouts de Kenatsa et de 
Kerzaz et les chérifs d'Ouazzan , exerce l'influence 
religieuse la plus considérable dans le pays. Les Oulad 

« Aujourd'hui chef de bataillon au 37« régiment dinfanlerie. 




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REGION MAROCAINE 



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Sidi Cheikh R'araba, représentés par leur chef Si 
Allai ouled Sidi Cheikh qui campe avec les Béni 
Gui 11, jouissent également d'une grande vénération 
dans la contrée. Les Oulad Sidi Cheikh Chéraga 
comptent aussi des ser\iteurs, principalement chez 
les Mehaïa, les Angad et les Beni-Mathar. 

Il y a eniin un certain nombre de tribus marabou- 
tiques dont la réputation tient moins à la sainteté et à 
TiUustration de leurs ancêtres qu'à leur caractère })lus 
ou moins pacifique qui les porte généralement à se 
mettre à l'écart des querelles si fréquentes dans l'amalat 
d'Oudjda, et à intervenir pour réconcili(>r les partis 
sur le point d'en venir aux mains. Ces tribus sont : les 
Béni Oukil. les Béni bou Hamdoun, les Beui Hamlil 
(descendants de Sidi Abdallah el Haralili). Plusieurs 
familles dans ces tribus se font passer pour Chérifs : 
mais en dehors de Faction que ces marabouts peuver.t 
exercer pour amener les tribus en lutte à se réconcilier, 
leur influence est à peu près nulle sur leurs conci- 
toyens. 



LIMITROPHE DE LA FRONTIÈRE. 



Rl'NSEIOSKMENTS STATISTIQCER SI'R OI-DJDA. 



137 



NOMS DES FRACTIONS. 



Oudjda. 



Oiilnd 
Aiiiran. 

Oiila<l 






^ Kl H'onazi 

h^'k^rna 

)llomc<'nin 

Achkf.in ' 

Oulad bon Ali . . 

Derh RI Maznu/i 

Harrach 

lahpt lacoub 



NOMS DKS CHEFS. 



NOMBRE 

de 



Si Abdosselaiii ben bou Gheta» 
amel(189;^). 



clCadi. /Ahlldjaincn.... 



Oulad Aïssa 

Ahl Oudjda 

Mouadjt^ri - 

Israélites ^ 



Mostefa Kochouan 

Mohainiïicd ouid Mahmoud 

Moliamriied TIcmoeni 

Mohaiiuiied er Rifi 

Abdeikador nuld bou Medien 

Moharnrn-'d ould l)Cii Abdallah . . . 
Kl Molaoui (tuld Ali ben Ramdan . 

Mczi.in nuld Kepkour 

Mohainmed ould el Hadj ben 

Abbou 

Chikh Mohammed bep Riah 

Moha?iiined Kourdou 

Si Mohanitnod ben Touhami 

Amran ould lacoub 

lacoub ould Tabia 



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RESSOURCES 

pour 
transport 



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20 
25 

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RICHEFSE 

en 
troui)eaux 



20 
40 

10 

:^ 

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15 
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500 



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25 
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20 



520 



* Ou Chekfane. 

' Sous la dénoininafion de Mouadjeri, on comprend les Etrangers, 
originaires de Tlemcen, de Sidi-Bel-Abbès , etc., qui sont venus 
habiter Oudjda. 

' La plupart des Israélites habitent dans le quartier des Oulad 
Amran. 



I 









138 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



CHAPITRE III. 

Etude des tribus placées entre la frontière 
et la Moulouïa, 



j 



J.a région comprise entre la frontière algérienne et 
la Moulouïa est. comme nous l'avons vu. formée 
alternativement de plaines et de montagnes. Cette 
séparation du pays en deux parties bien distinctes, la 
partie montagneuse et la partie plane, correspond à 
peu près à la division . également marquée , des races 
qui l'habitent : dans la plaine , la race arabe . dans la 
montagne, la race kabyle ou berbère. 

Le fait n'est ])as spécial du reste à cette partie du 
Nord Africain ; car c'est un principe admis en ethno- 
graphie que la race vaincue a toujours cédé la plaine 
à la race victorieuse pour chercher un refuge dans la 
montagne. 

Cette même loi a encore présidé à la répartition des 
tribus qui occupent le vaste espace que nous étudions. 

Elles y sont fort nombreuses ainsi que le prouve leur 
énuméralion où nous n'avons cependant pas compris 
les populations du Djebel Debdou, traitées au chapitre 
précédent et qui dépendent nominalement du caïd de 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



139 



Taza. Nous ne nous occupons ici que des tribus de 
l'amalat d'Oudjda proprement dit entre la Moulouïa et 
la frontière algérienne. 
Ce sont les : 



Oulad Amer; 
Oulad Bakhti: 
Beiii Chebel; 
Oulad El Mihdi; 
Béni Our'ar ; 
Béni Koulal; 



Houara : 
Hallaf ; 
Béni Oukil ; 

Béni hou Zeggou ; 
auxquels 
si^ rattachent les 

Kerarma ; 
Beui lala: 
Zekkara ; 
Boni Mathar; 
Mehaïa : 
Sedjaa ; 

/ Mezaouir : 
^"^^ ' Oulad lacoub (Oulad .\hmed benBrahim , 
d'Oudjda J i,e„ Moussa: ) Oulad Ali ben Talha ; 

Zaouïa Oulad Sidi Moussa el Berrichi : 

Béni Hainlil ; 

Béni bou Hamdoun ; 

Béni Snassen ; 

l Oulad Ser'ir ; 
Angad de Trifa 



Attia ; 

Oulad Mansour ; 



Avant de passer à l'étude de ces tribus et de fournir 
sur chacune d'elles un résumé de ce que nous savons, 



1- ., 



H 




lA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



1-11 



140 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



i 



nous allons donner, à grands traits, rhistorique ' des 
faits survenus dans Tamalat d'Oudjda actuel depuis les 
débuts de la conquête de l'Algérie ; nous inditiuerons 
en même leinj-s nos relations i)endant la même période 
avec ces tribus. 

Les populations marocaines, voisines de la frontière, 
forment cinq groupps prin('i})aux. sortes de confédéra- 
tions composées de tribus d'origine commune. Ce sont : 
les Mehaïa, les Béni bon Zeggou, les Sedjaa. les Angad 
et l(>s B(>ni Snassen. Autour de chacun de ces groujx-s 
sont venues se ranger des tribus isolées qui se sen- 
taient trop faibles pour résister seules à leurs voisins. 

Les deux principales de ces confédérations sont 
celles des Béni Snassen et des Angad , auxquels les 
Mehaïa se sont substitués depuis (juehiues années. 
Elles ont constamment entraîné les autres dans leur 
sphère d'action : et leurs rivalités, leurs dissentiments 
ont été l'origine plus ou moins directe, (cliaque fois 
qu'elle s"est produite , de notre immixtion dans les 
affaires de cette contrée. 

Du temps de la domination turque, les Angad avaient 
eu pendant longtemps une influence prépondérante 
dans ces régions. Mais ils s'étaient peu à peu affaiblis 

1 Cet historique a été extrait des travaux suivants : 1° Notice 
Instonque sur les Béni Snassen, du capitaine Graulle. 1884 - 
^ Renseignements sommaires sur la rég:ion voisine de notre frontière, 
du n,eme, 1885. - 3" Notice sommaire sur les tribus marocaines 
comprises entre la Moulouïa et la frontière algérienne, lieutenant 
de Beaufort, 1893. - 4" Renseignements sur les tribus de l'Ouest et 
du hud-Ouest, capitaine Poindrelle, 1893. 



par des dissensions intestines dont on retrouve encore 
les traces aujourdliui. Ils avaient laissé alors les Beui 
Snassen prendre une situation prédominante. 

Tel était fétat politique de cette contrée au moment 
de notre débarquement en Algérie. 

C'est en 1^44, à la bataille d'Isly, que nous nous 
trouvàmi^s pour la première fois en présence de ces 
populations venues grossir de leurs contingents l'armée 
chérilienne'. Parmi ces contingents, ceux des Béni 
Snassen commirent, à l'issue de la bataille, un véri- 
table acte de félonie. Voyant les troupes du sultan en 
fuite, les Béni Snassen. se retournant contre les 
vaincus, massacrèrent un grand nombre de fuyards 
pour s'emparer de leurs chevaux, de leurs armes et du 
])eu de bagages (ju'ils avaient sauvés. 

\ la suite du traité <le 1845. l'émir Abdelkader trouva 
un point d'appui au-delà de la frontière chez les mêmes 
Béni Snassen. Les agressions continuelles de cette 
tribu obligèrent alors le général Cavaignac à s'avancer 
par deux fois jusque dans la plaine de Trifa. 

En 1847. la cour de Fez s'étant décidée à envoyer des 
troupes contre l'émir, les Béni Snassen se tournèrent 
brusquement contre lui et contribuèrent au succès du 

1 Cependant on s'était déjà trouvé, h j.lusieurs reprises, en contact 
avec ces populations. En effet. Abdelkader n'.vait cessé de trouver 
aide et assistance parmi les tribus marocaines et particulièrement chez 
les Béni .Snassen. Bien plus, le 26 janvier 1836, au combat de Seba 
Chioukh sur la Tafna, le caïd d'Oudjda lui-même, se fît 1 auxiliaire 
de l'émir en lui envovant ses cavaliers soldés et de nombreux contin- 
gents de tribus. 



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142 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



combat livré le 21 Décembre 1847 sur la Moulouïa, en 
coupant eu deux son infanterie. Le lendemain Abdel- 
kader se rendait au général de La Moricière. 

Devenues nos voisines par Toccupation de Tlenicen 
et de Lalla Marnia et le traité du 18 mars 1845, les 
populations de cette partie du Maroc continuèrent à 
vivre entre elles en état de guerre perpétuelle , ce qui 
les amenait fréquemment à franchir la frontière soit 
pour chercher chez nous un refuge momentané . soit 
pour y commettre des agressions contre nos tribus. 
C'est ainsi qu'en 1849 et en 1850, nous dûmes châtier 
les Mezaouïr (Angad), coupables d'incursions du côté 
de Sidibou Djenan. 

En 1852, ce sont les Béni Snassen qui sont en cause. 
A la suite d'actes d'hostilité commis par eux, le général 
de Montauban s'avance jusqu'au village de Targiret, 
au cœur de leur montagne, et leur inflige trois 
sanglants échecs, le 10 avril, le 15 mai et le 24 juin. 
Les Béni Snassen, réduits à limpuissance, sollicitèrent 
de Si Abdessadok, envoyé par la cour de Fez pour 
observer la marche de l'expédition, de leur ser\ir de 
médiateur auprès de nous. Nous acceptâmes l'intermé- 
diaire de ce personnage, mais nous exigeâmes qu'il se 
rendît à notre camp du Kiss, où les conditions de la 
paix furent arrêtées. 

Eniin la situation empira tellement en 185G , que 
nous dûmes envoyer une colonue d'observation à Kas 
Moùilah, sur la frontière. 

Après une période de calme qui dura deux années , 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUL\. 



143 



de nouveaux troubles éclatèrent dans la région 
d'Oudjda. Ils se produisirent peu après le départ de nos 
troupes pour la guerre d'Italie et furent provoqués par 
la venue d'un aventurier, originaire d'Ouazzan , Si 
Mohammed ben Abdallah , qui se prétendait appelé à 
nous chasser d'Algérie. Il réussit à rassembler de 
nombreux contingents , fournis par les Meha'ia , les 
Angad et les Béni Snassen et surprit et jiiit en déroute 
deux escadrons de cavalerie et tous les goums de Lalla 
Mar'nia (31 août 1859). Enhardi par son facile succès, 
il vint le lendenuiin attaquer le poste de Sidi Zaher, 
qui était défendu par une compagnie d'infanterie. Mais 
il trouva une sérieuse résistance et dut se retirer après 
six heures de c(unbat. 

Une colonne constituée à Tlemcen se porta rapide- 
ment en avant. A la nouvelle de la marche de nos 
troupes, l'agitateur, se souciant peu de se mesurer avec 
nous, se rejeta sur la région de Nemours. Là, après 
avoir razzié les Msirda. il se lança audacieusement, 
le 11 septembre, sur une colonne d'observation rassem- 
blée sur Toued Tiouli, en prévision d'une attaque de 
ce côté contre nos tribus. Complètement défait, 
Mohamed ben Abdallah se décida alors à abandonner 
la partie. Il s'enfuit et se réfugia dans le Sahara. 

Après son départ, le mouvement agressif des popula- 
tions marocaines, qu'il avait entraînées contre nous, 
laissa une grande agitation parmi nos tribus. Pour 
ramener le calme à la frontière , une forte expédition 
fut décidée. Elle fut dirigée contre les Béni Snassen , 



( 




144 



TRIBUS PLACEES ENTRE 




qui étaient les plus turbulents de nos voisins et avaient 
la prépondérance parmi les tribus marocaines qui les 
environnaient. 

Une forte colonne fut concentrée à Menasseb Kiss, 
et le général de Martimprey, commandant en chef les 
forces de terre et de mer de l'Algérie, vint en diriger 
lui-même les opérations. 

La marche de cette colonne s'accomplit sans coup 
férir. Les Béni Snassen, n'ayant pas réussi à nous faire 
accepter le combat dans une position excellente pour 
la défensive, qu'ils avaient choisie et où ils espéraient 
nous attirer, n'opposèrent aucune résistance. La 
colonne, après avoir campé à Adjeroud, gagna Toued 
Gherrâa et occupa sans difticulté le col de Tafouralet 
qui la rendait maîtresse de toute la montagne. Les Béni 
Snassen demandèrent aussitôt la })aix et acceptèrent 
toutes nos conditions. 

Puis la colonne , traversant le massif montagneux 
occupé par cette tribu , s'avança chez les Zekkara et 
vint ensuite camper sous les murs dX)udjda. L'aniel, 
qui n'avait pas su empêcher les désordres du mois 
précédent , fut pris comme otage et envoyé au sultan 
qui l'interna à Merakech. 

Pendant ces opérations, le général Durieu . à la tète 
d'une petite colonne , atteignait les campements des 
Mehaïa , sur l'oued Aï , et leur enlevait de nombreux 
troupeaux. Plus au Sud, le commandant Golonieu 
opérait presque en même temps une forte razzia sur les 
Béni GuilL 



I.A FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



145 



Le succès de cette expédition prouva aux Béni 
Snasseîî qu'ils n'étaient pas invincibles dans leurs 
montagnes comme ils le croyaient. La leçon leur 
prolita ; car. à partir de ce moment, ils cessèrent toute 
incursion sur notre territoire et entretinrent avec nous 
de très bonnes relations. Leur chef El Hadj Minioun, 
puis son frère El Hadj Mohammed ould El Bachir qui 
lui succéda, nous montrèrent même du dévouement 
en certaines circonstances. 

^lais ces bonnes dispositions à notre égard n'empê- 
chèrent pas les luttes intestines de reprendre chez nos 
voisins. 

Au commencement de septembre 1863, le caïd des 
Béni Snassen , El Hadj Mimoun ould El Bachir, fut 
assassiné par un homme des Mehaïa. Les Béni Snassen 
prirent aussitôt les armes pour venger leur chef. Ils 
placèrent à leur tète son frère El Hadj Mohammed ould 
el Bachir et engagèrent une guerre sans merci avec les 
Mehaïa. Toutes les autres tribus de l'amalat prirent 
fait et cause pour l'un ou l'autre parti. Mais la fortune 
ne cessa d'être contraire aux Mehaïa; et, en 1868, 
abandonnés de tous leurs alliés, ils furent contraints de 
<{uitter leur pays. Leur caïd, El Hadj bou Bekeur, vint, 
à la tête de sa fraction, nous demander l'hospitalité. 
Nous rinstallàmes dans le cercle de Géryville. Ge ne 
fut ({ue six ans après qu'El Hadj bou Bekeur put 
rentrer dans son pays, après avoir envoyé son lils aîné, 
El Hadj Saheli, implorer le pardon de sa tribu auprès 
du vainqueur (1874). 

10 




146 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



i 



Pendant ce temps , les Béni Snassen ne cessaient de 
donner des preuves de leurs bonnes dispositions à notre 
égard. Une première fois en 1867, un fanatique des 
Oulad Sidi Cheikh, Moulai bou Azza , étant venu 
prêcher la guerre sainte dans l'amalat d'Oudjda, réussit 
à entraîner quelques contingents des tribus de la 
plaine et se jeta sur les Msirda, du cercle de Lalla 
Mar'nia. Dès que le combat fut engagé, les Béni 
Snassen accoururent prêter main forte à îu>s gens el 
les aidèrent à repousser l'agresseur et à disperser ses 
partisans. Moulai bou Azza se réfugia chez les Guelaïa : 
les Béni Snassen l'y poursuivirent et, après deux 
années de lutte, parvinrent à le chasser délinitivemeut 
du pays. 

En 1870 et en 1871, les Oulad Sidi Cheikh, renou- 
velant du reste une tentative déjà faite en 1865. 
essayèrent d'entraîner les Béni Snassen dans leur 
cause. Leur chef El Hadj Mohammed ould el Bachir, 
malgré les instances de Famel irOudjda , rejeta 
catégoriquement leurs propositions, déclarant qu'il 
voulait continuer à vivre en paix avec nous et qu'il 
repousserait par la force toute tentative contre notre 
territoire. 

Dans cette même année 1871, des dissentiments 
surgirent entre El Hadj Mohammed ould el Bachir et 
le chef des Béni Khaled (fraction des Béni Snassen) , 
El Hadj Mohammed ben Zaïmi ; ces dissentiments pro- 
voquèrent une lutte armée entre les diverses fractions 
de la tribu. Ce fut là le premier témoignage de rivalités 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



1«7 



qui devaient amener peu à peu cette tribu à perdre sa 
situation prépondérante dans la région. 

Cependant la même année, à l'instigation de la 
cour de Fez , El Hadj Mohammed ould el Bachir 
intervint dans les affaires des Gtielaïa et les contraignit 
à se soumettre aux ordres du Sultan en remettant 
aux Espagnols la portion de leur territoire située à 
proximité de Melila que le traité de 1860 leur 

concédait. 

Les désordres continuant dans l'amalat d'Oudjda, le 
sultan Moulai el Hassan \ qui venait de monter sur le 
trône, dut intervenir en personne. Au mois d'octobre 
1874, il s'avança avec une armée jusqu'à Selouane, 
chez les (ruelaïa , et convoquant tous les chefs et nota- 
bles des tribus de la frontière, il leur apprit qu'il venait 



^ Moulai p1 Hassan fut nommé en 1873, è la mort de son père 
Moulai Mohainnicd, qui Tavait désigné d'avance à l'exclusion de son 
frère aîné Moulai Othman. Moulai el Hassan était à cette époque à 
Merakech, il connuandail, en qualité de Khalifa de son père Jes contin- 
gents du Sous, les populations du sud de TErapirp racclamèrent donc 
sans difficultés. H ne fut toutefois proclamé à Meknas qu'après deux 
mois de luttes continuelles avec les Berbères du centre. Il avait aussi 
combattu sur sa route les Béni Ahssen, tribu arabe et turbulente de la 
plaine du Sebou. De Meknas à Fez, il eut à faire aux Béni Methir, et 
à Fez les habitants de la ville basse, mécontents d'une augmentation 
d'impôts, se révoltèrent à la voix d'un vieux chérif aveugle nommé 
Moulai Abd-el-Malek. La ville fut prise néanmoins par surprise. Le 
sultan V passa une année, ce fut alors qu'il partit pour le Rif ; à son 
retour, il demeura encore une année à Fez, puis se rendit à Merakech 
afin d*v rétablir Tordre que le pacha était impuissant à maintenir ; mais 
à peine rentré dans cette ville, il fut contraint de repartir pour Oudjda. 

{H. M.j 



il 




« 'J 



148 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



149 



■^-^"'- . ' 



3 



(riiiveslir El Hadj Mohaiiiined ould Kl Bacbir, des 
fonctions d'aniel d'Oudjda. 

Ce choix mécontenta tout le momie , surtout les 
tribus arabes qui ne j)urent supporter d'être couïman- 
dées par un boinnie de la race vaimnie. Aussi le sultan 
])arti. les An^^ad et les Mehaïa coururent aux armes. 
Une lutte furieuse s^Mi^^agea, entremêlée pour les Béni 
Snassen, qui appuyaient i>resque seuls leur chef, de 
succès et de revers. 

En septembre 1875, le sultan envoya tme armée à 
Oudjda pour rétablir Tordre dans la (umtrée et enlever 
à El Hadj Mohammed ould el Hachir S(*s fom-lions 
d'amel. Celui-ci, se ])ortant au devant des tron])es 
cbériliennes , leur infligea une sanglante défaite à 
Mestigmar. 

Enlin, ap-rès avoir essayé sans succès de la conci- 
lialion en taisant intervenir le cbérif dX)uazzan . 
Moulai Abdesselam, le Sultan Moulai el Hassan, 
qui jusqualors avait été occupé à réjunmer d'autres 
révoltes . se décida à agir lui-même et se i)orla sur 
(hidjda à la tète d une nombreuse armée. Il s'empara' 
par ruse d'El Hadj Moliammed (uild el Hachir et 
de plusieurs autres notables et les envoya prisonniers 
à Fez. El Hadj Mohammed devait y mourir (iu(d(iu(^s 
années après. 

' I/opéralion fut conduite par 1. j^nind vizir Si Moussa qui élaiï 
d une p:,.ande habileté ; il réussit à a(lir.r Ould el Bachir au canm ,lu 
SiKan sous prétexte de lui ofiri: un commandement in^po.iant. puis 
li ie ht enlever brusquement et conduire à Fez aux grandes allures 



N 



Eilrayés par cet acte d'autorité, les Reni Snassen se 
soumirent. 

PeTidaîit le séjour du sultan à Oudjda, le Géiiéral 
commandant la Division d'Oran vint Ty saluer. Après 
le départ de ce souverain, le nouvel amel , Bon Cheta 
ould el HarMadi ', (jui nous était fort hostile, chercha à 
nous créer des difficultés , en dénaturant aux yeux des 
lH)|)uhïti(nis la démarche faite au{»rès de M(mlai el 
Hassan par le général et en réj)andant partout W brtiit 
(|uo s(m maître était décidé à réclamer une rcctilication 
i\o frontière. Hientôt même, à l'instigation de {{on 
Chetaouhl El Har"(huli . les tribus de Tamalat, violant 
celte frontière, vinrent s'installer sur notre territoire. 
Il fut nécessaire i\e mobiliser à Lalla Mar nia une jietile 
colonne pour obliger les doTiars marocains à rentrer 

dans leur pays. 

En même temps Hou Cheta mame.uvrait de telle 
façon chez les Béni Snassen qu'il parvenait à les diviser 
et à les affaiblir i)ar des dissensions intestines. Les 
Angad et les Mehaïa lui j)rétèreut souvent l'appui de 
leurs contingents pour la réalisation de ses i»rojets. Ils 
eurent facilement raison des Béni Snassen désunis. 
Ceux-ci, battus en jdusieurs rencontres, virent en 
l'espace de deux ans leur influence jtolitique contplète- 
ment ruinée; et la famille de leur ancien chef, les 
Oulad el Bachir, rej)résentée par El Hadj Mohammed 



» Mort Pacha de Fez el Bâli en 1893, il passait même parmi les 
personnages du Makhzen marocain pour un des fonctionnaires les i)lus 
fanatiques. 



à 



H. M. 



150 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



î 



Sor'ir ould el Bachir. fut oblig»^? de lunis (Ipiu.mder 
["hospilalilo. Elle fut installée d'aboni à Nédroma . 
puis à Kl l^ordj. près de Mascai'a. 

Sou départ acheva d'eulever aux Beui Suasseu toute 
prt^pondérauce. Divisés dès lors par des luttes intesti- 
nes, ils devinrent incapables de résister aux atlaques 
incessantes des Angad et des Mehaïa. Ils le reconnu- 
rent eux-niènies et. voulant reprendre leur ancienne 
suprt>niatie . ils rap])elèrent , en 1879. les Oulad cl 
Hachir; mais leurs ennemis ayant réclamé aussitôt 
l'assistance du Sultan, celui-ci répondit à cette re(|uète 
en menaçant les Reni Suasseu de Tenvoi d'une imu- 
velle armée s'ils ne chassaient pas. de chez eux. la 
famille de leur ancien chef. Ils se soumirent (Uicore et 
El Hadj Mohammed Ser'ir ould el Bachir et les siens, 
repassant la frontière , vinrent de nouveau s'installer 
chez nous, cette fois près de Tlenu'en. 

Alors c(unmença pour l'amalat d'Oudjda une période 
de calme relatif, due en grande partie au nouvel amel 
qui vint prendre le commandement de la province en 
18«^1 ; c'était Si Abdelmalek es Saidi . himime sage, 
ferme, très conciliant et ennemi du désordre. 

Le pays resta ainsi en paix jusciu'en 1885. A cette 
éi>oque , prolitant de l'absence de l'amel . le caïd des 
Meha'ia, El Hadj bon Bekeur, sur lequel s'était appuyci 
le prédécesseur de Si Abdelmalek i)our mainte nirh> 
calme dans la région, noua de nouvelles intrigues. Il 
cherchait à repreuc" -e l'influence que l'habileté du 
nouveau représentant du Sultan lui avait fait perdre. 



LA FRONTIÈRE ET ]A MOUI-OlflA. 



151 



Les luttes intestines recommencèrent alors avec une 

nouvelle fureur. 

Mais l'amel, revenant bientôt de Fez, rapporta quatre 
cachets que lui avait remis le Sultan. Ils étaient des- 
tinés à (juatre nouveaux caids institués aux Mehaia. 
Cette nu^sure visait directement El Hadj bon Bekeur, 
(}ui se trouvait dès lors exclu du commandement de la 

tribu. 

Un de ces cachets fut remis à Abderrahman ould 
Chaïbi. des Achache (Mehaïa). Celui-ci, peu soucieux 
d'alfrouler la colère de son ancien chef, vint avec une 
((uarantaine de tentes se réfugier chez les Oulad En 
Nehar. de l'Annexe d'E! Aricha. El Hadj hou Bekeur 
l'y poursuivit avec une trentaine de partisans. Dans 
l'action (lui s'engagea , Chaïbi et son fils furent tués ; 
mais les Mehaïa, dans leur retraite, eurent à essuyer le 
feu de ({uehiues cavaliers des Oulad En Nehar qui 
avaient cherché, dès le début de la rencontre, à empê- 
cher toute effusion de sang. Une balle, partie, dit-on, 
du fusil du caïd actuel des Oulad En Nehar Cheraga . 
vint frapi»er mortellement El Hadj bon Bekeur. 

Son fils aîné, El Hadj Saheli, recueillit sa succession 
et jura de le venger. A la fin de mars 1886 , il se porta 
sur Oudjda et, malgré l'appui des Mezaouir et des Béni 
Khaled , força l'amel à s'enfuir précipitamment et à 
chercher un refuge momentané sur notre territoire, à 
l'abri de nos troupes en observation sur la frontière. 

Intimidé par notre attitude, El Hadj Saheli n'osa pas 
poursuivre les Angad qui se réfugiaient dans la plaine 



1 ; 



li 



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15-2 



TRIRUS PLACÉES ENTRE 



:> 



i\o Tril'ii, (Ml long^eant la frontif^re. Il s(^ retourna contre 
les Heiii l)()n Zegjiou, (|ui étaient restt^s neutres, et leur 
imposa une contribution de guerre. 

Dès (ju'il connut tous ces évéuenienls, le Sultan, 
désireux de voir la ])aix se rétablir dans ce uuillKMiivux 
pays. ap])ela à Fez tous les caïds de fanialal. Kl Hadj 
Salieli crut prudent de ne pas répondre à cette convo- 
cation. Il apprit bienlôt le prochain retour de Tanud à 
la tète d'une forte colonn'\ La menace d'uiu^ rencontre, 
dont rissue était incertaine, le lit réllécliir et il se 
décida à lair(> des oflrt^s de soumission (nii lurent 
aussitôt acceptées. 11 reç\it en récompense le cachet 
de caïd et le commandcunent de tous les Mehaïa. 

Vax même temps . Tamel laissait tous les exilés nui- 
trer dans leur pays; cette mesure atteif^iiit également 
Kl Hadj Mohammed Ser'ir ould el Bachir, (jui lut 
nommé caïd des Béni Ourimèche. 

Le calme dans Famalat dura jusqu'à la lin de 188H. 
A cette époque le nudntien du caïd Ali ou Habah, à 
la tète des Heui Khaled . provoqua lo soulèvement de 
cette fraction. L'agha Moliammed ben l^iou, ((ui com- 
mandait les troupes marocaines chargé<>s de le main- 
tenir dans son ancien i^ste, ap])ela à son aidi» l<>s 
eontiuKents des Mehaïa. des Zekkara el (i(>s Béni lala 
et marcha a^ ec eux coutr(^ les r(d)elles. L.^s deux partis 
restèrent en présence pendant tout le mois de janvier 
mSÇ). Kntin. le -28 février. El Hadj Saheli étant venu 
avec ses contingents ra^ager bvs orges des Angad réfu- 
gies dans la montagne , ceux-ci , secondés par une 



LA FHONTIÈKK KT LA MOULOUÏA. 



153 



partie des Béni Snassen , se décidèrent à l'attaquer. 

Bien (pie cette attaque fftt inoinnée, Kl Hadj Saheli. 

livré à ses propres forces, fut complètement victorieux. 

et laissa sur le champ de bataille plus de (juatre cents 

d(^ s<>s adversaires. 

Malgré ce sanglant échec , Angad et Beui Snassen , 

résolus à c(uubaltre juscpi'aubout, se retirèrent derrière 

le col de Hounan . (lui sépare la plaine d'Oudjda de 
celle de Tri fa . et lirent appel à Kl Hadj Mohammed 
oulil el Bachir et aux Béni Snassen placés sous son 
comuiandement. Ce j)ersonuage . ([ui semble avoir 
atlfuidu cette occasion pour jouer dans la lutte un rôle 
décisif, entra alors en ligue avec ses contingents; mais, 
arrivé en vue d'Oudjda . sur les instances des mara- 
bouts , il conclut la j.aix et l'imposa aux Angad, ses 
alliés. Puis, vers le commencement de mai. cédant aux 
prières de ces derniers , il viola le traité , s'unit aux 
Heui Bon Zeggou . dispersa les Mehaïa . les battit à 
Tiouli, à Ras Kl Ain des Beui Mathar, et, acceptant 
de nouveau l'intervention des marabouts, se retira dans 
la montagne, ayant recon([tiis en partie la imissance de 

son père. 

Ce nouveau traité rétablissait d'une façon stable la 
paix dans l'anudat, et l'aniel Si Abdelmalek pouvait se 
rendre à la cour de Fez. où il était privé de son 
commandement'. Sans doute comme suite à cette 

1 On,, altnl)ii<'TP<lf <lisS'"âc''i'"I'"'v"^ «'"^ bonnes relations (}ur 
Si Âlxlelnialf'k rnir.-lcnait avec nous, et qui auraient été exnloiféeK 
contre lui à la cour de Fez. 




154 



TRim'S PLACÉES KNTRK 



LA FRONTIÈRK ET LA MOULOUJÀ. 



155 



i 



politiquf\ le caïd Abdolkador Ixmi l)on Torliis. son 
ex-c»)iis»Mll(M-. était main tenu en prison à l'Vz, et. au 
coniuiencen'.ent de 18t)0. un nouv(M aniel. Si Abder- 
rahnian heii Abd(\ssadok . taisait son entrée à Oudjda. 
en s'ap])uyant sur 1(^ nouvcvui parti du MakJizen, (;"esL- 
à-dire sur les Mebaïa et Kl Hadj Sabeli. 

Cependant le nouvel aniel ecuniu'il (ju'il ne devait 
]»as négliger faneien (Minenii des xMeliaïa, le ralli.- de 
la dernière heure. Kl Harlj Mohammed ould Kl Bai-hir. 
(iràce à sa politi(|ue habile, il sut maintenir l'union 
laetiee eonelue entre le caïd des Béni ( )urimèche et 
Kl Hadj Sabeli ; il put apaiser (jnelques révoltes par- 
tielles aux Béni Snassen , révoltes qui . en d'autres 
temps, eussent mis famalat à feu et à sang ; il parvint 
à réconcilier les Angad avec les Mehaïa. leurs ennemis 
traditionnels: il obtint entin qu'une paix inanmtnmée 
régna pendant t.nite Tannée 1890 à TOuest de la 
frontière. 

Aa commencement .le 1891, Kl Ha.lj Mohamn.ed 
ould Kl Hachir, continuant à soutenir le parti du 
Makhzen . aidait Kl Hadj Sabeli à soumettre les ( )ulad 
Amer, tribu rebelle qui dépend du commamlement du 
caid des Beni bou Zeggou. Mais à ce moment il éprou- 
vait un prcTuier froissenn^nt . en se voyaiit refuser par 
1 agha des troupes marocaines stationnées à Kl Aïoun 
Sub Mellouk. la mise en liberté dn caïd Hamidan. des 
N'^'ljaa . .-mprisonné d.^puis nn an i)ar ordre du sultan 

Auss, , lorsqu'au mois de juillet, les Sedjàa et les 
iieni bon Zeggou tirent une démonstration hostile 



contre l'agha d'Kl Aïoun Sidi Mellouk et mirent en fuite 
les goums des Mehaïa et des Angad, envoyés jiar 
Tamel pour soutenir son subordonné, El Hadj Moham- 
med, loin de répcmdre à Tappel du M.akhzen , se mit à 
la tête des rebelles et força El Hadj Saheli à se réfugier 
sur notre territoire. 

La i)ai\ fut c(niclue le 25 août : mais un mois après , 
le caïd des Mehaïa, croyant avoir réussi à diviser entre 
eux les Beni Snassen . lançait un goum de 1500 che- 
vaux contre les Sedjâa. Kl Hadj Mohammed ould el 
Bachir se mit alors à la tète d'une grande harka 
conii)renant b>s Beni Snassen , les Sedjàa et les Beni 
bou Zeggou .H refoula sur le territoire algérien les 
Mehaïa et les Angad. 

Pour mettre un tenne à ces dissensions , le Sultan 
appela à lui, à la tin de 1891, tous les caïds de l'amalat. 
ainsi (lue l'amel lui-même. Ce dernier fut nommé amel 
à Tanger et remplacé par Si Abdesselam ben bou Cheta. 

Mais une violente discussion étant survenue à Fez 
eiilr(> Kl Hadj Mohammed ould el Bachir et le caïd 
Haoummada, des Beni bou Zeggou, celui-ci, de retour 
dans sa tribu en mai 1892, groupait autour de lui les 
Kabyles du Sud et les Beni Attigue (fraction des lieni 
Snassen) et pillait les partisans d'El Hadj Mohammed. 
Ce dernier, revenant de Fez avec une colonne maro- 
caine commandée par le tils du Sultan, trop tard pour 
venger cet échec sur les Beni bou Zeggou, s'en prenait 
aux Beni Attigue , dont il tuait le caïd Mimoun ould 
Kl Houbil. 



1 ' 



156 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



Le fils du Sultan obligea les deux caïds des Beui 
Ourimèche et des Beui bou Ze^gou à se r*^ooncilier et 
rendit, sur leur prière, la lil)erlf^ au caïd Hauiidan. 
des Sedjàa, caus(^ indirecte des désordres de Tannée 
précédente. En même temps le caïd Abdelkader bcn 
bou Tert'as. des Mezaouïr. (Hait rendu à la liberté à Fez 
et réintégré dans son commandement. 

Une réconciliation générale eut lieu à El Aïoun 
Sidi Mellouk. et depuis lors, sauf une assez forte alerte 
au commencement de 1893, à la suite de laquelle El 
Hadj Mobammed ould El Ba<dnr fut obligé de passer 
sur la rive gaucbe de la Moulouïa , le calme semble 
s'être rétabli dans Tamalat dX)udjda. Une paix sanc- 
tionnée par des solennités toutes particulières a été 
conclue récemment; elle paraît complète, sans que 
rien toutefois i)ermette de supposer qu'elle doive être 
de longue durée ^ 

Ce rapide exposé met, à première vue, en relief, 
dans la région d'Oudjda , deux grandes i)ersonnalités : 
El Hadj Sabeli ould bou Beker aux Mebaïa, El Hadj 



î 



' Il ne semble ,ms pomiaiH q„'E] Hadj Molianini.-d ould el 
Raclnr se soil fait beaucoup d'i]!usi,.ns sur la solidité de celte récon- 
cdiation. Car nous le vovons dans les premiers mois de 1894, sans 
doute en prévision dr lavenir, se rendre acquéreur de la terre de B,.u 
Zadjtol. chez les Reni Men-oucli algrériens. ef , avec noire autorisation 
V installer une partie de ses biens ef de sa famille, et s'v rendre lui- 
même de .emps à autre. Mais cette permission ne lui a été accordée 
qu a la condition expresse que tant qu'ils seraient sur notre territoire 
m lui, m les siens ne se prêteraient à aucune inlri-ue pouvant 
amener des difficultés avec le Maroc. 



h 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



157 



Mobammed ould el Bacliir aux Béni Snassen, aujour- 
d'hui amis et soutiens du Makhzen , jadis ennemis 
irréconciliables. Il semble probable que l'une des 
prochaines luttes se terminera par la perte de Tun ou 
de l'autre parti. 

Nous trouvons encore , parmi les personnages 
influents, aux Béni Drar, Ali ou Rabah , aux Angad . 
Abdelkader ben bou Terfas , les anciens conseillers et 
soutiens de Tamel Si Abdelmalek , mais dont les per- 
sonnalités semblent aujourd'hui un peu effacées. 

Enfin il est une nouvelle influence qui paraît surgir 
sur ce chami» de bataille si souvent bouleversé, c'est 
celle de la grande tribu Kabyle des Béni bou Zeggou, 
avec son chef énergique, le caïd Haoummada. Il 
semble que Ualliance naturelle entre Kabyles doive 
réunir un jour cette puissance déjà considérable à celle 
des Béni Snassen, pour dé})Osséder les Mehaïa de 
l'influence qu'ils ont eue si longtemps dans la région, 
à moins qu'une rivalité privée n'entraîne, comme cela 
se voit si souvent de l'autre côté de la frontière, leurs 
deux chefs l'un contre Tautre et ne les fasse user l'un 
j)ar l'autre pour la plus grande satisfaction d'El Hadj 

Saheli. 

Après cet aperçu des faits historiques qui se sont 
produits dans la région voisine de notre frontière 
depuis la conquête de UAlgérie , nous passerons à 
l'étude aussi détaillée que possible des diverses tribus 
qui babiUMit cette contrée. Nous commencerons par les 
plus éloignées, c'est-à-dire celles avec lesquelles nous 




158 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOIUA. 



159 



i 



avons eu moins de relations et que ^ par suite , nous 
connaissons le moins. 

HouARA ^ — La première tribu que nous rencon- 
trions sur la Moulouïa est celle des Houara (Haouara ^). 
Ils i)arlent l'arabe et prétendent être de race arabe, 
s'ai)puyant sans doute sur une tradition plus ou moins 
exacte que rapporte Ibn Klialdoun et d'après laquelle 
ils se rattacheraient aux Arabes de iTèmen. Mais le 
nom qu'ils portent semblerait plutôt inditiuer que ce 
sont des Berbères arabisés. Ost du reste l'opinion de 
l'historien que nous venons de citer ; il ne les considère 
que comme des Berbères au même titre que les San- 
hadja, Lamta, etc. . . 

Ils ont leur princii)ale installation sur les bords de 
la Moulouïa, dont ils occupent la rive droite dei)uis le 
défilé de Refoula, qui leur appartient i)resque tout 
entier Jusqu'aux Hallaf. Leurs diverses fractions se 
Simt partagé, dans Tordre suivant, les rives du fleuve 
qu'elles cultivent : 

Athamna ; 

Oulad Sedira ; 

Mezarcha ; 

Zergan ; 

Oulad Messaoud ; 

Oulad Hammou ou Moussa. 

Ils ont également des cultures dans le Fbama, 

• Renseic^ments extraits de l'ouvrage de de Foucauld : Reconnan- 
sance au Maroc. 

^ Voir Ibn Khaldoun. T. I, page 273. 



plateau bas et ondulé à l'ouest de la plaine de Djel qui 
sert de ligne de partage entre le bassin de la Moulouïa 
et celui du Sebou. 

Les Houara, nomades et vivant sous la tente, rési- 
dent une partie de Tannée près de leurs cultures sur la 
Moul(»uïa, étendant alors leurs campements dans la 
plaine de Tafrata et dans la vallée de Toued Melillo. 

Ils envoient leurs troupeaux pâturer dans le Fhama, 
dans la plaine de Djel, dans celle d'Angad et jusque 

dans le Dahra. 

Ils possèdent trois Kasbas où ils emmagasinent leurs 

approvisionnements. Ce sont : 

P Kasba Guercif. sur la rive gauche de la Moulouïa. 
Cette construction, très ancienne el délabrée aujour- 
d'hui, commande un gué im])ortant; elle appartient 
aux Oulad Messaoud. 

2" Kasba Oulad Hammou ou Moussa, à une certaine 
distance au-dessous de la précédente et sur la même 
rive ; elle appartient à la fraction dont elle porte le 
nom. 

3** Kasba Messoun , sur Toued Messoun , dans le 
Fhama. Cette ri\ière, dont les eaux sont salées, vient 
du Rif, de chez les Guezennaïa ; elle traverse le 
Fhama et la plaine de Djel avant de se jeter dans la 
Moulouïa. 

Les Houara constituent une forte tribu qui peut 
mettre sur pied , d^^près de Foucauld , environ 1500 
fantassins el 500 cavaliers. Ils ont été partagés parle 







160 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



161 



3 



Sultan en quatre caïdats dont les titulaires étaient en 
1883: 

Ali El Hamar qui commandait aux Athamna : 

M'hammed bel Hadj El Korradi , qui avait sous sa 
dépendance les Oulad Sedira et les Meî^archa ; 

Cheikh Tib El Hafi, qui gouvernait les Zergan et les 
Oulad Messaoud ; 

M'hammed ould Kaddour ben Djilali, qui était le 
chef des Oulad Hammou ou Moussa. 

Les Houara ont deux marchés par semaine ; ils se 
tiennent le dimanche et le jeudi, près de la Kasba de 
Guercif. 

Il n'existe pas de juifs dans la tribu. Les Israélites de 
Debdou viennent y taire du commerce, mais n'y rési- 
dent que momentanément. 

Hallaf * . — La tribu des Hallaf ^ qui occupe le cours 
de la Moulouïa à la suite des Houara , est une tribu 
nomade, de race et de langue arabe. Ils dressent leurs 
tentes dans les plaines qui bordent, à FOuest et à l'Est, 

^ Renseignements extraits de de Foucauld : Reconnaissance au 
Maroc. 

^ On comprend sons le nom d'Hallaf (Ahlaf, confédérés) les descen- 
dants d'Amran et de Monebba, pères des Amarna et des Monebbat 
branches issues des Douï Mansour, fraction la plus importante des 
Makil. Les Makil formaient, d'après Ibn Khaldoun, une des plus 
grandes tnbus de la Maurétanie occidentale qui comprenait les Douï 
Obeid Allah, les Douï Mansour et les Douï Hassan. Ils occupaient 
tout le désert du Maghreb el Aksa. depuis le Sous jusqu^à l'oued Dra 
et le Taiilalet, el de là jusqu'à la Moulouïa et Toued Za 



le fleuve, et en cultivent les deux rives dans l'ordre 
suivant, eu allant du Sud au Nord. 

Oulad Rehou ; 

Medafra ; 

Oulad Sidi Mohammed bel Hosseïn (Gheurfa) ; 

Oulad Malidi ; 

El Arba ; 

Oulad Seliraan. 

Ces nomades peuvent fournir environ 400 fantassins 

et 100 cavaliers. 

Aux Hallaf se rattachent les Ahl Refoula de même 
origine. Ceux-ci habitent, plus au Sud, autour de la 
Kasba Refoula, à rentrée du défilé du même nom. On 
comi)te chez eux une centaine de fusils. 

Les Kerarma (djouad), dont il sera parlé plus loin, 
ont la même origine (jue les Hallaf proprement dits et 
les Ahl Refoula. Ces deux dernières fractions n'ont 
point de caïds particuliers et obéissent au caïd des 
Kerarma. 

Placés, vers 1300, par Abou Hammou II, souverain 
de Tlemcen, dans la région qu'ils occupent encore 
actuellement, les Hallaf n'ont pas tardé à y subir 
rinfluence des Sultans du Maroc. En effet, ceux-ci 
avaient besoin d'eux, tant pour garder le passage de la 
Moulouïa, en avant de Taza, et, par suite, la route de 
Fez, que pour conserver toujours libre Taccès de la 
vallée de la Haute Moulouïa, c'est-à-dire, « le chemin 
du Sahara ». C'est, sans doute, pour cette dernière 
considération qu'une de leurs fractions s'établit isolé- 



11 



iS 



s \\ 



I ■ 'i 




162 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



i 



/ ' 



ment au-delà du défilé de Refoula; elle pouvait ainsi 
surveiller plus efficacement ce passage. 

Grâce à leur situation spéciale, les Hallaf ont eu 
assurément jadis une certaine prépondérance dans la 
contrée, principalement, d'après leurs propres tradi- 
tions, du temps de Bou Zian ech Chaouï, ancêtre du 
caïd des Kerarma actuels. A cette époque, les Houara, 
maintenant complètement indépendants, étaient, dit- 
on, soumis aux Hallaf. 

Il n'y a pas de marché dans la tribu des Hallaf. 

En fait de juifs, on n'y rencontre que ceux qui vien- 
nent y trafiquer passagèrement. 

Béni Oukil\ — C'est une tribu de marabouts. 
D'après de Foucauld , qui n'a pu lors de son voyage au 
Maroc que recueillir des renseignements sur leur 
compte sans les visiter, les Béni Oukil se partagent en 
trois fractions dont les campements sont installés à 
demeure le long de la Moulouïa , à 13 kilomètres 
environ les uns des autres ^ Ce sont : au Nord, les Oulad 
El Bâcha, qui ont leurs tentes près du point où le fleuve 
quitte la plaine pour longer le massif des Béni Snassen. 
Puis vient, en allant vers le Sud. la fraction nommée 
El Khorb et une troisième fraction dont le nom n'a pu 
être indiqué au voyageur. 

En réalité , cette tribu de marabouts est en bonnes 

* De Foucauld. Reconnaissance au Maroc. 

' M. de La Martinière qui les a visités en 1891. les a trouvés 
installés sur le cours inférieur de l'oued Za, non loin de son confluent. 



'i) 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUÏA. 



163 



relations avec les chérifs d'Ouazzan, on y compte 
quelques serviteurs de Moulai Taïeb, en tout cas, elle 
a un peu plus d'importance que ne l'avait rapporté de 
Foucauld. 

Elle comprend deux grandes fractions bien dis- 
tinctes et indépendantes Tune de l'autre^, quoique 
rattachées par les liens d'une même origine ; ce sont : 

V Les Béni Oukil Moualiin El Khorb ; 

2** Les Béni Oukil, des environs d'Oudjda^. 

Les premiers habitent le cours inférieur de l'oued 
Za, là où M. de La Martinière les a trouvés en 1891. Ils 
portent également leurs campements sur l'oued Sidi 
Okba (oued Ksob) et sur la Moulouïa , qu'ils dépassent 
même un peu vers l'ouest. 

Ouant aux Oulad El Bâcha , mentionnés par de 
lA)ucauld , c'est une erreur que de les rattacher aux 
Béni Oukil. Ce sont eu réalité des Kerarma , frères des 
Hallaf. 

Les Béni Oukil des environs d'Oudjda sont séparés 
des Moualiin El Khorb par les Sedjàa et les Béni 
Mahiou (fraction des Béni Ourimèche, Béni Snassen). 
On peut les considérer comme faisant presque partie 
des Angad, auxquels ils sont pour ainsi dire inféodés. 

* Renseignements fournis par le capitaine Redier, chef du bureau 
arabe de Lalla Mar'nia en 1898. 

- Il faut y ajouter une autre petite fraction des Béni Oukil, fort peu 
importante, qui habile la plaine de Trifa et campe au nord du massii 
des Reni Snassen, autour de Ja Zaouïa Moula Idris. 




164 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



Ils se partagent en cinq fractions, indiquées dans le 
tableau ci-après. 

Leur qualité de marabouts alliés aux Chérifs 
d'Ouazzan en fait des gens paisibles. Il n'ont i)as de 
caïd et ne paient aucun impôt. Ils ont leur Zaouïa sur 
l'oued Isly, et interviennent souvent pour arrèt(»r 
l'effusion du sang dans les luttes qui ensanglantent la 
contrée. 

Les Béni Oukil vont au marché à El Aïoun Sidi 
Mellouk, à Oudjda, à Lalla Mar^nia et à Melila. 

Ils ensilotent à Sidi Sultan, chez les Angad R'araba. 



RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES K 



NOMS DES TRIBUS 

(fractions, douaus). 



NOMS DES CHEFS. 



Béni Oukil. 



Chetîiha 

Bou Ouriate 

Serardja 

Oulad ben Abdallah .. 
Oulad Aissa 



Si El HaouKsine bel Haoussine. 
Cheikh, (189;-J). 



El Hadj El Haonssine bel M( stefa . 
El Hadj Abdelkader ben Moussa. . . 

Si El Mekki ben Abdallah 

Si Kl Hadj bel Habib 

El Hadj El Hassan bel Mekki 

Totaux 



NOMBRE 

DE 



c • 

— (/, 

V. -z. 

X — 

CB = 

*> b. 

c CD 



a c 

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30 
35 

100 
15 



40 
45 
46 
500 
25 



RESSOIRCES 

pour les 

transports 



20 
30 

m 

150 
10 



» 
» 
» 
400 
» 



RTCIinSSKS 

en troupeaux 



5 

H 
6 
100 



50 
(50 
45 

:^)0 

30 



2.000 
3.000 

1.50G 
18.00(» 

:i50 



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x: 
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24.850 



200 
450 
200 
1.000 
150 



2.000 



* Lieutenant de Beaufort, 1893. 




LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIÂ. 



165 



Los Chérifs Béni Oukil assurent descendre de Moula 
idris de Fez, leur premier ancêtre appelé Si Moussa , 
est mort en laissant trois fils. 

Sidi Ahniedben Moussa dont les descendants habitent 
la Zaouïa Guefaït. — Sidi Ali ben Moussa dont les 
descendants habitent dans la vallée de l'oued El Ksob. 
— Sidi Aïssa ben Moussa dont les descendant sont à 
Aïn Sfa et dans le Bled Ed-Douara à l'ouest de la 
Moulouîa \ 

Béni bou Zeggou. — Les Béni bou Zeggou^ habitent 
des inontataies élevées et boisées qui s'étendent entre 
le Dahra et la plaine d' Angad. Ils occupent même dans 
cette dernière plaine le cours entier de Toued Meseg- 
luar et la lisière de leur montagne. 

C'est une tribu sédentaire vxvmi sous la tente au 
milieu de ses cultures. La plupart sont des autoch- 
tones ; les autres viennent de Figuig dans les temps 
reculés. Ce sont les Oulad Ali ben Ahmed ou Moussa 
et les Oulad Moussa ben Abbou. 

Leur caïd, Haoummada bel Mokhtar , qui appartient 
à une de ces dernières fractions, aurait même fait 
vendre , il y a une vingtaine d'années , les biens qu'il 
possédait encore dans cette oasis saharienne. 

Les Béni bou Zeggou parlent le chelha. Ils sont 
pour la plupart serviteurs religieux du Zaouïa de 

^ H. M. 

î Renseignements extraits ; T de la notice du capitaine de Breuille» 
1880 ; 2" du travail du lieutenant de Beaufort, 1893. 




166 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



Mergchon et de Sidi Ali ben Saraa situés dans leur 
pays, on y rencontre quelques fidèles du Marabout de 
Kenatsa et très peu de la Zaouïa de Ouazzan. 

Ils ont un marché le jeudi, à Tinedjan (M'ta ech 
Cheurfi), près de la maison du caïd et de la Koubba de 
Si Mohammed Saïdi. Ils ensilotent à M'ta ech Cheurli 
et à Tasouïn , chez les Oulad Ali. 

Le caïd Haoummada, investi par le sultan, a sous sa 
dépendance un certain nombre de petites tribus ' d'ori- 
gine berbère qui habitent pres(jue toutes sur le cours de 
l'oued Za, principalement sur la rive gauche, entre 
Tégaféït et Dar Cheikh ech Chaoui (Kerarma). Ce sont : 

1° Oulad Amer : 

2» Oulad Bakhti iBekhata) ; 

3" Oulad El Mihdi ; 

4" Béni Our'ar ; 

5° Béni Chebel ; 

6" Béni Koulal ; 

sur lesquelles nous allons donner toutes les indications 
que nous possédons. 

Il faudrait ajouter à cette énumération les petites 
fractions suivantes sur lesquelles nous n'avons que 
des données statistiques résumées dans le tableau 
ci-après *. 

' D'après de Foucauld toutes ces petites tribus vivraient sous !a 
tente près de leurs cultures. Les renseignements fournis en 1880 par 
le capitame de Breuille indiquent au contraire que ces Kabyles vivent 
dans des maisons agglomérées en villages ouverts. 

' Lieutenant de Beauforl, 1893. 




LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



167 



Ce sont : 

Oulad Zirar ; 

Ahl R'eman ; 

Béni Fachchat ; 

Béni Oudjel ; 

Ahaddouine. 

OuL.\D Amer, Oulad Bakhti. — Ces deux tribus ' 
d'origine berbère et parlant le chelha, n'en fonnent on 
réalité qu'une seule ; et , bien que dépendant du caïd 
des Reni bou Zeggou, elles subissent l'influence 
presque exclusive du marabout Si Haoummada ould Si 
Hamza (jui habile à Tegafeït sur l'oued Za, c'est-à-dire, 
chez les Oulad Bakhti (Bekhata). 

Les Oulad Amer et les Oulad Bakhti ont la même 

origine que les Béni lala. 

Ils taisaientjadis partie intégrante de cette dernière 

tribu , comme nous le verrons plus tard. 

Les Oulad Amer occupent le massif montagneux, 
auquel ils donnent leur nom, à gauche de l'oued Za. 
De Foucauld prétend qu'ils peuvent mettre sur pied 
50 cavaliers et 1000 fantassins. 

Mais le capitaine de Breuille, dans une notice écrite 
en 1880, donne sur ces deux tribus les renseignements 

suivants : 

Leur population totale serait d'environ 4800 âmes 
vivant dans des villages ouverts et occupant approxi- 
mativement 800 maisons ou tentes. Ils pourraient 
fournir 50 cavaliers et 1600 fantassins. 

' Capitaine de Breuille. 1880. 




1 



I ■> 



168 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



169 



Le centre du pays des Oulad Amer serait Mekam 
Sidi Ali ben Sama, Koubba près de laquelle se tient 
leur marché hebdomadaire. 

Enfin, ils seraient subdi\-isés en plusieurs fractions. 
On ne connaît les noms que des trois suivantes: 
Fekkouïne, Louaïk et Oulad Amar ben Ali. 

Oulad el Mihdi. — Les Oulad el Mihdi occupent 
également le flanc gauche de la vallée de Foued Za, 
dans sa partie moyenne. Ce sont aussi des Berbères, 
liarlant le chelha. 

D'après de Foucauld, ils peuvent fournir âOO fusils. 

Le cai)itaine de Breuille leur donne moins d'impor- 
tance. D'après lui , ils ne pourraient mettre sur pied 
que 20 cavaliers et 80 fantassins, et n'occuperaient 
qu'une cinquantaine de maisons réparties en six \-illa- 
ges : Oulad bon Hink, Béni Zoulet, Oulad Eu Naceur, 
Ahl Tamart, Oulad Atman, Issouïdin. 

Béni Ourar. — Les Béni Our'ar sont encore des 
Berbères qui vivent sur Foued Za (rive gaucheK 

Le capitaine de Breuille leur donne pour centre 
principal le village de Tinnezat sur le cours de la 
^i^iè^e. Ils occuperaient, d'après cet ofticier, vingt-cinq 
maisons, et pourraient fournir 5 cavaliers et 40 fan- 
tassins. 

Bem Chebel. - Les Béni Chebel forment une petite 
tribu, de langue et de race berbère, qui habite sur le 
flanc gauche de l'oued Za. 



D'après de Foucauld, ils pourraient armer 70 fan- 
tassins. 

Le capitaine de Breuille les divise en trois fractions : 
l(^s Oulad ben Diss, Ifman, Zaouïa Sidi el Mahdiben 
iJerkaouï, occupant en tout trente maisons ou tentes et 
pouvant fournir 10 cavaliers et 50 fantassins. 

Bem Koulal. — La petite tribu berbère des Béni 
Koulal ' occupe les deux rives de Toued Za . mais 
principalement la rive gauche. Elle possède, sur cette 
rivière, à la limite ouest de son territoire, une kasba 
dénommée Kasba Béni Koulal, près de laquelle se tient 
un marché, le mercredi de chaque semaine. 

Les indigènes de cette tribu habitent, d'après le 
capitaine de Breuille , trois gros villages non fortifiés. 
Ce sont : Oulad Ichou . Béni lahi et El Djeale. Ils 
posséderaient en outre une centaine de tentes et pour- 
raient armer 12 cavaliers et 200 fantassins. De Foucauld 
réduit ce dernier chiffre à 150. 

11 n'y a pas de juifs dans les tribus de l'oued Za dont 
nous venons de parler, ni chez les Béni bon Zeggou. 

Nous compléterons les renseignements ci-dessus, 
sur les Béni bou Zeggou et les tribus qui en dépendent, 
par l'adjonction du tableau statistique suivant; il est 
extrait d'un travail, établi en 1893 par M. le lieutenant 
de Beaufort, et donne les indications les plus récentes. 

1 De Foucauld. Reconnaissance an Maroc. 




170 



TRIBT\S PLACEES ENTRE 



rknseittNemrnts statistiques. 



1 



NOMS DKS TRIBUS 



(fractions, douars). 



5 _g 



Béni bou Zeggou. 

Oiiiad F'oTtoumn 

Ou lad A Ha><sen 

Oulnd KlMahi 



ce c 



imr ar on 

Onifid T.'ihar 

Oulid ci Areoh 

HadtioïKlaïn 



es X 



Taliarïn. 
Ziaïta.. . 



Oulad el Hassen. 
I ^ I Oulad Ali 



O ' ' Oiilad Ali Molhassn, 
Ahl Oukerfi 



Ahl Tahalaonalt 

Kl Hadjadj \\\\\ 

Oulad Ali ben Ahmod \ 

Oulad Mohammed benM'hamiiu'd 

Ahl Tinassouine Ifkhiron 

Ahl Dndda Ali 

El Maaiiemin 




Oulad Zirar 

B*^ni Chobel 

Ahl R'onian 

OiiladKlMihdi 

Boni Fachohat 

Oulad Amar 

Boni Oudjdel 

Reni Oiirar 

Heni Koulal 

Ahaddouïno 

F^ekhata ,Onlad Bakhti) . . 

Oulad Sidi Hamzh ben 

Taieb 



NOMS DKS CHEFS. 



NOMMRK 

de 



Haonnimada bol Mokhtir 
Caïd, (18<);i). 

Si Mohammed ben M'ham- 

med 

Ahmed (Hild ^lohammed 

ben Kaddour 

M'hammed ould Moiiani- 

mcd bon Ali 

Ali ould Djelldul 

Mohamnu^d liou Ktdkoul.. 

El Hachii- el Areeh 

Hou Chekroun ben Mer- 

^ /-Ou;4 

Cheikh Mohammed ben 

Moussa 

Moussa ould M'hammed 

bol Mokhtar 

Aiiienr Andrap 

Mohammed ould Aniar 

ben Moussa 

Moussa el Hezidi 

Si Mohammed ben Ali El 

Cadhi 

Ali ould En Naoeur 

El liadj MMiammed '. 

Monammed Aprtit 

Mohammed Abeikan 

Mohammed Kerroud 

Si Ramdan 

El Hndj Hammou ben 

Kaddour 

Amar ben Zirar 

El Haehir ber Rahal \ 

Mohammed Aberkan 

Moliammed ou Raho 

Amar ber Rahal \\\\ 

El Haehir ben Ali 

Amar ben Ahmed 

Kl Haehir el Oiir'ari ' 

Mohammed ben Ahmed. . 
Si Mohammed ould 
M'hammed ben Addou.. 

Ameur A/eroual 

Si Haoummada ould Si 
Hamza 

nifirabout flo Tépafelti. 

Totaux 




20 

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15 

20 
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15 

10 

12 

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50 

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100 

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KKSSOVItrKS 
pour transports 



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en troupcdux. 



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12 
14 
70 

50 
100 

100 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



171 



Kkrarma. — Les Kerarma * sont des Arabes (djouad), 
frères et allif^s des Hallaf. Leur caïd Mohammed ben 
ech (Uiaoui. comme nous l'avons vu, commande égale- 
ment cette tribu. 

Ouoi(iue vivant sous la tente , les Kerarma sont 

sédentaires. 

Le pays qu'ils occupent s'étend le long de l'oued Za^ 
depuis Kasba lieni Koulal jus(|u'aux campements des 
lîeui Uukil. OHte longue bande de terrains est des 
|»lus ricbes et des plus fertiles, grâce à un système 
d'irrigations judi('ieusement installéfs. Des barrages 
arrêtent les eaux dans le lit de la rivière et la déver- 
sent par des canaux d'irrigation, qui ont jusqu'à 5 et 6 
mètres de profondeur, au milieu des cultures. 

On ne trouve pas chez les Kerarma d'autres cons- 
tructions ({ue celles dont nous avons parlé au chapitre 
précédent: Dar Cheikh ech Chaouï , la maison du caïd, 
et Taourirt (Kasba Moula Ismaël). Nous n'y revien- 
drons pas. 

Le marché de cette tribu est des plus importants. Il 
se tient le lundi, près de Dar Cheikh ech Chaouï. 

D'après de Foucauld , les Kerarma peuvent fournir 
un contingent de 500 fusils. 

On ne trouve chez eux aucun juif. 



Béni Iala. — Les Béni lala (Béni laâla) sont des 
berbères. Ils habitent à TEst des lieni bou Zeggou et 

< Renseignements fournis par de Foucauld. Reconnaissance au 
Maroc. 




I 



172 



TRIBUS PLACÉES KNTRE 



î 



au Sud des Zekkara'. Leur pays se compose de plaines 
et de montagnes d'élévation moyenne. On y trouve 
une ancienne Kasba. Hadjar Guemfouda, aujoimriiui 
ruinée. 

Cette tribu est actuellement partagée en trois com- 
mandements, qui sont : 

Les Béni lala Cheraga, administrés directement par 
l'amel d'Oudjda ; 

Les Béni lala R'araba, obéissant au caïd Ahmed 
bon Zian ; 

Les Béni lala Slassif, dépendant du caïd des Béni 
bon Zeggou. 

Primitivement les Béni lala comprenaient les frac- 
tions suivantes : 

1" Béni lala Slassif ; 

2° Zekkara (que nous verrons plus loin) • 

3" Oulad Amer : 

4" Oulad Bakhti (Hekhala). 

Nous avons déjà vu ces deux dernières. 

Par suite de luttes intestines qui divisèrent los B<'ni 
lala, les Zekkara se sont d'abord éloignés du reste de 
leurs frères pour former un groui)e spécial, s'adniinis- 
trant à part. Pour la même cause et successivement, les 
Sfassif, Oulad Amer et Bekhata se sont également 
séparés du gros de la tribu et ont formé trois groupes 

' R.„s.ig:n.me„ts extraits du travail du capitaine de Breuille , 
1S80 ; de celu, du heu.enani de J3eaufort, 1893, et complétés par le. 
indications fournies par le capitaine Redier. 



LA FRONTIÈRE ET LA MOUl.OUÏA. 173 

spéciaux, qui se sont placés sous la protection du caïd 
des Béni bon Zeggou. Les Oulad Amer et Bekhata , 
fractions de peu (rimportance , ont dû faire de force 
partie intégrante, en quehjue sorte, des Béni bon 
Zeggou , tandis que les Sfassif , plus forts , ont réussi à 
conserver une indépendance relative. 

A la suite de cette dislocation de la tribu des Béni 
lala , il est resté un fort groupe de tentes de toutes 
provenances et composées de mécontents qui n'accep- 
taient aucune autorité, surtout étrangère. Ils se sont 
])artagés en deux groupes, sincm ennemis, du moins 
hostiles , que Ton appelle Béni lala Cheraga et Béni 
lala R'araba. Ils habitent la montagne, au Sud des 
Z(^kkara et au Nord des Mehaïa, avec lesquels ils 
étaient alli.^s autrefois et qu'ils suivaient dans leurs 
pérégrinations ,)us(iu-à Ras El Aïn des Béni Mathar. 
Us sont ennemis aujourd'hui (1893). 

Les troupeaux des Béni lala vont paître dans le 
Sud jusque dans le Dahra. 

Il existe dans la partie montagneuse de la région 
occupée par eux des gisements de p'omb. Le minerai 
se rencontre en aftleurements au fond de grottes. Les 
indigènes allument des bûchers à l'endroit où le 
minerai affleure , puis recueillent le plomb ({ue la cha- 
leur fait découler. Ce sont les femmes qui se livrent à 
cette occupation '. 



,t 



1 C'est du moins ce que les indigènes ont rapporté au capitaine 
de Breuille. 




i 



174 



TRIBUS PLACK1<:S KNTRK 



Tous les Béni lala t^iisilotent à Merz Kl Abiod chez 
les Sfassif, ils sont serviteurs des ciiérifs de OuAzzan. 



RRNSFIGNKMKNTS STATISTIQUES. 



NOMS DKS TUIHUS 

(KHAC^TIONS, DOIAUS). 



Béni lala Cheraga. 



NOMlîHK 



NOMS DKS CHEFS. 



Onlaa LÏ:;iM^'haràa 

Nlon^^a^*^ "'***' Haiiimou ... 
■ i,^,n" ^^o»^al• 



Amnn-/^»HAIi 

■ Oulad Raho 

*>ula(l el Haonadi . 

l Nouaouia 

\ Oulad Ilammon bon 

' lahia 

Kheoharhna 

Ovîlad Toumi 

Oulad Taïeb 

Hou Alaion 

Messaada 

Mezri'nuaa 



iT.-.. 



1/aniel Si Abdesselam 
ben bon Ch.'tn (i8*);{). 

ChoikhSaïd 

Mohammed hov Rabah. . '. . . 
Mohammed ben Dnhman.!! 

Ali ould Kaddoui- 

Mohammed ben Ahmed . /. 

Aïssa ould Seddik " 

Mohammed ben Abbon ...' 



Salah 

Zazouh oubl Kl Miioud.' '.'.'.'.'..'/.' 

Taieb ould Tonmi * ' 

Kl Rachir ould lamina. 

Mohanmied Lakhal 

RI Arbi oHld Messaoud 

Taharbel Mahi 



Totaux des Béni lala Ch 



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Béni lala Sfassif, 



Ahmed bou Zian, Caïd (18î».S). 

Rou Medien ould bou Zian 

Totaux des Reni lala (îharaba.. 



(>00 
500 
400 

r)00 

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Ak-iiouine 

Amokhlaivn . . 



Haoumma.la bel Mokhtar, Caïd 
'lesBembouZegoomia»;^). 

Taïeb ould Kaddoui- . . . 

Kl Mokhtar ben M'hammed .' ." .'..'. 

Totaux des Reni lala Sfassif. 
Totaux généraux de la tribu... 



1(H) 
120 

220 

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200 
150 



350 



1251 



) 



LA FRONTIÈRE KT LA MOULOUÏA. 



17: 



;) 



Zrkkara. — T.es Zpkkara ' sont do iiiAttip oriirinp , 
cnimiie nous venons de le voir, (jne les lieiii lala. i>, 
sont par conséquent des berbères. Ils parlent chelha. 
La niontaî^ne qifils occupent, au Nord-Rst du massif 
des Boni bou Zeggou, forme comme un îlot isolé à 
l'extrémité de la chaîne. 

En été, ils campent dans leur montagne et viennent 
souvent dresser leurs tentes à Hadjar Guemfouda, chez 
les Béni lala . leurs frères et voisins. En hiver, ils 
s'avancent juscjue sur les bords de l'oued Isly , où ils 
font du jardinage. 

Un de leurs douars , celui des Oulad Si Ahmed ben 
loussef, est un douar de marabouts, qui cami)ent 
généralement près de Tinzi. Il y a. à cet endroit, une 
source, entourée de jardins, (jui donne beaucouf) d'eau ; 
on trouve à proximité une maison bâtie, partie en 
pierre. i»arlie en pisé. (}ui se compose de six chambres. 
Il V reste encore les débris d'une ancienne Kasba, près 
de laquelle se trouvent environ 150 à 200 silos ^ gardés 
par un poste. 

D'autn^s silos se trouvent à Hou Salah, à 1500 mètres 
de Tinzi. Il y a là [)lusieurs sources et deux puits. 
Iveau est bonne et se rencontre à une profondeur de 
2"*50 au plus. Le pays, aux environs, est accidenté et 
couvert d'une foret de thuyas, chênes, lentisques, etc.. 
Le douar El Arasla campe d'ordinaire dans un 

1 Renseignemenls extraits du travail (lu capitaine de Breuille, 1880, 
el de celui du lieutenant de Beautbrt, 1893. 



C 



! 

y, 

1\ 



176 



TRIBUS PLACKKS ENTRK 



LA FHONTIÈHK KT lA MOlîLOUIA. 



77 



1»^* 



i 



endroit appel*^ Tafmit. CVst une ])lame, située entre 
Tinzi et Métrouh .où il y a trois Kouhbas, Tune à côté 
de Tautre. Ce sont: Sidi Mohaniiued ben Zenagui, 
Sidi El Habib et Sidi El Haddadi , qui se trouve à 
proximité do Tiuzi. Ees Zekkara labourent dans cette 
plaine et y ont un certain nombre de (iguiers. 

Une i)artie de la fraction (quatre douars) dos Ou lad 
Moussa dresse d'habitude ses campements sur les rives 
de Timed Moïelar. On y trouve la source dWïn Melloul 
qui est entourée de jardins. Une autre source jaillit à 
proximité, c'est l'Aïn Tisilias, près de laquelle on 
aperçoit une maison. 

Les Zekkara s approvisionnent de plomb aux mines 
des Béni lala. 

Ils ont pour industrie la labrication des nattes (Falla 
et celle du goudron. Ils n^ont pas de marché parti- 
culier; ils vont à El Aïoun Sidi Mellouk, Oudjda , 
Sefrou (chez les Béni Snassen) et Lalla Mar^nia. 

Les Zekkara sont serviteurs religieux du marabout 
de Kenatsa et de Si Ahmed ben lousset et aussi et 
surtout de Moulai Taïeb. 



RF.NSKIONEMKNTS STATISTIQUES. 



NOMS I»KS TRIBUS 

(FRACTIONS, DOrARS). 



Zekkaxa. 



Onrd 

.'1 
Kchir. 



M'haiiiitwM' 
el Mritcr. 



Riinani 

Soualmia 

(lulad ben Aissaïn. 



)K1 Maïrha 

/Oiilad ben Kbolifa. 

f (liiIndbcnelFïasscn 

Oulri'l Hmiimmou . . . 

, VA Aboii'iin 

^K.os<»uïn 



iKlMoubain. 
; VA KbtM-aipa 



Uulîui bru IVcntKni 
( Zarlaiii . 



Oula-Ï 

Moussa 



Ouln.l 
beii Oaiiab. 



Mcbarrain . . 
linoMsourcii . 

Isalhou 

Uabonïn. . . . 



KoROuïn K! Ganali 



Ha(i(b)nm 

jlsalben Kl Oanab 
( Oulad bon SaleiQ. 

/El Kraara 

' Soualba hUialn... 

El Mabin 

Kl Arasia 



Oula-i 
Toui'lient. 



Atsbaddou . 

\V.\ Maaiini . 
hwm Zouiît. 
/ Hekalaïn. . . 
1 Bon Triken 



;K1 Maafid 

Oulad Ali \<biiad bou Asaker 
ben labia. i 

' Ichonïon 

Oulad Sidi Abmed ben loussef. 



NOMS DES GHKKS 



Raradan ould Ameur 
ez Zekraouï, caïd, IHUli 



Abbdkader ould Kaddour . . 

Bel Aid l)en Mansour 

Ali ould Mobammed ben 

Abiïied 

Ali ould Aïiieur. 

Mobammed b«n Aïssa 

Ali Kaiiia 

Uabab ould Kbolifa 

Mobammed ben Mansoup . . 
Kbelifa ould Atimed beu 

M'bammed 

Kl Harbir ben Silboum 

Amiîur ould M'bainmed 

Abme<l bon Abdelouabad. . . 

Mobammed ben Ameur 

Ameur ben bou Medien 

Abined bon Knibarek 

ElMekkiben Ali 

Mobammed Nali ould Ab- 

med 

Abdelkader ould Ahmed ben 

bou Medien 

Aldfdkader ould Zerrouk. . . 
Ahmed ould Ali ben Aïad .. 
M'bammed El Djaba 

Saoul 

Belkacem ould Merah 

Ali ould Kl Mehïani 

Abdelkader ould Ali ber 

Raho. 

Ahmed ould Embarek 

Abdelkader ould Abdallah., 
kbeilouf ould El Milotïd . . . 
Bou Djemaa ould Mellouk. . 
Ameur ould Mohammed Bel 

kaoem 

El Miloud ould Aïssa 

AÎxlallah ould Mohammed 

ben Moumen 

Mohamiued ben Moumen. . . 
El Bacbir oubi Ali 



Totaux 



NOMBRE 
de 



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150 

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50 

80 
45 
50 



1990 



RKSSOL'RCE.S 

pour transports 



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6 

9 
10 

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RICHESSES 

on troupeinix. 



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3 




178 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



î 



Beni Mathar. — Les Béni Mathar^ racontent qu'ils 
sont originaires des R'enanema de l'oued Saoura. A 
une époque indéterminée ^ ils auraient quitté leuis 
frères pour se porter vers le Nord. Arrivée à Sahibat 
Beni Mathar, sur Toued el Ardjem, la migration ^ se 
serait partagée en deux groupes. Le premier aurait 
gagné la région du Ras-el-Ma-Marhoum et consti- 
tuerait actuellement les Beni Mathar de TAnnexe de 
Saïda, tandis que Tautre^ s'installant sur l'oued C^haref, 
aurait construit la Kasba de Ras el Aïn. C'est ce secomi 
groupe qui aurait donné naissance à la tribu dont nous 
nous occupons. 

Les Beni Mathar parlent l'arabe et se prétendent de 
race arabe. Habitant le même pays que les Mehaïa , ils 
sont constamment en contact avec eux et suivent leur 
fortune. Ils sont presque considérés comme une frac- 
tion de cette tribu et obéissent à son caïd. 

Les parcours des Beni Mathar sont limités ])ar 
Kheneg El Ada, l'extrémité ouest du Ghott R'arbi . 
Oglat Gedra et Ras-el-Aïn. 

Bs campent la majeure partie de l'année à Ras-el- 
Aïn où ils ont des cultures. 

Ils sont, pour la plupart, serviteurs religieux du 
marabout de Kenatsa (Ziania)^ qui a chez pux trois 

^ Extrait d un travail établi par le capitaine Poindrelle, 1893. 

^ Il est à supposer que cette migration sVst ])roduite à la n.ême 
époque que celle qui a porté les RVnanema sur l'oued Saoura et 
qu elle a été provoquée par la même cause. Ce serait un point à 
élucider. ^ 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 179 

mokaddems : Ali ben Bachir, des Oulad Ali ben 
Abbou, Mohammed ben Djerboa, des Oulad el R'azi, et 
mokaddem Talha, du douar El Fokra. 

On ne trouve aucun juif chez les Beni Mathar. 



RENSEIGNE M KNTS STATISTIQUES. 



NOMS DES TRIBUS 

(KUACTIONS, douars). 



NOMBRE 



iRESSOlHCKS 
p*" trenisports, 



NOMS DES CHEFS. 



Beni Mathar. 



El hînlj Saheli ould 

boû Bekeur, 

caïd dos Mehala, 189.*i. 



.S X 

« -s 

5e: 



(lulnd 
Haininadi. 

Oulad 
ben Aïssa. 



i Kl Aouac'bir. . . . 

j Oulad Kl R'a^i. 

1 Oulad Ali bon 
^ Abî)ou 

1 Oulad ben Ncer. 

'Oulad Ali 



Mohammed ben Brahim 

Mobammed ben Said 



\ 



OiilaM 
Kl Heimei". j ' 



Oulad Daoud. . . 
Oulad Kaddour. 
Kl Fokra 



Mohammed Kl Mahi 

Ahmed ben Ghadli 

El Habib ould Ahmed ou 

Moussa 

Helkaceiii ould l^khdar* .. 
Medjdoub ould ben Addou. . 
Hrabim ould ben Brahim. . . 

Totaux... 






25 
15 

18 
27 

16 
21 
22 
34 



179 



24 
17 

19 
24 

23 

18 
26 
50 

201 



18 
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12 

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10 
11 
15 



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RICHESSES 

en trnupcaux. 



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80 

45 
60 
55 
85 

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2500 

350 

1500 

2800 

1000 

500 

1600 

1100 



ii:^ 



Mehaïa. — Les Mehaïa' sont pour la plupart de race 
arabe. Tous emploient la langue arabe à l'exclusion de 
toute autre. Ils se partagent en trois grandes fractions 

> Le cheikh des Oulad Daoud, Belkacera ould Lakhdar, a servi, 
pendant plusieurs années, comme spahi au bureau arabe d'Aïn Sefra. 
Il nous rend de temps en temps des services. C'est l'horame lige du 
caïd Kl Hadj Saheli. 

5 Renseignements extraits du travail du capitaine Poindrelle, 1893. 



> 

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600 
150 

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500 

800 
■220 
500 
500 



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3 

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220 ; 
45 

240 
218 ; 

80 

48 

114 

65 



1030 



il 



^ 



180 



TRIBUS PLACKES ENTRE 



i 



d'origines diverses: les Mehaïa el Oiiost, les Oulad 
Barka et les Achache. 

Les Mehaïa El Ouost , qui ont donnt^ leur nom à la 
tribu entière, prétendent descendre d'une femme, 
nommée Mehaïa, originaire des Angad; eu réalité ce 
sont des Arabes Hilaliens, de la tribu de Athbedj, (}ui 
ont été transportés, dans la région qu'ils occu;^ent, par 
le sultan lar'moracène , en même temps que les 
Hamian, leurs voisins. 

Les Oulad Barka se divisent en trois sous-fractions, 
d'origines différentes. Ce sont : P Les Oulad Barka 
proprement dits qui sont originaires : les Oulati Emba- 
rek des Oulad Djerir, les Rehamna des Douï Menia, et 
les Oursefan des Cheurfa de Saguiet-el-Hamra ; '>' Les 
Oulad Khelifa, qui viennent de Kenatsa : 3'* Les ( )ulad 
Maamar, qui viennent des berbères marocains. 

Les Achache comprennent également trois sous- 
fractions. Ce sont : P Les Oulad Selim, originaires des 
Oulad El Hadj, qui habitent la Haute-Moulouïa ; 2*^ Les 
Chouaker, qui viennent des Béni- Vmer, grande 
tribu qui réside actuellement aux environs de Sidi 
bel Abbès ; 3*^ Les Oulad Braz, venus du Tafilalet. 

Les parcours des Mehaïa s^étendent depuis le Dahra 
jusqu'à la plaine d'Angad. Ils possèdent même quelques 
terres de culture dans cette dernière plaine aux envi- 
rons de Sidi Moussa ben Abdelali, mais il est rare qu'ils 
puissent y effectuer des labours, à cause de l'état d'hos- 
tilité presque permanent dans lequel ils vivent vis-à-vis 
des populations environnantes. Aussi ne prolitent-ils 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUIA. 



181 



guère de ces terrains que pour aller s'y installer après 
la moisson, au moment où ils font leurs achats annuels 
de grains. Ils labourent, du reste, relativement peu; 
ils ensemencent cependant une certaine superficie à 
Ras-el-Aïn des Beni-Mathar , à Tiouli et à Missiouin. 

Les points d'eau les plus remarquables de la région 
qu'ils parcourent, sont: 

r* Sur l'oued Charef supérieur, Matarka, où il existe 
de nombreux puits dans lesquels l'eau affleure la 
surface du sol à l'époque des pluies ; 

2'* Sur l'oued Tanekhloufet , affluent du précédent. 
Tendrara . où se trouvent plusieurs puits qui débor- 
dent souvent l'hiver et donnent naissance à un faible 
courant. Eau bonne et abondante; 

3" Sur l'oued Charef, après le confluent de l'oued 
Tanekhloufet, Oglat Oedra, série de puits qui donnent 
une eau abondante et bonne quoique légèrement 
saumâtre ; 

4" Sur Toued Charef, près du confluent de l'oued 
Mesakhsa, Ras-El-Aïn des Béni Mathar, source d^m 
débit considérable et permanent, qui donne naissance 
à une véritable rivière. C'est l'origine de l'oued Za. La 
différence de température entre l'eau de la source et 
l'atmosphère, pendant l'hiver, est telle qu'il s'en dégage 
de légères vapeurs. Elles restent en suspension dans l'air 
et indiquent au loin l'emplacement de Ras-El-Aïn ; 

5^ Sur l'oued Magoura, près de son confluent avec 
Toued Za, Aouzian, point d'eau comprenant plusieurs 
puits qui fournissent une eau de bonne qualité : 



1 



,1- 




182 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



183 



3 



6** vSur Toued MHa Okha, autre affluent de droite de 
l'oued Za, Hassi Barka^ puits donnant de l'eau de 
bonne qualité et assez abondante ; 

7** Sur l'oued Betoum , affluent de gauche de l'oued 
Za, Meridja, point d'eau important; 

8** Sur les pentes Est de la Gara el Gràa , à Foum 
Mtaoura , Aïn Msiaïd ; 

9** Dans la plaine de Tiouli , Aïn Tiouli . non loin 
d'Hassi Barka, situé sur le versant opposé de la mon- 
tagne. 

Les Mehaïa emmagasinent leurs approvisionnements 
à Ras-el-Aïn des Béni Mathar, conjointement avec 
cette dernière tribu. 

Ils sont presque tous serviteurs religieux des Oulad 
Sidi Cheikh, auxquels ils paient une redevance 
annuelle. 

Les gens de la fraction des Oulad Khelifa et princi- 
palement ceux du douar Oulad Saïd sont des Ziania 
(Kenatsa). 

Presque tous les Mehaïa paient en outre une rede- 
vance annuelle (une brebis) aux Oulad Sidi Abderrah- 
man Saheli, en raison de leur qualité de serviteurs des 
Oulad SidiCheikh\ On trouve aussi chez euxbeaucou]) 
d'adeptes de Moulai Taïeb, des serviteurs de Moulai 
Kerzazj et un certain nombre de Mekhalia. 

' Le grand Sidi Cheikh avait été le disciple de Sidi Abderrahman 
Saheh. La Zaouïa des Oalad Sidi Abderrahman Saheli, appelés aussi 
Moul Sehoul, est située sur l'oued Guir, non loin du confluent de l'oued 
bou Anan. 



RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES. 



NOMS DES TRIBUS 
(fractions, DOUAUSJ. 



Mehaïa. 

Zouala. I Chaaba 

', Oulad Salem . . 
Doui \ Oulad Maaniar 
Khelifa. ) Oulad Dhif. . . . 

fîolba 

/Zeraouia 






Ci 



Oulad 
Kari. 



Oulad 
Abid. 



Oulad 



lOulad Aiiîira. . . 

Firan 

Oulad be Diar. . 

Oulad bou Dje- 

mila 

l Sbaln 

iZemeinta 



5\ Rarka. 



jEI Gouadim. . . . 

'El Khalfa 

Oulad Ernbarek 

Rehamna 




c 



43 

es 



Oulad ^ 
Khelifa. j 

Oulad 
Maamar 

Oulad 

Selim. 



Ghoua- 1 
ker. i 



Oulad 
Braz. 



Oursefan 

Chel)ka 

Sbetiin 

Oulad Aiiiran, 
Oulad Saïd.. . 
El Hedahda. . 
El Helalfa . . . 

Louahag 

Nehartin 

Zouaïd 

Oulad Ahbal . 

Maatig 

Medafaîa 

El Heurniin.. 

El Kherarib.. 
El Hiansa ... 



El Magader. . 
El Beïdan... 



El Maïzin 

Oulad Sidi Ali. 
Oulad Moulai El Hachera, .. 
Godia 



El Hadj Saheli ould bou 
Bekeur, caïd, 1893. 

Sliman ould Ahmed bou 

Azza 

Touhatni ould Ernbarek 



El Haouari ould Ahmed 
M'selleui 



Bou Sonar onld Aïssa. 
El Hadj M'hamined. . . 



El Hadj Kerrouin ould Ker- 
roum 

El Hndj Haouari ben Gui- 
toun 

Aïssa ben Hainida 

Mellouk 

Mohaiiiîncd ould lùnbarek.. 

Hou I.enouar ould el Miloud. 



El Hadj Taïeb ould Saheli.. 

Si Mohainiiicd Kl Haïdori.. 

Mohammed ould .\inar 

Larbi ould l'mbarek 

Mohammed ould M'hammed. 

Mohammed ben l^akfidar. . . 

Kaddour bel Mahi 

Ali ben Nouali 

Maamar ould Salah 

Abderrahman ould Abdel- 
hakem 

Taïeb ould Bou Djemaa 

Abdelouahab ould Abder- 
rahman 

Sliman ould Ali ben Salah.. 

Abdelouahab ould Abder- 
rahman 



Mouley Brahim 

El Hadj Mohammed 
Abbès 



ben 



NOMBRE 

da 



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15 

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15 

8 
4 

60 
7 
7 
7 

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6 

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15 
20 
60 

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20 
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16 
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50 

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25 

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50 

10 

11 

5 

30 



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15 

7 

6 

60 

7 
8 

8 

7 
20 
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6 
10 

60 

20 
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14 
26 
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60 

110 
30 

m 

12 
20 

70 

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40 

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10 

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5 

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60 

60 

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70 

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28 

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15 

25 

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15 

20 
30 

6 

6 

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15 

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778 



RESSOURCES . 
pour transports 



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100 

120 

70 

40 

150 

40 
45 

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600 

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800 
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1825 



RICHESSES I 

en troupeaux. { 



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s 



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5000 
3500 
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10500 

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11000 

7200 

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2400 
1600 
1100 
1500 
600 

3200 
1200 

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300 
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4.50 

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2300 

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2500 

1200 

1800 

800 

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:S200 IKK) 

5500 1800 



600 
2100 

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70 
120 



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i 




1 



184 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



1 



Il existe dans la région occupée par les Mehaïa et 
les Béni Mathar , deux familles importantes qui sont 
indépendantes du commandement du caïd El Hadj 
Saheli. Ce sont : 

r Les Oulad Moulai el Hachem, cheurfa origi- 
naires du Tatilalet et parents du Sultan du Maroc ; 

2" Les Godia, famille du cadhi de Ras-el-Aïn, très 
influente et très riche. 

Sedjaa'. — Les Sedjaa (Chedja) sont Arabes, de 
race et de langue. Ils habitent l'extrémité orientale de 
la plaine d'Angad, aux alentours de Kasba El Aïoun 
Sidi Mellouk. Le pays qu'ils occupent sur la rive 
droite de la Moulouïa est ouvert et facile : il est traversé 
parla grande trouée qui conduit deLallaMar'nia à Fez. 



.Lk^lf 



^ 



Et Trik es Sultan, la route du Sultan. Ils portent 
également leurs campements sur la rive gauche de la 
Moulouïa jusqu'au Foum Garet. 

Les Sedjaa n'ont pas d mdustrie particulière ; ils 
fabriquent cependant des tentes en poil de chameau 
estimées. Leur marché se tient le mardi, à El Aïoun 
Sidi Mellouk. Ils ensilotent, près de cette Kasba, à 
Makkhoukh. 

Leur caïd joint, à ses fonctions de chef de tribu le 
commandement de la Kasba d^El Aïoun, commande- 

1880, et de celui du lieutenant de Beaufort, 1893. 



LA FRONTIÈRE ET LÀ MOULOUÏA. 185 

ment pour lequel il reçoit du Sultan une investiture 
spéciale. En 1893, Bou Azza Soufi, personnage investi 
par la (^our marocaine, n'avait aucune autorité, on citait 
le nommé Cheikh Hamidan jadis mis en prison par El 
Hadj Mohammed Douïda comme le personnage le plus 
influent de tous les Sedjaa \ 

Beaucoup de Sedjaa sont serviteurs religieux du 
marabout de Kenatsa (Ziania), mais la plupart relèvent 
des Cheurfa de Ouâzzan, 

On ne trouve pas d'autres juifs chez eux que ceux 
qui résident à El Aïoun Sidi Mellouk, 



RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES, 



NOMS DES TRIBUS 

(FRACTIONS, DOl'ARS). 



RESSOURCES 

pour transports. 



Sedjaa. 




l Oulad loub. 



Meridscratc 

Oulad Nabot 

lOulnd Aiad 

Oulad Dja Rahim 

Oulad bon R'ennoii.. 
Oulad Maâllah 



Oulad lahich 

Kl Rossais 

Oulad Khelifa 

Oulad ben Saha 

Oulad Knibarek 

Oulad Moussa 

Oulad bou Nadji 

C)ulad Messaoud 

El Ababda 

Kl Auiran ■ ■ 

, Oulad Mohammed 

Oulad Hassoun 

Oulad Sbiha 

Oulad Guir 

Oulad Aïad Guenana 



Si bou Azza Soufi, caïd 
d'El Aïoun Sidi Mellouk. 189:1 

Hamdoun ould Si Hamidan ben 

Mansour fll?^ 'îe l'ancien raid cassé . 

Aïssa ould Meridsa 

1 ,akhdar ben Gharof 

Cheikh bel Louati 

Si Ali bou Akline 

Cheikh ben Ramdau 

Si Kl Mokhtar ould ben M ham- 

med 

Kaddour ber Raho 

Cheikh beu Ali Kl Ressaisi . . . - 

Mohammed bel Atsamni 

Cheikh Slimi 

Cheikh ben lacouh • 

Cheikh Kl Madjoubould hen Ab 

Kl Hadj beu Abdallah 

Kl Aïssaoui ould Ramdan 

Slinian ould Si M'hammed 

El Bachir ouh^ Mohammed 

Mohammed ben Freha. 

Mohammed ben Laredj 

El lamani ould Rabah 

Ren Tahar ould ber Rahal 

Rou Medien ould Sliman 



Totaux 



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60 
30 
25 
120 
15 

10 

18 
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250 

25 

18 

30 
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200 

220 

150 

100 

50 

50 

25 

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2028 



50 
20 
15 
60 
10 

15 
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60 
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25 
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40 



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150 
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100 
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RICHESSES 
en troupeaux. 






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1000 

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600 



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40! 



20! 
386 



1 H. M. 



I 




186 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



i^*- 



3 



Angad. — Les Angad ' sont de race arabe ; ils font 
remonter leur origine à la tribu de Makil l Placés entre 
F-ez et Tlemcen, les deux capitales rivales des dynas- 
ties berbères, ils prêtaient leur concours, tantôt aux 
souverains de Fez, tantôt à ceux de Tlemcen i)our 
surveiller et contenir les montagnards berbères. 

La plupart des Angad ^' habitent la partie de la i)laine 
qui confine à notre territoire ; quelques-unes de leurs 
tribus étendent même leurs campements jusqu'au 
pied des montagnes (jui limitent cette i)laine vers le 
Sud. Tous parlent l'arabe. 

Ils représentent dans l'amalat d'Oudj.la l'élément 
envahisseur (,ui a pu s'altérer dans la suite des siècles, 
mais devant lequel primitivement le peuple conquis 
(les Berbères) s'était retiré au fond de ses montagnes 
Plus tard une sorte de réaction se produisit, et les 
populations berbères, à l'étroit dans leurs montagnes 
refluèrent vers la plaine. Cette sorte de mouvement 
réflexe ne put s'opérer sans avoir sa répercussion chez 
les Angad. L'on ^it, alors, après une longue suite de 
luttes, une partie de cette confédération contrainte de 
chercher une autre patrie. Les émigrants n'allèrent du 

Lt '!l'ïf! /It^":™'"^"* - M-- «t snrtou, à la cou,. 



(H. M.) 



chérifienne du nom de Ahl Ang-ad. 

phLîdr! '" """' n"' ^"■^'' "• '^'"■^'^ "^^ ^«i^''- "^ -» '■■»« 

P Tbo H r^'T ""'P""* "'"-'"' actuellement, vers 1360, 
par Ahou Haramou 11, souverain zianite de Tlemcen. 

^Renseignements extraits du travail du capitaine de Breuille 
1880. et de celui du lieutenant de Reaufort, 1893. 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 187 

reste pas loin ; reprenant la route de l'Est, ils vinrent 
s'installer dans la plaine d'El Gor à l'est d'El Aricha, 
où ils sont encore. Plusieurs tribus algériennes ont la 
même origine que les Angad et étaient désignées 
anciennement comme faisant partie de cette confédé- 
ration. Ce sont les Oulad Riah, les Doui lahia de la 
commune mixte de Sebdou, les Djouidat et les Acha- 
che du cercle de Lalla Mar'nia, les Angad de l'Annexe 

d'El Aricha. 

Les Angad marocains sont séparés en deux par la 
montagne des Béni Snassen. Au Sud, sont les Angad 
d'Oudjda, qui campent dans la plaine d' Angad et aux 
environs d'Oudjda ; au Nord, les Angad de Trifa, qui 
habitent la plaine de ce nom. 

Les premiers se partagent en deux groupes princi- 
paux , les Mezaouïr (Angad R'araba) divisés eux- 
mêmes en Mezaouïr proprement dits et El Athamna 
et les Oulad lacoub ben Moussa ou Angad Cheraga, 
comprenant les Oulad Ahmed ben Brahim et les Oulad 

Ali ben Talha. 

Les seconds constituent deux tribus : les Haouara et 

les Oulad Ser'ir. 

Nous dirons quelques mots de chacune de ces tribus, 
qui, sauf les Mezaouïr et les Athamna, placés sous le 
commandement du caïd Abdelkader ben bou Terfas, 
sont administrés directement par l'amel d'Oudjda. 

Celle des Mezaouir est de beaucoup la plus impor- 
tante ; elle se tient à l'écart des autres fractions et 
voudrait les dominer. 



« 



^ 



188 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



3 



Son chef, Abdelkader ben bon Terfas, est le plus 
influent des Angad. Il a toujours eu de bonnes relations 
avec nous et nous a même demandé un instant (1884i 
de placer l'amalat d'Oudjda sous notre protection , 
espérant, avec notre aide, prendre une situation pré- 
pondérante dans la région, à l'exclusion des Mehaïa et 
de son adversaire, le caïd El Hadj Saheli. 

Les Mezaouir campent généralement au nord 
d'Oudjda. 

Ils n'ont pas de marché spécial ; ils vont faire leurs 
achats à ceux des en^drons. 

Leurs silos sont à Sidi Sultan et à Sidi Derfouf entre 
Oudjda et les Béni Snassen. Les Athamna, qui suivent 
la fortune des Mezaouïr, ont leurs silos à Maibil, dans 
la plaine de Trifa où ils vont quelquefois camper. 

Parmi les Angad Cheraga, les Oulad Ahmed ben 
Brahim ont généralement leurs campements au Sud 
de ceux des Mezaouïr et au Nord de ceux des Oulad Ali 
ben Talha. Leur territoire est traversé par l'oued Isly. 

Ils envoient leurs troupeaux à l'ouest jusqu'à El 
Aïoun Sidi Mellouk et au sud jusqu'aux confins du 
pays des Sedjâa. 

Les Oulad Ali ben Talha campent d'ordinaire au 
sud-ouest d'Oudjda. Leurs troupeaux sont le plus 
souvent au sud, mais viennent parfois jusque sur notre 
territoire. 

Tous les Angad Cheraga fréquentent les marchés 
a Oudjda, de Sefrou ^chez les Béni Snassen) et de Lalla 
Maruia. 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



189 



Us n'ont pas d'autre industrie que la fabrication de 
tentes eu poil de chameau. Ils ensilotent à Oudjda et 
à Tinsaïn, près d'Oudjda; chaque douar a ses silos 
particuliers. 

La plus forte tribu des Angad de Trifa est celle des 
Haouara. Elle campe d'ordinaire dans l'ouest de la 
plaine jusqu'à Méchera El Abiod, près du pays des 
Oulad Ser'ir. Ceux-ci dressaient autrefois leurs tentes 
près (rOudjda, mais depuis 1882. se voyant disséminés 
à la suite des luttes intestines qui ont ensanglanté 
l'amalat. ils se sont tous réunis à Trifa. 

Les Angad de Trifa n'ont chez eux aucun marché; 
ils fré(iuentent ceux des environs. 

Les Haouara ont leurs silos à Aïn Zerf, près de la 
Moulouïa et à Mechera El Abiod. Les Oulad Ser'ir ont 
également les leurs près de ce dernier point. 

Les Angad d'Oudjda, comme ceux de Trifa, sont 
généralement serviteurs religieux du marabout de 
Kenatsa. Ils comptent aussi quelques adeptes deKerzaz 
et beaucoup de Moulai Taïeb. 

Il y a auprès de l'Amel d'Oudjda un Khalifa appelé 
Mohammed ben Talha, c'est lui qui aurait la direction 
de toutes les affaires, il est réputé dans les tribus comme 
étant très courageux, il vient à Lalla Mar'nia tous les 
jours de marché *. 

Attia. — Nous parlerons ici d'une petite fraction 
originaire des Béni Khaled (Béni Snassen) dont ils se 

1 H. M. 




190 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



191 






!»♦ 



i 



sont séparés, bien avant l'occupation de TAlgérie, à la 
suite de dissensions intestines ; ce sont les x\ttia ^ 
(Athia-Aattia du traité du 18 mars 1845). 

Ils habitent le cours supérieur du Kiss : ceux de la 
rive droite de ce petit fleuve sont algériens , ceux de 
la rive gauche marocains. Les premiers sont exempts 
de tout impôt en vertu d'une disposition spéciale et 
toute bienveillante, inscrite dans le traité de 1845 
(Art. 3). 

Au moment de leur séparation des Béni Khaled, les 
Attia vinrent demander asile aux Msirda, du cercle 
actuel de Lalla Marnia, et leur achetèrent des terres. 
Ce n'est que plus tard qu'ils s'étendirent sur la rive 
gauche du Kiss. 

En 1862, une grande partie des Attia, ne pouvant 
s'accommoder des règlements de police imposés par 
nous aux habitants delà frontière, abandonnèrent leurs 
villages et allèrent s'installer dans leurs terres situées 
de l'autre côté du Kiss. La plupart rentrèrent ultérieu- 
rement en Algérie. 

Aujourd'hui, les Attia marocains forment une 
trentaine de foyers. Ils sont groupés en deux villages de 
peu d'importance : Bon lahiaïn et Addïn. Ils possèdent 
encore deux ou trois maisons isolées. Toutes leurs 

' Renseignements extraits d'un rapport du capitaine Ho^uenbill 
chef du bureau arabe de Nemours (1866), et du travail sur la frontière' 
du capitaine Pansard, commandant supérieur du cercle de Tiarei 
(1893) ou fournis par le capitaine Redier, chef du bureau arabe de 
Lalla Marnia (1893). 



habitations groupées ou isolées se trouvent le long du 
Kiss. Deux familles habitent sous la tente. 

Leurs troupeaux pâturent depuis le Kiss jusqu'à 
Arbal, où Attia marocains et algériens ont des pro- 
priétés. 

RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES SUR LES ANGAO ET LES ATTIA <. 



NOMS DlîS TRIBUS 
(fractions, douars). 



fc: 



Mezaouir 

(Angad RVraba). 

' Oulad El Haouari, 

Snaina 

Oulad Ghiha 

Derafif 

Scïlate 

Oulad Missaoui . 

Kl Hnïiiinaî 

El Ferariha 

Oulad Saïda 

El Asakhda 

Dsouba 

Oulad Messaoïid. 

Oulad Nadji 

Khodran 

El Mekhalif 

El Hadachat 

ElMaarif 

El Abada 

El Meraïd 



NOMS DES CHEFS 



Abdeikador ben bou Terfas 
(caid investi, iH\)3). 



NOMBRE 



Mohaniined ben Dali 

Kaddour ould Maarnar 

Ben Ali ould bou Sehaba 

Si Ahmed l)en Abdallah 

El Khechaï ould Maatallah 

Sliman Souun 

Brahini ould Sahoul 

Dahnian ould Moussa 

M'hauiined ben l^khdar 

¥A Arbi ouM Dahman 

Minioun ould Kaddour 

El Medjadi ould Raindan 

El Aulonri ould Raho 

Abdallah ould Djelloul 

AU ould Mohammed benTaïeb 
Aïssa ould Ahmed beu Mimoun 

Mohammed ould Ghaoui 

Ahmed ould ben Ameur 

Mohammed ould El Miloud.. . 

Totaux 






20 

40 

25 

45 

12 

28 

46 

25 

40 

35 

'SO 

10 

18 

26 

15 

30 

28 

22 

10 

475 



100 
5(> 

KK» 
22 
56 
40 
66 

15i0 

100 
80 

a5 

40 

60 

m 

65 
50 
18 



fa 

â S 
> t. 



12 

18 



RESSOURCES 

p"" transports. 



25 
50 



loi 22 

18 

6 

\) 
15 
13 
15 
14 
19 

6 

9 
12 



1144 



4 

10 

18 

7 

2 

217 



40 

4 

22 

13 

:fô 

50 
55 
22 

3 
12 
17 

6 
18 
13 
11 

3 



421 



7 

12 
4 
8 
> 
3 
4 
8 

10 
9 
4 
» 
2 
5 
» 
7 
5 
4 
1* 

92 



RICHESSES 
on troupeaux. 



40 

80 

40 

60 

20 

44 

50 

45 

60 

55 

44 

■20 

30 

44 

25 

45 

40 

35 

18 



795 



6000 
9U80 
5000 
9<X)0 
100 
4000 
1465 
4050 
8000 
4050 
5000 

:m 

900 
4000 

800 
1940 

2000 

1800 

200 



> 

J3 



67685 



400 
500 
150 
210 

55 
200 

i:^ 
:-î40 
:i50 

116 
•225 

85 
115 
230 
125 
300 
150 
200 

80 



:^MM 



Lieutenant de Beaufort, 1893. 



3 



:i5 

10 
13 
20 
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24 
20 
25 
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14 
22 
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85 
100 
80 

i:-î5 

200 
180 




i* 



192 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



193 



NOMS DES TRIBUS 
(fractions, douars). 



NOMS DES CHEFS 



Oulad lacoub ben Moussa 

Angad Gheraga). 



<t> 



S 1 Guenafda 



ce 

Π

E- 

c 
a.' 

Xi 



Houara 

Reni Hnssan 

Donai 

Oulnd Haindonn 

Oulad El Abbès .* .' .' 

Oulad Azzouz 

Merahil 

iGhelalis (Oulad Khal'ifa) 

« \0ulad Hamira 

g ] Oulad bou Taïeh 

"^ ] Oulad berRioun 

lEl Haotiaoussa 

rKl Mahaiiiid 

1 Oulad bou Arfa . . . 



L'ainol d'Oudjda 



Mohamniod ould Talha 

iche:kh des Oulad Ahmed ben Tîrohim* 

Kaddoui* ould bou Rezoug 

Bon Aouda 

Bou Selhani ould Haddou! ! ! '. 

E] la/.id ould Chouaf 

Vbbou 

Moulai Ali '^^,'.'.\\'. '.'.'/. 

Kl Mokhtar ould Mohammed. 

El Aibi ould Haunnou 

Mohammed ould Kaddour 
Mohammed ben Cheikh. . .... 

ich.'ikh dos Oulud AU l.on Tiilha' 
Mohammed ould Embarek 
Kl Ai-biould Kaddour.. 

Bou Zian ould ben Zian 

Mohammed ould ber Roketa. . 



Angad de Trifa. 



ce 

u. 
OB 

9 
O 
es 

X 



Zedadra 

Oulad Hamida. 

Ghaamis 

Oulad Daho... 



) 




Riahat 

Oulad Ahmed ben Ali' 



L*am el d'Ou djda. 

Mohammed ben Trissi, 
cheik h des Ha ouara. 

Mohammed ben Trissi 

Ali ben Amn 

Ali ould Kl Hadi Ahmed... . 
El Miloud ould Mohammed ben 

Tahar 

Ali ould Taïeb.....' .'.'.'.** 
Mohammed ben Mansour 



^ ^ i Oulad Abderrahman 
^;- 'Oulad bou Smier . . . 

X o jChenen 

^^MAhlElKelaa 



I 



Zaouu Oulad Sidi Moussa el Berrighi. — Ce 
sont' des chérifs d'origine. La dénomination de 
Zaouïa donnée au groupe de leurs tentes provient 
simplement de la sainteté de leur extraction et de leur 
attitude généralement pacifique. Ils restent neutres et 
ne se mêlent jamais aux querelles qui désolent presque 
constamment le pays. 

Leurs campements ne s'éloignent guère d'Oudjda. 

La Koubba de leur ancêtre Si Moussa ne reçoit 
que les offrandes de ses descendants directs. Parmi 
eux, les uns sont affiliés à l'ordre de Kerzaz, les 
autres à celui d'Ouazzan. Ils n'ont aucun chapelet 
spécial. 

Béni bou Hamdoun. — Les Béni bou Hamdoun^ sont 
de race et de langue arabe. Ils sont marabouts et, 
comme tels , s'interposent souvent entre les tribus de 
l'amalat, prêtes à en venir aux mains. 

Ils occupent la région montagneuse au sud des 
Oulad Ali ben Talha , et au nord des Béni lala et des 

Béni Hamlil. 
Ils touchent à la frontière algérienne vers Ras 

Asfour. 

On rencontre chez eux beaucoup de serviteurs reli- 
gieux de Moulai Taïeb, et quelques ziania sont placés 

< Renseignements fournis par le capitaine Redier el le lieutenant 
de Beaufori, 1893. 

2 Renseignements extraits du travail du capitaine de Breuille, 
1880, et de celui du lieutenant de Beaufort, 1893. 

13 




) 



194 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



|iV. 



3 



SOUS le commandement du caïd d'Oudjda et ont pour 
cheikh le nommé Sidi Ben el Kebir K 

Béni Hamlil. — Les Béni Hamlil' sont marabouts 
comme les précédents, et, comme eux également, ils 
emploient leur influence religieuse à arrêter TefFusion 
du sang entre les tribus. 

Leur territoire, situé à l'est de celui des Béni lala, 
confine au nord à celui des Béni bou Hamdoun. Ils 
sont nos voisins dans la plaine de Missioun, dont 
ils nous contestent en partie la possession. 

Un grand nombre d'entre eux sont serviteurs reli- 
gieux du marabout de Kenatsa : un certain nombre 
seulement ont le chapelet de Moulai Taïeb. 

^ H. M. 

- Renspignements extraits du travail du lieutenant de Bennfort, 
1893, et de celui du capitaine de Breuille, 1880. 



LA FRONTIÈRE ET LA MOIJLOIIÏA. 



RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES. 



195 



NOMS DES TRIBUS 

fFIUGTIONR, DOUAUS). 



Zaouïa 

Ouiaii Sidi Moussa K\ Berrichi 



Otil.id Sidi Moussa. 

Kl Hcrarit'h 

Kl Hadadchîi 



NOMS DES CHKFS- 



L'aiiiel d'Oudjda. 



Si El Haouafi 

Si Kl Mostefa ould Ahmed 
Si Kl Aredj 

Totaux... 



NOMBRE 

de 



80 

m 

/lO 



180 






120 
80 
50 



250 



9 a 
o 



20 



90 



RE6S0L1RCKS 

p"^ transporta. 



M 
t 

B 

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140 
100 



400 



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15 



S 

a 



RICHESSES 

en troupeaux. 



a 

a 

o 
6 



4000 
3000 
2000 



9000 



.1* 



1000 

1200 



2800 



Béni bou lïamdoun. 



Ouifld Ghaïhi . . . . 
Otdad ICI Kerza/i 
Oula.l Kl Akban . 
Oulad Saïd 



L'arnel d'Oudjda. 



Béni lïamlil. 



Oulad 
M'hammed. 

Oulad 
Moussa. 



( Oulad Mezian 

) Oulad lahia ben 
j Ahrued 

Béni bou Hassen . . 
\ Oulad Ali 

Oulad El Arbi 



Mohammed ould El Mamoun. 
Cheikh Moulai ben Abdallah. 

Moulai Amar ben loussef 

El Hadj Mohammed ben Taïeb 

Totaux..,,, 

L*amel d'Oudjda. 

Moulai Toubami 

Moulai El Kebir 

Si M'hammed ber Raho 

Moulai Abdallah ben Ali 

Mohammed ould bou Ghekif. • • 

Totaux 



20 
10 
15 
20 



m 



15 
20 

30 



100 



15 

Ifi 
12 
10 
20 



73 



20 

25 
18 
14 
30 



107 



5 
6 

10 



27 



13 



15 



24 
30 
15 
30 



99 



200 

100 

50 

200 



550 



100 

100 
100 
100 



400 



20 

•22 
20 
12 

25 



99 



m) 

150 
100 
200 
100 



850 



100 

200 
100 
100 
150 



650 



40 
20 

10 
40 



110 



40 

;« 

20 
15 

30 



135 



A 



1% 



1 



TRIBUS l'I.ACKKS KNTHK 



î 



Hkni Snasskn. — J.es Béni Snassen ' (Béni Znassen, 
Béni Iznassen, Béni Iznacen, Béni Iznalen) a|)i)arlien- 
nentàlagrande ianiille berbih-e des Zenala. IVaprès la 
tradition, la conqntUe nnisuhnane les tronva instalb^s 
dans la plaine d'Kr ris . près de Mascara. Ueloub^s, 
vers Touesl, par Finvasion arabe, ils abandonnèrent 
lenrpays et vinrent se rèfu^nor dans le massif nionta- 
fïneux qu'ils oecn|)ent encore et d\)ù ils chassèi'enl, 
après de longues luttes, les premiers occupants, les 
Béni lellour^ De celte forteresse naturelle , (|ue leur 
courage et leur énergie sureni nMidre inexpugnable, 
ils purent assister, presque sans twi]) ff^rir, aux grandes 
migrations de tribus qui bouleversèriMit le Maghreb 
dans les premiers temps de la conquête aral)e. 

Plus tard, jaloux de leur i]idèpcndan(M\ ils surent 
constamment opposer une résistance prescju*^ invincible 
à ceux qui cherchaient à les asservir. 

De nos jours ils durent rabattre de leurs préten- 
tions à rinviolabilité de leur territoire. Altaciués par 
m)s troupes dans leurs montagn<vs même (1859), ils 
furent forcés de se rendre presqu*^ sans combat et 
d'accepter nos comiilions. 

Depuis lors la politique astucieuse^ des représentants 
du Sultan à Oudjda a su semer la division parmi eux 
IVoliUmt habilement de ces dissensions, les amels, qui 
se sont succédé, ont achev*^ de les réduire en obl(mant 

^Renseignements extraits de la Notice du capifainMiraui 1884 
^ Tradition locale recueillie par le lieutenant de Reaufort et avant 
besoin d être contrôlée. • 



LA PRONTIKHK ET LA MOFLOLYa. 



197 



du Sultan leur partage en plusieurs ca'fdals. Actuelle- 
ment certaines fractions sont administrées directement 
par Tamel ; d'autres ont leurs caïds particuliers. 

liB (*apitaine (iraulle. (|ui a é(Tit en 18H4 une notice 
intéressante sur les l^eni Snassen, où nous avons puisé 
la plupart de ces renseignements, trace le portrait 
suivant des indigènes de cette tribu : 

(( Ils sont industrieux, aiment le travail, s'adonnent 
» volontiers au jardinage, savent f(mdre et préparer les 
» métaux, fabri(|uer des armes et de la j»oudre, mais 
» leurs procédés sont très primitifs parce (jue, bloqués 
» de toutes parts par \u\o jK)pulation Tumiadc rebelle 
» au progrés et avec laquelle ils étaient (constamment 
)) en guerre, les Béni Snassen n'ont jamais eu que des 
)) conniiunicali(»ns très difficiles avec les grandes (cités 
» musulmanes où les arts, les sciences et l'industrie 
)) florissaient. L'état d'isolement dans lequel ils ont 
>j vécu fait aussi (|uc les Beiii Snassen n'ont jamais 
» joué un rôle prépondérant, ni même marquant dans 
» l'histoire du Maghreb. » 

Les Heni Snassf^n ont (conservé l'usage de la langue 
berbère, mais pres(|ue tous comprennent et parlent 
l'arabe. Us se partagent en quatre grandes fracti(ms, 

ce sont les : 

Béni Khaled, 

Bcni Mengouch *, 

Béni Attigue; 

Béni Ourimèche. 

* Les Béni Mengouch seraient, d'après Ihn Khaldoun, une fraction 
des Béni Resour'en, branche des Béni Toudjine. Les Béni Toudjine 



^ 



I*' 
I 







I* 



) 



198 



TRIBUS PLACKKS KNTRIi 




Le pays occujx^ par eux est assez fertile. On v 

t. 

trouve de belles cultures et de l'eau en quantitf^ suffi- 
sante. Cependant, les indigènes de cette région ont 
quelquefois à supporter de longues périodes de séche- 
resse pendant lesquelles un grand nombre d'entre 
eux s'expatrient et viennent chercher du travail en 
Algérie. Ils occupent dans leur pays de nombreux 
villages, souvent très rapprochés les uns des autres. 

sont une des grande.s raniifieafions de la tribu des Badin Zenata) .jui 
habitait les rives du Chélif, au sud de l'Ouarensenis. Ils suivirent, 
comme toutes les autres tribus zenatiennes, lar'moracène, en 647 
(1-249-1-250), dans sa lutte contre les Mérinides. Ils avaient alors 
pour chef Abd el Çaoui el Menpouchi. Arrêtée à Taza par les troupes 
mérinides, l'armée zenatienne fut poursuivie par elles jusque dans la 
plaine dWnpad et, à la suite d'un combat acharné, mise en complète 
déroute. 11 est probable qu'après cette défaite , quelques familles des 
Boni Mengouch qui avaient suivi Abdel Çaoui, restèrent danslepavs 
et trouvèrent un refug-e dans la montagne des Béni Snassen , berbères 
de race zenatienne comme eux. Ce serait là l'origine des Béni 
Mengouch actuels. Bien avant l'arrivée des Français en Algérie une 
fraction des Béni Mengouch abandonna la montagne des Béni Snassen 
è la suite de dissensions intestines et vint s'établir sur la rive droite 
du Kiss. Les Oulad Mansour étaient alors propriétaires presque 
exclusifs de cette région ; ils en vendirent des parcelles aux Béni 
.Mengouch, qui v construisirent des villages. 

Celte fraction dissidente des Béni Mengouch est appelée actuelle- 
ment Ben, Mengouch Tahta. pour la distinguer de celle resiée dans la 
montagne, qui est connue sous le nom de Béni Mengouch Foua^a 

Les Bem Mengouch Tahta , en raison de leur situation ge^o^ra- 
ph.que, sont algériens. Ils ont fait l'objet d'une disposition spéciale 
.nscnte dans le traité du 18 mars 1845 (art. 3). disposition en 
vertu de laquelle ils ne paient aucun impôt . 

(Renseignements extraits d'un rapport du capitaine Hoguenbill . chef 
du bureau ara],e de Nemours ^861^), et du travail sur la frontière du 
capitaine Pansard, commandant supérieur du cercle de Tiaret (1893). 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



199 



Leurs femmes fabriquent d'assez beaux vêtements 
(burnous et haïks). Les Béni Mengouch seuls se 
livrent à la fabrication d'une poterie grossière. 

Les principaux ordres religieux ((ui ont des servi- 
teurs dans cette tribu , sont : les Ziauia , de Kenatsa ; 
les Taïbia , d'Ouazzan ; les Kadria , de Baghdad ( Si 
Abdelkader el Djilani); les Derkaoua, de Fez (Moulai 

El Arbi). 

Il faut y ajouter deux petits ordres religieux locaux 
qui ont leur siège dans la montagne, (^e sont : celui de 
Moulai Ahmed El Aïachi, dirigé en 1884 par Si El 
Hadj Moulai ben Saïd et Si El Hadj Seddik , (jui 
habitaient tous deux chez les Béni Attigue, et celui de 
Si Ali El Bekkaï, qui avait pour chef, à la même 
époque, Si Mohammed bel Khatir, demeurant chez 
les Béni Mengouch Fouaga. 

Les marabouts les plus influents des Béni Snassen, 
étaient, à la même date : 

Si Mohammed ben Mokhtar, de l'ordre des Derkaoua, 

Si Mohammed El Badaoui, de Tordre des Kadria, 

Domiciliés tous deux aux Béni Ourimèche ; 

Si El Hadj Mohammed El Hadri, des Derkaoua, et 
Si Ould El Hadj Mokhtar ben Tchich, des Ziania, 
résidant l'un et l'autre chez les Béni Khaled. 

Lorsque des dissensions intestines viennent à éclater 
entre les Béni Snassen, ce sont tous ces marabouts qui 
cherchent à s'interposer pour arrêter les hostilités. 

On ne trouve pas d'autres juifs chez ces Kabyles que 
ceux qui y viennent pour commercer. 




) 



2on 



i 



TRIBUS PLACÉKS ENTRE 



UKNSKIONKMFNTS 



NOMS DES TRIBUS 

(FRACTIONS, DOT^ARS). 



NOMS DES CHEFS. 



Onlad El H'azi. 



Ahl Tizi 



BENI 



Tar-djiFt, 


Tahar ben Nehar (ex-caïd investi, révoqué par le sultan 
est resté chuikh de Tar'djirt). ' 




TarVrabt 


? 




Ali ou Amar .... 


Béni lahia 


<i 

Si Kmbarek Haho . 




Kl Hadj Mohammed 


Oulad ben Talest 


Mohammed ben Hamdan 


Bon Halalen 


Mohammed ben bon Ay/a 


Onlad el Gadi 


» 


Ben Ncharen 


ï 

? 


Bon Hassan 

Kl Bfiohapir 


lanar ben Ameur. . 
Mohammed ould Si Ahmed 


Oulad Ghiha 


Mohammed bel Bachir Mirhoum. 




Mohammed ould bon Zian 







Totaux 



Saïd onld Mohammed ben Mimonn, 
(cheikh sous la dépendance de VamA dOudjda" 



Bon Alain . .. 
Ouchanen.. . . 
ElMekakra.. 
Oulad Sliman 

Oulad elBahli , ^ . 

Azerou Allou . . I ^^^«"^'"ed ben Ahmed 

Mohammed bel Madhi 



Bon Ammala *..■;: El Hadj Jaïe^^^^^ 

>am ould Mohammed ben Mimoun (cheikh des Oulnd 
Kl K azi; ^ 

Mohammed bel Bachir .,....[.,., 

Si Ali ben Tahar 

Ei Arbi Mekour 

Ahmed bel Bachir ... 



Lieutenant de Beaufort, 1893. 



Totau: 



\A FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



201 



STVTISTIQOKS 



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NOMItRE 

de 

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RESSOÏRCES 
pour transports. 



9 

03 
V 

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a 



UlCHESSE 

on troupeaux. 






KHALED 






RENSEIGNEMENTS DIVERS. 



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25 


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600 


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10 


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50 


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25 


50 


7 


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12 


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40 


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12 


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100 


1200 


700 


300 


10 
191 


15 
318 


» 

48 
1 


> 


4 
87 


1(K) 
430 


100 


50 


50 


4(»00 


2450 


1250 



I.efi RonR de Tar'djirt ont un marché le mardi 
au Hou ditTsnia entre Nedjadjera et les Oulad 
Jion Talest. Ils vont beaucoup au i^rand marcho 
d'Ar'bal, et aussi à ceux do Kl Heïmer et de 
LaUa Mar'nts. 

Ils ensilotent à Tnr'ril chez les Oulad ez 
Zalmi. 



,^i 



Les Oulad Tîl R'azi vont au march*^ d'Ar'bal. 
qui leur est commun avec les Oulad El Moiin- 
gnr; ils viennent (également aux marchés d'Bl 
Heïmer et de Lalla Mar'nia, sauf les Oulad el 
Bahli, et en général les fractions qui ont à se 
reprocher quelque méfait à notre égard. 

Ils ensilotent à Tizi. 







202 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



203 



Ik 



NOM^ DKS TRIBUS 

(pRACTIONvS, douars). 



Oulad el Moungar. 

Ar'bal 

Hamaoïouchen 

AhlTiddcrt 

Ikhezzanen 

Ahl el Kelaa 



Oulad ez Zaïxni. 



Oulnd bou Abdallah 

Oulad Amapa 

Oulad bou Djf^mâa., 

Oulad bcn (chou 

Oulad ben Azza 



Béni Drar. 



[ Azizain 

Ahl 1 '^^"^"^ ^^^^ Ghiib 

Kl Oued ]Gzennaïa 

(obéissent v Ouiad Tadjer 

à AU jZâazâa 

ouRabah)Jg(j^^j^j.^ 

f Béni Segmiman 

/Oulad Tahar 

Oulad i Oulad HammoubenAmai 

(obéissent l<^"l^dMeriem 

h Kaddoup v Kl Aràara 

ould jChetaïta 

Moham- i Oulad El Hammam 

^"*'*^>- fKlAidan 

, Oulad Sidi Sliman 



NOMS DES CHEFS. 



Saîd ould Mohammed ben Mimoun 
( également chtnkh des Oulad Kl R'azi ) 



Bel Aid ould Mohammed ben Hekouch . . 

Si Ameur ould Kl Mostefa 

R'aouti ould Abdallah 

Ahmed ber Rabah 

Mohammed ben Djilali 

Totaux 



Mohammed ben Taïeb (ei caïd investi, 
révoqué par le sultan; est resté Cheikh des Oulad Ez Zaïini 

Mohammed ben Taieb (Cheikh des Oulad Ea Zaïmi)..,. 

Mohammed ben Araara 

Ahmed ben M'hammed 

Ahmed bel Mostefa 

Si Mohammed ben Dris 



Totaux 



Ali ou Rabah (ei-caïd investi, abandonné par un certain 
nombre de fractions des Béni Drar). 

Kaddour ould Mohammed ben Kaddour 
(caïd non investi). 

Ali ou Rabah (Cheikh des Ahl El Oued) 

Mohammed bel Mokhtar 

Cheikh el Mahdi ben Moussa 

Hen Aouda ould Kl Arbi 

Mohammed ben Taïeb, ben Zazour 

Abdeikader ould Cheikh 

Kaddour ould Abden-ahman 

Kaddour ould Mohammed ben Kaddour (Cheikh dos 
Oulad Aïssa) 

Kaddour ben Abbou 

Lecheb ould Smaïn 

Mohammed ould Sliman 

Mokaddem Ahmed bou Cheta 

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Mimoun ould Si Ali 

El Hadj el Mekki bou Taleb 

Totaux 



NOMBRE 



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RESSOURCES 
pour transports. 



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RICHESSK 
on troupeaux. 



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600 

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400 
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200 
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150 
400 



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100 
200 
400 
150 
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260 
400 



3375 



RENSEIGNEMENTS DIVERS. 



Les Oulad cl Moungar vont aux mt^nies 
innrcht^s quo los Oulad BI H'uzi ; leur grand 
marché d'Ar'hBl ii litMi lo ninrdl ot le jeudi. 

Ils onsllotcnl à Tlzi, chez les Oulad cl R'tzl, 
et un peu à Azber, près d*Ar'b«l. 



I.o marché dos Oulad Ez Zaiml est h Tar'djirt; 
comme les autres fractions dos Béni Sna.ssen, 
ils fréquentent ôpulement le mnrchéd'Ar'bal et 
ceux du cercle de Lallo Mar'nia. 

Ils onsilotent ô Tard jirt. 



Les BenI Drnr vont ou marché d'Ar'i>al et à 
ceux de Sefrou Bossera), et du cercle de 
Lnlln Mar'nia, sauf ceux d'entre eux, assez 
nombreux, qui ont à se reprocher quoique 
méfait à notre égard. 

Ils ensilotent à Rounen, sur le territoire des 
Oulad Tehar. 



,1 



< 









i. 



204 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIERE ET LA MOULOIIIA. 



205 



î 



NOMS DES TRIBUS 

(fr-RACTIONS, douars). 



Oulad Ali ou Ammes. 



Oulad Sidi Ramdan 

Ahl Gueddara 

Béni Abdallah 

Béni Mahfoud 

Oulad el Bekkaï. ... 

AhIKhellad 

Djedaïn 

Béni Ouakian 

Oulad bou R'ennem. 



Béni Khellouf. 



Oulad Djaber 

Ahl Tinissen 

Zerazera 

Oulad bou lacoub 

Tekouchet 

Oulad Moussa ben Mohammed. 

Ber Rahilen 

Bezzepouden 

Oulad Gherif. .!...., 

Oulad el Mantseur 

Kl Kaaoucha 

Oulad el Mane 



NOMS DKS CHEFS. 



RÉCAPITULATION DES BeNI KhaLED. 

Tar'djirt 

Oulad El R azi .'....!'!!!..!.' 

Oulad el Moungar 

Oulad ez Zaïmi 

Béni Drar 

Totaux des Béni Khaled. . . 



BENI 



Mohammed ben Ahmed ci rTuerroudj 
(caïd investi par le Sultan). 



Si el Mekki bel Haoussine 

Ahmed ben Moumen 

Ahmed Arab 

Ahmed ben M'hammed 

Si Ahmed bel Mostefa 

El HadJ Kada ben Khottou 

Mohammed ou Abdallah (ex-caïd des Oulad AU révoquél. 

Si el Mostefa ould Ali ou Kada 

Mohammed ben Ali 



Totaux 



M'hammed ben Afssa, (caïd investi parle sultan, révoqué 
par ses tribus, demeure avec le caïd des Béni Ourimeche) 

P^mbarek ben Hamdoun 

Mohammed Arab 

Kaddour ben M'hammed 

Mohammed bel Mahi 

Mohammed ben Embarek 

El Hadj Kaddour .'.*.'.*."......... 

El Hadj Rabah ber Rahil .,..,...,. 

El Haoussine Belkacem 

Abdallah Zirer 

Touhami ben Moussa 

Ali ould Ahmed ben Ameur 

Mohammed ben lahia 



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Totaux 



NOMBRE 



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RICHESSE 

en troupeaux. 



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RENSEIGNEMENTS DIVERS. 



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200 


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» 


57 


440 


6015 


2760 


740 



î.p uiarchf* des Oulad Ali ou Ammes a lieu le 
dimanche et le mercredi à Gueddara. [Ce nom 
vient di' o (încdrii -, pliits en terre, qui sont une 
de.! principales industries du pajs). Ils vont 
aus.si beaucoup à HI Heïmer, et au marché des 
Attia. 

Ils oDsilntunt à TIzI Ail, ù la ZaouTa des Oulad 
Sidi Raindon. 



Les Béni KhcUouf vont au marché de Sefrnu 
nu à celui «le Uueddiira. 
Ils onsilolcnt .i Tnumlilt. non loin do Sefrou. 




206 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOIILOUIA. 



207 



> 



NOMS DES TRIBUS 
(fkactions, douars). 



Sessara. 



Ouladel Bali 

Oulad bon P'crra. . 

Ibou Delalen 

Titernine 

Oulad el Hadj,... 
Oulad ben Meriem 
Béni bou Khellouf 



Ahl Sefrou. 



Sefrou Ahl El Oued 

Oulad Salah 

RI Haïaïna 

Iblïne 

lamranen 

Oulad Ouerrou 

Issardaouen 

Oulad bon Mimoun 

El Kerarcha , 

ïmzouren 

Oulad Moussa ou Merah 

Kedjaïouen 

Oulad ben Melafa 

Oulad ben Aïni 



NOMS DES CHEFS. 



M'hammed ben Aïssa 
(le même que celui des Béni ivhellouf), 

Ali ou Kaddour 

Ghoikh Sa'iah (son autorité est reconnue rhez les Ben 
Khellouf et l(^s Bessara. mais il nVst pas caïd investie . 

M'hammed el Manioun „ . 

Abdeikader ben Ali 

Abdelkader ( >uehen 

Ahmed el Guenfoud 

Faradji ould Mohammed 

Totaux 



M'hammed ben Aïssa, (n'est pas plus obéi qu'aux Bessara) 
obéissent à Ahmed ould el Hadj Ali. des Oulad Ouerrou. 

El Hadj Mohammed Khidani 

El Hadj Knibarek ben Araara 

Mokhtar ben Kaddour 

Aïssa ould Abdallah 

Mokhtar Rotbi 

El Hadj Abdallah " [,,[ 

Hamdoun ben Sliman 

Ahmed ben Aii 

Dahman ould Kerrouch 

Ameur Mezzour 

Mohammed ould Ali ben Ahmed 

Aïssa ben Bakhti 

Si Mohammed ben Ahmed 

Si MohammLïd ben Brahim 



Totaux, 



NOMBRE 

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RÉCAPITULATION DES BeNI MbNGOUCH t 

Oulad Ali ou Ammes 

Béni Khellouf 

Be8sat*a 

Ahl Sefrou 



Totaui des Béni Mengewdi, 



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RESSOURCES 
pour transpiirts. 



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RICHESSE 

on troupeaux. 



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80 
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100 

25 

60 

100 



K*84 



1740 
740 
324 

1084 



RENSEIGNEMENTS DIVERS, 



3888 



Los Bes-saro vont au marché de Sofrou. Ils 
eiisilotent à ToumlUl, ei chez les Boni bou 
KhoUonf; ces doraierd silo.s sont pou impor- 
tants. 



Les Ahl Sefrou vont, le vendredi, au grand 
marché do Sofrou. 

Ils ousilntout ù Sffron. à Toumlilt et aux 
Boni bou Khellouf. 




208 



TRIBUS PLACEES ENTRE 



NOMS DES TRIBUS 
(fr.\ ctions , douars) . 



NOMS DES CHEFS. 



BENI 



Tar'azerout. 



Béni 
Attigrue 
Dekhala. 



Takarboust 

Tazar'ine 

iBeni Ahmed 

'Oulad Ali ben lacin. . 
Oulad Moulai Ahmed 

Béni Ameïr 

laoufai 

Oulad Mimoun 



Béni bou laâla. 

(Dekhala). 



Béni Attigue Berraniin. 



Bou Lenouar ould el Houbil, (caïd investi). 



Si Mohammed ben Abdennebi 

El Hadj elKebdani 

Abdelkader ben Otsman 

Mohammed Arab 

El Hadj Seddik ben Said 

El Bachir ben Tahar 

El Hadj El Mazari 

Si Ahmed ben bou Zian 



Totaux 



Bou Medien ould Kaddour Ouliou (caïd investi). 



Amap ould el Oudjil (caïd investi). 



Béni Moussi el Attach 
Béni Moussi Rouha.. . 



3 



Bmbarek ben Allah 

Bou Taïeb bou Aklaïn 

Totaux 



Récapitulation des Béni Attigue : 

Tar'azerout 

Béni bou Yaâla 

Béni Moussi 



Totaux des Béni Attigue, 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUÏA. 



•209 



N'iMBRE 
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RESSOURCES 

pour transports. 



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RICHESSE 

en troupeaux. 



ATTIGUE. 



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RENSEIGNEMENTS DIVERS 



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1704 



Les gens de Tar'azerout vont au niarchô de 
Souk el Had. chez les Bt^ni Mous*i. et ûu 
marché de Souk RlArbfl,chez les Béai Ouri- 
meche: ils ont aussi on marché, près de 
Tazar'ine, à Taïliout, le mardi. 

Ils ensilotent à Merz bou Satd, chez les Buni 
Moussi, et à Tazar'ine. 



Les Béni boa laSIa vont à Souk VA Had et à 
Taïliout. Ils ensilotent à Merz SebHbna, chez 
eux. 



Le marché des Béni Moussi a lieu le dimanche 
(Souk El Had , près de Merz bou Sald, nntre 
les deux fractions. 

Leurs silos sont au même endroit. 



14 







) 



210 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



I 



NOMS DES TRIBUS 
(fractions, douars). 



El Hararda. 



El Hararda 

Heni Nouga el Djebel. 

Tagma el Outa 

Oulad bou Abdesseïed 

Oalad Ali Ghebeb 

Oulad ben Ameur 

Oulad bou Bekeur 

Ahl Kei-dad 

Oulad Raho 

Tagma el Djebel 

Oulad bel Kheir 

Oulad Abdessadok . . . 



Oulad Abbou. 



I 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUÎA. 



211 



NOMS DES CHEFS. 




Ahl Risselan 

Ahl Kannin 

Béni Nouga el Outa , 

Bou Zemour , 

El Greb 

El Haïachera 

AhlTitest 

Ahl Guemgan , 

Zaara , 

Oulad Ameur 

Oulad Ali Tafeliount 

Oulad bou Mia 

Oulad bou Kheris . . 

Harkate 

Guezennaïa 



BENI 

Mohammed ould el Hadj el Rachir Arroud 
(caïd non encore investi, 1893). 

Moliammed ould el Hadj el Rachir Arroud 

Rou Djemàa Tarchoun 

Ahmed ben Mechal 

Ahmed ould el Hadj Djafer 

Mohammed Djefal 

Aïad ben ? 

Mohammed ould Ameur ou Ali (en prison à Fex) 

Mohammed bel Hadj 

Ahmed ben Salah 

Abdallah Kherrez 

Mohammed Zerioua 

Mohammed Akardal 

Totaux 

El Hadj Mohammed ould el Bachir (caïd investi). 

Kaddour Lc/aar 

Mohammed ben Kaddour 

El Hadj Ahmed Chekrouni 

Mohammed ould Kaddour Zahaf 

Ali ben Ahmed 

El Hadj Ameur ben Allai 

Cheikh Mohammed ben Seddik 

Mohammed ould el Hadj R'aouti 

Mohaimned ben Salah 

Mohammed ben Abdallah 

Ahmed bel Mostefa 

Mohammed Relkacem 

Mohammed beii Soussan 

El Hadj Mohammed bou Haout 

Mohammed bel Hadj 

Totaux 



NOMBRE 

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RESSOURCES 
pour transports. 



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RICHESSE 

en troupeaux. 



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35034 


5224 


1713 


1 


1 



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RENSEIGNEMENTS DIVERS. 



Les Bl ITartïrfIfl ont un mHrché A Cherrâa, 
chez les Oulad hou Abdesseïed, lo lundi et lo 
jeudi; Ils vont aussi au marché de Souk FI 
Arba, chez El Hadj Mohammed ould el Bochir. 

Ils flrsilotent près de ces marchés. 



1 



Los Oulad Abbon vont au marché de Souk 
el Arbe, le mercredi, marché qui se tient près 
de la maison de leurenïd. 

Ils ensiloteni on même endroit, à Cherroa, et 
à Tagma El Outa chez les El Hararda. 



I 

I 



I 




212 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIERE ET LA MOULOUÏA. 



213 



NOMS DES TRIBUS 
(fractions, douars). 



Béni Mahiou. 



Oulad bou Khanisa . 
Oulad bou Irr*ouinen 

El Messamda 

Oulad Ali 

El Achache 

Oulad Merzoug 



NOMS DES CHEFS. 



Bou Terfas ben (?) 'ei caïd investi, cassé par le sultan 
commande sa tribu sans litre officiel). 



3 



Ainaur Belkacem 

Tahar ben bou Djemaa 

Aineur ben Abdesselani 

Zerroual ben Moussa 

Mohammed bel Bai^-hir bou Atres 

Ali ould Cheikh 

Totaux 

KÉCAFITULATION DES HeXI OuRIMECHE : 

El Hai'arda 

Oulad Abbou 

Heni Mahiou 

Totaux des Heui Ourimeehe 



RECAPITULATION DES BENI SNASSEN 

Rem Khaled 

Bem Mengouch 

Béni Attigue 

Béni Ourimkcke 

Totaux des Béni Snassen 




RENSEIGNEMENTS DIVERS 



Les Oulad Mahiou vont à Souk el Arba. ot 
au marché de Cherran. 

Leurs silos sont à c*is morchôs et à Tagma el 
Outa. 



1 



t 




214 



TRIBUS PLACÉES ENTRE 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUÏA. 



215 



3 



OuLAD Mansottr. — Les Oulad Mansour sont des 
Arabes^ de race et de langue \ D'après la tradition, ils 
auraient la même origine que la tribu du même nom 
(}ui habite aux environs de Lalla Marnnia'^; ils s'en 
seraient séparés, il y a trois ou quatre siècles, pour 
venir s'installer sur le cours inférieur du Kiss. 

Quelques années plus tard, ils s'étendirent sur le 
bord de la mer dans la plaine de Tazegxaret et ne 
s\irrêtèrent qu'à la Moulouïa. C'est dans cette plaine 
de Tazegraret qu^ils campent actuellement. C'est 
là aussi qu'ils campaient en 1845; ils avaient alors 
cependant trois de leurs douars, possédant des 
terres de culture sur la rive droite du Kiss. en terri- 
toire algérien. Ce dernier fait ex])lique conmient. à 
différentes époques, les Oulad Mansour sont venus se 
placer sous notre autorité, si bien qu'en 1860 un projet 
d'organisation de cette tribu, resté sans suite, fut 
élaboré par les autorités françaises de la frontière. 

La majorité de leurs terres de culture sont situées 
dans la plaine de Tazegraret. 

Les Oulad Mansour possèdent, sur leur territoire, le 

^ Ce sont probablement les descendants des Doui Mansour, subdi- 
vision des Makil fibn Khaldounl. 



^ Ces divers rensei^ements sont extraits : 

1" D'un rapport du capitaine Hoguenbill, chef du bureau arabe de 
Nemours i 1866) ; 

2** D'tn travail sur la frontière du capitaine Pansard, commandant 
supérieur du cercle de Tiaret (1893) ; 

3' De notes fournies par le capitaine Redier, chef du bureau arabe 
de Lalla Marma(1893j. 



marché d'El Heïmer, sur la rive gauche du Kiss. Ce 
marché se tient le dimanche et le mercredi. Ils vont 
aussi à Cherrâa et aux marchés des Kebdana, des 
Attia et de Lalla Marnia. 

Ils ensilotent au village de Kelâa, près d'El Heïmer. 

Les Oulad Mansour sont placés sous l'autorité plus 
nominale qu'effective du caïd Si Allai ben Mansour el 
Bokhari, qui habite, depuis treize ans, le bordj de 
Saïdia, sur la rive gauche du Kiss. 

En 1883, le Sultan décida la construction de ce 
bordj qui forme un carré de 100 mètres de côté 
environ (murailles en pisé) pour l'opposer à celui que 
nous avions édifié sur l'autre rive du Kiss, à Adjeroud. 

L'espace qui se trouve circonscrit par les faces du 
bordj marocain est vide. On aperçoit seulement dans 
un coin, à l'intérieur, une chambre de 3 mètres carrés, 
construite en adoubes (briques séchées au soleil). C'est 
là que vit, depuis treize ans. Si Allar avec les deux 
soldats marocains qui constituent toute la garnison du 

fort. 

Au moment de sa nomination à cet emploi. Si Allai 
était khalifa de Tamel d'Oudjda, Si Abdelmalek. Il 
résigna ces fonctions pour occuper ce poste de 
coniiance et prendre en même temps le commandement 
des Oulad Mansour. Mais cette tribu n'a jamais voulu 

* Si Allai est un mulâtre ; outre les deux soldats mentionnés ici, il 
a encore, auprès de lui, une négresse chargée des soins domestiques. 

Quant aux deux soldats, ils font au marché voisin un commerce de 
boucherie qui leur permet de vivre. (H. M.j 




•216 



TRIBUS PLACliiES ENTRE 



se souniellre à son autorité el depuis son installation, 
Si Allai est pour ainsi dire prisonnier dans son bordj • 
les OuladMansour lui interdisent dVn sortir'. 

Ce n>st que lorsqu'un de nos officiers, en tournée, 
s'arrête à Adjeroud et lui envoie un spahi d^scorte qu'il 
se décide à franchir le seuil de sa forteresse, en venant 
rendre \isite au représentant de l'autorité française. 



RENSKIGNKMENTS STATISTIQUES. ' 



NOMS DES TKIHUS 

\FRACTrONS, nnilARS). 



Oulad Mansour. 



OnIa<! Ranidan 

Oulad Moharnmoii 

Oulad M'hammed 

Chachâa 

Kl Maârif 

Onlad Rou Noua 

Oulad bel Kheir 

K\ Arnâra 

K« Saàsaâ 

(UuTarba 

Boni Moussi 



NOMS OKS CHKFS. 



Si Allai ben Mansour (caïd investi, 
1893). 

Mohammed ould El Hadj Kaddour. 

Mohammed bol Hachir 

EiMekki El Hassini ],,[ 

Abdolkader ould Ali Es Senoussi . . 

> 

Aïssa ould El Hadj Moumen 

Mohammed ben Hammada 

Si M'hammed ben Tahar 



NOMBRE 

de 



RESSOI RCKS 

pour 
transports 



Totaux 



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15 



RICHKSSES 
en troupeaux. 



I 



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8 

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204 
2(MK) 



4994 



1 



Kn novembre 1893, à la suite de la venue de Moulai-Arafa, 
-■ère du Sultan, aux environs de Melila, les Oulad Mansour se sont 
decdes a verser au kaïd Si Allai le mon.ani de trei^e années d'impôts 
arriéres. ,„ ^ 

(H. M.; 

- Lieutenant de Beaufort-, 1893. 



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80 

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180 

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40 

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80 
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10.37 



LA FliONTIÈRE ET LA MOULomA. 



217 



Administration de i.'amalat; armement des trirus. 
— T(>riuinons celte rapide revue des tribus maro- 
caines, liuiitroidies de la frontière algérienne, en 
donnant un aperçu sur la façon dont s'exerce faction 
administrative du représentant du Gouvernement 
chérilien dans cette contrée. 

Primitivement, Tautorité de l'amel ne s'étendait pas 
s(Milemenl aux tribus dont nous venons de parler, elle 
embrassait encore, au moins nominativement, tous les 
nomades, tous les Ksour du Sud, avec lestjuels nous 
nous trouvons nous-mêmes en contact dans les régions 
extrêmes de nos possessions ac^tuelies, c'est-à-dire, 
dans l'annexe de Méchéria elle cercle d'Ani Sefra. 

En 1K83, un caïd marocain, délégué de l'amel, fut 
installé à Figuig. La création de ce nouveau comman- 
dement lut décidée ])ar la cour de Fez, presque sur les 
conseils de notre Ministre à Tanger, M. Féraud, qui 
crut trouver ainsi un moyen de faciliter nos rapports 
avec Figuig et les tribus maro(^aines voisines. Le 
Sultan s'emi)ressa d'autant plus volontiers à se ranger 
à (*.et avis, qu'il ne pouvait (ju'y voir un moyen de 
prendre pied dans ces parages et de surveiller de plus 
près nos agissements, tout en allégeant la tâche de 
son délégué à Oudjda. Mais le lien qui unissait Figuig 
à Oudjda ne pouvait être solide, étant donné l'éloigne- 
ment entre ces deux })Ostes et les difficultés de commu- 
nication. Aussi bien, aujourd'hui, le caïd de Figuig 
correspond-il presque toujours directement avec le 
Makhzen et se considère-tril , sinon en réalité , du 



1 

.1 



n: 




218 



TRI nus PLACKES ENTRK 



3 



inoiTis (Ml tait, comme h ])pii pr(^s indépendant de 
raulorilé marocaine d'Ondjda. 

1/amalat n(^ comple donc, à ])roprcnient j)arler, que 
les tribiis que nous avons éluditVs. Celles-ci sont 
divisées en i)lnsienrs caïdats que nous indiq lierons 
dans le tableau ci-aprés résumant les rensei^niements 
statistiques donnés ])récédemment. 

Ces caïdats compnMinent une ou ])lusieurs tribus ou 
IVacti(Uîs de tribus placées elles-ménu^s sous le com- 
mandement d'un cjicikli. Souvent aussi ces fractions 
nont pas de ch(d' particulier, chacun de leurs douars 
a un cheikh au(|nel il obéit. Onel<|uefbis Tinfluence 
d'un cheikh s'étend à plusieurs douars voisins. 

La caractéristique de cette or^niuisatiou, c'est (|uVlle 
est très variable : souvent un caïd encourt la disgrâce 
du Sultan qui lui nomme un remi>la(;ant tandis que sa 
tribu ne cesse i)as de lui être lidéle et n'obéit (ju^à lui. 
Tantôt, a\i contraire, c'est le caïd investi (jui cesse de 
plaire et qui n'est plus considéré par la tribu que comme 
une quantité néf^ligeable. 

Parfois encore, il se produit une modilication dans 
les alliances entre tribus. Les alliés d'un jour devien- 
nent les ennemis du lendemain ; les serviteurs de telle 
tribu lui sont enlevés par telle autre au moindre 
prétexte ; les fractions de tribus se fractionnent encore, 
se mélangent ou disparaissent au gré des événe- 
ments. 

Bref, c'est à peu près partout la plus complète 
anarchie, et l'amel d'Oudjda lui-même ne peut guère 



LA FRONTIÈRE ET LA MOULOUIA. 



219 



faire exécuter que ceux de ses ordres qui ont le don de 
plaire à ses administrés. 

Il est secondé dans son rôle administratif par un 
f( amin ». sorte d'intendant (jui remplit auprès de lui 
les fonctions de receveur-trésori^T. Il j)er(;oiteten(^aisse 
les impôts, les amendes et les droits de douane et de 

marché. 

Au point de vue judiciaire, toutes les tribus de 
ramalatdé]»cn(kmt du (uidhi d'Oudjda; nuiis la plupart 
du temps chacun fait régler ses litiges par l*»s tolha 
locaux Oïl les marabouts du pays. 

L'armement de toïites ces populations, celles de la 
plaine comme celles de la montagne, se compose rfune 
forte pro!)ortion de fusils de systèmes perfectionnés 
(surt( ut de Kemington). Chacun [)ossède en nu)yenne 
deux fusils de cette esi)èce sur trois. I^es autres armes 
sont des fusils Lefaucheux ou à pierre, des pistolets de 
fabrication espagnole, pour la plupart à un ou deux 
cmips, et (juehjues revolvers de fabrique française ou 
es})agnole. Un petit nombre de cavaliers jiortent des 
sabres ou des yatagans, beaucoup se contentent de 
couteaux arabes. 



I 

I 




220 



DESCRin^îON DK LA RKdlON 



A i;OUEST DK LA MOULOULV 



221 



RKNSKIONKMKNTS STATIST1QIM-:S SMÏ L AMAI.AT 1> OtlD.IDA 



3 



NOMS OKS TRIIU'S KT CAÏDATS (iWA). 



NOMnRK 



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Qnntrft (^aïdnts des Houarn fISS;:) 

(^aidatdos Kcraniia\ ^eiarmn . 

,(^^^^) /Haii-.^-|"ïïrttr; 

(, aidât dos lieiii bon^ Bcni bdu XoggoH . . . . 

Zo^^ou ) Hcni lala Sfassif .... 

Caïdnt (ios Hrni laln IVaraba 

('aûl.it dos Zckkara 

Caïdat des Mehaïa ! ^}''^''';\ \\ 

Caïdat d'Kl Aïonn Sidi Mcllouk-Sodjâa 

Caïdat des >le/.a()nir [Anirad IVaralià) 

Neuf Caïdats des liciii Snassen î 

Hcni Snasson (quatre frartions des 
ÎVni Khab^di ' 

Heni Oukil | 

(Uilad Ahmed bciiRrahiniA Anirad / 

OuladAliben Talha /Chcfa-ïa.i 

Heni llainlil 

Mcni bon Hanidoun 

Oulad Sidi Monssa el Rerrichi 

ïlaouara / . , . „, .. 

(^nladScMi-...! Angaddelnfa... 

Attia 

Heni lala Cheraga 

Oudjda 

Caïdnt de Saïdia. - ( )ulad Mansour 



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24184 






flHAlMTHK IV. 

Description de la ré^on à l'ouest de la Moulouïa, 
Étude des tribus qui l'iiabitent. 



OROOKAl'HIE. 

A l'ouest (ie la Mouloiiïa, entre la mer et Taza, 
s'étend une vaste région (lui comprend toute la rive 
gauche du bassin inférieur de ce fleuve. Elle englobe 
encore, vers le nord, ((uelques petits bassins de fleuves 
côliers, qui arrosent pres(|ue tous le pays des Guelaïa. 

Cette contrée oHïe, nous l'avons déjà dit, un aspect 
identique à celui de la rive droite du grand fleuve 
marocain. On y trouve également des massifs mon- 
tagneux assez importants ({ue séparent de grandes 
plaines. Mais ici, les montagnes les plus élevées ne se 
rencontrent qu'aux extrémités de la région : ce sont, 
au nord, les montagnes des Guelaïa et des Kebdana, 
au sud la partie du Moyen-Atlas (ju'liabitent les Béni 

Ouaraïne. 

Au nord, les massifs des Kebdana et des Guelaïa 
forment une sorte de barrière entre la mer et l'intérieur 
du pays. Ils se terminent, vers le sud, au parallèle 



i 





000 



DESCRlPTKn' ])F. ÏA HK(;iO\ 



passiiTii par la Kasha do Solonanp' H constiliuMil nuo 
n^i^ioTi assox diflirile sur certains points, mais riche et 
produclive. 

Le massif occuix^ par les Kelxlana est compris entre 
la mer an nord, la plaine de Bon Are^ à Tonest, et le 
cours de la Moulouïa à Test et au sud. 11 forme une 
rt^oiou d'un parcours souvent peu ais(^ et domin*^e ])ar 
par le djebel Tamezzoukht (mont Oreille). Ou |)eul 
comparer le massif des Kebdana au l'ilhaouceii ' avec 
cette diflérence toutefois (|ue sou versant nuu-itime est 
plus escarpé et plus abrui>te <iue celui qui reoarde la 
Moulouïa. 

Les monta^mes des Guelaïa ne sont, à proprement 
parler, que rextrémité orientale de la chaîne du Rif, 
dont les ilernières pentes viennent linir (hms la plaine 
de Bon Areg. La chaîne constitue, chez les (luelaïa, 
une suite de plateaux ondulés et peu aiuûdeulés. (jui se 
relèvent vers le Non] pour foriïier le Djebel Ouerk. 
( :elui-ci, en s'avançant dans la mer, donne naissance à 
un lar^^e promontoire (|ui se termine au caj) des Trois- 
lumrches (Très l^rcas, Has (3uerk'). C'est sur le 
versant oriental de ce promontoin* que se trouve 

' Do Foucauld .'■(•rit Kasha IsH,nian. CVsf la prononciation 
horbriv. 

- Au sud de Nemours. 

■' Le ^rand j^roniontoire du Ras Ouerk, la hase ei peut-^lre la 
partie la plus consid.'iahle du terriloire des Guelaïa, a eu son liisfoire 
au commencement des temps modernes. Tout près de la cMo, pxisiaif 
alors la place forte maritime de R\isâsa, qui prit bientôt le nom peu 
différent de KhasAsa; elle devait sans doute son nom à la tribu 



A l/OUKST DR LA MOULOinA. 



223 



Melila, non loin <le la montagne la |)lus f'devf^e du pays 
des Guelaïa, h' Djebel Tazouda' (900 mètres environ). 
I)(M!x autres sommets sont encore à citer dans le massif 
des Guelaïa, quoi({ue moins élevés ((ue le pré(^édent; 
ce sont, 1^ Djebel Ouksan et le Djebel Adbin)iin. 

I/extrémilé orientale riu Moyen-Atlas limite au sud, 
(îomme nous l'avons dit, la région que nous éludions. 
N<nis connaissons peu cette partie de la chaîne qui 
traverse tout le Maroc^ de l'est à l'ouest. Nous savons 
seuleuient par de Foucauld (}ue les Beui Ouaraïneyont 
(construit leurs villa^^es, mais ([ue ces villages sont 
assez éloignés du (;ours de la Moulouïa. 

].a limite ouest de la région étudiée est manjuée par 
la partie de la chaîne des R'ialsa d'où sort Toued 
Inmiouen qui arrose Taza. puis par le plateau ondulé 
aj)i>elé I^'hama où prennent naissance des alïluents de 
la Mtmlouïa ou du Sebou. enfin par le Djebel Metalsa, 
autre plateau de même aspect que le pré(;édent, ([ui se 
relie ait nord avec le massif des Guelaïa. 

berbère des R'asûsfi, cpii ap|.ar(ienl nu ^rponpedesNef/aoua et. que cite 
MI Bekri dans son énuméraliori des (ribus des environs de Nokour. Le 
port, à (piatre kilomètres de la ville, ('tait rrr(pienté par les né^ocianfs 
de Venise, qui acheminaient de !à leurs marcliandises vers Fez ; mais, 
après l'expulsion des Maures d'Andalousie. l'emporiMm de Kbasasa 
se transforma en un nid de jjirales. Dès les dernières années du 
XV siècle, la répressi<tn de la juralerie y attira la tloHe des fervents 
souverains espagnols, Ferdinand et Isabelle, qui df'truisit la H'asâsa 
musidmane en 1496 et bâtil sur ses ruines une ville chrétienne dont 
Texistencene fut pas longue, car, dès 1534, les Marocains s'en empa- 
rèrent el la réduisirent en eendres. Depuis lors, elle n'ai)asété rebâtie, 

'H. Duvevrier. documents). 
* Duvevrier écrit Tazoudag-h. 




•224 



DESCRII^IMOX T)E LA RKCÎON 



î 



L'iiinnense «^tendue ainsi circonscrite fonne de 
vastes plaines, séparées entre elles par des nionve- 
ments de terrain peu accentués. 

C/est d"abord, au sud. la vallée de l'oued Melillo 
(oued Anilillou) entre le Moyen Atlas et une ramifi- 
cation du Djebel R'iatsa qui va finir à la Moulouïanon 
loin du confluent de Toued Za. 

l^is, vient la plaine de Djel (Djell, Jell) qui s"arrète. 
au nord, aux collines peu élevées de Guelez. 

Enfin, ce dernier exhaussement de terrain marque 
la limiie sud dune vaste plaine, celle de Garet, qui 
s'étend jusqu'aux en\irons de Kasba de Selouane. 

Cette gTande étendue présente un fait intéressant à 
noter et que signale Duveyrier, au point de vue de la 
géographie physique : la présence d'un sol de sable, 
de dunes et d'une flore saharienne, au bord de la 
Méditerranée, par 35« 6' de lat. nord, c'est-à-dire à un 
degré plus au nord que dans le Sahara algérien . Ce 
désert de Garet' coupe, du sud au nord, la moitié 
orientale du Maroc et vient mourir à })eine modifié sur 

^ En arabe Gare) ou mieux Qaref a, entre autres sens, la signiHca- 
tion de « sol couvert de pierres noires «. D'autre part, le mol arabe 
« Djaret ^, que les Marocains prononcent Garet, dérive d'une racine 
dont le sens est . produire des herbes longues et rampantes » Le 
premier sens conviendrait à la partie nord du Garet qui est constituée 
de roches basaltiques ; le second, que nous adoptons, convient aux 
steppes, disons même au déseri, qui forme du côté sud la plus grande 
partie de la province. 

(Duvejrier, itinéraire, page 201). 

Léon l'Africain cite le Garet comme étant la sixième province .lu 
rovaume de Fez. 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



225 



le rivîif'^e de la mer. Il se prolonge, à partir de Kasba de 
Selouaiie, par la plaine de bon Areg, qui s'avance entre 
le massif des Guelaïa et la montagne des Kebdana. 
Cette dernière plaine ne peut atteindre le bord immé- 
diat de la mer; elle en est séparée par une grande 
sebkha, connue sous le nom de sebkba de bon Areg'. 



.i 



HYDROGRAPHIE. 

Cette sebkha^ était autrefois une baie de la 
Méditerranée. Ce n'est, selon Duveyrier, qu'à un 
exbaussement volcanique du sol qu'il faut attribuer 
le dessècbement de l'ancienne baie et non à un 
ensablement. La sebkba contient, entre ses bords 
blanchis par le sel, un lac d'eau salée. Elle se divise, 
— toujours d'aj)rès Duveyrier qui seul en a suivi les 

' Sebkha abou Areg, (H. D.). 

^ Tout ce qu'on va lire est extrait des notes de Duveyrier et 
comble une lacune des caries marines, bien surprenante, car l'extré- 
miié nord de la d*''pression est à moins de quatre kilomètres du 
préside de Melila. 

La descri])tion nautique de la côte septentrionale du Maroc (de 
Sugnj, 1893) donne les indications suivantes sur celte sebkha que nos 
ini^e'-nieurs hydrographes appellent, lac de « Puerto Novo » : 

« Celle plage basse (la partie de la côte où est située la sebkba) 
» sépare de la mer un grand lac salin qui s'étend dans l'intérieur et à 
» la partie nord-ouest duquel s'élève le mont Atalayon (Djebel 
» Tiinkert) ; un débarquement y ser it facile pendant la belle saison, 
9 surtout avec un vent d'ouest. Le lac salin, appelé lac de Puerto 
» Novo, n'a presque pas d'eau ; ce n'est qu'un vaste marais, divisé 
» dit-on. en nombreuses salines. 11 ne communique pas avec la mer , 

15 



\ 



■■i 



226 



DESCRIPTION DE LA REGION 




bords j les travaux de Thydrographie française étant 
imparfaits, — en deux parties bien distinctes : la 
sebkha bon Areg, de fonne allongée, au sud, et la 
sebkha El Dzira, beaucoup plus petite et plus large, au 
nord. Les deux sebkhas communiquent ensemble par 
un étroit goulet. La sebkha El Dzira, elle-même, com- 
munique avec la Méditerranée par un petit canal (jui 
est à sec en temps ordinaire et qu'on distingue de 
Mezoudja. L'assèchement de ces deux réservoirs paraît 
de date très récente. 
La sebkha El Dzira est soumise à un régime très 

» les eaux qui Talimenlent filtrent à tmvers les sables du rivage. On 
» lui attribue une longueur de 21 milles sur 9 de largeur. A la partie 
» sud-est de ce lac, il j a un grand village, celui de Moulai Ali 
■» Ghérif. 

> Peu avant d amver à la pointe de Quiviana, on voit une petite 
» falaise rocheuse, grisâtre ou noire quand en la relève au sud-est. 
» Cette falaise «la Restinga de Tolino > est un peu en retrait de la 
^ plage ; quelques l'oches noires débordent et s'éloignent à peine du 
^ rivage. C'est laque les anciennes cartes marquent Tentrée de la 

> lagune. Plus on s'approche de la Restinga, plus la langue de sable 

> qui sépare la lagune de la mer se couvre d'une végétation rabougrie. 
» Les dunes de sable blanc qui existent au nord, disparaissent à peu 
* près entièrement et Ton ne voit, par dessus la plage, que les hautes 
>> terres de Tintérieur qui enceignent l'espace occupé par les salines. » 

Dans les archives de la division d'Oran, on trouve également 
des renseignements sur cette sebkha; ils sont extraits d'une lettre 
adressée, en mai 1878, au général commandant la division par le 
cheikh des Béni Chiker (Guelaïa) et peuvent se résumer ainsi : 

Cette mer intérieure, nommée par les indigènes du pavs, Bahr 
Ser'ir ei aussi sebkha de ïimkert, ne renferme de Teau que pendant 
l'hiver. Cette eau provient à la lois des cours d'eau venant de 
l'intérieur et des infiltrations d'eau de mer en dessous du sol sablon- 
neux de la langue de terre qui la sépare de la Méditerranée. Mais en 



A L'OUEST Dl-^ LA MOULOUÏA. 



227 



variable. Souvent son fond est assez sec et la croûte 
assez solide pour supporter des cavaliers. Par les gros 
temps, au contraire, la mer y rentre ; plusieurs torrents 
qui vont s'y perdre forment aussi un apport de vases et 
de boues liquides. Duveyrier conclut de ses observa- 
tions au retrait, sur ce point, de la côte nord-est du 
Maroc, comme on est forcé de l'admettre sur la côte 
sud-est de Tunisie. 

La sebkha finit à l'est à peu près à la hauteur du 
marabout de Sidi Mohammed El Moudjahed ; une 
plaine , couverte de joncs , remplit le prolongement 
nord du léger creux qu'elle forme. 

aucun temps, cette sebkha ne contient assez d'eau pour porter des 
bateaux, quelque faible que soit leur tirant. Déplus, il n'existe aucune 
communication actuellement entre la mer et cette sebkha. Toutefois, 
il v a sur la langue de terre, que les indigènes appellent improprement 
île (Djezira), une dépression de terrain qui semblerait indiquer que, 
à une époque antérieure, une communication existait ; les indigènes 
désignent ce point sous les noms de El Fak, de Arezran (en arabe, 
El Ouïdan, les rivières). 

Au nord-ouest, la sebkha forme une baie qui vient baigner le pied 
de la crête appelée Timkert où les Mezoudja (Guelaïa) cultivent et oii 
poussent une grande quantité de jujubiers sauvages et des arbres 
d'autres essences. On trouve encore sur ce sommet la Koubba de 
Si Ali Timkert. à proximité d'une citerne construite vers 1875. 

Plus au sud. on rencontre une autre baie « Merset El Nador » qui 
a pris son nom de la hauteur nommée El Nador, située à proximité. 
A Touesl de cette baie est un puits d'eau douce. Bir el Bakar, près de 
la Koubba de Si Ali ou RVttous. Autour de ce puits, on trouve 
plusieurs sources d'eau salée. 

Enfin, dans la partie méridionale de la sebkha, près de la Koubba 
de Si Ali El Hammam, on trouve une troisième baie, appelée El 
Ouazine. Elle est encombrée de joncs ; on v trouve aussi de IVau 
douce. 




^228 



DESCRIPTION 1)1^; LA RÉGION 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



229 



Les affluents de gauche de la Moiilouïa sont peu 
nombreux. Les deux plus importants sont Toued 
Melillo et l'oued Messoun. 

L'oued Melillo (Amlillou) prend sa source dans la 
montagne des Béni Ouaraïne pour finir dans laMoulouïa 
non loin de la Kasba Guercif appartenant aux Houara. 

L'oued Messoun sort du pays des Guezennaïa. 11 
traverse le Fhama^ puis entre dans la plaine de Djel 
qu'il parcourt jusqu'à son confluent avec la Moulouïa. 
Les eaux de cette rivière sont salées. On trouve sur ses 
bords^dansle Fhama, la Kasba de Messoun. établisse- 
ment appartenant aux Houara. Dans la partie inférieure 
de son cours^ l'oued Messoun traverse un pays désert, 
\isité seulement de temps en temps par les nomades. 

On peut encore citer, comme affluent de gauche de 
la Moulouïa, l'oued Defla. Il prend naissance dans les 
collines de Guelez et vient s'unir à la Moulouïa à 
l'endroit où elle s'avance le plus vers l'ouest avant 
d'atteindre sur sa rive droite le massif des Béni Snassen. 
L'oued Defla n'est, à proprement parler, que le 
déversoir des eaux de la région où il a son origine. 

De la montagne desKebdana coulent, en outre, un 
grand nombre de petits cours d^eau (torrents ou 
ruisseaux) plus ou moins intermittents, qui, au sud, 
Aiennent grossir de leurs eaux la masse de celles que 
le grand fleuve marocain porte à la mer, et au nord se 
déversent directement dans la Méditerranée. Aucun 
d'eux n'a assez d'importance pour pouvoir être cité ici. 
A l'ouest du massif des Kebdana, le vaste bassin 



dont la sebkha de bon Areg occupe le point le plus 
bas est sillonné par un assez long cours d'eau, l'oued 
Selouane, qui coUige toutes les eaux du Garet septen- 
trional. Cette rivière prend sa source dans la partie du 
Garet où nomadisent les Oulad Settout. Elle vient 
passer, après avoir traversé la plaine, à proximité de la 
Kasba de Selouane ' pour finir au nord de cette localité 
sans pouvoir atteindre, la plupart du temps, la sebkha 
de bou Areg. Elle contient cependant toujours de 
l'eau, mais les habitants, qui occupent ses bords, 
l'utilisent complètement. Ils ont construit un barrage 
qui leur permet d'arroser les magnifiques cultures des 
environs de la Kasba ; en outre, des canaux de dérivation 
conduisent le surplus des eaux à Tinegmaret où sont 
les azibs de la fraction des Mezoudja (Guelaïa). 

Quelques cours d'eau de moindre importance et 
venant du pays des Guelaïa, se dirigent également vers 
la sebkha. Aucun d'eux cependant ne peut l'atteindre; 
tous viennent se perdre dans une petite plaine, qui, de 
ce fait, a reçu le nom d'El Feïda^ Cette plaine est 

^ Kasba Selouane (Kasba Iselouan) est une vaste maison de com- 
mandement bâiie sous une montagne, dite Djebel bou Djeddar, le 
mont Davranches des cartes marines. Elle est exactement à 24 kilo- 
mètres sud de Melila ; elle est encadrée dans des plantations considé- 
rables. On l'aperçoit des environs immédiats de Djebb ou Mortou 
(H. D.). 

^ La plaine d'El Feida est le prolongement occidental de celle de 
bou Areg. Elle communique avec le Garet dont la sépare le petit 
massif du Djebel Si M'hammed par le Teniet Gounel, entre ce massif 
et les monts des Guelaïa. 



.! 



Il 



^U 




f 



1 



230 DESCRIPTION DE LA RÉGION 

située entre les montagnes de Tazouda au nord et celles 
d'Ouksan au sud-est. Les cours d'eau principaux, (jui y 
aboutissent, sont l'oued Béni Nsar et l'oued Zer'enrane 
L-oued Béni Nsar passe à Souk el Djemûa et vient 
se perdre dans la plaine d'El Feïda. 

L'oued Zer'enrane a sa source près du village du 
même nom. non loin du col d'Allahta chez les'' Béni 
bou Ifrour (Guelaïa). Après avoir servi à Tirrigation de 
nombreux jardins, il vient se perdre dans la plaine 
dEi Feïda. Il reçoit, à gauche, l'oued Menoun qui 
passe à Souk El Had et a toujours de Peau , et l'oued 
Beni bou Annaren qui passe à Souk el Sebt et où on 
trouve également de l'eau. Son seul affluent de droite 
est le Mesraf qui descend des montagnes d'Ouksan et 
de louzoula. 

Outre les deux cours d'eau qui viennent d'être 
mentionnés, le pays des Guelaïa est arrosé par plu- 
sieurs nvières qui se jettent directement dans la mer 
^e sont, en allant de l'est à l'ouest : 

1" La rivière de Melila appelée par les indigènes- 
oued Beni Chiker, ou encore oued Laz, oued Farkhana, 
^ par les Espagnols : Rio del Oro. Elle descend du 
Djebel Tazouda et contient toujours de l'eau. Sa vallée 
es couverte de jardins d'où émergent de nombreux 
-liages. Elle se jette dans la mer à Djennada >, petite 
mosquée sous les murs de Melila ; 

.-■tablf:; 'n.f''r""f " '"."^^^^^^'"^ '^-^"-t .ou, poste de garde 
autrefcs le. Guela.a, chargé, de surveiller Melila. Chacune de 



A L'OUEST DE LA MOULOUIA. 



231 






2^ L'oued Ikhezacène. Il sort du Djebel Adhimiin, 
sert de limite entre deux fractions des Guelaïa, les 
Beni Chiker et les Beni bou Gafer et se jette dans la 
mer au petit port d'Azanène ^ Cette rivière a toujours 
de l'eau ; 

3^ L'oued bou Hamza. Il aboutit à la mer après un 
cours peu considérable ; 

4" L'oued Kert (Kart). Il vient du pays des Metalsa 
et sert de limite entre les Guelaïa et les Beni Saïd 
(Rif). Son embouchure est à peu de distance des 
villages des Ahl Sameur. Il reçoit, à droite, l'oued 
Oumacine, lequel est lui-même grossi de l'oued Tlet. 
Son lit est assez large, mais son volume d'eau est moins 
considérable que celui de la Tafna. Pendant l'hiver, il 
est sujet à de très fortes crues; on ne peut alors le 

leurs fractions entretenait un mokaddera dans la petite mosquée qui 
s'v trouvait , et v emniap^asinait, en outre, ses provisions de guerr-? 
et de bouche. Il paraît même que les Guelaïa v possédaient quelques 
vieux canons qu'ils avaient rais en batterie ; mais les Espagnols les 
auraient tous détruits ou encloués. (Capitaine de Breuille, 1880.) 

^ A l'ouest de la baie d'Azanène se trouve la petite crique de Bou 
Filous, dans laquelle aboutissent les ravins d'Aïn Sahridj et d'Aïn 
Timottalest qui, tous deux, ont de l'eau en abondance et sur les bords 
desquels se trouvent de nombreux vergers. Sur un piton situé à leur 
débouché et appelé El Koîla, on voit encore les ruines d'un fort et 
d'une ville espagnole. (Capitaine de Breuille, 1880.) 

On a signalé à Duvevrier cette ruine chrétienne, pas très ancienne. 
D'après lui, elle serait située à 5 kilomètres à Touest des deux sommets 
du Djebel Tazouda et du Djebel Mezoudja qui font partie de la chaîne 
du Djebel El (Jaulla. Elle se trouverait chez les Beni Ouir'maren. 
Duvevrier estime que ce serait le demie» vestige de la R'asâsa fondée 
sous Ferdinand et Isabelle. 



1. 



.1 




li 1 



3 



232 DESCRIPTION DE LA RÉGION 

traverser. Il charrie à ce moment des troncs d'arbres 
qui sont la seule ressource en bois des villages rive- 
rains. 

En temps ordinaire, on peut le franchir sur tous les 
points. 



POPULATIONS. 

Ainsi qu'il a déjà été dit, la contrée à l'ouest de 

a Moulouïa comprend deux parties bien distinctes • 

laplame qui en couvre la plus grande éten.lue, la 

montagne qui se dresse comme une barrière entre la 

mer et lintérieur du pays. 

Une différence sembkble existe entre les populations 
qm habitent ces contrées ; au nord, eVst-à-dire dans la 
partie montagneuse et maritime, ce sont des Berbères 
dP race et de langue, tous essentiellement sédentaires 
et groupes en villages. Au sud, ce sont en majorité des 
nomades , mais .i'origines diverses, arabe ou berbère • 
q^^mies de leurs tractions occupent également 

Cette distinction va servir à classer les populations 
situées a l'ouest de cette partie du cours de la Moût u^^ 
en deux groupes bien séparés : ^viouiouid 

1' Les tribus de la plaine ; 

2" Les tribus du versant maritime. Chacun de ces 
groupes comprend un certain nombre de tnbus. 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



233 



Ce sont pour le premier^ en allant du sud au nord, 
les tribus suivantes : 

Houara ; 
Hallaf ; 
Béni Oukil ; 
Sedjâa ; 

Oulad bou Ajouj ; 
Oulad Settout ; 
Béni bou lahi ; 
Metalsa. 

Le second ne comprend que deux grandes tribus : 

Kebdana ; 
Guelaïa. 

Parmi les tribus de la plaine, les quatre premières : 
Houara, Hallaf, Béni Oukil et Sedjâa sont déjà connues. 
Toutes habitent sur les deux rives du fleuve. Il en a 
été déjà parlé au chapitre précédent. 

Il semble cependant nécessaire de rappeler ici les 
points principaux de cette région où elles viennent 
installer leurs campements. 

Les Houara, Berbères arabisés, nomadisent dans la 
vallée de l'oued Melillo et vont même jusque dans le 
Fhanm, où ils possèdent la Kasba de Messoun. 

Les Hallaf, qui sont Arabes de race et de langue , 
parcourent la plaine de Djel. Ils sont voisins, à l'ouest, 
des Oulad bou Rima et des Magraoua. 

Les Béni Oukil envoient leurs troupeaux sur la rive 
gauche de la Moulouïa. Ils y transportent même leurs 
campements sans s'éloigner beaucoup du cours du 
fleuve. 




i 



234 



DESCRIPTION DE LA RÉGION 



) 



S 



La grande tribu des Sedjàa vient dresser ses tentes 
jusqu'au Foum Garet. 

Les autres tribus de la plaine sont fort peu connues • 
nous dirons seulement quelques mots de chacune 
d'elles. 

A côté des Sedjâa, vit dans le Garet méridional une 
autre tribu arabe, les Onlad bon Ajouj dont Duvevrier 
parle incidemment .lans ses notes et sur laquelle iious 
n'avons aucun autre renseignement. 

Les Oulad Settout. qui viennent ensuite, sont des 
Berbères arabisés qui nomadisent du canton de bon 
Areg à l'intérieur du Garet. Ils ont pour voisins au 
nord, les Guelaïa, à l'ouest, les Béni bon lahi, à Test 
les Kebdana. Dans cette dernière direction, ils touchen; 
même à la Moulouïa en face du massif des Béni Snassen 
Les Béni bou lahi (Béni bon lahia, de Foucauld;' 
Beni bou \ ahi^in, Duveyrier) sont Berbères, de langue 
et de ra^e. Ils occupent la partie su.l-ouestdu Garet ' 
D après de Foucauld, leur caïd, en 1883, se nommait 
Mohammed bel Hirch. Cette tribu pouvait ^lors. d'api^s 
le même meitresurpied8()()fantassinset00 cavaliers"^" 
Enhn les Metalsa occupent la région située entre les 
Beni bou lahi et les Gue.ennaïa. Le pays qu'ils habitent 

-H.o.e ..end aus. J dans le g':' .tl^Te^M ''' ''^ 

bo" lahi, ,ui fl d o?d nai-'e a r ■ """ '' ""^^^ ''■'''''>'' '^^ «™> 
Settout. "'" '"'""'^^ ^'^^ ^^' ^'^elaïa et les Oulad 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



235 



est un plateau très ondulé qui se rattache aux montagnes 
des Guelaïa, leurs voisins du nord. 

Kebdana. — La tribu des Kebdana ' est d'origine 
berbère. Elle a conservé la langue berbère et berbérise 
même les noms arabes. Elle occupe toute la région 
comprise entre la mer au nord, la plaine de bou Areg 
à l'ouest et le cours de la Moulouïa à l'est et au sud. La 
plus grande partie de la contrée ainsi délimitée est 
couverte par un massif montagneux assez difficile. 
Dans la partie nord-est seulement, entre la mer et la 
Moulouïa, la montagne s'abaisse pour former une plaine 
basse où se trouve Bordj el Bachir sur le rivage, en 
face des îles Zafarines. 

La majorité des villages des Kebdana sont groupés 
sur le versant maritime de leur montagne ; quelques- 
uns seulement sont situés sur le versant de la Moulouïa. 
Aucun de ces \allages n'est fortifié ; cependant, il existe 
quelques restes de fortifications, à peu près régulières, 
mais complètement en ruines, à Bordj el Bachir '\ 

Les principaux villages des Kebdana sont les sui- 
vants : 

1° Dans la région Nord: 

Timedbour'ine, 
Tazar'ine, 

' Ikebdan en berbère. (H. D.) 

' A Bordj el Rachir, en face des îles Zafarines, il existait (1890) 
une petite maison en ruines qui, de tout teraps, a été occupée par 
12 gardiens, armés de fusils remington, avec mission de surveiller 
les barques venant des îles. 



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236 



DESCRIPTION DE LA RÉGION 

Onlari Hammou ou Aniar, 

El Bordj Aiïiar, 

Bahou Hamnion, 

Tmadhet, 

El Brakna, 

Tinnelal, 

Oulad Thaleb, 

Madsen bou Dik, 

Bou Grib, 

El Hadara (El Adara), 

Bessri, 

Oulad Iklilel. 



2" Dans la montagne : 



El Hamniain, 
Talfraout, 
R'il Amran. 



3" Sur le versant de la Moulouïa : 



) 



Hassi Labr our, 
Tanout, 
Atkrirou, 
Zekhanine. 

Un second chemin, meilleur nnp i« 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



237 



Le premier, par Tizi Ousnous, les Oulad Daoud et 
Hassi Labr'our, pour déboucher à Mechera Guerma ; 

Le second, par Tizi Oniène et Ras bou Angoud, pour 
déboucher dans la plaine de Taoungat ; 

Enfin le troisième, par Tizi Timetlas, pour débou- 
cher à Ouzaïou. 

Ce sont des chemins muletiers, mais d'un parcours 
assez difficile. 

Les Kebdana se divisent en six grandes fractions, 
dont voici Ténumération ^ : 

Oulad el HadJ, 
El Berkaueïne, 
Ghraouïth, 
El Hadara, 
El bou Alatèïne , 
Ouiad Daoud, 

^ Duvejrier divise les Kebdana en quatre fractions seulement. Ce 
sont, d'après lui, les suivantes : 

Echerouïdlien (Ait Tacherouit) ; 

Ait Ebouktijer CAlil Bou Hafijer) ; 

Ad Daoud (Oulad Daoud) ; 

Izakhanen (Ez Zekhanen). 

Chaque fraction a son caïd el les quatre caïds relèvent d'un fonction- 
naire supérieur ou g-rand caïd des Kebdana qui réside dans une Kasba 
en face des Zafarines, sur le cap del Agua. 

En 1886, cette fonction était renijdie par El Hadj Mohammed bou 
Ouastiva qui avait succédé à Aniar ould Harfouf, assassiné sur la place 
du marché, l'année précédente. A la même époque, le caïd des 
Echerouïdhf'n était Si Mohammed ben Ahmed El Gherouïli. Il 
demeurait dans une g-rande maison entourée dVnclos de fij^uiers de 
barbarie, à Zebboudj El Makhroug", {e/i françaisy l'olivier sauvage 
lacéré), localité située à 30 ou 35 minutes de la mer et à 2 ou 3 kilo- 
mètres de montag-nes basses. De ce point, on embrasse les montagnes 



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238 DESCRIPTION DE LA RÉGION 

Toute la tribu est placée sous le commandement d'un 
caïd investi par le Sultan du Maroc. C-était encore en 
1880, et depuis de longues années déjà, le nommé 
Amar ould Harfouf, personnage très influent et dont 
l'autorité était reconnue par tous. Après lui, ou pouvait 
«ter, à cette époque, les indigènes suivants, qui étaient 
chefs (chioukhl de leurs fractions respectives. C'étaient • 
Mohammed ould el Hadj Ahmed, de Tazar'ine, 
El Mokaddem Zeronal, de El Hadara, 
Mohammed ben Allel, de Tim.^dbour'ine, 
Mohammed el Daoudi, des Oulad Daoud 
M-hammed bel Bachir El Berkani, d'El Berkanéïne 
El Hadj M'hammed bou Sefia, de Zekhanine 
El Bachir Zriouth, d'El bou Alatiine, 
Ahmed bou Ali Chrouïth, de Chraouïth. 
Les Kebdana ensilotent dans les localités suivantes : 

Timedbour'ine, 
Tazar'ine, 
Hassi Labr'our, 

de. Kehdana e. des Guelaïa e, un long développement de côtes 

fï:îr:dn;^.r"""^ "-•-'-"- ^'^-—• 

De ce poin, à Djebb ou Mortou s'étend une plaine semée de pierres 
.a. prod ,„t une he.be fine, et sur laquenJ s'étendent d c' a ^^ 

r le nord a^ant Djebb ou Mortou qui est un grand village entouré 



A L'OUEST DK LÀ MOULOUÏA. 



239 



Zekhanine, 
Tizi Ousnous, 
Bou Angoud, 
Sidi Addou, 
Tanout. 

Ils ont deux marchés sur leur territoire : celui de 
Sidi AddoUj le vendredi, et celui de Chraouïth, le 
jeudi. Ils fréquentent, en outre, nos marchés de la 
frontière et ceux des Béni Snassen. 

La population totale des Kebdana est évaluée à 
9,500 âmes, habitant environ 1,300 maisons ou tentes. 

On estime qu'ils peuvent mettre sur pied 120 cava- 
liers et 2,200 fantassins. 

Guelaïa.' — Les Guelaïa'^, comme leurs voisins les 
Kebdana, sont d'origine berbère. Ils sont de la grande 
tribu des Botouïa (Betaouïa) d'après Edrisi. Chaque 
année, un grand nombre d'entre eux viennent en 
Algérie pour y chercher du travail, principalement 
à l'époque de la moisson. 

Les Guelaïa, qui forment une très grande tribu, ou 

^ De Foucauld (Reconnaissance au Maroc) écrit Qelaïa. Duvejrier 
orthographie Guela'ava, ce qui veut dire, d'après lui, •.< gens de 
forteresse ». 

^ D'après El Bekri, Guela'aï (Guelaïa) vient probablement de 
Qoloua Djara : châteaux du Garet, 

Les Qoloua Djara étaient des forteresses imprenables sur une 
montagne. Elles sont citées sans indication de distance comme situées 
entre Aguersif (Guercif) et Melila. 

D'après Duvevrier, les Béni Ourtadi, qui habitaient Melila, occu- 
paient également Qoloua Djara. 



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h I' 



240 



DESCRIPTION DE LA RÉGION 



1 



plutôt une confédération de tribus berbères, occupent 
toute la presqu-île qui se termine au cap des Trois- 
Fourcbes (Cap Tresforcas . Ras el Ouerk). Ils sont 
limités, à l'ouest, par Poued Kert qui les sépare des 
Bem Saïd; ils possèdent cependant quelques villages 
sur la rive gauche de ce cours dVau. Au sud, ils ont 
pour voisins les Oulad Settout et les Béni bou lalii 
Knfin, à l'est, ils confinent aux Kebdana, avec lesquels 
Ils se confondent même dans la plaine de bou \reg I e 
pays des Guelaïa ' est peu accidenté ; c'est une suite de 
plateaux ondulés. 

On y trouve une grande quantité de sources plus ou 
moins abondantes. Cependant, d'après les dires des 
indigènes qui connaissent la contrée , on rencontre 
partout une eau très bonne et en très grande quantité 

Par suite de la configuration générale de la région 
qui est, comme nous venons de le dire, peu accidentée 
les chemins y sont bons et praticables en toutes 
saisons. 

Les principales voies de communication sont les 
suivantes : 

1« De Djennada à Selouane, chemin bon et facile 
toujours en plaine. On trouve de l'eau partout, nuds 
pas de bois. Les habitants sont réduits à se servi,- 
comme combustibles, de broussailles et même de 
umier de bœuf desséché. A Djennada même, on 
trouve du bois en grande quantité. 

' Le pavs des Guelaïa est le Meggeo de Léon l'Africain. (H. D.). 



.\ L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



241 



La route passe à El Haouch m'ta Sidi Ali ou R"ettous. 
Elle laisse Timkert à gauche, El Nador à droite et 
traverse la plaine de Tineginarel, ({ui prend son nom 
trun village situé à une petite distance de Selouane. 
Distance api)roximative : 30 à 35 kilomètres, environ 
cinq à six heures de marche. 

2" D'El Hadara (village des Kebdana) à Djennada, 
chemin très facile le long de la cote en passant entre 
la sebkha et la mer. En creusant, on trouve de l'eau 
partout. 11 y a aussi du bois en quantité suffisante ; de 
plus, la mer rejette constamment des troncs d'arbres. 
Ce chemin est fréquenté par les gens qui viennent des 
Béni Suassen : il est sûr, car il est éloigné des nomades 
(Oulad Settout, etc.). Distance approximative : 30 kilo- 
mètres, environ cinq heures de marche. 

3" De Djennada à Zer'enrane (col d'Allahta), bon 
chemin, sur les pentes duDjebel Tazouda. On rencontre 
une très grande quantité de villages qui, tous, sont 
alimentés par des sources ou des puits, mais on 
manque de bois. Il faut aller le chercher sur le Djebel 
Tazouda (jui est assez éloigné. A Zer'enrane, il y a 
beaucoup de vergers. On y trouve une quantité 
d'arbres fruitiers, mais la région manque aussi de bois 
de chauffage. Les habitants riches en achètent aux 
Arabes voisins, les pauvres se servent de fumier 
desséché. Distance approximative : 30 à 35 kilomètres, 
environ cinq à six heures de marche. 

4" De Selouane à Zer'enrane, chemin très facile. On 
traverse la plaine d'El Feïda, mais on ne trouve ni eau 

16 



ii., 




•242 



J)p:8(JHll"n(LN DR LA RKCilO.N 




ni bois. J,(' dicinin passe ensuiti' au col (fAllalita. 
C'est la i-outt' (hi Kir aux Kc^bdaua et aux Jieui 
Suasseu. Distance apin'oximative : "i'i kilomètres 
environ quatre heures de marche. 

rv^ De hjennada à Souk El Arba. Cle chemin remonte 
la vallée de foued B(>ni Chiker ^rivière de Melila) en 
traversant tous les \illaKes de cette traction. I.a vallée 
est assez ouverte et le chemin facile. J.a route iucline 
ensuite à droite en passant par les villages supérieurs 
.les Ahl-el-Gada. Cette partie du chemin est mauA aise, 
mais on trouve de IVau et du bois partout. Cette route 
est très fré(iuentée : elle mène au marché d'Kl Arba, le 
])lus considérable desCuelaïa. Distance approximative: 
30 kilomètres environ, cinq heures démarche. 

(V De Zer-enrane à Souk Kl Arba. Ce chemin, qui 
nVst que la continuation de celui de Selouane. est bon 
et facile: il se maintient toujours eu plaine. Distance 
approxiuuitive : 9 kilomètres environ, une heure et 
demie de nuirche. 

7» DeDjennada à Azauène. Deux chemins mènent 
de Djennada à Azanène : celui du haut est assez 
mauvais : celui du bas est meilleur, quoique moins 
bon que ceux des autres parties du pays. Ou v trouve 
de 1 eau et du bois. Distance approximative : 18 kilo- 
mètres, environ trois heures de marche. 

Il y a encore un grand nombre d'autres chemins qui 
réunissent les difTérents villages entre eux. Presque 
tous sont d'un parcours facile. 

Le pays des Guelaïa est généralement d'une fertilité 



A L'OUKST DE LA MOULOUÏA. 



243 



très grande , nuiis la population y étant très considé- 
rable, trouve à {)eine de (pioi suffire à ses besoins. 
Quand la récolle est bonne, on peut faire quelques 
exportations, mais, en temps ordinaire, tout .se con- 
somme dans le pays. Les terres de labour se trouvent 
principalement dans les ])laines d'El Feïda et deGaret. 
Les fractions de la pres(iu"ile sont moins bien partagées 
et sont, en géuéral, moins riches. 

Le territoiie est bien arrosé , aussi trouve-t-on beau- 
coup de vergers d'un grand rapj.ort. En certains 
endroits, on ])lante la vigne comme en f]spagne. 

Les i)roductions des vergers sont les mêmes (}ue chez 
nos Kabyles , nmis d'une (jualité supérieure et, par 
suite, d'un meilleur raj.pori. On y trouve des légumes 
de toute espèce: melons, pastèques, etc.. Au village 
de Zer'enrane. l'un des jdus considérables de la tribu, 
on cultive en grand le chanvre et le tabac. 

Il n'existe aucune forêt dans le pays. Les endroits 
boisés sont, du côté de louzoula et d'Ouksan. le Djebel 
Tazouda et le Ras el Querk. On n'y trouve que le 
thuya; le lentisque y est assez clairsemé. En certains 
endroits , à Zer'enrane , Sameur, Azanène et même 
dans la fraction des Mezoudja, le bois est si rare qu'on 
est obligé de l'acheter chez les nomades voisins et 
même de se servir jH.ur la cuisson des aliments de 
fumier desséché. 

Ou trouve des mines assez considérables chez les 
Beui bon Ifrour, du côté de louzoula et d'Ouksan. 
Chez les louzoula, ce sont des mines de plomb et 



i 




•244 



DESCRIPTION m LA RÉGION 




d'anlimoino px])l(ntf5(>s et ù OuksaTi. dos mines de fer 

non exploitées. 11 ])araitnnt que .Jeiniis nn certain 

nombre .j-iinnées les mines ,1e l)loml) sont épuisées et 

qu'on est obligé (le sejn-ocureree métal. ians Tintérieur. 

I.a principale industrie du i)ays consiste dans la 

fabrication des baïks. Cette in.lustrie est répandue 

dans toute la tribu , jn-incipalement cliez les Béni bou 

Mliammed; mais les meilleurs jm.duits viennent des 
lieni bou Gafer. 

Les gens des AUabta. Heni bou M'iiammed et Ahl 
el Gada font un assez grand commerce avec Initérienr 
du Maroc; leurs convois vont jusqu'il Fez, d'où ils 
ramènent quantité de marchandises qu'ils débitent 
•lans le pays et même jusqu'en Algérie. Les fractions 
des Mezoudja et des Ahl el Gada s'occupent beaucoup 
de culture et sont plus riches que les autres; elles 
l'ossèclent de nombreux troupeaux de bœufs. nu>utons 
*H chèvres. La fraction d'AUahta. des Béni bou Ifrour 
est aussi très riche en troui)eaux. ' 

Autretbis les Béni bou Gafer, hardis pirates, faisaient 
avec_ 1 Algérie et le R'arb un grand connuerce par 
mer I s transportaient principalement beaucoup de 
sel et de céréales. Ils n'ont plus actuellement que 
quelques barques non pontées avec lesquelles ils ne 
tout que le cabotage. Ge sont des espèces de chalands 
a rames et voiles, appelés Kareb ^ Quelques-uns 

col^rr :ir ^:r r ^^^^^*'°" ^"'"-^ '-- «"- 

' D'où les Espagnols ont fait Carabo. 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



245 



viennent à Noniours ap|M»rU*r du s(*l , do !a poterie et 
(les iiioïiliiis arabes. 

On fahri(|ue de la poudnî chez les louzonla où s(i 
trouve du salpêtre ; le soufre vient du R'arh. 

Chez les gens du Tlet (Ahl el (xadai on fabrique une 
poterie estimée. 

Les (Tuelaïa sont très riches en bf^tes de somme, 
juments, mulets el Anes. On trouve chez eux assez peu 
de chevaux; les gens riches seuls sont montés. Mais 
leurs montures ne viennent pas du pays. Elles sont 
achetées chez les Arabes voisins. 

Les Guelaïa S(mt considérés par les Marocains 
instruits, comme de beau(^oup supérieurs aux popula- 
tions du Rif. Les honnnes y sont plus forts, mieux 
faits; ils comprennent mieux l'aisance, se vêtissent 
mieux, se nourissent mieux ; leurs nmisons sont mieux 
construites. Chez eux aussi la population est tran- 
quille; les hommes y sont sûrs et on entend rarement 
parler de vol. Seulement, comme les autres Kabyles, ils 
sont d'un caractère violent. Il y a souvent des meurtres 
jmur des motifs futiles. Une partie assez considérable 
des Guelaïa travaillent aux métiers. Quand le travail 
manque ou que la récolte est mauvaise, ils sont obligés 
de s'expatrier et de venir chercher du travail en Algérie. 

lies Guelaïa se subdivisent en cinq fractions ou 
tribus qui sont^ de l'est à l'ouest : 

V Mezoïidja ^Beni Mczoudia, H. M.]\ , 

\ui \K j- i au nord, 

ou Ahl Mezoudja. f i i 

2P Béni Chiker (Béni Tchiker, H. D.). [ , , ^"" 

3^ Béni bou Gafer. ^^ '" "^^'• 



li' 



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•-'46 DESCRIPïn.N DK ,,v j^,;;,;,,,^- 

4" Béni Sedal ^Boni Si.Iel. H M 

_^ BeniSi.Ian,H.l)J,onAhIoIGa,la.'^ 'Z 
•■>" Beni 1)0,1 Uhmr. j procédants. 

Chacun. <Ie ces ft-adions ' .st M.lnnmslrce par „„ 
"'^-•^•'\-^ '^^ --•! -^ à côte duquel est placé ut, inteu.lant 
^•'* -'^""^ <l<>ut les tbn,-tious. d'un ordre différent 

P^^rnsseut liuntées à la gérance des intérêts particulier^ 
•'" N'itan et à Texpédition des affaires extérieures de 
la trihu. 

En 18KM. le chef de ces intendants. Tannu elonumna 
tau un certain Si Mohannned Kl Aseri . résidant à 
Djeunada, non loin du caïd des Mezoudja 

Vers 1870 le Sultan voulut placer les (^uelaïa sous 

e connuaudenient d'ur, seul caïd. Il choisit, pour 

nneshr de ces nouvelles fonctions, un honnue inlpor- 

-t des lem Se.lal. dont Fintluence s'étendait a toute 

^c«at,onetdéiàchefdesatrihu.Mok^^ 
elH euK Ma,s lesGuelaïa ne voulurentpas.se .souniettre 

nxo.ei dans leur pays une colonne sous le connnan- 
•iement de Moulai elAmin. 

Craignant les horreurs ,l« i., 
• , "oiieuis (le la guerre, les Guelaïa 

.mplorerenl. i„„titae„t d„ re^.le secours de. ÏÏ;:. 

1880). ^" ^" ^^"'^^ ^">*''- («J^-Ï^î^ Ahmed ben Moussa. 

- H. M. 
' H. I). 



A L'OUKST I)K LA MOULOUIA. 



247 



pnols. Ils se tournèrent sans plus de succès vers la 
France. Ce fut le cheikh des lîeni Chiker. Kaddour 
ben Mohamnied ben (lliikan^ qui se fit ràine de toutes 
ces négociations. 

Actuellement, un fonctinnnain^ ou caïd marocain, 
délégué du Sultan , a sa résidence à la Kasba de Selouane. 
Il exen^e son action administrative sur le Garet, mais 
son autorité sur les Kebdana et les Guehua est h peu 
près nulle. 

Voici maintenant les renseignements que nous 
pnssédons sur chacune des fractions de la tribu des 
Guelaïa : 

l'' Mezoy^lja, — Cette fraction est la plus orientale 
des Guelaïa; son territoire s'étend des revers est du 
lïjebel Tazouda jusqu'à Tanegmaret et la sebkha. et 
au sud jusque dans la plaine d'el Feïda. Ce pays est 
fertile et d'un accès facile. 

Le cheikh des Mezoudja était en 1880, (H. AL), le 
ninunié Kl Hadj Aniar Akouda. 11 fut remplacé en 
1888 par Si Kl Hadj Ad(k)u (H. I).). Il existe dans cette 
tribu deux marchés : 

1** Souk et Tenin, i)rès de Sidi Ouriach ; 

2^ Souk el Djemâa. chez les Beni Nsar. 

Les indigènes de Mezoudja j)ossèdent une grande 
banfue et cinq petites. 

La population totale de la fraction est d'environ 
9400 âmes ^ 

' 3400 âmej: seulonient dapres M. de La Martinière. 




■248 



UKSCRIPTION I)K LA BKfilON 





-.t déboucher . M..H.a. ,:,,.„„„„, „„„ .„ ' 
r c„„ „ ,,„. ,„„ ^,,,„_,_.^_^ _ ^^__^ ^^^ ^^^^_^ 

•1 1.I F"da ,1 ,. „ „,„„, ^,„|^„„ ,„^,^^_^^ 

::7'f »™' ">-'■'"• '- -le „„ „a,s Si f . ;' 

Ch.Ur et s„r Toued bo„ An„H.-e„ 

' Capitaine de Breuilk. 
' H. M. 



3400 âniPs seulement d'après M. de La 



Martinière. 



A L'OUEST DE LA MOULOUÏA. 



249 



NOMS 

DKS SUHniVlSlONS 1. 


N M n R K 

de 

inoisuns ,.q,.„. f^^. 

ou 
loiiUis. >l<*'"'<- fassiiis. 


NOMS 

I»KS CFÏKKS Otî NOTAHI.KS 

en 18H(|î. 


Abdotinn (labrlfuinnn ) . . 
F^ordjioncn 


.TV» 




:i(H» 


Kl llaHj MnhaniTiiod ou Abdallah 

ThOMiMio If pins iiiarrpifltit de In frnction . 

Si Addoii bon Azza. 

Si Mohammed ou Athman. 

El Mad) Mohamiricd ou Hadi. 


Totaux. . . 


J«(»0 


10 


iry»o 



3'* Jieni hou Gafer. — f lelto frartioii , In moins forte 
do toutes, occupe tout le jniys compris entre Toued 
Kerl et Toued Ikhezacène. Au sud . ses villages se 
confondent nvec^ (»eux des Alil el Gada. 

Les Béni hou Gafer p(»ssèdent, sur la côte, des rades 
assez bonnes, ce sont : celle d'Azanène^ei celle de 
Sanieur, a reinb(»ucliure de Toued Kert. 

Autrefois, ils avaient d'assez fortes barques avec les- 
ïjuelles ils faisaient le commerce de la côte barbaresque 
et aussi la jiiraterie. Jls n'en ont plus actuellement 
qu'une vingtaine de i>etites j)our la pèche et le cabotage. 

Ils étaient commandés en 1H80 ])arKl Hadj Hammou^ 

' D'apn's (ranfres irnsf'iprnonionts dafani dp 1846, cfllo fraction se 
subdiviserait ainsi : Jahdounen, ImezondjVn, Ahl Tiza, Ahl Ouerk. 

^ Cap. de B. 

^ Le village d'Azanène est le dernier j»oinf liabilé du lerrifoire de 
la confédérafion des (luelaïa, du và\.(\ des Béni Saïd. Il ne compte 
guère que deux cents combattants, réputés, à juste titre, pour être les 
plus audacieux forbans parmi les Guelaïa. (H. D.). 

* H. M. 



i 



it« 






250 



DKSCRIPTIO.X DE l,A RÉoiO.X 




Ils fréquoTit<M,i los ninirlu^ dos autres fracUons des 
Gnolaïa. 

I-a poimlation fofale de h IVaetioi, est dVnviron 




r Ah! el Go,la (lîem Sedal). _ (j.tt. iVaetion est la 
f ns importante des Guelaïa e. ,nè,,. t.nps q„e 1. 
It;; n'. Elle .tend ses villa,es snr les plnt s du 
Djebel Ouksan et sur la rive droite de Toued Kert Le 
pays qu elle occupe est ^én^raleineut plat et „,h • il e.t 
arrose par Foued Kert. Foued Oumaciue et l'oued Tlet 

Les Ahl el Gada sont riches en troupeaux et en' 

betes de soninie; ils possèdent des terres de labour 
nombreuses et de bonne qualité. 

' 2^«" «"^^ -"l--n( d-appès M. d. I.a MaHinièr. 

TarVdmia. ' ^''™"'™- -^^«"«"''- Ahl Sameur, Ahl 

•' Cap. de B. 



A I/OUEST DE I,A MOIILOUÏA. 



251 



Ils obéissaient, en 1880, à Mokhtar el R'em. celui-là 
même que le Sultan avait voulu investir des fonctions 
de caïd de tous les Guelaïa. 

On ne trouve chez eux ({u'un seul Jiiarché impor- 
tant: c'est celui de Souk el Arba. (fui se lient chez les 
Ahl el Tlet. 

La [jopulation totale est d'environ L2000 Ames '. 



N f t M s 

HKS SUKIlIVISKlNS -. 



NOMBRF 



Rctiï Dagiifil 

Ahl el Tlet 

AHdnïcia 

Heiii Feklan 

Oulad lacirie 

Djotiaoïia 

Oulad R'aiieri 

RI Atiaiien 

Kl Ronilia 3 

f )ula(l Amar oh Aissa. 

Tntaux . . . . 



iiiHisons 

ou 
lentes. 



H) 
i(KI 

Ht) 

5(1 



cava- 
liers. 



fan- 
tassins. 



IfiR* 



^1(1 



%ns 



NOMS 

DFS CHFFS Ot NOTAHT.KS 

en 188(M. 



Le seul homme important 
He cctto fraction était, en 
iSSf», Mokhtnr el R'em. 
Il appartenait à la frne- 
tion des Djoua(»ua. Après 
lui on pouvait citer, à 
cette époque^ son Kha- 
lifa, Si Mohammed ouM 
el Hadj Hammou, des 
Rerri Feklan. 



5^ Béni hou Ifronr. — Lps Béni bon Ifrour habitent 
au sud (le la fraction des Mezaudja, Leurs villages 

' 3500 âmes seulement d'après M. de La Martinière. 

- D'après d'antres rensoif^nements, datant de 1846, cette fraction 
se subdiviserait ainsi : Ahl loudjouhaoun, El Addahoua, Oulad 
Heïsaïna, Béni Feklan, Ahl Lahia. 

3 C'est une petite fraction de marabouts. Presque tous sont tolba 
et n'ont pas d'industrie. 

^ Cap. de B. 



^1 



^ 



252 



1 



DESCRIPTION DE LA RÉGION 



sont disséminés sur les montagiios do lou.ouU, et 
d OuL-san. Cette dernière, qui lorn.e le point c-ulniinant 
de leur pays, a la tonne dun pain ,1e sucre et est d'une 
élévation approximative de 700 mètres. On ne trouve 
sur leur territoire, qu'un cours d'eau, l'oued Mesraf 
qm se perd dans la plaine d'El Feïda et n'a d'ailleurs 
d eau qu'en hiver. 

Ils étaient commandés, en 1880, par Mohan.med ou 

Ils ont un marché important, celui de Souk el 
Khemis, qui se tient dans la sous-fraction de lou.oula. 

Sm^'"'"' '''-'' '' '' ^-"- -^ ^--viron 



NOMS 

I»ES SUBDIVISIONS. 
(villa^'os ou douars) 3. 



NOMBRE 
de 



maisons 

ou 
tentes. 



cava- 
liers. 



Zer'cni'anc. 
louzouJa.. . 
Ah! Oak.san 
Allahta 



fan- 
tassins, 



NOMS 

1>ES CHEF.S OU NOTABLES 

en 1880 l. 



Totaux....! 1300 



25 



2000 



L'indiirène le jdus mar- 
quant était Si Moham- 
nied nuld.Mohainrnodou 
Hadi, deZercnr-anetlSSO) 

<^n pouvait citer encore 
le cadhi Si El Mokhtar, 
•îèjàâgé, qui habitait la 
morne sons-fraction. 



' H. M. 

l '''' ''"^ ^"^'^'^-' ^Vrès M. d. La Marlinière. 

Ksoula, Reggana ^^"' ^^" ^'hammed, Allahfa, Ahl Ouksan. 

* Cap. de B. 



A L't)UEST D1-: LA MOULOUÏA. 



RKCAPITCLATION DES GUELAIA. 



253 



NOMS DKS FRACTIONS. 


maisons 

ou 
tontes. 


N<>MBRE 

cavaliers. 


fantassins. 


Popuiatlon. 




•mai 
im) 

lf«.T 

130(1 


15 
10 

1(» 
^lO 


^350 
1500 
1200 
3(KK» 


O'iOO 

WKXI 

/i8(X> 

12(KK) 

80(K) 




Heni bou Gâter 




8085 


100 


loaôo 


40200 



Los documents anciens existant à Oran portaient 
autrefois la population totale des Guelaia à 35000 âmes 
environ pouvant fournir 260 cavaliers et 8750 fantas- 
sins. Mais le nombre des chevaux en 1880^ au moment 
où le capitaine de Breuille recueillait la plupart des 
renseignements rapportés ici , avait diminué de beau- 
cou]) ; il n'était certainement pas alors supérieur à 100. 
Par contre, la population s'était un peu accrue ^ et, 
grâce au commerce européen, le nombre des fantassins 
armés avait augmenté. 

On peut, en chiffres ronds, évaluer la population des 
Guelaïa à 40.000 âmes * avec 100 cavaliers et au mini- 
mum 10.000 fantassins. 

* Ces chiffres sont très différents de ceux donnés par M. de La 
Martinière qui évalue la population totale des Guelaïa à 15.600 âmes. 



254 



APERÇU HJSTORlgUK 



Cotte situation n'a pu guère se modifier depuis lors 
que par un nouvel accroissement ,1e population II 
parait préférable de sVn tenir aux chiffres donnés que 
de chercher à indiquer une nouvelle évaluation qui 
serait encore aj.proxiniative. et par suite sujette à 
caution. La seule modification à signaler che. ces 
Kabyles est celle de leur armement. Tous ou presque 
tous, depuis dix ans, ont abandonné leurs anciennes 
armes pour se procurer .les armes j.erfectionnées qu'ils 
achètent à Melila. Aujourd-hui pas un Kabvle de ces 
régions aussi bien des Guelaïa que des Kebdana, qui 
Be possède au moins un Hemington et de nombreuses 

cartouches 11 en est à peu près de même des autres 

tnbus de 1 intérieur, qni .suivent de plus en plus c 
exemple. j ■ tei 



«^CAPITULATION DKS TRIBU.*; DU VK 



RSANT MARITIME. 




3 



DU RIF. 



255 



CHAPITRE V. 

Aperçu historique sur le Rif, et sur les populations 
primitives de cette partie du nord de l'Afrique. 



Une incertitude presque complète règne sur les 
teiap> primitifs de la Berbérie en général et du Rif en 
])articulier. 

Les liabitants de cette dernière partie de la Maure- 
lanie. séjiarée par sa position géographique des autres 
territoires, ont. en effet, vécu dans un isolement qui 
paraît avoir été complet à toutes les époques de 
riiistoire. Sans relations avec l'extérieur, ils n'ont 
laissé que peu de traces des origines de leur existence. 
Toutefois, si nous en crovons les auteurs anciens \ le 

^ Jug-urtha. C. 18. Africain iiiitio habuere Gœluli pf Lihves, 
as|)pri, inculti. 

Ainsi que l'avait déjù remarqué de Slane dans un des savants 
appendices qu'il consacra à riiistoite des Berbères, c'est plutôt aux 
auteurs anciens (ju'aux historiens arabes que nous devons nous 
reporter pour essaver d'établir l'analof^ie entre les noms modernes des 
tribus qui habitent certaines parties de l'Afrique septentrionale et 
ceux que nous ont laissés les auteurs anciens. 

Ainsi les Bakouatai de Ptolémée, les Baquates des Inscriptions et 
les Bacuates de Tllinéraire. habitaient la partie centrale de la Tingi- 



'i>r 



250 



APERÇU HISTORIQUE 



3 



nord de TAfrique était jadis occupé par deux races 
autochtones, les Gétules et les Libyens. Les premiers 
erraient dans le sud, les seconds étaient fixés sur les 
rivages de la Méditerranée ; et c'est à ces derniers qu'il 
convieut de faire remonter les indigènes du Rif. De 
nos jours, l'examen de la population berbère maro- 
caine nous révèle encore, et très nettement, ces deux 
éléments ethniques absolument dissemblables. Daus le 
sud, dans tout le massif de l'Atlas, la pojmlalion est 
composée de berbères ou cheleuhs à Taspect méri- 
dional, aux cheveux noirs, au teint basané et qui ne 
sauraient être confondus, bien que parlant une langue 
de même origine, avec les tribus du Rif. Parmi ces 
derniers, en effet, on constate un grand nombre 
d'mdividus blonds ' ou roux, au teint blanc, d'aspect 

tane, dans la région que les Borr'ouata occupaient jusqu'au milieu du 
cinquième siècle de l'hégire. ^ "'"leu au 

Les Makanitai de Ptolémée, les Macenites de l'Itinéraire se tenaient 
dans la contrée ou s'élève actuellement la ville de Meknas. en berbère 
Miknassa, nom de la tribu qui habitait alors cette nVion 

Les Aufololai de Ptolémée occupaient le massit'du Zerhoun le 
* Volubile oppidum . de la domination romaine v avait été construi 

»'>'v/^ %«««./ dans les Annalesalgériennes,tome III p 524 
émet lavis que es Maures venus s'installer dans la région Jompi t 
entre la Mulucha et l'Océan étaient d'origine arabe. D'après u 
eraient es descendants des Hvcsos qui, chassés d'Kgvpt' au™ en 
fini par trouver un refuge dans ces régions. 

J Pour toute cette question, voir Vivien de St-Martin, « le Nord 
de 1 Afrique dans l'Antiquité, et Faidherbe « Aperçus ethnoTrl 
phiques sur les Numides ». ^ ^ emnogra- 



iJi: HiF. 



257 



complètement ditférent des autres Berbères du pays. 
Or, ces individus ne descendent ni des mercenaires 
gaulois de Garthage, ni des Vandales, ni des esclaves 
chrétiens employés par les Musulmans. lies savants 
({ui se sont occupés d'ethnographie africaine leur 
attribuent comme origine une race blonde qui, dès les 
temps les plus reculés, habitait le nord africain, les 
massifs de la Kabylie et le Rif. Elle s'est conservée 
dans toute sa pureté surtout daus la contrée qui nous 
occupe. Plus tard arrivent les immigrations asiatiques 
aux(iuelles devaient succéder les commerçants phéni- 
ciens, elles comptoirs se multiplièrent jusque sur les 
rivages reculés de l'Atlantique. Seule la côte du Rif 
ne fut qu'effleurée à Melila l'antique aJinsaddir'^»), car 
l'hostilité farouche des habitants découragea même 
ces hardis marins. I^es textes anciens nous ont appris, 
en effet, qu'arrivé à ce dernier port le navigateur 

' Le général Faidherbe a cherché à démontrer qu'un peuple 
blond, émigré du Nord avant l'invasion des Arvas, a envahi l'.^frique 
septentrionale. C'est aussi l'opinion de MM. Broca et Bertrand. 
Voir aussi l'ouvrage de Numismatique de Muller touchant les tvpes 
blonds représentés sur les monnaies frappées en Maurétanie. 

- La difficulté des relations locales avec les tribus de la réo-ion 
environiumtp, peut-êireleiirpauvpf^té. n'avaient pu rendre ce comptoir 
prospère, malgré IMnfafigable activité commerciale des Phéniciens. 
La tradition, non plus que les liistoriens ou géographes, nous ont 
laissé peu de détails sur ce port, le meilleur de la côte. Quoi qu'il 
en soit, il est plus que probable que T « Axpoç izoll; xat Xtur^v » du 
Périple, se retrouve dans le * Russadir oppidum et Portus» de Pline, 
la « Russadir Colonia » de Tltinéraire dont Tidentité avec Melila est 
hors de toute discussion depuis les travaux de Tissot. 

17 



H 



h 



■ 1 , 




•25« 



3 



APKRÇU HISTORIQUE 



évitait la côte du « Metagonium » ', et , prenant la 
route du nord indiquée par la pointe de Husaddir, 
allait reconnaître l'île déserte d'Alboran pour faire 
ensuite voile vers le détroit de Gabès. 

A l'époque romaine, on confondait tous les habitants 
du nord-ouest de TAfrique avec les Numides dans la 
même dénomination générique de Maures, et bien que 
les peuplades du Rif aient formé une nation indépen- 
dante, résistant à Fautorité impériale, il ne paraît pas 
que ce souvenir de son existence non plus (jue de ses 
luttes soit parvenu jusqu'à nous, et que les histo- 
riens les aient séparés des guerres des rois numides. 
En réalité, le Metagonium demeura fermé aux 
légions ; le seul résultat de la domination de Rome 
avait été, à la mort de Ptolémée, de refouler ces 
populations dans leurs montagnes. On se bornait alors 
à utiliser les solides vertus guerrières des indigènes 
qui s'engageaient comme mercenaires, et on les 
enrôlait dans les cohortes pour contenir les autres 
populations. Dans ce but et aussi pour garder la 
frontière méridionale de ces districts, on avait construit 
au pied des montagnes qui bordent le Rif et la région 
des Djebala, du côté de la Tingitane, une série 
d'ouvrages stratégiques. 

; Nom que Strabon donne textuellement au grand promontoire 
voism de 1 embouchure de la Molochath (la Moulouïaj ainsi qu'à la 
coupée qm l'entoure et dont les montagnes forment le prolongement 
presque mmterrompu des montagnes des côtes. On y reconnaU sans 
peme le cap des Trois-Fourches et toute la côte riiaine de nos jour 



DU RIF, 



259 



Les colonies agricoles qui garnissaient les vallées des 
fleuves étaient ainsi à l'abri des invasions des monta- 
gnards. On a retrouvé dans la Tingitane les vestiges 
de cette occupation qui isolait complètement du restant 
de la province impériale la région qui s'étendait de la 
Malva à la rivière de Tamuda oppidum. On sait, d'autre 
part , que le centre de l'occupation impériale était à 
Volubilis . dans le double massif du Zerhoun et du 
Tselfat, admirable position qui commandait le Tell 
marocain tandis qu'elle en imposait aux ancêtres des 
Djebala et des Rifains de notre époque. 

Pour répondre à cette double mission, les légions 
romaines avaient donc établi une ligne de postes qui 
empêchaient toute communication entre les habitants 
de l'Andjera, voisins du détroit, et les tribus du massif 
occupé de nos jours par les Béni Ider, les Béni 
Messaouar du Djebel Habib. Cette chaîne de fortins 
se poursuivait dans le sud, et on a pu récemment 
admettre que parallèlement à la Méditerranée , une 
voie achevait la séparation du Rif proprement dit des 
autres territoires fertiles de la Tingitane ' . 

Une sorte de route qui devait déboucher à la hauteur 
de la ville de Fez, assurait la communication terrestre 
entre les deux Maurétanies césarienne et tingitane. 
Quant aux entreprises militaires de Rome dans le Rif, 
nous n'en savons encore rien, malgré les récentes 
découvertes épigraphiques faites à Volubilis, et il n'y a 

*H. M. 



if 



^ 



!•'• 




•i(50 



APKRÇl' HISTOHIQUK 



pas lieu de croire que ce voile puisse en être levé avant 
l'exploration archéologique qu'il reste encore à pour- 
suivre de la Tingitane. Quoi qu'il en soit, ou peut 
admettre que le Rif entier échappa à l'action de 
Rome. Les connaissances géographiques que nous 
a léguées l'antiquité' s'arrêtent à la côte, car aux 
derniers temps de la domination romaine, l'exploration 
s'était bornée à longer le rivage. L'intérieur en était 
demeuré aussi fermé, aussi inaccessible qu'il l'est 
encore de nos jours. 

Ce que Rome n'avait réalisé, il n'apparaît pas que 
Byzance en ait eu les moyens lorsque Justinien borna 
l'occupation du Bas-Empire dans ces régions à l'entre- 
tien d'un simple tribun à Ceuta. 

A la faible lueur des documents parvenus jusqu'à 
nous, on n'ose qu'eftleurer l'histoire des origines de 
1 islamisme au Rif. Nous savons néanmoins que la 
persistance de la religion chrétienne"^ y fut plus grande 
qu'on ne le supposait, aussi les débuts de la doctrine 
de Mohammed furent-ils pénibles. El Bekri a eu soin 
de nous apprendre les difficultés que l'apôtre Salah ibn 
Mansour le Himyérite avait rencontrées en convertis- 
* H. M. 
Dans Ptolémée, nous trouvons un certain nombre de position. 

-ouHr pou. col,. ,:lacul!; """■'' ' ^"*'^-° ^"^ ""^ '^-'>- 
si^l ^' ™"?r ^" ^'^'^ '"■■ >*" ^'^'^ Moulai Bou Gheta était le 



DU RIF. 



261 



sant les Saiihadja et les R-omara^, toujours enclins 
à reprendre leurs anciennes croyances"'. 

Avant rinvasion arabe, la doctrine de Aloïse'^ avait 
aussi recruté des adeptes au Rif. et de très bonne 
heure, de 710 à 740 de notre ère. moins d'un siècle 
après Mohammed, eut lieu la conversion à l'Islam 
des Béni Tam Saman. Quant à l'histoire de la nouvelle 
religion dans le Rif, elle n'est guère, dans les débuts, 
que rénumération de plusieurs schismes qui tentèrent 

* Los R'omara t'taiont chrrtions et avec eux les Béni Hanied, les 
Melfioua , les Béni Nal , les Ar'saoua , les Béni Zeroual , les 
Medjkasa, d'après les historiens arabes et d'après les légendes f'ncorc 
en cours aujourd'hui. Ils furent convertis par Moussa ibn Hocein ou 
ibn Noceir qui h-ur infligea la défaite la plus rude et les porta à 
embrasser Tislamisme (Ibn Khaldoun, II, page 135). Il est curieux 
de remarquer avec quelle ardeur ils embrassèrent, la religion de 
Mohammed ; ce furent ensuite les plus zélés défenseurs des Idrissites ; les 
Beui Tam Saman, aujourd'hui de farouches Derkaoua, avaient parmi 
eux des chrétiens ; leur conversion dafe de 730. 

* C'est à peu près une des seules indications précises que nous 
avions sur les débuts de l'islamisme dans ces régions. Mais Salah 
avant finalement triomphé, les Berbères furent ramenés dans le droit 
chemin, ainsi que nous l'apprend El Bekri. Salah mourut en odeur 
de sainteté et l'on voit encore son tombeau vénéré chez les Tam Saman. 

Aussi bien, H. Duvevrier a discerné la religion tout à fait primitive 
des habitants berbères de ces régions, qui était le culte des mânes 
confié à des femmes passant pour prophétesses (kahena). Le savant 
vovageur avait autrefois trouvé les mêmes origines jusque chez les 
Touareg Azdjer. 

^ Au moment de la conquête arabe, une partie des Berbères profes- 
saient aussi le judaïsme ; parmi les Berbères juifs que cite Ibn Khal- 
doun, nous remarquons les Mediouna et les R'iata, que l'on rencontre 
encore, les premiers dans le Rif à côté des Sanhadja. les seconds au 
sud sur la route de Fez à Oudjda. 




, î 






i 



2^2 APERÇU HISTORIQUE 

de s> répandre, et ensuite et surtout de diverses 
confréries musulmanes sy créant des iiefs afin d'y 
récolter des aumônes. 

Déjà, avant la fin du VHP siècle, apparut un prophète 
chez les Medjkàsa en Djeraoua, près de Nokour II 
s'appelait Hâmîm>; c'est le deuxième des trois pro- 
phètes berbères au Maroc : musulman lui-même mais 
ayant comme tantes deux prophétesses ou sorcières de 
la religion nationale, il tâche de trouver eutre l'Islam 
et le culte des mânes . un juste milieu dogmatique, 
sans négliger le souci de ses intérêts. Il composa un 
Coran en berbère. L'enseignement de Hamîm abolissait 
la circoncision . les ablutions et le pèlerinage à la 
Mecque : mais il prohibait les œufs comme aliments 
prescrivait d'égorger les poissons et autorisait à manger 
la viande de sanglier; oiseaux et œufs étaient en effet 
considérés comme impurs chez les Berbères primitifs 
comme ils le sont encore de nos jours chez les Touareg' 
Il instituait, pour chaque semaine, un jeûne dans la 
matinée du mercredi et toute la journée du jeudi, mais 
Il abrégeait de cinq jours le carême ou Ramadan des 
musulmans. 

L^s six prières musulmanes étaient réduites à deux 
™.s cha,™ homm. devait apporter au prophète u.' 
tnbnt de cmq taureaux et la dîme sur tous ses biens. 
C tte dernière règle contribua à empêcher la nouvelle 
religion de s'étendre. 

^^^mm^m est peut-é.re une réduction du non. héb.eu . P.ahamini .. 



DU RTF. 



263 



De là, une suite ininterrompue de querelles et de 
luttes, souvent sanglantes, que favorisait le sentiment 
de combativité des habitants. 

Les confréries de Sidi Abdelkader el Djilani , de 
Moulai Taïeb et de Sidi Mohammed ben Abou Zian . 
recrutèrent, dans la suite , çà et là des disciples : les 
Derkaoua Chadelia fondèrent même un couvent au 
Djebel Bon Berîh ; enfin les descendants de Sidi 
Abdesselam ben Mechich . natif des environs de 
Tétouan . v comptèrent de nombreux fidèles. Mais 
rinfluence de ces cherifs, héritiers^ d'une partie des 
revenus de la grande Zaouïa de Moula Idris à Fez, 
dérive plutôt de la tradition politique et historique, 
que d'une sympathie religieuse, car, suivant l'opinion 
de H. Duveyrier, hors de rares couvents, bien peu 
d'habitants du Rif se préoccupaient assez de l'idéal et 
de leur salut pour s'arrêter à la pensée d'une obole ou 
d'une protection religieuse "^ 

Ces considérations d'histoire religieuse ont semblé 
utiles , elles permettront d'apprécier l'origine des 
difficultés rencontrées par les Sultans marocains dans 
leurs tentatives pour asservir le Rif. La théocratie de 
la cour de Fez est souvent demeurée impuissante et 

^ Un mois par année le corps des cherifs de Moulai Abdesselam 
envoie à Fez une délégation, qui, s'installant dans la grande Zaouïa 
qui renferme le tombeau de Moula ïdris Ser'ir, le fondateur de F^z 
et le fils de l'apôtre musulman au Maroc, ;v récolte ainsi la douzième 
partie environ des collectes et dons assez considérables, de Tannée. 

* Voir, influences religieuses dans le Rif. 



■<it 



'y I- 



i' 



264 



APERÇU HISTORIOUP; 



>^ ■ 



:i 



ooimiio sans offrl sur ces nionta^nu.nls. 0„ peu, 
nvsnmer rhist.ir. .les relations ,ln gonv.rnen.ent 
''l^''n(,.n avec les habilants ,ie eette partie ,iu Maghreb 
•Ions une énuni.Tati..n ,1e révoltes. .Inieursions réci- 
proques, d-actes, le piraterie amenant eoninie n^pression 
.le ventables expéditions trop souvent infructueuses. 

On sait ,,ue la première dynastie musulmane au 
Maroc, celle des Idrissides. s'appuya nni,,uenn>nt sur 
les éléments berbères. Ce fut dans le Rif. dans ce pavs 
berbère par excellence , que les princes décbus cb^r- 
<-herent un asile aussi bien que les moyens pour lutler 
eontre leurs successeurs. La petite .ille de Nokour fut 
leur dernier refuge ; elle avait été fondée vers 758 par 
un chef arabe Salah ibn Mansour. Très populaire 
l>--mi les tnbus romariennes des environs, .-e prince 
avait développé une rigide orthodoxie musulmane en 
conservant les principes de la foi entre les héritiers 
tJerr ouata et les Kharedjites \ 

Dans la suite, ses héritiers agrandirent sa tache 
êtes schismes dont nous avons déjà parlé furent le 
i^retexte de guerres qui ensanglantèrent longtemps 

A la nwt d'Idris Ser'ir (828) toute la région nmri- 

^ndusque son frère Daoud avait Taza, les Tesoul le^ 

MjWa,lesK.ataetlesHaouara.Laguerrea;! 
éclate entre lab. benKacembenIdris,qm régnait 

* VoicIbnKhaldoun. vol. Il mcres ]'^1 » • . 

"'• IX, pdgpfe i.i/ pf suivantes. 



DU RIF. 



266 



en 901 h Foz, ot son nevon lahia bon Idris bon Omar, 
sonvorain (hi Rif, le premier périt dans un combat et 
lahia l)en blris s'empara de rautorité dans le Mat^hreb. 
11 réunit alors, pour la première fois depuis Idris II, le 
Rif au Ma^^hreb. Vers cette époque, la ^^rande tribu des 
Miknassa s(uiniit tout le territoire compris entre les 
Tesoul , Taza et la Moulouïa , c'est-à-dire les contins 
méridionaux du Rif. 

Après sa défaite par lo fameux Moussa ben Abou 
(4 Alla, ce fut encore dans le Rif que vaincu, Tidrisside 
Kl Hassan se réfugia, et il devait en être ainsi pendant 
de bmgues années. 

Cependant les princes idrissides, poursuivis jusqu'à 
Nokour, virent leur nouvelle retraite enlevée par 
trahison et livrée aux pillards. Une suite de combats 
fameux avec l'armée fatimide s'engagea et les Idrissides 
reconnurent la nouvelle autorité. Après la fuite de 
Moussa (Unis le désert, le chef des fatimides donna à 
Kaceni ben Idris. surnouimé Kennoun. le comman- 
dement de tout le pays conquis sur Moussa : cependant 
la ville de Fez fut réservée. Ne pouvant rentrer dans la 
cité de leur ani Hre , les Idrissides demeurèrent à 
Hadjar en Nacer et à Nokour, leurs capitales ^936> 
C'est Fépoque de la plus grande prospérité au Rif, 
malgré la guerre avec les Magraoua. Les Idrissides 
étaient comblés de cadeaux par les souverains d'Anda- 
lousie qui recherchaient une autorité politique doublée 
d'une puissante influence religieuse. 

Quand les succès des Oméïades au Maghreb eurent 



U 



il ; 

1 



266 



APERÇU HISTORIQUE 



î 



délinitivemcnl précipité la chnio do la <lvnasti,« d-Idris ' 
qnand Basra ^ ont été abandonnéo. avoc le Ksar Mas- 
monda ■\ nous voyons le Rif denionror le rofnpo des 
princes déclins. lonsonfhen Tachefin. le pins brillant 
dos Alnioravides , avant envahi 



DU RIF. 



11110 prennèro fois. 



la pu,s,sr.„ro do la fan,ill. d'Idvis ht anéanti, dans la sui,. p,r 
s fa„m,d,..s ; n.a,s pondan, ,ou,o sa dnnV. l.s Alidos d.- l'OnVn 
^::t^ '" ^-n^-d" P;ophè„.) n-avai,.,., ,.n.ais .al.nM l,, 

J^li l'TT'' '^"L ^''^'•■^"'- I'-- "f--"^ I>«.von,.a,Vn. 1.. 
>.aph,.h. Les borberns K.,ama .mbrassè.on. co„e caus,- Mais 
omm,. ,a nc.ello n-li,ion s'éfait bien .'..abli.- .-h.. ,.. B-rhè,...; ^ 
d.-.ru,san !.. „,onun.nls d. la pnissan.v anab... ils „,■ „ en „" 
~ a„.n,. à l'édifie, delà foi ... vonln.n, fond. „„' p ' 
C.S. ce q„, arnva aux Miknassa. mais tous es pouvoi,. d.vaie^, 
s ecronW pou,- fai,. pl«eo dans lo Ma^br-b .1 Aksa.^ a„. ^J^^ 

B-,irTt'"-r" '' ""''"" '" '^"^'■'•■''^ P'^'' Moban,n„.d b.n Idris 

1 rid t ; "r'"™ ''■■"'"" -i^"' ••"™^^ » 1'"»-' i« vaii vd,; 

qn deboucb. dans le bassin du Loukkos et an snd l-, , ! 
W.Kebi. à F. H , Meknas. L'impon::' ^ , .. tLi : 

vesilsÎ.le t '"" '"■'"" ■'"■"""'■^ '-«"rai,., au nK,ins des 

> Migr j, fi, !,.„, ancienne prospénté. IV cetle .rranfl,. vill 

Houx collines et don, l'enceinte. a„ rap ô d'FÎR 1 '"" ''""'"' 
pas moins de dix porles il ne si •?' , ' "" ™'"5"''''' 

nord-oues, du XaH •' Fd ' ■^"^''■^'^l'I"'^ «"J-''''^''""' q- l'angle 

K ^ontiPl KspH^np. par lespnnces musulman.. La 



267 



en 1063, lo pays do R'oinara , trouva toulo la contrf^e 
monlapnousp du Rif soumise à Fautoritedes Idrissides 
hamnioudites. Le Khalife Abou Iakoub , sous les 
Aluiobades, ayant ronfi*^ à ses frères le commandement 
de l'Afrique, une révolte des R'omara et des Masmouda 
provoqua un terrible soulèvement, dont Tarmée eut 
la plus grande ])eine à triompher. C'est de cette époque 
glorieuse (1167-1168) que le Khalife prit le titre de 
(Commandeur des Croyants. On créa par la suite un 
comnuindement inij^rtant à Sebia (Ceuta) pour sur- 
veiller toute la région du Rif. 

A Fépoque des Mérinides, Abou Thaleb est forcé 
de se mettre à la tète d'une grande expédition pour 
combattre en 1308 les rebelles du Rif, car les révoltes 
ne cessent de se multiplier dans cette région \ dans 
la vallée du Ouarra et chez les Oulad Aïssa. 

A la chute des Almohades, Abou lousouf ben Abde 

vîctoirr de Las Navas dpTolosa avaiï mis fin, dès !*• XUV siècle, au 
rôle jriif^rriei du Ksar; IVnsablement do l'oued ol lemm a IVmbou- 
cliurr dufju*'! il rst sifuo, on farîssanf sa prospérifé commerciale, a 
fini par amener sa ruine. La vieille place forle des Masmouda n'est 
plus aujourd'lïui qu'un monceau de ruines que les dunes disputent 
aux broussailles et ne tarderont pas à ensevelir. 

^ En l'an 1142-43. Abd el Moumen subjugua les campagnes du 
Maghreb, se rendit maître du pajs des R'omara. De là, il conquit 
sucxressivement le Rif (Ibn Khaldoun, I, p. 254). 

' A la mort du sultan Mériuide, Moussa El Ouathek avait à lutter 
avec les R'omara du Rif toujours disposés h soutenir les prétendants 
de la famille Idrisside ; nous retrouverons constamment cett« fidélité 
et cette persistance à servir la première famille régnante berbère par 
ses origines. 




I 



I 



i 






4 1 



♦ 



M 



•268 



APERÇU HISTORIQUE 



1 



Hnk ayant .If^sipm^ s.m lils aînô pour lui sM,-,-o,|.r ce 
<>hoix souleva ,1e i,oindI.>s révoltes .hnis le Hif h.p/ 
les R-oi„ara. car il re,m^s,M,(aif Ini-mè,,,.. m.e branche 
cadette de sa taniille. On assiste à une nouvelle expé 
•lilion étions les personnages compromis furent exilés 
en Andalousie (l;ni). 

J/histoire des Berbères par Ibn Kbaldoun «-arrête a 
J;'""H.- ^^"^^ -i^rio ; nous n-nyou, ,^,,, ,1,, ,^^,^.^^^^ 
eparsespour la période d„ XV siècle, ,,ui pnVèdl 
U>s histoires de Nozbet el HAdi , ou de h, dvnaslie 

ba>^..me au Man>c, et d-Abonlkassen, ben Ahmed 
Kz /lam. Nous savons seulement ,,ue les Mérinides eu 
de<-adence au Maghreb el Aksa se soutinrent laible- 
nienl à Fez dans la branche des Béni Ouattas. (Heni 
Oates). Autour dVux les petits états qui se fonuerent 
amenèrent une confusion , véritable anarclne où il est 
milmle de se reronnaître. 

i-e Kir devint alors la proie de guerres de canton à 
-nton cm s y développèrent : c'est au surplus IVpoqno 

•ie troubles dont les Portugais et les ]^>.,„,,, -j,',. 

^^j^^Kn^ 1.58 : IVis,. d. Ksa,. MaM.ouda pn,. Alphonse V, ,, 
Fel;r^ "■'^'■''^""' ^""""~"' <'^ Casablanca; pa.. l'in,.. 

A.V. .le. ].henieie„s e, des Uonli; '" l'-'-'-Hch. l'annenne 



ou HJK. 



269 



tèrenl pour prendre pied sur le territoire marocain, 
(lelle piM'iode coninience à b prise de Ceiita, en 1 115', 
else tenuiiK» au XVI'' siècle quand les cliérifs arabes 
Saadiens coniniencent à i)araître sur la scène. 

Aj)rès sVtre emparé de Kez sur les Mérinides, 
Mohammed Ihmi Hassan ne tarde pas à envoyer une 
ex]Ȏdili(m au Rif a(in de s'emparer du Penon deBadis'-* 
(1550). 

(Juehjues années plus tard, en 1554, (|uand on 
apprit la reddition de Kez aux Turcs, le Penon se duuna 
à la tlotte lur(|ue. O nVst (jue vers ]5(>4 <jue Don 
(jrarcia deToledo s'en empara. 

Pour faire saisir le rôle considérable de la nouvelle 
dynastie, un certain développement est nécessaire, 

.lus(|u'à l'arrivée des Chérifs Saadiens, les Berbères 
qui, en somme, constituent et de beaucoup l'immense 
majorité des populations marocaines, avaient eu une 

^ Au XV*' siècle, la |)irat<Mie s'était répandue sur toute la côte du 
Ma^liieh , jH'iucipalenienl dans le iiord-ouesl où la conlij^uration 
nionliieuse du pavs el le voisinaf^e de rKspa<i^i]e avaient entretenu un 
esprit d'indiscipline el de révolte. De ce vaste littoral, sortaient des 
barques et des navires qui épiaient les navires marchands à l'approche 
du détroit et j>oussaienl tiiênie leurs incursions jusque sur les rives 
chrétiennes. C'est la nécessité de pourvr»ir à la sécurité de leurs côtes 
qui devaient amener les européens à agir eux-mêmes contre des 
populations (pie des sultans affaiblis ne pouvaient njaîlriser, en lémoi- 
g-nant de leur incapacité gouvernementale à assurer le respect des 
traités et leur propre autorité. 

* Le bour^r de Badis, situé à peu de distance de l'anse d^Alcala, a 
vraisemblablement succédé à la station romaine de « parirtina » ; le 
mouillage v est assez profond. 



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270 



Al>KB(;iI HISTOHU^UK 



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attitutle bien différente ,1e celle que nous leur connais- 
sons depuis celte époque. Parfois ils s'étaient rangés 
sous une même bannière, ainsi qu'à l'époque des 
descendants de Moula Idris. pour ne ])arler que îles 
^^ens du mw mais le j.lus souvent ils avaient formé 
une série de j.etiles confédérations sans aucun lien 
solide. Cet état de choses serait dû à Tesprit d'indé- 
})endance farouche de la race berbère et au manque 
d'autorité morale des dynasties autoclùones. 

S'il était diflicile. i)our ne pas dire impossible, au 
Xyi" siècle de discipliner les populations berbères, on 
pouvait, par rautorité morale, relever le pouvoir 
politique et prendre un certain ascendant sur les 
tnbus. Les (Jhérifs Saadiens entreprirent cette 
tache et leur honneur est dy avoir partiellement 
réussi en ])réi)arant les voies des Chérifs Filali dont le 
plus Illustre fut Moula Ismael, un ancêtre ,lu souve- 
rain actuel. 

Le manque d'explications laissées par le Prophète sur 
es titres nécessaires à Tobtention du klialifat. avait été 
la cause des principales difficultés rencontrées par les 
apôtres musulmans dans la conversion des populations 
berbères, difficultés que les propagateurs de la nouvelle 
rehgaon tournèrent en décidant que nul ne serait 
légitimement investi du pouvoir suprême s'il n'était 
ISSU de la famille même de Mohamme<i. Ce ne fut pas 
sans résistance que la race berbère adopta cette 
«manière de commandement qui, en définitive, con- 
sacrait la suprématie de l'élément arabe. Aussi 



DU RIF. 



271 



les premières ardeurs de la foi nouvelle calmées, 
secouèrent-ils le joug des dynasties pour mettre h leur 
tète les Almoravides, les Almoliades, les Mérinides, et 
c'est ce qui explique aussi la faveur des Idrissides; 
Moula Idris le Grand, le premier et le plus illustre 
a|)ôtre musulman au Maghreb, s'étant établi au 
Djebel Zerli<»un. c'est-à-dire dans nn centre berbère, 
n'avait prêché la sainte ])arole que dans un milieu 
autochtone, 

Touletois ces dynasties n'avaient réussi à se fain^ 
accepter des vrais croyants (jue grâce à un jmuvoir 
occulte et par des influences religieuses de Marabouts 
chèrement accjuis, au lieu de réunir dans une même 
main, ainsi que les Khalifes, l'autorité spirituelle et 
lemj)()relle. Les compétitions intérieures constantes 
les menacèrent, et, sous les Mérinides, les complica- 
tions extérieures^ aggravèrent la situation au point que 
les cherifs Saadiens n'eurent qu'à se présenter pour 
que Télément arabe d'abord, devenu de plus en plus 
nombreux au moins depuis plusieurs années, les 
soutînt et leur permit de prendre le pouvoir, après une 
longue lutte contre les Zaouïas qui voulaient encore 
revendi(iuer l'autorité spirituelle. 

11 ne nous appartient pas d'entrer dans tous les 
détails de l'histoire moderne ; nous nous bornerons à 
résumer les événements qui, depuis l'établissement 

* Expulsion des Maures d'Espagne, conquête des principaux ports 
du pa^s par les Portugais et par les Espagnols, occupation de 
TAlgérie par les Turcs. 







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'2T2 



APKHÇr HISTOHIQIK 



n 



de la dynasli.^ lilali an Maroc, caractérisenl les rela- 
lioiis de la cour de Fez avec le Rif. 

En Um. le sultau Isiiiael beii Ali ayaiil reçu Ja 
nouvelle de Fabandon de Tanger ])ar les Anglais, .v 
«envoya s'établir une nombreuse colonie de Kilains qui 
])rocédèrenl à la reconstruction .les monuments, des 
mosquées, des niédersa. 

Sous Moula Ismael. le Rif lut soumis, et le clief de 
toute cette région, le caï.i Ali ben Abdallah, étant mort, 
le sultan .lésigna un Pacha pour prendre cet important 
commandement. C'est l'époque la plus prospère ,lu 
Maroc, celle où, suivant l'expression ,1e l'historien 
Ez Ziani', une femme ou un juif pouvaient aller 
d Oudjda à Taroudant sans avoir rien à redouter. Les 
gens .lu Rif cependant se tenaient toujours sur la 
défensive comme des caméléons, ajoute le chroni,|ueur. 
En 17o7, le sultan Mohammed ben Abdallah est obligé 
de se mettre à la tète de son araiée, en dirigeant cbez 
les R omara une puissante expédition i)our combattre 
et tuer un nu.rabout influent qu: y j.rèchait la ré^„lte 
En 1705. Moulai Ali. lils .lu sultan, avant été 
nommé vice-roi .le Fez. reçoit en outre le comman.le- 
ment de toutes les tribus montagnanles du Rif Une 
expédition est .lirigée par le sultan en personne contre 
le Garet et le Rif; elle passa chez les Rmiara et, dans 
toute la région, les tribus furent exterminées, sauf celle 
des Kebdana. 



' Etlordjemân, traduction de Houdas. jmgo 105. 



DU RIF. 



273 



Rien ne montrera mieux et la nature des monta- 
gnards du Rif ei Ips procédés de la cour chérilienne, 
que riiistoire de la révolte de Zithân. Transmise par 
Aboulqassem Ben Ahmed Kz Ziani , nous la donnerons 
intégralement; les procédés du gouvernement maro- 
cain n'ont i)as changé. Ce sont encore les mêmes de 
nos jours, débutant ])ar la même violence dans la 
répression , se terminant ensuite par la plus insigne 
faiblesse, sans persévérance dans la ligne de conduite , 
témoignant enfin de la plus complète incapacité de 
gouverner et de la même impéritie. 

Le Sultan' apprit la révolte de Zithàn El Khamsi, 
dans la monUigne des R'omara, et dans le Hebeth. 
Entouré de tous les fauteurs de désordres des diverses 
tribus, Zithàn se transportait avec ses montagnards, 
tantôt (Fun (^ôlé, tantôt d'un autre. Sa renommée avait 
bientôt grandi et le nombre de ses partisans était 
devenu si considérable que le Sultan ne pouvait tarder 
plus longtemps à sévir. Seliman donna donc Tordre 
à ses troupes de marcher contre le rebelle K 

L'expédition, conmiandée parle « sinistre -» (^/^) 
El R'enimi, se mit aussitôt en marche et prit contact 
avec Zithàn dans la tribu des Athâoua. Au moment où 
Ton allait s'engager dans les montagnes, les Caïds qui 
accompagnaient El R'enimi lui demandèrent de laisser 

* Seliman ben Mohammed ben Abdallah. L'expédition contre 
Zithân eut lieu vers 1792. 

* Telle est Texpression employée par Abouî Qâssem ben Arahet 
EzziAni et traduite par M. 0. Houdas. 

18 



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■274 



APERÇU HISTORIQUE 



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1 



les bagages de l'armée au pied de la montagne, tandis 
que la cavalerie et l'infanterie poursuivraient leur 
marche en avant ; El R'enimi s'y opj)osa en disant : « Je 
veux emmener tout mon monde avec moi et suivrai le 
rebelle partout où il ira ». Les troupes s'engagèrent 
alors dans la montagne, mais quand elles furent 
arrivées dans les passages difficiles, elles furent atta- 
quées par l'ennemi qui surgit de tous les ravins. 
Embarrassés par leurs impedimenta, les soldats du 
Sultan prirent la fuite au milieu de ce pays accidenté. 
Les bagages furent pillés et un grand nombre d'hommes 
périrent. Vainement le « Sinistre » essaya un retour 
offensif, il dut de nouveau prendre la fuite. Quand il 
apprit ces événements, le Sultan entra dans une 
violente colère contre El R'enimi ; il le li^Ta aux enfants 
d'EsSoueïdi, qui le tuèrent pour venger la mort de leur 
père qu'El R'enimi avait fait périr après un cruel 
supplice. Le Sultan confia à son frère Et Taïeb le 
commandement des tribus montagnardes, ainsi que 
celui de toutes les villes du littoral et lui assigna 
Tanger pour résidence. 

En 1-209 (1794-1795), le Sultan envoya à son frère 
Et Taïeb une armée destinée à opérer contre ce 
même Zithàn et ses partisans. Dès que ces troupes 
furent arrivées à Tanger, Et Taïeb quitta cette ville 
en emmenant en outre avec lui, les contingents des 
villes maritimes et dirigea toutes ces forces contre les 
Beni Djerfedh où se trouvait le foyer de l'insurrection. 
Il razzia les troupeaux de cette tribu, incendia ses 



DU RIF. 



275 



villages, saccageant tout et tuant le plus de monde qu'il 
put. Traqué i)ar Et Taïeb, Zithân s'était d'abord réfugié 
chez les Beni Merchen , fraction des Beni Idder : 
Et Taïeb l'y poursuivit avec son armée : il campa chez 
les Beni Merchen , leur livra bataille , brûla leurs 
villages et coupa leurs arbres. Zithân s'enfuit dans la 
tribu des Akhmas: l'armée impériale entra dans ce 
pays, elle détruisit les villages, ravagea le territoire 
et fit périr la plus grande partie de la population. Les 
Akhmas furent aussi contraints de faire leur soumis- 
sion : Zithân quitta cette tribu pour aller chez les 
R'omara. La colonne d'Et Taïeb revint alors sur ses pas 
et l'on écrivit à Zithân pour lui offrir l'aman. Zithân se 
rendit auprès d'Et Taïeb et de là fut envoyé vers le 
Sultan auquel il exprima son repentir. Le Sultan lui 
fit grâce et lui confia le commandement de la tribu des 
Akhmas. Zithân resta un des agents du Gouvernement 
jusqu'au jour où, ayant affermi son pouvoir, le Sultan 
le remplaça dans ses fonctions, lui assigna Tétouan 
pour résidence et lui servit une pension. L'ancien 
agitateur était encore dans cette ville au moment où 
Ez Ziani écrivait. La situation des tribus fut améliorée 
par suite de l'habileté et de l'autorité dont fit preuve 
leur nouveau chef Et Taïeb. 

Pendant l'année 1802, le Sultan Moulai Seliman 
envoya contre le Rif une colonne , sous les ordres de 
son frère Kaddour, qui eut surtout comme objectifs les 
Kebdana , les Guelaïa , les habitants du Garet et aussi 
les Metalsa et les Beni bon lahi. 



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276 



APERÇU HISTORIQUE 



DU RIF. 



277 



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En 1810, nouvelle et grande expédition ; le Sultan à 
la tète de toute son année se rendit au Rif, il campa à 
Aïn Zoura ; la lutte fut des plus vives ; les Rifains ne 
se soumirent qu'après avoir vu piller leurs troupeaux 
et incendier leurs villages ; on n'évacua le pays qu'une 
fois l'impôt payé. 

Dès 1812 la cour Marocaine est obligée de diriger à 
nouveau un véritable corps d'armée contre les Guelaïa 
et le Rif. L'expédition est commandée par un secré- 
taire de la cour, Mohammed Es Selaoui, qui avait une 
grande réputation de finesse, aiin de joindre la diplo- 
matie à l'art de guerre ; mais , arrivé dans le pays , 
Mohammed se borna à lâcher ses soldats qui pillèrent ,' 
incendièrent, tuèrent et saccagèrent tout ce qu'ils 
rencontrèrent. Cette m<^thode de conquête marocaine 
devait amener un terrible soulèvement; aussi en 
1813, moins d'un an après, sous le prétexte que les gens 
du Rif vendaient des bestiaux et des céréales aux chré- 
tiens, malgré la défense faite à ces derniers de faire 
des chargements dans les ports <lu Maroc, la cour de 
Fez résolut de frapper un grand coup afin d'arrêter la 
contrebande qui avait pris d'énormes proportions, car 
tous les Rifains sans exception étaient entrés en contact 
avec les chrétiens' qui, par mer, venaient v charger 
les produits que l'on trouve dans le Rif. 

Quoi qu'il en soit, le Sultan, après avoir fait capturer 
un certain nombre de bâtiments et d'équipages euro- 

^ Le chroniqueur Ez Ziani, qui s'étend longuement sur tous ces 
mcdents. a neghgé de nous donner la nationalité de ces chrétiens. 



péens, entreprit une expédition pour mettre à la raison 
les poj)ulations du Rif. Il plaça l'armée sous les ordres 
de ce même Mohammed Es Selaoui dont le nom seul. 
à lu suite des atrocités déjà commises, provoquait la 
terreur. On lui adjoignit le fils du Sultan, Ibrahim, qui 
coumiandait les troupes des villes maritimes , les 
contingents du R'arb et des autres provinces. Cette 
armée nombreuse et telle que le Rif n'en avait encore 
vu, prit le chemin des montagnes tandis que le Sultan, 
à la tète du principal corps d'armée, suivait la route 
ordinaire, allant à Taza, puis dans le Garet. Les monta- 
gnards du Rif, nous dit Ez Ziani, connaissaient à peine 
la nouvelle de l'entreprise qu'ils étaient déjà cernés de 
tous côtés par cette habile manoeuvre. On en fit un 
grand massacre, ou pilla les villages que l'on incendia, 
puis on vida les silos. Le Sultan nomma comme gou- 
verneur Ahmed ben Ali ben Abdessadok Er Rifi, 
membre d'une des familles les plus influentes du nord 
du Maroc qui a fourni tous les pachas ou gouverneurs 
de la ville de Tanger depuis deux siècles et qui est 
originaire du Rif. Le nouveau fonctionnaire auquel 
devait échoir la tâche difficile d'administrer une région 
ruinée, dévastée, et où les habitants traqués ainsi que 
des bêtes fauves ne devaient plus avoir aucun senti- 
ment humain, paraît s'en être tiré à son honneur. 

Au moment où TAlgérie allait être exposée à la plus 
rude épreuve, par le concours que l'empereur du Maroc 
Abd er Rahman , si puissant autant par le nombre 
de ses sujets que par son influence religieuse de chef 






4 



k 




^'^ APERÇU HISTORIQUE 

c-...e d AMelkader ™ faisant prêcher la p.erre sainte 

-que s„ „„i,e frontière . i, a „a™ intéressant d 
rechercher ,„el avait éié i cette époque le rôle de 
populations du Kif. 

J^s contingents de toutes les tribus berbères et 

^™ " ""'^J''''- ^'"™' ™<'^ rejoindre à l'année maro- 
-me eue nous devions vaincre dans la briHanTe 

T7 ' '^'-I- " » «* ^'«'"' ^- >- Chefs de IW 

h nhenne n'avaient attendu pour nous attaquer qu 

1 ..mvee des populations du Rif, snr la valeur desque le 

Z emn, '^"""^^ "■*'»"- «« '™»I-des sultans. 

PUissame, la n.agte, qu'exerce sur l'esprit de popula 
t.ons u,éme aussi peu soumises , l'attrai de la Z rre" 

plu tard nous pouvons retrouver dans les mêmes 

Maro? !"""■' '" '^''™™™™' rt« Snltan du 
Ma™, mais que la perspective de la lutte contre 

IZ:'" "'"™" '»-^J'a'en.ent , ,a cause ^ 

catafr" '" f '' " ""'"■■■'■ "•■ Maréchal Bugeaud 
oataa, p.. quelque temps au moins, l'excitatioLes 

Mais ,1 est bon de rappeler, ainsi qu'un enseigne- 
™utdaven,r,quec-estdansleGare.,à,aKasbade 



i 



DU RIF. 



279 



Selouane chez les Guelaïa. qu'Abdelkader avait laissé 
sa famille durant ses luttes avec nous. Dignitaire de 
la confrérie toujours militante de Sidi Abdelkader El 
Djilani, l'émir Abdelkader profitait du prestige solide- 
ment établi que possédait sa confrérie. 

En 1850, le général de Mac Mahon est par deux fois 
obligé de combattre les Mezaouir, voisins des Béni 
Snassen , qui étaient venus s'établir sur le territoire 
français et. durant les années 1851-1852, c'est une 
suite ininterrompue d'actes de piraterie commis sur 
mer par les Guelaïa, tandis que le 10 avril, le 15 mai 
et le 24 juin les Béni Snassen et notamment la tribu 
des Béni Drar, voisins de nos Achache, reçoivent de 
nos troupes de dures leçons , châtiments d'incursions 
que les Béni Snassen avaient faites sur notre territoire, 
à l'instigation de leurs Marabouts , dont le plus zélé 
était un certain Si Mohammed el Mekki , mokaddem 
de la zafïuïa que possède , chez les Béni Snassen , la 
famille de Ouazzan. 

Tandis que se passaient tous ces incidents, Abdes- 
sadok, caïd d'Oudjda et du Rif, avait reçu ordre de son 
souverain de pénétrer dans le Rif afin d'y prélever les 
impôts arriérés , tâche à laquelle il dut renoncer en 
abandonnant dans cette campagne jusqu'à ses propres 
animaux et son campement. 

Cependant la situation, sur la côte nord toute entière 



\ 



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* Il ny avait alors qu'un seul caïd pour tout ce vaste pays ; estait 
un fonctionnaire de parade comme est encore le caïd ou le cheikh 
marocain de Taodeni, à 520 kilomètres de Timbouctou. (H. D.) 




280 



APERÇU HISTORIQUE 



3 



du Maroc, s'aggrava vers 1854, et en présence de 
1 inertie ou de l'impuissance constatée chez les nations 
jusqu alors le plus directement intéressées, comme 
1 Kspagne dont chaque année on pillait o,i dévalisait 
des hâtmients, ou de l'Angleterre même qi,i avait vu à 
cette époque une goélette battant pavillon britannique 
capturée et dépecée par les Guelaïa, le gouverne- 
iiient français prit Finitiative de la répression de cette 
piraterie en décidant aussi Texploration hydrogra- 
phique de la côte. En même temps que le bâtiment 
de la manne française, le « Newton «, faisait son 
i'Ppantion sur ces rivages inhospitahers et bouibardait 
les pirates, M. Vincendon Dumoulin, ingénieur hvdro- 
Ki-aphe recevait Tordre de s'embarquer sur notre liviso 
«le Phare « pour lever toute la côte du détroit de 
Gibra tar, et noire chargé d'affaires ' au Maroc 
agrandissant par la plus louable des initiatives le cadre 
de cette mission , faisait relever par la même occasion 
toute la Côte du Ri, Liuiperfection des cartes si 
regrettable, SI funeste pour ^^ 
le. nations dans cette partie de la Méditerranée fut 
remplacée par un travail qui sert maintenant .'tu 

1 Wpe doit 1 hydro,..aphie ^ du Rif proprement dit. 

IWe courant de Tannée 1856, le prince Adalbert 

de Prusse , cousin germain du roi de Prusse et chef 

M. Jagerscltmidt. 
^Achevée en 1855 parle commandant de Kerhallei. 



DU RIF. 



281 



de l'xlmirauté prussienne, côtoie le Rif. On tire sur 
le bâtiment qu'il commande , il fait une descente et il 
est blessé dans le combat avec sept de ses matelots. 

En 1858. les Guelaïa s'emparent de sept indigènes 
que les autorités militaires de Melila détenaient à la 
suite d'un assassinat commis aux abords du préside. 
L'année suivante, la situation générale s'aggrave, au 
imint de donner de sérieuses inquiétudes pour l'état 
des garnisons des établissements espagnols, sur toute 
la côte, depuis Melila jusqu'à Ceuta. 

Le gouvernement de Madrid ne cessait, d'autre part, 
de se plaindre à la cour chérifienne du véritable blocus 
dans le(}uel les Rifains enfermaient les présides , et 
cela, au mépris des traités, et la diplomatie espagnole 
poursuivait, en vain, auprès du Makhzen, la réparation 
de tous les méfaits commis depuis 1837, jusqu'au 
moment où la mort du Sultan , Abderrahman , 
amena l'anarchie. 

Le mécontentement devenait donc général dans 
toute la Péninsule, l'état des esprits était fort surexcité, 
on y résolut l'expédition de 1859-1860, qui amena, 
après six mois d'opération, l'armée espagnole de Ceuta 
à Tetouau et ensuite sur la route de Tanger. On sait 
quelle importance le Cabinet de Madrid, à la suite 
d'événements que nous n'avons ici ni à apprécier, ni à 
énumérer, crut devoir donner à cette campagne. 

Par les préliminaires ^ de l'Oued Ras signés sur la 

* Voir Tome V, histoire diplomatique et description du gouver- 
nement marocain. 



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(■ î: 



Il 



) 



-^2 APERÇU HISTORIQUE 

route de Tétouan à Tanger, l'Espagne obtenait de 
la cour de Fez certaines conventions militaires au 
profit des territoires qui avoisinent Ceuta et les 
présides du Rif. Mais il ne parait pas que , depuis ■ 
cette époque déjà lointaine , on se soit attaché à 
prohter autant qu'on l'aurait pu, autour des présides 
du R,l proprement dits, des avantages concédés par le 
Sultan. 

Pour la cour marocaine, l'ptat politique du Rif ne 
devait cesser d'être rien moins ({ne satisfaisant. En 
effet, une année ne s'était écoulée depuis son avène- 
ment au trône, le sultan Moulai el Hassan fut 
oblige de faire une expédition dans le Rif et l'année 
suivante il hii fallut reprendre la direction de l'est 
de ses Etats . vers Oudjda , afin de mettre fin aux 
agissements du caïd El Hadj Mohammed onld El 
Bachir qui pouvait lui causer de graves embarras avec 
Algene. Arrivé à hauteur de Taza, il fnt arrêté par 
les R lata qui Ini disputèrent le passage et il éprouva 
un grave échec, laissant une partie de sa cavalerie 
dans un rav.n profond. Le Sultan soumit les Kebdana 
au cours de cette difficile campagne. 

En janvier 1880, Sa Majesté chérifienne envoya son 
once Moulai El Amin dans le Ri, Cette exp^lition 

En mai 1880 eut lieu nn gr^ve soulèvement des 

^ Voir chapitre IX. 



DU RIF. 



283 



tribus situées entre Fez et Tanger, aux environs de 
Ouazzan ; on y envoya plusieurs bataillons d'infanterie 
et de l'artillerie de montagne : après deux combats, les 
troupes Chérifiennes finirent par avoir le dessus et, le 
7 juin, trente tètes étaient clouées au-dessus d'une des 
portes de la Kasba de Fez. 

Une série de petits incidents tour à tour grossis ou 
passés sous silence, selon les besoins de la politique 
intérieure de la Péninsule , ne cessèrent de marquer 
Tétat défectueux des relations des autorités espagnoles 
des Présides avec les populations environnantes. Nous 
ne citerons que les principaux et les plus récents. Au 
mois de mai 1885 des officiers espagnols de la garnison 
d'Alhucemas ' sont attaqués ; on renverse leur barque 
et il faut une démonstration énergique pour obtenir 
une réparation immédiate ; vers la même époque, sous 
les murs de la place de Melila, les Guelaïa tuent deux 
Espagnols, et. quelques jours après, quatre Espagnols, 
dont deux commandants, un prêtre et un laïque, sont 
assaillis. 

Durant Fêté 1890, les gens de la tribu des Guelaïa 
ayant laissé pénétrer un troupeau de bœufs dans un 
jardin espagnol sous les murs de Melila, Tautorité saisit 
le troupeau. Les indigènes reprennent de force leurs 
animaux , la troupe espagnole leur tue un homme , 
mais les Rifains reviennent en nombre, ils sont armés 
de fusils à tir rapide, ils tuent huit Espagnols et deux 



•I 



* Hadjar en Nokour. 



•284 



APERÇU HISTORIQUE 






) 



Chevaux. A la suite de cette affoire tous les troupeaux 
des Espagnols sont enlevés.' 

En septembre 1893, le général Chinchilla, comman- 
dant les forces militaires de TAndalousie. était en 
tournée d'inspection à Ceuta, Penon de Vêlez et 
Mehla, et le Ministre d'Espagne à Tanger, frappé- de 
la fréquence aussi bien que de la gravité des conllits 
qui, depuis quelques années, s'étaient produits autour 
de cette place, s'y ren.lait lui-même vers cette épo,,ue 
ahn de s'assurer des griefs que l'on pourrait faire valoir 
a la cour chérilienne aussi bien que des conditions où 
s y exerçait l'autorité militaire. Dans les premiers 
jours d'octobre des dépèches de Madrid annoncèrent 
qu'un détachement de la garnison des présides. euNoyé 
a l'endroit du marabout de Sidi Ouariach pour protéger 
es ouvriers qui y étaient occupés aux travaux dont 
les autorités militaires venaient de faire entreprendre 
et très inopinément la construction à la date du 29 
septembre 1893, avait été repoussé. _ La garnison 
toue entière avait dû sortir et, malgré les efforts de 
1 artillene, n'avait pas été plus heureuse, car cette 

«imiiil le, cite,,,, ,„„, viJ„ ,JaJ, , ■ P«»<l™, 



DU RIF. 285 

première rencontre coûtait aux Espagnols 19 hommes 
tués et 70 blessés, sur un effectif total do 1.600 
hommes ^ dont pouvait disposer le général Margallo. 
C'est ainsi que surgissaient violemment et tout à 
fait à l'improviste les événements de Melila qui 
devaient occuper durant l'hiver 1893-1894 toutes les 
chancelleries européennes. — L'administration mili- 
taire espagnole était surprise presque au lendemain de 
la date fixée pour l'entrée en vigueur des mesures 
prises par le Ministre de la Guerre pour donner à 
l'armée nationale sa nouvelle organisation. Obligé de 
constituer un corps expéditionnaire assez considérable, 
le gouvernement de la Péninsule a dû faire fonctionner 
un organisme entièrement nouveau et s'est trouvé 
surpris en véritable période de transformation mili- 
taire. 

Quoi ({u'il en soit, le Gouvernement espagnol prit de 
suite des mesures énergi({ues pour ne pas laisser cette 
attaque impunie. Le commandant en chef du IP corps 
d'armée (Séville) recevait, le 6 octobre, l'ordre de 
rappeler les hommes de son corps d'armée qui, libérés 
par anticipation, n'avaient 2)as encore accompli leurs 

^ La garnison de Melila, commandée parle général Margallo, 
comprenait, au début des affaires : 

Le régiment d'Afrique N® 1 900 hommes. 

Le bataillon disciplinaire 490 » 

Une compagnie d'artillerie de forteresse 90 » 

Une section de chasseurs à cheval de Melilla. 50 » 

Une compagnie du génie 70 » 

Total 1.600 » 



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286 



APERÇU HISTORIQUE 



11 




trois années de senice, ainsi que ceux qui étaient 
absents pour un motif quelconque. 

Le 8, le même ordre était donné au commandant du 
P'' corps, à Madrid. 

Comme la situation paraissait criti(}ue. le Ministre 
prescrivait en outre, dès le 3 octobre, l'envoi immédiat 
à Mehla d'une compagnie d'artillerie de forteresse et 
du régiment d'infonterie de Bourbon, corps stationnés 
tous deux à Malaga. En même temps, d'autres troupes 
étaient concentrées en Andalousie, prêtes à s'embar- 
([uer au premier signal. 

Le 15 octobre, le général Margallo, commandant 
général de Melila, disposait des forces suivantes- 
3.245 hommes d'infanterie, 50 cavaliers, deux compa- 
fïiiies d'artillerie de forteresse soit 270 hommes et 
deux compagnies du génie soit 120, c'est-à-dire' un 
total général de 3.685 hommes'. 

A la même date, les troupes de renfort concentrées 
en Andalousie comprenaient : 3 bataillons de chasseurs 
(Segorbe, Tarifa et Catalogne), formant, avec le bataillon 
Cuba, la brigade de chasseurs du IF corps d'armée 
2 régiments d'infanterie (Alava et Pa^ie), le régiment 
de dragons de Santiago, une batterie du 12« régiment 
monté, une batterie du 1- régiment de montagne 

En cas de besoin, le général Margallo aurait donc pu 
'iisposer de 6.000 hommes d'infanterie, 300 cavaliers, 

loile Re2X'^^ '-''- *-'P- "'~^ ^- le fu.si. ancien 



DU RÏF. 



287 



2 batteries d'artillerie à 6 pièces et 2 compagnies du 



génie. 



Mais ces préparatifs belliqueux avaient sans doute 
calmé le premier élan des Kabyles, qui se bornèrent à 
exécuter des tranchées sur les hauteurs qui dominent 
de toutes parts la place de Melila^ notamment vers le 
nord. 

De son côté , le Gouvernement espagnol faisait 
étudier par une commission spéciale les moyens de 
mettre, dorénavant, Melila à l'abri d'un coup de main, 
et semblait renoncer à tirer iiumédiatement des tribus 
du Rif la vengeance que réclamait à grand cris la 
presse espagnole, interprète du sentiment national. 
On avait cependant décidé de remplacer le général 
Margallo (ju'on accusait de manquer d'énergie, par le 
général de division Macias, quand un nouvel incident, 
plus grave que le premier, vint changer tout d'un coup 
la face des choses. 

Le 27 octobre, à la suite d'une reconnaissance entre- 
prise i)ar le général Margallo. les Kabyles avaient 
repris l'offensive et, après un combat sanglant, le 
général, coupé de Melila, avait dû se réfugier dans 
Tun des forts extérieurs pour y passer la nuit. Le 
lendemain, vers dix heures du matin, il tenta une 
sortie à la tète de deux bataillons d'infanterie, mais il 
fut tué presque aussitôt et la lutte se prolongea jusque 
vers deux heures de l'après-midi. 

Dès la nouvelle du combat du 27, le général Macias 
recevait l'ordre de partir immédiatement et d'emmener 



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-^^ APERÇU HISTORIQUE 

avec lui les premiers renforts (îis])OTiihles. Le 29 
octobre, il prenait lui-même la direction des opéra- 
tions : pendant les journées du '29 et du 30, il ravitail- 
lait les forts et r.'ussissait, sans trop de mal, à se 
douner de Uair en repoussant les Kabyles au-delà df^s 
limites du territoire de Melila. 

Le total des pertes subies par les EspaRuols, dans 
les journées des 27, 28, 29 «^t 30 octobre, s'^qevait à 22 
tués et 88 blessés. 

Le 3 noveml)re, le général Macias oi>érait une nou- 
velle sortie pour relever la garde des forts et y en\()yer 
<ies vivres et des munitions. Le (^onvoi proprement dit 

était escorté par deux réKiments dnifanterie, le bataillon 
discipliuaire, les sections de tirailleurs annésduMauser, 
la section de cavalerie et une batterie de montagne' 
La briga<le de cbasseurs, renforcée par une secoufle 
battene de montagne, prenait position à mi-distance 
entre la place et les forts pour couvrir la marcbe et la 
retraite du convoi. 

Quelques coups de feu furent écbangés de part et 
d'autre et Popéi'ation fut menée à bonne lin sans diffi- 
culté, les Kabyles sVlant retirés sans être poursuivis. 

Le général Macias disposait, à la date du 4 novembre 
d'environ 8.000 bommes de toutes armes, effectif qu'i! 
tnnivait suffisant puisqu'il télégraphiait au Ministre 
de la Guerre de ne plus lui envoyer de renforts, vu 
l'impossibilité dans laquelle il se trouvait de loger de 
nouvelles troupes. 

Mais le Gouvernement, poussé de plus en plus par 



DU HIF. 



289 



l'opinion publiijue, fort(Miu*nt surexcitée, avait déjà 
j)risde nouv(dles mesures. Le 28 octobre, on rappelait 
d'urgence, dans W.h IIP. IV^ V^ VP et VIF corps, les 
bommes «mï congé qui n'avaient ])as terminé b'urs trois 
années de ser\ ice, (îl des corps de toutes armes, pris 
dans les diffén^ntes parties de rEsjiagne, recevaient 
l'ordre de se tenir jnéts a partir au prcuiiier avis. 
C'était, en (juehjue sorte, une première mobilisation 
parti(dl(^ de t(»ute rarm<M^, destinée surtout à mettre les 
corps, notamment rinlanlcrie, en état de marcber avec 
des effectifs à peu près suffisants. 

Le 3 novembre se réunissait un (Conseil des Ministres 
où, après lecture des rapports et dépècbes du général 
Macias, de graves décisions étaient arrêtées. 

Bien (jue la situation à Melila lut relativement satis- 
faisante, le général Macias craignait un retour offensif 
des Kabyles, soutenus par leurs coreligionnaires de 
l'intérieur cbez lesquels on prècbait, disait-on, la 
guerre sainte. De plus, on était sans nouvelles précises 
du Sultan du Maroc, parti depuis le 28 juin en expé- 
dition dans la direction du Tafilalet, et son Ministre des 
Affaires Étrangères à Tanger ne se bâtait pas de donner 
une répt)nse à la note qui lui avait été remise par le 
Gouvernement espagnol. On résolut donc de compléter 
les premières mesures prises dès le 28 octobre et l'on 
prescrivit, par un décret du 4 novembre, le rappel des 
bommes de la réserve active (classes de recrutement 
de 1887, 1888 et 1889). 

Pur suite de cette mesure, les eflFectifs de l'armée 

19 



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APKHÇU HISTORiyUK 



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«vspagiiolo (i.'Viiiciit se (ronv.'r plus (pic (ionhhis, et l'on 
allait (iispos.T d.' joir.'s siiffisaulcs pour parer, non 
s.'uleuKMil à un retour oflensir des Kabyles, mais aussi 
à toutes les éventualités (jui junirraient se produire. 

La tranciuillité à |)eu près complète (] ni régnait à 
Melila dejmis la dernière escarmouche du ;] novembre 
n'avait i)as été troublée et cependant les renforts conti- 
nuaient d'aftluer dans cette place, où le K«^néral Macias 
procédait activement à leur installation ainsi qu'à 
remmapasinement des approvisionnements de toute 
nature. ]..- •>{) novembre, les troup.'s stationnées à 
Melila étaient pourvues de fusils Mauser, (jue le Gou- 
vernement espagnol avait envoyé cbercb.M- en toute 
bâte en Allemagne. 

Le sentiment national, vivement surexcité ])ar les 
continuels mouvements de troupes (pii s-exécutaient 
sans relàcbe dans toute l'étendue de la Péninsule, se 
m.mtrait peu satisfait de Iniaction .lans la(iu.>lle sem- 
Mait rester le commandant des forces es])ag]U)les. On 
r(^l)rocbait amèrement au (Jouvernement de ne rien 
faire pour riionneur de l'Espagne et de reculer devant 
mxe p,.ip7iée de Kabyles. On réclamait nue action 
immédiate et énergi(,ue (lui permît d'en finir rapide- 
ment avec les insolences des Rifains. Aussi, le 2(5 
novembre, la Reine régente appelait-elle le maréchal 
Martinex C^ampos, caj.itaine général de la Catalogne 
au commandement en chef de Y Armée d'opéraùions m 
Afrique, avec- le général Macias comme chef d'état- 
Diajor. 



DU RIF. 



291 



Celle année, doti^e (Tun îiombreux f^tiit-major, 
comprenait deux (U)rps (rarniée; son efFeotif total (Hait 
(le 2(5 fi:(^n('raux, 22. 000 ofliiûers i\i soldats, 48 pièces 
de canon et 500 chevaux. 

Anssil(U arrivf^ à Meliia. le niari^t^lial Martinez 
(lanipos faisait r(H;onnn(»ncer les travaux du fort de 
Sidi-Ouariach par 3 conipa^qnes du g(^nie et KM) 
lionnues du |»('Mutenci(T. ( lette o[»(inition, protégée 
par 5 brigades (rinfanl(Tie, 1 n^ginient d(î cavalerie et 
8 batl»Ties (rartillerie, s'e\é(uita sans (ju'il fut tiré un 
COU]) d(* fusil, et le niaré(îli;il JVIarliiH^z Canijïos n^cevait 
des Kabyb^s Tassurance <{u'ils ne se livreraient désor- 
mais à aucun acte d'hostilité. 

Kn même lemj»s, h\s négociations, précédemment 
(Mitamées entre le général Macias et un frère du sultan, 
Aloulai-Arafa, étaient rej»risesj»ar le maréchal Martinez 
(lamjM)s. Le prin(îe maro(^ain n'ayant pas les pouvoirs 
suffisants pour donner satisfaction pleine et entière an 
maréchal, celui-ci était nommé, par décret du 28 dé- 
cembre, ambassadeur extraordinaire du roi d'Espagne 
auprès du Sultan, (}ui venait de regagner la ville de 
Merakech, afin de traiter directement avec le souverain. 

Le manîchal conservait néanmoins le comman- 
dement en chef de l'armée d'Afrique, dont nn seul 
corps, le 1®'', contintiait à occuper Melila, tandis que 
le 2*' rentrait en Esj>agne (H restait concentré en 
Andalousie, j)rèt à se réembanjuer si les événements 
venaient à l'exiger. 

Le conflit de Melila se trouvait donc, d'une manière 



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AI>1.;HÇU HlSTOHIQUl-: 



DU RIF. 



293 



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bien iiialtRidue, en voie dVlre pnciliquenient r^^solii 
sans (|ue TEspai^ne liràt des Uitains cette vengeance, 
pour latpielle t2M){) honinies avaient ])ani à peine 
snflisanls, et que réclamait avec tant d'insistance 
ranionr-pro])re national. 

Après nn mois de négociations assez jténibles, le 
niaréclnil Marlinez Campos obtenait de Monlai el 
Hassan un traité mettant lin à Tincident de Melila. Ce 
traité ])orte la date du 5 mars 1804 et comprend 
sept articles, dont le texte inlégral n'a })as encore été 
livré à la i)ublicité. Le gouvernement espagnol 
s'est borné, jusqu'ici, à en donner dans un « hm-e 
ro>'<ie » imprim.^ à Madrid en 1894 et ayant tr.ut aux 
atîaires de Melila. nn résumé dont nous reproduisons 
ci-dessous la traduction : 

CONVENTION I-IXTRE l.'ESPAGNK ET Ll'l MAROC. 
Au nom de Bitni tout puissant : 

Afin qup les articles jusqu'à présent non aeeomplis des traités en 
viorupui- entre lEspagne et le Mann- relatifs à la place et au territoire 
de Mehlla emportent l'effet qu'ils doivent, et pour éviter à l'avenir la 
répétition de laits aussi reg^i'ettables que ceux qui sont arrivés dans 
ledit temtoire aux mois d'octobre el de novembre de l'année dernière 
S M. la reine récente d'Espagne, au nom de son auguste fils, le roi 
Alfonso XIll. el S. M. le sultan du Maroc ont désigné leurs plénipo- 
tentiaires, à savoir : 

S. M. la reine régente d'Espagne D. Arsenio Martinez de Campos 
oapilaine général des armées nationales, sénateur du rovaume. général 
en chel de l'armée d'opération d'Afrique, chevalier de'l'ordre insigne 
de la Toison d or, grand-croix des ordres rojaux militaires de St- 
Ferdinand. de St-Hemenegilde et du Mérite militaire, gi-and-cordon 
de la Légion d honneur de France. Collier de la Toui' et de l'Kpée de 



Porfupfîïi, (îranfi-croix dt; Lropold d'Autriche, p^rond-cordon du 
Dnip^ou d'oi- dAiiuaui, drcuré d'autres croix, diverses et médailles de 
disliiK'tion |K»ur actions de pcuern', etc., vU\, etc. 

Kt Sidi Mohamed el Mefach'l hen Mcdianied (iharrit, s(m ministre 
des afTaires étranjifères, au nom de S. M. le Sultan du Maroc. 

Lesfjuels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs respectifs, 
trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants: 

Article i^rbmxer 

S. M. le Sultan du Maroc, s'oblige, conformément aux stij)iilations 
de l'art. 7 du traité de paix et amitié entre TEspHgne et te Maroc 
passf* à Tétouan le 2(\ avril 18(>0. et d'accord avec ses déclarations à 
l'ambassadeur extraordinaire de S. M. la reine d'FIspaprne htrs de 
laudieiu-e ]>iiblique (pii eut lieu à Maroc le 31 janvier de Tannée 
présente (1894i, à châtier les rilFains, îiuteurs des événements survenus 
à Melila aux mois d'octobre el de novembre de 1893. Le châtiment 
sera iutligé dans le plus bref délai, et, s'il n'est pas possible de le 
faire dès maintenant, aura son plein eflfef au cours du printemps 
prochnin, conformément aux lois et à la jjrocédure marocaines. 

Si le gouvernenïenl de àSa Majesté (Catholique ne considère pas 
conmie sufiisant le châtiment appliqué aux coupables , il pourra 
exiger de celui de Sa Majesté Chérifienne l'application en dernier 
ressort d'une peine d'un degré plus élevé, toujours, bien entendu, 
conformément aux lois et à la procédure marocaines. 

Art. 2 

A l'effet d'assurer la complète exécution de l'art. 4 de la convention 
du 24 août 1859 et des stij)nlati<»ns de l'acte de démarcation des 
frontiiîres de la place ôe Melila et de sa zone neutre du 26 juin 1862, 
il sera procédé par les deux gouvernements intéressés à la nomination 
d'une commission comj)Osée des délégués espagnols et marocains, 
afin quVIle efFectue la démarcation de la ligne polvgonale qui 
délimite la zone neutre du côté du territoire marocain, en plaçant les 
bornes de pierre v correspondantes à chacun des sommets d'angles et 
les blocs de maçonnerie nécessaires entre celles-ci à 200 mètres de 
distance les uns des autres. 

La zone comprise entre les deux lignes polygonales sera neutre ; il 
ne s'y établira pas d'autres chemins que ceux qui conduiront du 



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294 



APERÇU HISTORIQUE 




territoire e.spnjmol an frn-itoir,. marocain ri vice-versa ; il no sera 
I-n,,s d> ,,„i„... d„ b.-..ail ni dVn cultive, le sol. De même" les 
soldats de 1 „n m de Tanlre territoire ne pourront pénétrer dans ladite 
zone : sem autorisé seulement le passaj^e au travers de ladite des sujets 
des deux notions allant d'un territoire à l'antre, et toujours sans arL 
Le territoire de n zone neutre sera dé.initivement évacué par ses 

habitants aciue s e ]"• IVh" de l-n.iné.> ...• . i i"'^ 

,„i, ., ' 'A (le I année présente: les maisons et 

cultures V existant seront détruites par eux avant cette date, sauf les 

Art. 3 

Le cimetière et les ™ines de la mosquée de Sidi Ouariach .seront 
tmm-^ de façon convenable par un mur percé d'une porte aHn ,,ue 

; 7;^' P"'^'^™' /•'■"'"»- -- --- l'onr prie.' dans ce lilu 

sacr, , ,1 ne eur .sera plus permis d'v pratiquer désormais des enseve- 

^ IH f des troupes du sultan auquel se réfère TaHicle suivant. 

Art. 4 

Afin d-éviter tout nouvel acte d'ap-ession de la part des rifTains ,, 
po,u.assunT la diie exécution des stipulations de l'article « d^ rai 
du 2havn 18.0. S. M. le Sultan du Maroc sen,..,.. à ,,„b,i; 
maintenir de façon pei^ianente aux environs du territoire de Melila 
»n caid avec un détachement de 400 maures du roi 

Dans les même.s conditions seront établies et maintenues aussi de 
iBÇon permanente dautres forces marocaines à proximité des „I«ee 
e.T«.noles des Zaffarines. du IVr.on de Vêle. 'ou de la aie'™, 
d Alhucmas, ...ntormément aux stipulations de 1 art. ti de la conv „- 
t.on sur les limites de Melila du 24 août m, e, de lart. ô du iZ 
de paix et amitié entre l'E.spagne et le Maroc du 2iS avril 1H,>0 - s 
orces dépendront du même caïd que celles de Melila. Au m n e ef^ 

^^;:îr ^ ^"- "" -^^ ^ ^"- —- '--ni. su:^ 

Art. 5 

néctaiZenr" "Y'"'^' '" ""'" '"^ '•"•"'"'^^ '^ ^'^'■"'^ '-bera 
nécessairement, maintenant et à l'avenir, sur un dignitaire de l'empire 



DU RIF. 



205 






qui pHT sps qualifr''s prrsonnfillos ofFrini des f^aranfiVs siiffisanfps pour 
maintenir des relations de bonne harmonie et d'amitié avec les 
autorités de la place et du territoire de Melila. Le ^gouvernement 
marocain devra donner avis j)réalable à S. M. la reine d'KspapTie de 
sa désii^'-nation et de sa résip^-nation. 

Ledit pacha pourra, de son chef et d'accord avec le f^ouverneur de 
Melila, résoudre Ifs affaires ou les réclamations exclusivement locales; 
au cas de désaccord entre les deux autorités, la solution sera remise 
aux représentants des deux nations à Tanprer ; h tout à l'exception 
des afFaires qui, par leur importance, demanderont l'intervention 
directe des deux g-ouvernements. 

Art. 6 

A titre d'indemnité des dépenses occasionnées au Trésor espagnol 
par les évéjiements survenus aux alentours de Melila aux mois 
d'octobre ei de novembre 1893, S. M. Chérifienne s'engaf^e à paver 
au gouvernement espagnol la s<»mme de 4 millions de douros, soit 
20 millions de piécettes, de la façon suivante : 

Un milli(»n de douros comptant dans le terme de 3 mois à compter 
du T) mars 18*.)4 , date de cette conventi(m correspondant au 
2(î chaabaii LUI de l'hégire, et prenant fin le 4 juin de Tannée 
présente. 

Les trois millions restant se paieront dans le ternie de sept ans et 
demi par échéances semestrielles de 200.000 douros, l'acquittement 
delà première échéance ajant lieu entre le 5 juin et le 4 décembre 
1894, celui de la seconde le 4 juin 189."), de la troisième le 4 
décembre 189."), de la quatrième le 4 juin 189(), de la cinquième le 
4 décembre 189(>, de la sixième le 4 juin 1897, de la septième le 
7 décembre 1897, de la huitième le 4 juin 1898, delà neuvième le 
4 décembre 1898, delà dixième le 4 juin 1899, de la onzième le 
4 décei!d)re 1899, de la douzième le 4 juin 1900, de la treizième le 
4 décembre 1900, delà quatorzième le 4 juin 1901, et delà quinzième 
et dernière le 4 décembre 1901. 

Le paiement desdites sommes se fera effectivement dans les ports 
de Tanger et de Mazagan aux dates dessus-dites, et elles devront être 
livrées au délégué commis à cet effet par le gouvernement espagnol, 
en monnaie de cours légale en Espagne et aussi en douros dits 
isabellins à l'exclusion des demi-douros et des piécettes philippines. 



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1., •. 



•296 



APERÇU HISTORIQUE 



3 



Au sujet d. la d,,. p:nrnnl,V deman,l,v- ,,o„r ,v n«,-.n,™t à 

-ffisan... L. paroi,, de 8. M. 1- SuHan. Ton.Hi.is, si, à Lnl. 
.nr^s precU....s le .o„vo,.„,™e„, .na.oeain se .nnne avoi,- laissé .-n 
souffrance le pa>en,en. eorrespondant à ladile année, rinlérél à fi "/ 
pm- an des son,nies non pavées sera bonifié au ponvernen.en. espap.,] 
Au cas ou les sonu.es en souffrance exeéderaien, une annU^ I,'. 
grouvernement espao-nol pourra s-enfeu,eftre dans les qua.re douanes 

exerter te droit s il jujfe oi)portun d'agir ainsi ' 

A supposer ,p,e la somme convenue de quatr. nnllions de douros 
ne soit pas acquittée dans son intégralité, le gouvernement m, " n 
npouixa conclure aucun emprunt avec les .Gouvernements d .ut " 

de douanes des port, marocains. E, si le gouvernement de S M le 
S. Itan a besoin de contracter quelque emprunt pour le paiement d 
'vheances i)rédéterminées. il le fera <\mL,A J i 
espagnol rta.coidavec le Gouvernement 

le? 

Le pnnernemenl marocain conserve la faculté d'anticiper 1.. 
paiement des échéances susdites s'il le juge convenable. ' 

Art, 7 

La présente convention sera rafiiit-e par S M U U.\.. rr 
«t par h. M. le Sultiin du Maroe rf 1/...K .. a ' "" 

1 -11 1 ^. »'^'i" .>triuf ne leurs sem^y-s rf^ut^otW<, 

en ]h vïlJe de Maroc le ô mars ixiu ^ i- i . • "^ ï^^pectits. 

au -26 chaahan de rhéglre "" ^'""™'" ^l"' ^"^--^l-'^ 

Arsenio Martinez de Campos 
(LS) 

Mohammed el Mefadel ben Mohammed (Iharrit 



DU RFF. 



297 






Par ce tnntp. l'Espapnp obtenait donc à peu près 
toutes les satisfactions qu'elle avait demandées, sauf, 
cependant, en ce qui concerne le chiffre de l'indemnité, 
20,00(1.000 de pesetas au lieti de 30,000,000 que le 
maréchal Martinez (hampes avait, dit-on, réclamés tout 
d'abord. 

]j' Armée d'opérations en Afriqm n'avait plus, dès 
lors, aucune raison d'être. 

Déjà, les réservistes des classes 1887 et 1888 avaient 
été congédiés respectivement le 22 décembre et le 22 
janvier; il ne restait plus qu'à licencier les réservistes 
de la classe 1889 et les hommes de l'armée active 
rappelés de congé. Une circulaire du 6 mars prescrivit 
de les renvoyer les uns et les autres le plus tôt possible. 

Dès l'annonce de la signature du traité, le IF corps 
ramené en Andalousie, avait été disloqué, et les troupes 
(|ui le comj)osaient replacées dans les garnisons qu'elles 
occupaient avant la mobilisation. 

Dès son retour à Melila , ajirès avoir remj)li sa 
mission au Maroc , le maréchal Martinez Campos 
donnait des «u'dres pour le rapatriement de certains 
éléments du F*' corps. On laissait à Melila des forces 
assez imj)ortantes, tandis que d'autres effectifs, dits de 
renfort et empruntés à tous les corps d'armée de la 
Péninsule, étaient placés sous le commandement du 
général de division (^orrero afin de demeurer à Melila 
jusqti'au règlement complet de la délimitî^tion et de 
révucuation de la zone neutre. 

Comme conclusion momentanée à ces malheureux 



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V, 



298 



APERÇU HISTORIQUE 



DU RIF. 



299 



î 



incidents de Tautomne de 1893 survenus, ainsi que 
nous venons de voir, à Mf^lila, on ne saurait trop 
attirer l'atlention sur la (|uestion de Tarmeuient des 
tribus du Rif qui, plus eiu'ore (jue les poj)ulations du 
restant de l'empire marocain, sont particulièrement 
redoutables. Leur voisinage de notre frontière ora- 
naise, leur t»aractère belliqueux, leur courage (|ui 
depuis des siècles ne s>st jamais démenti, ainsi que 
nous nous sommes efïbrcé de montrei* au cours de ce 
résumé bistori(iue, tontes ces considérations doivent 
nous faire examiner avec le plus grand soin les 
moyens à préconiser pour empêcher l'introduction des 
armes de guerre à tir rapiile et des munitions dans 
ces régions. 

Dans ces derniers incidents de Melila. la supériorité 
de l'armement des nmntagnards du Rif a paru évidente, 
leur tir assuré et la portée de leurs armes en tous points 
remarquable. A la vérité, le gouvernement es])agnol 
recevait un enseignement bien cruel: mais pour tous 
ceux qui connaissaient avec quelle intensité se faisait 
déjà depuis plusieurs années l'importation des fusils 
« Remington » à ce même Melila , on ne pouvait que 
s'étonner qu'un tel conflit n'ait pas eu lieu plus tôt. 

Si rapide que l'étude historique que nous avons 
entreprise ait pu être, elle serait incomplète si nous 
ne traitions ici même en quelques lignes une question 
d'un ordre purement diplomatique, mais qui est d'une 
réelle importance, aussi bien pour la sécurité de notre 
situation algérienne, que pour Téquilibre du istntu qm 



dans la Méditerranée. Il s'agit des bruits de cession ' 
d'un point de la côte du Rif et qu'à certains moments 
le gouvernement marocain aurait été sur le point de 
consentir à une puissance européenne. 

La première allusion relative à ces intrigues parait 
remonter à 1871 : au lendemain de la guerre, on avait 
assuré que l'Allemagne poursuivait l'établissement 
d'un port, tout au moins d'un dépôt de charbon sur 
cette côte, et la Légation de France à Tanger, qui, sous 

* A propos de cession d'un port de la cô(e septentrionale du Maroc, 
il résulte d'une correspondance datant de 1796, transcrite dans des 
notes particulières pI infimes de M. D. Hav', que son fils Sir John 
I). Hav, voulut bien confier à M. de La Martinière, qu'à cette 
époque (179<i) l'Angleterre eut des vues sur El Ksar es Ser'ir. 

Dans une première lettre, datée du 10 juillet 1796, du Consul 
britannique à Tanprer. au duc de Portiand, il v est exposé que 
ri'iSpafrne. vovanl la nécessité de posséder un port sur le détroit, 
avait, quelques années auparavant, examiné avec soin les mouillag'es 
de Tarifa ; mais avant reconnu que les dépenses y seraient fort 
Jurandes pour un résultat douteux, le gouvernement do Madrid pensa 
pouvoir obtenir du Sultan la cession de Tanger en échange de Ceuta 
et des Présides de la côte du Kif. 

Cette proposition ne semble pourtant point avoir été faite auChérif, 
car le Consul britannique estime que le Makhzen eût agréé avec 
empressement ce projet. Le nord de la Tingitane étant suffisamment 
tenu avec Larache, Téfouan et El Ksar el Kebir et, en résumé, pour 
une place comme Tanger dont les svstèmes de défense n'existent plus, 
il aurait gagné dans Ceuta une ville forte et bien défendue. Quant aux 
Présides du Rif, le Sultan eût pu s'en servir de clefs de domination 
sur cette province réellement insoumise. 

Dans une lettre du 10 septembre 1796, du même au même, il est 
fait mention que les probabilités d*une guerre de l'Angleterre avec 
l'Espagne s'accentuant, le consul britannique à Tanger avait proposé 
au général Ottara, gouverneur de Gibraltar, l'occupation du point 



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300 



APERÇU HISTORIQUE 



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la gérance de M. Tissot. s'en était déjà préoccupée, dut 
en décembre 1883, faire des observations très nettes au 
gouvernement chérilien touchant \os mêmes hruits de 
cession et les entraves (jue le Sultan voulait mettre 
aux relations des Marocains avec la province d'Oran. 

Dans la suite, au cours de 1888. des renseignements 
intéressants lurent recueillis par les soins de la 
Division d'Oran et dès lors il n'y eut plus aucun doute 
que le Sultan n'ait reçu une demande formulée par des 

d'El K^aresSer'ir, situé sur ia côtr. ],o Sultan Moula Irzid qui. dan^ 
son règ-nf . s'rtail vu à la xeiUo d\xno ^runi-p avec rEspajrne, avait du 
reste été le premier à offrir celte occupation à l'Angleterre. 

Le consul britannique fait ensuite ressoiiir les avantag-es de cette 
position en vue de Gibraltar avec lequel on peut co^'mmuniqu^'r 
aisément, par des sijrnaux optiques, ef les vents de Test et de l'ouest 
permettant de constantes communications, ce qui n'a pas lieu avec les 
autres points. 

Au 22 du même mois de la même année, le consul s'étant convaincu 
du^ délabrement de la place d'EI Ksar es Ser'ir et du manque de sécurité 
qu'aurait en Tétat actuel un établissement de chrétiens, informe le 
Foreign-Oftice qu'il a décidé le Makh.en à v faire les réparations 
n<.cessaires. Cette provins d'Andjera est, du reste, peu fidèle, remuée 
par 1 intluence religieuse de Moula Islemma (.v/r, ; nul doute que h 
Makhzen n\ voie même avec plaisir l'établissement d'une puissance 
amie coupanî les facilités d'attaques des rebelles. 

Les négociations à ce sujet durèrent assez lonj^^temps, car en 
décembre 1801, le même consul, dans une lettre à son gouvernement 
mentionne qu'à cette dernière date il n'avait eu aucune conférence 
seneuse avec le gouverneur de Tanger au sujet d'El Ksar es Ser'ir. 

1 u»s. en 1803. la cession parut décidée, ainsi que nmis l'apprend 
un. nouvelle lettre, d'autant que, un mois après. IVmpereur avait 
même 1 ,ntentmn de réparer entièrement à ses frais la place. La corres- 
pondance cesse alors ; et on ne retrouve plus alors mention d'El 
Ksar es Ser'ir qu'au moment des bruits qui circulèrent, en 1836, au 
sujet des projets des Etats-Unis d'Amérique au Maroc. ^H M 1 



DU RIF. 



301 



Européeus dans le but d'obtenir une concession de 
terres entre la Moulouïa et le bordj des Kebdaua. Dans 
leur lettre de pétition, les demandeurs faisaient ressortir 
ravanlage (lui découlerait pour le Makhzen marocain 
de l'occupation par les Européens d'une région jus- 
(ju'alors inhabitée et en friche et qu'ils mettraient en 
valeur. Un ancien amel d'Oudjda, Si Ali Guider, fut 
chargé par le Sultan de reconnaître la région en faisant 
savoir si la demande pouvait être prise en considéra- 
tion. Dr. ce fonctionnaire en s'acquittant de sa mission. 
découvrit que la région dite inhabitée et en friche était 
au contraire très peuplée, fort bien cultivée et possédait 
tous les caractères d'une fertilité extrême, car elle 
renfermait de nombreuses sources. Le Sultan aurait 
donc non seulement renoncé à donner suite à la péti- 
tion, mais aurait prescrit la construction d'une Kasba 
à Djenada des Kebdana , au lieu même indiqué sur les 
cartes par la mention « El Bordj », où jusqu'à présent 
il n'y avait qu'une maisonnette en ruine qui de tout 
temps avait été occupée par une douzaine de gardiens, 
armés de Remington, avec mission de surveiller les 
barques venant des Zaffarines. En novembre 1883, le 
grand vizir ' de la cour chérifienne répondant à notre 
ministre '^ au Maroc, lui écrivait en des termes qu'il 
a paru utile de reproduire ici : 

u J'ai comnmni(iué votre lettre à Sa Majesté qui a 
» pris connaissance de tout ce que vous y exposez ; 

^ Si Mohammed bel Arbi ben Mokhtar. 
2 M. L. Ordé^a. 



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302 APERÇU HISTORIQUE 

» elle m'a ordoBiié de vous répondre que les demandes 
)j et les vues sur ce point ne manquent pas^ elles sont 
» nombreuses et n'émanent pas de quelques-uns seule- 
» ment. Quant au but de ce fortin dont on a décidé la 
w construction, il concerne les affaiies des deux puis- 
» sances (?) et Dieu sait si notre gouvernement nVst 
» pas le plus intéressé à son existence, notamment 
» pour la suppression de la contrebande, dans le pays 
h des Guelaïa et de ses environs, quoique le gouverne- 
h ment chérilien ait autorisé les transactions commer- 
h ciales avec Melila , la contrebande ne cesse pas ; et 
» c'est surtout sur la demande des Angad que cette 
» construction a été élevée pour empêcher les habi- 
)j tants de Guelaïa et des environs de faire le commerce 
)) avec TAlgérie en contrebande et illicitement. » 

Entiu, en mars 1888, le ministre des Affaires 
Étrangères ' du Sultan écrivait de Meknas à notre 
représentant à Tanger, alors M. Féraud : 

« Nous avons reçu la lettre par laquelle vous nous 
)) avisez que votre gouvernement a eu connaissance 
» d'un bruit annonçant que S. M. Chérifienne avait 
» concédé à une puissance étrangère la baie d'Adje- 
» roud et la côte qui en dépend , sur laquelle ladite 
« puissance créerait un port, et élèverait des fortifica- 
« tions et autres constructions. Vous ajoutez que ce 
y> bruit invraisemblable s'est répandu partout et qu^on 
» en parle aussi bien dans les conversations que dans 

* Si Mohammed El Mefadel ben Mohammed Gharrit. 



DU RIF, 



303 



» la Presse. Vous nous demandez enfin une réponse 
» catégori(iue à cette question. Je me suis empressé de 
» communiquer cette lettre à S. M. Chérifienne, 
» laquelle m'a chargé de répondre à votre gouverne- 
)> ment qu'en effet mie puissance étrangère lui a fait 
» quelques ouoertures pour obtenir la cession de ce 
» point de la côte, mais S. M. n'a accueilli ses 
» demandes que par un refus. » 

En effet, vers la fin de 1877. un gros négociant de 
Fez, du nom d'El Hadj Mohamiiied ben Niss, qui se 
rendait souvent en Europe pour ses achats, alla eu 
Italie. Il y fit la connaissance d"Allemands qui remme- 
nèrent en Allemagne ; on le combla de cadeaux et. en 
rentrant à Fez, il aurait alors ramené deux ingénieurs 
allemands (jui s'arrêtèrent à Tanger à la Légation 
d'Allemagne. Ben Niss dont l'influence au Makhzen 
était réelle, aurait été chargé de traiter très confiden- 
tiellement avec le Sultan la cession du petit port de 
Djenada des Kebdana. 

Les documents de la cour marocaine faisaient allu- 
sion, ainsi que nous venons de voir, aux propositions 
que le Sultan aurait reçues de plusieurs puissances ; 
en effet, dès le commencement de 1877, on pouvait 
prêter à l'Espagne le projet de fonder un établissement 
sur la côte des Kebdana ; en octobre 1878, le Capitaine 
Général de la province de Grenade s'était rendu à 
Melila , il avait gagné les Zaffarines explorant la côte 
jusqu'à Bordj el Bachir (Gap d'el Agua) et avait eu une 
entrevue avec le fils du caïd des Kebdana, Amar 







304 



DKSCRIFriON (ÎKNKKALK 



Hartbiif, ce qui avait gi*andement ému lo Makhzen 
Chérifien ; on avait cru y voir rintention des Espagnols 
d'occuper toute la j)ortion de la côte entre Melila et 
rouedKiss; le gouvernement marocain n'ayant pas 
encore à cette époque réglé la totalité de l'indemnité 
de guerre de 1860, on élevait fortement la voix à 
Madrid. 



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DU RIF. 



305 



CHAPITRE VI. 



Description générale du Rif. 



On peut avancer hardiment que le coin de l'Afrique 
septentrionale attribué par les géographes comme 
empire à Sa Majesté Chérifienne est, de nos jours, un 
des pays les moins connus du monde. Or, tous ceux qui 
ont vécu au Maroc, qui Font parcouru en y poursuivant 
des études scientiliques , savent que la province où il 
est le plus difficile de pénétrer^ et où la haine fanatique 
que les habitants professent pour l'étranger forme 
comme une barrière infranchissable est sans contredit 
le Rif'* ; on peut approximativement l'inscrire dans un 
polygone dont les différents sommets seraient Tetouan, 

* Roland Frejus en 1666 et Duvejrier en 1888 sont les seuls 
Européens qui aient réussi le premier à traverser et le second à aborder 
le Rif. Duvevrier a failli paver de sa vie son audacieuse tentative, les 
Oulad Settout, les Guelaïa avaient juré de le tuer s'il avait persévéré 
dans son dessein. 

^ C'est, suivant Kasimirski. qui l'emprunte au grand répertoire de 
la langue arabe, au Kftmous, « le pa^s cultivé et fertile faisant suite à 
un désert et limitrophe d'un fleuve ou d'une mer *. Le Rif marocain 
répond bien aux conditions qu'implique son nom ; il confine au Garet 
et s'étend jusqu'à la Méditerranée. L'orthographe Riff est vicieuse. 

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306 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



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Melila , l'embouchure du Kiss, Oudjda, Taza, Fez, le 
massif des montagnes des Béni Hasan. 

L'intérieur du Rif est encore de nos jours « terra 
incognita » ; ce que nous en savons est acquis par voie 
de renseignements ; en y ajoutant ce que certains 
auteurs arabes comme Ibn Khaldoun , Edrisi et El 
Bekri, pour ne parler que des principaux, ont transmis, 
nous arrivons ainsi à la très faible somme de nos 
connaissances. 

Ainsi que l'avait remarqué Duveyrier \ la partie du 
Maroc septentrional qui reste à explorer, par rapport au 

* L'exécuteur testamentaire d'Henri Duveyrier. M. Maunoir, a 
bien voulu nous confier, parmi ses papiers, les documents que ce 
savant avait, durant sa vie de labeur incessant, réunis sur le Maroc. 
Tous ceux qui ont connu ce vovag-eur savent avec quel soin il se 
promettait d'explorer, sinon le Maroc entier, tout au moins la région 
rifaine. Il y était attiré par Tétude de l'élément berbère, et sa conipt'»- 
tence sur ces questions faisait espérer un ouvrage analogue à son 
grand travail sur les Touareg. Mais une tentative quMl y fit, devait 
échouer sous les murs de Melila. Quoi qu'il en soit, l'itinéraire de 
Telemsan (Tlemcen) à Melila qu'il nous a laissé et que nous avons 
déjà pu étudier sur ses notes de route, avant sa toute récente 
publication par la Société de géographie de Paris, est un nouveau 
témoignage de la conscience et de l'exactitude topographiques 
que professait ce savant dans tout ce qu'il entreprenait. Il était 
élève d'Henri Barth et apportait à ses observations scientifiques les 
procédés et la méthode du plus grand des voyageurs modernes. 

Dans ses papiers, dans toute la correspondance, nous avons puisé 
une grande partie de ce qu'on va lire à côté de précieux documents 
fournis par le service des affaires indigènes. Il est aussi une autre 
source que nous ne pouvons passer sous silence, il s'agit des travaux 
inédits de Tissot, de notes de ce diplomate et archéologue dont nous 
devons la communication à l'obligeance de M. Salomon Reinach et 
qui nous ont été d'un puissant secours. (H. de La Martinière.) 



DU RIF. 



307 



terrain actuellement connu , est peut-être la plus inté- 
ressante et la plus considérable comme étendue. Car 
Melila n'est qu'à un tiers de la distance de Lalla Mar'nia 
à Chechaouen où M. de Foucauld a arrêté son itinéraire 
de Tétouan, Pour (jui donc irait au plus court par terre en 
levant la route de Melila à Chechaouen, il v aurait deux 
cents kilomètres à faire , tous sur un terrain neuf, et 
ce terrain inconnu part du rivage de la Méditerranée et 
ne s'arrête en moyenne qu'à cent vingt-cinq kilomètres 
dans le sud, à la ligne de Taza à Fez et Ouazzan. En 
bloc, le pays du Rif à découvrir faisant suite à ces 
autres a blancs » de l'est, le territoire des Guelaïa, le 
bassin de la Moulouïa et le désert de Garet, représente 
à lui seul quelque chose comme 23,000 kilomètres 
carrés. 

En somme on peut dire que sur une partie des côtes 
du « Mare nostrum » des Romains, nos connaissances 
positives s'arrêtent à l'horizon que l'on découvre du 
pont des navires et pourtant les cartes du Nord du 
Maroc, du Rif même, sont couvertes de montagnes 
artistement modelées i)ar le dessinateur, soigneusement 
tracées par le graveur, bien que tout cela ne repose 
que sur de rares renseignements fournis par des indi- 
gènes, ou quelquefois sur de simples hypothèses. 

L'importance politique de tous les événements qui 
touchent au Rif est cependant extrême. En effet, si 
l'expérience a surabondamment prouvé que les présides 
espagnols ne sont que des impasses et ne permettent 
aucune opération militaire sérieuse, tout au moins sans 



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308 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



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des forces disproportionnées, on a pu de même se 
convaincre que les relations de ces places fortes avec les 
montagnards rifains sont une source intarissable de 
complications, de difficultés, de prétextes à intervention 
tour à tour cachées ou grossies suivant les besoins de la 
politique intérieure de la Péninsule. L'autorité de la 
cour chérifienne, parfois si précaire dans le reste du 
Maroc, l'est encore davantage dans le Rif. Au cours 
de l'étude historique nous nous sommes attachés à 
démontrer la fragilité des liens qui, à tous moments de 
l'histoire du Maghreb, réunissaient cette contrée, 
manière de province théorique, aux souverains du 
Maroc. De nos jours la situation n'a pas changé. 
On peut donc redouter les pires difficultés, d'une part 
provenant de l'impuissance du Sultan à faire respecter 
par les Rifains les engagements que lui a fait prendre 
la diplomatie espagnole, tandis qu'il n'est pas bien 
certain que les autorités militaires que le gouverne- 
ment de Madrid envoie dans le préside aient les connais- 
sances et le tact voulus pour ne pas amener, ainsi que 
cela s'est vu tout récemment encore, de regrettables 
affaires. 

L'entourage du Sultan et le souverain lui-même se 
rendent parfaitement compte de la situation , les soucis 
de la politique intérieure empêchent le gouvernement 
du chérif de se consacrer à l'étude de cette question du 
Rif, véritable plaie toujours saignante aux tlancs de 
« Vhmime malade du Maghreb ». 

Aussi bien on y a une appréciation parfaitement 



DU RIF. 



309 



juste du degré de puissance qu'il convient d'attribuer 
à l'Espagne , de ses jalousies sur tout ce qui touche 
aux choses du Maroc septentrional. Il est donc 
permis de croire que la cour marocaine se sent assez 
bien gardée et jusqu'à un certain point, par ce rôle de 
chien de jardinier qu'aime à y remplir l'Espagne. 

Dans l'esprit du Sultan, le Rif est même une manière 
d'os à ronger et rien ne peut faire croire que dans cet 
ordre d'idées pour s'assurer la vigilance de la garde 
espagnole qui veille aux portes de son empire vermoulu 
il ne soit allé jusqu'à de certains sacrifices. Il en est un 
pourtant que le chérif Filali qui règne à Fez ne peut 
faire et ne fera jamais afin de ne pas compromettre son 
prestige aux yeux des cherifs Idrissides dont nous 
étudierons plus loin l'autorité spirituelle toute puis- 
sante sur les hommes et les choses du Rif, ce serait 
l'abandon d'une parcelle de territoire aux mécréants 
de chrétiens. On sent donc toute la difficulté de la 
question et l'importance que les événements qui tou- 
chent au Rif peuvent avoir d'un moment à l'autre en 
ouvrant une question marocaine. Nous serons entière- 
ment satisfaits si l'étude que nous avons entreprise, en 
démontrant cette importance, peut faciliter la tâche 
des agents du gouvernement dans une question aussi 

délicate. 

Vers 1882 un Français, M. de Ghavagnac, ayant eu 
l'occasion d'acheter à un homme du Rif qui se trouvait 
en prison à Meknas, des terrains miniers situés au 
Djebel Hammam non loin d'El Mezemma , fréta un 



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310 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



navire, embarqua tout un matériel d'exploitation, mais 
ne put même mettre pied à terre' quand il arriva à 
l'endroit, en présence de l'hostilité des indigènes. Il dut 
se réfugier au Penon de Vêlez de la Gomera, où l'échec 
de sa tentative parut réjouir les autorités militaires 
emprisonnées dans cet îlot, à une centaine de mètres 
de la plage et d'où elles ne peuvent sortir pour 
mettre pied sur la terre ferme. Quand la tribu avait 
eu vent de l'affaire , elle avait défendu aux premiers 
propriétaires de céder la mine et elle est encore 
prête à repousser par les armes les acheteurs s'ils 
venaient prendre possession du terrain. On n'a pas 
rendu d'ailleurs le prix payé. 

En 1883. M. de Foucauld qui devait parcourir sous 
un déguisement les parties les plus sauvages, les plus 
inexplorées du Maroc, le Sous, le Draa, l'oued Ziz, 
fut obligé de renoncer à une exploration de la bande 
du Rifqui s'étend de Tétouan à Fez; il dut s'arrêter à 
Chechaouen et revenir sur ses pas. 

On connaît aussi l'essai infructueux de Duveyrier ; 
bien qu'accompagnant le chérif de Ouazzan, le voya- 
geur dut borner son itinéraire à Melila et, venu de 
Tlemcen au préside espagnol . il lui fallut s'embarquer 
et abandonner son projet devant les menaces de mort 



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; Dans l'état actuel de barbarie où est plongé le Rifonnepeut 
laire aux marm. du commerce d'autres recommandations que d'éviter 
cette côte. 

(De Kerhallet. Description nautique de la côte Nord 
du Maroc, 1857. p. 31). 



DU RIF. 



311 



et presque les tentatives d'assassinat dont il était 

victime'. 

Henri Duveyrier, sur les instances de notre ministre 
à Tanger, avait obtenu une manière d'autorisation du 
délégué du Sultan à Tanger, Si Mohammed Torres, 
pour se rendre de notre frontière à Tanger en suivant 
la côte du Rif. Le sjTidic ^ des Guelaia avait déclaré 
sou impuissance à faire accepter par les populations 
même la simple idée du voyage d'un chrétien chez 
elles, et cela malgré la protection religieuse du grand 
chérif de Ouazzan qui , il convient de le faire remar- 
quer, se montra peu disposé à déplaire aux Espagnols 
en cette circonstance, et bien plus cédant à la demande 
du commandant du préside que prenant ombrage du 
voyage scientifique de Duveyrier, le poussa à s'embar- 
quer, déchargeant ainsi sa responsabilité. 

Les voyages qui sont déjà si difficiles dans tout le 
Maroc, au point que nul pays, même la Chine, ne peut 
sous ce rapport être comparé à cette partie de l'Afrique, 

' En 1888, les Guelaïa déclarèrent alors qu'ils ne laisseraient point 
passer le voyageur Duveyrier. On avait déjà, il est vrai, prévenu 
notre compatriote, car à la zaouïa de Sidi el Mekki il lui avait été 
dit : « Il n'y a pas de pire que les gens du Rif; ils tuent un homme 
pour un sou. * A Mezoudja les Guelaïa avaient voulu tuer leur cheikh 
el Hadj Haddou parce qu'il avait laissé le vovageur chrétien planter 
sa tente sous le mur extérieur de sa résidence ! Plus loin les délégués 
de la même tribu avaient déclaré qu'ils tueraient le voyageur, lui et ses 
domestiques, pilleraient son bagage et qu'on promènerait le feu sur 
les pas des hommes et animaux afin de purifier le pays de ce contact. 

« Tel est le véritable titre, aussi ambigu que modeste, du représentant 
du gouvernement marocain en cette région et que l'on qualifie de caïd. 



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312 



DESGRIP170N GÉNÉRALE 



DU RIF. 



313 



5 



deviennent pour un Européen presque impossibles dans 
le Rif. 

Pour faire un voya^rp dans le Rif, tout Musulman 
étranger au pays, fùt-il Marocain, est d'ailleurs ibrcé 
d'acheter la protection de l'homme le plus puissant 
dans clia({ue canton ; c'est, du reste, la seule manière 
de voyager dans toutes les trihus indéjiendantes du 
Maroc, ainsi que dans celles imparfaitement soumises. 
On ne saurait mieux résumer cette question des voyages 
au Maroc qu'en citant presc^ue textuellement ce qu'a 
écrit à ce sujet M. de Foucauld. 

« Dans toutes les tribus indépendantes du Maroc, 
>' ainsi que dans celles qui sont imi)arfaitemenl sou- 
» mises, la manière de voyager est la même. Ou 
« demande à un membre de la tribu de vous accorder 
« son"anaïa", "protection", et de vous faire parvenir 
') en sûreté à tel endroit que l'on désigne : il s'y engage 
» moyennant un prix qu'on débat avec lui, " zetata " : 
» la somme hxée, il vous conduit ou vous fait conduire, 
)' par un ou plusieurs hommes, jusqu'au lieu convenu \ 
» là on ne vous laisse qu'en mains sûres , chez des 
» amis auxquels on vous recommande. Ceux-ci vous 
» mèneront ou vous feront mener plus loin dans les 
» mêmes conditions : nouvelle " anaia " , nouvelle 
» " zetata " et ainsi de suite. On passe de la sorte de 
>> niam en main jusqu'à l'arrivée au terme du voyage. 
» Ceux qui composent l'escorte sont appelés " zetat " 
« leur nombre est extrêmement variable, un seul 
» homme suffit parfois, lorsqu'ailleurs, souvent tout 



» près, quinze ne suffisent pas. L'usage de 1' " ana'ia ", 
» ai)pelée aussi " mezrag '', forme une des principales 
.) sources de revenu des familles puissantes. C'està elles, 
» eu effet, quelesvoyageiirs s'adressent de préférence. 
» la première condition chez un " zetat '" étant la force 
» de faire respecter son protégé. Il y a une seconde 
» qualité non moins essentielle qu'il faut chercher 
» chez lui : c'est la fidélité. En des lieux où il n'y a ni 
» justice d'aucune sorte , où chacun ne relève que de 
.. soi-même , des '' zetat " peuvent piller, égorger, 
.) chemin faisant , les voyageurs qu'ils avaient promis 
)) de défendre ; nul n'a un mot à leur dire, nul n'a un 
» reproche à leur faire : c'est un accident contre lequel 
» rien au monde ne peut garantir; une fois en route 
» avec des zetat, on est entièrement à leur merci. 
.. Aussi faut-il les choisir avec la plus grande prudence 
» et , avant de demander à un homme son anaïa , 
» s'informer minutieusement de sa réputation. D'ail- 
» leurs, quoiqu'on en voie un très grand nombre qui 
» trahissent soit ouvertement en vous pillant eux- 
). mêmes, soit par stratagème en vous faisant dépouiller 
>' par un parti plus nombreux auquel ils donnent le 
). mot ; (|uoi(iu'il y en ait d'autres qui vous abandon- 
.. nent chemin faisant, après s'être fait payer d'avance 
» ou bien qui ne consentent à vous accompagner 
» jusfiu'au bout qu'à condition d'augmenter leur 
I) salaire, malgré ces genres divers de trahison , on trouve 
» aussi des hommes honnêtes qui , les uns par senti- 
I) ment d'honneur, le? autres pour garder intacte une 



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314 



DESCRIPTION (iKNKRALE 



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» rf^putatioii sonnv do noiiibroux l)fM)*^fices, non seule- 
» nienl vous i-onduisent fidèlfMuent jusqu'à la fin 
>» mais inonlivnt inènie un d*^voupnient qui va jusqu'à 
» risquf^i' leurvi»^ pour vous df^fondiv. *> 

Aussi It^s îUHrociauts du Talilalct, a|)rt^s avoir làt^ le 
inarrhé du Hii\ ont-ils été obligés d> renoncer '. La 
guerre de canton à canton existe en effet pres(|ue 
constannneni ; du plussini|)le différend intime surent 
une véritable guerre de tribu à tribu, la vendetta arme 
les plus résolus qm en imposent aux plus timides et 
entraînent les irrésolus. Le perfectionnement des 
armes de guerre que la contrebande leur fournit 
enbardit ces populations et Torgueil de ces monta- 
gnards fanatiques ne laisse que bien ])eu d'esjmir aux 
projets <rex])lorations que voudraient entreprendre des 
Kuro])éens, et quand les Rifains sont sur une terre 
(pie gouverne l'Européen ils éludent les questions et 
les demandes de renseignements \ 

Ptolémée ne nomme que trois montagnes principales 
dans la Tingilane, le Ato.p. par 8'^30Me longitude, 
30" <ie latitude, le <I>oxpa par lOVt 20'' 30', et l'extré- 
mité occidentale du Xojpox ou \o-jooo:; par 15" et 29" 30'. 
Tissot ne met pas en doute que le \iup ou A'.ojp no 
soit le double massif du Tselfotet du Zerboun, au nord 

' Ainsi qur nous avons vu. un commerce actif se fait pourtant, ^rftoe 
aux JuHs de Debdou. et TimpoKafion de Melila augmente ; les Maro- 
cains installés aux lignes espagnoles en témoignent. L'inlluence des 
Juifs est plus grande qu'on ne le supposerait au premier abord ; même 
dans ce pavs du Rifle Juif s'iniiltre. 

' Duvevrier. Mn//^ mr le Rif, 



DU RTF. 



315 



et entre Meknas et Fez; le Pbocra, qui s'étendait 
jus(ju'au promimloire Russadir, et sous lequel étaient 
situés Herpis et Molocliath, se retrouve dans la rbaîne 
qui (bnnine la rive gauche de la Moulouïa, Tantiffue 
MoXoyaO, et s'étend effectivement de TAtlas jusqu'au 
cap des Trois Fourches. Le Diour parait correspondre 
à la }>ortion de l'Atlas, où la Moulouia prend sa 
source, à laquelle se rattache la chaîne du littoral de 
la Maurétanie Césarienne. 

Les connaissances du ^éopra])he ancien s'a})pliquent 
assez l)ien au système oropraphique, que nous attri- 
buons de nos jours, au Maroc septentrional et qui est 
cara(*térisé jrar des massifs montagneux se rattachant 
indirectement au système de l'Atlas. D'une part, et à 
Touest, Toued Sebou, le Subur amnis, de Pline, qui 
se déverse dans l'Atlantique, d'autre part et à l'est, 
la Moulouïa, tributaire de la Méditerranée, circonscri- 
vent, par leurs vallées respectives et par celles de 
leurs affluents, une contrée de forme quadrangulaire, 
dont les lif<nes de crêtes ne sont pas orientées dans le 
même senstjue le grand Atlas. Un passage, dont l'alti- 
tude est d'environ 900'", Ikb Tamalou, dans la région 
deMeknas*, séj)are les deux régions sur la route de 
Tlemcen à Fez ^ Dans la contrée du nord, le relief prin- 

* Voir itinéraire de Fez à Oudjda. 

- La cinrie majestueuse du Djebel R'iata, semble marquer le dernier 
chaînon de l'Atlas, dans le nord, foute la plaific septentrionale de la 
vallée de l'oued Innaouen, par exemple, appartient i'i un autre massif 
qui en est entièrement distinct, le massif du Rif. 



*<i * 




316 



DESCRIPTION (ÎÉNÉRALE 



nu RÏF. 



317 



> 



cipal de terre se rapjiroche du littoral irK^diterranf^en : 
c'est là (}ue se dressent les pics les plus élevés, dirigeant, 
par les saillies de leurs crêtes, la navigation côtière. 
L'ensemble de ce système, où domineraient suivant 
Lenz les formations anciennes, s'abaisse vers le rivage, 
de manière à présenter un versant montagneux (jui se 
développe en un vaste hémicycle du Ras Ouerk ou 
cap des Trois Fourclies à la pointe de Ceuta. 

D'après ce que Ton aperçoit de la mer. et ce que 
confirme l'historien Ibn Khaldoun . la constitution 
orograi)hique du Hif offrirait un certain 7U)nibre de 
chaînes, courant parallèlement entre elles et au 
rivage. On peut y voir le pendant en Afrique des 
chaînes espagnoles de la Contraviesa, des Alpujarras, 
et de la Sierra Nevada. La direction et la longueur des 
cours d'eau, qui débouchent là dans la Méditerranée, 
indiquent que ces chaînes doivent être interrompues 
sur plusieurs points, et comme di\isées chac\ine en 
différents massifs allongés '. 

Mais nulle donnée ne peut encore nous fixer jus- 
qu'où vont, du côté de l'ouest, la formation volcani(iue 
et basaltique des montagnes des Guelaïa, et dans l'est, 
les roches sédimentaires ou terrains secondaires (ooli- 
thique. crétacé, néocomien). et tertiaire eocène des 
environs de Tanger et de Télouan, comme les gise- 
ments de houille au nord-est de cette dernière ville ; 
jusqu'à nouvel ordre ce sont problèmes réservés aux 
explorations de l'avenir '. 

' H. D. 



Le géologue Maw ', a constaté que la côte sud du 
détroit de Gibraltar, présentait les preuves évidentes 
d'un soulèvement moderne; les observations de Duvey- 
rier, sur la sebkha des environs de Melila, à 245 
kilomètres du détroit, tendent encore à la même 
conclusion *. 

I^ nœud central paraît se trouver entre les San- 
hadja et les Metalsa, de l'ouest à l'est, et à mi-chemin 
de Taxa à Nokour, à environ 80 ou 90 kilomètres de 
la mer. L'existence d'un massif considérable nous est 
en ellet confirmée par El Hekri, qui nous le décrit sous 
le nom de Djebel Gouin •' des Béni Gouin ', montagne 
située sur le territoire des Guezennaia, et où prennent 
naissance les trois cours dVau les plus importants du 
Hif. le Ouar'ra. le R'is et le Nokour, mais nous en 
ignorons l'altitude. Cette indication, venant toutefois 
d'El Bekri, a d'autant plus de valeur, que l'écrivain 
arabe, dans la Cordoue musulmane où il rédigea son 
ouvrage, avait accès à des documents de première 
source : les rapports des agents du Khalife en Afrique, 

' J. D. Eooker, Jourmlo/ a Tour in Morocco, London, 1878. 

» Léon l'Africain nous a laissé la mention et la description d'un 
volcan en activité, de son temps. Malheureusement, le nom de la tribu 
est si défiguré par l'auteur, que l'on ne peut en tenter l'assimilation 
de nos jours. Aucun indiffène , interrogé à ce sujet, n'a pu nous 
donner d'information. 

3 Lieu de la bataille entre les deux frères Saleh et Sares, vers 
917deJ.-C. 

* IJjebel Béni Kaoum, suivant Duveyrier. 





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318 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



DU RTF. 



319 



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:» 



et il pouvait interroger les foiu'tioniiaires dp toutes les 
parties du Maroc qui affluaient à la cour. 

Quant à la chaîne côtière . qui commence sur le 
détroit au Djebel des l{eni Saïd. à côté de IVtouan et 
dont quelques points seulement ont (Hé relevés de mer, 
jusqu'à un maximum de (iistance de vingt-trois kilo- 
mètres de la côte, elle est la seule pour laquelle on 
possède des mesures .raltitude. De ce qui est acquis, 
il résulterait que culminant i)ar '>20r" dans le Djehel 
Heni Hasan ', Je mont Anna des cartes) à 25 ou 2(5 
kilomètres de Tétouan, elle atteint chez les R'omara. 
1800 et 1850. chez les Mettioua El Ikhr 1410 et 1787, 

' Lp versant oriental du l)j,M Heni Hasan avait été entrevu et 
ses principaux sommets mesurés lors du travail hvdrographique de la 
côte du R,f. C'est à de Foucauld que nous devons la première 
desonption du tianc occidental de ce massif qui. avant lui. nous était 
inconnu. La haute muraille rocheuse du Djebel Béni Hasan, couronne 
le clieunn de Tetouan à Chechaouen ; elle se dresse toute droite au- 
dessus du sentier, à peine se trouve-t-il entre elle et les lentisques qui 
la bordent une étroite bande de cultures. . . . Plus loin, le Djebel Reni 
Hasan présente un aspect enchanteur : des champs de blé s'étafrent 
en amphithéâtre sur son tlanc... ce n'est que vie. richesse irai- 
cheur. Des sources jaillissent de toute part, à chaque pas on traverse 
.les ruisseaux. Le Djebel Reni Hasan est un massif extrêmement 
rema.-quai,le. Les plus hauts .sommets, dont les cartes marines nous 
donnent les altitudes 1410"', 2-210-, 1818-, en sont invisibles du 
tond de la vallée ; une haute muraille de pierre prise, à crête dentelée 
le couronne de ce côté et lui donne l'aspect le plus étrange ; on di.^it 
une série de rochers de Gibraltar juxtaposés sur un piédestal de mon- 
tagnes, la crête supérieure de cette montagne parut, à de Foucauld, 
dune altitude umforme. pouvant varier entre 1200 et 1500™ Au 
dessus quelques cultures, entrevues en deux ou trois points, semblent 
révéler 1 existence d'un plateau. 



chez les IVniOulichek de 1437 à 1620"'. M. Vincendon 
Dumoulin, dans soti tracé hydrographique de la côte, 
n'a pas signalé de neige sur ces sommets en août, 
septembre et octobre, mais on en a vu, en juin, sur 
les pics des Mettioua El Bahr et chez les R'omara. 

Les parties montagneuses du Rif simt d'ailleurs 
réputées pour leur climat très froid, comme aussi pour 
les forêts qu'elles renferment. 

L'oued Kart ou Kert, appelé aussi Oued bou Gafer, 
(jui doit prendre sa source chez les Béni Touzi et au 
Djebel Gouin , passe vraisemblablement chez les 
Metalsa, les Guezennaïa et peut-être les Béni ( )uriaral, 
se jette dans la Méditerranée, presque à la base et à 
l'ouest du Ras Ouerk, après un parcours (jue l'on peut 
estimer, très approximativement, à 90 kilomètres en 

droite ligne. 

I/oued bou Azzoun, de la carte du Service géogra- 
phiciue de l'Armée ', paraît être le même ({ue l'oued 
Frezar ou Ranem, dont les bords sont couverts d'un 
grand nombre de villages appartenant aux Béni Tarn 
Saman. Il prendrait sa source dans le même massif du 
Gouin et, après un parcours d'environ 60 kilomètres, 
se jetterait dans la mer, à environ 12 kilomètres est 
du cap Quilales des cartes marines. 

Nous ne savons rien de l'oued el Djemaa, qui sépare 
la tribu des Béni Taui Saman des Béni OuUchek. L'oued 
Nokour el l'oued R'is prennent aussi naissance au 

« Carte d'Ali-ique au 1: 2.000.000, 






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1 



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320 



DESCRIFnON GÉNÉRALE 



> 



Djebel Gouïn; ils se réunissent au lieu nommé Agdal' 
et là, ils se partagent encore pour former plusieurs 
ruisseaux. Le rivage de la mer, auprès du R'is, est 
d'un accès difficile et s'appelle Tagrarart*. 

L'oued Nokour se jette dans la mer, au fond de la 
baie où se trouve le préside espagnol d'Alhucemas , 
entre le cap Quilates et le cap du Maure des cartes 
marines , non loin et probablement au lieu habité, à 
la bourgade marocaine d'El Mezemma. 

Sur une longueur d'environ 130 kilomètres, entre 
l'embouchure du Nokour et celle de la rivière de 
Tétouan, Toued Martil, on compte un grand nombre ' 
de petites rivières aux eaux abondantes, même en été. 
et qui viennent des montagnes de Fintérieur, alimen- 
tées par toutes les sources des Djebel Mettioua , 
R'omara, et surtout des Béni Hasan. 

Nous remarquons parmi les principaux : Toued IJou 
Ferah, qui se jette à Badis, en face du préside espagnol 
de Penon de Vêlez. 

Puis, parmi les plus importants, l'oued Ourinega, 

' El Bekri, page 210. 

* Nokour paraissait située entre les deux rivières avant leur 
confluent L oued Nokour vient, suivant El Bekri. de la n.ontagne 
des Ben, Gouïn dans le pavs des Guezennaïa ; le R'is prend sa souL 
toujours s-u,vant le même auteur, dans le ten-ifoire des Béni Our'iaral' 
Chacune d elles parcouri une distance d'environ une journée et demie 
avant de se jeter dans la mer, leur confluent était à environ cinq milles 
dunvage Lune et l'autre ont un courant intense puisque, toujours 
d après El Bekri, elles faisaient tourner plusieurs moulins. ^ 

* Environ dix-neuf. 



DU RIF. 



321 



qui se jette à Test et près de la pointe des Pécheurs 
des cartes marines. L'oued Ourinega est indiqué, mais 
sans nom. sur la carte du Service géographique de 
l'Armée', il vient des moutagues des Mettioua; dans 
sa vallée se trouve un marché très fré(iuenté, le Souk 
Tlela (du mardi) d"()urinega ; la rivière paraît former 
la limite des R'omara et des Mettioua el Bahr, son 
parcours en ligue droite semble être d'environ 50 
kilomètres. 

Ensuite, l'oued Tersa -, de la carie du dépôt de la 
guerre, sur le(iuel nous ne possédons aucune donnée, 
et qui se jette dans la mer près de la Koubba du 
marabout de Sidi Tahar ; on trouve, sur ses bords, la 
maison d'un mokaddem '' des Chérifs de Ouazzan. 

Puis une grande rivière appelée l'oued Tarera. Sur 
ses rives, en plein territoire des R'omara, se rencontrent 
un grand nombre de Koubbas parmi lesquelles celle 
du marabout Sidi el R'azal qui était cheikh de la 
Djemàa de cette tribu. 

Sur le territoire de la même tribu on rencontre 
encore l'oued Tiguisas , et enfin l'oued Sifellaou ' qui 
prend sa source près de la ville de Chechaouen et se 






' Caite d'Afrique au 1. 2.000.000. 

- Probablement Tirarsa, nom d'une tribu des R'omara. 

» Eu 1893, Si Mohammed Tahar, 

» L'oued Sifellaou est l'oued Laou de Tissot, que ce savant avait 
identifié avec le * Laud Fluraen » de Pline, tandis que l'anse voisine 
était, selon lui, le Promontorium Barbariae de l'Itinéraire d'Antonin, 
désigné comme OXéauîpov xxpov de Ptolémee. 

21 




J.41 



322 



DESCRIITION GÉNÉRALE 



jette dans la mer, entre les tribus des Béni Saïd et des 
R'omara, à l'endroit appelé Gaârsas, point qui sert de 
limite entre les tribus des Béni Saïd, des R'omara 
(à droite) et des Béni Hasan (à gauche). 

Plus loin, en se rapprochant de la rivière de Tétouan, 
on rencontre l'oued Merabet et enfin l'oued Tanisa 
avant d'arriver à l'oued Martil ', * 

Telle est Ténumération approchée des principaux 
cours d'eau qui débouchent dans la Méditerranée ; ce 
ne sont, pour la plupart, que des ruisseaux ; on com- 
prend, en effet , que les pentes des montagnes du Rif 
sont trop voisines de la côte pour fournir un long 
développement à ces ruisseaux. 

Tout autre est le Ouar"ra, l'un des fleuves les plus 
célèbres du Maghreb, suivant El Bekri. Ainsi que nous 
l'avons déjà vu, cette rivière, véritable fleuve, prend 
sa naissance dans le massif du Djebel Gouïn et après 
environ 200 kilomètres de parcours se jette dans le 
Sebou , dans l'immense et fertile plaine qu'arrose ce 
dernier fleuve, bien connue de tous les voyageurs qui 
se sont rendus de Tanger à Fez ou à Meknas. Le 
Ouar'ra^ roule toute l'année des eaux abondantes, 
claires et rapides sur un fond de galets, au moins dans 
la partie voisine de son confluent dans le Sebou ; à la 
mechràa el Bâcha ou gué du Pacha, où passe ule des 

1 L'oued Ras ou oued Medjekesa d'El Bekri, le ïamuda tlumen 
navigabile de Pline, le ©oÀoOoa :toTa(xov éxëoXai de Rolémée. 

* Le traducteur d'El Bekri, M. de Slane, ajoute que ce mot signifie 
« or», en berbère. 




DU RIF. 



323 



routes de Tanger à Fez, la rivière a 80 mètres de large, 
son lit est bordé de berges terreuses et à pic de 4 à 5 
mètres de haut: la rivière atteint, au gué même, 100 
mètres , elle a environ 60 centimètres de profondeur ; 
au-dessous , son cours se rétrécit , mais elle devient 
profonde alors de l'",50 '. 

L'aspect de la vallée est très riant, c'est une 
grande prairie où paissent de nombreux troupeaux; 
quelques boucjuets d'arbres Fombragent; des jardins, 
des douars s'y voient en grand nombre. Elle conserve 
le même aspect jusqu'aux premiers contreforts du 
Djebel el Kalaa, sur une longueur d'environ 50 
kilomètres à l'est du confluent avec le Sebou , entre 
les Cherarda' et les Béni Ahsen^, non loin de la 
mechraa el Megrem. La vallée du Ouar'ra est bornée 
jusqu'à cette hauteur au nord par le Djebel Setta et 
plus près par les hauteurs des collines du R'arb, puis 
par le Djebel Ghaïbi, au siul par les petites montagnes 
des Oulad A'issa qui se réunissent à celles desFichtala. 
C'est entre l'étranglement formé au nord par le Djebel 
Chaïbi au point dit el Kasba, et au sud par la fin du 



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* Observations prises en Juillet par de Foucauld. 

- Tribu arabe soumise, qui habite la partie de la plaine du Sebou, 
entre l'oued R'edera et le Sebou ; au sud les prolongements du Djebel 
El Outita séparent son territoire de celui des Oulad Delim. 

^ Tribu arabe peu soumise, qui habite le sud de la plaine du Sebou 
jusqu'à la forêt de Mamoura et qui touche aux Zeramour, tribu Cheleuh 
insoumise, et aux Guerouan, tribu de même caractère ethnographique 
et politique. 




324 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



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grand massif du Djebel Moulai Bou Gheta. que se dirige 
vers le nord, le Ouar'ra. Son cours passe alors eu 
plein territoire des Djebala; depuis le marché des 
Atl Setta la région n'est plus très sûre, à dater d'El 
Kasba, les cavaliers du Sultan ne s'aventurent qu'en 
nombre. Par la coulée de la vallée , entre El Kasba et 
les contreforts du Djebel Moulai Bou Cheta, on perçoit 
un horizon fermé par les montagnes des Béni Mestara ; 
mais un plateau ondulé, que ces monts projettent, 
repousse le cours du Ouar'ra vers l'est et c'est der- 
rière le Djebel Moulai Bou Cheta que cette rivière 
repasse, semblant circonscrire la montagne. Traversant 
ensuite les territoires des Béni Zeroual , le bas des 
Mettioua el Djebel , puis une partie des Sanhadja, on 
arrive enfin à sa source dans le Djebel Gouïn. Cette 
dernière partie de son cours nous est totalement 
inconnue , le levé de la vallée a été fait jusque et y 
compris le Djebel Moulai Bou Cheta \ mais ensuite 
nous devons avoir recours à El Bekri pour savoir que 
cette rivière coulait alors dans un pays magnifique 
au milieu dune foule de villages qui ressemblent à 
des villes. 

Parmi les essences forestières, les auteurs arabes 
citent les hauts pins des montagnes de Jellès, voisines 
de Bâdis, et dont le bois alimentait vraisemblablement 
les chantiers de construction des trirèmes de « Parie- 

* A la Medjaz el Khacheba (le ^ué de la poutre), M. de La 
Mart.nière a pu retrouver l'emplacement, derrière le Djebel Moulai 
Bou Cheta, des ruines d'une grande ville arabe, * Fez el Bâli > 



DU RIF. 



325 



tina » ; puis le genévrier et le cèdre des environs de 
Nokour. El Bekri nous a laissé la description des 
piliers et du plafond de la mosquée célèbre de cette 
ville ; enfin le buis des monts des Béni Ouardefeth, 
près de Tetouan. lies arbres cultivés les plus répandus' 
sont, dans le fond des vallées , l'olivier, le figuier, 
l'amandier, le cognassier, le noyer, le citronnier et la 
vigne. Le Rif possède encore aujourd'hui des vignobles 
avec lesquels musulmans et juifs fabriquent des vins 
appréciés des montagnards berbères *. A côté de ces 
arbres fruitiers on cultive aussi le blé et l'orge, en 
moindre quantité , car les chevaux y sont peu nom- 
breux, puis l'oignon et le lin. 

(^uand on examine l'aspect des chaînes côtières, en 
longeant le rivage, on devine le caractère rocheux et 
souvent stérile de la majeure partie de l'intérieur'. 
Le gros bétail y est donc rare, le mulet est l'animal 
par excellence dont on se sert pour les transports, 
avec l'âne et le petit cheval de bat ou « quidar ». Ces 
derniers ont même un endurement et une vigueur 
tout à fait remarquables. La chèvre est l'animal domes- 
tique le plus répandu. La faune sauvage non plus n'est 

' Lr ville de Nokour, située à cinq milles de la mer, vers le sud, 
était renommée pour ses jardins et ses vergers de poiriers, de grena- 
diers, au temps d'El Bekri. 

2 H. D. 

■' La région de l'embouchure de Nokour fait cependant exception, 
c'était là, dans le canton appelé Tagrarart, que la famille des Salah 
avait établi ses haras (El Bekri, page 211). 



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326 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 



DU RIF. 



327 



pas très riche, point de gros félins, quelques rares 
panthères, point de mouflons, encore moins de 
gazelles ou d'antilopes, les gazelles de la plaine de 
Messoun ne dépassent point, eu effet, le Garet. Mais 
les sangliers abondent comme dans presque toutes 
les parties montagneuses du nord du Maroc. 

Quant à la richesse minérale du pays elle est encore 
peu connue, malgré les récits enthousiastes des Espa- 
gnols qui, au surplus, en sont réduits aux conjectures. 
On assure que le sol est riche en minerai; il est 
vraisemblable que l'on doit y rencontrer les mêmes 
échantillons que dans le massif de Béni Saf et de 
Nemours. Quoi qu'il en soit, on assura à Duvevrier 
qu'une mine de métal, dont on ne voulut pas dire le 
nom, existerait dans le Djebel Hammam près de 
Badis ^ Le fer abonde partout chez les Béni Saïd de 
l'ouest, chez les Béni Touzin près des Béni Tarn 
Saman . chez les Béni Saïd de l'est, d'où l'on a dit 
à Duveyrier qu'on l'exportait jusqu'à Fez (?), enfin 
dans le pays des Guelaïa. DuvejTier croit y voir 
Fexplication des dé^dations anormales de l'aiguille 
aimantée, observées au cours des levers hydrogra- 
phiques de MM. Dumoulin et de Kerhallet sur la côte 
du Rif. 

C'est encore à Ptolémée que nous aurons recours 
pour une énumération des diverses peuplades Mauré- 

' Proba}>lement de la galène argentifère. Ce gisement serait celui 
que M. de Chavagnac comptait exploiter en 1882. 



taniennes. Le géographe d'Alexandrie indique en 
même temps leurs situations respectives. Le littoral 
du détroit, comprenant de nos jours l'Andjera, est 
habité par les MÊTay^viTTa'- , celui de la mer Ibérienne, 
c'est-à-dire le Rif, par les Sox(?TTto'-, au-dessous desquels 
se placent les OUoouzï^ ; il existe encore aujourd'hui, 
ainsi que nous verrons ultérieurement, dans les contre- 
forts méridionaux du Rif, un district de Ouar'ra. 

La partie orientale de la Tingitane est habitée tout 
entière par les Mrjp7Îv7',oi et une fraction des EpTreotTavo- , 
dont la capitale Herpès, se trouvait dans le Phocra. 

Si fastidieuse que puisse paraître cette étude, elle 
n'en offre pas moins un intérêt puissant au point de 
vue ethnographique. Un certain nombre de noms de 
peuplades maurétaniennes se retrouvent, en effet, 
dans les listes des tribus berbères , qui nous ont été 
transmises par les géographes arabes du Moyen-Age, 
ou existent encore aujourd'hui. Les Baccuatœ, les 
Macenites, les Autololes, les Mazices, sont certaine- 
ment les Ber'ouata, les Miknassa, les Ait Oulili et les 
Amazir' du Maroc. Au surplus, toutes ces tribus 
appartiennent incontestablement, ainsi que l'a dit 
Tissot , à cette antique race libyenne ou berbère que 
les premières navigations orientales ont déjà trouvée 
établie sur toute la côte septentrionale de TAfrique et 
qui forme encore au Maroc, et surtout^ans les districts 
de montagnes, la masse principale de la population, 
comme le Rif où l'infiltration arabe n'a pu se faire. 
L'étude des questions complexes qui n'ont pu encore 



si ; 



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328 



DESCRIPTION GÉNÉRALE 




résoudre le problème des origines berbères, nous 
entraînerait au-delà des limites où nous tenons à nous 
renfermer, mais notre travail serait incomplet, même 
au point de vue très réduit où nous sommes placés, si 
nous n'avions esquissé tout ce qui précède. 

Les limites du Rif n'ont pas du varier au cours de 
l'histoire ; borné à l'est par le Garet, dont le caractère 
désertique forme une frontière naturelle au bas et en 
avant du massif des Guelaïa. se terminant au sud par 
la vallée de l'oued Innaouen et la trouée qui unissait 
le royaume -^e Fez et celui de Tlemcen, la région 
rifaine semble, et à grands traits, bien délimitée. 

Dans l'ouest, la séparation physique paraîtrait plus 
délicate à tracer au premier abord. 

De l'est de Fez jusqu'aux environs de Ouazzan et 
de Tétouan au nord, on peut dire, en matière d'à peu 
près, que les populations du Rif sont bordées d'une 
véritable ceinture de tribus que nous appellerons les 
Djebala, ainsi qu'on les désigne au Makhzen marocain. 
Ces derniers, presque tous berbères arabisants et 
quoique d'une nature aussi guerrière, d'un caractère 
aussi farouche et en général aussi insoumis que les 
Rifams, sont cependant plus à portée de l'action de la 
cour chérifienne qui, chaque fois qu'elle le peut et en 
a l'occasion, agit avec ses procédés de rigueur bien 
connus. 

C'est derrière cette sorte d'écran que commence 
le Rif proprement dit, qui, s'il est limité à l'est, 
comme nous l'avons vu, par l'oued Kert et les Guelaïa, 



DU RIF. 



329 



et au sud par les tribus des Miknassa, les Tesoul, les 
Hranes, les R'iata et les Haïaïna, bordant la route de 
Fez à Oudjda, a par contre dans l'ouest des frontières 
moins précises. (Jn sent (ju'en effet il serait bien 
délicat, dans l'état actuel de nos relations avec le Rif, 
d'établir les frontières du Rif avec les Djebala; entre 
des populations aussi semblables, les zones de démar- 
cations doivent être insensibles. 

Aux différentes époques historiques, que nous avons 
résumées précédemment, il n'apparaît pas que les 
limites du Rif aient changé ; la nature du terrain se 
prête trop bien à isoler les habitants du restant du 
Maghreb pour croire <iue des frontières, autres que 
celles tracées par la nature, auraient pu être imposées 
par les différents pouvoirs qui se sont succédé en 
Tinligane et plus tard, dans le royaume de Fez. 



f. 






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II 




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330 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



CHAPITRE VII. 

Géographie politique du Rif. 




ESQUISSE DE DIVISION ADMINISTRATIVE. _ GROUPEMENT 
GÉNÉRAL DBS POPULATIONS ', 

La r(^gion comprise entre la frontière algérienne et 
Chechaouen forme une seule division administrative 
marocaine , le gouvernement d'Oudjda et du Rif qui 
contient trois provinces historiques ou géographiques 
et qui sont , en partant de l'Algérie * : 

La circonscription d'Oudjda comprenant le pays des 
Béni Snassen ^ ; 

Le pays de Garet comprenant l'intendance des 
Griielaïa*; 

Le Rif. 

Nous ne connaissons rien des détails de l'adminis- 
tration du Makhzen marocain au Rif, ou pour parler 
plus justement, de la façon dont s'y exerce le semblant 

' D'après Duvevrier. 
- H. D. 

' Voir Chapitre III. 
* Voir Chapitre IV. 



DU RIF. 



331 



d'autorité que prétend y avoir la cour chérifienne. Le 
Sultan, le long de la côte et seulement aux points qu'y 
possèdent les Espagnols, y entretient des douanes et 
des oumana ou intendants i\m s'accordent plus ou 
moins avec les caïds que l'autorité de Sa Majesté y a 
nommés pour la forme et qui n'entretiennent que de 
très mauvaises relations avec les populations. Mais 
dans l'intérieur même du pays, si le gouvernement 
marocain y investit des caïds, nous ne connaissons pas 
la façon dont ils remplissent leurs charges, « in 
partibus » très vraisemblablement, ni l'accueil que 
leur réservent des tribus aussi insoumises, aussi 
indépendantes, et qui, pour tout dire, n'acceptent 
comme fonctionnaires du Sultan que des frères à eux, 
point d'étrangers, et encore à la condition que l'autorité 
de ceux-là, purement nominale, s'arrêtera au seuil de 

leurs demeures. 

En un mot, nous avons toutes les raisons pour croire 
que la région du Rif est assez semblable aux 
territoires du grand Atlas où le nom du Sultan n'est 
même qu'à demi respecté et seulement, parfois, comme 

chef religieux. 

Nous verrons plus loin comment s'exercent dans le 
Rif les diverses influences religieuses. 

Le Rif proprement dit commence à l'ouest de l'oued 
Kert dont la rive occidentale est peuplée de Béni Saïd. 

P La première région que l'on rencontre est alors 
le pays des Botouïa , arrosé par l'oued Bou Azzoun et 
peuplée par les Béni Oulichek ; 



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332 



GÉOGRAPHIE POUTIQUE 



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2° Le pays des Béni Tarn Saman arrosé par Toued 
R'is et son affluent Foued Nokour qui semble être la 
séparation entre les Béni Tarn Saman et les Béni 
Oulichek ; 

3° Au sud des Béni Oulichek, des Béni Ouriar'al 
et des Béni Tarn Saman , vivent les Metalsa . les 
Guezennaïa, les Béni Touzin et enfin les Béni bou 
lahïïu. Ces dernières tribus ne sont séparées du 
chemin de Fez que par les Miknassa, les Tesoul elles 
Branes ; 

4" A l'ouest des Béni Tam Saman vient le pays 
des Bokouïa ou Bokioua, puis celui des Béni bou 
rerah. 

Au-dessus des Bokioua et des Béni bou Ferah dans 
1 intérieur, s'échelonnent vers Test les Béni Mezdoui 
les Beni Ammart, les Maruissa^ plus à l'ouest les 
Bemltteft, les Tsarguist, les Sanhadja et lesMediouna 
au-delà desquels, dans la direction de Fez on 
passe chez les Fichtala où commence la région des 
Djebala. 

5*> Le long de la côte vers l'ouest après les Beni bou 
f erah viennent les Mesettâsa , puis les Mettioua el 
Bahr , qui ont pour voisins au sud les Mettioua el 
DjebeP. Entre ces derniers et les Fichtala vivent les 
Beni Seddet, les Tarzout et les Ketama. 

' Les Marnissa, presque d'élément rifain, sont Djebala de langue • 
leur territoire ne compte pas dans le Rif. ^ ' 

' Les Mettioua el Djebel sont î)jebala (voir chapitre VIII). 



DU RIF. 



333 



Après les Mettioua el Bahr viennent les R'omara 
el leur fraction les Beni bou Zeran. 

A l'ouest des R'omara vivent les Ghechaouen, au 
nord-ouest les Beni Saïd, qui habitent le Djebel Beni 
Hasan, et enlin les Beni Maadan qui occupent le 
territoire jusqu'aux environs de Tétouan K 

Beni Saïd'^ — Les Beni Saïd^sonl Berbères; ils 
habitent des villages dans la partie de la côte comprise 
entre Toued Kert et l'oued El Mahden. Une seule de 
leurs fractions, les Beni Tomait, a ses villages du côté 
de la plaine, vers le cours supérieur de l'oued Kert. 

Leur pays ressemble à celui des Guelaïa, que nous 
avons décrit précédemment. Il est également fertile, 
l)ien arrosé et très populeux. 

Il existe sur la côte une rade, à Sidi Hassen. 

Les Beni Saïd ont un marché qui se tient le mercredi 
de chaque semaine chez les Beni Abdaïm. 

Us possèdent sur leur territoire une zaouïa de Tordre 
de Sidi Mohammed beu bou Zian (Ziania-Kenatsa) 
dont le chef était, en 1880. Si Mohammed el Hadri. 

La population totale de la tribu était, en 1880, 
d'environ 25.000 âmes. Les contingents qu'ils peuvent 
mettre sur pied étaient évalués, d'après des docu- 
ments plus anciens, à 200 chevaux et 9.000 fantassins. 
Ces chiffres sont exagérés. 

^ H, D. 

^ On trouve une autre tribu de Beni Saïd près de Tétouan ; nous 
en parlerons plus loin. 

^ Capitaine de Breuille, 1880. 



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334 



CtKographiI'; tomtique 



DU RIF. 



335 



3 



NOMS 

DES FRACTIONS. 



N O M H K K 
de 



maisons 

ou 
tcntos. 



Medjnoua (Ouni Djaoua. sur la 
rive gauche 'ic l'oued Kert). . . 

Ahl Tchoukot (vers la mer? 

Heni Abdaim, (vers la mer. à 
l'ouest dfî la précédente frac- 
tion) 

Zauuma(haoumen, dans la mon- 
tagne) 

HeniTomaït(du côté de la plaint 



Totaux 



cavH- 
liers. 



fantas- 
sins. 



mx) 



i(K) 



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7(KI 



NOMS 

DKS CHEFS or NOTAIil.lIS 

en 1880. 



62(X) 



Cette tribu a un kaïd investi 
d'une autorité reconnue : 
Mohammed Akchich ('en- 
core en 1893V On pouvait 
citer en 1880, apiês lui, 
les chioukh : Alla! Zahaf, 
des Heni Toinaït; Si Mo- 
hammed on Ali Zahti, des 
Medjaoua; Ali ou Ahmed 
de*5 Ahl Tchotiket; Amar 
bou Zain, des Heni Ab- 
daim; Mohammed ou Re- 
kizados Zaouma.En 1893, 
Sidi el Hadj Hammou 
Hadirnersonnage influent. 
I ,e caïd A kchich est Taïbfia. 




Beni OiiucHEK ^ — Cette tribif-^ a la même origine 
que la précédente, mais elle forme un caïdat séparé et 
est moins importante. 

Le pays ({uVlle habite est plus diflicile et plus 
mouvementé que celui des Beui Saïd. 

Les villages des Béni Oulichek occupent la portion 
montagneuse voisine de la côte, située entre Foued el 
Mahden et Uoued bou Azzoun. Une fraction seule, 
ceUe des Ahl Tizi Abadin, a ses villages du côté de la 
plaine, sur le versant sud. 

11 y a un marché le samedi, chez les Oulad Abd es 
Selam. 

* Oulitchitch. d'après Duveyrier; la véritable forme paraît être: 
Ouichchek. 

^ Cap. de BreuiUe. 1880. 



La population totale de la tribu était évaluée, en 
1880, à environ 12.U0U âmes. 

Les documents plus anciens donnaient à cette tribu 
une force de 5.000 fantassins et 200 chevaux. Ils 
n'avaient plus, en 1880, un seul cheval, excepté 
celui du caïd. 



NOMS 

DES FUAC.TIONS. 



Ahl Azerou (Ait Ouzerou). 

Oulad Abd-es-Selam 

Oulad Ikhelef 

Ahl Tizi Abadin 



NOMBRE 

do 



uiaiKons 

ou 
tfîatcs. 



mn) 



cava- 
liers. 



fantas- 
sins. 



mti) 



NOMS 

DES CHEFS OU NOTABLES 

en 1880. 



Le caïd de la tribu était le 
nommé Kl Hadj el Arbi 
bon Tament, des Ahl Aze- 
rou. < )n pouvait citfT après 
lui les chioukh Si Moham- 
med ou bou Hammou , El 
Hadj Mohammed ben Ti- 
nounat, Mohammed ben 
Abdes Selam. 



Beni Tam Saman'. — La tribu berbère des Béni 
Tani Saman "^ située à Fouest de la précédente, occupe 
tout le pays compris entre Foued bou Azzoun et Foued 
Nokotir, qui a un volume d'eau à peu près égal à celui 
de la Tafna. 

Le pays occupé par cette tribu est assez abrupt dans 
certaines parties, mais il est très fertile et bien cultivé 
pai tout. On y trouve une grande Kasba nommée Kasba 
Ed Dchar. 

* Temçaman d'ibn Khaldoun et d'El Bekri. 

- Cap. de Breuille, 1880. 

^ Les Beni Tam Saman ont, du reste, été liés ù la fondation de la 
ville de Nokour (Voir Lil Bekri). 






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336 



géo(;raphik r)litique 



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Trois des Ihiclions des Beiii ïam Saniau , les Ait 
Tmar"ni, les hem Taben et les Béni Idian, ont lenrs 
villages le long de la côte et sur le versant méditerra- 
néen. Les deux autres fractions ont les leurs dans la 
montagne. 

Les Béni Tam Saman ont un marché important, le 
jeudi, à Tam Saman même, chez les Amzaourou. 

Tous les indigènes de cette tribu ai)i)artieunent à 
Tordre religieux des Derkaoua. 

La |)oi>ulation totale des Boni Tam Saman était 
évaluée, en LSSO, à environ IG.OOd âmes. 

Les documents plus anciens donnaient, à cette tribu, 
la même force en fantassins ({ue la précédente, et de 
plus 300 chevaux. Elle n^ivait plus, en 1H80, un seul 
cheval, mais i)résen tait, toutefois, une force un peu 
plus considérable que les Béni Oulichek. 



NOMS 

I>l!:S FRACTIONS. 



Ait Tmar*ni 

Beiii Taben 

Béni Idian (Aïtldian).. 

Alil Trougout 

Amzaourou 



N O M H K E 

de 



maisons 

ou 
ti-ntos 



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Hers. 



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4000 
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K M S 

DKS CHEFS ou NOTABLES 

en i880. 



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Le caïd de la tribu se nommait 
Ahnioil ben I)(nidouch, des Ait 
Tinarni. On pouvait citer après 
lui les ohioukh : 

K! Hadj Messaoml ; 

Kl Had) Hamniou ; 

Kl Hadj Mohammed Akabel. 
l'in i8in, Ould el Hadi bou Azza 
était caïd de sa tribu. Sa de- 
meure se trouvait près du 
niai-about Sidi ben Daoud. 



DU RIF. 



337 



Beni Ouriar'al^ (ou Béni AouR'iR'Er. )- — (^ette 
tribu berbère '*' est un peu plus forte et plus populeuse 
que les Beni Saïd, Elle habite toute la réf^ion (jui s'étend 
des Beni Tam Saman aux Azemouren , c'est-à-dire 
aux environs de la vallée des rivières Nokour et R'is. 

Plus éloignée que les tribus précédentes, elle est 
moins connue. Elle se subdivise en cinq fractions; 
nous ne })ossédons que les noms de trois d'entre elles, 
savoir : 

Ait Abdallah ; 
Aït Zian ; 
Marabtin. 

Nous savons qu'un de leurs plus grands villages se 
nomme Mehaouline. 

* Beni OurÎH^ol, iVlhn Khaldoun, qui nous les donne ooinmo ('tant 
des Saidiadjiens ; à l'époque des Alniohades, une tribu des Beni 
Oui'iaji^ol habitait aux environs de Boug'ie. 

Suivant l'auteur de l'histoire des Berbères, les Beni Ouriagol 
seraient aussi issus des Xefzaoua, par conséquent alliés aux R'assaça, 
Mernissa, Zehila. Souiiiata, Zatima, Oulhassa, Medjra, Ourcif, et 
Meklata, tribus sur lestjuelles nous ne possédons, de nos jours, aucune 
donnée. D'après Ibn Khaldoun, les Meklata ont formé : 

Les Beni Ouriagol ; 

Les Gueznaïa ; (les Guezennaïa de Duvejrier). 

Les Beni Isliten. 

Les Beni Dimar ou Rihoun ; 

Les Beni Serain, 

Quelques-unes de ces populations nous sont seules connues actuelle- 
ment. 

On trouve une autre fraction des Beni Ouriar'al, celte dernière, que 
nous rangerons dans les Djebala, est voisine des Beni Zeroual. 



* Gap. de BreuiUe, 1880. 



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338 



GÉ()(;HA1>HIK Pf)ÎITiOrR 



Le caïd de la tribu. Kl Hadj Addou ou Aïssa, filait, 
en 1880, le seul ])ersouua^re hiflueul el iini)ortaul. 

La population totale était évaluée alors à enviroi) 
35.000 ànies, habitant ()00 ou 700 maisons. 

Lesrenseigneuientsidus anciens, portaient la force 
de cette tribu à 80.000 fantassins et 200 chevaux. Ils 
étaient fort exagérés. Les Heni Ouriar'al ne possé- 
daient j)lus de chevaux en 1880 d ils ne pouvaient 
pas mettre en ligne plus de 8.000 fantassins. 

GuEZKNNAÏA. — Los (luezeunaïa, d'après dos rensei- 
gnements recueillis en 1885'. seraient voisins dos 
Heni Ouriar'al et des Béni Touzin. Ils auraient une 
colonie chez les Heni Snassen , car un des villages 
de ce pays porte leur nom ^ Ils seraient également 
voisins des Metalsa. Les Guezennaïa sont exclusi- 
vement berbères, leur territoire est montagneux et 
louche celui des Heni bou lahïïn. 

Béni bou Lahïïn. - Les Jteni bou lahiln sont 
exclusivement berbères*; ils habitent un territoire 
très montagneux, bordé à Touest par les Metalsa et les 
Guezennaïa, et au sud par les Magraoua \ 




' H. D. 

' Ibn Khahloun [ffi.foire des Berbères. I, page 227), ran^re l.s 
Cniezennaïa dans la même i'amille que les Béni Ouriaral. ' 

3 H. D. 

* Voir au chapitre IV ce que nous avons déjà dit à propos des 
Ueni bou lahïïn (Béni bou lahi). 



DU RIF. 



339 



Rrni Touzïn. — D'après les informations (ju'avait 
))u recueillir I )uveyrier, et qui constituent la très faible 
somme de renseignements (pie nous avons sur cette 
lril)u, les Heni Touxin vivraient entre les Gdezennaia 
el les Heni bou hiliïïn. (le serait des berbères [»urs et 
hMir territoire comprendrait les contreforts méridio- 
naux du massif du Djebel Gouin. Les historiens arabes 
ne mentionnent point les Béni Touzin. 

Sanhadja. — Les Sanbadja babilent le bassin du 
haut Ouar'ra, entre le Rif, les Metlioua, Heni Oulid, 
Haiaina et Mezziat. 

Les Sanhadja, isstis de la grande tribu de ce nom, 
issue elle-uiènu> de la partie des Yemenides, (pi'Ifricos 
(Mabliton Ifrikia lorsqu'il envahit le pays, forment une 
ini[K)rtaîile confédération, qui comj)te en partie dans 
le Rif, en partie (îhez les Djebala. 

Klle se divise en trois tribus de Sanhadja : 



Saahadja ' d Serir, qui sont dans le Rif. 
Sanhadja d Reddou. 
vSanhadja d Mousebaa. 



Djebala. 



Une autre tribu de Djebala, les Ketama, comptent 
politiquement et géograpliiquement avec les Sanhadja 
d Serir. 

Les Sanbadja Djebala, aussi bien que ceux du Rif, 
sont soumis à l'ascendant exclusif d'une grande famille 

^ De Foucauld fait observer (page 11), que l'emploi de la particule 
« d ■>, dans le sens de notre préposition « de », e,sl général parmi les 
tribus de tout le Maroc, et particulièrement aux environs de Tétouan. 



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340 



(GÉOGRAPHIE POLITIQUE 




de Cherifs Oulad Sidi Ahmed ben Nasser qui esl 
établie chez eux. Ils en forment la clientèle, lui 
obéissent en tout , et ne reconnaissent pas d'autres 
maîtres. 

Chez les Sanhadja du Rif, c'est le chef de la famille 
qui exerce Tautorité au nom du Sultan. Lors de la 
campagne de 1889, Moulai el Hassan, qui a traversé le 
territoire de la confédération et s'est arrêté trois 
semaines chez les Sanhadja d Serir, pour attendre le 
paiement d'une amende de 300 mulets, sans oser 
s'aventurer chez les Sanhadja d Mousebaa et d Reddou, 
a cependant essayé de détacher ceux-ci du parti de 
leurs maîtres. 11 a nommé deux caids dans la première 
tribu, un dans la seconde, mais les a emprisonnés 
quelques mois plus tard parce qu'ils n'avaient réussi 
à recueillir aucune hédûi. 

En fait, sous réserve de l'autorité d'origine reli- 
gieuse, exercée par les Oulad Akhemlich, les Sanliadja 
Djebala sont complètement indépendants, les Mouse- 
baa surtout, qui habitent dans le Djebel Médiouna des 
villages inaccessibles , où les mulets ne peuvent pas 
monter. Les Sanhadja ont des djemaa pour chaque 
dchar. 

D'après le capitaine Thomas qui accompagnait, en 
1889, l'expédition du Sultan chez les Djebala, on 
diviserait les Sanhadja en trois fractions : 

P Les Sanhadja du Rif. Ils habitent des maisons 
isolées, entourées de jardins, ils parlent le berbère, 

T Les Sanhadja Djebala, qui habitent des maisons 



DU RIF. 341 

agglomérées en villages; ils parlent l'arabe et com- 
prennent deux fractions principales: 

Sanhadja d Reddou 1000 fusils. 

Sanhadja d Moussebah îWX) fusils. 

3" Les Sanhadja d Serir. 

Les Sanhadja seraient en somme un ensemble assez 

hétérogène de tribus arabes et berbères sans autre 

lien (jue celui de la reconnaissance d'une même 

autorité religieuse : ils comprennent les neuf fractions 

principales suivantes : 

Kelania -^000 fusils. Arabes. 

Béni Siddet 300 » Berbères. 

Béni Bou Nesser 1200 > » 

Tarzout 400 » » 

Béni Ahmed 900 » » 

Béni Ouchir 600 » > 

Zerakat... \ 

m • 1 ^ ensemble. oOO » » 

Targuist .. ) 

Béni Kennous 200 » » 

7400 fusils. 

Ils se battent souvent entre eux. 



FRACTmNNEMENT. 

Sanhadja d Beddou. Villages : 
Bcni Krama; Djala; 



Bou Redda. 



Sanhadja d Mousebaa. Villages: 

Aïn Médiouna : Tizeroual ; Bou Adel ; 

Gzennaya ; Béni Salman : Oulad Azara ; 

Bou Knana ; Fennassa ; Tazouta. 

El Menaa ; Béai Gorra ; 



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342 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



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lis subissent Finfluence exclusive des Oulad 
Akhemlich. 

^ La totalité des tribus des Sanhadja, réunit en-aron 
5.000 fantassins. 

Béni Mezdoui et Béni Ammart. - Pamii les noms 
des Iribus éuumérées par Duveyrier sans aucun 
renseipuenient détaillé, nous trouvons les Béni Mez- 
doui et les Béni Ammart. Leurs territoires seraient 
voisins des Saubadja d Serir : d'après la simple mention 
que nous a laissée le savant voyageur, ils habiteraient 
le massif allongé encore inconnu qui sépare la vallée 
où est le grand dcbar de lAïn Berda des Béni Zeroual. 
des tribus de la côte telles que les Mettioua. 

Béni bou Ferah ou Béni Ouperah. — Les Béni 
bou Ferah sont entre les Mestassa, les Béni Guemil à 
l-ouest, et les Béni Iteft. Leur territoire est peu étendu 
et à cheval sur plusieurs petites rivières séparées Tune 
de raufre par des chaînons abrupts et orientés perpeu- 
diculairement à la Méditerranée. 

On trouve chez eux le grand village de Rais Ali. 

lis subissent l'influence religieuse des cherifs 
d'Ouazzan. 

C'est sur la côte des Béni bon Ferah que se trouve, 
dans un îlot, le préside de Penon de Vêlez. 

Les documents espagnols ne donnent aucune infor- 
mation sur cette tribu. 

Leurs principaux villages sont : Idjenanet, Goubia 
Bougara, Aounet, Oulad Ader'ar, Ibaïahiat, Assouani, 



nu RIF. 



343 



Dar lazzi Iakhelaf, Kl Gaoubi, Sidi Abdallah ou Chaïb, 
Béni bou Gueuiat, Zennana. Ils posséderaient environ 
1570 fusils. 

Mettioua el Bahr. — Les Mettioua el Bahr ou 
Mettioua de la mer, ainsi nommés pour les distinguer 
des Mettioua el Djebel ou de la montagne, ces derniers 
étant du groupe Djebala, sont renommés pour leur 
piraterie et leur sauvagerie; ce sont les plus grands 
forbans du Rif. Ils ont pour voisins au sud, leurs frères 
les Mettioua el Djebel, à l'est les Béni bou Ferah, les 
Mesetlasaet les Tazariaret', à l'ouest ils sont voisins 
des R'oniara. De ce côté, leur territoire s'arrête à l'oued 
Ouriuega dans la vallée duquel se trouve un marché 
célèbre dans la région, le Tleta d'Ourinega. 

Il existe dans cette tribu quelques serviteurs des 
cherifs d'Ouazzan. 

Un trouve chez eux le grand village de Bou Hannine 
dont le cheikh, en 1893, était Si Mohammedine. 

BoKOUÏA. — Le pays des Bokouia, appelés aussi 
Bokioua et quelquefois Bekioua, est à l'ouest de celui 
des Béni Tam Saman ; il précède celui des Béni bou 
Ferah et se trouve non loin du rivage qui fait face au 
préside espagnol de Penon de Vêlez. Rien ne nous 
autorise à les confondre avec les Bolouia d'Ibn 
Khaldoun, mais rien non plus ne s'élève contre cette 

1 Petite tribu peu connue et peu importante dont le territoire n'a 
environ que 6 kilomètres de large 



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344 GÉOGRAPHIE POLITIQUE 

assimilation, d'autant que l'auteur de l'histoire des 
Berbères partage la tribu Sauhadjienne des Bokouïa en 
trois branches : les Bacouïa de Taza, les Béni Ouriar'el 
d'El Mezemma et les Oulad Mahali. 

Les Botouïa d'Ibn Khaldouu furent soumis par Abd 
elMoumeu vers 1142. 

Cette tribu se partage en quatre fractions comprenant 
chacune plusieurs villages. Nous allons énumf^rer 
toutes ces di^isions en donnant pour chacune les 
renseignements statistiques que nous poss^^dons. 

V fraction : Izammouren (440 chevaux, 750 fusils). 

Villages : Izammouren (120-200), Guirïach, compre- 
nant <leux grands villages (200-300), Tafanassa (120- 

2*^ fraction : Asakram (370 chevaux, 780 fusils). 

Villages: Asakram (100-150), Asammar (80-150) 
Iboulifen (40-100), Taouassart (40-100), lâabounen (30- 
W), Zaouia Sidi Mohammed Amokran (80-200). 

3^ fraction : Maïa (320 chevaux. 580 fusils) 

(So'Ipoww- f " (30-80), Tizi^30-80), latsmanen 
(80-120), Idjallouten (80-150), Azbarine (100-150). 

t' ^'''^^"" '• "^^g^idit (215 chevaux, 630 fusils) 

^er:2^o):^:i ^ Tvr' '""- 

T- • .,• rd (^0-bO), Bou Rambou (20-70) 

T., Ah (2,«0j, b,„„^„ ,30. . 

IkWo„™ (-20^^,. .M„„, ^,.^^^ ^^. ^^ J; 
La force totale des Bokouia atteindrait donc 2.740 



DU RIF. 



345 



fusils et 1.350 chevaux^ maïs ce dernier nombre est 
évidemment très exagéré. 

Mesettasa ou Mestassa^ — Les Mesettassa sont 
entre les Beui Bou Ferah et les Mettioua el Bahr. 

LesMestassa sont séparés à l'est des Béni GuemiP 
par un pays désert appelé Bou Khachkhach, et à 
Fouest ils sont voisins des Tazariaret^ On trouve 
chez eux le grand village de Mestassa qui peut armer 
300 fusils. 

Mrdiouna. — Les Mediouna forment la dernière 
tribu ({ue Ton compte dans le Rif avant les Fichtala. 
Les Mediouna sont célèbres dans l'histoire du Maghreb ; 
c'était une des tribus juives que trouvèrent les premiers 
conquérants arabes \ Ils sont alliés aux Marila'^ : on 
sait que ces derniers furent les plus puissants des 
Idrissides. 

Béni Iteft. — La tribu des Béni Iteft est bornée à 
l'ouest par les Béni bou Ferah, au sud par les Sanhadja 
dSerir, à Test par l'extrémité des Bokouïa, des Aze- 
mouren et des Béni Ouriaral. 

1 Ibn Khaldoun (I, p. 170) les indique comme frères des Masmoudu 
et des R'omara. 

2 el ■* On n'a pu réunir aucun renseignement sur ces deux tribus. 
* Ibn Khaldoun, I, page 209. 

» On voit encore un dchar de Mar'ila sur le versant méridional du 
Djebel Zerhoun, au pied du Kannoufa, à mi-route de Fez et de 
Meknas. 



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346 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



) 



Influences religieuses: grande zaouïa des cherifs 
de Ouazzan dont le chef, en 1893, était Sidi Abdallah 
WsdeSidiBrahim. cousin d'El Hadj Abdesselam le 
grand chérif de Ouazzan . ' 

Chez les Béni Tteft se trouve une gran.le Kasba, dite 
Knsba El Djenada : c'est un fort occupé actuellement 
par trente cavaliers des ( )udaïa ; c'est près de cette 
Kasba qne se trouve la zaouïa des cherifs de Ouazzan 

Les Béni Iteft se divisent en deux fractions • les 
Asouahel et les Lahouad ; elles disposeraient, réunies 

d'enx-iron 1.510 fusils et 516 chevaux. Ce dernier chiffre 
paraît exagéré. 

Noms des principaux villages des Asouahel • 
Asouahel, Ahardounen, Aouïzakht, Mernissa, Béni 
Chiker, Azriahen, Tir-alin, Snada, Ez Zaouïa, El 
Adoua, Iselhiouen, Samaramar, Aàmaier, Mezoudjen 
El Ars. •' ' 

Principaux villages des Lahouad : Lahouad, Bous- 
mada, Lamsak, Aït Aissa, Achatounen, Boug.falen 
louzaroualen, Baïlen, Ibarhouten, El Hadj Boukar' 
Aït Ghaïb. ' ' 

TsARGuisT. Béni Seddet, Tarzout\ — Le bassin 
supérieur du Ouar^a est encore entièrement inexploré • 
la région qui est limitrophe des Béni Zeroual confine 
au Kil et sépare le territoire de cette dernière tribu des 
populations de la côte méditerranéenne. Les renseigne- 
uients font défaut sur les txibus Tsarguist, Béni Seddet, 

* Jl existe un village de ce nom dans l'oued Souf. (H. D.) 



DU RIF. 



347 



Tar'zout, qui vivent entre les Mettioua el Djebel et les 
Fichtala. 

Ketama^ — Tribu de population restreinte ^ mais 
renommée pour sa bravoure et au passé illustre dans 
l'histoire du Maghreb^ Les Ketama habitent la région 
montagneuse entre les Mettioua et les Fichtala ^ à cheval 
sur les 1 )jebala el les Rifains ; ils comptent dans le Rif ^ 

Tant est grande la rareté extrême des documents sur 
le Rif et l'extrême difficulté d'en réunir les informa- 
tions, que nous ne possédons rien sur cette tribu. 

R^OMARA. — Le pays des R'omara est borné au nord 
par l'oued Sifellaou qui le sépare du territoire des Ben 
Saïd à Tendroit appelé Gaàrsas ; à ce point et à Touest 
vient aussi se terminer la région des Béni Hasan. 
Suivant la courbe que décrit la côte méditerranéenne, 

^ Koloma suivant Kl Bfkri. La villf* actuelle d'Alkassar el Kebir 
(ElKsarEIKebir), à 90 kilomètres S. de Tanger, l'ancien oppidum 
notum. étai! au moven-âge le grand centre des Kotoma et s'appelait 
Souk Kotoma ; c'était la plus florissante cité de cette puissante tribu. 

2 L'origine des Ketama est un sujet de controverse pour la plupart 
des généalogistes arabes. D'après l'opinion généralement reçue, les 
Ketama faisaient partie des Yéménites qu'Ifricos établit en Afrikia 
quand il envahit le pavs. (Ibn Khaldoun, l, page 185.) 

3 Ibn Khaldoun, dans son Histoire des Berbères, 1, page 291, donne 
l'histoire et la généalogie de la tribu. El Bekri lui donne une origine 
masmondienne, et à l'époque d'El Obéid son territoire s'étendait 
jusqu'au Cala-t-ibn-Kharroub, château qui était à une journée de 
Tanger. Le Cala-t-ibn-Kharroiib devait être sur le flanc méridional du 
massif du Djebel Habib, non loin de l'emplacement du Souk Tleta el 
Kharroub qui s'j tient de nos jours et au bas duquel coule l'oued el 
Kharroub. 



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1 




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348 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



DU RIF. 



349 



J 



les R'omara arrivent au territoire des Mettioua el 
Bahr. Dans Toiiest vivent les Ghechaouen. 

Le territoire des R'oniara est donc très étendu : il 
l'était encore davantage au XIV siècle puisqu'il englo- 
bait alors toute la partie de la côte des Botouïa, près de 
Khasasa' (R'assaça), sur une profondeur de cin(i 
journées de marche de la Méditerranée jusqu'à l'oued 
Ouar'ra. L'auteur de l'histoire des Berbères leur assigne 
même tout le pays du Rif jusquà TAtlas et El Bekri 
renferme dans leur territoire celui des Medjekassa 
jusqu'aux en\irons de Nokour. 

A l'époque où écrivait El Bekri , le territoire des 
U'omara touchait dans Touest au Derega''. contrée 
dont le nom antique nous est parvenu sans que nous 
puissions de nos jours encore en établir l'assimilation. 
Le même géographe arabe nous indique quelques 
fractions des R'omara : les Béni Nefgaoua et les Béni 
Homeid qui habitaient les bords du Laou. De là on 
passait chez les Béni Messara, tandis qu'à l'extrémité 
opposée, à roccident. on rencontrait l'oued Ilian qui 
coule dans la région médiane entre Tanger et Geuta et 
qui marquait alors la limite des R'omara à un territoire 
qu'El Bekri nomme Kerouchet ". 

* Ibn Khaldoun. I, p. I94. 

'- Ibn Khaldoun. Histoire des Berbères, II, page 133 et suiv. 

.f '. ^,\^I'!^" "'"'! '""' ' '" ''''*'"'^ '^'"'^ '■^'«' '^^ P««t« de ïetouan 

* P. 246. 



Edrisi fixe la limite occidentale des R'omara au petit 
port d'Anzelan, localité florissante, bien habitée et 
située de son temps à environ 15 milles de Tétouan. 
Les R'omara sont demeurés dans leur territoire au 
moins depuis les premières invasions musulmanes, 
et nos connaissances au sujet de leur histoire ne 
remontent pas au-delà de cette époque. 

Plus tard 1" empressement des R'omara à se rallier 
aux Almohades leur valut la faveur constante de cette 
dvnastie'. ensuite ils obéirent"' aux Mérinides ; mais 
dans rhistoire moderne du Maghreb, depuis l'arrivée 
des dvnasties arabes, ils interviennent comme les plus 
grands fauteurs de troubles. Sous les Saadiens^ en 
1585 5 uu certain personnage du nom d"El Hadj 
Karakoucb se mit à la tète d'une insurrection dans les 
montagnes de R'omara et de Habeth^ Cet agitateur qui 
prenait le litre de « prince des croyants », se mit à la 
tète d'un gros mouvement insurrectionnel qui ne prit 
lin qu'après qu'il eut élé tué. 

Sous le sultan Sidi Mobammed ben Abdallab ben 
Ismael (vers 1758), la cour cbérifienne dut organiser 
une véritable expédition cbez les Romara, que le 
souverain lui-même commanda pour y combattre le 
Marabout el Arbi Aboussokour El Kbamsi qui avait 

^ Ibn Khaldoun, II, p. 156. 
2 Ibn Khaldoun, II, p. 157. 
^ Nozhet elHadi, p. 265. 
* Localité inconnue. 



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350 GÉOGRAPHIE POLITIQUE 

levé l'étendard de la révolte. Quand l'insurrection 
fut domptée, que le rebelle eut été tué et que sa 
tête eut été expédiée à Fez pour y être exposée, le 
Makhzen marocain donna le commandement de la 
tribu au pacha El Aïachi en lui assignant Chechaouen 
comme résidence ', 

Actuellement, la région des R'omara est une des 
contrées du Rif les plus difficiles à aborder. L'expédi- 
tion du Sultan , en 1889, n'a pu s'y engager, et l'in- 
transigeance du fanatisme et de la haine de l'étranger 
sont portés au comble chez ces montagnards \ 

Comme influences religieuses, on peut citer quelques 
serviteurs de la famille de Ouamn, il existe une zaouïa 

t\ nto' '°''' ^^^"""^ ^^^^ '' "^«^^^ddem Si 
lahar 1893;, mais l'influence prédominante est celle 
des Oulad Abdesselam ben Mechich. 

Aujourd-hui, presque tous les R'omara parlent arabe 
et sont considérés pour ce fait, par le vulgaire, comme 
étant arabes. 

Une seule de leurs tribus, a-t-il été rapporté à 
Duveyner celle des Béni Bou Zerane, a pourtant 
conservé la langue originelle. 

Les Béni bou Zerane sont affiliés à l'ordre religieux 

' Voir pour plus de détails sur les relations dp« R' 
70.000 habitants avec 20.oltils ^ --Pt-.ent plus de 



DU RIF. 



351 



de Sidi Ahmed El Filali, et ont une tradition suivant 
laquelle le pays des R'omara appartiendra un jour aux 
chrétiens , sauf pourtant le territoire occupé par la 
fraction et la ville de Chechaouen. 

Benî Saïd. — Les Béni Saïd habitent sur le littoral 
entre le Rif et Tetouan ; ils sont séparés des R'omara 
par l'embouchure de Foued Sifellaou , à l'endroit dit 

Gaâsras. 

C'est une petite tribu de Djebala^ en partie rifains. 
Dans la montagne des Béni Hasan, dont ils occupent 
le versant est, les Béni Saïd habitent des dchour assez 
resserrés et se livrent à la culture de l'olivier, arbres 
fruitiers, etc. Dans la plaine ils font des labours. 
On trouve chez eux quelques pêcheurs des anciens 
Baharîa de Tétouan. 

Les Béni Saïd relèvent du pacha de Tétouan qui 
nomme leur cheikh. Ceux de la montagne sont peu 

en main. 

Ils forment trois fractions ayant chacune son 

cheikh : 



Benî Mesreg, flans la montagne. 
Cherouta el Outa 
El Msa 



dans la plaine. 



11 existe dans cette tribu une influence locale très 
importante, celle du feki ' Ould Alouen , chef d'une 
famille nombreuse, riche, très hospitalier et qui a 
complètement à sa dévotion les gens de la montagne. 



* Feki : secrétaire. 



H , 



ii! 



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352 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



> 



On rencontre également, chez les Béni Saïd, 
quelques familles de cherifs : 

Cherifs Oulad ben Resoul, chez les Gherouta el 
Outa et El Msa. Cherifs Oulad el Bekkal, chez les Béni 
Mezreg. 

En fait d'influences religieuses, on cite chez les 
Beni Saïd quelques Kadrïa, relevant de la zaouïa El 
Bar'dadi de Tétouan. 

On mentionne encore une grande zaouïa Derkaoua 
à Anasel, relevant de celle des Andjera. C'est la plus 
importante et la plus influente. 

On trouve également chez eux de nombreux servi- 
teurs des cherifs d'Ouazzan. 

Les Beni Saïd, quoique voisins du Djebel Alem, y 
vont peu. C'est de leur tribu qu'était le meurtrier de 
Sidi Abdesselam ben Mechich, et ses descendants, les 
Beni Touadjiin, ne peuvent, à en croire une tradition 
répandue, monter à la Koubba du marabout, les jambes 
leur manquant en route. 

Le personnage influent de la tribu était Si Mohammed 
er R'assouli, en 1893. Il demeure sur loued Sifellaou. 

On compte chez les Beni Saïd environ 1.000 fantas- 
sms armés, la plupart de fusils à tir rapide. 

Beni Madaan. - Les Beni Madaan (Beni Naadan de 
la carte marine), occupent le territoire qui s'étend 
jusque dans les environs de Tétouan; cette tribu est 
bornée au sud par les Beni Saïd et à l'ouest par les 
hautes montagnes des Beni Hasan. 



DU RIF. 



353 



Chechaouen. — C'est un Ksar du massif du djebel 
Alera, ne dépendant ' pas des tribus voisines. 

Il fut fondé par les Andalous après l'expulsion 
des Maures d'Espagne. 

On y compte deux fractions principales : Garnata et 

el Hadara. 

Ce ksar est à peu près indépendant, quoique ayant 
un caïd. Il est surtout sous l'influence d'une famille 
de cherifs Oulad Mechich, les Oulad el Mahdjich. 

Tous les habitants, Andalous ou autres, sont servi- 
teurs dévoués de Si Abdesselam ben Mechich. De 
Foucauld est le seul européen"^ qui ait réussi à visiter 
cette petite ville, un des centres du fanatisme le plus 
intolérant de tout le Maroc, et qui nous en ait rapporté 
une description. 

Chechaouen, « Ech Chaoun » suivant la véritable 
orthographe arabe , est une ville ouverte adossée au 
Djebel Mezedjel ^ qui élève à pic la haute muraille de 
ses roches au-dessus des constructions. 

Chechaouen est enfoncé dans un repli de la monta- 



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n 



», 



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^ De Foucauld écrit pourtant que le territoire de la ville dépend 
des Akhmas. 

^ Il convient de citer, toutefois, le récit que Walter Harris publia, 
il V a quelques années, dans le Bulletin de la Société de Géographie 
de Londres, relativement à l'essai qu'il tenta pour visiter Chechaouen ; 
malgré son énergie et son courage personnel et bien que travesti 
sous des habits maures, il dut y rejioncer et manqua d'être tué sur la 
route. 

^ Le Djebel Mezedjel, identique au Djebel Beni Hasan, nVst que la 
continuation de ce dernier, sous un autre nom. 

23 



*; 




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354 



GÉOGMPHIE POLITIQUE 



ï 



gne, et on ne découvre le Ksar qu'au dernier moment. 
Avec son \ieux donjon à tournure féodale, ses maisons 
couvertes de tuiles, ses ruisseaux qui serpentent de 
toutes parts, on se croirait bien plutôt en face de 
quelque bourg paisible des bords du Rhin, que d'une 
des villes les plus fanatiques du Rif. En avant de 
Chechaouen s'étendent de riches jardins et vergers qui 
couvrent un immense espace ; la ville est renommée 
pour l'excellence de ses fruits. 

L'arête rocheuse sur laquelle est construite Che- 
chaouen , s-appelle Kef et Thaaban , le rocher du 
Python. A Chechaouen, on estime que la population 
mAle armée de fusils, en gTande partie à tir rapide, 
attemdrait 700 hommes. 

La très courte énumération des tribus du Rif, qui 
précède , n-est qu'un témoignage trop apparent de la 
pauvreté de nos renseignements sur cette région. En 
effet , si nous connaissons, à grands traits, le nom des 
principaux groupes de ces populations, nous ignorons 
par contre, et pour la plupart, jusqu'aux appellations de 
diverses tribus, quelquefois les plus importantes de 
cette contrée. 

Les indigènes du Rif ne se fixent guère en dehors 
de leur pays d-origine; on en trouve peu à Fez, et à 
Tanger ceux qui y sont établis avec leurs familles, qui 
ont formé une colonie prospère et nombreuse, y sont 
installés à demeure depuis longtemps et ne peuvent 
être pns comme exemple. C'est donc une preuve de 
1 attachement de cette race pour son sol natal, que son 



DU RIF. 



355 



désir d'y rentrer chaque année, au retour du mouve- 
ment d'exode considérable qui s'y produit depuis notre 
établissement en Algérie. Par centaines, en effet, les 
hommes du Rif viennent dans notre colonie prendre 
leur part des peines et des avantages des travaux qui 
s'y exécutent, y faire la moisson, la vendange, etc. . . La 
plus grande partie des terrassements et des construc- 
tions déroutes, aussi bien que de chemins de fer, ont 
été en Algérie, effectués par les bras de ces berbères 
dont l'énergie, la résistance et la capacité au travail sont 
merveilleuses. C'est encore dans le nord du Maroc, 
et en faisant appel à ces mêmes éléments que Ton est 
venu recruter, il y a quelques années, les ouvriers 
destinés aux travaux du chemin de fer du Sénégal. 
Malheureusement Tinfluence de notre civilisation 
sur ces esprits n'est que relative, le spectacle de Tordre 
qui règne chez nous enivre leur sentiment d'indépen- 
dance et, pure (luestion d'atavisme, ils n'en préfèrent 
que davantage leur état social où la justice est rendue 
suivant le bon plaisir du plus fort et du plus courageux. 
Il semble qu'ils nous croient faibles , parce que nous 
leur ouvrons notre pays et recourons à leurs bras en 
leur permettant de gagner en deux ou trois mois de 
quoi payer leur voyage et vivre chez eux le restant 
de l'année. Ils se croient forts et redoutés, parce que, 
non seulement nous ne nous imposons pas à eux, mais 
aussi et surtout parce que, i)as plus l'autorité du 
Sultan que celle de l'autre puissance avec laquelle ils 
sont en contact (nous voulons parler de l'Espagne) n'a 



?< 




356 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



encore pu s'exercer d une manière efficace et perma- 
nente contre eux. 

De Tanger sur la côte, l'itinéraire projeté par 
Duveyrier eût embrassé toute la contrée de Tétouan à 
R'assassa et à l'oued Kerl, puis, dans l'intérieur, le 
voyageur aurait rayonné, et des Béni bou lahîin serait 
venu déboucher à Fez en passant par tout le groupe 
intérieur inconnu des Guezennaïa, des Béni Touzin 
des Ketama, des Sanhadja, des Mettioua el Djebel et 
des Fichtala ; à cette dernière tribu il serait arrivé 
dans le territoire des Djebala. D'après les renseigne- 
ments qu'il avait recueillis, les populations qu'il 
devait rencontrer étaient ainsi groupées : 



Béni Ouriar'al. 
Bokouïa. 
Béni Ileft. 
Targuist Tsarguist). 
Béni Mezdoui. 
Béni Ammart. 
Marnissa. 
Sanhadja. 
Béni Seddet. 



Tar'zoût. 
Ketama 
Béni Zeroual. 
Boni Hamid. 
Béni Messara. 
R'ezaoua. 
Er Rona. 
Ouazzan. 



D'autres indications lui avaient permis d'établir ainsi 
qu'il suit la liste des tribus placées sur le commen- 
cement du chemin des Béni Tam Saman à Fez. 




Béni Ouriar'al. 
Guezennaïa. 
Béni Touzin. 
Béni bou lahïïn. 
Béni Hamid. 



Mettioua. 
Béni iNal. 
Ar'saoua. 
Béni Zeroual. 
Medjkasa. 



DU RIF. 



357 



Les tribus qui bordent le Rif entre Tétouan et Fez 
ou, pour parler avec plus de précision, qui s'étendent 
entre Chechaouen et le Djebel Moulai Bou Gheta en 
passant à Test <le la ville de Ouazzan, sont insoumises 
et célèbres par leurs brigandages ; les caravanes évitent 
avec soin leur territoire, les courriers n'osent y passer, 
on leur prend leurs lettres et leurs vêtements; les 
tholba eux-mêmes ne s'y aventurent ([u'à la condition 
d'être à peu près nus. De Foucauld cependant se 
persuada plus tard que si la route de Tétouan à Fez est 
impraticable, il n'en est pas de même de celle de Fez à 
Tétouan ; en effet, les cherifs idrissides ont une assez 
puissante influence sur ces populations pour permettre 
d'accomplir un tel voyage. D'après ce voyageur, les 
tribus écbelonnées sur la limite du Rif entre Tétouan 
et Fez, seraient à partir de Tétouan : 



Les Béni Aouzmer. 
Béni Hasan. 
Akhmas. 
Reliona. 



Béni Zeroual 
Béni Hamid. 
Gheraga. 



On rencontre des Israélites dans le Rif. Entre 
chrétiens et musulmans le Juif a été autrefois au 
Maroc l'interprète inévitable parce qu'il savait Tespa- 
gnol et la langue des pays où ses pères avaient vécu, 
et même aujourd'hui, il sert souvent d'intermédiaire, 
bien que la connaissance de la langue arabe soit plus 
répandue chez les Européens. 

En terminant cette' étude du Rif, nous dirons ici 



I . 



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358 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE 




quelques mots de deux \illes de cette rt^gion , 
aujourd'hui dis])anies : Tezzota (Tazouta) et Nokour. 

Tezzota. — Ouaud les Ifeui Merin envahirent le 
Maghreh et s"en partagèrent les provinces, les Heni 
Ouattas ohtinrent le Rif; la campagne de cette région 
leur servit de séjour, et les cultivateurs ainsi ({ue les 
villes devinrent leurs tributaires. Tezzota ou Tazouta ', 
un des châteaux les plus forts dti Maghreb, s'élevait 
chez eux dans le Rif et appartenait aux Reni Merin. I^es 
l)rinces nés d'Abd el Hak'^ attachèrent une telle impor- 
tance à la conservation de cette place qu'ils en 
donnèrent toujours le commandement aux plus habiles 
de leurs généraux. Elle servait à lenir en respect les 
Reni Ouattas ^: elle était construite sur cette montagne. 

Tezzota fui détruit au VHP siècle par l'armée du 
Mérinide, Abou loussof Iakoul : elle reflorit plus tard 
après la prise de R'assassa i)ar les Espagnols. 

Nokour. — Lors de la conquête musulmane, les 
vainqueurs se partagèrent les cantons et les provinces 
du Maghreb et. à plusieurs reprises, ils obtinrent des 
khalifes l'envoi de nouvelles troupes afin de faire la 
guerre aux Rerbères. Ibn Khaldoun nous a appris que 
dans l'un de ces premiers corps de troupes, lesquels 

' Voir Renou. Description du Maroc, p. 33fi. 
Détruitr au con.nipncpmpnt du XW siècle par les Boni Merin. 
elle reflori» après la prise de R'assassa par les Espagnols. 
' Les Mérinides. 
' Ibn Khaldoun, tome IV, p. 135. 



DU RIF. 



359 



étaient composés d'Arabes, se trouva un chef himyérite 
appartenant à ceux de l'Yémen et nommé Salah ibn 
Mansour. Ce guerrier s'appropria le territoire de 
Nokour qu'il obtint, dans la suite, en 709, du khalife. 
Telle est l'origine du royaume de Nokour'. véritable 
centre de l'occupation arabe dans le Rif. 

Salah commença de rassembler autour de lui les 
tribus R'omariles et Sanhadjiennes, et après les avoir 
converties à l'islamisme, il maintint son autorité avec 
leur appui. Ayant alors pris possession du pays des 
Reni Tant Saman, il propagea rapidement la notivelle 
religion parmi toutes ces populations. Ibn Khaldoun 
assure tpie Nokour est la même ville qui portait de ses 
jours le nom dEl Mezemma"''. Il semble y avoir confusion 
dans son esprit, car Roland Fréjus, le seul Européen 
([ui ait pénétré en ces parages et nous en ait laissé une 
description, a mis trois heures de marche d'El Mezemma 
à Nokour qu'il qualifie de bourg dans une vaste plaine. 
Quoi (pi'il en soit, le Nokour actuel, lieu sur lequel 
nous n'avons guère de renseignements, est situé entre 
deux rivières dont l'une, l'oued Nokour, descend du 
pays des Guezenna'ia où il prend sa source dans la 
même montagne qui donne naissance au Ouar'ra. 
L'autre rivière, appelée l'oued R'is, sort du pays des 
Reni Ouriar'al et verse ses eaux dans l'oued Nokour 

1 Pour une description du territoire de Nokour, voir Ibn Klial- 
doun, tome II, page 137 ; les limites antiques indiquées n'ont qu'un 
intérêt historique. 

' Voir Alhucemas (préside espagnol). 



/.. 



r 



360 INFI.nKNCES RKl,I(iIKUSES ET POLITIQUES 

auprès d'Agdal : plus loin elles se sfSparent l'une de 
l'autre et vont se jeler daus la nier en face du Penon 
d'Alhucenias. 

En ranuf'e 7(51, les Normands (Madjous '), arrivèrent 
avec une Hotte et sVtant emparés de Nokour, ils la 
saecaKèrent pendant huit jours, nniis ils en fnrent 
expulsés i)ar les Horanès (pii sVtaieiit ralliés autour de 
Saïd, petit-fils de Salab ilm Mansour. Nokour, dans 
la suite, devint le centre de royaumes berbères et 
plus tard celui de la résistance aux dynasties arabes. 

' Les InHdèlrs. 



1 



DU NORD-EST DU MAROC. 



361 



CHAPITRE VIIL 

Influences religieuses et politiques * du Nord-Est 

du Maroc. 



ZAOr'iA l>F MOTII.A IDRIS SKR IR A FRZ 



Cherifs Jdmsfdes ou Drissîin. 
Le chapitre de la Zaouïa ou le couvent de Moula 
idris de Fez est tout puissant dans le Rif. Au cours de 

1 On no (railcra ici quo de la n'f^ion du Maroc septentrional, qui 
s'arrête à la latitude approchée de Taza, Fez, Meknas. Les jurandes 
influences po!ili<pies, qui s'exercent dans celte contrée, puisent leur 
puissance dans la noidesse religieuse de leurs chefs. On les divise en 
deux groupes ])rincipaux : 

Les Drissiin ou descendants de Moula Idris enterré au Djebel 
Zerhoun : les Alaouïn ou descendants de Moula Ali. mort au Tafilalet. 

Les Drissiin ont donné naissance à toute la postérité de Moidai 
Taïeh de Ouazzan. à celle de Moulai el Fedil, famille influente chez les 
/aiane, à celle de Moulai el Madani, famille influente chez les Béni 
Methir, et enfin aux nombreux descendants d'EI Amrani, originaires 
de Fez, 

Les Alaouïn ont formé la dynastie des sultans actuels, et aussi la 
famille du fameux chérif el Derkaoui du Tafilalet, et enfin la descen- 
dance des chérifs de Kçabi Ech Cheurfa. 

Pour la description de Fez, voir la monographie de cette ville, 

tome IL 

- Il ,Y a deux Zaouïa des Drissiin ou. pour parler avec plus de 
précision, deux centres d'influence qui puisent chacun leur action 



> 



362 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

raperçn historiqno qui pr(H-<^(le. nous avions examiné 
les lions politiques qn\. anx .liftVirentes (époques de 
l'histoire, ont rattaché les poi)ulalions de cette partie 
«iu nord dn Maroc à la descendance de Mouh, l.jns. 
( les liens existent encore très vivacesaujonnriini. mais 
ils s'exercentbien plutôt par la personne des mokaddem 
ou intendants de hi grande mosquée de Mouht Idris 
et .le son entourafre. Ce milieu ' religieux et intellectuel 
est très influent à Fez, il est même redoutable pour 

dans 1. rult. d dans la vôn-VaHon d. rharnn d.-s deux ton,b.-aux 
1 un d Idns 1. père ou Idris el Kebir, H rautn- d'Idris l. fils ou Idris 
Vr ,r L. mausol V du pivmi.r s. frouv. dans un. dos ^orires du 
lyho Znrhoun. à -24 kilomôtres nord d. M.knas, on faco dos n,inos 
de \olub.].s : lo tombeau du second est dans la grande mosquée dite 
descheurfa à Fez el Bâli. 

La dévotion des fidèles a fondé autour de la Zaou.a do Moula Idris 
au Zerhonn. une véritable petite ville, peuplée presque exclusivemonl 
de ehonfs ou descendants du Saint. Ces derniers sont réms par des 
ponvomeurs nommés par lo sultan et pris dan. la famille des 
Alaouïin. 

Le Sultan leur donne une solde fixe ; ils résident près d„ tombeau 
objet de la vénération, mais relèvent dun gouverneur suprême qui est 
a Meknas. appartenant aussi à la même famille, mais recevant les 
ordres des uléma de Fez. La zaouïa du Zorboun dépend donc de celle 
de Jez. elle ne pa.e toutefois aucun impôt, chaque fois que le Sultan 
.V y.ent en dévotion, il donne on général 500 francs à la mosquée et un 
présent de .,.000 francs chaque année. 

' Vu .su,-pl„s. presque tous les ordres religieux du Maroc sont 
oprose,.tes a Fe... p«r des Zaouïa ou couvents do ces confréries. Car 
ez est le contre des études théologiques du Maghreb, les étudiants 
^ arnvent en foule etv forment un véritable parii indépendant. On 
ne rouve plus non cependant dans ces bibliothèques si fameuses au 
n^,en-âgo : elles ont été dévastées par une théocratie étroite qui 
condamne comme .mpure. jusqu'aux études d'histoire. Parmi les 



DU NORD- EST DU MAROC. 



363 



rauiorilé du Sultan dont il contrôle, criti(|ue et combat 
parfois la poliliciue. possède une autorité morale très 
niande, et souveraine même, chez certaines tribus 
(l'une gninde partie du Rif. Des confréries telles ((ue 
les Tiïïbia ou les Derkaoua, y ont aussi de nombreux 

piincilKilcs Zaouïa. <m cilcra l*'s suivantes : Ordre des Derkaoua ; 
Zaouïa de Sidi Ahmed el B^duoiii el Zaouïa de Sidi Moiiammed el 
llarrak. qui soni les Zaouïa mères des deux hranchr's les plus 
n'-pandurs dans lr R'arh. Ordre des Tidjania : Zanuïa, mère des 
Tidjania du Maroc, eonnue sous le nom de Zaouïa Sidi Ahmed 
Tedjini: <m trouve aussi um' petite Zaouïa à Fez djedid. Ordre des 
Taïhia : Zaouïa dépendant de î)ar Ouaz/an et centralisant toutes les 
relations de cet ordre au (îourara et au Touat. 

On Ii-ouve encore une importante Zaouïa de Sidi el R'azi, puis une 
î.ulre d'El Kacemiin de Sidi Kaceni des Clierarda, et un couvent 
d'Aïssaoua. avec des rlahlissenienfs pour leurs sous-sectes des 
Seiianiin. des Harnacha et des Dr'oriin ; et enfin les Kadria ont à 
Ras Tiallin. une Zaouïa (pii a pour chef un chérif Kadri, du nom de 
Mohaimued el Kadri. .saint lumime très vénéré et respecté. Rien que 
capitale du Maroc septentrional et parfois .séjour préféré des Sultans, 
Fez a une existence politique îiutfmome, et quoiqu'elle soit la princi- 
pale résidence des agents du jjrouvernenienl, candidats, titulaires en 
fonctions ou anciens emplovés de fout rancr, cette ville a toujours 
été un centre d'opposition, très difticîle à manier, prompte à 
s"insur<rer, portée à la jruerre civile et où la plupart des Sultans n'ont 
pu se faire admettre que les armes à la main. Ses habitants, en effet, 
n'ont cessé déjouer un rôle très actif dans les élections impériales, et 
ce qui leur donne un caractère aussi fnmdeur, c'est la présence des 
nombreux cheurfa qui v résident auprès des tombeaux des saints. La 
masse de la population demeure cependant étranj^ère au.; tluctualions 
de la politique impériale, à l'exclusion des uléma, qui ont une 
inlluence maniuée sur le Sultan, et dont les conseils et les requêtes 
sont toujours animés d'un esprit très étroit, très théocratique et très 

hostile aux Européens. 

Connue familles religieuses, nous citerons les chérifs Drissiin el 
les Alaouiin, puis les Sekalliin, les Tahariin (venus d'Andalousie), les 



r 



^ 



.%4 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

adeptes : Taotion de la i.reniière, qui inspire le ^^roupe 
politique de la maison de Ouaxzan, sera «^tndiée j.lus 
loin, et il convient de citer en tout premier lieu la 
zaouïa de Moula Idris '. 

En effet, Finfluence du mokaddem en chef de la 
zaouïa de l^V., Si Va- Rami, ou, pour parler plus 

Yamaniin vonus d„ Y..,^on. l.s K.lnniin, l.s Harakiin venus do 
Nrak Los A aounn rop.vsont.nl suHoul lo parli du p,„vn-nemenl 
.r son. pour la p]„pa,., d-s nH.mlnvs do la ra„,i]l.. du Sultan, iVôros' 
oncles o( cous,ns. Los D.issiin, dosoondanis do Moula Idns So.'i,' 
pa non do la vdlo, (bnuon. la vôn.ahl,, „..,,,,,,„ ...ligiouse do Fez ' 
0„,re les ohér^s de la Zaouïa. qui ..opnVn.on. la lignée la plus 
d.rec du fonda.ou... i,s eo„,p,.n. quelques n,on.b,.os dos branche 
co latérale. Hs que Si Dris el Al,edin el 0„a..ani, dont l'intluonco 
est pnmord.ale ehe. les R^iata. Très uon.broux. mais en .,-nénd 
assez pauvres, les Drissiin Jouissent d'une réelle considération et 
fo-wn, un part, très ren.uanl. Après eux. les seuls qui n^éntent un 
rnen ,on spoc.alo. son, les Harakiin. qui ont acq is une ré en"e 
m..,ra,.on, due à la situation de fun d'eux. I Moha.n. I 
Harak,, qu, fut n,okadden, d'une zaouïa do (îu.rnis à Fez Pour 

tormmor. nous nionfionnorons les cl.érifs FI T.V^;;n f . T 
Tl.^iko „ f ■ . uKriis t<,i j<rsiin. traction de 

Tho ba. qu, fourn.ssont le Kheteb ou chapelain du Sultan L'étude du 
...-le d adnnn,s,ra,ion et de con>n>anden.ent dos cheurf des 

u en,a qu, tonnent des castes distinctes dans la population non 
en.ra,nera.t dans des développements qui ne .sauraient '..uv: i'ciZ 

_^^ (Voir Monographie de Fe., tome III, e, Administration du Makhzen 

d./nc;:d'drîf '^'^"-^""""-^ "-''"'' ^''"'^ ^^ '« P"'™'"*-n 
(DnrJrier " "'""™' ''""'^ ''"' « >'%«' ^^ I^-Phète. 

i-;zTr:r;rrXrtrr:.^^^^^^^^^ 



DU NORD-EST DU MAROC. 



365 



exacleiuent, Sidi Dris Zine El Abedine^ est immense 
sur tout le groui»e de population ([ui s'étend des bords 
de rinnaouen ^ aux rives de la Méditerranée, c'est un 
lionime considérable au Maroc =*; en bien des lieux, il 
est plus puissant ([ue le Sultan ; presque toutes les 
tribus (comprises <lans la région que nous venons 
d'indi(iiier obéissent à ses moindres volontés : ont-elles 
des affaires à Fez, c'est lui qui s'en charge ; le Sultan 
(lésire-t-il (jucbiue chose de Tune d'elles, il s'adresse à 
lui. Aussi la famiUe des intendants de la Zaouia ', qui 
remplissent leurs charges de pcre en tils, est-elle 
vénérée à l'égal de celle de Moula hlris même, et le 
vulgaire confond les deux dans une unique vénération ; 

ï Si Dris Zinc cl Ahcdiin^ est mort eu novembre 1893. Son fils 
Sidi Abdessehim, qui a de grandes propriétés et une réelle influence 
chez les R'iata, lui a succédé. Ou avait un instant parlé du chérif 
Si Ahmida ben Thsami el Ouazzâni pour prendre cette importante 
situation. 

^ 11 est impossible de déterminer avec précision le partage des 
iniluences religieuses. On peut cependant établir que les R'iata et 
une grande pai-tie du Rif, obéissent au chapitre de Moula Idris, ou à 
celui de Moulai Abdesselani ben Mechich. Les Tesoul, les Branes, 
les Meknassa, beaucoup des Béni Snassen, des (xuelaïa, des Béni Tara 
Sainan, des R'omara, des Sanhadja et tout le groupe des tribus 
Djebala, les Masinouda, les Sarsar, les Rehona , dépendent de la 
maison d*' Ouazzan. 

^ Par riniluence personnelle de ce personnage le Makhzen marocain 
exerce un semblant d'autorité chez les R'iata. 

^ 11 n'est ici question que de la Zaouïa de Fez , l'importance 
politique du couvent du Zerhoun étant tout à fait secondaire et 
dépendant au surplus des chapitres de la grande mosquée de Fez el 
Bâli. 






h fil 



> 



366 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

comme la descendance de Moula Idris est fort nom- 
breuse, on a dû réglementer la distribution des 
nombreux dons en nature et en argent, qui affluent 
au tombeau du Saint. Cest le mokaddem (jui préside 
à ces opérations, et ne sont admises à particijjer à ce 
revenu de la zaouïïi que deux classes : P les familles 
résidant à Fez et Meknas, au nombre dune soixan- 
taine ' ; 2" celles qui font partie de la descendance 
de Moulai Abdesselam ben Mechicb. 

On sent donc Thabileté et le tact politi({ues que doit 
posséder un tel personnage, mais aussi on devine la 
considération, le prestige, le pouvoir qu'il détient. 

D'autre part, l'action de la zaou'ia de Fez est double- 
ment puissante, puisqu'elle s'exerce grâce à son propre 
prestige et parce qu'elle agit en vertu de son autorité 
sur la famille des Oula(i Abdesselam ben Mecbich 
qui, de leur côté et comme parallèlement, ont une 
influence souveraine sur une grande partie du Kif et 
de la région des Djebala. 

A l'heure présente, Faction politique résultant de la 
noblesse religieuse de la zaou'ia de Fez sur les tribus 
qui nous intéressent est entièrement prêtée, donnée au 
Makhzen marocain par le chapitre de cette zaou'ia, ou 
au moins dans la limite où cette influence peut 
s'exercer sans nuire à ses propres destinées. Il est 
clair, en effet, que l'indépendance morale où vivent les 
populations du Rif et la rébellion efleclive où se 

* De Foucauld. 



DU NORD-EST DU MAROC. 



367 



plaisent parfois ces indigènes s'accommoderaient mal 
de ressentir la pression de la cour de Fez à travers la 
direction sinrituelle (jne leur a toujours donnée le 
groupe de Moula Idris. Aussi bien, les membres de ce 
dernier sont de troi) habiles politiciens et ont une trop 
grande expérience pour ne pas éviter cet écueil. On 
peut donc croire (jue, malgré certains dissentiments 
réels ou simulés avec la cour du Sultan, c'est encore 
par le moyen de cette influence religieuse que s'exerce 
le plus sûrement, et en tout cas le plus fréquemment, 
le gouvernement de Sa Majesté chériiienne. La cour 
marocaine n'a pas de plus sûr moyen de faire prévaloir 
sa politi(iue intérieure que d'opposer tour à tour, pour 
les énerver et les détruire, les influences locales^, et 
([uand elle les juge invincibles ou trop redoutables, 
elle se les concilie par des cadeaux et même par des 
alliances contractées jusque dans la famille ou le harem 

du Sultan^, 

Mais de cette action politique dont nous percevons 
les grands traits, rien ne peut encore, dans l'état 
restreint de nos connaissances sur le Maroc, nous en 
faire discerner les détails. Il nous aura sufli d'esquisser 
le côté de la politique intérieure du Makhzen pour en 
faire saisir l'importance. 

» Nomination, en 1884, à Ouazzan, comme caïdd'Md el djebbar, 
cousin du grand chérif, mais ennemi particulier. 

i Lella Mekeltoum, une des sœurs de Moulai El Hassan, était 
mai-iée à Si Mohammed el Aiiirani ; elle mourut en 1889 à Meknas. 



■■£^i 



I 



368 



INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 



DU NORD-EST DU MAROC. 



369 



OULAD ABD ES SEI.AM BEN MECHICH. 



> 



CheHfs Béni Arovss. Akhmas, Soumata et ehenfs 

de Chechaonen. 

Nous verrons plus loin quel est le territoire des 
Béni Arouss ' ; il nous reste à examiner rinfluence 
religieuse et politique de cette tribu de clierifs. 

Les Béni Arouss vivent du produit des oHrandes 
religieuses ou Ziara apportées au tombeau de Si Abd es 
SelanibenMechich, qui leur sont données, aussi bien 
que du produit, pendant un mois chatjue année, des 
quêtes et des dons recueillis à la grande mosquée de 
Moula Idris de Fez. A cet effet, ils désignent un certain 
nombred-entre eux <,ui vont en députation passerledélai 
indiqué à la zaouïa. Ouant au sanctuaire "^ d'Abdesselam 
ben Mechich, c'est un lieu de pèlerinage où se rendent 
la plus grande partie des Iribus des Djebala et de la 

^ Voir chapitre X « Bjehala ». 

^ Le Djebel Alan, ou Djebel Moulai Abdesselam est une montagne 

tuée au centre du massif qui s'étend de Tétouan à la vallée de l'oL 

d Xouss, et H une journée de marche de Tétouan dans le Djebel Béni 

nasan. La vivait, au commencement du VIF siècle de THéffire un 

i"r ^1 plus révéré du Maroc. Sidi Abdesselam ben Mechiclf II 'était 

' laien. r , • : "^""''^ '" '"'"■'''^ ""^^^ '^-' quelques-uns 

oZ ^'"":!'^"," représentait, à ce titre, la tradition de la 
ouvera.nete nationale et l'élément berbère, et personniliait en outre 

manques qu. se succédaient au Maroc depuis l'arrive^e des Fatimides. 



partie occidentale du Rif. On peut avancer que le culte 
rendu à la mémoire du Marabout forme un lien assez 
puissant pour unir ces populations dans une sorte de 
confédération reli^âeuse*. Toutes niarcheraient groupées 
sous Fétendard de leur saint, de leur patron. Quoi qu'il 
en soit, Abdesselam ben Mechich ayant transmis à 
son élève Abou el Hassan Ghadeli l'héritage de sa 
bénédiction, ses descendants, c'est-à-dire les Béni 
Arous, ne constituent qu une noblesse religieuse sans 
pouvoir héréditaire, ils n'ont donc pas d'influence 
personnelle dans les tribus du voisinage où ils vont 
s'établir. Ils sont, en général, fort riches, peu batail- 
leurs en raison de leur extraction et des usages tradi- 
tionnels qu'elle leur impose ; ils ne se livrent à aucune 
occupation ; ils sont, en qualité de cherifs, exempts 
de toute redevance et ne se montrent pas hostiles au 
Sultan qui, à l'occasion de l'expédition de 1889, est 
monté en pèlerinage au tombeau d'Abdesselam ben 

* Contemporain des Âlniohades, Abdesselam ben Mechich semble 
avoir repris et continué l'œuvre religieuse qu'avait inaugurée le 
iondateur de la dynastie unitaire (Almohade). Enfin, élève du fameux 
Abou Médian Choaib el R'out et maître lui-même d' Abou Hassan Ali 
ech Cliâdeli, il répandit le premier au Maroc la doctrine du soufisme, 
origine de tous les ordres religieux de l'Islam. On peut donc dire 
(voir Rinn « Marabouts et Khouans ») qu'Abdesselam ben Mechich, 
cherif des Béni Arous, est le véritable chef de l'ordre des Chadeliia 
dont l'enseignement religieux a eu une si grande portée sur les choses 
de rislam. 

Jouissant durant sa vie d'un prestige étendu, il devint après sa 
mort, en 625 de l'Hégire, un des patrons du Maroc, lorsqu'il fut 
tombé sous les coups de l'imposteur Abou ïouadjin qu'il avait 
dévoilé. 

24 



370 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

Mechich, puis à la zaouïa de Sidi Ali Résoul, à 
Tétouan, distribuant de larges offrandes. Gomme 
cherifs, les Béni Arouss sont en paix avec toutes les 
tribus des environs, sauf avec les Akhmas. Ces derniers 
sont dits Akhmas ou tholba de Si AbdesseJam hm 
Mechick. et possèdent le privilège traditionnel, donné 
par le Saint, de venir en ziara à sa koubba, sans intermé- 
diaire et d'en chasser les cherifs. Ils S7 rendent chaque 
année en délégation fort nombreuse. Aucun cherifne 
doit s'y trouver, et ceux qui s'y trouvent par hasard 
sont impitoyablement chassés, sinon tués. 

De là, entre les Béni Arous et les Akhmas. une 
hostilité implacable, des luttes fréquentes, des rixes où 
les cherifs ont toujours le dessous et qui débutent 
d'ailleurs par les attaques des Akhmas. 



DU NORD- EST DU MAROC. 



371 




SOUMATA. 

Dans la région du Sérif, la petite tribu des Soumata 
représente l'influence religieuse de Si Abdesselam 
ben Mechich, sans la détenir, mais elle bénélicie des 
privilèges qui sj rattachent; c'est ainsi que les 
offrandes du Sultan sont partagées entre elle et les 
cherifs. Les Soumata recueillent de même les dons 
qu'apportent à la koubba, les tribus du voisinage, dont 
quelques-unes paient Fachour, sous forme d'offrande 
de quelques bœufs à Sidi Abdesselam. C'est du moins 
ce qui se faisait encore ces dernières années, chez 



les Béni Zeroual, les Er Rehouna, et les R'ezaoua, 
etc. etc. 

Toutes les tribus Djebala sont serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mechich. Cependant celles du groupe 
du Djebel Alem, sont seules inféodées à ce parti 
politique. Suivant les uns, Sidi Abdesselam ben 
Mechich aurait eu quatre frères: Semlah, Moussa, 
Sidi Chakar et Sidi Amar, mais i)as d'enfants ; suivant 
les autres, il aurait laissé une postérité, cinq lils et une 
fille: Sidi Aïssa, Sellam, Bouker, Moussa, Ali etLalla 
R'essoula. 

De Sidi Semlah, descendent les cherifs d'Ouazzan, 
qui envoient des ziara à la koubba du marabout. De 
Lalla R'essoula. sont issus les cherifs Oulad ben 
R'essoul, auxquels se rattachent les cherifs Oulad el 
Bekkal, dont le plus illustre est Sidi Allai ben el Hadj. 

Ces branches ne comptent plus parmi les cherifs 
Béni Arous. Dans la tribu même, quelques personnages 
marquants : Sidi Mohammed , Kébir des Oulad et 
Kher'arza à Sourrak, El Fekki el Mekki, et Sidi 
Hanidou el Kher'azi. qui sont oukil ou intendants de 
la koubba et chargés du partage des ziara (un tiers pour 
les tholba et deux tiers pour les cherifs). 

Mais l'indigène le plus influent' est un nommé Sidi 
el Hassen de Thar'ezert, qui doit à une folie peut-être 
réelle, plutôt simulée, une grande réputation comme 
devin, prophète. Sa maison, par son fils Sidi Abdes- 

* En 1893. 



n 




:i 



372 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

selam, est devenue un véritable but de pèlerinage, où 
les Djebala se rendent en foule. On considère la moindre 
de ses paroles comme un oracle, et à en croire quelques 
racontars, la tranquillité des Djebala, sur le passage du 
Sultan en 1889, serait due en partie à ce qu'un jour, 
avant la nouvelle de Tarrivée de celui-ci, Sidi Abdes- 
selam s'était brusquement fait couper les cheveux, 
témoignage de soumission qu'on a reporté au Sultan.' 
Chechaouen compte un grand nombre de cherifs ; 
parmi ceux-ci, on distingue au premier rang, la famille 
des Oulad el Maddjich ; ils font partie de la descen- 
dance de Si Abdesselam ben Mechicb. 

Chérifs de Ouaz^an et zaouïa de Moulai Tcmb 

à Ouazzan. 

Le territoire de la ville de Ouazzan est situé à 
l'extrémité de la région où s'exerce l'administration 
du Sultan. Ouazzan est, en effet, dans la partie médiane 
des Djebala et du R'arb. C'est au-delà que commencent 
les tnbus des Béni Mestara, des Er Rehouna , des 
R'ezaoua; à l'ouest, ce sont les Masmouda, puis les 
populations du djebel Sarsar. Ces deux dernières, que 
nous avons rangées parmi les Djebala, comme carac- 
tères ethniques et politiques, en réalité s'accommodent 
assez volontiers de l'autorité gouvernementale, mé- 
nageant ainsi la transition entre les tribus soumises de 
la plame du R'arb et les populations rebelles et presque 
indépendantes des districts montagneux, comme les 
Béni Mestara, 



DU NORD-EST DU MAROC. 



373 



Ouazzan ^ est une petite ville de quatre à cinq mille 
habitants, étagée sur le flanc nord du Djebel Ouazzan 
ou Djebel Bouellol et située à environ 150 kilomètres 
sud-ouest de Tanger ^. 

Elle paraît avoir été fondée vers 1678-1679, par 
Moulai Abdallah Chérif. chef de la famille des cherifs 
de Ouazzan; ce n'était d'abord qu'un simple village 
des Béni Mestara, ce fut malgré eux que Moulai 
Abdallah v installa sa zaouïa, et l'hostilité entre cette 
tribu et la descendance du fondateur paraît n^avoir 
pas d'autre origine. 

Véritable fief religieux , sorte de principauté sou- 
mise à la seule domination de la famille qui gouverne 
la confrérie de Moulai Taïeb, Ouazzan constitue une 
exception politique au Maroc. Résidence des cherifs 
descendants du fondateur de l'ordre et qui en possèdent 
la presque totalité des maisons, elle avait toujours été 
considérée comme indépendante des Sultans jusqu'au 
règne actuel. Exemptés de toute redevance, de toute 
obédience, les cherifs n'avaient avec la famille régnante 
que des relations de quasi égalité dans le domaine 
religieux : sous Moulai Taïeb, la Zaouïa de Ouazzan 

^ Dans la banlieue, à environ 1,500 mètres, se trouve le bourg de 
Kucheriin, ainsi que trois ou quatre villages avoisinants. L'ensemble 
du fief de Ouazzan, ou territoire patrimonial des cherifs, s'étend à 
plusieurs kilomètres autour de la ville. 

- Au sujet des origines, du but de la confrérie de Moulai Taïeb. 
consulter le chapitre XXV des Taïbia du savant ouvrage du 
commandant Rinn « Marabouts et Khouans » . 



I 







I 



.»?*- 




374 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

était devenue lieu d'asile, au même titre que la mosquée 
de Moula Idris Ser'ir à Fez , ou que la Zaouïa du 
Zerhoun, d'où Fappellation de Dar el Deniana (maison 
de l'asile) , donnée à la maison de Ouazzan , où les 
proscrits ou criminels sont assurés d'un asile inviolable. 
Ouazzan, où la prédominance des cherifs . issus de 
Moulai Taïeb, est absolue, n'obéit qu'à cette famille • 
elle s'administrait par elle-même jusqu'à ces derniers 
temps ; toutefois. Moulai el Hassan, lorsque le chef de 
Dar Ouazzan, Sid el Hadj Abdesselam, entra en 
relations avec nous, en conçut un vif ressentiment et 
voulut établir son autorité sur la ville. Il y mit un caïd 
El Hadj Abd el Djebbar, habilement choisi dans une 
branche cadette de la maison et hostile au chérif chef 
de Tordre, notre protégé. La légation de France exigea 
alors sa révocation, mais au mois de janvier 1890 le 
même individu fut replacé dans sa charge, puis enlin 
disgracié par l'entourage du Sultan. Depuis lors et 
surtout après la mort du grand chérif, la situation 
est demeurée confuse, quoi qu'en tait l'administration 
de la ville dépende du fils d'Abdesselam ; mais si vis- 
a-vis du gouvernement du Sultan, Ouazzan jouissait 
d une entière indépendance, il n'en est pas de même 
vis-a-vis des tribus voisines, xls-à-vis des Béni Mestara 
surtout. Quoique serviteurs de la Zaoùia, ceux-ci ont 
«ouvent pillé la ville, en 1885 notamment, où excités 
par Abd el Djebbar qui venait d'être destitué, ils 
coupèrent la population de toute communication avec 
1 extérieur, venant piller jusqu'aux tombeaux des 



DU NORD-EST DU MAROC. 



375 



cheurfa, enlevant des jeunes filles, des petits garçons 
pour les vendre dans l'intérieur. Il fallut, en 1889, deux 
expéditions pour les réduire et encore leur soumission 
ne fut-elle que momentanée. 

Enfin, tout récemment, en automne 1892, ces 
mêmes populations, encouragées par les intrigues 
même d'Abd el Djebbar ', profitèrent d'un voyage à la 
cour de Fez, des deux fils du grand chérif décédé, 
pour tenter un coup de main, où la ville aurait 
succombé, sans le courage de Moulai Ali. le fils aîné de 
Moulai Mohammed. 

En effet vers 1883, le Ministre de France, M. Ordéga, 
usant du droit que confère aux puissances européennes 
l'article 16^ de la convention internationale du 3 juillet 
1880, de Madrid, accorda la protection française au 
grand chérif Si El Hadj Abdesselam ben el Arbi el Ouaz- 
zani, en récompense de services politiques rendus et plus 
spécialement sur la demande de ce grand personnage 
qui. désireux d'entretenir des rapports d'amitié avec la 
puissance souveraine en Algérie, où se trouvent de 

' Abd el Djebbar se faisait alors passer pour protégé d'une 
puissance européenne et exhibait à l'appui de ses allégations un 
document quelconque. 

î A.RTIGLE 16. — l'exercice du droit consuétudinaire de 

protection sera réservé aux seuls cas où il s'agirait de récompenser 
des services signalés rendus, par un marocain, à une puissance 
étrangère, ou pour d'autres motifs tout à fait exceptionnels. 

Le nombre de ces protégés ne pourra dépasser celui de 
douze par puissance, qui reste fixé comme maximum, à moins 
d'obtenir l'assentiment du Sultan. 






C 



^ 



376 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

nombreux fidèles de la confrérie de Moulai Taïeb 
s inquiétait vivement des procédés de jalousie cupide 
du Makhzen marocain. Ainsi qu'il fallait sy attendre 
le gouvernement marocain protesta et on a encore 
présentes à Fesprit, les difficultés que rencontra à cette 
occasion notre diplomatie'. 

Depuis lors, les liens qui unissaient la famille de 
Ouazzan à la France ont été resserrés à la suite dun 
voyage que Si El Hadj Abdesselam fit en Algérie 
Le gouverneur général de l'Algérie profita de cette 
occasion pour déterminer d'une façon précise et d'un 
commun accord avec le cheikh de l'ordre de Moulai 
Taieb et par une convention en date du mois de Mars 
189-2, le mode de nomination des Moqaddem et tout ce 
qui concerne l'administration temporelle de l'ordre. El 
Hadj Abdesselam, pour mieux affirmer les sentiments 
de déférence vis-à-vis de l'autorité française, demanda 
au Gouverneur général de l'Algérie l'autorisation 
d entreprendre, malgré son grand âge et ses infirmités 
un voyage dans tous les pays du sud oranais dépendant 
de son obédience. Il prolongea cette tournée jusqu'aux 
oasis de l'extrème^sud et il eut soin de revenir éga- 
lement par la voie de l'Algérie. 

En 1892, El Hadj Abdesselam mourut à Tanger 
mais auparavant et sentant sa fin prochaine, il avait 
eu som d'envoyer près du Gouverneur général de 

retira ôI^'Z 'f '' .^"'* ''^' P'^^'" '^ --*«^- Poli^-s à 
de ceUe protechon a accorder au chef de la Zaouïa de OuLan. 



DU NORD -EST DU MAROC. 



377 



l'Algérie, son héritier présomptif, Moulai El Arbi, 
pour que celui-ci pût renouveler les engagements qu'il 
avait pris lui-même. Son fils aîné Moulai El Arbi, lui 
succéda, héritant de son chapelet et de son cachet, et 
prenait en mains la direction de la confrérie. Le 
grand chérif laissait deux fils. Moulai El Arbi Taîné, 
et Moulai Mohammed, issus d'une même femme, 
puis un autre fils d'une concubine, Moulai Tsami, 
ce dernier à l'heure actuelle en France où il est soigné 
dans un asile d'aliénés. 

Mais indépendamment de cette lignée, on sait qu'il 
y a une vingtaine d'années, le chérif s'était allié à une 
institutrice anglaise qui lui donna deux fils ' élevés au 
lycée d'Alger. 

Il ne fallut pas moins de plusieurs mois, pour que 
les affaires d'une aussi importante succession religieuse, 
compliquées des multiples intérêts des nombreux 
héritiers, soient enfin réglées. 

Le partage des immenses propriétés du défunt, la 
sauvegarde des biens de main-morte de la zaoùia furent 
des opérations aussi longues que délicates, dans les- 
quelles notre administration française ne pouvait 
entrer, bien que les enfants du défunt aient fait appel, 
au moment de la mort de leur père, à notre intervention. 
Notre diplomatie n'était donc pas sans quelque appré- 
hension. Des contestations regrettables pouvaient, en 

1 Moulai Ali et Moulai Ahmed ; le premier a 18 ans en 1893, et le 
second 12 ans. 



/^ 



> 



378 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

effet, se produire au cours de ces opérations et nous 
pouvions notamment nous demander, avec quelque 
apparence de raison, quelle serait alors la conduite du 
gouvernement marocain. Le souvenir des diflicultés 
suscitées par la délivrance, en 1884, de notre protection 
au chérif défunt, était encore assez vivace pour que la 
prudence conseillât d'éviter le retour de tels événe- 
ments. Notre légation s-inspirant donc des éléments 
théocratiques du Maroc, aussi bien que des intérêts 
religieux et politiques des tribus algériennes où la 
famille de Ouazzan possède de nombreux iidèles et 
partisans, prévint avec habileté les objections que la 
cour de Fez aurait pu formuler. 

Actuellement , il semble reconnu par le Makhzen 
marocain et par les divers rei)résentants étrangers à 
Tanger, que nous ne pouvions abandonnera elle-même, 
sans la surveiller, la confrérie de Moulai Taïeb. 

Il nous importait, en effet, de préserver des ma- 
nœuvres étrangères les chefs dune confrérie religieuse 
qui, parmi nos indigènes algériens, est un puissant 
instrument de domination. Cette tutelle n'impliquant 
d ailleurs de notre part aucune immixtion dans les 
idîaires intérieures de Fempire chéritien '. 

J Toutefois un des moindres inconvénients de cette protection 
accordée aux chefs de la famille de Ouazzan, est de compliquer étran- 

paT?; ; t 7°*^^ ''^^'°" '''''''^-- ^- P'-o'%és n'hésitent 

lesauest ! ''f "'''':! ""*- représentation aussi bien pour toutes 
lesqu st.onsque leurneghgence laisse se créer, que pour le règlement 
des vols, des cone.t.t,onsde tout genre auxquelles donnelieu le nombre 
presque incalculable de leurs servheurs. de leurs fermiers, de leurs 



DU NORD -EST DU MAROC. 



379 



Ouazzan, résidence des cherifs de ce nom. est en 
même temps le siège de la grande zaouïa ou couvent 
principal de la confrérie de Moulai Taïeb. La direction 
appartient au cherif Moulai El Arbi, mais il est difficile 
d'établir dans quelle mesure l'influence de ce person- 
nage est prédominante : elle ne s'exerce, en effet, que 
par l'intermédiaire du chef des Mokaddem de l'ordre, 
puissant et docte personnage qui réside à Ouazzan : ce 
dernier transmet les ordres du maître de la confrérie 
à toutes les zaouïa extérieures, mais il est aussi en 
relations constantes avec le Makhzen ' qui le ménage 
et a pour lui les plus grands égards. 

Lïnfluence de la maison de Ouazzan a été longtemps 
la plus grande du Maroc au point de vue religieux. 
Quoi qu'il en soit, encore aujourd'hui son renom 
s'étend au loin, et lors des grandes fêtes religieuses de 
l'année musulmane, on rencontre à Ouazzan par 
centaines les pèlerins et les délégués des régions les 
plus reculées du Maghreb. Apportant leur offrande 
religieuse au chérif grand chef de Tordre, ils viennent 

intendants. C'est donc une tâche singulièrement malaisée pour notre 
diplomatie que de séparer les intérêts politiques des affaires religieuses 
en discernant les questions de propriétés personnelles de nos quatre 
protégés des affaires purement religieuses qu'il convient de rattacher 
aux biens habbous ou de la confrérie et qui ne sauraient se réclamer 
de notre intervention. 

1 En 1893, il accompagna le Sultan dans l'expédition de Tafilalet, 
et on peut croire que le soin de Moulai el Hassan à asseoir sa domi- 
nation dans l'extrême sud n'j était pas étranger. Le chef des 
Mokaddem est nommé après entente des cherifs avec le Sultan. 



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1 



380 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

écouter sa sainte parole pour suivre ses conseils et 
rendent compte ,ie la gestion des nombreuses' et 
immenses propri^^tés dites « biens habbous >, . que 
possède la confrf^rie sur toute IVtendue d'une partie du 
nord-ouest de FAfri.iue. Le revenu en est considérable 
et difficile à estimer; leur administration est confi,^e au 
chef des Àîokaddem de Tordre qui, du couvent principal 
de Tordre, dirige l'emploi des fonds et des offrandes 
reçues. Ivaction de la fomille de Ouazzan est demeurée 
considérable aussi bien sur Tesprit des populations de 
1 extrême nord, dans toute la région de FAndjera 
notamment, que dans le centre et dans Test du royaume 
de Fez, dans les contrées qui séparent le bassin du 
Sebou de la frontière oranaise. Là , les Haïaïna les 
R latsa, les Miknassa, les Tesoul, les Branes. les Oulad 
Bekar, les Houara, les Magraoua, les Oulad Bon 
Rouma, lesMetalsa, les Béni Bou lahiin, et jusqu'à la 
grande tribu des Béni Ouaraïne, ne connaissent que 
I autorité religieuse des cherifs deOuazzan '. Le Sultan 
hu-méme n'a qu'une influence relative dans la vallée 

' L'influence de la maison de Ouazzan est très grande chez les 
mr:"A T •*".'"-^-™'- <!- '-b'te en'. Meknas et 

pour obtenir „n apaisement, alors que le succès de leurs armes était 

zrr r'"''r''r ' ■>!'«* ^-^ue note, la^i:; 

E Had H ArW rT; 'l''''^"''»— ^ ^^^^ Abd Allah, frère de 
tA Hadj e Arb, et oncle de Moulai el Hajd Abdes.selam. en juillet 1853 

orvlt:T "'•""'^^ -'''^"•^'''"«" •— '* ^ Mekna; e cr ; 



DU NORD -EST DU MAROC. 



381 



de l'Oued Inuaouen ; il a fréciuemment recours à 
rintervention de la maison de Ouazzan afin d'y faire 
tolérer certaines mesures très modestes de son adminis- 
tration. Pour parcourir ces régions, l'aide d'un mokad- 
dem de Ouazzan est toute-puissante', les prières s'y 
faisant sous l'invocation de Moulai Taieb. Dans la 
petite ville de Taza, où un caïd nommé par le Sultan 
n'est que toléré et n'ose sortir de sa demeure, c'est 
l'autorité d'un mokaddem de l'ordre de Moulai Taieb, 
de la zaouïa de Meknassa, qui tranche, au nom du chef 
delamaisonde(hiazzan, tous les différends. Chez les 
Béni Snassen, la zaouïa Sidi el Mekki, anciennement 
appelée zaouïa Sidi Ramdaii, est un centre considérable 
d'influence religieuse ([ui rayonne sur le Garet propre- 
ment dit, sur les Oulad Settout, les Guelaïa et les 
Kebdana. Dans la région rifaine, l'action religieuse des 
cherifs de ( )uazzan est moins considérable. Quoi qu'il 
en soit, on y compte un grand nombre de serviteurs 
religieux et de couvents ' ; mais leur influence politique 
vient après celle des (Julad Abdesselam ben Mechich. 
Enfin, dans les oasis ^ de la région saharienne, aussi 
bien que dans le massif de l'Atlas, l'influence religieuse 
des cherifs n'est pas moins importante ; on se rappelle 

1 Voir : Itinéraire de Fez à Oudjda. 

î Le chérif de Ouazzan possède à Blad el Hadana et à Djebb ou 
Morlou de grandes propriétés, de véritables villages ; chez les Oulad 
Settout, nombreuses terres cultivées par des Marocains de l'ouest, 
tenanciers du chérif de Ouazzan. 

* Voir volume II. 



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382 INFLUENCES REUGIEUSES ET POLITIQUES 

que le célèbre voyageur allemand Gehrard Rolilfs. le 
seul Européen (jui ait parcouru ces oasis, ne put 
etîectuer son voyage <iue grâce aux lettres du cherif de 
Ouazzan dont il était i)orteur. 

Par tout ce qui précède, on voit quelle serait la 
puissance de la nuiison de Ouazzan. Considérable dans 
le domaine religieux parmi ces populations marocaines 
que seule régit une tbèocratie lanati(,ue, cette influence 
viendrait, au point .ie vue politique. pres,,ue direc- 
ten.ent après celle du Sultan, et c'est Topinion des 
voyageurs qui ont séjourné dans ce pays '. 

Pendant longtenii.s on a admis que seule la famille de 
Ouaxzan pou^-ait provo(,uer au Maroc un mouvement 
politique général contre la dynastie actuelle. Il convient 
de citer à Tappui de cette opinion les événements 
provoqués chez les tribus du nord du Maroc par 
1 attitude imprudente prise, vers 1884. par le cbérif de 
Ouazzan, qui semble n'avoir visé rien moins ,,u-au 
renversement de Moulai el Hassan et l'élévation au 
pouvoir de la d^-nastie de Ouazzan. Chez les Andjera 
los Beni Oued Ras, les Heni Messaouar. entre Tanger 
et Tétouan. dans tout le massif du Djebel Habib et 
même, ce (,ui était encore plus grave, dans toute la 
contrée du Sérif, ordinairement si soumise à la dévotion 
•les cherifs Oulad Abdesselam ben Mechicb. une vive 
agitation se manifesta de tous côtés. Des bandes armées 
parcouraient la campagne aux cris de : a Allab iansar 

' Rohifs. de Foucauld, de La Maitinière. 



DU NORD -EST DU M.\ROC. 



383 



Mouleina Abdesselam' ». Il est délicat de prévoir 
maintenant ce qu'eût produit celle tentative ; mais le 
cbérif fut désavoué et, abandonnés à eux-mêmes, les 
insurgés rentrèrent dans l'ordre, soumission relative, 
car ils continuèrent à refuser les impôts, et Moulai el 
Hassan, s'eslimant heureux den être quitte à si bon 
compte, se borna à quelques exécutions isolées sans 
oser une ré[)ression générale. Ou voit donc qu'il ny a 
pas lieu de contester (pie la protection française 
accordée au grand chef de l'ordre des Taïbia ait été 
réellement pour notre influence une victoire décisive 
et la preuve matérielle el publique de son étendue. 

Certains écrivains* ont mis en doute lascendant du 
cbérif d'Ouazzan, compromis, esliiiiaient-ils, vis-à-vis 
des musulmans autant par sa conduite privée que par 
ses relations avec nous. 

11 V a là une double erreur. On a surtout considéré 
le chérit' comme devant sou pouvoir spirituel au titre de 
chef d"uu ordre religieux, celui de Moulai Taïeb ; puis, 

^ Que Dieu protège m.lre maîlie, notre Sultan, Sidi Abdesselam. 

^- Après avoir gagné à notre cause et protégé en 1883 le chef de la 
famille de Ouazzan, nous avons peut-être et dans la suite, insuffi- 
samment guidé notre protégé pour le préserver de certains écarts. En 
effet, outre la concurrence qui s'établit forcément entre les différentes 
confréries au sein même des tribus, à l'occasion des quêtes, on 
nMgnore pas que les ordres religieux orthodoxes — si influents 
soient-ils au Maroc — ont dans ce pavs comme dans tout l'Islamisme 
de nombreux ennemis : d'abord le clergé officiel et ceux des savants 
qui sont demeurés indépendants, enfin tous ceux qui dans le gouver- 
nement redoutent une influence analogue ù celle du chef de la 
confrérie des Taïbia. 



1 







> 



384 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

jugeant que cet ordre n'a qu'une action restreinte au 
Maroc, on en a déduit que son Krand-niaitre n'était 
pas lui-même le personnage qu'il paraissait. Enfin on 
lui a attribué un caractère essentiellement religieux 
que ses tendances européennes eussent, en effet, dû 
rabaisser. 

Mais la réalité est que le chérit dDuazzan, tout en se 
trouvant chef d'une confrérie religieuse dont nous 
avons examiné Fétendue et rinfliience . représente 
également la plus illustre maison de noblesse religieuse 
du Maghreb, Dar Ouazzan. Par son ancêtre direct 
Moulai Abdallah Chérif, il est l'héritier d'un des trois 
patrons les plus révérés de la contrée, et les deux 
autres n ont pas laissé de postérité. En même temps et 
au même titre, il personnifie la ligiiée directe des 
chérils Drissiin, de la première et la plus populaire 
des dynasties locales, en opposition à la dvnastie 
actuelle, celle des chérifs Alaouiin. Ce n'est donc 
pomt seulement un cheikh de khouan, mais aussi et 
surtout 1 mspirateur d'un puissant parti politique. C'est 
vers lui que se tournent tous ceux qui, n'appartenant 
a aucun groupe particulier, rejettent ou combattent 
1 autorité du Sultan. Or, Moulai el Hassan ne comptait 
plus guère, avant l'expédition de 1893 au Tafilalet 
comme partisans dévoués et traditionnels de sa cause' 
que les tribus où domine l'élément arabe, celles de la 
région de Merakech, du R'arb, au nord-ouest de Fez 
et quelques districts isolés de Tafilalet, une partie du 
bous et du Dràa. L'élément berbère, de beaucoup le 



UU NORD- EST DU MAROC. 



385 



plus nombreux, lui était hostile, dans la majorité de 
ces deux dernières régions, dans l'Atlas, dans le Rif, 
et chez les Djebala, tribus arabes de langue, berbères 
de mœurs, qui s'étendent de Fez à Tanger et Tétouan. 
Là, bien que ne comportant pas l'exercice d'un pouvoir 
exclusif, ne s'appuyaut sur aucune force matérielle, 
l'ascendant moral et l'influence du chérif dOuazzan , 
l'emportent de beaucoup, dans les limites ([u'iniplifiue 
l'aïuirrhie sociale et i)olili(pie du Maroc. Rallier Sid 
El lladj Abdesselam à notre parti , obtenir de lui une 
it(lh(''si(>n ])uh]i(|ue, en lui acconhint la [)rotectioii, était 
donc un acte de haute portée. Quelle que soit devenue 
sa situation religieuse, il n'en était pas moins resté le 
second personnage de l'empire, le premier après le 

Sultan. 

En résumé el en définitive, le prestige et la renommée 
de la confrérie de Moulai Ta'ieb ont {)u se ressentir des 
tendaïuîes manifestées par le grand chérif, mort il y a 
un an. à se rapprocher, dans ses UKeurs, des Européens; 
l'influence i)oliti(iue de la maison de Ouazzan, consi- 
dérable à certaines époques de l'histoire du Maghreb, 
a pu souffrir vis-à-vis de la théocratie puritaine et 
fanati(jue, de la protection d'une nation chrétienne, 
affichée sur les chefs de la sainte maison de Moulai 
Tsanii, il n'en demeure pas moins certain que cette 
action religieuse et politique sera toujours un des 
facteurs les plus importants de la (juestion marocaine, 
mais à la seule condition que cet élément soit manié 
avec l'expérience et la prudence nécessaires. Non 

25 



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38G INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

seulemenl, il i>anussait utile d^inlerveiiir dès à présent, 
dans la lutte des partis politiques qui partagent le 
Maroc en clans, les uns ralliés au Makhzen, les autres 
hostiles, mais il convenait que la France musulmane 
se ménageât le rôle qui semble devoir lui appartenir. 



DU NORD-EST DU MAROC. 



387 



LNFLUENCES RELIGIEUSES DIVERSES. 
ET MOUL.\I B0UC:HETA. 



DERIC\OUA 



Derkamia et Zaonm de Bon Berih. 

Dans une partie de la vallée du hautOuarVa, l'in- 
fluence dominante est celle des Derkaoua, dont la 
Zaouïa principale, et le tombeau du marabout 1^:1 Arbi 
Derkaoui, sont <lans la tribu des Béni Zeroual à Bon 
lîerih. Elle a pour cbef actuel, un petit-lils de Sidi 
el Arbi, Sidi Abderrahman Ould Sidi Taïeb. Sans 
méconnaître d^une façon absolue son autorité, tous 
les Derkaoua du Maroc, même ceux de Medr'ara, 
admettent au moins la suprématie morale de la zaouïa 
de Bon Berib et les chefs des différentes branches y 
envoient des offrandes annuelles. 

On trouve une autre Zaouaïa de Derkaoua très 
importante à Medjour. 

L-ensemble de la Iribu des Béni Zeroual est, au point 
de vue religieux et peut-être politique, presque complu 
tement dans la main du chef de la zaouïa Ghadelia, 
de Bon Berih, et il en est de même de quelques tribus 



voisines. Cette influence est plutôt hostile au parti du 
Makhzen '. Elle a comme adversaire celle de la zaouïa 
<ie Sidi Allel el Hamouni, marabout local très révéré, 
dont les serviteurs sont en général favorables au gou- 
vernement. Le Sultan s'y est rendu en Ziara pendant 
la cohmne de 1HS9. L"influence des Derkaoua est 
prédominante chez les Tain Saman, et considérable 
chez les IVomara ; chez ces derniers, une de leurs 
fractions, les Béni Bon Zemrane, qui parlent unique 
ment le rifain (Duveyrier), sont affiliés à la confrérie 
deSiAhmedelFilâli. 

Zaouia de Moulai Bon Cheta. 

Enfin, dans les mêmes régions du haut Ouar ra, nous 
citerons aussi la Zaouïa du patron du R'arb de Test, 
dont le tombeau est sur le territoire des Fichtala, 
IMjpulations qui sont très jalouses de leur Saint. Entre 
autres coutumes, ils s'opposent par la force à toute 
tentative faite ]»our blanchir sa koubba, Moulai Bou 
(Ihela n'ayant jamais voulu habiter que dans des 
constructions en pisé. 

Zaotim des Oulad Abdesselam, 

On cite aussi une Zaouïa très grande des Oulad 
Abdesselam entre les Béni Zeroual, Ghechaouen et les 
Béni Messaouar. 

* Le chef religieux, dont rautorité s'étend au loin sur les tribus 
de cette contrée, est un certain Si Salah ; il vint trouver en 1889 le 
Sultan et traita, comme d'égal à égal, des conditions du passage de 
l'armée. 



ti 



38« INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 



DU NORD -EST DU MAROC. 



389 



) 



Zaov'ia des Onlad FA Eadj Ahd el Kader^ de Tordre 
de Sidi Ahd el Kader el Djilani. 

Aux environs de Melila, se trouve la zaouïa des 
Oulad El Hadj Ahd el Kader, qui dépend de la confrérie 
de Sidi Abd el Kader el Djilani, qui a des attaches 
avec la ville de ]\fascara et la ianiille de l'ancien émir 
Abd el Kader. La famille des Oulatl El Hadj Abd el 
Kader des environs de Melila, descendait, a-t-on 
rapi)orté a Duveyrier. du Sultan des saints Sidi Abd el 
Kader el Djilani; son chef actuel est Sidi Abder 
Rahman ; elle entretient un ap:ent spécial à Tlemcen 
qui a charrie des intérêts commerciaux de la Zaouïa. 
qui sont considérables. 

Zaouui de Sidi El Hadj Mohamraed ben Abder 
Rahman ben Abov Zian. 

La confrérie de Sidi El Hadj Mohammed ben Abder 
Rahman ben Abou Zian de Kenatsa, a des alTiliés 
dans le bassin de la Moulouïa, chez les Guelaïa et 
dans le Rif. Un sait que cette association religieuse 
s'occupe activement d^affaires commerciales. Ou cite 
la grande zaouïa de cet ordre, entourée de jardins et 
de cultures très vastes, à 14 kilomètres sud de Melila, 
chez les Guelaïa. Les influences religieuses qui ont 
paru à Duve%Tier dominer dans le Garet, sont celles 
de Moulai Taïeb. Si Abd el Kader Kl Djilani ^ Sidi 

^ Lp marabout Sidi Mohammed El Kadiri, de la Zaouïa (taïfa) 
de Moulai Abd el Kader el Djilani, est mort en 1885 ou 1886. Son 
frère Moulai Mohammed el Kadiri a pris sa place ; il habitait, en 



Hanimou ou Mouça, et Sidi Ahmed et Tedjiui, puis 
rinfluence de Si Abd el Kader et Teliouanti des Béni 
Chiker, très répandue chez les Guelaïa. Sa Zaotiïa est 
au Djebel Ouerk; ce personnage serait en(X)re vivant 
en 181)3. 

Zaouïa du cheikh Mohammed el Ildbriy de Drioua. 

vSur les bords de Toued Kiss. sur la rive marocaine, 
]>ar c()nsé(|uenl le long et auprès de la frontière oranaise, 
on cite la zaouïa d'El Hadj Mtdiamnied el Hàbri^ chef 
d'un couvent dépendant de l'ordre des Derkaoua (frac- 
tion marocaine des Chadelia), mais en réalité vivant 
et se développant pour son j)ropre compte. 

El Hadj Mohammed el Hàbri est originaire du Douar 
des Oulad Zaïm, fraction des Oulad Bon Azza, qui font 
eux-mêmes i)artie des Béni Drar (BeniSnassen, Maroc). 
On sait (pie les Oulad Bon Azza sont considérés comme 
des marabouts, leur ancêtre Si Abdallah Ben Azza a sa 
Koubba à Tar jirt, village important de Béni Khaled, 
fraction des Béni Snassen. El Hadj Mohammed el 
Hàbri fut primitivement mokaddem de la secte des 
Derkaoua de la zaouïa de Kerther, située chez les Béni 
Bon lahi du Rif, puis il vint s'installer à Tar'jirt et se 
mit à recueillir des ziara ou aumônes religieuses pour 
son pro])re compte^ et ce fut dans ce but qu'il vint 
s'établir sur l'ultime frontière marocaine, au lieu dit 

1888, à Ouerk (Kalia). On sait que le grand promontoire du Ras 
Ouerk est peut-être la partie la plus considérable du territoire des 
Guelaïa . 



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390 INFLUENCES RELIGIEUSES ET POLITIQUES 

Driona, à 3 ou 4 kil. sud d'Adjeroud, il y acheta des 
terrains importants aux Béni Mansour, tribu arabe de 
la plaine de Trifa, et y fit construire un moulin dont 
les fidèles déjà nombreux de Tlemcen ont fait tous 
les frais. 

Le cheikh Mohammed el Hàbri est un personnage 
d un âge avancé ifiO ans environ en 1894), il a su 
acquérir par son austérité une grande réputation et 
une influence religieuse indéniable. Il ne s'occupe 
que peu ou point de politique, personnellement il ne 
nous paraît pas hostile. Mais il est certain que ses fokra 
sont assez disposés, dans leur fanatisme, à exagérer la 
doctrine du maître par un zèle religieux exagéré. En 
réalité, la zone de son influence ne s'étend pas au-delà 
des Guelaïa dans l'ouest, et de Tlemcen dans Test. 
Les principales tribus où il compte des adhérents et 
serviteurs nombreux sont les Guelaïa, les Kebdana, 
les Béni Snassen, la ville et la banlieue d'Oudjda, les 
Angad, puis en Algérie les M'Sirda, les Maaziz dans 
le cercle de Lalla Mar nia, les Trara, les Djebala et les 
Souhalia de la commune mixte de Nedroma, enfin à 
Tlemcen même '. 

Cette énumération, si succincte soit-elle, des 



> 



Le chapelet des fidèles d'El Hadj Mohammed el Hâbri est celui 
de tous les Derkaoua. Quant à son * dikr », il ne diffère pas assez 
des mvocations semblables imposées aux membres de l'ordre principal 
des Ghadeba Derkaoua ou des ordres secondaires qui en dérivent 
pour qu'on puisse l'assigner comme spécial à El Hadj Mohammed el 
Hybn. 



DU NORD-EST DU MAROC. 



391 



influences politiques ou religieuses, qui s'exercent 
dans le nord du Maroc, ne saurait être terminée 
sans citer la famille des Abd es Sadok, gouverneurs 
de Tanger de père en lils, et qui ont eu à certaines 
époques historiques, une réelle influence dans le Rif, 
mais qui ne paraissent plus avoir, de nos jours, de 
relations qu'avec les populations d'origine rifaine 
établies sur le territoire de la province de Tanger. 



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392 



LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RIF. 



393 



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CHAPITRE IX. 

Description succincte des Présides espagnols 
de la côte du Rif. 



ILES ZAFARINES. 

Les trois îles [ires imulœ) que Titinéraire d'Antonin 
indique à douze milles de la Malva. et à soixante-cinq 
de la « Russader Colonia ». portent aujourd'hui le Jiom 
de Zafarines ', corruption de celui de Djaferin. qu'elles 
avaient re(,'u à ré])0(iue de la conquête ara])e. de la tribu 
voisine des Béni Djafer. L'Ile du centre est désignée 
par les indigènes, sous le nom de Hadjera Kebdana, la 
roche de Kebdana, également emprunté au district 
berbère, dont le territoire s'étend en face du territoire 
des Zafarines. I/île la plus occidentale, qui est aussi la 
plus considérable . a reçu celui de Teneufa. Elles se 
composent de : l'île del Rey, la plus orientale ; File 
d'Isabel Segunda, qui occupe le centre du groupe, et l'île 

' Tissot qui a fait d'intéressantes recherches à ce sujet, nous 
apprend que le Portulan de P. Visconti de Gênes, porte Zafarin (1318) 
la car,, catalane de 137.5 Jaffarine, celle de Jean d'Azx.ano (1442) 
Jafann. Ce nom s'altère de plus en plus dans les documents 
postérieurs qui écrivent Zafarinos, Chafai'inas, Ghafelines, Zapha- 
nnes, Zaphran ; El Bekri donne aux Djaferin, l'épithète d'Iles de la 



flongresso, la plus ocrideu laie '.Cette dernière a environ 
900 mètres de longueur. 

O.S îles se trouvent près de la frontière de rAlgérie 
et du Maroc, et ces deux contrées se présentent sous un 
asi)ect tout à fait différent. Le Maroc, à cet endroit, n'est 
qu'une vaste plaine et une grande plage, tandis que la 
côte algérienne est couverte de montagnes mame- 
lonnées, de 300 à 600 mètres de hauteur, terminées du 
côté de la mer, par des terrains en pente assez rapide 
et des falaises ou plages rocheuses. 

Les îles Zafarines occupent de l'est à Fouest, un 
espace de 2 kilomètres environ; elles sont à 1,235 
mètres au nord du cap del Agua (35" 8' 57'') latitude 
nord et 4" 44' 0" longitude ouest j, et forment une 
excellente rade ahritée de la mer et du vent de toute 
direction. Le mouillage des lies est le meilleur de 
toute la côte du Rif et le seul bon jus((u'à Oran. Dans 
la belle saison , une escadre entière pourrait mouiller 
facilement aux Zafarines. Ces îles, peu éloignées de la 
côte, se distinguent deMelila; elles changent d'aspect 
et de forme suivant la direction où Ton se trouve et la 
position ({u'on occupe ; elles sont faciles à reconnaître 
à environ 50 kilomètres de distance. 

Le sol est granitifjue, recouvert d'une petite couche 
de terre végétale, où Ton voit (juelques plantes 
rabougries ; l'eau douce manque absolument ; elles sont 
petites et très voisines Tune de l'autre. 

' Vov. les cartes de l'hydrographie française, N** 804, 3412 
et 3678. 









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394 



LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RIF, 



395 



> 



i;île del Rey. longue, f^troite. fortement découpée, 
offre plusieurs mamelons, dont le plus élevé a 34 mètres 
de hauteur. On n"y rencontre qu'une seule maison, 
comme sur l'île Congresso. Elle est séparée de l'île 
dlsabel Segunda , j)ar un canal fort étroit, mais profond . 
I/île d'Isabel Segunda ou île du Milieu, présente une 
fonne presque ronde. Elle a un kilomètre dans sa plus 
grande dimension et sa partie la plus élevée, près de 
son littoral septentrional, où elle atteint 41 mètres 
d'altitude, par 35*^ 10' 53" latitude nord et 4M6'2" 
longitude ouest. Cette île est couverte d'un nombre 
prodigieux de petits escargots blancs, qui dévorent 
presque toutes les plantes \îvantes , on y trouve des 
figuiers de Barbarie. Le pénitencier s'étend sur tout le 
versant méridional de l'île, et compte de grandes 
constructions , l'église se trouve dans l'intérieur de 
l'île, qui porte, sur sa pointe nord-ouest, un phare qui 
s'élève à 64 mètres au-dessus du niveau de la mer. 

Une batterie de six pièces de fort calibre, couronne le 
sommet de l'île: d'autres ouvrages analogues sont 
construits sur les sommets des falaises . qui tombent 
partout à pic et rendent l'île inaccessible, à l'exception 
du sud on se trouve le débarcadère. 

Kîle de Congresso, la plus à l'ouest et en même 
temps la plus grande et la plus élevée, mesure 900 
mètres du nord au sud. et atteint 136 mètres d'altitude 
dans sa partie la plus occidentale. Elle est terminée par 
des falaises accores dans sa partie méridionale, mais 
on débarque facilement sur la côte orientale, au pied 



d'un sentier qui conduit à mi-hauteur de la montagne, 
à la seule maison qui existe dans l'île. Elle est séparée 
de l'île d'Isabel Segunda, par un canal large de six cents 
mètres, à travers lequel on peut passer, mais en 
s'approchant plus près de celle-ci. 

Les Espagnols ont établi un préside dans les îles 
Zafarines : c>st leur quatrième sur la côte du Rif. 

11 y a aux Zafarines une garnison de soixante-quatorze 
hommes, commandés par un capitaine et quatre 
lieutenants ou sous-lieutenants, douze marins et quatre- 
vingts condamnés. 

Les Zafarines ont une grande importance pour la 
France', maîtresse de l'Algérie, qui de là , pourrait 

* L'importancp de cette situation n'avait pas échappe au frénéral 
de La Moricière, commandant la province d'Oran. Dès que la soumis- 
sion d'Ahdelkader fut un fait accompli, et qu'il n'eut plus de 
préoccupations de ce côté, il songea à faire surveiller plus efficacement 
que par le passé les parages du Rif. Sur sa demande, le Gouverneur 
général, duc d'Aumale, mit à sa disposition l'aviso « le Véloce t>. qui 
eut ordre de s'établir au mouilla«re des Zafarines et d'v débarquer 
quelques hommes sous prétexte de réparations, mais de s'en retirer 
sans opposition, ni ])rotestation. si on venait à les occuper. Suivant 
rps instructions, le commandant du « Véloce » visita, dans les 
jtremiers jours de novembre 1847, le mouillage en question et poussa 
jusqu'à Melila. 11 v ajtprit que le gouverneur de ce préside avait eu 
le projet de faire un établissement militaire dans ces îles jusqu'alors 
inhabitées et d'où les Espagnols de MHila tiraient de la pierre pour 
leurs constructions, et que. deux ans auparavant, ce même gouverneur 
avait envoyé un ingénieur les explorer : le manque d'eau avait 
fait renoncer à tout projet d'occupation. 

Un compte rendu de la reconnaissance du « Véloce » fut adressé 
au Ministre de la Guerre dans les premiers jours de janvier 1848. 
Il y répondit en prescrivant de n'envover personne aux Zafarines. de 



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396 



LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RIF. 



397 




surveiller la côte du Maroc, taudis qu'elles sont peu 
utiles aux Espagnols. Leur petit pénitencier est resté 
dans l'état le plus misérable. Tous les vivres et appro- 
visionnements sont envoyés de Malaga , distante de 
240 kilomètres, tandis cpie Nemours n'est éloigné que 
d'une cinquantaine de kilomètres. 

Il n'y a d'autre population que celle des employés et 
des condamnés. 

Dans notre siècle, l'amiral Bérard est le premier qui 
ait fait une description de ces îles, en 1850. 

M ELI LA. 

Melila '. appelée Melilla parles Espagnols, est une 
Aille fort ancienne : il est probable en effet, ainsi que 
l'a démontré Tissot. que le préside espagnol occupe 
l'emplacement même de l'antique com])toirpliénicien, 
auquel avait succédé le Russadir oppidum et Portus de 
Pline, le PÙT^aoEpov de Ptolémée, la Rusaddir Colonia 
de ntinéraire. Les ports sont rares sur cette côte et la 
navigation antique avait dû profiter du mouillage de 
ce point. Le fort actuel de Rosario, qui a succédé à 
la citadelle d'Abderrahman ben Nacer, a été construit 

n'j mouiller qu'en cas de nécessité et d'éviter tout ce qui pourrait 
porter ombrage à lEspagne et au Maroc. Mais, avant môme que cette 
réponse fut parvenue en Algérie, on apprenait qu'un bataillon 
d mfanter,e espagnole s'était embarqué à Barcelone, le 27 décembre 
i«4/, pour aller occuper les Zafarines. 

^ Telle est la véritable orthographe, on écrit et on prononce en 
arabe aujourd hu, comme on écrivait au XV siècle. Le site est 
faevreux et Mel.la veut dire en arabe chaleur fébrile H D ) 



à la place même de l'antique Acropole. Quant au 
débarcadère, taillé dans le rocher sur lequel est assise 
la ville, c'est selon toute vraisemblance une œuvre 
phénicienne, un « cothoii ». 

El Bekri nous ajjprend (pie la ville arabe fut recons- 
truite par les fils d'El Bouri ibu Abi el Afîa le Miknas- 
sien : mais, de nos jours, cette ville est toute espagnole 
et rien, dans l'aspect extérieur des constructions, ne 
permet au passant de deviner (lue Melila fut d'abord 
une cité musulmane. Elle fut détruite en 1487, puis 
reconstruite par les Musulmans, et enfin conquise en 
1490, suivant Marmol, par les Espagnols, sous la 
conduite du Duc de Médina Sidonia et depuis, elle a 
toujours ai)partenu à l'Espagne. Elle a été souvent 
atta(}uée avec acharnement ; en 1563 notamment, où 
les Rifains firent contre cette place deux tentatives 
demeurées célèbres. Mais le siège le plus fameux que le 
préside ait subi, est sans contredit celui qui commença 
dans le courant du XVIP siècle ; quand, vers 1(397, les 
vivres mancjuant, la garnison allait en être réduite à 
subir un sort affreux, si les navires n'étaient heureu- 
sement arrivés pour le ravitaillement. Deux jours plus 
tard, la famine eût forcé les habitants à se rendre aux 
montagnards. Enfin, en 1774, Melila fut assiégée, sans 
déclaration de guerre à l'Espagne, par le sultan 
Mohammed, (jui fut toutefois obligé de renoncer assez 
rapidement à cette entreprise, au-dessus de ses forces. 

De nos jours, les nombreuses attaques de 1893, où 
l'on a vu les Rifains aguerris, expérimentés et armés 



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398 



LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RIF. 



399 



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de fusils à tir rapide^ s'avancer jusque sous les murs, 
ont démontré la nécessité de perfectionner le système 
de défense de la place. Les forts ne pouvaient être 
alors approvisionnés qu'à la suite de combats acharnés ; 
quant aux fortins, ils ne se protègent pas les uns les 
autres et ne constituent point, dans Fétat où ils se 
trouvent, une véritable zone offensive, afin de main- 
tenir l'ennemi à distance ; en résumé , ils ne sont 
pas suffisamment sûrs, pour résister à un siège de 
quelque durée, en présence du perfectionnement de 
Parmement des Rifains. 

En 1884, les autorités militaires ont jugé à propos 
de construire une ligne de blockhaus, qui ne figure pas 
encore sur les plans et cartes , même sur le plan de 
Melila au 1/5000 du lieutenant du génie Cervera 
Baviera. Ces fortins sont, de Test à Touest : le Castillo 
de San Lorenzo, le Castillo del Camel et le Castillo del 
Cabril. Enfin en 1885, au moment où l'on parlait de 
projets allemands sur la côte nord du Maroc , on a 
réparé les fortifications de Melila, procédé à la cons- 
truction d\m second mur d^enceinte, du côté « Est )j 
tout au moins, et ajouté à Partillerie de la place , 
quatre gros canons Krupp. Les murailles de la ville 
étaient alors déjà garnies de vingt canons de gros 
calibre, et les batteries extérieures de plus de cinquante 
pièces d'artillerie. 

Les projets du Gouvernement espagnol , à la suite 
des événements de 1893, sont de construire une batterie 
à barbette en a^-ant du fort del Camel, un fort sur la 



route de celui de Rostrogardo, élevé il y a peu d'années 
eu avant des lignes, puis relever le blockhaus 
commencé et détruit à Sidi Uuriach, ainsi que celui 
marqué à la borne 111. 

Le marabout de Sidi Ouriach couronne, en effet, 
une petite hauteur qui permet de dominer entièrement 
la plaine où se tient le marché de Textérieur de la 
ville, celui où viennent en temps de paix les indigènes 
des environs, mais lieu habituel de disputes qui 
peuvent dégénérer en de véritables batailles entre les 
chrétiens et les montagnards fanatiques. 

Depuis les levés hydrographiques de M. Vincendon 
Dumoulin et du commandant de Kerhallet , les 
Espagnols ont légèrement modifié un point de la topo- 
graphie de leur possession de Melila. Jadis l'oued 
Farkhana, leur Rio del Oro, passait sous les murs de 
la ville, où il formait avant de se jeter dans la mer, un 
marais à émanations malsaines. Dans les temps récents, 
les Espagnols ont détourné plus au sud, le cours de 
l'oued et ils ont construit une digue enterre, le long 
du rivage de la Méditerranée, sur toute la partie du 
littoral ((ue couvrait autrefois le marais; grâce à ces 
travaux intelligents, le marécage a disparu et le climat 
du préside a gagné en salubrité. 

D'après des informations recueillies par Henri 
Duveyrier. la place posséderait de longs souterrains 
partant de la ville et allant dans différentes directions 
jusqu'au delà du territoire espagnol; un de ces 
chemins couverts se prolongerait par N. 15*^ E 



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400 



LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RIF. 



401 




(azimut magnét.), jusqu'à un petit cap à 10 kilom. de 
Melila. La place est assez directement dominée par les 
hauteurs du Djebel El Mezoudja, qui dans le S. S. E. 
porte le nom de Djebel Béni Ghiker, d"après la tribu 
qui Thabite. On y remar(}ue un marabout très vénéré, 
Sidi Mohanmied El Moudjahed, à 6 kilomètres des 
murs de la ville. 

Melila est la résidence du gouverneur général des 
Présides : elle est occupée ])ar une garnison composée 
d'un régiment dïnlanterie, quelques soldats de cava- 
lerie, et les troupes nécessaires d'artillerie, du génie. 
En 1893, ie total des troupes s'est élevé à 20.000 et Tou 
avait dû alors élever de nombreux bara(iuements. 

Des habitants, dont beaucoup de juifs, au nombre 
de (300, forment la population civile libre. 11 existe un 
bagne avec ((uanlité de forçats. 

Le commerce de Melila s'est développé durant ces 
dernières années ; on y importe du sucre de Marseille, 
des cotonnades de Malaga, de Gibraltar et du thé de 
provenance anglaise. Toutes ces marchandises destinées 
au Rif, prennent aussi la voie d'Oudjda et de l'extrême 
sud et du bassin de la Moulouïa. Mais le commerce le 
plus actif est sans contredit celui des armes de guerre 
et des munitions, qui. d'abord établi en contrebande, 
s est, dans la suite, exercé au grand jour '. 

' Presque toute, les armes perfectionnées que possèdent à l'heure 
actuelle es tnbus n.arocaines du Rif, de la vallée de la Moulouïa et 
des hauts plateaux marocains , sont des Remington du modèle 
espagnol (fus.ls d mlanterie ou carabines de cavalerie]. Ces armes, 



Autour du territoire espagnol de Melila sont de 
nombreux villages Guelaïa ; parmi ceux-ci, le plus 
im])ortaiit et qui mérite presque le nom de ville, est 
Talemtiloukt ; il n'est marqué sur aucune carte, pas 
même sur les cartes espagnoles ni sur la carte inédite 
de MM. de lîreuille et Meunier: on l'a désigné à 
Henri Duveyrier comme la Melila musulmane, sans 

appelées « collata » par les Marocains, sont fabriquées à Las prix en 
Espag-ne, à Barcelone, à Malaga. La vente en a commencé à Melila 
en 1885 : les Remington se vendaient alors de 100 à 200 francs, et le 
cent de cartouches de "20 à 25 francs. Depuis cette époque, le prix de 
ces armes a baissé considérablement : elles ne valent plus aujourd'hui 
(1893) que 50 à 60 francs, et le cent de cartouches (par paquet de 
dix) se paie de 3 fr. 50 à 4 fr. 50. 

Quelques-unes des cartouches ont été examinées en octobre 1887 à 
la Diicction d'Artillerie d'Alger. Il a été reconnu qu'elles correspon- 
daient par leurs dimensions aux munitions pour fusil Remington, 
modèle espagnol. Ces cartouches sont plus petites que celles du fusil 
Gras . modèle 1874, Elles donnent de mauvais résultats au tir 
lorsqu'elles sont utilisées dans une arme de ce dernier modèle. 

l'in 1887. le Sultan, inquiet de l'extension croissante que prenait, 
chaque jour, ce commerce d'armes et de munitions, et craignant de 
voir bientôt entre les mains de toutes les tribus de cette partie de son 
empiie, un armement perfectionné, voulut enrajer cette contrebande. 
Dans ce but, il prit une mesure radicale: l'agent marocain des 
douanes, à Melila, fut destitué, et son successeur nmni d'instructions 
catégoriques relativement à la répression de ce trafic illicite. Mais 
cette mesure fut absolument illusoire. Le nouvel agent des douanes, 
livré à ses propres forces, n'avait pas et ne pouvait avoir l'autorité 
nécessaire pour empêcher l'introduction d'armes et de munitions. Ce 
commerce se continua donc comme par le passé. 

Ajoutons que les Marocains de ces régions possèdent quelques 
carabines Winchester (modèle 1873) de provenance américaine et 
achetées également à Melila et qu'en ces derniers temps on leur a 
aussi vendu des fusils Mauser. 

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LES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



DE LA COTE DU RI F. 



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que le voyageur ait pu la \isiter, en raison de lïnsé- 
curité de cette région dont la population est constam- 
ment en guerre avec la place espagnole. 

ALHUGEMAS. 

En face de Fembouchure de petit fleuve de l'Oued 
Nokour, on voit en mer l'île Hadjerat En Nokour* 
couverte par le préside espagnol d'Alhucemas. L'île 
paraît avoir été cédée à l'Espagne vers la même époque 
que le Penon de Vêlez et dans un but analogue, mais elle 
n'aurait été réoccupée qu'en 1873, suivant Duveyrier. 
Le nom espagnol d'Alhucemas, comme le vieux nom 
français Albouzème, sont des corruptions du nom 
arabe El Mezemma. sous lequel on désigne la ville 
marocaine qui fait face à Fîlot sur le continent. 

El Mezemma était une ville bâtie sur une colline, au 
bord de la mer^ par les anciens habitants du pays. Léon 
l'Africain nous apprend que, saccagée en 9'22, par le 
khalife de Kairouan, elle demeura déserte pendant 
quinze années; repeuplée alors, elle fut détruite une 
seconde fois par Abder Rahman III, calife de Cordoue. 
Elle devait plus tard , sous Louis XIV, acquérir une 
certaine importance comme port de commerce. 

Ce fut d'El Mezemma que partit le seul Européen 
libre, le Français Roland Fréjus, qui traversa entière- 
ment le Rif du nord au sud. Du 9 avTil au 19 juin 
1667, par ordre du roi Louis XIV, il fit le voyage 

' La pierre de Nokour. pour la distinguer d'Hadjera Kebdana, 
la pierre de Kebdana des îles Zaffarines. 



d'Alhucemas à Taza, alors résidence du sultan Moulai 
Recliid. II i)assa par Nokour et Tafersit et revint 
de Taza à El Mezemma à peu près par le même 
itinéraire. Roland Fréjus était l'agent d'une Compa- 
gnie française de commerce qui possédait un établis- 
sement à Béni bou lakoub, point sur la terre ferme 
du Rif, dans le canton de Tam Saman , mais dont 
aucune carte n'indique plus la position. Invité à 
prendre Tinitiative de l'occupation par un certain 
Amar, cheikh des Tam Saman des Bokouia, qui 
considérait la mesure comme utile aux habitants . 
Roland Fréjus préconisa en vain, il y a deux cent 
vingt ans, l'idée de la construction d'une forteresse 
française à El Mezemma. 

Le Penon s'élève dans une anse où les navires de 
moyenne grandeur trouvent un mouillage, et il porte, 
sur un plan incliné de Test à Fouest, la ville irréguliè- 
rement bâtie, fortifiée principalement par une sorte de 
château flanqué de tours. Pas plus que Vêlez, Alhu- 
cemas n'a assez de l'eau de pluie recueillie dans trois 
grandes citernes, et elle en reçoit d'Espagne. La 
garnison est d'environ lUO hommes, commandés par 
un capitaine. La population totale est d'environ 
320 habitants dont une soixantaine de condamnés. Le 
matériel de bronze qui arme la place est magnifique et 
beaucoup plus considérable qu'il n'est nécessaire. Les 
indigènes Bokouia qui font face sur la terre à l'île, 
incommodent souvent la garnison avec de vieux canons 
qu'ils possèdent. 



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404 



T,ES PRÉSIDES ESPAGNOLS 



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PENON DE VELEZ DE LA GOMKRA ; BADÈS. 

El Penon de Vêlez de la Gomera, que les Arabes 
nomment Balech (d-QÙ Vêlez), est un îlot', à (juatre- 
vingt-cinq mètres du continent ^ tout couvert par les 
constructions du préside. Badès est dans la baie 
d'Alcala (El Kalaa la forteresse: Hàdès), à une petite 
distance au sud-ouest du penon. Toute cette côte 
appartient aux Béni bou Ferah, gens libres, le doigt 
toujours sur la détente de leurs fusils, et si nous ne 
savons encore rien de la ville actuelle de Hadès, c'est 
que les Espagnols sont bloqués et sécjuestrés dans leur 
îlot, quïls ne sont pas admis à débarquer sur le 
continent. Cela depuis les quatre siècles bientôt 
complets de loccupation espagnole à Ihlech, les 
occupants se sont contentés de garder leur îlot; ils 
paraissent peu curieux d'apprendre à connaître ce qui 
leur lait face, et les Béni bou Ferah se contentent de 
tirer sur les barques qui approvisionnent la galère, 
montrant bien par cette démonstration qu'ils demeurent 
sur le pied de guerre l 

On ne va pas à Badès, à moins d'être Marocain et 

' L'ile fie San Antonio est réunie à un second îlot par un banc de 
roches ; tous deux n'ont pas un demi-kilomètre de longueur. 
- Henri Duvevrier. — Documents inédits. 

•• Les citernes ne suffisent pas à fournir d'eau douce la place et 

-.spagne est obl.gée de lui en envoyer dans les sécheresses et quand 

I liosl.iite des R.fams interdit toute communication avec le riva<re Un 

serv.ce régulier de vapeurs partant de Malaga asssure l'existence de 
IH g-arnison. 



i II 



DE LA COTE DU RIF. 



405 



ami (les Béni bou Ferah el de partir de Tanger, de 
Télonan ou de Fez: cela fait partie du Rif et c'est 

tout dire '. 

Le sultan Moulai Abdallah, vers 1560'', voyant la 
prospf^rit*^ d'Alger, dont les vaisseaux frf^(}uentaient 
sans cesse les jiorts de Had jai' Hadès (le Penon de Vêlez) 
et de Tanger, craignit ((ue les Algériens ne voulussent 
s'emparer de (^es ports. Aussi, dans le butd'arrAler les 
empièlemenls des Turcs dans le Maroc et de leur oter 
tout uïoyen d'y pénétrer, il convint avec le roi chré- 
tien (pi'il lui livrerait Hadjar Hadès. Telle est l'origine 
de la (^ession <le Tilot appelé à devenir plus tard le Penon 
et telle est la version donnée par le Nozhet el Hàdi. Les 
historiens modernes (Renou, Godard) attribuent pour- 
tant à Don Pedro de Navarre la construction de 
la forteresse du Penon vers 1588. Renou écrit qu'elle 
fut atta(}uée par Moulai el Mansour qui gouvernait à 
Hadès. Moulai Mohammed, cousin et successeur de 
Moulai Kl Mansour. s'empara de cette place par 
trahison le 10 décembre 1522; (piehiue temps après, 
les Espagnols lirenl une tentative infructueuse pour 
rei)rendre le Penon ; cette [dace tomba au pouvoir des 
Turcs en 1554 et leur fut soumise dix ans. Les Ksi)a- 






' H. D. 

2 Un accord interypiui entre l'Espagne et le Portugal, vers 1500, 
avait restreint le champ d'action de cette dernière puissance au 
Maghreb extrême, tandis que le reste de la Berbérie était abandonné à 
l'autre. Le Penon de Vêlez marque la limite respective des possessions 
des deux J^ilats en Afrique (Mercier). 




1^ 



406 



I-ES PRÉSIDES ESPAGNOLS. 



gnols («sayèreiit encore vainement de s'en emparer en 
lo(î3. mais. ]e(îseptembre 1564, ils se rendirent maîtres 
de la ville et de Tîle. 

La population actuelle de ce i)réside , le plus petit 
que 1 Espagne entretient sur la côte, comprend environ 
400 âmes, eu y comptant la garnison. 



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I>JEBAL.\. 



407 



CHAPITRE X. 



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Djebala. 

Un désigne au Maroc sous le nom de Djebala 
ou habitants de la montagne, les tribus berbères, i)lus 
ou moins arabisées, qui occupent la région monta- 
gneuse , bordant ainsi qu'une manière de ceinture 
le Rif et le séparant, comme par un écran, du Tell 
occidental marocain. (Jette contrée, presfjue aussi peu 
connue (jue le Rif, s'étend des environs de Tétouan, 
au nord, jusijue et près de Fez au sud et s'arrête à Touest 
avec les dernières ondulations projetées par la chaîne 
cwnplexe du Rif, au-dessus des plaines du Rarb de la 
province d'Alcazar (Kl Ksar el Kebir). près de la ville 
de Ouazzan et enfin plus bas juscpfaux rives du Sebou 
a la hauteur des Fichtala. 

Le pays des Djebala ne forme qu'une transition 
insensible avec le district rifain ; certaines des tribus 
Djebala conii)tent en efïet jiar moitié dans les deux 
districts, tels les Mettioua, les Sanhadja. La région 
des Djebala est beaucoup plus riche ({ue le Rif, certaines 
parties en sont des plus luxuriantes, la vallée du Ouar'ra, 
notamment, qui est d"une fertilité exceptionnelle 



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408 



DJEBALA. 



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qn indique au preuiier coup ,l"œil la terre noire dont 
elle est formée; cette vallée est cependant très pe,i 
niltivée en raison do la rivalité des tribus voisines, ,,ui 
toutes la convoitent, et (^e terrain merveilleux iVest 
«prune immense prairie naturelle, l'his haut, vers le 
i>nrd, le territoire .les Heni Arous, ,ln Sérif n'est 
<I'i 'H. immense verger dont les vignes sontrenonnnées 
et .lont les raisins sont portés jus.iu'à Fez. Tanger 
Tétouan,etKI Araich (Larache). 

Les Djebala se caractérisent par renii)loi de la 
langue arabe, le ]wt de la djebala an lieu du burnous 
1 habitat en dcbour ou villages, formant parfois .les 
agglomérations consi.lérables, et diverses .-outumes 
spéciales, notamment Tbabitude d'enlever dans les 
'nbus voisines, des jeunes garçons ou Mlles (chetbah) 
pour en faire .les .lanseurs et danseuses, Tusage ,lu 
samt. ou vin frais, etc. etc. 

Ces montagnanls ne sont pas. en général, très grands 
^e taille, mais ils sont trapus, ont de larges épaules 
et semblent très vigoureux: ils ont presque tous .les 
'. renriwiton „ ou autres fusils à tir rapide qu'ils entre- 
tienneat très bien, et sont abondamment pourvus ,1e 
cartouches ; ils ont Fair martial et seraient de sérieux 
adversaires s'ils savaient s'unir contre un ennemi 
commun \ 

En 1889, ie sultan e.Urepril u,.e longue expéiilion, 



DJEBALA. 409 

et par mi iliiif^raire en grande partie nouveau, se 
se rcjwlil de Fez à Télotian en passant par les 
llaiania, les Mezziate, les Mellioua, les Setla, les Heni 
Zen»ual , les Heni Ahmed . les Heiii Mestara, les 
Akhmas. les Heni Uasan et par la petite ville de 
Chechaouen. Mais cette cam]iagne revêtit bien plutôt 
lîi tournure (Tun voya^^^ reliiiieux, que celle d'une 
entreprise ^utM'rière, aussi le sentimentd'indépendance 
(le toutes ces tribus ne s'en trouva-l-il dans la suite que 

1res accru. 

On peut diviser le territoire ([u'elles occupent en 
Haous et Djebel Aleui, au nord du bassin de Sébou. 

i" Haaas (an nord du Tètf)tmn)(^). 

I )'après des informations réunies duraîil les dernières 
années, on estimerait à environ 115.0(K( fantassins 
armés de fusils en majorité à tir rapide, les forces (fue 
pourraient mettre en ligne ces populations. 

Andjera 7,(X)0 fusils. 

Haous 2,rKX) > 

VillfMloïétouan 3,500 » 

2" Djehel Aient. 

Boni Oued Ras '^OOO fusils. 

Béni Messaouar 3,500 » 

Béni Aouzmer 2,(KK) » 

Béni Ider 2,500 » 

(*) Nous ne donnerons dans ce F*" volume qu'un rapide aperçu 
des tribus de l'Haous, on en trouvera une étude plus complète dans 
le IIF volume. 



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"^^^ DJEBALA. 

DjebelHabib 2,500 fosils. 

Beni Leit oqq 

^^i^r-om 4500 [ 

^«^iGorfit 3,300 à 3,400 , 

^«"'ïs^'^f 2,500 > 

^^^^^i 4,000 à 4,2(X) >> 

^''"'H^^a" 5,000 » 

A^^™«« 10,000 . 

Beni Ahmed 3 q^q 

Soumata ^, 

>T Bassin du Sèbou, 

El Sarsar ^^^ /. ., 

Masmouda gQ.. 

Er Rhouna 9 ^qq 

^^"i ^•^^^»«''a .."..'.'.'.' 47oOO l 

Beni Mesgnilda 3 qqq 

Fichtala o /wi 

ç. -^/NJU » 

^^™ 2,000 > 

Beni Zekkat jqq 

J'^"*^"^ Ï.VZ.Ï. 3,000(1 ! 

BemZoroual 9^;nrin 

Oulad bon Rima 

Oulad Bekkar ..,..[[[ j ^^ ^ 

^'^^ 'Ï.Ï.Ï.Ï.Ï 2,000 » 

Beni Ouriar'al ^^00 •> 

^^■,. um . 

J"^!^^J^ 5,000 > 

Mazziate . ^^ 

Mettioua el Djebel 3000 

Fennassa \w) 

Beniouandjen ;::;::::;:;::::: i,ooo l 

OuladBou Slama ^ qqq 

' 1^'aprè. d. La Martinière ; 20 à 40,000 d'après le Cap. Thomas. 



DJEBALA. 411 

Boni Oulid 1,000 fusils. 

Marnissa 4,500 » 

Haïaiua 2()/)00 fantassins. 

s> 2,000 cavaliers. 

Tesoul 2,500 fnsils. 

Branes 5,000 » 

RrMoua 500 » 

ANDJERA \ 

Territoire. — Sur la côte, entre Tanger et Ceuta, 
Djebala, issus des anciens R'omara. Vivent en villages 
peu importants : 25 à 30 maisons en général. 

Tribu soumise, mais dont l'attitude est hostile au 
l)acha de Tanger dont elle releva: de nos jours elle 
dépend d'Acila. En 18H4, il s'y était dessiné un 
mouvement en faveur du chérif d'Ouazzan, qui fut 
durement réprimé. Actuellement encore, beaucoup 
d'indigènes n'osent pas se rendre à Tanger '^ et ne 
quittent pas la tribu, trop nombreuse et batailleuse 
pour que le Makhzen s'y risque à des arrestations 
isolées. 

Elle relevait autrefois du pacha de Tanger, Ould 
Abdessadok. puis a été placée sous les ordres d'un 
caïd indépendant, Mohammed El Kandja. Replacée 
sous l'autorité du pacha de Tanger, à la mort du 
l»récédent, elle est sous les ordres du pacha d'Acila • 
elle a eu trois cheikh investis officiellement, mais qui 

* Voir pour plus de détails le Iir volume. 

2 Le pacha d'Acila réside la majeure partie de Tannée à Tanger. 



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412 



DJEBALA. 



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ont été révoqués récenniient, et relève aujourd'hui 
dire,;temeut de ])ris Anikichet, malgré de nombreuses 
protestations élevées par les indigènes lors du voyage 
du Sultan à Tanger. A la suite de cette mesure^ les 
Andjera ont crevé les yeux, suivant un usage ré])andu 
chez les Djebala. à un émissaire du pacha. 
^ La tribu a de bonnes relations avec les Européens de 
Tanger, mais non avec les Espagnols de Ceuta. 

La légation d'Allemagne a cherché, en LS87. •) s'v 
faire donner des concessions de terrains sur la côte '. " 

FrartionnemnU. - Deux subdivisions administra- 
tives: Haous el R'aba. Haous el Khemis. 

Principaux villages : A'in El Hamra, Zaou'ia el Bekkal 
El Hasan. A'in er Remel. Influence politique prédo- 
nimante du chérit d'Ouazzan. 

Qnelques familles influentes : Oulad ben lamoun 
Sid Adesselam el Chotti. Oulad Mohammed El Kandja 
(ancien ca'id), Mohammed el Breil (ancien cheikh, repré- 
sentant l'influence allemande et peut-être anglaise). 

Influence religieuse prédominante, fort étendue chez 
toutes les tribus Djebala du voisinage: Derkaoua de 
Snh Ahmed El Hadjiba, chef d'une branche issue de 
bidi Mohammed el Harrak. La zaouia j.rincipale, où 
est enterré Sidi Ahmed et où réside son fils et 
successeur, Sid el Hadj Abd el Kader, est à Zemmei 
en bas du djebel R'ouman, près de Souk el Tnin. 

' L.; l)rofrn,Hn de la légation d'Allemagne M. Man.our Mélamé 

Ma^r: ""'■ ^^"^'■'^" ^"^ '« -'' '^ ^-^-^- ^-i.e lapo.:: 



DJEBALA. 



413 



Assez nombreux Aïssaoua, avec zaouia huportaule 

àElHasaua. 

Deux fractions de Cherifs: les ()u!a<l bel Aïacb et 
les Oulad el Rekkal, qui ont une zaouia assez fré- 
([uentée (zaouïa Oulad el Bekkal). 

Zaoïiia Sidi Ali Lan Harrazou, marabout local vénéré 
à Aïn Hamra, chez les Hammouiin. 



HAOUS. 

TerrUoire, — Sur la cote, entre Ceuta et Tétouan, 
séparée des Andjera par le Djebel Dougreicb et Bahar 

el Hadjer. 

Petits villages; la population est composée do 

cultivateurs. 

En relations fré(iuenles avec les Espaj^iols de Geula. 

Tribu soumise et tram[uille. Elle relève du pacha de 
Tétouan. 

Friictimnement . —Deux subdivisions territoriales: 
Haous el Bahar, Haous el Djebel. 

Eractions : 

. El Kebdana (du Rifj. 

Oulad Zerdjoum. 

Haous el Bahar... { Beiin. 

Ouled Deim. 

Seroiri. 

Seddina. 



Haous el Djebel... 



Heni Saden. 



Deux familles influentes: Oulad Djenninou à Rou 
Zer'lal et Ali Souissi à El Gallalin. 




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414 



DJEBALA. 



^ 



ÏTifluences religieuses prédominantes : Derkaoua de 
Sidi Ahmed ben Hadjiba avec zaouïa chez les Béni 
Saden. Mokaddem el Harrak qui relève de la zaouïa 
des Andjera. 

Les indigènes du Haous el Djebel sont tous 
Derkaoua, hommes et femmes. L'ascendance de la 
tamille de Sidi Ahmed el Hadjiba est absolue pour eux. 

TÉTOUAN.^ 

Te^'Titoire. - Au pied du djebel Dersa. et au-dessus 
de l-oued bon Sféah ou oued xMartil, à 6 kilomètres de 
la mer. 

Ancienne cité, fondée peu après la conquête du 
Maroc par les musulmans, mais qui n'a pris son 
importance actuelle qu'après l'expulsion des Maures 
d-Espagiie et des juifs du Portugal, qui forment la 
masse de la population. Du XIV^ au XVP siècle, 
Tétouan fut un centre de piraterie très important.' 
Elle avait été prise une première fois par les Espagnols 
de Ceuta au XV^ siècle, et son port fut détruit par 
Philippe V en 1564 (?). C'est par sa prise que s'est 
terminée la guerre contre l'Espagne en 1860. Tétouan 
est une des plus riches cités du Maroc. C'est là que se 
retirent de préférence les négociants du Maroc ou les 
agents du Makhzen qui renoncent aux affaires après 
lortuue faite. 

Ville paisible où Ton s'occupe peu de politique. Elle 



< V 



oir description et monographie de Tétouan, IIP vol. 



DJEBALA. 



415 



est gouvernée par un pacha dont relèvent (fuatre tribus 
voisines: El Haous, Béni Oued Ras, Heui Aouzmer, 
BeniSaïd. 

Tétouan est entourée d'une enceinte fortifiée el 
dominée par une kasba peu importante. On prête au 
Sultan rintention d'y faire construire des batteries 
par un ingénieur allemand. 

22.000 habitants. 

Les principales familles sont les : Oulad El R'ezini, 
( hilad El Khfi. Oulad Otlob, Oulad El Badi, Oulad El 
Brichinn. H"arsiin, Oulad ben Oumiin, Oulad Skiridj. 

Ouehiues familles de cherifs : Oulad SidiAbdesselam 
ben Mechich, Oulad el Bekkal. Alaouiin. Bafdadiïn 
(Oulad Sidi Abdel Kader el Djilani). 

Zaouïa de Derkaoua (branche de Sidi Mohammed el 
Harrak), Zaouïa Kadria, Zaouïa d\Aïssaoua, Zaouïa 
de Hamadcha, Zaouïa Tidjania. 

La princii»ale influence religieuse est celle de la 
zaouïa de Sidi Ali ben R'esoul. des cherifs Oulad ben 
Mechich, qui est le patron de la ville. Celte zaouïa est 
très fréquentée, mais la famille du marabout est 
éteinte, au moins dans la lignée directe. 

BENI OUED RAS. 

Territoire. — A cheval sur la route de Tanger à 
Tétouan, entre les Béni Aouzmer, les Andjera et les 
Béni Messaouar ; le fondoukd'Aïn Djedida, sur la route 
de Tanger à Tétouan, marque Textrémité de la tribu. 



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416 



DJEBALA. 



Tribu soumise, assez tranquille, relevant de Tanger. 
Elle ne fournit pas d"askar. 
Un cheikh investi officiellement. 
Quatre fractions : i 

BouMettach. — Dausla montagne (côté sud), fraction 
plus remuante que le reste de la tribu. En 1887, ils 
ont tué leur cheikh, El Baroudi. 

Outaouiïn. —Dans la plaine de Bon Sféah, au nord 
de la route de Tétouan. 

Souk el Khemis. — Voisins des Aïuijera. 

Dar el Fondouk. — Sur la route de Tétouan. autour 
du Fondouk construit à mi-chemin. Nombreux voleurs. 
La tribu se partage, comme influence politico- 
religieuse, entre Dar Ouazzan, qui a des azib, el le 
Djebel Alem. Les Bou Mettach sont exclusivement 
serviteurs de Bou Mechich. Chez les Outaouiin el à 
Souk el Khamis, majorité de Derkaoua, serviteurs de 
Sidi Ahmed ben Hadjiba, des Andjera. 

Quelques aïssaoua. 

Petite confrérie locale de El Fekki ben Thaoul. 

Les Béni Oued Ras dépendent de lamalat de Tanger. 



BENI MESSAOUAR. 



1 



Terntwre. — Au sud de la route de Tanger à 
Tétouan, dans la région voisine du Fondouk, 
Territoire très montagneux. 
Djebala. — Petits villages. 
Tribu soumise et assez en main. Relève de Tanger. 



DJEBALA. 



417 



Elle a un cheikh à taba ou cachet officiel à Dar Ghaouï. 
Trois fractions : 

Béni Harchem, 
El Alleg, 

Rbâa Dar Chaoui , 



AïtSefli... 



Rbâa d'Rouif. 



Quelques familles influentes : 

Cherifs Oulad Alilel, Oulad Ben Assab, Oulad el 
Merrouch, Oulad Cheikh Mohammed el Tobi ; 

Cherifs Oulad ben R'essoul et de Dar Ouazzan. 

Tous les Béni Messaouar sont serviteurs de Sidi ben 
Mechich. 

Zaouïa de Derkaoua de Sidi Abdallah Haddou, 
influente dans la tribu. 

La tribu dépend du Pacha de Tanger (1893). 



BENI AOnZMER. 

Territoire, — Sur les flancs des montagnes qui 
dominent Tétouan au sud et dans la vallée, entre les 
Béni Oued Ras au nord, les Béni Saïd à Test, les Béni 
Hassen au sud, et les Messaouar à Touest. 

Les villages sont assez resserrés et forment parfois 
presque des petits ksour. Les Béni Aouzmer sont 
spécialement adonnés à la fabrication du plâtre. 

Tribu soumise. Une partie de ses impôts est remplacée 
par lobligation de fournir du plâtre au Makhzen 
pour les constructions du gouvernement à Tétouan, 
Elle relève du pacha de cette ville, qui lui nomme un 
cheikh. 



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418 



DJEBALA 



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Fractions et villages : 



Béni Mâden, 
Béni Retel, 
Ahl Lela, 
Kermeks, 
Mekdesem, 



Derral, 
Béni Kirem, 
Zinets, 
Aintil. 



Familles influentes : Cheikh Mohammed el Guenari, 
Cheikh ben el Hadj. 

Une famille de cherifs Drissiln, les Oulad Sidi Ahl 
el Rifi. 

Tous les Béni Aouzmer sont serviteurs de Sidi 
x\bdesselam et plus particulièrement de la zaouïa de 
Sidi Ben R'esoul de Tétouan. 

Petite zaouïa de Derkaoua de Sidi Allel ben el Hadj 
et quelques Aïssaoua. 

La famille de Ouazzan y possède une réelle influence. 
Les Béni Aouzmer relèvent du Pacha de Tétouan 
(1893). 

BENI ÏDER. 

Territoire. — Dans la partie septentrionale du 
massif du djebel Alem, entre les Béni Arous au sud, 
le djebel Habib et les Béni Messaouar au nord, le 
djebel Habib et les Béni Gorfit à Test, les Béni 
Hasan à l'ouest. Territoire boisé, montueux, en partie 
inhabité. 

Djebala, vivant en villages dont quelques-uns sont 
importants, mais dont la pîapart sont très divisés et 
disséminés. Tous se trouvent sur les sommets. La 



DJEBALA. 



419 



tribu relève du pacha de Tanger, qui nomme son 
cheikh. Tribu remuante, soumise nominalement. 

(Juatre fractions : Khemis, correspondant à quatre 
marchés qui représentent une subdivision territoriale ; 
Ez Zitouna ^près du djebel Habib) ; Zaouïa el Ansar ou 
el Foukia, des Oulad bon Rech : Tleta Béni Ider (près 
des Béni Aouzmer ; 

Menkel ou Aït Selfi (du côté de Tétouan). 

Les Ait Selfi sont à la dévotion d'une de leurs 
familles, les Oulad Charef. 

11 existe de^s cherifs Oulad Bekkal à Djamoun. 

Nombreux Aïssaoua relevant de la Zaouïa de 
Mezoura. 

L'influence dominante est celle du djebel Alem. 

Les Béni Ider relèvent du Pacha de Tanger (1893). 



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DJEBEL HABIB 



1 



Territoire, — A Textrémité nord-ouest du massif 
du Djebel Alem. La tribu tire son nom d'une haute 
montagne couronnée par la koubba de Sidi el Habib, 
et qui domine la route de Tétouan à Fez, à son 
débouché dans la plaine. 

Les tribus voisines sont dans la plaine à l'ouest, les 
Bedoua, au nord les Béni Oued Ras, à Test les Béni 
Messaouar et les Béni Ider, au sud les Béni Gorfit et 
les Béni Ider. 

* Altitude 1000 mètres. El Bekri connaît cette montagne et nous 
apprend sa véritable appellation (El Bekri, p. 245), Djebel Habib ben 
loussef el Fihri. 






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420 



DJEBALA . 



Villages peu importants sur les points élevés. 

Le district du djebel Habib relève de Tanger' et 
possède un cheikh. Tribu de tholba paisible, mais 
subissant peu l'action du makbzen dans les affaires 
intérieures. | 

Cinq fractions : 

Dchar Ahrigh, 
Merdj Akmar, 
El Kharroub, 
Habata, 
Dar el Fellak. 

Quelques familles de cherifs : Oulad el Bekkal et 
Béni Arous. 

Nombreux marabouts locaux : Sid el Habib, Sid 
el Fadil. 

Grande zaouïa de Derkaoua, près du débouché de 
la route de Tétouan : mokaddem Sid el Hadj Foddal. 

Quelques serviteurs de Dar Ouazzan, à Dar el 
Fellak un mokaddem des cherifs de Ouazzan. Mais les 
membres de la tribu sont surtout serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mechich. 



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BENI LEIT. 

TerritùiTe. — Dans le massif du djebel Alein, entre 
les Béni Hasan, les Akhmas et les Béni Arous. 

Les Béni Leit constituent une fraction des Béni 
Aouzuier, séparée d'eux comme territoire et inféodée 

^ 1893. 



DJEBALA. 



421 



aux Béni Arous, dont ils ont beaucoup d'azîb, ou 
propriétés ou serviteurs. 

Tribu paisi])lp. meharrin comme r'edem des cherifs 
Béni Arous. Ne paient pas d'impôts. 

Relèvent exclusivement des Béni Arous. 



BENI GORFIT. 

Territoire. — Sur la bordure occidentale du Djebel el 
Alem. à la limite de la plaine du R'arb où ils débordent. 

Population Djebala où l'élément arabe paraît cepen- 
dant prédominant comme origine. Les Béni Gorfit ont 
qiielqups grands ^^llages, ou pour parler avec plus de 
précision des groupées de petits hameaux presque 
coîitigus. Leur territoire n'a pas ainsi une étendue 
proportionnée à leur importance numérique. On 
rencontre quelques tentes dans la plaine. 

Tribu soumise mais remuante, principalement les 
l^eni Gorfit de la montagne, chez lesquels Faction du 
caïd est nulle dans les affaires intérieures, ils sont 
souvent en lutte avec leurs voisins de la montagne, 
et en meilleurs termes avec ceux de la plaine, les 
Khlout, auxquels ils se mélangent. Ils sont divisés 
en deux tribus qui relèvent, l'une d'El Araïch (Béni 
Gorlit el Djebel) ou de la montagne, l'autre du R'arb, 
commandement d'El Abassi (Béni Gorfit el Outa) ou 
de la plaine. 

Deux divisions administratives : 

Ah] el Djebel, Ahlel Outa. 



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422 DJEBALA. 

Principaux villages : 

«^W tusils environ. 

El Haoutsa 300 ^ 

S^^'^^ 320 » 

Lahra 400 ^ 

^^^^^ 200 > 

B^^^ia^i 200 » 

E'Kifan 150 ^ 

ElR'tot 430 ^ 

Sefflal^a 140 » 

Chnaïla 70 ^ 

Dar el Karmoud 2OO > > 

^^^^aJ^i" ï'* 200 y> 

(Zaoïiïa de Sidi Amar R aïlan) 

E^^^^^ela 150 , 

Chfraoucho 150 ^ 

E'Aïoun 100 » 

SefR'emsinc 40 ^ ^ 

Population totale armée d'environ 3,300 à 3,400 
fantassins. 

Zaouïa de Derkaoua assez réputée à El Ahra. 

Marabout local avec zaouïa El Ouerd. 

Quelques Aïssaoua. 

Assez nombreux serviteurs de Dar Ouazzan. Mais 
les Bem Gorfit sont principalement serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mecbich. 

BENI ISSEF o« BENI lOUSSEF. 

Territoire. - Dans la vallée de l'oued El Roûts 
entre les territoires des Ahl Serif, des Béni Arous, 
des Er Rbouna et des Béni Zekkat. 



DJEBALA. 



423 



Djebala habitant en villages assez resserrés. 

Les Béni Issef dépendent d'El Araïch. mais ils sont 
presque indépendants, au moins quant aux affaires 
intérieures. 

En 1889, leur arriéré d'impôts était de sept années, 

Principaux villages : 



Emsila, 

Gla ol Harara, 

Béni Sliraan, 

Feddan Djebel, 

Sflia, 

Tsaria, 

ElR'arba, 

Bouda, 

El R'nadak, 

El Ouadeïne, 

Béni lahia, 

El Ousar ben Abdallah, 

Kendammass, 

Bouberkak, 

Ain Kelba, 



Amgadé, 
Aïn Chak, 
Ousar el Hadj, 
Chebika dib, 
El Hamma, 
Amartchak, 
Feddan Dra, 
GlaEzlaouïn, 
Aour'razen, 
Tsimezlac, 
El Guezisa, 
Adrous, 
Dar Outa, 
Edjebila. 



Les Béni Issef sont exclusivement serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mecbich et inféodés au groupe du 

djebel Alem. 

Quelques familles de cherifs: Oulad Sidi Moussa 
ben Mecbich et Oulad Sidi bon Thami, dans les tribus. 

Ils réuniraient 2,500 fantassins environ. 

AHL SERIF. 

Territoire. — Du versant occidental du Djebel 
Moulai Abdesselam ou Djebel Alem jusque et y 



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DJEBALA. 



compris le territoire des Béni Arous à Pouest. et des 
Béni Gorfît au nord jnsqu-à la vallée du haut Loukkos 
tel est le territoire montagneux désigné sous le nom de 
Seril et qui échappe de tait presque complètement à 
1 autorité du Sultan. 

Semi-djebala, semi-arabe. Villages dans la mon- 
tagne. Dans la plaine, tentes sédentaires, c'est-à-dire 
avec enceinte d'épines, haies de figuiers de Barbarie et 
huttes. 

Les Ahl Serif dépendent nominalement d'El Araïch. 
Ceux de la montagne sont indépendants. Ceux de la 
plame, au contraire, sont tranquilles et en main. 

Deux di\isions administratives : 

Ahl Serif el Djebel, 
Ahl Serif el Outa. 



Principaux \illages : 



ElGuissa 40fBsils 

BeniR'alead ;30 * 

Ketsama 160 » 

Mimouna 25 » 

R'andakelHamraSO > 

Béni Maafa 50 » 

Dchar el Arab ... 20 » 

Sebbab 120 > 

Mektir 60 » 

ElEucbe 100 » 

DarOuzari 60 » 

Outfah 30 > 

Miliana 130 ^ 

ï^IGaïza 20 > 

Béni Gueddoiir.. 150 » 



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AinHajel 60 fusils miron 

DarMaïza 30 > » 

El Maudjera 30 » » 

Ezaazaa qq » ^ 

Rt^niSaïn 150 » » 

ElBiar 80 » » 

ElKous 60 » » 

Bakkara 12 » » 

El Gara 50 » » 

Megadi lao » ^ 

AïnDib 12 » » 

Djahjouka lOO » > 

La population de ce dernier 
village fournit les clarinettes pour 
la musique du Sultan. (H. M.) 




DJEBALA. 



425 



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Demna 40 fnsilscBTÎroB 

Sereretsel Kat.. 20 > * 

Sef tsraoula 25 * » 

Darel Attar 20 » ^> 

Ce village apparlienl aux cheurfa 
OuladBekkal. 

Dleni el R'emik.. 30 > 

BeniSfar 30 » 

Aouadja 30 

Tseffer 30 

ElAzib 130 

Koskaz 20 

Hameïmoun 2(X) 

Feddan Kebir.... 40 

Bonadran 60 

Si bou Sefra 20 

R'emareuche — 20 

EiOusar 150 

Aima 50 

Tsar'arrabouts ... 12 

Echaara 25 

DarS'af 100 



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Dar el oued 160 fnsils eaviroi! 

Bir douar 60 

Aïn bou ameur...l20 

Ani Smeu .. 70 

Boujedian 100 

AïaKsab 12 

ElRorraf 80 

SefelR'ellaf.... 50 
AïnbouKerchoun l¥) 

El Klia 30 

Tsissirnulal 12 

Aïn Mamoun 80 

Aïa Mansour 80 

BeniMerki .130 

Aïn i\lir 50 

Sefsaf 200 

Lahnia 12 

Sour'emari 40 

El Bestioun 60 

Ces deux derniers villages sont 
mélangés de populations appar- 
tenant au Djebel Sarsar. (H. M.) 



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On peut estimer à environ 4,000 à 4,200 fantassins 
armés le nombre de fusils de la région du Sérif. 

Les Ahl Serif el Djebel sont serviteurs du Djebel 
Alem et les Ahl Serif el Outa, serviteurs de Dar 
Ouazzan en majorité. 

Quelques Aïssaoua. 

Zaouïa Derkaoua de la branche de Sidi Mohammed 
el Harrak à Aïn Mansour. 

Zaouïa Hamadcha à Sidi Ali bou Soufa ; la secte des 
tidèles de Sidi Ali ben Hamdouch compte de très 



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426 



DJEBAI.A. 



DJEBALA. 



427 



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nombreux fidèles dans toute la région, les rensei- 
piemeuts précédents ont été recueillis près d'un 
niog{,radeni de Tordre. 

BKNI HASAN. 

Dans le massif montagneux dit Djehcl Heni Hasan 
<iui s-éten<l de Chechaouen à Tétouan, et la vallée de 
1 oued Chechaouen, entre les R'omara. les Akhmasau 
sud, les Béni Saïd à Test, dont ils sont séparés par 
l-ouedSi Fellaou, les lîeni Aoumerau nord, les Béni 
Ider à I-ouest. (rest non loin ,lu confluent de l'oued 
Arexaz, avec l'oued Isoumaten et au sud, (,ue com- 
mence le territoire des Akhmas et le Hlad es Siba. 
Djebala du sofdes R'omara. 

Ils habitent en petits villages disséminés au pied des 
hauteurs, avec quelques groupes dans la montagne, 
sur des points escarpés. 

Les Béni Hasan dépendent de Tétouan et ont deux 
cheikh: un pour les Sefeliin. gens de la plaine, un 
pour les Foukaniin. gens de la montagne. Ils sont 
batailleurs, fréquemment en lutte avec leurs voisins 
les Akhmas. et peu en main. 

Quatre fractions, khemis, correspondant à quatre 
marchés et à une subdi^ision territoriale par marché : 
El Khoums, 

Chérouta, dans la montagne à Test, 
Béni Hits, au sud-ouest, 
Béni Moussa. 

Les Béni Hasan sont fort dévots et surtout serviteurs 



de Sidi Abdessplnni hen Mechich et de Sidi Mohammed 
ben el Ilîidj, nii de ses descendants^ dont la zaoma est 
chez eux. 

Quelques serviteurs de Dar Ouazzan. 

Aïssaoua en petit nombre. 

Zaou'ia vSid el R'azi (R'aziin du Talilelt) et Zaouïa 
Sidi loussef el Miliani (loussefiin de la rf^gion de 
Taza), toutes deux assez importantes. 

Les Béni Hasan sont de race et de langue berbère ; 
ils sont très fanaticiues. 

Tout le massif montagneux auquel ils ont donné 
leur nom , leur appartient. Cette tribu est riche et 
nombreuse; son territoire^ ses cultures sont des plus 
prospères. 

On i)eut compter, chez eux, environ 5,000 hommes 
armés la i)lui)art de fusils modernes à tir rapide. 

AKHMAS ^'" KHAMÈS. 

Territoire. — Partie sud-est du massif du Djebel 
Alem. Ils touchent aux R'omara du Rif et aux Béni 
I lasan vers l'est, aux Béni Ahmed et R'omara au sud ; 
aux Béni Arous et Béni Leit à l'ouest ; aux Béni Ider 
et Béni Hasan au nord. 

Djebala, parmi lesquels, malgré une instruction 
arabe prononcée, l'élément berbère domine et a gardé 
une partie de ses caractères propres. 

On trouve encore chez les Akhmas des traces et le 
souvenir fort récentde Tancienne organisation berbère: 



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428 



D.TKBALA. 



DJKBALA. 



429 



) 



la djpmàa des Ait Arbpïii, le cheikh El Rbeia. Tizrpf, 
droit pénal berbère, iront disparu ((ue depuis peu. jj 
réoiuie des clans, des niezrag, est encore en vi^nieur, 
et les pénalités appliquées par les djeniàa sont celles de 
l'izref. 

Ils ont actuellement deux caïds, mais dont le rôle 
n'est que nominal. En fait, les Akhmas sont complè- 
tement indépendants et d'ailleurs traditionnellement 
dégagés ,l-inii)(Hs comme tliolba de Sidi Abdesselam 
ben Mechich. 

Ce titre de tholba . justifié par une instruction 
répandue, un grand nombre de marabouts locaux, 
d'uléma célèbres aux anciens temps, nVmpèche pas 
les Akhmas d'être une des tribus les plus remuantes et 
batailleuses de la région. Ils sont en hostilité avec tous 
leurs voisins, notamment les R'omara et les Beui 
Ahmed. 

Ils étaient, en 1891 , en lutte avec les IVzaoua et 
les Beni Issef, à la suite d'un différend où les premiers 
ont pris parti pour ceux-ci. C'est en même temps 
nne tribu djebala où Tusage du vin frais est le plus 

répandu. 

En 1889, les Akhmas ont refusé de laisser traverser 
leur territoire par l'Ambassadeur d'Italie qui avait 
demandé à aller porter ses lettres de créance au Sultan 
pendant l'expédition de ce dernier. 

Deux fractions administratives : 

Akhmas Foukaniin, 
Akhmas Sefeliin. 



Cinq fractions constitutives — Akhmas — connues 
sous le nom de leur alem ou drapeau de guerre : 

Sid (3l Hadj Akhitran, 
Sidiloussef Tlidi, 
Beni Djebora, 
Alem Sebaa Kebail, 
Sid Ahmed el Alem. 

Principaux villages : 

Tisoufa, long de plusieurs kilomètres, 

Amoukheii, célèbre par sa mocquée, 

Béai Derkoul, eu rnoulague, 

Sidi loussef Tlidi, eu plaine, pi'ès des IVomara. 

Les Akhmas sont exclusivement serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mechicli, mais indépendants du 
groui)e du djebel Alem (Voir Beni Arous). 

Ils constituent une des plus nombreuses tribus du 
nord du Maioc ; ne com])tant point de cavaliers, ils ont, 
par contre, de redoutables fantassins; comme tous les 
l)jel)ala, et d'après les informations les plus sures, 
liuiséesaux sources les plus dignes de foi, ils pourraient 
armer 10.000 hommes. Les fusils modernes y commen- 
cent à se répandre; on en comptait déjà beaucoup 
en 1891. En 1889, lors de la colonne du Sultan, ils 
ont refusé à rarmée, forte de 10.000 hommes, le droit 
de prendre de la i)aille, ce qui témoigne de leur esprit 
d'indépendance '. 

* Cap. Thomas. Itinéraire de rexpédilion du Sultan en 1889. 



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430 



DJEBALA. 



DJEBALA. 



431 



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lîENl AROUS, Cl SOUMATA. 

Le territoire des Béni Arous, très montagneux, est 
borné au nord par la petite vallée de l'oued El Kharoub- 
il se prolonge dans Test jusqu'aux Akhnias, englobant 
tout le massif du Djebel Moulai Abdesselam ou Djebel 
Alem ; au sud. il s'arrête aux Soumata et Béni Gorfit 
tandis que dans l'ouest il domine la plaine ondulée 
qui s'étend jusqu'aux rives de l'Océan. 

Les Béni Arous ont un grand nombre de villages 
fortimporlanls; leur territoire est renommé pour ses 
vignes. 

La tribu comprend trois éléments : 

P Les cherifs Béni Arous, ou El Aroussiïn, qui 
représentent plus ou moins directement la descendance 
de Sidi Abdesselam ben Mechich dont le tombeau est 
au Djebel Alem, sur leur territoire, et sert de lieu de 
pelermage vénéré dans toute la région <les Djebala et 
dans une grande partie du Rif ; 

2^ Les Soumata, sorte de' clients religieux et 
pohtuiues, des Béni Arous ; 

^ Les Ommiin, qui sont aussi des clients, mais plus 
exactement des serfs ou cultivateurs attachés à la 
giebe, en cultivant les terres des cherifs El Aroussiïn. 

Les Béni Arous sont exempts d'impôts, de rede- 
vance et de toute prestation en qualité de cherifs. 
Les Ommnn jouissent des mêmes privilèges comme 
ser^ateurs des Béni Arous. Quant aux Soumata, ils 
tonnent, depuis Texpédition du Sultan en 1889 une 



tribu indépendante de ces castes religieuses, et soumise, 
au mois pour la forme, à Fimpôt. 

Les Béni Arous nomment dans leur tribu, pour 
le règlement des affaires intérieures , un cheikh 
suivant la mode berbère ; mais le titulaire n'a aucune 
influence; en réalité, chacun agit à sa guise. Quant 
au caïd de parade que le Sultan y a nommé durant 
son expédition de 1889, il a une autorité encore plus 
})récaire. 

Les Soumata, dont la réputation de courage est 
établie dans tout le nord du Maroc, peuvent réunir 
environ 7UU fantassins. 

Princii)aux villages : 



Arregen. 

El R'riba 140 fusils miroB 

Tsafraiils 3() » >» 

Dar Errâti 30 

ElAdjas 30 

AïnelBeïda 60 

Sa tel Haman 

ElMelaâb 10 

RribaChnadJa.. 40 

Tsaoula 50 

Rokbat Errous.. 10 



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Bou Hornsi 50 fesils cnvim 

A Korsaael foki 50 » » 

» Habli 50 » » 

Tsaberdouts 3 » » 

Dar Mekkach... 8 » * 

Altaïn 15 » » 

R'enimen 8 » » 

Afra 12 > » 

Zeïlsouna 50 » » 

El Horcha 8 » » 

Béni Adour 40 » » 



A Dar Errati se trouve la zaouïa de Sidi Mezzouas. 
Le village de Arreguen ne se compose que des pro- 
priétés du Cadi et de son frère. 

Les Soumata comprennent, outre une fraction de 
ce nom, les Ahl el Djir. 



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432 DJKBALA. 

Lf^s l^eiii Arous coiiipivmuMit trois fnu'tions : 

Kl Khrkharza, la plus influente, 
Oulail Abdelouahab, 
Teidiin. 

Les ( :ii^rifs et les Onnuiin sont également répartis 
dans ces trois fractions. Les derniers moins nombreux 
que les premiers. 

IMncipaux \ illages : 

El Harcha Souinata, Marchamined), 
Bon Amsid, Aïne el Hadid, 

Ou Altai.l, Bou.ljaria, 

Ou Akei-son. Tardant 

liEM A H. M Kl). 

Te)'rifQire. — Au sud du massif <lu Djebel Alem, 
dans les bassins de l'oued Oulai et de Foued Maoudour.' 
affluents de droite de Toued Ouar-ra. Territoire peu 
accidenté, tout en cultures et jardins. Tribus voisines : 
Béni Mestara el Rzaoua à Touest. Béni Zoroual au sud, 
R'oniara el Akhmas au nord et à Test. 

Tribu de djebala, mais où prédomine l'élément 
arabe. La population de plusieurs villages est issue 
d'Abid Bokharil 

Villages en général étendus. 

Tribu très belli(}ueuse et pillarde. 

Les Béni Ahmed coupent souvent les chemins qui 

' Pour la situati.,.. politique et relif,ne„se des Soumata et des Béni 
Arous, voir le chapitre « Intluences religieuses ». 
- Voir volumes III et IV. 



DJEBALA. 



433 



^ 



traversent leur territoire et fout de très fréquentes 
incursions chez leurs voisins. Ils sont en hostilité avec 
presque tous, et les luttes de village existent également. 
Us relèvent du H'arb, coniniandenient d'Uuld el 
Abassi; ils ont deux cheikh nommés par lui, mais ils 
sont très indépendants. La seule autorité qu'ils reccm- 
naissent un peu est celle des chefs des Djemaa des 
villages. Ils pourraient mettre en ligne 3000 fantassins. 

Deux divisions administratives : 

Béni Ahmed el Foukaui, 
Beiii Ahmed el Selfi. 

(Jn y ajoute une sous-fraction, les Chellal '. 

Les Béni Ahmed sont pour la plupart serviteurs de 
Sidi Abdesselam ben Mechich, mais sans être du 
groupe politique du Djehel Alem. Beaucoup aussi sont 
serviteurs religieux de la maison de Uudzzan. 

Assez grand nombre de Derkaoua relevant de la 
zaouïa de Bon lierih des Béni Zeroual. 

POPULATIONS DU DJEBEL SARSAR. 

Territoire, — Tout le massif du djebel Sarsar*, 
surtout sur le versant nord. 

Les Ahl Sarsar sont djebala et habitent des villages. 

* Gapilaiiie Thomas. Itinéraire de l'expédition du Sultan en 1889. 

" Le Sarsar, montagne située au sud du ksar Denhadja. château 
où étaient établis les rois du Maghreb aux temps antiques, était 
occupé à Tépoque d'El Bekri par des peuplades appartenant aux 
tribus de Eetama d'Assada. 

28 






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434 



DJEBALA. 



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DJEBALA. 



435 



Ils descendent d'une fraction de berbères, serviteurs 
religieux de Moulai Abdallah Chérif, ancêtre des 
cherifs d'Ouazzan. ('e sont eux qui l'ont amené à 
Ouazzan, et Font aidé à s'y établir. ' 

La tribu fournit des contingents irréguliers au 
Sultan et paie Tinipôt. Elle est relativement peu 
pressurée en raison de son origine, et relève soit 
d'El Araïch, soit du caïd Ben Aouda, d'après les 
modifications de l'administration du gouvernement 
marocain. 

Les Ahl Sarsar, sans être précisément ser\'iteurs 
des cherifs actuels d'Ouazzan , en raison de leur 
origine, n'en appartiennent pas moins aux groupes 
religieux et politiques que dirige la famille Ouazzan. 

Principaux villages : ■ 

Derana 60 fusils environ 

ElBerrakni 80 » 

Zaouïa 100 » 

Zaouïa de Sidi Ali ben Ahmed. 

Nehal 100 > 

Hjaoudj 60 » 

RaselMekil 80 » i 

On peut estimer de 480 à 500 le nombre de fantassins 
armés. 

MASMOUDA. 

TnrHoive, — Au sud-est du djebel Sarsar, dans les 
hauteurs qui forment, aux abords de ce massif, la 
plaine sud de la vallée de Toued el R'oùts. Tribus 
voisines : Sarsar, R'arb, Er Rhama, Béni Mestara. 



Djebala vivant en villages. Ils descendent de 
l'ancienne tribu berbère^ de ce nom. 

Tribu tour à tour tranquille et révoltée. Par moment 
fournissant des contingents au Sultan. Dépendant du 
R'arb , caïdat de Er Remouch ben Aouda des Oulad 
Seiian en 1890 et du pacha de Tanger en 1892. 

Principaux villages : * 



Fersiou 200 fnsils. 

Dollar Leiiinazel — 25 » 

El Kliaiisousi 25 » 

Dchar Apallel 100 > 

KhandaqEl Bir.... 150 » 

Tislâou 150 » 

EdDaherelBeïnoui i(X) > 

Gouna 80 » 

Djebel Laherech... 80 » 

Sf,wa 100 » 

ErkoiiiiaElThalia. 100 » 

ErkoimaElFoufiuia 100 
Oulad Si ali bon Azuz 30 

Bon Haininou 150 

ElHaïi 100 

El- Boulin 100 

El Harts 150 

Bon Hessin 100 



» 



» 



ErRamel lOOfasils. 

Mazraf 100 

El Haminarit 100 

Ez - Zaouïa Dabour 

Hessina 60 

BouZiouï 100 

Lerljelaoxdaoua 30 

Béni Aham 1(X) 

Dchar Alïa 100 

Touïzta 60 

Et Taouret 100 

Oulad Bou Anone. . 30 

Lahouitet 40 

Béni Jarnmen 40 > 

Azrazer 40 » 

Dar Ed Deba 60 * 

Djebel Serserkla... 1200(?p 



> 



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» 



La tribu entière des Masmouda pourrait donc réunir 
un total de 4090 fusils environ. 

^ La plus grande partie des habitants du Maghreb El Aksa 
appartient à la tribu des Masmouda. (Ibn Khaldoun, I, 194). 

Les Masmouda, à peu d'exceptions près, composent les habitants 
de la partie montagneuse du Maghreb El Aksa. (Ibn Khaldoun, II, 
p. 135). 

- Renseignements statistiques. — H. de La Martinière. 






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436 



DJEBALA. 



Quelques Aïssaoua. 

Influence dominante de DarOuazzan. 

Au djebel Sedjen, se voit un tombeau juif où les 
israélites du Maroc se rendent en pèlerinage, ils y 
entretiennent une garde de Masmouda. 



> 



ER REHOUNA. 

Tei^Htoire, — Entre Toued R'oûts etToued Ouar'ra, 
au sud des Abl Serif . 

Djebala vivant en villages. 

Petite tribu très belliqueuse et de bravoure réputée. 

Peu soumise, elle relève du commandement de 
Fez, mais, sauf lors du passage des colonnes, comme 
en 1889, elle est à peu près indépendante. 

Trois fractions : 

Béni Sedjel, 
Béni Smeah, 
Béni Grir. 



Principaux villages : ^ 

Aïn Michallou lOOfnsils 

Ellous 100 > 

Amzou 60 

BouNidar 50 

Dar ol R'ebbas 50 » 

Ez-Zitouna 100 

Essaf 120 

Azâanâan 150 

Zidour 150 » 

En Nacharine 100 » 



» 



» 



» 



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Batnou 50fnsils. 

El Bâadjine 80 » 

El Kalâa 60 » 

El Anser 40 » 

Adchiïr 30 » 

El Achchen 200 > 

Edouahir 100 > 

Farcha 100 » 

Akda 100 * 

ElBallount 150 > 



^ Renseignements statistiques. — H, de la Martinière, 



DJEBALA. 



» 



Brikecha 100 fusils. 

El Rar 50 y^ 

Tala 100 

Niten 50 

Akanetour 50 

Sguifa 50 

Harsal 50 



Guetina 

Béni Mohammed. . 

Lemsabcha 

Zarradou 

Dchar Zaktaoua. . 
Mazzou el Fouqui 
Khandaq Ezziara. 



437 

50 fusils, 
100 » 
150 
150 

50 

50 * 

10 » 






La tribu pourrait donc réunir un total d'environ 
^00 fusils. 

Grande zaouïa de Sidi Aïssa Ould Sidi Sellam, des 
Cherifs Oulad Sidi ben Mechich, patron de la tribu 
et dont Talem ou drapeau sort le premier en cas de 
guerre. Zaouïa de Sidi Ahmed Mousebaa. 

Grande zaouïa d'Aïssaoua, dont le mokaddem actuel , 
Sidi Thanii. paraît assez influent. Zaouïa de Hamadcha 
à Boumidar. 

BENI MESTA*RA \ 

r^rr?Yo/r^. —Dans le bassin de l'oued Ouarra. entre 
les BeniMesguilda, les Béni Zeroual, les ErRehouna, 
les Masmouda, les Aouf et les R'zaoua. 

Djebala vivant en villages. 

Les Béni Mestara sont la tribu la plus pillarde et la 
plus remuante de tous les Djebala. Les routes de leur 
territoire sont constamment coupées. Ils volent sans 
cesse leurs voisins el viennent par moment même piller 

* Béni Messara suivant El Bekri qui les rangeait à son époque dans 
la tribu des Honieïd, par conséquent alliés aux R'omara ^El Bekri, 
p. 246). 



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438 



DJEBALA. 



les maisons, enlever des jeunes garçons et des filles dans 
l'intérieur même d'Ouazzan. 

En 1882, ils ont presque assiégé la ville, arrêtant 
tous les voyageurs entre la ville et Kucheriin ' ou sur 
la route de Fez, Grands buveurs de vin et très adonnés 
pour leur propre compte aux danses des deux sexes ; 
ils vendent aussi de côté et d'autre les enfants qu'ils 
volent. 

Complètement indépendants, ils n'ont pu être maî- 
trisés en 1882-83, qu'après l'envoi de deux petites 
colonnes dont la première avait été battue. 

En 1889, le Sultan leur a donné un caïd de chez 
eux, avec le concours duquel une partie des brigands 
attitrés de la tribu ont pu être arrêtés. Deux mois après, 
le frère du caïd a été tué dans une émeute, et il a fallu 
envoyer de nouvelles troupes pour rétablir l'ordre. 

Deux di\dsions administratives : '^ 



Outaouiin.., 



Djebala 



Djahra (voisins de Ouazzan). 
Béni Mestara Oulad el Outa. 

Béni R'iiz. 

Oulad ben Talba ou ben Tala 



lia tribu des Béni Mestara comprend sept fractions 
locales ; ce sont avec leurs principaux \111ages : ^ 



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^ Kucheriin, faubourg occidental de Ouazzan. 
^ Cap. Thomas, l. c. 

3 Renseignements statistiques. — H. de La Martinière. 



DJEBALA. 



439 



V^ fraction : BouGarra, 805 fusils environ. 



Villages : 

BeniKoulch 

SiElHadjElAbbès. 

Tinzah 

Oulad Bon Dahla... 

Ainadhas 

KefelR'oui 

Daller Mongach.... 

Galàal Edjala 

Atsoul 

El Halhal 

El Oued Es Saïr... 



50 fusils 

25 ^ 

30 > 

50 > 

30 » 

m » 

25 * 

40 * 

15 ^ 

m * 

30 ^ 



Rachgach 

Bou Garra 

Kachkach 

Manaah 

Oued El Fahs. 

Ez-Znouïa 

Achehiba 

Ar'il 

Tifit 

El Habbadjine 



40fBsils. 

70 » 

20 » 

20 ^ 

20 > 

100 » 

40 * 

50 .> 

20 > 

80 > 



2^ fraction : Béni Guis, 700 fusils environ, 
Villages : 



Afsa 100 fnsils. Aïn Agtar 

Ler'acheda 200 ^ El Behira. 

Bab Diouar 100 » 



150 fasils. 
150 » 



3** fraction : Béni lammal, 750 fusils environ. 

Villages : 

Laoua 50fiisils. 

Laouhaheda 30 > 



Ech-Châaline 80 

Ouled Ben Taminou 50 

ElGalâa 80 

Anafezi 100 



Tichakrane 40 fnsils. 

El Horraguine 100 * 

Agrine *0 ^ 

Ed Daher 70 * 

R'3lila 80 > 



4^ fraction : El Hadjera, 440 fusils en\dron. 

Villages : 

ElHadjera 30 fusils. 

Khalda 100 

Oulad El Hadj..... 70 

En-Nadamine 50 

Erhouniach 30 



> 



^ 



Edjeraoua . . . 

Saggni 

Aïn El Djaia 
Agrar 



c^ fusils. 
40 » 
40 » 
50 * 



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440 



DJEBALA. 



DJEBALA. 



441 



) 



5^ fraction : Béni Raous, 520 fusils environ 



Villages : 

Lahsakra TOfnsils. 

ElGueliâa 60 > 

Er-Remela 60 > 

Lamonalda 60 > 

Chadîan 30 » 



Lâazaïbia . . . 
ElHaddada, 
Lahouaoura 
Er-Riasine . 
Zouma 



60 fBsils. 
50 * 
40 > 
80 > 
60 



» 



6^ fraction: Metiïoua, 970 fusils environ. 



Villages : 

EIHarrag OOfnsils. 

El Hourach 70 

Boni Amran 50 

Es Sabanino 50 

Oiilod bon Radouano 70 

El Hamria 60 

Oulad bonAcbobika 70 

ElMolh 40 

Lor'ouina 80 

Tirnif 40 



» 



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» 



» 



Azroiif 

Adouïkar Dazit 

El Khis 

Oulad bon Dalha (<^Q 
nom est aussi porté 
par un des villages de 
la fraction Bougarra . 

Asfal 

Aïn Yannnal 

Sidi Abdolkader.... 

Ouled bon Atrabeg. 



40fB8ils 

40 

60 



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50 » 

50 > 

50 > 

50 > 

50 > 



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fraction : Béni KouUa, 1520 fusils environ. 



Villages : 

BouSoronr OOfnsils, 

Lomnasor 50 

Er-Ramol 50 

Dohahona 40 

Asakkar 40 

Aïn ElOuIIig 40 

Zorga 30 

Fondao El DJirano. 40 

Azaniourino 100 

Adachorine 50 

Sidi Qassem 40 

Aziatine 30 

Tagachchert . 60 



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ElGaddarine 

EsSand 

Oulod bon Hannou. 

Aïn Bouzid 

Maouna 

Ez-Zaouaguine 

ElGuitoun 

Logzira 

Lakhorachech 

ElKharfane 

Oulad Yagoub 

Lâanaser 



lOOfosils. 

40 

30 

40 

40 
250 
100 

40 

40 

50 

60 
100 






On peut compter dans toute la tribu des Béni 
Mestara, 5700 fusils enwon. 

Les Béni Mestara sont, au point de vue religieux, 
serviteurs de la famille de Ouazzan, mais ils sont 
politiquement très hostiles à la branche aînée, c'est-à- 
dire aux fils d'El Hadj Abdesselam. Ils avaient voulu 
empêcher Moulai Abdallah Chérif de s'établir à Ouazzan 
et depuis, tout en allant en ziara à son tombeau, ils 
volent à l'occasion jusqu'aux draperies de son cercueil. 
D'autre part, dans leurs incursions à main armée, 
ils ne ménagent pas plus les filles des chérifs que les 
autres. Les Béni Mestara sèment la terreur dans toute 
la région avoisinante de leur territoire et pourtant, 
d'après les rcnseignenuMits précités, ils seraient relati- 
vement peu nombreux. En 1889, l'armée du Sultan 
dut séjourner du 2 au 24 août, au camp de Mazir'art 
pour en imposer aux tribus des Béni Mestara et des 
Béni Ahmed, afin de les décider à payer un long 
arriéré d'impôts, encore ne s'y exécutèrent - elles 
qu'après de longs marchandages et après avoir épuisé 
avec le Sultan lui-même, tous les moyens dilatoires'. 

BENI MESaUILDA ^ 

Territoire. — Sur Toued Aoudour, affluent de 
rOuar'ra, entre les Béni Mestara, les Setta, les Cheraga, 
les Fichtala elles Béni Zeroual. 

* Cap. Tliomas, l. c. 

' L'itinéraire d'Antonin nous a transmis le nom d'une station , 




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-^1*1 I litfcj 



442 



DJEBALA. 



DJEBALA. 



443 



1> 



Djebala vivant en villages. Les Béni Mesguilda sont 
en général tholba^ presque tous savent écrire. Mais ils 
n'en sont pas moins fort adonnés an a samt )), pillards, 
coupeurs de routes, en lutte avec tous leurs voisins. 

Tribu peu en main, presque complètement indépen- 
dante. Elle dépend nominalement du Riirb comman- 
dement Ould e] Abbassi, mais a eu à payer, lors du 
passage de la colonne en 1889, sept années d'arriéré 
d'impôts. 

Trois fractions : 

Dar el Oued, 
Omana, 
El Argoub. 

Principaux \illages : ^ 

Bab Djebel Zerka, 

Koudiia, 

Benî Rbeia, 

Sidi Allai el Zerari, 

Moulai bou Gheta ez Zrira, 

(Moulai bou Cheta bou R obréin), 



El Argoub, 
Oumana, 
Oulad Abdallah, 
Sidi Zitoun, 
Djemaa el Oued. 



Pas d'influence extérieure, en raison du grand 
nombre de tbolba dans la tribu. 
Nombreux marabouts locaux. 

ou ville romaine de Gilda ou Guilda, située dans les mêmes 
parafes que ceux habités par la tribu des Mes^ilda ; il est facile de 
retrouver dans ce composé berbère, le nom de la station antique 
précédé du mot libven « Mes » qui a la même signification que le mot 
arabe * Beni » . 

* Renseignements statistiques. - H. de La Martinière. 



FIGHTALA. 

Territoire. — Bassin de l'Ouar'ra, autour du Djebel 
Moulai bou Cheta et du djebel de Sidi Mergo, entre 
les Béni Mesguilda , Béni Ouriar'al bou Cheraga et 
Oulad Aïssa. 

Tribu renfermant en majorité des éléments arabes \ 
mais djebala de mœurs, et d'habitat ^ 

Tribu dépendant du commandement de Fez (Ould 
Bà Mohammed)^ soumise et assez bien en main. 

Quelques serviteurs de I )ar Ouazzan, mais l'ensemble 
de la tribu reconnaît surtout pour patron Moulai bou 
Cheta. 

SETTA. 

Territoire. — Bassin de l'oued Ouar'ra, entre les 
Oulad Aïssa, El R'arb, les Cheraga, les Béni 
Mesguilda, les Béni Mestara et Aouf. 

Djebala très arabisés, vivant en villages. 

Les Setta dépendent du R'arb, commandement d'El 
Abbassi. Ils sont assez tranquilles et en main. 

* Les Fichtala étaient déjà arabisants à l'époque où écrivait Ibn 
Khaldoun ; l'auteur de l'histoire des Berbères leur assigne comme 
territoire, toute la partie de l'Atlas au Rif qu'ils partageaient avec 
les Béni Ouriar'al et les R'omara. 

' Les Fichtala (Ibn Khaldoun) étaient déjà cités par l'auteur de 
l'histoire des Berbères, tome II, p, 123, avec les Mesguilda et les 
Béni Ouriar'al comme habitant les territoires du Ouar'ra. 

3 1893. 



c 




I 



t 



I 



444 



DJEBALA. 



Villages : 

Medjenoula, 
Kherb en Naïn, 
El Khazzen, 
MaaJil, 



Dar Hadden, 
Aïn el Oued, 
Aïn el Raha, 
Dchar Sidi Miniouii. 



Les Setta sont sénateurs de Dar Ouazzan, pour la 
plupart, et Derkaoua. 

BENI ZEKKAT. 

Petite tribu de Djebala située entre les Er Reliouna, 
Béni Issef, les Akhmas et les Rzaoua, dont ils 
dépendaient primitivement. Les Béni Zekkat sont 
seïbin comme ces derniers, quoique relevant du 
R^arb, commandement des Oulad Sefian \ 

Ils sont surtout serviteurs de Sidi Allai ben el Hadj, 
des cherifs Oulad el Bekkal, et aussi de Sidi Abdes- 
selam ben MecMch. 



i#^' 



> 



R ZAOUA. 

Terrïhire. — Dans le bassin de l'Ouer'ra, entre les 
Béni Mestara, les Er Rehouna, les Béni Zekkat, les 
Béni Ahmed et les Akhmas. 

Tribu djebala vivant en villages, où les tholba sont 
fort nombreux. Les R'zaoua dépendent du R'arb. 
commandement des Oulad Setian. Mais ils sont assez 
indépendants, peu en main. Jusqu'en 1889, ils se 
contentaient, comme achour, d'envoyer 14 bœufs à la 

^ Er Remouche en 1893. 



DJEB.\LA.. 



445 



koubba du djebel Alem et ne payaient rien au Makhzen. 
Moulai el Hassan a réussi à leur faire donner une 
partie de leurs impôts arriérés. Ils sont actuellement 
en hostilité avec les Akhmas, à cause des Béni Issef, 
dont ils ont embrassé le parti. 

Il existe une fraction isolée formant une tribu à 
part : les El Harraïk, dans le djebel de ce nom qui se 
continue chez les Akhmas, sous celui de djebel 
Haoulen. 

Principales fractions et villages des R'zaoua \ 

1"' fraction : Béni Medracen. 



Villages : 

Taria 

Boni Sedjel 

Doukkala 

Ez-Zoureg 

R'ilmen 

Béni Baron ou Ba- 

roua 

Béni lazeren 

lamakout 

Ar'eram 

Ouchach 

El Bollouta 

El Ahiaïg 

Fifi 

Es-Salb 



100 fusils. 

200 ^^ 

150 > 

80 » 

80 » 



100 
150 

70 
80 
60 
50 
150 
200 
60 



» 



E(l-Dardar 50fasih. 

El Khallafine 20 » 

Et-Tasudiin 60 » 

ElGuedmiin 20 

Mada 20 

ElOust 40 

En-Nadjarine 50 

Tiliouan 50 

Amtal 100 

Ech-Charatine 50 

El Guitouiu 30 

Er'clad m 40 

Béni Anâïem. El 

Kalâa loO > 






On peut évaluer là force des Béni Medracen à environ 
2200 fusils. 

* Renseignements statistiques. — H. de La Martinière. 



r 

^'*"— --.-** 



446 



DJEBALA. 



2* fraction : Béni Far'eloum, 



) 



Villages : 

Ef-Touzaïen 40fnsils. 

Lâazaïeb 40 

Amergou 2() 

Lechiakh 5() 

Dar Khoukh 5() 

BeniMâaouia 5() 

Ardaouna 80 

Armoud 5() 

Ekliliâa 20 

Etâalab 40 

Esbout (jo 



» 



» 



» 



» 



» 



BonEr-Raf 40 fusils 

BeniEbrih 30 

Eshana 40 

I-emsag 50 

El Bairiet 40 

Oum Guersa 30 

Es-Send 30 

ElMadjdjainine.... 3) 

Oued Engoncht.... 40 

EtTialine 40 



> 



» 



» 



» 



Les Béni Far'eloum possèdent environ 840 fusils. 



3® fraction : Bou Hessan. 

Villages : 

Ei-Remla lôOhsils. 

OuladSidi Amar... 80 

En-Nazia 40 

Aïn Bon Hassan.... 40 

Lâazaïeb 30 

Lahraïef 50 

Adjenane 30 

Ar^al 80 



» 



» 



> 



» 



» 



» 



DarelOned lOOfisils 

Dar Heïdour 70 

Ech-Châara 40 

Aïn Lagbou loo 

ElKalâa 50 

Fidj El Hamoud.... 40 

Ar^balEIFouki.... 50 

Tatoult 30 



Ed-Daher 80 » 

Les Bou Hessan possèdent environ 1060 fusils. 



4^ fraction : Béni Letnah, 

Villages : 

Ahammar 40f«sils. 

Herrara 40 

Bou Kamous 30 

El Ouediïne.. 50 



» 



> 



Takmacht ajfasils. 

Lekrakra 40 ^ 

Amalou 80 > 

Lenagasab 50 > 



DJEBALA. 



447 



El Kantra ^Ofnsils. 

El Kalâa (même nom 



V 



que dans la fraction 
précédente) W 

Afei'zimen 40 

Fidj Enssour 20 

Les Béni Letnali possèdent environ 780 fusils. 



Alabra 50hsils. 

Bouchouck 40 

Trachelah 40 

Forraha 50 

El' Reinel Dagralet. 50 



5^ fraction : Béni Routab. 

Villages : 

Mazzar 50 fasils. 

Ghabtal 50 > 

Oulad Ayad 50 * 

Ler'boii 00 » 

Tazga 40 » 

Ahna 40 » 

Fatras 80 >^ 

Er-Rihane 100 v 

Agrazen 70 » 

HaiTOU 40 * 

Tib 30 r> 



> 



> 



Oulad ben Atsman. 50 fusils. 

GalâatBeniRouten. 150 

BeniZekkar 70 

Khandag El Djeuna 50 

Aïn Aziaten 70 

Ed-dar el Kedima. . 50 

Inasel 30 

Ferrara 40 

Tazrout 80 

Mekraza 50 



« 



Les Béni Routab ont 11300 fusils environ et le total 
des fantassins armés dans toute la tribu des R'zaoua 
atteindrait ()240 hommes. 

Nombreux cberifs Oulad el Bekkal, de la famille 
de Sidi Allai ben el Hadj, dont les descendants vivent 
à El Harraïk, grand village tout entier à leur dévotion. 

Nombreux Khouan Derkaoua, relevant de deux 
zaouïa : Zaouïa Sidi Cberif, chez les Béni Nain, qui 
dépend de celle de Bou Berih, chez les Béni Zeroual, 
et Zaouïa Sid El Hadj Er Radi, de la branche de Sidi 
Mohammed el Harrak. 

Serviteurs de Sidi Ahmed Mouseba, ouali local. 



I 



448 



DJKBALA. 



DJEBALA. 



449 



) 



En outre, les R'zaoua sont tous serviteurs de Sidî 
ben Mecbich. 

BENI ZKROUAL. 

Tmilùire. — Bnssin de l'oued Mezaz, affluent de 
rOuarra, à sa sortie des territoires Kelama, et 
bassin de l'oued Oulaïl, autre affluent de TOuar'ra, 

Entre ces deux cours d'eau, massif montagneux 
assez élevé, on rencontre le djebel Outka et ({uelques 
autres massifs plus petits, tels que la montagne où 
est située la fameuse fontaine dite Aïn Berda. 

Par suite de confusion, Ibn Kbaldoun appelle leur 
territoire Djebel Serif. 

Les Heni Zeroual sont d'origine berbère, mais très 
arabisés, lis comptent, en outre, d'assez nombreux 
descendants des Abid Bokbari'. Ils vivent en villages 
très resserrés et compacts, entourés de jardins de tous 
côtés. Une seule de ces localités, celle dite Aïn el 
Berda, couvi-e tout un versant de la montagne de ce 
nom. On y compte six mosquées et elle peut mettre en 
ligne douze cents fusils. 

Les Béni Zeroual forment la plus grosse tribu de 
tous les Djebala. S'ils étaient moins di\1sés, aucune de 
celles qui les avoisinent ne pourrait leur tenir tète. 

Le capitaine Tbomas donne le cbiffre de 20.000 à 
40.000 fusils. Mais ils sont constanmient en lutte entre 
eux de même qu^avec leurs voisins. C^est ainsi que 

* Voir Tome III. 



Moulai el Hassan a pu les rapprocher un peTi du 
Makhzen, camper chez eux en 1889 avec sa colonne et 
leur faire accepter (|uatre caïds. Oux-ci n'ont d'ailleurs 
guère d'autorité, el il paraît peu probable que les Béni 
Zeroual continuent à payer l'impôt. Leur ancienne 
organisation intérieure, qui paraît avoir été très forte, 
a à peu près disparu. Les affaires de la tribu, des 
villages, sont traitées en miad, où tout le monde a rang 
égal, et où les plus turbulents l'emportent souvent. 11 
reste cependant (juelques-unes des vieilles institutions 
locales. 

Ainsi , dans chaque village, se trouve une pierre 
dressée devant la mosquée principale. Les indigènes 
({ui ont à se plaindre de quelque vol ou de tout autre 
tort fait à leurs droits, sacrilient une poule, une chèvre 
sur cette })ierre. Le cheikh el djemâa doit s'y rendre 
aussitôt et ouvrir, en faisant comparaître témoins et 
défendeur, une sorte d'assise populaire, un miad, où 
se règle le litige. 

Les ({uatre caïds sont placés à : 

r^ Chahrira , avec commandement des Béni Mka et 
Béni Medjerou , Bou Maam et Oulad Kacem; 
2*^ Azaïs , fraction des Béni ladmi ; 
3^ Oulad lalah , fraction des Béni Brahim ; 
4« Aïn el Berda. 

Outre Aïn el Berda, les principaux villages sont : 

Tazerdra, \ forment une djemâa qui relève du 
Bab el Bir, | caïd d'Aïn el Berda, mais est 
Ar'afsil, ) hostile à cette fraction. 



\ 



I 






Il 



450 



> 



IJeiii Hrahiiu : 

El Oglaïa, 

Albuzal, 

Sensia, 

Afiguol, 

ïidinit'a, 

El Mchaa, 

Nokia. 



DJKBALA. 



Ouiad Salali, 

Oulad Attia, 

Oiiar'out, 

BouThaam (cluu-ifs Smainiin). 



J)JK»ALA. 



451 



dans le djebel Outka. 



Beui Meka : 



Taenza. 



Boni Medjera. 

On compte, en outre, avec les Béni Zeroual, deux 
petites tribus: Oulad bon Hinia (;200 fusils), Oulad 
Bekkar (100 fusils), issues de tribus jadis impor- 
tantes détruites aujourd'hui et presque comi)lètement 
absorbées. 

Les Oulad Bekkar ont une i)etite kasbali sur Poued 

Meknoun. 

Le capitaine Thomas donne à la tribu des Béni 
Zeroual un groupement un peu différent, et la divise 
en six fractions : 

Béni Hrahim, les plus nombreux, qui forment à eux 

seuls le tiers de la tribu, 
Aïn Berda, 
Béni ladmi, 

Béni Mekka, qui se subdivisent en Béni Medjerou, 
Béni bou Maham, 
Oulad Kassem. 

Les trois premières fractions ayant chacune un caïd 
particulier, les trois dernières sont réunies sous le 
commandement du quatrième caïd. 



Oiiehjues fidèles de Dar Ouazzan rejirésentés par 
quelques familles de cherifs. 

Quelques Aïssaoua. 

Les Béni Zeroual sont, en outre, serviteurs de Sidi 
Abdesselam ben Mechich. 

EL DJAÏA. 

lerriloire. — Entre les Sélès, les Haïaïna, les Benî 
Ouriar'al, les Béni Zeroual. 

] )jebala avec prédoniinancederélément arabe. 

Les El Djaïa sont commandés par un caïd de leur 
tribu, mais dont l'influence est nulle en deliors de son 
propre parti. L'ensemble de la tribu doit être considéré 
coniuie seïbin ou indépendant. Ils sont, du reste, 
coupeurs de routes déterminés. 

Trois fracli(ms : 

Oulad bou Zoulai et Oulad Roroum (près des Haïaïna), 

lîeni Mohammed, 

Senouber. 



Principaux villages : 

Béni bou Zoulat, 

Senouber, 

Zirarda, 



Oulad R'oroum, 
DJeber Mechii. 



Les El Djaïa sont pour la jdui)art serviteurs du djebel 
Alem. Ils ont chez eux quelques cherifs Béni Arous 
et une zaouïa leur appartenant. Azib et serviteurs de 
Dar Ouazzan. Quelques fidèles R'aziin. 



Il 




^ 



I 



4Ô2 



1).1KBALA. 



DJKBALA. 



453 



> 



BENI OURIAU'aI. \ 

Tmitoire. — Pivstiiie (^duplètement entourés par 
les Heiii Zeroiial. Voisins sur leur frontière libre des 
Chéraga et des Fichtala. 

Tribu relevant (b^ Fez (caïd Ould lîâ Mobannued)^; à 
peu près indépendante ccunnie ses voisins, les Heni 
Zeroual. 

Divisions administratives : 

Heni Ouriar al Sefeliin, 
Béni Ourier a! Foukaniin, 

ft-incipaux villages : 

Ardeur, Tingniran, 

Béni Guisal, Derdour, 

El Guitoun, 

Serviteurs de Dar Ouazzan et de Moulai bou 
(^beta. 

Les Béni Ouriar'al de cette partie occidentale du 
Maroc réunissent environ 1,000 fusils. 

SÉLÈS. 

Territoire. — Entre les rivières Ouar'ra et Sebou, 
vers leur partie supérieure, la région est montagneuse, 

* Les Boni Ouriar'al sont arabisants, quoique berbères purs ; ils 
étaient déjà classés et qualifiés comme tels à l'époque d'Ibn Khaldoun 
qui leur donne comme territoire toute l'immense étendue de FAtlas 
au Rif concurremment avec les Fichtala et les R'omara. 

« 1893. 



très rocheuse et bien arrosée. Voisins: El Dja'ia, Heni 
( )uriar"al , Chéraga , Haiaïna. Les Sélès sont les 
derniers descendants des Heni Merin et Béni Outas 
qui liahilaient la région de Fez avant les îdrissiîn. Ils 
sont djebala et vivent en villages. 

Tribu tranquille et considérée, d'ailleurs, comme 
d'extraction noble et relativement peu exploitée. 
l^]lle a un caid pris parmi ses kebars ou personnages 
notables. 

Villages : 

El Amser, Sidi Mohammed Senni, 

Aïii Deuma, Herran. 

Oulad bou Chérif, 

Serviteurs de Dar Ouazzan et de Sidi Abdesselam 
ben Mechich. 

MEZZIATE. 

Territoire. — Bassin de Toued OuarVa. entre les 
Haïaïna, les Mettioua, les Béni Zeroual et lesSanhadja. 

Relèvent du caïd de Fez Djedid, El Ferradji. Sont 
tranquilles, mais doivent à leur position au milieu de 
tribus seïbin, une semi-indépendance. 

Deux fractions : 

Oulad bou Sultan, Mezziate, 

Les influences religieuses prédominantes sont celles 
des cherifs de Ouazzan. ]>uis ensuite vient la confrérie 
du Derkaoua et enfin on trouve aussi quelques 
Aïssaoua. 



i 



I 



' i\ 



454 



DJEBALA. 



3 



MRTTIOUA. 

Territoire. — Sur Toned Inipzzaz. affluent de roued 
Ouar'ra, entre les Béni Zeroual , les Béni Ahmed, 
les Sanhadja et les Mezziate. 

Originaires du Rit. niais sortis de cette région et 
arabisfis comme langue : djebala de lef, (juoique ayant 
conservfi les villages rifains. par maisons isolées. Ils 
sont de même souche que les Mettioua el Bahr du 
Rif ; ils occupent un immense territoire. 

Les Mettioua étaient complètement seïbin avant la 
campagne de 1889. Ils ont accepté, lors de la colonne 
de l'été 1881). d'être placés sous le commandement 
d-un des caïds résidant à Fez. Ould el Daoudi, mais ils 
n'en sont pas moins restés fort indépendants. Ils sont 
pillards et très batailleurs. Ainsi, peu (ie temps avant 
l'arrivée dn Sultan, qui a réglé ce différend, il y avait 
une lutte acharnée entre les deux fractions : En Nador 
et Oulad bon Hama. Les premiers avaient eu 80 hommes 
tués ou blessés. 

Deux fractions : 

Mettioua 
Djebala. 

Mettioua 
el Outa. 



\ 



i 



Ich, 

En Nador, 

El Glàa d? Béni Oum res. 

Mechkour, 

El Oglâa, 

Tar^ia. 



Les Mettioua Djebala sont surtout serviteurs des 
Derkaoua Oulad Akhemlich, au nombre des clients 
desquels ils comptent comme les Sanhadja. 



DJEBALA. 



455 



Nombreux lidèles de Dar Ouazzan. 
Le capitaine Thomas, qui a visité cette contrée avec 
la colonne du Sultan, les divise en : 
r Mettioua el Bahr sur la côte de la Méditerranée, 

du coté de Badès ; 

•2" Mettioua El Djebel dans le Rif: 

3" Mettioua Djebala, les seuls dont nous ayons à 
nous occuper en ce moment. Ces derniers comprenant 
eux-mêmes deux fractions j)rincipales : Mettioua el 
Adjer Foukaniin, Mettioua el Outa ou Sefeliin, et 
plusieurs sous-fractions dont Tune sur le territoire de 
laquelle passa rexi)édition du Sultan, les R'rioua. 

FENNASSA. 

Territoire, — Petite tribu située dans le bassin de 
l'oued Ouar'ra, entre les Sanhadja et les Mettioua, dont 
elle dépend comme commandement. 

Ainsi (|ue les Mettioua, elle est en fait seïba, sauf 
au passage des colonnes. 



[ 



î ^ 



M 



BENI OUANDJEN. 

Territoire. — Dans le bassin supérieur de TOuar'ra, 
entre les Sanhadja et les Marnissa. Tribu composée 
par moitié de R'omara et de Sanhadja, réunies au 
cours de luttes h)cales. Malgré leur origine rifaine, ils 
sont djebala. Les Béni Ouandjen dépendent du caïd 
Daoudi des Mettioua. et comme eux sont presque 
seïbin. Influence de Dar Ouazzan en première ligne. 



1 






466 



DJEBALA. 



ii*^' 



1 



Quel(iues Derkaoua, Aïssaoua, etc. Sidi Ali ben 
Daoud, ouali deMarnissa, marabout local. 

BENI BOU SLAMA. 

TerHloire. - Dans le bassin du Sébou, entre les 
Béni Ahmed, Mettiona. Béni Ouriar'al et Fennassa. 

Djebala vivant en villages. 

Les Onlad bon Slama dépendent des Mettioua, caïd 
Daondi. Mais ils sont presque complètement indépen- 
dants. Leur territoire inaccessible les met à l'abri de 
toute tentative contre leur autonomie. 

Ils sont serviteurs religieux des Oulad Akbemlich 
(Derkaoua), de Dar Ouazzan et de Sidi Abdesselam 
beii Mechich. 

BENI OULID, 

Petite tribu enclavée au milieu du territoire des 
Sanhadja Serlr, dans le bassin de POuarVa. 

Djebala vivant en \'illages. 

Les Béni Oulid sont rattachés au commandement 
d Onld Ba Mohammed de Fez , mais à peu près 
indépendants en temps normal. 

Principaux villages : 

El R'orfa, 
Oued el Ouen, 
Aïn Abdoul. 

Le^Beni Oulid, comme les Sanhadja, sont inféodés 
aux Oulad Akhemlich. 
Serviteurs des Nasseriin. 



DJEBALA. 



457 



MAR NISSA. 

Territoire, — Bassin de Toued OuarTa, entre les 
Béni Ammart et les Gnezennaïa du Rif , les Sanhadja 
d Reddou et les Tar zonist des Sanhadja d SeTir. 

Les Mar'nissa se rattachent à l'élément rifain. Leurs 
villages sont, comme ceux du Rif. formés de maisons 
isolées , mais ils sont djebala de langue et leur terri- 
toire ne comi»te pas <lans le Rif. 

LesMarnissa dépendent du caïd Daoudi el Meltiouï, 
mais en fait ils sont à peu près indépendants. Ils sont 
très reddara, coupeurs de routes et pillards. Le 
mezrag n'a aucune valeur chez eux. Ils sont exclusive- 
ment serviteurs de Sidi Ali Ben Daoud, des Oulad 
Sidi Ben Nasser, sans i)ostérité, mais à la koubba 
(hujuel se trouve une zaouïa importante où l'on vient 
chercher les ziara de Tamegrout. Ibn Khaldoun 
(tome I, p. 171), range les Mar'nissa dans les frères des 
Soumata, des R'assassa. 



!( 



R'rioua. 

Terriloire, — Dans la vallée supérieure de Foued 
Ouar'ra, entre les Mezziate, Mettioua, Haïaïna et 
Sanhadja d Mousebaa. 

Les R'rioua dépendent de Fez, caïd el Feradji. 
Récemment encore seïbin, très remuants malgré leur 
petit nombre, ils paraissent maintenant mieux en main. 

Serviteurs de Moulai bon Cheta et surtout Sidi 



I 



r 



458 



DJEBALA. 



ben Nasser, branche des Oulad Akhemlich, dont ils 
sont clients. 



3 



HAIAÏNA '. 

Les Haïaïna sont rangés politiquement dans les 
Djebala, car ils occupent la bande de territoire qui bjù 
est la continuation ; mais, ainsi que les Tesoul, ils sont 
d'origine arabe. Ils habitent la région qui s'étend 
de])uis le bas de la vallée de l'oued Innaouen jusque 
dans l'est aux premiers contreforts des montagnes des 
R'iatsa, au sud ils s'arrêtent avec la vallée de l'oued 
Innaouen aux prolongements du Djebel des Béni 
Ouara'ine et au nord ils sont limités par le massif des 
Tesoul. Quoi qu'il en soit, l'étendue de leur territoire 
est difficilement ai)préciable, car elle diminue presque 
chaque année par l'occui)ation i)rogressive ' des cantons 
les plus orientaux par les R'iatsa. 

Les Ha'iaïna habitent généralement dans des villages, 
sauf les groupes qui occupent la vallée proprement dite 
de l'oued Innaouen et qui possèdent des douars. 

Les Haïaïna sont assez soumis à l'autorité du 
Makhzen ; en butte aux incursions des R'iatsa avec 
lesquels ils sont constamment en lutte et où ils succom- 
bent, ils s'appuient volontiers sur l'autorité de la cour 
de Fez. Aussi bien ils ont d'eux-mêmes réclamé la cons- 
truction d'une kasba au souk Djemâa des BeniStiten, 

• HoudMs orthographie Haiaïna dans sa traduction d'Abou el 
Uassem tz /lani. 

' Voir Itinéraire de Fez à Oudjda. 



DJEBALA. 



459 



fraction dont le territoire est le plus en butte aux 
déprédations des R'iatsa. Les Haiaina forment une 
tribu importante et susceptible, assure-t-on , de mettre 
sur pied jusqu'à 20,000 fusils et 2,000 chevaux. 
Ils comprennent trois fractions : 

Oulad Hararan. 
Oulad Trik, 
Oulad Errian. 

Ces dernières se subdivisent en plusieurs sous- 
fractions : 

Oulad Assera, 
Oulad Hallel. 
Oulad Aïade, 
Béni Khalifa, 
Béni Stiten. 
Oulad Abd el Kerim. 

Il convient d'ajouter les Oulad Sékhir, les Làasra, 
les Lehbardja, les Oulad bon Zian. les Béni Rached, 
les Ler'ouel. les Laatsema. et une fraction des Houara 
([ui campe avec eux. 

Le Gouvernement marocain divise administrati- 
vement la tribu des Ha'iaina d'une façon différente et 
d'après le groupement de ces populations dans les 
vallées des cours d'eau (jui arrosent le territoire. 

r Les tribus dites de l'Ouad Innaouen où se ren- 
contrent les sous-fractions suivantes : 

Oulad Riab, Châachaa , Oulad lahia ; caïd Ould Djilali 

ben Mohammed. 

on y comptait 1.500 cavaliers, 7.000 fusils. 



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460 



DJEBALA. 



DJEBALA. 



461 



2° Les tribus de FOuad El Leben avec les sous- 
fractions suivantes; 1.200 cavaliers, 6.000 fusils : 

El R oal, caïd Mohammed Enbigui. 

Oulad Abd el Keiim, caïd El Hassen ould Kaddour. 

El Moskrin, caïd Dris Ould d Rouïchi. 

Oulad Aadja, caïd Ould Es-Saheli. 

3" Les tribus de FOnad Ouar'ra avec 800 cavaliers 
et 5.000 fusils : 

Djâafra, caïd Ould el Moddad. 

El Mehirrin, caïd Ould el MehaiTari. 

Oulad Aïssa, caïd Mohammed ben El Hadj. 

(Les indications de commandement des caïds se 
rapportent au mois de novembre 1893). 

Ces infomiations diffèrent un peu de celles fournies 
par le capitaine Thomas comme chiffre de combattants 
notamment sur le nombre des cavaliers, mais (juant 
aux totaux des fusils ils se rapprochent dans Fun et 
l'autre cas. 

Les Haïaïna sont cités fréquemment dans l'histoire 
moderne du Maghreb ; après avoir été à demi détruits 
en 1662-1663 par Moulai Mohammed ben Cherif 
ils furent dans la suite fortement mêlés, vers la lin de 
ce siècle, à tous les soulèvements de Fempire • ils se 
réfugiaient alors chez les R'iatsa, quand les Sultans 
les poursuivaient. 

Les Haïaïna seraient en grande partie serviteurs de 
a maison de Ouazzan, toutefois, on y rencontre aussi 
des Derkaoua, 



TESOUL. 

Territoire. — Dans le bassin du haut Sebou, sur 
Foued Innaouen, afflueul de Foued Ouar'ra. Voisins 
des R"iatsa, des Mar"nissa. des Branes, et des Haïaïna. 

Tribu formée d'éléments berbères (Djebala) et 
arabes \ Ils habitent pour la plupart en villages, mais 
ont aussi quelques tentes, Mezrag, cheikh el djemàa 
etiuéad. Leur territoire est fertile et bien arrosé par de 
nombreuse^ sources. Tribu indépendante, qui dépendait 
primitivement de Taza et, depuis 1889, le Makhzen 
marocain y a nommé les six caïds suivants pris dans 
le sein de la tribu : Kaddour ben Amar, Kaddour ben 
El Hadi , Tahar Uuld Si Amara , Graoui ben Abou , 
El Mokhtar Ould el Hadj Ali et Hadj bou Zouata. 

Ce dernier est plus influent que tous les autres. 

Le Gouvernement marocain h divisé les Tesoul en 
quatre tribus subdivisées elles-mêmes en fractions, 

savoir : 

1" Tribu des Oulad Cherif, 200 cavaliers, 650 fusils % 

comprenant les fractions suivantes : 

Béni Oummer 60 cavaliers. 150 fusils. 

Oulad Zeber ou Zebair 80 » 200 » 

BeniMedjdoul » » » » 

1 Voir Ibn Khaldoun, p. 266, t. I. El Bekri nous a transmis la 
description d'une ville de Teçoul, p. 316, qui était déjà détruite de 
son temps, mais qui avait été très prospère et avait été anéantie lors 
des luttes entre les Fatimides et les Omeïades. La tribu est d'illustre 
origine. Les Béni Abi-1-Afia étaient rois de Teçoul et de Fez. 

» Ces chiSres indiquent le total des tribus et sous-fractions réunies. 



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462 DJEBALA. 

•?• Tribu de Legraoua. 160 cavaliers, 350 fusils, 
comprenant les fractions suivantes : 

Béni Frasen m cavaliers. 150 fusils. 

Tamdert 40 » iqq ,, 

3° Tribu des Engoucht, 160 cavaliers, 400 fusils, 
comprenant les fractions suivantes : 

Bab el Heracha 40 cavaliers. 100 fusils. 

ElKhandok 60 » 150 » 

4" Tribu de Béni Abdallah, 200 cavaliers, 500 fusils, 
comprenant les fractions : 

Oulad Abdaleah ou Moussa 80 cavaliers. 2(X) fusils. 
BeniMeggoura 60 » 150 » 

Beaucoup de serviteurs de Dar Ouazzan. Quelques 
Derkaoua, Aïssaoua, Nasseriin. 

Les Tesoul se divisent en Béni Ferasseu, Groua. 
Béni Medjedoul, Oulad Zebaïr, Béni Ali, El AmaL 
Lembaïla, Béni Ouaza, Diab, Béni Four'ad et Tamdert^ 

Les Tesoul sont presque toujours en lutte avec les 
R iatsa. 

BRANES. 

Ter^iioire. - Sur l'oued el Fodda. affluent de 
rOuar'ra, entre les Tsoul, Marnissa, Guezennaïa (Rif 
et Sanhadja. 

Arabes de langue et de territoire, mais se rattachant 
a 1 élément rifain par la nature de leurs villages 
Dépendent de Taza, mais à peu près indépendants. 



DJEBALA. 463 

Ils ont adopté les coutumes des djebala, quoique ayant 
seulement des cheikh el djemâa, et règlent leurs 
affaires intérieures ou extérieures par miad. Ils sont 
1res pillards , batailleurs , souvent en lutte avec leurs 

voisins. 

Les Branes sont di\-isés en cinq tribus elles-mêmes 
subdi\'isées en sous-fractions. 

i° Oulad Djerou 140 cavaliers ^ 450 fusils. 

Subdivisés en : 

ElHelha 80 » 150 » 

Tiaïba 60 » 150 » 

BeniFettah 40 » 100 » 

2" Tribu des Oulad Aïssa 250 » 600 » 

Subdivisés en : 

OuladAbbou 60 » 150 » 

Tribàgea ''O » 150 » 

Ahl Teuasset 40 > 100 » 

3° Tribu des Fezazera 220 » 550 » 

Subdivisés en : 

ElKrakra 40 > 100 » 

ElR'erbïen 60 » 150 » 

Lâamarna 60 » 150 » 

4' Tribu des Oulad Bou Sâadau. 240 » 600 » 

Subdivisés en : 

Béni Mehamined 60 * 150 » 

LegtaouLakta 60 » 150 » 

AhlBouHelil 40 » 100 » 

1 Ces chiftes indiquent le total des tribus et sous-fractions. 



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464 ITINÉRAIRES DU MAROC 

5*» Tribu des Béni Ouria'rel (Be- 

^û^») 200 cavaliers. 500 fusik 

Subdivisés en : 

Chegarna 40 » 100 » 

AhlTeouan. 40 » ioq » 

ElFraïma fio :, 150 ^ 

Très nombreux serviteurs de Dar Ouazzan. 

Sidi Mohammed Zerrouk, marabout local. 
Zaouïa Tidjaniia. 

Quelques Bou Abid, Nasseriin, Raziin, Aïssaoua. 

Les Beranes paraissent être les derniers et authen- 
tiques représentants de la grande famille des Bernés, 
à laquelle Ibu Khaldoun consacre tout un chapitre 
dans son histoire des Berbères, et qui avait fourni les 
Azadja, Masmouda, les Aureba, les Adjiça, les Ketama , 
lesSanhadja, les Aurir ha, les Lampa , les Heskoura \ 
les Guezoula. 

Vivien de Saint-Martin, p. 131 , Z^ Nord de V Afrique 
cite les Beranes comme les Berbères de Fouest ; il range 
les Masmouda parmi leurs groupes principaux, dont 
les Guezoula ou Gétules faisaient partie. 




VERS LA FRONTIERE. 



465 



CHAPITRE XL 



Résumé dltinéraires du Maroc vers la frontière. 



RésuMK d'Itinéraire de Fkz a Oudjda 

ET DESCRIPTION SUCCINCTE DE \.k CONTRÉE PARCOURUE 

(par M. DE La Martinièrk , Juillet 1891*). 

1^^ Étape. — De Fez à Tazib du chêrif Sidi Abdallah ben abd el Djelil, 
territoire des Oulad Aïad fraction des Haïaïna. 

Nous sortons de la ville par la porte dite Bab Segma 
et conlournons les remparts en franchissant l'oued 
Fez"^, petite rivière qui alimente d'eau courante les 
d ux villes de Fez. Nous croisons le chemin deSefrou 
el du Talilalet, défilant ainsi devant le flanc oriental 
du Djebel Zalar', au pied duquel s'étage la cité fondée 
par Moula Idris Servir. Nous laissons sur notre droite 

^ Il a paru utile de donner dans cet itinéraire un certain dévelop- 
pement à la partie descriptive, en raison de l'intérêt qu'il convient 
d'attacher à la région médiane qui sépare le rovaume de P'ez 
de la province d'Oran. Pour le tracé de l'itinéraire, voir dans le 
tome III, la carte au 1 : 800.000 du Maroc. 

- L'ouad Fez ou Touad el Djouhor des auteurs arabes du moven- 
âge, prend sa source à peu de distance et dans le S.-E. de la ville à 
un endroit de la ville nommé Ras el ma. ( Voir description et 
monographie de Fez, dans le tome III). 

dû 







466 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



467 



) 



la porte située au sud de la ville et connue sous le nom 
de Bab Fetouh^^ celle où passe la route ordinaire de 
Taza et d'Oudjda. La \dlle est surmontée d'un immense 
cimetière étalé sur les contreforts de la montagne, les 
mausolées de personnages importants et de saints 
encombrent cet espace qu'entourent des bois d'oliviers. 
Au sommet de la colline^ se voit un vieux fortin *' en 
pisé à demi démoli mais dont les portes ont été murées 
et dans le sud de la ville, sur le plateau à mi-côte 
duquel nous passons, se trouve un autre ouvrage 
semblable. A travers des haies de vergers, nous rejoi- 
gnons la piste de Bab el Fetouh, et qui suivant la 
direction S.-E. conduit au pont du Sebou, tandis que 
la vallée sinueuse du petit oued Fez disparaît sous la 
verdure, et descend vers le fleuve. 

Par une marche de 35 minutes sur un chemin 
excellent à cette époque de Tannée, mais complètement 
impraticable après les pluies de l'hiver et du 
printemps qui détrempent les glaises argileuses, nous 

' La porte de la Victoire, fait partie du quartier des Andalous el 
olle était déjà indiquée par El Bekri, p. 315, dans son itinéraire de 
Fez à Tétouan. 

' Ces deux bastions furent construits sous le rè<^ne du Sultan 
Âbou el Abbas Ahmed el Mansour el Dehbi vers 1588 (J -C ) 
run en dehors de la porte Eldjisa, l'autre en face de la porte 
Klletouh. (la première est disparue aujourd'hui). L'auteur ingénu 
du Nozhet el Hadi (traduction de Houdas), nous apprend que ces 
deux forteresses, connues de son temps sous le nom de Kl Besatin 
mol dont le singulier est bastion, étaient d'une telle solidité qu'on ne 
pouvait s'en rendre compte qu'en les vojrant. 



atteignons à 7 h. 50 du matin, le Pont ou Kantara du 

Sebou K 

Le i)ont sur lequel on traverse le Sebou a environ 
deux cents mètres de longueur : il est supporté par 
Luit arcbes d'inégales ouvertures, il a huit mètres de 
largeur, la chaussée pavée de galets est assez bien 

^ J'ai été accompagné jusque-là ])ar ie chérif Sidi Ahmida ben 
Tsami, de la famille de Ouazzan, qui habite Fez, où il est allié direc- 
tement avec les Drissiin. Possédant une grande influence dans toute 
la vallée de l'oued Innaouen, parmi les R'iatsa. les Miknassa, il a 
bien voulu donner Tordi'e à son neveu, que je rencontrerai à la limite 
du territoire des Haïaïna el de celui des R'iatsa, de m'escorter jusqu'à 
Oudj<la. (IrAce à la lettre que le chef des Taïbia, El Hadj Abdesseîam el 
Onazzani, m'avait donnée, j'ai donc pu obtenir les protections locales, 
indispensables pour exécuter un vovage dont les difficultés résident 
dans le fanatisme des habitants et dans la hardiesse des pillards. 

De l'avis de tous les vovugeui-s, le chemin de Fez à la frontière 
nigérienne par Oudjda, est difficile ; si on n'est pas sérieusement 
escorté, on court le risque d'être dépouillé par diverses tribus 
notamment par celle des Miknassa (Erkmann « Le Maroc moderne »). 
Les tïibus que l'on rencontre, Haïaïna, Tesoul, Miknassa. sont pour la 
phipaît à peine soumises, leur pavs est peu sûr : on n'y vovage guère 
isolé; quant aux R'iatsa, ils sont célèbres par leurs violences et par 
leurs brigandages. 

11 faut ajouter les obstacles accumulés par le gouvernement du 
Sultan, afin de décourager les tentatives de relations directes de 
Tlemcen à Fez. C'est la théorie de l'État tampon, avec tous ses 
inconvénients d'insécurité. 

En 1720 toutefois, sous le Sultan Moula Ismaei, la sécurité était si 
grande dans toutes ces mêmes régions, qu'Âbou el Qassem ez Ziani 
nous apprend qu'une femme ou un juif, pouvaient aller de Oudjda à 
l'oued Noun, sans que personne osât leur demander d'où ils venaient 
et où ils allaient. Dans tout le Maghreb, on n'aurait trouvé ni un 
voleur ni un coupeur de route. Ce sont là de lointains souvenirs dont 
on aimerait à voir le souverain actuel s'inspirer. 






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4fi8 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE, 



469 




entretenue; on rapporte qu'il fut construit par le 
Sultan Moulai Rechid en 1669-1670, avec le produit 
de rargent que le souverain avait prêté , quelque temps 
auparavant, aux négociants de Fez. Au pied des piles 
du pont se trouve un gué '. Le Sebou vient du S.-S.-E., 
il décrit des méandres multiples, son eau jaune et 
limoneuse est chargée d'argile et inonde les rives décou- 
pées à pic dans un terrain glaiseux. Le débit du fleuve 
est extrêmement variable, impétueux et profond en 
biver, il ne conserve durant l'été que des filets d'eau 
de quelques mètres seulement de largeur. Des cultures 
maraîchères existent ici sur ses deux rives, tandis ({ue 
en aval, on trouve quelques beaux vergers d'orangers. 
A environ deux kilomètres en aval du i)ort est le 
confluent de l'oued Fez; le Sebou décrit ensuite 
presque à angle droit un crochet dans l'est. i)rovoqué 
par les prolongements du Djebel Zalar'. Plus loin le 
fleuve tourne au N.-E. puis au N. en baignant le i)ied 
d'une autre chaîne de collines. Ces dernières sont 
séparées du massif précédent par un profond ravin 
dont l'orientation est N .-S. et le fleuve en prolonge la 
direction. A l'endroit où nous la traversons, la vallée 
du Sebou n'a qu'un demi-kilomètre de largeur sur sa 
rive orientale, elle semble moins large encore sur la 
rive occidentale au bas du Zalar' ; elle est peu cultivée, 

' A l'époque où écrivait El Bekri (vers 1050 J.-C), le pont 
n'existait pas et le géographe arabe nous apprend que l'endroit de ce 
gue et les rives du fleuve assez marécageuses en hiver se nommaient 
Merdjd' Ibn Hicham. 



J 



car on n'y rencontre que des câpriers ; il n'y existe 
pas de chemin, mais seulement des pistes étroites 
tracées à liane de coteau sur les dernières pentes 
argileuses, où elles deviennent très difficiles en hiver, 

par les pluies. 

A la sortie du pont, nous suivons pendant peu de 
temps une direction méridionale, afin d'atteindre au 
point le plus favorable, le pied des collines qui cons- 
tituent l'Akbat'elDjemeP, et qui dominent d'environ 
380 mètres le fond de la vallée. La montnp^ne est nue, 
escarpée ici, coupée de nombreux ravins présentant 
Faspect d'un immense bloc d'argile. Nous nous élevons 
par une piste très étroite sur des pentes fortement 
inclinées, entre des ravins creusés par les pluies et au 
milieu d'affleurements de tufs. La montée dure une 
heure, on débouche alors sur un vaste plateau peu 
accidenté tout d'abord et dont l'inclinaison est dans 
une orientation N. 0. S. E. Le territoire appartient 
aux Oulad el Hadj \ fraction de limportante tribu du 
même nom, qui habite une partie de la vallée supé- 
rieure de la Moulou'ia. Elle occupe ici toutes les terres 
depuis les rives du Sebou jusqu'aux abords delà vallée 
de l'oued Innaouen ' ; les cultures sont rares car la 

* La montée du chameau. 

5 Vraisemblablement l^Âkbat eî Beguer ou montée des bœufs, 
indiqu(';e par Kl Bekri dans sa route de Fez à Kairouan, page 316. 

3 On trouve quelques campements des Oulad El Hadj aussi dans 
le Garet, ils y sont venus avec le nouveau caïd des Kebdana (1892). 

* Appelé oued Yenaoul par Ali bcv, page 315, et Aïnaoul par Edrisi. 



: 



470 



ITINKRAIHKS DU MAROC 




proxiiiiilfi de la ville de Fez met cette ixipulation à 
rentière discrétion du ^faklizen, et, ainsi (]u'on le 
miiai(j lie dans toute la partie soumise du Maroc, les 
Inhus pressurées d'impôts n'ont point d'intérêt à au<r- 
meuler leurs récoltes. Cette partie des Onlad el Hadj 
dépend du commandement du pacha de Fez. Elle est 
réputée pour la beauté de ses chevaux . dont (piehiues- 
uns atteignent, paraît-il, leprix très élevé de 400 douros. 
La fraction est peu nombreuse, elle ne conii)te guère 
<|ue 1.1)00 fusils et 400 chevaux, elle se décompose en 
< »ula(i El Hadj proprement dits, Onlad Hamid et Oulad 
Saïd'. 

Après une heure de marche sur ce plateau et 
suivant une direction nettement orientale, le terrain 
change d'aspect et devient mamelonné. Un quart 
d'heure plus loin, nous arrivons dans un ravin sinueux 
dont la direction générale est N. E. Le fond en est 
nianpié par un ruisselet nommé par les indigènes 

' Les tribus que je rencontrerai sur la route d'ici à la Moulouïa 
sont les Onlad El Hadj. population arabe, les Haïaïna. les Branes, les 
lesonl qn, parlent nn mélange d'arabe et de berbère et qu'on est 
.-onvenu de rauf^er parmi les Djebala. Dans le sud, je laisserai à 
dro.te de 1 .Iméraire les Béni Onaraïne, poprdalion purement berbère 
qu. parle le ehelha ou le berbère méridional, et qui vit en partie 
sous la tente comme les Guerouan, les Zemmour et autres berbères 
d-s environs de Meknas, et en partie dans des maisons de pien-e 
sohdes et assez bien bâties, comme les montagnards de l'Atlas, ensuite 
les R latsa, tnbu d ongine berbère, mais arabisée et dont le territoire 
est acheva entre les Djebala. tels que les Tesoul, les Haïama et 
Us Cheleuhs Ben. Ouaraïne. Quant aux Miknassa et les populations 
de^B pla.ne de la Moulouïa, telles que les Houara, eUes sont iuremenl 



Vl'lRS LA FRONTIERE. 



471 



Sehbl el Touïl, certaines parties sont garnies d'efflo- 
rescences salines. Un sentier étroit, mais assez bon, 
suit ce mouvement de terrain et franchit plusieurs fois 
le même lit de ruisseau, presque partout rocheux et 
formé de schistes désagrégés; quant aux flancs du 
ravin, ils sont dénudés, à pentes rapides avec des 
surfaces argileuses. 

A (piarante minutes de marche du point où nous 
avons rencontré pour la jiremière fois le ruisselet, 
nous arrivons, après être passé devant les A'ioun ' 
el Tin desséchés, aux A'ioun Sokof, situés sur le 
versant oriental de la chaîne que nous venons de 
traverser et (pii manpient le commencement du 
territoire des Ma'iaina. Le pays est désert et la tempé- 
rature déjà élevée devient accablante"; nous ne tardons 
pas à découvrir toute la vallée de Foued Innaouen 
dont les terres paraissent assez bien cultivées. On y 
voit (luelques bouciuets d'oliviers : la rivière décrit un 
demi-cercle au pied des collines (jue nous venons de 
traverser, puis séchai)pe vers le N. 0. pour rejoindre 

le Sebou. 

L'oued Innaouen est formé de la réunion de l'oued 
Ouartsa. qui reçoit lui-même la petite rivière de 
Miknassa, venant du massif des Branes et de l'oued 
Taza, qui i.asse à la ville de ce nom et prend naissance 
dans les montagnes des R'iatsa. La longueur du cours 

* L'Ain et Tin d'El Bekri que le géographe arabe indique en 
dernier dans sa route d'Oudjda à Fez, page 205. 

î -|_ 45" au thermomètre fronde à 10 heures 1/2. H. B. 736'". 



Si 




472 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VKRS LA FRONTIERE. 



473 



^ 



deTouod Innaouon atteint 150kilom. C'est une rivière 
dont le d(^bit est abondant même en été et dont 
Tean claire et fort bonne conle sur un sol de ^nos 
e:raviers. Sa largeur moyenne est de 25'" et sa jn-ofon- 
d(Mir, à répocjne où nous Tavons traversf^e. environ 
iV'm, Les berges à pic de 2 à ;î'" sont bord*^es de 
lauriers-roses. Nous noterons durant la route, tous 
les affluents que nous rencontrerons ; toutefois le (?ours 
d'eau le plus important (pie ret^^oit. dans le iu)rd , 
l'oned Innaouen avant de se jeter dans le Sebou est 
Toued El Leben '. La vallée de l'oued Innaouen est 
bordée au nord ])ar les montagnes des Haïaïna et des 
Tesoul et au sud par le massif des R'iatsa et par la 
chaîne allongée des Reni Ouaraïne. 

Deux heures et demie après les Aïoun Sokof, 
remontant la vallée de la rivière, nous arrivons au 
territoire des Oulad Aïad. fraction des Haïaïna. Dans 
cette tribu et sur les contreforts méridionaux qui 
bordent la vallée, nous cinichons à l'azib du chérif 
Sidi Abdallah ben Abd el Djelil, près dim puits 
médiocre, mais à proximité de l'oued bou Zennelane 
dont l'eau est excellente. Les cultures environnantes 
sont prospères, orge et blé, la moisson est faite, le 
douar a un aspect de richesse qui contraste avec les 
territoires traversés. 

* CVsl près de la réunion de l'oued Innaouen el de l'oued El Leben 
qu'eut lieu en 1558. une grrande bataille où les troupes Uirques, sous 
le commandement du pacha Hosaïn, fils de Kheir Eddine EUorki, 
furent défaites par Moulai Abdallah. 



2' Ktai.e.— I»e l'azib du chérif Sidi AMallah hen Abd el Djelil, 

territoire des Oulad Diad, fraction Hcs Haïainn. à V:r/Àh du shérif Moulai 

Kassorii cl Ouazzani de POuaH Innaouen. 

Nons partons à ciu(( heures el demie et suivons une 
direction N. E. ; à 15 minutes du douar, nous traversons 
l'oued bou Zemelane, qui sort des montagnes des Heni 
Ouaraïne; c'est uîi rtiisselet à Feau ccuirante et fraîche, 
notis remontons toujours la vallée de Toiied Innaonen 
assez généralement cultivée où se voient de nombreux 
dollars et huiles de boue sécliée des Haïaïna. 

Cinqnaiile minutes plus lohi, notis traversons nn 
autre aflluent de gauche de l'oued Innaouen. C'est 
Toued Malmata, il vient également dn massif des Béni 
UuaraÏTie et sa ]»elite vallée fort encaissée est nettement 
séparée de celle de Toued bou Zemelane , par un 
chahion i)rojeté an nord et que nous avons franchi. 
Les bords de l'oued Malmata sont couverts de ((uelques 
vergers abandonnés el on remarque les ruines d'une 
ancienne Kasba dite de l'oued Allah construction en 
pisé du siècle de Moula Ismael ' ; on sait (\ui\ l'époque 
de splendeur de ce souverain, une série de forteresses 
avaient été construites le long de la route d'Oudjda, elles 
étaient gardées par des contingents de la garde noire 
ou Abid Bokhari. Une demi-heure plus loin, la vallée 
de l'oued Innaouen se rétrécit considérablement, et la 
rivière décrit un crochet dans le nord, que provoque 
un accident orographique remarquable. C'est un 

* Aboul Qassem Ezziani. Trad. de Houdas, p. 31. 






o 



V 



474 



ITINKRMRKS DU MAROC 



VERS I.A FRONTÎKRE. 



475 



^ 



chuiTion rorh(Mi\, ;t|>|>H*^ Hniis le ])ciys Iladjora Mtik- 
toiibn, sorte dv promoiiloin» à pic (pii, dans le nord 
détounio l'oned InnaoïuMi. I/i Vidlée est exlrt^nionuMil 
resserr(^e, rar sur la rive droite, on remarque un autre, 
chaînon, mais de nalure argileuse. Au soTuniet se 
trouve le niarahout de Sidi loub et un pand village 
du nom d'Aïu (iueddar, (pi'arrose une source 
renommée. A Thadjera Mektouha, le bled Maklizen 
cesse et Ton entre dans la région où il convient de 
prendre des pn'cantions. 

Taîidis que la vallée était j)euplée, le pays devient 
maintenant absolument vide juscpTau grand village 
de El Ahsara. qui couronne le bord du plateau rocheux 
et dans le S.-( ).-(). Toued Innaouen. On découvre 
ai(U's distinclemeni dans Test, tout le massif des 
H'iafsa et la tonne de la vallée avec les nu)ntagnes des 
Hranes et <b/s Tesoul. Peu après avoir (piitté ce point 
nous retrouvons la rivière, dont les bords sont ici extrê- 
mement cultivés. La vallée est la propriété des cherils 
Drissiin et Kl Abedïïn <le Fex, ces derniers alliés à la 
famille de Ouaxzan. De très Ixmne heure, à neuf heures 
du matin, après avoir traversé Tazib de Sidi Moham- 
med onl.i Sidi Dris el Abedi. nous arrivons à la maison 
du chérif Ouazzani Moulai Kassem qui doit nraccom- 
I>agner jusiprà Oudjda. Nous y séjonrnerons jusqu'au 
dimauche soir. 

La demeure de Moulai Kassem est à deux cents 
mètres environ de la rive gauche de l'oued Innaouen 
ot presque au milieu de la vallée sur le territoire des 



llaiania. mais dans une régicm médiane qui sépare 
cette tribu des H'iatsa, nommée Hou Hellou et dont 
riîïsécurilé est grande. Le caractère religieux de Tiotro 
luMe. son alliance avec la maison de Ouazzan le 
mettent à l'abri des incursions des R'ialsa, pillards 
légendaires. D'itn nous découvrons aussi bien le massif 
régulier et très boisé du Djebel H'ialsa, sur le flanc 
oriental (hupud se trouve la j)etite ville de Taxa et (jui 
nous est cachée par toute la cbaine des Heni Ouaraïne. 
Los pics l(^s plus éloignés dans le sud sont encore 
couverts de neige: on nous les désigne sous le nom de 
Djebel Houibelane, ils paraissent dans Test du prolon- 
genuMit (hi méridien du Djebel K'iatsa. Ils appar- 
tiennent sans aucun doute au même soulèvement 
géologitpie : ce sont de hautes cimes boisées^ m'assure- 
t-on, et où la population de (Iheleuh trouve les 
ressources les plus abondantes pour son existence. De 
nombreuses vallées bien arntsées y existent et sont 
cultivées par les Béni ( )uaranie dont le territoire est 
encore inexploré. Cette tribu ne souffre sur s(m terri- 
toire le passage d'aucun fonctionnaire du Makbzeu. 
(Juanl au massif des R'ialsa, il est boisé, de beaucoup 
moindre étendue, vi on prétend (|u'il renferme quchpies 
gisements de i)lonib argentifère'. Les Heni Ouarame 
sont, ainsi que je viens de le dire, Cheleuh ; plusieurs 
fracti(ms de la tribu habitent sous la tente, et, de notre 

1 Kl BokH, au siij«l minier, est plus positif: il croit que l'on 
trouve dîins les montagnes de cette tribu de l'or parfaitement pur et 
de qualité excellente. 



ii 



476 



ITINKRAIRKS DU MAROC 



I»* 



> 



campement, nous distinguions quelques-uns de leurs 
douars snr les dernières ondulations qui bordent au 
sud la vall«4e de l'oued Inuaoueu. I.e djebel R'iatsa 
projet»^ par la chaîne des Béni Ouaraïne. détourne vers 
le nord le cours de l'oued et toute la vallée décrit un 
arc de cercle assez nettenuMit tracé dei)uis la eréte du 
point dit Thadjera Alektouba jus(iu"aux pieds de la 
m on ta in le deTaza. 

Ouant à la face méridionale, elle est entièrement 
constituée par les derniers contreforts du massif du 
Rif qu-habitent ici les Djebala. Haïaïna. Tesoul et 
Branes. (^e sont des hauteurs de glaise, de marne, 
profondément ravinées par les pluies de Thiver.' 
abondantes en ces rép-ions. et minérales d'aspect ; on y 
rencontre peu de végétation ; les villages eux-mêmes, 
agglomération en dchour de maisonnettes de terre 
battue, n'ont (pie peu de vergers, les luttes de tribu à 
tribu de ce territoire ne permettant guère les cultures. 

Les Ha'ia'ina. importante tribu que l'on range géné- 
ralement dans les Djebala'. sont en train de perdre 
tous leurs terrains que viennent occuper les armes à la 
main les R'iatsa. Déjà les Béni Khalifa et une partie 
des Oulad Abdel Kerim. fractions des Haïa'ina. ont 
été dépossédés de cette manière; ce mouvement 
d'expansion occidentale de la tribu envahissante est 
très renianiuable et s'accuse d'année en année. 

Nous sommes à une heure et demie de marche dans 



' Voi 



oir au chapiJre I)jebala. 



VERS LA FRONTIERK. 



477 



le N.-N.-E. du Souk Djeniaa des Béni Stiten, sous- 
fraction des Ha'ia'ina et où le Sultan fait établir une 
orande kasba dont les travaux durent depuis deux 
;niiiées et servent de prétexte aux exactions coiniiiises 
par les ca'ids sur les populations. Cette construction est 
destinée à maintenir les R'iatsa dans les limites de 
leur territoire, tandis que dans le N.-O.-O., à deux 
heures et demie, se trouve le Souk Tleta des Haïaïna, 
Nous sommes ici à une ^^rande journée et demie de 
marche du Djehel Moulai bou Cheta. ].e chemin pour 
accéder à cette montapie, siège delà zaouïa du même 
mun si vénérée dans tout le R'arb de Test, traverse 
d'abord le pays des Haïaïna, puis longe la limite entre 
les Cheraga et les Setta et llnalement aboutit aux 
Fichtala. Notre séjour ici se })rolonge pour attendre 
l'arrivée de Moulai Kassem et me permet de relever 
trois erreurs sur le très consciencieux itinéraire de de 
Foucauld: Hadjera el Kahela ' est sur l'ouad Amellil, 
à une heure trente de Toued Innaouen et non sur cette 
(h^rnière rivière; i»uis la zaouïa Abdesselam, indiquée 
par le célèbre voyageur, est complètement inconnue 
dans la région, le Souk Tleta des Haiaina n'est pas non 
l)lus à l'endroit où le marque son itinéraire; enfin, il 
n'y a pas de zaouïa de Moulai Abderrahman sur l'oued 
Innaouen à environ 20 kilomètres de Taza, mais une 
simple koubba de Sidi Abderrahman Elalloui. 

* 11 est vraisemblable que le guide de de Foucauld lui aura 
indiqué sous ce nora les rocheis de Hadjera Melcouba où nous 
sommes passés. 



\i 



478 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



1 



3' Étape. — De l'azib du chéiif Moulai Kassem el Ouazzflni. 
vallée de l'oued Innaouen, au Ksar de Miknassa. 

Le chérif Moulai Kassem, enfin arrivé, s'occui)e avec 
zèle et dévouement d'organiser notre voyage dont les 
difficultés sont d'autant plus réelles (juïl s'agit de 
traverser le territoire des Oulad Abd el Kerim, sous- 
fraction des Haïaïna qui a été récemment envahie 
après de nombreux combats par les R'iatsa '. 

Nous nous mettons en route à neuf heures et demie ; 
nous suivons une direction N., traversant tout d'abord 
l'oued Innaouen, laissant peu après sur notre droite le 
dchar el Merabtin . et nous commençons de suite à 
nous élever sur les collines qui terminent le nord de la 
vallée. Environ deux heures après le départ, le terrain 
devient plus difficile, ncnis suivons la crête de vallon- 
nements , nous n'avons rencontré qu'un village sur 
notre ro\ite jusqu'à notre arrivée sur le territoire des 
Uulad Abd el Kerim, récemment envahi par les 
R'iatsa •'' qui en ont chassé la population et en occui)ent 
les villages. Peu de temps ensuite nous passons à une 
grande source . l'Ain R'ameledj. Une demi-heure plus 
loin, à l'Ain Doukarat et un ((uart d'heure peu après, 

' Notre séjour assez lonp dans la vallée de l'oued Innaouen avait 
donne tout le temps à cette tribu de pillards d'apprendre notre venue 
et. ahn d'éviter une affaire que le prestio^.. religieux de notre protecteur 
eut ete a peine suffisant à empocher, on décida de protiter du clair de 
lune pour laire durant cette nuit le chemin d'ici à Miknassa où nous 
devrms arriver, à moins d'encombre. den,ain lundi vers midi. 

- Voir Haïaïna, article Djebala. 



VERS LA FRONTIERE. 



479 



à l'Ain Chenrbouarer. Notre route, presqu'auN.-N.-O. 
jusqu'alors, prend une direction plus orientale. Une 
heure après avoir passé à la dernière fontaine, nous 
entrons dans la région des Béni Khalifa. dernier canton 
(les Haïa'ina. aussi et récemment envahi parles R'iatsa. 
Nous passons près d'un gros village du même nom, et, 
à peine un kilomètre plus loin dans le N.-E., on 
commence à descendre. Nous entrons alors dans la 
petite vallée de l'oued Amellil sur les bords duquel se 
trouve la zaouia de Sidi Abd el Kader avec un grand 
douar de Haia'ina. Grâce à la protection religieuse de ce 
tombeau vénéré, la population de ce canton est 
resi)ectée par les R'iatsa. Nous traversons deux fois 
l'oued Amellil, petite rivière aux eaux claires, coulant 
sur un fond de gravier. L'oued Amellil semble sortir 
du massif rifain et traverse le territoire des Branes. 
Une heure exactement après avoir quitté la zaouia, 
nous arrivons au district d'El Methara qui est considéré 
comme formant la limite entre l'ancien territoire des 
Haiaïna et celui des R'iatsa. 

Nous traversons la vallée durant environ une demi- 
heure, laissant la rivière sur notre gauche venant du 
nord, tandis que nous arrivons au bout d'une demi- 
heure environ dans une direction nettement orientale 
au fond d'un vallonnement (pii porte le nom de 

Zouilina. 

Le sentier très étroit que nous suivons escalade 
de suite les pentes argileuses très raides et, après 
une montée d'une heure el demie à travers une 




480 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



481 



> 



contrée qui paraît déserte et sans cultures, nous 
arrivons à une sorte de col très remarquable à l'altitude 
de 625 mètres et qui est formé par des collines 
semblables et symétriquement placées de chaque côté de 
la route. Sur le flanc méridional de l'une de ces 
collines située dans le nord de notre route, se trouve 
une azib des chérifs de Uuazzan, dite azib de Bab El 
Hamama, du nom du col donnant passage dans la vallée 
du territoire des Oulad Chérit, première fraction des 
Branes et où nous arrivons après une descente dune 
demi-heure. Au fond de cette vallée, nous traversons 
l'emplacement du Souk Tleta des Oulad Chérif où sont 
des sources dites Aïoun Oulad Chérif. Le pays est 
absolument dénudé etFaspect est des plus misérables. 
Nous sommes entrés dans une des régions les plus 
tourmentées du Maroc au point de vue politique. Le 
territoire des Branes qui fait suite au Rif. participe, en 
effet, de la véritable et constante insurrection de cette 
partie du nord du Maroc. Les Branes, quoique comptés 
dans les Djebala, paraissent d'origine arabe. Les luttes 
de tribu à tribu qui sy livrent constituent un des 
dangers de la route de Fez à Oudjda. Environ trois 
quarts d'heure après avoir quitté le Souk Tleta des 
Oulad Chérif, nous entrons dans un canton nommé 
Blad el Mellali et une demi-heure plus loin nous 
voyons un assez grand douar sur notre gauche, à l'Aïn 
Omar qui coule sur le flanc du Djebel Oumdjeniba. 
Les Aïoun du Tleta , aussi bien que cette dernière 
source, sont tributaires de Foued el Hader où nous 



arrivons après quelques minutes de marche. Kouad el 
Hader est une rivière importante d'environ 25 mètres 
de large aux eaux claires et abondantes coulant sur un 
fond de gravier, elle sort du territoire des Branes, et 
forme dans le bas de la vallée la limite des Miknassa. 
On m'assure que la rivière prend sa source au Djebel 
Gouïn. Après une heure et quart de marche, suivant 
toujours la direction de Test, le sentier ayant traversé 
une région mamelonnée et de plus monotone, nous 
mène à Toued Ouartsa, cours d'eau qui sort des 
montagnes des Metalsa. Les bords sont couverts de 
lauriers-roses, l'eau abondante roule sur un fond de 
galets et sur une largeur d'environ 30 mètres et une 
profondeur de 40 centimètres. L'oued Ouartsa serpente 
dans une vallée qui pourrait produire de belles 
cultures; c'est un affluent de Toued el Hader, il 
baigne à droite de notre route et à 2500 mètres le pied 
de la colline du petit village de Miknassa des Béni 
Stiten, tandis que Tautre Miknassa vers lequel nous 
nous dirigeons, se nomme Miknassa des Béni Ali. Une 
colline allongée sépare les deux vallées, et, dans Test, 
celle de l'oued Ouartsa est terminée par une ligne de 
hauteurs dont le point culminant parait se trouver à 
peu de distance de la route que nous allons suivre et au 
marabout de Si Mohammed Zouaoui; à ce dernier 
point un passage existe. Nous y arrivons une heure et 
demie après avoir passé l'oued el Hader et découvrons 
à environ 3000 mètres le village Miknassa des Béni Ali 
perché de l'autre côté de la vallée de l'oued Errbar 

31 



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482 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



483 



> 



OU oued Miknassa, appelé aussi oued el Arba, qui vient 
du territoire des Guezemiaïa. Une descente assez accen- 
tuée nous mène bientôt à la rivière et de suite nous 
entrons dans le Ksar qui est un amas de maisons 
basses en pierres grises et mal bâties : la plupart 
des constructions revêtent le caractère de buttes ^ en 
pierres sècbes avec des terrasses en pisé. Seule la 
demeure du mokaddem des Taïbia et la zaouïa des 
cberifs de Ouazzan font exception. Ainsi que nous 
venons de voir, il existe deux ksour de Miknassa. 
Cette tribu ^, une des plus illustres du Maroc, une de 
celles qui furent le plus intimement et le plus fréquem- 
ment mêlées à Tbistoire de ce pays, ne paraît plus 
compter que les i)opulations assez restreintes de ce 
district. Les Miknassa, au YIIF siècle , alors que le 
« Maghreh el Aisa » était indépendant, dominaient 
dans la vallée de la Moulouïa en étendant leur influence 
jusque sur les oasis du désert marocain et dans les 
contrées qu'arrose l'ouad Zizl El Bekri, en effet, nous 
apprend qu'ayant adopté les doctrines kbaredjites, c'est 

* El Bekri écrivait que les Miknassa habitent des huttes de 
broussailles» p. 205. 

' Pour l'histoire des origines des Miknassa, voir Ibn Khaldoun, I, 
page 258 et suivantes. L'origine du mot Miknassa vient deMeknas, 
mais il est difficile d'en tirer l'étvmologie ; [Voir chapitre V, p. 256] 
on ne peut que citer comme mémoire la généalogie indiquée dans le 
Nozhet el Hadi, page 326. LesOulad Mahalli auraient quitté Meknas 
pour aller à Sidjilniassa ; une partie de leurs descendants, sous le 
nom de Miknassa, se seraient établis dans le district de Tlemcen. 

* Ibn Khaldoun, t, III, p. 199. 



à eux que remonte la fondation de la ville de Sidjil- 
niassa. Profitant de l'affaiblissement de la dvnastie 
Idrissite et sous la conduite de son chef Messala ben 
Habbous, elle avait soumis tout le territoire compris 
entre les Tesoul \ Taza et presque toute la région du 
Maghreb oriental. 

Les deux fractions des Miknassa, les Béni Ali et les 
Béni Stiten '\ habitent dans deux Ksour distincts à 
environ 17,500 mètres Tune de l'autre ; nous avons vu 
Ici situation du second; dans le premier, grand village 
d'environ 2,000 habitants, Tautorité locale aussi bien 
qu'aux environs, était dévolue en 1891 au mokaddem 
des cherifs d'Ouazzan. Si Mohammed et Khelili, 
fanatique persoimage dont la moralité ne paraissait pas 
irréprochable. Une des occupations et une source de 
l^rofits pour sa tribu, est en effet aussi bien d'escorter 
les caravanes, que de dépouiller celles qui n'ont pas eu 
recours à lui, ou qui ne paient le droit de passage. Les 
Béni Ali sont de hardis cavaliers bien montés, armés 
de fusils Remington et abondamment pourvus de 
munitions qu'ils achètent à Melila. C'est ici qu'appa- 
raissent, pour la première fois, les selles de forme 

^ Voir chapitre Djebala, à ce mot. 

' Au village de Miknassa des Béni Stiten, on m'a assuré que rési- 
dait un fonctionnaire décoré du nom de caïd et investi par le Sultan. 
Au moment de notre passa^i^e, ce fonctionnaire avait été expulsé par 
la populace et on ne connaissait pas encore son successeur. 

Située par 560 mètres d'altitude sur le sommet du prolongement 
d'une colline haute d'une centaine de mètres et dominant la vallée de 
l'oued Errbaj", sa situation stratégique paraît meilleure. 



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484 



ITINERAIRES DU MAROC 



1*^' 



> 



algérienne 5 provenant presque toutes de Tlemcen. La 
tribu est d'origine arabe et le renom du courage de ses 
membres est établi au loin, en imposant même aux 
sauvages montagnards du Rif, aussi bien ({u'aux 

R'iatsa. 

L'importance politique et stratégique de la tribu 
des Miknassa et du territoire ({u'elle occupe est pri- 
mordiale. 

Le territoire de Miknassa est borné à Touest ^ par 
les Tesoul, au nord par les Metalsa frères des Miknassa, 
d'après Ibn Khaldoun, et au nord-est i)ar les mon- 
tagnes des Guezennaïa, (ces tribus comptent dans le 
Rif), à Test par les Oulad Bekhar qui servent de 
transition avec les Houara nettement arabes, qui 
occupent le sud-sud-est de la tribu ; au sud ce sont les 
R'iatsa. 

La région de Miknassa, située entièrement sur le 
flanc méridional des derniers contreforts du système 
montaoïieux du Rif, est bien arrosée. On y rencontre 
d'étroites vallées dont le fond est cultivé : on y récolte 
l'orge, le blé, tandis que sur les flancs marneux et 
crayeux, nous avons remarqué d'assez nombreux ver- 
gers d'oliviers. Quant aux cours d'eau des Miknassa, ils 
viennent du massif du djebel Gouïn, situé au nord des 
Metalsa et qui, ainsi que nous l'avons vu (description 

^ A l'époque où écrivait El Bekri, le territoire des Miknassa 
semblait commencer dans l'ouest à un point nommé par le géographe 
arabe * Khandoc el Foui >, le ravin des teves ; on a perdu actuel- 
lement le souvenir de cette dénomination. 



VERS LA FRONTIERE. 



485 



géographique du Rif), donne naissance à tous les cours 
d'eau de cette partie du nord du Maroc. L'oued Errbar 
et Toued el Hader y prennent leur source, et ce sont 
les hauteurs de Bab Tamalou qui forment la séparation 
du bassin des deux systèmes du Sebou et de la 
Moulouïa. Sur le versant occidental, la petite source 
de l'Aïn Lar'laka verse ses eaux aux affluents de 
l'oued Innaouen, tandis que Tautre côté du col, sur le 
versant oriental. l'Aïn Nakhla appartient à l'oued 
Messoun qui bordent le territoire qui nous occupe. 

On sait qu'un des caractères les plus saillants de la 
topographie du nord du Maroc est de présenter une 
véritable voie de pénétration, du territoire oranais, vers 
le cœur même de l'empire chérifien. Une sorte de 
trouée, qui sépare distinctement le système orogra- 
phique rifain des prolongements de l'Atlas, mène en 
effet de la ville frontière d'Oudjda jusqu'aux portes de 
Fez. Or, la séparation des deux bassins de la Moulouïa 
et du Sebou. c'est-à-dire de l'oued Messoun. affluent 
du premier fleuve et des ruisseaux de tête de l'oued 
Innaouen, tributaires du second, a lieu au massif même 
de Miknaça. 

On passe d'un bassin dans l'autre, au col de Tamalou 
par une altitude de 1000'" environ. Bab Tamalou n'est 
qu'à une heure dans Fouest du Ksar des Béni Ali^ et 
les luttes de tribus à tribus empêchent la route de 
prendre une direction un peu plus méridionale où 
l'altitude de la séparation des deux bassins paraît 
moindre. 



486 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



t^* 



> 



On peut dire que la région ' des Hauts Plateaux 
algériens commence à cet endroit et que le Tell 
Marocain s'arrête avec la vallée de l'oued Innaouen. 
La tribu des Miknassa, qui occupe en le commandant 
le passage de ces régions, a donc une importance 
stratégique des plus considérables et qui est doublée 
par le prestige de son courage, de sa hardiesse et par 
Finfluence que lui donne le grand nombre de fidèles 
de Tordre de Moulai Taïeb que l'on y compte. On peut 
estimer à environ 4.000 fantassins et 3,000 cavaliers 
la totalité de ses combattants, ces chiffres n'étant 
donnés que comme très approximatifs et rien ne nous 
ayant permis de les contrôler. Toutefois l'influence de 
cette tribu '' sur les régions eu^-ironuautes est en partie 
bien établie, notamment sur la ville de Taza des R'iatsa. 
On ne compte guère qu'une heure et demie de marche 
de Miknassa des Béni Ali à Taza ^ et chaque mercredi 

1 Quand ce n'était pas à l'ouest de ce passage et dans la vallée de 
l'oued Innaouen, aussi bien qu'à Taza ou sons les murs de cette ville 
que se livraient les combats qui assuraient au vainqueur la prépon- 
dérance dans le royaume de Fez. c'était sur le flanc oriental et à l'est 
du passage, à la fin des Hauts Plateaux, dans la vallée de l'oued 
Messoun, qu'avaient lieu les luttes qui décidaient de la possession du 
rovaume de Fez. Telle la victoire que les Idrissides remportèrent sous 
la conduite d'Ibrahim en 933 J.-C. contre Moussa ben Abou el Afia. 
Elle est connue sous le nom de bataille de Messoun, et permit le 
rétablissement de l'autorité fatimide au Maghreb. 

' Ibri Khaldoun nous apprend que les Miknassa. à l'époque des 
tatimides, gouvernaient tout le pavs de Tesoul. Guercif et Taza. 

■' Taza n'a été visitée que par deux européens : Ali bev au commen- 
cement de ce siècle, qui nous en a laissé une courte description, et par 



VERS LA FRONTIERE. 



487 



le mokaddera de la \àlle de Ouazzan, m'a-t-on affirmé, 
va y rendre une manière de justice et aider le ca'id 
(lu Sultan dont l'influence aussi bien que l'autorité 
sont illusoires et qui n'ose sortir de sa demeure. 

Quant à la position stratégiqtie de Taza, elle est 
importante ; à une altitude moindre on peut dire que 
relativement au passage ' de l'Algérie vers le Maroc, 
elle occupe une situation homologue de celle de 
Miknassa. Aussi cette ville a-t-elle joué un rôle 
considérable dans l'histoire des relations des deux pays 
et les souverains du Maghreb ont-ils compris de tout 
temps l'importance qu'il fallait attacher à sa possession. 

Malgré l'expédition du Sultan contre les R'iatsa, 
malgré surtout la diplomatie de la cour de Fez, ne 
négligeant aucun procédé pour s'attacher le concours 

de Foucauld en 1884, à qui nous devons sur la ville aussi bien que 
sur les R'iatsa , un travail qui est un modèle de précision et de 
conscience. Quoi qu'il en soit, il v a lieu de le compléter en y ajoutant 
quelques noms de fractions. D'après mes renseignements, les R'iatsa 
se siAdivisent en Miassa, à l'extrémité méridionale du territoire de la 
tribu, le long des Beui Ouaraïne, Ahl Bou Driss, Oulad Aiache, Bem 
Meth'ir (ces deux dernières fractions sont étrangères à la tribu et n'j 
sont que depuis une vingtaine d'années). Lem Kakis, Béni Oualechen 
fixées sur le territoire des Haïaïna Oulad Hedjadj, dans la vallée de 
l'oued Innaouen Béni Mira, Ahl el Oued, Béni Snane, Béni Oualdjane 
Béni bou Guittoun, Béni bou lahmed, et Ahl el Boula, ces cinq 
dernières fractions échelonnées le long de la limite des Bem Ouarame. 
Les R'iatsa ont, en effet, le sud-est, le sud et le sud-ouest de leur 
territoire entouré par cette dernière tribu. 

1 A l'époque d'El Bekri le passage se nommait le défilé de Taza 
ou el Fedj Taza ; la localité appartenait aux Miknassa ; de là on se 
rendait à l'oued Messoun. 



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488 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



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> 



des cherifs El Abedin et ceux de la famille deOuazzan, 
dont lions avons étudié lïnflnence et les attaches en 
cette région', on remarque toutefois que dans le 
massif des R'iatsa , rautorité du gouvernement 
marocain est des jdus faibles. 

Il n'en a pas toujours été ainsi dans riiistoire du 
Maghreb, lorsque des souverains, comprenant l'impor- 
tance de cette ville pour leur domination ^ s'attachèrent 
à la posséder, tel Moulai Rechid , qui en 1666, 
porta à la mort de Moulai Mohammed . toutes ses 
forces pour s'emparer après une longue lutte de Taza. 
avant de tenter même d'entrer à Fez'. L'histoire 
moderne des souverains du Maroc, témoigne fré- 
quemment de cette nécessité où ils se trouvaient de 
ne confier le commandement de la ville qu'à des 
serviteurs de grande habileté et d'une loyauté 
éprouvée. 

On peut dire que Taza ' et Miknassa sont les véri- 
tables portes de Fez et du Maroc central ; il n'y a 

; Ibn Khaldoun compte les R'iatsa parmi les tribus qui professaient 
]'■ judaïsme au moment de la conquête arabe. 

Mis Y fondèrent un couvent ou Ribaf qui était célèbre au XV!" 
siècle. 

' fl"^-,f ?''"" ^' '^''' *!"' contribua à assurer la victoire à la 
grrande bataille de Dar el Abbas, où le Sultan Abdallah triompha, en 

ff PI ?" ? ^ ^"'"' mouvements insurrectionnels que nous 
ollre 1 histoire du Mag-hreb. 

* La route rationnelle qui franchit au point le plus bas, le seuil 
des deux bassins et qui suit le thalweg de l'Innaouen. passe presque 
SOUS les murs do Taza. t ^ 



VERS LA FRONTIÈRE. 



489 



qu'une grande journée et demie de marche sur un 
terrain facile, de la première de ces localités à Fez et 
Faruiée d'envahissement qui occupera Taza possédera 
Fez du même coup \ L'importance de Taza dans les 
relations avec l'Algérie n'est pas moindre : il a paru, à 
ce sujet, opportun de rappeler que ce fut à Taza 
qu'Abd el Kader reçut jadis le burnous d'investiture 
que le Sultan Moulai Abderrahman donnait à notre 

grand rebelle. 

El Bekri nous a transmis le nom d'une ville de Tesoul , 
appelée de son temps aussi Aïn Ishac et qui avait 
déjà été depuis longtemps, à l'époque où écrivait le 
géographe arabe, la capitale des États de Moussa ibn 
Abi el Afia. Elle avait été détruite, mais le renom de 
sa splendeur était parvenu jusqu'à El ( )béid qui nous 
vante ses bazars et sa mosquée- 
Rien n'a pu, durant mou court séjour à Miknassa, 
me pennettre de proposer une assimilation pour cette 
ville, située à 10 milles au nord du château de Gormal, 
localité elle-même inconnue à notre époque et qui était 
à deux journées de marche de Fez sur la route 

^ C'est ainsi que le comprenaient les Mérinides ; un des princes de 
ceUe illustre dvnastie fit b&tir la Kasba de la ville, en octobre 1287, 
on la remarquait déjà à l'époque d'Ibn Khaldoun. (Hm Khaldoun, 

T. IV, page 140). 

Quant à la fondation de la ville, si nous en crovons le même auteur, 
elle remonterait à l'année 900 de J.-C. et serait due aux Béni Abi 
eî Âfia, dynastie miknassienne qui régna dans le Tesoul, et El Bekri, 
dans son itinéraire de Fez à Kairouan, semble nous confirmer ceUe 
origine en citant toute la région de Taza comme appartenant aux 
Miknassa. 



;■ 






490 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



1^ 




d'Oudjda. D'après ces distances, il conviendrait de 
placer cette forteresse aux environs de Miknassa. plus 
vraisemblablement dans la vallée de l'oued el Hader. 
La région de ce point à Fez était, au temps d'El Bekri, 
habitée par la tribu des Metr'arssa fraction des Miknassa , 
venue des Oasis du Sahara, mais de nos jours tous 
ces souvenirs sont perdus. 

i' Ktape. - Du Ksar de Miknassa k la Kasba de l'oued Mcssoun. 

On ne compte qu'une heure de marche du Ksar des 
Béni Ali à la Kasba de Tamalou, assez grand village 
situé à environ trois kilomètres à fouest du col ou 
Bab Tamalou. Nous partons à 5 heures 15. la route 
descend le flanc oriental de la colline, (fue supporte le 
Ksar, traverse la petite vallée et de suite escalade les 
hauteurs du Djebel Taourirt. chaînon que projette le 
massif des Guezennaïa. Le sentier est difficile et passe 
dans des bois d'oliviers pour atteindre une contrée 
rocheuse, et une demi-heure après le départ, nous 
arrivons à rAïn Lar'laka, TéO-" d'altitude, puis encore 
une demi-heure de route dans la direction orientale 
nous amène au col même ou Bab Tamalou ; à notre 
dr.nte nous avons le djebel Taourirt, tandis que nous 
découvrons dans le bas et au sud, toute la plaine 
mamelonnée qui s'étend aux alentours de la ville de 
Taza et des montagnes des R'iatsa. La séparation des 
deux bassins de l'oued Innaouen et de l'oued Messoun 
semble peu perceptible et dans cette région restreinte, 
c'est la continuation des hauts plate<.ux de l'est dii 



VERS LA FRONTIERE. 



491 



Maroc, qui doit en former le seuil. Le fond de notre 
horizon méridional, très étendu, s'arrête aux montagnes 
des Béni Ouara'ine et du djebel Béni bon Belane, pic 
élevé de cette chaîne où nous distinguons encore des 
traces neigeuses. A gauche du col se trouve un assez 
grand village dit Kasba Tamalou, du nom d'une 
ancienne Kasba de l'épo([ue de Moula Ismaël. La 
route suit toujours la même direction orientale, 
(luehiues minutes après nous passons à l'Ain el 
Nakhla, qui appartient au bassin de l'oued Messoun; 
puis une demi-heure plus loin, au milieu de terrains 
rocailleux et stériles, apparaissent les douars des 
(ihiana, sous-fraction de Houara. et enfin après deux 
heures de marche rapide nous arrivons aux bords de 
l'oued Messoun, à une altitude sensiblement égale à 
celle de la Kasba des Béni Ali. Nous entrons dans une 
région qui est le prolongement du Dahra '. 

L'oued Messoun "'' coule à 400 mètres de la Kasba, 
entre deux berges ravinées hautes de 10 mètres environ 
et sur un fond de gravier, le cours en est rapide et les 
eaux légèrement salées ; la largeur de la rivière, à 

' Le Dahra ou le Fhama est le nom que portent les hauts plateaux 
dans la région marocaine. De Foucauld l'arrête dans le nord, aux 
montagnes de Debdou et des Oulad Amer. En réalité, on peut dire 
que toute la partie occidentale qui précède la vallée de la Moulouia, 
ainsi que la plaine où coule l'oued Messoun, participent des raeWs 
caractères que le Dahra. L'altitude moyenne est d'environ 560 . 
dans la partie qui nous occupe. 

' L'Ouadi Ouarogguin d'El Bekri, et qui, à l'époque de ce 
géographe, coulait entièrement dans le territoire des Miknassa. 



il 



492 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



it"- 



) 



l'f^poqiip on jp l'ai traversée, no dépassait pas 2() mètres, 
mais ail printom])s. elle inonde les terrains envi- 
ronnants. Les bords do Foned Messonn sont inhabités 
les R'iatsa y viennent oi\ incnrsion attatpier les 
voyagenrs isolés, conper la ronte et rançonner les 
caravanes. C'est un des endroits, avec le territoire des 
Miknassa et la répion (pii s'étend de l'oned Innaouen 
à Bab Hammamat. où il convient de prendre des 
précautions. 

La Kasba de xMessonn ' est nn grand parallélogramme, 
dont les mnrs en pisé ne renferment à rintérieurqn-un 
amas informe de constructions en mines, datant de 
l'époque de Moula Ismaël. La descriptiim d'Ali bey, 
qui y passa en 1803. s'applique encore exactement' à 
cet ensemble de nuisures et à l'enceinte de pisé. La 
même mosquée y est toujours en ruines et la désolation 
de ce lieu est semblable à celle qui avait frai)pé Ali 
bey. au commencement du siècle. La Kasba dépend 
du territoire des ÎTouara et de la fraction .les Oula.l 
Hammou ou Moussa, le caïd de cette dernière tribu 
en a aussi le commandement. 11 réside dans un douar 
qui était, au moment de notre passage, à une heure 
dans le nord. 

Les Houara ont une origine ethnographiipie qui 
parait douteuse. Ibn Khaldoun cite deux versions, la 
première qui rattache cette population aux Branes', et 
la seconde cpii la fait descendre des arabes du Yemen. 

' Tenifssouïin d'Ali bey, p. 319. 



VERS LA FRONTIERE. 



493 



C'est une tribu nomade se disant de race arabe. On en 
compte des représentants dans la vallée de l'oued Sous 
et aussi aux environs de Tanger, sur le littoral Atlan- 
li(iu(% entre cette dernière ville et Acila, et cités déjà 
par Kl Hekri, i)age 256. Les Houara de cette partie du 
Maroc, se divisent en six fractions : 

Mezarcha, Oulad Sedira, Athanma, (Julad Messaoud, 
Zergan et ( )ulad Hammou ou Moussa. Ils ont quatre 
kasba qui leur servent de magasins pour leurs grains. 
Ce sont: Kasba Messouu, Kasba Guercif et Kasba 
Oulad Hammou ou xMoussa, ces deux dernières sur la 
rive gauche de la Moulouïa. On prétend (lu'ils peuvent 
lever environ 800 cavaliers et 1700 fantassins ; leure 
chevaux sont renommés. 

La position stratégi(iue de la Kasba de Messoun est 
mauvaise, elle ne commande en réalité aucun passage. 
La position maîtresse de la route de Fez. ainsi que 
nous l'avons déjà vu, serait bien i)lutôt. soit dans le bas 
de la plaine au i)ied de Taza, faisant alors double 
emploi avec cette dernière ville, ou mieux encore sur 
le sommet du col de Tamalou. 

A la Kasba de Messoun. on quitte en se rendant à 
Oudjda , le Maroc géographique et l'on aborde une 
région qui dépend véritablement par ses caractères, de 
l'Algérie. Le Tell marocain s'arrête à l'oued Innaouen, 
et là il n'est séparé du Rif que par l'épaisseur du massif 
allongé des Djebala qui forme aussi la séparation de la 
vallée du Ouar'ra de celle de l'Iunaouen. La région 
montagneuse des Miknassa, celle que nous désignerons 




494 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



vi<:ks la frontière. 



495 



> 



sous le nom de Djebel Taoïirirt. ménage la transition 
en formant la séparation entre le haut de l'innaouen et 
le Fhama. contrée orientale (jui commence à la Kasba 
de Messoun. Le Fhania ressemble à certaines parties 
des hauts plateaux algériens. C'est la même nature 
de sol rocailleux et stérile en été où de loin en 
loin se rencontrent (luehjues buissons rabougris et 
chétifs; à la moindre pluie ces terrains se recou- 
vrent d'une végétation herbacée (jui alimente les 
troupeaux des nomades. Quelques redirs . sortes de 
mares où séjourne Teau de i)luie. (|uel(|ues citernes 
telles que le Djeboub qui se voit au iwrd-ouest et à 

10 kilomètres de la Kasba de Messoun. dernier reste 
d"une splendeur à jamais éteinte pour le Maroc, aloi-s 
que le Sultan Moula Isnuiël avait ménagé sur toutes 
les routes de son empire la sécurité des voyageurs, 
sont les seules sources d'eau de cette contrée déshéritée 
qui est bornée au nord par les nmntagnes des Oulad 
Bekkar. puis par le Guelez et au sud i)ar le Djebel 
Taourirl et par la région des Béni Ouaraïne. Sur la 
rive droite de la Moulouïa. on peut dire que le Fhama 
se prolonge jusqu'aux montagnes des Béni bou Zeggou. 
La pente est peu prononcée dans la Fhama occidental. 

11 débute à une altitude de 570 à la Kasba de Messoun, 
tandis que la rive de la Moulouïa est à 370. La 
différence de niveau de "200 mètres porte sur une 
étendue moyenne de 35 kilomètres. Le Fhama est aux 
Houara qui s"y déplacent indéfîninient d'après les 
époques de Tannée pour les besoins de ralimentation 



de leurs troupeaux dans sa i)arlie occidentale, tandis 
(|ue sur la rive droite de la Moulouïa, ce sont les Hallaf 
qui roccupenl. Le Fhanu. parait dans le sud et à droite 
de la Moulouïa, se confondre avec la plaine de Tafrata. 

5,. Htapc. - De k kasl.a do l'oiiad Messoun au douar dos cherifs 

Oula<l Sidi Mohammed Hossein. fraction des Hallaf, 

gur la rive gauche do la Moulouïa. 

Nous re])renons au lever du jour la direction de l'est 
et nous nous engageons dans l'immense plaine que 
rien ne parait borner à LOrienl. Nous hdssons dans le 
sud. à environ 1000 mètres, la petite koubba du 
marabout de Sidi Saada. Une heure vingt après le 
départ, nous retrouvons l'oued Messoun (iui décrit 
entre ce i)oint et la Kasba une boucle dans le sud ; il 
prend alors une direction N.-E.-E.. et nous ne le 
retrouvons plus (pie dans les nutrécages (lu'il forme au 
moment de son confluent avec la Moulouïa. Les 
hauteurs des Oulad Bekkar, à l'extrémité méridionale 
où est construite la Kasba, s'éloignent dans le nord; 
plus loin dans la même direction, ce sont les collines 
du Guelez, et, entre ces deux hauteurs, nous distin- 
guons la trouée de la vallée de l'oued Tinsin. Une 
heure et demie après avoir quitté l'oued, je perçois, à 
environ 800 mètres dans le sud de notre route, les 
ruines d'une autre Kasba de l'époque de Moula 
Ismaël, nommée Tha Dzart, et une heure quarante 
minutes plus loin, le terrain s'abaissant, nous aperce- 
vons la vallée de la Moulouïa, le lit de la rivière est 
indiqué par une ligue de végétation dont la couleur se 



i> 



4% 



ITLNKHMUKS DU MAROC 



VERS LA FRONTIKRK. 



497 



) 



(Hstiiigue do très loin. Nous laissons à peu de distance 
dans le sud le pays de Guercif, rien n'en révèle plus la 
splendeur pass*^e : ce nVst iprun nom de district qui 
indique sinijdcnuMit une étape et un canton à traverser. 
l\M-sonnc parmi les indigènes n'a pu nous indi(}uer 
même les vestiges du bouro (lorissant de Guercif 
que l'on voyait à Tépoque d'VA liekri sur les bords 
de la Moulouïa et désigné alors sous le même nom 
que celui de la région environnante. Ibn Khaldoun 
citait celte contrée parmi les pays soumis aux 
Miknassa; la ville avait été fondée vers Fan 1)(»(). à la 
même é])oque (|ue le a riballi » ou couvent de Taxa. 
Guercif était le Garsis de Léon l'Africain qui place 
« ce château » sur un roc auprès du tleuve Mulvia, à 
30 milles de distance de Teurert (Taourirt) de Toued 
Za. Quanta Marmol, qui copie toujo\irs si exactement 
Léon l'Africain, il voit dans ce Ksar bâti selon lui j>ar 
les lîeni Menu, Panti(iue Galafa de Ptoléuuîe. 

Après trois heures de marche, on arrive sur les 
bords du fleuve cpie nous longeons pendant quelque 
temps, puis on traverse les marais qu'y forme Loued 
Messoun au milieu de joncs et de roseaux , pour 
trouver le gué ou Mechraa de Sidi Abdallah Sebaliri, 
du nom d'un petit marabout voisin qui est situé sur la 
rive droite du fleuve. 

Au point précis où nous avons abordé la Moulouïa, 
avant d'en descendre la rive, nous avions vu une 
grande Kasba en ruines, ancien magasin d'une fraction 
aujourd'hui éteinU^ de Houara, les Oulad Beui Zaho, 



qui furent ^^xterminés dans une lutte avec les Lamtana 
ou Aiulaua. Kn face de ces ruines, sur la rive droite 
du fleuve et sur une petite éminence, on renianjue 
d'autres ruines au lieu dit Kmmerada ; le vulgaire les 
attribue aux Roumis; ce sont, en réalité, des V(»stiges 
de coiïstructions en pisé du XVI T siècle. 

A l'époque et à Lendroit où nous lavons franchi, 
Toued Moulouïa a 50 mètres de large' et coule sur un 
fond de galets entre deux berges peu élevées. Le lit a 
environ 140 mètres. L'eau est claire, montant jusqu'au 
poitrail des chevaux. Le courant, extrêmement rapide 
en cette saison, est alimenté par la fonte des neiges du 
Djebel El Aïachi. Mais en hiver et au printemps, au 
uionientdes grandes pluies, la Moulouïa est générale- 
uuMit infranchissable au gué où nous l'avons passée; 
on (Ml est réduit à descendre jusque près de Tembou- 
chure, à 5 kilomètres en amont, où se trouve, [»araîtr-il, 
un bac, non loin du petit marabout de Sidi Mohammed 
Anu^zzian, situé sur la rive gauche. 

La vallée de la Moulouïa, dans laquelle nous avons 
marché depuis neuf heures trente jusqu'à midi 
(piarante-cinq, est de nature argileuse; cultivée, elle 
donnerait de bonnes récoltes, toute Tétendue nous en a 
paru en friche et nous n'avons rencontré aucun douar 
ni aucun habitant. Les campements des Houara se 

^ La Moulouïa est en g-énéral peu larg-e en comparaison de son 
(lôhit (IVau. Duvejrier, qui l'a franchie à son embouchure, ne lui 
aUri!)ue que 40 mètres, et de Foucauld, qui l'a traversée bien on 
amont, indique sensiblement le même chiffre. 

32 



i 



498 



ITINÉRÂIRKS DU MAR(1C 



:> 



dirigent en été vers les flancs du djebel Guelez ou dans 
la vallée de TouedTinsin. La rive droite du fleuve appar- 
tient auxHallaf (pii nomadisent du fleuve jusqu'à Foued 
Za, et au pied du Djebel Gelob, qui sépare les vallées de 
la Moulouïa et de Toued Za. A quelques centaines de 
mètres de la Moulouïa, suivant une direction orientale, 
nous atteignons le petit marabout de Sidi Abdallah el 
Zebabri qui a donné son nom au gué, et autour de ce 
sanctuaire campe une fraction des Hallaf. les Oulad 
Sidi Mohammed Hossein, cherifs lilali chez lesquels 
nous couchons dans le propre douar du chérif, chefde la 
fraction. Leur campement est assez misérable, (l'est la 
plus petite fraction des Hallaf; elle ne s'éloigne guère 
du chemin d'Oudjda à la Moulouïa. Les Hallaf sont 
d'origine arabe et se divisent ^ en (ieux groui)es : les 
Ahl Refoula dont les terrains de parcours sont dans la 
vallée de la Moulouïa et à laquelle ai)partient la fraction 
où nous passons la nuit, et entin les Hallaf proprenn^nt 
dits qui s'étendent jusqu'à la vallée de l'oued Za et se 
subdivisent en Medafra, Oulad Rehou, Oulad Mahdi. 
FA Arba et Oulad Seliman, et entin Kerarma ; cette 
dernière fraction, très importante, campe dans le bassin 
de l'oued Za et possède un caïd qui administre, au 
moins nominativement, tout le groupe de la population. 

* CVsi, à peu de chose près, la division indiquée par de Foucauld. 
Toutefois ce vova^eur iait déborder les Hallaf sur la rive gauche du 
tleuve. alors quMl m^a été aftirmé parle vieux Mohammed el Hossein 
lui-même qu'ils ne dépassaient jamais resi>ace médian entre la 
Moulouïa et Toued Za. 



VERS LA FRONTÏKHK 



499 



fi- Ktnpr.— Du donarHes cherifs Oulnd Sidi Mohammed Hossein, fraction 

(les Hallaf, sur la rive gauche de la Moulouïa, h la <!emeiire d'un 

chérif Ouki'.i, près du marabout de Sidi MohammcM bon 

Ali el Hassani, dans la vallée de l'oued Za. 

La rout(^ que nous devons suivn^ , dans la même 
(Ureclion orientale, franchil les chaînons que projette 
dans le nord le Djebel el Guelob. L'altitude de Foued 
Za, à Teiulroit où nous le traverserons, est à 500"', 
tandis (jne le ^ué de la Moulouïa n'atteignait pas 320'". 

La région que traverse la piste suivie, f^st rocheuse 
el absolument dénudée, ou n'y rencontre aucun douar. 
Nous étant mis en route à 4 heures 35 du matin, nous 
franchissons successivement à 4 h. 58", 5 h. 10^, 
5 h. 30 \ 7 h. 25 ' plusieurs lits de ruisseau. Tous sont 
à sec et ce phénomène, rare pour un voyageur qui 
arrive du rich(* Maroc si bien arrosé^ indique la 
l)roximité de l'Algérie. 

Une heure et demie après notre départ nous sommes 
par le travers du Djebel Guelez, à gauche du chemin 
et de l'autre côté de la Moulouïa. Nous longeons alors 
le Djebel el Guelob' qui termine, au sud, notre 
horizon. 11 est habité par les Hallaf; nous traversons 

< OuedTelar'. 

« Oued El Biodh. 

^ Oued Gueltara. 

* Oued el Ahd. 

5 Le Djebel el Guelob appartient au système orographique des 
montagnes des Béni bou Zeggou ; il en est rextrémité la plus occiden- 
tale ; il nous masquait, au sud, la grande plaine deTafrata, à laquelle 
on accède par le passage de Foum el Djir. 



É" 



il 



r 



500 



ITINERAIRES DU MAR(X: 



le pays appelé Errejeim Chàada. Dans rpxlrème 
lointain nons ])ercevons, à l'onest, les cimes bleuâtres 
(iu Djebel des Heni Onaranie et dans le nord, phis pri'^s 
de nous^ les montagnes des Béni bon lahi et du Hif. 

Cinq henres et demie après avoir qnilté le donar de 
Si Hosseïn nons entrons dans la r*^gion dite Kerarma, 
appelée aussi Blad Za , où coule Toued Za an milieu 
d'une très étroite mais riche vallée que bordent des 
collines rocheuses très découpées et absolument ai'ides, 
de conglomérat et de calcaire avec de nombreux gise- 
ments de fer oligiste. L'aspect en est déserticiue et 
le contraste est frappant avec les cultures prospères 
qu'arrose la rivière; celle-ci a un lit d'environ 70 
mètres de largeur, 20 mètres de largeur de courant. 
Son eau est claire, excellente et ne taril jamais, le lil 
est formé de sable à Tendroit où je Tai traversé. 

Nous descendons cette vallée durant environ trois 
kilomètres pour arriver au marabout de Sidi Moham- 
med ben Ali el Hassani, chérif oukili \ ancêtre vénéré 
d'un chérif, chez lequel nous couch(nons et dont la 
maison et la za(mïa, solidement construites et installées, 
sont tout auprès de ce tombeau et à, exactement, deux 
kilomètres N. N. E. de la Kasba ruiné(^ dite de Moula 
Ismaol, du nom du Sultan qui la fit construire. La 
colline rocheuse où elle se trouve se nomme Taourirt. 
C'est le magasin de grains dune grande partie de la 
tribu des Hallaf. Elle s'élève sur un mamidon demi- 



> 



* Voir à ce nom le cliapitre 111. 



VERS LA FRONTIERE. 



501 



Tiiint la vallf^p de l'oued Za, qui s'évase à cet endroit. 
Il s'y tient, le mardi, un niarchf^ fréquenté, le Souk el 
Tenin ' de l'oued Za et où viennent surtout les Hallaf, 
les Heiii bon Zeggou et les Juifs de Dobdou et même 
los Houara. I.a contrée a bon air, elle est parsemée 
(le canaux d'irrigation ({n'alimente abondamment la 
rivière, arrosant des cbamps, des cultures diverses 
({"arbres fruitiers et autres. Les campements des Oukili 
exempts de toute redevance par le Makhzen. en tant 
que ciierifs. sont très prospères. Ce sont, au surplus, 
de grands coui)enrs de route que ces marabouts. (Voir 
Béni Uukil) '. 

1' Étape. — De la demeure d'un chérif Oukili, près du marabout de Sidi 

Moliainined ben Ali el Hassâni dans la vallée de Toued Za, 

à la Kasba de Aïoun Sidi Mellouk. 

I.a contrée de l'oued Za à la Kasba de Aïoun Sidi 
Mellouk était difficile à traverser au moment de mon 
voyage. Les luttes de tribu à tribu, entre les Béni bou 

' Le marché se fient esactemenf à dem kilomètres S. E. de la 
Kasha, à p(Mé d'une maison de commandement où réside le caïd des 
Hallaf. 

* Si on ne les a ynu pour escorter sa caravane, on court prand 
risque d'être inquiété ou dépouillé par ceux-là mêmes qui perçoivent 
un droit élevé pour accompagner les vovageurs ou les préserver des 
entreprises de leurs frères. Une partie de nos animaux étant demeures 
en arrière, furent attaqués et nos propres cavaliers étaient sur le point 
d'engager une lutte meurtrière quand le chérif oukdi. qui nous 
accompagnait en avant, accourut et fit reculer les agresseurs qu, 
étaient de ses propres serviteurs toujours à l'affût d'un bon coup a 
faire et qui, en cetf« occurrence, s'étaient mépris ainsi qu ils nous 
l'avouèrent ingénument. 



Il 



'i 



502 



lïmÉRAIRKS DU MAROC 



:> 



Zrggou et les Sedjàa et rimpuissance du caïd de la 
Kasba el Aïoiui , avaient provoqué un réel état 
d'insécurité. Avant d'arriver à el Aïoun, nous devions 
rencontrer de nombreux cadavres de chevaux, tués au 
cours d'un combat qui s'y était livré quelques jours 
auparavant. 

Ce que l'on con^ient d'ajjpeler le désert d'Angad 
sépare la vallée de l'oued Za des euAirons de la ville 
d'Oudjda. J,a description que nous en a laissé Ali bey, 
donne à cette contrée un aspect désertique des jdus 
exagérés et les souffrances que ce voyageur semble y 
avoir éprouvées an commencement de ce siècle, repro- 
duites plus ou moins fidèlement depuis cette époque, 
ont contribué à égarer l'opinion. En réalité la région 
qui sépare la Kasba de Messoun. ainsi que nous avons 
vu, est dépourvue d'eau et celle qui s'étend entre le 
gué où nous avons franchi le fleuve et l'oued Za nous 
a également paru manquer de ressources, sauf le douar 
des Oulad Mohammed el Hosseïn, mais les distancf^s 
extrêmes qu'il y a à parcourir dans chacune de ces 
étapes ne dépassent point respectivement 35 ou 40 
kilomètres et il a donc fallu toute l'imprévoyance 
ou la mauvaise organisation de la caravan<> "d'Ali 
hey pour avoir été sur le point, ainsi qu'il nous 

l'écrit complaisamment , de périr de soif en cette 
région '. 

La région médiane entre le blad Za et la Kasba el 

^ Pages 335 et suivantes. Voyages d'Ali bej'. 



VERS LA FRONTIÈRE. 



503 



Aïoun Sidi Mellouk, appartient, de fait, au Sedjàa ou 
Chedja, tribu nomade de race arabe qui nomadise 
dans la vaste étendue de territoire, bornée au nord par 
les montagnes des Béni Snassen, au sud par l'oued 
Debdou, à l'ouest par l'oued Za et à l'est par le Koudiat 
el Khodra d'Oudjda. Elle est donc en contact ou 
opposition d'intérèl avec les Angad et les Béni bou 
Zeggou et aussi avec les Hallaf; il en résulte un 
état politique fréquemment troublé au mUieu duquel 
sagite, impuissant, le caïd que le Makhzen marocain 
lui a attribué et qui réside dans la Kasba d'el Aïoun 

Sidi Mellouk. 

Nous partons à cinq heures et après une heure et 
demie de marche, nous traversons un petit ruisseau 
d'eau salée, l'oued Emmeridjer, laissant sur notre 
gauche la Koubba du marabout de Sidi Mohammed 
ben \bd el Kader. La direction de la route a été jusqu'à 
présent N. E. magnéti(iueC270»--280°). Elle se maintient 
ainsi depuis le départ de l'oued Messoun. L'oued 
Emmeridjer ainsi que tous les cours d'eau, ou pour 
parler plus exactement, tous les lits de ruisseaux que 
nous rencontrerons sur notre route aujourd'hui, 
descend des montagnes des Béni bon Zeggou, dont les 
derniers contreforts prennent le nom de Djebel Ghraïa, 
tandis que dans le nord nous avons, nettement dessiné, 
le massif des Béni Snassen, enfin dans le sud-ouest, 
nous commençons à distinguer le Djebel Zekkara, 
dernière hauteur avant les cimes bleuâtres de l'Algérie, 
du côté de Gar Rouban. 



504 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



505 



) 



Iv'mied Cheriat ' est à exactement deux heures de 
marche de la Kasba el Aïoun ; sur ses bords s'est 
hvré il y a trois jours, un combat meurtrier, dont nous 
distinguons encore toutes les traces. La rivière coule 
sur un fond de sable ; il n'y a qu'un filet d'eau, mais on 
trouve une bonne source au bas d'un des talus assez 
escarpés qui bordent le lit. Aux environs de la Kasba 
apparaissent quelques cultures. Le sol est moins 
ingrat, mieux arrosé et le territoire dont la sécurité 
est protégée par la petite garnison du fort, produit 
quelques récoltes. Non loin de Tédifice. et près des 
marabouts de Sidi Mellouk et de Sidi Mahrok. 
jaillissent plusieurs sourcs, qui ne tarissent jamais ; 
elles se déversent dans le petit oued el Ksob, que l'on 
franchit à quelques centaines de mètres de la Kasba. 
Cette dernière a été décrite par de Foucauld, avec le soin 
et la conscience qui caractérisaient ce voyageur et il n'y 
a pas à ajouter quoi que ce soit^ Nous campâmes sur le 
teiTe-plein qui s'étend au sud de la porte principale ^ 

8' Étape. - De la Kasba dVl Aïoun de Sidi Mellouk à Oudjda. 

On compte environ 52 kil. de la Kasba à Oudjda, 
en un terrain plat sur lequel chemine, sans aucun 

' Cette rivière qui conserve de l'eau tout l'été, m'assure-t-on 
prendrait sa .source dans les montagnes des Béni bouZegpou, dans la 
coupée que 1 on distingue entre cette chaîne et le Djebel Zekkara 
non loin du territoire des Béni lala. 

- Voir Chapitre II, page 130. 

3 Pour cette dernière partie de la route, voir itinéraire de Debdou 
a Oudjda, d après de Foucauld. 



accident et avec les mêmes horizons, la route d'hier. 
Le sol devient saldonneux jusqu'aux approches 
d'Oudjda, où deux heures et quart avant d'arriver, on 
traverse Toued Isly. ((ui ne tarit jamais même en été, 
et de suite on s'élève sur le chaînon de la Koudiat el 
Khodra, d'où l'on aperçoit la ville et son bois d'oliviers 
se détachant sur la plaine qui précède Lalla Mar'nia. 

Par la route ({ue nous avons suivie, on compte au 
pas allongé des mules peu chargées et à celui de mes 
cavaliers marocains, 56 heures 16 minutes de marche 
du Pont du Sebou à la porte d'Oudjda. 

Un m'a assuré toutefois que des cavaliers isolés et 
bien montés pouvaient faire la même route en cinq 
journées. 

Itinkbaire de Debdou a Lalla Mar'nia 
(d'après de Foucauld, Mai 1884). 

Ire étape. — De Debdou àlaourirt { Kasba Moula Ismael ). 

En quittant Debdou, on suit la vallée de l'oued 
Debdou. Cette rivière sans berges avait, en mai 1884, 
3 mètres de large et 20 centimètres de profondeur ; 
elle contenait une eau claire et courante coulant sur 

un lit de gravier. 

Le sol d'^ sa vallée est terreux, semé de quelques 
pierres. Les cultures diminuent d'importance au fur et 
à mesure que l'on se rapproche du débouché dans la 
plaine de Ta ira ta ; elles n'occupent bientôt qu'une 
partie du fond, tout le reste se couvre de hautes 



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'4 



506 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



507 



> 



broussailles, d'où surgissent çà et là quelques grands 
arbres. 

Après une heure et demie de marche on débouche 
dans la plaine de Tafrata. 

C'est une immense étendue, déserte, complètement 
unie, qui reste souvent pendant jdusieurs années 
stérile et sans végétation. Quelques pluies lui donnent 
bi.-n vite mais momentanément, un aspect verdoyant. 
On y trouve un bas-fond au sol vaseux, coupé de 
flaques d'eau et couvert de hautes herbes, c'est Mader 
Tafrata Tahtani, près diupiel se rencontre Toued bou 
Rzab. 

Au bout de six heures et demie de chemin, on arrive 
à Foum el Djir, qui marque l'entrée de la hauteur 
nommée El Guelob. Celle-ci est un bourrelet calcaire 
de peu d'élévation que l'on franchit en quelques 
mmutes. La plaine se continue ensuite: elle est 
ondulée ; son sol est terreux, de couleur jaune, semé de 
pierres, mais presque nu. On y trouve, au tiers du 
chemin entre El Guelob et Taourirt, un courant d'eau 
nommé Aïn Hammou qui, en mai 1884, coulait sur 
■2 mètres de profondeur, dans un lit large de 4 mètres, 
encaissé entre des berges de sable de 15 mètres de 
haut. Après 8 heures 50 minutes de route, on arrive à 
la crête du talus qui dondne la vallée de l'oued Za. 

Le talus que Ton descend pour gagner le fond de 
la vallée, est composé de sable et de galets roulés ; 
il est peu élevé et en pente douce. Toute la vallée est 
remplie de cultures, d'où émergent de nombreux 



douars, et au milieu desquelles surgit Taourirt (Kasba 
î^Ioula Ismael). On y arrive après neuf heures de 
marche. 

9e étape. — De Taourirt à l'oued Mesegmar. 

A partir de Taourirt, on remonte la riche vallée de 
l'oued Za, couverte de cultures et très peuplée. 

Après trois quarts d'heure de marche on parvient à 
Dar ech Clhaoui. résidence du caïd des Kerarma, située 
au haut du talus, sur le flanc gauche de la vallée. Un 
marché se tient chaque lundi sous ses murs : il est 
très fréquenté par les tribus voisines des deux rives de 

la Moulouïa. 

Redescendant dans la vallée de l'oued Za, qui 
coulait, en mai 1884, sur une largeur de 20 mètres et 
une profondeur de 0'",80, dans un lit de sable de 80 
mètres de largeur, on traverse la rivière et on gravit 
le talus (lui eu forme le flanc droit. Arrivé au sommet, 
ou se trouve dans une plaine sablonneuse et ondulée : 
c'est le désert d'Angad. 

Cette vaste plaine est parfaitement plate au centre 
et ondulée sur ses lisières nord et sud, d'une manière 
d'autant plus accentuée qu'on se rapproche davantage 
des massifs montagneux qui la bordent. Le soi 
sablonneux est dur quand il est sec. vaseux, glissant 
et impraticable à la marche dès qu'il pleut. 

Entre l'oued Za et l'oued Mesegmar, on rencontre 
aux trois quarts du chemin l'oued Ouseddan et ensuite 
plusieurs autres ruisseaux sans importance, encaissés 






,t 



508 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



«^ 



n 



entre des berges escarpées, hautes de 7 à 8 mètres et 
qui ne condenn;^ut d>au qu'au moment des pluies. 

Après cin(i heures de marche on arrive à l'oued 
Mesegmar, large de 6 mètres dont 3 d"(^au courante 
(mai 1884). encaissé entre des berges de 20 mètres à 45 
mètres. Les deux rives sont garnies de cultures au 
milieu desquelles se dressent de nombreuses tentes. 

:> étape. — De Toued Mesegmar h Kasha el Aïoun S\<\\ Mellouk. 

Six heures de marche dans la plaine d'Angad. 

On rencontre deux cours d'eau dans le trajet : 

L'oued Metlili qui \ient de chez les Béni lala, lit 
de 5 mètres: 1™50 d'eau: berges de sable de 12"^ de 
hauteur (mai 1884). 

L'oued el Ksob qui vient également de chez les 
Béni lala et reçoit l'oued Mesegmar ; lit de -25 mètres, 
rempli de galets, à sec ; berges de sable de 15 mètres à 
pic (mai 1884). 

4" étape. - De Kasba el Aïoun Sidi Mellouk à Oudjda. 

A partir de Kasba el Aïoun Sidi Mellouk, on 
continue à marcher dans la plaine , toujours sablon- 
neuse, apercevant au nord le Djebel Béni Snassen, 
parsemé de points noirs (villages et cultures). On 
franchit bientôt Toued bon Redim dont le lit, assez 
large, est généralement à sec. 

En approchant d'Oudjda seulement, on trouve deux 
accidents de terrain qui changent un peu la monotonie 
du pays toujours plat jusqu'alors; c'est d'abord une 



VERS LA FRONTIERE. 



509 



colline peu élevée qui se détache du massif des Béni 
Snassen et vient mourir sur l'oued Isly. C'est ensuite 
le Coudiat El Khodra, où s'est livrée la bataille d'Isly 
et vers laquelle on se dirige. 

Au bout de huit h(nires de marche, on parvient à 
l'oued Isly. Cette rivière avait, en mai 1884, L2 mètres 
de large et 0"*70 de profondeur ; le courant était 
rai)ide : le lit, composé de gros galets, était en entier 
occupé par les eaux ; des berges de sable hautes de 
8 mètres à 45*' l'encaissaient. 

On lrav(^rse l'oued Isly, pour gravir la Koudiat el 
Khodra. 11 faut K» minutes pour arriver au sommet, 
(pii forme un plateau pierreux et même rocheux. Il 
faut une heure pour traverser ce plateau, d'où Ton 
ap<^rgoit Oudjda. On arrive dans cette ville après neuf 
heures el demie de marche. 



5« Étape. — D'Oudjda à Lalla Mar'nia. 

Trois heures de marche séparent Oudjda de Lalla 
Mar'nia. La distance qui existe entre ces deux localités 
est exactement de 24 kilomètres. 

En quittant Oudjda on marche pendant près de deux 
kilomètreSj à travers le bois d'oliviers qui entoure la 

ville. 

A six kilomètres d'Oudjda, le chemin arrive à Toued 
bon Chetat, (jui devient plus bas l'oued Ouerdefou. On 
le franchit à pied sec. On trouve de l'eau à 2 kilo- 
mètres en amont de ce passage. 

Le chemin atteint ensuite El Betimat (lieu marqué 




i^f=r 



H 



510 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



par trois térébinthes) et coupe la frontière algérienne à 
une distance de 1200 mètres en deçà du puits de Zoudi 
RI Ber'al. 

Ce puits, où l'on arrive ensuite, est maçonné • il a 
une profondeur de ^ingt mètres et se trouve à six 
kilomètres du passage de Toued bou Chetat. 

Enfin quittant la plaine d-Qudjda, le chemin traverse 
a g-ué loued el Atchane et l'oued Ouerdefou, avant 
d arriver à LallaMarnia. 

Douze kilomètres séparent Zoudj el Heral de Lalla 
Mar'nia. 



ITINÉHAIRE DE I.A ROUTE SUIVIE DE TaNGER a NedROM, 
PAR LE MOKADDEM MaHMOUD DES CHERIPS DE OuAZZAN 

ET PAR Si Suman BEN Abdel Kerim 
(Octobre 1893). 

1- Étape. _ Fondouk d'Aïn Djedida. 

Traversé les villages de la banlieue de Tanger ; passé 
par le.s hallages des Sioufa, qui font partie de la tribu 
Oued Ras. Près des viUages des Sioufa, existe un 
marche fréquenté le mardi (Souk Tleta); à proximité 
de ce marche coule Poued du Tleta des Sioufa. Coucher 
au Pondouk (caravansérail) d'Aïn Djedida, situé à 
proximité de la tribu de l'Oued Ras. 

2« Étape. - Tétonan. 

Suivi le chemin qui passe entre la tribu de l'Oued Ras 



VERS LA FRONTIERE. 



511 



et la tribu des Béni Ider; traversé foued Ifiha ; 
Tétouan. 

3» Étape. — Oued Sifellaou. 

Passé dans la tribu des Béni Mâadan , puis dans celle 
des Béni Saïd, arrivé à l'oued Tamsa vers onze heures ; 
traversé l'oued Merabet vers 1 heure 1/2, pénétré dans 
de nombreuses montagnes; coucher à l'oued Sifel- 
laou, tribu des Béni Saïd, dans la maison de Sidi 
Mohammed Er-Rasouli. 

L'oued Sifellaou prend sa source près de la ville de 
Ech-Chaoun et se jette dans la mer, entre les tribus 
des Béni Saïd et des R'omara , à l'endroit appelé 
Gàasras, point qui sert de limite entre les tribus des 
Béni Saïd, des R'omara à droite et des Béni Hasan 

(à gauche). 

4« Étape. — Oued Tiguisas. 

Traversé Gâasras qui sert de gué à Toued Sifellaou ; 
pénétré dans la tribu des R'omara, dont tout le terri- 
toire est formé par de très hautes montagnes ; coucher 
dans la maison des cherifs d'Ouazzan, située à l'oued 
Tiguisas, dans la tribu des R'omara. 

5« Étape. — Tir'assa. 

Passé près de la Koubba du marabout Sidi Ahmed 
el Filali ; pris le chemin qui se trouve à proximité et 
à droite de cette Koubba. Ce chemin s'appelle Sebàa 



S I 






512 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



513 



I*-- 




Louïal(les 7 détours), il se compose de sept montagnes 
el de sept ravins, et il faut environ sept heures de 
marclit- pour en sortir : toutes ces montag-nes s'inclinent 
vers le bord de la mer. Traversé une grande rivière 
appelée oued Tarer'a. Sur les rives de cet oued se 
trouvent un grand nombre do Koubbas^ parmi lesquelles 
celle du marabout Sidi El R'ezzal qui était cheikh de 
la djemâa : il y existe aussi de nombreux villages 
faisant partie de la tribu des R'omara. Coucher à 
Tir'assa , tribu des R'omara . dans la maison de Si 
Tahar^ mokaddem des cherifs d'Ouazzan. 

& Étape. — Bon Hannine. 

Passé à la Koubba du marabout Sidi El Attar. Là se 
trouve une rade fréquentée par des pécheurs (Pointe des 
pêcheurs). Suivi le bord de la mer pendant deux 
heures. Remonté l'oued Ourinega pendant trois 
heures. Dans le lit de cette rivière se trouve un marché 
fréquenté le mardi et appelé Souk Tleta d'Ourinega. 
Pénétré dans la tribu des Mettioua. Coucher dans le 
village Bou Hannine (tribu des Mettioua) . chez le 
cheikh Mohammedine. 

7« Étape. — Dechera du Raïs Ali. 

Pénétré dans la tribu Tazariaret, marché à travers 
cette tribu pendant une heure. Entré dans la ville de 
Mestassa, qui contient 3<)0 hommes. Traversé un pays 
désert, appelé Bou Khachkhach, et situé entre la tribu 



des Mestassa et la tribu des Béni Guemil. Entré dans 
la tribu des Béni Ouferah (BouFerah). Coucher dans 
le village des Ra'is Ali, tribu des Béni Ouferah. 

8« Étape. — Kasba ed Djennada. 

Entré dans la tribu des Béni Iteft. Après trois heures 
de marche, arrivé à la Kasba ed Djennada: c'est un 
grand fort occupé par trente cavaliers, fournis par les 
Oudaïa (tribu qui fournit la garnison de la Kasba). 
Coucher à Kasba el Djennada, tribu des Béni Iteft, 
dans la maison des cherifs d'Ouazzan, dont le chef 
se nomme Sidi Abdallah, fils de Sidi Brahim, cousin 
de Sidi El Hadj Abdesselam. 

9* Étape. — Mehaouline. 

Passé à Textrémité des tribus Bokouïa, Azemouren, 
Béni Uuriar'al. Coucher dans le village de Mehaouline, 
de la tribu des Béni Ouriar'al. 

10" Étape. — Kasba Ed Deher. 

Traversé l'oued Rïs. Entré dans la tribu Tam 
Saman (tribu très grande). Passé à la maison d'Ould 
El Hadj bou Azza, ca'id de la tribu Tam Saman, près 
de laquelle se trouve le marabout Sidi Bou Daoud. 
Traversé l'oued Erezar ou R'anem, dont les bords 
sont couverts d'un grand nombre de villages appar- 
tenant à la tribu Tam Saman. Coucher dans la Kasba 
Ed Deher (tribu Tam Saman), dont tous les habitants 
sont des Derkaoua. 

33 



514 



ITINÉRAIRES DU MAROC 



VERS LA FRONTIERE. 



515 



riP*- 



> 



11* Étape. — Dar Sidi El Hadj Hamniou Hadri ^Beni Saïd du Rif). 

Traversé l'oued El Djemâa. Entretiens la tribu des 
Béni Oulicliek. Passé sur un très grand marché 
fréquenté le vendredi. Pénétré dans la tribu des 
Benî Saïd. Reçu dans la maison du caïd des Béni Saïd, 
nommé AkcMch. Coucher dans la maison de Sidi 
El Hadj Hammou el Hadri (tribu des Béni Saïd du 
Rif). 

12* Étape. — Dar Mohammed ben Abdallah (tribu des Guelnïa). 

Traversé Poued Aït Bon Gafer. Entré dans la tribu 
des Guelaïa. Coucher dans la maison de Mohammed 
ben Abdallah, mokaddem de la zaouïa d'Ouazzan, i)rès 
du marché de Tleta (mardi) des Guelaïa. 

13* Étape. — Zaonia d'Ouazzan dans la tribu Kebdana. 

Passé au marché du dimanche de Azr'enr'en dans 
la tribu Guelaïa. Passé à la Kasba Selouan. Entré 
dans la tribu des Oulad Seitout (toute en plaine). 
Pénétré dans la tribu des Kebdana. Coucher dans la 
zaouïa d'Ouazzan (tribu des Kebdana). 

lA** Étape. — Oued Moulouïa. 

Passé auprès d'un grand nombre de villages de la 
tribu des Kebdana, appelés Legratite. Passé près de la 
Koubba du marabout Sidi Brahim. Coucher àToued 
Moulouïa (tribu des Kebdana). 



15*- Étape. — El Anabra (près de Zaouiet El Mira). 

Entré dans la tribu des Haouara. Après deux heures 
de marche, arrivé dans la tribu des Oulad Mansour. 
Passé })rès de la Kasba Saïdia, bordj marocain qui est 
en face du fortin français. Traversé l'oued Adjeroud. 
Coucher à El Anabra (village français d'Algérie). 

16® Étape. — Nedrorna. 



> 



517 



TRAITÉ DE TANGER. 



Convention conclue a Tan-jer , i.e 10 Septf.mhrk 18'.'. , 

l-OI'H IIKOLEU I,KS DIFFÊUENDK SURVENDS ENTRE I.A FRANCE 

ET i,E Maroc '. 

Sa M:ij('st«^ l'Enipprour des Friiiiçais % (rmio part, 
pt Sa Majosté l'Empereur de Maroc, Roi de Fez et de 
Suz, de rautre part, désirant régler et terminer les 
diiférends survenus entre !;; Franco et le Maroc , 
ot rétal)lir, conformément aux anciens Traités, les 
nq.ports de bonne amitié qui ont été on instant 
suspendus entre les deux Empires, ont ncunmé et 
désipié pour leurs Plénipotentiairf^s : 

Sa Majesté TEmporeur des Français, \c?\eMV Aplohre- 
Marie-Daniel Doré de Nion, oflieifr de la Légion 
,1'honneur, cl.evalier de l'ordre royal d'Isabelle la 
Catholitiue, chevalier de première classe de l'ordre 
Orand-Ducal de Louis de Hesse, son Consul général 
ot chargé .rairaires i.rès Sa Majesté l'Empereur de 
Maroc, et le sieur Loms-Cfiarles-mie Decazes, comte 
Dccozes, duc de Glûrksbmj, chevalier de l'ordre royal 

. Bulletin des lois, '/ s,-rie. partie principale, N" 1158. Année 
1844, i)a{ço997. Reproduction lilU'Tale. 

^ Dans tous les actes politiques passés avec les princes maho- 
n.élans, il est d'usa^^e, depuis François ir rjue les Rois de France 
prennent le litre d'Empereur. 



518 



TRAITI'; DE TANGER. 



TRAITÉ DE TANGER. 



519 



>'f^ 



) 



(îe la Lt^fxion (l'iioniipnr, cominaiidpur de Tordre roval 
(le DiUK'hroti ot A(^ Tordre royal de Charles III 
d'Kspapne, CliiuiihoUan de Sa Majestf^ Danoise, chan-é 
•faffaiivs de Sa Majesté rEiiipereur des Français près 
Sa Majesté rEni|)ereur de Maroc ; 

F]t Sa Majesté rEnii)ereur de Maroc, Roi de Fez et 
de Suz. ragent de la Cour très élevée par Di.ui Sid- 
Bou-Selam-Ben-A U. 

Les(juels ont arrêté les stipulations suivantes : 

Art. F". Les troui)es marocaines réunies extraor- 
dinairenient sur la frontière des deux Empires, ou 
dans le \-oisinage de ladite frontière, seront licenciées. 

Sa Majesti^ rEm])(M-eur de Maroc s'engage à emi)écher 
désonuais tcml rassemblement de cette nature. Il 
restera seulement, sous le coninuindenient du caïd de 
Oueschda '. un (•ori)s dont la force ne pourra excéder 
hahituellement deux mille hommes. Ce nombre pourra 
toutefois être augmenté si des circonstances extraordi- 
naires, et reconnues telles par les deux Gouxerne- 
ments. le rendaient nécessaire dans Tintérèt commun. 

2. Un châtiment exemplaire sera infligé aux chefs 
marocains qui ont dirigé ou toléré les actes d'agression 
commis en temi^s de paix sur le teriitoire de l'Algérie 
contre les troupes de Sa Maj.^st.^ FEmpereur des 
Français. I.,^ Gouvernement marocain fera connaître 
au Gouvernement français les mesures qui auront ét.^ 
prises pour rexécution de la présente clauscv 

' Oudjda. 



3 Sa Majesté l'Empereur de Maroc s'engage de 
nouveau, de la manière la plus formelle et la plus 
absolue, à ne donner, ni permettre qu'il soit donne, 
dans ses États, ni assistance, ni secours en armes, 
nnmilions ou ol)jets quelcon-iues de guerre, à aucun 
sujet rebelle ou à aucun ennemi de la France. 

4 Badj-Ahd-el-Kmter est mis hors la loi dans 
toute l-éten.iue de l'Empire de Maroc, aussi bien qu'en 

Algérie. . 

Il sera, en consé,,uen<-e, poursuivi à n.am année 
par les Français sur le territoire de l'Algérie, et par les 
Marocains sur leur territoire, jusqu'à ce qu'il en soit 
expulsé ou .ju-il soit tombé au pouvoir de l'une ou de 

l'autre natiim. 

Dans le cis où Abd-d-Kader tomberait au pouvoir 
des troupes françaises, le Gouvernement de Sa Majesté 
l-Empereur .les Français s'engag. à le traiter avec 

égards et générosité. 

Dans le cas où Abd-el-Kader tomberait au pouvoir 
des troupes marocaines, Sa Majesté rEmpereur de 
Maroc s-engage à l'interner dans une des villes du 
littéral ouest de l'empire, jusqu'à ce que les deux 
Gouvernements aient adopté, de concert, les mesures 
in.lispensables p.nir ^^ Abd-el-Kader ne puisse, en 
aucun cas, reprendre les armes et troubler de noux eau 
la tran.iuillité de l'Algérie et du Maroc. 

5 La délimitation des frontières entre les posses- 
sions de Sa Majesté l'Empereur des Français et celles 
de Sa Majesté' l-Empereur de Maroc reste iixee et 



ii 



5v'n 



TR.MTK DE TANGER. 



TRAITÉ UE TANCiER. 



521 



t¥^ 



> 



convenue confonnéniont h Véiid des choses reconnu 
parleGouverueniont niurociiin à Tépoque de la domi- 
nation (ips Turcs en Algf^rie. 

I/e\(^cuti()n coni])ltMe et régulière de la présente 
claus(< fera rol)jet d"uue Convention spéciale négociée 
et conclue sur les li(Mix, entre le Phuiipoteutiaire dési- 
gné à cet effet ])ar Sa Majesté rKuipereur des Français 
et un délégué du Gouvenieuient marocain. Sa ^[ajesté 
riùnpereur de Maroc s'engage à prendre sans délai, 
dans ce but. les mesures convenables, et à eu informer 
le G(Ui\ernement français. 

(x Aussitôt après la signature de la présente Conven- 
tion, les hostilités cesseront de part et d'autre. Dès 
que les stijuilations comprises dans les articles 1. 
•2, 4 et 5 auront été exécutées à la satisfaction du 
Gouvernement français , les tronj^es françaises éva- 
cueront nie de Mogador, ainsi que la ville de Oueschda, 
et tous les prisonniers faits de part et d'autre seront 
mis immédiatement à la disposition de leurs nations 
respectives. 

7. Les Hautes Parties contractantes s'engagent à 
procéder de bon accord, et le plus promptement 
possible, à la conclusion d'un nouveau Traité qui, basé 
sur les Traités actuellement en vigueur, aura pour but 
de les consolider et de les compléter, dans l'intérêt 
des relations politiques et commerciales des deux 
Empires. 

En attendant, les anciens Traités seront scrupuleu- 
sement respectés et observés dans toutes leurs clauses, 



et la France jouira, en toute chose et en toute occasion, 
du traitement de la nation la plus favorisée. 

8. La présente Convention sera ratifiée, et les rati- 
iicalions en seront échangées dans un délai de deux 
mois, ou plus tôt, si faire se peut '. 

Cpjounrhui, le 10 septembre de l'an de grâce 1H44 
(correspondant au '25 du mois de chàaban de l'an de 
riiégire 12(î0), les Plénii)oleutiaires ci-dessus désignés 
de Leurs Majestés les Empereurs des Français et de 
Maroc, ont signé la présente Convention, et y ont 
apposé leurs sceaux respectifs. 



( Placer flu cachet 

du 

l'IonipoUnliairo 

(1.. S.) Signé : DKGAZES , duc de Gl.iJCKSBERO. marocain). 



(L. s.) Signé : Ant. M. D. Dork de Nion, 



' Les rallHcations furent ("changi-es le 26 octobre 1844. 



522 



TRAITÉ DU 18 MARS 1H15 



on 



DE LALLA MAR'NIA. 



) 



TrAITK^ CONCT,r ENTRE T.KS PLÉNirOTENTIAIRKS DR i/EmPEREUR 

DES Français et des possessions dk l Empire n'Ai.r.ÉRiE, 

ET DE l/EMPEREim DE MaROC, DE SUZ, DE FeZ ET DES 
POSSESSIONS DE l'EmPIRE d'OcGIDENT. 

Les deux Empereurs, animés d'im égal désir de 
consolider la paix heureusement rétablie entre eux, 
et voulant, ]^our cela, régler d'une numière définitive 
l'exécution de Tarticle 5 du traité du 10 se])lemhre de 
l'an de ejâce 1844 r24 cha'ban de l'an 1260 de l'iiégire) . 

Ont nommé, pour leurs Commissaires plénipoten- 
tiaires, à Tetret de ])rocéder à la fixation exacte et défi- 
nitive de la limite de souveraineté entre les deux pays, 
savoir : 

L'Empereur des Français, le sieur Aristide Isidore. 
comte DE LA RiiË, Maréchal de camp dans ses armées, 
Commandeur de l'ordre Impérial de la Légion d'hon- 
neur. Commandeur de Tordre d'Isabelle la Catholique, 
et Chevalier de deuxième classe de Tordre de Saint- 
Ferdinand d'Espagne ; 

1 Bulletin des lois. 9'' série, partie principale, N** 1234. Année 
1845, page 50L Reproduction littérale. 



TRAITÉ DR LAbLA MAR'NIÂ. 



523 



L'Empereur de Maroc, le Sid Ahmida-Ben-Ali-El- 
SunJÂAÏ. gouverneur (Tune des provinces de TEmpire; 

Les(juels. après s'être récipro(juement communiqué 
leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles sui- 
\ants. dans le hut du nnituel avantage des deux Pays 
(»t d'ajouter aux liens d^amitié (|ui les unissent : 

Article L''. Les deux Plénipotentiaires sont convenus 
que les liuiites (jui existaient autrefois entre le Maroc 
A la Tuniuie resteraient les mêmes entre l'Algérie 
(*t le Maroc. Aucun des deux Empereurs ne dépassera 
la limite de Tautre; aucun d'eux n'élèvera à l'avenir 
de nouvelles constructions sur le tracé de la limite; 
elle ne sera ])as désignée ]>ar des pierres. Elle restera, 
en un mot. telle qu'elle existait entre les deux Pays, 
avant la conqtiete de TEmpire d'Algérie par les 

Français. 

2. Les Pléniiïotentiaires ont tracé la limite au moyen 
des lieux par lestjuels elle passe et touchant les(iuels 
ils sont tomhés d'accord, en sorte ([ue cette limite est 
devenue aussi claire et aussi évidente que le serait une 

ligne tracée. 

Ce ([ui est à Test de cette ligne frontière appartient 

à TEmpire d'Algérie. 

Ce qui est à l'ouest ai)partient à TEmpire du xMaroc. 

3. La désigiuition du commencement de la limite 
et des lieux par lesquels elle passe est ainsi qu'il suit : 
cette ligne commence à l'embouchure de l'oued (c'est- 
à-dire cours d'eau) Adjeroud dans la mer ; elle remonte 
avec ce cours d'eau jusqu'au gué où il prend le nom 



524 



TRAITÉ DE LALLA MAR'NIA. 



TRAITÉ DE LALLA MAR'NIA. 



525 



> 



de Kis\ puis elle remonte encore le même cours 
d'eau jusqu'à la source qui est nommée Eas-él-Aïovn^ 
et qui se trouve au pied des trois collines portant 
le nom de Menosseh-Kis. lesquelles, par leur situation 
à l'est de l'oued, appartiennent à rAlgérie. De Ras- 
el-Aïoun. cette même ligne remonte sur la crête des 
montagnes avoisinantes ius(|u'à ce (ju'elle arrive à 
Drà-el-I)ouni : puis elle descend dans la plaine nommée 
El-Amidj. De là. elle se dirige à peu près en ligne 
droite sur Haouch-Sidi-Aïêd. Toutefois, le Haouch 
lui-même reste à cinq cents coudées (deux cent cin- 
quante mêtresl ennron , du côté de l'est, dans les 
limites algériennes. De Haouch-Sidi-Aïèd, elle va sur 
Djerf-el-Baroud, situé sur l'oued-bou-Nàïm ; de là, elle 
arrive à Kerkour-Sidi-Hamza; deKerkour-Sidi-Hamza 
à Zoudj-el-Beghal ; puis, longeant à gauche le pays des 
Ouled-Ali-ben-Tallia. jusqu'à Sidi-Zahir. qui est sur le 
territoire algérien, elle remonte sur la grande route 
jusqu'à Aïn-Takbalet. qui se trouve entre l'Oued-Bou- 
Erda et les deux oliviers nommés El-Tovmkt. qui sont 
sur le territoire marocain. De A'm-Takbalet , elle 
remonte avec l'oued Roubban jusqu'à Ras-Asfour; elle 
suit au-delà le Kef, en laissant à l'est le marabout de 
Sidi-Abd- Allah - ben - Mehammed - el - Hamlili ; puis , 
après s'être dirigée vers l'ouest, en suivant le col de 
El-Mechèmiche , elle va en ligne droite jusqu'au 
marabout de Sidi-Aïssa. qui est à la tin de la plaine 
de Missiouin. C^e marabout et ses dépendances sont 
sur le territoire algérien. De là. elle court vers le sud 



jusqu'à Koudiet-el-Debbagh, colline située sur la limite 
extrême du Tell (c'est-à-dire le pays cultivé). De là, 
elle prend la direction sud jusqu'à Kheneg-el-Hada, 
d'où elle marche sur Teniet-el-Sassi , col dont la 
jouissance appartient aux deux Empires. 

Pour établir plus nettement la délimitation à partir 
de la mer jusqu'au commencement du désert, il ne 
faut point omettre de faire mention, et du terrain qui 
touche immédiatement à l'est la ligne sus-désignée, et 
du nom des tribus (jui y sont établies. 

A partir de la mer. les premiers territoires et tribus 
sont ceux des Beni-Mengouche-Tahta et des Aâtfia. 
Ces deux tribus se composent de sujets marocams qui 
sont venus habiter sur le territoire de l'Algérie, par 
suite de graves dissentiments soulevés entre eux et 
leurs frères du Maroc. Us s'en séparèrent à la suite de 
ces discussions, et vinrent chercher un refuge sur la 
terre qu'ils occupent aujourd'hui et dont ils n'ont pas 
cessé jus,iu'à présent d'obtenir la jouissance du sou- 
verain de l'Algérie, moyennant une redevance 

annuelle. 

Mais le Commissaire plénipotentiaire de 1 Empereur 
des Français , voulant donner au représentant de 
l'Empereur de Maroc une preuve de la générosité 
française et de sa disposition à resserrer l'amitie et 
entretenir les bonnes relations entre les deux Etats a 
consenti au représentant marocain , à titre de don 
d'hospitalité, la remise de cette redevance annuelle, 
(cinq cents francs pour chacune des deux tribus) ; de 



526 



TRMTÉ DE LALLA MAR'NIA. 



TRAITÉ DE LALLA MAR'NIA. 



527 



> 



sorte que les deux tribus sus-nommées n'auront rien 
à payer, à aucun titre que ce soit, au gouvernement 
d'Alger, tant que la paix et la bonne intelligence dure- 
ront entre les deux Empereurs des Français et du 
Maroc. 

Après le territoire des Aàttïa, vient celui des Mes- 
sirda, des Acliâche, des Ouled-Mellouk. des Heni-bou- 
Sâïd. des Beni-Senous et des Ouled-el-Nahr. Ces six 
dernières tribus font partie de celles qui sont sous la 
domination de l'Empire d'Alger. 

Il est également nécessaire de mentionner le terri- 
toire qui touche immédiatement, à l'ouest, la ligne 
sus-désignée, et de nommer les tribus qui habitent sur 
ce territoire. A partir de la mer, le premier territoire 
et les premières tribus sont ceux des Ouled-Mansour- 
Rel-Trifa, ceux des Beni-Iznèssen, des Mezaouir. des 
Ouled-Ahmed-ben-Brahim , des Ouled-el-Abbès . des 
Ouled-Ah-ben-Talha, des Ouied-Azouz. des Beni-boii- 
Hamdoun, des Beni-Hamlil et des Beni-Mathar-Rel- 
Ras-el-Aïn. Toutes ces tribus dépendent de l'Empire 
du Maroc. 

4. Dans le Sahra (désert), il ny a pas de limite 
territoriale à établir entre les deux Pays, puisque la 
terre ne se laboure pas et qu'elle sert de pacage aux 
Arabes des deux Empires, qui viennent y camper pour 
y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont néces- 
saires. Les deux Souverains exerceront de la manière 
qu'ils l'entendront, toute la plénitude de leurs droits 
sur leurs sujets respectifs dans le Sahra. Et, toutefois. 



si l'un des deux Souverains avait à procéder contre ses 
ses sujets, au moment où ces derniers seraient mêlés 
avec ceux de l'autre État, il procédera comme il 
l'entendra sur les siens, mais il s'abstiendra envers 
les sujets de l'autre gouvernement. 

CVux des Arabes qui dépendent de l'Empire du 
Maroc sont : les M'beïa >. les Beni-Guil. les Hamian- 
Djenba, les Eûmour-Sahra et les Ouled-Sidi-Gheikh- 

el-Gharaba. 

Ceux des Arabes qui dépendent de l'Algérie sont : 
les Ouled-Sidi-el-Cheikh-el-Cheraga et tous les Hamian, 
excepté les Hamian-Djenba sus-nommés. 

5 Cet article est relatif à la désignation des 
kessours (villages du désert) des deux Empires. Les 
deux Souverains suivront, à ce sujet, l'ancienne 
..outume établie par le temps, et accorderont, par 
considération Tun pour l'autre, égards et bienveillance 
aux habitants de ces kessours. 

Les kessours (lui appartiennent au Maroc sont ceux 

de Yiche et de Figuigue. 

Les kessours qui appartiennent à l'Algérie sont : 
Aïn-Safra, S-fissifa, Assla, Tiout, Chellala, El-Abiad 
et Bou-Semghoune. 

6. Quant au pays qui est au sud des kessours 
des deux Gouvernements, comme il n'y a pas d eau 
qu'il est inhabitable, et que c'est le désert proprement 
dit, la délimitation en serait superflue. 

' Les Meliaia. 



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528 



TRAITE DE LALLA MAR'NIA. 



TRAITÉ DE LALLA MAR'NIA. 



529 



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7. Tout indmdu qui se réfugiera d'un État dans 
l'autre, ne sera pas rendu au Gouvernement qu'il aura 
quitté par celui auprès duquel il se sera réfugié, tant 
qu'il voudra y rester. 

S'il voulait, au contraire, retourner sur le territoire 
de son Gouvernement, les autorités du lieu où il se 
sera réfugié ne pourront apporter la moindre entrave à 
son départ. S'il veut rester, il se conformera aux lois 
du pays, et il trouvera protection et garantie pour sa 
personne et ses biens. Par cette clause, les deux 
Souverains ont voulu se donner une marque de leur 
mutuelle considération. 

Il est bien entendu que le présent article ne concerne 
en rien les tribus ; l'Empire auquel elles appartiennent 
étant suffisamment établi dans les articles qui pré- 
cèdent. 

Il est notoire aussi que EUHadj-AM-el-Kade)' et 
tous ses partisans ne jouiront pas du bénéfice de cette 
Convention, attendu que ce serait porter atteinte à 
l'article 4 du traité du 10 septembre 1844. tandis que 
l'intention formelle des Hautes Parties contractantes 
est de continuer à donner force et vigueur à cette 
stipulation, émanée de la volonté de leurs Souverains, 
et dont l'accomplissement affermira l'amitié et assu- 
rera pour toujours la paix et les bons rapports entre 
les deux États. 

Le présent Traité, dressé en deux exemplaires, sera 
soumis à la ratification et au scel des deux Empereurs, 
pour être ensuite fidèlement exécuté. 



L'échange des ratifications aura lieu à Tanger, sitôt 

que faire se pourrai 

En foi de (juoi, les Commissaires plénipotentiaires 
susnommés ont apposé au bas de chacun des exem- 
plaires leurs signatures et leurs cachets. 

Fait sur le territoire français voisin des limites, le 
18 mars 1845 (9 de rabià el oouel 1261 de l'hégire). 

Puisse Dieu améliorer cet état de choses dans le 
présent et dans le futur ! 

(L. S.) Signé : Le Général Comte de la. Rue. 
(L. S.) Signé : Ahmidâ-Ben-Ali. 



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.es ratifications fuient échangées le 6 août 1845. 



34 



530 



TEXTE ARABE. 



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TRAITÉ DE L.VLLA MAR'NLV. 



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TRAITÉ DE LALLA MAR'NIA. 



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534 



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TRAITÉ DE LÀLLA MAR'NIA. 



TRAITÉ DU 18 MARS ia45 



535 



(texte ARABE! ^ 



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1 Extraii du Movifevr nigérien 'journal officiel de la Colonie; du 
15 septembre 1845. 




^^ 



> 



537 



PRINCIPAUX OUVRAGES CONSULTÉS 



Salluste. — Jugurtha. 

Sirabon. 

Plint'. 

Plolémée. 

Itinéraire d'Anloiiin. 

Etienne de B.vzance. 

Anonyme de Ravenne. 

Kdri.i (Ahou Abdallah Mohammed ben Mohammed el).- Description 

ào l*\frique et de rKspagn<-, traduction Dozv et de Gœje. 
VA Bekri 'Abnu l^^l Obeïd). - Description de l'Afrique septentrionale, 

traduction de Slane. 
Ibn Khal-loun (Ahou Zricl Abderrahman). - Histoire des Berbères, 

traduction de Slane, 
Abouel Qassem ben Ahmed ez Ziani (Eftordjeman). Le Maroc de 

16:U à 1812, traduction Hondas. 
Mohammed es Ser'ir ben el Hadj ben Abdallah el Onfrani (Nozhet el 
Hadi). - Histoire des souverains du XI« siècle, traduction 

Hondas. . 

Imam Abou Mohammed Salah ben Abd el Halim el R ^rnat. Roudh 

el Kartas].- Histoire des souverains du Maghreb et Annales de la 

ville de Fez, traduction Beaumier. 
Roland Frêjus. Relation d'un voyage fait en 1666 aux royaumes de 

Maroc et de Fez. 
E Renou. — Description de l'empire du Maroc. 
Vivien de St-Martin. - Le Nord de l'Afrique dans l'antiqu.té. 
Tissot. - Recherches sur la géographie de la Ma.u-étanie Tmg.tane. 



538 



OUVRAdKS OINSULTKS. 



OUVHA(îKS CON.SllLTKS. 



rm 



> 



Tissol el Rroca. — Sur 1rs monnmonfs mr^^.ilithiqurs et les popula- 
tions lilondcs du Maror. 

Fai(iIiorht\ — AjtiMçus rllino^ra])lnqnPs sur Ifs Numides. 

Millier. — Numismatique de l'aneienue Afrique. 

0. l.(Mi7. — TimboiuMou. 

,1. 1). Hookev. — Jonrual of'a Tom' in Moroeeo. Loiulon, 1878. 

Abbé Léon (îodard. — Deseription et histoire du Maroe. 

Walsin Ksierhazv. — De la domination tur(]ue dans Taneienne 

léjTfenre d*Al*r*'ï' (1840). 
Le même. — Notice In'storique sur le Makhzen d'Oran jl849\ 
De Fourauld. — Reconnaissance au Maroc. 

A. Rerbruf^o^er. — Les frontières de rAlfrcrie. (Revue africaine, vol. 
IV, p. 401). 

Lieutenant-Colonel Sir R. L. Plavfair an<l 1)^ R. Rrown. — A Biblio- 
pfraphv of Morocco. 

Fi. Mercier. — Histoire de l'Afrique septentrionale. 

A. du Ma/f't. — La frontière marocaine. (Revue de Géoti:ra])lnp, 
t. IX (1881), p. 444). 

Pellissier de Revnaud. — Annales alirériennes. 

Grnt'rnl dr Marlimpivv. — Souvoniis d'un ofticier (rrlat-niajor. 

Léon Roches. — Tronto-deux ans à travers l'Islam. 

H. Duvrvricr. — I,a dernièie partie inconnue du littoral de la Médi- 
terranée. — Le Rif 1888). 
Erckmann. — Le Maroc moderne. 

Ali bcv el Abassi [pseudonyme de Dominpo Radia v Leblidi). — 
Voyages en Afrique et en Asie pendant les années 1803-1807;. 



DOCUMENTS MANDSCRITS MIS A CONTRIBUTION. 

Capitaine Colonieu , commandant supérieur du cercle de Sebdou. — 
Cols conduisant des Hauts Plateaux dans le Tell marocain. 
29 septembre 1859. 



Colonel Clianzv. conimaii.lai.t par intérim la subdivision de Tlemcen. 

_ Kxposé des dirilcnltés de frontière soulevées par rapiiliealu)n 

du sénalus- consulte die-/, les Béni Ouassin <lu cercle de Lalla 

Mar'nia. •>9 juillet ISC.O. 
Capitaine Bouisson , adjoint au Bureau arabe de Sebdou. — Rapi-orl 

sur la situation de la frontière dans le cercle de Sebdou. 21 

juillet 18C.C.. 
Capitaine Ho-ueid.ill . chef du Bureau arabe de Nemours.— Rapport 
sur les revendicalions (p.i peuvent être faites à titre melk par les 
Alfrériens (,u les Marocains le lonpr de la frontière entre le Maroc 
,.( 1,., -.■nie de Nemours. 18 juillet 18r)r.. 
Cai.ilaine Boutan, chef du Bureau arabe de Lalla Map-nia. - Rapport 
,-.ti,Mi à la suite ,rune convention passée avec les autr,ntcs maro- 
caines. Janvier 1874. 
(■ i,„i,„, ,1e Breuille, coum.audnnl supérieur du cercle de Lalla 
Marnia.— Notice sur les tribus marocaines du Rif et autres, 
depuis la M.udouïa juscprà Taza. Septembre 1S8(I. 
,,, „„•,„„. _ N.,|ice sommaire sur la confédération des Angad et sur 

,,uel(,ues tribus nomades de l'oued Za. Septembre 1880. 
Capitaine .bn.rnée . n.embre de la nussion militaire française au 
Maro.v - Mémoire descriptif dOudjda et de ses environs. 1880. 
Capitaine (iraulle. chef du Bureau arabe de Tlemcen.- Notice 

hisl(ui(pie sur les Béni Snassen. 30 juin 1884. 
I^,. „jéni.-. — Renseifriiemenls sommaires sur la région et les tribus 
' marocaines voisines de notre frontière. îô avril 1885. 
Lieutenant de Beaufort. adjoint nu Bureau arabe de Lalla Marnia. - 
Notice sommaire sur les tribus marocaines comprises entre la 
Moulouïa et la frontière algérienne. 8 juin 1893. 
Capitaine Poindrelle. chef de l'Annexe d'El Aricha - ^^';^^- 

ments sur les tribus de rOuest et du Su.i-Ouest. 14 août 1893. 
Capitaine Pansard , chef du Bureau arabe de Tlemcen. - Etude 

historique sur la frontière de l'Ouest. 1893. 
Archives de la section des Affaires indigènes de l'État-Major de la 

division d'Oran. 
Archives du Service des Affaires indicrènes au gouvernement général 

de l'Algérie. 



540 



OUVRAGKS CONSULTES. 



Archivps du deuxièinp Bureau au Ministèro do la (tnorre. 
Documents inédits jtrovenanl des ]>a|ïiors laissés ])ar Henri Duvevrier 

après sa mort. «*t qui furent remis ])ar M. Henri Maunoir, son 

exécuteur testamentaire. ;i M. de La Martinière. 

Hocimients inédits ])rovenant des ]>a|)iers de Tissot , et qui furent 

confiés par M. Sal*>mon Reinacli à M. de La Martinière. 
Renseignements statistiques recueillis jiar le (lapitalne Le Chalclier. 
RappoHs sur ses missions au Maroc . par M. de La Martinière. 



1 



TABLE DES MATIÈRES 



541 



PAOKS 

vn 

AVERTISSKMKNT 

XV 

Observations et ahrcviati(»ns 

CHAPITRK PREMIER 

ÉTUUK HISTOHI,UK KT DKS.HIPTIVK HE LA FRONTIKHK KNTHK l'aI.GKBIE 

ET LE MAROC. 

La frontière aux i-n^miers temps de l'histoire 1 

. . 4 

Après la c<uupuMe arai)e 

Depuis roccupatiou turque jusqu'en 1795 

De nu.') à 1K30 

Prennère apparition des Français dans l'ouesl de l'Algérie; ^^ 

occupation de Tlemcen (1830) 

Deuxième occupation de Tlemcen( 1842) -^ • 

1 \t iMiiA\ Traité de Lalla Mar'nia 

Cmnpagn*' du Maroc Î1844). nmt ue uai ^ 

fl8nuirs 1845, " 

Le général Pélissier denmnde la révision de la délimitation ^^ 

(12 juin 1849; ^g 

Nouveaux projets de révision (1853) 

Campagne de 1859 chez les Béni Snassen. ..... 

Etude de la situation de la frontière provoquée par 1 applica- 

lion du sénatus-consulle de 1863, dans la Inbu des Beni ^^ 

Ouassin (1866) 

1" Enquête du colonel Chanzy dans le cercle de Lalla ^ 

Mar'nia , 

2" Enquête dans le cercle de Sebdou ^ 

3» Enquête dans le cercle de Nemours 



y 



542 TABLÎ-: 1)K.S MATIKHl'lS. 

PKOKS 

Résultats de r enquête d*' 18*3U 56 

Diftirultés constantes créées ])ar le paiement de l'impôt dû 

par les Marocains cultivant en Al<^érie 57 

Reconnaissance de la frontière exi'cutée, j>our remédier à la 
situalion précédente, ])ar le caï)itaine Bmitan de concert 
avec les autorités marocaineN. — Adoption dun « modus 
Vivendi » 57 

Incidents récents 65 

Comparaison entre la carte annexée au traité de 1845 et les 

documents cartographiques actuels G9 

Aperçu topop^raphique de la rég-ion frontière ; situation de nos 

postes militaires 71 

Incertitude des points de délimitation désif^nés dans le traité. 75 

F'acilité d\iccès et insécurité de la frontière adoptée. ... 77 

Orpfanisation de la police de la frontière 82 

Insuflisance de la frontière au point de vue de la percej>tion 
des droits de douane. — Situation commerciale ; marché 

d'ElHeimer 85 

Le commerce de la poudre sur la frontière 96 

Im]>uissancc des fonctionnaires marocains 97 

Notre attitude actuelle vis-à-vis des tribus marocaines. . . 98 
Relevé des tentes d'origine algérienne réfugiées dans les 

tribus du Nord-Est marocain 100 

Cai'tographie 105 



CHAPITRE DEUXIÈME 

DKSGRIPl'ION DK LA REGION MAROCAINE IMMKDIATEMENT UMITROPHE 

DE NOTRE FRONTIÈRE. — ROUTES. — LIEUX HABITES. 

ORDRES RELIGIEUX. 

Description de la région 109 

Orographie 112 

Hydrographie 113 



TABLE DES MATIÈRES. 543 

PAOBS 

.... 117 

l^'^^t*^^ 121 

Lieux habités. — Ksour 

r Ksour du Djebel Debdou 

„ 1% 

2" Ksour de l'Oued Za 

3" Kasba El Aïoun Sidi Mellouk 1^0 

4** Oudida 

Ordres relif^i.'UX. — Zaouïa. — Marabouts 



CHAPITRE TROISIÈME 

ÉTLD. DES TR.BUS PLAGKKS ENTRE LA FRONTIÈRE ET ..A MOULOUA. 

Descrii.lion succincte d. la région, énun.ératiou des tribus qui ^^^ 

Ihabitent 

Résun^é historique des faits survenus dans l'amalat d'Oudjda, ^^^ 

de 1830 à nos jours 

, 1 ' • . l30 

Personnalités iniluenles de la région 

Étude des tribus qui habitent la région : ^^^ 

Houara ,„^ 

""^^«f • .".'** 162 

Béni Oukil ,„^ 

Béni bon Zeggou ^^^ 

Oulad Amer , ^^ 

Oulad Bakhli ^^^ 

Oulad El Mihdi ^^^ 

Béni Our'ar ^^^ 

Béni Ghebel ^^^ 

Béni Koulal ^^j^ 

Kerarma yj^ 

Béni lala y^^ 

Zekkara j,yg 

Béni Malhar 






544 TABLE DES MATIERES. 

t'AOKS 

Mehaïa 179 

Sedjaa 184 

Ang-ad 186 

Altia 189 

Zaoïiia Onlad Sidi Moussa el Berrichi 193 

Boni bon Hamdoun 193 

Béni Hamlil 194 

Boni Snasscn 196 

Oulad Mansour '214 

Administration de l'amalat ; armement des tribus .... 217 

Renseignements stalistiques sur Tamalat d'Oudjda. . . . 220 



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CHAPITRE QUATRIEME 

DESCRIPTION DE LA RÉGION A l'oUBSï DE LA MOULOIJÏA. 

ÉTUDE DES TRIBUS gUl l'hABITENT. 

Orographie 22 1 

Hydrographie 225 

Populations 232 

Houara, Hallat', Béni Oukil, Sedjâa 233 

Oulad bou Ajouj, Oulad Settout, Béni bou lahi, Metalsa. . 234 

Kebdana 235 

Guelaïa : , 239 

r Mezoudja 247 

2* Béni Chiker 248 

3" Béni bou Gafer 249 

4*» Ahl el Gada(Beni Sedal) 250 

5** Béni bou Ifrour 251 



TABLE DES MATIÈRES. 



545 



CHAPITRE CINQUIÈME 

APERÇU HISTORIQUE SUR LE RIF, ET SUR LES POPULATIONS 
PRIMITIVES DE CETTE PARTIE DU NORD DE l' AFRIQUE. 

PAOBS 

Temps pnmitils 

• 258 

Époque romaine 

Le christianisme, le mosaisme et l'islamisme dans le Rif . . 260 
Li's Idrissides. — Lutte constante des populations du Rif 
' entre les souverains marocains jusqu'aux Cherifs saadiens. 264 

Le Rif sous les Cherifs saadiens el tilali '^^^ 

Le Rif pendant notre lutte contre l'émir Abdelkader . . - 277 

Résumé des événemenis de 18o0 à nos jours 

État politique du Rif à l'époque actuelle : situation des 

présides espatrnoles : incidents de Mehla 

Convention entre rEspa{?ne et le Maroc du 5 mars 1894 . . 292 

Projets d'établissement d'une nation européenne sur la côte ^^^ 
du Rif 



CHAPITRE SIXIÈME 

DESCRIPTION GÉNÉRALE DU RIF. 

Étal actuel de nos co.inais.ances géographiques sus le Rif . 305 

Tentatives européennes pour pénétrer dans le Rif: de ^^ 

Chavagnac, de Foucauld. Duveyrier ' 

Manière de voyager au Maroc _ 

Connaissances géographiques des anciens sur le Rif . • • ^i* 

Essai d'oro^i-a})hie du Rif 

Renseignements que nous possédons sur l'hydrographie du ^^^ 

^^ 324 

La végétation dans le Rif 

La faune du Rif 



C^ 



546 TABLE DES MATIERES. 

FAUKS 

Les richesses minérales 326 

Les populations du Rif d'après les auteurs anciens .... 326 
Les limites du Rif à travers l'histoire 328 



TABLE DES MATIÈRES. 547 

PAOKS 

Béni Madaan 

Chechaouen 

Relations des Rifains avec l'Algérie ; intiuence relative de 

notre civilisation sur ces populations 354 

Etat actuel de nos connaissances sur les positions relatives 
des tribus du Rif 

Deux anciennes villes du Rif: Tezzota, Nokour 358 



CHAPITRE SEPTIEME 



■'■Y 



> 



GÉOGRAPHIE POLITIQUE DU RIF. 

Esquisse de division administrative. Groupement général des 

populations 330 

Béni Saïd 333 

Béni Oulichek 334 

Béni Tarn Saman 335 

Béni Ouriar'al (Béni Aour'ir'el) 337 

Guezennaïa 338 

Béni bou lahîïn 338 

Béni Touzin 339 

Sanhadja 339 

Béni Mezdoui 342 

Béni Ammart 342 

Béni bou Ferah ( Béni Ouferah ) 342 

Mettioua el Bahr 343 

Bokouïa 343 

Mesettasa IMestassaj 345 

Mediouna 345 

Béni Iteft 345 

Tsargiiist 346 

Béni Seddet 346 

Tar'zoui 346 

Ketama 347 

R'omara 347 

Béni Saïd 351 



CHAPITRE HUITIÈME 

INFLUENCES RELIGIEUSES ET POUTIQUES DU NORD-EST DU MAROC. 

Zaouïa de Moula Idris Ser'ir à Fez. - Cherifs Idrissides ou 
Dnssim 

Oulad Abd es Selam ben Mechich. - Cherifs Béni Arouss, 

Akhmas, Soumala et Cherifs de Chechaouen ^WJ 

Cherifs de Ouazzan et Zaouïa de Moulai Taieb à Ouazzan. . 372 

Intluences religieuses diverses. - Derkaoua et Moulai Bou ^^^ 
Cheta • • ^g 

Derkaoua et Zaouïa de Bou Berih 

oonf 

Zaouïa de Moulai Bou Cheta 

Zaouïa des Uulad Abdesselam 

Zaouïa des Oulad El Hadj Abdelkader, de l'ordre de Sidi ^^ 

Abdelkader el Djilani 

Zaouïa de Sidi El Hadj Mohammed bou AMer Rahman ben ^^^ 

Abou Zian 

Zaouïa du Cheikh Mohammed el Hâbri, de Drioua. . . . d»y 



DESCRIPTION SUCCINCTE DES 



Iles Zafarines, 
Melila . . . 



CHAPITRE NEUVIÈME 

PRÉSIDES ESPAGNOLS DE LA CÔTE DU RIF. 

392 

... 396 




548 



TABLE DES MATIÈRES. 



PAO us 

402 



Alhucemas 

Pefion de Vêlez de la Gomera 404 




CHAPITRE DIXIEME 

DJEBALA. 

Les Djebala, le pays qu'ils occupent • 407 

Enuméraiion des tribus de UHaous (au N. de Tétouan) et du 

Djebel Alem 409 

Enuméraiion du bassin du Sebou 410 

Andjera 

Haous 413 

Tétouan 414 

Béni <^ued Ras 415 

Béni Messaoïiar 410 

Béni Aouzmer 417 

Béni Ider 418 

Djebel Habib 419 

Béni Leit 420 

BeniGorfit 421 

Béni Issef (Béni loussef) 422 

Ahl Serif 423 

Béni Hasan 426 

Akhmas (Kbamès) 427 

Béni Arous 430 

Soumata 430 

Béni Ahmed 432 

Populations du Djebel Sai'sar ou Ahl Sarsar 433 

Masmouda 434 

Er Rehouna 436 

Béni Mestara ou Béni Messara 437 

Béni Mesguilda 441 



TABLE DES MATIÈRES. 549 

PAGES 

... 443 

Fichtala ^^ 

Selta * ^^ 

Béni Zekkat 

. . 445 

R'zaoua ^ 

Béni Zeroual __ 

4ol 

Ell^aïa ^^^ 

Béni Ouriar'al 

S^l"^ 453 

Mezziate ^^^ 

Mettioua ^^^ 

Fennassa ^-^ 

Béni Ouandjen ^^ 

Béni Bou S'iama ^^^ 

Béni Oulid .e„ 

Mar'nissa ^^r^ 

R'"«^*^ ..... 458 

Haïaïna ^^^ 

Tesoul ^^2 

Branes 



CHAPITRE ONZIÈME 

RÉSUMÉ D'ITINÉRAIRES DU MAROC VERS LA FRONTIÈRE. 

Résumé d'itinéraire de Fez à Oudjda et description succinc^^^^^^ 

la contrée parcourue par M. de La Martmiere. juillet 1891. 4b5 
Itinéraire de Debdou à LallaMar'nia. d'après de Foucauld . o05 

Itinéraire de la route suivie, de Tanger à Nedroma par le 
XZlem Mahmoud des cherifs de Ouazzan et par Si ^^^ 
Sliman ben abd el Kerim ^ Octobre 1893 ) 



550 



TABLE DES MATIERES. 



551 



Traité de Tanger, 

Convention conclue à Tanger le 10 Septembre 1844, pour 
régler les différends survenus entre la France et le Maroc . 



PAOBS 



517 



TABLE DES PLANCHES {') 



TRArrÉ DU 18 Mars 1845 ou de Laixa Mar'nia. 

Traité conclu entre les plénipotentîiîres de l'Empereur des 
Français et des possessions de l'Empire d'Algérie, et de 
l'Empereur de Maroc, de Suz, de Fez et des possessions 
de l'Empire d'Occident 



Texte arabe du traité du 18 Mars 1845 ou de Lalla Mar'nia . 



522 

535 



Principaux ouvrages consultés 537 




TAOES 

PiANCHK I. — Rq.roduction d'une partie d'une carte, 
'jrravép en 1840, sur laquelle a été indiquée, en 1843, la ^^ 
frontière présumée à cette époque 

Planche II — Reproduction d'un croquis dressé en 1849 

et indiquant le territoire que le traité de 1845 a enlevé aux ^^ 
Béni bou Saïd 

Planche 111 — Reproduction d'un croquis dressé en 1866, 

à la suite de l'enquête faite par le colonel Chanzy dans le ^ 
cercle de Lalla Mar'nia 

Planche IV — Reproduction d'un croquis dressé en 1866, 

à la suite de l'enquête prescrite par le colonel Chanzj dans ^^ 
le cercle de Sebdou 

Planche V — Reproduction d'un croquis dressé en 1866, 

à la suite de l'enquête prescrite par le colonel Chanzy dans ^^ 
le cercle de Nemours 

Planche VI. - Reproduction d'un croq^iis dressé en 1874, 
indiquant les zones neutres adoptées à cette époque . . . 

Planche Vil. - Réduction de la carte jointe au traité de ^ 
1845 

cartes et plans du Gouvernement général de 1 Algérie. 



552 TABLK DES PLANCHES. 

PAGES 

Planche VIII. — Réduction de la dernière cart« de la 
frontière publiée ( 1893 ) par le Service Géographique de 
l'Armée 68 

Planche IX. — Croquis d'une paiiie de la frontière entre 
I)ra ed Doum et Haouch Sidi Aïcd montrant les prétentions 
successives émises pai* les Marocains depuis 1874 ... 77 

Planche X. — Environs d'Oudjda 132 

Planche XI. — Pland'Oudjda 134 

Vue du marché d'El Heïmer 93 



1^' 



> 



^.■/ 



Achevé d'imprhaer le 30 septembre 1894, 
par la Maison L. DANEL , de lille. 







^ 



])()Cl MKNTS 



pear servir i l'élide da 



NORD OUEST AFRICAIN 



loMt II. 



LE SUD-OUEST RLGÉRIEN ET LES RÉGIONS LIMITROPHES. 
FIGUIG. — L'OUED GUIR. — L'OUED SAOURA. 



i>< m;im i:\'rs 



poru SKUViiî \ r/KTUiH-: ui 



iVORI) OUEST AFRICAIN 



ïtKUNIS KT ÏU l.ïfJKS !»AK nniUîK DK 



M' J 



:\\[i:nv 



(Jou\»'m»Hir ^f'urnil df J'Al^^rrie, 



P A H 



H.-M.-l'. DK LA MAHTINiKHK. 

Directeur du Ouïmict 

ou serTico des Vffuin's IiHii^f>n(S 

"lii (J 'uv.'rmmont ^^emrol de rAI^rcik'. 



N. lACROIX, 

('îipitaint* dinfant^-rit,' hors cadre, 

(hcf <ie bur<;iiti îirabe 

dotticlie uu siTwicAi fh s Affiiires î'i'ligènes 

du Gouvernement général de l'Algérie. 




J' 



ut 



> 



'*>» \Kl;\FMi.:\i .,J-.NKI;.\Î. DK i,Ai(.KDll 

SEUVICK DHS VKFAIHKS IXDIGKNE^i 



W DCCG XCVI 




/ 



ï'i 



l 



AVEHTISSEMENT 



Bki4 



> 



f. 



Le deuxième volumr des I >f)cumeiits pour servir à 
rHisloirp (lu Nonl-Ouosl africain, derqif mmprnylre 
h descnptvm de hi réfjion pwHière sitnée. au sud da 
Teniet es Srfssù enfrr VAIffêrie o( le }fa)oc. pf VHvde 
i/oijrophiquo et pnlififpip f/ps arrsis sahfriemm qui 
forment Ir (wurara. Ir Toffat et le Tidikplt. Vhnpnrtnnre 
et retendue des nmtières nous n ohliijê à rr jeter celle 
dernière partie dans les loaies su ira a Is. Le présent vol urne 
traite donc uniqurmeut do In contrée située entre Ir Tcviel 
es Snssi et le (iourara. 

Cette réijiim fnmli ère préseule ce enractère siruftiUer 
que la fnaUière uy existe pas. 

On se souvient eu effet que le traité de 1845 qui a 
délimité h Maroc et rAh/érie^ ne l'a fait d'une façon 
précise qne jusqu'au ad du Teniet es Sassi. — « Au-delà, 
dit I art, 4, // u^y a point de limite terri torinle à élahlir 



V 




vil 



AVMRTISSEMENT. 



evi/re 1rs ilrffx E/afs jun'sqffr la ferre vesr hhovre j)as. » 
Les fJènipotendaircs se sont iJmie homrs à iirs'ufner 
quelques \sours ou rillfff/es de la rêijion eoointe af-jiar- 
tenant à rAlfjhie el à en aKrihacr deux av Maroe, 
ceux d^lchc et de Fimt}(j : ils mt lUjalemevi diiermitu' les 
frihas qui dêpeiident de r ave oa dePaalw d{mtina(io)}^ 
laissant à ehaeane des deux soareraiaetês la liberté de 
sexercer snr leurs propres ressortissauts partovl oif 
eeux-ei seraient conduits par la recherche de Veau et des 
fût u rages. 

Qnanf if la contrée située a u-/lelà desksours. les autmrs 
du traité de 1S15 la déclaraient absolument inhabitable 
et proclamaient par suite tonte délimitation superflue, 
— Cepaj/s, c étaient VKrg et ses dunes désolées: et ce 
n'était écidemmmtque cela aux yeux dit plénipofmtiaire 
français, mais cétait aussi ces oasis si denses et si 
peuplées, situées précisément au-ilessous de l'Alqérie et 
qvf Vhabitude du langage amfojul avjovrd'hni sons le 
nom général de Tonat, 

On s'est étonné que M, le (jénéml de La Rue, qui 
rei^isentait la France av cours de ces négociations, 

ait passé si a isèmenlsotis silence des terri toires(iui,dejmis, 
ont prisa nosyeuxunesigrmideimpm'tmce, A dire rrai^ 
Vobjectif principal des négociations de 1845 était de 
réduire Abd LJl Kader ii notre merci, et non point de 
nous prêmvnir contre de futures et invraisemblables 
jwétmtims : cela entêté les prévoir et.jusquà un certain 
point les admettre que d'en discuter à ce mmnent. Il est 
doncnoturel quele traité de 1845^/^ laissé de côté ces oasis 



> 



AVERTISSEMENT. 



IX 



de V Extrême Sud ; elles étaient et sont restées cr que la 
nature les a faites^ restHî-flire les dépemfatices de 
^'Algérie. 

(Je n'est pas ici le lieu d^en parler j ce volmne traitant 
du pays qui s'étend entre le Teniel es Sassi et ces oasis. 
()n nt* saurait du reste imaginer les difficultés qui 
résultant pour F autorité française dans cfdte réqion, 
de la confusion de territoires qui met amtinuellnnent 
en contact^ des tribus turbulentes. fJelles qui jwvs sont 
soumises, maintenues par une autorité fiirtf\ respectent 
les parcours des tribus nwrocaines, mais celles-ci cherchent 
tout au contraire à empiéter journellement sur les 
nôtres. Jtlles rirent d^^ns un véritable état d'anarchie: 
con tin uellemen t en guerre en tre elles, elles ne reconnaisse^nt 
la souveraineté nominale du Maroc qu^autant qu'elles y 
acquièrent un moyen d'échapper à notre action de police. 
On trourera dans le cours de ce volume, ^histmiedes 
principaux incidents de frontière auxquels a donné lieu 
cet état de choses: la France s^fforce, sans .se laisser, de 
protéger les droits de ses sujets et d'obtenir de la cour de 
Fez, les sntis faction s légitimes que nos tvifms réchmcfit 
/H)ur les dommages qui leur sont causés. 

L'étude de Voued Saoura et des tribus qui en peuplent 
la vallée a formé un chapitre avec une carte spéciale. On 
a utilisé les travaux fournis par nos officiers du service 
des Affaires Indigènes ainsi que les informations recueil- 
lies par les agents que nous avons envoyés. Vimportance 
de cette contrée est considérable par Vaccès quelle nous 
donne vers les oasis de l'Extrême Sud. 



X 



AVERTISSEMENT. 



U-M très graïiiie parUe rfcs poj)nla(ions de ces régions 
ofportîeTiveTit à Vordre religieux des Cheh'a^ dmit les 
Onlad Sidi Cheik smi( les chefs. Cette puissante et 
■nemihruse famille est divisée en phfsievrs branches: les 
principales relèrent de 7wtre dominatiiyn. Il est fcv 
d^histoire qui soit pi as significative qne c^lle des Oulad 
Sidi Cheik ^ pour qairent étudier V action d'une aristo- 
cratie à la fois religiease et gverrière. aa milieu de 
pofnlations énergiques mais sovniises à. leurs antiqi/es 
traditions et do7ft la foi ardent** est projnrnwnt d** fm^f- 
iisme. Vinflaence des Oalad Sidi Cheik séte7id sar tout 
le Sud Oranais, Dans la procince d'Alger, les Chambaas 
les recon'naisse7f t roynme leurs chefs religieux. Au (iourara 
la majorité de la population desKso^irs leur est dévouée, et 
ils ont des parti San s davs le Sud du Maroc et presque dans 
le Tafilalet. Placés ainsi entre T Algérie et le Maroc, sf^r 
la limite des hants plateaux et du Sahara, s' appuyant 
sur les oasis de r Extrême Su/f que nous nocaq)ons pas 
mcore^ les Oulad Sidi Cheick se sont trouvés à mèmevl 
pendant longtemps de ne se donner qu'en partie et de 
garder une indépendance relative. Si J/a7nza. ancêtre 
des chefs avtuels de cette fnmille, qui montra dans le 
cours de sa rie. une grandeur peu commune, associa 
sa cause à la uotre et mus témoigna vne fidélité d(ml on 
ne s'est peut-être pas toujours assez souvenu, 11 détruisit 
le Sultanat d'Ouargla pour le remettre dans nos nurins 
et fut ainsi le principal agent de notre expansion dans 
VExtréme Sud. Il mourut délaissé. Ses fils entrèrent 
eu insurrecliϕ durant 1867. // fallut plus de IG ans 



> 



AVERTISSEMENT. 



XI 



pour les amener à se soumettre. Depuis lors, cette région 
est tranquille. 

La longue durée df ct^t** reheUion surpreiul au 
premier abord. Il en faut sans nul doute chercher la 
cause flans le dérouemmt des populations du Sud- 
Oranais envers leurs chefs religieux, dans la nature du 
pags^ dans la difficulté des communications, et aussi 
dans lf\s érénetuents de 1H7(>. qui vinrent se jetei' à la 
fran'rsf' de toute action rigoure^usp dans ces contréos 
lointaines. Les conditions dans lesquelles s'exerce notre 
pouvoir sont aujourd'hui bien modifiées et le chemin de 
fer d'Ain Sefra a tout changé: mais cependant, il est une 
obs^'rvntion qui ne saurait être passée sous silence, c'est 
que })our prolonger la lutte, les Oulad Sidi Cheik 
avaient, au-delti et en dehors du ragon dr notre influence. 
df's points d'appai et des asiles, des partisans et des 
moyens de raritailbment dans les oasis de VExtréme- 
Sud, par lii. ils étaient pnur ainsi dire insaisissables et 
Ils nous le firent bin} amuaitre. — A la réalité^ un mou- 
vement insurrectionnel qui nr déborde point au-delà de 
nos territoires, est, quelle que soit sa gravité, nécessaire- 
ment aussi limité dans le tnnps que dans respace: la 
p(fcification du Sud est la condition nécessaire de la 
tranquille domina finn de la région telUenne. et cest 
pourquoi, à toutes les époques, les conquérants du Xord 
de r Afrique ont dû s étendre progmsirementversk Sud. 
La même loi s'est imposée et s'iaip<jse encore à nous. 

Quant aax Oulad Sidi Cfœili. notre civilisation, la 
facilité de nos nvpurs et not)e bienveillance semblent les 



c 




XII 



AVERTISSEMENT. 



> 



attirer vers iioifs chaqvv ^ovr âatantoAjp. Qvelqves-nm 
paransmt avoir pris (joût à la vie sédentaire, Enfiv. 
les prétentions affiehées de la eoar ehérifienne sur le 
Gonrara hlesse^Hlears intérêts aidant que les nôtres^ et 
lient leur fortane en ee pays à eelle de la France, (h? a 
donc des raisons d^esptrer qu'ils se montreront fidèles a 
reœemple de leur aneêtre. 

Cette situation incertaine qui a été faite pendant 
Imifi temps anx Ou lad Sidi Cheik, ces incidents quotidiens 
de frontière^ ces difficultés, ces confits qui naissent de 
la pénétration récif^^oqve de tribus soumises à des domi- 
luttions différentes, tout cela est en partie Vœurre du 
traité de 1845. On Va souvent o-emarqué et non sans 
quelque raison, Xotreplénipoten tiaire d'alm-ssest montre 
trop facile aux concessions, notamment en ce qui concerne 
Figuiy . 7nais il ne faut rien exaf/éreo' et V absence 
de frontière n'a point t^ute V importance que certmnes 
personnes sont pm^tées à y attacher. Elle présente 
même quelques arantaxjes car les musulmans (yi}t en 
ce^ 7natières des habitudes d'esprit quï échappant entière- 
mentaux Européens. Ils ne confondent /m. comme novs^ 
l'idée de nationalité avec Vidée terHtoriale : leur rare^ 
leur religion^ leurs mœurs déteominent leur indiridvalité 
en tant que peuple, et c'est dans le Coran, qui ne parle 
point de patrie^ qu'est pour eux renfemue toute la loi. 
Tout le reste n'est qu' accident ^ Il y a là un point de vu^ 
dont il importe de tenir compte quand on veut jtiger des 
idées et des actes politiques dan.s les pays de r Islam. 

Ce volume nous conduit aux portes des dernières 



îii 



AVERTISSKMENT. 



Xlll 



oasis sohariennes. Au-delà de ces oasis s'ouvrent les 
contrées désertiques qui s^étendent jusqu'au Soudan 

et que sillonnent incessamment les cnravff nés et les rezzous 
des Touaregs. De poursuivre ces nonwdcs au travers de 
ces immensités, on n\f/ saurait sontjer: mnis si l'on a 
sou cent comparé le désert à une mer intérieure^ et ces 
cnraranes et ces rezzous à des nnrires qui In traversent, 
tantôt hmnétes marchands et tantôt corsaires, on peut 
dire qu'il suffit de tenir les ports de cette mer^ pour en 
être le maftre. et que ce qui (y été commencé à Timhouctou 
doit être achevé à In Sain h. 

Ainsi tout nous comnpmdv de nv point nous arrêter, 
la domination fie notre liiiiterland africain aussi bien 
que h paix de nos possessions tel lien nés. — C^est 
rahnutissement de tout ce que wms avons fait jusqu'ici 
dans le \ord de r Afrique : le présent ml u?nr en fourniru 
la j>reuve\ 

J. C. 



l 



V 



i 



I 



^ Lps rf'nsPîpn^nvnts ronfrnus flans cp vf.Iiiinp ont été mis à 
jnur jusqu'au mois do Juin lH\^T^. ' 




XV 



OBSKHVATIONS 



Dans ](• cours de cet tiuvrag"**, on a adopU* comme règle de 
transcription française des noms arabes, celle qui a paru le plus se 
rapprocli'T d»* l'iisai^r i-\ dr la prononciation phonétique. Afin de 
siniplilit-r on a évité de transcrire en français les pluriels sous leur 
fonn*- arah'-. ainsi, au lieu d'écrire au pluriel Cheurfa, Kiad, 
Mokadniinc, on a préféré Cliérifs, Kaïds ou caïds. Mokaddem^. 
Pour ce qui concerne l'équival/^nce du £^ on sVst arrétéaur' généra- 
lement usité. Ouoi(pril en soit, on a dû laisser subsister Torthographe 
adoptée gh, rh, g, dans les termes consacrés par l'usage. 

H. M. et N. L. 



> 




I.l 



DEUXIÈME PARTIE 



Étude descriptive de la région comprise entre le Tenlet 
es Sassi et le aoiirara. Populations nomades et 
sédentaires dépendant de l'Algérie et du Maroc entre 
le Teniet es Sassi et Figuig. - L'oasis de Flguig 
et les populations, nomades et sédentaires qui se 
trouvent nu sud et au sud-ouest. - L'oued Saoura. — 
Les Oulad Sidi Cheikh, leur origine, leur importance 
et leur rôle dans le Sud-Oranais. 



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1 







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D C U .A[ E N T S 



P'HU SFIIVIK A I.'ÉTtDE DU 



NORD OUIvST AFRICAIN 



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«I 



CHAPITRE PREMIER. 

Les articles 4 et 5 du traité de 1845. - Considé- 
rations sur la situation bistorirfue et politique à 
lépociue du traité. — Abdelkader et la cour de 
Fez. — Difficultés diplomatiques — Les erreurs 
commises. — Leurs conséquences. — Interpré- 
tations du traité par les autorités algériennes 
et par le Ministère des Affaires Étrangères 



> 



Non.-; iivons ox;unmo dans le volume précf^dpnt la 
'lf^!iiint;.ti..ii. .^.irvpiiiH'M h. suite du traité de 1H45, des 
tf'rntcires compris entre l'emlKuichure de fOued Kiss 
"t le col dit Teniet es Sassi. Analysant le travail 
otredué a cette p]kh,u,. ,,ar les jdénij.oteiitiaires , nous 
avons suivi dans les ix^riodes postérieures les consé- 
•l'x-nccsde cette délimitation, évidemm<«nt incomplète 
<'t diMéclueuse. 

Or nous voici an Teniet es Sassi où. comme on le 
sait, s-est arrêtée la délimitation topographique de la 



C 



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2 



SITUATION HISTORIQUE ET POLITIQUE 




frontière des deux enii)ires. Au delà, vers le sud, 
aucune limite, c'était, disait-on, le désert, car la répon 
passait pour inhabitable. Le partage en aya^it semblé 
superflu et impossibl»\ elle devait être commune, vi 
Ton se contenta de détenniner les possessions terri- 
toriales de cbaciin des contractants. Mais on ne le lit 
point avec une connaissance suffisante de la région et 
Uexpérience. en un mot, semble avoir man([ué alors 
à nos plénipotentiaires. 

De là, par la suite, d'innombrables contestations, une 
source de difiicultés intarissable, et dt^ la part des auto- 
rités algériennes, qui s'y sont débattues, les plus 
vives critiques, origines d'incessantes réidamatious. 
aussi nVst-il pas, dans le traité de 1845, de clause plus 
épineuse et qui ait provoqué jiareils blâmes. Oux, 
qui doivent rappliquer, s'y heurtent sans cesse, et 
parfois même s'y perdent de fait, les conséquences 
qu'elle a eues, qu'elle aura sur l'état politique de la 
région méridionale de la province oranaise sembh^it 
la condamner. 

Mais dans toutes les critiipies. parfois fondées, (|ue 
Ton a formulées, on n'a peut-être pas tenu un compte 
suftisant de l'esprit qui avait présidé à la rédaction 
de cet instrument diplomatique. On a ])aru. en un 
mot, oublier la situation délicate où se trouvaient 
nos plénipotentiaires à cette époque déjà lointaiîu\ 
Il semble donc indispensable d'expliquer le motif 
de l'apparente concession faite à la cour de Fez. 
L'influence des choses marocaines est grande sur les 



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u;;<.ac de itî ce La Martimere 



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./// \,*ri/-ihu-xf î/rii'iitn _ ïoni,' // /',n;,' J. 



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. / 




A L'ÉPOQIE DU TRAITÉ DE 1845. 3 

conditions où sVxerce notre domination oranaise, et 
l'on pnit trouver de telles analogies entre les évène- 
nHM.ts ,,ui s-y déroulèrent alors et des périodes plus 
récent.'s qiw renseif.n.Mn<'nt qui en découle, en rend le 
développement aussi utile qu'opportun. 

Ce motif, nous Tavons dit déjà , c'est que nous 
voulions en (inir avec Abdelkader. La longue lutte 
que nous soutenions <-ontre lui. paraissait devoir être 
'"l^'Humable'. A la vérité, nous venions de le battre de 
1" contraindre à quitter nos territoires, à se réfugier 
P->'"'i les populations marocaines. Mais, là encore il 
se ...outrait menaçant dans ce milieu qui était sien 
et ou .1 allait puiser de nouveaux éléments de lutte' 
avec une incroyable activité il s>frorçait d'y recruter 

M.'("L;'; "'"'^' ''■ ' ™" ''''• '" '"''^-'-' B"g-"d écrivait à 
« On ,.sf dan. une éfrange .rrenr qu.n.l on croit que nous ne 

Z7::mr '\' ^""'""*^^ -" -'-^ '- "-•>-- ^"^ -^ - 

.n ou SOO ..avaheps. ()„ oubli. <,ue c'est à la nation arabe tout 

ni. re ,,u,. nous avons affaire et que si nous manœuvrons ave an 

;' »'■•-■"■ pour en,,é..her Abdelkader de pénétrer dans Tin Jriu du 

P«J^' ou du .uo.ns d.. s', tixer, cVs, pour qu'il ne vienne pt 2 tr 

^ feu aux poudres accumulées derrière nous, pour qu'il n'ait leTel 

1^ nen or,..„,ser ou consolider. Nous connaisLs le pr 1 

_m,,.uunen. H.g,eux,parl^ ,„„ , ^,^„„ ,^ ^„ ,.^ ^^^ ^^ 

A 1,1 iJ '""■'''^•••- '^« présence même n'est pas nécessaire 

i ■^■*'" "•'"S qu 'la rendus a la nationalité arabe et à la religion 
• -et qu. est assuré de l 'amour passionné de tous ses anciens sujefs . 



t 



}\ 



I 




SITIATION HISTOHIOIK KT POLITIQrE 



> 



des adhérents. Nous sentions que nos A-ictoires avaient 
seulement ajourné un péril qui subsistait toujours. 
C'était à côté de nous une incessante menace et, chose 
pire, une cause d'inquiétude, d'insoumission, un esi)oir 
secret pour les populations dépendantes de nous et 
qu'il fallait avoir solidement dans la main ]>our h*s 
organiser. Aussi bien, un tel \oisin à notre porte* 
semblait nous enlever jus({u'au moindre *»spi>ir d'instal- 
lation pacilique et délinitive dans notre conijuète. 

Dès le commencement de 1(S44, ces inquiétudes 
s'étaient manifestées à Paris et à Alger. Une de 
nos tribus, les Béni Ouriache, venait de faire de'^fec- 
tion; elle avait gagné le camp d'Abelkader. D'autn^s 
peut-être allaient suivre. Les agents de l'émir se multi- 
pliaient, et nous percevions la duplicité des autorités 
marocaines pour favoriser son action. Un grand mou- 
vement se préparait dans l'Ouest de nos territoires. 
M. Denion, notre représentant au Maroc, en avisait le 
ministre des affaires étrangères\ 

* Et on le vit bien lorsque ])lus tard, malgn» notre victoire d'Islv, 
nos succès au Maroc et le traité de 1844 AbdelKader installé sur 
les contins du Rit' et avant dévelo])pé son prestifje en cette réfjion 
réussit à faire échec et aux armes du Sultan marocain et à toutes les 
entreprises menées contre lui. S'acharnant contre l'occupation mili- 
taire de TAlgérie il tit naître les plus jurandes inquiétudes jusque 
dans les chancelleries européennes, oij l'on s'attendait de ce lait à 
voir un jour déborder à l'Ouest notre action militaire ; on avait 
notanmient à cette époque au Maroc, à la Légation britannique et 
au Makhzen marocain les pires anp^oisses, car il ne dépendait point 
du gouvernement marocain de donner satisfaction à la France sur 
ce point de l'expulsion de l'Emir puisqu'il apparait que la cour se 



/. 



A L'ÉPOQUH DU TRAITK I)K 1845, 5 

Des représentations furent faites à Moulai Abder- 
ralunaii qui louvoya, et chercha à gagner du temps. 

(le dedai, Ahdelkader ne manquait j»as de le mettre 
à prolit. Les moindres circ(mstances le servaient, car 
nos menaces avaient ému la (^our de Fez. En hâte, sur 
laligno frontière, m Taza, à Oudjda. on imjirovisait des 
travaux de déf(»nse ; on expédiait continuelloment des 
convois d'armes ot de munitions'. C'étaient, au dire 
d'A!)dolk;ulf»r. l(^s préparatifs d'une agression contre 
l'Algério ot (jui devait so (V)mhiner avec» son plan de 
('a!n|)agn('. L(^s autorités marocaines laissaient dire. 

Les fanatiques s'exaltaient. Et cette idée que l'émir 
*'tait soutenti s(mis main par le Sultan, qu'il allait 
bientôt Tétre ouv(M'tement, ajoutait à l'excitation des 
esprits. On voyait une preuve de cette entente dans la 
manière d'ambassade, rec^'ue par M<uilai Abderrhaman, 
et chargée de lui renouveler l'acte de soumission 

trouvait en face de l'impossibilité matérielle d*ap-ir autrement que 
\y<\r um- sérir d'intri^nies lonpues à préparer: car l'appui que les 
i'opnlalions farouclies du Rif prêtait à Ahdeikader rendait aux 
Iroupps impérialf^s l'entrée du pnvs fort difticile. Le Sultan avait donné 
un pape sérieux de sa bonne volonté en mettant hors la loi, c'est-à- 
dire excommurïiant, un tel personnage sur la demande du traité 
conclu avec les ehréliens. C'était là une décision qu'apprécieront 
pleinement ceux qui connaissent la théocratie fanatique du gouver- 
nenient chérifien. 

Dans la suite, h Telouan notamment, Ahdeikader avait un 
H^^ent zélé H actif, un juif du nomd'Ahensur qui lui faisait passer une 
^^rande partie des armements et des munitions qui lui étaient 
nécessaires. 

(Arrhivf'fi du ministère des Aflfaires Étrangères. Correspondance 
du consulat pentral du Tnnper. 18|r,]. 



u 




f 




6 SITUATION HISTORIQUE ET POLITIQUE 

(i'Alxlclkador. L(> souverain avait arcoptf^ les caclcaux 
ofl'crts, It's trois chtnaux riclit>mcnt f'(|ni])(''s. SMl n'y 
avait point là V(^ntal)lnnP7it mu- coniplicité taciti'. il 
était (lu uioiîis lacile aux révoltt^ dr le fain* croire. 

l)"autrt' part Ta^ntation iXiitiuait les tril)us de notre 
territoire. Le e:énéral lîediMu en intonnait le iiiiuislre 
de la guerre. 11 insistait sur Teliet produit par cet 
appui moral prêté, soienmient on non. par la cour 
chérilienne à Abdelkader dont le prestiire s'en trouvait 
doublé.' 

A nos observations, le Sultan continuait deré|)ondre 
évasivenient. L".>îuir. infonné. liahile. sentant s(ui action 
grandir, sachant (ju'il avait ])our lui les vomix de tous 
lesniusulnians. soutenu puissannueut dans le niakhzen 
marocain, agissait sur l'esprit du souverain . 1 1 felfrayait 
de nous, de ses pro])res sujets, car la jiassion religieuse 
lui était une auxiliaire précieuse. Pour éviter de ré|)ou- 
dre à nos réclamations, la cour de Fez alla, juscpra 
signilier à notre Consul général (ju'elle ne voulait 
plus échanger avec la France (jue des communications 
se rapportant à l'internat de ]]on Hamedi et d'autres 
adhérents d'Ab.ielkader réfugiés à ( )ud,jda. pour le reste 
le Sultan osait renvoyer notre représentant an pacha 
de Tanger, auquel il aurait désormais à s'adresser' ! 

La guerre apparaissait donc conim<> inévitable i»uis- 
quenous n'obtenions rien. Quant à l'émir il poursuivait 



Archives du Ministère des Affaires Étrangères. Correspondance 
du Consulat général de Tanger. 1844 I. 



I 



A L'ÉPOQUE DU TRAITÉ DE 1845. ^ 

impunément sa prédication acharnée surnotre frontière 
où h' bruit d'une nipture prochaine avec la cour de 
Fez avait suffi à s(mlever la passion religieuse des 
tribus. Tous les marabouts colportaient la nouvelle 
la comuM'iitaient. Abdelkader aussitôt s'était re],résenté 
comme l'allie, le défenseur des cbérifs du Maglireb. 
On avouera que la manreuvre était habile et peu faite 
pour décider le Sultan à écouter nos plaintes. 

Cependant, et t)ien que nous fussions dès lors 
l'onxaincus du mauvais vouloir du makhzen chériiien. 
nous hésitions à rompre ouvertement avec la cour de 
Fez. On résolut de différer. 

Fn attendant, nos troupes devaient redoubler de 
surveillance et châtier, chaque fois que l'occasion s'en 
jirésenterait. le Maroc dans la personne de ceux de ses 
habitants (jui seraient rencontrés j»arnii nos ennemis. 

Ce n'était qu'un j.is aller. Nos généraux, instruits 
par une dure expérience, déses{)éraient de p(»uvoir 
s'emparer de l'émir rebelle. Nous étions positivement 
hypnotisés par <'ette (gestion de l'asile qu'il avait 
trouvé au Maroc. Situation qui semblait sans issue 
puis(|ue dès ((ue notre diplomatie demandait qu'Abdel- 
kader fut éloigné des confins de notre territoire elle se 
heurtait aux pires prétextes. 

La Cour de Fez n'allaif-elle pas jusqu'à j)rétendre 
•lue l'empereur du Maroc n'était pas ^.^ ^^^^^^^ ^^ f^j^.^ 
int(>rner Abdelkader et les siens, attendu qu'ils 
n'étaient jH.int sujets du Maroc, mais bien de la Porte 
Ottomane I La duplicité n'était pas douteuse. Déjà au 



C 



8 



srrr.vTioN nisToinorK kt poi.itkhm 



> 



momoTit ti*^ la prist* dt» la Siiuila. iMi IHl;^, nu avait saisi 
dans la ttMifo dt» IVMnir mio h^ttro du Sultaîi luarocaiii 
(pii lui IraTisiHtMtail dos nMisoiirniMiuMits d'uiit» n'txw- 
li«'M'o ])rérîsi(>ii sur liMUîiiibro (»t sur lo niod(* dr rrcru- 
toinont do nos trou])os. sur lo plan do nos op'^rations, 
sur la dissômination d*» nus foroos. onliu sur cotto, 
c( iuip*^uositô dos iulidt^los. (|ui flôohit ajut^s Ir pifuiicr 
(*lu>o ot (|ui S(» ])risora oontro la p(*rsôv*'M'auot' rt la 
lornu^tô dos soldats d*' la foi. » 

Mais doiuinô par ]iotro action. Moulai Abd>'rrahuuni, 
s'il chondiait par sos fau\-l*uyauts à no pas ontravor 
Tat^tion d'.Vbdolkador, lui rofusait pourtant son appui 
diroot. Il affo(iait. non sans raison d'aillours. dooraindro 
cet a^tatour. dont lo prostip» ôtait lortomont ôtahli 
dans lo Hif ot où il jiouvait s'appuyor au t>osoiîî pour 
rôsistor à la C-our do Voy.. La lôi^ation hrilauniquo 
lÔTUoitrnait losniônios inipiiôtudos, collos-là plus sin- 
cères. 11 so trou\ ait là un liounno connaissant à tond los 
choses et lesfronsdu paysqui])révoyait losc(nis«M]uonces 
des diflicultés du moment, redoutant <mi particulier los 
avantages que donnerait à notre diplfunatie rtuitrêo en 
campagne de nostroui>es.( lot atrent crut ])rudont d'aviser 
son Gouvernement , on demamlant «les ordres pour inter- 
venir. 11 s'interposa : mais il ne tut accueilli (iu"av(M* une 
froideur blessante et obligé lui-même de nM'onnaître 
combien les ])retontious do la Cour de Koz fiaient 
incompatihb^s avec lesdroits et la dignitéde la iM'ance'. 

* Si on n'a pas enrore acivdé à toules les dcniandos iaitos par la 
FraruT sans aucune rnserve, ainsi que je l'avais recommandé de la 



A I;KP()(JÏM^: du THAITK DK 1845. 



(!"esf (ju'a (*ette (IfUïr fb» Fez, le ]»arti de la guernî et 
de hi rosislanco avait (iui par renijinrtor. Lo ministre 
Mon hriss, (|ui b* représontait. avait re(*ouvré truite son 
inlluonce. Los envoyés d'Abde||<ader. les fanatif|ues 
n(Uis y représentaient cfunmoaiïinH'sdesdispositifUisles 
plus Imstilos. (TiUait nous, à lf»s en croire, qui veniruis 
d(* pousser b* Danemark et la Suède à réclamer rat»o- 
litinn du triliiif ((ue ces Etats payaient au Mar(»c dojuiis 
bui^teîM|»s. Lue (|uerelle. à la même époque, s'étant 
élevée entre la (loïircbérilienne et rKsjia^^ne à proj»os 
rie l'assassinat d'un a^^ent c(»nsulaire. on nous accusait 
de l'avnir soulevée. Atissi M(Uilai Abderrahman mani- 
b'stait-il publi(|uement son irritation c(»ntre n(uis. 

L'ouverture des hostilités n'était plus ((u'uno afFaire 



luaiiirre la plus prf*ssHn(t* dans nirs nonihreust's enfn-vups avec le 
luiiiislrt' iMHun* Hen DrisN, ainsi que dans ma correspondance, dont 
jr \onv f^nvoie des c(tpies, ce n*a pas été, je vous prie de le croire, 
faute <|e tMUllie volonté et d'assiduité. 

Je m atislieus fin vruis décrire les difticullés que j'ai éj>rouvées ici, 
quoifpi ellt's aient été hifn ^rpandes, cependant après quin/.e ans de 
résidence au Maroc *'Ur< n'étaient pas inattendues. 

(Archives (]m Minisfore des AïfMÎn'S Ktrntjjç^ros. — Corn-spon- 
(iHïired.i Consulat ffcnéra! (k* TfïrifÇfr, 1844. Extrait dune k-Ure do 
M ! >ru!Tiorit Hn y. cdrisul ffénéral d'Anglyterre, a M. Dcnion. 
rcinsu! fffiiéral de Knmre. ] 

On <loit me permettre de dire par avance, que depuis plusieurs 
années j ai ru fré.|iiernnient riionneur de faire erileudre au Sultan, 
soif flire(te!ï„>nl, soit pnr V. K., ou j.ar d'autres officiers de S. M., 
le t.onseil I,. pliïs ^rpHYe *'t cependant le pins amical flu gouvernement 
de ina rovale Maîtresse, à sav(»ir que la plus grande prudence devait 
cire r!n]dovée par le ^ronvernement du SuKan pour prévenir tout sujet 
juste de plainte de la part de celui des Français. 

Il nVst pas trop clair cependant que cet avis n'a point été suivi. 




10 



SITUATION HîSTORTOUK ET POLITIOUK 




dojoiirs.Oîi IriMVVoynif. l/issm» n'eiH^aif pnsdniit^Miso 
<*t il ôtait utiltMJc nous iviidr*' rrs|i()îïs:il)l(' de la mHM'rr. 
Nos (MUHMuisdfVlaîrs y trouvaitMït rf^s|>oir .Tun appui 
«Micas (rt'H'hcc ; îîos (MUKMuis secrets y niéna^^eaienl le 
luovtMi (ie réduire les fruits de victoires prévues. 

Tout était exploité dans C(» l>nt ; fausses nouvelles, 
articles irrétléchis de feuilles françaises, débats îualen- 
contrenx an sein de notre Parlement. mouvenuMits 
nnlitaires. in^^snres d'orpinisation jïolitiipn» ipii c(ui- 
conraient à ratlennisseinenf de notre diuuinatioîi dans 
l'ouest de TAl^vrie; justprà notre insistance relativ»» 
à rinternenient dWlxielkader. 

(>lui-ci. ])lns acharné. i)lus actif. (]noi([ne toujours 

cola t-st i.rolond.Miu'nt n^rrrettahlt- : ,i..s nrles d'nfrn'ssions ont 

éiv ronimis sous diilV'n'nf.'s formes roiitre les Frnnrfiises par les 

sujets du Snltaii, et récemment eneore avee des eireonstanres très 
a^frravantes 

l*"<'*^*ïvernement d*- 8. M. compte que le Sultan fera tout en 

son pouvoir pour faire eesser toute provocation eontre les armes 
françaises et qu"il prendra des mesures immédiates et elliraces pour 
empêcher ses propres troupes et ses sujets de se joindre aux hostilités 
contre la France. 

Pour détourner les calamités incalculables qui suivront indubi- 
tablement la frnerre, S. M. est maintenant invitée par le Gouverne- 
ment britannique, à donner sans retard au (ïouvernemeut français 
1 assurance la plus entière et les preuves les plus complètes quil fait 
et qu d continuera de faire tout ce qui est en son pouvoir pour s'en- 
tendre sur les demandes de la France. 

[Suit IVxposé des demandes du (iouvernement français.) 

[Archives du Ministère des Affa.rr. Ktranfforos. - Corn-Rimn- 
^«nro du ConsulM de Tan^nr. 1844. - Cop.c de l« n>r.>.spond«Mre 
^« M, 1 rumont liay Rvec le Gouvernemenl chéntien, communiquée 
par M. Hav k M. Denion.J 



44 



A L'ÉPoyUK Dr TRAITÉ DE 1845. 



11 



(l^'Hiit |iîir nos colonnes, sVtîiif do notivoiui n^tirô entre 
( )n(lj(lîi et Tîtzîi pnnr s'orptniscr . Millo OtulîUH, 
f;iis;inf [»artic de h» ujinic de l'iMnjionMir, dovnicnt 
lornicr le n(»yau de sa froiipe, cent cinqtinnte cfïnmeanx 
imilaîcnf <'lia(|ne jonrdf* l^'ez juuir lui iiorferdes îippro- 
\isi(»nn en lents de tontes sortes. A Fez nienn», ht 
uncrrc sainte contre les Français était lianteinent 
proclamée'. Partont les Miisnlnians s'y j»réparaient 
avec ardeur. Ce n'»dait plus seulement les Kahvles de 
la frontière (jui prenaient part an mouvement, mais 
aussi plusieurs ^^roupes de jutpnlations du centre 
parmi lesqmds ou citait les Clieraga, les Oulad Djama 
frilius Makhzen, et dont l'attitude téTuoi^maif ainsi de 
celle du troïivernement chérifien. I/émir en arrivait à 
ses lins. 

Tellf^ ô\i\\\ If) situation lorsque se produisit ra;j:ressîon 
du ;{n mai IK} 1 contre leeamj) fiu g-énéral Lamoricière. 

(> fut alors (pie notre ( IfUïsnl général à Tanger remit 
à la (lour de jm'z notre ultimatum. Il ne visait (pTAbdel- 
kader. Ft <^ vrai dire, mitre di|domatie aurait j»u aflir- 
nn^r. mm sans apparence de raison, que c'était à ce 
rebelle f|ue nous faisions la guerre et n(m directement 
à M(Milai Adderrahman. I/émir, installé en maitre dans 
la province d'Oudjda. y avait en qnelqne sorte sni)planté 
N^ sultan. Ft cf^tfe subtilité dii)lomatir{ue eût jmi être 
npposée avec inie assurance plus ^^ande, atix clameurs 



^ Archives du Ministère des AITaires Étrangères. — Correspondance 
[lu Consulat général de Tanger. 1844. 



il 



i 







•>C'^' 



1-2 



sirr.vTii^N nisTOHioiK kt poi.rnorE 



qiK^ sonlova. »mi juirtirnlior à Londres, la nonvt^lle des 
libérations. An deli^ do la Manrhc, on aHertait de 
craindre qne oe nt* \\\\ là te eoninieTioenient de la (*on- 
quètt^ dn Maroi» et eette jim^speetive y était nn snjet d'in- 
(luiétndes très vives (ine le chef du eahinet. sir Hohrrl 
Peel avi\ait.et explicitait. Nous cï'ùines à l*Mir eidièi*e 
sineérité. (!e l'ut un souei jcour noin* nnnistre des 
AHairesKtranpMvsqui s'(MVorra de calmer ecs alaiines. 
Nousavions en rependant le soin de déclarer hautement 
nos motifs de guerre et nos conditions de paix. KUes 
étaient les mêmes qu'avant les hostilités'. (Jràce à la 
clairvoyance de hn'd AlxM'deen ce pseudo-mahmtendu 
cessa. Dès la victoire définitive d'Isly. nous nous arrê- 
tâmes. 




* Il nVst pas sans intf«rèf à (V sujet de reprodnirr Ifs insirnriions 
remises par le mnr.Vlial nnjreau.î nu frrnrral H.'d.Nui au niomeut de 
la eonlerenee de Tona.i Mouilah (14 juin 1844; avec Si Ali el (ùieu- 
naoui, ('aïd d'Oudjda, 

1'*'^ premières conditions pour le rétahlissrnient des relations 

de bonne amitié entre la France et le Maroc, sont : 

l-' <,>u*Ah<1.-lkn(l,T pnrti depuis qnrlqut-s jours pour 1 KM. les rhrfs qui lanront 
servi. les tribus qui larroinpHffnent nt- a.>it;nt plus reoies sur !e torri- 
toire mnrocain. 

•2'^ Qu'il ne leur soit ,ioiiné nurun v^eours pMent on orcnltr. en hiuumes ou uu 

ni-frent. en armement, eu équipement et en munitions de guerre, ni en 

vivres. 

3" Que la Oeirn d AhHelkaHer. les rhefs qui 1 auront servi, ses parents et ses nmi« 
refii^n.-s sur le territoire du Maroc soient envoyés dans T-uL-st ds 

rEiiipire. 

i^ Que «1 Ahdeikader lui-uième demandait enrom asile ru Maror. IKmjiereur 
le ferait interner également dans louest de 1 Kmpire. 

r.- Que les tnbus non soumises de notre frontière qui s,, sont retirées sur le 
territoire de 1 Empire de Maroc soient immédiatement renvoyés sur 
leur territoire. 

*i" Que le Maror s nhl,t;re à ne plus les rerevoir en corps de Irihus. La Franre 



A L'KPonrK !)!* THAITK I)K 1K45. 



13 



Le Maroc était vaincu, il n'en était [)as(lcTn^nied'Ab- 
delkadei". (rt'sl lui (|ue nos diplomates allaient tra(iuer 
dans le traité de paix. 

Mien des ^fMis vtuilaient tpie ["empereur du Maroc 
iKtiis \e livrât. \j' p(uivait-il? Ses tergiversations, ses 
récents revers l'avaient r(»mpr(uuîs aux yeux des tribns 
du Ma^^lirt'l). La séditifiU tiiii s'était déjà manifestée aux 
extrémités de l'cmjiirc ^^atruait du t^MTain. se rap{)ro- 
chait. Mt'Uic atitnurdt* lui on c()US[drait. Son tn'>ne*dait 
éluau!»'. l/t*mir s'était jdacé à l'abri d'un coujMle iriain 
(|u"aurait voulu tenter sur lui Moulai Abdermman. On 
l" regardait, dans touffe une jiartie de remjiire, comme le 
(dus glorieux défenseur de l'Islamisme. Les pojuilations 



de son rote prend le m<'*me eit^af^ement ù 1 ej^ard de'î eini|ïrnlions 
iiKtrocHines qui pourraient deinnnder un rofu;^.; sur !e territoire de 
I Al^'erie. 
T" Qij it s<TH iioiuine de part et d aiitr'' des tlomrnissaires p(»ur ré«iler défiiiitive- 
tn»*!it lu délimitation des frontières entre les deux pays. 

Quaiil aux relations comnif^rciales vous pourrez dire qu'elles pour- 
ront être ultérieurenieiit réglées par un traité favorable aux parties 
contractantes. 

V'oiis ferez comprendre (jue ce commerce peut prendre un grand 
développement par les progrès (pie nous ferions faire inévitablement 
ti TAlgérie e( (pie c'est lin des grands motifs qui doivent nous faire 
désirer mutuellement la lutnne harmonie. 

Vous ne parlerez pas le premier de la possibilité dVvacuation du 
poste de Lalla Mariiia. mais si cela vous est demandé en écliange 
de toutes les conditions ci-dessus indicpiées, vous pourn-z répondre 
<pie vous êtes autorisé par moi, à <lire que si toutes les stipulations 
susdites sont complètement exécutées |mr l'Enqure du Maroc et après 
un temps déterminé, nous supprimerons ce poste bien qu il soit sur 
ïudre territoire el qu'ati fond il ne menace en rien la sécurité de 
ri'impire. 







14 



SITUATION HISTORIQUE ET POLITIQUE 



,^,.^ 



^ 



coînmeni;aient à se faire à Tidée que, lui, empereur, il 
etit opposé, il opposerait une résistance plus efllcace 
aux chrétiens'. Qu\uirions-uous garnie à provoquer, 
l»ar une exiiivnce trop grande, la sédition i-ouvant de 
toutes j)arts? N\'ut-ce })as été tlonner raison à ceux (}ui. 
bien que convaincus de notre modération, incriminaient 
à plaisir nos intentions? 

Bien au contraire, nous de\ious trouver, selon la 
propre expression de M. Guizot, dans un graml acte de 
modération, contorme à notre j)olitique générale en 
Europe, plus de sécurité jxïur notre établissement cti 
Afrique. Nous résumions et bornions ainsi nos récla- 
mations à la mise dWbdelkader hors la loi. 

En ce qui concernait ce rebelle, il y avait quant aux 
demandes à faire au sultan marocain deux i)artis à 
prendre. Ou pouvait demander à la tlour chérilienne de 

^ LVx-Eniir s't'tait placé à l'ouest de la Moul,>uïa entre les 
Oulad Seltout, les Béni bou lahi, les Hallaf, les Guelaïa et les Béni 
Snassen. 

Dans cet emplacement il pouvait facilement se soustraire à un coup 
de main tenté sur lui par r]<;mj)ereur du Maroc en se retirant dans des 
monlagrnes difficiles dont les habitants lui étaient dévoués en tant 
que se^^iteurs religieux du fameux niarabout Main Kd Dine Le pavs 
nclie lui assurait les subsistances. Il v avait aussi à sa disposition iin 
crrand nombre de fusils toujours heureux de tirer pour celui que Ton 
regardait là-bas comme le défens-^ur le plus glorieux de FMamisn.e 
Ne lui donnait-on pas à ce sujet même IVspoir de remplacer peut-être 

unjourrEmpereurduMaroc. Cet espoir aurait étéentretenu.disait-on 
par les gens les plus riches et les plus influents de Fez. 

LArchivesau Ministère des Affaires Ktran^ènvs. _ Gonvspon.lan.e 
ave. !e Gouverneur Général de l'Algérie. 1845. Note du colon.l 
Dauinas, Directeur d,;s Affaires arabes à Alger.J 



A L'KPOOUK DU TRAITÉ DE 1845. 



15 



rexj)ulser de son territoire, requête quiftileirectivement 
ndressée par notre fiiploiuatie, ou bien lui iiiijjoser de 
s'en saisir, de rint'*rner et de le rel<»iiir à l'cuiest du 
Maroc dans un des poils de la côte atlanti(jue. l,"une ou 
l'autre alternative adoptée exclusivement avait des 

avanta^^es et desinconvénients. 1/internatd'Abdelkader 
aurait eu le frrave défaut en établissant j»our ainsi dire 
nriicifdlenuMit au milieu de la poj)ulation marocaine 
iKttre rebelle rb» lui donm^r ainsi par cette sorte de 
(*oîisécrati(Ui les meilletirs moyens pour a^ir et exercer 
son influence, en rendant s(»n personnage comme plus 
intéressant. On aurait aussi et par cette même occasion 
reiidu le Stilfan rrsjKUisable de tout ce qu'aurait fait 
ou tenté Alulelkader. Ayant tenu sous sa garde l'ancien 
agitateur il luuiSfMit fallu demander rais(»n au souverain 
marocain de ce (}ui serait advenu. De là une source de 
conflits continuels avec le Maroc et qu'il imi)ortait 
d'éviter. Il y avait donc dans toute cette combinaison 
de graves inconvénients. (Juant à continuer la guerre à 
nutrauce pour se saisir au Maroc de la personne d'Ab- 
'ielkader il est douteux ({ue nous y ayons mieux réussi 
(lu'en Algérie uù lemarécbal Hugeaud avecHO.DOOfusils 
lut impuissant à s'em])arer(lu rebelle. (Juant à obliger le 
Sultan à celte opération cela eut été demander beau- 
coup plus (ju'il n'aurait pu faire, car ses moyens étaient 
inférieurs aux nôtres. Il j»arut donc qu'il valait mieux 
n'ad(»j)ter exclusivement ni l'un ni l'autre des deux 
partis, et (ju'il était préférable de mettre dans le traité 
Tobligation alternative }>our laCour deFez ou d'expulser 



i 



n 



r: 





l(i 



SITIATION HlSTORigrK KT POLlTKjrK 



Abdelkader du territoire marocain ou de l'arrêter et de 
le retenir. 

On avouera que ces mesures étaient fjraves à prendre 
pour un souverain dont le prestige risquait de passer, à 
celte heure, aux mains de celui uièm*^ qu'on lui deman- 
dait de frapper. Moulai Abderrahman hésitait. Cette 
clause était cependant essentielle à nos yeux. Un refus 
de lui nous jetait dans les pires eml»arras. Nous pouvions 
nous demander, non sans crainte, quelles complications 
amèneraient Téchec de notre demande et le souci de 
notre dignité. Si nos droits, notre niodératioiu haute- 
ment reconnus au cours des opérations militaires i)ar le 
gouvernement britannique^ ne servaient de rien, à 
quelles extrémités serions-nous conduits? Kl ce qui 
s'était produit au moment de notre entrée en campagne 
n'était point fait pour nous rassurer, si nous tenions à 
rester dans le cadre de la mémo }ïolilique, réservée, 
prudente. 

Il fallait donc amener Moulai Abdenvihman à céder. 

^ ^ Les instructions adrf^ssées par Lord Aherdeen aux Lords de 
rAmiraulé et qui devaient être transmises par reux-d au ronnnandanl 
de forces navales anurlaises stationnées à Gibraltar à Toccasion des 
événements du Maroc étaient pleinement satisfaisantes. Elles recon- 
naissaient la justice et la modération de nos demandes à FKmpereur 
du Maroc. Elles interdisaient au commandant anglais tout acte, toute 
démarche qui pourraient donnera l'Empereur quelques espérances 
de l'appui de l'Angleterre et s'il se refuse à nos démarches elle, lui 
prescrivent même dVmploverson iniluence pour que les satisfactions 
que nous demandons ncus soient accordées. 

[Archives du Ministère des Affaii^s EtranKèr... _ CorrespondBnce 
avec le Consulat Générai de Tanger. 1844.] 



A L'KlHKJl K Dr TRAITÉ DE 1845. 



17 



La préuccu]»ation de ce succès éclate partout\ Nous 
îiflinuioiis, u(Mis up c*'ssions d*^ répéter au Sultan que 
notre vif désir était rlf^ vivre en Jjonne intelligence 
avec lui-. Un fauteur de troubles aussi dangereux 
p(»ur lui (jue |.our nous, nous séj,arait. Il n'avait qu'à 
le sacrilier. niais il ne s\y décida qu'à regret, et comme 
contraint. (;in(| mois aj.rès la signature du traité 
aucune mesure n'avait été prise pour l'exécution de 
farticle relatif à l'expulsion (KAbdelkader ou à son 
internement dans une ville de l'intérieur. Moulai 
Abderrahman n'osait rien entreprendre contre le 
rebelle. Notre situation était cependant très grave et 

^ Lplmilr dr Lfilla Mnr'nia n'est pas une simple convention de 

limites, mnis, en m^nie temps et stirtont un traité de principes qui par- 

iM^re entre un Prince chrétien et le Sultan du Maroc des populations 

imisulmanes, qui plarn IVmpire dWlpVie sur le pied d'égalité avec 

IVmpire flu R'ari, H qui nous reconnaît le droit de poursuivre 

Al'dflkader jus(|ue dans l'intérieur du désert marocain. 

I -Arrhives <l,i Ministère des Affaires Ktrar,^.ères. - Correspurtdance 
(lu freriera! miuU- de lu Rue eu mission Tanjçer. 1845.J 

- Nos dispositions envers le Maroc sont essentiellement amicales, 
et nous ne demandons qu'à hien vivre avec lui tant que son souverain 
lui-même se montrera sincèrement animé du désir d'éviter tout ce 
qui serait j.ropre à troubler la bonne intelligence heureusement 
rétablie entre les ûtu\ Ktats. Nous crovons que telle est, quant à 
présent, son intention, et qu'il ne tiendra pas à Inique toute nouvelle 
«ause de c(»nilits ne soit écartée. Nous faisons d'ailleurs la part des 
'linicullés de sa position. 11 le sait et il a pu apprécier la modération 
et la générosité dont nous avons si largement usé à son égard dans 
des circonstances bien critiques pour lui. La mission conliée à 
M. le comte de la Rue, sur la frontière de l'Algérie, est encore un 
gage du caractère bienveillant et lovai de notre politique à l'égard 
du Maroc, car cette mission n'a pas seulement pour but d'assurer la 
fixation des limites respectives, elle tend également à resse-rer et à 

2 






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I 










18 



SITUATION HISTORH^ïl'K KT POLITIQUE 



A L'ÉPOQUE DU TRAITÉ DE 1845. 



19 



> 



nous le pressions avec insistance de tenir ses enga- 
gements. LVniir. lui, ne restait jias inactif; il conti- 
nuait de prêcher la guerre. On craignait môme un 

fortitier les relations des deux empires en faisant disparaître et en pré- 
venant îiutant que possible tout sujet d'ombrag"*^ et denn-sintellig-ence. 
[Lt.*ttre du Ministre des Aff. Etrangoros à M. Do CïinstoQU, alors 

charge d'nffairo à Tanger, mars 1845. Archives du Minislèro des 

Affaires Étrangères. 1815.] 

Pour permettre de saisir toute rimj)ortanee des préorrupations qui 
animaient alors notre dijdoraatie, on ne saurait mieux faire que 
résumer brièvement l'histoire d'Abdelkader de celte époque jusqu'au 
moment où il est forcé de se rendre à nous. 

Au commencement de septembre 1845, ime insurrection nouvelle 
et violente éclate. L'ex-Emir envahit notre territoire, l'n bataiUon 
tout entier, attiré dans un g-uet-apeus , est détruit au marabout 
de Sidi Braliim [2'2 septembre), après une héroïque résistance. 
Et la guerre se trouve rallumée dans cette partie de rAlfr»'rie. En 
quelques jours le plus grand nombre des tribus du rovaunie dr 
Tlemcen rejoignent Abdel- kader. Et panni ses adhérents combattent 
de nombreuses bandes marocaines. 

Moulai Abderraman ne pouvant se résoudre à j)rendre un parti, 
des renforts considéral)les furent envovés en Afrique. Le duc d'islv 
repartit muni de toutes les forces dont il pouvait avoir besoin. Ses 
instructions portaient de ne pas se borner à faire rentrer dans le 
devoir nos tribus insurgées, et à repousser Abdelkader de notre 
territoire. U avait aussi l'ordre de le poursuivre sur le territoire 
marocain, et de châtier sévèrement les populations marocaines qui, 
au mépris des engagements et sans doute des ordres de leur souverain 
avaient prêté contre nous à Abdelkader asile et appui, et s'étaient 
associées è ses agressions. 

Le Représentant de la France au Maroc eut à annoncer à l'Empereur 
du Maroc ces résolutions du (iouvernement français, en lui demandant 
de nous donner son concours et de joindre .ses movens aux nôtres, 
afin que nous poursuivions en commun accord le but qu'il s'était 
engagé à atteindre lui-même. 

Si l'Empereur, par un motif quelconque, nous refusait son con- 
cours, le Représentant de la France avait à lui ftiire connaître notre 



I 



instant (juc le jour de la signature du traité il ne 
tcTïtât. sur les pléni])oteTitiaires, un audacieux coup 



de main. 



résolution d'agir seuls en accomplissant par nos propres forces ce que 
TEnipereur n'aurait pu exécuter après Tavoir formellement promis. 
Le guet-apens du mand>out de Sidi Rrahim exigeait un châtiment 
exemplaire. | 

Mais lA encorerEmj)ereur du Maroc se déclarait impuissant. Le pacha 
Bon Selharu l'avouait ouvertement Lettre de ^L Roches, en mission 
à 'J'anger, 23 octobre 1845;, mais il assurait confidentiellement que 
son nuiitre s'occupait de s^ débarrasser par des movens occultes, de 
cet hôte dangereux. Il assurait également que l'Empereur verrait 
avec plaisir que les Français fassent un coup de main sur le territoire 
marocain, pour s'emparer de la Deïra d'Abdelkader ou pour la dis- 
perser, mais ce qu'il redoutant par dessus tout était l'arrivée prémé- 
diter ostensible d'un corps d'armée au milieu des tribus marocaines, 
arrivéf. qui n'aurait eu d'autre résultat que Fagrandissement de la 
puissance d'Abdelkader. (»n redoutait, à la cour de Fez, un soulè- 
vement général du Hif, de},uis Ceuta jusqu'aux Reni Snassen, 
ainsi que toutes les tribus qui s'étendent parallèlement à ces Kabvles 
(h'puis la montagne du Rif jusqu'au désert, et depuis Taza jusqu'à 
Oudjda. Et on craignait qu'Abdelkader ne profitât de l'occasion 
pour se faire proclamer Sultan par les insurgés, et pour fonder 
ainsi u!i Empire avec les forces duquel il pût résister ouvertement 
u 1 Empereur, « Dans «es nouvelles possessions, écrit M. Léon 
« Roches 29 octobre 1845,, en faisant part de ces craintes, il appel- 
» lera tous les mécontents de l'Algérie et dirigera contre nous des 
» attaques telles, que nous serons naturellement forcés de conqué- 
» nr son pavs si nous vouions v renverser sa puissance. » Et il 
ajoute : « L'empereur Abderrahman qui est impuissant contre le 
» réfugié, osera-t-il attaquer Abdelkader proclamé Sultan ? 
» N'est-il pas au contraire très probable que l'ambitieux parvenu 
» portera ses vues sur le trône de son ancien protecteur, et qu'il 
» exploitera pour son compte l'esprit de mécontentement et de 
» révolte qui règne dans presque tout le Maroc. > 

Ces considérations devaient nous arrêter. Elles nous étaient 




T 



20 



SITUATION HISTORIQIK ET POLITIOIK 




Laisser se prolonger les négociations, c'e^tait lui 
donner dn t(*mps pour se prépan^r, se })rénninir; 
et chaque jour perdu semblait, ù ce point de vue, 

présentées par la Cour de Fez avec ce même esprit de duplicité 
qui devait plus tard (1" juillet 1846) dicter cette lettre de M. de 
Chasteau : 

« ... Il est à peu près certain que l'Empereur ne nous aime pas 
» et que ce n'est que par crainte qu'il nous l'ait mille protestations 
» d'amitié, il est ég-alement certain qu'il n'nime pas Ahdelkader et 
» qu'il voudrait en être dt'barrassé, mais le respect humain musulman 
x* l'empêche de se laisser aller ouvertement à sa haine contre son 
» coreligionnaire, tout aussi bien que de se montrer hautement 
» résolu à agir de concert avec nous contre lui. Sous l'influence 
» de ces sentiments il agit mollement et emploie des demi-mesures. 
y> 11 ne peut nier que nous avons le droit de péné-lrer sur son terri- 
V toire, il ne ])eut aller au secours des tribus que nous iiltaquerons ; 
;> mais il serait possible qu'il lit secrètement travailh'r l'esprit fana- 
> tique de ces populations pour les engagfr à o])poser une énergique 
)> résistance à nos troupes. Peut-être aussi serait-il bien aise qut* 
» ces tribus, rebelles à ses ordres, reçussent une forte leçon de nous, 
» sans qu'il eût Pair, à leurs jeux, d'v avoir prêté les niîuns. On ne 
» peut, en vérité, faire que des sup]>ositions, en face de faits si 
» étranges, et d'un gouvernement dont les allures sont tellement en 
» dehors non seulement de la marche onlinaire des gouvernements 
» européens, mais de ceux du reste de l'Islamisme. » 

Cependant l'Empereur du Maroc finissait ]>ar se rendre à l'évi- 
dence des périls que faisait courir à sa politique la ]>résence d'Abdel- 
kader au Maroc. En 184«i il nommait gouverneur du Hit un des 
personnages les plus nu^rquants de l'empire, Ben Abbou, pacha de 
Tanger, tandis qu'un cor])S d'amiée, réuni n Fez sous les ordres diî 
cousin du Sultan, partait pour Taza. En même temps une ambassade 
marocaine venait à Paris. 

11 est vrai qu'à la fin de Tannée on n'avait pas encore entendu 
parler du gouverneur du Rif, ni des rassemblements de Taza, qui 
devaient concourir à des opérations contre Abdelkader. 

Par contre, celui-ci avait mis à profit la réser\'e de Moulai Abder- 
rahman. Chassé du Tell ù la fin de 1845, il reparaissait inopinément 
en 1846, quelques mois après, sur le bas Isser, aux portes même 



A L'EPOOUI': 1)1' TRAITÉ DE 1845. 



21 



conipromettre los avantages que nous attendions 

du traita, c'est-à-dire notre \actoire définitive sur lui. 

Pourvaincn^ les incfTtitudes du Sultan, nous sacri- 

d'Alger. Une colonne légère, commandée par lusuf, est lancée à sa 
poursuite. L'émir ei^i surpris une première fois le 13 mars à Jouiga, 
une seconde fois le 5 avril à Djama el Messad et le 22 une troisième 
fois à R'arza. Vaincu, isolé, désespéré, Abdelkader finit ()ar dispa- 
nntre dans le .sud-ouest et s'enfonce dans le Maroc juin 1846^ après 
avoir fnit atrocement massacrer les 270 français prisonniers qu'il 
tndnfut h sa suite, acte abominable dont rien ne lavera la 
mémoire de ce rebelle. 

Les tribus nomades de la province d'Oran se soumettent. Oulad 
Ziad, — Oulad Abdelkerim, — Derraga, — Oulad Moumen, — 
Oulad Houre/ig. — Oulad Aïssa, — Gens de Chellala, — de Bon 
Senir'houn, — Hamian Cheraga, — Oulad Sidi Nasser, — Makena, 
etc. Le 25 novembre, 11 prisonniers que l'émir avait conservés après 
le massacre dans un but de rançon, sont délivrés. 

La situation nVn restait pas moins délicate. Nous attendions tou- 
jours l'action marocaine contre le rebelle. En décembre nous nous 
déridons cependant à autoriser le général Cavaignac à faire une 
entreprise sur la rive droite de la Moulouïa pour tâcher de saisir 
la Deïra, ou tout au moins pour ramener une partie de nos popu- 
lations émigrantes qui faisaient elles-mêmes appel à notre inter- 
vention. (A la vérité les expéditions n'eurent pas toutes le résultat 
qu on devait en espérer). Mais les crovant suffisantes pour déterminer 
le Sultan à agir de son côté, afin d'éviter de nouvelles incursions 
de notre part sur son territoire, le Gouverneur général ordonna au 
général Cavaignac de s'abstenir de toute nouvelle opération su." la 
frontière, ne voulant rien négliger pour évite-r même l'ombre de 
complications. 

Ouant à Abdelkader, il ne semblait pas s'être soucié beaucoup de 
cette action du Maroc. 

La Deïra qui avait paru d'abord avoir quelques inquiétudes avait 
étépleinement rassuréeducôtéduMaroc puisqu'elle s'étaitportéeunpeu 
plus loin sur la rive gauche de la Moulouïa, ce qui ne pouvait avoir 
d'autre but que de s'éloigner de nos coups. Mais ce qui prouvait 
encore mieux que tout autre chose qu'Abdelkader était plein de 



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22 



SITUATION HISTORIQUE ET POLITIQUE 




fiâmes certains points^ Ces concessions devaient satis- 
faire son amour-propre et ménai:(*r sa situation aux 

confiance sur les intentions ou sur rim|inissanre de ri'Imperour du 
Maroc, comme aussi sur les garanties (jne donnaient les iribus 
de la frontière marocaine, c'est que mnlpfré nos deux expéditions 
connues loncftemps à l'avance, il poursuivait obstinément b* <"ours 
de ses projets contre l'Algérie et qu'il s'v maintenait autant qu'il le 
pouvait. 

(Ihaque jour l'audace de son lieutenant Bou Hamedi, qui comman- 
dait des populations nombreuses, devenait plus grande. Il jtarcourait 
en maître toute la zone entre l'oued Kiss et la Moulouïa qui s'étend 
jusqu'au désert. Il v levait des contributions et des amendes sur toutes 
les tribus réfup"iées. ()udjda que l'on eut pu apjv'ler un nouveau 
Coblentz paraissait être une ville à lui \^*V 

Kntin celleaction tant attendue de Moulai Alfdcrrahnian se produisit. 
Et deux ans et demi après la sig-nature du traité de Lîdla Mar'nia, 
Abdelknder. était pressé au Maroc ])ar les troupes de l'Empereur, qui 
craiprnait pufin pour son potnoir depuis qu'un de si^s neveux avait 
rejoint la cause de rp]niir. Le '23 décembre 1847, notre rebelle 
redoutable se rendait au général Laraoricière. 

* M. le générnl Cavnignac me fait connaître que le (^aïd 

d'Oudjda et les personnes qui l'entourent n'ont ]>as dissimulé (pie 
quelqu'accident pourrait arriver au moment de l'entrevue, mais nos 
mesures sont prises jiour être ]irêt h tout événement. Lf géné-ral 
réunira pour cette circonstance 2.000 hommes d'infanterie v\ 400 
chevaux réguliers, cette force sera bien suflisante. L'entrevue d'ail- 
leurs sera fort courte. On la réduira autant que possible à l'échange 
des signatures des plénipotentiaires. 

[(^orfLispondenco du Gônornl d*' I.n Mnriripre rnmmnndnnt In Division 
d'Oran avec h Gouverneur rionornl de lAlperie. Omn. 2 mars 1845.] 

(•) Et reltc situation éUnit telle en avril 1816. que le dur d'isly proposait 
alors de refouler la Dcïra et les partisans dr PEmir jusqu'aux 'environs da 
Taza. C'était une opération profonde qui pouvait nous exposer à avoir atTairo 
un jour donné à des réunions de 30 à 40.0oO hommes, et pour rela le 
Oonverneur général estimnit qu'il sorait nérp^<:nir.' d'obtenir du GouAprnf:menl 
espagnol que Moliia nous served^ point de ravitaillement et que Ton mette h notre 
disposition l'hôpital et peut-être quelques magasins. Cett*; proposition ne fut pas 



A L'ÉPOOIK DU TRAITE 1)1^ 1845. 



23 



Yeux do ses sujets. La mise liors la loi d'Abdelkader par 
rfirapereur du Maroc ce n'était ni plus ni moins qu'une 
niaiiièred'excoiuniunîcation et qui devait tendre comme 
file le fil à amoindrir rautorité religieuse de notre 
rebelle. Mais en mèmetemj)s que nous imposions cette 
condition au SuUan nous avons mis dans le traité (et de 
notre plein gré) que si Abdelkader poursuivi par les 
troupes maro(*aines tombait entre nos mains il serait 
traité' avec égards et générosité, et cette déclaration 
spontané*' nous l'avons faite par un motif politique 
pour cou vrirjus(iu'à un certain point rKm])ereur maro- 
cain aux vfMix de ses sujets par cette sorte de garantie 
ou de sauvegar(b\ ]»our le gouvernement qui acceptait 
la condition, de mettre Abdelkader bors la loi religieuse 
du pays. 

Kn un mot nous nous considérions comme devant 
user avec la (lourde Fezd<' certains ménagements, 
comme ne devant jamais la pousser à bout*, et même 

^ Enfin on peut rappeler que ce fut surle 63^ verset du chapitre VIII 
du K()ran intitulé le butin. 

« S'ils inclinaient à la paix (les infidèles,, tu t'v prêteras aussi et 
tu mettras ta confiance en Dieu» car il entend et sait tout » que 
sappuva Abderralinian pour se disculper aux veux des Musulmans 
fîinati(]ues de son entourage d*avftir traité avec la F'rance. » 

acceptée. En réalité la Deïra se trouvait à 25 lieues dans rintéricur du Nfaroc. 
Elle efit été avertie et eftt pîi s'éloigner. En «^ntre. une telle expédition était des 
plus dangereuses par les conséquences qu'elle pouvait nvoir au profit d'Abdel- 
kjider. 11 était hon cependant de noter ici cet incident. Il montre mieux qu'aucun 
rommentaire l'appréhension judicieuse que Ton avait du rÔle joué par Abdelkader 
dan-; l'orient du Maroc. Pour en arrivera envisager les possibilités dune telle 
marrhr dans l'ouest, il fallait bien qu'en Algérie l'on ait conçu a ce sujet les 
craintes lus plus vives. 



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24 



SITUATION HISTORIOIE KT POLITIQUE 



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lors de la guorre dlsly nous ne voulùnios point traiior 
le Sultan marocain ou euneini qu'il s'agissait d'abattro. 
Et ce n'était ])as la politiijuo la luoins habil*» que de 
vouloir qu'il ne restât entre cescnnerain et nous que 
des rapports trani] ailles et jusqu'à une certaine mesure 
des relations contiantes. Notre dii)lonia(ie eluuv^ha donc 
à éloigner les srntimt^uts hostiles, anuu's. \iolents et 
ce fut là un des principaux motils qui nous portèrent 
également à ne pas demandtM* d indemnité. 

Les concessions (jue nous faisions ainsi, il faut 
l'avouer, ne nous paraissaient d'aillenrs pas aussi 
importantes qu'elles Tétaient en r»Mlité, 

C'est qu'à cette hâte, que nous avions d'en tinir avec 
Ahdelkader. était venue se joindre notre iuîioranfv 
presque totale dos choses du Sud. Rien ne nons la 
signalait. Et les renseigneunents que nous avions pu 
réunir ne servaient au contraire ((u'a nous aveugler 
davantage. 

Quatre ans auparavant nous avions demandé au vieux 
général turc Mustapha ben Isniaïl de nous dresser une 
carte de la frontière. Arrivé à Koudiyat elDebbagh, 
il s'était arrêté, disant : « J,e pays au-delà ne peut se 
délimiter, c'est le pays des fusils. » et la seule inspec- 
tion de ce document en révèle la valeur. — La repro- 
duction ci-jointe a été faite d'après un iac-simile sur 
papier calque qui existe aux archives du Ministère de 
la Guerre. L'original aurait été déposé au bureau topo- 
graphique de la division d'Oran, le 21 décembre 1^0. 
A vrai dire, cette carte n'est qu'un croquis enfantin. 



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A i;ÉPOn!^E HT' TRAITK DE 1845. 



25 



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Mais \o cacliet ot la iiu^ntioii « Nous avons scpllé le 
présent lénnâ^nage le 12 choual 125G, p. o. de Musta- 
pha ben Isniael » ainsi fjue certaines indi(^ations très 
eonconlantf'S, pnrtieuliên'iiHUit ('(4l(M'i : « Le désert — 
il n'appartient a p^rsoiin** » (lu'on retrouve textuelle- 
iiHMit dîUH b' traité, tout cela indique l'iinportance 
(piOn a donnée à et* document. 

Le \) juillet IHi:^ le ^^énéral P<det avait établi au 
Dépôt de la Guerre une note sur la frontière occidentale 
de TAlcérie (d l'étude de cette note est également 
intéressante, car elle devait plus tard être jointe aux 
instructions (jue le Ministre de la Guerre lit remettre 
au trénéral fie La Hué. le 10 jan\'îer 1845. On s'y 
reptïrte notammetit à l'ouvratre publié en 1834 par 
,\L (ïrafd)ere de Uemsc». ( »r. cet au* ur. dont le livre 
a lonirtemps fait aiit(U'ité et est (UU'ore cité en matière 
de géotrrajdiie marocaine, ne ciuinaissait pas le pays 
qu'il a eu la prétention de dé(*rire. Chargé pendant de 
l(Uigues années de foncti(»ns consulaires à Tanger, 
Grael)erg parait ne pas être sorti de Tanger, tous les 
détails (|u"il diuine sur TiTitérieur sont empruntés à des 
renseign*Miients fournis par des iiuligènes et surt(»ut 
par les difTérenles communautés juives du Maroc. Son 
ouvrage abomb^ en erreurs les plus grossières et de tout 
genre; de Slane et j»lus tard Tissot ont fait observer 
avec (|uelle cir('ous|)ection il fallait le consulter. 

Kt trois jours avant la signature du traité, le 15 mars 
1845, le général de Lamoricière, commandant la pro- 
vince d'OraUj écrivait au Ministre de la Guerre : « Au 



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26 



SITUATION HISTORIOIK KT I^OUTIOUK 



» sud des populations quo je viens d'inditiner (celles 
» situées à Fouest du l)jel)el Amour) se trouve la plaine 
)) de sables où les tribus ne peuvent plus (»aiuper avec 
» leurs trouj^eaux, que les caravaiu's seules peuvent 
^> frauehir, et qui forment, de notre C(Ué. ))our celte 
)) cause, la véritable fnmtif^re sud de TAlgérie. \ Tiuiest 
)) sont les populations nomades ({ui dépendent du 
» Maroc.' w 



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^ Or nous savons qiip le pfi'nrraî dv Lanu-riciert' s't'tait trouv»' n 
Tlonicen au moment du passap' du p'néral dt* la Rûr se rendant a 
Lalla Mar'nia on vue de néprorier le traité de (iélimitation. 11 avait 
rerais à notre j^lénipotentiaire un travail qu'il avait fait préparer sur 
les limites établies entre TlMnpire du Maroc et la rénr-enoe d'Alg-er 
sous la domination des Turcs. C'est de ce travail, qui devait évidem- 
ment contenir sur le sud les marnes id»'es qae la lettre dont nous 
citons ici un passa}re, que s'insjura le "fénéral d^' la Hué jiour la dis- 
cussion et la rédaction des clauses de la Convention du 18 mars 1845. 

En février 1866, le service de l'Alf^-érie a fait verser au\ archives 
historiques du Ministère de laCtuerre un dossi^T intitulé : « Mission 
» de M. le Mart'chal de camp de La Rue, cliargé d'établir les limites 
» entre l'Algérie et le Maroc et de conclure un traité de commerce 
» avec cette puissance v. Ce dossier qui comprenait 146 pièces a 
été réparti dans les papiers relatifs à l'Alg-érie. Lr dépouilb'ment de 
ces derniers se rapportant à l'époque où eut lieu la mission du jrénéral 
de La Rue, c'est-à-din* de janvier à mars 184Ô, n'a fourni aucune 
indication nouvelle. Une l.'Itrr du {rénéral de La Moricîère au 
maréchal Soult , en date du '2ô février 1845, commence ainsi : 
« M. le Maréchal de La Rue est parti pour Tlemcen le 17 du courant, 
» après avoir réuni tous les documents dont il pouvait avoir besoin 
» pour l'accomplissement de sa mission. » La su'te de la lettre ne 
dit pas quels étaient ces documents. 

La seule pièce présentant quelqu'inlérêt est une « note sur la fron- 
tière occidentale de TAl^érie » établie au dépôt de la pruerre par le 
général en 1843 et jointe aux instructions que le Ministre de la 
Guerre fit remettre au général de La Rue, le 10 janvier 1845. — En 



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l)':mtr»' pnrf h\ siliiafinn df^s frihus. dont ?k»us allions 
(l*'»l)attir W sort, n'élail point fîutf» pour nous mieux 
av**rtir. " IMîiréf^s aux rxfréniitésdf* deux l^tatsiinpuîs- 
)j sauts à l*»s luainleniï', elles leslMicnl livnW^s sans fn^'n 
» aux iusIincN de pillage (jiii dninineut chez tous les 
)t uduiadcs. tiraillées par les influernw^s ridi^^ieuses qui 
î) nul une action si puissante sur leurs imaginations 
» ardentes et salisfailf^s d^ine vie de troubles, de dan- 
» gers, d'aventures, pr4férat)les pour elles à un ordre 
» de choses régulier r|ui eut pu jiaraître une atteinte à 
» leur indépendance. Tonlefois ces querelles soulevées 

187*2. 1'-^ |in|»irrs (lu ^n'-nt-rnl il- I,h Une, qui venait (h' iiunirir, fun*nt 
rrnii*^ nu\ Arclii\»'^ <lu Ministi-n- df* la < iiicrn' : (»n n"v trouva point 
(iVtmi»' rrlalivr nnx limitas d.- l'Empire dn Maroc et d<- la Régence 
d'Alper '«nus îfl douiinnljon turque. 

« Paris, 9 juillet 1843. 

» Xote sur la froniirre occidentale Je C Algérie. 

» lùi 1808, !•' (îï^itairH' Hurel dresse la carie d'un paj^s entre 
Tang-er, Fez et Mrfpiinez. 

^> Kn 18:V2, le capitaine Talareau donne une faible partie du cours 
df rA<rfri'*rout, («n rivit-re (pii, séparant près delà mer rAl^érie et 
le Maroc, ciniledans 

» Kn 184''2, 1'* commandant (îouvon fait une reconnaissance topo- 
prnpliiqu'' d»' la pn»vince de Tlemc^'U, mais s'arrêt'- sur le Djebel 
Zemidnl, a trois lieufs du ruisseau sur lequel il place les limites et 
qu'il n|tpell»' M'-nasseb e] Khis. 

» Au surplus, tous ces documents indiquent les limites comme 
partant de la mer e! s'élevnnt par une li»rne plus ou moins sinueuse 
justprà la cbaîne du petit Atlas, qui dans cette partie est fort rappro- 
chée de la mer laissant Oudjda a l'ouest 

» LVmvra^e publié en 1834 par M. (îra^berg de Hemso, place la 
frontière près d'un cap de la Guardia à Trounl, ific) entre la Molou^^a 



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•28 



SITUATION HISTOHIOrK KT POUTIOIK 



\ i;Ki»norK nr thaitk hk ih45. 



29 



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» par (les qiK^stioiis de jalousie ou (rint^MvIs, (*es luttes 
» au bout (lesquelles veuait toujours la raxzia, /'/(7/V72Y 
» pOffT ainsi f] ire locrrles, et, Tuu ou Tautre des fiouver- 
» nements iutéressés ne pouvait y voir aucune menace 
)) sérieuse pour la tranquillité fjfénérale*. )> 

Aussi bien la domination des Tnn^s u'était la (]ue 
fort précaire, à ])eu près nulle, (les hahitauts du petit 
Désert (c'est ainsi (pie Ton ap])elait alors l**s Hauts 
Plateaux) ne consentaient à un simulacre de soumission 
qu'au moment des récoltes, et, une fois leurs ai)pro- 
visionnements rentrés daus leurs ksours ou \illair**s 
fortitiés. ils s'enfonçaient dans les immenses steppes 

ot la T*\vna .v/r\ Cettodin-clion t'siln niônio qn^rt'llt' donn^»* rn 1801^ 
par la captt» d'Ali-Btn-, qui n'indique aucun point pour le tracé drs 
limites. 

» La Malouja formait anriennenvnt la fronti-'n* naturrllc des 
Mauritanit's Tinfritane et Césarienne. 

» Conclusion. Dans TinctTlitiidr où nous laissait la rareté drs 
documents sur la position occidental»- de l'Algérie rt l.-s ditftTencrs 
qu'ils présentent, on doit d'abord rechercher rt constater la position de 
rAprfirierout >7V!de M.Tatarrau.ou Oued Menasseh-Khis de M.liouvou 
qui paraissent être le mt^mr ruisseau : on dt>it .-nsuit.' chrreher dans 
les accidents de la monlag-ne des points remarquables sur hsquels les 
limites puissent être assises. Il serait certainenv^nt préférable de les 
porter sur la Malouja qui est un tleuv*' assez considérable, même en 
prenant un des aftluents orientaux qui remontent vers le désert 
d'An^ad. Mais c'est une partie riche, im])ortante, du territoire maro- 
cain, qu'on ne pourrait probablement pas avoir sans négociations. » 

* (Général Chanzv. — Rapport sur la situation du sud de la 
subdivision de Tlemcen et sur la nécessité d'une réorganisation des 
populations sahariennes. 1870). 



d(» leurs t.Miitoires ])our y retrouver une complète 
indépendance jusrpi'a Tann^-e suivant*'. Il V a plus. 
Dès n(dre installation a ( )ran, à Tlemcen, ils cessèrent 
nirme cette peu comj)romeita]!te démonstration. Soit 
^,,,y rraintr. snit par fanatisme reliirieux, ils s'en 
alhMvut, maluré les len^neurs et les périls du voyage, 
l,.s sacrilic^'S d'argent, tirer leurs provisions du 

Maroc V 

N.oïs devi(U»s donc, a de telles apparences, devant 

rP vi-ir (|tii s-clait fait devant nnus. d'être facilement 

trompés *d en croyant (pie ces régions nn'^ridionales 

n'rlairnt (lu'tin lieu de pacage commun aux deux 

,.,„,, ins. et dnnt la drl!mitali(»n riait inutile. Les 

:urhi^.•^ tun|u. s. m ontiv, (»ù mMis clnTidiions à 

ynWv Murl^iuc indication, ne p(mvaieid pas mieux 

u.uis éclairer, et sur ces choses du s.id (^t même sur 

hl riii|ltitM-|' illl Trll. 

I,,, IV.Hili.MV. trilr (|IM' IK'US hl COTir^VOIlS. il h'Y 071 

■^^■M\ pMS. C-.Uail iM.ur .insi i.irl.r. uno fnmtière 

tlnUiUllf. 

Avor uns l.Ml.itiHl.'S .r..r(ln>. <1.' ii.étliorU> <'t <1.« pré- 
nsinu .M, tMutrs cli-ses. nous éprouvons toujours 
,,u,.l,,n.'s dillirultr.s a n<.us ron.ire un compta exact 
,1. la s.lualHU. n'sp.-ctiv. .le deux Ktals musulmans 
li,„H,opl,... .M. R.-n.-ral A parliculièroment de ceux de 
rAtri.iuc du Nord. Il eu est là cependant des états 

« (Kxtnnl .lu Journal d.s o,..-T«tions de la colonne expéditionnaire 
du colonel Liérj (avril-mai 1845). 



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SITUATIOX HISTORlOrr; ET POLITIQUE 



A l'ÉrnolE DU TRAITÉ I)K 1845. 



31 



comnif^ des tribus: cplles-ci ont un territoire où depuis 
des siècles elles nomadisent mais les confins de leurs 
terres de parcours ne sont guère dèlinis et cVst là une 
des causes principales de leurs luttes constantes avec 
leurs voisins pour la possession de ce « bled el liaroud ». 
pays de la poudre connuf^ ils rappellent. 

La situation était la même entre les états, avec cette 
restriction cep.>ndant que leurs luttes. moins rré(|upntf's. 
se produisaient généralement d'une façon iuoi)inée. 
qu'ils prenaient souvent les armes b's uns contre les 
autres sans guère de motifs apparents, ([u'un but de 
conquêtes, et que bien des fois, leur campagne, 
arrêtée pour une cause quelcouijue. se terminait 
sans qu'aucun traité intervint. 

A une telle confusion dans les renseionoments et 
les faits qui auraient dû nous gui.ler. k cette ignoran.v 
où nous rejetait sans cesse ce qu'ils nous apportaient 
d'indécis ou de contradictoire, nous ne nous montrions 
pas. il faut bien le dire, autrement émus. 

Cedéseri. ànos yeux, figurait (]uel(ine cbose comme 
une mer commune aux deux empires. X.,s préo.vu- 
pations. jusqu'alors . n'avaient pas dépassé le Tell où 
nous avions si fort à faire. Et nous n'imadnions pas 
que nous aurions un jour à nous avancer vers des 
contrées que nous jugions inhabité.>s. inbabitables 
inconnues et fort lointaines. Nous posions qn'à 
1 exemple des Turcs, n,.s prédécesseurs, nous r.str.ùn- 
drions au Tell notre occupation. Les événements ne 
nous avaient pas encore amenés à aborder, les Hauts 



Plateaux ^ Tls <''taient pour nous le seuil du désert 
où les ressources devaient manquer presciue complè- 
Ifincul '-'^t 'Hi <1«'^ troupes ne pouvaient, croyions-nous 
alors, s'aventurer sans grandes difticultés'. 

1 N„„s viiioiis ().■ cn-cr trois i-osles à la lisière (les Hauts Plateaux: 
Tian-t Sai.laetSebdmi. N-us allions eu créer (avril 1845) un qua- 
triJ-Mw à Dava Cett- li-i..- (le postes senil.lait alors suffisante pour 
,,rot.^'.T ..(w .•laMiss..n.-nls naissants du Tell contre les incursions 
(les populations du sud. 

'- Quelles -••tai.-nt, en 1845, 1-s ressources de ces contr(-es nu-ridio- 
„„l,s n,„-ll.- -••lait li.nportauce d.s populations nomades qui V habi- 
,„i..„; l,.„,s richcsM-s e,. tn.upeaux, clc. ? Nous l'ifrnorions coni,dète- 
,„..„, ,.| nnrnn donmrnt imprimr m- manuscnt ,k cM^ '-poqne et des 
.;,„y„« vUrrirurr-. jusqu'unT enrirons de mo, nindique que .on 
a<i cherché r.xfme approximutiremoil ù -s'e» rendre co.;ij4e. 

.\eluellcnient nous constatons .pie la population ind.frene qui 
,„.,-upe la parti- d. la division d'Oran situ.V au sud de la hgne 
S.l.dou, s'xla. Tiare., -st. .n chiffres ronds de lOIKOOO âmes et 
,,„V11,. posséd- mi 78.7(r>, hameaux, 40.814 bœufs, 1. -210. i/o 
iiuuitons cl •2;}.lwt) chèvres. 

3 l.aill..„rs nous h.-sitio.,s i nous lancer vers es r<-frions inconnues 
où 1.-S Turc<. nos pr.-d.^ce.sseurs, n'avaient jamais fait que passer. 
,; .,„lant. d-puis notre nVenK- installation à Tiaret, les Harrar 
s-,-.laient soumis .1 l,- Ch-ikl. du Djebel Amour, Djelloul ben lah.a 
avait fait d- .'ITr-s d- soumission. De seniblables ouvertures 
avai-nl enliu .■(.■■ faites à la tir. de 18-U par les Hamian Cheraga 

(Trali). , . 

I„ „,ois après la sijrnalure du trait.', de 1845, nous lancions notre 
pPen.ière colonne sur les Hauts i'iateaux. Le colonel Gérv qui la 
eonuuan.lait. visitail snccessiven.ent S.itten. R'assoul et Brezina. 
C'.-.|ait la première f,.is ,,ue n.n.s nous trouvions en contact dans leur 
pavs mô„ 'e avec les Onlad Si.li Cheikh et les Tn.h (Hamian Cheraga, 
N,;us n-avi.,ns eu jus.p/alors que quelques pourparlers avec un 
,K,lHble des Derra-a Trati) nomm.-- Bou Douaia. ,.-„•, 

Mentionnons cependant que dans une lettre en date du 10 janvier 



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32 



SITUATION HISTORIQUE ET POLITIQUE 



\ I.'EPOOUE nu THAITE DE 1845. 



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Enfinnous ne traitions pout-ôtre pas sans t^sprit de 
retour \ Les circonstances paraissaient comporter, en 
même temps que la nécessité deluUer la conclusion des 
néi^^ociations, la prénsion de nouvelles complications, 
qui nous eussent permis de revenii'. mieux informés «*t 
plus forts, sur ce que nous paraissions abandonnor. 
Eu tous cas, nous pensions que trop demander serait 
ne rien obtenir. 

De leur côté les plénipotfnitiaires marocains, servis 
par les circonstances, de la situation polititiue, se 
prévalant de notre hâte, de notre psj)èce d'iudiflV'n'nce 
envers les choses du Sud. volontaireuirnt ou non, rn 
proiitèn'ut. Leur mauvaise foi les aida et aussi ceux-h'i 
mêmes des agf^nts à qui nous dûmes recourir jiournous 
éclairer. Et encore ne peut-on parler de mauvaise foi 

1845. adressée au Ministre de la Guerre, le o-'^néral de La Moricière, 
commandant la division d'Oran, annonce que TA^rlia Taïeh ben (iner- 
nia a été envové avec une centaine de chevaux chez les Hainian 
Cheraga et Cxharaba pour taire acte d'autorité sur eux en réclamant 
le paiement de Fimpôt Zekkat. 

1 ... Gomme j'en ai toujours été convaincu l'intention de ce i)rince 
(Moulai Abderrahman, est de revenir sur le traité de délimitation dans 
lequel nous avions inséré deux ou trois articles essentiels, indispen- 
sables même, mais qui lui portent omhrajr^' rt qui bk.srnt son 
orgueil musulman, h a donc prescrit à Bousriham dr refaire une 
autre convention, de n'accepter que la délimitation du Trll, de rejeter 
celle du Désert et d'éloigner tous les articles relatifs aux tribus et aux 
droits de souveraineté sur elles... 

[Archives du ministère des Aff. Étran^n'S. Corresponannce 
du Consulat génoral de T.n-er. Lettres de M. I.éon Horh.- en 
mission à Lararho (juin 1845) à M. De Chastean chargé d'affnii^. è 
Xangerj. 



fivi(l(Mit(\ (1(^ lîK'TisoTipo flMtrrimt (inVn ce qui coBceme 
Irs ( Mihnl Sidi Cln-iUli iraraba et Fi^niip'. Cette oasis 
q„;,,i(l ."lie irt'tiiit pas ind.'pciidaiite avait de tout temps 
ndev.^ du myauin.' d.' TlciiKvn. L<'S Oulad Sidi 
CluMkli H"arat)a t'tai.'iit iiicoTiteslablemeut algériens. 
l'.Mir l.'s autres tril)us. aiu-i ([ue pour leurs territoires. 
1.. doute était adniissiMc nièuie chez les notables 
nnisiiliiiaiis appelés à -e prononcer. La situation des 
nomades si indépendante, ainsi que nous venons de 
le veir. vis a vis des Turcs <'l du Maroc. autorisait aies 
,.,„ire.le benne fei: d'ailleurs, une fausse déclaration 
était letrere a des musulmans témoignant de la non 
:,|,p;ntenance aux cbretiens de populations musul- 
manes. 
( relaient la.il tant raveuer.defortmauvaisesconditions 

uenerales petirtraiter. Klles eussent été bien meilleures 
si nnusaNiens eu le temps ou la bonne fortune de 
prendre c(.nnaissance des écrits des historiens arabes 
espatriKds. Leurs enseignements nous eussent grande- 
ment prelite car une analyse succinte de ces ouvrages 
anraitd-autant mieux fait saisir les erreurs (jui devaient 

entacher le traitée 

' Fijruitr .-tMit <i.-jà n.nonini.M' aux t.-tnj.s anciens de l'écrivain 
Il,„ Kl.al.l.un. qui la [.lace à six journées au n.idi de Tl-mcen : elle 
.■•tait c.nsid.Tée comme une d..s principales villes du désert et jouissait 
alors d'une enlièn' indépendance. 

*- (-est ainsi (,ue l'auteur de l'histoire des Berbères, Ibn Klmkloun, 
m,i vivait au \\V siècle, avait écrit : La Moulouïa, une des limites 
» du Matrl.reb el Aksa, est un Krand tleuve qui prend sa source dans 
>, les montagnes au midi de Tn/.a De la montagne qu, donne 



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34 



Al'PRÉCIAl'ION Dr 



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Ces renseignemonts, au monient de la sifruatnre du 
traité de Lalla Mar'iiia. nous les itrnorions. lli' t'urrut, 

» naissance à la Moulouïa sort un anlrc tlonve aiipel*'. priroreanjonr- 
» d'hui, leGinr(*; qui se dirige vers ]p midi, en diTivant un peu 
» vers l'Orient. Après avoir coup»' l'A reg" et traversé successivement 
» Bouda et Tementit, il se perd dans les sables, auprès de quehjues 
» autres bourg-ades entourées de palmiers, à un endroit appelé Hei^an. 
» C'est sur cette rivière que s'élèvent les boun^ades de (îuir. 

« Derrière l'Areg, et à l'orient de Bouda se trouvent les hourjradfs 
» de Teçabit, Ksour qui font partie de ceux du Salira. Au nord-est 
» de Teçabit sont les boui^rades de Tijrourarin dont on compte jihis 
» de trois cents, elles couronnent le bord d'une rivièr»' (pii coule de 
» l'ouest à l'est. » (**) 

Marmol qui écrivait vers 1550, est plus explicitas sinon plus exact ; 
il indique avec j)récision la limite ouest des jïossfssions des Souverains 
de Tlemcen dans les récrions de Textréme-stid. mais il la port*' beaucoup 
plus à l'ouest. D'après l'auteur espa^^nol, je rovaumr de Tlemcen 
» a, au couchant, le rovaume de Fez, dont il est sépan* par deux 
» ri\ières : l'une que l'on appelle Ziz et (pii naît des monta<rnes des 
» Zénèg-ues et passant par la ville de (iarcvluuïn .(îers sans doute^ et 
» par les Etats de Quinessa, de Metag-ara et de Heteb, se va rendre n 
» Suo^ulmesse et, de là, dans les déseils où elle se convertit en lac. 
» L'autre rivière est nommée Mulnye la Moulouïa'. elle descend du 
» Grand Atlas, et, courant vers le Septentrion, se va rendre dans la 
» Méditerranée près de la ville d'One (***). Ce rovaume a pour limites 

» au levant ; au midi, il a le désert de la Numidie (le Sahara 

» au quartier des Maurabitains ^les Mozabites). » 

Or nous savons que l'oued Ziz j.rend sa source dans le Djebel el 
Aïachi d'où sort également la Moulo.iïa) chez les Aït Addidoui et qu'il 
arrose un certain nombre de districts, dont les cinij premiers sont 
presque exclusivement habités par les Ait îzdek, les Zénè^rues san^ 



C) Par ces mots Ibn KhnMoun s.mhl.- indiquer que î.ï Guir pmtnit le m.-^m- 
nom dons l'antiquité. Aussi la mtiqu. n.od.-n.f la-t-elle identifié ave. le Grr de 
Pline. 

{*') Ilm Khaldoun. Tome I, page 195 et suivantes. 

('") Honeïn qui, contrairement à ce que dit Marmol, t«t a.sez êloiffmV de 
1 embouchure de la Moulouïa. 



TiniTH !)h: 1845. 



35 



nniniH' lions l'avons indiqua, d*^ n(»tahlps iiidierènes, 
tels (iiic !<• e'aïd d(' Ti^Mucï^n, Si Ainmadi Sakal^ et 

.loiit.' de Mannul, Ces distiicls sont reiixde Ziz^defîers, de Tiallalin, 
d"Ki Kiieiie|.-, (le Ksar-es-Souk, de Meda<,^lira, de Reteb, de ïizimi 
et du Tafilalel. (*, 

Mais où nous pouvons puiser les enseignements les plus précis c'est 
d.ins l'historique des faits qui se sont déroulés dans les contrées du 
sud depuis le moment où l'empire almohade s'est démembré au profil 
de trois dvnasties nouvelles formées de ses débris : les Hafsides de 
Tunis, les Mérinides de Fez et les Reni Zian de Tlemcen. 

Depuis plnsieiTs |rénérations déjà, les chefs des Abdelouad (Zenata^ 
,|i,i allaient fi.rmer la nouvelle dvnastie des Béni Zian, gouvernaient 
:i Tlemcen. |M>ur le compte des Almohades. Quand leur premier prince 
lar'morac.'-ne l>en Zian songea à se déclarer indépendant, il trouva 
chez les deux frHcti<»ns des arabes Makil, les Doui Obeïd Allah et les 
I )oui Maiisour ' Monebatte établies au sud de Tlemcen, des auxiliaires 



(•) 1) où pouvait venir cbez les auteurs anciens cette indécision sxir les limites 
.■xi-^tnnt dans V sud, entre des rejrions qui, au temps des Romains, formaient 
la Mauritanie Osarienneet la Mauritanie Tingitane et qui d.-puis ont constitue 
I,. Maghreb e! Oust et le Ma(rbn-be] Aksa ? C-st que, À l'époque ch vivaient ces 
(^Tivains. b's princes mtisulmans qui rognaient à Tlemcen. comme les Turcs 
qui allaient leur siicc^ier. a-issaient .mi maîtres dans le Tell. Undis que dans le 
sud, ilsnr parvenaient à eX.'rr.T qu'une action purera.uit nominale et passagère 
sur des populations qui ne se soumettai-nt qu nu vainqueur du moment. De raôme 
b.^ Souverains du Moro.. occupés pr.-sque r..nstnmment à lutter contre des 
compétiteurs, sôtai-nt vus forces jusqu'alors à se désintéresser presque complè- 
tement de ces régions limitrophes. 

D.jà h-s Hoinains restreignant à p.u près leur occupation à ta région telliennc, 
n'avairnt fait qu.' de rares expéditions dans le sud. IMine parle de Tune d elles 
dans les termes suivant.^: n Snetonius Paulinus. le premier des G-'néraux romains 

.p,i nit drpnssr » lAtlas (*)r'PP-^"' *1" «" ^'•'^"' J"^'»"'^ "" ^''"'*"' '^"' ^*''^*^"'^ 
. !.. non. deC-r. ontii.v.-rse des déserts couverts d'un sable noir, au nuheu 
t. duqur! s-eW-Nent d'ir.t.-n-alle en inlervalh- des rochers comm- brûlés: que ces 
>, li.ux sont inhabitables, à cause de la chaleur, m^me en hiver et qu il la 
'1 éprouve. » (**• 

r, ou.. ,.xp,.dillonc.„t lie.. ,n 1 an 11 . RIK- fut provoquée por 1. ^*;;'^''^ /Jf '»"' 
.H,lo,.,n„. ù 1« suite de lass„s.,inut du roi Ptolé.née.ot .c torm.na par Sa red,.ction d.> la Ma..- 

rrtanW' en province Romsinf. 

("1 Pline T ivn- V - 1 Afnsi que !o fait roinnrqncr Dnvoyrior Tonarog .in Nord, page 4«1), 
on rltant ce passage. l'Iine affirme ici que le pays n avait alors que de rares habitants. 



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APPRÉCIATION 1)1 



Tagha de la montagn*^ (îe Tonest.Si b»^n Abdallah, qui 

prôcieux. Aussi lorsque vers P2(V2 , les Monehatt** jjarvinn'nt h 
s'emparer de Sidjilmassa, c'est à lar'moraeène qu'ils otîrirent Nmip 
conquête. Celui-ci s'empressa de prendre possession de cellt» nouvelle 
])rovince et V installa comme (louverneur, son lils laliia. ^!ais di\ 
ans ])lus tard (l'27il le Sultan Mt-rinide, Ahon loussol". \int mettre 
le sièjjfe devant la jdace et l'enleva d'assaut après un sièj^e d"un an. 
(*) Quelques années après P282 lar'moracène profitant de ranarcliie 
qui ré<rnait en Ifrikia, sur le territoire liat'side, s'avançait justpir 
chez les Arabes Zor'ba de Hamza et de Titeri. Bien accueilli par ces 
nomades, il songea à s'en faire des auxili.iires dévoués rn leur concé- 
dant des terres dans l'ouest de ses états. Quelques tractiiuis de ces 
Arabes répondirent à son appel : ce lurent les Hamian, de la tribu des 
lézid, et une partie des Amer: les Meliaïa. famille originaire 
d'Athbedj, qui s'étaient fondus parmi les Zor'ba, suiNirent le mouve- 
ment, lar'marocène installa ces trois im|)ortantes tribus arabes au sud 
de Tlemcen refoulant vers Sidjilmassa les Mouebatte r\ 1rs Doui 
Obéïd Allah, i**^ C'est avec l'aide de ces tribus arabes que les l^'ui 
Zian vont pouvoir se maintenir à Tlemcen contre les attaijues inces- 
santes des Souverains marocains. Souvent ceux-ci franchissant îa 
Moulouia viendront les assiéofer dans leur ca|)itale et parcourront, en 
vainqueurs, tout le jjavs entre l'Oued Za et la mer. Mais jamais ils ne 
se risqueront, tant que les Béni Zian seront maîtres de Tlemcen. a 
porter leurs armes dans les régions du Sud. 

Les Turcs qui se substituent aux Béni Zian continuent à soutenir 
la lutte contre les Sultans de l'Ouest. Leur action sur les nomades du 
Sud, qui supportent impatiemment letir d(miinati<m, si éloigné», 
qu'elle soit, n'est plus aussi efticace que celles de leurs prédécesseui-s. 




C) Septembre VllA, - L- Sultan Abnu loussof disposait pour re si^-e <1 ni. 
engin de guerre d'un nouveau genre h.nçant de son âme, au moven dunemMidre 
inflammable, du gravier, du fer et de l'ai-ier. 

D Les Wonebatte (Doui Mansour) et les Doui Obeid Allah restèrent dnn<; r.-^ 
régions méridionales jusqu'en 195H. A eeUe date Abou Ham.m H, un de« 
sucesseurs d'Iarmarocène, qui venait de reronquénr son trftne jn-iï.... ;, U'm nnpm 
installa les Doui Obeïd Allah, sur la rive droite de la Moulouia ,b-nui<. ^on 
embouchure jusqu'à TOued Za. et les Monebalte le long du cours de cettr dernier.- 
rivière. Les Dont Obéïd Allah sont connus aujourd h>ii sous le nom d Anmid et 
les Monebatte sous celui de Haliaf. 



TH.MTK DE 1845. 



37 



nous df>sifrn*Tent celles des poi)ulations du sud que 

Aussi a deux reprises différentes, voyons-nous les Marocains, venir 

i:iierrover dans le Sud Al^rérien. 

I a première fois en ir>47, Moulai M'hammed, le cliérif saadien, 
,„i' n'est encore maître qtie du Tatilalet, descend la vallée de la 
Motd<uua et vient occtiper Oudjda. Il y passe Thiver après avo.r 
MUHuiv le. trilms environnantes, puis s'avançant sur les Hauts 
,>,,,..,„x au sud de Saïda, il op.Tc une p:rande razzia sur les Harrar^ 
(•,, i„nH,rtanl succès attire n lui les tribus sahaHennes. Le Cheikh 
,h.. H.mian, Mahmoud, lui apporte la soumission de cette grande 
trihu Cet exemple est suivi par les Mehaïa et les Dakhila. Grâce 
aux nombreux cavaliers fournis par les nonmdes nouvellement soumis 
Moulai M-han.med se porte sur le Tell et s'attaque aux Sotieid aux 
„.,,.,„,., at.x Houarel, et aux Hachem. Puis les chassant devant lui 
il ,..s contraint à chercher ut. retu,.- dans le Djebel Hached Ujebel 
\nuuir. Conlinttanl alors ses conquêtes, il s'avance jusqu a Ain 
Mahdi et La^^houat , reeevant constamment de t.ombreuses soumissions. 
II arrête enlin a I.a^^houat sa marche triomphante pour rentrer a 
Undida <-harjré de butitt. et re^..p.er bientôt le TaBlalet, annoncent 
,„„,;.foi. rintention de reparaître dans ces réjrions au printemps 
suivant. I»-autresc<mquéles allaient l'empêcher de mettre ce projet a 

''crrfut <pt'en 1679, que les Marocains reprirent le chemin du 
Sud Mirérien Mo.tlH Ismaël ayant alors envahi ces régions vit bientôt 

:.,„ anm^e se jrrossir <les cot.tit^.ents des tribus arabes qui y noma- 
disent, impatientes du jou,MlesTttrcsou aUirées pari espoir du luit n^ 

(:',,ai:nt les Sepntna, les Doui Menia, les Deklnça, les Ham.an, les 
Amour et les Dulad Djerir ,-; auxquels se joignirent les Beni Ame 
1.S Harrar et les Hachem. duidé par ces "omades. Moula Ismae 
s'«vat,ca jusqu^ati Djebel An.ottr. Mais arrivé a Elgouia ((.ouiaa, sur 
,. (:i..;îif; i! se trouva en présence d^ule colonne tt.rque. Ses auxiliaires 

'nZ.u. tnutes ces tr.bus. la seule qu. a.» pu subir réellement Tinfluence des 

' u A nn„i Mmiin En effet, res nomades ont des 

Snuv.-rair.s marorains est relie de Dnui Menia. tin .ne ^ nomhreu«;f^s 

1 -.-.c /i,i Tnfiifllet oh ds possèdent ae nonînruit^> 

,.opri..e. prinHp«.en,en. dans le d.s.r.c, d El R «• C t^ ^ 
Dnui MeniB comme nous le verrons, fp'*- '«^ ^"'"'" *»" 
Ki^juip en 1806. 



f t 



(! 




38 



APPRKCIATION IM 



nous étions en droit do rôclamor connno alirôrioiincs ot 



.-^' 



^ 



arabes effrajés par la dotonation dorartillf'riodu dev, ])rir»*nt la fuitf* 
sans combattre, laissant le SnltnTi n'duit i\ ses troupes n'jrnl itères. 
Moula Ismaèl trop faible pour lutter seul, se vit dans r()i)li;ra1ioii 
d'accepter la paix rpie lui offraient les Turcs. 

Ainsi que nous venons de le voir dans ce rapide exposé liistorique, 
les Souverains du Majrbreb n'ont jtaru qu'à deux reprises différentes 
sur les Hauts Plateaux au Sud du Teuiet l'Is Sa>si, sous Moidai 
M'iiamnied et sous Moula Isniaël. Mais si nous savons tpie jM>ur la 
première ox])édilion. leur attaque |)arlait irOudjda, nous ipiorous 
quel fut exactement le point de départ de la seconde. (*; 

Quoi qu'il en soit, ces ex})édilions des Sultans marocains ne 
devaient laisser aucune trace dans la rénrion immédiatement au S\u\, 
du Teniet esSassi. Kt si les chérifs les a\aient entreprisrs, c'était 
surtout pour donner satisfaction à leur désir de conquête et aussi, 
peut-être, j)ourré}iondre aux vœux des tribus nomades de.-e^; roulrées 
qui supportaient difticilement lejou«r, jiourtant bien b^t^p, des Turcs. 
C'est dans ces conditions qu'ils s'étaieut laissé entraîner mouieutané- 
ment en dehors de Tobjectif babituel des Souverains du Ma<rbreb. 



(*) Mvirier {/fhtoire fie r.ifn\/i(e Septentrional". Tome HI. yn^v ^s'») i,HÎi.^„r 
quo MoiiIr Tsrnnri ro trnnsp,.rtn « dnns les relions snhnrienrirs du Hmit Mniilotiin » 
pour snvnnrer de là vers lEst. 11 a pmsé. «inç:i qu il In fuit ronnnîtr.- dnns un.' 
note, les rensei^memeiits qu'il donne snr rette expédition : 1" dnns le Nozhet .d 
TIadi. dont les indications sont fort vnjru-s et parfois eiTon.-cs puis.p.r 1 on v 
trouve que Moula Ismnid nvmt ronquis tout le pnvs jusqu à Hiskrn. tandis cn,r 
arrêté parles Turcs sur le Chelif, il ,!„i sc i-etirer en abandonnant s-s mnqu^Ves. 
•2-^ dans le El Tordjeinnn. où il .-st dit. (traduction Houdns. pn^r,. '^^i) :^ propos 
.lecettu expédition, r. Une nouvelle rampa-ne fut ^-ntr-prise Vannée suivante en 
>. 10i»0 [UrS) dans Test, sur la route du Saha:... ., Or parmi les trihus- ,„„ 
fournirent des contingents à Moula Ismaél. ti^nuvn. les Dou, M.-„n. Ifs Oulad 
Djenr ut les Amour. D'autre part nous snvor.s par lautcur d Et Tordj.Mnan iu.- 
n.eme que Moula Ismnid occupa Fij^nufr h ,„„ ,pn.,„, ^„ jj , ,„^j^ ,, ,^^^;_ 

T'T;. rr"!' r^^'^'^' '^"^ ''**' """^'''^" ^" ï'^^^^^^^'* ^-^ ^-^ rexpedi,i..n 

. .^' H,T.. Moul. l.„.eél, avant alors 'remonte la M.ulouu,. cest.:.dn-e ..la n.nte 
duSab„ra..ses..rai, porte sur 1 oued Guir ch... I.s Dou. Menu. ., I.-s Onlad 

tlTes'l r* ' """''f ^^"^ ^•'^-'^^' ramassant sur sa route les con,u,,.en.s -le 
tnu.es les tnbus qu d rencon.rad .t .(.U eon.rai,-nai. à le sum-oV„u>ur 
Hamian, etc en appelant à lu. toutes celles qu. étaient u..cont..tes d. 1,.^ ^ 
Turcs ou avid'js de pilla^re. ^ ^ 






\k. 



TRAITÉ \)V. 1845. 



39 



celles aussi (lue nous devions on toulo justice recon- 
ua'tro coiiniii' marocaines. 

obj.rtif <ini 1.-S avHit toujours conduit-^ h l'.'poquo des Béni Zian 
.-onnu- au t.n.ps d.-s Turrs, h rh.rch.-r à so maintenir sur la nvo 
droite delà basse Monlonia. afin de donner à leur empire une sécurité 
,p,i lui faisait défaut par suite du manque d'obstacles naturels entre 

l.iilla Mar'niaet Fez. i*] . , ,• i 

1,„ re.te .i les souverains du Ma^rbreb ont souvent francb, la 
Moulouïa dans son cours inférieur pour porter leurs armes dans e 
Tell alL'érien actuel, ,mr contre ils n'ont jan.ais cbercbé a utiliser la 
vdlée de la Mo.douia, -piand ils ont été amenés a v opérer, pour 
..nvabir directement les plateau^ situés à l'est, c'est à dire la r<-fr,on 
,1„ I,„l,n. et le Su.l oranais. Tous les bistoriens nous parlent en effet 
,1... fréquentes expéditions des Sultans dans la haute vallée du fleuve 
,„n,n. les populations b-rbéres qui Tbabitent. Ils nous montrent 
l-inlérèt que ces souverains avaient à nmintenir toujours libre la rout_e 
,r„cc;.s du Talilalel f**', et du Sahara. Mais aucun d'eux ne nous fait 



,.) N..US ^o„^,.ns parler de la lo.-fn.o trouée .,m unit Fez à I.alla Marnia. 

Un.- nntr,. ronsM^ti^^n devni. encore entraîner les SonverBn.s maroca.ns a 
., hUr solidement s..r la rive droite de la hn..o Monlonia .es, l-, - - J 
,„ han- vnllc,. de ce fl-nv,., il. avaient hosoin délo.pn.r le plus poss.ble d. cU . 

communicntion avec le Tafilalet et. en gênerai, avec '"Sahara. 

(r,-st sans doute pour ces motift que les anc.ens Souverains de M phrcb 
.iideraien, la pos.t.on de Tnza co.n,e des plus ^V'^^-^^:^^^:,^ 
...nfinien, ja.unis e commandement, ainsi que rum. 1 nppr.-nd 1 auteur du Nozh t 
connnion jamni. .,oj\ „ m,=i des serviteurs nt mes dont 1 affcc- 

el Hndi (Traduction Hondas. pa)re -2841 « qn a des sirM>i.ur> 

- tion, le icle et le dévouement étaient assurés. .. 

en C'est nuen effet la l.be'te d'accès de cette voie de communicnt.on est une 
„e I^;',r ^Cxistence -les oasi. de l'oued Zi. e, du Tafi.».- A^s, ^ <pe 

nous remont s dans llnstoire de ces riions no.. ^^^^ "--;::, ^ 

dépendance intime î. toujours un, la haute Moulon.a an^ 

situées au Sud, Au début de la conquête musulmane, vers 150, """ ' ^ -" ^^ 

,„„.„.. ^,iUna.. mattre. de la ba..- v.,W du '-; J^ J Xt^eÏ! 
.nnuence sur les oasis du des,-rl marocain, l lus tard nu v , 

B..n, Midrar. qui .épne à Sidjilmassa. exerce sa «l-'-^" ^J,. ''^jf.^ 

."-— -'« '--^-•i:j:'r:: d^zi'sr^^iTïiouEquo 

Tiifitnl..! ont la nu^me préoccupation. ». est nnnoru.-.i 

Îo Mba,J:„ed, le vli.ab.e^onda,enr delà ^y^^^'^^^'^^ 

sucessears sont constamment à gtterroyer d.n« ^ régions élevées contre 



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40 APPRECIATION 1)1' 

Les articles 4 et 5 de la convention furent donc 

voir les Sultans marocains chtTi'hant à ('tfMidrc Irurdoniiimlion (^ sur 
les tribus qui nomadisent à Ti'st de cette nuMUe vallée de la Monloiiia 
supérieure. ** 

11 en fut de même jionr b^s n'^frions pincées au Sud-fst de ce cour>: 
d'eau. Les premiers Souverains niaroi'ains n'aNaicut jamais son^'*»' a 
j asseoir leur autorité. Mais sous Ifs clirrifs tilali. !a situation se 
niodilie : les souverainetés locales qui dejmis des sirclrs a\ait'iîf suc- 
cessivement surg-i au Ma|i-lin'h, dis]>araissenl p^n à peu v{ hiciilnt 
Tautorité du Sultan prédomine seule. Sans l.'s com|>étit.'urs (pii 
surgissent fréquemment dans la iamillt' impi-rialt* rlle-ménif. sans 
l'esprit d'indéjtendance des poï)ulations qu'il faut sans cessr répriint-r, 
l'unité de l'empire .serait à peu près comiiléte. Trois fois cfttf unité 
se produit sous les rèo^nes *rlonVu\ d'Ahou K\ Ahhas Ahui.'d ri 
Mansour J578-ir)03), de Moula Ismaël (1(>72-17'27) et d-' M.nilai 
Slimane (1792-18'2'2; et chaque fois le*s Sultan^ maîtr.-s a pni prés 
incontestés du Maofhreb, vont porter leurs armes dans i^'s régions 
du Sahara placées au Sud-Ouest des Hauts Plat»'aux al^rérie-ns, (****) 



TRAITK DE 1845. 



41 



Bt-rbèrc-s qui les hfibitunt. Citons, [wir ex.'mph; les rxpriîitmns (i'Kr Ht-rhirl m 
1669, do Mouln Ismnël, en 1C92. dv Moulai Siimnn.' tn lSO:t. en 180H .'t m \H\\\ 
t*t. plus prés de nous enroru rylU's do Moulai Hassnn en ]»" loii uiir pnmison 
ftit instnlléu à Ksabi ech Cheurfa) vn Î884 »;! on IHHT. 

(*) Sauf Moula Isinaël ainsi qup nous avon^ cherrh*' à létal.lir dans uno note 
précédente. Ce souverain .-n prenant p.nir hases .ropérntions lOue.i Guir. do pi-p- 
ference à la basse Monlouïa, romme l'avaient fait ros prôde.-esseurs. sombl.- n\oii- 
voulu Ki-ouper autour de lui les frraudes tribus nomades du Su-l ntin d'.'u mieux 
utiliser les forces pour atteindre les Turcs qu il espérait pir-ndre au dépourvu. II 
était à craindre dauti-e part qu'en prononçant son atta.jut; directement de la 
haute Moulouia vers IVst. il risquât dr s. heurt.-r, réduit à ses propres forces 
aux Berbères qui habitent le flanc droit de la valhv comme les Aïl Tsefrouch.-n 
et que le succès de son expédition fut con.promis. dès le début, par une défaite." 

n II ne faudrait cependant pas en inférer que les nomades des Hauts Plat.aux 
no se sont jamais trouvés on contact avec les Marocains. Nous n en ^oulon. p.ur 
preuve que le passade suivant du ., M<.niteur Alg.Th't, ., du 10 .I„nMer \^\ 1 ( \. 
journal, organe officiel de la Colonie, résumant les faits acconii,Us dans l'ouest 
durant les derniers mois de 1843, écrivait à propos des Hannan : . C-tt. -n-ando 
.. tnhu limitrophe qu, n'a jamais reconnu lautonte d'aucun somerain, etaii pour 
>' le moment en hostilité avec le Maroc » 

Cp CW à dire dans la région que le traité de 1845 considère comme inhabi- 
table et ou il trouve toute délimitation superflue. 



consacrés au partage des tribus et des ksour du Sud. 

,.,,,,.,,„„, „,„i„s à sou.n.Un- l.-s tribus qui hs parrounT,! qu'à occuper 
l,.v k^nurqui s\ trouv.nl. Mais l.ur autorilc dans ces contrées est 
„„„ ,,,!„-.„,;.n.:car a ,wiue le Sultan est-il parti qu. nomades el 
ksouriens reprennent leur antiqu'- iii<l.-pendance. 

I ,.s historiens nous ont conserv/- le souvenir des expéditions 
,,„n.prises par les Souverains marocains dans cette partie du Sahara 
.,„i con,mence a Fip.ip et finit au Tidik-lt. Klles sont. conm... nous 
'„„„s I.. voir, fort peu non,breuses. Pour en faciliter 1 expose, nous 
,,. diviserons en trois proupes distincts : 1" les expéd.fons don 
Fi.Mnir c-tMit Tol.j.ctif: T cell.-s qui .--tai-nt dinpées sur lOued 
Saoura : T c-!les entin qui avaient pour hut la conquête du (.ourara 

et (lu Touat. 

!" Erp^<f>t,nn.. v«r Figuig. - D'apri-s Fauteur d'Mt Tordjemane. 
I,. Sultan Mou!» Isnmël, M une date quMl n'indique pas envova une 
...pédition . pour occuper Fifruifr. Tne garnison d'ahid 'soldats 

ni*(rres) v fut laissée. (*] . , , • j 

(V n,.' fut qu-.-n 18(»r, que 1-s Marocains reprirent le cliemin de 
Fi.,„i.' Moulai Slimane qui réfrnait alors à Fez. envova un de ses 
.„;iss-,.n -mpareravec Taid- des I.oui Menia. « L an.el perçut les 
« i„„,.Ms prit possession du château impérial qui se trouvait dans a 
, vil!.- et 1- rendit aux ,\l>id. ses anciens occupants au temps du 
» Sultan Isinaël. ' (**) 

•2" F.pé.litions sur l'oue,/ Sa.ur. . - L'auteur d'Kt Tordjemane est 
,.„,.ore le seul qui fasse n.ention d'expéditions envo^-ées dans cette 
ré-frion. Dapri-slui ces expéditions au nombre de deux ont eu heu 

(.) Kt T..r,.j,.n,H,u. .r«,lu..u.n Uo.xlas. y.^. IH.. Nous ..vons -'^■1"^ P-^^ 

,,,.„!,..,„ les rl.s„ns ,,,„ no,.s »n,en«.en. à placer celle exped " - ^;;- «" 

n..„„H„. iMun,,»:, à re.te époque, con.me nous le supposons. Moula Isn.al 
,::;:[:t si l..::;. .„ ... kL aa,. •« c„,„pa,ne ,,un «...repreuau sur les 
Hauts PlatoHiis algériens. 

i**\ Rt 'rt.rdit'Tuan»' l"C. cit. . 

, ,-^. l:,,.,.;. ,.e ce chA,e„„ „„pen«l, si es, V' ^^ "^ ^";"-^ ^^ 

„„ e ,«.•. nue ,i«..s 1 in.a,nna,io„ de lau.eur dE. Tordejarnnne. En ous eas les 
"'"" !'«>' '|ue<mii r. „„ „„,Hp le souvenir I est nrol.ahle qu en 

indiireues de loasis nen ont même pas ^çarde le souvenir, i i i i 

Ls„n, a Ki.ni,. comme nous lavons suppose au dehu, de sa can,pa,.,e de lhJ9 
Mu 1 l'y laissa une .avnison e. que force de se ret.rer après son échec 

eCo ia .1 4.. le chem.n -le F..u., don. la K«r.uson le su.v, dans sa retra.U.. 



^ 



.1 




> I ïtl 



42 



APPRÉCIATION 1)1 



THAITÉ DE 1845. 



43 




Il y fut spéoifit* t\uo 1rs tribus dôpondant du Maroc 

sons le rèprne de Moulai Sliniane. Klles sont par suite de dates relati- 
vement récentes. 

La première eut lien en 1801. l'armée eliéritienne après avoir 
parcouru le Sons, le l)ra et le Tatilalet, s'avança juM]u'n TOned 
Saoura. Toute la contrée visitée depuis rAtlantirpie jusqu'à FOued 
Saonra <^ iïit ouverte aux né-trociants et aux vovajreurs (pii ]>ur(^nt,sans 
être inquiétés, aller de ksour en ksour et de province en province. ^^(*) 

Deux ans après (1803), Moulai Sliniane plaçait l'aniel du Sahara, 
Dahman es Souëdi, à la tète d'une nouvelle expédition tpii ^inny,^ ],. 
TaHlalet par la hante Moulouia. Un détachement tut envové sur Fotied 
Saoura pour faire rentrer les im})ôts et assurer la séeurité des roiit.^s. 

3"" Erpe^h'tmfs an Gounra et 'in To^nt.— Kn 1:^15. ].■ niérini.ir Abon 
Ali, avant nçu de son père le Sultan Ahou Saïil, la souveraineté d,> 
vSidjilraassa, vint aussitôt en prendre possession. 11 or^ranisa le pavs 
et prenant à sa solde les « arabes nomades de la tribu de Makil. il 
» s'empara des places fortes du dés.M-t. réduisit les bour^-ades dr 
» Touat, de Tipfourarin ((lonrara) et de Tementis. ^^ (**) 

Cette expédition au (lourara est la seule (pii soit nir-ntionnée par 
les historiens arabes avant l'avènement des chérifs saadiens. Mlle ne 
fut entreprise du reste que par un souverain local dont la rovauté 
éphémère disparait avec lui, en même t.^mps qu.- h' Tonat et le 
Gourara, s'ils ne l'avaient déjà fait, reprenaient leur indépendaui-e. 

CenefutquVn 1581 que le chérif Abbou el Ablms Ahmed ri 
Mansour conçut le j^rojet de s'emparer du Touat e-t dr . Tijrourariu ». 
I/expédition fortement oro:anisée fut confiée aux d^'ux meilleurs 
prénéraux du Sultan ; l'armée marocaine attei-uit les oasis du (lourara 
et du Touat après soixanle-dix jours de marche. Sommés de se rendre 
les habitants refusèrent. 11 fallut donner l'assaut à chaque oasi. qui 
toutes f.irent défendues avec le plus ^-and coura-^', mais la victoire 
resta enfin eux troupes chérifiennes. f-***^ 

Après cette expédition, il ne semble pas que l'autorité des Sultans 



(*) Et Tordjemane, tradnrtion Houdas, p. 183. 
(**) Ibn Khïtifloun. Tome IV. pajre 194). 

Nohzet elHad., tr„Hu.,ion Houd»s. pa^e. 154 et 155. L. Godard, Descnpt.on e. 
histoire du Maroc, pa<,'e 4-5. "1'""" «-' 



ôtiti.Mit : 1<'S MlxMii'. les Béni Guil, les Hainian Djembà, 
1,-s EuiiKHir Sahni'' <'t l<'s ( )u1m<1 Sidi Cheikh R'araba, 

n.- ..-it nu.int.-mi.' l..n^rt.-mi.s an Touat H au Oourara. Los luttas 
i„,,.stin.'s qui M!lai.-nl d.'sol.T V Mairliroh d.-vairnt contraindra ces 
souvrains a ahandonn.-r toute action sur des régions aussi cloigrnces. 
l.r chérif Moula Isinaël, tout à sa lutte contre les Turcs, put évidem- 
„„M.t nous l'avons mi. occup.r Kiirui^'. mais il ne tourna jamais ses 
vues vers le (ioumra et le Toual . Ce ne fut qu'en 1 808 que Moulai 
'Sliniane reprit le clieuiin ai- ces contrées, où il dirifrea lui-même, 
nous aiq.ren.l r.uiteur dKt Tor<ljen;ane, une expédition heureuse au 
cours de laquelle, il contrai^niit les habitants à lui verser Tirapôt. (*) 
Du raj.ide exposé historique que nous venons de faire, nous 
pouvons hardiment conclure que les Marocains, avant l'arrivée des 
Kra.içais en Al^'érie. n'avaient jamais fait que très passapTcment acte 
d Mut(Mité sur les récrions limitrophes du sud oranais actuel, depuis 
1,. T.'uiet es Sassi jusipi-au Touat. Kn outre si, à de rares intervalles, 
les maîtres du Ma^'hrel^ ont pu porter leurs armes dans ces contrées 
et V occuper momentanément certains points, sans jamais étendre leur 
„niorité sur l'ensemMe du pavs à la fois, leur domination n'.v fut 
•pi-éphémére : elle disparaissait dés qu'ils s'étaient éloignés. Nous 
Mvons vu également .pie toutes ces répons étaient en dehors de la 
sphère d'action hahituelle des .Sultans et .pie le petit nombre d'expé- 
ditions qu'ils T ..nt faites se sont produites presque toujours et 
pn.ci--me„t ,. l'époque où leur puissance .-tait à l'apofré-e. Assez fort.s 
a ce moment la pour établir une apparente tranquillité à r.nténeur, 
ils avaient besoin pour la maintenir d'occuper l'esprit remuant de 
leurs sujets en les entraînant vers de nouvelles conquêtes. 

1 Ce sont les Mehn-ia que le traité désicrnait ainsi. Nous avons vu, 
tome 1" pa^^e :U, à la note I, .pie nous aurions pu faire valoir des 
.In.its in.onlestables sur cette tribu, lors de la si-nature de cette 
convention. 

- Ce sont les Amour. 

I.a Miéeonr.nissance rp.e l'on avait alors des choses du Sud Oranais, 
s'étalait en tout et à chaque propos dans ce traité, c'est ainsi que 



(•) IStTordjeiiKtne, traduction Houdas, page 18». 



\ 




(^ 



44 



.\ri'Hi<:ci\Ti()\ \)V 



TliMTK l)K lH4r). 



45 



y 



o\ {\uo ('(^Ut^s (It'^pnitlanl ilt» l'AI^'M'ir ('faitMit : les Oulnd 
Sidi (llirikhdli.M'aua, rt tous los Haïuiaiu a rcxt'rptiou 
(irs Haiiiiaii DjtMiihà susnoimurs. 

l\n\v It^s Ksour, tieux étaifMit nH'tninus luarocaiiiSj 

les Amour .itlrilfiK's ;ui Mann' ont leurs «Tf^nicrs et nintrasins dr 
provisiinis (^a^^ lr> \illn|^cs (jui ont t'tf- Inissi-s ù r.\l^»-«''ric dnnt ilN 
haititcnl les t'tivirons et oii ils jiossèdtMit au sui'|ihis la majorité tics 
jardins. 

l'fii aprrs \r traite le j^n'.ntTal Pidissicr rcrivait : 

a Dans les priions saliaricnnes Ir' traité \\v 184') a laissé sr rréfr 
^> liliisiiMirs anomalit's. (l'.-st ainsi (|Uf' Ifs Dj.Mnha. Traction dfs 
>^ Hamian M'araha, nMévcnt du Mann*. Crjicndant ccttr fraction 
^> cam]»c toujours nu milieu des (lliafaa sur notre territoire, clic a 
^^ toujours fait avec en \ ses aitprovisionncnu'uts dans le ilIuM-jj: (*) 
>^ du temps des Turcs comme v,ous la .lomination d'Alnlr-lkader, 
>^ elle pavait le Zel<kat à rAlpM-ie. (l'est ce que peuvent ténioi<rner 
^^ de nonihretn rekkas **), autrefois emplovés au paiement de ^im|)t^t 
>^ et qni s.' trouvent aujourd'hniàTlcmcen. Ces Djemha de\aient donc 
^> rentrer sous notre dounnation. leurs chefs, ipn ont .mi a\ecnous 
^^ de fréquents rapports, sont disposés en notre faveur et ne feront 
^> certainement aucune opposition du jour où l'intlueuce Iu>stile de 
V Tempereur du Maroc et les intri<r,u's de Sidi Cheikh hen Taïeh 
» n'empéclieront pins les Chafaa <lissident.< de nous revenir. 

» Quant au malentendu concernant lesOulad Si<îi Cheikh H'araha. 
^> La clause de la convention qni n donné lieu à cette erreur, n"n été 

- ambipriié que pour nous : ni la cour de Fez. ni les Onlad Sidi 
^^ Cheikii n*v ont \u, dans rorin:ine, matière à équivoque. Moidai 
» Abderrahman a déclaré h la (rihu qu'ancienne rava des Turcs et 

- %ivanl sur le territoire français, elle était sujette- de la France. La 

- Irilui nous H ete soumise deux ans: deux ans vWv nous a pa^e 
^^ rinq.ôl, eVst d'Oran qnVsl partie la fausse interprétation dulraité; 
>^ i'Vst ici que le mut li-action Waraba des Onlad Sidi C.hr,kh, au 

- lun.de ne désiprner que la portion de celte tribu reli^n,.,,,/ ,j„i 



O I-'Orient. pnr opposition hu RMrb. lorcident. le Mnror. 
C) Courrier, emissaiiv ; nu s^-ns litternl : romvnr à pied. 



Slissira, Asla, Tinut. CliHlala. Kl Abiod ^t Bon 
StMiit'nniii. 

. habite Fi^rnir, =• -Mumeneé à être appliqué à une P^y-*-'* ;»*' ";'« 

, nna.d'KI Abind qui n'e^t IVaraba que par rapport a Kl Adiod f ,. 

IV son cAté M. ilouree. Ministre plénip<.tentiaire à Tanger, 

écrivait ii In mèuie époque : 

, l.„„r l,.s H.n.i.u. I)j..„,l,n. ils s.,nt nomades: d.- tout t^mps ils 
. ,„., ,.,,, ,„.ns 1.. SMl,.n. .n.rn.ain H l- S.h.n, .l^r^^ri.--. A,.tn-iV,.s, 
ils ,l.-.n,.na«i-n) .i-s h...vs. .•-I... ln..li.io„ l.s ra,,,.ro<.ha>. d.- nous, 
„ ,„„i. .l-nnlnpRH.I.- tr.it.-- 1- .■-..nlu,. à r..„,,„.reur du Maroc, 
„ dis,,osilin„ . l.Mu.ll.- ils M-nnl n,dun.ll.-n>.-nt pris aurun- ,.arL 
, AuLnn.ni \r. H.M,i,.n son. venus.-, panissen. s être d-nd-nent 
, r,vi sur la ,.ar.i.- du ..-rritoin- saharien ..ù il es. entendu ,,ue nous 
. dominons : ils n- ,-'-" ri.-u n IKu.p-reur qui ,^ les ad pas 
„ ,..,.!„.r,.lu-r silo,„. I.;,ranp-rs a.rueill.s chez nous, ds ne h^^urent 
. ,,„s sur no. r,.:i..r... d'iu.pô.. et nous n'exi^reons. par cons.-quen . 
„ i.i..ud-..nv..;-..,..o„di.ionl.-nr,o„vien.for.e. ds en des.ren. la 
. prolo^ra.iou : pour 1-s n-pousM-r, nous n'avons aucune lK,nne 
» n,i.,u. dau.au. u,oius que les a^^-ds de l'empereur ont sur eux 
„ des pr.d.-u.ions si nu,d..s...s qu'on nous a adresse <les -cuses^K.ur 
. „voir ...u.,-- d,. 1-s n.eh..r,-!u.r <•. de l.ur fa.re pajer 1 unpo. an 
„ d-rni-r. I.-s I^eud.a s'éloignent, -n venant ehe. nous du conac 
„ ,..s tril.us avec lesquelles ils son. eu n,auva.s termes H eon^ 

, l...p,..ll..s Us ln..,M. Iqu-fois. Nous 1.-S areuedlons ma,> 1 on 

„ „.. ,..,., ,,,... partir de la pour n-qu^rir par la vo.e d.plou.at.que 
»lVupereur d- u.u,s l.s abandonner, et cela quand nous lu. 
. ,.el n.ons „ous-n.èu,es nos tribus -migrées.S'il , avad eoneess.on 
.,.,„„ ,.,.,., ,,..„v..rions. n es. -i. invesfs du dro.. Uur 
«a-mander luupô. : mais, dans le 'Sahara, 1 nupol est-de 
„ i,„.,.ssan.y i;..s..u.i.l es. qu'ils a.hè.en. ehe. nous, le Sahara 
» ,„e s..nd,l. avani ,ou. un .errain d'iu.érè.s commercaux 



plus loin ile rliHCUiioao ses fracUoiis. 



>" 



i 



I 






\ 




46 



APPRI'ICIATION m- 



THMTK l)K IH45. 



47 



1> 




Quant iUa rt^ioii sitiit'-c ])liis nu Sud uous ncci'ptioîis 
sans coutcsle (]ui> t(Uitt> (ItHiniitatiou vi'tait « sujx'rlliu' » 
jniisqut' ('"(^ait ]e di'stMt ))ni]>riMn*Mil dit. ipTil n'y a pas 
(l'(>au (>t (jui' le pays est iulial)itaMi'. Mais uotis crùiiifs 
devoir ivinédicr à cctti' absence de iVontièi'e par l'ad- 
jonetion d'un»^ clause ainsi coni;ue : 

« Si Tun des deux souverains avait à procédei- contre 
ses suj(>ts au moment im'i ces deiiiiers sei'aient undés à 
ceux de l'autre Etat il procédera comni.- il T.'ntendra 
pour lt>s siens, mais il s'abstiendra en\eis U's sujets de 
l'autre, d 

Or parmi les nomades assii,niés de la sorte au Maroc 
liuiiraient trois tribus qui. incontestabb-ment auraient 
dii tHre rattachées à l'Al^^érie. Ce sont les HamiaTi 
Djembà. les Eumour Sabra (Amour) et les Oulad Sidi 
Cbeikb R'araba ' . 

Notons éii-alement que le traité est resté muet en ce 
qui concerne la petite tribu des ( Hieurla qui a tousses 
intérêts à Tiout ou dans les environs immédiats de ce 
ksar. Quelque soit le degré de parent.' existant entre 

* Nous avons d.'jà montr.' que 1,. p-n.'ral ,]e MaHimj.rrv qni avait 
'■t.' ol.arp.'. rommr chef .l'es.-adi-on d-Klat-niajor, <lu servi.v to,,o.rrn- 
(.luque de la province d'Oran. du levé ,1e la frontière annexé" an 
traité et avait assisté le crénéral de la Rue, lors .le sa .-on.-lnsion avait 
wonnii, dans ses mémoires l'erreur eommise en ee qui eoneerne les 
Oulad S,d, (Cheikh. Quant aux Hamian. on ,,eut sVxpliquer .raulant 
moins l'erreur dont ils ont .Mé l'objet que le 4 janvier lS4r, le 
peneral de Lamoricière, eonm.an.lant la ,,nnin.-e d'Oran. éerivait au 
Ministre de la (lueire, sans faire de distin.4ion entre les Gl>era-a o„ 
les R aral,a. les Cl.ataa ou les l>,-eml,â : « La tribu de.s Handan ne 
» nous n lait aucune soumission, mais elle est algérienne. » 



les ineiiilires de cette tribu et la famille des souverains 
répiaiils -lu Maroc, la situation ueo^n-apbiqu.' de ces 
„nmad.-s était suflisanle pcuir justifier une revendica- 
tion di' notre part. 

|);,„tn- part b-s deux ksoiir indiques c.uiiiiie man.- 

,,,ins Icb r\ KiLMiiti. anrai.Mit dû d-- nieiiu' rester dans 
„„tre sptier.' .l'actio,,. Et ajoutons (pie b.'auc.uip de 
vinat:es n'etai.-nl iimmik" pas dénommés, entre autres les 
.b.„xArba.lesd-nx Moubrar. etc.. ( rest la b.irique 
.,„t;,„t,,u.-riisa^M...t la tradition qui ont lixé bi domi- 
„;,tion de la France sur .-es ksour sittiés à l'est ou au 
sud-est de celui .rAïn Slissifa. .lui lious était donné. 

Nous ne (b-vions pas tanb-r à éprouver les consé- 

,p„M.ces.l-un partaue aussi <iefectueux. Dés ((u'Abdel- 

ka.b^r eut été. re.luit à s.' n'udre. luuis fûmes contraints 

par les circonstances de buirner nos repirds vers le sud. 

L,.sp.q.ulalb.nsvi.Mni.ntanous. 11 faut s.mtrer à los 

ortianiser. Aussit.U nous cotistatons une situation (pu 

.loit se pr.d..m:er -Jurant .b- longues années, qui se 

,„,douo.> ..ncore. tout.' pleine de diflicultés. de compli- 

,,,ti.u.s incessant(^s. Nou-^ nous apercev(ms (lue bs 

Inbus. à p.Mi près niele.'s les unes aux autres, alge- 

,.i.M,n(^s ,M, mar..cain.>s. ne peuvent f.^rmer un tout 

i„un..L^èue.lans t.oire main.Nousvoyonstrès-netten.ent 

,p„> ,vlb's .pie nous av.,ns abandonnées au xMaroc, 
vivant au mili.M. d.. n.dres. n'y apporteront <p.o lo 
trouble, (p.-elles ne peuvent être ni élin.inées. m 
assin.ib'es. Kt c'est là cependant la bes.igne. toute de 
police, que nous serons amenés fataleuienl à entre- 



.S 



4^ 



: 



*i' 



! I 



^ 







48 



API'HKCIATION ])V 



THMTK DR 1845. 



4'.> 



y 



]^vo^^^\r^\ Et nous ti<^ iiiiniquoiis pas dVtn^ frapjx^pnr 
Tobstaole à pou j)rès iiisunnoïitablr qxw sera, dans cette 
o])('^ration do lonano lialeine, (l'hal)il('lô rt de |)ersévé- 
ranet\rabsen('(* dt» frontière an Snd de Tonict os Sassi, 
la n'^partitiiMi inliahile «les ksonrs(jni laissent an niilim 
de territoires où loreénuMit nons dev i-ons exerroî- notre 
aetion. des îlots d'indt^])endanee oinerfs a tous les 
fauteurs de trouble ou trintrit:uos. ( ioninient rbasser 
d'un territoire sans liniito los bandits tui los révoltés ? 
(lonnnent inènu' avtu' la elaust' (jui nous autorise à 
poursuivrt^ nos rebelles sur lo tonitiure marocain. 
cluUitM'ceux (jui nous attaquent, alors i|ue pr ''ciséiuent 
ceux-ci sont suj(*ts tiu Maroc, s'allient a nos révoltes et 
la ])lupart du teni])s sont les provocateurs du Uiouve- 
nient à réprinuT ? * 

Ce fut en bS4l). à ]>ropos des Oulad Sidi Cbeikb 
H'araba, qu'on entrevit cette b>ni:ue suite de diflicultés 
et que furent fonnulées les premières critiques contre 
le traité de 1845. Dès lors elles ne cessèrent pas. Les 
autorités alirériennes. aux ])rises (^onstaïites avec ces 
diflicultés, ne mantiuèrent aucun<* occasion de les 
fonnuler. Elles réclamaient deux cboses : T* une 
frontière mieux établie et probm^ve au Sud de Tfuiiet 
es Sassi ; '2** une plus juste répartition des tribus. ■ 

^ Ces complications, les diftinilU's à surmonter, les révoltes à 
dompter, toute cette lon^aie suite d'entreprises faites, dans le sud à 
partir du traité de 1845, forment l'histoire de la con<iuètp du Su<l 
oranais, que nous étudierons dans le cha])ilre II. 

- C'est ainsi en ce qui concerne la frontière, que le 12 juin 1849 
le général Pelissier, commandant la province d'Oran, adressait au 



« T/établissenient d'une limito fixe, écrivait par 
n exemple en JSIH le ^^éîuM'al Cén'Z. eomniandant la 
„ division d'Oran. n(^ mettra p(Mit-ètre pas lin imnié- 
„ di:dement à toutes nos diflicultés. mais elle déga- 
., oera et simpliliora sintMilièremeTit la sitiiatioîi. NfMis 
>, saurons ainsi e\a<d(Miieiit oii nous serons lilires 

(îouverneur«rénérnl(*)un ménudreoùil proposait de prolonger la 
frontière au sud ** de la manière suivant*- : 

.< \ partir du 'IVniet <- Sassi. la limite doit naturellement passer 
par 1. I)M.de<l (Ui relèvement qui divise ie Chott el R'arl.i en Choit 

d.'s Hamiaîi r\ (:h<»tt d*'s Meham. 

,, I,,. I),.i><lr<l. elle doit se continuer vers l'ouest dans la directum 
dr la point*, ourst du l»jM.M (4u*dtar, de manière à laisser à Tori.-nt, 
l.s c(ds connus sot>s le notn d. T.-niet el Hameri. les eaux de ( ialoul 

et dr TortiiSNa Clier^niia '***). 

. l).<îatoul,lMlimit. drvra se dirijr.r en li-ne droite sur le« 
. (Tétrs qui déterminent MU couchant le hassin de l'oued Sfissifa, et, 
. du s,mu.H-t d. ces cr*^t.s. atteindre et suivre les crêtes rocheuses 
. qui forn.ent h- drlilé du DjMiha. KHe passerait alors par le Mir el 
» lïj.hel. point culminant du svstème de montagnes que traverse le 
. délih- du Dj^dilm, et en se prolonfreant nous laisserait la possession 



(M (tchcim! t;hiiri»n. 

(•■) CHHit 1,. K.-..<T"1 a. Mar-MH!,.M,. nn,nnmnh,n la subd.vision de Tlemcen 
.,ui avnil snulev !.. (|...-lim., fn,uu.o nous lovons vu. tome I, pa-c 31. c. 
,l«n;undaiil 1m rrvis.on df 1» dcliimlalinn rntre la mer el le Tei.iet es bassi. 

(-, \ ,..-<,no. d,- iminls ,1 .-au situes sur la frout.cre quil proposait, le peuornl 
IVlissier faisait jusleu.ent ol,8 m-r dans son meuu.ire .. que lorsque des pm.s 
, ou autres eaux s^-rvent a jal.mner une li.ni.e. on doit se borner a d.re que tel 
« puits ou file sourre appartiendront à telle ou telle tribu et que ces tnbus no 
„ p,.urro„. pas aller boire au delà. 11 serait in,p<.ssible de pouvoir assujettir les 
. .an,pen.«n.s des tribus du Sud à la rejn-b-i..- dun abtrnement. La atUude ,pn 
,. serait donnée aux tribus en insérant «ne rlans- .le In nature de celle dont nous 
. parlons, aurait tout.fo.s pour linute la dislance à laquelle les Arabes ont 

Ibnbitude de camper relativement à leau. cest-Wire li kdom. » 
Henmrnuons que les nomades du sud établissent fre,p.em,uenl, letirs can,pe- 
n,ents « une distance de t,.ut point d eau beaucoup plus considérable que ne 
1 iii(!i(|u»' ici !•■ ixeiuTHl ÏVlbîsier. 



i<S 






^ 



:^i) 



APl»HK(:iATl()N Dr 



)) d'agir et où devra s'arrêter Taetion du Maroc; tout 
» ce qui sera à l'ouest de cette limite appartiendra au 
» Maroc, sera rt^gi et administré par les autorités 
)) marocaines; tous les frens sans distinction de natio- 
» nalité, qui se trouveront à l'est de* la liane frontière 
)) seront soumis à notre autorité et nous devront 



>^ inl«*jj:rale liu bassin dos Mofr^rar. A rrt effet, e\h irait courir vers 
^^ liMlésert jusqu'à Vextrémité do la p:or*rt' protondo que ^!^>*rlï^ar cl 
» Foukani ferme au Levant. Cette ouverture est à une lieue environ 
» de ce village. Là s'arrêtera naturellement la limite, toutes les 
» pentes méridionales des monla<rncs que la lip:ne de déniarc-ation 
y* laisse à Test, doivent aj)partenir à la France. 

» Il sera cependant convenable de stipuler que la route conuuer- 
» ciale qui de Mo*rbrar ïahtani aboutit au villa^''e des Oulad Aïssa, 
» chez les Der'emcha du Touat, doit rester libre, connue par le passr 
» pour les caravanes des Hamian R'araba, la même j^arautie couvrira 
» à fortiori les deux routes qui, partant d'El Abiod, se bifurquent 
» sur Toued el Khebiz et aboutissent Tune à Sidi Mansour, et Tautre 
» à Tabelkoza, en passant ])ar les })uits de Ben Haiiniclie et de Hou 
» Aroua. Ces sti|)ulations sont bonnes à mentionner quelle que soit 
» l'évidence des droits. » \^*] 

Plus tard, en 1853, le "rénéral IVlissier comnumiquait au ministre 



3 




(*) 11 est évident pour qui connail la ronlréi\ qu cmi pri>]'io5;nnt niic telle fron- 
tière, le jjénéra! Pélissier avait cherché à dét<'rtniner n «jrainis traits, à laide de 
retiseifrneinents de jour en jour plus certains que nmis arrivions à posséder la 
limite ouest du territoire des Hamian entre Tenii't es Sassi et Galoul. 

A partir de ce dernier point, la délimitation qu'il indiquait t.nait exactenn'nl 
compte des dispositions du traite de 1H4.T, en n enjilohant dans notre sphère 
d'action que les ksour alfreriens. mais elle lésait nos inttrPts en coujiant en deux 
le territoire de? Amour qu'une erreur du traité avait reconnus comme maro- 
cains et en laissant au Maroc presque tous les massifs montajfueux qu'occupait 
cette tribu et que traversent les nombreux passants qui relient Fifïuiji it Ain 
Sefra . 

Plus iiu sud enfin, le vénérai Pélissier, en se montrant soucieux de main- 
tenir toujours libres les voies commerciales du Gourara, faisait voir qu.-ls 
proi,'rès nous avions accomplis depuis quatre ansdansla connaissance des contrées 
de l'Extrême Sud que nous considérions en 1845, comme inhabitables. 



THMTK I)K lRir>. 



51 



» obf^issi.nco: l.'s Miin.ciuns (jui. })<.ur uno cause quol- 
„ rontiii.'. fr.nu'hiss.Mil lu frontière, seront soumis i. 
„ „ns lois, absolument comme les Espa^rnols. les 
„ U;,li,Mis ou autres étraii^M'rs qui viennent en France. 
„ |;,„l„j,li..n .rune limite exacte dans le Sahara 
„ aura ontiu ixuir conséciuence de bien établir les 

,„, ,„.-.„>oir.- dû .... .•niiitMi.ie (:i.a.,.v. chef du hur.-,'... arabe de 
Tle,„fe„ ,n-. cet „m.i-r rapp'-lnit q-'" ''"I""*' "''^ "-"'P** ^*'' ^'"' 
ren.lés In Mo„!o,.in av.tit servi de li.i.ile e„lre rAlpérie et le Maroc. 
1m, „„«n,e t.M„,,s il ...onirail q..V.. prenant ce tleuve po.ir limite, det.x 
„„,és ,,..„vaie„t Mrr pr.Vnnisés. l.e,,ren.ier. partant de remboucl.ure 
de !,. Moulouin en renicnterail le co.ir.s jusq.i'à VouM Za, suivra.l 
relte rivière jt,s.,..-M H»s el .\In des Béni Matl.ar, fr„jr„era.t de la le 
Iliel,ell)ou-,,....rse prolonger ensuite jusqu'à Figuifr en suivant 
l'oued el Haliotif: le second tracé empruntait le cours de la Moulouia 
justpM. ses sources, et descendant ensuite l'oued Guir atteindrait le 
'{'.mat. (*) 



(•) Non< avons yu dans le tome I" (p.K'' 3«. >'"'<-■ ^) l""-'"" '■'*" '" ^"''•"[ ''" 
c premier tn>ce -lepuis le,nb.,uchure <ie la Moulouin jusqu'c Ras e! A..., 
d. s Heni Matlmr. A parl.r de ce point jusqu à Ki^uifT, I" l-fT'"-- pr"P<*>'-- 
s.uve,.„rd,Tnit n,i.ux nos in.erP.. que elle préconisée e>. 184. : elle ensloberatt 
en eff.-t tout le pava d.-s Amour, c est-i,^ir.- des n.unades qui can.penl d ordi- 
naire aux environs" de nos k8,.i.r du sud-ouest, elles aurait e.i outre ' •v«..taKe 
de nous reconnaître la possession des montagnes à 1 es. de 1 oued el Hallouf ,t 
par suite de placer e.itre .los mains U.us le« débouchés qui conduisent d Ain 

Srfra Tt'rs 1 ouest. 

guani H« second tracé qui traverse une ré^non fort peu connue alors et qm 

I est a pe ...core anjoimlliui, on peut affinn. r que sa valeur serai, très 

discutable. Car. ainsi que nous lavons dit dans le premier volume. 1 élude 
de l'histoire de ces relions, si incertaine qu'elle soit, montre que de tout temps 
les sonverains marocains on. ete les possesseurs incontestés de la Haute Mou- 
louia ., le chemin du Sahara ,. des auteurs arabes. D ailleurs ladoption c une 
„.lle limite ne p..un ait que nous faire retomber dans un des défauts reproches a 
la frontière entre- la mer e. le Tenie. es Sassi, celui d'avoir sépare des tnbus de 
mCne oritrine et de mêmes m.erP.s, e. préparer ainsi, comme a plaisir une fou e 
de con.es.a.iotis d «venir. Toutefois, en proposa.i. de prolonger cette limite 
jusqu'au Touat, le chef du bureau arabe de Tlemcen montrait que nous com- 
mencions i. avoir conscience de luis droits sur ces régions éloignées. 






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i(!l 






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1^ 



TKAITK I)K 1845. 



53 



"> 



52 MM'HKCIATION W 

,> responsabiliU^s. .le faire disparaître l'^^tat .le confu- 
,) sion et de désordre permanent qui rèane dans cette 

» région, » 

De son côté, M. Albert Gré\7. gouverneur génér.a 
de l'Algérie, soutenait \-ivenient cette idé.' .l'un.' 
frontière an su.l de Teniet es Sassi. 

a Si Ton .'xaniine. «lisait-il à la niéni." époque. 

» qntdle a été notre action .lans le Sud '}n<<\\\'h ce 
» jour, en vertu .lu regrettable trait." d.' 1^4."). si Vow 
» r.>m.>nte dans le passé .^t que Ton r.n-li.urbe l.^s 
» résultats obtenus à la suite desdiv.-rses exiié.litions 
1) t.tujours assez .niérenses, dirigées dans le Su.l- 
)) Ouest, soit p.nir rani.^ner n.>s .lissidents. soit pour 
» cliàti.^r les tribus niarocain.^s .jui avaient adbéré a 
» leur cause, on constatera .lue ces résultats mit été et 
« ne pouvaient être que de peu de durée. \]w f.ns \o 
» cbâtiment infligé, nous rejtrenions nos an.nennes 
» positions. Quelques années suftisaient ensuite à 
» faire oublier à ces populations aussi ni.)bil.>s .le 
» caractère .[ue d'babitudes, la répressi.>n .ju*ell.>s 
» avaient essuyée. 11 nous fallait al.^rs r.qiartir en 
» expéditions, recommencer nos poursuit.^s .'outre \ni 
» ennemi presque insaisissable à un.^ distance si 
» c.msidérable d«> notre base d'opérations. .}ue notre 
» action s"en trouvait forc.Muent .liminuée, et c.da 
» pour atteindre nn résultat qui .Mail 1." plus souv.Mit 
)) bors de proportion avec l'elibrl l.^nté. Le jour où 
» nous aurons au sud du Teniet es Sassi. \inc ligu.> 
» de démarcation nettement établie, il n'eu sera plus 



» ainsi : le Gouvernement marocain ne pourra plus 
„ lions inviter à procéd.^r nous-mêmes contre nos dissi- 
» dents. Clia.iu.' f.)is «jne notre frontière sera violée, 
„ il nous devra une réparation et il appartiendra à 
„ notre r.-présentant diid()mati(|ue près la cour de Fez 
» .roii lixer la nature et rimportance, den.uis la faire 
„ obtriiir nVlbmi.Mit. Dans le cas où. par un aveu déli- 
» nilif .rimpuissancf <).' la part du Sultan, cette 
,, satisfaction ne pourrait jias nous être accordée, il y 
,, aurait H.mi .rexamiii.T des lors dans qu.dles condi- 
>, ti.uis ii(ui-< i.ourrions nous faire justice nous-mêmes. 
„ 11 pst donc de notre intérêt, bien entendu, d'ame- 
,, ner 1.' Maroc à prohmg.^r au Sud de Teniet es Sassi 
„ la ligne de démarcation officielle des deux états. » 

Uest.'ertain que h^s difficultés étaient incessantes 
et iiu-une limite eût grandem.'nt favorisé notre action. 
Los aut..rités .le la province .rOran eussent pu, sans 
cndn.lre de soulever avec Tempire .lu Maroc des inci- 
.ieiits touj.uirs délicats, exercer leur police sur un 
point précis avec la plénitude de leurs moyens. Mais 
il semble .|u- un." i.lée de frontière réponde bien plus à 
n..s m.Burs .prà celles des populations musulmanes 
.•outre l(>s(iuelles nous avions à agir. 

„ Une ligne frontière, écrivait en 1849 M. Bourée, 
„ notre re,.rés."ntant à Tang.'r. au-delà de bupielle 
„ ,-omm.-nc." .-etle cl...se sérieuse (pr.»!. appelle une 
„ vi.dation de t.'rritoire, éveille des idées dont la 
., gravité .'t la rigueur ne sont probablement jamais 
,> .mtrées dans r.'spril d'un souverain maure, m de 



.*, 



V 



IV 



ï'- 




^ 



54 



APPRÉCIATION IMT 



THAITK 1)K 1845. 



55 



» ses ministres, et il faut reconnaître que l'ancien 
« voisinage des Turcs ci (lUC le \ ague des limites sud 
» de rem]nre ne sont ]>as faits jiour li'iir donner ces 
5) notions. Si cela est vrai, avons-nous bi^n intér»^t à 
» établir entre le Maroc et nous. (lueUiu.- cbosc de 
» imH-is ({ui engagerait notre respfct pour la légalitt', 
» et n"engagerait jamais aussi sérieusement nos 



» voisins. 



» Dans le sud. ])lus que dans le Tell, 

» le fusil est le dernier et (nu'lquefois le premier 
» argument, l.à. errent les tribus qui peuplent le 
» Sabara algérie